| ironie | | | Pour Socrate, l'ironie serait de remettre des questions, dont on connaît la réponse. Je pense, que c'est plutôt de démettre des réponses, dont on a oublié la question. | | | | |
|
| ironie | | | Don philosophique : laisser de bonnes questions sans réponse ; don poétique : laisser de bonnes réponses sans question ; don logico-ironique : ne s'intéresser qu'aux questions contenant leurs propres réponses, comme une équation contient en elle-même ses solutions (à chacun ses domaines de valeurs, ses lemmes et ses interprètes). Et Musil : « Que tes réponses aient l'exigence du philosophe et l'art de poser les questions - du poète » - « Habe in den Antworten das Anspruchsvolle des Philosophen und die Fragestellung des Dichters » - commet une gaffe ! | | | | |
|
| ironie | | | Dans la mesure où la question devient plus profonde, les réponses opposées deviennent plus faciles à soutenir. Ce n'est que sur des questions niaises qu'un esprit dogmatique puisse encore briller. | | | | |
|
| ironie | | | De l'abus de négation de la négation : Nietzsche n'a ni l'ironie ni la gaieté, mais il proclame partir de l'ironie (le mot, en tout cas, signifiant, à l'origine, requête), voit sa négation dans le sérieux, nie celui-ci, pour tomber sur la gaieté, dont il croît inonder le public incrédule. « On ne peut guère rester sérieusement avec soi-même ; c'est parce qu'on est frivole qu'on ne se pend pas » - Voltaire. | | | | |
|
| ironie | | | Le point d'interrogation semble s'inspirer de la forme de l'oreille. La bouche est un trait d'union, les yeux - les points de suspension. Et c'est Freud qui découvre où se cache l'orgueilleux point d'exclamation (en deux morceaux, masculin et féminin) et les parenthèses béantes. | | | | |
|
| ironie | | | Aimer le verbe plus que l'homme se justifie, le verbe expiant les péchés et chantant les vertus de l'homme ; le verbe est un mot, demeurant dans la hauteur et visant la profondeur, il en est l'équilibre ; l'homme, la plupart du temps, se vautre dans la platitude. « La vertu veult monter » - Montaigne - la réponse du cœur à la propension de l'esprit à se propager : « Que sçay-je ? ». | | | | |
|
| ironie | | | Poser des questions ne me rend pas plus intelligent, comme ne pas en poser ne me rend pas plus idiot. Mais faire chanter mon âme dans une réponse, dans laquelle un esprit fraternel fera parler sa propre question. | | | | |
|
| ironie | | | Jacques le fataliste se dilue dans ses questions ; Émile le sceptique se dilue dans ses réponses – mais c'est Zadig l'ironique qui comprend qu'il faut être sceptique dans ses questions et fataliste - dans ses réponses. | | | | |
|
| ironie | | | L'ironie est justifiée par la reconnaissance, que, sous un regard de plus en plus exigeant, la réalité nous échappe à l'infini et aucune certitude finie ne résiste à une quête serrée. « L'ironie est une conscience nette d'un chaos se projetant vers l'infini » - F.Schlegel - « Ironie ist klares Bewußtsein des unendlich vollen Chaos ». L'intelligence est notre épuisable faculté d'harmoniser le chaos. Une fois aux frontières d'un chaos maîtrisé, elle arrive soit au vide de l'attendu, soit à l'ennui de l'entendu ; en se débarrassant du ballast ou de la platitude du sérieux, elle s'accroche à l'ironie, prometteuse de hauteurs et d'apesanteurs. C'est ton étoile qui te remplit de chaos ; celui qui a besoin du chaos, pour enfanter de son étoile (Nietzsche), finira en fausses couches. | | | | |
|
| ironie | | | Ils pensent que le philosophe est un homme, qui crée des concepts, formule des questions, nous comble de ses réponses, soupèse des savoirs ou déchiffre des théories, tandis que c'est surtout celui qui, en toute circonstance, peut (doit ou veut) nous faire rire ou pleurer, au choix, au lieu de calculer ou de nous morfondre. | | | | |
|
| ironie | | | En littérature, on reconnaît les lourdauds académiques par la gravité banale des questions, qu’ils se posent explicitement. On reconnaît le poète par la légèreté des réponses, qu’il peint sous forme d’obscures métaphores, que le lecteur illumine par la recherche de ses propres questions – Héraclite, Nietzsche, R.Char. | | | | |
|
| ironie | | | Chez Valéry, l’emploi du terme penseur est toujours péjoratif. La volubilité du personnage sous-jacent serait engendrée par des questions insolubles, dans lesquelles il se plaît de nager et de se noyer. Il faudrait, au contraire, ne déverser que des réponses mystérieuses, pour lesquelles chacun pourrait inventer sa question flottante et pleine de sens. | | | | |
|
| ironie | | | La philosophie vaut par la beauté des réponses aux questions vagues ; la littérature – par la grandeur des questions, auxquelles on apporte de vagues mais belles réponses. | | | | |
|
| ironie | | | Le sot a mille fois plus de questions que le sage n’en a de réponses. L’aphoriste, qui ne formule que des réponses, tient compte de cette proportion, mais étant humble, il propose à tous, y compris aux sots, de trouver leurs propres questions, auxquelles ferait écho sa réponse. L’unification de celles-là avec celle-ci, unification de deux arbres, est le mode de lecture le plus subtil et le seul qui justifie le genre aphoristique. | | | | |
|
| ironie | | | Qu’un lecteur relise sept fois ma maxime, ou que sept lecteurs la lisent une seule fois – les deux cas me sont indifférents ; je préfère que, dans cette maxime, le lecteur perspicace voie une réponse, y devine sept inconnues, face auxquelles il réussisse à bâtir un arbre de questions paradoxales, unifiable avec cette maxime. | | | | |
|
| ironie | | | Dans leur vie spatiale, leurs points d’interrogation ou d’exclamation appartiennent à l’horizontalité, à la platitude ; les interrogations auraient dû être profondes et les exclamations – hautes ! | | | | |
|
| ironie | | | Un problème sans solution entretient une saine curiosité ; un problème sans mystère peut être confié à la machine. L’art aphoristique s’inspire du premier cas et se sert du second comme d’une contrainte ; cet art consiste à concocter des solutions universelles et mystérieuses (des réponses), afin que vous en découvriez ou imaginiez des problèmes individuées (des questions). | | | | |
|
| ironie | | | Il est normal de traiter Dieu de sourd et muet, puisqu’il n’entend pas nos questions ni n’émet de réponses. Mais on doit vénérer en Lui un Créateur incompréhensible et génial. | | | | |
|
| ironie | | | Mes notules sont des réponses qu’autrui ne peut pas compléter. Mais en revanche, un homme curieux, sachant adapter ses propres questions ouvertes à ma réponse fermée, sera mon co-auteur, avec nos deux arbres unifiables. | | | | |
|
| ironie | | | Ceux qui prétendent avoir trouvé le sens de la vie sont moins bêtes et moins nombreux que ceux qui sont persuadés que la vie n’en a aucun. L’arbre, le papillon, l’ours – ont-ils un sens ? | | | | |
|
| ironie | | | Qu’un lecteur comprenne ma maxime, qui n’est toujours qu’une réponse, c’est qu’il ait su fabriquer sa propre question, à laquelle s’adapte ma réponse. Je préfère être mal compris – ce qui sera presque toujours le cas – à rester incompris par un indifférent. | | | | |
|