| préface | | | ACTION : Les antiques pouvaient se permettre de la vivre en tant que Mystère stoïque, Problème cynique ou Solution héroïque. De nos jours elle n'est que Solution prosaïque intégrale. L'action-Mystère est un rite ; l'action-Problème est la volonté ; l'action-Solution est l'équilibre. On veut s'adonner à l'action bien remplie ; on doit expurger l'action de son contenu ; on peut tenter l'action vide. | | | | |
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| action | | | La plénitude te pousse vers l’horizon des actes ; le vide réveille l’appel de la hauteur. L’inspiration arrive à l’âme aux moments d’un vide dans l’esprit ; il faut savoir créer ce vide, ouvert au ciel. | | | | |
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| action | | | Sans tentation vaincue, le sermon d'abstention est scandale. Le succès de l'acte, suivi de l'indifférence pour ses fruits, est cette tentation surmontée, créant un vide salutaire du côté du sacré. Du manque de sacré, de lumière, naît le pauvre message, qui ne peut s'écrire qu'en clair. « La lumière, c'est agir, ne pas se contenter de sa plénitude »* - G.Benn - « Licht ist Handeln, in seiner Fülle nicht zu überstehn ». | | | | |
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| action | | | Horrible et absurde, avec de telles épithètes le sot affuble et accable la vie, pour justifier les miasmes de son action ; le sage applique les mêmes – aux prémisses de la beauté et du rêve, pour rendre encore plus mystérieux son enthousiasme et son admiration. La vie de l'esprit, la vie sociale, est trop pleine de sens et de transparence ; la vie de l'âme, la vie artistique, offre un vide béni, où doit retentir la musique, insensée et impénétrable. | | | | |
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| action | | | Tenir à la pureté crée, inévitablement, du vide, mais il ne dépend que de moi que de rendre ce vide - réceptacle de ma musique. « La pureté, ce vide maudit. La contemplation pure, en pleine action, c'est du Don Quichotte, ridicule et pitoyable » - Mérejkovsky - « Чистота - пустота проклятая. Чистое умозрение в делании - донкишотство, смешное и жалкое ». Être encombré de vétilles est le contraire d'un vide pur ; il vaut mieux inspirer de la pitié, dans mon chaud silence, que de l'indifférence, au milieu d'un bruit glacial. | | | | |
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| action | | | Ils appellent danger ce qui pourrait gêner une ascension sociale. « Plutôt un mouvement périlleux qu'une immobilité sans danger » - Keats - « Better being imprudent moveables than prudent fixtures ». Le péril du mouvement, c'est un bleu sur l'épiderme, une grisaille dans la tête ou un vide côté âme. Le péril de l'immobilité, c'est un rouge au front, une noirceur dans le regard, un trop plein côté cœur. | | | | |
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| action | | | Sisyphe versait le trop plein de son cœur dans le vide de la vie. Le monde est vide, quand le but perd de son poids ; le cœur est plein, quand les contraintes lointaines emboîtent le pas au but immédiat. La souffrance de Sisyphe est supérieure à celle de Tantale (la souffrance tient en forme l'âme, et « Sisyphe se faisait les muscles » - Valéry), comme la contrainte suivie est supérieure au but poursuivi, pour maintenir notre fringance. | | | | |
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| action | | | L'action est le meilleur moyen pour trouver mon intelligence, et l'inaction - pour prouver ma noblesse. « Celui qui se lève le matin pour chercher la sagesse, la trouve assise à sa porte » - la Bible (plagié par J.Joyce et Maeterlinck : « If Socrates leaves his house today he will find the sage seated on his doorstep ») - ce ne serait plus le même personnage : la sagesse, dessaoulée par l'action, se mue en noblesse. Je serais resté assis à ma porte, je serais vite rejoint par la sottise. La sagesse occupe ce que je quitte, imbu de fidélité dramatique, ou que je libère, conscient de mon sacrifice tragique ! | | | | |
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| action | | | De l'inaction on abuse, de l'action on profite. L'abus du vide serait-il pire que le profit du trop plein ? Non, mais un témoin oisif est plus dangereux, car intelligent, qu'un témoin spolié, car indigné. | | | | |
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| action | | | Ni la sagesse ni la grâce ne se trouvent à l'origine de l'appel d'agir. Celle-ci est si ténébreuse, que l'homo sapientis trouvera toujours quelque disgrâce dans nos mobiles. Plus nous sommes conscients de notre vide, mieux nous sommes capables d'y puiser de la grâce en homo nobilis. Et l'on devient homo credens. | | | | |
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| action | | | Moins je pèse dans ce bas monde, affairé et surchargé, plus de chances j'ai d'être digne du haut vide céleste, où ne comptent que les rêves. Cette apesanteur, ou cette kénose, est utile même pour les meilleurs yeux des autres : « Si tu demeures vide, tu seras moins lourd à ceux que tu fréquenteras, plus doux aussi »** - Socrate – surtout si tu persistes à fréquenter les anges plus que les bêtes. | | | | |
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| action | | | La narration, face à la métaphore, est comme l'action, face au rêve, - changer l'or en petite monnaie. Ce qui se justifie en additions peut être aberrant en projection. Projetée sur l'âme, toute action ne laisse qu'une empreinte vide. | | | | |
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| action | | | Quand tu trouves, que le monde n'est plus ni fécond ni bien entretenu, demande-toi si ce n'est pas ta propre stérilité et ton laisser-aller. Le monde est toujours plus sain, plus complet, plus droit que toutes tes recherches de plénitude. | | | | |
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| action | | | Je n'aspire ni au vide ni au trop plein, je n'aime pas la contrainte des frontières accessibles mais infranchissables, je ne veux pas être un récipient, je veux pouvoir prendre la forme de tout ce qui m'entraîne, me plénifier. Plus nous sommes vides des choses qui pèsent ou ancrent, plus pleins sont nos coups d'ailes et plus larges nos horizons. Si tu veux vivre dans les mots, sois mort pour les choses. | | | | |
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| action | | | Le monde est, à la fois, le réceptacle de l'acte et l'inspirateur du rêve ; ton regard devrait en être vide, dans le premier sens, et plein - dans l'autre. | | | | |
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| action | | | L'homme se manifeste le mieux par son action face au vide : on peut le combler, l'accommoder, l'élever. La profondeur, l'art, la hauteur. | | | | |
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| action | | | Former, et non pas remplir mon rêve, l'abandonner au vide pur. Conformer ma vie, déformer mes mots - autant de moyens de ne pas ouvrir des vannes. | | | | |
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| action | | | Au lieu de transformer une action en une pensée ou en un état d’âme, les sots cherchent une transformation inverse : une pensée profonde en une action féconde. Les pensées naissent dans un désert ; l'action s'éploie en plénitude foraine sans mirages ; pour chanter le vide, il vaut mieux être pris de vertiges. | | | | |
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| action | | | Le meilleur usage de la vie : au milieu des actions programmées, laisser des vides, destinés à recevoir des visites imprévisibles du rêve. Tu l’apprécieras le jour où tu découvriras que : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard » - Aragon – pour le rêve, que tu apprends dans ton enfance, il n’est jamais trop tard. | | | | |
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| action | | | La raison et la liberté choisissent ton action ainsi que ses causes. La liberté découlant de ta raison n’est que raison. La liberté est un vague appel du Bien, elle est ton goût du Beau et tes contraintes du Vrai. Ta raison, ne connaissant que ton intérêt immédiat doit être absente du tribunal du vrai Bien (du Bien divin) ; ta raison entoure de contraintes ta créativité dans le Beau ; ta raison est seul juge du Vrai. À la sentence, totalement vide, de Rousseau : « sous la loi de raison, rien ne se fait sans cause » - tu préféreras celle-ci : grâce à la liberté, tu peux échapper à la raison égoïste et préférer la musique insensée du Bien à son bruit mécanique et trouver ton propre chemin dans les labyrinthes du Beau. Les causes humaines se fabriquent ou s’inventent ; les causes divines enchantent ton soi inconnu. | | | | |
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| amour | | | Aimer charnellement le corps et spirituellement l'esprit - est banal et improductif ; il faudrait aimer charnellement l'esprit et spirituellement le corps, ce qui élève et l'esprit et le corps. Surtout si l'on croit, que « entre le pénis et les mathématiques, il n'existe rien ! C'est le vide ! » - Céline. Alterner les hauts et les bas : « Tu es ardent dans le glacial, glacial dans l'ardent » - Cicéron - « In re frigidissima cales, in ferventissima friges ». Entre deux éléments, l'eau et le feu, il faut choisir : « L'esprit n'est pas un récipient à remplir, mais un feu à entretenir »* - Plutarque. | | | | |
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| amour | | | La promesse du bonheur se mesure non pas par l'étendue de ce qu'on cherche à en remplir, mais par la hauteur de la béance qu'on prépare pour l'accueillir. | | | | |
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| amour | | | Je ne connais pas à l'amour de talents de prestidigitateur ou de guérisseur ; il est une divinité païenne, divinité créatrice et nullement salvatrice, aimant le temple vide, l'autel ardent et le sacrifice vital. « Notre amour ne peut se maintenir que par des sacrifices »* - Beethoven - « Kann unsere Liebe anders bestehen als durch Aufopferungen » - la fidélité permet de tenir des promesses, mais c'est le sacrifice qui permet d'entretenir la flamme. | | | | |
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| amour | | | Il faut entretenir l'inquiétude du cœur : dès qu'il se met à battre, même dans le vide du sentiment, la nuit m'enveloppe, je rêve, j'aime ; s'il ne se réveille que lorsque je crois aimer, je me trouverai en plein jour, je veillerai. | | | | |
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| amour | | | La vie gardait son sens grâce à deux vides, côté tête et côté cœur : la curiosité de l'esprit et la soif de l'âme, qui ne cherchaient qu'à se remplir. « Stop to fill your head with science - for to fill your heart with love is enough » - Feynman - « Ne cherchez pas à remplir de science votre tête, car remplir d'amour votre cœur, c'est déjà suffisant ». Le plus fascinant, c'est que, apparemment, la source, d'où coulent l'émotion ou l'intelligence, n'est ni dans la nature ni dans le hasard, - elle est en nous ! Comme une règle, qui ne demande qu'être appelée. Et peut-être, de surcroît, cette source est la même, pour ces deux courants qui s'ignorent. | | | | |
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| amour | | | Les uns s'angoissent dans le désir, d'autres - dans son absence : « Quand meurt le désir, naît l'angoisse » - Gracián - « Cuando se muere el deseo, nace el miedo ». Le bonheur est le trop plein d'une âme, qui déborde : « L'enfer est dans un cœur vide » - Gibran - « Hell is in an empty heart ». | | | | |
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| amour | | | Deux manières de voir le présent : en faire un vide et le remplir par la profondeur d'un passé creusé ou par la hauteur d'un avenir rêvé, ou bien en vivre un débordement, ce que nous apporte l'amour, qui n'est qu'un perpétuel présent rejaillissant sur le passé ou sur l'avenir. Mais l'avenir est banal et le passé imprévisible. Le souvenir, comme le rêve, sont des poèmes, n'en faisons pas des chroniques ou des plans. | | | | |
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| amour | | | Connaître, c'est reconnaître - aimez ce que vous ne connaissez pas. Aimer, c'est découvrir un arbre, où tout n'est qu'inconnu ; il s'unifie aussi bien avec le monde qu'avec le vide. L'amour qu'on nous porte, plus que la création que nous portons, est reconnaissance de notre soi inconnu, non cultivé, inarticulable, naturel – Hegel ne disait pas autre chose. | | | | |
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| amour | | | Tant qu'on voit dans une chose - des métaphores, elle restera un miracle, qui animera une ironique foi des ermitages. Dès que la poésie s'en évapore, la chose se pétrifie dans des archives ou temples, vides et graves : grandiloquence ou mémoire. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Чувство всегда начинается с максимума, а у поэтов на этом максимуме и остаётся.
Le sentiment est au maximum à sa naissance et, chez les poètes, il ne va pas plus loin. | | |    | |
| | amour | | | Nietzsche veut remplir toute forme avec une même intensité, ce qui en constitue l'éternel retour ; Tsvétaeva va en sens inverse : étant donnée l'intensité, lui trouver une forme, ce qui en constitue la création : « À toute intensité, venue d'ailleurs, imaginer ce qui la forcerait, de nouveau, à se remplir » - Benjamin - « Jeder Intensität als Extensivem ihre neue gedrängte Fülle zu erfinden ». C'est dans le sentiment que Valéry place et le départ et le retour : « Je cherche le calcul du sentir - penser - agir, qui définit l'Éternel Présent ». L'homme fade attend tout de l'accroissement, du passage du simple en expression au complexe en sentiment. Du complexe en expression au simple en sentiment est peut-être le seul cheminement, qui préserve la hauteur. Le vrai sentiment sait, qu'il est condamné, et n'attend rien de l'expérience. « Tu seras simple si, sans t'impliquer dans le monde, tu l'expliques » - St-Augustin - « Eris simplex, si te non mundo implicaveris, sed ex mundo explicaveris ». | | | | |
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| thibon g. | | | La volupté, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, soit du côté du néant, soit du côté de l'infini. | | |   | |
| | amour | | | Et quand, en plus, le vase est majestueusement vide - quelle sonorité ! À faire pâlir tous les silences. | | | | |
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| art | | | L'écriture banale : un amas de choses sous la main dont la plume scrute les frontières. L'écriture doctrinale : un moule imposé au contenu ou aux contours. L'écriture paradoxale : partir des frontières dans le vide, dont on remplit les régions contigües inexplorées. Étreintes, empreintes, contraintes. | | | | |
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| art | | | Dans l'écriture il y a deux actions indispensables : dessiner des voûtes et faire entendre sa voix, qui s'y répercute. Être à la fois architecte et - chanteur, tribun, oracle, théurge, momie. Dans le vide – créer un auditoire. | | | | |
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| art | | | La sensation du novice : la vie est pleine, la plume n'a qu'à l'écouter. Signe que la vie est passée dans ta plume : la sensation que l'écriture précède la vie. | | | | |
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| art | | | Le remplissage est le genre littéraire le plus répandu, et le vidage d'une tête débordant de pensées - la méthode la plus suivie (même Byron succomba à cette niaiserie : « Si je n'écris pas pour vider mon esprit, je deviens fou » - « If I don't write to empty my mind, I go mad »). On aurait dû laisser ce soin au lecteur, en lui tendant un vide vertigineux, aspirant ce qui est, à l'accoutumée, retenu dans des réserves de l'âme. « Viser la plénitude en se vidant »** - G.Steiner - « Evacuation towards fullness » - il faut le faire avant le premier trait de plume ! | | | | |
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| art | | | Communiquer avec le lecteur, c'est laisser de la place à son regard, à sa perplexité, à son arbitraire. « Grand homme est celui qui laisse après soi les autres dans l'embarras »** - Valéry. Ne pas suivre l'inertie, pour aller jusqu'au bout d'une idée, s'arrêter au plus fort d'une tentation, laisser les sons mourir de leur propre éloignement. Les vagues de communion, une fois les fonds bien secoués, ne sont portées que par le vide. | | | | |
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| art | | | Le livre est un puits. J'éprouve les fils de ma pensée (ou les fibres de ma sensibilité) en essayant d'atteindre sa face (surface). Le livre est aussi un avatar de l'existence et je dois introduire, entre lui et moi, un vide nommé ironie. | | | | |
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| art | | | Ne peut être poétique que ce qui ne peut être possédé, c'est-à-dire échangé. Poésie - manque de monnaie d'échange, don ou vol. Me tout donner, c'est me priver de ma soif vitale. Posséder, jouer sur des vases communicants ; ne rien posséder, s'occuper d'un vase vide en matériaux crus. | | | | |
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| art | | | C'est l'ennui et non pas l'horreur qui fait pulluler l'art abstrait. Mais ceux qui s'enquiquinent à mort adorent le discours de fin du monde, qui pousserait les créateurs à fuir la vie et se réfugier dans la géométrie. L'horreur d'artiste est le vide du ciel, le regard des hommes étant, de fond en comble, absorbé par la cervelle. L'intelligence vouée au service de la pesanteur, l'artiste sans grâce ne reproduit, dans le vide, que la géométrie. | | | | |
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| art | | | L'âme et l'esprit sont deux fonctions d'un même organe inconnu ; le romantisme se sert de l'âme comme le classicisme - de l'esprit. Seulement, il ne faut pas pousser trop loin sa fidélité, puisque derrière l'esprit se vautre la raison de reptile et derrière l'âme guette la folie de volatile. La reptation semble l'emporter, en séduction, sur la chute ; le romantisme humaniste s'étiole, et le classicisme conduit vers une culture mécaniste. | | | | |
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| art | | | Il faut donner raison aux sots, ricanant que la meilleure sonorité provienne du creux : aller au bout de la forme aboutit au vide résonnant, se solidariser avec le fond débouche sur le bourrage raisonnant. | | | | |
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| art | | | Le chant du poète anime le silence du cœur, comme le sens divin remplit le vide de l'esprit. Le chant est aussi éloigné du bruit sensible que le sens - de la représentation intelligible. Et Chateaubriand se trompe de source : « Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter » - la musique naît dans l'âme, qui, chez le poète, est toujours neuve : « Cette 'âme nouvelle' devrait chanter et non pas narrer ! »** - Nietzsche - « Sie hätte singen sollen, diese “neue Seele” - und nicht reden ! ». | | | | |
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| art | | | Ceux qui ont beaucoup à dire font, d'habitude, du remplissage de formes, qu'ils ne maîtrisent pas, et une fois le travail accompli, ils éprouvent la sensation de vide ; le maître ne fait que rêver et créer des formes, qui parleront elles-mêmes, et à la fin il éprouve le sentiment de plénitude, car son œuvre aura rejoint la réalité, c'est à dire la perfection. « Écris sous l'attrait de l'impossible réel »*** - Blanchot. | | | | |
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| art | | | Ce livre n'est pas de la nourriture, il n'est qu'une cuillère. Qui n'a rien à y mettre, a le droit de le trouver vide. Tout s'évapore à une certaine altitude, tout se glace dans une certaine bassesse. Mais c'est tout de même le livre qui détermine le volume, bien que ce soit ton goût qui en dresse des facettes et promet des gestations et fermentations. | | | | |
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| art | | | Les contenus, les fonds, les profondeurs font partie du patrimoine collectif des hommes, seule la forme artistique pourra traduire mon originalité, et Buffon a presque raison : « Le style est l'homme même », si l'on précise, que l'homme y englobe et le sous-homme et le surhomme, tout en excluant les hommes. Mais l'homme insensible à la forme continue à s'identifier aux faits et idées et devient indiscernable. Le style, c'est le même souffle sur la surface des choses ou dans le vide. | | | | |
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| art | | | La seule sincérité d'une œuvre, qui vaudrait quelque chose, est l'astuce, donnant de la réalité à une illusion. Mais il vaut mieux laisser l'illusion vide bien irréelle, mais valant la peine qu'on abandonne, pour elle, une réalité trop pleine. | | | | |
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| art | | | L'idéal, jamais atteint, d'une écriture noble, la rencontre des trois dons : du ton, de l'intelligence, du style ; trois hommes brillent, chacun sur sa facette respective de ce faisceau, sans déborder vraiment sur les autres : Nietzsche, Valéry, Cioran. Et le talent consiste peut-être dans l'art de créer la sensation de plénitude en escamotant les fâcheuses lacunes. Pour cela, il faut prendre du recul, ou de la hauteur, par rapport au réel, se mettre à une grande distance de soi-même, adopter le ton du revenant (que Baudelaire entendait chez Chateaubriand), pour rester pur, pour ressembler à l'ange. | | | | |
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| art | | | Lorsqu'on ne peint que son regard et non pas les choses vues, on ne doit pas craindre la fuite et la perte de ses couleurs (Kafka). On n'écrit ni face à soi-même ni face aux choses - pour, dans les deux cas, n'animer que le vide de la vie - on écrit face à la vie du vide. Ou face à la mort, en faisant semblant de ne pas mourir, dans l'agonie du verbe. | | | | |
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| art | | | L’artiste est celui qui sait réconcilier en lui l’ange avec la bête, la fontaine avec l’éponge, les purs débordements de lumière avec les sombres accumulations de ténèbres. « N’est sale que ce qui est de trop » - Pasternak - « Грязно только лишнее » - le trop plein est affaire de l’ange, la bête devrait ne s’occuper que de l’entretien du vide. | | | | |
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| art | | | Les livres, écrits pour combattre l’ennui et la vacuité de la vie, sont ennuyeux. Il faut écrire pour se solidariser avec les pulsions et la plénitude du rêve. Bruit du combat des yeux, musique de l’acquiescement du regard. | | | | |
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| art | | | Chez un poète, le débordement sentimental provoque un appel d’air, un vide verbal, un manque musical qu’assouvissent d’harmonieuses métaphores. | | | | |
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| art | | | Ton œuvre d’art doit traduire la sensation d’une verticalité complète, dans laquelle se fusionnent la profondeur du fond et la hauteur de la forme. Ce qui n’a que la profondeur finit dans les racines communes ; ce qui n’a que la hauteur se condamne au vide impondérable. | | | | |
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| braque g. | | | Le vase donne une forme au vide, et la musique - au silence. | | | | |
| | art | | | Faire vivre des fantômes - et que mes lambris, c'est-à-dire mes ruines royales, soient un désert, hanté de mots. L'art est un fond béant, animé par une forme pleine. | | | | |
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| bien | | | Le Bien imaginaire est incolore, le mal imaginaire est multicolore. Le Bien réel est inépuisable, le mal réel est creux. Comment être sincère dans une pièce d'imagination ? | | | | |
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| bien | | | L'ignorance présente toujours des signes extérieurs du mal (et un intérieur sain et vide), le savoir en porte des tumeurs intérieures (et un extérieur plein et livide). La sottise étouffe la honte, l'intelligence la camoufle. | | | | |
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| bien | | | Le Bien - tout ce qui me rend capable de fidélité ou de sacrifice. Et l'intersection n'est jamais vide. Le sacrifice se prouve par détachement du visible, la fidélité - par attachement à l'invisible. « La vie est un combat entre sacrifice et fidélité, entre reconnaissance du commun et préservation de l'individuel » - H.Hesse - « Das Leben ist ein Kampf zwischen Opfer und Trotz, zwischen Anerkennung der Gemeinschaft und Rettung der Persönlichkeit ». | | | | |
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| bien | | | Le sens du Bien, c'est le sens de la honte : proclamer l'innocence du devenir, c'est avouer le vide de l'être. | | | | |
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| bien | | | L'origine de l'éthique ne peut se trouver que dans la hauteur d'un ciel vide ; les misérables cherchent à la fonder dans de vaseuses cogitations ontologiques. | | | | |
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| bien | | | Si tu manques de penchant spontané pour le Bien passif, que le désespoir actif t'y aide ! Devant le vide des causes premières, soit on garde sa capacité d'emballement (en l'appelant espérance ou désespoir ! ), soit on se met à calculer des causes intermédiaires (et l'on l'appelle raison). | | | | |
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| bien | | | La bonté et la beauté comportent toujours une dose de vérité, mais la vérité est toujours vide. On ne peut que la flanquer de bontés ou beautés purement décoratives. La vraie bonté est toujours défi de la vérité de ce jour ; elle est donc un mensonge, mais : « la bonté et les mensonges valent mieux que mille vérités » - Greene - « kindness and lies are worth a thousand truths ». | | | | |
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| bien | | | L'art prépare l'âme à recevoir les soi-disant vertus : par l'opposition (je suis contre), à travers la position (je monte la garde autour de mon vide) ou bien, ce qui est le cas le plus rare et noble, - dans la disposition (être aux aguets). | | | | |
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| bien | | | La morale est un mode d'emploi mécanique d'un Bien qui ne peut être qu'organique. Élaborer, formuler ou suivre une morale est donc une œuvre du mal. Autant un appel esthétique réveille des échos extérieurs, qu'un appel éthique doit se tourner exclusivement vers ton intérieur. Au-delà du beau reste tout de même la vie ; au-delà du Bien s'étale le vide, si propice pour y faire retentir nos métaphores sonores. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une voix indéchiffrable, une exigence intraduisible en invitation à agir ou en mode d'emploi. Il laisse des échos dans le brouhaha ou la musique de l'existence, sous forme de honte, de sacrifices ou de fidélités. On ne fait rien en son nom, on ne peut qu'en rougir, sangloter ou prier. Tout le Bien est dans la contrainte et non pas dans le but. Les activistes de l'esprit absolu sont souvent handicapés côté cœur : « Une chose aussi vide que le Bien au nom du Bien, n'a aucune place dans une réalité vivante » - Hegel - « So etwas Leeres, wie das Gute um des Guten willen, hat überhaupt in der lebendigen Wirklichkeit nicht Platz » - ce Bien trouve refuge dans un cœur vivant. | | | | |
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| bien | | | Mieux mon cœur ressent l'appel du Bien, moins mon âme confie aux actes l'écho ou la réplique fidèles de ce Bien. Mais plus mon esprit l'examine, plus il est enclin de sceller l'alliance scélérate du bras séculier et du cœur sacré. C'est l'abondance et l'évidence du sens et non pas son vide - « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » - Arendt - « It is in the emptiness of thought that fits the evil » - qui laissent le mal se faufiler dans l'imposture des actes. | | | | |
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| bien | | | Si faire retentir ma musique intérieure est mon premier souci, ce n'est pas du remplissage de la salle que je m'occuperai en premier, mais de son acoustique, c'est à dire d'un vide utile. Si l'œuvre du bien existe, elle serait bien dans la fidélité à la musique et dans le sacrifice des ovations, à l'opposé de : « le Mal revient où le vide est attesté » - Badiou - le vide, c'est le fond, et le Mal, c'est de le laisser informe, le Bien étant la naissance de formes. | | | | |
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| bien | | | La connaissance est ennemie des valeurs métaphysiques : avec elle, le Bien quitte le bien en tant que bien, et le beau cesse d'être beau. En tant que (l'être en tant qu'être…) signifie – hors toute définition, d'une façon permanente et immanente. Pour n'être qu'un bon raisonneur, il suffit de rester dans le modèle courant ; pour être un bon créateur, il faut en sortir, pour en inventer un autre. Si, pour sentir la valeur d'une transcendance, je ne fais qu'en lire le prix avalisé, je n'en participerai pas. L'achèvement complet est un manque, la plénitude définitive est pire qu'un vide. | | | | |
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| bien | | | Le cœur doit être vide, puisque le Bien, son maître, ne s’entoure d’aucun objet, d’aucune action, d’aucune traduction crédibles ; c’est le monde qui est trop plein, pas le cœur (contrairement à ce que pense Chateaubriand). | | | | |
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| plotin | | | Si l'âme ne peut poursuivre sa course au-dessus du Bien, c'est qu'il n'y a rien au-dessus. | | |   | |
| | bien | | | Au-dessus du beau - la vaste création ; au-dessus du vrai - le savoir profond ; au-dessus du Bien - la hauteur vide. Le Bien est intouchable – il domine le beau et le vrai, sans disposer d'aucune arme visible. | | | | |
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| cité | | | Les sociétés fermées se projettent sur le firmament voûté ; les sociétés ouvertes - sur les platitudes de l'histoire. Dans les premières on redresse les têtes récalcitrantes - par le bâton ou par la boue sous les pieds. Dans les secondes on les rabaisse - par la carotte et par le vide des cieux. Cette opposition entre le clos et l'ouvert, si banale dans un contexte social (Bergson s'y appliqua), devient passionnante, si l'on l'applique à l'homme seul, et où les dimensions s'inversent : l'homme fermé se vautre dans la platitude, et l'homme ouvert se voue au ciel. | | | | |
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| cité | | | La Russie est trop pleine d'une vie sans forme ; je me réjouis chaque fois qu'elle se tourne vers les autres pour se manifester. La France brille par un vide vital, que ne façonnent que les délicats ; je me récrie plus que le Français souchien contre ses emprunts au communisme russe, à l'ordre allemand ou à la puissance américaine. | | | | |
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| cité | | | Tout regard sur le nazisme ou le stalinisme, qui n'y décèle pas une part du lyrisme allemand ou russe et tente de les réduire aux tentations totalitaires, est creux. Le ressort commun de ces deux monstres est une tentative pathétique de substituer au mesquin le grandiose. Une passion, pas une structure. Qui fait monter Wagner et Bakounine, en 1848, sur le même côté des barricades. | | | | |
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| cité | | | Démarche antique : dépeindre la Cité idéale et fouiller des écueils humains, sociaux, matériels, qui la rendent utopique ou lointaine. Aujourd'hui, le politicien fait de ses actes ce que je fais de mon écriture : une maîtrise loquace des contraintes et un embarras muet devant les buts. Mais ce qui rend vivables les ruines désertes, transforme le chantier en étable. | | | | |
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| cité | | | De la servitude à la liberté : l'absence de choix (mouton), les choix imposés (esclave), les choix calculés en fonction du contexte (robot), les choix atteints depuis le degré zéro de l'existence, de la création, du désir, du goût. Ce niveau primordial surgit à l'endroit, où la croyance se substitue à la raison, il n'est donc pas vide, il est ce « bercail poétique, où les rêveries remplacent la pensée, où les poèmes cachent les théorèmes »* - Bachelard. | | | | |
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| cité | | | L'enfer tiédit, s'étend et se civilise ; le ciel se climatise, s'approche et se vide. Les dominer devint un jeu d'enfant, les distinguer n'a plus aucun intérêt : « Mieux vaut régner dans l'Enfer que servir dans le Ciel » - Milton - « Better to reign in hell than serve in heaven » - il n'y a plus ni esclaves ni maîtres, dans ces contrées viabilisées. | | | | |
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| cité | | | La démocratie, c'est la plénitude et la vitalité, et la pensée a besoin de vide et de deuil, pour gagner en poids et en gravité. Les événements, en revanche, ne s'inscrivent qu'en mémoire démocratique incolore, tandis qu'en tyrannie ils animent des tableaux ou des oriflammes. La démocratie, c'est la résignation à la grisaille de nos idées et de nos exploits. | | | | |
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| shaw b. | | | Revolutions have never lightened the burden of tyranny : they have only shifted it to another shoulder.
Les révolutions n'ont jamais allégé le fardeau de la tyrannie. Elles l'ont seulement changé d'épaule. | | | | |
| | cité | | | Le conservatisme cherche surtout à nous rendre insubmersibles. D'où d'énormes creux côté âme et ballasts côté porte-monnaie. La tyrannie nous oblige de nous souvenir de notre âme humiliée ; la démocratie rend les âmes aussi suffisantes que les têtes et finit par les rendre amorphes. | | | | |
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| doute | | | Dès que la lucidité devient seul juge, le spectre d'un vide stérile envahit mon regard. Et je me réfugie auprès du premier asile, où est encore toléré le vague à l'âme, et le vide s'anime. | | | | |
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| doute | | | Tous les métiers sont bons, pour élever des cités radieuses, inondées de lumières : des contre-maîtres du savoir, des géomètres des émotions, des charpentiers de l'art. Mais pour concevoir de nobles ruines des ombres il faut des orfèvres, des virtuoses du vide, des artistes de la vie. | | | | |
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| doute | | | Le doute n'est pas un flair du faux (charlatanisme délibéré), mais une liberté du vrai (imposture fatale). Douter, c'est horror vacui, c'est la reconnaissance de la vacuité des choses et la volonté de la remplir. | | | | |
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| doute | | | Étranges étiquettes - « inutile et incertain » - que Pascal attribue à Descartes, tandis que celui-ci n'est justement qu'utile et certain. Comme ce lourdaud de Spinoza bourré de connaissances pratiques et traité par Voltaire de « subtil et creux ». | | | | |
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| doute | | | L'intelligence supérieure se reconnaît dans les lacunes volontaires, dans ces hiatus, qui ne sont que respect du mystère, quand toute autre forme de liaison, discursive ou conceptuelle, profane le vide sacré. Ce vide est de la famille des fadeurs chinoises, gardiennes de la plénitude. | | | | |
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| doute | | | Il faut que ce soient deux grands vides qui se cognent, pour que l'écho porte loin et fasse sonner le néant. Le poète est calculateur et bâtisseur de vides. | | | | |
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| doute | | | Les mauvais chercheurs, en remontant les causes, aboutissent aux fondements, justificateurs et apaisants. Les bons (en rigueur ou en hauteur) y tombent sur le vide : les calculateurs se mettent à clamer leur désespoir, et les rêveurs redoublent d'enthousiasme, à cause de la gratuité prouvée et merveilleuse de leurs premiers emballements. | | | | |
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| doute | | | Mon âme a deux foyers : celui qui perçoit et celui qui conçoit ; le premier doit être romantique - être plein et, pourtant, vivre du manque ; le second doit être classique - vivre du vide et créer la plénitude. La vie, projetée vers la profondeur, prend forme de l'être, projetée en hauteur - le fond du créer. | | | | |
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| doute | | | Celui qui est dépourvu de musique intérieure, de bonne ouïe ou de bonne attente, ne voit pas l'intérêt de disposer d'un vide extérieur, de son acoustique humaine et de son silence divin. | | | | |
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| doute | | | La conscience de l'esprit humble rend vitale l'existence, dans l'âme, d'une source d'hésitation et d'inquiétude, d'un punctum pruriens, de cette « intranquillité, qui ne se laisse pas calmer par un regard sceptique ou critique »*** - Schopenhauer - « Unruhe, die sich weder durch Skepticismus noch durch Kriticismus beschwichtigen läßt ». La conviction est le sommeil d'une conscience sans rêves. | | | | |
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| doute | | | Me connaître, c'est comprendre l'instrument, dont je suis appelé à jouer : grosse caisse ou violon, harpe ou triangle ; mais cette connaissance n'existe guère pour l'homme-orchestre, l'homme-compositeur ou l'homme-silence, qui sont condamnés à se réinventer, en se vidant avant tout premier son. C'est la musique du monde qui se jouera en, de ou par moi. | | | | |
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| doute | | | Quels fermeté, ordre et netteté doit-on posséder dans son esprit, pour se permettre un discours enthousiaste sur le doute, le vide et le chaos, qui règnent dans son âme ! Mais il faut y aller de bon cœur. | | | | |
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| doute | | | Le mystère serait-il un taire raté ? Peut-être, mais, heureusement, il est toujours plein de musique, tandis qu'un discours raté, c'est à dire, un taire réussi, se réduit à l'é-vid-ence muette. | | | | |
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| doute | | | La vie nous débarrasse, successivement, de clartés, de profondeurs et de plénitudes ; l'homme de rêve reste avec la hauteur d'un regard en pointillé, et le non-rêveur - avec le vide, la platitude, la grisaille. | | | | |
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| doute | | | L'avenir personnel ou collectif devint si transparent, bourré de tant de certitudes et clartés insipides, qu'on envierait nos ancêtres que fustige, pourtant, Lermontov : « De quelle tristesse est pleine notre génération – son avenir est vide ou obscur » - « Печально я гляжу на наше поколенье ! Его грядущее - иль пусто иль темно ». | | | | |
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| doute | | | Une âme vit de ses soifs à ne pas assouvir et de ses vides à ne pas remplir. « Il y a dans toute âme vivante un vide et une profonde soif » - Koestler - « There is a vacancy in every living soul, a deep thirst in all of us ». Seules les âmes mortes débordent de certitudes, mais leur satiété est peu profonde. | | | | |
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| doute | | | À prendre les choses comme elles sont, on se retrouve avec les mains pleines et le cerveau vide. | | | | |
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| doute | | | Les négatifs, les pensifs et même les suspensifs, sont aussi crédules que les dogmatiques. « Les hommes les plus affirmatifs sont les plus crédules »* - Swift - « The most affirmative men are the most credulous ». L'essentiel est dans le choix de lieux pour nos arbitraires : convictions, rébellions, syllogismes ou vacuités. | | | | |
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| doute | | | Dans la conception du monde de l'homme ouvert, le sens et la musique se complètent. L'homme fermé, lui, non seulement ne perçoit pas la présence de la musique, mais aussi se lamente de l'absence du sens. Son vide ne sert à rien, ni comme un profond réceptacle des algorithmes ni comme une haute acoustique pour les rythmes. | | | | |
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| doute | | | Si mon regard naïf en moi ou autour de moi (Bergson) ne produit pas de système (château, phare, ruines), cela voudrait dire, que mon soi est trop encombré de choses disparates, ou bien que je manque de regard architectural, et que j'ai beau être peintre en bâtiment, je ne serai jamais un peintre. Mieux je me vide des autres, plus systématique sera mon message. | | | | |
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| doute | | | Une reconstruction d'un vide (la déconstruction d'une plénitude '?') semble être un préalable de toute création : l'implicité des buts, la non-exhibition des moyens, le secret des contraintes, la non-inertie des mouvements, l'absence des routes. « Le but ne doit être proclamé que là, où se pratique une évidente imitation » - Heidegger - « Wo der bloße Betrieb des Nachahmens sich vordrängt, dort muß ein Zweck verkündet werden ». | | | | |
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| doute | | | L'Ego, le moi, le Je - celui qui cherche, celui qui se cherche, celui qui trouve - trois facettes pleines, se refermant sur un vide innommable. | | | | |
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| doute | | | L’étonnement, c’est un vide sacré et impénétrable, précédant tout grand commencement. Entre les pas intermédiaires s’insinuent la règle ou la routine, continues, maîtrisées et transparentes. Et Heidegger : « L’étonnement s’empare, d’un bout à l’autre, de chaque pas de la philosophie » - « Das Erstaunen durchherrscht jeden Schritt der Philosophie » - n’arrive pas à justifier cette discontinuité introuvable. | | | | |
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| renan e. | | | Quelle sottise que de s'insurger contre le vase de la vie en en apercevant le fond ! | | |  | |
| | doute | | | Garder le vase plein est pire - aucune sonorité n'en ressortirait. Il vaut mieux s'en enivrer, même si l'on devait, pour cela, aller jusqu'à sa lie, et se servir du vase vide comme d'un instrument de musique. Il faut faire de la vie, alternativement, un dragon à terrasser, un ange à combattre, un Sphinx à déchiffrer - j'en garderai du rouge, du bleu ou de la bigarrure, tantôt aux yeux, tantôt au corps, tantôt à l'âme. | | | | |
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| chœur hommes | | | AMOUR : Un vagabond juif suggéra aux hommes l'amour comme contenu de leur regard sur autrui et sur le ciel. L'Autre devenu un alter ego interchangeable et jetable et le ciel se vidant, les hommes perdirent le fond paradoxal de leurs yeux et s'identifièrent à la forme banale de leurs oreilles. L'amour des hommes est aujourd'hui affaire de mimétisme. | | | | |
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| hommes | | | Le silence ambiant est ce que les hommes redoutent le plus. Cette frayeur favorisait jadis l'artiste, qui créait l'illusion de sens ou de musique, pour les hommes muets et isolés. Mais depuis que tous les hommes se mirent, volontairement, dans un troupeau, beuglant en permanence, tout message d'ailleurs devint inutile, les messageries au quotidien se chargent, pour combler un vide fétide. L'époque est sourde à la musique et muette en esprit ; le pauvre homme est amené à dédier tout son esprit au caquetage des places publiques. | | | | |
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| hommes | | | Tant de carapaces protègent l'homme moderne, devant tant de flèches décochées par ses semblables. Visiblement, l'endroit vulnérable des Achille ou Siegfried d'aujourd'hui n'est plus ni dans la tête ni dans le sexe, mais entre les deux, dans ce vide béant du cœur, qui n'est sollicité par aucun archer. | | | | |
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| hommes | | | Où peut bien se cacher le meilleur de toi-même ? Et si c'était ce qui me reste, une fois que je me suis vidé de tout ce qui ne m'appartient plus, c'est à dire de tout ce qui était, en moi, visible ? « Ce qu'on ne nous prend pas nous reste, c'est le meilleur de nous-mêmes »* - G.Braque. Rien ne m'appartient, mon meilleur est toujours ailleurs, entre les mains d'un Créateur moqueur. J'appartiens à ce qui me surpasse, à ce que je crée, j'en suis esclave. Les libres, c'est à dire les mécaniques, proclament, orgueilleux et niais : « L'homme libre s'appartient » - Chesterton - « The free man owns himself ». | | | | |
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| hommes | | | Le parcours de l'homme moderne : de la soif vers le manque. Au lieu d'un vide de sage ou d'une plénitude de poète - un comblage de robot. | | | | |
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| hommes | | | Je vois les regards bien bas, les cœurs vidés, toutes les flammes éteintes ; ce serait un tableau paradisiaque, si l'on croit la vue biblique de l'enfer : « Hauteurs des regards, enflement du cœur - le flambeau des impies n'est que péché ». L'éclairage collectif, la platitude des regards et des cœurs, les oriflammes digitalisées accompagnent désormais le robot vertueux. En hauteur, ne s'accrochent au souffle de leur cœur que les hérésiarques du culte apostatique de la mesquinerie. | | | | |
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| hommes | | | Ils colmatent leur vide en remplissant leur vie : par le travail, par la gamberge, par la reconnaissance ; tandis qu'il est essentiel de créer et d'entretenir en soi un vide, où continuerait à retentir la voix du Dieu, qui n'est pas mort, du Dieu vivant, de Celui du rêve et de la musique. | | | | |
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| hommes | | | Tant de lamentations sur le pourrissement de cette terre ou sur le vide de ce ciel, tandis que, sur terre, je devrais songer davantage à l'eau qui irriguerait mon arbre déraciné, et, dans l'air, je devrais chercher l'étincelle d'un feu. Évolution ou révolution, dans les affaires d'un homme, contrairement à celles des hommes, c'est le second choix qui est le plus fécond. | | | | |
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| hommes | | | L'homme complet est à l'aise dans la loi (les problèmes formels) de l'esprit, dans le chaos (les mystères des élans) de l'âme, dans le vide (musical, sans solutions matérielles) du cœur. L'inaptitude au chaos et à la musique pousse les hommes unidimensionnels à introduire partout des lois. | | | | |
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| hommes | | | Le quotidien est tapissé de faits, et la vie est tissée de rêves. « Vous cherchez de quoi remplir vos jours, tandis que c'est votre vie qui est vide » - Tchaadaev - ce n'est pas la même matière qui les remplit. L'action remplit les jours, se moquer d'action remplit la vie. | | | | |
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| hommes | | | Chercher l'homme, chercher le but, chercher la fonction - l'inexorable profanation de la lanterne de Diogène, se précisant, s'intensifiant, s'amplifiant jusqu'à cacher le vide du ciel, débarrassé de ses étoiles et avec ton étoile éteinte. | | | | |
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| hommes | | | Joli paradoxe : dans ce siècle anti-musical, dans aucun autre domaine le déferlement mécanique n'est aussi flagrant que dans … la musique, qu'il s'agisse de symphonies ou de chansons des albums. Ce phénomène est semblable à la défense anachronique de la vérité et de la justice (dont la maréchaussée et le fisc s'occupent mieux que les révoltés de métier) et la dénonciation des interdits, des tabous, des persécutions (n'existant que dans des cerveaux fébriles, prétentieux et vides). | | | | |
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| hommes | | | Ceux qui se plaignent du vide du ciel et de la pesanteur du sol ignorent la profondeur du réel dans le second et la hauteur du rêvé dans le premier. | | | | |
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| hommes | | | La vie, même la plus misérable n’est jamais vide - de mots, de sons, d’images ; l’idée de la mort est pleine d’images horribles, de sons lugubres, de mots funèbres. | | | | |
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| hommes | | | Ce que j’écris ici ne m’appartenait pas ; je ne m’en vide pas. Mes pieds sont, comme pour tout le monde, là, sur terre ; mais mes ailes, porteuses imprévisibles de mon soi inconnu, sont au service de la hauteur, la destinatrice de mes messages. Et il est compréhensible, que les réalistes, mettant en jeu leurs pieds et leurs muscles, se sentent vidés, après avoir déversé leurs prévisibles lourdeurs. | | | | |
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| hommes | | | La foi en âme immortelle ou à la vie éternelle ne peut être que grégaire (d’autant plus vide et froide que les âmes se raréfient et la vie, de plus en plus, s’oppose au rêve). À cette farce de foi populacière, je préfère le tableau du monde que peint la raison tragique, s’appuyant, certes, sur un savoir collectif, mais disposant d’une palette de couleurs personnelle. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, l’illusion d’une éternité quelconque faisait lever les yeux des initiés vers le ciel, même vide. Aujourd’hui, ne compte que le présent envahissant, pesant, avec de plates déchetteries des versions jetables, périmées ou courantes, versions de sens, de buts, de moyens. | | | | |
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| pascal b. | | | Les hommes cherchent le plaisir, parce qu'ils sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du nouveau plaisir. | | |   | |
| | hommes | | | Les plus malins comprennent, que l'existence de ce vide est une bénédiction du ciel, puisque ce vide met à l'épreuve notre liberté : vais-je le remplir du bruit de mes actes ou bien de la musique, que mon Créateur m'envoie ou attend de moi ? L'homme plein est un repu, ne sachant pas s'imposer des contraintes gustatives et ascétiques. | | | | |
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| chateaubriand f.-r. | | | Les biens de la terre ne font que creuser l'âme et en augmenter le vide. | | | | |
| | hommes | | | Le blasé le dit, l'assoiffé le pense, le sage le fait. Le vide du sage n'a pas besoin de ces biens, pour être inépuisable. | | | | |
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| weil s. | | | Tout vide non accepté produit de la haine. | | |   | |
| | hommes | | | Voilà pourquoi ce monde a l'air si débonnaire, il est bourré de tant de choses inélastiques, apportées par notre moi inférieur. L'amour naît d'un vide appelé par notre moi supérieur. | | | | |
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| cioran é. | | | La crétinisation par la philosophie - phénomène moderne en France. Jusqu'à présent l'Allemagne seule paraissait en avoir le privilège. | | | | |
| | hommes | | | Il est temps d'abolir les cours de philo au lycée et de multiplier les postes de journalistes ou sociologues pour ceux qui se trompent de métier. Introduire des cours de l'inactuel pour ceux qui sont sensibles au vide. | | | | |
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| steiner g. | | | L'homme est homo ludens, le danseur nietzschéen à l'orée du rien. Pour les maîtres contemporains du vide, les enjeux sont d'ordre ludique. | | | | |
| | hommes | | | « L'homme n'est tout à fait homme que là où il joue » - Schiller - « Der Mensch ist nur da ganz Mensch, wo er spielt ». Ce n'est plus la danse, le jeu, mais le calcul, la rédaction de règles du jeu, qui mènent l'homo faber le plus loin dans la mécanique moderne, puisque le jeu est vu désormais comme un cas particulier du paradigme de scénario. Le maître du vide, l'homo ludens ou l'homo pictor, est évincé vers le désert. Redécouvrant la plénitude, il devient homo altus. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir, c'est mettre à sa hauteur. Au-dessus de quoi, là est la question. Peu de compagnons y acceptent le vide, appelé point zéro de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Aller au fond des choses n'est pas une inanité comme on peut le penser de prime abord. Ce fond est la vacuité et cette découverte nous gratifie d'un surcroît de liberté. Comme la répugnance de voir les choses en face aide à les prendre de haut. Aller au fond est toujours plus prometteur de hauteur que de penser d'en revenir. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les hommes (les Ms Jourdain) vivent d'abstractions et s'adressent aux fantômes, mais seuls les subtils prennent les mots plus au sérieux que la réalité et savent vivre le miracle du vide et vivifier la vacuité des choses : « Nier les miracles, c'est ne pas prendre au sérieux la réalité »** - Einstein - « Wunder zu negieren heißt die Wirklichkeit nicht ernst zu nehmen ». | | | | |
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| intelligence | | | La bonne vacuité : la netteté du moule et le désintérêt pour la matière. La mauvaise : les fuites de la matière à travers un moule déficient. Sois forme, ne sois pas Protée, doublement profanateur, - difforme dans l'espace et conforme au temps. | | | | |
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| intelligence | | | Ils plaquent leurs pensées mûres sur le langage, ils les y logent. Moi, au contraire, j'insuffle du langage dans une forme attrayante, mais presque vide. Une fois la diffusion ou le moulage réussis, j'assiste à la naissance ou j'assiste la naissance d'une pensée. Si intelligence il doit y avoir, dans l'écriture, ce serait celle du pressentiment de pensée et de la recherche d'un fond pour une forme toute prête. | | | | |
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| intelligence | | | Les parallèles entre le monde réel et le monde de la pensée sont si mystérieusement complets, qu'il doit y avoir une analogie parfaite entre la métaphore et une beauté réelle quelconque, de la famille de l'arbre. Mais entre elles, il y a un étrange vide, qu'anime la foi ou remplit la religion : « Toute la clef des religions, c'est ce vide effrayant qui se trouve derrière les métaphores »** - Alain. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les bonnes têtes finissent par admettre, que le cheminement : l'être, le paraître, l'apparence - est un progrès (« l'être est une fiction vide » - Héraclite ; « le monde des apparences est le seul, le monde vrai est une affabulation » - Nietzsche - « die scheinbare Welt ist die einzige : die wahre Welt ist nur hinzugelogen »). Mais, dans la plupart des cas, il est trop tard : une authenticité de robot ou de macchabée les empêche de se reconnaître dans l'invention. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée est concevable sans langage des mots (parmi concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ces types de pensée cartésiens, seul affirmer réclamerait, éventuellement, le mot), mais elle ne peut pas se passer d'images ; et ceux qui définissent l'être comme ce qui se pense sans images ne savent pas ce qu'ils disent. Même le douteux synonyme pseudo-mathématique de l'être, l'ensemble vide, se présente à notre imagination comme équivalent d'un élément neutre pour l'opération d'union des ensembles (comme le zéro arithmétique), et la neutralité est une image parfaitement rationnelle. | | | | |
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| intelligence | | | L’œil nous présente un espace à deux dimensions ; l'espace réel en a trois ; l'esprit peut concevoir aisément un espace à quatre ou même à un nombre infini de dimensions, dont le bon Dieu espiègle voulut peut-être nous priver. Mais comment réduire ou généraliser l'axe temporel ? L'énigme du temps, pour l'esprit, est aussi insoluble que l'énigme du bien pour l'âme. Ce qui est le plus fascinant, ce n'est pas le changement, le devenir, de la matière, mais la place, l'être, de l'instant écoulé. Le feu du temps, tout dévorant, tout engloutissant, faisant de toute matière un éternel recommencement, tout régénérant ; Phénix, complice de Chronos, en serait-il la seule image parlante ? Tout instant du passé est même moins que cendre - un vrai néant, un vrai vide, une vraie absence. | | | | |
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| intelligence | | | Avec la lanterne vacillante de l'intelligence, ils cherchent le trésor, qui est la vraie vie ; mais le meilleur trésor, c'est notre faculté de jouir des jeux de la lumière et des ombres. « J'ai joué à l'ombre de la jouissance » - Pétrone - « In umbra voluptatis lusi ». Le souci d'alimentation de la lampe nous fait oublier le miracle de notre Caverne vide et de ses belles ombres. L'obscurité est déjà une dyade, la lumière n'étant qu'une monade (Pythagore). | | | | |
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| intelligence | | | Le talent n'a pas besoin d'idées ; son outil, c'est le mot expressif, duquel, presque automatiquement, surgira l'impression d'idées ; il ne cherchera donc jamais à exprimer ses idées (lesquelles sont, chez lui, toujours a posteriori ; les idées a priori sont l'apanage des sots : (« Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à exprimer leurs idées » - Delacroix). L'instinct ne les aide que pour peindre : on imprime, en impliquant ses contraintes ; on n'exprime pas, en expliquant ses fins. Le talent se reconnaît, lorsqu'en ex-primant, d'instinct, son vide, il im-prime, presque malgré lui, des idées inattendues. « L'art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu'à les exprimer » - Bergson. | | | | |
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| intelligence | | | Le mauvais chercheur se charge du fardeau de l'acquis ; le bon en fait un vide, l'étoffe dont sont faites les ailes. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la logorrhée phénoménologique, vide de fond et insipide de forme, sur l’homme, l’être et la vérité, peut être exprimée dans un sobre vocabulaire d’Intelligence Artificielle, faisant part à la réalité, à la représentation et au langage. | | | | |
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| intelligence | | | Chez les médiocres, la volonté naît d’un manque extérieur ; chez les bons créateurs – d’une plénitude intérieure. | | | | |
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| intelligence | | | La notion de néant n'a d'intérêt que lorsqu'une requête infructueuse d'existence peut, sous d'autres conditions, aboutir à l'existence d'objets. Et ces nouvelles conditions de néantisation peuvent être dues à : un autre instant dans le temps, une adaptation du modèle (face à la réalité), une modification du langage (face au modèle). Le Néant général, qui ne serait pas lié à une requête donnée, est un concept creux et vide - l'idée même de néant est un néant d'idées. | | | | |
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| intelligence | | | Ton essence, c’est-à-dire le fond ou la source de tes pensées et de tes sentiments, restera à jamais indéfinissable. Les ténèbres conviennent mieux à rendre son état que la lumière. Les médiocres se souhaitent la plénitude et la clarté ; le créateur cherche un vide au royaume des sons, des images ou des idées, pour le remplir par la nouveauté de sa propre musique. Musique qui n’est jamais claire, de même que l’amour ou l’inspiration. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir ne doit être ni le point de départ ni l’appui du parcours ; il doit servir d’outil, pour fabriquer des contraintes. Plus une tête est vide, plus elle cherche à se remplir du savoir pour le déverser ensuite. | | | | |
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| montaigne m. | | | Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. | | |  | |
| | intelligence | | | Une tête bien faite est celle qui, pour atteindre un but, a besoin d'un minimum de mémoire et de recherches et d'un maximum de subtilité et de vitesse. Équilibre entre fin et frein, entre interprète et organisation. Toutes les têtes, aujourd'hui, sont pleines de vétilles, cohérentes et monolithiques, tandis que ce qui est digne d'y être préservé, ce sont quelques étincelles, images éparses, fragments de monuments. Garder quelques zones vides, pour y recevoir la musique du monde. | | | | |
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| claudel p. | | | La poésie ne plonge pas dans l'infini, pour trouver du nouveau, mais au fond du défini, pour y trouver de l'inépuisable. | | | | |
| | intelligence | | | Dans vos fichues profondeurs, qu'elles soient infinies ou définies, on ne tombe que sur des cloaques irrespirables. C'est dans la hauteur solitaire qu'on respire de l'éternellement nouveau, en s'enveloppant de son vide inépuisable. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie de la hauteur : glissade toujours possible de brillant vers béant ou baillant (bright vers broad ou bored, сияющий vers зияющий ou зевающий). | | | | |
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| ironie | | | Avec la profondeur s'étend le creux, avec la hauteur s'étend le vide. Le creux d'un cœur enseveli, le vide d'une âme dilatée. Que ne comble que l'ironie d'un espoir sans volume, cet « art des profondeurs et des hauteurs » - Deleuze. | | | | |
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| ironie | | | Ce sont bien des attributs du néant - mystère, hauteur, résignation - qui remplissent le mieux mon vide exigeant. | | | | |
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| ironie | | | Encore du calcul au service de l'ironiste : pour avoir plus de chances de donner un maximum de soi - commencer par reconnaître son vide. Ou, mieux, car plus dynamique : voir en l'ironie un « va-et-vient permanent entre la création et la destruction de soi »** - F.Schlegel - « ein stetes Wechselspiel der Selbstschöpfung und Selbstvernichtung ». | | | | |
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| ironie | | | Il faut puiser dans l'abondance avec les yeux. Dans le vide il faut puiser à pleines mains. | | | | |
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| ironie | | | On fait appel à l'optique à la place de la mystique, et l'on descend au fond du puits, pour voir les étoiles. On prend la mystique au lieu de l'optique, et l'on voit Dieu dans un vide translucide. | | | | |
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| ironie | | | Deux sentiers opposés attirent et mènent aux sommets de la vie : la poésie et l'ironie. Une fois au-delà des nuages, surchargé de vertiges, on est prêt à redescendre dans l'abîme. Déboussolé, on dévale par l'autre versant : dans l'ironie qui désaimante, dans la poésie qui électrise. On se vide. | | | | |
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| ironie | | | Aux outrages, que font subir les philosophes égarés aux notions mathématiques d'ensembles ouverts ou vides, ou d'incomplétude gödelienne, peut s'ajouter la logique du second ordre, que ces derniers dédaignent, en la traitant de secondaire. Parfois je pense que l'inscription, à l'entrée de l'Académie platonicienne, n'était pas si bête que ça, mais à géomètre il faudrait y ajouter – linguiste et pleureuse. | | | | |
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| ironie | | | Même la faiblesse, même le désespoir, même le vide peuvent être vécus avec intensité - la leçon centrale de Nietzsche (déjà amorcée par Platon : « Le plus beau des liens est celui qui rend au plus haut degré un soi-même et les termes liés ») ; la volonté de puissance ne vise que l'intensité de la vie. L'intensité de l'inconscience - source de toute poésie ; l'intensité de la conscience - critère de la liberté (Bergson). | | | | |
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| ironie | | | Mes ruines ne sont jamais vides : ou bien c'est le principe qui ruina le sentiment ou bien c'est le sentiment qui ruina le principe. Le survivant s'occupe des funérailles du sauvage ou du barbare (« le sauvage méprise l'art, le barbare déshonore la nature » - Schiller - « der Wilde verachtet die Kunst, der Barbar entehrt die Natur »). | | | | |
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| ironie | | | Je procède en moi à un évidement béni, en ne m'emplissant que de ce qui m'épuise. « Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie » - Gibran - « The deeper that sorrow carves into your being the more joy you can contain ». | | | | |
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| ironie | | | Pour être convaincant, il leur faut, sous les pieds, un sol solide, une chaire universitaire ou une profonde expérience, tandis que rien n'y vaut un abîme. | | | | |
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| ironie | | | Les plus pures des abstractions antiques se trouvaient à l'aise en compagnie des ivrognes, hétaïres ou pâtres ; de quelles ivresses, de quelles voluptés peut se réclamer ce sage moderne, dont les seules quêtes sont : l'Être, l'Un et l'Ego (si enivrants et banals pour un Athénien et si sobres et ampoulés pour un Parisien), sont-ils transcendants ou transcendantaux, immanents ou réels ? - des robots enrayés, des programmes, qui bouclent dans un vide stérile des circuits sans vie. | | | | |
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| ironie | | | Sur de vraies idées s'appuient les fondations, se comptent les étages et se scrute le vide du ciel. Sur de fausses - l'envie de s'envoler ou de virevolter. « On perdrait courage si on n'était pas soutenu par des idées fausses » - Fontenelle. | | | | |
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| ironie | | | S'absenter de ce qui est - le privilège de l'ironiste ; s'y incruster - l'insolence du sceptique ; s'y faire invisible - l'astuce du cynique. Brûler de ce qui n'est plus ou ce qui ne sera jamais, en savoir remplir le vide. | | | | |
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| ironie | | | Trois sujets, trois sources inépuisables d'ennui et de niaiserie - la vérité, la liberté, l'être. Mais si je peux opposer à la vérité et à la liberté leurs contraires plus aguichants, le rêve et la contrainte, les innombrables antonymes de l'être - le devenir, l'avoir, le paraître, le néant, la contingence - irradient la même grisaille. Et le superlatif n'y est pas plus brillant que le négatif ou le comparatif : « L'Être est ce qu'il y a de plus vide, de plus général, de plus net, de plus usité, de plus sûr, de plus oublié, de plus exprimé » - Heidegger - « Das Sein ist das Leerste, das Allgemeinste, das Verständlichste, das Gerbräuchste, das Verläßlichste, das Vergessenste, das Gesagteste ». | | | | |
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| ironie | | | Très comique confusion entre le vide physique et le vide mathématique, chez les badiousiens : mettez dans un ensemble vide deux ensembles, vous obtenez un ensemble différent de deux ensembles unis ; c'est la matrice formelle de l'addition algébrique. Il a du mérite, cet ensemble vide subissant, sans aménité, une si brutale intrusion ! Et, rongée d'envie, la matrice informelle se réfugierait dans une soustraction topologique. Toutefois, la mathématique de l'Ouvert, chez Badiou ou Sloterdijk n'est pas plus risible que la logique de Hegel - de vastes, indigestes et irresponsables logorrhées, où, par exemple, le tiers exclu désigne un intrus, dont l’arbitrage est refusé par deux idées en conflit, décidées à en découdre. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie est justifiée par la reconnaissance, que, sous un regard de plus en plus exigeant, la réalité nous échappe à l'infini et aucune certitude finie ne résiste à une quête serrée. « L'ironie est une conscience nette d'un chaos se projetant vers l'infini » - F.Schlegel - « Ironie ist klares Bewußtsein des unendlich vollen Chaos ». L'intelligence est notre épuisable faculté d'harmoniser le chaos. Une fois aux frontières d'un chaos maîtrisé, elle arrive soit au vide de l'attendu, soit à l'ennui de l'entendu ; en se débarrassant du ballast ou de la platitude du sérieux, elle s'accroche à l'ironie, prometteuse de hauteurs et d'apesanteurs. C'est ton étoile qui te remplit de chaos ; celui qui a besoin du chaos, pour enfanter de son étoile (Nietzsche), finira en fausses couches. | | | | |
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| ironie | | | Le bon sacré ne dure qu’une saison d’âme – un printemps d’espérance ou un hiver de croyance – la soif des ardents. Le mauvais garde sa longévité grâce aux auréoles, nimbes ou casques, dont il couvre les caboches vides, - la nourriture des tièdes. | | | | |
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| ironie | | | Dieu commença sa carrière en créant le monde à partir de rien ; nos absurdistes veulent retourner ce monde merveilleux – à rien. | | | | |
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| ironie | | | Le vide est bienvenu à l’intérieur de moi-même ; je trouverais toujours de la bonne matière pour le combler. Mais le vide extérieur, pour un discours, adressé à mes semblables, à mes frères ou à mes adversaires, même au sein d’une solitude, ce vide, rempli par des citations des autres, fixe les limites, dessine un cadre et contribue à la clarté. « Je cite les autres pour mieux m'exprimer moi-même »*** - Montaigne. | | | | |
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| ironie | | | La plénitude recherchée – le vide d’une belle forme sans contenu. | | | | |
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| ironie | | | Tu es saisi d’admiration ou de honte, en repassant tes paroles, proférées aux instants extatiques, narcissiques ou érotiques, - c’est de la folie, folie d’audace et de débordement, à l’opposé de la folie du vide, folie de verbiage et de remplissage qui s’empare des philosophes académiques. | | | | |
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| montesquieu ch. | | | Plus une tête est vide, plus elle cherche à se désemplir. | | | | |
| | ironie | | | La tête a mille pièces, et le vide des mansardes contribue à la bonne garniture des caves. La voix née dans un souterrain peut parler de hautes voûtes. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Wenn ein Buch und ein Kopf zusammenstoßen und es klingt hohl, ist das allemal im Buch ?
Un livre frappe une tête et ça sonne creux, est-ce toujours la faute du livre ? | | |  | |
| | ironie | | | Une des nobles fonctions du livre est de vider les têtes des encombrantes billevesées en créant du vide sonore, où pourront retentir de hauts échos. | | | | |
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| mot | | | Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien. | | | | |
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| mot | | | Dans les bouteilles, qu'avait bénies le mot, le message promet plus d'ivresse que le breuvage, même d'appellation contrôlée. Ne jalouse pas les bouteilles pleines – pleines d'idées, de messages, de liqueurs, et qui ne sont bonnes que pour les épiceries. Et que vive le vide salutaire du mot, où le poète invite Dieu à agir ! | | | | |
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| mot | | | Heidegger chercha le fond commun de tous les emplois du verbe être, de l'ontologique au copulatif, et prétendit l'avoir trouvé en l'existence. Or ce fond est complètement vide. Qu'on en juge, en faisant des intersections soi-même : 0. Socrate est avant toute représentation, 1. le méta-concept (classe ou relation) est, 2. l'homme est, 3. Socrate est une méta-instance, 4. Socrate est, 5. l'homme est un mammifère, 6. Socrate est un homme, 7. la calvitie est à Socrate, 8. Xanthippe est à Socrate, 9. la toge est à Socrate, 10. l'idée est à Socrate, 11. le chien est un ami de l'homme, 12. Socrate est mon ami, 13. l'homme est mortel, 14. Socrate est mortel, 15. l'homme est bête, 16. Socrate est intelligent, 17. la taille de Socrate est de 4 coudées, 18. la proie de l'aigle est un ami de l'homme, 19. Socrate est un nom propre etc. Tous les verbes ont autant de droits à supposer une existence d'objets que cet avorton d'être. Référencer la relation genre/espèce, classe/instance, l'attribution, la possession, l'appartenance, l'évaluation d'attributs, l'unification d'objets - c'est un abus de suremploi. | | | | |
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| mot | | | Les mots parasites à manier avec méfiance : existence, vide, vérité, liberté. Rien de commun entre existence conceptuelle et existence réelle, entre vide mathématique et vide ontologique, entre vérité logique et vérité philosophique, entre liberté de concevoir et liberté d'agir. | | | | |
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| mot | | | Seuls les polyglottes peuvent donner un sens profond au silence : les expressions d'un même sentiment, dans des langues différentes, n'offrant ni intersection ni noyau communs, on se réfugie dans ce vide silencieux, ce réceptacle du vrai soi (serait-ce la khôra platonicienne, cet espace réservé à l'accueil des idées ? ), du soi indicible et intouchable, débarrassé et des mots et des choses : « L'esprit vide d'objets est le but du sage » - Upanishad - je dirais qu'il en est la contrainte. | | | | |
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| mot | | | De la place du Dire et du Faire dans l'écriture : leurs rôles sont complètement différents aux trois stades - avant la prise de plume, pendant la naissance de l'écrit, enfin, l'appréciation d'un écrit fixe. Au commencement, les niais sont pleins d'idées mûres à traduire dans le dit, et les délicats attendent le premier son ou la première image imprévisibles - le faire, leur métier, ayant besoin d'une matière rare. Au milieu, le niais ne fait que dire, tandis que le mot du délicat naît dans le fait - le style et le ton. À la fin, on ne voit que le fait du niais (son dit étant pâle ou vide), ou le dit du délicat (son fait, c'est à dire son pinceau, étant absent). | | | | |
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| mot | | | La modeste métaphore de point zéro (de la réflexion, de l'écriture, de la volonté) couvre totalement tous ces avortons de concept : le non (des non-rebelles), la négativité (des non-cogniticiens), la négation (des non-logiciens), le néant (des non-poètes), le vide (des non-mathématiciens). | | | | |
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| mot | | | L'inextricable confusion des acceptions du mot vide : le vide physique des Chinois (ne pas s'encombrer), le vide psychique des bouddhistes (ne pas s'attacher), le vide (pseudo-)mathématique des ontologues (la passerelle entre l'être et l'étant). Toutes ces mesquineries ne valent rien à côté d'un vide sacré, censé ne recevoir qu'une voix divine (la musique, au-dessus du Verbe et de la Relation). C'est dans le vide que se croisent trois voies mystiques de Plotin – la purgative, l'illuminative, l'unitive. | | | | |
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| mot | | | Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes. | | | | |
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| mot | | | Trois avortons de concepts : le non-être, le rien, le néant, nés de l'incapacité de manier la négation, la complémentarité ou l'ensemble vide. La joie des bavards, joie encore plus irresponsable que celle de l'être affirmatif. | | | | |
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| mot | | | De quoi peut être pleine l'âme ? Certainement pas de mots ni d'idées. Pourtant, « ce qui déborde du cœur jaillit aux lèvres » - l'Évangile. Si c'est pour déverser des mots fidèles, alors on est sûr de n'entendre que sornettes. Quand le cœur déborde, les mots sont de trop. Les lèvres, caressantes ou chantantes, remplissent le mieux le vide. | | | | |
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| mot | | | La note, c'est le mot ; l'accord, c'est l'idée - « La note m'émeut ; l'accord m'intimide » - Hippius - « Звуков хотим, - но созвучий боимся ». Ceux qui se croient pleins, prennent cette plénitude pour idées et font appel aux mots sans relief. Ceux qui se reconnaissent vides cherchent des mots intenses, mais l'aléa des idées, qui en naissent, les décourage. | | | | |
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| mot | | | Le cas le plus fréquent, en littérature : la pâleur des sentiments et des mots, l'éclat des deux en étant le triomphe. Entre ces deux cas extrêmes – le vide, allié au déferlement : le vide du sentiment et le déferlement de mots assourdissants, ou le déferlement du sentiment, englouti par le creux des mots. | | | | |
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| mot | | | Aucun philosophe ne formula quelque chose de sensé au sujet de ces mots triviaux - néant, vide, rien. Le vide physique (l’absence de matière) ne présentant aucun intérêt en philosophie, on ne peut interpréter le terme de vide qu’au sens mathématique – l’absence d’existence ; il est donc un synonyme du mot néant. Quant au mot rien, dans un discours il n’est qu’une variable, signalant toujours la même absence d’existence. Bref, le terme net d’ensemble vide couvre ces trois mots vagues. | | | | |
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| mot | | | On pense, d’abord, que le bavardage philosophesque autour du néant est insurpassable en niaiserie ; ensuite, on constate que la totalité est son sérieux rival, avec un creux encore plus béant, plus désincarné, plus stérile. | | | | |
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| mot | | | Le mot, séparé de la représentation sous-jacente, n’est rien ; donc, le poète et le philosophe partent de rien : le poète, obsédé par la musique, peut se passer de cette représentation ; le philosophe en est, le plus souvent incapable, ce qui engendre une logorrhée insipide, ampoulée et irresponsable – derrière leurs jeux de langage se profile un vide. | | | | |
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| mot | | | Une sage et pacifique résignation à créer ex nihilo incognito, ou bien une rupture, violente ou orgueilleuse, avec des sources communes de nos pensées ? Absence de présuppositions ou déracinement ? - aucun point commun entre ces deux attitudes ; pourtant, l’ouvrage de Chestov, consacrée à la première, fut compris et traduit en français dans le sens de la seconde - Apothéose du déracinement. Les Anglais et les Allemands – groundlessness, Grundlosigkeit – ne s’y trompèrent pas. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, tout mot comporte une partie langagière et une partie conceptuelle. La philosophie aurait dû s’inspirer des sciences, pour ne pas se contenter d’un pur verbiage détaché et d’introduire aussi de rigoureux ajustages attachés. L’élimination (par substitutions) de l’aspect purement langagier ne devrait pas aboutir au néant conceptuel. | | | | |
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| bible | | | Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute vaine parole qu'ils auront proférée. | | | | |
| | mot | | | Même le ciel nous réclame des justificatifs, modes d'emploi, recettes et instructions, pour accorder une entrevue et une remise de peine ! La vanité, comme le vide, peut n'être qu'une préparation d'une musique et une fuite devant la banale utilité du bruit ambiant. | | | | |
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| hölderlin f. | | | Die Sprache ist ein großer Überfluß. Das Beste ruht in seiner Tiefe.
La parole est une franche fuite : le meilleur de nous reste dans sa profondeur. | | |  | |
| | mot | | | Seuls les meilleurs jaillissements laissent en deviner la hauteur. C'est mieux vu que Hofmannsthal : « La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout » - « Die Sprache ist alles, was einem bleibt, der seine Heimat entbehren muß. Aber sie enthält auch alles ». | | | | |
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| valéry p. | | | Ce verbe nul, être, a fait une grande carrière dans le vide. | | | | |
| | mot | | | Il faut reconnaître qu'un certain vide abstrait peut s'avérer moins ingrat que le bric-à-brac concret, pour recevoir notre musique ou valoriser notre plénitude. | | | | |
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| barney n. | | | Que d'êtres, dans un mot devenu vide, ont enfermé toute leur vie. | | | | |
| | mot | | | C'est moins incongru que, dans une vie trop pleine de niaiseries, sans paroles ni notes, ne plus trouver de place pour un mot sonore. | | | | |
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| chœur noblesse | | | PROXIMITÉ DIVINE : Savoir traduire un abouchement des épidermes en un attouchement sidéral, créer de la proximité en se réfugiant dans des astres - l'aristocratie des unions, qui renoncent à la force. À une intimité, l'aristocrate préfère la vacuité, qui transporte mieux un vrai magnétisme, qui nous bouleverse, sans nous effleurer. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme s'oppose à la routine de l'évolution, mais la révolution de la négation totale ou universelle lui est encore plus étrangère : l'insupportable bavardage autour du néant, de l'absence de sens, de la transvaluation, du vide substantiel est signe d'une indigence imaginative ; le nihilisme en est la richesse et la fraîcheur. | | | | |
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| noblesse | | | Désirer, c'est avoir une requête à soumettre. Le sot, qui imagine, que les mots représentent le monde, trouve son désir plein. Le désir du sage est vide, et il ne cherche qu'à être rempli par l'interprète le plus inspiré. Remplir, c'est substituer aux inconnues - des représentations d'au-delà des mots. Si l'on manque d'inconnues, si l'on ne cherche pas à s'unifier avec le monde, même imaginaire, on méritera le mot de Lermontov : « L'homme le plus vide est celui qui n'est rempli que de soi » - « Тот самый пустой человек, кто наполнен собою », à moins que ce vide artificiel ne serve que pour y accueillir une musique ou une voix de Dieu. Le dernier homme est rempli des échos des autres. | | | | |
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| noblesse | | | Un vide, que ce soit un vide d'images ou un vide d'idées, est aussitôt rempli par la réalité, qui est la perfection et qui est sans idées ou images. Être parfait, c'est chercher une proximité asymptotique avec la réalité, être le regard, fasciné par une rencontre impossible. Le chemin, du Savoir à la Croyance, va en s'élevant, et pourtant c'est ainsi qu'on retrouve la réalité. | | | | |
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| noblesse | | | Le rhizome opposé à l'arbre, l'identification avec le sol nourricier - à l'appel du vide et des couleurs, l'enracinement - au déracinement, la banalité - à la hauteur, le discursif - à l'évaluatif - tel est le visage défraîchi du postmodernisme. Détourné du rêve, prônant l'horizontalité intégrale, misérable avec ses idées, se vautrant dans des mots ampoulés, il puise toutes ses niaiseries dans un réel net, malléable à merci et envahissant. Juger sans critères, en absence de l'universel - ils ne comprennent pas, que le libre arbitre de la représentation touche toujours à l'universel (au sens du quantificateur logique) et qu'il n'est donné à personne, au stade de l'interprétation libre, d'échapper aux critères logiques, éthiques ou esthétiques. | | | | |
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| noblesse | | | Pour croire en attrait des hauteurs, il faut avoir vécu, à leurs pieds, une transfiguration du vide. | | | | |
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| noblesse | | | Toute fumée, même une fumée d'azur, ne conduit qu'au sommeil profond. La hauteur est question de veille, dans un vide d'azur. Il faut vivre d'un « rêve à l'usage de gens éveillés » - Platon. | | | | |
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| noblesse | | | La dichotomie clanique la plus parlante est celle qui divise nos semblables en ceux qui voient dans l'homme une splendeur époustouflante et en ceux qui n'y trouvent qu'une vacuité de plus. J'adhère, sans ciller, au premier clan, tout en disant, que la splendeur humaine est dans une vacuité, que seul sache faire résonner l'artiste. | | | | |
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| noblesse | | | Il faut reconnaître, que la pose de Cioran - tout m'est de trop et tout me manque - est une solution de facilité ; trouver la plénitude au milieu des choses inexistantes est un défi plus digne. A.Kojève, n’a-t-il pas tenté une philosophie de l’Inexistant ! | | | | |
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| noblesse | | | Pour couper court à toute velléité d'héroïsme, dis-toi, qu'une histoire humaine sans un seul personnage est aussi réalisable qu'une algèbre sans un seul chiffre. « Notre vie est un récit sans trame ni héros, faite de la vacuité, du chaud balbutiement des digressions » - Mandelstam - « Наша жизнь - это повесть без фабулы и героя, сделанная из пустоты, из горячего лепета отступлений ». Mais si l'héroïsme dans la vie est chimérique, l'héroïsme de la raison, toujours plate, est envisageable : plonger dans la profondeur de l'esprit, devenir seul comme Jacob, ou s'élever à la hauteur de l'âme, devenir Ange, - et vivre de cette lutte. | | | | |
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| noblesse | | | En remontant aux causes premières, à partir même du plus profond de nos embrasements, nous tombons, immanquablement, tôt ou tard, sur un leurre, ce punctum pruriens (Schopenhauer) de toute pensée : « Dès qu'on insiste un peu, c'est le vide » - Céline. Ne pas insister n'est pas glorieux : « Ce n'est qu'un esprit peu exigeant qui se contente de peu. Un sot serait-il un sage ? » - Valéry - puisque, d'après Horace, ne pas le savoir, c'est vivre en esclave. | | | | |
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| noblesse | | | Signe de noblesse : l'espérance la plus pure naissant dans les situations les plus désespérées (Camus). « Bien que sous la forme d'une vague quête, l'espoir germe dans une profonde désespérance » - Th.Mann - « Aus tiefster Heillosigkeit, wenn auch als leiseste Frage, keimt die Hoffnung ». L'invisibilité comme garantie d'authenticité : « L'espérance qui se voit n'est pas l'espérance » - St-Augustin - « Spes autem quae videtur, non est spes ». Comme l'amour qui dure, tant qu'on ne se voit pas : « Les yeux dans les yeux, les amants n'arrivent pas à se voir » - N.Barney. | | | | |
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| noblesse | | | Ce dont je rêve doit remplir ma vie ; ce fut un mauvais rêve, s'il en est absent. | | | | |
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| noblesse | | | Tant de choses impassibles nous envahissent, qu'il faudrait les munir de frissons, pour qu'elles s'enfuient. Préférer un vide musical au plein minéral. | | | | |
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| noblesse | | | Ni le savoir ni la création, en eux-mêmes, ne justifient la vie ; seule la musique, qui deviendrait leitmotiv de celle-ci ou accompagnement de celui-là nous ferait oublier le silence absurde et angoissant de l'existence. Et toute musique naît des bonnes vibrations : « Le sens de l'existence est dans l'intranquillité et dans l'angoisse » - A.Blok - « Смысл жизни заключается в беспокойстве и тревоге ». St-Augustin (inquietas), Heidegger (Sorge), Borgès (intranquilidad) seraient d’accord. | | | | |
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| noblesse | | | La présence des autres, dans ce livre, n'est que l'air des métaphores, que battent mes ailes ; la hauteur et le souffle n'en sont qu'à moi. D'ailleurs, on ne devrait écrire qu'avec la sensation d'être le seul chasseur de métaphores, sous un ciel vide. « Le texte est une forêt, où chasse le lecteur. Un bruissement au sous-bois, tiens - une pensée ; un gibier timide, une citation - à mettre au tableau de chasse » - Benjamin - « Der Text ist ein Wald, in dem der Leser der Jäger ist. Knistern im Unterholz - der Gedanke, das scheue Wild, das Zitat - ein Stück aus dem tableau » - je ne cultive pas de textes, et donc pas de forêts, mais je tends tant d'arbres, chacun avec des ombres qu'il ne partage pas avec d'autres arbres, et ils ne se trouvent ni sous un même soleil ni à la même heure de la nuit. Si tu n'y entends que du bruit, tes oreilles ne sont pas faites pour mes canopées, puisque j'y avais mis de la musique. | | | | |
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| noblesse | | | Dès que je me laisse envahir par le réel, la réduction du fond de l'existence au comique ou au tragique devient une tâche d'une facilité ingrate ; d'où l'intérêt de garder, en moi, assez de vide pour y loger mon rêve, ennemi des pulsions théâtrales ; les ruines - à l'opposé de la scène. | | | | |
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| noblesse | | | Toutes les idées de perfectionnement graduel ne faisaient que décerveler les hommes. Socrate, Tolstoï ou Gandhi propageaient cette sottise. « Je crois qu'on ne peut mieux vivre qu'en ayant la pleine conscience de son amélioration » - Socrate. Alors je n'ai aucune chance de bien vivre, moi, qui aime brûler les ponts, qui découvre en moi-même de nouvelles hontes ou de nouveaux vides. Deviner, même inconsciemment, ce qui, en moi, reste immuable et invariant, a plus de chances de rendre ma vie supportable. « Vivre selon ton soi le plus noble, qui est en toi »** - Aristote – et peu importe, que ce soi reste inconnu. | | | | |
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| noblesse | | | Pour me trouver en tête-à-tête avec mon soi inconnu, il faut me vider, me débarrasser du ballast des choses terrestres et aspirer à une hauteur céleste. Pour découvrir, peut-être, dans ce vide béni - l'origine d'une pure plénitude : « Se servir du vide pour penser le plein » - Bergson. | | | | |
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| noblesse | | | La sensation de plénitude correspond souvent à une perte, à celle d'un élan, qui s'épanouissait grâce à un vide, vide en tant que conquête. | | | | |
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| noblesse | | | Combler le vide est une banalité, son entretien en état de béatitude est plus prometteur et même vital ! Le vide sacré se forme du déchirement entre le mouvement centripète de l'affirmation et celui, centrifuge, de l'(ab)négation, - « sibi vacare » (Sénèque). « Tous les péchés sont des tentatives de combler le vide. Aimer la vertu signifie supporter le vide »**** - S.Weil. La grâce ne touche qu'une âme désencombrée. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le vivant, si je ne brûle pas, je pourris. « Il n'y a que deux formes d'existence : pourriture ou brûlure »** - Gorky - « Есть только две формы жизни : гниение и горение ». Souvent c'est la même chose : la pourriture dégage bien de la chaleur, et toute flamme finit dans des cendres. La forme est pour l'histrion, le fond - pour le spectateur. Savoir équilibrer le trop plein de la tête et étancher la vacuité du cœur - tel est le fond de l'existence. « Notre lot : végéter ou brûler de l'âme »*** - Pétrarque - « Nos autem vel torpemus vel ardemus animorum estibus ». | | | | |
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| noblesse | | | Les uns traversent la vie comme un désert, qu'ils peuplent d'oasis et animent de mirages ; d'autres - comme un réseau routier, avec un itinéraire préprogrammé. « Il faut se dépêcher de se gaver de rêves pour traverser la vie » - Céline. La vie a horreur du vide, surtout de celui que créent les plus beaux rêves, et je pourrai baguenauder et même danser, à cœur ouvert, en n'invitant que les dieux à me remplir. « La vie est plus ardue à traverser qu'un champ » - proverbe russe - « Жизнь прожить - не поле перейти ». | | | | |
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| noblesse | | | Le commencement est la quintessence du regard et même peut-être son seul contenu inimitable, le reste ressemblant plutôt à un vide. Et c'est en évitant d'encombrer de nos petitesses ce vide sacré que nous prouvons la présence d'une pleine fin, au-delà du regard. | | | | |
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| noblesse | | | L'esprit s'entiche d'idéaux collectifs, l'âme forge son idéal individuel. Les premiers sont en ruines : l'idéal esthétique antique, l'idéal mystique chrétien, l'idéal éthique communiste ; les âmes dépassionnées devinrent stériles et n'enfantent d'aucun idéal ; l'homme moderne hurle au vide, au déclin, à la barbarie, tandis qu'il aurait dû se repentir de l'extinction volontaire de sa propre âme ; mais sa robotisation semble irréversible. | | | | |
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| noblesse | | | L'âme est musicale, et le souci d'acoustique la rend alliée de certains vides ; l'esprit ne tolère pas le vide ; si je ne le remplis pas par une culture, c'est à dire d'un souci d'excellence, il sera envahi par le fait divers, ennemi du souci de l'être, de cette cura esse, qu'on retrouve dans pro-cureur et curé, se souciant de nos esprits ou de nos âmes et nous procurant des bancs des accusés ou des confessionnaux. | | | | |
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| noblesse | | | Celui qui n’a pas de bon souffle ne devrait par regarder vers la hauteur, comme vers n’importe quel lointain, où la nature crée un vide, salutaire pour les uns et mortel – pour les autres. | | | | |
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| noblesse | | | Ne te décourage pas à envoyer de la lumière de ton étoile, dans le vide ; grâce à sa vitesse vertigineuse, elle n’atteindrait une espérance atemporelle que beaucoup plus tard ; apprends à déchiffrer le scintillement des étoiles des autres, depuis longtemps éteintes. « Comme cette lumière interstellaire traverse longtemps l'univers avant de nous atteindre, l'image défigurée de ton étoile ne se dessine qu'après ton départ » - Rilke - « Denn wie das Licht von manchem Sterne lange im Weltraum geht, bis es uns endlich trifft, erscheint erst lang nach unsrem Untergange von unsrem Stern seine entstellte Schrift ». | | | | |
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| noblesse | | | Le talent artistique n’est peut-être que la présence, consciente ou non, d’une âme créatrice, demeure de la hauteur. Les esprits et les cœurs des hommes atteignent à peu près les mêmes profondeurs, mais sans la dimension céleste, ils sont condamnés à la platitude terrestre. Les idées et les sentiments sont démocratiques ; les états d’âme, mis en musique par le talent, - aristocratiques. Et Pouchkine : « Deux sortes d’absurdité : la première émerge du manque de sentiments et d’idées, pallié par les mots ; la seconde – de leur plénitude et du manque de mots » - « Есть два рода бессмыслицы : одна происходит от недостатка чувств и мыслей, заменяемого словами ; другая — от полноты чувств и мыслей и недостатка слов » - introduit une fausse symétrie : entre la vie servile et le rêve libre il y aura toujours un gouffre. | | | | |
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| st augustin | | | Funde, ut implearis.
Vide-toi, pour que tu puisses être rempli. | | |  | |
| | noblesse | | | Sois tantôt éponge et tantôt fontaine ; mes pores, noyau, foyer et source étant ma soif. Dieu est dans la soif, non dans le breuvage. Je ne trouve pas Dieu à travers mes plénitudes, mais je ne me fais pas trop d'illusions sur ce qui remplira mon vide ; Jean de la Croix est trop crédule : « Les biens de Dieu ne peuvent entrer que dans un cœur vide et solitaire. L'âme doit se vider, pour que Dieu remplisse le vide » - « Los bienes de Dios no caben sino en corazón vacío y solitario. El alma debe vaciarse del ego para ser llenada por Dios ». | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Die Kornhalme richten den Kopf in die Luft, solange die Ähren leer sind.
Les épis vides portent la tête haute. | | |  | |
| | noblesse | | | Les épis pleins se courbent et mettent leur espoir en la faux. À qui se donner ? Au moissonneur et à sa meule, au promeneur et à son regard ? Question de saison et d'espérance de vie. | | | | |
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| chateaubriand f.-r. | | | L'aristocratie a trois âges successifs : l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités. | | | | |
| | noblesse | | | La supériorité de l'action, les privilèges de l'éclat, la vanité du clinquant. La goujaterie suit presque le même cycle : la supériorité de sa révolte, les privilèges de sa tyrannie, la vanité de sa vacuité. | | | | |
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| claudel p. | | | Il n'y a que dans rien que tout se trouve à l'aise. | | | | |
| | noblesse | | | Tout ne vit que d'échos et c'est le vide qui offre la meilleure acoustique et constitue le cadre le plus dramatique. | | | | |
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| proximité | | | Il est dans la nature du vivant de hurler de douleur à la lune. L'oreille n'a que faire avec ces messages, mais son inertie nous pousse à la tendre vers le chaos du firmament et à relever de faux échos. C'est cela, la foi - le miracle d'une réponse dans un vide certain. | | | | |
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| proximité | | | Les convictions sont presque l'antithèse de la liberté : elles remplissent, en nous, ce vide salutaire et indispensable, dans lequel Dieu aurait pu agir. | | | | |
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| proximité | | | C'est autour du vide que s'éploient les plus forts vocables : tentation, crainte, recherche (Maître Eckhart), chute (Cioran), rayonnement (le prince de Lumière). Je l'associe au travail, à la veille comme le beau silence opposé au sommeil, mais ami du rêve. Le vide est un silence élaboré, sur le point de recevoir le mot musical. La kénose des contraintes aboutissant à l'apothéose des buts. Le bavardage des autres ne serait-il pas le silence des mots ? « Si la musique fait défaut, il faut se taire »** - A.Blok - « Лучше молчать, если нет музыки » - la meilleure réplique à Wittgenstein. | | | | |
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| proximité | | | Dieu ni ne se retire (Heidegger), ni ne se meurt (Nietzsche), ni ne s'éclipse (M.Buber), puisqu'Il se cache soit dans l'inétendu soit dans l'intemporel. Dieu mérite de n'exister que dans le vide sacré de l'innommé. « Je ne connais Dieu qu'à travers le non-advenu »** - Tsvétaeva - « Бога познаю только через не свершившееся ». | | | | |
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| proximité | | | La foi, même vide de contenu mais puissante de forme, peut être précieuse en tant que récipient de ce qui est au-dessus de la véracité coulante. Par exemple - du scepticisme : « On peut se payer le beau luxe du scepticisme, quand on a une foi forte » - Nietzsche - « Hat man einen starken Glauben, so darf man sich den schönen Luxus der Skepsis gestatten ». | | | | |
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| proximité | | | Si je me détourne de tout ce qui est surnaturel, je ne perdrai rien dans le vide du temps. Détourne-toi plutôt du naturel, tu trouveras, peut-être, quelque chose dans le vide de l'espace. | | | | |
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| proximité | | | Dans la proximité, il faut faire jouer la gravitation, s'intéresser aux trajectoires. Dans l'éloignement, c'est le vide qui est bénéfique pour gagner en hauteur. | | | | |
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| proximité | | | On est plus près de soi-même dans l'hésitation qu'en certitude. Le soi est entouré d'une muraille d'indéterminations et d'incompréhensions ; celui qui la gravit ne découvre au-dedans qu'un vide primordial, que seule ton imagination endeuillée peut investir | | | | |
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| proximité | | | La proximité mystérieuse - intimité avec la distance, cette différence ontologique entre l'être hérité du méta-niveau conceptuel et l'étant propagé horizontalement sur le niveau existentiel. La proximité horizontale est riche et banale. La proximité verticale est vide et vertigineuse. | | | | |
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| proximité | | | Du peu qu'est toute chose, il est loisible de passer au tout ou au rien, la distance est la même ; le cerveau et les yeux suffisent, pour arpenter la seconde, pour la première on aurait besoin de regard et d'ailes. « Le vide, rempli par le néant, devint le tout » - H.Broch - « Das Nichts erfüllte die Leere und ward zum All » - ce tout si vif, puisque débarrassé de choses. | | | | |
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| proximité | | | Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines. | | | | |
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| proximité | | | Ne cherche pas Dieu dans ton cœur (qui peut, heureusement, être vide !). « Cœur humain, temple des idoles » - Bossuet. Dieu n'est même pas dans la vie. N'en déplaise aux âmes sensibles, on ne peut L'apercevoir que dans de bons livres, remplis uniquement de commencements : « Livre, qui pousse de tous les côtés à la fois. C'est un arbre »* - J.Renard. | | | | |
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| proximité | | | Accepter la vacuité de Dieu est un geste d'esprit aussi noble que le regard, que ton âme jette dans le trop-plein de Dieu, qui, en retour, illumine ton vide. | | | | |
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| proximité | | | L'origine du nihilisme : un jour on comprend, que les valeurs suprêmes sont indéfendables ; le cynique les range parmi la valetaille de la doxa, le sentimental cherche à reconstituer leur proximité en traçant, à leurs horizons, de vagues frontières, l'ironique les voue au firmament, vide de dieux, ou au lac de Narcisse. Ces valeurs absolues doivent garder leur statut de mystère, que ne préserve aucun problème relativiste de noyaux ou de frontières. | | | | |
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| proximité | | | La puissance, la connaissance, l'amour sont des attributs anthropologiques ; Dieu n'est envisageable qu'en tant que Créateur, sans le moindre attribut (comme l'être), contrairement au néant, qui est déjà dans la représentation, avec sa notion d'existence, inapplicable ni à Dieu ni à l'être ontologiques, à ne pas confondre avec leurs homologues représentationnels. On connaît donc le néant mieux que Dieu et l'être. | | | | |
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| proximité | | | Comment on vide mal le ciel : le matérialiste, qui y loge le hasard ; le prêtre, qui y met un barbu, un illuminé ou un vagabond ; un philosophe, qui en expulse les fantômes, pour y laisser des syllogismes. Le bon vide est celui où résonne la musique harmonieuse et divine de l'inexistant. | | | | |
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| proximité | | | La ligne de démarcation la plus nette n'est pas entre athées et croyants, mais entre les pleurnichards crédules du manque et les enthousiastes incrédules de la plénitude. Le même mystère guette l'âme du croyant et l'esprit de l'incroyant. | | | | |
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| proximité | | | L'action traduit un millième de ce que je suis, la réflexion - un centième, le rêve - un dixième. Si, dans le vide de ce qui reste, je n'étouffe pas, si une joie ou un amour, sans aucun appel d'air, dilatent mes poumons, alors, mon souffle ne peut me porter que vers la foi. | | | | |
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| proximité | | | L'immobilité sacrée s'appelle prière, une musique ne trouvant pas d'accords avec le temps des hommes ; le vide sacré naît des exhortations, qui ne trouvent aucun écho dans l'espace des hommes, ce vide s'appelle espérance. Ce sont des grâces arrachées à la pesanteur. | | | | |
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| proximité | | | Même sans Dieu, ils continuent, présomptueusement, à chercher le salut, au lieu de ne créer, humblement, que des consolations, face à un tel vide terrifiant. Le carillon trompeur des commencements, vers un Dieu inconnu, plutôt que le glas certain des fins certaines, qu'un Dieu connu te prépara. | | | | |
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| proximité | | | Même chez les grands, l'écho des choses trop proches est souvent mécanique. La musique personnelle évoque plus fidèlement les choses lointaines. Pour le cadre idéal, je tiendrais le vide que redoutent les creux. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur a muni notre conscience de ses trois facettes proprement divines – l’esprit, pour croître dans le vrai, l’âme, pour créer dans le beau, le cœur, pour croire dans le bon. Le vrai nous approfondit, le beau nous élève, le bon … - le bon, après le désenchantement fatal de sa traduction en actes, cherche, fébrilement, à remplir le vide ainsi créé – c’est ainsi que naît le sacré - religieux, tribal ou mystérieux. | | | | |
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| proximité | | | Les lois morales n’existent pas ; n’existe que le Mystère du sens moral, mystère à la mesure du ciel, étoilé et vide – tous les deux annoncent et cachent le Créateur. « Visiblement, Dieu n’est pas, la loi morale - si » - Manine - « Моральный закон существует. Бога, видимо, нет ». | | | | |
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| proximité | | | L’âme est la maison de la verticalité – de la hauteur poétique à la profondeur philosophique. Nietzsche pensait l’avoir visitée, puisqu’il avait lu, à l’entrée, l’adresse – l’Âme du monde. Il l’a trouvée complètement vide, ce qui prouvait sa désertion par l’Habitant des Hauts Cieux, le Dieu. Et il proclama Celui-là – mort. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âmes, puisque tout gît désormais dans la platitude, aussi bien le devoir du vouloir que le pouvoir du savoir. Il faut quitter la banalité du réel (les ruines) et se vouer à la créativité du rêve (rehaussée par le Créateur inventé). | | | | |
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| hölderlin f. | | | Die dürftige Zeit : das Nichtmehr der entflohenen Götter und das Nochnicht der Kommenden.
Le temps de détresse : le déjà-plus des dieux en fuite, le pas-encore des dieux, qui débarquent. | | | | |
| | proximité | | | C'est un temps béni, où, enfin, on comprend « à quoi sert le poète en temps de détresse » (« wozu Dichter in dürftiger Zeit »), poète, qui pourrait préparer le vide, où retentiraient les voix des nouveaux dieux. D'autres ne font que couvrir les murs de pieuses images, en remplir l'espace de litanies ou ériger des toits, nous séparant des étoiles. Ce vide est un silence sacré, une pureté habitée. | | | | |
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| unamuno m. | | | Hemos creado a Dios, para salvar al Universo de la nada.
Nous avons créé Dieu, pour sauver l'Univers du néant. | | | | |
| | proximité | | | Et vous l'avez rempli de telles vétilles, qu'aucun son bien timbré n'y résonne, tandis qu'en le laissant à son vide salutaire vous auriez pu tenter Dieu à y exercer Ses talents d'accordeur. | | | | |
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| claudel p. | | | Dieu n'est pas infini (la Trinité), Il est inépuisable. | | | | |
| | proximité | | | On gagne le prix du Saint-Esprit en ne s'arrêtant pas sur la solution du Fiston et en revenant au mystère du Géniteur. Il faut, qu'on Le vide sans cesse, pour ne pas s'apercevoir du peu de ressources qu'Il a à un moment donné. | | | | |
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| valéry p. | | | Dieu a tout fait de rien. Mais le rien perce. | | | | |
| | proximité | | | Ce qui ne peut que rendre admiratifs ceux qui savent, que le Créateur est celui qui n'est pas. D'où l'intérêt de tenir prêtes nos propres vacuités au cas, où Dieu retrouverait l'envie d'agir. | | | | |
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| zweig s. | | | Je mehr sich einer begrenzt, um so mehr ist er andererseits dem Unendlichen nahe.
Plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini. | | |   | |
| | proximité | | | Histoire de se débarrasser d'insipides buts ou de se dire : « Ce qui m'ôte une contrainte, m'ôte une force »* - Stravinsky. On se limite par deux moyens : en s'imposant d'ascétiques contraintes - la solitude de la lutte nous mettant face à l'infini sans force ni mémoire - ou en se vidant, pour préparer la place à Celui qui pourrait y agir. | | | | |
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| weil s. | | | Écarter les croyances combleuses de vide, adoucisseuses des amertumes. | | | | |
| | proximité | | | L'intelligence qui, en déblayant, comble, par inadvertance, un vide mal balisé, se transmute en croyance. L'amertume n'a qu'à s'installer en désert, loin des chantiers de l'homme. | | | | |
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| cioran é. | | | Lors même que nous croyons avoir délogé Dieu de notre âme, il y traîne encore. | | | | |
| | proximité | | | Le vide salutaire de l'âme ou le désert prophétique de la raison - pour que Dieu puisse y agir ou s'y révéler (mais ne pas oublier, que le vide de Baal fut censé communiquer avec les étoiles). Déloger ce qu'il y a de meilleur en moi, c'est m'absenter, ironiser ; me manifester par l'acte, c'est traîner. | | | | |
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| chœur russie | | | AMOUR : Il fut facile, en Russie, de croire, que tout grand amour est un amour malgré, les yeux et les oreilles n'apercevant que l'horreur et la hideur. Quand tout est, à la fois, malgré et grâce à, on accède à la félicité du vide, où ne résonnent que des voix hautes. En désamour, la Russie est paralysée, sourde et muette ; ailleurs, c'est l'heure de grandes foires. | | | | |
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| russie | | | Le Russe veut vivre ex nihilo, les marches de l'histoire et la concentration étriquée lui répugnent. Il perd son identité dans chaque tentative d'apprentissage, car apprendre, c'est encombrer une partie du vide salutaire, où se concentre notre âme. De peur de la liberté, il est esclave du vide. « La découverte d'être libre, le rend vide » - Ortega y Gasset - « De puro sentirse libres se sienten vacías ». | | | | |
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| russie | | | Ce pays tire tout ce qu'il y a d'inhumain dans les esprits d'Asie et d'Europe, tandis que ce qu'il y a d'universel, chez ceux-ci, n'est apprécié que par ses marginaux. L'intransigeance et l'étroitesse asiatiques, la rapacité et la grisaille européennes. L'affectation européenne et le vide asiatique. | | | | |
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| russie | | | Saint-Pétersbourg, « la ville la plus abstraite et préméditée » du monde (Dostoïevsky - « самый отвлечённый и умышленный город »), une espèce d'Anti-Aléthoville de Voltaire, c'est ce qu'il faut faire du sous-sol de son soi, servant tantôt de ruines d'un passé sans pitié, tantôt de fenêtre sur un avenir sans honte. La meilleure fenêtre est celle, à travers laquelle « le ciel déverse sa plénitude à la rencontre de ma pitié »* - Camus. Venise pourrait disputer à Saint-Pétersbourg les lauriers de l'exil permanent, artificiel et inspirateur. | | | | |
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| russie | | | L'absence du sentiment du droit, chez les Russes, est un vide du même ordre que « l'un des inconvénients du caractère français, l'absence du sentiment du devoir » (Delacroix). Et c'est dans leurs vides respectifs qu'ils font évoluer leurs génies, remplis du sentiment contraire. Comparez avec ceux, d'outre-Atlantique, qui ont les deux et où dorment, à la fois, et la conscience et l'élan. | | | | |
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| russie | | | Une nuit polaire, un matin enchanteur invitent la Russie à vivre un jour de liberté et de lumière, mais elle se précipite tout de suite dans un soir sans promesse, - il lui faut un manque vital. « Longtemps la Russie fut congelée dans la servitude. Aujourd'hui, en plein dégel, elle ne retrouve pas la vie, elle se décompose » - Hippius - « Россия долго стыла в рабстве. И теперь, оттаяв, не оживает, а разлагается ». | | | | |
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| russie | | | Dans les profondeurs - la stérilité ; sous les pieds - la pourriture ; heureusement, les hauteurs sont béantes et vides. Dans l'espace comme dans le temps. « Notre passé est horrible ; notre présent est odieux ; heureusement, nous n'avons pas d'avenir » - proverbe serbe. Hitler est trop bon : « L'avenir n'appartient qu'à ce peuple de l'Est, qui s'est avéré le plus fort » - « Die Zukunft gehört ausschließlich dem stärkeren Ostvolk » - ils gaspillèrent leur force, c'est leur faible. | | | | |
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| russie | | | Pour se livrer à la fainéantise, le Français a besoin d'un vide (vacances), l'Allemand - d'une permission (Ur-laub) ; pour le Russe - suivre son laissez-aller (от-пуск) naturel suffit. | | | | |
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| russie | | | Ce que j'entreverrais, en me penchant sur l'intensité, ce serait un vide ou une soif qu'on éprouve près d'un bon puits ou d'une bonne fontaine ; pourtant, ses équivalents allemand et russe me conduisent dans un sens opposé : Fülle/Überfülle - plénitude/débordement, насыщенность/сыт - ne plus avoir faim. | | | | |
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| russie | | | Racines phonétiques du nihilisme : Henri Heine ou Nietzsche, prononcés Un Rien et Nichtssche (Nichts - rien), Nétchaev, prototype chez Dostoïevsky, - Нечаев (de Nitchego - ничего - rien). Quid, les jeux phonétiques de Kojève, avec nitchto et netchto (un néant et un quelque chose), pour se moquer du bon Dieu, le même thème étant assez plat chez Leibniz, Hegel ou Sartre. | | | | |
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| russie | | | La civilisation occidentale cherche l'équilibre biunivoque entre les choses et les places : pour un vide elle trouve la chose, et pour une chose elle invente sa place. Les Grecs antiques, à l'instigation de Platon, furent obsédés par des places, sans trop se soucier des choses ; et les Russes adorent des choses sans place, des choses, des hommes ou des idées - déracinés ! | | | | |
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| chœur solitude | | | MOT : Le mot du solitaire est plus rugueux, mais lâché dans le vide, il n'écorche que l'oreille trop polie par le rabâchage des idées inaudibles, inculquées par les coureurs de foires. Il est à vivre hors de portée des mains, dans un silence annonciateur de rêves. Le mot des termitières est destiné aux pieds, le mot des salons - aux cervelles en éveil. | | | | |
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| solitude | | | Flottaison précaire sur la face de la nuit. Jet, tout machinal, de bouteilles par-dessus bord. Bouteilles vides. | | | | |
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| solitude | | | La solitude de blasé : continuer à se désemplir, mais désapprendre à combler le vide. | | | | |
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| solitude | | | Que le vide, en tant que marque d'un manque, m'est plus cher que la plénitude, en tant que manque d'une marque ! | | | | |
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| solitude | | | L'avantage de la solitude est sa voix éteinte, protégeant d'un écho moqueur dans le vide de la vie. « Dans la vie et dans l'action, je reste seule, avec un tas d'amis, que je n'ai jamais vus, - seule avec ma voix »*** - Tsvétaeva - « Ganz allein steh ich, im Leben und im Wirken, mit vielen Freunden, die ich nie sah - ganz allein mit meiner Stimme ». | | | | |
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| solitude | | | On s'expose d'autant plus volontiers dans des vitrines de la vie que le vide des arrière-boutiques du cœur est plus béant. Ne laisse, dans tes devantures, que les prix, cache les valeurs, ces guenilles ou robes d'apparat, dont la place est aux combles du cœur et aux réserves de la tête. | | | | |
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| solitude | | | Plus profonde est ma solitude, plus haut est le ciel au-dessus de mon âme et plus vaste est la vie, qui s'étend sous ce ciel. Et Flaubert n'y a rien compris : « Que le monde est vide pour qui le parcourt seul ». Il se désemplit de choses, accumulées par des autres, mais s'ouvre aux secousses, panoramas et teintes, que le monde à moi, en moi, est capable de transmettre. Surtout, si c'est du regard et non des pieds que je le parcours. | | | | |
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| solitude | | | Si l'on tient à la création, c'est que l'on compte, même inconsciemment, sur la présence d'un regard ou d'une oreille ; donc, un créateur, ou, plutôt, son esprit, ne peut jamais être seul. Quelque chose nourrit aussi la même espérance dans le cœur, qui veut aimer, même dans le vide ; seule l'âme est vouée à une inconsolable solitude, où elle cherche à entraîner et l'esprit et le cœur. | | | | |
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| solitude | | | L'un des avantages de la solitude est que je ne remplisse pas de vétilles trop visibles nos vides communs et que je les peuple de fantômes – voilà ce que m'apporte le désert, contrairement à la forêt. Ce vide n'est pas moins béant dans la multitude, mais je n'y fourre que des choses ou des valeurs. Le vide du solitaire est conçu pour être peuplé de voix de Dieu ou d'autres spectres, en musique ou en mystique, non en mécanique ou en axiologie. Privé de la compagnie des hommes, le solitaire finit par se dire, que « l'amour des fantômes a plus de hauteur que celui des hommes »* - Nietzsche - « höher als die Liebe zu Menschen ist die Liebe zu Gespenstern », mais ce fantôme ne sera que la quintessence de l'homme réel - le surhomme imaginaire. | | | | |
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| solitude | | | Pour sentir le vrai miracle de la vie, il faut être plongé, sans retour, dans une noire solitude et s'être rendu définitivement à la certitude de l'absence de tout dieu, qui donnerait un sens à tant de vide autour de ton corps, de ton cœur, de ton âme. Pour juger de la valeur de la vie, faut-il frôler, sur le même axe, un point tendant vers la mort ? | | | | |
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| solitude | | | Partage ton vide, mais trouve seul la matière pour le remplir. Seul, évite le désœuvrement ; désœuvré, évite, si tu peux, la solitude. | | | | |
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| solitude | | | Danger de la solitude : l'âme devient largement ouverte, et dans ces béances, des choses sans valeur peuvent s'engouffrer plus facilement que lorsque je suis dans la multitude ; je devrais profiter de cette ouverture pour m'en vider. « Rien n'est plus vide qu'une âme encombrée » - G.Thibon. | | | | |
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| solitude | | | J'essaie d'imaginer le vide noir sidéral, sans matière, sans astres, sans la moindre onde de gravitation ni de magnétisme, qui le traverserait - le cerveau refuse de saisir cette réalité, qui glace l'imagination. C'est ainsi que le cœur refuse de concevoir la solitude, qui pourtant existe bel et bien. | | | | |
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| solitude | | | Si, en moi-même, je ne renouvelle pas un vide, je me laisserai encombrer de vétilles, que deviennent toutes les choses périssables, dont ma propre image. Le vide bien aménagé me rend ouvert ; la promiscuité, au milieu des habitudes, rend claustrophobe. | | | | |
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| solitude | | | Les Platon, Descartes, Hegel ont tant d'imitateurs, d'acolytes, de plagiaires, reproduisant le même contenu, les mêmes schémas, le même ton. Autour d'Héraclite, St-Augustin, Nietzsche – un vide ; aucune voix comparable, faussement solidaire, ne brouille le contact direct, sans intermédiaires, avec leur poésie, leurs passions, leur langue. La stature d'un grand se devine d'après la virginité d'accès à leur musique ; le brouhaha des minables (lärmendes Gezwirge – Nietzsche) se filtre et se réduit si facilement au silence. | | | | |
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| solitude | | | Le mot désert a plus d'acceptions divergentes que l'arbre ; la lamentation sur le vide croissant, vide désertique d'idées, d'intelligence ou d'idéaux, est la lecture la plus courante et bête. Le désert décroît. Surtout à cause de l'incapacité de voir ou de provoquer des mirages et de la rationalisation et de la collectivisation des caravanes solitaires de rêves. « Malheur à celui qui porte en soi des déserts » - Nietzsche - « Weh dem, der Wüsten birgt », car il mourra de soif, faute d'oasis. | | | | |
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| solitude | | | Rester seul à seul avec mon soi connu approfondit mon vide et en intensifie l'angoisse ; c'est le tête-à-tête avec mon soi inconnu qui engendre et rehausse mon enthousiasme. Celui-ci est vécu comme un vide béni, dont la première vocation est d'être rempli par ma propre voix. Ce vide initiatique est à l'opposé du vide critique, que j'éprouve au milieu des autres. | | | | |
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| solitude | | | Tout ce que tu déposais, jadis, au fond de ta mémoire, est, aujourd’hui, accessible à quelques cliques sur ton smart-phone. Ces données ne sont plus ni tes propres connaissances organisées ni tes émotions inimitables. Ton extérieur devint saturé ; ton intérieur reste vide. | | | | |
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| solitude | | | Les choses aussi disparates, comme religion, conformisme, écriture, naissent du même besoin de remplir le vide, dans lequel se trouve, un jour, notre soi connu trop matérialiste, trop fini. Et l’on fait appel, respectivement, au besoin de consolation, de reconnaissance, d’écoute de son soi inconnu, infini. | | | | |
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| montaigne m. | | | Forger son âme et non pas peupler. | | |  | |
| | solitude | | | On peuple le vide, on le plénifie. Le trop plein, on le façonne. | | | | |
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| pascal b. | | | Nous sommes pleins de choses, qui nous jettent au dehors. | | |  | |
| | solitude | | | Le dehors a assez de ressorts inverses pour nous rejeter dans notre vide, où nous nous blottirions, de plus belle, contre notre chaude déréliction (à l'opposé de la Geworfenheit de Heidegger, qui sent trop le Ent-wurf, projet, un élan vers l'extérieur). | | | | |
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| rousseau j.-j. | | | L'enfer du méchant est d'être réduit à vivre seul avec lui-même, mais c'est le paradis de l'homme de bien. | | | | |
| | solitude | | | Les deux vivent d'illusions, illusions de fausse franchise ou de vraie bêtise. Et si le bien et le mal n'étaient que des matériaux, dont on pave le chemin - travaux du purgatoire - dont peu compte la destination ? Le vrai solitaire aménage si bien son vide, qu'il résonne de tout regard, qui le parcourt ; le solitaire forcé laisse toute sonorité dehors, rentré chez lui, il est effrayé par tant de silence. Métamorphose chrétienne d'une métaphore païenne. | | | | |
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| emerson r.w. | | | Every man alone is sincere. At the entrance of a second person, hypocrisy begins.
Tout homme seul est sincère ; l'hypocrisie commence à l'entrée du second. | | | | |
| | solitude | | | Cette sincérité est la vraie hypo-crisie - l'état avant toute décision. Le second nous oblige à nous décider, et c'est ainsi que s'éploie la vraie sincérité, l'imposture du vide visant le mot vacant. | | | | |
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| rozanov v. | | | Когда я один - я полный, а когда со всеми - не полный. Одному мне всё-таки лучше.
Quand je suis seul - je suis plein ; quand je suis avec tous - je ne suis pas plein. Mieux vaut être seul. | | | | |
| | solitude | | | La sensation de plénitude naît du plus grand vide, qui appelle à être rempli. Seuls, nous sommes vides, avec les autres - remplis de foutaises. | | | | |
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| souffrance | | | Ce vide béni, qui n'existe que grâce au trop-plein de ce qui se concentre autour, cavité entretenue par ton souffle, non vacuité traversée par l'haleine du siècle. Comme le goût béni de la simplicité vitale, rompue à tous les piments de la complexité tribale. « C'est des intenses complexités qu'émergent les intenses simplicités » - Churchill - « Out of intense complexities intense simplicities emerge ». | | | | |
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| souffrance | | | Tout avis, même le plus extravagant, peut être attribué à une émanation grégaire. L'esprit de suite dans les idées accentue cette tendance. « La pensée libre est sacrifiée pour la suite dans les idées » - Chestov - « Последовательности приносилась в жертву свободная мысль » - puisque la pensée, contrairement à la création, peut être libre. C'est par des vides dans mes pointillés que j'affirme le mieux mon originalité. Ourdir et lier - travail de fourmi ; lui opposer - planer, m'immobiliser, me suspendre au-dessus du point zéro de l'indéveloppable. | | | | |
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| souffrance | | | Dans le dilemme du verre moitié-plein moitié-vide, l'optimisme ne consiste pas à se pencher du côté plein, mais à trouver des ressources, mystiques ou éthyliques, du côté vide, à faire un bon choix entre « la volupté du vide et le leurre du plein » - Adorno - « der Lust der Leere und der Lüge der Fülle ». | | | | |
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| souffrance | | | Pour qu'un désespoir nouveau-né puisse affermir sa voix, le vide est le meilleur berceau ; mais lorsque « meurt l'espérance, surgit un vide » - de Vinci - « il vuoto nasce, quando la speranza more » - vide infécond, qui nous laisse sans voix. « Ce qui suit immédiatement la souffrance, c'est le vide » - Spengler - « Was dem Leiden auf dem Fuße folgt, ist die Leere » - que le sot remplit de sa faible voix, tandis que le sage y invite la voix divine. | | | | |
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| souffrance | | | Le moi impondérable est attiré par la hauteur intemporelle. Le moi terre-à-terre part toujours de la vacuité journalière et vise les horizons éternels, mais il est moins qu'un pont, un simple bac branlant. La création, par le premier moi, en est le seul passager. Ne pas me transformer en radeau du naufragé, ne pas me laisser entraîner par le courant du quotidien. Ne pas voir dans la corde au cou une destinée de batelier, mais un salut de noyés. | | | | |
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| souffrance | | | Ni notre continu ni nos pointillés ne reproduisent rien de fidèle à l'essence du monde ; et nos inquiétudes viennent de cette séparation et non pas de nos lacunes ou de nos imperfections. Notre intranquillité est belle, car ce gouffre ou ce vide fatal dans nos connaissances est fait pour résonner et bouleverser notre âme ; l'esprit, qui est fait pour raisonner, cherche le continu monolithique, avec, en prime, une paix d'âme, et finit par nous enlaidir. | | | | |
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| souffrance | | | Deux usages de nos déconfitures : leur effet en tant que la solution finale, le néant, ou bien leur cause en tant que l'être mystérieux. | | | | |
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| souffrance | | | Consoler, ce n'est pas remplir le vide, laissé par une perte. Consoler, c'est créer du sacré, en traçant une telle frontière dans la conscience, que l'horreur irréversible et la beauté incontestable se trouvent côte-à-côte, du même côté, face à l'indifférent ou à l'inconsolable. La consolation, c'est une grande fraternité dans l'intemporel. | | | | |
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| souffrance | | | La honte naît souvent d'une pseudo-plénitude, tumultueuse et trouble, apportée par la raison, à l'endroit même, où l'on aimerait entretenir un vide pur et immobile, grâce à une sainte fêlure de l'âme. | | | | |
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| souffrance | | | Avec l'espoir, il faut adopter le regard sur un verre, moitié plein et moitié vide : me sentir un survivant, plutôt qu'un agonisant, du désespoir, l'espérance se trouvant derrière moi, et non pas à l'avant. | | | | |
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| souffrance | | | Tout désir comporte de la souffrance ; mais sans le désir, notre indifférence ne serait entourée que d'objets. Et comment doit-on appeler l'homme, resté, en absence d'élans, dans la seule compagnie des objets ? - robot ! Le robot humain, moins les algorithmes savants, s'appellerait bouddhiste, adepte du vide apaisant : « Aucun objet ne vaut qu'on le désire ». Quand on a le désir, bon ou beau, l'objet, même inexistant, se présenterait à ton cœur ou à ton âme, quoi qu'en pensent les Tibétains ou les phénoménologues. | | | | |
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| souffrance | | | L'abîme, la nuit, le néant – j'esquisse ces quelques pas abstraits vers la mort, et chaque fois j'en constate l'ineptie, puisque ce sont toujours des hypostases de mon regard, dont je n'arriverai jamais à imaginer ou à représenter l'extinction. | | | | |
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| souffrance | | | La grande tragédie, ce ne sont pas des tracas publics des princes de ce monde, mais la langueur solitaire des serviteurs de Dieu, dont les talents, les sentiments, les rêves s’évaporent, face au vide des cieux. | | | | |
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| souffrance | | | Ma consolation consiste à créer un ange de beauté, dans et par un rêve de hauteur, là où, dans la réalité, règnent le vide, la ténèbre, le désespoir sans fond. À l’instar de ce starets, consolant une paysanne, qui vient de perdre son enfant : « Ne te console pas, pleure, mais souviens-toi, que ton petit garçon est un ange » - Dostoïevsky - « Не утешайся, и плачь, только вспоминай, что сыночек твой – ангел » - je suis et le starets et la paysanne et le rêve. Et la hauteur, pleurant mon enfant mort. | | | | |
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| souffrance | | | Les beaux esprits vivent la détresse, ce vide en attente d'une musique qui ne vient pas ; les minables vivent de manques, de ces vides, qu'ils remplissent du bruit des actes et des choses. | | | | |
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| souffrance | | | La réalité est faite de vérités, et le rêve – d’élans. La perte d’intensité de celle-là – la comédie ; la perte d’intensité de celui-ci – la tragédie. Le philosophe optimiste cherche la plénitude (trop difficile) des deux ; le philosophe pessimiste en voit le vide (trop facile). | | | | |
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| souffrance | | | Il faut occuper les cellules les plus vivaces de notre mémoire avec des traces de nos états d’âme enthousiastes, au passé. C’est avec ces traces qu’il faudra, un jour, remplir le vide envahissant du présent, et ainsi nous éloigner de l’angoisse, nous consoler. | | | | |
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| barney n. | | | Time engraves our faces with all the tears we have not shed.
Le temps marque sur notre visage toutes les larmes, que nous n'avons pas versées. | | |    | |
| | souffrance | | | On n'arrosait pas le bon côté de notre jardin secret. Ou bien on se trompait de saison et calculait la cueillette au lieu de rêver la fleur ? Les plumes et les cœurs, à court d'encre ou de sang, servent d'éventail ou de pompe, lorsque le souffle et l'onde ne sont plus de vous. Heureusement, il existe un moyen miraculeux, pour freiner le travail du temps, sur notre visage ravagé, - ce sont les yeux fermés, dont le regard reconstitue le paysage originel de nos rires et pleurs et efface les marques infamantes. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | La chimère pseudo-philosophique de néant n'a rien à voir avec le nihilisme : le néant n'est qu'absence d'éléments d'une recherche, il est un résultat vide, une finalité sans contenu, mais compatible avec la vérité tandis qu'un bon nihilisme est tout entier dans la trouvaille initiatique de nouveaux commencements, en contradiction avec l'inertie des autres. | | | | |
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| vérité | | | Ils « traquent la vérité désintéressée, pour se munir de garantie contre la vacuité » - G.Steiner - « hunt after disinterested truth … to be equipped with some safeguard against emptiness », tandis que c'est seulement son intérêt bien pratique qui justifie la quête de la vérité, et que l'homme, mystique ou musical, a besoin de ce vide sacré, pour qu'y résonnent les chants des dieux, sans interférences avec le bruit du monde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (aléthéia) doit, en effet, être arrachée à la réalité (représentation, requête, interprétation, sens - les étapes d'arrachement : conceptuelle, langagière, logique, métaphysique) : « La vérité est arrachement en mode de dévoilement » - Heidegger - « Wahrheit bedeutet das einer Verborgenheit Abgerungene » ; seulement, je ne vois pas de place pour dissimulation ou voiles : aucun jeu de dés de la part du Créateur. Ce n'est pas un dévoilement, mais une unification d'arbres, c'est à dire une substitution d'inconnues réciproques (qui ne sont jamais des voiles, mais des places vides) par des valeurs, qui est le pas décisif vers le surgissement de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens. | | | | |
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| vérité | | | L'esprit accueille plus spontanément l'ivresse des mots que la sobriété de la vérité. Rempli de vérité, il n'aura peut-être pas de fuites, mais il ne connaîtra pas de vertiges non plus. Si la vérité est dans le vin, une fois absorbée, elle apporterait de la houle au message de détresse, que j'aurai mis à sa place. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est impensable sans une représentation ; la représentation est impensable sans concepts ; le concept est impensable sans une rigueur ; donc, tant de sciences tant de genres de vérité, mais la vérité, recherchée par les philosophes ou les sages professionnels, est impensable, car ils nagent dans un pur verbalisme, suspendu au-dessus d'un vide et non pas attaché à une représentation. | | | | |
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| shaw b. | | | Nature abhors a vacuum : when men do not know the truth, they fill in the gaps with fancy.
La nature a horreur du vide ; là où les hommes ignorent la vérité, ils remplissent le vide avec des élucubrations. | | | | |
| | vérité | | | Mais qui, contrairement aux vérités absolvantes, accusent et font souffrir. L'homme malade est sain, le saint homme est malade. La nature a horreur du vide ; la pureté comme l'art ont horreur du trop plein. | | | | |
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| weil s. | | | Aimer la vérité signifie supporter le vide. | | | | |
| | vérité | | | Qui s'ouvre après toute vérité féconde. Que d'autres prennent pour trop plein d'une nouvelle certitude. L'amour, c'est l'incertitude. | | | | |
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