| action | | | L'acte esthétique est dans le mot ou la note, il est inactuel. L'acte éthique n'a de sens que par des traces. D'où l'exil de l'artiste au-delà du bien et du mal, dans l'essence, dans la permanence de l'être, ce point crucial de l'éternel retour, car « l'Un-Bien est au-delà de l'essence » - Platon. | | | | |
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| action | | | L'intérêt du discontinu : après le vertige de l'amorce, ne pas enchaîner par l'inertie de l'exploitation. De commencement en commencement – tel est le secret de l'éternel retour ; l'intensité est ponctuelle, et le progrès - linéaire. | | | | |
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| action | | | Par l'implacable loi de l'éternel retour, tout chemin s'achèvera en cercle. Gagner en hauteur, par un jeu en spirale, est un espoir niais. La hauteur commence par le courage de n'emprunter aucun chemin. Ou bien le chemin n'est que cheminement et le jeu du retour consiste à savoir traduire toute étape, même la finale, en point zéro d'un parcours inentamé. Se fuir est souvent le plus court chemin pour se retrouver : on court sans arrêt, pour arriver à ce qu'on fuit. | | | | |
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| action | | | Dieu est visiblement sensible à la beauté, au bien et à l'intelligence ; en revanche, je ne vois aucune trace de son intérêt pour la puissance (ni pour l'éternité ni pour l'infini) qui, pourtant, sauterait aux yeux de tous les théodicéens. | | | | |
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| action | | | Mon esprit et mes jours décrivent les cercles : mystère - problème - solution - mystère et regard - désir - action - réflexion - regard, mais mon âme éternelle ne doit faire escale que dans le mystère et le regard, dans l'intensité et le visage ; le reste ne fera que contribuer à l'éternel retour du même. Mais ce même est hautement sélectif ; ne méritent mon intensité que les choses dignes de mon désir, choses sélectionnées par mes contraintes volontaires. | | | | |
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| action | | | Recours à la force est toujours rejeté par la sagesse, comme instrument toujours pipé, comme condition toujours sine qua si quand même, la force réduit aux gémonies ce qui ne progresse pas, c'est-à-dire ce qui est éternel. « Cet état d'extrême simplicité où, sans notre action, nos besoins harmonisent avec nos forces » - Hölderlin - « Ein Zustand der höchsten Einfalt, wo unsere Bedürfnisse, ohne unser Zutun, mit unseren Kräften gegenseitig zusammenstimmen ». | | | | |
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| action | | | Deux éternités encadrent mon existence, que je dois amplifier, en transformant le passé et en filtrant l'avenir (et non pas l'inverse). Pour en rester à l'électrotechnique, je dirais, que, en fait d'éternité, la bonne jointure se fait par un regard-condensateur plutôt que par un muscle-résistance. | | | | |
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| action | | | Ma vie se résume en deux destinées : la première est tracée par mon action et mon esprit, et la seconde – par mon âme et ma création. Tout homme sensible finit par comprendre, que les pas sur la première voie n'apportent rien de significatif à la qualité de la seconde. Mais aucun progrès ne m'attend sur la voie éternelle, la seconde ; je n'y vivrai que le retour du même, car le talent de mes compositions, l'intensité de mes couleurs, la noblesse de mon regard sont trois dons du ciel non évolutifs. | | | | |
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| action | | | Les hommes apprécient ce et ceux, principes ou hommes, qui font bouger le monde ; ô combien plus intéressants sont ceux qui y dénichent quelque chose de délicieusement immobile, invariant, apparenté à l'éternel ! « Ceux qui peuvent saisir ce qui est toujours égal à soi sont philosophes »*** - Platon. L'enfer, c'est le prurit des pieds ; et « l'immobilité, ce seul fragment de notre ressemblance à Dieu, qui nous reste du paradis »** - F.Schlegel - « Müßiggang, einziges Fragment der Gottähnlichkeit, das uns noch aus dem Paradies blieb ». | | | | |
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| action | | | La fidélité au désir ou son sacrifice, l'épicurien ou le stoïcien, auraient pu s'équivaloir si, au lieu de s'intéresser à la volonté, c'est à dire à l'inertie ou à la fuite en avant, ils se penchaient sur la puissance, c'est à dire sur l'intensité et son retour éternel ; c'est ainsi que Nietzsche interpréta la misérable idée spinoziste : la béatitude (le conatus) résiderait dans l'augmentation (le progrès, donc, – à l'opposé de l'éternel retour) de la puissance d'agir, tandis que, pour Nietzsche, il s'agit de la puissance de rêver. Comme quoi, les (pseudo-)parentés philosophiques se fondent sur les mots et non pas sur le sens. | | | | |
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| action | | | On agit pour parfaire le relatif, ce qui explique son succès auprès des dépourvus d'éternité. « Agir, c'est forfaire à l'absolu » - Cioran. | | | | |
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| action | | | Les grands hommes d'action n'existèrent jamais ; la grandeur n'est que dans les circonstances. Ceux qui s'y prêtèrent ne s'appuyaient guère sur les idées, mais sur le courant aléatoire et favorable à leur profil. Se plaindre de l'absence de grands hommes : « Ces hommes d'autrefois furent très grands, avec leurs yeux, fixés sur une Idée, sur un universel abstrait et éternel » - J.Benda – est idiot. Félicitons-nous que les yeux de tous les candidats à cette méchante grandeur soient fixés aujourd'hui sur l'Idée d'un universel mercantile et non pas belliqueux. Et laissons l'homme de rêve vivre de son regard, particulier, viscéral et charnel. | | | | |
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| action | | | Je vis, simultanément, deux vies : celle qui découle du cours du temps et celle qui tente de saisir ou de suivre ce qui est hors du temps et que j'appelle, faute de mieux, l'éternel. Le choix exclusif entre les deux ne se pose presque jamais. Agir ou contempler, calculer ou rêver, la rigueur ou l'intuition, l'équilibre ou le vertige, la paix ou la détresse – il faut accepter toutes ces poses, et en faire des gammes larges dont naîtra ma haute musique. | | | | |
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| action | | | Ta sensibilité est indissociable des faits réels qui parsemèrent ta vie, mais pour la qualité de ta création ils ne jouent aucun rôle. C’est à peu près la même chose avec l’étude de l’Histoire : elle enrichit tes vocabulaires, mais n’apporte rien à l’efficacité, à la responsabilité ou à la sagesse de tes actions, y compris de tes créations. Les seuls personnages du passé, qui restent vivants dans le présent, sont ceux qui tentaient d’entamer un dialogue avec l’éternité. Le rêve, et non pas la réalité, guident les plus belles pensées et les plus belles plumes. | | | | |
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| action | | | Je suis sceptique quant à l’intérêt de la transformation de l’être en faire (et non pas en devenir qui n’est que l’être traversant l’espace-temps). On ne se fabrique pas ; on est complet, achevé, dès sa première enfance. Les valeurs et leurs hiérarchies restent stables ; ce qui évolue, ce sont des contraintes que j’impose à mes choix capitaux. Elles portent d’abord sur les buts à viser ; ensuite – sur les parcours à emprunter ; finalement – sur les commencements à créer. Je devins un éternel débutant. | | | | |
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| chœur amour | | | HOMMES : Dans toutes les confrontations modernes, à l'amour imprévisible les hommes préfèrent une visible réussite, comme cadre et pâture. Un champ de moutons au détriment d'un chant du cygne. On se force à aimer les hommes, pour tempérer son orgueil ou pour deviner un dessein divin quelconque, mais on finit par comprendre, que cet amour sera dilapidé au détriment de l'homme. | | | | |
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| amour | | | En effet, Dieu est peut-être amour. Je me résigne assez facilement, que tous fassent la sourde oreille face aux mots, soufflés par mon esprit, ou que personne ne soit attiré par la hauteur que je vise, - mais, mon Dieu, comme il est difficile de porter la caresse non sollicitée par personne ! Dieu serait-Il caresse ? La caresse serait-elle Son commencement ? Suivie de ou précédée par l'émotion : « Au commencement était l'émotion » - Céline. Même l'éternel retour est le mieux illustré par les métamorphoses de la caresse, vues par Lucrèce : Vénus-volupté, Vénus-amour, Vénus-paix, Vénus-nature - le monde, au bout de la chaîne, retombant sur la caresse. | | | | |
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| amour | | | Béni soit celui dont l'amour est assez irréel et immobile, pour ne pas se laisser entraîner par les courants du réel et du désamour, qui le guettent ensemble au matin de la vie. Que l'exil vespéral soit mon éternelle patrie, où je rêverai d'éternels voyages : « Nombreux sont ceux qui cherchent dans l'amour une patrie éternelle ; d'autres, rares, - un éternel voyage » - Benjamin - « In einer Liebe suchen die meisten ewige Heimat. Andere, sehr wenige aber, das ewige Reisen ». | | | | |
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| amour | | | L'amour compréhensif dispense de penser, puisque ses heures heureuses font oublier les minutes minutieuses. Même en respirant, au lieu d'inspirer ou d'expirer, son souffle sera toujours pris, par un Croire amoureux, pour un éternel éternuement. | | | | |
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| amour | | | L'amour, qui est éternel tant qu'il dure, peut être comparé avec le parcours des dieux : « Les Dieux furent immortels » - S.Lec. | | | | |
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| amour | | | L'âme n'est ni éternelle ni porteuse d'une éternité ni même en contact avec une éternité, elle est élan vers l'inexistant atemporel, élan qui est à la fois agentia et amantia (Lulle), ce besoin de caresses sacrées, animant nos meilleurs images, regards ou frissons. Mais puisque cet élan est toujours tourné vers l'au-delà des choses et des idées, on accorde à l'âme, métaphoriquement, un voisinage avec l'éternité. | | | | |
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| amour | | | C'est en renonçant à toute course qu'on ressent le mieux le courant amoureux. Vivre, c'est toucher à ce qui est évanescent. On ne touche à l'éternel que par un regard immobile. Aimer, c'est donc désapprendre à vivre. « Aime et fais ce que tu veux » - St-Augustin - « Ama et fac quod vis » - autant dire, ne fais rien et sois l'acquiescement du monde. Renonce à la chose, pour le nom de la chose. Lulle : « qui n'aime pas, ne vit pas » - met une négation de trop, dans n'importe quel ordre. | | | | |
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| amour | | | Ce qui est éternel - l'amour, la beauté, la vie - ne l'est que tant que cela dure. L'éternité n'est qu'une contrainte ; quand elle est finie, on peux se consacrer au secondaire, aux fins. Aimer, c'est ne pas voir les fins et vivre de recommencements. | | | | |
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| amour | | | Le vrai est soumis aux caprices profonds des langages ; le Bien extrême remplit l'ampleur de l'amour ; le beau culmine dans la hauteur de la musique. Et c'est tout naturellement que ce bouquet se forme dans le poète, cet éternel amoureux : « Le centre du monde se trouve dans le cœur du poète » - Heine - « Das Herz des Dichters ist der Mittelpunkt der Welt ». | | | | |
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| amour | | | La volupté est un plaisir d’origine divine ; on pourrait donc dire qu’elle vaut l’éternité ou veut son retour éternel. La volonté y est secondaire, quoi qu’en pense Nietzsche : « Toute volupté veut l’éternité » - « Alle Lust will Ewigkeit ». | | | | |
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| amour | | | Dans la réalité, il n’y a rien d’éternel ou d’infini ; il faut les inventer, comme les invente le mathématicien, en tant que processus. Pour le poète, ce serait de l’élan. « Impossible de te détacher des choses passagères, si tu n’es pas épris des choses éternelles »** - St-Augustin - « Amor rerum temporarium non expugnatur, nisi aliqua suavitate aeternorum ». | | | | |
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| amour | | | À l'enfer, avec sa tentation par la révolte, au purgatoire, avec sa tentation par la perfection (Chateaubriand), je préfère mon paradis, avec ma tentation par le désir et la caresse. Ni l'éternité de débandade, ni l'avenir de mascarade, mais le présent de toquade. | | | | |
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| amour | | | Le secret de la réussite, réelle et banale, c'est le suivi, l'enchaînement, la durée ; seuls les amoureux, c'est à dire des poètes, baignés par la défaite, imaginaire et glorieuse, ne s'attachent qu'à l'instant ou à l'éternité. | | | | |
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| amour | | | Dans la réalité il y a nécessité, temps, limites ; dans le rêve il y a liberté, éternité, infini ; être poète ou amoureux, c’est laisser le rêve dominer la réalité. | | | | |
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| amour | | | L’arsenal des concepts, des idées, des vérités n’évolue presque plus ; celui des sentiments vit l’éternel recommencement. « L'esprit s'épuise, mais le langage du cœur est intarissable » - G.Staël. | | | | |
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| art | | | Tout l'art est dans le parcours (imaginaire) du grain à l'arbre. J'ai beau n'évoquer que des rameaux, des fleurs ou des ombres, on doit pouvoir remonter au grain et deviner l'arbre. L'art classique, c'est se concentrer aux extrémités ; l'art romantique, c'est se réfugier dans les ramages. La sensation d'éternité, le sentiment qu'il me reste peu de temps à vivre. | | | | |
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| art | | | Il peut y avoir un bon style de présence de l'auteur comme un bon style de son absence. Quand on déclare, qu'il vaut mieux laisser la Nature et l'Éternité agir à la place de l'auteur, agissent, le plus souvent, la matière et la géométrie. | | | | |
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| art | | | L'art n'est qu'une illusion de plus d'une vie justifiée (seul le savoir des sciences mathématisables n'est pas illusion). Cette illusion se dissipe par deux certitudes opposées : la fausse - l'artiste communiquerait avec l'éternité, et la vraie - l'artiste ne vaincrait que les contraintes d'un langage. Et c'est pour entretenir l'illusion ténue, que l'artiste, même l'artiste du souterrain, a besoin du spectateur ou du lecteur. | | | | |
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| art | | | « L'universalité et l'éternité se manifestent le mieux dans la poésie » - qui l'a dit ? - un rimailleur en manque de lecteurs ? - non, le plus fort cerveau de tous les temps, paraît-il (« le maître de ceux qui savent » - Dante - « il maestro di color che sanno », ce que d'autres contestent : « le pire des sophistes, exécrable jouet des mots » - F.Bacon - « pessimus sophista, verborum vile ludibrium ») - Aristote ! Mais dès que le poète penche pour la preuve, au détriment de la musique, il devient aussi borné et impermanent que l'historien. | | | | |
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| art | | | L'art de l'éternel est dans la musique, l'objet central d'une bonne philosophie, qui ne peut être que poétique : « Seul le philosophe est poète »* - Nietzsche - « Nur der Philosoph ist Dichter ». Par un malentendu terminologique, pauvre Platon, cet authentique poète, n'entendant goutte à la mathématique, n'invitait à l'Académie que des géomètres, (ceux qui savent évaluer les choses terrestres). Lui, qui n'offrait aux hommes que des mythes, s'en prend à ses confrères : « Je mets au défi les passionnés de la poésie de montrer, qu'elle est non seulement réjouissante, mais aussi bénéfique à la vie humaine ordonnée » - Platon. Mais peut-être le chaos et le spleen sont les seuls éléments, dans lesquels la poésie ne se noie pas. | | | | |
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| art | | | Quand, dans le devenir créatif, dominent l'art et l'intensité, le temps disparaît des attributs de la création, et le regard de créateur remplace les yeux d'homme ; c'est un retour éternel, retour sur soi, retour du même soi, après une brève traversée du temps. | | | | |
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| art | | | L'heure de la création doit être matinale, au regard de mon propre astre, inspirateur ou projecteur de mes ombres. L'étoile matinale de l'éternel retour de Zarathoustra s'élevait au grand midi - am großen Mittag - du Soleil commun ! | | | | |
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| art | | | L'artiste devrait réagir aux convulsions de son époque et rester impénétrable à ses cadences. Deviner derrière la fureur passagère du temps – la majestueuse éternité de l'espace. « Le Beau doit être majestueux » - Pouchkine - « Прекрасное должно быть величаво ». | | | | |
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| art | | | Le poète, c'est le désir toujours renaissant, remettant les pendules à l'heure zéro, communiquant, Dieu sait comment, avec l'éternité, cet oubli du temps, cette durée, qui ne se réduit jamais aux heures, cet éternel retour aux commencements. Les fardeaux de la vie ne rendent ce désir que plus léger ; c'est porté aux nues qu'il gagne en poids et en besoin d'ailes. | | | | |
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| art | | | Le poète devrait penser en vers et non pas versifier ses pensées. Le poète dans l'âme dit Je fleuris comme les autres disent J'imagine, Je crée, Je produis. | | | | |
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| art | | | On pense progresser en écrivant successivement sous l'influence des secondes, des jours, des années, des siècles. Et l'on comprend, un jour, que ce cheminement est celui de la régression, et que la seule chance de ressentir le souffle de l'éternité est de se concentrer dans un instant sans durée. | | | | |
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| art | | | Trois conditions nécessaires, pour que l'éternité prête l'oreille à mon message : il doit être sans lendemain, l'aujourd'hui y doit être absent et l'hier constituer la perspective ou le point zéro de mon écriture. Pour un bon interprète, comme pour un bon créateur, « hier n'est pas encore né » - Mandelstam - « вчерашний день еще не родился ». | | | | |
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| art | | | Une règle infaillible : chaque fois que je m'absente de mon opus, ce ne sera ni le bon Dieu ni l'éternité ni la beauté qui occuperont ma place, mais bien l'ennui, le mouton et l'inertie. Libre aux Flaubert ou Gide de penser le contraire. | | | | |
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| art | | | Dans l'éternel retour, sur la spirale de la création, peu importe sur quelle étape je m'attarde le plus (sur l'œuvre - Nietzsche, sur le créateur - Cioran, sur la création - Valéry), intensité - ironie - intelligence, envol - chute - invariants, - le regard tangent peut y être de la même hauteur et suivre la même direction. | | | | |
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| art | | | C'est dans ses commencements, que l'artiste met le maximum de son énergie et de ses visées ; pour lui, la croissance, le progrès, l'avancement n'ont pas beaucoup de sens. S'il réussit à garder l'intensité de ses préludes jusque dans ses finales, il aura pratiqué le retour musical du (au) même. Il faut choisir entre la marche de la vie et la danse de l'art. | | | | |
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| art | | | La justification de la maxime comme d'une illustration précise de la pensée de l'éternel retour, surgissant de la chaîne : l'être (la création divine, le savoir, l'intelligence), le devenir (la création humaine, le mouvement, la vie), l'intensité vitale (le seul dénominateur commun entre le héros, l'artiste et le bel esprit), le commencement résumant la finalité et coïncidant avec elle, ce que reprend le symbole de l'éternel retour du même et dont la maxime est la miniature. Un commencement, dont toute suite pensable ne serait que du retour du même, de ce qui est prégnant ou déjà exprimé dans le commencement, - la définition même de la maxime. | | | | |
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| art | | | Impossible de faire de tout instant – une aube ; le culte du commencement, auquel débouche l’éternel retour, ne peut être que spatial : ni répétition ni déjà vu ni durée, mais création en hauteur. | | | | |
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| art | | | Les philosophes professionnels choisissent toujours le mauvais côté du confessionnal : « Le métier littéraire est un éternel sacerdoce » - Carlyle - « Literary men are a perpetual priesthood ». Sois ton propre autel, sur lequel tu alterneras les sacrifices de la vie et les fidélités à l'art. | | | | |
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| art | | | Une tentative de lecture de Nietzsche : la poésie peint le devenir fugitif, tandis que la philosophie scrute l'être immuable. Comment rapprocher ces deux mondes ? - en donnant au premier la stature du second et en munissant le second de l'intensité du premier. Rencontre entre la volonté d'artiste et la puissance de penseur, les deux mondes devenant le même : le devenir héberge le retour, l'être s'incarne dans l'éternité. | | | | |
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| art | | | Le romantisme nous fait quitter la vie, il invente un chemin, qu'emprunte ensuite le classicisme pour nous faire rentrer dans la réalité – l'éternel retour de la même création. « Le romantisme nous évite des collisions avec la réalité et contribue à la préservation de l'optimisme » - Chestov - « Романтизм оберегает людей от столкновения с действительностью и способствует сохранению прекраснодушия ». | | | | |
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| art | | | L'ordre croissant d'importance, dans le travail de plume : les circonstances (lieux et dates), les contraintes (choses et relations à exclure), le talent (fulgurances et abattements). Aujourd'hui, seul le premier aspect survit ; les livres nagent dans une platitude, dont ne débordent que quelques fadaises. Partout - des dates (pas d'appels de l'éternité), les lieux sont publics (ni l'âme ni le cœur), les objets n'ont qu'une pesanteur (pas de grâce), les points de vue sont claniques (ni regards ni états d'âme personnels). | | | | |
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| art | | | Surmonter les axes éthiques – bien-mal, ascension-déclin, force-faiblesse, fierté-humilité, acquiescement-négation, –, sur lesquels toutes valeurs sont différentes, en les enveloppant par un axe esthétique, qui réduit ces valeurs au même (ce qui traduit la volonté de puissance), - telle fut l'origine de la métaphore de l'éternel retour. Mais pauvre Nietzsche prit cette métaphore pour une pensée, qu'il chercha à développer par des chinoiseries lamentables autour des lois physiques ou des cycles, répétitions, anneaux. | | | | |
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| art | | | Dans l'art, le bon nihilisme aide à former des commencements indépendants, mais les non du parcours sont toujours anti-artistiques et mesquins. Ces non promettent le progrès, le combat, la victoire, mais ils abaissent le regard. Le oui universel, que l'art adresse à la vie, c'est l'unification, ou la conversion, tout arbre de requêtes devenant le même ; le temps perd de son importance et passe le flambeau à l'éternité ; le retour nietzschéen, c'est la conversion, accomplie par le oui. | | | | |
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| art | | | La raison tient au bon et au vrai, mais l’âme a le droit de tout sacrifier au beau. Les valeurs particulières de l’être terrestre deviennent les axes entiers pour le devenir céleste, la création. Dans l’art qui veut être la vie même, les axes, détachés du temps, deviennent ellipses, boucles – l’éternel retour. L’art reste le Même. | | | | |
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| art | | | Le culte du présent non seulement éteint le rêve du passé imaginaire ou du futur à bâtir, mais, surtout, il rend l’éternité du lointain sans intérêt. Comment mon écrit peut-il attirer leurs yeux affairés, puisque je n’y mets que de l’épique, du mythique, de l’initiatique. « Les livres médiocres flattent nos faiblesses – du siècle, de l’âge, du sexe » - Tsvétaeva - « Плохие книги льстят слабостям: века, возраста, пола ». Ces faiblesses d’esprit sont vécues comme forces par les atrophiés d’âme. | | | | |
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| art | | | L’ordinateur n’a pas à s’excuser auprès de Gutenberg, à cause de la chute du prestige et de la diffusion du livre. Le problème est ailleurs : il y a, aujourd’hui, autant de talents qu’aux toutes autres époques, et même peut-être autant de désirs de bonnes lectures ; ce qui disparut, c’est l’originalité, la musique, la noblesse – bref, l’âme, aussi bien chez l’écrivant que chez le lisant. Là où jadis s’éployait le rêve, une raison pseudo-révoltée, pseudo-savante, pseudo-exceptionnelle remplit les pages monotones, robotiques, tournées vers l’actuel et ignorant l’éternel. | | | | |
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| art | | | Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale. | | | | |
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| art | | | Le philosophe réfléchit hors du temps et appelle éternité – la réflexion réussie. Le poète rêve dans le temps courant, qu’il veut fuir, et appelle éternité - la fuite réussie. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, le talent, c’est l’art de munir d’une même intensité la sainte triade littéraire – l’intelligence, la noblesse, l’ironie. Mais ces qualités n’ont un caractère définitif que dans les commencements ; cette recherche du début décisif n’est qu’un retour éternel du même, de la même harmonie des critères, qui, bien satisfaits, rendent superflu tout développement. Et l’éternité n’est que le nombre inépuisable de sujets, sur lesquels pourraient reposer ces débuts. C’est ainsi que les meilleures plumes évitent le bavardage et s’arrêtent aux adages. | | | | |
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| art | | | La vie objective doit être nostalgique, et l’art subjectif – mélancolique. Le lieu idéal de leur rencontre semble être des ruines. L’art éternel y caresserait la vie temporelle ; la vie de profondeur y exciterait l’art de hauteur. Tout – à la belle étoile. | | | | |
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| art | | | Tu constates que l’art et la hauteur quittent le ciel et rejoignent la terre ; tout lyrisme mort, les termes désuets, l’infini et l’éternité, ne font plus battre les cœurs, ils battent les cadences des machines. Ta nostalgie t’empêche de croire tes yeux qui lisent : « L’artiste est l’éternité, dont la hauteur pénètre nos jours » - Rilke - « Der Künstler ist die Ewigkeit, die die Tage von oben durchdringt ». | | | | |
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| art | | | Le cycle de vie d’une œuvre d’art : l’âme est émue par un fond vague, le cœur le munit d’ardeur, l’esprit spatial y met des contraintes, le talent fournit des outils – pour que l’âme finisse par en trouver une forme, que l’esprit temporel réduira en cendres. L’auteur est Phénix ; il vit de l’obscurité de la flamme naissante, meurt de la clarté des cendres nées et ressuscite par un retour éternel. | | | | |
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| art | | | Que les voies d’artiste soient obliques s’explique non pas par des changements d’avis, mais, au contraire, par la fidélité à son goût métaphorique, ponctuel et non surfacique, et qui reste le même ! Ce goût se traduit par le culte du point zéro de la création, point de départ d’un méta-retour éternel du même. De brèves éruptions, d’une même intensité et du même cratère, et le refus de suivre, machinalement, le parcours de la lave. Les métaphores de forme personnelle, au-dessus des pensées de fond commun. La même essence étoilée traversant le fleuve de l’existence enténébrée. | | | | |
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| art | | | La République discursive est temporelle, développante, présentiste ; le Royaume aphoristique est spatial, enveloppant, chaque aphorisme déclenchant un retour du même éternel. | | | | |
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| bien | | | Pour réduire le litige entre le Bien et le mal à une querelle de mots, je dirais qu'elle est dans le rapport entre l'éternel et le perpétuel. | | | | |
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| bien | | | On fit de l'indifférence une vertu, relevant du vrai amour. Dans cette équivoque se reconnaissent de minables acteurs et d'immenses observateurs, l'abject s'abouchant avec la sainteté par le choix du centre d'indifférence, à partir duquel l'éternel Oui est aussi accessible que l'éternel Non (everlasting Yea and Nay - Carlyle). | | | | |
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| bien | | | Sur les axes du Bien et du mal, de l'acquiescement et du nihilisme, de l'art et de la vie, la dépolarisation, c'est soit la platitude de l'indifférence, soit l'intensité, égale en artistisme. Des tours, aléatoires et anonymes, ou le retour éternel du même. | | | | |
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| bien | | | Immortel, éternel – impossible d'employer ces mots au sérieux. En tant que métaphores, ils pourraient s'appliquer à ce qui, indubitablement, se loge dans notre conscience, tout en restant intraduisible dans un langage rationnel, celui des actes, des pensées, des lois. Le vrai trouve une matérialisation évidente dans le savoir, le beau se transmue dans une création artistique, mais le Bien reste la seule certitude n'admettant aucun transfert vers le temporel. | | | | |
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| bien | | | La philosophie la plus noble n'est ni métaphysique, ni transcendantale, ni ontologique, ni phénoménologique, mais - axiologique. Le seul à l'avoir mis en pratique (sans jamais l'avoir bien formulé) fut Nietzsche : sa réévaluation de toutes les valeurs signifie, en pratique, que, pour un axe donné (sélectionné par notre goût de noblesse), ce ne sont pas nos valeurs privilégiées qui comptent, mais l'intensité égale (éternel retour du même), dont notre talent et notre intelligence sont capables de munir les deux extrémités de cet axe. Le nihilisme, le Bien et le mal, la volonté de puissance fournissent les exemples les plus frappants de cette noblesse insurpassable. | | | | |
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| bien | | | Éternel est peut-être une métaphore, pour désigner la source ou le fond de nos enchantements par le beau ou de nos béatitudes dans le bon, et qu'aucune agitation rationnelle ne puisse troubler. L'une des formes de l'éternité serait l'aphorisme (Nietzsche). | | | | |
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| bien | | | Aucune montée vers la hauteur, à partir du Bien, rien ne peut aller au-delà du Bien, tandis que l'esprit qui sacrifie devient âme, et l'âme qui sacrifie devient cœur ; mais la fidélité au Bien, final et inexprimable, nous retourne à l'esprit initiatique. Rien n'échappe à l'esprit qui connaisse ce retour éternel. | | | | |
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| bien | | | Je me solidarise avec le Bien, ou bien je me fais chantre du Mal – trop de naturel dans la position, trop d'artifice dans la pose. Du point de (la) vue d'homme (de mon soi connu), je dois passer à l'axe du regard de surhomme (de mon soi inconnu). Aucun point ne peut être nouveau ; ne vaut (pour l'éternité) que l'axe, que mon regard isole, colore, anime et enterre. | | | | |
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| bien | | | Donner, c'est semer au champ de l'esprit ce que je récolte au champ de l'âme, aux saisons intemporelles. « Tout ce qui n'est pas donné est perdu » - proverbe indien. Perdu pour l'éternité, c'est à dire pour l'intemporalité. Le marchandage est une poinçonneuse de l'heure. | | | | |
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| bien | | | Les seules lois éternelles sont dans la mathématique.Toutes les autres sont provisoires. Le seul domaine, qui défie toute loi, c’est l’action, sensée refléter le Bien. Il existent des lois, hors toute morale, qui résument l’intérêt pragmatique de l’homme (struggle for life darwinien) ; elles sont comparables aux lois de la création des fondements du Vrai et de sa démonstration, aux lois, propres aux genres ou écoles du Beau. La liberté morale du Bien est due, intégralement, au hasard apophatique, celui qui ennoblit l’homme, s’écartant de ses intérêts évidents. Curieusement, les absurdistes détestent le hasard : « Si le hasard est roi, voici l’affreuse liberté de l’aveugle » - Camus. Il faut se rappeler aussi, que le rêve, commençant souvent par les yeux fermés, doit son intensité au hasard et non pas aux lois. | | | | |
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| chœur doute | | | MOT : Ce qui est le moins évident, dans mes opérations de démontage des clartés, c'est que l'outil utilisé est le plus souvent le mot, et non pas le syllogisme. Le classique croit entendre la voix des dieux et toucher aux vérités éternelles ; le romantique s'enivre du silence des cieux et s'entoure des ombres charnelles. Recherche du mot juste ou du mot-geste. | | | | |
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| chœur doute | | | HOMMES : On accumule tant de transparences nouvelles dans le panorama des hommes, mais dans le portrait de l'homme - aucun progrès de l'éclairage des traits éternels. Si c'est cela, la Providence divine, autant confier le reste à la machine ! Plus la gentillesse réglementaire envahit la rue, plus la bonté élémentaire fuit le foyer. | | | | |
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| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
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| doute | | | Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ». | | | | |
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| doute | | | L'erreur du mensonge est de ne pas afficher sa date et se croire aussi éternel que la musique. La vérité honnête, en revanche, marque son champ en reconnaissant qu'elle est aussi passagère que les faits. « Je n'ai rien contre le mensonge, mais je déteste l'imprécision » - S.Butler - « I do not mind lying, but I hate inaccuracy ». | | | | |
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| doute | | | Ce qui se passa il y a une seconde s’engouffre sans retour dans l’éternité du passé. Tout discours vise donc non pas la réalité mais sa représentation que je porte dans ma mémoire. | | | | |
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| doute | | | Ce qui est le plus fécond, ce n'est ni la solution issue des réponses, ni le problème entrant dans des questions, mais le mystère jaillissant des images. Comme le Parménide ou la Caverne de Platon, ou la Procession plotinienne, ou l'éternel retour nietzschéen. Et la réalité, que nous ne pouvons appréhender qu'en images ou en tropes, n'est pas moins mystérieuse. | | | | |
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| doute | | | Soit une chose, C, son implexe, Im, et notre parcours, P, au-dessus de la chose, entre les moments t1 et t2, vécu avec l'intensité In. Héraclite nous dit, que l'égalité, C(t1) = C(t2) est impossible ; Nietzsche nous suggère qu'avec In suffisamment grande, cette égalité est métaphoriquement possible - l'Éternel Retour ; Valéry dit qu'il n'y a pas de choses, que des implexes, qui sont toujours unifiables, Im(t1) = Im(t2), - l'Éternel Présent. | | | | |
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| doute | | | Il faut reconnaître : l'éternel retour, pourtant incontournable, est un cercle vicieux. Pour un regard, qui navigue entre la profondeur et la hauteur et arrive à ce constat désabusé : fixer des commencements ou des fins, au lieu de les supposer ineffables, ne fait qu'abaisser nos trajectoires. Et le mythique recommencement archétypal, l'écho du sacré dans l'acte, ne tient jamais ses promesses. | | | | |
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| doute | | | Avec un bon auteur : autant de lectures que de lecteurs. C'est Nietzsche, lui encore, qui s'y fait remarquer ; le surhomme et l'éternel retour en sont les plus beaux exemples ; même Heidegger y fait appel, grossièrement, à l'histoire, à l'évolution des hommes ou à la méta-géométrie (retour à soi-même, la mêmeté comme l'être idéel, contrôlant le tout-étant), au lieu d'y voir l'intensité entretenue comme la seule justification de notre intérêt pour les choses. | | | | |
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| doute | | | Quelle est la leçon du flux héraclitéen ? - oublier le fleuve et penser aux entrées, aux commencements hors temps absorbant et la profondeur et la surface par recours à la hauteur intense. Ne serait-ce pas l'éternel retour, fidèle au commencement intégral ? L'initié, serait-il celui qui pratique le culte des initii - des commencements ? | | | | |
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| doute | | | Après de multiples plongeons dans le flux des choses, Héraclite se désole de l'inégalité du flux, et Nietzsche se console de l'égalité des choses. Il serait plus instructif de changer d'élément : à la nage préférer le vol ; d'une bonne hauteur tout flux et toute chose, c'est à dire tout être et tout devenir, prendraient de beaux contours de l'éternité. | | | | |
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| doute | | | Deux notions creuses, aux trajectoires semblables ou parallèles, - le hasard et le destin. Censées apporter du mystère à ce qui n'est qu'ignorance et faiblesse. Le scientifique les formalise en tant que lois, et le poète les reformule en métaphores. | | | | |
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| doute | | | Toutes les arènes sont trop inondées de lumière et affichent la date du jour ; le renoncement au combat peut n'être qu'une envie d'ombres et d'éternité : « La résignation pousse ses perspectives jusqu'au bord des ténèbres »** - G.Benn - « Resignation führt ihre Perspektiven bis an den Rand des Dunkels ». | | | | |
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| doute | | | L'éternel retour est retour dans ma Caverne, est reconnaissance, que la découverte d'une lumière naturelle n'apporte rien de plus, et que retourner à la source artificielle, à mon propre feu, - n'est ni faiblesse ni bêtise ni honte. | | | | |
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| doute | | | Qui peut se permettre de parler de l'éternel retour ? - celui qui, à partir de n'importe quel arc chancelant, est capable de construire un cercle équilibré. | | | | |
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| doute | | | Des tentatives des sots de donner au mystère, atopique, atemporel et impondérable, - du poids et des coordonnées : la superstition, l'ésotérisme, l'occultisme, ces misérables adeptes d'un réel sans poésie. | | | | |
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| doute | | | Quand on introduit, bêtement, la temporalité dans l'éternel retour, on obtient la platitude du : rien de nouveau sous le soleil ; mais dès qu'on n'y voit que la même intensité sur un axe de valeurs, on comprend, que tout point de cet axe peut être nouveau et servir de commencement ou de soleil. | | | | |
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| doute | | | L'absurde a bonne presse chez les bavards, surtout depuis qu'on perdit tout sens du mystère. Choisir le mystère seul est aussi choisir l'absurde. Le vrai choix est double : le premier porte sur la forme de notre trajectoire - un cycle de l'éternel retour (mystère, problème, solution, mystère) ou une ligne droite (le savoir, la maîtrise, l'avoir) ; le second - la place (récurrente ou fuyante) du mystère dans la trajectoire. Se vouer à l'inaccessible, c'est accepter son mécompte dans l'accessible ; « ce n'est qu'en tentant l'absurde qu'on devient capable de dominer l'impossible » - Unamuno - « solo el que intenta lo absurdo es capaz de conquistar lo imposible ». | | | | |
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| doute | | | La sensation, qui disparut complètement des têtes des hommes, c'est la vénération ou, au moins, la prémonition des choses immuables. D'où, paradoxalement, la disparition de la conscience que notre propre vie est si passagère. Ces deux sources d'émotions taries, il ne reste à l'homme-robot que le calcul rationnel de sa trajectoire infaillible vers l'abattoir mécanique. | | | | |
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| doute | | | Dans le domaine social, nos choix personnels perdirent tout relief dramatique, pour se réduire à une plate mécanique. L'évidence de notre devenir quotidien nous cache l'être éternel. « Le réel est caché par le voile sournois de la transparence »* - Enthoven. | | | | |
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| doute | | | Si je réussis à placer mes fins dans l'élan de mes commencements, je réalise un tour de l'éternel retour : les horizons inaccessibles, auxquels aspire mon âme, seraient traduits en haut firmament, où me maintient mon talent. Et que mon esprit observateur s'occupe du secondaire maîtrisé – des parcours, des liaisons. | | | | |
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| doute | | | La volonté de l'éternel retour est une réaction au néant des finalités, proclamé par le mauvais, le téléonomique, nihilisme, mais elle se réalise dans le néant des commencements, ce bon nihilisme, cette recherche de l'impulsion initiale et initiatique, puisque la vraie source détermine le rythme ou l'intensité du fleuve anti-héraclitéen. « Le fleuve se reverse toujours en lui-même ; et toujours vous entrez dans le même fleuve, vous, les mêmes » - Nietzsche - « Der Fluß fließt immer wieder in sich zurück ; und immer wieder steigt ihr in den gleichen Fluß, als die Gleichen ». | | | | |
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| doute | | | Ce qui est culturel est tristement versatile, ce qui est naturel stupéfie par sa permanence – regardez les idées éjectables et les fantasmes irréfutables, traitées par notre sophistique ou exhibés par notre dogmatique. Ceux qui guettent l'éternité restent plus souvent avec les fantasmes. | | | | |
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| doute | | | Des forces hétérogènes animent, respectivement, nos corps, esprits et âmes ; et tout homme, consciemment ou non, crée, pour chacun de ces organes, une hiérarchie de ces forces, - une tâche de pure psychologie et que Nietzsche appelle volonté de puissance. Un don d'artiste permet de munir ces hiérarchies d'une même intensité – c'est le retour éternel du même, l'équivalence de la vie et de l'art, l'intronisation du surhomme. | | | | |
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| doute | | | Plus de savoir, de rigueur, de précision, de généralité, de maîtrise – telle est la vision, commune et médiocre, de la création. Son contraire s'appelle éternel retour du même, qui n'est nullement une loi universelle, mais un constat particulier, quand on a affaire à un grand : le retour est dans la noblesse, l'éternité – dans l'indépendance du temps, le même – dans l'intensité infaillible. | | | | |
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| doute | | | L'arbre, que j'aimerais créer, n'aurait pas ses racines dans ce siècle ; celui-ci ne saurait se deviner que d'après des feuilles d'inconnues et des fruits périmés ; à l'éternité j'adresserais les fleurs, les cimes et les ombres. | | | | |
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| doute | | | Il est clair, que tout ce qui se réclame de l'immobile, voire de l'éternel, ne peut être qu'éphémère, fantasmatique, mystérieux, mais c'est la culture de l'homme ; en revanche, le passager, l'actuel, le palpable est bien réel, ennuyeux, plat, et c'est la nature des moutons. Mais les pires, ce sont ceux qui croient en l'existence de l'éternel, ce sont des robots. L'homme de culture sait vivre de l'inexistant. | | | | |
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| doute | | | Nous vivons au milieu des changements permanents de modèles et de langages, mais le sens (donné par nous et non pas par Dieu) en résulte après une confrontation avec l'immuable réalité (ou l'être). On a beau tourner autour du passager, on retourne toujours à l'éternel. « L'être, dénué de sens et de fins, sans aboutissement dans un néant, c'est l'éternel retour » - Nietzsche - « Das Dasein, ohne Sinn und Ziel, ohne ein Finale ins Nichts : die ewige Wiederkehr ». | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | La partie créative de la vie est dans les va-et-vient entre la réalité et ses représentations ; l’esprit scientifique est dans la recherche d’une adéquation entre ces séjours, et plus convaincante est celle-ci, plus grand est le talent. L’âme d’artiste est dans l’affirmation d’autonomie des représentations, et la distance, ainsi créée, maintenue, maîtrisée, reflète le même talent ; c’est celui-ci qui est le même, dans l’éternel retour nietzschéen, il est le contenu créatif du devenir – la répétition de la différence, plutôt que celle de l’identité. | | | | |
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| doute | | | Il y a un devenir naturel, fatal et dévastateur, et un devenir humain, créateur et intense. Le scientifique perçoit dans le premier des manifestations de l’Être quasi-éternel, qu’il modélise, objectivement, - la science est ontologique. L’artiste poétise, subjectivement, cet Être, pour constituer le flux de son devenir esthétique – l’art est poétique. Et puisque toute ontologie se réduit aux nombres, « pour faciliter la conversion de l’âme du Devenir au vrai Être, rien ne vaut la contemplation de la nature des nombres » - Platon. L’âme ainsi convertie s’appellera esprit. | | | | |
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| doute | | | Tout le sens de la création humaine consiste à surmonter les horreurs, les grisailles, les énigmes, qui percent en toute création divine, et à finir par un OUI douloureux, extatique, fantasmagorique à cette œuvre grandiose et mystérieuse. Le NON de mon soi connu se narre ; le OUI de mon soi inconnu se chante. L’éternel retour est le passage de la narration au chant. | | | | |
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| doute | | | Les mystères sont universels et éternels, et les secrets sont individuels et passagers ; les secrets se dévoilent par le bon sens, et les mystères se chantent par l’art. D’où la bêtise de Proust, qui veut que l’art soit le seul révélateur de l’éternel secret de chacun. | | | | |
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| doute | | | Pour appuyer sa vision de l'éternel retour, Nietzsche voit un sablier, qu'on retournerait après chaque tour temporel. Moi, je prendrais un cadran solaire, méprisant la lumière, jouant de mes ombres, devenant altimètre. J'y effacerais les chiffres et éliminerais les aiguilles, pour lire la haute musique de mon espace intérieur au lieu du bruit profond du temps extérieur. La musique n'a pas besoin de sable, elle s'éploie dans le temps, tout en étant ambassadrice de l'éternité. Donc, ni sablier ni marteau, mais la lyre, comme le dit ailleurs l'auteur lui-même. | | | | |
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| doute | | | Mes yeux évoluent beaucoup plus que mon regard. Avec mes yeux passagers d’adulte, je traduis mon regard d’enfant éternel. | | | | |
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| doute | | | J’aime le Moyen-Âge des lettres, auxquelles ne s’intéressaient que les moines, les poètes et les Princes ; ces lettres se présentaient sous la forme des ombres, douces, chevaleresques ou mystiques. Avec le déferlement des Lumières, les lettres se mirent au service social, didactique. Mais toute lumière finit par devenir commune, tandis que les ombres gardent leur éternité individuelle. | | | | |
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| doute | | | Le retour éternel souligne le (pré-)commencement unique de toutes les entreprises d’un créateur, d’un artiste. Aucun parallèle quelconque avec l'immortalité d’âme. Le retour éternel est pratiqué par notre esprit mortel (le soi connu, développeur de finalités), prêtant son oreille à notre âme (le soi inconnu, inspiratrice de commencements). | | | | |
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| doute | | | Tous les douteurs sont des artisans impassibles ; l’artiste déclame et proclame, avec passion, les dogmes de son tempérament et de son goût. « Je suis l’instant, portant sa lumière à l’éternité… Je suis un Oui… Je suis l’extase… » - Scriabine - « Я миг, освещающий вечность... Я утверждение... Я экстаз » - profite, plutôt, de toute lumière commune pour projeter tes ombres uniques. | | | | |
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| doute | | | Les états (de la matière) et les productions (des esprits), avec leurs coordonnées spatio-temporelles, sont la seule réalité. Hors de la réalité, hors-temps et hors-espace, se trouvent des rêves inexprimés (états d’âme) et des vérités éternelles (productions mathématiques). | | | | |
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| doute | | | Le passé a existé, l’avenir existera, mais le présent, en tant que l’instant qui traverse l’univers, n’existe même pas, ou plutôt il est à la fois l’existence du néant et l’essence de l’éternité : dans le premier vivent les existentialistes, dans la seconde rêvent les essentialistes. | | | | |
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| hommes | | | L'élégance, c'est la culture du passé. La barbarie, c'est la cultivation du présent. L'élégance barbare, c'est le culte de l'avenir. Disserter sur le passé, déserter l'avenir. Sortir du présent, sertir le passé. L'homme moderne, c'est « l'ahurissement débile devant son temps »* - Pouchkine - « слабоумное изумление перед своим веком ». Le présent m'appartient, c'est pourquoi je ne peux pas en être libre, j'en suis l'otage ; je ne suis libre que face à l'inatteignable, otage de l'éternité. « La peur de ne plus suivre son temps est l'aveu de son esprit moutonnier » - Tsvétaeva - « Страх отстать - расписка в собственной овечьести ». | | | | |
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| hommes | | | Heureux Pascal, dont les yeux s'effrayaient d'un silence éternel ! De nos jours, que l'épreuve de nos oreilles, par le bavardage passager, est plus effrayante ! Pour celui qui a besoin d'un haut silence (« altum silentium » - Virgile). | | | | |
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| hommes | | | Les hommes se divisent nettement en deux catégories : ceux de l'accumulation, du progrès, de la nouveauté - sans retour possible, et ceux de l'invariant, de l'intemporel, de l'immobile - au retour éternel. Un être dans le temps, un devenir hors du temps. Vitesse ou intensité. L'Europe éternelle, nostalgique de son passé, ou l'Amérique de la version courante jetable. | | | | |
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| hommes | | | Le mouton s'occupe de dicter et le robot - de résoudre le problème, et ils appellent cela - la vie (Popper) ! La vie est union des trois dons : don philosophique, pour dégager du mystère - des problèmes, don intellectuel, pour apporter au problème - une solution, don poétique, pour deviner derrière la solution - une nouvelle source mystérieuse. Dans ce cycle, le mystère reste intacte, c'est cela l'éternel retour. | | | | |
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| hommes | | | Autour, tout n'est mû que par le sens, tempéré par la sensation et abandonné du sentiment. Et dire que Nietzsche voyait dans l'absence de sens le danger des dangers et nous tendait un marteau pour abattre le nihilisme, celui même qui n'est pas du tout l'absence de sens, mais l'appel à le recréer à partir du point zéro de l'imagination et de la sensibilité, au lieu de vivre d'une répétition quelconque, fût-elle appelée éternel retour. Que tes « interrogations soient plus près des commencements ! »** - Heidegger - « Anfänglicher Fragen ! ». | | | | |
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| hommes | | | Dans tous les hommes, Nietzsche voit des ruminants : les bons (ceux qui réussissent à digérer, les dionysiaques) et les mauvais (ceux qui y échouent, les hommes du ressentiment). Il ne comprend pas que le filtrage - ne pas mettre à la bouche ce qui répugne au bon goût - est le meilleur remède contre l'indigestion. Dionysos est le philosophe de l'éternel retour, c'est à dire de l'intensité en tant que dénominateur commun de nos expériences ; or, sur le minable - aucune intensité acquiescente n'est possible. | | | | |
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| hommes | | | Du fait que même les valeurs les plus élevées se dévaluent, les hommes concluent au vulgaire relativisme, à l'universelle platitude comme seul réceptacle et juge de nos exploits et de nos lâchetés. Il leur faut de la croissance, là où un bon nihiliste, devenu vecteur, au-dessus des valeurs évanescentes, vit l'éternel retour du même. | | | | |
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| hommes | | | Dans l'éternel retour du même, le mot-clé est le même ; cette métaphore s'oppose aux idées de changement, changement comme moteur et objectif de mes parcours. Quelle attente je mets dans les retrouvailles avec ce que j'avais déjà croisé ? Où se trouve l'essentiel de mon étonnement ou de mon enthousiasme ? En moi ou dans la chose même ? Qu'est-ce qui résume le lien avec le commencement, avec la première rencontre ? Ce ne serait ni un plus (la croissance des progressistes) ni un moins (le détachement des Orientaux) - en poids, en prix ou en valeur -, mais la même intensité, ou la même hauteur, avec lesquelles je redécouvre cette chose. | | | | |
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| hommes | | | En politique, en économie, en art – il n’y a plus de commencements, puisqu’il n’y a plus de bonnes contraintes, qui voueraient nos yeux calculateurs au présent et notre regard rêveur – à l’éternité. L’enchaînement de pas mécaniques, au lieu de l’élan initiatique. Ni valeurs ni ardeurs ni grandeurs – que la pesanteur, que notre époque préféra à ces grâces. « La grandeur réside dans le départ qui oblige »** - R.Char – le valoir dictant le devoir. | | | | |
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| hommes | | | La manie du changement devint une véritable épidémie, chez l’homme-robot. Il est donc normal, que l’homme organique se mette à chercher l’immuable ou l’éternel, c’est-à-dire ce qui n’existe pas. Rien de tel dans les idées ou les images ; on devrait rester en compagnie du cœur, demeure du Bien fugitif, et de l’âme, source de nos fulgurances, dans le mutisme ou dans le chant. | | | | |
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| hommes | | | Le médiocre tente de réparer les édifices surpeuplés et vétustes des autres ; je reconnais le grand par sa volonté de rester au milieu de ses propres ruines, éternelles et rutilantes. | | | | |
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| hommes | | | Pour rendre hommage aux idées éternelles, les Égyptiens plaçaient au fond de leurs sanctuaires des boucs, des singes, des chats, des crocodiles. À comparer avec l'hommage à l'idée de ce jour, dans nos temples rabougris, avec sacristies, autels ou façades n'attirant plus que des robots. | | | | |
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| hommes | | | À Paris, le parcours géo-démocratique d'un grand homme, à vol d'oiseau (de proie) : de sa résidence permanente dans le XVI-ème (de la Mère-Finance) à celle, éternelle, dans le XX-ème (du Père-Lachaise), en passant par l'acier du robot dans le VII-ème (la tour Eiffel), les ors du prébendier dans le VI-ème (le palais de la Médicis), la pierre enviée dans le V-ème (la coupole panthéonique ), l'argent reconnaissant dans le XII-ème (le temple du Bercy). | | | | |
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| hommes | | | Deux issues, banales dans leurs impossibilités, sont prophétisées par tous les sots de la planète : le déclin de l'homme et sa métamorphose. Vu l'immensité du troupeau robotique ambiant, le premier terme semble l'emporter ; le second fut tenté, par la foi et par le sang, et aboutit à la dégénérescence. Y aurait-il un troisième terme, un éternel retour à la bonne nature ? L'éternel retour lyrique - le monde sans être ; l'intemporel ennui logique - le monde sans devenir. | | | | |
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| hommes | | | Le talent et la noblesse sont des voix de l'éternité ; dès qu'ils réveillent l'esprit ou le devenir, ceux-ci se transforment en l'âme et en la création, et leur porteurs deviennent « hommes à l'âme éternelle et l'éternel devenir »* - Nietzsche - « Menschen mit ewigen Seelen und ewigem Werden » - sans attouchement par l'éternité, tout est bassement et médiocrement mécanique. | | | | |
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| hommes | | | L'innovation est sur toutes les lèvres ; l'invariance des choses immuables n'intéresse personne. Tous les découvreurs des nouvelles dimensions de l'existence aboutissent dans la platitude. N'oubliez pas que l'oracle de Delphes, ce premier poète, ne faisait que traduire en vers la prose de la Pythie. | | | | |
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| hommes | | | Désormais, tout mouvement de l'homme le met immédiatement au contact des choses ; c'est pourquoi il ne peut plus être un Ouvert, qui va vers l'éternité comme y vont les sources (Rilke). L'homme ouvert vit de l'élan des sources, dans l'ombre de son étoile ; l'inertie porte l'homme fermé, coupé des sources, vers ses propres frontières, trop nettes, car éclairées à la lumière commune. | | | | |
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| hommes | | | Dans la Sainte Trinité, chaque personne semble pouvoir se passer de ses deux collègues, sans la moindre gêne ; la sainte trinité humaine – l’esprit, l’âme, le cœur – possède la même indépendance, à en juger d’après la congélation des cœurs et l’extinction des âmes, - l’esprit robotique survivant, proclamé éternel (Hegel et Husserl), n’est saisi d’aucune angoisse existentielle. | | | | |
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| hommes | | | Dans leur regard sur le devenir, que ce soit au passé ou au futur, les hommes privilégient ce qui évolue, change, disparaît ; l’obsession primitive par le changement devint universelle. L’œil sensible, au contraire, s’adonne à chercher surtout des invariants, et la création artistique, qui s’en inspire, aboutit à la reconnaissance du retour éternel du même dans tout ce qui est digne d’être immortalisé, c’est-à-dire peint ou chanté. | | | | |
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| hommes | | | Sur la terre complice d’Antée découvrir le feu rebelle de Prométhée, pour s’élever dans l’air grisant d’Icare, sombrer dans l’eau moqueuse de Noé, rendre riche en résurrections la terre noire de Thanatos – l’éternel retour héraclitéen. | | | | |
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| hommes | | | Le terme de destin a peut-être un sens pour ceux qui créent leurs propres commencements et y voient même une finalité ; ce retour éternel s’appellerait fatalité. Mais dans le monde moutonnier, « plus de disparition fatale, mais une dispersion fractale »** - J.Baudrillard. | | | | |
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| hommes | | | En quoi le poète et le mathématicien se distinguent des autres hommes ? Surtout, dans le fait, que les mots de ceux-ci visent directement la platitude des choses, tandis que les symboles de ceux-là s’attachent aux représentations, où règnent la séduction ou la déduction, la hauteur ou la profondeur, la liberté du particulier ou l’harmonie de l’universel, le rythme d’une âme ou la mélodie d’un esprit. L’éternité sidérale écoute les créateurs ; le présent banal accueille les producteurs. | | | | |
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| hommes | | | Le quotidien évinça l’éternel : dans les livres on ne trouve plus ni le feu poétique ni l’air musical – que l’eau courante de l’inertie et la terre pesante de l’argutie. | | | | |
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| hommes | | | Le sot ne conçoit que l’aujourd’hui visible, le médiocre y ajoute le hier lisible, le rat de bibliothèques – des siècles passés intelligibles ; mais les meilleurs des hommes tentent de rester hors-temps, dans leur éternité sensible. | | | | |
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| hommes | | | Le même impact sensoriel donne aux uns l’impression d’une mélodie et aux autres – un poids économique, politique, ludique. Là réside la différence entre l’éternel et le temporel : le premier provient de l’ouïe individuelle, le second – de la vue sur un présent commun. | | | | |
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| hommes | | | Dans ses pensées l’homme est angélique, dans ses actes – bestial. Il ne se manifeste fidèlement que par ses ombres, et c’est le choix de la lumière – son étoile éternelle ou l’éclairage public d’aujourd’hui – qui les fera se projeter d’un côté ou de l’autre. | | | | |
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| hommes | | | La liberté est la première propriété de l’essence intemporelle du vivant ; l’existence, dans le temps, offre des occasions pour traduire cette liberté en actes – la liberté préexistante dans l’espace et la liberté qui laisse des empreintes dans le temps. L’essence est la loi, et l’existence – le hasard. L’essence est propre de l’espèce éternelle divine ; l’existence appartient au genre, de plus en plus robotique. | | | | |
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| hommes | | | La foi en âme immortelle ou à la vie éternelle ne peut être que grégaire (d’autant plus vide et froide que les âmes se raréfient et la vie, de plus en plus, s’oppose au rêve). À cette farce de foi populacière, je préfère le tableau du monde que peint la raison tragique, s’appuyant, certes, sur un savoir collectif, mais disposant d’une palette de couleurs personnelle. | | | | |
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| hommes | | | La vie est linéaire, et le rêve est fait des éternels retours, des commencements. Voltaire a raison : « Qui n’a pas l’esprit de son âge, de son âge a tous les malheurs ». Comme Sénèque : « Ils vivent mal, ceux qui commencent toujours à vivre » - « Male vivunt qui semper vivere incipiunt » - tout le contraire du rêve ! | | | | |
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| hommes | | | Jadis, l’illusion d’une éternité quelconque faisait lever les yeux des initiés vers le ciel, même vide. Aujourd’hui, ne compte que le présent envahissant, pesant, avec de plates déchetteries des versions jetables, périmées ou courantes, versions de sens, de buts, de moyens. | | | | |
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| hommes | | | Pendant trois mille ans, l’humanité produisait des mythes, grâce aux tribus de héros ou de poètes ; l’héroïsme et la poésie s’éteignirent, depuis plus d’un demi-siècle ; la transaction de ce jour prit la place du mythe éternel. | | | | |
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| hommes | | | Le Français est réaliste, l’Allemand et le Russe – rêveurs. Ceux-ci visent le fond, celui-là – la forme. Ceux-ci pêchent leurs images dans un tiroir profond, où s’entassent l’absolu de l’âme ou l’éternel du cœur ; celui-là se borne à ce qui prit la forme de connu, prouvé, réussi, dans la hauteur de l’esprit. Seul le Français sait que tous les fonds furent déjà explorés et il se concentre sur l’invention des formes. | | | | |
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| chœur intelligence | | | HOMMES : Les hommes deviennent de plus en plus intelligents et nets, ils ne voient plus aucun intérêt à l'obscure naïveté de l'homme. Le retour sur investissement est déjà mieux perçu et maîtrisé que l'Éternel Retour. Les images médiatiques se déchiffrent plus vite que les images mythiques. Les intérêts des prêts s'imposent aux yeux avec plus de force que l'intérêt des prés. | | | | |
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| intelligence | | | On pardonne tout à celui qui a et le talent et la noblesse : Nietzsche n'a aucune intuition du poids capital des contraintes, mais sa belle peinture fait oublier la niaiserie de ses buts (le surhomme), de ses moyens (la réévaluation de toutes les valeurs, la volonté de puissance) et de ses chemins (l'éternel retour). La grandeur des génies est dans leurs commencements, où le devenir présente toutes les caractéristiques de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | La poésie - présenter et infra-interpréter ; la philosophie - représenter et ultra-interpréter. La poésie est un retour discret, inventé, par bonds, pour que le temps vibre (pour que « l'esprit retourne sur ses circuits » - l'Ecclésiaste) ; la philosophie - un retour cyclique en continu, l'Éternel Retour, pour que le temps s'arrête ou se métamorphose en l'être. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens du progrès de mon intelligence : l'étendue de la réponse, la profondeur de la question, la hauteur, à laquelle j'ose mon silence. Le silence est ce bel arbre, où s'unifient, indigentes, les questions et réponses. Les réponses finissent par approfondir et consolider mon soi connu ; la source des questions renvoie à la hauteur invariante de mon soi inconnu et en assure l'éternel retour. | | | | |
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| intelligence | | | Le parcours du créateur : se détourner du devenir banal, se tourner vers l'être profond, s'en inspirer pour créer un haut devenir, y reconnaître le retour de l'être éternel. « Le même a produit un être, apparenté à lui-même, et c'est en redevenant cet être que nous fûmes, que nous saisirons le même » - Plotin – c'est le racolage d'un devenir sans charme qui nous menace plus que l'oubli d'un être charmeur. | | | | |
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| intelligence | | | Pratiquer l'éternel retour : savoir prendre tout état de l'être permanent pictural pour le point zéro du devenir instantané musical. Retour au donné par détour de l'acquis. Festival, sans péché ni Dieu, se substituant au carnaval idolâtre de « a vitio of recirculation » (Joyce) ou de « circulus vitiosus deus » (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, il n'existe pas de sentier battu : la philosophie est un cheminement en terrain inconnu, une quête de serpent ; l'intelligence - la queue de renard, qui efface les traces striées. Pas de sillons à usage multiple ; tout retour y est donc primordial, vierge, éternel. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai commencement est un recommencement : effacer le nom et le réinventer. Si, en chemin, on ne perd pas d'intensité, cela s'appellera éternel retour. « II m'est indifférent de commencer d'un coté ou de l'autre ; car en tout cas, je reviendrai sur mes pas »** - Parménide. | | | | |
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| intelligence | | | Le désir et la foi en philosophie : la transcendance est le désir de preuves ; l'immanence est la foi, qu'en dernière instance, toute preuve est tautologique. Et l'on finit par comprendre, que seule leur valeur, l'intensité simultanée du désir et de la foi, la hauteur, qui en résume l'essence ; cet état ek-statique s'appelle éternel retour : « le retour à sa source, au suprême désir, au premier don de la nature » - Dante - « lo ritornare a lo suo principio, sommo desiderio, prima da la natura doto ». | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
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| intelligence | | | Tout honnête homme doit reconnaître, que les notions antiques d'être, de vrai, de l'Un, de savoir n'apportèrent rien d'intéressant au discours philosophique, et que le Chinois, avec son intérêt pour le rythme, pour les relations nettes entre entités vagues, fut un philosophe plus profond que le Grec. Toutefois, l'éternel détour des choses est plus radical, mais moins subtil et poétique que l'éternel retour des relations. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens, tel que l'entendent les philosophes, est le sens d'un discours ; il résulte d'un éternel retour, dont la dernière boucle, boucle ontique, implique le langage, l'interprétation logique, les sens et le bon sens ; elle s'appuie sur la boucle ontologique, la confrontation entre l'être et l'étant, et sur la boucle théorétique, la représentation de l'étant par des concepts. Le sens sert à confirmer ou à infirmer notre travail théorétique. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
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| intelligence | | | C'est à partir de la capacité de mes mots ou de mes notes d'envelopper un devenir fugace, qu'on pourra développer la musique de l'être instantané : « Je ne peins pas l'estre, je peins le passage »** - Montaigne. L’intensité est dans le devenir et non pas dans l’être (comme pensait Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Ils se disent trop savants pour s'obliger à revenir à zéro - c'est cela, science sans conscience -, tout début, ironique et philosophique, étant retour au degré zéro de la lecture du monde. Le fleuve-vie, toujours recommencé, d'Héraclite, en est une belle image, pour aboutir, sans quitter le rivage, à l'éternel retour ; l'arbre eût été encore plus éloquent, puisqu'il incorporerait des ramages déjà fixes, se hérisserait de nouvelles inconnues, aux feuilles, racines ou cimes, et en appellerait de vivifiantes unifications. | | | | |
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| intelligence | | | L'éternel retour égalise les parcours, mais pour être une source, il faut être porteur d'une intensité unificatrice. Pas de première fois, dans un devenir partout intense. Le recommencement - un nouveau point zéro de la création. La source du premier pas se cache et se fait vénérer. | | | | |
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| intelligence | | | Deux manières de voir le monde : par l'empreinte fidèle ou par la métaphore déviante, une science définitive ou un art fugitif. L'éternité et l'absolu, contrairement à l'idée reçue, sont le lot des scientifiques et non pas des artistes ; tout ce qui est métaphorique est dans le commencement, le passage, la chute, l'évanescence. Goethe inverse la cause et l'effet : « Tout ce qui est passager n'est que métaphore » - « Alles Vergängliche ist nur ein Gleichnis ». La musique chante l'instant où je vis ; la loi décrit l'éternité où je suis absent. | | | | |
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| intelligence | | | L'artiste complète le philosophe, en munissant d'intensité et de musique l'être, le savoir et la transcendance, qui se transforment en devenir, intensité et immanence. La honte, cette profondeur de l'être, et l'intensité, cette hauteur du devenir, créent l'axe, sur lequel le surhomme surmonte l'homme. L'isosthénie, dépassant le conflit, l'ataraxie, surpassant l'indifférence, - telles sont les forces anti-sceptiques, à l'origine d'une noble axiologie. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne pensée est un vaste climat, au retour éternel, - où s'enracine, se ramifie, fleurit et se fructifie la vie. « Les vraies pensées évoluent comme un arbre et non comme un nuage »** - Ruskin - « The change of all true opinions is that of a tree not of a cloud ». Le contraire serait une courte saison ou un étroit paysage. | | | | |
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| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
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| intelligence | | | Nos actes mentaux portent les marques du temps, du hasard, de la pluralité ; nous sommes tentés d'y voir de l'ascension ou de la force ; mais toutes ces valeurs s'estompent, dominées par des métaphores intemporelles, constituant la seule musique et la seule unité du monde et nous révélant l'éternel retour de l'Un, du Même. L'art de l'unité - la faculté du Même. | | | | |
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| intelligence | | | Toute chose peut être vue sous un angle soit temporel : progrès ou décadence, soit intemporel : hauteur ou intensité ; la mort ou la vie, la puissance de la volonté ou la volonté de puissance, la force irréversible ou le réversible éternel retour, éternel soulignant l'insignifiance du temps et non pas une répétition quelconque. L'éternité surgit, quand le temps perd toute son importance, et s'impose l'intensité - « l'éternel retour du même, c'est l'inépuisable intensité de la vie en tant que joie-douleur »*** - Heidegger - « die ewige Wiederkunft des Gleichen - die unerschöpfliche Fülle des freudig-schmerzlichen Lebens », c'est un équivalent de la hauteur du regard (Gipfel der Betrachtung - Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Un merveilleux exemple de l'éternel retour : la sensation et le désir exercent, réciproquement, une influence, l'un sur l'autre, et l'on finit par ne plus comprendre, d'où vient l'excitation, puisque la même intensité est portée par mon regard et ressentie par ma chair. L'extérieur et l'intérieur, le perçu et le conçu se fusionnent dans la volupté. | | | | |
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| intelligence | | | L'éternel retour est un hymne à la puissance créatrice, dont la hauteur artistique et/ou vitale est supérieure à la profondeur mystique et/ou morale. Ni effondrements, ni même réévaluations, comme l'interprètent les professeurs, mais – la création de vecteurs, au-dessus ou au-delà des valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Trois perceptions du temps : l'immensité de la nuit du passé à interpréter, la fugacité du présent à exprimer, l'éternité crépusculaire de l'avenir à représenter – la même perplexité et incompréhension dans ces trois regards différents sur ce mystère. Facile dans le concret, énigmatique dans l'abstrait. | | | | |
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| intelligence | | | Le meilleur usage de la philosophie consiste en peinture de mes états d'âme ; cet exercice exige le choix des axes, autour desquels je développe mes idées ou lesquels j'enveloppe dans mes métaphores ; ce choix correspond à la mise en place des contraintes ; pour moi, ce sont la noblesse, l'arbre, l'intelligence ; pour Nietzsche – le retour éternel, la volonté de puissance, le surhomme. Ce qu'il faut retenir de ces banalités, c'est qu'il ne faille pas exagérer le rôle des contraintes communes, il faut écouter la musique des commencements personnels. | | | | |
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| intelligence | | | Ils pensent, que l'opiniâtreté, le choix de bonnes pistes et le bon souffle peuvent les soustraire, un jour, à l'attraction du sensible et les propulser dans les orbites purement et hautement métaphysiques. Mais au détour de tout chemin ils découvrent l'Éternel Retour du Même (la découverte de l'être dans un intense devenir), et ils se mettent à se lamenter. On ne garde ses vertiges et enthousiasmes initiaux que si l'on avait suivi, du regard, son étoile, même du fond de son immobilisme. | | | | |
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| intelligence | | | Tout philosophe, ayant abordé les concepts de bon, de beau, de vrai, produit, nécessairement, un système, ce qui, en soi, ne présente aucun exploit rare. Ce n’est ni la rigueur ni le savoir ni l’ampleur qui en constituent le mérite, mais la capacité de chaque idée, dans les cercles idéels, de servir de commencement, de point de départ d’une partition musicale. Certains appellent cette capacité – l’éternel retour du même (système). | | | | |
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| intelligence | | | Le nihilisme des commencements est le plus noble ; il s’oppose à l’imitation, à l’inertie, à l’épigonat ; mais si je réussis à faire commencement de tout pas, de toute action, de toute métaphore, je réalise l’éternel retour du même : « La doctrine de l’éternel retour est du nihilisme accompli » - Nietzsche - « Die Lehre von der ewigen Wiederkunft als Vollendung des Nihilismus ». | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Un bon livre de philosophie n’est fait que de réponses, auxquelles toute tête bien faite imaginera ses propres questions. L’éternel retour consiste en boucle qu’auront faite ces questions, la réponse restant la même ! | | | | |
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| intelligence | | | L'être de l'étant - l'une de ces expressions creuses, que pourtant Heidegger déclare équivalente au retour éternel du même, en voyant dans le même - l'immuable et l'indicible être (Schelling y aurait parlé d'identique, Hegel - d'absolu et mon soi inconnu ne serait pas très loin), et dans le retour éternel - des cycles incessants du devenir ne manifestant que de l'étant. Moi, je vois dans le même - l'intensité, qui n'a grand-chose ni de l'être marmoréen, ni du fugitif devenir ; elle se veut éternellement la même. L'être de l'étant - son seul bon sens se traduirait par le banal : derrière ce phénomène, quelle est la loi ? Mais ils continueront à vous terroriser, en enchaînant - c'est la néantisation du néant (Nichtung des Nichts) ou l'audace (das Wagnis) ou l'être-là (das Dasein)… | | | | |
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| intelligence | | | Je ne connais pas de pensée, dont le seul mérite serait son développement. Que de naïves illusions tu nourris, si pour toi la pensée développée te fait intellectuel, éternel exilé. Cette éternité ne durerait que l’espace d’une génération. Ton retour sera grégaire ; c'est le sentiment qui prendra l'amère route de l'exil, pendant que tu te mettras aux affaires. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | Qu’est-ce que la volonté basse ? - l’avidité du pouvoir, de la force – le pessimisme intelligent et passager - l’esprit. Qu’est-ce que la volonté noble ? - l’élan vers ton étoile, la consolation par ta faiblesse – l’optimisme d’un rêve d’éternité - l’âme. « Le pessimisme de l’intelligence, l’optimisme de la volonté » - R.Rolland. | | | | |
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| intelligence | | | L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe. | | | | |
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| intelligence | | | Jadis, le philosophe et le scientifique avançaient, main dans la main. Le premier comprenait Euclide, Pythagore, Ptolémée, Copernic. Le décalage irrécupérable naquit avec Newton et Leibniz, avec une démétaphorisation de l’infini. Le philosophe ahuri se mit à balbutier ses contreparties sur l’absolu, l’éternité, la vérité – le scientifique ricana, mais resta incapable de produire, lui-même, un discours philosophique, pourtant indispensable. Aujourd’hui, les lamentables critiques de l’IA, par des professeurs de philosophie, montrent un gouffre, jamais aussi insondable, entre la réflexion et la technique. Personne n’y gagne, tous y perdent. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Da grau, mein Freund, ist alle Theorie, Und grün des Lebens ew'ger Baum.
Mon bon ami, la théorie s'effeuille, Sempervirent est l'arbre de la vie. | | | | |
| | intelligence | | | On sait où mène la pratique, en fait d'arbres : le Bouddha, Éden ou le marché de gros en savent quelque chose. Tout arbre est une belle théorie, dont les fleurs poussent, quand on maîtrise les racines, tout en aspirant aux cimes. La théorie est grise, mais les cendres et la poussière le sont davantage. La théorie fait sortir des saisons et habiter un climat, concilier la fleur d'avec le fruit, la racine d'avec les cimes, la feuille d'avec les ramages, la lumière d'avec les ombres. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Dem Werden den Charakter des Seins aufzuprägen.
Imprimer au Devenir le caractère de l'Être. | | |   | |
| | intelligence | | | Ce qui persiste dans le devenir (« das Bleibende im Werden » - Heidegger) est ce qui n'existe pas ; on peut donc le nommer, à bon droit, Dieu ou Être. Mais l'Être n'est que le Devenir de l'esprit en exil, et le Temps est peut-être l'être du Dieu déchu. L'Être - la puissance de la volonté ; le Devenir - la volonté de puissance. Allant à leur rencontre, l'un vers l'autre, ils se muent, respectivement, en l'étant et le devenu, ces synonymes. Le devenir, ayant atteint le caractère de l'être, s'appelle création ; l'intensité expressive en fait une œuvre d'art. Quand on comprend, que l'intensité maîtrisée est le point final des pérégrinations du savoir et de l'intelligence, on vit l'éternel retour du même (on renonce au changement, à la négation, on est dans l'acquiescement cosmique). | | | | |
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| claudel p. | | | La poésie ne plonge pas dans l'infini, pour trouver du nouveau, mais au fond du défini, pour y trouver de l'inépuisable. | | | | |
| | intelligence | | | Dans vos fichues profondeurs, qu'elles soient infinies ou définies, on ne tombe que sur des cloaques irrespirables. C'est dans la hauteur solitaire qu'on respire de l'éternellement nouveau, en s'enveloppant de son vide inépuisable. | | | | |
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| heidegger m. | | | Das dichtend Gesagte und das denkend Gesagte sind zuweilen das Selbe, wenn die Kluft zwischen Dichten und Denken rein klafft, während das Erste hoch und das Zweite tief sind.
Le poète et le penseur disent parfois la même chose, lorsque l'abîme entre poésie et pensée reste béant ; ce qui arrive, quand la poésie est haute et la pensée profonde. | | |    | |
| | intelligence | | | « Sur des sommets séparés à jamais, s'interpellent le poète et le penseur »* - Hölderlin - « Der Dichter und der Denker winken einander zu, auf getrenntesten Bergen ». Et pour préserver le béni néant volumique, on y adjoindra une étendue nulle, par compression du devenir au profit de l'être, dans un Retour Éternel de l'Un broyant le temps discriminateur. | | | | |
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| cioran é. | | | L'esprit n'avance que s'il a la patience de tourner en rond, c'est-à-dire d'approfondir. | | | | |
| | intelligence | | | La spirale est la forme exacte de cet approfondissement. Et l'éternel retour - la préférence de la hauteur permanente, où la clarté passagère est de la lâcheté. La pire des reculades est le choix du droit chemin. « La peste de l'homme, c'est l'opinion de sçavoir »** - Montaigne. | | | | |
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| ironie | | | Des candidats à l'éternité se trouvent surtout autour des choses, qui ne demandent pas de lendemain. | | | | |
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| ironie | | | Le technicien ne fait que multiplier le nombre de genres, tandis que le mathématicien et l'artiste s'intéressent aussi, et avec la même délicatesse, à la réduction du nombre d'espèces. « Le progrès organique est un changement d'homogène en hétérogène » - H.Spencer - « The organic progress consists in a change from the homogeneous to the heterogeneous » - l'artiste s'adonne plus souvent à l'éternel retour qu'au progrès, qu'il soit mécanique ou organique. Le technicien marque les jalons du progrès, l'artiste en marque l'axe entier, pour rester dans le pathogène. | | | | |
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| ironie | | | Chez les poètes modernes, les appels à l'éternité devinrent si soporifiques et pitoyables, que je me demande si l'on n'y tient pas là un sérieux concurrent à : « L'actualité est le pire ennemi de la poésie » - R.Char. | | | | |
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| ironie | | | Le Talmud réduit le côté bestial de l'homme à sa physiologie et met en relief ses trois côtés angéliques : avoir de l'intelligence, rester debout et parler hébreu - le contraire de ma vision : savoir écouter son âme, rester couché, respecter les langues mortes, gardiennes de l'éternel silence. | | | | |
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| ironie | | | La simplicité est le retour éternel du regard de sage, qui s'arrête, successivement, sur les choses naturelles, rationnelles, réelles, complexes : la bonne simplicité est une complexité naturelle. | | | | |
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| ironie | | | Chose, objet, substance, essence, existence, étant, être, l'Un, Dieu - quand je réussis à les traiter, tous, comme des objets, je peux proclamer la mort de Dieu comme l'aboutissement de l'éternel retour du Même, étalé en mille facettes : « Dans l'infini - l'éternel retour du même ; au ciel, le multiple devient l'Un, le système » - Goethe - « Wenn im Unendlichen dasselbe sich wiederholend ewig fließt, das tausendfältige Gewölbe sich kräftig ineinander schließt ». Semper alternum des commencements extérieurs n'est possible que grâce à semper idem des naissances intérieures. | | | | |
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| ironie | | | J'ai de la sympathie pour la trouvaille variable des mensonges furtifs, puisque ainsi, par une négation toute mécanique, on fait un pied de nez à la recherche constante de la vérité éternelle. | | | | |
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| ironie | | | Le voyage à partir du rien vers l'être, en s'arrêtant sur les étapes de l'étant, s'appelle le devenir. Telle est l'abyssale philosophie de Parménide, Hegel, Sartre, Heidegger. Certains s'apercevront, à la fin, que l'être n'est rien d'autre que le rien du départ ; d'autres, encore plus perspicaces et courageux, appelleront cette bourde gênante - éternel retour du même, se détourneront de toute négation, pour prôner l'acquiescement universel. | | | | |
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| ironie | | | Pour mériter notre attention, tout livre doit former un idéal. Un algébriste rappellerait, que cet idéal se définit au sein d'un anneau de l'éternel retour ou d'un corps ouvert à toute manipulation, tandis qu'on nous assomme de sous-représentations de certains groupes par trop associatifs et pas assez réflexifs. | | | | |
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| ironie | | | L'oubli de l'être est une paraphrase de la mort de Dieu, et pour ces deux carences, les remèdes respectifs, le souci et l'intensité, sont des synonymes. Curieusement, même leur demeure serait la même - le langage ! Mais tous les deux ne sont peut-être que l'incapacité d'y lire un retour éternel du Même. | | | | |
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| ironie | | | Tant d’herméneutes pseudo-ésotériques voient dans l'éternel retour – une fabuleuse répétition dans un temps réel, celui des événements de la vie, tandis qu'il est un avènement, une invention perpétuelle dans un espace artificiel, celui de l'art. Les faits opposés aux valeurs. | | | | |
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| ironie | | | Les lumières se ressemblent ; les ombres, leur intensité et leurs danses, donnent leur propre mesure. On crée dans l'ombre d'un acquiescement, toujours recommencé, mais éternel ; la lumière du changement éclaire la routine d'un pas intermédiaire. Le devenir invariant et digne, l'être affairé et contingent. « Plus ça change, plus c'est la même chose » - A.Karr. | | | | |
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| ironie | | | La pensée ne devrait ni reculer ni avancer, mais tourner en rond, pour que sa musique nous fasse danser, - telle est la leçon de l'éternel retour, opposé au progrès hic et nunc. | | | | |
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| ironie | | | La pesanteur (gravitation) rend l’espace courbe et le temps élastique ; je me demande si la grâce ne devrait pas faire la même chose, en privilégiant la hauteur et l’éternité. | | | | |
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| ironie | | | Le monde de la pensée sérieuse est horizontal, celui du regard ironique – vertical. La tentative de ramener celui-ci à l’horizontalité produit de l’humour. « L’humour est l’ironie, portée à sa plus grande amplitude » - Kierkegaard – ce qui le porte, inévitablement, à la platitude. L’ironie est éternelle, et l’humour – enfant de son temps. | | | | |
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| ironie | | | Du charme et de l’harmonie des syntagmes, comprenant un nom, un adjectif, un numéral : arrivés à croire en éternelle présence de la Trinité ou à percer l’infinie essence des dyades, vous admettrez plus facilement l’absolue transcendance de l’Un. Un joli exercice pour un programme informatique, qui générerait à la chaîne ce genre de sagesse. | | | | |
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| ironie | | | Ce qui menace ma fugace hauteur, ce n’est pas le désaveu par la profondeur éternelle, mais la dérision par la platitude quotidienne. Ne pas compter sur le sérieux des pensées datées, se vouer à l’ironie des rêves sans dates. | | | | |
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| ironie | | | Oui, l’éternité, même purement amphigourique, m’est plus proche que le jour d’aujourd’hui, même le plus naturel. Mais il vaut mieux chanter l’aujourd’hui, avec une voix, venue de nulle part, que décrire l’éternité, dictée par une oreille d’aujourd’hui. | | | | |
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| ironie | | | Par ton écriture tu pensais entretenir, chez ton lecteur, une soif, que tu imaginais éternelle. Or tes contemporains demandent des nourritures modernes, dont la valeur énergétique se trouve quelque part entre la gazette, la baisse des impôts, des likes des réseaux sociaux et un séjour aux Seychelles. | | | | |
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| ironie | | | Pour me plier à leur fichue règle d’unité de temps, d’espace et d’action, je proposerait l’éternité, l’infini et le rêve ; ces coordonnées sont beaucoup plus prometteuses que les siècles, les latitudes et les gesticulations. | | | | |
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| ironie | | | La banalité des exercices philologiques du jeune Nietzsche lui inspira une sainte horreur du genre discursif – il se voua au culte des commencements non-développables, puisqu’il aima l’éternité, qui est la négligence du temps, celui qui accompagne tous les parcours cohérents. La métaphore de retour éternel résume cet état d’âme et aurait pu s’appeler commencements hors précédents ou maximes, toujours recommencées ! L’auteur n’est fidèle qu’à lui-même ; c’est, donc, un retour du même, et aucune apocatastase n’y est visée. | | | | |
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| ironie | | | Avec mon faible pour la faiblesse dans le quotidien et mon fort attachement à la force dans l’éternel, je me rends compte, soudain, que ce furent, jadis, des prérogatives féminines. Certains hommes, serait-ils le passé de la femme ? | | | | |
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| ironie | | | La pratique du retour éternel, en s’opposant aux visions progressistes ou eschatologiques, place tout commencement créatif dans le présent. | | | | |
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| mot | | | L'antique Chaos païen et le Commencement évangélique - l'Idée, le Substantif, et le Mot, le Verbe. Le jalon et le souffle. On est chrétien, peut-être, quand on reconnaît, que le Mot sauveur est à l'origine des idées païennes ; mot inchoatif, face à l'idée terminative. L'éternel - par le commencement ; le commencement - dans l'éternel. | | | | |
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| mot | | | La poésie, c'est l'interception de regards de l'éternité, regards, qui suggèrent des formes (mots ou sons) et promettent l'attouchement du fond (bonheur ou enthousiasme). Qu'est-ce que l'image éternitaire, sinon une haute musique révélant un sens profond : « La musique du vers ne peut se passer de sens ; mais le sens du vers ne peut se passer de musique » - Weidlé - « Музыка стихов не может обойтись без смысла. Но и смысл в стихах не может обойтись без музыки ». | | | | |
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| mot | | | Prôner l'an-archie des choses, pas de prééminences, et la pan-archie des rêves, que des éminences. Vivre de l'éternel retour (ressasser) de l'autre verbe palindrome français - rêver ! | | | | |
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| mot | | | Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre. | | | | |
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| mot | | | Exemple d'un éternel retour : la vérité de Dieu se muant subrepticement en dévoilement de l'être (aléthéia - éclaircie - vérité). Pitoyable est le dévoilement qui se voile ; on devrait ne cacher que les contraintes et non pas l'être. | | | | |
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| mot | | | L'intuition gréco-latine, tout en ignorant le nombre zéro, nous a composé quelques hosannas lyriques au néant. Semblablement, l'imagerie allemande du devenir doit beaucoup à l'emploi auxiliaire de ce verbe. Dieu est dans l'opération et non pas dans les opérandes, et donc son devenir est son être - et le retour éternel de Nietzsche est le devenir, avec la même ambition. | | | | |
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| mot | | | Du minimum au maximum : la maxime, qui se fixe au firmament, part d'aphorisme (apo-horizon), qui s'arrache à l'horizon, et passe par apo-phthegme, redresseur des mots, pour devenir une forme de l'éternité (die Formen der Ewigkeit - Nietzsche). | | | | |
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| mot | | | Que mon mot soit qualifié de dissimulation ou d'authenticité, il restera toujours de l'expression ; modèle à suivre ou modèle à créer, mon visage sera confondu avec mon masque. Sans mes mots, je suis un algorithme muet ou un rythme jamais exécuté par un instrument. Si les mots ne font que masquer l'homme, l'en débarrasser, c'est le réduire à une momie. | | | | |
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| mot | | | Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même. | | | | |
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| mot | | | L'être philosophique doit rester à l'infinitif, c'est à dire à l'indéfini et intemporel, et s'opposer à il était, il est, il sera, attachés à l'étant ; est-ce l'origine de Sein und Zeit ? Le culte de l'éternel présent (non fixe et qui ne peut pas être fixé), de ce qui n'est pas encore maintenant ou de ce qui n'est déjà plus maintenant, le devenir mystérieux, serait-il l'être de l'être ? | | | | |
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| mot | | | La parole et la pensée sont hors de moi, et le chant est en moi ; que, dans des édifices durables, le Dieu de l'horizon et de la profondeur soit mort, ne doit pas troubler le Dieu de la hauteur, éphémère et éternelle, qui est en moi, au fond de mon puits, de mon souterrain ou de mes ruines. Monuments aux morts hantés, monuments aux mots chantés. On chante dans les ruines, on hante les cavernes : « Dans la caverne de Platon nul mot pour signifier la mort » - Blanchot. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui manquent de musique, se rabattent sur le bavardage ; ceux qui manquent de mots, se réfugient dans le silence. Notre âme, notre esprit, notre corps – du mystère au problème, pour s'immobiliser dans la solution : « Je me comprends beaucoup moins bien dans ma parole que dans mon silence »*** - Hofmannsthal - « Ich verstehe mich selbst viel schlechter wenn ich rede, als wenn ich still bin » - un pas de plus, et tu retrouveras la bénie incompréhension de ta musique. | | | | |
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| mot | | | Le poétique et le sacré furent les premiers symboles que l'homme coucha sur papier. « La première langue a dû être hiéroglyphique, pour les caractères sacrés, la deuxième, symbolique, pour les caractères héroïques, la troisième, épistolaire, pour les caractères conventionnels » - G.B.Vico - « La prima lingua - geroglifica ovvero per caratteri sagri, la seconda - simbolica o per caratteri eroici, la terza - epistolare o per caratteri convenuti ». Ces trois étapes, niveaux ou états – divin, poétique, humain - furent fusionnés par Nietzsche dans l'éternel retour, où cohabitent la mort de Dieu, la réduction de la vie à l'art, le surgissement du surhumain. | | | | |
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| mot | | | Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres. | | | | |
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| mot | | | La compréhension des thèses d'un auteur se détermine par le choix de leurs négations (ou antonymes). Prenez, par exemple, Nietzsche, le contraire de danser ou vibrer - maîtriser, de l'Éternel Retour - le gain en maîtrise, du surhomme - le maître de soi. N'oublions pas, que les sept péchés capitaux ne sont pas des négations des sept vertus. Et qu'en grec, la vérité (aléthéia ou amen) serait opposée à l'oubli ou au commencement, et exister (ek-sister) - à rester en soi-même. | | | | |
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| mot | | | Le mot éternel, en philosophie, signifie l’aspect trans-historique, la sortie hors du temps, d’où l’éternel retour nietzschéen, résultant de la métamorphose du devenir, auquel le créateur affecte l’intensité de l’être, le retour égalisant les dates et ennoblissant les lieux. Il ne restera à la dimension temporelle que le culte des commencements, ce culte de la personnalité et de la hauteur, et que Nietzsche appellera volonté de puissance. | | | | |
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| mot | | | La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration. | | | | |
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| mot | | | Les mots, tels des diamants, sur le collier d’une pensée – ainsi on orne un cou ; l'esprit s'orne mieux de perles isolées, pour que le regard suive non pas le fil, ni même le cou, mais la perfection d'une forme sortie de l'éternité. La vraie perle fuit le fil, comme un vrai arbre se désolidarise de la forêt. | | | | |
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| mot | | | Ne pas avoir de fin – deux acceptions possibles de cette expression : le chemin, que je suis, se prolonge infiniment, ou bien – je me passe de chemins et me contente de commencements. Le choix de la seconde version donne une des lectures les plus intéressantes de l’éternel retour. | | | | |
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| mot | | | On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles. | | | | |
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| noblesse | | | Noblesse : le courage de dire adieu, et non pas au-revoir, à ce qui aura été vécu en grand. De donner à la profondeur du Oui - la hauteur du Amen. La noblesse est la grâce du regard sur l'éternité ; le courage est la grâce face à la vie, qui voit son terme. | | | | |
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| noblesse | | | Un malentendu géométrique : avoir de la hauteur ne veut pas dire être au-dessus, mais bien être ailleurs, être absent. Mais derrière hors je sens si nettement foris, ces pitoyables portes si inutiles dans mes ruines (et cachant ma forêt), et pire encore - le forum, avec ses estrades et ses arcs de triomphe. Ma Via Sacra est hérissée d'arcs-en-ciel de mes défaites. « Le triomphe est passager, mais les ruines sont éternelles »* - Péguy. | | | | |
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| noblesse | | | Dionysos fêté élégamment rejoint Apollon ; la primauté de la vie enveloppée de belles métaphores est indiscernable de l'idéalisme ; la volonté de puissance auréolée d'humiliantes défaites égalise le ressentiment et l'acquiescement ; l'Antéchrist, à l'âme haute, tend la main au Christ, à la tête basse, - quel nihiliste parfait est Nietzsche ! Et lui-même, dans des moments de lucidité, ne reconnaissait-il pas, que le nihilisme était un mode de pensée divin (eine göttliche Denkweise) ? « La métaphysique de Nietzsche est le nihilisme même » - Heidegger - « Nietzsche’s Metaphysik ist eigentlicher Nihilismus ». | | | | |
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| noblesse | | | Sur les axes des valeurs, Aristote cherche des commencements, Kant - des frontières, leurs épigones - leurs points préférés. Mais Nietzsche ennoblit l'axe tout entier, en le munissant d'une même intensité, qui est le fond de notre moi ; cette axiologie s'appelle l'éternel retour du même ; ce qui change en moi n'est pas moi. | | | | |
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| noblesse | | | L'éternel retour, c'est la reconnaissance, qu'aucun développement ne rehausse le regard prima facie : « De retour à mes débuts, j'y retrouve la même perplexité » - Goethe - « Da steh' ich nun, ich, armer Tor ! Und bin so klug als wie zuvor ». Le sens, l'invariant, de ce retour est dans la bouche de Faust : « Tu es beau, arrête-toi » (« Verweile doch, du bist schön ») - le sens d'un retour intemporel. Et si la cause finale d'Aristote était la même chose : « La cause finale occupe la place de la beauté dans les êtres, qui en sont pourtant dépourvus » ? | | | | |
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| noblesse | | | On ne participe au souffle de l'éternité qu'en retenant le sien. | | | | |
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| noblesse | | | Sub speciae aeternitatis ne naissent que des ennemis de l'éternité. Celle-ci ne fraie qu'avec l'au-delà de l'être (l'Idée du Bien) de Platon, l'extase de Plotin ou de St-Augustin, la profession de Pascal, le bon plaisir de Dostoïevsky, l'au-delà du bien et du mal (l'intensité du Beau) de Nietzsche. Bref, sub speciae absentiae. | | | | |
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| noblesse | | | L'Éternité te visite en vagabond sans toit. Elle s'invite et n'invite nulle part. | | | | |
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| noblesse | | | Le pauvre d'imagination se tourne vers l'avenir ; le pauvre d'esprit patine dans le présent ; le pauvre de vie peuple le passé. L'homme sensible s'éprend de la vie d'un rêve passé plus que d'un rêve d'une vie future. Penser à la conservation du futur et à la redécouverte du passé, c'est, à la fois, le culte du commencement et le souci de l'éternel retour : « Le retour au commencement est une espèce de futur » - Jankelevitch. | | | | |
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| noblesse | | | Vivre selon Vertu, Nature, Vérité ? Les vies grand teint surgissent du contre ou du malgré. Mais, par la magie de l'éternel retour, tout contre finit par un grand oui. Du grand acquiescement final naît le style ; le non initial n'en définit que le rythme. | | | | |
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| noblesse | | | Défier le temps est insignifiant aux yeux de l'éternité à moins que ce soit par le dédain de tout ce qui est irréversible. Rester dans le réversible, dans l'anamorphique - le plus beau trait de la jeunesse. La jeunesse - ne percer, ne posséder ni le monde ni soi-même ; avec la possession surgit la clarté, le souci et l'habitude ; porter haut l'ombre de soi-même. Les modernes sont jeunes par leurs doutes et vieux par leurs certitudes ; chez les Anciens, c'est l'inverse : leur poésie est celle de la maîtrise de leur propre voix et non pas de la hantise de l'écho des autres. | | | | |
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| noblesse | | | La soif de nouveau agite surtout les médiocres ; elle s’assouvit rapidement chez un bel esprit, qui alors s’occupe à entretenir une soif de l’immuable, de l’invariant, de ce qu’on pourrait appeler éternel. | | | | |
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| noblesse | | | Commencements, parcours, fins : dans mon adolescence, un corps tourmenté et une âme naissante font de la hauteur poétique la quintessence de l'humanité ; ma jeunesse studieuse me rapproche de la profondeur savante et j'y place le sel de la terre ; ma maturité fait affleurer tout savoir vers la platitude mécanique et je me mets à apprécier l'ampleur philosophique. Heureux celui qui finit par un retour éternel vers ses sources, pour y retrouver son éternelle et infaillible jeunesse. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse du regard, ce n'est ni l'étendue entre-ouverte de l'avenir, ni même la profondeur entrevue du passé, mais bien la hauteur entretenue d'un présent, débarrassé de ses soucis terrestres. À l'échelle temporelle, il est semblable à l'instant de Zarathoustra (der Augenblick - regard des yeux), dont l'éternité enveloppe les chemins du passé et de l'avenir. À l'échelle spatiale, le regard, c'est l'enveloppement ludique de choses, rendant leur développement pragmatique - superflu. | | | | |
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| noblesse | | | L'éternité n'a pas de quoi payer une rançon, et le temps, qui retiendrait en otages nos chantres de l'éternité, le sait bien. Mais le confort des geôles civilisées fait craindre pour toute ruine éternelle. Le prétendu otage se solidarisa avec ses ravisseurs ! | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'Éternel Retour je ne vois pas de cycles ; j'y vois, par contre, l'extase hautaine qui, intemporellement, seule épuise l'essence de la chose, qu'aucun mouvement, circulaire, linéaire ou chaotique, aucun approfondissement ni élargissement n'enrichit ni n'éclaire. La chose reste la même, face à toute bougeotte, et ne se résume que dans l'intensité du regard initiatique ; l'intensité non-noble est propre des passions aujourd'hui dominantes : la Bourse, le flirt, la gazette. Mais tenir à la permanence de l'intensité, c'est aussi chercher à mourir debout, contrairement aux autres : « Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès »** - Pascal. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'édifice de mon âme, seuls les soubassements doivent garder leurs attaches spatiales, que je refuserai aux fenêtres et aux toits ; ainsi je me retrouverai dans des ruines nihilistes - privées d'attaches temporelles ; débarrassé de l'irréversible devenir, j'y vivrai un éternel retour de l'être atemporel, à l'opposé du Nietzsche simple, pour qui, c'est la réminiscence du devenir qui rend éternel le retour (mais c'est l'un de ces opposés que le Nietzsche complexe aime épouser avec tant d'égalisante intensité – retour du même !). On est séduit par ce « pathos universel de l'illusoire réminiscence » - Jankelevitch. Et moins je vois les attaches banales, mieux je m'attache à la grande distance. | | | | |
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| noblesse | | | Je prouve à la Terre passagère l'existence de mes racines par l'élan de ma cime vers le ciel éternel. En passant du végétal à l'architectural, je saurai qu'en me détachant de la Terre, je ne sauverai mes ailes déployées que par un toit entrouvert de mes ruines. Méfie-toi des murs, mures-en les fenêtres : « Que le meilleur de toi ne s'arrache pas à la Terre pour casser tes ailes contre les murs de l'éternel » - Nietzsche - « Lasst ihre Tugend nicht davon fliegen vom Irdischen und mit den Flügeln gegen ewige Wände schlagen ». | | | | |
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| noblesse | | | Je dois avoir un thème musical unique, qui traverserait ma vie, rhapsodique ou symphonique, de part en part, tel un retour éternel, fusion du continu et du discret : « Il y va de l'intensité et non pas de la vie éternelle »** - Nietzsche - « Auf die ewige Lebendigkeit kommt es an, nicht auf das ewige Leben ». | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'examen d'une chose, d'un événement, d'une pensée ne mettre dans la balance ni gains ni pertes, ni remords ni ressentiment, mais réduire leur mesure à ce qui, en nous, relève, seul, de l'éternité, donc reste le même, - à notre musique et à son intensité, telle est la leçon de l'éternel retour. | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui mérite notre admiration aurait dû renoncer aux évolutions et preuves et se fonder sur la seule intensité métaphorique couronnant l'éternel retour : « On peut réduire toute valeur suscitant une pulsion à une pulsion suscitant une valeur »** - Levinas. | | | | |
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| noblesse | | | La bouche parle du hier du sentiment ; la plume - du lendemain de la pensée ; le cœur - de son aujourd'hui débordant. « Donner du temps au temps, pour que le vase déborde » - Machado - « Demos tiempo al tiempo ; para que el vaso rebose ». Se pencher sur le sens de la dernière goutte (le devenir causal), sur la plénitude du vase (l'être parfait), sur sa forme (l'éternel retour du même). | | | | |
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| noblesse | | | Si, à l'embouchure, je suis capable de retrouver, d'entretenir ou de recréer l'intensité ou le rythme des sources, je suis dans le même fleuve anti-héraclitéen, témoin de l'éternel retour. | | | | |
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| noblesse | | | L'esprit fait des progrès dans son domaine exclusif, la profondeur ; le cœur, de même, gagne en lucidité dans l'ampleur des horizons mouvants ; ce n'est que l'âme, dans sa hauteur atopique, qui ne peut compter que sur l'intensité constante, comme facteur de puissance et porteur de l'éternel retour. Il faut donc vivre en esprit, avancer par le cœur et s'élever par l'âme ; l'action et l'écriture devraient les rendre solidaires. | | | | |
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| noblesse | | | Le sot respecte les choses, qui paraissent actuellement éternelles. Le fin est à l'écoute de ce qui pourrait être éternellement actuel. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme est pourvu de si merveilleux capteurs du réel, que son monde intérieur reflète fidèlement, et en tout point, malgré l'effet de la Caverne, - le monde extérieur. Partir du sujet (le vitalisme) ou bien de l'objet (la phénoménologie) promet les mêmes tableaux, les mêmes profondeurs, la même architecture. Ce n'est qu'en hauteur que cet équilibre se rompt et qu'on gagne, en s'accrochant à l'homme. L'exemple flagrant en est l'interprétation de l'éternel retour du Même. Dans ce même, Heidegger voit l'immuable Être extérieur, et moi, j'y vois l'intensité tout intérieure, l'excellence, l'extase du superlatif et non pas la paix ou la certitude du positif, et encore moins la platitude du comparatif (l'attitude de la majorité, dictée par le goût du changement). | | | | |
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| noblesse | | | Être humble avec les buts, ironique avec les moyens et royal avec les contraintes, telle est la forme d'acquiescement à la vie ; et lorsque la contrainte porte sur la même intensité de mon regard (et non pas la multiplication d'objets regardés), elle s'appellera éternel retour : « La pensée d'éternel retour du même est la plus haute formule d'acquiescement » - Nietzsche - « Der Ewige-Wiederkunfts-Gedanke ist die höchste Formel der Bejahung ». | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de mon existence - l'intensité de mon regard, c'est à dire de mon rapport avec la vie, et qui s'atteint surtout grâce aux contraintes que je m'impose : mettre le désir au-dessus de la force (la volonté de puissance), ne pas m'attarder sur les choses, qui changent, entretenir l'excellence du regard (l'éternel retour du même), me mettre au-delà des valeurs, pour être moi-même leur vecteur (la réévaluation de toutes les valeurs) - trois synonymes du plan nietzschéen. Vie, volonté de puissance, art - comme trois hypostases d'une même substance tragique ! | | | | |
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| noblesse | | | Pour garder l'enthousiasme dans la vie, on doit savoir entretenir l'équilibre, ou l'égale intensité, de la naïveté, de la maîtrise et de l'ironie. La simultanéité de ces stades, cette harmonie verticale est l'affirmation de l'éternel retour, ignoré aussi bien en musique qu'en mathématique : « Chaque branche mathématique traverse trois stades d'évolution : le naïf, le formel et le critique » - D.Hilbert - « Jede mathematische Disziplin läuft drei Perioden der Entwicklung durch : das naive, das formale und das kritische ». | | | | |
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| noblesse | | | Tout ce qui, même partiellement, se raccroche au réel est voué à être englouti, sans retour, par le temps ; l'éternel retour dans l'espace de la création n'est promis qu'au rêve, dont la hauteur le sépare et protège du réel. | | | | |
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| noblesse | | | Dans mon enfance, je me gavais de contes de fées et de framboises des bois, je goûtais les mystères mathématiques et les rythmes poétiques, je m'extasiais sur l'Histoire et méprisais l'astronomie. La saturation, puis quelques renversements : l'indifférence pour l'Histoire et la fascination pour la cosmogonie. Je finis par vouloir voir les choses du plus grand lointain, où le temps et l'espace ne font qu'un. Les étoiles me chantent l'éternité ; les batailles me narrent l'avant-hier. Mais je garde ma reconnaissance aux contes de fées : « Si vous voulez que vos enfants soient intelligents, lisez-leur des contes de fées »** - Einstein - « Wenn Sie möchten, daß Ihre Kinder intelligent sind, lesen Sie ihnen Märchen vor ». | | | | |
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| noblesse | | | Jusqu'à Balzac, le rêve intemporel constituait le fond et le ton de la littérature. Le présent gluant, le souci du palpable et de l'actuel, a fini par repousser toute atmosphère vaporeuse ; désormais, même dans les récentes biographies des sages grecs ou des empereurs romains on sent la pestilence de notre actualité. | | | | |
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| noblesse | | | Mon soi connu me classe au milieu de mes contemporains, mon soi inconnu ne communique qu'avec les sources de l'homme éternel. L'esprit ou l'âme, le comparatif ou le superlatif ; le bon Narcisse n'admire que le second. Grothendieck les appelait Patron et Rêveur. | | | | |
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| noblesse | | | Dans nos souhaits de détacher l'homme du présentisme, le renvoi à l'Histoire ne sert à rien. Les thèmes éternels, les valeurs invariantes, la grandeur d'âme, ne nichaient pas plus dans les siècles mieux lotis que le nôtre. Les hommes vécurent toujours de la version courante ; il s'agit de les faire rêver de ce qui est invariable. Mais ce besoin d'immobilité se marie mal avec la bougeotte populaire. | | | | |
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| noblesse | | | Le regard intellectuel sur la vie peut commencer par un non éthique ou un oui esthétique ; le premier ne peut être que partiel, le second est universel. Le diseur du non est un homme du progrès, donc de l'ennui ; le diseur du oui est un homme du même, de ce qui retourne, éternellement. Mauvais négateur ou bon nihiliste. | | | | |
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| noblesse | | | Les points communs entre la montagne de Zarathoustra et la mer du Cimetière marin : non seulement les deux vouent un culte à l'éternité, sous la forme d'un Retour ou d'un Recommencement, mais la hauteur de la première et la profondeur de la seconde ont besoin l'une de l'autre et se complètent. Les deux en appellent au (Grand) Midi le Juste, pour mieux (ré)évaluer l'intensité de leurs ombres. | | | | |
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| noblesse | | | C’est l’éternité qui t’attache à la hauteur et non pas ton âge, qui s’occupe de toutes les autres dimensions : « La jeunesse aspire au lointain, la maturité – au large, la vieillesse – au profond » - Don-Aminado - « Молодость стремится вдаль, зрелость – вширь, старость - вглубь ». | | | | |
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| noblesse | | | La grandeur et l’originalité d’un artiste sont dans l’invariant, dans le même, dont on cherchera à maintenir l’éternel retour. L’un des contraires s’appellerait la mode : « La mode est l’éternel retour du nouveau »* - Benjamin - « Die Mode ist die ewige Wiederkehr des Neuen ». | | | | |
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| noblesse | | | Le temps, c'est l'horizontalité même ; mais dans mes ruines, des colonnes abattues arrêtèrent le temps ; je peux m'élancer dans la verticalité de mon étoile. « Les ruines, douées d’avenir, les ruines incohérentes, avant que tu n’arrives, homme comblé » - R.Char – je ne quittais jamais mes ruines, qui, nuitamment, retrouvent la cohérence de son origine, de sa tour d’ivoire, jamais dans l’avenir, toujours près de l’éternité. | | | | |
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| noblesse | | | On ne peut pas vivre de la musique ; on ne peut qu’en laisser envahir ses rêves. La vie est cadences et bruits ; le rêve – émotions et musique. La raison et la noblesse n’ont pas grand-chose à se dire ; la raison désespère et la noblesse invente de folles espérances. Mais si tu veux une vie indiscernable du rêve, écoute Aristote : « L’homme doit tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui ». Vivre serait donc entendre et poursuivre l'éphémère, éternellement inexistant et attirant, la mort du corps guidant et justifiant la noblesse de l'esprit. | | | | |
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| noblesse | | | La passion n’est possible que si tu réussis à maintenir le sens de l’éternité ; et fatalement, un jour tu le perds, tu assistes à la tragédie du rêve, tu tues l’éternité, comme les autres tuent le temps, pour animer la comédie de la vie. | | | | |
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| noblesse | | | La négation ne se justifie que dans l’inessentiel ; dans l’essentiel, qui est mystérieux, grandiose, beau ou tragique, doit régner l’acquiescement, la vénération, l’extase ; une fois à genoux, on n’apprécie que l’immobile, l’invariant, l’inconnaissable – le même, celui qui vit l’éternel retour. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme est une volonté d’un homme d’être créateur de ses propres commencements intellectuels, artistiques ou sentimentaux. Le nihilisme n’est pas le refus de tout héritage, mais l’usage de celui-ci seulement en tant que matériaux ou thésaurus, et non pas en tant que guides ou maîtres. Le nihiliste dédaigne la communication avec ses contemporains, mais vénère la transmission de l’invariant, du noble, du mystérieux. Il est un homme atemporel et atopique, un homme de trop. Il cultive la facette surhumaine de sa nature humaine, en ne s’adressant qu’au grand Inexistant, à Dieu. | | | | |
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| noblesse | | | Les petits Oui et Non naissent du comparatif, égoïste ou conformiste, social ou médical ; les grands – du superlatif, scientifique ou artistique. Le grand Non découle de la profondeur, où règne l’esprit, désespéré par le gouffre qui sépare l’absolue merveille du monde de l’horreur absolue de notre propre mort. Le grand Oui plane dans la hauteur, où s’arrête le temps et s’épanouit l’âme, contemplative ou créative, s’identifiant avec ce qui est éternel – le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Le rythme et l'algorithme ont la même origine - l'habitude ou la répétition - mais les sources différentes : le rythme naît en nous, l'algorithme - hors de nous, dans le troupeau ou dans la machine. Étymologiquement, rythme signifiait fidélité du fleuve à sa source (fidélité, traduite par la même intensité, dont l'éternel retour du même est la plus belle des métaphores), d'où la place qu'il mérite dans le culte des commencements. Le soi inconnu ne se laisse entrevoir que par les premiers pas ou par la hauteur du regard sur toute marche : « Il n'y a d'originalité qu'à l'origine, au-dessus et bien avant » - R.Debray. | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de la vie est déterminé par la division de notre soi en deux domaines – le divin et l’humain, le mystérieux et le créateur, l’éternel et le passager. Et l’art de subordonner, ou même de sacrifier, la seconde facette à la première donne à la vie le sens le plus net. Ce n’est pas la recherche mais la révélation qui conduit à cette découverte. Mais, hélas, ceux qui cherchent le sens de leur vie sont inconscients de la première hypostase. | | | | |
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| noblesse | | | Pour parler d’un état d’âme, il faut qu’il y ait une âme. Or, les cas, où l’âme se réveille, sont rarissimes ; le plus fréquemment, ils se manifestent chez le poète. Je n’évoque les états d’âme que lorsqu’un fourmillement poétique en autorise la peinture. L’âme dort dans les tumultes quotidiens ; un silence éternel la rend vivace. | | | | |
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| proximité | | | Quand la précision ne nuit pas à la beauté, on est en présence d'une vérité divine. Mais, en général, ce qui ne peut être que précis est sans intérêt. Toute vérité, qui dure au-delà de tout langage, est divine. Résistance au mot, c'est la définition même de Dieu. L'Intelligence Artificielle, en maîtrisant et l'intelligence et ce qui la rend possible, effacera la hiérarchie plotinienne, qu'il y avait entre : « l'intellect, qui raisonne, et celui qui donne la possibilité de raisonner ». La pensée divine se reconnaît uniquement dans la nécessité ; la vérité, l'éternité et l'infini sont des créations humaines. | | | | |
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| proximité | | | Quand je vois, que Dieu, dans les platitudes humaines, est réduit à un misérable point, sans épaisseur ni amplitude, je regrette le Dieu géométrique des Pères de l'Église : « Dieu, qu'est-il ? Longueur, largeur, hauteur et profondeur » - St-Bernard - « Quid est Deus ? Longitudo, latitudo, sublimitas et profundum » - donc, ni l'œuvre ni l'outil, mais le principe. D'où Ses quatre matérialisations : la longueur de son éternité, la largeur des portes de Ses églises, la profondeur des souterrains de Sa sapience, la hauteur des tours d'ivoire de ceux qui L'auraient cherché. | | | | |
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| proximité | | | La mise à distance comme art de l'équilibre et de l'harmonie, traduction de l'éternel retour du même. « Le Même n'est pas l'indifférence dans l'égalité, mais l'unique dans la différence et la proximité cachée dans l'éloigné » - Arendt - « Das Selbe ist nicht das Einerlei des Gleichen, sondern das Einzige im Verschiedenen und das verborgene Nahe im Fremden ». | | | | |
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| proximité | | | Avec une proximité toute mécanique, les choses fixes s'agrandissent, les choses élastiques se rétrécissent. La grandeur des choses est dans une élasticité permettant leur vision dans la perspective de l'éternité. « Dans la proximité la plus étroite réside la distance absolue » - Ricœur. | | | | |
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| proximité | | | Dès que je me sens touché par le salut, s'ouvre aussitôt, béant, le chemin de ma perte ; mais si j'accepte la perte comme mon destin, je sens l'attouchement du salut - c'est cela peut-être l'impossible répétition, l'éternel retour, l'incertain purgatoire. | | | | |
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| proximité | | | Celui qui tient à l'intensité et à l'immobilité de la hauteur est voué à l'éternel retour, ce contraire de la résurrection, cette vocation des remuants, qui s'abaissent ou s'approfondissent. | | | | |
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| proximité | | | L'éternel retour : le constat qu'aucun perfectionnement ne rend la perfection moins incompréhensible. L'invitation à ne pas placer nos espérances dans le perfectionnement, à nous contenter de vénérer la perfection, à ne pas compter sur un rapprochement avec elle. | | | | |
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| proximité | | | La chose profonde peut passer dans la catégorie des choses hautes, quand on échoue à l'approfondir davantage ; alors - deux issues : soit la platitude, puisqu'on toucha à la solution, soit la hauteur, car un mystère s'y tapissait. La volupté élit son séjour, plus souvent, dans une heure haute que dans une profonde éternité. | | | | |
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| proximité | | | Face à l'idée de sa propre mort, tout homme lucide, non berné ni bercé par une minable superstition, devrait passer sa vie à hurler sur la lune, les cheveux dressés, le cerveau en feu, les yeux fixés sur son tombeau. Pourtant, il se comporte, comme si une immortalité l'attendait au bout du chemin ; le Créateur mit en lui un irrésistible et bel instinct. « Nous ressentons, au fond de nous-mêmes, notre éternité » - Spinoza - « Sentimus experimurque nos aeternos esse ». Et ils continuent à se croire au théâtre : « Mon âme, il faut partir » - les dernières paroles de Descartes, de celui qui, pourtant, disait : « Il est certain, que mon âme peut exister sans mon corps ! ». | | | | |
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| proximité | | | Le nihilisme : me méfier de l'inertie, chercher le rythme, le point zéro, la source ou l'origine de mes sentiments et pensées. C'est la facette divine de l'homme, la facette purement humaine se trouvant dans l'enchaînement, la suite, l'accroissement du temporel, au détriment de l'éternel. La définition médiévale du nihilisme, qui en affuble ceux qui pensent, que l'hypostase humaine du Christ n'est rien, me paraît être étonnamment percutante. | | | | |
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| proximité | | | L'œil des partisans des clartés définitives ne s'accommode qu'à une distance fixe et croit à l'assimilation. Tout nouveau savoir en élargirait la superficie. L'habitué des vies en reliefs paradoxaux possède une accommodation élastique, où la falsification et les vérités éternelles dessinent des courbes en profondeur et en hauteur, sans nous appartenir. | | | | |
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| proximité | | | Ni les vues de l’esprit ni le toucher de l’âme ne rapproche ni n’éloignent de Dieu ; Dieu est affaire du flair du cœur ; ne vivre que du présent fait perdre le goût de l’éternel. « Il n’y a pas de plus grand obstacle à l’encontre de Dieu que l’odeur du temps » - Maître Eckhart - « Es gibt kein größeres Hindernis für Gott als der Geruch der Zeit ». | | | | |
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| proximité | | | Ramener à la physique ou à la biologie l'éternel retour et le surhomme, c'est comme confier à la science politique ou à l'astronomie la justification du Royaume des Cieux. | | | | |
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| proximité | | | Ce n’est ni le déferlement de l’actualité ni le recul de l’éternité qui m’attriste le plus, mais leur cohabitation, pacifique et dégradante. | | | | |
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| proximité | | | Je ne suis moi-même que dans mes commencements (mon éternel retour spatial !) ; c’est là que me rencontre mon soi inconnu ; tout enchaînement m’éloigne de moi-même et me sépare de mon soi inconnu. | | | | |
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| souffrance | | | Le vrai tourment, ce n'est pas de ne plus être, mais de ne pas savoir être sans avoir. Je ne suis qu'intensité, mais il me faudrait maîtriser la terre - pour marquer mon époque, l'air - pour être respirable, le feu - pour laisser des empreintes et l'eau - pour que l'encre la couche sur papier. « Ce n'est pas l'éternité que tu demanderas à la vie, mais l'intensité »*** - Nietzsche - « Auf die ewige Lebendigkeit kommt es an, nicht auf das ewige Leben ». | | | | |
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| souffrance | | | Plus grinçant est le rouage du quotidien, plus attentif je suis au silence de l'éternité. La graisse salutaire monte en général au cerveau, qui lève la tête, baisse le regard et rabat les oreilles. | | | | |
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| souffrance | | | On ne peut étouffer ou couvrir la clameur de l'horreur, de la tragédie, de la souffrance qu'avec une musique héroïque, et l'acquiescement à la vie est cette seule musique possible, l'éternel retour de la métaphore désarmante, la rencontre de la création, de l'ironie et de l'amour. Mais si le beau atténue l'horrible, l'intense ne fait qu'aggraver le terrible. | | | | |
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| souffrance | | | Le moi impondérable est attiré par la hauteur intemporelle. Le moi terre-à-terre part toujours de la vacuité journalière et vise les horizons éternels, mais il est moins qu'un pont, un simple bac branlant. La création, par le premier moi, en est le seul passager. Ne pas me transformer en radeau du naufragé, ne pas me laisser entraîner par le courant du quotidien. Ne pas voir dans la corde au cou une destinée de batelier, mais un salut de noyés. | | | | |
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| souffrance | | | L'éternel retour de Nietzsche est tragique puisque éphémère ; le einmal, nur einmal (une fois, qu'une fois) de Rilke ou le never more (plus jamais) de Poe sont comiques puisque réels. Le retour à chercher n'est pas celui du jour et de la nuit, du sommeil et de la veille, mais de la réalité et du rêve, ou de la réalité et de la mémoire, la réalité se définissant ensuite par l'intensité entretenue des songes ou des représentations. Ce retour éphémère, ce sacrifice du nouveau, entretient le bonheur éphémère, le seul digne de notre fidélité. | | | | |
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| souffrance | | | Une bonne recette, pour adoucir mes angoisses : donner au temps la hauteur de l'éternité, et à l'éternité – la profondeur du temps. Que mon poids soit mesuré en unités d'une balance invisible ; que tu sois plus familier de l'inconnaissable que du connu. | | | | |
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| souffrance | | | La consolation, cette visée centrale du prêtre et du philosophe, consiste à dévier le regard angoissé, fixé sur l'irréparable, vers une permanence quelconque, à laquelle on collera des étiquettes d'éternel, d'absolu, d'infini. Ce qui est curieux, c'est que les acceptions qu'attachent à ce jargon les religieux ou les écolarques sont incompatibles. Pourtant, le bien et la beauté, ces cordes on ne peut plus fragiles, soumises aux caprices et aux hasards, sont les seuls supports d'une véritable consolation. | | | | |
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| souffrance | | | Le passé offre des solutions, l'avenir prépare des problèmes, seul le présent tient le langage des mystères. Et l'espérance peut porter les trois couleurs correspondantes : ne pas pleurer les disparitions, mais remercier le ciel d'avoir connu le disparu ; prier le temps de ne pas paralyser nos meilleurs élans ; s'émerveiller du spectacle du monde, qui se déroule dans notre regard. Seul le présent laisse ressentir l'écoulement mystérieux du temps ; temps et éternité sont des synonymes : « L'éternité, ni elle ne sera, ni elle ne fut ; elle est » - Hegel - « Die Ewigkeit wird nicht sein, noch war sie ; sondern sie ist » - et Parménide dit la même chose du temps. | | | | |
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| souffrance | | | La terrifiante certitude des « omnis moriar » et « letum omnia finit » - n'en déplaise à Horace et Properce - « tout de moi mourra » et « tout s'achève avec la mort ». Le corps livré au ver, l'âme livrée au vers. À l'arrivée, ni espoir ni recherche, laissés aux rabelaisiens : « Je m'en vais chercher un grand peut-être ». Ne fabriquent de l'éternel que des professionnels de la consolation gratuite - Leibniz, Kant, Hegel. Les bons charlatans se contentent d'en proclamer le mortel héroïsme : « C'est la précarité de l'œuvre qui met l'artiste en posture héroïque »*** - G.Braque. | | | | |
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| souffrance | | | Les uns croient (Ronsard ou Pascal), que le temps est immobile, et que c'est nous qui passons devant le temps. D'autres y voient « cette image mobile de l'immobile éternité » - Rousseau. On y a une illustration : on souffre dans le devenir, on végète dans l'être. | | | | |
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| souffrance | | | L'idée de progrès est une forme temporelle et collective de consolation. La forme spatiale et personnelle s'appelle éternel retour. L'ample sérénité, d'un côté, ou, de l'autre, la profonde densité et la haute intensité. | | | | |
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| souffrance | | | La dialectique est synonyme du relativisme, tandis qu'une consolation efficace ne peut être que dogmatique et tranchante. Oui, le réconcilié est un vrai consolé, mais d'une consolation mécanique et provisoire ; le consolé par le rêve est un éternel inconsolé. | | | | |
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| souffrance | | | La vie est brève et fluide, la mort est éternelle et constante. L'arbre de vie, qui perdrait toutes ses variables, rejoindrait le royaume de la mort. Il faut être spinoziste, c'est à dire un sot, pour croire, que « notre Béatitude ou notre Liberté consiste dans l'Amour constant et éternel » - « nostra beatitudo seu libertas consistit in constanti et æterno erga Deum amore » | | | | |
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| souffrance | | | La jeunesse – un désespoir, net et plat, et une foi en progrès (sur un axe de valeurs, nouvelles avancées des bonnes extrémités, face aux mauvaises) ; la maturité – une espérance, vague et noble, et une maîtrise de l'éternel retour du même (l'art, devenant vie, voue la même intensité aux axes entiers). La vaste éthique cédant le pas à l'esthétique profonde et à la haute mystique. | | | | |
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| souffrance | | | Accepter les deux extrémités, antagonistes pour non-artistes, sur un axe vital, les proclamer les mêmes, est un privilège des artistes. Et c'est l'origine tragique de l'idée d'éternel retour, de cette sagesse de la nostalgie (douleur du retour) des violents et des doux, à l'opposé de la nostalgie de la sagesse, que pratiquent les aigris. | | | | |
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| souffrance | | | L'exil, c'est l'entretien de la sensation du voyage permanent, sans routes ni jalons ; et Descartes dit quelque part, qu'on ne réfléchit qu'en villégiature - ambulandi cogitatio - (Kant et Hegel se contentant d'une marche, et Nietzsche prêchant l'immobilité de l'éternel retour, ce contraire de toute bougeotte). Quel dommage que le Moi sédentaire du je suis ne soit connu des autres que par l'erratique non-moi du je pense ! | | | | |
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| souffrance | | | Gagner en savoir - gagner en douleurs ; aux uns, le savoir est un mode d'emploi, aux autres - un pourvoyeur d'entrées des dictionnaires ou de couleurs des palettes. Pour peindre des béatitudes, la pauvreté des ressources n'est pas un handicap ; c'est pourquoi l'artiste déploie ses dons surtout en peinture des désastres. En plus, le savoir nous apprend, qu'aucun Créateur ne nous surveille et que seule notre propre création nous mette en contact avec l'éternité ; ceux qui ont besoin de maîtres ou de guides, en éprouvent une douleur à part à reproduire. En tout cas, le savoir n'est pas l'ivresse, mais une coupe, n'est pas une fontaine, qui réveillerait nos meilleures soifs : « La soif de savoir est donnée par Dieu à l'homme pour le mettre sur le gril » - la Bible - le savoir peut élargir ou approfondir mes plaies, il n'est pour rien dans la hauteur et l'intensité de ma flamme. | | | | |
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| souffrance | | | Si aucune grâce ne lui entr’ouvre l’accès à l’éternité, l’homme suivra des sentiers battus, avant de sombrer dans l’éternité finale, sans polluer le monde ni l’embêter par ses angoisses. La grâce, c’est le privilège des impasses : « Avant d’être expédié dans l’Éternité, l’homme s’attarde dans l’Impasse » - Don-Aminado - « Прежде чем отправиться в Вечность, человек заходит в Тупик ». | | | | |
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| souffrance | | | Le cours de la vie a deux moteurs – l’inertie ou le commencement ; on échappe au premier et passe au second par une concentration initiale et personnelle. Deux fonds, en face, s’y prêtent : soit le temps qui me paralyse par la peur, soit l’éternité qui me libère par l’angoisse. Même le commencement est composé donc de deux moments : les ténèbres de la première pensée et la lumière du sentiment final. Et mon moi s’y incrustera en ombres. | | | | |
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| souffrance | | | Dante a raison : aucune espérance ne me dispensera de l’Enfer ; mais l’espérance humaine, tournée vers le futur, n’empêchera pas que je vive l’Enfer comme un abattoir, tandis que l’espérance divine, atemporelle, éternelle, le transformera en autel des dieux inconnus, mais miséricordieux. Mais la fumée qui monte, est-elle plus douce que le sang qui se glace ? | | | | |
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| souffrance | | | Derrière l’espérance, telle que je la conçois, il n’y a ni paradis, ni redressement de tête, ni réparation des torts, ni aplatissement des routes – il n’y a qu’un regard, attendri, désespéré, éternel - sur le Bien irréalisable et sur la Beauté incompréhensible – regard qui va s’éteindre, mais dont les ombres de ma création veulent prolonger la bouleversante lumière du Créateur, qui m’avait accompagné dans cette vie terrible mais merveilleuse. Le Non n’exprime que ma rancune terrestre, le Oui témoigne de ma vénération céleste. | | | | |
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| souffrance | | | En tant que remède spirituel, toute consolation finit par tuer, dans le temps, toute espérance ; la consolation n’est bonne qu’en tant que drogue euphorisante, entretenant, dans l’espace, l’illusion de l’éternité, mais « la perte des illusions amène la mort de l’âme » - N.Chamfort – d’où la multiplication des esprits et le dépérissement des âmes. | | | | |
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| souffrance | | | Mes maximes, sans être ni inoculations ni pommades, ne s’adressent pourtant qu’aux porteurs de malaises incurables ; elles sont plutôt une atmosphère volatile et précaire, qui, l’espace d’un matin, ferait battre plus fort votre cœur ou rappellerait l’existence de votre âme immortelle. | | | | |
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| souffrance | | | La consolation est toujours un défi à la vie réelle. Ce qui est faux dans la réalité : « Chagrin est bref, bonheur est éternel » - Schiller - « Kurz ist der Schmerz und ewig ist die Freude » - la consolation l’impose au rêve. | | | | |
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| souffrance | | | Par ses caresses, la belle Hélène, la reine, ravit l’âme au premier Faust (celui de Ch.Marlowe), et l’on y découvre une vraie tragédie – l’incapacité soudaine de rêver, d’être artiste. La rustique Marguerite du second Faust (celui de Goethe) lui évite la tragédie, en le vouant à la banalité de l’éternité et du mal réels. | | | | |
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| souffrance | | | L’ange tombe à cause de l’impitoyable temps, qui fait perdre de l’impondérabilité dans une hauteur non-éternelle. | | | | |
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| souffrance | | | Chantre de l’aube, le coq, annonçant la fin d’un rêve ou la sortie des ténèbres, est invoqué aux dernières heures de Socrate et de Jésus, qui proclament leur devoir, rendu à l’impitoyable et irrévocable lumière. Le coq optimiste de Zarathoustra chante au grand midi l’avènement de l’Éternel Retour, retour des ténèbres, porteuses de rêves. | | | | |
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| souffrance | | | Dans quelle image se rencontrent la tragédie, l’espérance et le commencement ? C’est l’éternel retour du créateur ou l’aurore du rêveur, qui en donnent une idée assez précise. « Aube et résurrection sont synonymes » - Hugo. Le ciel ou la terre, Dionysos ou Phénix. | | | | |
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| introduction vérité | | | VÉRITÉ : Aucune bannière ne rameuta autant de zélateurs dévoués que celle de la vérité. Et aucune meute ne fut aussi dense en imbéciles. Impuissants en beauté, impénétrables au mystère, incapables de bonté, ils se rabattent tous sur la vérité, vaste cloaque, où des vérités éternelles sont broyées en compagnie des vérités de ce jour. De timides ou de fiers mensonges, qui constituaient, jadis, l'essence de la poésie et du rêve, sont traqués par des nettoyeurs de la cité. Les camps de rééducation recrachent des procès-verbaux de réussites. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se dégage de l'interrogation, dans un langage provisoire, des modèles furtifs de la réalité. Ni l'éternité ni l'infini, ces attributs de la seule réalité, n'accompagnent ni bénissent cette naissance. Toute vérité est un enfant bien légitime de ses parents, langage et théorie, sans Annonciations du Verbe ni Visitations par l'Esprit Saint. Bien que Milton pense le contraire : « La vérité ne vient au monde qu'en bâtard » - « Truth never comes into the world but like a bastard ». La mathématique semble en être la marraine. | | | | |
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| vérité | | | Spinoza : un délirant se donnant l'air savant ; Heidegger : un savant cherchant l'air délirant. Le premier prétend, naïvement, prouver des vérités éternelles ; le second, lucide, invente sa propre notion de vérité, valable dans une seule maison de l'être, son langage. Le sérieux d'un jargon mal maîtrisé ou les jeux d'un langage à créer. | | | | |
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| vérité | | | Le camp de l'acquiescement universel est désespérément vide. Dans l'éternité et dans les espaces infinis il y a assez de mystères, pour ne pas les profaner par l'intérêt, porté aux problèmes de son temps. Contredire est mécanique, la vérité des contemporains est mécanique, la négation du mécanique est mécanique ; ne seraient organiques que le mépris ou l'enthousiasme. | | | | |
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| vérité | | | Les hellénistes ramènent la recherche de la vérité (aléthéia) à la lutte contre l'oubli (léthé) de l'être, contre la désoccultation ; cette lutte ressemble à l'intensité du devenir, dans le retour éternel au-dessus de l'être (l'intensité du devenir comme éternité - die Ewigkeit der Werdenfülle - Heidegger) ; le résultat étant le processus lui-même, l'entretien du désir, l'interprétation des interprétations, l'éternel retour faisant à la vérité du devenir la promesse d'être vérité tout court. | | | | |
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| vérité | | | Leur vérité est un mannequin sans vie, qu'ils cherchent à habiller de leurs accoutrements conceptuels ; il s'agit de bâtir un puits, du fond duquel surgirait une vérité nue et séduisante, le puits se transformant en cette fontaine, prometteuse d'éternelles soifs. | | | | |
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| vérité | | | La vérité passe dans l'ordre de la bêtise, quand de l'imprévu de sa naissance elle fait une destinée ou une immortalité. La bêtise, contrairement à la bonne vérité, n'étonne pas, parce qu'elle est éternelle. Mais le meilleur étonnement, celui de l'amoureux, par exemple, est hors intelligence : « La bêtise, c'est d'être surpris » - Barthes - vous comprenez maintenant pourquoi le sage court d'après la bêtise et l'amoureux, ravi, l'attrape ! | | | | |
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| vérité | | | Pour ne pas aboutir à la platitude elliptique, l'affirmative élancée devrait s'achever en trajectoires hyperboliques ou paraboliques ; l'éternel retour s'effectue à l'infini, les axes, par un effet d'abnégation, se substituant aux foyers. | | | | |
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| vérité | | | Le temps est cette pierre de touche semi-précieuse, qui finit par user les erreurs et polir les vérités. L'erreur (contrainte) est la face tournée vers le joaillier, la vérité (solution) - celle qui s'entend déjà avec l'écrin (langage). Seulement, on change plus souvent de pierre que d'écrin. Seules les vérités éternelles et les erreurs d'aujourd'hui ont à craindre le temps. | | | | |
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| vérité | | | Un test infaillible de la platitude de ton idée – trouver tout de suite un acquiescement lucide d'autrui. On n'arrive jamais à se mettre d'accord sur une idée intéressante. Les hommes ne sont d'accord que sur les vérités éternelles, c'est à dire sur des balivernes. Mais il faut se méfier du désaccord de façade sur la vérité d'aujourd'hui. | | | | |
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| vérité | | | Par la négation, ce qui est imparfait, mesquin, secondaire progresse ; mais le grandiose, le divin, le noble vit d'un acquiescement enthousiaste et inconditionnel ; ainsi s'opposent le progrès mécanique (la dialectique banale) et l'éternel retour organique (la dialectique tonale). | | | | |
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| vérité | | | On a maille à partir avec la définition de la vérité : pour l'arbitre nous prenons tantôt la logique, tantôt le bon Dieu, tantôt notre sincérité. En logique, la vérité se réduit au langage ; la vérité divine est ce qui entretient la soif d'éternité ; la vérité-droiture est le courage d'affronter le constat dormitif. Il faudrait se tenir à la vérité romanesque et au romantique mensonge. | | | | |
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| vérité | | | Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates. | | | | |
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| vérité | | | Personne ne formula jamais une seule vérité éternelle ; des hordes d’orgueilleux philosophes les dénoncent en logorrhées ampoulées. | | | | |
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| vérité | | | On a déjà calculé la véritable fin de l’univers : l’extinction des étoiles, l’effondrement de la matière, l’arrêt du temps. Mais les rats de bibliothèques continuent à nous inonder de vérités éternelles, immanentes, absolues… | | | | |
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| vérité | | | Hanté ou guidé par la beauté, tu dévieras certainement de la voie de la vérité et même glisseras quelques contre-vérités, au nom de l’harmonie du tout. Meurtrier du juste provisoire, tu sacreras l’injuste éternel. « Qu'il est facile de tuer une vérité ; mais un mensonge, bien tourné, est immortel » - M.Twain - « A truth is not hard to kill, and a lie, told well, is immortal ». La vérité n'a pas de lignée descendante, elle n'enfante pas de langage ; le mensonge, lui, en donne naissance à un, celui où il se transforme en vérité. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie dogmatique proclame des vérités éternelles, en dehors des représentations et des langages ; la philosophie critique les appuie sur de vagues représentations et se désintéresse du langage ; la philosophie sérieuse se moque de l’éternité et attache ou déduit toute vérité à l’intérieur d’un langage, bâti par-dessus une représentation scientifique. | | | | |
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| vérité | | | La science engendre des concepts et l’intuition – des notions, qui peuvent, parfois, aboutir aux concepts. La tête bornée ne suit que des notions ; la tête éclairée accumule des concepts. La première est bourrée de vérités éternelles ; la seconde ne maîtrise ni ne produit que des vérités, relatives à l’état de nos représentations. On voit dans quel camp se place Descartes : « Par vérités éternelles j’entends des notions communes ». | | | | |
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| vérité | | | Pour justifier ses représentations et preuves, la mathématique n’a pas de comptes à rendre à la réalité ; les objets qu’elle manipule n’ont pas de modèles dans la réalité ; elle les fabrique elle-même, dans un esprit universel, peu anthropomorphique. Toutes les vérités mathématiques sont éternelles. | | | | |
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| vérité | | | La réalité matérielle (res extensa) est provisoire, la réalité mentale (res cogitans) est éternelle. Les seules vérités éternelles sont des vérités mathématiques ; elles sont donc préexistantes, telles les Idées platoniciennes : « L’œuvre mathématique est découverte et non pas invention » - Manine - « Математическая работа есть открытие, а не изобретение ». | | | | |
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| vérité | | | Les vérités de l’Histoire apportent de la durée à la vie trop brève ; les mensonges des mythes hissent les rêves à la hauteur éternelle. Regard en arrière, dans l’étendue du passé ; regard en hauteur, dans l’intensité de l’instant. | | | | |
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