| cité | | | L'Histoire est finie, parce que l'homme n'est plus un être historique. Il n'est désormais qu'anecdotique. Il vit en synchronie, toute diachronie étant vécue comme anachronique. | | | | |
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| cité | | | Que l'homme se désintéresse de toute vision eschatologique, et que l'histoire des hommes se fasse, désormais, en absence de l'homme, c'est misérable. Mais que, en même temps, l'homme se résigne à vivre sans l'Histoire initiatique est un spectacle autrement plus affligeant. On se sauve par euphémismes : « La démocratie, exercice de la modestie » - Camus. | | | | |
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| cité | | | L'Histoire est entièrement discrète, elle ignore toute continuité, elle est composée des seuls tournants. Elle est faite de commencements aux suites imprévisibles. Or, aujourd'hui, l'essentiel de l'homme est prévisible, calculable et reproductible. | | | | |
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| cité | | | Les sociétés fermées se projettent sur le firmament voûté ; les sociétés ouvertes - sur les platitudes de l'histoire. Dans les premières on redresse les têtes récalcitrantes - par le bâton ou par la boue sous les pieds. Dans les secondes on les rabaisse - par la carotte et par le vide des cieux. Cette opposition entre le clos et l'ouvert, si banale dans un contexte social (Bergson s'y appliqua), devient passionnante, si l'on l'applique à l'homme seul, et où les dimensions s'inversent : l'homme fermé se vautre dans la platitude, et l'homme ouvert se voue au ciel. | | | | |
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| cité | | | L'urgence des rendez-vous de la Justice nous fait oublier les signaux de la Sagesse. On se fait écraser sous les roues de l'Histoire, ou l'on se retrouve dans un cul-de-sac du Progrès ou dans les embouteillages de la Peur. La Justice, c'est l'Égalité de choix de fourrage, la Liberté de sa digestion et la Fraternité entre le Fort et le Faible. | | | | |
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| cité | | | L'histoire n'illustre aucun sens caché ni n'enseigne aucune leçon : « Les phénomènes historiques sont d'autant plus cohérents qu'ils sont moins spirituels » - Klioutchevsky - « Закономерность исторических явлений обратно пропорциональна их духовности ». Mais, tout comme la Bible, l'histoire fournit un vocabulaire. Chacun est libre d'écrire, par dessus les chiffres et les noms, en palimpseste, sa propre légende, représentative ou interprétative. | | | | |
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| cité | | | La mort des idéologies entraîna celle des téléologies. L’avenir disparut des horizons des hommes, ce qui eut pour conséquence le désintérêt pour le passé et le culte du présent. | | | | |
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| cité | | | Dans l'Histoire il n'y a ni périodes critiques ni périodes organiques. C'est l'œil de l'homme qui impose des brisures et des continuités et fait reconnaître un faux vainqueur ou un vrai vaincu : « La tradition des opprimés est un espoir de briser la continuité de l'histoire ; la continuité est celle des oppresseurs » - Benjamin - « Die Tradition der Unterdrückten ist eine Hoffnung, das Kontinuum der Geschichte aufzusprengen ; die herrschenden Kräfte stellen sich in der Kontinuität dar ». Tourné vers le futur, c'est du pressentiment bête, vers le présent - du ressentiment instructif, vers le passé - du sentiment intelligent. | | | | |
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| cité | | | L'Histoire fut possible grâce au poids des liens arbitraires ou imaginaires. Sa fin, c'est la reconnaissance que la seule authenticité est dans les relations commerciales, au réalisme pré-programmé. « La croyance utopique implique une radicale insincérité » - Ortega y Gasset - « La creencia utópica implica una radical insinceridad ». | | | | |
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| cité | | | Le détachement de l'histoire est signe d'une forte personnalité ou d'une lamentable société. | | | | |
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| cité | | | L'histoire de l'humanisme : le XVI-ème siècle - le pathos d'une révolte, le XVII-ème- la passion d'une utopie, le XVIII-ème - l'élégance d'un rêve, le XIX-ème - la grandeur d'une théorie, le XX-ème - l'horreur d'une réalité, le XXI-ème - l'ennui de l'inutile. | | | | |
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| cité | | | Aujourd'hui, nous avons la meilleure foule, de toute l'histoire, et peut-être la pire des élites. Cette élite n'observe que les mouvements de la foule, les compare, indignée, avec l'éclat des élites d'antan et se répand en lamentations sur la dégénérescence du monde. Le regard de nos élites est dans les choses vues et non pas, comme naguère, dans le goût électif des yeux. | | | | |
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| cité | | | La fin de l'Histoire : le jour, où les quatre sources de l'homme - jaillies au même moment : les présocratiques, Zarathoustra (et ses élèves, Moïse, Manès et Pythagore), le Bouddha, Lao Tseu - seront définitivement bouchées. Nous sommes à mi-chemin. | | | | |
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| cité | | | Le triomphe de la vérité, le déclin des utopies - les premières raisons du règne actuel de la grisaille dans les têtes. L'imposture des hommes du rêve, aspirant à plus de fraternité, de compassion, d'émotions, est définitivement balayée par la déferlante bien justifiée des hommes d'action, clamant le culte du terrain et le mépris de la hauteur. L'acte rapporte, le rêve coûte. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité est orpheline de ses poètes. | | | | |
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| cité | | | L'histoire avait un sens - et présentait un intérêt pour son étude - lorsque la cité tenait un mythe ou une utopie en point de mire, sous forme ethnique, étatique ou civilisationnelle. Depuis que l'histoire n'est plus portée par l'enthousiasme, mais par l'apathie (« Ne pas laisser l'élan devenir enthousiasme ; la vertu est dans l'apathie » - Kant - « Den Schwung mäßigen um ihn nicht bis zum Enthusiasmus steigen lassen ; die Tugend erfordert Apathie »), depuis que les hommes préférèrent la justice robotique et la sensibilité moutonnière, l'histoire n'est pas plus instructive que la météorologie. | | | | |
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| cité | | | Voir dans l'Histoire un permanent progrès de la liberté n'est pas si bête que ça. Je serais tenté de voir dans l'Histoire un processus d'étouffement du rêve libre par une liberté d'esclaves, mais ce qui reste inexplicable, c'est l'existence, jadis, de rêveurs parfaitement libres et même repus. | | | | |
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| cité | | | Il y a très peu de choses, sur lesquelles le poète ait un avis ; le propre des moutons et des robots est d'en avoir un sur tous les sujets, y compris la bonté, la fraternité, l'amour ou le rêve. La fin de l'Histoire fut signée le jour, où leur avis la-dessus se mît à peser plus que celui du poète. | | | | |
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| cité | | | Humainement, je salue l'avènement du règne du dernier homme - il réduit le nombre de faibles ; je déplore l'attitude du premier : sa soumission aux goûts du dernier et sa recherche de reconnaissance par ce dernier. Le maître défait enviant l'esclave victorieux - pitoyable ! Dès qu'apparaît cette exécrable soif de reconnaissance, il n'y a plus de maîtres, on dit même (Kojève et Fukuyama), qu'il n'y a plus d'Histoire, puisque l'égalité des chances calme toutes les ambitions. | | | | |
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| cité | | | La place de l'opposition politique, aux moments les plus dramatiques de l'histoire d'un pays : en Russie – le souterrain, en Allemagne – le camp de concentration, en France – les nues des vœux pieux parlementaires. | | | | |
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| cité | | | Plus qu'à la virulence lyrique de Marx, c'est à l'érudition mécanique de Hegel que le XX-ème siècle doit ses plus horribles holocaustes : toutes ces balivernes sur l'Histoire, la dialectique, la religion, l'État, où tout est minable, tout est contre la liberté imprévisible de l'homme et pour la rigueur toute robotique. | | | | |
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| cité | | | Au chaos, menaçant le cycle historique, la théocratie oppose l'action de grâces, l'aristocratie - l'action d'éclat, la démocratie - l'action en Bourse. | | | | |
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| cité | | | L'histoire des civilisations évoluées : la foule se transformant en peuple ; l'histoire des nations immatures : le peuple agissant comme une foule. | | | | |
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| cité | | | L'un des stratagèmes démocratiques, pour attirer l'adhésion des hommes, fut la quasi-disparition de l'humiliation de l'homme, bien qu'avec le maintien de son abaissement. « Les hommes sont si bêtes, qu'il faut les traîner vers le bonheur » - G.Bernanos (Voltaire et Hume furent du même avis). Le despotisme tyrannise la majorité silencieuse, sans humilier une minorité gémissante ; la démocratie humilie une minorité aphone, sans tyranniser la majorité, qui est toujours bien orchestrée par l'instinct grégaire. De bonnes âmes entendront toujours de la musique, là où un marginal de l'histoire râle, suffoque ou expire. | | | | |
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| cité | | | On assiste à l'intronisation de l'horizontalité, de la platitude finale, des reliefs uniformément empreints par l'argent, des esclaves se prenant pour maîtres, des maîtres se comportant en esclaves. « L'Histoire s'achève au moment, où disparaît la différence entre Maître et Esclave » - Kojève. | | | | |
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| cité | | | Depuis trois mille ans, un culte de la sagesse, poétique ou scientifique, s’opposait à la vulgaire domination de l’argent. Des idées, civiques, théologiques, philosophiques, politiques, exerçaient un pouvoir d’attraction, modérant la tyrannie mercantile. Mais la Cité céda à la Bourse, Dieu fut proclamé mort, la fraternité se limita à l’art culinaire. Le dernier coup à l’humanisme fut porté par l’écroulement de l’URSS, enterrant l’idée communiste. Toute verticalité s’effondra ; une immense horizontalité règne sur les forums et dans les têtes. | | | | |
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| cité | | | Le contraire du robot présentiste, aux yeux toujours écarquillés sur le souci de ce jour, est le révolutionnaire, au regard tourné vers l'inexistant - le regard, bouleversé et compatissant, sur le passé, le regard, fraternel et caressant, sur le futur. « Une révolution est une lutte entre le passé et le futur » - F.Castro - « Una revolución es una lucha entre el pasado y el futuro » - ce n'est pas une lutte mais une complémentarité, pour constituer l'axe révolutionnaire. | | | | |
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| cité | | | L'Histoire allemande - le soldat et ses exploits, la russe - le policier, l'anglaise - l'ingénieur, la française - l'homme d'État, l'italienne - le financier, l'espagnole - le courtisan, l'américaine - l'entrepreneur. Et l'on veut faire de l'Histoire une école de sagesse et y perçoit même une philosophie ! Dans ces enchevêtrements de faits, qui, d'ailleurs, furent encore plus aléatoires et fastidieux jadis qu'aujourd'hui. | | | | |
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| cité | | | Jadis, l'histoire statuaire consistait en dégradation d'idoles en épouvantails ou vice versa ; aujourd'hui, le monument le plus répandu est celui du Manager ou Contribuable Inconnu. | | | | |
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| cité | | | La culture est ce qui permet de prendre de haut la nature, la vérité et la liberté, tout en les maîtrisant. Et l'enseignement de langues anciennes et d'Histoire de philosophie, tant qu'il s'adressait aux élites, taraudées par le beau et le juste, en fut l'un des piliers. Mais depuis que le bouseux repu envahit l'école, il vaut mieux oublier le latin et enseigner l'écologie, le marketing et le traitement de textes, pour que triomphent la nature, la vérité et liberté mécaniques. En tout cas, la culture est condamnée, comme tout ce qui est organique. | | | | |
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| cité | | | L'histoire grammaticale du communisme : le discours philosophique, le slogan idéologique, l'onomatopée apocalyptique – la hauteur, la platitude, l'abîme. | | | | |
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| cité | | | Les beaux rêves politiques devraient être vécus comme les mystères, qui s'évaporent dès qu'on en trouve la solution. « Le communisme est le mystère de l'histoire, mystère résolu, et il sait qu'il est cette solution » - Marx - « Der Kommunismus ist das aufgelöste Rätsel der Geschichte und weiß sich als diese Lösung ». | | | | |
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| cité | | | Les commencements politiques possibles : l’élan, la vision du futur, le business-plan – on en mesure les conséquences réelles, et l’on constate, d’une manière irréfutable, que la dernière attitude est, de loin, la plus rentable, pour le bien public. Le rêveur ulcéré laisse tomber le rideau du temps et proclame le culte spatial des commencements immaculés. Et, devenu atemporel, il pratique le palimpseste sur des tableaux du passé et place le futur à une hauteur inaccessible. | | | | |
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| cité | | | Il ne reste plus aucune zone d’ombre dans notre vision historique du passé ; il ne reste rien de radieux dans notre vision idéologique du futur. Le réel est mort en tant que source d’enthousiasmes ou de croyances ; on devrait en profiter, pour retourner à nos rêves atemporels, promettant de la musique et des ombres et renonçant à la lumière. | | | | |
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| cité | | | Dans l’action politique, il y a trois sortes de perspectives : le paradis, l’Histoire, la carrière. Il faut reconnaître, que c’est une échelle descendante des calamités provoquées, mais aussi une échelle ascendante des bassesses encourues. | | | | |
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| cité | | | Passer de l’oral à l’écrit, de la convention implicite à la loi explicite – est un progrès. Mais renoncer à mes propres contraintes, à mes nolo (je ne veux pas) particuliers, au nom des noli (il ne faut pas) universels, est une régression. | | | | |
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| cité | | | Aimer la liberté est une attitude civile, la fraternité – facile, l’égalité – difficile. Pourtant, Montesquieu disait : « L’amour de la démocratie est celui de l’égalité ». La démocratie est bien en place, c’est l’amour qui fiche le camp. La méritocratie est pire que l’aristocratie. | | | | |
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| cité | | | La fin de l'Histoire veut dire, que forger ou subir sa destinée sont désormais synonymes. D'inspiratrice de l'être (Hegel), l'Histoire se mua en productrice de l'avoir (Marx). Tout volontariste n'est désormais qu'opportuniste. D'où le culte de Napoléon et l'oubli de Pierre le Grand. | | | | |
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| cité | | | Il est naïf et bête d’opposer la liberté à la dépendance. L’indépendance n’apporte de la liberté que dans les domaines mercantile, international, étatique. Dans la liberté individuelle, la dépendance est omniprésente : dans le domaine éthique je dépends de la voix du Bien, dans le domaine esthétique j’obéis à la finalité qui ne peut être que la Beauté, dans le domaine spirituel je ne peut ignorer ni les systèmes des ancêtres ni la loi logique. | | | | |
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| cité | | | La seule utilité de la connaissance de l’Histoire est la tolérance, voire la résignation, face aux misères de notre temps, puisqu’elles furent beaucoup plus flagrantes aux époques sans bombes thermonucléaires, sans la Sécurité Sociale, sans une Justice égale pour tous. « L’Histoire réconcilie le citoyen avec l’imperfection de l’état des choses actuelles » - Karamzine - « История мирит гражданина с несовершенством видимого порядка вещей ». | | | | |
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| cité | | | Les drames dans le domaine public devinrent banals ou ridicules ; les drames privés, depuis deux siècles, furent beaucoup plus particuliers ou nobles. Mais depuis que le privé machinisé s’identifia avec le public normalisé, partout règne la foule sans grâce, sans classes, sans races. Forts ou faibles, riches ou pauvres, intelligents ou bêtes – tous professent les mêmes goûts collectifs. Ni élites ni bas-fonds – moutons inconscients ou robots programmés. | | | | |
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| cité | | | J’eus des rapports assez étroits et confiants avec deux hommes, ayant exercé la même fonction de conseiller politique auprès de Mitterrand et de Gorbatchev, les plus fermes et les plus débonnaires des chefs d’état dans l’histoire de leurs pays, deux fossoyeurs de l’idée socialiste, l’un par la tentative de traduire une belle théorie en pratique prosaïque, l’autre – de traduire en théorie lyrique une pratique abjecte. | | | | |
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| cité | | | La généalogie d’Hitler et de Staline – Néron avec un téléphone ou Gengis-Khan avec une idéologie - visions a posteriori ou a priori de Cioran et de Tolstoï. Le futur monstre sera guidé par une voie robotique ou une voix moutonnière. La formule chérie de Staline, ennemi du peuple, fut appliquée, pour la première fois, à Néron (hostis publicus) ! | | | | |
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| cité | | | La seule interprétation intéressante de la Fin de l’Histoire est géographique : la civilisation naît en Orient et se propage vers l’Occident, pour se terminer dans la barbarie de la culture américaine. | | | | |
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| cité | | | La logosphère millénaire cède sa place à l’iconosphère des versions jetables. Vernadsky et Teilhard de Chardin prédirent l’avènement de la noosphère (héritière de géosphère et biosphère), cette métropole de la raison, au royaume de l’âme. C’est fait sans violence, par la simple extinction des âmes. | | | | |
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| cité | | | L’économie ne dominait pas la culture tant que restaient quelques idées, provenant de l’idéologie (se substituant à la culture) et non testées par l’économie. Une fois que le désastre couronna ces expériences, l’économie triompha de la culture. Les âmes désenchantées se convertirent en esprits désabusés. | | | | |
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| cité | | | L’Histoire est une suite chaotique d’événements imprévisibles ; aucun oraculat rationnel ne se réalisa. De pitoyables tentatives d’y déceler quelques lois - les galimatias, hégélien (sur la prédétermination historique d’avant et d’après l’avènement du Christ) ou marxiste (sur le caractère absolu de la lutte de classes), - s’évaporèrent. Néanmoins, la robotisation des hommes, suivie de celle des civilisations, aboutira, un jour, à l’élaboration d’algorithmes infaillibles, déterminant les parcours des machines désanimées que deviendront les acteurs de l’Histoire. Pourvu qu’un feu nucléaire n’éteigne pas tout signe de vie sur notre planète infortunée. | | | | |
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| cité | | | O.Spengler et Cioran, bercés et aveuglés par d’obscures lueurs orientales, voient et proclament les crépuscules européennes. Ils n’y voient que la décadence et l’affaissement. Ils ne veulent pas reconnaître que l’essor, chez les autres, est celui de la moutonnaille ou de la robotesque, tandis que l’individualisme européen préserve une saine dose d’humanisme, dans sa civilisation, et un bon goût pour la beauté, dans sa culture. Quant à la disparition des âmes et à la promotion de la masse au grade de juge suprême, c’est un phénomène mondial, qui, à l’échelle relative, ne dégrade pas l’Europe. | | | | |
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| cité | | | Il faut beaucoup de siècles, pour qu’une grande nation élabore des valeurs culturelles qui lui sont propres - du lyrisme des chansons à la solennité du sacré. Le multiculturalisme, qui défigura l’Amérique et ravage l’Europe, finit, inévitablement, par l’affaissement de ces valeurs et par le règne exclusif de l’argent, cette seule valeur commune. | | | | |
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| cité | | | Le parcours amphigourique, absolutiste et sanguinaire – hégélianisme, communisme, fascisme – une fois démasqué, aboutit à l’émergence de l’homme libre, noble et seul. Le parcours ironique, personnel et débonnaire – voltérianisme, grégarisme, présentisme – une fois triomphant, installe la foule dans les têtes des hommes interchangeables, mesquins et … rebelles. | | | | |
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| cité | | | Aussi haut qu’il fût, le sacré, partagé par la foule, s’écroule dans la platitude, ce qu’illustre le passage de la liberté désirée à la liberté acquise. Qui, aujourd’hui, adhérerait à cette fière proclamation : « Le seul sacré, c’est l’homme libre » - R.Wagner - « Das Heilige ist allein der freie Mensch ». ? | | | | |
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| cité | | | Crépuscules de la beauté, grisaille des pensées, le tout invariant enseveli sous les tas difformes - tel est le tableau effrayant de cette époque sans mystère, sans noblesse, sans hauteur, époque-fossoyeuse définitive de l’art expiré. Extraire la beauté mystérieuse (Baudelaire) devint stérile car ne trouvant aucun spectateur ; tous sont tournés vers la réalité banale, ennuyeuse, laide. | | | | |
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| cité | | | Les philosophes modernes, auteurs interchangeables de plats commentaires de la science des Spinoza, Hegel, Husserl, n’ont qu’une seule ambition – rester en vue sur les écrans, où ils déversent des platitudes immondes sur les affaires judiciaires, les élections municipales, les soucis écologiques, l’investissement dans l’innovation, les ennuis budgétaires. Même un Sartre paraît, aujourd’hui, être un vrai philosophe. | | | | |
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| cité | | | Offrir à Valéry des funérailles nationales fut un grand geste du Général de Gaulle, dont n’aurait pas pu se prévaloir Alexandre le Grand, qui admirait son collègue Achille et préférait ce plouc de Diogène à Pyrrhon et Aristote. Et le Général a tort : « Au fond des victoires d'Alexandre, on retrouve toujours Aristote ». | | | | |
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| cité | | | Plus longue est l’Histoire d’une nation, moins de confirmation exigent ses mythes. L’Histoire des jeunes nations, comme l’Amérique, est transparente et vérifiable, elle ne laisse pas beaucoup de place aux mythes. « La piètre mémoire des nations immortalise les légendes » - S.Lec. | | | | |
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| cité | | | Deux voyous sont à la tête de la Russie et des USA ; tous les deux qualifient de démocratique leur régime. Heidegger l’avait prévu : « Le grand-fascisme à venir se nomme, en Amérique et en Russie, démocratie » - « Der kommende Großfaschismus nennt sich in Amerika und Rußland Demokratie ». | | | | |
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| cité | | | Le moi, en tant qu’acteur principal dans l’écriture, n’apparaît qu’au siècle des Lumières ; pourtant il renonce à propager des lumières communes et se consacre à la peinture de ses propres ombres. C’est la liberté qui personnalise le moi ; la liberté abstraite engendre la noblesse concrète, non-héritable. | | | | |
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| cité | | | Jadis, les débats entre les tenants d’une idéologie, généreuse mais jamais mise à l’épreuve des actes (la gauche), et les hommes d’action (économique – la droite) présentait un certain intérêt. Une fois toutes les idéologies étant compromises par les débâcles qu’elles provoquaient en pratique, rien de passionnant ne peut être mis dans les discours politiques, où règnent la langue de bois et les invectives gratuites. Les peuples ennuyés cherchent des alternatives – en vain. | | | | |
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| cité | | | La société robotisée sacrifie le ciel pour sauver la terre ; ce qui est compréhensible, après tant de débâcles des tentatives de sacrifier la terre pour sauver le ciel (le christianisme ou le communisme). | | | | |
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| cité | | | Les tyrannies eschatologiques prônent des révolutions dans les commencements et peignent les avenirs radieux, tandis que le progrès socio-économique ne dépend que de la liberté de l’évolution, du développement encadré par la loi, vers l’état inertiel. L’état né (dernier) ne tient jamais les promesses de l’état naissant (premier). | | | | |
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| cité | | | On n’entre plus dans l’avenir à reculons, ne quittant pas des yeux les mythes du passé ; c’est sous nos pieds que tous les regards s’arrêtent pour ne fouiller que le présent, réduit aux chiffres. | | | | |
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| cité | | | La chute du prestige de l’artiste (du poète au philosophe) est le même symptôme principal, annonçant et l’écroulement crépusculaire de l’Antiquité aristocratique et l’hiver thermonucléaire qui clôturera notre époque démocratique. | | | | |
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| cité | | | L’Asie : sa domination matérielle sera due au travail acharné des masses serviles ; l’Europe : sa domination spirituelle fut due aux loisirs que pouvaient s’offrir les solitaires libres. La seconde est mortelle. | | | | |
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| cité | | | L’avenir et le passé dans notre présent : ce n’est pas l’absence de visions, mélancoliques et pessimistes, du premier qui m’attriste, mais l’absence de visions, nostalgiques et optimistes, du second. | | | | |
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| cité | | | L’Histoire présentait un intérêt, lorsqu’il y avait une divergence entre la théorie romantique et la pratique cynique. Désormais c’est leur convergence qui aboutit à l’ennui post-historique. | | | | |
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| cité | | | L’histoire des révolutionnaires de la cause commune suit l’idée qui les excite ; l’enthousiasme, fatalement, faiblit, et le désenchantement les rend mélancoliques et solitaires. Les idées, contrairement à Dieu, ne sont pas mortes, elles changent de foyers de leurs élans. Jadis, elles portaient sur des fantômes (Platon), ensuite elles visèrent les objets (Aristote), l’homme introspectif (Kant), l’homme de la production (K.Marx). Seul Sisyphe pouvait trouver de la noblesse dans ce dernier emploi de notre perspicacité ou de nos rêves ; les autres descendaient dans le passé, pour ressusciter, nostalgiquement, les anciennes idoles, mais qui ne s’avéraient être que des momies. Toute idée dégénère en algorithme. | | | | |
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| cité | | | Les larmes, que la chute du mur de Berlin provoqua chez les âmes sensibles, ne seraient pas dictées par la seule joie d’accueillir la liberté, mais aussi, et même davantage, par la tristesse de voir le plus noble idéal humaniste, la fraternité des humbles, s’écrouler. Les hommes sans larmes, en furent les premiers profiteurs. | | | | |
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| cité | | | Conserver ce qui charmait au passé ou progresser dans ce qui y était imparfait, peuvent être, avec des probabilités comparables, des tâches basses ou nobles. Les conservateurs et les progressistes remplissent toute l’échelle entre la crapule et le héros. | | | | |
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| cité | | | Jadis, le progrès de la raison signifiait l’éloignement de l’homme du mouton ; aujourd’hui – son rapprochement avec le robot. | | | | |
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| chœur hommes | | | DOUTE : L'homme fut synonyme des hommes, tant que leurs doutes respectifs étaient d'une même ampleur. L'homme ne sait plus où placer son encombrante indécision, les hommes affichent leurs certitudes avec une paix d'âme inégalée. Pour la première fois dans l'histoire, la destinée des hommes est bien comprise - devenir des machines infaillibles et insensibles. | | | | |
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| hommes | | | La poésie est morte ; il est temps d'en oublier les épitaphes et d'en écrire la biographie posthume. La défunte suivante sera l'âme, mais il n'y aura plus ni nécrologistes éplorés ni notaires s'intéressant au testament d'une migrante ininsérable. | | | | |
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| hommes | | | La boutade du nez de Cléopâtre est plus instructive que toutes les fariboles sur le Zeitgeist de l'histoire. L'histoire de la philosophie est dans l'humilité, la philosophie de l'histoire est dans l'audace. Les hommes croient le contraire. | | | | |
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| hommes | | | L'éviction successive de la poésie de toutes les sphères de l'intelligence. Aux origines, il suffisait au Poète de pratiquer l'interprétatif - les dieux, l'Histoire - (le scribe attitré le supplanta, avantageusement) ; ensuite, le Poète se reclassa dans le représentatif - les idées et les justifications - (l'érudit reçu ou admis le ridiculisa) ; hier, le Poète se réfugia dans le discursif - les images et les sons - (mais les bonnes oreilles se firent rares et l'image synthétique contenta les autres). Aujourd'hui, rien d'étonnant que le Poète s'accroche au non-figuratif, où l'on le confonde avec l'idiot du village. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, on plaçait un idéal dans le futur, pour charger le présent d'un devenir et munir le passé - d'un nouvel être, appelé Histoire. Vu sous cet angle, l'Histoire est bien finie. Tout s'arrête, désormais, à la représentation. La vision inverse est toujours sotte : « Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres » - Tocqueville. Rendez-moi mon passé, où gît mon avenir radieux ! | | | | |
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| hommes | | | Trois regards sur l'humanité d'aujourd'hui : l'historique, l'éthique, le personnel. C'est la société la plus juste, la plus intelligente, la plus généreuse. C'est un troupeau sans âme, sans rêve, sans horizons. C'est une meute d'impitoyables hyènes, un réseau de robots solidaires écrasant toute espèce non beuglante ou non calculante. | | | | |
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| hommes | | | La fin de l'Histoire signifie le début de l'ère du robot : toute accélération du progrès de l'espèce s'accompagne désormais d'un recul de l'homme. | | | | |
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| hommes | | | Il n'y a aucune raison de pester contre la modernité, puisqu'elle se serait éloignée de la Nature ; le bon Dieu ayant créé la vache, l'arbre et la rivière, prouve, par là même, que l'homme d'aujourd'hui est plus près du dessein divin que l'homme préhistorique. Mais un bug se serait glissé dans le programme thuriféraire, car le cerveau, contre toute attente, l'emporta sur le ventre, en privant ainsi le mouton de la victoire finale, pour offrir le podium au robot. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, le type de pathos de chaque époque pouvait être défini en fonction de sa tâche privilégiée : chercher une idole, ériger des temples à l'idole sacrée, abattre les idoles. Le premier créait, le deuxième priait, le troisième ricanait. J'ai peur, que ce cycle, aujourd'hui, soit brisé et sonne ainsi la fin de l'Histoire. Et l'artiste, dont le métier fut fabrication d'idoles , n'a plus d'emploi justifié, il produit des idoles et non pas des idées (eidolon et non pas eïdos, idéa - Heidegger). | | | | |
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| hommes | | | Comment verrais-je le bonheur d'un homme ? - il créerait en poète, se comporterait en prince et rêverait en héros. Or, c'est précisément l'extinction de ces trois types d'hommes qui sonna le glas de l'Histoire, pour le plus grand bonheur des hommes. Chercher des héros est le malheur des hommes ; ne pas en chercher est le malheur de l'homme. | | | | |
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| hommes | | | Deux mille ans d'histoire de l'homme, déchiré entre la bête et l'ange, qui l'habitaient en se chamaillant ; aujourd'hui, les hommes, une fois constatée la mort de Dieu, se débarrassèrent aussi de l'ange, pour ne rester qu'en compagnie de la bête ; apprivoisée et dressée, celle-ci devient robot ; la bête, c'est l'expérience, l'apprentissage, et son contraire s'appelait toujours pureté, c'est à dire - voix de l'ange. | | | | |
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| hommes | | | La vision populaire consiste à réduire l'abstrait au concret ; il existent donc l'histoire, la mathématique, la peinture populaires, mais il n'existe pas de philosophie populaire, puisque la consolation par la création et le langage par-dessus la représentation sont des abstractions irréductibles. Mais il existe la populace philosophique : raisonneuse, argotique, mécanique. | | | | |
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| hommes | | | En quoi sommes-nous sortis de l'Histoire ? Les événements et les visées des princes sont, aujourd'hui, comparables à toutes les autres époques ; les voix grandiloquentes, appelant à la grandeur et à la noblesse, continuent d'exister dans les mêmes proportions ; ce qui changea vraiment, c'est la scène publique, à partir de laquelle ces vues ou ces voix sont perçues par les peuples – un lieu élitiste, d'accès éminemment limité, devint une foire, un brouhaha, duquel ne ressortent que les moyennes statistiques, médiocres, présentistes, la basse nature triomphant de la haute culture. | | | | |
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| hommes | | | L'intérêt de l'Histoire, pour les adultes, est du même ordre que les contes de fée, pour les enfants, - de la nourriture pour nos rêves ; plus sérieusement on prend ses leçons, plus on est bête ; c'est pourquoi je tiens Hegel, la-dessus, pour l'un des plus bornés : « La philosophie de l'Histoire a l'importance d'une théodicée » - « Die Geschichtsphilosophie hat die Bedeutung einer Theodizee ». | | | | |
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| hommes | | | On voit dans l'Histoire soit une chronologie des faits soit une cosmologie des mythes, un dogmatisme rationnel ou un sophisme imaginaire. La réalité et le présent évincent le rêve intemporel, et la première de ces lectures de l'Histoire finira par rester la seule possible, pour la plus grande satisfaction des robots que seront devenus les hommes. | | | | |
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| hommes | | | Avant la Renaissance, les faits étant horribles, le combat intellectuel consistait à opposer des idées abstraites à d’autres idées abstraites ; ensuite, on s’est mis à prévoir des faits nouveaux, découlant de certaines idées, ce fut la lutte entre les faits abstraits et les idées concrètes, jusqu’à la chute du Mur de Berlin ; enfin, toutes les idées promises étant compromises, le seul débat met désormais en lice des faits concrets contre d’autres faits concrets – c’est l’ennui de notre époque. | | | | |
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| hommes | | | Enfants des mythes, enfants de l'Histoire, nous voilà orphelins de Dieu, orphelins du rêve ; et dans notre arbre généalogique croît et s'approche de nos branches le robot impassible et prolifique. | | | | |
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| hommes | | | Dès que l'amuseur public a plus de temps d'antenne que l'intellectuel, celui-ci crie à l'apocalypse de la culture. Notre époque, infantile ? Où vont-ils chercher ça ? Jamais l'humanité n'était aussi abominablement adulte. Et le progrès évident de la tolérance ne fait qu'élargir la porte de l'étable commune. La barbarie moderne, si elle existe, n'est perceptible que dans la mécanique, qui gouverne sans partage, pour la première fois de l'Histoire, tous les cerveaux, qu'ils soient infantiles, académiques ou rebelles. | | | | |
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| hommes | | | Si l'occasion fait le voleur, elle fait aussi le grand homme. Les grands hommes furent, de tout temps, une création de l'imaginaire populaire, mais leur besoin fut bien réel. Les grands événements sont usine des grands hommes. La fin de l'Histoire rendit médiocre tout événement. Les grands hommes se remarquent, désormais, par leur absence dans des happenings mesquins (de minimis non curat praetor). | | | | |
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| hommes | | | Jadis, en suivant les caprices de l'histoire, on canonisait des saints, des héros, des monarques ; aujourd'hui, on vulgarise leurs équivalents : des gestionnaires, des sportifs, des amuseurs publics, en suivant la rigueur de leurs prouesses monétaires. Et ce que nous gagnons en sobriété du jugement, nous le perdons en ébriété de l'esprit. | | | | |
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| hommes | | | L'histoire ne m'apprend rien sur les hommes ni la psychanalyse - sur l'homme. Deux mornes obsessions de l'homme moderne, pour qui tout éteignoir ou plutôt toute lanterne minable est bonne pour empêcher de scintiller des mystères congénitaux. | | | | |
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| hommes | | | N'importe qui est capable, aujourd'hui, de problématiser la vie, sans parler des amples solutions qu'on y apporte ; ce qui devint, en revanche, rare est de continuer à y déceler le mystère ; ils s'en font une gloire et proclament, orgueilleux et naïfs, la mort de Dieu, tandis qu'elle n'est que le constat d'épuisement de l'imagination religieuse ou de mort de l'immortalité : toute recherche de Dieu, historique ou métaphysique, devint algorithmique, charlatanesque ou idolâtre ; nous étant détournés du rêve, nous restons seuls face à la seule réalité. | | | | |
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| hommes | | | Notre époque, c'est l'épuisement de mythes. Comment naissaient et s'entretenaient les mythes ? De quelques échos épars d'une réalité évanescente surgissait un premier mythe – une histoire, une théorie, un système. Par dessus le premier mythe s'érigeaient des monuments – temples, statues, livres, symphonies. Fascinés par ces monuments, les hommes créaient un second mythe – des passions, des croyances, des certitudes et des doutes. Aujourd'hui, on ne produit plus de monuments ; le second mythe se dévitalise et le premier – se rationalise. L'art fiche le camp, en entraînant avec soi - le mythe. | | | | |
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| hommes | | | L'histoire de l'humanité semble être cyclique, avec les règnes successifs de la superstition, de la raison, de la passion ; avec les cultes respectifs du sacré, du vrai, du beau. Aux charnières entre ces époques surgissent la fraternité, la création, la décadence. Nous trouvant au beau milieu de la deuxième période, verrons-nous le retour de la troisième, du rêve ? Sur cette roue, le point le plus éloigné, aujourd'hui, c'est la fraternité, que ne peuvent plus évoquer, sérieusement, que d'incorrigibles rêveurs. | | | | |
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| hommes | | | Comment reconnaissait-on un homme extraordinaire ? - par la hauteur de son enthousiasme, par l'ampleur de sa vue du passé, par la profondeur de son goût du beau. Comparez avec l'homme à succès aujourd'hui : s'indigner, se croire au tournant de l'Histoire, être ardent défenseur du vrai – mais c'est la définition même de la médiocrité ! | | | | |
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| hommes | | | L'Histoire est scandée par la part que les hommes accordent aux règnes de la raison ou/et du rêve. L'Antiquité ne vit que de la raison ; la Renaissance réveilla le rêve ; les Lumières atteignent l'équilibre entre les deux ; le romantisme crut pouvoir annoncer le triomphe du rêve ; la modernité, c'est un retour à la raison, sans la noblesse antique, sans l'élan de la Renaissance, sans l'élégance des Lumières, - le glas d'un romantisme étranglé. | | | | |
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| hommes | | | Je regrette l’ennui de la mythologie de la raison, pratiquée il y a deux siècles, lorsque l’horreur de la sociologie de l’âme m’étouffe, aujourd’hui, dans ce siècle sans mythes ni âmes. | | | | |
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| hommes | | | Dans les leçons d’Histoire on suivait jadis les pas de la musique : dans les poèmes, dans les passions. Aujourd’hui, on suit l’histoire des circuits commerciaux ou des avancées technologiques. Dans la mémoire des hommes, Watt finira par supplanter Homère, et la route de la soie – le chemin de Golgotha. Le Temps ne connaît plus que les horizons, il oublia les firmaments. | | | | |
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| hommes | | | Depuis trois mille ans, l’art, c’est-à-dire les mythes, les styles, les tempéraments, marquait tous les siècles par ses rêves d’au-delà individualistes, au milieu des horreurs, des folies, des perfidies bien réelles. Aujourd’hui, au milieu de l’honnêteté, de la pruderie, de la tolérance, tous les poètes, philosophes, romanciers m’enquiquinent avec le fait divers ou le jargon clanique, qui animent leurs bavardages anonymes et interchangeables. Aucun nom digne à mettre sur l’épitaphe : je vécus au siècle de …. | | | | |
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| hommes | | | L’Histoire n’est qu’un dictionnaire décoratif et décousu de nos discours ampoulés et irresponsables. « Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout »** - Valéry. Tout ce qu’il y a de valable en littérature se passe de noms propres et de dates. | | | | |
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| hommes | | | Dans l’homme, il y a cinq sujets : le rêvant, l’agissant, l’imitant, le calculant, le connaissant, qui, dans l’Histoire, forment des alliances, pour dominer : le règne de la culture, c’est l’alliance du rêvant et du connaissant ; celui de la civilisation - l’alliance du calculant et de l’agissant. L’imitant en assure l’entente et la puissance. | | | | |
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| hommes | | | Même les loisirs sont aujourd’hui mécanisés ; quelle chance eut l’humanité, qui, avant de découvrir les charmes du labeur, se livra aux jeux du charmeur ! « La fainéantise et le farniente permirent l’émergence de l’Homo poeticus, sans lequel le sapiens n’aurait plus évolué »** - Nabokov - « A lolling and loafing which allowed the formation of Homo poeticus - without which sapiens could not have been evolved ». | | | | |
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| hommes | | | Depuis trois millénaires, l’artiste affichait sa musique et sa solitude. Aujourd’hui, « il y a quelque chose d’horriblement faux dans cette culture, enivrée par le bruit et le grégarisme »** - G.Steiner - « there is something terribly wrong with a culture inebriated by noise and gregariousness ». Moi, je n’y vois qu’une sordide sobriété, une sordide vérité et un sordide bruit, celui du présent gluant. | | | | |
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| hommes | | | La dichotomie sociale, à travers les siècles : les princes et leurs sujets, les grands et les petits, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les goujats actifs et les goujats passifs. Réduction des tensions par le mot. | | | | |
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| hommes | | | Le sot ne conçoit que l’aujourd’hui visible, le médiocre y ajoute le hier lisible, le rat de bibliothèques – des siècles passés intelligibles ; mais les meilleurs des hommes tentent de rester hors-temps, dans leur éternité sensible. | | | | |
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| hommes | | | Par rapport aux siècles précédents, le nôtre gagne en intelligence, en tolérance, en justice, mais perd en tendresse. « La civilisation d’aujourd’hui, c’est la platitude des âmes » - Koublanovsky - « Цивилизация наших дней уплощает души » - l’âme devrait se tourner du côté de la culture ou de la nature, et non pas de la civilisation. | | | | |
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| hommes | | | C'est autour d'une Histoire, vue comme un mouvement rationnel vers la Liberté, que se bâtissent, de Hegel à Lyotard, les savants constats de Fin de l'Histoire, qu'ils placent, naturellement, toujours en Prusse, à la bataille d'Iéna ou à la chute du Mur de Berlin. | | | | |
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| hommes | | | Vivre, c’est évoluer dans la nature ou traverser l’histoire ; rêver, c’est quitter le naturel et le temporel et se passionner pour l’artificiel. | | | | |
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| hommes | | | Pour les réalistes, le monde fut, successivement, une lice, un marché, une machine. Pour les rêveurs, il ne fut qu’une scène de mystères. « Le monde est un théâtre de prodiges, où, au lieu de voir ce qui est, on ne voit que ce qui n’existe pas » - Ortega y Gasset - « El mundo es un teatro de prodigios, en el cual en vez de ver lo que hay, sólo veis lo que no está ». | | | | |
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| hommes | | | De la table des grandeurs ascendantes – prix-valeur-noblesse – il ne reste, de nos jours, que le prix, qui, moutonnier, cherche à se faire passer pour valeur universelle ou noblesse personnelle. | | | | |
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| hommes | | | L’état du couple beauté-joliesse dépend de celui du couple utilité-mercantilisme. Jadis, la joliesse était presque invisible, et la beauté s’entendait bien avec l’utilité, puisque le beau était utile à l’élite, qui dictait les goûts les plus exigeants. Aujourd’hui, disparaît la beauté, et la joliesse arrange le mercantilisme universel, qui domine le goût de la foule, qui prit la place de l’élite. | | | | |
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| hommes | | | L’Histoire de l’Humanité, comme l’histoire d’un homme, ne sont que des écheveaux des hasards. Le chemin, déterminant la marche, ou la marche, créant le chemin, sont des démarches de même niveau d’insignifiance. J’aurais plus de sympathie pour la foi de Don Quichotte, qui pensait, que c’était à son cheval de choisir la voie la plus juste vers ses aventures. | | | | |
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| hommes | | | On redoutait les ténèbres et les frimas, mais l’horreur vint d’une lumière robotique et d’une tiédeur moutonnière. | | | | |
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| hommes | | | Ma patrie n’est ni historique ni géographique ni linguistique ni psychologique. Il n’y a pas de frontières sur la planète appelée Hauteur, où chaque habitant est seul, sans partager avec personne son étoile ; avec ses compatriotes on y communique en langues artificielles - tonalités, mélodies, intensités, soupirs ou larmes. | | | | |
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| hommes | | | Le romantisme et son support, l’âme, sont les premières victimes de l’américanisation de l’Europe. S.Weil le savait, mais qui, aujourd’hui, l’écouterait ? | | | | |
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| hommes | | | En fonction de la place du merveilleux dans leurs vies, les hommes se divisent en trois catégories : ceux qui ne voient aucun miracle, ceux qui l’associent avec une superstition pseudo-historique, ceux qui le voient partout dans la nature – hommes de la cécité, hommes de la peur, hommes de la culture. | | | | |
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| hommes | | | L’essence d’une époque se réduit au sens et à la musique de ses messages. Le premier est profond, quand il est dicté par l’esprit ; la seconde est haute, quand elle est composée par l’âme. Le premier résume le progrès matériel ; la seconde – le culte d’une beauté immobile. Le premier ne connut qu’une seule interruption – l’écroulement de L’Antiquité sous les coups des instincts barbares ; depuis la Renaissance une nouvelle ère de progrès ininterrompu s’installa. La seconde commença sa dégénérescence à la fin du XIX-me siècle, pour se machiniser définitivement un siècle plus tard. On n’a rien à reprocher au progrès matériel ; on n’a qu’à regretter l’extinction des âmes. La civilisation enterra la culture. | | | | |
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| hommes | | | Depuis longtemps, les produits intellectuels deviennent toujours plus intelligents, et les hommes, qui les créent, - toujours plus insignifiants. | | | | |
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| hommes | | | Tu dois admettre, à l’avance, que l’humanité, sous quelque forme qu’elle se présente - société, horde ou foule – est capable de toutes les horreurs, dont nous abreuve suffisamment l’Histoire. Donc, toute déception, face aux hommes, déception suivie d’indignations, de mépris, de suicides ou de haines, cette déception est une ignorance et une sottise des esprits faibles ou potentiellement grégaires. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes vécurent dans un double cadre : la civilisation des artisans (incarnant l’espèce humaine d’un pays) et la culture des artistes (sublimant les sensibilités particulières de chaque nation). Depuis la mutation de l’homme en robot et l’abandon de son identité nationale au profit d’un nivellement mondial, il vit dans les sordides post- ou trans-humanisme. | | | | |
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| hommes | | | L’Histoire des événements enrichit nos lexiques, l’Histoire des idées propose des signes de la profondeur, l’Histoire de l’art apprend à se tendre vers la hauteur. Notre siècle présentiste se détourne du Verbe, ignore la verticalité, se contente du jetable dans ses produits, ses envies, ses possessions. | | | | |
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| hommes | | | Depuis deux siècles, l’artiste était le seul à oser défier les masses (nationales, sociales, politiques), en se désolidarisant des thèmes de leurs débats et en les méprisant ; aujourd’hui, tout artiste se sent obligé de donner son avis sur les déficits, le pouvoir d’achat, les faits divers, les taxes. De l’acquiescement hautain il est passé au bas conformisme. | | | | |
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| hommes | | | Du passé il ne nous parviennent que des échos des hommes exceptionnels, tandis que le présent – et l’avenir immédiat – sont dévalués par le bruit insupportable, proféré par la médiocre majorité dominante. Ce qui explique pourquoi je préfère être esclave (d’une modulation) du passé plutôt que prétendre à devenir maître du futur, plat et omniprésent. | | | | |
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| hommes | | | Ces temps derniers, on vit se former deux coalitions : le colérique optimiste se pactisa avec le flegmatique présentiste, et le mélancolique pessimiste – avec le sanguin émotif. L’émotion et la mélancolie, en pleine agonie, laissent, aujourd’hui, la scène aux seuls indignés du présent. | | | | |
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| hommes | | | Dans l’Histoire, notre époque est la première où l’humanité vaut par ses moyennes et non plus par ses extrêmes. | | | | |
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| intelligence | | | Le lieu des plus belles pensées n'est pas dans l'universel (Alain), mais bien dans l'inexistentiel. Qui constate l'existence, dans l'Histoire, d'un Dieu universel en donne une bien vilaine image ; mais comment ne pas justifier l'intérêt pour un Heidegger, puisqu'il est tout flamme pour un être inexistant, ce qui nous conduit vers l'universel. | | | | |
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| intelligence | | | Ils ont épuisé l'idée de Divinité et trouvant le moi trop transparent se sont rabattus sur l'occulte Être, moins humain et légèrement moins sot que l'Existence, et dont le moi serait le Berger. L'homme serait l'être à venir et à se réduire à l'histoire, l'auteur serait mort et l'univers se refléterait dans la langue, l'ontologie effacerait la métaphysique. Des sources du nouvel anti-humanisme. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'aurait rien écrit avant Nietzsche, Valéry ou Cioran, leur œuvre garderait sa valeur intacte (contrairement à Aristote, Spinoza ou Hegel, dont l'intérêt relatif relève davantage de l'histoire de la philosophie), et sa lecture n'en deviendrait pas plus ardue - à comparer avec les connaissances philosophiques (un oxymoron insensé, puisque Foucault a raison : « Il n'y a pas de philosophie, il n'y a que des philosophes »**, tandis qu'il existe bien l'art et non seulement des artistes, puisque le sens du beau est métaphysique et celui du vrai - mécanique), se réduisant à un vocabulaire emprunté, sans rigueur ni exubérance ni hauteur, et qui seraient indispensables pour une lecture des professionnels. La seule maîtrise, dont une bonne philosophie a besoin, est celle du degré zéro de la création, de la sensibilité et de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Tant d'admiration pour la mathématique, chez ceux qui n'y comprennent goutte. Encenser la grammaire de la connaissance comme si elle était la langue de la vie - quelle idiotie ! Qui fit maintes victimes : « La vie supérieure, c'est la mathématique » - Novalis - « Das höchste Leben ist Mathematik ». Regarder par l'autre bout de la lorgnette n'est pas plus fameux : « la philosophie est l'algèbre de l'histoire » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de philosophes de système : ceux qui le cherchent, en parcourant des yeux l'univers entier, et ceux qui le portent au fond de leur propre regard. Les premiers disposent d'idées, banales a posteriori ou/et farfelues a priori ; leur but, un tableau cohérent du monde, y est au centre. Les seconds s'identifient avec leurs mots, un concentré d'intelligence, de noblesse et de tempérament, un réseau de contraintes, déterminant l'élan de leurs commencements, dans leur propre voix, à travers leur propre visage. L'immense majorité des philosophes titulaires ne maîtrisent aucun système et ne s'occupent que de l'histoire routinière de la philosophie. | | | | |
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| intelligence | | | L'Histoire de la philosophie s'écrit selon le lieu de ses exercices : la hauteur du Bien, du Beau ou du Vrai (d'Héraclite à Montaigne) ; la platitude du méthodique ou du naturel (de Descartes à Leibniz) ; la profondeur des limites humaines (de Kant à Marx) ; la hauteur de notre regard et de notre souffle (Nietzsche). Sachant que toute profondeur finit par affleurer à la platitude, il faut saluer tout retour à la hauteur, même au prix du trépas de son Habitant d'antan. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | L’infini pénétra en mathématique presque au même moment qu’il quitta la philosophie, ce qui libéra celle-ci de tant de faux géomètres. De même, les élégantes structures algébriques ridiculisèrent l’ontologie. De deux seuls sujets d’une philosophie non-charlatanesque, consolation et langage, le premier attend ses algébristes d’interprétations et le second – ses analytiques de représentation. La partie est loin d’être gagnée. | | | | |
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| intelligence | | | Transcendance ou immanence, dehors ou dedans, être ou étant, nature ou histoire, essence ou existence - aucune métaphore intéressante n'est jamais sortie ni de leur dialectique ni de leur opposition. Ce débat ne put jamais attirer que des rats de bibliothèques. Et comme ce bon vieux Voltaire a, une fois de plus, raison : « L'idée de l'être en général - j'ai soupçonné, qu'il n'était point nécessaire, que nous le sussions »** ! | | | | |
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| intelligence | | | Toute philosophie, fondée sur les substances, le bon Dieu, les connaissances, la vérité ou l’Histoire, est nulle. Ce qui renvoie à la poubelle 95 % de la production philosophesque. | | | | |
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| intelligence | | | Avant Newton, la mathématique, et donc la physique, s’exprimaient en balbutiements, comme, d’ailleurs, la philosophie, qui reconnaissait sa parenté, justifiée, avec la mathématique. De la notion, vague et inutile, de l’infini, Newton forgea le concept, élégant et opératoire. La logique, restant dans les approximations aristotéliciennes, un ignare en logique, Spinoza, tenta, lamentablement, d’imiter cette logique, dans ses écrits pseudo-philosophiques (où il n’y a ni logique ni géométrie). Mais les spinozistes continuent à chercher une mathématisation de la philosophie. La philosophie perdit ses hautes ailes poétiques et ne maîtrisa jamais les profondes racines mathématiques. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche est le premier philosophe à comprendre, que la philosophie des questions nouvelles est révolue. Dans ce qui présente un intérêt pour la philosophie, tout a été interrogé. La philosophie moderne ne peut être faite que de réponses (aux questions non posées), c’est-à-dire de maximes, auxquelles tout lecteur construirait un arbre de questions, s’unifiant avec la réponse. Après Nietzsche, toutes les nouveautés interrogatives sur l’être, le savoir, la vérité, la liberté ne sont que du bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | Ceux qui s’installent à demeure dans l’histoire aménagée de la philosophie sont perdus pour la philosophie, qui est l’art de pousser ses propres racines et l’aspiration de ses propres cimes. | | | | |
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| intelligence | | | La science est la profondeur des représentations, la hauteur des hypothèses, bâties ci-dessus, et l’étendue des liaisons logiques entre ses objets. L’Histoire a beau échafauder des représentations imposantes, formuler des hypothèses grandioses – elle est incapable, par définition, à élaborer des suites logiques crédibles entre ses événements, un amas de hasards imprévisibles. À part la curiosité, elle ne peut réveiller aucune prémonition des faits à venir. | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | La seule véritable sagesse consiste à voir/deviner/ressentir partout sur notre planète les miracles de la Création. Et, à ma connaissance, il y eut, dans toute l’Histoire de l’humanité, un seul sage – Einstein. | | | | |
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| intelligence | | | Un étrange parallèle se dessine entre les ambitions de la philosophie analytique du siècle dernier et les résultats de l’IA neuronale. La première prétendait pouvoir extraire un sens unique de tout discours, celui-ci étant le seul objet d’étude (toute représentation étant exclue). Une prétention, évidemment, absurde, puisque le sens dépend des connaissances et des attentes de l’émetteur et du récepteur du discours, ce qui donnait à celui-ci autant de sens qu’il y aurait de personnages putatifs aux deux extrémités de la chaîne. Mais voilà que l’IA neuronale affronte le discours aux milliards de textes, ingurgités par l’apprentissage, pour en sortir le sens moyen statistique. Or, il se trouve que cette misérable (car sans aucune trace d’intelligence) moyenne est presque toujours satisfaisante, sans être ni vraie ni fausse ! Une idée, intellectuellement absurde, confirmée et soutenue par une méthode mécanique ! | | | | |
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| introduction russie | | | RUSSIE : Ce rude pays m'ouvrit ses bagnes et ses forêts, ses poètes et ses mouchards, ses grognements et sa musique, sa mathématique et ses casernes. Même sans sa langue, qui est aussi la mienne, je serais resté son fils, sans savoir exactement qui est mon père spirituel. La France, plus attentive, ironique et souple, m'adopta. L'appel du large, que me légua la Russie, se transforma en besoin de hauteur. Ayant appris le vertige de la hauteur, l'humilité de résignation devint une honte agissante. Le goût de vastes panoramas s'effaça au profit des climats exquis et rares. La déraison poursuit l'histoire russe et fournit aux plumes, sortant des sillages rationnels, des instigations au rêve ou à l'invention. | | | | |
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| chœur russie | | | IRONIE : La légèreté n'est pas un trait national russe, et l'ironie se doit d'être légère. L'histoire littéraire russe est pleine d'astres lourds, de comètes ou d'étoiles filantes, mais il n'y eut qu'un seul soleil ironique - Pouchkine. On continue, machinalement, d'en vénérer les objets évoqués, tandis que c'est dans la nature du regard, qu'il leur jetait, que réside son vrai message. | | | | |
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| russie | | | L'Europe : l'histoire d'un combat - entre l'Antiquité et le Christianisme - où l'on prend parti du vainqueur, de l'Antiquité. La Russie : le même combat, entre deux fantômes, portant les mêmes noms, mais plutôt absents de ses latitudes, où l'on se range du côté du vaincu, du Christianisme. | | | | |
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| russie | | | Il semble, en effet, qu'il n'y ait que deux peuples aimés de Dieu : le peuple juif et le peuple russe. Le premier, pour en être élu ; le second, pour en être abandonné. Ce qui les différencie, c'est que les uns exhibent leurs remords et les autres les avalent. « Les Juifs ont inventé la conscience » - Hitler - « Das Gewissen ist eine jüdische Erfindung ». Dieu abandonne Celui qui est sur la Croix et accompagne ceux qui suivent une bonne Étoile. « La Russie, ce point zéro de l'Histoire, non élue, mais abandonnée de Dieu » - Tchaadaev. | | | | |
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| russie | | | Il est facile de comprendre l'Européen, compagnon de route des bolcheviques, qui salue la férocité du NKVD : des révolutionnaires, qui, pour la première fois dans l'histoire des hommes, ne cherchent que le bonheur, l'égalité et la fraternité, démasquent des ennemis, qui seraient donc contre toutes ces béatitudes, - comment avoir de la pitié pour de tels monstres ? Et cet intellectuel européen n'avait pas la curiosité de se pencher sur des détails, tels que le fait que la plupart de ces ennemis furent des moujiks dépressifs ou les derniers des nobles inoffensifs. | | | | |
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| russie | | | Un bel amour entre le Rêve et la Justice aboutit à la naissance d'un avorton. Le père, stérilisé de force, creva de honte, la mère se vendit au plus offrant, leurs ébats de jadis déclarés criminels. L'histoire du communisme russe. | | | | |
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| russie | | | L'horreur de l'URSS aida à maintenir le statut de la culture par l'illogisme, l'irrationalité, le discours historique, les passions. « Plus les passions qu'un peuple peut se permettre sont grandes et terribles, plus sa culture est haute »** - Nietzsche - « Je furchtbarer und größer die Leidenschaften sind, die ein Volk sich gestatten kann, umso höher steht seine Cultur ». L'horreur des USA est dans l'inculture d'un savoir rationnel hors toute Histoire. | | | | |
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| russie | | | Le Russe veut vivre ex nihilo, les marches de l'histoire et la concentration étriquée lui répugnent. Il perd son identité dans chaque tentative d'apprentissage, car apprendre, c'est encombrer une partie du vide salutaire, où se concentre notre âme. De peur de la liberté, il est esclave du vide. « La découverte d'être libre, le rend vide » - Ortega y Gasset - « De puro sentirse libres se sienten vacías ». | | | | |
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| russie | | | C'est bien la première tentative de niveler, d'aplatir l'homme, pour que l'humanité reconnaissante puisse marcher là-dessus, sans trébucher. Mais la mémoire des siècles ne garde que les empreintes de l'humanité, et nos lointains rejetons ne verrons pas plus de scélératesse dans notre épouvantable époque que dans les havres les plus paisibles de l'histoire. | | | | |
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| russie | | | La Russie connut tant de siècles des ténèbres et aucun siècle des Lumières. « La Russie, oh ma vie, pour une âme libre, à quoi servent tes ténèbres ? » - A.Blok - « Русь моя, жизнь моя, вольному сердцу на что твоя тьма ? » - l’indifférence à la lumière, le culte des ombres. | | | | |
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| russie | | | Le cimetière et le bagne ne quittent toujours pas le paysage mental russe, à la pitié pittoresque et à la loi mal entretenue. « Toute l'Histoire de Russie, avant Pierre le Grand, n'est qu'affaire des pompes funèbres, et après - de la police judiciaire » - Tiouttchev - « Русская история до Петра Великого сплошная панихида, а после Петра Великого - одно уголовное дело ». | | | | |
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| russie | | | La mesure du gouffre creusé entre l'Europe et la Russie par le règne du goujat : je n'ai aucune peine à tracer un chemin, qui mène de Byron à Lermontov, sans ruptures ; de la conscience historique de Soljénitsyne je n'arrive pas à atteindre même les Valaco-Bohémiens Conrad, Kundera ou Cioran, quoique sa conscience tout court en fasse un Dante homérique, toujours dans l'infernal ou dans l'épique. | | | | |
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| russie | | | La cleptomanie semble être une tare héréditaire russe ; ce que Bélinsky disait, il y a deux siècles : « Il n’y a pas, en Russie, de droits de l’homme, il n’y a que des ramassis de voleurs et de bandits de l’administration » - « В России нет никаких гарантий для личности, а есть только огромные корпорации служебных воров и грабителей » - s’applique à toute l’histoire russe. | | | | |
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| russie | | | À l'occasion du trépas de l'URSS, on planta le dernier clou dans le cercueil de l'Histoire (pour l'enterrer juste à côté du Dieu et de l'art, défunts un peu plus tôt), c'est à dire dans celui de l'homme, qui ne peut être vivant qu'animé d'un rêve. « Hegel se trompa de 150 ans : la Fin de l'Histoire, ce n'est pas Napoléon, c'est Staline » - Kojève. Finis, le frisson de la fraternité et la noblesse de l'égalité ; la voie est libre pour le seul survivant - le robot, juste, libre, rassasié. | | | | |
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| russie | | | Les ignares et les malveillants voient la hideur du communisme à la soviétique et ils veulent en jeter l'opprobre jusque sur l'égalité ou l'humanisme ; peu sont ceux qui lisent cette histoire à l'envers : « Après tant de lucidité, de sacrifice, d'intelligence, - les millions de déportés, la censure » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| russie | | | Le surhomme nietzschéen aura laissé deux héritiers naturels, en Allemagne nazie et en Russie soviétique : ce qui aurait dû incarner des valeurs nouvelles (le mépris des mots anciens, l'oubli de l'Histoire), dans un pessimisme hautain, donna l'Ordre Nouveau et l'Homme Nouveau, avec leurs plats optimismes, le chant solitaire et tragique devenu marches militaires ou folkloriques. | | | | |
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| russie | | | Même les adversaires de la Révolution russe étaient obsédés par des visions historiques, pour ne pas dire hystériques : « Je perçois également deux possibilités pour la révolution : la voie du réveil ou la voie de l'oubli » - Hippius - « Я одинаково вижу две возможности революции - путь опоминанья и путь всезабвенья ». Revenir à soi, se perdre. Ouvrir, enfin, les yeux ou les fermer pour de bon. La vision au détriment de l'écoute, qui est la voie vers la démocratie. | | | | |
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| russie | | | Les diversités urbaine ou mentale sont difficilement compatibles. Ainsi, pour certains, la Russie serait « minimum de diversité avec maximum d'espace » - Kundera. C'est ce qu'on constate en Russie, quand l'œil ne s'arrête que sur des objets de la civilisation - le confort du corps. L'inquiétude de l'âme repose sur des objets de la culture. Mais cet œil-ci peut manquer même aux spécialistes de l'histoire byzantine. La Russie est le seul pays au monde, où le gouffre entre la civilisation et la culture est infranchissable. | | | | |
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| russie | | | L'intérêt des chemins, pour le Russe, n'est pas le déplacement des pieds, mais le placement du regard – vers ses horizons ou sur son étoile. Cette singularité russe fut remarquée par de grands voyageurs : « En Russie, il n'y a pas de routes, il n'y a que des directions » - Napoléon. Il n'est pas étonnant que la roue de l'Histoire s'y embourbe, et que l'on soit obligé de la réinventer à chaque nouvelle époque russe. | | | | |
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| russie | | | Les Russes sont d'autant plus enclins à distinguer deux réalités, l'historique et la musicale, que la première, chez eux, est remplie d'un grondement, chaotique et terrifiant. C'est pourquoi les plus sensibles des Russes, Pouchkine et Tchékhov, ne sont que de la musique, le premier – sur une note optimiste, et le second – sur une note pessimiste. | | | | |
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| russie | | | Les seuls artistes russes, qui ne se contentaient pas de leur propre liberté intérieure, mais appelaient à la liberté la plus risquée, la plus rebelle, la politique, furent des aristocrates, Pouchkine et L.Tolstoï. « Pouchkine ! Nous aussi, après ton appel, chantions une liberté secrète ! » - A.Blok - « Пушкин ! Тайную свободу пели мы вослед тебе ! » - ce secret cachait les noms des tyrans et les ressorts de la tyrannie. | | | | |
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| russie | | | La Russie fut un climat. Son empire vola en éclats, sa race se métissa, sa personne se fondit en foule, le climat de ses cieux et de ses âmes résiste mieux que le reste à l'épreuve de l'histoire. « L'Angleterre est un empire, l'Allemagne - une race et la France - une personne » - Michelet. | | | | |
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| russie | | | Aucune nation n'efface si radicalement toute trace du passé immédiat que les Russes. Et la réinvention du passé, de ce passé imprévisible, devint un sport national. « Ce qui fait désespérer de l'avenir de la Russie et du peuple russe, c'est la «barbarie» de son regard sur l'Histoire » - Vernadsky - « Историческое варварство заставляет отчаиваться в будущем России и русского народа ». | | | | |
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| russie | | | Les élites sont de trois types, selon ces trois critères : le prestige, le pouvoir, l’argent. En URSS, la première élite fut composée de scientifiques et d’artistes ; la deuxième – de despotes incultes ; la troisième n’exista pratiquement pas. Dans la Russie actuelle, la première et la troisième, fusionnées comme partout ailleurs, se vouent au commerce, et la deuxième n’exhibe que des voyous, plus incultes que jamais. | | | | |
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| russie | | | Dans les péripéties de toutes les histoires nationales européennes, on devine une espèce de plan intelligent, formulé comme un destin particulier et bien calculé par une chancellerie céleste. Sur ce fond, le chaos diabolique russe est flagrant : « La Russie est un jeu de la nature et non pas de la raison » - Dostoïevsky - « Россия есть игра природы, а не ума ». Et le Russe voit dans sa nature un chagrin étouffant, un silence pesant, une hauteur glacée (K.Balmont). | | | | |
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| russie | | | Pour comprendre, pourquoi le Russe est incapable de trouver sa vocation, pourquoi, à chaque tournant de son histoire, il biffe de sa mémoire tout le passé immédiat, pourquoi il ne songe qu'aux perspectives loufoques, il faut prendre à la lettre le mot de Gogol : « Le Russe, c'est un homme perdu » - « Русский человек - пропащий человек ». | | | | |
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| russie | | | La grandissime originalité de la culture russe est dans la séparation entre les moyens et les buts, la technique et l'émotion, le visible et le lisible. L'inévidence dans les premiers, l'homme comme le point d'accommodation des seconds. Dostoïevsky semble s'emmêler dans la politique et le fait divers, tandis qu'il joue sur la corde de l'homo credens. Tchaïkovsky nous mène vers un état d'âme, un lieu, tandis que l'émotion éclate ailleurs. Tolstoï disserte sur l'histoire ou la justice, tandis que son vrai discours ne vise que l'homme solitaire. Tchékhov étale des platitudes, parmi lesquelles, soudain, naît une émotion irrésistible. | | | | |
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| russie | | | L'arrogance américaine, comme, jadis, l'ambition française ou le nationalisme allemand, cherche à abattre la Russie, par des sanctions économiques ou en soudoyant des marionnettes environnantes. Je ne sais pas ce qu'on devrait leur conseiller : mieux étudier l'histoire de Napoléon et d'Hitler ou bien la géographie : « On ne soumet point une nation dont le pôle est la dernière forteresse » - Chateaubriand. À l'autre pôle - la culture, celle de Pouchkine, Tchaïkovsky, Tolstoï. | | | | |
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| russie | | | L'Histoire russe s'étend sur quatre continents ; pour certains, ses chapitres asiatique et américain restent sans Histoire du tout : « Jetons dehors la Sibérie ; nous n'avons rien à partager avec elle, car elle se trouve hors de l'Histoire » - Hegel - « Sibirien ist wegzuschneiden. Sie geht uns überhaupt nichts an, weil sie außerhalb der Geschichte liegt ». Ces paroles d'un misérable petit-bourgeois firent pleurer le grand Dostoïevsky dans son bagne sibérien, car, à ses yeux, elles signifiaient la mort du dieu européen, la mort d'une véritable liberté. Il est vrai, que dans mon bagne à moi, où Dostoïevsky se maria, aucun esprit absolu ne m'apparut, seules y apparaissaient des âmes. Mais ce n'est pas aux Hegel d'écrire l'Histoire des âmes. « La tenace raison d'être était tournée vers la Sibérie des Exilés, vers la Poésie, Exil et Terre de la Fierté de l'Homme » - Celan. | | | | |
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| russie | | | L'habit de l'Européen me flanque l'ennui ; l'habit du Russe me saisit d'horreur. Alors je me dis, que, nus, ils seraient peut-être plus présentables : eh bien, le premier irradie le même ennui, mais le second retrouve des traits de l'homme originaire, non touché par l'Histoire, on quitte le présent gluant, un passé pré-historique réveille la curiosité. | | | | |
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| russie | | | Comme tous les pays européens, la Russie tsariste fut impérialiste ; la Russie soviétique, pour la première et, sans doute, la dernière fois, dans l'Histoire, se voulut internationaliste, sacrifia ses intérêts nationaux, tenta de voir un frère dans tout Terrien, s'écroula sous un poids insupportable (même le Goulag, en tant qu'un levier économique, ne sauva pas l'affaire), s'écroula au grand soulagement des acheteurs et vendeurs concurrentiels que devinrent tous les candidats au titre fraternel. Quand mon seul frère est mon prochain impassible, calculé sur une échelle commerciale, j'oublierai ce qu'est, sur une échelle du cœur et du rêve, mon lointain vibrant. | | | | |
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| russie | | | Depuis le retour de la Crimée en Russie, une russophobie héréditaire, viscérale, primitive déferle sur la scène publique en Europe, ce qui pousse tout Européen indépendant à chercher des excuses au régime pourri russe. Le même aveuglement frappait les intellectuels européens après la Révolution russe, mais à l’époque le pays, au moins, fut dirigé par quelques rêveurs, cultivés et désintéressés, tandis qu’aujourd’hui il l’est par des analphabètes et prévaricateurs. | | | | |
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| russie | | | L’homme nouveau, élevé par la grandeur ou porté par la fraternité, est impossible, ce qui explique l’échec des totalitarismes du XX-e siècle. Un commencement historique ne se prépare que par le premier homme (le mouton) ou le dernier (le robot). « Ce qui s’est passé en Russie ne présente historiquement aucun intérêt ; c’est strictement le contraire d’un commencement » - Ortega y Gasset - « No es interesante históricamente lo acontecido en Rusia; por eso es estrictamente lo contrario que un comienzo ». | | | | |
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| russie | | | Un lourd désespoir marque le présent russe et pousse le Russe dans ses derniers retranchements eschatologiques, superstitieux ou fatalistes, peignant un avenir fantasque, sans chair ni Histoire ni moteur. Dans cette apathique obsession par des horizons impossibles, pour trouver une place pour des commencements réalistes, il faut être surréaliste, avec un titre comme Nadja (A.Breton) - en russe, c’est le commencement du mot espérance. | | | | |
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| russie | | | De brefs dégels balisaient l’histoire post-stalinienne de la Russie, mais se terminant par un pourrissement de plus. Mais peut-être K.Léontiev avait raison : « Il faut congeler légèrement la Russie, avant qu’elle ne pourrisse » - « Россию надо подморозить хоть немного, чтобы она не гнила ». Au XXI-me siècle, on le comprit, en laissant pourrir la Russie, avant qu’elle ne soit recongelée. Saint-Pétersbourg, inventée par Pierre le Grand en tant que fenêtre sur l’Europe, doit être débarrassée de l’influence européenne, selon le maire sauvage de cette malheureuse cité. | | | | |
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| russie | | | Deux étranges trajectoires : un chef révolutionnaire, I.Sverdlov, ordonnerait l’exécution de la famille impériale et des membres de leur suite, dont le docteur Botkine ; le frère du premier, Z.Pechkoff, devient ambassadeur du général de Gaulle, général de corps d’armée, grand-croix de la Légion d’Honneur ; un petit-fils du second, K.Melnik, dirigera les services de renseignement français, pour déjouer les manigances du KGB. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ne retrouvent l’instinct de la liberté et de la dignité que devant l’envahisseur étranger - les serfs analphabètes, du temps de Napoléon, ou les ex-pensionnaires du Goulag, face à Hitler. Et les Américains devraient s’intéresser un peu à l’Histoire, pour ne pas commettre l’irréparable. « Les Russes, on dirait des hommes bornés, insolents, même sots, mais on ne peut que prier pour celui qui s’attaquerait à eux » - Churchill - « Russians may seem narrow-minded, impudent, or even stupid people, but one can only pray for those who are against them ». | | | | |
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| russie | | | Là où l’Européen s’attend à la compréhension, à la générosité, à la justice, le Russe ne compte que sur le sacrifice. « Nécessité du sacrifice : la grande idée qui a présidé à toutes les époques de l'histoire russe, traversé l'esprit russe, imprégné l'âme russe, inspiré la culture russe » - D.Fernandez. | | | | |
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| russie | | | L’arbitraire du pouvoir des forts et la servilité apeurée des faibles, tous les deux asiatiques par leurs origines et passant, facilement, de l’un à l’autre, - tel est la triste Histoire politique russe, et que résume bien le plus notoire des russophobes lord A.Tennyson : « Contrée sauvage, où le Pouvoir et la Peur se rencontrent aux sommets de la brutalité » - « A savage land where meet the coarse extremes of Power and Fear ». | | | | |
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| russie | | | Même si, globalement, A.Suarès se fourvoie dans son anti-germanisme : « Un ou deux hommes en Angleterre, trois ou quatre en Russie, trois ou quatre en France, voilà tout le siècle. À l’entour, le désert », on peut songer à la place qu’aurait prise la culture russe, sans le désastre révolutionnaire. | | | | |
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| russie | | | La découverte de visages libres, à la fin du siècle dernier, en Russie, fut, pour moi, une immense surprise, donnant lieu à quelques folles espérances. Hélas, très rapidement, les Russes reprirent leurs habitudes séculaires : « Le subordonné est tenu à garder l’air abruti, afin que son esprit n’agace pas le chef » - Pierre le Grand - « Подчинённый должен иметь вид придурковатый, дабы разумением своим не смущать начальство ». | | | | |
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| russie | | | Dans la Russie tsariste, la criarde servitude collective fut une évidence que rien ne dissimulait ; tandis que sous chaque crâne y grouillaient des mystères. « Tout est mystère en Russie, et cependant rien n’y est secret » - G.Staël. Succédant à l’autocratie, le pouvoir des goujats et des voyous inversa la tendance – une manie du secret et l’évaporation de tout mystère. | | | | |
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| russie | | | Tant de bonnes occasions, pour s’amuser, en feuilletant l’Histoire européenne. Mais l’histoire russe n’inspire que l’horreur. « Il n’y a pas d’histoire plus ténébreuse, plus terrifiante, plus insensée que l’Histoire russe » - M.Volochine - « Нет истории темней, страшней, безумней, чем история России ». | | | | |
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| russie | | | Dans leur parcours vital, presque tous les personnages de l’Histoire russe ne sont que des victimes ; on n’y trouve que deux héros – Pierre le Grand et Pouchkine, triomphant de la barbarie des mœurs ou du langage. | | | | |
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| russie | | | Tous les courants protestataires russes proviennent d’un mysticisme primitif des francs-maçons du XVIII-me siècle, poussant les hommes à former des clans, des bandes, des cercles clandestins, animés par des formules ampoulées, surréalistes, inopératoires. Celui qui manqua à la Russie, ce n’est ni Voltaire ni Rousseau, mais Montesquieu. | | | | |
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| russie | | | Le Russe se sent à l’aise dans un état des croyances gratuites et même recherchées. Dostoïevsky admettait, que l’occulte idée d’une mission russe d’harmonisation fraternelle du continent européen était rêve et délire, mais il voulait y croire et en vivre. | | | | |
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| russie | | | Depuis trois siècles, la fâcheuse manie de se contenter de son vague regard, au lieu de se nourrir de ses yeux impartiaux, empêche le voyageur russe en Europe d’en tirer de bonnes leçons, le plonge dans un ‘désenchantement’ grandiloquent, l’autorisant à donner des leçons à l’Europe, qui aurait perdu l’esprit chevaleresque, pompeux et hautain. Et, le mur avec l’Europe épaissi, il retourne dans sa sauvagerie sociale, l’âme en paix. | | | | |
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| russie | | | En Europe, il fallut quatre siècles, pour passer de la culture de la Renaissance à la modernité ; pour le même passage, la Russie, après la mort de Pouchkine, ce seul artiste de la Renaissance, y mit quatre ans (avec, toutefois, une réplique de l’Âge d’Or de la Renaissance que fut l’Âge d’Argent). | | | | |
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| russie | | | Dans les milieux éclairés russes, deux siècles de recherches désespérées d’un trait national qui mériterait un franc éloge. « Nous ne trouvons même pas ce qu’on ne devrait pas mépriser en Russie » - Dostoïevsky - « Мы не знаем того, что именно должно не бранить на Руси ». | | | | |
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| russie | | | En gros, les civilisations expriment des particularismes nationaux ; tandis que dans la culture jouent plutôt des particularismes individuels. La civilisation russe est misérable, car la masse, dans ses attitudes psychologiques, oublia le passé européen rationnel de leur patrie et préserve surtout l’héritage mongol, où règne l’arbitraire. Les meilleurs porteurs de la culture russe – Pouchkine, Tourgueniev, Nabokov – sont nihilistes, ce qui aurait pu constituer sa gloire, car les nihilistes sont pour l’individu, contre la foule. Mais, les Mongols, représentés par Dostoïevsky : « À cause d’un nihiliste, Pierre le Grand, nous n’avons pas de culture » - « Культуры у нас нет через нигилиста Петра Великого » - sont incapables d’admirer ce qui sort de la tribu. | | | | |
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| russie | | | Deux cruautés, une extérieure et une intérieure, forgèrent le caractère russe – les Mongols et le servage. « Du sang d'esclave coule dans nos veines – le joug du Tatare et du serf est à l’origine de cet héritage venimeux » - Gorky - « В наших жилах течёт рабья кровь - ядовитое наследие татарского и крепостного ига ». | | | | |
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| russie | | | L’homo sovieticus fut la seule race que je croisais en URSS, à tous les niveaux des échelles sociales ; elle hérita du moujik pré-révolutionnaire la grossièreté et la paresse, le nouveau régime y ayant ajouté la trouille, la servilité et la filouterie. Quelle fut ma tristesse, en France, d’y assister, à la fin du siècle dernier, à l’extinction d’une civilisation russe en exil, celle des nobles – des Obolensky, Chakhovskoy, Vsévolojsky, Leuchtenberg – que je connus en Provence et qui tenaient à la langue maternelle, à la foi orthodoxe, à la pompe (les bals, les fêtes pour les enfants), à l’Histoire d’un pays, englouti, sans laisser la moindre trace, par le carnage bolchevique. Mais pour les héritiers de l’homo sovieticus : « Aucun système totalitaire ne pourrait jamais changer quoi que ce soit dans notre pays » - A.Kontchalovsky - « Никакая тоталитарная система не сможет поменять что-то в нашей стране » - puisque leur mémoire ne va pas plus loin que deux générations. | | | | |
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| russie | | | Culturellement, les petits, en Europe, firent d’énormes progrès, tandis que la chute des grands fut encore plus fracassante ; ils devinrent presque indiscernables ; pour eux, tous, Dieu, la noblesse, la consolation sont désormais morts. En Russie, les petits restèrent au même niveau, et la dégringolade des grands ne suffit pas, pour rejoindre ceux-là, mais, désespéramment, les grands veulent redresser ou consoler les petits, ou même s’appuyer sur eux. | | | | |
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| russie | | | L’évolution du profil du maître de la Russie, depuis deux siècles : avant la Révolution - un amateur de bals et de plumages ; un caporal, transformant le pays en casernes ; un libérateur, massacré par des libérés ; un moujik, porté sur la soupe au chou et la boisson ; un boulanger, s’adaptant au rôle impérial ; après la Révolution – un raisonneur, inventeur les charniers de classe et de masse ; un sanguinaire, remplissant les charniers par des infortunés, tirés au sort ; une série de ploucs illettrés, marmonnant des litanies rituelles à la gloire de K.Marx ; un débonnaire, découvreur de la liberté, vite évincé par des violents ; un fonctionnaire, décidé d’enterrer K.Marx et de sanctifier des monarques ; un voyou, surgi du chaos, entouré de bandits et d’escrocs, tous promus au statut de milliardaires, arrachant les pousses timides de la démocratie, l’assassinat des adversaires se banalisant. | | | | |
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| russie | | | La Russie ochlocratique et cleptocratique, en déclarant la guerre à la démocratie, se dirige, irrévocablement, vers un écroulement de plus. Tiouttchev avait raison : « Il n’y a plus en Europe que deux puissances réelles – la Révolution et la Russie. La vie de l’une est la mort de l’autre »* - « В Европе существуют только две действительные силы - революция и Россия ; существование одной из них равносильно смерти другой » - où, en éliminant un anachronisme, il faut remplacer révolution par démocratie. | | | | |
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| russie | | | Dans la Russie cleptocratique actuelle, les riches serviables se sentent à l’abri des ennuis pécuniaires. En Russie tsariste, « les brigands détroussaient les riches ; notre pouvoir dépouillait les pauvres » - Tolstoï - « разбойники грабят богатых. Наша власть обирает бедных ». Le pouvoir, aujourd’hui, appartient aux brigands ; ne pâtissent du pillage que les pauvres. | | | | |
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| russie | | | Comprendre la place de son peuple, dans le concert des nations, est la première qualité d’un chef d’État et celle, qui le rapproche le mieux de ses sujets ; le seul souverain vraiment russe fut Pierre le Grand. La Russie naquit sous la hache des brigands normands ; elle agonise, aujourd’hui, sous les matraques, poisons et larcins des voyous apatrides. | | | | |
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| russie | | | La plupart des historiens russes sont persuadés, que l’Europe n’a pour le peuple russe que l’antipathie, l’hostilité, le mépris. Vivant au milieu des Européens je vois, de leur part, surtout de la sympathie, de la compassion, du désir de voir une Russie plus civilisée, plus démocratique, plus prospère. Ce qui horrifie l’Européen, c’est, depuis un siècle, le mensonge, éhonté et abrutissant, des dirigeants russes, vis-à-vis de leur propre peuple, et leur sauvagerie face aux opposants libéraux. | | | | |
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| russie | | | Un siècle après sa Révolution exterminatrice, la Russie est encore plus perdue, plus haineuse, livrée aux caprices crapuleux de ses tyranneaux, aujourd’hui – bandits contre-révolutionnaires. « XX-me siècle… - sans toit ni loi, les ténèbres se propagent, terrifiantes » - A.Blok - « Двадцатый век… Ещё бездомней, ещё страшнее жизни мгла ». | | | | |
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| russie | | | Les Espagnols mirent 20 ans, pour se débarrasser définitivement de l’héritage musulman – de l’acceptation de la terreur comme mode de domination. Les Russes gardent, depuis sept siècles l’abject héritage mongol – l’indifférence pour la liberté. « Indifférent à la justice, ce peuple ne reconnaît ni la dignité humaine ni l’homme libre ni la pensée libre »** - Pouchkine - « Народ равнодушный до справедливости, народ, что не признает ни человеческого достоинства, ни свободного человека, ни свободной мысли ». | | | | |
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| russie | | | Avec ses grands écrivains du XIX-me siècle, la Russie avait créé, auprès des Occidentaux, une naïve illusion qu’en se réveillant de son anémie, elle donnerait un nouveau souffle au romantisme d’antan : « De tout chagrin, de tout soupir l’Occident est la tombe ; l’espérance et l’amour retrouvés viennent de l’Orient ! Tournez-vous vers lui ! » - L.Carroll - « The West is the tomb for all the sorrow and the sighing ; from the East comes new Hope, new Love ! Look Eastward ! » - après les soupirs passagers des rêveurs, on continua de n’entendre en Russie que des hurlements des tourmenteurs et des tourmentés. | | | | |
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| russie | | | Jadis, l’Europe, vers laquelle lorgnait la Russie, alternait des lumières apaisantes et des ombres sanglantes ; aujourd’hui, j’y vois surtout des lumières, paisibles quoique ennuyeuses. La Russie, habituée aux ténèbres presque permanentes, et dans lesquelles elle est plongée aujourd’hui, n’arrive plus à s’adapter à ce cadre, trop transparent pour elle, ce qui rend ses ténèbres encore plus sauvages, ensevelis sous des couches d’oublis historiques. | | | | |
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| russie | | | L’obsession par des versions courantes, en tout - en civilisation ou en culture, - fit perdre le sens de la longueur de la mémoire collective, la perte, dont ne se rendent compte que les esprits perçants et bien éduqués. L’Européen tire sa généalogie des Sumériens, en passant par les Égyptiens et les Phéniciens, - sept mille ans ; le Chinois a un horizon de trois mille ans, le Russe atteint mil deux cents ans, et l’Américain – cinq siècles. | | | | |
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| russie | | | Février 2022 : il est presque certain, que nous allons assister à une nouvelle révolution russe, à un désastre moral, économique, politique, humain. À la tête de cette malheureuse Russie, où il étouffa tout souffle de la liberté, se trouve un voyou inculte, un homo sovieticus barbare. Il vient de se lancer dans une aventure qui ne peut se terminer que par des amoncellements de cadavres de soldats russes dans les steppes ukrainiennes, le reste rentrant au pays, la queue entre les jambes, et par un terrible écroulement du pays. Pourvu que l’Occident oublieux ne réveille pas l’indomptable ours : « Je connais mille façons de faire sortir l'ours russe de sa tanière, mais pas une seule pour l'y faire rentrer » - Talleyrand. | | | | |
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| russie | | | Cinquante pays les plus évolués du monde commirent une faute regrettable, en cherchant à humilier la Russie (et pas tellement son dictateur mafieux, qui ignore la honte). Ils injecteront des milliards pour armer les Petits-Russiens, mais feront, peut-être, une erreur, en livrant des chars germaniques avec la même croix qu’au temps de Barbarossa – aux Tigres et Panthères succéderont les Léopards, et en réveillant le patriotisme grand-russien (succédant à l’apathie et à l’indifférence). Mais l’Occident démocratique ne connaîtra pas ce que connurent Napoléon l’Antichrist et Hitler le Teutonique. | | | | |
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| russie | | | Jamais le tableau de la Russie du XXI-me siècle ne fut aussi précis que celui qu’en produisit, un siècle plus tôt, A.Gide : « De cet héroïque et admirable peuple, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes ». | | | | |
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| russie | | | Seul un despotisme – tsariste, bolchevique ou mafieux – peut préserver l’empire russe. La moindre intrusion de la liberté provoque son écroulement. Cioran le vit bien : « À supposer que la Russie arrivât à un régime libéral, elle se disloquerait sur-le-champ ». | | | | |
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| russie | | | Avant le coup d’État bolchevik, la Russie impériale comptait une pléiade d’artistes extraordinairement doués ; mais dans la Russie de la racaille actuelle, personne, généalogiquement, ne s’en réclame. En revanche, ces goujats se gargarisent d’être descendants de la noblesse, d’officiers ou d’archimandrites, de marchands de bois ou de fabricants de cartons. La corruption fut la source de la fortune de ces deux générations de ploucs. | | | | |
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| russie | | | Au comble de la puissance et de la culture russes, on entendait déjà des nationalistes bornés promettre un avenir radieux et gémir sur la misère courante. « Nous sommes sûrs que l’avenir amènera une renaissance et un redressement de la Russie » - I.Iline - « Мы уверены в грядущем возрождении и восстановлении России ». | | | | |
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| russie | | | La Russie a ce point commun avec l’Amérique – elle est de plus en plus spatiale, au détriment du temporel. « L’Europe, c’est le temps. L’Amérique, c’est l’espace » - R.Debray. Le temps, c’est la culture ; l’espace, c’est la nature ou la caricature. | | | | |
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| russie | | | Tous les humanistes voyaient dans l’éducation du peuple le moyen le plus sûr pour adoucir les mœurs. Et pourtant, jamais on n’a vu autant de férocité qu’après l’annonce triomphale, en Russie soviétique, de l’alphabétisation totale des paysans. | | | | |
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| russie | | | L’intelligentsia russe exista pendant un siècle et demi, de Pouchkine à Pasternak. À l’exception de quelques furtifs instants de liberté, sous Alexandre II et Gorbatchev, la Russie ne connut que des régimes pourris, et l’intelligentsia s’affirmait par l’opposition à la tyrannie courante. Curieusement, le signe extérieur le plus constant fut l’opposition à la foi officielle, ce qui la poussait soit vers l’athéisme soit vers la bondieuserie. | | | | |
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| russie | | | Quelques mois d’une ivresse de liberté, dans les meilleures têtes russes, furent suivis par le retour des bas-fonds barbares. Comme toujours, depuis Ivan le Terrible, – la police, les bourreaux, les voyous. Cette Histoire peut être vue comme une évolution de la Police (Nabokov). « Je n’y retournerai jamais – l’ombre abjecte d’un État policier ne sera pas dissipée de mon vivant » - Nabokov - « Я никогда не вернусь - гротескная тень полицейского государства не будет рассеяна при моей жизни ». | | | | |
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| russie | | | Trois défaites militaires russes, au début du XX-me siècle, amenèrent trois révolutions ; le même scénario se profile aujourd’hui, avec les mêmes émeutes, chaotiques et impitoyables. On n’avait pas trouvé vital de juger les assassins sauvages de masses, un demi-siècle plus tôt ; on devrait juger, aujourd'hui, les assassins sauvages d’individus, pour crever les abcès sanglants de ce pays malade. Le crétinisme permanent, incurable et viscéral, de tous ces assassins ne présage pas, hélas, qu’une intelligentsia pro-européenne, enfin, vienne au pouvoir. | | | | |
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| russie | | | La Révolution russe : le Rousseau lyrique et le Marx dogmatique, lus et interprétés par le Gengis-Khan pratique. La racaille, marmonnant des thèses dialectiques pour trucider des Saint-Preux ataviques. | | | | |
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| russie | | | La culture et, surtout, la civilisation allemandes sauvèrent l’humanisme, après la barbarie nazie, tandis que la brillante culture russe fut la première et la plus irréversible victime de la Révolution. La Russie porte, même cent ans après, les stigmates de la dévastation sauvage. Comme si Bounine parlait aujourd’hui : « Tous, haineux, infiniment sanguinaires, menteurs jusqu’à la nausée, primitifs, minables au plus haut point » - « Всё злобно, кроваво донельзя, лживо до тошноты, плоско, убого до невероятия ». | | | | |
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| russie | | | La souffrance inonde tout l’espace russe, de sa misère matérielle à sa littérature spirituelle, mais ne fait que remuer la boue, sans apporter la moindre pureté. « La souffrance n’apporte une catharsis qu’aux âmes libres » - Prichvine - « Только душу свободную очищает страдание ». | | | | |
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| russie | | | Se repaître des ombres édulcorées du passé, calmer la honte par une vision d’un avenir radieux, - tous les moyens sont bons pour les Russes, afin de ne pas affronter les ténèbres du présent. | | | | |
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| russie | | | L’Histoire de Russie : quatre siècles de brigandage, quatre siècles de barbarie, deux siècles d’éclat en haut et d’esclavage en bas, un siècle de mafias – idéologique, concentrationnaire, gérontiste, voyouriste. | | | | |
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| russie | | | 1812, 1941, 2022 - trois confrontations entre l’Occident et la Russie : la politique (pour dominer), la raciale (pour soumettre), la juridique (pour défaire les envahisseurs) ; coalitions de 10, 30, 75 pays. Avec, à la tête de la Russie : un Européen raffiné, un Asiate sanguinaire, un mafieux véreux. Les résistants russes : aristocrates et cosaques, humiliés et vengeurs, mercenaires et ivrognes. | | | | |
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| russie | | | L’emploi du poison ou de balles dans le dos, par l’actuelle mafia régnante russe, pour liquider ses adversaires politiques, me rappelle que déjà le tsar Alexis le Doux, au XVII-me siècle ordonnait à ses émissaires en Europe de dépister et occire (сыскать и извести) un boyard qui s’y était réfugié. | | | | |
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| russie | | | Quand un grand danger menace une vieille civilisation, une révolution culturelle devient indiscernable d’un conservatisme civilisationnel. La Russie est poursuivie par cette fatalité depuis huit siècles. « Révolutionnaires par nécessité, nous le sommes même à cause de notre conservatisme » - Dostoïevsky - « Мы — революционеры по необходимости, даже из консерватизма ». | | | | |
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| russie | | | Je suis enfant de la forêt sibérienne. L’ours m’était plus proche que le caniche. La framboise et le sureau, à la lisière, et non pas le chocolat et le sorbet, accompagnaient mes premiers festins gourmands, solitaires et non collectifs. Mais j’y reconnais la même substance, qui, jadis, animait mes soirées, et, aujourd’hui, anime mes matinées – le livre. Les contes de fées, que, rentrant de son usine, me lisait ma mère ; la poésie, lyrique ou philosophique, qui s’incarne dans mes états d’âmes, dans les images ou les mots, se déversant sur mes pages. Je ne sais plus où l’emporte la nature, où s’incline la culture. La civilisation la plus tardive de la planète. | | | | |
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