| action | | | Le passage du vouloir au pouvoir, de l'intention à l'intensité, de la velléité – aux trois stades de la volonté ; volonté de buts (action), volonté de moyens (création), volonté de commencements (puissance). | | | | |
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| action | | | Peser l'homme en fonction de ce qu'il veut (Nietzsche, l'acte-intensité), de ce qu'il peut (Valéry, l'acte-compétence), de ce qu'il doit (Tolstoï, Tagore, les francs-maçons, l'acte-performance) - je le réduirais à ce qu'il vaut dans l'art de fabrication de balances et de l'inaction. | | | | |
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| action | | | Pour contempler ou transformer le monde, une paire d'yeux ou de bras suffit. Pour que ce monde se mette à danser, comme mon étoile, je dois lui adresser mon regard, filtrant, plutôt que transformant, les choses, dignes d'être chantées. Quand ils ne sont pas électifs, les contemplatifs et les actifs se valent. | | | | |
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| action | | | Le premier adversaire de mon immobilisme est l'inertie, qui devint aujourd'hui synonyme d'action. Le devoir et la contrainte se lisent désormais dans des modes d'emploi, rédigés par les autres. « Le noble : avancer vers ce qu'il s'impose comme devoir et contrainte »*** - Ortega y Gasset - « Nobleza : a trascender hacia lo que se propone como deber y exigencia ». | | | | |
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| action | | | La volonté de puissance (ou plutôt le désir de force) ne concerne ni les muscles ni, encore moins, la flèche décochée, mais exclusivement, la corde, sa tension, l'intensité entre elle, mes doigts et mon regard (c'est la dynamique aristotélicienne face à son énergie). Mais les hommes n'en retinrent que la force de frappe et la cible frappée. L'homme vaut par « les flèches, sans cible, de sa raison »** - Tennyson - « the viewless arrows of his thoughts ». | | | | |
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| action | | | Créer résulte du devoir (le Christ) ; créer équivaut au vouloir (Nietzsche) ; créer traduit le pouvoir (Valéry). Créer, c'est une unification des trois ; créer, c'est le soi connu, la face lisible du soi inconnu, du valoir. | | | | |
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| action | | | Aucun accord crédible n'existe entre l'être philosophique, le connaître scientifique et le vouloir idéologique ; et le plus souvent, lorsqu'on proclamait le contraire, c'était l'avoir économique qui jouait aux imposteurs. Une telle orchestration ne peut relever que de la cacophonie, puisque agir ne peut être que du bruit. | | | | |
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| action | | | Les valeurs et les désirs relèvent d'un devenir mental, d'un surgissement immédiat, intemporel, opaque et initiatique ; ils s'opposent à l'être factuel de la technique et de l'action, qui sont de la durée médiate et transparente. | | | | |
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| action | | | Les activistes ne savent pas ce qu'est le vouloir, qui ne se traduirait pas dans le faire. Et, absorbés par le faire mécanique, ils finissent par oublier ce qu'est le vouloir organique. Une robotisation réussie, enfin, car, jadis, le désir n'avait pas encore abandonné vos circuits mal intégrés. Jadis, on passait l'essentiel de sa vie à désirer, sans faire ; aujourd'hui, cette proportion s'inversa. | | | | |
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| action | | | L'homme Nietzsche n'a rien à voir avec la puissance, comme l'homme Valéry - avec l'action ; mais, pour tous les deux, savoir est synonyme de vouloir, d'où un remarquable parallèle entre la volonté de puissance et le savoir-faire, qu'ils choisirent pour leurs emblèmes respectifs. | | | | |
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| action | | | Dans l'édifice de mon soi, la volonté a le choix entre : agir, en sortant par la porte ; connaître, en se fixant à la fenêtre ; geindre, en cognant la tête contre les murs ; rêver, en perçant le toit, par le regard ou par le temps. Si, en plus, j'ai du talent, le monde, autour de mon château en Espagne ou de mes ruines, s'enrichira de belles représentations - me voilà schopenhauerien. | | | | |
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| action | | | Vivre, d'un côté, penser ou faire - de l'autre : vivre comme on pense, c'est se rapprocher du robot ; identifier la vie à l'action, c'est se mettre dans la peau du mouton. On devrait vivre du cœur et laisser l'esprit et la volonté se fusionner dans l'âme, dans ce créer, qui est union du penser et du faire, une vie inventée, naissant au milieu du beau et du bon et se solidarisant de la vie la vraie. | | | | |
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| action | | | L'acte, c'est le déclenchement d'un événement qui modifie un univers, l'acte traduit une volonté ; son contraire, c'est la requête d'un univers immuable et de sa représentation. « L'Acte est zéro d'être, l'Être est zéro d'Acte »*** - Jankelevitch - je ne suis pas ce que je fais, je ne fais pas ce que je suis ! | | | | |
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| action | | | Volonté, intellection, action - cette triade humaine est à l'origine de la Trinité chrétienne. Et dans les deux cas, l'action (de grâce) procède de la volonté et de l'intellection (ou par l'intellection - notre filioque humain !). On peut négliger l'action, pour qualifier le monde de l'immuable et de l'invariant (Schopenhauer). | | | | |
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| action | | | À la raison contraignante du : « Je peux car je veux ce que je dois » (Kant), on peut opposer la passion astreignante : « Seigneur, accordez-moi la force de désirer plus que ce que je puisse atteindre »*** - Michel-Ange - « Signore, promettimi di poter desiderare sempre più di quanto posso realizzare ». | | | | |
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| action | | | Ni devoir ni action, mais bien la volonté, qui doit (veut ? peut ?) rester une pure volonté de puissance. Si, en plus, on se souvenait, que Nature voulait dire naissance ou commencement : rester fidèle au commencement s'appelle rythme - la vertu serait donc de la musique ! | | | | |
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| action | | | Tout le monde est debout, et je suis par terre. Ma volonté est dans la chute ou dans le vol, d'autres moyens de locomotion conduisant tout droit vers la platitude. « Il suffit de vouloir, pour tomber, mais te relever - tu le dois » - Joyce - « Phall if you but will, rise you must ». Ils fêtent leur libre rébellion d'esclave, je pleure ma résignation d'homme libre. Leur pouvoir est encrassant, mon devoir - écrasant. | | | | |
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| action | | | Ce qu'on veut penser, on peut le dire. Ce qu'on doit faire, on veut le penser. Et quand on peut le penser, on ne peut pas le faire. Ce qu'on fait n'est ni pour ni contre ce qu'on pense. Faire, c'est avoir trouvé cet accord du pouvoir, du dire et du penser, qui s'insère dans la partition irréversible de la vie. | | | | |
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| action | | | L'héroïsme d'action n'exista jamais. « Il n'y a pas de héros de l'action. Il n'y a de héros que dans le renoncement et la souffrance »** - A.Schweitzer. Renoncer aux choses au profit des images ; souffrir des choses intraduisibles, se réjouir des images qui, intraduisiblement, les traduisent. La prétention de l'héroïsme naît de l'illusion, que l'action puisse traduire le désir. La prétention de la noblesse, qui veut orienter le désir vers des valeurs, est aussi irrecevable : « Les vecteurs avant les valeurs »** - R.Debray. Les désirs sont nos vecteurs ; et une façon, légèrement indécente, de continuer à tenir aux valeurs, dont tout le monde se fout, - c'est la farce. | | | | |
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| action | | | La création peut intervenir aussi bien dans ce qui se fait que dans ce qui se dit ; elle en donne même la valeur. Malheureusement pour le Verbe, qui, pendant les millénaires, avait dominé l’action, il s’enlise désormais dans la routine d’une manière encore plus radicale que l’action. La musique, occultée par le bruit de l’époque, abandonne le Verbe ; il n’y a plus de rythmes verbaux, capables de défier les algorithmes des robots. Il y a plus de créativité en technologies qu’en mythologies. | | | | |
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| action | | | Pour viser le savoir, l'action ou l'espérance, Kant préconise, respectivement, la puissance, le devoir et l'audace. Plus percutante est la gymnastique quotidienne de Pythagore : « En quoi ai-je failli ? Qu'ai-je fait ? Qu'ai-je omis de mes devoirs ? ». Et, en plus, elle est plus inaccessible aux machines. | | | | |
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| action | | | La sagesse consiste en ce triple savoir : savoir ce que je fais (toujours en surface), savoir ce que je peux (en profondeur et en maîtrise), savoir ce que je veux (en hauteur des rêves). | | | | |
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| action | | | Mieux on range le savoir à l'intérieur, moins on est tenté d'exercer son pouvoir à l'extérieur. Un pouvoir inconscient résolu devrait découler d'un devoir conscient absolu. Et le devoir, c'est la rupture de l'équilibre entre options également défendables, c'est un défi, lancé au savoir impartial, la paralysie d'un pouvoir, fondé sur le seul savoir. D'après St-Augustin, être, savoir et vouloir (« esse, nosse, velle ») sont inséparables et constituent la vraie vie. Avoir, devoir et pouvoir en constitueraient l'inventée. | | | | |
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| action | | | Mes actions, ce sont des entrées de mon agenda externe, des déclenchements de mon réveil, dictés par les autres et m'appelant à la veille et au devoir. Mais mon vouloir et mon rêve, ce sont des arrêts, des oublis ou des sorties du temps. Mon horloge interne est sans cadran, et je n'entends sa musique qu'aux heures astrales. | | | | |
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| action | | | Le mal n'est pas dans le contenu de mes actes, mais dans la nature de l'écho qu'en reçoit mon âme ; cet écho sonne honte ou remords plus souvent que bonne conscience. Les mouvements du vouloir (les passions, le goût, la noblesse) et du faire (le progrès, l'intelligence, le courage) ne croisent pas l'axe du bien sous le même angle. Toute bien-veillance a dans son voisinage une mal-faisance. | | | | |
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| action | | | Si, parmi les paramètres d'évaluation de mon action, aucun ne tient compte ni de sacrifices gratuits ni de fidélités aveugles, la valeur morale et ma liberté y sont nulles. Les motifs et la volonté y sont de bons indices, mais de piètres juges. « Les opinions ne m'intéressent que si elles conduisent aux sacrifices » - H.Hesse - « Meinungen interessieren mich nur da, wo sie zu Opfern führen ». | | | | |
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| action | | | Pour le sot, la valeur de tous, y compris la sienne, se réduit aux actes. Seul Narcisse aime dans son visage ce qui n'est qu'en puissance et déteste ce qui est en actes. | | | | |
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| action | | | Quatre acteurs agissent en mon nom : devant tout le monde, ce sont les pires de mes interprètes - le sous-homme et les hommes ; sans témoins, se lève, quand elle n'est pas trop atrophiée, l'autre moitié - l'homme et le surhomme. Ma valeur peut rester sans expression devant tout le monde et ne s'exprimer que hors toute estrade. Le valoir, contrairement au devoir, pouvoir et vouloir, est plus dans l'impression que dans l'expression. Les grégaires pensent, que les gestes les plus nobles ou héroïques s'accomplissent devant les témoins. Le plus noble en moi est ce qui n'a pas besoin de témoins, qu'il s'agisse d'actes ou de valeurs, contrairement à ce qui est vulgaire : « Sans spectateurs ni témoins, la richesse perd toute sa valeur » - Plutarque. | | | | |
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| action | | | Tout réduire à l'intensité et à l'acquiescement des commencements - la définition de l'éternel (commencements) retour (intensité) du même (acquiescement). Et si, en plus, on y vise les valeurs, c'est la définition même du nihilisme, qui est une technique pour se séparer du profane et un art pour produire du sacré. | | | | |
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| action | | | Plus je me fie au rêve, plus justifiée est ma pose de Narcisse ; plus je m'identifie avec l'action, plus ravageur est mon doute sur ma valeur. Mes actes sont aux autres, tandis que mes rêves, c'est moi-même. Mais, paradoxalement, le regard du rêve est plus universel que les vues de l'action. | | | | |
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| action | | | Il y a tant de choses, d'angles de vue, d'idées, dont la seule évocation me plonge déjà dans la banalité et la platitude ; les bonnes contraintes servent à éviter ce piège ; elles sont mon devoir, mais mon valoir se bâtit par mon talent, sachant se servir de ces contraintes. Donc, il ne faut pas s'arrêter à « Un homme ne vaut que par ce qu'il n'a pas fait » - Cioran – et laisser faire l'âme, une fois que l'esprit a fait son travail de filtrage. Ce que je ne pus atteindre est secondaire ; c'est ce que je ne dus ni voulus atteindre, grâce à mes contraintes, qui est plus éloquent. | | | | |
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| action | | | À l'homme du chemin (les positions prises, les connaissances apprises – la profondeur), à l'homme de la marche (la puissance, la volonté - l'ampleur) j'oppose l'homme de la danse (le goût, la noblesse – la hauteur). | | | | |
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| action | | | La leçon du Beethoven sourd, dont l'esprit entend ce que n'atteint plus l'ouïe : la possibilité et la dignité d'une volonté sans puissance ou d'un Bien sans action. | | | | |
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| action | | | Leurs pensées sont orientées vers les valeurs, qui sont trop vraies pour être excitantes ; leurs actions sont orientées vers les vérités, dont la valeur est nulle, hormis la valeur marchande. | | | | |
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| action | | | Je commence par décomposer la valeur d'un homme sur les axes des actes, des pensées, des rêves, et je finis par n'y voir que l'homo faber commun. Même nos rêves portent des stigmates collectifs, sans parler des pensées ou des actes : « Donner une valeur à l'homme d'après les actes les plus hauts est absurde » - Sartre. C'est l'homme créateur, l'homo sacer, l'homme solitaire, ayant reçu du haut un talent sans mérite, bref - un nihiliste doué pour la métaphore, qui prend, à mes yeux, l'allure classieuse d'un vrai héros, créateur du sacré. | | | | |
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| action | | | Le hasard – mon rôle social, mon talent, mon énergie - prouve ce que je peux. La liberté – mon cœur, ma honte, ma foi – souffle ce que je veux. L'acte visible face au rêve invisible. Ceux qui n'ont que les yeux pour voir n'en perçoivent pas la différence : « Seuls les actes décident de ce que l'on a voulu » - Sartre. | | | | |
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| action | | | Je vaux par ce que je veux atteindre par la musique de mon regard absent ou par l'intensité de mon élan sans ailes, par le vague de mon interprétation par l'art. Mais c'est ce que je peux voir avec mes yeux ou tenir avec mes mains qui me représente, trop nettement, auprès de la vie. | | | | |
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| action | | | L'échelle descendante de la valeur éthique : l'acte, le verbe exprimant l'intention, l'intention non-dite. Dans le premier pas de l'action, le verbe expire ; l'intention s'inspire du dernier, celui qui ne nous appartient pas. « Qui n'a pas rêvé d'un monde, qui, au lieu de commencer avec la parole, débuterait avec les intentions »** - R.Char. | | | | |
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| action | | | La volonté de puissance, surtout celle que Nietzsche appelle volonté d'un ordre (Wille ist Befehl), ressemble beaucoup à mes contraintes : l'action extérieure en est exclue, seule est visée l'intensité intérieure, intensité qui est fusion de la volonté et de la puissance, du sentiment et de la raison. Et le soi inconnu serait la hauteur même. « Volonté de puissance : accéder à la hauteur au-dessus de son soi » - Heidegger - « Wille zur Macht heißt : die Ermächtigung in der Überhöhung seiner selbst ». | | | | |
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| action | | | L’Action relève du Savoir, du Devoir, du Vouloir et du Pouvoir, mais n’a presque rien à voir avec le Valoir. Tout le contraire de la noblesse et de la solitude ! | | | | |
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| action | | | La valeur d'un discours est dans la qualité de son passage au non-verbal, à ce que Valéry appelle acte ; celui-ci peut avoir deux origines : la profondeur de la représentation sous-jacente (le savoir) et la hauteur de l'interprétation haute (l'imagination). Mais la philosophie académique, c'est de la traduction du verbal en verbal ; sans aboutissement à l'acte non-langagier, au logos, tout discours n'est que de la logorrhée. | | | | |
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| action | | | La même nécessité d'action se lit dans le conatus spinoziste, la volonté schopenhauerienne ou nietzschéenne, l'élan vital bergsonien. Mais sa nature peut être soit mécanique soit organique : soit développer l'idée par un discours sans vie, soit envelopper le discours du souffle de l'idée. La cohérence discursive du pouvoir ou l'intensité inchoative du vouloir. La puissance de la volonté ou la volonté de puissance. | | | | |
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| action | | | Le parcours d'un homme d'action suit, chronologiquement ou abstraitement : l'esprit, ensuite - le cœur, et enfin - l'âme ; l'esthétique, l'éthique, la mystique ; c'est ainsi que, partant des choses, on traverse les valeurs, pour se retrouver dans le soi inconnu, qu'on appellera intensité, tenseur-vecteur ou hauteur. Les choses, ce sont des objets, des théories, des idéologies ; les valeurs - le bien, le beau, le juste, le libre ; la hauteur (mon terme à moi) - l'essor, le rythme, la noblesse. | | | | |
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| action | | | Les grandes valeurs ne se conçoivent qu’en langage du rêve ; intraduisibles en langage des actions, elles se refusent même à celui des idées. Ce sont de piètres juges, ceux qui pensent que « ce qui juge un homme, c’est qu’il ait ou non fait passer des valeurs dans les faits » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| action | | | Les commencements les plus hauts, ceux du vouloir sentimental et du pouvoir intellectuel, naissent chez ceux qui ont atteint la profondeur du savoir et du devoir. « L'homme qui est arrivé au terme ne fait que commencer » - la Bible. | | | | |
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| action | | | Mon soi inconnu ignore le langage des idées et l’action des volontés, mais il peut influencer mes échelles de valeurs, en soumettant mon action à ma pensée, et ma pensée – à mon rêve. « L’essence véritable de mon soi n’est pas Je pense, mais J’agis » - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Ich ist nicht das Ich denke, sondern das Ich handle ». J’agis est moutonnier, je pense est robotique ; il ne reste aux rares possesseurs d’un soi inconnu que je rêve angélique ! | | | | |
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| action | | | Jadis, l’acte fut directement associé au vouloir ; la modernité le réduit en savoir et au pouvoir ; la volonté devint moutonnière ou, pire, robotique. Aucune métaphysique de l’acte n’est plus possible. Il faut enterrer Descartes et Kant et ressortir Nietzsche. | | | | |
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| action | | | L’action, qui accompagne l’espérance, soit dévoile en celle-ci un banal manque, soit la voue à un désespoir plus profond qu’auparavant. « Espérer et agir – notre devoir dans le malheur » - Pasternak - « Надеяться и действовать - наша обязанность в несчастии ». Le devoir devrait céder au valoir et compter sur l’inexistant plus que sur l’existant. | | | | |
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| action | | | Aux actes, transformations, amplifications je préfère le filtrage : le rétrécissement des horizons au minimum de choses, pour me concentrer sur les sources, les commencements, tenant à la hauteur, en absence finale de choses. L’homme commence à valoir par les choses qu’il exclut et par l’élan vers l’inexistant. | | | | |
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| action | | | Dans cette bêtise socratique : « Qui veut – cherche un moyen, qui ne veut pas – cherche une raison », on relève un tas de malentendus. Ne pas vouloir certaines choses mesquines fait partie des contraintes bienfaisantes ; les moyens assurent des parcours des chemins battus, le talent annonce des commencements inédits ; ce n’est pas chercher, mais vouloir qui y est le verbe central – le désir, il faut l’entretenir dans la hauteur, au lieu de chercher à l’abaisser jusqu’à la réalité. Au lieu de dénoncer la paresse, l’auteur aurait dû se prononcer pour la noblesse. | | | | |
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| action | | | Dans l’action, dans laquelle se croisent les faits et les idées, il y a trois sortes d’acteur : les exécutants, les créateurs, les eschatologues ; les premiers, maîtres des outils, savent ce qu’ils doivent faire, les deuxièmes, dessinateurs des parcours, peuvent expliquer comment il faut le faire, les troisièmes, visionnaires des commencements et calculateurs des finalités, veulent justifier pourquoi il faut le faire. | | | | |
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| action | | | Tu vaux par ce que tu es et par ce que tu fais. Ce que tu es se décompose en ton soi inconnu, l’inspirateur, le représentant de Dieu dans ton âme, et en ton soi connu, la volonté et le talent de ton esprit, avec tes connaissances et tes goûts. Ce que tu fais se divise en création, scientifique (l’esprit) ou artistique (l’âme), et en actions sociales, pour t’incruster dans la société et pour survivre. L’essence et l’existence, le virtuel et le réel. | | | | |
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| action | | | Ta position (vision des finalités) révèle ton clan, ta posture (maîtrise du parcours) – ton métier, ta pose (naissance du regard) – ta volonté. « Tout est dans la pose » - Chestov - « Поза - это всё ». | | | | |
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| action | | | Agir ou apprendre, telles sont des lectures possibles de l’être. Si être est ce que je manifeste par mon action, il vaut mieux ne pas être (pour mon âme) ce que je suis (pour mon esprit). Si être est ce que je réussis à savoir en profondeur, il faut que je puisse munir mon devenir, mon valoir, mon devoir, mon vouloir, mon pouvoir, de l’intensité de l’être, pour prétendre à la hauteur. | | | | |
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| art | | | Je ressens ce que je veux écrire, et mon lecteur devine ce qu'il peut lire. Mais la bonne écriture, c'est écrire ce que je peux ; la bonne lecture - lire ce que je veux. | | | | |
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| art | | | L'art est ce qui peut être ; l'artiste - ce qui veut être ; la science - ce qui doit être ; la vie - ce qui est. | | | | |
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| art | | | Les valeurs sont dans la vie, et l'art est en leur «réécriture» (et non pas en réévaluation) en vecteurs, dans le Umwerthen aller Werthe, où le mot-clé central est aller – de toutes les valeurs sur un axe : du bien au mal, de la négation à l'acquiescement, de la puissance à la faiblesse. | | | | |
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| art | | | Un chiasme utile : je dois entraîner et par le jeu des idées - la beauté - et par l'idée du jeu - la nature. On peut aimer l'idée du jeu, sans la comprendre - le bon sauvage. On doit comprendre le jeu des idées pour l'aimer - le bon artiste. | | | | |
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| art | | | Les Français pensent avoir créé la tragédie plus parfaite que chez les autres, mais la perfection n'est pas une catégorie artistique, elle appartient à la réalité. La présence du vouloir rapproche de la réalité, mais éloigne de la tragédie, qui, comme chez Shakespeare, est dans le devoir sans le vouloir. | | | | |
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| art | | | Les dieux pris au sens non-figuré ont aussi peu de pouvoir que les pensées sans métaphores - de valoir. « Les dieux sont nos métaphores, et nos métaphores sont nos pensées » - Alain - une pensée sans métaphore est une figure géométrique, un squelette. | | | | |
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| art | | | L'art consiste en ceci : dans mes vouloir, devoir, pouvoir - qui présupposent toujours une dualité - virtualiser leur objet, ne parler qu'au nom du valoir, devenir monologue de l'arbre (même Valéry n'en préconise que le Dialogue !), d'un arbre à variables, ouvert au dialogue, futur et virtuel, avec un arbre interprétatif. | | | | |
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| art | | | Le talent s'attache au bon, mais le génie vise le meilleur, qui reste pourtant invisible et inaccessible ; c'est cette cible que je dois rendre présente, tout en ne montrant que la puissance de mes cordes. « Je rate la mesure que je vise ; seul un Dieu se doute de mon désir de mesurer le meilleur »** - Hölderlin - « Nie treff ich, wie ich wünsche, das Maß. Ein Gott weiß was ich wünsche, das Beste ». C'est la volonté finale qui prend le dessus sur le désir des commencements : « Choisir non seulement le bon, mais le meilleur, est une loi de notre volonté » - J.G.Hamann - « Die Wahl nicht nur des Guten, sondern des Besten, ist ein Gesetz unseres Willens » - heureusement, on s'aperçoit, ensuite, que le meilleur est toujours, en soi, - un commencement. | | | | |
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| art | | | Le talent est apollinien ou pythagoricien, et le génie est dionysiaque ou orphique. Le talent : une démarche, guidée par le savoir et le vouloir. Le génie : une danse, rythmée par le pouvoir et exprimant le valoir. | | | | |
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| art | | | Qu'on soit philosophe, scientifique ou artiste, la création est au-dessus de la volonté et de la connaissance ; l'artiste, qui le sent intuitivement, est toujours au-dessus des autres. | | | | |
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| art | | | La valeur inconditionnelle d'une œuvre d'art frappait, jadis, votre âme, et vous parveniez même, parfois, à en dégager des idées pour votre esprit. Aujourd'hui, devant des pinceaux ou plumes aléatoires, il faut s'interroger sur les idées, qui auraient pu guider la raison de l'auteur, pour n'aboutir qu'au prix d'un produit. | | | | |
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| art | | | Le talent, c'est à dire mon valoir, et non pas mon ample pouvoir ni le profond savoir ni même mon intense vouloir, qui doit être l'essence, c'est à dire la forme de mon opus. « L'art n'est rien d'autre que de ne faire apparaître que le talent » - Griboïedov - « Искусство в том только и состоит, чтоб подделываться под дарование ». En revanche, la technique doit y être cachée : « Dans un art admirable l'art lui-même est caché »*** - Ovide - « Ars adeo latet arte sua ». C'est l'incapacité de chevaucher Pégase qui pousse la piétaille à s'engager sur les chemins battus du vrai, du juste ou du complet. Avec l'artiste, ce n'est pas la bouche sereine qui parle, mais l'âme incertaine : « Chez l'artiste, l'art ferme sa bouche d'homme » - Pasternak - « в искусстве человеку зажат рот ». | | | | |
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| art | | | C'est l'aplatissement des gouffres, le lissage des âmes et l'assèchement des cœurs qui sont à l'origine du désintérêt pour les sommets, puisque toute profondeur, jadis palpitante, est vouée désormais à la platitude, et un savoir sans voiles conduit vers un vouloir sans étoiles. Et l'un des sommets s'appelle l'art de la maxime. « Face aux maximes, vous faites la fine bouche, comme si le monde n'était qu'une platitude, sans sommets ni torrents » - R.Schumann - « Ihr rümpft bei Aphoristischem die Nase ; ist denn die Welt eine Fläche und sind nicht Alpen darauf, Ströme ? ». | | | | |
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| art | | | Une tentative de lecture de Nietzsche : la poésie peint le devenir fugitif, tandis que la philosophie scrute l'être immuable. Comment rapprocher ces deux mondes ? - en donnant au premier la stature du second et en munissant le second de l'intensité du premier. Rencontre entre la volonté d'artiste et la puissance de penseur, les deux mondes devenant le même : le devenir héberge le retour, l'être s'incarne dans l'éternité. | | | | |
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| art | | | Priser ou désirer - deux effets respectifs de nos représentations ou de notre volonté ; l'intelligence et la noblesse forment les valeurs ; les désirs, eux, naissent du tempérament et de la sensibilité ; mais pour produire de la beauté, le talent seul peut suffire ; les valeurs et les passions de l'artiste ne jouent presque aucun rôle, pour la qualité de son œuvre. L'art ne sert qu'à embellir ce qui préexiste déjà en nous. | | | | |
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| art | | | En bonne littérature, contrairement à la musique, tout est dans la partition ; ni les instruments mal accordés, ni la piètre acoustique des salles disponibles, ni l'exécution mécanique, ni l'auditoire endormi ne dévalorisent l'harmonie du conçu, même si elle est mal perçue. | | | | |
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| art | | | Écrire devrait avoir un seul but - m'adonner à l'appel du beau. Toute autre motivation serait du même ordre que le besoin de m'affirmer ou de me reproduire, un prurit inertiel. La vie doit aboutir à mon livre. Celui-ci est toujours une bouée de sauvetage, mais je dois être menacé par des fonds, pour qu'elle ne soit aussi utile et décorative que l'ancre et la voile. Et sur mon épave on lira l'épitaphe de Faulkner : « Il fit des livres et il mourut » - « He made the books and he died ». | | | | |
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| art | | | La poésie ramène ses objets à la perception musicale, comme la philosophie – à la conception réelle ; la science n'y a aucune place. « Entre science et philosophie il y a quelque chose du rapport, que je vois entre musique et poésie » - Valéry – vous, qui voyiez dans la science un pouvoir et non pas un savoir, vous y déployez un regard d'artiste, au lieu d'employer les yeux de scientifique. | | | | |
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| art | | | On devient artiste, quand on distingue, consciemment ou non, le prix de la pensée et de son efficacité – de la valeur des effets et de l'intensité – pour se mettre au service de ce second volet. | | | | |
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| art | | | La poésie est le seul lieu, où les cadences des pensées et les ondes des sentiments subissent le même sort, pour devenir de la musique du même ordre. Le poète, contrairement au philosophe, n'a pas besoin de filtres ; il amplifie ou transforme, pour nous inquiéter et non pas pour nous consoler. | | | | |
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| art | | | L'artiste ne doit ni ne peut peindre la vie, il veut l'inventer, c'est à dire rendre vivante sa peinture. Les couleurs routinières ne sont pas plus près de la vie, que les couleurs inventées. Pour être vivantes, elles doivent créer une illusion irrésistible d'une autre vie, aussi énigmatique que la réelle. Le talent, le goût, l'intelligence comptent plus, pour la vivacité des touches, que le respect servile de la routine, de la version courante, de la fidélité photographique. Mieux on fabrique l'outil (organon, logique), moins on a besoin de s'en servir. L'infusion de l'être, fidèle à l'effusion de la vie. | | | | |
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| art | | | La littérature : tu choisis un sujet noble, dont ton talent déploiera les effets : « J’aime un écrivain qui rapporte beaucoup d’effets à peu de causes » - Vauvenargues – mais le filtrage y est plus important que le développement. | | | | |
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| art | | | La tragédie doit transiter par la mélancolie, par cette soif, née du conflit entre le vouloir lyrique, le devoir empirique et le valoir aristocratique. C'est pourquoi les comédies tragiques, vécues par les personnages de Tchékhov, sont au-dessus des tragédies comiques, que jouent les repus du pouvoir (Job, Andromaque ou Hamlet) et les repus du savoir (Faust ou Manfred). | | | | |
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| art | | | En pensant à l'art laconique, on peut dire : qui peut plus, veut ou doit moins et devient aphoriste. C'est beaucoup plus intelligent que le banal : qui peut plus, peut moins (a majori ad minus), digne des journaliers ou avocats. Fuir amplianda, affûter restringenda. | | | | |
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| art | | | Chez le médiocre, les tableaux sont plats et les valeurs – banales. Chez le talentueux, les tableaux et les valeurs partent d’une haute noblesse. Des sots on attendrait plutôt un tableau véridique qu’une valeur rachitique, puisqu’ils « ne font qu’évaluer leur sentiment, au lieu de le bâtir » - Rilke - « urteiln immer über ihr Gefühl, statt es zu bilden ». Pour les autres, il serait donc sans intérêt d’opposer la peinture aux jugements. | | | | |
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| art | | | Comment accédait au feu l’homme des cavernes ? Il lui fallait un savoir, une volonté, une puissance, pour frotter une pierre contre une autre, et, l’air aidant, diriger l’étincelle sur des brindilles. La littérature relève aussi d’une espèce de pyrologie : mon élan est l’étincelle, ma langue est l’air, mes pierres sont les contraintes et ma chaume – les choses évoquées. La chaleur produite est partagée entre le corps, l’esprit et l’âme. | | | | |
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| art | | | Le talent garantit la valeur intérieure ; l’intelligence n’apporte que le prix extérieur. Le talent, qui se mettrait à courir derrière le prix, se profane ; l’intelligence s’ennoblit en empruntant la valeur au talent complice. « Les idées mendient l’expression » - Rivarol. | | | | |
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| art | | | Tous les artistes sont amenés à adhérer à ce qui se fait et à renoncer à ce qu’ils voulaient faire. Seulement, dans le vouloir faire, ce qui compte c’est le vouloir et non pas le faire. Il faut rester fidèle au vouloir, au désir, à l’élan, et non pas au produit. D'ailleurs, le produit, qui ne porterait plus les traces de ton vouloir individuel viscéral, ne relèverait que du factuel banal, et ne serait pas digne de ta paternité. | | | | |
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| art | | | Tous modifient et interprètent le monde, et si peu le chantent ou peignent. Les notes et les pinceaux sont plus rares que les formules ou les outils. Les hommes d’action ou les scientifiques veulent et peuvent rester dans l’objectivité ; le poète, et donc le philosophe, doit rester subjectif. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, la volonté de puissance consiste en ivresse, créant l’illusion de force ; mais l’ivresse, naissant après une sobre lecture, doit témoigner d’une vraie puissance. | | | | |
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| art | | | Le but de l'art consiste à sculpter la statue de ton soi, dont l'essence est dans ce qu'on veut, ce qu'on peut et ce qu'on doit, au stade de potentialité, sans aucun complément d'objet, tandis que ce qu'on est présente très peu d'intérêt. « On est ce qu'on peut, mais on sent ce qu'on est » - Stendhal. Le pinceau descriptif est des plus grossiers et banals. Peindre exclut narrer. | | | | |
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| art | | | Tout livre est un arbre, qui peut être jugé soit en tant que fontaine soit en tant qu’éponge, donc – par le particulier ou par l’universel. Dans le premier cas compteront les racines, les fleurs, les fruits ; dans le second – les cimes, les branchages, les ombres. Et puisque l’unification avec d’autres arbres est la première fonction de tout arbre, c’est la présence de variables et de vecteurs de ses élans qui détermine sa valeur. D’où la grandeur de Dostoïevsky et de Nietzsche. | | | | |
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| art | | | Le genre aphoristique exige une profusion de variables, dans l’arbre de l’écrit, pour rendre féconde sa lecture. « Une œuvre est solide, quand elle résiste aux substitutions, qu’un lecteur rebelle tente de faire subir à ses parties »**** - Valéry. Quand on ne substitue que les constantes, il n’y a ni dialogue ni enrichissement ni fraternité. | | | | |
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| art | | | Dans l’approche de l’art, on doit partir soit de la vie soit du rêve, et ces deux angles d’attaque s’excluent, mutuellement. Nietzsche penche pour la vie, et moi – pour le rêve. La jouissance biologique serait, pour Nietzsche, l’essence même des valeurs esthétiques ; et pour moi, ce serait la caresse mélancolique. Sous toutes ses formes, le vitalisme est signe de la pauvreté – spirituelle, créatrice ou imaginative. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, la vie joue un rôle insignifiant d’un cadre, choisi par le hasard et la géométrie, tandis que le tableau lui-même devrait ne refléter que le rêve. | | | | |
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| art | | | Pour les médiocres, être près du réel signifie répéter les mots, que la majorité des savants eut déjà trouvés, pour le qualifier ; on gagne en objectivité, en perdant en subjectivité ; on a d’autant plus de valeur, qu’on s’éloigne davantage de ce réel.« L’artiste ne supporte aucune réalité » - Nietzsche - « Ein Künstler hält keine Wirklichkeit aus ». | | | | |
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| art | | | La danse donne l’envie d’élans et de caresses ; la marche se réduit aux chiffres et aux progrès. « La parole ne vaut que par une substitution, elle étiquette ; le chant fait vouloir, il se met à ma place »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Créer des événements ou en être témoin ? - la littérature ou l’Histoire (étymologiquement, histoire remonte à témoignage). Soigner la forme imaginaire des réquisitoires ou plaidoiries, ou bien tenir au fond véridique des témoignages ? Réveiller le vouloir, faire naître le devoir, affirmer le valoir, faire preuve du pouvoir, hic et nunc, ou bien compléter le savoir du passé ? Les historiens antiques furent poètes et non pas chroniqueurs. | | | | |
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| art | | | Ta maxime, comme la musique, n’apporte que des réponses, auxquelles les autres peuvent (doivent ou savent) chercher des questions adéquates. « En écoutant la musique, j’entends des réponses, j’ai l’impression qu’il n’y ait aucune question »** - G.Mahler - « Wenn ich Musik höre, höre ich Antworten und empfinde, daß es keine Fragen sind ». | | | | |
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| art | | | Ni le mouvement discursif, ni la finalité proclamative, mais l’immobilité du commencement, libre et noble, rend sacrée une écriture. « Toute œuvre d’art, qui n’est pas un commencement, ne vaut pas grand-chose » - E.Pound - « Any work of art, which is not a beginning, is of little worth ». | | | | |
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| art | | | Le style : un point d’Archimède, choisi en fonction de ta puissance et de ton ironie, réalisant un équilibre entre ton pouvoir et ton vouloir et visant à relever ton valoir. | | | | |
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| art | | | La réalité est fastidieuse ; la connaître n’apporte rien à la qualité d’une écriture ; le livre, narrant, précisément, les faits, les pensées, les goûts de son époque ne peut irradier que l’ennui. La valeur d’un écrit se mesure par l’écart, allégorique ou métaphorique, par rapport aux soucis du jour courant. | | | | |
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| art | | | Quelqu’un qui admire Proust n’a aucun droit de juger de l’intelligence ou de la noblesse, puisque, fatalement, il est un sot. Je regrette de l’appliquer à Nabokov, si séduisant dans son ironie et si primitif dans ses jugements de valeur. La Mort à Venise et le Docteur Jivago sont, pour lui, niais et répugnants ; c’est un goujat qui parle… | | | | |
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| art | | | Mais, cherchant l'expression, qu'est-ce que j'exprime, au juste ? - ce que je suis (le pouvoir) ? ce que j'aime (le vouloir) ? ce que je parais (le valoir) ? Une part honteuse du hasard, de ce contraire du devoir, y affleure. | | | | |
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| art | | | Si la sobriété en poésie est pauvreté (Hugo), le plus riche en ivresses poétiques est certainement Shakespeare. | | | | |
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| art | | | L’harmonie facile des parcours (vastes et mécaniques) et des finalités (profondes et communes) – les chemins sans impasses et les horizons sans vertiges. L’harmonie difficile des commencements, où se prouve la hauteur de ton valoir : « La pure harmonie entre le vouloir, le devoir et le pouvoir » - O.Spengler - « Die reine Harmonie zwischen Wollen, Müssen und Können ». | | | | |
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| art | | | Dans l’art, ce sont les chemins d’accès aux images, aux idées, aux mélodies qui dessinent les goûts de l’artiste. La caresse est l’un de ces sentiers, sentier oblique, opposé aux droites invasions ou possessions. Je ne veux ni inquiéter ni exciter, je veux caresser l’au-delà des mots. | | | | |
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| art | | | Le talent suffit pour être un bon musicien ou un bon peintre, qui énoncent des monologues. Mais pour être un bon littérateur, il faut, en plus, de l’intelligence, qui exige une forme dialogique, des va-et-vient de représentations et d’interprétations, picturales ou musicales. En littérature, comptent surtout les commencements impérieux, là où les autres valent par leurs finalités impératives. | | | | |
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| art | | | L’incandescence du fond met en valeur la lumière ; celle de la forme – les ombres. | | | | |
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| art | | | Le fond de tout écrivain est tapissé de valeurs, et celles-ci constituent, depuis longtemps, un thésaurus commun, complet et définitif. C’est seulement le choix fractal qui définit l’originalité du fond. La véritable originalité vient donc de la forme ; c’est elle qui est la cause, projetant ses effets sur le fond des valeurs. Kandinsky renverse, à tort, cette perspective : « L'aspiration de créer, dans l’esprit humain, une valeur nouvelle » - « Die Sehnsucht, im menschlichen Geist einen neuen Wert zu schaffen ». | | | | |
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| art | | | Les choses de ce monde portent déjà, mystérieusement, tant de beautés ; celles-ci sont mises en valeur par ton regard d’artiste ou de penseur. Ta sensibilité les perçoit en profondeur et ton regard, c’est-à-dire ton style, les valorise en hauteur. | | | | |
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| chœur bien | | | IRONIE : Difficile, pour un ironiste, d'en appeler à la munificence. À moins de marquer du rouge crocodilesque le front et les yeux. Le cynique veut le Bien et en discourt, le stoïque le peut et le voit, l'ironique le doit et lui fait la nique. Le Bien, pour lui, sort, placide, du dédale du cœur, pour s'égarer, penaud, dans la droiture des actes. | | | | |
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| chœur bien | | | MOT : Associé à la bonté, tout mot transforme en vaudeville ce qui avait de bonnes chances de rester comédie. Le mot est aussi impuissant avec le Bien qu'avec le bonheur : il devrait les priver de leur côté actif, désir et vouloir, et les voiler d'une épaisse passivité - pudeur et devoir. Le succès des tragédies prouve, que le meilleur outil du mot est la négation. | | | | |
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| bien | | | L'imbécile de demain dira de plus en plus souvent - je veux comprendre, le médiocre - je peux faire et le sage - je dois me taire. | | | | |
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| bien | | | Ils attribuent aux autres la volonté de faire le mal et se bercent de la certitude de ne pas vouloir en faire eux-mêmes. Des âmes malivoles (Rabelais) n'existent pas. Le mal est dans la fusion même du vouloir et du pouvoir (appelée souvent - ô ironie ! - le devoir), et l'ultime chance du Bien étant une barrière étanche entre eux. | | | | |
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| bien | | | Le suicide serait une question d'incapacité de renouveler ses réserves : « Tant que l'on peut donner, on ne veut pas mourir » (Desbordes-Valmore). Tant que l'on veut prendre, on peut vivre. Tranquillement. En esclave : « On n'a la liberté de tout faire que lorsqu'on a tout perdu » - E.M.Remarque - « Erst nachdem wir alles verloren haben, haben wir die Freiheit alles zu tun ». | | | | |
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| bien | | | Le mal se nourrit de toute action ; le seul moyen de l'épuiser est de ne jamais lever le bras. L'homme est à l'opposé de Méphistophélès (« Une partie de cette force, qui veut toujours le mal, et fait toujours le Bien » - « Ein Teil von jener Kraft, die stets das Böse will und stets das Gute schafft ») - il est l'un irréductible qui, en même temps, veut le Bien et fait le mal. Le faire est le mal, et le désirer est le Bien. | | | | |
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| bien | | | La liberté, si importante en éthique, est inutile en esthétique : la grâce ou le donné s'y passent de notre liberté et vont tout droit à l'âme, sans interpeller notre volonté. « La liberté n'est pas de décider, mais d'être décidé » - Enthoven - la liberté est de savoir au nom de quel sacrifice je décide et au nom de quelle fidélité je suis décidé ! | | | | |
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| bien | | | Le seul Bien, inaccompli, indubitable, inarticulé, est en moi ; une fois hors moi, et portant mes initiales ou empreintes, il est juste bon pour le remords ou la honte. Et St-Paul n'a qu'à moitié raison : « Dans ma chair, le Bien n'habite pas : vouloir le Bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir »**. | | | | |
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| bien | | | Quant aux perspectives d'application du Bien, le constat central, amer et navrant, c'est : l'éthique s'arrête au « tu dois ! ». Aucun verbe à l'infinitif (agir, faire, créer), aucun complément d'objet ou de manière (ton prochain, le monde, toi-même, l'intensité) ne peuvent s'y joindre, sans que tout l'arbre éthique ne s'écroule. D'ailleurs, ce serait l'interprétation la plus plausible du silence wittgensteinien. | | | | |
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| bien | | | Aucune réaction, active et adéquate, à l'appel du Bien ne nous est possible ; nous sommes condamnés à rester passifs, face à la voix pourtant la plus irrépressible. Ni notre désir ni notre pouvoir ne peuvent s'associer avec le nom de Bien. La volonté de puissance ne s'applique qu'aux valeurs de la vie et de l'art ; elle est le refus de réduire celles-ci aux valeurs morales. Dans l'art, fusionné avec la vie, le Bien a la valeur d'excitant et non pas de nourriture roborative. | | | | |
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| bien | | | Être libre ; échapper à la Nécessité du Vrai et se soumettre à la Volonté du Bon. Mais les hommes préfèrent la nécessité du bon (la règle) et la volonté du vrai (le calcul), et ils proclament, que la volonté et la liberté sont la même chose. | | | | |
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| bien | | | Le Bien souverain : pouvoir tenir à l'excellence, c'est à dire, sur l'axe, que je trace moi-même, avoir l'audace de me (dé)vouer à la valeur la plus noble, la plus brillante ou la plus intelligente, à laquelle s'adonnera ma voix, mais me servir de tous les registres de cet axe, pour ma musique ouverte. | | | | |
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| bien | | | Le devoir moralisateur chrétien, enseigné pendant deux millénaires, de St-Paul à Hegel, fut battu en brèche par Nietzsche - vers le vouloir, et par Valéry - vers le pouvoir, qui, curieusement, se rencontrent dans la volonté de puissance. | | | | |
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| bien | | | Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton. | | | | |
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| bien | | | Le devoir intemporel devant Dieu s'étant mué en droit temporel des hommes, tous se jugent dorénavant hommes de bien, selon la loi du jour. Cette dualité séculaire n'existe plus. | | | | |
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| bien | | | Personne ne peut dire clairement ce qu'on est ; mais ce qu'on devient s'écrit en langage de gestes et de mots. Le soi inconnu est ; le soi connu devient. Entre les deux se faufile la liberté, qui s'affirme surtout dans l'écoute du soi inconnu : « Étant moi, puis-je vouloir autrement de moi » - Diderot. | | | | |
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| bien | | | Savoir, pouvoir, vouloir, devoir le bien sont des attitudes intenables, puisque aucune traduction du Bien en connaissances, en puissance, en volonté, en loi n'est possible. Et valoir le Bien signifierait en faire un autel, sur lequel tu déposerais tes nobles inactions. Le Bien est peut-être notre seule fibre surnaturelle, vouée à la musique et récalcitrante au bruit des actes, des mots, des pensées. | | | | |
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| bien | | | La philosophie la plus noble n'est ni métaphysique, ni transcendantale, ni ontologique, ni phénoménologique, mais - axiologique. Le seul à l'avoir mis en pratique (sans jamais l'avoir bien formulé) fut Nietzsche : sa réévaluation de toutes les valeurs signifie, en pratique, que, pour un axe donné (sélectionné par notre goût de noblesse), ce ne sont pas nos valeurs privilégiées qui comptent, mais l'intensité égale (éternel retour du même), dont notre talent et notre intelligence sont capables de munir les deux extrémités de cet axe. Le nihilisme, le Bien et le mal, la volonté de puissance fournissent les exemples les plus frappants de cette noblesse insurpassable. | | | | |
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| bien | | | Une seule connaissance est condamnée par l'arbre biblique, celle du Bien et du Mal. Le Bien, en effet, semble être le seul affect inconnaissable. Quand on sait, en plus, qu'aucune volonté ne nous en approche, on comprend, que « Le mal est de connaître et de vouloir »* - A.France. | | | | |
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| bien | | | Le cœur, ce réceptacle du Bien, subit - se réjouit ou s'afflige ; il n'a pas de volonté, qui appartient à l'esprit. L'esprit agit, il est, donc, source du Mal. Il ne faut pas les confondre, comme le fait Épictète : « Où est le Bien ? Dans la volonté. Où est le mal ? Dans la volonté ». | | | | |
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| bien | | | Tout esthète, ayant suivi, comme tout le monde, la voie de la morale ordinaire, se trouve un jour devant un terrible appel vers un sentier de l'esthétique, où il serait le seul voyageur, se faisant guider par son seul talent, et avec un nouveau code de la route, l'obligeant d'oublier celui qu'il avait appris. Et il éprouvera un « mépris fulgurant pour ce qui s'appelait 'devoir' » - Nietzsche - « Blitz der Verachtung gegen das, was ihr 'Pflicht' hieß ». | | | | |
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| bien | | | Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le Bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire, que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde. | | | | |
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| bien | | | Tout est dit ; le droit de créer des valeurs est une misère, puisque toutes les valeurs passèrent déjà en revue ; il ne reste que des vecteurs, c'est à dire l'indicible, qui ne vaudra que par son chant ou par sa musique ; aux valeurs marchandes ou marchantes, on ne peut opposer que des vecteurs, qui nous mettent en danse ou nous rendent sans prix. | | | | |
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| bien | | | L'appel du Bien et le charme du beau logent et balbutient en moi-même, et l'essai de traduire ces voix en une musique intelligible est mon devoir. Mais nos contemporains se méfient de ce mot de devoir, où ils ne voient qu'une contrainte extérieure. Ce qui est insupportable pour l'homme moderne, qui finit par faire de son droit - le but, qui, sans présenter une grâce, libère de toute contrainte. | | | | |
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| bien | | | L’esprit est dans le faire et l’âme est dans le vouloir ; et l’on veut faire le Bien et l’on fait le Mal qu’on ne veut pas – on échoue où l’instigateur est l’âme, on réussit où l’acteur est l’esprit. | | | | |
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| bien | | | Celui qui veut l'action, veut-il ses conséquences ? Il n'y aurait pas de transitivité. On fait le mal par fatalité ; la volonté est fatale, comme l'est l'action. Tout homme est incontinent, volontairement ou pas. Volontairement, nul n’est méchant. | | | | |
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| bien | | | Pour comprendre l’essence du Bien, peu importe l’étendue des moyens ou la profondeur des buts ; c’est la hauteur de tes propres contraintes qui en donne une petite idée, et encore. « La valeur d’un homme consiste souvent non pas en ce qu’il peut mais en ce qu’il ne peut pas faire »*** - Tsvétaeva - « Сила человека часто заключается в том, чего он не может сделать, а не в том, что может ». | | | | |
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| bien | | | Jadis volonté rimait avec écart ; aujourd'hui, elle est synonyme de standard. L'innocence plane sur les algorithmes du troupeau ; la honte des solitaires ne se départ plus du banc des accusés. « Être innocent, c'est être sans volonté, sans malice et partant sans bonté » - Hegel - « Unschuld heißt willenlos sein, ohne böse und eben damit ohne gut zu sein ». | | | | |
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| bien | | | Le Bien est hors tout acte ; il n’en est ni moyen ni chemin ni but, mais une balance sans chiffres, qui nous fait rougir ou qui nous console, mais sans aucun rapport avec la valeur des actes. | | | | |
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| bien | | | Ne pas se tromper de verbe : il faut vouloir l’appel du Bien, pouvoir créer du Beau, savoir l’accès au Vrai. | | | | |
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| bien | | | Pour un homme de conscience morale, faire le Bien est illusoire ; pour un homme de conscience intellectuelle, maîtriser le Vrai est facile ; c’est pourquoi : « Il vaut mieux vouloir le bien que connaître la vérité » - Pétrarque - « Satius est autem bonum velle quam verum nosse ». | | | | |
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| bien | | | L’agir ou le créer ont un parent commun – le pouvoir, mais tout agir est entaché du mal, tandis que tout créer vise – devrait viser – exclusivement le Bien. « Le mal extrême fait partie du Bien extrême, mais celui-ci est dans la création »** - Nietzsche - « Das höchste Böse gehört zur höchsten Güte : diese aber ist die schöpferische ». | | | | |
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| cité | | | La liberté agréable, c'est le pouvoir sur les choses ; mais, par hygiène d'âme, il faudrait pratiquer, de temps à l'autre, une servitude prophylactique : abdiquer ton vouloir ou émanciper ton devoir, face aux choses, ou plutôt - leur tourner le dos, le temps que s'efface le rouge à ton front. | | | | |
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| cité | | | La nature s'en va, la culture s'y substitue ; et puisque le devoir est naturel et le droit - culturel, les droits du citoyen progressent et les devoirs du frère régressent. | | | | |
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| cité | | | Au sens banal du mot, n'est libre que la société des tyranneaux, campés sur leurs droits. Au sens pur du mot, seuls les serviteurs de Dieu se libèrent, en plaçant tout droit tonitruant derrière un devoir muet. | | | | |
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| cité | | | La modernité - le culte de la version courante, le rejet de conversions. Messageries et communication opposées à messages et communions. Le prix occultant la valeur : « L'ère de la facticité, où il ne s'agit plus de valoir, mais de faire valoir »** - Baudrillard. | | | | |
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| cité | | | Je suis ce que je veux, je suis ce que je peux, je suis ce que je dois - l'homme héroïque, l'homme créateur, l'homme moral. Plus ils sont indépendants, en moi, plus je suis libre. Lorsqu'ils se fondent en un seul personnage, je suis mouton ou robot. | | | | |
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| cité | | | La démocratie est la sobriété de pouvoir. La tyrannie en est l’ivresse, ce qui met sous la même bannière les poètes, les sans-abri, les voyous et les tortionnaires. | | | | |
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| cité | | | La raison principale de l'extinction progressive du grand art est dans la réponse à cette question : qui peut, veut et doit se porter juge des œuvres d'art ? La réponse, donnée et acceptée par tout le monde, est – la foule. L'effet pernicieux de cette résignation est la transformation en foule de ceux, qui formaient jadis une élite. Et le besoin même de juges vint achever l'esprit libre du créateur, qui, jadis, tout en écoutant l'avis d'un aréopage restreint, ne suivait que sa propre voix. Les grands s'acoquinent avec les médiocres et finissent par ne plus en être discernables. « Le socialisme achète la remontée de la platitude par le prix de l'effondrement des hauteurs » - Berdiaev - « Социализм покупает подъём равнин ценой исчезновения вершин » - le capitalisme pratique le même troc. | | | | |
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| cité | | | Dès que je possède la liberté, je m'attache, comme tout le monde, aux biens, au consensus des sujets et à la présence du maître. Et je me souviens de mes premières amours, où, épris de la liberté, je voulais être riche sans biens, puissant sans armes, sujet sans maître. Mais dès que je possède la puissance, je n'ai plus la liberté : « Cet étrange désir - chercher la puissance et perdre la liberté » - F.Bacon - « It is a strange desire to seek power and to lose liberty ». Ceux qui veulent pouvoir sont rarement libres ; ceux qui peuvent vouloir le sont plus sûrement : « La liberté est une sensation de pouvoir vouloir »** - Valéry. | | | | |
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| cité | | | Le mouton suit ce que veut son instinct sourd ; le robot exécute ce que peut son algorithme monotone ; l'homme libre tâte ce que vaut la voix palpitante du bien. Mais les deux premières espèces prétendent, elles-mêmes, être libres : « Être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut » - Sartre. La liberté ne se mesure qu'à l'échelle verticale du valoir (la noblesse et le talent) ou du devoir (la fidélité et le sacrifice) ; le vouloir (l'instinct ou la violence) et le pouvoir (la force et l'inertie) appartiennent à l'horizontalité. | | | | |
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| cité | | | Dans l’élan vital, comme dans la volonté de puissance, se rencontrent le vouloir et le pouvoir ; mais ce sont deux clans irréconciliables qui les incarnent. Dans le premier, règne un pouvoir dominateur, normatif, machiavélique ; dans le second, culminant avec Nietzsche, – un vouloir artistique, gracieux, narcissique. Spinoza : « Par vertu et puissance j’entends la même chose » - « Per virtutem et potentiam idem intelligo » - ne fait que suivre Machiavel. | | | | |
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| cité | | | Passer de l’oral à l’écrit, de la convention implicite à la loi explicite – est un progrès. Mais renoncer à mes propres contraintes, à mes nolo (je ne veux pas) particuliers, au nom des noli (il ne faut pas) universels, est une régression. | | | | |
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| cité | | | Les élites se maintenaient grâce aux poètes et aux philosophes qui en constituaient la quintessence ; leurs valeurs furent inaccessibles aux ploucs, ce qui en empêchait l’invasion de la scène étroite et discrète. Mais depuis que les élites modernes ne comprennent que des journalistes et que la scène élective devint scène collective, l’élite et la masse devinrent indiscernables. « L’élite disparaîtra, quand sa pensée aura pénétré le corps du nombre » - A.Suarès. | | | | |
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| cité | | | La démocratie n’a rien à voir avec la profondeur du savoir ou avec la hauteur du valoir ; sa meilleure assise, c’est la platitude – se fier aux yeux calculateurs, se méfier des regards adorateurs. L’exemple de l'horreur communiste l’illustre bien : « Le communisme est descendant du christianisme, de la hauteur du regard sur l’homme »** - Dostoïevsky - « Коммунизм произошёл из христианства, из высокого воззрения на человека ». | | | | |
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| cité | | | L’homme rationnel doit vivre et agir selon les règles de la société, devenues modes d’emploi ; l’homme imaginatif peut rêver selon ses idées ; l’homme irrationnel veut se débarrasser et des règles et des idées, pour s’identifier avec ses rêves. | | | | |
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| cité | | | La justice est le devoir du plus fort et le droit du plus faible. | | | | |
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| cité | | | Finis les hommes du devoir existentiel, du vouloir essentiel, du pouvoir substantiel, c'est le valoir industriel qui les réduisit tous en robots. | | | | |
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| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
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| doute | | | La dialectique sophistique favorise les tableaux triadiques ; la dialectique dogmatique leur préfère l'axe, la dualité, dont le soi est le cas le plus flagrant. Et j'y trouve tant d'oppositions mal tranchées : l'inconscient n'est qu'une partie câblée du conscient, l'essence est une précondition nécessaire de l'existence, la transcendance est l'immanence justifiée. Le soi se décompose le mieux entre le vouloir et le pouvoir, entre le rêve et l'action, entre le divin et l'humain, entre la création et la créativité, bref – entre le soi inconnu et le soi connu. | | | | |
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| doute | | | J'aime cette indétermination d'échelle de la profondeur-hauteur de Zarathoustra, du savoir-pouvoir des Cahiers de Valéry, du jouir-vomir de Cioran. Cette lecture fait de vous fabricant de balances, inventeur d'altimètres ou de tortures. | | | | |
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| doute | | | En quelle saison veux-tu unifier ton arbre ? Veux-tu privilégier la fleur, le fruit ou le bois de chauffage ? La lumière de sa cime, l'ombre de ses ramages, la ténèbre de ses racines ? Ce qui est visible, ce qui est lisible, ce qui est intelligible ? « Les principes philosophiques sont les racines de notre pensée et de notre volonté ; c'est pourquoi ils ne doivent pas s'exposer à la vive lumière »** - Nietzsche - « Philosophische Grundanschauungen sind die Wurzeln unseres Denkens und Wollens : deshalb sollen sie nicht ans grelle Licht gezogen werden » - cette préférence de la hauteur ne nous rend pas moins profonds, mais moins bavards. | | | | |
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| doute | | | Qu'est-ce qui me plonge dans une folie désirable, différente de celles qui sont à portée de tout le monde ? - c'est le choix d'un bon moment, pour la déclencher, et de bonnes choses, pour en recevoir des empreintes. Le goût et la maîtrise plutôt que le désir et l'abandon. N'y est pas fou qui le veut, mais seulement celui qui le peut. | | | | |
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| doute | | | Ce n'est pas en connaissance, mais en appétence de soi, qu'il faut progresser : il faut se vouloir à défaut de se connaître. Se connaître voudrait dire maîtriser la tension de ses cordes (« il faut se connaître, pour régler sa vie » - Pascal), mais, pour interpréter une belle mélodie, d'autres dons sont plus vitaux. | | | | |
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| doute | | | L'âme est en charge de mes valoirs et de mes vouloirs, donc de ma noblesse et de mes passions. L'esprit, lui, s'occupe de mes pouvoirs et de mes devoirs, donc de mes lumières et de mes actes. Mais les deux ne sont que deux fonctions d'un même organe, d'une méta-âme ou d'un méta-esprit, l'organe qui doit entretenir le prestige de l'obscur dans les affaires de l'âme et la dignité du lumineux dans celles de l'esprit. | | | | |
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| doute | | | La puissance a deux domaines d'application : la représentation et l'interprétation. La création ou la réflexion. Chez le créateur, ce n'est pas la monade - volonté de puissance - qui le résume, mais la dyade - la volonté et la puissance - qui constitue un véritable axe de sa personne : la volonté gît au fond du soi inconnu et la puissance forme le soi connu. Dionysos est dans la volonté charnelle, que la puissance spirituelle d'Apollon traduit. | | | | |
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| doute | | | Dans l'exposé de ce qui est connu, tous les hommes atteignent des statures comparables ; c'est dans le style de nos attouchements de l'inconnaissable, que notre vraie valeur s'affirme. Et Wittgenstein : « Moins tu te connais et te comprends, moins grand tu es » - « The less somebody knows & understands himself the less great he is », n'y est bête qu'au second degré. | | | | |
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| doute | | | Nihiliste n'est pas celui qui veut nier mécaniquement, mais celui qui peut affirmer organiquement, c'est à dire en partant de soi-même, sans s'appuyer sur les autres. Il vaut par la qualité des points zéro de ses Oui. | | | | |
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| doute | | | Le mauvais nihilisme - juger fausses les valeurs courantes, chercher à les réévaluer ; le bon - reconnaître que la plupart des valeurs proclamées sont justes, mais ne les apprécier que si l'on est capable de les atteindre à partir du point zéro de la création. En quittant le domaine des problèmes et en pénétrant celui des mystères, le nihilisme accomplit le pas suivant : se mettre au-delà des valeurs. | | | | |
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| doute | | | Plus les hommes veulent exhiber ce qu'ils sont, plus insignifiants ils paraissent. On signifie par son pouvoir d'invention d'un soi introuvable. | | | | |
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| doute | | | L'être, que reniflent les creux, est ce que représente la chose sans notre œil et sans lumière : « O Soleil ! Toi, sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont » - E.Rostand. Les ombres de notre regard seraient à déplorer encore davantage. D'ailleurs, le regard est davantage une humble répartition d'ombres qu'une orgueilleuse projection de lumières ; la lumière, c'est du je peux ! , et les ombres - du je veux ! | | | | |
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| doute | | | Le nihilisme est un contraire du scepticisme et de l'absurdisme. Pour ceux-ci, notre propre avis comme l'avis des autres ne valent rien. Pour le nihiliste, bâtir sur les avis des autres ne vaut rien ; seuls valent nos propres fondements, commencements, élans. Être nihiliste, c'est annihiler les avis des autres et ne compter que sur soi. Il va de soi, qu'il ne s'y agit pas de science, mais de poésie et de philosophie. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert, c'est savoir qu'on ne sait pas ce qu'on veut le plus ; l'identité du vouloir et du savoir abstraits, dans l'Ouvert de l'Être, proclamée par Heidegger, nous rend Fermés dans l'Étant. | | | | |
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| doute | | | Les hommes, c'est à dire les sujets, s'inscrivent dans mon modèle, comme moi-même, j'en fais partie ; modéliser un homme, c'est donner la mesure de son valoir en reflétant l'univers modélisé dans ses savoir, vouloir et devoir, face à cet univers ; strictement parlant, l'univers n'existe que reflété ainsi, il est toujours hypothétique. | | | | |
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| doute | | | Zarathoustra, à midi sans ombres, la lumière étant portée par l'aigle et le serpent - comment s'imaginer le retour de cette aveuglante foi ? - à minuit, où tout n'est qu'ombre dévoilante, un chien hurlant à la lune, - une conversion, grâce au même vecteur, plutôt qu'inversion ou réévaluation des valeurs, le nihilisme extérieur (derrière moi, en-dessous de moi, hors de moi - hinter sich, unter sich, außer sich - Nietzsche) se convertissant en nihilisme intérieur (mon meilleur moi m'est inconnu). | | | | |
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| doute | | | Le soi connu, ce sont nos prix, nos valeurs, nos fonctions ; le soi inconnu, ce sont nos invariants, nos vecteurs en dimensions cachées, nos singularités sans coordonnées, notre noyau toujours annihilé, plus pur que le soi pur. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu se montre aux yeux, avec leurs prix et leurs mesures ; le soi inconnu se donne au regard et reste sans prix ni mesure. Le phénoménal représenté et le mental interprété. | | | | |
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| doute | | | Le nihilisme n'est pas déni de toute valeur, mais tentative de me mettre au-delà de l'axe habituel, sur un méta-niveau, - volonté de volonté, pensée de pensée, puissance de puissance. La valeur y retrouvera ses nouvelles origines et s'orientera d'après le vecteur de mon regard, qui munira d'une même intensité les deux extrémités de l'axe ; donc, pas de positions ponctuelles, que des poses discrètes d'une même tension. | | | | |
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| doute | | | Le soi inconnu, celui qui veut, et le soi connu, celui qui peut, heureusement s'ignorent ; le premier insuffle le langage de rêves, le second le traduit en langage d'images et de mots ; l'âme, qui porte le regard, et l'esprit, qui peint les choses vues. « Cette étrangeté de soi à soi, qui est l'aiguillon de l'âme » - Levinas. | | | | |
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| doute | | | Chez le sage, le besoin d'unification d'arbres va de pair avec la liberté d'introduction de nouvelles inconnues. « Laisser quelque chose en suspens, c'est un devoir, une victoire sur un autre besoin, le désir de tout unifier »*** - L.Salomé - « Etwas in der Schwebe lassen ist eine Pflicht : - Sieg über das Nebenbedürfnis, alles unter Einen Hut zu bringen ». Et l'on reconnaît le type d'homme d'après les lieux, où il est prodigue en variables - en racines, en feuilles ou en fleurs en suspens. | | | | |
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| doute | | | Le primitif s'enorgueillit des objets visibles qu'il veut posséder ; le naïf se flatte des objets vus qu'il doit maîtriser ; l'intuitif s'enivre des objets invisibles qu'il peut chanter. Regarder, voir, rendre audible l'invisible. | | | | |
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| doute | | | Qu'on suive la sage prudence ou la folle précipitation, qu'on confesse le désespoir profond ou la haute espérance, qu'on s'appuie sur l'épaisseur de son savoir ou l'intensité de son vouloir – aucune incidence sur l'intelligence du créateur ou sur la pertinence du créé, si un talent anime la création. Douter, espérer, savoir – les verbes les plus ambivalents. | | | | |
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| doute | | | Ils veulent tout réduire à ce qui leur paraît être connu : au Moi et au Monde - vouloir et pouvoir. Je ne suis attiré que par deux monumentales inconnues : Soi et X - souffle divin et substitutions harmonieuses. | | | | |
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| doute | | | Que nous scrutions un livre d'histoire, notre savoir ou notre mémoire, exposé en mots, tout fait subit les écarts, dus à notre style, notre imagination, notre ironie ou nos filtres. Donc, opposer les faits aux abstractions n'a pas beaucoup de sens, puisque l'ennemi du fait ne peut être que quelque chose d'insignifiant ou idiot, dans le genre du mensonge, des élucubrations ou de l'ignorance. Et lorsqu'on n'a pas d'adversaire de taille, on n'a pas de valeur propre non plus. Donc, arrêtons de glorifier les faits (et les choses) et préoccupons-nous des images (et des mots). | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | Le mystère du hasard fait naître le désir ; les problèmes de la volonté et les solutions de l’intelligence s’appuient sur ce désir mystérieux. Si tu veux, que des mots s’en mêlent, sans tomber dans la graphomanie, ce désir de l’écriture, - pratique l’écriture du désir. | | | | |
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| doute | | | La liberté animale et la liberté humaine : la première décide si je peux ou pas agir, la seconde – si je dois agir. Mais même la seconde ne peut pas m’amener à vouloir ou à ne pas vouloir agir. Le désir échappe à la volonté ; et puisque l’objet central du désir est la caresse – au commencement était la Caresse ! | | | | |
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| doute | | | J’oublie, qu’à côté de la réalité (le savoir pragmatique) et du rêve (le vouloir romantique), il existe un troisième séjour de nos lubies – l’idéologie (le pouvoir politique). Ainsi, après la logorrhée scolastique sur l’Un, l’Être, Dieu, l’omniscience, l’omnipotence, la vérité – la banalité cartésienne ou les finasseries spinozistes sont perçues comme presque anti-chambres du réel ou du rêvé. Hegel nous replonge dans le délire. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu a ses racines – la représentation, le langage, la pensée ; le soi inconnu a sa canopée – le valoir (le talent), le devoir (l’éthique), le vouloir (la noblesse). | | | | |
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| doute | | | Mon soi connu dispose d’une volonté (il la maîtrise), mais mon soi inconnu propose (inspire) une volonté de la volonté (comme une pensée sur la pensée, une musique sur la musique). C’est ce second soi qu’il s’agit de préserver : « La volonté de la volonté afin d’assurer son propre soi » - Heidegger - « Der Wille zum Wille zur Sicherung seiner selbst ». Il est instructif de se rappeler, que l’auteur oppose la volonté de la volonté à celle de l’action ou de la grandeur (Handeln, Grösse). | | | | |
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| doute | | | La valeur d’un style auroral est dans les chemins d’accès au passé et non pas dans les panneaux indicateurs vers l’avenir : « Apollon ne révèle pas, ne dissimule pas, mais il indique »* - Héraclite. Trajectoires hyperboliques ou elliptiques. | | | | |
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| doute | | | La pensée discursive est sa lumière ; la pensée aphoristique, ce sont ses ombres. La première s’éteint dès qu’on la sort de son contexte ; la seconde trouvera toujours une lumière auxiliaire, si l’originelle expire, et continuera à ne valoir que par ses ombres. | | | | |
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| doute | | | Les éclaireurs, face aux ombrageux : d’une époque à l’autre, les lumières du savoir changent, mais les ombres du valoir gardent leurs fières et libres empreintes. « Déplorables époques que celles où chaque homme marche à la lumière de sa lampe » - Joubert – j’aime mieux l’homme, dont les ombres dansent ! | | | | |
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| doute | | | La chose en soi est un concept totalement objectif ; le sujet humain n’est nullement impliqué dans la formation de son contenu. Seul un esprit tordu et une âme égarée, comme ceux de Schopenhauer, peuvent associer la chose en soi avec la volonté ! | | | | |
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| doute | | | Mon soi connu est, essentiellement, une éponge, qui absorbe le monde extérieur et le conçoit sous la forme des représentations ; mon soi inconnu est une fontaine, une source intérieure, résumant mon valoir (que Schopenhauer réduit à sa seule facette, le vouloir, tandis qu’il y a aussi le pouvoir et le devoir, que voyait bien Nietzsche). | | | | |
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| doute | | | Avec presque tous les philosophes, il est très facile de défendre les points de vue diamétralement opposés à ceux des auteurs (ce qui, en soi, n’est pas un défaut mais une preuve de l’origine poétique de toute philosophie, même à l’insu de certains philosophes eux-mêmes, des non-poètes). La sophistique peut et même doit accompagner la dogmatique. | | | | |
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| doute | | | Signifier, avoir un sens – un attribut banal et rarement une valeur ; le sens du style ou de l’intensité est leur valeur, et lorsqu’on les maîtrise, être insignifiant est presque un compliment. Le sens est l’obsession de notre époque, et le style – son grand absent. | | | | |
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| doute | | | Le rêve – volonté sans objet palpable ou intelligible. | | | | |
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| doute | | | Ton soi inconnu est responsable de ton valoir, tandis que tes devoir, vouloir, pouvoir reposent sur ton soi connu. « Dans la mesure où le sujet est artiste, il est délivré de son vouloir et devenu un médium » - Nietzsche - « Insofern das Subjekt Künstler ist, ist es von seinem Willen erlöst und gleichsam Medium geworden » - les désirs et les instruments d’art ne relèvent que du soi connu, de l’objet donc (le sujet est toujours le soi inconnu). Cette (con)fusion sujet/objet contamina tant de dionysiaques (adeptes de l’objet) et leur occulta la source apollinienne (le sujet). Le sujet n’est pas artiste (l’interprète), mais daemonion socratique (l’inspirateur). | | | | |
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| doute | | | Les autres sont pour toi aussi évidents que les ours ou les roses, ils tapissent la réalité. La chose la plus irréelle est ton soi inconnu, cette conscience pré-verbale, pré-idéelle, pré-iconique ; ton soi connu, en revanche, est plongé dans le réel. Le premier, le narcissique, t’apprend ce que tu vaux ; le second, le social, apprend ce que valent les autres. « L’apprentissage de la réalité est une blessure narcissique » - R.Debray – la surface de l’eau est la seule origine d’apprentissage de Narcisse ; la seule surface qui te reflète sur un fond d’azur du ciel, à l’opposé du réel. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu est prêt à sculpter aussi bien ce que tu prises (l’ange te le souffle) que ce que tu méprises (la bête t’y invite) – et ce soi le peut. D’où l’intérêt de deviner si ton soi inconnu le veut ou non. C’est un devoir de ton âme et un savoir de ton esprit. | | | | |
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| doute | | | La volonté de puissance se manifeste surtout dans les commencements : « Commencer est le privilège insigne de la volonté » - G.Bachelard. | | | | |
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| doute | | | La valeur d’une profondeur ou d’une hauteur est dans la qualité du chemin, respectivement, vers les finalités ou les commencements, dans la clarté des étapes ou dans la fidélité à l’élan. « La plus véritable profondeur est la limpide » - Valéry ; la plus véritable hauteur est l’étoilée. | | | | |
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| doute | | | Tant de réponses à la question d’apparence banale – que suis-je ? Les autres proclament : ce que je fais, sais, pense, veux, peux, dois. Moi, je dis : ce que je vaux. Et je vaux surtout par mes états d’âme, que m’inspire mon soi inconnu et dans lesquels il n’y a ni action ni langage ni idées, ces composants de l’être des autres, provenant de leur soi connu. Ce que je suis est fait par et de l’Inconnu. | | | | |
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| doute | | | On vaut, expressément, par son côté dogmatique, par ses Oui particuliers et difficiles ; on pèse, inconsciencieusement, par son côté sophistique, par ses Non, communs et faciles. Mais la valeur se prouve par la négation, par la contrainte, par les poids niés. C’est par la désignation d’une bonne querelle qu’on affirme son soi. L’inquiétude contre la paix, le rêve déraisonnable contre la réalité gorgée de raison, la solitude trouvée contre la fraternité recherchée, la noblesse inutile contre la loi pratique, la haute harmonie contre la profonde absurdité, l’intensité des ombres contre l’indifférence de la lumière, la résignation pour la forme contre la révolte du fond. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu s’exprime à travers ton devoir-conscience (attaché à l’étendue que foulent tes pieds) et ton pouvoir-connaissance (formé dans la profondeur de ton esprit). Ton soi inconnu est responsable de ton vouloir-passion (stimulé par la hauteur de ton âme). Ce sont trois dimensions de ton valoir-noblesse – l’action, la réflexion, l’élan. Le choix capital, dans ton existence (la première dimension), est le choix du lieu de ton essence (les deux dernières dimensions) – puiser dans la profondeur inépuisable ou tendre vers la hauteur inaccessible. Le dernier choix est propre des poètes et des bons philosophes. | | | | |
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| chœur hommes | | | ACTION : La valeur des hommes est dans leurs actions de dératés. La valeur de l'homme est dans ses inactions ratées. C'est l'impossibilité d'agir contre les hommes qui fait l'homme rare et le mouton prolifique. La disparition de l'acte solitaire est signe de notre époque ; le rêve ne trouve plus de compagnon en chair, et l'utopie n'atteint même plus une page. | | | | |
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| hommes | | | L'homme-robot, l'homme sans inattendus, l'homme, qui sait ce qu'il veut et ce qu'on attend de lui : « Il n'y a que celui qui sait ce qu'il veut qui se trompe »* - G.Braque. | | | | |
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| hommes | | | L'antihéros, l'homme n'élisant d'adversaires qu'au fond de soi-même. Le surhomme de Nietzsche en est un bel exemple, qu'un fâcheux malentendu classa parmi les héros (César Borgia, chez les blasés du pouvoir, a la même place que Hamlet, chez les blasés du devoir, Don Quichotte, chez les blasés du vouloir, et Faust, chez les blasés du savoir). | | | | |
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| hommes | | | Nietzsche - réduire l'homme à ce qu'il veut en profondeur ; Valéry - à ce qu'il peut en étendue ; le moralisme béat - à ce qu'il doit en largeur. Je pencherais pour le réduire à ce qu'il vaut en hauteur. | | | | |
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| hommes | | | La vie vaut surtout par sa forme, son expression, sa musique ; mais les hommes s'attachent à son fond : au pouvoir, au savoir, au vouloir, dont les valeurs, moutonnières, robotiques ou bestiales, se hissent au-dessus des valeurs vitales, c'est à dire musicales. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui est lamentable, ce n'est pas tellement le fait que tous, aujourd'hui, vivent de l'actualité, mais que les actualités économique, littéraire, judiciaire, scientifique, politique se vivent sur le même ton, selon les mêmes critères, avec la même échelle de valeurs ; l'horizontalité temporelle, c'est à dire l'immense platitude, effaça tout appel de la verticalité spirituelle (aujourd'hui, on professe même des religions horizontales - Camus). Ils veulent abaisser l'homme jusqu'à cette infâme horizontalité, où l'homme retrouverait sa vocation de mouton ou de robot. Ce sinistre projet est en marche ; l'homme, débarrassé de ses rêves, et bercé par la platitude complaisante, est persuadé de se (re)connaître dans le plat robot qu'il devint. | | | | |
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| hommes | | | Du fait que même les valeurs les plus élevées se dévaluent, les hommes concluent au vulgaire relativisme, à l'universelle platitude comme seul réceptacle et juge de nos exploits et de nos lâchetés. Il leur faut de la croissance, là où un bon nihiliste, devenu vecteur, au-dessus des valeurs évanescentes, vit l'éternel retour du même. | | | | |
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| hommes | | | Chez les hommes modernes, la fonction économique évince, petit-à-petit, les fonctions reproductive, imaginative, sacrificielle ; leur vie se réduit à la gestion de leurs comptes en banque ; et pour la première fois, le galimatias marxiste : « La vie détermine la conscience » - « Das Leben bestimmt das Bewußtsein » - s'applique, non pas évidemment à l'homme, mais au robot qu'il devint. Les existentialistes y ont aussi leur part de triomphe. | | | | |
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| hommes | | | L'homme-sujet est un nœud modal, où se croisent le pouvoir, le vouloir et le devoir, et qui vaut par la qualité des trois langages, qui expriment ces facettes : l'intensité, la hauteur, la noblesse. Mais il sera évincé par l'homme-savoir, l'homme-outil, l'homme-fonction, l'homme-service, interchangeable et élémentaire, enchaîné aux objets et projets des autres. | | | | |
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| hommes | | | Pourquoi les valeurs disparaissent-elles, au profit de ce qui est en-deçà ou au-delà d'elles ? Parce que l'homme a le prix, pour lequel il se vend, la valeur, pour laquelle il se donne, et le génie, qui le possède. Qui, encore, se donne ou se veut possédé ? | | | | |
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| hommes | | | Le génie n'est ni un bon usage de règles, ni une invention de nouvelles règles, ni même une création de jeux nouveaux, mais une vision des enjeux, à la verticale des joueurs. Ni choses vues, ni les yeux, ni les prix, ni les valeurs, mais - le regard. | | | | |
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| hommes | | | On ne peut se manifester que par son soi connu et respectable, tandis que le soi inconnu ne peut susciter qu'une vénération presque aveugle. Dans un écrit, pour prouver la valeur de l'auteur, le mépris du soi connu apporte plus que son respect ; l'auteur ne vaut que par son regard vers le soi inconnu. Quand Freud ou Proust parlent de perte de l'estime de soi, qui serait signe d'une décadence définitive, ils visent le soi connu (même camouflé sous un soi inconscient), qui, même sans être haïssable, est banal et universel. Tant de vainqueurs arrogants, aujourd'hui, baignent dans une estime de soi, grégaire et basse. | | | | |
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| hommes | | | Chaque époque fait des transferts réciproques entre ces trois sortes d'entités - des prix, des valeurs, des vecteurs, dont les volumes furent de tout temps comparables. Aujourd'hui, ce sont les valeurs qui se dissolvent et fichent le camp au profit des deux autres domaines : vers les prix, par la profanation du sacré tribal, et vers les vecteurs, par la production du sacré mécanique. | | | | |
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| hommes | | | Les tendances de notre époque : les désirs se grégarisent, et le devoir se personnalise. C'est pourquoi il vaut mieux passer du je veux des buts banals au tu dois des contraintes secrètes, à l'opposé de ce qu'on cherchait à l'époque de Nietzsche. | | | | |
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| hommes | | | Qu'est-ce que le fond humain ? À 90% il est commun aux poètes, concierges, industriels, dockers, scientifiques - la peur des souffrances, le besoin d'amour, l'angoisse de la mort, la joie de découvrir ou de faire, l'attrait de l'amitié. Mais les pédants continuent leur doctes litanies en faveur du fond et accusent de maniérisme ceux qui ne tiennent qu'à la forme. Je devrais m'interdire d'éclairer un fond, que n'importe qui aurait pu faire à ma place ; je ne vaux que par la forme de mes ombres. | | | | |
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| hommes | | | Chez les hommes, la seule traduction de la supériorité, ce sont des multiplications ou des additions : « Les signes + et x de la Banque soutiennent avec le signe sacré de la Croix un obscur combat bourré de salpêtre et de cierges éteints » - Lorca - « Los signos + y X de la Banca sostenían con la sagrada señal de la Cruz un combate oscuro, lleno por dentro de salitre y cirios apagados ». On sait aujourd'hui retraiter le salpêtre en encens, et les cierges, chargés d'argent, résistent aux courants d'air dévitalisés. Aucune multiplication ne sauvera un nul, qui ne vaudra que par ce qu'on ajoute. | | | | |
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| hommes | | | En politique, en économie, en art – il n’y a plus de commencements, puisqu’il n’y a plus de bonnes contraintes, qui voueraient nos yeux calculateurs au présent et notre regard rêveur – à l’éternité. L’enchaînement de pas mécaniques, au lieu de l’élan initiatique. Ni valeurs ni ardeurs ni grandeurs – que la pesanteur, que notre époque préféra à ces grâces. « La grandeur réside dans le départ qui oblige »** - R.Char – le valoir dictant le devoir. | | | | |
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| hommes | | | La platitude finale des hommes est résultat d'une double échéance : la banalisation de la profondeur divine du désir et l'écroulement de la hauteur humaine de la volonté - pour se retrouver dans la programmation du robot sans épaisseur. | | | | |
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| hommes | | | Toutes les époques barbares, dont la nôtre, se définissent par l'attachement à la civilisation (qu'elle soit éclairée ou sombre) au détriment de la culture. La culture s'adonne au beau du pouvoir artistique, au bon d'un vouloir lyrique, au noble d'un valoir spirituel ; la civilisation, elle, ne connaît que le vrai du savoir robotique ou de l'ignorance moutonnière. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, dans l'idéosphère, l'image était une idée métaphorique, se passant de son stade interprétatif ultime, celui du sens ; la graphosphère égalisa l'image et l'idée ; la vidéosphère actuelle se débarrasse de toute métaphore et réduit aussi bien l'image que l'idée - à leur sens. Où elles se retrouvent en compagnie des modes d'emploi et des guides touristiques. Je ressens la puissance de cette machine vidéosphérique dans le sort réservé à ce livre : son inexistence à cause de son invisibilité, de son refus en bloc, refus de sa réalité, de sa valeur, de sa vérité - ce qui me propulse ou m'exile vers ma chère hauteur, où je ne croise ni maisons d'édition ni lecteurs ni caméras. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, on fut attiré par ce qui était intelligible, délicat ou lisible, c'est à dire sollicitait notre esprit, notre âme ou notre goût. Aujourd'hui, pour être valable, il faut être visible ; la visibilité sur la scène publique comme le premier critère de la valeur. Toutes les qualités sont désormais numérisables ; l'écrasante horizontalité quantitative sépare l'homme de ce qui ne vaut qu'en hauteur, où le chiffre n'a aucun poids. Et les différences les plus notables proviennent de la verticalité. | | | | |
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| hommes | | | On est assez grand, tant qu'on peut se boire ou se lire, en oubliant les lèvres et les dates des autres. Virgile, au moins, pensait au jugement d'Homère, et Horace - à Sappho… Ovide a raison : « Qui n'est pas d'aujourd'hui, sera encore moins de demain » - « Qui non est hodie, cras minus aptus erit ». Quant à l'avenir, tout bon art devrait se fier à la « poste de la bouteille », Celan (Flaschenpost), le « pays du cœur » (Herzland) ne manquant pas de rivages. | | | | |
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| hommes | | | Avec l’anglicisation du monde, on gagne bien en savoir et en pouvoir ce qu'on y perd en vouloir et, surtout, en valoir. On a le savoir, on n'a plus le désir ; désavoués, Platon qui désire savoir, moi qui sais désirer. Et Borgès se trompe de diagnostic : « Au fil des ans, nous sommes passé du français à l'anglais et de l'anglais - à l'ignorance » - « Con el decurso de los años pasamos del francés al inglés y del inglés a la ignorancia ». | | | | |
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| hommes | | | L’homme, à partir d’un lien syntaxique imposé (sa naissance, résumant son essence, avec des organes innés du Bien, du Beau, du Vrai), devient créateur de liens sémantiques, répartis entre le vouloir, le pouvoir, le devoir, le savoir. Cette création s’appelle existence. L’existence, en accord avec l’essence, forme les seuls deux sujets, dignes d’une spéculation philosophique, – le besoin de consolation (ou le goût de la caresse, les deux - opposés à la possession) et la richesse (opposée à l’algorithme) du langage. | | | | |
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| hommes | | | Le sujet (moral ou juridique) est un objet, muni d’un vouloir, d’un pouvoir, d’un devoir, d’un savoir. Toutes ces compétences se transfèrent, inéluctablement, vers les machines, et le robot, bientôt, recevra le grade de sujet. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, le savoir s’associait surtout avec le valoir de son porteur ; la réalité d’aujourd’hui – bien que connue dans l’Antiquité en tant que métaphore -, est que le savoir se réduit au pouvoir sur les autres. | | | | |
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| hommes | | | Être utile aux autres, c’était la répugnance des romantiques et la satisfaction des goujats : « C'est proprement ne valoir rien que de n'être utile à personne » - Descartes. | | | | |
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| hommes | | | De la table des grandeurs ascendantes – prix-valeur-noblesse – il ne reste, de nos jours, que le prix, qui, moutonnier, cherche à se faire passer pour valeur universelle ou noblesse personnelle. | | | | |
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| hommes | | | Dans sa première jeunesse, on exhibe ce qu’on sait (pas grand-chose, en réalité), ensuite, on s’épanche sur ce qu’on pense (le plus souvent – des platitudes), enfin, on se contente de narrer ce qu’on éprouve (mais il est trop tard, pour s’en émouvoir). Pourtant, l’inverse aurait été si raisonnable. Et utile aussi bien pour le savoir final que pour le valoir initial. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la notion de valeur n’effleurait qu’une partie infinitésimale des hommes, le reste se contentant de vivre selon l’instinct. Les valeurs, réglementaires ou monétaires, devinrent l’apanage de la foule déblatérante, et aux instincts vitaux individuels se substituèrent les algorithmes communs. Il devint difficile de distinguer le mouton du robot. La banalité juste évinça la volupté injuste. | | | | |
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| hommes | | | Trois marches de l’échelle mesurant un homme : la réussite (le prix), les critères retenus (la valeur), l’étoile visée (le vecteur) ; plus on va, mieux on se passe de deux premières et, grâce à la troisième, plus proche devient son ciel étoilé. Einstein ne voit pas cette dernière marche : « C’est en valeur d'un homme et non pas en son succès que consiste le sens de sa vie » - « Der Sinn des Lebens besteht nicht darin ein erfolgreicher Mensch zu sein sondern ein wertvoller ». | | | | |
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| hommes | | | Je ne connus qu’un seul grand ami, et c’est lui qui m’apprit le sens d’une fraternité ardente. En revanche, la camaraderie reste, pour moi, une valeur froide, à être partagée, valeur commune. L’union fraternelle ou amoureuse est la rencontre de deux solitudes. | | | | |
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| hommes | | | L’homme moderne est si rempli de valeurs communes que même s’il fouille son soi, en quête d’originalité, il tombe sur ce que la foule lui avait injecté. | | | | |
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| intelligence | | | On est d'autant plus intelligent, qu'on sait moins ce qu'on veut et qu'on sait plus ce qu'on peut. Pour faire ce qu'on peut, il faut du génie ; pour faire ce qu'on veut, le talent suffit. Pourtant, le talent, c'est le pouvoir ; le génie - le vouloir : « Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien » - Valéry. La volonté et la maîtrise devraient nous pousser vers ce que nous ne pouvons pas savoir. | | | | |
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| intelligence | | | Ces magnifiques triades : œuvre - créateur - principe, éprouver - représenter - interpréter, pouvoir - vouloir - devoir, mot - idée - acte, désir - idéal - miracle - à croire que tout ce qui est beau ne s'exprime qu'en triades ! La gent de plume, de note et de rideau le comprit, pas celle de toile ; ne pas choisir une toile triangulaire est proprement incompréhensible ! Et je ne me moquerais presque plus de ce brave Cusain qui prouvait que son bon Dieu n'était qu'un triangle maximal ! | | | | |
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| intelligence | | | On a beau compiler toutes les leçons du devoir être (la morale), du vouloir être (le désir), du pouvoir être (la volonté), on arrive inéluctablement à la conclusion, qu'on continue à ne même pas effleurer l'être. La seule orbite onto-distante autour de celui-ci paraît être empruntée par la poésie. Les autres sont trop elliptiques, pour qu'on puisse pressentir le bon foyer. | | | | |
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| intelligence | | | Si tout premier signal du cœur est le meilleur (le génie du cœur), avec les productions de l'esprit (la passion savante) il faut attendre systématiquement un second signal pour s'entendre. Tant et si bien que je pense de Descartes, je veux de Nietzsche, je dois de Tolstoï, je puis de Valéry, je suis de Heidegger - leurs premiers signaux - gagnent en intérêt, si l'on a la patience d'écouter leurs successeurs, qui ne sont jamais produits par la même fibre. | | | | |
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| intelligence | | | Kant a raison de composer ses Critiques, en suivant ses trois transcendantaux – le vrai, le beau et le bien, dont s'occupent l'esprit, l'âme et le cœur. Mais si l'exercice de leurs fonctions est semblable pour l'esprit et l'âme, le cœur ne peut que vénérer le bien, sans pouvoir l'associer aux actes. Donc, si à la transcendance profonde on préfère l'ascendance haute, on s'occupera des organes responsables : l'esprit veillant sur le pouvoir et le devoir, l'âme palpitant dans le vouloir et le valoir. Le cœur y est un grand muet analphabète. | | | | |
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| intelligence | | | Je veux - une flèche, je pense - un réseau, je rêve - un regard. Mais ce regard a besoin de flèches, qui ne volent pas, au-dessus d'un beau réseau. Donc, l'existence à la Valéry est plus convaincante que celle de Nietzsche ou de Descartes. | | | | |
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| intelligence | | | Philosophe - l'homme, qui a les moyens de croire ce qu'il veut. Les autres - ceux qui vivent de la poursuite de ce qu'ils peuvent, en suivant le conseil ironique de Léonard : « Que celui qui ne peut ce qu'il veut, veuille ce qu'il peut » - « Chi non puo quel che vuol, quel che puo voglia ». | | | | |
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| intelligence | | | Qu'est-ce que penser ? - savoir que l'on doit (Kant), veut (Schopenhauer), peut (Valéry). Et sans le savoir - pas de valoir (Nietzsche) ; donc, au moins dans l'immédiateté, Descartes est plus près du moi que les autres. | | | | |
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| intelligence | | | La lecture la plus valorisante : aux réponses, apportées par l’auteur, associer des questions, auxquelles celui-ci n’avait pas pensé. | | | | |
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| intelligence | | | Les lacunes du savoir, les caprices du vouloir, les hasards du pouvoir, c'est ce qui guide la plume de l'homme incomplet ; le résultat est le contraire d'un système, que l'homme complet, surpris agréablement lui-même, découvre dans ses productions. Le premier, convoiteux et envieux, accuse le second des effets soi-disant mécaniques, qui ne sont en réalité, que les causes organiques d'une unité et d'une ampleur. | | | | |
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| intelligence | | | Le combat des verbes, chez Schopenhauer (le vouloir contre le savoir) ou chez Nietzsche (le pouvoir contre le devoir) ne fait que substituer des idoles. En revanche, le combat des noms (la représentation contre l'interprétation ou la noblesse contre la faiblesse) produit des unifications fécondes. | | | | |
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| intelligence | | | Le nihilisme n'est la négation ni de points d'attache (ontologie) ni de valeurs (axiologie), mais la liberté et le talent de leur (ré)invention. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ». | | | | |
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| intelligence | | | Le soi absolu (Kant, Fichte, Hegel) serait une pure liberté, source d'une vaste et profonde philosophie transcendantale ; mon soi inconnu est, avant tout, source de contraintes, pour que mon esprit parte de mon âme, dans un courant poétique, dont le premier souci est de garder la hauteur de source. La rigueur des valeurs face à la vigueur des vecteurs. | | | | |
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| intelligence | | | Les modalités logiques - la nécessité, la possibilité, la suffisance - se trouvent au centre des interminables arguties des bavards, tandis que c'est la partie la plus banale des représentations par contraintes. En revanche, les modalités mentales - la volonté, le devoir, la puissance - se raréfient chez les penseurs, tandis que seule la pensée mentale, c'est à dire personnelle et passionnelle, mérite le nom de pensée. L'homme créateur, assoiffé, manie les étiquettes logiques, pour entretenir son ivresse mentale ; l'homme banal, repu et blasé, se lamente de la nécessité du banal et de la banalité du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de connaissances complet, il doit y avoir un plan objectif - la logique et des structures, et un plan subjectif - des modèles des sujets, avec leur savoir (doutes, intuitions, expériences) et leurs modalités (vouloir, devoir, pouvoir). Les propositions bien formées n'apparaissent qu'après l'élimination (par l'interprétation extra-logique) de sujets. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est l'une des frontières de la volonté, comme l'être surgissant en toute section du devenir. La représentation est une traduction du monde, en deux modes possibles - reproduction ou création ; et c'est le soi, et non pas le monde, qui se réduit à la volonté et à la représentation, c'est à dire au travail du libre arbitre, la liberté étant réservée à notre âme, animée par le frisson intraduisible. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui détermine le degré de mon intelligence, c'est la richesse des structures primordiales, que j'extrais du spectacle du monde : face aux valeurs, qu'en retirent Cioran, Nietzsche, Valéry ? Le premier nous conduit toujours vers un même point extrême, où s'accumulent le dégoût, la négation, la fatigue. Le deuxième cultive des axes, en en munissant tout point d'une même intensité musicale. Enfin, le troisième, le plus intelligent, construit un arbre, plein d'inconnues et de rythmes. | | | | |
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| intelligence | | | Les étapes ascendantes du mûrissement d'une bonne tête : penser, se regarder penser, savoir se regarder penser - la mécanique, l'intelligence, la connaissance ; une fois ce minimum vital atteint, il faut le mettre sur le métier à trois navettes : pouvoir, vouloir, devoir - le talent, l'intensité, la morale - l'esprit, l'âme, le cœur. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'on soit scolastique, cartésien ou spinoziste, qu'on parte des choses vues, de l'œil ou de leur Créateur, de la matière, de l'instrument ou du Maître, - on vaudra ce que vaut son regard, c'est à dire la qualité interne de son œuvre. | | | | |
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| intelligence | | | Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité. | | | | |
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| intelligence | | | Si la jeunesse savait, elle en pleurerait ; si la vieillesse pouvait, elle en rirait. Et non pas, comme c'est le cas, l'inverse. « Tant que tu es jeune, toutes tes pensées vont à l'amour ; après, tout ton amour va aux pensées »** - Einstein - « Solange man jung ist, gehören alle Gedanken der Liebe ; später gehört alle Liebe den Gedanken ». On est jeune, quand on sait tout (« Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir » - Wilde - « I am not young enough to know everything »). L'ignorance est le lot de la savante vieillesse : « Ne cherche pas à tout savoir, si tu ne veux pas tout ignorer » - Démocrite. | | | | |
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| intelligence | | | La valeur de Platon et de Heidegger se situe hors de la philosophie – dans l'élégance des métaphores ou dans l'amusement philologique. Les philosophes cathédralesques, dépourvus de ces qualités littéraires, sont ridicules dans leur lourd plaidoyer de l'idée platonicienne ou de l'être heideggérien, dans lesquels l'imagination poétique doit dominer largement toute gnoséologie et toute ontologie. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l'esprit, qu'il soit systémique ou aphoristique, cherche à se débarrasser du hasard : le premier, pour chasser le hasard de l'arbre, et le second - celui de la forêt ; le premier s'occupe de continuités, le second - de ruptures ; le premier donne une idée du prix sonnant des surfaces et volumes, le second - une image de la valeur musicale des profondeurs et hauteurs. | | | | |
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| intelligence | | | La création a peu de choses à voir avec la volonté ou la puissance, le talent seul peut y suffire. Pour un talent, vouloir, c'est créer des buts, et pouvoir, c'est créer des contraintes. Le talent, lui-même, devrait se consacrer aux commencements, ou plutôt devrait les sacrer. | | | | |
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| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
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| intelligence | | | Les forces occultes sont impuissantes devant l'intelligence, mais peuvent s'avérer despotiques avec la volonté et l'imagination. Et la volonté (si souvent démoniaque) lui doit tout, l'intelligence (avec sabots ou sans ailes) - beaucoup, mais l'imagination divine - rien. | | | | |
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| intelligence | | | Être homme d'une seule idée est toujours un signe d'originalité ; mais être homme d'une seule méta-contrainte est encore plus prometteur - un signe de noblesse. « Il faut former en soi une question, antérieure à toutes les autres, et qui leur demande, à chacune, ce qu'elle vaut » - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Comparée à l'idée ou à la valeur, la métaphore a une durée de vie décuplée, avant de sombrer, comme tout le reste, dans la banalité ; c’est pourquoi les commencements doivent partir des métaphores vivantes et non pas des abstractions ; l’héritage culturel de mes ancêtres m’oblige à pratiquer un nihilisme filtrant, éliminatoire, pour écarter tout ce qui fut déjà tenté et devint commun. Avoir bien préparé ma défaite future aura fait partie de mon succès présent. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde (celui de l’homme, celui que les Allemands appellent Dasein), ce monde est la représentation et l’interprétation. La volonté schopenhauerienne correspond à la représentation du sujet (et de son savoir) en tant que faisceau de modalités – vouloir, pouvoir, devoir – et doit être incorporée à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les classifications catégorielles (reflétant l’être) sont la syntaxe cognitive, les classifications énergétiques (en vue de la puissance, de l’acte, du devenir) en sont la sémantique : poïesis – praxis, le savoir – le vouloir. | | | | |
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| intelligence | | | Pour le scientifique, la syntaxe de son langage est rigoureuse, et la sémantique – plutôt intuitive ; pour le philosophe, c’est l’inverse : son vouloir est net, et son savoir - vague. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | La Volonté schopénhauerienne et la volonté de puissance nietzschéenne n’ont pas grand-chose à voir avec le vouloir, elles se concentrent plutôt dans le valoir : ce que valent (ou sont) les choses (en soi) ou ce que vaut un (sur)homme. | | | | |
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| intelligence | | | Chez les médiocres, la volonté naît d’un manque extérieur ; chez les bons créateurs – d’une plénitude intérieure. | | | | |
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| intelligence | | | Les convictions sont des valeurs, et parler de la mutation des premières (Dostoïevsky) ou de la réévaluation des secondes (Nietzsche) revient au même, bien que le pouvoir de l’homme du souterrain soit à l’opposé du devoir du surhomme. | | | | |
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| intelligence | | | En matières intellectuelles, toute ta noblesse (le valoir) et toute ta conscience morale (le devoir) se réduisent à tes élans (le vouloir), tandis que toute ton intelligence et tout ton savoir se réduisent à ton talent (le pouvoir). Comment ne pas comprendre la volonté de puissance (vouloir pouvoir ou pouvoir vouloir) comme l’essence de toute création ! | | | | |
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| intelligence | | | La cécité et la misère de la philosophie académique se révèlent dans ces deux exemples : elle ne voit de mystère ni dans la matière ni dans l’esprit ; elle n’entoure de mystères que ce qui est banal, trivial, plat – le non-être, le néant, le rien, l’ensemble vide (le seul apport philosophique au thème d’existence aurait dû être l’objet et la thérapeutique de la consolation). Et, comble d’imposture, cette philosophie le fait dans le culte d’un savoir, qu’elle ne possède jamais (comme le vouloir et le pouvoir – non plus). Arythmie des mots, anémie des concepts. | | | | |
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| intelligence | | | De plus en plus je crois, que l'abus ontologique du verbe ou du nom d'être (avec leurs translations hypothétiques : vouloir, devoir, pouvoir) est dû au peu de talent dans la projection de verbes plus riches sur des noms manquant de dimensions et démunis de liens. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| intelligence | | | Trois types d’intelligence : celle du savoir théorique, celle du pouvoir pratique, celle du vouloir poétique. On constate aujourd’hui la mort clinique de la dernière et le triomphe robotique de la première. | | | | |
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| intelligence | | | Entre la réalité (le validateur) et l’intelligence humaine (les hypothèses à valider), s’interposent le langage explicite (immédiat) et la représentation implicite (postérieure). Le langage peut avoir trois sources : la représentation elle-même (l’expérience des hommes ou le fruit d’une IA symbolique), la grammaire (l’application de la linguistique classique), l’entraînement par la digestion d’une grande masse de documents humains (l’IA neuronale). Dans le dernier cas, il n’y a pas d’intelligence ; on ne peut juger l’IA neuronale que selon ses performances : le pouvoir s’y substitue au savoir. La représentation y est également absente, comme dans la philosophie analytique, source de tant de platitudes (philosophies du langage ou de l’esprit). | | | | |
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| ironie | | | Parmi la gent philosophale, l'une des oppositions les plus flagrantes est celle entre la source et le fondement (le Grund de Heidegger), le choix des commencements - partir d'une hauteur (et la source se trouve toujours plus haut que tous nos courants) ou bien bâtir sur une profondeur (qui ne traduit souvent que la gravitation tout mécanique). On meurt de soif de vouloir, près d'une haute fontaine, ou l'on nourrit ses bas appétits de savoir. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie modale : qui peut perdre son esprit l'aura sauvé ; le scepticisme biblique : qui veut sauver son âme la perdra. | | | | |
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| ironie | | | Vouloir, pouvoir, devoir s'associent, bêtement, avec, respectivement, la vie (Nietzsche), l'intelligence (F.Bacon), l'éthique. Il serait plus intéressant de parler de vouloir un type de pensée, de pouvoir révoquer notre suffisance, de devoir faire danser la vie. | | | | |
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| ironie | | | Pour entretenir l'appétit de rêves célestes, je dois savoir varier le fatalisme des nourritures terrestres : je dois en pourrir, je peux en mourir, je veux m'en nourrir. | | | | |
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| ironie | | | Choisissez, au hasard, un nombre (parmi 0,1,2,3,4), un élément (parmi air, terre, feu, eau) et un verbe (selon la modalité : vouloir, devoir, pouvoir, l'auxiliarité : être, avoir, faire, la créativité : imaginer, inventer, feindre, la phonétique : pendre, peindre, pondre ou selon n'importe quel autre critère) ; aucune vie ne suffira, pour épuiser la question : que veut dire leur combinaison ? - c'est pourtant le contenu de 95% des écrits philosophiques. | | | | |
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| ironie | | | Deux cas de figure intéressants dans les rapports entre l'écrivain et son herménaute : ou bien la lecture du second n'apporte rien de plus haut, ou bien la lecture du premier, après celle du second, n'apporte rien de plus profond. La valeur de l'écrivain se mesurerait uniquement en hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Je pense, donc je puis, donc je suis, donc je fuis - le parcours du capitulard. | | | | |
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| ironie | | | Il faut nous méfier de l'ivresse, qui accompagne nos incursions dans l'inexistant : la bêtise et la banalité l'innervent même plus que le réel même ; l'imaginaire doit compléter le réel, sans se substituer à lui ; sans la profondeur du savoir et la hauteur du valoir, les deux risquent de ne former qu'une vaste platitude. | | | | |
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| ironie | | | Vouloir rester incompris est aussi bête que ne compter que sur ce qui est à comprendre ; les mélodies de l'inconnu s'écrivent entre les lignes, et elles valent plus que les lignes du connu. | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux, c'est l'impossibilité de falsifier un fait ou un dogme ; il a sa place en sciences, en religion, en amour, en musique ; mais nos facettes, créatrices ou libres, brillent par le contraire du sérieux qui est l'ironie - l'invention de nouveaux langages, par de nouveaux soupirs, grimaces ou rires, qui redressent les valeurs installées dans l'habitude ou la platitude. | | | | |
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| ironie | | | Le silence est si élastique, en volumes et en puissance, qu'on peut y fourrer la bêtise la plus vaste et exigeante. « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » - Vigny. L'un des signes des grands hommes est qu'ils sachent s'appuyer sur leur faiblesse. L'un des mérites de la faiblesse est qu'elle puisse irradier une beauté ou réveiller une force. La grandeur est l'attouchement de la perfection, la faiblesse - sa poursuite. | | | | |
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| ironie | | | Un paradoxe de l'écriture : la valeur d'un discours se compose de la part de l'auteur et de la part du lecteur, et plus vaste est celle-ci, plus haut est le mérite de celle-là ; c'est l'une des justifications de la présence, dans ce livre, de citations, qui cernent et explicitent la part revenant aux lecteurs ; mais c'est aussi ce qui explique pourquoi la maxime, d'Héraclite à Cioran, est le genre le plus complet, aristocratique par sa conception, démocratique par sa perception. | | | | |
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| ironie | | | Nous sommes tous condamnés à nous adonner à l'acrobatie avec des signes ; la connaissance met des tapis sous nos pieds pour amortir les chutes, mais l'ironie fait mieux, elle suspend la gravitation et nous arrête en plein vol. | | | | |
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| ironie | | | Pour accueillir ce que l'actualité déverse sur eux, ils utilisent la louche, au lieu d'une passoire ; encore une illustration de l'utilité des contraintes et des filtres, dans la formation d'un bon goût. Vouloir tout évaluer, ou tout dévaluer, ou même tout transvaluer, est bête. Le goût électif vaut mieux que l'appétit bourratif. | | | | |
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| ironie | | | Ils pensent que le philosophe est un homme, qui crée des concepts, formule des questions, nous comble de ses réponses, soupèse des savoirs ou déchiffre des théories, tandis que c'est surtout celui qui, en toute circonstance, peut (doit ou veut) nous faire rire ou pleurer, au choix, au lieu de calculer ou de nous morfondre. | | | | |
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| ironie | | | La philosophie est de la poésie renversée : transformer les commencements poétiques en fins philosophiques ; on peut les confondre : « La philosophie est une science des origines voulues » - G.Bachelard – ce que le poète peut le philosophe le veut. | | | | |
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| ironie | | | Implicitement, et peut-être inconsciemment, Schopenhauer voulut défendre le rêve, puisque tout en réduisant la réalité humaine à la volonté et à la représentation, il prône la non-volonté et montre son désintérêt pour toute représentation savante. | | | | |
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| ironie | | | Quand tu ne t’occupes que de l’esprit (la représentation calculante) et des muscles (la volonté agissante), tu peux clamer, objectivement et bêtement, que ta philosophie se passe de consolations (Schopenhauer - « meine Philosophie ist trostlos »). Heureusement, il existent aussi une représentation palpitante et une volonté désirante, qui n’ont qu’une seule protectrice – la consolation. | | | | |
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| ironie | | | Une niaiserie cartésienne, que j’aurais pu adopter comme règle : « Si mes opinions ne peuvent être approuvées sans controverse, je ne les veux jamais publier » - où j’aurais mis peux à la place de veux. Mon éditeur putatif, guidé par le consensus public, s’en serait chargé, sans le moindre état d’âme. | | | | |
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| ironie | | | En se penchant sur la valeur d’un homme, on parle beaucoup de ses racines et de sa puissance. J’aimerais rester cet Un, fermé aux multiplications et additions, mais ouvert à l’extraction de racines ou à l’élévation à la puissance qui me laissent intact dans l’Un inchangé. | | | | |
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| ironie | | | Chez celui qui ne se sert que d’un seul langage, de celui du troupeau, la contradiction est signe de bêtise. Mais chez un créateur de langages, les prétendues contradictions ne témoignent que d’une richesse langagière. Prenez Nabokov - à un endroit il dit : « L’écrivain est mort, quand il se met à se préoccuper des questions telles que : qu’est-ce que l’art ? ou en quoi consiste le devoir de l’écrivain ? » - « Писатель погиб, когда его начинают занимать такие вопросы, как что такое искусство ? и в чём долг писателя ? », mais ailleurs, nous lisons chez lui : « Le devoir de l’écrivain est de porter une flamme dans son regard » - « Долг писателя - огонёк в писательских глазах » et « L’art pur apporte plus de bien qu’une bienfaisance décousue » - « Чистое искусство принесёт больше пользы, чем бестолковая благотворительность ». | | | | |
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| ironie | | | L’univers érupta du néant et retournera au néant – et ils continuent leurs incantations sur le salut du monde par un changement de civilisations ! Les seuls sujets, dignes d’être débattus, ce sont - le Valoir d’une âme créatrice, le Vouloir d’un cœur sensible, le Pouvoir d’un esprit étonné, le Devoir d’un corps mortel. Bref, ce qui a son sens premier dans la solitude. | | | | |
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| ironie | | | La valeur du succès est méprisable ; le succès de la valeur est admirable. | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux ne sied qu’au savoir ; il faut l’évincer, systématiquement, par le frivole, dans la sphère du vouloir. | | | | |
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| mot | | | Heidegger entretient notre intérêt pour l'être grâce aux enveloppements morphologiques ou poétiques autour de ce mot, tandis que l'ennui des Antiques ou des Modernes provient du développement de l'idée. Les raseurs ramènent l'être au devoir-être, au pouvoir-être, au vouloir-être, au savoir-être, tandis que, plus que l'éthique du devoir, plus que la volonté du vouloir, plus que la puissance du pouvoir, plus que la profondeur du savoir, c'est le talent, c'est à dire le haut valoir seul, qui justifie nos illuminations ou nos élucubrations. | | | | |
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| mot | | | Dans une langue on peut puiser, peser ou poser. On en est maître, lorsque ces trois désirs s'équilibrent et coopèrent. | | | | |
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| mot | | | Pour nous nourrir de mots, le talent fait appel aux deux ressources de goût – l'intelligence du solide et la noblesse du liquide. Le solide est évident, et le liquide est fantaisiste. Le mot délicat sera suspendu entre la profondeur et la hauteur, entre la pesanteur et la grâce, entre le savoir et le valoir. Et le talent n'y a pas besoin d'un ordre chronologique : « Donne du poids au mot, avant de lui donner le souffle » - Shakespeare - « Weighest thy words, before thou givest them breath ». | | | | |
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| mot | | | Le déclin devrait signifier perte de la hauteur et effondrement dans la platitude, dévitalisation du vouloir du rêve et la robotisation de la volonté de puissance – le contraire de la vision nietzschéenne. | | | | |
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| mot | | | Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein. | | | | |
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| mot | | | Question de sens, chez les Français : on part de que veut dire ? et l'on aboutit aux sens interdits et à la volonté - le verbal est le premier ennemi du mental. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est un arbre avec deux ramifications principales : l'intelligence et le lyrisme, le savoir et le valoir. On l'évalue par unification avec un autre arbre – de l'interlocuteur, du lecteur, de l'observateur. Plus de branches nouvelles présente l'arbre unifié, plus intéressante est la rencontre. Entre Européens, on gagne surtout en richesse dans le second ramage. Mais, en revanche, celui-ci reste stérile dans le croisement avec le Chinois, son lyrisme nous étant inaccessible, inunifiable. Il reste, dans ce cas, de pénibles reconstructions des feuilles pragmatiques. La fraternité ne peut germer que dans l'irrationnel. | | | | |
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| mot | | | Pourquoi ordre, en français, veut dire aussi bien un bon rangement, qu'une consigne ? Tant d'ordres furent donnés pour ne créer que du désordre chez l'adversaire ! Et qu'entend un Français dans volonté comme ordre, de Nietzsche ? | | | | |
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| mot | | | Je m'évertue à projeter la grande triade - la noblesse, l'intelligence, la beauté - sur l'idée platonicienne, sur la valeur nietzschéenne, sur l'être heideggérien - je ne parviens pas à la même harmonie, que me procure le mot. Dans tout ce qui est grand, la forme domine le fond. | | | | |
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| mot | | | Dans le mot, il y a toujours une partie de qui, l'écho du soi connu, et une partie qui, la voix du soi inconnu. Les idées ou le style, la rigueur ou le ton, le savoir ou le valoir. | | | | |
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| mot | | | L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète. | | | | |
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| mot | | | Tant de malentendus avec des mots tels que ouvert ou vecteur, où l'homme de la rue mêle fâcheusement ses emballages ou ses publicités à la théorie des ensembles ou à la géométrie. Ainsi, mon vecteur ne porte rien sur son dos ni dans ses soutes, mais se contente de définir un axe, contenant des valeurs, qu'il s'agit de chanter, toutes, avec la même intensité. | | | | |
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| mot | | | Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens. | | | | |
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| mot | | | Pour sculpter mon regard, je prends le bloc de mon être, j'en élimine mes actes, pour n'en laisser que mes mots et ma voix (« verba et voces » - Horace, si loin de la devise américaine : « acta non verba » !). En paraphrasant S.Beckett, je dirais, que mon style se dégagera des réponses à ces questions en marbre : Où irais-je, si je devais aller ? Que serais-je, si je voulais être ? Que dirais-je, si je pouvais avoir une voix ? | | | | |
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| mot | | | Au stade pré-langagier, dans la pensée se cristallisent les sujets et les objets (leurs chemins d'accès), les modalités (devoir, vouloir, pouvoir), la logique (les connecteurs, les quantificateurs, la négation) ; l'enveloppe langagière se forme comme résultat de deux mouvements opposés : de la pensée encore inarticulée et de la langue déjà accueillante. « L'essence du langage : une pensée reçue du dehors » - Levinas – ce dehors concerne la langue et non pas le sujet, les phénoménologues et les philosophes analytiques obtus ne le comprendront jamais. | | | | |
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| mot | | | Les langues ne sont certainement pas nées tout d’un coup. La première étape aurait consisté en adoucissement ou clarification phonétique des expressions d’étonnement, de peur, de menace, d’invitation, de sympathie. La deuxième – en références phonétique de sujets et d’objets. La troisième – en liaisons conceptuelles entre les sentiments et les objets, en modalités – valoir, vouloir, pouvoir, devoir. La quatrième – en associations des actions aux tournures rudimentaires, surgies des noms d’objets. La répétition et l’apprentissage conduiraient à la dernière étape – la fixation de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation). | | | | |
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| mot | | | À chaque verbe modal correspond un axe conceptuel : la fidélité, le sacrifice – au devoir ; la passion, la paix d’âme – au vouloir ; la création, la puissance – au pouvoir ; le commencement, l’inertie – au valoir. | | | | |
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| mot | | | Le prix (la valeur), griffonné sur une étiquette (affirmé par un mot), mais détachée de sa marchandise (de son concept), n’a aucun sens. Pourtant, c’est ce que font les philosophes, bavards irresponsables, puisque derrière leurs mots aucun concept ne se dessine clairement – le verbalisme. | | | | |
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| mot | | | C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix. | | | | |
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| mot | | | Tant d’ambigüités dans mes mots-clés : valoir – prix ou valeur ? devoir – règle ou sacrifice ? vouloir – viser ou désirer ? pouvoir – force ou talent ? | | | | |
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| mot | | | Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui. | | | | |
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| mot | | | Dans ton écrit, la langue et les objets, que tu dois, immanquablement, évoquer, étant une propriété commune, il est impossible que tu n’écrives que de ton intérieur ; de même, il est impossible de ne maintenir que le ton poétique, une part routinière s’y glissera, prosaïquement. La valeur de ton écrit apparaît après l’élimination du commun langagier, non poétique ; ce qui reste ne peut être que des aphorismes ou des maximes, que les autres, à tort, appellent des idées. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire. | | | | |
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| mot | | | Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir. | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| noblesse | | | La seule puissance noble, c'est le talent, qui est une fatalité ne pouvant pas être désirée. Donc, la volonté de puissance est soit le bonheur de Narcisse, soit le malheur de Salieri. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse de la volonté se reconnaît dans ce qui ne nous arrête pas ; la noblesse de l'esprit - dans ce sur quoi nous choisissons de nous arrêter. | | | | |
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| noblesse | | | Mon soi inconnu, c’est l’origine de mon inspiration, la grâce de mes rêves, grâce qui s’oppose à la liberté d’agir de mon soi connu. Quant j’écoute la musique du premier, je me libère volontiers du bruit du second. « Dans quel sens arrives-tu à te libérer de ton soi ? – là réside ta vraie valeur »* - Einstein - « Der wahre Wert eines Menschen : in welchem Sinn kann er zur Befreiung vom Ich gelangen ». | | | | |
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| noblesse | | | La haute philosophie apprend à s'attacher aux sujets valables ; la profonde, surtout orientale, - à se détacher des vétilles. | | | | |
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| noblesse | | | La rencontre du regard, du désir et des ailes produit une voix, et c'est d'après la voix qu'on peut juger et un homme et une image et une idée. Par le grain de ta voix on devinera le timbre de ta vie. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que j'ignore prépare ce que je dois, mais ce que je vois ne devrait pas effacer ce que je veux. C'est le contraire du : « L'homme peut ce qu'il doit » - Fichte - « Der Mensch kann was er soll ». | | | | |
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| noblesse | | | Il n'y a rien à explorer, poétiquement, dans ce que nous devrions ou, encore moins, pourrions être. La seule recherche, visant des réactions concrètes, serait ce que nous voudrions ne pas être. | | | | |
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| noblesse | | | Le bien est viscéral, le beau est aristocratique, le vrai est collectif - qu'y a-t-il au-delà du vouloir du sous-homme, du pouvoir de l'homme, du devoir des hommes ? - l'intensité du valoir du surhomme ! L'intensité, le contraire du progrès, du comparatif, du normatif. | | | | |
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| noblesse | | | On peut tolérer, que la surface soit profonde, mais la source ne doit être que haute. | | | | |
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| noblesse | | | C'est la part du rêve ou du talent qui traduit, respectivement, mon vouloir ou mon pouvoir – en valoir. Je suis ce que je veux en rêve, je deviens ce que je peux avec mon talent. Je vaux par l'harmonie entre mon être et mon devenir. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs, ce sont des points de rencontre entre la réalité et le rêve. Elles ont besoin et d'équilibre et de vertiges - de l'horizontalité du savoir et de la verticalité du valoir. | | | | |
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| noblesse | | | L'ordre du progrès dans l'art du mépris pour : ceux qui font, ceux qui font savoir, ceux qui savent faire, ceux qui savent. Et l'on finit par ne se fier qu'à ceux qui rêvent, sans passer par ces verbes parasites : être, avoir, faire, savoir, devoir, pouvoir… | | | | |
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| noblesse | | | « Faire de vertu nécessité » - aurait pu être une devise de la noblesse ; à comparer avec Descartes : « faisons de nécessité vertu », (devenu un proverbe français). « La noblesse consiste à ne pas se laisser dominer par le nécessaire » - Valéry - accorde trop de place au pouvoir au détriment du devoir. Esthétiquement et logiquement, la nécessité des choses peut être vue comme une beauté en soi, mais chez l'homme, l'impératif ne vaut pas grand-chose à côté de l'instinct : « L'instinct, revêtu de noblesse, est la grandeur des hommes » - Euripide. | | | | |
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| noblesse | | | Ni mon être (qui prend appui sur la profondeur de mon intelligence), ni mon devenir (qui rayonne à partir de l'ampleur de mon savoir) ne m'accompagnent là où est aspiré mon âme (qui ne vaut que par la hauteur de mon souffle, de ma noblesse) ; la hauteur est non-lieu de mon crime d'être né, suite à ma fuite devant le monde sans danger : « Il ne suffit pas de venir au monde pour être né » - R.Gary. | | | | |
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| noblesse | | | Ne pas me connaître - pressentir ma valeur et ignorer mon prix. Ce qui m'est propre et ce qui est commun à tous, ce sont deux domaines d'égales ressources et d'égales valeurs. Ceux qui, avec morgue, se cherchent finissent, d'habitude, par tomber sur des banalités, personnelles ou collectives, et par en proclamer la fade paternité. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté mécanique, démontrable : mon consentement, accompagné de la conscience que j'aurais pu ne pas le donner ; elle est donc plus dans le devoir et le pouvoir que dans le vouloir. | | | | |
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| noblesse | | | L'acquiescement radical est propre du soi inconnu ; la négation n'a sa place que parmi les contraintes et les buts du soi connu ; le mystère est dans l'existence même des axes et non pas dans des hiérarchies de leurs points ; l'instinct (liberté et volonté) détermine le oui, le calcul (intérêt ou savoir) dicte les non. | | | | |
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| noblesse | | | Au bureau, on sait, que l'azur du ciel le doit à sa hauteur ; en tour d'ivoire, on veut, que la hauteur soit due à l'azur. | | | | |
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| noblesse | | | Il serait bête d'énoncer dans mon livre ce que n'importe qui aurait pu faire à ma place ; c'est à cause de cette contrainte volontaire qu'il faut taire certaines choses, dont je me refuse de parler, puisque je ne le dois pas, tout en le pouvant (Wittgenstein s'y méprit de verbe, comme Rivarol : « La raison se compose de vérités qu'il faut dire et de vérités qu'il faut taire » - de sujet et d’objet : il faut mettre contrainte à la place de raison et fait - à la place de vérité). | | | | |
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| noblesse | | | Il y a des idées, qui ne sont sensées qu'énoncées sobrement ; mais les plus belles valent surtout par l'ivresse verbale, qui les accompagne. Les premières courent la rue, les secondes se réfugient dans des sous-sols ou ruines. | | | | |
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| noblesse | | | Ce délicat choix entre le sang et le sens, entre la couleur et la valeur, où l'âme me fait pencher en faveur des premiers, et l'esprit me conduit vers les seconds ; et je finis par danser pour les premiers et de penser au nom des seconds, avec la musique pour leur seul dénominateur commun. | | | | |
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| noblesse | | | Même la sagesse de la vie peut se formuler en tant que solution - en évaluer le prix, en tant que problème - réfléchir sur sa valeur, en tant que mystère - vibrer de son intensité (Nietzsche, la finalité), de ses vecteurs (R.Debray, les moyens) ou du vertige de sa hauteur (moi, la contrainte). La plupart des sages s'arrêtent à mi-chemin : « Si tu veux, que la vie te sourie, tu dois la doter d'un bon prix » - Goethe à Schopenhauer - « Willst du dich des Lebens freuen, so musst der Welt du Werth verleihen ». | | | | |
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| noblesse | | | Pour défendre la liberté du Beau, Nietzsche lui sacrifie la valeur du Bien ; par souci de la liberté de l’Esprit, Valéry oublie la valeur du Beau : « La malheureuse valeur esprit ne cesse guère de baisser ». Involontairement, par des justifications psychologiques ou économiques, ils contribuèrent à l’extinction des cœurs et des âmes, et à la domination des esprits pratiques, rigoureux et bas. | | | | |
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| noblesse | | | Parmi les choses, je distingue celles qui relèvent soit du prix, soit de la valeur, soit du sacré ; mais la merveille du monde fait que, dans toute chose particulière, percent les mêmes trois dimensions ; il me faut deux types de regard, pour, respectivement, un travail de filtrage et un travail d'amplification ; donc, la formule : ce qui a de la valeur est sans prix, ce qui est sacré ne peut pas être évalué - s'appliquera même à l'intérieur de la chose élue, lorsque je serai en tête-à-tête avec elle, et que mon goût phylogénétique laissera sa place à mon intelligence ontogénétique. | | | | |
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| noblesse | | | Dans la vie, comme en littérature et en philosophie, tout s'articule autour des valeurs : en-dessous - avec des choses-vecteurs, et par-dessus - avec des mots-rythmes. C'est sur cet axe qu'on distingue le hautain du profond. | | | | |
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| noblesse | | | Esthète est celui, pour qui ce n'est ni le courage, ni la volonté, ni la vertu qui font l'homme, mais la beauté. Ascète est esthète à l'exubérance minimale. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes portent sur le devoir, les buts - sur le vouloir, les moyens - sur le pouvoir. Mon valoir est dans leur hiérarchie, et mon savoir y répartira l'être, par exemple : « Vouloir est l'Être originel » - Schelling - « Wollen ist Ursein ». La plus belle démonstration d'un but - une projection de contraintes (les principes) sur les moyens (les faits). | | | | |
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| noblesse | | | La plus haute création n'est pas celle qui peint ce qui aurait pu ou dû être, mais ce qui est ; le vouloir ou le devoir devraient se mettre au service du pouvoir, c'est à dire du talent, artistique ou scientifique, qui est l'interprète le plus fidèle du valoir intellectuel. | | | | |
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| noblesse | | | Tous les penseurs brandissent cette misérable et quasi-inexistante opposition entre esprits libres et esprits enchaînés, tandis que le seul choix crucial, dans ce domaine, est entre une liberté dégradante et un esclavage valorisant. Là où la liberté élève ou l'esclavage avilit ne prospèrent que des esprits médiocres. | | | | |
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| noblesse | | | Opposer à la banale réévaluation de valeurs - l'entretien de vecteurs (l'orientation géométrique et non pas le portage empirique, la visée, non la pesée), qui orientent les valeurs, vecteurs privilégiant la verticalité. Il ne s'agit pas de substituer aux anciennes valeurs - des nouvelles, ni de changer de lieu, où les valeurs s'ancrent, mais de les projeter sur une belle hauteur, celle, qui permet de reconstituer la tour d'ivoire originelle - au milieu des ruines. | | | | |
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| noblesse | | | L'esprit aristocratique, ce ne sont pas des valeurs tranchantes, mais des vecteurs fléchants : l'orientation, le mouvement, la danse - vers, ou plutôt dans la hauteur ! Les valeurs sont des vecteurs fossilisés, rétrécis, fixes. Les valeurs se devinent d'après des mobiles ; les vecteurs sont mis en mouvement par le style. « Le style est le moyen de recréer le monde, selon les valeurs de l'homme, qui le découvre » - Malraux - ce monde pourrait être vaste, il ne sera jamais haut. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus coriaces de toutes les valeurs, résistant à ma volonté de les juger par-delà d'elles, sont celles qui viennent des buts. Nietzsche, lui-même, y succombe : « Que veut dire le nihilisme ? - que les valeurs suprêmes se dévalorisent. Que le but fait défaut ; la réponse au 'pourquoi' » - « Was bedeutet Nihilismus ? Daß die obersten Werte sich entwerten. Es fehlt das Ziel ; es fehlt die Antwort auf das 'Warum' ». Dès que le comment et le qui du talent et de la noblesse sont organiquement là, le pourquoi de l'intelligence se manifeste presque mécaniquement. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté : ses commencements jaillissent d'un vouloir pathétique, ses contraintes sont imposées par un devoir éthique, ses moyens se trouvent dans un pouvoir pragmatique, ses fins se résument dans un valoir esthétique ou mystique. Mais ces quatre moments réunis, toute l'intensité du sujet retombe ; la liberté est un bon vecteur, mais une valeur décevante. | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de mon existence - l'intensité de mon regard, c'est à dire de mon rapport avec la vie, et qui s'atteint surtout grâce aux contraintes que je m'impose : mettre le désir au-dessus de la force (la volonté de puissance), ne pas m'attarder sur les choses, qui changent, entretenir l'excellence du regard (l'éternel retour du même), me mettre au-delà des valeurs, pour être moi-même leur vecteur (la réévaluation de toutes les valeurs) - trois synonymes du plan nietzschéen. Vie, volonté de puissance, art - comme trois hypostases d'une même substance tragique ! | | | | |
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| noblesse | | | Qu'est-ce que l'intensité ? - le vouloir sans but, le pouvoir sans objet, le devoir sans moyens, le valoir des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Plus je cherche, auprès de mes contemporains, le succès de mes meilleures entreprises, plus mesquine sera la démarche de mon esprit et plus humiliante – la chute finale de mon âme. Installe-toi dans les ruines, la seule demeure, où je puisse rester berger du rêve, de l'amour, de la poésie. La force, la reconnaissance, la rigueur sont les valeurs, prônées par ma partie mortelle ; la partie immortelle devrait ne s'occuper que de mon étoile et avoir le courage d'assister à son évanescence et son extinction. Mais ma sinistre époque, en personne de ses professeurs robotisés, proclame, que la seule bonne philosophie consiste à comprendre, qu'une vie de mortel réussie est bien supérieure à une vie d'Immortel ratée. | | | | |
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| noblesse | | | Les orgueilleux et les ambitieux s'identifient avec le vouloir et le pouvoir - la volonté de puissance, la finalité ; les purs et les nobles - avec le devoir et le valoir - les valeurs ou les vecteurs de leur soi, la source ; les pires et les plus vilains, incapables de voir les fins et insensibles aux sources, ne voient que des moyens : « Pour profiter des intérêts les plus élevés, investis en savoir » - Franklin - « An investment in knowledge always pays the best interest ». | | | | |
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| noblesse | | | On vaut par la noblesse et par le génie ; et la modalité du valoir, justement, est celle qui convient le mieux à la hauteur ; le vouloir et le pouvoir ne constituent qu'une épaisseur déterminée et finie ; la hauteur est dans l'inabouti réel et dans l'infini virtuel. « Être dans la hauteur, le pouvoir et le devoir, c'est être transcendantal ; vouloir la hauteur, sans le pouvoir ni devoir, c'est être transcendant » - F.Schlegel - « Transzendental ist, was in der Höhe ist, sein soll und kann ; transzendent ist, was in die Höhe will, und nicht kann oder nicht soll ». | | | | |
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| noblesse | | | Dans la volonté il y a plus de pouvoir que de vouloir ; c'est l'âme qui veut, mais c'est la volonté qui peut. Et l'on vaut par la concordance entre elles. | | | | |
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| noblesse | | | Quand un noble vouloir a la double veine d'être porté par un pouvoir intellectuel, il résulte en un valoir poétique – la volonté de puissance de mon soi connu, faisant vibrer les meilleures cordes de mon soi inconnu. Tout impetus (élan) se désintéressant du scopum (regard, profané en cible) et se résumant en un conatus (intensité). | | | | |
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| noblesse | | | Être et avoir : je suis passions et faiblesses, contraintes et commencements, talent et noblesse, vouloir et valoir ; j'ai la raison et la force, les buts et les moyens, le savoir et le pouvoir. On ne peut vivre, c'est à dire agir, de mon avoir, mais mon être doit se dédier au rêver, c'est à dire au créer. | | | | |
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| noblesse | | | L'indifférence est le refus d'attribuer une valeur à ce qui en est indigne ; elle est une conséquence des contraintes qu'on impose à son bon goût éthique, esthétique ou mystique. | | | | |
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| noblesse | | | L'échelle ascendante de la valeur des choses se forme en fonction de mes envies de : les comprendre, les décrire, les célébrer. Il est rare que je parcoure tous les trois niveaux avec le même enthousiasme. D'où l'intérêt exclusif des choses inexistantes – Dieu, l'amour, le Bien – avec lesquelles je peux sauter les deux premières étapes, pour m'éclater dans la dernière. | | | | |
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| noblesse | | | Le fatalisme est une pose respectable, quand on subit des choses mineures ; dans les choses d'importance, son contraire, le nihilisme, est préférable : éliminer, effacer ou réévaluer ce qui ne porte pas mon effigie. | | | | |
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| noblesse | | | C'est la musique et non pas la force de nos désirs qui nous distingue ; le malheur du noble, c'est pouvoir encore, mais déjà ne plus vouloir. Chez les médiocres, parmi lesquels se place Pascal, c'est l'inverse : « C'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir ». | | | | |
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| noblesse | | | La négation comme moyen, central et explicite, ne vaut pas grand-chose ; mais en tant que contrainte, inchoative et implicite, comme refus d'aborder les choses basses, elle peut être noble. « Ma véritable valeur gît dans mes refus » - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | Deux instruments, pour façonner la liberté de l'homme – l'intelligence et la volonté. La volonté cherche des ressources profondes de la force brute ; l'intelligence trouve les hautes sources de nos belles faiblesses. « Il y a plus de noblesse dans l'intelligence que dans la volonté » - Thomas d'Aquin - « Intellectus nobilius voluntate ». La volonté doit déboucher sur l'action ; l'intelligence peut conduire au rêve. C'est pourquoi à la volonté de puissance il faut préférer l'intelligence de la faiblesse. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit n’évolue que dans l’horizontalité de la raison et de l’action ; dès qu’il la quitte, pour se vouer à la verticalité, il devient âme, par une rupture et non pas par une marche. On ne va pas vers la hauteur on ne peut qu’y être ; c’est la différence entre le prix et la valeur : « Le prix de l’âme ne consiste pas à aller haut, mais ordonnément » - Montaigne. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs que nous prônons ne divergent pas beaucoup, m’est même avis qu’elles sont presque les mêmes pour tout le monde. Ce sont nos vecteurs et non pas les valeurs qui nous distinguent : un vecteur – un point d’origine de nos regards, le commencement, plus la hauteur de la flèche de nos désirs. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit sobre ne peut être que négateur. Pour dire oui au monde, on a besoin d’ivresse ou de folie ; l’âme et le cœur en sont porteurs permanents, tandis que l’esprit doit en être contaminé ; ce retournement de la volonté et de la représentation portera le nom de noblesse, complétant ainsi la dyade schopenhauerienne. | | | | |
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| noblesse | | | Plus profondément je me libère de mon soi connu, plus haut sera l'essor, en provenance de mon soi inconnu, dont je deviendrai esclave et/ou amoureux. | | | | |
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| noblesse | | | L’audace et le don déterminent la stature d’un penseur, l’audace d’un devoir de créateur et le don d’un pouvoir de maître, les deux bénis par l’intensité d’un vouloir de rêveur. L’audace suffit pour développer noûs, intellectus, esprit, Vernunft ; mais le don est nécessaire pour tout envelopper par l‘âme. | | | | |
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| noblesse | | | La volonté dans l’acte ou la volonté dans le désir : la première surgit de nos profondeurs ou de nos routines superficielles, elle ignore la hauteur ; la seconde ne connaît que la hauteur, elle se réduit à l’élan. La première s’achève dans la possession d’un point de l’horizon ; la seconde s’éternise dans un regard sur une étoile inaccessible au firmament. « L’élan, mais sans la volonté ; l’aboutissement, mais sans le but »*** - Hippius - « Стремленье - но без воли. Конец - но без конца ». | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs empruntées, comme le refus des valeurs, rapprochent l’homme du robot ; c’est pourquoi le nihilisme, en tant que volonté de ne partir que de ses propres valeurs, en est l’opposé. Mais Heidegger : « Le nihilisme complet doit supprimer le lieu même des valeurs » - « Der vollständige Nihilismus muß die Wertslelle selbst beseitigen » - en fait des synonymes. Pour échapper au conformisme, le lieu des valeurs individuelles doit être plus près du ciel que de la terre. | | | | |
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| noblesse | | | La sobriété – presque tout (le savoir) pour le scientifique, une moitié (le pouvoir) pour le penseur, presque rien (l’intelligence) pour le poète. L’ivresse - presque tout (le vouloir) pour le poète, une moitié (la noblesse) pour le penseur, presque rien (le devoir) pour le scientifique. | | | | |
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| noblesse | | | Ils veulent mettre leur vécu, dans la balance de leur écrit ; on en retirera le poids, l’événement, le prix. Que vaut ce toc à côté de la construction libre de valeurs, ayant leur source dans une vie rêvée, à l’opposé d’une vie vécue. | | | | |
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| noblesse | | | Vu du côté de la hauteur, être utile voudrait dire entretenir l’enthousiasme et l’élan, et Pascal : « La mathématique est inutile en sa profondeur » - aurait pu ajouter qu’en sa hauteur elle n’est pas seulement utile et certaine, mais peut servir de fond de toute réflexion stellaire. | | | | |
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| noblesse | | | Je suis ce que valent mes élans, ce que veulent mes rêves, ce que peuvent mes mots. Les tâches de la verticalité. Le savoir ou le devoir ne s’y placent qu’aux horizons, dans l’horizontalité. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le domaine intellectuel, la grandeur est de savoir commencer et de savoir garder un élan vers des cibles inaccessibles. Et dans le mot paradoxal de Goethe : « Tu gagnes en grandeur, si tu ne peux pas aboutir » - « Daß du nicht enden kannst, das macht dich groß » - il faut remplacer peux par veux. | | | | |
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| noblesse | | | Les besoins de mon âme remplissent tout l’Univers : de la hauteur de mes élans à la profondeur de mes angoisses, des horizons de ma culture à l’étendue de ma nature. En revanche, les besoins de mon esprit sont des plus modestes : plus il est affamé, non encombré par le souci du jour, plus créatif il est. Les pédants charlatanesques pensent, évidemment, le contraire : « Le degré de la misère d’un esprit humain peut se mesurer selon le peu de choses qui couvrent ses besoins » - Hegel - « An dem Wenigen, das so die Bedürfnisse des menschlichen Geistes befriedigen kann, können wir das Ausmaß seines Verlustes messen ». | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse des finalités est à la portée de celui qui a une volonté ; la noblesse du parcours – qui a une puissance ; la noblesse des commencements – qui a un talent. N’importe qui, les bosseurs, les créateurs. | | | | |
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| noblesse | | | Dostoïevsky veut dépasser les limites, et Nietzsche veut réévaluer les valeurs – les limites et les valeurs des AUTRES ! C’est minable, puisque aucune originalité n’est plus possible dans les finalités ; le talent se manifeste surtout dans la fraîcheur et la noblesse de ses commencements ou, faute de mieux, dans l’ardeur ou l’intensité de l’élan vers des limites inaccessibles. | | | | |
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| noblesse | | | Comment arrive-t-on au grand nihilisme ? - 1. il y a des choses dignes ou indignes de tes passions (filtrage) ; 2. parmi celles-là, il ne doit pas y avoir de valeurs prônées par la multitude (solitude) ; 3. tu ne dois pas t’appuyer sur les autres dans tes commencements, ceux-ci doivent n’appartenir qu’à toi-même (création). | | | | |
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| noblesse | | | Sans aucune noirceur dans mon regard ou dans mes états d’âme, je dois reconnaître, sobrement, pacifiquement, que la noblesse n’existe pas dans la vie et n’a de valeur ou de reflets que dans le rêve. Ce constat désabusé permet de me consacrer essentiellement à l’admiration de mystères, au lieu de la vitupération contre des problèmes ou leurs solutions. | | | | |
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| noblesse | | | La vie hors science ridiculise ton savoir ; la vie sans talent artistique annihile ton valoir. Aucune trouvaille d’un fond ou d’une forme ne pourra pallier à ces carences irrécupérables. La vie, dans ce cas, ne se justifierait que par l’amour et l’humilité, qui sont une forme mystérieuse et un fond lumineux. « Si tu songes à bâtir une hauteur, prends pour fondement l’humilité »** - St-Augustin - « Cogitas construere celsitudinis, de fundamento cogita humilitatis ». | | | | |
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| noblesse | | | La conscience se réduit à mes trois facettes – le vouloir, le pouvoir, le devoir, dont l’harmonie détermine la quatrième, la finale – le valoir. Les combinaisons binaires, aussi, définissent nos qualités : le vouloir et le pouvoir du devoir – les contraintes ; le vouloir et le devoir du pouvoir – la noblesse ; le pouvoir et le devoir du vouloir – l’intelligence. | | | | |
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| noblesse | | | Presque toutes les forces de l’homme sont utiles ; et presque toutes les faiblesses de l’homme – inutiles. Mais celles qui restent – forces et faiblesses – sont les plus nobles, puisque la vraie valeur de l’homme réside dans l’emploi de ces dernières faiblesses, emploi rendu possible grâce à ces dernières forces. | | | | |
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| noblesse | | | Ton valoir rend ton devoir plus noble, ton vouloir plus haut, ton pouvoir plus profond, ton savoir plus vaste. Mais aucune de ces hypostases ne peut se substituer au valoir. | | | | |
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| noblesse | | | Plus que de pouvoir assouvir ton désir, tu dois chercher à en entretenir la soif ; ces deux facultés ne cohabitent pas souvent. « Le ciel fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut » - Chateaubriand. | | | | |
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| noblesse | | | Tu es digne d’une hauteur, lorsque la force ou la faiblesse, l’opulence ou la misère, le triomphe ou le désastre ont la même valeur pour ton âme. « Si ton âme est toujours ailée, sont égaux pour elle huttes ou palais »** - Tsvétaeva - « Если душа родилась крылатой - что ей хоромы - и что ей хаты ». | | | | |
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| noblesse | | | Rêve de puissance est un oxymore ; le rêve ne peut naître que de ta résignation à détacher de la terre tes élans aériens, donc naître de ta faiblesse, de ton impondérabilité. La maîtrise, de ton existence ou de ton art, consiste en coopération mutuelle entre la profondeur du savoir et la hauteur du vouloir. | | | | |
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| noblesse | | | La force rationnelle apporte du pouvoir ; la faiblesse irrationnelle intensifie le vouloir. Donc, il ne faut pas s’extasier devant ce truisme baconien : le pouvoir vient du savoir, puisque le savoir terrien amène le désespoir, tandis que la meilleure espérance s’ensuit du vouloir céleste, qui est une forme de noble faiblesse. | | | | |
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| noblesse | | | Dans la vie, on manie des prix ; dans le rêve – des valeurs. Parfois, quelques éclats de rêves illuminent la vie, et alors on peut dire que « seule la pensée, que nous vivons, a une valeur » - H.Hesse - « nur das Denken, das wir leben, hat einen Wert », où, évidemment, seule la pensée doit être remplacé par tout rêve. | | | | |
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| noblesse | | | Pour juger de nos entreprises artistiques, on dispose de trois termes ambigus - prix, succès, valeur ; ils s’appliquent aussi bien aux finalités (le cas commun) qu’aux parcours (le cas banal) et aux commencements (le cas rare). Je réserverais le premier - au succès final, le deuxième – à l’horizontalité du moment courant, et le troisième – à la verticalité atemporelle du début. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que vaut ton âme, seul ton esprit est capable d’exprimer ; il ne soufflera ni là où il veut ni là où il peut mais là où il sait et doit, sur ordre de ton âme, détentrice de la volonté et du pouvoir. | | | | |
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| noblesse | | | L’œil ne maîtrise que deux dimensions, ce qui le condamne souvent, faute d’imagination, à la platitude. Le bon regard est créateur de verticalités, de l’abîme du savoir ou de la canopée du vouloir. « Le vertige vient autant de l’œil que de l’abîme » - Kierkegaard. | | | | |
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| proximité | | | La volonté robotique : que je veuille ce que je peux ; la volonté moutonnière : que je puisse ce que je veux. La prière dans la fidélité : que je veuille ce que je ne peux pas ; la prière dans le sacrifice : que je puisse ce que je ne veux pas. « La prière est là, où je ne peux pas ; là où je peux, il n'y a pas de prière » - V.Rozanov - « Молитва - где я не могу ; где я могу - нет молитвы ». | | | | |
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| proximité | | | Je réussis mon livre d'autant mieux, qu'il puisse - et doive - être lu d'une plus grande distance. La meilleure peinture verbale est monumentale : « La sensibilité, après Apollon, doit faire appel à Héraclès » - Ortega y Gasset - « De Apolo se dirige la sensibilidad à Hércules ». Peindre le ciel, c'est par ce seul biais qu'on en renouvelle l'azur, azur se fanant à tout contact avec la grisaille du temps. « L'azur lointain, qui résiste à la proximité, est le lointain peint des coulisses » - Benjamin - « Die blaue Ferne die keiner Nähe weicht ist die gemalte Ferne der Kulisse » - l'art est création de l'aura des choses. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être le seul concept inexistant qui s'impose, avec la même irrésistible évidence, aussi bien en moi-même qu'en-dehors. Et je me mets à Le chercher à l'extérieur, en m'appuyant sur mon intérieur. « Personne ne Te peut chercher, qui ne T'ait déjà trouvé. Tu veux être trouvé pour être cherché » - St-Bernard. Mais dès que je crois L'avoir trouvé, je me mets à Lui chercher des noms et des masques, au lieu de continuer à m'adresser à Lui à la cantonade. Il est une Face innommable, omniprésente et absente, qu'animent mes yeux et mes oreilles. « Voir Dieu, c'est la mort ; Le deviner, c'est la vie »*** - Morgenstern - « Gott schauen ist Tod ; Gott erraten ist Leben ». Ni le regard ni l'imagination ne Le dévoilent ; c'est le voile miraculeux qui témoigne de Son évidence indicible ou inconnaissable : « Des dieux, je ne suis en mesure de savoir ni qu'ils sont ni qu'ils ne sont pas » - Protagoras. | | | | |
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| proximité | | | Ni au ciel ni sur terre, les existentialistes ne parviennent à lire une échelle quelconque de valeurs et se remettent à l'aveugle action, sous leurs pieds. Ils ne veulent pas admettre, que ce qui est illisible à la raison peut être parfaitement sensible à l'âme et, partant, - intelligible pour un esprit étoilé. Mais, d'autre part, quand l'horreur d'un rapprochement inexorable de l'homme avec la machine me saisit, je ne sais plus quoi répondre à ces soi-disant impératifs esthétique et moral… | | | | |
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| proximité | | | Que veut ou que peut l'homme ? - la réponse à ces questions définira ce que l'homme est. Mais le sens de cette réponse se dégagera grâce au regard a priori qu'on porte sur l'homme : est-on face à la machine ou face à un miracle ? Dans le premier cas on en connaîtra le prix, dans le second - la valeur. | | | | |
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| proximité | | | Un homme à genoux - trois lectures ou justifications différentes : car il ne peut, ne veut ou ne doit pas rester debout - la prière, le rêve, la honte. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être Amour, mais on ne veut pas aimer l'invisible ; Dieu est peut-être Vérité, mais on ne doit pas connaître l'indicible ; Dieu est peut-être Création, mais on ne peut pas avoir Sa liberté. D'après St-Augustin : « Le sage est celui qui imite, qui connaît, qui aime Dieu » - « Dei imitatorem cognitorem amatorem esse sapientem », la sagesse n'est pas pour nous. | | | | |
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| proximité | | | La valeur d'un homme résulte d'une pondération de leurs trois dimensions - largeur, profondeur, hauteur. Avec d'autres coefficients, tant de nains parmi les vastes ; tant de grands chez les étroits. | | | | |
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| proximité | | | Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines. | | | | |
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| proximité | | | La volonté du Créateur est double : pour mesurer le visible, le compas suffit ; pour sonder l'invisible, le géomètre doit céder sa place au poète. Malheureusement, ceux qui pensent avoir cerné la volonté divine ne maîtrisent ni l'algorithme du géomètre, ni le rythme du poète. | | | | |
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| proximité | | | L'origine du nihilisme : un jour on comprend, que les valeurs suprêmes sont indéfendables ; le cynique les range parmi la valetaille de la doxa, le sentimental cherche à reconstituer leur proximité en traçant, à leurs horizons, de vagues frontières, l'ironique les voue au firmament, vide de dieux, ou au lac de Narcisse. Ces valeurs absolues doivent garder leur statut de mystère, que ne préserve aucun problème relativiste de noyaux ou de frontières. | | | | |
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| proximité | | | Trois sortes d'appel à Dieu : des demandes, des quêtes, des prières. On demande des solutions, on est en quête de problèmes, on prie pour que le mystère persiste – le pouvoir, le savoir, le vouloir – et ces trois voix sont incompatibles. | | | | |
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| proximité | | | Science de mon salut - conscience de ma chute, encore l'un de ces axes, qui méritent, que je ne m'y accroche pas à une seule valeur, mais que je le munisse d'une même intensité. Le souci du salut mène à l'activisme, à la création, à la réinvention du sacré ; l'ivresse de la chute conduit au nihilisme, à la révolte, à l'angoisse. Les réunir, dans un même regard, - le triomphe de l'humain sur le divin ! | | | | |
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| proximité | | | On se rapproche par l'intérêt qu'on porte aux mêmes objets ; on se fraternise par l'intensité et la noblesse de relations entre objets. Nietzsche tombe sur la volonté et la puissance, chez Schopenhauer et Spinoza, mais la volonté du premier se forge dans le ressentiment (et non pas dans l'acquiescement nietzschéen), et la puissance du second s'attache à un esprit du savoir (et non pas sur l'âme du valoir nietzschéen). Et Nietzsche finit par se détacher de ses faux ancêtres (comme Valéry – de Descartes, avec sa méthode). | | | | |
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| proximité | | | Une fois éliminé de mes horizons, que devient le contingent, le passager, ce qui n'est dicté que par les lieux et les dates ? - une foi panthéiste, nihiliste, une pensée pure, gardant toute sa valeur dans toutes les coordonnées spatio-temporelles. Pour rejoindre le royaume du même ou pour y retourner. | | | | |
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| proximité | | | Ils placent leur idéal dans une de ces niches exclusives : devoir, vouloir, pouvoir, savoir, avec des outils évidents, pour l’atteindre. Le rêveur le remet à l’étoile du valoir ; à cette hauteur – ni action, ni progrès, ni proximité possibles. | | | | |
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| proximité | | | La volonté de puissance est une pulsion que n’éprouvent que les scientifiques et les artistes, puisque leur regard est tourné vers l’absolu, vers ce Dieu, Créateur de notre esprit curieux et de notre âme inapaisée ; la volonté divine sous-jacente serait l’asile de leur créativité, tandis que chez les autres, « la volonté de Dieu est l’asile de l’ignorance » - Spinoza - « Dei voluntatem, hoc est, ignorantiae asylum ». | | | | |
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| proximité | | | L’infini : soit c’est une limite intellectuelle inaccessible, vers laquelle on peut, doit ou sait tendre – c’est l’élan vital ou le Dieu inconnu ; soit c’est un mot fourre-tout, accueillant toutes les énormités métaphysiques que la raison refuse d’envelopper ou de développer. | | | | |
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| proximité | | | L’âme est la maison de la verticalité – de la hauteur poétique à la profondeur philosophique. Nietzsche pensait l’avoir visitée, puisqu’il avait lu, à l’entrée, l’adresse – l’Âme du monde. Il l’a trouvée complètement vide, ce qui prouvait sa désertion par l’Habitant des Hauts Cieux, le Dieu. Et il proclama Celui-là – mort. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âmes, puisque tout gît désormais dans la platitude, aussi bien le devoir du vouloir que le pouvoir du savoir. Il faut quitter la banalité du réel (les ruines) et se vouer à la créativité du rêve (rehaussée par le Créateur inventé). | | | | |
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| russie | | | Dans un pays libre, l'homme a, en tant que son prolongement, - la loi, la propriété, la connaissance de ses droits ; et l'on finit par ne plus voir son essence nue, qui était si visible en Russie : « La Russie est un laboratoire, où l'homme est réduit au strict minimum, ce qui permet de voir ce qu'il vaut » - Brodsky - « Россия - это лаборатория, в которой человек сведён до минимума, и потому ты видишь, чего он стоит ». | | | | |
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| russie | | | L'absence du sentiment du droit, chez les Russes, est un vide du même ordre que « l'un des inconvénients du caractère français, l'absence du sentiment du devoir » (Delacroix). Et c'est dans leurs vides respectifs qu'ils font évoluer leurs génies, remplis du sentiment contraire. Comparez avec ceux, d'outre-Atlantique, qui ont les deux et où dorment, à la fois, et la conscience et l'élan. | | | | |
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| russie | | | Le Russe a la manie de négations faciles, grandioses et gratuites. Presque toute la culture russe est de nature nihiliste ; Pouchkine fut le seul diseur-du-oui ironique, léger et gracieux. « La volonté, en Russie, est suspendue, et l'on ne sait pas si elle sera pour le non ou pour le oui » - Nietzsche - « In Russland wartet der Wille, ungewiß, ob als Wille der Verneinung oder der Bejahung » - Pouchkine étant resté sans héritier, la réponse, hélas, est évidente. | | | | |
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| russie | | | Le surhomme nietzschéen aura laissé deux héritiers naturels, en Allemagne nazie et en Russie soviétique : ce qui aurait dû incarner des valeurs nouvelles (le mépris des mots anciens, l'oubli de l'Histoire), dans un pessimisme hautain, donna l'Ordre Nouveau et l'Homme Nouveau, avec leurs plats optimismes, le chant solitaire et tragique devenu marches militaires ou folkloriques. | | | | |
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| russie | | | Ne pas savoir ce qu'on vint à faire dans ce monde, ce qu'on vaut ou ce qu'on vise, et de s'en accommoder, telle est l'attitude russe. Ce qui est trop net ne peut pas être de la vie : « Le Russe a raison de se contenter de son néant, au lieu de se vouer à une détermination minable » - Bélinsky - « Русский хорошо делает, довольствуясь пока ничем, вместо того, чтобы закабалиться в какую-нибудь дрянную определённость ». Les fantômes peuvent bien se passer de miroirs, d'échos et d'ombres, mais les châteaux à hanter, il faut bien les bâtir. | | | | |
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| russie | | | L'égalité des corps et la fraternité des âmes furent un rêve des aristocrates. Mais c'est la liberté des esprits roturiers qui l'enterra. L'injustice, que Tocqueville fait aux Français : « Les Français veulent l'égalité dans la liberté et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage » - s'applique pourtant aux Russes d'antan. En plus, ils voulaient la liberté dans l'égalité et, s'ils ne pouvaient l'obtenir, ils n'en voulaient plus dans l'inégalité. L'égalité est le devoir de la liberté (et non pas, comme dit Berdiaev : « La liberté est le droit à l'inégalité » - « Свобода есть право на неравенство »). | | | | |
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| russie | | | L'Europe invente des problèmes, l'Amérique fabrique des solutions, la Russie reste fidèle aux mystères. La facilité du mystère – on ne le développe pas, on l'enveloppe ; il séduit, il ne déduit pas ; il brandit le pouvoir, sans l'appuyer par le savoir. | | | | |
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| russie | | | Comment le Français, l'Allemand ou le Russe lisent la volonté de puissance ? - volonté de (seulement) pouvoir (à la Shakespeare), de faire (die Macht, à la Valéry) ou de posséder (власть, à la Nietzsche) ? Leur seul dénominateur commun s'appelle intensité. | | | | |
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| russie | | | La dette viendrait de de-habere, changer de propriétaire, d'où les rapports purement rationnels du Français avec elle ; Schuld vient de faute, et долг - de devoir, d'où la vision dramatique des Allemands et des Russes. | | | | |
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| russie | | | La liberté reste un principe inaccessible, souvent hostile et menaçant, pour la plupart des tyranneaux russes, réels ou potentiels. « Être libéral, c'est corrompre le fondement même de nos valeurs » - Dostoïevsky - « Либерализм есть нападение на самую сущность наших вещей ». | | | | |
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| russie | | | L’homme nouveau, élevé par la grandeur ou porté par la fraternité, est impossible, ce qui explique l’échec des totalitarismes du XX-e siècle. Un commencement historique ne se prépare que par le premier homme (le mouton) ou le dernier (le robot). « Ce qui s’est passé en Russie ne présente historiquement aucun intérêt ; c’est strictement le contraire d’un commencement » - Ortega y Gasset - « No es interesante históricamente lo acontecido en Rusia; por eso es estrictamente lo contrario que un comienzo ». | | | | |
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| russie | | | Savoir ce qu’est la liberté, vouloir se libérer, savoir se libérer, être libre, agir en homme libre – il faut avoir franchi ces étapes, pour pouvoir parler sérieusement de la liberté. Or, le Russe n’a point entamé ce parcours, il est très loin de l’homme évolué, pour lequel : « Savoir se libérer n'est rien ; l'ardu, c'est savoir être libre » - A.Gide. | | | | |
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| russie | | | Il faudrait imaginer comme un Français, s’élancer comme un Allemand, désirer comme un Russe : « C’est en Russie que la puissance du désir est la plus énigmatique, au-dessus de tous les autres » - Nietzsche - « Die Kraft zu wollen ist am allerstärksten und erstaunlichsten in Russland ». | | | | |
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| russie | | | La demande engendre l'offre, ce glacial adage s'applique à la politique et à la poésie avec la même mécanique implacable qu'à l'économie. Mozart, Kant, Napoléon, Hugo furent demandés. La Russie reste la seule exception à cette règle : ni Pierre le Grand, ni Pouchkine, ni Gorbatchev ne furent appelés par personne. Ce sont des miracles, comme tout ce qu'il y a de valable en Russie. | | | | |
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| russie | | | Mis en musique, certains vers de Heine ou de L.Aragon gagnent en valeur ; mais la musicalité interne de Pouchkine défie toute tentative d’apporter une harmonie, supplémentaire ou bonifiante. | | | | |
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| russie | | | Ce que de belles âmes qualifient, chez les Russes, d’humilité et de résignation à souffrir, s’avère paresse et indifférence, ce qui pousse au désespoir le spectateur éclairé, forcé à y imaginer de grandes valeurs cachées, tandis que « certaines valeurs n’ont jamais pu grandir là où l’on ne peut souffrir » - Valéry. Chez les goujats, seul des petites valeurs – envie, travail, fêtes - sont utiles pour le genre humain. | | | | |
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