| chœur bien | | | RUSSIE : Comment s'appelle le pays, où l'on mélange et oublie la justice et le bourreau, et s'apitoie sur le bagnard et le pendard ? La Russie. Que l'Asie cherche son nirvana en s'oubliant, que l'Europe trouve sa paix en fouillant sa mémoire - la Russie n'a plus ni mémoire ni oubli, ces facultés mécaniques, - elle réinterprète ce qui n'a plus de représentation. | | | | |
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| chœur bien | | | AMOUR : Il est très facile de se rendre compte qu'on n'est plus amoureux : on perd l'envie d'être bon avec tout le monde et l'on se résigne à être une crapule comme tous les autres. Aimer, c'est sentir, que tout le Bien et tout le beau se donnèrent rendez-vous aux bouts des doigts ou des yeux aimés. Savoir se passer de juges et de justice. | | | | |
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| bien | | | L'homme libre dénonce d'autant plus facilement la mentalité d'assisté, que la non-assistance à l'homme en détresse n'est un flagrant délit pour aucun code (on ne peut être pris que sur le fait). La pitié devint l'un des sentiments les plus honteux chez l'homme évolué. Chez le Français elle réveille du mépris, chez l'Allemand - de l'irritation, chez l'Anglo-Saxon - de l'indifférence sarcastique. | | | | |
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| bien | | | La vraie pitié est indissociable du sentiment de sa propre honte ; sans celle-ci, celle-là n'est que de la sensiblerie. Dans l'action, la honte est de la juste pudeur, et dans la réflexion - de la justice pudique ; et puisque les deux seuls dons, que Zeus voulut répartir équitablement parmi les hommes, furent la justice et la pudeur, la honte est primordiale, pour que le feu humain de Prométhée ait une coloration divine. « La vertu supérieure n'est pas vertueuse, la vertu inférieure ne quitte pas la vertu »** - Lao Tseu. | | | | |
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| bien | | | Jadis, pour être juste il fallait être bienveillant ; aujourd'hui, il suffit d'être bienveillant, pour être injuste - l'impartialité est le sens de la justice des machines. | | | | |
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| bien | | | La hauteur du goût, la largesse du geste, la profondeur de la parole ne devraient pas être dictées par le cadre de ta vie. Parfois, en changeant celui-ci, on arrête, par le même, la générosité du riche, l'appel à la justice de l'esclave, le panache du poseur. | | | | |
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| bien | | | Aux yeux des autres, la hauteur s'associe avec ce qui est cruel et la goujaterie - avec le débonnaire. Tandis qu'à leurs propres yeux le hautain défait et honteux se morfond sur un banc des accusés et le mufle triomphant s'érige en procureur ou juge, ignorant la pitié. | | | | |
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| bien | | | Presque malgré moi je suis réduit à l'état, où je ne peux plus nuire à personne, à l'état d'innocence ; et je découvre, que l'innocence est le boulet le plus sûr, pour nous attacher au banc des accusés. | | | | |
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| bien | | | La pitié, aux yeux de l'homme moderne, désigne un faible, et son inquiétante hantise, c'est d'en faire partie. Il préfère la justice du robot à la pitié de l'homme. | | | | |
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| bien | | | Au-dessus du Bien et de la liberté de le choisir (« Dieu n'a point fait l'homme droit, mais capable d'être droit » - St-Augustin - « nec Deus fecerit rectum hominem ; sed qui rectus posset esse ») est la miraculeuse faculté d'y prêter attention, faculté, qui s'appelle conscience. | | | | |
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| bien | | | Le bon et le juste ne sont que d'arbitraires et relatives projections des absolus Bien et Justice. Et Maître Eckhart y est étonnamment bête : « La bonté s'engendre dans le bon, et cela est également ainsi du vrai et de la Vérité, du juste et de la Justice, du sage et de la Sagesse » - « Die Güte zeugt sich in dem Guten, das gilt auch ebenso von dem Wahren und von der Wahrheit, von dem Gerechten und von der Gerechtigkeit, von dem Weisen und von der Weisheit ». | | | | |
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| bien | | | Le sot pense être capable d'être bon et juste ; le sage comprend, que l'existence même des sens de Bien et de justice en prouve la tragique inaccessibilité. Fausse espérance et vrai désespoir. Épicure n'y comprit rien : « Le juste reste hors inquiétude ; tandis que l'injuste en est frappé au plus haut point ». C'est la montée du rouge au front qui me fait sentir la proximité de la justice : plus je me sens juste, plus je suis coupable. | | | | |
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| bien | | | Cloué au banc des accusés, je ne perçois pourtant aucun juge ; ni le réquisitoire de Dostoïevsky ni la plaidoirie de Nietzsche - « qui a le droit de juger ? » - ne me concernent ni ne m'intéressent. L'éthique se ressent, et l'ontologie se réfléchit ; le coupable en moi a la primauté sur le capable. | | | | |
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| bien | | | Pourquoi est-il impossible de se débarrasser du mal ? - parce qu'il est impossible d'être juste sans loi ou d'être véridique sans logique. | | | | |
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| bien | | | Dans un crime, il est difficile de distinguer la part du dessein de celle du hasard. Mais c'est bien le hasard qui se chargea d'ériger la loi, qui réclame la preuve du dessein. | | | | |
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| bien | | | Le sacré n'est pas au-delà du Bien et du mal, il en est la frontière verticale, comme la loi en est la frontière horizontale. Créer du sacré, c'est trouver au Bien une place en hauteur, soulevant de la terre celui qui y élèverait ses yeux, en quête du sacrifice, ou démonisant celui qui y mettrait sa main, porteuse de sacrilèges. | | | | |
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| bien | | | La démocratie est dans la négation : l'énumération exhaustive d'actes passibles de peines publiques ; la tyrannie, c'est l'affirmation - du bonheur, de la grandeur, de la justice. À réfléchir, pour ceux qui voient le mal dans la négation ; non pas pour renier la démocratie, mais pour se résigner à vivre dans le mal et pour se méfier du bien, qui ne se contente pas d'affirmer, mais passe à l'acte. | | | | |
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| bien | | | Être-coupable est ma demeure, la ruine de mes faits, où se dresse, invisible, la tour d'ivoire de mes cauchemars et de mes rêves. Ma justice fantomatique. Mais la justice robotique des hommes trace si facilement le chemin entre l'injustice commise et le verdict de culpabilité. | | | | |
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| bien | | | Il existent deux approches du Bien et du Mal : une vision profonde ou un haut regard ; la première perçoit la justice et l'action – la liberté et l'égalité, les valeurs des solidaires ; la seconde conçoit la noblesse et le rêve – la fraternité, le vecteur des solitaires. | | | | |
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| bien | | | Chercher le Bien d'après les actes est aussi illusoire que juger le beau d'après son succès commercial. « Il faut mépriser ce qui est jugé beau par la loi et bon par la victoire »** - Gorgias. | | | | |
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| bien | | | Jadis, la honte visitait tous les puissants, et ils s'en débarrassaient à coups d'aumône à quelques artistes ou laboureurs de passage. Aujourd'hui, la conscience tranquille s'achète gratis ; il suffit de ne pas contrevenir aux Codes fiscal et pénal, pour se considérer homme de bien ; sans être bons, ils font le Bien, en payant, honnêtement, leurs impôts. « Il est impossible d'être, en même temps, riche et bon » - Platon. | | | | |
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| bien | | | La sensibilité parle au cœur, et j'accueillerai le pauvre et l'assoiffé. L'imagination parle à la raison et j'ouvrirai les bras aux effractions du douteux pauvre en esprit ou assoiffé de justice. Et je chercherai à élever mon cœur avec les mains. | | | | |
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| bien | | | Le sage a la chance de pouvoir ignorer les plus terribles des maux, qui auraient pu annihilier les plus irrésistibles de ses consolations. Les œillères aident qui a un bon regard. « Le mal qu'on connaît est encore le meilleur » - Plaute - « Nota mala res, optima est ». Le mal, qui infeste la rue, est dérisoire, par rapport à celui qu'on subodore aux bouts de ses propres doigts. Au moins, pour la stature du juge, qui s'en chargerait. L'homme de bien se juge pécheur, car son regard intérieur perce son péché. | | | | |
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| bien | | | Les mauvaises causes ne font qu'additionner le crime, tandis que les bonnes le font se multiplier. Les mauvaises s'avèrent souvent être aussi soustracteurs des bonnes actions. Depuis que l'effet se moque de la cause, toutes ses références au Bien et au mal n'ont plus de sens. | | | | |
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| bien | | | La meilleure place, pour celui qui veut aimer, est le banc des accusés, puisque tant qu'on juge on n'aime pas. | | | | |
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| bien | | | Il est plus facile d'accuser debout que de rester assis sur un banc des accusés, mais les deux attitudes devraient s'alterner. Le bon compromis serait de rester couché, puisque la honte des autres et celle de moi-même seraient ainsi plus flagrantes. « Il existe deux philosophies : celle de l'homme ayant envie de donner le fouet à quelqu'un et celle de l'homme fouetté » - V.Rozanov - « Есть две философии : желающих высечь и высеченных » - le maître qui n'a pas honte de fouetter et l'esclave qui n'a pas honte d'être fouetté. | | | | |
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| bien | | | La Bible promet une bonne circulation sur les routes planes du bon et des chutes sur les routes tordues du méchant. Je préfère la méchanceté des pierres d'achoppement, qui empêchent l'aplanissement de chemins, droits, obliques ou circulaires. La marche aux panneaux fait oublier la danse aux anneaux. | | | | |
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| bien | | | Le langage du Bien, c'est la fatalité du banc des accusés, où tout innocent doit se morfondre. « L'accusé innocent craint la Fortune et non pas les témoins » - Publilius - « Reus innocens fortunam, non testem timet ». Je n'ai pas besoin de témoins, pour découvrir mes fautes. Que je dois à la Fortune. | | | | |
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| bien | | | Dans tout chemin, un homme de bien lit l'appel du mal. Il voue le Bien à la justice du regard perdu, perclus de doutes. On veut prendre les choses de haut, sans jamais suivre un seul chemin, toujours trop bas. Le malheur, c'est d'être attaché aux choses, quelle que soit leur profondeur ; le bonheur, c'est vivre dans le détachement par la hauteur : « Le bonheur est participation à une vie plus haute » - Plotin. | | | | |
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| bien | | | Le devoir intemporel devant Dieu s'étant mué en droit temporel des hommes, tous se jugent dorénavant hommes de bien, selon la loi du jour. Cette dualité séculaire n'existe plus. | | | | |
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| bien | | | Il est si facile, aujourd'hui, d'être juste, qu'on en oublie d'être bon - c'est à cela qu'aboutit celui qui pense, que : « être bon est chose facile, le difficile c'est d'être juste » - Hugo. | | | | |
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| bien | | | En politique, le cœur est toujours à gauche, la raison - à droite. La pitié vient du cœur, la justice - de la raison. La honte, qui t'empêche d'encenser le berger lauré, le haut-le-cœur, qui te retient de vanter le mouton ruminant les lauriers. Qu'il est ennuyeux de porter la cervelle du loup et la tendresse de l'agneau ! | | | | |
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| bien | | | L'homme moderne peut être surtout défini par ces deux qualités, déjà robotiques : la première - aucun frisson, aucune curiosité devant la féerie d'un ciel étoilé, et la seconde - aucun pressentiment d'une source intérieure du Bien et de la justice. Ce qui mérite d'être signalé, dans cette banalité, c'est que ce sont deux seuls traits qui suscitaient le plus grand émoi chez l'austère Kant. | | | | |
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| bien | | | L'appel du Bien et le charme du beau logent et balbutient en moi-même, et l'essai de traduire ces voix en une musique intelligible est mon devoir. Mais nos contemporains se méfient de ce mot de devoir, où ils ne voient qu'une contrainte extérieure. Ce qui est insupportable pour l'homme moderne, qui finit par faire de son droit - le but, qui, sans présenter une grâce, libère de toute contrainte. | | | | |
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| bien | | | Deux lectures, radicalement différentes, du Mal, associé à toute action : la première, par la personne qui le subit, directement ou pas, - une claire souffrance, à cause de l’injustice, de l’incompréhension, de la cruauté ; la seconde, par la personne qui le commet, - une vague honte, à cause d’un inévitable décalage entre ce qui se conçoit comme le fond de son penser, et ce que trahit la forme de son agir. Le vrai Mal est dans cette seconde lecture. | | | | |
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| bien | | | L’état normal d’un philosophe, c’est la honte – se sentir usurpateur, voleur ou tricheur ; lancé d’un banc des accusés, son discours devrait être un aveu confus et non pas une fracassante plaidoirie. Au lieu de cela, on entend des réquisitoires, grommelant du haut d’une chaire. La honte suffit pour un verdict intérieur ; elle rend inutile toute référence aux codes. | | | | |
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| bien | | | La certitude, injuste, de combattre le Mal calme ta mauvaise – à juste titre – conscience. « Si tu te mets à prendre plaisir à détruire le mal, tu ressembleras terriblement à ce que tu combats » - Hemingway - « When you start taking pleasure in destroying the evil, you are awfully close to the thing you're fighting ». | | | | |
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| bien | | | À la justice il faut la force, pour passer à l’acte ; au Bien il faut la faiblesse, pour y renoncer. Mais ce n’est pas l’injustice qui est le Mal, mais la force. « La Justice sans Police est le Mal » - O.Wilde - « When Right is not Might, it is Evil ». | | | | |
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| bien | | | L’origine du sens de justice est à l’opposé de celui de Bien : celui-ci est divin, dans son immatérialité ; celui-là ne vaut que par ses applications. Le Créateur nous propose trois rôles : juge, accusé ou législateur : Nietzsche revêt le premier, Dostoïevsky – le deuxième, moi – le troisième. Toutefois, plus un législateur est noble, plus d’empathie il éprouve avec un banc des accusés. | | | | |
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| bien | | | Chez les philosophes, rien d’intéressant ne fut jamais écrit sur la nature divine du Bien, qu’il soit idéel (Platon) ou souverain (Aristote) ; ils parlent de justice, de bonhomie, d’utilité, de bonheur, ces tentatives louables de ne pas être un salaud, mais qui n’ont rien à voir avec l’appel, ardent mais inarticulable, du Bien, qui ne peut jamais quitter son unique demeure, le cœur (et ceci est proprement divin), et se traduire en actes. | | | | |
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| bien | | | Les plus grandes injustices proviennent de la récompense du Bien agissant et de la punition du Mal, incrusté en toute action. Le vrai Bien, c’est la conscience trouble et la méfiance envers ses bras – la honte ; le vrai Mal, c’est la conscience en paix et la confiance en ses bras – le cynisme. L’inaction du premier ne conduit qu’à la régression ; le dynamisme du second amène du progrès. | | | | |
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| bien | | | Dans le Vrai on calcule, dans le Beau on crée, dans le Bien on subit. La loi ne guide que le vrai, la liberté ne vise que le beau, l’instinct ne se justifie que dans le bien. | | | | |
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| chœur cité | | | IRONIE : C'est sur l'écrit grave qu'est fondé la cité de droit. L'indétermination de l'ironie la biffe des tablettes honorifiques, où se gravent des modes d'emploi ou recettes de cuisine. Si la tyrannie cherche à faire monter ses caciques exsangues sur les scènes et pinacles, la démocratie se contente que les siens soient engraissés en coulisses. | | | | |
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| chœur cité | | | MOT : Le forum s'incline devant la lettre pinailleuse et se gausse de l'esprit nonchalant. Le mot du degré zéro, cet écho de l'esprit infini, lui est sans poids ; il n'aime que le lourd enchaînement juridique protégeant le possédant de la furie fondatrice des dépossédés. Les titres de propriété, rédigés en mots sans âme, pris pour titres de noblesse, l'âme sans mots. | | | | |
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| cité | | | L'urgence des rendez-vous de la Justice nous fait oublier les signaux de la Sagesse. On se fait écraser sous les roues de l'Histoire, ou l'on se retrouve dans un cul-de-sac du Progrès ou dans les embouteillages de la Peur. La Justice, c'est l'Égalité de choix de fourrage, la Liberté de sa digestion et la Fraternité entre le Fort et le Faible. | | | | |
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| cité | | | Ma liberté politique découle de l’écoute collective de la loi ; ma liberté économique – de la consultation de mon compte bancaire ; ma liberté éthique – des lieux de mes sacrifices ; ma liberté esthétique – de l’originalité de mes commencements. | | | | |
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| cité | | | Tout bel appel à une meilleure justice se terminait dans le sang. Tout appât du gain sordide faisait avancer la machine sociale. Les défenseurs du genre humain sont, aujourd'hui, tous, dans les affaires, quand ils ne sont pas devenus misanthropes. | | | | |
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| cité | | | Le conformisme des sots : se rebeller bruyamment contre un effet, tout en en admettant, en silence, la cause. (« Dieu se rit des hommes, qui se plaignent des conséquences, alors qu'ils en chérissent les causes »** - Bossuet). Par exemple, la misère d'un faible, avec son amor fati, face à la loi de l'homo faber. L'impuissance du politique, face à l'homo mercator, au culte de Hermès. L'esquive du philosophe de la caverne devant l'agitation de l'homo viator. | | | | |
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| cité | | | Dans une société autoritaire, on est prêt à voir dans un bougre marginal – une victime d'injustices, et l'on lui compatit. Dans une société juste et démocratique, toute faiblesse est synonyme de bêtise ou de paresse, et l'on voue au faible le mépris ou l'indifférence. | | | | |
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| cité | | | Quand la déforestation progresse dans les têtes, la loi de la jungle prend forme d'un code de la route vers le progrès. Et voilà le bon sauvage traité en auto-stoppeur. | | | | |
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| cité | | | Ce qui, jadis, par un mécénat incontrôlable, permettait à l'artiste de survivre, sera tôt ou tard traité d'emplois fictifs, de détournements de fonds, d'abus de biens sociaux. La fonction publique le recalera à cause de ses hors-sujet, son seul refuge sera la banque. | | | | |
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| cité | | | Derrière la justice des hommes se devine toujours la soif de vengeance, derrière le culte du mérite - le commerce. Préférer au tumulte du semi-lucre - le culte du simulacre. Chercher Venise par temps sec. | | | | |
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| cité | | | Justification du culte de la résignation : plus les hommes se soumettent au règne du boutiquier, plus y gagnent la justice et l'égalité. Plus vil est le héros du jour, plus constructif est l'élan des jeunots. Plus gris est l'horizon des désirs, plus de couleurs offre le terre-à-terre des actes. | | | | |
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| cité | | | La perte du sens du grandiose : les finalités de plus en plus vagues et les moyens, la raison instrumentale, de plus en plus efficaces, le désintérêt pour les commencements. Ces symptômes ont toujours précédé le déferlement de la barbarie. On tenta d'ajouter du lyrisme bleu aux horizons grisâtres ; le résultat - encore plus de gouttes rouges et d'injustice noire. Impasse. Montée inexorable du robot paisible et juste, qui finira par détruire l'homme. | | | | |
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| cité | | | Dès qu'on libère l'homme de ses attaches nationales, pour le faire adhérer à l'universalité, il ne se précipite pas sur la poésie de ses voisins, il a hâte de s'attacher à la seule loi vraiment universelle, celle du marché. | | | | |
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| cité | | | L'homme dont les droits vous clamez est un homme mort, homme réduit à l'être abstrait. Le premier droit de l'homme vivant est de ne pas devoir son avoir à sa force, mais à la solidarité humaine. Prince Kropotkine poussait encore plus loin : « La solidarité, c'est ce puissant moteur qui centuple la créativité humaine » - « Солидарность, этот великий двигатель, увеличивающий во сто раз творческую силу человека ». | | | | |
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| cité | | | Le seul sens que je puisse donner à libération de l'homme est juste répartition des fardeaux. | | | | |
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| cité | | | L'essentiel du monde économico-politique : 1. tu t'en prends aux profiteurs, l'indigence des étals s'ensuit, 2. les profiteurs ignoreront la honte, 3. tu dois rêver et non pas chercher la justice, 4. il faut souhaiter, que cette saloperie perdure. | | | | |
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| cité | | | Une guerre pour une vraie liberté, que mena pourtant une nation de robots contre un peuple héroïque, - guerre de Vietnam. Une guerre pour un peu plus d'humanité, guerre menée par des barbares modernes contre des barbares moyenâgeux, - guerre d'Afghanistan. Quel journaliste peut se permettre de telles formules incorrectes ? | | | | |
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| cité | | | Prenez le pur lyrisme du Giaour de Byron, du Diwan de Goethe, de Salammbô de Flaubert, du Khadji Mourat de Tolstoï, - les sots corrects d'aujourd'hui, en les étudiant, y trouvent du soutien aux peuples opprimés et du courroux face aux tyrans et à l'injustice. | | | | |
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| cité | | | Ni l'appât du gain, ni l'obsession par le pouvoir, ni le vice inné ne sont à l'origine de l'état calamiteux des rapports entre les hommes, mais la seule loi raisonnable, qu'on ait pu inventer, pour échapper au cannibalisme, la loi du marché. | | | | |
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| cité | | | La sottise des drames économiques : tu tombes, tu te casses le cou et tu maudis la loi de la gravitation au lieu de regretter la dureté de la terre. | | | | |
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| cité | | | L'anarchiste américain est indiscernable d'avec n'importe quel businessman : « Si les structures des hiérarchies et du pouvoir ne peuvent pas se justifier, elles doivent être démantelées » - Chomsky - « If the structures of hierarchy and authority can't justify themselves, they should be dismantled ». La seule configuration, se prêtant à ce misérable scénario, c'est une faillite économique, tandis que tout succès comptable ou électoral, en tant que justification, protège contre les foudres anarchiques, puisque, pour l'Américain, n'est vrai que ce qui marche. | | | | |
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| cité | | | Zeus poursuit de sa hargne l'artiste Prométhée, père de l'écriture et du nombre, et donne sa faveur à Hermès, inventeur du lucre, c'est ainsi que naquit la démocratie de droit divin. | | | | |
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| cité | | | Quel renversement de l'éthique aristocratique ! Dans l'Antiquité, où le sens des lois était faible, elle prônait la loi, face au sentiment rapace ; aujourd'hui, où le sentiment agonise, elle en appelle au sentiment, face à la loi de masse. | | | | |
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| cité | | | La loi écrite est vraie, son application - bonne, pourtant aucune grande voix ne la rend belle. C'est à croire qu'Aristote ne plaisantait pas : « La philosophie est la défense contre la loi écrite ». Elle ne se vouerait qu'à l'inconnu, et Strabon avait de bonnes raisons pour dire : « La géographie est affaire de philosophe », car, à l'époque, et la médecine et la géométrie y auraient également eu leur place. | | | | |
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| cité | | | Je suis pour le collectivisme des porte-monnaie et des porte-parole et pour l'élitisme des porte-voix. | | | | |
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| cité | | | Pour Kant, le goût, le savoir et la raison légifèrent à tour de rôle. Démocrate pratique (aristocrate pur ? juge en esthétique ?), je dirais, que le savoir devrait s'occuper de l'exécutif, la raison - du législatif et le goût - du judiciaire. Les bancs des assimilés, les bancs des assemblées, les bancs des accusés. | | | | |
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| cité | | | Plus on se soucie de la justice des hommes, plus on est abandonné de la grâce de Dieu ; d'où l'intérêt, presque mécanique, de rester en permanence dans la peau du pécheur. | | | | |
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| cité | | | L'aberration du siècle dernier - étoiler la loi, l'aberration du nôtre - doter le ciel de lois ; deux déviations fatales des émerveillements de Kant : « le ciel étoilé et la loi morale »* - « der bestirnte Himmel und das moralische Gesetz ». Suivant cette lumière, le sage s'occupera de l'astronomie et de la justice, le sot - de l'astrologie et de la superstition, le philosophe - de sa propre étoile et de sa propre honte. Ne pas oublier, que le déclin de l'Âge d'or commença avec l'abandon des humains par Astrée, fille-étoile, dernière Immortelle à frayer avec les humains et se transformant, bêtement, en vulgaire justicière -Balance, dans un ciel éteint. | | | | |
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| cité | | | La gauche serait pour privilégier la justice, face à la liberté, et la droite serait résolument pour l'inverse - pitoyable opposition, quand on sait que, pour les deux, et la justice et la liberté consistent à assurer à celui qui est dix fois plus fort un compte en banque dix fois mieux approvisionné ! | | | | |
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| cité | | | La démocratie, c'est la littéralité, la présentation juridique évinçant la représentation lyrique, la critique algorithmique se passant de la topique rythmique - elle est une barbarie glacée du robot. Faut-il pour autant, prôner la barbarie chaude des bêtes pour sauver l'art ? Nos veines coupées appellent la tiédeur liquéfiée plutôt que les brûlots pétrifiés. | | | | |
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| cité | | | La sacro-sainte propriété, postulant l'inégalité, est, aujourd'hui, le premier ennemi de la liberté. « La liberté sans socialisme, c'est le règne de l'injustice ; le socialisme sans liberté, c'est la servilité et l'abrutissement »* - Bakounine - « Свобода без социализма - это привилегия несправедливости, социализм без свободы - это рабство и скотство ». Aujourd'hui, dans la presque liberté et le presque socialisme, les hommes méritent leur juste abrutissement. | | | | |
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| cité | | | Le conflit politique le plus irréductible oppose les sentimentaux aux cyniques, les tenants de la justice aux promoteurs de la liberté. Les premiers engendrent la misère et l'élan, les seconds - l'opulence et l'ennui. | | | | |
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| cité | | | Je suis esclave de la loi (« nous sommes esclaves de la loi, afin d'être libres » - Cicéron - « legum servi sumus ut liberi esse possimus ») - je deviens robot ; je suis la loi des esclaves (« tu n'es plus esclave, mais fils de la loi » - St-Paul) - je reste mouton. Où l'universel peut-il rencontrer l'existentiel, sans tourner au troupeau ou à la machine ? - dans un souterrain, où j'installe mes ruines souveraines. | | | | |
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| cité | | | L'histoire avait un sens - et présentait un intérêt pour son étude - lorsque la cité tenait un mythe ou une utopie en point de mire, sous forme ethnique, étatique ou civilisationnelle. Depuis que l'histoire n'est plus portée par l'enthousiasme, mais par l'apathie (« Ne pas laisser l'élan devenir enthousiasme ; la vertu est dans l'apathie » - Kant - « Den Schwung mäßigen um ihn nicht bis zum Enthusiasmus steigen lassen ; die Tugend erfordert Apathie »), depuis que les hommes préférèrent la justice robotique et la sensibilité moutonnière, l'histoire n'est pas plus instructive que la météorologie. | | | | |
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| cité | | | Le boutiquier comme symbole, tel est le point de départ commun de Marx et de Hitler, du marxisme et du nazisme. L'élan de haute justice de Marx, pour redresser le faible, ou la pulsion de basse envie de Hitler, pour se dresser en force. La haine de tout boutiquier - l'attitude marxiste, ou la haine du grand boutiquier par le petit - l'attitude des nazis. Mais l'élan ou la pulsion, lâchés dans la foule, produisent le même effet - la férocité contre l'autre. | | | | |
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| cité | | | La justice sociale se réduirait à deux actions : la séparation de deux types d'argent, servant à huiler la machine économique ou à remplir nos assiettes, - et l'égalité totale dans la distribution de la deuxième ressource. Dans cette optique - rien à reprocher au capital, à la globalisation, à la concurrence ; toute gloire serait immatérielle, toute souffrance matérielle - fraternellement partagée ; toute élite sécrétant le mépris, conscience tranquille, tout goujat privé de raison d'investir les rues ; l'ennui de la majorité gueulante, la paix bénie d'une minorité chantante. | | | | |
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| cité | | | Leur misérable révolte naît de l'incompréhension de la déraison conduisant à l'injustice. C'est tout le contraire de la mienne ; trop de raison froide, trop de justice mécanique, crevant les yeux sans larmes. | | | | |
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| cité | | | De tous temps, le rebelle avait plus de noblesse et d'intelligence que le conservateur ; quand je vois le minable mutin d'aujourd'hui s'enflammer pour l'alter-mondialisme ou la baisse de taxes, j'accorde aux puissants la palme de vertu et même de justice. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie et la démocratie visent les mêmes normes, mais la tyrannie en prône l'esprit, c'est à dire les valeurs, tandis que la démocratie se satisfait avec la lettre, les lois. L'esprit couvre autant de saloperies collectives que la lettre - de saloperies personnelles. Comment veux-tu être humilié ? En tant que mouton ou en tant que machine ? | | | | |
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| cité | | | En inversant certains postulats totalitaires, on arrive parfois à de jolies métaphores démocratiques, par exemple : la vérité est multiple et l'erreur est une. | | | | |
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| cité | | | Tant de bavardage ampoulé autour du pluralisme démocratique, tandis qu'il n'y a plus de pluralisme d'idées, mais seulement celui des forces ; tous prônent le même modèle social anglo-américain, fondé sur l'inégalité de principe ; ses adversaires de jadis non seulement ne veulent plus, idéologiquement, le combattre, ils ne le peuvent plus, matériellement. Le vrai pluralisme n'existe que dans des tyrannies, pour être débattu dans des sous-sols ou cuisines ; quand il parvient à occuper des parlements, il est déjà trop tard, la pensée unique aura ravagé toutes les cervelles. | | | | |
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| cité | | | Un malentendu, au sujet de l'extrême gauche : elle stigmatise le patron, réclame une voix au chapitre pour l'ouvrier, prend en horreur le licenciement. Sur tous ces points, je leur suis hostile ; mon gauchisme se réduit à un seul point : l'égalité matérielle intégrale, ce qui me marginalise aux yeux de tous les clans. | | | | |
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| cité | | | Autant, propagée dans les cerveaux insensibles, la robotisation est un horrible fléau, autant elle est prometteuse en tant qu'ossature du corps de la cité ; elle permet d'éviter le piège d'une personnification d'un projet fraternel, qui avait toujours débouché sur des boucheries ; ainsi, l'appréhension de R.Debray : « Le malheur de l'universel est qu'il lui faut s'incarner dans une nation, un leader, un parti » n'est plus de mise, pour le malheur des politiciens et pour le bonheur des humbles. Les inspecteurs des impôts assureront, en douceur, la justice matérielle, là où échouèrent, bruyamment et dans le sang, les messies. | | | | |
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| cité | | | Étrange mutisme du Livre sur les droits de l'homme (les devoirs gastronomiques, rituels et hiérarchiques y prévalent). Ou, contrairement à ce qui est résolument moderne et écologiquement correct, pas un mot n'y affleure sur les droits de nos frères, les animaux ; à part quelques remarques dédaigneuses sur les colombes, porcs, ânes, agneaux, boucs et coqs, aucune sympathie divine pour les rossignols, dauphins ou renards. | | | | |
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| cité | | | Le charlatanisme des théories des systèmes ou de la complexité est bien illustré par la terminologie de la théorie des nombres : de la tyrannie du réel intégral on se dirige aujourd'hui vers la démocratie du complexe différentiel, comme hier Kant (ce grand Chinois de Königsberg - Nietzsche), passant du droit naturel au droit rationnel. Dommage aussi que personne n'ait constaté le triomphe, jadis larvé et aujourd'hui patent, de la théorie des ensembles pratiques (Sartre). | | | | |
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| cité | | | Celui qui veut défendre le faible est systématiquement conduit, pour des raisons idéologiques ou psychiques, à n'user que du sérieux et des slogans ; l'ironie et l'aphorisme, leurs contre-parties intellectuelles, tombent entre les mains des droitiers (voyez nos Balkaniques, Cioran et Axelos). Le seul moyen de briser cette injustice est, hélas, de pratiquer le cynisme. | | | | |
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| cité | | | La démocratie, c'est une méta-loi, la règle, qui définit ce que devrait être la loi. Cette règle, aujourd'hui, - assouvir la faim minimale du faible - n'est qu'une méta-oppression. La bonne méta-règle devrait être : ne pas engraisser, mais engrâcer la force. « Une société qui n'aurait plus pitié pour ses faibles, deviendrait robotique » - Dostoïevsky - « Когда общество перестанет жалеть слабых, оно очерствеет ». | | | | |
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| cité | | | Les apports des deux révolutions. La française : en liberté - presque rien, en égalité - un microscopique progrès de l'égalité des chances, en fraternité - l'ivresse de quelques années. La russe : en liberté - l'étouffement définitif d'une liberté naissante, en égalité - un saut énorme vers l'égalité dans la misère, en fraternité - l'ivresse de quelques mois. Toutes les deux - nées de très beaux rêves : de ceux des encyclopédistes et de ceux du marxisme et de l'Âge d'Argent. Les peuples décidèrent de se débarrasser des rêves. | | | | |
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| cité | | | Partout, on entend des voix indignées de millionnaires repus - chanteurs, footballeurs ou spéculateurs : qu'elle est injuste et dégueulasse, cette société, où il reste encore tant de laissés pour compte, dont le compte en banque ne permet ni de s'offrir une Mercedes ou une virée aux Hawaï, ni de claquer une petite fortune au casino, ni de se régaler à la Tour d'Argent ou de faire le flambard à la Porte d'Auteuil. Le progrès, c'est que jadis ces mêmes repus - marchands ou rentiers - au lieu de pitié, n'éprouvaient pour le miséreux que mépris. | | | | |
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| cité | | | Prôner l'égalité matérielle pour des raisons idéologiques (le prolétaire ou l'employé seraient aussi méritants que les patrons et banquiers, dans la production de richesses) est mesquin. Ce sont des raisons esthétiques (le dégoût de l'opulence face à la misère) ou même physiologiques (le goût commun des plaisirs de la chair) qui sont beaucoup plus valables. | | | | |
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| cité | | | Chaque fois qu'un État avait cherché à nous rendre heureux, il devenait des plus injustes. La justice se formule par les heureux, c'est à dire par les loups. L'agneau en supporte la charge, décorative, religieuse et gastronomique. | | | | |
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| cité | | | Quand on ne vit que dans une seule dimension, dans la verticalité (tel Nietzsche), toute idée d'égalité apparaît comme profanation de la hauteur ; mais la politique, c'est la pratique de l'horizontalité, et la recherche d'une supériorité dans la platitude devient saugrenue, tandis que celle de l'égalité est signe d'une vraie supériorité éthique et même esthétique. | | | | |
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| cité | | | Aujourd'hui, tous les industriels, footballeurs, spéculateurs, chanteurs ou avocats se disent choqués par la pauvreté et l'injustice, mais tous tiennent, doctement, à la méritocratie, source principale de ces abominations. Le mérite consistant, le plus souvent, à avoir marqué et cadenassé une place près des robinets pécuniaires. Et les repus répètent, avec Sénèque, que la souffrance du riche est égale à celle du pauvre, puisque celui-là est terrorisé par l’idée de perdre sa fortune. | | | | |
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| cité | | | Le pouvoir des marchands, tout naturellement, a la tendance de devenir pouvoir des experts, mais le pouvoir des artistes, inévitablement, se mue en pouvoir des ignares. Ce n'est pas aux musiciens d'appeler le peuple dans des salles de concert, mais aux imprésarios. « Les compositeurs, avec leur nature des poètes, ignorent la justice de la Muse » - Platon. | | | | |
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| cité | | | L'une des pires goujateries, menant inexorablement à la dégénérescence et à la domination du sous-homme malade, ce fut l'aristocratie héréditaire, ce règne du hasard biologique ; l'actuel règne de la règle monétaire, de cette ploutocratie héréditaire, ne conduit qu'à la platitude, aseptique et saine. | | | | |
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| cité | | | Dès qu'une ochlocratie s'installe, de tous les outils de pouvoir c'est l'outil patibulaire qui sert le mieux la nouvelle justice. « Le pire des États, c'est l'état populaire » - Corneille - tandis que le boutiquier, dont le pouvoir il faut appeler de nos vœux, n'a besoin que d'un seul outil, l'argent, qui ne blesse que des épidermes sensibles à l'abject. | | | | |
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| cité | | | La justification principale, et presque unique, de l'injustice sociale devint aujourd'hui l'antienne de la soi-disant crise passagère, dans laquelle serait plongé le monde. Or, depuis trois quarts de siècle, cette société n'affleure plus aucune frontière critique ; elle se vautre dans la médiocrité du milieu morne et fétide. Aucun rythme ne s'exprime aux limites désertes et mirifiques, - que des algorithmes, imprimés dans des attroupements affairés. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie : se disputer sans discuter ; la démocratie : discuter sans se disputer. L'esprit discute, l'âme se dispute - pourquoi s'étonner, que le romantique soit porté sur l'injustice ! | | | | |
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| cité | | | Tant qu'il y aura des forts et des faibles, la liberté sera un oppresseur. Pour le fort, c'est l'égalité qui entrave. La loi ne peut affranchir que si l'on est fraternel. | | | | |
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| cité | | | Si je n'accorde à la liberté que des seconds rôles, c'est que je sens que sa seule manifestation enthousiasmante découle entièrement de l’œuvre - ou plutôt du renoncement à l’œuvre ! - du bien. Ce qui reste vrai, même dans la sphère politique : « La loi de la solidarité des hommes est leur première loi, la liberté n'est que la seconde. Nous ne sommes libres que dans la mesure, où les autres le sont »* - Bakounine - « Закон солидарности - первый человеческий закон ; свобода же лишь второй. Мы свободны лишь в той мере, в которой свободны остальные ». La liberté du loup efface l'égalité des agneaux. L'égalité avec les agneaux prive le loup de liberté. | | | | |
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| cité | | | Le déséquilibre des totalitarismes vient de leur partialité systématique : la tyrannie de gauche, mécaniquement, est du côté des faibles, ce qui ruine l'économie et la liberté, et celle de droite, cyniquement, – du côté des forts, ce qui ruine la fraternité et la liberté. Tandis que l'équilibre démocratique est apporté par un pouvoir, qui est avec le fort, aux moments paisibles, et avec le faible, aux moments troubles. | | | | |
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| cité | | | C'est au milieu des moutons et/ou robots qu'on trouve les candidats les plus loquaces à l'exception, de race ou de face. « Une seule loi pour le lion et le bœuf, c'est l'oppression » - W.Blake - « One Law for the Lion & Ox is Oppression » - je dirais plutôt compression, qui génère le mouton. Mais deux lois différentes, c'est la suppression de l'un des deux. | | | | |
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| cité | | | La lutte des classes avait un sens pathétique et mobilisateur, à l'époque où le faible fut muet et désorienté, et son porte-parole fut un homme fort à conscience indignée. Mais aujourd'hui, il n'y a que deux classes : les riches et les pauvres, tous verbeux, bruyants et responsables. Les premiers - techniciens, commerçants, gestionnaires - sont singulièrement solidaires autour de la notion consensuelle de méritocratie, tandis que les pauvres - artistes, analphabètes, incapables, ratés - n'ont rien en commun et même se méprisent mutuellement. Heureuse cécité, heureux mutisme ne reviendront plus jamais, pour une nouvelle émancipation, dont personne ne veut. | | | | |
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| cité | | | Dès qu'un régime politique se détourne du réel, pour porter aux nues des chimères, il tourne à la dictature. Le discours totalitaire est lyrique, celui de la démocratie est prosaïque, atteignant l'hypocrisie et/ou le cynisme, qui prouvent un contact avec la réalité. La dictature ne peut être qu'héroïque ou épique, c'est-à-dire n'être que hors de la réalité. | | | | |
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| cité | | | La Gauche s'apitoie sur les faibles, les flatte, s'en solidarise complètement, veut en être élue, pour représenter leurs intérêts - et elle est d'accord, pour qu'ils soient dix fois plus pauvres que les forts. Je suis pour l'égalité matérielle totale, mais que les ex-pauvres ne viennent pas m'enquiquiner avec leurs images, leurs odeurs, leurs beuglements. En attendant, ils vouent aux Géhennes ma pitié en actes et continuent à compter sur le discours impitoyable de la Gauche. | | | | |
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| cité | | | La parole des tyrans, tout en pétrifiant les hommes, est censée animer la forme des pierres. La parole démocratique ne pétrifie que des pierres, et l'homme démocratique, au fond de soi-même, y anime le robot. Les Commandements et les lois doivent se graver en pierre, pour que les âmes en paix puissent s'en remettre aux esprits, c'est à dire à la Lettre. | | | | |
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| cité | | | Dans les pays où règne l'arbitraire, les hommes semblent de bois ; là où la loi est maître, les machines semblent avoir une âme, à laquelle ne manque que l'émotion, celle qui est de trop aux hommes des caprices. Malheureusement, l'action, souvent, leur fut également de trop. Mais plus la parole et la justice sont accessibles à l'homme, plus on sent, dans sa voix, des intonations et des intentions des machines. | | | | |
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| cité | | | Il est trop facile de voir dans la bassesse le motif principal des conservateurs, et dans l'envie - celui des révolutionnaires. Les deux, aujourd'hui, se dévouent, avec fidélité et compétence, à la défense du pouvoir d'achat. Tout en jasant sur leurs mythiques erreurs respectives : « Le révolutionnaire continue à commettre des fautes ; le conservateur en empêche la correction » - Chesterton - « Progressives go on making mistakes ; the Conservatives prevent the mistakes from being corrected ». | | | | |
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| cité | | | Jadis, l'argent violait la loi ; aujourd'hui, la loi l'épouse. | | | | |
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| cité | | | L'une des confusions, créées par ce siècle, et qui m'embête sérieusement, c'est que les deux castes traditionnelles - les riches et les forts - se fusionnèrent. Et je ne pourrais plus dire : c'est avec enthousiasme que je participerais à l'œuvre d'égalisation matérielle totale, mais je n'aurais rien d'immatériel à partager avec les ex-pauvres et beaucoup avec les ex-forts (qui, en réalité, ne seraient que des ex-riches). | | | | |
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| cité | | | La liberté politique devint bien réelle, seulement elle changea de genre ; de fable elle se mua en mode d'emploi ou manuel de références, à usage des robots gouvernables. C'est de la ringardise romantique que de ronchonner : « La liberté politique est une habile fable, inventée par les gouvernants pour endormir les gouvernés » - Napoléon - tous veillent, aujourd'hui, et personne ne rêve. | | | | |
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| cité | | | Les industriels, les footballeurs, les avocats dormiront tranquilles, dans cette humanité des robots, respectueux de l'égalité des droits. Plus l'écart-type baisse, dans le domaine des goûts, plus servile et tolérante devient la jugeote populaire, face aux écarts monétaires. Dans cette mentalité, on voit la genèse des pauvres en esprit, des assoiffés de et des persécutés pour la justice. Les âmes étant, aujourd’hui, éteintes, la diatribe d’Héraclite : « Que la richesse ne vous fasse pas défaut, afin que l’indigence de votre âme se découvre » est passée à côté de la plaque. | | | | |
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| cité | | | Dieu tolère la férocité des fauves, faute de justice, mais c'est le Malin qui adoucit la férocité humaine, en statufiant une justice écrite. « Notre culture a vraiment progressé : au lieu de nous dévorer on nous mène simplement à l'abattoir » - Lichtenberg - « Unsere Kultur ist wirklich fortgeschritten ; wir fressen einander nicht, wir schlachten uns bloß ». | | | | |
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| cité | | | Qu'il y ait des pauvres et des riches, tout le monde s'en fiche, mais qu'il y ait des gaspillages, ça émeut le dernier des citoyens ou des abbés. Toute ma vie, c'est une série de gaspillages (aux plus précieux des gains, je réservais mes faiblesses), je n'arrive pas à me débarrasser de la répugnance que m'inspire l'existence des riches et des pauvres. « Les riches m'embêtent non pas à cause de leur richesse, mais parce qu'ils font ressentir aux pauvres leur pauvreté » - Klioutchevsky - « Богатые вредны не тем, что они богаты, а тем, что заставляют бедных чувствовать свою бедность ». | | | | |
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| cité | | | L'inégalité matérielle blesse le regard de l'âme et caresse l’œil de la raison. Aujourd'hui, l'âme, inspiratrice du beau et du bon, s'éteint au profit de la cervelle, dont les yeux ne voient dans l'injustice éthique que sa dimension géométrique. Dans la volonté de justice esthétique, ils ne voient que l'envie économique. Le plus grand avantage de l'égalité matérielle est le surgissement forcé de valeurs autres que marchandes. | | | | |
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| cité | | | Ce n'est pas tant le nombre de voleurs, qui augmente avec le nombre de lois, que le nombre de volés en puissance, puisque la loi légitime la propriété, et la propriété, c'est le vol. Où y a-t-il plus de vol : chez ceux qui prirent ou chez ceux qui veulent reprendre ? Ceux qui, jadis, tremblaient pour leur fortune et gardaient une conscience trouble, vivent, aujourd'hui, en paix d'âme et de bourse, grâce aux indulgences légiférées. La justice écrite réprime celui qui veut voler le volé. La justice non-écrite s'évapora, puisqu'elle s'adresse à l'organe atavique des hommes, à l'âme. | | | | |
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| cité | | | Moins on cherche l'homme, une lampe à la main, mieux on trouve la justice. Mais, pour trouver l'injustice, on n'a pas besoin de lampe : il suffit de fermer les yeux, pour rêver l'homme. Mais que de lampes fumantes, pestilentielles, escortent la Justice des hommes, au large bandeau aux yeux. | | | | |
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| cité | | | L'aubaine pour le robot - le droit de faire ce que la loi permet - la liberté robotique. On ne prouve sa liberté que par des raisons des transgressions, par le choix de rythmes défiant les algorithmes. Tant que ce sont les loups qui rédigent les lois, les agneaux peuvent remercier le sort de n'être que des vaches à lait. Quand les agneaux s'y mettent, ils réduisent tout le monde en ânes, caméléons ou perroquets. | | | | |
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| cité | | | Produire, réussir, profiter - tels sont les seuls soucis du dernier homme, qui ricane des États-Providences, redistribuant quelques miettes ramassées sur sa table - aux moins chanceux que lui ; à ses yeux, noyés dans la graisse et l'indifférence, les misérables n'ont qu'à s'en prendre à leur paresse et à leur manque d'initiatives. | | | | |
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| cité | | | Ils veulent que le droit des motions l'emporte sur le devoir des passions. En l'emportant, le droit expulse les passions et finit par ne plus s'en souvenir. Le droit est dicté par des passions utilitaires assagies. La liberté somptuaire édicte, parfois, d'étranges droits à l'esclavage d'une vraie passion, mais son champ d'application est ravagé par le robot. | | | | |
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| cité | | | Jadis, la loi prescrivait l'unité des moutons ; aujourd'hui, elle impose la fraternité des robots. Le sacré, lui, est hors-la-loi. | | | | |
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| cité | | | La sobriété des droits de l'homme et l'ivresse de la grandeur ou de la pureté – ces attributs obligatoires ne doivent pas être confondus. Et la politique doit être sobre en toute circonstance, en se désintéressant des héros et des saints. | | | | |
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| cité | | | Les tyrans n'aiment ni la vérité ni la justice, proclament les sots doctes. Tandis que la faute des tyrans est justement d'aimer ce qui ne doit être que prouvées et codifiées, en toute impassibilité, tâches de robots. Les tyrans-robots n'existent qu'en science-fiction. Tous les tyrans sont des moutons par esprit, suivant leurs états d'âme de loups et écoutant leurs instincts d'hyènes. | | | | |
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| cité | | | Les pires des têtes totalitaires sont celles qui apprécient les effets d'une démocratie, sans en comprendre les causes et les principes. Elles commencent par rejeter, d'une manière totalitaire, l'ancien totalitarisme, pour se trouver dans un totalitarisme nouveau. | | | | |
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| cité | | | Le culte de l'inégalité, dans nos sociétés repues, découle directement de la sensation de force, qu'éprouvent même ceux qui se trouvent en bas de l'échelle sociale. Pour rendre l'homme – fraternel, il faudrait lui rappeler qu'il est faible. Et la liberté se vit mieux en tant qu'un songe qu'une veille. « L'épuisement est le chemin le plus court vers l'égalité, vers la fraternité, et c'est le sommeil qui y ajouterait la liberté » - Nietzsche - « Die Ermüdung ist der kürzeste Weg zur Gleichheit und Brüderlichkeit – und die Freiheit wird endlich durch den Schlaf hinzugegeben ». Il n'existe pas de rêves, nés dans l'abondance ; l'utopie est affaire de la misère, réelle ou imaginaire ; la satiété fruste tue la société juste. | | | | |
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| cité | | | Méfie-toi de l'équilibre dans la vie provenant soit de l'acceptation d'une volonté surhumaine, de la reconnaissance donc de l'assujettissement, soit de l'excitation des droits. Soit je confie ma liberté à une idole infaillible, soit je la profane par ses prétentions et ses certitudes. Cherche de belles servitudes et ne crois pas que « la liberté fut le plus grand don que Dieu fit en créant » - Dante - « la libertà, lo maggior don che Dio fesse creando ». | | | | |
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| cité | | | Le sens du Bien est un don divin, dont la projection humaine s'appelle justice : la justice personnelle – la fraternité ; la justice politique – la liberté ; la justice sociale – l'égalité. L'idée d'égalité doit être la plus pure, puisqu'elle n'a aucune chance de se réaliser. « Quand les régimes mortifères, qui se réclament du communisme, auront achevé de s'effondrer, l'égalité réelle sera une idée neuve » - Enthoven. | | | | |
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| cité | | | Il y avait autant, sinon plus, de gradations de misère dans le socialisme russe que de gradations d'opulence à l'Ouest. « Le capitalisme a pour défaut de ne pas répartir équitablement la richesse, alors que le socialisme offre l'avantage de répartir équitablement la misère » - Churchill - « The inherent vice of capitalism is the unequal sharing of blessings ; the inherent virtue of socialism is the equal sharing of miseries ». Le socialisme offre deux avantages : la douce impunité de la paresse et la présence instructive de monstres se faisant passer pour des anges. | | | | |
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| cité | | | Jadis, on s'écartait de la loi surtout, lorsqu'il y allait du cœur ou de la famille, de ces témoins, qui ne sont crédibles que hors-la-loi. Mais la loi finit par assagir les cœurs et les femmes, désormais assermentés, et l'on finit par se moquer de leurs sermons et de leurs serments. | | | | |
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| cité | | | Avant de te faire l'apôtre de quoi que ce soit, pense à l'inquisiteur, qui prendra ta suite. Ne vise aucune foi réglementaire, pour que la tienne propre ne soit jamais traitée d'hérésie. | | | | |
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| cité | | | L'illégalité despotique donne de la (sinistre) grandeur même aux mesquineries. La légalité démocratique banalise même des réalisations (vraiment) grandioses. | | | | |
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| cité | | | Le libéralisme politique – adresser un regard attendri au marchand, qui réussit à remplir, sans entraves publiques, ses poches. | | | | |
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| cité | | | Pour qu'on puisse manier rigoureusement une logique, le système doit être fermé. C'est pourquoi le nazisme et le bolchevisme possédaient la vérité et la grandeur internes (innere Wahrheit und Größe - Heidegger, la musique de A.Blok, la vérité-force de Maiakovsky et Tsvétaeva), tandis que la démocratie, ce système ouvert, en est dépourvue, étant renvoyée à la transparence, la justice et l'efficacité externes. | | | | |
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| cité | | | Librement et fraternellement, accepter l'égalité matérielle – telle devrait être le premier principe d'une société européenne, c'est à dire, à la fois, chrétienne, communiste et aristocratique. | | | | |
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| cité | | | La liberté sort, triomphante, du XX-ème siècle ; les deux grands vaincus – la fidélité à la grandeur et le sacrifice au nom de la justice. La fraternité et l'égalité – disqualifiées à jamais. Désormais, la transaction sera le seul mode d'échange entre les hommes. | | | | |
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| cité | | | La première règle du monde entier devint : je suis plus fort - en intelligence, en performances, en héritage - donc, je mangerai mieux ; être plus fort signifiant se vendre mieux sur le marché courant, le prix d'échange étant devenu la seule valeur humaine prise en compte et bannie des contes. | | | | |
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| cité | | | Platon, comme Nietzsche, voient dans la société le milieu naturel, dans lequel doivent s'exercer les tâches les plus nobles d'une aristocratie. Ces tâches n'existèrent jamais. Ne sont aristocratiques que les contraintes. De plus, le milieu aristocratique, c'est la solitude, où la création est portée à maturité, dans la rencontre de l'ironie avec la pitié (le sérieux et la justice s'y opposent). Tout vrai philanthrope est agoraphobe. | | | | |
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| cité | | | La culture est ce qui permet de prendre de haut la nature, la vérité et la liberté, tout en les maîtrisant. Et l'enseignement de langues anciennes et d'Histoire de philosophie, tant qu'il s'adressait aux élites, taraudées par le beau et le juste, en fut l'un des piliers. Mais depuis que le bouseux repu envahit l'école, il vaut mieux oublier le latin et enseigner l'écologie, le marketing et le traitement de textes, pour que triomphent la nature, la vérité et liberté mécaniques. En tout cas, la culture est condamnée, comme tout ce qui est organique. | | | | |
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| cité | | | Il faut préférer l'État moderne, transparent et mécanique, à l'État ancien, opaque et organique, et donc plus soumis aux exaspérations des peuples ou aux maladies des élites. Plus claire est la loi, plus nonchalantes sont les foules aux stades et dans les syndicats. Moins de sang dans les rouages étatiques, plus la qualité de l'encre pathétique comptera face à celle du sang sympathique. | | | | |
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| cité | | | Ce n'est pas la portée ou la pertinence de leurs descriptions qui me fait ricaner des scientifiques, des journalistes ou des phénoménologues, mais la misère de leurs expressions. C'est comme les rapports entre la liberté et la justice : sans la justice fraternelle, la liberté fait partie de la mécanique. | | | | |
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| cité | | | Dans le débat politique, la première prophylaxie contre le totalitarisme est le bannissement de toute grandeur, de toute pureté, de tout messianisme. La seule exception peut être accordée au thème de l'égalité matérielle, puisque aucune raison économique ou sociale ne peut la justifier, seule une emphase philosophique ou esthétique, en aplomb sur la méritocratie horizontale, pourrait venir à bout des cœurs atrophiés. | | | | |
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| cité | | | Il faut être idéaliste, dans la sphère intime, et matérialiste - dans la sphère sociale ; savoir chanter une fraternité avec le proche et justifier une égalité avec le lointain. Marx n'était pas très loin de cette sagesse ; malheureusement, ses adeptes matérialistes n'entendirent pas sa musique idéaliste, et ses adversaires idéalistes, n'apprécièrent pas sa justice matérialiste ; dans les deux cas, - un affront à la liberté. | | | | |
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| cité | | | Enfant de prolétaires, au milieu des bagnards, je détestais le communisme et rêvais d'un règne aristocratique. Aujourd'hui, au milieu des hommes déclassés et indifférents, j'ai une tendresse tardive pour un communisme idyllique et impossible et j'ai horreur de tout aristocrate au pouvoir. Le communisme, en tant que rêve, est un sacré aristocratisme. L'aristocratisme, en tant qu'action, est un sacrilège. | | | | |
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| cité | | | Tant de discours ampoulés autour de la liberté à défendre ou de la fraternité à créer, tandis qu'aucune fraternité entre les pauvres et les riches n'est envisageable, et que la seule liberté réelle non-politique, aujourd'hui, est celle du pouvoir d'achat. Et personne ne songe, concrètement et non démagogiquement, à imposer l'égalité matérielle pour des raisons aussi bien pratiques qu'éthiques et, surtout, esthétiques. Et c'est un élitiste qui vous parle. | | | | |
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| cité | | | Prenez les philosophes nobles – Voltaire, Marx, Nietzsche – et voyez vers où nous conduisent leurs adeptes – la terreur, la férocité, la misère. Et voici ceux, dont n'émanent que la banalité et l'ennui – Descartes, Spinoza, Kant – mais admirez leur rôle dans les sociétés démocratiques, justes et prospères. | | | | |
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| cité | | | L'égalité sociale : fixer les bornes inférieure et supérieure de la fortune personnelle. Mais pour les repus, « chaque pas que [les nations] font vers l'égalité les rapproche du despotisme » - Tocqueville. D'après ce prophète, la Scandinavie serait aujourd'hui plus despotique que la Chine ! | | | | |
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| cité | | | Si l'on veut une société libre, efficace, juste, on doit faire taire la musique des hauteurs et l'intelligence des profondeurs ; la prospérité pousse dans la platitude. « Le communisme – une hauteur, une profondeur ; aucune platitude ne mérite le titre de communiste » - Maïakovsky - « Коммуна – высота, глубина. Не возвести в коммунистический сан плоскость ». | | | | |
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| cité | | | Signe du barbare : l'assujettissement anonyme, la démocratie, provoquant le même rejet que l'assujettissement personnalisé, la tyrannie ; la chose vue, la loi, étant la même contrainte que le regard, le visage du tyran. L'homme évolué, lui, est homme de théâtre : accepter le masque pour se passer de visage, se contenter de la scène pour étaler sa vie. | | | | |
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| cité | | | Les premiers coups d'une révolution sont des foudres célestes qui frappent une idée, un Dieu, une coutume ; les suivants sont des stratagèmes terre-à-terre des justiciers déchaînés et corrompus qui visent des voisins, des rivaux, des veinards. On cherche des idoles à abattre, et l'on finit par égorger des badauds. Dieu, des effigies, des clercs, des passants. | | | | |
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| cité | | | Ne te chagrine pas trop, que le Dichter s'érigea en Richter (poète-juge) ; console-toi, que le Henker se recycla en Denker (bourreau-penseur). | | | | |
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| cité | | | Aujourd’hui, le pauvre a le droit de vote et la liberté d’expression, ce qui endort la conscience paisible du riche. Attendri, il dit : « La justice sociale a pour fondement la dignité et non pas l’égalité » - Berdiaev - « Социальная правда основана на достоинстве, а не на равенстве ». | | | | |
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| cité | | | La civilisation, c’est la justice écrite, l’égalitarisme en droits ; inévitablement, elle encourage le bavardage formel autour du faisable. La culture, c’est l’injustice implicite, l’élitisme en devoirs ; elle se prouve par l’aphoristique du dit et par la richesse de l’indicible. Et Cioran : « Est-il meilleur signe de civilisation que le laconisme ? » - confond la civilisation avec la culture. | | | | |
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| cité | | | Dans l’élan vital, comme dans la volonté de puissance, se rencontrent le vouloir et le pouvoir ; mais ce sont deux clans irréconciliables qui les incarnent. Dans le premier, règne un pouvoir dominateur, normatif, machiavélique ; dans le second, culminant avec Nietzsche, – un vouloir artistique, gracieux, narcissique. Spinoza : « Par vertu et puissance j’entends la même chose » - « Per virtutem et potentiam idem intelligo » - ne fait que suivre Machiavel. | | | | |
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| cité | | | La démocratie nous libère de l’Horrible et fait du Vrai (de la Loi) la seule nécessité de nos échanges ; le Beau en dévient superflu ; les rencontres de l’Horrible et du Beau, ces chantiers de l’art poétique, deviennent impossibles. La tyrannie, elle, est faite de l’Horrible qui réveille l’appétit du Beau. | | | | |
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| cité | | | L’indignation part des faits, le plus souvent authentiques ; le mépris s’inspire des idées préconçues, justes ou injustes. C’est pourquoi le matérialiste, guidé par les faits, est un homme de gauche, et l’idéaliste, s’appuyant sur les idéaux, est un homme de droite. Mais le rêveur, qui se détourne des faits et se moque des idées, et qui ne tend que vers la musique, n’adhère jamais aux clans politiques. | | | | |
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| cité | | | Le prestige du politicien français fut dû à la nudité solennelle des mots justice et liberté, non accompagnés de qualificatifs prosaïsants et dont se gargarisaient une gauche pseudo-généreuse et une droite pseudo-émancipatrice. L’Union Européenne, en ne parlant que de la justice sociale et de la liberté économique, dévoila la nudité de la royauté politicienne et provoqua la déchéance du politique au profit de l’économique. | | | | |
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| cité | | | La révolution naît du conflit entre l’ordre théorique de la Loi et le désordre pratique de la réalité, conflit se terminant par l’effritement de la Loi et le réveil des bas instincts. « Toute révolution est une époque transitoire d’ensauvagement » - F.Schlegel - « Jede Revolution ist eine vorübergehende Epoche der Verwilderung ». | | | | |
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| cité | | | La loi démocratique fut préconisée par de petits-bourgeois, égoïstes et pragmatiques, mais dont profitent les hommes libres ; l’arbitraire autoritaire fut proclamé par de nobles têtes révolutionnaires, mais dont héritent et usent des voyous, sanguinaires et cyniques. | | | | |
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| cité | | | Ils pensent, que le chemin le plus sûr vers la liberté, c'est l'ordre, et que la servitude est au bout du désordre. En cela, les caporaux et les poètes sont du même côté : l'Église sans Dieu vaut mieux que Dieu sans l'Église. Toutefois, l'ordre n'en est que le père adoptif, la justice, la mère, ayant péché avec l'humanisme, récemment décédé et marquant ainsi l'exorde d'un nouveau Moyen Âge. | | | | |
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| cité | | | On n’écrit plus de tragédies, au sens classique du terme, puisque celles-ci se fondaient sur une injustice. Or, nos sociétés atteignirent un degré de justice si remarquable, que tout tragédien serait vu comme un journaliste en quête de sensations. Mais les vraies tragédies – des lamentations autour des passions éteintes - disparurent tout autant, puisqu’il n’y a plus de passions – que des grognements ou des hystéries. | | | | |
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| cité | | | La seule utilité de la connaissance de l’Histoire est la tolérance, voire la résignation, face aux misères de notre temps, puisqu’elles furent beaucoup plus flagrantes aux époques sans bombes thermonucléaires, sans la Sécurité Sociale, sans une Justice égale pour tous. « L’Histoire réconcilie le citoyen avec l’imperfection de l’état des choses actuelles » - Karamzine - « История мирит гражданина с несовершенством видимого порядка вещей ». | | | | |
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| cité | | | Sur l'égalité : dans les débats horizontaux - gauche contre droite, conservateurs contre progressistes - il faut être pour l'égalité matérielle intégrale ; dans la prospection des profondeurs - savoir et intelligence - l'inégalité naturelle règne et régnera ; enfin, en ce qui vient de l'appel de la hauteur - poésie et noblesse - l'inégalité artificielle doit être créée et maintenue. | | | | |
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| cité | | | Dans les sociétés démocratiques, la plupart de conflits se déroulent dans une horizontalité, régie par la loi. Ce sont nos conflits internes les plus aigus qui se placent dans une verticalité du rapport maître-esclave : le soi inconnu et le soi connu, l’âme capricieuse et l’esprit droit, l’élan du sentiment et l’immobilité des actes, le regard créateur et les yeux curieux, l’admiration et la grogne, l’espérance rêveuse et le désespoir net. | | | | |
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| cité | | | L’arbre communiste, avant d’être planté, mise, enthousiaste, sur sa future cime lumineuse ; mais ses racines se plongent déjà dans la boue du dogmatisme, ses ramages témoignent de l’absence de sève, ses ombres deviennent vite des ténèbres. R.Char y mêle la justice et la vérité : « L’arbre communiste, s’il est juste à sa racine, est faux à son sommet », qui n’ont pas cours dans la forêt communiste. | | | | |
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| cité | | | La honte disparut aussi bien dans les autocraties que dans les démocraties ; quand règne l’arbitraire, tu acceptes tout ; quand seule compte la loi écrite, la respecter libère ta morale de toute remise en question. La noblesse de Confucius : « Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte » - reste purement théorique. | | | | |
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| cité | | | La justice, la loi, le bien-être matériel, ce sont des lumières, rendant inutiles, superflues les ombres qui furent la demeure préférée de la poésie, voire de l’art tout entier. La limpide raison économique dicte, désormais, l’évolution des prix des ouvrages d’un art agonisant, et l’on ricane des valeurs romantiques d’antan. | | | | |
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| cité | | | Deux métiers peuvent être visés par un pouvoir politique : réparateurs d’injustices ou bergers de justice. Plus le premier domine, meilleure est la démocratie ; le goût pour le second mène souvent à la tyrannie. « Je n'aime pas l'idée d'être protégé par ces bergers qui ne sont pas de meilleurs animaux que nous, et qui bien souvent en sont de pires »* - Tocqueville. | | | | |
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| cité | | | De bonnes leçons politiques : ne pas promettre un ciel à la terre, ne pas compter sur les étoiles pour éclairer nos ateliers, ne pas rêver sur les engins de calcul. Et l’on finit par comprendre que le métier d’un politicien, juste et efficace, est, sur tous les points, semblable à celui d'un comptable. | | | | |
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| cité | | | Ce qui distingue la loi non-écrite de la loi écrite, c’est l’impossibilité d’incorporer dans celle-ci la notion de la honte, ou, plus généralement, de la noblesse. | | | | |
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| cité | | | Un aristocrate respecte les virtuoses de tous les domaines, de l’art à l’économie ; mais il déteste les riches. Celui qui les respecte est un plébéien ; et cette race, aujourd’hui, est dominante. | | | | |
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| cité | | | Une société a d’autant plus de facilité de tourner en une tyrannie, que ses membres se satisfont davantage de leur statut d’esclaves. L’homme révolté favorise la liberté des hommes. Même si la révolte, dans la plupart des cas, est mesquine, injuste ou artificielle. Si chacun va mal, tous ont plus de chances de bien aller. | | | | |
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| cité | | | Le mépris des riches ne se justifie que parce que les riches se considèrent dignes de leur richesse. L’inégalité matérielle est moralement répugnante. | | | | |
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| cité | | | Tous réclament un pouvoir d’achat (terme abjecte) augmenté ; personne ne cherche, plus simplement, plus d’égalité (terme noble) matérielle ; personne n’ose réclamer le droit à l’inégalité spirituelle. | | | | |
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| cité | | | Les tyrannies eschatologiques prônent des révolutions dans les commencements et peignent les avenirs radieux, tandis que le progrès socio-économique ne dépend que de la liberté de l’évolution, du développement encadré par la loi, vers l’état inertiel. L’état né (dernier) ne tient jamais les promesses de l’état naissant (premier). | | | | |
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| cité | | | Dans l’unité européenne actuelle, économique, on ne trouve aucune trace de la religiosité hébraïque, de la philosophie grecque, de la justice romaine – ces trois piliers de l’unité spirituelle d’antan. | | | | |
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| cité | | | Les pauvres et leurs faux défenseurs réclament plus de pognon à la fin de mois, tandis qu’il existe des moyens beaucoup plus simples, pour atténuer les inégalités : « Le moyen le plus direct pour réduire la pauvreté du peuple est de réduire la richesse excessive des riches » - Marc-Aurèle. | | | | |
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| cité | | | L’application sociale de la devise de la République forme, extérieurement, des citoyens, des nationalistes, des hypocrites ; elle ne rend, intérieurement, ni plus libre ni plus fraternel ni plus juste ; ces qualités ne se prouvent qu’en solitude. | | | | |
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| cité | | | Des professeurs repus, après leurs dîners en ville, lancent leurs révoltes prométhéennes, au nom de l’homme qui souffre, atrocement, des budgets et des impôts injustes. Ils dénoncent la perfidie des modes de scrutin, les promesses du bonheur non-tenues, les erreurs fatidiques dans le calcul du prix de l’essence. Dans leur amère solitude, ils s’offusquent de ce monde absurde, refusant un financement plus décent de leurs postes à durée indéterminée. | | | | |
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| cité | | | La justice est le devoir du plus fort et le droit du plus faible. | | | | |
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| cité | | | L’homme de l’égalité, en général, n’est pas doué pour la production ; l’homme de la liberté, en général, n’est pas porté sur la répartition. L’État démocratique, en fin de comptes, crée un semblant de fraternité assez équilibrée, en obligeant le premier à rester fidèle à l’idée de la liberté et en forçant le second à sacrifier une partie de sa fortune, au nom de l’égalité. La dictature de l’égalité idéologique amène la misère matérielle de tous ; la dictature de la liberté économique engraisse le fort et humilie le faible. | | | | |
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| cité | | | Les lois mathématiques sont nécessaires ; les lois scientifiques – possibles ; les lois sociétales – utiles, arbitraires ou superflues. | | | | |
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| chœur hommes | | | NOBLESSE : Les hommes acceptent tous les privilèges matériels, mais regimbent devant tout privilège spirituel, contre toute forme d'aristocratisme d'âme. Jadis, l'aristocrate fut avec les hommes qui prient, contre l'homme qui s'abêtit. Aujourd'hui, il aimerait mieux être, avec l'homme, plus près de la bête plutôt que, avec les hommes, se compromettre avec les machines. | | | | |
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| chœur hommes | | | VÉRITÉ : Quand un sage s'intéresse à la vérité, cela produit des confessions cafouilleuses ou des testaments injustes. Chez les hommes, la vérité ne se conçoit qu'en codes et modes d'emploi. Pour les hommes, le contraire de la vérité trouvée, c'est l'ignorance ; pour le sage - la vérité recherchée. Laisser les vérités enracinées enterrer leurs morts, les ressusciter par le langage. | | | | |
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| hommes | | | On entre dans une époque sans visages ni ailes ni piédestaux. Toute verticalité se mue, doucement, en une platitude, plus juste, plus performante. Tous les visages expriment la même certitude : je suis à ma place, ce temps est à moi, je sais où je vais. Troupeau lucide : « Reconnaître sa place - tout est là : c'est à dire devenir soi-même » - Bélinsky - « Узнать своё место - в этом всё, это значит сделаться самим собой ». | | | | |
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| hommes | | | L'esprit ému se mue en âme ; dans son état normal, l'esprit doit être imperturbable, froid, impartial, il est juge et non pas législateur. Laissons ce dernier rôle à l'âme, avec ses pulsions, ardeurs et fanatismes. Les hommes peuvent ne plus redouter ce déferlement des extrêmes, puisque leur âme devint atavique et inutile ; aujourd'hui, la justice est formulée et exécutée par le même robot de raison. Mais l'homme seul se moque de la raison superflue et devient, inévitablement, tyran et énergumène. | | | | |
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| hommes | | | Le sage suit la loi de la vie : désirer, appeler, accéder. Le sot - celle de la mécanique : accéder, appeler, désirer. Ne prend ses désirs pour réalité que celui qui en a des moyens ; désirer la réalité est une tâche pour andouilles. | | | | |
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| hommes | | | L'humilité est le contraire du culte de méritocratie : reconnaître qu'il existe des hommes plus dignes de ma fortune, et qui sont plus malheureux que moi (les méritocrates en sortent avec davantage d'orgueil ou de cynisme). Donc, être humble, ce n'est pas reconnaître quelqu'un plus puissant (Spinoza, l'humilité des chiens : « L'humilité est une tristesse, l'homme contemplant son impuissance » - « Humilitas est tristitia, homo suam impotentiam contemplatur »), mais, au contraire, - plus digne, quoique plus faible (l'humilité du fort). | | | | |
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| hommes | | | Les mauvaises révoltes : celle de l'étendue - les hommes manqueraient de savoir ou d'ouvertures, ou celle de la profondeur - la vérité ou la justice manqueraient aux hommes. La bonne révolte est celle de la hauteur - l'oubli, par les hommes, des astres et des rêves. | | | | |
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| hommes | | | Le sage antique fut complice du poète, dans l'escamotage de la vie. Le sage moderne enfanta le juste et le naturel, qui bannirent la passion injuste et le culte de l'homme inventé. Du divorce entre la raison et le rêve ne survécurent que des enfants-monstres : la machine et le hasard. | | | | |
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| hommes | | | Trois regards sur l'humanité d'aujourd'hui : l'historique, l'éthique, le personnel. C'est la société la plus juste, la plus intelligente, la plus généreuse. C'est un troupeau sans âme, sans rêve, sans horizons. C'est une meute d'impitoyables hyènes, un réseau de robots solidaires écrasant toute espèce non beuglante ou non calculante. | | | | |
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| hommes | | | Les déceptions vaudevillesques font détester la vie, injuste et mesquine ; mais plus on est sensible au tragique, plus vibrant est l'acquiescement à la vie, juste et grandiose. C'est le sens de tragédie qui rend sensible à la musique des mots et sourd au bruit des actions ; privé de ces bons filtres et muni de seuls amplificateurs, on dit : « Les actions sont la première tragédie de la vie, la seconde, ce sont les mots » - Wilde - « Actions are the first tragedy in life, words are the second ». | | | | |
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| hommes | | | Une bien étrange règle, et qui traduit peut-être une justice, qui nous échappe : les hommes peuvent proclamer la grandeur divine sur trois registres disjoints : par l'acte du cœur, par le mot de l'esprit, par la musique de l'âme, mais les meilleurs écrivains sont éclopés du geste, les meilleurs musiciens sont débiles dans le mot, les meilleurs des actifs se foutent et du mot et de la musique. Et puisque, sur cette échelle ascendante, la musique paraît être le langage de Dieu et le geste - Son modèle, la portée du mot consisterait à savoir composer ou peindre des gestes musicaux. | | | | |
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| hommes | | | Le surhomme et la guerre nietzschéens appartiennent au monde intérieur d'un individu et n'apparaissent jamais sur la scène publique. Sa guerre n'oppose ni races ni classes, mais le sentiment acquiescent au ressentiment envieux, une Thémis céleste à une Némésis terrestre. | | | | |
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| hommes | | | La définition cartésienne des animaux, en tant que machines, est étendue, aujourd'hui, à l'homme. Tant que l'injustice ou l'irrationnel hérissait le paysage humain, l'homme avait une chance d'échapper à la mutation en machine. Tous les Descartes modernes abandonnèrent cette ultime réticence et déclarèrent la justice - terrain non-déconstructible (Derrida) et même le seul. La honte des sens et l'ironie du sens - les seules facettes humaines, que la machine ne reproduira jamais ; quant au reste, Valéry a raison : « Le modèle Machine doit être pris comme base du système Homo ». | | | | |
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| hommes | | | Finis, les solos, même ceux de clavecin ou de tambour, s'adressant aux salonniers ou aux héros. De nos jours, on réunit aisément des orchestres, avec baguettes de la Bourse, violons des gazetiers, fifres du peuple, flûtes des intellos, fanfares du barreau. Et son auditoire, c'est le monde entier. | | | | |
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| hommes | | | Quand je lis les propres réflexions de ceux, qui voient la place de la pensée valéryenne dans un album pour filles, j'y tombe sur un ennui, épais et plat, qui paralyserait et poétesses et duchesses et concierges. Même Sartre est comique, lorsqu'il parle de l'ignorance de Valéry (ce qui est aussi statistiquement juste et intellectuellement bête que de trouver, que Dieu n'est pas un artiste). Comment leur faire comprendre, que ce n'est pas le savoir, mais le savoir du savoir, le temps hors du temps, idea ideæ, qui est signe d'un esprit supérieur ? Leurs réponses aux questions des autres sont incolores ; aucune envie de répondre à leurs questions grisâtres. Je ne sais même pas, si Sartre est un peu intelligent ou non. | | | | |
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| hommes | | | Quand on voit l'homme d'aujourd'hui, pleurnichant sur sa solitude, mais manquant de toute noblesse de pensée ou d'acte, on se dit, que peut-être la voix moyenne de la multitude n'est pas très différente. Le plus grand nombre pense ne pas faire partie de la multitude, qu'il voit haineuse et sotte, tandis qu'elle est prude, gentillette et de plus en plus avisée, mais elle se réduit à la loi statistique du grand nombre. | | | | |
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| hommes | | | La justice étant, à l'époque, une notion vague, liée aux caprices des âmes sensibles, on l'associait à la noblesse. Cette justice intuitive s'opposait à la recherche du seul profit, ce qui était signe de goujaterie. Le profit faisant désormais partie de la justice écrite, les profiteurs se déclarèrent nobles. La noblesse, freinant l'appât du profit, est condamnée ; les nobles avalent leur honte sur le banc des accusés, au Palais de Justice des profiteurs. | | | | |
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| hommes | | | Joli paradoxe : dans ce siècle anti-musical, dans aucun autre domaine le déferlement mécanique n'est aussi flagrant que dans … la musique, qu'il s'agisse de symphonies ou de chansons des albums. Ce phénomène est semblable à la défense anachronique de la vérité et de la justice (dont la maréchaussée et le fisc s'occupent mieux que les révoltés de métier) et la dénonciation des interdits, des tabous, des persécutions (n'existant que dans des cerveaux fébriles, prétentieux et vides). | | | | |
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| hommes | | | Dans la recherche du bonheur du plus grand nombre, je salue l'esprit moutonnier et robotique, il est juste et efficace. C'est de voir des âmes, livrées aux mêmes tares esthétiques, mais recherchant le bonheur individuel, qui me donne la nausée. | | | | |
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| hommes | | | Une nation est définie par son corps, son esprit, son âme, c'est à dire – par sa société, sa civilisation, sa culture. Je me sens étranger dans la société russe (à cause de sa grossièreté et sa servilité) et dans la société française (à cause de sa mesquinerie et sa sensibilité atavique). La littérature, la musique, le théâtre russes me sont aussi proches que la philosophie allemande ou la littérature française. Enfin, la civilisation, c'est à dire les libertés, l'État, la justice, m'attachent à la France beaucoup plus qu'à la Russie. | | | | |
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| hommes | | | Des intelligents, des savants, des justes, des inventifs, des heureux – aucune époque n'en disposait autant que la nôtre. Une seule catégorie dégringola, celle de rêveurs, à cause du dépérissement de leur organe, l'âme. | | | | |
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| hommes | | | Il est bienséant, aujourd’hui, d’être en révolte permanente, pour sauver la liberté agonisante, en gagnant plus de pognon. | | | | |
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| hommes | | | Dans ce monde, il y a de pus en plus de justice et de vérité ; c’est la poésie qui s’en va. « Hors de la poésie, entre notre regard et le champ parcouru, le monde est nul » - R.Char. Le regard, toujours recommencé, est tout, et tout parcours est nul ! | | | | |
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| hommes | | | Tant de voix grégaires pestent contre la décomposition, la putréfaction, la dégénérescence du monde, là où je ne vois que trop d’ordre, de raison, de sens, de justice et même d’intelligence. Il ne manque à cette perfection mécanique qu’un peu d’âme. | | | | |
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| hommes | | | Par rapport aux siècles précédents, le nôtre gagne en intelligence, en tolérance, en justice, mais perd en tendresse. « La civilisation d’aujourd’hui, c’est la platitude des âmes » - Koublanovsky - « Цивилизация наших дней уплощает души » - l’âme devrait se tourner du côté de la culture ou de la nature, et non pas de la civilisation. | | | | |
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| hommes | | | Jamais il n’y avait autant de théâtres, bibliothèques, librairies, que de notre temps, et jamais la notoriété de la culture et de ses porteurs n’était aussi basse. L’irruption de la masse sur la scène publique en est la raison principale, et non pas un abrutissement quelconque ; jamais, à l’échelle de l’intelligence, de la justice et de l’efficacité, l’esprit collectif n’eut un tel poids, tandis que la grâce des âmes individuelles devint impondérable aux balances robotisées. | | | | |
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| hommes | | | La modernité : tout ce qui est communément légal ne te déshonore pas ; jadis : tout ce qui, à tes propres yeux, te déshonore - t’est illégal. | | | | |
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| hommes | | | Seuls les Codes et la correction politique définissent, aujourd’hui, ce qui est vice et ce qui est vertu. Donc, « rendre aimable le vice ou dégrader la vertu » (J.Joubert) sont des exploits d’une même platitude insignifiante. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la notion de valeur n’effleurait qu’une partie infinitésimale des hommes, le reste se contentant de vivre selon l’instinct. Les valeurs, réglementaires ou monétaires, devinrent l’apanage de la foule déblatérante, et aux instincts vitaux individuels se substituèrent les algorithmes communs. Il devint difficile de distinguer le mouton du robot. La banalité juste évinça la volupté injuste. | | | | |
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| hommes | | | La grande littérature ne valait que par le chant langagier qui sortait des meilleures plumes ; depuis que nos scribouillards ne font qu’éructer leurs dénonciations des injustices fiscales ou détailler les parcours des intendants des finances, l’ennui, émanant de leur gribouillage, égale celui des polars, de la science-fiction, des bandes dessinées. | | | | |
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| hommes | | | L’unité française se créa grâce, en grande partie, à l’ethnocide (occitan, provençal, breton, lorrain, alsacien, corse), mais le résultat est admirable ; à la longue, la culture divine justifie l’injustice humaine. | | | | |
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| russie | | | La souffrance incite à la haine, dit l'Occident, et en l'éradiquant il bâtit une justice. La souffrance mène à l'amour, dit le Russe, et en l'encensant il se paralyse. Dès qu'il voit un malheureux, le Russe se répand en lamentations résignées et compatissantes, là où l'Européen chercherait une administration défaillante, un médicament ou une blague. | | | | |
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| russie | | | Le bien et le mal se pétrifient, par un fanatisme ou par un souci de clarté, dans une justice normative des hommes. Le Russe, étranger au fanatisme et ennemi de la clarté, reste à l'écart de cette rigidité salutaire. | | | | |
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| russie | | | En matière conjugale, la (in)fidélité aurait dû être confiée au jugement de la seule Aphrodite, tandis que les Français la renvoient au Tribunal Administratif (tromper) et les Russes, carrément, - à la Cour Martiale (изменять - trahir). Les Allemands, moins mélodramatiques, la classent dans les exercices athlétiques (Seitenprung - sauter latéralement, en acception intransitive…). | | | | |
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| russie | | | Un bel amour entre le Rêve et la Justice aboutit à la naissance d'un avorton. Le père, stérilisé de force, creva de honte, la mère se vendit au plus offrant, leurs ébats de jadis déclarés criminels. L'histoire du communisme russe. | | | | |
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| russie | | | Tant de barbarie russe s'explique par une lecture abusive de la juridiction démocratique : dura lex - dura, en russe, voulant dire niaise. | | | | |
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| russie | | | Le cimetière et le bagne ne quittent toujours pas le paysage mental russe, à la pitié pittoresque et à la loi mal entretenue. « Toute l'Histoire de Russie, avant Pierre le Grand, n'est qu'affaire des pompes funèbres, et après - de la police judiciaire » - Tiouttchev - « Русская история до Петра Великого сплошная панихида, а после Петра Великого - одно уголовное дело ». | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel européen - un partisan de la justice, orgueilleux, au cœur de la société ; l'intellectuel russe - un juste, humble et marginal. Le premier déniche des abus et formule des propositions de lois ; le second se lamente de l'imperfection humaine et avale son amertume. Lycurgue ou Socrate. | | | | |
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| russie | | | Avec la question de l'origine de la tragédie communiste, on gagne en lucidité en répondant, successivement : puisqu'il y avait des salauds en Russie, puisqu'il y en avait dans des pays satellites, puisqu'en tout pays on peut trouver des hommes généreux. Cette idée généreuse est condamnée à l'horreur, car : une fois l'idée érigée en raison d'État, inévitablement, des salopards conformistes accéderont au pouvoir et des innocents auront peur de leur innocence. | | | | |
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| russie | | | Dans un pays libre, l'homme a, en tant que son prolongement, - la loi, la propriété, la connaissance de ses droits ; et l'on finit par ne plus voir son essence nue, qui était si visible en Russie : « La Russie est un laboratoire, où l'homme est réduit au strict minimum, ce qui permet de voir ce qu'il vaut » - Brodsky - « Россия - это лаборатория, в которой человек сведён до минимума, и потому ты видишь, чего он стоит ». | | | | |
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| russie | | | L'absence du sentiment du droit, chez les Russes, est un vide du même ordre que « l'un des inconvénients du caractère français, l'absence du sentiment du devoir » (Delacroix). Et c'est dans leurs vides respectifs qu'ils font évoluer leurs génies, remplis du sentiment contraire. Comparez avec ceux, d'outre-Atlantique, qui ont les deux et où dorment, à la fois, et la conscience et l'élan. | | | | |
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| russie | | | À l'occasion du trépas de l'URSS, on planta le dernier clou dans le cercueil de l'Histoire (pour l'enterrer juste à côté du Dieu et de l'art, défunts un peu plus tôt), c'est à dire dans celui de l'homme, qui ne peut être vivant qu'animé d'un rêve. « Hegel se trompa de 150 ans : la Fin de l'Histoire, ce n'est pas Napoléon, c'est Staline » - Kojève. Finis, le frisson de la fraternité et la noblesse de l'égalité ; la voie est libre pour le seul survivant - le robot, juste, libre, rassasié. | | | | |
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| russie | | | Les apprentis-philosophes français, viscéralement anti-russes, cherchent dans les récentes expéditions russes au Caucase les seuls parallèles avec ce que Pol-Pot infligeait à Pnom-Penh ou Hitler - à Varsovie. Elle est si nette et si sans appel, leur frontière entre justes et injustes. Je ne sais pas, où ils mettent les oubliés de Léningrad et Stalingrad, martyrisés par des barbares injustes, mais j'aurais pitié des enfants de Dresde, Berlin ou Hiroshima, crevant de la main des barbares justes. | | | | |
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| russie | | | La vie, pour un Russe, est un défi à toute norme, et la corruption de ses propres mains lui donne plus de prétextes pour pérorer, pathétiquement, sur la pureté de son âme. « Si la loi était respectée à la lettre et les pots de vin étaient bannis, aucune vie ne serait plus possible en Russie » - Herzen - « Если бы в России строго выполнялись все законы и никто не брал взяток, жизнь в ней была бы совершенно невозможна ». | | | | |
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| russie | | | Un consensus règne chez les Européens sur l'essentiel - la liberté, la démocratie, la justice ; il ne leur reste, comme sujet de débats, que l'ennui des détails techniques d'imposition ou de budgétisation. Chez les Russes, ce consensus ne touche que le secondaire - l'arbitraire, le caprice, l'improvisation comme règles de la vie sociale ; pour assaisonner cette bouillie dans les têtes, ils se saoulent de débats, passionnants et stériles, sur la liberté, Dieu, le sens de l'existence ; en attendant, la justice, face aux dissidents, y garde toujours la même nature – le harcèlement et la vindicte. | | | | |
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| russie | | | La lumière, la loi, le courage, la voix - tout est broyé en Russie par des courants souterrains infernaux et inhumains. « La Russie, ce royaume des ténèbres, de l'arbitraire, d'un silence apeuré, des disparitions sans sillage » - Herzen - « Россия - царство мглы, произвола, молчаливого замиранья, гибели без вести ». | | | | |
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| russie | | | Les ogres au pouvoir, ce n'est pas une exclusivité française. « Le souverain russe est civilisé, son peuple ne l'est pas. En France, c'est l'inverse » - Talleyrand. La Russie en eut, elle aussi, mais ni ses huttes ni ses palais ni ses camps ne furent tempérés par un Code Civil, le bon plaisir des uns et des autres réglant le fouettage, la fraternisation ou le régicide. « En Russie, la sévérité des lois est tempérée par leur non-respect » - Wiazemsky - « В России суровость законов умеряется их неисполнением ». | | | | |
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| russie | | | Les révolutionnaires russes : l’adulation du peuple, aux vertus imaginaires, la haine du pouvoir, aux vices imaginaires, – le gouffre entre les justiciers et la justice. L’évolutionniste européen : l’adaptation des droits de l’homme et du droit écrit – à la réalité politico-économique – le rapprochement entre la nation et l’État. | | | | |
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| russie | | | La pitié accompagne les gestes de tous les Russes, même des bourreaux russes. « L'esprit compatissant russe suspend ses jugements » - V.Woolf - « The compassionate Russian mind is inconclusive ». Le bagnard et le moujik s'en consolent, le voleur et le pochard s'en enhardissent, le juge et le législateur s'en découragent. « Sans justice, l’État n’est qu’une bande de brigands » - St-Augustin - « Sine justitia quid sit regnum nisi magnum latrocinium ». | | | | |
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| russie | | | Plus il y a de consciences troubles, chez les princes de ce monde, mieux se porte l'art, que les mécènes favorisent mieux que les ministères. L'immense pillage, auquel se livrèrent récemment les oligarques russes, rendit leur sommeil fragile, ce qui promet, en Russie, une prochaine résurgence des talents bien payés, en attendant que la Loi, et donc la paix d'âme, ne fasse retourner ces sponsors au seul lucre. | | | | |
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| russie | | | La grandissime originalité de la culture russe est dans la séparation entre les moyens et les buts, la technique et l'émotion, le visible et le lisible. L'inévidence dans les premiers, l'homme comme le point d'accommodation des seconds. Dostoïevsky semble s'emmêler dans la politique et le fait divers, tandis qu'il joue sur la corde de l'homo credens. Tchaïkovsky nous mène vers un état d'âme, un lieu, tandis que l'émotion éclate ailleurs. Tolstoï disserte sur l'histoire ou la justice, tandis que son vrai discours ne vise que l'homme solitaire. Tchékhov étale des platitudes, parmi lesquelles, soudain, naît une émotion irrésistible. | | | | |
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| russie | | | Destin n'évoque que l'arrivée (destination), Schicksal - que le départ (schicken - envoyer), судьба - que le parcours (banc des accusés dans un tribunal - суд). Piètre concept, la joie ampoulée des creux, des tenants affairés des sentiers battus qu'on proclame prédestinés. Le sage est le chemin même. | | | | |
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| russie | | | Pour comprendre pourquoi, dans la manipulation de la vérité, l'Allemand est si méticuleux, le Russe - si effronté et le Français - si circonspect, il suffit de remarquer, que la Wahrheit est proche de la sauvegarde (bewahren), la pravda - du bon droit (право), la istina - de l'être (есть), le verum (le mais disjonctif) - de la réserve. | | | | |
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| russie | | | Par-donner (ver-geben, for-give), pourquoi ce donner autoritaire ? En russe, c'est pire, простить signifiant carrément rendre à la liberté, rendre simple (простой). En latin, ignosco se réduirait à tout simplement fermer les yeux, ce qui serait le plus juste et le plus noble. | | | | |
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| russie | | | La commisération russe pour les humiliés est grande, puisque grande est l'humiliation, infligée par l'arbitraire des brutes. En Europe, la loi a assagi les brutes, et l'on n'y compatit qu'à la souffrance, due au non-respect des codes. | | | | |
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| russie | | | La beauté et l'ordre rendent notre esprit objectif et juste ; la laideur et la violence rythment le quotidien russe, et en essayant de lui échapper, le Russe croit rencontrer l'âme, qui ne peut être que subjective, sporadique et partiale. | | | | |
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| russie | | | La Révolution française annihilait les privilèges, la Révolution russe annihilait les privilégiés ; la Révolution française prônait la Raison et la Loi, la Révolution russe prônait les passions et l’arbitraire ; la Révolution française portait la guerre hors de ses frontières, la Révolution russe déclenchait la guerre civile ; la Révolution française ridiculisait la superstition magique, la Révolution russe lui substituait une superstition idéologique ; la Révolution française compromettait le pouvoir des tyrans, la Révolution russe produisait les pires des tyrans. | | | | |
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| russie | | | Destinée nous sourit. Schicksal nous est envoyé (la source) ; soud'ba (судьба) résulte d'une délibération (le procès) ; destinée désigne un verdict (l'arrivée). « Schicksal retentit comme une fanfare, soud'ba s'écroule » - O.Spengler - « Schicksal klingt wie eine Fanfare, ssudjba knickt ein ». | | | | |
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| russie | | | Pour apprécier la démocratie, il faut le primat de la loi, tandis que les Russes, de tout bord, voient dans le mépris de la loi, le svoïévolié, l'arbitraire, - le fondement de leur existence. Dans une dictature, saignent non seulement les cœurs, mais aussi les cerveaux et les corps, ce qui afflige et déboussole les Russes beaucoup moins que la mesquinerie démocratique. Minable en tâtant de la démocratie, tragique - sous tout autre régime. | | | | |
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| russie | | | Là où l’Européen s’attend à la compréhension, à la générosité, à la justice, le Russe ne compte que sur le sacrifice. « Nécessité du sacrifice : la grande idée qui a présidé à toutes les époques de l'histoire russe, traversé l'esprit russe, imprégné l'âme russe, inspiré la culture russe » - D.Fernandez. | | | | |
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| russie | | | La haine, provenant d’un sentiment d’injustice, finira par s’assagir ; la haine, qui n’aurait pour ancêtres que la barbarie, ne peut déboucher que sur une folie meurtrière – tel est le bilan du bolchevisme. « L'aboutissement bolchevique de la cruauté et de la férocité, évoluant vers une folie de la haine universelle » - B.Russell - « The Bolshevik outlook is the outcome of the cruelty and the ferocity, maddened into universal hatred ». | | | | |
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| russie | | | Dans leur recherche fébrile d’appuis, les tyranneaux russes modernes, illettrés et grossiers, en trouvèrent un seul – Dieu, matérialisé par une Église, corrompue et fanatisée. La liberté et l’égalité, la révolution ou la démocratie, les droits de l’homme ou la justice indépendante sont, à leurs yeux, des écarts par rapport à la voie divine qui recommande la servilité, l’hystérie, le knout, le poison. | | | | |
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| russie | | | Un siècle après sa Révolution exterminatrice, la Russie est encore plus perdue, plus haineuse, livrée aux caprices crapuleux de ses tyranneaux, aujourd’hui – bandits contre-révolutionnaires. « XX-me siècle… - sans toit ni loi, les ténèbres se propagent, terrifiantes » - A.Blok - « Двадцатый век… Ещё бездомней, ещё страшнее жизни мгла ». | | | | |
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| russie | | | Les Espagnols mirent 20 ans, pour se débarrasser définitivement de l’héritage musulman – de l’acceptation de la terreur comme mode de domination. Les Russes gardent, depuis sept siècles l’abject héritage mongol – l’indifférence pour la liberté. « Indifférent à la justice, ce peuple ne reconnaît ni la dignité humaine ni l’homme libre ni la pensée libre »** - Pouchkine - « Народ равнодушный до справедливости, народ, что не признает ни человеческого достоинства, ни свободного человека, ни свободной мысли ». | | | | |
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| russie | | | Jamais le tableau de la Russie du XXI-me siècle ne fut aussi précis que celui qu’en produisit, un siècle plus tôt, A.Gide : « De cet héroïque et admirable peuple, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes ». | | | | |
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| russie | | | Avant le coup d’État bolchevik, la Russie impériale comptait une pléiade d’artistes extraordinairement doués ; mais dans la Russie de la racaille actuelle, personne, généalogiquement, ne s’en réclame. En revanche, ces goujats se gargarisent d’être descendants de la noblesse, d’officiers ou d’archimandrites, de marchands de bois ou de fabricants de cartons. La corruption fut la source de la fortune de ces deux générations de ploucs. | | | | |
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| russie | | | Tous les humanistes voyaient dans l’éducation du peuple le moyen le plus sûr pour adoucir les mœurs. Et pourtant, jamais on n’a vu autant de férocité qu’après l’annonce triomphale, en Russie soviétique, de l’alphabétisation totale des paysans. | | | | |
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| russie | | | Des tyranneaux en puissance existent partout, mais dans les pays démocratiques, la loi limite leurs appétits. Les lois étant excessivement élastiques dans la Russie de l’arbitraire général, chaque esclave peut trouver un domaine – familial, social, professionnel – où il puisse exercer, en toute impunité, ses lubies tyranniques, il devient tyranneau en acte, il « expie, par une soumission avilissante, l’espoir d’exercer la tyrannie chez les autres » - Custine. Si un Russe n’est pas esclave, il n’est pas tyran, mais c’est un cas rare. | | | | |
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| russie | | | Deux courants, l’un économique et l’autre politique, décrivent, respectivement, la normalisation et la chute russes. Le premier est une américanisation – progrès de la civilisation (hôtels, restaurants, imprimerie, oligarques) et la banalisation de la culture (primat des journalistes et économistes, platitude littéraire et théâtrale). Le second est une mongolisation – tyrannie, brutalité, violence, arbitraire. | | | | |
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| russie | | | À première vue, l’horreur soviétique, pour un intellectuel, était due au marxisme-léninisme réel, le privant d’une liberté spirituelle. Plus tard, il comprend que cette horreur provenait de la populace qui, tout en ignorant ce qui est une liberté quelconque, la déteste, préfère le knout à la Loi et cherche, elle-même, à jouer au tyranneau au sein d’un groupe familial ou social. | | | | |
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| russie | | | 1812, 1941, 2022 - trois confrontations entre l’Occident et la Russie : la politique (pour dominer), la raciale (pour soumettre), la juridique (pour défaire les envahisseurs) ; coalitions de 10, 30, 75 pays. Avec, à la tête de la Russie : un Européen raffiné, un Asiate sanguinaire, un mafieux véreux. Les résistants russes : aristocrates et cosaques, humiliés et vengeurs, mercenaires et ivrognes. | | | | |
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