préface
Ce livre pourrait servir de faire-part d'un triple deuil. Placé, par des hasards du sang et des alliances, dans la lignée des déshérences, je suis l'un des rares à pleurer simultanément les trois disparus. Je porte en moi les trois défaites du siècle écoulé : la poésie, l'humanisme et la Russie. À chaque défunt me lient des hautes joies et des profondes amertumes dont je dresse ici les couronnes mortuaires, en veillée funèbre commune. Pour éviter toute erreur sur l'identité de ces personnes, il faut en présenter les antonymes bien portants, faussaires testamentaires : le contraire de la poésie s'appelle l'empreinte ou l'inertie, le contraire de l'humanisme - la loi du nombre, le contraire de la Russie - le monde des robots. Une ombre du sacré évanescent monte de mes encens incertains.
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préface
Donc, aujourd'hui, - rendez-vous avec la langue française. Des germes et des gerbes de mots, voulus comme soupirs, râles ou murmures. Et la réception imprévisible ; même si l'on déjoue le sens et même le rythme, que de mélodies cassées, étouffées avant d'être amplifiées par la complicité langagière ! Toutefois, dans la vie, pas moins que dans les grammaires, je fus souvent obligé de jouer la carte de l'étranger et de l'exilé, exilé de plusieurs pays et langues. Je m'accommode de ne pas connaître les dernières volontés des mots dévoilées seulement aux vrais enfants du pays, je tente de deviner, je me contente de guetter, - ce qui aurait pu animer leur volonté première. La mort d'une civilisation, comme la mort d'un verbe, s'annoncent, paraît-il, par une dégénérescence de la grammaire présentant les mêmes symptômes, quel que soit l'empire sur le déclin. En revanche, dans la naissance au sein d'une langue, tout déchirement est exception, et tout gazouillement de nourrisson est idiomatique.
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préface
Périodiquement, pendant les quatre siècles précédents, Pascal, Hegel, Nietzsche et Valéry nous proclamaient déjà orphelins de Dieu, mais celui-ci revint en force, plus jovial et sain que jamais, incarné dans des idoles socio-économiques et confirmé par des miracles en béton. Les annonciateurs optimistes comptaient sur la résurrection de Dionysos, c'est Mercure qui plante partout ses lieux de culte. Le Mercure des marchands et non le Mercure des messagers et des interprètes. Avec la puissance des messageries les messages se dévitalisent, et les interprètes, qui nous inondaient jadis de rimes et de rythmes, sont à leur tour submergés par le déferlement de protocoles et de modes d'emploi, les genres qui sont aujourd'hui au service aussi bien des platitudes surfaciques que des profondeurs volumiques. À l'ampleur impassible et toute robotique qui envahit tous les livres de la cité, je veux opposer une hauteur sans échelle ni fondations, séjour d'ironie et de honte, substitut des déserts disparus. Mais que devient son destinataire ? - l'homme est à l'agonie, tandis que ses héritiers putatifs, le mouton et le robot, égarèrent sa dernière volonté.
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préface
IRONIE : L'aveu de l'impuissance de l'intelligence et de la puissance des mots. Ce qui ne nous laisse pas séjourner trop longtemps parmi les Solutions, nous rapproche des frontières Problématiques et nous expulse vers le Mystère de notre choix.
L'ironie-Mystère est la mort ; l'ironie-Problème est la vie ; l'ironie-Solution est l'égale distance entre les deux.
On veut le mot ironique ; on peut l'acte ironique ; on doit la pensée ironique.
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préface
NOBLESSE : Le terme n'est pas très recommandable aujourd'hui. Je suis un suppôt de la démocratie, je n'en suis néanmoins pas le chantre. La noblesse permet de garder la tête haute dans les immondices des Solutions. La noblesse aimante les aiguilles qui pointent vers les plus défiants des Problèmes. La noblesse préserve le poids du Mystère disparu.
La noblesse-Mystère est la dignité devant la mort ; la noblesse-Problème est le sacrifice et la fidélité ; la noblesse-Solution est le devoir.
On veut un comportement noble ; on doit suivre du regard des descriptions (tableaux) nobles ; on peut se mesurer aux structures (échelles de valeurs) nobles.
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préface
SOLITUDE : Le seul réceptacle de la première joie du Mystère. Une fois visité par Celui-ci, tu pourras Le porter même dans des foires. C'est dans la solitude que tu confirmes Ses frontières avec les Problèmes et les Solutions que la vie tend à effacer ou à embrouiller.
La solitude-Mystère est la prière ; la solitude-Problème est le dialogue ; la solitude-Solution est le refus du suicide.
Dans la solitude tu veux ce que d'autres ont ; tu peux ce que d'autres n'ont pas ; tu dois faire comme si d'autres y étaient.
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action
Quitter le monde tel qu'on l'a trouvé, monde des choses. Vivre dans le monde où il ne se passe rien (« poems make nothing happen » - W.Auden). Ne pas chercher à transformer ni à transvaluer ; je sais que même les tentatives de traduire le « en soi et pour soi » en « en moi et pour moi » finissent par me faire envahir par le temps et par les lieux, dont est libre le soi inconnu, immobile et insituable, au-dessus des objets et des sujets, de l'essence et de l'existence.
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action
Les actions sont des tumeurs de l'espace, comme le bon sens est une tumeur du temps. Ce sont les échecs de parcours, il faut les laisser crever, mourir de leur propre mort. Les échecs de départ, échecs fondateurs (Sartre), ou les échecs d'arrivée, échecs d'implexe (Valéry), les seuls à pouvoir servir de leçons et donner la mesure à l'étendue ou à la durée de mon exaspération.
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action
On aime l'arbre, car il est un cortège de naissances et de morts, sans connaître d'interlude pourri des actes.
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action
L'espérance est la foi dans la valeur d'une âme intraduisible en actes ; dès que cette foi se disloque, aucune raison de vivre ne t'accompagnera plus. Le suicide pourrait être vécu comme un refus d'agir, à l'opposé des activistes : « La mort volontaire ne devrait pas être une fuite devant les actes, mais un acte de plus » - Plutarque.
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action
Au-dessus des tombes, les larmes les plus belles se versent au sujet des mots non-dits, des regards non croisés et des actions non osées - l'esprit d'escalier.
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action
La désespérance aurait dû dégoûter de toute action, mais regardez ses tenants, jusqu'au cou dans l'agitation gluante et piétinant le rêve. L'espérance aurait dû auréoler l'action, mais je vois ses champions paralysés, devant le rêve agonisant (action et agonie – deux mots d'une même origine !). L'espérance des ténèbres silencieuses, la désespérance de la lumière criarde.
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action
L'agir nous oriente vers l'avenir, où s'impatiente notre mort ; l'écrire nous renvoie au passé, où naît la vie. Mais si le temps n'est pour vous qu'une abstraction sans vie, vous direz : « Écrire, c'est ne plus mettre au futur la mort toujours déjà passée » - Blanchot - au lieu de : agir, c'est ne jamais mettre au passé la vie encore à venir.
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action
Au lieu de rester immobiles, pour se réjouir du souffle ardent de la vie, ils s'agitent pour échapper au souffle glacial, derrière leur nuque. Rien ne sert de courir, puisque « la mort rattrape même celui qui court » - Horace - « mors et fugacem persequitur virum ».
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action
J'aime l'arbre non seulement à cause de son rêve fleuri et plein d'ombres, côté vie, mais aussi à cause de son immobilité lumineuse, puisqu'il n'a qu'un pied, et il est dans la tombe, côté mort. Et tant mieux si « l'arbre ne fascine pas tout le monde » - Virgile - « non omnes arbustos iuvant ».
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action
Toute action a un sens dans le temps (elle s'y appellera acte) et en a un autre - hors du temps ; on les attache à l'être ou au devenir, à la vie ou à la mort, au salut ou à l'absurde. Et puisque l'art est tentative d'insuffler de la vie, d'apporter de l'oubli ou de la consolation, il doit faire oublier le temps.
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action
Horrible et absurde, avec de telles épithètes le sot affuble et accable la vie, pour justifier les miasmes de son action ; le sage applique les mêmes – aux prémisses de la beauté et du rêve, pour rendre encore plus mystérieux son enthousiasme et son admiration. La vie de l'esprit, la vie sociale, est trop pleine de sens et de transparence ; la vie de l'âme, la vie artistique, offre un vide béni, où doit retentir la musique, insensée et impénétrable.
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action
L'immobilité, elle aussi, est une illusion de rester en tête-à-tête avec la vie, en manipulant paisiblement des lumières passagères, au milieu de mes ombres ; ce stratagème permet d'esquiver le rendez-vous, que me donne la mort, à tout carrefour des chemins, puisque « toute course, qu'elle soit vers le soleil ou vers la nuit, conduit à la mort » - H.Hesse - « jeder Lauf, ob zur Sonne oder zur Nacht, führt zum Tode ».
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action
C'est l'exigence musicale qui plaide pour l'immobilité ; quelle musique puis-je écouter en mouvement ? - une marche régimentaire, foiresque ou funèbre. Mais toute belle musique me parle de mes défaites, tandis que je porte en moi, comme tout le monde, un besoin de victoires, que seuls le recueillement et l'immobilité apportent. Et en tête-à-tête avec la musique, immobile, je me « précipite vers une défaite, car seule la précipitation vaut preuve » - Badiou - preuve de ma victoire !
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action
Tant que tu veux écrire, essaie de ne pas agir ; pour, éventuellement, terminer par : « Plus de mots. Qu'un geste. Je n'écrirai plus » - Pavese - « Non parole. Un gesto. Non scriverò più ».
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action
Un rêve, hélas, inaccessible : vivre ce que je suis – je vis un devenir, qui n'est jamais fidèle à l'être inspirateur. Mais la fausse réalité : je suis ce que je vis – est pire, puisque mes gestes et mes mots cherchent l'ampleur ou la profondeur, tandis que mon être ne quitte jamais la hauteur. La vie se fige, oublie ou perd son élan - un vivant instantané sans un créant éternel.
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action
Vivre des tempêtes (de l’espérance) et toucher aux gouffres (du désespoir), sans quitter le rivage, soupirer - « Suave, mari magno… » (Lucrèce). Nietzsche a tort de pousser le philosophe vers le navire en perdition - troquer ses ruines contre une épave ? Pour exposer le meilleur des arts de navigation, le naufrage n'est pas un but suffisant, mais une contrainte nécessaire. « Navigare necesse, vivere non necesse » (Plutarque) - que des Hanséatiques ou internautes s'en accommodent, affaire d'échanges, lucratifs ou ludiques.
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action
L'inertie prosaïque de l'action s'oppose à ces deux mystères : la créativité des commencements et le tragique de la mort. « À tout commencement préside un miracle » - H.Hesse - « Jedem Anfang wohnt ein Zauber inne ». La liberté du premier pas nous illumine ; mais le dernier restera obscur. « Les hommes ne sont pas nés pour la mort, mais pour le commencement »*** - Arendt - « Men are not born in order to die but to begin ». Vivre des commencements, nunc coepi !, c'est avoir son regard, c'est à dire être sensible au miraculeux omniprésent. « Comme enchanté, l'être se dérobe ; en mille lieux il n'est que commencement »** - Rilke - « Noch ist uns das Dasein verzaubert : an hundert Stellen ist es noch Ursprung ».
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action
Les armures des actes et des convictions font oublier la fatalité du coup de grâce du brigand à la faux sans merci, notre créditeur accusateur et désarmant. Penser, c'est se dépenser dans la honte, incorrigible, tandis qu'agir, c'est s'empêcher de rougir, impénitent.
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action
Tant de litanies, pour qu'on accomplisse chaque acte de sa vie, comme s'il était le dernier. Tandis que l'artiste, jaloux de bon Dieu, le veut premier, sans qu'il soit le dernier. « Vis chaque jour, comme s'il était le premier et le dernier » - Angélus - « Lebe deinen Tag als ob es dein erster und dein letzter wäre ». Le sage, cherchant un écho, s'arrête à l'avant-dernier. Les autres accumulent les n + 1 - èmes.
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action
On est obligé de marquer son territoire : au rayon d'action de volatile il faut ajouter la zone d'attaque de reptile. Faire comprendre, qu'une approche trop critique attirerait une morsure subite ou un étouffement moqueur.
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action
Dans son tombeau des actes, l'homme ne songe plus à la réincarnation dans les mots, puisqu'il ne voit plus autour de lui que des mots mortels, prenant, en tout, fait et cause pour les actes.
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action
Le renoncement honorable à la lutte n'est pas dicté par la peur de perdre, ni même par sa certitude, mais par l'impossibilité de rencontrer un ange ou un démon et par la profusion de moutons et de robots, sur toutes les arènes. Avant de tirer l'épée, pense à la fin d'Ajax : une méprise avec le troupeau surévalué, la honte, la folie, le suicide. Mais ce n'est peut-être qu'à cause du fait qu'il fut le seul héros de l'Iliade à ne pas avoir été assisté par les dieux vengeurs : « Si Dieu veut te perdre, il te rendra d'abord fou » - proverbe latin - « Quem deus vult perdere, dementat prius » - cherche donc la bienveillance des dieux ou la complicité des anges.
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action
Le seul moyen, aujourd'hui, de sauver l'homme serait de le rendre faible. Toute force, vécue comme une ivresse, désormais, mène vers une bonne conscience et, donc, est source d'ignominies. À leur ébriété lucide de repus de la manne monétaire, je préfère une ivresse éperdue des assoiffés près d'une bonne fontaine. Les orgueilleux se prennent pour Alexandre le Grand : « ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, me nourrit » - sans prendre ses risques, ou pour des matadors des arènes minables : « lo que no mata, engorda » - proverbe espagnol - « ce qui ne tue pas alimente ».
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action
Écrire, pour moi, est une action comme bâtir des ponts l'est pour d'autres - un frisson inconscient d'une envie de perdurer ou de me survivre (d'autres parlent de la différance de la mort). L'ironie m'aide à le comprendre, et j'enterre le frisson à une hauteur monotone, comme d'autres le dévitalisent à coups de piétinements égalisateurs.
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action
Le culte de l'avant-dernier pas a des noms malheureusement compromis : avant-décision - hypo-crisie, ou avant-jugement - pré-jugé (l'exemple célèbre est donné par la mort, qui, aux yeux de Dieu, n'est qu'un pré-jugé, Vor-Urteil - Nietzsche). Il ressemble au désir d'Aristote ou Spinoza - vision des fins dépourvue de moyens - mais je l'associe plutôt au repérage de contraintes. Cette recherche débouche souvent sur un autre nom compromis : la scolastique - la noble oisiveté.
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action
Je n'aspire ni au vide ni au trop plein, je n'aime pas la contrainte des frontières accessibles mais infranchissables, je ne veux pas être un récipient, je veux pouvoir prendre la forme de tout ce qui m'entraîne, me plénifier. Plus nous sommes vides des choses qui pèsent ou ancrent, plus pleins sont nos coups d'ailes et plus larges nos horizons. Si tu veux vivre dans les mots, sois mort pour les choses.
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action
Si « nous devons aller de l'avant, quitte à nous écraser en bout de course » - Melville - « we have to go on, on, on, even if we must smash away ahead » - je ne sais pas ce qui y serait le plus pitoyable : le sens de la course, l'état des cœurs affairés ou l'insignifiance de l'épitaphe.
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action
On vit au milieu des actes, on rêve au milieu des fantômes – l'horizontalité et la verticalité ; et une bonne philosophie ne devrait s'occuper ni de la vie ni de la mort, ici-bas, mais de l'élan vers le haut : la sublimation de nos joies et l'évaporisation de nos angoisses. Et puisque la soif de Dieu prend source dans les mêmes thèmes, la philosophie, en effet, devrait être ancilla theologiae.
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action
Dans l'action, le corps défigure l'âme ; dans la réflexion, l'âme redessine le corps. « C'est la vie, et non pas la mort, qui sépare l'âme du corps »* - Valéry.
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action
L'action du sot est la traduction la plus fidèle de son essence ; l'action du sage reconnaît se devoir au hasard, aux contraintes extérieures, fondamentalement incompatibles avec son essence. « L'action de l'ignorant est sage ; celle du savant est sotte »** - Théophraste. D'ailleurs, les dernières paroles de Théophraste - n'oubliez pas qu'il y a beaucoup de choses inutiles - portaient sur l'importance des contraintes intérieures.
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action
Ils conseillent de ne revenir que si le chemin s'avéra mauvais, mais ce conseil n'est pas moins valable pour un bon chemin : reviens, pour comprendre, que le seul chemin enviable est celui, où le premier pas appartienne à quelqu'un de plus grand que toi, et que tu n'en es digne que si tu dédaignes les pas intermédiaires pour en anticiper le dernier.
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action
Tout courant d'idées ou de gestes est induit aujourd'hui par un puissant et monotone champ d'action, où les plus ou les moins ne servent qu'à faire tourner la même machine. Pour l'homme du rêve, c'est par un court-circuit grinçant, ou par une fausse note, que s'achève, dans ce champ de signes, son chant du cygne.
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action
Mon mot, mon acte, ma pensée ne peuvent ni dissimuler ni traduire mon soi inconnu ; seul ce que j'évite (les contraintes), ou ce qui précède mon premier pas peut l'indiquer, vaguement, comme un graphe rappelle un arbre, comme un soupir témoigne d'une âme, comme un testament dévoile une mort.
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action
Jadis, le philosophe entamait son parcours en tant qu'un homme perdu dans la forêt épaisse des idées ; la panique dictait la direction, presque aléatoire mais unique, de sa fuite ; le hurlement ponctuait les accès de ses désespérances. Aujourd'hui, les forêts disparurent ; les idées rejoignirent les usines et bureaux des actes ; des cadences mécaniques marquent le parcours académique, jusqu'au crématorium prépayé le plus proche.
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action
Après notre bref passage, que peut-on laisser sur Terre ? - soit un paysage – un monument, un piédestal, un chantier, un terrain, soit un climat – des fièvres ou des frimas d’un tempérament.
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action
Tant que tu places tes meilleures joies dans les commencements, et non pas dans les moyens et les buts, tu restes jeune, c’est-à-dire, tu restes proche de ta (re)naissance. Même un testament peut être rédigé sous forme d'un balbutiement déchiffré du nouveau-né.
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action
Mon immobilité est plus compatible avec mon attachement à un esquif, porté par un bon souffle, qu’avec un havre définitif, au milieu des yachts ou bateaux de croisière. « Mon espérance naviguait grâce au vent ; la mer la bénissait, mais le port la tua » - Lope de Vega - « Con viento mi esperanza navegaba ; perdónala la mar, matóla el puerto » - l’espérance est la foi en bon vent.
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action
À tout moment de la vie, où l'on tente de tirer un bilan, provisoire ou définitif, il faut se dire, qu'on avait fait fausse route, quels que soient les distances, les sens ou les frontières, qu'on auraient suivis ou négligés. Il est encore plus facile de se convaincre, qu'on avait gardé de bonnes ruines, qui n'ont pas d'âge et dont le seul mérite est de te mettre hors temps. Rien de bon dans les parcours factuels ; le bon n'a qu'une demeure idéelle.
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horace
Levius fit patientia ; quidquid corrigere est nefas.

La résignation allège tous les maux sans remède.
action
La résignation profonde, avec l'admiration haute, dessinent l'axe consolateur du philosophe. Ressentir comme un baume ce qui ne serait qu'un palliatif ou un poison.
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amour
Pour rappeler aux hommes Son grand dessein, Dieu voulut rendre brutalement et mystérieusement inconnu - l'être, dont ils tombe(ro)nt amoureux. « Aimer, c'est voir l'homme tel que le vit Dieu » - Tsvétaeva - « Любить - видеть человека таким, каким его задумал Бог » - sans qu'on sache jamais si au commencement était l'amour ou le mystère. Parmi les dieux païens, Cupidon fut le dernier-né ; d'après la règle last-in-last-out, la mort de Dieu(x) signifierait la mort de l'amour.
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amour
L'enfer a ses cercles écarlates, le paradis - ses spirales rosâtres, avec des chutes, qui me rappellent mes sources - péchés ou béatitudes. Dans la perspective ironique, les deux ne sont qu'un royaume des morts, où Odysseus, Orphée, Sisyphe et peut-être Jésus furent de bons guides. Et les vrais retours sont dans le vertige, hors la platitude résurrectionnelle.
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amour
L'amour est une sainte simplicité ou une hérésie sans défense ; en bûcher ou en iconostase, il est tantôt Phénix et cendre, et tantôt épines et larme ; une mort et une résurrection, prises pour une maladie.
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amour
L'amour, comme la mort, vit sur la vie. Ils naissent en niant celle-ci, mais, au zénith de leur entente, ils nous poussent à l'aimer. La philosophie de la mort pourrait commencer par les origines de l'amour. La folie de l'amour - « amantes, amentes ! » (Térence) - pourrait se justifier par l'au-delà de la mort.
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amour
Les cendres ne nous révèlent pas grand-chose du feu, et encore moins de l'arbre. « L'amour : une année de feu et flammes, trente - de cendres » - L.Visconti - « L'amore : fuoco e fiamme per un anno, et cenere per trenta ». Quand on manque de souffle d'imagination et n'est guère l'oiseau Phénix (voir Tsvétaeva), on n'arrive pas à inverser cette proportion.
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amour
L'amour : les hommes en meurent, et les femmes en vivent ; l'homme aspire au mouvement et la femme à l'immobilité ; et l'amour, le vrai, donne l'immobilité ; l'amour féminin se désengage, l'amour de l'homme s'engage.
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amour
L'amour compréhensif dispense de penser, puisque ses heures heureuses font oublier les minutes minutieuses. Même en respirant, au lieu d'inspirer ou d'expirer, son souffle sera toujours pris, par un Croire amoureux, pour un éternel éternuement.
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amour
Ils pensent que l'amour meurt de soif, à cause de notre inaptitude à remplir ses fontaines. Mais c'est plutôt à cause de nos soucis pour des sources indignes, où nous assouvissons de mauvaises soifs. L'amour vit mieux, lorsqu'on sait mourir auprès de sa fontaine première, créée pour entretenir la bonne soif.
mort,soif

amour
L'amour, c'est le souvenir de l'invisible, l'intelligence de l'indicible, l'oubli de l'incurable. « L'amour naît du souvenir, vit de l'intelligence et meurt par l'oubli » - Lulle.
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amour
La foi et l'amour, ces supports palpables de nos espérances, quittent les cœurs avilis des hommes. L'espérance, c'est l'appel et l'attrait des chimères, et ce qui la remplace, dans nos cœurs, est le calcul, qui est l'appât du visible. « L'espérance est ce rêve, qui tient en éveil ton âme »** (Aristote), apothéose d'une âme vaincue : « L'espérance est la plus grande victoire, que l'homme puisse remporter sur son âme » - Bernanos, et même son agonie : « Se déshonore quiconque meurt escorté des espoirs, qui l'ont fait vivre »*** - Cioran.
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amour
Des nectars ou élixirs, accompagnés d'amuse-gueule, telle devrait être la seule nourriture de l'amour ; dès que, de gourmand il devient gourmet, il revit une santé et ne s'aperçoit même pas de la mort du vertige ; cette mort est la perte du goût. Dès que la langue de l'amour s'intéresse de trop près au goût des aliments, ceux-ci deviennent insipides. Les yeux et les oreilles sont les meilleures gardes du palais de l'amour. « La faim assaisonne le mets » - Cicéron - « Cibi condimentum fames est ».
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amour
La vie entretient les plus belles promesses ; l'action les tient et par là même les tue ; l'amour, c'est la recherche de promesses immortelles.
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amour
La liberté subit le même renversement que l'intelligence, chez l'amoureux : « L'amour est ce qui réduit en esclavage les hommes libres et apporte aux esclaves la liberté » - Lulle. Aux uns il donne la fontaine et la chaîne, aux autres - l'eau courante et l'hygiène, aux meilleurs - la soif, dont ils meurent.
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amour
Ce qui fut vécu comme un mystère est, un jour, compris comme un problème – la trajectoire de l'amour éteint, la solution finale de son énigme initiale.
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amour
L'amour n'est pas une lumière durable, mais une étincelle, dont l'extinction peut passer inaperçue, quand on finit par évaluer l'ardeur intérieure par des capteurs sociaux extérieurs. Son identité s'y déclinera au locatif, et sa descendance ne se conjuguera qu'au passé tout simple.
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amour
L'être aimé est irremplaçable, tant qu'on réussit à fuir le temps, c'est à dire à rester amoureux ; c'est l'être aimé qui avait créé cette place, place intemporelle, qui naît et meurt avec l'amour.
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amour
Comme toutes les grandes passions, soit l'amour doit expirer complètement soit tuer en moi ce qui y fut parfait. Toute apaisante mutation y est pire qu'une chute – une profanation. Le souvenir d'une tour d'ivoire n'est beau que dans les ruines.
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amour
La tragédie, c'est devoir sans vouloir ; la comédie - devoir sans pouvoir. Aimer, c'est vouloir ce qu'on ni ne doit ni ne peut.
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amour
Depuis Jésus, on sait que Dieu est Amour (Éros), mais Marx lui oppose Polémos, NietzscheDionysos, FreudThanatos. Le soupçon tue l'amour.
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amour
Aujourd'hui, qu'est-ce qui aime et admire ? Avec le dépérissement du Bien, remplacé par les codes, le cœur devint inutile et légua ses fonctions à la raison. Avec l'extinction des âmes (l'agonie de l'âme européenneValéry), l'esprit reste le seul juge du Beau, devenu Joli, suite aux attentes de la foule raisonneuse et calculatrice.
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amour
L'amour, la femme, l'image gagnent à n'être vus qu'en tant que fantômes intouchables. Et Dieu mort, c'est à dire, Dieu, qui perdit tout besoin d'une référence au réel, Dieu devenu fantôme, rejoignit les meilleures sources du beau chez les vrais créateurs.
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amour
L'homme fut créé, pour rêver et aimer, en succombant, vers trente ans, à la première attaque de l'effectif sur l'affectif. C'est la prolifération de vieux qui précipita l'encanaillement des hommes. Leur laideur le doit à la médecine. On devrait éliminer l'homme au premier rêve envolé, au premier cheveu tombé ou chenu, au premier calcul disloquant un songe. « Quand on est aimé des dieux, on meurt jeune » - Plaute - « Quem dei diligunt, adulescens moritur ».
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amour
Le culte du saint amour ou de la sainte écriture consiste à en vivre le saint commencement. La téléologie ou le changement en sont ennemis. « L’amour redoute le changement plus que la destruction » - Nietzsche - « Vor dem Wechsel graut der Liebe mehr als vor der Vernichtung ».
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amour
Ce n’est pas aux yeux, enfin ouverts et irréfutables, que, le plus souvent, se doit le trépas d’un bel amour, mais à l’incapacité de continuer à croire en fantasmes indéfendables des yeux fermés.
doute,inconnu,mort

amour
Il est facile de trouver une place, au milieu des hommes, où je trouverais une paix, un soulagement, une chaleur provisoires. Le drame humain, c’est la précarité de cette place, sa dépréciation, sa vétusté, sa ruine. Il faut la chercher, ou, mieux, la bâtir ailleurs, dans l’imaginaire, où vibrent mes penchants les plus secrets et sacrés, comme l’amour ou la création. Le lieu, qui défierait le temps et ne connaîtrait que naissances et trépas, et qui hébergerait ma consolation. « Heureux, j’aime et je suis aimé, au lieu, inaltérable ni par moi ni par autrui »* - Shakespeare - « Then happy I, that love and am beloved where I may not remove nor be removed ».
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amour
L’amour, pour une femme ou pour une patrie, pouvait coûter la vie à un homme de culture ; mais aujourd’hui, même les suicides résultent d’un raisonnement et non pas d’un sentiment, toutes les morts sont naturelles - aucune tragédie d’art ne s’y lit.
art,culture,femme,mort,nature,raison,sentiment,tragédie

amour
La honte est la seule blessure incurable, quelle que soit sa source, de la plus basse - à la plus haute, de ton infamie - à ton amour. « Même si les blessures d’amour ne tuent pas, elles ne guérissent jamais » - Byron - « Even if the wounds of love do not kill, they never heal ».
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amour
Les charmes principaux de la vie provenaient, jadis, de l’ignorance, involontaire ou volontaire, des moyens bornés ou des vastes contraintes. Mais depuis que le savoir dicte et les gestes et les frissons, nos voluptés perdirent de leur intensité. « L’amour précède la connaissance, et celle-ci tue celui-là » - Unamuno - « El amor precede al conocimiento, y éste mata a aquél ».
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amour
J'aime voir le point zéro de l'écriture comme le dernier chaînon de : on est trois dans la naissance, deux - dans l'amour, un - dans la mort…
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amour
La consolation est affaire de la liberté et non pas de la volonté ; la liberté parfume l’espéré, la volonté inhume l’évaporé. Le cas le plus dramatique est celui d’un amour enseveli, faute de liberté ressuscitante : « Le beau valet de cœur et la dame de pique causent sinistrement de leurs amours défunts » - Baudelaire.
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amour
Le mystère de la vie est intraduisible en pensées ; quelques étincelles, qui s’en détachent, s’appellent rêve. Avec notre mortalité se produit l’inverse : on aimerait occulter sa certitude, et l’amour serait le seul à le réussir : « L’amour est un fragment mortel de l’immortalité » - Pessõa.
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amour
L’amour dès le premier regard apporte de la béatitude et de la certitude ; l’amour dès le dernier regard – la honte et le remords - c’est ce qui m’arriva à la mort de ma mère – j’ai compris, de quel amour elle fut digne, et je n’avais pas su le lui faire sentir – ma vie commença à palpiter avec mon esprit du savant, se tourna vers l’âme du créateur, et finit, trop tard, hélas, par se tapir dans mon cœur inexpérimenté, où m’attendait un amer regret.
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amour
Les lettres les plus déchirantes, jamais écrites, surgissaient autour du Maternel – reproduite par V.Grossman, la dernière lettre de sa mère, victime de la Shoah, et les lettres à Tsvétaeva, griffonnées par sa fille de neuf ans, Ariadna, au seuil de la mort, dans un abominable orphelinat.
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amour
L’amour-arbre meurt de l’absence d’ombres, que projettent les feuilles-caresses ; dans la racine, tout n’est que lumière. « Sans les caresses, l’amour meurt par la racine » - Hugo.
arbre,caresse,mort,ombre

amour
L’art de ne pas perdre son amour – le faire vivre dans des domaines séparés : que le cœur aime le cœur, que la bouche aime la bouche, que l’âme aime l’âme. Les (con)fusions apportent à l’amour une clarté mortifère.
âme,caresse,cœur,doute,mort

amour
Casanova avait des raisons plus subtiles que O.Wilde, pour ne pas assister à la lente extinction d’une volupté amoureuse : « Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne ».
mort,proximité

voltaire f.-m.
On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d'aimer et d'être aimable.
amour
La première de ces morts n'est pas inconsolable, depuis qu'on inventa la résurrection, qui est le retour vers l'amour-mystère, une fois épuisé l'amour-solution.
consolation,mort,mystère,retour

schopenhauer a.
Jede Liebe, die nicht Mitleid ist, ist Selbstsucht.

Tout amour, qui n'est pas pitié, n'est qu'amour-propre.
amour
Toute passion n'affleure à la surface de la vie que par le courant d'une compassion. « Toute passion meurt, mais la pitié survit à tout » - G.Greene - « passion died away, but pity always stayed ».
mort,pitié,reconnaissance,sentiment,vie

nietzsche f.
Wen ich liebe, den liebe ich Winters besser als Sommers.

Si je t'aime, que ce soit plutôt en hiver qu'en été.
amour
En été assourdissant, je confondrai souvent ma voix avec celle des autres. Le printemps hymnique et l'élégiaque automne me mettront en mouvement, tandis que je cherche une immobilité. Avec les chutes du mercure, il est plus facile de vivre ma chute dans la funèbre solitude. Mettre les naissances en berne, mettre les morts en transe - tâches d'une sombre ironie. « Loin des gens qui meurent sur les saisons. L'automne » - Rimbaud. Porteur d'un climat ne compte pas, non plus, sur l'éternel printemps, promis par Zarathoustra.
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berdiaev n.
Любовь - полёт, разрушающий всякое устроение.

L'amour est du haut vol, refusant tout enracinement.
amour
Il est un état d'âme, refusant d'être un arbre ; l'apparition d'un nid ou d'un cocon, sans parler de racines, de sèves ou de fruits, signe sa déchéance. Il prouve que la hauteur peut exister sans la profondeur.
âme,arbre,hauteur,mort

chesterton g.k.
The way to love anything is to realize that it might be lost.

Pour aimer une chose il suffit de se dire qu'on pourrait la perdre.
amour
Un réflexe de propriétaire. Le propre de l'amour est qu'on soit dépossédé de son objet. L'amour est une perte, qui enrichit ailleurs. « L'amour, porté par la seule beauté, s'en va avec elle » - J.Donne - « Love built on beauty, soon as beauty, dies » - pour qu'il survive, il faudrait lui trouver un complice, la mort : « Je n'ai aimé que là où le souffle de la beauté s'unissait à celui de la mort » - Poe - « I could not love except where Death was mingling his with Beauty's breath ».
beauté,défaite,maîtrise,misère,mort

einstein a.
Am Anfang gehören alle Gedanken der Liebe. Später gehört alle Liebe den Gedanken.

Au commencement, toutes les pensées sont vouées à l'amour. Plus tard, tout l'amour est voué aux pensées.
amour
Au commencement, la pensée ce sont les yeux enflammés ; vers la fin, l'amour c'est le regard sans flamme. Plus on pense, moins on aime. Mais mieux on pense, mieux on aime. Dans l'amour, comme dans la vie, memento initii vaut mieux que memento finis.
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jaspers k.
Wir sind sterblich, wo wir lieblos sind ; unsterblich, wo wir lieben.

Tu es mortel, quand tu es sans amour ; tu es immortel, quand tu aimes.
amour
L'amour semble, en effet, être l'ultime recours, quand la panique inexistentielle aura balayé d'autres titres d'immortalité : l'action, le savoir, la création. « L'immortalité chrétienne, c'est une vie sans la mort, et pas du tout une vie après la mort » - Tchaadaev - que la mort contribue à ce que mon arc soit bien tendu, mais qu'elle ne se mêle pas du choix de mes cibles.
action,christianisme,création,flèche,mort,savoir,universel,vie

tsvétaeva m.
Liebe lebt von Worten und stirbt an Thaten.

L'amour vit de mots et meurt d'actes.
amour
La piètre littérature - faire finir en mots et non pas en mélodie ; la piètre vie - faire vivre d'actes et non pas de rêves ; la piètre philosophie - agir, verbalement, au milieu des problèmes et ne pas écouter le mystère lointain : « La philosophie vit de problèmes, comme l'homme - de nourritures » - Novalis - « Die Philosophie lebt von Problemen, wie der Mensch - von Speisen » - la musique, le rêve, le mystère - les premières victimes des soifs assouvies.
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art
Trois races d'écrivain-éponge : ceux qui s'adressent aux contemporains (solution temporelle), aux pairs (problème spatial), à soi-même (mystère vital). Le message universel ne naît que chez les derniers : Nietzsche, Valéry, Cioran. Et leurs morts, étrangement espacées chaque fois d'un demi-siècle précis…
mort,mystère,soi,temps,universel,vie

art
Le secret de la supériorité de l'écriture sur la vie : où trouver, dans la vie, des équivalents des parenthèses, des guillemets, des points de suspension ? Avec la certitude de son point final, la vie coupe toute verve ironique.
doute,mort,vie

art
La naïveté fatale de Cioran - mettre dans le dernier pas l'essence de ses boutades. Et en plus, son dernier pas est toujours une constante, une chute ; cette monotonie géométrique est épargnée aux adeptes des commencements elliptiques, chargés de variables et aux trajectoires imprévisibles, que chacun retrace, en fonction de ses tangentes, suicidaires ou jouissives.
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art
Plume à la main, on devrait ressembler au chat, qui a toujours quelque chose à se reprocher : un vol (plagiat), un meurtre (de son père), une lâcheté (se défiler, ne pas aller jusqu'au bout).
doute,ironie,mensonge,mort

art
Le sentiment, rehaussé par la noblesse et élargi par l'intelligence, fut au centre de la poésie de Rilke, R.Char et Pasternak. Cette poésie est morte pour laisser la place à la poésie des dictionnaires, vocabulaires ou onomatopées.
esprit,intelligence,langue,mort,noblesse,poésie,sentiment

art
Le poète aime le printemps pour les chimères qui naissent et l'automne - pour celles qui se meurent. Les fleurs à peine nées et les fleurs à peine mortes. Chanter apparitions, pleurer disparitions - le contraire de Nietzsche : « être sans pitié pour ce qui est faible ou mourant en nous » - « unerbittlich sein gegen alles, was schwach und alt an uns ist ».
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art
Tout est cerné, ravagé, occupé par le journalisme. Aucune trace de Gide ni de Valéry dans les lettres françaises. Cioran, dans une ultime convulsion, clôt l'agonie de la lettre, qui n'est plus qu'un cimetière comblé, sans renouvellement de concessions crédible.
défaite,modernité,mort,platitude

art
L'image de synthèse collective évinça l'image sculptée de solitaires. Plus d'élan indicible, que la netteté d'un verbe fractal. Ils parlent, discourent, raisonnent, au lieu de chanter. La mort de l'art fut provoquée par celle de Dieu ; l'image, dans sa chute iconoclaste, entraîna l'extinction de tout souffle de caste.
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art
L'implacable chronologie verticale de l'évanescence finale nous est donnée par Goya : « la mort de l'Objet, la mort de l'Auteur, la mort de l'Œuvre et la perte du regard, la mort des Valeurs » - « la muerte del Objeto, la muerte de la autoría, la muerte de la obra y la pérdida de la mirada, la muerte de los valores ». Sur quelle longévité parier ? - de la main, qui traçait, ou de ce qui avait été tracé ?
concept,hauteur,mort,soi

art
Les pharaons et les saints s'immortalisent dans notre désir de réécrire leurs funérailles ; le contraire de la création iconoclaste, c'est l'entretien de momies ou d'icônes, pour fêter les mortels.
création,mort,négation,vie

art
Un appel, paternel et divin, est à l'origine de la création artistique ; mais c'est dans l'état d'abandon, d'orphelinat, qu'on atteint, Dieu sait pourquoi, la liberté d'artiste ; donc, proclamer la mort de Dieu est reconnaître la primauté de l'art.
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art
Le commencement - ma blanche main, la fin - ma noire mort ; la création et l'angoisse ; la forme de mes traits et ma toile de fond. Le talent est une bonne palette, indépendante du pinceau et de la toile ; le génie est le sens du tableau, dans lequel le pinceau reste invisible, la toile est bien tendue et qu'on n'y voie, n'y lise, n'y entende que la musique, c'est à dire les contours et couleurs de mon âme.
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art
Les mouroirs discrets, les progrès de l'hygiène sociale et l'arrogance du cerveau autocrate rendirent l'homme si puissant, que l'art devint inutile et se mit à couvrir de son prestige un artisanat sain et bien portant. « Est-ce que l'art est autre chose qu'un aveu de notre impuissance ? » - Wagner - « Ist die Kunst etwas anderes als ein Geständnis unserer Ohnmacht ? ». L'artiste est celui qui se sent un être mortel porteur d'un message immortel. L'artisan agit, comme s'il était immortel, et ne transmet que les traces d'un être mortel.
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art
La peinture, la musique et la poésie sont mortes, en tant que sondes ou bouquets de l'âme emplumée. Mais jamais elles ne furent aussi sondées et séchées par des cervelles diplômées.
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art
Chronologiquement, la poésie et la peinture furent les premiers arts en Occident ; et aujourd'hui, elles sont les premières à crever, et la musique, vraisemblablement, va les y rejoindre ; ce qui est dû à l'épuisement des arsenaux au même degré qu'à la décadence des goûts et à la raréfaction des talents. La littérature et la philosophie s'en tirent mieux, grâce au journalisme ignare et au pédantisme savant, qui agissent en leurs noms.
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art
Écrire devrait avoir un seul but - m'adonner à l'appel du beau. Toute autre motivation serait du même ordre que le besoin de m'affirmer ou de me reproduire, un prurit inertiel. La vie doit aboutir à mon livre. Celui-ci est toujours une bouée de sauvetage, mais je dois être menacé par des fonds, pour qu'elle ne soit aussi utile et décorative que l'ancre et la voile. Et sur mon épave on lira l'épitaphe de Faulkner : « Il fit des livres et il mourut » - « He made the books and he died ».
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art
Sur la distance entre la vie et l'art : pour ne pas être un germe de corruption, l'image, que le style cherche à immortaliser, doit être mise sur le sarcophage et non pas dans la momie, actuelle ou future.
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art
Un livre n'est pas seulement un cimetière des noms, mais aussi une maternité des mots, où la paternité est souvent contestée, le forceps pratiqué à grande échelle, et les premiers sons, souvent, font penser non pas aux délivrances, pleurs ou plaintes, mais aux bâillements.
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art
De ma plume ressort aussi bien ce que mon soi connu maîtrise, que ce que mon soi inconnu électrise ; elle est comme cette Léda, sachant engendrer du mortel et de l'immortel, se pliant soit à une profonde liberté, soit à une haute servitude.
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art
L'œil et l'oreille sont connectés à l'esprit ; lorsque, pendant le passage du sensible à l'intelligible, l'esprit impassible se transforme en cœur saignant ou en âme bouleversée, on est en présence d'un Bien, qui nous taraude, ou d'une beauté, qui nous élève. Dans le second cas, si l'objet d'émotion est œuvre humaine, on est en présence de l'art. La mort de l'art est annoncée par l'extinction des âmes. Tant d'œuvres d'art qui ne sont plus que des valeurs purement fiduciaires.
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art
Par inertie, on continue à s'intéresser à l'art, en fonction des ventes aux enchères, de la fréquentation payante des musées, de la décoration des salles de réunion ou de l'industrie éditoriale, tandis qu'on sent que les œuvres d'art sont déjà « de beaux fruits, détachés de l'arbre »* - Hegel - « vom Baume gebrochene schöne Früchte » - l'arbre du beau est mort, partout règne la forêt du vrai.
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art
Ce n'est pas le trop de mécanique dans les moyens – la photographie, le cinéma, l'électronique – qui explique le dépérissement de l'art, mais le pas assez d'organique dans les commencements – l'élan, l'émotion, la noblesse.
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art
L'état de la poésie (versification), de la peinture, de la musique modernes est cadavérique ; et le prochain catafalque attend le théâtre (avec l'Anglais), l'architecture (avec le Français), la philosophie (avec l'Allemand). En littérature et dans le spectacle ne survit que la tonalité divertissante et avilissante, pour épater les repus. La raison en est la même : l'extinction de la poésie, en tant qu'état d'âme, en absence des âmes. Ils cherchent à choquer les esprits, tandis que l'art est le désir et le don de caresser les âmes.
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art
On ne peut plus imaginer un auteur, qui aurait du succès avec ses épanchements mélancoliques ; l'attente générale se converge vers l'hilarité picaresque. Le mode nostalgique des héros et des poètes (et même de Chaplin ou de de Funès) est mort, puisqu'il n'y a plus ni héros ni poètes. Les hommes retinrent la leçon de l'éducateur des robots : « Par mal, j'entends toute forme de tristesse » - Spinoza - « Per malum intelligo omne tristitiæ genus » - le bien mécanique déborde de jovialité.
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art
Par sa volonté de proclamer la beauté, le monde, surgi des tableaux des peintres d'avant les impressionnistes, défiait le monde réel ; depuis, le robot insensible à toute beauté guide les pinceaux ou les queues d'âne, tout y est laid, froid, mécanique, dans cette industrie, sordide héritière de la peinture défunte.
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art
La mort qu'on ne pleure pas assez est la mort de l'art, la mort que l'agonie actuelle rend si proche et déjà palpable. L'art se maintenait, car on comprenait, que les plus beaux mouvements du cœur ou de l'âme ne pouvaient pas trouver une traduction non-illusoire dans la vie, mais on tenait à garder le cœur et l'âme, qui finissaient par se tourner vers l'art. La vie devenue le seul test du pathos, éthique ou esthétique, et l'esprit ayant usurpé le langage du cœur et de l'âme, on en constate des résultats dérisoires et finit par se métamorphoser en robot, sans pathos, sans intensité, sans rêves, c'est à dire sans l'art.
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art
La mort – de Dieu, de l’art, de l’homme – se réduit, peut-être, à la mort de la beauté et non pas parce s’arrêtèrent son souffle et le battement de son cœur, mais parce que les hommes finirent par ne plus la voir. Les yeux robotiques ne perçoivent pas tout ce que voyait le regard humain.
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art
Mon étoile n'a pas de lumière, visible aux autres ; mon message aura besoin de la lumière des autres, qui, en fonction de son intensité, projettera soit mes ombres soit mes ténèbres. Rilke voulait porter la lumière de son étoile éteinte ; Maïakovsky : « Ce n'est pas en lumière d'une étoile morte que vous atteindra mon poème » - « Мой стих дойдёт не как свет умерших звёзд » - s'en méfiait.
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art
Quand on ne voit plus le mystère profond de la nature ni ne ressent la haute beauté de la culture, il reste la civilisation robotique. Par inertie, celle-ci tente de poétiser la prose du monde ou de prosaïser la poésie de jadis, mais les résultats sont juste bons pour décorer les bureaux ou salles-machines. L'art n'est possible que là où il y a entente entre l'admiration de la nature et la gloire de la culture. Dans le monde des célébrités audio-visuelles et des compétitions envieuses, l'art est condamné au dépérissement. Les projets mécaniques rendent superflus les sujets organiques.
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art
Maîtriser le feu (Prométhée) ou le chanter (Orphée) ? - dans les deux cas, on finit mal : soit on vous dévore, soit vous vous dévorez par votre propre feu : « Être dévoré par les flammes, pour expier la faute de n’avoir pas su les dompter » - Hölderlin - « Von den Flammen verzehrt, büsst er sie, die er nicht zu bändigen vermochte ».
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art
Lorsqu'on ne peint que son regard et non pas les choses vues, on ne doit pas craindre la fuite et la perte de ses couleurs (Kafka). On n'écrit ni face à soi-même ni face aux choses - pour, dans les deux cas, n'animer que le vide de la vie - on écrit face à la vie du vide. Ou face à la mort, en faisant semblant de ne pas mourir, dans l'agonie du verbe.
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art
Ni confession ni testament, prosaïquement réalistes, mais commencement, poétiquement inventé, - telle devrait être l’essence d’un vrai art. « Tout graphème est d’essence testamentaire » - Derrida – quand on ne se soucie que de ses héritiers, on peut être sûr de sa déshérence.
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art
Le devenir, méritant un regard philosophique, est soit matériel (avec, en perspective, l’extinction des étoiles et la décomposition des atomes) soit artistique (avec la création de la musique des mots, des images, des idées) – le désespoir concret, face à la consolation abstraite. Entre les deux – l’être, mû et expliqué par des unifications. L’abstrait n’est ni transcendant ni immanent, que cherchent à opposer les nigauds. « L'Abstrait n'explique rien ; il n'y a pas d'universaux, pas d'objet ; il n'y a que des processus d'unification » - Deleuze – du pur galimatias, puisque dans l’unification d’arbres, tout est abstrait, et les branches unifiées sont composées d’objets. Et les vrais universaux, que porte tout homme, suite à la Création divine, sont au nombre de trois : le Bien, le Beau, le Vrai.
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art
Pour l’homme, l’univers est décrit par les trajectoires de la nature et de la culture. Le cycle de l’existence de la nature est horrible et incompréhensible ; deux tableaux qui défient toute imagination : la naissance invraisemblable de la matière dans/après le Big-Bang, la mort de l’esprit dans un espace aux étoiles toutes éteintes. Est-ce que le parcours de la culture serait semblable ? - des graffiti de cavernes à la glaciation des âmes, face aux étoiles abandonnées.
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art
Il faut que ton œuvre se lise comme une inquiétante épigraphe, plutôt qu'une paisible épitaphe.
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art
Tant d’yeux perspicaces s’aperçurent de la mort de Dieu, de l’homme, de l’Histoire, mais personne ne remarqua la mort de l’art. La vie me parle assez de Dieu, l’homme, même agonisant, me fascine, je peux me passer de l’Histoire comme d’un dictionnaire, mais sans l’art vivant j’étouffe. « Viendra le jour, où l’art sera chassé, à jamais, de notre vie »* - Hegel - « Es wird einmal der Moment kommen, wo die Kunst für immer aus unserem Leben verbannt sein wird » - nous en vivons la première époque.
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art
Au ciel, toutes les constellations sont mortes ou muettes, sauf celle de la Lyre, puisque sa forme imiterait la lyre d’Orphée. C’est dans cette constellation que tu devrais chercher ton étoile, te guidant vers la musique et portant ta tête et ta lyre à leur dernier rivage.
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art
Ce n’est pas l’uniformité ou l’univocité du langage qui conduisirent à l’extinction de la poésie, mais la chute de la demande. D’autre part, il faut reconnaître, que les poètes épuisèrent toutes les ressources techniques de la versification indo-européenne, et aucun génie n’inventa de nouveaux moyens de soupirer, de s’extasier ou de sangloter en mots.
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art
Les narrations de minauderies sirupeuses des duchesses, d’aventures promotionnelles des fonctionnaires, de stratagèmes rusés des gangsters font appel à la même misère littéraire et apportent la même gloire aux yeux de la même couche sociale, au même pouvoir d’achat. Et l’explication de cette calamité n’est pas dans le constat que Dieu ou l’homme sont morts, mais dans celui que le poète est mort, chez l’écrivant et chez le lisant.
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art
Le dernier grand écrivain français est mort il y a un quart de siècle. Il est fort probable, que même dans un siècle, il garderait ce statut. Mais l’homme de plume est chanceux, son deuil est récent, comparé à la peinture et à la musique, qui le portent depuis plusieurs quarts de siècle.
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art
N’importe qui peut ne faire de son écrit qu’un étalage de questions. Mais l’écriture, qui consisterait, essentiellement, de réponses, ne vaut que si l’on réussit à trouver à celles-ci des questions intéressantes ou, au moins, cohérentes. Aux réponses : âme immortelle, savoir absolu, connaissances a priori il n’y a aucune question qui exciterait notre curiosité ou notre goût du subtile – ce sont des morts-nés.
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art
Ce sont les caprices des dieux, imprévisibles, vengeurs et songeurs, plus que les péripéties touristiques ou martiales des Terriens, qui font le mérite d’Homère ; mais dans l’Orestie d'Eschyle, prolongeant Homère, le venger efface le songer.
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art
1966, 1970, 1988 – les dates de la mort du dernier poète en Russie, en Allemagne, en France. J’ai beau m’extasier devant la merveille de la sauterelle, je ne peux en conclure, en absence de poètes, que « the poetry of Earth is never dead » - J.Keats. Les poètes traduisaient les concepts en rêves ; nos contemporains réduisirent tout rêve – en concept. Ce n’est plus aux mânes ou momies de la défunte qu’on rend hommage, mais à ses images de synthèse.
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art
L’art fait verdoyer le rêve, pour se sauver de la sécheresse de la vie ; la science résume la vie dans un arbre, chargé d’inconnues vivantes. Quand on ignore la technique d'unification d'arbres, on s'horrifie pour rien : « L’art est l’arbre de la vie ; la science – l’arbre de la mort » - W.Blake - « Art is the Tree of Life, Science is the Tree of Death ».
arbre,inconnu,mort,rêve,science,vie

art
Le bon lecteur refuse la nourriture indigeste ; il ne digère que des aliments et des excitants. Les premiers raccourcissent la vie, les seconds allongent les rêves. « Ce qui me nourrit, me détruit » - Ch.Marlowe - « What nourishes me, destroys me ».
mort,rêve,vie

art
Depuis plus de deux millénaires, dans la dramaturgie tragique domine la mort violente. « Le théâtre tragique met trop d’importance à la vie et à la mort »* - N.Chamfort. Le naufrage, le dépérissement ou l’agonie du rêve, cette véritable tragédie, n’attire pas l’attention européenne.
défaite,europe,histoire,mort,rêve,tragédie,vie

art
En toute époque, depuis trois mille ans, il se trouvaient des zoïles qui voyaient la fin de l’art. Même à l’âge d’or de la littérature on pouvait entendre que « ce qui paraît est misérable ! cela dégoûte » - Napoléon.
haine,mort,temps

art
Le cycle de vie d’une œuvre d’art : l’âme est émue par un fond vague, le cœur le munit d’ardeur, l’esprit spatial y met des contraintes, le talent fournit des outils – pour que l’âme finisse par en trouver une forme, que l’esprit temporel réduira en cendres. L’auteur est Phénix ; il vit de l’obscurité de la flamme naissante, meurt de la clarté des cendres nées et ressuscite par un retour éternel.
âme,cœur,commencement,contrainte,élan,esprit,éternité,mort,ombre,retour,…

art
L’art est mort. Ou, pour laisser une chance, non artistique mais sociale, à ses héritiers illégitimes – l’art moderne est nul. Après Delacroix – aucun peintre, après Heidegger – aucun philosophe, après R.Char – aucun poète, après Chostakovitch – aucun compositeur. Toutes les (res)sources d’art sont totalement épuisées ; l’avenir appartient aux machines, dans les ordinateurs ou dans les têtes.
modernité,mort,musique,philosophie,poésie,robot,temps

art
On peut mettre sous la rubrique du jetable tout récit sur le durable ou le provisoire ; seul le chant, même le chant du cygne, donne le droit au grade d’atemporel, avec un Phénix irressuscitable, au milieu des cendres définitivement refroidies.
danse,mort,temps

art
Le destin d’un bel écrit : le talent en conçoit le commencement, la persévérance l’achève, par une fin temporelle ou criminelle.
commencement,défaite,discursif,esprit,mort

baudelaire ch.
Toute littérature, qui se refuse à marcher fraternellement entre la science et la philosophie, est une littérature homicide et suicide.
art
Les demi-frères s'entendent rarement (l'esprit volage fréquente la nécessité, la raison ou l'illusion - où commence la bâtardise ?). La science fait découvrir la beauté de tout ce qui conduit à l'homme ; la philosophie illumine la beauté de l'homme seul ; la littérature en sacre l'exil (ce siècle d'ennui ne s'intéresse qu'aux avortons : sciences, philosophie ou littérature - sociales !?). Le contraire du suicide en littérature s'appelle réification.
beauté,esprit,étonnement,exil,fraternité,mort,philosophie,science,solitude

gide a.
L'art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté.
art
(Volé chez Léonard.) Cet arbre s'unifie avec le mien : l'art naît de liberté, vit de contraintes et meurt de lutte. Dans l'arbre unifié, la mort s'identifie avec contrainte, la naissance - avec lutte, la vie - avec liberté.
arbre,contrainte,liberté,lutte,mort,vie

valéry p.
Ce style sec, qui traverse le temps comme une momie incorruptible.
art
À vrai dire, un sarcophage nous apprend mieux les grimaces d'un homme que sa momie. Le livre n'est qu'un excitant inerte ; son pouls n'existe qu'en âme de chacun. L'artiste, pour résonner, est-il condamné à porter le regard d'airain - « der Künstler, der wie Erz blickt » - Nietzsche – qu'aucun objet solide ne frappe ?
âme,interprétation,mort,regard,sentiment,style,temps

hesse h.
Es gibt keine edle Musik, die nicht zu manchen Stunden wie Kinderlächeln und zu anderen Stunden wie tiefste Todestrauer auf uns wirkte.

Toute musique noble agit sur nous parfois comme un rire d'enfants et parfois comme un deuil funèbre sans fond.
art
On devrait appliquer ce critère à tous les arts ; l'homme a deux sortes de larmes, face à la haute espérance ou au désespoir profond ; et l'artiste est le puisatier ou le sourcier de nos meilleures fontaines.
enfance,espérance,hauteur,mort,musique,noblesse

pasternak b.
Метафоризм есть следствие недолговечности человека.

Le goût de la métaphore vient de la brièveté de la vie.
art
C'est l'impatience de la faux qui expliquerait notre zèle dans le champ du possible. Faire vibrer l'espace, quand le temps te glace. Ne se sauve dans le cliché que la quiétude.
angoisse,consolation,goût,inconnu,métaphore,mort,nécessité,temps

sartre j.-p.
Écrire, ce fut longtemps demander à la Mort d'arracher ma vie au hasard.
art
En se détournant du hasard, on se retrouve fatalement en tête-à-tête avec l'algorithme (le hasard, c'est tout ce qui n'entre pas dans un système logique fermé - Wittgenstein). Et s'arracher à celui-ci est une autre paire de manches. L'attitude de poète grisé : se laisser pénétrer par l'insondable algorithme divin pour faire chanter ton hasard humain. L'attitude de sobre scientifique : modéliser le hasard, par une théorie des probabilités, et en faire un savoir de plus, le savoir du non-savoir.
création,danse,école,jeu,mort,raison,robot,savoir,science,système,…
 

bien
La veille : l'angoisse du cœur et la paix de la tête. Le sommeil : la révolte de la tête et la charité du cœur. Bercées par la mort dans l'âme.
âme,amour,angoisse,cœur,mort,raison,révolte,sentiment

bien
Dans le monde futur, il n'y aura pas de contraintes morales, chacun consacrera, librement, au moins 7% de ses revenus aux œuvres de charité, ne demandera jamais plus de 3% d'intérêts sur les prêts octroyés à ses enfants et versera des sommes correctes sur le compte de sa mère renvoyée dans un mouroir. Des siècles de l'art on passa au siècle-dollar.
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bien
Quand mon âme fait taire tous les motifs, le Bien apparaît comme tentation et même chute (« La tentation est pire que le meurtre » - le Coran). Je me mets à douter de l'origine des ailes, qui cachent ma honte. J'apprendrai à porter mon âme en écharpe.
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bien
Les balivernes nietzschéennes sur le surhomme et sur la volonté de puissance proviennent de sa méprise : il prit la recherche de la vérité - effectivement, une manie des sots ! - pour la morale (qui suppose le respect du faible et le sacrifice par le fort). Heidegger, en n'y voyant que la machine, fut plus lucide : « La vérité de l'être revendique le sacrifice de l'homme » - « Die Wahrheit des Seins nimmt das Opfer des Menschen in Anspruch » - de deux concepts cadavériques résulte ou, plutôt, surgit le geste vital, le sacrifice, ce concept vital appelant, en général, au renoncement du geste ou même au suicide en musique : « La mort est la hauteur insurpassable de la vérité de l'être dans le chant du monde » - Heidegger - « Der Tod ist das höchste Gebirg der Wahrheit des Seyns im Gedicht der Welt ».
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bien
Le suicide serait une question d'incapacité de renouveler ses réserves : « Tant que l'on peut donner, on ne veut pas mourir » (Desbordes-Valmore). Tant que l'on veut prendre, on peut vivre. Tranquillement. En esclave : « On n'a la liberté de tout faire que lorsqu'on a tout perdu » - E.M.Remarque - « Erst nachdem wir alles verloren haben, haben wir die Freiheit alles zu tun ».
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bien
Ils ont beau aller au-delà du beau et du hideux (Baudelaire), ou du Bien et du mal (Nietzsche), la bonté et la beauté, inséparables de l'âme, nous rattrapent tous. Les plus obtus, ou les plus rapides, ou les plus sourds, s'imaginent y tomber seulement sur le vrai livide ou sur l'être insipide et se mettent à hurler à la mort de Dieu, tandis que, par cette fission, c'est leur propre vie qui fiche le camp au profit de la seule cervelle.
âme,beauté,dieu,mal,mort,vie

bien
Je ne vois pas comment on pourrait assassiner un fantôme et conclure à la mort de Dieu. Je n'en vois ni l'intention ni l'arme ni le lieu. La honte ne serait pas l'effet plausible, mais la cause immédiate de toutes ces confuses annonces. Et l'origine de la honte est toujours la même : le pénible décalage entre le penser et le faire, entre l'image et le mot, entre la hauteur du sensible et la platitude de l'intelligible.
action,dieu,esprit,hauteur,honte,mort,mot,platitude

bien
La fonction primordiale de la comédie et de la tragédie est d'entretenir en nous l'ironie et la pitié, ces deux meilleurs sentiments humains ; j'ai bien peur, que la tragédie soit morte, puisque la pitié a définitivement tari dans les cœurs des hommes ; pourtant c'est la pitié qui apporterait à nos passions - la purification (catharsis) - Aristote, elle serait même « le premier sentiment relatif qui touche le cœur humain » - Rousseau.
ange,cœur,hommes,ironie,mort,pitié,tragédie

bien
On devrait réhabiliter la réputation de l'âne ou de la vache : une épopée sur la patience et l'ironie ou un poème sur la pitié. La naissance et la mort de l'Europe virent, elles aussi, la déterminante présence bovine : en taureau violeur et en veau d'or consentant. Quand on chasse la poésie, ce qui reste ressemble à s'y méprendre à du beuglement. « La pitié est au cœur ce que la poésie est à l'imagination » - J.Joubert.
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bien
On fit de l'indifférence une vertu, relevant du vrai amour. Dans cette équivoque se reconnaissent de minables acteurs et d'immenses observateurs, l'abject s'abouchant avec la sainteté par le choix du centre d'indifférence, à partir duquel l'éternel Oui est aussi accessible que l'éternel Non (everlasting Yea and Nay - Carlyle).
amour,éternité,jeu,mort,négation,regard,sacré

bien
La vraie culture est dans la redécouverte des traces du péché originel. Dès qu'on s'en sent inentaché, on se couvre de pâtés de barbarie. Mais ce n'est pas dans un passé qu'est placée la grandeur déchue de l'âme, mais dans la hauteur intenable, qu'aucune profondeur ne remplace. Le temps ne rachète pas ce dont nous prive l'espace. On exagère la nocivité du péché originel et n'insiste pas assez sur la monstruosité du péché final - de l'assassinat de la beauté, qui se déroule sous nos yeux.
âme,ange,beauté,culture,étonnement,grandeur,hauteur,honte,mal,mort,…

bien
Le vrai sentiment de honte ne naît pas des aveux accablants, mais du constat que tout aveu est un faux témoignage, aucun verbe n'ayant assisté à notre crime d'être né. Calderón, Trakl et Cioran semblent suivre l’homme hugolien qui :  : « pleure sur des berceaux et sourit à des tombes ». L'omniprésence du remords, au cours de la vie, me signale que la vie elle-même porte les stigmates de cette faute.
commencement,honte,mensonge,mort,vie

bien
Sur son lit de mort, personne ne regrette de ne pas avoir tout fait pour sa carrière. Mais tous regrettent de ne pas avoir tout fait pour leur âme. Que la vie soit faite pour le bon et pour le beau, et non pas pour l'utile, est un joyeux mystère pour un poète, toujours renaissant, et un macabre problème pour un goujat agonisant.
âme,beauté,mort,mystère,poésie,utilité,vie

bien
Que reste-t-il après la mort de l'art (qui est offre de pures beautés) et après la mort de Dieu (qui est appel du pur Bien) ? - des appels d'offres – du pur mercantilisme !
ange,argent,beauté,dieu,mort

bien
Je me solidarise avec le Bien, ou bien je me fais chantre du Mal – trop de naturel dans la position, trop d'artifice dans la pose. Du point de (la) vue d'homme (de mon soi connu), je dois passer à l'axe du regard de surhomme (de mon soi inconnu). Aucun point ne peut être nouveau ; ne vaut (pour l'éternité) que l'axe, que mon regard isole, colore, anime et enterre.
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bien
Toutes nos cordes, en accord avec la noblesse, la créativité, le rêve, finissent, fatalement, par devenir lâches – c’est la véritable tragédie humaine, mais du point de vue thérapeutique c’est de la dégénérescence. Faut-il avoir pitié de nos propres défaillances incurables ? Ou bien faut-il chercher de belles pompes, pour un enterrement, plein d’intensité et de plénitude ?
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bien
Je pensais que le mépris excluait toute pitié et qu’être gai c’était céder aux choses douceâtres ; mais voilà que N.Chamfort m’apprend que le mépris, c’est de l’indulgence et que la gaîté, c’est du sarcasme. En matières contradictoires, les suicidaires sont souvent plus lucides que les consolateurs.
auteur,consolation,enthousiasme,haine,mort,négation,pitié

bien
On ne doit suivre une invitation au suicide qu’à deux conditions célestes : premièrement, aucune beauté, vécue jadis, n’enflamme plus tes souvenirs et deuxièmement, aucun Bien, même muet, ne t’apporte une consolation durable. Autrement, suivre le désespoir terrestre ne peut être que de la trahison de tes rêves pas encore éteints.
beauté,consolation,espérance,ironie,mémoire,mort,rêve

claudel p.
Le Tau, signe de la compassion. Pour comprendre combien elle est large, regardez comme elle est haute.
bien
Il existe un autre signe de la croix, encore plus haut, c'est le X, signe du doute. (Pensez au doute du Jeu suprême du Sonnet en X de Mallarmé !) Préférer le sautoir de St-André au chapelet de St-Antoine ! Préférer St-Philippe, à la croix couchée, à St-André ! Mais la plus belle (P)passion est compassion - rencontre d'une vivante ironie et d'une pitié morte.
amour,doute,hauteur,ironie,mort,pitié

einstein a.
Moralisches Handeln allein kann dem Leben Würde verleihen.

Seule l'action morale peut munir la vie - de la dignité.
bien
Cette dignité se mesurera en galons et t'apportera une bonne conscience. Je préfère que la vie s'apprécie en frissons et en douleur éternelle, que réveille le rêve moral, sans appui des bras. Être « un pouls blessé, qui pressent l'au-delà »** - Lorca - « un pulso herido que presiente el más allá ».
action,balance,conscience,mort,noblesse,rêve,sentiment,souffrance,vie
 

cité
Le lieu de la liberté - la véritable pierre de touche des hommes : est-elle dans le monde, dans l'homme, dans l'au-delà ?
liberté,mort,vie

cité
La liberté naissante est toujours touchante ; la liberté jeune est affriolante ; la liberté mûre est dégueulasse. Heureusement, la liberté n'est jamais vieille - subissant d'innombrables greffes de tout ce qui est vital, elle est momifiée pendant sa maturité. La tyrannie, elle, sait garder l'éternelle jeunesse du mensonge.
commencement,enfance,liberté,mensonge,mort

cité
Le communisme ne peut être désiré que par des poètes, imposé - que par des assassins, maintenu - que par des débiles.
intelligence,mort,poésie

cité
La tyrannie se faufile à travers la prétention de l'incapable (doux rêveurs, assassins ou poètes) d'imposer l'illisible (la charité, la noblesse). Le capable (disciple d'Hermès) l'évince dans une émulation transparente arbitrée par la foule.
amour,argent,mort,mouton,noblesse,poésie,rêve

cité
La mort des idéologies entraîna celle des téléologies. L’avenir disparut des horizons des hommes, ce qui eut pour conséquence le désintérêt pour le passé et le culte du présent.
histoire,hommes,modernité,mort

cité
L'homme dont les droits vous clamez est un homme mort, homme réduit à l'être abstrait. Le premier droit de l'homme vivant est de ne pas devoir son avoir à sa force, mais à la solidarité humaine. Prince Kropotkine poussait encore plus loin  : « La solidarité, c'est ce puissant moteur qui centuple la créativité humaine » - « Солидарность, этот великий двигатель, увеличивающий во сто раз творческую силу человека ».
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cité
Il n'y a plus, pour régner, ni princes ni bouffons, que des comptables. Quand on juge la majesté d'après la forme des sièges, on est incapable de vénérer la haute royauté de la position couchée, où la bouffonnerie titillait le sceptre. Les Romains y furent bien meilleurs experts que nos rois ou Présidents. Vivre couché et mourir debout. « Il convient à l'empereur de mourir debout » - Suétone - « Decet imperatorem stantem mori ».
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cité
La modernité : percevoir l'humanité en tant qu'un troupeau de moutons, sans flamme, et l'homme - en tant qu'un robot, sans drame. Le trépas, dans les deux cas, - avec le front plissé, sans cheveux dressés. Et dire que, jadis, on pouvait encore s'interroger : « Pourquoi est-on si ému à la mort d'un seul ? - la mort d'un seul est bien une mort, celle de deux millions - de la petite statistique » - E.M.Remarque - « Warum sind wir so erregt wegen eines einzelnen : ein Einzelner ist immer der Tod — und zwei Millionen immer nur eine Statistik ».
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cité
L'adhésion à Hitler ne pouvait être que de l'égoïsme de celui qui aimerait se trouver parmi les forts ; l'adhésion à Staline était surtout de l'altruisme, de la compassion pour les faibles. L'ennui, c'est que ce n'est ni le fort ni le faible qui furent bénéficiaires de ces ordres, mais le mouchard, l'assassin et le lèche-bottes.
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cité
De tout temps, on se doutait bien, que « la propriété, c'est le vol »* (Proudhon), mais les consciences des riches sont aujourd'hui en paix, puisque la loi écrite dédouane désormais toutes leurs saloperies, et la loi morale est morte, suite, d'ailleurs, aux mêmes symptômes que l'agonie de l'art : faute de mécènes à conscience trouble.
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cité
Quels couples pathétiques engendra l'antisémitisme ! Deux grandes Juives, Arendt et S.Weil, admirées par deux grands hommes, proches des nazis, Heidegger et G.Thibon ; un grand Juif, Celan, aimé passionnément par une Aryenne, fille des nazis, I.Bachmann. Et le suicide comme la plus probable des perspectives des survivants d'Holocauste.
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cité
Un silence écrasant, étouffant, répugnant, ce silence des politiciens ou des intellectuels d'aujourd'hui sur ce que le monde devrait être ; le déferlement du réel, c'est à dire du marchand, dans toutes les sphères, où, jadis, se croisaient des idées, des utopies ou des rêves ; à la mort du poète, les jurés moutonniers interprétèrent correctement son testament, en léguant tous ses biens au robot.
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cité
L'un des stratagèmes démocratiques, pour attirer l'adhésion des hommes, fut la quasi-disparition de l'humiliation de l'homme, bien qu'avec le maintien de son abaissement. « Les hommes sont si bêtes, qu'il faut les traîner vers le bonheur » - G.Bernanos (Voltaire et Hume furent du même avis). Le despotisme tyrannise la majorité silencieuse, sans humilier une minorité gémissante ; la démocratie humilie une minorité aphone, sans tyranniser la majorité, qui est toujours bien orchestrée par l'instinct grégaire. De bonnes âmes entendront toujours de la musique, là où un marginal de l'histoire râle, suffoque ou expire.
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cité
Au début, on salue le révolutionnaire qui achève une hyène, un loup, un corbeau ; mais ensuite vient le tour des pigeons ou des taupes : « Vite, tordez le cou au canari, avant que le communisme n'en soit attendri » - Maïakovsky - « Скорее головы канарейкам сверните - чтоб коммунизм канарейками не был побит ! ». Quand il s'agit de tordre des cous (du canari, du loup, du requin, de l'insecte, de la vermine), c'est le porc qui risque de prendre la tête de la croisade. C'est ce qui se passa. Mais si on cherche à redresser son propre cou, on se transforme en hyène. C'est ce qui se passa dans un autre pays. Incliner son cou ? - est-ce la solution ? Renoncer au chant du cygne ?
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cité
Avec la disparition des saintes huiles et des bûchers, le sacré perdit en solennité et, partant, en épouvante. L'esprit chevaleresque et la vilenie se retrouvèrent en complicité mécanique, puisqu'ils comprirent la leçon : « Oignez vilain, il vous poindra. Poignez vilain, il vous oindra » - Rabelais. Le poète oint n'a plus personne à poindre.
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cité
Depuis trois mille ans, un culte de la sagesse, poétique ou scientifique, s’opposait à la vulgaire domination de l’argent. Des idées, civiques, théologiques, philosophiques, politiques, exerçaient un pouvoir d’attraction, modérant la tyrannie mercantile. Mais la Cité céda à la Bourse, Dieu fut proclamé mort, la fraternité se limita à l’art culinaire. Le dernier coup à l’humanisme fut porté par l’écroulement de l’URSS, enterrant l’idée communiste. Toute verticalité s’effondra ; une immense horizontalité règne sur les forums et dans les têtes.
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cité
Si les tyrans multiplient des charniers (le p'tit père dépeuple), c'est parce que l'unanimité parfaite ne se trouve qu'au cimetière. Plus tard on comprit, que la foire arrivât au même résultat avec beaucoup moins de dégâts.
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cité
La liberté est surtout belle, lorsqu'elle est invisible ou secrète. On la réclame ou la déclame, elle devient palpable comme un algorithme. Mais le rythme ou le chant de la liberté en deviennent si souvent le chant du cygne.
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cité
Fossoyeurs, innocents et illuminés, de belles idées : du romantisme politique - Lénine, Hitler ; du romantisme artistique - Pissarro ou Malévitch, Schönberg ou Mahler. C'est ainsi que s'achèvent deux mille ans, où tâtonnaient l'humanisme et la grandeur, la direction et la hauteur du regard. Tout est confié, désormais, aux cervelles, muscles et griffes. C'est le romantisme qui est mort et non pas le totalitarisme ou l'académisme.
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cité
À l'agneau, surpris dans son refuge précaire, le loup assène la bonne règle : « Celui qui abandonne la liberté pour la sécurité ne mérite ni la liberté ni la sécurité » - Franklin - « They that can give up essential liberty to obtain a little temporary safety deserve neither liberty nor safety ». Heureusement, aujourd'hui, il restent tellement de ruines abandonnées d'appétits de rapaces, où se tapissent les agneaux d'un Dieu mort.
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cité
Les plus infernaux des hommes - ceux qui visent un paradis, en exterminant des infidèles, des dissidents, des apostats.
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cité
La sobriété démocratique n'inspire pas le poète ; il est emporté par une ivresse despotique. Et la révolution le laissera dans un cachot, dans une nausée, dans un suicide bien réels et horribles. Revenu, par chance, à la démocratie, il se mettra à inventer des cachots, des nausées, des suicides de pacotille.
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cité
Les plus nobles rebelles et les meilleurs rêveurs sont certainement derrière nous ; le futur appartient aux gestionnaires. Plus de révolution possible, puisque toute poésie est morte. « La révolution ne peut tirer sa poésie du passé, mais seulement de l'avenir » - Marx - « Die Revolution kann ihre Poesie nicht aus der Vergangenheit schöpfen, sondern nur aus der Zukunft ».
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cité
Chez les hommes, il existent deux oppositions, une profonde - entre les forts et les faibles, et une haute – entre la force et la faiblesse, à l'intérieur de chaque individu. La démocratie amortit et adoucit la première et exacerbe la seconde. La faiblesse humaine, ce sont les rêves - le Bien, l'amour, le lyrisme, et la force humaine, c'est la réalité - le calcul, le savoir, la responsabilité. Le culte de la force réelle tua le rêve.
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cité
Aux dieux sanguinaires, le nectar et l’ambroisie, symbolisant une mort vaincue et une vie immortelle, servaient de poudre aux yeux, tandis que leur vraie pitance, c’était la fumée des victimes, immolées sur les autels sacrés. Aujourd’hui, les dieux renoncèrent à l’immortalité et se succèdent, par versions courantes jetables ; leur autel, c’est le marché aseptisé, aucune pollution olfactive ou sonore n’en émane ; les victimes consentantes graissent ou refroidissent les circuits d’un Moloch impassible ; les dieux et les hommes, tous, – robots pré-programmés.
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cité
Il ne reste plus aucune zone d’ombre dans notre vision historique du passé ; il ne reste rien de radieux dans notre vision idéologique du futur. Le réel est mort en tant que source d’enthousiasmes ou de croyances ; on devrait en profiter, pour retourner à nos rêves atemporels, promettant de la musique et des ombres et renonçant à la lumière.
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cité
Jadis, on se faisait tuer pour la liberté ; aujourd’hui, on se suicide pour profiter, dans l’au-delà, des quarante vierges, ou pour confirmer, ici-bas, que le piteux état de sa trésorerie rendait la vie sans intérêt(s).
argent,liberté,mort,religion

cité
Un enfer ardent mobilise mieux les fous, qu’un paradis tiède – les hommes raisonnables ; c’est ce qu’on découvre après l’éclipse des avenirs radieux. Le présent tempéré motive les propriétaires et les suicidaires.
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cité
Le nazisme s’adressait à la bête, et le bolchevisme – à l’ange ; mais l’homme passionné est une fusion indissoluble des deux, d’où l’identité des résultats – la terreur, l'extermination d'indécis ou d’indésirables. Heureusement pour l’humanité, les passions disparurent de la scène politique ; et l’homme serein se présente désormais comme une paisible cohabitation du mouton et du robot.
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cité
Tant que le progrès socialo-économique se déroulait dans des pays de culture, il ne gênait en rien l’épanouissement de cette culture. Passé aux barbares américains ou chinois, il finira par tuer toute culture.
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cité
Les genres de l’adversaire respectif du bolchevisme ou du nazisme - l’ennemi du peuple et le sous-homme – ont la même espèce commune, verbalisée ainsi par les tortionnaires – la vermine. Cette ligne de parenté explique la paix d’âme, avec laquelle les bourreaux accomplissaient leur sale besogne. On ne torture pas la vermine, on l’écrase, on l’empoisonne, on la déchiquette.
allemagne,hommes,lutte,mort,russie

cité
Une civilisation se compose de trois mondes – les actes, les idées, les rêves. Le dernier est hétérogène, il n’est accessible qu’aux solitaires ; les deux premiers réunissent des solidaires – des compagnons ou complices – ces deux mondes furent, le plus souvent, en lutte entre eux. L’Antiquité ignorait le dernier des mondes et réussissait à faire cohabiter les deux premiers. Le Christianisme introduisit un monde des rêves, qui vivotait jusqu’à la Renaissance. Mais le monde des actes dominait jusqu’au siècle des Lumières, où les idées commencèrent à rivaliser avec les actes et tinrent une place d’honneur jusqu’à l’écroulement du communisme. Aujourd’hui, le monde des rêves est mort ; les deux autres fusionnèrent, faute d’idées non testées par les actes.
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cité
J’eus des rapports assez étroits et confiants avec deux hommes, ayant exercé la même fonction de conseiller politique auprès de Mitterrand et de Gorbatchev, les plus fermes et les plus débonnaires des chefs d’état dans l’histoire de leurs pays, deux fossoyeurs de l’idée socialiste, l’un par la tentative de traduire une belle théorie en pratique prosaïque, l’autre – de traduire en théorie lyrique une pratique abjecte.
auteur,action,bassesse,beauté,histoire,idée,mort,poésie

cité
La justice, la loi, le bien-être matériel, ce sont des lumières, rendant inutiles, superflues les ombres qui furent la demeure préférée de la poésie, voire de l’art tout entier. La limpide raison économique dicte, désormais, l’évolution des prix des ouvrages d’un art agonisant, et l’on ricane des valeurs romantiques d’antan.
art,justice,modernité,mort,ombre,poésie,raison,romantisme

cité
La seule interprétation intéressante de la Fin de l’Histoire est géographique : la civilisation naît en Orient et se propage vers l’Occident, pour se terminer dans la barbarie de la culture américaine.
amérique,culture,histoire,mort

cité
Jules César se voulait historien, Néron – acteur, Marc-Aurèle – moraliste. Leurs homologues modernes se voient et se comportent en gérants d’entreprises lucratives. Aristote, Platon, Sénèque, Boèce, Léonard et même Malraux ou R.Debray furent amis du Prince. Aujourd’hui, c’est le journaliste qui a la faveur des Chefs gestionnaires. Et si ceux-ci avaient raison, l’art étant mort ?…
antiquité,argent,art,modernité,mort

cité
Une révolution – les jeunes, rêvant d’avenirs radieux, se débarrassent des vieux ; une guerre – les vieux, recalculant l’obscur passé, se débarrassent des jeunes.
enfance,hommes,lutte,mort,rêve,temps

cité
L’Histoire est une suite chaotique d’événements imprévisibles ; aucun oraculat rationnel ne se réalisa. De pitoyables tentatives d’y déceler quelques lois - les galimatias, hégélien (sur la prédétermination historique d’avant et d’après l’avènement du Christ) ou marxiste (sur le caractère absolu de la lutte de classes), - s’évaporèrent. Néanmoins, la robotisation des hommes, suivie de celle des civilisations, aboutira, un jour, à l’élaboration d’algorithmes infaillibles, déterminant les parcours des machines désanimées que deviendront les acteurs de l’Histoire. Pourvu qu’un feu nucléaire n’éteigne pas tout signe de vie sur notre planète infortunée.
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cité
Crépuscules de la beauté, grisaille des pensées, le tout invariant enseveli sous les tas difformes - tel est le tableau effrayant de cette époque sans mystère, sans noblesse, sans hauteur, époque-fossoyeuse définitive de l’art expiré. Extraire la beauté mystérieuse (Baudelaire) devint stérile car ne trouvant aucun spectateur ; tous sont tournés vers la réalité banale, ennuyeuse, laide.
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cité
L’Asie : sa domination matérielle sera due au travail acharné des masses serviles ; l’Europe : sa domination spirituelle fut due aux loisirs que pouvaient s’offrir les solitaires libres. La seconde est mortelle.
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cité
L’histoire des révolutionnaires de la cause commune suit l’idée qui les excite ; l’enthousiasme, fatalement, faiblit, et le désenchantement les rend mélancoliques et solitaires. Les idées, contrairement à Dieu, ne sont pas mortes, elles changent de foyers de leurs élans. Jadis, elles portaient sur des fantômes (Platon), ensuite elles visèrent les objets (Aristote), l’homme introspectif (Kant), l’homme de la production (K.Marx). Seul Sisyphe pouvait trouver de la noblesse dans ce dernier emploi de notre perspicacité ou de nos rêves ; les autres descendaient dans le passé, pour ressusciter, nostalgiquement, les anciennes idoles, mais qui ne s’avéraient être que des momies. Toute idée dégénère en algorithme.
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cité
Les larmes, que la chute du mur de Berlin provoqua chez les âmes sensibles, ne seraient pas dictées par la seule joie d’accueillir la liberté, mais aussi, et même davantage, par la tristesse de voir le plus noble idéal humaniste, la fraternité des humbles, s’écrouler. Les hommes sans larmes, en furent les premiers profiteurs.
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joubert j.
Les révolutions sont des temps, où le pauvre n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune et l'innocent de sa vie.
cité
Sous notre démocratie, le pauvre est sûr de sa fortune, le riche de sa vie et l'innocent de sa probité. On gagna en grisaille et trivialité.
maîtrise,misère,mort,platitude,révolte

chateaubriand f.-r.
Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.
cité
Plus précisément, la hauteur initiale, l'arbre et le mirage s'ouvrent devant les hommes ; la profondeur tombale, la forêt et le désert closent leur parcours.
arbre,désert,hauteur,hommes,mort

valéry p.
Un État est d'autant plus fort, qu'il peut conserver en lui ce qui vit et agit contre lui.
cité
Aujourd'hui, tous sont contre l'État, et jamais il ne fut aussi faible. Ses adversaires d'antan furent des brigands et des rêveurs. Le rêve est mort et le brigandage devint policé et souriant.
force,lutte,mort,platitude,rêve

debray r.
Le communisme a bâclé son agonie et l'époque solde ses rêves en vrac.
cité
Ce qui devrait nous inciter à ne partager nos rêves avec personne : plus un rêve est vaste en adhésions, plus de débris en fera l'époque.
modernité,mort,rêve
 

doute
Les meilleures rencontres sont nocturnes. Les meilleurs adieux sont diurnes. Il vaut mieux, que le premier pas soit impénétrable et le dernier - inoubliable. De nuit, les contours flottants rapprochent ; de jour, l'accommodation du cœur éloigne.
caresse,cœur,commencement,inconnu,mort

doute
Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ».
acquiescement,action,éternité,frontière,hauteur,mort,négation,retour,temps,vie

doute
L'homme et ses cibles : l'un finit par s'abîmer dans leurs fondements, l'autre n'arrive plus à se détacher des traces, que ses flèches avaient laissées dans les choses, le troisième, poète ou philosophe, comprend, que, pour les toucher, il faut toujours viser plus haut, il se voue à la hauteur de l'azur ou de la pensée. Mais tous meurent, le carquois plein (A.Chénier n'est pas le seul à plaindre), car, bêtement, ils font flèches de tout bois.
commencement,étoile,flèche,hauteur,idée,mort,philosophie,pitié,poésie,réalité

doute
La lumière qui éclaire ou la lumière qui éblouit : la première – utile pour les yeux, inutile pour le regard ; la seconde – vitale pour le regard, mortelle pour les yeux.
mort,ombre,regard,utilité,vie

doute
Qu'ignore, au juste, Narcisse ? - qu'il y ait d'autres visages ? que le visage ne soit pas à lui ? que le visage ne soit pas de lui ? Dès qu'on connaît la réponse, on n'est plus narcissique, c'est à dire qu'on se connaît, c'est à dire on est mort.
beauté,mort,narcissisme,question,soi

doute
Séparer la flamme de la lumière, garder celle-ci à l'extérieur et m'en servir pour la qualité de mes ombres, préserver celle-là à l'intérieur, pour réchauffer mon étoile transie et mon cœur en train de se bronzer. Phénix appelle la flamme, Apollon - la lumière ; que chacun règne sur sa moitié de la mort et de la vie.
cœur,élite,étoile,mort,ombre,vie

doute
Sans l'ironie et le nihilisme, nos certitudes finiraient par éteindre tout regard dans nos yeux. L'art de la conversion ironique, dans lequel Platon voyait le sens de l'allégorie de sa Caverne. La ténèbre de la mort n'embellit ni la lumière de la vie ni les ombres de l'écriture ; elle ne communique qu'avec la folie.
art,fanatisme,filtre,folie,ironie,mort,nihilisme,ombre,pitié,regard,…

doute
Pour connaître mon soi connu, il suffit de vouer à son image mes yeux ou mon esprit. Je ne peux pas connaître mon soi inconnu, je peux l'aimer, grâce à l'image, qu'en renvoie mon regard, c'est à dire mon âme. C'est, peut-être, l'objet tant convoité par Narcisse et qui l'empêche d'être immortel. Ne sont immortels que le désamour et l'imitation. La créature, la création, le créateur sont tous voués à néant.
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doute
Une âme vit de ses soifs à ne pas assouvir et de ses vides à ne pas remplir. « Il y a dans toute âme vivante un vide et une profonde soif » - Koestler - « There is a vacancy in every living soul, a deep thirst in all of us ». Seules les âmes mortes débordent de certitudes, mais leur satiété est peu profonde.
âme,ennui,intensité,mort,soif,vide

doute
Les ombres, pas plus que les rêves, n'ont pas bonne presse, aujourd'hui. L'homme, lui aussi, est évincé par les hommes, comme la veille chassa le rêve, et le néon - les ombres. « L'homme est le rêve d'une ombre. (Nous sommes l'ombre d'un songe ?) » - Pindare. L'homme rejoignit un autre grand mort - Dieu - dans une flagrante inexistence. C'est à la lumière cathodique qu'on interprète nos songes.
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doute
L'incertitude idéale serait à la fois grande et faible : « Quelle plus grande faiblesse que d'être incertains, quel est le principe de son être et quelle en doit être la fin ? »** - La Bruyère. Seuls les esprits les plus forts peuvent se permettre de cultiver cette noble faiblesse ; les certitudes des faibles, sur ce sujet, relèvent non pas de principes, mais d'une pitoyable doxa.
commencement,force,mort

doute
Il est trop facile de chanter l'obscurité de ce qui est, par défaut, obscur : la nuit, la mort, Dieu – ma lumière fixe suffit, pour leur rester fidèle. Mais l'obscurité de l'espérance, du rêve, de l'ange ne peut enchanter que grâce à mes ombres créatrices.
ange,création,dieu,espérance,mort,ombre,rêve

doute
Qu'ai-je à faire avec les idées, claires et distinctes, dès qu'il s'agit de l'amour, des passions, de la mort, du beau et du bon, du mystère qui entoure tout ce qui est grandiose ? Qu'à la limite, elles s'occupent du vrai, cette partie secondaire et plate d'une existence vécue en relief et en grand !
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doute
Le fil noué du mystère se livre à la rigueur d'un problème ; le dénouement du problème est dans la clarté d'une solution. Que je sois Gordias, avec sa hache fébrile, ou Ariane, avec ses doigts habiles, que l'élan d'un mystère m'accompagne – à travers la corde, sa musique ou ses flèches. « La vie est un perpétuel dénouement. Il ne faut pas s'en ennuyer ou s'attendre à un fil sans nœuds » - Tolstoï - « Жизнь есть непрестанное развязывание узлов. Надо не скучать этим и не ожидать гладкой нитки ».
continuité,ennui,flèche,mort,musique,mystère,raison,vie

doute
Les fantômes peuplent aussi bien le passé que l’avenir, mais ils sont vivants au passé et morts dans l’avenir. La mémoire est une matière malléable, matière première, que ton amour ou ton imagination peuvent munir de nouvelles intensités ou de nouveaux sens. Mais toute projection vers l’avenir ne peut être que minérale, mécanique, logique – bref, sans vie.
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doute
Il est terrible de reconnaître, que là où il n’y a pas de vie, il n’y a que la Nécessité. Il est encore plus terrible d’admettre, que la Nécessité, un jour, tuera la Vie.
mort,nature,nécessité,vie

doute
Pour celui qui ne s’exprime que par des ombres, l’extinction de toutes les lumières est la fin du monde – la mort. Lumière du ciel, lumière de l’esprit, lumière du Bien. Des hypostases divines de l’homme, la dernière à mourir, en tant que lumière, c’est l’âme.
âme,bien,dieu,esprit,mort,nature,ombre

doute
La réalité est faite de réflexions sur la vie et sur la mort ; dans les deux cas, le résultat est le même – un désespoir profond. Le contraire de la réalité s’appelle rêve, qui répugne à la réflexion et se forme de sentiments – de l’extase à la résignation – et réveille la haute espérance.
acquiescement,espérance,hauteur,mort,réalité,rêve,sentiment,vie

doute
Cette terrible image : le jour où la dernière trace de vie s’éteindra sur Terre, l’Univers restera sans sujet, sans hasard, sans liberté. Quelques bribes de lois physiques et chimiques, cessant, elles aussi, d’agir – l’espace décomposé et le temps arrêté.
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doute
Que le corps et l’âme soient séparés ou indissolublement liés, la mort pourrit le premier et éteint la seconde. Sans atomes vivants, pas de sensations vivantes.
âme,matière,mort

doute
Pour Socrate, une vie après la mort, est une claire réalité, et pour Jésus – un rêve éphémère ; le premier garde une sérénité admirable, comme admirable est l’angoisse du second.
angoisse,mort,réalité,rêve,vie

doute
On ne découvre pas le sens de la vie à 50 ans ; il doit s’incruster en nous avant nos 20 ans, sous la forme d’une étincelle frissonnante, se transformant en notre étoile, qu’il s’agira de suivre de nos yeux toute notre vie. Et, petit à petit, cette étoile formera notre regard d’adulte – sur la vie, sur la mort, sur le rêve.
enfance,étoile,mort,regard,rêve,vie

doute
Presque tous les mystères logent dans l’inconnu ; le connu est composé, essentiellement, de problèmes et de leurs solutions. Dans tes choix, il faudrait donc préférer l’inconnu au connu. Te mettre du côté de la vie, cette immense inconnue, serait donc une pose plus noble que t’identifier avec la mort, qui est, hélas, si parfaitement connue comme événement et ses conséquences.
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doute
Plus on est inculte, plus de raisons on trouve de hurler au désespoir et de rester sourd au chant de l’espérance. Il faut plus d’inconscience, pour annoncer la fin du monde que pour en admirer les merveilles.
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doute
Ce qu’on applique à la mort (à la résurrection) : « C'est certain, bien qu'impossible » - Tertullien - « Certum est, quia absurdum » - s’applique tout-à-fait au caractère miraculeux de la vie, qui, d’après Einstein, est impossible, c’est-à-dire incompréhensible, inconcevable – cet Einstein, décidément, est beaucoup plus intelligent, que tous ceux qui déclarent ce monde le meilleur, ou le pire, des mondes possibles !
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doute
Le retour éternel souligne le (pré-)commencement unique de toutes les entreprises d’un créateur, d’un artiste. Aucun parallèle quelconque avec l'immortalité d’âme. Le retour éternel est pratiqué par notre esprit mortel (le soi connu, développeur de finalités), prêtant son oreille à notre âme (le soi inconnu, inspiratrice de commencements).
âme,art,commencement,création,éternité,inconnu,mort,retour,soi,système

doute
Ce qui devrait pousser au suicide n’est pas le désespoir inéluctable dans la réalité, mais l’espérance éteinte dans le rêve.
espérance,mort,réalité,rêve

doute
Le passé, d’il y a un milliard ou un millier d’années, d’un mois ou d’une seconde, sombre irrémédiablement dans l’inexistence ; l’avenir de la nécessité est déjà calculé, l’avenir de la liberté est imprévisible. Ce n’est pas nous qui traversons le temps, c’est le temps qui nous traverse. Il ne s’arrêtera que le jour où toutes les étoiles seront définitivement éteintes et les électrons auront marre de tourner autour des noyaux.
être,inconnu,liberté,matière,mort,mystère,nécessité,temps

doute
Le mystère loge aussi bien dans les esprits que dans la matière. Dans cette dernière il est de nature physico-chimique, et dans les premiers il se rapporte à la liberté et à la créativité. L’esprit seul peut s’exalter des mystères des atomes ; il faut de l’âme pour s’émerveiller des mystères du vivant. Pour l’âme, rien de mystérieux dans la mort, tout est merveilleux dans la vie.
âme,création,esprit,liberté,matière,mort,mystère,vie

doute
Qu’est notre présent ? À l’instantané - un mystère pour l’esprit ; dans la journée – une adaptation merveilleuse de la vie sur Terre ; sur un mois – l’agitation journalistique ; en une année – le souci statistique ; en un siècle – la nourriture des politiciens ; dans les cinq millénaires – le cycle achevé de l’art ; dans les dizaines de milliers d’années – la naissance des sens humains d’origine divine ; dans les milliards d’années – le mystère de la matière.
art,cité,dieu,esprit,hommes,matière,mort,mystère,temps,vie

doute
Que faire des lumières reçues ? Je vois ceux qui s'y chauffent, les reflètent ou les racontent et je comprends, que la plus belle façon d'en vivre est de les déposer ou enterrer pudiquement au fond de moi-même. Avec une conséquence irrémissible - je commence à émettre des ténèbres.
auteur,beauté,défaite,inconnu,mort,ombre,soi

schiller f.
Nur der Irrtum ist das Leben,
Und das Wissen ist der Tod.

La vie est dans l’errance,
La mort - dans la sapience.
doute
Le vrai se réduit au minéral ; le merveilleux, c'est à dire l'erreur dans un règne minéral, pénètre toute la vie. Celui qui prétend savoir la merveille, la tue. Hadès, ne signifie-t-il pas celui qui sait tout ? On meurt de deux façons : comme une fleur ou un grain (Perséphone). Si l'on veut vivre (la question n'est pas triviale), il faut savoir mourir comme un grain.
erreur,mort,savoir,vie

novalis f.
Wir sind mit dem Unsichtbaren näher als mit dem Sichtbaren verbunden.

Nous sommes liés de plus près à l'invisible qu'au visible.
doute
L'invisible nous est fidèle, le visible nous trahit. La mort est un opticien méconnu. Ses lentilles corrigent promptement la myopie de l'homme – l'infini apparaissant sous ses yeux, dans ses images, dans ses gestes.
action,inconnu,mort,regard,sacrifice

hugo v.
Soyez comme l’arbre, changez vos feuilles, mais jamais vos racines.
doute
L’arbre, tout entier, de la graine féconde à la souche mortuaire, est à mon soi connu ; mon soi inconnu est comme le Soleil, qui chauffe le sol et projette des ombres. Sois une ombre reconnaissante d’une lumière céleste.
arbre,étoile,inconnu,mort,ombre,soi

valéry p.
Ce qui n'est pas fixé n'est rien. Ce qui est fixé est mort.
doute
Une belle dialectique de la création ! Le philosophe-poète ne crée que dans l'informe, qu'il a intérêt d'accumuler en se débarrassant de ce qui prit déjà forme. Ce qui n'entre pas dans une grammaire n'exprime rien. Fixer, c'est attacher une mosaïque sémantique à une syntaxe opératoire. Une fois soumis à la seule syntaxe, tout discours vrai est mort. Ce qui se fixe dans l'espace sera mis en mouvement dans le temps. C'est en fixant que nous prouvons notre capacité de métamorphose. Chercher à fixer dans l'espace, c'est tendre vers la perfection dans le temps. La liberté futuriste de l'être ou l'irréversible nostalgique du devenir. La perplexité devant le mouvement insaisissable et « la répugnance à toute fixité » - Nietzsche - « ein Widerwille gegen alles Festbleiben ».
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chœur hommes
MOT : Plus la communication entre les hommes se réduit aux images cosmopolites, visuelles et sans musique, plus le mot perd d'audience et d'auditoire. Peut-être, il vaut mieux, pour lui, de mourir comme un grain, plutôt qu'être adjoint à une collection minéralogique, à côté d'un papillon crucifié ou d'un diamant déprécié.
musique,mort

chœur hommes
VÉRITÉ : Quand un sage s'intéresse à la vérité, cela produit des confessions cafouilleuses ou des testaments injustes. Chez les hommes, la vérité ne se conçoit qu'en codes et modes d'emploi. Pour les hommes, le contraire de la vérité trouvée, c'est l'ignorance ; pour le sage - la vérité recherchée. Laisser les vérités enracinées enterrer leurs morts, les ressusciter par le langage.
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hommes
Le temps est proche, où les gestes les plus fatidiques seront accomplis en mode virtuel. Jadis, on réglait les démêlées charnelles ou spirituelles en temps réel, à coups de massue ou de messe. Aujourd'hui, on assassine ou se confesse de plus en plus télématiquement.
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hommes
Aujourd'hui, l'art périt non pas par désintégration et pourriture (Arendt), mais par son intégration infaillible dans le monde des marchandises et par l'enfouissement sécurisé de ses déchets.
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hommes
La poésie est morte ; il est temps d'en oublier les épitaphes et d'en écrire la biographie posthume. La défunte suivante sera l'âme, mais il n'y aura plus ni nécrologistes éplorés ni notaires s'intéressant au testament d'une migrante ininsérable.
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hommes
Les frontières d'états font penser aux guerres ; tant d'incompatibilités entre les regards se formant à dix kilomètres l'un de l'autre ; mais parfois - d'étranges similitudes : Machado, fuyant l'Espagne franquiste, meurt à Collioure ; Benjamin, fuyant la France occupée, se suicide à Port-Bou, à quelques kilomètres ou quelques mois de distance.
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hommes
La barbarie d'aujourd'hui est due à la mort du rêve. Plus précisément, à son handicap mental, dès sa prime enfance. Le discrédit du conte de fées, le merveilleux étouffé par le mielleux, le jeu électronique expulsant le jouet anachronique. Les lieux, qui ont le plus besoin de rebelles aujourd'hui, sont les crèches, et leurs noms sont Andersen et Ch.Perrault. Shakespeare, Pouchkine et Montaigne en savaient quelque chose : « Notre principal gouvernement est entre les mains des nourrices ».
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hommes
L'insignifiance de notre époque n'est due ni à la tyrannie des sciences ni au dépérissement des arts, mais aux hommes en rupture de tout contact avec la noblesse, avec ses deux arbres unificateurs morts : la poésie et la passion. « L'homme n'est grand que guidé par la passion » - Disraeli - « Man is only great when he acts from passion ». L'horreur de ces hommes, c'est qu'ils crurent se connaître et maîtriser leur soi terrestre, tandis que les hommes célestes sont en difficulté à s'entendre avec eux-mêmes.
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hommes
L'homme réel, la cible électrisante ; l'homme potentiel, le magnétisme des flèches et la tension des cordes ; l'homme virtuel, mécanique ou électronique, sans vie des flèches ni mort des cibles. La fin qui recule, le début qui spécule, le milieu qui calcule.
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hommes
Ils vivent en robots et, sur leur lit de mort, se découvrent hommes. Je vis en homme, mais reconnais, de plus en plus, être réduit en profondeur, comme tous, à une affreuse machine. Heureusement, il reste l'épiderme.
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hommes
La création, la mort et le rêve, ce sont l'aube, le coucher de soleil et la nuit ; mais depuis que les hommes vouent toute leur vie à la lumière du jour, - on crée, on meurt et on rêve - robotiquement. « Tes jours s'en vont, sans nuits ni aubes » - G.Benn - « Die Tage gehn dir ohne Nacht und Morgen ».
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hommes
Techniquement, la mort de l'art devient inéluctable à cause de la facilité actuelle de création d'images. Cette facilité est l'aspect le plus original de notre époque sans théâtre, ou plutôt avec une scène ayant absorbé la rue et l'étable, et où tout badaud se prend pour acteur ou éclairagiste. On n'a plus besoin de dramaturges ; des panurges moutonniers suffisent.
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hommes
Ils colmatent leur vide en remplissant leur vie : par le travail, par la gamberge, par la reconnaissance ; tandis qu'il est essentiel de créer et d'entretenir en soi un vide, où continuerait à retentir la voix du Dieu, qui n'est pas mort, du Dieu vivant, de Celui du rêve et de la musique.
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hommes
Un fait divers, sous la forme d'un compte rendu ou d'un procès verbal, - tel est le genre dominant aujourd'hui, puisque les hommes prirent au sérieux le verdict, politiquement correct, qu'après Auschwitz, écrire des poèmes relevait de la barbarie, et, même rédigé en prose, tout rêve fut banni.
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hommes
La vie du regard comprend trois étapes, en fonction de son inspirateur : autrui, Dieu, le soi ; curieusement, l'ontogenèse y reproduit la phylogenèse : comme dans la vie d'un homme, les hommes connurent le refus d'une tyrannie élitiste (adieu, le maître de race), ensuite - la mort du Dieu collectiviste (adieu, le sauveur de masses), avant de proclamer le règne du soi individualiste (bonjour, le produit de classe). Chez l'homme particulier, ce cheminement peut être plat, descendant ou ascendant ; dans le meilleur des cas, celui du danseur, il suit la ligne - solution (autrui), problème (Dieu), mystère (soi), et non pas l'inverse, comme chez le calculateur.
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hommes
Au sens le plus dramatique, Dieu est mort signifie l'homme est mort ; non pas que l'âme divine, en nous, cessa de battre, mais qu'on ne l'entende plus ; la vie des hommes est désormais si remplie de bruit et de platitude, qu'aucune musique céleste ne les atteint ni ne les soulève.
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hommes
Me sentant à l'aise en compagnie des morts, j'essaie de faire taire le brouhaha des vivants, pour que ma voix puisse s'élever des ruines, en chant porté par le silence. Quand on communique avec le monde par le regard, plus que par l'ouïe, on échappe mieux à la sinistrose et à la cachotterie. « Ce que la voix peut cacher, le regard le livre » - Bernanos. Je garde mes réserves d'hilarité, en laissant les yeux se fermer et les mains libres tomber. Pour boucher les oreilles, en revanche, il faut asservir mes mains.
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hommes
Deux mille ans d'histoire de l'homme, déchiré entre la bête et l'ange, qui l'habitaient en se chamaillant ; aujourd'hui, les hommes, une fois constatée la mort de Dieu, se débarrassèrent aussi de l'ange, pour ne rester qu'en compagnie de la bête ; apprivoisée et dressée, celle-ci devient robot ; la bête, c'est l'expérience, l'apprentissage, et son contraire s'appelait toujours pureté, c'est à dire - voix de l'ange.
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hommes
En quoi sommes-nous sortis de l'Histoire ? Les événements et les visées des princes sont, aujourd'hui, comparables à toutes les autres époques ; les voix grandiloquentes, appelant à la grandeur et à la noblesse, continuent d'exister dans les mêmes proportions ; ce qui changea vraiment, c'est la scène publique, à partir de laquelle ces vues ou ces voix sont perçues par les peuples – un lieu élitiste, d'accès éminemment limité, devint une foire, un brouhaha, duquel ne ressortent que les moyennes statistiques, médiocres, présentistes, la basse nature triomphant de la haute culture.
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hommes
Qu'est-ce que le fond humain ? À 90% il est commun aux poètes, concierges, industriels, dockers, scientifiques - la peur des souffrances, le besoin d'amour, l'angoisse de la mort, la joie de découvrir ou de faire, l'attrait de l'amitié. Mais les pédants continuent leur doctes litanies en faveur du fond et accusent de maniérisme ceux qui ne tiennent qu'à la forme. Je devrais m'interdire d'éclairer un fond, que n'importe qui aurait pu faire à ma place ; je ne vaux que par la forme de mes ombres.
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hommes
Jadis on vivait des sensations fortes, ensuite on se mit à les simuler, aujourd'hui, où le héros et l'histrion disparurent des scènes, et même des rues, on les produit. Mais sans bon frisson ni bon rideau, ces produits affichent un prix, mais ne représentent aucune valeur.
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hommes
Ce n'est ni le sous-homme ni le surhomme qui tuera l'homme, mais - les hommes. Et non pas à cause de leurs folies, mais de la folie de l'homme se rebiffant contre la raison des robots et des moutons.
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hommes
Aujourd'hui, l'homme dominateur, l'homme fort, l'homme calculateur, est partout jovial ; et dire qu'autrefois, l'homme fort, le héros, l'homme rêveur, passait surtout pour saturnien. Héraclès fut le premier mélancolique. Les seuls suicidaires louables ne suivaient que la mélancolie, puisqu'il est bête de « mourir, sans que personne ne te tue, et sans que d'autres mains que celles de la mélancolie t'achèvent » - Cervantès - « morir, sin que nadie le mate, sin otras manos que le acaben que las de la melancolía ».
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hommes
Il ne faut pas compter vivre dans les siècles à venir ; vivre sans compter, dans la réversibilité du sentiment et de l'espérance intemporels. Plus qu'un coup d'œil au passé, c'est un coup de pied à l'avenir, qui rendra vivant et noble ton élan présent, ce coup de maître. Pendant des siècles on nourrissait l'illusion, que la maîtrise du passé aiderait à mieux bâtir un futur organique ; aujourd'hui on sait, que l'avenir appartient à ceux qui ont tout oublié, aux hommes du seul présent mécanique.
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hommes
L'évolution des esprits a une force d'inertie, portant beaucoup plus loin que l'évolution des lettres. C'est pourquoi, lorsque je vois les lettres modernes, qui auraient dû s'inspirer du pourquoi des styles, patauger dans le qui primitif et dans le quoi commun, et les esprits, obsédés par le seul angle mécanique, oublier le courant organique, je me dis, que, aujourd'hui, c'est l'esprit qui tue, et c'est la lettre qui, bientôt peut-être, vivifiera.
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hommes
Le poète a le monde entier pour berceau, le héros l'a pour tombeau ; on rêve des commencements, on se bat pour les finalités ; séparées, ces activités élèvent, fusionnées, elles abaissent.
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hommes
Je disculpe la machine extérieure : elle fit tout, pour éloigner l'homme du bœuf, du vautour et de l'âne ; ce n'est pas sa faute, si l'homme laissa tourner en lui la machine intérieure, le robot, imitant le mouton. « La machine a tué l'Homme, l'Homme s'est fait machine, il fonctionne et ne vit plus »*** - Gandhi.
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hommes
Deux formes merveilleuses sont accessibles à l'homme : sa forme propre (et étant plutôt le fond même), largement commune à l'espèce et servant à remplir le vase divin, et la forme de sa création, où sa singularité et son talent s'occupent du vase même. « Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d'un peintre ou d'un sculpteur »** - Pic de la Mirandole - « Nec te celestem neque terrenum, neque mortalem neque immortalem fecimus, ut tui ipsius quasi arbitrarius honorariusque plastes et fictor, in quam malueris tute formam effingas ».
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hommes
N'importe qui est capable, aujourd'hui, de problématiser la vie, sans parler des amples solutions qu'on y apporte ; ce qui devint, en revanche, rare est de continuer à y déceler le mystère ; ils s'en font une gloire et proclament, orgueilleux et naïfs, la mort de Dieu, tandis qu'elle n'est que le constat d'épuisement de l'imagination religieuse ou de mort de l'immortalité : toute recherche de Dieu, historique ou métaphysique, devint algorithmique, charlatanesque ou idolâtre ; nous étant détournés du rêve, nous restons seuls face à la seule réalité.
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hommes
Sans bûcher, de temps en temps, la bibliothèque devient aussi ennuyeuse ou pernicieuse que le diplôme sans livres. Surtout, s'il n'y a aucun autre moyen d'inviter l'homme à chercher sa propre beauté ou, au moins, la vérité des autres. On brûlait déjà des bibliothèques, à cause d'un seul Livre, contenant toutes leurs valeurs. Je me méfie des valeurs, qu'on transvase ; elles devraient naître et mourir entre les mêmes couvertures.
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hommes
L'âme et l'esprit sont deux fonctions d'un même organe, qui tantôt vibre et tantôt calcule. À l'évocation des choses qui n'existent pas, mais réclament une forme, ou au défi des choses raisonnables, qu'il s'agit de maîtriser. Avec la mort des poètes, la première fonction humaine devint presque atavique. Le sobre Socrate l'avait prévu : « Le poète donne une mauvaise orientation à l'âme, en flattant ce qu'il y a en elle de déraisonnable » - désormais les orientations et les trajectoires se calculent, mais ne se chantent plus, dans l'organe unidimensionnel. Une mise en prose, si semblable à une mise en bière.
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hommes
Les adultes ne rêvent plus à redevenir enfants ; les enfants ne rêvent qu'à devenir adultes - heureux dans la longue platitude de leurs résolutions. Jadis, les enfants ignoraient le monde adulte, et les adultes mouraient enfants - malheureux dans leur bref mystère.
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hommes
Tous rêvent du legor, legar - on me lit, on me lira ; mais je me trompai avec le non legor, non legar ; les pires subissant le legor, non legar (ce que redoutent aussi les humbles : « Après ma mort, je serai lu pendant sept ans et ensuite - oublié » - Tchékhov - « После смерти меня будут читать семь лет, а потом забудут ») ; les meilleurs s'illusionnant sur le non legor, legar ; « je travaille pour celui qui viendra après » - Valéry. Le plus bête est Proust : « Le monde entier me lira ».
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hommes
Et la poésie et la philosophie se réduisent à la musique ; avoir vécu en sage, c'est donc le souci permanent de ton oreille et de ta voix, et l'humble reconnaissance, que : « l'espace entre la vie et la mort n'est rempli que par la musique » - Rostropovitch - « между жизнью и смертью нет ничего, кроме музыки ».
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hommes
Il arrive, que ce qui ne mérite pas un mot, gagne à être mis en notes. Mais la misère d'aujourd'hui fait que ce qui vaut d'être chanté, n'est même pas dit. Mais chanter ce qu'on n'arrive pas à dire, c'est suivre la sage allusion de Wittgenstein. Ne pas développer des accords heureux, c'est pratiquer le chant du cygne, ignoré des hommes : « Les cygnes chantent avant de mourir ; ah, si certains hommes mouraient avant de chanter ! » - Coleridge - « Swans sing before they die, should certain persons die before they sing ».
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hommes
Jadis, la hauteur de l'art et la profondeur de la philosophie se projetaient sur les étoiles, ce qui enthousiasmait nos yeux et nos regards et faisait honte à nos bras. Depuis que ces projections se font exclusivement sur la platitude de notre existence terrestre, règne la raison technico-scientifique. La disparition de la honte a pour conséquence l'inutilité de toute consolation. Le sobre calcul remplit les regards et les vide de leurs vertiges d'antan. Au lieu de Dieu, on aurait dû pleurer l'art et la philosophie.
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hommes
La Paix d'âme remplaça et la Haine et l'Amitié, dans lesquelles Empédocle voyait les commencements des mondes ; le monde fonctionne sans accroc, bien que la vie s'en aille.
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hommes
L'Histoire est scandée par la part que les hommes accordent aux règnes de la raison ou/et du rêve. L'Antiquité ne vit que de la raison ; la Renaissance réveilla le rêve ; les Lumières atteignent l'équilibre entre les deux ; le romantisme crut pouvoir annoncer le triomphe du rêve ; la modernité, c'est un retour à la raison, sans la noblesse antique, sans l'élan de la Renaissance, sans l'élégance des Lumières, - le glas d'un romantisme étranglé.
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hommes
Il est à la mode, aujourd'hui, de dénigrer les progressistes ; pourtant, dans les valeurs, que les dénigreurs eux-mêmes apprécient le plus - la liberté, la productivité, les droits de l'homme -, le progrès est évident, malgré quelques horribles ratés. En revanche, ils ne voient pas la chute la plus abominable, qui caractérise notre époque – la mort de la poésie, suite à l'extinction des âmes.
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hommes
Les hommes abandonnèrent la quête de Gilgamesh et se résignèrent à leur sort terrestre et mortel, où l'on les achève comme moutons ou les repeint comme robots.
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hommes
On cogite beaucoup, de nos jours, sur le futur robot, muni, par nos soins, d'une âme. Jadis, on se croyait déjà un robot : « L'âme humaine est une espèce d'automate spirituel » - Leibniz. Avec de telles autorités, l'homme robotisé peut ne plus pleurer son âme atavique.
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hommes
Comment la vie et l'art formatent le présent ? - la vie s'occupe de l'intensité des événements, et l'art apporte les couleurs du passé et la musique de l'avenir. C'est la mort de l'art qui laisse la vie – seul juge de l'existence. Les faits profanent les ferveurs et les rêves.
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hommes
Ceux qui, depuis la Révolution française, dominaient la culture européenne se définissent en fonction de leurs manques : faute de moyens – les progressistes, vide des fins – les absurdistes, béance des commencements – les présentistes. Les premiers visaient les horizons collectifs, les deuxièmes – les profondeurs personnelles, les troisièmes – la platitude sous leurs pieds. Tous – aigris, respirant l’air du temps et s’en inspirant, et, tout compte fait, - enfants de la nature. L’homme de culture se tourne vers les grands hommes, tous morts, tous au passé, tous familiers des mêmes firmaments détachés du temps. Son talent le dote de moyens, son intelligence lui souffle les buts, sa noblesse lui dicte les commencements. Et c’est la noblesse qui fait le plus défaut, aujourd’hui.
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hommes
Ce n’est plus le paradigme de théâtre mais celui de Bourse qui conviendrait le mieux, pour situer la scène du monde. Ce fut le spectacle de déraison qui provoquait jadis la révolte des hommes ; aujourd’hui, ce qui réveille la mienne, c’est l'application mécanique d’une raison calculatrice. Trop de raison, trop de sens, trop de normes, au détriment d’un rêve agonisant.
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hommes
La vie moderne se réduit aux enchaînements routiniers, mécaniques, où l’essor ne trouve plus de place ; et l’essor est synonyme de commencement, aussi bien dans l’art que dans le rêve, et, pour l’intelligence chinoise, est le fondement même d’une vie de sage. La sagesse serait-elle en train de rejoindre l’art et le rêve dans leur convoi funèbre ?
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hommes
Dieu n’est intéressant que par ce qu’Il imagina au Commencement ; s’Il est mort, l’homme-créateur devrait se vouer aux commencements humains ; la matière et l’esprit étant déjà suffisamment dessinés par Dieu, il nous restent le cœur et l’âme, le Bien et la Beauté. Si l’on n’est pas créateur, on peut se lamenter : « Les dieux, les démons, les génies étant morts, le monde se laissa submerger par des commencements » - Chestov - « Боги и демоны и гении умерли — мир заселился началами » - j’avoue n’apercevoir aucun déluge, c’est la sécheresse qui nous inonde.
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hommes
Sur la terre complice d’Antée découvrir le feu rebelle de Prométhée, pour s’élever dans l’air grisant d’Icare, sombrer dans l’eau moqueuse de Noé, rendre riche en résurrections la terre noire de Thanatos – l’éternel retour héraclitéen.
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hommes
Le progrès irrémédiable des hommes consiste en pénétration, dans leur vie, pénétration de plus en plus profonde des gestes mécaniques, des habitudes, en économie, en réflexions, en sentiments. La mort de la poésie accélère cette funeste procession. « Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance » - Saint-John Perse.
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hommes
Depuis trois mille ans, l’art, c’est-à-dire les mythes, les styles, les tempéraments, marquait tous les siècles par ses rêves d’au-delà individualistes, au milieu des horreurs, des folies, des perfidies bien réelles. Aujourd’hui, au milieu de l’honnêteté, de la pruderie, de la tolérance, tous les poètes, philosophes, romanciers m’enquiquinent avec le fait divers ou le jargon clanique, qui animent leurs bavardages anonymes et interchangeables. Aucun nom digne à mettre sur l’épitaphe : je vécus au siècle de ….
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hommes
Le terme de destin a peut-être un sens pour ceux qui créent leurs propres commencements et y voient même une finalité ; ce retour éternel s’appellerait fatalité. Mais dans le monde moutonnier, « plus de disparition fatale, mais une dispersion fractale »** - J.Baudrillard.
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hommes
Une fois proclamé mort, Dieu a d’innombrables échappatoires, pour ressusciter, ce qui n’est pas le cas de l’art, dont la mort paraît être définitive et constitue le côté le plus original de notre époque. Le constat clinique se confirme par ce symptôme infaillible – les voix des derniers artistes devinrent inaudibles, dans le brouhaha des chœurs mécaniques.
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hommes
Les surréalistes cherchèrent à réconcilier et à fusionner le rêve avec la réalité. En effet, sans le rêve, toute réalité n'est que sous-réalité. On comprend, que ce n'est pas un sous-rêve, en définitive, qui survécut à la mort du rêve et au triomphe de la réalité.
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hommes
Parmi les défaites de l'homme, la perte la plus fatale est celle de sa divinité (que d'autres appelèrent mort de Dieu). Tant que le prêtre, clérical ou laïc, s'adressait aux fantômes invisibles, le paroissien pouvait se persuader de leur présence virtuelle ; mais depuis qu'il ne harangue que le contribuable, aucun voile, aucun écran ne reflètent plus aucun mystère - une sobre réalité a tout envahi.
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hommes
Aujourd'hui, pour abattre une idole, ils s'en prennent à ses pieds, un croc-en-jambe étant un outil admis de déboulonnage. Jadis, il fallait viser plus haut - la bouche (Socrate ou Lucrèce), la main (Cléopâtre), la poitrine (Cicéron ou Caton), le poignet (Sénèque ou Pétrone), le cou (Boèce) - et le tranchant métaphorique de l'outil était moins conventionnel : la cigüe, le serpent, le glaive, le poignard, le garrot.
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hommes
L'art a définitivement renoncé à son statut sacré et s'est soumis à la loi profane. L'économie tout-puissante profana les couleurs, mélodies et pensées ; le performant évinça le compétent ; le visuel se moqua de l'invisible ; le verdict statistique se substitua aux jurys artistiques ; la rue remplaça la scène. Mais, moyennant ces greffes, prothèses et outillages, la survie est assurée, même si l'identité du personnage le place désormais dans la famille des artisans, robots ou domestiques. Et qui parle de résurrection ou d'insurrection ne songe ni aux croix ni aux barricades, mais aux investisseurs audacieux.
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hommes
G.Steiner, parmi les vivants, fut le plus grand des érudits, le plus intelligent des critiques, le plus raffiné des hommes de goût - il vient de mourir à Cambridge. En Angleterre, cet événement ne figure pas parmi les cent les plus importants, tandis que toute la France en fait un deuil national. Décidément, ces Anglais ne sont ni hommes de nature ni hommes de culture, mais hommes de moisissure.
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hommes
Dans leurs prédictions de l’avenir, les experts ou les charlatans, les obtus ou les visionnaires, les garagistes ou les poètes sont au même degré d’impuissance et d’irresponsabilité (à part, peut-être, la certitude de l’extinction finale des astres). La connaissance du passé permet de créer des hiérarchies des hommes, des valeurs, des espérances. Mais rester en tête-à-tête avec le seul présent, c’est être mouton ou robot.
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hommes
Rilke oppose la destinée de l’artiste à celle de l’homme et croit que l’un d’eux dépérira et s’éteindra (verarmt und stirbt aus). Rilke pensait que ce serait celui-ci ; m’est avis que c’est celui-là !
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hommes
Aujourd’hui, le monde est plein de Brutus qui, au nom d’une Loi écrite (par l’esprit), s’allient avec l’assassin (Pompée) de leur père (où est le cœur ?) et, l’âme éteinte, assassinent leur père adoptif (César).
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hommes
Le sot : la vie est une triste réalité ; le sage : la vie fut un rêve, joyeux et miraculeux. La consolation du premier – la haine de la vie, la haine des autres ; la consolation du second – le réveil des échos, des ombres, des représentations de ce qui ne fut jamais compris.
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hommes
En juin 1941, on publiait enfin, à Paris, les Cahiers de Montesquieu ; sur l’emballage d’un filet mignon, je lis la date de création de l’entreprise – 1941 ! Sartre tuait l’ennui, en rédigeant son Être et Néant, pour l’envoyer chez l’éditeur en 1943. Cocteau préparait ses conférences en Allemagne. Au même moment, des millions d’hommes, étaient réduits à l'état d’animaux, crevant de faim, brûlés vifs dans des camps de concentration allemands, où mûrissaient des projets de chambres à gaz. D’autres encore, dans les tranchées du front de l’Est, étaient déchiquetés par les obus, achevés à la baïonnette.
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hommes
Les cœurs désapprirent à aimer et à pleurer, ils ne se brisent plus, ils se bronzent ; avec les âmes, c’est encore plus anonyme et anodin : « La perte de l’âme est indolore »** - G.Thibon.
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hommes
Il n’y a aucune éternité, ni avant notre vie ni après ; quelques dizaines de milliards d’années, tout au plus, en-deça et au-delà. Ne touche à l’éternité que la vie elle-même - par le Bien énigmatique, par le Beau mystique, par le Vrai magnifique.
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hommes
La vie, même la plus misérable n’est jamais vide - de mots, de sons, d’images ; l’idée de la mort est pleine d’images horribles, de sons lugubres, de mots funèbres.
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hommes
Quand, chez Dostoïevsky, on charcute une vieille, égorge son propre père ou se pend par caprice, ce sont des actes, qui ne devraient jamais aller au-delà d’un article d’un chroniqueur provincial, énumérant des faits divers d’un village. Mais on en fit des illustrations savantes d’une napoléonomanie, de la mort de Dieu ou des pulsions psychanalytiques. L’auteur y est aussi ubuesque que ses commentateurs - charlatanesques.
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hommes
Les sceptiques ou les pusillanimes geignent sur les commencements (le monde raté) ou sur les fins (la mort). Le cas est incurable, lorsque ces deux états d’esprit cohabitent chez un même personnage. On se débarrasse rarement de la seconde calamité, mais la première offre une échappatoire – pour ta création ou tes rêves, invente tes propres commencements, hors le temps, hors les soucis terrestres, commencements tournés vers les limites célestes. Et la fidélité à cet état d’âme constitue l’essence de toute grande consolation.
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hommes
Jadis l’Europe avait une âme ; c’est l’agonie de cette Europe-là que je pleure. L’Europe de l’esprit, c’est-à-dire du savoir et de l’intelligence, se porte bien, malgré quelques jérémiades des intellectuels du siècle dernier.
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hommes
L’unité française se créa grâce, en grande partie, à l’ethnocide (occitan, provençal, breton, lorrain, alsacien, corse), mais le résultat est admirable ; à la longue, la culture divine justifie l’injustice humaine.
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hommes
Tu dois admettre, à l’avance, que l’humanité, sous quelque forme qu’elle se présente - société, horde ou foule – est capable de toutes les horreurs, dont nous abreuve suffisamment l’Histoire. Donc, toute déception, face aux hommes, déception suivie d’indignations, de mépris, de suicides ou de haines, cette déception est une ignorance et une sottise des esprits faibles ou potentiellement grégaires.
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hommes
Manine, l’un de mes maîtres de la chaire d’algèbre à Moscou (et où brillait Chafarévitch), vient de mourir. Plus que de la géométrie algébrique, j’avais parlé avec lui de Rilke (que nous traduisions tous les deux), de O.Spengler ou de W.Schubart. Nous partagions aussi l’intérêt pour les langues. Sa vision de la mathématique comme d’une métaphore du réel était très profonde et belle. Il me fascinait avec l’image de l’homme naissant de lumière (l’ange) et non pas de matière (la bête), dans un Univers sans masse, juste après le Big-Bang. Et j’appris récemment, qu’il était l’un des premiers (avec R.Feynman, dont je connus bien la sœur) à suggérer l’idée du calcul quantique.
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hommes
Pendant trois mille ans, l’humanité produisait des mythes, grâce aux tribus de héros ou de poètes ; l’héroïsme et la poésie s’éteignirent, depuis plus d’un demi-siècle ; la transaction de ce jour prit la place du mythe éternel.
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hommes
Ces temps derniers, on vit se former deux coalitions : le colérique optimiste se pactisa avec le flegmatique présentiste, et le mélancolique pessimiste – avec le sanguin émotif. L’émotion et la mélancolie, en pleine agonie, laissent, aujourd’hui, la scène aux seuls indignés du présent.
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hommes
Quelques malaises, sans danger, de la nature poussent des millions d’Européens dans les rangs d’écologistes ; l’agonie de la culture, en revanche, passe inaperçue et ne préoccupe que quelques solitaires, devenus marginaux, hors toute association de bien-pensance.
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horace
Vixere fortes ante Agamemnona multi ; sed omnes inlacrimabiles.

Nombreux furent les grands bien avant Agamemnon, mais aucune voix ne les a pleurés.
hommes
Depuis Homère, pour maintenir son nom au-delà de son heure ultime, l'homme, prince ou vilain, en appelait au poète ou à la pleureuse. Fini, son besoin de mythes ou de message. Aujourd'hui, tous ses soucis sont confiés à son argentier, pour régler le rite et le legs. Plus de pleurs ni de rires organiques, sur la grandeur défunte mécanique ; des registres ou plaques robotiques suffisent.
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maistre j.
La barbarie est une ruine, non un rudiment.
hommes
Ce ne sont ni oubli ni folie destructrice, manquant d'urbanité, qui animent nos barbares, mais l'incapacité de vivre en toute Cité monumentale comme dans une ruine ou une tombe. Chantiers et décombres successifs dévitalisent, désacralisent et souillent le temps pur des ruines.
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schopenhauer a.
Der Tod ist der Musaget der Philosophie, weshalb Sokrates diese auch Vorbereitung auf den Tod definiert hat.

La mort est le musagète de la philosophie, et Socrate définissait celle-ci comme préparation de la mort.
hommes
La philosophie crée des symphonies partout, où l'oreille aphilosophique n'entendrait qu'une trompette légère ou un lourd glas, un chant d'oiseau ou un rugissement de fauve, un silence de mort ou une explosion de joie.
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leopardi g.
Risveglia i morti, poi che dormono i vivi.

Réveille les morts, puisque dorment les vivants.
hommes
Réveille les rêves des morts, puisque les vivants, même en dormant, ne font que calculer. Je me demande si les vivants d'aujourd'hui sauraient ce qu'est le rêve, sans ces morts glorieux. Comme la musique et le livre quitteront nos demeures informatisées, pour rejoindre la poussière des musées.
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marx k.
Ob die Ilias möglich wäre mit Pulver und Blei ?

L'Iliade serait-elle possible avec la poudre et le plomb ?
hommes
On verrait moins de rouerie et plus de doute, comme on le vit dans Guerre et Paix. Mais avec l'atome et l'ordinateur elle serait un concis compte rendu de mission. Homère compare souvent le trépas de ses héros avec la chute des arbres ; aujourd'hui, on penserait plutôt à l'abattoir.
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nabokov v.
Мы - гусеницы ангелов.

Nous sommes des germes d'anges.
hommes
Mais nous ratons notre naissance plus sûrement que notre mort. L'inutilité des ailes nous rapproche du mouton ; la pureté aseptisée nous voue au robot.
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cioran é.
Voit-on le Bouddha quitter le monde à cause de ses contemporains ?
hommes
Le contemporain immédiat, c'est un journaliste dans l'âme, homme du media. Nos péroraisons devraient ne s'adresser qu'à l'éternité journalière ou à un passé dépassé.
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intelligence
La mort me révèle le mystère de l'être, qui donc est bien représenté dans le temps (Heidegger), mais je ne peux l'interpréter que dans l'espace : en le ravalant dans l'étendue de ses idées (Platon), en le dévoilant dans la profondeur de sa vérité (Aristote), en m'envolant vers la hauteur de sa valeur (Nietzsche).
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intelligence
Les oppositions, où il y a de la bassesse ou de la hauteur dans les deux termes, sont sans intérêt. Des dyades à n'en pas abuser : être - néant, présence - absence, intérieur - extérieur, vain - sensé, nécessaire - contingent, le même - l'autre. À ne pas perdre de vue : noble - bas, beau - gris, musical - plat. Des monades à éviter : mort, progrès, observation. À rechercher : intensité, merveille, regard.
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intelligence
Ils ont épuisé l'idée de Divinité et trouvant le moi trop transparent se sont rabattus sur l'occulte Être, moins humain et légèrement moins sot que l'Existence, et dont le moi serait le Berger. L'homme serait l'être à venir et à se réduire à l'histoire, l'auteur serait mort et l'univers se refléterait dans la langue, l'ontologie effacerait la métaphysique. Des sources du nouvel anti-humanisme.
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intelligence
L'herménaute, dans une suite finie et mécanique d'unifications d'arbres, n'a pas besoin de ciel ; le métaphysicien se contente du ciel infini, pour admirer la naissance et la mort des racines, des fleurs et des cimes.
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intelligence
L'être est ce qui préside aux mystères de la naissance et de la mort, mais on le perçoit, définit et juge dans la Caverne du devenir (ou du dévoilement, auquel se réduirait toute vérité) : « Nous n'avons pas de communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir » - Montaigne.
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intelligence
L’œil nous présente un espace à deux dimensions ; l'espace réel en a trois ; l'esprit peut concevoir aisément un espace à quatre ou même à un nombre infini de dimensions, dont le bon Dieu espiègle voulut peut-être nous priver. Mais comment réduire ou généraliser l'axe temporel ? L'énigme du temps, pour l'esprit, est aussi insoluble que l'énigme du bien pour l'âme. Ce qui est le plus fascinant, ce n'est pas le changement, le devenir, de la matière, mais la place, l'être, de l'instant écoulé. Le feu du temps, tout dévorant, tout engloutissant, faisant de toute matière un éternel recommencement, tout régénérant ; Phénix, complice de Chronos, en serait-il la seule image parlante ? Tout instant du passé est même moins que cendre - un vrai néant, un vrai vide, une vraie absence.
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intelligence
Le rat de bibliothèques évinça, chez la gent philosophique, et le rossignol et l'aigle et même la chouette. La mort, chez eux, n'est qu'un fâcheux épisode ; le langage, pour eux, ne sert qu'à transmettre des informations. De gris jargonautes, ignorant l'arbre vert de la vie et l'azur de la hauteur.
arbre,hauteur,mort,philosophie,vie

intelligence
Toute chose peut être vue sous un angle soit temporel : progrès ou décadence, soit intemporel : hauteur ou intensité ; la mort ou la vie, la puissance de la volonté ou la volonté de puissance, la force irréversible ou le réversible éternel retour, éternel soulignant l'insignifiance du temps et non pas une répétition quelconque. L'éternité surgit, quand le temps perd toute son importance, et s'impose l'intensité - « l'éternel retour du même, c'est l'inépuisable intensité de la vie en tant que joie-douleur »*** - Heidegger - « die ewige Wiederkunft des Gleichen - die unerschöpfliche Fülle des freudig-schmerzlichen Lebens », c'est un équivalent de la hauteur du regard (Gipfel der Betrachtung - Nietzsche).
éternité,force,hauteur,intensité,mort,regard,retour,souffrance,temps,vie

intelligence
Tout bon philosophe porte en lui un enseignant (de foi, de morale, de vie), un maître (de style, d’intelligence, de noblesse), un prophète (de musique, de mort, de rêve). Les mauvais nous ennuient avec leurs commentaires monotones, leur triste épigonat, leur prose, difforme, prétentieuse et ampoulée, – ce sont des fonctionnaires académiques.
école,ennui,mort,mouton,musique,noblesse,philosophie,rêve,style,vie

intelligence
L'Histoire de la philosophie s'écrit selon le lieu de ses exercices : la hauteur du Bien, du Beau ou du Vrai (d'Héraclite à Montaigne) ; la platitude du méthodique ou du naturel (de Descartes à Leibniz) ; la profondeur des limites humaines (de Kant à Marx) ; la hauteur de notre regard et de notre souffle (Nietzsche). Sachant que toute profondeur finit par affleurer à la platitude, il faut saluer tout retour à la hauteur, même au prix du trépas de son Habitant d'antan.
beauté,bien,hauteur,histoire,mort,nature,philosophie,platitude,regard,retour,…

intelligence
Le monde n'est qu'esprits et atomes, et non pas volonté et représentation ; c'est la philosophie qui est soit cantate de la volonté (et donc nous dégageant, comme une religion, des griffes de la mort), soit symphonie, langagière ou matérielle, artistique ou scientifique, autour de la représentation (nous élevant au-dessus de tout bruit partiel de la vie).
art,esprit,langue,matière,mort,musique,philosophie,réalité,religion,représentation,…

intelligence
Dans l’espace, abstrait et figé, s’incruste l’être ; dans le temps, incompréhensible et limité, se déroule le devenir. L’espace nous effraie et le temps nous tue – d’où la recherche de consolations, pour nos actes trop nets et nos rêves trop diaphanes. L’espace réveille notre intelligence et le temps peaufine notre talent – d’où le besoin de couleurs et de mélodies, le souci du langage. Toutes les bonnes raisons de faire de la bonne philosophie sont là.
action,consolation,danse,doute,être,langue,mort,philosophie,rêve,style,…

intelligence
Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants.
artificiel,consolation,enfance,être,ironie,langue,liberté,mort,philosophie,rêve,…

intelligence
Chercher une pensée saine est bête ; on doit en attendre surtout de la beauté lucide et de la noblesse fière. La fierté devrait la rendre laconique, et la lucidité – ironique, ni bavardage ni gravité. La pensée devrait relever de l'art paradoxal, faisant surgir une sainte vie, dans le souci de nos incurabilités, tandis que la pensée banale nous accable de vils remèdes.
beauté,doute,gloire,idée,ironie,mort,négation,noblesse,paradoxe,vie

intelligence
Plus que la vie profonde de l'esprit, c'est la vie haute de l'âme qui l'assure la descendance philosophique : « La philosophie doit garder la ligne de faîte de l'âme, donc la fécondité de tout ce qui est grand »** - Nietzsche - « Die Philosophie soll den geistigen Höhenzug festhalten ; damit die Fruchtbarkeit alles Großen » - la fécondité de créateur d'arbres, aux feuilles variables, ouvertes à l'unification. Un arbre est grand, quand tout autre arbre, unifié avec lui, en sort grandi. Même avec un agonisant cloué à ses branches.
âme,arbre,création,esprit,grandeur,hauteur,mort,philosophie,vie

intelligence
Pour reprendre Schopenhauer, je dirais que l’art de représenter le rêve est plus précieux que l’artisanat de manifester sa volonté dans le réel. C’est pourquoi le suicide, résultant d’une forte volonté, est moins méritoire que la résignation de peindre sa faiblesse.
acquiescement,art,création,force,mort,réalité,représentation,rêve

intelligence
La science : formuler une vaste question, à laquelle on cherche des réponses rigoureuses et leurs interprétations. La philosophie (comme tout art) : formuler une haute réponse, pour laquelle on cherche des questions élégantes, s’appuyant sur une représentation profonde. Tôt ou tard, la première tâche sera prise en charge par des robots ; l’art est en train de dégénérer à cause du dépérissement des âmes ; il reste la philosophie, car son outil, l’esprit, a une bonne mémoire, capable de ressusciter l’âme et de redevenir ainsi un art à part entière. L’universalité de la recherche de solutions sera remplacée par la particularité de la recherche de mystères.
âme,art,esprit,hauteur,interprétation,mémoire,mort,mystère,philosophie,question,…

intelligence
Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve.
antiquité,art,beauté,bien,concept,création,dieu,enthousiasme,esprit,étoile,…

intelligence
Trois types d’intelligence : celle du savoir théorique, celle du pouvoir pratique, celle du vouloir poétique. On constate aujourd’hui la mort clinique de la dernière et le triomphe robotique de la première.
défaite,mort,poésie,réalité,rêve,robot,savoir,valoir

intelligence
La mathématique est universelle et impérissable, parce qu’elle n’a rien du réel, courant ou potentiel, y compris rien de vivant.
mort,nature,réalité,science,universel,vie

hegel g.
Dem Ziele der Philosophie ihren Namen der Liebe zum Wissen ablegen zu können und wirklich das Wissen zu sein.

Effacer ce nom d'amour de savoir, collé au but de la philosophie, pour y inscrire un savoir réel.
intelligence
Que tu appelleras savoir absolu, où l'on chercherait en vain du savoir ou de l'absolu (comme dans la Science de la Logique - qui aurait dû s'intituler Logos et Épistémè – Discours et Savoir – Von der Vernunft zum Verstand - on ne trouve ni science ni logique). La philosophie n'a que deux buts : la consolation du mortel, et la démarcation de valeurs entre la réalité, le langage et la représentation. Le savoir est affaire des experts ; le philosophe n'a besoin que d'intelligence et de talent.
axe,consolation,contrainte,langue,mort,philosophie,réalité,représentation,savoir,science
 

ironie
Les quatre éléments sont de beaux symboles des commencements ; quant à la fin, hélas, elle est unique et n'est que trop connue : quelques atomes - de feu, de terre, d'eau, d'air - dispersés dans un vide aux étoiles éteintes.
commencement,éléments,étoile,mort

ironie
L'ironie de l'arbre : même le plus consommé symbole de la création pâtit de la proximité d'un chien. Il peut se consoler - sa rivale, la montagne, a ses nuages : « L'ironie sentimentale : un chien hurlant à la lune, tout en pissant sur une tombe » - K.Kraus - « Sentimentale Ironie ist ein Hund, der den Mond anbellt, dieweil er auf Gräber pißt ». Il arrive même aux bons cerveaux de s'exprimer par vessies interposées : Sartre sur la tombe de Chateaubriand ; où peut-on lire encore ces pathétiques suppliques, gravées sur les tombes antiques : « Sacer est locus ; extra meiite » ? Par temps de déluges ou naufrages, il est plus urgent de lâcher des colombes que de cracher sur des tombes…
arbre,consolation,création,défaite,honte,mort,proximité,romantisme

ironie
La poésie introduit la règle ludique dans le concours de couleurs de l'imagination ; l'ironie est un arbitre, qui met à égalité le vainqueur et le vaincu, avant qu'ils ne rejoignent la grisaille de la vie, où le jeu est minable. L'ironie et le jeu devraient surtout soigner leur premier enfant étymologique - l'il-lusion, l'art de capitulations devant le réel. La philosophie, en nous apprenant, lourdement, à mourir ou à vivre, néglige de nous apprendre à jouer, légèrement.
art,défaite,jeu,mort,mot,philosophie,platitude,poésie,réalité,rêve,…

ironie
L'ironie de la critique littéraire : le bourreau assurant la longévité des œuvres décapitées.
défaite,gloire,interprétation,mort

ironie
Tout mot théâtral - et c'est le seul à survivre aux représentations de la vie - doit faire sentir, que lui aussi quittera la scène.
jeu,mort,mot,vie

ironie
Ni le courage ni la sagesse n'aident à mépriser la mort ; l'ennui d'une vie bâclée suffit à ceux qui vécurent en robots et se découvrent hommes ; même les testaments se rédigent aujourd'hui dans le style des cahiers des charges. Leur corps, d'un coup, n'est plus une salle-machines, mais une ruine, sur les murailles de laquelle rôde la reddition ; s'y ennuyer, c'est y vivre d'ouvertures stériles, sans exil ami ni siège ennemi.
audace,bonheur,défaite,ennui,exil,haine,intensité,lutte,mort,ouvert,…

ironie
La médiologie concerne le savoir, qui, lui, se transmet et s'hérite, mais non la sagesse. Celle-ci, normalement constituée, meurt en croix, quand ce n'est en couches ou au fond d'un puits. Mais, contrairement à l'ignorance, elle encourage les visites de ses cimetières, où se côtoient fantômes et ressuscités.
audace,défaite,esprit,mort,philosophie,rêve,savoir

ironie
De l'incapacité d'avancer naît souvent le chant gratuit des horizons ; de l'incapacité de trouver du charme dans la simplicité - le lourd plongeon dans des profondeurs ; de l'incapacité de se tenir debout - l'appel suicidaire de la hauteur.
danse,défaite,hauteur,immobilité,mort,simplicité

ironie
C'est bien rendre le fond de l'existence que de proclamer : Vivons heureux en attendant la mort ! (P.Desproges) - ou, même mieux, car tourné vers le passé : par-dessus les tombeaux, en avant ! Un sacerdoce, une fortune ou une écriture n'agissent que sur la forme.
art,bonheur,être,mort,style,temps,vie

ironie
Les adjectifs, par leur droiture, sapent souvent les progrès de l'écriture ironique ; ceux que j'aimerais dénicher seraient de la famille de sacré (sacer), comportant son propre sacrilège, car nous renvoyant soit à saint soit à exécrable, auguste ou exclu, soit pour être divinisé soit pour être occis.
art,bassesse,mort,mot,sacré

ironie
Goethe est mort de jeunesse, à 83 printemps ; Pascal est mort de vieillesse – à 39.
enfance,mort

ironie
Dis-moi dans quel état tu te laisses aller - l'ivresse ? la lucidité ? le désespoir ? - je te dirai ce que valent tes productions. L'ironie paraît être l'état rêvé des meilleurs. Une soif entretenue, une ivresse appelée de ses vœux - le contraire d'Aristote : « Nous devons quitter la vie comme un banquet - ni assoiffés ni ivres ».
création,élite,espérance,intensité,mort,négation,soif,vie

ironie
Je regrette, que l'habit ne fasse plus le moine. Souvenez-vous du premier objet, que les contemporains de Socrate ou de Jésus se disputèrent à la mort de ceux-ci ? - c'était leur chlamyde. Leurs verbes, en revanche, ne sont que des résurrections collatérales.
christianisme,mort,mot,philosophie,style

ironie
Regarder la mort ne sert qu'à provoquer une traîtrise hystérique de ta plume. Pour sa maîtrise ironique, il suffit de regarder le cimetière.
art,maîtrise,mort

ironie
Les grands vivent en amateurs et meurent en maîtres ; les sots sont de plus en plus professionnels dans la vie, ce qui rend leur trépas d'autant plus amateur et grégaire.
école,grandeur,intelligence,maîtrise,mort,mouton,vie

ironie
Je dois être prêt à voir tous les hauts faits - du sacrifice au suicide - s'écrire en termes d'une hygiène de vie. Le Vrai, le Bien, le Beau et l'Amour - traîner, squelettiquement, dans les structures de l'Intersubjectivité.
amour,beauté,bien,hommes,mort,sacrifice,vérité,vie

ironie
Un village à conseiller à ceux qui veulent en finir avec la vie : Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée. Tsvétaeva faillit s'y suicider, ce que réussit, au même endroit, 70 ans plus tard, la compagne de Cioran. Le hiéroglyphe égyptien, avec une croix de vie, signifie - vie…
mort,temps,vie

ironie
Mes ruines ne sont jamais vides : ou bien c'est le principe qui ruina le sentiment ou bien c'est le sentiment qui ruina le principe. Le survivant s'occupe des funérailles du sauvage ou du barbare (« le sauvage méprise l'art, le barbare déshonore la nature » - Schiller - « der Wilde verachtet die Kunst, der Barbar entehrt die Natur »).
art,auteur,haine,idée,mort,nature,ruines,sentiment,vide

ironie
L'origine musico-patibulaire de la corde tendue de mon arc de mascarade : l'effroyable facilité qu'a l'imagination, pour trouver, à tout instant, d'excellentes raisons soit à chercher une corde, pour me pendre, soit à gratter les cordes de ma lyre, pour chanter ma félicité.
auteur,flèche,goût,mort,musique

ironie
De l'abus de négation de la négation : Nietzsche n'a ni l'ironie ni la gaieté, mais il proclame partir de l'ironie (le mot, en tout cas, signifiant, à l'origine, requête), voit sa négation dans le sérieux, nie celui-ci, pour tomber sur la gaieté, dont il croît inonder le public incrédule. « On ne peut guère rester sérieusement avec soi-même ; c'est parce qu'on est frivole qu'on ne se pend pas » - Voltaire.
bonheur,doute,mort,négation,platitude,question,soi

ironie
Le livre ne doit être ni confession ni plaidoirie ni réquisitoire, mais aveux convaincants, pour qu'on y sente le passage par un banc des accusés et une torture, avec un bûcher au bout et une instruction pour l'usage de cendres.
art,honte,mort,souffrance

ironie
Sans l'ironie, l'esprit n'a ni grimaces ni sourires ; il devient masque posthume ; veux-tu encore qu'on devine ton visage ?
doute,esprit,mort,voix

ironie
Chose, objet, substance, essence, existence, étant, être, l'Un, Dieu - quand je réussis à les traiter, tous, comme des objets, je peux proclamer la mort de Dieu comme l'aboutissement de l'éternel retour du Même, étalé en mille facettes : « Dans l'infini - l'éternel retour du même ; au ciel, le multiple devient l'Un, le système » - Goethe - « Wenn im Unendlichen dasselbe sich wiederholend ewig fließt, das tausendfältige Gewölbe sich kräftig ineinander schließt ». Semper alternum des commencements extérieurs n'est possible que grâce à semper idem des naissances intérieures.
commencement,concept,dieu,éternité,être,inconnu,mort,représentation,retour,système

ironie
Lorsque, en cherchant la paille dans l'œil de mon prochain, j'entends que, n'étant pas autochtone de souche, je devrais chercher la poutre dans mon propre œil, je m'insurge contre ces deux ruines de l'arbre, dont je n'assume l'avenir que sous forme des cendres. Mourir, ni par le temps ni par la main des hommes, mais d'une fusion-unification entre l'air des mots, le feu de l'âme et cette terre française, qui me met près de ses meilleures fontaines, dont l'eau me reste intouchable.
arbre,auteur,éléments,hommes,langue,mort,ruines,soif,temps

ironie
Ceux qui affrontent la mort, sourire aux yeux, furent connus d'avoir affronté la vie, grimace aux lèvres.
mort,regard,vie

ironie
En dessinant sa vie non en lignes droites, mais en pointillé, on reste dans les avant-derniers pressentiments et évite la pénible idée du sentiment dernier : « La mort trace la dernière ligne des choses » - Horace - « Mors ultima linea rerum est ».
continuité,mort,vie

ironie
L'oubli de l'être est une paraphrase de la mort de Dieu, et pour ces deux carences, les remèdes respectifs, le souci et l'intensité, sont des synonymes. Curieusement, même leur demeure serait la même - le langage ! Mais tous les deux ne sont peut-être que l'incapacité d'y lire un retour éternel du Même.
dieu,éternité,être,intensité,mort,mot,retour

ironie
Où la part de vérité est plus désirable que la vérité entière ? - dans une poésie, dans un décolleté, dans un diagnostic létal.
mort,poésie,vérité

ironie
La superstition anti-poétique : dans une paix d'âme, croire en irréalité de la mort, s'accrocher, par l'action, au réel de la vie ; la foi poétique : trembler, dans son esprit, devant la réalité de la mort, vibrer, dans son âme, pour l'irréel de la vie, c'est à dire pour son rêve.
action,mort,poésie,réalité,religion,rêve,sentiment,vie

ironie
Pour un béat optimiste, la vie est une solution et guère un problème. Comme, pour le vrai pessimiste, la mort n'est pas un mystère, mais un problème. « Ne se suicident que les optimistes » - Cioran. Et l'ironie est une capitulation inconditionnelle du pessimisme surarmé de la raison devant l'optimisme désarmé de l'esprit.
défaite,enthousiasme,esprit,inconnu,mort,mystère,vie

ironie
Bâtis des ruines, destinées à la vie. On se méprendra sur ses habitants, qui ne peuvent être que fantomatiques. C'est la bêtise humaine qui voit dans tout fantôme - un mort.
intelligence,mort,rêve,ruines,vie

ironie
Mes ruines sont un compromis entre une église et un tombeau, où s'entremêlent l'ouvert du ciel et le fermé de la terre, le dehors des appelés et le dedans des élus, la verticalité des voûtes et l'horizontalité des racines, le ver du doute et le ver certain.
auteur,doute,hauteur,mort,ouvert,ruines

ironie
Les ruines ne sont plus une détérioration du château, mais une amélioration de l'étable ou du centre de calcul, auxquels se réduit l'habitat moderne. Les ruines affichent un lien fondamental avec le passé, en se faisant observatoire des astres, et sachant que, comme eux, elles sont vouées à l'extinction ; mais, au lieu d'émettre de la vaine lumière, elles inondent le ciel - des ombres discrètes.
étoile,mouton,mort,ombre,robot,ruines

ironie
Les livres de philosophie moderne aident à rédiger des thèses de doctorat et non des testaments.
école,mort,philosophie,platitude

ironie
Depuis que les sages nous font peur avec leurs vérités mortelles, dont personne n'est jamais mort, mais dont la grimace continue à faire jaser, « les femmes fuient les sages comme des animaux venimeux » - Érasme - « puellae sapientem haud secus ac scorpium horrent fugiunt ». Quand la femme s'en laisse contaminer, elle acquiert la capacité de poser tant de problèmes, tout en perdant celle d'exposer des mystères : « La femme n'est intelligente qu'au détriment de son mystère »*** - Claudel.
amour,angoisse,caresse,esprit,femme,intelligence,mort,mystère,vérité

ironie
Je me sens plus près des fabricants de lunettes que des analystes d'yeux ou des synthétiseurs de la nature. Ad instrumentem, le contraire de ad hoc, et plutôt que ad hominem ou ad rem, qui, après de fugitifs ad laudem et ad libitum, n'aboutissent que trop souvent à ad nauseam, quand ce n'est ad digitum, juste avant d'être envoyé ad patres. Le goût est dans le choix des choses (ab ovo), l'intelligence - dans les outils (ab actu), la hauteur - dans la part de l'homme (ad oculos), quand ce n'est de la femme - ad foeminam.
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ironie
Tant de salive perdue, pour dénoncer la mutation de la scène publique en foire ; aujourd'hui, cette scène se reporta dans des salles-machines, sans bigarrures des chalands, sans le tintamarre des marchands – un silence de mort des transactions entre les machines vivantes, calculées par de vraies machines.
hommes,modernité,mort,mouton,robot,silence

ironie
La pureté, la traversée filtrante des quatre éléments : je succombe aux bacilles de l'eau, m'entache de la suie du feu, me contamine du virus de l'air et finis par me donner au ver de la terre.
ange,auteur,éléments,filtre,mort

ironie
La vie commence avec l’eau de notre semence, continue avec le feu de nos rêves et avec la terre de nos actions, se termine avec l’air de notre dernier soupir.
action,éléments,mort,rêve,vie

ironie
Les couronnes, les guirlandes, les rondes expliquent le comment, le quand et le où des fêtes ou des deuils communs ; la fleur sans pourquoi, l’étincelle sans durée et l’étoile sans lieux sont le lot des béatitudes ou des nostalgies solitaires. Les finalités qui ancrent ou les contraintes qui élèvent.
abduction,bonheur,commencement,contrainte,étoile,hauteur,mort,mouton,solitude,souffrance

ironie
Que ce serait beau, si le dernier cri, dans le goût ou dans la pensée, s’inspirait d’un dernier soupir, c’est-à-dire d’un chant du cygne.
beauté,goût,idée,mort

ironie
Tant de dithyrambes à la pensée libre, mais je fais le tour des pensées proclamant la liberté, et les compare à celles en proie à l’esclavage passionnel, face à Dieu, à la femme, à la mort, et j’y trouve plus de profondeur, de couleurs, de hauteur et de … liberté. La liberté apriorique est stérile ; seule la liberté finale est fertile.
dieu,femme,hauteur,idée,liberté,mort

ironie
Le malade se fiche des résurrections, il ne songe qu’à la guérison. La résurrection est épreuve de l'arbre ; on en peut créer le climat jusque dans un grabat, en glorifiant l'incurable.
arbre,climat,mort,souffrance

ironie
Comme tous les bons arbres, le mien doit être, de temps à autre, élagué. Je reconnais les branches mortes par leurs étiquettes : toujours, partout, jamais, nulle part, tous, nul, personne, aucun
arbre,auteur,mort,mot

ironie
Il est absurde de convoquer Dieu, au moment de ta mort, – il y sera manifestement absent (les infirmières ne sont pas, hélas, Ses ambassadrices). Confus, Il est présent, en revanche, à ta naissance, si merveilleuse, mais où toi, tu y est encore absent.
dieu,mort,mystère,souffrance

ironie
La méthode cioranique : pondez une phrase, aléatoire et creuse, par exemple : Le plat regard sur nos joies nous maintient en état de spectateurs apaisés. Introduisez-y quelques négations, emphases, angoisses et vous obtiendrez : L’exploration intellectuelle de nos paniques nous transforme en acteurs ahuris. Comment Gallimard pourrait-il résister à ces tours de passe-passe ? Cette méthode infaillible s’applique aussi bien aux contes de fées qu’aux comptes-rendus, pour finir par décorer les murs des chambres funéraires.
angoisse,art,mort,mot,négation

ironie
Il faut mépriser, ou, au moins, rester indifférent aux actes qui ne sont dictés que par le corps, en absence d’un accord du cœur, de l’âme ou de l’esprit. Ceux-ci, par exemple, ne formulèrent jamais une plaidoirie valable en faveur du suicide. Il faut laisser ce sujet aux bavardages de salon, de pompes funèbres ou d’écriture apocalyptique.
âme,art,cœur,esprit,mort,platitude

ironie
Dans une jungle africaine, Hemingway fut gravement brûlé (et conduit, plus tard, au suicide) – la vengeance du Feu, oublié dans le projet d’une trilogie, que l’écrivain devait dédier à la Terre, à la Mer, à l’Air.
art,éléments,mort

ironie
Il est facile de fantasmer sur des signes d’agonie de tout ce qui est vivant ; il est beaucoup plus difficile de vivre des naissances de ce qui vivra dans les âmes, dans les livres, dans les notes.
âme,art,commencement,mort,musique,vie

ironie
Les aubes (les commencements) sont surtout appréciées aux crépuscules (de la vie).
commencement,mort,vie

ironie
Le XVI-me siècle, c’est la fête de l’ironie dans la littérature – Cervantès, Shakespeare, Montaigne et même Luther. Le siècle suivant, celui des dramaturges et des philosophes, étouffa cette vitalité ; et le phénomène Voltaire n’est qu’un chant du cygne de l’ironie agonisante. Notre époque vit sous le signe de la gravité, de la lourdeur, de la pédanterie. Rappelons-nous que les chutes de la Grèce et de Rome furent annoncées par leurs derniers ironistes, Lucien et Juvénal.
art,grèce,histoire,modernité,mort,philosophie

ironie
L’univers érupta du néant et retournera au néant – et ils continuent leurs incantations sur le salut du monde par un changement de civilisations ! Les seuls sujets, dignes d’être débattus, ce sont - le Valoir d’une âme créatrice, le Vouloir d’un cœur sensible, le Pouvoir d’un esprit étonné, le Devoir d’un corps mortel. Bref, ce qui a son sens premier dans la solitude.
âme,cœur,création,esprit,étonnement,mort,nature,solitude,temps,valoir

ironie
L’écriture a ses trois fossoyeurs : l’alphabétisation des masses (qui devinrent le seul juge de la valeur d’un livre), l’apparition de nouveaux genres (répondant à la demande des masses), la concurrence de l’image, plus accessible aux masses. « La décadence du livre et sa laideur viennent de sa diffusion dans la multitude »** - A.Suarès.
art,bassesse,mort,mouton

ironie
Ma nostalgie est tournée vers le dernier instant réel avant l’horreur de mon futur final ; mon espérance surgit d’une résurrection du rêve du passé.
auteur,espérance,mélancolie,mort,réalité,rêve,temps

ironie
Je fais mes comptes, en parcourant mes actes, mes lectures et mes écritures, et j’arrive à cette triste conclusion : avec les morts, j’ai vécu plus qu’avec les vivants. Mais les morts qui m’élèvent par leurs paroles me sont plus chers que les vivants qui, par leurs actes, m’entraînent dans leur platitude.
action,auteur,mort,mot,platitude,vie

ironie
Non, Cervantès et Shakespeare ne sont pas morts le même jour, le 22/23 avril 1616 ! Le calendrier du premier fut déjà grégorien, et celui du second – encore le julien ! Un décalage de 10 jours !
mort,temps

ironie
Dans chaque événement, se produisant sur Terre, on peut distinguer une part de l’art et de la science, mais attribuer à l’Histoire des actions un sens théorique ou didactique est une blague, et connaître cette Histoire n’apporte rien à la sagesse ou à l’intelligence. Pour l’Histoire des images, La Guerre de Troie et Guerre et Paix sont plus excitants – et même plus véridiques ! - qu’Hérodote ou J.Michelet. De tous les temps, une expérience séculaire fut jetable, et l’espérance de vie d’une expérience immédiate, d’un algorithme donc, fut brève. La mémoire ne devrait servir qu’à l’entretien de rêves.
action,art,héros,histoire,intelligence,mémoire,mort,rêve,science,vérité

sénèque
Disputare cum Socrate licet, dubitare cum Carneade, cum Epicuro quiescere, hominis naturam cum Stoicis vincere, cum Cynicis excedere.

Discuter avec Socrate, douter avec Carnéade, nous reposer avec Épicure, vaincre la nature humaine avec les Stoïciens, la dépasser avec les Cyniques.
ironie
Vivre heureux en attendant l'injection de cigüe ou l'injonction de Néron.
bonheur,doute,mort,nature,philosophie

talmud
La passion commence comme une toile d'araignée et finit par devenir une bonne corde.
ironie
Pour celui qui agite son cou, au lieu de faire avancer sa tête. La passion, c'est la corde d'un arc tendu ou la corde de ta lyre.
amour,esprit,flèche,mort,musique

kierkegaard s.
L'ironie est un développement anormal qui, comme celui des oies de Strasbourg, finit par tuer l'individu.
ironie
Comparez avec la grave normalité du mouton, bourré de certitudes prophylactiques, qui avance, sans vaciller ni se plaindre, vers l'abattoir. L'ennui des normes mortifères incline à l'ironie revivifiante.
doute,ennui,mort,mouton

dostoïevsky f.
Скептический взгляд убивает всё, даже и самый взгляд.

Le regard sceptique finit par tout tuer, y compris le regard lui-même.
ironie
Le regard ironique ranime tout, même un regard éteint ou enterré.
mort,philosophie,regard,vie
 

mot
Il ne faut pas qu'un aphorisme se mette à compter dans la vie ; qu'il résonne, pour tester l'acoustique de ton âme, mais qu'il ne raisonne pas, pour que l'esprit ne se prenne pas pour son seul interprète. Que l'esprit soit chef d'orchestre, et l'âme - et l'instrument et l'interprète.
esprit,interprétation,maxime,mort,musique,vie

mot
Par l'ironie on tue, par la pitié on ressuscite. Il faut savoir les combiner : l'anathème ou la prière, l'occire ou l'oraison – l'Occident ou l'Orient.
ironie,mort,pitié

mot
Le parti pris des choses triomphe partout (hideux dans leur apothéose - l'Internationale !). Pour les vainqueurs, prosateurs béats, le choix fut entre un objet vivant ou un schéma mort. Ils ne comprendront jamais, que la vie ou la mort des idées ne s'annoncent ni ne se maintiennent que grâce au parti pris des mots.
art,défaite,hauteur,idée,mort,poésie,réalité,vie

mot
Trois livres médiocres - trop de mort dans Les Mots (où vingt dernières pages, belles, s'incrustent, en corps étranger, comme les vingt premières – dans les Notes d’un souterrain - trop de faits), trop de langage dans Les Mots et les Choses (où la belle Table des Matières ne sauve pas le reste) et trop de vie dans Les Choses (où il n'y a rien à sauver) - ces livres dévaluèrent trois beaux titres. Ces hypothèses intenables : croire que le mot représente notre vie ou bien notre monde. Le mot ne fait qu'interroger ; il a sa propre vie et son propre monde.
consolation,mort,platitude,question,réalité,représentation,vie

mot
L'étranger et la patrie : le premier est décrit avec des verbes - profiter, tirer les marrons du feu, se frotter les mains ; la seconde avec des adjectifs - naïve, franche, généreuse. Pour être impartial, on aurait dû ne comparer que les signes de ponctuation : déficits de points d'interrogation, abus de points d'exclamation, sérieux du point de suspension, solidité du point final.
cœur,doute,exil,honte,intensité,langue,mort,question,simplicité

mot
Pauvreté lexicale au service de l'imaginaire : corde, en français, s'appliquant au violon, à l'arc et au suicidaire. Après tout attouchement je peux y étendre mes ailes mouillées.
caresse,étoile,flèche,france,mort

mot
Je me sens porteur d'une musique, mais je dois la confier aux mots. On peut avoir une idée du désastre en tombant sur d'effarants livrets accompagnant les meilleurs morceaux de Mozart ou Tchaïkovsky. Les arpèges des mots sont souvent souillure d'une partition vitale. Mais la pensée est contre-indiquée à la musique, comme à la poésie ; écoutez du Nietzsche, du Marx ou du Platon, mis en musique par G.Mahler, Prokofiev ou Satie. Un étrange suicidaire, le compositeur loufoque B.A.Zimmerman, prenait pour livrets des citations de l’Ecclésiaste, de St-Augustin, Dostoïevsky, Wittgenstein.
ange,auteur,défaite,intelligence,mort,musique,poésie

mot
Une très curieuse coïncidence entre mes deux tâches philosophiques centrales – la consolation de l'homme et la réflexion sur le langage – et deux sortes de l'être heideggérien – le souci de l'être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode) et le dévoilement de l'être hébergé par le langage (Haus des Seins).
consolation,être,langue,mort,philosophie

mot
Arc, en grec, bios, est homonyme de vie ; l'art est possible grâce à sa bonne tension ; les cibles atteintes quittent la vie et rejoignent les archives ! « L'arc : son nom, vie, ce qu'il fait, mort » - Héraclite. On peine à admirer la corde tendue, sans avoir constaté une mort qu'elle ait infligée ; Dieu, serait-Il, Lui-même, à ses heures sombres, un archer et un poète ? - « À la mort d'un homme, un chapitre est retranscrit en un meilleur langage »** - J.Donne - « When one man dies, one chapter is translated into a better language ».
art,dieu,flèche,grèce,mélancolie,mort,nécessité,vie

mot
Je suis embêté d'avouer, qu'une bonne moitié de mes émotions, sur cette terre, est due aux écrits des autres. Pourtant, la vie aurait dû garder toute sa valeur en dehors de tout écrit du passé. Les mots du présent ne sont que de passives étiquettes ; en se tournant vers le passé, ils ont une chance de devenir signes ou symboles ; pour les mots bien magnétisés, on peut dire, que « contrairement à la mathématique, le langage nous conduit vers le passé » - G.Steiner - « language, unlike mathematics, draws backward ». On met longtemps pour comprendre, et d'en être horrifié, que, dans le passé, tout le reste est silence. « Muets sont les tombeaux, survivent seul les mots » - Bounine - « Молчат гробницы - лишь слову жизнь дана ».
art,auteur,axe,langue,mort,silence,temps,vie

mot
La parole et la pensée sont hors de moi, et le chant est en moi ; que, dans des édifices durables, le Dieu de l'horizon et de la profondeur soit mort, ne doit pas troubler le Dieu de la hauteur, éphémère et éternelle, qui est en moi, au fond de mon puits, de mon souterrain ou de mes ruines. Monuments aux morts hantés, monuments aux mots chantés. On chante dans les ruines, on hante les cavernes : « Dans la caverne de Platon nul mot pour signifier la mort » - Blanchot.
danse,dieu,esprit,éternité,hauteur,mort,ruines,soi,temps

mot
L'univers des mots et des idées n'est pas moins humain que celui des phénomènes et des paysages ; le romantique, qui se renferme dans le premier, n'a pas besoin de descendre dans le second, pour prouver, que la vie et la mort l'habitent. Le regard d'un créateur, même aux yeux fermés, embrasse tout l'univers.
art,authenticité,création,hommes,idée,nature,mort,regard,romantisme,vie

mot
Grothendieck vient de mourir. Le contact avec lui me fut fort utile : ses quinze mille pages (autant que chez le délicat H.-F.Amiel), griffonnées dans la fébrilité des idées, sans le souci du mot, m'aidèrent à ériger d'excellentes contraintes : me méfier des idées, me réduire à l'ascétisme laconique, caresser le mot – merci, pauvre Alexandre. Un nom me lie à ton souvenir, celui de Cartan : les articles du père, Élie (ami de Valéry), me familiarisèrent avec le français, la perspicacité du fils, Henri, mit Alexandre sur la voie de la mathématique. Je n’aurais peut-être jamais parlé de lui, si ce n’étaient pas quelques parallèles : l’enfance au bagne ou dans un camp de concentration ; orphelins de père, la mort de nos mères joua le même rôle dans le réveil des plumes. Et le français n’était pas notre langue MATERNELLE !
auteur,caresse,contrainte,enfance,france,idée,maxime,mort,science,style

mot
Tuer son soi - le sui-cide - ah, si l'on pouvait ne se débarrasser que du soi connu, commun, bavard et immortel, pour rester avec le soi inconnu, indicible, vulnérable et renaissant !
inconnu,mort,soi

mot
Toute idée est mécanique, tandis qu'un mot réussi est vivant, c'est à dire mortel, vibrant, chantant la naissance et gémissant la mort ; l'idée s'y faufile quelque part, au milieu des mots en rires ou en pleurs.
commencement,danse,idée,mort,robot

mot
Entre l'intelligence qui se dénude et le mot qui se pare, mon excitation est plus vive avec le second. La première me laisse l'impression d'un épouvantail, dans un terrain vague, ou d'un squelette, dans un cimetière mécanique.
auteur,esprit,intelligence,mort,robot

mot
Toute pensée est un dialogue, mais parmi tous les dialogues le plus utile, pour la justesse et la justification de la pensée, est celui avec d'autres langues. Le grec aida les Allemands à cultiver l'abstrait ; le latin apprit aux Médiévaux le laconisme ; l'allemand rendit plus poétique la pensée des Français et des Russes. L'Américain, aujourd'hui, favorise l'horizontalité, la platitude, la prose, qui sont la mort de la pensée.
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mot
Avec la mort de Dieu, être enthousiaste (possédé par Dieu) devint incongru ; tout le monde serait aujourd’hui d’accord avec Voltaire, pour qui l’enthousiasme fut « l’émotion d’entrailles », « tremblements de la Pythie possédée », l’inspirateur de la Saint-Barthélémy.
dieu,enthousiasme,grèce,mort

mot
Quand je lis ces innombrables et plates amphigouries sur la lettre morte et l’esprit vivant, je comprends, que mes écrits dressent la lettre vivante contre l’esprit mort. Quand l’esprit devient vivant, il devient cœur qui crie ou âme qui crée.
âme,auteur,cœur,création,esprit,mort,vie

mot
La bonne écriture, pour mieux garder sa face, gomme sa trace (sacrifice de la profondeur-pesanteur au bénéfice de la hauteur-grâce) ; elle se concentre dans la brisure du pointillé. Le désert de l'écriture hors pistes garde les mirages, ces jardins des mots, où l'on chutait, priait, expirait. « L'écriture se déplace sur une ligne brisée entre la parole perdue et la parole promise… Le jardin est parole, le désert - écriture » - Derrida.
art,continuité,défaite,désert,grâce,hauteur,mort,religion

mot
La plupart des choses vivent en concubinage bien fixé avec un mot ; ce sont les moins intéressantes ; elles servent de briques des édifices consensuels. Les plus intéressantes sont des choses, veuves ou vierges des mots : esseulées, cherchant des consolations métaphoriques, ou bien jamais embrassées, avides des caresses adamiques.
caresse,commencement,concept,consolation,métaphore,mort,mouton

mot
Je me demande si la disparition du sacré, du hautain, du solennel ne soit due, tout bêtement, à la banalisation du sens de ces mots. Bonheur, angoisse, aventure, passion, sacrifice, beauté, honte… – une liste interminable de défunts vénérables, avec des héritiers minables.
angoisse,beauté,bonheur,honte,mort,sacré,sacrifice

mot
Contrairement aux notes et coups de pinceau, le mot n’épuisa pas encore son potentiel de beauté, de subtilité et de noblesse. Il n’y a plus rien à chercher dans les cloaques sonores ou picturaux, tandis que le mot organique, même agonisant, continue son combat, perdu d’avance, face aux sons et images mécaniques, ces symboles du triomphe de la foule.
art,beauté,langue,lutte,mort,mouton,musique,noblesse,robot

mot
Tu perds tant de choses, en t’exprimant dans une langue étrangère : l’élégance, les idiomatismes, l’ironie. Et l’audace ou la plaisanterie, le plus souvent, t’y desservent. « Dans une langue étrangère, le premier des cadeaux à périr, c’est l’humour » - V.Woolf - « Humour is the first of the gifts to perish in a foreign tongue ».
audace,beauté,défaite,ironie,langue,mort,musique

mot
On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles.
concept,éternité,hauteur,intensité,langue,métaphore,mort,représentation,temps,vie

lichtenberg g.
Einer zeugt den Gedanken, der andere hebt ihn aus der Taufe, der dritte zeugt Kinder mit ihm, der vierte besucht ihn am Sterbebette, und der fünfte begräbt ihn.

Un homme conçoit une pensée, un autre la porte sur les fonts baptismaux, le troisième lui fait des enfants, le quatrième la visite à son lit de mort, le cinquième l'enterre.
mot
Le mot, thuriféraire et thaumaturge, est le seul à accélérer ce parcours, sans abréger la biographie ni allonger les regrets.
caresse,commencement,création,enfance,idée,mort

goethe w.
Ein Wort, wie ein Baum, der jahrelang unfruchtbar war, kann wieder blühen und Früchte tragen.

Le mot, comme un arbre, resté infécond depuis des années, peut refleurir encore et apporter des fruits.
mot
Le déracinement, l'élagage, la taille profonde font partie du même arsenal de résurrection. Tout ce qui est vraiment vivant peut être comparé à l'arbre. Être artiste du mot est d'en savoir créer les saisons et climats.
arbre,climat,création,mort,vie
 

noblesse
On s'imagine Nietzsche en surhomme, tandis qu'il est, si nettement, le dernier homme, tel qu'il le décrit lui-même, en train de poser les meilleures des questions : « Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce que la création ? Qu'est ce que le désir ? Qu'est-ce que l'étoile ? » - « Was ist Liebe ? Was ist Schöpfung ? Was ist Sehnsucht ? Was ist Stern ? ». Avec ses réponses, le surhomme, succédant au Dieu mort, est aussi peu crédible que son prédécesseur.
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noblesse
Parmi nos actes, nos pensées et nos passions, ce qui mérite d'incarner notre soi le meilleur, le soi inconnu, est ce qui se produit, comme si nous étions immortels, ou bien au nom de l'immortalité : « La vie est un combat pour l'immortalité. L'immortalité, c'est la perception et non pas l'idée de la vie »** - Prichvine - « Жизнь — это борьба за бессмертие. Бессмертие не идея, а самочувствие жизни ».
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noblesse
Deux seuls expédients pour perdurer : disciples ou musée, le sort du grain qui meurt et de celui qui est laissé en germe.
commencement,gloire,mort

noblesse
Pour se donner du panache, ils désignent leur adversaire sous des traits sinistres d'ennemi de la vérité et de la justice. Le mien est l'homme paisible suivant la voie du vrai, du juste et même du beau. Au pays du Tendre, ce n'est pas la voirie, mais l'astronomie qui devrait assurer la meilleure communication. Cyrano, assommé par un laquais, tendant son panache à l'étoile et ne voulant d'autre appui que dans des arbres.
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noblesse
Toute l'Antiquité est un tribut au troupeau. Même la lanterne de Diogène n'éclaire pas le bon côté de l'épiderme (deux expériences à tenter : obscurcir la lanterne ou ne faire attention qu'à ses ombres agoraphobes) ; elle se moque de l'homme platonicien inexistant, au lieu de dénoncer l'existence, même au fond des tonneaux, des hommes agoraphores. Le culte de la barbe au détriment de l'enfance. La préférence de la pierre à l'arbre, du grenier à la cave. La mort comme événement et non pas état d'âme. Aucune intuition de la prière. Ce qu'il y a de vraiment profond, dans nos âmes d'Européens, nous le devons davantage au Christ qu'à Périclès. Comment s'appelle Athènes sans Jérusalem ? - ou Rome sans Athènes ? - les USA.
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noblesse
Pour détacher l'âme du corps, l'un a besoin de quelques notes ou de quelques syllabes, l'autre - du meurtre d'un de ces jumeaux siamois, le troisième - de tirer la prise de courant commun, qui les alimente.
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noblesse
Celui qui manie les dates de sa naissance s'accommode bien d'ignorer la date de sa mort.
commencement,mort

noblesse
S'attaquer surtout au non-existant : après la naissance du rêve ou la mort de Dieu - chercher à donner vie au regard.
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noblesse
La hauteur de l'âme : se moquer des abîmes, ou plutôt n'en reconnaître qu'un seul, la mort.
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noblesse
La fuite face à la vie, vers une mort, qui serait un sommeil sans songes - un mauvais apologiste nécro-mantique voit ainsi le divin Socrate bien somnambulique. La noble attitude humaine serait l'immobilité face à la mort biographique, au milieu des songes sans sommeil, que serait devenue la vie thanatographique en veille. Et Freud n'y voit pas la vraie dimension, la hauteur : « Le rêve éveillé s'étend en largeur, mais aussi dans un lointain profond » - « Der Tagtraum erstreckt sich wie in die Breite, so in die tiefe Weite ».
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noblesse
Dans l'Éternel Retour je ne vois pas de cycles ; j'y vois, par contre, l'extase hautaine qui, intemporellement, seule épuise l'essence de la chose, qu'aucun mouvement, circulaire, linéaire ou chaotique, aucun approfondissement ni élargissement n'enrichit ni n'éclaire. La chose reste la même, face à toute bougeotte, et ne se résume que dans l'intensité du regard initiatique ; l'intensité non-noble est propre des passions aujourd'hui dominantes : la Bourse, le flirt, la gazette. Mais tenir à la permanence de l'intensité, c'est aussi chercher à mourir debout, contrairement aux autres : « Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès »** - Pascal.
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noblesse
La noblesse était possible, puisque l'art, c'est à dire une distance esthétique entre la réalité, la création et l'émotion, était possible. Avec la mort de l'art, c'est à dire avec sa fusion avec la seule chose qui compte aujourd'hui, la réalité, toutes les armoiries nobiliaires peuvent être effacées.
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noblesse
Cocteau voit l'arbre croître en profondeur : « Gravez votre nom dans un arbre, qui poussera jusqu'au nadir » - c'est une exclusivité de l'arbre - chacun choisit la dimension, à laquelle s'attache son regard ; ce qu'on ne peut pas dire de la lugubre platitude du marbre.
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noblesse
La vie réelle se trouve entre le trop haut et le trop bas, entre l'impossible et le jetable ; pour la voir, je dois regarder devant moi-même, à hauteur d'hommes, et non pas à hauteur d'arbres, où abondent les feuilles mortes ou l'appel des astres ; la vie irréelle est là, imprévisible. Ma vie est la feuille et l'écorce ; ma mort, c'est le fruit. « La base intellectuelle de mon esthétique est la Philosophie de l’Irréalité »** - O.Wilde.
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noblesse
L'homme, tel que la Providence l'a conçu, est un Ouvert, c'est à dire il peut tendre vers l'infini inatteignable, sans se quitter. Et cette sublime convergence signifiait la présence divine. Mais l'homme moderne devint un Clos et proclama la mort de Dieu ; tout en lui n'est désormais que fini : « La finitude de l'homme est devenu sa fin »** - Foucault.
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noblesse
Plus je cherche, auprès de mes contemporains, le succès de mes meilleures entreprises, plus mesquine sera la démarche de mon esprit et plus humiliante – la chute finale de mon âme. Installe-toi dans les ruines, la seule demeure, où je puisse rester berger du rêve, de l'amour, de la poésie. La force, la reconnaissance, la rigueur sont les valeurs, prônées par ma partie mortelle ; la partie immortelle devrait ne s'occuper que de mon étoile et avoir le courage d'assister à son évanescence et son extinction. Mais ma sinistre époque, en personne de ses professeurs robotisés, proclame, que la seule bonne philosophie consiste à comprendre, qu'une vie de mortel réussie est bien supérieure à une vie d'Immortel ratée.
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noblesse
Dans l'arbre se réunissent les quatre éléments : « De la racine de ses origines, l'âme humaine tend, à travers l'humus de l'être, vers son étoile, portant vers la hauteur son obscure source dédiée à Neptune et Vulcain, portant vers la profondeur son but limpide dédié à Apollon, s'étendant en branches tel un arbre »*** - H.Broch - « Des Menschen Seele reicht aus ihren Wurzelabgründen im Humus des Seins zum Sternenrund, aufwärtstragend ihren poseidonisch-vulkanisch finsteren Ursprung, abwärtstragend das Durchsichtige ihres apollinischen Zieles, baumgleich sich verzweigend » - quel magnifique itinéraire - de la terre de ta vie, de l'eau de Neptune, du feu de Vulcain, de l'air d'Apollon - vers l'arbre de ta création ! Ce qui rappelle la quadruple oraison funèbre, que tu dédias à l'agonie de Virgile : à l'eau d'arrivée, au feu de chute, à la terre d'espérance, à l'éther d'enfance.
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noblesse
Le perfectionnement de mon savoir ou de mes capacités ne demande aucun effort de ma volonté, il est presque mécanique. Il s'agit non pas de viser un perfectionnement comparatif, mais miser sur le parfait superlatif de mon soi inconnu, qui n'est que la résurrection du Dieu proclamé mort.
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noblesse
Les murailles, que j'érige moi-même, sont utiles, pour que mon regard soit plus près du ciel. Viser l'horizon, en les abattant, est une illusion d'optique, dont ne profiteront que mes yeux. J'abandonnerai l'horizon avec la même facilité que l'herbe sous mes pieds, dès que j'aurai compris, que je devins regard. À la pensée sous l'horizon de la mort, je préférerai le regard au-dessus de sa hauteur. Le beau s'offre partout à l'âme ; l'idée du beau n'est accessible qu'au regard : « Ô mon âme, au plus haut ciel guidée ! Tu y pourras reconnaître l'Idée de la beauté » - Du Bellay.
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noblesse
Il faut rester à égale distance rationnelle entre la palpitation et le mot (la note, la couleur, le marbre). L'attrait du mot égalisant l'élan du cœur, dans un bel équilibre. Mais il existent des distances irrationnelles, évaluées par l'âme : « Le poète est plus près de la mort que de la philosophie, plus près de la douleur que de l'intelligence, plus près du sang que de l'encre » - Lorca - « Un poeta - más cerca de la muerte que de la filosofía ; más cerca del dolor que de la inteligencia ; más cerca de la sangre que de la tinta ». Mais tu connais mieux que moi la mécanique des leviers : le cœur pesant plus que la métaphore, le point d'appui ne doit pas être au milieu.
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noblesse
Ils vivent de plus en plus de ce qui calcule et bavarde ; or l'âme n'émet que de la musique, elle n'a pas non plus un langage à elle, elle est un silence évocateur. Et c'est ainsi que les hommes sourds à la musique concluent, que, lorsque nous vivons, nos âmes sont mortes et ensevelies en nous. Compter sur leur résurrection est encore plus bête. N'empêche que leurs voix s'entendent mieux dans des ruines ou cimetières, que j'entretiens seul, que dans des édifices ou autels que j'érige avec les autres.
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noblesse
Tout ce qui, même partiellement, se raccroche au réel est voué à être englouti, sans retour, par le temps ; l'éternel retour dans l'espace de la création n'est promis qu'au rêve, dont la hauteur le sépare et protège du réel.
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noblesse
Je devins vieux à l'âge de quinze ans ; je ne crus plus en la noblesse capable de triompher de la vulgarité. Toute la suite me donna raison ; je porte, intacte, ma démobilisation au fond de mes rides intempestives. Les aurores du soir me parurent plus nobles que les crépuscules du matin (Baudelaire). Je tenterai de mourir jeune à quatre-vingts ans (R.Char).
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noblesse
La noblesse n'a pas besoin de négations, pour se réveiller ; un nouvel et monumental acquiescement y est plus propice. « Tout ce qui est noble a l'air de dormir, avant d'être défié par une contradiction » - Goethe - « Alles Edle scheint zu schlafen, bis es durch Widerspruch herausgefordert wird ». La noblesse a le courage ou la sagesse de ne pas abandonner la position couchée, dans laquelle non seulement on rêve, mais aussi accueille l'amour et la mort.
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noblesse
L'objet gagne en dramatisme et en profondeur, dès qu'on le dévisage, comme si c'était pour la dernière fois. « On ne parle bien que de ce qui est en train de disparaître » - Baudrillard. Ce n'est pas la chose, mais le regard, qui serait évanescent et mourant. « Jouez une œuvre comme si c'était la dernière fois dans votre vie » - Rachmaninov - « Делайте, как будто вы делаете это в последний раз в своей жизни ».
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noblesse
Si je vis un commencement, nihiliste (ex nihilo) et beau (maxima de males verbisque), comme une fin, je fais frôler la vie par la mort, la beauté – par l'horreur, et je comprends, que c'est propre à tout art. « Quiconque a eu plusieurs naissances est décédé autant de fois » - R.Debray – sans l'espoir de renaissance – l'artiste dit adieu et non pas au-revoir a ce qui avait été vécu en grand.
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noblesse
Nietzsche prône la guerre – ni de races ni de classes ni de masses – mais la guerre de faces, à l'intérieur de l'homme seul et acquiescent, dont la face à défendre, ou plutôt à sauver, s'appelle surhomme, la seule face divine et immortelle. Les trois autres faces – l'homme, les hommes, le sous-homme – constituent mon soi connu mortel, muni d'auto-défenses suffisantes.
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noblesse
Le langage des profondeurs spirituelles est largement universel ; mais la hauteur musicale de chaque homme a son propre langage. En compagnie de Valéry, je vis une fraternité admiratrice ; en celle de Nietzsche, je frôle le fratricide de complices.
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noblesse
Vus de trop près, les dieux meurent, et la hauteur devient platitude. « Ne nous foncions pas dans l’Azur » - Héraclite.
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noblesse
La métaphore des quatre éléments doit servir de qualificatif pour nos esprits, nos âmes et nos cœurs ; la combinaison idéale semble être : un cœur ardent, un esprit fluide, une âme aérienne, en vue de la terre, vue du ciel. Après l’extinction des âmes et des cœurs, la tendance de ce siècle robotique semble être la domination de la dimension terrestre dans le seul survivant, l’esprit.
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noblesse
On ne peut pas vivre de la musique ; on ne peut qu’en laisser envahir ses rêves. La vie est cadences et bruits ; le rêve – émotions et musique. La raison et la noblesse n’ont pas grand-chose à se dire ; la raison désespère et la noblesse invente de folles espérances. Mais si tu veux une vie indiscernable du rêve, écoute Aristote : « L’homme doit tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui ». Vivre serait donc entendre et poursuivre l'éphémère, éternellement inexistant et attirant, la mort du corps guidant et justifiant la noblesse de l'esprit.
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noblesse
La passion n’est possible que si tu réussis à maintenir le sens de l’éternité ; et fatalement, un jour tu le perds, tu assistes à la tragédie du rêve, tu tues l’éternité, comme les autres tuent le temps, pour animer la comédie de la vie.
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noblesse
La merveille de l'homme est d'être muni exactement de ce qui permet de vivre le monde comme une pure musique : un instrument (le talent), un interprète (l'esprit), un auditeur (le cœur), un compositeur (l'âme). Paradoxalement, les yeux y sont absents, pourtant c'est bien le regard qui permet de voir cette merveille. C'est le regard et la mémoire qui rendent l'homme - mortel. « L'homme est un Dieu mortel »*** - le Trismégiste.
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noblesse
Les petits Oui et Non naissent du comparatif, égoïste ou conformiste, social ou médical ; les grands – du superlatif, scientifique ou artistique. Le grand Non découle de la profondeur, où règne l’esprit, désespéré par le gouffre qui sépare l’absolue merveille du monde de l’horreur absolue de notre propre mort. Le grand Oui plane dans la hauteur, où s’arrête le temps et s’épanouit l’âme, contemplative ou créative, s’identifiant avec ce qui est éternel – le Bien, le Beau, le Vrai.
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noblesse
Tout est permis est du mauvais nihilisme : le quantificateur universel y est archi-vague, le prescripteur de la permission est indéfini. Qu’est-ce qui se substitue au Dieu mort ? - la justice humaine ou ton cœur souverain ?
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noblesse
Celui qui n’a pas de bon souffle ne devrait par regarder vers la hauteur, comme vers n’importe quel lointain, où la nature crée un vide, salutaire pour les uns et mortel – pour les autres.
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noblesse
Ne te décourage pas à envoyer de la lumière de ton étoile, dans le vide ; grâce à sa vitesse vertigineuse, elle n’atteindrait une espérance atemporelle que beaucoup plus tard ; apprends à déchiffrer le scintillement des étoiles des autres, depuis longtemps éteintes. « Comme cette lumière interstellaire traverse longtemps l'univers avant de nous atteindre, l'image défigurée de ton étoile ne se dessine qu'après ton départ » - Rilke - « Denn wie das Licht von manchem Sterne lange im Weltraum geht, bis es uns endlich trifft, erscheint erst lang nach unsrem Untergange von unsrem Stern seine entstellte Schrift ».
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noblesse
L’exhibition criarde de muscles et la tranquillité, ou même l’agonie, de l’âme sont des signes des esprits bas ou grégaires. Il faut être robotisé, pour proclamer cette infamie : « Passion est passivité de l’âme et activité du corps » - Descartes.
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noblesse
Moins tu réfléchis sur la mort, plus noble sera l’intranquillité – désirable ! - de ton âme. Et laisse les chercheurs de la paix d’âme penser dans le sens contraire : « Personne ne peut avoir l’âme tranquille sans méditer sur la mort » - Cicéron - « Sine mortis meditatione tranquillo animo esse nemo potest ».
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noblesse
Avec mes chemins obliques, mes sophismes suivis de leurs réfutations, mes angoisses, j’aurais pris pour une définition de la bassesse ces mots de Sénèque : « Heureux celui qui ne chancelle jamais, est toujours d’accord avec lui-même, et attend sa dernière heure sans trembler » - « hominis bonum est, non vacillare, constare sibi, et finem vitae intrepidus expectare » - et qui, aux yeux de l’auteur, dépeignent la magnanimité !
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noblesse
Mes écrits font partie de mes rêves et non pas de ma vie ; ce n’est pas ma tombe, mais le ciel qu’ils rejoindraient. « Je ferais enterrer mes manuscrits avec moi, comme un sauvage fait de son cheval » - Flaubert.
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noblesse
On apprécie une chose selon deux critères : le sens, qui la résume, ou l’aspiration qu’elle provoque. La prose du premier critère, la domination, l’envahissement par le sens, caractérisent notre minable époque. Le second critère fut à l’origine de toute poésie, qui, aujourd’hui, rendit l’âme. Dans l’absolu, la demande de la noblesse est la même, mais dans le relatif cette demande devint microscopique à cause du déferlement des goujats innombrables dans les aréopages.
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noblesse
L’âme s’éteindra en toi, comme ton esprit et ton cœur. Son immortalité ne peut signifier que son autonomie, son indépendance, contrairement à ses deux confrères, car elle est la seule à communiquer avec le mystère de ton soi inconnu, ton inspirateur, qui fera de toi un créateur.
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noblesse
L’inutilité croissante de toute noblesse la condamne à disparaître. « Les plus nobles, aujourd’hui, courent le risque d’extinction, car leurs yeux, oreilles et âmes sont à la recherche de l’éveil et de la caresse »** - H.Hesse - « Heute müssen die Edleren hinsterben, da sie wache und zarte Augen, Ohren und Seelen haben ». - ils devraient davantage songer aux rêves qu’aux veilles.
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goethe j.-w.
Für jeden Menschen kommt der Zeitpunkt, von dem an er wieder ruiniert werden muß.

Pour tout homme vient l'heure, où il doit, de nouveau, retourner dans ses ruines.
noblesse
Regretter l'édifice écroulé ou saluer l'appel de l'étoile ? Bénies ruines, que deviennent les temples ou les tours d'ivoire, à l'annonce de la mort de Dieu (Nietzsche) ou de la mort de l'homme (Kojève ou Foucault) ou, le mieux, de ta propre mort (H.Broch de la Mort de Virgile).
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valéry p.
L'horreur de ce qui n'entre pas dans un instant.
noblesse
La joie de ce qui y entre ne suffit que pour, à tout casser, une épitaphe, un testament, un aveu. Tandis que ceux qui préconisent la durée ou le développement sont si volubiles, qu'aucune platitude n'est assez vaste pour les accueillir.
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introduction proximité
PROXIMITÉ DIVINE : L'homme est un miracle ignorant son thaumaturge. Ce qui le sépare de sa naissance ou de sa mort, d'une pierre ou d'un singe, d'une machine ou d'un dieu, donne une métrique vertigineuse, où l'infini brouille les calculs et inverse les valeurs. La foi est un élan, chaud et soudain, vers une sommation, lancinante et certaine. Quant à celui qui ne l'entend pas, soit il est trop loin de soi-même, soit il ne consulte que ses oreilles, tandis que c'est notre âme qui est sollicitée. L'horreur ou le silence du merveilleux empêchent d'en ressentir la présence.
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proximité
Impossible de partager avec quelqu'un une évocation de Dieu. Il ne s'adresse jamais à une tribu, une planète ou une époque. Il ne se manifeste que quand toute image du prochain a disparu et je m'ouvre à l'admiration, à la paix ou au suicide.
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Ma théodicée : je pardonne au Démiurge le loup et la mort, mais je ne peux pas vénérer le Pâtre, qui laisse pulluler le mouton et l'ennui. Et je m'embrouille sur le banc des accusés, que scrute, goguenard, dans ses chicanes et avocasseries, le Juge.
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Dieu ni ne se retire (Heidegger), ni ne se meurt (Nietzsche), ni ne s'éclipse (M.Buber), puisqu'Il se cache soit dans l'inétendu soit dans l'intemporel. Dieu mérite de n'exister que dans le vide sacré de l'innommé. « Je ne connais Dieu qu'à travers le non-advenu »** - Tsvétaeva - « Бога познаю только через не свершившееся ».
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Pour agir, Dieu a besoin de la largeur (de vos portes des églises) ; pour être craint - de la profondeur (de nos solitudes) ; pour exister - de la hauteur (de ton regard - c'est pourquoi Il est mort, aux yeux des multitudes).
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proximité
Le Dieu, qui est mort, est le Dieu des édifices, des temples, des églises ; le vivant se réfugia sous terre ou dans les cieux déserts, où Il n'est senti que par l'homme du souterrain, ou Il n'est vu que par l'homme des ruines.
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proximité
Dieu est peut-être le seul concept inexistant qui s'impose, avec la même irrésistible évidence, aussi bien en moi-même qu'en-dehors. Et je me mets à Le chercher à l'extérieur, en m'appuyant sur mon intérieur. « Personne ne Te peut chercher, qui ne T'ait déjà trouvé. Tu veux être trouvé pour être cherché » - St-Bernard. Mais dès que je crois L'avoir trouvé, je me mets à Lui chercher des noms et des masques, au lieu de continuer à m'adresser à Lui à la cantonade. Il est une Face innommable, omniprésente et absente, qu'animent mes yeux et mes oreilles. « Voir Dieu, c'est la mort ; Le deviner, c'est la vie »*** - Morgenstern - « Gott schauen ist Tod ; Gott erraten ist Leben ». Ni le regard ni l'imagination ne Le dévoilent ; c'est le voile miraculeux qui témoigne de Son évidence indicible ou inconnaissable : « Des dieux, je ne suis en mesure de savoir ni qu'ils sont ni qu'ils ne sont pas » - Protagoras.
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La primauté du regard : Diogène voulut, qu'on l'enterrât : « sur le visage », il savait déjà que, « dans l'au-delà, le dernier serait le premier ». Socrate fut condamné pour un regard inconvenant sur ce qui se passe sous la terre et dans le ciel ; une fois sa cigüe bue, il enveloppe de son manteau - le visage, son regard va déjà aux morts.
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Devant l'intouchable asymptote divine, tout rapprochement humain est banal. Mais ils effacent l'asymptote (la transcendance) pour s'occuper exclusivement de leur finitude herméneutique, hic et nunc, où le hic est trop palpable et le nunc - insaisissable. La mort de Dieu, ce n'est pas un triomphe de la finitude de l'homme, mais un appel à défendre, désormais tout seul, l'infini.
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Omnis moriar signifie que, sans ton visage, tes rimes et rythmes sont dépourvus de sons et de sens. Deux réactions possibles : réduire tes frissons aux harmoniques communes calculables ou n'y mettre que ton visage. Mais non moriar omnis (Horace) rend sensée la consolation : « Pour un vivant, je ne vois rien de plus précieux que ce qui l'aide à ne pas mourir en entier » - R.Debray.
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Je commence par comprendre, qu'aucune autorité extérieure ne peut prendre en charge les questions les plus brûlantes de mon existence, et je finis par reconnaître qu'aucune autorité intérieure, non plus, ne résume mon essence. À ce double meurtre, les spadassins, le soi connu et le soi inconnu, donnent le nom métaphorique de mort de Dieu.
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Tout Dieu officiel étant une idole, le crépuscule de celle-ci annonce la mort de celui-là ; le Dieu des sages est une icône - ils saluent la ténèbre valorisant leur cierge. Idole - fond et corps ; icône - forme et visage. Concept ou image.
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Aucune statue conceptuelle, métaphysique, historique ne résiste à l'explosif critique, que pratique ce kamikaze de raison terrorisante. Pour qui ruines est symbole de la déchéance, le constat est clair : Dieu est mort. Mais si les ruines topiques avaient toujours été ton refuge, ton autel et ton confessionnal, aucun tremblement de terre ne ferait chuter ton idole interstellaire.
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Pour affirmer que Dieu est mort, il n'y a qu'un seul moyen - prouver qu'au commencement était le Hasard et non pas une Chiquenaude divine. Pour conclure, que la fin est dans le robot et le mouton : « Là où il n'y a plus de Dieu, il n'y a plus d'homme non plus »** - Berdiaev - « Где нет Бога, там нет места и для человека ». La volonté ou l'intensité, en revanche, ne sont que d'anodins sobriquets de Dieu.
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On ne jugerait les hommes qu'après leur mort ; et si la même chose valait pour les dieux ? On comprendrait alors l'annonce calculée de la mort de Dieu par Nietzsche : « Pour les dieux, la mort n'est jamais qu'un pré-jugement (préjugé) » - « Den Göttern ist der Tod immer nur ein Vor-Urteil ». On comprend l'avantage (Vor-Teil) d'être prescrit qui, sans solidité des pièces à conviction, n'est qu'une partie (Teil) d'un bref sursis.
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Même débarrassés de toute transcendance, la foi mystique et le regard poétique trouveront toujours assez de ressources dans la réalité sans voiles ; quand le Dieu profond des apparences est mort, ressuscite celui de la réalité, le haut.
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Être créateur veut dire avoir inventé un langage à soi, langage source de l'universel, vécu comme immortel ; et puisqu'on est habitué à voir en Dieu la justification de tout ce qui est universel, le créateur commence par proclamer, que Dieu est mort. « Les immortels mortels, les mortels immortels »** - Héraclite.
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Dieu est mort, puisque l'homme apprit la sage parole et désapprit le chant fou : « Dieu serait l'excitation et la terreur de la folie humaine »** - Nietzsche - « der Gott wäre der entzückte und entsetzte Wahn der Menschen ». La poésie, la musique, le rêve ne sont que des folies nous sauvant de la solitude ; Dieu, c'est l'impossibilité de la solitude du chant ; tandis que ni la parole, ni même le cri, ne m'ouvrent plus à l'écoute divine. Non, Dieu du chant, de l'intensité, qui n'est pas la force, ce Dieu n'est pas mort ; s'Il l'était, je serais condamné au soliloque ; une sensation impossible pour tout créateur de mélodies.
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Vivre, c'est traduire la poésie du Vivant en prose de plus en plus proche et claire, pour terminer par une insipidité définitive ; rêver, c'est entretenir la convulsion ou l'agonie poétique, à une distance infinie. « La vie où tu n'es pas, serait si belle ; te vivre [rêver] aussi est un défi à relever » - L.Salomé - « Das Leben ohne dich, es wäre schön, und doch auch du bist werth, gelebt [geträumt] zu werden ».
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Le génie : l’admiration se passant de toute compréhension ou même persuadée de l’incompréhension. Ainsi, Dieu est bien mort en tant qu’Objet admirable et en tant qu’Idée comprise, Il n’est que Génie.
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Face à l'idée de sa propre mort, tout homme lucide, non berné ni bercé par une minable superstition, devrait passer sa vie à hurler sur la lune, les cheveux dressés, le cerveau en feu, les yeux fixés sur son tombeau. Pourtant, il se comporte, comme si une immortalité l'attendait au bout du chemin ; le Créateur mit en lui un irrésistible et bel instinct. « Nous ressentons, au fond de nous-mêmes, notre éternité » - Spinoza - « Sentimus experimurque nos aeternos esse ». Et ils continuent à se croire au théâtre : « Mon âme, il faut partir » - les dernières paroles de Descartes, de celui qui, pourtant, disait : « Il est certain, que mon âme peut exister sans mon corps ! ».
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Pour les fils de prêtres, Nietzsche ou Cioran, la mort de Dieu est aussi grave qu'un mal de mer dont souffrirait un fils de marin, mais dont devraient se moquer ceux qui tiennent à la terre ou aux cieux fermes.
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Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines.
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Le Dieu populaire s'avéra être aussi vulnérable que toute belle idée : il serait mort sous les coups de la mesquinerie humaine, grégaire dans les buts, avide de moyens et indifférente aux contraintes. Heureusement, le Dieu des commencements ne s'en mêle guère et se recueille dans sa belle inexistence.
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Pourquoi, en même temps que les idoles, s'enténèbrent, s'éclipsent ou même meurent les Dieux ? Parce qu'on désapprit à faire de beaux rêves en plein midi ; et les nuits et les crépuscules disparurent des cadrans humains.
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La religion n'est pas une maladie (Lénine) ou névrose (Freud) infantile, mais un remède d'adulte. Non pas un opium (Marx), mais un calmant, mieux - un anesthésiant, administré par une piqûre de la honte. Le patient, le petit peuple, privé de ces soins abrutissants et livré à sa douleur insoutenable, cherchera le suicide.
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Le Seigneur est très incertain, quant à la puissance de Sa lumière, qui nous accueillerait dans l'au-delà : tant de ténèbres traversent le Jugement Dernier, et le Mahométan serait reçu par des vierges sans souillure - dans des ombres délicieuses. D'autre part, à quoi bon les yeux là où régnera le regard ?
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proximité
Rien de lisible chez moi n'émane de mon soi inconnu ; je ne fais que recevoir, par lui, de l'inspiration intelligible et vivre une aspiration sensible vers lui. Tant que je me sens porteur de ce mystère, je ne dirai pas que Dieu est mort.
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proximité
Perdre la sensation du lointain ou du proche infinis, c'est ainsi qu'on peut définir la mort de Dieu et/ou du soi inconnu, chez l'homme impie et robotisé. « Si tu te débarrasses de grands lointains, tout te sera également éloigné et également proche, dans un monde sans distances »** - Heidegger - « Durch das Beseitigen der grossen Entfernungen steht alles gleich fern und gleich nahe, ohne Abstand ».
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proximité
Je ne conçois qu'un Dieu de repos ; les bras révèrent le Dieu de repas et de repus, et la raison - Celui du trépas.
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L’intuition du divin et la consolation humaine – leurs rôles ressemblent beaucoup : l’esprit, avec de bonnes raisons, proclame la mort de Dieu et la nature illusoire de toute consolation dans le réel ; mais l’âme aspire au grand Inexistant et s’enivre d’une consolation désincarnée, atemporelle, atopique.
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Rien ne dépasse l'arbre en évocations métaphoriques : je plonge dans ses racines pour peindre ses cimes, je me nourris de sa sève pour en chanter les fleurs, j'en attise la soif de lumière, à l'ombre de ses ramages. « Dans l'arbre règnent terre et ciel, divins et mortels » - Heidegger - « Im Baum wallen Erde und Himmel, die Göttlichen und die Sterblichen » - bien que, chez les hommes, les choses se simplifient : le trépas divin s'annonce par tous et partout, la mortalité humaine ne tracasse pas plus que l'usure des transistors, la voix du ciel devient inaudible - il ne reste aux hommes que l'unité de l'Un, de la pauvre terre, c'est à dire de la platitude.
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Je sais, que le ciel n'existe pas hors de la Terre ; plus que ça : la Terre est le véritable Ciel ; mais pour que la terre m'accueille maternellement, il faut que je l'aie chantée plus souvent que labourée. Ma cendre terrestre vaut par mon feu céleste.
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Pour les uns Dieu fut un surveillant, et pour les autres – un collègue. Sa mort, pour les premiers, signifia, que tout se valût, noblesse et bassesse, bêtise et intelligence, bruit et musique, et pour les seconds – que leur propre exigence redoublât, face à leur création, désormais ne pouvant plus se remettre à une grâce céleste. La mort de Dieu clarifia nos appartenances claniques – au troupeau ou à la solitude.
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La philosophie n'aurait aucun sens, si l'on déniait à la vie le sacré (toujours inexistant dans le réel) et le terrible (bien existant partout, même dans le réel) ; prière et testament sont donc les contenus les plus naturels d'un discours philosophique et dont poésie serait la forme. Mais les philosophes cathédralesques d'aujourd'hui commencent leurs litanies par une désacralisation quolibetale. Je préfère un testament non suivi d'un héritage à « l'héritage, qui n'est précédé d'aucun testament » - R.Char.
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Rien de sacré n'a jamais été remarqué dans le réel ; le sacré est réservé au domaine des fantasmes. Même le Pater Noster ne demande pas de sanctifier Dieu lui-même, mais seulement son nom. D'ailleurs, son ciel devrait se lire – hauteur : Dieu ne nous apparaît que si notre regard monte à la verticale, de la profondeur de la Terre au plus haut des cieux. Et puisque tout regard finit par retomber, en même temps que nos ailes, tout sacré est périssable.
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Tant qu'une idole - Dieu, le salut, l'immortalité, le sens de la vie - se tenait debout, l'image consolante d'un progrès, d'un rapprochement, d'une victoire te permettait de t'accrocher au mouvement ou à la route. Mais une fois que l'inéluctable se produisit, et ton idole gît en ruines, la question la plus vitale, aux crépuscules de la vie, devient : que mettre à sa place ? Plusieurs solutions, également éphémères : proclamer ton soi inconnu en tant qu'un nouveau Dieu, t'étourdir dans le culte d'une création ou te griser dans le vertige d'une intensité. Et te rendre compte, que cultiver ton jardin ou éduquer tes élèves relève de la même anesthésiante niaiserie.
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La culture se traduit par le respect ou l'intérêt que l'on porte à l'inexistant, par exemple – à Dieu. L'inculture actuelle enterra tant de beaux rêves, en compagnie des folies, des superstitions et des errances.
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Même sans Dieu, ils continuent, présomptueusement, à chercher le salut, au lieu de ne créer, humblement, que des consolations, face à un tel vide terrifiant. Le carillon trompeur des commencements, vers un Dieu inconnu, plutôt que le glas certain des fins certaines, qu'un Dieu connu te prépara.
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Comment se débarrasser de la hantise des profondeurs, pour n'en garder que le vertige ? - en vidant la mer (ce qui, pour Nietzsche, équivaut la mort de Dieu), ce qui classe parmi l'inconnu ce qui eut la prétention d'être inconnaissable ; les gouffres dénudés nous rendent plus honnêtes que la face faussement prometteuse ou mystérieuse (et que Valéry appellerait toit tranquille cachant l'altitude) ; ainsi, la hauteur sera la seule issue vers l'inaccessible, vers le rêve. « La terre, déçue par la profondeur, préserve les germes de la hauteur »** - Ovide - « Tellus seducta ab alto retinebat semina caeli ».
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L'esprit profond voit le Concepteur et le Penseur ; l'âme haute sent le Créateur et le Consolateur ; mais la raison plate ne fait qu'exécuter, machinalement, des algorithmes, elle n'a plus besoin ni d'esprit ni d'âme. Et puisqu'on vit la dictature de la raison, Dieu est proclamé mort.
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Notre Dieu, qui ne nous guette plus que près du cimetière, tira une Croix sur tout ce qui fut ludique ou gastronomique. Les cirques et les temples sont aujourd'hui privés de la divine présence ; les hiérophantes cumulent leur herméneutique aux champs de courses.
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Et la superstition et l'athéisme abaissent nos espérances, en nous promettant un avenir meilleur ou même radieux. L'espérance noble naît d'un avenir, sciemment occulté, car réel et monstrueux, et d'un présent, dont le sens se concentrerait dans un rêve, entre le regard et la création.
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C'est une entreprise vaine du poème que de défier l'immortalité ou la souveraineté divines et de croire peser plus que l'airain. L'airain se fait creux, sous le suffrage de l'espace ; la souveraineté est soumise aux droits des dieux, ce suffrage dans le temps.
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La meilleure définition du regard : ce contact avec la vie - qui est miracle ! - qui balaie toutes les proclamations des yeux - qui sont raison ! - de l'abandon ou de la mort de Dieu. Toute sensation de solitude absolue est d'absolue cécité. « L'homme n'est pas seul ; seule est la pensée »* - G.Benn - « Der Mensch ist nicht einsam, aber das Denken ist einsam ».
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Dieu est omniprésent : dans l'objet matériel (la réalité), dans ma main qui s'en saisit (le moyen), dans la fonction d'appropriation (le but), dans mon choix d'objets à saisir (la contrainte), dans ma création d'objets (le commencement). Omniprésent pour le regard, absent – pour les yeux. Et tout miracle organique s'éteint dans la débâcle mécanique : les robots proclament mort ce Dieu invisible et visiblement inexistant.
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Notre vie se projette sur deux plans – le mécanique et le divin : l'efficacité ou le Bien, la norme ou la loi, l'utile ou le beau, la solution ou le mystère, l'ampleur ou la hauteur, la production ou la création, l'événement ou l'invariant, l'inertie ou le commencement. Le triomphe de la mécanique fut appelé mort de Dieu.
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Dès qu'on se découvre les ailes, on est appelé par le lointain. « Lorsque l'âme a des ailes, elle se met à planer dans les hauteurs » - Platon. Sans l'usage des ailes l'âme, vite, dépérit.
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Il faut reconnaître, que le corps n'est que notre surface, notre profondeur étant confiée à l'esprit et la hauteur - à l'âme ; mais toutes les deux, pour se rester fidèles, doivent passer par un sacrifice corporel, tel Dieu le Père et l'Esprit Saint, devant la Croix expiatoire, où expire le Fils. Et la poésie est une imitation de la Passion : « De leur hauteur, les âmes pleurent le corps, qu'elles viennent d'abandonner »** - Tiouttchev - « Души смотрят с высоты на ими брошенное тело ».
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Oui, l’écrit d’artiste doit s’adresser à Dieu, mais s’il est rédigé en tant que lettre ouverte, sans encryptage de style, il sera classé, par la Chancellerie céleste, dans la rubrique de faits divers et non pas de confessions, de partitions ou de testaments.
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Tant qu’un Dieu connu auréolait les hauteurs, où Il invitait l’homme, celles-ci ne pouvaient être qu’humaines. Mais depuis que ce Dieu est mort, l’homme doit se surmonter, pour créer une hauteur divine, où son Dieu, inconnu et même inexistant, ne serait que son propre soi inconnu.
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Quel Dieu est mort ? - celui de l’Histoire de notre planète, depuis qu’est démentie toute trace présumée de Son passage sur Terre. Dieu ne se montra jamais, ne laissa aucune parole, n’exhiba aucune preuve de Son existence. Il nous laissa orphelins, au milieu de sa Création grandiose et incompréhensible. La vénération de celle-ci est le seul moyen de nous en montrer dignes ; quand on a le talent de savoir verbaliser notre ébahissement, on l’appellera prière.
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La mort de Dieu est un effet du progrès social : depuis que la charité, la correction politique, la transparence bancaire ridiculisèrent l’énigme du Bien sois-disant divin, toute perplexité humaine se dissipa et rejoignit une conscience tranquille ; depuis que les enchères et les subventions publiques valorisèrent l’art, le goût, jadis gratuit, du Beau se plaça à côté de tout autre lucre. Quant à la troisième facette divine, celle du Vrai, elle se contente de ne plus communiquer qu’avec la machine, extérieure ou intérieure à l’homme. L’intérieur humain devenant aussi mécanique que son extérieur, et Dieu étant une affaire intérieure sentimentale, l’inexistence avérée de Celui-ci ni n’inquiète ni n’interroge.
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Les espérances, focalisées sur des finalités, sont, le plus souvent, sottes, d’où mon engouement pour les commencements, irresponsables, éphémères, mais divins. On le voit même avec les éléments : le feu nous réduit en cendres, l’air nous érode, l’eau nous pourrit et la terre nous ensevelit, mais, au commencement, le feu nous enthousiasme, l’air nous emporte, l’eau nous sert de miroir, la terre nous éblouit. Mais « Neptune noya plus de monde qu’il n’en sauva » - Érasme - « Neptunus plurus extinguit quam servat ». Il faut vénérer l’étincelle divine, placée en nous, et non pas les dieux inconnus eux-mêmes ; le salut, s’il existe, ne s’inscrit point dans le réel de demain, il est dans l’idéel d’hier.
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Le Bien et le Beau, ces cordes, biologiquement inutiles et irrationnelles, furent placées par le Créateur dans mon cœur et mon âme en tant que supports de la consolation divine, face à la tragédie de la vie et à l’horreur de la mort. La consolation humaine, se logeant dans l’action et non pas dans le rêve, m’éloigne de la hauteur et me replonge dans la platitude.
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Croire en Dieu connu, en Europe, ce fut entretenir fanatisme, hypocrisie, lyrisme, mais ce sont, très exactement, les piliers de l’art occidental ! L’annonciation de la mort de Dieu accélérera donc la mort de l’art ; à l’artiste, palpitant au milieu de ses hyperboles et paraboles, succédera le robot elliptique, rationnel, honnête, sans états d’âme.
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Dieu est un génial dramaturge ; Il n’est ni acteur ni spectateur ni salle de spectacle ni éclairagiste ni décor ni bâtisseur de salles de spectacle. La langue, dans laquelle il rédigea son chef-d’œuvre, est oubliée, morte ; on se contente de ses reconstitutions actualisées. On invente des témoignages oraux ou oculaires, on Lui attribue des qualités humaines, ce qui fait de Lui rival de l’État, des idéologies, de l’Histoire, dont les idolâtres proclament, de temps en temps, Sa mort.
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L’homme a une hypostase humaine, son soi connu, et une autre, divine, son soi inconnu ; et la mort de Dieu signifie l’oubli de la seconde et l’idolâtrie autour de la première. L’homme, orphelin de maître céleste déchu, sera adopté par le maître terrestre crochu et finira par devenir robot lui-même.
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C’est la proximité avec nos yeux, n’engageant pas notre regard, c’est le souci de ce jour, projeté par des artistules sur leurs objets trop proches du présent, qui provoquèrent la mort de l’art. « On ne reconnaît le Beau que s’Il est rare ou lointain »*** - Nabokov - « Man only recognizes beauty if he sees it either seldom or from afar ».
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L’évolution du christianisme : l’âge de la Loi – un Dieu garde-chiourme ; l’âge de la Grâce – un Dieu tourmenté ; l’âge de la Liberté – un Dieu mort. Père Inquisiteur, Fils Expiateur, Esprit expiré.
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Toutes nos créations sont humaines, sauf la musique et la mathématique, qui sont divines. La mort de Dieu est annoncée par la dégénérescence de la musique et par l’évolution de l’Intelligence Artificielle, qui rendra superflu le métier de mathématicien. Et il paraît (G.Steiner) que Dieu s’adresse à Lui-même, en chantant en langage algébrique !
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Tout philosophe doit trancher : l’homme est une nullité ou une divinité, une machine ou un ange. Aujourd’hui, la première réponse domine outrageusement, surtout depuis que Dieu est proclamé mort. Plus Dieu est moqué, abandonné, solitaire, agonisant, plus ardemment je cherche Sa compagnie, hors réalité – dans le rêve.
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Tout, dans la nature, est une merveille folle ; l’existence de ces mystères impossibles ne peut le devoir qu’à un Créateur fou, mais qui, visiblement, n’existe même pas. On a beau constater que « la nature tout entière nous dit qu'Il existe » - Voltaire, ou proclamer « Il est éperdument ! » - Hugo, Il ne se montra jamais, et nous mourrons, ignorant l’Auteur de nos jours.
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La vie, le rêve, la mort – il faut accorder une place juste à ces trois voisins de ta conscience : la vie doit être la plus proche possible ; le rêve doit se maintenir grâce au lointain où tu le crées ; enfin, la mort devrait être balancée derrière tous les horizons, puisque aucun échange avec elle ne produit rien de sainement palpitant.
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La répugnance, face aux certains sujets – l’actualité, le combat, la mort - et donc leur exclusion du centre de tes soucis, est la forme la plus efficace des contraintes que tu t’imposes. « Un vieux, dégoûté par la proximité de la mort, représente mal sa saison » - H.Hesse - « Ein Alter, der die Todesnähe hasst, ist kein würdiger Vertreter seiner Stufe ». Il vaut mieux se dédier à l’interprétation de son propre climat, qui devrait rester jeune à tout âge. La mort est un interlocuteur, qui rend inerte et plat tout ce qui est élans et reliefs.
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Ce que je regrette le plus dans la mort de Dieu, c’est que, désormais, le ciel devint identique de la terre, le Mystère chuta au niveau des problèmes, mon intérêt coïncida avec mon étoile, le Bien s’incrusta dans des Codes, le Beau suivit la demande du marché.
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Un espace infini te sépare de ta mort : « Face à la vie et la mort, tu dois rester avec la plus proche » - Machado - « En caso de vida o muerte se debe estar con el más prójimo » - il n’y a pas de choix, tu resteras avec la vie jusqu’à ton dernier souffle. À la vie s’oppose le rêve, mais rien ne s’oppose à la mort.
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C'est bien en chair qu'ils nous promettent le salut, mais est-ce dans l'os, le muscle ou la cervelle, c'est à dire dans la forme, la force ou la mémoire ? Ou bien dans la bile, la larme ou la sueur ?
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En tant que lumière, Dieu est bien définitivement mort ; Il est de plus en plus vivant, en tant qu’ombres de la matière et des esprits.
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Dieu : Son inexistence, au sens humain de la matière et de l’esprit, est évidente ; mais Son essence, se traduisant dans nos sens divins du Bien, du Beau et du Vrai, doit être reconnue, pour donner à notre vie spirituelle un sens immatériel. « Être seul et sans dieux, c’est elle, c’est bien la mort » - Hölderlin - « Allein zu sein und ohne Götter, das ist er, ist der Tod ». Reconnaître dans notre soi inconnu le représentant de Dieu sauve notre solitude.
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Face aux merveilles de l’Univers, l’absence d’un Dieu lumineux se compense dans l’obscur orphelinat de ton soi inconnu ; celui-ci est héroïque et créateur (la hauteur du surhomme de Nietzsche) ou bien condamné à la souffrance et la honte (la profondeur de l’homme du souterrain de Dostoïevsky).
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Il est propre des Dieux de s’affirmer par des commencements injustifiables, avec des feuilles de route banales ou des horizons communs. Nietzsche fut le seul à suivre cette voie. Hegel est dans les parcours : l’Absolu, le Savoir, l’Histoire, dans lesquels il tente de deviner des lois, qui ne sont, chez lui, que des Arlésiennes. Cioran ne vit que de finalités : le dégoût, la chute, le suicide ; ça peut exalter des ‘incompris’, ça laisse froid celui qui veut créer sa propre foi ardente.
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Dieu exista, à l’instant de la Création (avant que n’apparaissent le temps et l’espace) ; Il ne vécut donc jamais et donc Il n’est pas mort. Inexistant au présent, Il nous chagrine par Son absence, puisque Ses créatures restent sans pourquoi.
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Avec les progrès de la démocratie et de la protection sociale, l’homme libre n’eut plus besoin de Dieu et le proclama mort. Dieu-protecteur, Dieu-consolateur, Dieu-amour disparurent des horizons, sans provoquer la moindre secousse dans les âmes débarrassés de mystères. Mais, fuyant l’ennui des hommes-robots et se réfugiant au milieu des rêveurs, enthousiastes dans l’âme, Dieu-créateur est toujours en vie, Il ne fit que se coucher, dépité.
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L’âme est la maison de la verticalité – de la hauteur poétique à la profondeur philosophique. Nietzsche pensait l’avoir visitée, puisqu’il avait lu, à l’entrée, l’adresse – l’Âme du monde. Il l’a trouvée complètement vide, ce qui prouvait sa désertion par l’Habitant des Hauts Cieux, le Dieu. Et il proclama Celui-là – mort. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âmes, puisque tout gît désormais dans la platitude, aussi bien le devoir du vouloir que le pouvoir du savoir. Il faut quitter la banalité du réel (les ruines) et se vouer à la créativité du rêve (rehaussée par le Créateur inventé).
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pascal b.
La nature des hommes est déchue de Dieu ; elle marque partout un Dieu perdu, et dans l'homme, et hors de l'homme.
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Ce serait un piètre paradis, celui où l'homme n'éprouverait plus ni la honte, au fond de lui, ni l'émoi, devant la beauté, hors de lui. Dieu n'est pas mort tant que ni le rouge au front ni l'azur dans l'âme ne te quittent.
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einstein a.
Derjenige, dem die mystische Empfindung fremd ist, ist ein toter Mensch.

L'homme auquel le sentiment du mystère n'est pas familier est comme un homme mort.
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L'homme le sentit, apprivoisa le mystère, en lui imposant l'intelligibilité d'un problème et l'intelligence d'une solution. Il n'a même plus besoin de férule ou de fouet, pour s'animer.
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einstein a.
Der Weg zu wahrer Religion liegt nicht in der Angst vor dem Tod oder in blindem Vertrauen, sondern im Streben nach rationalem Wissen.

Le chemin, qui mène vers la vraie foi, ne passe ni par l'angoisse devant la mort ni par une confiance aveugle, mais par l'appel d'un savoir rationnel.
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Sur ce chemin, on voit de moins en moins le Créateur et admire de plus en plus la Création. On finit par adorer l'inexistant, qui nous fit aimer l'invisible.
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heidegger m.
Wenn Gott tot ist, die gerechnete Welt bleibt noch und stellt den Menschen überall in ihre Rechnung.

Si Dieu, lui, est mort, le monde, livré au calcul, demeure et inclut partout dans ses calculs - l'homme.
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La liberté joua son rôle sinistre : entre le rêve et le calcul, l'homme choisit le calcul, scellant la mort du seul Dieu crédible, celui du rêve incalculable (et non pas celui des valeurs, même transvaluables, qui fut proclamé mort par Nietzsche). Les autres sont pires que l'homme : « Le monde se faisait, tandis que Dieu calculait » - Leibniz - « Cum Deus calculat, mundus fit ». Les signes, symboles et mythes s'évaluent désormais dans des genèses et non plus dans des exégèses.
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char r.
Les dieux ne meurent que d'être parmi nous.
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Quand on connaît ses saints, ce n'est plus ses saints qu'on honorera. Dieu est mort, car nous l'avons vu. « En disant 'Dieu existe', on le perd » - Chestov - « Сказавший : 'Бог существует' - теряет Бога ». Dans les nues ou sous les toits, notre pensée l'atteint et par-là, le piétine. Il faut confier Dieu aux mots, le reléguer dans les formules. La vitalité de Dieu se mesure en nombre de mystères vénérés : les Anciens admettaient tout mystère, pour s'adresser à Dieu ; les Chrétiens n'en gardèrent qu'un seul ; les modernes les exclurent, tous, pour conclure, que Dieu est mort.
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russie
Je découvre un doux lyrisme du dernier Prix Nobel de Littérature (!), B.Dylan : J'appris la haine des Russes ; heureusement on a la bombe, pour les réduire en poussière chimique, c'est ce qu'on fera, sans se poser de questions, puisque Dieu est de notre côté - I’ve learned to hate Russians. We got weapons of the chemical dust. Fire them we must. You never ask questions, when God’s on your side. Dieu Mercure, armé de réponses, face au Christ, avec ses questions désarmantes.
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russie
En Orient, ils réussissent à être à égale distance de tout. En Occident, on est toujours dans l'épicentre de la vie. Le moi oriental s'éclipse en embrassant un infini sans forme. Le moi occidental s'étiole en mille directions indifférentes. Plutôt mort qu'esclave, dit l'Européen. Plutôt esclave que pécheur, disaient nos ancêtres. Plutôt pécher que sacrifier, disent-ils aujourd'hui, tous.
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russie
L'Occident fête davantage Noël, pour saluer la promesse d'une vie de rêve ; la Russie s'accroche à Pâques, au vague souvenir d'un rêve de la vie. Le compromis, dont l'exemple nous fut donné par le protagoniste lui-même : faire de sa vie une rencontre entre la Crèche et la Croix.
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russie
Le naufrage de la Russie soviétique, c'est la chute de la troisième Rome. La première promettait la civilisation, la deuxième - la foi, la troisième - la générosité. L'humanisme - c'est bien lui, et non pas le communisme, qui est mort - n'avait aucune chance d'être porté par quelque chose de noble ; il aurait dû, pour survivre, s'associer avec le marchand qui, dans nos Rome, fut entravé par le soldat, le moine ou le goujat. « La chute de l'humanisme est le bilan principal de notre époque »*** - Soljénitsyne - « Крушение гуманизма - главный итог нашей эпохи ».
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russie
Le cimetière et le bagne ne quittent toujours pas le paysage mental russe, à la pitié pittoresque et à la loi mal entretenue. « Toute l'Histoire de Russie, avant Pierre le Grand, n'est qu'affaire des pompes funèbres, et après - de la police judiciaire » - Tiouttchev - « Русская история до Петра Великого сплошная панихида, а после Петра Великого - одно уголовное дело ».
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russie
En Asie, on vénère son père ; en Europe, on l'assassine ; en Russie, on s'en désintéresse, en se prenant systématiquement pour bâtard.
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russie
La douceur chrétienne ruina Rome, la générosité communiste abattit la Russie. « Moscou, comme Rome, c'est du grandiose » - « Moskau sowohl wie Rom sind grandiose Sachen » - la dernière étincelle du cerveau de Nietzsche, le jour même, où la folie l'éteignit définitivement à Turin, en vue d'un cheval fouetté, lui, qui chanta les vertus du fouet et dénonça les méfaits de la pitié ! Cette même image, qui l'enténébra, illumina Raskolnikov. Désormais, l'humanité ne demandera à ses apprentis-sauveurs que le taux d'intérêt ou la marge de profit - le salut est dans la prédominance du lucre.
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À l'occasion du trépas de l'URSS, on planta le dernier clou dans le cercueil de l'Histoire (pour l'enterrer juste à côté du Dieu et de l'art, défunts un peu plus tôt), c'est à dire dans celui de l'homme, qui ne peut être vivant qu'animé d'un rêve. « Hegel se trompa de 150 ans : la Fin de l'Histoire, ce n'est pas Napoléon, c'est Staline » - Kojève. Finis, le frisson de la fraternité et la noblesse de l'égalité ; la voie est libre pour le seul survivant - le robot, juste, libre, rassasié.
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Les apprentis-philosophes français, viscéralement anti-russes, cherchent dans les récentes expéditions russes au Caucase les seuls parallèles avec ce que Pol-Pot infligeait à Pnom-Penh ou Hitler - à Varsovie. Elle est si nette et si sans appel, leur frontière entre justes et injustes. Je ne sais pas, où ils mettent les oubliés de Léningrad et Stalingrad, martyrisés par des barbares injustes, mais j'aurais pitié des enfants de Dresde, Berlin ou Hiroshima, crevant de la main des barbares justes.
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La plus infâme des ingratitudes européennes, face à l'holocauste russe de la Seconde Guerre Mondiale : une nation, martyrisée par un régime sanguinaire, traînant une noire misère, est envahie par l'armée la plus puissante et la mieux équipée du monde, ayant pour but la colonisation et la réduction en esclavage des Slaves et pour moyens - l'extermination physique, l'éradication de toute culture ; tout un peuple se sent meurtri et défié, se bat farouchement pour sa dignité et sa survie, perd 25 millions d'âmes et finit, triomphateur, à Berlin ; toute l'Europe, en 1945, voit dans le Russe son sauveur, méritant l'admiration et la reconnaissance éternelle. Aujourd'hui, tout est oublié : ce sont deux sordides dictatures qui se seraient alors chamaillées entre elles, pour le plus grand bien de la démocratie américaine, le seul vainqueur de cette confrontation entre le Bien et le Mal ; et le Russe aurait été du mauvais côté…
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L'heure est à l'horizontalité ; les firmaments et les sous-sols restent en dehors des progrès de la robotisation. Le monde sera américain et chinois - ou rien. Le Russe, avec ses extrêmes verticaux, sera laissé au bord de la route, dans une impasse de plus. « En Russie, il n'y a pas de médiocrités : soit ce sont des génies solitaires, soit d'innombrables vauriens »* - Klioutchevsky - « В России нет средних талантов, а есть одинокие гении и миллионы никуда не годных людей ».
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Quatre niveaux de lecture du désespoir des héros tchékhoviens : ils se vautrent dans le far-niente, ils ne savent pas quoi faire, ils compatissent à ce qui va, immanquablement, périr, ils voient la fatalité de l'intraductibilité de l'être dans le faire. L'amour, le bien et l'art comme les exemples les plus pathétiques d'un être voué à l'incompréhension.
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Les chutes, au moins, permettent de se lamenter sur le sort d'une verticalité instable, mais la mort pétrifie nos cerveaux et nos mots, dans une horizontalité de morgue - tel est mon regard sur la Russie du XXI-ème siècle, où l'on chercherait en vain la moindre trace de la conscience de Tolstoï, de la pénétration de Dostoïevsky, de la grâce de Pouchkine. Aucune trace, non plus, du moujik, du boyard ou du pope, tels que les siècles précédents les connurent. Le sens du grandiose - dans le sourire, la grimace ou la honte - abandonna cette contrée, sans pasteurs ni chantres, où sévit le charlatan.
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Aucun pays ne connut tant de morts et de renaissances que la Russie. C'est pourquoi il est si proche de la vie. « Il n'est de vie, immense, que dans ce pays sans cesse mourant et renaissant »** - L.Salomé - « Aber Leben, ungeheures, ist nur in diesem fortwährend sterbenden und wiedergeborenen Lande » - car la vie se manifeste dans la recherche des premiers ou des derniers mots, de ceux d'un Mourometz ou de ceux d'un starets.
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Qu'est-ce que je compte trouver, sur le lieu de mon dernier séjour ? - un sommeil (cimetière - de koiman - dormir) ? un repos (Friedhof - Frieden - la paix) ? un trou (graveyard - grave - creuser) ? une décharge (кладбище - класть - déposer) ? - les Russes sont les plus réalistes.
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Le souvenir le plus vivant, que je garde de ma Russie, s’incruste pourtant dans une mort, la seule mort que je vécus comme tragédie. Je creuse la tombe de ma mère, dans la terre gelée de Sibérie, et les seuls impacts, qui coupent la monotonie blanche, ce sont bien mes larmes. Et il faut déjà penser aux clous, que le pope me tendra bientôt devant un cercueil encore ouvert. Et, pour ne pas entendre le grincement de ma pioche, dans cet horrible trou, je récite les contes de fées, en imitant la douce intonation de ma mère. Je ne sur-vis, c'est à dire je ne rêve que grâce à ces contes magiques.
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L'Histoire russe s'étend sur quatre continents ; pour certains, ses chapitres asiatique et américain restent sans Histoire du tout : « Jetons dehors la Sibérie ; nous n'avons rien à partager avec elle, car elle se trouve hors de l'Histoire » - Hegel - « Sibirien ist wegzuschneiden. Sie geht uns überhaupt nichts an, weil sie außerhalb der Geschichte liegt ». Ces paroles d'un misérable petit-bourgeois firent pleurer le grand Dostoïevsky dans son bagne sibérien, car, à ses yeux, elles signifiaient la mort du dieu européen, la mort d'une véritable liberté. Il est vrai, que dans mon bagne à moi, où Dostoïevsky se maria, aucun esprit absolu ne m'apparut, seules y apparaissaient des âmes. Mais ce n'est pas aux Hegel d'écrire l'Histoire des âmes. « La tenace raison d'être était tournée vers la Sibérie des Exilés, vers la Poésie, Exil et Terre de la Fierté de l'Homme » - Celan.
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La sensation de mourir, de grisaille, d'horreur ou de lumière indélicate, m'accompagnait partout en Russie ; en Europe, je me sens déjà mort, d'ennui ou de couleurs indifférentes.
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Deux seuls chefs d’État russes, Alexandre II et Gorbatchev, tentèrent d’apporter la liberté à leur misérable nation ; le résultat : le premier – assassiné par l’élite, le second – haï de la foule. Patauger, indifférents ou satisfaits, dans la servitude est un état naturel de ce peuple, insensible à la saine révolte. « Ce peuple aime la servitude plus que la liberté » - S.Herberstein - « Gens illa magis servitute, quam libertate gaudet ».
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Deux étranges trajectoires : un chef révolutionnaire, I.Sverdlov, ordonnerait l’exécution de la famille impériale et des membres de leur suite, dont le docteur Botkine ; le frère du premier, Z.Pechkoff, devient ambassadeur du général de Gaulle, général de corps d’armée, grand-croix de la Légion d’Honneur ; un petit-fils du second, K.Melnik, dirigera les services de renseignement français, pour déjouer les manigances du KGB.
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La haine, provenant d’un sentiment d’injustice, finira par s’assagir ; la haine, qui n’aurait pour ancêtres que la barbarie, ne peut déboucher que sur une folie meurtrière – tel est le bilan du bolchevisme. « L'aboutissement bolchevique de la cruauté et de la férocité, évoluant vers une folie de la haine universelle » - B.Russell - « The Bolshevik outlook is the outcome of the cruelty and the ferocity, maddened into universal hatred ».
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La mémoire des conflits armés, chez l’homme civilisé, prend la forme d’un deuil – plus jamais ça. Deux monstres sanguinaires, Staline et Hitler, noyèrent la Russie dans un océan de sang, de larmes, de sueurs, froides ou chaudes ; leurs souvenirs, chez les Russes, sont une fête – une main forte nous manque ou on peut recommencer.
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Avant l’apparition du capitalisme, au XVIII-me siècle, la lutte de l’humanité contre la nature fut défensive : contre les épidémies, la famine, les catastrophes naturelles. Ensuite, elle devint offensive : la productivité, la rentabilité, le pouvoir d’achat. Tout l’épisode soviétique fut un retour à la sauvagerie, à la lutte pour la survie, tempérée par des purges exterminatrices.
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L’homo sovieticus fut la seule race que je croisais en URSS, à tous les niveaux des échelles sociales ; elle hérita du moujik pré-révolutionnaire la grossièreté et la paresse, le nouveau régime y ayant ajouté la trouille, la servilité et la filouterie. Quelle fut ma tristesse, en France, d’y assister, à la fin du siècle dernier, à l’extinction d’une civilisation russe en exil, celle des nobles – des Obolensky, Chakhovskoy, Vsévolojsky, Leuchtenberg – que je connus en Provence et qui tenaient à la langue maternelle, à la foi orthodoxe, à la pompe (les bals, les fêtes pour les enfants), à l’Histoire d’un pays, englouti, sans laisser la moindre trace, par le carnage bolchevique. Mais pour les héritiers de l’homo sovieticus : « Aucun système totalitaire ne pourrait jamais changer quoi que ce soit dans notre pays » - A.Kontchalovsky - « Никакая тоталитарная система не сможет поменять что-то в нашей стране » - puisque leur mémoire ne va pas plus loin que deux générations.
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Culturellement, les petits, en Europe, firent d’énormes progrès, tandis que la chute des grands fut encore plus fracassante ; ils devinrent presque indiscernables ; pour eux, tous, Dieu, la noblesse, la consolation sont désormais morts. En Russie, les petits restèrent au même niveau, et la dégringolade des grands ne suffit pas, pour rejoindre ceux-là, mais, désespéramment, les grands veulent redresser ou consoler les petits, ou même s’appuyer sur eux.
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L’évolution du profil du maître de la Russie, depuis deux siècles : avant la Révolution - un amateur de bals et de plumages ; un caporal, transformant le pays en casernes ; un libérateur, massacré par des libérés ; un moujik, porté sur la soupe au chou et la boisson ; un boulanger, s’adaptant au rôle impérial ; après la Révolution – un raisonneur, inventeur les charniers de classe et de masse ; un sanguinaire, remplissant les charniers par des infortunés, tirés au sort ; une série de ploucs illettrés, marmonnant des litanies rituelles à la gloire de K.Marx ; un débonnaire, découvreur de la liberté, vite évincé par des violents ; un fonctionnaire, décidé d’enterrer K.Marx et de sanctifier des monarques ; un voyou, surgi du chaos, entouré de bandits et d’escrocs, tous promus au statut de milliardaires, arrachant les pousses timides de la démocratie, l’assassinat des adversaires se banalisant.
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La Russie ochlocratique et cleptocratique, en déclarant la guerre à la démocratie, se dirige, irrévocablement, vers un écroulement de plus. Tiouttchev avait raison : « Il n’y a plus en Europe que deux puissances réelles – la Révolution et la Russie. La vie de l’une est la mort de l’autre »* - « В Европе существуют только две действительные силы - революция и Россия ; существование одной из них равносильно смерти другой » - où, en éliminant un anachronisme, il faut remplacer révolution par démocratie.
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Comprendre la place de son peuple, dans le concert des nations, est la première qualité d’un chef d’État et celle, qui le rapproche le mieux de ses sujets ; le seul souverain vraiment russe fut Pierre le Grand. La Russie naquit sous la hache des brigands normands ; elle agonise, aujourd’hui, sous les matraques, poisons et larcins des voyous apatrides.
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Dans leur recherche fébrile d’appuis, les tyranneaux russes modernes, illettrés et grossiers, en trouvèrent un seul – Dieu, matérialisé par une Église, corrompue et fanatisée. La liberté et l’égalité, la révolution ou la démocratie, les droits de l’homme ou la justice indépendante sont, à leurs yeux, des écarts par rapport à la voie divine qui recommande la servilité, l’hystérie, le knout, le poison.
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russie
La France, victorieuse de la Grande Guerre, transforme la gloire de survivre en joie de vivre ; la Russie, victorieuse de la Seconde, passe du deuil de survivre à l’horreur de vivre.
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russie
L’emploi du poison ou de balles dans le dos, par l’actuelle mafia régnante russe, pour liquider ses adversaires politiques, me rappelle que déjà le tsar Alexis le Doux, au XVII-me siècle ordonnait à ses émissaires en Europe de dépister et occire (сыскать и извести) un boyard qui s’y était réfugié.
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russie
La seule définition intéressante du nihilisme (européen) fut formulée par Nietzsche – les commencements d’un artiste ne peuvent plus s’appuyer sur les autres, qui sont morts pour lui (y compris le Dieu et le nationalisme), inaptes à stimuler son originalité. Les autres critiques du nihilisme (à la russe) y mêlent le rapport à la patrie : l’humanisation de celle-ci (Tourgueniev), la compassion pour elle (Dostoïevsky), le détachement/attachement (Déracinement, Беспочвенность de Chestov ou sol natal, Heimatboden de Heidegger).
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rilke r.-m.
Rußland - das Land, wo die Menschen einsame Menschen sind, jeder mit einer Welt in sich, jeder voll Dunkelheit, voll Ferne, Ungewißheit und Hoffnung.

La Russie, c'est le pays, où les hommes sont des hommes solitaires, dont chacun porte un monde en soi, chacun plein d'obscurité, plein de lointain, d'incertitude et d'espérance.
russie
Comment le boutiquier, homme de troupeau, plein de clarté, d'à ras de certitudes et de calculs, peut-il ne pas porter une haine inextinguible à un tel monde ? Hélas, ce monde n'est plus : exterminés - l'aristocrate qui le défendait, l'intellectuel qui le justifiait et le péquenaud qui le vivait.
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tsvétaeva m.
Любовь в России - экзотика.

En Russie, l'amour, c'est de l'exotisme.
russie
Ce qui manque cruellement d'exotisme, en Russie, c'est la vie même ; elle y est tristesse muette, souffrance sans fioritures, chant sans phrases. Mais l'essentiel y est exotique ; avec l'amour, ce qui garde ces bigarrures, ce sont : la poésie, le rêve, la mort, c'est à dire - l'infini. Dès qu'une frontière surgit, le Russe n'est qu'un pantin.
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borgès l.
Los rusos : suicidas por felicidad, asesinos por benevolencia, personas que se adoran hasta el punto de separarse para siempre, delatores por fervor o por humildad.

Les Russes : suicides par excès de bonheur, assassinats par charité, personnes, qui s'adorent au point de se séparer pour toujours, traîtres par amour ou par humilité.
russie
Tandis que tout robot et tout mouton suivent la raison des laboratoires ou des abattoirs. Entre l'amour et la personne aimée, le Russe choisit ce qui est plus éphémère sur terre et plus durable au ciel.
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malraux a.
Le communisme russe est russe avant d'être communiste, c'est pourquoi les Français doivent s'en défier.
russie
Le siècle suivant ne sera ni celui des nations ni celui des internationalismes, il sera le triomphe de la seule Internationale qui réussisse, celle des marchands. D'ailleurs, la mort de Dieu (dont tu aurais prédit, au contraire, un retour anthume triomphant) facilita, déontologiquement, l'inexorable ascension morale du lucre ; qui encore se souvient, que « le marchand déplaira toujours à Dieu » - St-Jérôme - « homo mercator nunquam potest Deo placere » ?
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chœur solitude
ART : Toute production, - d'assurances, de céréales ou d'œuvres d'art - doit être à l'écoute du marché, si elle veut survivre. La surdité du solitaire le condamne à la ruine. Et ne compte pas sur les brocanteurs ou les bouquinistes. L'art solitaire est mort au début du siècle dernier, et le culte hypocrite des défaites artistiques n'est né que de nos jours.
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solitude
Toutes les trajectoires des sentiments humains s'achèvent dans la solitude, aussi bien des sentiments afflictifs que des réjouissants. Elle est le réceptacle à ce qui, en refusant la fadeur et la médiocrité, tend vers l'extrême, même l'onction extrême.
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solitude
Imagine un monde voué à la noblesse. Aucune échappatoire, par une tour d'ivoire, au harcèlement de la mort. « Plus de mode fatal de disparition, mais un mode fractal de dispersion »** - Baudrillard. Non, de deux hauteurs, solidaire ou solitaire, seule la dernière est salutaire. Dieu nous préserve d'un monde meilleur, où l'illusion serait impossible !
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solitude
Ton astuce, ta ruse du vaincu, étendu sur un champ, où rôdent et exultent des ennemis impitoyables, - la ruse de faire le mort.
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solitude
Nos dépouilles sont portées, en terre ou à la crémation, accompagnées de cette morne musique de Chopin, de ce musicien dont le romantisme est démuni de toute note tragique ; cette musique est juste bonne pour un marchand en train de rêvasser, devant la cheminée, tout en épluchant ses factures. Même les membres du Politburo avaient un meilleur goût, en préférant la Pathétique pour leurs dernières pompes. Bach est romantique, puisque sa musique fait vivre une joie tragique d'un homme solitaire, dont la larme coule vers l'intérieur (avec Mozart, elle s'élève, avec Beethoven, elle s'amplifie, avec Tchaïkovsky, elle s'intensifie) ; Chopin ne l'est pas, puisque les larmes des dames, dans un salon parisien, se sèchent vite au mouchoir parfumé.
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solitude
Le cercle de la solitude est mal dessiné dans : « sans lignage, sans loi, sans foyer » (Homère). Je me connais une nette parenté, au passé ; je reconnais un haut ordre, au présent ; je me prépare au grand séjour au futur. La solitude est l'impossibilité de les réunir au même lieu, au même moment.
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solitude
Aux uns la vie est une scène, aux autres - un temple, aux autres encore - un hôpital ou un atelier. Ou bien des murs sans spectateurs, sans masques, marionnettes ou cordes et, tout près de la porte, - un miroir, une croix, un poignard.
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solitude
Chercher à échapper à la solitude, c'est fuir la pensée de la mort. Tous les moyens sont bons : avoir le pouvoir de dresser des échafauds, de m'absorber dans des prières, d'écrire un livre, de me fondre dans de beaux yeux, de donner naissance à un arbre ou à une fortune. C'est la perspective la plus égalisatrice, la plus lucide et la plus désespérante. D'où l'intérêt de m'imposer moi-même mon propre et irrévocable exil. Toute échappatoire ne menant que vers moi-même.
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solitude
On sait où mène la poursuite de la beauté : de ses ténèbres, tout bon Orphée retourne sans Eurydice ; Psyché se perd, en cherchant le beau visage d'Éros ; Démocrite, ébloui par ce que lui apporte le regard, se crève les yeux ; faute de lumière, Empédocle se précipite dans l'Etna.
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solitude
Une vie complète : à l'enseigne de la honte, de la pitié et de l'enthousiasme, inspirés par la noblesse et articulés par l'intelligence. Mais c'est, aujourd'hui, la meilleure recette de la mort complète, de la solitude finale, puisque je deviens arbre cinéraire, étranger pour la forêt laraire : « La forêt ne pleure jamais un arbre mort » - proverbe russe - « Лес по дереву не плачет ».
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solitude
Le marbre, les gravures et dorures - sur les reliures, médailles ou tombes - nous font cultiver une pitoyable immortalité de masse. La pathétique mortalité ne pousse, luxuriante et vivante, que dans la solitude de race.
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solitude
Pour l'enraciné, défeuiller ou défleurir sont des péripéties saisonnières ; ils ne gardent leur pathos intemporel que pour le déraciné, qui se sent, soudain, dessouché.
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solitude
Je sais, que mes ruines sont un fétu de paille comme tout autre outil de salut, mais, contrairement à d'autres genres de naufrage, je n'invente ici ni profondeurs menaçantes, ni courants hostiles, ni voies d'eau imprévues, ni fautes d'astrolabes ; j'en suis le concepteur, le geôlier, l'évadé, le croque-morts.
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solitude
Il y a du calcul, dans mon acharnement à ne pas quitter mes ruines, elles sont la meilleure antichambre de la mort, meilleure que l'auberge de Cicéron : « Je quitte la vie, comme si je quittais une auberge, et non pas ma demeure » - « Ex vita ita discedo tamquam ex hospitio, non tamquam e domo » ou de Sénèque : « ce corps n'est point un domicile fixe, mais une auberge » - « nec domum esse hoc corpus, sed hospitium ». Et, de jour, j'y loge l'esprit et, de nuit, - l’âme. L’âme ne vit que dans et de la solitude, et l’esprit rejoint la multitude, même après la mort. Ceux qui ne vivent que dans le commun disent : « la vie, qui se maintient dans la mort, est la vie de l'esprit » - Hegel - « das Leben, das sich im Tode erhält, ist das Leben des Geistes ».
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solitude
L'arbre est la ruine de la forêt ; il est la négation, point par point, de « patrie, asile, berceau, nid et tombe qu'est la forêt » - H.Hesse - « Der Wald war Heimat, Schutzort, Wiege, Nest und Grab » ; il est exil, vulnérabilité, bâtardise, chute et renaissance.
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solitude
Comment peindre mon visage ? (Que d'autres peignent autre chose, c'est affaire de type d'ambitions ou de grégarisme.) Certainement pas en narrant les péripéties du rouage socio-économique, dans lequel le hasard m'a placé. Peut-être, par un regard solidaire sur notre origine mystérieuse ou par un regard solitaire sur ma mort un peu moins mystérieuse.
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solitude
Ce qu'il y a de vivant en moi a besoin d'attouchement par autrui, pour se maintenir en vie ou pour en entretenir l'illusion ; la solitude est ce qui m'apprend que je porte, dans mes bras, des enfants morts, et qu'il est horrible de continuer à les caresser. « La solitude est une tempête de silence, qui nous arrache toutes nos branches mortes »** - Gibran - « Solitude is a silent storm that breaks down all our dead branches ».
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solitude
Dans ce monde de sourds, les plus beaux mots sont voués à une vie d'orphelins ; intuitivement, l'artiste le devine et s'occupe de ses enfants trouvés, avec une tendresse redoublée et presque par charité, avec le soin que mérite tout être cher et proche, agonisant dans un désert, sous un ciel muet.
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solitude
Pour sentir le vrai miracle de la vie, il faut être plongé, sans retour, dans une noire solitude et s'être rendu définitivement à la certitude de l'absence de tout dieu, qui donnerait un sens à tant de vide autour de ton corps, de ton cœur, de ton âme. Pour juger de la valeur de la vie, faut-il frôler, sur le même axe, un point tendant vers la mort ?
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solitude
Et l'amour et la mort sont désormais des affaires d'hygiène sociale ; un notaire ou un assureur reçoivent les premières et les dernières volontés des robots amoureux ou agonisants. Jadis, c'était une affaire de solitude : « Notre lot, c'est d'être seuls dans l'amour et la mort »* - V.Ivanov - « Дано нам быть в любви и смерти одинокими ».
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solitude
Une raison de plus pour m'attacher à l'image de l'arbre : je voudrais, qu'on me découvrît comme un arbre inconnu, hors toute forêt, sans conception traçable (comme chez les éléments physiques ou espèces d'insectes), avec la certitude des racines, l'angoisse des cimes, l'espérance des fleurs, la fraîcheur des ramages, la résignation de finir, un bon matin, en feu de cheminée ou en bûcher de Phénix.
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solitude
Le rêve que je scelle, c'est moi-même. Plotin appelait bien à « sculpter sa propre statue », mais préconisait le regard comme ciseau éphémère, pour laisser les niais se lamenter sur les grands hommes sans effigies ni statues, dans les places publiques. En fin de compte, c'est peut-être le seul moyen de régler le problème des fétiches et des idoles (la noblesse et l'intensité de Nietzsche - sur le piédestal du dieu mort).
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solitude
L'image qui me hante : Copernic agonisant, et dont la main caresse la couverture de ses Révolutions illisibles, qui viennent de paraître, Copernic emportant ses secrets de jeunesse, ses secrets pythagoriciens, ses secrets inventés. Le retour éternel ne devrait-il pas s'appeler, étymologiquement, révolution permanente ?
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solitude
Les suicides virtuels se pratiquent aujourd'hui sur des places publiques, et leur souvenir se réduit à un reportage ampoulé, rédigé par le suicidaire lui-même, cherchant les yeux des autres, mais dépourvu de son propre regard. Qui écrirait de meilleurs mémoires que Phénix ? Le regard, c'est la maîtrise du feu et des cendres.
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solitude
En troupeau, dès qu'on partage ses angoisses, ses vilenies, ses visions, on accède à la mécanique quiétude d'âme, qu'ignore l'homme des cavernes, l'ermite ou le misanthrope, qui s'y morfond au milieu d'une solitude pleine de honte. Celui qui y échoue comprend, pourquoi dans les grandes villes on meurt, comme on vit, - affairé ou dans une solitude inhumaine, et avec des remords étourdis.
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solitude
Je ne peux avoir un regard lucide sur ma mort que si ni prêtre, ni médecin, ni notaire, ni bourreau, ni épouse ne dérangent notre tête-à-tête.
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solitude
Je transmets les vues de mon esprit ou j'émets les états de mon âme – je formule mes positions, mes appels, ou je forme ma pose, mon visage – une soif profonde de fraternité ou une haute fontaine, où je suis condamné à rester seul, à mourir seul.
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solitude
Jadis, l'homme restait, le plus clair de son temps, en compagnie des autres, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir de la personnalité. Aujourd'hui, l'homme reste, le plus souvent, seul, face à soi-même, mais dans son intérieur ne retentit que le beuglement de troupeaux, qui le dispense d'avoir sa voix à lui. Persuadé de plaider pro domo, il n'émet que des échos des pro vulgo. Le mouton, dont même la mort est préprogrammée, s'appelle robot.
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solitude
Le fruit invite la famille, l'ami, le collègue ; la fleur n'est à sa place que seule : dans une main d'amoureux, dans une prairie, sur une tombe. La rose n'est à personne - Niemandsrose ou Роза-Никому (Celan et Mandelstam) ; « le rêve de personne sous tant de paupières » - Rilke - « Niemandes Schlaf unter so viel Lidern ». Elle est un climat, elle fait oublier les saisons : « La rose meurt hors saison » - Horace - « rosa sera moretur ». Bref, une rose impossible : « Toujours improbable paraît la rose » - Goethe - « Unmöglich scheint immer die Rose ».
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solitude
Le mot désert a plus d'acceptions divergentes que l'arbre ; la lamentation sur le vide croissant, vide désertique d'idées, d'intelligence ou d'idéaux, est la lecture la plus courante et bête. Le désert décroît. Surtout à cause de l'incapacité de voir ou de provoquer des mirages et de la rationalisation et de la collectivisation des caravanes solitaires de rêves. « Malheur à celui qui porte en soi des déserts » - Nietzsche - « Weh dem, der Wüsten birgt », car il mourra de soif, faute d'oasis.
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solitude
Un nihilisme cohérent, qui tienne la route, suppose un double meurtre : celui des hommes, pour que je puisse assumer seul tous mes commencements, et celui de Dieu – ainsi, aucune finalité divine ne sacrera ni mes débuts ni mes contraintes. Le nihilisme est une double solitude – de mon être profond et de mon haut devenir.
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solitude
On est toujours seul dans un naufrage (même le Radeau de la Méduse ne me convaincra pas du contraire). Les uns cherchent un drapeau, les autres – une miette ou une goutte, les troisièmes, les plus rares, - une bouteille de détresse, pour y mettre les mots, venant de la hauteur et voués à la profondeur.
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solitude
L’intellectuel est un singleton, s’incarnant dans les trois hypostases – le cœur (la voix), l’âme (la caresse), l’esprit (le regard) ; il est la noblesse et la maîtrise de leurs métamorphoses et symbioses. Il se désolidarise de ses bras et pieds ; il cherche la reconnaissance de son unité tripartite ; il méprise la reconnaissance des multitudes de ce jour et se reconnaît le mieux dans la solitude atemporelle. Ce genre, dans lequel le sous-homme (la honte) rencontre le surhomme (l’intensité), est mort ; toutes les consciences humaines, sans cœur ni âme, se vouent, aujourd’hui, aux seuls esprits claniques.
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solitude
En France, on veut charger l’esprit de l’intellectuel d’une mission auprès de la collectivité ; lui dont l’âme, inspirée, devrait viser surtout des émissions, artistiques et solitaires. L’intellectuel devrait remédier à l’agonie de la culture, cette extinction des âmes.
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solitude
La lumière est toujours collective, elle se moque de la solitude. Mais celle-ci en a besoin pour s’exprimer par ses ombres ; dans le noir absolu ne s’installe que la mort. « J'ai besoin d'obscurité, de rester seul dans le noir » - C.Villani.
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souffrance
Le regard des vivants traduit de plus en plus la mécanique et la moyenne. Pour communiquer avec l'amplitude insondable de l'homme, il ne nous restera bientôt que la voix des mourants. J'inverserais les registres des cloches d'antan : « Je plains les vivants, j'appelle les morts » - « Vivos plango, mortuos voco », puisque je suis incapable de : « briser la foudre » - « fulgura frango ».
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souffrance
On voit le monde livré au Déluge, on lui sacrifie de malheureuses colombes et on s'accroche à Apollon ; tandis que c'est Asclépios, Aphrodite ou Athéna qui attendent la fin de mes convulsions, et je leur sacrifierai, en fonction de ma conscience, un coq (Socrate), une chèvre (les Juifs) ou une vache (les Hindous).
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souffrance
Ces sanglots ne furent entendus que par ma taïga natale. Orphelin désormais complet. Comme si la dernière source de la bonté venait à tarir. Comme si tous les contes de fées, déposés au fond de moi-même par ma mère, que je viens d'enterrer en Sibérie, perdaient toute leur invariable magie et se figeaient dans un cortège funèbre. Des remords qui coupent le souffle, dessèchent les yeux et font hurler comme un fauve, sevré trop tôt, pour survivre.
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souffrance
Je dois être sain d'esprit pour aspirer à une résurrection. Les malades n'ont besoin que d'un rétablissement.
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souffrance
Il ne me déplairait pas, que ma trajectoire se rapproche, à rebours, de celle de Rimbaud : les tribulations et la sauvagerie du début, et vers la fin - avoir dessiné quelques Enluminures et séjourné pendant quelques Saisons au Paradis. Et pour seul point commun entre ces vies extrêmes, les mots : « N'écrivez pas Arthur sur les enveloppes… Comme je suis malheureux… Assez vu, assez eu, assez connu – j’irai sous la terre ».
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souffrance
L'ineptie de Dostoïevsky, une larmette d'enfant le faisant rendre le billet à Dieu ; l'ineptie de Bergson, un seul enfant damné désavouant la Création ; l'ineptie d'Einstein, un seul enfant malheureux rendant tout progrès impossible ; l'ineptie de Camus, la souffrance non-justifiée d'un enfant étant révoltante ; l'ineptie de Sartre, les livres ne faisant pas le poids, face à un enfant qui meurt ; l'ineptie du parti pris des choses, voyant dans la souffrance des enfants le mal absolu - mais un bon écrivain est une présence divine comprenant toujours une bonne enfance, une bonne pleureuse et un bon croque-morts ! Inconsolable comme le père des Kindertotenlieder et implacable comme l'Erlkönig. L'un des buts d'un art serait : comment transformer une larme d'enfant en une pensée d'adulte.
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souffrance
La souffrance inspirait le jeune ; aujourd'hui, elle est absente même de l'âge adulte. Bientôt, les hommes n'élèveront le cœur que juste avant d'expirer. Mais auront-ils encore le cœur ? C'est le seul organe, qu'aucune anesthésie, cérébrale ou chimique, ne pacifie. Et sans cette lancinante douleur, nos plus beaux élans restent sans voix (sans voie ?). De ce chagrin crucial, le chemin mène droit vers la vertu : « Calamitas virtutis occasio » - Sénèque.
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souffrance
Le séjour des morts serait séparé de la vie par la douleur (Achéron), la haine (Styx), la lamentation (Cocyte, affluent d'Achéron), le feu (Phlégéton, affluent d'Achéron), l'oubli (Léthé, affluent d'Achéron ou de Styx). Je soupçonne, que le Styx se jette, lui aussi, dans l'Achéron.
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souffrance
La valeur d'une chose violente - d'une pensée, d'une femme, d'un enthousiasme - se révèle dans la douceur de ses crépuscules.
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souffrance
Je trouve de l'hypocrisie jusque dans mon accumulation effrénée de trésors invisibles, éphémères et inutiles - ils pourraient rendre plus facile mon agonie bien réelle.
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souffrance
J'assure l'auréole et la hauteur d'un beau sentiment, si j'en célèbre le deuil, au moment même, où il serait tout près d'atteindre son sommet : « La sagesse, une aide spirituelle au travail de deuil »** - Ricœur - l'aide, qui consiste à transformer en sacrifice rituel ce qui n'est qu'un trépas, programmé, pénible et anonyme. L'avantage cérémoniel des ruines - la facilité d'y installer un autel, sans craindre l'asphyxie.
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souffrance
Souffrant des mêmes défauts physiques, professant le même romantisme face à l'histoire, la femme ou l'Antiquité, morts au même jeune âge - quels invraisemblables parallèles entre Byron, Pouchkine et Leopardi !
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souffrance
Prométhée, Socrate ou Jésus cherchent à rendre joyeuse l'attente du dernier jour, en la mettant sous le signe d'un au-revoir minable. Il vaut mieux, que nous apprenions à entonner un adieu majestueux à chaque instant vécu en grand et à attendre, que chaque jour nous chante la merveille du jour premier.
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souffrance
Réduire toute la vie à l'horreur, chose presque spontanée, pour une sensibilité doublée d'une intelligence. Et le mot de Spinoza : « L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort » - « Homo liber de nulla re minus quam de morte cogitat » - ne présente pas une sérénité de sage, mais une martingale d'angoissé. Songer à la manière d’être dépêché dans l’au-delà d'Eschyle, dont la calvitie reçut une tortue lâchée par un aigle myope, à la recherche d'une pierre, ou de Barthes, fauché par une camionnette.
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souffrance
Ni Socrate ni Tolstoï ni Rilke ni Heidegger ne me disent rien de juste ou de réutilisable, au sujet de la mort ; la voix juste aurait dû être presque inaudible, et les cheveux auraient dû se dresser, sans qu'on comprenne pourquoi. Des litotes comme les plus violentes des hyperboles.
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souffrance
Pour traduire à peu près les mêmes sentiments, il y a plus d'intensité dans la peur que dans le courage, dans l'angoisse que dans la lucidité face à la mort, c'est donc le premier terme de l'alternative que je préférerai.
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souffrance
En fait des souffrances, nous sommes tous lotis à la même enseigne ; c'est seulement leur place, dans notre regard sur la vie, qui nous divise en vivants et en morts ; chez le vivant, la souffrance se trouve à la source de ses visions ou pulsions vitales. « La vie, privée de souffrances, est une mort » - Chestov - « Жизнь, лишённая страдания есть смерть ».
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souffrance
L'arbre dépourvu de feuilles à unifier devient symbole de la mort : « Cet arbre sombre, le cyprès, portant le deuil de ce qu'il ombrage » - Byron - « The cypress droops to death, dark tree, the only constant mourner » - mais, ayant perdu en étendue et même en profondeur, il reste symbole de la hauteur, où s'unifient des cimes et non plus des feuilles.
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souffrance
Ne pas m'attacher aux courants et changements, mais, au contraire, chercher les points ou noyaux immuables, - cette noble pose a un terrible inconvénient : la vie gagne énormément en valeur, et je serai terrorisé par la mort comme n'importe quel sot. La consolation de Lucrèce : « Aucun plaisir nouveau ne naîtra de l'allongement de la vie » - « Nec nova vivendo procuditur ulla voluptas » - ne me convaincra plus.
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souffrance
La tristesse et les éléments : elle rend languide l'air que je respire (« L'air même, aujourd'hui, porte l'odeur de mort » - Pasternak - « В наши дни и воздух пахнет смертью »), elle me submerge par toute sorte de liquides (« Toutes les eaux sont couleur de noyade » - Cioran), elle enterre ce qu'il y a de solide en moi. Elle doit cette misère à la perte du quatrième élément, du feu, qui réduit la tristesse en cendre ou en braise, pour ennoblir les ruines ou pour chauffer le sous-sol.
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souffrance
Arrivé au stade extatique de tout ce qui est beau ou grand, on a des raisons d'égale justesse pour se dire bienheureux ou bien prêt à se pendre, question de goût ou de style ; Cioran vote pour la seconde issue, la plus facile, Nietzsche - pour la première, plus ardue, et moi, je n'exclus ni l'une ni l'autre, j'en cherche des unifications. Encore faut-il savoir atteindre une extase.
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souffrance
Me lamenter de mes débâcles, face aux hommes, c'est du ressentiment mesquin ; les infirmités de la vie, dignes de figurer dans mes lamenti, doivent provenir de mes échecs inexorables, face à l'ange, celui de la chute ou celui de la mort. Pour s'attacher au grandiose, il faut aimer la vie ; les suicidaires sont parmi les plus mesquins : « Entraîné par la volupté du suicide, je cède à la fascination des bagatelles » - H.-F.Amiel.
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souffrance
Deux sortes d'objectivité : celle de l'humain détourné du divin, et celle du divin, scrutant l'humain. Affaire des yeux et de la rhétorique, ou affaire du regard et de l'intelligence. Dans tout état, réduit à l'humain, la première formulera d'excellentes raisons pour se pendre. Dans tout état, tourné vers le divin, la seconde chantera des béatitudes. Mais ce sera le même état, les mêmes circonstances.
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souffrance
Ton échec flagrant ne provient ni d'une souffrance ni d'une malchance ni d'une maladresse - « La mort, le hasard, la culpabilité me révèlent mon échec » - Jaspers - « Tod, Zufall, Schuld demonstrieren dem Menschen sein Scheitern » - mais de la vie, de ses lois, de ses mystères, de ta honte obscure.
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souffrance
L'angoisse est peut-être la sensation la plus énigmatique, inexplicable : aucune référence à la mort, à la douleur, à la menace, à la honte ne l'éclaire. Elle est vrillée à la vie et en reproduit le vertige. Surtout avec tout appel de la hauteur : « L'angoisse devant l'accès à la hauteur de la vie fait partie de la vie » - Kafka - « Unsere Angst vor dem Aufsteigen in ein höheres Leben ist die seine ».
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souffrance
Aujourd'hui, même dans les antichambres des cimetières règne la mécanique ; le douloureux, de compagnon naturel du bon et du beau, devint complice du hasard, gênant des carrières, mais imperméable aux mystères. « La souffrance est le lieu, où la vie devient vivante » - M.Henry.
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souffrance
L'homme étant frappé d'anémie de la grandeur, son premier besoin aurait dû être une noble palpitation, ayant pour fond la beauté ou la terreur. Et ce sont, respectivement, la vie et la mort qui s'y complètent. Mépriser la vie, comme mépriser la mort, sont des attitudes d'un sot repu ou d'une brute.
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souffrance
Que le ciel, de temps en temps, s'effondre, est fatal, puisque une mort le frappe ou un amour cesse de lui apporter son soutien. Le vrai problème, c'est qu'il faille, dans ces cas, recommencer à faire semblant de vivre. « Il faut se remettre à vivre, que le ciel même s'écroulât de nouveau » - D.H.Lawrence - « We've got to live, no matter how many skies have fallen ». Ce qui aide un peu, c'est, au moment du désastre, avoir pour demeure les ruines, au contact avec le ciel et m'épargnant un déménagement pénible vers des lieux, plus proches des cimetières.
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souffrance
Ils disent que la tristesse, la souffrance ou la solitude les font crever. Mais ce sont tant de motifs de palpiter, au lieu de végéter ! On en vit, ça engraisse (Flaubert) ! « Je vis de ce, dont les autres meurent »*** - Michel-Ange - « Io vivo di ciò di cui muoiono gli altri ».
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souffrance
J'ai beau n'être adepte que d'une ivresse d'étiquettes, de sobres bourreaux me privent de bouteilles. Et mes messages restent sans enveloppe spiritueuse ni houle porteuse. Je rêvais de couler sobre, et je coulerai ivre, avant de pouvoir appliquer cette bonne recette : « Ce que, ivre, tu jurais de faire, fais-le sobre » - Hemingway - « Always do sober what you said you'd do drunk ».
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souffrance
Entre ma naissance, où j'étais le seul à pleurer, et ma mort, où je serai, peut-être, pleuré par les autres, la larme n'ennoblit plus la vie, ni la joie - la mort. Mes paupières fermées, qu'ils découvrent mon regard, mon rêve ou mon ironie ! « Ci-gît moi, tué par les autres » devint, pour le regard de Valéry : « un long regard sur le calme des dieux ». Pour le rêve de Rilke : « enseveli sous le poids des paupières, tu n'es plus rêve de personne » - « Niemandes Schlaf zu sein unter so viel Lidern ». Pour les larmes de Tsvétaeva : « Plus envie de rire » - « Уже не смеётся ». Pour l'ironie de Gogol : « Je rirai un jour avec mon mot amer » - « Горьким словом моим посмеюся ».
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souffrance
Les plus impressionnants des triomphes ne se font pas à l'ombre des épées, mais en clarté des massues ; regardez Héraclès et Zarathoustra, profanateurs de l'arbre, que sanctifièrent les défaites du Christ et de Manès. Aimer l'arbre, où l'on expire : « J'aimais ma mort, j'aimais ma faiblesse » - St-Augustin - « Amavi perire, amavi defectum meum ».
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souffrance
On récuse la mue et appelle de ses vœux - la résurrection : une raison de plus de ne pas vivre de mon épiderme et faire croire aux croque-morts que mes ruines truffées d'échappatoires, c'est mon tombeau.
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souffrance
On vit en Dioscures : dans le doute de nos sources, la part immortelle en nous s'entremêlant avec la part mortelle, rêvant de finir sa trajectoire telle une nouvelle constellation dans un ciel en deuil.
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souffrance
Puisqu'il est clair, qu'aucun salut ne peut venir de nous-mêmes, nous nous accrochons aux miracles extérieurs, pour y trouver la place de nos deuils anticipés. Heureusement, le soi inconnu réside, lui aussi, hors de nous, et peut servir de point de mire de nos espérances. « Le mal de la souffrance n'est-il pas appel au secours de l'autre moi, dont l'extériorité promet le salut ? »** - Levinas.
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souffrance
L'agonie d'une espérance sur le déclin ou l'extase d'un désespoir montant, ces chassés-croisés chiasmiques exigent des tempéraments opposés et, pour les peindre, même des talents opposés : des traits mélancoliques tout en ruptures ou un ton sanguin en continu – l'art des crépuscules ou l'art des aurores.
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souffrance
La philosophie n'apprend ni à mourir ni à vivre ; elle traduit en musique le bruit désespérant de la mort aussi bien que le bruit de l'espérance vitale ; et cette musique nous fait chanter, au lieu de réciter, danser, au lieu de marcher, irradier de la poésie, au lieu de nous engrisailler dans la prose. La philosophie est de la poésie appliquée.
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souffrance
Bien que toute entreprise vitale aboutisse au naufrage, le rôle du savoir peut y être très différent : pour remplir les cales d'un bon trésor, les voiles - d'un bon souffle, les bouteilles, à jeter à la mer, - d'un bon pathos.
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Je peux admettre, que le Verbe, telle une forme articulée de la Caresse, était au Commencement, mais, visiblement, il est tout à fait impuissant face à la Fin – aucune production verbale, comparable au Requiem de Mozart, au dernier Trio de Schubert, à la Pathétique de Tchaïkovsky. Et si, au Commencement, nous étions sourds, et même la première Caresse était musicale ?
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souffrance
Le message consolateur du philosophe n'atteint ni ne réussit que pour une poignée d'âmes sensibles ; mais tout Narcisse se console en cherchant à consoler un visage d'inconnu. « La sérénité, face à la mort, concerne non seulement l'agonisant, mais aussi le consolateur, et au même degré » - Heidegger - « Die Beruhigung über den Tod gilt nicht nur dem Sterbenden, sondern ebenso sehr den Tröstenden ».
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souffrance
Pour tempérer ton penchant pour des termes pathétiques, imagine la blessure d'un asticot, l'affliction d'un moineau, la solitude d'une pie, la souffrance d'une araignée, le suicide d'une libellule. Te crois-tu plus digne d'être auréolé de ces productions cérébrales ? Et que les épopées de ton soi connu soient subordonnées aux prosopopées de ton soi inconnu.
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souffrance
Sur son lit de mort, l'homme se retrouve dans l'état, dans lequel il est né : sans cheveux, sans dents et sans rêves, qui lui permirent, à l'âge décent, d'apprécier le goût, la caresse et l'émoi. Et il finira par retomber dans la seule chose, qu'il savait faire à la naissance, - dans les pleurs et gémissements.
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souffrance
Les ruines sont un refuge idéal pour ce qui aspire à l'immortalité décorative. Maintenir debout ce qui ne peut garder sa noblesse que couché, c'est de l'empaillage sans grâce. « Ce qui, en toi, refuse de mourir est indigne de vivre » - G.Thibon.
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souffrance
Si la citadelle humaine est sans murailles, face à la mort (Épicure), elle s'entoure de murailles à escalade banale, face à la vie. Elle devrait disposer de souterrains secrets, menant vers une ruine hors murs, où se sauvent des vestiges immortels. Plus je gagne en maturité, plus de sécurité et de familiarité m'offrira cette résidence secondaire : « La mort t'accompagne au milieu de la vie » - proverbe latin - « Media vita in morte sumus ».
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souffrance
J'éteins, successivement, mes yeux, mes caresses, mes mots, ma mémoire, ma raison – et je comprends, que ni la consolation ni l'horreur, ni la grâce ni la punition, n'ont plus aucun sens, pour mon être mort. « Et au-delà – ténèbres impénétrables, ou pureté de la face de Dieu » - A.Blok - « Над нами - сумрак неминучий, иль ясность божьего лица » - ni cette lumière ni ces ombres ne seront plus à toi.
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souffrance
Dans la vie affairée, la vue des choses qui comptent efface, impitoyablement et mécaniquement, le passé et éteint le regard ; un grand avantage de la souffrance est de nous inonder de souvenirs et de rêves. « La mort est toute de souvenirs, et la vie est si oublieuse » - Akhmatova - « Как жизнь забывчива, как памятлива смерть ».
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souffrance
De plus en plus souvent, ils célèbrent le deuil en rires, mais ils désapprirent la fête en larmes.
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souffrance
Désapprendre à vivre est plus facile qu'apprendre à mourir. Et beaucoup plus utile. Pour mieux aimer. Transformer la lueur ardente, venant de l'amour ou de la mort, - en ombres : « Esclave de l'amour, je suis libre des deux mondes » - Hafez. La plus belle liberté est celle qui réussit à se mettre au-dessus de la souffrance : « Dans la possibilité de l'angoisse la liberté succombe écrasée par le destin » - Kierkegaard.
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souffrance
Toute philosophie qui parte de la mort acceptée (de la tienne ou de celle des autres) est une philosophie des robots. Comme la philosophie des moutons mûrit à partir de la paix d'âme. L'horreur de l'esprit et l'intranquillité de l'âme sont les préconditions d'une haute philosophie, qui est réconciliation ou unification : dans la consolation qu'elle apporte à un corps qui souffre ou dans la musique qu'elle crée entre réalité, concepts et langage.
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souffrance
Dans l'état anesthésié, l'homme s'attache aux choses et aux règles et oublie la musique et l'élan. Dans la souffrance, l'homme retourne à son destin, qui est la tragédie comme l'est toute musique. « Toute douleur qui ne détache pas est de la douleur perdue » - S.Weil. Le nombre de nos points d'attache restant le même, il s'agit de s'attacher aux noyaux invisibles, aux rêves : « On meurt de l'essentiel, lorsqu'on se détache de tout » - Cioran.
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souffrance
Pour se faire une idée de ce qui nous pousse à écrire, il faut avoir découvert un livre, qui ne serait qu'un message au fond d'une bouteille de détresse. Les uns y trouveront un appel, les autres – une transmission, les troisièmes, les plus sagaces, - une tentative de faire même de notre dernier pas – une œuvre musicale. Écrire, c'est faire durer en musique l'écho de nos commencements-souvenirs.
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souffrance
Le goût ou la passion des commencements est ce qui protège nos pauvres oreilles du sifflement de la faux qui s'approche. Chez certains, ce goût arrive trop tard : « Et c'est au moment même, où, enfin, tu es mûr pour le commencement, que tu vas mourir » - Kant - « Gerade wenn man soweit ist, anfangen zu können, muß man sterben ».
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Mieux on connaît la vie, mieux on en perçoit la merveille. D'où sa bénie ignorance, dans laquelle demeurent aussi bien les sots que les sages, puisque, sinon, l'idée de la mort aurait été autrement plus atroce. « Tant que l'on ne sait pas ce qu'est la vie, comment peut-on savoir ce qu'est la mort ? » - Confucius.
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souffrance
Ne pas fermer mes parenthèses, et en ouvrant ma bouche, devant une poignée de pages blanches, faire sentir, que ce qui va la fermer est une poignée de terre noire, jetée par une Antigone compréhensive. « Pour s'apprivoiser à la mort, il n'y a que de s'en avoisiner » - Montaigne. Le bon verbe est tumulaire et doit descendre au tombeau. Avec cette épitaphe : « On m'enterra vivant », puisqu'il se sentira Eurydice. On n'écouta pas la dernière supplique de Tsvétaeva : « Ne m'enterrez pas vivante - Не похороните живой ! » - la même terreur poursuivit Gogol.
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On divise les philosophes en ceux qui nous apprennent soit à vivre (agir) soit à mourir (se suicider), la science d'Aristote ou l'art de Socrate. Ils devraient plutôt nous désapprendre toute notion de chaîne : que ce soit vers une vie accumulative (carpe diem) ou vers une vie ou une mort spéculatives (purpose-driven life, ou American way of Death). Pratiquer une culture de la pose et non l'inculture du résultat. Donner un sens au point zéro de la pensée et de la douleur, commencer par une vie intranquille et finir par une mort tranquille. Ne pas oublier, que « la pensée de la mort aide à tout, sauf à mourir » - Cioran. Pourtant on y pensa tellement comme à un aboutissement (au lieu de la vivre comme une contrainte), que même la mort devint impersonnelle : « Oh Seigneur, fais à chaque homme le don de sa propre mort » - Rilke - « O Herr, gib jedem seinen eignen Tod ».
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souffrance
Tout regard droit sur la mort paralyse et décourage tout enthousiasme, surtout celui de l'art. L'art est un regard oblique, fuyant, étourdissant – sur la mort intouchable, inenvisageable. De cet art on peut dire : « Le vrai art naît de l'angoisse devant la mort » - H.Hesse - « Alle Kunst entsteht aus Angst vor dem Tod ».
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souffrance
Si tu veux parler sérieusement de la vie, imagine-toi la Terre sans musées ni bibliothèques ni même cimetières entretenus. Tu comprendras alors pourquoi ce qui anime les meilleurs gestes d'artiste sont la terreur et la honte.
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souffrance
L'immortalité est une image trop bête, pour servir de consolation ; mais la foi en intensité du beau peut faire oublier la désarmante certitude du vrai. Cette intensité est au cœur de la métaphore de l'éternel retour, qui serait « un succédané de la croyance en immortalité » - Nietzsche - « ein Ersatz für den Unsterblichkeitsglauben ».
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souffrance
La vie : à chaque instant et en toute circonstance, on peut construire une chaîne de raisons ou de regards, qui aboutisse à un émerveillement. Mais on en rate plus qu'on n'en remarque ; « La vie s'achève, et tu vois, qu'elle fut une leçon, pour laquelle tu étais un élève distrait » - V.Rozanov - « Оканчивается жизнь, ты видишь, что она была поучением, в котором ты был невнимательным учеником ».
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souffrance
La seule chose dont la vue, même chez les plus endurcis du cœur ou revêches de l'âme, réveille quelque poésie est la mort. Ne serait-ce pas une des raisons, pour lesquelles si peu d'hommes voient de la poésie dans la vie ? Et si la poésie n'était qu'une autre vie, diaphane aux yeux non embués.
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souffrance
Deux immenses sottises vont de pair ; ne pas vénérer le souffle miraculeux de la vie qui t'habite et ne pas redouter l'instant, où ce miracle cessera dans ton corps inanimé. C'est pourquoi les épicuriens sont parmi les plus démunis et d'esprit et d'âme. « Sot est celui qui dit craindre la mort parce qu'il souffre de ce qu'elle doit arriver » - Épicure.
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souffrance
Plus une chose est dramatique, plus facilement naissent les métaphores qui la cernent. Je connais une seule exception à cette règle – la mort. L'horreur en mouvement permet un glissement vers une beauté tragique, mais l'horreur figée glace toute imagination. Et la vraie, la terrible solitude est la dissipation de toute métaphore et le plongeon dans un néant immobile : « Être seul, c'est s'entraîner à la mort »* - Céline.
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souffrance
La vie et le bonheur sont pleins de mystères, dont sont dépourvus la mort et le malheur. Et la souffrance, ce mystère de haute nostalgie, va mieux à l'idée de la vie qu'à celle de la mort, qui n'est qu'une plate terreur. Par inadvertance, les poètes introduisent le misérable malheur là où devrait ne retentir que la voix de la noble souffrance.
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souffrance
En quittant la vie, il ne faut pas claquer furieusement la porte, ni même s'accrocher à la fenêtre, pour jeter un dernier regard sur le paradis terrestre, - non, il faut tourner l'âme vers ce toit imaginaire, d'où reste visible l'étoile de ton enfance. L'entretien de tes ruines facilite cette pose de fidélité et de sacrifice.
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souffrance
La vie s'éploie dans la marche et dans la danse, dans le bruit et dans la musique, dans l'action et dans le rêve, dans l'accumulation et dans la création, dans l'avoir et dans l'être. La pensée de la vie peut servir de consolation face à la mort ; les sots ont besoin des premiers semi-axes, et les sages – des seconds.
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souffrance
La force, l'action, la création, ce sont des rideaux qui nous cachent la vue de la sinistre faucheuse. Les plus rusés et doués en tapissent toutes les facettes de leur demeure : la force – pour les fondements de la réflexion, l'action – pour l'ampleur de la vie, la création – pour la hauteur du rêve. Dans tous les cas, il s'agit de dévier les yeux du soi connu, pour se fier au regard du soi inconnu.
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souffrance
C'est la nature de mes ouvertures au monde, qui détermine le genre de la souffrance, qui, inévitablement, s'en ensuit. L'avantage des ruines, par rapport aux forteresses, phalanges ou immeubles, est que les ouvertures les plus dramatiques – par la porte ou la fenêtre, l'action ou la contemplation – me sont interdites ; il ne me restent que le toit imaginaire ou un souterrain réel, pour prier mon étoile ou avaler mes remords. Les résurrections ne se produisent pas dans les platitudes collectives, mais aux cieux vides ou dans les tombeaux vidés.
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souffrance
Je prends toutes les manifestations de mon âme – la souffrance, la beauté, l'amour, le mystère, le rêve – et j'arrive à cette merveilleuse et terrible certitude – impossible de les séparer de mon corps ! La perspective de l'extinction de mon âme, après l'appui sur l'interrupteur de ma rate, - et je ne connaîtrai d'autre immortalité que celle d'un instant d'abandon, d'yeux fermés et de désirs ouverts.
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souffrance
Le mystère – que je dispose de cordes ou de fibres, qui me font entendre la musique de la Création ; les problèmes – la découverte de nœuds ; la solution – le dénouement. En matière d'harmonies philosophiques, si je suis cette chronologie, je vivrai le finale – le silence ou le bruit plat. La morale : connaissant le finale de toute espérance virtuelle et de toute agonie réelle, leur refuser tout dénouement intellectuel.
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souffrance
Double profanation croisée des mots douleur et souffrance : à la mort de leur mère, ils annoncent leur douleur, mais tout soucis d'indigestion est décrit en termes de souffrance.
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souffrance
La terrifiante certitude des « omnis moriar » et «  letum omnia finit » - n'en déplaise à Horace et Properce - « tout de moi mourra » et « tout s'achève avec la mort ». Le corps livré au ver, l'âme livrée au vers. À l'arrivée, ni espoir ni recherche, laissés aux rabelaisiens : « Je m'en vais chercher un grand peut-être ». Ne fabriquent de l'éternel que des professionnels de la consolation gratuite - Leibniz, Kant, Hegel. Les bons charlatans se contentent d'en proclamer le mortel héroïsme : « C'est la précarité de l'œuvre qui met l'artiste en posture héroïque »*** - G.Braque.
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souffrance
L'étincelle paraît être la seule évocation artistique de la lumière : la hauteur de son éclat, le pathos de sa mort, la profondeur des ténèbres, qui l'accueillent et l'ensevelissent. Le scintillement devrait être réservé au regard qui s'émeut, plutôt qu'aux yeux qui contemplent. L'éclairage convient aux salons et laboratoires, mais dévalorise les ruines, lieu idéal de nos écritures et de nos lectures.
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souffrance
La sagesse, c'est s'esbigner avec l'élégance, face au regard droit de la mort, à l'opposé de la familiarité ou de l'hystérie. L'impossibilité d'un équilibre debout, les yeux ouverts. Le ridicule d'une concentration horizontale, la bouche bée, l'attrait d'un éclatement vertical, les ailes pliées (mystère signifierait - bouche fermée). La sagesse est davantage dans un front baissé que dans un front plissé.
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souffrance
Un jour je m'aperçois, que l'oreille a trop de place dans ma soif éthique de pureté ; je découvre, que la soif optique est plus inextinguible, et je m'écroule auprès de la fontaine du regard, fontaine devenue ruine, fontaine réveillant une soif mortelle et un besoin de survie, à travers des mots ou des notes.
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souffrance
Quel est le lieu du dévoilement primordial : le temps topique ? le néant apophatique ? - le regard orphique ! Au seuil de l'enfer et de la mort, guidé par l'amour.
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souffrance
À traquer des vérités mortelles, on finit par ne plus voir le rêve immortel. La vérité est dans l'implacable boussole, qui met le cap sur une mort sans rêves, tandis que nos meilleurs rêves sortent d'une bouteille de détresse. Que je te comprends, mon frère, même si nous n'eûmes pas exactement les mêmes étiquettes sur nos bouteilles : toi, avec ton calvados et ta Voie Lactée, moi, avec mon armagnac, mon Floc de Gascogne et mon étoile.
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La mort est la seule ombre, n'ayant pour source aucune lumière. À moins qu'on croie en résurrection lumineuse de nos rates ou de nos glandes éteintes, annulant la mort de nos âmes enténébrées.
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souffrance
La souffrance rend plus sensible aux fleurs qu'aux légumes : « la rose solitaire que plante le désespoir » - Byron - « a single rose, planted by Despair ». La rose solitaire, pour laquelle on ne peut pas mourir (Saint Exupéry). La rose à bonne mémoire (qui « n'a jamais vu la mort d'un jardinier ») de Fontenelle. La rose est un jardin, où se cachent les arbres, « l'espace d'un matin » - Malherbe. Pour ne pas avancer la tristesse du soir, « cueillez, la belle, des roses » - Virgile - « collige, virgo, rosas »…
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souffrance
Ce qu'on brigue dans la vie s'associe à la mer : songez au phare, à la bouée ou à la bouteille. Sauver les autres, se sauver ou, enfin, reconnaître sa déconfiture dans un message pathétique à destination inconnue.
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souffrance
L'art du pathétique : pensées nouveau-nées nourries par un agonisant. Ce soliloque eut déjà un prédécesseur ironique, sous forme d'un dialogue entre un mourant et un homme qui se porte bien (Voltaire).
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souffrance
Je vois mon écriture comme abri d'un rêve agonisant ; j'aboutis à l'architecture des ruines comme seul cadre pas trop étouffant ; et, en fin de parcours, j'apprends, que même les ruines pourront être reluquées comme une marchandise. Comme le devinrent la montagne et l'arbre, après la tour d'ivoire.
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souffrance
Même dans la mort il faut imiter l'arbre : mourir debout (« stantem mori » - Suétone), et continuer à projeter des ombres, à tendre vers le ciel et à s'accrocher aux racines.
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souffrance
C'est à vous pendre d'ennui que de lire des récits de conquêtes et d'indignations, rédigés par des plumes médiocres ; mais quel afflux d'enthousiasme, avec de chatoyants tableaux, peints par des suicidaires, défaits et résignés !
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souffrance
Je sais que ne chantent sincèrement l'espérance que les faiblards moribonds ; pour retrouver de la force vivifiante, rien de plus stimulant que le désespoir (la toute-puissance d'un désespéré de Hölderlin, die Allmacht eines Verzweifelten).
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souffrance
Toute la hauteur de l'art est dans l'élan tragique des commencements ; toute la profondeur de la vie est dans le courage d'assumer les suites de nos débuts, aussi redoutables, pour l'artiste, que la mort même. « Ce n'est pas la mort qu'on devrait redouter, mais ce qu'on n'arrive même pas à commencer à vivre » - Marc-Aurèle.
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Ma demeure, ce ne sont pas des catacombes, mais les ruines, puisque la vie, et non pas la mort, y reçoit le passé, y rêve le présent, se fiche du futur. Les catacombes sont tournées vers la profondeur du désespoir ; les ruines se vouent à la hauteur de l'espérance.
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souffrance
Veux-je mourir en terre d'Antée, dans l'eau du Léthé, dans l'air d'Icare ou dans le feu de Phénix ? - ami des résurrections, je préférerai le feu, l'élément le plus artificiel, ou magique, ou divin, et j'attendrai, que les cendres soient froides et que Dieu soit proclamé mort, avant de libérer mon souffle.
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souffrance
Avec l'espoir, il faut adopter le regard sur un verre, moitié plein et moitié vide : me sentir un survivant, plutôt qu'un agonisant, du désespoir, l'espérance se trouvant derrière moi, et non pas à l'avant.
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souffrance
La poésie se nourrit de souffrances ; et si elle est morte aujourd'hui, ce n'est pas à cause des gazés d'Auschwitz, mais à cause du poids que prirent les fabricants de gaz et de la facilité de leur recyclage en fabricants d'engrais, de chansons, de logiciels, de films.
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souffrance
Avec mon dernier soupir, je scelle mon dernier message à confier à la bouteille et dont le destinataire devrait être habitué des profondeurs et des naufrages. Que ma bouteille ne se trompe pas de mer, il paraît que « dans les mers de la multitude, Dieu la [l’œuvre] prendra du doigt, pour la conduire au port » - Vigny – et là-bas, faute de bon adressage, mon message sera classé sans suite.
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souffrance
Lycurgue, Empédocle et Socrate, Lucrèce, Sénèque et Cicéron, Chamfort et Kleist, Tchaïkovsky et Maïakovsky, Hemingway et S.Zweig, Tsvétaeva et S.Weil, Pavese et Celan - j'ai beau tourner et retourner cette liste de suicides, je n'y décèle aucune lignée héritable. Le pathos varié de l’avant-dernier pas ne se transmet pas au dernier, au commun : « Amour de l’agonie et horreur de la mort » - Cioran.
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souffrance
Les nostalgies des lieux sont le plus souvent des nostalgies du temps ; le temps prend si facilement le masque de l'espace. La nostalgie de l'enfance, du retour (nostos, en grec, voulant dire retour). Des incantations des horizons et firmaments, qui ne s'adressent qu'à notre destinée toujours absente, la mort.
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souffrance
Jadis, choisir pour demeures les ruines de l'incurable fut un défi à l'hôpital et au cimetière. Aujourd'hui, elles s'opposeraient aux salles-machine stérilisées.
audace,mort,robot,ruines

souffrance
Les penseurs se consacrent à la recherche de certitudes et de tranquillités, tandis que la seule chose atteignable reste un semblant de consolation - le frisson : frisson face à la création, frisson face à la vie, frisson face à la mort. Cultiver l'espérance, c'est justifier le frisson. Et dire que, jadis, la consolation fut le genre principal des meilleurs philosophes, genre inconnu des raseurs modernes. Dans l'Antiquité, la plus noble sagesse spirituelle s'appelait pharmakon, l'art de guérir, de consoler.
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souffrance
Dans la recherche de remèdes à nos maux, le philosophe doit imiter le charlatan ; seulement, celui-ci s'occupe de guérir un mal, qu'un bon médecin aurait pu traiter, tandis que celui-là doit se vouer à l'incurable. « Les hommes me demandent la voie du salut, la parole qui guérit » - Empédocle – et c'est dans une belle impasse que les âmes mortelles se réjouiront de ton impossible et irrésistible salut.
absurde,âme,consolation,hommes,mort,mot,paradoxe,philosophie

souffrance
La philosophie est pensée de la pensée. Deux pensées-objets s'y présentent : la pensée abstraite articulée – d'où la réflexion sur le langage, et, parmi les pensées concrètes, la plus redoutable, celle de la mort, d'où la recherche de la consolation.
consolation,idée,langue,mort,philosophie

souffrance
L'authentique déluge, dans nos basses contrées robotisées, engloutit l'île déserte des âmes ; et ce livre est une Arche, où se réfugient toutes les espèces encore animées, mais disant adieu à leur monde perdu.
âme,auteur,défaite,mort,platitude,robot,sentiment

souffrance
La terrible preuve de notre totale disparition finale : impossible de donner à notre regard une intensité quelconque sans la présence de nos yeux et même de nos mains. Notre âme s'éteint avec la lumière dans nos yeux.
action,âme,inconnu,intensité,mort,ombre,raison,regard

souffrance
La terreur, inévitablement, s'invite à toute fête de la beauté, puisque tout créateur a sous les yeux le beau miracle de l'engendrement et la banalité horrible de la mort.
beauté,bonheur,commencement,création,mort,mystère,tragédie

souffrance
Le sens du beau, évidemment, nous est donné par Dieu, c'est pourquoi « l'art est une lamentation désespérée de l'homme tourné vers Dieu » - Mérejkovsky - « Искусство - это безнадёжный плач человека о Боге ». Et qu'Il soit proclamé vivant ou mort, par chantres ou pleureuses, ne change pas grand-chose à la prière, que toute œuvre d'art est. « Le sage s'apitoie sur soi-même - heureux »** - Canetti - « Der Kluge klagt sich glücklich ». L'artiste a deux sources : Dieu et le hasard ; éliminer une part du hasard, c'est augmenter la part du divin.
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souffrance
Pour un écrivain, l'un des emplois les plus utiles de l'intelligence consiste à garder l'illusion, que l'écriture soit une communication salutaire avec l'au-delà de la mort et de l'angoisse, tandis que ce labeur est aussi trompeur et borné que tout travail abrutissant ou assourdissant. Vivre sans illusions est le lot des intelligences médiocres, même si elles sont puissantes.
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souffrance
Est philosophe celui qui sait se mettre au diapason de l'œuvre de la mort. « La philosophie est une méditation de la mort » - Érasme - « Philosophia meditatio mortis continua est », comme la musique. À l'opposé se tient le poète, celui qui s'accorde avec la vie. Est sage celui qui sait se servir de l'un comme du contrepoint de l'autre.
mort,musique,ordre,philosophie,poésie

souffrance
L'exilé peut porter sa patrie sur ses semelles - qu'il essuierait devant tout sanctuaire ; il peut la porter dans ses bras - elle serait une orpheline, pour laquelle il chercherait un tombeau ; il peut enfin la porter dans son cœur - qui saignerait à tout afflux de désespoir. Une tare, une infirmité ou une malformation trahies par des stigmates de langue.
cœur,espérance,exil,langue,mort

souffrance
Pour sortir de l'anonymat d'une vie mortelle, il faut découvrir des biens immortels et vitaux. Mais, l'immortel déserta les âmes ; la mort des biens et des hommes devint un événement si bien géré et si plat, qu'elle ne se met même pas au-dessus des tracas financiers ou culinaires. On n'y songe qu'une fois grabataire.
âme,argent,élite,hommes,mort,platitude,vie

souffrance
Le commerce, la technique, la voirie, la médecine, la police, la science, la vanité interceptent et étouffent mille angoisses, qui travaillaient le sauvage et lui faisaient dresser les cheveux ou les griffes. Et je me mets à attendre ma propre mort comme date-limite d'un produit périssable. « Encore un peu, et une mort bien à toi sera aussi rare qu'une vie bien à toi »* - Rilke - « Eine Weile noch, und ein eigener Tod wird ebenso selten sein wie ein eigenes Leben ».
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souffrance
Heureusement que la mort existe, pour que quelques hommes, imaginatifs et lucides, finissent par se détourner du trop passager et par se pencher sur des traces ou échos d'une immortalité, même illusoire. « L'immortelle mort nous débarrasse de la vie mortelle » - Lucrèce - « Mortalem vitam mors cum immortalis ademit » - remercions-l'en, à l'avance !
hommes,inconnu,mort,vie

souffrance
On reconnaît le sot par le gouffre, qui sépare ses soucis de la vie de ses soucis de la mort, tandis que « c'est le même entraînement qui enseigne à bien vivre et à bien mourir »*** - Épicure.
intelligence,mort,vie

souffrance
Pour tes passions, tes rêves, tes créations, toute perte d’intensité ou de hauteur, est mortelle, puisque tu les dois recommencer, ressusciter (le retour éternel). Le lien qui t’unissait à eux se dénoue, se brise ; cette rupture est à l’origine de la tragédie humaine – se rabattre sur les souvenirs, ranimer le regard d’antan.
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souffrance
Le talent fascine et ainsi éloigne la pensée de la mort et fait naître l'espérance. « La société, en cultivant le talent, fait sacrifice à l'espérance » - Proudhon. Vous comprenez maintenant pourquoi, aujourd'hui, tous débordent d'un facile et bavard désespoir - la société, dans un courant de fidélisation, mise désormais sur la médiocrité.
espérance,esprit,mort,modernité,platitude,sacrifice

souffrance
L'enfer, c'est soit une excursion minéralogique, en compagnie d'un barde, soit un plongeon névralgique dans une maison des morts, en compagnie d'un geôlier. La philosophie, c'est faire cohabiter, en toi, le fêtard et le bagnard.
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souffrance
Pour un habitué des bancs des accusés, l'acquittement lui fait retrouver de bons repères et, ce faisant, se perdre. La noblesse d'âme fond à la lumière libre. Faut-il s'exercer à la peine capitale ? « La mort est la fin d'une prison obscure, pour les nobles âmes » - Pétrarque - « La morte è fin d'una pregione oscura al'anime nòbili ». Toi-même, tu sus réconcilier la liberté douillette d'une tour d'ivoire avec l'inconfort d'une caverne, puisque, pour l'inscription sur ta propre tombe, tu hésitas entre Magnus Poeta et Philosophicus.
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souffrance
A-t-il vécu, celui qui meurt avec des plaies, toutes visibles ? Et les plus saignantes, appelées stigmates, se trouveraient peut-être dans l'âme et non sur les mains.
action,âme,mort,vie

souffrance
Femme, l'oiseau de feu, dès que tu touches la terre comme Eurydice ou t'approches de l'eau comme Ophélie, tu te sépares de ta cendre et tu regrettes de ne pas t'être vouée seulement à la hauteur de l'air, hors d'atteinte des reptiles et même des Valkyries et des Amazones. « Je suis l'Oiseau-Phénix, je ne chante que dans le feu ! Nourrissez-le - sa hauteur vitale est mon vœu ! »** - Tsvétaeva - « Птица-Феникс я, только в огне пою ! Поддержите высокую жизнь мою ! ».
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souffrance
L'abîme, la nuit, le néant – j'esquisse ces quelques pas abstraits vers la mort, et chaque fois j'en constate l'ineptie, puisque ce sont toujours des hypostases de mon regard, dont je n'arriverai jamais à imaginer ou à représenter l'extinction.
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souffrance
La Bible sanguinaire, la tragédie grecque et la tragédie shakespearienne comportent trop de cruautés ou de perfidies, ce sont des vaudevilles. La vraie tragédie, la tragédie optimiste, est celle de Tchékhov, où il n'y a ni bourreaux ni victimes, et la convulsion nostalgique est vécue par un amour, une jeunesse, un talent, un rêve, une grâce, soumis à la loi, terrible et fastidieuse, de la pesanteur et de la raison.
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souffrance
La consolation rationnelle ne peut être que bêtise, cécité ou lâcheté. La raison cohérente aboutit inévitablement au désespoir et à l'hystérie, face à l'horreur de notre anéantissement. La bonne consolation agit contre la raison, mais s'en sert comme d'un outil : c'est la raison qui nous rend fidèles au Bien mystérieux et intraduisible, et c'est encore la raison qui nous fait sacrifier l'éthique transparente à l'obscure esthétique, - deux sources de consolations.
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souffrance
Aucune terreur dans ma vie ne fut comparable à celle que je vécus le jour de la mort de ma mère : une sensation bestiale d'abandon, de danger imminent, de pétrification de tout lien avec le monde des vivants, de perte de toute source vivifiante. L'absurdité de tout acte, l'insignifiance de tout mot, la bassesse de toute idée. Et quelle horreur, cette réaction de Valéry, dans les mêmes circonstances : « Je voudrais écrire un petit recueil sur elle ».
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souffrance
La vie est brève et fluide, la mort est éternelle et constante. L'arbre de vie, qui perdrait toutes ses variables, rejoindrait le royaume de la mort. Il faut être spinoziste, c'est à dire un sot, pour croire, que « notre Béatitude ou notre Liberté consiste dans l'Amour constant et éternel » - « nostra beatitudo seu libertas consistit in constanti et æterno erga Deum amore »
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souffrance
L'âme romantique, l'éros ou la solitude me font expérimenter des formes pathétiques d'une petite mort, d'une mort théâtrale. Mais ce n'est ni en spectateur ni en acteur ni même en réalisateur que je dois affronter la vraie mort, mais en dramaturge : la beauté de la pièce de la vie me consolant devant la tombée du rideau.
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souffrance
La réaction humaine à l'horreur de la mort – le cri, le râle, le hurlement en vue d'un gouffre noir ouvert ; et la consolation, philosophique et musicale, consiste non pas à procurer une ataraxie sereine ou à composer une partition cohérente, mais à transformer ce terrible tohu-bohu en chant du cygne.
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souffrance
La musique, c'est l'immédiateté ; et la métaphore, c'est, justement, l'écart, l'intermédiaire entre la chose et son expression. C'est pourquoi « la musique seule peut parler de la mort » - Malraux.
métaphore,mort,musique

souffrance
La réconciliation hégélienne, fondée sur la négation à surmonter, est totalement bête, puisque les contraires ne s'unifient jamais non seulement dans le monde spirituel, mais même dans le monde matériel. Toute idée est un arbre ; s'il est ouvert à l'échange dans un monde fraternel, il s'unifiera avec un arbre-frère, et l'arbre résultant s'offrirait aux inconnues nouvelles et aux nouvelles unifications ; s'il est au milieu d'un désert, il faudrait lui chercher une consolation qui adoucirait son agonie.
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souffrance
Abus de guillemets - symptôme de graphomanie ; abus de points d'interrogation - symptôme de stérilité ; abus de points d'exclamation - symptôme de bêtise. On affirme le mieux son mal incurable par le courage d'un point final, où chacun puisse vivre en suspension : accrocher sa perfusion et tenter sa réanimation, oublier le remède, caresser le récipient roboratif et se moquer de l'excipient rébarbatif.
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souffrance
Dans la partie d'échecs, qui nous oppose à l'adversaire coriace qu'est le temps, les plus compétents s'aperçoivent, les premiers, d'une défaite annoncée implacable, d'où le ton mélancolique et résigné qu'ils adoptent, sans attendre l'humiliation finale (abandonner la partie se dit, en anglais, - to resign). Les autres se gigotent et s'illusionnent sur leurs chances de tenir tête à celui qui les domine sans broncher.
acquiescement,défaite,mélancolie,mort,temps

souffrance
La consolation, qu’apporte une bonne philosophie s’adresse à ce qui est déjà enterré, elle serait donc vécue par celui qui croit en miracles, - comme une résurrection. « Le devenir d’un être doit être expliqué comme une vie, une mort, une résurrection » - G.Bachelard – cette gageure réussie, la vie même serait ressentie comme un miracle.
consolation,être,mort,mystère,philosophie,vie

souffrance
Deux soucis de l’être-pour-la-mort heideggérien (Sein-zum-Tode) : l’évidente tragédie de l’existence et l’indéfendable espérance dans l’essence.
angoisse,espérance,être,mort,tragédie

souffrance
Ne plus aimer (ou ne plus rêver, ce qui revient au même), voici une haute angoisse. Et l’angoisse est d’autant plus profonde que plus primordiale est la chose désirée et menacée, d’où l’horreur de la mort comme de l’antithèse de l’être. En paraphrasant Schelling (Le premier être est le désir - Wollen ist Ursein), on peut dire : « Le premier désir est d’être - Sein ist Urwollen ».
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souffrance
Si aucune grâce ne lui entr’ouvre l’accès à l’éternité, l’homme suivra des sentiers battus, avant de sombrer dans l’éternité finale, sans polluer le monde ni l’embêter par ses angoisses. La grâce, c’est le privilège des impasses : « Avant d’être expédié dans l’Éternité, l’homme s’attarde dans l’Impasse » - Don-Aminado - « Прежде чем отправиться в Вечность, человек заходит в Тупик ».
action,angoisse,éternité,grâce,mort,mouton,paradoxe

souffrance
J’ai enterré les pousses fragiles de certains de mes dons, telles que la poésie ou la mathématique, ce qui m’évita le gémissement des ratés sur leurs talents mal employés. Celui, auquel je tiens, s’épanouit, sans honte.
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souffrance
La consolation, dont je parle, n’est pas un refuge, offrant toit et chaleur, mais des ruines, hantées par des fantômes, instantanés, ardents et fraternels. Gémissement, tourné en chant du cygne.
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souffrance
Ma consolation consiste à créer un ange de beauté, dans et par un rêve de hauteur, là où, dans la réalité, règnent le vide, la ténèbre, le désespoir sans fond. À l’instar de ce starets, consolant une paysanne, qui vient de perdre son enfant : « Ne te console pas, pleure, mais souviens-toi, que ton petit garçon est un ange » - Dostoïevsky - « Не утешайся, и плачь, только вспоминай, что сыночек твой – ангел » - je suis et le starets et la paysanne et le rêve. Et la hauteur, pleurant mon enfant mort.
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souffrance
Tout homme délicat associe la consolation avec la hauteur et la caresse. La douceur manquant, l’homme, dans sa hauteur fébrile, est pris de vertiges et s’effondre ; dans cette chute, il trouve souvent une fausse consolation – la pensée du suicide (Nietzsche).
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souffrance
C’est seulement dans le refus de l’implacable raison que se formule une véritable consolation ; elle serait donc due à une forme de folie ; l’alternative est connue – se morfondre dans un véritable désespoir. « Il vaut mieux confier sa vie à la folie, que chercher une poutre pour se pendre » - Érasme - « Satius stultitia vitam exigere, an trabem suspendio quaerere ».
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souffrance
Derrière l’espérance, telle que je la conçois, il n’y a ni paradis, ni redressement de tête, ni réparation des torts, ni aplatissement des routes – il n’y a qu’un regard, attendri, désespéré, éternel - sur le Bien irréalisable et sur la Beauté incompréhensible – regard qui va s’éteindre, mais dont les ombres de ma création veulent prolonger la bouleversante lumière du Créateur, qui m’avait accompagné dans cette vie terrible mais merveilleuse. Le Non n’exprime que ma rancune terrestre, le Oui témoigne de ma vénération céleste.
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souffrance
Nos pulsions criminelles, atroces ou féroces, ne sont pas humaines, mais bestiales, et doivent être exclues du tragique, qui est un apanage exclusivement humain. La vraie tragédie : le sublime, illuminant, un instant, notre existence, mais arrivant à la certitude de sa lente et fatale extinction.
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souffrance
Avec cette vision stupide de la tragédie : « Le cas particulier d’injustice, réfutant la domination de l’ordre » - G.Steiner - « The individual instance of injustice that infirms the general pretence of order » - on est, hélas, d’accord avec tous les tragédiens européens, mais contre l’art noble. Heureusement il y eut Tchékhov : « La démonstration socratique de l’unité finale entre les drames tragique et comique est définitivement abandonnée. La preuve en est l’art de Tchékhov » - G.Steiner - « The Socratic demonstration of the ultimate unity of tragic and comic drama is forever lost. But the proof is in the art of Chekhov ». Il n’y a pas de preuves, chez Tchékhov, il n’y a que la langueur solitaire d’un rêve agonisant.
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souffrance
Les instants les plus exaltants de ton existence : le vague du lointain, l’amour te faisant renaître, la fleur refusant de se transformer en fruit ; d’où cette bonne définition de la tragédie : « Le fruit déçoit, l’amour s’éteint, le temps égalise »* - Swinburne - « Fruits fail, love dies, time ranges ».
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souffrance
Non seulement la hauteur de ton regard ne peut pas se substituer à la surface, sur laquelle se peindront tes tableaux, mais, en plus, une terreur mélancolique affleurera d’en-dessous de tes tableaux. « Pas de belles surfaces sans horrible profondeur » - Nietzsche - « es gibt keine schöne Fläche ohne schreckliche Tiefe ». C'est à Macduff (« Horror, horror, horror, tongue cannot name thee ») que répond Hamlet (« words, words, words ») ; et cette mise au même niveau ne date pas d'hier : « Hadès est le même que Dionysos » - Héraclite. Pégase est né du sang de Méduse.
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souffrance
La vraie tragédie ne réside ni dans le corps qu’on martyrise, ni dans l’esprit qu’on méprise, mais dans l’âme qui agonise. « La tragédie s’accomplit dans les âmes »** - Tchékhov - « В душах совершается трагедия », car le naufrage les attend en vue des Îles des Bienheureux.
âme,esprit,haine,mort,tragédie

souffrance
La biologie fait voir et admirer le miracle de la vie, mais aucune science ne nous console de l’horreur impensable de la mort. Seule la philosophie peut nous détacher de la vue du futur, nous enivrer de la merveille du présent, nous consoler par la revisitation exaltante d’un passé réinventé.
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souffrance
Les éléments et les voix : dans l’eau, le poisson se tait ; sur terre, la bête gueule ; dans l’air, l’oiseau chante ; dans le feu, tout vivant invente son chant du cygne.
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souffrance
Pour une tragédie littéraire, il peut y a voir trois fonds possibles : l’historique (le réel), le mythique (l’imaginaire), le lyrique (le rêvé) ; le talent, c’est-à-dire la maîtrise de la forme élégante, justifie l’existence de tous les trois. Mais le contenu d’une vraie tragédie ne peut être que lyrique – la nostalgie des rêves agonisants.
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souffrance
En tant que remède spirituel, toute consolation finit par tuer, dans le temps, toute espérance ; la consolation n’est bonne qu’en tant que drogue euphorisante, entretenant, dans l’espace, l’illusion de l’éternité, mais « la perte des illusions amène la mort de l’âme » - N.Chamfort – d’où la multiplication des esprits et le dépérissement des âmes.
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souffrance
Mon cœur, un jour, cessera de battre. Si cette certitude imprègne ma vie, deux sentiments peuvent en surgir : l’absurdité cynique (de l’existence) ou l’espérance lyrique (de l’essence), se moquer de la Création ou faire confiance au Créateur.
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souffrance
Pour une tragédie, le conflit est une trame trop commune, facile et simple ; les crépuscules de la Beauté en sont une grande et belle ! C’est pourquoi Tchékhov est le plus grand tragédien.
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souffrance
Comme la mort elle-même, ce qui meurt en moi, tandis que je suis toujours en vie, n’est pas une tragédie, mais une extinction irréversible, tandis que la tragédie est un scintillement lointain de ce qui fut jadis une proche lumière, un éblouissement, et qu’une consolation peut encore maintenir en vie.
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souffrance
Pour ne pas craindre la mort, il faut mépriser la vie ; mais la vie est un miracle admirable ! Seuls les indifférents à la beauté et aux mystères peuvent garder la tête froide face à l’horreur ardente du néant.
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souffrance
Dans le rêve tu te dis : la vie m’accompagne, la mort s’éloigne. Et dans la réalité : « La mort me poursuit, et la vie me fuit » - Sénèque - « Mors mi sequitur, fugit vita ». La morale : fréquenter le rêve plus souvent que la réalité.
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souffrance
Les commencements dévoilent tes élans, et les fins exhibent tes adieux ; le seul compromis possible entre eux serait un chant du cygne – nouveauté terrestre, ouverture céleste, frisson funeste ; le commencement comme porte de sortie, la fin comme porte d’entrée.
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souffrance
Peu soupçonnent, que derrière la banalité de la phrase – la vie est tragique – se trouve la définition même de la tragédie, que formula, génialement, Hugo : « La vie n'est qu'une longue perte de tout ce qu'on aime » ! La baisse d’intensité de ce qui, jadis, nous bouleversait. Et la consolation - un regard fidèle, se substituant à une étoile éteinte.
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souffrance
Dans la traversée de la vie, ce qui me manquerait le plus, ce ne sont ni le gouvernail, ni la barre, ni la boussole, mais le scintillement de mon étoile, me permettant de jeter mes ombres vivantes sur tout ce qui est haut ou profond – mes vénérations ou mes naufrages.
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souffrance
Une belle mélancolie accompagne plus souvent les fleurs qui montent que les feuilles qui tombent.
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souffrance
La mort de l’espérance est un drame ; l’extinction d’une passion est une tragédie. « Déchu n’est pas l’espoir, mais l’élan même »** - Leopardi - « Non che la speme, il desiderio è spento ».
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souffrance
La pensée, qui te rapproche le plus sûrement de la réalité, est celle de ta propre mort ; donc, évite-la si tu veux exister dans le rêve.
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souffrance
La pensée de ta mort réelle est insupportable, étouffante, horrible ; il faut traduire cette pensée en rêve : « Mourir en rêvant ; plus tu rêves de la mort, plus la mort sera un rêve »** - Unamuno - « Morir soñando, sí, mas si se sueña morir, la muerte es sueño ».
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souffrance
Nietzsche définit bien la tragédie : « Les regards de ma jeunesse et mes mystères les plus chers, c’est vous qui les massacrèrent »** - « Mordetet ihr doch meiner Jugend Gesichte und liebste Wunder », mais se trompe d’assassin, qui n’est ni Wagner ni Schopenhauer, mais le poids du réel.
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souffrance
Il est vain de protéger la vie, c’est-à-dire la réalité, contre la souffrance (das Leben gegen den Schmerz zu verteidigenNietzsche) ; ce combat est perdu d’avance – la douleur est invincible. Il faut défendre le rêve contre son affaiblissement, son oubli, son extinction – donc, contre la vraie tragédie humaine, pour n’en garder peut-être que de la mélancolie.
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souffrance
Toute fuite devant une réalité bien portante, vers un rêve agonisant, est signe de faiblesse, mais son culte apporte la plus pure des consolations.
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souffrance
Le Phédon est, peut-être, le plus beau livre sur la consolation, vue comme rencontre de la douleur et du plaisir. Mais pour Socrate les convives sont la mort et la sagesse, tandis que ce devaient être le bonheur évanescent, dont la jeunesse se ranime par un regard, caressant et ressuscitant.
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souffrance
C’est seulement en vue d’une mort imminente qu’on doit faire taire son âme enténébrée, dispensatrice de folles espérances, et laisser agir son esprit lucide, porteur du désespoir final. Et je comprends Don Quichotte, sur son lit de mort, regretter surtout ses lectures de livres de chevalerie et faire graver sur sa tombe ces mots : « Mourir sain d’esprit et vivre fou d’âme »** - Cervantès - « Morir cuerdo y vivir loco ».
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souffrance
Aucun discours, ni scientifique ni poétique ni philosophique, n’apporte à ta conscience le moindre indice intelligible de l’immensité pétrifiante de ton passage au trépas. Tout ce que tu formules la-dessus ne peut être que du bavardage ; tu pleureras et immortaliseras la disparition de ceux que tu auras aimés, tu ne profaneras pas la tienne par des simulacres d’idée, d’image, de musique ou de sentiment. Les tentatives obsessionnelles de Heidegger et de Cioran de rapprocher la mort abstraite et les vagues notions de l’être (ou de l’existence) n’apportent ni lumières ni ténèbres crédibles.
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souffrance
Un héros, périssant par la perfidie des autres ou pour accomplir sa propre destinée, - n’importe quel macchabée, sans exploits ni cabales, peut prétendre à ce titre ronflant et honorifique. La tragédie n’arrive qu’à ceux qui vécurent un rêve lumineux et en vivent une fatale éclipse ; le héros est celui qui en fait renaître une étincelle d’espérance.
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souffrance
Pour ne pas être terrorisé par la pensée de la mort, il faut être mouton ou robot ; les philosophes académiques contribuent à la prolifération de ces races.
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souffrance
Dégoût de la vie ou délivrance par le suicide – deux sujets, deux insanités des aigris ou des maniérés à courte vue et à méchante cervelle. La vie doit être épicée par le rêve, et le suicide – écarté aux pacifiques consolés et réservé aux combattants désabusés.
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souffrance
Ce n’est pas le temps implacable et irréversible qu’il faut appeler de s’arrêter, mais le souvenir d’un rêve qui ne dura, peut-être, qu’un instant, mais qui ressuscite l’espérance.
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souffrance
Nos pensées et nos actes sont loin de rejoindre l’infinie beauté du monde ; nous ne participons à celle-ci que par nos rêves, toujours mortels, toujours à fins tragiques. « On ne peut pas préserver la beauté, et c’est la seule affliction du monde »** - Nabokov - « Красоту нельзя удержать, и в этом единственная печаль мира ».
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souffrance
Toutes les tentatives épicuriennes ou stoïciennes de conjurer l’angoisse face à ta mort sont vouées à l’échec. Aucune consolation par un rêve retrouvé, aucune résignation par un esprit capitulard, aucune fierté des souvenirs d’un cœur généreux, aucune pénitence des bras fautifs, aucune étendue d’une âme créatrice, aucune surabondance de la foi – rien de noble, rien de vrai, ne peut te garantir un paisible trépas.
acquiescement,âme,angoisse,cœur,consolation,création,défaite,dieu,esprit,force,…

souffrance
Une fois le rêve éteint, on se suicide pour éteindre la réalité. La pensée du suicide est une mauvaise consolation, la bonne relève du travail de Phénix – chercher à rallumer le rêve au milieu des cendres.
consolation,idée,mort,réalité,rêve

souffrance
La tragédie classique : le mal triomphe du bien ; la tragédie dostoïevskienne : le mal se faufile dans toute œuvre du bien. Vinrent, enfin, Nietzsche et Tchékhov, pour se mettre au-delà du bien et du mal, et placer le tragique non pas dans l’éthique mais dans l’esthétique. « Vous, spectres de ma jeunesse ! Vous, tous les regards d’amour, regards divins ! Ah, comme votre mort fut si soudaine ! »** - Nietzsche - « Oh ihr, meiner Jugend Erscheinungen ! Oh, ihr Blicke der Liebe alle, ihr göttlichen Augenblicke ! Wie starbt ihr mir so schnell ! ».
amour,beauté,bien,dieu,enfance,mort,regard,tragédie

souffrance
Avec tes souvenirs nostalgiques, deux démarches respectables : les ensevelir pompeusement ou les embellir humblement – se désoler ou se consoler.
beauté,consolation,mémoire,mort,temps

souffrance
Ta nostalgie : tu veux partager l’élan, le ton, les sujets qui animaient ta jeunesse ; tu veux revoir les visages de leurs témoins ; sans miroirs à ta portée, tu te mets facilement dans ta peau d’antan, ce que tu ne peux pas faire avec les visages, fanés ou morts, des autres. Au lieu des retrouvailles, collectives et joyeuses, tu vis une dévastation, solitaire et ténébreuse.
bonheur,élan,enfance,mort,mouton,ombre,solitude,temps

souffrance
La vie et le rêve : dans la vie, la seule tragédie, c’est ton trépas ; dans le rêve, la tragédie accompagne toute extinction de tes étincelles, toute perte d’intensité de tes émotions, tout affaissement de ta créativité. Donc – pas trop de gémissements dans ta vie, pas trop de béatitudes dans tes rêves !
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souffrance
Ni la cigüe de Socrate, ni la croix de Jésus, ni la blessure d’Hamlet ne sont des tragédies, mais le Bien évanescent du premier, la solitude du deuxième, la réduction de la vie aux seuls mots chez le troisième.
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souffrance
En quête de consolation, tu devrais, au lieu de chercher un rétablissement d’un rêve agonisant, te rappeler, simplement, que la vie est un miracle, rétablir l’entente entre les yeux ouverts et les yeux clos.
consolation,mort,mystère,regard,rêve,vie

souffrance
Chantre de l’aube, le coq, annonçant la fin d’un rêve ou la sortie des ténèbres, est invoqué aux dernières heures de Socrate et de Jésus, qui proclament leur devoir, rendu à l’impitoyable et irrévocable lumière. Le coq optimiste de Zarathoustra chante au grand midi l’avènement de l’Éternel Retour, retour des ténèbres, porteuses de rêves.
défaite,éternité,inconnu,mort,ombre,retour,rêve,tragédie,valoir

souffrance
Quand l’usure par le temps réduit tout, irrévocablement, aux traces, ombres, poussière, il ne restera à la voix de ton âme que de chanter ces vénérables ruines, aux rêves ensevelis. « Tout, sauf ton esprit et ta lyre, se disloque et se désagrège » - Ovide - « Membra iacent diversa locis, caput lyramque excipis ».
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souffrance
Dans quelle image se rencontrent la tragédie, l’espérance et le commencement ? C’est l’éternel retour du créateur ou l’aurore du rêveur, qui en donnent une idée assez précise. « Aube et résurrection sont synonymes » - Hugo. Le ciel ou la terre, Dionysos ou Phénix.
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souffrance
La consolation est la réparation verbale d’un indicible abîmé. « Aujourd’hui, tout s’achève, puisque rien ne se répare plus » - Tsvétaeva - « Сейчас всё кончается, потому что ничто не чинится » - on ne pleurera que le tout des rêves, non des actes.
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souffrance
L’origine de notre tragédie, cet affaiblissement de l’appel de nos rêves, aurait dû susciter une douce tristesse et non pas, comme c’est le cas, une violente angoisse – énigme… Pour Nietzsche, vivre une tragédie, c’était « souffrir du manque d’enchantements et de l’oppressante inquiétude » - « an der Entbehrung des Rausches und an einer drückenden Unruhe leiden », et la consolation serait la résurrection d’un enchantement évanoui.
angoisse,consolation,enthousiasme,mort,mystère,rêve,tragédie

souffrance
Ta leçon d’humilité : imagine que tous aient, de nouveau, une âme, que tous se rappellent leurs rêves d’antan, que tous en ressentent les crépuscules menaçantes. Alors, tous pourraient-ils revendiquer l’état tragique ? Une minorité d’antan, étant rejointe par une majorité nouvelle, changerait le fusil d’épaule, en ne voyant dans leur existence qu’une comédie béate ! Peut-être, non seulement le beau doit être rare, mais le tragique aussi…
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souffrance
L’état d’âme, le plus efficace contre le désespoir, je l’appellerais - docte inconscience. Plus tu t’occupes des connaissances universelles ou de ta propre conservation, plus vulnérable tu seras face à l’angoisse existentielle.
âme,angoisse,auteur,espérance,mort,savoir,universel

pétrarque
Un bel morir, tutta la vita honora.

Un beau mourir toute la vie honore.
souffrance
Et puisque la beauté est réservée aux commencements : « En ma fin est mon commencement » - Marie Stuart. Il n'existe pas de belles morts illuminant une vie obscure ; aucun haut fait ne relèvera mes ruines ; toute hauteur et toute beauté ne sont que hic et nunc.
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montaigne m.
L'homme possède ses biens par fantaisie, les maux - en essence.
souffrance
Le nouveau-né, tourné vers son intérieur, sanglote spontanément ; pour le faire rire, on a besoin d'astuces extérieures. L'agonisant se force à rire, mais geint de bon cœur. Entre ces deux saisons, le bonheur est à court de clefs rieuses, et le malheur est expert en serrures pleureuses. L'artiste ne veut pas imiter la vie ; il se concentre sur la nature tragique, avec des moyens d'une culture ludique.
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bacon f.
A hope is good breakfast but bad supper.

L'espoir est bon au petit-déjeuner, mais mauvais au dîner.
souffrance
Quand le cycle vital est dicté par la sève diurne. Avec le détour prolongé par le rêve nocturne, les précédences s'inversent. Un chant du cygne accompagne mieux un bel espoir qu'un chant du coq, car un chant de Walkyrie lui succède. Le cygne est grec et hindou, le coq - germanique et latin…
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flaubert g.
On ne meurt pas de malheur, on en vit, ça engraisse.
souffrance
Engraisse et vivifie les vocabulaires. Voyez, par contre, le bonheur ou l'hilarité végéter dans l'aridité des lexiques, à côté de la vitalité de « la tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie » - Cioran. Le malheur est cette fontaine, souvent imaginaire, près de laquelle on adore mourir de soif.
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rilke r.-m.
Gott will, dass wir uns wiederfinden, reicher um alles Verlorene und vermehrt um unendlichen Schmerz.

Dieu veut que je revienne, riche de toutes mes pertes et grandi d'infinie douleur.
souffrance
Pour recevoir cette grâce, auparavant, je dois me débarrasser du poids de mes victoires et de la petitesse de ma tranquillité.
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hesse h.
Die Verzweiflung schickt Gott nicht, um uns zu töten ; er schickt sie, um neues Leben in uns zu erwecken.

Dieu nous envoie le désespoir non pas pour nous tuer, mais pour réveiller en nous une vie nouvelle.
souffrance
Le bonheur, c'est un aboutissement, une convergence, qui traduit une continuité. Mais la souffrance, c'est une rupture, un début incertain, une porte entrouverte vers l'inconnu. Et l'art et la vie ont tellement besoin de commencements désespérés et imprévisibles.
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cioran é.
C'est à l'attention de survivants, et non d'agonisants, que s'adressent mes appréhensions.
souffrance
Que les bien-portants ne se précipitent pas vers le sage, qui, sournoisement, omet de rappeler, que les seuls survivants sont justement des agonisants.
philosophie,mort

cioran é.
Il faut seulement dire quelque chose, qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant.
souffrance
Il faudrait tout de même que la bouche du premier ait connu des flacons au bon goût et que l'œil du second ait vécu quelques inspirations avant l'expiration.
goût,mort,ouïe,regard
 

vérité
Les sophistes, ceux qui vendent des vérités aux ratés bien en vie, me sont plus sympathiques que les positivistes, ceux qui les acquièrent en usufruit auprès des triomphateurs mourants.
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vérité
La vérité n'est jamais vivante. Dès qu'on laisse entrer la vie (la réalité), dans un modèle (dépositaire de vérités), une rupture épistémique (dans le langage ou dans le modèle) éclate, et un nouveau système de vérités s'installe. La vérité est monotone, intemporelle, sans mouvement vital (la vérité est cadavérique - Hegel - leblose Knochen eines Skeletts) : « En logique, nul mouvement ne doit devenir, car le logique ne fait qu'être »** - une étonnante rigueur technique de Kierkegaard.
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vérité
L'amour, le sacré, la mort : toute lumière, toute vérité n'y est d'aucun secours ; nous n'y valons que par la qualité du mystère qui les enveloppe ; pourtant, c'est touchés par eux que nous vivons les instants les plus intenses de la vie ; abandonnés par eux, livrés à la seule raison, nous pourront psalmodier : « Si quelqu'un veut chercher la vérité, il ne doit songer qu'à accroître la lumière de sa raison » - Descartes.
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vérité
La vie a sa profondeur - la mort, et sa hauteur - l'amour. Aucune vérité ne pénètre dans cette dimension insaisissable. « La vérité est triple, comme triple est la mesure : de l'homme, de l'amour, de la mort » - Hippius - « Тройная правда - и тройной порог. О человеке. Любви. И Смерти » - ce qui permet de vivre en trompe-l'œil, permanent et créateur.
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vérité
Dans une vérité soigneusement enterrée s'installe un sain ver de doute, idéal appât, pour pêcher la fameuse carpe shakespearienne.
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vérité
Les mensonges se vouent à la conception, à la convulsion ou à l'agonie ; ce sont les vérités qui exhibent une santé stérile, aseptisée, hors temps. Il y a donc erreur sur la personne, lorsqu'on croit que « la vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas » - Céline - la vérité étant toujours minérale, jamais vitale.
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vérité
La vérité n'a pas d'adversaires durables, qui lui chercheraient noise : « La vérité ne s'impose jamais, simplement l'extinction frappe ses adversaires » - Planck - « Die Wahrheit triumphiert nie, ihre Gegner sterben nur aus ». Les seuls adversaires crédibles d'une vérité vieillissante sont des chasseurs de vérités vivantes. Quand ils crèvent, on se met à vénérer des momies métamorphosées en robots.
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vérité
Les étapes de la dévaluation des vérités : très vite, je ne vibre plus à l'évocation des vérités immortelles des autres, de celles qui sont ou de celles qui se donnent ; ensuite, je m'ennuie avec mes propres vérités mortelles, avec celles que je conçois ou avec celles que je crée. Aux certitudes et aux finalités des réseaux je préférerai mon arbre d'incertitudes et de commencements.
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vérité
Tous les combats sont infâmes, y compris ceux, où l'on exhibe des vérités ou des idées, pour lesquelles on veuille vivre ou mourir. Des troupeaux et des machines les trouvent encore plus sûrement, et ce, sans appel aux emphases, sabres ou angoisses. Bien qu'une noble mort soit plus fréquente qu'une vie noble, mourir pour une idée est encore plus niais que mourir pour une oie ou pour une loi. La vie ne doit aboutir qu'à un arbre ; la mort est déjà une souche.
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vérité
Les plus beaux épisodes dans le périple d'une idée étant des résurrections, voulues par le Père-Mot, - l'Esprit fratricide, ayant toujours, quelque part dans les nuages, une idée rivale, pourra être absous.
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vérité
Aucun geste consolateur final en vue, se dit le matérialiste, en se mettant à hurler au désespoir. Le beau mystère du monde me fait oublier l'absurdité ou l'horreur des problèmes et des solutions dans ce monde, se dit l'idéaliste, cet « Inconsolé, à la Tour abolie » (G.de Nerval), et s'enivre d'espérance que sa seule Étoile ressuscite, espérance qui est à l'opposé de la lucidité : « L'espoir, qui émerge de la réalité, tout en la niant, est la seule manifestation de la vérité » - Adorno - « Hoffnung ist, wie sie der Wirklichkeit sich entringt, indem sie diese negiert, die einzige Gestalt, in der Wahrheit erscheint » - la vérité est toujours une solution, tandis que toute espérance niche dans des mystères.
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vérité
Les hommes vivent de preuves : de vraies, de pipées, de sottes ; cette densité de platitudes en fait un poison, et la poésie, hélas, n'y joue plus le rôle d'antidote, comme, jadis, aux âges obscurs, les preuves elles-mêmes. « Les preuves sont un antidote contre le poison des témoignages » - F.Bacon - « Proofs are an antidote for the poison of witnesses ». L'enthousiasme et la science jouant à la mort et s'en riant (A.Smith).
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vérité
Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates.
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vérité
La fin terrible de ton corps, le parcours de ton âme aboutissant dans l’impasse, les résumés de tes yeux profanant les commencements de ton regard, tes extases quittées par l’intensité – tant d’objets de la consolation, que seul le mensonge puisse apporter. « Comme l’amour, comme la mort, la vérité a besoin des voiles du mensonge » - Céline.
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vérité
La vérité et la liberté sont deux sujets privilégiés des professeurs de philosophie, avec une stérilité totale ; un scientifique se moque des vérités philosophiques, et un anachorète, un kamikaze, un Werther sont beaucoup plus compétents dans le domaine de la liberté.
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vérité
Hanté ou guidé par la beauté, tu dévieras certainement de la voie de la vérité et même glisseras quelques contre-vérités, au nom de l’harmonie du tout. Meurtrier du juste provisoire, tu sacreras l’injuste éternel. « Qu'il est facile de tuer une vérité ; mais un mensonge, bien tourné, est immortel » - M.Twain - « A truth is not hard to kill, and a lie, told well, is immortal ». La vérité n'a pas de lignée descendante, elle n'enfante pas de langage ; le mensonge, lui, en donne naissance à un, celui où il se transforme en vérité.
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vérité
Illusion, irréalité, artifice – Cioran cherche à terroriser le lecteur avec ses mots : mais, mortels pour la vie, ils sont le décor délicieux des rêves. Raisonner la-dessus est aussi absurde que déclarer son amour à la vérité.
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cervantès m.
La verdad puede enfermar, pero no morir del todo.

La vérité peut tomber malade, mais elle n'en meurt jamais.
vérité
On lui fait subir tant de greffes de variables, qu'il serait honnête de lui changer l'identité.
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nietzsche f.
Niemand stirbt jetzt an tödlichen Wahrheiten : es gibt zu viele Gegengifte.

Personne ne meurt plus de vérités mortelles : il y a trop de contrepoisons.
vérité
En mourir, ne plus pouvoir la falsifier par des incantations du langage. La meilleure guérison est une résurrection. On manque de seringues ou d'ironie, quand on dit : « L'esprit philosophique consiste à préférer aux mensonges, qui font vivre, les vérités, qui font mourir » - G.Thibon).
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Thèmes : Mort …