préface
Ce livre n'est pas un recueil de citations de plus, de ces livraisons en gros, où de rares trouvailles sont ensevelies par une surcharge d'assommantes banalités. Je crois avoir fait un choix avec beaucoup moins de complaisance. Et même lorsque certains mots présentent, en eux-mêmes, de la faiblesse, ils sont là pour être rehaussés par la vigueur de ma réplique. La citation y étant omniprésente, ce livre, néanmoins, n'est pas tant un témoin de lectures qu'un accusé d'écriture. La lecture sert à polir les carapaces et à aiguiser les griffes ; l'écriture, et même la réécriture, affinent l'épiderme et arrangent les plumes. La justesse ou la caresse, le sens ou le sang, la valeur ou la couleur. L'écriture se défend et se justifie par le goût de rameuter en persuadant, d'intriguer en récitant ou de subjuguer en poétisant. Les deux premières ambitions supposent dérivation et hérédité comme moyens ; ce travail de sage accumulation ne convient qu'aux forts d'aujourd'hui ; j'ai le faible de suivre la pente du gaspillage des dons et de la brisure des gestes.
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préface
Pourtant, le décousu m'est encore plus étranger qu'un récit fait surtout de coutures. Le narratif vit d'adjonctions, le démonstratif - de conjonctions et de disjonctions, le créatif - de négations, donc d'interruptions. La seule excuse de la discontinuité, c'est l'intensité des points de négation ; le décousu est plus apparenté à l'enchaînement des idées, qu'au dépouillement du mot. Envelopper avec une idée ou caresser avec un mot ? Plus on s'attarde à l'altitude inénarrable d'une image plus on est indifférent à son itinéraire balisé ou à son panorama verbalisé. On aimerait garder de la hauteur, procéder par modulations paradoxales de lignes de crête : viser la fragilité des sommets tout en touchant la solidité des abîmes, ne pas s'abaisser dans l'inertie des platitudes intercalaires, ne pas dépenser le précieux vertige, ne pas s'accorder dans un effort monocorde. Préférer au parcours laborieux et profanateur, à la vie volée en éclats, - des envolées aléatoires, la seule échappatoire au monde sans chutes ni ascensions non jalonnées.
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préface
Mon unité de souffle consiste en la pitié qui m'astreint et m'attache aux obstacles et en l'ironie qui me détache des buts. Il semble que l'art naisse, plus pur, de la résolution des contraintes, brumeuses, élégantes et despotiques, que de la poursuite d'un but limpide, dicté par un calcul libre. La liberté ne favorise que ceux qui pèsent, elle est un frein à ceux qui fabriquent leur propre balance. Le paroxysme, la sensation de maintenir un souffle contraint et toujours convalescent, me paraît être l'élément primordial d'une écriture noble ; les symptômes, les remèdes ou, surtout, les histoires de maladies sont hors de ma portée. L'incurable honte m'habite ; ma plume ne griffonne que la face intérieure de la muraille qui isole les pestiférés de l'inutile de la paisible santé des hommes libres. Ce que ceux-ci prendraient pour de l'exacerbation polaire, n'est, en deçà de la ligne de la honte, qu'un climat somme toute modéré.
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préface
Ordinairement, ces images animent les poèmes, envoûtent les journaux intimes, se répandent sur du papier à lettres. Je leur fais des crocs-en-jambe ou leur tire la langue, quand il s'agit des images des autres, ou, quand elles sont articulées par moi-même, je ne cache même pas leur boitement apostatique. Je les serre jusqu'à ce qu'elles s'achèvent en formules. Ce moule se justifie quand on est prosélyte du mot coulant et iconoclaste de l'idée en bronze. Je sais bien que l'écriture pleine est dans l'inachevé du souffle et la palpite, la berce ou la pâme du ton, et où le regard immobile fait figure d'éléphant ou de pédant, mais mes progrès en français ne me laissent d'autre choix qu'entre l'idée et le mot. L'idée m'indiffère, seul le mot m'interpelle et me séduit. Le mot est ce qui part à la conquête d'une image, l'idée est ce qui prétend la tenir. La beauté, hélas, est indicible, muette et de pure forme ; elle n'évoque le contenu que dans des dispositions, chaotiques et absurdes, de mots, de notes ou de couleurs. Tout contenu ne se matérialise que dans un dialogue, d'où ma prédilection pour la réplique et la répugnance pour la harangue.
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préface
En entrouvrant la bouche (ou en se saisissant d'un stylo), tout plumitif se met à parler soit au nom du passé de ses idées (la tribu la plus nombreuse et ennuyeuse), au nom d'un présent en naissance (la race la plus rare, les poètes par vocation), au nom d'un avenir qui naît en même temps que les mots (les intuitifs, les volages, les solitaires sans bénédiction visible des cieux). Je me situe, humblement et orgueilleusement, dans cette dernière race. La deuxième me donne une cuisante envie, mais seule la première m'est accessible comme cible de défi ou de sarcasme.
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préface
Quand on voue un culte aux idées, on bâtit, autour d'elles, des systèmes, des événements, des justifications. Avec les mots, au contraire, on ne vénère que le langage désarticulé, conducteur capricieux d'émotions, tendant à sortir, arbitrairement, de l'anonymat d'une construction collective. Les idées sont censées rendre ce qui est mûr ; les floraisons des mots, en revanche, ne promettent que des fruits pour les yeux, les oreilles et non pas pour la bouche. Les idées ont du volume et du poids, les mots n'ont que la hauteur du regard et l'échelle de l'ironie. La vision, le contenu - idea, ou le regard, la forme - eïdos.
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préface
À quoi s'attaquent les mots (je ne parlerai guère d'idées qui ne s'attaquent qu'à la grisaille des schémas figés dans des normes des hommes) ? Leur choix, plus que celui des idées, traduit la part de la noblesse en nous, le besoin que nous avons du sacré et de ses sacrilèges. Je me rends compte que les choses, dignes d'être ennoblies par le mot, peuvent être vécues soit comme Mystère, soit comme Problème, soit comme Solution. L'existence irréductible de ces trois angles d'attaque, triviaux mais oubliés trop souvent, exclut toute tentation de mettre un point final d'une vérité quelconque. La vraie maîtrise d'un sujet, ce n'est pas sa possession, c'est l'harmonie avec laquelle on l'aborde. L'harmonie avec la vie s'appelle Mystère, l'harmonie avec un langage s'appelle Problème, l'harmonie avec une époque s'appelle Solution.
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préface
Les noms sont sur le blason du poète ; le mufle se hérisse d'adverbes ; un autre arsenal fournit la garde d'honneur des mots, face aux invasions de l'époque, c'est la panoplie des verbes : pouvoir, vouloir, devoir. Il faut se rendre à l'évidence : l'homme sera bientôt dépassé par les machines en tout ce qui se commande par pouvoir ou devoir. (Curieusement, l'anglais et l'allemand distinguent deux types de pouvoir et de devoir, le permissif et le facultatif, distinction qui n'existe pas en langues romanes et slaves.) Pour nous surpasser, il ne nous restera que vouloir : le désir ou le rêve. Parler de puissance ou de normes, de savoir ou de rites n'a aucun avenir littéraire.
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préface
IRONIE : L'aveu de l'impuissance de l'intelligence et de la puissance des mots. Ce qui ne nous laisse pas séjourner trop longtemps parmi les Solutions, nous rapproche des frontières Problématiques et nous expulse vers le Mystère de notre choix.
L'ironie-Mystère est la mort ; l'ironie-Problème est la vie ; l'ironie-Solution est l'égale distance entre les deux.
On veut le mot ironique ; on peut l'acte ironique ; on doit la pensée ironique.
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préface
MOT : La merveille de la fonction langagière est, pour prendre une plume, un stimulant aussi puissant que la merveille de la vie, pour prendre une femme. L'un des plus grands Mystères est l'image de la vie qui s'incruste dans l'âme d'une culture à travers les mots perplexes et uniques.
Le Mystère du mot est sa profondeur ; le Problème du mot est son étendue ; la Solution du mot est sa largesse.
Le mot ne te prend que ce que tu veux ; il ne donne à l'autre que ce qu'il peut ; il ne fait partager que ce que vous vous devez.
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préface
Quatre raisons pourraient justifier l'intérêt du lecteur accidentel pour les pages qui suivent : le choix exigeant de maximes des autres (me servant tantôt de miroir, tantôt de tremplin, tantôt de cible - peu de révérences parmi mes références !), l'humour des ricochets et des contre-pied auxquels je les soumets (jusqu'à les mutiler par des inflexions d'accommodation ironique du regard), les thèmes prônés (d'où est résolument banni tout goût journalistique), enfin, mes propres bribes de mots (souvent sans points d'appui, désarmées et donc plus vulnérables).
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préface de section pouvoir
Qui ne rêve de puissance ou de réalisations héroïques ou artistiques ? Mais une fois que j'ai fait le tour de ces exploits, je comprends que rien ne vaut la maîtrise du mot, sans laquelle pâlissent les savoirs et les actes. Créer du vrai, en inventant des langages, est plus passionnant que d'en déduire, en restant dans le langage des autres.
Dans un premier temps, il est très facile de définir les trois clans, simplifiés mais expressifs : ceux qui sont mus, respectivement, par le Bien, par le Beau, par le Vrai – les héros (fidélités et sacrifices), les artistes (création et individualité), les imbéciles (amoureux de la vérité).
Mes timides et maladroites tentatives de faire du bien au milieu des hommes ne valent pas grand-chose à côté de la voix du Bien, qui résonne dans mon cœur, même dans les déserts ou les cellules.
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chœur action
MOT : L'antithèse de l'action serait peut-être le mot, symbole des images, qui ne s'incrustent ni dans le sol ni dans les murs et qui refusent aux mains le rôle d'interprète entre l'âme et les yeux. Plus la liberté d'agir est grande, plus les actes de basse extraction fraternisent avec la noblesse déchue des mots. Plus on fait plier la tête au reptile laborieux, plus doux est le sommeil du volatile verbeux.
âme,bassesse,fraternité,interprétation,liberté,regard

chœur action
VÉRITÉ : La recherche de la vérité est présentée souvent comme prétexte de l'action. Mais ne s'y retrouvent que ceux qui sont persuadés de l'avoir déjà trouvée. Les vérités figées aboutissent aux actions réussies et plates ; les vérités vivantes plongent dans l'inaction ratée et envoûtante. L'action fournit le vocabulaire, la contemplation - la source de la vérité.
défaite,mot,platitude,vie

action
Le choix de l'homme, choix heureusement non-exclusif, est entre maintenir l'intensité de la lumière ou d'en entretenir le rythme des ombres, entre l'acte net et le mot infidèle, entre le geste, qui lève, et la geste du rêve. Faire pencher la raison du côté du second choix, éduquer l'âme à accepter le premier, comme une contrainte féconde.
contrainte,intensité,mot,musique,ombre,rêve

action
La seule immobilité que j'appelle de mes vœux dans ce livre est celle du mot ou du rêve refusant toute mobilisation décrétée par le geste régnant, res gestae. Manfred se distançant de Missolonghi, Comète ma Comète ignorant la trajectoire de Camiri, le soleil d'Austerlitz n'illuminant pas le parcours de Napoléon ni n'assombrissant celui du prince André. Fatum libellorum, la geste, s'émancipant du geste. Écrire tibi et igni.
auteur,grandeur,immobilité,intensité,mot,rêve

action
L'acte esthétique est dans le mot ou la note, il est inactuel. L'acte éthique n'a de sens que par des traces. D'où l'exil de l'artiste au-delà du bien et du mal, dans l'essence, dans la permanence de l'être, ce point crucial de l'éternel retour, car « l'Un-Bien est au-delà de l'essence » - Platon.
art,beauté,bien,éternité,être,exil,mal,mot,retour

action
L'action devient presque aussi respectable que le mot, quand ses traces sont en pointillé. Le mot devient aussi méprisable que l'acte, quand son choix prétend remonter aux causes premières. L'état d'esprit, où l'on tranche, devrait être des plus fugaces. C'est sur l'inaccomplissement, l'atermoiement et la réticence qu'il faut s'appesantir.
commencement,continuité,haine,mot

action
Ce qui n'est, pour moi, qu'un mot, est une action pour un autre, plus pur que moi. Je suis toujours théoricien de quelqu'un et praticien d'un autre. C'est cela, la vraie leçon d'humilité en profondeur.
acquiescement,ange,auteur,hauteur,mot,système

action
La performance dans l'action est, le plus souvent, signe de l'incompétence en mots. En matières vulgaires, la performance aboutit au début de la compétence. En science et en art, c'est le contraire qui se produit. Le mot est un des rarissimes matériaux, où la compétence se traduise immédiatement en performance. La parole, elle, est plus proche de l'acte que du mot. C'est pour cela qu'elle est désolante : « La parole est une voie certaine vers le plat et l'insipide » - H.Hesse - « Reden ist der sichere Weg dazu, alles seicht und öde zu machen ».
art,commencement,mot,platitude,savoir

action
C'est un paradoxe bien embarrassant : ceux qui se vautrent dans des sentiments vulgaires réussissent mieux dans des actions tout à fait honorables ; les rêveurs succombent facilement à la goujaterie des actes. La vulgarité est dans la fusion de la parole et de son objet. Et la grandeur est peut-être dans leur confusion artistique créée à la faveur de la berlue des yeux, à la dissonance dans les oreilles et à la discorde des mots.
art,bassesse,doute,erreur,grandeur,mot,ouïe,platitude,rêve

action
L'idée veut précéder ou découler des faits. Le mot s'en sert pour éprouver nos facultés de réfraction ou de ricochet. L'idée nous fait réfléchir sur les faits, le mot - sur nos facettes réfléchissantes.
idée,mot

action
Une attitude à chercher : l'ubiquité, qui permettrait de se sentir soi-même dans le mot et dans l'acte, même si le bon sens y rechigne.
mot,pose,soi

action
Nous vivons la fin de la grandiloquence et du grandiose en parole, c'est-à-dire de ce qui ne peut pas être maîtrisé. La scène est livrée aux actes modérés, calculés et maîtrisés.
grandeur,jeu,mot,maîtrise

action
Les actions sont des effets, dont les mots sont des causes. L'attitude à rechercher : cause gagnée, effets perdus. Pour défendre une bonne cause suffit la conscience ; pour une mauvaise suffit la science ; réunir les deux pour chanter ou pleurer les effets.
conscience,mot,pose,science

action
Deux ennemis de la liberté : l'inertie du mot et l'irréversible du geste. Ses faux amis : l'apogée de l'idée et l'irréparable du fait.
continuité,idée,liberté,mot

action
Si l'on ne freine que verbalement le train-train des actes, sans force majeure dans un compartiment vital, on risque de dérailler, mécaniquement, dans un verbiage de garage. Il nous faut avoir été secoué par une déveine d'envergure, pour que l'abstention soit une option de survie ou de malédiction et non de pose.
défaite,intensité,mot,pose,vie

action
On se révèle par le mot dans un langage, par la pensée dans un modèle, par un acte dans une réalité. L'équivalence entre les deux premiers - création humaine, entre les deux derniers - divine. Au commencement divin était la pensée ; le verbe n'annonce qu'un commencement humain.
commencement,création,dieu,idée,langue,mot,réalité,représentation

action
L'acte de Valéry est une rigueur naissante ; la rigueur de Spinoza est un acte né, stérile. Spinoza se nourrit de mots creux et usés (là où Heidegger, au bas mot, en trouve de pleins et neufs) ; Valéry - d'images réalisables, de concepts vitaux excitant l'intelligence.
esprit,idée,mot,représentation

action
Au-dessus des tombes, les larmes les plus belles se versent au sujet des mots non-dits, des regards non croisés et des actions non osées - l'esprit d'escalier.
mort,mot,regard,souffrance

action
Apprendre à faire, apprendre en faisant, désapprendre sans faire - cheminement de celui qui est sensible à la création et au langage.
chemin,création,mot,savoir

action
Quand je n'ai pas de bonnes paroles, je suis tenté de m'exprimer en langage des actes, qui rabaissent mon silence. À l'opposé de Phèdre : « Ceux qui rabaissent en paroles ce qu'ils ne peuvent faire » - « Qui facere quae non possunt verbis elevant ».
auteur,mot,platitude,silence

action
Le combat d'idées se règle au pugilat ; le combat de mots dégénère en affrontement des idées ; le combat des états d'âme s'enlise en querelles de mots. Désarme-toi ! - la bonne devise du capitulard que je devins. Leopardi ne se doutait pas à quel point il avait raison : « Un peuple de philosophes serait le plus couard du monde »* - « Un popolo di filosofi sarebbe il piú codardo del mondo ».
acquiescement,âme,auteur,défaite,idée,lutte,mot

action
Devant ma vie, je suis dans un rafiot : à quoi veux-je consacrer sa traversée ? - ramer ? garder le cap ? guetter des voies d'eau ? appeler un bon souffle ? glisser des mots dans la bouteille ?
auteur,défaite,intensité,mot,vie

action
C'est la mimesis (représentation, en grec), la noble imitation, qui est source de toute création (avec l'herméneutique - interprétation), et lorsque ce qu'on imite est action on l'appellera poésie, la poïesis.
création,grèce,interprétation,mot,poésie,représentation

action
L'écart entre les mots et les actes se mesure uniquement en épaisseurs des mots. Et ceux qui se gargarisent de son absence ne font que reconnaître la platitude de leurs mots.
balance,mot,platitude

action
Mieux on écoute les appels, pathétiques et séniles, à passer des mots à l'acte, mieux on comprend, que la jeunesse, c'est le mot.
enfance,mot

action
Homme de scène, homme d'action… Deux types d'échelles, plutôt que deux types d'hommes. L'agir noble : partager mon pain ou tendre ma main à celui qui est tombé - gestes dont est capable, un jour, n'importe quelle crapule. La scène est un paradigme beaucoup plus discriminatoire : qui m'observe et me juge ? quelle lumière m'illumine ? Quelle distance me sépare de la rue ? Quel est le genre de ma pièce ? En quelle langue sont mes paroles ? Quelle est la part du dramaturge ou du démiurge dans mon texte ? Qui incarne mon héros ? - ma raison, mon cœur ou mon âme ? Homme d'action n'est qu'un cas mineur d'homme de scène, qui, à son tour, n'est qu'un cas extraverti d'homme de rêve.
âme,cœur,égalité,héros,jeu,misère,mot,noblesse,proximité,rêve

action
Aucune œuvre littéraire ne traduit si nettement le conflit majeur de l'existence, entre le moi, qui réfléchit, agit et se connaît et le moi, qui frissonne, rêve et s'ignore, que la Pathétique de Tchaïkovsky ; et nulle part ailleurs on n'entend si nettement l'inéluctable débâcle du second, plein de honte, et le silence confus du premier, plein d'ironie.
défaite,honte,ironie,mot,musique,rêve,silence,soi

action
Tant que tu veux écrire, essaie de ne pas agir ; pour, éventuellement, terminer par : « Plus de mots. Qu'un geste. Je n'écrirai plus » - Pavese - « Non parole. Un gesto. Non scriverò più ».
défaite,mort,mot

action
Il ne suffit plus, aux évaluateurs modernes, de savoir où je vais ; il leur faut montrer, que j'y suis parti. Par un regard comme un mime, par un mot comme un auteur, mais non par un acte comme un acteur.
jeu,modernité,mot,regard

action
L'homme désire ; à un moment donné, au lieu de continuer à désirer, il se met à agir : par la parole, par la raison, par le muscle ; la discordance entre le désir et l'acte, très rapidement, devient flagrante ; dans cette banale platitude, où il n'y a ni dissimulation ni aliénation ni refoulement, la psychanalyse prétend découvrir des gouffres d'inconscience. Imposer un sens à ce qui en est dénué, dénicher un sens paillard dans ce qui n'est que criard - deux démarches d'un même charlatanisme.
doute,élan,force,langue,mot,raison

action
Pour qu'on comprenne ce que j'entends sous faiblesse, je dois postuler, que tout passage à l'action relève de la force (et non pas de la faiblesse comme le prétendent les sages oisifs) ; la faiblesse est l'oreille, qu'on prête à l'appel du soi inconnu, mystérieux et fascinant, intraduisible ni en mots, ni en actes, ni en système. On peut en dire ce que de Maistre dit du monde, qui serait « un système de choses invisibles manifestées visiblement ».
auteur,force,inconnu,mot,mystère,nature,soi,système

action
Mon ennemi - le hasard des actes ; mon ami - la fatalité des mots.
auteur,fanatisme,jeu,mot

action
Je remarque assez tôt, que la noblesse de mon regard me visite presque automatiquement, dès que j'exclus du cercle des choses capitales - l'action et le succès. Mais je finirai par comprendre, que c'est aussi la prémisse obligatoire de la pensée tout court, de la pensée nécessairement noble : « L'effort poético-spirituel, pour la maîtrise du verbe de l'être, se déroule au-delà de combats et d'armistices, hors toute réussite ou déroute, sans prêter attention à la gloire ou au bruit » - Heidegger - « Der dichterisch-denkerische Kampf um das Wort des Seins spielt jenseits von Krieg und Frieden, außerhalb von Erfolg und Niederlage, nie berührt von Ruhm und Lärm ».
auteur,défaite,esprit,être,gloire,jeu,lutte,mot,noblesse,poésie,…

action
Je baisse les yeux, puisque mon acte, mon mot, mes yeux et même mon regard n'arrivent pas à se maintenir à la hauteur du miracle de la vie ; mais c'est, peut-être, le seul moyen de garder un souvenir intemporel de toute hauteur : par rabaissement de soi on compte monter.
auteur,hauteur,mémoire,mot,regard,soi,temps,vie

action
Les étapes de ma victimisation : l'élan, l'acte, le savoir, la langue, le ton - autant d'immolations, de ruptures et de discontinuités ; je ne serais qu'âne, bouc ou agneau, si je ne vais pas jusqu'au bout de cette chaîne ; et là, on saura si je suis rossignol, coucou, lion ou cygne.
auteur,continuité,danse,élan,intensité,langue,mot,sacrifice,savoir

action
Comment protéger le mot de la tentation de se convertir en acte ? - interdire à l'excitation de se traduire en incitation !
intensité,mot

action
La vie, contrairement au théâtre, est faite davantage de musique que d'enchaînement des actes ; un bon dramaturge inverse les places de l'orchestre et de la scène, dans son espace vital. Et quand, au lieu de l'action (dramatos) narrative se met à percer l'être humain (demos) musical, le métier de dramaturge se rapproche de celui de démiurge, la musique hiératique - du langage démotique.
discursif,élite,jeu,mot,musique,négation,vie

action
Le mot est pur s'il peut se passer d'idées, l'idée est pure si le désir ne s'en mêle pas, le désir est pur si le passage à l'acte ne l'assouvit guère. Mais la multitude aime des amalgames : « Celui qui désire sans agir, engendre la pourriture » - W.Blake - « He who desires but acts not breeds pestilence ». Celui qui agit, immunisé contre le virus de honte ou de désir, gagne en stérilité et perd en saveur.
création,élan,goût,honte,idée,mot

action
Un rêve, hélas, inaccessible : vivre ce que je suis – je vis un devenir, qui n'est jamais fidèle à l'être inspirateur. Mais la fausse réalité : je suis ce que je vis – est pire, puisque mes gestes et mes mots cherchent l'ampleur ou la profondeur, tandis que mon être ne quitte jamais la hauteur. La vie se fige, oublie ou perd son élan - un vivant instantané sans un créant éternel.
auteur,création,élan,être,hauteur,mort,mot,réalité,rêve,révolte,…

action
L'agir est pardonnable ou respectable, si je reconnais d'en ignorer les ressorts et les portées. « Je ferai dans l'ignorance de ce que je fais, de qui je suis, d'où je suis, de si je suis »*** - S.Beckett. Cette ignorance peut être étoilée, même si j'élargis le cercle au-delà de l'agir, pour englober le penser, l'écrire, l'aimer. Et je finirai par me dire que notre soi inconnu est au centre de tout ce qui est sacré, mais sa circonférence ne se dessine nulle part.
amour,auteur,être,inconnu,mot,proximité,sacré,soi

action
Ni l'action ni le mot ne sont des empreintes fidèles de notre meilleur soi. Avec les mots on crée des images, avec les actions - des choses. L'image, éloignée du vrai, peut devenir rêve, mais la chose, éloignée du vrai, ne peut être que mensonge. Les mots s'occupent de la traduction, et l'action - de la trahison. Traduttore - non traditore.
mensonge,mot,rêve,soi,vérité

action
Ce qui me conforte dans mon goût des phrases sans action, c'est la détermination de tous les autres de suivre l'action sans phrases.
auteur,doute,idée,ironie,mot,mouton,négation

action
Les grandes paroles font mépriser les actes ; les petites paroles en sont toujours solidaires. Ne crois pas que « Les actes, et non pas les paroles, nous font croire » - Térence - « Facta, non verba, penduntur ».
grandeur,haine,mot

action
L'horloger des mots doit être plus passionné que celui des gestes. Le premier te couvre d'une gangue de liberté, le second te met à nu. « La parole te soulève, l'exemple te traîne » - proverbe latin - « Verba movent, exempla trahunt ». Habille l'exemple en paroles opaques pour rester libre. « La parole s'envole, l'écriture perdure » - proverbe latin - « Verba volant, scripta manent ».
art,immobilité,liberté,mot

action
Le mot perdit définitivement la partie contre le fait. Le mot coloré, porteur de silence rieur ou sanglotant, n'a plus aucune valeur d'échange ; les faits incolores s'échangent dans le brouhaha mécanique des foires ou des salles-machine.
mot,mouton,robot,silence,souffrance

action
Qu'emporte de nous, le mot, le regard, le geste ? La vie est-elle une traduction libre d'un texte insensé ou la création d'un discours inédit ? Se peut-il que « l'âme n'ait pas de secret, que la conduite ne révèle » - proverbe chinois ? Et si une œuvre n'était créatrice que révélatrice ? Psychologisme transcendantal !
âme,art,création,doute,folie,mot,regard,vie

action
Produire et créer, le travail et l'inspiration, les moyens problématiques et les commencements mystérieux, l'opposition entre ces deux manières de vivre est une fatalité irréconciliable. « L'âme se dessèche chez l'homme qui agit, mais l'homme qui crée sa personnalité (ou son mot ou son rêve) perd tout intérêt pour l'action »** - Prichvine - « Делая, человек становится бессердечным, а создавая личность (слово-сказку), теряет интерес к действию ».
commencement,création,mot,mystère,rêve,vie

action
L'action profonde noie facilement le haut rêve verbal. Le mot sans ailes fait chuter une grande action - dans la platitude. Quand les actions s'accumulent, le mot stagne et devient indiscernable de l'action.
hauteur,mot,platitude,rêve

action
C'est un don rare que de savoir faire en paroles ; ce qui est banal, en revanche, ce sont des faits qui restent désespérément muets. L'hypo-crite (celui qui s'arrête avant-décision ! - n'oublions pas, que décider voulait dire couper la gorge ! ) est à réhabiliter (Pascal en ébaucha une authentique théorie) !
authenticité,mensonge,mot,représentation,savoir,système

action
L'idéal, par définition, est ce qui ne peut pas devenir réel ; parler de sa réalisation est un oxymore. « L'idéal a l'étrange propriété de tourner vers son contraire dès qu'on le réalise » - Musil - « Ideale haben die merkwürdige Eigenschaft, in ihr Gegenteil umzuschlagen, sobald man sie verwirklicht » - au bout de cette réalisation - une déception et non pas un renversement d'idéaux. Ou bien c'est la banale impossibilité de comparer l'idéal avec ses ombres réelles. Il faut maîtriser un méta-idéal : un langage de défense de tout idéal contre le prurit des actes commis en son nom.
idée,mot,négation,réalité

action
Incapables de vivre par ou pour la musique, ils déclarent vivre pour l'esprit. Alors la terre pullule de ces spirituels grinçants, se concentrant sur l'acte à accomplir (Bergson) ! L'homme d'action - transfuge ? - se désolidarisant de l'acte bruyant et optant pour le mot musical ? Impossible reconversion !
absurde,esprit,mot,musique,vie

action
L'héroïsme d'action n'exista jamais. « Il n'y a pas de héros de l'action. Il n'y a de héros que dans le renoncement et la souffrance »** - A.Schweitzer. Renoncer aux choses au profit des images ; souffrir des choses intraduisibles, se réjouir des images qui, intraduisiblement, les traduisent. La prétention de l'héroïsme naît de l'illusion, que l'action puisse traduire le désir. La prétention de la noblesse, qui veut orienter le désir vers des valeurs, est aussi irrecevable : « Les vecteurs avant les valeurs »** - R.Debray. Les désirs sont nos vecteurs ; et une façon, légèrement indécente, de continuer à tenir aux valeurs, dont tout le monde se fout, - c'est la farce.
acquiescement,axe,élan,jeu,mot,noblesse,souffrance,valoir

action
Odysseus et l'enfant prodigue, partis à l'étranger, rêvent d'un retour au sein de leurs familles. L'action et la pensée sont ces pays étrangers, où s'aventure l'âme vagabonde. Et quelle joie et quelle merveille, son retour au bercail, au rêve, déjà chargé de mots, d'images, de souvenirs, de pauvretés et de dangers.
âme,audace,exil,mémoire,mot,raison,rêve

action
La création peut intervenir aussi bien dans ce qui se fait que dans ce qui se dit ; elle en donne même la valeur. Malheureusement pour le Verbe, qui, pendant les millénaires, avait dominé l’action, il s’enlise désormais dans la routine d’une manière encore plus radicale que l’action. La musique, occultée par le bruit de l’époque, abandonne le Verbe ; il n’y a plus de rythmes verbaux, capables de défier les algorithmes des robots. Il y a plus de créativité en technologies qu’en mythologies.
création,modernité,mot,musique,robot,valoir

action
Celui qui croit ce qu'il dit et qui fait ce qu'il croit n'est le plus souvent qu'un sot. Croire, c'est bannir le hasard, mais le mot n'est fait que du hasard. On ne fait que ce qu'on maîtrise, et l'on ne maîtrise jamais ce qu'on croit. Le sot croit qu'il sait, le sage sait qu'il croit. « Il n'y a de mythe pur que le savoir pur de tout mythe » - M.Serres.
ange,doute,esprit,intelligence,jeu,maîtrise,mot,savoir

action
Les mots jouent plus fidèlement de mes cordes que les gestes ; j'ai plus de raisons de rougir avec ces derniers qu'avec les premiers ; n'écoute pas Cervantès : « Un chevalier a honte, quand ses mots sont plus beaux que ses faits » - « Un caballero se avergüenza de que sus palabras sean mejores que sus hechos ». Et continue à te payer de mots, pour préserver ton pouvoir de rachat.
beauté,honte,mot

action
Tant d'enthousiastes rêvaient du jour, où la vérité serait la force, où le savoir se traduirait immédiatement en pouvoir. Ce jour est venu. On pourrait continuer à tenir à la beauté du mot, on serait sans doute horrifié de la complicité du savoir et du pouvoir. « On paye cher l'accès au pouvoir : le pouvoir abêtit » - Nietzsche - « Es zahlt sich teuer, zur Macht zu kommen : die Macht verdummt » - mais encore davantage abêtit le savoir moderne. Quand la force était la vérité, quels beaux mensonges chérissions-nous !
beauté,enthousiasme,force,mensonge,mot,rêve,savoir,vérité

action
Dans une action, ce qui mérite d'être examiné est, paradoxalement et exactement, ce qui est son stricte opposé – la réflexion théorétique et l'expression poétique (gnosis et poïesis).
mot,négation,philosophie,poésie,savoir

action
L'être (humain) est ce qui ne se traduit fidèlement ni par l'action ni par la pensée ni par le mot. La musique (verbale, conceptuelle, plastique), cette manifestation du devenir, en reflète mieux le cœur. Tout homme de plume doit être d'abord un musicien : « Un écrivain doit exprimer ce qu'il est et non ce qu'il pense »** - Cioran.
art,être,idée,mot,musique,raison,temps

action
En interrogeant mon soi, hérissé de mouvements intraduisibles ni en actes ni en paroles, et en cherchant, désespérément, d'y mettre de l'ordre, je finis par préférer le terme organique de fidélité, au terme mécanique de cohérence. La tentative la plus probante, c'est l'écriture d'un livre, duquel, inexorablement, surgiront des images ou des sentiments, loin d'être des empreintes du réel. Et que dire des actes, qui ne sont que des écritures ratées ? Seuls ceux qui ne créent pas sont cohérents avec eux-mêmes. Le créateur est fidèle à sa création.
art,auteur,création,mot,ordre,réalité,sentiment,soi

action
On emploie le même terme de fait, pour parler du réel, dictant notre action, ou de l'idéel, structurant nos représentations ou soutenant nos interprétations. Mais si la soumission aux faits donne de la consistance à l'action, elle est signe de servilité de l'intellect, elle y prend quatre formes : en représentation – négligence pour la modalité des faits ; en formulation de requêtes – routine des références apprises, manque de métaphores ; en démonstration de propositions – oubli du sujet, des hypothèses ; en interprétation – confusion entre les faits réels et les faits modélisés.
esprit,interprétation,métaphore,mot,réalité,représentation,soi

action
Toute bonne définition doit comporter des indications pour passer à l'acte ; la vérification est déjà une première action. Et Platon a raison de rester balbutiant dans ses définitions du Bien, puisque « entre paroles et actions l'harmonie n'est jamais accomplie », le Bien étant au Commencement comme le Verbe.
beauté,bien,commencement,mot

action
Les faits n'ont ni voix ni volume ni rythme ni intensité. Autant dire que le mot devrait n'y voir que, tout au plus, - un champ de résonances, un écran plat, et prendre sur soi-même tout souci d'harmoniques. L'accord entre les deux - dictum - factum - ne peut être qu'abracadabra !
intensité,mot,musique,voix

action
L'écrit est toujours une caresse ou un adoucissement : dans l'immense majorité des cas - caresse d'un amour-propre ou d'une futilité, et très rarement - adoucissement d'une honte ou d'un mal, réels ou imaginaires. Le mot est le contraire de l'acte, ou un remède de l'acte, acte, qui ne peut être que blessure.
honte,mal,mot,négation,reconnaissance,souffrance

action
Le mot est un entrebâillement minuscule dans les murailles des actes non-tentés, dont je m'entoure. La lumière n'y pénètre guère ; j'y colle les yeux, je vois, par-delà créneaux et meurtrières, - tout l'Univers en armes, à la recherche d'un panache rassembleur. Le meilleur chantier, pour élever des châteaux forts des mots, ce sont des ruines des actes, dont les sous-sols regorgent de mémoire verbale. « La langue garde les trophées de son passé et les armes de ses futures conquêtes » - Coleridge - « Language contains the trophies of its past and the weapons of its future conquests ».
auteur,château,lutte,mémoire,mot,noblesse,ombre,ruines

action
L'acte d'homme ou l'action des hommes, dans la modernité, deviennent activisme de mouton ou activité de robot.
mot,mouton,robot

action
Je m'égosille à opposer une noble geste antique à la platitude du geste moderne, et je ne m'aperçois qu'au dernier moment, que ce mot, aujourd'hui, signifierait gestion ou procès-verbal, et ma bonne ironie se rit de ma bonne honte.
auteur,ironie,mot,noblesse,platitude

action
Le verbe laisser aurait dû se ranger du côté des capitulards ; au lieu de cela, il favorise la bougeotte des courants triomphateurs : laissez-faire, laissez-aller, laissez-passer ; même le laissez-être eckhartien (Gelassenheit) est entraîné dans l'activisme existentialiste.
défaite,être,mot

action
Quand je vois l'homme d'action, l'homme de compétence ou l'homme de performance (fabrication, représentation, interprétation) - patauger, impuissant, en compagnie du mot, je suis presque prêt à acquiescer à l'exagération de Heidegger : « Seul l'être en puissance du mot confère l'être aux choses » - « Das verfügbare Wort erst verleiht dem Ding das Sein ».
auteur,création,être,force,interprétation,mot,représentation,savoir

action
Dans son tombeau des actes, l'homme ne songe plus à la réincarnation dans les mots, puisqu'il ne voit plus autour de lui que des mots mortels, prenant, en tout, fait et cause pour les actes.
fraternité,hommes,mort,mot,vie

action
Curieux chiasme diachronique des termes dynamique et énergie : aujourd'hui, le premier s'associe au réel (cadres dynamiques), et le second – au potentiel (énergie dormante ou accumulée), tandis que chez Aristote, ce fut l'inverse : le premier était en puissance, et le second – en acte.
force,modernité,mot,négation,réalité,temps

action
Acte – ce qu'on fait pour les autres ; action – ce qu'on fait pour soi.
mot,soi

action
Pour réfléchir sur l'irréversibilité de nos actions : défaire, to undo, abmachen, переделать - démolir, annuler, rejeter, recommencer - volonté, logique, dynamisme, fatalisme.
allemagne,angleterre,commencement,langue,mot,russie

action
Un vocable n'accède au noble titre de mot qu'en s'émancipant de la réalité ; pour les autres, les roturiers, on dit : « L'action est mère de tous les mots » - Gorky - « Все слова рождены деянием ».
mot,noblesse,réalité,russie

action
Changer d'avis ou se repentir, en grec, se diraient avec le même mot - métanoïa ; mais le meilleur repentir est d'avoir honte de l'action même, tout en gardant le même regard sur ses motifs et fins.
contrainte,grèce,honte,mot,regard

action
La fidélité au désir ou son sacrifice, l'épicurien ou le stoïcien, auraient pu s'équivaloir si, au lieu de s'intéresser à la volonté, c'est à dire à l'inertie ou à la fuite en avant, ils se penchaient sur la puissance, c'est à dire sur l'intensité et son retour éternel ; c'est ainsi que Nietzsche interpréta la misérable idée spinoziste : la béatitude (le conatus) résiderait dans l'augmentation (le progrès, donc, – à l'opposé de l'éternel retour) de la puissance d'agir, tandis que, pour Nietzsche, il s'agit de la puissance de rêver. Comme quoi, les (pseudo-)parentés philosophiques se fondent sur les mots et non pas sur le sens.
bonheur,continuité,élan,éternité,mot,philosophie,retour,rêve,sacrifice

action
Quand je comprends, qu'aucune lumière n'est à moi, et que je ne suis qu'un manipulateur des ombres, je prête plus d'attention à l'irréalisable, qui doit percer dans mon action ; de même - à l'invisible dans mon regard ou à l'innommable dans mes mots.
auteur,inconnu,mot,ombre,regard

action
Il va de soi, que je me déplaise dans ce que je fais et même dans ce que je pense ; je dois me plaire dans ce que je n'arriverai jamais à traduire en actes ou en mots ; le problème, c'est de trouver un lac pour mon regard, lac, dans lequel se refléterait fidèlement mon visage, c'est à dire mon rêve.
auteur,mot,regard,rêve,soi,voix

action
Je n'aspire ni au vide ni au trop plein, je n'aime pas la contrainte des frontières accessibles mais infranchissables, je ne veux pas être un récipient, je veux pouvoir prendre la forme de tout ce qui m'entraîne, me plénifier. Plus nous sommes vides des choses qui pèsent ou ancrent, plus pleins sont nos coups d'ailes et plus larges nos horizons. Si tu veux vivre dans les mots, sois mort pour les choses.
auteur,contrainte,élan,étoile,frontière,inconnu,mort,mot,vide,vie

action
Le marchand dama toujours le pion au producteur (de blé, de justice, de mots). Le malheur, c'est que le marchand en gros - le prince, le capitaine, l'évêque - laissa sa place au marchand au détail - le journaliste, le comptable, le boutiquier. Celui-ci s'érige en juge, tandis que celui-là se contentait d'être l'image à encenser ou à engraisser.
argent,élite,justice,mot,platitude

action
Je suis avec autrui, quand je réfléchis ou agis ; je ne suis avec moi qu'en écrivant, en verbifiant ma substance.
art,auteur,être,mot,raison,soi

action
Rien de philosophique ne peut être traduit en actes pour être relu, apprécié et approuvé. Socrate et Sénèque auraient pu choisir une friandise ou un stylo, au lieu de cigüe et rasoir, sans rien trahir de leur philosophie. Ne sont philosophiques que les livres (Sartre). Contrairement à la poésie, qui se faufile jusque dans nos appétits et galéjades.
mot,philosophie,poésie,vie

action
Exercice de dialectique hégélienne : voir le mode d'échange entre hommes triomphant, la transaction, comme une synthèse réussie des deux modes déchus, le sacrifice et la fidélité. Le marketing comme leur prolongement justifié. Le frayage des biens, des mots et des femmes s'effectuant selon la même loi.
argent,défaite,femme,hommes,justice,mot,sacrifice

action
Quand le faire et le dire marchent, main dans la main, on peut être certain, que le sol, qui les supporte, est une platitude.
mot,platitude

action
Une bonne ombre traduit l'éclat et le mystère de l'astre, au hasard de mes pérégrinations dans ma caverne ; l'objet qui la projette est, le plus souvent, aléatoire. La parole qui n'est que l'ombre de l'action, devrait se détacher de l'action, pour parler de l'astre. D'ailleurs, à son tour, « action est l'ombre de la contemplation et de la raison » - Plotin. Et celles-ci, à leur tour, ne sont que des miroirs de l'âme. Un beau destin d'homme est peut-être de vivre en projecteur des ombres. Pour le créateur, l'action est secondaire, comme tout ce qui n'est que nécessaire ; la contemplation, même superflue pour l'action, est primordiale.
âme,étoile,mot,mystère,nécessité,ombre,raison,regard,ruines

action
Je suis dégoûté de l'action non pas à cause d'une discordance entre le prévu et le vu, l'attendu et l'entendu, le pressenti et le senti, mais à cause de l'intraduisibilité cruciale du regard des premiers en choses vues des seconds ; dans le royaume du rêve, le mot, au moins, peut inventer la hauteur cachée des choses, tandis que l'acte en exhibe la criante platitude.
auteur,haine,hauteur,inconnu,mot,platitude,regard,rêve

action
Un sage, c'est un homme d'expériences, sachant trouver une relation harmonieuse entre la pensée et l'action, débouchant sur des résultats favorables. On aurait dû l'appeler – philosophe, tandis que le philosophe historique aurait dû s'appeler – philologue, puisque le logos se voue aussi bien à la parole consolante qu'au verbe révélateur, les deux véritables sujets d'une bonne philosophie.
consolation,idée,langue,mot,philosophie,utilité

action
Ne voir dans l'action qu'un exercice de nos muscles et de nos pensées (et non pas juste un moyen, pour atteindre un but juste), serait-ce la véritable ascèse ? - ce mot grec signifie exactement – exercice !
acquiescement,contrainte,grèce,idée,mot

action
L'échelle descendante de la valeur éthique : l'acte, le verbe exprimant l'intention, l'intention non-dite. Dans le premier pas de l'action, le verbe expire ; l'intention s'inspire du dernier, celui qui ne nous appartient pas. « Qui n'a pas rêvé d'un monde, qui, au lieu de commencer avec la parole, débuterait avec les intentions »** - R.Char.
bien,commencement,contrainte,mot,valoir

action
Étymologiquement, l'acte, c'est une chose faite, et l'action, c'est la routine bien maîtrisée, visant un but précis. À l'opposé se trouve la création, un talent imprévisible, respectant les contraintes et chantant les commencements.
commencement,contrainte,création,danse,esprit,maîtrise,mot,robot

action
Tout savoir factuel et déductif sera bientôt câblé, il sera à portée de tout concierge, avec l'ordinateur incrusté dans sa montre. Le vrai casse-tête sera le contrôle du savoir dynamique : qui aura le droit de déclencher des avalanches événementielles ? Le poète, ayant cessé d'être passeur de mots, se retrouvera dans l'emploi nouveau de codeur de mots de passe et de dépoussiéreur de touches.
ironie,mot,poésie,robot,savoir

action
Dissimuler les ressorts, ne laisser apparaître que l'élan - la fin de toute activité noble : la foi câble le pourquoi, l'intelligence - le comment, l'art - le et le quand. L'intelligence et l'art substituent leurs ad-Verbes dans le Verbe titubant : « Pourquoi m'as-Tu abandonné ! ».
abduction,art,christianisme,commencement,défaite,élan,intelligence,intensité,mot,noblesse

action
L'action et le verbe : adversaires, ils embellissent la liberté et le silence ; alliés, ils abrutissent les hommes, serviles et sourds.
hommes,langue,liberté,lutte,mot,platitude,silence

action
Les mots surgissent et se figent au-dessus des représentations ; les idées se tournent vers la réalité. La philosophie européenne se concentre dans les mots ; l'orientale se voue aux idées. C'est pourquoi un bon philosophe européen peut être oisif ou bosseur, crapule ou saint, sans que cela préoccupe ses admirateurs, tandis que le philosophe oriental doit baver dans ses expériences culinaires, climatiques, gymniques, pour prouver la consistance de ses théories.
asie,europe,idée,ironie,mot,philosophie

action
Toutes les actions des hommes devinrent si sensées, calculées, intéressées, que j'ai envie de réhabiliter le mot vanité – mais qui encore est capable d'agir ou de rêver en vain, sans chercher à en retirer quelque profit ?
hommes,ironie,mot,platitude,raison,rêve,robot

action
L'action et la logique servent à chercher une solution, tandis que c'est surtout le langage qui aide à formuler le problème – deux milieux, deux démarches, deux outils difficilement compatibles. Comme les mystères ne se dissipent pas avec le même état d'âme, qui nous y a plongés. Les images, les mots, les concepts - dans chaque domaine nous avons un expert indépendant : l'âme, le cœur, l'esprit. Choisir un mystère, énoncer un problème, inventer une solution.
âme,cœur,création,esprit,idée,interprétation,langue,maîtrise,mot,mystère,…

action
Pour pouvoir pratiquer le culte des commencements, il faut avoir accompagné beaucoup de mots et d'idées jusqu'à leurs aboutissements. « L’origine est ce qui se pose à la fin » - R.Debray. Et c'est seulement au milieu des finalités en cendre qu'on apprend l'art d'atteindre aux commencements les plus vitaux, l'art qui se réduit, essentiellement, à l'imposition de bonnes contraintes.
commencement,contrainte,idée,mot

action
Former, et non pas remplir mon rêve, l'abandonner au vide pur. Conformer ma vie, déformer mes mots - autant de moyens de ne pas ouvrir des vannes.
ange,mot,rêve,style,vide,vie

action
La conscience ne me dit ni ce que je dois penser ni ce que je dois faire, elle me convainc, par son trouble, son exaltation et son angoisse, qu'il existent, en moi, des voix, intraduisibles ni en mots ni en actes, et dont mon cœur est le témoin et mon esprit – le juge.
angoisse,auteur,cœur,conscience,esprit,idée,mot

action
Tous mes actes méritent un mépris, un ricanement ou une indifférence ; il restent mes rêves, habillés de mots ou d'élans ; ils sont ce qui restera de l'édifice de ma vie – ses ruines. « Un grand homme qui tombe n'est pas plus exposé au mépris que les ruines » - Sénèque - « Si magnus vir cecidit, non magis contemni quam ruinae ».
défaite,élan,mot,rêve,ruines,vie

action
Mon mot, mon acte, ma pensée ne peuvent ni dissimuler ni traduire mon soi inconnu ; seul ce que j'évite (les contraintes), ou ce qui précède mon premier pas peut l'indiquer, vaguement, comme un graphe rappelle un arbre, comme un soupir témoigne d'une âme, comme un testament dévoile une mort.
âme,arbre,contrainte,inconnu,mort,mot,soi

action
Très peu d’actes témoignent d’une hauteur d’esprit ; dans tout acte on peut entrevoir une part de bassesse. La hauteur est une dimension, réservée au rêve, dicté par le cœur, ou à l’écriture (de mots ou de notes), soufflée par l’âme. C’est pourquoi les belles paroles de Tsvétaeva : « Tous ceux qui parlent comme moi agissent avec une horrible bassesse ; toux ceux qui agissent comme moi parlent avec une terrible hauteur » - « Все говорящие, как я, поступают ужасно низко, а все поступающие, как я, говорят ужасно высоко » - n’expriment qu’un chaos sentimental, se prêtant bien à la poésie mais non à la pensée.
art,axe,bassesse,cœur,esprit,hauteur,mot,musique,rêve

action
L’action, à l’instar de la pensée, gagne en pureté, lorsque son essence est dans le commencement ; agir et commencer s’expriment par le même verbe grec archein. Comme parole et esprit se rencontrent dans logein. Agir ou penser - comme prendre initiative.
ange,commencement,esprit,être,grèce,idée,mot

action
La machiavélique Compagnie de Jésus, avec son « La fin justifie les moyens », est trop dans le temps, l'action, la logique, et pas assez dans l'héraldique, tandis que le but peut ne servir qu'à ériger de belles contraintes et à déployer des moyens à ne pas employer. Dans le but, ce qui compte est l'art de sa formulation ; dans les moyens - le parcours raisonné de leur recherche. Je préfère m'en tenir à la noblesse héréditaire du langage, refusée aux gueux de la logique ou aux nobliaux de la mécanique.
auteur,christianisme,contrainte,moyen âge,mot,question,raison,robot,temps

action
Mon habitat, c’est ce livre, ses ruines artificielles, où je fouille des vestiges de mots factices, témoignant d’une époque qui n’exista jamais. « Je roule mon tonneau, pour n’être pas le seul oisif parmi tant de gens actifs » - Diogène.
artificiel,auteur,mot,ruines,solitude,temps

action
Vu du côté des actes, que les mots sont incolores ! Mais vu du côté des mots, que les actes sont inexpressifs ! La première fonction du mot est la musique, et de bonnes oreilles et de bons yeux y distingueront toujours des climats et des couleurs. « Et c'est ainsi que les couleurs innées de l'acte sont affadies par la pâleur des mots » - Shakespeare - « And thus the native hue of resolution is sicklied o'er with the pale cast of thought ».
mot,musique,ouïe,platitude,voix

action
Ils nous invitent à ne croire que les actes et à ne pas croire les paroles. La méfiance intéressée, face aux paroles, fera jouer la concurrence verbale, la confiance désintéressée en événements en fera chuter le cours.
doute,ironie,mot

action
Les belles paroles gagnent à rester intraduisibles en actes ; les beaux actes n'ont pas besoin de paroles. L'aristocratie des lettres s'entend difficilement avec la ploutocratie des actes.
beauté,cité,mot,noblesse

action
Les événements devinrent si prévisibles, transparents et insipides, que seule l'éloquence journalistique en entretient encore l'intérêt. Et dire, que, jadis, les meilleurs orateurs appelaient au silence, face aux faits, si pittoresques ou/et si horribles. La vraie éloquence vise, au-delà d'un état de fait, - un état d'âme. Pour fixer le fait, il faut décocher des flèches ; pour atteindre l'âme, il suffit de bien bander son arc. L'art est un état d'âme, et l'intelligence est un état de faits.
âme,art,flèche,intelligence,mot,silence

action
Le terme de moyen a de multiples acceptions : moyens de formuler, stratégiquement, une action, moyens de fixer le commencement, d’assurer le parcours, de finaliser l’action. Puisque mon intérêt s’arrête aux commencements, les moyens y consistent à privilégier l’enveloppement par la forme au développement du fond et à suggérer des inconnues dont on pourrait munir l’arbre des fins, unifiable avec l’arbre du commencement.
arbre,auteur,chemin,commencement,inconnu,mot,style

action
Tes actes (mécaniques, sociaux, verbaux, intellectuels) sont des réactions ultérieures à ce que ton soi connu est, tandis que tes rêves sont des actions originaires, menant à ton soi inconnu. Pas de liens de parenté entre tes actes et tes rêves.
commencement,inconnu,mot,rêve,soi

action
Les actes ou les mots : « Circé transformait les héros en porcs, moi – les porcs en héros » - Tsvétaeva - « Цирцея обращала героев в свиней, я — свиней в героев » - les bras, outil du mal, ou le cœur, refuge du Bien.
bien,cœur,création,grandeur,héros,mal,mot,négation

action
Je dis souvent que l’action (ou, plutôt, le produit) de ma parole, ce sont des ombres. L’action (ou, plutôt, la source) des activistes leur sert de lumière blafarde : « La parole est l'ombre de l'action » - Démocrite.
auteur,commencement,mot,ombre

action
Mes yeux fermés donnent de l’audace à la danse de mes mots ; une fois ouverts, ils rendent lâches les pas de mes actes.
auteur,danse,mot,regard

action
On agit toujours en esclave, jamais en maître. On ne peut être maître qu’en mots, en images, en idées. La puissance physique, politique ou monétaire est acquise par des actions d’esclaves.
argent,cité,force,idée,liberté,maîtrise,mot

action
La première qualité de ton âme est la grâce de sa création qui t’attire vers les firmaments ; le poids du corps et de l’esprit te fait pencher vers la basse terre. L’impondérable culture du rêve ou la pesante nature de l’action – tel est le choix qui dit si tu es poète ou activiste. « La parole qui ne mène pas à l’acte n’est que du bruit sur Terre » - Th.Carlyle - « Speech that leads not to action is a nuisance on the Earth » - bruit sur Terre, musique aux cieux.
âme,balance,création,culture,esprit,grâce,hauteur,mot,musique,nature,…

action
Pour ériger ma tour d’ivoire, les matériaux de construction et les outillages me sont fournis par l’esprit et les yeux, mais ni l’âme ni le regard ne sont esclaves de mon atelier (Sklave seiner WerkstattS.Zweig). Ils convertissent le silence mystérieux et la lumière incolore du monde en mélodies et arcs-en-ciel des mots.
âme,auteur,château,création,esprit,mot,musique,mystère,nature,ombre,…

action
Toute vertu des actes, sous un regard assez haut, se dissipe. Et les vices cachés des actes ne se dissipent que par la vertu des métaphores, ces caresses verbales de l’âme, calmant le désarroi du cœur trompé.
âme,caresse,cœur,défaite,hauteur,métaphore,mot,regard

action
En hauteur, il n’y a ni mots ni idées ni actes. Si quelqu’un trouve à ses actes d'en-bas des raisons d’en-haut, il est imposteur.
hauteur,idée,mensonge,mot

démocrite
Aucune noble parole n'efface une mauvaise action.
action
Quand la parole est noble, elle se désolidarise de toute action ; la parole, qui efface le mal, inhérent à toute action, est toujours basse.
bassesse,mal,mot

horace
Dimidium facti, qui coepit, habet. Sapere aude, incipe !

Qui a su commencer a, à moitié, fait. L’audace du savoir est dans le commencement !
action
Et la meilleure moitié ! Celui qui ne fait qu'agir ne commence rien. Ne commencent que les désirs, vocalisés par les mots ; les gestes, même les premiers, achèvent.
commencement,élan,mot

sénèque
Bene docit loqui, qui bene docit facere.

Celui enseigne la bonne parole, qui enseigne une bonne action.
action
Les bonnes actions devinrent muettes, leur raison étant rédigée en langue des modes d'emploi. Celui a une chance d'enseigner la bonne parole, qui sait se taire sur l'action.
mot,robot,silence

bacon f.
We think according to nature ; we speak according to rules ; but we act according to custom.

Notre pensée suit la nature ; la parole - la règle ; et les actes - l'habitude.
action
Cette lumineuse coupure est ignorée jusque chez les rêveurs - lisez cette parole (aussi pauvre que les pensées ou actes de l'auteur, aux rêves respectables), parole d'adieux : « Je fus un homme, qui faisait ce qu'il pensait » - Che Guevara - « He sido un hombre que actúa como piensa ». Les actes envahirent le monde entier ; l'habitude et l'inertie dominent la nature et la grammaire, et rendent la pensée et la parole aussi prévisibles que les actes.
continuité,idée,langue,mot,nature,raison,rêve

emerson r.w.
What you do speaks so loudly that I cannot hear what you say.

Tes actes parlent si fort, que je n'entends pas ce que tu dis.
action
Au lieu de chercher à entendre la force ou l'étendue de ce qu'il dit, tu aurais dû tenter de voir la hauteur de ce qu'il chante, ou au moins, la profondeur de ce qui le fait chanter. Préférer les yeux aux oreilles.
danse,force,hauteur,interprétation,mot,ouïe

emerson r.w.
Thought is the blossom ; language the bud ; action the fruit behind it.

La pensée est la fleur, la langue - le bouton, l'action - le fruit final.
action
L'action se réduit aux engrais, tuteurs et morts aux rats, tandis que le grand souci de la langue est la création de l'arbre, souci de racines, de sèves, de cimes et d'ombres ; que des fleurs y apparaissent, c'est le mérite collatéral du seul talent.
arbre,esprit,hauteur,langue,mot,ombre

baudelaire ch.
Un monde, où l'action n'est pas la sœur du rêve.
action
C'est le meilleur des mondes ! Quoique leur père, le néant, soit le même, leurs mères, la basse nécessité et la haute liberté, se haïssent et s'ignorent ; elles ne s'entendent que dans la platitude : « Que tes actions et tes paroles s'harmonisent » - Sénèque - « Facta dictaque tua inter se congruant », ce qui n’est possible que dans le bavardage. « La brièveté est la sœur du talent » - Tchékhov - « Краткость - сестра таланта ».
commencement,esprit,être,haine,hauteur,liberté,mot,nécessité,platitude,rêve

chestov l.
Чем старше становится человек, тем более научается он утилизировать бессмысленные идеи.

Avec l'âge on apprend à rendre utiles les idées insensées.
action
Et l'on apprend à rendre inutiles les idées trop sensées. L'art d'extraction, l'art d'extinction. Les deux constituent d'excellentes contraintes, pour ne pas rester esclave des idées communes et devenir maître de son propre mot.
art,contrainte,filtre,folie,idée,maîtrise,mot,temps,utilité

kraus k.
Wer die Taten verspricht, tadelt das Wort und die Tat.

Si ton mot appelle à l'action, tu te trompes et de mot et d'action.
action
Mais si ton action enfante le mot, celui-ci trompe et celle-là est trompée.
erreur,mensonge,mot

tsvétaeva m.
Самое ценное в стихах и в жизни – то, что сорвалось.

Le plus précieux, dans les poèmes comme dans la vie, est ce que tu rates.
action
Les larmes que tu n'auras pas versées, les mots que tu n'auras pas trouvés, les gestes que tu n'auras pas osés. C'est un problème de voisinage : le succès m'insère parmi les autres, l'échec me laisse seul avec moi-même. Une bonne topologie consisterait à donner le meilleur prix (comme une bonne analyse - la meilleure métrique, c'est-à-dire la plus grande distance) à ce qui me touche. Dans la vie banale, comptera ce qui pesa ou s'exprima, pour mon esprit ; dans la vie secrète, je ne garderai que l'impondérable et l'indicible de mon âme. « D’une vie ne reste que ce qu’elle n’aura pas été » - Cioran. On fait par l'esprit et par le muscle, et l'on est – par l'âme ; un bonheur et une utopie impossibles – que mon faire coïncide avec mon être.
absurde,âme,auteur,bonheur,défaite,esprit,inconnu,mot,poésie,proximité,…
 

chœur amour
MOT : Les plus beaux mots d'amour naissent d'un amour des mots. Pourtant c'est en écoutant le silence d'un amour éloquent qu'on comprend, que sa langue est la seule à ne pas avoir besoin de mots. Tout peut servir d'ornement d'un amour, toujours nu pour être vrai, mais seul le voile des mots permet d'apprécier ce qui, en lui, n'est beau que vêtu.
ange,beauté,silence,vérité

amour
En effet, Dieu est peut-être amour. Je me résigne assez facilement, que tous fassent la sourde oreille face aux mots, soufflés par mon esprit, ou que personne ne soit attiré par la hauteur que je vise, - mais, mon Dieu, comme il est difficile de porter la caresse non sollicitée par personne ! Dieu serait-Il caresse ? La caresse serait-elle Son commencement ? Suivie de ou précédée par l'émotion : « Au commencement était l'émotion » - Céline. Même l'éternel retour est le mieux illustré par les métamorphoses de la caresse, vues par Lucrèce : Vénus-volupté, Vénus-amour, Vénus-paix, Vénus-nature - le monde, au bout de la chaîne, retombant sur la caresse.
acquiescement,angoisse,auteur,caresse,commencement,dieu,élan,esprit,éternité,mot,…

amour
Plus que dans l'intelligence, plus que dans le pouvoir, plus que dans l'art du jeu - c'est dans ma faculté de caresser - par la main, le mot ou le regard - que je place mon amour-propre suraigu. Si ma caresse n'est recherchée par personne, rien ne me sauvera de la paralysante honte.
auteur,caresse,consolation,force,honte,immobilité,intelligence,mot,reconnaissance,regard

amour
Toute passion, qui se détache de moi, emporte une partie de mon âme. Développer des barrages et soupiraux, pour maintenir sa force ou l'envelopper de mots, qui entretiendraient sa faiblesse royale et nue ? La partialité privilégiant la faiblesse, s'appelle amour, la plus défaitiste des passions ! « L'amour est la plus noble des fragilités de l'esprit » - Dryden - « Love's the noblest frailty of the mind ».
âme,défaite,discursif,esprit,force,mot,noblesse,soi

amour
Les dictionnaires du malheur sont inépuisables, mais le traduisent en langues étrangères. Rien n'est plus pauvre en paroles que le bonheur, mais c'est bien dans sa voix que j'entends mes idiomes.
auteur,bonheur,mot,soi

amour
Sur dix tentatives de parler de choses tendres, neuf laissent derrière elles la honteuse imperfection, photographique ou langagière, qui m'oblige à ne plus chanter que la fonction et non les exploits des organes (« Non seulement aimer, mais être l'amour » - Angélus - « Wir sollen nicht nur lieben, sondern die Liebe sein »). De même, la pudeur sexuelle se sauve vers l'ambigüe poésie. L'amour est le seul nom, dans lequel s'entendent merveilleusement les trois verbes irréconciliables : l'avoir, l'être, le faire.
caresse,consolation,être,honte,mot,poésie,réalité

amour
On se dégrise en assouvissant ses soifs ; seules la forme et les étiquettes des bouteilles, le regard et l'écriture, nous tiennent encore en vertiges, nous enivrent sans vin.
art,étonnement,intensité,mot,philosophie,regard,soif,style

amour
Si la raison se tait, l'amour devient bavard ; quand celui-ci veut parler, la raison devrait lui dire de se taire. Dès que l'amour parle, ce n'est plus l'amour, hélas, qui parle… Il doit prêter sa voix, pas ses mots (qu'il n'a pas ! ). Son silence, ce sont ses caresses : l’onde, dans le cœur et dans le corps, naissant de l’attouchement immobile.
caresse,cœur,immobilité,mot,raison,silence,voix

amour
L'esprit manipule des valeurs au comparatif, fournies par des capteurs ; l'âme, elle, n'est sensible qu'au superlatif, auquel réagissent ses cordes. « Il existe ces drôles de cordes dans l'âme humaine ! Insensibles aux appels tonnants elles se mettent soudain à vibrer aux mots prononcés tout bas » - Dickens - « There are chords in the human heart, which will remain senseless to appeals the most passionate, and respond at last to the slightest casual touch ». Le cerveau traduit les mots, nettement filtrés par l'oreille, mais le cœur en connaît la langue originelle, qui ne jaillissait que des yeux silencieux.
âme,cœur,esprit,filtre,mot,ouïe,raison,regard,silence

amour
L'amour n'est beau que quand il se résigne à être un éternel élève ; l'amour-maître, l'amour qui parle soi-disant son langage, est un imposteur. Il n'a pas de mots à lui ; il plagie et pille les vocabulaires finis de notes, pour en tapisser la voie vers un infini purement musical. La langue natale de l'âme (Baudelaire) ne comprend que des interjections.
acquiescement,âme,beauté,inconnu,langue,maîtrise,mot

amour
Quand le regard, le mot et le geste de l'autre, au lieu d'ex-primer une solution en pure forme m'im-priment un mystère, je deviens traducteur-inventeur-créateur du fond. « Aimer quelqu'un, c'est l'inventer » - R.Gary.
auteur,création,mot,mystère,regard,style

amour
Tomber amoureux, c'est ne plus suivre ses yeux et être transporté par son propre regard. Coup de foudre se dit aimer dès le premier regard, en allemand et en russe : Liebe auf den ersten Blick - Любовь с первого взгляда.
allemagne,mot,regard,russie

amour
Une complète différence de nature entre ces deux voluptés : la caresse à donner ou la caresse à recevoir, entre mon corps touchant et mon corps touché ; j'extrapole la vie sur l'art, et je trouve un énorme gouffre entre mon âme touchée et mon esprit touchant, ces deux outils du corps : pour interpréter ou pour représenter le monde, et qui, à tour de rôle, se renvoient de la matière à caresser par le verbe. « La volupté recherche les choses belles, sonores, suaves, agréables au goût et au toucher » - St-Augustin - « Voluptas pulchra, canora, suavia, sapida vel gustavi vel tetigi discernitur » - décidément, la caresse est la curiosité et du corps et de l'esprit, et c'est l'âme qui les unit.
âme,art,auteur,caresse,esprit,interprétation,matière,mot,nature,représentation,…

amour
L'homme laid exhibe sa virilité ; la femme laide cache sa tendresse. Tout homme sensé est conscient de sa laideur, qui est la distorsion entre le regard et le geste. Et quand le mot se charge de concilier la tendresse du regard avec la rudesse du geste, ça s'appelle ironie.
beauté,caresse,chemin,femme,ironie,mot,regard

amour
Au-dessus du sens - le culte de la source perdue du premier mot et la joie de la divination de la finalité du dernier. « Chez la femme, le sens est porté par le dernier mot, chez l'homme - par le premier »*** - L.Salomé. L'homme est musicien d'antan, la femme est Muse de l'instant : le rythme, c'est l'émoi, né à la source et prolongé par le courant créateur ; le commencement, c'est l'émoi sans durée ni coordonnées. Le fleuve cherchant à rester fidèle au sens de sa source - telle fut le sens du rythme antique.
art,commencement,création,femme,inconnu,mot,musique,rêve,sacrifice,temps

amour
Ce stupéfiant parallèle entre l'écriture et … l'amour : la volupté d'un verbe (désir) naissant, accompagné, va savoir pourquoi, d'une créativité (fécondité) de l'acte d'écrire (d'aimer).
art,caresse,création,mot

amour
Pour ne pas souffrir de la passion pour la femme, Démocrite se crève les yeux, et les Chrétiens veulent que leur âme soit sourde à l'appel de cette voix. Mais la vue et l'ouïe n'y sont peut-être pas les sens les plus troublants, et le toucher, ou son absence, créent davantage de tensions entre la jouissance et la souffrance. Le corps caressé, comme le mot châtié, traduisent mieux notre goût que la vision des contours ou l'écoute des horizons.
bonheur,caresse,christianisme,femme,mot,regard,souffrance

amour
Toute caresse, que ce soit par le mot, par le regard ou même par la main, est si facile à profaner : il suffit que le réel fasse irruption dans le domaine, réservé exclusivement au rêve : « Ce monde trop réel est obscène »** - Baudrillard.
bassesse,caresse,mot,nature,réalité,rêve

amour
Le parallèle est saisissant entre ce que le Verbe apporte à l'esprit et ce que la Caresse procure au corps ; mais le contre-point est encore plus fascinant, lorsque l'esprit s'incline devant la caresse ou le corps s'élance après le verbe.
caresse,esprit,mot

amour
L'esprit et l'âme ne sont que deux hypostases (sive animus, sive intellectus – même si Descartes aurait dû y mettre anima et non animus), se muant facilement l'une dans l'autre, en fonction du climat de notre cœur. C'est l'amour, la Chair, la Caresse qui, en revanche, restent irréductibles et couronnent ou complètent notre divinité jusque dans une triade. Le Verbe doit (pro)céder (de) à la Caresse.
âme,caresse,christianisme,climat,cœur,esprit,mot

amour
Mon écrit part d'un besoin de caresser le mot ou d'être caressé par un regard complice ou fraternel. Comme le corps, il est travaillé par des fantasmes fous ou honteux, mais s'exprimant, allégoriquement, par le cerveau libre ou le muscle servile.
art,caresse,esprit,folie,force,fraternité,honte,liberté,mot

amour
Trois stades dans l'amour : l'absence vécue comme une souffrance, le désir de caresser, l'universalité dans la caresse et dans la souffrance – tout contact – d'épiderme, de regard ou de mots – comportant des caresses ; la facilité, avec laquelle la caresse devient souffrance et la souffrance – caresse.
caresse,mot,regard,souffrance,universel

amour
Le corps, en tant que support de l'âme, ce ne sont ni la physiologie, ni l'âge, ni l'anatomie, ni les nerfs, mais la mémoire des voluptés ou défaillances de nos caresses, au milieu des rêves, des mots, des attouchements. Ceux qui se laissent influencer par les tracas de leur estomac, par la profondeur de leurs larmes, par la hauteur de leur rire, font, d'habitude, pleurer d'ennui.
âme,caresse,ennui,hauteur,mémoire,mot,rêve

amour
Ceux qui cherchent la vérité sont, généralement, encore plus raseurs que ceux qui se gargarisent de l'avoir trouvée. Les deux en sont, probablement, des amis, mais je leur préfère des amants ! Ceux qui sont à l'origine d'un langage, langage de requêtes, de regards, de soupirs, de perplexités, d'où surgit la vérité auréolée de substitutions des belles et mystérieuses inconnues. La possession, fût-elle furtive, hypothétique et inavouable, donne du piquant à la recherche.
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amour
L'oubli des vraies passions se devine dans l'aberration étymologique du mot passion (Leidenschaft, страсть), associant à la transe – l'endurance.
élan,mot,souffrance

amour
Pour Dieu, Son œuvre et notre prochain, le Chrétien emploie le même verbe - aimer, ce qui est source de perplexité et de confusion. On aurait dû y mettre, respectivement : vénérer, admirer, pardonner.
christianisme,erreur,mot

amour
Bonheur, liberté, amour - en français, ces mots feraient penser à une plage des tropiques ; en allemand - à un archipel métaphysique ; en russe - à une île déserte.
allemagne,bonheur,france,liberté,mot,philosophie,russie,solitude

amour
Une passion te remplit et les fuites sont inévitables : la tranche de chaque mot débordant dévoile des couleurs et épaisseurs inattendues - le langage l'emporte sur la sincérité.
authenticité,langue,mot,voix

amour
La caresse est la première fonction du mot, pour envelopper une idée, illuminer un tableau, élever un état d'âme, embrasser un visage aimé : « Il y a de tendres mots, ceux qui caressent l'âme, les mots-paumes » - Tsvétaeva - « Есть нежные слова, гладящие по сердцу : слова-ладони ».
caresse,idée,mot

amour
La rhétorique ou l'imagination classiques, le rêve ou la sensibilité romantiques, le fantasme ou la folie postmodernes - cette dégringolade terminologique reflète fidèlement, pourtant, un progrès vers plus d'authenticité - le don sous-jacent, qu'il s'agisse de la créativité ou du frisson, est de nature érotique. Comme si le corps voulut prendre sa revanche sur l'esprit, la caresse se plaçant au même niveau que le bon et le beau.
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amour
L'homme se mit à parler, pour exprimer ses passions, et il n'avait, sur sa langue, que des métaphores. La misère de notre temps est, que tout sens, qu'on y donne aux passions et aux mots, est du sens propre. Le métaphorique sombre avec le passionnel, quand ils se réduisent aux étiquettes.
enthousiasme,langue,mélancolie,métaphore,misère,modernité,mot,sentiment

amour
Aimer, c'est ne pas avoir à choisir, d'où l'étrangeté de diligere, signifiant soit aimer soit choisir. Et s'il fallait lire : choisis ton prochain, comme tu choisis toi-même ?
mot,proximité,soi

amour
Face aux choses hautes, mon mot devient pudique, comme mes caresses - face à la chose charnelle. Mais après le mot, la pudeur redouble, tandis qu'après l'acte elle retombe. La hauteur, dans le premier cas, joue le même rôle que les cloaques du désir, dans le second.
action,caresse,élan,hauteur,honte,mot

amour
L'érotisme opposé à la transaction, la caresse – à la possession. Quand on a connu la folle jouissance de caresser un mot, un corps, une idée, on se rit de la sobre satisfaction de maîtriser un sujet, une rigueur ou une puissance.
caresse,femme,folie,idée,maîtrise,mot

amour
L'art d'écriture au féminin consiste à mettre derrière les mots un doigt en mouvement. Là où l'homme s'ingénie à mettre une main entière - pour enfermer, serrer, accaparer. « Je n'aurai jamais ma main »* - Rimbaud.
caresse,femme,maîtrise,mot

amour
En matière des voluptés, tous sont interpellés par les mêmes pulsions. C'est la nature d'accès à l'objet du désir qui nous divise en poètes ou en automates. Le poète est ennemi du plus court chemin ; il cherche des voies et des regards obliques ; il est maître de la caresse, qu'il applique avec la même élégance aux mots, aux idées et aux corps. Saoulé par le sang et l'encre secrets, il ne voit pas le temps et l'ancre concrets.
caresse,chemin,concept,éléments,idée,mot,poésie,robot

amour
Pourquoi, dans le royaume des mots, la violence mystique de la Vénus vagabonde des corps me séduit davantage que la Vénus des cœurs et sa légitimité esthétique (Kierkegaard) ? L'éthique de l'esprit, si bavarde dans le royaume des idées, n'y a visiblement pas son mot à dire.
beauté,bien,cœur,esprit,idée,ironie,justice,mot,mystère

amour
Le meilleur signe de l'amour n'est ni la force ni le sacrifice ni la fidélité, mais la furtive caresse, portée par un regard, une main, un mot. Sur un axe, allant de la volupté à la consolation.
axe,caresse,consolation,force,mot,regard,sacrifice

amour
En français et en russe, la pensée (мысль) est au féminin, elle est en attente du mot, qui la pénètre. En allemand (der Gedanke) et en italien (il pensiero), elle se masculinise en vue d'inséminer le mot efféminé (la parola) ou neutre (das Wort). En tout cas, une relation érotique, hétérosexuelle, entre la passion et la pulsion, entre la source sacrificielle et le fleuve fidèle, entre la création et sa muse, partout, est nette, qu'il s'agisse de la littérature, de la noblesse ou des voluptés charnelles.
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amour
L'âme n'a pas de mots à elle. La poésie seule, en bousculant les dictionnaires, peut jouer à l'interprète imposteur, l'illusion naissant dans l'étrangeté des arabesques et des idéogrammes, à la prononciation gutturale imprévisible. Toute illusion de la vie est plus sonore que la vie, question de la disposition des bonnes cordes. L'âme n'a que des ailes : « L'amour, c'est la paire d'ailes, dont Dieu a pourvu l'âme, pour qu'elle s'élève à Lui » - Michel-Ange - « Amore ‘mpenna l'ale, né l'alto vol al suo creatore, l'alma ascende ».
âme,dieu,étoile,interprétation,mot,musique,poésie,rêve,vie

amour
Comment naît le paradigme du théâtre, qui nous attire tous ? - par le besoin de sortir des gestes obligatoires, des rôles collectifs, des situations répétitives, des mots vétustes – donc, par le rêve. Et puisque la femme est une créature de rêve et l'homme – un créateur d'action, « l'actrice est une femme au carré, l'acteur – un homme dont on extrait la racine » - K.Kraus - « die Schauspielerin ist die potenzierte Frau, der Schauspieler der radizierte Mann ».
action,authenticité,création,femme,jeu,mot,mouton,nécessité,rêve

amour
La caresse, comme la prière, a besoin d’une foi, c’est-à-dire des chemins obliques, pour ma main, mon regard ou mon mot. Y manquer de foi réveille une mauvaise conscience. « J’ai honte de ma vivante tendresse – sans la foi »** - Hippius - « Мне стыдно за свою неумирающую нежность – без веры ».
auteur,caresse,chemin,conscience,dieu,honte,mot,regard

amour
Il faudrait réserver le terme d’amour à ses deux éruptions inconditionnelles : l’amour maternel, viscéral, imbu d’esprit de sacrifice aveugle, et l’amour sensuel, à fidélité aveugle, porté à un être du sexe opposé ; ce sont des caresses – par le regard, par le mot, par la main. En revanche, l’amour de Dieu, de vérité ou de patrie devrait être réduit aux choses sacrées : le sacré du lointain, le sacré de l’immédiat, le sacré du proche. L’âme sacralise la Création divine, l’esprit - la création humaine, le cœur – l’émotion de notre venue au monde.
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amour
L'erreur, remontant à Diogène, fut de chercher à séparer l'âme du corps. Il faut reconnaître, qu'ils ne voient dans le corps que des cadences du hard et non pas des caresses du soft. Le poète procure des jouissances au corps, même par des caresses verbales, musicales ou mentales. L'âme ardente sans le corps n'est qu'une raison froide.
âme,caresse,mot,musique,poésie,raison

amour
Pourquoi les amoureux sont les meilleurs des écrivains ? - parce que l'amour est le plus grand annulateur de tous les parcours du regard ; et le point zéro de l'action, de la réflexion et du sentiment sont les premières conditions d'une écriture originale et noble ; des livres sur des livres, genre florissant chez des rats de bibliothèques, n'ont de valeur qu'anecdotique.
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amour
Tout ce qu’on fait au nom de son amour, et même tout ce qu’on en dit, finit, le plus souvent, dans l’insignifiance ; ne reste que l’auréole, autour d’une image désincarnée. « La plus belle déclaration d’amour est celle qui reste inexprimée ; qui a beaucoup de cœur, a peu de paroles » - Platon.
action,cœur,inconnu,mot

amour
Tout objet que tu touches (au lieu de le saisir ou le posséder), comme tout objet qui te touche (au lieu de t’écraser ou te dominer), peut provoquer ce besoin de caresses, peut-être le premier de tous les besoins qu’un homme de bien cherche. Les mots d’un conte de fées, le beau visage d’une femme inconnue, la pensée qui t’immobilise, l’arbre qui te tend ses fleurs ou ses ombres.
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amour
Comme dans tout ce qui bouleverse l’âme ou émeut le cœur, dans l’amour cohabitent le réel et l’irréel ; pour le consolider, l’homme banal développe les facettes réelles, et pour le fêter, l’homme subtil enveloppe de caresses – les irréelles. Et les caresses les plus durables ne se dégagent pas des mains ni même des mots, mais des regards, des phantasmes, des rêves. Et l’on ne sait jamais ce qu’elles enveloppent ; c’est comme la musique, portant un sentiment, invisible et irrésistible.
âme,caresse,cœur,élan,hommes,inconnu,mot,musique,réalité,regard,…

amour
Être artiste, c’est maîtriser la caresse - par le mot, la mélodie, l’image, le style. C’est presque la même chose que d’être amoureux. « Aimer, c’est avoir du plaisir à voir, toucher, sentir par tous les sens un objet aimable »** - Stendhal.
art,caresse,mot,musique,style

amour
Jadis, on adressait des caresses à la femme à travers la courtoisie, la parole, l’étreinte et même des exploits épéistes. « Les mots que je lui adresserais, les faits d’armes que j’accomplirais à son service » - Loyola - « Las palabras que le diría, los hechos de armas que haría en su servicio ». Aujourd’hui, non seulement les mitrailleuses, mais les chants mêmes sont au service des marchands.
danse,femme,héros,modernité,mot

amour
La musique d’un discours n’est pas dans les mots, mais dans les émotions, naissant des rencontres imprévisibles entre ce qui est au-delà des mots. « Le langage de l'amour a une si douce musique qu'on n'est pas exigeant pour les paroles » - A.Karr.
caresse,inconnu,mot,musique,sentiment

amour
Les grands sentiments ne se traduisent jamais par de grands actes ; ces sentiments ne se livrent qu’à la musique pathétique ou au mot poétique, dans lesquels palpite une détresse ou agonise une béatitude.
action,bonheur,défaite,élan,grandeur,mot,musique,poésie,sentiment

amour
Il est très frappant de voir à quel point tes gestes, tes paroles, tes images atteignent des audaces et des intensités inouïes sous l’effet d’une forte excitation, dont la plus irrésistible vient de ton amour. Une fois dégrisé, tu t’en souviendras avec stupéfaction, remords ou nostalgie.
action,audace,étonnement,honte,intensité,mélancolie,mot,sentiment

amour
L’amour, c’est l’art d’échanges de caresses charnelles, verbales, gestuelles, idéelles, folles, mystiques, rationnelles, invisibles. Le contraire de caresse s’appelle raison.
caresse,folie,idée,inconnu,mot,mystère,négation,raison

amour
Le mot et l’acte peuvent n’être qu’expressions de la caresse ; la plus subtile des caresses réconcilie les deux, antagonistes dans le réel et complices dans l’idéel.
action,caresse,mot,réalité,rêve

horace
Nil admirari, prope res est una, solaque quae possit facere et servare beatum.

Ne s'étonner de rien, la seule chose, qui peut donner ou conserver le bonheur.
amour
C'est l'enfantement du bonheur qui me secoue le plus, et il ne peut naître que dans un étonnement devant les germes, qui poussent en moi, malgré moi. Le bonheur est dans la procréation, dont la création n'est que le langage.
bonheur,commencement,création,étonnement,mot

bacon f.
The speaking in a perpetual hyperbole is comely in nothing but in love.

Un discours, tout en hyperboles, ne sied à rien sauf à l'amour.
amour
Mais puisqu'un ange langagier trouve, en toute chose immaculée, une raison pour aimer (même si la raison l'ignore), le rythme métaphorique s'y substituerait à l'algorithme mécanique, la belle aile des causes cacherait l'horrible bosse des effets.
métaphore,mot,raison,robot

goethe j.-w.
Himmelhoch jauchzend, zu Tode betrübt ;
Glücklich allein ist die Seele die liebt.

Dans la larme sans fond, dans le chant jusqu'aux cieux -
Ne connaît le bonheur que le cœur amoureux.
amour
Aimer, ce serait fuir la terre surchargée de mots trop plats ou lourds ; aimer, ce serait briser le silence, sec et neutre, des régions surpeuplées, en jubilant ou en sanglotant.
bonheur,cœur,éléments,mot,silence,solitude,souffrance

balzac h.
Malheur en amour, comme dans les arts, à celui qui dit tout.
amour
Les meilleures sources des mots et des remous se cachent. Les dévoiler réduit le mot et l'amour à leur contraire, au constat ; paradoxalement, c'est en les voilant qu'on leur reste fidèle ; la poésie et l'amour sont des fleuves, dont la raison d'être est d'entretenir la pulsation de leurs sources, le rythme. Aimer, c'est inventer la voix de la fontaine originelle. Gâcher une invention amoureuse est de l'expliquer aux non-amoureux.
bonheur,commencement,création,mot,musique,négation,poésie,soif

valéry p.
Un sentiment bien circonscrit est un sentiment mutilé.
amour
Laissons-le dans l'incertitude de la convalescence, hésitant entre ailes et béquilles, entre rayon et circonférence. Fuyant ses limites, vers son centre introuvable, il deviendra ouvert, c'est à dire incurable ou immortel.
défaite,étoile,inconnu,mot,ouvert,sentiment,souffrance

tsvétaeva m.
Не любите красок - глазами, звуков - ушами, губ губами, любите всей душой.

Ce n'est pas avec les yeux, que tu aimeras les couleurs, ni avec les oreilles - les sons, ni avec tes lèvres - d'autres lèvres ; tu aimeras avec ton âme.
amour
Car elle seule découvre des couleurs dans les sons et des sons - dans les couleurs. Qu'elle trouve surtout près des bonnes lèvres.
âme,étonnement,mot,ouïe,regard,voix

tsvétaeva m.
Liebe lebt von Worten und stirbt an Thaten.

L'amour vit de mots et meurt d'actes.
amour
La piètre littérature - faire finir en mots et non pas en mélodie ; la piètre vie - faire vivre d'actes et non pas de rêves ; la piètre philosophie - agir, verbalement, au milieu des problèmes et ne pas écouter le mystère lointain : « La philosophie vit de problèmes, comme l'homme - de nourritures » - Novalis - « Die Philosophie lebt von Problemen, wie der Mensch - von Speisen » - la musique, le rêve, le mystère - les premières victimes des soifs assouvies.
action,art,mort,mot,musique,mystère,philosophie,rêve,soif,vie
 

chœur art
NOBLESSE : L'art est la faculté de créer un rythme s'écartant du visible. Mais c'est la définition même d'aristocratisme en action ! Il manque aujourd'hui à l'artiste l'expérience des mansardes ou des bagnes, pour que sa langue atteigne à une dignité patricienne. Vivre en marge des autres et au centre de soi-même - les plébéiens font l'inverse !
action,frontière,misère,mot,musique,soi

chœur art
INTELLIGENCE : Jadis, une œuvre se découvrait intelligente après coup, par subtile déduction ou par un effet de bord insignifiant. Aujourd'hui, cette ambition s'affiche comme un fait préliminaire, nullement propagé par le mot flasque, au misérable souffle. L'intelligence fuit l'art pour n'être plus qu'artificielle, exposant, criards et rutilants, ses rouages sans liens imprévus.
artificiel,mot,robot

chœur art
DOUTE : L'art et la science, dans leurs racines et leurs aspirations vers le haut, sont chargés du doute, mais on ne les apprécie que pour la certitude de leurs fruits attirés vers le bas. Toute clarté, dans l'art, est de l'impuissance, de l'incapacité de s'ouvrir à d'autres langages ou d'atteindre une autre altitude, un arrêt au milieu de son temps.
élan,force,hauteur,mot,science,temps

chœur art
MOT : Le plus complet des arts, comprenant les couleurs, les sons et la plastique, est l'art du mot. Le seul, où la fonction de traducteur est aussi noble que celle de créateur ; le premier s'occupe de paysages, le second - de climats. Le mot idéal doit son volume à sa présence simultanée en étendue, en profondeur et en hauteur. Une seule absence peut l'annuler.
climat,création,hauteur

chœur art
BIEN : L'art, qui se désintéresse du bien, peut être bon pour des anthologies, il ne pourra pas servir d'apologie à une vie vouée à l'échec. Le bien est, il ne se fait pas. N'importe quel mufle peut être sûr d'en faire, il s'agit de le vivre et le fond de cette sensation s'appelle la honte : pour mes muscles trop prompts, pour ma cervelle trop calculatrice, pour ma plume trop sereine.
auteur,bassesse,défaite,force,honte,mot,raison,vie

art
Le bon style, ce ne sont ni les yeux ni la vision ni même le regard, mais l'une des facettes du talent, la seconde résumant l'ouïe et l'entendement. Mais le génie serait plutôt la technique que l'imagination, plutôt le mot que l'idée.
esprit,goût,idée,maîtrise,mot,ouïe,regard,style

art
Couler en bronze ses pensées, pour qu'on n'en puisse pas défalquer la moindre virgule ? Ils pensent, que c'est très intelligent et digne. La seule chose, à laquelle je tiendrais, moi, et encore, c'est de retrouver le lendemain parmi mes mots en cendres quelques points d'exclamation non éteints.
auteur,esprit,idée,intelligence,mot,sentiment

art
L'art aura été le dernier lieu de la persistance de l'humain dans les affaires des hommes. La palpitation se parque dans des gymnases et fuit le Verbe. Le souci du siècle est de ne vénérer le Logos saignant qu'en tant qu'un concept logopédique, coloristique ou culinaire.
amour,christianisme,idée,ironie,modernité,mot,sentiment

art
Le style naît de la sensation du contact maîtrisé avec le matériau - mot, marbre, couleur. Il se perd, quand seuls le cerveau ou la chose guident ta main. « Être maître de son propre style n'est pas assez ; il faut que le style soit maître des choses »*** - Leopardi - « Non basta che lo scrittore sia padrone del proprio stile. Bisogna che lo stile sia padrone delle cose ».
goût,maîtrise,matière,mot,réalité,style,voix

art
Dans l'écriture il y a deux actions indispensables : dessiner des voûtes et faire entendre sa voix, qui s'y répercute. Être à la fois architecte et - chanteur, tribun, oracle, théurge, momie. Dans le vide – créer un auditoire.
création,mot,vide,voix

art
L'art n'est qu'une illusion de plus d'une vie justifiée (seul le savoir des sciences mathématisables n'est pas illusion). Cette illusion se dissipe par deux certitudes opposées : la fausse - l'artiste communiquerait avec l'éternité, et la vraie - l'artiste ne vaincrait que les contraintes d'un langage. Et c'est pour entretenir l'illusion ténue, que l'artiste, même l'artiste du souterrain, a besoin du spectateur ou du lecteur.
contrainte,doute,éternité,mot,ruines,vie

art
Avec un vrai artiste, plus il tranche en faveur de l'art palpitant, face à la vie stagnante, plus on vénère la vie, qui s'y naît, harmonieuse ou mystérieuse. La musique y anime les deux. Avec les tâcherons, et l'art et la vie sont banals, sans musique : dans la vie règne l'ennui bruyant, et dans l'art - le chaos silencieux.
maîtrise,mot,musique,silence,vie

art
Le bon écrivain attend un moment sans enthousiasme pour mieux le recréer sur une page : de l'euphonie à l'euphorie. Le mauvais ne prend la plume que dans un état exalté et la page se chiffonne, sans qu'un bon rythme des mots y soit pour quelque chose : de l'euphorie à la cacophonie. Dans ce monde avachi, la beauté paisible semble être fourbue ; on ne peut plus compter que sur le frisson.
angoisse,beauté,enthousiasme,intensité,mot,sentiment

art
La sensation du novice : la vie est pleine, la plume n'a qu'à l'écouter. Signe que la vie est passée dans ta plume : la sensation que l'écriture précède la vie.
création,mot,ouïe,vide,vie

art
Avec les mots, notes ou coups de pinceau on ne fait que tenter de se greffer à la vie. L'art est la merveille des greffes réussies, mais on ne sait jamais de quoi il est plus proche : de la vie ou de la greffe.
création,mot,vie

art
L'artiste est celui qui voit une distorsion imposée dans l'acte et une droiture imposante dans le mot, il devrait donc être et philosophe et poète.
action,mot,philosophie,poésie

art
L'art naît de l'arbitrage rendu par ma raison, face aux trois discours, deux intérieurs et un extérieur. En moi, parlent mes passions (goûts, émotions, ambitions) et la voix divine (le beau, le bien, le vrai). Vers moi s'adresse la voix de mes instruments (langue, formes, harmoniques). L'échec, c'est leur rendez-vous manqué, un verdict arbitraire, une peine perdue par contumace.
beauté,bien,création,défaite,dieu,gloire,goût,mot,raison,sentiment,…

art
À fréquenter les musées plus assidûment que les Muses, on transforme sa Caverne de Platon en grotte de Lascaux, sa flamme en reflets, son Verbe en graffiti.
filtre,mot,ruines

art
L'art de l'éternel est dans la musique, l'objet central d'une bonne philosophie, qui ne peut être que poétique : « Seul le philosophe est poète »* - Nietzsche - « Nur der Philosoph ist Dichter ». Par un malentendu terminologique, pauvre Platon, cet authentique poète, n'entendant goutte à la mathématique, n'invitait à l'Académie que des géomètres, (ceux qui savent évaluer les choses terrestres). Lui, qui n'offrait aux hommes que des mythes, s'en prend à ses confrères : « Je mets au défi les passionnés de la poésie de montrer, qu'elle est non seulement réjouissante, mais aussi bénéfique à la vie humaine ordonnée » - Platon. Mais peut-être le chaos et le spleen sont les seuls éléments, dans lesquels la poésie ne se noie pas.
école,éternité,mot,musique,ordre,philosophie,poésie,science,souffrance,utilité

art
Trois épurations successives de toute missive littéraire : se débarrasser de l'enveloppe, du contenu du message et de ses fulgurances langagières. Si quelque chose en reste sous les yeux du destinataire, cela ne peut être autre chose que la hauteur du regard de l'expéditeur.
hauteur,mot,regard,style

art
En littérature, je suis hermétique au souffle de la vie, mis dans des valeurs-solutions d'une narration ou dans la résolution de problèmes métaphysiques. Le seul souffle vital, au milieu des mots, est le souffle de l'art, cette faculté fabulatrice, que je ne vois que sous forme d'équations de la vie. Une équation est un beau mystère, lorsque sa vue seule est déjà suffisante et n'exige aucun développement. L'art déductif. Un soupir se substituant à une obscure variable. L'ennemi de l'art est la constante.
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art
Romantisme : repousser le présent avec les moyens les plus modernes - la meilleure recette pour devenir classique à l'époque suivante. Donner au caprice la force d'une nécessité ; enlever à la nécessité sa couche d'ennui suranné. Affaire de don pour de nouveaux langages.
contrainte,ennui,goût,jeu,modernité,mot,nécessité,romantisme,style

art
La poésie est un nouveau langage, que la vie intérieure du poète fait surgir. Mais elle est aussi une vie nouvelle, qu'un langage extérieur insuffle.
mot,poésie,vie

art
Origine de la poésie - partir de la lettre et se rire de l'esprit. Rendez-vous cryptogames avec les mots, les Muses. Tolérance avec les idées, les prostituées.
commencement,esprit,fanatisme,idée,mot,poésie

art
Scintillement de mots dans une houle de promesses - littérature d'un ciel abandonné à l'étoile.
étoile,mot,ombre,sentiment

art
En littérature, le style, c'est l'emploi individué, conscient, cohérent et maîtrisé, des déviations langagières ; il est l'affirmation de la domination d'une forme nouvelle, face à un vieux contenu résistant.
maîtrise,mot,soi,style

art
La musique et la peinture rendent trop facilement jeune ; seule l'écriture, la vraie, oblige à exhiber des rides de mots usés par d'autres siècles.
enfance,mot,musique,temps

art
Tous les artistes cherchent à se résumer en pensées. Et voilà la danse libre du pinceau ou de l'archer se transformant en boitement raisonneur ; chez les non-initiés de la plume, la pensée est prisonnière des mots sans ressort : « La danse est la métaphore de la pensée » - Badiou.
danse,esprit,filtre,idée,liberté,métaphore,mot,platitude,raison

art
Ce qui est déterminant dans le choix de nos genres littéraires, c'est notre susceptibilité à l'ennui. Quelles armures il faut dresser devant les pointes du bon goût pour s'attaquer aux sorties de marquises, aux madeleines trempées ou aux comices agricoles ! On est un professionnel, quand on entend surtout l'effet du complément d'objet direct et animé dans des phrases comme Je vous aime !
discursif,école,ennui,goût,maxime,mot

art
Les songe-creux ont toujours tant de choses à dire, dont ils fixent l'être : sans savoir exprimer, ils impriment, ils signifient, ils font, pensant qu'ils sont. L'idéal de l'écriture serait de tout exprimer, de ne dire qu'un minimum, tout en cherchant à réduire le dit au chanté, de l'opérer à l'œuvrer.
action,danse,être,idée,mot,rêve,style

art
Chanter l'immobilité est peut-être une ruse, due à mon genre, puisque si la cohérence du narrateur est dans le mouvement, celle de l'aphoriste - dans la capacité de n'admettre aucun mouvement provenant du dehors des mots.
auteur,discursif,immobilité,maxime,mot

art
L'œuvre comme affiche, copie ou trace du proche ? Cette image me gêne. Ni poinçon ni empreinte, mais un mode de réfraction des émotions hautes, se brisant contre la lame des mots profonds, coulant et créant une aura du lointain  ! L'état de grâce céleste exclut l'état de traces terrestres. L’art commence par une sortie de la platitude, des coordonnées et des dates.
auteur,défaite,grâce,hauteur,mot,ombre,platitude,proximité,représentation,sentiment

art
Deux tendances anti-artistiques : imputer de la sincérité (mot de débiles) ou de la justesse (mot de serviles) à tout premier regard, tout premier jet, ou bien ne travailler que dans le polissage débouchant sur une œuvre, où aucun détail ne tolérerait plus aucun rééquilibrage, sans mettre en péril tout l'édifice. L'artiste s'interdit de désigner le mot premier ou le mot final. Sur papier, la communication entre les choses et les mots n'est possible que des seconds vers les premières. Dans la tête de l'artiste, la chose doit être systématiquement évincée par le regard.
authenticité,liberté,mot,réalité,regard

art
La valeur finale d'une métaphore se détermine par ses points d'ancrage : des choses, des états d'âme, des mots, des concepts, des sons, des couleurs. Les plus belles restent au large, à égale distance de ces havres.
idée,métaphore,mot,proximité,réalité,représentation,voix

art
Le mûrissement de notre plume, à travers nos rapports avec la beauté, - trois étapes : le désir – l'ampleur des choses belles à peindre ; la puissance – la profondeur de notre vision du beau en général ; la création – la hauteur, le ton et le style de notre beau langage. Arrivés au dernier stade, ayant acquis notre propre regard et l'art de manier nos faiblesses, nous nous désintéressons et des choses vues et des puissances.
beauté,force,hauteur,mot,regard,style

art
Les seules nouveautés, dans l'art, ce sont des altérations de points de salut ou d'attache. Même une nouvelle paille de salut n'est qu'une combinaison des points existants et qui ne peut être qu'une feuille. L'art de sauvetage de la noyade dans le Léthé, pour produire de l'a-léthéia, proche, toutefois, de l'apocalypse.
commencement,consolation,défaite,mot,vérité,vie

art
Si, dans ton écrit, tu cherches la stabilité, la continuité, la cohérence, tu peux être certain d’aboutir à la platitude, à ce réceptacle incontournable de ces pseudo-qualités communes. La musique verbale, cette créatrice de reliefs, naît de la mélodie des commencements laconiques.
commencement,continuité,maxime,mot,mouton,musique,platitude

art
Faute de flamme intemporelle, d'intensité et d'air, ils n'exhibent que de minables objets, à leur minable lumière : « L'ardeur qui dure devient lumière » - Proust - l'ardeur qui dure est une fadeur. Une bonne flamme n'est qu'étincelle, elle devrait s'allumer dans le mot, s'éteindre dans la note, se refléter dans le marbre. Ne laisser ni la couleur, ni la froideur, ni le goût, ni la réalité des cendres. « Transmettre la flamme et non vénérer les cendres »** - G.Mahler - « Weitergabe des Feuers und nicht die Anbetung der Asche ». Pour ceux qui à la passion préfèrent la réflexion, l’inverse semble acceptable : « La cendre ne parvient qu'à me prouver la flamme » - Hugo.
amour,éléments,goût,intensité,mot,musique,ombre,réalité,temps

art
Je veux peindre l'oiseau, et l'on ne découvre, sur ma toile, qu'une cage. Et je balbutie, avec tous les sots, que le peintre ne doit pas apparaître dans ses tableaux. « Malgré la passion du mouvement, ce que désirais le plus, c’était d’être renfermé dans une cage » - Chagall - « При всей любви к передвижению я всегда больше всего желал сидеть запертым в клетке ». Plus que dans un cachot de l'esprit, c'est dans une tour d'ivoire de l'âme qu'on a besoin de barreaux : « L'âme est le seul oiseau, qui soutienne sa cage » - Hugo. On vit le mieux sa liberté à travers, ou même en-deçà des contraintes : « Il lui semble, que le monde est fait de barreaux, et au-delà de ce monde - aucun autre » - Rilke - « Ihm ist, als ob es tausend Stäbe gäbe, und hinter tausend Stäben keine Welt ». C'est par la délicatesse des barreaux qu'on reconnaît notre parenté avec les volatiles. « La pensée est un oiseau qui, dans la cage des mots, peut déployer ses ailes »* - Gibran - « Thought is a bird, that in a cage of words, may unfold its wings ».
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art
Que je rêve du jour, où je pourrais m'accueillir sans honte, dans l'édifice allégorique des mots, que j'aurais élevé moi-même ! J'en ai assez de crapahuter parmi les ruines de l'indicible. Mais tout édifice devient chose, dont je ne veux pas, même sous forme des ruines au passé trop palpable : les métaphores sont héritières des idées, comme les nobles ruines – héritières des châteaux en Espagne.
auteur,esprit,honte,idée,inconnu,mot,ruines,soi

art
Tant d'écrivains, dont le seul intérêt est de fournir à un autre une occasion pour écrire une phrase. Ce livre en fournit d'innombrables exemples. « Je ne fais parler les autres que pour mieux m'exprimer moi-même » - Montaigne.
ironie,maxime,mot,soi,style

art
Ce n'est pas un hasard que les premiers arts furent la poésie et le théâtre : la poésie satisfait le premier besoin de l'âme – la musique dans le regard, dans le mot, dans le geste ; et le théâtre satisfait le premier besoin de l'esprit – créer des scènes abstraites, sur lesquelles se dérouleraient des tragédies ou des comédies, traduisant le dessein du Dramaturge, mettant en jeu le talent des acteurs, l'exubérance du décor, les contraintes spatiales, les ressources verbales et les dénouements finals. Et l'intelligence philosophique débuta par le genre le plus poétique – par l'aphorisme.
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art
La sainte sueur devrait transsuder dans l'écrit, celle d'une défaite annoncée, d'un front baissé, non celle d'une lutte avec un mot racorni, furtif et railleur.
défaite,éléments,ironie,lutte,mot

art
Lorsque je devine quelle contrainte surmonte l'auteur, j'éprouve plus de plaisir, que lorsque je constate, qu'il avança encore vers son but. Le plus noble but, dans l'art, est peut-être de faire ressentir dans la belle maîtrise des contraintes le vrai enjeu aristocratique de l'œuvre. « Écrire, c'est omettre »** - Cioran.
auteur,contrainte,maîtrise,mot,noblesse

art
La poésie est le sacrifice du connu, et même de l'inconnu, pour sacrer l'inconnaissable. Mais il faut savoir ériger des autels, maîtriser le feu et, surtout, créer des divinités inexistantes et crédibles.
dieu,éléments,inconnu,maîtrise,mot,poésie,sacré,sacrifice

art
Pour l'écriture, la maîtrise des dictionnaires est une facette de second ordre. Le savoir n'est qu'un dictionnaire de plus, au même titre que l'Histoire ou la mythologie. L'intelligence peut les transformer en thésaurus, mais seul le bon goût les remet à leur place, où ils deviennent des arbres translucides pour la vision de forêts.
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art
Bien sûr, le mystère de l'homme est au-dessus de l'art, mais il est indicible. L'homme est bien plus grand que le Mot dans le monde de la démesure divine, mais l'art, c'est l'introduction de la mesure humaine. Donc, résignation, l'art pour l'art, l'art, qui ne dissimule rien, qui ne traduit rien.
acquiescement,balance,dieu,inconnu,mot,mystère

art
S'attacher à son œuvre, à corps perdu, est, j'en conviens, de la servitude. Mais s'en détacher entièrement ne peut apporter qu'une fausse liberté. Il est impossible d'en dénouer toutes les attaches, et celle des mots, placée à une altitude propice à un salutaire étouffement ou à une autodestruction non-polluante, est la moins traîtresse.
absurde,consolation,défaite,liberté,mot

art
Le talent littéraire : pour les paroles prêtes, savoir trouver une mélodie ; pour la mélodie prête, savoir trouver des paroles. Une bonne contrainte : se taire, au lieu de proférer des paroles sans mélodies.
création,esprit,mot,musique,silence

art
Indifférence face aux écrits, où des choses apparaissent avant des états d'âme. On devrait avoir l'impression, que ce n'est pas la main, mais quelque chose d'immatériel, mais intense, qui trace les mots. La mélodie qu'on entend devrait avoir déjà existé, en puissance, dans notre âme de lecteur.
création,interprétation,matière,mot,musique

art
L'image, en littérature, naît des multiples va-et-vient et cascades, zigzags et saccades, revenez-y et torsades, entre le ressac des mots et le calme de la pensée, d'un dialogue, où des réparties adverses rehaussent le débat, mais le mot final appartient - au mot.
idée,lutte,mot,style

art
Tout grand écrit naît d'une ivresse, ivresse des choses, des idées, des mots ; mais le plus grand secret consiste à savoir s'enfiévrer de soi-même. Ce beau conseil d'Horace : « tu ne planteras aucun arbre austère avant la vigne sacrée » - « nullam sacra vite prius severis arborem » !
amour,arbre,idée,intensité,mot,sacré,sentiment,soi

art
L'art - produire des métaphores, une fois que je suis subjugué par un concept. Les piètres sciences, ce qui nous élargit et corrobore (l'art rétrécit et désespère !), c'est traduire en concepts les métaphores insaisissables. L'idole (verbe mental, représentation), le portrait (verbe intellectuel, propositions), l'état d'âme (verbe inspiré, discours). Il est de belles métaphores, devant lesquelles palissent les formules, les pinceaux et même les mots…
auteur,création,espérance,filtre,idée,langue,maxime,métaphore,mot,musique,…

art
Tout bon Narcisse n'est qu'un Pygmalion agenouillé devant sa Galathée, dont les mots font reconnaître l'image de son créateur.
création,mot,narcissisme,style

art
Dans l'art, il n'existe pas d'imitateurs de la nature, opposés aux soi-disant créateurs. L'art est l'enrichissement langagier d'un modèle et non d'une réalité à modéliser. Seuls les non-artistes prennent le modeleur courant le plus en vue pour la nature elle-même. On n'imite que des théories (ce qui nous apprend quelque chose de nouveau sur la nature) ou des modèles (ce qui crée un semblant de nature dans un langage artificiel).
artificiel,création,mot,nature,réalité,représentation,système

art
Dans l'écriture banale, la forme résulte du fond ; mais quand, à l'inverse, d'une belle forme surgit, imprévu et imprévisible, un fond, on est en présence d'un style, d'une littérature, d'un talent.
esprit,mot,style

art
Signe de présence d'idées dans une image, qui trouva son mot : elle ne se fige guère et reste presque crue, prête à servir de matière première pour un nouvel étonnement, nouvel arbre de désir : « De la semence de l'étonnement naît l'arbre de la raison, lequel produit des fruits capables d'étonner » - Nicolas de Cuse - « De semine admirationis arbor exoritur rationalis, quae fructus parit admirationi similes ». Le doute perd de hauteur : jadis, la présence réelle suggérait un corps derrière des images (l'Eucharistie) ; aujourd'hui, on doute des images, qui se trouveraient derrière des mots trop plats.
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art
Avec du talent, le délire des mots devient un rêve ; sans le talent, il tourne à un misérable verbiage. C'est sûrement un misérable qui dit : « Là où un homme rêve et délire, un autre se lève et interprète » - Ricœur – cet homme debout, sans doute, interprète des balivernes. Et vive l'homme couché, homme du rêve !
esprit,hommes,interprétation,mot,rêve

art
Ruptures de stock des mots, déficits du style, pénuries de la négation, surproduction de la grandeur - en littérature comme dans la vie, on s'enraye, on frôle la faillite, on est liquidé par des huissiers compatissants, te suggérant de te recycler en journaliste ou en comptable.
défaite,grandeur,mot,négation,style,vie

art
L'écriture est l'alchimie d'extraction d'or à partir du plomb des mots. La logomachie est à l'âme ce que la physique des actes est aux muscles. L'écriture est un faux-monnayeur, la vraie monnaie du bonheur est frappée dans les alliages des mains et des regards. La vraie écriture est l'invention de ma propre effigie ; face à la monnaie, c'est à dire à la monnaie courante, à la règle, mes pièces, à la première lecture ou au premier emploi, seront déclarées fausses. Le premier à recevoir cet étrange présage delphique, être faux-monnayeur, c'est à dire allant à contre-courant, fut Diogène.
action,balance,bonheur,création,filtre,mot,regard

art
Pour ce fichu genre qu'est le roman, le seul remède contre l'ennui serait une langue de Céline, Bloy ou P.Morand. Mais, apparemment, pour la pratiquer avec succès, il faut impérativement « s'abêtir » (Montaigne).
discursif,ennui,intelligence,mot

art
Je n'aime ni fragments ni miettes ; mes mots ne font pas partie d'un tout, qui aurait pu ou dû être narré en récit continu. Quand on n'a pas d'éclairs, comme Héraclite ou Cioran, on dessine des nuages, on fait du bourrage. On n'a rien à déchirer, quand on tisse en l'air. Mais j'aime une alvéole fractale, un motif en pointillé, qui tapisserait une surface projetée vers l'infini.
auteur,continuité,discursif,éléments,inconnu,maxime,mot,ombre

art
Dans un contexte littéraire, la musique, c'est surtout la musique symphonique, où s'affirme le compositeur-esprit, brille l'interprète-âme et où nos sens sont des instruments ; et je suggérerais que ce n'est pas l'ouïe qui devrait être le plus sollicités de ces instruments, mais le toucher, la caresse. En dernière instance, ce sont nos sens qui devraient animer nos mots. En poésie, ce mouvement se complète, en s'inversant, et devient : « l'écoute réciproque de l'élan et du mot » - Mandelstam - « соподчиненноcть порыва и текста ».
âme,caresse,élan,esprit,interprétation,mot,musique,ouïe

art
Un genre des plus dérisoires, la confession. On sait, que l'inavouable est autant source d'ennui que l'avoué. L'écriture devrait se vouer à la hauteur plutôt qu'à l'étalage ; mais en hauteur, ce n'est pas sa vie, qu'on aura peinte, mais une vie inventée ; dans l'étendue, on n'exhibe que de la platitude, aux lumières et idées interchangeables. Le genre enviable est celui de poème des mots, renvoyant élégamment au modèle gracieux des fantômes.
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art
Si je veux rendre ma caresse - un soupir, un gémissement ou un silence voluptueux – la vigueur est préférable à la douceur, la contrainte - le fouet et les chaînes – au déchaînement. Et A.France : « Caressez longuement votre phrase, et elle finira par sourire » - a de mauvais moyens et buts.
auteur,caresse,contrainte,mot,silence

art
L'écrivain, c'est un champ en friche de magnétismes, la hauteur, à laquelle se condensent et éclatent des orages, la charge d'arômes ou d'éclairs. Les mots, presque aléatoires, dont respire toute la contrée, tombent sur lui, l'emplissent et en émanent en un courant plus propice à enflammer les yeux qu'à dilater les poumons.
hauteur,mot,regard

art
Face aux adeptes du mot unique, qui s'imaginent cambrioleurs devant un coffre-fort, égrenant des chiffres, avant de se saisir du trésor grâce à la combinaison gagnante : je rêve de clefs, dont la beauté me ferait oublier toute serrure (« pouvoir enténébré de la clef » - Celan - « eingedunkelte Schlüsselgewalt »). Vol ou don.
auteur,beauté,jeu,mot,robot,sacrifice

art
Dans l'écrit de jadis on sentait le frisson des mains, des cervelles et des plumes (« découvrir une chose, c'est la mettre à vif »** - G.Braque) ; aujourd'hui, le mode flagrant, qui domine, est copier-coller.
création,étonnement,modernité,mot,raison,robot,sentiment

art
L'écriture est une dramaturgie, où les mots-acteurs n'ont qu'une importance toute virtuelle. Autour des mots, un écrit crée un cadre acoustique : soit c'est du bruit répercuté par une lecture échotière, soit c'est du silence sacré animé par une lecture de recueillement.
jeu,mot,mouton,musique,sacré,silence

art
Dans le jugement d'un mot ambitieux, au quoi aléatoire (« vous ne l'auriez pas trouvé »), au pourquoi servile (« vous ne remonteriez pas si loin ») et au comment banal (« vous n'avez pas de bonne panoplie ») on devrait privilégier le qui souverain (« essayez de faire mieux ! »).
abduction,balance,création,liberté,mot

art
La bonne écriture est un palimpseste : une couche fraîche de mots, par-dessus les esquisses de notre âme à court d'outils. La mauvaise : le canevas des choses d'aujourd'hui forçant une peinture de reproduction.
âme,création,mot,réalité

art
Le seul écrivain ayant réussi à se mettre hors de son siècle, en-dessous de son orgueil et par-dessus sa langue - Valéry.
gloire,modernité,mot

art
Flaubert et Nabokov : l'ironie, plutôt verbale que tonale, et la poursuite de mots ou périodes justes pour narrer les faits. Le bon Dieu (ou le diable) est, pour eux, dans le détail, et ils déversent ce détail verbal, le faisant passer pour du style. Le style, c'est l'art d'élimination ascétique plus que d'échafaudage décoratif de platitudes. Que valent les litanies, trop claires, à l'éclairage sans ombres, sans l'intelligence intuitive, vibrante et par à-coups, sans ce ton, laconique et hautain, servant à chanter les rêves obscurs ?
danse,discursif,esprit,hauteur,intelligence,ironie,mot,musique,ombre,ordre,…

art
Pour ne pas profaner le mystère de l'être - tout désert inspirateur étant déserté par le prophète du Verbe incarné -, le poète, ce prophète du mot désincarné, devrait traduire une théorie de l'inspiration en une théorie de l'incarnation : l'annonciation par un ange, la consubstantialité sinon avec le géniteur, au moins avec son esprit, la maîtrise de la parabole, l'expiation des péchés du monde, le port d'une couronne d'épine ou d'une croix, la résurrection au milieu d'une ivresse, la transfiguration au-delà d'une certaine hauteur.
désert,esprit,être,filtre,hauteur,intensité,mal,mot,mystère,sentiment,…

art
Plus je me laisse fasciner par le fond, plus étriqué devient mon diapason sur la chaîne : esprit - âme - cœur - corps - habit - le plus souvent, ce seront deux chaînons adjacents qui m'obstrueront le reste. Plus je maîtrise la forme, mieux je me passe des intermédiaires pour ne plus jouer, enfin, que sur le registre : esprit-habit, le reste n'étant que délicatement suggéré.
âme,auteur,caresse,cœur,esprit,goût,mot,style

art
L'écriture est une savante reconstitution d'une tour d'ivoire, à partir des ruines ; une envolée des mots pour freiner la chute des sons ; un poids salutaire pour l'équilibriste indécis de la corde raide ; l'assentiment du regard en dépit du ressentiment des larmes : « Voué au regard, adoubé pour la Tour, ce monde me plaît »* - Goethe - « Zum Schauen bestellt, dem Thurme geschworen, gefällt mir die Welt ».
château,consolation,élan,mot,musique,négation,regard,révolte,ruines,vie

art
Une contrainte de l'art : exclure le savoir réticent à la traduction libre en sentir ; une contrainte de la science : négliger le sentir, qui se traduit trop mot-à-mot en savoir.
contrainte,mot,savoir,science,sentiment

art
Une œuvre est grande, si l'auteur y est invisible (Flaubert), ou si derrière le dramaturge visible transparaît un démiurge anonyme (S.Weil). Un anonymat partiel étant inévitable, je chercherais à le réduire à la seule langue visible et à l'exclure du message invisible. Plus l'auteur s'émancipe de son œuvre, plus l'œuvre fuit devant son créateur. « Les plus ardentes ambitions sont celles qui ont eu l'orgueil de l'Anonymat » - Modigliani.
création,grandeur,inconnu,mot

art
Le sentiment : ni outil ni contenu d'une bonne écriture. Il me faut une maîtrise psycho-linguistique de deux courants indépendants : de mon âme vers l'écriture et de l'écrit vers l'âme d'autrui. Idéaliste des sources, matérialiste des débouchés.
âme,commencement,création,idée,maîtrise,matière,mot,nihilisme,sentiment

art
Intrigué par une silhouette, qui point sous les yeux de mon âme, je me mets à frotter la vitre des mots ; le goût de la perfection mobilise toutes mes ressources pour la polir, au point qu'un jour elle devient un miroir, avec le seul objet reflétable, mon âme éblouie, irisée, mais sans silhouette.
âme,auteur,beauté,création,goût,mot

art
Toute plume, fatalement, commence par « agiter les eaux du langage » (Kierkegaard), mais le style naît de la capacité d'entretenir le début du sentiment plutôt que de maintenir le débit de la réflexion.
balance,commencement,langue,mot,raison,sentiment,style,voix

art
Ce n'est pas l'invasion par le moi qui ravagea l'art moderne ; dans l'expression du moi il y a une part de l'inertie, langagière ou sociale, et une part spirituelle, en relation avec le Créateur ou avec la création ; c'est l'extinction de la seconde et l'hypertrophie de la première, l'inconscience de son origine, qui firent de l'art exhibition de parties banales et absence d'un tout mystérieux.
continuité,création,dieu,modernité,mot,mystère,platitude,soi

art
Je dois régner déjà, en hauteur, sur le pays du regard et de la musique, avant d'envisager la cérémonie scripturale, qui assoit ou sacre ma tyrannie. Mais la foi précède l'onction, contrairement à ce que dit K.Kraus : « C'est dans l'écriture que se décide ce que je crois » - « Was ich sagen will ist was ich schreibe ».
création,hauteur,maîtrise,mot,musique,regard,religion

art
Quand, par une exigence croissante, on presse le discours des bavards, on reste, dans le meilleur des cas, avec quelques misérables gouttes de leurs sueurs de rats de dictionnaires ; l'idéal d'écriture : quelle que soit la pression, donner, par l'expression minimale, l'impression d'une source, qui coule indépendamment de toute soif. L'idéal : l'expression haute et l'impression profonde ; mais ne pas oublier que le haut firmament ne doit pas faire perdre de vue l'horizon, et que l'impression profonde peut être produite même par la platitude.
discursif,éléments,hauteur,idée,intensité,mot,nihilisme,platitude,soif

art
Vis-à-vis de mes écrits je n'éprouve pas de sentiments paternels, puisque toute insémination ne peut y être qu'artificielle. Je ne m'en sens pas le fils naturel non plus, car dans ma substance pré-langagière, à l'état sauvage, aucune analyse génétique n'est possible. Et Valéry a doublement tort : « L'homme, père et fils des idées, qui lui viennent ».
artificiel,auteur,création,être,idée,maîtrise,mot,soi

art
Dans un texte littéraire, une fois le brillant verbal démonté, qu'en reste-t-il à l'amateur des choses précieuses ? - des fils d'interprétation et des perles de représentation. Mais une belle disposition de fils, à l'origine d'un joyau, est, elle aussi, effet d'une représentation. Cependant ils continuent à tenir aux parades de masse et à bouder les hit-parades de classe.
beauté,commencement,élite,interprétation,maxime,mot,mouton,représentation

art
Peu importe si les avis d'un artiste sont minoritaires ou majoritaires, tournés vers le passé ou abandonnés au futur, exhibent une ouverture d'esprit ou une clôture d'horizons, traduisent un savoir ou s'abîment dans une ignorance, s'adonnent à une reptation optimiste ou à une danse pessimiste, exhalent la bonté ou filtrent la haine ; le seul critère, qui placera son œuvre dans une bonne case, c'est à dire dans une élite ou dans une étable, - c'est la qualité de ses images.
bien,danse,élite,enthousiasme,filtre,haine,mot,mouton,ouvert,savoir,…

art
Le bruit, dans la littérature, ce sont des objets trop criards ; on le réduit en leur préférant des relations entre innommables ; la poésie est une dissolution musicale de représentations ; avec la seule intensité on atteint le stade suprême, en découvrant, que « l'intensité est silencieuse » - R.Char.
concept,inconnu,intensité,mot,poésie,représentation,silence

art
La même lumière nous atteint, et en traversant notre soi se brise en reflets de mots ou de notes ; notre climat, cette matière transpercée, porteuse de la même brisure régulière, ne laisse, d'habitude, que des traces de nos yeux, cervelles, bras ou pieds ; mais un bon artiste, ce créateur de brisures nouvelles, produit un jeu d'ombres, dont la source de lumière reconstituée s'appellera âme.
âme,climat,création,matière,mot,ombre

art
La poésie - s'arracher à la routine du rapport chose-mot, pour redécouvrir la consistance primordiale ou initiale des couleurs, des arômes et des mélodies. « Le sens, dont on munit les choses, leur donna de l'âme, de la hauteur, de la proximité, mais les priva de couleurs »*** - Pasternak - « Введённый в вещи смысл одушевил их, возвысил, сделал близкими и обесцветил ».
âme,étonnement,hauteur,mot,musique,poésie,proximité,réalité,voix

art
De mon écrit doit surgir une vie, sous forme d'un arbre ou d'un animal imprévisible ; mais je sais, que les mots ne bâtissent que des structures et ne présentent que des bêtes domptées ; je dois donc préparer le terrain d'un dialogue avec l'arbre requêteur, hors des forêts et des zoos, débouchant sur une unification vivifiante des inconnues en cages et d'un regard libérateur.
arbre,auteur,mot,regard,vie

art
Tout se réduit au nombre : le fond et la forme, l'intelligible et le sensible, ce qui doit être dit et ce qui doit rester indicible, la science et l'art : « L'art est interprète de l'indicible » - Goethe - « Kunst ist eine Vermittlerin des Unaussprechlichen » - comme la science est interprète de l'intelligible pour le rendre lisible. « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible »* - Aristote.
inconnu,mot,science,style

art
L'art n'est pas l'expression de ce qui aurait existé sous une forme non-artistique ; les creux et présomptueux voient dans leur œuvre un sommet et s'y attachent, corps et âme ; les profonds, les hautains et les humbles en éprouvent presque une honte, puisque tout ce qui est exprimé ou fixe est si dérisoire, si aléatoire, une fois comparé avec le monumental inexprimable, qui nous pousse vers les plumes et pinceaux. « L'inexprimable se loge, inexprimablement, dans l'exprimé »** - Wittgenstein - « Das Unaussprechliche ist unaussprechlich in dem Ausgesprochenen enthalten ».
acquiescement,hauteur,inconnu,mot,style

art
La métaphore n'appartient pas à la langue ; elle naît d'une double et désespérante méfiance : face à l'indicibilité de la chose et à l'impondérabilité des mots ; la métaphore cherche à idéaliser la chose en en libérant le mot. Et Nietzsche n'y comprit rien : « les tropes ne surgissent pas dans les mots que sporadiquement, ils sont la nature même des mots » - « die Tropen treten nicht dann und wann an die Wörter heran, sondern sind deren eigenste Natur » - l'expression est dans l'élégance de la référence et dans l'originalité du référencé, et presque jamais - dans le mot même.
balance,discursif,idée,métaphore,mot,réalité

art
L'une des plus belles preuves du fond poétique de l'homme est l'énigme des premiers littérateurs, historiens ou philosophes, qui, tous, furent poètes ! « Dire et chanter était autrefois la même chose »*** - Strabon. Et c'est pourquoi les premiers philosophes écrivaient en aphorismes, cette forme poétique de la véritable sagesse.
antiquité,danse,maxime,mot,moyen âge,mystère,philosophie,poésie

art
Le philosophe doit réunir les dons de peintre, de musicien et de poète, pour que dans le visible on admire l'invisible, pour que du bruit de la vie ressorte la musique, pour que la langue parlante soit plus forte que la langue parlée.
inconnu,mot,musique,philosophie,poésie,vie,voix

art
Le langage du réel et un langage d'art renvoient aux objets incommensurables ; on ne copie jamais un objet réel, on ne peut copier que d'autres objets artificiels ; ces reproductions privent l'objet copié de statut d'objet d'art ; les métaphores meurent comme meurent les mots. Dans l'art, comme dans la science, on construit des chemins d'accès (artificiels) aux objets réels ; ces chemins sont l'origine des métaphores ; le regard, c'est un chemin d'accès au réel sans intermédiaires.
artificiel,chemin,concept,langue,métaphore,mot,réalité,regard,science

art
Ils s'imaginent, qu'il existe une littérature naturelle, aux mots épousant fidèlement les choses, et une littérature diffractée, ne guettant que l'élusif et le trouble. Cette fidélité béate à un réel dominateur semble ignorer, que les seuls êtres, qui peuplent la littérature, sont des objets à naître, des fantômes demandant surtout, de la part de celui qui crée ce réel docile, - des sacrifices.
doute,mot,réalité,sacrifice

art
La poésie moderne, de plus en plus, est réduite aux relations entre mots et déclarée intransitive ; quand, en plus, elle est désespérément anti-réflexive et foncièrement symétrique, elle aura beau parler et marcher, elle ne nous fera ni chanter ni danser.
concept,danse,esprit,mot,poésie

art
Un écrivain, qui, par ses mots, vise un sens primordial quelconque, se trompe de métier. La chimie ou la thermodynamique en sont beaucoup plus proches. Ce n'est pas la fouille des profondeurs interprétatives, mais l'appel des hauteurs représentatives, qui est la première raison d'être d'écrivain. Ses recherches sont des effets de bord interprétatifs ; ses trouvailles tiennent lieu des causes premières.
commencement,erreur,hauteur,interprétation,mot,représentation

art
Dans la peinture, le dessin porte la perspective du tableau et la couleur en détermine la hauteur. Le défi consisterait à intervertir leurs rôles ; dans le domaine scriptural, ce serait demander au nom de Dieu d'en porter le Verbe et à Son Esprit - d'en exprimer l'Objet.
audace,concept,dieu,hauteur,mot,style

art
La musique est le contenu principal de tout art, et, d'ailleurs, parmi les maîtres du pinceau et de la plume il y a plus d'excellents musiciens que parmi les maîtres du luth.
maîtrise,mot,musique

art
Dans le meilleur des cas, le soi connu se verbalisera dans des épîtres ; le soi inconnu a besoin de révélations, pour être entendu, car il est « le moi latent de l’infini patent » - Hugo. Le travail ou la création : « Le talent travaille, le génie crée » - R.Schumann - « Das Talent arbeitet, das Genie schafft ». Le travail t'attelle, la création te révèle : « La création est une révélation de mon moi, devant Dieu et le monde » - Berdiaev - « Творчество - это откровение “я” Богу и миру ». La poésie, serait-elle l'outil de dévoilement philosophique ? « La philosophie n'a pas le moindre organe pour entendre une révélation » - Heidegger - « Auf Offenbarung zu hören, fehlt der Philosophie jedes Organ ».
création,dieu,inconnu,mot,philosophie,poésie,soi

art
Trois mondes : le silence du réel, le bruit du mental, la musique du poétique. Et la poésie est de la musique pure, ayant fait foin de la réalité ; et elle est le point de départ de la bonne philosophie, qui nous fait découvrir, que cette musique est l'écho le plus fidèle, quoique paradoxal et étrange, de la perfection du monde réel, son point d'arrivée. La prose des choses, traduite en poésie des mots.
mot,musique,nature,philosophie,poésie,réalité,silence

art
Quel mot est une réussite artistique ? - celui qui fait de l'image et de l'idée - deux alliés, victorieux du hasard et de la routine. Le mot raté est celui qui les fait se chamailler. « Une grande œuvre d'art, c'est une pénible victoire d'un bel esprit sur une brillante imagination » - Shaw - « Great work of art - it is a painful victory of a genius mind over a brilliant imagination » - la victoire du camp adverse aurait été encore plus pitoyable.
défaite,esprit,grandeur,idée,lutte,mot,platitude

art
Les contraintes, auxquelles doit tenir mon écriture : en largeur - ne pas toucher à ce qui est en-deçà de l'horizon, en profondeur - ne jamais croire avoir touché le fond, en hauteur - ne laisser rien échapper du bouillonnement verbal, tant que la soupape du goût ne le laisse jaillir.
auteur,contrainte,goût,hauteur,mot

art
L'écrivain médiocre suit ses idées et n'aperçoit pas la platitude de ses mots ; le bon suit ses mots, ressent leur bafouillage et s'astreint à mieux écrire ; de ce mieux naissent, par enchantement, des idées. Ce tâtonnement, c'est l'impossibilité de s'installer dans une vérité, quelle que soit son éloquence. La rhétorique est l'affaire des hommes de convictions, mais les convictions, ennemies de l'ironie, ôtent à l'écriture tout pathos, qui ne peut être qu'ironique.
idée,intensité,ironie,mot,platitude,sentiment,vérité

art
En écriture, être libre signifie ne pas suivre un seul maître, même s'il s'appelle l'esprit. « Bien écrire, c'est avoir en même temps de l'esprit, de l'âme et du goût » - Buffon. Le fait d'avoir le dernier donne le droit de parler au nom des deux premiers. Mais l'essentiel n'est pas dit - la grâce du verbe dont la présence remplace tout et dont l'absence efface tout. Une servitude du génie doit compléter la liberté du talent.
âme,esprit,goût,grâce,intelligence,liberté,mot

art
La poésie est toute de relations imprévues, comme la philosophie est toute de choses impensées. « La poésie est la rencontre de deux mots, que personne n'aurait pu imaginer ensemble et qui forment ainsi une espèce de mystère » - Lorca - « La poesía es la unión de dos palabras que uno nunca supuso que pudieran juntarse, y que forman algo así como un misterio ». Et c'est de leur rencontre, sans problèmes ni solutions, qu'il faut attendre les plus beaux mystères. Tu le disais si bien : « Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses » - « Todas las cosas tienen su misterio, y la poesía es el misterio que tienen todas las cosas ».
concept,inconnu,mot,mystère,philosophie,poésie,réalité

art
Héraclite se serait moqué des dialogues socrato-platoniciens ; J.Joubert arrachait les pages discursives de tous les livres, y compris de ceux de son ami Chateaubriand ; Nietzsche riait des pâles chinoiseries kantiennes ; Valéry baillait sur les marquises de Proust ou sur les cinq heures de Bergson. La philosophie est une matière littéraire ; la littérature ne vaut que par son côté poétique ; la poésie est un hymne à la musique ; la musique est faite de métaphores mélodiques et rythmiques ; la métaphore verbale s'identifie avec la maxime.
maxime,métaphore,mot,musique,philosophie,poésie

art
Ils attendent de l'art ce qu'on cherche dans un manuel de bricolage - des lumières, des garanties et des modes d'emploi. Et les artisans héliolâtres, dévoyés et éblouis par la rampe théâtrale, ne résistent pas à leur logorrhée transparente, sans ombres silencieuses. Qui encore est capable de suivre une étoile illuminant quelque logos en langes ? Aujourd'hui, l'art est aussi grisâtre que la vie. Dans les deux, l'homme du mystère est sacrifié aux hommes des solutions.
discursif,étoile,hommes,jeu,mot,mystère,ombre,silence

art
Chronologiquement, la poésie et la peinture furent les premiers arts en Occident ; et aujourd'hui, elles sont les premières à crever, et la musique, vraisemblablement, va les y rejoindre ; ce qui est dû à l'épuisement des arsenaux au même degré qu'à la décadence des goûts et à la raréfaction des talents. La littérature et la philosophie s'en tirent mieux, grâce au journalisme ignare et au pédantisme savant, qui agissent en leurs noms.
esprit,goût,mot,mort,musique,philosophie,poésie

art
Un livre n'est pas seulement un cimetière des noms, mais aussi une maternité des mots, où la paternité est souvent contestée, le forceps pratiqué à grande échelle, et les premiers sons, souvent, font penser non pas aux délivrances, pleurs ou plaintes, mais aux bâillements.
création,ironie,mort,mot,souffrance

art
Avec les grands auteurs, on les sent portés par l'élan de leurs propres images ; avec les médiocres, on les voit porteurs anonymes des idées des autres.
élan,grandeur,idée,mot,voix

art
Trois niveaux dans mes exercices littéraires : la parole, l'image, la musique – dire, montrer, chanter. « Nous devrions moins parler et peindre davantage » - Goethe - « Wir sollten weniger sprechen und mehr zeichnen ». Si tu chantes devant Dieu, ne te montre pas ; si tu te montres, ne dis rien aux autres. Le se taire wittgensteinien est au bout de cette exigence. Mais la chute finale est de descendre du silence même – vers l'action. Puisque, aujourd'hui, « l'action a le mot ; si tu as quelque chose à dire – montre-toi et tais-toi ! » - K.Kraus - « die Tat hat das Wort ; wer etwas zu sagen hat, trete vor und schweige ! » - le premier pas, quoique vague, vers la musique.
action,danse,dieu,mot,musique,silence

art
Les pensées, dans un bel écrit, sont comme le livret d'un opéra – un élément structurant, mais subalterne ; c'est la musique des mots qui en détermine la valeur. La bonne lecture, comme la bonne écoute, est une question de l'oreille, plus que de la tête, des yeux ou même du goût. Plus on prête l'oreille au dire, moins on fait attention au dit, au profit du chanté.
danse,goût,idée,mot,musique,style

art
L'ordre, en poésie, fait partie de ces contraintes, qui doivent rester implicites. Mais chez les raisonneurs, ignorant le vivifiant désordre poétique, l'ordre mécanique est le seul à s'installer dans le mot. « J'aime mieux une poésie sans ordre qu'un ordre sans poésie »* - Pouchkine - « Я более люблю стихи без плана, чем план без стихов ».
contrainte,mot,ordre,poésie,raison

art
L'évolution vers une belle écriture : je commence par décrire ce que je ressens, ensuite je transcris ce que je sais, et je finis par inscrire mes mots dans une musique soufflée par mon rêve, loin de mes sentiments et réflexions antérieurs – mon mot deviendra compositeur et non seulement instrument ou interprète. Et je rougirai si je disais un jour, comme Nabokov, que je connaissais plus de choses, que je ne saurais exprimer par des mots.
auteur,mot,musique,rêve,savoir,sentiment

art
En littérature, toute proposition est faite d'idées (sens, adéquation, justesse) ET de mots (expression, tempérament, noblesse) ; ces deux facettes sont nécessaires. Ni littérature d'idées seules ni littérature de mots seuls ne peut exister ; la statistique ou la clinique s'en chargent.
folie,idée,mot,noblesse,style

art
L'intuition, ce don des créateurs, est l'irruption des mots inouïs du présent, appuyés par les faits éclairants du passé. Mais ceux qui sont englués dans les faits du présent usent de mots figés du passé.
création,nature,mot,temps

art
Le goût, naissant sur ma langue de lecteur, ou le goût, transmis dans ma langue d'écrivain, - les mêmes mots désignent deux phénomènes incomparables, une nature physiologique ou une culture pathologique, le plaisir ou la passion.
création,culture,élan,goût,langue,mot,nature

art
La métaphore règne aussi bien en poésie qu'en prose et en philosophie ; elle s'attaque, respectivement, au langage, à la représentation ou à la réalité. Les plus connues des métaphores de la réalité : Dieu (pour tous les angoissés), l'Être (de Parménide à Heidegger), l'Idée (Platon), les catégories (Aristote), la perfection (de Spinoza à Valéry), la pensée (Descartes), la chose en soi (Kant), la volonté (Schopenhauer), l'intensité (Nietzsche).
angoisse,dieu,élite,être,métaphore,mot,philosophie,poésie,réalité,représentation

art
Fulgurances, épanchements – telles sont les formes, qui s’offrent, spontanément et naïvement, à mon désir d’écriture – me hisser, exploser. Mais, finalement, c’est dans le lapsus, dans la chute, que mes mots et mes états d’âme se reconnaissent le mieux.
âme,auteur,création,défaite,élan,hauteur,mot,simplicité,style

art
Lorsqu'on ne peint que son regard et non pas les choses vues, on ne doit pas craindre la fuite et la perte de ses couleurs (Kafka). On n'écrit ni face à soi-même ni face aux choses - pour, dans les deux cas, n'animer que le vide de la vie - on écrit face à la vie du vide. Ou face à la mort, en faisant semblant de ne pas mourir, dans l'agonie du verbe.
audace,mort,mot,regard,soi,vide,vie,voix

art
Le poète a beau oublier le réel et pratiquer ainsi l’innocence de la création, la lourde réalité des mots et des actes le rattrape, lui fait ressentir le gouffre avec ses images impondérables et le plonge dans une angoisse, qui rend son verbe encore plus libre et vibrant.
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art
Le devenir, méritant un regard philosophique, est soit matériel (avec, en perspective, l’extinction des étoiles et la décomposition des atomes) soit artistique (avec la création de la musique des mots, des images, des idées) – le désespoir concret, face à la consolation abstraite. Entre les deux – l’être, mû et expliqué par des unifications. L’abstrait n’est ni transcendant ni immanent, que cherchent à opposer les nigauds. « L'Abstrait n'explique rien ; il n'y a pas d'universaux, pas d'objet ; il n'y a que des processus d'unification » - Deleuze – du pur galimatias, puisque dans l’unification d’arbres, tout est abstrait, et les branches unifiées sont composées d’objets. Et les vrais universaux, que porte tout homme, suite à la Création divine, sont au nombre de trois : le Bien, le Beau, le Vrai.
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art
Toute la puissance et toute la beauté du chêne découlent de la merveille minérale et vitale, programmée par le Créateur dans un gland. L’esprit s’en contente, mais les yeux veulent admirer le tronc et le feuillage. Et puisque l’art verbal, c’est un déroulement virtuel de tableaux que peint l’âme, le talent consiste à n’expliciter que l’énergie du commencement et laisser au lecteur le souci des parcours et finalités. Le chêne à naître, le chêne naissant ou le chêne né peuvent être soit narrés soit chantés. Quand tout instant, toute durée, par une magie du chant, se métamorphosent en commencements, on est en présence d’un talent supérieur.
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art
Avec la musique, le cœur ressent, avant que l’âme croie ou l’esprit comprenne. Avec le discours littéraire, le croire et le comprendre sont indispensables, pour que le ressentir final puisse être reproductible. Mais je veux être cru non pas sur parole, mais sur la mélodie.
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art
Je me dis, que l’art est un hymne mélancolique de l’inexistant. Donc, ni récits ni bonheur ni réalité. Et je tombe sur une belle définition de Pasternak : « L’art est un récit du bonheur d’exister » - « Искусство — есть рассказ о счастье существования » - dissonant en mots, nous sommes harmonieux en musique.
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art
Le but de l'art consiste à sculpter la statue de ton soi, dont l'essence est dans ce qu'on veut, ce qu'on peut et ce qu'on doit, au stade de potentialité, sans aucun complément d'objet, tandis que ce qu'on est présente très peu d'intérêt. « On est ce qu'on peut, mais on sent ce qu'on est » - Stendhal. Le pinceau descriptif est des plus grossiers et banals. Peindre exclut narrer.
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art
Pour écrire dans un langage des ombres, il faut une lumière ; le choix est simple – l’éclairage du présent ou ta propre étoile hors du temps. Et, dans ton livre, on se trouvera en plein jour affairé ou l’on y rencontrera la nuit. « Le poète entre dans le silence. Ici, le mot avoisine non pas avec un rayonnement, mais avec la nuit »** - G.Steiner - « The poet enters into silence. Here the word borders not on radiance, but on night ».
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art
Tout art est dans la musique – verbale, picturale, sonore, philosophique. L’artiste, en nous, c’est notre âme, mais sa musique, son fond, doit être portée par la forme – les mots, les idées, les images – la tâche de notre esprit. L’esprit s’entend bien avec l’âme, mais reste désarmé face au cœur insondable, d’où l’impératif d’artiste – mettre le Beau au-delà du Bien.
âme,beauté,bien,cœur,esprit,idée,inconnu,maîtrise,mot,philosophie

art
Je ne suis pas moi-même, en exhibant des choses, leurs places, leurs liens, leurs poids ; je ne me reconnaît que dans l’élan vers ce qui existe bien avant les mots ou les pensées. « On n’arrive à peindre poétiquement que les élans »** - Mandelstam - « Единственное, что поддаётся поэтическому изображению, - порывы ».
auteur,balance,concept,élan,idée,mot,poésie

art
Une musique – tantôt une mélodie, tantôt un rythme, tantôt une harmonie – doit t’animer, avant que ton premier mot la prenne en compte. De même, tu devrais ne t’arrêter que sur des choses innommables ou encore innommées. « Le poète voit une statue non ciselée, un tableau inentamé, il entend une musique jamais jouée »*** - Tsvétaeva - « Поэт видит неизваянную статую, ненаписанную картину и слышит неигранную музыку ».
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art
Le poète s’impose des contraintes, portant sur le choix de rythmes, de verbes, d’images essentiels, et de choses et d’événements inessentiels. La beauté naît de beaucoup d’exclusions. « Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu'il n'écrit pas »* - R.Char.
action,beauté,contrainte,métaphore,mot,musique,poésie

art
Le but de la philosophie est le Beau verbal et la consolation face au fatal. Donc, au moins la moitié relève de la poésie : « Le but de la poésie, c’est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage d’Utile, de Vrai ou de Juste » - Verlaine.
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art
Dans le goût des masses, l’image et le son détrônèrent l’écrit. Curieusement, la dégénérescence de l’art, en général, commença exactement par la peinture et par la musique.
goût,mot,mouton,musique

art
Pour les médiocres, être près du réel signifie répéter les mots, que la majorité des savants eut déjà trouvés, pour le qualifier ; on gagne en objectivité, en perdant en subjectivité ; on a d’autant plus de valeur, qu’on s’éloigne davantage de ce réel.« L’artiste ne supporte aucune réalité » - Nietzsche - « Ein Künstler hält keine Wirklichkeit aus ».
école,mot,proximité,réalité,savoir,valoir

art
Le bonheur de l’écriture consiste à trouver un accord musical – même à contre-point ! - entre ton mot et ton état d’âme. Ceux qui ‘souffrent’ de l’imprécision des mots pour décrire une boîte d’allumettes sont des sots sans âme.
âme,bonheur,création,discursif,intelligence,mot,musique,souffrance

art
La possession cohabite mal avec la maîtrise. Il faut que je sois maître, que j'imprime mon désir dès le premier pas, mais qu'il ne débouche pas, une fois assouvi, sur une familiarité. « Écrire un livre est toute une aventure : au début c'est ton divertissement, puis ta maîtresse, ensuite ton maître et il finit par devenir ton tyran » - Churchill - « Writing is an adventure. To begin with, it is a toy and an amusement. Then it becomes a mistress, then it becomes a master, then it becomes a tyrant ».Et puisqu'on n'a jamais réussi à transformer une tyrannie en divertissement, il faut, avec le livre, la femme ou la vérité, - des audaces de première approche, sans attendre la fin de course : audaces de style, de proximité ou de langage.
audace,auteur,cité,commencement,femme,filtre,maîtrise,mot,proximité,révolte,…

art
Dans les plus beaux opéras du monde (Mozart, Wagner, Tchaïkovsky), la belle musique rend les paroles superflues (même si elles sont parfois belles en soi, comme chez Tchaïkovsky). Chez les Italiens, entre le son et le sens, il y a un équilibre terrestre, et chez Bach – céleste.
italie,mot,musique,style

art
Quoi qu’on en dise, l’impulsion initiale, dans l’écriture, ne débouche que sur la volonté de te saisir d’une feuille blanche, sur rien de plus. Elle provient de ton soi inconnu. Le vrai mouvement initial, verbal, aléatoire et imprévisible, vient des images, des idées, des mélodies, des mots initiaux, générés par ton soi connu, avec le désir de préserver l’impulsion, inarticulée ou indicible, qui aura servi d’origine stimulante. Seuls tes commencements gardent un contact avec ton soi inconnu ; au-delà, c’est déjà du travail mécanique, non-qualifié.
commencement,élan,idée,inconnu,jeu,mot,musique,robot,soi

art
La poésie ne devrait ni parler, ni suggérer, ni dissimuler, ni se confesser, mais uniquement – produire de la musique des mots, des images, des pensées, des états d’âme. La musique se passe de nos analyses, pour aller tout droit à l’âme.
âme,idée,mot,musique,poésie

art
Le parcours, conduisant à l’émerveillement devant une belle écriture : ses mots, ses métaphores, ses pensées, tes requêtes, les unifications, ton illumination. Une seule de ces étapes manque, et la merveille finale, rapidement, se dissipera ; le viscéral ne sera que squelettique.
arbre,beauté,chemin,étonnement,idée,métaphore,mot,mystère,question

art
Il est donné à tous, peut-être, d’entendre parfois un chant intérieur ; mais il faut être poète, pour le traduire en musique des mots, images, idées.
danse,idée,mot,musique,poésie,style

art
Les mots peuvent traduire l’impression que nous recevons de n’importe quel art, sauf de la musique. L’expressivité des mots est le critère le plus sûr d’une intelligence ; c’est pourquoi aucun art n’est commenté par tant d’imbéciles que la musique. Les commentaires d’un poète ne décrivent que l’état de sa propre âme.
âme,intelligence,mot,musique,poésie

art
Plus haute est l’harmonie musicale – dans les notes, les mots, les coups de pinceau, les pensées – plus profonde est l’émotion qu’elle provoque chez les âmes sensibles. « Le rythme et l’harmonie pénètrent irrésistiblement au plus profond de l’âme » - Platon.
âme,hauteur,idée,mot,musique,sentiment

art
Ce qui constitue l’état de mon âme – l’intensité, l’énigme, l’extase – est intraduisible en mots ; c’est pourquoi il existe la musique. « Je vois ma vie comme l’expression de la musique » - Einstein - « Ich sehe mein Leben als Ausdruck der Musik ».
âme,élan,inconnu,intensité,mot,musique,mystère,vie

art
Les mots et images n’apportent rien au sentiment visé, comme le portrait ou le roman n’apportent rien à l’homme représenté, ni l’Intelligence Artificielle - à l’intelligence. Mais sans l’âme ou l’esprit actifs, le cœur risque de sombrer dans la passivité.
action,âme,artificiel,cœur,esprit,intelligence,mot,sentiment

art
Quand on voue un culte au Beau, on perçoit tout appel, en paroles ou en actes, au Bien et à la Justice comme une platitude voire une bassesse, leur seule traduction noble étant peut-être une pitié, silencieuse ou pétrifiée.
action,bassesse,beauté,bien,immobilité,justice,mot,noblesse,pitié,platitude,…

art
Verbalement, l’élan vers l’inaccessible ne peut être rendu que par un langage irrationnel, poétique. Peindre et justifier cet élan est peut-être la première tâche du poète : « C’est de tous les instants, nourris d’inaccessible, que vient la puissance d’un poète »** - Cioran – c’est, à la fois, une puissance du rêve et un aveu de faiblesse dans le réel.
élan,force,inconnu,mot,poésie,réalité

art
Un bon écrivain, c’est la rencontre d’une noblesse, d’une intelligence et d’un talent. La noblesse, c’est un goût sélectif et la hauteur du regard ; l’intelligence, c’est la profondeur du savoir et l’exigence des contraintes ; le talent, c’est le ton musical et la grâce du verbe. Un seul de ces dons est absent, et vous risquez d'être Gros-Jean comme les autres.
contrainte,esprit,goût,grâce,hauteur,intelligence,mot,musique,noblesse,regard,…

art
Qu’ils pratique le poème, la mystique ou l’apophtegme, Nietzsche et Valéry restent grands artistes. Mais Cioran, brillant dans le maniement des mots, est terne dans celui des idées. Le style, c’est de la lumière maintenue, mais la maxime, c’est la qualité des ombres fugaces.
idée,maxime,mot,mystère,ombre,poésie,style

art
La musique picturale ou verbale existe, car c’est elle qui fait résonner ton âme, sans que tu comprennes pourquoi, sans que tu voies l’objet de ton bouleversement.
âme,création,élan,mot,musique

art
Le genre discursif – suivre un fil, dans une platitude arbitraire des mots ; le genre aphoristique – s’imposer une trame, ce qui évite le décousu des images et des idées.
création,discursif,idée,maxime,mot,platitude

art
Chez un poète, le débordement sentimental provoque un appel d’air, un vide verbal, un manque musical qu’assouvissent d’harmonieuses métaphores.
métaphore,mot,musique,poésie,sentiment,vide

art
Pour apprécier le rêve aérien, coulé dans le bronze des mots, on a besoin d’une imagination pour le voir et d’une oreille et d’une intelligence – pour l’entendre (dans les deux sens du mot).
intelligence,mot,ouïe,regard,rêve

art
Les mystiques du mot, de l'image ou de l'idée accompagnent toute œuvre d'art : l'art sans mystique est aussi impossible qu'un chant sans mélodie.
absurde,danse,idée,mot,musique

art
Mes phrases se composent dans un tumulte, mais la recherche de chaque mot capital, à y insérer, exige un calme – l’état d’âme et l’état d’esprit.
âme,auteur,élan,esprit,langue,mot

art
Ce n’est certainement pas l’ambition qui me pousse à écrire, mais la beauté recherchée des mots à naître pour chanter mes états d’âme.
âme,auteur,beauté,danse,mot

art
L’amour, c’est la caresse par le regard ; la noblesse, c’est la caresse par la hauteur ; l’intelligence, c’est la caresse par la représentation ; la poésie, c’est la caresse par le verbe. « La poésie est l'essai de représenter ce que tentent d'exprimer les caresses »** - Valéry.
amour,caresse,hauteur,intelligence,mot,noblesse,poésie,regard,représentation

art
L’écriture : l’objet initial – un état d’âme, réel, non langagier, non conceptualisé, ensuite – son reflet, de vagues concepts avec de vagues relations, leurs places vagues dans une représentation naissante, des mots trop précis, trop limités, trop galvaudés, la nécessité de métaphores, qui finissent par peindre un état d’âme aux frontières trop nettes et imprévues, et c’est le chemin d’accès de ce dernier état avec l’état d’âme initial qui déterminera la qualité de ton écriture.
âme,chemin,concept,création,frontière,langue,métaphore,mot,nécessité,réalité,…

art
L’écriture idéale : le chant des mots et l’accompagnement musical des idées – il faut être, à la fois, poète, musicien, philosophe – Nietzsche, B.Pasternak. Les ‘séparatistes’ – la hauteur verbale de Nabokov et la profondeur intellectuelle de Valéry.
danse,élite,hauteur,idée,mot,musique,philosophie,poésie,style

art
Dans l’art, ce sont les chemins d’accès aux images, aux idées, aux mélodies qui dessinent les goûts de l’artiste. La caresse est l’un de ces sentiers, sentier oblique, opposé aux droites invasions ou possessions. Je ne veux ni inquiéter ni exciter, je veux caresser l’au-delà des mots.
auteur,caresse,chemin,goût,idée,maîtrise,mot,musique,valoir

art
Tout écrit s’adresse à notre goût et comporte une calorimétrie des idées nutritives et la jouissance des mots épicés, un aliment ou un excitant. J’offre des fruits exotiques et non pas des plats préfabriqués.
auteur,goût,idée,mot,soif

art
L’inspiration ne me dicte ni mots ni idées ni images, elle suscite l’aspiration vers mon étoile. Mon corps récepteur transmet cet élan à mon esprit, relais d’excitations, qui mue en mon âme, émettrice de mon regard, que mon talent, artisan du style, traduit en métaphores. Ce chemin, pour ne pas dégénérer en sentier battu, s’arrête à la hauteur d’un commencement individué, ainsi il évite de devenir de l’étendue ou de la profondeur communes.
âme,chemin,commencement,création,discursif,élan,esprit,étoile,hauteur,idée,…

art
Les genres discursif ou aphoristique, l’horizontalité ou la verticalité, le glissement superficiel sur les mots ou la pénétration, profonde ou haute, des idées. Chez les discoureurs, tout comme chez les laconiques, des images, des concepts et des idées sont aussi présents, mais restent surfaciques. Quant aux mots, l’aphoriste en maîtrise la musique et l’intensité avec plus de vigueur et d’audace, mais il évite les paysages communs, pour peindre son propre climat. Le discoureur méprise des idées nées ; l’aphoriste engendre des idées naissantes. La jouissance des oreilles ou la perplexité de l’esprit. La reconnaissance ou l’étonnement.
audace,climat,commencement,concept,discursif,esprit,étonnement,force,goût,hauteur,…

art
Il est absurde d’opposer LE sentiment à LA raison. Parmi les sentiments il y a ceux qui s’accordent parfaitement avec la raison ; d’autre part, il y tant de sentiments féroces, témoignant de notre origine bestiale et qui forcent l’appel à la raison animale qui coïncide avec les sensations animales. Ce qui mérite le noble nom de sentiment s’appellerait caresse, s’opposant à la possession, à la force, à la droiture, à l’inertie. Nous partageons certaines caresses avec les bêtes : l’instinct maternel, la séduction des femelles, le sens de communauté. L’homme ajoute des caresses spirituelles, verbales, musicales, picturales, architecturales, où, par des écarts avec la norme, se manifeste la personnalité de créateurs.
absurde,caresse,continuité,création,esprit,force,mot,mouton,musique,raison,…

art
Le sens qui me fait apprécier une écriture d’art – du poème au traité de philosophie - n’est ni l’ouïe ni la vue mais le toucher sublimé, la caresse, inattendue, excitante, évocatrice, grâce à l’esprit qui entretient le silence et les yeux fermés.
auteur,caresse,esprit,étonnement,mot,musique,ouïe,philosophie,poésie,regard,…

art
Le style est le rejet du hasard et de la banalité, pour trouver une expression symbolique (verbale ou autre) de nos états d’âme inarticulés, les deux étant dans la verticalité individuée et non pas dans l’horizontalité commune. Et peu importe que l’état d’âme émettrice ne coïncidera jamais avec l’état d’âme réceptrice.
âme,hauteur,jeu,mot,mouton,platitude,style

de vinci l.
La Pittura è una Poesia muta e la Poesia une Pittura cieca.

La Peinture est une Poésie muette et la Poésie une Peinture aveugle.
art
L'art est musique et regard, et non pas mutisme ou cécité. « Si la poésie est une peinture qui parle, la peinture est une poésie muette » - Cicéron - « Si poema loquens pictura est, pictura tacitum poema debet esse ». La poésie, c'est la peinture qui, en se détachant du bruit d'atelier et du silence de musée, se mettrait à parler en musique (« la poésie est comme la peinture » - Horace - « ut pictura poesis »). Et quand elle est complétée par une philosophie, la hauteur de sa musique s'anime de l'intensité du regard.
mot,musique,philosophie,poésie,regard,silence

lichtenberg g.
Die Regel, daß man nicht eher schreiben sollte, bis man gedacht habe, zeigt von vielem guten Willen des Verfassers, aber von wenigem Nachdenken.

La règle, selon laquelle, avant d'écrire, il faille avoir pensé, témoigne, de la part de l'auteur, de beaucoup de bonne volonté et de peu de réflexion.
art
Chez tous les grands, le mot engendre la pensée et, très rarement, l'inverse. La conception, plutôt que la maïeutique. Pour s'immortaliser dans le mot, beaucoup de grands survivaient en vendant les idées. L'idée est un aliment prêt à la consommation ; le mot est le sens même du goût.
création,discursif,esprit,goût,grandeur,idée,mot

schopenhauer a.
Der Stil erhält die Schönheit der Gedanken, statt daß bei den Scheindenkern sie durch den Stil schön werden sollen.

Le style contient, en lui-même, la beauté des idées, tandis que chez les pseudo-penseurs le style est censé les rendre belles.
art
« Améliorer le style, c'est améliorer la pensée » - Nietzsche - « Den Stil verbessern heißt den Gedanken verbessern ». Les mots, tombés amoureux d'une beauté, se transforment en idées. L'esprit prétendant épouser la beauté, sans amour du mot, est début de mésalliances.
beauté,filtre,goût,idée,mot,style,voix

pouchkine a.
Проза требует мысли и мысли, а поэзия, прости господи, должна быть глуповата.

La prose appelle la pensée, la poésie, ma foi, devrait être un peu niaise.
art
Le poète comprend, que, sur son arbre, la mécanique des idées doit être subordonnée à la musique des mots, l'immobilité profonde des racines – au mouvement vers le haut des cimes. Dans la jungle de la pensée, la prose est peut-être un bon botaniste et même un bon guide, mais sa loi, loi de la jungle des mots, est dictée par la poésie.
arbre,hauteur,idée,immobilité,intelligence,justice,maîtrise,mot,poésie

hugo v.
Car la poésie est l'étoile, qui mène à Dieu rois et pasteurs.
art
L'étoile désignant le vainqueur, pour que le rimeur ne se trompe pas de timbre ! Et tout cela pour se retrouver nez à nez avec des tyrans et des manants ! Autant rester dans sa propre crèche et en appeler à la résurrection du verbe désintéressé.
christianisme,cité,erreur,étoile,mot,mouton,poésie

hugo v.
Non, nous ne créons pas ! Nous plagions nos âmes.
art
Le talent, c'est l'écoute fidèle de notre âme, de notre soi inconnu, infini, inarticulable. Sans le talent, on écoute et copie le monde. L'art, c'est le plagiat de ce soi. On ne crée qu'en traduisant ; j'interprète mon âme étrangère, et elle, barbare, quand elle se met à parler notre langue de mots, elle nous plagie !
âme,création,inconnu,interprétation,langue,mot,nature,ouïe,soi

baudelaire ch.
Hachez l'œuvre en nombreux fragments, et vous verrez, que chacun peut exister à part.
art
Et pourtant on continue à débiter des ergotages, en d'assommants défilés d'objets réunis en de fades unités. Quand on s'aperçoit, que les mots les moins artistiques sont donc, car, et, ou on devrait, sur-le-champ, s'interdire tout récit. Les enchaînements qu'adorent les crétins d'aujourd'hui : « il reste à démontrer », « et là, tout bascule », « rien n'est moins vrai »…
balance,discursif,intelligence,maxime,mot,platitude,raison

flaubert g.
L'Artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature.
art
L'homme, dans l'artiste, est un objet aussi digne du verbe que les comices agricoles. L'artiste est dans l'œil et non pas dans l'objet regardé. Dieu est dans la possibilité même de l'œil et non dans la texture de la rétine. L'art, c'est faire sentir l'immobilité du principe à travers la vibration de la chose.
dieu,immobilité,ironie,mot,nature,réalité,regard

mallarmé s.
La poésie est une expression de la pensée, entre la langue parlée et la musique.
art
Chacun porte en soi une corde poétique : le créateur-esprit souffle le thème et la mesure et choisit les instruments, l'âme y introduit la mélodie et fournit l'interprète. Quand l'âme est poétique, l'interprétation se fait souffle-à-souffle. Et si une pensée naît, incidemment, de la poésie, ou de la musique, c'est par un effet de bord d'une traduction mot-à-mot. Dans la langue originaire, la pensée est l'invité de dernière minute.
âme,création,esprit,idée,interprétation,mot,musique,poésie

mallarmé s.
Au contraire d'un numéraire représentatif, le dire - avant tout, rêve et chant, - retrouve chez le Poëte sa virtualité.
art
Rêver et chanter les valeurs, dont on ne veuille ni traduire ni dévoiler le vil prix.
axe,mot,négation,poésie,réalité,représentation

blok a.
Есть две реальности : одна историческая, другая музыкальная.

Il y a deux réalités : le fond de l'une est l'Histoire, de l'autre - la Musique.
art
Dans la première - des chiffres, dans la seconde - des rythmes. Des gestes et des messages. Des faits et des mots. Le sérieux et l'ironie. La première est toujours désaccordée et clonable, la seconde toujours arbitraire et irréproductible. L'art est plus proche de l'oreille que des yeux ; et ce que ceux-ci entendent est souvent du galimatias pour celle-là. À comparer : l'historicité cartésienne et la musicalité pascalienne. Tu entendis la musique de Lénine exactement comme Heidegger - le pathos de Hitler, dans une de ces trois ek-stases de la temporalité, (drei Extasen der Zeitlichkeit), que Nietzsche qualifiait de monumentale, antiquaire ou critique (monumental oder antiquarisch oder kritisch) : privée de musique organique, la réalité est dédaignée de Muses et vouée à la poussière des musées ou à la mécanique musique dans la glace (музыка во льду - Pasternak).
histoire,ironie,mot,musique,ouïe,réalité,regard,temps

kraus k.
Logik ist eine Feindin der Kunst. Aber Kunst darf nicht die Feindin der Logik sein.

Logique est ennemie de l'art. Mais l'art ne doit pas être ennemi de la logique.
art
Comme l'alphabet ne doit pas être ennemi du mot. Et que vivent les liens antisymétriques, intransitifs et, surtout, réflexifs !
intelligence,mot,raison

braque g.
Le vase donne une forme au vide, et la musique - au silence.
art
Faire vivre des fantômes - et que mes lambris, c'est-à-dire mes ruines royales, soient un désert, hanté de mots. L'art est un fond béant, animé par une forme pleine.
désert,mot,musique,rêve,ruines,silence,style,vide

braque g.
L'œuvre d'art commence par un problème et finit par une prière.
art
Elle devrait débuter par un mystère, tourné vers sons, couleurs ou mots, et en aboutir à un autre, faisant plier fronts, genoux ou paupières. Que le lecteur y devine ses propres problèmes et imagine ses propres solutions. L'artiste doit offrir des consolations, pas des solutions.
commencement,consolation,mot,mystère,voix

pasternak b.
Если Лермонтов писал кровью, Гоголь - слезами, Толстой - краской, Салтыков-Щедрин - желчью, то Достоевский писал чернилами. Профессиональность его прозы.

Lermontov écrivait avec du sang, Gogol avec des larmes, Tolstoï avec de la peinture, Saltykov avec de la bile, Dostoïevsky, lui, écrivait avec de l'encre. Le professionnalisme de sa prose.
art
Les mots ailés, plus fidèlement que les tripes, portent nos larmes et maintiennent le discours au stade d'un livre vivant, d'une belle urne, d'un durable écho. « Le sang de mon esprit, c'est ma langue » - Unamuno - « La sangre de mi espíritu es mi lengua ». La littérature moderne s'écrit exclusivement avec du solide. L'avantage de tout liquide est de savoir épouser la forme des plus beaux récipients : livre, urne, écho.
défaite,éléments,étonnement,haine,mot,platitude,poésie,russie,style

tsvétaeva m.
Великий мастер может явить идеальное, реальное в потенции. Высокую реальность.

Un grand maître peut peindre l'idéel, ce réel en puissance. Une haute réalité.
art
Le rêve, c'est une réalité vécue en hauteur ; la vibration est réelle, l'appel est réel, la volonté de puissance est réelle ; seuls le mot et la note sont ces pinceaux idéels, presque invisibles sur les tableaux du réel, où régnera la vibration.
création,hauteur,maîtrise,mot,musique,réalité,rêve,sentiment

baudrillard j.
L'extase poétique du langage correspond à la phase libertine d'une sexualité sans reproduction.
art
Le corps désiré par le poète est le mot. Et sa noblesse est sa meilleure caresse.
amour,caresse,mot,noblesse,poésie
 

chœur bien
ART : Pourquoi un cœur d'or peut-il mener à un art impitoyable ? Parce que l'art, c'est l'oubli des mystères autour des idées et la tentative d'en recréer d'autres autour des mots. L'art, c'est revêtir la nudité de nos premières images et de mettre à nu notre dernière honte. Habilleur de ce qui n'existe pas, déshabilleur de ce qui, hélas, existe.
cœur,être,honte,idée,mot,mystère,pitié

chœur bien
DOUTE : L'homme de bien est plus soumis au doute que l'indifférent, car la logique du robot ne connaît que des certitudes. La traduction du motif en geste a beau se réclamer de la bonne volonté, leurs verbes ne se déclinent pas sur les mêmes registres et produisent des messages incompatibles, des mélodies qu'il est impossible d'écouter simultanément.
absurde,action,mot,musique,robot

chœur bien
MOT : Associé à la bonté, tout mot transforme en vaudeville ce qui avait de bonnes chances de rester comédie. Le mot est aussi impuissant avec le Bien qu'avec le bonheur : il devrait les priver de leur côté actif, désir et vouloir, et les voiler d'une épaisse passivité - pudeur et devoir. Le succès des tragédies prouve, que le meilleur outil du mot est la négation.
action,bonheur,élan,inconnu,tragédie,valoir

chœur bien
VÉRITÉ : Les vérités vivent dans un pays ou l'on ne reçoit qu'un seul ambassadeur des hommes, leur cerveau. La bonté, comme la beauté, y sont des agents secrets, pour faire parler le vrai, méfiant et évasif. Au lieu d'envahir la vérité, il vaut mieux lui imposer des échanges de type colonial : ses matières premières contre ton savoir-écrire.
beauté,doute,hommes,matière,mot,raison

bien
Pour réduire le litige entre le Bien et le mal à une querelle de mots, je dirais qu'elle est dans le rapport entre l'éternel et le perpétuel.
éternité,mal,mot,temps

bien
Je cesse d'être mon soi (ou deviens plus que moi-même), dès que je produis un mot ou une note, qui ne découlent de rien (le moi n'a ni paroles ni notes) et qui émeuvent les autres. C'est pourtant le seul moyen de manifester, que je reste moi-même. Ces signes naissent près de ce point ineffaçable en moi, que n'atteignent ni les chaînes ni les courants.
auteur,commencement,être,inconnu,mot,musique,sentiment,soi

bien
Les frontières entre l'actuel et le virtuel s'estomperont dans le siècle à venir. Dans un musée, on vous fera voir des idées, des mots ou des images, que cultivaient des siècles bornés par la souffrance, le doute et l'arbre. La transaction et l'interaction évinceront définitivement le vol et le don, le poing et la larme.
arbre,argent,doute,frontière,modernité,mot,réalité,sacrifice,souffrance,tragédie

bien
De l'irréductibilité des sens : dans le Bien, le beau ne doit jouer aucun rôle ; dans le beau, il faut aller au-delà du Bien. La pitié est la valeur extrême du Bien, il faut donc aller même au-delà de la pitié, devenir impitoyable - tel est le message - nullement anti-humaniste ! - de Nietzsche ! Mais la pitié est aussi une des valeurs extrêmes du vrai, « qui nous conduit sur les bords privés de mots, où subsistent seules la pitié, la tendresse et l'amertume »** - Valéry.
axe,beauté,caresse,humanisme,idée,jeu,mot,pitié,vérité

bien
Le vrai Mal ne sort blanchi d'aucun confessionnal ; le Mal est, par définition, sans rédemption possible ; il est sécrété, chaque fois que l'âme croit avoir entendu une réponse à son interrogation du Bien, ce grand muet, contrairement à ce grand orateur qu'est le Beau.
âme,beauté,mal,mot,question

bien
Je ne vois pas comment on pourrait assassiner un fantôme et conclure à la mort de Dieu. Je n'en vois ni l'intention ni l'arme ni le lieu. La honte ne serait pas l'effet plausible, mais la cause immédiate de toutes ces confuses annonces. Et l'origine de la honte est toujours la même : le pénible décalage entre le penser et le faire, entre l'image et le mot, entre la hauteur du sensible et la platitude de l'intelligible.
action,dieu,esprit,hauteur,honte,mort,mot,platitude

bien
Le besoin, qu'a un cœur profond d'agir, est une source du mal, au même titre que le besoin, qu'a un haut esprit de nommer, est une source du hasard. On va jusqu'à les confondre : « Le Mal est la volonté de nommer à tout prix » - Badiou.
action,cœur,esprit,jeu,mal,mot

bien
Le Bien se loge loin des bras, et encore plus loin - du cerveau ; le fait et le pensé, même appuyé par le bel écrit, ne nous rapprochent en rien du bon (le beau est l'aveu d'impuissance du bon) ; la morale descriptive et l'éthique prescriptive n'ont aucun contact avec le Bien.
action,inconnu,mot,raison

bien
La liberté humaine est dans le choix d'actes et de mots, censés rendre nos sentiments, qui restent grands muets ou grands absents de la scène vitale ; ni l'amour ni le Bien ne sont connus qu'à travers traductions ; tout langage du Bien, qu'il soit verbal ou gestuel, ne peut être qu'elliptique (réduit à l'action, le mal, lui-même, ne serait qu'« ellipse du Bien » - Plotin).
action,jeu,mal,mot

bien
Les tentatives de traduire le Bien en mots fidèles échouent aussi lamentablement que de le traduire en actes fidèles. Tout hymne au Bien se transforme en banalités disgracieuses. Si je tiens à la qualité littéraire, je dois renoncer aux valeurs ponctuelles et ne m'attacher qu'à l'axe entier, s'inspirant d'un infini et se projetant vers un autre, tous les deux inaccessibles.
action,art,axe,inconnu,mot,platitude

bien
Deux degrés de honte : non seulement je ne suis point fier du regard, qui se forma en moi, à coups des mots, des votes et des abstentions, mais, même à l'intérieur de ce regard, je trouve si facilement des failles, des ruptures, des chutes. Est-ce parce que je ne poursuivis jamais le vrai ni n'envisageai jamais l'incarnation du bon ? Ou bien parce que tout ce qui est viscéral sent trop son milieu d'origine ? D'où mon intérêt pour la peau et sa caresse.
auteur,caresse,honte,mot,regard,vérité

bien
La paix d'âme devint une épidémie, tempérée par l'indignation réglementaire. La résignation et la honte quittèrent les hommes d'aplomb et sans péché. Tous les écrivains prient sur la science, aucun n'interpelle les consciences. « Les bons écrivains sont les remords de l'humanité » - Feuerbach - « Die echten Schriftsteller sind Gewissensbisse der Menschheit ». La bonne écriture part de l'aveu honteux, que nos rêves ne se laissent reproduire ni en un geste ni en un acte ni même en un mot, qui est cependant leur ultime chance. La mauvaise littérature se dévoue à l'enterrement du rêve et à la proclamation des droits de l'acte.
action,angoisse,art,conscience,hommes,honte,mot,rêve

bien
Les mots, bizarrement et peut-être hypocritement, affermissent la vertu plus que ne l'amoindrissent les actions. Contre le viol de mon âme, par ce maraudeur d'acte, il n'existe pas de contraceptif ; et je serai obligé de porter à terme cet avorton de mauvaise conscience et de le garder ma vie durant. En se mettant à concevoir in vitro, l'âme perd sa virginité.
action,âme,auteur,conscience,mot

bien
Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton.
contrainte,élan,erreur,force,grâce,mal,mot,mouton,nature,robot,…

bien
Mauvais cynisme : te moquer du Bien, en mots et en actes ; bon cynisme : ne pas exhiber le Bien sur tes pages, que ton esprit compose, - le laisser dans ton cœur, où, divinement, il repose.
action,cœur,création,dieu,esprit,mot

bien
En Europe, on a beau abhorrer le métier de bourreau, l'horreur d'être victime ne se propage pas moins dans les actes. Pour endiguer cette peste, les actes devraient être tenus en quarantaine avant de se mettre au contact des mots.
action,cité,europe,hommes,mot

bien
Savoir, pouvoir, vouloir, devoir le bien sont des attitudes intenables, puisque aucune traduction du Bien en connaissances, en puissance, en volonté, en loi n'est possible. Et valoir le Bien signifierait en faire un autel, sur lequel tu déposerais tes nobles inactions. Le Bien est peut-être notre seule fibre surnaturelle, vouée à la musique et récalcitrante au bruit des actes, des mots, des pensées.
action,idée,mot,musique,nature,noblesse,savoir,valoir

bien
La raison cherche à embrasser les choses les plus vastes, et la pitié naît de la solitude de ce que seule une main, et même pas un regard, saurait caresser : « La pitié est dans ce qui est petit » - V.Rozanov - « Жалость - в маленьком ».
caresse,grandeur,mot,pitié,raison,regard,solitude

bien
Un autre mot-gigogne, qui empêche le Français d'avoir des rapports plus abstraits avec la morale - le mal ; en français, ce mot désigne aussi une douleur, le sens que n'ont ni evil ni Übel ni зло.
allemagne,angleterre,france,mal,mot,russie,souffrance

bien
Je reconnais facilement une grandeur des mots ; celle des idées est beaucoup plus incertaine ; quant aux actes, la violence, le hasard et la pesanteur y sont pris pour la grandeur. « La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes » - Montesquieu - la grandeur est indissociable du Bien : là où le Bien est absent, la grandeur l'est davantage.
action,grâce,grandeur,hommes,idée,jeu,mot

bien
Toutes ces misérables quêtes de l'absolu s'avèrent être, paradoxalement (car s'opposant au culte du mot), du pur verbiage, débouchant sur de plates formules, de plats consensus, de plats ésotérismes. En revanche, la quête de la forme, se moquant de démarches métaphysiques, aboutit si souvent à de beaux reflets d'un absolu esthétique et même éthique, au saint langage et à la sainte consolation, qui sont l'essence même d'une philosophie noble.
beauté,consolation,esprit,hauteur,langue,mot,noblesse,philosophie,style

bien
L'anachronisme linguistique, coloristique et éthique : la compassion sanguine tournant, imperceptiblement, vers l'incolore sympathie.
mot,pitié,platitude,sentiment

bien
Au sujet du Bien et du mal, qui le rasaient passablement, un philosophe professionnel français n'eut d'autre exemple à formuler que : j'ai bien mangé et j'ai mal à la tête. Comment bâtir, en français, une éthique ?
école,france,mal,mot,philosophie

bien
L'écriture, c'est une tentative de reproduire, synchroniquement, l'évolution du sens du logos grec : compter ses éléments pour constituer l'arbre de la vie, conter des miracles pour entretenir le rêve, chanter le bon pour dire le beau.
arbre,art,beauté,grèce,mot,rêve,temps,vie

bien
Ethos et aisthesis, l'habitude et la sensation, de bien ternes ancêtres de nos éthiques et esthétiques. Seul mystes, celui qui nous initie, garde son sens originel dans le mystère.
beauté,grèce,mot,mystère

bien
Le Bien ne se traduit ni en actes, ni en pensées, ni en promesses ; on ne peut qu'en brûler ou vibrer, en se taisant, en s'immobilisant. L'esprit a son harmonie et l'âme a ses rythmes, traduisibles en mots, mais la musique du cœur ne peut être que de la musique.
action,âme,cœur,esprit,idée,immobilité,mot,musique

bien
Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le Bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire, que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde.
absurde,action,arbre,axe,conscience,mal,mot,valoir,vie

bien
Ce que j'ai de meilleur dans mon cœur ne peut être ni exhibé, ni traduit en mots ou gestes. C'est un trésor, dont la seule demeure est le cœur même. Ni le Bien ni le soi inconnu n'ont de langage à eux ; ils sont inspirateurs, et non pas prototypes de tout ce qui est pris pour empreinte, symbole ou icône.
action,authenticité,cœur,inconnu,langue,mot,soi

bien
Le terme de devoir est trop galvaudé, pour s’appliquer en tout au Bien ; pourtant il serait le seul à s’opposer assez nettement à la poursuite de ses intérêts calculables. C’est ce que fait Kant : « Devoir ! ô toi, nom grand et sublime ! Pas de place, en toi, à l’arbitraire flatteur ! Où gît ta pure source ? Où trouver les racines de ta noble ascendance ? » - « Pflicht ! du erhabener großer Name, der du nichts Beliebiges, was Einschmeichelung bei sich führt, in dir fassest, welcher ist dein würdiger Ursprung ? Wo findet man die Wurzeln deiner edlen Abkunft ? », sans oser employer le mot Paternel de Bien.
audace,commencement,dieu,grandeur,mot,négation,noblesse

bien
Le Beau est à l’extérieur de moi, et le Bien – à l’intérieur. Le Mal est dans mes actes et non pas dans mes mots ou idées. Le seul moyen de m’en défaire est de renoncer à agir, devenir une larve, d’où la fatalité de la honte que je porterai quoi qu’il arrive. Et Tolstoï est bien bête : « Le Mal est en nous, on peut l’en extirper » - « Зло только внутри нас, откуда его можно вынуть ».
action,auteur,beauté,honte,idée,mal,mot

bien
La seule étincelle divine, vouée à rester chaleur des sentiments, sans se transformer ni en lumière des actes ni en ombres de la création, c’est le Bien. Et puisque la philosophie est l’art de répartition des ombres et des lumières, la fonder sur l’éthique, sur l’Autre, est une naïveté, du même ordre que la bêtise de ceux qui la réduisent au Vrai, aux connaissances. La philosophie devrait ne partir que du Beau, dont il faut remplir tous les axes vitaux, allant, par exemple, de la comédie de l’essence à la tragédie de l’existence, ou bien des ombres du mot à la lumière de l’idée.
action,axe,beauté,création,dieu,être,idée,intelligence,mot,ombre,…

bien
Dans ce monde, la somme des maux n'est plus constante, puisque de plus en plus d'actions se déclenchent par la volonté des machines, que celles-ci soient électroniques ou câblées dans les cerveaux humains. La répartition des maux changea, elle aussi : le mal ne coule plus des mains et des langues, il déborde vers les têtes et les âmes.
âme,balance,langue,mal,mot,raison,robot

bien
Le Bien n’est ni une lumière ni un but atteignable ni un mode d’emploi ; Il est un appel divin auquel il nous est impossible de répondre par un geste, un mot, une pensée. Mais la pensée qui n’entend pas cet appel ne peut être que robotique. « La pensée sans morale est un avorton, la morale sans pensée – un fanatisme »** - Klioutchevsky - « Мысль без морали — недомыслие, мораль без мысли — фанатизм ».
action,dieu,idée,mot,robot

bien
Aucun génie, prônant le Bien, dans le mot, la note ou le marbre, ne mena une vie angélique ; à coup sûr, la bête le visitait, mais, encore plus certainement, la médiocrité quotidienne. Le seul lieu, où la noblesse soit chez elle, c’est l’art.
ange,art,mot,musique,noblesse,platitude,vie

tolstoï l.
Надо не столько стараться делать добро, сколько стараться быть добрым ; не столько стараться светить, сколько быть чистым.

Ne cherche pas à faire du bien - sois bon. Ne pas éclairer, mais être lumineux.
bien
« Affairé à faire du bien, tu n'as plus le temps d'être bon »* - Tagore. Je sais que je suis bon et lumineux. Mais comment en convaincre l'observateur incrédule, qui est moi-même, le jour des yeux éteints ? « Deviens ce que tu cherches ! » - Angélus - « Werde was du suchst ! » - mais je suis ce que j'ai trouvé, et Pythagore, avec « Deviens ce que tu es », est plus percutant. La lumière de l'ascète ne chauffe pas, car elle ignore les facettes. La lumière de l'esthète se rit des facettes. La lumière du poète est tournée vers l'intérieur, et ses ombres – vers l'extérieur ; pour produire de l'éclat chez autrui, il faut être éclatant – en soi.
action,être,mot,ombre,poésie,regard,soi

tolstoï l.
Чем выше эстетическое наслаждение, тем более неудовлетворёнными оно нас оставляет.

Plus la jouissance esthétique est élevée, plus elle nous laisse insatisfaits.
bien
La jouissance éthique, au contraire, est trop prompte à nous contenter, ce qui la rend suspecte. La satisfaction nous fait perdre de la hauteur et nous ramène sur terre. Le mot sait biaiser avec le sol, le geste s'y ancre.
beauté,bonheur,éléments,hauteur,mot
 

chœur cité
MOT : Le forum s'incline devant la lettre pinailleuse et se gausse de l'esprit nonchalant. Le mot du degré zéro, cet écho de l'esprit infini, lui est sans poids ; il n'aime que le lourd enchaînement juridique protégeant le possédant de la furie fondatrice des dépossédés. Les titres de propriété, rédigés en mots sans âme, pris pour titres de noblesse, l'âme sans mots.
âme,argent,balance,commencement,esprit,humanisme,inconnu,justice,maîtrise,misère,…

cité
On prêche la générosité et la noblesse - on se retrouve dans une tyrannie, une grisaille, un règne des sots pérorants. On se fie à l'inclémence et à la bassesse - on débouche sur la liberté, la monotonie, le règne des sots agissants.
action,bassesse,liberté,mot,noblesse

cité
La démocratie ne se justifie que chez les barbares, chez qui la seule alternative est la tyrannie. L'appel à l'aristocratie comme mode de cohabitation n'est envisageable que chez des nations évoluées. Mais l'évolution, au rebours de la révolution, c'est, avant tout, la réduction des dictionnaires ; le vocabulaire aristocratique est toujours neuf et toujours intemporel.
hommes,mot,noblesse,révolte,temps

cité
Tous les tyrans promettent le règne de l'esprit, de l'idée, du mot. L'homme libre se contente de vénérer la lettre.
amour,esprit,idée,liberté,mot

cité
L'histoire n'illustre aucun sens caché ni n'enseigne aucune leçon : « Les phénomènes historiques sont d'autant plus cohérents qu'ils sont moins spirituels » - Klioutchevsky - « Закономерность исторических явлений обратно пропорциональна их духовности ». Mais, tout comme la Bible, l'histoire fournit un vocabulaire. Chacun est libre d'écrire, par dessus les chiffres et les noms, en palimpseste, sa propre légende, représentative ou interprétative.
absurde,esprit,histoire,interprétation,mot,représentation

cité
N'avoir trempé dans aucune des saloperies majeures du siècle dernier est, le plus souvent, signe de médiocrité pour quelqu'un, qui fut mêlé à l'action, malgré son goût pour le mot. Et pourtant, l'Europe bien pensante est toujours à la recherche de ces purs insipides, à ériger sur le socle, déserté par des anciens enthousiastes.
action,enthousiasme,europe,intensité,mot,platitude

cité
Ce n'est pas à cause d'un prétendu gouffre grandissant entre la vie réelle et les intellectuels, que ceux-ci disparaîtront de la scène. C'est, au contraire, à cause de leur fusion journalistique avec la vie réduite aux statistiques. Ce gouffre béni aura existé pendant 250 ans, mais des pelletées des Balzac, Dickens, Hugo, Tolstoï, Sartre l'ont comblé malgré quelques sapes des Flaubert, Nietzsche, Valéry. Jadis, on confondrait l'intellectuel avec le vagabond (c'est à dire extra-vagant – celui qui vagabonde hors la vie) ; aujourd'hui, il est indiscernable d'avec le garagiste.
balance,esprit,jeu,mot,platitude,vie

cité
Zeus poursuit de sa hargne l'artiste Prométhée, père de l'écriture et du nombre, et donne sa faveur à Hermès, inventeur du lucre, c'est ainsi que naquit la démocratie de droit divin.
argent,art,dieu,grèce,haine,justice,mot

cité
Démarche antique : dépeindre la Cité idéale et fouiller des écueils humains, sociaux, matériels, qui la rendent utopique ou lointaine. Aujourd'hui, le politicien fait de ses actes ce que je fais de mon écriture : une maîtrise loquace des contraintes et un embarras muet devant les buts. Mais ce qui rend vivables les ruines désertes, transforme le chantier en étable.
action,antiquité,auteur,contrainte,filtre,idée,maîtrise,modernité,mot,mouton,…

cité
Comment puis-je m'entendre avec les démocrates, ces robots de l'horizontalité ou moutons de la verticalité, si je suis tantôt maître (du verbe que je conjugue) tantôt esclave (de l'émotion qui me subjugue) ?
auteur,hauteur,liberté,maîtrise,mot,mouton,platitude,robot,sentiment

cité
Le révolutionnaire est un poète, il lui faut des noms - du vent, du sang, du gang. Le conservateur est un homme d'action, il lui faut des verbes ; il ment, il tend, il vend - il ment au cœur, il tend vers la raison, il vend l'âme.
action,âme,argent,cœur,mensonge,mot,poésie,raison,rêve,révolte,…

cité
Il n'y a que deux types de liberté non-mécanique : la liberté spirituelle et la liberté politique ; la première est le don de création à partir du point zéro des idées ou des mots ; la seconde est l'intelligence d'accorder à une communauté la stature d'une personne et d'agir en son nom.
action,création,esprit,idée,liberté,mot

cité
Le sot remuant, pris en pleine violation du code de la route sociale, alléguera la liberté de s'égarer ; mais le sens de la circulation, de nos jours, est si clair, que le seul moyen de s'égarer est de rester immobile. Que ne se permettent que les esclaves du mot libre. Le mot servile s’indigne, le mot libre se résigne.
acquiescement,chemin,erreur,immobilité,liberté,mot

cité
La spéculation, en tant qu'ennemi de la volonté ou de la production, triompha et de la politique et de l'économie ; c'est pourquoi toute économie politique n'est désormais qu'artisanat de la spéculation.
argent,mot

cité
Dans les jeux de mots de Heidegger, il y a autant d'intelligence et de rigueur qu'il s'agisse de l'essence de l'Être ou de l'allégeance au maître (Adorno remarque là-dessus, que « l'Être est le Führer ») - comme Platon à Denys le tyran, Boèce au grand Théodoric, Kant à son Dieu des Évangiles, Hegel au roi de Prusse, Sartre à Staline. Tous reconnaîtront l'indigence du second discours, mais le premier continue à séduire le public. En tout sujet, sur lequel il se prononce, le philosophe déploie le même don et prouve la même hauteur. Et Heidegger, en oubliant cette dimension, triche, en justifiant le Führerprinzip (que les nazis copièrent sur les bolcheviks – principe de guide - вождизм) par une détermination plus profonde et par le devoir plus large (la volonté de grandeur débouchant sur le pas cadencé ! - der Wille zur Größe - das Schrittgesetz). Il y rate une occasion de se taire et se comporte en Socrate ou Pyrrhon, qui se seraient mis à écrire.
axe,être,hauteur,intelligence,mot,philosophie,platitude,silence

cité
Il fallut vivre les affreuses ténèbres du XX-ème siècle, pourtant nées des Lumières du XVIII-ème, pour assister à la fin d'une époque, qui dura deux siècles et demis, de Voltaire à Sartre, de Radichtchev à Soljénitsyne, de Goethe à H.Böll, ces hommes, qui portaient en eux toute la douloureuse conscience de l'humanité, et dont la parole portait quelque chose de surhumain. Aujourd'hui, il ne nous restent que des écologistes, des tiers-mondistes, des ardents défenseurs de la croissance ou des farouches adversaires de la discipline budgétaire.
argent,conscience,hommes,modernité,mot,ombre

cité
Un faisceau d'acceptions impossible autour de liberté : une liberté politique, une liberté en tant que le contraire d'un déterminisme, une liberté dimension d'un espace des choix, une liberté comme affirmation d'une indépendance d'esprit. L'un de ces mots voués à la profanation définitive ; comme amour, vérité, bonheur.
absurde,amour,axe,bonheur,liberté,mot,nihilisme,vérité

cité
Le monde, dont le bavardage ne laisse aucune place au silence, est un monde muet.
hommes,mot,silence

cité
Tout homme est union d'un homme de la cité et d'un homme de la solitude, d'un homme de l'extérieur et d'un homme de l'intérieur, d'un citoyen et d'un … idiot, tel fut le mot pour désigner un homme déclassé, agoraphobe, comme l'éponyme dostoïevskien.
mot,mouton,solitude

cité
Ce qu'on appelle parti aurait dû s'appeler club : club voulant dire gourdin, tourné contre les adversaires, et parti étant le résultat d'une partition, pour s'isoler des autres. Club Populaire ou Parti des amateurs de cognac.
ironie,mot,mouton

cité
Dans les démocraties, gouverne l’idée ; dans les tyrannies se démène le verbe. « Au commencement était le verbe et non le bavardage, et à la fin, ce ne sera pas la propagande, mais de nouveau le verbe » - G.Benn - « Am Anfang war das Wort und nicht das Geschwätz, und am Ende wird nicht die Propaganda sein, sondern wieder das Wort ». La diffusion évinça en effet la propagation, et le verbe énumératif fit taire tout nom, qui chante au lieu de narrer. Souhaitons qu'au prochain commencement, ce soit le déluge.
commencement,danse,discursif,idée,mot

tolstoï l.
Тщеславие, даже между людьми, готовыми к смерти из-за высокого убеждения, есть особенная болезнь нашего времени.

La vanité, même parmi ceux qui s'immoleraient pour une haute cause, la vanité est une maladie propre à notre siècle.
cité
Sous cet angle, qu'il est enviable, ton siècle, prêt à consacrer aux fantômes une part de ses rythmes ! Que dirais-tu du nôtre, où tout geste, tout mot sont calculés par de transparents algorithmes ? « Deux tiers de tout ce qui se calcule, dans ce monde, se font sans intervention de la pensée »** - Lichtenberg - « Von allem, was ausgerechnet wird in der Welt, geschehen zwei Drittel gedankenlos ».
action,gloire,idée,modernité,mot,musique,platitude,raison,rêve,robot

chestov l.
Тот, кто хочет помочь людям, не может не лгать.

Qui veut aider les hommes, ne peut pas ne pas mentir.
cité
Le mot et l'acte : par eux, on aide l'homme ; par un pont entre eux, on aide les hommes. Ce pont ne peut être que mensonge, puisque ces deux royaumes ne se comportent mutuellement qu'en envahisseurs. Avec les hommes, on consolide les vérités et évente les mensonges ; sans eux, on invente les mensonges, qui deviendront futures vérités.
action,bien,hommes,mot,mensonge,vérité

debray r.
Les révolutionnaires vivent et meurent de métaphores.
cité
Les métaphores crues (fraîches) ne sont encore que des mots, les métaphores crues (adoptées) sont déjà, hélas, des idées. La métaphore est bien le seul plat de résistance d'un rebelle. La crudité vivifiante du mot est une métaphore décrue, la croyance mortifère de l'idée - une métaphore accrue.
idée,métaphore,mot,platitude,révolte
 

chœur doute
NOBLESSE : Garder pour soi ses zones d'ombres, faire don de ses lumières - est-ce ainsi que doit frayer avec les autres un aristocrate ? Non, seule l'ombre peut être aristocratique, elle sait palpiter. La lumière est trop droite, elle naît de la combustion de matières vulgaires. Renoncer à communiquer, tenter de toucher, se résigner à l'amplitude captieuse du mot.
acquiescement,bassesse,caresse,matière,mot,ombre

chœur doute
MOT : Ce qui est le moins évident, dans mes opérations de démontage des clartés, c'est que l'outil utilisé est le plus souvent le mot, et non pas le syllogisme. Le classique croit entendre la voix des dieux et toucher aux vérités éternelles ; le romantique s'enivre du silence des cieux et s'entoure des ombres charnelles. Recherche du mot juste ou du mot-geste.
action,auteur,éternité,ombre,raison,romantisme,silence,vérité

doute
Chose suspecte est la clarté qui dure, l'impuissance de trouver des mots de plus haute volée que ceux qui, plus tôt, nous avaient soulevés ou bercés. D'où l'intérêt des noms à variables, à multiples substitutions possibles.
arbre,mot,temps

doute
Dans presque tout ce qui compte dans la vie, on bute sur l'impossibilité de dichotomies nettes. Le juste flou des frontières - tel est l'état d'esprit fin et honnête, dans lequel Kant pratiquait sa critique : l'étude des crises, des cas frontaliers, extrêmes, où naissent des métaphores et langages conceptuels.
frontière,idée,inconnu,métaphore,mot,représentation,vie

doute
Chaque fois que vous trouvez mon mot trop clair, je suis sûr, que vous ne me comprenez pas. « Ce qui devient clair cesse d'être de moi »*** - Nietzsche - « Eine Sache, die sich aufklärt, hört auf, uns etwas anzugehn ».
auteur,interprétation,mot,soi

doute
On me dit : ne parle que de ce que tu sais. Mais je ne sais que ce dont je parle (ce que je viens de dire, non ce que je vais dire). C'est par ma manière d'aborder l'inconnu qu'on me reconnaît : « Pour cacher aux autres les limites de ton savoir, rien de plus sûr que de ne pas les franchir » - Leopardi - « Il più certo modo di celare agli altri i confini del proprio sapere, è di non trapassarli ».
auteur,frontière,inconnu,mot,savoir

doute
Dans l'écriture, la fausse clarté est plus bête que la vraie obscurité. Il ne faut pas rendre la chose plus nette que ne la voit mon regard. La bonne écriture part d'une soif ; et la clarté est la voix du repu : ce qui est bien digéré s'exprimerait en termes clairs. L'honnêteté et la netteté ne sont que de pâles lumières, ne valant pas grand-chose sans un beau jeu de mes ombres dans un Ouvert ; si j'échoue à les incorporer à ma pensée, celle-ci ne sera que claire, c'est à dire fermée.
art,ennui,idée,inconnu,mot,ombre,ouvert,raison,soif,voix

doute
Ignorer ce que nous savons est une bonne astuce de créateur d'idiomes, qui finit par n'apprécier que le savoir de ce que nous ignorons.
création,mot,savoir

doute
On cherche le mieux ce qu'on est certain d'avoir déjà en puissance, on cherche la forme d'un contenu plus consistant que le mot, plus rigoureux que la réalité. Chercher ce qu'on n'a pas est pratiquer le coup de dés. La science et l'art opposés au hasard.
art,jeu,maîtrise,mot,réalité,science

doute
Avec des requêtes, on est en proie au problème ; on ne peut y être qu'intelligent. Avec la réponse, on se détend dans la solution ; on peut y être heureux. Mais avec une requête totale, où aucun mot ni image ne sont encore nés, on ne peut être qu'un sage malheureux ou un sot angoissé, c'est à dire - être passionné, être dans le mystère.
amour,angoisse,esprit,intelligence,mot,mystère,question

doute
Quand on a chassé les choses, de son champ de vision, on arrive à cette délicieuse identité entre lumière et ombres, mot et pensée, temps et espace.
idée,mot,ombre,réalité,temps

doute
Les mots, qui ne portent que la lumière du monde, finissent dans la grisaille des archives, où se résument nos solutions. Les mots, dans lesquels se reflètent les ombres d'un poète, s'éclatent en tant d'arcs-en-ciel, portant nos mystères. « La Sibylle clame les mots sans lumière » - Héraclite.
mot,mystère,ombre,poésie

doute
Mon visage ne se donne ni au discours ni aux couleurs ni à la musique. La première sensation est celle d'un voile, que je cherche à rendre le plus fidèle possible. Du maximum de la fidélité seconde naît le seul décalque crédible - le masque. « C'est lorsqu'il parle en son nom propre que l'homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque, et il se dévoilera »** - Wilde - « Man is least himself when he talks in his own person. Give him a mask, and he will tell you the truth ».
auteur,jeu,mot,musique,sacrifice,soi,style,voix

doute
La musique ne peut sauver un discours que s'il est impénétrable. Les obscurités pénétrables (Mallarmé et Valéry) dépendent beaucoup moins de la musique ; une fois l'œuvre pénétrée, ou bien on s'aperçoit, que le tambourinage est son interprétation la plus juste (Mallarmé), ou bien qu'une orchestration, plus subtile qu'à première ouïe, s'impose à notre esprit (Valéry).
consolation,esprit,goût,inconnu,interprétation,mot,musique,ouïe,simplicité

doute
Mon écrit, pour rendre mon regard, passe, hélas, par le double filtre de la raison et de la langue ; et le résultat, ce n'est pas mon visage, mais son pâle reflet, à contrecœur. On vit dans l'éthique, on conçoit dans le mystique, on évalue dans l'esthétique et l'on écrit dans le pragmatique.
filtre,mot,mystère,raison,regard,représentation,vie,voix

doute
Le soi est si loin de ce qui se montre, se dit ou se fait, que ce soit par les autres ou par moi-même, que le désir d'être soi-même - le fondement de la bonne conscience - est une aberration des sots. À moins qu'être soit ce qui subsiste, quand je ferme mes yeux, pour créer un écran, et ma bouche, pour laisser parler ma plume, et quand je laisse tomber mes bras, pour jouir des images insaisissables.
action,angoisse,auteur,conscience,élan,être,inconnu,intelligence,mot,proximité,…

doute
Mon soi n'est bon qu'en tant qu'outil ; le dissimuler ou chercher son authenticité sont deux bêtises d'égale banalité. Parler de soi, ce n'est pas trahir mon soi : « Parler beaucoup de soi est un moyen de se dissimuler » - Nietzsche - « Viel von sich reden ist auch ein Mittel sich zu verbergen » - c'est se tromper de matière ; le soi en tant que matière n'est pas plus révélateur que n'importe quelle chose ; le soi en tant qu'outil, c'est le mot, éclipsant la chose.
authenticité,mot,soi

doute
Le visage est toujours problématique ; la parole sans grâce le réduit au grade de solution lisible, la parole inspirée en fait un mystère visible. La lumière de la parole est dans le soi inconnu, l'inspirateur, et les ombres se forment par le soi connu, le créateur. Le bonheur - dédier mon mot à un visage, qui en devient vivant, tout en restant incompréhensible : « Écrire, c'est affronter un visage inconnu » - Jabès.
bonheur,grâce,inconnu,mot,mystère,ombre,soi,voix

doute
En dehors de la gastronomie, que sais-je de l'authenticité de l'escargot ? Avec les mots je ne peux construire que la coquille, que l'autre n'appréciera qu'en géomètre, en chef de cuisine ou en oiseau de proie. Mon école de peinture s'appellera exil ou ruine ; et j'y dessinerai, indifféremment, tantôt une coquille, tantôt une carapace et tantôt une muraille.
art,auteur,authenticité,école,exil,mot,ruines

doute
Que trouve-t-on dans son âme ? - une musique silencieuse, une peinture des yeux fermés, une raison d'avant le Verbe, des attirances sans objets, et la tâche humaine d'introspection est tout de traduction ; je n'y vois aucune place pour la dissimulation, le refoulement, l'aliénation - toutes les philosophies du soupçon (et même l'école nietzschéenne de suspicion - die Schule des Verdachts - lorsqu'elle s'écarte du mépris - der Verachtung) ne s'adressent pas à l'homme, mais au robot, qui s'imagine, que ses copies sont plus authentiques que ses dissimulations.
âme,authenticité,haine,interprétation,mot,musique,philosophie,raison,robot,silence,…

doute
La netteté des images modernes est due à l'absence de frissons qui, jadis, formaient un tremblement ou une aura autour des mots, des idées et des gestes.
action,idée,mot,sentiment,style

doute
Le soi, dont on parle, représente, en nous, deux antagonistes : le soi inconnu, qui frissonne et appelle, et le soi connu, qui crée et maîtrise. Quand nous comprenons, que nos vraies défaites ne sont pas dues à l'adversité extérieure, mais à l'incommensurabilité entre nos deux soi, le muet et le bavard, tous les deux à l'intérieur de nous-mêmes, nous touchons au sentiment tragique.
défaite,esprit,hauteur,inconnu,mot,sentiment,soi,tragédie

doute
C'est le lieu et la nature de ce qui est rigoureux et de ce qui est flou, dans les concepts et dans le discours, qui prédétermine la stature d'un philosophe  : le flou poétique des concepts et le flou poétique du discours (les pré-socratiques, Nietzsche), la rigueur prosaïque des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Aristote, Kant), le flou poétique des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Hegel, Schopenhauer), la rigueur poétique des concepts et le flou poétique du discours (Valéry). C'est la dernière combinaison qui est la plus heureuse.
idée,mot,philosophie,poésie,représentation

doute
Il faut avoir parcouru les douzaines de ces pitoyables définitions de philosophie transcendantale, de philosophie de l'Histoire ou de monde comme volonté, chez Kant, Hegel et Schopenhauer, pour se débarrasser sur le champ de toute terreur devant les rats de bibliothèques. Aucun essor de la cervelle ne sauve la lourdeur du mot.
consolation,école,élan,histoire,mot,philosophie

doute
Le seul moyen, pour évoquer le réel, est de faire appel aux modèles, c'est à dire aux métaphores, c'est à dire à la musique. Certains accords, à coups de répétitions, deviennent si familiers, qu'on prétend dire le réel, comme si nos mélodies en étaient des copies. Mais le réel est plein de choses indicibles qu'on ne peut que chanter, mais pour cela il faut les taire (Wittgenstein) ! « Là où faillit le mot, viendra un langage plus éloquent - la musique » - Tchaïkovsky - « Там где слова бессильны, является более красноречивый язык - музыка ».
inconnu,métaphore,mot,musique,réalité,représentation

doute
Ils écrivent, pour voir plus clair ; moi - pour me débarrasser d'une mécanique et horripilante clarté, glissée, par inadvertance, au milieu de mes incertitudes vitales.
auteur,mot,ombre,vie

doute
C'est le refus ou le mépris - justifié ! - du mode monologique et l'incapacité - injustifiable ! - de bâtir un discours dialogique, qui expliquent la résurgence de l'approche par l'absurde. L'union d'une intelligence, d'une ironie et d'une noblesse est nécessaire, pour créer un jeu d'ombres croisées, d'intensité comparable, au lieu de n'émettre qu'une pâle lumière partiale ou de tout éteindre, dans l'indifférence.
absurde,esprit,haine,intelligence,ironie,mot,noblesse,ombre,révolte

doute
Deux sortes de clarté de discours, appréciée des sots : une clarté interne, une platitude du style, les mots étant manipulés comme des choses, ou bien une clarté externe, la platitude d'une reproduction, des références courantes et trop attachées aux choses. La seule clarté artistique souhaitable est celle d'une musique, convaincante et conquérante, reconstituant un état d'âme et détachée des choses.
art,intelligence,mot,musique,platitude,style

doute
Signes de grandeur d'une écriture : la cohabitation du mépris et de la compassion, de la force et de la faiblesse, de l'espérance et du désespoir, de la fraternité et de la solitude, de la fierté et de l'humilité. Les deux poses antagonistes s'adressent aux objets différents, aux moments différents de l'âme, en langages différents - c'est le contraire du relativisme, qui les met sur le même plan, au même moment ou avec la même indifférence.
acquiescement,âme,espérance,force,fraternité,grandeur,mot,négation,pitié,solitude,…

doute
Fidélité à l'idée déjà nette, tel est le premier besoin d'un esprit philosophique, à la recherche du mot ; celui-ci sera ascétique, neutre, aptère, si telle est l'idée. L'âme poétique a besoin d'autel et non pas d'ex-voto ; des mots immolés, chantants ou psalmodiants, surgit la musique, et dans la haute musique viennent, miraculeusement, s'incarner de profondes idées. Seule la netteté finale peut être grande ; tout début net est nul.
âme,commencement,danse,esprit,grandeur,hauteur,idée,mot,musique,mystère,…

doute
Le soi inconnu, celui qui veut, et le soi connu, celui qui peut, heureusement s'ignorent ; le premier insuffle le langage de rêves, le second le traduit en langage d'images et de mots ; l'âme, qui porte le regard, et l'esprit, qui peint les choses vues. « Cette étrangeté de soi à soi, qui est l'aiguillon de l'âme » - Levinas.
âme,esprit,inconnu,langue,mot,regard,rêve,soi,valoir

doute
L'origine du nihilisme, de la poésie et de la philosophie : ce qui est le plus urgent à faire n'est pas faisable ; ce qui est le plus brûlant à dire est indicible ; ce qui est le plus profond se déracine si facilement. Un seul refuge, devant ces défaites, - la noblesse d'une hauteur hors toutes coordonnées morales, verbales ou mentales.
action,défaite,exil,hauteur,mot,nihilisme,noblesse,philosophie,poésie

doute
Tenir en piètre estime le développement, m'occuper davantage du comment des mots que du pourquoi des idées, m'amuser aux jeux du langage, qui me font épouser des antinomies verbales sans répudier l'unité de mon souffle, - tel est le secret de la plus belle écriture, mais il suppose une maîtrise, une intelligence et un soi puissant, conscient et inconscient à la fois. Sur les axes, qui méritent mon regard, ce qui compte, c'est l'intensité de leurs extrémités et non pas mon choix d'un point privilégié, ma pose musicale et non pas ma position doctrinale.
art,axe,discursif,idée,intelligence,intensité,jeu,langue,maîtrise,mot,…

doute
C'est l'anonymat de mes clartés ou obscurités qui les rend dignes de mes recherches. Les noms définitifs ne fixent souvent que des clartés pétrifiées ou des obscurités sans essor. On reconnaît une intelligence par sa faculté de manipuler de l'innommé, se décomposant d'après le caprice des concepts et des contraintes. Sortir une chose de l'ordinaire est plus difficile que de la tirer de l'inconnu.
contrainte,élan,esprit,idée,intelligence,langue,mot,platitude,représentation,voix

doute
Celui-là tâtonne, s'égare, se perd, mais de ses paroles monte une musique, qui fascine jusqu'à mon esprit ; celui-ci exhibe des choses indubitables, appelle des procédés irréfutables, expose une probité à toute épreuve, et je l'accueille dans un silence d'âme, sans que sa moindre fibre ne se mette en mouvement. Toutefois, ceux qui savent le mieux, se perdent le mieux.
âme,ennui,esprit,mot,musique,savoir,silence

doute
L'esprit qui perçoit, et l'esprit qui conçoit, sont libres et indépendants, ce qui est à l'origine de tant de contradictions humaines internes. Ces contradictions vivantes vont de pair avec le vivant mystère. Non seulement les plus vivants des discours de l'homme sont irrationnels (et la contradiction ne peut surgir que du rationnel), mais le mystère même de l'homme est en amont de tout langage. Tout ce qui est vie est mystère. Et plus que la contradiction, c'est la stupéfiante harmonie entre l'esprit de l'homme et la nature du monde, qui est le plus grand mystère. Depuis que l'homme se muta en robot, il n'est qu'une morte cohérence et, à ce titre, - une solution morte.
mot,mystère,nature,négation,nihilisme,robot,vie

doute
Ce qui se passe dans mon âme est irréductible aux idées et mots ; aucune précision verbale ou conceptuelle ne m'en approche. « La franchise et la netteté, c'est ce qu'il vous faut, pour cacher vos propres pensées ou d'embrouiller celles des autres » - Disraeli - « Frank and explicit - that is the right line to take when you wish to conceal your own mind and confuse the minds of others » - la seule franchise avec soi-même, et encore, ne serait que musicale, donc au-delà des mots et pensées. Vos pensées, ce sont donc vos incertitudes, et vous cherchez à réduire au même état les pensées des autres - bon moyen, pour continuer à ne pas se connaître et, surtout, ne pas connaître les autres. Plus le mot est net, plus la pensée, en soi, perd de la sur-éminence, du relief, et finit par s'aplatir.
authenticité,idée,mot,platitude,simplicité,soi,utilité

doute
La raison devrait n'être qu'un cadre net de mon portrait flottant, tissé d'approximations et d'incertitudes. La raison est dans les mots et les représentations, et mon portrait est de frissons, de couleurs et de mélodies. Si, en me peignant, je suis d'accord avec la raison, c'est mon robot intérieur qui s'exprime. Si, dans mes traits de pinceau, j'ai peur de me tromper, c'est mon mouton extérieur qui me paralyse.
angoisse,auteur,erreur,mot,mouton,raison,représentation,robot,soi

doute
Dans les écrits des sots, ce qui saute aux yeux, c'est leur obsession par les mots, portant sur le savoir, la rigueur, la profondeur ; de cette manie des mots guindés naît l'illusion d'un discours bien réfléchi. On vise ces pédants, quand on dit, que « l'habitude d'un raisonnement logique tue l'imagination » - Chestov - « привычка к логическому мышлению убивает фантазию ». L'imagination, c'est un regard tourné vers la hauteur.
esprit,hauteur,intelligence,mot,regard,savoir,science

doute
Le mot et le regard sont d'autant plus grands, que même des muets et des aveugles pourraient les maîtriser : « L'aveugle garde le regard comme le muet la parole - l'un et l'autre dépositaires de l'invisible, de l'indicible - gardiens infirmes du rien »* - Jabès. La part de l'œil, de la bouche ou de l'oreille - dans le regard, le mot ou le son - est presque insignifiante à côté de ce qu'apportent l'âme, le visage ou la cervelle. L'infirmité de la conscience - manquer de doigt vengeur, se sentir près d'un banc des accusés.
âme,conscience,inconnu,mot,musique,ouïe,raison,regard,voix

doute
Le moi connu n'est que l'épiderme presque mort que caressent mes mots, mais seul le moi inconnu en est le vrai bénéficiaire vivant, c'est à dire excitant et excité. Mais ces mots ni ne l'expliquent ni ne l'éclairent : « Plus je m'explique, moins je me comprends ; tout n'est pas inexprimable en mots, uniquement la vérité vivante »** - Ionesco.
caresse,inconnu,mot,soi,vérité

doute
Tous aimeraient donner à leur regard un sens ascensionnel, mais c'est l'inertie gravitationnelle qui le replonge dans la platitude. Réussir à créer l'état d'apesanteur, c'est réussir à munir mon regard de la seule dimension noble, de la hauteur. « Le regard, au-dessus du monde, est le seul, qui saisit le monde » - Wagner - « Der Blick über die Welt hinaus ist der einzige, der die Welt versteht » - bien qu'il s'agisse de chanter et non pas comprendre le monde. « Quand le regard ne suffit pas, la bouche est de peu de secours » - Grillparzer - « Kann der Blick nicht überzeugen, überred't die Lippe nicht » - fais de ta bouche un regard !
axe,continuité,hauteur,mot,noblesse,platitude,réalité,regard,vie

doute
Le soi inconnu n'est pas quelque chose de plus, par rapport au soi connu, mais il est d'une autre substance, irréductible ni aux choses ni aux mots, n'admettant ni mesures ni sens.
balance,inconnu,mot,soi

doute
Pour comprendre, que je n'ai pas que les yeux pour voir, et que je n'ai pas que les oreilles pour entendre, - il suffit d'une larme, effaçant tous les soucis du monde, ou d'une mélodie, qui en couvre le bruit.
mot,musique,ouïe,regard,souffrance

doute
Là où ne comptent que les cadences, ce n'est pas la peine d'en extraire la musique. « Se méfier du sonore préserve du creux » - R.Debray. Mais au pays du creux pullule surtout celui qui est dépourvu de toute sonorité intérieure. L'architecte du mot s'occupe de l'acoustique, le musicien - du rythme, le creux - du délayage.
discursif,mot,musique

doute
Parler d'identité, ou même d'écarts, entre le soi connu et le soi inconnu – est absurde, puisqu'ils sont incommensurables, l'un est dans les valeurs et l'autre n'est que les vecteurs. Ou, puisque le mot vecteur a deux acceptions : le premier est dans le vecteur qui porte, et le second – dans celui qui indique la direction ; ce serait le yin-yang chinois.
absurde,axe,chine,inconnu,mot,soi

doute
Signe de sottise : l'accord systématique avec soi-même. L'accord chaotique l'est davantage. Il faut que l'accord naisse dans le mot, effleure la chose et meure dans l'idée. Le soi se dilue dans le mot en soi, dans l'idée en soi (Platon) dans la chose en soi (Kant).
idée,mot,ordre,réalité,soi,système

doute
Le monde se présente à nous comme un chaos de sons et de sens ; seule une fine oreille peut y déceler des messages musicaux, permettant à un philosophe d'en esquisser le fond et à un poète – de reconstituer une nouvelle harmonie de sons et de sens. « Celui qui, à travers le brouhaha, entendit une phrase entière et la mit en mots est un génie » - A.Blok - « Гениален тот, кто сквозь ветер расслышал целую фразу, сложил слова ».
esprit,interprétation,mot,nature,ordre,philosophie,poésie,style

doute
Toutes les certitudes sont collectives ; mes contraintes devraient les exclure de ma voix, si je la veux originale ; c'est ainsi que je découvre, que mon fond n'est tapissé ni de mots ni d'idées ni d'images articulés, mais d'un élan indicible vers l'inconnu : « Celui qui vise quelque chose d'infini ignore ce qu'il vise » - F.Schlegel - « Wer etwas Unendliches will, der weiß nicht, was er will ».
auteur,contrainte,idée,inconnu,mot,mouton,voix

doute
Nous sommes face à la même réalité, nous disposons du même vocabulaire, de la même logique, de la même intelligence, mais les uns veulent en rendre le bruit, le plus fidèlement possible, et les autres cherchent à en extraire la musique sous-jacente, pleine d'inconnues. Les uns produisent un tableau figé, où tout est constant et commun, et les autres s'expriment en arbre, qui croît, s'entrelace avec mes propres branches ouvertes, annonce une vie nouvelle, unifiée, imprévisible.
arbre,inconnu,intelligence,mot,musique,ouvert,vie,voix

doute
Que nous scrutions un livre d'histoire, notre savoir ou notre mémoire, exposé en mots, tout fait subit les écarts, dus à notre style, notre imagination, notre ironie ou nos filtres. Donc, opposer les faits aux abstractions n'a pas beaucoup de sens, puisque l'ennemi du fait ne peut être que quelque chose d'insignifiant ou idiot, dans le genre du mensonge, des élucubrations ou de l'ignorance. Et lorsqu'on n'a pas d'adversaire de taille, on n'a pas de valeur propre non plus. Donc, arrêtons de glorifier les faits (et les choses) et préoccupons-nous des images (et des mots).
filtre,intelligence,ironie,lutte,mémoire,mensonge,mot,savoir,style,valoir

doute
On peut émettre quelques conjectures raisonnables sur le mécanisme de mémorisation de syllabes, de mots, de références d'objets ou de relations, mais le mystère de la mémorisation des sons et des mélodies me paraît être entier. Comment se reconstitue une mélodie, à partir du dernier son (le son du présent), tandis que les sons précédents (les sons du passé) ne retentissent plus et sont en mémoire ?
auteur,concept,mémoire,mot,musique,mystère,temps

doute
Je suis piètre danseur, piètre chanteur, piètre rimeur, piètre constructeur ; néanmoins, je me reconnais davantage dans la danse que dans la marche, dans le chant que dans le récit, dans la métaphore que dans le syllogisme, dans le mot hautain que dans l'idée profonde. Et je finis par comprendre, que le point commun de mes attachements s'appelle musique ; elle voile l'esprit, dénude le cœur et exhibe l'âme.
âme,cœur,danse,esprit,hauteur,idée,métaphore,mot,musique,poésie

doute
Ce livre contribue à démolir le dernier universal linguistique, celui qui verrait systématiquement le blanc vainqueur du noir, la lumière - préférée aux ténèbres. Tous les propagateurs de lumières tapageuses se plaignent d'être mal compris (problème de messagerie ! ), tandis que les auteurs ténébreux se félicitent d'avoir seulement provoqué un écho silencieux (mystère des messages ! )
mot,mystère,ombre,silence,souffrance,système,universel

doute
Le savoir a deux stades : la représentation (le libre arbitre d'une synthèse) et le sens (la liberté de donation de sens à l'analyse de la représentation). Platon ne respecte pas la règle ockhamienne : de ses quatre facteurs – le nom, la définition, la représentation, la science – le premier n'est qu'une étiquette, collée à une représentation, et la définition fait partie de la représentation.
intelligence,interprétation,liberté,mot,représentation,savoir,science

doute
Les contraintes : un tamis, dans lequel je fais passer mes idées et mes mots. Jouer sur la largeur des mailles, ramasser des rechutes, constater l'agrandissement de ce qui reste à moi. C'est une bonne contrainte horizontale. Son équivalent vertical serait un regard, qui empêche de m'attarder sur des choses basses.
auteur,contrainte,filtre,hauteur,idée,maîtrise,mot,regard,soi,vie

doute
Le mystère du hasard fait naître le désir ; les problèmes de la volonté et les solutions de l’intelligence s’appuient sur ce désir mystérieux. Si tu veux, que des mots s’en mêlent, sans tomber dans la graphomanie, ce désir de l’écriture, - pratique l’écriture du désir.
art,commencement,intelligence,jeu,mot,mystère,raison,valoir

doute
Le silence est encore plus éloigné de l’indicible que le dit, et les secrets de l’homme ne sont jamais plus glorieux que ce qu’il exhibe. Les faux romantiques sont persuadés du contraire« Le secret et le silence font la grandeur de l’homme » - Kierkegaard. D’autre part, si l’on voit leur contraire non pas dans les mots souverains et ambitieux, mais dans l’action servile et mesquine, cette relative grandeur se justifie peut-être.
action,grandeur,hommes,inconnu,liberté,mot,platitude,silence

doute
Le soi connu, ce sont mon esprit certain et mon cœur incertain ; le soi inconnu, c’est mon âme qui m’attire vers telles certitudes ou tels doutes - « Ce Moi, c’est-à-dire l’Âme, par laquelle je suis ce que je suis »*** - Descartes - où de très belles ambigüités surgissent, avec des substitutions des verbes suivre ou être !
âme,cœur,élan,esprit,inconnu,mot,soi

doute
Ma conscience – la maîtrise de la cohérence de mes gestes, de mes mots, de mes idées – c’est le souci de mon soi connu. Mon soi inconnu relève de l’inconscience, orientant mon regard, animant mes états d’âme, me faisant quitter la voie certaine de mon intérêt droit, bref agissant au nom des valeurs incompréhensibles. Le banal, on le comprend ; et l’on ne peut que croire en merveilleux, même incompréhensible : « La plus grave des erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi » - Alain – tout réduire au conscient n’est peut-être pas une erreur, mais c’est une bêtise.
action,âme,axe,erreur,idée,inconnu,intelligence,mot,mystère,regard,…

doute
Dans ton écrit, te dire sincère, c'est reconnaître l'épuisement de tes dictionnaires ou des choses qui n’aient pas encore de nom – la routine mécanique. Le chien qui ronge un os en donne une image fidèle.
ironie,mot,robot

doute
L'inconscient se réduit aux réflexes ; ce n'est pas l'inconscient qui constitue le soi inconnu, mais la conscience inarticulable : l'éthique, l'esthétique, la mystique, ce qui échappe à la conscience articulée autour des sensations, concepts ou mots, conscience du soi connu. Deux péchés des temps modernes : l'oubli du soi inconnu ou, pire, sa réduction au soi connu.
idée,inconnu,langue,modernité,mot,représentation,soi

doute
Se parler, entre âmes-sœurs, dans le noir le plus complet, sans la moindre lumière physique ou intellectuelle, me fait penser, que ceux qui savent qu’il n’y a rien au-dessus des caresses, ce sont les aveugles. Dans le noir, non seulement la peau, mais aussi le mot et le sanglot, font ressentir la vraie merveille de la vie.
âme,caresse,ombre,mot,mystère,sacré,vie

doute
Être soi-même s’adresse à mon soi connu. Le soi inconnu n’a pas de langage à lui, et il ne peut donc se manifester ni par l’acte ni par la pensée ni par le style, il n’est qu’une source de mes valeurs éthiques et esthétiques. Mais à tout ce qu’il souffle peut se substituer la routine du soi connu ; l’être originaire et original, chez la plupart des hommes, est évincé par l’étant social et passager. L’essence de l’être est globalement irreprésentable ; sa partie représentée s’appelle l’étant. Donc, le bon slogan serait – écoute ton être ! « Ton épanouissement – la représentation de ton essence, en suivant le commandement : soi toi-même » - H.Hesse - « Deine Entfaltung – die Darstellung des eigenen Wesens nach dem Gebot : Sei Du Selbst » - dans les Commandements, il faut passer du verbe au nom.
action,auteur,beauté,bien,être,idée,inconnu,langue,mot,mouton,…

doute
Un constat : plus les thèmes d'un livre de philosophie sont vaseux, logorrhéiques et aléatoires, plus fréquent y est l'usage des mots : précisément, exactement, justement, définitivement, démontrer.
ironie,jeu,mot,philosophie

doute
Pour être connu, il faut avoir été représenté et habillé en mots. Tout ce qui n’a pas encore trouvé une enveloppe verbale – dans nos pensées ou nos états d’âme – peut être appelé – inconnu. « Seigneur Inconnu – voilà le cercle de ma hauteur »** - Valéry.
âme,hauteur,idée,inconnu,mot,représentation

doute
Comme la chiromancie ne dit pas grand-chose sur l’essence de l’homme d’action, la logomancie ne mène pas loin dans l’être d’un homme d’écrit. La première a besoin d’une interprétation fantaisiste ; la seconde – d’une représentation idéaliste.
action,art,être,idée,interprétation,mot,représentation

doute
Ce qui est le plus important pour toi – Dieu, l’amour, le rêve, la création, le Bien, la noblesse – n’existe pas, puisque exister, c’est d’avoir un nom univoque. Or, ces mots ne couvrent qu’une partie infinitésimale de ce que tu éprouves à leur évocation. Presque toutes les autres choses sont déjà pleinement nommées et donc existent ou vivotent.
amour,bien,concept,création,dieu,être,mot,représentation,rêve

doute
Une bonne philosophie commence par un vague écho d’une mélodie, d’une angoisse ou d’une métaphore ; il s’agit de l’habiller de mots qui garderaient et la musique et l’inquiétude et la poésie.
angoisse,métaphore,mot,musique,philosophie,poésie

doute
Il m’arrive, comme à tout le monde, de regretter les gestes, les paroles, les réflexions non-osés et même d’y voir l’essence de ma vie, mais, très rapidement, je me ravise du surcroît de honte, qu’ils m’auraient infligé. Le bleu de la pitié est plus facile à porter que le rouge de la honte.
action,auteur,être,honte,idée,mot,pitié,vie

doute
Dans l’art, l’essentiel, pour tout créateur, est que son soi connu souffre et que son soi inconnu, tout en inspirant le premier, est dépourvu de langages (de mots, d’idées, d’images) que ce premier doit inventer. Ce tableau résume le contenu d’une vraie philosophie, qui devrait réveiller les consolations du premier et deviner les langages du second. Cette philosophie ne serait ni ce qu’on dissimule de son soi connu (Nietzsche) ni ce qu’on ignore de son soi inconnu (B.Russell).
art,consolation,création,idée,inconnu,langue,mot,philosophie,soi,souffrance

doute
Tout écrivain est graveur de mots, mais l’aphoriste ne s’occupe que de l’aspect esthétique des médailles, la frappe finale appartenant au lecteur. L’aphoriste, sur des axes abstraits – enthousiasme-mélancolie, espérance-désespoir, musique-silence -, ne formule que des réponses, auxquelles le lecteur associe ses questions pragmatiques, apportant des dates, des lieux et des mesures. Les bavards nous assomment de questions, facilement développables en myriades de réponses. « Les bonnes questions n’ont aucune réponse » - G.Bateson - « Good questions do not have answers at all » - la question est bonne si elle ne se réduit pas à la logique.
axe,balance,beauté,enthousiasme,espérance,maxime,mélancolie,mot,musique,question,…

doute
Ce que tu ressens, et même ce que tu penses, n’admet aucune reproduction univoque en mots ; la cachotterie ou la franchise ne jouent qu’un rôle mineur dans la qualité ou l’authenticité de tes portraits verbaux. N’y comptent que l’intelligence conceptuelle et le talent langagier.
concept,esprit,idée,intelligence,langue,mot,sentiment

doute
L’existence de notre soi inconnu était mieux perçue par l’homme des cavernes que par nos contemporains, qui n’accèdent au réel que par les mots et nos sens ; or le soi inconnu n’a ni mots ni maux ; il ne fait que contenir notre essence créatrice, non-langagière. « Ce moi le plus profond est le même chez tous, il est le ‘sens’ » - H.Hesse - « dies Innerste Ich ist bei allen Menschen gleich, es ist der 'Sinn' » - mais il reste absent et muet, puisque notre organe de sa perception, l’âme, devint atavique.
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doute
Le mot mystère est l’un des mots les plus profanés ; le plus souvent à cause d’une incompréhension d’une solution ou d’un problème réels. Ceux-ci, une fois maîtrisés pour de bon, laissent notre esprit perplexe devant une nouvelle obscurité qui s’ouvre avec l’énigme de la Création. C’est l’esprit qui doit constater ces mystères et non pas l’âme, qui, elle, produit des spectres, des phantasmes, des rêves, mais non des mystères. Les âmes ayant disparu, il ne restent que des esprits faibles, incapables de vénérer l’inconnaissable majestueux et s’extasiant devant l’inconnu frivole.
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doute
Que Baudelaire est bête, en pensant que, en peinture : « chaque nouvelle couche donne au rêve plus de réalité ». Le rêve est le plus plein lorsqu’il reste irréel, inarticulé, indicible ; on ne le développe pas, pour le rapprocher du réel ; on l’enveloppe de caresses picturales, musicales ou verbales, qui le métamorphosent, en lui apportant de la noblesse et de la hauteur, absentes dans le réel.
art,caresse,discursif,hauteur,inconnu,mot,musique,noblesse,proximité,réalité,…

doute
Les autres sont pour toi aussi évidents que les ours ou les roses, ils tapissent la réalité. La chose la plus irréelle est ton soi inconnu, cette conscience pré-verbale, pré-idéelle, pré-iconique ; ton soi connu, en revanche, est plongé dans le réel. Le premier, le narcissique, t’apprend ce que tu vaux ; le second, le social, apprend ce que valent les autres. « L’apprentissage de la réalité est une blessure narcissique » - R.Debray – la surface de l’eau est la seule origine d’apprentissage de Narcisse ; la seule surface qui te reflète sur un fond d’azur du ciel, à l’opposé du réel.
idée,inconnu,mot,narcissisme,réalité,rêve,soi,souffrance,valoir

doute
Tout ou parties – tel est le choix qui se présente à ton regard sur toi-même (ou même sur tout homme). C’est aussi un test de ta liberté, ou, plus précisément, de ta capacité de distinguer entre la liberté d’un tout statique et celle des parties créatrices. Presque tous – romanciers, philosophes, scientifiques – penchent pour tout (totalité, unité, bloc, conglomérat, ensemble). Les rares – des poètes ! - restent sceptiques face aux parcours préprogrammés et monolithiques et vouent un culte aux seuls commencements (parties indépendantes !), provenant des sources imprévisibles, où surgissent soudain des états d’âme, des mots, des mélodies. Voici pourquoi tout aphoriste doit être poète.
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doute
La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel.
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doute
Mon soi inconnu réveille chez moi un état d’âme ; mon soi connu cherche des mots, imprimant des notes, des accords, des rythmes, des timbres ; mon esprit y trouve des idées, exprimées en mélodies, et c’est mon âme (mes dons) qui les interprète. L’interprétation ne s’occupe ni de recherches ni de trouvailles.
âme,auteur,création,esprit,idée,inconnu,interprétation,maîtrise,mot,musique,…

doute
Ton soi inconnu t’insuffle un état d’âme, un arbre de questions où ne figurent ni mots ni idées ni notes, que des variables. Et ton soi connu les unifie avec ses fleurs ou fruits interprétatifs, pour générer un arbre musical de réponses. L’inspiration de R.Char fut déjà plus développée : « Aucun oiseau n’a le cœur de chanter dans un buisson de questions ».
âme,arbre,danse,idée,inconnu,interprétation,mot,musique,question,soi

doute
Ce n’est pas l’usage excessif de tropes qui justifie l’attachement de la philosophie à l’arbre poétique, mais la part, négligeable, de la rigueur, la confiance, inconsciente et béate, en clarté des mots et peu d’intérêt pour la définition de concepts.
arbre,concept,métaphore,mot,philosophie,poésie

doute
L’inspiration, c’est-à-dire un état d’âme ou une question sans paroles, motivent l’aphoriste ; sa maxime ne sera qu’une réponse, contenant une instigation, une invitation à inventer des questions qui y mènent (la déconstruction derridienne).
âme,chemin,maxime,mot,question

doute
En création littéraire comptent trois qualités – l’inspiration, la maîtrise, l’ambition. La troisième est commune ; la deuxième – mécanique ; seule la première est mystérieuse et personnelle, en elle se révèle ton soi inconnu, en elle ton âme accède au savoir non-verbal. Ton soi connu, réduit aux mots non-mystérieux, « ignore beaucoup de ce que sait son âme » - Gogol - « многого не знает из того, что знает душа её ».
âme,art,commencement,inconnu,langue,maîtrise,mot,mouton,mystère,robot,…

doute
L’inspiration, c’est l’élan, l’état d’âme exaltée, l’état encore dépourvu de mots, d’images, de pensées, l’état que connaît tout homme, mais seul un talent trouve son expression, débouchant sur un sens imprévisible.
âme,création,élan,esprit,idée,inconnu,mot

doute
Si tu te penches intensément sur le thème le plus intime de ton soi – sur les états de ton âme - tu finis par comprendre qu’ils sont faits, essentiellement, de silences – ni le son, ni l’image, ni le mot, ni l’idée ne s’associe avec eux. Tu ne les traduis pas ; de leur obscure profondeur tu essaies d’extraire ta propre lumineuse hauteur ; tu leur chantes des hymnes comme on adresse des prières aux dieux inconnus et sourds. Ton esprit est esclave de ton réel ; ton âme est libre créatrice de ton rêve.
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doute
Le soi inconnu s’insinue dans l’âme de ceux qui en ont une, mais sa présence est ignorée par ceux qui n’écoutent que ce qui a déjà trouvé une forme en tant que mots, images ou idées. Or, le soi inconnu n’exprime que l’élan et, encore plus vaguement, l’étoile visée, - une corde tendue mais aucune cible visible. Son attente s’éveille souvent par la conscience des états d’âme inexprimables et la confiance à sa source, mystérieuse, immatérielle, excitante. « Pour moi, le moi connu est trop petit » - Maïakovsky - « 'Я' для меня малó ».
âme,conscience,élan,étoile,flèche,idée,inconnu,mot,mystère,soi

doute
Science des faits, science des mots, science des concepts – c’est dans ces trois domaines que se résument toutes les sciences, sauf la mathématique, dans laquelle ils se fusionnent.
concept,mot,science

doute
Les convictions sont surchargées de mots, je leur préfère le goût intuitif, impérieux et muet. Ce goût sert d’intermédiaire entre mon soi inconnu, l’inspirateur, et mon soi connu, le traducteur.
auteur,goût,inconnu,mot,soi

horace
Brevis esse laboro, obscurus fio.

Je m'efforce d'être bref et je deviens obscur.
doute
Aller en longueur ne demande pas d'efforts, mais produit une fausse clarté. Dans des tirades, les maillons s'effacent et les objets enchaînés vivent comme dans un agenda. Dans la brièveté des mots, les liaisons effacent les objets liés.
concept,mot,représentation

st augustin
Si fallor, sum.

Je me trompe, donc je suis.
doute
La machine, un jour, maîtrisera tous les chemins de la vérité ; mais elle n’apprendra jamais l'art exaltant de s'égarer. L’artiste sait pimenter de falsification langagière une vérité, abandonnée par le Verbe et confiée à l’algorithme.
art,chemin,erreur,être,mot,robot,vérité

st augustin
Errare humanum est, sed in errore perseverare diabolicum.

Se tromper est humain, persister dans l'erreur est diabolique.
doute
« Tout homme peut tomber dans l'erreur, mais il n'y a que l'insensé, qui y persévère » - Cicéron - « Cujusvis hominis est errare ; nullus autem, misi insipientis, in errore perseverare » - non, diabolique, ou plutôt asinique, est ta persistance dans une vérité fixe, si tu ne trouves pas un nouveau langage, qui la rendrait caduque ou bancale : « L'œuvre une fois accomplie, retire-t'en » - Lao Tseu.
erreur,folie,mal,mot,vérité

montaigne m.
Je ne serais pas si hardi à parler, s'il m'appartenait d'en être cru.
doute
S'il t'appartenait d'être cru, tu ne trouverais pas de mots justes. Croire en l'homme, en ironisant sur ses mots. L'homme est une majorité silencieuse dans l'assemblée de ses images.
authenticité,hommes,ironie,mot,silence,style

vauvenargues l.
La netteté est le vernis des maîtres.
doute
Dont ils ont le bon goût de couvrir les mots. D'autres vernissent la vie, qui n'est nette que crue. L'imbécile se contente du vernis, le perspicace va au fond, qui est toujours obscur et beau.
beauté,goût,intelligence,maîtrise,mot,style,vie

schlegel f.
Mysterien sind weiblich ; sie verhüllen sich gern, aber sie wollen doch gesehen und erraten sein.

Les mystères sont comme la femme : ils se voilent volontiers, mais veulent être vus et devinés.
doute
Formuler les problèmes, formaliser les solutions sont affaires d'hommes ; fonder et arborer les mystères relève de l'éternel féminin. Les mots transparents dévoilant la forme, les mots opaques voilant le fond.
femme,ironie,mot,mystère,regard,style

kierkegaard s.
Un penseur sans paradoxe est comme un amant sans passion.
doute
Le paradoxe embellit bien l'approche, mais c'est le mot, la qualité de sa pénétration, qui fait des conquêtes passionnelles.
amour,élite,maîtrise,mot,paradoxe,regard,sentiment

amiel h.-f.
Comprendre est un moyen ; le but est de vivifier.
doute
Comprendre, c'est justifier ; la vie est sa propre justification. Moins je chercherai de l'esprit et plus je soignerai la lettre, - plus vivant sera mon mot. Vivre, c'est (me) douter du bien et palpiter du beau.
auteur,beauté,bien,contrainte,esprit,intensité,mot,raison,vie

russell b.
The universe is grey and silent. Eyes and ears invent sounds and colours.

L'univers est gris et silencieux. Les yeux et les oreilles inventent les sons et les couleurs.
doute
Mais la cervelle fait plus souvent l'inverse, en réduisant à la grisaille existentielle ce qui avait de bonnes chances d'être universellement chatoyant. Avant toute interprétation, il n'y a que le silence. Qu'est l'homme sans interprétation, c'est à dire sans regard ? - un objet, tandis que tout sujet commence par le dialogue ; et, heureusement, le monde nous parle, comme nous parle la langue. Mais le cerveau dote l'œil et l'oreille de tant de langages, dont parlent La Fontaine ou Poe.
être,interprétation,mot,nature,ouïe,platitude,raison,regard,silence,soi,…

valéry p.
Le manœuvre vit dans un monde clair et diffus, et ce penseur - dans un obscur à points brillants.
doute
L'intensité des points d'un pointillé ou la fadeur de la continuité des lignes, surfaces, volumes. Des rythmes rarissimes des points bien nommés ou des algorithmes anonymes tombant à point nommé.
balance,continuité,étoile,intensité,mot,ombre,platitude

levinas e.
Le visage est le mystère de toute clarté, le secret de toute ouverture.
doute
Cette clarté foudroyante est invisible, et ce paisible mystère nous crève les yeux. Le seul objet, où l'on n'ait aucune envie de lui substituer une abstraction ou de le revivre en rêve. Le regard n'y sert à rien ; seuls les yeux en touchent le fond ; l'aveugle ne peut pas être un Ouvert. La tragédie de la création : on est visage, mais on n'a que des mots.
concept,création,mot,mystère,ombre,ouvert,regard,rêve,tragédie

cioran é.
La malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme des idées précises qu'il avance.
doute
Si je suis incapable de troubler ma clarté, je suis en proie à une acribie ou à une graphomanie, je suis honnête, mais bête ; faire croire à ma translucidité, c'est manquer ou de couleurs ou d'honnêteté ou d'intelligence. L'artiste est dans le commencement, et celui-ci n'a pas de normes. Deux architectures accueillent, tant bien que mal, mon honnêteté en mal de suites dans les idées : une tour d'ivoire, hors cartes, ou une ruine, hors calendriers. La précision bien venue, celle de la mélodie ou du relief, n'est pas dans l'idée, mais dans le ton, qui est frontière d'un langage. Quand ce ton est plat ou neutre on peut être sûr d'être devant un saint, un sot ou une fripouille.
art,auteur,bassesse,château,commencement,continuité,esprit,frontière,idée,mot,…

cioran é.
Ma force est de n'avoir trouvé réponse à rien.
doute
Mais que celui qui n'a pas beaucoup cherché ne s'en félicite pas ! L'ironie intelligente consiste à savoir réécrire tout point d'exclamation en un nouveau point d'interrogation. L'art de la ponctuation distingue les hommes plus précisément que l'ordre de leurs mots et le poids de leurs points finals.
balance,esprit,force,intelligence,interprétation,ironie,mot,question
 

chœur hommes
MOT : Plus la communication entre les hommes se réduit aux images cosmopolites, visuelles et sans musique, plus le mot perd d'audience et d'auditoire. Peut-être, il vaut mieux, pour lui, de mourir comme un grain, plutôt qu'être adjoint à une collection minéralogique, à côté d'un papillon crucifié ou d'un diamant déprécié.
musique,mort

hommes
La même, et étrange, intonation, faite du mot distant, se reflétant dans lui-même et effleurant à peine la vie, se retrouve chez cette sorte de métèques que sont Casanova, Pouchkine, Nietzsche, Valéry, Nabokov, Cioran. Ne pas être sûr de ses racines ou de ses paysages aide à cultiver le climat de son propre arbre.
arbre,climat,exil,mot,musique,vie

hommes
L'Europe ne connaît plus ni un crépuscule (O.Spengler) ni un naufrage (Heidegger). Son besoin d'astres, exprimé en mégawatts, est comblé ; la platitude jusqu'à tous les horizons satisfait l'ancien appel du large (Europe voulait dire – vaste regard). Se passer d'astres, c'est le dés-astre.
défaite,étoile,europe,ironie,modernité,mot,platitude,regard

hommes
Mon époque, c'est le Moyen Âge, le même mystère autour du mot, du concept et de la chose. Mes contemporains d'aujourd'hui réduisent le mot à la chose, dévitalisent le concept et banalisent la chose.
auteur,idée,modernité,mot,moyen âge,mystère,réalité

hommes
L'enfance est une saison sans grâce : prendre le merveilleux pour de la mécanique ; on n'est vivant que tant qu'on s'étonne ; l'adulte ayant gardé l'impassibilité infantile est pur robot. La vraie vie commence, quand ton âme tombe sur une musique, à son diapason, une musique du mot, de l'image, de la pensée ; l'enfance, c'est du tambourinage ou de l'apprentissage, exercés au hasard des autres.
enfance,jeu,mot,musique,mystère,robot,temps,vie

hommes
Les déceptions vaudevillesques font détester la vie, injuste et mesquine ; mais plus on est sensible au tragique, plus vibrant est l'acquiescement à la vie, juste et grandiose. C'est le sens de tragédie qui rend sensible à la musique des mots et sourd au bruit des actions ; privé de ces bons filtres et muni de seuls amplificateurs, on dit : « Les actions sont la première tragédie de la vie, la seconde, ce sont les mots » - Wilde - « Actions are the first tragedy in life, words are the second ».
acquiescement,filtre,grandeur,intensité,justice,mot,musique,platitude,tragédie,vie

hommes
La parole des hommes devint si insignifiante et monotone que le show - à l'écran, au stade et même à l'église - évince partout le sermon ou la harangue. Dans le mot de Lope de Vega : « Laissez le tact, le goût, l'odorat et la vue ; prêtez l'ouïe à la foi » - « Ni la Vista, ni el Gusto, ni el Tacto, ni el olfato tienen éxito alguno ; el oído se vuelve a la fe » on doit, aujourd'hui, intervertir la vue et l'ouïe.
christianisme,goût,mot,mouton,ouïe,regard,religion

hommes
Les écrivailleurs pensent ériger des temples et des mausolées, tandis que leur architecture convient le mieux aux salles-machines, comme, jadis, aux étables ou casernes. « Un livre, ce ne sont pas des phrases mises bout à bout, mais des phrases coulées en arcades et coupoles » - V.Woolf - « A book is not made of sentences laid end to end, but of sentences built into arcades and domes ». Tout cela pour décorer vos parkings, hôtels, aéroports - je tapisse de phrases bout à bout mes ruines aux arcades translucides et à la coupole effondrée.
art,auteur,défaite,mot,ruines

hommes
L'intellectuel européen se définit comme manipulateur de concepts ; il ne comprend pas que le dernier plouc en manie autant que lui ; c'est la proximité avec le bon, le beau et le vrai, qui devrait en discriminer, la proximité, qui viendrait de l'écoute et non pas de l'acte ; qui a une bonne écoute, a un bon écrit ; l'écrire est le défi du faire et le contraire du dire.
action,audace,beauté,bien,europe,idée,mot,négation,platitude,proximité,…

hommes
Une bien étrange règle, et qui traduit peut-être une justice, qui nous échappe : les hommes peuvent proclamer la grandeur divine sur trois registres disjoints : par l'acte du cœur, par le mot de l'esprit, par la musique de l'âme, mais les meilleurs écrivains sont éclopés du geste, les meilleurs musiciens sont débiles dans le mot, les meilleurs des actifs se foutent et du mot et de la musique. Et puisque, sur cette échelle ascendante, la musique paraît être le langage de Dieu et le geste - Son modèle, la portée du mot consisterait à savoir composer ou peindre des gestes musicaux.
action,âme,cœur,création,dieu,esprit,grandeur,justice,mot,musique

hommes
Ceux qui se proclament hommes d'idées sont parmi les plus raseurs ; le seul homme d'idées, qui m'inspire une franche admiration, est Valéry, mais il est aussi, et surtout, l'homme du mot, c'est à dire des ombres, tandis qu'il éteint, lui-même, la vaine lumière annoncée par l'idée naissante et portée par l'idée fixe.
idée,mot,ombre

hommes
Qui, aujourd'hui, mérite davantage l'attention de nos plumes, les hommes ou les livres ? Je penche de plus en plus pour le second terme. La vie des hommes devint si préprogrammée et impersonnelle, si dépourvue de ce qui est humainement céleste ou divinement livresque. Le livre, lui, qu'il soit aboutissement d'une vie ou commencement d'une création, est l'expression la plus fidèle de nos talents ou de nos impuissances, de nos angoisses ou de nos bonheurs. Je sais que même le livre, de nos jours, devient aussi ennuyeux que la vie, c'est à dire dédié exclusivement au réel. Et ce n'est pas demain que nous lirons les Sentences d'un nouveau Pierre Lombard.
angoisse,auteur,bonheur,commencement,création,force,maxime,mot,réalité,vie,…

hommes
Signe de disparition des intellectuels de la scène publique : les combats et les débats d'idées ne débouchent plus sur les ébats de mots.
idée,lutte,modernité,mot

hommes
On ne peut se manifester que par son soi connu et respectable, tandis que le soi inconnu ne peut susciter qu'une vénération presque aveugle. Dans un écrit, pour prouver la valeur de l'auteur, le mépris du soi connu apporte plus que son respect ; l'auteur ne vaut que par son regard vers le soi inconnu. Quand Freud ou Proust parlent de perte de l'estime de soi, qui serait signe d'une décadence définitive, ils visent le soi connu (même camouflé sous un soi inconscient), qui, même sans être haïssable, est banal et universel. Tant de vainqueurs arrogants, aujourd'hui, baignent dans une estime de soi, grégaire et basse.
amour,axe,bassesse,défaite,inconnu,mot,soi,temps,universel,valoir

hommes
La robotisation des hommes n'est pas dans la préférence du conceptuel, au détriment du métaphorique. Les vrais concepts sont d'origine extra-langagière. Le robot n'emploie que des métaphores figées, consensuelles, à travers lesquelles l'accès aux objets est immédiat, mécanique, sans aucun accompagnement musical, sans aucune danse de mots enchanteurs, sans aucune inconnue sur l'arbre du savoir.
arbre,concept,danse,idée,langue,métaphore,mot,musique,robot,savoir

hommes
L'image plate domine aujourd'hui là, où régnait, jadis, le mot hautain – dans l'intimité d'un homme seul. Mais le dire l'emporte sur le montrer, dans les affaires des hommes, dans notre société bavarde. Le reflet du contenu est plus demandé que le jaillissement de la forme, et le constat - plus apprécié que la métaphore. Quand un chanteur perd sa voix, il tente de se rassurer, en prétendant qu'il a beaucoup de choses à dire.
danse,métaphore,modernité,mot,platitude,solitude,style,voix

hommes
Dans les ampleurs ou profondeurs discursives il n'y a rien de plus intimidant que dans les roues dentées. Au bout, on se trouve dans des étables ou casernes. Vu d'une certaine hauteur, tout discours continu se décompose en pointillés de culs-de-sac et de ruines qu'il s'agit d'entretenir.
continuité,hauteur,mot,paradoxe,robot,ruines

hommes
La même vague d'un lyrisme primitif et intuitif nous atteint, tous ; la plupart, naviguant sur un bateau social, ne s'en aperçoivent même pas ; d'autres tentent de ne pas lâcher le gouvernail ou d'adapter les cadences de leurs rames ; les plus rares ressentent la houle comme effet gravitationnel de leur propre étoile. En matière d'écriture, ils laissent des journaux de bord, des graffiti ou des messages pour la bouteille de détresse.
défaite,étoile,mot,mouton,sentiment

hommes
Jadis, où parlait l'or, les langues se taisaient. Aujourd'hui, toutes les langues se délièrent ; et elles ne parlent que d'or.
argent,force,mot

hommes
Le rapprochement entre professionnels, la raréfaction des amateurs : le professionnel de l'idée est plus près du professionnel des engrais ; l'amateur du mot est plus proche de l'amateur des fleurs.
école,idée,mot,style

hommes
Jadis, la pensée fut la chasse gardée d'une poignée de privilégiés. Mais depuis que sa vulgarisation (honnête et fidèle !) la rendit à la portée du dernier homme, il ne restait au créateur que sa dernière exclusivité - le mot. Seulement voilà, c'est le créateur, désormais, qui fait défaut. Ceux qui ne se rendent pas compte de ce bouleversement continuent leurs litanies : « Un beau livre est l'acropole, où la pensée se retranche contre la plèbe » - A.Suarès. Il me rappelle davantage une nécropole, où le sentiment élit sa tour d'ivoire. La plus haute cité n'est plus ni la cité haute (acropole), ni la cité-mère (métropole), ni la cité-atelier (technopole), mais leurs nobles ruines, où se réfugie le mot ex-châtelain.
art,château,défaite,élite,mot,mouton,ruines,sentiment

hommes
La misère de notre époque le doit beaucoup à son aveugle manie de franchissement de frontières. Tout créateur connaît le vertige de l'au-delà du vrai ; on a vu de grandes tentatives d'aller au-delà du bien ; on peut tolérer même des sorties au-delà de la culture ; mais il n'est donné à personne de rester artiste au-delà du beau. L'extinction du beau, dans l'image, dans le mot, dans la mélodie, dans le regard, - telle est l'étiologie de la maladie de ce siècle, siècle des gestionnaires, des ingénieurs et des journalistes.
art,beauté,bien,culture,frontière,grandeur,modernité,mot,musique,regard

hommes
Comment s'écoule la vie de nos contemporains ? - la chasse aux fuites, aux lacunes, aux oublis, pour rendre le courant vital – prévisible, traçable, contrôlable – l'accumulation de solutions. Aucun mystère ne les dévie plus de leur morne cohérence. « Tout se désagrège par attouchement du mystère : les mots, les systèmes, les personnalités » - Nabokov - « Всё рассыпается от прикосновения исподтишка : слова, системы, личности » - l'éternel retour est annoncé par un nouveau mystère !
mémoire,modernité,mot,mystère,retour,système,vie,voix

hommes
Les capitales me donnèrent le goût du mot savoureux, mais j'apprécie le destin, qui me plongea au milieu des cornichons provinciaux insipides : sans eux, combien de ces pages ne verraient jamais le jour, étant sacrifiés aux dîners en ville, en compagnie du sel de la terre ! Je ne veux pas y gagner le toupet en perdant un peu de ma crinière (Flaubert).
auteur,goût,intelligence,mot,platitude

hommes
La qualité des mots, des tempéraments ou des idées en conseil des ministres, en salons mondains, en conseils d'administration ou en jurys littéraires est la même que dans les bars ou les stades. Nourrir l'illusion inverse dévoya tant de belles plumes françaises, de Balzac à R.Debray. Que mes ombres ne soient projetées ni par des notables ni par des minables. Ni, d'ailleurs, par les murs de mon propre édifice ; l'architecture des ruines m'y aidera.
art,cité,élite,france,idée,ironie,mot,ombre,ruines

hommes
Il faut reconnaître cette terrible évidence : les heures étoilées de l'humanité (die Sternenstunden der Menschheit - S.Zweig) sont derrière nous, comme l'est son printemps, avec un culte des fleurs, - nous traversons un morne automne, dédié à la commercialisation de fruits. C'est le jaunissement des mots qui nous l'annonce, des mots, qui tombent tels produits consommés ou périmés ; ils oublièrent la fraîcheur native des sources : « Des mots doivent, comme des fleurs, jaillir » - Hölderlin - « Worte müssen, wie Blumen, entstehn ».
commencement,étoile,intensité,mot,temps

hommes
Il arrive, que ce qui ne mérite pas un mot, gagne à être mis en notes. Mais la misère d'aujourd'hui fait que ce qui vaut d'être chanté, n'est même pas dit. Mais chanter ce qu'on n'arrive pas à dire, c'est suivre la sage allusion de Wittgenstein. Ne pas développer des accords heureux, c'est pratiquer le chant du cygne, ignoré des hommes : « Les cygnes chantent avant de mourir ; ah, si certains hommes mouraient avant de chanter ! » - Coleridge - « Swans sing before they die, should certain persons die before they sing ».
danse,mort,mot,musique

hommes
Le peuple aime le vrai et le simple. C'est pourquoi il aime le journal et l'intellectuel moderne. Le poète, charlatan du mot, a du souci à se faire, s'il tient au peuple. Aimer, c'est accepter la chose telle qu'elle est (et non pas ce qu'elle fait). Le vrai et le simple ne sont beaux qu'en tant qu'essors, promesses, perspectives - donc, refus.
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hommes
La noblesse du regard sur le monde consiste en capacité de discerner les mystères de la vie, de voir avant tout la beauté de la matière divine et la bonté de la manière humaine. Les vérités, surtout les vérités non-scientifiques, n'y apportent pas grand-chose. Les goujats, hors la science, mais le front plissé, s'imaginent détenteurs de titres de noblesse ruminante : « L'attachement à la pensée, dans son opposition à la vie, est le propre d'hommes d'exception, disons d'une aristocratie » - J.Benda. Le Verbe, qui ne se fait pas chair, est condamné à n'être que minéralogique ou grammatical.
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hommes
La mécanisation des esprits toucha, chronologiquement, l’image et le mot, avant de s’attaquer à la musique, sa dernière victime. La prémonition visionnaire de A.Suarès : « Il arrive à l’homme de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran » - s’applique, aujourd’hui, aux mots et aux mélodies. C’est sur l’écran impassible que viennent mourir les anciens élans et métaphores.
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hommes
Dans le commerce de l'écrit, les pièces d'or n'ont plus cours. Cette monnaie étant rare, on stipendie les feuilles préfabriquées logorrhéennes par le troc des billets, avec des zéros à l'infini.
argent,art,discursif,élite,ironie,mot,platitude

hommes
En quoi le poète et le mathématicien se distinguent des autres hommes ? Surtout, dans le fait, que les mots de ceux-ci visent directement la platitude des choses, tandis que les symboles de ceux-là s’attachent aux représentations, où règnent la séduction ou la déduction, la hauteur ou la profondeur, la liberté du particulier ou l’harmonie de l’universel, le rythme d’une âme ou la mélodie d’un esprit. L’éternité sidérale écoute les créateurs ; le présent banal accueille les producteurs.
action,âme,création,esprit,éternité,étoile,hauteur,langue,liberté,modernité,…

hommes
Chez les philosophes et poètes modernes, je trouve beaucoup de folies verbales, mais je n’y décèle aucun rêve musical. Qui, aujourd’hui, comprendrait Rabelais : « Ils sont fous comme poètes et rêveurs comme philosophes » ?
auteur,folie,modernité,mot,musique,philosophie,poésie,rêve

hommes
La vie, même la plus misérable n’est jamais vide - de mots, de sons, d’images ; l’idée de la mort est pleine d’images horribles, de sons lugubres, de mots funèbres.
idée,misère,mort,mot,ouïe,vide,vie

hommes
Aux obscurités germaniques, aux apocalypses russes, aux folies anglaises, la littérature française ne peut opposer que la raison de sa lucidité, de son goût du juste milieu, de l’équilibre entre le mot et l’idée. Rien de trop ; ce qui est extrême est insignifiant ; le sens est tout – le culte de la forme n’a pas que des effets heureux.
allemagne,angleterre,art,folie,goût,idée,mot,ombre,raison,russie,…

hommes
Un intellectuel est celui qui ne s’adresse pas aux personnes concrètes mais aux thèmes ou tonalités abstraites. Il n’a donc personne à convaincre ou influencer ; il ne puise pas ses mots dans le goût du temps, il en cherche ceux qui rendent ses états d’âme ou, au moins, reconstituent un état d’âme artificiel. Même à contre-point ils doivent envelopper ou accompagner la mélodie véridique, qui naît dans notre conscience palpitante. L’intellectuel est celui qui retrouve dans son âme solitaire (et non pas dans son esprit commun) les reflets de tout ce qui compte à l’échelle verticale des valeurs et des talents. Le monde n’est que le cadre de ses tableaux.
âme,artificiel,axe,élan,esprit,goût,hauteur,modernité,mot,mouton,…

hommes
Les adeptes de la raison triomphante voient dans la noosphère (le milieu du savoir accumulé) l’héritière des éléments inertes (géosphère, atmosphère, pyrosphère, hydrosphère) ; ceux de l’âme humiliée – dans la pneumosphère, que prôneront les marchands de pneus.
âme,défaite,éléments,honte,mot,raison,savoir

hommes
Tout compte fait, les soucis des sages – la consolation et le langage – préoccupent même les ploucs, mais chez qui on ne voit que « piteuses caresses, querelles mesquines »* - Z.Hippius - « их ласки жалки, ссоры серы » - miséricordes collectives normatives, révoltes verbales mécaniques.
caresse,consolation,langue,lutte,modernité,mot,mouton,pitié,révolte,robot

hommes
L’Histoire des événements enrichit nos lexiques, l’Histoire des idées propose des signes de la profondeur, l’Histoire de l’art apprend à se tendre vers la hauteur. Notre siècle présentiste se détourne du Verbe, ignore la verticalité, se contente du jetable dans ses produits, ses envies, ses possessions.
art,culture,hauteur,histoire,idée,modernité,mot,utilité

la rochefoucauld f.
Peu d'hommes ont été admirés par leurs domestiques.
hommes
Tant que le mot ne frayait pas avec les cuisines. Depuis que le mystique est au service des domestiques, la musique et la saveur de ses paroles les enchantent autant que les casseroles. « Personne n'est héros de son valet » - Hegel - « niemand kann in den Augen seines Kammerdieners ein Held sein » - non point que le héros ne soit pas héros, mais que le valet est bien valet. Madame de La Fayette fut plus réceptive à vos qualités, comme N.Barney - à celles de Valéry, Arendt - à celles de Heidegger ou de Beauvoir - à celles de Sartre.
gloire,goût,grandeur,héros,mot,musique,mystère,platitude

hamann j.g.
Poesie ist die Muttersprache des menschlichen Geschlechts ; wie der Gesang, älter als die Deklamation, Gleichnisse - als Schlüsse.

La poésie est la langue maternelle de l'humanité ; de même que le chant est plus vieux que la déclamation, les métaphores - que les raisonnements.
hommes
L'humanité sort de son enfance, sevrée de métaphores ; sa voix se confond, chaque jour davantage, avec celle du robot raisonnant.
danse,enfance,métaphore,mot,poésie,raison,robot

musset a.
Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.
hommes
Tous les quoi et les pourquoi sont dits depuis des lustres, c'est le comment qui est à réinventer ou à recommencer. Par les tard-venus du mot, non de l'heure. Le monde fut vieux de tous les temps (senescit mundus), mais jamais les hommes n'étaient plus loin de leur enfance et ne s'identifiaient à ce point avec l'âge adulte. Occupé par la raison de ses fruits, le monde oublie ses floraisons. Ils sont de leur pays, de leur saison, de leur journal, de leur langue, comme moi, je suis de mon enfance. Mais, enfant, je suis venu trop vieux.
abduction,arbre,auteur,enfance,mot,temps

rilke r.-m.
Das ist Sehnsucht : Wohnen im Gewoge und keine Heimat haben in der Zeit.

La nostalgie, c'est vivre dans l'élan, et n'avoir point de patrie temporelle.
hommes
Ne pas savoir ce qui accueille le meilleur de moi. Une patrie que ne touchent ni mes pieds ni mes mains ni même mes mots. Un désir apatride d'un banni du paradis, par le verbe ou par la grâce, donc d'un ban-dit, d'un a-ban-donné.
élan,exil,grâce,mot,sentiment,soi,solitude,souffrance
 

chœur intelligence
ART : Tous les emplois sont soumis, aujourd'hui, aux tests de l'intelligence. Je tremble pour l'art, qui s'adjugeait le privilège de défier les syllogismes. Les poètes, musiciens et peintres, ayant perdu la foi en verbe, ton et note, se faufilent dans des miasmes métaphysiques, où tous les premiers rôles sont déjà accaparés par des scolâtres de l'ennui professoral.
école,ennui,mot,philosophie,poésie,raison

chœur intelligence
ACTION : Le sage comprend, qu'opposer l'action à la parole n'a pas plus de sens que de reprocher au bois de chauffage de ne pas avoir tous les attributs de l'arbre. La dimension économique de l'action réduisit la facette éthique à un point presque imperceptible. L'intelligence de l'action est dans la traduction du politique dans le mécanique.
arbre,axe,bien,concept,esprit,mot,robot

chœur intelligence
MOT : Heureusement, le mot n'accourt pas à toute injonction de l'intelligence. Son prêtre et maître est le goût, le vrai adversaire et rarement l'allié, de l'intelligence. Le verbe salue l'extase des néophytes, l'algorithme surveille les oukases des rites. De l'intelligence et même du mystère, le goût fait des autels ou des socles, où il immole ou intronise le mot.
esprit,goût,mystère,raison

chœur intelligence
VÉRITÉ : Grâce au concours de l'intelligence, on produit, stocke et exploite la vérité. Mais c'est dans des bras plus chaleureux qu'on la conçoit, l'admire et l'enterre. Plus on est bête, plus fréquente est la pose de chercheur de vérités. Avec l'intelligence on se contente de les rencontrer et de les féconder par un mot pénétrant.
amour,création,esprit,mot

intelligence
L'ennui de l'être (Parménide), de la pensée (Descartes), de l'analyse (Kant) ; l'élan du poème (Héraclite), de la passion (Pascal), de la noblesse (Nietzsche) - l'anti-philosophie (Lacan) méprisant le verbiage et retrouvant le Verbe.
élan,être,mot,noblesse

intelligence
Toute vraie intelligence est soudaine et déracinée, c'est la bêtise qui est préparation graduelle et enracinement servile. C'est pourquoi le mot, qui est toujours soudain, a plus de chances d'être intelligent que l'idée. « L'amour lie le soudain d'une rencontre au fait, que la Beauté n'est ni logos (le discours) ni l'épisthémé (le savoir) »* - Platon.
amour,beauté,continuité,exil,idée,mot,savoir

intelligence
Ces magnifiques triades : œuvre - créateur - principe, éprouver - représenter - interpréter, pouvoir - vouloir - devoir, mot - idée - acte, désir - idéal - miracle - à croire que tout ce qui est beau ne s'exprime qu'en triades ! La gent de plume, de note et de rideau le comprit, pas celle de toile ; ne pas choisir une toile triangulaire est proprement incompréhensible ! Et je ne me moquerais presque plus de ce brave Cusain qui prouvait que son bon Dieu n'était qu'un triangle maximal !
action,art,beauté,création,dieu,élan,idée,intensité,interprétation,mot,…

intelligence
Le terme d'existence s'applique aussi bien à la réalité qu'à la représentation, tandis que celui d'essence n'est pensable que dans les représentations. Il est pratiquement impossible de trouver deux humains, ayant des représentations identiques d'une même réalité ; l'usage des mêmes noms ne peut pas cacher la différence fondamentale des objets modélisés et, partant, de leurs essences. N'est donc possible aucune prétention des essences d'être des structures universelles ; Platon est trop obnubilé par le monde fantomatique des idées, et Husserl - par celui de la réalité.
absurde,concept,être,idée,mot,philosophie,réalité,représentation,science,universel

intelligence
Tous les hommes (les Ms Jourdain) vivent d'abstractions et s'adressent aux fantômes, mais seuls les subtils prennent les mots plus au sérieux que la réalité et savent vivre le miracle du vide et vivifier la vacuité des choses : « Nier les miracles, c'est ne pas prendre au sérieux la réalité »** - Einstein - « Wunder zu negieren heißt die Wirklichkeit nicht ernst zu nehmen ».
goût,grâce,mot,mystère,réalité,rêve,simplicité,vide,vie

intelligence
Tout ce qui ne se convertit pas en formules est nul. La poésie est une formule. Toute passion est germe d'une formule. Le reste n'est que fatras et prétention des borborygmes. « Moi, pressé de trouver la formule » - Rimbaud.
amour,esprit,maxime,mot,poésie,représentation

intelligence
Les acrobaties verbales dont les creux font leur miel : rien n'est tout (polyphonistes), rien n'est pas tout (anti-néantistes), tout est rien (nihilistes), tout n'est rien (fragmentaires), tout n'est pas rien (monistes). On peut même bâtir un étage de plus : « Ce qui ne m'est pas tout, ne m'est rien » - Hölderlin - « Was ist mir nicht Alles, ist mir Nichts ». C'est un autre poète, qui s'avère être meilleur logicien : « Rien n'est rien » (tout est quelque chose), bien que rien n'est pas rien soit encore plus subtil : même l'absence de certaines choses peut servir à éclairer la présence des autres. Pour aggraver ces insipidités, tout en pensant de les épicer, certains y fourrent du vrai : Le Vrai est le Tout (Das Wahre ist das Ganze - Hegel) ou Le Tout est le non-Vrai (Das Ganze ist nicht das Wahre - Adorno).
être,fanatisme,mot,négation,nihilisme,platitude,philosophie,vérité

intelligence
Deux discours nihilistes, bravoure des vaincus et absurdité des abstentionnistes, proviennent de la problématique de l'existence, puisque ne pas exister peut avoir deux origines : avoir échoué à s'attacher à un modèle et ne pas l'avoir tenté. « Dire l'individu, c'est utiliser le quantificateur existentiel » - M.Serres - comme pour dire le modèle, on passe par le quantificateur universel, accompagné de spécifications de l'essence. Et que faire de l'existence métaphysique ? - comment vient à l'existence le beau ? Pourquoi le bon existe-t-il avant l'acte, et jamais - après ? Où et quand l'expression est autant persuasive que les choses ? - La meilleure imagination ne cherche même pas les choses : partir d'une sensation, la condenser en une image, l'envelopper de mots, redécouvrir la chose.
absurde,beauté,bien,défaite,discursif,esprit,être,fanatisme,idée,ironie,…

intelligence
La contrainte, dans l'écrit, est noble, si elle revient à imposer une accommodation des mots en hauteur. Priser ou mépriser, plutôt que peser. « Le secret du grand art réside dans les contraintes, que le goût impose »** - Pavese - « Il segreto del grande arte è negli impedimenti che il gusto impone ».
art,balance,contrainte,goût,grandeur,haine,hauteur,mot,noblesse

intelligence
La primauté du regard, c'est la résignation à l'impossibilité de l'équilibre, ni même de l'entente, entre le moi observé et le moi qui s'observe (ce no man's land de la conscience ressemblerait au néant de Sartre), l'oubli du moi et la poursuite de l'acte d'observation guidé par le mot équidistant.
acquiescement,esprit,être,inconnu,mot,ordre,raison,regard,soi

intelligence
L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié !
ange,caresse,être,exil,justice,langue,lutte,mot,ordre,question,…

intelligence
Les questions philosophiques sont des pierres précieuses brutes ; les philosophes académiques rôdent autour, en se demandant ce qu'est leur non-être, quel est le degré de leur contingence, comment leur perception par le sujet affecte l'inter-subjectivité etc. - il en fait un misérable concept sans éclat ; un poète les taille par son style, les sertit dans un écrin d'intelligence, les fait briller dans une lumière verbale – il en fait un bijou.
école,être,idée,métaphore,mot,philosophie,poésie,style

intelligence
Dans ses pérégrinations l'esprit suit la lumière (le nombre, le concept, l'idée) ou la force (le mot, l'image, la passion). L'intelligence consiste à contenir la force en se servant de la lumière.
amour,balance,esprit,force,idée,ombre,mot,style

intelligence
Le message naît d'un murmure ou d'un silence intérieur. C'est pourquoi ceux qui se proclament, à l'avance, porteurs d'idées mûres n'ont pas de messages, que des discours.
commencement,doute,idée,mot,silence

intelligence
Sentimentalement, la philosophie révolutionnaire du devenir m'est plus proche que le conservatisme de la vision de l'être. Mais le devenir de la première est si frustrant et morne, que je me rabats sur le joyeux et inépuisable être du second. Toutefois, dans les deux cas, il y a une saine part de résignation, dont manque le faire. Je suis capitulard, avec Socrate : « Croire le Logos présent ; céder au Logos qui arrive » - que le devenir soit porté par son commencement, que le bateau de Thésée garde son être, que la chose soit portée par le mot, le fond - par la forme.
acquiescement,action,auteur,défaite,être,mot,philosophie,révolte,romantisme,style,…

intelligence
La voie de l'ivresse-sagesse : partir des faits, les résumer en idées ; affermi en idées, oser le mot ; espérer, qu'une main sensible cueillerait, sur ma page noircie, une fleur. La voie de la sobriété-banalité : oublier la merveille de la fleur, savoir se passer de mots, se désintéresser des idées, ne plus sentir le pouls des faits.
audace,chemin,espérance,esprit,gloire,idée,intensité,mot,mystère,philosophie,…

intelligence
Le cogito veut dire que, dans un discours sensé, devant tout verbe il faut placer je pense que… : je pense que je respire, je pense que je vois, je pense que je mens, je pense que je pense. Cartésius n'ajoute rien au Philosophe : « Avoir conscience que nous pensons est avoir conscience, que nous existons ». Comme le penser et l'être de Parménide, ou comme peser et devenir ! - mens et mensura, ou « l'intellection est le premier être » - Plotin. Cette obsession par un verbe impersonnel, même flanqué d'un sujet transcendantal, leur désapprend l'usage du pronom à la première personne, qui, seul, substitue aux choses et gestes - le regard.
action,balance,être,goût,mot,philosophie,raison,regard,simplicité,soi

intelligence
Se moquer des concepts philosophiques, évincer de soi le sous-homme et pratiquer le dithyrambe - pour ces trois audaces, questions de vocabulaire, de gymnastique et de genre, on peut pardonner à Nietzsche son culte de l'âme et son oubli du cœur.
âme,audace,cœur,idée,lutte,mot,philosophie,représentation,soi

intelligence
Pour énoncer quelque chose de sensé sur un objet réel, deux choses sont nécessaires : sa place (dans un modèle) et son nom (dans un discours), ce qui inévitablement crée trois contextes irréductibles : la réalité, le modèle et le discours. Le monde n'est la représentation ET la volonté (Maine de Biran, Novalis ou Schopenhauer) que pour ceux qui maîtrisent ET la représentation conceptuelle ET la volonté psycho-linguistique. La science et l'art sont des flagrants déséquilibres de cette triade.
art,concept,idée,intensité,maîtrise,mot,ordre,réalité,représentation,science

intelligence
Se fendre de quelques centaines de pages de « Le non de l'être s'aliène le néant et se projette sur l'étant » ou « l'effectuation rétentionnelle de l'impressionnalité perce le flux héraclitéen », dans la lignée de Gorgias ou Parménide, Anselme ou Husserl, enfanter d'une narration haletante du dernier fait divers impliquant des journalistes - les seuls moyens, aujourd'hui, de prouver qu'on n'a pas peur de la stérilité verbale.
angoisse,art,discursif,être,modernité,mot,platitude

intelligence
D'après Heidegger, il y aurait plusieurs façons d'être : en paysage (Vorhandensein), en climat (Dasein ou Mitsein), en outils (Zuhandensein), en phénomène (In-die-Welt-geworfen-sein), en mouton (Miteinandersein), en robot (Am-Werk-Sein), en possibilité (Sein-zum-Tode). Juste de quoi s'occuper dans son jardin, à court de préfixes greffeurs, mais les épigones éberlués en ont créé toute une forêt conceptuelle animée par un nouveau Verbe. Un jeu morphologique élevé au grade d'édifice phénoménologique.
climat,création,être,grandeur,idée,jeu,mot,mouton,réalité,robot

intelligence
En soi, chasser le mystère est un geste respectable, à condition de faire de même avec le problème et avec la solution, et de s'adonner à une extase purement langagière, désincarnée et despiritualisée. Le hic, c'est qu'ils mettent, à la place du mystère, d'insignifiants problèmes (Descartes) ou de minables solutions (Spinoza).
ennui,intensité,mot,mystère,sentiment

intelligence
La chose a deux sortes de reflets (d'autres parlent de signes) : un porte-parole, dans la langue (l'intentionnalité ne peut être que langagière), pour référencer la chose (dans le cas le plus simple, par son nom - l'accointance), et un représentant, dans la modélisation conceptuelle, pour comprendre la chose (par ses interprètes).
idée,interprétation,mot,réalité,représentation,simplicité

intelligence
Le sot croit, que son dit fait partie de son non-dit, plus profond et vaste. L'intelligent fait tout, pour que le non-dit, où mieux l'indicible, fasse partie du dit, concis et haut. « Le message d'un penseur est le non-dit au milieu du dit »** - Heidegger - « Die Lehre eines Denkers ist das in seinem Sagen Ungesagte ».
hauteur,inconnu,mot

intelligence
Le philosophe est celui qui revient toujours, en dernière instance, à la réalité. Le scientifique peut l'oublier, plongé dans ses modèles. L'artiste en reconstruit une autre, au moyen des langages. Mais le philosophe parvient toujours à glisser de nouvelles variables dans tout modèle, pour le rapprocher de la réalité, et à imaginer de nouveaux objets de substitution dans un discours d'artiste.
arbre,art,concept,mot,philosophie,réalité,représentation,science

intelligence
Qu'il est facile de démolir une pensée du sage et même d'en produire une, de son propre cru et d'une portée ou d'une justesse encore plus grandes. Mais le sage avait enveloppé sa pensée dans un mot majestueux, tandis que la mienne exhibe sa nudité prétentieuse, qui finira par attirer mes propres quolibets ou sarcasmes.
balance,création,discursif,grandeur,idée,ironie,mot,philosophie

intelligence
À côté de l'inépuisable métaphore d'unification d'arbres (pressentie par Valéry à travers les concepts d'implexe, variable, substitution et outillée par des linguistes et cogniticiens sous forme de graphes acycliques), la logorrhée, antique, médiévale ou moderne, sur L'un et multiple, le même et autre, est dérisoire. Les banales relations mathématiques d'équivalence et d'ordre sont déjà plus intéressantes.
antiquité,arbre,concept,création,être,idée,métaphore,mot,moyen âge,platitude,…

intelligence
L'individu Socrate modélisé (une instance de modèle ou une monade) n'a pas plus de réalité que les universaux, et ceux-ci sont plus que des mots-étiquettes, ils sont des concepts. Les médiévaux (Abélard) formaient mal leurs triades et n'alignaient jamais la plus pertinente : réalité - modèle - discours.
idée,mot,moyen âge,réalité,représentation,universel

intelligence
Trois sortes de réel : le minéral, le vital, le social. Leurs contraires s'appellent mot, pensée, aristocratisme. Éviter de se servir du premier comme du support de ses émotions ; vénérer le mystère du deuxième, sans le réduire aux solutions du troisième ou aux problèmes du premier ; ne pas se frotter au troisième, qui est pourtant le seul à donner un sens à une écriture. Et ils n'entendent pas la chose de la même oreille : « exclus-en le réel » (Mallarmé, le premier sens) ; « s'immuniser contre le réel » (Proust, le deuxième) ; « l'âme outragée par le réel » (Chestov, le troisième) ; « le réel est nul » (Valéry, tous les trois).
âme,amour,art,cité,honte,idée,mot,mystère,noblesse,ouïe,…

intelligence
Dominer en savoir conduit rarement à dominer en idées, comme dominer en idées – à dominer en mots. Mais cette dernière domination finit par se désintéresser des deux premières ; celles-ci y sont rejointes par l'intuition et l'imagination.
idée,mot,savoir

intelligence
L'idée, se virtualisant dans les mots et s'actualisant dans les concepts, est trop près de la réalité, pour que je la prenne pour un point de départ vers la hauteur. Le mot ou le concept, au moins, par leur aspect plus hautain, promettent des chutes plus retentissantes.
commencement,défaite,grandeur,hauteur,idée,langue,mot,proximité,réalité,représentation

intelligence
Il ne faut pas être philosophe pour continuer à questionner jusqu'à l'infini (Deleuze), n'importe quel sot en est aussi capable ; mais le philosophe, contrairement aux autres, va vers des questions de plus en plus simples, pour arriver au point zéro des quêtes, où naissent, simultanément, le mot, le concept et la réponse.
esprit,idée,langue,mot,philosophie,question,simplicité

intelligence
L'épreuve par l'étendue de la chose même - la monstration, par la profondeur du concept - la démonstration, par la hauteur du regard - la métaphore. En se mesurant à l'ennui, à la routine, au langage. Wittgenstein : « Ce que représente le solipsisme, ne peut pas se dire, mais se montrer » - « Was der Solipsismus meint, läßt sich nicht sagen, sondern es zeigt sich » - oublie le troisième terme de l'alternative, le verbe peindre (et qui s'inscrit tout naturellement dans la négation de « worüber man nicht sprechen kann »).
ennui,hauteur,idée,métaphore,mot,négation,regard

intelligence
La pensée est concevable sans langage des mots (parmi concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ces types de pensée cartésiens, seul affirmer réclamerait, éventuellement, le mot), mais elle ne peut pas se passer d'images ; et ceux qui définissent l'être comme ce qui se pense sans images ne savent pas ce qu'ils disent. Même le douteux synonyme pseudo-mathématique de l'être, l'ensemble vide, se présente à notre imagination comme équivalent d'un élément neutre pour l'opération d'union des ensembles (comme le zéro arithmétique), et la neutralité est une image parfaitement rationnelle.
esprit,être,idée,langue,mot,raison,science,vide

intelligence
Le principe le plus pur n'est que commencement, point zéro, qui ne se prête pas au développement des idées, débouchant toujours sur une caserne ou sur une étable, mais se consacre à l'enveloppement par le mot : la vision d'une tour d'ivoire, à partir de la réalité des ruines.
château,commencement,discursif,esprit,idée,mot,mouton,ruines

intelligence
Aucun philosophe n'aurait rien écrit avant Nietzsche, Valéry ou Cioran, leur œuvre garderait sa valeur intacte (contrairement à Aristote, Spinoza ou Hegel, dont l'intérêt relatif relève davantage de l'histoire de la philosophie), et sa lecture n'en deviendrait pas plus ardue - à comparer avec les connaissances philosophiques (un oxymoron insensé, puisque Foucault a raison : « Il n'y a pas de philosophie, il n'y a que des philosophes »**, tandis qu'il existe bien l'art et non seulement des artistes, puisque le sens du beau est métaphysique et celui du vrai - mécanique), se réduisant à un vocabulaire emprunté, sans rigueur ni exubérance ni hauteur, et qui seraient indispensables pour une lecture des professionnels. La seule maîtrise, dont une bonne philosophie a besoin, est celle du degré zéro de la création, de la sensibilité et de l'intelligence.
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intelligence
Deux grands mérites doivent être reconnus à Descartes : n'avoir que le mépris pour le substantif être (qui fut pour lui synonyme de perfection et identique à réalité) et ne pas avoir mêlé sa culture mathématique au débat philosophique. L'ontologie est du pur verbalisme comme l'est l'appel à une pseudo-mathématique des ignares tels que Nicolas de Cuse, Spinoza, Badiou.
culture,être,mot,philosophie,réalité,science

intelligence
Comment appelle-t-on un discours sans définitions clairement perçues ? - bavardage, lorsqu'il s'agit de manier les choses ; philosophie, lorsqu'il est question des idées. Pourtant, de tous les temps, l'incapacité de formuler de bonnes définitions fut vue comme signe d'indigence mentale ; les définitions, paraît-il, tuent le telos/entéléchie/but de la philosophie (ces gardiens de logorrhées, élèves de Husserl, devraient s'appeler phil-a-télistes - ceux qui sont sans le lointain) ; les bonnes définitions sont, en effet, de puissantes contraintes, rendant les buts presque triviaux et sans intérêt propre.
contrainte,esprit,idée,mot,philosophie,réalité

intelligence
Pour rendre sacré un objet, il faut priver de tout intérêt sa négation. Aucune négativité dans l'inconscient, l'indicible, l'intouchable ; ils sacrent la conscience, le Verbe, la caresse comme le rêve sacre la vie, sans l'habiter.
caresse,inconnu,mot,négation,rêve,sacré,vie

intelligence
C'est à partir de la capacité de mes mots ou de mes notes d'envelopper un devenir fugace, qu'on pourra développer la musique de l'être instantané : « Je ne peins pas l'estre, je peins le passage »** - Montaigne. L’intensité est dans le devenir et non pas dans l’être (comme pensait Nietzsche).
discursif,éternité,être,intensité,mot,musique,temps

intelligence
Dans la représentation, inévitablement, il y a des parties homomorphes à la réalité modélisée ou au langage bâti par-dessus : la réalité fournit des espèces et genres physiques, chimiques et biologiques, et le langage - certains concepts nés dans la civilisation correspondante. Mais l'essentiel de la représentation est construit par un libre arbitre du sujet-modeleur. « Pour passer à une autre philosophie, on passe, forcément, à un autre langage, à d'autres représentations, à d'autres noms, que choisit notre libre arbitre » - J.G.Hamann - « Bei einer andern Philosophie, ist eine andere Sprache unvermeidlich, andere Vorstellungen, andere Namen, die jeder aus seiner Freiwilligkeit bezeichnet ».
culture,idée,langue,liberté,mot,philosophie,réalité,représentation

intelligence
Quelle est la part du connaître, dans une intelligence de choix ? - négligeable et, dans la majorité des cas, remplaçable par l'intuition ou l'imagination ! Les connaissances intelligibles, dont se gargarisent les rats de bibliothèques, se réduisent au jargon des publications académiques, c'est à dire claniques, noyées dans la routine d'un pur verbalisme.
école,mot,philosophie,savoir

intelligence
Toute partie du réel peut être confiée soit à nos yeux soit à notre regard, soit à un examen rationnel soit à une (re)création artificielle. Dans le premier cas, les mots et/ou les concepts développent suffisamment les choses dociles, c'est le cas de la science et de la vie au quotidien. Dans le second cas, les mots et/ou les concepts ne font qu'envelopper les choses insaisissables en s'en émancipant (émancipation aurait dû signifier – renoncer à la mainmise sur les choses ou les actes par les mains, au profit de la tête), c'est le cas de la philosophie et de la poésie.
action,artificiel,discursif,idée,langue,mot,philosophie,poésie,raison,réalité,…

intelligence
L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité.
espérance,force,frontière,langue,mot,musique,négation,philosophie,réalité,savoir,…

intelligence
La pluridimensionnalité phénoménologique (ouf !) : on bichonne l'accomplissement dans la réalité (philosophe), la teneur dans le modèle (savant), la référence dans le langage (poète). Le sens, son dépositaire, sa quête ; trois sphères d'excellence dont le centre est partout et nulle part.
axe,élite,frontière,mot,philosophie,poésie,question,réalité,représentation,savoir

intelligence
Le talent n'a pas besoin d'idées ; son outil, c'est le mot expressif, duquel, presque automatiquement, surgira l'impression d'idées ; il ne cherchera donc jamais à exprimer ses idées (lesquelles sont, chez lui, toujours a posteriori ; les idées a priori sont l'apanage des sots : (« Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à exprimer leurs idées » - Delacroix). L'instinct ne les aide que pour peindre : on imprime, en impliquant ses contraintes ; on n'exprime pas, en expliquant ses fins. Le talent se reconnaît, lorsqu'en ex-primant, d'instinct, son vide, il im-prime, presque malgré lui, des idées inattendues. « L'art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu'à les exprimer » - Bergson.
art,contrainte,esprit,idée,intensité,mot,sentiment,style,vide

intelligence
Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste.
antiquité,art,continuité,discursif,être,idée,immobilité,langue,maîtrise,mot,…

intelligence
La pensée ne peut être continue ; il faut l'interrompre, si l'on ne veut pas tomber dans l'inertie. Questionner, c'est tomber, miraculeusement, sur le premier mot ; penser, c'est essayer s'inspirer du mot dernier, sans le maîtriser. La discontinuité est là, tandis qu'entre les deux - la routine sans brisure, la spirale logocentrique.
commencement,continuité,maîtrise,mot,question,raison,retour

intelligence
L'esprit, pour concevoir, n'a besoin ni de lumière des idées ni d'ombres des sentiments ; on conçoit d'habitude dans le noir du désir ; c'est à tâtons, en avançant les sens ou les sons des mots, que le talent découvre les plus charmants objets de volupté et de pensée.
caresse,création,doute,élan,esprit,étonnement,idée,mot,ombre

intelligence
Aucun philosophe n'a jamais su manipuler la négation ; la synthèse des contradictions est une niaiserie, que doit remplacer l'universelle unification d'arbres. La perception du discours des autres en est une illustration probante, permettant de mettre en évidence deux autres classes de sots herménautes - des commentateurs sans personnalité et des présomptueux sans perspicacité. Les premiers ne font que reproduire l'arbre de l'auteur ; les seconds pensent que cet arbre ne contient que ce que le lecteur y met. La dialectique de l'arbre doit être dialogique.
arbre,mot,négation,philosophie

intelligence
Ceux qui ne savent qu'interpréter sont, en fonction de leur talent dans le maniement du verbe, - des sots ou des poètes. Ceux qui ne savent que représenter sont, en fonction de leur intelligence, - des sots ou des scientifiques. Ceux qui maîtrisent les deux sont des philosophes.
interprétation,maîtrise,mot,représentation

intelligence
Ce qu'expriment Platon, St-Augustin ou Pascal concerne tout homme de bon sens, de toutes les époques et de toutes les cultures, et peut en être compris ; le charabia de ceux qui en prirent la succession ne peut intéresser que des thésards mécaniques ou des bureaucrates académiques, un sordide verbalisme sans élégance, sans hauteur, sans émotion.
culture,école,hauteur,modernité,mot,philosophie

intelligence
La méta-réflexion, ce refuge du fabricant d'outils dédaignant leur emploi. « L'ouïe de l'ouïe, la pensée de la pensée, la parole de la parole, il y a aussi le souffle du souffle, le regard du regard » - Upanishad. Mais attention, que la hauteur du « L'ennui, c'est le désir des désirs » - Tolstoï - « Тоска - желание желаний » - ne se transforme en profondeur du manque du manque.
création,élan,ennui,hauteur,idée,intensité,mot,ouïe,regard

intelligence
Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre.
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intelligence
En philosophie, là où l'on n'entend pas de musique (le marteau auriculaire de Nietzsche), il n'y a rien à chercher ; l'âme est l'esprit sachant réduire à l'ouïe tous nos sens, et la philosophie est exactement la fonction, qui réalise cette transformation. Le cœur réduit le même esprit au toucher, à la caresse. La musique, le regard, la caresse semblent être des synonymes, ou des traductions d'un même mot dans des langages divins différents.
âme,caresse,cœur,esprit,mot,musique,ouïe,philosophie,regard

intelligence
Qu'est-ce que la valeur d'une pensée ? Sa nouveauté ? Sa place dans l'édifice des systèmes ? Le poids dont on l'affecte ? La qualité de son enveloppe verbale ? Plus on se rapproche de la dernière réponse, plus, donc, on est superficiel, plus cette valeur est artistique, donc, la seule qui survivra aux péripéties temporelles de la science, pour s'inscrire dans l'intemporel des consciences.
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intelligence
Deux types de philosophes de système : ceux qui le cherchent, en parcourant des yeux l'univers entier, et ceux qui le portent au fond de leur propre regard. Les premiers disposent d'idées, banales a posteriori ou/et farfelues a priori ; leur but, un tableau cohérent du monde, y est au centre. Les seconds s'identifient avec leurs mots, un concentré d'intelligence, de noblesse et de tempérament, un réseau de contraintes, déterminant l'élan de leurs commencements, dans leur propre voix, à travers leur propre visage. L'immense majorité des philosophes titulaires ne maîtrisent aucun système et ne s'occupent que de l'histoire routinière de la philosophie.
commencement,contrainte,élan,histoire,idée,nature,mot,noblesse,philosophie,regard,…

intelligence
Pourquoi l'alchimie sensible et la métaphysique intelligible du verbe ? - parce qu'aucune chimie, aucune physique n'expliquent la source des sentiments et des idées.
idée,mot,philosophie,science,sentiment

intelligence
Quels objets manipulent-ils ? Au-dessus de quelle représentation ? Les scientifiques – les concepts, rigoureuse ; les philosophes académiques – les mots, intuitive ; les poètes – les métaphores, intuitive ; les philosophes-poètes – les métaphores, rigoureuse.
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intelligence
Le monde ontologique inspire la représentation (la finalité statique), le monde phénoménologique justifie l’interprétation (les moyens dynamiques), le monde axiologique forme les contraintes : les objets ou relations à privilégier ou à exclure, la hauteur minimale des regards ou des mots.
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intelligence
Dans les passages cognitifs : chose – concept (engagé) – mot – proposition – vérité – concepts (dégagés) – sens, toutes les étapes intérieures ne sont que transitoires, pourtant toute la rigueur s'y trouve, contrairement au premier (libre arbitre de la représentation) et le dernier (liberté de l'interprétation), et c'est bien dans ces deux-là que réside la plus subtile de nos intelligences.
concept,interprétation,liberté,mot,question,représentation,savoir,vérité

intelligence
Ce qui irrite nos philosophes, c'est que les informaticiens primitifs les dépouillent de leur vocabulaire, alambiqué et filandreux, pour le rendre robuste et opératoire. Les philosophes professionnels prétendent détenir un savoir de la vie, supérieur au savoir de la nature. Ils auraient dû se consacrer à leur vrai métier, celui des frontières, par exemple entre le savoir et le non-savoir, entre le connaissable et l'inconnaissable. On ne peut opposer au savoir que la poétique.
école,frontière,inconnu,mot,nature,philosophie,poésie,savoir

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Les quatre étapes du surgissement de mes notes : l’état de l’âme, la musique, les mots, la pensée. Une bonne contrainte : ne jamais commencer par la dernière étape.
âme,auteur,commencement,contrainte,idée,mot,musique

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La pensée – évocation, par un sujet, de relations d’objets dans un langage de mots ou de gestes. Elle peut être émise, perçue, interprétée, munie de sens – par un sujet. La réalité en est le départ et l’arrivée, mais seule la représentation la rend opératoire.
concept,idée,interprétation,langue,mot,réalité,représentation

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La géométrie – occulter le temps, l’analyse – occulter l’espace, la topologie – réussir leur cohabitation. Ce tableau comparatif est un parallèle des rapports philosophiques entre l’être et le devenir ; un processus créateur peut prendre l’intensité ontologique. La substantivation des verbes en est un autre parallèle.
création,être,intensité,mot,philosophie,science,temps

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Dans la résolution magique de nos problèmes quotidiens - aucune trace d’un backward-chaining dans l’emploi de nos connaissances ! Et l’on ne reconstitue notre démarche qu’en remontant la chaîne abductive, justificative. La magie reste entière. « Les connaissances agissent en éclairs ; le discours n’en est qu’un long tonnerre postérieur »*** - Benjamin - « Erkenntnis gibt es nur blitzhaft. Der Text ist der langnachrollende Donner ». Les connaissances sont plutôt une lumière permanente et neutre, dont se sert le discours, composé d’ombres partiales.
abduction,mot,mystère,ombre,savoir,voix

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Tout indice de mon état, de mes attitudes, de mes sentiments relève du penser. Mes gestes, mon visage, mes yeux livrent, tout le temps, ce genre d’indices – la pensée sans les mots est donc possible. Mais aucune pensée ne peut se passer d’une représentation conceptuelle (commune à tout langage qui s’y greffe) et d’une interprétation (soit de propositions langagières soit d’expressions corporelles). Toute civilisation forme des interprètes de nos joies, peines, jugements, intentions, exprimés par notre mimique.
concept,culture,idée,interprétation,langue,mot,représentation

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Dans toute représentation respectable, il y a de la place pour une profondeur du réel et une hauteur du rêve ; les beaux tropes, comme les grandes théories, naissent dans des représentations et non pas dans le langage. Ceux qui nagent dans les concepts et ne voient que les mots ou les choses sont condamnés au verbiage ; toute la philosophie académique y est.
concept,école,hauteur,langue,métaphore,mot,philosophie,réalité,représentation,rêve,…

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En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose.
concept,être,langue,mot,nécessité,négation,philosophie,réalité,représentation,science

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Le galimatias de Hegel reprend celui de Parménide ou de Plotin. La proximité, phonétique et lexicale, entre l’Un et l’Être, en grec, ou entre Sein et Eins, en allemand, est la seule source évidente de leurs logorrhées. Ils ont, tous, profané les notions platoniciennes de Bien et d’Idée, ouvertes aux interprétations innombrables.
allemagne,bien,concept,école,être,grèce,idée,interprétation,mot,philosophie,…

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Il est plus facile d’exprimer, violemment, ses dégoûts que d’imprimer, dans des mots pacifiques, ses goûts. Il est plus facile de mépriser le superflu que de priser ce qui n’est que possible. Mais dans tous les cas, il faut partir des contraintes, pour faire jouer, ensuite, le tempérament et le talent.
contrainte,esprit,goût,mot,nécessité

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Ce qui est profond ne peut ni s’envelopper d’un mot-à-mot délié ni se développer par un nez-à-nez familier ; on ne donne une image verbale, conforme de la profondeur d’une sensation, que par la hauteur d’un regard, perçant et intense. La plus belle création consiste en entretien des axes, vastes et paradoxaux.
axe,création,hauteur,intensité,mot,paradoxe,proximité,regard,sentiment

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La cécité et la misère de la philosophie académique se révèlent dans ces deux exemples : elle ne voit de mystère ni dans la matière ni dans l’esprit ; elle n’entoure de mystères que ce qui est banal, trivial, plat – le non-être, le néant, le rien, l’ensemble vide (le seul apport philosophique au thème d’existence aurait dû être l’objet et la thérapeutique de la consolation). Et, comble d’imposture, cette philosophie le fait dans le culte d’un savoir, qu’elle ne possède jamais (comme le vouloir et le pouvoir – non plus). Arythmie des mots, anémie des concepts.
concept,consolation,école,esprit,être,mot,mystère,philosophie,platitude,savoir,…

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Chercher du nouveau parmi les objets, les mots ou les idées est une ambition vouée à l’échec ; ces champs sont épuisés depuis longtemps. Le nouveau ne peut être que dans la nature des rapports entre l’intelligence, la noblesse et le style.
défaite,idée,mot,noblesse,style

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L’art de ranimer les rêves et les mots – tel est le sens de la gaya scienza de Nietzsche : « Une philosophie pleine de fleurs, science gaie autant que sublime » - J.Joubert – la science n’y est qu’un art et les fleurs y font partie d’un arbre majestueux, de racines à canopée.
arbre,hauteur,mot,noblesse,rêve

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Un discours, pour prétendre au grade d’un parfait galimatias, doit posséder plusieurs caractéristiques : l’idée centrale banale ou bête, l’indistinction permanente entre le mot et le concept, des relations aléatoires, impossibles, apoétiques entre concepts, des références bancales à vérité, connaissances, liberté, réalité, la manie de dénoncer et de combler des lacunes chez les autres, l’insensibilité aux rêves, qu’on profane par illusions, apparences, incertitudes, riens.
concept,doute,idée,inconnu,liberté,mot,platitude,poésie,réalité,rêve,…

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Le poète synthétique Platon place ses mots (Idées particulières) dans sa représentation (en haut) ; le philosophe analytique Aristote les applique directement à la réalité (en bas) universelle. D’où le malentendu entre l’élève et le maître. L’erreur de tous les deux est de croire en universel et de négliger le particulier. En plus, dans le mot particulier, ils confondent ces deux concepts différents : la relation classe/élément et l’appartenance de représentations aux auteurs différents.
concept,erreur,idée,mot,philosophie,poésie,réalité,représentation,universel

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Toutes les idées, aussi bien mesquines que sublimes, ont besoin de points d’attache verbaux, au sens vague ou protéiforme, que l’auteur fixerait en les attachant à ses représentations. C’est l’une des justifications de l’appel à ces avortons de notions comme être-exister-substance, métaphysique-transcendance-immanence, savoir-soi-conscience etc., une autre justification étant leur usage métaphorique et non pseudo-théorique.
concept,être,idée,métaphore,mot,philosophie,représentation,savoir,soi,système

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Tu vis dans plusieurs mondes, dans plusieurs demeures, en fonction de leur habitant principal – le sentiment, la pensée, la parole, l’action, l’écrit. Mais sans résidence secondaire, animée par le rêve et où tu vivras en nomade, tes demeures de sédentaire deviennent vite vétustes.
action,idée,mot,nature,rêve,sentiment

intelligence
L’intelligence dans l’art : la maîtrise de synthèse ou d’analyse – une platitude ; la rigueur de représentation (ton savoir) ou d’interprétation (ta virtuosité) – une profondeur ; l’art de passer des idées (de tes élans) aux mots (coups de pinceaux ou notes) ou des mots (des autres) aux idées (tes métaphores) – la hauteur.
art,création,élan,hauteur,idée,interprétation,maîtrise,métaphore,mot,musique,…

intelligence
Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce.
concept,grâce,interprétation,langue,mot,philosophie,poésie,représentation,savoir,science,…

intelligence
Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie.
arbre,bien,concept,école,interprétation,langue,maîtrise,mot,négation,philosophie,…

intelligence
La pensée s’ancre dans la représentation ; l’élément central de la représentation, c’est le concept de classe (ensemble) : « Tout avancement de la pensée est de former des classes qui permettront de poser des problèmes véritables »*** - Valéry. Tout philosophe de l’esprit (et il y en a des hordes) devrait s’en inspirer, pour oublier les mots et revenir aux classes !
concept,esprit,idée,mot,philosophie,représentation

intelligence
Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à : 1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir 2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes) 3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser 4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau 5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé. C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées.
abduction,concept,interprétation,langue,mémoire,mot,proximité,question,robot,savoir,…

intelligence
On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race.
concept,hommes,interprétation,langue,mot,mouton,négation,noblesse,proximité,représentation,…

intelligence
Ce qui se formule à partir de concepts, abstraits ou spatio-temporels, n’est pas de la pensée, mais de la routine. La pensée naît au milieu de choses vagues : sensations, conscience, désir, opposition, empathie, honte, enthousiasme, angoisse, ni conceptualisées ni verbalisées. Une espèce de mélodie, de puissance naissante, de timbre, de hauteur se fie aux mots approximatifs qui forment une réalité avec de vagues rapports avec tes états d’âme initiaux. Dans cette réalité artificielle percent des idées ; une fois reliées, elles résultent en pensées.
âme,angoisse,commencement,concept,conscience,enthousiasme,hauteur,honte,idée,mot,…

lichtenberg g.
Es ist mit dem Witz wie mit der Musik, je mehr man hört, desto feinere Verhältnisse verlangt man.

Il en est de l'esprit comme de la musique ; plus on l'écoute, plus on exige de subtiles nuances.
intelligence
Le bel esprit est un contrapuntiste multipliant des accords paradoxaux de sentiments et de pensées. « La musique est un intermédiaire entre la vie de l'intelligence et celle du sentiment » - Beethoven - « Musik ist Vermittlung geistigen Lebens zum sinnlichen » - tout en restant au diapason de la profondeur insondable de la première et de la hauteur inaccessible du second. La musique nous apprend, qu'on peut penser sans mots et sentir sans caresse.
caresse,esprit,goût,hauteur,idée,inconnu,mot,musique,paradoxe,sentiment,…

joubert j.
L'esprit est l'atmosphère de l'âme. La pensée se forme dans l'âme comme les nuages se forment dans l'air.
intelligence
Cette atmosphère, le plus souvent, interdit toute éclosion de vies hautes et toute pénétration par la lumière des astres. Elle saisit, sans envelopper de caresses ; elle étale, sans développer de largesses. Et, en mettant les choses au mieux, ne fait qu'arroser la montagne de mots, comme le chien des meutes honore l'arbre solitaire. Le rêve impossible : l'âme comme l'esprit enchanté, l'esprit comme l'âme concentrée.
absurde,âme,arbre,discursif,éléments,esprit,étoile,ironie,mot,ombre,…

novalis f.
Jede Wissenschaft, Philosophie geworden, wird Poesie.

Toute science devient poésie, une fois devenue philosophie.
intelligence
Et toute philosophie perd sa poésie substantielle en aspirant à devenir science formelle. La philosophie – l'art de voir au-delà des mots ; la poésie – l'art de traduire le regard en mots.
élan,mot,philosophie,poésie,regard,science

france a.
Les philosophes savent que les poètes ignorent la pensée et cela les désarme et fascine.
intelligence
Car le vrai philosophe n'ignore pas le sort titubant de ses constructions pseudo-logiques éphémères, et il admire le poète, qui érige le même édifice uniquement par un bel élan du mot. Les châteaux en Espagne du poète s'avèrent plus intelligibles que les casernes philosophiques, qui, d'aveu même de leurs habitants, ne sont, dans le meilleur des cas, que des châteaux de cartes. La pensée accompagne plus volontiers une image qu'un échafaudage.
acquiescement,art,château,élan,esprit,intensité,mot,philosophie,poésie,raison

unamuno m.
Otros piensan con todo el cuerpo y toda el alma, con la sangre, con el tuétano de los huesos, con el corazón, con los pulmones, con el vientre, con la vida. Y las gentes que no piensan más que con el cerebro, dan en definidores.

D'autres pensent avec tout le corps et toute l'âme, avec la moelle des os, avec le cœur, avec les poumons, avec le ventre, avec la vie. Et les gens, qui ne pensent qu'avec le cerveau, donnent des définitions.
intelligence
Le ventre songeur, la moelle des os ployée sous le poids des syllogismes, le corps éructant quelques métaphores mal digérées - non, au pays du verbe je suis contre la république et pour la tyrannie du cerveau.
âme,caresse,cœur,métaphore,mot,raison,vie

valéry p.
L'intelligence nage en tenant la poésie hors de l'eau.
intelligence
Avec des convulsions des mots flotteurs ! Les idées sont des barques au service du nageur ; les mots ne sont que des bouées au service de l'étoile.
art,éléments,étoile,idée,mot,poésie

bachelard g.
En ce temps du lointain savoir, où la flamme faisait penser les sages, les métaphores étaient de la pensée.
intelligence
Les sages d'aujourd'hui sont handicapés de métaphores, mais bardés de prothèses - outils, méthodes, approches - pour fréquenter les quatre éléments qui te fascinent : le feu des polémiques professorales, l'eau d'un langage argotique, l'air des idoles, la terre basse de leurs horizons.
école,éléments,esprit,étoile,idée,métaphore,mot,philosophie,savoir

deleuze g.
L'interprète, c'est le médecin qui considère les phénomènes comme des symptômes et parle par aphorismes. L'évalueur, c'est l'artiste qui considère les perspectives et parle par poèmes. Le philosophe est artiste et médecin - en un mot, législateur.
intelligence
Ce Lycurgue crée des lois, en chantant l'incurable, en n'opérant que les plaies pittoresques, en vivant de l'étouffement naturel et en peignant la respiration artificielle.
art,artificiel,cité,interprétation,maxime,mot,nature,philosophie,poésie,souffrance

weil s.
L'intelligence ne peut jamais pénétrer le mystère, mais elle peut et peut seule rendre compte de la convenance des mots, qui l'expriment.
intelligence
L'intelligence est dans la qualité du dialogue entre le mystère et le modèle. Les mots sont une navette intelligente.
élite,langue,mot,mystère,représentation
 

chœur ironie
SOUFFRANCE : On pense, que c'est pour dissimuler la souffrance que l'ironiste nivelle ses états d'âme ; c'est, au contraire, pour mieux exhiber le bonheur, qui se méfie des mots non ironiques. Bonheur et douleur font bon ménage, tant que leurs biens hypothétiques sont mis en commun. Mais l'expérience leur rapporte des patrimoines en propre, et deux lignes de descendance distincte s'y ancrent.
bonheur,maîtrise,mot

chœur ironie
MOT : L'ironie s'insinue mal dans les couleurs ou les notes, où la farce manque toujours de force ; c'est parmi les mots qu'elle élit ses disciples, pour saper la réputation de la gravité et la tyrannie des idées. L'ironie est le refus de prêter hommage à un potentat, qui doit tout à l'héritage. L'ironie, c'est la redistribution de titres de noblesse parmi des mots jeunes et exaltés.
force,idée,intensité,noblesse,révolte

chœur ironie
HOMMES : Il était beaucoup plus facile d'ironiser sur les hommes, lorsqu'ils cultivaient encore quelques illusions et se mesuraient aux volatiles. L'ironie est un épouvantail inutile au milieu des utopies dévorées par des reptiles. Peut-on être ironique avec une machine ? Elle mérite un maximum de sérieux et un minimum de paroles intelligibles, juste quelques vociférations, le jour des pannes.
mot,rêve,robot,utilité

ironie
Je ne connais qu'un sentiment se passant de mots et ne trouvant aucune extrapolation chez les bêtes, c'est la pudeur. Transposée dans les mots, elle devient ironie.
honte,mot,sentiment

ironie
L'ironie de la hauteur : glissade toujours possible de brillant vers béant ou baillant (bright vers broad ou bored, сияющий vers зияющий ou зевающий).
ennui,gloire,hauteur,mot,ombre,vide

ironie
Les Anciens reprochent aux hommes de parler plus qu'ils ne pensent et de penser plus qu'ils ne vivent. La pensée et la vie ayant muté, de nos jours, en schémas et en normes, et le silence de l'âme remplissant la parole, il faudrait dire aujourd'hui qu'ils pensent, malheureusement, plus qu'ils ne parlent et qu'ils vivent, hélas, plus qu'ils ne pensent.
âme,antiquité,modernité,mot,raison,silence,vie

ironie
La poésie introduit la règle ludique dans le concours de couleurs de l'imagination ; l'ironie est un arbitre, qui met à égalité le vainqueur et le vaincu, avant qu'ils ne rejoignent la grisaille de la vie, où le jeu est minable. L'ironie et le jeu devraient surtout soigner leur premier enfant étymologique - l'il-lusion, l'art de capitulations devant le réel. La philosophie, en nous apprenant, lourdement, à mourir ou à vivre, néglige de nous apprendre à jouer, légèrement.
art,défaite,jeu,mort,mot,philosophie,platitude,poésie,réalité,rêve,…

ironie
Pour se mettre à écrire, un besoin intérieur doit naître : le sot y voit quelque chose à dire, le graphomane y ressent l'envie de dire quelque chose, l'écrivain y entend la musique qu'il tente de traduire en mots, détachés des choses et entachés de silence, tout en se méfiant des inerties.
art,continuité,mot,musique,silence

ironie
Nos états d'esprit se traduisent fidèlement par nos prises de positions ; nos états d'âme sont à traduire à partir de nos poses. Caresses bestiales d'amour-propre ou tendresse musicale d'amour. Étrange parallélisme de lectures intellectuelle ou érotique du couple de mots – position-pose.
âme,amour,caresse,esprit,mot,musique,pose,reconnaissance

ironie
La meilleure chance de préserver le statut de parole vivante est d'en ériger une statue, de la pétrifier dans une belle formule. Ce qui est statufié s'interprète en vers, source de toute vie.
commencement,interprétation,maxime,mot,poésie,vie

ironie
Le rationaliste : la critique corrigeant l'erreur aboutit à la vérité ; l'ironiste : le mot métaphorique caressant une vérité indicible se rit de tout(e) critique.
erreur,métaphore,mot,vérité

ironie
La noblesse et la vitalité d'un mot se prouvent souvent par le refus de se reproduire.
continuité,mot,noblesse,révolte

ironie
Pour ceux qui pratiquent plus souvent la danse que la marche et le chant que la parole, - la collision ou la dissonance sont des écorchures. Ce que ne comprennent ni marcheurs ni narrateurs. Le poète est celui qui sache changer en danse une claudication.
danse,discursif,mot,musique,poésie

ironie
Diatribes, jérémiades, philippiques - c'est toujours l'échelle et la langue du conformiste. Ne cherche pas à te débarrasser de l'accent de métèque, escamote les compléments de lieu, d'objet, de manière. Toute phrase coordonnée y est subordonnée aux sujets à noms trop communs.
exil,mot,mouton,platitude,révolte

ironie
Comment un métèque peut-il s'acclimater à Monaco, lui, qui est à domiciles multiples, ou sans domicile, - métaïkos - au milieu de ceux qui n'en ont qu'un - monoïkos ? - en devenant éco-logue, spécialiste de sa demeure !
exil,mot

ironie
Méfie-toi de la pensée habillée d'une façon trop pompeuse, pensée accueillie en tant qu'uniforme ou tenue d'apparat. Fraternise-toi avec les mots haillonneux et cafouilleux, apprends-leur à chanter et à rougir ; quant au mot-roi, semant la terreur en processions rituelles, aie le courage de reconnaître que, pour un bon regard, il est pitoyablement nu. Dans l'hermine de forme s'insinue si facilement la vermine de fond.
audace,idée,mot,style

ironie
L'objection principale contre l'abstraction totale, dans le métier du mot (Mallarmé) : l'ironie n'a plus de sens, si l'on ne fait qu'évoquer des objets au lieu d'y toucher. Et sans l'ironie, point de littérature.
concept,mot,réalité

ironie
Tous les imposteurs, querelleurs et orgueilleux, sont persuadés, que le monde entier se ligue contre eux. « On reconnaît un génie par l'union sacrée des sots se liguant pour le combattre » - Swift - « When a true genius appears in the world, you may know him by this sign, that the dunces are all in confederacy against him ». Les sots ne ferraillent que contre d'autres sots, parmi lesquels ne tombe que par inadvertance un génie, à cause du ratage de l'encryptage ou de l'adressage de ses messages.
esprit,lutte,mot

ironie
On ne peut se détourner de la vie, tout en la respectant, qu'en devenant théâtral (où l'on « se pavane ou se tracasse » - Shakespeare - « struts or frets »). Peut-on imaginer une tragédie au naturel ? Être théâtral, c'est avoir la sensation de la scène, le trac du spectateur, la foi dans une vie née du mot, l'aide du souffleur, l'appel des coulisses.
jeu,mot,nature,tragédie,vie

ironie
Tout mot théâtral - et c'est le seul à survivre aux représentations de la vie - doit faire sentir, que lui aussi quittera la scène.
jeu,mort,mot,vie

ironie
Tout le monde voit ce que fait Achille, en dépassant la tortue ; peu comprennent ce qu'en dit Zénon.
action,idée,intelligence,mot

ironie
Tout ce qui est sérieux peut être projeté sur le paradigme du théâtre. La projection réussit, si l'on n'a pas envie de courir dans les coulisses ni de chercher à vilipender un public trop distrait. Manipulation du rideau, décor en harmonie avec le son ou le verbe, éclairage de la scène, - autant de métiers de spectacle, qui échappent aux récitations peu déclamatoires du réel.
jeu,mot,musique,ombre,ordre,réalité

ironie
Celui qui dit, que Spinoza est le plus grand des philosophes, a la même image à mes yeux que celui qui tient Nostradamus pour le plus grand prophète et Freud pour le meilleur connaisseur de l'âme humaine - un charlatanisme génialement réussi à travers un langage violemment neuf. Serait-ce un trait commun des meilleurs des métèques, des Juifs ?
âme,auteur,hommes,mot,philosophie

ironie
La rue des Hautes Formes, à Paris, est un cul-de-sac en zigzag. On n'accède à la rue des Artistes que par une espèce d'échelle de Jacob, où tu te frotterais plutôt à un chien oublieux qu'à un ange attentif. Café de la Renaissance, à la sortie d'un cimetière, comme l'impasse de Satan - à l'entrée d'un autre. L'impasse de l'Enfant Jésus menant vers un mouroir. Avertissements.
france,mot,paradoxe

ironie
Les adjectifs, par leur droiture, sapent souvent les progrès de l'écriture ironique ; ceux que j'aimerais dénicher seraient de la famille de sacré (sacer), comportant son propre sacrilège, car nous renvoyant soit à saint soit à exécrable, auguste ou exclu, soit pour être divinisé soit pour être occis.
art,bassesse,mort,mot,sacré

ironie
Il est certain que l'Orthographe divine est postérieure au Verbe ; toutefois, elle annonce la création du Temps (passant du passé simple au futur intérieur), puisque Chronos est né de Cronos, par une substitution d'une fière explosive (kappa - Κ) par une perfide chuintante (khi - Χ). Perdant sa dignité masculine surchargée, Cronos, en même temps, donna naissance à l'Espace anonyme.
commencement,langue,mot,temps

ironie
Ils disent : enlevez la poussière, la buée, la gangue et vous atteindrez à l'authenticité. Si celle-ci existe, je la verrais plutôt dans ce que vous cherchez à enlever, dans ce qu'inventent notre mot ou notre larme. « Les sentiments sont inventés comme les mots. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l'homme » - Merleau-Ponty. C'est l'outil de fabrication qui nous distingue : chez les uns, c'est l'imagination, le goût, la sensibilité ; chez les autres - l'inertie, l'imitation, l'algorithme.
artificiel,authenticité,continuité,création,goût,mot,nature,robot,soi,souffrance,…

ironie
Il ne suffit pas de prouver, que le Père céleste est un père Ubu ; il faut que ton verbe soit moins absurde que Son Fils.
absurde,art,christianisme,mot

ironie
Ils manquent d'espace ou de temps, pour développer leurs idées ; moi, pour envelopper mes mots, je n'ai besoin que de deux lignes en relief, une page entière me flanquant l'ennui et la trouille. « Le pauvre en pensées pense : on ne possède la pensée que tout prête, on n'a qu'à la revêtir de mots » - K.Kraus - « Der Gedankenlose denkt, man habe nur dann einen Gedanken, wenn man ihn hat und in Worte kleidet ». Les pensées sont d'interchangeables mannequins, pour le haut couturier qu'est le maître du mot.
auteur,discursif,ennui,idée,maxime,modernité,mot,temps

ironie
La vie m'apprend la navigation, la philosophie - la gestion du naufrage, la poésie - l'art de confier à une bouteille aléatoire et providentielle le vertige des fonds ou l'horreur des crêtes. L'ironie me cloue au rivage.
défaite,étonnement,hauteur,immobilité,mot,philosophie,poésie,vie

ironie
In vinum veritas ? - non, la vérité est dans l'étiquette, dans le vin il n'y a que le vertige !
étonnement,intensité,mot,vérité

ironie
La familiarité légitime avec la pensée te rend impuissant du verbe ; l'intimité - viols ou rendez-vous secrets - avec la langue, la fait enfanter de pensées inattendues et proches. « Les pensées, qui naissent, sans être recherchées, sont les plus précieuses » - Edison - « The thoughts that come unsought for are the most valuable ».
commencement,idée,mot,proximité

ironie
Je regrette, que l'habit ne fasse plus le moine. Souvenez-vous du premier objet, que les contemporains de Socrate ou de Jésus se disputèrent à la mort de ceux-ci ? - c'était leur chlamyde. Leurs verbes, en revanche, ne sont que des résurrections collatérales.
christianisme,mort,mot,philosophie,style

ironie
Tout haut fait mérite, au bas mot, d'être mis à plat.
hauteur,mot,platitude

ironie
L'image la plus gratifiante est le contraire d'une image classique, inaltérable, c'est celle qui donne l'envie de l'envisager sous de nouveaux points de vue. L'ironie, le refus de chercher l'inaltérable dans les concepts ou dans les mots, l'inaltérable qui n'honore que le grandiose inexistant.
création,idée,inconnu,mot,négation,révolte

ironie
Le mot n'arrivera jamais à reproduire ce qui est vraiment grand ; c'est pourquoi ironiser sur l'exprimé (et non sur l'inexprimable : « Devant ce qui est grand et grave, l'ironie est petite et impuissante » - Rilke - « Vor den großen und ernsten Gegenständen wird die Ironie klein und hilflos ») n'est jamais un blasphème.
force,grandeur,inconnu,mot

ironie
L'Archange Gabriel est le personnage le plus clownesque de la Saga du Dieu unique. Dans l’Ancien Testament, il se fait remarquer, en chantant les vertus d’un herbivore ruminant, le bouc. Les premières paroles de ses Annonciations , qu’il adresse à celle qui ne sourira jamais - « Réjouis-toi ! ». Il se moque du prophète analphabète, en lui présentant les Saintes Écritures - « Lis ! ». Au père muet (mais nullement sourd) de Jean-Baptiste il annonce la naissance de celui-ci non pas en paroles, mais par gestes !
action,ange,enthousiasme,mot,vie

ironie
Un seul des verbes - être, vivre, écrire - peut s'allier à la sagesse : on est plus souvent faible que sage, on vit au hasard de l'insignifiance, seul l'écrit peut parfois damer le pion au hasard et à la faiblesse, et encore…
être,jeu,mot,platitude,vie

ironie
Entre le don de plume et l'intelligence - aucun lien ; la plupart des hommes intelligents, en se mettant à écrire, n'exhibent qu'une bêtise piteuse. Socrate dut s'en douter.
art,intelligence,mot

ironie
Où peut mener la création ex nihilo est bien illustré par l'étymologie du Plan divin : Je créerai comme c'est écrit ! Ce qui, en araméen, se dirait - abracadabra !
commencement,création,dieu,mot

ironie
Dans le métier de haute couture - enfilage de pensées, je suis fournisseur de hauts modèles (top-models), de perles langagières.
auteur,beauté,esprit,hauteur,mot

ironie
L'ironie n'abat que des idées minables ; l'idée irréductible aux mots serait couronnée, voire rehaussée par l'ironie généreuse quoique impitoyable. « Une idée est un concept accompli jusqu'à l'ironie »** - F.Schlegel - « Eine Idee ist ein bis zur Ironie vollendeter Begriff ».
hauteur,idée,mot,pitié

ironie
Le progrès de la compréhension des discours des sots est toujours quantitatif (et l'on finit par comprendre même les jargonautes philosophiques) : mieux on comprend un penseur-poète, plus on l'admire ; plus on comprend un professeur prosaïque, mieux on le méprise.
intelligence,mot,philosophie

ironie
Des mélodies ou des harmonies font venir les mots ; si la musique, qui en naît, est divine, des idées y apparaissent, comme par un coup de baguette magique. Il n'y a pas beaucoup de place aux fichus silences et secrets, dans lesquels mûrirait la pensée. Apologie du pédant et du brigand ! La pensée est un journalier bruyant au service de son employeur grand seigneur, le mot. Invisible, elle n'a pas besoin de se dissimuler. Ce n'est pas le secret qui embellit la vertu, mais sa franchise avec le vice.
bien,idée,mal,mot,musique,raison,silence

ironie
L'oubli de l'être est une paraphrase de la mort de Dieu, et pour ces deux carences, les remèdes respectifs, le souci et l'intensité, sont des synonymes. Curieusement, même leur demeure serait la même - le langage ! Mais tous les deux ne sont peut-être que l'incapacité d'y lire un retour éternel du Même.
dieu,éternité,être,intensité,mort,mot,retour

ironie
Un paradoxe entre noms et verbes, prix/valeur et apprécier/valoriser, peut se voir dans la définition du bon et du mauvais narcissisme : le mauvais valorise, de l'extérieur, le prix de ses copies, et le bon apprécie, de l'intérieur, la valeur de ses créations ; chez le premier, ses productions sont des traces reconnaissables du soi, chez le second - des échos d'un soi inconnaissable.
axe,création,inconnu,mot,narcissisme,soi

ironie
Que peut vouloir dire « au nom du Père… », si, par définition, on ignore le nom de l'Intéressé ? En toute rigueur, on aurait dû psalmodier : « par référence au Père… ». Tous savent, que c'est l'inexistant qui se prête le mieux aux métaphores et ellipses.
christianisme,inconnu,métaphore,mot

ironie
L'écrit lui-même devrait être un rêve, - au lecteur de savoir fermer les yeux et de choisir sa nuit ; l'écrit des charlatans provoque presque le même effet : il est somnifère et nuit, sans rêve ni lumière ni ombres.
art,mot,ombre,rêve

ironie
L'œil s'humidifie ou s'enflamme, et la cervelle en est souvent complice, pour l'entretenir ou le traduire ; la dévoyeuse, la componction à traquer, la gravité desséchante ou frigorifiante, se tapit dans l'écriture.
art,éléments,intensité,mot,raison,regard,souffrance

ironie
Celui-là n'a rien à dire, le reproche qu'on entend, le plus souvent, chez les sourds au chant ; ça ne marche pas, disent les inaptes à la danse ; ça ne colle pas, se lamentent les esclaves des étiquettes, inhabitués aux mots libres.
danse,liberté,mot,poésie

ironie
C'est en ravaudant ses jours troués qu'on devient grand couturier de la nuit ; c'est en adoptant une pose qu'on traduit le mieux une inspiration. L'acte ne serait que coutures opératoires, le maniérisme - que coupures respiratoires. Le cœur de l'art à travers les cardiogrammes des mots. L'art de se mettre apte au travail s'appelle inspiration.
action,art,cœur,commencement,mot,pose

ironie
Ils prennent trop à la lettre les mots de hauteur ou de profondeur et cherchent à nous proposer des échelles ou des puits, tandis qu'il suffit de nous rappeler le besoin d'ailes ou le besoin d'échos, les deux - à travers des caresses verbales et non pas des messes doctrinales.
caresse,hauteur,mot

ironie
Très comique confusion entre le vide physique et le vide mathématique, chez les badiousiens  : mettez dans un ensemble vide deux ensembles, vous obtenez un ensemble différent de deux ensembles unis ; c'est la matrice formelle de l'addition algébrique. Il a du mérite, cet ensemble vide subissant, sans aménité, une si brutale intrusion ! Et, rongée d'envie, la matrice informelle se réfugierait dans une soustraction topologique. Toutefois, la mathématique de l'Ouvert, chez Badiou ou Sloterdijk n'est pas plus risible que la logique de Hegel - de vastes, indigestes et irresponsables logorrhées, où, par exemple, le tiers exclu désigne un intrus, dont l’arbitrage est refusé par deux idées en conflit, décidées à en découdre.
idée,lutte,mot,science,vide

ironie
Les Plus Déserts Lieux, PDL, les mots, hésitant entre la force et la liberté, et trouvant, comme par hasard, des échos dans : Prime Data Language, Public Document License, Popolo della Libertà, un poundal (mesure de la force).
force,liberté,mot

ironie
On aurait dû réserver les mots absolu et infini - aux mathématiciens, pour définir la convergence, et les mots immortel et purs - aux curés, pasteurs, popes, gourous, imams, chamanes, rabbins, marabouts, manitous, pour souligner leurs divergences. Dès que des philosophes s'en servent, on n'entend que des preuves bancales ou des logorrhées cloacales.
espérance,inconnu,mot,philosophie,sacré,science

ironie
Aimer le verbe plus que l'homme se justifie, le verbe expiant les péchés et chantant les vertus de l'homme ; le verbe est un mot, demeurant dans la hauteur et visant la profondeur, il en est l'équilibre ; l'homme, la plupart du temps, se vautre dans la platitude. « La vertu veult monter » - Montaigne - la réponse du cœur à la propension de l'esprit à se propager : « Que sçay-je ? ».
cœur,esprit,hauteur,mot,musique,platitude,question,sacrifice

ironie
Techniquement, est philosophe celui qui serait capable d'inventer une interprétation, amusante ou démesurée, à partir de n'importe quelle sottise, grise et banale. C'est pourquoi il faut le mettre à l'épreuve, en lui présentant des platitudes sans la moindre aspérité idéelle ou verbale, pour voir s'il y trouvera une bonne prise ou un bon levier. La gymnastique philosophique devrait s'appeler gymno-sophisme.
idée,intelligence,mot,philosophie,platitude

ironie
Qui, aujourd'hui, est philosophe universitaire ? - c'est celui qui, sans vergogne, alignera des centaines de pages charabiques, partant de Le non-être (néant, rien, ensemble vide, inexistant) n'est pas ou de Penser, c'est penser à quelque chose (à Dieu, au bonheur, à la liberté), et développant ces avortons par ce qui aurait pu les précéder ou s'en ensuivre. On tire, au hasard ou en suivant la routine séculaire, des mots dans un sac, avec une douzaine de verbes et une douzaine de substantifs. Dans la logorrhée ainsi produite, toute négation s'accole et s'insère sans aucune résistance ; l'interchangeabilité verbale et conceptuelle y est un jeu d'enfant.
bonheur,dieu,être,idée,jeu,liberté,modernité,mot,négation,philosophie

ironie
Quand on a fait le tour complet de la réalité, de la représentation et du langage, on en aura retiré, respectivement, la noblesse, l'intelligence et le talent, pour en épouser, successivement, le matérialisme, l'idéalisme et le verbalisme ; avec la matière on apprend l'art des contraintes, avec les idées - la technique des buts, avec les mots - le vertige des moyens ; et l'on finit dans l'immobilité et l'invisibilité du talent, que ne trahit que la musique de l'œuvre.
contrainte,esprit,idée,immobilité,inconnu,langue,matière,mot,musique,réalité,…

ironie
Chez les plus grands, on trouve de l'indifférence aux idées : Pascal écoute le sentiment, Nietzsche soigne le ton, Valéry interroge l'expression du mot et la perfection du réel. En revanche, tous les sots sont submergés d'idées, qu'il faut déverser sur un public ignare et avide de vérités.
idée,intelligence,mot,réalité,sentiment,vérité

ironie
La naissance de l'ironie : il est clair, que nos meilleurs états d'âme ne peuvent être rendus fidèlement que par la musique, mais nous sommes obligés de faire appel aux mots, qui, le plus souvent, sont dépourvus de musique - d'où la résignation ironique.
acquiescement,âme,mot,musique

ironie
La perfection mécanique (en solution de problèmes humains) n'a rien à voir avec la perfection organique (le problème du mystère divin). Dommage que mon vieux Voltaire n'ait pas compris la perfection du meilleur des mondes possibles, que prônait mon ami Leibniz, qui m'est si proche par ses horizons, par sa culture linguistique, par son expérience et même peut-être par ses origines.
auteur,culture,dieu,hommes,mot,mystère,nature

ironie
Ils écrivent parce qu'ils ont quelque chose à dire, à montrer ; je n'écris plus dès que je n'ai plus rien à chanter ni à cacher.
art,auteur,mot,musique

ironie
Comment traduit-on, aujourd'hui : l'artiste peint un tableau ? - le plasticien maintient son installation ! Le mot rencontre le son ? - le concept émerge du bruitage.
art,idée,mot,robot

ironie
La maîtrise littéraire est à l'opposé de la maîtrise échiquéenne. Dans la seconde, comptent les connaissances des débuts, l'intuition au milieu du jeu, la technique des fins de parties. Dans la première, il est plus important de s'appuyer sur l'intuition des commencements, la technique des mots intermédiaires, les connaissances des fins de vie.
art,commencement,jeu,maîtrise,mot,savoir,vie

ironie
L'âme-artiste, amie des mots crus et corvéables, s'évertue à être remise à neuf ; mais l'esprit-artisan me fige, dans ses pensées en béton. Et c'est mon corps, qui n'est pas de marbre mais d'argile, qui en souffre.
âme,art,caresse,mot,platitude

ironie
Toute la poésie, qu'elle soit verbale ou musicale, doit sa belle liberté aux contraintes. « Il arrive qu'on s'impose des contraintes, pour pouvoir créer librement » - U.Eco - « Occorre crearsi delle costruzioni per potere inventare liberamente ». Plus de lâches libertés on donne à la forme de son premier pas, plus servile sera le fond du dernier.
commencement,contrainte,liberté,mot,musique,poésie,style

ironie
Le fond et la forme en littérature : mieux on maîtrise les entrailles, plus on se voue à l'épiderme. Au lieu de finasser en profondeur sur les idées qui avisent, on se met à caresser en hauteur les mots qui grisent.
art,caresse,danse,hauteur,idée,maîtrise,mot,style

ironie
On s'attache d'autant plus à arriver à ses buts qu'on a moins d'allant dans ses contraintes.
contrainte,mot,sentiment

ironie
Hostilité pour les fausses proximités : mot-à-mot, face-à-face, pas-à-pas. Prédilection pour leurs contraires : la réinterprétation, l'effacement, le premier pas. Mais on finit par retomber dans le corps-à-corps cynique, le nez-à-nez éthylique, le côte-à-côte idyllique, le bouche-à-bouche utopique, le dos-à-dos ironique.
caresse,commencement,intensité,lutte,mot,proximité,rêve

ironie
C'est le déclin inexorable de toute idée (invitant à son sacrifice) qui justifie la fidélité au mot ascensionnel ; plus vaste est l'amplitude entre l'idée calculable et le mot imprévisible, plus riches seront les palettes, les timbres, les mélodies, qui développeront l'idée en l'enveloppant du mot.
défaite,discursif,hauteur,idée,mot,musique,sacrifice

ironie
Le sot optimiste : le progrès des idées justes ; le sot pessimiste : les idées fausses humilient les idées justes. L'ironiste : plus on se moque des idées plus elles redressent leur tête dans une fierté de mots.
enthousiasme,erreur,idée,intelligence,mot,regard,vérité

ironie
C'est la honte des plates coutures des idées, plus que la fierté des hautes coupures des mots, qui me retient du délayage discursif et me circonscrit dans le genre (ir)responsable des maximes.
discursif,hauteur,honte,idée,maxime,mot,platitude

ironie
Le paradis, et non pas seulement l'enfer, est pavé de bonnes intentions, mais son gardien fut plus crédule. Les motifs des gestes sont toujours plus bas que les semelles, c'est l'ironie des mots qui vise la hauteur des ailes.
action,contrainte,étoile,hauteur,mot

ironie
L'ironie du mot est la dernière poche de résistance de la poésie. Son premier refuge est parmi les vocables : muse, idée, ciel ; le deuxième - en situations : château, combat, solitude ; le troisième - dans les attitudes : obscurité, musicalité, intellectualité. Si, au bout de ces pérégrinations, on ne débarque pas auprès de l'ironie, c'est qu'on s'égara en route.
château,chemin,erreur,lutte,mot,musique,poésie,pose,solitude

ironie
La maîtrise des idées n'apporte pas grand-chose à la qualité de mes valeurs, mais elle présente un intérêt purement prophylactique : je m'injecte des avis, de plus en plus empoisonnés ; les idées, tout de suite, m'en immunisent ; et je finis par ne plus m'aliéner le moindre point sur un nouvel axe entier de valeurs – je me dévouerai, libéré d'attachements pesants et unidimensionnels, aux vastes ailes des émotions ou des mots.
auteur,axe,élite,idée,maîtrise,mot,sentiment

ironie
Quand je vois, avec quelle facilité, des tas d'hommes, privés de tout talent littéraire, empruntent le style et le vocabulaire de Spinoza, Hegel, Husserl, je comprends mieux le talent singulier de Pascal, Nietzsche ou Valéry, qui n'ont aucun véritable acolyte.
art,école,mot,style

ironie
L'une des meilleures intelligences consiste à préserver le plus longtemps possible l'état de promesse, à entretenir la soif indicible, au lieu de tenir la parole donnée. Les mots en donnent un bon moyen. Avec la bêtise, tout est beaucoup plus simple : la satiété des yeux et l'avidité des idées. L'intelligence - l'attente, la soif, l'étonnement.
angoisse,ennui,enthousiasme,espérance,étonnement,idée,intelligence,intensité,mot,simplicité,…

ironie
Les plumes publiables appartiennent, aujourd’hui, presque exclusivement aux personnages installés – maisons d’édition, chaires universitaires, cabinets ministériels – la routine mécanique ; aucune place aux vagabonds du verbe.
école,modernité,mot,robot

ironie
Face à la haute musique verbale, la facilité presque miraculeuse d’en tirer de l’intelligible profond me rend indifférent aux idées et fétichiste du mot.
auteur,hauteur,idée,intelligence,mot,musique,mystère

ironie
En traitant d’absurdes la plupart de grands ouvrages philosophiques, il faut se rappeler que l’absurdité, étymologiquement, ne fut pas l’absence de sens mais l’absence de musique. Chez Kant, l’abondance de sens et le vide musical – la banalité des jugements. Chez Hegel, le sens arbitraire (toute transformation par négation, complémentarité, inversion de sujet et d’objets laissant le discours amphigourique au même degré de tangence), la prétention à la musique avec une oreille de sourd. Chez Heidegger, le sens noyé dans l’absurdité morphologique, mais une bonne imagination apportera un sens insoupçonné par l’auteur lui-même, puisque la musique y est réelle.
absurde,langue,mot,musique,négation,philosophie

ironie
Tiré d’un panégyrique, qu’un phénoménologue (E.Husserl) adresse à un empiriste (Hume) : compréhension de la façon dont l’objectivité se constitue dans la subjectivité, dans le cadre de la conscience. Tous les noms y sont interchangeables, et, au lieu du verbe solitaire se constitue, vous pourrez y fourguer se désagrège, accepte ou refuse, suit ou précède, - tout garde le même niveau de scientificité. Ou d’idiotie.
intelligence,mot,philosophie,science

ironie
Sachant qu’il n’a rien à dire, le graphomane se met à montrer ; il ne comprend pas que les choses qu’il montre sont encore plus ennuyeuses que les paroles qu’il en aurait dites.
ennui,mot

ironie
Si l’on vous dit, que « pour un être qui est acte, la langue possède une expression adéquate - … » - Schelling - « für dieses Wesen, das Actus ist, hat die Sprache einen treffenden Ausdruck - … » - devineriez-vous quelle est cette expression ? Une massue ? Un poing ? Un muscle ? - eh bien, non, ils y fourrent – l’âme ! Les traducteurs mal inspirés d’Aristote passèrent par là.
action,âme,être,langue,mot

ironie
L’Idée couvre tous les champs expressifs, du borborygme à la formule logique ; la philosophie consiste à l’envelopper d’un style, qui, réduit nécessairement aux arrangements spatiaux de mots, ne peut être que géométrique. Chez Platon il est parabolique (les objets à la lumière mythique), chez Nietzsche – hyperbolique (les objets voués à la hauteur), chez Heidegger – elliptique (les objets n’ayant pas encore de nom). J’ai l’ambition de pratiquer un style conique : l’idée serait une corne d’abondance, un cône, avec l’humilité d’un angle de vue étroit, avec un flux du bien-être, avec l’élan vers l’infini ; la maxime émerge, suite au choix d’un plan, traversant le cône, pour créer une parabole, une hyperbole ou une ellipse.
acquiescement,auteur,élan,hauteur,idée,inconnu,maxime,mot,philosophie,science,…

ironie
J’aime cette modestie, hypocrite et ironique, de Nabokov : « Laisse tomber les idées, fais frissonner le bleu, lis avec ta moelle et non avec ton crâne » - « Dismiss ideas, train the freshman to shiver, read with your spine and not with your skull ». Les idées sont un produit collatéral, magiquement surgissant de la musique des mots. Les dangers : plus on s’occupe des bleus, moins on est attentif à l’azur ; la moelle est trop proche de la digestion des insipidités, tandis que le crâne a tout, pour apprécier le goût, l’arôme, le regard, l’écoute, la caresse d’un sourire et le rythme d’un sanglot.
caresse,élan,esprit,goût,idée,mot,musique,mystère,ouïe,regard

ironie
Celui qui ignore la notation musicale, ne retirera rien de mon écrit ; mes mots sont plus près des notes musicales à interpréter (dans les deux sens) que des étiquettes verbales à reconnaître (aussi dans les deux sens).
auteur,mot,musique

ironie
Comme tous les bons arbres, le mien doit être, de temps à autre, élagué. Je reconnais les branches mortes par leurs étiquettes : toujours, partout, jamais, nulle part, tous, nul, personne, aucun
arbre,auteur,mort,mot

ironie
Obsédé seulement par les commencements, je reste assez indifférents aux fins et même aux centres. Je ne peux être ni anthropocentrique, puisque l’homme est englué dans l’irréversible progressus in simile, ni logocentrique, puisque ce n’est plus le noble Verbe qu’on y sous-entend mais un verbiage, ni même onirocentrique, puisque ce n’est plus le songe du cœur qui y est visé mais le sommeil de l’âme.
âme,auteur,cœur,commencement,hommes,mot,mouton,rêve

ironie
Le plomb que je voue à mes ailes provient peut-être non pas des profondeurs de la terre, mais d'un fusilier ou d'un imprimeur ; avoir tiré des coups de feu, avoir tiré des livres - pour me permettre une vie à tir d'ailes.
hauteur,mot,vie

ironie
L’ivresse naturelle (due au flacon) et artificielle (due aux étiquettes) entretiennent une étrange complicité : une fois bourré, pour de bon, tu ressens plus intensément les ivresses verbales, que tu avais déversées, jadis, sur tes pages.
artificiel,enthousiasme,folie,intensité,mot

ironie
Successivement, comment s’exprimait-on en poésie ? - en chantant, en déclamant, en parlant, en marmonnant.
danse,mot,poésie,temps

ironie
La méthode cioranique : pondez une phrase, aléatoire et creuse, par exemple : Le plat regard sur nos joies nous maintient en état de spectateurs apaisés. Introduisez-y quelques négations, emphases, angoisses et vous obtiendrez : L’exploration intellectuelle de nos paniques nous transforme en acteurs ahuris. Comment Gallimard pourrait-il résister à ces tours de passe-passe ? Cette méthode infaillible s’applique aussi bien aux contes de fées qu’aux comptes-rendus, pour finir par décorer les murs des chambres funéraires.
angoisse,art,mort,mot,négation

ironie
Certains chagrins ne s'expriment qu'à travers des rires ; certaines joies sont le mieux traduites par un mot mélancolique ; c'est ce qui s'appelle ironie - une bonne amplitude et harmonie des opposés. Le refus de tomber dans la platitude expressive, par défaut de moyens, et même l'espoir d'en sortir grandi, par vertu des contraintes.
contrainte,grandeur,mélancolie,mot,négation,platitude,révolte

ironie
Se débarrasser de soi-même, se trouver, se dissimuler – tous ces objectifs pseudo-littéraires sont d’égale niaiserie. Une voix inarticulée, qu’on appellera inspiration, soi inconnu ou Muse, doit te souffler des rythmes, des mélodies, des harmonies, que tu tenteras de traduire en images-mots-idées et de les coucher sur une page. Sans talent, le résultat sera une cacophonie ; avec du talent, tu émouvras quelqu’un, toi seul peut-être.
art,esprit,idée,inconnu,intelligence,mot,musique,sentiment,soi

ironie
L’ironie est la reconnaissance de l’impuissance des mots ; les plus nobles des choses sont celles qui résistent le plus à leur mise en mots ; donc, l’ironie devrait se tourner surtout du côté de ce qui est intraduisible et grand.
grandeur,inconnu,mot,noblesse

ironie
La superficialité obscure est le contraire de la platitude transparente. Une existence harmonieuse est dans la cohabitation complice entre la superficialité (caresses verbales, idéelles ou charnelles), la profondeur (érudite, spirituelle, systémique) et la hauteur (poétique, noble, ironique).
caresse,doute,esprit,hauteur,idée,mot,musique,noblesse,platitude,poésie,…

ironie
Je fais mes comptes, en parcourant mes actes, mes lectures et mes écritures, et j’arrive à cette triste conclusion : avec les morts, j’ai vécu plus qu’avec les vivants. Mais les morts qui m’élèvent par leurs paroles me sont plus chers que les vivants qui, par leurs actes, m’entraînent dans leur platitude.
action,auteur,mort,mot,platitude,vie

ironie
Tu es saisi d’admiration ou de honte, en repassant tes paroles, proférées aux instants extatiques, narcissiques ou érotiques, - c’est de la folie, folie d’audace et de débordement, à l’opposé de la folie du vide, folie de verbiage et de remplissage qui s’empare des philosophes académiques.
audace,discursif,école,élan,folie,honte,mot,narcissisme,philosophie,vide

ironie
Des voluptés des mots bien-nés naissent, en douleur, des idées naturelles.
caresse,idée,mot,noblesse,souffrance

ironie
L’écrivain qui voit sa mission dans la traduction des pensées tout prêtes en mots fidèles ne pratique qu’un viol, dont naissent des avortons. Au contraire, l’approche d’artiste se réduit aux caresses, par l’esprit entreprenant, de paroles séduisantes, qui enfantent d’enfants naturels, de pensées imprévues.
art,caresse,esprit,idée,inconnu,mot

ironie
Ne pas avoir de lecteurs est une très mauvaise raison pour m’en enorgueillir (comme le font, pourtant, Diderot ou J.G.Hamannquis leget haec ?). Il faut m’assurer que mes paroles, placées en tel lieu de l’esprit, vues sous un tel angle de l’âme et fondées sur de tels critères du cœur – elles sont insurpassables ! Mais votre esprit est la foire ; votre âme est atavique ; votre cœur est flasque. J’écris de l’âme à l’âme, de l’âme-élan à l’âme-sœur, dans un univers sans lieux visibles ni dates lisibles.
âme,auteur,cœur,défaite,esprit,fraternité,modernité,mot,mouton,négation

ironie
Dans les exercices philosophiques, le délire est affaire d’ivresse ; et il est préférable au sérieux, conceptuel ou verbal. C’est pourquoi Hegel et Nietzsche (un fou logorrhéique et un fou poétique), de la philosophie allemande, sont plus entraînants que Bergson et Sartre (un bavard et un creux), de la philosophie française.
allemagne,concept,ennui,folie,france,mot,philosophie,poésie

sénèque
Democritum in publicum processerat, flebat, Heraclitum ridebat ; huic omnia quae agimus miseriae, illi ineptiae videbantur.

Démocrite ne pouvait paraître en public sans pleurer, Héraclite - sans rire ; l'un ne voyait que misère dans toutes les actions des hommes, l'autre que sottise.
ironie
Croire en fidélité des actions est sottise ; croire en leur forfaiture systématique est misère. Le commanditaire des actions, le mot, jouet de l'ironie, pleure ou rit en même temps.
bonheur,misère,mot,platitude,souffrance,système,tragédie

france a.
Sans l'ironie le monde serait comme une forêt sans oiseaux.
ironie
L'ironie combat le braconnage d'idées et le défrichement des jungles de mots. Mais la chasse et les champs de reptiles sont en train de gagner leur partie contre les chants de volatiles.
idée,lutte,mot,musique,utilité

twain m.
Truth is our most valuable commodity - let us economize it.

La vérité est la chose la plus précieuse au monde. Économisons-la !
ironie
Sur le marché de vérités, exercent leur travail de sape les mots déflationnistes d'ironie et de doute, et barrent la route à l'inflation des idées sans provision.
argent,doute,idée,mot,vérité

shaw b.
All intellectual work is humorous.

Tout travail intellectuel est d'ordre humoristique.
ironie
Un intellectuel est celui qui tente des attitudes tragiques et en encaisse de retentissantes déconfitures. Pour sauver le sens du drame, l'humour du mot s'alliera à l'ironie de l'idée.
consolation,défaite,esprit,idée,mot,tragédie

valéry p.
Les intellectuels sont ceux qui donnent des valeurs à ce qui n'en a point.
ironie
Et ne s'arrêtent pas à celles qui crèvent les cadrans ! Le moyen élégant de donner de la valeur au monde plein est de s'adonner à l'orfèvrerie du néant. Un intellectuel a trop de mots, pour dire plus qu'il ne sait.
axe,balance,esprit,être,goût,mot,savoir

cocteau j.
La poésie est un exhibitionnisme, qui s'exerce chez les aveugles.
ironie
Car la poésie, c'est l'art de suspendre le regard, avant qu'il n'atteigne l'objet du délit, le mot viril. C'est devant Dieu, ce grand muet et peut-être même ce grand aveugle, qu'il faut exercer notre virilité. « J’écris, toujours, comme si je priais »** - Hippius - « Стихи я всегда пишу, как молюсь ».
art,dieu,mot,poésie,regard

levinas e.
L'homme est l'être, pour qui, dans son être, il y va de son être même, qui a à saisir son être.
ironie
Quand on tombe, pour la première fois, sur ce genre de sagesse, on admire l'audace verbale du poète ; la dixième - on respecte l'obsédé par ce vocabulaire pittoresque ; la centième - on bâille devant le raseur ; la millième - on rit à la barbe du sot. Plus près des rues d'Ulm ou St-Jacques ils se trouvent, plus inconscients ils sont de leur ridicule.
audace,esprit,être,mot,philosophie

char r.
Il semble, que ce soit le ciel, qui ait le dernier mot. Mais il le prononce à voix si basse, que nul ne l'entend jamais.
ironie
Mais c'est cela, l'art : se taire à l'avant-dernier mot et nous laisser fantasmer sur le dernier ! L'encryptage du dernier mot et de sa hauteur, telle pourrait être la définition même de l'art. La franchise littérale est l'attitude la moins artistique.
art,continuité,étoile,hauteur,mot,ouïe,silence

cioran é.
Seuls les esprits superficiels abordent une idée avec délicatesse.
ironie
Ils prennent l'idée pour un matériau cru et l'affinent par un placage verbal. Les esprits profonds s'amusent à réduire à l'état de matériau cru ce qui se concentra déjà en mots. Remarquez que les esprits hauts n'existent pas : dès qu'ils touchent la hauteur, ils se muent en âmes. Et les âmes se désintéressent des idées terrestres, pour se dédier aux rêves célestes.
âme,caresse,esprit,goût,hauteur,idée,matière,mot,rêve,style
 

introduction mot
MOT : Les idées reçues naissent dans des contrées pauvres et s'arborent par des stériles repus. Les mots non reçus, dont j'assume ici le trafic, portent sur eux l'embarras de leur conception et la douleur de leur venue au monde. Contrairement aux idées, les mots parlent déjà une langue et sont très sensibles à tout changement de climat. Pour les adopter, il faut savoir lire les regards et les doigts aux tempes, sur le cœur ou sur les lèvres. On ignorera à jamais leurs géniteurs naturels ; comme tout ce qui est grand, ils ont une source inexplicable.
climat,commencement,création,grandeur,idée,misère,regard,souffrance,mot

chœur mot
NOBLESSE : Un rassemblement de sons n'accède au statut de mot que par un titre de noblesse décerné par un bon goût. L'aristocratisme du mot n'est pas héréditaire et n'est reconnue que par une lecture secrète, celle qui, au lieu d'aboutir aux choses, nous invite à nous emplir d'un état d'âme altier. Le mot qui marche laisse des traces, le mot qui vole crée l'azur.
étoile,goût,hauteur

chœur mot
INTELLIGENCE : Dans la hiérarchie des mots, domine le mot poétique. Le mot intelligent lui envie l'obscur éclat des sources et le mot ironique - la fascination du dernier pas non fait. Le mot savant sert d'interprète, pour communiquer avec la plèbe des idées. La bêtise aide à savourer les triomphes. Sans l'intelligence, jamais le mot n'aurait atteint de telles profondeurs de la résignation.
acquiescement,commencement,élite,esprit,ombre,poésie,science

chœur mot
ART : Pour avoir une carte de visite au nom d'art, le mot doit être chargé d'une mission impossible et n'être lisible que par un lecteur magnétisé. La neutralité des mots sied aux paysages, le mot doit créer un climat partisan, où ne se sentent chez soi que les exilés. L'artiste parle avec le sentiment d'une liberté perdue, le joug au cou, les fers aux pieds, la langue surveillée.
absurde,climat,exil,liberté

chœur mot
SOLITUDE : Il faut bâtir avec des mots un espace de solitude, où l'on ne rencontre que soi-même. Les mots étriqués accueillent facilement la multitude, mais il faut chercher des mots vastes, pour être rempli par le souffle et la hauteur d'une âme esseulée et en perdition. On est vraiment seul, lorsque le mot ne peut être ni déclamé ni chuchoté, mais seulement tu.
âme,défaite,hauteur,mouton,soi

chœur mot
SOUFFRANCE : Dans la manipulation des mots, ce qui fait souffrir, ce n'est pas leur refus d'assumer un rôle, mais, au contraire, leur accord trop facile, aboutissant à une platitude à la place d'un relief recherché. On souffre de honte. Les mots de bonheur devraient faire venir les larmes, les mots de douleur - la joie d'une ébauche de partage ou de compréhension.
bonheur,égalité,honte,jeu,platitude,révolte

chœur mot
RUSSIE : Mes mots portent les stigmates de leur première croix, plantée en Russie, au temps de ma jeunesse. J'ai beau traiter les écorchures françaises, les organes déficients ajoutent à la bile - de l'encre trouble. Il paraît que le mot est français, s'il est clair ; or, le mot n'acquiert sa russitude que s'il renonce à ses attaches visibles.
auteur,doute,enfance,france,haine,langue

chœur mot
ACTION : Le langage des actions est peut-être aussi riche que celui des mots, mais il nous manque une clef pour sa lecture. La clef, que le bon Dieu met miraculeusement en nous, pour insuffler une vie au mot. Le verbe et l'action furent peut-être tous les deux au commencement, mais le troisième témoin, la perversion, s'allia à l'action, ce qui me rapproche du faible, du mot.
commencement,dieu,force,langue,proximité,vie

chœur mot
CITÉ : J'ai beau inventer des idiomes, tout mot est un mot de la tribu, mûri dans la cité. J'ai beau exclure tout partage idéal, c'est le portage verbal qui me traînera sur le forum, où le bourreau repu démocratique marquera du fer rouge mes soifs aristocratiques et insérera ma fontaine dans le tout-à-l'égout communautaire charriant des verbes usés.
cité,égalité,idée,langue,mouton,noblesse,soif

chœur mot
PROXIMITÉ DIVINE : Après les yeux, le mot est le meilleur créateur de la proximité. Si je ne m'extasie pas moi-même devant mes écrits, je ne me suis rapproché ni de Dieu ni de moi-même ; j'écris pour des étrangers mécréants, dont la louange ou le ricanement resteront blasphématoires et intraduisibles. Le mot ne doit pas coller aux choses, s'il veut nous en approcher.
auteur,création,dieu,soi,voix

chœur mot
IRONIE : Le mot, qui s'annonce par ses murs, au lieu de se projeter vers les toits, n'est pas d'architecture ironique. Les frontières d'un beau mot doivent être pénétrables aux courants ascensionnels. Dans les gratte-ciel je rate le ciel, dans les sous-sols le sol se dérobe. L'ironie, c'est vivre à travers les toits et les fondations, tout en se sentant chez soi, comme tout réfugié chanceux.
étoile,exil,frontière,ruines

chœur mot
AMOUR : L'amour fait parler tout ce qu'il touche, mais dans un langage, où tout mot est traître ou superflu. Les mots, pour les transports amoureux, ne sont pas plus importants que les panneaux indicateurs, mais ils en annoncent bien les titres. Le rôle héraldique sied beaucoup mieux aux mots que le rôle fatidique, qu'il vaut mieux réserver aux regards.
langue,noblesse,regard

chœur mot
DOUTE : Nous avons assez de nos propres cahoteux doutes, nous voulons, que les autres nous parlent de leurs plates certitudes. Mais tout mot honnête, c'est-à-dire ailé et entravé, trébuche sur le premier syllogisme et se met à compter ses bosses. La littérature n'est possible que parce que les mots habillent avec le même plaisir la clarté laborieuse et l'obscurité oiseuse.
ombre,platitude,raison

chœur mot
VÉRITÉ : On place la vérité tantôt dans les mots tantôt dans la réalité. Le mot fournit la requête ; la réalité est remplacée par un modèle ; et la vérité naît de l'effort de l'interprète, qui remplace des références de la requête par des objets du modèle et évalue la formule ainsi obtenue. C'est ainsi que se forme le sens : conception du mot, attouchement des choses, extraction de la vérité…
concept,interprétation,langue,réalité,représentation

chœur mot
BIEN : L'un des rares points de rencontre entre l'idée et le mot s'appelle le bien. L'idée y met une alarme, pour l'humanité en rires ; le mot y laisse une larme, pour l'homme en délire. Mais le mot qui prétend, que l'idée perspicace et sociable lui a appris le chemin du bien, s'accroche à elle et ne suit plus son propre destin, qui est celui d'un vagabond solitaire.
chemin,folie,hommes,idée,solitude

chœur mot
HOMMES : Le lecteur de mon mot est l'homme, mon alter ego. Les hommes sont un matériau, un dictionnaire ou une cible. Ils ne peuvent qu'abaisser mon mot au niveau des idées, si leur présence est indispensable, pour ouvrir sa fête. L'avenir des hommes est la machine, l'avenir de l'homme est, comme au passé, - le souterrain, la recherche de soupiraux et d'échappatoires.
auteur,flèche,idée,matière,modernité,robot,ruines,temps

mot
Une de ces choses que nous cachent la grammaire et l'usage banal : le mot n'est pas un reflet de la vie, il est une vie à part, aussi proche de l'essentiel, peut-être, que le regard. Comme de theoria on aboutit au regard, de logos on se condense dans le mot. Non sans déchirement, puisqu'il y a toujours « un conflit entre le regard, cette métaphore centrale de la vérité philosophique, et la langue »* - H.Arendt - « die Unverträglichkeit zwischen der Anschauung - der Leitmetapher der philosophischen Wahrheit - und der Sprache ».
être,grèce,langue,métaphore,philosophie,regard,vérité,vie

mot
Il ne faut pas qu'un aphorisme se mette à compter dans la vie ; qu'il résonne, pour tester l'acoustique de ton âme, mais qu'il ne raisonne pas, pour que l'esprit ne se prenne pas pour son seul interprète. Que l'esprit soit chef d'orchestre, et l'âme - et l'instrument et l'interprète.
esprit,interprétation,maxime,mort,musique,vie

mot
L'ambition grisante et impossible – à travers mes mots faire parler mon âme. Les cœurs ne s'y prêtent pas non plus, ils parlent trop haut, et les âmes n'en captent que des échos rabaissés, terre-à-terre, infidèles. À l'état naturel, l'âme est nue ; c'est dans la nuit que son silence nous excite : « Le silence est une nudité de l'âme, qui s'est libérée de la parure des mots » - D.Fernandez - de jour, on ne peut l'admirer que sous cette parure.
absurde,âme,caresse,cœur,hauteur,nature,ouïe,raison,sentiment,silence,…

mot
Le mot, dans ce livre, s'oppose tantôt à l'action sur les choses, tantôt au reflet prévisible des choses, tantôt au discours au niveau des choses. Il y perd, respectivement, en étendue, en précision et en pertinence, en ne gagnant qu'en hauteur. Ce qui est peut-être la première fonction du langage : « La langue apporte aux représentations une plus haute existence »** - Hegel - « Die Sprache gibt den Vorstellungen ein höheres Dasein ».
action,être,hauteur,langue,réalité,représentation

mot
On reconnaît un mot par la difficulté de sa traduction ; il se trouve à mi-chemin entre une pensée et une poésie : la traduction d'une pensée est une récréation, celle d'une poésie - une recréation. « Dis-moi ce qu'est pour toi la traduction, je te dirai qui tu es »** - Heidegger - « Sage mir, was du vom Übersetzen hältst, und ich sage dir wer du bist ».
création,idée,langue,poésie,voix

mot
Quand une pensée prétend pouvoir se passer de plume, elle ne s'envolera jamais. La plume est la marche même, la plupart des pensées n'étant que des cannes.
chemin,idée

mot
Le mot couronne et dévitalise la vérité du sot, il initie et anime la recherche, ou plutôt l'approche, de la vérité du sage.
esprit,philosophie,vérité

mot
Sans rien partager avec une personne, on peut éprouver pour elle de la pitié. Mais le Mitleid (ou le сострадание) suppose une participation empathique, d’où sa mauvaise réputation auprès du Teuton hautain et sa gloire aux yeux humbles du moujik.
acquiescement,allemagne,france,pitié,russie

mot
Prouvé par l'expérience : quand une pensée est ressentie si grande, que son enveloppe verbale serait sans importance, elle s'avère être creuse. Les penseurs sont persuadés du contraire. Qui a assez de front, pour reconnaître, que l'épaisseur d'une pensée (et, évidemment, non pas sa hauteur, qui est surtout pré-langagière et post-idéelle) ne se constitue que de mots ? Aucune pensée ne naît nue. La force des mots fait surgir des pensées, et très rarement l'inverse : « Sur une pensée irradiant la puissance, les mots, comme des perles, viendront s'enfiler » - Lermontov - « На мысли, дышащие силой, как жемчуг, нижутся слова ».
discursif,force,hauteur,idée,platitude,raison

mot
Pensée possible dans un climat de mots, mots obligatoires dans un paysage de pensée - j'opte pour la première démarche.
climat,idée,nécessité

mot
Le vrai amoureux de perles ne les voue pas à un collier : « Les nuances se juxtaposent comme les perles : force est de supposer un fil, qui les retiendrait ensemble » - Bergson. Pour mes chères madones c'est cousu de fil blanc ou sympathique ; les gros colliers vont aux chairs des matrones. La caresse de la perle de grâce - à l'esprit, à l'âme, au corps, - ou la richesse de la pesanteur de masse, aux yeux des autres. Les marchands savent, que « les perles ne font pas le collier ; c’est le fil » - Flaubert.
âme,argent,caresse,esprit,grâce

mot
Une pensée est d'autant plus remarquable que les détours verbaux, au-dessus d'elle, sont plus hauts. Que plus grande est la méfiance du mot prédateur, avant qu'il n'y plonge ses griffes.
hauteur,idée

mot
Le mot est migrateur, il écoute les saisons de l'âme et se détache soudain du climat ambiant. L'idée est sédentaire, elle s'attache au paysage dessiné par l'esprit. « Un invisible courant porte la philosophie à hausser l'Âme au-dessus de l'Idée » - Bergson - ce courant s'est tari, au profit du visible, du réel, où l'âme aplatie sert de signalisation horizontale.
âme,climat,esprit,hauteur,idée,philosophie,platitude,réalité

mot
Les murs, l'acoustique, l'auditoire, ce sont des idées. La voix, retentie parmi les premiers, amplifiée et embellie par la deuxième, provoquant un écho dans le troisième, ce sont des mots. Et le style en est l'architecture. « L'idée tue l'inspiration, le style fige l'idée, le mot rend superflu le style » - Benjamin - « Der Gedanke tötet die Eingebung, der Stil fesselt den Gedanken, die Schrift entlohnt den Stil ».
commencement,filtre,idée,style,voix

mot
Le rapport entre l'idée et le mot est celui entre eidos et eikon, entre représentation et expression, entre idole et icône, entre langage parlé et langage parlant. Platon, en donnant sa préférence à eidos au détriment d'eikon, nous voue aux idoles. Mais Heidegger, n'accordant de manifestation à son fantomatique être qu'en tant qu'un devenir-mot (« Wortwerden des Seins » ou « Offenbarung des Seins durch das Wort » - « révélation de l'être à travers le mot »), charge le mot d'un faix ou d'un fait impossibles ; à moins que ce fantôme ne soit qu'une ivresse qu'on provoque rien qu'en manipulant des étiquettes.
absurde,être,grèce,idée,langue,représentation,style

mot
Le mot a deux entrées et deux sorties : il s'imprègne de la représentation et porte la volonté du locuteur ; il renvoie aux concepts et traduit les états d'âme ; ces deux courants s'entre-croisent, et, pour les démêler, on fait appel à la déconstruction.
idée,langue,philosophie,représentation

mot
Heidegger entretient notre intérêt pour l'être grâce aux enveloppements morphologiques ou poétiques autour de ce mot, tandis que l'ennui des Antiques ou des Modernes provient du développement de l'idée. Les raseurs ramènent l'être au devoir-être, au pouvoir-être, au vouloir-être, au savoir-être, tandis que, plus que l'éthique du devoir, plus que la volonté du vouloir, plus que la puissance du pouvoir, plus que la profondeur du savoir, c'est le talent, c'est à dire le haut valoir seul, qui justifie nos illuminations ou nos élucubrations.
discursif,ennui,hauteur,idée,poésie,savoir,valoir

mot
Plus on touche à la prétendue profondeur des idées, plus on aspire à la délicieuse surface des mots. La meilleure possession naît des meilleures caresses, et celles-ci se dévouent plus efficacement à la peau sensible qu'aux fonds insondables.
caresse,élan,hauteur,idée,intensité,maîtrise

mot
Dans une langue on peut puiser, peser ou poser. On en est maître, lorsque ces trois désirs s'équilibrent et coopèrent.
intensité,langue,maîtrise,valoir

mot
Le mot ne vaut que par le genre de contact, de prise de langue, que j'établis avec lui et qui devrait électriser son lecteur. Contrairement à l'idée, qui contient en elle-même toute la charge.
idée

mot
Quel beau paradoxe : le maître du mot, Valéry, est l'auteur des idées les plus profondes ; ceux qui se consacrent entièrement aux idées (Platon, Nietzsche, Heidegger) ne laissent derrière eux que de belles métaphores !
idée,métaphore,paradoxe

mot
Une entrée de dictionnaire peut servir d'estampille, de symbole ou de conducteur pour communiquer avec les hommes, avec l'homme élu ou avec Dieu. Dans le dernier cas on peut s'adresser à Dionysos ou à Apollon, en langage de la volonté ou de la raison. Pour Allah, il vaut mieux y ajouter le gourdin : « Les chemins, qui mènent à Dieu, sont deux : le discours ou la guerre » - Averroès.
dieu,élite,hommes,intensité,lutte,raison

mot
Le mot, qui ne s'associe pas avec une idée - pour s'en moquer, de préférence - n'a pas beaucoup de chances de produire un effet. Mais l'idée, qui se désintéresse du mot qui l'annonce, n'en a aucune. « Je ne confie mes pensées qu'à mes propres idées débarrassées des mots » - Berkeley - « I confine my thoughts to my own ideas divested of words » - l'indigence verbale conduira irrévocablement à l'indigence mentale.
force,idée

mot
Pour le mot, l'idée est moins qu'un motif, elle n'est qu'une matière, malléable à souhait. Même l'or ne rachète pas le manque d'alchimie du verbe.
balance,contrainte,idée,matière

mot
Pour l'admiration, le mot est ce que l'idée est pour le respect. L'admiration s'atténue, lorsque le mot se met à se justifier, et elle se mue en respect, quand le mot est prêt à se défendre. L'idée développe l'exprimé, le mot enveloppe l'inexprimable.
amour,discursif,idée,inconnu

mot
L'antique Chaos païen et le Commencement évangélique - l'Idée, le Substantif, et le Mot, le Verbe. Le jalon et le souffle. On est chrétien, peut-être, quand on reconnaît, que le Mot sauveur est à l'origine des idées païennes ; mot inchoatif, face à l'idée terminative. L'éternel - par le commencement ; le commencement - dans l'éternel.
christianisme,commencement,consolation,éternité,frontière,idée,intensité,ordre

mot
La poésie devrait se vouer entièrement à ses mots et se moquer de ses idées ; le mot poétique est la musique, « l'idée de la poésie est la prose » - Benjamin - « die Idee der Poesie ist die Prosa » ; la prose, qui suit la musique, même en traînant ses idées, devient poésie. La langue, c'est la logique munie de musique. Le désir excite la poésie, qui enfante l'idée ; le mauvais amant confond effets et causes : « La poésie est une volupté couvrant la pensée » - Vigny.
amour,caresse,élan,idée,musique,poésie

mot
Il y a des mots qui narrent, des mots qui réfléchissent et des mots qui chantent ; dans le monde, il y a des paysages à décrire, des champs à cultiver et des climats à vivre, le savoir à organiser et le visage à exprimer ; obscure doit être la nuit, solaire veut être la méditation, mais le regard vaut surtout par ses jeux des ombres ; les connaissances doivent être dites, mais « la contemplation est indicible » - Jean de la Croix - « la contemplación es indecible » ; la contemplation est une méditation se passant de mots ; comme un grand sentiment, cette cible indicible, ce point de mire invisible, et que le mot vise, par sa corde hyperbolique et sa flèche métaphorique.
climat,cœur,discursif,flèche,inconnu,intensité,métaphore,ombre,regard,sentiment

mot
Les mots devraient faire deviner mon âme comme les caresses, qui sculptent un corps, ou comme le regard, qui cligne à Dieu et dédaigne de s'attarder même sur l'air. Le mot, c'est Orphée, l'idée, c'est Eurydice ; et je sais ce que doit devenir l'idée, une fois que je lui aurai adressé le regard définitif.
âme,caresse,dieu,éléments,idée,regard

mot
Quand je sais posséder l'idée par un mot ardent, je ne la laisserai jamais m'obséder.
cœur,idée,intensité,maîtrise

mot
Deux plaisirs de l'écriture : la jouissance dans le mot émancipé des choses et l'émerveillement devant l'inespéré écho des choses se reconnaissant dans le mot.
art,bonheur,espérance,étonnement,réalité

mot
Trois types d'effets que peuvent produire les choses dans un écrit : leur présence (l'intelligence), leur puissance (la noblesse), leur musique (le talent) - du banal au sublime.
art,esprit,force,intelligence,musique,noblesse

mot
C'est la présence d'une voix qui élève à la dignité du mot. Le bruit porte le reste.
force,gloire,ouïe,voix

mot
Par l'ironie on tue, par la pitié on ressuscite. Il faut savoir les combiner : l'anathème ou la prière, l'occire ou l'oraison – l'Occident ou l'Orient.
ironie,mort,pitié

mot
Je ne suis pas du tout fier de venir à cette conclusion : sans les mots il n'y a ni grandeur ni vérité ni émotion (qui, pourtant, sont hors des mots). Mais ne faire que chercher une juste expression de ce qui a déjà une essence ne me réussit jamais. Le mot crée le besoin, érige le but, jalonne des obstacles. Mépriser les mots, c'est glorifier les glandes.
contrainte,être,grandeur,haine,platitude,sentiment,style,vérité

mot
Seuls des médiocres prétendent, que le français n'est pas une langue de la poésie. En russe ou en allemand, il est plus facile de compléter le manque d'émotion par la complicité de la langue, tandis que la langue française est foncièrement ironique, s'étant exercée à tous les emballements ratés. Le poète français est plus seul, plus vulnérable, et sa tâche est d'autant plus chevaleresque.
allemagne,art,défaite,france,intensité,ironie,langue,noblesse,platitude,poésie,…

mot
Le russe et l'allemand sont pleins de mouvement, leurs phrases sont hérissées de protubérances vers l'extérieur. Ce n'est pas bon pour l'aphoriste qui veut isoler ses gemmes. Mais celles-ci doivent être animées par une harmonie dynamique et maîtrisée à l'intérieur. Et c'est ce qui manque à l'anglais. La belle pensée n'est indépendante et noble qu'en français.
allemagne,angleterre,beauté,france,idée,immobilité,langue,liberté,maîtrise,maxime,…

mot
La phonétique des langues s'illustre le mieux par l'anatomie : le français - le nez, l'italien - la bouche, le russe - le palais, l'allemand - le diaphragme, l'anglais - les dents, l'espagnol - les lèvres.
allemagne,angleterre,espagne,france,goût,italie,langue,russie

mot
La terrible clarté du français : Gelassenheit et Abgeschiedenheit (Maître Eckhart) sont de pures métaphores invitant l'intuition ; délaissement et détachement sont des concepts d'une effroyable précision, produisant des formules. De même pour Abbau (Heidegger) et déconstruction. « Le français : l'heure sans écho-rappel, l'allemand - plutôt le rappel que l'heure (l'appel) » - Tsvétaeva - « Französisch : Uhr ohne Nachklang, deutsch - mehr Nachklang als Uhr (Schlag) ».
allemagne,doute,france,idée,langue,maxime,métaphore,représentation,temps

mot
Toute chose dite ou apprise est transformable en médite et méprise et nous fait, tôt ou tard, déchanter, si elle n'est pas chantée.
danse,défaite,doute,filtre,révolte

mot
J'aime la complétude des maîtres allemands : le même peut passer pour Lebemeister (maître de vie), Lesemeister (maître de lecture), Lügemeister (maître de menterie), Liegemeister (maître de la position couchée). Tout amateur d'éclairs ou d'étincelles sait que le Blitzkrieg réussit le mieux aux spécialistes du Sitzkrieg (rester couché) et du Kitzkrieg (s'adonner aux caresses).
allemagne,caresse,immobilité,langue,maîtrise,mensonge,vie

mot
La référence : une réponse langagière au désir, à la focalisation, à l'intention de désigner un objet ou une relation ; d'autres l'appellent intentionnalité ; sa diversité verbale est générée par des grammaires de réécriture (Chomsky). La signification : un renvoi pragmatique, hors du langage, à partir d'un fait conceptuel, établi par l'interprétation d'un discours, renvoi vers les objets réels - c'est ce que d'autres appellent - dialectique ; l'intuition et l'arbitraire en sont les seuls justificatifs. Wittgenstein nage, au milieu de ses binômes, et s'y noie, faute de trinité salutaire : langue, représentation, réalité.
concept,consolation,élan,grèce,idée,interprétation,langue,question,réalité,représentation,…

mot
Heidegger ne voit pas, que l'appel des choses et des relations retentit avant que ne soit prononcé le premier mot : « Aucune conscience ne précède la langue » - « Der Sprache geht kein Bewußtsein voraus ». Et que St-Augustin est brillant, avec la plus exacte des images : « Les mots ne font que nous avertir, pour que nous cherchions les choses »** - « Hactenus verba valuerunt, quibus ut plurimum tribuam, admonent tantum, ut quaeramus res » !
concept,langue,représentation

mot
Citation ou cinétique ont la même étymologie, comme émouvoir et mouvoir. Les citations de ce livre ne sont que des excitations ; ce n'est pas à elles de déterminer la direction du regard, qui est toujours à et de moi-même.
auteur,grèce,langue,regard

mot
Mes préférences ascendantes dans l’usage des mots : pensant le vrai, lançant le bon, dansant le beau.
auteur,beauté,bien,danse,intelligence,vérité

mot
Sans m'être enraciné dans le français, j'en réclamai des fleurs ; ce que se permit ma compatriote, comtesse de Ségur, m'était interdit. L'arbre français me répondit par le silence de ses ramages ; je dus lui inventer un souffle, pour que mes feuilles bruissent. « Dans une langue d’emprunt, les mots existent non en vous mais hors de vous »*** - Cioran. Sans entendre la musique à ses nœuds, accords des mots justes, je dus confier mon visage aux couleurs de ses mots troubles, juchés près de la cime ; mais je n'envie pas ceux qui, à l'inverse, peuvent dire : « Je ne suis que parole, il me faut un visage » - Jabès. Je vise l'octopus profond, c'est l'occiput superficiel qui émerge. Je dois me résigner à n'être connu que par l'extérieur, puisque « l'intérieur de l'homme se révèle par la musique de sa parole » - Boehme - « das Innerliche arbeitet stets zur Offenbarung durch den Schall des Worts ».
arbre,auteur,création,france,intensité,langue,musique,russie,silence,voix

mot
Entre les mots et le cœur le gouffre est plus infranchissable qu'entre les mots et l'âme. Il faut être plus sceptique avec l'expression de nos sentiments qu'avec la peinture de nos états d'âme. Ni le cœur ni l'âme ne possèdent de langage traduisible en mots ; on ne les évoque qu'en images irresponsables, n'ayant rien d'une empreinte et ne relevant que d'une création libre : « Ce qui est en la voix est symbole des affections de l'âme, et l'écrit - symbole de ce qui est en la voix » - Aristote.
âme,cœur,langue,proximité,sentiment

mot
Avec l'idée on épuise les choses, en les saisissant par leur centre. Avec le mot on les caresse en surface. La vraie possession est profonde et basse, la vraie caresse est superficielle et haute. Vertige des armes, vertige des charmes.
caresse,étonnement,frontière,hauteur,idée,maîtrise

mot
Deux mots, qui ne se touchent plus : considérer et désirer, et qui auraient pu signifier : être d'accord avec les astres ou se laisser guider par des astres. Sur terre, le premier peut tout de même accompagner quelques musicastres, le second te voue au dés-astre, au silence, pour les autres, de ta musique née ailleurs.
défaite,étoile,intensité,musique,silence

mot
Seul le mauvais goût pousse les hommes à chercher des idées sans phrase, puisqu'ils se retrouvent tout de suite avec des idées sans saveur et ne dépassant pas le grade de recette de cuisine. Tout bon phrasé réveille le bon goût, qui saura toujours imaginer de savoureux plats de résistance, que font entrevoir les épices verbales.
goût,idée,ironie,style

mot
Dans ma langue maternelle, les mots résultent de deux courants opposés, mais équilibrés : je l'écoute et je la fais parler. « L'arbre, au lieu de se dissoudre en représentations, peut me parler et susciter une réponse » - Levinas. Une langue étrangère est souvent, hélas, muette, et je la mets sous question et je cherche à faire passer ses aveux pour spontanés et sincères. Comment m'enraciner dans une langue, qui ne connaît pas mon enfance ? - et sous une torture verbale puis-je espérer une éclosion florale ?
arbre,auteur,enfance,exil,langue,question,représentation,souffrance

mot
Ne méritent d'être écrits que les mots, qui viennent chez moi à la place de quelque chose d'autre, plus vital, plus ample, plus entier, plus involontaire et qui aurait pu aussi bien être rendu par des mélodies, des couleurs ou d'imperceptibles mouvements d'âme. Et ce trop plein sans paroles, moi, en attente de mots, je suis tenté de l'appeler - vide mélodieux et salutaire. C'est ce que crée Mozart. Logopoeïa et phanopoeïa doivent être subordonnées à mélopoeïa.
âme,consolation,grèce,musique,vie,voix

mot
Le mot devient littéraire, lorsqu'il ne s'identifie plus ni avec la chose ni avec le concept. Ce troisième univers, ce refuge des mots exilés, la Métaphorie Intérieure, a ses propres horizons et ses propres raisons. Le concept serait une métaphore fixe (« usuelle Metapher » de Nietzsche). « Tous les termes philosophiques sont des métaphores, des analogies figées »* - H.Arendt - « Alle philosophischen Termini sind Metaphern, erstarrte Analogien » - la philosophie ne peut donc être que poétique. Et que des prosateurs invétérés continuent leurs misérables mises en garde : « Que le philosophe se méfie de métaphores » - Berkeley - « A metaphoris autem abstinendus philosophus ».
art,exil,étoile,idée,métaphore,philosophie,poésie,représentation

mot
Le tournant linguistique du siècle dernier s'expliquerait par la lecture à la lettre de l'acte de perception, dans des langues européennes. En allemand, wahrnehmen, percevoir ou prendre pour vrai, pousse à la phénoménologie ; en français (par faux rapprochement avec percer) - à la pénétration ; en russe (вос-приятие - prendre de haut) à une prise de hauteur.
allemagne,europe,france,hauteur,langue,platitude,réalité,russie,vérité

mot
Tout écrivain se penche sur ses états d'âme ; au début, on les évoque dans l'ampleur des faits ; ensuite, on les représente par la profondeur des idées ; et l'on finit par les peindre dans la hauteur des mots. Symptômes, thérapie, résurrection.
âme,hauteur,idée,représentation

mot
On aime une langue pour sa capacité de dévier, de grimacer, de faire mine, de feindre. Plus l'impression d'une fidélité à la vie réelle est forte, plus inexpressive est la langue. Le mot ne t'apprend presque rien sur le réel ; il te donne le goût du rêve. Les mornes réalistes, ignorant ces deux versants de la vie, proclament : « La vie se déploie en actions et non pas en mots » - A.Pope - « Life happens at the level of events, not of words ».
action,langue,réalité,sacrifice,style,vie

mot
La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ».
âme,axe,caresse,concept,création,ennui,être,interprétation,langue,liberté,…

mot
La division en enthousiastes ou grincheux suit l'ambigüité du mot monde, qu'on salue ou maudit. Ce mot peut désigner la matière, la vie, les hommes - trois objets, auxquels on devrait réserver des organes de vue et de langage différents : le cerveau, l'âme ou la rate.
âme,enthousiasme,hommes,intensité,langue,matière,nature,raison,regard,révolte,…

mot
Ces balivernes : le Sujet n'existerait pas en dehors de l'intentionnalité, il n'existeraient que des Objets déséquilibrés par le Verbe. La conscience est faite surtout d'intensité, musicale et picturale, et la musique et l'image peuvent se passer d'objets.
concept,conscience,intensité,musique,ordre,représentation

mot
Des destinées imprévisibles et divergentes du mot organon/orgue/ergon, réservé jadis au travail ou à la musique, et qui donna organisme, organisation, organique, pour s'adresser, respectivement, au mouton, au robot, au philosophe.
grèce,mouton,musique,philosophie,robot

mot
Le test de la justesse d'un mot hautain : déclamé en contrée basse, il est inaudible.
enfance,hauteur,inconnu

mot
L'instructive trajectoire du Parti Communiste (PC) : Pères Conscrits, Permis de Construire, Permis de Conduire, Poste de Commandement, Personnel Carcéral, Plaque Commémorative, Privé de Cimetière. La marque collective est reprise par Political-Correctness, Personal Computer (PC), Philosophie Continentale et Ponts et Chaussées.
action,cité,maîtrise,philosophie,souffrance,temps,vie

mot
Même la beauté formelle du mot, et non seulement la qualité de son message, le doit, en partie, au modèle, au-dessus duquel le mot se profile ou plane. Le mot est poétique, quand l'évacuation du message laisse, tout de même, assez de joie, sans souci du modèle.
beauté,bonheur,élite,poésie,représentation

mot
Les évolutions respectives du fond et de la forme : le premier a donné fondamental (telle théorie de représentations des groupes compacts), le second - l'italien formoso - beau (et le formaggio, pour les ironistes).
beauté,ironie,italie,style,système

mot
Il ne suffit pas de préconiser la forme et de se moquer du fond ; le souci de la forme peut aller de pair avec la bassesse, tandis que la plongée dans le fond peut être haute ; et l'on exhiberait le ridicule des hauts-de-forme ou témoignerait du respect des bas-fonds.
bassesse,hauteur,style

mot
Dans ma représentation se trouve un concept, auquel s’attache l’étiquette française – la vache (mais j’en ai d’autres étiquettes nationales, attachées au même concept). Si j’oublie le nom français de ce bovidé, le concept reste intact – à faire réfléchir ces mauvais philosophes, qui pensent que c’est le langage qui représente la réalité.
concept,france,mémoire,philosophie,réalité,représentation

mot
En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées.
arbre,axe,danse,être,interprétation,langue,musique,proximité,temps

mot
Il n'existe pas de miroir fidèle, pour refléter l'homme ; la brisure ou la réfraction est dans chaque mot. C'est la routine des reflets-clichés qui fait croire en justesse de certains traits. Toute entrée dans l'univers des mots est métamorphique.
filtre,langue,représentation,style

mot
Le parti pris des choses triomphe partout (hideux dans leur apothéose - l'Internationale !). Pour les vainqueurs, prosateurs béats, le choix fut entre un objet vivant ou un schéma mort. Ils ne comprendront jamais, que la vie ou la mort des idées ne s'annoncent ni ne se maintiennent que grâce au parti pris des mots.
art,défaite,hauteur,idée,mort,poésie,réalité,vie

mot
Je ne songe pas à m'annexer le français, j'en suis un hôte discret, et son confort nocturne hérisse mes rêves mieux, que son hospitalité diurne ne les calme.
angoisse,auteur,continuité,france,langue,rêve

mot
L'étrange confusion, dans les pourquoi français, anglais, russe, italien, entre la raison et le but d'une action. L'allemand (warum, worum) y remédie légèrement, seul l'espagnol (porque, porqué) le tranche.
action,allemagne,angleterre,contrainte,erreur,espagne,france,italie,russie

mot
L'ambivalence du mot hôte, en français, est parmi les mieux réussies : être maître ou intrus, au choix. Il semblerait que xénos offrit la même liberté.
exil,france,grèce,maîtrise

mot
Les plus belles pensées ne seraient que des regards (Er-eignis - Er-äugnis - Nietzsche) et non pas des événements (qui, étrangement, nous dévoient vers le de-venir ou vers l'être - со-бытие - le co-être, ou vers leur fusion dans le soi, qui serait un événement d'appropriation : Er-eignis der Er-eignung - Heidegger - un joli jeu de mots, en allemand, et un impossible charabia en français). « Le regard, c'est une flèche visuelle décochée vers l'infini »*** - Ortega y Gasset - « Mirar es disparar la flecha visual al infinito » - c'est l'absence des choses qui fait de l'infini une vraie cible. Dieu même, au moins le Dieu des Grecs, hésite entre le regard (theoro - je vois) et l'action (theo - je cours).
absurde,action,allemagne,commencement,contrainte,dieu,être,flèche,grèce,idée,…

mot
La plus forte joie de vivre m'est communiquée par ces faux sceptiques, chez lesquels le naïf lit une démolition de tout élan, tandis qu'ils ne font que reconnaître, humblement, l'impossibilité de trouver un mot aussi prodigieux que l'enthousiasme. La reddition du mot sonne souvent le triomphe de l'émotion. « Ne te courbe que pour aimer » - R.Char.
acquiescement,bonheur,défaite,élan,enthousiasme,inconnu,intensité,sentiment,simplicité,vie

mot
Le français ne sera jamais, hélas, mon complice. Nous sommes tels sages conspirateurs, qui ignorons tout l'un de l'autre, de sorte que toute trahison, sous la torture, ne serait qu'un faux témoignage.
auteur,france,justice,langue,sacrifice

mot
Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité.
absurde,auteur,concept,être,fanatisme,idée,interprétation,langue,liberté,mystère,…

mot
Mes mots-ennemis : compter et conter. Mes amis : coter (mettre des points d'exclamation) et quoter (mettre entre guillemets).
auteur,balance,intensité,ironie,raison

mot
Déchristianisation des lieux et des événements : enfer - embouteillage, paradis - défiscalisation, purgatoire - concours, immaculé - au casier judiciaire vierge, révélation - marchandise, baptême - prise de fonctions, sermon - brimade d'écolier, Transfiguration - nouvel emploi, Croix - ennuis du métier, résurrection - recapitalisation, stigmates - résurgences de l'humain chez le robot, Ascension - réussite, Apocalypse - krach.
argent,christianisme,défaite,ennui,hommes,platitude,robot,souffrance

mot
Croissance, l'un de ces mots que j'abhorre tant : s'étendre sans entendre, tourner sans se retourner, phases sans emphase.
balance,intensité,retour

mot
Les plus belles pensées surgissent d’un élagage de branches indignes ; curieusement, ce sens se glissa, aujourd’hui, dans le calcul computationnel, putare remontant à élaguer.
beauté,contrainte,idée

mot
La langue de bois, la façon la plus directe de faire oublier, que l'homme est un arbre ; elle n'en fait qu'un ensemble de nœuds mécaniques et d'arêtes creuses.
arbre,langue,platitude,robot

mot
Orateur - os + ratio - raison de la bouche. Je lui préfère la raison de l'œil - le regard. La pire, c'est la raison de la cervelle - oraculisme, où l'on réinvente soi disant et la bouche et l'œil.
création,raison,regard

mot
Trois livres médiocres - trop de mort dans Les Mots (où vingt dernières pages, belles, s'incrustent, en corps étranger, comme les vingt premières – dans les Notes d’un souterrain - trop de faits), trop de langage dans Les Mots et les Choses (où la belle Table des Matières ne sauve pas le reste) et trop de vie dans Les Choses (où il n'y a rien à sauver) - ces livres dévaluèrent trois beaux titres. Ces hypothèses intenables : croire que le mot représente notre vie ou bien notre monde. Le mot ne fait qu'interroger ; il a sa propre vie et son propre monde.
consolation,mort,platitude,question,réalité,représentation,vie

mot
Chacun est maître et esclave de ses paroles, mais celles-ci peuvent être majestueuses ou basses ; on sera alors roi des nobles ou bouffon de la canaille. Le silence est affaire des courtisans et des hommes de main.
bassesse,liberté,maîtrise,noblesse,silence

mot
Pour nous nourrir de mots, le talent fait appel aux deux ressources de goût – l'intelligence du solide et la noblesse du liquide. Le solide est évident, et le liquide est fantaisiste. Le mot délicat sera suspendu entre la profondeur et la hauteur, entre la pesanteur et la grâce, entre le savoir et le valoir. Et le talent n'y a pas besoin d'un ordre chronologique : « Donne du poids au mot, avant de lui donner le souffle » - Shakespeare - « Weighest thy words, before thou givest them breath ».
esprit,goût,grâce,hauteur,intelligence,noblesse,savoir,valoir

mot
Fonder sa vie sur la reproduction de moments uniques ou sur la production de choses pratiques ? - non, sur la traduction de messages cryptiques ! La félicité et l'action comme messages à traduire, d'une langue toujours étrangère. Ne pas être aussi mauvais traducteur que ces Latins, qui traduisirent par réalité l'energeia grecque. Les gouffres les plus infranchissables, entre l'Orient et l'Occident européens, sont creusés par ces traductions : « Le déracinement de la pensée occidentale commence avec cette traduction » - Heidegger - « Die Bodenlosigkeit des abendländischen Denkens beginnt mit diesem Übersetzen ». La prose latine défigura la poésie grecque.
action,bonheur,création,europe,grèce,poésie,réalité,utilité,vie

mot
Curieusement, plus je doute de moi-même, plus ferme devient mon mot. Une raison de plus de me débarrasser de mes duveteuses certitudes.
auteur,doute,soi

mot
Toute la littérature est dans le sens changeant de mots. Le mot changeant de sens est sans intérêt.
art,interprétation

mot
Les chiffres et non pas les mots sont le miroir de l'esprit. Les mots sont la vie de l'autre côté de ce miroir. Les chiffres font comprendre l'esprit, les mots - le reproduire.
balance,création,esprit,vie

mot
Deux regrets : premier en sentiment, qui est dernier en forme ; premier en forme, qui ne trouve pas son sentiment. Désir : premier en forme enfante d'un sentiment premier.
commencement,élan,sentiment,style

mot
Oui, le mot est un faussaire sur le marché du sentiment, où règne un troc délicieusement indicible. Sa convertibilité, entre fauchés des monnaies stables, permet des échanges déséquilibrés et enrichissants.
caresse,inconnu,mensonge,misère,sentiment

mot
Le mot en pointillé crée des états d'âme éclectiques ; mais modulés par la trajectoire des idées (l'idée est l'acte du mot), ils doivent prendre une forme syncrétique, nuage de points orienté. L'idée organique traduit une image d'une seule pièce, le mot thaumaturgique la recrée de toutes pièces. « Les idées sont des créatures organiques ; la forme leur est donnée à la naissance, et cette forme est l'acte » - Lermontov - « Идеи - создания органические : их рождение даёт уже им форму, и эта форма есть действие » - les formes fécondes en idées (Valéry).
action,âme,commencement,continuité,création,idée,style

mot
L'inspiration démocratise les dictionnaires. Quand un sentiment riche et châtié voisine soudain avec la misère des noms et s'encanaille dans une liaison avec la vulgarité des verbes.
caresse,cité,création,élite,misère,platitude,sentiment

mot
Le langage des contraintes décrit en l'air de belles demeures, c'est en cela qu'il est plus noble que celui d'échafaudage de buts. La vue du but interpelle le calcul, la sensation de la contrainte sollicite l'âme. Les contraintes sont semblables à ces belles combinaisons échiquéennes qu'on ne voit pas sur l'échiquier, mais qu'on devine derrière les coups positionnels joués.
âme,beauté,château,contrainte,langue,noblesse,raison,sentiment

mot
Il s'agit de coller les mots à la vie imaginaire (la vie réelle étant vouée à recevoir nos maux). Il est plus fécond d'en envelopper un lien plutôt qu'une chose. Le lien, à ses extrémités, est bardé d'inconnues ; la chose est trop liée à son essence, à son noyau constant, sans perspective de belles substitutions. Le mot est un nom, associé non pas à la chose, mais à sa représentation, à son concept donc. Les mots eux-mêmes ne sont pas des liens, mais des aliments de notre appétit d'images et d'émotions ; tout lien est dans le modèle.
arbre,création,discursif,frontière,idée,réalité,représentation,sentiment,vie

mot
Un mot est vraiment dernier non pas parce qu'il clôt une chaîne d'autres mots, mais parce qu'il n'a pas besoin d'un suivant. L'idéal est, qu'il soit, en même temps, la consécration du premier. Par l'humilité d'une conclusion en points de suspension recueillis.
acquiescement,commencement,continuité,interprétation

mot
Le langage sert à approfondir la réalité ou à rehausser le rêve ; dans le premier cas, il est outil et il doit disparaître, une fois le but intellectuel atteint ; dans le second cas, il est contrainte et il doit persister, pour être le seul support de l'émotion. Le seul à distinguer nettement ces deux fonctions fut Valéry.
contrainte,langue,réalité,sentiment

mot
L'amour, le lit, le pain – cette trajectoire étymologique descendante de nos troubles est reproduite sur le plan de l'amitié par l'ami, le camarade, le copain.
amour,caresse

mot
À part quelques traits phonétiques ou idiomatiques, la métaphore prend son envol dans la représentation sous-jacente et non pas dans la langue elle-même. Même le rapport entre les choses et moi-même, rapport reflété dans certaines métaphores, n'est pas une exception, puisque mon soi est également présent dans la représentation, comme tout autre sujet. Et je ne suis même pas sûr, que mon soi, surtout avec sa facette inconnue, y soit mieux représenté que celui des autres.
auteur,inconnu,langue,métaphore,représentation,soi

mot
L'irrésistible musique de mon mot – tel devrait être l'entame, et non pas la finale, de mon adresse au monde : mes cordes vocales, les cordes de ma lyre, la corde de mon arc – ma voix, ma sensibilité, ma puissance – le commencement, les moyens, la contrainte – la musique, la noblesse, l'intensité.
commencement,contrainte,force,intensité,nature,musique,noblesse,voix

mot
Parler de choses qu'on n'a jamais vues est plus honnête que d'en dépeindre les bien aperçues. L'œil dédouble la plume, l'imagination l'aiguise.
art,discursif,esprit,goût,regard

mot
Le mot a toujours en vue ce qui le nie. L'idée, c'est une solide frontière avec l'idée contraire. Le mot est donc dans le regard, l'idée - dans les mesures : distances, surfaces, volumes.
balance,frontière,idée,négation,proximité,regard

mot
L'idée entache l'âme, le mot donne à l'esprit une chance de pureté. Mais chercher à lessiver l'idée, pour faire apparaître le mot use le cœur en manque de blanchisseuses. Si la naissance du mot n'est pas suivie par vagissement de l'idée, autant étouffer ce mot au berceau, il n'est pas viable.
âme,ange,cœur,commencement,esprit,idée,vie

mot
Plume à la main, prendre langue avec la réalité devrait ne me servir qu'à conduire le courant de mes mots. Le reflet est une opération trop floue, pour peindre avec précision mes fantômes. Mais l'ordre musical des idées reste étrangement en prise avec l'ordre phénoménal des choses.
art,filtre,idée,musique,réalité,rêve

mot
Les bavards justifient leurs logorrhées par le souci de précision. S'ils savaient qu'à l'origine précision avait la même acception que concision – couper l'inessentiel pléthorique, pour ne garder que l'essence métaphorique.
contrainte,être,filtre,maxime,métaphore

mot
Le mot philosophique devient Verbe, lorsqu'il part, à la fois, de l'esprit, de l'âme et du cœur (verbum intellectus, mentis, cordis Mais les mots modernes sont dans le verbiage, où règne la chose (bassement matérielle ou pédantement immatérielle) – verbum rei.
âme,cœur,esprit,matière,modernité

mot
L'une des plus immenses merveilles humaines : dans les cas les plus intéressants, on ne sait pas d'où vient l'irrésistible musique de notre regard - de la perfection du réel ? de l'intelligence du représenté ? de l'élégance de l'exprimé ? L'esprit le plus rare - celui qui vit une fusion de ces trois sphères, dans un accord divin, et, tout en reconnaissant leurs mutismes problématiques, nous enivre de leur musique recréée, recommencée, mystérieuse. « Les mots, parfois, ont besoin de musique, mais la musique n'a besoin de rien »* - E.Grieg.
création,esprit,intelligence,musique,mystère,réalité,regard,silence,style,vie

mot
Tentatives de pléonasmes : puissance potentielle, volonté velléitaire, anomalie anormale, vertu virtuelle, événement éventuel, matière immature.
bien,enfance,force,intensité,matière,ordre

mot
La vie, et aussi les mots, peuvent être vécus en longueur, en largeur ou en profondeur. Il suffit de garder les yeux, comme le voulut le Dieu du jour, tournés vers le bas. Quand on les ferme ou les tourne vers le haut, comme le veut le Dieu de la nuit, on vit ou l'on délire en hauteur. Nuit, l'un des rares mots à rester le même dans toutes les langues indo-européennes, comme les noms des chiffres, pour nous rappeler que le Logos signifie eurythmie, équilibre, proportion, mesure, donc – nombre ; la nuit, et non pas le jour, servit d'unité de mesure du temps.
balance,dieu,folie,hauteur,langue,rêve,temps,vie

mot
La poésie, c'est l'interception de regards de l'éternité, regards, qui suggèrent des formes (mots ou sons) et promettent l'attouchement du fond (bonheur ou enthousiasme). Qu'est-ce que l'image éternitaire, sinon une haute musique révélant un sens profond : « La musique du vers ne peut se passer de sens ; mais le sens du vers ne peut se passer de musique » - Weidlé - « Музыка стихов не может обойтись без смысла. Но и смысл в стихах не может обойтись без музыки ».
bonheur,enthousiasme,espérance,éternité,intensité,musique,poésie,regard,style

mot
Sans intelligence ni poésie, tout dithyrambe au langage sonne faux et creux. Il n'est juste, à double titre, que chez Goethe et Valéry.
esprit,intelligence,langue,poésie

mot
Les mots aux trajectoires trop bien calculées peuvent donner l'impression d'un vol de chauve-souris, d'un vol au radar. Tandis que je cherche de vastes survols ou amorces de piqués. Le mot est plus proche d'un oiseau de proie, à l'œil hautain, visant le gibier à une distance vertigineuse.
chemin,proximité,raison,robot

mot
Jolie ambigüité dans cette jolie phrase - je suis fait de ce qui m'échappe : ou bien ce qu'il y a d'inconnu ou d'incompréhensible en moi est mon propre soi (le soi inconnu), ou bien ce qui rend mon essence est ce que, à mon corps défendant, je réussis à articuler.
auteur,être,idée,inconnu,soi

mot
La sincérité dans les mots : quand la sonorité d'une phrase est au diapason d'un état d'âme vibrant. Je n'aime l'authenticité que naissant à l'article de la suffocation.
âme,auteur,authenticité,intensité,musique

mot
Personne ne se rend mieux compte de la petitesse et de l'immensité des mots, de leurs messages cristallins ou indéchiffrables, de leur inutilité et leur vitalité que le poète, qui est le seul à ne fréquenter que leurs recoins extrêmes.
art,doute,grandeur,poésie,utilité

mot
Tant de mystère insondable nous interpelle dans le don de la langue et de la parole, ainsi que dans le rire et les pleurs. Mais la routine affadit notre regard sur le beau inconnaissable, en nous arrêtant sur la richesse des problèmes, que ces dons permettent de formuler, ou, pire encore, sur l'utilité des solutions, qu'on connaît à ces problèmes résolus.
beauté,inconnu,langue,mystère,regard,utilité

mot
Le geste ou l'idée qui, bien tassés, n'entrent toujours pas dans un seul instant ou dans une seule maxime, sont condamnés à finir dans la platitude.
idée,maxime,platitude

mot
On ne me lira jamais comme je veux, comme si les mots venaient d'être inventés. Pourtant c'est bien ainsi qu'on est tenté d'écrire. Forcer l'oubli des trajectoires connues des mots, les vouer à la destinée des hapax et solipsismes, esquisser des pointillés, qui en feraient pressentir envolées ou chutes. Le verbe créateur ne connaît pas de continuité, tandis que « la nature ne fait pas de bonds » - Leibniz - « natura non fecit saltus » - on ignorait encore les quantas atomiques et les mutations génétiques - que des bonds en discontinu ! La hauteur n'habite que le verbe ; il faut se méfier jusque du ciel : « Sur terre - des arcs brisés ; au ciel - des cercles parfaits » - R.Browning - « On the earth - the broken arcs ; in the heaven - the perfect round ». Et saluer le Christ : « Le ciel et la terre passeront, mais non pas mon verbe ».
art,artificiel,auteur,christianisme,continuité,création,défaite,élan,éléments,nature,…

mot
Le mot, qui n'impose pas sa hauteur, est une girouette. Retenti en altitude, il provoquerait des avalanches ; le même, entendu dans des tréfonds, disparaîtrait, sans laisser d'écho ni d'avalanches. En stratégie littéraire, la marge de l'artilleur est plus prometteuse que la charge du chasseur.
art,hauteur,proximité,raison

mot
La contingence guette les mots sans attache. Le hasard du verbe n'est domestiqué que par sa subordination à la hauteur de ton regard interrogatif. Et c'est le regard pré-langagier et non pas le hasard des mots, qui persiste et nous fait abandonner tout ce qui est fixe. La symétrie pascalienne : « le hasard donne les pensées et le hasard les ôte » - est fausse.
jeu,hauteur,question,regard

mot
Ce que je bâtis devrait pouvoir se muer, à tout moment, en abri, en ruines, en fonts baptismaux, en mausolée. De l'architecture polyvalente en mode synchrone, abri des exilés, des momies, des relaps.
auteur,commencement,création,exil,ruines,vie

mot
Le mot, comme la musique, devrait faire oublier l'époque. À l'heure astrale, ignorer l'heure est signe de hauteur de l'instant, où vibre le mot ou la note. C'est la hauteur qui fait du mot - une mélodie : « Le ton, c'est le mot en hauteur »** - R.Schumann - « Töne sind höhere Worte ».
étoile,hauteur,intensité,musique,temps

mot
Différence entre le mot et la note : la lumière de la musique ne projette aucune ombre, les ténèbres du mot n'ont pas de témoins. La pensée, d'habitude, manque de lumière et le sentiment - d'ombre. Mais mieux je ressens la lumière, plus belles en seront mes ombres.
auteur,idée,ombre,musique,sentiment

mot
L'idée atteint son objet de plein fouet, et l'on finit toujours par se dire, qu'il aurait mieux valu le rater, pour tâter un autre angle d'attaque. Le mot, lui, vise un état d'âme et le rate, pour se perdre le plus loin possible. Au milieu de ses ombres et non pas dans l'éclat de son orgueil, ébloui par des ambitions réalisées.
âme,art,flèche,gloire,idée,intensité,ombre

mot
Formé sous l'influence des langues indo-européennes, le regard philosophique européen sur la structure du langage - sujet, verbe, objet - est sans intérêt. Tout langage doit offrir trois types de références : d'objet, d'attribut et de lien entre objets. Les catégories - syntaxique du sujet, lexicale du verbe, sémantique de l'objet - sont purement linguistiques, sans rapport avec le modèle conceptuel. La langue fournit le noyau (verbes, quantificateurs ou connecteurs) de l'axe syntagmatique, l'axe paradigmatique étant alimenté par le modèle.
axe,concept,europe,idée,langue,philosophie,regard,représentation

mot
Le mot décrié de tous temps - vanité, dévouement aux choses vaines et éphémères, il m'est sympathique, vu que tout ce que l'homme garde désormais à portée de ses mains crochues relève des choses vulgairement réelles, pesantes, à rendement garanti. Et ma sympathie pour les sages, penchés, déconfits, au-dessus d'un rêve agonisant, gagne quelques longueurs à cause de leur condamnation par le vainqueur : « Le Seigneur connaît les pensées des sages ; Il sait qu'elles sont vaines » - l'Évangile. En plus, la vanité va souvent de pair avec l'élan, puisque l'Ecclésiaste met la poursuite de vent sur le même plan que la vanité, et auxquelles se réduit le tout ; il finira certainement par acquiescer au monde entier, devenir pan-théiste ou holiste, laissant les idolâtres avec la relativité des choses.
action,auteur,balance,christianisme,défaite,élan,grâce,idée,maîtrise,philosophie,…

mot
Glissades orthographiques, utiles pour la science de l'ironie : âme - âne, Seele - Esel, nóos (intellect) - ónos (âne).
allemagne,âme,grèce,intelligence,ironie,utilité

mot
Dans les langues indo-européennes, la même référence (un homme généreux) peut dénoter soit la classe (l'essence universelle - tout homme généreux) soit une instance de cette classe (l'accident existentiel - cet homme qui est généreux)s ; il serait intéressant de savoir si, dans d'autres langues, il existent des moyens syntaxiques de ne pas les confondre.
europe,langue

mot
Le pourcentage de présence, respectivement, du langage, de la représentation, de la réalité : en poésie – 80, 15, 5 ; en philosophie – 30, 50, 20. Dire, que le langage est tout, est exagéré.
langue,philosophie,poésie,réalité,représentation

mot
De l'enthousiasme du cœur à celui des mots, le cheminement est hasardeux et vacillant. Une paix d'âme, par contre, se traduit immanquablement dans la prompte impassibilité des mots.
angoisse,chemin,cœur,doute,enthousiasme,intensité

mot
L'étranger et la patrie : le premier est décrit avec des verbes - profiter, tirer les marrons du feu, se frotter les mains ; la seconde avec des adjectifs - naïve, franche, généreuse. Pour être impartial, on aurait dû ne comparer que les signes de ponctuation : déficits de points d'interrogation, abus de points d'exclamation, sérieux du point de suspension, solidité du point final.
cœur,doute,exil,honte,intensité,langue,mort,question,simplicité

mot
Je ne serais apprécié ni lu que par ceux qui savent ce que c'est qu'un langage inventé : Cioran ou un polyglotte. Entre ceux qui s'affirment et ceux qui s'inventent - pas de communication possible.
artificiel,auteur,authenticité,création,langue

mot
Seuls les polyglottes et les cogniticiens comprennent, que nous pensons non pas dans un, mais dans deux mondes mentaux - dans celui, où les mots, déjà, devancent les concepts, et dans celui, où les mots n'apparaissent pas encore. Le second, à une époque donnée, est pratiquement unique, le premier - imprégné et d'une langue et d'un locuteur.
idée,intelligence,langue,temps

mot
Les sorts inégaux du mot : en français, il s'associe avec l'esprit ; en russe - avec le Verbe ; en anglais, il sert de refuge à l'inaction d'Hamlet ; en allemand, étant multiplié, il peut bifurquer soit vers le dictionnaire, Wörter, soit vers le Verbe, Worte.
allemagne,angleterre,esprit,france,immobilité,russie

mot
Les bizarreries, dans ce livre, de ces trois mots capitaux : source, contrainte, fin - le premier n'y a rien à faire avec le verbe sourdre, ni le deuxième - avec contraindre, ni le troisième - avec finir. Les adjectifs, qui s'y prêteraient le mieux - nécessaire, arbitraire, volontaire.
commencement,contrainte,intensité,liberté,nécessité,représentation

mot
La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs.
arbre,discursif,élite,grèce,idée,langue,nature,réalité,représentation

mot
Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ».
art,concept,goût,idée,interprétation,langue,métaphore,négation,raison,réalité,…

mot
Le mot naïf retrouve son étymologie dans la grogne. Le mot évolué penche pour le Verbe pré-existant aux choses et étables.
mouton,réalité,révolte,simplicité

mot
« J'aime le mot oiseau, car il a toutes les voyelles » dit un soi-disant poète, à l'oreille orthographique. Et le mot lézard lui fait entendre flemmard ou hagard, et non quart, stars ou lare. Quelles oreilles frappées par la machine !
ouïe,robot

mot
De la prédestination néfaste de certains mots : prenez tribu et ses dérivatifs : tributaire, distribuer, tribunal, contribuer, tribune, attribuer, - si modernes et si grégaires.
mouton

mot
Logos signifierait chose chez les Grecs, acte chez les Hébreux, entendement chez Tolstoï, intelligence chez les Musulmans. Comment échapper à la manie des hommes de ne pas nous laisser un seul mot, qui ne serait voué qu'au rêve ! Res vaga refusant de devenir res publica. L'étendard de rêve devenant standard de vie…
action,doute,grèce,hommes,raison,réalité,rêve,vie

mot
« Au commencement était le Verbe » - on peut en ricaner sur trois niveaux : en syntaxe - les substantifs n'ont qu'à bien se tenir (on est avec les logiciens) ; en sémantique - les relations précèdent les sujets/objets (on est avec les structuralistes) ; et en pragmatique - il n'y a rien à chercher avant le mot, tout peut être réduit au mot (on est contre Platon). Heureux qui est ab-origène du pays du Verbe !
commencement,concept,ironie,langue,raison,utilité

mot
La langue parlée, dans ce livre, ne retrouvera pas toujours, sur la même longueur d'ondes, la langue parlante (comme les messages hermétique et herméneutique de Plutarque, discours préféré ou discours proféré ; Hermès : se savoir un Dieu, mais ne pouvoir être perçu que comme un simple messager des autres Dieux) ; et dans ce couple, avec cette dissonance entre le message et la messagerie, la loi et l'élection, - les frictions et les rejets mènent si facilement au divorce.
auteur,défaite,dieu,simplicité

mot
Je dis être en présence d'un mot, lorsque j'ai la sensation, que l'exigence d'une fine oreille se transforme imperceptiblement en l'acquiescement d'un haut regard.
acquiescement,filtre,ouïe,regard

mot
Dans le mot, ni l'on ne se dénude ni l'on ne se dissimule, dans le mot on crée, on crée une requête, nécessairement ironique (ironie voulant dire interrogation), et dans laquelle je dois briller soit par ma présence soit par mon absence. Au cours de l'interprétation de cette requête se produisent des rencontres inattendues des objets (Protokollsätze) qui, hors de mon discours, pouvaient s'ignorer. Parmi les subjugués par le mot, on trouve surtout poètes ou tyrans, ces amateurs des régions inexplorées, vers lesquelles les mots bâtissent des ponts.
auteur,concept,création,grèce,interprétation,ironie,liberté,poésie,question,soi

mot
On déniche du fascisme jusque dans la langue, qui non seulement empêcherait de dire, mais obligerait à dire. C'est aussi juste que de dire : pour exprimer son amour, on est condamné à conjuguer un verbe régulier.
amour,cité,langue

mot
On devrait définir une grammaire de hauteur se moquant de celles de surface ou de profondeur, grammaire générative de vertiges et de métamorphoses, transfigurative plutôt que transformationnelle, grammaire des textes nous exemptant du contexte.
étonnement,filtre,hauteur,intensité,langue,réalité

mot
La passion primesautière disparaissant des entreprises des hommes, l'étymologie de pro-jet (Ent-wurf, на-бросок) devient de plus en plus incompréhensible. Mais la Entworfenheit (ouverture au monde ou, mieux, disponibilité) heideggérienne paraît être un bon terme, pour désigner la première fonction du langage - traduire l'élan de la conscience en une structure ou en un chemin d'accès des choses.
allemagne,amour,commencement,conscience,élan,intensité,langue,ouvert,question,russie,…

mot
La poésie est le Phénix du mot. Donc elle est cendres, la plupart du temps.
éléments,poésie

mot
Les mots, qui décrivent une douleur ou un bonheur réels, ou bien les mots, dépeignant des états d’âme complètement inventés, - sont indiscernables. L’authenticité ne peut pas être un critère sérieux de la qualité d’un écrit. Dans la littérature, les mots sont des points de départ et non pas d’arrivée.
art,authenticité,bonheur,commencement,création,réalité,souffrance

mot
Dans l’écriture, le concept est pro-nomos ; dans la lecture, le nom est pro-logos. Nomen omen.
commencement,concept,métaphore

mot
La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme.
être,idée,langue,négation,réalité,représentation

mot
Le langage, en mode routinier, n'est qu'un code d'accès, et très rarement, en mode-rupture, - une courroie de création. L'esprit possède et les langages et les modèles, et le premier critère de sa qualité est le contenu de ses modèles, auxquels renvoie un langage. C'est une question de goût et d'intelligence - avec quoi peupler ses modèles dynamiques : avec des fantômes ou avec des bases de connaissances, avec des déductions ou avec des faits. Le sot croit « créer en nommant » (Proust), l'artiste nomme en créant.
création,élite,esprit,goût,intelligence,langue,représentation,rêve,savoir

mot
L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables.
commencement,école,être,espérance,idée,langue,philosophie,poésie,représentation,sentiment,…

mot
Plus on est bête, plus on est persuadé, que le mot serve, avant tout, à traduire des idées tout prêtes. Toujours cette naïveté de l'homme : croire qu'il peut toucher à la source de ses images de Caverne, où toute fenêtre est miroir.
commencement,filtre,idée,intelligence,langue,ruines,simplicité

mot
Les mots s'acceptent sans heurts dans un voisinage soit par l'inertie d'usage, soit par un champ d'intuition créé par la langue elle-même, soit enfin par un magnétisme induit par un courant d'auteur. Et je sais, hélas, que sans maîtriser à fond les deux premières de ces forces, je cours le risque de ne pas faire agir la troisième. Je présuppose une charge réceptive dans l'oreille, tandis que c'est l'œil d'autochtone qui coupe tout courant déjà dans la prise de risques insensée par ma bouche. Retentis dans la bouche ou ressentis dans l'oreille, les mots ont des effets souvent opposés - et il est impossible d'effacer la mémoire collective, où se produit l'effet dévastateur idiomatique.
absurde,auteur,continuité,folie,intensité,maîtrise,mémoire,ouïe,proximité,regard

mot
L'analyse linguistique est banale, rigoureuse et consensuelle, la synthèse des représentations est délicate, libre et individuelle – d'où l'engouement actuel pour la philosophie analytique et le désintérêt académique pour la représentation.
école,langue,philosophie,représentation

mot
Les mots et les tableaux. Dans sa coquille, la perle est sans valeur d'échange. Mais le sort du collier n'est pas le plus enviable. Une fois que ton couteau-talent a extrait la perle verbale, ne demande à l'esprit ni le fil, ni l'écrin, ni l'étiquette. L'esprit cultive le multiple, l'âme n'aime que l'un.
axe,balance,esprit,goût,maxime

mot
Tous savent, aujourd'hui, ce que veut dire CBS (sauf quelques mathématiciens, qui y subodoreraient l'inégalité de Cauchy-Bouniakovski-H.Schwarz) ; j'y lis : civilisé-barbare-sauvage - les trois rameaux de l'amour de Ch.Fourier, amour, qui serait un arbre, que toute autorité s'efforcerait d'ébrancher ; notre phalanstérien, en abusant de constantes et en négligeant les variables, privait cet arbre des qualités des Hydres à têtes multiples, sans parler de Phénix. Toutefois, n'oublions pas que l'idylle des phalanstères et l'entretien des arbres décoratifs furent imaginés à l'exemple du Palais-Royal, avec ses boutiques et ses allées, épatant le prolétaire jaloux.
amour,arbre,culture,misère

mot
Il n'y a rien à comprendre dans le discours de ceux, qui ne voient dans le mot qu'un moyen de se faire comprendre.
raison

mot
Ils pensent sérieusement, que la représentation du monde peut être prise en charge par des structures grammaticales, tandis que ces piètres structures restent presque entièrement à l'intérieur des frontières de la langue, et les frontières du monde commencent bien au-delà de la langue, quoi qu'en pense Wittgenstein. La langue fait partie des solutions, le monde restera toujours parmi des mystères, que tente de refléter, telles les idées platoniciennes, la représentation.
frontière,idée,langue,liberté,nature,mystère

mot
L'ambigüité de bilden : éduquer ou produire une image, d'où l'intérêt de la langue, formant la pensée. Le fond de la pensée ne s'éduque guère grâce à la langue ; tout ce qu'une langue apporte à la forme de la pensée est sa réceptivité face aux métaphores. La langue ne modèle pas, elle interroge des modèles. Sans le moindre élément fractal commun, les langues recouvrent pourtant les mêmes surfaces conceptuelles. Et surtout, les mêmes types de structures conceptuelles a priori leur sont sous-jacents et les mêmes types de logique a posteriori.
idée,langue,métaphore,question,raison,représentation

mot
Si je parle si souvent de ruines, c'est en partie à cause de mes rafistolages au sein de l'équipe de la tour de Babel, dont l'arcanture se prête mal à l'architecture des tours d'ivoire (il paraît qu'en sacrifiant la hauteur à la profondeur, un recyclage soit possible : « Nous creusons la mine de Babel » - Kafka - « Wir graben den Schacht von Babel »). Et mes ivresses publiques ne rappellent que vaguement le miracle de la Pentecôte.
auteur,château,hauteur,intensité,langue,retour,ruines

mot
Mes ressources verbales ne sont évidemment pas dans la langue française, mais à côté d'elle. Ce à côté ambigu que je verrais et lirais bien - au-dessus.
auteur,création,hauteur,langue

mot
Tout en n'étant qu'une étiquette, le mot permet d'accéder à ce qui va au-delà de la chose. L'étiquette, qui ne fait qu'indiquer le prix de la chose, est moins que la chose. L'idéal, c'est soit une étiquette, qui se substitue au flacon et apporte de l'ivresse, soit celle qui se lit sur une bouteille jetée à la mer étale et paisible, refuge des naufragés de la sédentarité sans patrie.
balance,défaite,exil,intensité,réalité

mot
Les mots sont comme l'éther, vitaux mais inertes. Il faut savoir susciter de violentes tornades ou de doux courants, évoquant de lointaines contrées ou emportant vers de hauts horizons. Il faut y mêler des arômes ou en nourrir une flamme. Et l'art des contraintes consisterait à s'appuyer sur les choses aérostatiques, pour progresser et rendre aérodynamiques les choses dignes d'être caressées. Pour le regard, les poumons peuvent s'avérer plus porteurs que les yeux. « L'évolution d'un homme se réduit aux mots dont il se détourne » - Canetti - « Die Entwicklung eines Menschen besteht aus den Worten, die er sich abgewöhnt ».
art,caresse,contrainte,éléments,étoile,hommes,intensité,regard,vie

mot
Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval).
action,ange,arbre,chemin,concept,esprit,interprétation,langue,moyen âge,raison,…

mot
Pauvreté lexicale au service de l'imaginaire : corde, en français, s'appliquant au violon, à l'arc et au suicidaire. Après tout attouchement je peux y étendre mes ailes mouillées.
caresse,étoile,flèche,france,mort

mot
Le mot n'est signe ni de la chose ni du concept. Le mot est volonté de désigner la chose, volonté, qui ne débouche sur la chose qu'en transitant par le concept (et le concept, non plus, n'en déplaise à Aristote, n'est pas signe des choses ; le concept est la connaissance même de la chose). Le mot n'est ni similitude ni représentation, mais symbole évocateur, excitant, référençant, focalisant. Le mot est une forme travaillée par un désir de fond.
élan,idée,intensité,interprétation,représentation,savoir,style

mot
Aucune langue européenne n'est aussi désincarnée que le français. Quelle aubaine, pour un ami des fantômes, fuyant tout contact avec les choses ! Il n'y a que le mot français, qui ne cherche aucun miroir empirique, pour se lire !
europe,france,langue,maxime,réalité,rêve

mot
Dans l'esprit s'entrechoquent des images, dans l'intellect - des représentations (idoles), dans la langue - des signes. Chez tout le monde - trois voies vers Dieu ; chez les créateurs - trois voix à partir de Dieu. Le mot, au sens noble, est un habile et haut réseau de signes, s'inspirant des images ou représentations profondes ou s'y adressant.
chemin,création,dieu,esprit,grèce,hauteur,langue,noblesse,représentation,style,…

mot
Le mot idole est à réhabiliter ; son contraire le plus en vue est l'idée ; je préfère l'objet de prières au projet grégaire, que devient, tôt ou tard, toute idée. Et puisque on prie le mieux, face à l'inexistant, on n'a même pas besoin de justifier les auréoles qu'on est peut-être le seul à voir.
dieu,grèce,idée,inconnu,mouton

mot
Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept.
idée,interprétation,langue,métaphore,représentation,simplicité

mot
La fonction instrumentale est la fonction principale du langage dans tous les domaines, sauf en poésie, où le mot peut s'émanciper de la représentation sous-jacente ou n'en utiliser que les ressources métaphoriques.
langue,métaphore,poésie,représentation

mot
La représentation, elle aussi, dispose de son propre langage, mais qui a, vis-à-vis de la langue naturelle, à peu près le même statut qu'un langage de programmation, surtout lorsque celui-ci est fondé sur la logique et est orienté-objets. Les requêtes, formulées dans ce langage artificiel, seraient l'équivalent des idées platoniciennes, indépendantes des mots et classées par type de fonction, de prédicat, d'événement, de substance.
artificiel,concept,être,idée,langue,représentation,science

mot
Dans l'esprit se déroulent des métaphores de l'illumination, indexées de désir, sans noms ni verbes, ne relevant d'aucune langue et pointant sur des objets, liens, variables (nomena nescio), valeurs de vérité. La langue le transforme en références (d'objets et de liens) et en formules logiques. Elle y introduit le temps, joue avec des qualificatifs, la négation, l'ellipse, bref avec ce qui n'apporte presque rien à la pensée.
commencement,concept,élan,esprit,filtre,langue,métaphore,négation,ombre,raison,…

mot
Je me sens porteur d'une musique, mais je dois la confier aux mots. On peut avoir une idée du désastre en tombant sur d'effarants livrets accompagnant les meilleurs morceaux de Mozart ou Tchaïkovsky. Les arpèges des mots sont souvent souillure d'une partition vitale. Mais la pensée est contre-indiquée à la musique, comme à la poésie ; écoutez du Nietzsche, du Marx ou du Platon, mis en musique par G.Mahler, Prokofiev ou Satie. Un étrange suicidaire, le compositeur loufoque B.A.Zimmerman, prenait pour livrets des citations de l’Ecclésiaste, de St-Augustin, Dostoïevsky, Wittgenstein.
ange,auteur,défaite,intelligence,mort,musique,poésie

mot
Le sens naît d'un dialogue, donc d'un partage. La langue allemande ne s'en trompe pas, voir l'admirable série : Urteil, Vorteil, Mitteilung - jugement, préférence, message - provenant de teilen - partager. La philosophie est la poésie du dialogue. « La philosophie n'est qu'un moyen, pour atteindre ce qu'est la poésie » - F.Schlegel - « Die Philosophie ist nur ein Mittel zu dem, was die Poesie selbst ist ».
allemagne,contrainte,erreur,langue,philosophie,poésie,raison

mot
L'appauvrissement et la corruption de la langue sont une conséquence immédiate de la disparition du sacré des horizons des hommes ; tant que le soupir, la larme ou le genou détachent nos yeux des choses vues, nos mots chercheront à envelopper des mirages, au lieu de développer des choses.
discursif,hommes,langue,rêve,sacré,sentiment

mot
L'indigence langagière semble, aujourd'hui, avoir atteint une limite insurpassable ; le monde prend sa stature définitive, et la prospection de l'avenir devient sans objet. « Sans nouveau langage – pas de nouveau monde » - Wittgenstein - « Keine neue Welt ohne neue Sprache ».
langue,modernité,nature,temps

mot
La langue même d'un bel écrit devrait être travaillée en hauteur et non pas en profondeur. En la labourant on lui découvre l'odeur de la terre natale et l'on perd l'attrait des horizons d'exilés. Aux pensées déracinées - des mots déracinés !
art,éléments,étoile,étonnement,exil,hauteur,langue

mot
De l'inconvénient du renversement trop mécanique des tendances hostiles : je cherche à retourner, à la lettre, le mauvais slogan du parti pris des choses, ad rem, et j'obtiens - mer-da… Et objet, lui-même, sème le doute avec T'ai-je beau
concept,doute,ironie,réalité,robot

mot
L'être, c'est-à-dire l'âme invisible, est destiné au regard, c'est-à-dire à la prière et au rêve. Mais ils en firent l'objet culte de leurs syllogismes bancals, où le tragique se banalise et la logique s'enlise.
âme,défaite,être,inconnu,raison,regard,religion,rêve,tragédie

mot
Quand des savants de la connaissance, que sont Claudel, G.Marcel ou Ricœur, produisent leur jeu de mots gynécologique de co-naissance, j'ai envie d'enchaîner, sur le même thème hygiénique, par con-aisances.
cœur,commencement,école,platitude,savoir,soif

mot
En français, le débordement, en tant que mode d'expression, m'est interdit ; je dois me contenter de la fontaine. Des ambitieux parent la leur d'écriteaux alarmants ou rassurants, Poison ou Eau potable, je ne promets qu'une bonne soif près de la fontaine.
auteur,éléments,france,langue,soif,style

mot
J'use de mon français, comme j'use de mon algèbre ; des Bourbaki littéraires relèveront des bizarreries dans la notation de mes opérandes, mais ils devront s'incliner devant mes opérateurs aux singularités mieux dessinées que les leurs.
auteur,doute,france,langue,représentation

mot
La langue n'est pas une pensée extérieure, comme la pensée n'est pas une langue intérieure. La langue prend en charge la pensée ; le contenu de la pensée naît hors toute langue et se forme dans un langage conceptuel. La langue interroge ce que la pensée crée.
commencement,création,idée,langue,question

mot
Si, une fois épuré de tout ce qui est héritage ou tradition, ton mot continue à vibrer, étinceler ou scintiller, c'est qu'il est apparenté au Verbe. Le Commencement fut toujours opposé à la tradition, qui est un euphémisme pour routine ou plagiat.
ange,commencement,intensité,ombre,solitude

mot
Le ridicule du Selbstsucht (enquête sur soi), le trop sérieux du Selbstzucht (requête sur soi) - il faut se tourner vers l'ironie du Selbstwucht (quête de soi) -, ni chercher ni cultiver, mais peser.
allemagne,balance,ironie,question,soi

mot
Trois mots-parasites - liberté, désir, être - prolifèrent sur le bel arbre du rêve ascendant et de la sève descendante et en cachent et occultent la vue, arbre que le philosophe aurait dû défendre avec autant de conviction, que le chante, avec foi, le poète.
arbre,art,élan,être,liberté,philosophie,poésie

mot
Par mes caprices et lubies, je fais plier les langues étrangères, d’une manière irresponsable ; mais la mienne, par ses caprices, ses us et coutumes, fait plier mes audaces, me décourage et me remet en droit chemin, moi, l’amateur des obliques.
audace,auteur,chemin,langue,système,voix

mot
L'admirable langue allemande sachant si ironiquement rapprocher le sens des sens : be-stimmen, définir - munir de voix, ge-hören, appartenir - munir d'ouïe, ent-sprechen, correspondre - interdire de parole, be-greifen, appréhender - tenir avec les mains. Et ces belles oppositions : gestimmt (accordé) - bestimmt, aufhören (cesser) - gehören, versprechen (promettre) - entsprechen, angreifen (attaquer) - begreifen.
action,allemagne,espérance,langue,lutte,musique,ouïe,réalité,représentation,voix

mot
L'idée platonicienne (eïdos) nous renvoie à ce que les choses ont de visible ; à ce qui est lisible nous renvoie le mot (logos). Le Logos bicéphale aristotélicien correspond très exactement à ce qu'est une maxime : l'union de la forme et de la formule !
grèce,idée,maxime,réalité,style

mot
Valéry part d'un concept improvisé, effleurant à peine les choses, pour aboutir à un mot poétique. Heidegger part d'un mot improvisé, ignorant les choses, pour aboutir à un concept prosaïque. Privez le langage de suffixes, vous coupez toute source d'inspiration de Heidegger. Oubliez toute la culture, la cible de Valéry garde toute son excitabilité.
création,culture,flèche,idée,langue,mémoire,poésie,réalité

mot
Quand on comprend, que le verbe être peut remplacer tous les autres verbes et que des variables peuvent se substituer à tous les noms, on se met à pratiquer la logique - les quantificateurs et la négation, la poésie - la liberté dans le choix des variables et des adjectifs, ou la philosophie - en alternant les points d'interrogation et d'exclamation.
arbre,liberté,négation,philosophie,poésie,question,raison

mot
Les notions minéralogiques de matière, de logique ou de patrie remontent, étrangement, à la Sainte Famille : Mère, Logos et père.
christianisme,femme,grèce,hommes,matière

mot
Les mots sans frontières nettes auraient dus être réservés à la poésie et interdits aux graphomanes ; tel le logos, permettant aux bavards grecs de nous enquiquiner avec la fichue équivalence de l'être, du penser et du dire.
esprit,être,grèce,poésie

mot
Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien.
éléments,intensité,langue,négation,sentiment,vide

mot
Les mots, les choses et les dons se retrouvent, étrangement, dans l'étymologie de con-dition (donné avec), de Be-dingung (doté de choses : « Die Dinge bedingen die Sterblichen » - Heidegger) et de у-словие (près des mots).
allemagne,réalité,russie

mot
L'étude des passions s'appellerait patho-logie, celle de l'amour - philo-logie, celle de la proximité - topo-logie et celle de l'art - techno-logie. La technique, la mathématique, les lettres, la santé venant au secours d'un Logos défaillant.
amour,art,défaite,grèce,proximité,robot,science

mot
Il faut émanciper le mot - des choses, qu'elles soient abondantes ou manquantes. Et là où le mot a éclos, qu'il devienne une grâce impondérable. Éviter, que la chose, c'est à dire la pesanteur, ne se pose.
grâce,inconnu,réalité,style

mot
La seule fidélité, avec les mots, est la hauteur scintillante et discrète ; le reste n'est que sacrifices, - à l'usage, à la fatuité, à la fausse droiture
authenticité,étoile,hauteur,sacrifice,utilité

mot
L'étymologie populaire fait remonter matière à un tronc d'arbre - une raison de plus pour se méfier du matérialisme, puisque, parmi les grands attributs de l'arbre sacré, le tronc ne peut rivaliser ni avec la solution des fruits, ni avec le problème des racines, ni avec le mystère des fleurs, des cimes et des ombres.
arbre,concept,matière,ombre,sacré

mot
Je sais que c'est en moi, et non pas dans le monde bien entretenu, que se déposent des matières polluantes, mais toute bonne écologie de l'ego aboutit, pour moi, à l'égologie.
ange,auteur,matière,soi

mot
L'origine linguistique de la honte : ce qu'il y a de meilleur en nous n'a pas de langage et reste un appel inarticulé, une forme en puissance, une pure disposition sans ressources ni outils. L'invention d'alphabets, l'adamisme et l'ésopisme, la genèse de nos mondes ratés.
commencement,création,défaite,élite,honte,langue,soi,style

mot
Mes litanies de la hauteur devraient peut-être s'appeler acméistes (acmé - apogée) ou météoro-logiques (météoron - hauteur). Pasternak parlait de « la hauteur résistant à la vicissitude de la rue ». Et son contraire s'appellerait - acrophobie, phobie de la hauteur.
auteur,élite,gloire,grèce,hauteur,négation

mot
Sénèque et J.Racine écrivent pour la déclamation, Shakespeare et Corneille - pour la lecture ; Molière et Tchékhov - pour la scène. Les métaphores déclamatoires ou livresques ont l'univers entier pour source ou cible, les métaphores scéniques - le hasard des planches.
flèche,jeu,métaphore,vie

mot
Dans leurs idées, ils prônent l'esprit de profondeur, sans avoir ni la profondeur d'esprit ni la hauteur d'âme ; c'est l'âme de hauteur qu'on devrait sentir à travers mes mots.
âme,esprit,hauteur,idée

mot
À quel point le Français se laisse guider par le mot et non pas par le concept, on peut le voir à l'exemple aberrant de ce colloque philosophique dédié à l'engagement (de l'idée - à l'acte) et à la sagesse (intelligence dans l'action), et auquel on invite un général, pour parler d'engagement (contrat avec l'Armée et contact avec l'ennemi), et un pédiatre, pour expliquer pourquoi le môme doit être sage.
esprit,france,idée,philosophie

mot
On peut décortiquer le langage de l'intérieur, indépendamment du modèle de l'univers ; mais pour interpréter un discours, on ne peut pas se passer de modèle. « Une fois qu'il a donné à la pensée une orientation correcte, le langage peut disparaître pour faire place à un parcours mental »* - Épicure (la sentence est du pur Valéry, qui, curieusement, appelait le modèle - Non-Langage).
idée,interprétation,langue

mot
Le sens est la jonction (une sorte d'unification mystique, au-delà du mystère) du discours (problème interprété dans le contexte du modèle) et de la réalité (qui est mystère). La langue, elle, sans le modèle, au-dessus duquel elle est bâtie, est absurde et c'est ça, son plus grand miracle. Elle est parlée et elle est parlante : « Il y a deux langages : celui qui disparaît devant le sens, dont il est porteur et celui qui se fait dans le moment de l'expression »** - Merleau-Ponty. Le conceptuel se concentre autour du sens, et le poétique se fixe dans le mot : « Le poème n'est poétique que s'il s'incarne dans les mots » - Hegel - « Das Poetische ist erst dichterisch wenn es sich zu Worten verkörpert ».
absurde,création,idée,interprétation,langue,mystère,poésie,représentation

mot
Une communion de deux âmes, c'est ce qu'ambitionnent mes mots ; et ton âme, ou son regard, est ce que gagnent les yeux de ton esprit, quand il aura finalement compris, que ce que je cherchais à te procurer fut la caresse.
âme,auteur,caresse,esprit,regard

mot
L'ambigüité du mot modèle : source ou reflet ; à comparer avec les clairs et expressifs Vorbild et Nachbild (les deux se retrouvant dans Urbild).
allemagne,commencement,doute,france,représentation

mot
On traduit, mécaniquement, Aufklärung par siècle des Lumières. Mais la Aufklärung (courant humaniste, populaire et chaud) gît en ruines, au milieu des machines, tandis que les Lumières (règne de la raison, froide et élitiste) triomphent à tout bout de champ, dans les têtes de loups. L'Allemand y hérite de la tragédie grecque, et le Français - du droit romain.
allemagne,défaite,élite,france,grèce,hommes,humanisme,lutte,modernité,raison,…

mot
Les bio-graphies ne brillent, de nos jours, ni par la qualité de leur écriture, ni par la palpitation de la vie ; pourtant, elles auraient dû être de la zoo-logie, de l'être vivant.
élite,grèce,vie

mot
Ce sont surtout les bavards qui chantent les vertus du silence. Ce n'est pas le silence que brise le mot, mais le caquetage des idées reçues. Le silence a besoin d'espaces à remplir et non pas de sons à corrompre ; pour cette basse besogne, il y a des idées. Ce n'est pas un silence parlant que je plains - dans ce cas il y a du consentement - je déplore le viol d'un silence musical, silence des choses, dont on ne peut pas parler (Wittgenstein), on ne peut que le chanter.
danse,discursif,idée,musique,platitude,silence

mot
À l'extérieur d'une boutique, je vois, dessiné sur la vitre, le nombre 2013 ; une fois à l'intérieur, je le lis de l'autre côté, je l'épelle – Éros !
caresse,temps

mot
Ce n'est pas la langue qui rend le monde intelligible, mais la représentation, de nature extra-langagière. La langue crée un dialogue avec le monde, elle le rend questionnable ou demandable.
langue,question,représentation

mot
Suivre ses idées - création autodestructrice, à portée de tout ingénieur ; obéir aux mots - création autocréatrice, réservée aux ivrognes et aux poètes. Dès que la musique des mots est trouvée, leur sens vient tout seul, sous forme d'idées. L'inverse, « Occupe-toi du sens, les sons s'occuperont d'eux-mêmes » - L.Carroll - « Take care of the sense and the sounds will take care of themselves » - est inepte.
art,création,idée,musique,négation,poésie,raison

mot
Prôner l'an-archie des choses, pas de prééminences, et la pan-archie des rêves, que des éminences. Vivre de l'éternel retour (ressasser) de l'autre verbe palindrome français - rêver !
élite,éternité,france,grèce,ordre,retour,rêve

mot
Ma patrie marâtre est la langue, contrée régie pourtant par des logophores étrangers ou hostiles. Je suis un apatride des drapeaux, phobique des assemblées, réprouvé des recensements.
auteur,balance,exil,langue,mouton

mot
La substitution victimale nous fait entrevoir en toute trag-édie un bouc providentiel et dérisoire.
grèce,ironie,sacrifice,tragédie

mot
Mieux on sait se passer de guillemets explicites, mieux on sait s'appuyer sur les guillemets implicites.
création,style

mot
Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations.
discursif,hauteur,idée,interprétation,langue,nature,ouïe,regard,représentation

mot
Le con-cret ne promet que du béton ! Sans emploi plausible pour l'habitué des ruines. Le dis-cret est béant de lacunes, à travers lesquelles peuvent briller des étoiles. Con-fluence des masses, in-fluence des astres.
étoile,représentation,ruines

mot
Si, par mon discours, je cherche à représenter l'arbre entier, statique et sans inconnues, je n'aboutirai qu'à un organigramme, aux nœuds et flèches sans vie. Il suffit que j'enracine, vaguement, une seule fleur ou affleures, pudiquement, une seule racine, pour qu'une imagination puisse reconstituer la vitalité entière de l'arbre. On reconnaît l'homme par la place qu'il accorde à ses inconnues ; la plupart se vouent aux ramages : « L'homme se construit dans l'espace comme un branchage » - Saint Exupéry.
âme,arbre,flèche,robot,vie

mot
Toute parole est un arbre ; mais non unifiée avec d'autres arbres, elle reste souche ; et restant sans écho, elle ne deviendra jamais un verbe, qui est un arbre ouvert, verdoyant d'inconnues tournées vers l'unification. Même le sacré devient ouvert, lorsque ton arbre s'ouvre à la vie : « Le sacré reste Fermé, si l'Ouvert de l'être n'est pas proche de l'homme » - Heidegger - « Das Heilige bleibt verschlossen, wenn nicht das Offene des Seins dem Menschen nahe ist ».
arbre,hommes,langue,ouvert,sacré,solitude,vie

mot
Valéry a de la répugnance pour ce moi impur, moi qualifié, et lui oppose l'ange pur, Dieu sans nom, la femme sans ombre, l'homme sans qualités ou les qualités sans l'homme. Mais il oublie, que tout qualificatif (satellite de syntagme), dans un autre langage, peut aboutir à une pureté conceptuelle (paradigme).
ange,caresse,dieu,élite,femme,idée,langue,ombre,soi,style

mot
L'étrange chute du sacré dans la hiér-archie.
défaite,grèce,sacré

mot
De l’importance des verbes : dans la vie, je suis un corps et j’ai un supplément d’âme ; dans l’art, j’ai un corps, mais je suis une âme.
âme,art,être,matière,vie

mot
Le cheminement de la pensée : désir - tache - contour - charge - mot - chose (poète - philosophe - peintre - amoureux - écrivain - acteur) - autant de langages ! Qui aura la patience et la sagacité à traduire le geste d'acteur en émotion de poète ?
amour,art,élan,idée,intensité,jeu,langue,philosophie,poésie,réalité,…

mot
Mes révérences à l'arbre : au hêtre suprême, au chêne de ma cellule, au bouleau harassant, au saule prénatal.
action,arbre,auteur,commencement,être,liberté

mot
La langue française n'est pas ma terre, mais mon ciel d'accueil : sans savoir où y mettre mes pieds, je cherche à y déployer mes ailes.
action,auteur,éléments,étoile,exil,hommes,langue

mot
La position couchée est une méthode, comme une route l'est pour les autres, mais elle en est une méta-route (hodos - route en grec).
chemin,grèce,immobilité,pose

mot
Préférer le signe (le fait organique) au sens (à la structure mécanique) peut avoir deux sens : retour aux choses de la nature ou culte du mot de la culture. Le sens épuisant de plus en plus les choses, je préfère rester en compagnie du mot inépuisable.
auteur,culture,langue,nature,réalité,retour,robot

mot
Rilke trouvait dans le mot un dépositaire de noblesse aussi naturellement que Claudel - des dépôts en Bourse. Chez celui-ci, comme dans la famille de sa sœur, la plume et le stylet cohabitent gaiement, intempéramment, avec le goupillon et la prise de bénéfices. « Rilke suinte la médiocrité et la tristesse. Pas un pauvre, mais un indigent » - Claudel.
argent,mélancolie,misère,platitude

mot
Personne ne rit chez Homère ; l'amour, chez Platon, n'est que charnel ; l'enfer de Dante n'est pas plus effrayant qu'un musée minéralogique (où Dante se serait promené en touristePéguy ; « les formes et couleurs de la poésie de Dante sont de nature géologique » - Mandelstam - « Стихи Данта сформированы и расцвечены геологически ») - et l'on en garde le rire homérique, la passion platonique, la vision dantesque. Se méfier des adjectifs, cette cinquième colonne du hasard antonomastique. La traîtrise des noms est moins déroutante, quoique vous chercheriez en vain l'âme dans De l'âme d'Aristote (que, bizarrement, vous trouverez dans Cité de Platon), ou la nature dans Sur la nature de Parménide ou dans De natura de Lucrèce, ou la logique dans la Science de la Logique de Hegel.
âme,amour,caresse,jeu,nature,science,style

mot
Dans l'aveu s'entend la voix d'avocat (ad-vocare), dans le Ge-ständnis se voient les pieds de l'accusé, dans le при-знание se conçoit le cerveau du juge.
allemagne,honte,justice,russie

mot
L'antique fut toujours dans le ludique. Dans les mots à musique. « Toi qui lis, tu entendras un jeu nouveau » - Dante - « O tu chi leggi udirai nuovo ludo ». Le moderne est dans les mots ternes. Dans les mots à claques. De l'homo ludens au playboy. Du surhomme au Superman.
grandeur,jeu,platitude,modernité,musique

mot
Toutes les pensées, comme tous les rêves, ont cette fâcheuse et fatale propension à perdre, avec le temps, de leur profondeur ou de leur hauteur. À l’échelle verticale, c’est-à-dire en matière de pérennité et d’intensité, les mots bénéficient d’une longévité mieux assurée ; ils devraient en profiter pour consoler nos extases faiblissantes. Donc, la vraie philosophie, tout naturellement, est tragique.
consolation,élan,force,hauteur,idée,intensité,philosophie,rêve,temps,tragédie

mot
Le métier d'écrivain non-maniaque devrait s'inspirer de la mélomanie et de la graphomanie, pour se définir comme musicographie.
art,fanatisme,musique

mot
Le langage s'adresse au discontinu et la vie est continue ; l'art est une vie en pointillé. Et la « continuité première de l'éden » (Mallarmé) y tourne en brisures infernales. Mais l'éden est fait d'un seul arbre, dont les brisures unifiables me sont plus chères que les brisées d'une forêt unifiée des autres.
action,arbre,art,bonheur,continuité,langue,vie

mot
Le déclin devrait signifier perte de la hauteur et effondrement dans la platitude, dévitalisation du vouloir du rêve et la robotisation de la volonté de puissance – le contraire de la vision nietzschéenne.
défaite,force,hauteur,intensité,négation,platitude,rêve,robot,valoir,vie

mot
Pour aboutir à un effet d'aimantation, ils laissent les mots se frotter entre eux. Moi, je porte en moi cette aimantation, que j'essaye de transmettre à un mot, qui n'aurait pas besoin des autres, pour exercer son attirance.
auteur,continuité,maxime,soi

mot
Mes mots : forme de réponses et fond de questions. « Tu voues ton regard, dépourvu de questions, à l'heure, qui dissout tout regard » - G.Benn - « Du hast fraglosen Aug's den Blick gewendet in eine Stunde, die den Blick zerstört ».
auteur,question,regard,style

mot
Dans les bouteilles, qu'avait bénies le mot, le message promet plus d'ivresse que le breuvage, même d'appellation contrôlée. Ne jalouse pas les bouteilles pleines – pleines d'idées, de messages, de liqueurs, et qui ne sont bonnes que pour les épiceries. Et que vive le vide salutaire du mot, où le poète invite Dieu à agir !
art,consolation,dieu,idée,platitude,poésie,vide

mot
Le toucher produit le nom, le nez - l'adjectif, l'oreille - la rime, la langue - la mélodie, le regard - le verbe.
continuité,goût,langue,musique,ouïe,regard

mot
Incroyable homogénéité orthographique, en anglais, pour les mots se trouvant à l'origine de toute philosophie, les mots en wh : who, what, when, where, why. Seul how échappe à la règle ; mais on applique une permutation à who, à la fois littérale et psychique, le premier devenant le dernier, et l'on obtient how.
angleterre,ordre,philosophie

mot
Toute métaphore traverse le langage, le modèle et la réalité. Elle s'appellera mot, lorsque l'essentiel de ce parcours est langagier et débouchant sur un état d'âme réel. Elle s'appellera idée, lorsqu'elle s'attarde au milieu des objets-concepts du modèle.
concept,idée,langue,métaphore,réalité,représentation

mot
S'agissant de la matière, les points de vue de chimie ou de physique semblent incompatibles. La même chose frappe les mots, où il faut choisir entre l'(al)chimie (le style des questions) ou la (méta)physique (l'étendue des réponses).
matière,philosophie,question,style

mot
Le calembour paraît être stérile sous toutes ses formes : le sémantique - « le cœur a ses raisons, que la raison ignore » (Pascal), le morphologique - « die Eifersucht ist eine Leidenschaft die mit Eifer sucht, was Leiden schafft » (Schleiermacher), l'orthographique - « the Nature, which to them gave goût, to us gave only gout », le syntaxique - « se perdre dans sa passion - perdre sa passion » (soi-disant de St-Augustin) ou « le sceptique ne se doute de rien » (Claudel). Son inertie intellectuelle signifierait-elle sa longévité ? - « Au commencement était le calembour » - S.Beckett.
amour,cœur,commencement,continuité,nature,raison,style

mot
Le malheur de notre époque est que le mot se rapproche trop de la chose. Jadis, à travers le mot, l'homme entrevoyait encore le rêve ; aujourd'hui, il y voit déjà la chose.
réalité,rêve

mot
Curiosité adverbiale et spatiale de la phrase de Buffon : « Bien écrire, c'est bien penser, bien sentir et bien rendre » - la bonne écriture, c'est la hauteur, la bonne pensée - la profondeur, le bon sentiment - l'étendue, le bon rendu - la largeur. Maîtriser le style, c'est maîtriser l'espace.
art,esprit,hauteur,maîtrise,raison,sentiment,style

mot
C'est par des échos communs des sources lointaines qu'on se rapproche, sans se heurter. Écrire, c'est être accompagné de mon Virgile, que je conduis. Con-duire, c'est tra-duire ; dé-duire, c'est intro-duire.
art,chemin,commencement

mot
Le Logos est bien un Verbe des langues latines et non pas un mot (Word, Wort, Слово) des langues germaniques et slaves. Le verbe détermine l'essence grammaticale, la rection articulée, tandis que le mot n'en est qu'un membre désarticulé. Dieu inventa une grammaire de la création ; l'homme en produit des prières, des chants ou des modes d'emploi.
allemagne,christianisme,création,danse,dieu,europe,grèce,langue,robot,russie

mot
Inévitablement, il nous arrive de nous sentir esclaves du langage ; le bon écrivain s'insurge et renverse les rôles, pour en devenir maître. C'est pourquoi « la vérité m'appartient » (Pascal - je possède le langage !) est plus fier que j'appartiens à la vérité (S.Weil - le langage me possède !), malgré les apparences.
art,jeu,langue,liberté,maîtrise,révolte,vérité

mot
Le cirque ou la jungle se réduisirent aujourd'hui à un laboratoire : le clown n'est plus que clone et le cowboy - cobaye.
jeu,robot

mot
En français, l'accent tonique n'est que syntagmatique, tandis que dans d'autres langues il est lexical (Betonung, stress, ударение) ; la mélodie française suit le sens et non pas le mot (mais la saveur des choses est déjà dans le mot). C'est comme si ta main fût récalcitrante à porter et à jouir des caresses, puisque ton propre épiderme ne les aurait jamais connues.
caresse,france,langue,ouïe

mot
La routine et l'inertie empêchent de comprendre, qu'un discours en langue de bois ou un discours fortement métaphorique sont séparés de la réalité par un gouffre du même ordre. On se sert de sa propre invention ou de celle des autres ; le langage onirique ou le langage statistique planent à une même hauteur, c'est le propriétaire des ailes qui les discrimine.
balance,continuité,création,étoile,hauteur,langue,métaphore,platitude,réalité

mot
À partir des trois éléments, eau, feu, terre, on fit trois armes : lance-à-eau, lance-flammes, lance-pierres. Le quatrième, l'air, n'est que leur porte-paroles.
éléments,ironie,lutte,représentation

mot
Les tentations du langage - soit il est une échelle, pour monter aux cieux, soit un pont, pour communiquer avec le monde, soit des catacombes, pour mieux situer mes ruines.
étoile,hommes,langue,ruines

mot
On peut voir dans l'avenir (Zu-kunft) : une origine (Her-kunft), une arrivée (An-kunft), un (r)enseignement (Aus-kunft) - mouvement, immobilité, empreinte.
allemagne,commencement,immobilité,temps

mot
Ce sont ceux qui n'ont pas leur propre souffle, pour enfler leurs basses voiles, qui dénoncent la hauteur d'un ton boursouflé ou enflé. Il appartient à l'homme de lever une voile, même une voile en berne, dès qu'il se sent porteur d'un souffle. Aux meilleur navigateurs, Dieu inspire le pathos du dernier message à confier à la dernière bouteille.
défaite,dieu,gloire,grandeur,hauteur,intensité,révolte

mot
L'émotion des hommes, provoquée par une idée, ce n'est qu'une émeute de rue ; l'émotion d'un homme, qui a trouvé son mot, c'est presque une révolution de son palais.
goût,idée,révolte,sentiment

mot
La langue a deux composantes : la logique et la tropique ; tout nouveau trope, inéluctablement, rejoint, sous le poids de l'habitude, la première. Avec de telles contraintes, seul un maître peut encore magnétiser par la métaphore estimative au lieu de se neutraliser dans des syllogismes narratifs.
contrainte,discursif,langue,maîtrise,métaphore,raison

mot
L'esprit a plus besoin de plomb que d'ailes ; l'apparition des ailes le transforme en âme ; le meilleur prestidigitateur en est le mot : « C'est par les mots que l'esprit se munit d'ailes » - Aristophane.
âme,élan,esprit,langue

mot
Tout énoncé a l'ambition de tourner en arbre. L'arbre de l'esprit-requêteur va s'unifier avec l'arbre de l'esprit-interprète. Les cas stériles : l'arbre de départ sans variables, cas minéralogique, ou l'arbre d'arrivée n'ayant pas gagné en ramages, cas prosaïque. Le mot, c'est une pensée se reconnaissant dans un arbre vivant, cas poétique. Il devient regard à hauteur d'arbre, lorsque à l'arrivée on se trouve avec plus de variables qu'au départ. « Comment ne pas vivre au sommet de la synthèse, quand l'air du monde fait parler et l'arbre et l'homme ? »** - Bachelard.
arbre,hauteur,idée,interprétation,langue,poésie,question,regard

mot
Leurs mots sont reflet de ce que leurs yeux ont déjà vu dans les forums et leurs oreilles - entendu. Les miens - un regard déréistique, dont le reflet ou l'écho chercheraient leur siège en moi-même. « L'objet de tout ton désir est déjà en toi-même » - Angélus - « Alles was du willst, ist schon zuvor in dir ».
élan,mouton,ouïe,regard,soi

mot
Tous les beaux temps et modes du Verbe divin finissent par ne plus se conjuguer qu'au passif. Tous les beaux noms de la jeunesse finissent par ne plus se décliner au vocatif emphatique et succombent à un instrumental bien plat.
action,christianisme,enfance,langue

mot
Rien d'étonnant dans la vision de la poésie comme d'une charrue (Mandelstam) : la poïésis voulant dire labeur, labourage de sillons (versus - vers). La vie étant la terre (le premier humus) retournée par l'homme (le humus second). On retrouve de beaux parallèles avec l'être et la pensée : « La pensée trace des sillons dans le champ de l'être » - Heidegger - « Das Denken zieht Furchen in den Acker des Seins ». Toutefois, l'être et la pensée ne sont que déchéances de la vie et de la poésie.
action,art,éléments,être,grèce,hommes,idée,poésie,vie

mot
Une morphologie et une phonétique pauvres, qui ne discriminent pas les catégories syntaxiques ([rajt] en anglais, [rõ] en français, [vajs] en allemand - verbe, nom, adjectif ?), forcent le recours anormal aux astuces mécaniques - l'ordre des mots, les mots auxiliaires, les règles de concordance. Inlacrimabiles - ceux qui ne peuvent pas être pleurés - un mouvement synthétique vibrant, décomposé dans une suite analytique sans vie.
allemagne,angleterre,france,langue,robot,style

mot
Une langue se réduit à un vocabulaire et à une grammaire (l'écriture, la phonétique, la morphologie étant de nature presque mécanique). Le vocabulaire comprend deux types de références : celles des constructions logiques et celles des objets et des relations. La grammaire est une projection de la logique orientée-objets sur une représentation.
concept,langue,représentation,science

mot
L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde).
art,contrainte,création,idée,langue,ordre,représentation,style

mot
Mon mot, qui réussit à s'échapper au silence de Proserpine, je le respecterai sur le mode orphique : je lui jetterai mon dernier regard en arrière, avant qu'il ne me laisse en souvenir que le nom d'Eurydice. « L'homme des mots, le chanteur, s'en retourne vers le trésor des ombres chères » - G.Steiner - « The man of words, the singer, will turn back, to the place of necessary beloved shadows ».
auteur,danse,intensité,mémoire,regard,silence

mot
Quand on attend de la langue une tâche de représentation, on est plongé dans un emboîtement de matriochkas, une galerie de Dresde, une mise en abyme, une récursivité abusive. Le mot n'est pas signe (c'est le concept qui l'est) mais métaphore (par-dessus les concepts), tableau référentiel hors galeries facticielles.
idée,langue,métaphore,représentation

mot
« Aller aux mots mêmes » (le symbolisme) est plus bête que « Aller aux choses mêmes » (la phénoménologie), ce qui est plus bête que « Aller aux concepts mêmes » (l'idéalisme). À toute cette bougeotte j'oppose « S'immobiliser dans la métaphore même », à égale distance des trois.
idée,immobilité,métaphore,proximité,réalité,représentation

mot
Types de pensée, dans l'ordre croissant de leur intérêt : penser à quelque chose, penser de quelque chose, penser quelque chose, penser sans convoquer de choses, en restant en compagnie de mots seuls, les mots créant des choses inexistantes.
balance,idée,inconnu

mot
Stratagème de l'écriture : faire oublier, que le mot (verbum oratio) est corps de l'idée intelligible (verbum ratio) et faire croire, qu'il est âme d'une sensibilité indicible.
âme,art,caresse,inconnu

mot
Dans l'émergence d'un nouveau concept, les mots ne sont presque pour rien. Le concept doit sa détermination à la place dans un arbre (graphe) conceptuel, à ses liens sémantiques avec d'autres concepts, à ses attributs, aux rôles qu'il pourrait jouer dans des scénarios impliquant d'autres concepts. Magnifique prémonition de Valéry : « Au lieu de concept, on peut former une Scène »*, réalisée en Intelligence Artificielle ! Les mots ne servent que de mode d'accès plus ou moins paraphrastique aux objets. Dire que les concepts proviennent du langage et non pas de la science (Benjamin) est une pitoyable ânerie !
arbre,artificiel,commencement,concept,idée,jeu,intelligence,langue,représentation,science

mot
Pour les uns, penser et écrire sont du même genre ; pour d'autres, le penser-maître déniaise l'écriture-servante ; enfin, pour les meilleurs, l'écriture-Muse inspire le penser-poète.
art,caresse,poésie,raison

mot
Je ne prête l'oreille aux sermons ou dissertations que si je sens, à leur origine, un désert et non pas des bibliothèques ou cimetières. On peuple de silence le désert du soi, désert d'initiés. Ce bon silence (das rechte Schweigen de Heidegger, si proche de celui de Wittgenstein), que seul un maître sait traduire en mots : « La philosophie est la reconversion du silence et de la parole l'un dans l'autre »*** - Merleau-Ponty. Une autre tâche de la philosophie devrait consister à écouter le bruit profond et tragique de la vie, pour le traduire en musique, haute, héroïque et consolante. Et peu importe, si cette musique était reconvertie en bruit difforme, par les oreilles modernes robotiques.
auteur,commencement,consolation,discursif,désert,école,élite,hauteur,héros,modernité,…

mot
Avec les mots, hélas, on construit ; mais le discours de rêve aspire à ce qu'on en dise ce qu'on dit d'un arbre - il ne se construit pas, il croît. La tour d'ivoire ou la Tour de Babel : créer ou seulement toucher le ciel. Mes ouvriers mélangent leurs idiomes, mais ils ne font que hanter mon chantier, sans en dicter ni hauteur ni cadences. « Tout être spirituel se bâtit une demeure, et au-delà - un monde, et au-delà encore - un ciel » - Emerson - « Every spirit builds itself a house ; and beyond its house a world ; and beyond its world, a heaven ».
action,arbre,auteur,caresse,château,création,élan,étoile,hauteur

mot
Une aile accrochée au mauvais endroit peut servir d'excellent ballast : bonne foi, bonhomme, bon sens - une chute de foi, d'homme, de sens.
étoile,hommes,interprétation,religion

mot
Les linguistes et psychanalystes (Saussure, R.Jakobson, M.Foucault, J.Lacan), qui : excluent de leurs analyses le sujet et les référents, ne soupçonnent même pas l’existence de représentations et pensent reconnaître dans la pensée et dans la réalité les mêmes structures que dans le langage, - se disqualifient en tant que spécialistes du langage.
idée,langue,réalité,représentation

mot
Notre soi le meilleur n'a pas de mots ni de langage fidèle de gestes. La vraie littérature naît de la sensation d'une traduction, d'une mimesis de ce fond innommable, indicible et ineffable dans la même langue. Sinon on plonge dans une langue étrangère. La meilleure traduction est celle dont l’original est illisible.
action,art,création,grèce,inconnu,langue,soi,style

mot
L'Esprit Saint procède-t-il du Père et du Fils ou par le Fils (filioque) ? Une question de transitivité verbale, à l'origine du schisme Rome-Constantinople ! Une malencontreuse substantivation du pronom négatif - sans Lui fut fait le Rien - provoqua le malheur Cathare !
christianisme,grèce,négation

mot
Guillemets de bienvenue, déconstruction verbale, monstres de morphologie - l'activisme de Heidegger. Je lui préfère cet immobilisme - monstres de grammaire de la création, conception métaphorique, points de suspension en guise d'adieu… La déconstruction est toujours la même manie de (re-)bâtir un système, en ne comprenant pas que seuls les commencements métaphoriques et émotifs sont dignes d'être portés par notre souffle, vers une fin, qui n'est pas à nous.
commencement,création,immobilité,interprétation,métaphore,système

mot
Phénomène, un mot étrange, dont les significations chez Platon, Sextus Empiricus, Kant, Hegel ou Husserl sont complètement différentes. Il faudrait le rapprocher de fantaisie, d'imagination et donc de représentation. Tout connaître par la représentation ou, bien au contraire, par la (ré)interprétation – deux démarches également défendables.
grèce,interprétation,représentation,savoir

mot
Heidegger chercha le fond commun de tous les emplois du verbe être, de l'ontologique au copulatif, et prétendit l'avoir trouvé en l'existence. Or ce fond est complètement vide. Qu'on en juge, en faisant des intersections soi-même : 0. Socrate est avant toute représentation, 1. le méta-concept (classe ou relation) est, 2. l'homme est, 3. Socrate est une méta-instance, 4. Socrate est, 5. l'homme est un mammifère, 6. Socrate est un homme, 7. la calvitie est à Socrate, 8. Xanthippe est à Socrate, 9. la toge est à Socrate, 10. l'idée est à Socrate, 11. le chien est un ami de l'homme, 12. Socrate est mon ami, 13. l'homme est mortel, 14. Socrate est mortel, 15. l'homme est bête, 16. Socrate est intelligent, 17. la taille de Socrate est de 4 coudées, 18. la proie de l'aigle est un ami de l'homme, 19. Socrate est un nom propre etc. Tous les verbes ont autant de droits à supposer une existence d'objets que cet avorton d'être. Référencer la relation genre/espèce, classe/instance, l'attribution, la possession, l'appartenance, l'évaluation d'attributs, l'unification d'objets - c'est un abus de suremploi.
arbre,concept,être,idée,représentation,vide

mot
L’espoir ou l’espérance : l’action tient la promesse du premier, l’inaction entretient l’illusion de la seconde.
action,espérance

mot
Ils se disent submergés par des idées se refusant au verbe. Cas clinique des sots incurables. Je n'ai jamais vu le cas contraire : « Il se prépara un grand vocabulaire - et attendit toute sa vie une idée » (N.Barney).
idée,négation

mot
Solitude, chez les Latins, signifiait désert, celui que tu créais toi-même ou celui qu'on t'imposait. « Où ils font un désert, ils disent qu'ils apportent la paix » - Tacite - « Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant ». Il ne s'agissait pas toujours de terre brûlée, mais de conscience en paix, acquiescentia animi. La paix en deçà des paupières, le cœur bronzé et le front sans trace de rouge.
angoisse,cœur,conscience,désert,solitude

mot
Le talent est peut-être faculté de concentration ; c'est pourquoi le silence qu'on s'impose est capital : « Parler distrait, se taire recueille » - Jean de la Croix - « El hablar distrae, el callar recoge ».
esprit,silence

mot
Le caquetage assourdissant de l'auteur moderne, frappé de logorrhée aigüe, pour se persuader, qu'il est en train de pondre des œufs. « Il pond des poncifs comme des œufs, mais il oublie de les inséminer » - Canetti - « Er legt Sätze wie Eier, aber er vergißt, sie zu bebrüten ».
création,discursif,esprit

mot
Une sympathie pour le ciel ne suffit pas, pour créer un vrai pathos, cette tension ayant besoin d'une apathie, égale en intensité, pour la terre ; ce qui m'empêchera de chuter, avec le ciel, dont je porte les symptômes (tomber ensemble).
auteur,éléments,étoile,grèce,intensité

mot
Dieu aurait dit un seul mot - qui se trouverait être un Verbe - et ce fut son Fils (Jean de la Croix : « Una palabra habló el Padre, que fue su Hijo »). On devrait en prendre un exemple, éviter tout mot désincarné.
dieu

mot
Comment le noumène perturbe le phénomène ? - captation par des sondes ou captivation par des ondes. Une lame de fond, une âme de forme.
âme,être,réalité,style

mot
Pour faire avaler leur charabia cacographique, les philosophes évoquent la science, les théories, le langage, tandis que je soupçonne l'essentiel de ces choses indigestes être dû aux mauvaises traductions du grec en latin. Que l'aphasie pyrrhonienne nous manque, pour nous moquer du mot être flexible à volonté !
école,être,grèce,intensité,langue,philosophie,science,système

mot
Dans le cycle antique, mystère - problème - solution, le mystère retrouva son sens originel d'un simple métier. Tout mystagogue devint problem-solver. Rien de cyclique, ni sacrifice ni fidélité ni chutes, - qu'une exécution linéaire de plats algorithmes : la coutume imitant la raison et limitant l'inspiration (« Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration » - Pascal).
antiquité,modernité,mystère,raison,retour,robot,sacrifice,simplicité

mot
Tout avis commun, la doxa, peut gagner en intérêt moyennant une bonne traduction en para-doxe.
grèce,inconnu,paradoxe

mot
Dans la perception d'un énoncé, le mouvement - des mots vers le sens - en termes d'intérêt ou d'intensité, peut être ascendant, plan ou descendant. Tantôt on confère l'expression et tantôt on la remplit. Sur cette échelle, la poésie et la philosophie sont aux antipodes.
intensité,interprétation,langue,philosophie,poésie

mot
La poésie est incompatible avec l'humilité et la compassion, ces valeurs chrétiennes ; elle est fierté et souffrance sacrée, elle est païenne. Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose.
christianisme,dieu,éléments,poésie,sacrifice

mot
Autant de modèles, énonciateurs ou contextes - autant de significations. La signification unique des énoncés, proclamée par les phénoménologues, est un fantôme, impossible dans ce monde hanté par la polysémie et l'amphibologie. Toutefois, de gros invariants sont propres aussi bien aux modèles qu'aux situations et aux langages du genre humain, et un noyau dur des significations existe bien.
absurde,interprétation,langue,pose,représentation

mot
Dans l'écrit, je veux rester tonique ; je dois franchir plusieurs tests de qualité, avant d'exhiber mes sentences ; la tonicité peut et doit provenir des objets évoqués, des mots choisis, des idées émergentes, de mon tempérament – une seule de ces sources désavoue mes mots, et je peux être certain de leur défectuosité.
auteur,concept,élan,élite,idée,matière

mot
Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard.
arbre,chemin,concept,être,goût,interprétation,langue,philosophie,réalité,regard,…

mot
Le mot emporté par un bon souffle et gonflant une bonne voile - le rêve du naufragé des idées, au fond de son épave.
défaite,idée,intensité,ombre,rêve

mot
La vraie hauteur, comme la vraie fierté, commence par l'inintérêt pour le comparatif, l'ironie du superlatif, le désengagement face à tout adjectif, l'entente avec un substantif nu, sans cuirasse verbale.
hauteur,ironie,gloire

mot
Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre.
art,éternité,gloire,ironie,négation,paradoxe,représentation,retour

mot
On commence dans l'étendue des chutes - Logos astral, le Verbe, le mot ; on continue dans la profondeur ascensionnelle - le mot, le Verbe étoilé, Logos ; on aboutit à la hauteur des ruines - Logos, le Verbe et le mot ombreux, couchés sur le papier, face à l'étoile immobile. On devient enfant tombé du ciel, astro-lapsus, tel l'enfant d'Abélard.
défaite,étoile,hauteur,immobilité,ombre,ruines

mot
Seule la Naturphilosophie garde encore une trace de l'origine du mot nature. En russe, при-рода, nous rappelle, qu'il s'agit de ce qui accompagne toute naissance. Tandis que la phusis grecque parle déjà de croissance.
commencement,grèce,nature,russie

mot
Même en matières théoriques la vue cède à l'ouïe et aux choses vues, au culte des déjà-vu et encore-entendu. Pourtant, théorie signifierait je vois Dieu.
dieu,école,grèce,ouïe,regard,système

mot
La mathématique est la seule science, où le conceptuel coïncide presque d'avec le langagier et où les modèles ne représentent pas la réalité, mais sont des produits de notre esprit. Et les représentations algébriques sont beaucoup plus élégantes que les représentations empiriques. Hélas, la beauté des constructions mathématiques ne peut pas être rendue dans une langue naturelle.
beauté,esprit,goût,idée,langue,réalité,représentation,science

mot
Le mot n'est pas une pièce dans le jeu d'échecs, mais une allusion, pour qu'on se concentre sur un aspect de la position échiquéenne, l'action et le succès relevant de nos modèles et non de nos verbes.
action,interprétation,représentation

mot
L'idéal de l'écriture : chercher à donner au poids des mots la fonction des ailes. Le ratage : le poids continue à tirer vers le bas les idées ; la victoire : une aspiration vers le haut, aspiration devenue en elle-même une idée.
art,balance,défaite,élan,étoile,hauteur,idée

mot
Les sym-boles naissaient par la résignation : en brisant un sceau en deux, sur terre, pour les réunir au ciel. Le diable unit sur terre, pour nous cacher le ciel : sumbolon - diabolon.
acquiescement,grèce,mal

mot
Exemple d'un éternel retour : la vérité de Dieu se muant subrepticement en dévoilement de l'être (aléthéia - éclaircie - vérité). Pitoyable est le dévoilement qui se voile ; on devrait ne cacher que les contraintes et non pas l'être.
dieu,éternité,être,grèce,ombre,retour,vérité

mot
Dans un écrit de fiction philosophique, il y a toujours deux facettes : des idées ou des mots, l'universel ou le personnel, le savoir ou l'auteur. Deux types de faiblesse de ma plume : lorsque les idées datent – manque d'attachement, ou date l'auteur – trop d'attachement.
esprit,force,hauteur,idée,philosophie,proximité,savoir,temps,universel

mot
Le mot libre s'apparente aux rythmes, l'idée des esclaves - aux algorithmes. Le déclin des grands mots accroît le pouvoir de la petite pensée, comme le déclin de la grande pensée accroît le pouvoir des petits mots. Être petit, c'est être collectif. Quand la mesquinerie touche aussi bien les mots que la pensée personnels, l'exclusive est encore plus flagrante.
idée,liberté,musique,voix

mot
La langue, dans son enfance et dans l'enfance de ses porteurs, est poétique et musicale ; elle vit des commencements, des surprises et des découvertes. Son âge adulte la réduit, de plus en plus, à une prose finale : « L'algorithme est la forme adulte du langage » - Merleau-Ponty - heureusement, il restent quelques poètes, ces enfants du langage et du rythme.
commencement,enfance,langue,musique,poésie,robot

mot
La première fonction du langage est la requête du modèle, non de la réalité. Plus on est intelligent, plus près du moi, et plus détaché de la réalité, est le modèle. Et je finis par remonter du mot vers sa source intérieure en moi au lieu d'en chercher une projection extérieure.
auteur,commencement,esprit,intelligence,langue,question,réalité,représentation,soi

mot
Le langage n'est qu'une machine au service du désir : celui d'accéder (souci, focalisation, soupçon, intentionnalité) aux choses (les pragmata visées par des pathèmata) et celui de les évaluer (substitutions, hypothèses, modalités, valeurs de vérité).
arbre,élan,grèce,langue,réalité,robot,utilité,vérité

mot
Tout mot, renvoyant à un concept, aurait dû être accompagné d'une liste de concepts antonymes, pour que nos interprétations soient sensées (l'affirmation ne valant que par ce qu'elle nie…) ou efficaces. Dressez cette liste interminable, pour penser et être, et vous vous rendrez compte du creux béant du cogito. Et la notion de différance de Derrida y est la bien-venue, elle serait « un tissu de différences », à la base d'un discours bien bâti.
être,idée,interprétation,négation,raison,représentation

mot
Les meilleurs enthousiasmes ne sont ni réalisables ni verbalisables ; pour vous y inviter, verbalement, le stratagème le plus efficace est, que le mot se moque de lui-même ; c'est le secret de l'art extatique de Cioran.
art,enthousiasme,intensité,ironie,réalité

mot
L'orthographe, créatrice de belles pensées : mettez l'accent grave dans le ou de : « Il est libre ou il n'est pas » ! « Le bonheur est là où tu n'es pas »** - Schubert - « Dort, wo du nicht bist, da ist das Glück ».
bonheur,être,idée,liberté

mot
Le genre des mots âme et esprit est le même dans toutes nos langues - nos vibrations et élévations se ressemblent. Mais non nos chutes, puisque le cœur est féminin en anglais et neutre en allemand et russe.
allemagne,âme,angleterre,cœur,défaite,esprit,femme,hauteur,russie,sentiment

mot
Aucun moyen de te singulariser dans l'être ; il reste « le mot, pour te multiplier dans le néant » (Valéry).
être,voix

mot
Trois types assez nets de philosophie : autour des substantifs, adjectifs ou verbes. Comparez ce qu'on bâtit autour de intensité, intensif, intensifier : l'ennui ravi, l'ennui rivé, l'ennui crevé (Wittgenstein l'a très bien vu : « Il serait intelligent de diviser un livre traitant de philosophie par parties de discours » - « Es wäre vernünftig, ein Buch über Philosophie nach Arten von Wörtern aufzugliedern »). Le malheur du verbe est sa fâcheuse tendance de s'incarner, de se substantiver et de promettre des transfigurations, voire des résurrections, au milieu des pronoms désarticulés et crédules.
ennui,esprit,filtre,force,intelligence,intensité,philosophie,utilité

mot
Le mot est défini par la triade – ses relations avec la réalité, la représentation et la langue ; un métèque peut maîtriser parfaitement les deux premières facettes, mais tant de nuances purement langagières lui échapperont à jamais ; tant de ses idées aériennes dégringoleront à cause de la lourdeur de ses mots désarticulés.
auteur,concept,idée,langue,maîtrise,réalité,représentation

mot
Précautions à prendre avec l'ondoyance syncrétique : on n'y sait jamais, avec qui on veut s'entendre, - avec les crétins chrétiens ou avec les Crétois menteurs.
christianisme,grèce,intelligence,ironie,mouton,vérité

mot
La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes !
audace,chemin,concept,discursif,langue,représentation,sentiment

mot
Le terme de déconstruction se justifie sous deux angles : la même réalité se représente différemment par des personnes différentes ; le même discours peut s'interpréter différemment, dans les contextes des représentations différentes ; donc, ne se fier ni à la réalité trop silencieuse ni au langage trop bavard - (re)bâtir des représentations (aboutissant à une hétéronymie conceptuelle et langagière).
idée,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,silence

mot
En grec, la mystique de l'Un se greffe, le plus naturellement du monde, sur la branche poétique, à la métaphysique de l'Être, le verbe être (estin) y provenant du nombre un (l'article indéfini s'en mêlant majestueusement, cela débouche sur le bronze fêlé canonique du : « Ce qui n'est pas un être n'est pas non plus un être » - Leibniz ; les Allemands devinrent facilement friands de ce calembour, car une innocente substitution de lettres fait de Eins - Sein ; le nom du Dieu hyperboréen, Odin, signifie l'Un, en russe - один). À comparer avec la mystique du nombre cinq, grâce à son voisinage phonétique : penta - panta.
allemagne,dieu,être,grèce,mystère,poésie,romantisme,russie

mot
L'intuition gréco-latine, tout en ignorant le nombre zéro, nous a composé quelques hosannas lyriques au néant. Semblablement, l'imagerie allemande du devenir doit beaucoup à l'emploi auxiliaire de ce verbe. Dieu est dans l'opération et non pas dans les opérandes, et donc son devenir est son être - et le retour éternel de Nietzsche est le devenir, avec la même ambition.
allemagne,éternité,être,grèce,retour

mot
Trois vues du langage, à partir : de la réalité, du modèle, de la langue. La première, pragmatique (sciences humaines) - la plus vaste et vague ; la deuxième, conceptuelle (mathématique) - la plus haute et ouverte ; la troisième, fonctionnelle (linguistique) - la plus profonde et fermée.
hauteur,idée,intelligence,langue,ouvert,philosophie,réalité,représentation,science,utilité

mot
Les rapports entre le mot et la pensée sont du pur érotisme ; le mot est un excitant, qui donne au corps d'une pensée des contours et des profondeurs à caresser ou à explorer. Et K.Kraus s'avoue incompétent : « La langue est la mère et non pas la maîtresse de la pensée » - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Magd der Gedanken ».
caresse,femme,idée

mot
Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies.
commencement,erreur,idée,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
Quand on est ailé, aller veut dire haler sans héler.
étoile,ironie

mot
La connaissance des mots ne conduit guère à la connaissance des choses (quoiqu'en pense Platon), mais elle sert à formuler de bonnes requêtes au sujet des choses connues.
question,réalité,savoir

mot
L'unité sémantique première n'est ni le mot ni la proposition (Frege et Wittgenstein), mais la référence d'objet, de valeur ou de relation, qu'il s'agit d'unifier avec la représentation.
arbre,concept,langue,représentation

mot
Une très curieuse coïncidence entre mes deux tâches philosophiques centrales – la consolation de l'homme et la réflexion sur le langage – et deux sortes de l'être heideggérien – le souci de l'être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode) et le dévoilement de l'être hébergé par le langage (Haus des Seins).
consolation,être,langue,mort,philosophie

mot
La poésie est l'alternance inaliénable de sens et de sons, l'hésitation prolongée entre les deux. Privé du son, le mot n'est ni psychologue ni botaniste. Privé du sens, il peut toujours créer un état d'âme ou dessiner une fleur inédite.
âme,art,cœur,doute,musique,poésie,solitude

mot
La parole écrite, cette héroïne de l'humanité en détresse, sera déchue comme l'héroïne ou l'opium, par l'humanité sans ivresse. Sa seule drogue sera le chiffre zéro, le moins sobre des chiffres.
défaite,héros,intensité,rêve

mot
Éviter cette sottise évangélique - le mot serait un grain s'épanouissant en fonction du sol récepteur ; la semence est un leurre, ton mot doit être un arbre, enraciné dans le souvenir des hommes de ta race, portant des fleurs à offrir, dessinant des cimes à donner le vertige. Que les moutons, les pourceaux et les chiens trouvent un autre prétexte, pour s'y arrêter ne devrait pas te préoccuper.
arbre,christianisme,commencement,hauteur,ironie,mémoire,mouton

mot
Avoir son visage, sa propre personnalité s'opposerait au port de masque. Pourtant, personne, de per-sonare, ne fut qu'un masque du rituel étrusque, pour célébrer Per-séphone ! Ses héritiers païens en portaient un nouveau à chaque occasion guerrière, frivole ou ludique. Et même le Dieu chrétien, en porte trois !
christianisme,jeu,voix

mot
L'ambigüité du verbe français réfléchir - refléter ou raisonner, représenter ou interpréter - fait, que la barbarie de la réflexion de G.B.Vico (la barbaria della riflessione) s'appliquerait aussi bien à sa topique qu'à la critique cartésienne.
france,interprétation,représentation

mot
La mauvaise philosophie tente d'ériger un édifice sé-curisé, à l'abri du souci. L'ironie y joue le rôle du temps, pour effacer toute trace de certaines constructions et réduire le reste, du souterrain à la tour d'ivoire, au noble état de ruines, où tout souci de chauffage, d'éclairage et de tout-à-l'égout incombe à ton étoile, le souci de minuit devenant indiscernable de l'insouciance de midi.
château,ironie,noblesse,philosophie,ruines,temps

mot
C'est la part du langage qui rend radicalement différentes les facultés représentative et interprétative : la topique se forme hors la langue et la critique se formule dans la langue. Ce que ne comprirent ni F.Bacon : « Inventer ou juger est une seule et même opération de l'esprit » - « what is sought we both find and judge of by the same operation of the mind » ni Goethe : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends » - « Du gleichst dem Geist den du verstehst ».
esprit,interprétation,langue,représentation

mot
L'esprit file à l'anglaise de tous les défilés, processions et manifestations de rue.
angleterre,esprit

mot
Je ne peux vivre dans la langue française, je ne peux que m'y pétrifier, m'y graver. Je lui survis, comme les ruines survivent au Château en Espagne, que personne n'aurait jamais habité. « Ce qui vit dans la langue, vit avec la langue » - K.Kraus - « Was in der Sprache lebt, lebt mit der Sprache » - ma cohabitation, en fantôme visitant sa maîtresse, veut se réduire aux furtives caresses, loin des cuisines et des garde-robes, près d'un toit ouvert sur les étoiles.
auteur,caresse,château,étoile,femme,langue,ouvert,ruines

mot
Il faut lire ce livre, comme on lit une poésie étrangère (où d'abord s'imposent le son, l'allusion et la frontière) : l'abstraction surgissant avant la chose et même rendant celle-ci inutile.
frontière,musique,poésie,réalité,utilité

mot
Ils réduisent la vie aux gérondifs (Bergson, Ortega y Gasset) ou aux participes (Marx, Sartre), aux aspects ou aux respects. La vie est la recherche de verbes-interprètes, intemporels et iconoclastes, et qui mettent en musique les choses-notes muettes, qui s'inscrivent dans l'esprit et les yeux.
esprit,interprétation,musique,regard,temps,vie

mot
Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique.
cité,école,être,histoire,ironie,jeu,langue,nécessité,ouvert,philosophie,…

mot
Tout philosophe devrait s'interdire l'usage ontologique du verbe être (que le Stagirite ne daigna même pas mettre à côté des trois monstres : avoir, agir, pâtir, et que Lulle négligea dans ses neuvaines ; l'ontologie occidentale existe « à cause de la forme du langage indo-européen »* - Valéry). Inexistant en chinois et en japonais, fantomatique en russe, amputé de sa fonction copulative en arabe (wjd), ambivalent en espagnol et italien (l'essentiel ser-essere et l'accidentel estar-stare), envahissant en grec et allemand, il est un moyen immédiat de dépistage de la logorrhée.
allemagne,chine,discursif,espagne,être,europe,grèce,italie,langue,philosophie,…

mot
Les hommes pensent, que les objets sont définis par des mots, tandis que c'est le contraire qui est vrai, aussi bien en poésie qu'en mathématique : les mots se définissent par les, ou mieux - s'attachent aux - objets.
concept,hommes,négation,poésie,réalité,science

mot
L'arbre de philosophie d'amour de Lulle fut condamné à ignorer les cimes et à affaiblir les racines : à côté de vérité - bonté ne pas mettre beauté, à côté de comment - pourquoi omettre qui ne se pardonne ni en profondeur ni en hauteur.
abduction,amour,arbre,beauté,hauteur,philosophie,vérité

mot
Le langage métaphorique s'oppose à ce qui est sans saveur, que ce soit en mots ou en idées. Tout bon langage conceptuel est métaphorique, qu'il s'agisse de mathématique ou de philosophie. Mais seule la poésie pure peut se permettre le luxe des métaphores refusant toute mutation en concepts.
idée,langue,métaphore,philosophie,poésie,science

mot
On atteint la hauteur par l'action conjuguée de deux acceptions du verbe tollere (ou aufheben) : soulever et supprimer - par le filtre éliminant le bavardage étranger du bas et par l'amplificateur élevant ton silence familier vers le haut (par ailleurs, ce que le Sauveur fit de nos péchés : tollit peccata mundi - n'est pas si clair). On devrait apprécier le chiffre sacré de 7, puisqu'en allemand il veut dire filtrer (sieben) et en russe - en famille (семью).
allemagne,christianisme,consolation,contrainte,filtre,hauteur,russie,sacré,silence

mot
Ces préfixes révélateurs : re-présenter, ex-primer, -montrer, pour désigner les trois actions intellectuelles de base : induire, séduire, déduire. Une topique, une tropique, une critique. Fixer le possible, exhiber le suffisant, s'appuyer sur le nécessaire. Une mémoire, une voix, une voie.
chemin,esprit,mémoire,nécessité,raison,représentation,style,voix

mot
Ni la peinture ni la musique ne peuvent rendre ni mon regard ni ma houle. Et, dans mon soi révélé ou palpitant, le mot n'a rien de palpable à embrasser ni à reproduire ; c'est une ambition bien niaise, que « ton fruit soit copie de toi-même » - Byron - « as our mould must the produce be » ; il n'y a rien à copier - ma création est moi ! Encore que ce soient les meilleurs qui le tentent ; les pires copient les autres ou les choses.
art,création,élite,inconnu,intensité,musique,réalité,regard,sentiment,soi

mot
Celui qui ne maîtrise à fond aucune langue étrangère ne voit pas la différence entre le monde réel et le monde qui naît des mots ; il ne peut pas apprécier ce qu'est l'immense liberté du Verbe.
langue,liberté,maîtrise,nature,réalité

mot
Dire remonte à montrer-indiquer (sagen-zeigen, с-казать) : plus on oublie la voie à suivre, mieux on trouve la voix à chanter !
allemagne,chemin,danse,france,russie,voix

mot
Le terme de langue couvre trois entités profondément différentes :
- un système de signes faisant abstraction de son usage et comparable en tout point avec un langage de programmation : alphabet, vocabulaire, morphologie, grammaire ; astucieux, rigoureux et délicat, mais sans vraiment de merveilles
- un système bâti au-dessus d'un modèle conceptuel ; un outil de connaissance et de communication ; on devrait parler de langage (« Le langage est relais par signes »*** - Valéry - la plus précise des définitions !)
- un outil d'expression, le modèle sous-jacent fondé sur l'esthétique ; strictement parlant, à chaque usage on y crée une nouvelle langue.
beauté,création,école,goût,idée,langue,question,représentation,robot,style,…

mot
En déconstruisant, ils enlèvent le mortier et les charpentes, pour ne laisser que les briques des mots nus à partir desquels ils espèrent pouvoir bâtir un édifice pur. Tandis que toute la pureté et toute l'architecture résident dans le ciment de l'intelligence et dans l'ossature du style. Mais cette démarche se justifie en recherche de fondations, de commencements, pour nous débarrasser des épaules de géants, sur lesquelles reposaient peut-être nos positions ou nos constructions. En acceptant, éventuellement, de se retrouver dans des ruines, ce niveau zéro de la création.
ange,commencement,création,esprit,intelligence,ruines,style

mot
J'écoute le maître du son, Dionysos, mais c'est le maître du mot, Apollon, qui jugera ma copie - ne pas penser aux notes ! Penser au Maître du Verbe stigmatisé, au Crucifié !
beauté,christianisme,musique

mot
Le sens d'un mot (à part les mots grammaticaux) est une chose banale : c'est une étiquette attachée à un objet ou à une relation du modèle. Rien à ajouter, tout cratylisme est niais. En revanche, le sens d'une requête est une chose bien délicate : l'analyse syntaxique, la génération d'un arbre sémantique dans le modèle (d'une réponse à la requête), la confrontation pragmatique de cet arbre avec la réalité modélisée, débouchant sur le savoir ou sur l'action.
action,arbre,concept,goût,question,réalité,représentation,savoir,utilité

mot
Les deux Cratyle, celui de Platon ou celui d'Aristote, celui qui lève le doigt, avec un nom unique aux lèvres, ou celui qui le baisse, pour que le nom sélectionné soit le plus proche de la réalité terrestre, - produisent du silence ex aequo ou du bruit-écho, tandis qu'il s'agit de composer de la musique - le mot-maître doit faire danser l'idée-servante.
danse,idée,maîtrise,musique,proximité,réalité,silence

mot
Il n'existe aucun passage direct du signifiant (langage) au signifié (réalité) ; entre les deux il y a toujours au moins trois étapes, extra-langagières et extra-réelles : l'accès aux objets (langage-modèle), la démonstration de la véracité de la requête (interprète-modèle), la recherche du sens (modèle-réalité).
concept,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
Dans toute tentative d'insuffler la vie aux mots, il y a une part du travail d'empailleur. Tout portrait, vu sous un certain angle, est un épouvantail ; mais ton champ doit être profondément labouré et porter de la bonne graine, prometteuse de hauteur.
hauteur,ironie,soi,vie

mot
Il y a des langages de représentation, des modèles, et des langages à proprement parler, des langages d'interprétation, des discours. Le réel se reflète dans des modèles et se creuse dans des proférations. Il faut donc voir le réel à travers un modèle et lire le réel comme un texte.
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects.
artificiel,concept,être,folie,intelligence,langue,représentation

mot
Être et exister – deux verbes perfides, aux innombrables acceptions. Même dans le cas le plus simple, celui des rapports entre l'essence et l'existence, des ambivalences pullulent : être en tant qu'avoir réussi à passer à l'existence ou être ceci ou cela (des accidents), exister en tant qu'instance (objet) ou exister en tant que manifestation (action) ? En combinant ces acceptions (quatre combinaisons), on peut arriver soit à l'équivalence soit à la précédence de l'un des protagonistes – essence ou existence – sur l'autre. Le problème est du pur verbalisme.
action,concept,être,philosophie,représentation,simplicité

mot
Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence.
concept,contrainte,être,langue,réalité,représentation

mot
Il n'y a que deux types de véritable négation : non X (où X est référence de valeur, d'objet ou de relation) et il est faux que X (où X est une proposition) ; ce qui se traduit par : être différent de X et il est impossible de prouver que X. Le français est plein de fausses négations (qu'on appelle syntaxiques - restrictives ou qualificatives) : ne … que, ne … point, ne … guère, ne pas + inf., nullement, aucunement. Et lorsque le temps s'en mêle, ça donne des curiosités comme : « Les Russes ne seront jamais vraiment policés, parce qu'ils l'ont été trop tôt » - Rousseau.
absurde,concept,france,négation,russie,temps

mot
Plus une orthographe s’éloigne des sons et embrasse, servilement, l’étymologie ou la syntaxe, plus elle est prise, par les ignares, pour un signe de culture et plus elle se rapproche de la bêtise et de l’absurdité. En trois jours on apprend l’orthographe italienne, en trois ans - la française.
absurde,culture,france,intelligence,italie,langue,maîtrise,savoir

mot
De l'orthographe : le savoir approfondi s'honore d'un point final ; la connaissance rehaussée prend un point d'exclamation ; « l'élargissement du savoir débouche sur un point d'interrogation » - H.Hesse - « die Vermehrung des Wissens endet mit Fragezeichen ». On sait ce qui plie ce point d'interrogation, plutôt plat, en point d'exclamation, plutôt élancé : « C'est en hauteur que le savoir doit déployer son défi, auquel se dévoile toute la puissance de l'être-caché de l'étant » - Heidegger - « Das Wissen muß seinen höchsten Trotz entfalten, für den die ganze Macht der Verborgenheit des Seienden aufsteht ».
audace,force,hauteur,question,savoir

mot
Le trope, et non pas le concept, est la notion, qui aurait dû être au centre de la réflexion philosophique sur le langage. Les concepts sont la chasse gardée de la science. Le philosophe devrait être plus profond que le linguiste et plus haut que le savant ; au lieu de cela, il patauge dans des platitudes pseudo-conceptuelles.
hauteur,idée,langue,philosophie,platitude,science

mot
Rêver, c'est laisser vibrer des images en deçà des paroles. Le mot est fait des images fixées au-dessus des rêves pétrifiés. Le poète tente souvent l'inverse : « L'image est formée des mots qui la rêvent » - Jabès. Et, ce qui reste inexplicable, le plus beau mot est rêvé par des pensées endormies.
art,inconnu,poésie,rêve,style

mot
Rapprochements inacceptables : les sens et le sens, Sinn et Sinne. En anglais et en russe, ces mots ne se touchent pas, s'excluent.
france,interprétation,réalité,russie

mot
Je deviens écrivain, quand je comprends, que ne vivent, sur mes pages, que des noms. Les choses n'en peuvent être que des rêves.
art,auteur,rêve

mot
Ton séjour non-sanctionné sur un banc des accusés se voit appuyé par le souvenir, que crimen signifiait déjà chef d'accusation (d'incrimination).
honte,justice,mémoire

mot
Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue.
âme,concept,création,être,idée,interprétation,langue,moyen âge,représentation,universel,…

mot
Le Verbe est la source, dont on ignore le lieu de naissance, et dont peuvent, hélas, se passer nos misérables paroles, grâce aux progrès de l'eau courante de la Cité. Qui meurt encore de soif auprès de la bonne fontaine ? Que les sots repus proclament tarie, tout en s'affairant auprès de leurs robinets mécaniques. Les hommes perdirent leur éternelle jeunesse, cadeau de Prométhée, car l'âne, qui la transportait, ne put résister à la soif, près de cette fontaine ; la jeunesse fut donné au serpent, gardien de la fontaine, et les hommes finirent par se rapprocher de l'âne. L'eau et le feu ne réussissent pas bien aux hommes : les abattus s'accrochent à la terre, et les enthousiastes - à l'air.
commencement,éléments,enfance,enthousiasme,hommes,robot,soif

mot
La fonction cognitive du langage comprend et l'expressive et la communicative (W.Humboldt) : du silence (l'absence de sujet) on peut passer au monologue ou au dialogue, en introduisant le moi ou le toi, la métaphore ou les contraintes. Une tâche particulièrement facile en russe, où ego (его) veut dire lui.
contrainte,grèce,langue,métaphore,russie,silence,soi

mot
La haute création, la poïesis, sera toujours de la traduction, de la mimesis. Le jardinage divin du mot vivant sera au-dessus de l'artisanat (démiurgie), de la tekhné, de l'idée mécanique. La fidélité chevaleresque au mot vulnérable ou la maîtrise intéressée de l'idée : « Ton chevalier, ton artisan jaloux, te portent leur prière, ma douce langue ! » - Nabokov - « Так молится ремесленник ревнивый и рыцарь твой, родная речь ! » - et que ta prière ne se confonde jamais avec le sermon.
art,création,grèce,idée,maîtrise,noblesse,religion,sacrifice

mot
L'écriture – une cohabitation, conflictuelle et forcée, entre la mimesis du mot-étiquette, collé à l'être commun, et le logos du mot-image, émanant du devenir personnel.
être,lutte,voix

mot
La raison visant les prémisses de l'âme ; l'âme arrivant aux conclusions de raison. Entre les deux - l'arbitraire du langage.
âme,langue,raison

mot
Deux défauts d'écoute privent mon discours de toute musicalité : que je n'entende plus la voix de l'inexistant, ou que la traduction, c'est à dire l'interprétation, soit exclue de mes échos. Il ne me resteront que des références mécaniques de quelques morceaux d'algorithmes, dictés par des robots. « Parler, c'est traduire - d'une langue angélique en une langue humaine, de la pensée vers les mots » - J.G.Hamann - « Reden ist übersetzen - aus einer Engelsprache in eine Menschensprache, Gedanken in Worte » - seulement, l'ange ne parle ni en pensées ni même en notes, mais en appels inaudibles, indicibles, qu'il s'agit de traduire.
ange,auteur,hommes,idée,inconnu,interprétation,musique,ouïe,robot,voix

mot
Je lis cette traduction cathédralesque de Spinoza : « La liberté s'oppose à la contrainte et non à la Nécessité » - monumental, beau et faux ; j'échafaude une savante réplique, du genre : la liberté est peut-être une nécessité extérieure ; la contrainte doit être une nécessité intérieure (tout en remarquant, au passage, le gouffre entre nécessité-loi et nécessité-besoin) ; au dernier moment je m'avise, que ce qu'on cherche à traduire est le tout bête : « Deus ex solis suae naturae legibus, & a nemine coactus agit » (« Dieu n'agit que selon les lois de Sa nature, sans que personne ne L'y contraigne ») - mesquin, laid et juste - et m'éclate de honte et de rire… Ce rire tourne au jaune, lorsqu'ils nous apprennent, que le spinozisme est la lumière de la vérité, qui mène de l'angoisse d'une fausse vie à la joie des hommes libres… Un rat de bibliothèques - en sauveur des aigles, des chouettes ou des rossignols !
action,angoisse,beauté,consolation,contrainte,grandeur,honte,justice,liberté,nature,…

mot
La fantaisie, maintenue par l'harmonie et guidée par la fantasmagorie, - une fantas-harmonie.
esprit,maîtrise,ordre

mot
Les liens entre ton sentiment et les mots, qui lui sont consacrés, devraient n'être qu'allégoriques. Quand ils prétendent être isomorphes ou univoques, on peut être certain de leur imposture.
doute,sentiment

mot
Le mot très en vogue, ces jours-ci : terrorisme ; comment verrais-je l'homme, qui s'adonnerait à cette activité ? - libre, considérable, courageux, illimité. J'avoue avoir aligné ces adjectifs, après l'atterrante aberration de Chateaubriand : « Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné que le terroriste » ! Mais nous sommes d'accord sur la place qu'il mérite - le cachot.
audace,haine,liberté

mot
Tous les poètes français d'avant Aragon furent terrorisés par l'orthographe, dans la recherche de leurs rimes ; ils vous parlent de musique (Verlaine), de voix (Valéry), de chant (Musset), d'ivresse (Rimbaud), tandis qu'on dirait, que c'est la présence de ces misérables e muets ou de consonnes imprononçables, qui les préoccupe au premier chef…
art,france,intensité,musique,ouïe,poésie

mot
Tant de poésies françaises, dans lesquelles c'est un dictionnaire, et non pas l'oreille, qui cherche des échos. Des rimes pour l'oeil ! Que dire d'une poésie, où voie lactée est interdit à cause d'un e muet ? Voyez l'équilibristique orthographique de La Fontaine : « les pensERS vulgaires ».
amour,liberté,musique,vie

mot
La formule et l'image sont présentes dans toute parole, mais l'abus unilatéral d'une d'elles produit l'ennui ou le bavardage. Il faudrait, qu'il n'y ait « aucune formule exprimée qui ne soit une belle image » - Plotin.
beauté,ennui,maxime,style

mot
Encore une aberration dimensionnelle d'origine teutonne - l'image d'abîme (Abgrund), associée, bêtement, à la recherche de causes premières (Grund). Kant et Nietzsche passèrent par là, pour nous détourner de la hauteur, cette vraie source, qui entretient les meilleures soifs.
allemagne,axe,commencement,hauteur,soif

mot
Arc, en grec, bios, est homonyme de vie ; l'art est possible grâce à sa bonne tension ; les cibles atteintes quittent la vie et rejoignent les archives ! « L'arc : son nom, vie, ce qu'il fait, mort » - Héraclite. On peine à admirer la corde tendue, sans avoir constaté une mort qu'elle ait infligée ; Dieu, serait-Il, Lui-même, à ses heures sombres, un archer et un poète ? - « À la mort d'un homme, un chapitre est retranscrit en un meilleur langage »** - J.Donne - « When one man dies, one chapter is translated into a better language ».
art,dieu,flèche,grèce,mélancolie,mort,nécessité,vie

mot
La musique naît de la rencontre entre, d'un côté – les instruments et les interprètes (le langage), et de l'autre – la partition et l'orchestration (la représentation). C'est le rôle décisif des premiers qui fait pressentir la poésie et la hauteur ; la priorité des secondes est propre de la philosophie et de la profondeur.
hauteur,interprétation,langue,musique,philosophie,poésie,représentation

mot
Le plumitif médiocre : je maîtrise l'essentiel, dont le mot n'est qu'un mercenaire malléable à merci. Un maître : la terreur devant l'essentiel intraduisible et l'adhésion servile à ce révolté de mot, en vue d'un nouvel esclavage. « Ce n'est pas moi qui maîtrise la langue, c'est la langue qui me maîtrise complètement. Elle n'est pas la servante de mes pensées » - K.Kraus - « Ich beherrsche die Sprache nicht ; aber die Sprache beherrscht mich vollkommen. Sie ist mir nicht die Dienerin meiner Gedanken ».
idée,inconnu,liberté,maîtrise,platitude,révolte

mot
La langue n'est fidèle qu'au modèle, au-dessus duquel elle est bâtie ; face à la réalité, tout langage est ésopique ; et le poète est celui qui contourne le modèle et s'adresse directement à la réalité, en préférant « la vicissitude du tâtonnement à l'éloquence du fait »** - Pasternak - « красноречью факта превратности гаданья », les «faits» faisant partie du modèle.
art,langue,réalité,représentation,sacrifice

mot
Deux raisons poussèrent Socrate à répugner l'écriture : l'horreur du développement (auquel succombe son élève infidèle) et l'absence de noms pour tout ce qui compte le plus dans la vie (et dont l'autre fait des Idées). Et le genre aphoristique d'Héraclite, fut oublié au profit des bavards…
art,discursif,idée,maxime,mémoire,vie

mot
Du minimum au maximum : la maxime, qui se fixe au firmament, part d'aphorisme (apo-horizon), qui s'arrache à l'horizon, et passe par apo-phthegme, redresseur des mots, pour devenir une forme de l'éternité (die Formen der Ewigkeit - Nietzsche).
éternité,étoile,grèce,maxime,style

mot
La littérature moderne, si grégaire, banale et servile, devrait s'appeler : choré-graphie. D'autant plus que plus rien n'y danse ; elle n'est faite que pour marcher.
art,danse,grèce,liberté,mouton

mot
Quelle perte pour le vocabulaire des têtes défiant les forums, le mot catégorie, avec ses acceptions ternes et sans relief, tandis qu'il aurait pu signifier - contre-agora !
grèce,mouton

mot
Sans idées charmeuses et séduisantes, le mot n'atteindra pas une pénétration. Mais sans le mot viril, tout charme des idées se fane si vite.
caresse,idée

mot
L'illusion de la pensée soi-disant dialogique naît du large partage du langage ; le soliloque semble être le vrai berceau de la pensée, et la pensée conçue ne doit sa congruence avec la pensée perçue que par la tribalité du langage.
commencement,hommes,idée,langue,solitude

mot
Quand je vois, que ad-miration vient du regard, Be-geist-erung - de l'esprit et вос-хищение - de la hauteur, je comprends une part significative du caractère national.
allemagne,esprit,france,hauteur,hommes,regard,russie

mot
Le français est une langue de l'être, l'allemand et le russe – celles du devenir. Pourtant il y a plus de Parménide allemands ou russes qu'en France, où l'on préfère, à juste titre, Héraclite.
allemagne,être,france,russie

mot
Aucune relation transitive n'existe dans la triade langage - modèle - réalité (interprétation - sens, ou valeurs - significations). Valéry confond transitif et transitoire.
balance,concept,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Quel est le degré de mon arrogance, si je me prends pour un Dieu ? Les réponses varient, selon les traductions de St-Paul : je m'en saisis (something to be grasped), j'en fais mon butin (proie à s'approprier), je commets un larcin (Raub, хищение). D'où le degré de la paix de ma conscience.
allemagne,angleterre,auteur,conscience,dieu,question,russie

mot
Nos organes des sens sont si miraculeusement bien adaptés pour saisir la réalité, que, chez les Grecs, les mots penser, déceler, savoir, percevoir, connaître sont de parfaits synonymes. Les pédants, qu'ils soient philologues ou philosophes, ne le comprennent pas et érigent d'infinies arguties autour des nuances, inexistantes chez les Anciens.
antiquité,grèce,philosophie,réalité,savoir

mot
C'est en latin que j'aurais dû chanter la hauteur comme je la sens : avec altitudo on n'est jamais sûr si on a affaire à la hauteur ou à la profondeur, et c'est le thème essentiel du Cimetière Marin de Valéry, où le toit tranquille n'est autre que la surface de la Mer, avec les deux Azurs, en hauteur et en profondeur, chantés jadis par Lermontov.
auteur,hauteur,ironie

mot
On reconnaît le vrai auteur par la place, qu'il accorde aux pas intermédiaires, aux passages entre le n-ème et le n+1-er pas, ou bien aux premier et dernier. Ou bien l'augmentation (augeo) ou bien la création (auctoritas), il faut choisir. La priorité ou la primauté.
commencement,continuité,création

mot
La langue apporte autant à la hauteur d'une écriture que le muscle à la profondeur d'une volupté : presque rien, mais c'est par ce rien que tout le reste perce.
art,caresse,hauteur,ironie,langue

mot
Le sobre partisan de l'objectivité dénonce l'ivresse du subjectif ; mais il ne voit pas que, tous les deux, ils aboutissent aux mêmes modèles, et que la seule chose, qui les distingue, c'est le langage catégorique du premier et le langage métaphorique du second. L'oubli ironique de l'Être intouchable n'a aucune influence sur l'édifice de l'Étant ; c'est le langage qui en fait caserne ou ruines, étable ou souterrain, langage, qui serait (l'architecture de) la demeure de l'Être (Heidegger).
être,intensité,langue,métaphore,mouton,représentation,révolte,ruines

mot
On ne peut opposer au langage que la pensée ou l'émotion. Il tient en respect la première et même en triomphe, souvent, haut-la-main, mais il se décourage devant l'ineffabilité désarmante de la seconde. Mais sans ces retentissantes défaites il n'eût jamais appris à produire de la pensée et de l'émotion.
audace,création,défaite,idée,inconnu,langue,sentiment

mot
La chose et le mot (avec le concept, qui se glisse entre les deux) sont deux facettes de l'étant ; et l'oubli de l'être (celui qui est source de tout), dont s'indigne Heidegger (ou, avant lui, Bakhtine : « La philosophie première, celle qui porte non pas sur les phénomènes de culture, mais sur l'être, tomba dans l'oubli » - « Первая философия - учение не о культурном творчестве, но о бытии - забыта »), cet oubli consiste à n'être respectivement que pragmatique ou poète, être obsédé par le poids des choses ou par la musique des mots, être guidé par l'intérêt ou par le vertige.
balance,culture,être,idée,mémoire,musique,poésie,représentation

mot
En fait, c'est vrai que, quelque part, au niveau de la résilience réactive et du pouvoir d'achat, ça fait du bien de saisir les opportunités, qui se présentent, et, du coup, c'est très important parce qu'on n'est pas forcément au courant d’un certain nombre de magouilles de ces cons, qui nous emmerdent - c'est ainsi qu'écriront, et écrivent déjà, les prix Goncourt. La langue des poilus fut plus riche et plus expressive, et leur sensibilité – plus délicate, que ce qu'exhibent ou gribouillent les houellebecq.
langue,modernité,platitude,style

mot
Chez tout lecteur il y a trois sujets : le parlant, le pensant, le sentant ; l'idéal serait qu'ils lisent simultanément. À l'époque classique, l'ordre privilégié fut : le pensant, le sentant, le parlant ; à la romantique - le sentant, le pensant, le parlant ; à l'époque barbare moderne - le parlant, le pensant, le sentant, la lecture s'arrêtant, le plus souvent, avec le premier. Et ce livre sera victime de cet ordre des goujats.
auteur,bassesse,esprit,modernité,romantisme,sentiment

mot
Ce qu’on dit, c’est-à-dire des assertions, est, le plus souvent, commun ; ce qui compte, c’est comment on le dit, le style, c’est-à-dire l’élégance, l’ironie, l’intelligence.
idée,intelligence,ironie,mouton,style

mot
Normalement, justement, finalement, sincèrement, simplement, franchement, effectivement, forcément - quand on voit la hideuse mutation qu'apportent ces avortons à la dégénérescence langagière générale, on adhère à la haine, que Cioran porta à l'adverbe.
france,haine,platitude

mot
D'étranges trajectoires de femme, en anglais : wife (wif, Weib) voulant dire, d'abord, être féminin, puis, fondu avec homme, wif-man, débouche à woman, enfin, une belle carrière de faiseuse de pain, laf-di (loaf - Laib - хлеб) devenue lady.
angleterre,femme,russie

mot
Comment voit-on la force au féminin ? - a strong woman, une forte femme, eine starke Frau, сильная женщина - on y voit, respectivement, des qualités managériales ou anatomiques, une volonté d'expansion ou d'autonomie.
allemagne,angleterre,femme,force,france,robot,russie

mot
Tant de commerce autour des femmes : émancipation, venant de manu capere, une espèce de tope-là des marchands, ou épouse, ayant la même origine que sponsor - une offre commerciale.
argent,femme,liberté

mot
Quelle belle science aurait pu être l'astro-nomie, si l'on se souvenait, que nomos signifiait non seulement loi, mais aussi chant ! Et l'on apprendrait non seulement à regarder une physio-nomie, mais aussi à l'entendre. L'éco-nomie, cette morne gestion domestique, nous éloigna du chant, et la loi fit de nous - des robots.
danse,étoile,grèce,justice,ouïe,regard,robot,science

mot
Le rasoir d'Ockham dénonce les disserteurs raseurs pléonastiques, avec leurs arsenaux mécaniques, et justifie les déserteurs racés désertiques, avec leur art des mots laconiques.
contrainte,discursif,élite,maxime,nécessité,révolte,robot

mot
Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein.
concept,idée,interprétation,langue,représentation,valoir

mot
Comment comprennent-ils la puissance nietzschéenne ? S'agit-il de pouvoir faire quelque chose ? De faire (die Macht, de machen - faire) quelque chose ? De posséder (власть, de владеть – posséder) quelque chose ?
action,force,maîtrise,philosophie

mot
Le meilleur habit d'une pensée excitante est transparent ; c'est dans la nudité du mot que le contact avec elle me fait retrouver son sens et perdre ma tête.
caresse,idée,intensité

mot
Pour les Grecs et pour Heidegger, une affirmation devient vraie, lorsqu'elle se débarrasse de voiles, qui la cachaient, d'où le dévoilement (aléthéia - Unverborgenheit) ; l'un des contraires populaires de caché (renfermé), c'est l'ouvert, d'où la perplexité d'un mathématicien, qui découvre l'Ouvert heideggérien, se détournant des limites et convergeant facilement aussi bien vers l'apophatique vérité que vers l'arrogant Être (partant de offen – ouvert et tombant sur Offenbarung – révélation ou dévoilement). Cet Ouvert promet une sortie des ténèbres vers la lumière, tandis que celui de Rilke, au contraire, nous conduit d'une lumière facile au bord de la nuit et du rêve. Le mot dé-claration aurait pu signifier un mouvement, opposé à aléthéia : priver une chose de sa clarté.
allemagne,doute,être,frontière,grèce,négation,ombre,ouvert,rêve,science,…

mot
Leur sujet, sub-iectum, est jeté en-dessous, plongé en profondeur des objets ; le mien - s'immobilise et plane en hauteur débarrassée d'objets.
concept,hauteur,immobilité,réalité

mot
L'Ouvert, en allemand (das Offene), signifiait jadis (par exemple, pour Hölderlin) - une libre nature, une hauteur montagnarde ; avec Rilke, le mot prit un sens mystique de l'appel des sources ; Heidegger lui donna une tournure topologique, avec le désir des frontières infinies ; enfin, Celan : « L'Ouvert est un domaine sans frontières, où l'homme se libère de lui-même » - « Das Offene ist der grenzenlose Bereich menschlicher Selbstbefreiung » - confond ce qui est sans frontières (l'infini) avec ce qui n'inclut pas ses propres frontières (l'ouvert mathématique ou lyrique que retinrent les commentateurs français). Chez Heidegger, la confusion avec le verbe ouvrir fait de l'Ouvert une espèce d'aléthéia - des mises en lumière de ce qui aurait été dissimulé.
allemagne,élan,france,frontière,grèce,hauteur,inconnu,liberté,mystère,nature,…

mot
Être un Ouvert, c'est être ouvert à l'appel de ton étoile, vivre de révélations, plutôt que d'annonciations : révélation - enlever le voile, Offenbarung - rendre ouvert, откровение - se débarrasser du toit. Reconnaître que nos limites mystérieuses sont intouchables et, pourtant, vivre de l'aspiration vers elles, c'est aussi - avoir son propre regard, qui n'est que l'ouverture, faite non pas pour être investie, mais pour investir le monde. Notre intérieur strict n'est qu'un problème de vision, et notre extérieur - une solution visible.
allemagne,étoile,france,nature,mystère,ouvert,regard,ruines,russie

mot
Le silence du mot (taceo) n'est pas silence de l'âme (sileo). « Là où la langue échoue, c'est la peinture qui parle » - proverbe latin - « Quod lingua nequit, pictura fatetur ». Pour une bonne oreille, où s'arrête la langue, commence la musique. Ce n'est pas au non-dit que doit être confié l'indicible, mais au chanté.
âme,art,danse,langue,musique,silence

mot
Plus vaste est la platitude niée, plus haut est l'horizon qu'on vise ; c'est pourquoi l'Allemand, s'attaquant à toute une contrée (les Philistins) est plus hautain que le Français avec son bourg (le bourgeois) ou le Russe avec sa ville (мещанин).
allemagne,france,hauteur,négation,platitude,russie

mot
Tout écrit intime est secret, c'est à dire apocryphe ; en proclamer l'authenticité ou la canonicité, c'est ériger une idole étrangère, se réduire au statut de mouton (agneau) ou de robot (berger).
authenticité,grèce,mouton,robot

mot
La représentation est une tâche conceptuelle, où la langue n'intervient presque pas ; la langue y est statique et la conception - dynamique ; l'expression, en revanche, résulte de la confrontation entre une représentation statique et une langue dynamique. Les signes linguistiques s’attachent aux représentations pré-langagières, ce qui prépare la pensée langagière.
art,création,esprit,idée,langue,représentation,style

mot
En matière des premiers gestes divins, l'opposition la plus fréquente est entre ceux qui penchent pour le verbe ou pour le nom, donc pour la relation ou pour l'objet. La relation semblerait être au commencement, l'algèbre l'y emporte sur l'analyse. Tout algébriste ou linguiste t'y suivrait, seul le poète sait convertir toute relation en chose pour ne réserver la primauté qu'à la hauteur du verbe-relation ou du nom-chose. Scruter les choses est stérile ; c'est le regard sur leurs relations syntaxiques - l'instanciation-appartenance (substance première, ou le suppôt) ou la dérivation-inclusion (substance seconde, ou le modèle) - qui les vivifie.
art,commencement,concept,être,hauteur,langue,poésie,regard,vie

mot
Avant d'être action, tout écrit est réaction ; rebondir de la chose elle-même devint trop ordinaire, puisque tous les angles de vue furent déjà explorés ; plus prometteur est de rebondir non pas de la chose même, mais, déjà, du regard d'autrui sur elle : questionnement des questions, géographie avant paysage, paysage avant climat, se servir d'autrui comme miroir, contrainte ou panneau indicateur - tel est l'intérêt principal de mes citations. Stendhal pensait, qu'il fallait « faire son entrée dans ce monde par un duel » ; je m'en prépare la sortie en affrontant toute une coalition de meilleurs escrimeurs. Mais je compte sur l'amitié inespérée de certains de mes adversaires aînés, pour que nos épées tirées se redirigent vers des ennemis de nos princes ou de nos maîtresses.
art,auteur,création,femme,ironie,lutte,maxime,question,réalité,science,…

mot
L'obscurité non-poétique, dans les traductions des Anciens, est, en général, de nature non-philosophique, elle est indéniablement due aux mauvais traducteurs. J'aimerais pouvoir juger de l'énormité des traîtrises de traducteurs, dans la chaîne : le grec d'Aristote, l'arabe d'Averroès, l'anglais et le latin de M.Scot, l'allemand de Frédéric II.
allemagne,angleterre,antiquité,grèce,langue,philosophie,poésie

mot
La langue, visiblement, participe à la formation des conceptions du monde, mais pas tellement à la représentation de la réalité ; la trace langagière la plus visible y consiste à choisir, pour une tâche représentative, entre soit un accident soit un concept, concept traduisant le doute, l'ironie, l'activisme, l'émotivité. Mais le gros noyau de la représentation ne dépend guère de la langue.
doute,idée,ironie,langue,philosophie,représentation,sentiment

mot
Les mots parasites à manier avec méfiance : existence, vide, vérité, liberté. Rien de commun entre existence conceptuelle et existence réelle, entre vide mathématique et vide ontologique, entre vérité logique et vérité philosophique, entre liberté de concevoir et liberté d'agir.
être,idée,liberté,vérité,vide

mot
L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois.
arbre,interprétation,langue,philosophie,représentation

mot
Quand on refuse au modèle et à sa supra-structure, le langage, le rôle créateur de vérités, c'est à dire d'identités, de mesures et de logiques, on devient pyrrhonien, pour qui toute chose est « indifférente, immesurable, indécidable ». Le dialogue moi-réalité n'existe pas ; il fait partie du tétralogue : moi - modèle - langage - réalité (je sais, qu'il n'y a pas de nombre deux dans dialogue, et, par exemple, dans la plupart des dialogues platoniciens figurent plus de deux interlocuteurs).
balance,doute,grèce,langue,raison,représentation,soi,vérité

mot
Les plus belles pensées, par d'insignifiantes substitutions verbales, peuvent être réduites aux platitudes sans vie ni épaisseur ; celui qui parle doit peser et compter plus, que ce qu'il dit : le pourquoi et le comment doivent surclasser le quoi et le quand.
abduction,arbre,discursif,platitude,style,vie,voix

mot
Que mon mot soit qualifié de dissimulation ou d'authenticité, il restera toujours de l'expression ; modèle à suivre ou modèle à créer, mon visage sera confondu avec mon masque. Sans mes mots, je suis un algorithme muet ou un rythme jamais exécuté par un instrument. Si les mots ne font que masquer l'homme, l'en débarrasser, c'est le réduire à une momie.
auteur,authenticité,éternité,hommes,musique,représentation,style,voix

mot
Ni les objets ni les mots n'ont d'âme. Pour qu'on découvre une âme dans un discours, il faut que les mots peignent un beau chemin d'accès, dont le parcours, jusqu'aux objets, fasse naître une musique hors la langue.
âme,beauté,chemin,concept,langue,musique

mot
La philosophie anglo-saxonne, grâce à la distinction entre to be et being, évita la pollution, qui sévit en grec, en allemand, en français, à partir de ce verbe parasite et trop facilement substantivé, être. Imaginez le flot de thèses nouvelles, si Hamlet avait marmonné : être ou néant ? Ceux qui consacrent leurs meilleurs doutes non pas aux fins, mais aux commencements, feraient gémir leurs mots : naître ou ne pas naître.
angleterre,commencement,être,france,grèce,philosophie

mot
Toute production intellectuelle, qu'il s'agisse de poésie ou de philosophie, s'appuie sur deux types de ressources - le verbal et le mental ; la poésie la moins envoûtante se réduit au pur mental, comme la philosophie la plus plate - au pur verbal ; mais une bonne poésie est pensable dans le pur verbal, comme une bonne philosophie - dans le pur mental.
esprit,langue,philosophie,platitude,poésie,style

mot
La vue (theoria), en grec, aboutit à théâtre, théorème ou théorie, en se prenant pour moyen, but ou contrainte et exprimant le jeu, la puissance ou le regard.
contrainte,force,grèce,jeu,regard,système

mot
L'intelligence la plus profonde consiste à savoir naviguer au milieu des modèles, sans me laisser dominer par des courants langagiers ; ce sont ces courants, dans lesquels se noient la plupart des jargonautes ontologiques. Mais l'intelligence la plus haute est dans l'art des voiles sachant se servir du souffle de la langue, maîtriser le cap orphique de moi-même et lire les cartes de mes modèles stellaires.
esprit,étoile,être,hauteur,intelligence,langue,maîtrise,représentation

mot
Un prévenu, exempt de toute peine, peut, tout simplement, partir (acquitter), redevenir homme libre (freisprechen), être couvert de vérités (оправдать). Le français est circonspect, l'allemand – formel, le russe – emphatique.
allemagne,france,justice,liberté,russie,vérité

mot
Le summum de l'intelligence artificielle sera atteint, lorsque sera créé un modèle du monde, dans un langage logique universel comprenant un noyau déductif et abductif, avec l'ensemble de ses relations syntaxico - sémantico - pragmatiques, et dont les langues vivantes seraient interfaces.
abduction,artificiel,concept,intelligence,langue,représentation,temps

mot
La demeure de l'être de l'homme est sa musique, qu'il puise, surtout, dans son âme, mais aussi dans la langue ; mais la langue a deux facettes, la descriptive et l'expressive, et seule la dernière est de la musique - deux objections au faux projet heideggérien d'enfermer l'être dans la langue.
âme,discursif,langue,musique,style

mot
Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses.
arbre,chemin,concept,idée,interprétation,langue,mémoire

mot
Du croisement entre l'ironie et la pitié naît la noblesse ; la noblesse multipliée par l'intelligence réveille le talent ; le talent, séduit par l'idée, aboutit à la création ; la création, attirée par le soi, produit le mot - la généalogie du mot, du meilleur, de la maxime.
création,esprit,idée,intelligence,ironie,noblesse,pitié,soi

mot
Pour trouver la clé d'une clarté, il suffit d'en extraire l'art : cl-art-é.
art,doute

mot
Seuls les polyglottes peuvent donner un sens profond au silence : les expressions d'un même sentiment, dans des langues différentes, n'offrant ni intersection ni noyau communs, on se réfugie dans ce vide silencieux, ce réceptacle du vrai soi (serait-ce la khôra platonicienne, cet espace réservé à l'accueil des idées ? ), du soi indicible et intouchable, débarrassé et des mots et des choses : « L'esprit vide d'objets est le but du sage » - Upanishad - je dirais qu'il en est la contrainte.
concept,contrainte,esprit,grèce,idée,inconnu,langue,silence,soi,vide

mot
L'homme intéressant est un Ouvert, tendant vers ses limites inaccessibles ; le médiocre s'accroche à sa coquille ; d'où cette curiosité - le Français, l'Allemand, le Russe s'imaginent, que les mots douillet, heimlich, уютно sont intraduisibles en d'autres langues.
allemagne,france,inconnu,hommes,ouvert,platitude,russie

mot
La langue a un double rapport : à l'art et au savoir, d'où ses deux manifestations - le style et la quête. Elle est active et créatrice, sur la première facette, passive et subordonnée - sur la seconde. La représentation, implicite ou fantomatique, fait que la langue touche au réel toujours à travers le voile des concepts ou images, qui, à leur tour, en attendent l'écho : « La connaissance pressent la langue, comme la langue se souvient de la connaissance »** - Hölderlin - « Wie die Erkenntniß die Sprache ahndet, so erinnert sich die Sprache der Erkenntniß ».
art,création,idée,langue,question,représentation,savoir,style

mot
Il manque au français le mot Erkenntnis, qu'on traduit, faute de mieux, par connaissance, tandis qu'il s'y agit de quelque chose, qui est, à la fois, le processus et le résultat d'un acte primordial : le passage d'un inconnu vers le domaine du connu, au moyen d'une unification d'arbres (requête vs représentation), qui précède le concept même d'égalité, sans parler de celui de choses égales. Ce n'est pas l'égalité qui est câblée en nous, mais le mécanisme d'unification.
action,allemagne,arbre,égalité,idée,inconnu,représentation,savoir

mot
Un bel écrit s'appuie davantage sur la représentation (où se logent les métaphores et s'éploie l'intelligence) que sur la langue (cette matière première et première contrainte). C'est pourquoi écrire en français est, pour moi, un exercice passionnant : ni des incantations ni des prières ni des exorcismes n'y surgissent jamais tout seules ; je dois rendre les soupirs dans un langage à jouir.
auteur,contrainte,france,intelligence,langue,métaphore,sentiment

mot
Dans les tâches intellectuelles, le mot a deux fonctions radicalement divergentes : exprimer la forme-style ou rendre le fond-pensée. La mémoire ne garde que la seconde facette ; l'absorption de la première ne laisse que le plaisir. Dans le résumé du fond, il ne doit plus rester de mots, tout doit être traduit en concepts ; la survivance des mots y serait signe d'un discours creux, verbeux. Avec la plus belle des formes, c'est l'inverse qui se produit : ne reste que le mot élevé au grade d'image.
beauté,idée,mémoire,négation,représentation,style

mot
Une langue, c'est une forme qui se plaque sur un contenu ; sa forme, c'est sa grammaire (syntaxe et morphologie) et son vocabulaire auxiliaire (lexique logique et utilitaire) ; le contenu (strictement parlant, - hors de la langue), c'est le modèle (objets et relations) auquel elle est superposée. Sans le modèle - pas de signification de mots, et même pas de mots.
concept,langue,représentation,style

mot
Je suis sûr de la divinité de mon Enfant ; je sais, que Sa Mère, la langue, s'offre à tout le monde ; mais j'en fais une Vierge et de mon message - une Bonne Nouvelle.
auteur,commencement,création,dieu,femme,langue

mot
Strictement parlant, les seuls mots du vocabulaire à avoir un sens (indépendamment de la représentation sous-jacente) sont les mots auxiliaires de la logique (les concepts logiques sont les mêmes pour toutes les langues, mais leurs traductions portent des traces grammaticales et morphologiques de chaque langue particulière). Ces mots reflètent les négations, les quantificateurs, les déterminants, les connecteurs, les modalités. Chaque langue a, en plus, une hiérarchie spatio-temporelle implicite de ces constantes méta-logiques, sous forme des priorités dans l'analyse et la transformation des phrases en propositions (distribution de parenthèses).
idée,langue,négation,représentation,style

mot
La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté.
idée,interprétation,langue,liberté,métaphore,représentation

mot
Dans toutes les langues, la compréhension d'une phrase doit aboutir à l'accès aux objets ; le processus de cet accès s'appelle interprétation (s'appuyant sur une grammaire) ; dans les langues indo-européennes, la priorité chronologique, après les connecteurs logiques et la négation syntaxique, est donnée aux verbes, mais il doit exister des langues, où c'est le nom ou la préposition, qui jouent ce rôle, ce qui serait, respectivement, plus pragmatique ou plus abstrait.
concept,europe,interprétation,langue,négation

mot
Les mots exprimant la modalité (par laquelle un sujet formule sa vision des objets – hypothèses, intentions, mémoire, connaissances), sans avoir un sens sémantique propre, ont un méta-sens, sous forme de mondes hypothétiques, éventuellement incompatibles avec les mondes avérés ou validés.
concept,langue,mémoire,représentation,savoir,style

mot
Sans parler de hauteur, le mot est aussi plus vaste que l'idée, puisqu'il doit, ou peut, ou veut, exprimer, en plus, le rythme qui précède, accompagne et survit à l'idée (eidos), pour se figer en une icône picturale (eikon) ou en une idole (eidolon) musicale.
grèce,hauteur,idée,musique

mot
Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens.
arbre,concept,europe,idée,interprétation,langue,négation,représentation

mot
Après l'interprétation d'un discours intellectuel, tout mot doit disparaître, pour laisser la place à un arbre conceptuel ; l'inverse se produit avec un discours poétique, où doit disparaître toute interprétation, pour ne laisser que la musique des mots : « Le dernier pas de toute interprétation consiste à disparaître devant la pure présence du poème »* - Heidegger - « Der letzte Schritt jeder Auslegung besteht darin, vor dem reinen Dastehen des Gedichtes zu verschwinden ».
arbre,commencement,idée,interprétation,langue,musique,poésie

mot
Presque tous les Barbares, autour des Romains, parlaient des langues analytiques, avec des articles. Ils finirent par triompher du pauvre Latin synthétique, si libre, si riche en nuances rhétoriques et en flexions. Le robot analytique se réjouit du crépuscule des désinences qui soulagea l'esprit ; le fond y gagna ce qu'y perdit la forme ; l'âme s'en trouva démunie de bons usages, ce qui contribua à son extinction.
âme,antiquité,esprit,langue,liberté,style

mot
La Bible nous invite à négliger la chair, pour la livrer aux concupiscences. En français, il n'est pas clair si ce pour nous invite aux concupiscences ou au mépris de la chair. Et une perversité hygiénique y perce.
caresse,christianisme,raison

mot
Le singulier, dans l'expression zéro cheval (ou, mieux : zéro mal, zéro amour malheureuX), me met toujours dans un étrange embarras (on a bien : zero horses, null Pferde, ноль коней) - on sent, que le nombre zéro est une invention tardive, à laquelle les Français associèrent ce qui n'est guère numérique dans le discours sur l'Un ou sur Dieu, discours, qui aboutit à leur presque inexistence, à zéro. Pourtant, la règle platonicienne ou plotiniennece qui n'est pas l'Un est multiple – mauvaise en métaphysique, devrait être bonne, une fois appliquée à la grammaire. À rapprocher du nombre anti-grammatical mais intuitif de l'anglais : police come, the US is, ou, en russe, de l'incroyable singulier : 21 конь (21 chevaux), ou de l'invraisemblable pluriel du numéral un - один - одни (одни часы)) ! Le cas qui m'intrigue - le nombre -1 : au singulier ou au pluriel ? Minus one degrees ? Moins un maux ? En plus, il faut faire attention aux parenthèses : zero apples minus (one apple) leaves (minus one) apples !
allemagne,angleterre,être,russie

mot
Mon ombre (mot) doit être droite, que je sois, moi-même, brisé ou écrasé.
auteur,défaite,ombre,soi

mot
J'ai beau peser bien mes mots, pour les munir d'une grâce virtuelle ; c'est par une pesanteur réelle qu'ils me répondent, distants et moqueurs.
grâce,ironie,réalité

mot
Les concetti et leur antagoniste, le Witz, réclament de vastes développements ; c'est pourquoi le défi de les envelopper ensemble au sein d'une maxime ne peut être relevé que par des virtuoses. « Il est besoin de plus d'esprit et d'industrie, pour assembler les vérités, qui sont dans les livres, en un corps bien proportionné, que pour composer un tel corps de ses propres inventions » - Descartes.
audace,création,discursif,esprit,maxime,style,vérité

mot
Le dualisme cartésien réduisant le monde soit à l'âme soit à la matière, infligea une grande injustice à la langue, qu'il classa parmi la matière (les philosophes analytiques, pour réparer les dégâts, tombèrent dans une hérésie encore plus grave). Or, l'âme qui conçoit et l'âme qui exprime, l'esprit et le goût, le modèle ou la quête, ce sont deux facultés si différentes et si autonomes, que la sainte triade, réalité - modèle - langage, s'impose. D'ailleurs, Descartes voit dans l'homme non pas une dualité, mais une triade, puisque les sens n'appartiennent ni à l'âme ni au corps, mais à leur fusion inextricable.
âme,création,esprit,goût,langue,matière,philosophie,réalité,représentation,style

mot
Hölderlin et Heidegger ont tort d'opposer le pathos sacré de la quête grecque à la sobriété junonienne du don de représentation - ce sont deux dons incomparables, l'un artistique et l'autre intellectuel, l'un langagier et l'autre conceptuel. Nietzsche trouve une opposition plus juste entre deux types d'art, entre deux genres de pathos : Apollon et Dionysos (ou Raphaël et Michel-Ange).
art,grèce,idée,langue,représentation,sacré,sentiment

mot
Nommer la chose, c'est la sortir de son néant inarticulé. Mais le meilleur de nous-mêmes reste toujours dans l'indicible ; il faut chercher à être quelque chose en rien (bien que cette recherche soit déconseillée par Jean de la Croix).
doute,être,ombre

mot
L'être substantivé, l'être substantif (l'étant), l'être substance (l'essence) sont des charabias, de mornes idiomes, dont se repaissent les idiots de villages philosophiques, à écart égal des cités affairées et des cimes dépeuplées, faisant honte et à la vie et à l'intelligence. Car tout s'y réduit au mystère du temps, et aucune représentation philosophique du temps absolu ne peut compléter ou rivaliser avec la relativité physique ; depuis St-Augustin, la perplexité reste la même.
être,intelligence,philosophie,science,vie

mot
C'est dans le cadre d'un langage donné que se définit le silence ; quand on atteint les limites d'un langage, ce n'est pas le silence qu'on doit adresser aux choses inaccessibles (Wittgenstein), mais le chant, chant, qui est métaphorisation du langage courant.
danse,inconnu,langue,métaphore,silence

mot
Les résultats en algèbre ou en analyse auraient gardé exactement la même valeur, si nous n'avions pas adoptés les notations de Newton, Leibniz ou Gauss. De même, notre connaissance du monde ne perdrait rien, si l'on renonçait à l'emploi d'une langue quelconque. Donc, parler comme Heidegger ou Wittgenstein, que les limites de notre univers coïncident avec celles de notre langue, est une sottise.
intelligence,langue,nature,savoir,science

mot
Imbus de leurs pensées, ils se plaignent du manque de mots ou d'oreilles vivantes ; moi, je n'appelle que la haute cause du mot, qui dominera toujours l'effet, que sont les pensées, même les plus profondes ; et les oreilles que je vise appartiennent, toutes, à de glorieux morts.
auteur,esprit,hauteur,idée,temps

mot
Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours.
art,chemin,concept,esprit,intelligence,langue,représentation,savoir,style

mot
La vie se compose d'empreintes et de rêves. L'évoquer dans un langage est également ardu, mais la difficulté de la seconde tâche est qu'il faille s'interdire l'usage de miroirs, tandis que la première est toute de miroirs. L'artisanat de l'axe et l'art du levier.
art,axe,langue,représentation,rêve,vie

mot
Le poète entend, tout d'abord, le mot, avant de chercher le concept ; l'homme ordinaire voit d'abord le concept, avant de trouver le mot. La musique du devenir ou le tableau de l'être.
discursif,être,idée,musique,ouïe,poésie

mot
Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même.
contrainte,éternité,interprétation,négation,retour

mot
Le sage aurait dû être le contraire d'insipide - plein de saveur ! Savoir aurait dû signifier – avoir du goût !
esprit,goût,négation,savoir

mot
Le nombre de liens, dont est conscient un animal, est très limité : la parenté, la nourriture, le jeu, la proie, le prédateur ; ce qui freine le développement de langages. L’homme est créé en tant qu’inventeur de liens, ce qui conduit à l’enrichissement du lexique et de la syntaxe, tandis que, chez l’animal, cet enrichissement s’arrête à la phonétique et à la gesticulation.
concept,hommes,jeu,langue,savoir

mot
Tout ce que voit un sot a déjà un nom ; le sot est privé de regard. La vue, c'est la connaissance, le regard, c'est la reconnaissance. Le regard est la vision des choses innommées : « Voir ce qui n'a pas encore de nom, bien qu'offert à tous les yeux »** - Nietzsche - « Etwas sehen, das noch keinen Namen trägt, ob es gleich vor Aller Augen liegt ».
intelligence,regard,savoir

mot
Le mot poétique se détache des choses et tend à devenir pure relation (non pas une couleur, mais une transition d'une gamme - Mallarmé) ; la poésie est algèbre des frissons, dont la philosophie est analyse.
concept,philosophie,poésie,représentation,sentiment

mot
Le langage est donné à l'homme, pour qu'il chante ce qu'il est. Au lieu de cela, il narre ce qu'il fait, ce qu'il voit ou ce qu'il opine.
action,danse,discursif,être,langue,raison

mot
Le génie tiendrait d'engendrement, de genre et de généralité : l'acte, l'état, la portée.
action,esprit,universel

mot
Le mot, c'est le noble logos, bien en chair (Descartes et Port-Royal, par exemple, le plaçaient, carrément, du côté de la matière) ; l'idée, ce n'est que la chimère platonicienne.
doute,grèce,idée,matière,noblesse,réalité

mot
Les choses les plus prometteuses n'ont pas de nom ; mais avant le nom naît l'image, qui naît avant le désir, qui naît avant l'idée, qui naît avant le concept, qui naît avant le mot ; et ce parcours, en lui-même, porte beaucoup plus de richesse et d'essence que le mot final ; et Celan : « Les choses n'adviennent à l'être que dans le mot » - « Im Wort werden und sind erst die Dinge » - y est trop cavalier.
élan,être,idée

mot
On a beau chanter la fonction, c'est à dire l'âme et la pensée, c'est l'organe, c'est à dire le corps et le mot, qui procure la jouissance la plus indubitable. « Le corps est l'organe-obstacle de l'âme, et les mots – l'organe-obstacle de la pensée » - Jankelevitch – en matières divines, le créateur, c'est à dire l'homme de l'imagination et de l'élan, est porté par la contrainte plus loin que par les moyens.
âme,caresse,contrainte,création,élan,idée

mot
Dans la réalité on trouve les visages, dans la représentation – les rôles, dans le langage – les masques. Le bon écrivain est un dramaturge, sachant choisir son genre, son drame et sa scène, mais il doit se résigner à ne manipuler que les masques, tout en songeant aux visages.
art,jeu,langue,réalité,représentation

mot
Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias.
âme,château,climat,concept,esprit,être,exil,inconnu,langue,musique,…

mot
Je lis ce discours académique de cette grande dame qu'est Hélène Carrère d'Encausse (secrétaire perpétuel de l'Académie, où elle succéda à M.Druon, un autre de mes doubles compatriotes), discours enflammé, destiné à sauver à tout prix l'accord des participes, que la Nation ne respecte plus assez. Et à la fin de ce réquisitoire, je tombe, effaré, sur : « la langue française souffre de s'être vuE appliquer un postulat » - tout cancre devrait renvoyer à ce précédent autorisé, pour justifier ses turpitudes grammaticales.
école,france,ironie

mot
L'émerveillement devant la réalité et la langue, toutes les deux inépuisables : l'infinité de concepts qu'on pourrait bâtir (la représentation) au-dessus d'un nombre fini de mots, qui couvrent une partie du réel, l'infinité d'images qu'on pourrait créer (l'interprétation) au-dessus d'un nombre fini de concepts accessibles à la langue.
idée,inconnu,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Ni le mot-signe ni le mot-image ne peut s'incarner en chose, à moins qu'un Esprit pénétrant en conçoive un Verbe, qui ne nous renverrait qu'à la Chose divine, au Créateur, dont le nom prononçable est Poésie, écriture intemporelle, et que les hommes abaissent jusqu'à la prose historique, aux saintes écritures (et même, d'après Heidegger, jusqu'au bavardage : Logos - Prosa - Gerede).
antiquité,dieu,grèce,histoire,hommes,modernité,poésie,style

mot
J'ai beau me débarrasser de la lourdeur des choses, sentir l'essor musical, pictural ou intellectuel, - c'est la lourdeur des mots qui me clouera au pilori, des mots, pour lesquels je ne suis qu'un intrus, lourdaud et balbutiant, perclus de mésaises de métèque.
art,auteur,création,élan,musique,style

mot
Ce qui est commun à la poésie et à la philosophie : s'attaquer à l'impossible, en exprimant le mystère de la vie par un mystère du langage, tout en en méprisant les problèmes et les solutions.
absurde,langue,mystère,philosophie,poésie,vie

mot
Autour de la relation mot - chose, il y a toujours un nuage d'indéterminations, mais le propre du mot poétique est, que ces écarts produisent une mélodie, faite de sons et de sens. Quand ces pulsations n’ont qu’une faible amplitude, la prose surgit. La musique poétique s’inscrit dans la verticalité ; les tableaux prosaïques s’étendent dans l’horizontalité.
concept,hauteur,musique,poésie

mot
Reflétée par nos sens, la perfection du réel s'appellera, pour l'œil et l'oreille - beauté, et, pour le palais, le nez et le doigt - caresse. La caresse est la beauté incarnée, et puisque le mot est l'incarnation de l'esprit, il devrait aussi être surtout une caresse, tendant vers la beauté.
beauté,caresse,esprit,goût,ouïe,regard

mot
Toute descente vers la profondeur suppose des pensées, qui creusent ou enracinent. Mais aucune pensée ne m'accompagne, dans ma prise de hauteur ; je n'y aurai besoin que du mot qui déracine. « Le mot me promet la hauteur ; la pensée reste avec la profondeur »*** - Shakespeare - « My words fly up, my thoughts remain below ».
hauteur,idée

mot
Le mot est dans le faire ; il n'est presque pour rien dans le connaître (sauf pour le menu fretin de professeurs de philosophie) ; il est un arbre (de quête ou de communication) et non pas le sol. Mais le connaître grec correspond à notre faire ; c'est ainsi qu'il faut comprendre Platon : « Celui qui connaît les noms, connaît les choses ». Celui qui crée dans le mot, poète ou philosophe, sait que, une fois la plume en main, il ne sait plus rien et, à la fin, n'en saura pas davantage.
action,création,grèce,savoir

mot
Un sot sobre expose ses pensées, avec des mots si ternes qu'on en bâille ; un sot ivre déverse des mots, dans lesquels on n'entend aucune pensée. « Le vin fait prendre les mots pour des pensées » - S.Johnson - « Wine makes a man mistake words for thoughts ». L'homme de bien a besoin d'un état d'ivresse, à vivre ou à créer ; tout accès de sobriété devrait le réduire au silence ou faire tomber sa plume.
art,création,idée,silence

mot
Tout discours, qu'il soit littéraire ou technique, se réduit à deux tâches : comment référencer les objets et comment référencer les relations ; c'est la hauteur élégante ou la profondeur rigoureuse du nommage qui relèvent de la véritable création. « Où réside la magie, celle du nommage sans création ? - dans un mot juste, qui appelle la splendeur de la vie, et elle advient »*** - Kafka - « Das Wesen der Zauberei, die nicht schafft, sondern ruft : ruft man die Herrlichkeit des Lebens mit dem richtigen Wort, dann kommt sie ».
art,concept,création,hauteur,langue,vie

mot
Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores).
absurde,concept,être,interprétation,langue,représentation

mot
Ce n'est pas dans l'évalué que l'intensité réside, mais dans l'évaluer : évaluer (schätzen), pour produire un trésor (den Schatz) ; jouir ou jouer, pour aboutir au joyau.
allemagne,balance,intensité,interprétation

mot
Le discours, ou la pensée, se forme en deux étapes, la pré-langagière et la langagière. La première : désirer, se focaliser, se tendre – et comme résultat : voir les objets et les relations. La seconde : référencer les objets et les relations, formuler la proposition et comme résultat : montrer l'arbre conceptuel. L'échelle expressive du référencer va du nommer au chanter. L'échelle intellectuelle du formuler comprend les structures et les logiques, une simulation temporelle des tableaux spatiaux.
arbre,concept,danse,idée,langue,science,style,temps

mot
Question de sens, chez les Français : on part de que veut dire ? et l'on aboutit aux sens interdits et à la volonté - le verbal est le premier ennemi du mental.
valoir

mot
Les jugements abstraits, formulés dans une langue étrangère, créent l'illusion de profondeur et de poids ; d'où le prestige, si souvent immérité, des Grecs anciens. Les Latins, qui ne font que reproduire la sagesse grecque, n'ont pas son aura, car le latin est plus translucide pour nos yeux de modernes.
antiquité,balance,grèce,hauteur,langue,reconnaissance

mot
Religion viendrait de relier ou rassembler (religare ou religere, bien que Cicéron penche plutôt pour relegere - relire), et temple - de séparer ; con-templation serait un moyen d'éviter ces rassemblements (églises).
mouton,religion

mot
À partir de temple, de ce qui sépare l'intérieur de l'extérieur, pour créer du sacré, part une jolie bifurcation : vers le noyau profond à caresser, l'intime, et vers l'ampleur du temps, qui nous torture, en se développant, ou nous caresse, en nous enveloppant.
caresse,discursif,hauteur,sacré,temps

mot
Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets.
arbre,concept,idée,interprétation,langue,représentation,universel

mot
Il est bien des lieux, où ne peut aller mon français ; je suis forcé d'y inventer du gascon. Je devine l'étendue de mes gasconnades involontaires, dont doit se gausser le bon français.
auteur,france,ironie,langue,style

mot
Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens.
être,grèce,idée,interprétation,langue,réalité,regard,représentation,style

mot
Ni l'intelligence ni le savoir ni la conscience ni la rigueur ne sont pré-conditions d'un discours philosophique ; son unique élément est le langage, qui est à la fois contrainte et ressource ; tout s'y formule en termes d'un vocabulaire et non pas en concepts ; les rares à l'avoir compris : Héraclite, Nietzsche, Heidegger.
contrainte,idée,intelligence,langue,savoir

mot
Celui qui lut « Les Mots » et « Zur Grammatik und Etymologie des Wortes "sein" », peut laisser tomber « Être et Néant » et « Sein und Zeit », qui ne sont qu'étalage et verbiage de ce qui fut exposé, complètement et honnêtement, dans les aveux d'un débutant en littérature et d'un débutant en philologie.
art,être,ironie

mot
Trois moyens, pour pouvoir parler d'une chose en étendue, en profondeur, en hauteur : en donner une définition, l'évoquer par une métaphore, la circonscrire par des antonymes ; et l'on aura pour interlocuteur respectif un homme intelligent, un philosophe, un rêveur.
esprit,hauteur,intelligence,métaphore,négation,philosophie,rêve

mot
Le doute français se rapproche bizarrement des certitudes : douter - se douter, à moins que ce soit l'effet d'une double négation : s'obliger à douter aboutissant à se raidir. Ou bien, ce qui est encore plus subtil, ce serait le choix d'objet du doute qui métamorphoserait ce verbe : « Je doute de ce que je sais, je me doute du reste » - Lacoue-Labarthe.
doute,négation,savoir

mot
Poe pensait avoir hérité son alphabet d'un perroquet bariolé ; d'autres veulent donner à leurs mots les signes des aigles, des rossignols, des albatros ou des hiboux ; ces derniers écrivent en gros traits et en petits caractères. L'alphabet - la largeur des gammes ; les mots - la hauteur des mélodies.
création,grandeur,ironie,musique,style

mot
Le mot, au sens métaphorique et instrumental, ne peut être jugé que par opposition ou contraste avec les idées, les choses ou l'intelligence ; deux conclusions divergentes s'en dégagent, en fonction du choix du lieu de confrontation - commencements ou fins. Dans le premier cas, la pré-existence ou l'importance des idées ou le poids des choses, le mot sort vainqueur, gagnant surtout en hauteur de ses images et de sa musique. Dans le second, face à l'entendement des choses et à la maîtrise des concepts, il perd, par manque de profondeur.
commencement,esprit,hauteur,idée,intelligence,métaphore,musique,réalité

mot
Je ne vois ni des universaux linguistiques, ni des dispositions linguistiques innées (innate capacities), dont parle Chomsky ; je ne vois que des universaux mentaux (structures, objets, relations) ou logiques (connecteurs, quantificateurs, négation, déterminants) ; eux seuls expliquent l'apprentissage fulgurant de langues, par des mômes (le mental évoluant parallèlement au langagier), et dont sont incapables les adultes (dont le mental est déjà soudé au langagier).
concept,langue,négation,temps,universel

mot
Marc-Aurèle, Nietzsche, Valéry, Heidegger, S.Weil, par leur goût philologique, me donnaient l'envie de devenir Grec ; mon échec est peut-être le plus grand regret linguistique de ma vie.
auteur,école,goût,grèce

mot
Dès que le fait d'écrire est ressenti comme aussi naturel que de se laver ou de marcher, on irradie la platitude et la graphomanie ; le mot est toujours un artifice, une invention comme les tentatives d'un mime de rendre les couleurs, goûts ou températures. La singerie, elle, est naturelle ; la création, face au monde silencieux, est un pied de nez grimaçant, dont on est fier et honteux à la fois. Verdi disait, qu'il  : « valait mieux inventer une vérité que la copier »* - « Copiare il vero può essere una buona cosa, ma inventare il vero è meglio ».
artificiel,création,honte,nature,platitude,réalité,silence,vérité

mot
Ah, que ne puis-je subjuguer avant de conjuguer ! Mais ma sorcellerie évocatoire (Baudelaire) se brise sur l'usage, avant d'étaler mon présage.
auteur,goût,langue,liberté

mot
Il y a maintes facettes de la réalité, rendues si parfaitement par nos représentations et nos langages, que leur mystère ontique devient inutile et superflu ; mais les meilleures des facettes humaines, où se croisent les émotions, les beautés et les rêves, sont si incompréhensibles et irréproductibles, que le seul but de notre dit devrait y être - faire ressentir l'indicible.
beauté,inconnu,langue,réalité,représentation,rêve

mot
Rôle néfaste que peut jouer la grammaire : la transitivité du verbe taire (tandis qu'il est intransitif en allemand, schweigen über, et en russe, молчать о) fait du silence de Wittgenstein une cachotterie ou une dissimulation, tandis qu'il s'y agit d'une impuissance ou d'un recueillement ; peut-on taire un heptagone constructible ? - la transitivité suppose l'existence, ce que ne fait pas l'intransitivité. Le Filioque n'est pas très loin. Par ailleurs, il ne serait qu'une pure chinoiserie : « Le premier engendra le second ; les deux produisirent le troisième ; et les trois firent toutes choses. L'incompréhensibilité de cette Trinité vient de son Unité » - Lao Tseu.
allemagne,chine,christianisme,être,force,france,russie,silence

mot
Deux sortes de métaphores : de relation ou d'objet ; dans la première, la relation référencée n'existe pas entre les objets référencés, et c'est par un critère de proximité, propre aux objets, qu'il faut chercher des relations existantes ; dans la seconde, les objets référencés n'existent pas pour la relation référencée, et c'est par un critère de proximité, propre à la relation, qu'il faut chercher des objets existants. Le type de critère de proximité déterminera, s'il s'agit d'une métaphore littéraire ou conceptuelle, d'une poïesis ou d'un logos.
art,concept,idée,interprétation,métaphore,poésie,proximité,représentation

mot
Je suis embêté d'avouer, qu'une bonne moitié de mes émotions, sur cette terre, est due aux écrits des autres. Pourtant, la vie aurait dû garder toute sa valeur en dehors de tout écrit du passé. Les mots du présent ne sont que de passives étiquettes ; en se tournant vers le passé, ils ont une chance de devenir signes ou symboles ; pour les mots bien magnétisés, on peut dire, que « contrairement à la mathématique, le langage nous conduit vers le passé » - G.Steiner - « language, unlike mathematics, draws backward ». On met longtemps pour comprendre, et d'en être horrifié, que, dans le passé, tout le reste est silence. « Muets sont les tombeaux, survivent seul les mots » - Bounine - « Молчат гробницы - лишь слову жизнь дана ».
art,auteur,axe,langue,mort,silence,temps,vie

mot
Le signe n'a pas deux (comme disent les structuralistes), mais trois faces : morphème dans la langue, référence d'objet-relation dans le modèle, référent d'espace-temps dans la réalité.
concept,langue,réalité,représentation,style

mot
Rapprochements coupables : saint - sain, holy - whole, heilig - Heil, comme si le premier souci du divin fut de garder intact, de préserver l'intégrité, de se faire prendre pour un holisme. Mais il est certain que, avant le verbe hylique, une grammaire holique fut créée.
allemagne,angleterre,france,grèce,philosophie,sacré

mot
La musique de la vie devrait se composer entre le bénir et le maudire, entre l'enthousiasme et la honte, tandis que le nommer pourrait n'en remplir que des pauses.
enthousiasme,honte,musique,vie

mot
Les combats d'idées, non arbitrés par des mots désarmés, unificateurs ou consolateurs, sont toujours sources de grisailles et de mesquineries. Les mots sont des arbres ou des flèches ; les idées – des forêts ou des cibles.
arbre,consolation,ennui,flèche,idée,ironie,lutte

mot
Une amusante coïncidence dans l’interprétation du mot ploutocratie en russe, le mot плут (plout) signifiant filou, ce qui correspond parfaitement à la cleptocratie russe actuelle !
argent,ironie,russie

mot
Dommage que le mot sceptique ait fini par s'attacher à l'un des courants les plus sots de la philosophie ; étymologiquement, il aurait dû désigner ceux qui disposent de leur propre regard, contrairement à ceux qui nagent dans la doxa.
école,grèce,philosophie,regard

mot
Mes ruines des mots sont un compromis entre deux regards diamétralement opposés sur la langue : celui de Heidegger, qui y voit une maison hantée par le mystère de l'être, et celui de Valéry, qui en fait un fantôme fugitif, disparaissant dans le devenir du sens. Évidemment, Valéry est beaucoup plus intelligent et pertinent, mais il n'avait aucun soi à loger, le souci, que je partage avec Heidegger.
auteur,être,intelligence,langue,mystère,ruines,soi

mot
Face à l'âme - deux interprètes, aux rôles assez proches - le corps et la langue. Le corps perçoit et imprime ce que l'âme exprime et conçoit, mais parfois le corps devient dominateur, comme la langue, et ce qui s'appelle caresse, pour le corps, s'appellera poésie, pour la langue.
âme,caresse,langue,poésie

mot
Husserl a tort d'opposer les signes-expressions (Ausdrücke) aux signes-indices (Anzeigen) ; les métaphores sont aussi des références, mais sortant des thésaurus ordinaires et faisant appel à l'analogie ou à l'intuition, pour bâtir une image, qui procure le plaisir ou éveille la curiosité.
allemagne,langue,métaphore

mot
Dans tout discours, la part purement langagière est entrelacée avec les couches conceptuelle et poétique, la référentielle et l'expressive ; quand ces deux dernières sont trop misérables, ne conduisant ni à un approfondissement fécond ni à un rehaussement musical, on peut appeler ce discours exclusivement langagier, c'est le silence, dont parle Wittgenstein ; dans un discours intellectuel ou poétique, au contraire, après l'unification avec des idées ou images, disparaît le langage (Valéry). Entre la maxime verbale et la pantomime musicale se joue la création humaine.
création,esprit,idée,interprétation,langue,maxime,musique,poésie,silence

mot
Deux abus du langage : le journalisme - les mots collent trop près aux choses, ou le verbalisme - les mots perdent tout contact avec les choses. Le premier cas est irrécupérable, tandis que le second a une chance d'être sauvé par la poésie. Sans poésie, le verbalisme devient charlatanisme, présentant les mêmes symptômes, qu'on soit psychanalyste, prédicateur ou philosophe analytique.
langue,philosophie,poésie

mot
La mathématique : les mots étant des choses ; la poésie : les mots devenant des choses. S'abstraire du temps, s'abstraire de l'espace.
poésie,science

mot
Heidegger est le plus grand mystificateur du XX-ème siècle ; c'est en philologue qu'il s'amuse avec ses jeux étymologiques, morphologiques ou phonétiques, que ses admirateurs ou adversaires prennent au sérieux, pour échafauder des vocabulaires absurdes et creux. Par exemple, dévoilement ou oubli, provenant de aléthéia grec, où la vérité serait une sortie de l'oubli, ou Gegend, Gegenüber, Gegenstand - contrée, vis-à-vis, objet, sur lesquels discutaillent tant de scrutateurs français. C'est à profusion qu'il sema ses charades et boutades ; à comparer avec les tirades anti-philologiques de Sartre.
absurde,allemagne,concept,grèce,langue,philosophie,vérité

mot
On bâille ferme, lorsque le philosophe ne parle que de philosophie, ou le philologue - que de philologie ; c'est l'intérêt ou la volonté que le philosophe tourne vers la forme langagière ou le philologue - vers le fond conceptuel, qui sont plus prometteurs. Ce qui est curieux, c'est que l'incompétence ne gêne en rien les philologues (Nietzsche, Heidegger) et ridiculise - les philosophes (Wittgenstein, Foucault).
idée,langue,philosophie,savoir,style

mot
L'idiot, aujourd'hui, est celui qui ni ne sait ni juge ni palpite ; l'idiot de Nicolas de Cuse ne sait mais juge, l'Idiot de Dostoïevsky ne sait mais palpite ; les deux derniers idiots n'existent plus : personne n'est plus différent des autres ; au lieu des idiomes, ces mots à soi, ces mots des racines, tous emploient la langue grégaire, la langue surfacique, la langue de bois.
grèce,hommes,intelligence,mouton,raison,soi

mot
Tout discours est un arbre avec deux ramifications principales : l'intelligence et le lyrisme, le savoir et le valoir. On l'évalue par unification avec un autre arbre – de l'interlocuteur, du lecteur, de l'observateur. Plus de branches nouvelles présente l'arbre unifié, plus intéressante est la rencontre. Entre Européens, on gagne surtout en richesse dans le second ramage. Mais, en revanche, celui-ci reste stérile dans le croisement avec le Chinois, son lyrisme nous étant inaccessible, inunifiable. Il reste, dans ce cas, de pénibles reconstructions des feuilles pragmatiques. La fraternité ne peut germer que dans l'irrationnel.
arbre,chine,europe,esprit,fraternité,inconnu,intelligence,poésie,robot,savoir,…

mot
La représentation répond à la question qu'est-ce qu'un tel objet ?Le langage (aussi bien le naturel que l'artificiel) offre des moyens de répondre à la question comment peut-on référencer un tel objet ? C'est ainsi que naissent les métaphores ou les formules logiques.
artificiel,concept,langue,métaphore,question,représentation

mot
Le langage : en amont – une représentation, des vérités déclaratives, inconditionnelles, apodictiques, en aval – des requêtes, leur vérité déductible ; le langage est à mi-chemin entre les mystères du désir (libre arbitre) et du sens (liberté), avec la logique au centre.
langue,liberté,mystère,représentation,science,vérité

mot
Dans l'arbre de la connaissance, quelle est la place du langage ? - fournir un ramage harmonieux, faire éclore des fleurs et couler la sève (« Je presserais mes idées, pour en extraire la sève » - Dante - « Io premerei di mio concetto il suco »), donner un sens à la cime - mais je ne vois sa place ni dans le tronc ni dans les racines : « Le sensible et l'intelligible, en tant que troncs de la connaissance, émergent d'une même racine, racine inconnue » - J.G.Hamann - « Sinnlichkeit und Verstand als zwei Stämme der Erkenntnis entspringen aus einer gemeinen, aber unbekannten Wurzel » - et elle n'est certainement ni langagière ni conceptuelle, mais purement mentale.
arbre,idée,langue,raison,savoir

mot
L'être philosophique doit rester à l'infinitif, c'est à dire à l'indéfini et intemporel, et s'opposer à il était, il est, il sera, attachés à l'étant ; est-ce l'origine de Sein und Zeit ? Le culte de l'éternel présent (non fixe et qui ne peut pas être fixé), de ce qui n'est pas encore maintenant ou de ce qui n'est déjà plus maintenant, le devenir mystérieux, serait-il l'être de l'être ?
éternité,être,temps

mot
Pour pallier au suremploi du verbe être, les Allemands ressortirent le vieux wesen, avec le sens - préserver le fond, opposé à manifester la forme, que traduit sein, ce qui donne le cocasse : « L'être se renferme dans le fond, l'étant s'ouvre dans la forme »** - Heidegger - « Das Sein west, das Seiende ist ».
allemagne,être,style

mot
L'un des noms les plus ambitieux est celui de Jéhovah, formé du verbe être, au futur, au présent et au passé : sera – étant – été.
être,temps

mot
Que doit comprendre un Français, lorsqu'on lui parle de survenue de l'être ou d'arrivée de l'étant heideggériens ? Un rire ironique et franc serait compréhensible. Tandis que la bonne traduction serait : le transfert (Überkommnis) du nouménal dans la parution (Ankunft) du phénoménal - banal, connu depuis Platon, formalisé par Kant.
être,france,philosophie

mot
La langue me fournit un stock d'étiquettes, dont j'enveloppe (mes visions) des choses ; pour que ces étiquettes dépassent les choses et atteignent au noble grade de mots, il faut qu'elles caressent ou blessent.
caresse,discursif,langue,souffrance

mot
Je n'habite pas la maison du français, je la hante. Y avoir croisé beaucoup de fantômes contribua à ma vision de mon soi inconnu, que j'y convoque, aux heures astrales. Il n'y est jamais ni propriétaire ni locataire, mais sursitaire, que le premier rayon auroral chasse. Je ne sais pas qui, la langue ou le soi inconnu, détermine ou seulement colorie le style architectural de l'autre – forteresse ou ruines ? Chez les autochtones, ils se confondent : « Plus je me hante, moins je m'entends » - Montaigne.
auteur,château,france,langue,ruines

mot
Dans l'écriture, la pratique des commencements est très tangente, leur perception étant fonction du climat et des saisons, propres au lecteur : ce qui est ton grain sera perçu par les plus bêtes comme un choix du chemin, sur lequel il tomba ; par les médiocres – comme un net jalon d'un parcours ; par les sages – comme déjà un arbre, tendant partout ses inconnues, que les sages savent unifier.
arbre,auteur,climat,commencement,intelligence

mot
De la place du Dire et du Faire dans l'écriture : leurs rôles sont complètement différents aux trois stades - avant la prise de plume, pendant la naissance de l'écrit, enfin, l'appréciation d'un écrit fixe. Au commencement, les niais sont pleins d'idées mûres à traduire dans le dit, et les délicats attendent le premier son ou la première image imprévisibles - le faire, leur métier, ayant besoin d'une matière rare. Au milieu, le niais ne fait que dire, tandis que le mot du délicat naît dans le fait - le style et le ton. À la fin, on ne voit que le fait du niais (son dit étant pâle ou vide), ou le dit du délicat (son fait, c'est à dire son pinceau, étant absent).
action,art,commencement,idée,matière,vide

mot
Tout discours est fait du dit et du fait, le vrai faire, hors toute imitation, consistant à innover dans le dire. Et cette innovation peut surgir de plusieurs sources : le choix de matériaux, l'usage d'outils, le style d'édifices, leur ampleur, la solidité de leurs fondements ou l'audace de leurs hauteurs, leur incrustation dans le paysage etc. Sans le faire, le seul dire n'est qu'une copie ou une partie de termitières ou de phalanstères.
action,art,audace,commencement,création,hauteur,matière,mouton

mot
L'agaçante capacité protéiforme du verbe faire – de l'action au constat, de la création au bilan. Pour moi, le soi inconnu est fait ; il est à faire, pour Valéry : « C'est ce que je porte d'inconnu à moi-même qui me fait moi »*** - je le traduirais par : ce qui devient connu quitte mon vrai soi.
action,création,inconnu,savoir,soi

mot
J'ai beau me détacher de tous les noms, de tous les courants, - ma recherche de points zéro ne pourra jamais réussir complètement dans le domaine des mots ou des idées, où je suis soumis à mon époque et à ma mémoire ; c'est du point zéro des tons que j'ai le plus de chances de me rapprocher, puisque ce domaine se voue surtout à la hauteur, dimension désertée par d'autres chercheurs d'originalité.
auteur,axe,commencement,hauteur,idée,mémoire,temps,voix

mot
La modeste métaphore de point zéro (de la réflexion, de l'écriture, de la volonté) couvre totalement tous ces avortons de concept : le non (des non-rebelles), la négativité (des non-cogniticiens), la négation (des non-logiciens), le néant (des non-poètes), le vide (des non-mathématiciens).
commencement,être,idée,lutte,métaphore,négation,poésie,révolte,science,vide

mot
L'inextricable confusion des acceptions du mot vide : le vide physique des Chinois (ne pas s'encombrer), le vide psychique des bouddhistes (ne pas s'attacher), le vide (pseudo-)mathématique des ontologues (la passerelle entre l'être et l'étant). Toutes ces mesquineries ne valent rien à côté d'un vide sacré, censé ne recevoir qu'une voix divine (la musique, au-dessus du Verbe et de la Relation). C'est dans le vide que se croisent trois voies mystiques de Plotin – la purgative, l'illuminative, l'unitive.
arbre,asie,chine,concept,être,mystère,sacré,science,vide

mot
Le mot conscience - une étrange cohabitation, en français, du sens psychique ou intellectuel (être conscient de, l'idée de l'idée) et du sens moral (avoir la conscience trouble, la honte de l'acte), le premier gardant des liens avec le savoir, le second en étant à l'opposé. L'allemand et le russe les séparent nettement : Bewußtsein - Gewissen, сознание - совесть. Jankelevitch juge même nécessaire une vaste étude, pour prouver, que ce mot a deux sens disjoints. D'autre part, on est d'autant plus intelligent qu'on trouve des points de rencontre des choses d'autant plus éloignés : « J'ai conscience de ma propre ignorance, c'est le point, où la honte se confond avec la clairvoyance » - Socrate.
allemagne,âme,conscience,esprit,france,honte,intelligence,russie,savoir

mot
L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres.
action,bien,conscience,france,hommes,intelligence,langue,raison,représentation,savoir,…

mot
On avance par un regard, attiré par le but ou guidé par les contraintes ; pourtant, en grec, le but, skopos, fait penser à la guidance, et la contrainte, systoli, à l'attirance.
contrainte,grèce,regard

mot
Ces innombrables états d’âme, qui traversent ma conscience, mais qui n’admettent aucune étiquette verbale exhaustive ou définitive, - existent-ils ? Ou bien faut-il les classer à côté des autres grands inexistants – Dieu, le Bien, le mystère ? « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas » - Nabokov - « То, что не названо, - не существует ».
absurde,âme,bien,conscience,dieu,être,mystère

mot
L'agglomérat minimal de mots, contenant toutes les propriétés, intellectuelles et artistiques, de l'esprit, s'appelle maxime ; tout comme la molécule, qui porte toutes les propriétés de la matière, en reliant des atomes ; la maîtrise de la valence des mots, c'est l'alchimie de la littérature. L'excellence, l'état, où toute division ou toute multiplication, provoquerait une baisse de la vitalité ; les molécules verbales se retrouveraient en ruines, mais en gardant la mémoire des châteaux hantés de jadis. Les atomes ne promettent que des séjours minéralogiques, et les systèmes - des phalanstères robotiques.
art,balance,château,esprit,matière,maxime,mémoire,robot,ruines,système,…

mot
Avec des mots je bâtis une demeure, qu'habitera mon âme, qui se découvrira esprit enchanté (l'esprit étant une âme concentrée) ; on retrouve cette bonne chronologie dans ce titre heideggérien : « Bâtir, habiter, penser » - « Bauen, wohnen, denken ».
âme,auteur,esprit

mot
La parole et la pensée sont hors de moi, et le chant est en moi ; que, dans des édifices durables, le Dieu de l'horizon et de la profondeur soit mort, ne doit pas troubler le Dieu de la hauteur, éphémère et éternelle, qui est en moi, au fond de mon puits, de mon souterrain ou de mes ruines. Monuments aux morts hantés, monuments aux mots chantés. On chante dans les ruines, on hante les cavernes : « Dans la caverne de Platon nul mot pour signifier la mort » - Blanchot.
danse,dieu,esprit,éternité,hauteur,mort,ruines,soi,temps

mot
Au-dessus du réel (les nombres), on bâtit des modèles (les symboles) ; au-dessus des modèles, on bâtit soit des mots (les signes), soit des interprètes (les paradigmes) ; philosopher, c'est reconnaître cette chronologie et cette hiérarchie.
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Deux sens du mot signifier : soit une finalité - former un arbre de signes, soit une source - renvoyer à l'origine inarticulable. Et c'est dans le sens respectif qu'on dira, que le soi connu est ce qu'il signifie, et que le soi inconnu signifie ce qu'il est.
arbre,commencement,être,inconnu,interprétation,soi

mot
Pourquoi ordre, en français, veut dire aussi bien un bon rangement, qu'une consigne ? Tant d'ordres furent donnés pour ne créer que du désordre chez l'adversaire ! Et qu'entend un Français dans volonté comme ordre, de Nietzsche ?
france,lutte,ordre,valoir

mot
L'obscurité qui entoure le sexe et la langue des anges est plus éclairante que la rigueur de la grammaire et des scénarios du robot. Connaître intuitivement ou abstraitement est plus excitant que de formuler des propositions correctes.
ange,langue,ombre,question,robot,savoir

mot
Dans l'écriture, le seul domaine, où le mot n'ait pas besoin de définition, est la poésie. Et, en particulier, la philosophie, qui aurait reconnu, humblement, d'être une des branches poétiques. Partout ailleurs, l'incapacité de définir un mot-concept devrait priver l'auteur du droit d'en disposer. Ainsi, dans la philosophie académique, on devrait bannir les mots : la métaphysique, l'être, le néant, la transcendance, la vérité, le sujet, la conscience. Son malheur, c'est que, une fois cette purge effectuée, il n'en resteraient que des platitudes, ce qui correspondrait à sa juste valeur.
axe,doute,école,être,idée,philosophie,platitude,poésie,religion,vérité

mot
Dans la félicité des caresses verbales, je ne pense pas souvent à la conception d'enfants, de ces pensées, le plus souvent illégitimes. Mais « tu enfantes de pensées, comme enfante et les porte longtemps la femme » - Prichvine - « мысли рождаются, как живые дети, и их долго вынашивают » - dans la douleur, la difformité et la perte d'appétits.
caresse,femme,idée,ironie

mot
La parole fut donnée aux vulgaires, pour traduire leur pensée (Talleyrand), aux sages - pour la déguiser (Dante et Machiavel), aux intuitifs - pour la dépister, en passant. Les uns forment, avec la vérité, un couple, les autres s'en réjouissent comme d'une maîtresse, enfin les troisièmes l'approchent en dilettantes et vivent les faveurs des Muses comme promesses de rendez-vous. Convention (la règle), religion (la honte), superstition (l'extase). La poésie est la superstition du mot.
amour,caresse,espérance,femme,idée,ordre,philosophie,platitude,poésie,religion,…

mot
Dans tout discours, il y a un fond, mécanique et banal, l'idée, dictée par l'esprit, et il y a une forme, organique et musicale, inspirée par l'âme. La hauteur d'âme ne se révèle qu'à ceux qui n'ont pas que les yeux pour voir et dont les oreilles perçoivent de la musique dans tout bruit de la vie.
âme,esprit,hauteur,idée,inconnu,musique,ouïe,philosophie,robot,style,…

mot
Dans le langage, il y a une partie magique, qui créa l'homme, et une partie mécanique, que l'homme créa. Il faudrait revoir ce qu'on entend par commencement, en glorifiant le Verbe.
christianisme,commencement,création,hommes,langue,robot

mot
Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle.
concept,discursif,idée,interprétation,langue,réalité,représentation,vérité

mot
La langue de philosophie, c'est le français, comme la langue de poésie, c'est l'allemand. La logomachie française pousse à soigner la ligne sémantique, musicale, du discours ; la logomachie allemande favorise le goût de l'édifice syntaxique structurel. La morphologie indigente du français oblige à créer des concepts avant les mots ; la morphologie allemande invite à créer des mots avant les concepts. Les contraintes vaincues expliquent souvent le succès intellectuel ; c'est pourquoi la meilleure philosophie française est poétique (Pascal ou Valéry) et la meilleure poésie allemande est philosophique (Hölderlin ou Rilke).
allemagne,contrainte,création,france,idée,langue,musique,philosophie,poésie

mot
Aux cieux – un nombre incalculable d'appels, que les images d'artiste reflètent en mots et en mélodies, élancés vers le haut. Sur la terre – une poignée d'objets et d'actions, sur lesquels n'importe quel imbécile peut formuler des idées terre-à-terre, consensuelles, basses. Les idées appartiennent à la tribu, à la conscience collective. Les mots caressent et font rêver, les idées tiennent en éveil nos muscles et nos griffes. Les mots parlent envols ou chutes, les idées nous attachent à la plate stabilité.
art,concept,défaite,hauteur,hommes,idée,intelligence,mouton,musique,platitude,…

mot
Chaque langue a son magnétisme particulier, dû à la civilisation nationale et non pas à la langue elle-même : dans des langues différentes, la référence des mêmes objets et liaisons provoque des ondes esthétiques différentes, ce qui disqualifie toute traduction mot-à-mot. Le plaisir de la forme peut s'émanciper du contenu, ce que n'admet pas Bakhtine : « Hors d'une référence au contenu, la forme ne peut être signifiante au plan esthétique » - « Вне референций на содержание, форма не может быть значимой в эстетическом плане ».
concept,culture,langue,représentation,style

mot
Pour chasser le gibier d'idées, il faut lancer des mots de chasse. Quand, au même moment, le vent de la poésie se lève, pour les porter vers des contrées imaginaires, mais moins arides que le désert de la vie réelle. Les idées, elles aussi, sont réelles, et donc inaccessibles avant d'être fixes, c'est à dire mortes. Le mot est ce qui va à l'envi se remettre à l'irréalité, aux mirages.
désert,idée,inconnu,poésie,réalité,rêve,vie

mot
L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ?
arbre,concept,contrainte,esprit,hauteur,idée,langue,liberté,poésie

mot
Un écrit est bâti en trois couches : les mots, les tons, les idées. Les deux premières doivent en reconstituer la musique, tout échec dévalorisant les idées. Tout défaut d'une couche inférieure se répercute, fatalement, sur la qualité des suivantes. Le français restant muet, je suis privé d'outil dialogique, indispensable, et me vautre dans un monologue irresponsable.
auteur,france,idée,langue,musique,solitude

mot
Un curieux parallélisme : l'art et l'érotisme commencent par le désintérêt pour la simple reproduction de la vie.
art,caresse,ironie,simplicité,vie

mot
L'univers des mots et des idées n'est pas moins humain que celui des phénomènes et des paysages ; le romantique, qui se renferme dans le premier, n'a pas besoin de descendre dans le second, pour prouver, que la vie et la mort l'habitent. Le regard d'un créateur, même aux yeux fermés, embrasse tout l'univers.
art,authenticité,création,hommes,idée,nature,mort,regard,romantisme,vie

mot
Grothendieck vient de mourir. Le contact avec lui me fut fort utile : ses quinze mille pages (autant que chez le délicat H.-F.Amiel), griffonnées dans la fébrilité des idées, sans le souci du mot, m'aidèrent à ériger d'excellentes contraintes : me méfier des idées, me réduire à l'ascétisme laconique, caresser le mot – merci, pauvre Alexandre. Un nom me lie à ton souvenir, celui de Cartan : les articles du père, Élie (ami de Valéry), me familiarisèrent avec le français, la perspicacité du fils, Henri, mit Alexandre sur la voie de la mathématique. Je n’aurais peut-être jamais parlé de lui, si ce n’étaient pas quelques parallèles : l’enfance au bagne ou dans un camp de concentration ; orphelins de père, la mort de nos mères joua le même rôle dans le réveil des plumes. Et le français n’était pas notre langue MATERNELLE !
auteur,caresse,contrainte,enfance,france,idée,maxime,mort,science,style

mot
M.Burgin, mon camarade de promotion universitaire, un excellent mathématicien et que je croisais souvent dans les couloirs de la Bibliothèque des Littératures étrangères, est mort. Juste avant de mourir, dans sa villa californienne, il chercha à me joindre, pour parler de notre jeunesse et pour discuter de son pavé de mille pages, The Theory of Knowledge (150$!). Trop tard. Son ouvrage se disqualifie par l’incompréhension de la place du langage dans notre arsenal intellectuel. Les linguistes ignorent la représentation, les logiciens ignorent le langage – d’où leurs logorrhées réciproques lacunaires.
auteur,enfance,langue,représentation,savoir,science

mot
Pascal a raison : ce qui est le plus grandiose et énigmatique dans le monde garde un terrible silence. Les mots ne l'atteignent pas et s'arrêtent sur la surface des choses ; seule la musique semble parfois surmonter la pesanteur et se fondre en grâce divine. « Peut-être, pour la dernière réalité il n'y a pas de mots du tout » - H.Broch - « Vielleicht gibt es überhaupt keine Worte für die letzte Wirklichkeit » - une bonne raison pour s'y taire et ne compter que sur le chant.
dieu,langue,musique,ouïe,réalité,silence

mot
Deux attitudes possibles, face à une langue étrangère, dont je veux me servir : soit je m'y plonge, pour y pêcher de bons candidats, soit je reste avec mes images ou états d'âme et je laisse l'intuition armer ses hameçons. Dans le premier cas, j'attrape, à coup sûr, des banalités ; dans le second, je lèverai souvent des canards, de ces fautes d'oreille, qui arrivent à tout tenant de la hauteur : « Leur cœur parle trop haut et les empêche d'entendre ce qu'ils disent »** - Chateaubriand.
auteur,hauteur,langue,ouïe,platitude

mot
Devant tant de choses le mot manque : alors la chose y manquera aussi, c'est à dire qu'il y manque le relief, le volume ou le poids. Mais la chose peut bien exister sans son étiquette, et l'ivresse sans nom n'est regrettée que par des marchands de flacons. Se saouler d'étiquettes - métier de plume.
art,intensité,réalité,représentation

mot
Un immense tempérament et une immense intelligence, Nietzsche et Valéry, abordèrent toutes les questions de la philosophie académique, en les débarrassant de tout verbalisme, argumentatif ou narratif, dans lequel nagent les philosophes logorrhéiques, et en n'exhibant que des métaphores. Tout contenu se réduisant aux mots, s'opposant aux tropes ou concepts, est bête. Et il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'y en a que de vagues notions.
école,esprit,idée,intelligence,langue,métaphore,philosophie

mot
À cause de sa double origine - sons ou sens - le mot est une espèce de griffon, Minotaure ou sirène. Et sa lecture, elle aussi, peut être double : l'un songera au vol, à la course ou à la nage, et l'autre - à la puissance, à l'appétit ou à la séduction. L'un se tournera vers ce qui s'écrit, l'autre - vers ce qui aurait pu être vécu.
action,caresse,force,goût,vie

mot
Dans un bon écrit, le mot, personnel et libre, finit par dominer l'idée, qui, toujours, a la tendance de devenir universelle ou grégaire. On ne s'accroche aux idées que tant que leur mot est pâle. Plus le mot s'émancipe, plus l'idée s'éclipse.
idée,liberté,maîtrise,platitude,soi,style

mot
L'artiste est un porteur successif : du photophore (visant des lumières finales) et du sémaphore (maîtrisant des signes intermédiaires), il aboutit à la métaphore (chantre des images initiatiques) ; il marche donc à reculons, en contrapuntiste.
art,commencement,grèce,métaphore,temps

mot
Je m'évertue à projeter la grande triade - la noblesse, l'intelligence, la beauté - sur l'idée platonicienne, sur la valeur nietzschéenne, sur l'être heideggérien - je ne parviens pas à la même harmonie, que me procure le mot. Dans tout ce qui est grand, la forme domine le fond.
auteur,axe,beauté,esprit,grandeur,idée,intelligence,noblesse,style,valoir

mot
Dans l'écriture, il y a deux sortes de fond : les concepts ou les choses. Pour les premiers, les mots servent de choses, et pour les secondes - d'abstractions. Quand le mot, c'est à dire le style, est faible, la chose reste tristement réelle, et l'abstraction - tristement inexistante. Un bel et mystérieux constat : d'un mot inspiré, se moquant aussi bien des concepts que des choses, tout homme de goût parvient à reconstituer et les uns et les autres.
idée,mystère,réalité,représentation,style

mot
Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère.
esprit,idée,interprétation,langue,liberté,mystère,réalité,représentation

mot
La langue et la pensée. Leurs rapports avec le réel et le modèle sont assez proches, mais leurs structures sont fondamentalement différentes : la pensée suit la représentation, c'est à dire des objets et des relations, tandis que la langue s'occupe surtout des chemins d'accès à ces entités, et ces chemins peuvent être très différents dans des langues différentes, les pensées reflétées étant identiques. C'est ainsi que naît un véritable style littéraire - de la subtilité des accès.
concept,idée,langue,réalité,représentation,style

mot
Il faut commencer par prendre un livre au mot, pour finir par le prendre à la lettre.
commencement

mot
Le monde est reflété, toujours partiellement, par nos représentations (presque toujours subjectives). Et le langage n’y apporte presque rien (sauf des éléments stylistiques, littéraires). Les linguistes ne le voient pas : « Le langage reproduit le monde mais en le soumettant à son organisation propre » - É.Benveniste – cette misérable organisation se réduit à une pauvre grammaire dont la structure n’a pas un seul point commun avec le monde.
art,langue,nature,réalité,représentation,style,système

mot
Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines.
château,être,interprétation,langue,liberté,mouton,négation,réalité,représentation,robot,…

mot
Les yeux sont plus dignes de foi que la langue, mais ils ne furent jamais à l'origine d'une hérésie. Les yeux sont toujours bavards, seule la langue sait doser mutisme et éloquence. Les yeux parlent, la langue respire.
doute,intensité,langue,regard,silence

mot
On a raison de traiter les adjectifs en valets de chambre ou écuyers, accompagnant leurs chevaliers jusque dans la bataille. D'où le secret de l'écriture chevaleresque de Hemingway, où l'adjectif est presque invisible ! Rares sont les adjectifs qui auraient du panache, justifiant un ralliement ou une poursuite. Et la bataille, c'est le verbe : Nabokov rêvait d'une littérature, où le verbe affronterait l'adjectif. C'est dans la folie que le bon goût lexical se manifeste le mieux : l'intensité de Nietzsche part, presque exclusivement, des beaux noms, élancés vers la hauteur, tandis que chez un Artaud se démènent les adjectifs, nous entraînant dans des abîmes, ses fausses profondeurs.
amour,folie,goût,hauteur,intensité,lutte,mélancolie,moyen âge,noblesse,réalité

mot
Trois regards déterminent la qualité d'une écriture : sur le fond de l'âme mystérieuse (vénération vs ignorance), sur le passage problématique de l'âme vers le mot (talent vs authenticité), sur la forme résolue du mot (intensité vs rigueur). Un seul de ces regards absent, ou penchant trop nettement vers la seconde vision, - et l'écriture devient bancale.
âme,amour,authenticité,élite,intensité,mystère,regard,soi,style

mot
Tuer son soi - le sui-cide - ah, si l'on pouvait ne se débarrasser que du soi connu, commun, bavard et immortel, pour rester avec le soi inconnu, indicible, vulnérable et renaissant !
inconnu,mort,soi

mot
Ni les mots, ni même les caresses, n'arriveront jamais à rendre, fidèlement, le fond de ce qui anime notre soi, chaud, palpitant et inconnu ; mais les mots, et surtout leur forme, peuvent avoir leur propre saveur, dont la fin principale serait de nous détourner du monde extérieur et de nous laisser en tête-à-tête avec le monde intérieur. On dirait, que le chinois l'ignore : « Quand elle passe par notre bouche, la sagesse est fade et sans saveur » - Lao Tseu.
caresse,chine,goût,inconnu,langue,soi,style

mot
Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent.
arbre,concept,langue,négation,universel

mot
La philosophie n'habite que le langage (et non pas les concepts ou les vérités), puisque la consolation ne peut venir que du langage, et que, pour le philosophe trop réaliste et trop borné, la réalité et la représentation devinrent trop mystérieux ou trop techniques.
consolation,idée,langue,mystère,philosophie,réalité,représentation,vérité

mot
À la base de toutes les langues se trouve une grande banalité … ignorée de tous les linguistes : les mots (sons ou morphèmes) ne servent qu'à référencer les objets et les relations. À partir de là - l'histoire forme les grammaires, et les enfants l'apprennent avec une facilité prodigieuse, parce que la référence d'objet ou de relation est un méta-concept inné, a priori, et ce rapport est la seule méta-grammaire universelle que l'apprentissage universel instrumentalise. Les linguistes suivent le chemin inverse ; ce qui est sensé pour une machine est erroné pour l'homme. Des universaux linguistiques (Chomsky) n'existent pas.
concept,enfance,histoire,hommes,idée,langue,représentation,universel

mot
Le terme de maxime est préférable à celui d'aphorisme ; celui-ci, remontant à la notion de frontière, nous place en compagnie d'horizon ou d'horizontalité, tandis qu'une maxime nous renvoie à la supériorité, à la perfection, à la verticalité. « La maxime est la plus arrogante des formes de langage » - Barthes.
grèce,hauteur,maxime

mot
C'est selon l'organe sollicité qu'on classe un écrit : l'oreille (une langue châtiée), l'esprit (les tableaux, les horizons), l'âme (la noblesse, l'intelligence) - un romancier, un philosophe, un poète. Les deux premiers, souvent, se contentent de leur seul organe de prédilection ; c'est le troisième qui, le plus souvent, en maîtrise tous les trois. Il se trouve que ce sont surtout des maximistes.
âme,esprit,intelligence,langue,maîtrise,maxime,noblesse,philosophie,poésie

mot
La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine.
âme,esprit,interprétation,langue,ordre,représentation,robot,style

mot
Le langage n'est rien dans la pensée mathématique, pas grand-chose - dans la pensée sensorielle, presque tout - dans la pensée métaphysique.
esprit,langue,philosophie,science

mot
D'étranges trajectoires suivirent, dans l'Antiquité et au Moyen-Âge, les termes – philosophe, astrologue, mathématicien, géomètre. On appelait le philosophe – géomètre, l'astrologue – mathématicien, le mathématicien – philosophe et le géomètre – astrologue ! « Homère fut un astrologue » - Héraclite !
antiquité,grèce,moyen âge,philosophie,science

mot
La philosophie du langage, si galvaudée outre-Atlantique, n'a aucun thème valable ; n'est possible que la poésie du langage, l'étude des déviations tropiques ; le langage a deux faces, l'interne (morphologie, syntaxe, logique, grammaire) et l'externe (associations avec des objets et relations du modèle représentatif) - je n'y vois aucune place pour un regard philosophique. Quant au sens, il se forme déjà au-delà du langage, avec des valeurs de vérité et de substitutions ; et il ne peut pas sortir du psychologisme.
concept,hommes,langue,philosophie,poésie,représentation,vérité

mot
Dans le mot, il y a toujours une partie de qui, l'écho du soi connu, et une partie qui, la voix du soi inconnu. Les idées ou le style, la rigueur ou le ton, le savoir ou le valoir.
abduction,idée,inconnu,savoir,soi,style,valoir,voix

mot
Notre cerveau dispose de trois admirables machines : la raison spatiale (visant les structures – nœuds et arêtes), la grammaire temporelle (se pliant à la syntaxe et à la lexicologie), l'interprète spatio-temporel du discours (s'appuyant sur la logique et la précédence des opérateurs). Et la merveille du passage de relais entre ces machines est tout aussi prodigieuse.
interprétation,langue,raison,temps

mot
L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie.
frontière,interprétation,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,temps,vérité

mot
La pensée est spatiale (une structure, réseau ou arbre), et l'énoncé (élocution ou écriture) est temporel. Pourtant, il faut savoir passer de l'un à l'autre ; c'est l'objet d'une méta-grammaire, traduisant des structures (communes pour tous les hommes) en suites de références (dont l'ordre dépend de la grammaire d'une langue particulière et du style d'un homme particulier) et vice versa ; ces méta-grammaires permettent de classifier toutes les langues du monde. Un jour, on inventera une langue artificielle spatiale, un espéranto conceptuel, où l'on ne lira plus de gauche à droite, ni de haut en bas, mais où l'on se mettra tout de suite à interpréter les idées, en choisissant soi-même le début et le parcours de sa recherche.
arbre,artificiel,commencement,concept,hommes,idée,interprétation,langue,temps

mot
Une magnifique trifurcation du mot grec dialegesthai, l'art de la parole, aboutissant aux trois concepts, qui perdirent tout rapport entre eux - dialogue, dialecte, dialectique, et qui se retrouvent, miraculeusement, dans la littérature, car une bonne écriture résulte du respect des contraintes formelles universelles (un dialogue), de la maîtrise des moyens langagiers individualisés (un dialecte), de la noblesse du but intellectuel abstrait (une dialectique).
art,contrainte,grèce,idée,maîtrise,noblesse,universel

mot
Encore une attitude à réhabiliter : le dilettantisme – laisser éclater la délectation, la réjouissance, et cacher les pinceaux de la maîtrise.
bonheur,maîtrise

mot
Confusion regrettable dans le verbe entendre, où la compréhension et la sonorité se disputent la priorité. Et si la musique était plus probante que la logique, dans je m'entends, qui perce dans le cogito ?
musique,ouïe,raison

mot
Trois facultés si nettement distinctes : la représentation, l'interrogation, l'interprétation – les fonctions synthétique, langagière, analytique ; pourtant, les Anciens employaient le même mot, pour désigner tout cet ensemble – la dialectique.
antiquité,grèce,interprétation,langue,représentation

mot
La langue, ce sont des matériaux de construction, plus les normes de leur résistance ; le discours personnel, c'est l'œuvre d'un architecte, bâtie sur ses représentations, face aux exigences de la réalité ; la langue ne peut avoir de relations algébriques qu'avec des représentations, et donc toute idée d'un isomorphisme quelconque entre la langue et la réalité (Wittgenstein) est une pure absurdité. Et lorsque la langue suit de trop près la représentation, disparaît toute créativité de l'ange et s'installe le mal de la bête : « Le mal radical - la chute du langage dans la représentation »** - Derrida.
absurde,concept,langue,mal,matière,réalité,représentation

mot
La fonction principale du langage dans la philosophie n'est ni l'herméneutique (Heidegger) ni l'analytique (Wittgenstein), mais la poétique - la qualité du chemin mental, qui mène de la référence à l'objet, de l'étiquette à la structure, de l'immédiat à la métaphore, de l'intemporel au mouvement, du factuel à l'émotionnel, du neutre à l'intense.
concept,élite,intensité,interprétation,langue,métaphore,philosophie,poésie,sentiment,temps

mot
Le parcours d'un créateur - son commencement, ses contraintes, ses moyens, ses buts – tout y est hors langage ; le langage, ce ne sont que des chemins d'accès aux étapes de ce parcours. « Le texte n'est qu'un petit rouage dans une machine extra-textuelle »** - Deleuze.
chemin,commencement,contrainte,création,langue

mot
L’ambigüité latine, entourant le couple anima/animus, nous faisait croire, que l’Antiquité prônait une paix d’âme, tandis que c’est l’équilibre ou la tranquillité d’esprit qui furent visés. En revanche, le Bien, le plaisir, la vertu devaient assurer la bienheureuse intranquillité de l’âme. Le même discrédit frappait la passion, qu’on associait avec la souffrance et non pas avec l’extase ou l’enthousiasme.
acquiescement,âme,antiquité,bien,élan,enthousiasme,esprit

mot
Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés.
allemagne,esprit,idée,langue,négation,paradoxe,philosophie,sacré,savoir,science,…

mot
La langue fait ouvrir les yeux et dresser les oreilles, mais le regard et sa hauteur doivent leur formation - à l'âme, qui préside à la conception du premier et au sens du dernier pas des mots.
commencement,hauteur,langue,ouïe,regard

mot
Il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'en existe que des métaphores. Toute prétention des Professeurs au contenu indépendant du langage est vaine : « Tout contenu qui est lié à la forme verbale d'un discours n'est pas un contenu philosophique » - Kojève. Mais la valeur des métaphores dépend de la représentation sous-jacente, dans laquelle se retrouvent des concepts, dictés, dans la plupart des cas, par le bon sens et non pas par une science quelconque ; ces concepts sont donc plus près des fantômes intuitifs que des espèces maîtrisées.
axe,école,idée,métaphore,nihilisme,philosophie,représentation,science

mot
Tout ce qui a un nom a aussi une date et un lieu, ce qui enchaîne et limite. Une liberté profonde : donner au nom existant un sens nouveau ; une liberté haute : trouver un nom nouveau à un sens existant, inventer de belles couronnes de noms honorant l'innommable.
commencement,frontière,hauteur,inconnu,liberté

mot
Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes.
concept,école,inconnu,langue,négation,ouvert,philosophie,science,vérité,vide

mot
Quand je lis le linguiste borné ou le philosophe vague, je comprends qu'il est impossible de savoir ce qu'est la langue, si l'on ne sait pas ce qu'est la raison, et qu'il est impossible de savoir ce qu'est la raison, si l'on ne sait pas ce qu'est la langue. Il manque, respectivement, un bon quantificateur universel ou un bon quantificateur existentiel.
absurde,langue,philosophie,raison,savoir,universel

mot
Le sage est celui qui pose des équations avec le plus grand nombre d'inconnues et avec les plus vastes domaines de leurs valeurs. Pour le sot, le mot est une constante, pour le sage - une vaste variable. Poétiser, c'est imaginer des relations impossibles entre variables imaginaires. Penser, c'est indiquer des classes de solutions.
absurde,arbre,concept,esprit,maîtrise,philosophie,poésie,rêve

mot
L’évolution de la nature du travail sur le mot et de la qualité du mot : du dessin mural étonné au manuscrit illuminé, du manuscrit personnel à la machine à écrire fonctionnelle, de la machine à écrire pratique au traitement de textes apathique – de plus en plus de traitements grammaticaux, de moins en moins de textes musicaux.
art,modernité,musique,robot,voix

mot
L'intérêt, qu'on porte aux commencements ou aux fins, débouche sur les principes pour nos têtes ou sur les ultimatums à nos bras ; le souci du seul milieu traduit la médiocrité et se déverse et se lit dans les média.
action,commencement,platitude

mot
Chez celui qui ne maîtrise pas le mot créateur, c'est à dire le mot poétique, la grande matière se profane par le mot inexpressif. Mais celui qui est, à la fois, philosophe et poète, sent l'espace de liberté entre l'expression et la pensée et, tout en visant la pensée, il laisse le mot inventeur tracer le chemin ou dessiner les fins ou esquisser les commencements. Seul le poète peut se permettre de « commencer par faire la chasse aux mots plutôt qu'à la matière » - F.Bacon - « to begin to hunt more after words than matter ».
commencement,création,idée,liberté,matière,philosophie,poésie

mot
Dans un discours intellectuel, la réflexion et la peinture, l'impression et l'expression, l'idée et le mot vont de pair, mais le second souci doit être dominateur. Toutefois, dire que « la réflexion est d'abord réflexion sur les mots » - Merleau-Ponty - est aussi imprécis, que dire que la peinture est d'abord peinture des idées : les mots, on les peint, et les idées, on y réfléchit.
art,esprit,idée,style

mot
Dans toutes nos langues, la caresse corporelle, en tant qu'une métaphore, se propage partout où l'émotion a sa place : toucher – touchant, (be)rühren – rührend, тронуть — тронут. Il semblerait même, que les bons esprits eux aussi subissent la même contamination : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment toucher à l'intouchable d'une manière touchante » - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est haec, ut scias, quomodo attingitur inattingibile inattingibiliter » - on ne sait pas si l'on y est en présence d'une pensée, d'une maîtresse ou d'un poème.
caresse,esprit,idée,langue,métaphore,poésie,sentiment

mot
Dans le langage, il n'y a ni idées ni images, il n'y a que des mots ; il faut aller au-delà des mots, pour trouver de bons ancrages ; et dans cette région se trouvent l'âme et l'esprit ; seul le talent est capable de construire des ponts au-dessus de ce gouffre. Quand l'esprit seul agit, je suis dans la science ; quand l'âme seule m'exprime, je suis dans l'art ; la cohabitation heureuse de l'âme et de l'esprit engendre les plus beaux genres - la poésie et la philosophie.
âme,art,esprit,idée,intelligence,langue,philosophie,poésie,science

mot
L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète.
art,contrainte,création,france,hommes,langue,liberté,poésie,russie,valoir

mot
Comment le mot devient-il libre ? - en s'interdisant des clichés descriptifs (pour devenir image), en se débarrassant des clichés conceptuels (pour devenir métaphore), - donc, surtout, par ses propres contraintes. L'esprit y suffit : « La trinité – le mot, la liberté, l'esprit » - E.Jünger - « Dreieinig sind das Wort, die Freiheit und der Geist » - et lorsque le talent l'y rejoint, on devient iconoclaste, hérésiarque et néophyte.
contrainte,discursif,esprit,idée,liberté

mot
Le mot lancé au ciel ignore les routes et peut se perdre à tout instant. « Poésie, ô danger des mots à la dérive »* - Aragon. C'est le danger des bouteilles jetées à la mer : les courants, les profondeurs, les prédateurs, le trop peu d'hermétisme. Les mots bien repérés s'érigent en phares, idées lumineuses.
audace,chemin,défaite,hauteur,ombre,poésie

mot
Les images grégaires évincèrent, aujourd’hui, les mots individuels. Il n’y a plus de lecteurs (le regard plus le rêve), il n’y a que des spectateurs (les yeux plus le calcul). Et dire, que, jadis, l’ambition suprême de l’écrivain fut de « transformer le lecteur en spectateur » - Nabokov - « превратить читателя в зрителя ».
art,mouton,regard,rêve,robot

mot
Le poète, sensuel et impulsif, peut, sur le registre du cœur, attribuer nos désirs et nos passions - au corps et à la réalité (ces traîtres-mots), mais le philosophe, sur le registre de l'esprit, ne peut pas ignorer, qu'ils se logent dans l'âme, se servant du corps comme d'un instrument, et que leur magie réside dans leur inexistence dans le réel, inexistence, cette raison de nos meilleures attaches.
âme,cœur,esprit,philosophie,poésie,réalité,sentiment

mot
Étymologiquement, miracle nous renvoie soit au regard soit à l'étonnement - deux piliers d'une bonne philosophie : faire voir, en toute banalité du monde, - du merveilleux, transformer tout bruit mécanique - en musique céleste, faire comprendre que c'est le regard et non pas les yeux qui nous fait voir le monde.
étonnement,musique,nature,regard

mot
On peut entrevoir la place du regard, d'après l'étymologie grecque de ce mot - théa, à l'origine de théorie et de théâtre, - la représentation, conceptuelle ou spectaculaire, étant présente dans les deux et animée par des ombres, venant des scénarios ou des scènes. Chez les Latins, on retrouve le regard jusque dans l'intuition (intueri).
grèce,idée,jeu,ombre,regard,représentation,système

mot
L'intensité est peut-être le seul vrai contenu d'un écrit littéraire, le ton en étant la forme. « Ni le récit ni les choses ne sont le contenu du mot, mais bien le degré d'intensité »** - Pasternak - « В слове ни фабула ни предмет повествования не есть содержание, а степень напряжения ».
art,intensité,réalité,style

mot
L'ambigüité du mot possession – jouissance ou appartenance : je suis jouisseur du mot et propriétaire de l'idée. Le mot est plus proche de la chair et de l'âme que l'idée, affectée à la raison et à l'esprit. Je ne possède l'idée que par le mot bien membré. L'intuition dépourvue de mots n'est que désir commun ; or, l'idée vaut surtout par l'extase unique, que je lui imprime.
caresse,élan,esprit,idée,maîtrise,raison,voix

mot
L'ordre décroissant de nos croyances ou servitudes : les faits, les idées, les mots. Au bout de ce parcours, on finit par ne plus se soumettre qu'au regard : « C'est dans le regard et non pas dans les idées que doit résider notre unité de souffle, à laquelle même les idées se soumettent »** - J.G.Hamann - « Einigkeit darf nicht in Ideen seyn, sondern im Geist, dem selbst Ideen unterworfen sind » - d'autres appelleront cette unité - intensité.
idée,intensité,réalité,regard

mot
Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation.
arbre,chemin,concept,hauteur,intelligence,interprétation,langue,représentation

mot
Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse.
arbre,caresse,chemin,danse,idée,langue

mot
La caresse s'associe avec la nudité - verbale, sentimentale ou anatomique ; Platon, qui ne préconise que deux genres d'entraînement, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, - la musique et la gymnastique, est peut-être le premier à avoir compris qu'au Commencement était la Caresse (gymnos - nudité).
caresse,commencement,femme,grèce,musique,sentiment

mot
Le mysticisme est le contraire du culte de la technique : croire que partir de la musique des mots est plus passionnant que ne tenir qu'au bruit des concepts et des choses ; la création impondérable, face à la lourde inertie.
continuité,création,idée,musique,mystère,robot

mot
Ni l'idée ni le verbe n'emplissent le premier élan créateur. Au Commencement était quelque chose, qui ne parle pas encore, mais, déjà, console. « 'Au commencement était le Verbe' - un appel à redécouvrir dans ce monde la force créatrice de la raison » - Benoît XVI - « 'Im Anfang war das Wort' - Aufruf dazu, in der Welt die schöpferische Kraft der Vernunft neu zu entdecken » - avant le mot, avant la raison, il y a le désir, caresse à donner ou caresse à recevoir. Le mot lui donne une forme et la raison - un fond. Et la création, c'est l'heureuse rencontre des deux.
caresse,commencement,consolation,création,élan,étonnement,force,idée,raison,style

mot
Ce qui est digne d'être appelé verbe, n'est pas de notre soi connu, mais à notre soi inconnu. Comme ne l'est pas, non plus, le dernier de nos gestes, nous résumant. L'inspiration ou l'expiration.
action,commencement,inconnu,soi

mot
Avant d’adopter, en français, le ton funèbre et le style salonnard, Cioran produisit un beau chant du cygne à sa langue maternelle, dans son plus rigoureux et le plus beau livre – de la France ! Passé complètement inaperçu, il dépasse pourtant Germaine de Staël (de l’Allemagne) en profondeur et Astolphe de Custine (la Russie en 1839) en culture.
allemagne,art,culture,france,hauteur,inconnu,langue,russie,style

mot
Ni la langue, ni, encore moins, la logique ne représentent le monde (comme le pense Wittgenstein) ; elles ne font qu'en interroger des représentations. Le monde, lui, est plein de beau, de bon et de mystérieux ; mais je me demande, si j'habite le même monde que Wittgenstein, pour qui celui-ci est démuni et d'éthique et d'esthétique, et, en plus : « On n'y trouve aucun mystère » - « Das Rätsel gibt es nicht », tout en le sentant à ses frontières.
beauté,bien,frontière,langue,mystère,représentation

mot
Je ne connais qu'un seul philosophe, également bien armé, pour affronter les deux seuls défis de la philosophie noble, le désespoir et le langage, - Wittgenstein. Mais il manque trop de talent littéraire ; le tempérament d'homme et la finesse de philosophe ne passent pas dans le style d'écrivain.
art,espérance,esprit,langue,noblesse,philosophie,style

mot
L'écriture reproduit les mêmes étapes que la musique : la partition (conçue abstraitement par le compositeur), les instruments (où se retrouvent cordes et souffles), l'interprète (développant les idées et enveloppant les notes), l'auditeur (dont l'oreille est plus présente que le cerveau ou l'âme). Mon drame est que mes instruments français seront, fatalement, mal accordés ; je ne peux compter que sur de bons cerveaux de mon auditoire improbable.
auteur,création,discursif,idée,intelligence,musique

mot
Finalité sans fin, ce charabia est la traduction officielle en français de la définition kantienne du beau. Joli pour l'oreille et idiot pour la jugeote. « Vorstellung ohne Interesse an seinem Dasein und ohne Begriff – représentation, sans renvoi à la réalité et sans concepts » – une belle définition de la poésie (qu'il ne faut pas généraliser à l'art tout entier) : les concepts naissant de l'expression, cette représentation métaphorique, détachée de la réalité par l'audace du langage.
allemagne,art,audace,beauté,france,idée,langue,poésie,réalité,représentation

mot
Où, exactement, naît la musique, parmi le réel, l'intellectuel, le sentimental, le verbal ? Son créateur et l'interprète, l'âme, peut animer tous ces domaines ; toute matière peut y être vue comme une empreinte ou lue comme une partition. « Chaque langage dit une partition de la musique humaine » - M.Serres.
âme,création,hommes,langue,musique,réalité

mot
Avec mes mots, je veux émouvoir les étoiles, et je n'arrive même pas à faire danser les ours (Flaubert). Le pire, ce n'est pas l'ours (qui aurait marché sur de mauvaises oreilles), mais la lanterne incertaine (aux yeux tournés vers le bas), pour laquelle on prendra ma scintillante étoile. Et moi-même, je me prendrai pour celui qui « prend sa bougie pour lui-même, la souffle et, à la fin, se prend pour la nuit »** - G.Bataille.
auteur,balance,danse,étoile,hauteur,langue,ombre,ouïe,sentiment

mot
Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche.
arbre,art,création,être,interprétation,langue,maîtrise,mystère,nature,représentation,…

mot
Dans quel cadre doivent se lire les livres modernes ? - dans un restaurant, dans un supermarché, dans un bureau. « Un livre n'est beau qu'habilement paré de l'indifférence des ruines »*** - G.Bataille. Curieusement, tout ce qui se construit, pour ne pas s'écrouler, se remarque par une étrange platitude. Ce n'est pas le choix de pierres angulaires qui trahit l'artiste, mais bien celui de pierres d'achoppement.
art,beauté,défaite,platitude,ruines

mot
L'idée, c'est un édifice, dont l'ampleur est clairement définie par ta solution architecturale ; la hauteur du mot est indéterminée, on la sent dans la proximité avec ton étoile, et souvent, c'est à partir des ruines que le regard est le plus séduisant ; l'idée est un acte, et le mot - un rêve ; s'ils se rencontrent, c'est sur le mode d'une hantise.
action,art,étoile,hauteur,idée,proximité,regard,rêve

mot
Dès que le mot est maîtrisé, des idées accourent, naissantes, non invitées, soudaines, surprenantes. Au-delà des mots et des idées, les écolâtres voient leur idole verbale - l'être. Si celui-ci existe, il ne serait certainement pas mieux rendu par des idées en bronze que par des brisures des mots. Et je n'ai jamais vu « la pensée de l'être se muer en être de la pensée » - Levinas - à moins que l'être de la pensée à naître soit le mot bien né.
commencement,être,idée

mot
Toute idée est mécanique, tandis qu'un mot réussi est vivant, c'est à dire mortel, vibrant, chantant la naissance et gémissant la mort ; l'idée s'y faufile quelque part, au milieu des mots en rires ou en pleurs.
commencement,danse,idée,mort,robot

mot
Avec un regard, à la fois pénétrant et caressant, appuyé par un mot sésamique, toute chose endormie peut se mettre à chanter. Dans les mêmes choses, il y a aussi, malheureusement, des litanies bien éveillées et criardes, que tout le monde narre avec des mots de robot. Répète la belle prière d'Hésiode : « Donnez-moi le chant de mon désir ! »***.
danse,discursif,élan,maîtrise,regard,religion,rêve,robot

mot
Trois avortons de concepts : le non-être, le rien, le néant, nés de l'incapacité de manier la négation, la complémentarité ou l'ensemble vide. La joie des bavards, joie encore plus irresponsable que celle de l'être affirmatif.
être,idée,négation,réalité,représentation,vide

mot
Le mot littéraire devient vivant dans la rencontre du regard de l'écrivain (guidé par le goût) et de celui du lecteur (animé par l'intelligence). Il n'y a pas de naissances au pays des mots, il n'y a que des réincarnations préconçues. « Le mot, d'être dit, meurt, ils disent. Je dis qu'au même moment il naît » - Dickinson - « Word is dead when it is said, some say, I say, it just begins to live that day ».
art,commencement,goût,intelligence,regard,vie

mot
Ma vision-compréhension est, en grande partie, un emprunt au patrimoine commun des hommes, mais mon regard, c'est ma vision-création, qui commence par un détachement, par volonté ou par révélation, du monde connu, nommé. Nommer ne fait pas partie des prérogatives du regard (mais référencer, relier des noms avec de bons connecteurs - oui) ; le regard, c'est une projection du verbe sur un modèle du monde. Théorie voulait dire, jadis, - regard. Le regard est réduction de toute observation en introspection.
création,école,grèce,hommes,langue,regard,représentation,soi,système

mot
Ils croient que leur dit est ce qu'ils pensent, et ils voient dans cet accord une difficulté majeure. Or, c'est une difficulté d'élocution et non de création. L'artiste n'a qu'à bien dessiner les ombres de ses mots, pour que, au-dessus, d'une direction inattendue, se devine la lumière de sa pensée. L'altération crée l'altérité (« La production produit le producteur » - Blanchot). Le sot fait l'inverse.
art,création,esprit,idée,ombre

mot
Les ombres, dans un bel écrit, sont l'essentiel : la tonalité, la mélodie, la force. Mais la lumière de l'harmonie et de l'orchestration doit y percer. C'est tout ce que je demande à mes gammes françaises. « Si je veux faire parler mon âme, aucun vocable français ne s'y présente ; mais si je cherche à briller, alors c'est autre chose » - Tolstoï - « Когда хочешь говорить по душе, ни одного французского слова в голову нейдёт, а ежели хочешь блеснуть, тогда другое дело ».
art,auteur,création,force,france,langue,musique,ombre,russie

mot
Le Français est le seul à oser se méfier des idées et se fier au mot. « Le Français est l'homme et maître du mot. Sa pensée a pour source la langue » - W.Schubart - « Der Franzose ist ein Mensch und Meister des Wortes. Er denkt von der Sprache her ». Tous tentent de rehausser l'émotion : le Français - par le mot - outil - verdict, l'Allemand - par le rêve - but - motifs, le Russe - par la vie - contrainte - repentance. Le motif premier comme la dernière parole méritent la mémoire surtout dans un verdict sans appel, dans des causes entendues.
allemagne,audace,commencement,contrainte,création,france,idée,langue,maîtrise,mémoire,…

mot
Trois pseudo-concepts, trois parasites, nous viennent d'un modeste mot aristotélicien d'ousia (nous renvoyant aux espèces ou aux instances, dans la réalité), traduit substance par Boèce, essence - par St-Augustin et être - par Heidegger. Mais c'est le dernier qui est sans doute le plus près de l'original, puisque les substances et les essences appartiennent surtout à la représentation, tandis que, même fantomatique, l'être a partie liée avec la réalité.
être,grèce,idée,réalité,représentation

mot
Dans une représentation, toute catégorie, projetée sur la réalité ou sur le langage, devient, respectivement, une allégorie ou une tautégorie, c'est à dire qu'aucune homologie ne peut exister entre représentation et réalité et que le langage n'apporte rien à la représentation.
idée,langue,réalité,représentation

mot
Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent.
interprétation,langue,nature,négation,religion,représentation,science,temps

mot
Dans une représentation, les substances auraient pu s'appeler s1, s2, …, s857, …, et les relations - r1, r2, …, r964, …, sans qu'aucune trace d'une langue vivante n'y intervienne. La langue enveloppe une représentation déjà prête ; dans le cas d'une langue indo-européenne, les noms s'associent avec les substances, les verbes - avec les relations, les adjectifs et adverbes - avec les valeurs. La grammaire interne achève ce travail, pour permettre de formuler des requêtes logiques du monde modélisé. Dans l'exploration du monde, les propositions sont donc la fin et non pas le début.
commencement,concept,idée,langue,nature,question,représentation

mot
La maîtrise des lois du monde ou la maîtrise des mots - laquelle est plus utile, pour évaluer ou goûter le monde ? Quand on lit la langue de bois des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des musiciens, leurs lourdes tentatives d'abstraction ou d'animation, on comprend, que la seconde maîtrise est plus essentielle. Le poète, et donc le philosophe, sans maîtriser le fait, ce nœud isolé, cette branche définitive, en peint, en devine et en recrée l'arbre ouvert et vivant.
arbre,langue,maîtrise,nature,ouvert,philosophie,poésie,science

mot
Tant de semelles et de leurs traces dans l'écrit des agités des pieds et nécessiteux des cervelles : le sabotier doit être roi au pays où règne la langue de bois.
action,balance,idée,langue,platitude

mot
L'intelligence pratique, c'est la navigation entre la chose et le mot. « Entre la phúsis donnée et le nómos donné, il y a le lógos : c'est à dire l'habileté à concilier ces deux mondes » - Gorgias. C'est encore la hauteur qui nous sauve de la profondeur de la chose et de l'étendue du mot. L'attirance de l'homme défiant l'attraction d'atomes ou le tirage des tomes.
consolation,hauteur,intelligence,réalité,vie

mot
Quand, dans les constructions du verbe, on admire la sacristie du vrai, s'agenouille devant l'autel du beau et épie le confessionnal du bon, on peut conclure que le langage est le temple de l'être.
beauté,bien,être,langue,vérité

mot
On peut juger du sérieux des métaphysiciens, en citant cette perle de leur père : « Il y a identité entre : un homme, homme existant, homme ». Le premier : une variable, s'unifiant avec des instances de l'homme. Le deuxième : ou bien le terme existant est méta-langagier et il s'y agit de la simple existence en tant qu'instance ; ou bien existant est un attribut temporel et il s'agit des instances existantes au moment de la requête : ou bien existant est un attribut booléen et il s'agit des instances, dont cet attribut vaut vrai. Le troisième : une étiquette langagière, collée à la classe correspondante. On est très loin d'une identité.
concept,langue,philosophie,représentation,simplicité,vérité

mot
Toute référence verbale au réel qui s'accrédite, devient étiquette ; et dans l'écriture on balance toujours entre la chinoiserie poétique - refuser toute étiquette, et la robotique moutonnière - n'utiliser que des étiquettes.
chine,mouton,poésie,réalité,robot

mot
Notre langue maternelle est ce qui prive de leur Pentecôte l'œil et l'oreille. Le don des langues est l'un des dons majeurs du regard et du goût. Et même de la vie : on est autant de fois homme, que le nombre de langues qu'on maîtrise.
goût,hommes,langue,maîtrise,ouïe,regard,vie

mot
Pour le sot, c'est à dire un mouton ou un robot, le langage est une collection d'étiquettes ou de protocoles, permettant de beugler ou de communiquer. Pour le créateur, il est un choix d'instruments de musique, fabriqués par et appartenant à toute la nation ; il en sélectionne ceux qui conviennent à son goût, son besoin, ses contraintes. Disposer, pour lui, c'est composer et poser.
contrainte,création,maîtrise,mouton,musique,pose,robot

mot
Il y a des mots-étiquettes, pour narrer en vue des buts, et des mots-métaphores, pour chanter sous la contrainte. Ce qui est sublime, bouleversant et … inexistant ne se livre qu'aux seconds. La poésie est l'art ardu des contraintes. « Rien ne résiste tant à la représentation par le mot, tout en nous étant le plus nécessaire, que les choses, dont l'existence est indémontrable et improbable » - H.Hesse - « Nichts entzieht sich der Darstellung durch Worte so sehr und nichts ist doch notwendiger, als Dinge, deren Existenz weder beweisbar noch wahrscheinlich ist ».
contrainte,inconnu,maîtrise,nécessité,poésie,représentation

mot
Combien plus nombreux - et bêtes ! - sont ceux qui jurent suivre leurs pensées, plutôt que précéder à leurs mots. Il faut leur rappeler que : « Il est plus facile d'être esclave de l'idée que maître du mot » - Don-Aminado - « Легче быть рабом идеи, чем господином слова ». On ne vit jamais un esclave de l'idée devenir maître du mot ; l'inverse se voit partout : dès que le mot est assez haut, l'idée, qui s'y niche, devient profonde.
hauteur,idée,liberté

mot
Écrire, c'est bâtir un édifice, dans un style que te dictent ton goût et ton talent. Pour avoir cette liberté, il faut habiter la langue, c'est à dire se sentir chez soi dans son atelier, maîtriser et ses outils et ses matériaux et ses acoustiques. Mais je n'habite plus aucune langue ; je suis condamné à n'ériger que des ruines, en espérant qu'un œil de connaisseur y devine le style rêvé : une caverne, une tour d'ivoire, un temple.
auteur,château,création,esprit,goût,langue,liberté,matière,rêve,ruines,…

mot
La réalité est époustouflante de perfection, le langage est merveilleux comme système et inépuisable comme outil ; mais on explore la perfection réelle par des outils représentationnels et non pas langagiers ; l'imperfection de ces projections doit être imputée aux modèles et non pas au langage.
inconnu,langue,réalité,représentation,système

mot
Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal.
école,esprit,intelligence,intensité,interprétation,langue,question,réalité,représentation,vérité

mot
La phrase conçue ou la phrase perçue – l'expression ou la compréhension. La traduction de désirs en références et l'enchaînement linéaire de celles-ci ; ou la réduction de références aux objets, l'unification de l'arbre supposé du locuteur avec l'arbre explicite de l'entendeur, le sens étant résumé dans l'arbre unifié. Deux processus très différents, deux types de pensée, en émission ou en réception.
arbre,concept,idée,représentation

mot
Les disputes philosophiques les plus passionnantes se déroulent autour des mots et non pas des concepts. Nietzsche voue de belles véhémences au mot nihiliste, avant d'en forger le concept et de s'y reconnaître soi-même. Tant de ses appels pathétiques à être impitoyable (dans les mots), avant d'être terrassé par la pitié (un concept) pour un cheval.
folie,idée,lutte,philosophie,pitié

mot
Plus le mot est riche, plein et ouvert, plus il ressemble à un arbre et non pas seulement aux matériaux de construction, ombrages ou fruits. « Le mot juste est un bon arbre - ses racines sont fermes, ses branches touchent au ciel, il porte des fruits en toute saison d'après la volonté de Dieu »** - le Coran. Si, en plus, des inconnues se faufilaient dans cet arbre, on pourrait l'unifier avec un autre, pour un beau dialogue, et les racines se trouveraient unifiées avec les fruits de l'autre, et les branches - d'avec des cimes. Et dans l'arbre unifié, le dernier serait le premier.
arbre,climat,dieu,langue

mot
Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose !
axe,être,inconnu,intelligence,langue,négation,réalité,représentation,ordre

mot
La pensée, cette construction spatiale, se compose de la même manière, chez tous les hommes, tandis que la phrase, cette construction temporelle, a des structures et chronologies différentes, dans des langues différentes. La composition de la phrase n'a pas grand-chose à voir avec la composition de la pensée.
idée,langue,temps

mot
Dans le commerce des mots, ce qui porte intérêts, aujourd'hui, ce ne sont ni le capital des idées, ni la productivité des outils de style, ni le retour sur l'investissement humain, mais la spéculation sur les valeurs foiresques. Avoir du talent, c'est prendre de haut les idées courantes et savoir s'investir dans les mots innovants. La trésorerie céleste paye mieux les chanteurs que les orateurs ; s'adonner aux mots, c'est préférer ce qui chante à ce qui parle.
argent,danse,esprit,haine,idée,utilité

mot
Peu de choses réunissent en elles, simultanément, autant de force et d'impuissance que le mot. « Je connais la force des mots. Du vent, semble-t-il, et… l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse » - Maïakovsky - « Я знаю силу слов. Глядится пустяком, но человек душой губами костяком ». Ils sont bien des instruments à vent et, pour plus d'harmonie, ils se font accompagner de quelques cordes des pensées. La bouche et les doigts, qui s'adressent à l'œil et à l'oreille.
âme,force,idée,ouïe,ordre,regard

mot
Nos requêtes s'adressent aux choses, aux fantômes ou au langage même, pour que la réponse soit trouvée parmi les solutions, les mystères ou les problèmes. La misère de notre époque est que, désormais, seules les premières intéressent les hommes, d'où l'indigence langagière et la banalité spirituelle. « Le langage ne reste énigmatique que pour qui continue de l'interroger » - Merleau-Ponty - le problème du langage est vite épuisé, c'est le mystère de l'inexistant qui reste inépuisable.
hommes,inconnu,langue,modernité,mystère,question,réalité

mot
L'un des antonymes d'algorithme, ce mode d'existence des robots, est l'exercice, c'est à dire des contraintes, l'essence d'un ascète.
contrainte,grèce,robot

mot
La trajectoire du logos - de l'unification des arbres (rassembleur solidaire) à l'entendement d'un seul (le Verbe salutaire) ; elle est, en elle-même, un arbre, vaste et complet. La trajectoire de l'être, de Parménide à Heidegger, - une platitude continue, avec des dérivées mortes, des rhizomes rampants.
arbre,consolation,être,fraternité,grèce,platitude,raison

mot
Ceux qui manquent de musique, se rabattent sur le bavardage ; ceux qui manquent de mots, se réfugient dans le silence. Notre âme, notre esprit, notre corps – du mystère au problème, pour s'immobiliser dans la solution : « Je me comprends beaucoup moins bien dans ma parole que dans mon silence »*** - Hofmannsthal - « Ich verstehe mich selbst viel schlechter wenn ich rede, als wenn ich still bin » - un pas de plus, et tu retrouveras la bénie incompréhension de ta musique.
âme,esprit,éternité,inconnu,musique,mystère,silence,soi

mot
Les mots n'apportent que des ombres utiles à la lumière que sont les idées. Mais celui qui ne vit que dans les ombres voit de la lumière dans tout ce qui est légèrement moins ténébreux : « Les mots peuvent fournir des lumières sur les principes de nos idées » - Condillac - comme la poésie - sur les principes de votre orthographe ! Le poète indigent vit par ses mots, le grammairien repu vit de ses idées.
art,idée,langue,misère,ombre,platitude,poésie

mot
Le discours est une suite, linéaire et temporelle, de signes ; il n'est qu'une modulation des réseaux conceptuels, sous-jacents et spatiaux ; une langue ne contient pas de connaissances du monde, elle ne fait qu'aider à les résumer ou à les interroger.
arbre,idée,langue,nature,savoir,temps

mot
Les mots ne doivent jouer presque aucun rôle dans les définitions de concepts, à partir desquelles naissent des idées. « Définir, c'est entourer d'un mur de mots une contrée sauvage d'idées » - S.Butler - « A definition is the enclosing a wilderness of idea within a wall of words » - c'est presque le contraire qui est vrai : à la source d'une définition se trouvent des idées bien viabilisées et nettes, tandis que les mots y jouent un rôle banal de matériaux, pour délimiter les fondations, les murs et les faîtes. Une fois l'édifice en place, on se met à le peupler ou à le hanter d'idées moins harnachées et de mots plus fantomatiques. Il n'y a guère d'idées sauvages, c'est le mot qui ensauvage ou apprivoise.
château,doute,hauteur,idée,inconnu,matière

mot
On peut munir d'ailes - les mots, et non les idées, qui se rangent toujours dans des profondeurs ou dans des platitudes. Donc, ne compatissons pas aux volatiles ratés : « La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain » - J.Green - sa comédie, c'est que plus il suit le volatile et plus le reptile trace sa trajectoire. Donne à ta pensée du plomb de l'ironie et cultive chez les mots - des ailes de l'illusoire.
action,art,chemin,étoile,hauteur,idée,ironie,platitude,rêve,tragédie

mot
Dans le regard sur les composants de l'homme ou de l'ordinateur - sur l'âme et le corps, res cogitans ou res extensa, le logiciel et le matériel, il y a des parallélismes frappants, mais des divergences ne sont pas moins frappantes, et elles concernent et la représentation de connaissances et l'interprétation de requêtes. Chez l'homme, rien de comparable avec la primauté informatique de la représentation ; tout y est réduit à des (ré)interprétations fulgurantes. Mais dans l'exécution, le contraste est encore plus saisissant : l'équivalent du langage-machine, chez l'homme, semble être un langage de tropes, d'un niveau infiniment supérieur aux langages en logique ou orientés-objets ; les hiérarchies y sont inversées ! L'homme fut poète-né, avant de sombrer dans l'imitation de la machine !
âme,concept,hommes,interprétation,langue,métaphore,poésie,représentation,robot

mot
Le passage de la parole à la pensée et de la pensée à la vérité, si vanté par des sages, est à portée des logiciels. La parole de synthèse reproduira fidèlement la pensée analytique, mais le mot vivant défiera les plus impitoyables des analystes.
idée,raison,robot,vérité

mot
Dans les meilleurs arbres ne parlent que les fleurs, porteuses du sens, prêtant leur langage aux racines, ramages et sèves, qui ne sont que des sens. Mais la musique de l'arbre a besoin de tous ses attributs. Les mots ne poussent qu'avec les fleurs : « Les racines parlent et les paroles veulent pousser » - Jabès.
arbre,concept,langue,musique,réalité

mot
La bonne écriture, c'est bien la maîtrise simultanée des saisons du mot, convainquant davantage par une sensation de climat que par une précision de paysage. Mais seul un porteur de son propre climat, aux latitudes et hauteurs ouvertes, peut s'en rendre compte, dans un arbre unifié. L'arbre des mots apporte aussi des fruits de l'esprit.
arbre,art,climat,esprit,hauteur,maîtrise,ouvert

mot
Dans l'écriture, il y a deux composants – l'expression et l'énoncé ; le médiocre est obnubilé par l'énoncé, le doué se dévoue à l'expression, le talent trouve l'équilibre entre la profondeur de l'énoncé et la hauteur de l'expression.
art,esprit,hauteur,style

mot
Chacun de nous peut créer ses propres langages, et le mot, commun en apparence, appartient aux langages différents, tandis que l'idée fait partie d'un thésaurus commun des hommes. Donc, même si « les mots appartiennent à une époque, mais les idées - aux siècles » - Karamzine - « слова принадлежат веку, а мысли векам » - les mots peuvent être toujours neufs, et les idées restent pratiquement toujours les mêmes.
hommes,idée,temps,voix

mot
La syntaxe de la vie est bien inattaquable ; sa sémantique est soumise à notre intelligence ; sa pragmatique - à notre caprice. La bonne parole est au contact des trois. La parole, qui ne s'adresse qu'à une autre parole, est sans vie.
esprit,intelligence,utilité,vie

mot
Difficile de chanter la hauteur avec une voix de la faiblesse sacrée ; c'est la force intérieure du langage que je dois appeler. « Un langage altier ne sied pas à des faibles » - Eschyle. Un langage plébéien sied, aujourd'hui, à tous les forts du jour.
bassesse,force,hauteur,langue,sacré

mot
Avec une bouche, deux oreilles, dix doigts et dix orteils, devons-nous bouger et agir dix fois plus que parler, et écouter deux fois plus ? Le juge, ce sont les yeux ; tant qu'ils ne se mêlent ni des sons ni des mots ni des gestes, les oreilles, la bouche et les mains resteront entités anatomiques, de l'acabit d'un estomac.
action,ironie,musique,ouïe

mot
Si l'âme est dédiée aux ombres, le cœur, lui, est source de lumières. Mais sa lumière passe par quatre prismes radicaux avant de laisser son empreinte langagière : la volonté l'assagit, la raison interroge la volonté, les objets extorquent leurs références, la langue modèle les références. Comment s'étonner, que la bouche ne s'accorde jamais avec le cœur ? « Je hais comme les portes des Enfers celui dont le cœur n'est pas d'accord avec la bouche » - Homère.
âme,cœur,concept,haine,intensité,ombre,question,raison,réalité,représentation

mot
Entre l'intelligence qui se dénude et le mot qui se pare, mon excitation est plus vive avec le second. La première me laisse l'impression d'un épouvantail, dans un terrain vague, ou d'un squelette, dans un cimetière mécanique.
auteur,esprit,intelligence,mort,robot

mot
Tous les mots que j'écris sont aux autres, mais je ne les colle pas sur les mêmes objets ; toutes les relations que j'invoque sont connues des autres, mais elles ne lient pas les mêmes objets ; et même mes silences ne couvrent pas la même réalité. « Chaque mot se présente, pour moi en tant que locuteur, sous trois aspects : mot neutre, mot d'autrui, mot à moi » - Bakhtine - « Всякое слово существует для говорящего в трёх аспектах : как нейтральное, как чужое и, наконец, как моё ». Le mot doit se référer à la réalité objective (premier aspect), mais, surtout, il est lieu de rencontre dialogique de nos modèles (deux derniers aspects), où se jouent la compréhension et l'expression.
auteur,concept,réalité,représentation,silence,style

mot
Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique.
arbre,concept,interprétation,langue,métaphore,négation,représentation,science,temps

mot
Entendre, c'est s'entendre, dans un dialogue à deux, c’est la première fonction du langage. Tandis que la fonction représentative du langage n'est qu'un immense malentendu de ceux qui voient dans le mot l'unique interprète des choses : « C'est en vue de la fonction représentative que le langage est articulé » - Ricœur. Avec ces linguistes, en tombant sur vache, on ne sait jamais si on a affaire à un mot, un concept ou une chose.
idée,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Sur le terme de philosophe : celui qui sait, c'est le scientifique, atteignant la profondeur ; celui qui aime, c'est le poète, porté vers la hauteur ; le philosophe tente de combiner ces deux dons. Jadis, la poésie fut reine des arts et le savoir fut à portée de tout homme curieux – et le philosophe fut le poète du savoir ; mais depuis que la poésie est morte et le savoir – inaccessible au simple mortel, le philosophe professionnel est condamné à la platitude ou à la redite.
art,école,hauteur,modernité,philosophie,platitude,poésie,savoir,science

mot
L'esprit n'est une bonne occasion à vendre que s'il n'est ni usé (gebraucht) ni de seconde main (second-hand).
allemagne,angleterre,esprit,france

mot
De quoi peut être pleine l'âme ? Certainement pas de mots ni d'idées. Pourtant, « ce qui déborde du cœur jaillit aux lèvres » - l'Évangile. Si c'est pour déverser des mots fidèles, alors on est sûr de n'entendre que sornettes. Quand le cœur déborde, les mots sont de trop. Les lèvres, caressantes ou chantantes, remplissent le mieux le vide.
âme,cœur,intensité,platitude,vide

mot
La note, c'est le mot ; l'accord, c'est l'idée - « La note m'émeut ; l'accord m'intimide » - Hippius - « Звуков хотим, - но созвучий боимся ». Ceux qui se croient pleins, prennent cette plénitude pour idées et font appel aux mots sans relief. Ceux qui se reconnaissent vides cherchent des mots intenses, mais l'aléa des idées, qui en naissent, les décourage.
audace,beauté,doute,idée,immobilité,intensité,musique,souffrance,style,vide

mot
Le cas le plus fréquent, en littérature : la pâleur des sentiments et des mots, l'éclat des deux en étant le triomphe. Entre ces deux cas extrêmes – le vide, allié au déferlement : le vide du sentiment et le déferlement de mots assourdissants, ou le déferlement du sentiment, englouti par le creux des mots.
art,intensité,sentiment,vide

mot
L'homme perd l'intimité avec le mot, il communique, de plus en plus, par le geste ou par l'image, qui sont les chaînes du milieu, de la médiocrité (le middleware). Le diable nous parle de la fin nécessaire, la femme - d'un autre début possible. « La langue est ennemie de l'homme, ami du diable et de la femme » - proverbe latin - « Lingua est hostis hominum, amicusque diaboli et feminarum ». Un chant funèbre ou un chant de sirène réveillent le goût des mots.
action,commencement,danse,femme,goût,hommes,langue,mal,nécessité,platitude

mot
Même dans le clan des amateurs de la citation je ne suis qu'un exilé. Qu'ai-je à partager avec ces juvéniles calculateurs ou ces séniles collectionneurs ? Le barbare repeupla la patrie dévastée de Plutarque, d'Érasme et de Montaigne.
art,auteur,école,exil,maxime,platitude,raison

mot
Le Mot, tel un tenseur se réduisant à un vecteur, serait une notion dégénérée, triviale, si « le Tenseur joue dans le domaine du Silence algorithmique un rôle analogue à celui de la Notion dans le Discours » - Kojève. Heureusement, le mot sait recréer ses propres invariants, et par des transformations échappant à toute linéarité des notions.
axe,continuité,filtre,idée,immobilité,robot,silence

mot
Le mot ne représente pas la chose. Le mot est dans le pictural et non pas dans le représentatif. Celui qui le comprend le mieux, c'est le poète : « Le poète considère les mots comme des choses et non comme des signes » - Sartre. Le représentatif se réalise dans des méta-concepts (prénotions antiques ? idées a priori ? contagions des représentations ?), qui sont propres à l'homme, pas à la langue. Le représentatif a trois aspects : structurant - liens spatio-temporels et logiques, descriptif - où l'illusion d'univocité est la plus forte et comportemental - calculs, raisonnements, scénarios.
discursif,idée,intensité,interprétation,poésie,raison,représentation,style

mot
Tant de malentendus avec des mots tels que ouvert ou vecteur, où l'homme de la rue mêle fâcheusement ses emballages ou ses publicités à la théorie des ensembles ou à la géométrie. Ainsi, mon vecteur ne porte rien sur son dos ni dans ses soutes, mais se contente de définir un axe, contenant des valeurs, qu'il s'agit de chanter, toutes, avec la même intensité.
axe,danse,intensité,ouvert,platitude,valoir

mot
L'air est l'élément de la poésie ; le son a besoin d'air, pour être entendu ; les premiers gestes de la Création, étaient-ils accompagnés d'une musique et d'une poésie ? Puisque le son précède la parole, et « une langue est un commentaire humain sur la création » - J.Green - son premier rôle serait donc la traduction d'un original indéchiffrable. Modeste et somptueux !
acquiescement,création,hommes,inconnu,langue

mot
Le but du poète est toujours obscur, et le mot, qui le vise, ne doit être ni trop clair ni trop vague. « Le poète rate sa cible, avec des mots ou trop familiers ou trop distants » - S.Johnson - « Words too familiar, or too remote, defeat the purpose of a poet ». Dans l'art du chant, le mot à distance juste n'existant pas, le poète est celui qui vit de ces ratages.
art,danse,défaite,doute,flèche,langue,poésie,proximité

mot
J'aimerais être contesté, plutôt qu'être constaté. On constate les idées, et l'on conteste les mots. Le constat est un acte d'horizontalité ; la contestation - celui de verticalité. Tente donc de t'installer en hauteur, d'où tu pourrais verser un « déluge de mots sur un désert d'idées » - Voltaire.
désert,hauteur,idée,lutte,platitude

mot
La pensée est un arbre à variables, l'énoncé en est un mouvement, l'interprétation est le suivi du mouvement, aboutissant à l'arbre unifié.
arbre,idée,interprétation,temps

mot
Dans la tuyauterie humaine circulent des syllogismes et du sang. Le premier circuit rehausse le verbe, le second - le regard. Si je n'irrigue pas assez le premier, le second tarira dans une inexpressivité hébétée. Et être, c'est savoir traduire le regard en verbe et animer le verbe par la présence d'un regard.
être,platitude,raison,regard

mot
Dans le dernier livre de R.Debray, on tombe sur cette belle trouvaille de l'imprimeur : L'enceinte exalte le rAmpaNt ! Ce n'est pas aux mâchicoulis ou échauguettes qu'il songeait, mais à Ève, qui, après avoir croqué la pomme du Serpent, connu la honte et Adam, se trouve sur le point d'accoucher et remercie le Malin.
ironie

mot
Se méfier des mots, qui consignent ou transforment l'accessible. Ils devraient rappeler à l'âme visible l'existence secrète d'une autre âme, invisible, rappeler en musique, où la touche unique, fidèle au réel, est impensable.
âme,filtre,inconnu,musique,réalité

mot
La mathématique n'est pas le langage principal de la nature, elle n'en est que l'ontologie, c'est à dire le casting des rôles. Mais son dramaturge avait également pensé au langage des décors et à celui du jeu des interprètes, au fond de la scène et à la hauteur du paradis. Le langage, c'est la forme ; quant au fond, c'est toujours la même clé - Deus ex machina.
beauté,être,interprétation,jeu,langue,nature,science,style

mot
Le fond sinistre du robot se laisse deviner d'après l'étymologie de son synonyme – ap-pareil, ce qui rend les choses disparates et hétérogènes - pareilles ; il projeta sa grisaille jusque sur le beau mot d'apparat, qui, au lieu de nous renvoyer aux parures, s'associe aux nomenclatures.
beauté,platitude,robot

mot
Les adjectifs traduisent la faiblesse des noms et l'indifférence face aux verbes ; mais la poésie étant le chant de la faiblesse, par un verbe partial, les adjectifs y sont les bienvenus. Sans eux, on peut, en effet, brosser, à grands traits, un arbre inéradicable (verbes-nœuds, noms-branches). Mais d'autres y chercheront des fleurs. Le verbe est l'âme, le nom - la raison, l'adjectif - le cœur. Pouchkine est dans l'harmonie de tous les trois, Lermontov est le verbe, Blok - l'adjectif, Pasternak - le nom.
âme,arbre,cœur,force,ordre,poésie,raison,style

mot
Pour échapper au prurit du changement, qui finit toujours par nous laisser avec la même chose, il vaut mieux suivre la devise opposée de Quintilien : « La même chose mais autre » - « Eadem sed aliter ». Les angles de vue, les langages, reconnaissent, font et défont les choses, c'est à dire leurs modèles.
création,interprétation,langue,représentation

mot
Dans une langue, comme en mathématique, il y a très peu de constantes, notées toujours par les mêmes symboles (mots) ; c'est pourquoi tout bon et honnête philosophe devrait introduire ses écrits, comme le fait tout mathématicien (Soit X désigne…) : soit Penser, Être, Idée désignent… Toutes ces tentatives ayant lamentablement échoué, on est obligé de lire en toute philosophie, même dans la bonne, - des exercices poétiques, ratés ou réussis.
être,idée,langue,philosophie,poésie,science

mot
Le seul degré de création, qui nous soit accessible, est la traduction. Du lisible (l'interprétation ou la parodie) ou de l'illisible (la transmutation ou la métamorphose), mais toujours dans une langue des mots. « La véritable créativité commence souvent là où s'arrête le langage » - Koestler - « True creativity often starts where language ends ». La langue d'idées n'appartient qu'à Dieu de la médiation. Là où s'arrête le langage s'arrête la création, mais peut se mettre en branle la créativité.
commencement,création,dieu,filtre,idée,inconnu,interprétation,langue,platitude

mot
L'agonie ou la contradiction, si redoutées par les médiocres, et si fécondes dans la vie des mots, des idées, des états d'âme, afin d'affermir le culte des commencements et des harmonies, au sein d'un langage naissant.
beauté,commencement,idée,langue

mot
On reproche aux poètes de ne savoir ce qu'ils pensent qu'après l'avoir chanté. Sa parole imprimée, il fictionne ce qu'il aurait pensé. Les autres sont tellement gonflés de leurs pensées toutes prêtes, qu'ils n'exsudent que de l'air. La compression est ennemie de l'impression.
art,création,éléments,idée,intensité,platitude,poésie

mot
En perçant l'indicible mystère du monde, je chercherai - ou en recréerai ! - la musique, la grammaire et le vocabulaire des choses et la mirobolante logique de leurs cortèges. « Tout parle dans l'univers, il n'est rien qui n'ait son langage » - La Fontaine. Et je ne m'arrêterai même pas aux choses elles-mêmes ; j'en ferai parler la profondeur et chanter - la hauteur.
auteur,danse,hauteur,langue,musique,raison,réalité

mot
Pour ouvrir les portes, plusieurs solutions : devenir familier du portier, fabriquer les clefs, apprendre l'art sésamique. « Qu'est-ce que la langue dans la bouche d'un homme ? - la clef d'un trésor ! Tant que la porte est fermée, personne ne sait si, derrière, il y a des pierres précieuses ou des ordures » - Saadi. Le bon regard, dans les yeux d'un homme, t'apprendra, que le vrai trésor est la clef elle-même et te détournera des serrures. Toutes les portes se valent pour celui qui a la formule sésamique.
création,langue,regard

mot
Dans le réel, il n'y a aucune trace de poétique ; la poésie est de la traduction et non de l'imitation (la mimesis de Platon et Aristote) ; traduction artistique d'un message mystique, inarticulé ; notre soi inconnu est mystique, et le soi connu – poétique ; la rencontre entre eux, la traduction du premier dans le langage du second, c'est la création.
art,création,inconnu,langue,mystère,poésie,soi

mot
Aucune langue ne m'accueille plus, un permis de travail à la clé. Apatride des idées, je suis devenu apatride des mots - et ma collection des exils s'en voit allongée.
auteur,exil,idée,langue

mot
Les objets, qu'ils soient petits ou grands, s'égalisent dans cette infâme horizontalité, due à la même logorrhée, qui les dilue. « Peu de paroles suffisent au sage, même pour un vaste objet » - Pindare. Le mot laconique du sage fait deviner le sujet parlant, quel que soit son objet ; le mot, toujours trop long, du sot exhibe et l'objet et le projet, au sujet muet. C'est de la bêtise ou de la … science sans conscience : « Dans la pensée scientifique, la médiation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet » - Bachelard.
concept,conscience,discursif,esprit,philosophie,science,soi,voix

mot
Le bon entendeur n'est écouteur que de courte durée. Le sot n'est qu'écouteur. « À bon entendeur, la parole suffit » - Plaute - « Dictum sapienti sat est ». Bien entendre, c'est aimer animer la parole soi-même. Le meilleur des entendeurs est celui qui, en plus, sait traduire les paroles en mots, les mots en style, le style en beauté.
beauté,école,langue,ouïe,réalité,soi,style

mot
Les mots, c'est un champ magnétique d'attirances, avec des flèches et des arcs, avec lesquels tu pourras dessiner un monde de cibles. Les idées, c'est un répertoire de cibles touchées. « Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C'est le monde des mots qui crée le monde des choses » - Lacan. Tout mot est une requête ou un ordre, et c'est la perspective allégorique du regard sur les choses qui en détermine l'épaisseur et surtout la hauteur. Le meilleur créateur se reconnaît par ses requêtes ! De la sédimentation de discours (Husserl) ne naît que l'arbre sémantique et non pas les choses pragmatiques.
arbre,création,hauteur,idée,langue,musique,question,réalité,regard

mot
Le vrai mot donne la sensation d'un arbre indivis, avec ses racines et cimes, son climat et ses saisons. Le fruit d'un tel mot, d'une maxime, est la présence de la vie, même si le sens en reste vague. « Les mots sont comme des feuilles : l'arbre, qui en exhibe trop, est pauvre en fruits de la raison » - A.Pope - « Words are like Leaves ; and where they most abound, much Fruit of Sense beneath is rarely found ».
arbre,climat,maxime,raison,utilité,vie

mot
On a tant d'ambitions, pour mettre le langage au service de nos caprices ou de nos systèmes, tandis que c'est lui qui nous forge et nous guide. Les linguistes prétendent, que la langue ait une existence autonome externe. Les mots mènent les uns, abandonnent les autres et devinent les meilleurs.
élite,hommes,langue,poésie,système,voix

mot
Maîtriser une langue, c'est savoir en débarrasser les mots de leur fonction d'étiquette et les munir de celle d'hapax.
langue,maîtrise

mot
J'aime les allées verbales, où s'unifient les réseaux des soupirs gnomiques. « Grand arbre du langage peuplé de maximes et murmurant dans les quinconces du savoir, où le désir encore va chanter »** - Saint-John Perse. Quel genre verbal résiste encore à l'invasion des forêts ? - la maxime !
arbre,élan,langue,maxime,savoir,souffrance

mot
La maxime : non seulement un maximum d'expression dans un minimum de mots - « Personne ne dit ce que je dis en moins de mots que moi »* - Gorgias – mais surtout le respect des contraintes : dans le choix des choses méritant mon mot et dans le maintien de la hauteur de mes mots électifs.
contrainte,hauteur,maxime

mot
On assagit le verbe, on rogne le mot, on se fie à la seule vérité de la cervelle - et l'on peut fermer l'entrée de sa Caverne, pour se retrouver entre machines silencieuses, sans feu, sans ombres, avec peut-être un homme, réduit à un écran.
idée,langue,mensonge,raison,robot,ruines,silence,vérité

mot
Dire, que la langue est un système de signes exprimant des idées, est aussi bête que de dire, que les cordes d'un violon expriment des mélodies - confusion entre l'outil et la fonction. La langue permet de formuler des références, pour accéder aux concepts ; l'idée naît de l'interprétation conceptuelle et non pas langagière. Les idées sont faites pour être communiquées, elles naissent donc du modèle ; l'expression naît de la confrontation entre la langue et le modèle sous-jacent ; le gagnant déterminera si le discours est littéraire ou technique.
art,idée,interprétation,langue,lutte,représentation,style,système

mot
Le langage comme forme est inépuisable, informalisable ; le langage comme substance est presque entièrement décrit par la grammaire. Le conceptuel et le réel l'animent et le statufient ; le formel l'abîme et le pétrifie.
être,idée,langue,réalité,style

mot
Le poétique et le sacré furent les premiers symboles que l'homme coucha sur papier. « La première langue a dû être hiéroglyphique, pour les caractères sacrés, la deuxième, symbolique, pour les caractères héroïques, la troisième, épistolaire, pour les caractères conventionnels » - G.B.Vico - « La prima lingua - geroglifica ovvero per caratteri sagri, la seconda - simbolica o per caratteri eroici, la terza - epistolare o per caratteri convenuti ». Ces trois étapes, niveaux ou états – divin, poétique, humain - furent fusionnés par Nietzsche dans l'éternel retour, où cohabitent la mort de Dieu, la réduction de la vie à l'art, le surgissement du surhumain.
dieu,éternité,héros,hommes,langue,poésie,retour,sacré

mot
Le mécanisme central de tout langage, qu'il soit naturel, conceptuel, musical ou pictural, est le chemin d'accès aux objets et relations. Qu'on le dise ou qu'on le montre, le principe reste le même ; la monstration sera là, dans les deux cas ; mais plus la métaphore l'emporte sur la routine, plus le message relèvera de l'art plutôt que du mode d'emploi, de la musique plutôt que du bruit.
art,concept,idée,langue,métaphore,musique

mot
Pour créer l'illusion de hauteur ou d'ascension, on te conseille : « que ta parole parte d'en bas » - proverbe latin - « ab inferiore loco dicere ». Certes, la grandiloquence, l'accoutumance de parler du haut d'une certitude, est pire. Le mieux, c'est de ne pas du tout chercher l'oreille d'autrui. Ou bien donner à ta parole, alternativement, trois directions : d'en haut, celle du chat - avec mépris, d'en bas, celle du chien - avec humilité, de plain-pied, celle du cochon - avec familiarité, d'égal à égal. (« Dogs look up to us. Cats look down on us. Pigs treat us as equals » - Churchill).
acquiescement,doute,grandeur,haine,hauteur,ouïe,proximité

mot
Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ».
audace,être,interprétation,langue,représentation,robot,savoir,soi

mot
Ceux qui font la louange du silence ratent tant d'occasions de se taire ; tant de sages, en se taisant, se rendent sots. Le sage, en parlant, expose le passé de sa sagesse, et le sot - le futur de sa sottise.
philosophie,silence,temps

mot
La feuille de papier, en fonction de la saison de mes humeurs, peut être un sol fécond, la pierraille, le sable, le chemin battu, où de la graine de mon esprit germent les fruits de mon âme. De moi, laboureur, on ne réclamera qu'un climat et une vie en arbre.
âme,arbre,climat,esprit,vie

mot
Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens.
interprétation,langue,représentation,robot,valoir

mot
Le poète qui brandit ses idées, que lui inspirent des faits, est plus terne que le scientifique qui crée ses mots, pour peindre des faits. Dans un fait, ce qui compte, c'est le langage de son énonciation. Les idées naissent auprès de Dieu, ne séjournent que dans le langage, elles effleurent les têtes et se moquent des faits.
art,dieu,hauteur,idée,langue,poésie,raison,réalité,science

mot
Face à un discours, on a quatre domaines irréductibles : deux espaces nets - la langue et la réalité, et deux sphères vagues - la représentation-interprétation et la sensibilité mentale ; ce qui est net contient le sens, ce qui est vague contient l'expression.
interprétation,langue,réalité,représentation,soi

mot
Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle.
arbre,idée,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

mot
Pour les conceptualistes, les noms s'attachent toujours aux objets de la représentation (et jamais – aux choses réelles) ; on n'interroge jamais la réalité, mais ses représentations – d'où des innombrables erreurs des réalistes, de Mill à Husserl, faisant une différence entre jugements et propositions. Les nominalistes, qui renvoient aux relations entre les noms eux-mêmes, font pire.
concept,langue,réalité,représentation

mot
La majorité des philosophes pensent que « ce qui caractérise tout savoir humain est qu'il est lié à la langue » - F.Schlegel - « das charakteristische Kennzeichen alles menschlichen Wissens, daß es an die Sprache gebunden ist ». Ils se trompent de sens de cette liaison : ce n'est pas le savoir qui est lié à la langue, c'est la langue qui se colle, qui se met par-dessus le savoir. Le savoir est assertif, la langue - interrogative. « La langue, porteuse d'opinions et non pas de savoir »** - Nietzsche - « Die Sprache will nur eine doxa, keine épistémé tragen ».
langue,question,savoir

mot
Ils opposent la parole intempestive au temps : la première empêcherait l'action, que ne ferait qu'effacer la seconde. Mais la langue crée tout ce qui n'existe pas, et le temps ne crée même pas ce qui existe. Au lieu de tuer le temps, la langue doit le ressusciter.
action,création,être,langue,temps

mot
Un grand paradoxe, dont, à ma connaissance, ne s'aperçut que Valéry : la composante la plus expressive du discours n'est pas de nature langagière ! Les métaphores ne naissent ni dans la langue ni dans les choses mêmes, mais dans le modèle sous-jacent, où l'inévidence ou la subtilité du chemin vers les objets référencés créent des images ou des sensations ; exactement les mêmes signifiants, au-dessus d'un autre modèle ou dans une autre langue, auraient pu ne produire aucun effet tropique. La langue n'offre que des ressources phonétiques, lexicales, morphologiques, syntaxiques, qui, en tant qu'outils, ne suffisent, en général, qu'aux dilettantes.
concept,langue,métaphore,représentation

mot
Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière.
arbre,commencement,idée,interprétation,langue,nihilisme,représentation,temps

mot
L'idée chaussée en mots répugne à être déchaussée. Le non-dit est une cachotterie du marchand et le trésor du sage : « La part créative d'une pensée se manifeste par la présence discrète du non-dit derrière le dit » - Heidegger - « Das Zurückbleiben hinter dem Gedachten kennzeichnet das Schöpferische eines Denkens » - le sensible, suggéré par le style, primant l'intelligible, exhibé dans le mot - le regard derrière les yeux.
force,idée,misère,philosophie,regard,style

mot
La sincérité a un sens pour celui, pour qui son fait et son dit sont identiques, c'est à dire inexpressifs. Le créateur poursuit la beauté et se désintéresse de la sincérité. Donc, dans cet adage : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » - proverbe chinois - le premier morceau concerne le sot, et le second - le poète. Qui se croit sincère ne peut pas être élégant. Qui se veut élégant, invente la sincérité des paroles. La sincérité vaut dans ce qui est profond ; l'élégance sied à ce qui est haut.
authenticité,axe,beauté,chine,création,goût,grâce,hauteur,poésie,style

mot
Au royaume de l'Acte, le silence est d'or. Au royaume du Mot, seule l'alchimie du verbe frappe une bonne monnaie, toujours à l'effigie du faux-monnayeur.
action,balance,grandeur,silence,soi

mot
Aucune critique, aucune logique chez Kant et Hegel, dans leurs raisons pures ou leur Science ; leur Critique se rapproche de la crise, situation-limite, et leur Logique vient tout droit du Logos.
grèce,philosophie,raison,science

mot
Pour un métèque d'une langue, à la recherche d'une image, les mots se présentent sous une même couleur, avec la même neutralité ou indifférence. Tandis que l'oreille d'autochtone perçoit des grincements, des sifflements, des ricanements, des roulades. Mais c'est le métèque-artiste qui cherchera à créer ces effets sonores et personnels, là où l'aborigène-artisan ne fera que reproduire le bruit commun de la tribu. L'art est aussi bien dans la profusion du sens que dans l'infusion des sens.
art,auteur,exil,langue,ouïe

mot
La musique des mots est étonnamment plus féconde en échos et sens cachés que les syllogismes les mieux tambourinés. « Enfiler des mots sonores, qui n'accueillent leur sens qu'une fois lâchés » - Vigny.
musique,raison

mot
Toute pensée est un dialogue, mais parmi tous les dialogues le plus utile, pour la justesse et la justification de la pensée, est celui avec d'autres langues. Le grec aida les Allemands à cultiver l'abstrait ; le latin apprit aux Médiévaux le laconisme ; l'allemand rendit plus poétique la pensée des Français et des Russes. L'Américain, aujourd'hui, favorise l'horizontalité, la platitude, la prose, qui sont la mort de la pensée.
allemagne,amérique,france,grèce,idée,maxime,mort,moyen âge,platitude,poésie,…

mot
Quand la pensée n'est qu'une structure, la géométrie suffit pour la représenter. Mais lorsqu'elle est un arbre, il faut m'unir à elle par mes propres racines ou ombres, qui poussent ou s'intensifient en mots. N'éclosent que les mots. « J'assiste à l'éclosion de ma pensée » - Rimbaud - réduite au feuillage des mots. La pensée est la fête de l'arbre des mots. Chez l'auteur du Dit d'Igor - la coulée des pensées dessinait un arbre (растекашется мыслию по древу).
arbre,idée,intensité,représentation

mot
Un discours démuni de toute poésie peut se réduire à une représentation ; le mot ne s'émancipe de la représentation sous-jacente que par la musique, qui émane de lui et de son entourage. « Il faut des mots qui ne sont jamais identiquement annulés par une représentation – des mots-musique »*** - Valéry.
musique,poésie,représentation

mot
Les mots et les concepts habitent deux sphères profondément différentes, avec quelques intersections minimes. Le mot est un habit, et le concept – un mannequin. Le mannequin est le plus séduisant, lorsqu'il est nu. « Méfiez-vous des concepts, chamarrés de mots ; réjouissez-vous des mots, qui mettent en valeur la nudité des concepts »** - Tsvétaeva - « Бойтесь понятий, облекающихся в слова, радуйтесь словам, обнажающим понятия ».
caresse,idée

mot
La vraie création peut naître de trois efforts disjoints : imaginer de nouvelles représentations, soufflées par le réel ou par l'imaginaire, composer de nouvelles requêtes du monde dans un langage nouveau, formuler de nouvelles interprétations des réponses, que le monde livre à mes requêtes – scientifiques, poètes, philosophes.
création,interprétation,langue,nature,philosophie,poésie,question,réalité,représentation,science

mot
À part les constantes morphologiques, les métaphores et les syllogismes, tout discours comprend deux types de référence : des objets et des relations. C'est la piètre qualité de l'élément principal qui pousse les bavards à s'étendre à l'infini : le romancier sent l'indigence intellectuelle de ses objets et compte atteindre une somme respectable, en multipliant le nombre de termes ; le philosophe sent l'indigence logique de ses relations et espère atteindre les derniers chaînons des causalités, en s'accrochant aux abstractions de plus en plus bancales.
art,concept,élite,intelligence,philosophie,représentation,science

mot
Les logorrhées pseudo-philosophiques sur le savoir, la réflexion, la vérité sont de l'enfantillage, qui fait sourire les scientifiques. Tandis que les deux seuls domaines proprement philosophiques, l'angoisse humaine et le langage, sont abandonnés par les philosophes au profit des charlatans-sociologues et des charlatans-linguistes.
angoisse,esprit,hommes,langue,philosophie,science,vérité

mot
La poésie n'est jamais dans les choses ou dans les mots. Elle est rarement dans les relations entre les choses et presque toujours – dans le vertige de l'accès aux choses et aux relations. C'est pourquoi, pour tout poème, une traduction mot-à-mot ou chose-à-chose, dans une langue étrangère, débouche, fatalement, sur une grisaille prosaïque, puisque les plus belles ressources poétiques d'une langue se trouvent dans les méandres d'accès, tout littéralisme en poésie en signant l'acte de décès. Le brillant ne passe pas par le littéralisme.
beauté,concept,langue,poésie,sentiment

mot
Le but du dit philosophique est l'attouchement par l'indicible, tâche, où ni le montré pratique ni le démontré scientifique ne sont d'aucun secours (« l'inexprimable se montre » - « das Unaussprechliche zeigt sich » - en mélodie). Une étrange consonance avec les mots (qui sont aussi, comme les mots du Tractatus de Wittgenstein, la coda du livre !) de H.Broch : « Ce Verbe fut inexprimable, car il fut au-delà du langage » - « Das Wort war unaussprechbar denn es war jenseits der Sprache ». En deçà du langage il y a le corps et l'esprit, et au-delà - la musique : « Il m'arrive de penser que la langue, ce n'est encore rien » - Beethoven - « Es gibt Momente, wo ich finde, daß die Sprache noch gar nichts ist ».
art,esprit,langue,musique,philosophie,science

mot
Les grammaires s'adaptent aux représentations, et presque jamais l'inverse, comme le pense, pourtant, Nietzsche : « Le plus vieux fonds métaphysique s'est incorporé aux catégories grammaticales » - « Der älteste Bestand von Metaphysik verleibt sich in den grammatischen Kategorien ». Ce fonds, quand il est profond, ne porte presque aucune trace des langues.
langue,philosophie,représentation

mot
Le langage (moins la sonorité et la gesticulation) nous plonge totalement dans un modèle, sans aucun débordement sur la réalité ; dire que « le langage est émergence claire-obscure de l'être » - Heidegger - « die Sprache ist eine lichtend-verbergende Ankunft des Seins » est reconnaître le néant de l'être. À moins que la réalité soit réceptacle de l'étant, l'être ne faisant que résumer le fond avéré du modèle…
être,langue,réalité,représentation

mot
Reconnaissance comme gratitude, reconnaissance comme effort de la mémoire - deux acceptions, éthique ou mentale. Préférer la reconnaissance à la connaissance serait signe d'une fatuité d'ignare ou d'une humilité de savant.
acquiescement,gloire,mémoire,savoir

mot
Valéry a une vision d'une profondeur vertigineuse : « Les mots ne sont pas dignes de figurer dans mes vrais problèmes et dans mes solutions »*** ! Que le modèle et la réalité s'en chargent et laissent aux mots transitoires le souci du haut mystère inventé ! « Ce n'est ni mot ni regard que je pleure, - je pleure le mystère perdu »*** - Tsvétaeva - « Жаль не слова и не взора - тайны утраченной жаль ».
artificiel,création,hauteur,mystère,regard,représentation

mot
Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ».
concept,frontière,langue,philosophie,représentation,universel

mot
Pour sculpter mon regard, je prends le bloc de mon être, j'en élimine mes actes, pour n'en laisser que mes mots et ma voix (« verba et voces » - Horace, si loin de la devise américaine : « acta non verba » !). En paraphrasant S.Beckett, je dirais, que mon style se dégagera des réponses à ces questions en marbre : Où irais-je, si je devais aller ? Que serais-je, si je voulais être ? Que dirais-je, si je pouvais avoir une voix ?
action,amérique,auteur,être,question,regard,valoir,voix

mot
L'usage, dans la maîtrise d'une langue, fait partie de ces contraintes qui manquent tant au métèque ; l'écriture est une traduction des intentions en phrases, et la métaphore en est le moyen principal, mais toute métaphore a des éléments dus au seul usage, et aucune invention ex nihilo ne peut s'en passer, sans nuire à la lisibilité.
art,contrainte,création,langue,maîtrise,métaphore

mot
Ce qui nous procure les vertiges et ivresses, réels et profonds, ce sont les drogues et les liqueurs – les idées, solides ou liquides, prometteuses des finalités ; les vertiges et ivresses imaginaires et hautes naissent du regard sur les fleurs et de la lecture des étiquettes, des mots, aériens ou ardents, parlant origines et commencements.
caresse,commencement,éléments,hauteur,idée,réalité,regard

mot
Les pensées naissent tout habillées, comme le corps habille l'âme, les mots habillent les pensées ; on ne vit jamais les secondes sans les premiers. En revanche, les faits nus n'existant plus, les mots n'ont plus rien à y draper.
âme,caresse,idée,ironie,réalité

mot
Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté.
beauté,commencement,langue,liberté,moyen âge,nécessité,philosophie,poésie,représentation,robot,…

mot
Du silence de leur intelligence, ils extraient des mots ; des mots, qui coupent le souffle, j'extrais du silence, dans lequel retentit la musique du sentiment.
intelligence,musique,sentiment,silence

mot
Les mots d'une langue, ce sont des pinceaux et des couleurs ; les mots d'un écrit d'art, c'est le tableau ; dans les premiers - très peu de mystère, trop de solutions faciles, assez de problèmes subtils ; dans les seconds, ce qui compte, c'est l'art de préservation du mystère de la vie, la maîtrise de l'instrument étant un requit nécessaire mais non vital.
art,langue,maîtrise,mystère,vie

mot
Production de discours : intentions - formule logique - objets et relations - remplissage de la formule avec des références langagières d'objets et relations. Interprétation de discours : formule logique - accès, à partir des références, aux objets et relations. Ce qui rend la compréhension possible, c'est la proximité des modèles du locuteur et de l'interprète, modèles, qui contiennent les objets et relations.
concept,hommes,interprétation,proximité

mot
Dans les merveilleuses structures linguistiques - aucune trace du réel (sauf quelques onomatopées ou reflets de l'axe temporel) ; le conceptuel, à son tour, ne doit presque rien au linguistique ; pourtant, c'est dans ces deux pièges que tombe Heidegger, en suivant un parallèle insensé entre, d'un côté, la sédimentation des infinitifs et des nominatifs débarrassés de déclinaisons et de conjugaisons et, de l'autre, le surgissement de l'être de l'étant. De plus, les flexions ne sont pas une règle pour toutes les langues, et la catégorie de verbe n'est pas absolument indispensable.
axe,être,idée,langue,réalité

mot
Ce n'est pas la maîtrise de la grammaire qui est signe que je possède une langue, mais la compréhension ou, mieux, une nette sensation des effets que provoquent les écarts par rapport à cette grammaire.
action,âme,hommes,idée,langue,maîtrise

mot
Dans la représentation, les images ne sont que des attributs d'objets, comme, d'ailleurs, les noms. C'est l'objet lui-même (faisant partie d'un réseau spatial) qui est la première cible du désir, débouchant sur la pensée (prenant la forme d'un réseau temporel). La première grammaire de la pensée ne serait donc ni iconique ni onomastique ni pragmatique, mais thymique.
arbre,concept,élan,idée,langue,représentation,temps

mot
L'usage de la langue comprend trois parties : la partie neutre ou plate - la phonétique, le vocabulaire, la grammaire ; la partie profonde, ou philosophique, - le modèle conceptuel, bâti par ses porteurs ; et la partie haute, ou poétique, la plus mystérieuse, informalisable - la nature de la rencontre entre le mot et la chose, entre les sons et le sens. Les plus beaux vers français, russes, allemands, anglais, traduits, mot-à-mot, dans une autre langue, ne sont jamais beaux. Mais les lois scientifiques ne perdent rien dans des traductions littérales.
allemagne,angleterre,beauté,france,idée,inconnu,langue,philosophie,poésie,représentation,…

mot
Les beaux termes de mot et d'idée furent profanés par Adam et Platon ; nommer un objet est banal et créer un concept est trivial ; le mot est une idée, qui est profonde grâce au modèle et haute grâce au langage.
concept,création,hauteur,idée,représentation

mot
Réalité, modèle, langage - trois espèces aux fécondations croisées imprévisibles. L'une des plus stupéfiantes est l'aventure entre ontos (chose du modèle) et logos (mot du langage) engendrant onto-logie (être de la réalité).
être,grèce,langue,réalité,représentation

mot
Toute pensée est plate (ou profonde, ce qui est la même chose, question du temps) avant d'inventer une hauteur langagière. « Les hautes pensées exigent un haut langage »* - Aristophane. On reconnaît la logocratie aristocratique dans la démocratie des pensées.
cité,création,hauteur,idée,langue,noblesse,platitude,temps

mot
L'une des sottes joies des intellectuels français (et dont je me laisse parfois contaminer), ce sont ces innombrables palindromes mécano-syntaxiques, comme, par exemple : l'histoire n'est pas raisonnable (ce qui est juste), c'est la raison qui est historique (ce qui est bête). Qu'importe qu'histoire n'a presque rien à voir avec historique ni raison avec raisonnable.
esprit,france,histoire,honte,langue,platitude,raison

mot
L'opposition mot-idée est du même ordre que pose-position ou regard-pensée : l'intensité, la musique, la noblesse opposées à la cohérence, la force, la certitude. Savoir libérer les premiers des secondes est une précondition de l'art.
art,force,idée,intensité,musique,noblesse,pose,regard

mot
Au stade pré-langagier, dans la pensée se cristallisent les sujets et les objets (leurs chemins d'accès), les modalités (devoir, vouloir, pouvoir), la logique (les connecteurs, les quantificateurs, la négation) ; l'enveloppe langagière se forme comme résultat de deux mouvements opposés : de la pensée encore inarticulée et de la langue déjà accueillante. « L'essence du langage : une pensée reçue du dehors » - Levinas – ce dehors concerne la langue et non pas le sujet, les phénoménologues et les philosophes analytiques obtus ne le comprendront jamais.
concept,idée,langue,négation,philosophie,valoir

mot
Décrire l'usage d'un clou ou le goût d'un fromage relève des mêmes ressources représentationnelles et langagières que pour décrire l'émoi d'une âme, écoutant une sonate, ou la peine d'un cœur, saisi par une compassion. La distance entre un discours et la réalité correspondante est toujours du même ordre. Il est donc bête d'affirmer, que « les propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur » - Wittgenstein - « Sätze können nichts Höheres ausdrücken », puisque dans l'Inférieur, elles n'ont pas plus de compétences.
âme,cœur,langue,pitié,proximité,réalité,représentation,savoir

mot
Tout message est composé d'un pathos et d'un logos : le premier naît de l'interprétation du mot, le second réside exclusivement dans la représentation sous-jacente. L'écho hautain du soi inconnu, l'œuvre profonde du soi connu ; si je veux m'adresser à Dieu, je dois chercher le pathétique lointain, même au détriment du logique proche.
auteur,dieu,élan,hauteur,inconnu,interprétation,proximité,représentation,soi

mot
Non, on ne pense pas en mots, mais en réminiscences d'envies ou répulsions, de possessions ou sacrifices, d'élans ou immobilités, de plaisirs ou inappétances. L'enveloppe verbale vient de notre culture, mais la pensée surgit de notre nature (une pensée décharnée s'appelle idée). « Les mots n'emmaillotent pas la pensée, ils en sont la chair » - G.Spaeth - « Слова - не свивальники мысли, а ее плоть » - une fois verbalisée, la pensée se sépare de son origine charnelle ; seul le mot s'imprègne d'une chair nouvelle.
culture,élan,idée,immobilité,maîtrise,nature,sacrifice

mot
Tout spécialiste en Intelligence Artificielle sait, qu'au-dessus d'une représentation il n'y a pas un seul, mais bien deux langages : langage d'une pure logique, proche des langages de programmation (prédicats déduisant des classes d'objets, des liens sémantiques, des valeurs d'attributs), et langage (pseudo-)naturel (tournures de phrases, associées aux relations). Tout n'est que rigueur dans le premier ; le second admet des tropes, des styles, des ambigüités. Mais toute grammaire naturelle s'inspire de la grammaire artificielle, pure, universelle et logique (structures profonde et surfacique de Chomsky).
artificiel,concept,intelligence,langue,métaphore,représentation,science,universel

mot
Une proposition est une structure spatiale ; son interprétation aurait dû pouvoir commencer par n'importe quel nœud. Mais une structure temporelle, interne à la proposition, - des constructions elliptiques, des références contextuelles – obligent à tenir compte de la relation de succession entre les mots.
concept,interprétation,langue,temps

mot
Pour ranimer les mots, sans relief ni mélodie ni élan ni allusion, on devrait se rappeler que parole vient de parabole ; le Christ en savait quelque chose.
christianisme,élan,musique

mot
Le test de vitalité d'un mot d'antan : il transmet le feu et non pas la cendre.
éléments,temps

mot
L'expressivité ascendante du discours : des faits aux actes, des noms aux verbes, des objets aux liaisons. Le verbe, c'est l'action métaphorique du poète et le simple constat du prosateur. Le nom, c'est la liberté du poète et la servilité du prosateur.
action,art,concept,langue,liberté,métaphore,platitude,poésie,simplicité

mot
Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres.
concept,éternité,idée,intensité,langue,nature,ombre,ouvert,réalité,représentation,…

mot
La poésie des idées est aussi dérisoire que la poésie des seuls mots ; à la réflexion profonde et à la narration plate, la poésie devrait opposer et la pensée et le style de hauteur, danser plutôt que creuser ou marcher.
danse,hauteur,idée,platitude,poésie,style

mot
Je devrais frapper chaque mot, comme je frappe une balle de tennis, - au beau milieu, pour que mon énergie suive le point visé. Si ma raquette est en désaccord avec mon corps ou si elle n'est que d'emprunt, ma frappe risque ne produire qu'une langue de bois.
auteur,flèche,ironie,langue

mot
Quand le rêve l'emporte sur le mot, on préfère la montagne à l'arbre, la hauteur à la vie. Lorsqu'ils s'équilibrent, on trouve de l'arbre à chaque cime : au mont des Oliviers ou à l'Ararat - l'olivier, à l'Olympe ou au Parnasse - le laurier, au Sinaï - le buisson-ardent, au Golgotha - la croix. Quand le mot, seul, triomphe, il fait éclore le rêve - dans le vide : le mont de Sisyphe, l'élévation du mot-pierre à une hauteur, le désintérêt du mot-brique et encore plus du mot-édifice. « La pensée est le labeur de l'intelligence, la rêverie en est la volupté »*** - Hugo. Il faut alterner en nous la veille et le rêve, le philosophe et le poète (Platon).
action,arbre,caresse,défaite,hauteur,intelligence,philosophie,poésie,rêve,vie

mot
Au discours et à la présence, opposer l'écrit et la distance ; à la création maîtrisée d'idées - le créateur maître du mot ; à la pêche des solutions - l'immersion dans le mystère.
art,création,esprit,idée,maîtrise,mystère,proximité,raison

mot
L'idée est une formule raidie ; le mot - une formule préservant quelques inconnues. L'idée est squelettique ; le mot lui apporte des articulations et fonctions imprévisibles, ouvertes aux unifications.
arbre,idée,maxime,ouvert

mot
Unités sémantiques : ce ne sont ni les mots ni les phrases ni les discours, mais les références d'objets et de relations (donc, nous renvoyant à la représentation sous-jacente), regroupées en formules logiques (donc, dans le langage lui-même, puisque la logique fait partie du langage).
concept,langue,représentation,science

mot
Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être.
erreur,être,europe,interprétation,langue,liberté,maîtrise,philosophie,question,réalité

mot
Les métaphores au-dessus des idées sont plus qu'idées ; les métaphores au-dessus des choses sont moins que choses - c'est pourquoi l'idéalisme des amis des Formes est toujours plus haut, même si le matérialisme des fils de la Terre peut être plus profond.
hauteur,idée,matière,métaphore,philosophie

mot
Le sophiste face à l'ironiste : le premier choisit au hasard une idée et la consolide ou l'embellit (« domestiquer l'opinion par des charmes du langage » - Gorgias) ; le second, en embellissant ou en consolidant le mot, tombe, par hasard, sur une idée, dont il se rit.
beauté,fanatisme,idée,ironie,philosophie,simplicité

mot
Apollon, le raisonnable, devrait rendre majestueuses nos victoires, et Dionysos, l'insensé, – noyer dans l'ivresse nos défaites, mais l'étymologie s'y oppose : le mot de triomphe, pré-hellénique, vient de fête dionysiaque : le mot de calamité proviendrait de l'arabe et signifierait – logos  !
asie,défaite,grèce

mot
Le choix du mot découle de la tonalité verticale, que je cherche à imprimer à mon discours, tandis que le choix de l'idée en est dicté par l'angle de vue horizontal. Il est donc faux de penser que « notre esprit est ainsi fait que la formation d'un concept et l'évocation d'un mot sont un seul et même acte » - J.Benda. Il n'y aurait ni artistes du mot ni imbéciles du concept, si c'était vrai. L'intelligence manie les concepts, le goût (en couleurs, en hauteur, en intensité) arrange les mots. Et toutes les combinaisons de ses deux types d'énergie sont possibles. Le concept le plus subtil se passe de mot, mais aucun mot ne peut se passer de concept ; quand on ne le comprend pas, on dit : « De ce qui est soustrait à la langue, il ne peut y avoir de concept, ni de pensée » - Badiou.
action,art,auteur,goût,hauteur,idée,intelligence,intensité,représentation,voix

mot
Je fus injuste, en méprisant l'idée au profit du mot. Le terme d'idée couvre une vaste gamme allant de pensée à mode d'emploi. Je penchais trop du côté du second choix, où tout le sens est dans la maîtrise des objets impliqués, tandis que la pensée est ce qui garde sa valeur même en absence des objets qu'elle évoque.
auteur,concept,idée,maîtrise,matière

mot
Ce livre, malgré quelques pulsions réussies, par étouffement ou exhibition, ne peut compter que sur un regard indulgent de frère ; aucune caresse spontanée d'amante ne naîtra, hélas, de son écoute, puisque la musique des images y est trop souvent trahie par le balbutiement incontrôlable des mots infidèles.
auteur,caresse,élan,femme,maîtrise,musique,sacrifice

mot
Horreur de tout récit ! « Balade exaltante à travers les champs » - ça pue l'ennui ! « Oscillation déprimante auprès des mots » - ça fait dresser les oreilles à la recherche du savoureux. Pourtant, les deux sont également absurdes. Où est la facilité, quel est le vrai test de plume ? Impossible de répondre !
absurde,art,discursif,ennui,goût,ouïe

mot
Le sophiste, c'est celui qui est fasciné par la merveille qu'est la langue (et son sous-ensemble qu'est la logique) ; son contraire s'appelle réaliste : une morne exhibition de faits inarticulés. Que Diogène (« solvitur ambulando ») est bête devant Zénon (« vole et ne vole pas ») !
fanatisme,intelligence,langue,négation,platitude

mot
Un écrit parfait se conçoit à deux : par un talent, excité par la langue consentante et entreprenante. C'est de la procréation. Et c'est avec un brin de chagrin ironique et frustré que je me dis astreint à une simple création, puisque la langue française reste de marbre, face à mes avances désespérées.
auteur,caresse,création,france,ironie,langue,mélancolie,simplicité

mot
Quand on n'a plus d'essor pour entraîner des verbes, lourds de promesses, on finit par poursuivre le plus vaniteux, le plus flotteur, le plus dégonflé des verbes - être. « Déification du verbe être, voilà la moitié de la philosophie »*** - Valéry. C'est même pire : il s'agit de la déification de la copule. Et ils s'imaginent, en plus, que leur idole est monothéiste, tandis que c'est un monstre, avec une douzaine d'hypostases mécaniques, l'une plus raseuse que l'autre…
dieu,élan,espérance,être,intensité,ironie,philosophie,robot

mot
Le langage n'a rien de réfléchissant ou d'illuminant ; il est aberrant de dire, que « le langage est le miroir du monde ; et la réalité est l'ombre portée de la grammaire » - Wittgenstein - « Die Sprache ist der Spiegel der Welt ; und die Realität ist der Schatten der Grammatik » (« miroir de l'esprit » - Leibniz, « miroir de l'âme » - Publilius) - plus qu'avec la réalité, le langage communique avec la représentation et la reflète. Cette image, spéculaire du réel, est l'une des introductions rampantes du robot. Le minable tournant analytique (Frege), aplatissant l'élégant tournant cognitif (Chomsky).
âme,goût,langue,ombre,réalité,robot

mot
Joli jeu de mots de P.Desproges : encyclopédie de Cyclopède, qui nous rappelle, que culture et enfantillage ne sont pas si loin que ça l'un de l'autre.
culture,enfance,grèce,ironie

mot
L'idée est neutre et sédentaire ; c'est au mot de proclamer ma voix et de justifier mon état d'exilé, au milieu des silences ou des brouhahas. Mais l'idée, bien enveloppée par le mot, s'appellerait, peut-être, pensée : « La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie » - Camus.
exil,idée,silence,souffrance,voix

mot
La joie et l'optimisme sont dans le changement, prometteur d'espérances ; mais le retour du même est source des désespoirs, il est la nost-algie – la douleur du retour.
enthousiasme,espérance,grèce,retour,souffrance

mot
Une ivresse du regard débouchant sur une glossolalie miraculeuse - tel fut le but insensé de ce livre. Mais le vrai regard, comme le vrai verbe, ne peut naître que dans un dialogue. La langue doit me dévisager et me parler, en anticipant, et m'apporter sa dose de foi et de griserie. La ventriloquence, c'est à dire la création à mon insu, doit avoir sa place, dans la peinture de mes passions. Sans mystifier le cerveau ni démystifier l'âme. Le français resta un grand muet, et dans mon délire, aucun autochtone du pays du rêve ne reconnut son idiome natal.
âme,auteur,contrainte,création,défaite,folie,france,grâce,intensité,interprétation,…

mot
Le mot se trouve à mi-chemin, entre la chose et la pensée, et celui qui le maîtrise n'a pas à choisir entre l'idéalisme et le matérialisme : le maître se passe de choses, et l'idée se passe dans son mot.
idée,maîtrise,matière,philosophie

mot
La conception d'une pensée, comme d'un enfant, est souvent due au hasard. La volupté génératrice se joue autour du mot. « Pour que la pensée surgisse, il faut posséder la parole, dans laquelle la pensée germe » - K.Kraus - « Nur der hat einen Gedanken, der das Wort hat, in das der Gedanke hineinwächst ».
caresse,idée,langue

mot
Quatre regards sur la langue : le syntaxique (plat), le sémantique (profond), le métaphorique (haut), pragmatique (ludique).
hauteur,jeu,langue,métaphore,regard

mot
On devrait appeler mot toute idée, dans laquelle le verbal (le style) l'emporte sur le minéral (les choses), et le vital (la solitude) - sur le social (l'inertie).
continuité,idée,platitude,réalité,solitude

mot
Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - «  Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation.
concept,être,langue,philosophie,réalité,représentation,savoir,science

mot
Référencer un objet (par un nom, une variable), un lien (par une tournure ternaire), un chemin d'accès (par une phrase, une formule logique) – trois niveaux linguistiques hiérarchiques, à l'origine d'un vocabulaire, d'une syntaxe, d'une famille métaphorique.
concept,langue,métaphore,science

mot
Dans la chute : « amore, more, ore, re » (« amour, mœurs, paroles, actes ») on dégringole non seulement en lettres et en esprit, mais aussi en hauteur. Surtout si l'on ne rebondit pas à temps en « clamore » (« hurler »).
action,amour,bien,hauteur

mot
Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles.
concept,discursif,doute,interprétation,langue,question,représentation,vérité

mot
Tous nous avertissent : la langue ne doit pas devancer la pensée. Mais on ne peut pas devancer ce qui ne bouge pas ; la pensée est un arrêt d'image d'un mot, la flèche qui ne vole pas, Achille immobile à grands pas. Ta langue devrait donner plus souvent la sensation d'un arc tendu, plutôt que des cibles visées ou atteintes. Méfie-toi de ce qui sauve en te faisant saliver, méfie-toi de Dalila scélérates, qui révèlent aux Philistins, que ta seule arme performante n'est qu'une mâchoire d'âne, que tu cachais sous ta fière crinière, méfie-toi du Sauveur même qui, caché sur ton dos ou derrière ta plume, te ferait passer pour asinus portans mysteria.
consolation,dieu,flèche,gloire,idée,immobilité,intensité,langue,mystère,platitude,…

mot
La hiérarchie ascendante des stades de puissance du mot : étiquette, image, sensation – fait, tableau, musique. Ce qui est grave, ce n'est pas qu'on ne trouve chez Sartre aucun salaud, ne sente pas la proximité d'un enfer, n'éprouve aucune nausée, mais que leurs représentations n'ébauchent même pas un chemin qui conduirait à ces sensations, on reste dans les étiquettes désincarnées. Et ni profondeur de l'être ni hauteur du devenir n'apportent d'épaisseur à la platitude de sa logorrhée sur le néant.
bassesse,chemin,élite,être,hauteur,musique,platitude,proximité,représentation,souffrance

mot
Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir. « J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte » - Ricœur.
art,cœur,être,interprétation,langue,maîtrise,platitude,révolte,soi

mot
Être original dans ses idées est une gageure presque impossible ; aucun nom, à part celui de Valéry, ne me vient à l'esprit. Tous répètent, imitent, transforment. Ou bien sont incapables de métaphores, ce qui fait dégringoler leurs idées. Les idées font partie du patrimoine collectif ; je ne peux faire parler mon visage que dans le mot, muni de musique et d'ironie. Je garderai mes mots au fond de mon âme, tandis que mes pensées rejoindront les esprits des autres, pour s'y dissoudre.
absurde,auteur,idée,ironie,métaphore,mouton,musique,voix

mot
Plus je vois comme la langue devient, pour tout le monde, langue de bois, une collection de blocs préfabriqués, plus j'ai envie de voir en elle une maîtresse de l'arbre séducteur. « La langue se livra au rite antique des noces avec l'arbre, sous la douce caresse du vent » - Benjamin - « Die Sprache vollzog die uralte Vermählung mit dem Baum. Ein leiser Wind spielte zur Hochzeit ».
arbre,auteur,caresse,hommes,langue

mot
Chaque fois que le sage change d'éclairage, d'ambition, d'état d'âme, il change de langage ; ses contradictions apparentes ne remettent pas en question le statut de ses langages. Le sot s'imagine porteur d'un même langage, et toutes ses contradictions s'y logent.
intelligence,langue,négation

mot
Socrate, maître de Platon, l'Athénien ayant bu la cigüe, l'ami d'Aristote lui étant moins cher que la vérité – ce sont des références d'objets. Dépendre de, reposer sur, se fier à – ce sont des références de relations. Des combinaisons de ces deux types de référence, munies de connecteurs logiques et syntaxiquement correctes, forment des propositions. Tout y est limpide, à comparer avec des groupes verbaux ou nominaux des linguistes ou avec des combinaisons de représentations et de concepts (Hegel) des philosophes. Les premiers ne voient même pas les représentations, et les seconds placent celles-ci déjà, prématurément, dans le langage. Mais en projetant sur l'indo-européen le mécanisme universel de références : « La proposition (le logos) se forme, en entrelaçant les verbes avec les noms »** - Platon rend bien la fonction première du langage.
concept,idée,langue,philosophie,représentation,science

mot
Au commencement était le verbe ? - non, au commencement étaient les intentions (desseins ponctués), suivies des conjonctions/disjonctions d'énoncés ; le verbe ne vient qu'en troisième position, et le douteux sujet cartésien - quand il s'y trouve, par extraordinaire ! - n'apparaît qu'après. Le Verbe n'est premier qu'en énoncés élémentaires.
commencement,contrainte

mot
Une illustration de la disparition progressive de toute ivresse dans les affaires des hommes – quoi de plus sobre qu'un symposium ; pourtant le mot, en grec, voulait dire beuverie générale, ce qui est d'ailleurs le titre d'un ouvrage platonicien, qu'on traduit pudiquement par Banquet.
folie,grèce,hommes

mot
L'origine de notre malheur : pour le Français et le Russe, elle est dans le temps (mal-heur, не-с-частье, de час – l'heure), pour l'Allemand – dans l'espace (Elend, de Ausland – pays étranger), pour l'Anglais – dans la logique (un-happiness).
allemagne,angleterre,france,russie,souffrance,temps

mot
Le langage exprime nos faits, nos idées ou nos états d'âme ; l’expression se convertit en représentation ; le sens de la représentation renvoie à la réalité. « Le langage est une transition, qui doit se réaliser d'abord en représentation et en dernière instance, en perception complète des choses mêmes »*** - Valéry - c’est la représentation qui est la transition entre le langage et la réalité.
action,âme,hommes,idée,langue,réalité,représentation

mot
Oui, je vous l'accorde, on peut être aussi raseur en invoquant l'absolu que le fait divers. Il s'agit de savoir détacher son nez des choses - en béton ou en fumée - qu'on observe : vers les (bas-)fonds ou vers l'étoile. J'appelle regard un tableau, où la hauteur du mot surclasse la profondeur de l'idée.
ennui,étoile,goût,hauteur,idée,réalité,regard,sacré,style

mot
Maîtriser une langue, c'est d'en maîtriser les trois facettes : la musicale, la picturale et la logique. Dans un discours de maître, la musique naît avant les tableaux et les formules. Le gros des ratages de ce livre vient de la faiblesse de ce premier chaînon, qu'on ne conçoit à fond qu'au berceau.
défaite,enfance,langue,maîtrise,musique,science,style

mot
Ils appellent idée un discours avec un grand degré d'abstraction dans les termes. Activité à portée des machines ! Le mot, en revanche, est un discours, qui intrigue par sa construction, où la structure, la logique, la proximité des termes quelconques appellent une interprétation par des outils imprévisibles.
création,idée,inconnu,interprétation,proximité,raison,robot

mot
Pour interroger nos modèles, nous avons deux langages : le premier, pour requêter l'aspect syntaxique (connaissances aprioriques), ne faisant même pas partie de la langue naturelle, et le deuxième, celui des propositions en langue naturelle, pour sonder la sémantique ou préparer la pragmatique. Dans le premier, l'homme dispose d'une véritable bibliothèque de requêtes prédéfinies, commune pour toutes les langues et semblable à ce qu'on trouve dans des langages informatiques.
langue,représentation

mot
J'ai une tendresse particulière pour l'initiale I (même si Rimbaud se trompa de sa couleur – elle est bleue et non pas rouge), elle forme l'anneau de la création : idée, icône, idole (que la mauvaise hiérarchie platonicienne associait à Dieu, à l'artisan, à l'artiste). Tous en créent, mais seul l'artiste rend l'idée – palpitante, l'icône – vivifiante, l'idole – sacrée. Dieu nous munit d'instruments, pour les représenter, et d'organes, pour les interpréter.
art,auteur,création,dieu,élite,idée,interprétation,représentation,sacré

mot
Chez l'intellectuel, le concept naît avant le mot ; mais, à partir du mot, l'artiste peut être entraîné vers des métaphores, n'ayant rien à voir avec le concept initial. C'est ce qui arriva au retour de Nietzsche : en tant que concept, il devait désigner une cohabitation, une conversion des antonymes éthiques au même statut de matière première artistique, mais de méchantes métaphores entraînèrent Nietzsche jusque dans des sabliers à retourner.
art,bien,concept,langue,métaphore

mot
La compréhension des thèses d'un auteur se détermine par le choix de leurs négations (ou antonymes). Prenez, par exemple, Nietzsche, le contraire de danser ou vibrer - maîtriser, de l'Éternel Retour - le gain en maîtrise, du surhomme - le maître de soi. N'oublions pas, que les sept péchés capitaux ne sont pas des négations des sept vertus. Et qu'en grec, la vérité (aléthéia ou amen) serait opposée à l'oubli ou au commencement, et exister (ek-sister) - à rester en soi-même.
commencement,danse,éternité,être,grandeur,grèce,maîtrise,négation,retour,soi,…

mot
Un discours convoque des mots et évoque des choses, mais le fond, visé par ces formes, ce sont des états de l'âme. Le vrai mystère, ce n'est peut-être pas l'être, seulement problématique, mais les états de l'âme. « Les états de l'âme entretiennent un rapport significatif, mimétique et direct avec l'être »* - Aristote.
âme,être,langue,mystère,style

mot
Avant d'évaluer un discours, il faut en fixer le but : intellectuel ou artistique, conceptuel ou langagier. Après son interprétation adaptée, il ne doit te rester que des métaphores et des renvois aux représentations. S'il n'y a plus de métaphores, c'est que le discours n'est ni poétique ni philosophique, il serait de la science ou du bavardage. Si aucune subtile représentation n'en ressort, c'est que le discours est irresponsable, il ne serait ni philosophique ni intellectuel, il serait de la poésie ou du bavardage.
art,esprit,idée,interprétation,langue,métaphore,philosophie,poésie,représentation

mot
Le langage, en tant que domaine, n'est pas plus énigmatique que la mécanique ; toutes leurs faces sont accessibles. En tant qu'instrument, il est une interface entre le modèle et l'homme, pour mieux appréhender la réalité. Les sommets et les gouffres, mathématiques ou poétiques, appartiennent au modèle ; le langage y apporte de la musique, qui ignore la profondeur et n'exprime que la hauteur. La partie commune et à la musique et à l'algèbre ne peut être que de l'algèbre, c'est à dire de la grammaire. Le langage est un outil d'entretien de l'arbre, pour manier les paraboles du grain, les hyperboles des floraisons, les ellipses des ramages.
arbre,hauteur,langue,musique,représentation,science

mot
La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé.
idée,langue,liberté,nécessité,réalité,représentation,système

mot
Un bon écrit est un arbre équilibré ; certains mots y seront le sol, la racine ou l'ombre. La littérature serait-elle un art paysagiste qui, par des mots feuillus, reconstituerait un climat ? C'est plutôt mon climat qui produit d'inconvenantes déclinaisons de mots, que je n'avais jamais entrevues.
arbre,art,auteur,climat,commencement,ombre

mot
L'aveu le plus difficile à arracher aux orgueilleux tenants de l'originalité de leurs passions, idées, actes : que ce fond est commun à l'humanité tout entière, qu'elle soit avancée ou attardée, servile ou libre, humble ou ambitieuse ; et que ce fond est constitué de pulsions, évidentes et fractales, de puissance ou de sexe. Seule la forme peut nous munir d'un semblant d'unicité, et encore, puisque la forme technico-scientifique tend à la même uniformité, ainsi que les arts plastiques et la musique. Il reste le dernier bastion de l'individualité - le mot, et même ici, de vastes brèches nous furent infligées par le fond médiocrisant et générique des hommes.
action,art,force,hommes,idée,liberté,mouton,science,style,voix

mot
Trois grands stylistes – Nietzsche, Valéry, Cioran. C'est en soulevant leurs mots qu'on découvre la source la plus importante du plaisir reçu : chez le premier, on tombe sur la noblesse, donnant du vertige ; chez le second, enchante l'intelligence, on est séduit ; chez le troisième, on reste avec le mot lui-même, dans le pur plaisir musical.
ange,bonheur,intelligence,musique,noblesse,sentiment

mot
Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle.
école,interprétation,langue,représentation

mot
Le mot peut être vu sous deux angles : linguistique et instrumental. Dans le premier cas, il fait partie d'un vocabulaire, sans aucun autre élément de structuration que la morphologie et la syntaxe. Dans le second cas, il est étiquette d'un concept, faisant partie d'un vaste réseau sémantique. Dans le premier cas, le vocabulaire comprend des unités lexicales, prenant en compte la logique : les déterminants, les connecteurs, la négation, les quantificateurs. Dans le second cas, parmi les mots figurent des variables, des méta-concepts : les classes, les liens syntaxiques, les attributs, les passerelles tropiques ; certains verbes, être, avoir, verbes modaux, reflètent la sémantique du sujet ou des liens pré-câblés. Cette vision, parfaitement bien comprise par St-Augustin, est complètement ignorée par nos contemporains.
concept,idée,langue,métaphore,modernité,négation,représentation

mot
Avec leurs mots, flasques et pleins d'un dynamisme grégaire, ils veulent frapper les imaginations et les esprits. Mais « les mots ne sont pas des coups » - proverbe latin - « verba non sunt verbera ». Pour celui qui ne sent qu'avec son épiderme, les mots ne peuvent pas être des caresses, cette première fonction du mot personnel.
caresse,mouton,voix

mot
Opposé à l’Être atemporel, le Devenir, pour le Français, est un parcours, tandis que pour l’Allemand, surtout pour un philologue allemand, il n’est que commencement, naissance. Comme en grec, où le verbe devenir veut dire naître, apparenté à genesis.
allemagne,commencement,france,grèce,temps

mot
Quelle heureuse rencontre de sens, dans Lichtung - la clairière ! - la lumière-clarté se trouvant au milieu, ou mieux - à la lisière de l'être heideggérien, et qui symbolise si bien un Ouvert, bien que sa maison ou sa forêt y gagneraient, en se métamorphosant en ruines ou en arbre !
allemagne,arbre,être,ouvert,ruines

mot
Les mots sont un bien commun, ils sont toujours des reflets, des échos, des traductions. Que je le veuille ou pas, que je sois anachorète ou agoraphile, que je me scrute ou scrute le monde, mes mots renvoient aux choses, et ces choses appartiennent soit au présent soit au passé, aux faits ou aux images. Les faits peuvent chatouiller la curiosité, ils ne peuvent pas servir de tremplin ou de miroir, pour prendre en compte mes élans ou mes états d'âme. Il restent des images, et rien ne les représente mieux que les maximes des hommes du passé, d'où leur présence massive sur ces pages ; par-dessus leurs toiles je peins mes palimpsestes.
âme,auteur,concept,élan,maxime,mouton,solitude,temps

mot
Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ».
âme,beauté,bien,cœur,erreur,esprit,interprétation,langue,raison,sacrifice,…

mot
Avec la mort de Dieu, être enthousiaste (possédé par Dieu) devint incongru ; tout le monde serait aujourd’hui d’accord avec Voltaire, pour qui l’enthousiasme fut « l’émotion d’entrailles », « tremblements de la Pythie possédée », l’inspirateur de la Saint-Barthélémy.
dieu,enthousiasme,grèce,mort

mot
L'exemple le plus convaincant de la domination du mot sur l'idée est apporté par Nietzsche : quand on maîtrise le mot, c'est à dire la métaphore, le ton, la mélodie, l'harmonie, le timbre, on peut se permettre de tirer au sort n'importe quelle idée (et même l'appeler, le plus gravement du monde, la pensée la plus grande) et de l'habiller avec ce que la haute couture verbale daigne d'offrir. N'empêche que certains visionnaires (tel Heidegger) pourront disserter sur la beauté du corps, devinée derrière les plis du langage.
idée,langue,maîtrise,métaphore,musique

mot
Le langage peut être vu sous trois angles : l’instrumental (attachement à la représentation), le grammatical (structures internes), le métaphorique (partant de la représentation sous-jacente) – le libre arbitre, les contraintes, la liberté.
langue,liberté,métaphore,représentation

mot
Plus on cerne les attachements subtils du mot aux concepts, mieux il se prête aux interprétations métaphoriques : « Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin » - W.Benjamin - « Je näher man ein Wort ansieht, desto ferner blickt es zurück ».
concept,interprétation,langue,métaphore,proximité,représentation

mot
La fidélité (comme faithful ou la верность russe) renvoie à la foi, tandis que la Treue allemande – à la vérité (le true anglais). Et de la vérité – une belle remontée jusqu’à l’arbre : true – tree (le dérévo – дерево – russe).
allemagne,angleterre,arbre,france,russie,sacrifice,vérité

mot
L’animosité est affaire de l’esprit, comme la spiritualité – celle de l’âme.
âme,esprit

mot
Le mot éternel, en philosophie, signifie l’aspect trans-historique, la sortie hors du temps, d’où l’éternel retour nietzschéen, résultant de la métamorphose du devenir, auquel le créateur affecte l’intensité de l’être, le retour égalisant les dates et ennoblissant les lieux. Il ne restera à la dimension temporelle que le culte des commencements, ce culte de la personnalité et de la hauteur, et que Nietzsche appellera volonté de puissance.
axe,commencement,création,éternité,être,force,hauteur,histoire,intensité,noblesse,…

mot
Dans une situation on est assis pour réfléchir ; dans une Stellung on reste debout, par la volonté d’un autre ; dans un положение on se couche, résigné.
acquiescement,allemagne,france,russie

mot
Ironie viendrait d'interroger, mais c'est plutôt s'arroger le droit régalien d'élever une interrogation problématique à la dignité d'aporie mystique. Cette élévation fait de l'ironie une espèce d'ignorance, docte ou étoilée.
gloire,grèce,ironie,mystère,paradoxe,question,savoir

mot
Les mots, même les plus ampoulés ou savants, n’ont ni hauteur ni profondeur ; de même, il n’y a pas de mots, voués irrémédiablement à la platitude ; les mots sont neutres. C’est la noblesse de nos idées ou la musique de nos phrases qui les fait monter ou descendre.
hauteur,idée,musique,noblesse,platitude,style

mot
En allemand et en russe, la surabondance de moyens morphologiques et rythmiques rend trop facile l'illusion de pensées profondes ou de vaste lyrisme. En français, les contraintes stylistiques excluent du Parnasse les inhabitués des hauts sentiers. On reconnaît l'élite par la place qu'elle accorde aux contraintes. Nietzsche et Pouchkine sont d'heureux exemples de l'application de contraintes à la française aux moyens expressifs de leurs langues maternelles.
allemagne,contrainte,élite,france,hauteur,idée,poésie,russie,style

mot
La confusion entre l’être-existence (relation unaire) et l’être-identité (relation binaire) est bien illustrée par Gorgias, pour confondre Parménide : « Le non-être est le non-être ».
être,négation

mot
La vraie richesse d'une langue consiste en sa capacité d'accueillir de nouvelles métaphores. L'anglais paraît être le mieux placé, pour se hisser au-dessus des autres.
angleterre,langue,métaphore,misère

mot
Un test infaillible (le shit-detector de Hemingway), pour constater qu'on est en face d'une logorrhée aigüe : passer à la négation, syntaxique ou sémantique, des sentences - si le degré de crédibilité de la négation est le même que celui de l'affirmation, la pestilence est certaine. Appliqué, avec succès, à beaucoup d'écrits de phénoménologues ou d'autres écolâtres ; un résultat résolument négatif avec Heidegger ou Valéry.
école,négation,philosophie

mot
Qu’ai-je à faire de la profondeur des idées, non accompagnées de la hauteur des mots ? Que faire de la pesanteur d’un contenu sans la grâce d’une forme ? Je pourrais l’évaluer, en faire une matière ou un produit, je ne pourrais pas en extraire une musique, qui est la seule à m’entretenir dans un état noble, celui d’espérance ou de désespoir, à l’opposé de la fadeur ou de l’indifférence.
espérance,grâce,hauteur,idée,langue,musique,noblesse,style

mot
La langue maternelle, c’est une garde-robes tout prête, pour habiller le corps de tes pensées ou de tes sentiments ; tu es en droit de dire, que ma langue me parle – die Sprache spricht (Rilke). Mais écrire dans une langue étrangère, c’est inventer des tissus, mélanger soi-même des couleurs, jouer à l’apprenti-couturier ; tu te tromperas de saison, de mode, de taille ; tu seras égal de l’homme des cavernes, plus solitaire, plus près de Dieu, mais plus loin des hommes.
auteur,dieu,erreur,hommes,idée,langue,sentiment,solitude

mot
La crainte de Dieu n’est qu’un doute en Dieu (Il est ou Il n’est pas), puisque douter (deux choix) est lié à redouter. Les Russes sont étonnamment sages, faisant se voisiner doute et avis (сомнение et мнение), les Allemands – pathétiques, faisant découler désespérance (Verzweiflung) de doute (Zweifel), les Indiens – optimistes, avec nirvana, appelant tes deux soi (le connu et l’inconnu) à s’unifier.
allemagne,arbre,audace,dieu,doute,espérance,inconnu,langue,russie,soi

mot
Talent remonterait à balance ; mais il consiste davantage à inventer, pour la vue, des unités de mesure pour une nouvelle balance que de soupeser les choses vues sur une ancienne.
balance,esprit,réalité

mot
La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration.
âme,élan,éternité,être,interprétation,langue,négation,temps

mot
Écrire en profondeur, c’est donner du poids aux idées ; écrire en hauteur, c’est munir d’ailes les mots. Avec le mot domine la forme, avec l’idée compte le fond ; pourtant, idée voulait dire forme.
grèce,hauteur,idée,langue,style

mot
L'affligeante cécité des philosophes du langage, qui voient l'unité sémantique de base dans le mot, la phrase ou le discours. Chez les linguistes, c'est encore plus bête – les groupes verbaux ou nominaux. Seule la philosophie comparée, pratiquée par des polyglottes, désigne les références d'objet ou de relations comme entités, suivant immédiatement les appels infra-langagiers.
concept,langue,philosophie,représentation

mot
Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie.
amour,bonheur,chine,être,frontière,langue,liberté,vérité

mot
Notre conception du monde, c’est-à-dire la représentation, le langage, l’interprétation, se construit dans cette chronologie : A. les connaissances aprioriques se représentent ou s’implémentent ; 1. les relations spatio-temporelles (anthropomorphiques), 2. la hiérarchie (anthropomorphique) des classes, 3. la logique (universelle) ; B. la langue maternelle s’adapte aux représentations et se prête aux interprétations : 1. une grammaire de la langue maternelle se câble dans le cerveau, 2. son lexique s’enrichit et 3. la mémoire fixe se remplit. Mais si les grammaires nouvelles s’intériorisent, comme la première, dans une mémoire magique, les lexiques nouveaux restent hors de nous, sauf quelques cas invraisemblables de polyglottes surdoués, auxquels le Créateur ne pensa guère.
concept,dieu,inconnu,interprétation,langue,mémoire,mystère,représentation,science,temps

mot
Quand on prend la nécessité éthique (le devoir, dans la réalité) pour nécessité logique (l’effet inévitable, dans la représentation), on est piètre logicien, piètre linguiste et piètre philosophe, en proclamant, docte : la liberté est une nécessité consciente (Hegel) ou la nécessité est un fruit de la liberté (Berdiaev).
bien,ironie,liberté,nécessité,philosophie,réalité,représentation,science

mot
Ce n’est ni l’algèbre sèche ni la formule froide qui, aujourd’hui, dévitalisèrent le mot, mais l’image, facile, grégaire, incolore, insipide, athermique. Dans la guerre raciale, le mot, superbe et rare, succomba à l’invasion barbare des images communes et plates.
bassesse,lutte,maxime,modernité,mouton,platitude,vie

mot
Les langues ne sont certainement pas nées tout d’un coup. La première étape aurait consisté en adoucissement ou clarification phonétique des expressions d’étonnement, de peur, de menace, d’invitation, de sympathie. La deuxième – en références phonétique de sujets et d’objets. La troisième – en liaisons conceptuelles entre les sentiments et les objets, en modalités – valoir, vouloir, pouvoir, devoir. La quatrième – en associations des actions aux tournures rudimentaires, surgies des noms d’objets. La répétition et l’apprentissage conduiraient à la dernière étape – la fixation de la grammaire.
action,angoisse,concept,étonnement,langue,sentiment,valoir

mot
Aujourd’hui, lorsque quelqu’un se plaint de la divulgation de ses données privées, je sais qu’il ne s’agit ni de ses amourettes ni de ses traîtrises, mais de quelques chiffres ; il mérite d’être traité d’idiot, ce qui, jadis, voulait dire – personne privée.
amour,grèce,intelligence,ironie,modernité

mot
À l’origine, consoler voulait dire aplatir, égaliser, tandis que j’aimerais l’associer avec la dimension verticale – dans l’angoisse terrestre, quitter la pesanteur du réel, se fier à la grâce céleste - verbale, picturale ou musicale.
angoisse,axe,consolation,grâce,hauteur,musique,platitude,réalité

mot
Deux genres de maîtrise d’une langue : en tant qu’une couche au-dessus d’une représentation (fonction instrumentale – l’intelligence, le savoir) et en tant qu’une harmonie entre le son et le sens (fonction créatrice – la musique, la poésie). C’est dans ce sens qu’il faut comprendre Nabokov : « Toute grande littérature a pour demeure la langue et non pas les idées » - « Всякая великая литература - это феномен языка, а не идей ». Le philosophe doit maîtriser ces deux fonctions, c’est pourquoi Nabokov fut poète et nullement philosophe.
création,grandeur,idée,intelligence,langue,musique,philosophie,poésie,représentation,savoir

mot
L’art de la traduction se prouve le mieux dans le rendu des métaphores. « La foudre engendre l’Univers » - Héraclite, je traduis par « Au Commencement était le Feu », et Heidegger y lit : « L’être de la lumière produit le devenir (la venue-à-l’être dans l’éclaircie) de l’Univers ».
auteur,commencement,éléments,être,métaphore,nature,ombre

mot
La psychologie, aujourd'hui, c’est le règne de la banalité, mais elle aurait pu être reine des sciences, puisqu’elle est, morphologiquement, fusion de l’âme (psyché) et de l’esprit (logos).
âme,esprit,grèce,langue,platitude,science

mot
Parfois je suis prêt à accepter le terme d’absurde, pour désigner ce que j’appelle consolation, puisque aucune justification cohérente n’en est possible. Mais ma consolation est faite surtout d’une musique, tandis que absurde voulait dire discordant. « Ce mot absurde de consolation – ne pas savoir désespérer est ne pas vivre » - Goethe - « Trost ist ein absurdes Wort: wer nicht verzweifeln kann, der muß nicht leben ».
absurde,auteur,consolation,espérance,musique,vie

mot
Quand je lis ces innombrables et plates amphigouries sur la lettre morte et l’esprit vivant, je comprends, que mes écrits dressent la lettre vivante contre l’esprit mort. Quand l’esprit devient vivant, il devient cœur qui crie ou âme qui crée.
âme,auteur,cœur,création,esprit,mort,vie

mot
Les paradigmes cognitifs – classes, relations, événements, modalités, hypothèses, scénarios – déterminent et les représentations et les interprétations de toutes les sphères de la réalité. La langue naturelle possède une grammaire générale, indépendante de ces sphères, mais elle s’adapte à chaque sphère par un lexique, des tournures verbales, et l’interprétation de cette version langagière dépend, syntaxiquement, de la grammaire et, sémantiquement, – de la représentation de cette sphère. Ainsi, l’organisation des connaissances d’une sphère ne dépend presque pas du langage, et presque exclusivement – de la représentation. J.Derrida a tort : « Le langage est la structure des structures ».
concept,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Dans la représentation conceptuelle, les objets, les attributs et les liens s’attachent aux concepts naturels. Un trope est un déplacement de points d’attache, rendant l’accès aux objets moins direct, plus expressif, et donc plus subtil et plus personnalisé.
concept,interprétation,langue,métaphore,représentation,style,voix

mot
Le même mot pour fin-cible et fin-limite ! Pourquoi s'étonner que le Français soit si raisonneur en fourrant partout cet intrus de causalité racoleuse ? Et si la fin-limite était derrière nous, avant notre premier pas ? Et si la fin-cible servait à aiguiser notre regard et non nos flèches ?
action,france,frontière,flèche,regard

mot
Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation).
langue,savoir,science,universel,valoir

mot
Un étonnant parallèle entre ces couples de synonymes : habit-costume et habit-custom.
angleterre,france

mot
Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique.
allemagne,école,être,idée,intelligence,nécessité,philosophie,réalité,représentation,savoir

mot
Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique.
arbre,interprétation,langue,matière,réalité,représentation,science

mot
Une amusante coïncidence, dans la définition de la honte comme le fait de ne pas être à la hauteur. Pour l’homme d’action, il s’agit d’un comparatif, et pour l’homme du rêve – d’un superlatif ; le premier voit les marches, et le second – la hauteur même, qui n’est pas un lieu, mais un état d’âme.
action,âme,hauteur,rêve

mot
Servir Dieu ou la Patrie, signifie, de plus en plus, servir à faire tourner la machine, servir d’outil. De l’esclavage noble ou du haut sacrifice – au bas algorithme. Du grand transitif au petit réflexif.
dieu,grandeur,hauteur,liberté,noblesse,robot,sacrifice

mot
La preuve de la supériorité ou la priorité du mot sur l’idée : sublime dans une langue, toute pensée, traduite dans une autre, devient, presque toujours, lourde, plate ou banale.
beauté,idée,langue,platitude

mot
L’art, c’est le culte de la hauteur : l'insensible à l’art est in-erte (sans art), l’artiste est toujours en al-erte (sur la hauteur érigée).
art,hauteur

mot
Les rapports entre le langage, la représentation et la réalité : dans le discours, la volonté du sujet vise la réalité, mais l’outil du sujet, le langage, traduit cette volonté en références d’objets qui font partie d’une représentation. Le même discours, proféré par deux sujets différents, peut viser la même réalité, mais leurs représentations ne sont jamais identiques. De plus, leurs outils d’interprétation sont toujours différents. Donc, si nous ignorons le sujet d’un discours, ses symboles linguistiques ne renvoient à aucun contenu représentatif objectif, contrairement à ce qu’en pense Hegel : « Le symbole est un signe, dont l’extériorité comprend déjà le contenu de la représentation » - « Das Symbol ist ein Zeichen, welches in seiner Äußerlichkeit zugleich den Inhalt der Vorstellung in sich selbst befaßt ».
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Pour que le vertige du commencement soit libéré de la sobriété des fins, il fait détacher début du but.
commencement,élan,négation

mot
Dans l’appel de la hauteur, il y a toujours du chaos ; de la lutte contre lui, comme contre un ange, surgit un système, une cohorte d’idées se tenant debout ensemble. Même si cette position debout se peint le mieux en position couchée.
ange,hauteur,idée,ironie,lutte,système

mot
Dans le discours sur les connaissances, la question centrale est la distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est langagier ; on n'a pas besoin d'une vaste culture philosophique, et encore moins d'une culture linguistique, pour en juger ; seul un poète, doué d'une intuition philosophique et de quelque savoir technique, peut en dresser un tableau intéressant. À l'opposé, ni Kant, ni Hegel, ni Nietzsche, ni Wittgenstein, ni Heidegger n'eurent jamais une intuition linguistique valable, pour formuler une théorie complète des connaissances, sans parler des Anciens, chez qui, la-dessus, on ne lit que des balbutiements. Seul le grand Valéry fut lucide, avec ses états mentaux et sa vision des substitutions.
antiquité,arbre,culture,idée,langue,philosophie,poésie,savoir,système

mot
Je n’ai pas de pensées existantes à conquérir et à gouverner ; cette tâche n’est visée que par des médiocres, ne maîtrisant pas le mot : « L’oral envahit la pensée, l’écrit la domine » - Benjamin - « Die Rede erobert den Gedanken, die Schrift beherrscht ihn ». Chez le maître, la pensée n’est qu’un état d’âme, collatéral et imprévisible, naissant de l’écoute de la musique des mots.
art,idée,maîtrise,musique,ouïe,voix

mot
Le nom est l'épiderme des choses. L'arôme est sur les épidermes des asphodèles et des nénuphars. En dessous, presque tout est insipide. Le nom est promesse (« Nomen est omen » - Plaute). Ce que « nous nommons rose sous un tout autre nom sentirait aussi bon » - Shakespeare - « we call a rose, by any other name would smell as sweet ». Aimer la rose, rose absente de tous les bouquets (Mallarmé contre Ronsard), chassée du jardin (« l'être-rouge de la rose est absent du jardin »** - Heidegger - « das Rotsein der Rose steht im Garten nicht »), mais aussi de son propre nom (U.Eco).
ange,être,goût,inconnu,platitude,solitude

mot
Le sort comique du mot absolu, dans la philosophie européenne (ein Kabinettstück für Philosophieprofessoren - Schopenhauer). Pauvre Dieu spinoziste, enseveli sous une double couche d’absurdités – substance absolue. Pauvre savoir absolu Kant, réduit à ce qui est inconditionnel (inexistant dans la représentation, ce seul support de tout savoir), au savoir apriorique, dont la formule 5 + 7 = 12 exprime la quintessence. C’est de la misère, mais avec Hegel ce sera de l’indigence.
concept,être,europe,intelligence,représentation,savoir

mot
Dans la vérité philosophique, définie comme une adéquation ou un accord d’une représentation avec la réalité, il y a autant de vérité logique que dans les expressions – vrai voyou ou vraie peste. Ceci ressemble au traitement, par les philosophes diplômés, de l’ensemble vide, où le vide est compris dans le même sens que dans les expressions – tête vide ou tiroir vide.
école,intelligence,ironie,langue,philosophie,science,vérité

mot
Prenez le syntagme : X agit comme Y et devient Z. Secouez le chapeau contenant les mots : l’Un, l’étant, l’être, la substance, tirez-en trois, au hasard, et introduisez-les, toujours au hasard, dans les béances du syntagme consentant. Parmi les parménidiens, antiques ou modernes, vous en trouverez certainement au moins un qui ait énoncé la sagesse, découverte de cette manière.
antiquité,être,intelligence,ironie,langue

mot
Les références (d’objets et de relations) et les implémentations du paradigme logique (la négation, les connecteurs, les quantificateurs) constituent une méta-grammaire (que Chomsky appelle grammaire universelle), à laquelle sont soumises toutes les langues naturelles.
concept,langue,négation,science,universel

mot
La grammaire spécifie les moyens syntaxiques de produire les références légitimes d’objets – c’est tout ! C’est cette notion de référence d’objets qui est commune à toutes les langues et qui est le véritable pivot langagier de la communication, et qui permet une compréhension foudroyante et satisfaisante des discours, même uniques, originaux, jamais produits au passé. Mais cette compréhension est toujours particulière, jamais universelle, ce qui suppose des représentations individuées et dévalue toute la philosophie analytique.
concept,langue,philosophie,représentation,universel

mot
Mauvaise tactique : « Bouche les fuites du chagrin avec des mots » - Shakespeare - « Patch grief with proverbs ». Il vaut mieux le boire frais et plein, avec un calice des mots, sinon ce chagrin se transformera en lie d'indifférence, à consommer par des idées peu exigeantes, c'est à dire se contenant de ne trouver dans ce breuvage que de la vérité.
filtre,idée,mélancolie,vérité

mot
L’étymologie du mot vérité aide beaucoup à comprendre les mentalités nationales : le Grec la tire de l’oubli (a-léthéia), l’Allemand la met sous la garde (Wache), l’Anglais la confie à la foi (faith), le Russe la reconnaît dans la justice (праведник). Seuls les Latins la tirent de la logique.
allemagne,angleterre,grèce,hommes,ironie,justice,mémoire,russie,science,vérité

mot
La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité.
esprit,être,langue,matière,réalité,représentation,science

mot
Le sens de tout pas élémentaire dans l’apprentissage d’une langue : c’est par cette structure langagière nouvelle (mot, tournure de phrase) que je pourrais désigner cet objet cognitif. Enrichissement lexical, syntaxique, sémantique.
concept,langue,mémoire

mot
Ce qui est inné, ce n’est pas ma prédisposition génétique de parler ma langue, mais la faculté de parler une langue. Les fonctions dénominative et logique, à la base de toute langue, sont innées !
concept,hommes,langue,science

mot
L’anagramme de mon nom, légèrement truquée, si je l’avais découverte plus tôt, m’aurait apporté, peut-être, un peu plus de toupet et d’arrogance – L’Harmonie Innée !
auteur,ironie

mot
À chaque verbe modal correspond un axe conceptuel : la fidélité, le sacrifice – au devoir ; la passion, la paix d’âme – au vouloir ; la création, la puissance – au pouvoir ; le commencement, l’inertie – au valoir.
angoisse,axe,commencement,concept,continuité,création,force,sacrifice,valoir

mot
Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire.
concept,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,science,universel

mot
Le mot émet surtout des sons et des images, et la pensée veut irradier la lumière et éclairer les ombres ; le mot est dans l'intonation des métaphores, et la pensée - dans l'indication des sémaphores.
chemin,idée,langue,métaphore,musique,ombre

mot
La bonne écriture, pour mieux garder sa face, gomme sa trace (sacrifice de la profondeur-pesanteur au bénéfice de la hauteur-grâce) ; elle se concentre dans la brisure du pointillé. Le désert de l'écriture hors pistes garde les mirages, ces jardins des mots, où l'on chutait, priait, expirait. « L'écriture se déplace sur une ligne brisée entre la parole perdue et la parole promise… Le jardin est parole, le désert - écriture » - Derrida.
art,continuité,défaite,désert,grâce,hauteur,mort,religion

mot
La langue est collective, et les représentations sont individuelles. Et puisque la langue s’attache aux représentations, tout mot a autant de significations qu’il y a d’hommes porteurs de la langue.
hommes,langue,mouton,représentation,voix

mot
La qualité d’une pensée dépend fortement de la délicatesse des chemins d’accès aux objets qu’une langue permet. Mais la structure représentationnelle influe sur la structure de la pensée (comme sur notre image de la réalité) beaucoup plus que la structure langagière (totalement étrangère à la réalité). Et Chomsky, comme tous les philosophes analytiques, a tort : « La structure linguistique détermine non seulement la pensée, mais la réalité même » - « The structure of language determines not only thought, but reality itself ».
concept,hommes,idée,langue,philosophie,réalité,représentation,science

mot
La femme continue de tomber enceinte ou amoureuse, tandis que l’homme ne monte plus que cabales ou entreprises.
amour,femme,hommes,ironie

mot
Aucun philosophe ne formula quelque chose de sensé au sujet de ces mots triviaux - néant, vide, rien. Le vide physique (l’absence de matière) ne présentant aucun intérêt en philosophie, on ne peut interpréter le terme de vide qu’au sens mathématique – l’absence d’existence ; il est donc un synonyme du mot néant. Quant au mot rien, dans un discours il n’est qu’une variable, signalant toujours la même absence d’existence. Bref, le terme net d’ensemble vide couvre ces trois mots vagues.
arbre,doute,être,ironie,matière,philosophie,science,vide

mot
Tous les philosophes sont persuadés que c’est le langage (et non pas les concepts extra-langagiers) qui représente le monde. « La parole, c'est la représentation et la présentation du réel et de l'irréel » - Heidegger - « Sprechen ist ein Vorstellen und Darstellen des Wirklichen und Unwirklichen ». Mais le langage ne fait que référencer les objets, réels ou irréels, qui sont déjà présents sous une forme mentale et non langagière. Parler, c'est évoquer, indiquer, signaler, viser, attirer, orienter, focaliser, et non - représenter.
concept,langue,philosophie,réalité,représentation

mot
Dans la reconnaissance d'un fait d'art, le besoin de traduction est l'un des premiers signes de qualité. Les grands auteurs sont des acteurs d'une pièce, où les mots se traduisent, instantanément, en émotions. Un bon écrit doit donner le sentiment d’être conçu dans une langue étrangère.
art,beauté,gloire,grandeur,interprétation,jeu,langue,sentiment

mot
Dans un discours, ce qui compte, ce ne sont pas tellement les vaches réelles que les modèles et instances de vache, ces concepts (les êtres en puissance ou en acte), que Platon appelle idées, et auxquels il accorde, curieusement, plus de réalité qu'à la réalité elle-même ; mais ces idées ne nous sont pas données a priori, mais sont créées par le discoureur et où une solide dose de libre arbitre est évidente ; la précédence des idées est une chimère.
être,idée,liberté,réalité,représentation

mot
À ses origines, l’homme ne pouvait s’exprimer qu’en poète, puisque les mots, par l’usage collectif, n’avaient pas encore reçu un sens figé et consensuel. L’homme ne produisait que des métaphores.
antiquité,langue,métaphore,mouton,poésie

mot
Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents.
concept,doute,idée,interprétation,langue,mémoire,négation,représentation,science

mot
Ils veulent libérer la pensée de sa tour d’ivoire verbale et finissent par la retrouver au musée ou en caserne. Ce vieux paradoxe des délicats : une belle expression débouche miraculeusement sur de bonnes pensées, mais d'une bonne pensée à une belle expression le chemin est tortueux et déformant.
château,idée,ironie,langue,liberté,poésie,souffrance,style

mot
En exhibant une émotion, les mots chantent, épouvantent ou ennuient ; on entend un chant d’oiseau ou l’on voit un oiseau empaillé. Des pensées envieuses en ressortent en épouvantails ou en idoles.
platitude,réalité,sentiment

mot
Dans le firmament tout n'est qu'aérien, et rien de ferme.
éléments,force,hauteur

mot
Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières.
artificiel,concept,intelligence,langue,représentation,savoir,science,universel

mot
Chacun de nous dispose de deux couches de représentations : celles de surface (la terre est ronde) et celles de fond (je suis capable de prouver que la terre est ronde). Comment entendons-nous le discours d’autrui ? On a beau partager une même grammaire, nos représentations sont toujours différentes – en profondeur ! Le plus souvent, la compréhension n’est que superficielle.
langue,représentation,savoir,science

mot
L’examen d’un discours a deux objectifs : sa compréhension (dans la représentation) et son application (à la réalité). Dans le discours il y a surtout des références d’objets et de relations (des perspectives de Chomsky) de la représentation, références qu’explicite l’interprétation. L’application à la réalité comprend le résumé du sens, la formulation des actions à envisager, la prise de décision, le passage à l’acte.
action,concept,interprétation,réalité,représentation

mot
Toute la bêtise de la philosophie analytique se bâtit au-dessus d’une vision naïve du mot, ou, plus précisément de son sens. Inconscients de la place de la représentation et imaginant que celle-ci se fabrique par le langage lui-même, ces philosophes croient que le sens du mot est connu d’après la définition d’un vocabulaire, et qu’il n’admette des variations que diachroniquement. Ils ne comprennent pas que l’aspect synchronique est beaucoup plus important, et que les différences de sens, chez les acteurs différents, ont de multiples raisons : différences des représentations, des savoirs, des logiques. Aucune analyse du langage ne peut se substituer à la métaphysique représentative.
langue,philosophie,représentation,savoir,science,temps

mot
L’émotion (excitation) nous renvoie au mouvement (la terre), Aufregung – à la hauteur (l’air), волнение – à l’onde (l’eau). Pourtant, c’est le feu qui traduirait le mieux leur sens désirable. « Que l’amour soit une mer agitée entre les rivages de vos âmes » - Kh.Gibran - « Let love be a moving sea between the shores of your souls ». Il pourrait être aussi un néant, dont l’ardeur serait entretenue par la caresse des regards, des mains, des paroles.
allemagne,âme,amour,caresse,élan,éléments,france,regard,russie

mot
Pour se permettre l’ambition d’être homme de l’Être, il faut posséder le talent d’homme de lettres.
esprit,être

mot
Les tenants du tournant linguistique en philosophie comprirent bien le rôle de la réflexion sur le langage : « Les problèmes philosophiques peuvent être résolus par une réforme du langage » - R.Rorty - « Philosophical problems can be solved by reforming language ». - mais ils ne comprirent pas, que cette réflexion est, en soi, un problème philosophique, qui n’en résout aucun autre (parmi ceux que l’école échafauda, d’Aristote à Heidegger). Le fondement de cette réflexion devait consister dans la reconnaissance du rôle intermédiaire du langage entre la représentation et la réalité, que les pragmatiques ignorent, comme ils ignorent le côté poétique et du langage (le style) et de la philosophie (la consolation comme son second objet principal).
consolation,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,savoir,style

mot
La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain.
dieu,être,hommes,inconnu,langue,question,réalité,représentation,savoir

mot
Surprenante – et juste ! - opposition, que Kant crée entre la raison pure et la raison pratique. Et Feuerbach, en l’appliquant au regard, la rend encore plus propre : « Le regard pratique est un sale regard » - « Die praktische Anschauung ist eine schmutzige Anschauung ».
ange,négation,raison,regard

mot
L’analyse d’une phrase débouche sur trois résultats : une formule logique (toute langue comprend les mécanismes de prise en compte de la logique formelle), une structure linguistique (générée par la grammaire), une signification (après l’interprétation, dans le contexte d’une représentation conceptuelle). Deux choses à en retirer : les structures linguistiques n’ont pas grand-chose à voir avec la représentation et encore moins avec la réalité ; en dehors de la représentation, la phrase n’a aucun sens. Ni linguistes ni structuralistes ne le comprirent. Ils s’imaginent que l’architecture d’une culture est similaire à celle du langage. Ce sont les structures conceptuelles, et non langagières, qui sont communes à toutes les sphères de connaissances.
concept,culture,interprétation,langue,réalité,représentation,science

mot
Ce que tes mots peuvent exprimer est infiniment plus vaste, riche et enthousiasmant que tout ce que tu sais. Si, orgueilleux, tu déclares posséder un savoir, refusant toute traduction en mots, alors où bien tu n’es pas maître du mot ou bien ton savoir n’a ni contenu ni frontières ni vecteurs. Ou bien tu te moques de ton lecteur : « Je sais plus que ce que je sais exprimer avec les mots » - Nabokov - « Я знаю больше, чем могу выразить словами ». Plus vaste que le mot n’est que le rêve.
frontière,langue,maîtrise,rêve,savoir

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L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits.
art,caresse,concept,intelligence,langue,musique,ouïe

mot
L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits.
concept,hommes,interprétation,langue,question,réalité,représentation

mot
Même au stade pré-langagier, on peut dire, que la pensée est là, si les intentions suivantes sont spécifiées : type d’opération (requête ou ordre), objets et relations visés (même intuitivement), structure logique (connecteurs, négations, quantificateurs). L’appel au langage proprement dit consiste en : spécification des références langagières d’objets et relations, références trouvées dans la représentation ; traduction des éléments logiques en leurs implémentations langagières. Enfin, l’interprétation de la pensée relève de l’interprète langagier, s’appuyant sur la représentation sous-jacente. Et Unamuno a tort : « La langue n’est pas une enveloppe de la pensée, elle est la pensée même » - « La lengua no es la envoltura del pensamiento, es el pensamiento mismo ».
concept,idée,interprétation,langue,question,représentation,science

mot
Wittgenstein ne comprend rien au langage : « La proposition est un reflet de la réalité ; la proposition montre son sens » - « Der Satz ist ein Bild der Wirklichkeit. Der Satz zeigt seinen Sinn ». La proposition est énoncée par un sujet et interprétée par un autre ; ces sujets ont des représentations différentes et donc mettent ou extraient des sens différents de la proposition. La proposition ne montre qu’une structure grammaticale, sans rien de conceptuel ; et le conceptuel est le seul accès au réel.
concept,hommes,interprétation,langue,question,réalité,représentation

mot
Les nuages de mots se concentrent au ciel, sont tournés vers le ciel et l'embellissent. Entre les plus chargés d'intensité éclatent des tonnerres musicaux d'images, et les plus chargés de sens déversent sur la terre des torrents de pensées. Et la musique et le sens doivent être voués à la hauteur, y sentir leur patrie et la raison d'être.
hauteur,idée,intensité,musique

mot
Portés par un élan obscur, mes états d’âme planent, dans une hauteur que seule mon étoile illumine ; les mots devraient en être des ombres projetées sur un temps arrêté.
âme,auteur,étoile,hauteur,ombre,temps

mot
Les mots d’un discours renvoient soit aux objets soit aux relations ; quand les objets y sont consensuellement (dans l’usage) associés aux relations, tous les mots y sont rationnels. La poésie, en invoquant des relations irrationnelles, permet d’entr’ouvrir le mystère divin irrationnel.
concept,dieu,hommes,interprétation,langue,mystère,poésie,réalité,représentation

mot
Le seul mot juste (Flaubert, Tsvétaeva) n’existe pas ; pour un syntagme donné, un tas de mots permet d’atteindre une certaine hauteur musicale ou intellectuelle, à partir de laquelle on fait du sur place. La meilleure méthode, pour se débarrasser de cette sottise obsessionnelle, est de ne décrire (toucher, évoquer) que des choses, pour lesquelles on n’a pas encore trouver de nom.
discursif,hauteur,intelligence,musique

mot
Le sens des mots dépend du contexte, c’est-à-dire de la représentation d’un domaine réel. L’ennui, avec les maximes, c’est que la présentation de ce domaine est une tâche ingrate et fastidieuse ; les citations, que j’y glisse, pallient à cette carence anti-poétique. Mais au lieu de servir de source d’autorité, elles ne servent que de jalons pré-langagiers, de contraintes, réduisant le champ de vue de la lecture.
contrainte,ennui,langue,maxime,poésie,réalité,représentation

mot
Ce qui s’apprend ou ce qui se comprend – deux significations de mathemata grec. Mais elles correspondent, exactement, aux deux types principaux d’intelligence, celle, non-justifiable, qui résulte de l’apprentissage, et celle, justifiable, se matérialisant dans le raisonnement explicite. Une raison de plus, pour voir en mathématique une véritable ontologie de l’esprit.
esprit,grèce,intelligence,langue,philosophie

mot
La pensée, exprimée sans talent, c’est-à-dire sans musique des mots, reste une morne et grinçante arborescence ; le talent se moque des pensées et fait s’épanouir l’arbre des mots, où chantent fleurs, sèves et ombres, et de son parcours naît, insoupçonnée, la pensée. « Les tournures brillantes, mais sans pensées, ne servent à rien » - Pouchkine - « Без мыслей блестящие выражения ни к чему не служат » - les pensées, comme les racines, doivent être cachées.
arbre,discursif,esprit,idée,musique,ombre

mot
L’ambigüité de la langue naturelle est compatible avec une bonne logique, qui doit pouvoir tirer plusieurs interprétations d’un même discours. Cette logique-là fait partie intégrante de la langue.
discursif,doute,intelligence,interprétation,langue,science

mot
Les paroles qui sauvent (la poésie) nous détachent des choses qui plaisent (pourtant, le nom d’Épicure signifie ce qui sauve), , mais les paroles qui plaisent (les caresses) nous attachent aux choses à sauver. Le bon sauveur doit savoir jouer sur les deux registres.
bonheur,caresse,consolation,poésie,réalité,vie

mot
Dieu nous fit présent de l’intelligence et de la liberté, pour que notre contemplation objective accompagne notre création subjective, les deux formant notre regard, ce juste homonyme de Dieu dans théorie.
création,dieu,intelligence,liberté,regard,science

mot
La langue est un outil, qui ressemble étonnamment à la substance immatérielle, divine, de l’homme. Elle contient, nécessairement, une logique, ce qui correspond au travail de l’esprit. Elle permet une créativité individuelle, apportant du plaisir esthétique, ce que l’âme aspire à goûter ou à produire. Elle est particulièrement merveilleuse dans ses tentatives de rendre les humbles vibrations de la conscience morale, ce qui comble le besoin du cœur. Malheureusement, on n’a pas encore de nom, pour désigner cet organe, qui, d’ailleurs, peut se passer de langue, pour penser, créer ou aimer ; il reste unique, tout en disposant de ses trois hypostases. Les Chrétiens auraient dû se servir de cet argument, dans leurs théodicées.
âme,amour,beauté,christianisme,cœur,conscience,création,dieu,élan,esprit,…

mot
Une tâche technique difficile : arracher au jour les mots, dont le milieu naturel est la nuit. On n’y réussit que si l’on est capable de fermer les yeux sur le présent et si l’on a sa propre étoile à ne pas quitter du regard.
étoile,langue,regard,temps,voix

mot
Quand je vois à quelle mécanique insipidité sont voués le cosmos (remontant au feu) et le nature (apparenté à l'eau), je regrette la cosmétique (émanant dans l'air poétique) et la mondanité. (s'exerçant sur la terre prosaïque).
éléments,grèce,nature,noblesse,poésie,robot,style

mot
La virgule - « Dieu, ou la Nature » (au lieu de « Deus Naturaque » - G.Bruno ou « Deus sive Natura » - Spinoza) – permettrait de distinguer la disjonction d'identité de la disjonction d'alternative - « la raison ou la conscience » (« ratio vel conscientia » - Thomas d'Aquin). Malheureusement, Thomas d'Aquin visait plutôt « la raison, ou la conscience », puisqu'il ignorait la conscience morale.
bien,conscience,dieu,langue,nature,raison

mot
La nature humaine se réduit au quadriparti nietzschéen – l’homme, les hommes, le sous-homme, le surhomme – et elle se traduit nettement dans le contenu de toute création artistique, qui ne peut être qu’un dialogue, dans lequel l’homme (mon soi connu) s’exprime soit devant le surhomme (mon soi inconnu, Dieu), soit devant le sous-homme (le contemporain, le pair), soit devant les hommes (le clan, la tradition). Dans tous les cas on vise le feu, mais qui ne se maintient, aérien, qu’avec des aliments purs – le cas de Dieu en tant qu’inspirateur muet, une ouïe, un songe. Le dia-logue, avec deux autres dégénère en diarrhée aqueuse des sous-hommes ou en logorrhée terre-à-terre des hommes.
art,création,dieu,éléments,hommes,inconnu,langue,modernité,ouïe,rêve,…

mot
Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne.
arbre,concept,interprétation,langue,représentation

mot
La misérable philosophie du langage (cet avorton du tournant linguistique, avec son frère paralytique, la philosophie de l’esprit) se moque des représentations, qui, soi disant, auraient été prônées, naïvement, par Platon et Aristote (qui, il faut le souligner, ne comprenaient rien dans les fonctions du langage) et qu’il fallait dépasser. À ma connaissance, le seul philosophe, qui voyait nettement les rapports entre langage et représentations a été Valéry.
esprit,langue,philosophie,représentation

mot
Est intellectuel celui qui maîtrise différents langages, reflétant la même réalité (un scientifique, pour tester des hypothèses, ou un artiste, pour exprimer des intonations). Il ne change pas tant d’avis, il change, plutôt, de représentation et donc de langage.
art,langue,maîtrise,réalité,représentation,science

mot
On pense, d’abord, que le bavardage philosophesque autour du néant est insurpassable en niaiserie ; ensuite, on constate que la totalité est son sérieux rival, avec un creux encore plus béant, plus désincarné, plus stérile.
intelligence,ironie,philosophie,vide

mot
Une tâche linguistique banale – la représentation du langage ; une tâche cognitive profonde – le langage des représentations.
hauteur,langue,platitude,représentation,science

mot
La parole la plus individuelle et novatrice est celle qui vise des choses, dont on n’a pas encore inventé le nom. « Le mot est un pont entre le sujet et l’objet » - A.Lossev - « Слово есть мост между субъектом и объектом ».
création,idée,inconnu,voix

mot
Une maxime ne peut pas contenir, simultanément, une question et une réponse, puisque celles-ci se formulent dans deux langages incompatibles. La grandeur aphoristique de Dostoïevsky et de Nietzsche : le premier ne formule que des questions, et le second – que des réponses ! Plus précisément, les réponses du premier et les questions du second sont sans intérêt.
grandeur,langue,maxime,question

mot
Presque partout, où j’emploie le mot commencement, j’aurais dû mettre naissance. Le vivant, opposé au marbre des idées, aux coloris des images, aux coordonnées des actions. La hauteur superlative du soi inconnu inspirateur, opposée à la hauteur comparative du soi connu créateur.
action,commencement,hauteur,idée,inconnu,soi,vie

mot
Dans les représentations conceptuelles, on retrouve de très nets parallèles avec les trois facettes du langage – la syntaxique, la sémantique, la pragmatique. Mais l’usage du langage en permet d’infinis écarts rhétoriques, stylistiques, fantaisistes, que la représentation ne prend pas en compte, et que seule l’interprétation littéraire des propositions, allant au-delà des formules logiques, dégage sous la forme des métaphores. La métaphore n’est possible que grâce aux lacunes des représentations.
art,concept,interprétation,langue,métaphore,représentation,style

mot
Le poète écoute ses cris et soupirs, d'où naissent des sonorités, couleurs ou mots, au milieu desquels éclosent des métaphores, ouvrant l'accès aux pensées, ces invitées de dernière minute, l'espace d'un matin. À comparer avec les penseurs, se penchant sur leurs pensées-maîtresses, pour les reproduire le plus fidèlement avec des mots moulants et coulants. Penser - l'un de ces verbes-parasites, sur lesquels le cartésien veut bâtir sa santé !
art,caresse,idée,intensité,métaphore,musique,poésie,raison,souffrance,voix

mot
Chez tout le monde, la pensée commence par le désir, celui de viser, d’interroger, d’atteindre des objets et leurs relations. Mais sa traduction se réduit aux mots (le cas le plus banal), aux formules (chez les pédants), aux images (chez les bavards), aux états d’âme (le cas le plus rare et le plus noble). C’est surtout net chez les polyglottes : « Je pense en images, mais parfois d’une phrase russe ou anglaise surgit un ressac cérébral »* - Nabokov - « Я думаю образами, и лишь иногда русская или английская фраза вспенится мозговой волной ».
âme,angleterre,concept,élan,idée,langue,noblesse,russie

mot
Par ses représentations, l’Intelligence Artificielle crée une espèce de Langage Universel, auquel peuvent s’attacher des langues naturelles. Celles-ci n’ont rien à voir avec les lois de la Nature, tandis que Celui-là les complète. C’est de Celui-là que parle Chomsky : « La langue est quelque chose du genre de flocon de neige, prenant sa forme selon les lois de la nature » - « Language is something like a snowflake, assuming its particular form by virtue of laws of nature ».
artificiel,intelligence,langue,nature,représentation,science,universel

mot
L’usage lisse l’accès commun aux choses ; le style, au contraire, crée du relief personnel à ce qui fut lisse, et l’on finit par négliger les choses et ne garder que le relief.
langue,mouton,style,voix

mot
Habitude vient de habere ; dommage que essai, qui s'oppose à habitude, ne vienne pas de esse ! La parenté avec habiter (comme celle de Gewohnheit - avec wohnen) est étrange : l'avoir en demeure s'appellerait-il - l'être ? Et l'être de l'homme est si souvent confondu avec le vulgaire habitus.
être,maîtrise,hommes,négation

mot
Les mots ne peuvent pas être un reflet fidèle de nos émotions ; et nos émotions ne peuvent pas suivre, à la lettre, les leçons de nos idées. L’écriture devrait être un bel équilibre entre ce que je vis et ce que j’imagine.
art,idée,sentiment,vie

mot
On se sert du terme d’événement aussi bien dans la réalité que dans les représentations. Dans celles-ci, l’événement est ce qui modifie les faits, qui admettent toujours une enveloppe langagière presque consensuelle. Mais dans la réalité, l’événement modifie surtout les états mentaux des hommes, et aucun langage ne peut les rendre, ni fidèlement ni uniquement, d’où la domination du langage poétique, du langage de l’âme, aux premiers stades de la culture. Toutefois, avec la robotisation des mentalités, les états mentaux s’uniformisent, et le langage commun, pauvre et prosaïque, suffit désormais pour décrire la vie intérieure des hommes sans âme.
âme,culture,hommes,langue,poésie,réalité,représentation,robot,vie

mot
Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle.
concept,hommes,langue,négation,savoir,science,temps,universel

mot
Le fait que les mots ne rendent pas l’essentiel ou l’authentique de la vie ne les rend pas futiles ; ils ne le deviennent que s’ils ont la prétention d’être l’image authentique ; les mots d’artiste créent une autre vie, la vie des états d’âme, dans laquelle on croit ou dans laquelle on trouve un essor pour son enthousiasme.
âme,art,authenticité,élan,enthousiasme,langue,réalité,vie

mot
Comprendre et entendre sont souvent synonymes. Mais plus de musique contient un message, moins important devient le premier et plus décisif – le second. Dans ce sens, il faut créer pour être entendu plutôt qu’être compris.
création,intelligence,musique,ouïe

mot
Toute phrase référence un réseau d’objets, que, métaphoriquement, j’appelle arbre. « Les mots sont des nœuds d’un réseau, que nous projetons sur le monde »** - Morgenstern - « Die Worte sind Knoten eines Netzes, das wir über die Welt werfen ». Seulement, avant de joindre le monde et acquérir un sens, ce réseau, ou ce filet, attrape des poissons d’une représentation ; sans réussite de cette pêche – pas de sens, pas d’écho du monde.
arbre,langue,métaphore,nature,réalité,représentation

mot
Filtrer est une activité plus noble que transformer ou amplifier. Filtrer, ou sélectionner, est à l’origine du mot éclectique, que j’oppose au mot douteux de système, puisque celui-ci renvoie, le plus souvent, aux systèmes des autres. La personnalité s’affirme plus nettement par ses contraintes que par sa puissance.
contrainte,filtre,force,mouton,noblesse,système,voix

mot
Du mot volonté j’exclus la détermination de l’acteur, son but et sa force, pour ne garder que son désir. Quelle purification pour la volonté de puissance !
ange,auteur,élan,force

mot
Une maxime est toujours un commencement explicite et une fin implicite ; derrière son point final, on doit deviner des points de suspension, d’interrogation, d’exclamation. Quand on n’en est pas capable, on dit : « Tout commencement est petit » - J.Joubert.
commencement,grandeur,maxime

mot
Une langue doit permettre de faire entendre ma voix, ma personne éthique, et d’inventer un style esthétique. Je constate qu’il y a beaucoup d’originaux, en Allemagne et en Russie, et peu d’élégants. En France, il y a beaucoup d’élégants et peu d’originaux. Une conséquence de la nature des langues ?
allemagne,france,langue,russie,style,voix

mot
À leur disjonction je rêve ou je veille, j’oppose ma conjonction je rêve où je veille.
négation,rêve

mot
En Allemagne ou en Russie, il est facile de passer pour poète ou philosophe, grâce à la langue : une phonétique, une morphologie, un vocabulaire - de grande variété et richesse. En français, il est impossible de tricher : il y faut absolument avoir de la sensibilité poétique, du talent rhétorique, de la noblesse de l’esprit. Une fois de plus : les contraintes y rendent la création plus subtile et le discours – plus laconique. Le français est une langue idéale pour le genre aphoristique.
allemagne,contrainte,esprit,france,langue,maxime,noblesse,philosophie,poésie,russie

mot
Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme.
allemagne,âme,angleterre,concept,esprit,france,idée,interprétation,langue,maxime,…

mot
Puisque les mots, comparés avec les manifestations de la vie, sont artificiels et communs, tout écrivain doit être humble : ses mots sont des fards, face aux couleurs de la vie.
acquiescement,art,langue,mouton,vie

mot
Je me suis aperçu trop tard, que, pour désigner le lieu de mes exercices, j’aurais dû mettre le mot vestiges, à la place de ruines. À l’état de ruines peuvent se trouver même des casernes, tandis que derrière les vestiges ne se devinent que des châteaux, arcs de triomphe, amphithéâtres, tombeaux, statues.
art,auteur,château,ironie,ruines

mot
C’est de la sensation d’une hauteur suffisante ou d’une mélodie naissante que surgissent mes mots, qui ne résultent nullement d’un travail ou d’une méthode ; ces deux termes me sont profondément indifférents. Il faut de l’imposture de Descartes ou de la naïveté du Valery jeune, pour faire de la méthode un sujet, digne de nos emportements.
auteur,élan,hauteur,musique

mot
Le prix (la valeur), griffonné sur une étiquette (affirmé par un mot), mais détachée de sa marchandise (de son concept), n’a aucun sens. Pourtant, c’est ce que font les philosophes, bavards irresponsables, puisque derrière leurs mots aucun concept ne se dessine clairement – le verbalisme.
concept,philosophie,valoir

mot
Le mot, séparé de la représentation sous-jacente, n’est rien ; donc, le poète et le philosophe partent de rien : le poète, obsédé par la musique, peut se passer de cette représentation ; le philosophe en est, le plus souvent incapable, ce qui engendre une logorrhée insipide, ampoulée et irresponsable – derrière leurs jeux de langage se profile un vide.
langue,musique,philosophie,poésie,représentation,vide

mot
Dans la réalité, il y a tellement de choses (images, idées), qui n’ont pas encore de noms ; et il y a tellement de noms, qui refusent de s’attacher à la réalité des choses (images, idées). Tant de ressources pour les philosophes ou les poètes !
idée,philosophie,poésie,réalité

mot
Une sage et pacifique résignation à créer ex nihilo incognito, ou bien une rupture, violente ou orgueilleuse, avec des sources communes de nos pensées ? Absence de présuppositions ou déracinement ? - aucun point commun entre ces deux attitudes ; pourtant, l’ouvrage de Chestov, consacrée à la première, fut compris et traduit en français dans le sens de la seconde - Apothéose du déracinement. Les Anglais et les Allemands – groundlessness, Grundlosigkeit – ne s’y trompèrent pas.
acquiescement,allemagne,angleterre,commencement,france,idée,vide

mot
La langue maternelle est le dernier refuge du solitaire. Pour un écrivain français, en proie à la solitude, la langue française est une douce et caressante consolation ; pour un Allemand ou un Russe, cette consolation est empreinte de mélancolie : « Quand le doute m’étrangle, tu m’es le seul soutien, - langue libre russe » - Tourgueniev - « Во дни сомнений, ты один мне опора, свободный русский язык ». « La langue allemande fut la plus fidèle consolation de ma vie » - H.Hesse - « Die deutsche Sprache ist der treueste Trost meines Lebens gewesen ».
allemagne,caresse,consolation,doute,france,langue,liberté,mélancolie,russie,solitude,…

mot
Dans les interjections les plus courantes, Dieu est aimable en allemand (lieber Gott), juste en russe (Боже правый), gentil en français (bon Dieu).
allemagne,amour,bien,dieu,france,justice,russie

mot
La vie d’homme - l’un des mots les plus ambigu : soit – sexe, âge, métier, statut, soit – mystère du corps et mystère de la conscience. Goethe, en comparant la vie (verte) et la théorie (grise), a tort dans la première acception, et raison – dans la seconde.
hommes,mystère,système,vie

mot
Non seulement les cinq sens humains sont admirables et merveilleux, mais chacun donna lieu à une métaphore associée : le regard, la musique, le goût artistique, le flair, la caresse. Et si le Créateur ne s’inspirait que des métaphores, telles les Idées platoniciennes, et l’œil ou l’oreille ne seraient que leurs matérialisations ? Et ce serait pour cette raison que le Créateur ne mettrait nulle part Son nez ou Sa voix dans les affaires des hommes.
caresse,création,dieu,goût,hommes,métaphore,mystère,musique,ouïe,regard,…

mot
La langue maintient et développe ses couleurs et mélodies grâce aux inventives interventions des cœurs et des âmes. Et puisque aujourd’hui il n’y a plus ni cœurs ni âmes, l’esprit seul se charge de remuer et à réarranger le corps langagier, et l’on assiste à la lourde robotisation de la langue commune.
âme,cœur,esprit,grâce,langue,modernité,musique,robot

mot
La richesse morphologique de l’allemand et du russe est très utile pour exhiber le niveau de notre culture ; mais c’est un cadeau empoisonné pour le poète, puisque cette facilité conduit trop facilement à l’illusion d’une beauté créée, tandis que cette illusion viendrait non pas de l’originalité des âmes, mais de celle des mots.
allemagne,âme,beauté,création,culture,poésie,russie,voix

mot
Il y a le monde de la Loi et le monde de la Beauté ; la mathématique universelle aide à comprendre le premier et la littérature individuelle chante le second. Il y a une concordance merveilleuse entre le libre arbitre mathématique et l’objectivité du monde ; mais aucune alliance ne peut subsister entre la liberté du mot et la nécessité du monde. Dans ce dernier cas, on abandonna le chant au profit du récit ; mais dans le genre discursif le journaliste est en train de surclasser Homère ; tandis que les alliances avec des dieux se raréfient, et les voyages lointains n'apportent que des améliorations à la technique de tissage. Toute belle Hélène devint patiente Pénélope.
art,authenticité,danse,discursif,dieu,esprit,liberté,modernité,mystère,robot,…

mot
En allemand et en russe, le mot tristesse porte une aura poétique ; en français, il a une très mauvaise réputation, désignant quelqu’un d’ennuyeux, de terne, de lourdaud. Le Français préférerait être amer plutôt que triste.
allemagne,ennui,france,goût,hommes,mélancolie,poésie,russie,voix

mot
C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix.
axe,caresse,doute,hauteur,idée,langue,platitude,proximité,raison,robot,…

mot
Invraisemblable parallélisme dans l’éloignement du sens des trois notions, partant d’un même radical, éloignement identique dans trois langues : honneur, honorer, honnête – Ehre, ehren, ehrlich - честь, чествовать, честный.
concept,interprétation,langue,proximité

mot
Le vocable mot est masculin en français, neutre – en allemand et en russe, féminin – en italien et en espagnol. Il est féminin aussi en grec, et l’on comprend alors pourquoi, pour les Grecs anciens, le mot était une hétaïre (les pensées, elles, deviennent, toutes, de simples catins) et devait s’adonner à la prostitution sacrée. Se soumettre aux caprices des dieux ivres. Ne pas former de famille en s'acoquinant avec un seul concept.
allemagne,concept,dieu,espagne,france,grèce,idée,italie,russie,sacré,…

mot
La représentation est un art que maîtrisent surtout les scientifiques et les philosophes ; ceux qui ne se rendent pas compte de la place capitale de cette activité, voient une coupure entre les mots et les choses, tandis que le mot passe toujours par une représentation, avant de s’attaquer aux choses, un passage harmonieux, avec deux étapes d’interprétation.
concept,interprétation,philosophie,représentation,science

mot
Les termes de géométrie ou de psychologie, auraient pu nous renvoyer à l’invention d’unités de mesure ou à l’écoute de l’âme – deux nobles activités. Mais si Spinoza ignore tout de cette lecture, Nietzsche l’accepte et l’applique.
âme,balance,concept,interprétation,noblesse,ouïe,science

mot
La langue n’est qu’un attouchement, une blessure ou une caresse du corps de la pensée qui est la représentation sous-jacente ; elle n’a rien de vivant, tout en réveillant les plus vives des sensations. Pour les ignares : « La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons » - Hegel - « Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte ». La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse. Mais les sens s'éveillent en moi ; les objets et les liens sémantiques entre eux, visés par les sens, sont, la plupart du temps, dans la représentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, relèvent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces élans, ces tentatives d'accès à l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pensées naissent et s'impriment hors la langue.
caresse,concept,élan,espérance,esprit,grandeur,idée,langue,raison,représentation,…

mot
Les sentiments proviennent des causes nettes, que mon soi connu peut exhaustivement décrire, grâce à un vocabulaire bien connu de tous. Mais les états d’âme ne se manifestent que par leurs effets troubles ; ils n’ont pas de noms tout prêts, inutile de les narrer, on ne peut que les chanter.
authenticité,danse,discursif,esprit,inconnu,mouton,mystère,sentiment,soi,voix

mot
Les choses les plus intéressantes n’ont pas encore de nom ; à leur sujet, tu peux dire qu’il faut oublier les noms et se concentrer sur la chose ; au lieu d’une formule, tu aboutiras aux métaphores (qui deviendront un jour aussi des formules). Pour les couples chose – nom bien établis, banals, il est juste de dire : « Fuis la chose, tiens au nom » - St-Bernard - « Fuge rem, tene nomen ».
concept,métaphore

mot
Dans un discours, qu’il soit intellectuel, poétique ou philosophique, on peut substituer indéfiniment les mots par d’autres mots, sans aucune perte fatale – fiduciaire, musicale ou rationnelle. Parler de l’impossibilité d’enlever un seul mot, sans détruire toute l’harmonie d’un texte, est de la niaiserie. Mais pour le comprendre, il faut voir dans le discours un arbre vivant, arbre à inconnues, et non pas une formule figée - logique ou sonore.
arbre,inconnu,intelligence,musique,philosophie,poésie,raison,science,vie

mot
Ma rencontre terminologique amusante avec Valéry : lui, en apprenti-algébriste, il use trop (et en abuse toujours) du terme de groupe ; chez moi, déferle partout le terme de représentation (de connaissances). Et dire que moi, étudiant, je me spécialisais en représentations de groupes (au sens algébrique).
auteur,concept,représentation,science

mot
En verbalisant mes états d’âme, je commence par ne pas trouver de mots ; et non pas à cause d’une misère de vocabulaires, mais de l’inexistence de mots qui auraient déjà fixé les objets à exposer, les objets sans nom consensuel. Et c’est dans la recherche de tournures de mots nouvelles que réside la source la plus féconde de mes trouvailles ; dans ce genre de recherches, une perte verbale débouche sur une découverte musicale.
âme,auteur,concept,musique

mot
Les grands mots, appliqués au réel, sont signes d’impuissance et sources d’ennui ; ils ne prennent du sens que tournés vers le rêve, et ce sens est plutôt musical que spirituel - tantôt le glas tantôt le tocsin tantôt le carillon.
ennui,esprit,force,musique,réalité,rêve

mot
Ce n’est pas aux mots que s’opposent, d’une manière intéressante, les choses, mais aux relations. Les médiocres déballent des choses, les sages partent des relations, laissant beaucoup d’inconnues fertiles dans les références des choses. Les relations créent un arbre, les objets ne forment que des tas, des ensembles, des ramassis.
arbre,concept,inconnu

mot
Voir ou concevoir : les yeux qui contemplent ou le regard qui agit, le verbiage ou le Verbe, le développement en étendue ou enveloppement par un élan vers la hauteur.
action,création,discursif,élan,hauteur,regard

mot
Le néologisme, qui me manque le plus en français – l’ailation, le fait de se sentir pousser des ailes, une transfiguration qui élève, apporte de l’élation. Alors je pourrais traduire Pasternak : « Ton ailation te hisse au-delà des nuages ; la mienne, la féminine, fait serrer mes ailes contre la terre, pour les étendre au-dessus d’un oisillon en danger » - « Окрылённость дана тебе, чтобы на крыльях улетать за облака, а мне, женщине, чтобы прижиматься к земле и крыльями прикрывать птенца от опасности ».
élan,femme,france,hauteur

mot
Les autres tentent de remplir leurs mots ampoulés - de mystères artificiels et communs. Il faut faire l’inverse ; il faut voir de loin ou comprendre de près ou porter en soi les mystères du monde, pour oser les mettre en mots, humbles mais palpitants.
acquiescement,artificiel,élan,mouton,mystère,nature,noblesse,proximité

mot
L’analyse de toute phrase correcte en langue naturelle aboutit à une formule logique. Dans les phrases suffisamment complexes on trouve presque toujours des variables implicites, aux valeurs indéterminées et donc, au départ, vagues. Aucun logicien, sans parler de linguistes, n’est capable de traiter rigoureusement la négation (syntaxique et sémantique), puisque même dans les cas simples la pré-existence d’une représentation conceptuelle est indispensable, ce qui échappe à ces scientifiques. Pourtant, l’un des plus célèbres affirme : « En logique, il ne peut pas y avoir quelque chose de vague » - Wittgenstein - « Eine Vagheit in der Logik kann es nicht geben ».
concept,langue,négation,représentation,science,vérité

mot
L’étrange acception du mot compter, en tant que signe d’importance (ce qui compte). S’il s’agissait d’un comptage arithmétique, je serais d’accord avec R.W.Emerson : « Ce qui compte, ce n’est pas la durée, mais la profondeur de ta vie » - « It is not the duration of life, but its depth that counts », mais sur des balances plus délicates, je placerais en premier la hauteur d’une vie, c’est-à-dire la noblesse de tes rêves.
auteur,balance,hauteur,noblesse,rêve,vie

mot
Joli palmarès du mot si anodin, déroute : essuyer une déconfiture, être décontenancé, changer de route. Quand on parvient à en faire trois synonymes, on vit mieux le difficile triomphe de l'immobilité - otium cum dignitate.
chemin,défaite,gloire,immobilité,ordre

mot
Si l’on ne disposait pas d’une représentation conceptuelle de la réalité, les mots n’auraient aucun sens et ne serviraient qu’à nommer les objets et les relations réels ; avec une représentation sous-jacente, le sens des mots serait celui du concept associé (acteurs, structures, propriétés, logiques).
concept,langue,réalité,représentation,science

mot
Je perçois deux faiblesses de mes écrits – l’une, reconnue par moi-même, et l’autre, que remarqueront mes contemporains : la première - les défauts du style, dus à mon français emprunté et forcément bancal par ci par là, et la seconde - l’absence de références concrètes à l’actualité, qui obsède tout le monde. Je me console avec Cervantès, qui trouvait son ouvrage : « manquant de style, dépourvu de jugements » - « menguada de estilo y falta de sentencias ».
auteur,france,modernité,mouton,style

mot
Pourquoi ce qui constitue un arbre ou un livre porte le même nom – les feuilles ? Ça m’arrange : mes livres, pleins de mots connus, sont destinés à créer des arbres d’images d’inconnues. « Mes livres sont des feuilles, tombées au hasard sur la route de ma vie » - Chateaubriand – ce n’est pas sur la route de ma vie, que tombent les miennes, mais sur les constellations de mes rêves.
arbre,auteur,chemin,étoile,inconnu,mot,rêve,vie

mot
Le style journalistique existe non seulement dans la presse, mais aussi dans les sciences, en philosophie, en poésie ; plus que cela, il y domine, il devint une langue à part. Le public ne veut plus lire que dans cette vilaine langue ; je ne m’en doutais pas, lorsque je me mis au français. Personne n’entend – dans les deux sens du mot – ce que je dis ; et je ne dis pas ce que le public attend.
auteur,france,langue,mouton,philosophie,poésie,science,style

mot
Ce qui, dans une langue, est commun, collectif, ce sont sa grammaire et son vocabulaire passif (sans définitions, sans référence à un domaine de représentation). Ce qui rend ce vocabulaire actif, c’est l’attachement de mots et de tournures phraséologiques à une représentation particulière, ce qui crée un langage particulier, et ce qui rend la plupart de vérités (surgissant au sein d’un langage) – particulières et non pas générales.
création,langue,mouton,représentation,vérité

mot
Jadis, les mots d’un écrivain aboutissaient aux deux genres architecturaux : à celui des chaumières ou à celui des châteaux ; les miens, en profondeur, ressemblent aux chaumières, et en hauteur – aux châteaux. Aujourd’hui, dans les livres de mes contemporains, on ne trouve que des bureaux, des restaurants, des hôtels ou bien des casernes logorrhéiques interchangeables.
art,auteur,château,création,hauteur,langue,modernité,mouton

mot
Rendre possible une cohabitation d’un paisible animal avec l’homme, ou neutraliser la férocité d’un fauve – deux notions nettement différentes et bien séparées en allemand (Domestizierung, Zähmung) et en russe (приручение, укрощение), mais confondues en anglais (taming) et en français (apprivoisement). On apprivoise un hérisson, pour le salon, et une hyène, pour l’arène !
allemagne,angleterre,france,hommes,ironie,russie

mot
Pour arriver à magnifier les mots et se détacher des idées, il faut avoir vécu une grande honte, suite aux traîtres d’actes, qui se faufilent entre les mots et les idées. C’est le cas de Cioran : dans sa jeunesse - une crapule des idées ignobles, dans sa vieillesse – un chantre des mots, pleins de noblesse.
action,bassesse,enfance,honte,idée,noblesse,style

mot
Les langages peuvent être naturels (les langues nationales) ou artificiels (les langages technico-scientifiques ou artistiques). Le langage artificiel de nos réflexions s’appelle représentation ; le langage artificiel de la création, adressée à l’esprit, c’est la technique rationnelle d’un art, avec une seule exception – la musique, adressée directement à l’âme, et qui est peut-être le langage artificiel de nos sensations.
âme,art,artificiel,création,esprit,idée,musique,représentation,science,style

mot
Le seul moyen, honnête et franc, de faire cohabiter, au sein d’un même langage, des avis contradictoires est de les munir, tous, d’ardeurs ou de palpitations comparables.
élan,langue,négation

mot
Les mots, tels des diamants, sur le collier d’une pensée – ainsi on orne un cou ; l'esprit s'orne mieux de perles isolées, pour que le regard suive non pas le fil, ni même le cou, mais la perfection d'une forme sortie de l'éternité. La vraie perle fuit le fil, comme un vrai arbre se désolidarise de la forêt.
arbre,esprit,éternité,force,idée,style

mot
De l’embarras, créé par la polysémie du mot, on peut sortir soit d’une manière primitive, en pointant des objets de son voisinage, soit d’une manière subtile, en en formulant une des négations possibles. Dans un discours, souvent, l’absurdité de la négation prouve l’absurdité de l’assertion.
absurde,discursif,négation,proximité

mot
Attendre, saisir, s’approprier une idée aguichante, dépourvue de mots virils, est une posture stérile, n’échappant guère à la platitude. Il faut attendre l’appel d’un mot, c’est-à-dire d’une mélodie, d’une image, d’un élan, d’un état d’âme. Mon soi connu se pavane devant les idées impotentes ; mon soi inconnu caresse les paroles séduisantes.
âme,caresse,élan,force,idée,inconnu,musique,platitude,soi

mot
L’oralité ou l’écriture, Socrate ou Platon. C’est seulement au siècle des Lumières, dans les salons parisiens, animés par la stimulante présence féminine, que la tradition orale antique fut peut-être reprise, mais nous n’en avons pas de traces. Nous vivons dans un siècle d’une oralité électronique dominante et d’une écriture mécanique, en absence de sages socratiques et de poètes platoniciens.
antiquité,art,femme,histoire,intelligence,poésie,robot

mot
Les sensations, les objets, les idées – à combien de choses il faut renoncer, pour posséder le mot !
idée,maîtrise,matière

mot
Les mots, formant des idées ou métaphores inouïes, courent un risque fatal, s’ils sont reconnus par la foule, qui banalise et spolie tout ce qu’elle touche. La chance du solitaire est de garder au chaud, près de son cœur ardent, ses mots immaculés que seules les étoiles écoutent.
ange,art,cœur,création,étoile,idée,inconnu,métaphore,mouton,noblesse,…

mot
L’évolution de l’outil principal d’une écriture artistique : de la confiance orgueilleuse en l'esprit, à la fière foi en l'âme, à la noble maîtrise par le mot, cette étape ultime de toute plume ambitieuse et éclairée, étape gênante pour le regard initiateur mais justifiée par la création finale. En plus, cette conclusion aboutit à cette antienne protéiforme, tout galvaudée qu’elle soit, - Au Commencement était le Verbe, puisque tout grand écrivain vaut par la qualité de ses commencements. Le rêve : réduire tout discours au statu nascendi.
âme,art,commencement,création,esprit,grandeur,intelligence,noblesse,regard,rêve

mot
L’usage du mot admet trois sources de ses acceptions ; statistiquement courante, étymologique, innovante. La première est banale, la deuxième – stérile, la troisième – douteuse. C’est pourquoi les relations entre les mots sont beaucoup plus fécondes que les jeux avec des mots séparés – la métaphore s’oppose à l’inertie, à la pédanterie, à l’exotisme.
commencement,concept,continuité,métaphore

mot
J’ai créé quelques douzaines de mots-métaphores, sur lesquels je n’ai entendu aucun jugement des autres. Étrangement, ceci m’a permis de vivre une sensation de pureté en miniature : aucun intermédiaire entre moi et ce que j’aimai. J’ai mieux compris alors la béatitude des anachorètes.
amour,ange,auteur,bonheur,création,langue,métaphore,solitude,voix

mot
La conscience (c’est-à-dire la sensibilité et l’intuition) n’est pas langagière ; donc, ce qu’on écrit et ce qu’on ressent sont incomparables, incompatibles ; la pauvreté ou la richesse de l’un n’ont aucune influence sur les qualités de l’autre.
conscience,création,langue

mot
La représentation produit des concepts, le langage, visant la réalité, les transforme en modes d’emploi et celui du rêve les traduit en mythes.
concept,création,langue,réalité,représentation,rêve,robot

mot
Le mot liberté a tant d’acceptions, qu’il est champion toutes catégories en volume des bavardages hétéroclites, qui ne se donnent même pas la peine d’en définir l’antonyme.
langue,liberté,négation

mot
À ces deux mots, très importants, – regard et voix – je donne un sens arbitraire de créativité et d'originalité. Je fus très content de tomber sur cette remarque de Cioran : « Tout s’estompe chez les êtres, sauf le regard et la voix », bien qu’il prenne ces termes au sens banal.
auteur,création,langue,regard,voix

mot
Les idées justes décrivent le monde, les mots musicaux le chantent. Les premières doivent se rendre sur place, pour être crédibles ; les seconds, sans se déplacer, ne comptent que sur la qualité de leur voix, pour être admirés.
idée,musique,nature,voix

mot
Comment je vois l’évolution de l’écriture : elle commença par le quoi (les choses), continua par le comment (la poésie), enchaîna avec le pourquoi (la philosophie), pour aboutir au qui (le créateur).
abduction,auteur,commencement,création,histoire,matière,philosophie,poésie

mot
Aucune mystique intéressante ne peut se trouver derrière ces mots trop banals de rien, néant, non-être ; ils devraient être réservés à la logique ou à la grammaire rudimentaires et nullement à la philosophie.
être,mystère,philosophie,science

mot
Rarement, deux mots aussi proches s’éloignaient si radicalement ; idée et idéal. La première supporte la réalité, le second porte le rêve. Tout le monde vous enquiquine avec ses idées ; personne ne vous soulève par ses idéaux.
hauteur,idée,proximité,réalité,rêve

mot
Deux profanations verbales : en vociférant Je ne suis pas d’accord avec ce monde, ils parlent de négation ; en proclamant Le monde est absurde, ils se prennent pour nihilistes.
absurde,nature,négation,nihilisme

mot
Tant d’ambigüités dans mes mots-clés : valoir – prix ou valeur ? devoir – règle ou sacrifice ? vouloir – viser ou désirer ? pouvoir – force ou talent ?
auteur,force,langue,sacrifice,valoir

mot
La vie consiste dans le sérieux de l’action ; le rêve prend la forme d’un jeu d’enfants. C’est pourquoi le rêveur cultive l’illusion, qui, étymologiquement, voulait dire – se faire entraîner vers le jeu.
action,enfance,jeu,langue,rêve,vie

mot
Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui.
abduction,auteur,erreur,langue,style,valoir,voix

mot
La plus noble fonction du langage est de produire des contradictions ou harmonies nouvelles, afin de réconcilier ou de faire se rencontrer l'esprit avec l'âme. Ses fonctions barbares nous laissent en compagnie d'un esprit robotique ou d'une âme moutonnière.
âme,esprit,mouton,négation,noblesse,robot

mot
Celui qui est incapable de définir un mot, c’est-à-dire de l’attacher à un concept de la représentation, est incapable de formuler des idées non plus. Il est condamné au bavardage décousu.
concept,idée,représentation

mot
Jamais deux personnes ne partagent le même graphe ontologique, et donc jamais les mêmes mots ne recouvrent chez eux le même sens. C’est ce qui justifie la créativité morphologique et conceptuelle de Heidegger.
concept,création,être,langue

mot
Dans les genres qui réclament le laconisme, telle, précisément, l’aphoristique, l’allemand se noie dans une interminable logorrhée, purement verbale. L’allemand est porté sur l’enchaînement, là où le français cherche l’arrêt le plus élégant et bref.
allemagne,discursif,france,maxime

mot
Le défaut d'intelligence le plus irrécupérable est l'ignorance en matière langagière. Ce qui explique beaucoup de faux pas de Platon, de Foucault, de Cioran. Et ce qui met en valeur l'éclat de St-Augustin, de Nietzsche, de Valéry.
erreur,intelligence,langue

mot
On aurait dû avoir trois mots différents à la place du verbe exister, appliqué à la réalité, au modèle et au discours. Dans la réalité, comme nous le savons depuis Descartes, n'existent que des combinaisons d'atomes, res extensa (instances des classes physiques, chimiques et biologiques), et des manifestations de l'esprit, res cogitans (sujets qui créent, représentent et interprètent). La phusis et le logos, un couple, où le genre en dit long sur le rôle du géniteur respectif, et dont les définitions ne vont pas au-delà de : « What is mind ? No matter. What is matter ? Never mind. ». Dans le modèle existent des objets ; dans le discours existent des références d'objets renvoyant, par substitutions, aux objets du modèle.
arbre,concept,création,dieu,être,grèce,interprétation,réalité,représentation

mot
Toute la bêtise du tournant linguistique consiste dans l’oubli de la place de la représentation : « Les mots de la langue désignent les objets réels » - Wittgenstein - « Die Wörter der Sprache benennen Gegenstände ». Les mots désignent (ou plutôt référencent) les concepts d’une représentation ; l’objet réel est le même pour tous, le concept ne l’est jamais.
concept,erreur,intelligence,langue,réalité,représentation

mot
Le rêve est plus près des mots que des actes ; les mots, ardents ou aériens, se prêtent mieux à une vie noble que les actes, coulants ou terrestres.
action,éléments,noblesse,rêve,vie

mot
Ceux qui ne voient que la réalité et le langage et ignorent (ce qui est) la représentation admirent la sentence : tout objet est identique à lui-même. Il est clair que le sens de cette affirmation (comme de toute autre) est formel et non pas réel, mais rien de formel ne peut se passer d’une représentation, dans laquelle l’accès à l’objet (au concept) admet une infinité de références langagières, et le chemin d’accès fait partie du sens. Donc, tout en accédant au même objet formel (et à son ‘original’ réel), le sens qu’on attribuera à cet objet serait différent, pour les accès différents. Strictement parlant, en visant le même objet de la représentation (et de la réalité), mais avec deux chemins d’accès différents, nous obtenons deux objets différents.
chemin,concept,langue,réalité,représentation

mot
Il suffit d’un peu de connaissances communes pour manier les idées profondes ; il faut un talent extraordinaire pour manier les mots, adressés à la hauteur.
esprit,hauteur,idée,savoir

mot
La musique apporte à tes mots – de la hauteur, et le sens – de l’ampleur ; mais tu ne le réussis que par un laconisme verbal. « Le resserrement de la parole provoque l’élargissement du sens » - R.Char.
hauteur,maxime,musique

mot
En français, une belle homogénéité des contenus de nos trois facultés, celles du corps, de l'âme et de l'intelligence : la sensation, le sentiment, l'assentiment.
âme,caresse,esprit,intelligence,sentiment

mot
En allemand, le terme pseudo-philosophique d’absolu (das Unbedingte) renvoie au dé-chosifié, à l’inconditionnel. La lourdeur kantienne et le délire hégélien sont passés par là. Nietzsche, qui qualifiait de malade tout ce qui ne se rangeait pas du côté de la force, est trop radical : « L’extase ironique est signe d’une santé ; tout absolu est dans le pathologique » - « Die Spottlust ist ein Anzeichen der Gesundheit : alles Unbedingte gehört in die Pathologie ».
allemagne,folie,force,ironie,langue,philosophie,sacré

mot
L’abêtissement de la philosophie par le piteux tournant linguistique prouve que les Anciens furent plus profonds, en mettant l’ontologie, et donc la représentation, au centre de leur attention. Cet abêtissement frappa le vieux Wittgenstein, qui, jeune, adopta une démarche ontologique, proche de celle d’Aristote, mais, vieux, sombra dans une lamentable anthropologie des jeux de langage, jeux si appréciés par les plus bêtes des Anglo-Saxons.
amérique,angleterre,antiquité,être,hauteur,intelligence,langue,philosophie,représentation

mot
La plupart de mes mots écrits ne cherchent pas à être lisibles, crédibles, transmissibles, mais – audibles – mélancolie ou gémissements, traduits en mélodies.
auteur,mélancolie,musique

mot
Ils réduisent le sens d’un mot à ses usages, donc à l’aspect pragmatique. C’est une approximation trop naïve, car le nombre des usages possibles d’un mot est infini. Le mot n’acquiert un sens que dans un usage donné, c’est-à-dire dans une phrase faisant partie d’un discours ; ce sens est donc une réduction du sens du concept (associé au mot, dans une représentation) au contexte donné.
concept,inconnu,jeu,langue,représentation

mot
Dans ton écrit, la langue et les objets, que tu dois, immanquablement, évoquer, étant une propriété commune, il est impossible que tu n’écrives que de ton intérieur ; de même, il est impossible de ne maintenir que le ton poétique, une part routinière s’y glissera, prosaïquement. La valeur de ton écrit apparaît après l’élimination du commun langagier, non poétique ; ce qui reste ne peut être que des aphorismes ou des maximes, que les autres, à tort, appellent des idées.
idée,langue,maxime,mouton,poésie,valoir

mot
L'intellect (la raison outillée pour des finalités) pénètre trois couches : les sentiments, les concepts, les mots, où l'outil sollicite, respectivement, l'âme, l'esprit ou la métaphore. Si la science fait tout aboutir aux concepts, la philosophie (ou ses vassaux - la littérature ou la religion) trace deux parcours opposés : des mots aux sentiments – pour consoler, ou des sentiments aux mots – pour affirmer son intelligence, son goût ou son talent.
âme,art,consolation,création,esprit,goût,idée,intelligence,langue,métaphore,…

mot
Le sens logique, extra-langagier, du mot vrai est rarement employé. Qu’est-ce que la vraie vie ? Elle ferait partie du monde, dont nous ne sommes pas (Rimbaud), puisque nous sommes dans le rêve sans langage et, donc, sans vérités, et ce rêve est le contraire de ce monde, saturé de langages et, donc, de vérités.
langue,nature,rêve,vérité,vie

mot
Le Logos johannique pourrait se traduire par entendement (Tolstoï), ce qui est déjà au-delà non seulement du Verbe (collé directement à la représentation) mais aussi de la phrase (qui n’est qu’une requête langagière, loin du sens conceptuel). L’entendement est dans l’interprétation, aboutissant au Sens, - trop d’étapes pour prétendre d’être aux origines. « Au Commencement était le Verbe, et à la Fin – la Phrase » - S.Lec. Et puisqu’il n’y avait rien à représenter, au Commencement était, peut-être, l’idée (le dessein divin) de la représentation.
concept,dieu,idée,interprétation,langue,représentation

mot
Bon discours, poétique ou philosophique : le verbal (explicite) renvoyant au conceptuel (implicite). Mauvais, anti-poétique et professoresque : le verbal sans attaches échafaudant le conceptuel gratuit et ad hoc. Le verbal sans contre-partie conceptuelle est du faux-monnayage.
idée,langue,philosophie,poésie,représentation

mot
Ce que tous les philosophes négligent, c’est le choix explicite des axes conceptuels, sur lesquels ils placent leurs mots fétiches. L’un de ces mots-parasites – la vie. À l’autre bout de l’axe, on devine, chez les soi-disant vitalistes, - la réflexion abstraite, l’érudition, le savoir, tandis que son occupant le plus intéressant est le rêve, ce qui fait de la vie synonyme de la réalité. Ainsi, cet autre terme, la passion, devient archi-flou, puisque, appliqué à la vie, il peut signifier l’obsession par la réussite, et, appliqué au rêve, – l’élan vers la hauteur. « Ce froid regard et nulle vie ; glas des passions inassouvies » - Boratynsky - « Взгляни на лик холодный, в нём жизни нет ; но как былых страстей заметен след ».
axe,défaite,élan,hauteur,inconnu,langue,philosophie,poésie,réalité,regard,…

mot
La substance d'un concept ne peut être saisie sans claires indications de ses contraires intéressants. Que vaut cet avorton d'être, si pour ses contraires on nous exhibe un fantomatique non-être (engendré par des eunuques de la négation), un aptère devenir (qui n'est que l'être lui-même, muni d'une échelle temporelle), un insaisissable néant (pas plus riche qu'un ensemble vide) ?
être,idée,négation,temps

mot
La représentation imprime des concepts et dessine des structures ; la langue exprime des idées et peint des sentiments. Même si la langue repose sur la représentation, ces deux milieux sont incompatibles, bien que confondus par tous les philosophes.
concept,idée,langue,philosophie,représentation,sentiment,système

mot
La fierté énergique couronne la fin atteinte ; l’orgueil statique encourage le culte du commencement ; la persévérance dynamique assure la cohérence du parcours. Je subis plus souvent les deux premiers, ce qui m’expose à l’hybris plus qu’au kairos.
auteur,chemin,commencement,gloire,grandeur

mot
L’imagination exprimée est limitée par le langage, tandis que le savoir est illimité, car il existe la chose en soi inatteignable (Einstein, charmé par un lyrisme naturel, pensait le contraire).
création,inconnu,langue,poésie,savoir

mot
Ce que j’appelle rêve, Nietzsche l’appelle vie ; c’est pourquoi, pour lui, triompher de la réalité, c’est vivre, et pour moi - rêver.
auteur,réalité,rêve,vie

mot
En matière des niaiseries à nier, les assertions sont beaucoup plus vulnérables et instructives que les concepts. Tout Spinoza, tout Hegel, peuvent être ridiculisés de cette manière. La plupart des moralistes aussi. La possibilité, qui me manque, de réfuter que Dieu est, me cache son inexistence, est-ce plus absurde et bête que « L’impossibilité où je suis de prouver que Dieu n’est pas me découvre son existence » - La Bruyère ?
être,idée,intelligence,négation

mot
La musique de la poésie n‘est ni dans les rimes ni dans les rythmes ; elle est dans la proximité de son message avec les pulsions de notre âme : « La transmission de nos états d’âme pourrait être la vraie cible du discours poétique »* - Heidegger - « Die Mitteilung der Befindlichkeit kann eigenes Ziel der dichtenden Rede sein ».
âme,flèche,musique,poésie,proximité,rêve

mot
Deux rôles du langage : peindre le fantôme de notre bonheur interne (d’être porteur du Bien), formuler la vérité de notre malheur externe (fatalité des chutes).
bien,bonheur,défaite,langue,vérité

mot
Je tire ces mots - fantôme, béatitudes, songe, tortures, enfer, misères, destinées, souffrances, désespoirs – d’une seule phrase de Chateaubriand, ce qui annonce le vocabulaire des zigotos d’aujourd’hui. Il ne manquent que – solitude, angoisse, mépris, révolte, gloire… - pour égayer leurs dîners au château ou au bistrot.
angoisse,auteur,bassesse,espérance,gloire,haine,misère,rêve,révolte,solitude,…

mot
La langue offre des outils d’un style libre, mais elle nous force davantage à employer des tournures, imposées, tyranniquement, par l’usage et la grammaire. On ne peut s’en rendre compte que si l’on connaît plusieurs langues.
langue,liberté,style

mot
Pour définir le sens d’une phrase, il faut se rendre compte de faits suivants : 1. la logique fait partie de toute langue naturelle ; 2. une phrase consiste en références d’objets et de relations d’objets, références faisant appel aux moyens lexicaux et syntaxiques de la logique ; 3. on a toujours un locuteur et un destinataire, chacun avec ses moyens de représentation et d’interprétation ; 4. la phrase se réduit à une formule logique dans la représentation du personnage respectif ; 5. le sens de la phrase, c’est le réseau conceptuel, résultant de l’interprétation de cette formule (le mécanisme central y est la substitution de mots par des concepts) ; 6. donc, le sens (ou plutôt des sens) de la phrase n’est pas dans les mots, mais dans les réseaux ci-dessus.
concept,interprétation,langue,représentation,science

mot
La pensée loge, évidemment, dans la représentation, mais on n’y atteint qu’après avoir dépouillé un discours de son enveloppe purement verbale. La langue est si riche en effets de style que cet enlèvement, en littérature, peut être une véritable caresse.
art,caresse,élan,idée,langue,représentation,style

mot
Ne pas avoir de fin – deux acceptions possibles de cette expression : le chemin, que je suis, se prolonge infiniment, ou bien – je me passe de chemins et me contente de commencements. Le choix de la seconde version donne une des lectures les plus intéressantes de l’éternel retour.
chemin,commencement,éternité,retour

mot
La seule critique irréfutable de mes notes, et que j’accepte de bon cœur, concerne mes solécismes et se résume ainsi : Cela ne se dit pas. Pour le reste, j’ai désormais l’arsenal de mon système imprenable, arsenal forgé a posteriori.
auteur,langue,système

mot
Que ton écrit évite de répéter le dit des autres ; mais qu’il engendre un dit nouveau. Rien d’inouï n’existe plus pour le contenu de ton écrit ; le nouveau n’y surgira qu’à travers la forme. Si aucune musique ne naît de ton écrit, il rejoindra le plat silence du monde. N’écoute donc pas les savants : « Langage de l’inaudible, langage de l’inouï, langage du non-dit. Écriture ! » - Levinas.
école,langue,musique,nature,ouïe,platitude,silence,style

mot
Combien de générations d’élèves (indo-européens) durent conformer leur vision de la langue à cette structure ternaire - primitive, réductrice, anti-cognitive – sujet – verbe – objet ! Tandis que dans toutes les langues règnent les réseaux de relations d’objets d’arité arbitraire, dont la structure ternaire ci-dessus n’est qu’un cas particulier, simplissime et partiel. Le terme de sujet (acteur, concepteur) devrait être réservé à l’auteur (humain) de la représentation sous-jacente extra-langagière.
concept,école,langue,représentation,système

mot
La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité.
arbre,art,beauté,concept,erreur,langue,question,représentation,science,vérité

mot
L’usage ne modifie, durant une génération, qu’une partie négligeable d’une langue ; c’est l’inverse qui est juste : la langue forme les hommes plus que les hommes ne forment la langue.
hommes,langue,temps

mot
L’insupportable profanation du mot rêve (Traum, dream) dans l’application à nos hallucinations nocturnes ! Pour m’en réconcilier, je renverserais la phrase de Hugo, en disant que le sens de notre existence consiste à passer de la vie où l’on s’agite (du sommeil où l’on dort) au rêve immobile (au sommeil où l’on rêve).
action,auteur,immobilité,langue,rêve,vie

mot
Pour les phénoménologues, la représentation est œuvre du langage ; pour moi, c’est le langage qui se plaque sur une représentation préexistante. Le langage naît et évolue au-dessus de la représentation, et sans celle-ci il n’aurait jamais apparu, n'aurait jamais été utilisable.
auteur,commencement,langue,représentation

mot
Le mot est gouverné par la grammaire et la musique, et le concept – par la représentation et la logique.
concept,langue,musique,représentation,science

mot
La pensée naît d’un discours, dont on a éliminé tous les éléments langagiers, pour rester en face d’une représentation et d’une logique. Le seul rôle autonome de la langue est l’expressivité, la part de la poésie ou de la musique. La bêtise des linguistes consiste à affirmer que « c'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser » - É.Benveniste – le dit n’est qu’une enveloppe inexploitable (pour la pensée) ; c’est le visé (dans la représentation) qui détermine la véracité et le sens.
idée,intelligence,langue,musique,poésie,représentation,style,vérité

mot
La facilité de la (pré)compréhension d’un discours langagier est due, presque exclusivement, à l’usage (galvaudé, rodé par la grammaire). La vraie compréhension et, donc, la signification n’apparaissent qu’après l’élimination, la substitution du verbal par le conceptuel.
langue,représentation

mot
La chronologie de notre interprétation d’un discours : on y fait référence à la réalité, au langage, à la représentation, à la part métaphorique. Les médiocres s’arrêtent à l’une de ces étapes ; les pénétrants en maîtrisent la synchronie. « On n’est jamais sûr si nous visons le monde tel qu’il est ou le monde tel que nous le voyons » - G.Bateson - « We can never be quite clear whether we are referring to the world as it is or to the world as we see it » - nous voyons le monde surtout à travers la représentation.
doute,intelligence,interprétation,langue,métaphore,nature,réalité,représentation,science,temps

mot
Il n’y a pas de définitions de mots d’une langue ; on ne définit que les concepts de la représentation sous-jacente. Et Wittgenstein, en parlant d’une langue : « Les définitions sont les règles de la traduction d’une langue dans une autre » - « Definitionen sind Regeln der Übersetzung von einer Sprache in eine andere » - ne comprend pas les mécanismes de la traduction. Même les définitions de concepts, dans les langues différentes, sont toujours différentes et ne peuvent pas servir de règles.
concept,langue,représentation

mot
Une beauté picturale ou musicale ne peut jamais être rendue par les mots ; mais d’une beauté verbale peuvent émaner et des images harmonieuses et des mélodies bouleversantes ; dans ce cas, en expressivité et profondeur, elle surclasse tous les autres langages. Le verbe est tridimensionnel, tandis que la peinture ne connaît que l’étendue et la musique – la hauteur.
axe,beauté,élan,hauteur,langue,musique

mot
Une hauteur (la noblesse), une tonalité (l’ironie), une musique (la poésie) te dictent les mots du commencement ; de l’enchaînement des mots suivants surgissent des idées. Il faut inverser les causes et les effets dans cette analogie sartrienne : « Le désir s'exprime par la caresse comme la pensée par le langage » - vivent les caresses idéo-verbales !
caresse,commencement,hauteur,idée,ironie,langue,musique,noblesse,poésie

mot
L’étrange trajectoire du sillon – versus – laissé par une charrue – la poésie (le vers) et la prose (pro-versus) partageant la même étymologie. « La poésie, c’est la charrue, remontant les couches profondes »** - Mandelstam - « Поэзия - плуг, глубинные слои оказываются сверху ». Brueghel le vit bien.
hauteur,poésie

mot
On peut penser hors langage ; mais seul un discours, caressé par le langage, peut engendrer une pensée. Contenir des germes d’une volupté langagière devrait appartenir à la définition même de la pensée, et Bergson la place Dieu sait où : « La pensée demeure incommensurable avec le langage ».
balance,bonheur,caresse,idée,inconnu,langue

mot
À sa naissance, la langue n’était qu’un tas de borborygmes et d’interjections, et Freud : « La parole était à l’origine une merveille, un acte magique » - « Das Wort war ursprünglich ein Zauber, ein magischer Akt » - est complètement à côté de la plaque. Les merveilles et la magie n’apparaissent qu’avec une nécessité formelle et une liberté individuelle, c’est-à-dire avec la culture.
commencement,culture,langue,liberté,mystère,nécessité

mot
Qui maîtrise le langage, c’est-à-dire la rigueur de la représentation et l’expressivité de la langue, - maîtrise la vérité. Et Saint Exupéry a raison : « La connaissance : ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent » - le langage cohérent s’appelle représentation, la langue n’y ajoute que des métaphores.
langue,maîtrise,métaphore,représentation,savoir,vérité

mot
Le langage évoque, la représentation référence, l’interprétation montre et informe.
interprétation,langue,représentation

mot
La langue – une grammaire plus un vocabulaire ; tout est clair pour la première, tout est vague pour le second. On ne peut pas réduire celui-ci à un dictionnaire, avec ses définitions ; il devrait être une projection grammaticale sur une représentation (d’objets et de relations) et donc – être toujours personnel (malgré le fait d’être, formellement, un ensemble commun d’étiquettes). Par ailleurs, il n’est pas certain que dans toutes les langues les entrées du vocabulaire puissent s’appeler – mots.
concept,doute,langue,représentation,système,voix

mot
Essaie de résumer le monde sans faire appel au langage. Tout devient, littéralement, indicible, miraculeux. Et tu comprends que seule la musique est une traduction fidèle de la Création. Et, en retournant au langage, tu chercheras à t’approcher de la musique qui ne prouve rien et résume tout.
création,inconnu,langue,musique,mystère,nature,vérité

mot
Deux interprètes humains (dans un cas exceptionnel, il pourrait s’agir d’une même personne), un émetteur et un récepteur, participent à la donation du sens à un discours. Tout en visant le réel, ils s’appuient, aussi bien en émission qu’en réception, sur leurs univers idéels, sur leurs représentations donc, qui ne sont jamais identiques (s’il ne s’agit pas du même personnage). Le langage n’est donc commun que dans son extériorisation grammaticale ; le sens du discours n’est jamais unique.
langue,représentation

mot
Il y a de la profanation dans la proximité entre gratuit et grâce, cher et caresse.
bassesse,caresse,grâce,proximité

mot
Un mot n’a pas de sens unique, ni même de sens tout court ; il faut chercher son sens dans le contexte (le sujet et son discours), qui finira par nous renvoyer aux concepts (non-langagiers) de la représentation (celle du locuteur ou celle du récepteur). « Un mot est un faisceau, et son sens se projette en directions différentes »** - Mandelstam - « Слово является пучком, и смысл торчит из него в разные стороны ».
concept,langue,représentation

mot
La représentation et l’interprétation sont pour le langage ce que le vocabulaire et la grammaire sont pour la langue. Le langage conduit à la rigueur des vérités et la langue – à l’arbitraire des tropes. Un outil de compréhension logique du monde et un outil d’expression poétique de l’homme.
art,concept,interprétation,langue,métaphore,nature,poésie,représentation,science,vérité

mot
Les linguistes cherchent la source de la sémantique dans de vaseux sens lexicaux du signifiant, tandis que cette source est ailleurs et elle est double : les relations dans la représentation non-langagière (liens sémantiques – spatio-temporelles, causaux, mais aussi liens syntaxiques – références des substances) et le style dans la langue (les tropes).
concept,être,langue,représentation,style

mot
Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire.
beauté,caresse,langue,musique,platitude,réalité,rêve,robot,savoir,valoir,…

mot
Une confusion, dans les langues romano-germaniques, entre le rêve, qu’accompagne un ronflement, et le rêve, qu’écoutent les astres, associe la renommée désastreuse du rêve – avec le réveil ! Pour le second, le seul évoqué ici, c’est l’endormissement de l’âme, gardienne du rêve, qui est la tragédie du rêveur. « Le réveil fait aux rêves une réputation qu'ils ne méritent pas » - Valéry – la réputation de mon rêve est dans l’intensité de mon regard nocturne sur mon étoile et non dans mes yeux d’un bâilleur matinal. N’empêche que pour écrire ou mettre en musique mon rêve je dois être bien réveillé.
âme,auteur,étoile,langue,musique,regard,rêve,tragédie

mot
Une langue est un compromis entre la nécessité logique et la liberté d’expression. La rigueur grammaticale et l’expressivité des écarts. Les besoins logique et poétique sont communs à toutes les langues, mais la technique lexicale et syntaxique, ainsi que la psychologie imaginative sont toujours différentes. Toute langue est une merveille.
langue,liberté,mystère,nécessité,poésie,science

mot
Je me méfie des mots, nés d’une passion ; je salue la passion, surgissant des mots.
auteur,élan

mot
Valéry, en affirmant que, en poésie, le français ne chante pas, est trop injuste. Les carences rythmiques évidentes sont compensées, en français, grâce à l’harmonie sonore et aux mélodies élégantes. La tricherie purement rythmique est impossible en français – et tant mieux !
danse,langue,musique,poésie

mot
Toutes les sciences se dégagent, de plus en plus, du langage commun et forment leurs langages spécifiques. Dans leur contexte, tout discours peut être réduit par des concepts scientifiques, se substituant aux termes langagiers, à des formules purement logiques. Mais la philosophie, qui n’est qu’un art, se remet entièrement, au langage commun ; il n’existe aucun concept proprement philosophique ; la philosophie est là où aucun consensus n’est possible, elle ne manipule que des notions.
arbre,art,concept,langue,philosophie,science

mot
La hauteur musicale, contrairement à la profondeur cervicale, n’a pas besoin de références au réel ; celle-ci est tributaire de la logique et celle-là se fie aux mélodies ; celle-ci développe la genèse des idées et celle-là enveloppe les mots de caresses stylistiques. Les idées finissent toujours dans la platitude du réel ; les mots idéels peuvent garder la hauteur de leur origine. Oui, il faut reconnaître que, pour être messager céleste, il faut placer au commencement - le verbe.
caresse,commencement,hauteur,idée,langue,musique,réalité,science,style

mot
Pour rendre les états d’esprit (concentration, focalisation, perspectives), les mots viennent tout seuls ; la précision et la cohérence sont faciles et utiles à suivre. Pour rendre les états d’âme (inspiration, élans, extases), les mots manquent, car ces états sont indicibles ; la création ex nihilo est inévitable – on crée la mélodie, on ne suit pas la mesure.
âme,balance,création,élan,esprit,inconnu,musique,utilité

mot
Pour propager les lumières et guider l’action, la connaissance des concepts suffit ; pour peindre les ombres et embellir le rêve, il faut la maîtrise des mots. Dit autrement, « le langage est l'ombre des actions » - Plutarque.
action,beauté,concept,maîtrise,ombre,rêve,savoir

mot
L’étude de la logique ne rend pas plus rigoureuses tes pensées ; cette étude aide à comprendre que la logique fait partie de la langue (ce qui n’est pas le cas de la mathématique), et cette merveille rehausse l’image que tu as de ton outil verbal. L’insertion de la logique dans une langue est un procédé d’une rare élégance et d’une stupéfiante diversité.
étonnement,idée,langue,mystère,science

mot
L’homme est d’autant plus intelligent et subtil qu’il maîtrise davantage de types de représentation de la réalité ou des abstractions. À toute représentation se superpose un langage, et les langages constituent les dimensions d’un homme. Le pitoyable homme unidimensionnel de H.Marcuse ou de Chomsky explique l’abject conformisme, résultant, pourtant, de la pratique du great refusal ; cet homme grégaire se réduit à la seule dimension sociale. Le solitaire, pluridimensionnel et créateur, est dans l’acquiescement au monde vertigineux, où règne la Loi divine et non pas la loi écrite.
acquiescement,création,dieu,hommes,intelligence,langue,maîtrise,mouton,mystère,négation,…

mot
On se dégage, par substitutions, de la forme langagière d’un discours, pour créer un chemin d’accès au fond ; plus que le fond lui-même, c’est la qualité de ce chemin qui en détermine la qualité. Les mots ne sont qu’instruments, c’est le chemin qui est le produit.
arbre,chemin,création,idée,langue,style

mot
Le langage apporte à la représentation des consonances, des ambigüités, des tropes, des passerelles communicatives ; il n’apporte rien à l’Être, quel que soit le sens qu’on attribue à cet avorton indo-européen. L’Être est, tout entier, dans le réel, que cherche, timidement, à imiter une représentation. La partie modélisable de ce réel s’appellera être-là.
être,langue,métaphore,réalité,représentation

mot
Les syntagmes d’un langage naturel indo-européen : qui, quoi, comment, où, quand, pourquoi. Ils peuvent être négatifs, être précédés par des prépositions (cas grammaticaux), comprendre des inconnues (après le renvoi à la représentation sous-jacente). Leur syntaxe s’articule sur deux niveaux : l’enchaînement correct de syntagmes et les structures correctes internes à chaque syntagme.
europe,inconnu,langue,négation,représentation

mot
Le Verbe, contrairement au mot, est sensé être animé par une création. Et peut-être c’était l’Homme qui fut visé par le Créateur génial. « La première pensée de Dieu fut un ange. Le premier mot de Dieu fut un homme »** - Kh.Gibran - « The first thought of God was an angel. The first word of God was a man ».
commencement,création,dieu,hommes,idée,intelligence,mystère

mot
La marche, des pieds ou des mots, t’approche de l’horizon ; la danse, des corps ou des verbes, t’initie au ciel. Le parcours ou le commencement. « Homme, apprends à danser, sinon les anges ne partageront avec toi aucun commencement » - Marc-Aurèle.
ange,commencement,danse,hauteur,proximité

mot
L’inconstance aurait pu signifier – dans l’arbre de tes projections, l’insertion d’inconnues prometteuses à la place des constantes épuisées (pour A.Blok, l’inconstance était le bonheur idéal). Et l’invariant, ce pseudo-synonyme de non-variable, ne devrait pas concerner tes propres valeurs, mais des universaux impersonnels.
arbre,axe,bonheur,création,inconnu,universel

mot
On n’apprécie un mot que si l’on devine la représentation sous-jacente et se régale du chemin d’accès original aux concepts impliqués. « Ce qui n’existe que moyennant un NOM n’est guère qu’un NOM » - Valéry.
chemin,concept,représentation

mot
En littérature, l’originalité se prouve par des changements de langage, par l’introduction de nouveaux axiomes, par des commencements législatifs donc. Les ordinaires déversent des parcours, des événements. « L’art ancien donnait des lois. Le moderne donne des faits »** - Valéry.
art,chemin,commencement,langue,modernité,voix

mot
La plupart des choses vivent en concubinage bien fixé avec un mot ; ce sont les moins intéressantes ; elles servent de briques des édifices consensuels. Les plus intéressantes sont des choses, veuves ou vierges des mots : esseulées, cherchant des consolations métaphoriques, ou bien jamais embrassées, avides des caresses adamiques.
caresse,commencement,concept,consolation,métaphore,mort,mouton

mot
La lecture d’un écrit, rédigé dans ta langue maternelle, passe par deux filtres : le commun, le mécanique – l’application des habitudes de la tribu ; et le particulier, l’organique – à travers tes goûts, tes expériences, tes attentes. Le premier aide à reconnaître des lourdeurs, des solécismes, des absurdités langagières ; le second produit des plaisirs ou des dégoûts. Le cas le plus embêtant est la lecture de ton propre écrit, dans une langue étrangère, – tu es immédiatement plongé dans le second passage ; les yeux de la tribu te manqueront, ton regard laissera inaperçus tant de pâtés langagiers, qui gâcheront ta peinture conceptuelle – la solitude d’écrivaillon-métèque est une malédiction.
concept,filtre,goût,langue,mouton,robot,solitude,souffrance

mot
Deux ambitions taraudent un écrivain ambitieux : être original et échapper à son temps. On dispose d'un outil - son talent, et de deux moyens - les idées (l'intelligence) et les mots (le style). Sans bon outil, toute ambition est risible. Mais avec les moyens, on tombe dans un paradoxe. Dans le domaine des idées, l'innovation est éphémère, puisque leur nombre est fini, épuisé. Quant aux mots, ils portent, fatalement, l'empreinte de leur époque. Heureusement, les rencontres putatives de mots sont infinies, et l'art d'en profiter est la définition même d'un vrai talent.
création,esprit,idée,intelligence,maîtrise,paradoxe,style,temps,voix

mot
On s'intéresse à la chose, ou, pire, à ses noms, cela donne de la prose, de ces creuses nébuleuses d'essence, substance, être, étant, état, présence. On se penche sur les relations entre les choses, cela mène à la poésie, aux constellations solidaires et assonantes avec ton étoile.
concept,étoile,être,fraternité,poésie,réalité

mot
Dans les débats intellectuels, la compétence la plus rare, c’est la compréhension de la place du langage (l’intermédiaire entre la réalité et la représentation). Le seul à l’avoir bien compris, c’est Valéry. N’ayant rien compris à la philosophie, à la logique, à la mathématique, il eut quelques illuminations intuitives, en évoquant la place des définitions, l’unification d’arbres, les substitutions de mots par des concepts, les implexes.
arbre,concept,langue,philosophie,réalité,représentation,science

mot
Je me demande si la disparition du sacré, du hautain, du solennel ne soit due, tout bêtement, à la banalisation du sens de ces mots. Bonheur, angoisse, aventure, passion, sacrifice, beauté, honte… – une liste interminable de défunts vénérables, avec des héritiers minables.
angoisse,beauté,bonheur,honte,mort,sacré,sacrifice

mot
La première étape de l’interprétation d’un discours consiste à substituer aux mots de la langue – des concepts de la représentation. C’est une tâche conceptuelle et non langagière, contrairement à ce que pense Valéry : « Le langage exige le remplacement des choses par des objets »***.
concept,interprétation,langue,représentation

mot
Les plus belles images verbales sont inséparables de la langue ; les plus profondes idées en sont indépendantes. Le tableau d’un haut état d’âme en est le compromis.
âme,création,hauteur,idée,langue,nécessité

mot
Au jeu d’échecs, en politique, en littérature la compétence se traduit par une réduction de l’ensemble de conflit (de choix envisageables), ce qui permet de trouver plus vite la meilleure solution. La compétence est donc dans la capacité de distinguer les bons et les mauvais candidats, dans le maniement des contraintes. Cette capacité manque à celui qui écrit dans une langue étrangère ; ses ensembles de conflit sont trop vastes, et le choix du mot se fait souvent par un hasard chancelant.
art,contrainte,intelligence,jeu,langue

mot
Dans l’écriture, l’esprit prosaïque, au calme plat, navigue entre choses et concepts ; le talent, c’est-à-dire l’âme poétique, produit la houle des mots.
âme,art,concept,création,esprit,langue,poésie

mot
Méta voulant dire, en grec, aussi bien après qu’au milieu, l’aphoriste pourrait s’appeler hypo-crite (commenceur, décideur, précédant le jugement des autres), et son lecteur – méta-crite (s’occupant à reconstituer la lumière des parcours et des finalités à partir de l’étincelle de l’incitateur).
chemin,commencement,création,grèce,ironie,langue,maxime,ombre

mot
Le mot doit résumer ton état d’âme, mais tout mot a pour origine ce qui provoque cet état - une mélodie, une image, une idée : la première comprime, la deuxième imprime, la troisième déprime. Un optimiste solitaire devrait donc s’inspirer davantage des sons que des fonds.
âme,commencement,enthousiasme,idée,musique,solitude

mot
Pour exposer des idées, on ne peut pas se passer de choses ; heureusement, à côté des choses il existent des mots et, pour chanter des rêves, les mots suffisent.
concept,danse,discursif,idée,rêve

mot
Le défi stylistique est hors de ma portée, tandis que les choix judicieux des auteurs autochtones sont orientés par l’usage maîtrisé. Il me manque l’intuition de l’effet que produit un écart lexical ou syntaxique. Ce que je vise est au-delà des mots, mais l’attention du lecteur naturel s’arrête aux mots ; les liaisons entre concepts sont perçues comme liaisons entre les mots, ce qui banalise le contenu et abaisse la forme. Malédiction de métèque…
art,auteur,concept,défaite,langue,maîtrise,platitude,style

mot
Dans un discours, tout mot comporte une partie langagière et une partie conceptuelle. La philosophie aurait dû s’inspirer des sciences, pour ne pas se contenter d’un pur verbiage détaché et d’introduire aussi de rigoureux ajustages attachés. L’élimination (par substitutions) de l’aspect purement langagier ne devrait pas aboutir au néant conceptuel.
concept,langue,philosophie,science,vide

mot
Seul le langage nous permet de quitter le présent et de nous placer sur un axe temporel indubitable. Sans langage, toutes les traces du passé seraient ressenties comme faisant partie du présent. Aujourd’hui règnent des images non-langagières, ce qui fait du présent la seule réalité. Cet état s’appelle barbarie.
bassesse,langue,modernité,réalité,temps

mot
Seul la poésie peut fonder son message sur le langage ; tous les autres genres intellectuels reposent sur la représentation, bien que la plupart des auteurs croient, naïvement, rester dans le langage.
art,concept,langue,poésie,représentation

mot
Un discours et son interprétation contiennent, respectivement et potentiellement, des valeurs et des significations. La valeur peut se réduire au langage (en poésie, en épanchements passionnels) ; la signification débouche sur le sens (réseaux de concepts).
axe,concept,élan,interprétation,langue,poésie,sentiment

mot
L’interprétation de tout ce qui se formule en langue naturelle finit par un réseau de concepts de la représentation. En particulier, l’univers définitif de la pensée et de la vérité n’est point le langage, mais bien la représentation.
concept,idée,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
Une inspiration non-langagière crée mon état d’âme et demande d’exprimer celui-ci. Quant aux pensées tout prêtes, je ne les exprime presque jamais ; elles sont des effets inconscients, collatéraux, contingents. Je ne traduis que de l’inexprimable !
âme,auteur,idée,inconnu,langue

mot
L’oubli du langage en tant qu’un but en soi, une solution musicale ou intellectuelle, le réduisit à la fonction secondaire d’instrument, accompagnant les actes et les images. Quel siècle à interjections !
action,flèche,histoire,intelligence,langue,modernité,musique

mot
L’aspect formel d’une pensée dépend trop du langage ; heureusement, l’aspect significatif n’en dépend guère – l’espoir d’un métèque de la langue ! Hélas, le langage est vital, tandis que le sens est abstrait.
espérance,idée,langue,vie

mot
Deux sortes d’intelligence : l’une fondée sur les concepts (l’intelligence scientifique) et l’autre - sur les notions (l’intelligence intuitive). Dans les deux cas – la place modeste, voire négligeable, du langage, qui disparaît suite aux substitutions par des concepts/notions. Un contraste saisissant avec le verbiage philosophique, où l’on s’embourbe dans les mots, non-transformables en concepts/notions. L’élégance des mots, refusant toute rationalisation, est réservée aux poètes.
arbre,concept,intelligence,langue,philosophie,poésie,raison,représentation,science

mot
Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel.
action,art,concept,école,frontière,idée,intelligence,langue,métaphore,mot,…

mot
Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours.
arbre,concept,intelligence,langue,mot,négation,réalité,représentation,science,universel,…

mot
Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement.
action,concept,esprit,être,langue,liberté,matière,philosophie,représentation,temps

mot
La pensée non-langagière peut naître soit d’une imagination abstraite créatrice (mue par des concepts), soit d’une expérience avec de l’inconnu (contact avec des objets sans nom qu’accueille la représentation existante). Et l’enveloppe langagière peut même ne pas surgir.
concept,création,inconnu,intelligence,langue,représentation

mot
Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens.
concept,esprit,interprétation,langue,matière,nature,réalité,représentation,savoir,science,…

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L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase.
arbre,concept,intelligence,interprétation,langue,représentation,science,vérité

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Quelle que soit la langue, l’élément essentiel d’un discours y est le syntagme (référence de choses/objets ou de relations). Ces syntagmes renvoient soit à la réalité (donc aux choses, aux vagues notions, non formalisables en représentation), soit à la représentation (donc aux objets, aux concepts rigoureux). Le meilleur emploi de la première approche appartient au talent artistique, celui de la seconde – au talent scientifique. Sans aucun talent, tout discours est platitude, bavardage ou délire.
art,concept,esprit,langue,platitude,réalité,représentation,science,style

mot
Tout discours a autant de sens que de lecteurs. La philosophie analytique se disqualifie par sa pitoyable tentative d’atteindre au sens universel d’un discours, en contournant les représentations individuées.
langue,philosophie,représentation,universel

mot
Grâce à une heureuse polysémie, le mot hauteur est employé aussi bien par des musiciens que par des écrivains qui cherchent une certaine musicalité dans leurs discours – la hauteur du son ou la hauteur de vues.
art,concept,hauteur,langue,mot,musique,ouïe,regard

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La musicalité d’un écrit se reconnaît par ses mélodies poétiques, par ses rythmes intelligents, par son harmonie talentueuse, par sa tonalité ironique, par son timbre sensible. Mais les mots n’ont pas la fidélité des cordes ; dans un écrit musical, le langage déforme plus qu’il ne forme.
intelligence,ironie,langue,musique,poésie,sentiment,style

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Les deux fonctions du langage, l'instrumentale et la créatrice, ressemblent aux deux genres de maîtrise, qui servent pour bâtir une maison : d'un côté, on apprend à assembler les murs, les portes, les fenêtres, les toits, et de l'autre, le besoin, le goût ou le talent d'architecte poussent à ériger des huttes, des tours d'ivoire ou des phalanstères.
château,création,goût,intelligence,langue

mot
L’entité élémentaire d’une phrase, c’est la référence d’objets, mais on n’y accède qu’après avoir reconstitué l’ossature logique de cette phrase à partir des règles grammaticales, tenant compte des aspects phonétiques, lexicaux, syntaxiques et associées aux concepts logiques extra-langagiers – les connecteurs, les quantificateurs, les négations, les implications. Cette dernière démarche est propre de toutes les langues, ce qui échappe à tous les linguistes et à tous les philosophes, incapables de percevoir les rapports entre la langue (le mot ou un équivalent), la représentation (l’objet) et la réalité (la chose).
concept,langue,négation,philosophie,réalité,représentation,science

mot
Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième.
abduction,concept,intelligence,interprétation,langue,philosophie,représentation,savoir,science

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La langue émerge de notre quotidien terrien ; c’est une contrainte à ne pas négliger. Le talent littéraire consiste à s’inspirer de la hauteur du sensible naissant, à s’étonner de la profondeur de l’intelligible né, à ne pas laisser la pesanteur de la langue amortir ces deux élans vers deux admirables naissances, à garder leur grâce.
art,contrainte,élan,esprit,étonnement,grâce,hauteur,idée,intelligence,langue

mot
La naissance d’une langue : recherche d’adéquation entre les sons (proférés par nos cordes vocales), d’un côté, et nos intentions et actes, de l’autre ; naissance de représentations, apparition d’objets (et de relations entre eux) se substituant aux choses (matérielles ou spirituelles). La langue est née, lorsque nous finissons par nous adresser aux objets et non plus aux choses.
action,commencement,concept,esprit,langue,ouïe,représentation

mot
La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle.
esprit,être,langue,mystère,représentation,science,universel,voix

mot
La poésie française est condamné à rester de second ordre en Europe pour une raison technique – l’accent tonique en français n’est que syntagmatique et non pas, en plus, comme partout ailleurs, lexical, source d’innombrables combinaisons rythmiques. D’autre part, suivre, verbalement, ces rythmes est si facile, que tant d’Européens se prennent pour poètes, sans avoir le moindre talent poétique ; en France, seul les poètes-nés peuvent briller.
art,contrainte,esprit,europe,france,langue,musique,poésie

mot
Toute la poésie naît des propriétés intrinsèques du langage ; il est donc presque inévitable qu’elle reste sotte, bien que nous charmant par ses assonances et ses ambigüités. L’intelligence est dans la maîtrise des relations que le langage entretient avec l’extérieur, avec des représentations conceptuelles et des expériences vitales.
concept,intelligence,langue,musique,poésie,représentation,vie

mot
Le mot représentation, dans les philosophies platonicienne, aristotélicienne ou kantienne, désigne la maison du savoir, un domaine monumental de nos échanges avec le monde ; mais, malheureusement, ce mot est entaché de traces de physiologie, théâtralité, diplomatie, automorphismes algébriques ou apparences, qui occultent son sens originel et engendrent des monstres telle la philosophie analytique.
concept,intelligence,langue,nature,philosophie,représentation,savoir

mot
Le théâtre (dramatique ou musical) nous rappelle qu’entre le désir et le mot il existe une sphère expressive plus spontanée, plus viscérale, plus hermétique, composée de borborygmes et de soupirs, « la parole d’avant les mots » - Artaud -, et que le mot rationalise trop.
élan,langue,musique,mystère,représentation,sentiment,voix

mot
Depuis un demi-siècle, on savait que le sens d’une phrase devait être formulé en termes extra-langagiers : « La linguistique est une théorie de conversion senstexte »*** - Manine - « Лингвистика есть теория перевода смыслтекст », mais il a fallu attendre une Intelligence Artificielle mure du XXI-ème siècle, pour rendre opératoire ce vœu pieux.
intelligence,langue,modernité,représentation,science,temps

mot
Une langue doit disposer de deux grammaires – l’interne (générative ou autre) et l’externe (représentative). D’une phrase, c’est-à-dire d’une suite de sons (peut-être accompagnée de gestes), la première grammaire extrait une suite chronologique d’entités élémentaires (équivalents de nos mots) et en établit la correction. Dans cette suite correcte, la seconde grammaire (une méta-grammaire) reconnaît des références d’objets (noms, relations, qualificatifs, négations, connecteurs et quantificateurs logiques, coordonnées spatio-temporelles). Le sens de la phrase est un concept subjectif, dépendant de représentations que tout individu possède ; ce sens est établi par un interprète universel extra-langagier (une méta-grammaire, un démonstrateur), grâce aux substitutions des références par des objets de la représentation, débouchant à un réseau. Rien d’universel (propre à toutes les langues) dans les grammaires ; tout est universel dans le démonstrateur. La logique est innée, tout le reste est acquis.
concept,langue,représentation,science,universel,voix

mot
Pour avoir un sens, un discours doit se reporter à une représentation. Toutes les représentations sont à portée de la machine ; donc, su tu veux produire des textes sensés, ils doivent être digérables par la machine ; sinon, tes paroles seront soit de la poésie verbale soit du verbiage banal.
langue,platitude,poésie,représentation,robot

mot
Le langage dispose de signes (mots) ; la représentation propose des sens (structures et raisonnements). La poésie est dans le signe, et la philosophie – dans le sens.
concept,langue,philosophie,poésie,représentation,science

mot
Les structures grammaticales d’une langue ne peuvent ressembler que de très loin aux structures de la représentation. Et celles-ci sont beaucoup plus proches de la réalité que celles-là. Sans la représentation, une grammaire est incapable d’engendrer du sens dans un discours (un faux espoir de la philosophie analytique), et sans le sens aucun savoir n’est possible.
langue,philosophie,réalité,représentation,savoir

mot
Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre.
danse,discursif,inconnu,langue,liberté,savoir,style

mot
Ce n'est pas le mot, c'est à dire l'expression et la connotation, mais bien l'idée, c'est à dire la définition et la dénotation, qui nomme les choses et, ainsi, crée une clôture, l'attraction pour mes prochains immédiats, elle me limite par l'illusion de mon soi connu ; le mot, le juste, lui, m'invite à l'ouverture, au lointain inaccessible, il me maintient dans la certitude, que mon meilleur soi reste inconnu.
doute,idée,inconnu,ouvert,proximité,soi

mot
Dans un discours, le locuteur est porte-parole, ses mots – porte-substitutions, les objets substitués de la représentation – porte-sens. Un mot, qui ne serait attaché à aucune représentation, explicite ou implicite, n’est que le mot, il n’a pas de sens. Les philosophes académiques pèchent par cet oubli et nagent dans un verbiage.
école,langue,philosophie,platitude,représentation

mot
Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance.
conscience,langue,représentation,savoir,science

mot
Le simple fait d’être musicien, peintre ou scientifique ne te discerne pas le titre d’intellectuel. Tu es intellectuel si tu comprends la place du langage parmi tous les moyens d’expression. Si tu en appréhendes la puissance, l’élégance, l’harmonie. Si tu sais en retirer l’intensité, la noblesse, la hauteur et l’originalité, dont tu muniras ton propre discours, communicable à tes pairs.
art,beauté,force,hauteur,intensité,langue,musique,noblesse,science,voix

mot
Tant de chinoiseries autour de ces banalités d’immanence ou de transcendance, tandis qu’il suffirait de parler de ce qui est plus profond que mes noyaux ou plus haut que mes sommets (intimior intimo meo, superior summo meo de St-Augustin).
hauteur,philosophie

mot
Contrairement aux notes et coups de pinceau, le mot n’épuisa pas encore son potentiel de beauté, de subtilité et de noblesse. Il n’y a plus rien à chercher dans les cloaques sonores ou picturaux, tandis que le mot organique, même agonisant, continue son combat, perdu d’avance, face aux sons et images mécaniques, ces symboles du triomphe de la foule.
art,beauté,langue,lutte,mort,mouton,musique,noblesse,robot

mot
Tu perds tant de choses, en t’exprimant dans une langue étrangère : l’élégance, les idiomatismes, l’ironie. Et l’audace ou la plaisanterie, le plus souvent, t’y desservent. « Dans une langue étrangère, le premier des cadeaux à périr, c’est l’humour » - V.Woolf - « Humour is the first of the gifts to perish in a foreign tongue ».
audace,beauté,défaite,ironie,langue,mort,musique

mot
Le beau terme d’élan, auquel s’attachent tant de mes déclamations emphatiques (et que chercha, en vain, de ranimer Bergson), subira dans les oreilles de mes contemporains, en synchronie, la même profanation que, en diachronie, il vécut, en s’écroulant dans hormones et appétits.
auteur,élan,grèce,modernité

mot
Les idées naissent de la représentation ; la logique de celle-ci est traduite en musique des mots, rendant possible la formulation des idées et leur transmission aux hommes. Donc, en fin de compte, les idées naissent des mots et non pas l’inverse. « La langue est la mère et non pas la fille de la pensée »** - K.Kraus - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Tochter des Gedankens ».
hommes,idée,langue,musique,représentation,science

mot
Une phrase comprend des constantes explicites (noms d’entités, mécanismes logiques, valeurs d’attributs, qualificatifs, ponctuations) et des inconnues (variables) implicites. Pour arriver à la signification et au sens de la phrase, l’interprète logico-langagier doit en constater la correction syntaxique, noter les inconnues dégagées, former une proposition associée, procéder à l’unification des inconnues par un chaînage-arrière, constater la véracité/fausseté de chaque résultat, exhiber des réseaux obtenus en tant que des sens de la phrase.
concept,inconnu,interprétation,langue,science,vérité

mot
La langue des questions est presque toujours commune ; celles des réponses est presque toujours individuelle. En écriture, les bonnes contraintes doivent écarter ce qui est rebattu, et le bon goût doit se vouer à la seule beauté inimitable. Être davantage dogmatique que sophiste. Plus tu es exigeant, plus tu te rapproches du genre aphoristique.
art,beauté,contrainte,goût,langue,maxime,mouton,philosophie,platitude,question,…

mot
L’enfant, en apprenant la langue, mémorise surtout un modèle probabiliste, d’après lequel, après avoir perçu un début de phrase, on devine, de mieux en mieux, les prolongements les plus probables. Dans l’interprétation d’un discours, c’est étonnamment efficace pour réduire l’espace de conflits, au point que les meilleurs modèles linguistiques des réseaux neuronaux, ChatGPT et DeepSeek, s’en inspirent. Tout discours est temporel : plus on y avance, moins on a de candidats à la succession.
interprétation,langue,temps

mot
Ils connaissent l’idée à chasser, mais sur le chemin ils tombent sur du gibier aléatoire et même interdit aux armes dont ils disposent. La proie non-conforme à leur feu les rend braconniers. Les mots sont des appâts ; plus nutritifs ils sont, plus noble seront les idées-cibles sauvages qui s’y laisseront séduire. L’écriture est affaire des caresses et non pas des prouesses.
art,caresse,chemin,idée,jeu,noblesse

mot
Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir.
concept,langue,réalité,représentation,savoir,valoir

mot
La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations.
frontière,inconnu,langue,représentation,savoir,science

mot
Le scientifique laisse l’initiative aux idées, la tâche subalterne de leur description étant dévolue aux mots. L’ambition de l’écrivain (poète, philosophe, penseur) est de tisser des charmes verbaux, au milieu desquels surgissent, presque par inadvertance, des idées. « Quand une fois on a goûté au suc des mots, l'esprit ne peut plus s'en passer. On y boit la pensée »** - J.Joubert. Les pensées finissent par rejoindre le fond commun de l’humanité ; les mots restent attachés à leur auteur.
bonheur,caresse,hommes,idée,langue,mouton,philosophie,poésie,science

mot
Le mot réalité a, au moins, deux sens presque opposés : le mystère de la Création divine (l’impossibilité, l’harmonie, la beauté) et la solution de l’action humaine (la transparence, la prévisibilité, le contraire du rêve). « Qu’y a-t-il de plus fantastique et inattendu que la réalité ? » - Dostoïevsky - « Что может быть фантастичнее и неожиданнее действительности ? ».
absurde,action,beauté,création,dieu,hommes,inconnu,interprétation,langue,mystère,…

mot
Tant de charlatanismes (phénoménologie, philosophie analytique, philosophie du langage, philosophie de l’esprit) résultèrent de cette bêtise, le tournant linguistique, dont se seraient moqués Platon ou Aristote, et qui consiste à admettre une interprétation ou un sens uniques d’un discours. Heureusement, il restait Valéry, le plus lucide visionnaire du langage : « Le langage associe trois éléments : un Moi, un Toi, un Lui ou chose » - le destinataire ne peut pas avoir une idée précise des représentations de l’expéditeur. Tant de destinataires, tant d’interprétations – les représentations sont incontournables !
esprit,interprétation,langue,philosophie,représentation

mot
Le sens d’une idée est dans les structures conceptuelles de la représentation ; la forme – dans les tropes du langage. Les structures langagières n’apportent rien au sens ; les concepts de la représentation n’apportent rien à la beauté du discours.
beauté,concept,idée,langue,représentation,style

mot
Partisan résolu du premier mot, refusant tout développement inertiel, je vis au milieu de ceux qui veulent avoir le dernier mot, tout en oubliant le commencement du mot premier. La hauteur irremplaçable de la source ou la platitude finale commune.
auteur,commencement,discursif,hauteur,mouton,platitude

mot
Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation).
concept,conscience,création,dieu,interprétation,langue,réalité,représentation,savoir,valoir

mot
On ne peut pas penser en mots, car les mots traduisent l’inertie, tandis que la pensée doit être une lutte, un style rebelle, fondé sur les concepts. La majorité des philosophes, nageant dans le verbiage, ne pensent pas, ils ignorent les relations entre le mot d’usage et le concept de représentation.
concept,continuité,création,idée,langue,lutte,philosophie,représentation,style

mot
En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui.
concept,intelligence,interprétation,langue,négation,représentation,vérité

mot
Tout langage, muni de la notion de substitution (équivalence, synonymie, syntagmes), est constitué de formules. En logique, on substitue des concepts à d’autres concepts, pour avancer vers des preuves, vers la vérité. En philosophie académique, on substitue des mots à d’autres mots, pour propager un verbiage, sans but formulable - leurs formules sont nulles.
concept,école,langue,philosophie,science,vérité

mot
En russe, les mots les plus expressifs laissent autour d’eux des incertitudes et ne traduisent qu’un élan plutôt qu’une finalité bien désignée ; des points de suspension plutôt que des points tout court. C’est bon pour la poésie enveloppante, mais ne favorise ni la musique développante ni l’art aphoristique (immobilité et concentration dans le commencement). Nabokov parlait de réticence musicale (музыкальная недоговорённость) dans le russe.
commencement,discursif,doute,élan,immobilité,langue,maxime,musique,poésie,russie

mot
En russe, un seul mot sur dix demande une réflexion sur sa bonne orthographe ; en allemand – trois ; en anglais – six ; en français - neuf.
allemagne,angleterre,france,ironie,langue,russie

mot
La facilité époustouflante, avec laquelle l’homme comprend le discours d’un autre, n’est due ni au câblage de la grammaire ni à la projection des mots sur les concepts, mais à la … statistique. Tel est le constat, décourageant pour les cogniticiens, avec leurs modèles savants, mais traduisant une irréfutable réalité. L’apprentissage, à travers l’usage quotidien, forme la vague notion de proximité entre les mots (syntagmes) ; les réseaux neuronaux (chatbots) suivent exactement la même démarche, et c’est seulement au stade du raisonnement abductif (qui, quoi, pourquoi, comment) qu’interviennent, aussi bien chez l’homme que chez les robots, quelques mécanismes logiques.
concept,hommes,intelligence,langue,proximité,raison,réalité,robot,science

mot
Les mots trop prolifiques ont la fâcheuse tendance de se développer et de s’entasser dans une forêt. J’arrête leur propagation dès que le premier arbre en ressort ; il prend la forme d’une maxime (nécessairement) et le fond d’une idée (en passant).
auteur,discursif,idée,maxime,mouton,nécessité,style

mot
Tout ouvrage philosophique doit faire appel à la chimie des réactions entre les concepts à valences connues et à l’alchimie des rencontres inattendues entre les mots à valeurs imprévisibles.
concept,inconnu,langue,philosophie,poésie,science

mot
L’ivresse, provoquée par leurs mots grandiloquents (toujours contingents), fait tourner la tête des professeurs de philosophie ; leurs esprits excités confondent les mots avec des concepts sobres (mais nécessaires). Pour que vos mots puissent s’aventurer dans la hauteur, il faut vous être entraînés dans la profondeur des concepts.
concept,école,grandeur,hauteur,langue,nécessité,philosophie

mot
En littérature, tu progresses par des détachements que tes mots osent, face, successivement, aux idées, sentiments, états d’âme, qui, fatalement, rejoignent, tôt ou tard, le patrimoine commun. L’originalité n’appartient qu’aux mots – la dernière leçon, souvent décourageante, de graphosphère. Le mot réussi est une caresse d’âme qui fait frissonner les esprits et les cœurs.
âme,art,audace,caresse,cœur,défaite,élan,esprit,idée,langue,…

mot
On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles.
concept,éternité,hauteur,intensité,langue,métaphore,mort,représentation,temps,vie

mot
On reconnaît un esprit subtil par le nombre d’hapax qu’on trouve dans son discours ; pour les états d’âme, qu’il s’agit de traduire, il n’existe pas de mots justes.
âme,conscience,création,esprit,langue

mot
Les contraintes, que la logique exige de la mathématique, sont de la même nature, que ce que le langage impose à la poésie. Et leur résultat commun – une liberté intérieure, défiant l’inertie et le hasard extérieurs.
continuité,contrainte,jeu,langue,liberté,poésie,science

mot
Chaque langue a le pays qu’elle mérite.
cité,langue

mot
Le Verbe, muni d’un grand style, peut s’appeler Caresse. Ce qui le suit est moins important ; Il n’est qu’une introduction, un commencement ; au Commencement, donc, doit être une Caresse !
caresse,commencement,style

mot
Contrairement aux mots vérité ou liberté, où le vague règne, le mot vie, a des antonymes assez nets, pour ne pas se tromper d’acception. Trois d’entre eux, les plus pertinents, correspondraient aux trois angles de vue, pratiqués, respectivement, par un biologiste, un cogniticien, un poète – matière inerte, raison, rêve. Face à matière inerte, la vie est un miracle de la Création. Opposée à raison, la vie exhibe des émotions, des états d’âme, des intuitions, des instincts. Avec rêve, la vie complète la double sphère de notre existence et se réduit aux actions.
action,âme,concept,création,liberté,mystère,négation,poésie,raison,rêve,…

mot
Pour faire ressentir, que l'homme est plus grand que les mots, il faut se montrer plus petit que ses mots.
acquiescement,grandeur,maîtrise,soi

bible
La langue du sage est dans son cœur ; le cœur du sot est dans sa bouche.
mot
Se parler ou parler aux autres - deux arts différents : sonder les sources ou prospecter les fins. Est sage celui qui maîtrise ces deux langues, sans se tromper de grammaire. Mais le soi, auquel je parle, est double : le connu et l'inconnu, chacun ayant sa propre langue. Parler au premier, c'est comme parler aux autres, c'est la langue de la raison. Jadis, on ne parlait qu'au second, et c'était la langue de l'âme. Avec l'extinction des âmes, le langage unique, le langage algorithmique, devint le seul outil d'introspection ou de requêtes des hommes robotisés. La bouche du sage écoute la raison ; le cœur du sot y est sourd.
âme,cœur,inconnu,langue,ordre,philosophie,raison,robot,soi

bible
Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute vaine parole qu'ils auront proférée.
mot
Même le ciel nous réclame des justificatifs, modes d'emploi, recettes et instructions, pour accorder une entrevue et une remise de peine ! La vanité, comme le vide, peut n'être qu'une préparation d'une musique et une fuite devant la banale utilité du bruit ambiant.
étoile,hommes,musique,platitude,robot,style,vide

euripide
Parle, si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.
mot
Dans le silence, mûrit la révolte des mots. Dans les mots, le silence se libère.
force,liberté,révolte,silence

lao tseu
Les vrais mots ne sont pas beaux ; les beaux mots ne sont pas vrais.
mot
Les vrais mots remplacent le regard ; les beaux mots le dessinent. Et si l'on veut les soumettre à l'épreuve de la vérité, c'est qu'on préfère la chose vue au regard (Heidegger : « La pensée est chose vue »).
beauté,réalité,regard,style,vérité

platon
Pensée et discours ne sont qu'une même chose. La pensée est un discours intérieur, un dialogue de l'âme avec elle-même.
mot
Ce dialogue est fait de messages, que ne résume aucun discours et ne subordonne aucune grammaire. Le discours est une pâle et obséquieuse incarnation d'un Verbe souverain.
âme,idée,langue,soi

horace
Scribendi recte sapere est et principium et fons.

L'art de bien écrire est ton commencement et ta source.
mot
Une bonne écriture vient avec notre talent ; les commencements et les sources résident dans notre génie, qui n'a rien de langagier. La bonne écriture, c'est l'art de rester fidèle au message de ta source, donc - de garder le rythme ; bien écrire, c'est créer de la musique.
art,commencement,langue,musique

horace
Verbaque praevisam rem non invita sequentur.

Pour une chose bien conçue, les paroles s'offriront et couleront d'elles-mêmes.
mot
Tous les sots croient Caton : « La chose maîtrisée, le mot n'aura que suivre » - « Rem tene, verba sequentur ». Non : pour les mots bien conçus, les choses s'offriront et se feront rouler !
création,ironie,langue,maîtrise

horace
Vis consili expers mole ruit sua.

La force, sans esprit, s'écroule de son propre poids.
mot
L'idée, sans renouvellement de mots, se pétrifie ou cesse d'être féconde.
création,esprit,force,idée

horace
Est brevitate opus, ut currat sententia.

Sa brièveté fait courir la pensée.
mot
Il s'agit d'un élan intérieur d'une pensée verticale. Ne tracent des routes que des pensées étalées. Être emporté par un vecteur, une brève pointe des hic et nunc, plutôt qu'être porté par la longue droiture des valeurs, des pourquoi et comment. Haut doute ou profonde blessure plutôt que routes, plates et sûres.
chemin,doute,élan,hauteur,idée,intensité,maxime,platitude,souffrance

ovide
Siqua videbuntur casu non dicta latine, in que scribebat, barbara terra fuit.

Si, d'aventure, mon latin paraît douteux, c'est que la contrée où j'écris est barbare.
mot
La contrée, où j'écris, est civilisée, et mon français douteux porte les mêmes aspérités. Relégué auprès des Scythes, rejeté par les Scythes, dans des masures ou au milieu des ruines, nos mots brisés s'assemblent sans brisure.
art,auteur,continuité,culture,défaite,france,langue,ruines,russie,style

ovide
Interdum lacrimae pondera vocis habent.

Il arrive, que la larme ait la force du mot.
mot
Et le vrai mot est une larme de l'oreille, des sons brisés aux gouttes cristallines.
ange,force,ouïe,souffrance,tragédie

ovide
Lingua, sile, non est ultra narrabile quidquam.

Tais-toi, ma langue, il n'y a plus rien à raconter.
mot
Écrire, ce serait psalmodier et non pas parler. Narrer aurait dû rester dans l'oral.
art,discursif

sénèque
Cum rem animus occupavit, verba ambiunt.

Quand l'objet a rempli l'âme, les mots accourent tout seuls.
mot
C'est l'intuition qui amène des objets, c'est l'intelligence qui souffle des mots, mais c'est surtout de la hauteur qu'on aurait besoin, pour que les sons des mots traduisent bien l'âme. Pour pouvoir remplir l'âme, il faut que l'objet soit fait en matière crue. C'est ainsi, qu'il prendra sa forme. La résonance de l'âme comblée produit des mots. Le poète est l'égalité des dons de l'âme et du mot.
âme,art,concept,égalité,esprit,hauteur,intelligence,langue,matière,musique,…

talmud
Surveille tes pensées, car elles deviennent des mots, surveille tes mots cars ils deviennent des actes.
mot
Les lignes de succession entre les mots, les pensées et les actes ne sont que de la bâtardise, les protagonistes relevant des espèces biologiquement incompatibles. Au lieu de les surveiller, il faudrait les mettre en cellules ou mouroirs isolés.
action,continuité,idée,langue,solitude

st augustin
Alia est enim lux quae sentitur oculis ; alia qua per oculos sintiatur ; haec lux qua ista manifesta sunt, utique intux in anima est.

Autre est la lumière perçue par l'œil ; autre la lumière que l'œil peut percevoir ; autre enfin la lumière imprimée dans l'âme, qui la conçoit.
mot
Une langue vivante, un modèle conceptuel, une image conçue - Aristote eût partagé la même vision ternaire, que les philosophes analytiques abaissent à une terne division binaire.
âme,idée,langue,ombre,philosophie,représentation

st augustin
Non accuso verba quasi vasa lecta, sed vinum erroris, quod in eis nobis propinabatur ab ebriis doctoribus.

Ce n'est pas le mot, ce précieux récipient, que j'accuse, mais le vin de l'erreur que des docteurs ivres nous poussent à boire.
mot
Pour les convives vigilants, l'ivresse du vin (la beauté) est dans la lecture des étiquettes, où réside la vérité (in libello veritas).
beauté,école,erreur,intensité,vérité

gracián b.
Tres eses hacen dichoso : santo, sano y sabio.

Trois s rendent heureux : saint, sain et sage.
mot
Dès qu'on leur ajoute un s final, ils deviennent aussi banals que pécheur, corrompu ou bête. Le nombre sauve de l'ombre. À comparer avec quatre s du parfait amour de Calderón : sage, seul, serviable et secret, où le duel sauve le pluriel. Trois s tournés vers l'âme en appelle le salut : son, soin, souci - musique, pathologie, intelligence. Trois W de Nietzsche, mères de l'être : Wahn, Wille, Wehe - accès (crise), succès (volonté), excès (douleur).
âme,amour,balance,consolation,esprit,être,intelligence,musique,ombre,philosophie,…

racine j.
Verbe, en qui l'Éternel contemple sa beauté.
mot
C'est donc dans le lisible, et non pas dans le visible, qu'Il se reconnaît davantage !
beauté,christianisme,inconnu

voltaire f.-m.
Les paroles sont aux pensées ce que l'or est aux diamants : il est nécessaire, pour les mettre en œuvre, mais il en faut peu.
mot
La forfanterie des pensées endiamantées, dans des fêtes de l'utile, va de pair avec l'incapacité de dorer les mots, dans la révolte de l'inutile.
idée,nécessité,style,utilité

hamann j.g.
Reden ist übersetzen - aus einer Engelssprache in eine Menschensprache : Gedanken in Worte, Bilder in Zeichen.

Toute parole est de la traduction - d'une langue des anges en une langue des hommes : les pensées en mots, les images en signes.
mot
Dans cette traduction, on néglige beaucoup la phonétique, en prenant la musique primordiale pour des accents trop graves. On prend la grammaire de la création pour une vulgaire grammaire générative. Et le Verbe divin n'est souvent rendu que par une ponctuation sans substance ni hypostase. Les pensées et les signes, avant les mots et les images, et les pensées et les signes après, ce sont deux univers différents, le second étant, chez un talent créateur, beaucoup plus riche et beau que le premier. La langue, qu'il s'agit de traduire, n'est pas la langue des pensées humaines, mais celle des merveilles divines.
création,dieu,esprit,être,idée,langue,musique,mystère

hamann j.g.
Wer in einer fremden Sprache schreibt, der muß seine Denkungsart, wie ein Liebhaber, zu bequemen wissen.

Celui qui écrit en une langue étrangère doit chercher à courtiser sa manière à penser, tel un amant.
mot
Ce qui le pousse à séduire ses mots plutôt qu'à conduire ses pensées, à vibrer des seuls commencements, sans s'installer dans la routine des durées, à vénérer ses amours à la verticale, au lieu de les étaler dans l'horizontalité banale. La tête au milieu des mots, l'âme au milieu des pensées, c'est ainsi qu'on perd la terre sous ses pieds, c'est à dire - devient amoureux. Ses déclarations d'amour seront décousues et fiévreuses, défiant les routines des sobres communications entre autochtones ; qui devinera ses soupirs ou ses chants, au milieu des mots déchaînés ?
âme,amour,caresse,commencement,hauteur,idée,langue,temps

lichtenberg g.
Einer zeugt den Gedanken, der andere hebt ihn aus der Taufe, der dritte zeugt Kinder mit ihm, der vierte besucht ihn am Sterbebette, und der fünfte begräbt ihn.

Un homme conçoit une pensée, un autre la porte sur les fonts baptismaux, le troisième lui fait des enfants, le quatrième la visite à son lit de mort, le cinquième l'enterre.
mot
Le mot, thuriféraire et thaumaturge, est le seul à accélérer ce parcours, sans abréger la biographie ni allonger les regrets.
caresse,commencement,création,enfance,idée,mort

lichtenberg g.
Bei Shakespeare zeugt immer der Gedanke das Wort.

Chez Shakespeare, c'est toujours la pensée qui engendre le mot.
mot
Il eût été aussi ennuyeux que Molière, si ç'avait été vrai ! La liberté, avec laquelle Shakespeare extrait les mots des tiroirs imprévisibles, prouve, qu'il se désintéressait des pensées aux clefs toujours trop précises. Je ne connais pas une seule pensée de Shakespeare, mais ses intrus de mots me mettent au seuil des pensées subtiles.
ennui,goût,idée,liberté,simplicité

lichtenberg g.
Wir sehen in der Natur nicht Wörter, sonder immer nur Anfangsbuchstaben von Wörtern.

Ce n'est même pas des mots, mais leurs initiales, que nous voyons dans la nature.
mot
C'est mieux que des phrases tout entières, que prétend lire le sot. Mais je pense (et un Chinois serait d'accord avec moi) qu'on voit plutôt une catégorie : un substantif - pour s'arrêter, un verbe - pour bouger, un adjectif - pour peindre, un signe de ponctuation - pour soupirer ou sangloter.
art,chine,immobilité,langue,nature,représentation,souffrance

goethe w.
Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß nichts von seiner eigenen.

Celui qui ne connaît point de langues étrangères ne connaît rien de la sienne.
mot
Car il se trompe sur la nature de ses propres émois, ne devine pas la mystérieuse source de beauté et de puissance du langage et ne découvre pas, que la vraie vie d'une langue est ailleurs. Posséder ou savoir ce qu'on possède, la performance ou la compétence, monogame ou polyglotte. Dans le harem des langues s'apprend le corps inimitable de la parole à caresser.
action,beauté,caresse,commencement,erreur,étonnement,force,inconnu,intensité,langue,…

goethe w.
Ein Wort, wie ein Baum, der jahrelang unfruchtbar war, kann wieder blühen und Früchte tragen.

Le mot, comme un arbre, resté infécond depuis des années, peut refleurir encore et apporter des fruits.
mot
Le déracinement, l'élagage, la taille profonde font partie du même arsenal de résurrection. Tout ce qui est vraiment vivant peut être comparé à l'arbre. Être artiste du mot est d'en savoir créer les saisons et climats.
arbre,climat,création,mort,vie

rivarol a.
La langue est un instrument, dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
mot
Surtout, si l'on cherche à provoquer des secousses verbales, même en absence d'aspérités vitales.
création,goût,intensité,langue,vie

maistre j.
L'ouïe est à la vue ce que la parole est à l'écriture.
mot
Non, il y a une écriture de la vue et une écriture de l'ouïe. Le regard, la musique des mots au-dessus de l'écho des choses. Ou le reflet, la réflexion mécanique sur les cadences des choses.
art,ouïe,musique,raison,réalité,regard

maistre j.
Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation proportionnelle dans le langage.
mot
En n'entendant plus autour que des beuglements ou hallalis, on se rend compte de la place, que prit le troupeau ou la meute, dans les individus et dans les nations. Que leur silence était plus propice, pour que, en plein air, s'affermît le chant ou s'étouffât le sanglot, qui se réfugièrent, désormais abasourdis, dans des catacombes.
danse,défaite,exil,hommes,langue,mouton,ruines,silence,souffrance

joubert j.
Comment il se fait, que ce n'est qu'en cherchant les mots, qu'on trouve les pensées ?
mot
Les pensées du sot préexistent toujours et s'annoncent avec des mots anonymes, sans éclat ni reflets. Les pensées du sage sont des effets de bord, des reflets dans des miroirs des mots, dans lesquels se mire l'esprit et y trouve son compte. « Je ne conduis pas ma plume, c'est elle qui me conduit » - L.Sterne - « Ask my pen, - it governs me, - I govern not it ». L'écriture crée des ombres inventées, et ensuite, l'esprit leur découvre une source de lumière réelle. Celui qui part d'un éclairage accessible, au lieu de suivre son étoile inaccessible, ne pense pas, il copie ou imite. « On pense à partir de ce qu'on écrit et pas le contraire » - Aragon.
art,artificiel,commencement,création,esprit,étoile,idée,inconnu,intelligence,maîtrise,…

joubert j.
Les mots sont comme des verres, qui obscurcissent tout ce qu'ils n'aident pas à mieux voir.
mot
Les vrais mots permettent surtout de voir ce qui se passe en deçà et non pas au-delà des verres. Ils réfléchissent et font réfléchir. Le mieux voir est souvent ennemi du mieux sentir. Les plus beaux mots sont au service du regard et non pas des yeux.
création,doute,esprit,regard,sentiment

joubert j.
Jamais les mots ne manquent aux idées ; ce sont les idées qui manquent aux mots. Dès que l’idée en est venue à son dernier degré de perfection, le mot éclot, se présente et la revêt.
mot
Les idées sont des mannequins, facilement interchangeables, pour moi, grand couturier ; elles sont des châtelains aléatoires, élégants ou grossiers, de mes châteaux de mots ; elles peuvent même être des racines de mon arbre, fier de ses fleurs et de ses ombres, ou bien le livret insignifiant de mes partitions, musicales et vitales.
arbre,château,idée,musique,ombre,rêve

schiller f.
Laß die Sprache dir sein, was der Körper den Liebenden.
Er nur ist's, der die Wesen trennt, und der die Wesen vereint.

Que la langue te soit ce que le corps est aux amoureux.
Il n'y a que lui qui sépare les amants et qui les unit.
mot
On se sépare ou se rencontre par le mot ou par le corps, sur des facettes illisibles ou invisibles, que seules découvrent la caresse et la volupté.
caresse,étonnement,inconnu,langue

hegel g.
Das Unaussprechliche ist etwas Trübes, Gärendes, das, wenn es zu Worte zu kommen vermag, Klarheit gewinnt.

L'ineffable est obscurité et fermentation, atteignant à la clarté par l'appel au mot.
mot
La clarté résulte de deux faiblesses de l'esprit : incapacité d'approfondir ou incapacité de rester soi-même au milieu des nues. Toute sensation de clarté est preuve, que je baigne dans la platitude. L'ivresse ou la stérilité - deux issues de la fermentation.
doute,esprit,inconnu,platitude

hölderlin f.
Die Sprache ist ein großer Überfluß. Das Beste ruht in seiner Tiefe.

La parole est une franche fuite : le meilleur de nous reste dans sa profondeur.
mot
Seuls les meilleurs jaillissements laissent en deviner la hauteur. C'est mieux vu que Hofmannsthal : « La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout » - « Die Sprache ist alles, was einem bleibt, der seine Heimat entbehren muß. Aber sie enthält auch alles ».
exil,hauteur,intensité,langue,soi,vide

hölderlin f.
Ein Zeichen sind wir, deutungslos. Schmerzlos sind wir und haben fast die Sprache in der Fremde verloren.

Un signe, tels nous sommes, dépourvus de sens. Sans douleur nous sommes ; et, dans l'étrangeté, presque perdîmes le langage.
mot
Le sage est dans l'image, et le poète - dans la requête ; représenter avant d'avoir trouvé le langage et d'interpréter ; chanter avant d'avoir trouvé le sens, avant la pitié et avant la honte.
art,danse,exil,honte,interprétation,langue,philosophie,pitié,poésie,souffrance,…

byron g.
But words are things, and a small drop of ink,
Falling like dew upon a thought…

Les mots sont lourds, et, telle une rosée,
L'encre appesantit l'idée…
mot
Si l'idée brille, c'est à cause de la rosée verbale. L'idée n'est qu'un poids fortuit, sans âme, et servant à éprouver les bonnes balances. Dieu même ne fait le poids que sur une balance céleste, la seule, où l'on puisse se féliciter de la hauteur du plateau vide.
âme,balance,dieu,éléments,étoile,hauteur,idée

schopenhauer a.
Das eigentliche Leben eines Gedankens dauert nur bis er an den Grenzpunkt der Worte angelangt ist.

La vie propre d'une pensée dure jusqu'à ce qu'elle ait atteint le point-limite des mots.
mot
Elle s'imagine, que les mots ne cherchent qu'à l'épuiser, tandis que ceux-ci se soucient davantage de ciselage de cuillères que de grattage de casseroles. Écoutez le passage des auteurs chargés de pensées… L'artiste change de cuillère non pas aux arrivages de pensées nouvelles, mais bien à la naissance d'un nouvel appétit.
art,commencement,frontière,goût,idée,ironie,platitude

balzac h.
Demander des mots au silence et des idées à la nuit.
mot
Écoutez les cadences mécaniques diurnes, qui remplissent les idées d'aujourd'hui ! La musique étoilée se réfugie en hauteur, où ne s'aventurent ni éditeurs ni lecteurs. La défaite du mot est de ne plus provoquer d'avalanches d'idées. Le mot est un silence, faisant entendre la musique. L'idée est un silence cadencé.
défaite,étoile,exil,hauteur,idée,musique,ombre,platitude,silence

pouchkine a.
Востань и виждь, и глаголом жги сердца людей.

Sois hauteur et regard, pour que ton verbe porte l'ardeur aux âmes humaines.
mot
Tandis que la descente jusqu'aux bras, et même aux cerveaux humains, éteint souvent toute flamme ; le verbe enraciné est toujours aptère, ignorant le souffle émancipateur. La lumière te promet la profondeur ; le feu s'élance vers la hauteur.
âme,amour,hauteur,regard

leopardi g.
Lo stile e le parole sono non la veste ma il corpo dei pensieri.

Le style et les mots sont non le vêtement, mais le corps des pensées.
mot
La pensée s'occupe de podiums, d'angles d'éclairage, d'ordre de défilé. Les mots-caresses et les mots-promesses s'occupent et de vêtements et de corps. La pensée seule, qui, dévêtue, monte sur les planches, sans être sacrée par le mot d'un haut couturier, ne peut servir que de porte-manteaux ou d'épouvantail.
caresse,idée,platitude,sacré,style

poe e.
All Nature speaks, and ev'n ideal things
Flap shadowy sounds from visionary wings.

Dans l'Univers, tout parle ; et même l'idéal
De sa large aile envoie une ombre ou un signal.
mot
Le silence, lui aussi, y a sa place : c'est l'art de rester dans le soleil, sans jeter d'ombre. Le langage est toujours une projection de modèles ; le soleil est la réalité, l'écran de ta Caverne – ton intelligence, les ombres projetées – ta création, faite de perceptions, d'images, de mots, fondus dans des métaphores.
création,étoile,idée,intelligence,langue,nature,ombre,réalité,représentation,ruines,…

flaubert g.
Quand on sait bouleverser une âme, rien qu'en faisant passer un adjectif sous l'œil du lecteur, on est vraiment un artiste, le plus supérieur des artistes.
mot
Le moins inférieur des adjectifs que cette noble ambition me fait venir à l'esprit est interloqué. Une âme grammaticale en littérature est parente du cœur phonétique en musique.
âme,art,cœur,ironie,musique,platitude

flaubert g.
Le mot est un lointain et faible écho d'une pensée.
mot
Tu t'es trompé de montagne : c'est la pensée vagabonde qui renvoie parfois l'écho d'un mot sonore. Celui qui est en haut garde le son, celui d'en bas - l'avalanche.
défaite,erreur,hauteur,idée,musique

renan e.
Le génie apporte une langue et une voix aux instincts muets.
mot
Le génie découvre, que tout parle dans l'univers. Le génie est la rencontre de deux interprètes : de celui qui sait lire la partition de l'Autre et de celui qui sait la rendre. Les mal-entendants ont raison de voir dans le silence du monde l'origine de leur angoisse ; pensant rendre la voix lointaine de Pascal, ils ne rendent que la faiblesse de leurs propres cordes. L'angoisse, c'est ta voix ne dépassant le silence ni en puissance ni en mélodies.
angoisse,création,esprit,intensité,interprétation,langue,silence,voix

dostoïevsky f.
Слог - это, так сказать, внешняя одежда ; мысль - это тело, скрывающееся под одеждой.

Le style n'est que le vêtement ; la pensée est le corps caché par ce vêtement.
mot
L'emploi intensif de mannequins jetables finit par rendre aux vêtements leurs lettres de noblesse.
caresse,idée,noblesse,style

nietzsche f.
Ich fürchte, daß wir Gott nicht loswerden, solange wir noch an die Grammatik glauben.

J'ai peur qu'on n'arrive pas à se débarrasser de Dieu parce qu'on continue à croire en grammaire.
mot
Pourtant, c'est l'existence même des excellents analyseurs sémantiques de la langue qui témoigne de la présence d'un excellent synthétiseur mystique du Verbe.
dieu,ironie,langue,mystère

nietzsche f.
An dem Bau der Begriffe, der Begräbnisstätte der Anschauung, arbeitet die Sprache.

La langue contribue à échafauder des concepts, cette tombe du regard.
mot
Le regard ne doit que très peu au choix des concepts, choix, qui ne doit presque rien à la langue. C'est, d'ailleurs, l'une des définitions même du regard que d'être indépendant du libre arbitre du concepteur. La mise au tombeau du regard, c'est l'oubli du langage et l'auto-identification avec les concepts.
idée,langue,nihilisme,raison,regard,représentation

mallarmé s.
Nommer un objet, c'est supprimer trois quarts de la jouissance.
mot
Quand on nomme par le nom. Nommer, ou plutôt suggérer, par une métaphore s'appelle créer ou initier. Le nominalisme, c'est le dernier, la suggestion - le premier ou l'avant-dernier pas.
bonheur,commencement,concept,continuité,création,métaphore,négation

mallarmé s.
Tout le mystère est là : établir les identités secrètes, au nom d'une centrale pureté.
mot
La solution poétique du sens : la pureté de l'arbre, surgi de l'unification des idées problématiques et inconciliables.
ange,arbre,inconnu,interprétation,mystère,poésie

chestov l.
Самые значительные мысли являются на свет голыми, без словесной оболочки : найти для них слова - целое искусство.

Les plus sublimes pensées viennent au monde toutes nues, sans enveloppe verbale ; c'est tout un art que de les couvrir de mots.
mot
Ce couturier-artisan est bien pitoyable, s'il crée ses vêtements en les adaptant à un modèle. L'art, cette haute couture du mot, n'a pas besoin de mannequins des idées, pour créer dans l'imaginaire.
art,création,discursif,idée,langue

tagore r.
L'idée s'infiltre dans le rythme, pénètre les mots, et vibre dans leur ascension et leur chute.
mot
Quand on a compris, que c'est bien l'idée qu'on mène en bateau et que ce n'est pas elle qui mène la danse, on a des chances de devenir danseur surclassant le calculateur. « Le vrai poète est celui qui trouve l'idée en forgeant le vers »** - Alain - il tombe la-dessus, sans l'avoir cherchée.
art,danse,défaite,hauteur,idée,intensité,musique,raison

bergson h.
Nous ne voyons pas les choses ; nous lisons des étiquettes collées sur elles.
mot
Voir et lire sont loin d'être la même opération ; la grammaire de la création ne ressemble en rien à celle du discours. Nous lisons des références, dans lesquelles se glissent aussi des étiquettes (non-grammaticales), qui sont bien collées, mais non pas sur les choses, mais sur les concepts (objets ou relations).
concept,idée,réalité,représentation

bergson h.
La pensée demeure incommensurable avec le langage.
mot
Le langage pour la pensée, ce sont les ondes pour la musique. N'empêche qu'une bonne acoustique peut servir et l'algorithme et le rythme.
idée,langue,musique

claudel p.
Mallarmé laisse l'initiative aux mots. Comme l'homme ivre laisse l'initiative aux jambes.
mot
Laisser l'initiative aux idées, c'est abandonner son souffle à l'Alcootest. L'initiative devrait aller, tour à tour, à l'imprévu : au mot, à l'idée, au son. « Les mots sont générateurs d'idées, plus encore que l'inverse »* - Baudrillard. Le poème, qui ne s'appuie que sur le mot, s'écroule aux frontières des langues et des époques ; ce qu'a bien compris Valéry.
action,commencement,frontière,idée,intensité,musique,poésie,temps

alain
Le lien magique est celui du mot à la chose invisible et à l'homme invisible.
mot
Passer de l'homme et de la chose au mot est presque mécanique, de la conception arbitraire : c'est le chemin inverse qui est magique : comment, du mot, aboutir à la réalité, c'est à dire au sens, en passant par des interprétations linguistique, logique, conceptuelle, pragmatique ?
création,idée,inconnu,interprétation,liberté,réalité,représentation,robot

russell b.
The most delicate is to make difference between a controversy of words and a controversy of essence.

Le plus délicat est de faire la différence entre une querelle de mots et une querelle de fond.
mot
La meilleure preuve de la maîtrise du fond est de savoir ramener toute discussion à une querelle de mots, où l'on s'escrime à coups d'idiomes, au lieu des axiomes, à coups de toquades, au lieu des incartades.
goût,langue,lutte,maîtrise,raison,style

valéry p.
Le langage articulé permit à l'homme de tout mettre en problème, car il lui suffisait de mettre le signe de question devant des noms d'objets ou de phénomènes.
mot
Et l'intelligence consiste à substituer à ces belles inconnues des objets ou phénomènes, dont l'accès est délicatement suggéré par l'interrogation même. Ce n'est pas le nombre d'inconnues qui fait la richesse et la beauté de l'équation de la vie, de l'arbre, mais l'élégance de leur greffage.
arbre,beauté,concept,esprit,goût,grâce,intelligence,langue,mystère,question,…

valéry p.
Ce verbe nul, être, a fait une grande carrière dans le vide.
mot
Il faut reconnaître qu'un certain vide abstrait peut s'avérer moins ingrat que le bric-à-brac concret, pour recevoir notre musique ou valoriser notre plénitude.
musique,philosophie,vide

valéry p.
La liberté implique le langage, qui crée la possibilité de l'intervalle conscient.
mot
Mon cher Maître, dans la chaîne de l'acte, vous placez mal le langage. La liberté intervient entre le désir et le choix, où se déroulent les et quand, les pourquoi et comment, qui sont des requêtes extra-langagières. Le langage n'est impliqué qu'à partir de l'embarras, pour atteindre un objet ou désigner une relation.
abduction,action,auteur,concept,continuité,élan,langue,liberté,question,représentation

valéry p.
La nécessité de ces objets verbaux, qui sont Idées, Lois, Être, est seulement formelle.
mot
Ce juste verdict priverait de pain tant de nécessiteux professeurs. Une remarque, toutefois : les Lois ne sont pas des objets verbaux, elles gouvernent le modèle pré-langagier.
concept,école,être,idée,ordre,raison,représentation,nécessité

valéry p.
Le Langage est un intermédiaire sans valeur propre. La pensée, poursuivie jusqu'au plus près de l'âme, nous conduit sur les bords privés de mots.
mot
Ceci est parfaitement juste, lorsqu'il s'agît de n'exhiber que l'intelligence (en s'appuyant sur le modèle, où le langage ne peut être que requête) ou de ne viser que des démonstrations (sans chiffres à l'appui, dans l'insupportable verbalisme des philosophes, où se noie la réalité ontologique) - une fois interprété, le Langage y doit disparaître, pour laisser la place aux substitutions du modèle ou au sens dans la réalité. Néanmoins, la littérature ne commencerait-elle pas, lorsque le modèle et la réalité sous-jacents laissent le langage les recréer ? Le philosophe doit choisir entre poète et cogniticien, s'il ne veut pas être assimilé à l'idiot du village. La pensée, privée de mots, ne garderait que la pitié et la tendresse.
art,balance,création,esprit,être,intelligence,interprétation,langue,philosophie,pitié,…

valéry p.
Se faire source de ce qu'on reçoit.
mot
C'est l'origine la plus féconde d'un nouveau langage ou d'un nouveau regard.
commencement,idée,langue,regard

péguy ch.
Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus.
mot
Le premier cherche à y mettre le son, pour qu'on y découvre le sens et en vibre ; le second y met du sens, sans osciller.
art,intensité,interprétation,langue,maîtrise,musique,souffrance

mann th.
Nur dort, wo es noch keine oder keine Worte mehr gibt, im Blick und in der Umarmung, ist eigentlich das Glück zu finden.

On ne trouve le bonheur que là où il n'y a pas encore ou il n'y en a plus de mots, - dans le regard et dans le baiser.
mot
Le trouver est banal ; le porter jusqu'au seul milieu, où il puisse survivre, vers la hauteur, n'est à portée que du regard, que seul possède le hautain. Il se met à se déposséder de tout ce que le bonheur a de plat et découvre, au bout du chemin, que c'est le bonheur même qui est plat : « Le bonheur ne se trouve que sur des sentiers battus » - Pouchkine - « Счастье можно найти лишь на проторённых дорогах ». Mais les sirènes infestent les impasses enchanteresses, où le malheur guette les meilleurs nautoniers. « Le fort n'a pas besoin de bonheur » - Tourgueniev - « Сильному не нужно счастья ».
bonheur,caresse,chemin,force,hauteur,platitude,regard

barney n.
Que d'êtres, dans un mot devenu vide, ont enfermé toute leur vie.
mot
C'est moins incongru que, dans une vie trop pleine de niaiseries, sans paroles ni notes, ne plus trouver de place pour un mot sonore.
musique,platitude,vide,vie

barney n.
Éprouver un sentiment, tant qu'il ne relève d'aucune formule, en évitant de lui trouver un nom - obéir à la puissance de ce qui n'a pas été dit.
mot
Retarder le mot, c'est s'attarder dans le geste. Le geste, certes, aère, mais le mot promet l'arôme. Deux voies vers la maturité : pourrissement végétal ou chutes verbales.
action,chemin,défaite,enfance,force,goût,maxime,sentiment

kraus k.
Das Hauptwort ist der Kopf, das Zeitwort ist der Fuß, das Beiwort sind die Hände.

Le substantif est la tête, le verbe est le pied, l'adjectif est la main.
mot
Et le regard en règle - la grammaire vitale et l'acoustique tonale.
action,immobilité,langue,musique,raison,regard,vie

kraus k.
Das Fatum hat den Deutschen, für den Segen gedankenreichster Sprache, mit dem Fluch bestraft, außerhalb ihrer zu leben ; zu denken, nachdem er sie gesprochen, zu handeln, ehe er sie befragt hat.

Pour la bénédiction de la langue la plus spirituelle, le destin punit l'Allemand par la malédiction de vivre hors d'elle : penser après lui avoir parlé, agir avant de l'interroger.
mot
C'est une attitude de poète, preuve supplémentaire, que la branche philosophique allemande est une branche de l'arbre poétique, aérien. Planté en terre, en tant qu’arbre de la liberté, du savoir, de la vérité, il devient vite épouvantail ou souche. D’ailleurs, ses gardiens finiront par proclamer : « L'âge des poètes est achevé ; il est nécessaire de dé-suturer la philosophie de sa condition poétique », et ils nous offriront un treillis d'un graphe mécanique.
allemagne,arbre,éléments,esprit,étoile,exil,liberté,philosophie,poésie,question,…

kafka f.
Das rechte Wort führt ; das Wort, das nicht recht ist, verführt.

Le mot juste conduit ; le mot, qui n'est pas juste, séduit.
mot
Par le premier on déduit des idées ; le second, on l'éconduit auprès du rêve. Charme viendrait de carmen - invention, poésie, maxime. « II ne suffit pas, que ton poème soit joli ; il doit séduire » - Horace - « Non satis est pulchra esse poemata ; dulcia sunto ».
beauté,caresse,création,justice,maîtrise,maxime,poésie,rêve

bachelard g.
Les mots cachent un verbe. La phrase est une allure. L'imagination est un musée des allures.
mot
Le verbe muscle une phrase et la fait boiter ou danser. L'imaginaire laisse les mots reproduire le rythme, choisi par le guide du musée, le goût. Et le talent couronne tout, dans une mélodie ou une harmonie.
danse,esprit,goût,musique,pose,style

bachelard g.
Les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.
mot
Les images naissent non pas dans le langage, mais de l'interprétation du discours dans le contexte des concepts ancrés dans le modèle ; les images se forment en enveloppant les intuitions, les concepts - en développant les représentations. Plus riche en concepts est le modèle, plus vaste et profond est le domaine de définition des images. Mais la valeur de l'image réside surtout dans la nature de sa déviation du modèle et dans sa hauteur, dimension absente dans le modèle.
axe,discursif,esprit,hauteur,idée,interprétation,langue,représentation,style

musil r.
Worte springen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunklen Bereich, wo man wurzelt, entbehrt man ihrer freundlichen Vermittlung.

Les mots sautent, comme des singes, d'un arbre à l'autre, mais dans la région obscure, où poussent les racines, leur aimable concours nous manque.
mot
Celui qui, même déraciné, réussit à se débarrasser de singeries des branchages mécaniques se consacre à son propre arbre organique, à ses ombres, à ses fleurs, à sa sève, à ses inconnues. Et pour ses mots, l'appel du ciel compte plus que le poids des racines.
arbre,balance,voix

heidegger m.
Der Mensch spricht erst und nur, insofern er der Sprache entspricht, indem er auf ihren Zuspruch hört.

L'homme ne parle vraiment une langue que dans la mesure, où il lui cor-responde, qu'il entende ce qu'elle lui souffle.
mot
La phrase la plus fatale et juste, pour condamner l'aventure de ce livre. Ma scène est une ruine ; le souffleur, sous mes pieds, a beau remuer ses lèvres, - mon rôle ne se lit que dans un regard hors-texte.
auteur,jeu,langue,ouïe,question,regard,ruines

wittgenstein l.
Die Verbindung zwischen Sprache und Wirklichkeit wird allein durch die Worterklärung gemacht. Diese Worterklärung gehört zur Sprachlehre.

La liaison entre langage et réalité n'est faite que par les explications de mots, qui font partie de la linguistique.
mot
Le langage n'a aucun moyen abstrait, pour entretenir une liaison avec la réalité ; il est esclave du modèle ; c'est le modèle qui lui dictera l'interprétation de mots. Plus d'autonomie on accorde au langage, plus piètre linguiste on est.
interprétation,langue,liberté,réalité,représentation

wittgenstein l.
Wir übersehen den Gebrauch unserer Wörter nicht.

Nous ne dominons pas du regard l'usage de nos mots.
mot
Si, mais c'est l'oreille d'autrui qui ne les entend pas sur le même registre. Et c'est bien le regard qui prouve le poids originel du verbe ; entendre des voix n'y sert, en revanche, à rien. L'oreille, qui voit (Jeanne d'Arc), ou l'œil, qui écoute (Claudel), sont des perversions.
balance,flèche,maîtrise,ouïe,regard,voix

wittgenstein l.
Die Sprache ist ein Labyrinth von Wegen.

Le langage est un labyrinthe de chemins.
mot
Dans le langage lui-même il n'y a ni labyrinthes ni chemins ; la structure la plus complexe n'y est que l'arbre syntaxique temporel. L'interprète du langage n'est pas de nature langagière ; les chemins se construisent dans la représentation sous-jacente, pour former des réseaux spatiaux de concepts ou de métaphores.
arbre,chemin,idée,interprétation,langue,métaphore,représentation,temps

wittgenstein l.
Wovon man nicht sprechen kann, darüber muß man schweigen.

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.
mot
Pour un condisciple de Hitler et un serviteur de Staline (avec d'autres Apôtres de Cambridge), c'est une sage précaution (prise, avec la même élégance, par les camarades Kojevnikov et Hemingway). En sens inverse, le silence, peut-il avoir une projection verbale ? - pour chercher « un mot à l'image du silence » - Celan - « ein Wort nach dem Bilde des Schweigens ». Malheureusement, « là où manque le verbe, parle l'action » - Goethe - « wo die Worte fehlen, spricht die Tat ». La philosophie serait décidément de la poésie : « Le verbe nous manque ; philosopher est dire ce qui ne se laisse pas dire » - Adorno - « Fehlen uns die Worte ; Philosophie ist : sagen was sich nicht sagen läßt » ; tandis que la théologie en serait l'antithèse : « Nous taire, tel est souvent notre devoir ; car les noms divins manquent » - Hölderlin - « Schweigen müssen wir oft ; es fehlen heilige Namen ». Mais pour ceux qui préfèrent la couleur à la géométrie, le chant à la déclamation et la danse à la marche, bref - l'esthétique à l'éthique, il reste d'autres échappatoires à l'angoisse devant le silence. Heidegger ne le voit pas : « Aujourd’hui, le chemin de la pensée débouche sur le silence » - « Der Weg eines Denkens heute dazu führt, zu schweigen ».
action,angoisse,beauté,bien,chemin,danse,esprit,goût,inconnu,langue,…

wittgenstein l.
Je älter ein Wort ist, desto tiefer reicht es.

Plus un mot est ancien, plus loin en profondeur il pénètre.
mot
Plus un mot excitant oublie l'œil du temps, plus de chances il a de s'élever vers la hauteur. Sur cette dimension, le meilleur regard est plus proche de la caresse que de la vision, même si « jamais le champ tactile n'a l'ampleur du champ visuel » - Merleau-Ponty.
axe,caresse,hauteur,temps

wittgenstein l.
Die Grenzen meiner Sprache sind die Grenzen meiner Welt.

Les limites de ma langue sont les limites de mon monde.
mot
Mon monde n’est pas le monde réel, il n’est que ma représentation de celui-ci. « Le monde a exactement les limites, que lui donne la représentation » - K.Kraus - « Die Welt hat just die Grenzen, welche die Vorstellung ihr gibt ». Ma langue se plaque contre cette représentation ; en débordant les limites de la représentation, la langue n’a aucun sens. Donc, ce ne sont pas les limites de ma langue, mais les limites de ma représentation qui sont les limites de mon monde. La langue est une généralisation de la logique, donc elle ne s'occupe que de la forme, tandis que le monde (réel ou représenté), c'est un contenu. La langue n'est qu'une machine à interroger les modèles du monde. On étend ses limites en introduisant, dans ses requêtes, de plus en plus de variables et en s'intéressant aux liens, qui ne sautent pas aux yeux. Qui ne sait pas questionner, ne sait pas voir non plus.
arbre,étoile,être,frontière,interprétation,langue,ouvert,question,réalité,regard,…

mandelstam o.
Слово разделяет участь хлеба и плоти : страдание.

Le mot partage le sort du pain et de la chair : la souffrance.
mot
Les rassasiés du pain et les blasés de la chair l'ignorent. Les esprits les plus sain(t)s souffrent devant le Verbe incurable. La non-assistance aux âmes en danger – les laisser en compagnie des seuls mots anesthésiants.
âme,audace,caresse,ennui,esprit,négation,souffrance

mandelstam o.
Вокруг вещи слово блуждает свободно, как душа вокруг брошенного, но не забытого тела.

Autour de la chose, le mot tourne librement comme l'âme autour du corps abandonné mais non oublié.
mot
Seules comptent pour le mot comme pour l'âme - l'orbite, sa hauteur et sa trajectoire ; la chose, c'est la pesanteur, et l'âme, c'est la grâce.
âme,caresse,chemin,grâce,hauteur,mémoire

tsvétaeva m.
Слово - передача голоса, отнюдь не мысли, умысла.

Le mot traduit une voix et non pas une idée ni un projet.
mot
Il sait traduire tous les trois, et c'est précisément leur équilibre, autour du mot, qui prouve la maîtrise et la primauté du sujet.
art,idée,langue,maîtrise,ordre,voix

tsvétaeva m.
Слово для идей есть тело, для стихий - душа.

Le mot, c'est le corps des idées et l'âme des passions.
mot
L'idée, sans caresse, comme la passion sans hauteur, peuvent se passer de mots, mais, dans ce cas, elles ne connaîtront ni le frisson ni les ailes.
âme,caresse,hauteur,idée,intensité,langue,sentiment

jünger e.
Die Worte gehen mit dem Schiffe ; der Ort des Wortes ist der Wald.

Les vocables se meuvent avec le navire ; le lieu du Verbe, c'est la forêt.
mot
Ce qui s'appelle - dans une forêt ne pas voir l'arbre, cette incarnation du Verbe ! Devenu inutile comme le mât d'une épave, le faîte d'une ruine ou la Croix du Golgotha.
arbre,défaite,ruines,souffrance,utilité

bataille g.
La poésie est le sacrifice, où les mots sont victimes.
mot
Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose.
dieu,poésie,sacrifice

nabokov v.
Мне пришлось поменять родной язык, безмерно богатый и послушный, на второсортный английский.

J'ai dû abandonner mon idiome naturel, infiniment riche et docile, pour un anglais de second ordre.
mot
De la révolte du langage, de son indocilité, procèdent de belles contraintes qui, dans notre idiome naturel, seraient vécues comme de banals moyens.
angleterre,contrainte,création,langue,maîtrise,platitude,révolte,russie

nabokov v.
Моя голова говорит — английский, моё сердце — русский, моё ухо предпочитает французский.

La plus belle des langues ? Mon esprit répond - l'anglais, mon cœur - le russe, mon oreille - le français.
mot
C'est selon que vous visiez un tir, un soupir ou un sourire.
angleterre,bonheur,cœur,esprit,france,langue,lutte,ouïe,russie,souffrance

jankelevitch v.
Les mensonges reflètent l'impuissance du langage devant la suprême richesse de la pensée.
mot
Mesurée en belle monnaie, que frappe le langage souverain, l'indigence de vos pensées les réduit à un minable assistanat. Tout mensonge d'un langage riche contient tellement de variables subtiles, que de sa pénétrante négation naissent de multiples et belles vérités, parmi lesquelles se glissent aussi des pensées bâtardes.
arbre,balance,force,goût,idée,langue,mensonge,misère,négation,platitude,…

sartre j.-p.
Il faut tout écrire au courant de la plume, sans chercher les mots.
mot
C'est un goût plutôt dilettante et déplumé. Il faudrait tout écrire au courant des mots-griffes, sans chercher la plume-pensée ; la véritable holo-graphie est logo-graphie. Ce qui tombe de la plume sèche vite ; ce que le mot pressurise a des chances de faire venir de nobles liquides.
art,continuité,éléments,goût,idée,noblesse

sartre j.-p.
Pour le poète, les mots sont des choses naturelles, qui croissent naturellement sur la terre comme les arbres.
mot
Le naturel de chacun se détermine selon qu'on se sent plus près des mots ou plus près des choses. La chose pesant toujours plus, dans ce monde sans balances personnelles de mots, naturel signifiera inférentiel, croître - induire l'ordre partiel transitif, la terre - le manuel d'Analyse discrète et l'arbre - un cas particulier d'un graphe acyclique.
arbre,art,balance,éléments,nature,poésie,raison,réalité,voix

char r.
C'est bien l'arbre qui me parle. Mais il fallait qu'il trouve les mots de mon pauvre langage.
mot
Quand le flux devient un arbre, il est vidé de ses mots d'origine ; je l'unifierai avec mon arbre et essayerai de comprendre l'union née avec mes mots à moi.
arbre,auteur,interprétation,langue

blanchot m.
Qu'arrive-t-il, lorsqu'on a trop longtemps vécu dans les livres ? On oublie le premier et le dernier mot.
mot
Les livres ne sont plus dépositaires de rêves. On y vit, comme partout ailleurs, dans l'inertie des actes et dans la routine des pensées. L'intermédiaire occultant le primordial. Celui-ci ne se devine plus que dans les yeux amoureux, où surgissent encore les premiers et les derniers sentiments. La dernière source de rêves et de mots irresponsables, donc initiatiques ou testamentaires.
action,amour,commencement,continuité,élan,idée,mémoire,rêve,vie

merleau-ponty m.
La transformation du mot (qui perd son bruit) en pensée et de la pensée (qui renonce à son invisibilité) en mot est le mystère du langage.
mot
Les plus beaux mystères ne sont pas dans des transfigurations ou conversions, mais bien dans la primauté du Verbe qui, en cherchant l'oreille du Père, sanctifie l'Esprit.
christianisme,esprit,filtre,idée,inconnu,langue,mystère,ouïe

merleau-ponty m.
On peut comparer les relations de l'âme et du corps à celles du concept et du mot.
mot
La double liberté, qui les laisse parfois suivre des voies divergentes, la fonction instrumentale du corps, ses caprices ou caresses, qui sont ses métaphores ; porter l'expression, mais laisser le souci du sens à l'âme - le parallèle est admirable.
âme,caresse,concept,idée,langue,liberté,métaphore

merleau-ponty m.
La pensée n'est rien d'intérieur ; elle n'existe pas en dehors du monde et des mots.
mot
Tu te goures complètement, mon enfant : la pensée n'est ni dans le monde ni dans les mots, elle est à l'intérieur du modèle, les mots la portent et le monde la reçoit.
idée,langue,réalité

lec s.
Certains poètes veulent en finir avec la Création et tout enfourner à nouveau dans le Verbe.
mot
Leurs antipodes en finirent avec la Résurrection en plaçant tous leurs vœux dans l'Action.
action,art,création,poésie

cioran é.
Tout mot est un mot de trop.
mot
Vivre du superflu (le mot déplacé ou le regard intempestif, unzeitmäßig - Nietzsche) fut toujours le privilège des fanatiques subtils et irréductibles, vivant de l'unification des branches chargées de feuilles inconnues. « De trop : le seul rapport entre les arbres dont l'arbitraire ne morde plus sur les choses » - Sartre.
arbre,fanatisme,goût,nécessité,réalité,simplicité

cioran é.
Le langage n'est pas tout, il n'est presque rien. Un Dostoïevsky ou un Tolstoï n'en ont fait aucun cas.
mot
C'est surprenant de la part de quelqu'un, qui fut capable de haïr un plumitif à cause d'une intempérance adverbiale. Les bas-fonds de l'homme ou les labyrinthes de l'histoire se prêtent au façonnage presque fortuit, c'est la mesure finale qui compte. Ce n'est pas le cas du fragmentaire qui doit créer l'unité de mesure.
balance,bassesse,histoire,langue,maxime

cioran é.
L'illusion, c'est croire aux mots. Cesser d'en être dupe, c'est le réveil, la connaissance.
mot
Être dupe des mots, c'est croire, avec les professeurs, qu'énoncer, c'est représenter. Le mot n'est qu'un outil de dialogue. La connaissance, c'est ce qui précède l'assaisonnement du mot et ce qui s'extrait après sa digestion ; elle n'en est pas rivale. Trois sortes radicalement différentes de confiance au mot : admettre qu'il s'inspire d'un beau modèle, admirer son harmonie intrinsèque, fabriquer une interprétation de son message. Le savoir, l'art, le savoir-faire. Connaissance des choses vues, connaissance de la vue, connaissance de lunettes.
amour,art,création,école,doute,goût,interprétation,lutte,maîtrise,ordre,…

cioran é.
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.
mot
C'est bien dans l'exil forcé, où ne les accompagne que notre âme, que nos idées s'en remettent à la véritable révolte, celle des mots.
âme,exil,idée,raison

cioran é.
Je n'aime pas définir des mots, mais des sensations, des frissons, des brûlures.
mot
Mais ce sont justement des mots, le reste n'est que de mornes idées.
idée,intensité,sentiment

paz o.
Árbol de sangre, el hombre siente, piensa, florece y da frutos insólitos : palabras.

Arbre de sang, l'homme sent, pense, fleurit et donne des fruits insolites : les mots.
mot
Je n'aime pas le mot d'une saison, même de la plus fructueuse. Je lui préfère le mot d'un climat sachant unir racines et cimes.
arbre,climat,hauteur

foucault m.
Expulser tout ce qui peut rappeler la force humaine, pour établir le règne des mots.
mot
Le mot s'intronise par un coup de force bien humain, mais doit rappeler la faiblesse humaine, expulsée des vocabulaires.
force,hommes

baudrillard j.
Le pire, c'est quand la pensée et le langage vont le même train : là commence l'ennui.
mot
Aux bals de l'écriture, c'est le mot qui mène la danse, et dans les figures les plus aristocratiques sa cavalière, la pensée, n'est enlacée que d'un regard discret et amoureux. Hors musique leurs pas ne parlent que caserne ou cuisine.
amour,art,caresse,danse,ennui,idée,langue,mouton,musique,noblesse,…

steiner g.
Le mot n'est pas un miroir, mais une fenêtre, pas le reflet en surface, mais une ouverture.
mot
Non un miroir du réel perceptible, mais une fenêtre sur la représentation invisible ; non un reflet du pratique, mais une ouverture vers l’étoile utopique (E.Bloch).
création,étoile,inconnu,ouvert,réalité,représentation,rêve,ruines

debray r.
L'Incarnation a pris le pas sur le Verbe ; et l'intonation sauve le discours.
mot
Oui, les actes, comme datations et nommages, sont ennemis du vrai Verbe, qui est désincarné. Le charnel de l'Incarnation et le spirituel du Verbe devraient s'ordonner par le rituel de la Grammaire. L'incorporation des esprits ou l'incarcération des chairs repoussent du Verbe et font chercher des Incarnations de passage. Les choses mêmes se prêtent à tenir le discours d'aplomb, mais c'est bien l'intonation qui en donne la hauteur. Le salut, lui, viendrait tout de même d'en haut, non ?
action,christianisme,consolation,esprit,hauteur,langue,musique,style,vie
 

chœur noblesse
ACTION : Dans l'action, on reconnaît un aristocrate par l'absence du juge et par la présence du condamné. Toute traduction ratée m'accuse, et le langage des gestes, prompt à devenir épique, a de grandes déficiences dans le vocabulaire lyrique et devient franchement traître sur le registre ironique. C'est pourquoi l'aristocrate, dans l'action, est ludique.
ironie,jeu,justice,mot,romantisme

chœur noblesse
DOUTE : Avec la même maîtrise, enregistrer et falsifier les certitudes, entamer et dépasser le doute - telle est la méthode aristocratique, qui n'en vise ni la profondeur ni l'étendue mais la hauteur : la recherche d'un langage, qui renverse les piédestaux, pour les dresser sur un autre sol, plus élevé et moins fréquenté.
hauteur,maîtrise,mot,solitude

chœur noblesse
MOT : La noblesse de la profondeur peut s'inscrire dans l'action ; celle de la hauteur est adoubée par le mot ou par la note. L'action a besoin de ses voisins, contemporains ou ancêtres, le mot aristocratique crée une noblesse initiatique des images hors temps. Toutefois, le privilège d'une interprétation (s)élective, ce n'est ni narration, ni description, ni comportement, mais représentation.
action,discursif,hauteur,interprétation,représentation

chœur noblesse
VÉRITÉ : Savoir que détenir la vérité ne suffit pas pour avoir une conscience en paix. La vérité ne garde ses titres aristocratiques que tant qu'elle s'exprime dans un langage noble. La noblesse est dans la traduction, non dans l'héritage (l'aristocrate « se succède à soi-même » - La Bruyère). Respect de vérités classées, appel de vérités indicibles ou inaudibles - attitude aristocratique.
conscience,mot

noblesse
On ne peut pas atteindre la hauteur, mais seulement s'en laisser guider, pour comprendre, qu'aucune idée, aucun geste, aucune parole, aucun état d'âme ne peut prétendre se trouver à un acmé insurpassable, et qu'il existe toujours des objets invisibles, bien plus hauts que tout ce qui se montra déjà. « Ce qui est le plus haut doit n'être qu'un symbole de ce qui est encore plus haut »** - Nietzsche - « Das Höchste muß immer nur ein Symbol des noch Höhern sein ». Garder la tête bien bas aide à se douter de l'existence des hauteurs : « Ceux qui surpassent leur époque, vont souvent tête basse »* - S.Lec.
acquiescement,action,hauteur,idée,inconnu,mot,style,temps

noblesse
Trois saisons d'ébranchage de l'arbre de la noblesse : je jette au feu, successivement, les branches des gestes, des mots, des pensées (la plus coriace !). L'arbre devient, pour les autres, invisible, et pour moi - indicible. Et je consacre ma vie à le rendre lisible, digne du Jardinier jaloux.
action,arbre,auteur,dieu,éléments,idée,inconnu,mot,vie

noblesse
Quand ils parlent de valeurs, le plus souvent, c'est du positivisme ou du négativisme, cohérents et systématiques, débouchant sur l'ennui ou le dogmatisme. Le négativisme devrait n'intervenir qu'en formulation de contraintes, et le positivisme n'apparaître que dans la manifestation du goût. Mais la même intensité, spirituelle ou artistique, devrait en constituer l'axe entier. La condition incontournable, pour l'entretien de cette construction, c'est la conscience et la maîtrise des ressorts poétiques du langage ; maîtrise, refusée à Parménide, Hegel ou Husserl, accordée à Nietzsche, Valery et Heidegger.
axe,contrainte,ennui,fanatisme,goût,intensité,maîtrise,mot,négation,poésie,…

noblesse
Le rhizome opposé à l'arbre, l'identification avec le sol nourricier - à l'appel du vide et des couleurs, l'enracinement - au déracinement, la banalité - à la hauteur, le discursif - à l'évaluatif - tel est le visage défraîchi du postmodernisme. Détourné du rêve, prônant l'horizontalité intégrale, misérable avec ses idées, se vautrant dans des mots ampoulés, il puise toutes ses niaiseries dans un réel net, malléable à merci et envahissant. Juger sans critères, en absence de l'universel - ils ne comprennent pas, que le libre arbitre de la représentation touche toujours à l'universel (au sens du quantificateur logique) et qu'il n'est donné à personne, au stade de l'interprétation libre, d'échapper aux critères logiques, éthiques ou esthétiques.
arbre,beauté,bien,exil,hauteur,interprétation,mot,réalité,représentation,rêve,…

noblesse
Mon vote va au boutiquier, mon désir à l'amoureux, mon regard au philosophe, ma honte à l'ami, ma pitié au faible, mon ironie au fort, mon mot au poète, mon silence à Dieu.
argent,auteur,dieu,élan,ironie,honte,mot,philosophie,poésie,silence

noblesse
L’harmonie, les concepts, le mot, la musique, c'est par la chronologie des passages entre ces sphères que le philosophe se distinguent des autres. Le philosophe perçoit tous les bruits vitaux, les transforme en musique, par des mots à égale distance entre le réel et l'imaginaire. Le poète n'entend que la musique, dont la mélodie lui inspire les paroles fidèles. « Le monde, c'est une musique, à toi - de l'accompagner de paroles ! »*** - Pasternak - « Мир - это музыка, к которой надо найти слова ! ».
mot,musique,philosophie,poésie,réalité

noblesse
Fondation et élévation de ruines, en pierres de Sisyphe, que l'herbe supporte et le verbe emporte. « En herbes, verbes et pierres » - Paracelse - « In herbis, verbis et lapidibus ».
commencement,mot,ruines

noblesse
La hauteur est peut-être équivalente à la profondeur sans épaisseur. Au discours dont l'architecture consacre et accueille le silence. Mais les mots ne viennent pas du silence, mais d'une musique, naissante dans le désir. Mais si les mots ratent la représentation musicale, ils retomberont dans le silence. La musique des rêves est abandonnée par les interprètes modernes, qui ne reproduisent plus que le bruit des idées et du monde.
hauteur,idée,mot,musique,rêve,silence

noblesse
En universalité, le chant l'emporte sur la danse comme la parole sur la marche. La danse ne peut être que jeune, tandis qu'on imagine le chant même chez un agonisant.
danse,enfance,mot,universel

noblesse
But : garder l'âme haute. Moyens désirés : l'inclémence de la honte, la liberté de l'ironie, la vivacité du mot. Qui veut les moyens voudra le but. « Dans une grande âme tout est grand » - Pascal - y compris la honte.
âme,contrainte,flèche,grandeur,honte,ironie,liberté,mot

noblesse
Plus ciblés et volontaires sont mes efforts pour devenir plus grand ou plus noble, moins j'ai de chances de l'être. Pas d'étapes vers la hauteur primordiale, qui ne se donne qu'à la force inemployée. La puissance, aux yeux des Anciens, était surtout appréciée en tant que potentialité, puissant et possible ayant la même origine (l'expression en puissance en est un reliquat).
action,antiquité,force,grandeur,hauteur,immobilité,mot,nécessité

noblesse
La tour d'ivoire, cette hauteur d'en-bas, et les ruines, ces abîmes d'en-haut, sont les seuls déserts lieux, que hante le fantôme, sans domicile fixe, de mon écriture, fantôme et non pas locataire.
art,auteur,château,désert,hauteur,mot,ruines

noblesse
Ce que n'importe qui peut dire, il faut le taire ; ce qu'on ne peut que dire, et non pas chanter, il faut le taire ; ce qu'un autre peut chanter, ce n'est pas la peine que je le dise ; ce qui est dit ne peut pas être chanté ; il ne reste au dire qu'un champ de silences ou un commentaire du chant. Et Voltaire : « Ce qui est trop sot pour être dit, on le chante » - aurait pu ou dû mettre vague ou beau, à la place de sot, pour défier Wittgenstein ou laisser Zadig inspirer Zarathoustra : « Chante ! Ne parle plus ! » - « Singe ! Sprich nicht mehr ! ». Le silence est une contrainte, plus qu'un moyen. D'ailleurs, Zarathoustra ne parle pas, il chante !
contrainte,danse,doute,esprit,intelligence,mot,silence

noblesse
Le chant est la première nécessité du poète et du philosophe ; et si les plus beaux des chants accompagnent l'indicible ou l'introuvable, ce n'est nullement une fin en soi, mais un constat curieux, qui ne devrait que rendre leurs recherches plus profondes et leur musique - plus haute. « Ce qui peut se dire reçoit sa détermination de ce qui ne peut pas se dire » - Heidegger - « Das sagbare Wort empfängt seine Bestimmung aus dem Unsagbaren ».
beauté,danse,hauteur,mot,musique,philosophie,poésie

noblesse
Ils exhibent des choses minables, de peur que d'autres ne les disent avant eux. Les choses ne méritent d'être dites que grâce aux mots, qui entrevoient des liens musicaux entre elles et d'autres choses, liens dont les choses mêmes ne soupçonnaient pas jusqu'à l'existence. Pour la plupart des gens, les choses bien dites resteront irrémédiablement du silence.
balance,gloire,mot,silence,style

noblesse
Danser dans les chaînes, chanter avec des pierres dans la bouche ? - non, mes contraintes, c'est le refus de la marche, me vouant aux immobilités ou chutes, c'est l'acoustique parfaite de mes ruines, où résonnent mes mots inactuels.
auteur,contrainte,danse,mot,musique,révolte,ruines

noblesse
Dans la vie, comme en littérature et en philosophie, tout s'articule autour des valeurs : en-dessous - avec des choses-vecteurs, et par-dessus - avec des mots-rythmes. C'est sur cet axe qu'on distingue le hautain du profond.
axe,hauteur,mot,musique,philosophie,valoir

noblesse
Aussi abstraite que soit n'importe laquelle de mes remarques, je ne parviens jamais à la détacher de mon corps, c'est à dire d'une caresse ou d'une douleur, vrillées au corps de mon discours. Valéry parle d'un corps de l'esprit comme d'une inconnue sur l'arbre intellectuel. L'inhumaine pseudo-ascèse platonicienne : « mourir au corps, pour libérer l'essence et renaître à l'être » - explique l'obsession des Anciens par la minable tranquillité de l'âme, prépare le chemin à l'idée saugrenue de la résurrection, et, surtout, justifie la robotisation actuelle des esprits (esprit de corps).
âme,angoisse,antiquité,arbre,auteur,caresse,esprit,être,idée,mot,…

noblesse
Trois sortes d'harmonie que je dois viser : l'harmonie du monde (sa vénération), l'harmonie de mon rapport avec le monde (l'acquiescement ou le refus), mon harmonie intérieure (ma noblesse). De cette méta-harmonie naîtra la musique de mon verbe.
acquiescement,amour,auteur,beauté,mot,musique,nature,révolte

noblesse
L'esprit fait des progrès dans son domaine exclusif, la profondeur ; le cœur, de même, gagne en lucidité dans l'ampleur des horizons mouvants ; ce n'est que l'âme, dans sa hauteur atopique, qui ne peut compter que sur l'intensité constante, comme facteur de puissance et porteur de l'éternel retour. Il faut donc vivre en esprit, avancer par le cœur et s'élever par l'âme ; l'action et l'écriture devraient les rendre solidaires.
action,âme,cœur,esprit,éternité,force,fraternité,hauteur,immobilité,intensité,…

noblesse
Ne plus savoir insuffler de la poésie dans ses idées est aussi dramatique que de ne plus aimer. « Ce n'est pas que je n'aie plus d'idées, mais les idées ne dansent plus pour moi »** - G.Bataille. L'idée qui danse s'appelle mot, sinon elle n'est qu'une marche, déplacement, flânerie. Le son et le bruit, le chant et la parole, l'aède et Archimède. L'outil, toujours imprévisible. « La parole humaine est comme un chaudron fêlé, où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles » - Flaubert. Pour que l'idée coule, il faut que l'esprit s'immobilise : « C'est la sécheresse intellectuelle qui nous inonde d'idées » - S.Lec.
création,danse,éléments,étoile,idée,immobilité,inconnu,mot,musique,raison

noblesse
Comment voient-ils le maintien d'un rêve ? - dans la réalisation (les réalistes) ou dans la renonciation (les pessimistes), tandis qu'on devrait l'entretenir par la reformulation de ses buts, de ses moyens ou de ses contraintes ; qui maîtrise le langage, maîtrise la chose.
contrainte,maîtrise,mot,réalité,rêve

noblesse
La préservation d'une intranquillité d'âme est l'un des soucis permanents d'un poète, mais le chemin le plus sûr, qui y mène, est paradoxal : le culte de la faiblesse du geste, la paix des idées, la puissance des mots. « Voici un grand projet : avoir la faiblesse d'un homme et la tranquillité d'un dieu » - Sénèque - « Ecce res magna, habere imbecillitatem hominis, securitatem dei ».
action,angoisse,dieu,force,hommes,idée,mot

noblesse
Lyrisme du son, lyrisme du mot, lyrisme du concept – musique, poésie, intelligence. La corde qui nous rend sensibles à ces vibrations s'appelle âme.
âme,idée,intelligence,mot,musique,poésie

noblesse
Il faut rester à égale distance rationnelle entre la palpitation et le mot (la note, la couleur, le marbre). L'attrait du mot égalisant l'élan du cœur, dans un bel équilibre. Mais il existent des distances irrationnelles, évaluées par l'âme : « Le poète est plus près de la mort que de la philosophie, plus près de la douleur que de l'intelligence, plus près du sang que de l'encre » - Lorca - « Un poeta - más cerca de la muerte que de la filosofía ; más cerca del dolor que de la inteligencia ; más cerca de la sangre que de la tinta ». Mais tu connais mieux que moi la mécanique des leviers : le cœur pesant plus que la métaphore, le point d'appui ne doit pas être au milieu.
âme,art,cœur,élan,esprit,intelligence,métaphore,mort,mot,philosophie,…

noblesse
On rêve et on végète dans la même posture. Heureusement, à la posture, affaire des bras et des idées, s'oppose souvent la pose, affaire du regard et des mots ; le rêve est dans la pose. La hauteur, aussi, n'est pas dans l'escalade, qui s'effectue dans la même posture que la reptation. On agit du haut de sa posture, on écrit à la hauteur de sa pose.
action,hauteur,idée,mot,platitude,pose,regard,rêve

noblesse
La même noblesse anime les grands poètes ; elle peut se manifester par attachement aux mots (le talent et l'âme), aux courants d'idées (l'intelligence et l'esprit), aux formations politiques (le besoin de reconnaissance et la raison). Byron, Chateaubriand, Rilke se contentèrent du premier volet, Hölderlin, Nietzsche, Valéry y ajoutèrent le deuxième, Hugo, Maïakovsky, Aragon – le troisième. Goethe fut le seul à tenter tous les trois, comme notre contemporain, refusant les titres de poète et de héros, R.Debray.
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noblesse
L'âme est musicale, et le souci d'acoustique la rend alliée de certains vides ; l'esprit ne tolère pas le vide ; si je ne le remplis pas par une culture, c'est à dire d'un souci d'excellence, il sera envahi par le fait divers, ennemi du souci de l'être, de cette cura esse, qu'on retrouve dans pro-cureur et curé, se souciant de nos esprits ou de nos âmes et nous procurant des bancs des accusés ou des confessionnaux.
âme,culture,esprit,être,mot,musique,vide

noblesse
On crée par relais ou par pulsion. Ou bien on reprend le témoin d'un thème, d'une époque, d'une école, ou bien on éprouve un besoin, imprévisible, bouleversant, connu même des hommes de cavernes, sans s'associer encore aux mots, aux idées, aux images. Ou bien on défend des points de vue, avec des armes communes, ou bien on invente ses propres couleurs, on peint un axe entier, touchant à la profondeur de l'homme et à la hauteur du surhomme.
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noblesse
À l'être des cuistres et à l'étant des rustres, l'aristocrate oppose le lustre - des valeurs. Mais nous vivons au siècle des déconstructeurs : se déprendre de la magie des valeurs pour s'adonner à la logomachie des vocables.
axe,être,mot

noblesse
Connaît-on un seul lieu heureux, auquel aurait abouti un noble pèlerin du mot ou de l’idée ? Non, Zarathoustra a tort, comme les activistes de la bougeotte et du progrès, - c’est le lieu d’origine, le commencement, qui est le seul à porter un message inimitable.
action,bonheur,commencement,idée,mot,voix

noblesse
Ni la consolation tragique, ni le verbe poétique n’ont de place dans la vie réelle ; ils ne peuvent s’incarner que dans un rêve immatériel. La philosophie et la vie sont incompatibles.
absurde,consolation,mot,philosophie,poésie,réalité,rêve,tragédie,vie

noblesse
Je suis ce que valent mes élans, ce que veulent mes rêves, ce que peuvent mes mots. Les tâches de la verticalité. Le savoir ou le devoir ne s’y placent qu’aux horizons, dans l’horizontalité.
auteur,élan,hauteur,mot,rêve,savoir,valoir

noblesse
On n’atteint pas la hauteur ; on n’est que dans l’élan vers elle, inaccessible. Mais les mots, hélas, traînent par terre ; l’humilité nécessaire est de savoir s’abaisser jusqu’à eux. « Le génie est trop incrusté dans l’ampleur et la pesanteur terrestres, pour s’installer dans la hauteur » - Tsvétaeva - « Слишком обширен и прочен земной фундамент гения, чтобы дать ему уйти в высь ».
absurde,acquiescement,élan,grâce,hauteur,mot

noblesse
L’idéal – une vague perfection, se refusant aux mots. La réalité étant la seule perfection, réaliser l’idéal semble être une bonne formule. Mais rêver, c’est substituer à la perfection métaphysique une perfection poétique ; et dans le réel poétique, il s’agit d’idéaliser le réel, ce qui est la formule même de la création poétique. Une tentative échouée de fusionner le rêve et le réel s’appela surréalisme.
création,défaite,mot,poésie,réalité,rêve

noblesse
Tout ce qui est grand suivit le même chemin qu’avait suivi, jadis, ce qui est banal ou insignifiant – tout s’enveloppa d’un vocabulaire figé, inertiel, répétitif, tout est préfabriqué, dans vos têtes et vos veines. « Non seulement nos idées, mais nos souffrances mêmes, nous les vivons toutes faites » - Dostoïevsky - « У нас не только готовыми мыслями, но и готовыми страданиями живут ».
continuité,grandeur,idée,modernité,mot,mouton,souffrance

noblesse
Impossible d'être pacifiste, si l'on tient à faire entendre sa voix ! Le combat est l'élément de toute écriture, qui se veut hors et au-dessus des faits. Mais il faudrait dé-fêter les victoires des idées, se ranger du côté des vaincus, tombés, le verbe sur le cœur. Non pas vae vincis, ni gloria vincis, mais bien verbae vincis, même accompagné de vae solis.
art,cœur,défaite,lutte,mot,voix

noblesse
À ceux qui cherchent des idées, pour guider leur vie, je préfère ceux qui ont trouvé des mots, pour peindre leurs rêves. À l’imagination du rêve Dostoïevsky préfère la réalité, tout aussi imaginaire : « Exhiber les entrailles de mon âme au marché littéraire serait une bassesse » - « Тащить внутренность души моей на литературный рынок почёл бы подлостью ».
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noblesse
Le talent artistique n’est peut-être que la présence, consciente ou non, d’une âme créatrice, demeure de la hauteur. Les esprits et les cœurs des hommes atteignent à peu près les mêmes profondeurs, mais sans la dimension céleste, ils sont condamnés à la platitude terrestre. Les idées et les sentiments sont démocratiques ; les états d’âme, mis en musique par le talent, - aristocratiques. Et Pouchkine : « Deux sortes d’absurdité : la première émerge du manque de sentiments et d’idées, pallié par les mots ; la seconde – de leur plénitude et du manque de mots » - « Есть два рода бессмыслицы : одна происходит от недостатка чувств и мыслей, заменяемого словами ; другая — от полноты чувств и мыслей и недостатка слов » - introduit une fausse symétrie : entre la vie servile et le rêve libre il y aura toujours un gouffre.
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noblesse
L’âme est nourrie et assouvie par l’esprit, chasseur de mots et d’idées, et par le cœur, pourvoyeur de goûts et d’ivresses.
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sénèque
Non scholae, sed vitae discimus.

Ce n'est pas pour l'école, mais pour la vie, que nous étudions.
noblesse
Puisque la vie nous pourvoit de prébendes, l'école étant surtout le lieu des châtiments. Dommage ! Je suis à l'école, lorsque je me sens digne d'un fouet ; je suis aspiré par la vie, lorsque je me sens grandi et libre. « Qui touche au plus profond, s'attache au plus vivant » - Hölderlin - « Wer das tiefste gedacht, liebt das lebendigste ». Plus ma pensée est haute, plus facilement je quitte la vie terrienne pour l'art aérien. Cicéron tombe dans le même travers : « La philosophie : non l'art des mots, mais celui de la vie » - « Philosophia : non verborum ars, sed vitae » - la vie est pleine de bruits ; la philosophie, par son amplitude, entre le haut regard et l'intelligence profonde, en dégage la musique. En dehors de nos pulsions, qu'est-ce qui se rapproche le plus de la vie ? - l'art des mots !
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chœur proximité
MOT : Les mots sont de trop, quand une belle proximité se présente. Venue de trop loin, toute cadence prend l'allure d'un hymne sans paroles et presque sans sons. Mais il semblerait, qu'aucun relevé de distances ne remplacera le mot, qui non seulement fut au commencement, mais qui assisterait à la fin, au milieu des ruines des actes et des mystères.
action,commencement,musique,mystère,ruines

proximité
Dieu absent de la nature ? Mais Il est là, chaque fois que j'admire ! Le bon écrivain est dans son œuvre, chaque fois qu'une admiration surgit Dieu sait pourquoi et comment. C'est minable que d'être présent devant des choses ; il faut être présent derrière le verbe.
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proximité
Le sacré rôde autour de notre âme, la soulève en hauteur et la fait chuter en la chargeant de noms et de dates. Pourtant, « le penseur dit l'être ; le poète nomme le sacré » - Heidegger - « der Denker sagt das Sein ; der Dichter nennt das Heilige » - puisque le nommage poétique passe par la métaphore et non pas par le nom. La poésie (re)nomme, la philosophie (dé)sacralise n'importe quel nom. La poésie (re)nomme, la philosophie (dé)sacralise n'importe quel nom. La philosophie éloigne le proche, pour en avoir une vue plus sobre ; la poésie rapproche le lointain, pour mieux s’en enivrer. La philosophie s’occupe de l’intensité de l’être ; la poésie cherche à en munir son devenir : « Le spectre de l’être s’entoure d’un azur au-delà de la page » - Nabokov - « Продлённый призрак бытия синеет за чертой страницы ».
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proximité
Au commencement étaient la couleur et le son, mais c'est l'œil et l'oreille qui sont plus près du dessein divin ; de même, la primogéniture du verbe cède à l'intelligence l'héritage et la place auprès du Seigneur.
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proximité
C'est autour du vide que s'éploient les plus forts vocables : tentation, crainte, recherche (Maître Eckhart), chute (Cioran), rayonnement (le prince de Lumière). Je l'associe au travail, à la veille comme le beau silence opposé au sommeil, mais ami du rêve. Le vide est un silence élaboré, sur le point de recevoir le mot musical. La kénose des contraintes aboutissant à l'apothéose des buts. Le bavardage des autres ne serait-il pas le silence des mots ? « Si la musique fait défaut, il faut se taire »** - A.Blok - « Лучше молчать, если нет музыки » - la meilleure réplique à Wittgenstein.
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proximité
Les stades - superstitieux, métaphysique, littéraire - du sentiment religieux : se pencher sur l'intemporel, l'inétendu, l'innommé. Reconnaître, avec regret ou enthousiasme, que c'est sur le Verbe que se referme tout pèlerinage, c'est en son nom qu'on vénère l'innommable. « On n'abolit pas la religion en abolissant la superstition » - Cicéron - « Nec vero superstitione tollenda religio tollitur » - mais on en consolide le verbe.
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proximité
L'idée du Péché originel est moins compréhensible que celle d'une Grâce initiale, qui, par l'exhortation du beau, du bien et du mot, nous éloigna des bêtes.
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proximité
Moins de faits et de verbes clairs à partager entre nous deux, plus indiciblement nous nous partageons. Les amoureux vivent de substitutions d'obscures inconnues par de lumineux arbres qui : « peuvent nouer leurs ramures et leurs racines pour s'élever et s'approfondir ensemble, pour ciel et terre »**** - Valéry.
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proximité
Les uns se perdent en un absolu enivrant, les autres se cherchent dans une sobre anthropologie, d'autres encore poursuivent un mot prometteur - et voilà qu'ils se rencontrent auprès d'un même regard - la meilleure preuve de la divinité du lot humain.
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proximité
Il ne faut pas trop pencher du côté de ce qu'on aime. Le bel équilibre consiste à faire évanouir ta proximité vers une hauteur, où ne trébuchent ni gestes ni mots.
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proximité
Brandir la vérité autour d'un événement (l'Incarnation, la Résurrection), d'une idée (la Création, le salut, la présence divine), d'une écriture (l'inspiration) - mais ce ne sont que des images, dont les seules déductions (par défaut !) sont des rites verbaux, gestuels ou sociaux. Toute atteinte à la vérité ne peut être que grammaticale et ne mérite pas ton panache. Le Verbe ne connaît pas de grammaire, donc Il ne connaît pas de valeurs de vérité. À propos, le nom de Dieu fuirait même la morphologie lexicale !
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proximité
Le christianisme initial prônait la repentance, l'ascèse, la haine de l'argent. Aujourd'hui, il s'entend parfaitement avec des valeurs contraires. « L'argent, verbe du diable, par lequel il a tout créé dans le monde, comme Dieu crée par le vrai verbe » - Luther - « Geld ist des Teufels Wort, wodurch er in der Welt alles erschafft, so wie Gott durch das wahre Wort schafft ». À part quelques préfixes de pacotille, le verbe de Dieu préconise visiblement la même rection.
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proximité
Le bouddhisme, paraît-il, répugne aux triades : les quatre bons chemins, les cinq interdictions, les six vertus, les dix péchés et les dix-huit enfers ! Il reste la trinité : Vishnou, le Père, Dieu créateur ; Brahmâ, le Fils, Dieu conservateur, le Verbe ; Shiva, l'Esprit, Dieu destructeur.
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proximité
Pascal : la chose la plus proche de l'homme est la souffrance, vénérons-la ; Flaubert : il existe le mot le plus proche de la chose, cherche-le ; Valéry : toute pensée fixe s'écroule sous le regard plus proche, abandonne-la ; Cioran : la familiarité proche dégrade tout, réfugions-nous dans les ruines sans métrique. Sous peu, on se refusera même la proximité avec soi-même.
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proximité
Dans les commencements mythiques, le Verbe ne viendrait qu'en troisième position, après l'étonnement (Thaumas du thaumaturge) et les Couleurs (Iris de la poïésis : « Iris est fille de Thaumas » - Platon). Une fois de plus, c'est Valéry, avec son étrange, qui est le plus près des sources.
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proximité
Je ne peux respecter une foi que si son symbole est intouchable. Par exemple, le Chrétien élevant la Croix si haut qu'elle en devient invisible et donc impalpable. Et non pas celui qui l'enfouit dans des profondeurs en laissant sous le nez ses mots - et ces choses ! - navrants et trop vraisemblables de Roi, Nazareth ou Juif.
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proximité
Quel genre littéraire pratiquerait le bon Dieu, s'il Lui fallait paroliser le Verbe ? Je ne Le vois ni en romancier d'Éden, de Sinaï ou de Patmos, ni en psaumier, ni en libertin des Cantiques, ni même en critique de l'Ecclésiaste. Je Le verrais en Job, geignant avec un peu plus d'ironie, au milieu de ses déjections ratées. La honte se glissant par erreur dans la panoplie divine ; l'ontologie se transformant en honto-logie.
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proximité
Me sentir porteur de l'absolu, qu'aucun microscope ne dévoile, qui galvanise mon regard et mes mots, mais fuit mes yeux et mes gestes. Mais j'en suis porteur originel, non-contagieux, et non pas « incroyant contaminé par l'absolu » (Cioran).
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proximité
Dès que j'entends parler de l'Être (l'Étant, la présence) suprême de la métaphysique, derrière lesquels doit se deviner le profil - ou la Face ou le dos ! - de Dieu, sur-le-champ, je fais tomber ces substantifs et m'accroche à la divinité pronominale de la première personne, se moquant de participes évasifs, de superlatifs et de préfixes furtifs. En fuyant une profonde substantivation, le moi se met à se verbaliser en hauteur.
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proximité
L'homme d'aujourd'hui est soumis à un bombardement continu de paroles et d'images ; ce qui est source première de toute incroyance ; la foi est capacité de silence et de regard, avec les oreilles et les yeux fermés.
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proximité
Imperceptiblement, Dieu changea de lieu d'existence : jadis, Il fut dans le réel, ensuite, Il traîna dans le conceptuel, aujourd'hui, Il n'est plus que dans le métaphorique, mais on continue à entonner la même antienne : Il existe !
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proximité
Dieu est mort, puisque l'homme apprit la sage parole et désapprit le chant fou : « Dieu serait l'excitation et la terreur de la folie humaine »** - Nietzsche - « der Gott wäre der entzückte und entsetzte Wahn der Menschen ». La poésie, la musique, le rêve ne sont que des folies nous sauvant de la solitude ; Dieu, c'est l'impossibilité de la solitude du chant ; tandis que ni la parole, ni même le cri, ne m'ouvrent plus à l'écoute divine. Non, Dieu du chant, de l'intensité, qui n'est pas la force, ce Dieu n'est pas mort ; s'Il l'était, je serais condamné au soliloque ; une sensation impossible pour tout créateur de mélodies.
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proximité
L'impensable et l'indicible nous sont plus proches que toute action, tout discours ; paradoxalement, c'est le triomphe suprême du mot, la poésie, qui nous en apporte la certitude ; la poésie serait une voix, qui fasse sentir le silence de Dieu. Sacrifices et fidélités en apportent d'autres preuves.
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proximité
La vie, réelle ou inventée, peut avoir du charme en versions linéaire ou plate ; mais si je veux donner du volume à la vie surgissant de mes mots, il me faudra de l'étendue des images, de la profondeur des idées, de la hauteur de l'âme ; une seule dimension me manquera, et je dégringolerai dans la platitude.
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proximité
La naissance de la poésie : on commence par faire confiance au mot, en quittant sa fonction primordiale d'étiquette ; le mot devient ferment de métaphores et de musique ; et le constat le plus stupéfiant, c'est que, quel que soit l'écart osé, la vie n'habite pas moins les créations libres que les copies serviles ; on finit par comprendre que ce n'est pas la peine de s'accrocher, en copiste, à cette chimère de vie réelle, la vie inventée par le mot n'étant en rien moins humaine, et certainement plus noble que toute reproduction.
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proximité
L'origine grammaticale des religions : l'homme fourmille de mots et encore davantage de signes de ponctuation, dont les plus lancinants sont le point d'interrogation et les points de suspension. Et voici que quelqu'un de bien exclamatif prétend apporter des réponses ou, au moins, réduire le nombre de points…
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proximité
L'air, qui est l'élément de la liberté et de la musique, sert d'étape à mon regard sur le ciel. Et le corps, peut-être, est cette terre, à partir de laquelle j’aperçois le mieux le feu divin : « Ainsi l'âme s'unit à l'âme, fût-ce par le chemin du corps » - J.Donne - « Soe soule into the soule may flow, though it to body first repaire ». Comme le mot, cherchant à embrasser mon âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées.
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proximité
Ce qu'on prend pour commencements divins - Verbe ou Amour - devient, traduit en notre modeste idiome humain, des fins ultimes - livre ou caresse, auxquels aboutissent la vie et son bonheur.
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proximité
En nous, qu'est-ce qui est le plus proche du réel : l'action ? le savoir ? le discours ? la musique ? - on pense s'approcher de la réponse, en progressant sur cette échelle, mais l'on finit par constater toujours le même gouffre et par reconnaître, que c'est le regard qui est le seul candidat crédible : « Qu'y a-t-il de plus réel qu'un regard ? » - M.Henry.
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proximité
L'idée de Dieu vient de deux sources : de l'admiration devant Son œuvre et de la réflexion sur les proximités ; la seconde est à l'origine de toutes les métaphores, et il est possible, que le Verbe évangélique n'était, en réalité, qu'une métaphore.
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proximité
La définition spinoziste de Dieu, ens absolute infinitum, paraît être moins absurde, si l'on la lit à la lumière des contraintes et des fins, en voyant dans absolute - détachement ou liberté (par étymologie), et dans infinitum - absence de fins (par abus de négation).
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proximité
Que ce soit une chaise ou le Dieu Créateur, pour en parler nous passons par des concepts, dont la technicité est la même. Donc, dire que « les concepts créent les idoles de Dieu, le saisissement seul pressent quelque chose ou plutôt quelqu'un » - Grégoire de Nysse - c'est tout réduire à l'idolâtrie. Les bonnes prémonitions se recoupant étrangement avec les concepts, le Dieu paroxystique et le Dieu mécanique, l'image et la parole, sont une seule et même chose, ou idole.
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proximité
L'extase, c'est une prière de prières. Face au mystère, l'esprit se méfie des paroles, cherche un état supérieur à celui de la prière et passe ainsi à l'extase.
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proximité
Le fond de l'écriture est une question de type de foi ; ce fond est iconographique, totémique ou idéographique, en fonction de la place du Verbe : dans l'image, dans l'effroi ou dans le rêve.
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proximité
Tout, dans la matière, dit, qu'au commencement était le Chiffre lisible - lumineux (le Ciel) ou sombre (la Terre). Tout, dans le domaine de l'esprit, dit, qu'au commencement était le Verbe incompréhensible. Un Dieu créateur fort et un Dieu rédempteur faible, pouvaient-ils être la même personne ? S'appelait-Elle - Caresse ?
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proximité
Je ne comprends pas pourquoi on refuse au Seigneur toute division et toute ténèbre ; pourtant, tout Verbe est division comme toute création. Quant aux ténèbres, il fut un temps, où il fallait craindre la nuit, aujourd'hui, c'est le jour qui effraie davantage.
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proximité
Plus ma descente vers le point zéro des idées prend l'allure d'une chute, plus de chances aura mon mot à se retrouver en hauteur ; le bon Dieu créa ce beau réflexe, qui me fait pousser des ailes, lorsque je perds le contact avec le terre-à-terre. Et la hauteur, c'est la sensation des ailes, même au fond d'un puits.
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proximité
Rien de sacré n'a jamais été remarqué dans le réel ; le sacré est réservé au domaine des fantasmes. Même le Pater Noster ne demande pas de sanctifier Dieu lui-même, mais seulement son nom. D'ailleurs, son ciel devrait se lire – hauteur : Dieu ne nous apparaît que si notre regard monte à la verticale, de la profondeur de la Terre au plus haut des cieux. Et puisque tout regard finit par retomber, en même temps que nos ailes, tout sacré est périssable.
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proximité
Dans les semailles réelles, comme dans les résurrections virtuelles, le Hindou voit le corps, et le Chrétien – l'esprit ou l'âme. Mais dans l'économie humaine, le grain est de plus en plus remplacé par la conception in vitro, annoncée par des volatiles, tout de corps, sans imposer de croix à leurs élus, aux reptiles au cerveau reproductible. Les résurrections sont réservées aux mots ailés.
âme,caresse,esprit,modernité,mot

proximité
Le discours philosophique, ignorant le style, calcule les écarts entre les choses, en les reproduisant en mots, tandis que la distance appartient au regard, c'est à dire au style. Aucune architecture langagière ne représente les membrures des choses, comme le chant ne se prête point à rendre la géométrie ou le bruit du monde.
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proximité
Si Dieu est un Verbe, quelle serait la place lexicale de l'homme ? J'ai beau pencher du côté d'un pronom personnel, d'un déterminant, d'une négation, il semblerait, que cette place fût beaucoup plus modeste ; « L'homme doit être ad-verbe, être près du Verbe » - Maître Eckhart - « Der Mensch soll, beim Wort ein „Beiwort“ sein ». On préfère généralement des particules de subordination ou des pronoms possessifs, pour amadouer l'Analyseur pragmatique.
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proximité
En quels termes puis-je parler de proximité ou d'accessibilité de mon soi inconnu ? Il m'est plus proche que la raison elle-même, puisque c'est lui qui anime mon esprit, pour qu'il devienne âme ; et ce souffle est plus spontané que mes mots, mes idées ou mes actes. Il est mon ouverture vers la merveille du monde, de la vie, de la raison ; il est si proche, que les myopes ne le voient même pas : « Le moi intérieur m'est caché » - Wittgenstein - « Das Innere ist uns verborgen ».
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Au commencement était le couple l'Amour - la Haine (Empédocle), la Monade (Pythagore ou Leibniz), l'Apparence (Pyrrhon), l'Idée (Platon), le Verbe (le Christ), l'Action (Thomas l'Aquinate, Goethe, après avoir opté pour le Sens et la Force, Valéry, avant de lui préférer l’Étrange, Proudhon), la Violence ou la Lutte (Pascal ou Darwin), le Soupçon (Marx et sa Classe, Freud et sa Perversion, Nietzsche et sa Musique, Berdiaev et sa Liberté), la Donation (Gegebenheit de Heidegger), l'Étrange (à partir des fantômes et spectres : « Shakespeare genuit Marx, Marx genuit Valéry » - Derrida). Chacun au commencement de sa discipline : l'Idée (le Nombre, la Monade, la Force) - pour représenter le mystère, le Verbe (l'Amour, le Sens, la Donation) - pour formuler les problèmes, l'Action (la Haine, la Lutte, le Soupçon) - pour tester les solutions, la Perversion et l'Étrange - pour confondre ou embellir les passages de l'un à l'autre de ces trois niveaux.
action,amour,christianisme,commencement,doute,esprit,force,haine,idée,liberté,…

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Dieu créa des joyaux, l'homme ne crée que des écrins. « La beauté et l'infini veulent n'être admirés que dévêtus » - Hugo – comme le visage humain ou sa source - la face de Dieu. Le beau de la création humaine doit son attrait au drapé du mot, au pli du son, à la bigarrure du pinceau.
beauté,caresse,commencement,création,dieu,inconnu,mot,voix

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Vivre non pas des rencontres, mais des prétextes d'attouchement ou de détachement. Béni soit tout instant, qui nous unit dans une proximité céleste : en chair, en sourire, en spasme. Béni soit tout instant, qui nous désunit dans un lointain terrestre : en pensée, en rêve, en parole.
caresse,intensité,mot,raison,rêve

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Quel Dieu est mort ? - celui de l’Histoire de notre planète, depuis qu’est démentie toute trace présumée de Son passage sur Terre. Dieu ne se montra jamais, ne laissa aucune parole, n’exhiba aucune preuve de Son existence. Il nous laissa orphelins, au milieu de sa Création grandiose et incompréhensible. La vénération de celle-ci est le seul moyen de nous en montrer dignes ; quand on a le talent de savoir verbaliser notre ébahissement, on l’appellera prière.
dieu,étonnement,histoire,mort,mot

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En cherchant l’essence de Dieu, tu n’arrives à imaginer ni ses yeux ni sa cervelle ni son allure ; en revanche, une intuition de ses oreilles, bien que vague et abstraite, se forme dès que tu ambitionnes une création artistique. Étranger aux mots, Il ne serait sensible qu’aux mélodies, aux échos de son Verbe languissant. Tout art ne vaut peut-être que dans la mesure où y perce une musique. « La musique, c’est un dialogue avec Dieu » - Mravinsky - « Музыка - это разговор с Богом » - c’est un monologue de l’âme, allant tout droit au cœur, sans passer par le cerveau. À défaut des mots ou des notes, même les actes devraient pouvoir s’interpréter, par des initiés, comme une partition.
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L’infini : soit c’est une limite intellectuelle inaccessible, vers laquelle on peut, doit ou sait tendre – c’est l’élan vital ou le Dieu inconnu ; soit c’est un mot fourre-tout, accueillant toutes les énormités métaphysiques que la raison refuse d’envelopper ou de développer.
dieu,discursif,élan,frontière,inconnu,mot,philosophie,raison,valoir,vie

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La réalité est plus près de la lettre, et le rêve – de l’esprit de la vie. Il faut donc prendre la réalité à la lettre et chercher dans le rêve – de l’esprit.
esprit,mot,réalité,rêve,vie

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Pourquoi parles-tu mieux de ton amour, lorsqu’il est lointain ? - parce que tu te retrouves plus près de ton étoile, qui est la seule à t’entendre et elle te souffle des mots inouïs. « Je suis si loin de toi, que mon élan se voile. Et je ne suis compris que par la proche étoile » - Rilke - « Ich bin von dir so ferne und sehn’ mich nach dir hin. Mich hören nur die Sterne ».
amour,élan,étoile,mot,ouïe

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Pour les croyants, Dieu voit, entend, juge, pardonne, punit, récompense, souffre, se réjouit, s’approche, s’éloigne, aime, déteste, marche, prévoit, se montre, se cache, promet, s’impatiente… Des milliers de verbes non-crucifiés se pressent dans ce commencement paisible.
commencement,dieu,ironie,mot,religion

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Prière en tant que genre littéraire : une réponse laconique aux questions angoissantes et irréductibles aux mots, réponse résumant les faces essentielles de ton existence. Et puisque toute prière (oro) est orale (os), l’aphorisme musical s’y prête le mieux.
art,maxime,mot,musique,question

st paul
Ni la hauteur, ni la profondeur ne peuvent nous séparer de l'amour du Christ
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Pour aimer, il faut être seul : dans la profondeur d'un souterrain ou à la hauteur d'un ermitage (temple et temps ne proviendraient-ils pas du verbe couper ! ). Au lieu de cela, aujourd'hui, on invite les ouailles à élargir les portes des églises et à oublier la porte étroite prônée par Jésus.
amour,christianisme,hauteur,mot,ruines,solitude

thomas d'aquin
Deus, in cuius potestate est ut non solum voces ad significandum accommodet, sed etiam res ipsas.

Il est au pouvoir de Dieu, d'employer à l'expression de quelque vérité non seulement des mots, mais également des choses.
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Dieu-Verbe se contente de mots, c'est Dieu-Action qui se compromet avec des choses : glaives, goupillons, machines.
action,mot,réalité,vérité

bacon f.
A little philosophy inclineth man's mind to atheism, but depth in philosophy bringeth men's minds about to religion.

Un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l'athéisme, mais une profondeur en philosophie les ramène à la religion.
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La connaissance commence à justifier son beau nom dès qu'elle nous libère des noms et des dates et nous fait aimer la profondeur de leur conception et la hauteur de leur interprétation. Mais votre religion est toute de noms et de dates. Il faudrait garder à leur place – la caresse ! Ne pas épurer la jouissance spirituelle des images corporelles. La vraie religion est l'adoration de ce qui enfante les verbes sauveurs caressants.
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pascal b.
En regardant tout l'univers muet, j'entre en effroi.
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Heureux vieux temps, où des mots-épouvantails, éternité ou infini, - pouvaient effrayer ! L'univers se mit à parler, les oreilles élargissent des gammes audibles, mais les yeux devinrent beaucoup plus secs.
éternité,inconnu,mot,ouïe,regard,sentiment,souffrance

fichte j.
Das System, in welchem von einem übermächtigen Wesen Glückseligkeit erwartet wird, ist das System der Abgötterei.

Le système, qui consiste à attendre d'un être tout-puissant le bonheur, c'est le système de l'idolâtrie.
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Trouver le bonheur dans l'avoir sans référence à l'être, c'est votre vraie religion. Ni moutons ni loups ne furent jamais soupçonnés d'idolâtrie. La toute-puissance se fait traduire dans le culte païen des mots et des notes.
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hugo v.
Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux.
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Crois-tu qu'il y a aussi des réalités dans tes paroles ? Une réalité énoncée est une chimère classée. L'impuissance, l'inertie ou la pauvreté du langage stérilisent une chimère en l'abaissant au statut de réalité, qui ressemble, par définition, à l'espèce, au troupeau.
continuité,force,mot,mouton,réalité,rêve,soi

claudel p.
Ce qu'il essaiera de dire misérablement sur la terre, je suis là, pour le traduire dans le ciel.
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Si Tu n'étais plus là, je n'aurais rien à traduire. Car c'est moi, le traducteur. Tant que Ta belle dictée, sans mots ni notes, me soulève, je me tendrai vers la plume ou je tendrai la corde.
auteur,création,éléments,étoile,intensité,mot,musique

gide a.
Il me paraît monstrueux, que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu, pour se sentir d'aplomb sur terre.
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C'est pour cette excellente raison que les hommes raisonnables préfèrent la reptation. L'idée de Dieu est ce qui nous fait croire, que notre bosse peut cacher de belles ailes. Les meilleurs croyants sont sans Dieu, comme les meilleurs héros (Bakounine : « les anarchistes - héros sans phrases » - « анархисты - герои без фраз »). Tandis que chez les pires « la foi consiste à ne pas croire (aux sens, à la raison) » - Valéry.
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chesterton g.k.
Everything has a sort of atmosphere, which makes it sacred.

Toute chose a une atmosphère, qui la rend sacrée.
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Les poumons rapprochent mieux du sacré que la cervelle. Le souffle coupé plutôt que les yeux ouverts. La suffocation plutôt que l'invocation.
intensité,mot,ouvert,raison,sacré

sartre j.-p.
Quand Dieu se tait, on peut lui faire dire ce que l'on veut.
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Pour l'éviter, on lui défend désormais de fermer la bouche, et il débite, docile, ce que l'on peut et l'on se persuade, que ce soit ce que l'on doit.
dieu,mot,valoir

char r.
Les dieux ne meurent que d'être parmi nous.
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Quand on connaît ses saints, ce n'est plus ses saints qu'on honorera. Dieu est mort, car nous l'avons vu. « En disant 'Dieu existe', on le perd » - Chestov - « Сказавший : 'Бог существует' - теряет Бога ». Dans les nues ou sous les toits, notre pensée l'atteint et par-là, le piétine. Il faut confier Dieu aux mots, le reléguer dans les formules. La vitalité de Dieu se mesure en nombre de mystères vénérés : les Anciens admettaient tout mystère, pour s'adresser à Dieu ; les Chrétiens n'en gardèrent qu'un seul ; les modernes les exclurent, tous, pour conclure, que Dieu est mort.
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cioran é.
Imagine-t-on une prière, dont l'objet serait la religion ?
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Oui, car la prière fait partie de ces méta-outils, qui peuvent servir pour fabriquer d'autres outils. Le mot n'aiguise-t-il pas le Verbe ?
création,mot,religion
 

introduction russie
RUSSIE : Ce rude pays m'ouvrit ses bagnes et ses forêts, ses poètes et ses mouchards, ses grognements et sa musique, sa mathématique et ses casernes. Même sans sa langue, qui est aussi la mienne, je serais resté son fils, sans savoir exactement qui est mon père spirituel. La France, plus attentive, ironique et souple, m'adopta. L'appel du large, que me légua la Russie, se transforma en besoin de hauteur. Ayant appris le vertige de la hauteur, l'humilité de résignation devint une honte agissante. Le goût de vastes panoramas s'effaça au profit des climats exquis et rares. La déraison poursuit l'histoire russe et fournit aux plumes, sortant des sillages rationnels, des instigations au rêve ou à l'invention.
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chœur russie
MOT : Le mot russe a la liberté du latin, l'élasticité de l'italien, l'imprévisibilité de l'allemand. Il rend bien les états d'âme, mais s'empêtre dans les abstractions. L'antithèse du français. Mon écrit est une tentative contre nature : un état d'âme, qui veut remplir le mot tout entier. L'ambition démesurée, mais la seule, qui justifie ma prise de plume.
allemagne,artificiel,auteur,france,inconnu,italie,raison

russie
En matière conjugale, la (in)fidélité aurait dû être confiée au jugement de la seule Aphrodite, tandis que les Français la renvoient au Tribunal Administratif (tromper) et les Russes, carrément, - à la Cour Martiale (изменять - trahir). Les Allemands, moins mélodramatiques, la classent dans les exercices athlétiques (Seitenprung - sauter latéralement, en acception intransitive…).
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russie
Le sommeil de la raison, de même que la coupure du courant, rendent l'homme ou l'ordinateur improductifs et inoffensifs. C'est la tentative de l'homme de faire rêver l'ordinateur ou de pratiquer le rêve de raison qui engendrent des monstres (Goya). L'humanisme réel est un rêve de raison et la Russie soviétique - son monstre. Pourtant, le mot Soviet est un calque russe du grec - symbole.
humanisme,mot,raison,rêve,hommes

russie
Chant accueillant un beau rêve et parole rébarbative ; danse, où vibre une belle âme, et marche disgracieuse ; musique touchant nos meilleures fibres et rugissements qui glacent ; intelligence atteignant de hautaines cimes et bêtise à se terrer de honte - tel est ce pays, le plus déséquilibré et le plus déconcertant du monde. « Le petit bourgeois, offensé, ricane de ces chants, le saint visionnaire a les yeux pleins de larmes » - H.Hesse - « Über diese Lieder lacht der Bürger beleidigt, der Heilige und Seher hört sie mit Tränen ». La triple énigme pour Nietzsche : « Les méchants n'ont pas de chants. - Mais d'où vient le chant des Russes ? » - « Böse Menschen haben keine Lieder. - Wie kommt es, daß die Russen Lieder haben ? ».
âme,bien,danse,goût,grâce,hommes,honte,mot,musique,hommes

russie
Les formes personnelles du verbe être n'ont rien à voir avec l'infinitif, en exprimant, respectivement, le cogito (je), la proximité (tu), le regard (il), la tribu (nous), l'autre (vous), l'intelligence (ils). Curieusement, en russe, c'est le seul verbe, où l'infinitif (есть) serve de forme personnelle pour toute personne !
esprit,être,hommes,intelligence,langue,mot,proximité,raison,regard

russie
Tant de choses russes s'expliquent par le caprice des verbes auxiliaires. L'atrophie de l'être quasi-inexistant, des accords grinçants ou fuyants de l'avoir avec les sujets et objets, les métamorphoses radicales du faire perdant tout rapport avec le cerveau ou le muscle, par un préfixe irresponsable.
action,beauté,concept,être,mot

russie
Dans la sphère des intérêts russes, le Bien se pavane en maître, le Beau se comporte en intrus pittoresque, et le Vrai n’est même pas remarqué. « Vérité – l’un de ces rares mots en russe, qui ne riment avec aucun autre » - Nabokov - « Истина — одно из немногих русских слов, которое ни с чем не рифмуется ».
beauté,bien,mot,vérité

russie
Un grossier robot et un grossier mouton, le vieil Américain et le nouveau Russe, profanèrent, respectivement, ces deux jolis mots : romantique et aristocratique ; le premier dit romantique - pour dire : tiens, ça sort de l'algorithme ; le second dit aristocratique - pour dire : seul un millionnaire peut se le permettre.
amérique,argent,étoile,mot,mouton,noblesse,robot,romantisme

russie
Beau remonterait au diminutif de bon. Mais c'est ce qui se passe en russe, avec хорошенький et хороший !
beauté,bien,mot

russie
Une excellente illustration de la place de l'intelligence ou de la sensibilité, en Russie ou en Occident, cette sentence de Claudius : « Le mot ne monte aux cieux que porté par la pensée » - « Words without thoughts, never to heaven go », traduite (Pasternak) par : « Le mot sans émotion n'est pas entendu par les cieux » - « слов без чувств вверху не признают ».
esprit,mot,sentiment

russie
Tout esprit français est dans un mot d'esprit ; l'idée de l'esprit est tout esprit allemand ; le mot et l'idée, débarrassés d'esprit et devenus gémissement ou icône, c'est l'esprit russe.
allemagne,esprit,france,idée,mot

russie
Le surhomme nietzschéen aura laissé deux héritiers naturels, en Allemagne nazie et en Russie soviétique : ce qui aurait dû incarner des valeurs nouvelles (le mépris des mots anciens, l'oubli de l'Histoire), dans un pessimisme hautain, donna l'Ordre Nouveau et l'Homme Nouveau, avec leurs plats optimismes, le chant solitaire et tragique devenu marches militaires ou folkloriques.
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russie
L'une de ces tristes espérances russes : le dégel des mots et des regards, après que les idées et les faits avaient glacé le sang et les yeux.
espérance,idée,mot,regard

russie
En italien et en allemand le mot art est au féminin (l'espagnol hésite entre le masculin et le féminin, le russe le neutralise). Dans ces langues, je dirais, qu'on devrait en être amant en faussant compagnie à la vie (neutre, en allemand ! ), cette mégère légitime.
allemagne,art,caresse,espagne,femme,ironie,italie,langue,mot

russie
Que peut-on attendre de l'injection, au beau milieu de Paris, d'un enfer russe (ad - ад - en russe) ? - Par-ad-is : « Ajoutez deux lettres à Paris : c'est le paradis » - J.Renard. Paris, une fête, qui ne me quitte plus (a moveable feast - Hemingway - un abject récit, qui avait charmé mon adolescence).
auteur,bonheur,enfance,france,mot,souffrance

russie
Une chose bien dite vaut bien une chose bien faite, tel est le bon credo du Français. C'est en cela que la France est supérieure aux autres, qui n'ont envie de dire qu'après qu'une chose fut faite. L'artiste précède les choses, le chroniqueur les suit. Dictum factum. Toutefois, d'après Pavlov : « Les réflexes du Russe s'accordent non pas avec l'action, mais avec les mots » - « Условные рефлексы русского человека координированы не с действиями, а со словами » - une concurrence existerait à l'Est.
action,france,mot,temps

russie
Qu'elle est mignonne, cette coquille de D.Fernandez qui, pour faire d'Onéguine et Lensky deux amants fougueux, traduit « разойтиться полюбовно » (« se séparer à l'amiable ») par s'étreindre amoureusement !
amour,ironie,mot

russie
On trouve un vibrant hymne à la fainéantise dans cette coquille orthographique des paroles d'une belle chanson soviétique : tout ce que je NE ferai PAS (au lieu de : quoi que je fasse), je le couronnerai de ton beau nom (всё что я нЕ сделаю светлым именем твоим я назову). À moins que ce soit pour valoriser le rêve : si je ne le fais pas, c’est que je ne fais qu’en rêver !
action,amour,ironie,mot,rêve

russie
D'étranges généalogies inversées entre la rusticité et la foi : du paganus, paysan, est venu le païen, mais du chrétien est né крестьянин (chrestianine), le paysan ! Et, pour honorer la Croix, le village, деревня, remonte à l'Arbre, дерево.
antiquité,arbre,christianisme,mot,temps

russie
Aucun pays ne connut tant de morts et de renaissances que la Russie. C'est pourquoi il est si proche de la vie. « Il n'est de vie, immense, que dans ce pays sans cesse mourant et renaissant »** - L.Salomé - « Aber Leben, ungeheures, ist nur in diesem fortwährend sterbenden und wiedergeborenen Lande » - car la vie se manifeste dans la recherche des premiers ou des derniers mots, de ceux d'un Mourometz ou de ceux d'un starets.
hommes,mort,mot,vie

russie
L'Or du Rhin, les Châteaux de la Loire, les Bateliers de la Volga - rêvé, ravis, rivés.
château,mot

russie
Comment le Français, l'Allemand ou le Russe lisent la volonté de puissance ? - volonté de (seulement) pouvoir (à la Shakespeare), de faire (die Macht, à la Valéry) ou de posséder (власть, à la Nietzsche) ? Leur seul dénominateur commun s'appelle intensité.
allemagne,force,france,intensité,mot,valoir

russie
Un grand homme se fait remarquer, en allemand, par ses excursus, en anglais - par son ambigüité, en français - par sa clarté, en russe - par sa charge émotive. Pour l'Allemand, le mot est une marche, pour l'Anglais - une brique, pour le Français - un détail décoratif, pour le Russe - un soupir, un cri, un élan.
allemagne,angleterre,création,doute,élan,france,grandeur,intensité,langue,mot,…

russie
Wirklichkeit, действительность, viennent du verbe agir ; réalité vient du nom chose. C'est pourquoi le Français préfère agir dans l'éphémère, tandis que l'Allemand et le Russe se passionnent pour des choses de l'imaginaire.
action,allemagne,désert,france,langue,mot,réalité,rêve

russie
Le cœur français ou allemand est étrangement agressif : il bat ou frappe (klopfen) ; le cœur russe se bat (биться) avec lui-même.
allemagne,cœur,france,lutte,mot

russie
Pour se livrer à la fainéantise, le Français a besoin d'un vide (vacances), l'Allemand - d'une permission (Ur-laub) ; pour le Russe - suivre son laissez-aller (от-пуск) naturel suffit.
action,allemagne,france,mot,nature,vide

russie
Comment bâtir une morale, en français, sans disposer du mot Schuld (вина) - la honte primordiale te retenant sur un banc des accusés, tantôt synonyme tantôt antonyme d'innocence ! Faute implique forcément un acte, ce qui est bête. Et être-en-dette fait trop penser à un créditeur contingent.
action,allemagne,ange,bien,france,honte,mot

russie
La foi sauvage, méprisée par la foi policée, est traitée de hautaine (super-stition), incertaine (Aber-glaube), vaine (суе-верие). De cet étrange bouquet aurait pu naître l'aristocratie !
allemagne,doute,haine,hauteur,honte,mot,noblesse,religion,utilité

russie
Destin n'évoque que l'arrivée (destination), Schicksal - que le départ (schicken - envoyer), судьба - que le parcours (banc des accusés dans un tribunal - суд). Piètre concept, la joie ampoulée des creux, des tenants affairés des sentiers battus qu'on proclame prédestinés. Le sage est le chemin même.
allemagne,chemin,étoile,france,honte,idée,intelligence,justice,mot

russie
La présence du regard le doit davantage aux organes de reproduction et de réflexion qu'aux organes de vue. C'est pourquoi, conception du monde est plus voyante que Weltansicht (résultat), Weltanschauung (processus),мировоззрение (les deux).
allemagne,caresse,commencement,france,mot,regard

russie
Le monde, qui ne te chante plus, est un monde sans merveille ni magie - désenchantement = Entzauberung = разочарование.
allemagne,danse,mot,mystère,ouvert

russie
Des curiosités de l'origine des mots : désespoir - épuiser l'espoir ; Verzweiflung - aller au bout du doute ; отчаяние - rejeter tout espoir. Déception - éloigner du sens, Enttäuschung - se débarrasser de l'illusion, разочарование - cesser d'être subjugué. La dernière triade est évocatrice : la logique, le rêve, la passion se chargent de la même chose.
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russie
Curiosité psycho-linguistique : l'exemple sert de modèle pour le Russe, de jeu pour le Français, de mesure pour l'Allemand ; mais le mot exemple, en français, remonte à modèle, en allemand (Beispiel) - à jeu, en russe (пример) - à mesure. Ce qui éclaire la nature de répulsion qu'ils trouvent dans : « Odieux sont les exemples » - proverbe latin - « Exempla sunt odiosa ».
allemagne,balance,france,jeu,mot,représentation

russie
Le succès peut être vu comme l'issue (ré-ussite) d'une poursuite (Er-folg) haletante (у-спех).
allemagne,défaite,france,mot

russie
L'idée de salut est élitiste en français (sauver - sauf) et en allemand (retten - reißen - arracher), grégaire en russe (спасти - пасти - paître).
allemagne,consolation,élite,france,mot,mouton,vie

russie
Comment ne pas m'aliéner des choses, si chose, en allemand et en russe, - Ding et вещь - nous renvoie aux assemblées publiques (thing et вече) !
allemagne,angleterre,mot,mouton,réalité

russie
Comment on voit ce qui est actuel : en français - assis (pré-sence), en allemand - plié (Gegen-wart), en russe - debout (на-стоящее).
allemagne,france,immobilité,mot,pose

russie
Méfie-toi, que la construction de ta tour d'ivoire (statue, tour de Babel - столп - столпо-творение) ne devienne pas une œuvre collective (attroupement - толпа - с-толпо-творение).
château,mot,mouton

russie
Aucun équivalent français, pour rendre völkisch ou народность ; racial, populaire, national - trois fausses pistes menant vers l'hormonal, le social ou le tribal au lieu de plonger dans le viscéral.
allemagne,france,hommes,mot

russie
Erlebnis, ce qui a la vie pour source ; переживание, le contenu d'une traversée de la vie ; le vécu, ce qui en résulte, - comment peuvent-ils s'entendre en logique, si le psychique les sépare tant ?
allemagne,commencement,france,mot,raison,vie

russie
Qu'attend-on du jeu ? Le Français - une il-lusion, l'Allemand - un exemple (Bei-spiel), le Russe - une victoire (об-ыграть).
allemagne,défaite,france,jeu,mot,rêve

russie
L'humilité te fait renoncer au courage (De-mut), te promet la paix (с-мирение), te tourne vers l'humus (qui est aussi à l'origine de l'homme) - et finit par s'identifier avec la hauteur, où la paix est rare et le découragement fréquent.
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russie
Ce bel appel à l'humilité dans cause remontant à chuter, tandis que l'allemand fait penser aux choses (Ur-sache) et le russe - à l'action (при-чина).
acquiescement,action,allemagne,défaite,france,mot,réalité

russie
L'origine du mot sens (celui qu'on donne à une idée) : en français, on l'associe à sa source - à nos sens ; en russe (с-мысл – co-idée), on y voit un accompagnement de l'idée ; en allemand (Bedeutung – fabrication d'interprétation), on en fait le processus même d'accès ou de maîtrise.
allemagne,france,idée,interprétation,mot

russie
Entre marcher et danser s'inscrit parfois courir, aux rimes sinistres : courir - mourir, laufen - kaufen (acheter), бежать - лежать (rester couché). À quoi on pourrait ajouter son contraire plus prometteur, quoique aussi fragile : les deux sens de voler, fliegen - liegen (rester couché), летать - стать (devenir).
danse,ironie,mot

russie
Je ne suis pas le seul à être seul - consternante confusion du français entre une exception et une solitude, si facilement démêlée chez les autres : only - alone, einzig - einsam, один - одинокий.
allemagne,angleterre,erreur,france,mot,solitude

russie
Le fait de penser est associé, phonétiquement, à la blessure (penser - panser), à la reconnaissance (denken - danken - remercier), à la servilité (мыслить - маслить - huiler).
allemagne,france,gloire,liberté,mot,souffrance

russie
Probable pouvait être prouvé, wahrscheinlich brillait par l'apparence (Schein), вероятный se remettait à la foi (вера) - vous voyez les fondements de leurs (in)certitudes !
allemagne,commencement,doute,france,mot

russie
L'impossible cohabitation de deux sens de réfléchir, en français. Quand j'entends l'imagination réfléchit, je ne suis pas sûr de devoir sortir des miroirs. L'avantage, c'est de ne pas indiquer nettement la direction, probablement - la profondeur. En allemand, on réfléchit en accumulant des couches en hauteur (überlegen) et en russe - en brassant des pensées en étendue (размышлять).
absurde,allemagne,france,goût,hauteur,idée,mot,raison,représentation

russie
Pour accabler quelqu'un, le Français l'accule aux causes (ac-cuser), l'Allemand s'en plaint (an-klagen), le Russe le couvre de fautes (об-винять).
allemagne,commencement,erreur,france,honte,mot,révolte

russie
La table française a des pieds, l'anglaise - des jambes (legs), la russe - les deux - ножки - au diminutif efféminé.
angleterre,caresse,femme,france,mot

russie
Ce que j'entreverrais, en me penchant sur l'intensité, ce serait un vide ou une soif qu'on éprouve près d'un bon puits ou d'une bonne fontaine ; pourtant, ses équivalents allemand et russe me conduisent dans un sens opposé : Fülle/Überfülle - plénitude/débordement, насыщенность/сыт - ne plus avoir faim.
allemagne,france,intensité,mot,soif,vide

russie
La perception de notre dépendance des autres en dit long de notre liberté ; on dépend avant (ab-hängen), sur (to depend on) ou après (за-висеть ) la chose ; d'où les rapports avec la liberté : abstraits pour l'Allemand, familiers pour l'Américain, serviles pour le Russe.
allemagne,angleterre,amérique,liberté,mot

russie
Le concept doit être engendré, le Begriff - saisi, le понятие - compris ; le départ, le parcours, l'arrivée ; c'est pourquoi le Français est si créatif, l'Allemand - si ferme, et le Russe - si ahuri.
allemagne,commencement,france,idée,maîtrise,mot,raison,représentation

russie
Si l'on voit dans la vie - un jeu, alors, le bonheur, dans la plupart des langues, se réduirait au hasard ; seul le russe se range du côté de la devise olympique : le bonheur (с-частье) est dans la participation.
bonheur,jeu,mot,vie

russie
Pour comprendre pourquoi, dans la manipulation de la vérité, l'Allemand est si méticuleux, le Russe - si effronté et le Français - si circonspect, il suffit de remarquer, que la Wahrheit est proche de la sauvegarde (bewahren), la pravda - du bon droit (право), la istina - de l'être (есть), le verum (le mais disjonctif) - de la réserve.
allemagne,être,france,ironie,justice,mot,vérité

russie
Minable étymologie de éternité - Ewigkeit, faisant de l'âge (ævum) son ancêtre (вечный n'ajoute pas grand-chose : du siècle) ; pourquoi le retour nietzschéen est-il éternel ? - parce qu'il est retour du passé, qui s'avère le même, donc indépendant du temps.
allemagne,éternité,france,mot,nihilisme,retour,temps

russie
Qu'est-ce que je compte trouver, sur le lieu de mon dernier séjour ? - un sommeil (cimetière - de koiman - dormir) ? un repos (Friedhof - Frieden - la paix) ? un trou (graveyard - grave - creuser) ? une décharge (кладбище - класть - déposer) ? - les Russes sont les plus réalistes.
allemagne,angleterre,france,grèce,ironie,mort,mot

russie
La mémoire allemande (Ge-dächt-nis) s'appuie sur ce qui fut pensé, la mémoire russe (па-мять) compte sur ce qui peut toujours être imaginé.
allemagne,mémoire,mot,raison,rêve

russie
La grâce apporte la beauté (les Grâces - Kharites), l'honneur (die Gnade) ou la bonté (благодать).
beauté,bien,gloire,grèce,mot

russie
La perfection est attribut de la seule réalité, ne demandant à l'homme que l'immobilité, - d'où l'étrangeté de ce mot, qui ferait penser à l'action (par-fait), à la marche (voll-kommen), au rehaussement (со-верш-енный). « Aucune perfection imaginaire ne peut me tirer en haut » - S.Weil - la hauteur étant le don de voir dans le réel - le merveilleux.
action,allemagne,balance,concept,france,hauteur,mot,réalité

russie
L'enthousiasme, la vie ou l'être, laquelle de ces sensations doit accompagner nos expériences ? To enjoy penche pour la première, erleben et переживать - pour la deuxième, éprouver (provenant du verbe indo-européen être) - pour la troisième. D'où la légèreté, l'emphase ou la sécheresse des parcours correspondants.
allemagne,enthousiasme,être,europe,france,mot,vie

russie
Doute, comme Zweifel, viennent de la peur du nombre 2 (qu'on ressent bien dans redouter) ; nirvana (se débarrasser de deux au profit de l'Un) suit la même pusillanimité ; seul le russe сомнение (со-мнение - avis partagé réconcilie le moi avec l'autre.
allemagne,angoisse,asie,doute,mot

russie
L'apparence est fantomatique en français, lumineuse en allemand (der Schein, de scheinen - éclairer), évidente en russe (видимость, de видеть - voir) ; c'est pourquoi le sceptique français est angoissé, l'allemand - enthousiaste et le russe - certain.
allemagne,angoisse,doute,enthousiasme,france,mot,ombre

russie
Pour comprendre, pourquoi la pitié, en France, a si mauvaise presse, il suffit de remarquer le mépris, qui accompagne toute action de plaindre ; on peut justifier, en revanche, la compassion de l'Allemand (mit-leiden - souffrir ensemble) et l'exacerbation du Russe (жалеть - darder).
allemagne,france,haine,mot,pitié

russie
Le Français est plus ondoyant et ouvert, face à l'ambigüité (de amphi - arrondi), que l'Allemand (Zwei-deutigkeit) ou le Russe (дву-смысленность), aux oppositions désignées trop nettement par une fausse dualité.
allemagne,doute,grèce,mot,négation,ouvert

russie
Étymologiquement, dans les langues indo-européennes, être signifierait vivre ou demeurer (voir, en russe : быть - быт et пребывать - vie quotidienne et demeurer, ainsi qu'en allemand - sein - dasein - qui couvre les deux), étymologie partagée, pour le plus grand scandale des philosophes, avec avoir, provenant de habiter - habitude ; rien d'étonnant que leur antagoniste le plus immédiat soit devenir - ressusciter et disparaître. Comment s'appelle l'oubli de l'être (Seinsvergessenheit) heideggérien, en russe ? - забытье - au-delà de l'être !
allemagne,être,europe,langue,mot,vie

russie
En allemand et en russe, interpréter (deuten, толковать) est une opération primordiale, sans aucun infléchissement par des préfixes ou présupposés ; représenter renvoie à une mimesis mentale, tandis que darstellen/vorstellen est une mise devant l'âme ou devant la raison (par une image poétique ou concept philosophique) et представлять - devant les mains. L'intelligence se remarquant plus souvent dans des tâches représentatives qu'interprétatives, rien d'étonnant que le Français ait plus d'esprit que les autres.
allemagne,esprit,france,idée,interprétation,mot,philosophie,poésie,représentation

russie
Du concret à l'abstrait, de l'actif au passif, du nécessaire à l'impossible : consolation promet un réconfort (solacium), Trost - une confiance (trauen), утешение - une tranquillité - une tranquillité (тишь).
absurde,allemagne,angoisse,consolation,mot,souffrance

russie
Quel impardonnable cocktail d'acceptions que le mot rêve - Traum - dream ! Mettre sous un même vocable ce qui nous hante, inconscients, dans nos sommeils, et ce qu'anime notre conscience, rivale du cerveau ! Le russe les sépare très nettement : сон - мечта. Interprétation de rêves-сны - de la voyance, de l'artisanat ; interprétation de rêves-мечты - le contenu même de l'art, de nos meilleures visions ! En tout cas, le verbe rêver ne se conjugue plus qu'au passé (au chapitre Rêve, chez les non-rêveurs Freud ou Valéry, - aucune trace d'un rêve au présent). Le nom de Morphée – faiseur de formes ! - nous rappelle, que le bon sommeil est créateur de rêves, dans les deux acceptions du mot !
art,conscience,interprétation,mot,rêve,temps

russie
Le mensonge, en allemand (Lüge) et en russe (ложь), est au féminin ; il cherche son partenaire masculin et le trouve dans le rêve ; le mensonge français évite ce piège, son partenaire étant la crédulité ; d'où le ferme attachement du Français à la vérité.
allemagne,femme,france,ironie,mensonge,mot,rêve,vérité

russie
Dans l'indignation, le Français dénonce ce qui n'est pas digne, l'Allemand - ce qui n'est pas prêt (ent-rüsten), le Russe - ce qui n'est pas approprié (не-годовать) - honneur, organisation, pratique - passion, calcul, indifférence.
allemagne,gloire,haine,mot

russie
Par-donner (ver-geben, for-give), pourquoi ce donner autoritaire ? En russe, c'est pire, простить signifiant carrément rendre à la liberté, rendre simple (простой). En latin, ignosco se réduirait à tout simplement fermer les yeux, ce qui serait le plus juste et le plus noble.
allemagne,angleterre,justice,liberté,mot,noblesse,simplicité

russie
L'angoisse des Allemands (die Angst) est profonde, celle des Russes (тоска) - haute ; pourtant, les mots angustia et тесен partaient de l'étroitesse, ce qui continue à dominer en français.
allemagne,angoisse,france,hauteur,mot,souffrance

russie
Dans le Notre-Père, le Français et l'Anglais parlent d'offenses à pardonner, tandis que l'Allemand et le Russe - de dettes (Schuld, долг) ; curieusement, offense ou dette sont à l'origine étymologique du même mot - péché (sin, Sünde, грех).
allemagne,angleterre,christianisme,mot

russie
L'anglicisation de termes continentaux est généralement un pas de plus vers la robotisation finale : le superman triomphateur évinçant le surhomme défait, le self-made man millionnaire se mettant à la place de l'aut-hentique vagabond (tandis qu'en russe, à l'opposé, authentique - подлинный - vient de avoué sous le fouet…, le maniérisme contrefait étant le sort de ceux, qui ne savent quoi faire de la liberté). C'est le robot qui crée et croit le plus naturellement, et en toute circonstance.
amérique,authenticité,création,europe,ironie,liberté,mot,robot

russie
En grec (graphein) et en russe (писать), le même mot désigne écrire et peindre ; en toutes langues, on écrit la musique ; autour du logos, s'assemblent et l'art et la foi et la raison, ce qu'aurait dû être l'objet d'une grapho-logie.
art,esprit,grèce,mot,musique,religion

russie
Ce qui fait de nous de bons rebelles, c'est le regard ; l'ouïe, partout, conduit à la soumission : obéir - ob-ouïr, gehorchen - hören, слушаться - слушать (et le grec hupakouo veut dire les deux).
allemagne,grèce,mot,ouïe,regard,révolte

russie
Le rang de la richesse : riche aurait la même origine latino-germanique que roi, tout comme reich, coïncidant avec das Reich - l'empire, mais le russe va encore plus loin, puisque богатый y est apparenté à Бог - Dieu. La pauvreté est banale en français (apparemment - de paucus parere - pas grand-chose), mélancolique en allemand : arm, qui signifiait esseulé ou pitoyable, et franchement calamiteuse en russe : бедный, provenant de беда - désastre.
allemagne,argent,défaite,dieu,europe,force,mélancolie,misère,mot

russie
La dette viendrait de de-habere, changer de propriétaire, d'où les rapports purement rationnels du Français avec elle ; Schuld vient de faute, et долг - de devoir, d'où la vision dramatique des Allemands et des Russes.
allemagne,france,mot,valoir

russie
L'expérience, en français, viendrait d'épreuve ; en allemand - de voyage (Erfahrung - Fahrt) ; en russe - de torture (опыт - пытка). Contraintes, mouvement, souffrance comme trois contenus possibles de l'expérience. Artiste, chroniqueur, martyre.
action,allemagne,art,contrainte,france,langue,mot,souffrance

russie
Nous vîmes le même bagne, Dostoïevsky et moi : moi, de l’extérieur, je le transposai, ensuite, dans mes vers inexpiés ; lui, de l’intérieur, il le vécut, les fers aux pieds. Une dualité, entre la vie et le rêve, naquit de ce milieu lugubre, d’où deux branches hyperboliques qui s’inscrivirent dans nos arbres émotifs et verbaux.
arbre,auteur,exil,liberté,mot,poésie,rêve,sentiment,vie

russie
Patrie - où se sentent chez eux nos pères ; Heimat - où nous nous sentons chez nous ; родина - où est chez elle ma mère. Air, chair, terre.
allemagne,éléments,exil,femme,france,hommes,mot

russie
Face à ses princes, le Français, étymologiquement, auraient dû se prosterner (su-jet), l'Allemand – s'y faire (Unter-tan), le Russe – s'y donner (под-данный). Dans la réalité, le Français s'y fait, l'Allemand s'y donne et le Russe se prosterne.
allemagne,cité,france,liberté,mot

russie
La rencontre avec le Malin est plus dramatique pour le Russe que pour l'Allemand ou le Français : la tentation ou la Versuchung ne sont que des mises à l'épreuve, tandis que искушение est déjà une morsure et соблазн – même une chute. Le goût et la caresse, sources de nos passions, opposés à la raison, source de nos pensées.
allemagne,bien,caresse,défaite,france,goût,idée,mot,raison,sentiment

russie
Laisse-les choisir le verbe, dans ces formules : je me fais libre, je suis libre, je deviens libre en me refaisant. Je dois savoir m'entendre avec eux tous ; ne pas trop chipoter sur l'adjectif et être exigeant avec le pronom. En russe, l'étymologie du mot liberté, свобода - свой, fait penser qu'être libre, c'est être soi-même, - une funeste illusion !
être,liberté,mot,soi

russie
Racines phonétiques du nihilisme : Henri Heine ou Nietzsche, prononcés Un Rien et Nichtssche (Nichts - rien), Nétchaev, prototype chez Dostoïevsky, - Нечаев (de Nitchego - ничего - rien). Quid, les jeux phonétiques de Kojève, avec nitchto et netchto (un néant et un quelque chose), pour se moquer du bon Dieu, le même thème étant assez plat chez Leibniz, Hegel ou Sartre.
dieu,être,fanatisme,mot,nihilisme,vide

russie
L'Allemand se fascine par le primordial - sa langue lui tend le préfixe originel de Ur (d'où Ur-Wort - logos) ; le Russe déborde sur l'achèvement - et sa langue l'y invite avec le préfixe infini de до (d'où до-бро - le bien) ; le Français tient à l'harmonie du milieu - peu de préfixes y opposent quelques timides aspérités, vite maîtrisées par l'aplatissante morphologie.
allemagne,bien,commencement,france,mot,ordre,platitude

russie
L'attente russe : que, dans la série interminable de gestes rationnels, jaillisse, momentanément, la folie d'un acte, d'un mot, d'un regard. L'attente occidentale : que, dans ce qui paraît être chaotique et mal organisé, la raison introduise enfin, définitivement, de l'ordre, de la norme, de la justification.
action,europe,folie,mot,ordre,raison,regard

russie
Les trajectoires imprévisibles du mot artiste, qui, en français, garda son rapport immédiat avec l'art en général, tandis qu'en allemand on pensera au cirque, en anglais - à la peinture et en russe - au théâtre.
allemagne,angleterre,art,mot

russie
Le milieu naturel du Russe est le milieu verbal et non pas conceptuel. Les mots sont des naissances d’un état d’âme, sans le besoin d’aboutir aux finalités ; les concepts sont des finalités d’un raisonnement, sans le besoin d’évoquer leurs sources. L’eschatologie russe est inchoative, non conclusive. Dans la littérature russe, « les phrases sont souvent laissées en suspens à cause du doute sur la meilleure façon de les terminer » - V.Woolf - « sentences often left unfinished from doubt as to how best to end them ».
âme,art,commencement,concept,doute,mot

russie
En français et en russe, le verbe pouvoir (мочь) s'associe soit avec l'autorisation (on peut passer à table), soit avec la volonté et les moyens (on peut partir, la voiture est là). L'allemand (dürfen - können) et l'anglais (may - can) s'en tirent plus élégamment.
allemagne,angleterre,france,langue,mot

russie
Dans la largeur de son âme le Russe propage des langueurs et des souffrances ; dans la profondeur de son cœur l’Allemand sombre dans des mystères et des verbiages ; dans la hauteur de son esprit le Français sublime des superficialités et des styles.
allemagne,âme,cœur,discursif,esprit,france,hauteur,mélancolie,mot,mystère,…

russie
Je suis enfant de la forêt sibérienne. L’ours m’était plus proche que le caniche. La framboise et le sureau, à la lisière, et non pas le chocolat et le sorbet, accompagnaient mes premiers festins gourmands, solitaires et non collectifs. Mais j’y reconnais la même substance, qui, jadis, animait mes soirées, et, aujourd’hui, anime mes matinées – le livre. Les contes de fées, que, rentrant de son usine, me lisait ma mère ; la poésie, lyrique ou philosophique, qui s’incarne dans mes états d’âmes, dans les images ou les mots, se déversant sur mes pages. Je ne sais plus où l’emporte la nature, où s’incline la culture. La civilisation la plus tardive de la planète.
âme,art,auteur,culture,histoire,mot,nature,philosophie,poésie,rêve,…

hugo v.
Venue inévitable d'un Spartacus russe.
russie
Il se lèvera avec l'affranchissement d'un verbe fatidique : работать - travailler, verbe, qui enfanta de deux monstres, раб - esclave (remontant, semble-t-il, au Slave) et robot. Mais le Spartacus des robots sera pacifié par un syndicat ou par un conseil d'administration. Avant de sombrer dans une nouvelle superstition d'origine asiatique.
asie,enthousiasme,mot,lutte,robot
 

chœur solitude
MOT : Le mot du solitaire est plus rugueux, mais lâché dans le vide, il n'écorche que l'oreille trop polie par le rabâchage des idées inaudibles, inculquées par les coureurs de foires. Il est à vivre hors de portée des mains, dans un silence annonciateur de rêves. Le mot des termitières est destiné aux pieds, le mot des salons - aux cervelles en éveil.
idée,inconnu,mouton,ouïe,raison,rêve,silence,vide,vie

solitude
Plus le monde est fade, plus amer est le mot du solitaire, plus aigre la bile de l'offensé, plus salée la larme de l'humilié - ils veulent épicer ce monde.
haine,honte,mot,souffrance

solitude
Pour entendre ma propre voix, je dois tendre mon oreille plus fortement que pour les troupeaux lointains. Et les images en deçà de mes paupières sont plus fuyantes qu'au-delà. La vie des sens se fait de sons et de mots, dont est dépourvu mon sens vital.
auteur,intensité,mot,mouton,ouïe,style,vie,voix

solitude
L'orgueilleux ou le désespéré dit ne pas chercher de consolations dans un livre. Pourtant, c'est ce que j'y cherche, sous forme d'un regard altier coulé dans un mot suspendu, sublime, isolé.
art,consolation,espérance,hauteur,mot,regard

solitude
Je suis d'autant plus seul, que je prends l'habitude de fréquenter l'homme inventé. L'homme des cavernes, l'homme d'une île déserte, l'homme de la terre, l'homme du mot ou du regard sont tous des créatures inventées, auxquelles j'offre mon amitié et ma simplicité. Mais l'homme du forum m'encercle et me rend hargneux, biscornu, compliqué et infiniment seul.
antiquité,artificiel,auteur,authenticité,création,éléments,haine,mot,mouton,regard,…

solitude
La solitude : ne plus voir d'horreurs, qui soulèveraient une houle dans mon regard ou dans mon mot. Une sensation d'immense platitude, où mes aspérités s'écrasent sans la moindre onde de choc.
intensité,mot,platitude,regard,sentiment

solitude
On peut en être presque certain : dès qu'un scribouillard orgueilleux proclame ne faire partie d'aucune école, ses copies sentiront l'air de sa vraie classe - de l'étable. Mon écrit sera là, où j'aurai trempé ma plume ; et l'encrier des rebelles est si souvent grégaire. La meute sévissant dans mes mots est plus collante que celle, dont je détache mes yeux. Tout bon écrit s'apprend à l'école-buissonnière de la vie, où les classes sont toujours surchargées de fantômes plus doués que moi.
auteur,école,esprit,mot,mouton,rêve,révolte,soi,valoir,vie

solitude
Pour celui qui n'a pas accumulé un stock de sentiments, d'images, de mots, musicaux et libres, l'entrée en solitude signifiera un désert, animé par l'esprit de foires et dénué de mirages pour son âme.
âme,désert,liberté,mot,mouton,musique,rêve,sentiment

solitude
Cultiver l'âtre, au milieu des ruines, mon défi phonétique à l'être (comme le Paraître le fut pour Pyrrhon, le Non-Autre pour le Cusain, le Naître - après Sein und Schein - pour Nietzsche, l'Outre pour Bakounine, comme l'Autre pour Levinas ou le Neutre pour Blanchot). Les contraires logique (le Urteil de Hölderlin), spatial (le néant de Sartre) ou temporel (la Zeit de Heidegger) sont moins chauds et plus ternes.
audace,auteur,commencement,être,mot,platitude,raison,ruines,temps

solitude
Quand je suis avec les autres, le mot, la pensée, la souffrance en deviennent écho, attribué, à tort, à la vie. Ce n'est que dans la solitude que je trouve les plus purs des échos : le mot sur le mot, la pensée dans la pensée, la souffrance de la souffrance.
ange,auteur,idée,langue,mot,souffrance,vie

solitude
Dans la solitude, tout ce qui fut conçu comme demeure est perçu comme refuge ; la poésie, elle aussi, n'échapperait pas à cette métamorphose : le poète sans abri ne doit pas se réfugier dans le mot, mais en vivre.
exil,filtre,mot,poésie

solitude
Pour bien parler, l'illusion d'une oreille d'ami doit être aussi irrésistible qu'un mirage. « Que l'on parle bien, quand on parle dans le désert ! »** - Gide.
désert,mot,ouïe

solitude
Une énigme que je ne parviens pas à m'expliquer : les rapports les plus spontanés et immédiats qu'a la solitude avec d'autres vicissitudes se maintiennent non pas avec l'intelligence ou la souffrance, mais avec - l'amour ! Tout amoureux, même le plus grégaire, se sent soudain seul et voit dans l'être aimé - un solitaire, appelant au secours. Et puisque Dieu est amour (même s'il ne s'appelle ni Christ ni Krishna), la solitude, ne serait-elle pas l'une de ces rares créations originelles, parvenues jusqu'à nous intactes, avec le Verbe divin ? « Le mot de solitude sonne faux, comme s'il provenait encore de Dieu » - Canetti - « Das Wort Einsamkeit hat einen falschen Ton an sich, als stammte es noch von Gott ».
amour,authenticité,commencement,création,esprit,intelligence,mot,mouton,pitié,souffrance

solitude
Quel symptôme doit justifier ma prise de plume ? - l'un des plus traîtres est la sensation, que ma solitude s'est mise à parler en moi-même ; l'un des plus prometteurs - la volonté d'y faire taire la multitude.
art,mot,mouton,silence,soi

solitude
Avec le spéculatif, le narratif ou le dialectique, on nage, on prend un bain de foule ; avec l'aphoristique, on garde l'immobile et solitaire rivage des mots, au-dessus des courants affairés des choses.
immobilité,maxime,mot,mouton

solitude
À défaut d'être un être vivant, avec un corps, une tête et des pieds, un milieu et des extrémités (Platon), le discours doit être un arbre, pour nous parler de climats et de saisons, arbre à une hauteur, qui appelle la solitude et pousse vers l'ironie. Et sa lecture suppose un métabolisme du milieu, la fermeté et la maîtrise des extrémités, la sensibilité du corps et l'arbre requêteur dans la tête, prêt à s'unifier avec l'arbre discoureur.
arbre,caresse,climat,filtre,ironie,maîtrise,mot

solitude
Si le pathos de ces lignes ne sombra pas dans un râle clanique d'incompris, je dois en remercier ce siècle de sourds et d'aveugles, car il ne m'adressa aucun mot ; aucun écho n'infléchit ma voix, aucune main ne s'offrit à ma tendresse, aucun regard ne croisa mes vides. Solitude sans sons, sans mots, sans caresse.
auteur,caresse,modernité,mot,voix

solitude
Ce qui est embêtant avec l'écriture, c'est qu'elle crée l'illusion d'un chemin partant de mes ruines nihilistes, coupées du reste du monde, ou bien celle d'un édifice habitable au-dessus de mon souterrain déraciné ; mais peut-être ce ne sont que des métaphores : « Le chemin vers ces «lieux» sans chemins, sous-sol de nos lieux empiriques »** - Levinas. Le déracinement en profondeur fait pousser le nihilisme de hauteur.
chemin,hauteur,métaphore,mot,nihilisme,ruines

solitude
On devine trop de lumières d'Athènes et de Rome, de Moscou et de Paris, - à l'origine de vos ombres ; les meilleures auraient dû naître à la seule lumière couchante de l'île de Pâques agonisante, où le seul regard survécu fut celui, fier et méprisant, des mystérieuses statues tournées vers l'oreille du Dieu-soleil, devenu sourd aux râles et aux chants.
grèce,mot,ombre,regard,russie,vie

solitude
Il n'existe pas d'idées solitaires ; n'importe laquelle, rebelle ou sage, fière ou humble, neuve ou ancienne, trouvera écho et accolade. L'idée est un état mental, et dans ce domaine, l'humanité est compacte, sans singularités. Le mot, lui, reflète l'état d'âme ; il a besoin de fraternité, de cette proximité imaginaire, qui commence par un éloignement de ce qui est trop réel. Déluge d'idées, face au refuge du mot.
âme,exil,fraternité,idée,mot,proximité,réalité,révolte

solitude
Toute coulée de mots, même des plus inclassables, est destinée, en général, à se jeter dans un courant plus vaste, pour se dissoudre enfin dans un océan, où se rencontrent le tout-à-l'égout, les larmes et les encres ; la prédestination de mes mots serait semblable à ces torrents sahariens, qui finissent par se perdre au milieu d'un désert, ayant juste le temps de témoigner de la hauteur de leur naissance et de ma dernière soif.
auteur,désert,hauteur,mot,soif

solitude
Les fragiles d'esprit voient dans la solitude une malédiction, les fragiles d'âme - une bénédiction : « Béatitude seule – solitude béate » - (attribué à) St-Bernard - « O beata solitudo, o sola beatitudo ! », tandis qu'elle n'est ni l'un ni l'autre, puisqu'elle est condamnation au silence. J'attendrai l'évasion de mon mot, la complicité d'une oreille compatissante ou le chant de liberté dans mes ruines insonores, en attendant « la musique silencieuse, la solitude sonore » - Jean de la Croix - « la música callada, la soledad sonora ».
bonheur,liberté,mot,musique,ouïe,ruines,silence

solitude
Ce n'est pas de la trace (de la différance ou de la greffe) des autres que j'ai besoin, pour faire résonner mes mots, mais des écrans ou des murs ou des sols, faits de leurs mots, contre lesquels rebondissent, se reflètent ou s'envolent les miens, sans oublier que ce n'est pas à la construction d'un édifice que je me livre, mais à l'entretien de mes ruines.
auteur,mot,ruines

solitude
Dans ce monde de sourds, les plus beaux mots sont voués à une vie d'orphelins ; intuitivement, l'artiste le devine et s'occupe de ses enfants trouvés, avec une tendresse redoublée et presque par charité, avec le soin que mérite tout être cher et proche, agonisant dans un désert, sous un ciel muet.
beauté,enfance,mort,mot

solitude
Le soi connu, celui qui agit, pétri d'orgueil et de transparence, celui, auquel veulent tant rester fidèles les sots, est grégaire et banal, même s'il est profond : « Moi superficiel et moi profond ne sont pas deux moi, mais deux aspects d'un seul et même moi » - Bergson. C'est le soi inconnu, au-delà des mots et des actes, solitaire et unique, qui est un vrai Autre. Et c'est au premier sans doute que pense Sartre : « Chacun est le même que les Autres, en tant qu'il est Autre que soi ».
action,hauteur,hommes,inconnu,mot,soi

solitude
On reconnaît un grand esprit par la facilité de rapporter ses discours à une poignée d'idées, voire à une seule. Heidegger n'a pas tort : « Le penseur né est prédestiné à se limiter à une seule idée » - « Die gezeichneten Denker sind bestimmt, einen einzigen Gedanken zu denken ». Ou bien les idées se rangent en troupeau, ce danger des fleurs, de l'edelweiss du mot isolé ou du lys d'un pur bouquet. Ou bien elles se transcendent pour donner vie à une seule idée générique. « Sur un même arbre ne poussent jamais deux sortes de fleurs » - proverbe chinois.
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solitude
Ce n'est pas dans le noircissement de nos pensées (Cioran) que réside le principal danger de la fréquentation des autres, mais dans la grisaille, qui se faufilera dans mes mots, grisaille inséparable des choses ; et les autres, que je rencontre en vrai, seront des choses ; l'autre ne vaut que par mes non-rencontres avec lui, dont j'inventerai les imaginaires : « Ici, on se rencontre, comme si l'on fut déjà dans l'au-delà » - A.Blok - « Здесь все встречаются, как на том свете ».
audace,auteur,enthousiasme,idée,mélancolie,mot

solitude
Si l'on enlève à mon écrit la gangue de l'inertie, des échos, du désir de reconnaissance, ce qui reste, ce serait l'intensité de mon mot solitaire, de cet invariant, qui ne serait pas un prolongement du lourd présent, mais un retour éternel, impondérable, une grâce ou une folie.
continuité,éternité,folie,grâce,intensité,mot,mouton,retour

solitude
Les meneurs et les menés sont aujourd'hui d'égale quiétude d'âme. Fini le temps, où « l'on allait d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire » - Corneille. Ici, on savait, que le chemin fût imprévisible ; là, on se désintéressait de toute droiture. À l'avant, je donne mes mots pionniers, à l'arrière - je marche dans les ornières des idées, creusées par les autres. Dans les deux cas, je ne suivrai plus mon étoile, mais le souci commun.
angoisse,auteur,chemin,idée,mot,mouton

solitude
Le message poétique naît soit du mot (du dialogue), soit de l'esprit (de la harangue), soit du regard (du monologue). Du don, du travail, du rêve. Se saouler, ciseler, s'isoler. Je reconnais n'avoir ni don ni zèle, - que des ailes.
auteur,esprit,étoile,intensité,mot,poésie,regard,rêve,style

solitude
Sur les routes, où serait tombée la graine de la parole divine, ce ne sont plus des oiseaux qui menaceraient la bonne pousse, mais le poids exorbitant de nos transports, comparé avec nos âmes, de plus en plus impondérables, sans état d'ivresse. L'alternative de la circulation est l'arbre, où le fruit est dû autant à la fleur de mon regard qu'à la racine du verbe des autres.
arbre,chemin,création,folie,mot,regard

solitude
Le sage se contente de ruines aménagées, renvoie à une généalogie sidérale, vit un exil à portée des mots - ni la maison, ni la parenté, ni la patrie ne sont à lui.
cité,exil,mot,ruines

solitude
Ni confession, ni sermon, ni épître, ni bonne nouvelle - le mot d'artiste ne peut être qu'un burin de sa propre statue, érigée dans le souterrain de ses ruines hors tout circuit ou culte. Et qu'il n'espère pas qu'on entrouvre son soupirail ou s'agenouille devant son épouvantail.
art,mot,ruines,soi

solitude
Rien, pas même les étoiles, ne me parle dans la nuit ; telle est ma nuit avec les mots français, qui me laissent dans ma solitude silencieuse, avec un scintillement moqueur et des ombres incertaines.
auteur,étoile,france,langue,mot,ombre,silence

solitude
Exemple d'un retour cyclique : je suis l'instinct mystérieux des foules, ensuite, j'adhère aux idées problématiques des élites, enfin, dans la solitude, je goûte les mots des solutions. Mais je finis par réinventer mon espèce, me replonger dans ses instincts, munis, par mes soins, de nouveaux mystères…
élite,idée,mot,mouton,mystère,retour,temps

solitude
Cioran écrit pour le salon (d'où l'importance du style) ; Valéry réfléchit devant Dieu (cet inexistant, indispensable pour une belle intelligence) ; Nietzsche s'extasie devant lui-même (dans une solitude du mot et de l'idée, nous bouleversant par leur musique). Je tente de réunir ces trois milieux, en un lieu que j'appelle mon soi inconnu. Mes trois confrères ont leur voix propre, puisqu'ils n'ont pas de collègues à rassurer ou à flatter ; pourtant, c'est ce que cherche la gent professoresque, en écrivant dans un jargon, miteux, lourd et farfelu.
auteur,dieu,école,idée,inconnu,intelligence,mot,musique,soi,style,…

solitude
Mes yeux empruntent sans vergogne ; mon regard ne se laisse influencer par personne. Mes idées frôlent celles des autres, mes mots gardent leurs distances.
honte,idée,mot,mouton,proximité,regard,voix

solitude
À étudier l'homme, de l'extérieur, je m'ennuie, - pure perte de temps et fatale dissipation de tout lyrisme. Tout ce qu'il imprime dans l'extérieur - ses actes, ses choses et ses idées – il l'exprime mieux à travers son intérieur – ses désirs, son ton, ses mots. Sinon Robinson, au moins Adam peut exprimer toute la nature humaine et tout son génie, sans la moindre présence de choses ou d'assemblées de sages. Le plus barbant des partis est le parti pris des choses. La chose est un support mécanique, un bruit des raccords ; le mot, c'est un corps organique, une musique des accords. De l'entrée de Jésus dans Jérusalem, on peut oublier l'âne, le mûrier et les palmiers, mais on devrait garder en mémoire les larmes du Rédempteur.
action,christianisme,hommes,idée,mot,musique,nature,ordre,poésie,robot

solitude
D'un côté - les bureaux rutilants et puissants, élevés sur les ruines des idées universelles ; de l'autre - les ruines des mots personnels, beaucoup plus infréquentables, et d'où s'élève la salutaire impuissance du solitaire.
consolation,force,idée,mot,mouton,ruines,vie

solitude
Sol-ipsisme, ce mot, à la superbe morphologie, sans la mutilation par des rats de bibliothèques, aurait pu signifier : se connaître dans la solitude - une ambition impossible, mais belle.
absurde,grèce,mot,soi

solitude
Le comble de la solitude : tout soliloque échouant à se transformer en dialogue, et le sens ne peut naître que d'un dialogue - donc, impossible de donner un sens au mot de solitude.
absurde,interprétation,mot

solitude
Le mot désert a plus d'acceptions divergentes que l'arbre ; la lamentation sur le vide croissant, vide désertique d'idées, d'intelligence ou d'idéaux, est la lecture la plus courante et bête. Le désert décroît. Surtout à cause de l'incapacité de voir ou de provoquer des mirages et de la rationalisation et de la collectivisation des caravanes solitaires de rêves. « Malheur à celui qui porte en soi des déserts » - Nietzsche - « Weh dem, der Wüsten birgt », car il mourra de soif, faute d'oasis.
arbre,désert,idée,intelligence,mort,mot,rêve,soif,vide

solitude
Les mots, dont je me sers ici, n'effleurèrent pas, hélas, mon enfance. Mais mes idées, non plus, ne lui doivent rien. Pourtant, ses appels retentissent sans arrêt à mes oreilles. Ma fidélité à mon enfance se traduit par ma révérence au seul ton, qui serait en unisson avec ces appels, - celui des contes de fées nostalgiques. Sinon, je m'intéresserais aux luttes, aux vérités, aux libertés, à tous ces sujets ampoulés et utiles et qui ne m'inspirent, Dieu soit loué, que de l'ennui ou de l'indifférence. La solitude forge des poètes ; ceux, qui la choisissent, deviennent révolutionnaires, ceux qui la subissent – moines.
auteur,enfance,ennui,idée,liberté,lutte,mot,poésie,révolte,utilité,…

solitude
J'aime la triade, qui manqua à l'enfance de Sartre : sans hériter ni l'ombre ni le regard, presque sans nom - en effet, ce sont les premières choses à inventer pour avoir droit au soi. Orphelin de nom, ignorant la première lumière et livré aux choses - telle fut mon enfance, d'avant le premier conte de fées, qui me débarrassa et de choses et de noms et me voua à leur réinvention : « Une chose perdue cherche un nom perdu » - Shakespeare - « A lost thing looks for a lost name ».
auteur,création,enfance,mot,ombre,regard,rêve,soi

solitude
Ce n’est pas la boue des autres qui me souille, dès que je me plonge en foule, c’est la sensation et la certitude de ma propre impureté. Je dois me débarrasser de l’illusion la plus pernicieuse, qui associe la solitude à la pureté. La pureté, c’est le dépassement des choses, des actes, des pensées, des mots, de ce qui m’apporte l’intellect, pour vivre la béatitude du cœur ou la hauteur de l’âme.
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solitude
Plus on vit dans la multitude, plus on a de choses (communes) à dire ; plus on s’absorbe dans la solitude, plus on découvre de choses indicibles et belles, pour lesquelles on n’a pas encore inventé le nom.
beauté,inconnu,mot,mouton,platitude

solitude
Tant de choses se partagent : les mots, les idées, les goûts, puisqu’on peut les transformer en arbres à variables, ouverts aux unifications. Mais la solitude ne se partage pas ; elle se hérisse de constantes irremplaçables, irreproductibles, irréconciliables. L’idéal : deux solitudes, créant une troisième que celles-là nourrissent.
arbre,goût,idée,inconnu,mot

solitude
Souvent, mes métaphores ou mes pensées ne surgissent pas de mon intérieur, mais sont mes accompagnateurs, que je croise, soudain, aux lieux imprévisibles. Quand mon seul interlocuteur est mon étoile, les meilleurs des pèlerins-images se rapprochent de moi et demandent leur mise en paroles.
auteur,création,étoile,idée,métaphore,mot

solitude
Aucun dépit, aucune surprise, aucune amertume du fait d’être incompris ; non seulement j’emploie un langage, étranger à tous mes contemporains, mais aucun d’eux ne fut envisagé comme destinataire de mes messages. Le temps est mon ennemi : le passé, le présent, le futur sont trois néants : enseveli, inanimé, inconnu. Et hors du temps, il n’y a que le Créateur et ses anges, qui captent non pas les mots, les images, les idées, mais les vibrations des cordes humaines.
ange,auteur,dieu,idée,inconnu,langue,modernité,mot,sentiment,temps

solitude
On est toujours seul dans un naufrage (même le Radeau de la Méduse ne me convaincra pas du contraire). Les uns cherchent un drapeau, les autres – une miette ou une goutte, les troisièmes, les plus rares, - une bouteille de détresse, pour y mettre les mots, venant de la hauteur et voués à la profondeur.
défaite,hauteur,mort,mot

solitude
La solitude apporte le silence, cette condition nécessaire pour écouter ou composer de la musique, surtout de la musique verbale, intellectuelle ou mystique.
mot,musique,mystère,nécessité,silence

solitude
Tu découvres des facettes insoupçonnables de la solitude, lorsque tu quittes – ou ils te quittent - le sommeil ou la langue maternelle. « Seul, face-à-face avec les nuits et avec les mots »** - Cioran. Mais cette pesanteur des contraintes matérielles ouvre aux grâces immatérielles : écrire avant l’aube se met à t’approcher du ciel.
contrainte,grâce,inconnu,langue,matière,mot

solitude
Le narcissique Marc-Aurèle adresse ses pensées à soi-même : son soi connu verbal – à son soi inconnu idéal.
idée,inconnu,mot,narcissisme,soi

solitude
C’est seulement a posteriori que je découvre que mon besoin d’écrire vient du rejet des mots de la tribu. Ceux-ci se réduisent à la maîtrise de la matière, au respect de la loi écrite, au sérieux de la cohabitation ; tandis que mon inspiration vient de mes états d’âme, fondés sur l’intelligence immatérielle, la noblesse de l’arbitraire, l’ironie de la défaite.
âme,auteur,défaite,intelligence,ironie,maîtrise,matière,mot,mouton,noblesse

solitude
Rester libre de l’influence de la multitude, dans mon âme, est l’état si facile à maintenir, que je n’attache pas beaucoup de poids à ma liberté, acquise hors toute lutte ; le fond et la forme de mon écrit sont davantage redevables à une espèce de servitude volontaire que m’imposent mes propres contraintes.
âme,auteur,balance,contrainte,liberté,lutte,mot,mouton,style

cicéron
Numquam se minus solum quam cum solus esset.

Je ne suis jamais moins seul que dans la solitude.
solitude
J'ai appris à parler à moi-même, une fois que j'ai appris à me taire dans la foule (leçon, donnée par Caton et Scipion l'Africain, et bien apprise par Byron). Tant de fantômes, venus du passé des autres et de ma propre enfance, seront mes interlocuteurs. La solitude ouvre à la dimension verticale, dans laquelle se logent tant d'images, d'élans et de mélodies, qui feront vibrer en moi ce qui restait muet, dans la multitude.
axe,élan,enfance,hauteur,mot,mouton,musique,silence,soi,temps

baïf j.-a.
Brebis trop apprivoisée de trop d'agneaux est tétée.
solitude
Les idées s'apprivoisent plus facilement que les mots. Périodiquement, il faut leur réapprendre la solitude, le désintéressement et le danger. On a intérêt d'ensauvager les idées en les lâchant, de temps à autre, dans la forêt des mots natifs, où elles gagneraient en hauteur. Plutarque disait, qu'ensauvager la vie la rendait plus profonde.
audace,hauteur,idée,mot,philosophie,vie

hamann j.g.
Meine Schwachheit geht so weit, daß ich alle meine Meinungen von sich selbst hinfallen fühle.

Ma faiblesse va si loin, que toutes mes convictions, aux yeux de mon âme, tombent tout seules.
solitude
Débarrassé de ce ballast, mon rêve aura d'autant plus de chances de garder sa hauteur. La vraie, la mystérieuse faiblesse résulte d'un sobre constat du gouffre entre mon rêve et ma réalité, faite d'images, de mots, d'idées. Respecter cette faiblesse, en découvrir les bienfaits est signe de noblesse. Les convictions, le plus souvent, sont des constats fallacieux d'une adéquation entre le ressenti et le dit.
âme,force,hauteur,idée,mot,mystère,noblesse,rêve

joubert j.
Pour descendre en nous-mêmes il faut d'abord s'élever.
solitude
Pour s'élever, au contraire, il suffit souvent de s'abaisser jusqu'au niveau des mots qu'on foule. Malheureusement, on s'imagine, que l'élévation commence avec la hauteur des idées. Les idées n'ont pas de hauteur (ni, au demeurant, de volume). L'idée n'est qu'un lieu auquel Sa Majesté le Mot donne de la stature. On élève sa tour d'ivoire, sachant pertinemment, qu'elle terminera son parcours terrestre par des ruines célestes.
acquiescement,balance,château,hauteur,idée,mot,ruines

emerson r.w.
Every man alone is sincere. At the entrance of a second person, hypocrisy begins.

Tout homme seul est sincère ; l'hypocrisie commence à l'entrée du second.
solitude
Cette sincérité est la vraie hypo-crisie - l'état avant toute décision. Le second nous oblige à nous décider, et c'est ainsi que s'éploie la vraie sincérité, l'imposture du vide visant le mot vacant.
authenticité,hommes,mot,vide

suarès a.
La foule est la bête élémentaire dont l'instinct est partout, la pensée nulle part.
solitude
J'aurais défini ainsi l'aristocratie. La foule d'aujourd'hui est dans le pullulement des pensées et la honte des instincts. Les pensées réduisent en esclavage normatif, l'instinct parle de libertés rebelles. La pensée d'artiste ne quitte pas les environs des mots et son instinct est libre et nomade. L'instinct d'artiste est la pensée faite chair. La pensée de la foule est l'instinct gonflé, alambiqué.
art,caresse,honte,idée,liberté,mot,mouton,noblesse,platitude,universel

kraus k.
Phantasie hat ein Recht, im Schatten des Baumes zu schwelgen, aus dem sie einen Wald macht.

L'imagination a le droit de se griser à l'ombre de l'arbre, dont elle fait une forêt.
solitude
L'esprit introduit dans l'arbre - des inconnues, l'intellect unifie les arbres ainsi générés, l'âme y découvre la forêt, dont se grise l'imagination. C'est plus vivant que la poupée-gigogne, comme le voit Trismégiste : « L'âme est dans le corps, l'intellect - dans l'âme, le logos - dans l'intellect », puisque ce sont des hypostases différentes d'un même homme-climat, aux saisons différentes : le corps-caresse, l'intellect-esprit, le logos-âme.
âme,arbre,caresse,climat,esprit,étonnement,goût,mot,universel

cocteau j.
La poésie est une solitude… et nous sommes des moines, qui échangent des silences.
solitude
Le mot poétique devint prière silencieuse depuis que d'autres ne communiquent qu'en litanies ou sermons. Mais attention : le silence tout seul, sans la prière, peut être forumique : « C'est en nous qu'il nous faut nous taire » - Aragon.
mot,mouton,poésie,religion,silence,soi

tsvétaeva m.
Не обольщусь и языком
Родным…
Мне безразлично на каком
Непонимаемой быть встречным.

Et même l'idiome natal
ne sauverait pas la mise.
Dans le réel, m'est égal,
dans lequel passer, incomprise.
solitude
L'exil étant la liberté, l'incompris est toujours libre. De fausses proximités et de vraies rencontres sont dans les mots compris. De vraies proximités et de fausses rencontres sont dans les mots sentis. La lettre et l'esprit.
esprit,exil,gloire,liberté,mot,proximité,vie

celan p.
Die Sprache schlägt nicht nur die Brücken in die Welt, sondern auch in die Einsamkeit.

Le langage jette des ponts non seulement vers le monde, mais aussi dans la solitude.
solitude
L'attirance des cieux me fait oublier l'appel de l'autre rive ; j'attends l'onde ou le rayon, et me fais engloutir par les ténèbres et la sécheresse. Le mot, qui a la prétention d'être un Verbe, salutaire pour tout le monde, finiras dans des sueurs froides. Du mot solitaire bien enterré ressuscitera sa chaude musique.
consolation,étoile,frontière,mot,musique,ombre
 

chœur souffrance
MOT : On apprit à enfanter du mot émoussé, sans douleur. Il s'agit d'enfanter de la douleur, avec un mot tranchant. On se rend compte, qu'une plume est acérée, non pas en y posant un doigt ou un cerveau, mais en suivant son élan vers les tables à graver. Souvent, c'est à l'encre sympathique qu'on écrit le mot le plus pénétrant et profond.
enthousiasme,raison

souffrance
Soupir et larme. Le soupir monte, la larme tombe. La ventilation du halètement, l'arrosage du regard. On enterre le soupir, dans la larme on fait refléter l'étoile. Le soupir t'emporte, la larme t'enchaîne. Du soupir naît le mot, que la larme rend inutile. C'est un chant du cygne, car, aux futurs concours du plus beau soupir et de la plus chaude larme il n'y aura que serpents et crocodiles.
mot,regard,tragédie,utilité

souffrance
Les souffrances, auxquelles je compatis le plus, sont des déficiences du rêve : manque d'oreilles (les mots se perdent), manque de bouche (les mots ne naissent plus), manque de regard (les mots ne s'envolent pas). La danse des images s'appelle songe, leur marche s'appelle veille. Ce sont les songes qui enfantent la souffrance (et non pas l'inverse, Aragon) ; la veille la stérilise ou l'anesthésie.
commencement,création,danse,étoile,mot,ouïe,regard,rêve

souffrance
Souffrance en positif ou en négatif : l'émotion aigüe, mise en mots ou en regards, et qui ne réveille aucune sympathie ; le geste obtus, fruit du hasard et de l'indifférence, et qui t'attire des étiquettes définitives.
action,gloire,jeu,mot,regard,sentiment,solitude

souffrance
Pour parler de soi, geindre paraît plus propice que jubiler. La souffrance, bizarrement, prend la forme de ton essence, tandis que la jouissance est étrangement anonyme. On serait tenté de croire, que in principio le verbe était accompagné de la douleur, n'exprimait que la douleur.
bonheur,commencement,être,mot,soi,tragédie

souffrance
La souffrance est incohérence. Je cherche à combler le désaccord par un mot musical. La plaie, en général, n'en ressort que plus béante, mais les autres ne retiennent que la nouvelle mélodie. Laquelle pourra dire : « tu m'inondes, comme le sang - une blessure fraîche » - G.Benn - « du füllst mich an wie Blut die frische Wunde ».
intensité,mot,musique,ordre

souffrance
Deux recettes fallacieuses contre l'anxiété : l'humilité ou le mépris, s'appuyant soit sur la sophistique soit sur l'éristique. Ces deux remèdes finissent par aggraver le mal. L'amitié d'un mot ou d'un homme est un palliatif plus bénin : l'amitié est vaudevillesque, tandis que l'humilité est tragique et le mépris dramatique.
acquiescement,angoisse,fanatisme,haine,mot,philosophie,tragédie

souffrance
Il ne me déplairait pas, que ma trajectoire se rapproche, à rebours, de celle de Rimbaud : les tribulations et la sauvagerie du début, et vers la fin - avoir dessiné quelques Enluminures et séjourné pendant quelques Saisons au Paradis. Et pour seul point commun entre ces vies extrêmes, les mots : « N'écrivez pas Arthur sur les enveloppes… Comme je suis malheureux… Assez vu, assez eu, assez connu – j’irai sous la terre ».
auteur,bonheur,commencement,mort,mot,retour,vie

souffrance
En dernière instance, la cause de toute souffrance ou jouissance réelles se réduirait, facilement, aux balivernes, au toc, au couac. On n'y trouve rien à admirer ni à désirer, ce qui désavoue le stoïcisme. Et si un récit tragique nous émeut, c'est qu'une belle invention lui préside ; ce n'est pas la profondeur causale, mais la hauteur verbale qui ennoblit les plaies. « Une douleur légère parle, la profonde se tait » - Sénèque - « Curae leves loquuntur, ingentes stupent ».
amour,authenticité,commencement,création,hauteur,intensité,lutte,misère,mot,philosophie,…

souffrance
Le chagrin sert de matériaux aux soubassements des châteaux royaux du mot, dont les ruines en gardent l'écho et l'héritage. « Rien au monde n'est plus permanent que le chagrin, rien de plus durable qu'un mot majestueux » - Akhmatova - « Всего прочнее на земле - печаль и долговечней - царственное слово ».
château,matière,mélancolie,mot,ruines,temps

souffrance
La raison s'identifiant de plus en plus avec le dit, les seuls témoins de l'indicible seront bientôt les rires et les pleurs.
bonheur,inconnu,mot,raison,tragédie

souffrance
L'espace d'un soupir, le chant sépare l'âme du corps et fait oublier la souffrance : « Qui chante son mal l'enchante »** - du Bellay. Qui le narre en déchante. (La virgule oubliée y assure la poésie : les Portugais auraient prosifié : « Qui chante, son mal enchante ; qui pleure, son mal augmente »).
âme,danse,discursif,europe,mal,mot,poésie,tragédie

souffrance
Je connus sur ma peau toutes les formes de souffrance, qui se prêtent à la grandiloquence des plumes sensibles, et je dis qu'elles ne comptèrent presque pour rien au fond de mon écrit. C'est à ce que nous n'avons jamais vécu, par exemple à nos rêves, que nous devons notre essence. « Notre caractère est déterminé plutôt par l'absence de certaines expériences que par des expériences réelles » - Nietzsche - « Unser Charakter wird noch mehr durch den Mangel gewisser Erlebnisse als durch das, was man erlebt, bestimmt ».
âme,art,auteur,création,être,goût,mot,réalité,rêve,style

souffrance
Les grandes souffrances sont tellement au-dessus de tous les mots, se chargeant de relater celles-là, qu'elles finissent par se dissoudre dans ma mémoire. Ne me taraudent que des tracas médiocres, que les mots redressent et rénovent. Et je finis, par honnêteté, d'en inventer de plus pittoresques. Toute douleur imaginaire bien montée s'incarne sans heurts dans mes expériences réelles.
auteur,ironie,mot,platitude,réalité

souffrance
L'âme n'a qu'un seul vocabulaire, celui des palpitations, on n'y décèle ni images ni mots ni concepts ; c'est la seule source crédible du sentiment tragique : ne pas reconnaître mon âme dans le langage de mes gestes ou de mes pensées, auquel je suis réduit ou condamné.
action,âme,auteur,esprit,idée,mot,sentiment,tragédie

souffrance
Si ce n'étaient pas des contraintes mystérieuses, l'harmonie mystérieuse nous rendrait fous de joie. Les messages en clair, qu'on croit envoyés par bon Dieu, parlent d'une folie heureuse. Mais en temps de doute, le chiffre des contraintes est appliqué aux textes du malheur. L'inévidence des contraintes nous pousse à créer, l'évidence du bonheur ne permet que de procréer.
bonheur,contrainte,création,dieu,doute,folie,mot,mystère

souffrance
Les repus, confondant l'âme d'avec le ventre, disent que le cœur et l'âme de la vie, c'est la souffrance. Mais tout fond de la vie, pour un artiste, est le bonheur, et c'est seulement sur l'épiderme - sur les mots opaques - qu'il dépose sa charge de souffrance, qui est l'impossibilité d'être translucide et la certitude, qu'on prend sa vivisection esthétique pour une dissection mystique.
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souffrance
Une souffrance est plus souvent profanée par des métaphores qu'elle n'est sacrée par quelques formules rhétoriques. Le marquis de Custine, expert en colifichets verbaux, confondrait la souffrance jusqu'avec la didactique : « Les Russes ont l'habitude et non l'expérience du malheur » - pourtant, les Russes sont aussi bigrement performants en bonheur, sans y être compétents.
bonheur,métaphore,mot,platitude,savoir,russie

souffrance
Des désillusions, des désenchantements, des trépas, ce ne sont que d’horribles banalités ; notre tragédie est ailleurs - c’est que ni l’amplitude de nos actes ni la profondeur de nos mots ne parviendront jamais à embrasser ou à rendre la hauteur de nos rêves muets, de nos dons musicaux, de nos passions inarticulables. Tout le génie de Tchékhov est dans cette vision désespérante.
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souffrance
La pire dégringolade intérieure est de ne plus ressentir l'intensité des notes et des mots, qui, jadis, te bouleversaient et scandaient ta vie. C'est ce qu'on appelle peut-être – perdre la foi, se résigner à la monotonie de l'âme.
âme,défaite,intensité,mot,musique,religion,sentiment,vie

souffrance
J'éteins, successivement, mes yeux, mes caresses, mes mots, ma mémoire, ma raison – et je comprends, que ni la consolation ni l'horreur, ni la grâce ni la punition, n'ont plus aucun sens, pour mon être mort. « Et au-delà – ténèbres impénétrables, ou pureté de la face de Dieu » - A.Blok - « Над нами - сумрак неминучий, иль ясность божьего лица » - ni cette lumière ni ces ombres ne seront plus à toi.
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souffrance
On élève le niveau du débat en s'adressant au public de plus en plus abstrait. Et l'on s'aperçoit, que tout bon discours débouche sur un soliloque, où une larme prend des contours d'une aporie. « La sagesse aux yeux pleins de larmes » - R.Char.
mot,paradoxe,philosophie,solitude,tragédie

souffrance
Pour exister virtuellement, c'est à dire dans le rêve, il faut renoncer à l'existence câblée. Comme, en renonçant au sens courant des mots, la poésie élève le mot jusqu'au concept sonore, le son précédant le sens, la musique dominant le bruit.
être,idée,interprétation,mot,musique,poésie,rêve

souffrance
L'origine immédiate de la douleur est souvent imaginaire. Seule la douleur elle-même est authentique, c'est-à-dire sans objet, sans paroles, sans généalogie. Ne l'abaisse pas en l'identifiant avec un objet trop réel.
authenticité,commencement,désert,mot,réalité

souffrance
À quoi me sert l'indubitabilité de mon moi qui, indicible et impassible, cogite, s'il reste un grand inconnu pour l'autre moi, qui souffre ou qui s'exprime ?
auteur,doute,inconnu,mot,raison,soi

souffrance
Et la religion et la philosophie naissent dans le naufrage, dans la détresse de la vie, et elles ont le même but : contrer le néant, apporter un semblant de consolation (« la tâche de la philosophie est d'inventer le mot qui sauve »** - Wittgenstein - « die Aufgabe der Philosophie ist, das erlösende Wort zu finden ») - et les mêmes moyens que la poésie - créer une tempête dans un verre d'eau, imaginer un message à destination lointaine et chercher fébrilement une bouteille : « Le poème est une bouteille jetée à la mer, abandonnée à la foi chancelante qu'elle échoue quelque part sur une terre d'âme » - Celan - « Ein Gedicht ist eine Flaschenpost, aufgegeben in dem nicht immer hoffnungsstarken Glauben, irgendwo an Land gespült zu werden, an Herzland vielleicht ».
âme,commencement,consolation,contrainte,création,défaite,espérance,être,mot,philosophie,…

souffrance
Je suis un Janus, avec une face côté âme et l'autre côté esprit ; et la mélancolie naît du contraste entre elles. L'âme vit dans une musique, où l'harmonie du bien enveloppe la mélodie du beau et l'intensité du noble ; l'esprit, lui, développe du bruit autour des mots, des images, des idées, qui terminent leur parcours dans la platitude des actes, à l'opposé de la hauteur, dans laquelle trouvent refuge les rêves de l'âme.
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souffrance
La falsifiabilité du mot juste : ce qui rehausse un sanglot devrait échouer, face au bâillement. C'est pourquoi la psychanalyse est charlatanesque : elle s'applique également à l'univoque et au loufoque. Prenez cette aberration psychique : « le trajet de substitutions subliminales », qui est une métaphore intellectuelle de première bourre, à la Valéry ! La poursuite du mot juste éloigne de l'ironie et de la larme et ne conduit, tout juste, qu'aux berceuses : « La vraie poésie produit une béatitude ronronnante, plutôt que des larmes ou des rires » - Nabokov - « Истинная поэзия вызывает не смех и не слёзы, а блаженное мурлыканье » - seulement, voilà, on ne découvre l'existence de béatitudes qu'à travers les sanglots, tragiques ou rieurs.
bonheur,ennui,esprit,ironie,métaphore,mot,poésie

souffrance
Le mot sans ailes m'est aussi hostile, il m'est aussi sans vie, que les yeux secs. Agiter sa plume, même trempée dans une larme, ne garantit, hélas, pas l'envol.
art,étoile,intensité,mot,tragédie,vie

souffrance
Double profanation croisée des mots douleur et souffrance : à la mort de leur mère, ils annoncent leur douleur, mais tout soucis d'indigestion est décrit en termes de souffrance.
femme,mort,mot

souffrance
Un jour je m'aperçois, que l'oreille a trop de place dans ma soif éthique de pureté ; je découvre, que la soif optique est plus inextinguible, et je m'écroule auprès de la fontaine du regard, fontaine devenue ruine, fontaine réveillant une soif mortelle et un besoin de survie, à travers des mots ou des notes.
ange,art,auteur,étonnement,mort,mot,ouïe,regard,ruines,soif,…

souffrance
Quand j'ai assez ri et pleuré avec Don Quichotte, je m'en retourne vers l'expérience de Robinson : mais au lieu d'attendre que, un jour aléatoire, la mer me recrache, je me mets à préparer mon propre naufrage, hors temps, je choisis sa latitude et la profondeur vitale, au-dessus de laquelle j'aurai vu, pour la dernière fois, la hauteur sentimentale, je chevaucherai les vagues, je chasserai les images et je pêcherai les mots à confier à la bouteille de détresse.
auteur,défaite,hauteur,mot,sentiment,temps

souffrance
La vie heureuse, dont prétend s'occuper une philosophie hédoniste, n'est pas à portée des discours. Si le verbe fut élu, pour y placer une part du divin, la vie humaine alors ne serait faite que pour aboutir à un beau livre (aboutissement verbal, mais qui devrait s'interdire d'aboutir !). Tout autre aboutissement est soit banal (force ou chance) soit épouvantable (beauté ou amour). Le Verbe essaya de s'incarner en un corps (son porte-parole minaudant : « Jouis ! » devant une impuissante d'amour) ou en un livre (le même jouvenceau gouailleur : « Lis ! » sous le nez d'un puissant analphabète) - deux désastres d'une sagesse, infidèle à sa hauteur.
amour,art,beauté,bonheur,caresse,défaite,discursif,esprit,force,hauteur,…

souffrance
La forme, c'est la joie ; et tout fond aboutit à la douleur - autant chercher à donner une forme verbale à la souffrance, pour que mon étoile se reflète et se lise même dans mon encre ou dans ma larme.
action,art,éléments,étoile,mot,style

souffrance
Dans la recherche de remèdes à nos maux, le philosophe doit imiter le charlatan ; seulement, celui-ci s'occupe de guérir un mal, qu'un bon médecin aurait pu traiter, tandis que celui-là doit se vouer à l'incurable. « Les hommes me demandent la voie du salut, la parole qui guérit » - Empédocle – et c'est dans une belle impasse que les âmes mortelles se réjouiront de ton impossible et irrésistible salut.
absurde,âme,consolation,hommes,mort,mot,paradoxe,philosophie

souffrance
La réalité est le domaine de référence de toute philosophie, sans que celle-ci s'y plonge ou y soit compétente. Toute philosophie du réel, et en particulier de l'être, est vouée à l'ennui, si elle ne se réduit pas à la poésie. La bonne philosophie doit s'occuper de nos maux et de nos mots, inspirés et vécus par et dans l'imagination.
être,langue,mot,philosophie,poésie,réalité,savoir

souffrance
Pour ne pas couler à pic ni m'embarquer sur un esquif de passage, il faut faire coïncider les moments où je perds pied et où je retrouve mes ailes. C'est ainsi que je peindrai les charmes d'une île déserte à être confiés à une bouteille de détresse.
auteur,défaite,étoile,mot,solitude

souffrance
Il est péremptoire, pusillanime et bête de signer ses notes : Blessé ou Guéri ; il faut que leur contenu justifie la seule signature honnête : Incurable. L'ambition la plus vaine est affichée par la psych-iatrie - littéralement - guérison des âmes.
audace,grandeur,ironie,mot

souffrance
Les malaises qui nous guettent, à toute étape vitale spatio-temporelle, sont si pénibles qu'il faut chercher des remèdes de cheval, pour nous étourdir. Les plus désirables s'appellent consolations philosophiques, ces caresses de l'esprit, administrées à un corps ou une âme malades. C'est le mot grec pharmakon qui le rend le mieux : à la fois poison, sorcellerie et charme, neutraliser l'angoisse, valoriser le rêve, embraser le regard.
âme,angoisse,caresse,consolation,esprit,grèce,mot,philosophie,rêve,temps

souffrance
L'âme n'a pas de langage, et son silence imposé est vécu comme une tristesse ou une angoisse. Elle est analogique, et l'esprit est numérique ; l'intelligence, c'est une fraternité entre eux. La mélancolie : un état d'âme rendu par un mot d'esprit.
âme,angoisse,esprit,fraternité,langue,mélancolie,mot,silence

souffrance
Aucune terreur dans ma vie ne fut comparable à celle que je vécus le jour de la mort de ma mère : une sensation bestiale d'abandon, de danger imminent, de pétrification de tout lien avec le monde des vivants, de perte de toute source vivifiante. L'absurdité de tout acte, l'insignifiance de tout mot, la bassesse de toute idée. Et quelle horreur, cette réaction de Valéry, dans les mêmes circonstances : « Je voudrais écrire un petit recueil sur elle ».
absurde,action,audace,auteur,bassesse,femme,idée,mort,mot,nature,…

souffrance
Sur le registre sentimental, le liquide domine : on déverse du fiel, on verse du sang, on écrit à l'encre bleue, on est submergé de larmes. La digestion cérébrale se contente du solide. Dans le liquide narcissique ne se retrouvent que la soif animale, la flottaison verbale et l'ivresse sentimentale - « par son propre reflet éclairées »*** - Rilke. « Dans l'eau tu ne vois que ton visage, dans le vin tu lis le cœur d'autrui » - Sophocle. Mais en mélangeant les deux, tu oublieras et le cœur, qui chavire, et le visage noyé ; Plutarque tomba dans le piège : « Un homme, qui craint de s'enivrer, ne jette pas son vin, il le mélange ».
audace,cœur,éléments,haine,intensité,mot,narcissisme,raison,romantisme,soif,…

souffrance
Jadis, des accords de notes, de mots, d'états d'âme pouvaient rendre heureux un rêveur, qu'il soit rustaud ou aristocrate. Ces accords provenaient d'une nature ou traduisaient une culture. Avec la dégradation de la nature et le dépérissement de la culture, c'est à dire avec l'extinction des âmes, le taux de malheureux bondit, puisque le bonheur n'est accessible qu'à ceux qui sont capables de vivre d'illusions naturelles ou artistiques.
âme,art,bonheur,culture,mot,musique,nature,noblesse,rêve,vie

souffrance
Le travail de l'oubli ou du deuil : chaque époque débusque ou enterre ses disparus : Dieu, l'histoire, le hasard. La pensée réfutée, la femme indifférente, le mot qui échappe devraient être traités en disparus et non en perdus. La mélancolie de la disparition plutôt que la tristesse ou la nostalgie de la perte.
caresse,défaite,dieu,femme,histoire,idée,jeu,maîtrise,mélancolie,mot

souffrance
La modestie croissante de ceux qui souffrent et ironisent : Essais de Montaigne, Pensées de Pascal, Remarques de Lichtenberg, Déracinement de Chestov, Aveux de Cioran. La constante arrogance de ceux d'en face : Méthode de Descartes, Critique de Kant, Mots de Sartre ou Foucault. Deux exceptions, dans les deux camps : Nietzsche et Goethe.
acquiescement,école,exil,ironie,mot

souffrance
Si quelqu’un te console avec sa musique, verbale ou spirituelle, tu l’appelleras – maître. Et puisque la douleur ne te quittera jamais, tu porteras toujours le besoin de son maître. « L’homme est une bête, ayant besoin d’un maître » - Kant - « Der Mensch ist ein Tier, das einen Herrn nötig hat » - seulement je dirais que ce besoin vient de l’ange qu’est aussi l’homme.
ange,consolation,esprit,hommes,mot,musique

souffrance
Brandir mes paisibles convictions est aussi inauthentique qu'exhiber mes convulsions. Même mes hésitations spasmodiques ne me ressemblent pas. Quelle tristesse, que de me rendre compte, que ce qui m'est le plus proche, c'est le mot, dans lequel j'essaie d'introduire mon visage éperdu ou une musique de moi.
angoisse,authenticité,doute,mot,musique,soi

souffrance
L’incommensurabilité tragique entre la réalité et le rêve, entre un état d’âme et sa verbalisation, entre l’évidence du désespoir et l’espérance volatile fait de la création une espèce de rédemption, tentant de réconcilier ces deux facettes.
âme,création,espérance,mot,réalité,rêve

souffrance
Adoucir les capitulations, par des caresses verbales, plutôt que redonner l’envie de se battre, par des promesses d'idéal, - telle serait la fonction de ma consolation.
auteur,caresse,consolation,lutte,mot

souffrance
Non seulement la hauteur de ton regard ne peut pas se substituer à la surface, sur laquelle se peindront tes tableaux, mais, en plus, une terreur mélancolique affleurera d’en-dessous de tes tableaux. « Pas de belles surfaces sans horrible profondeur » - Nietzsche - « es gibt keine schöne Fläche ohne schreckliche Tiefe ». C'est à Macduff (« Horror, horror, horror, tongue cannot name thee ») que répond Hamlet (« words, words, words ») ; et cette mise au même niveau ne date pas d'hier : « Hadès est le même que Dionysos » - Héraclite. Pégase est né du sang de Méduse.
art,beauté,hauteur,mélancolie,mort,mot,regard

souffrance
Ni le cœur ni l’âme n’ont ni leur logique ni leurs mots ni leurs idées ; ils n’ont que leurs états, allant de la béatitude à la souffrance. La traduction de ces états est la tâche d’artiste ; pour préserver une certaine harmonie, la règle du juste milieu semble y convenir. C’est pourquoi la mélancolie, ce milieu à égale distance des extrêmes, s’y prête le mieux.
âme,art,bonheur,cœur,idée,mélancolie,mot,proximité

souffrance
Tu es soumis au désespoir, puisque tu ne quittes que rarement le réel, ce producteur de tes détresses. Ton refuge, ce sont tes rêves que tu matérialiseras dans tes mots ou tes notes. « Mes partitions viennent de mes perditions »** - Beethoven - « Ich schreibe Noten aus Nöten ».
défaite,espérance,mot,musique,réalité,rêve,tragédie

souffrance
J’aimerais, que ma parole soit sensible comme une voix, et que ma voix soit aussi intelligible qu'une parole, au point de renverser la distribution de rôles aristotélicienne : « La voix sert à signifier la douleur, et la parole existe en vue de manifester l'utile ».
auteur,mot,utilité,voix

souffrance
La débâcle se produit sur les chemins terre-à-terre ; les attirés par le large subissent le naufrage. Il faut pratiquer la résignation sur les premiers et chercher une bouteille de détresse – sur les seconds. L’humilité devant la force perdue du loup ou le pathos des derniers mots scellés, du chant du cygne.
acquiescement,défaite,force,mot

souffrance
La hauteur consolante est une grâce, un état d’âme suspendu, évitant toute pesanteur terrestre. Irréductible ni aux mots ni aux idées ni aux images. Mais ce serait aussi la définition de la musique. « La musique aspire à retourner à l’état incertain, dans lequel se concentre une vie blessée » - Sloterdijk - « Die Musik strebt in den Schwebezustand zurück, in dem sich das verletzte Leben sammelt ».
âme,consolation,grâce,hauteur,idée,mot,musique,retour,vie

souffrance
Ni la cigüe de Socrate, ni la croix de Jésus, ni la blessure d’Hamlet ne sont des tragédies, mais le Bien évanescent du premier, la solitude du deuxième, la réduction de la vie aux seuls mots chez le troisième.
bien,défaite,mort,mot,solitude,tragédie,vie

épicure
Vaine est la parole d'un philosophe, qui ne guérit aucune souffrance de l'homme.
souffrance
Le philosophe d'aujourd'hui ne s'occupe que des hommes en pleine santé, avec revenus stables, sans déconvenues d'âme durables. Aux derniers souffrants d'âme il ne reste que le mot : « Les mots sont guérisseurs des âmes malades » - Eschyle. La philosophie devrait s'occuper de consolations face à la souffrance à venir, plutôt que de remèdes à la souffrance déjà avérée.
âme,argent,consolation,défaite,mot,philosophie,utilité

pétrarque
Né so se guerra o pace a Dio mi cheggio, ché 'l danno è grave, et la vergogna è ria.

Je ne sais si c'est la guerre ou la paix que je demande à Dieu, et la honte en est tout aussi grande.
souffrance
La guerre contre autrui et la paix avec soi-même - source de la plus grande des hontes. Bellum omnium contra omnes, ce fut le cas jadis ; désormais, c'est pax omnium cum omnis. Le sage vise la paix avec autrui, et il trouvera toujours une causa belli contre soi-même. « Des conflits avec autrui, nous retenons la rhétorique ; des conflits avec nous-mêmes - la poésie » - Yeats - « Of our conflicts with others we make rhetoric ; of our conflicts with ourselves we make poetry ».
angoisse,commencement,dieu,honte,lutte,mot,poésie,soi

shakespeare w.
But words are words ; I never yet did hear
That the bruised heart was pierced through the ear.

Les mots ne sont que des mots et je n'ai jamais ouï dire
Que dans un cœur on pénétrât par l'oreille.
souffrance
Un mot mérite son nom, quand il s'adresse avec la même insistance à l'oreille, aux yeux et à l'âme (qui est un cordon entre la cervelle et le cœur). Sinon il n'est qu'une entrée du dictionnaire.
âme,cœur,mot,ouïe,raison,regard

flaubert g.
On ne meurt pas de malheur, on en vit, ça engraisse.
souffrance
Engraisse et vivifie les vocabulaires. Voyez, par contre, le bonheur ou l'hilarité végéter dans l'aridité des lexiques, à côté de la vitalité de « la tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie » - Cioran. Le malheur est cette fontaine, souvent imaginaire, près de laquelle on adore mourir de soif.
bonheur,ironie,mélancolie,mort,mot,soif

weil s.
Il faut avoir eu par la joie la révélation de la réalité pour trouver la réalité dans la souffrance.
souffrance
La joie nous ouvre des vocabulaires, la souffrance apprend à substituer aux mots - des inconnues, que sait combler la réalité polyglotte.
arbre,bonheur,mot,réalité
 

chœur vérité
MOT : La plupart des hommes sont persuadés, qu'ils ont plus de vérités qu'ils n'en trouvent de mots. L'homme subtil admire l'incompréhensible pouvoir des mots, qui régente les vérités. Les vérités ne sont que d'humbles étiquettes collées aux bouteilles, dans lesquelles mûrit l'ivresse des mots ou se grave l'histoire d'un naufrage.
défaite,hommes,inconnu

chœur vérité
HOMMES : La véritable merveille des vérités des hommes est qu'elles se retrouvent dans la nature, sans que l'on comprenne pourquoi. Mais ce qui est beau sur papier est rarement envoûtant en réalité. Le sang et le verbe s'évitent ; dans des échanges humains, seules s'épanouissent les formules lucratives et réductibles.
argent,beauté,mot,mystère,nature,réalité

vérité
Il est prudent d'entourer mes ruines d'un échafaudage de vérités, qui ne seraient accessibles qu'aux équilibristes du mot. L'illusion de chantier, où se bâtissent mes défaites marmoréennes. « De gaffe en gaffe, jusqu'à la gloire » - M.Jacob.
action,défaite,gloire,mot,ruines

vérité
Une déesse voilée, Isis, incarne une Vérité recherchée. Un Dieu incarné et dévoilé prétend être la Vérité trouvée. Et si la Vérité n'était que dévoilement d'un verbe sans incarnation ?
caresse,dieu,mot

vérité
Les rapports entre la vérité et les hommes sont tout de ponctuation : le point final que lui assène le goujat, la virgule (point-virgule) du scolarque, la mise entre parenthèses du politicien ou du mythomane, le point d'interrogation envoûtant et le point d'exclamation fusionné avec les points de suspension - du poète.
art,bassesse,intensité,mot,poésie,question

vérité
La vérité légitime, sur ses fonts baptismaux, mérite attendrissement ; la vérité sous perfusion de mots ne m'inspire aucune pitié, elle devrait être abandonnée de plumes et d'étoiles. La bâtardise de tout mensonge saute aux yeux de tout préposé aux enfants trouvés, mais une belle ascendance peut se découvrir à la lecture de registres secrets.
art,auteur,caresse,commencement,étoile,étonnement,interprétation,mensonge,mot,pitié

vérité
Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores
concept,discursif,être,interprétation,langue,mot,moyen âge,question,représentation,temps

vérité
Dans les labyrinthes de l'écriture, plus on est sot, plus on s'imagine chercheur de vérités ; tandis que les horizons, avec des prix affichés, n'y comptent guère, et c'est le firmament du talent qui en détermine la valeur. « Autant peut faire le sot, celuy qui dit vray, que celuy qui dit faux : car nous sommes sur la maniere, non sur la matiere du dire »* - Montaigne.
axe,création,intelligence,mot,valoir

vérité
En disant l'inventé, je me sens dans le moi le vrai, l'inconnu ; en disant le vrai, je me sens dans le moi le faux, le connu ; la vérité dite, c'est la platitude.
artificiel,auteur,inconnu,mot,platitude

vérité
On aurait dû disposer de trois mots différents, là où l'on n'emploie qu'un seul - vérité : le vrai dans une représentation est proclamé par le libre arbitre du concepteur, le vrai dans un langage apparaît, à partir des requêtes, au bout d'une chaîne déductive, le vrai dans la réalité est reconnu par la liberté de notre intelligence, hors toute représentation et hors tout langage, - le modèle, l'image, l'être.
être,langue,liberté,mot,réalité,représentation

vérité
On rêve selon le mensonge - pour réveiller en nous le rossignol ou la chouette, mais on vit selon la vérité - pour éradiquer en nous l'âne et neutraliser le mouton. Les hommes « doivent vivre dans le mensonge ou voir l'horrible vérité d'une existence absurde » - Tolstoï - « должны жить во лжи или видеть ужасную истину бессмыслицы бытия » - dans le premier cas, ils se mettent au-delà des mots et des idées (au milieu desquels se trouve la demeure de la vérité et d'une vie rationnelle), où ils se réjouissent des écarts de langage.
absurde,idée,langue,mensonge,mot,mouton,vie

vérité
Tout se met à parler dans l'univers, dès que je le chante. Mais aussi bien les oreilles bien accommodées que le don de prosopopée sont rares. Pour qu'on y entende le Verbe ou/et lise la vérité, les oreilles et les yeux doivent maîtriser les bons alphabets ou solfèges, c'est à dire devenir l'âme et l'esprit, ces vrais maîtres d'interprétations libres. Quand on maîtrise la vérité, on n'aime que le Verbe, quoiqu'en dise St-Augustin : « aimer non pas les paroles, mais la vérité dans les paroles » - « in verbis verum amare, non verba ».
âme,amour,auteur,bonheur,idée,interprétation,liberté,mot,nature,ouïe,…

vérité
Le mot vérité couvre trois genres d'objet : ce qu'on démontre, ce qu'on montre, ce qu'on peint. Seul le premier mérite son nom ; il est à l'art ce que le dessin industriel est à la peinture, il est de la géométrie. Les deux autres, il ne faut pas les confondre : « Il ne suffit pas de montrer la vérité, il faut la peindre » - Fénelon.
art,concept,mot

vérité
La vérité métaphorique, celle d'adéquation, naît entre le réel et sa représentation, entre la représentation et le mot, entre le langage et la réalité, entre la preuve et la réalité. La seule vérité authentique, celle de preuves, naît entre le langage et la représentation, au cours d'une démonstration logique. Le sens, lui, ne peut être que métaphorique, et il accompagne partout la recherche de vérités, même de vérités rigoureuses.
authenticité,interprétation,langue,métaphore,mot,réalité,représentation

vérité
Pour Heidegger, la Vérité, l'Être, l'Ouvert sont des synonymes ; leur source commune grecque veut opposer le voilement au dévoilement, tandis que dans leur acception moderne il n'y a rien d'apophatique. En plus, notre philosophe ne comprend pas grand-chose à la vérité logique, à l'être morphologique, à l'ouvert mathématique. Une bouillie conceptuelle, mais quelle créativité !
création,être,grèce,idée,langue,mot,négation,ouvert,philosophie,science

vérité
Même l'arbre pousserait en suivant des syllogismes (Hegel). « Il n'y a que Dieu qui sache comment le syllogisme s'exécute en nous » - Diderot. Même le Verbe se laisse définir par une grammaire (générative, transformationnelle ou de ré-Écriture !). C'est pourquoi je dédaigne l'arbre des saisons, pour me réfugier dans l'arbre du climat.
arbre,auteur,climat,dieu,ironie,langue,mot,raison

vérité
Les vérités se conservent dans des livres, et les mots restent en contact permanent avec la vie ; c'est pourquoi ceux-ci deviennent vétustes plus tôt ; les vérités se renouvellent par recopie ou par traduction, et les mots - par (re)création et par représentation initiatiques ; les commencements, c'est ce qu'il faut reprendre le plus souvent possible, tandis qu'il n'existe pas de vérités premières.
commencement,création,mot,représentation,temps,vie

vérité
Dans la parole, ils veulent entendre des pensées ; et dans les pensées, ils veulent trouver des vérités - mais de tout cela est déjà capable la machine ! La parole ne vaut que par la musique, qui reste, une fois filtré le bruit des pensées. La pensée ne vaut que par la danse des images, une fois pétrifiée la marche des vérités.
danse,filtre,idée,mot,musique,robot,style

vérité
La beauté est maîtresse du poète ; elle ne devrait se marier ni avec le vrai ni avec le bon. Les pitoyables idées platoniciennes devaient naître du mariage entre le beau et le vrai ; tandis le vrai mot, mot rédempteur, naît de la beauté, animée (couverte d'âme) ou visitée par le bon esprit.
âme,beauté,bien,esprit,idée,mot,poésie

vérité
L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ».
absurde,idée,interprétation,langue,matière,mot,nécessité,question,raison,réalité,…

vérité
Chaque mot, chaque image verbale est une concession que je fais à mon sentiment ou à mon rêve indicibles. Mais regarde ces sots orgueilleux menant des vies sans aucune concession ! Ils ne peuvent vivre que des empreintes, des copies, des routines. Aux sentiments des robots – les images des robots. Que la vérité finale naisse du mot, soit, sa musique originaire doit s'inspirer du rêve inarticulé.
auteur,commencement,mot,musique,rêve,robot,sentiment,vie

vérité
Voir dans l'accès à la vérité un dévoilement de ce qui aurait été dissimulé ou oublié est aussi abscons que voir dans le négoce (neg-otium) un refus du farniente. Les vérités se construisent, comme se construisent les fortunes.
action,argent,mémoire,mot,négation

vérité
Obscure hypothèse : entre l'écriture et le Verbe existerait le même rapport qu'entre le vrai de l'homme et la Vérité divine, entre le visage d'homme et la Face de Dieu. Prosateurs et fanatiques vivent, chacun, dans une des extrémités de ce lien, le poète est le lien lui-même.
art,dieu,fanatisme,mot,poésie

vérité
L'âme n'ayant pas de mots à elles, ni la vie - de sa vérité, la tâche du sage est humanitaire : chanter l'éloquence d'un muet et bâtir la défense d'un condamné. « Exprimer les mots de l'âme et consacrer la vie à la vérité » - Juvénal - « Verba animi proferre et vitam impendere vero ».
âme,danse,ironie,lutte,mot,philosophie,vie

vérité
Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens.
axe,commencement,idée,interprétation,langue,mot,réalité,représentation,vide

vérité
L'esprit accueille plus spontanément l'ivresse des mots que la sobriété de la vérité. Rempli de vérité, il n'aura peut-être pas de fuites, mais il ne connaîtra pas de vertiges non plus. Si la vérité est dans le vin, une fois absorbée, elle apporterait de la houle au message de détresse, que j'aurai mis à sa place.
défaite,intensité,mot,philosophie,sentiment,vide

vérité
Celui-là promet de ne relater que la vérité courageuse de ses pulsions les plus abjectes et de ses pensées les plus inavouables, et je m'ennuie avec ses récits, qui ne m'apprennent rien d'exceptionnel, et que n'importe quelle assistante sociale aurait exposés dans les mêmes termes, - je suis au milieu des statistiques. Celui-ci avoue, humblement, que ses mots et ses réflexions ne seraient que des divagations, des masques d'un visage, qu'il ne parvient pas à connaître lui-même, et j'y reconnais des échos d'une même voix, qui me taraude, moi aussi, - je trouve un frère.
audace,auteur,doute,fraternité,idée,mot,soi,voix

vérité
Les plus beaux épisodes dans le périple d'une idée étant des résurrections, voulues par le Père-Mot, - l'Esprit fratricide, ayant toujours, quelque part dans les nuages, une idée rivale, pourra être absous.
esprit,idée,lutte,mort,mot

vérité
Avoir bien trouvé, c'est trouver le langage - la logique - le système de vérités. Hors d'un langage fixe, la vérité ne se constate pas, mais se construit ou s'invente. Et si même ce n'était pas vrai, ce serait bien trouvé - c'est ainsi que je corrigerais G.Bruno : « Se non è vero, è ben trovato ». Avec ces temps et modes - traduttore traditore - cet adage a de bonnes chances d'être vrai !
auteur,création,école,mot,raison,système

vérité
Gradations de l'intelligence : voir le vrai dans une chose visible, dans un mot lisible, dans un mouvement (désir) risible. Chaque fois, on gagne, respectivement, en profondeur, en hauteur, en ironie. Tout cheminement inverse, le plus répandu aujourd'hui, est le glissement vers la bêtise, c'est-à-dire vers l'intelligence des robots.
chemin,élan,esprit,hauteur,intelligence,ironie,mot,négation,réalité,robot

vérité
Le philosophe est non pas l'homme, qui médite plus, mais qui s'isole mieux. D'autres servent de caisses de résonances du brouhaha ambiant ; le philosophe découvre le silence, qui précède chacun de ses mots. Non pas tant distinguer le vrai du faux, mais ce qui chante en moi - de ce que me souffle l'époque récitante.
auteur,commencement,création,danse,discursif,esprit,intelligence,mot,philosophie,silence,…

vérité
Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques.
arbre,création,esprit,étonnement,idée,intelligence,interprétation,langue,liberté,métaphore,…

vérité
Jadis, l'esprit était inséparable de l'âme. Il devenait âme, aux instants, où la voix du beau ou du bon couvrait celle du vrai. Aujourd'hui, resté avec le seul vrai, l'esprit n'est plus qu'affaire de calories ou du mimétisme. « Nous devons penser l'esprit comme relevant de la biologie, tout comme la digestion ou la photosynthèse » - Searle - « We have to think the mind as biology bound, just like digestion or photosynthesis ». Pour comprendre la nature de la bile ou de la larme, il leur faut étudier le processus de sécrétion d'amertumes ou d'absorption de sels, comme pour la naissance du Verbe ou la procession de l'Esprit.
âme,balance,esprit,mot,révolte,robot,vie

vérité
Tout énoncé vit trois stades : la question (mots, références), la réponse (valeurs de vérité, substitutions), le sens (confrontations avec la réalité). Si la vraie signification réside dans le premier, le discours est poétique, si elle est dans le deuxième - le discours est scientifique, et si c'est le troisième - applicatif. Et ce qui les traverse, leur invariant, est proprement l'idée, qui n'est donc ni exclusivement dans le mot (les idéationnistes), ni dans le contenu (les phénoménologues), ni dans le sens (les pragmatiques).
arbre,esprit,idée,interprétation,langue,mot,philosophie,poésie,question,réalité,…

vérité
Deux manières de voir les contradictions, chez le même auteur : les lui jeter à la figure, chercher une dialectique ou évoquer une évolution, ou bien les prendre pour métaphores, ne retenir que les joies ou les angoisses de leur naissance, se détourner de ce qui se fixe en fin de parcours, les traiter en tant que deux arbres et ne pas chercher leur forêt commune.
angoisse,arbre,métaphore,mot,négation

vérité
La vérité d'un homme, ce sont ses actions ; à l'opposé se trouve la beauté, ce mensonge sans mots usités, réveillant des rêves immobiles, inarticulés, muets. « La beauté est une tromperie muette » - Théophraste.
action,beauté,immobilité,mensonge,mot,rêve

vérité
L'idée pré-langagière est une requête, mais sa mise en mots dépend de l'angle de vue et elle peut prendre la forme assertive. Changer d'angle de vue peut aboutir au reniement langagier de la première assertion, d'où l'impression d'une contradiction. C'est la netteté de nos angles de vue, la bonne hiérarchie entre vérité, langage et intelligence, qui nous rendent crédibles et non pas une cohérence dans l'absolu ou avec la réalité.
élite,idée,langue,mot,négation,question,réalité

vérité
La chose, où ma voix se distinguerait le mieux, peut s'appeler évidence. La chose, dont je dois m'interdire l'écho, s'appelle bruit du monde. La chose, dont le langage est tout de signes et dépourvu de sons, s'appelle vérité.
auteur,doute,mot,platitude,voix

vérité
Ce n'est pas dans le retour d'un oméga vers un alpha qu'est la négation musicale, mais dans la révision vocalique de l'alphabet, où ne sera plus consonne qui veut.
mot,négation,retour

vérité
Comment on échappe à l'ennui mécanique des oui-non : par l'absurde (apagogie syntaxique ou sémantique), par l'indécidable (Gödel !), par le paradoxal (méta-connaissances). Toutes les trois échappatoires ne sont que langagières, accessibles seulement aux maîtres des meilleurs langages.
absurde,ennui,erreur,inconnu,maîtrise,mot,négation,paradoxe,robot

vérité
Par la fidélité au langage courant, je reste dans la vérité courante ; par le sacrifice du langage courant, j'en crée un langage nouveau, m'ouvrant aux vérités nouvelles. Une curiosité civilisationnelle – en russe, la fidélité à la vérité suppose le sacrifice de tout langage ; en hébreu, vérité et fidélité seraient synonymes.
auteur,culture,langue,mot,russie,sacrifice

vérité
L'art aphoristique est semblable à la science mathématique : une fois qu'on a défini des objets intéressants, inspirés par la nature et l'intuition, des propositions portant sur leurs propriétés viennent à l'esprit tout seules. En mathématique, on complète le tableau par la démonstration, le développement explicite par la logique, et dans l'art – par la monstration implicite, l'enveloppement par le mot. En ressortent une vérité ou une beauté.
art,beauté,concept,discursif,maxime,mot,nature,science

vérité
Le vrai et l'idéel en soi sont assez respectables, mais ils dégringolent lamentablement, dès qu'on oppose le vérisme à la musique et l'idéalisme - au mot.
idée,mot,musique

vérité
La vérité mécanique s'énonce toujours dans un univers fermé, mais il faut être un grand Ouvert, pour proclamer des vérités vivantes. L'homme ouvert sait, que la vérité sort des mots et non pas des choses. L'ouverture est aussi utile à l'esprit, pour dire le vrai, qu'au cœur, pour dire le bon ou à l'âme, pour dire le beau.
âme,cœur,esprit,mot,ouïe,ouvert,raison,vie

vérité
La vérité est impensable sans une représentation ; la représentation est impensable sans concepts ; le concept est impensable sans une rigueur ; donc, tant de sciences tant de genres de vérité, mais la vérité, recherchée par les philosophes ou les sages professionnels, est impensable, car ils nagent dans un pur verbalisme, suspendu au-dessus d'un vide et non pas attaché à une représentation.
concept,mot,philosophie,représentation,science,vide

vérité
C’est dans les concepts et les mots que se grave l’inventé ; il est donc parfaitement sensé de parler de sa vérité. En revanche, il est absurde de parler de la vérité du réel, qui ne se réduit jamais à un discours ; tout discours est déjà dans l’inventé.
concept,création,mot,réalité

vérité
La recherche proustienne de la Vérité est de la suavité de caisse enregistreuse, et elle n’est, évidemment, que du temps perdu. L'artiste ne cherche que le mot en fleurs ; et si, par hasard, dans leur bouquet ou dans leurs racines, se glissait une vérité, toujours végétative, sans promesse d'ombres, elle ferait partie des effets collatéraux.
art,mot,ombre

vérité
Dans la définition de la vérité philosophique (intellectus – rei), comment faut-il comprendre rei ? - m’est avis, que c’est seulement en fonction des buts atteints. Et je ne vois ces buts que dans l’admiration du mot (qui se mesure avec nos sentiments indicibles) et dans la consolation de l’âme (face aux terribles verdicts que l’esprit formule à l’égard de nos destinées personnelles). Si les idées, telles que chose en soi, esprit absolu, fonction représentative du mot, apportent de l’enthousiasme à leurs adeptes, elles sont vraies pour la réalité philosophique. Mais bêtes ou triviales.
âme,consolation,enthousiasme,esprit,idée,inconnu,intelligence,interprétation,mot,philosophie,…

vérité
Le terme d’adéquation devrait être exclu de la définition de la vérité et réservé à la validation d’une représentation. Les propositions Socrate est immortel ou la licorne est belle peuvent être vraies dans certaines représentations non-contradictoires, mais celles-ci, inadéquates à la réalité, ne sauraient pas être validées.
mot,réalité,représentation,science

vérité
Tout homme, qu’il soit intelligent ou bête, possède une zone sacrée, où réside un inexistant, plutôt poétique et vénéré sans preuves. Faute de mieux, on l’affuble du nom prosaïque de vérité, grâce au prestige immérité du mot et non pas du concept. « Les preuves fatiguent la vérité » - G.Braque, c’est comme si tu disais – « les caresses dévalorisent l’amour ».
absurde,amour,concept,intelligence,mot,poésie,sacré

vérité
Tout oui définitif est anti-artistique. La négation aristocratique est une falsification de mon propre oui et non de celui des autres. Ce n'est pas un rejet, mais une réévaluation, réinterprétation, relecture, métamorphose de tout plan en bande de Moebius. Le contraire du oui n'est pas la mutinerie du non mais la révolte du langage. Le rejet en tant que projet est minable, comme l'est le sujet en tant que rejet ; la révolte et le révolté, honneur des rues, déshonneur des ruines.
art,interprétation,lutte,mot,négation,noblesse,révolte,ruines

vérité
Sans habits conceptuels ou verbaux, la vérité est impensable ; ne guettez pas les puits – la vérité nue n’existe pas.
concept,inconnu,mot

vérité
La hauteur naît dans le langage et non dans la représentation (qui prend en compte l’ampleur et la profondeur). La vérité s’exprime dans la rigueur langagière, s’appuie sur la représentation et se valide par la logique ; elle n’a aucun rapport avec la hauteur. Mais toute la gent professoresque répète, avec Hegel : « La vérité est dans la hauteur du verbe et dans la hauteur encore plus grande de la cause » - « Wahrheit ist ein hohes Wort und die noch höhere Sache ».
école,hauteur,langue,mot,représentation,science

vérité
Le mystère des mondes minéral, végétal, animal, humain, c’est leur Être même, que nous ne connaissons que par leurs Étants, c’est-à-dire par des représentations partielles validées. Faute de bon terme, les scholastes modernes appelle l’Être de ces Étants – vérité, c’est-à-dire le dernier repaire d’un réel inaccessible en sa totalité. La chose en soi est une expression beaucoup plus adéquate.
école,être,hommes,inconnu,mot,mystère,nature,réalité,représentation

vérité
La vérité, sans le complément – de quoi ? – et sans un renvoi conceptuel – dans quel langage ? - n’a aucun sens. Pourtant, c’est cette absurdité qui remplit d’interminables élucubrations des professeurs.
absurde,concept,école,mot

vérité
La vérité d’une proposition s’établit par une succession d’actes d’unification des mots avec des concepts. Valéry : « La marque de la vérité est la réussite des actes »** - complète Aristote et surclasse tous les philosophes du langage.
action,arbre,concept,défaite,langue,mot,philosophie

thomas d'aquin
Veritas est adaequatio intellectus et rei.

La vérité, c'est l'accord entre les choses et la raison.
vérité
Depuis St-Augustin, on cherche à nous contenter de cette veritas optima, une merveille hors la raison, tandis que veritas vera, la seule vérité, ne quitte jamais la raison et ignore les choses. La pensée veut exprimer les choses, en s'imprimant dans les mots : l'arbre intelligible, s'unifiant avec l'arbre sensible, en se servant de l'arbre logique – trois univers qui ne se touchent guère. L'objet est dans le modèle conceptuel, l'affirmation - dans le modèle linguistique, la vérité - dans le modèle logique. Et cet accord, ces va-et-vient entre ces modèles, est proprement ce qu'on appelle le sens. Dans le meilleur des cas, il est adaequatio iubilationis et intellectus (Nietzsche) !
arbre,concept,idée,intensité,interprétation,langue,mot,raison,réalité,représentation

thomas d'aquin
Verum est in rebus et in intellectu … convertitur cum ente, ut manifestativum cum manifestato.

La vérité est dans les choses et dans l'intellect … elle se projette sur l'être, comme la représentation - sur le représenté.
vérité
Abus de langage : les choses sont dépourvues de mots, et la vérité ne peut exister qu'au sein d'un langage. Ce qui est manifeste dans les choses et dépasse toute représentation s'appelle, justement, - être. La vérité naît en plusieurs étapes : son premier temps est, tout de même, dans les mots d'une requête et nullement dans les choses, le deuxième - dans la pensée extraite de la requête, le troisième - dans les substitutions fournies par la représentation. De la confrontation des objets des substitutions avec les choses naît le sens. De res fictae (représentation, modus essendi), par res fatae (interprétation, modus intelligendi), à res factae (sens, modus significandi). Tu oublies les mots, comme Boèce oublie la représentation.
arbre,concept,esprit,être,idée,interprétation,langue,mot,question,représentation

hegel g.
Die Wahrheit des Urteils ist in seiner negativen Bedingung.

Une proposition est vraie non par ce qu'elle affirme, mais par ce qu'elle nie.
vérité
Passé de la logique pudique à l'ironie cynique, on trouve dans la déconstruction une forme ludique d'affirmation, de vérité privative, d'aléthéia. La sempiternelle déception, c'est de voir qu'on affirme ou nie si peu de choses, et l'on finit par suspendre son jugement, l'époché, dans une dialectique de l'immobilité, au milieu des choses inestimables. Toutefois, tu es un vrai maître, à côté de tes innombrables détracteurs, psalmodiant mécaniquement des mots-concepts, sans être capables d'en pointer une négation. Bergson, par exemple : « Le philosophe pourra varier dans ce qu'il affirmera ; il ne variera guère dans ce qu'il nie » - ne te comprit pas.
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gide a.
Seule la pensée insuffisamment belle doit craindre la parfaite nudité.
vérité
Les pensées parfaitement nues ne s'exhibent qu'en édifices géométriques, où ni âge ni appâts ne sont de mise. La vérité ne vaut que par l'étincellement, avec lequel les mots joueurs tantôt l'habillent et tantôt la déshabillent.
audace,caresse,beauté,enfance,goût,jeu,mot,style
 
Thèmes : Mot …