| action | | | Tout but est insipide ou vulgaire, si l'on a la liberté des moyens. Parfois « il vaut mieux avoir moins de désirs que plus de moyens » - St-Augustin - « melius est enim minus egere quam plus habere ». On peut ennoblir un but, si l'on l'atteint par une simple résolution de contraintes, visant et orientant les moyens. Mais « ne perds pas ton temps à chercher des contraintes ; peut-être il n'y en a pas » - Kafka - « verbringe nicht die Zeit mit der Suche nach einem Hindernis ; vielleicht ist keines da » - là où il n'y a pas de contraintes, régnera l'esclavage. | | | | |
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| action | | | L'homme, ce sont ses modèles. Qui servent d'appuis ou de ponts entre langage et réalité, entre le mot et l'acte (logos et ergon) : un passage trivial, décrire l'acte par le mot, et un passage subtil, deviner dans le mot l'acte initiatique. | | | | |
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| action | | | Les grands projets que forme un homme : c'est la femme qui les lui inspire, c'est la femme qui l'en empêche. C'est pourquoi elle était plus proche du rêve : beau sujet que vous chantiez au lieu de mettre vos projets en chantier. Le calcul est naturel ; la femme et la poésie sont invention même ; le goût du paraître et le dégoût pour l'être ; Baudelaire (« la femme est abominable parce que naturelle ») ne le comprit pas. | | | | |
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| action | | | Si le corps-à-corps avec les choses me répugne, ou bien si j'y ai déjà subi des déculottées, bref si ma faiblesse ne fait plus aucun doute, je chercherai à maîtriser ces choses à distance, à pratiquer l'arc bandé, au carquois vide, ou l'intensité d'une volonté de puissance. Et je marmonnerai, que les autres, les vainqueurs naïfs et ignares, ne voient pas leur propre défaite. | | | | |
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| action | | | Recours à la force est toujours rejeté par la sagesse, comme instrument toujours pipé, comme condition toujours sine qua si quand même, la force réduit aux gémonies ce qui ne progresse pas, c'est-à-dire ce qui est éternel. « Cet état d'extrême simplicité où, sans notre action, nos besoins harmonisent avec nos forces » - Hölderlin - « Ein Zustand der höchsten Einfalt, wo unsere Bedürfnisse, ohne unser Zutun, mit unseren Kräften gegenseitig zusammenstimmen ». | | | | |
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| action | | | Un méchant théoricien est rarement bon en travaux pratiques. Mais un méchant praticien peut être bon théoricien, surtout chez les fabricants d'outils. L'ennui de notre époque est que fabriquer les outils devint trop simple, à créativité facilement calculable, et leur usage - trop compliqué, à conséquences incalculables. | | | | |
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| action | | | Aujourd'hui, de plus en plus, on lit dans les gestes humains de simples applications de codes ; on finit par se demander : où y a-t-il plus de vie ? dans les livres ou dans les actes des hommes ? | | | | |
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| action | | | La naïveté de Dostoïevsky : les hommes, dans la suite de leurs actions, incarnent des idées. La lucidité de Tolstoï : les hommes, dans le chaos de leurs actes, se précipitent, honteux, derrière des idées fuyantes. Chez Tolstoï, au tournant - un somnambulisme, un regard vers le ciel ; chez Dostoïevsky - un psychologisme, un magisme ou un syllogisme. | | | | |
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| action | | | Le sot s'indigne des imperfections du réel, le naïf se lamente sur les contradictions dans son propre fors intérieur, le sensible souffre de l'incompatibilité entre le beau réel et le beau imaginaire, entre l'action et le rêve, entre l'issue et la source du bien. | | | | |
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| action | | | Celui qui avance davantage par résolution de contraintes que par attirance de buts est plus pointu. Celui qui sait formuler d'excellentes contraintes est plus subtil qu'un visionnaire téléologique. L'art est davantage dans l'imposition de tabous que dans leur violation - cristallisation par la défiance. C'est dans le choix des contraintes que notre visage se manifeste (« pour vivre, on a plus besoin d'avoir devant soi un visage qu'un but »** - Canetti - « mehr als Ziele, braucht man vor sich, um zu leben, ein Gesicht »), comme dans nos types de négation (« dès que j'affirme, je deviens interchangeable » - Cioran). | | | | |
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| action | | | La liberté la plus mystérieuse est celle de l'action (avec la liberté abstraite – en pensée, en foi ou en politique - les choses sont beaucoup plus simples). Un scénario se déroule ; ma raison pèse mes acquis, mes contraintes, mes buts, pour choisir le décideur de mon prochain acte (partie du scénario) - entre mon esprit ou mon âme ; le décideur suit sa logique (le bien aveugle ou la cohérence lucide), formule l'objectif et s'adresse à ma raison, pour qu'elle conçoive l'acte, en accord avec l'objectif ; la raison élabore l'acte et le transmet à ma volonté ; ma volonté déclenche l'acte. La volonté ne coïncidera avec la liberté que si le décideur fut mon âme. Descartes ne voit pas cette nuance : « La volonté et la liberté ne sont qu'une même chose ». N'empêche que mon âme ne se reconnaîtra jamais dans mon action. L'âme est dans l'impuissance, la cécité, l'intraduisibilité du bien. | | | | |
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| action | | | L'an-archie – l'incapacité de trouver des commencements et d'y tenir, la joie naïve de s'adonner au chaos des pas intermédiaires, le désintérêt pour la hauteur des premiers et la profondeur des derniers. Le principe d'absence de principes est des plus misérables. | | | | |
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| action | | | L'action met en jeu mes forces communes, elle produit ; le bilan se situe entre l'arrogance et l'humiliation. Le rêve exprime mes faiblesses innées, il crée ; le bilan me bouleverse par l'angoisse ou la béatitude. Pour les robots, c'est beaucoup plus simple : « La Joie : la contemplation de notre puissance d'agir » - Spinoza - « Lætitia : suam agendi potentiam contemplatur ». Tout le contraire de Narcisse qui se contemple soi-même. | | | | |
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| action | | | Le câblage des représentations, dans un cerveau humain, est une opération encore plus mystérieuse que la gestion de la mémoire. L’intelligence n’y est pas un pré-réquisit nécessaire. En revanche expliciter ces représentations, pour justifier tes assertions n’appartient qu’à l’intelligence. Valéry appelle ces justifications – actes, et dont le contraire seraient une intuition, pure ou naïve, ou des actes de perroquet. | | | | |
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| eckhart me | | | Die Werke heiligen nicht uns, sondern wir sollen die Werke heiligen.
Ce ne sont pas les œuvres qui nous sanctifient, c'est nous qui devons sanctifier les œuvres. | | |  | |
| | action | | | Si ton œuvre n'est pas une simple empreinte de l'époque courante, si elle est une proclamation de foi et de rêves, elle grandirait de ton propre élan. Sois plutôt ton propre inquisiteur que l'hérétique des autres. Les autres sanctifièrent l'agriculture bio, l'aile aérodynamique, le suffrage universel, et oublièrent le silence du Christ devant le Grand Inquisiteur, le Christ, incapable de transformer pierres en pain, refusant de se jeter du haut du Temple ou d'accepter le sceptre. Ta propre sanctification en miniature sur l'échelle de la puissance : par le sacrifice de la force ou par la fidélité à la faiblesse, et c'est le soi inconnu qui en est seul capable, notre œuvre étant un produit du soi connu. | | | | |
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| tolstoï l. | | | Большинство жизненных задач решаются как алгебраические уравнения : приведением их к самому простому виду.
La plupart des problèmes de la vie se résolvent comme des équations algébriques : par la simplification. | | | | |
| | action | | | La reconnaissance des similitudes et la bonne notation des variables font défaut à l'algèbre de la vie. Elle a trop de singularités auprès des points critiques. | | | | |
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| kafka f. | | | Zwei Möglichkeiten : sich unendlich klein machen oder es sein. Das zweite ist Vollendung, also Untätigkeit, das erste - Beginn, also Tat.
Le choix : se rendre infiniment petit ou bien l'être. Le second cas, c'est le dernier pas, donc inaction ; le premier cas - le pas premier, donc action. | | |    | |
| | action | | | La démesure et l'immobilité égalisent ces deux choix par l'action de Dieu et ma propre inaction. Si je crée ou j'admire, comme si c'était pour la dernière fois, je me libère du prurit de l'action ; le vrai commencement n'est pas une action continue, mais une initiation discrète. « Tout ce qui nous aidera à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas »** - R.Char. | | | | |
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| chœur amour | | | VÉRITÉ : S'il n'ajoute pas beaucoup de vérités aux panoplies savantes, l'amour donne le goût des mensonges naïfs et pénétrants. L'amour n'est que le miracle répété du premier pas, le seul réceptacle de la vérité divine, que nous n'apercevons normalement que dans de mornes enchaînements de pas intermédiaires. | | | | |
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| amour | | | L'amour est une sainte simplicité ou une hérésie sans défense ; en bûcher ou en iconostase, il est tantôt Phénix et cendre, et tantôt épines et larme ; une mort et une résurrection, prises pour une maladie. | | | | |
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| amour | | | C'est dans un mélange de simplicité et de mystère, d'abandon et de fanatisme, qu'on finit, dans l'amour, par aimer et ses douleurs et ses joies, qui s'alternent et se substituent, sans qu'on sache où est la ligne de fuite. Plus on accumule ses brûlures, mieux on goûte à ses douceurs. L'inverse, hélas, est aussi vrai : « De mon désir je brûle ; d'où vient l'atroce feu des pleurs ? » - Pétrarque - « S'a mia voglia ardo ; ond'è 'l pianto e tormento ? ». | | | | |
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| amour | | | On dirait, que chacun de nos sens, sans exception, fut créé avec la seule fin de tendre vers sa transfiguration extatique par le simple fait d'aimer ; on ne sait même pas lequel en est le mieux marqué. « L'amour est la poésie des sens »* - Balzac. | | | | |
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| amour | | | Le bonheur, c'est très simple : aimer ce qu'on désire. | | | | |
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| amour | | | Le vrai soi, le soi réel, celui qui est le proche de la perfection, c'est peut-être le soi inconnu, digne de notre amour : « C'est simple amour de soi, d'être inconsolable à la vue de ses propres imperfections » - Fénelon. | | | | |
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| amour | | | L'amour n'est pas une lumière durable, mais une étincelle, dont l'extinction peut passer inaperçue, quand on finit par évaluer l'ardeur intérieure par des capteurs sociaux extérieurs. Son identité s'y déclinera au locatif, et sa descendance ne se conjuguera qu'au passé tout simple. | | | | |
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| amour | | | Dans tout ce qui est simplement humain, il est impossible d'être original ; mais l'inhumain, dans lequel on peut briller ou se singulariser, relève soit de la bête soit de l'ange ; et c'est par une volonté diabolique que s'affirme la pureté angélique. Le médiocre n'est qu'humain : « L'homme n'est ni la bête ni l'ange ; son amour ne doit être ni bestial ni platonique, mais humain » - Bélinsky - « Человек не зверь и не ангел ; он должен любить не животно и не платонически, а человечески ». | | | | |
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| amour | | | Plus subtile est la nature de l'homme, plus incoercible est son sens vital, face à la pression des vicissitudes, et plus docile, face aux passions. | | | | |
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| diderot d. | | | L'amour ôte l'esprit à ceux qui en ont, en en donnant à ceux qui n'en ont pas. | | |    | |
| | amour | | | C'est pour cela qu'il est prêché chez les simples d'esprit et dédaignés chez les orgueilleux sans cœur. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Чувство всегда начинается с максимума, а у поэтов на этом максимуме и остаётся.
Le sentiment est au maximum à sa naissance et, chez les poètes, il ne va pas plus loin. | | |    | |
| | amour | | | Nietzsche veut remplir toute forme avec une même intensité, ce qui en constitue l'éternel retour ; Tsvétaeva va en sens inverse : étant donnée l'intensité, lui trouver une forme, ce qui en constitue la création : « À toute intensité, venue d'ailleurs, imaginer ce qui la forcerait, de nouveau, à se remplir » - Benjamin - « Jeder Intensität als Extensivem ihre neue gedrängte Fülle zu erfinden ». C'est dans le sentiment que Valéry place et le départ et le retour : « Je cherche le calcul du sentir - penser - agir, qui définit l'Éternel Présent ». L'homme fade attend tout de l'accroissement, du passage du simple en expression au complexe en sentiment. Du complexe en expression au simple en sentiment est peut-être le seul cheminement, qui préserve la hauteur. Le vrai sentiment sait, qu'il est condamné, et n'attend rien de l'expérience. « Tu seras simple si, sans t'impliquer dans le monde, tu l'expliques » - St-Augustin - « Eris simplex, si te non mundo implicaveris, sed ex mundo explicaveris ». | | | | |
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| art | | | Quand je sens, que tout objet peut servir de support pour les épanchements les plus intimes, je touche au mystère de l'art. Et quand j'en fais, machinalement ou naïvement, le centre, je m'aperçois vite de ma méprise. | | | | |
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| art | | | Créer, en français, c'est tout simplement interpréter, dans les deux sens : musical et logique. L'acte de traduction, qui affiche ses lettres de noblesse. | | | | |
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| art | | | La naïveté fatale de Cioran - mettre dans le dernier pas l'essence de ses boutades. Et en plus, son dernier pas est toujours une constante, une chute ; cette monotonie géométrique est épargnée aux adeptes des commencements elliptiques, chargés de variables et aux trajectoires imprévisibles, que chacun retrace, en fonction de ses tangentes, suicidaires ou jouissives. | | | | |
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| art | | | La langue est une œuvre collective et vivante, où presque toute tentative de créer artificiellement des néologismes morpho-lexicaux est de l'enfantillage, voué à échouer lamentablement, comme, par exemple, cette naïve niaiserie de Khlebnikov ou de Joyce, où je n'entends que le grincement de roues dentées, qui fabriquent des mots loufoques et visent une profondeur programmée, celle d'un rouage sans vie, dans une platitude mécanique. Le talent n'a que deux moyens de se traduire en actes : le haut style et la profonde intelligence. | | | | |
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| art | | | Balzac n'aurait pas laissé de correspondance, Flaubert n'aurait laissé que sa Correspondance, - j'aurais pu tenir tous les deux pour brillants. Mais chez Balzac, l'homme est bête et l'écrivain - subtil ; et chez Flaubert, l'homme est subtil et l'écrivain - bête. | | | | |
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| art | | | Tant de livres annoncent, dès la première page, soit de la noirceur soit des arcs-en-ciel. Et combien ne laissent, derrière la dernière page, qu'une grisaille rapidement dissipée. L'artiste est celui qui, devant sa toile, tente de ne pas brandir sa palette. À l'écriture suffisent une tempête du bocal ou de l'encrier : « un verre d'eau aurait les mêmes passions que l'océan » - Hugo. Pour le regard, c'est aussi simple : « Un rond d'azur suffit pour voir passer les astres » - E.Rostand. Quand le sang ou l'encre vous manqueront, vous vous tournerez, pusillanimes, vers l'univers entier : « Que le cratère de Vésuve soit mon encrier » - Melville - « Give me Vesuvius crater for an inkstand ». | | | | |
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| art | | | Les incompris résument les critiques, qui les éreintent, à ces belles invectives : trop osé, fou, dérangeant. Des mises à l'index imaginaires leur servent de réels coups de pouce, auprès des libraires. Tandis que leur défaut majeur est peut-être tout simplement le manque de métaphores. | | | | |
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| art | | | La part du hasard, chez l'artiste moderne, devint si énorme, qu'il m'est plus étranger que le chroniqueur, contre lequel, naïvement, je peste. Le hasard peut être maîtrisé par l'intelligence ou harmonisé par l'intuition qui, dans l'alphabet artistique, se situent juste après la hauteur. | | | | |
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| art | | | Tout développement est une souillure de la virginité, qu'il faut donner à toute œuvre d'art. Développer par complication - l'œuvre du Mal ; envelopper la complexité - l'œuvre du Bien (St-Paul : « soyez sages dans le bien, simples dans le mal » ! ). Et l'ennui du développer l'explication ! | | | | |
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| art | | | Le mode énumératif, le plus répandu de nos jours au royaume des lettres, a sa place dans la résolution de problèmes, mais seulement après deux étapes préliminaires, exigeant beaucoup plus d'ingénuité : l'élaboration d'une riche requête et la recherche de substitutions inattendues. Quand on ne maîtrise ni langage ni modèle, on est condamné à vivre du seul contact avec le monde. | | | | |
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| art | | | En musique, en peinture, en poésie, en philosophie règne, aujourd'hui, une conjuration de jargonautes professionnels, en fonction des goûts des directeurs, des lignes budgétaires, des héritages de vocabulaires. Un charlatanisme du fini, aux assises en béton, - vendre, signer, prouver - intelligent et mort ! Que le charlatanisme antique de l'infini, enfantin, naïf et fragile, fut plus humain ! - éclairer les hommes, les purifier de vices, les délivrer d'erreurs, les ramener à la vertu - bête et vivant ! « C'était du charlatanisme, mais du plus haut » - Napoléon. | | | | |
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| art | | | L'inspiration n'est pas la matière - de rêves ou de sensations - qu'il s'agirait de simplement noter. Elle n'est pas la forme, non plus, - le style ou le ton - à imprimer à tout fond, se trouvant sous la main. Elle n'est que l'organe furtif, qui se met à créer ex nihilo, dans un langage, qui, même à l'auteur, paraît être, au début, incompréhensible. Si le premier à comprendre ce message est l'esprit, on a à faire avec une intuition intellectuelle ; et si c'est l'âme, alors c'est une révélation aux initiés. | | | | |
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| art | | | Mon soi connu, par ses problèmes et ses solutions, communique aisément avec d'autres hommes, mais il serait naïf de lui prêter plus d'universalité qu'à mon soi inconnu, caché dans son mystère. Le premier est dans l'invention de langages, et le second – dans la pureté indicible. « Une parole intime, où il n'y a point d'effets ni de stratagèmes, ne peut pas ne pas être universelle »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Comment un écrivain aimerait voir l'évolution de son écriture : au début - simple et mauvaise, après – compliquée et mauvaise, ensuite – compliquée et bonne, enfin – simple et bonne. On commence par se prendre pour porte-parole de son sentiment et finit par comprendre, qu'on n'est qu'interprète de ses rêves. L'écriture est bonne, lorsqu'elle ne s'est pas encore détachée des dernières ombres de la nuit des songes et porte déjà la première lueur du jour des idées ; son mot doit donc être matinal, inaugural. | | | | |
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| art | | | Fulgurances, épanchements – telles sont les formes, qui s’offrent, spontanément et naïvement, à mon désir d’écriture – me hisser, exploser. Mais, finalement, c’est dans le lapsus, dans la chute, que mes mots et mes états d’âme se reconnaissent le mieux. | | | | |
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| art | | | Il est bien naïf de voir dans la révolte - la source d'un grand style (Camus). L'oubli actif ou l'acquiescement passif sont plus prometteurs. L'apostasie (éloignement) favorise l'advenue d'un style fort, la conversion (proximité) ne révèle que la faiblesse. | | | | |
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| art | | | Le naïf écrit en vue de solvuntur objecta (disparaissent les objections) ; le présomptueux - en vue de surgunt objectoris (apparaissent des objecteurs) ; l'ironique - en vue d'étaler, en objecteur confus, ses propres objections. | | | | |
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| art | | | Pour briller dans le simple il faut du génie, tandis que le talent suffit pour briller dans le compliqué. La poésie est dans la simplicité, et la philosophie – dans la complexité. C'est pourquoi on a tant de génies poétiques, les philosophes ne dépassant jamais le niveau d'un talent. | | | | |
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| voltaire f.-m. | | | Les livres les plus utiles sont ceux, dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent la pensée, dont on leur présente le germe. | | | | |
| | art | | | C'est une simplification algébrique et botanique : la lecture d'un beau livre est unification de l'arbre interrogatif de l'auteur avec l'arbre interprétatif du lecteur, dont le résultat n'est pas une somme mais un troisième arbre, où des rameaux furent substitués aux variables. Les germes doivent être pleins d'inconnues prêtes à s'unifier avec des fleurs ou des fruits. | | | | |
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| tolstoï l. | | | Дай мне, Боже, простоту стиля !
Seigneur, donnez-moi la simplicité du style ! | | | | |
| | art | | | La simplicité est le début de la science et la fin de l'art. Paradoxalement, avec la simplicité, non seulement on m'entendra plus, mais on me comprendra mieux. La simplicité embellit mes obscurités, au lieu de les occulter ou effacer. | | | | |
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| renan e. | | | Ô beauté simple et vraie ! J'arrive trop tard au seuil de tes mystères. | | |  | |
| | art | | | D'autres, moins recueillis et plus intrépides, franchissaient ce pas, peuplaient ce temple de problèmes et de solutions et déclaraient, orgueilleux, d'être arrivés trop tôt. | | | | |
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| kraus k. | | | Künstler ist einer, der aus einer Lösung ein Rätsel machen kann.
Qui sait faire de la solution une énigme est artiste. | | |   | |
| | art | | | Tandis que le mystique naïf applique cette démarche au problème même, et le mystique profond fait de l'énigme un beau problème. L'artisan ne sait que trouver des solutions au problème posé par l'artiste. « Le but de l'artiste est de toujours approfondir le mystère » - F.Bacon - « The job of the artist is always to deepen the mystery ». | | | | |
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| pasternak b. | | | Поэзия - высота, которая валяется в траве ; надо только нагнуться, чтобы её увидеть.
La poésie est la hauteur cachée dans l'herbe ; il suffit de s'incliner pour s'en apercevoir. | | |  | |
| | art | | | Dommage que le Seigneur n'eut pas la même lucidité : « Lève les regards vers les cieux et compte les étoiles » - les hommes désapprirent à baisser les yeux et s'adonnèrent au calcul, et non pas de ce qui fait briller, mais de ce qui brille. Plus bas sont mes yeux, plus haut est mon regard. Dieu est recherché près des autels ou des bibliothèques, tandis qu'il y a plus de chances qu'Il se manifeste dans l'herbe. | | | | |
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| bien | | | Le Bien simplifie, le mal complexifie. C'est pourquoi il y a plus de diables que d'anges. | | | | |
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| bien | | | Les âmes naïves s'imaginent, que le malheur du monde ne viendrait pas de la force des pires, mais de la faiblesse des meilleurs ; c'est la force même qui est l'origine du mal, et le pire mal se produit, lorsque les meilleurs y accèdent et s'en servent. | | | | |
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| bien | | | Dans la valeur d'une action, le sacrifice ou la fidélité devraient compter plus que l'intérêt. « L'intérêt n'est la clef que des actions vulgaires » - Napoléon. On se lave très simplement de la vulgarité en noyant l'intérêt dans des intentions moussantes. La clé des actions nobles est inutile, la noblesse étant tournée vers le toit et non pas vers la porte. | | | | |
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| bien | | | Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton. | | | | |
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| bien | | | La bonne pitié ne cherche ni à consoler ni à comprendre, mais à vivre en exalté l'absence de remèdes. « D'un côté - la tristesse, les passions déchaînées, de l'autre – la consolation, la simplicité ! Voici la seule harmonie possible » - K.Léontiev - « Горести, буря страстей с одной стороны, а с другой - утешения, простота ! Вот единственно возможная гармония ». | | | | |
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| talmud | | | Agir mal avec une bonne intention vaut mieux que suivre la loi avec une mauvaise intention. | | | | |
| | bien | | | Que le monde serait simple, si l'on n'agissait mal qu'avec la mauvaise et bien qu'avec une bonne intention ! Mais le vrai problème est la loi ; tant qu'il y a loi il n'y a ni bons ni mauvais. | | | | |
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| tolstoï l. | | | Нет величия там, где нет простоты, добра и правды.
Pas de grandeur là, où il n'y a pas simplicité, bonté et vérité. | | |  | |
| | bien | | | Mais là où tout cela existe, la place est si déserte, que toute grandeur ne serait que mirage. « Dans leur souci du beau, les grands Russes sont gênés par leur souci du bon » - Rilke - « Ihre Güte hindert die großen Russen daran, Künstler zu sein ». | | | | |
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| russell b. | | | The finite self sees the world in circles around the here and now ; the infinite self aims simply at the good.
Le soi fini voit le monde en cercles autour du hic et nunc ; le soi infini ne vise que le Bien. | | | | |
| | bien | | | Avec de simples astuces topo-chrono-logiques, on réduit toujours le soi infini au soi fini. En revanche, c'est le soi inconnu qui refuse toute analogie, comme d'ailleurs toute inversion, avec le soi connu. Le Bien est la demeure du premier ; le beau est l'atelier du second. | | | | |
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| cité | | | Les bûchers disparurent, mais la sainte simplicité se répand. Les candidats au martyre dénoncent le feu, tandis que c'est le paisible geste du passant qui nous marque au fer rouge. | | | | |
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| cité | | | Le révolutionnaire voudrait, que tout faible pût compter sur la solidarité du fort. « Pour que, si, tombé, tu cries : Camarade ! - la Terre entière se penche sur toi » - Maïakovsky - « Чтоб вся на первый крик : - Товарищ ! - оборачивалась земля ». Mais aujourd'hui, où l'indifférence ne gêne en rien le fonctionnement de l'homme robotisé, celui-ci rejoint le cimetière avec la même paix d'âme que son bureau. Le problème se simplifia, depuis que l'homme devint mouton raisonneur ou robot raisonnant. Et il existeront des préposés aux défaillances, pour que la Terre, en toute bonne conscience, puisse continuer à vaquer à ses saloperies, sans tourner la tête. Qui encore peut dire que « autrui n'apparaît pas au nominatif, mais au vocatif » - Levinas ? | | | | |
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| cité | | | La malchance de la fraternité, c'est que tout progrès en connaissances la rend plus inutile. « Nous avons appris à voler comme les oiseaux, à nager comme les poissons, mais nous avons désappris l'art si simple de vivre comme des frères » - Luther - « Wir haben gelernt, wie die Vögel zu fliegen, wie die Fische zu schwimmen ; doch wir haben die einfache Kunst verlernt, wie Brüder zu leben ». Le troisième élément, la terre, nous a aussi rapprochés des reptiles et des moutons. C'est le quatrième, le feu des astres amoureux, qui nous abandonne, dans notre tiédeur fétide. | | | | |
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| cité | | | Je chante le monde - et la niaiserie de ce geste de simplet m'inonde de honte. Je le fustige - et la honte de ce geste de manant m'accable. Il faut laisser ce monde là où il est et ne pas se laisser positionner par rapport à ses coordonnées, se contenter d'une pose d'absent. | | | | |
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| cité | | | L'horizontalisation moderne : jadis, le liberticide fut commandé en-haut et combattu en-bas ; le phantasmicide, aujourd'hui, s'attrape par la simple propagation horizontale, et il n'existe plus ni le haut ni le bas. Sans la liberté, on peut rêver ; sans le rêve, on ne peut plus être libre, libre pour le sacré ou le fraternel. | | | | |
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| leopardi g. | | | In compagnia dell'industria, la bassezza, la freddezza e la perfidia mercantile sono in vigore.
Avec l'industrie arrivent en force la bassesse, la froideur et la perfidie mercantile. | | |   | |
| | cité | | | Curieusement, la bassesse se généralise sans heurts et, omniprésente, devient bénigne aux yeux de la multitude. La hauteur, elle, ne s'attrape pas par une simple inhalation épigonale et, inoculée à la société, sécrète de terribles et basses métastases. | | | | |
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| claudel p. | | | Mon désir n'est pas d'apporter la liberté, mais simplement de rendre la prison visible. | | |    | |
| | cité | | | C'est une tour d'ivoire qui se prête à cette architecture. Et pour que la prison fût, en plus, lisible, à la lumière du passé, le meilleur état serait celui de ruines. | | | | |
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| saint exupéry a. | | | S'il n'est point de hiérarchie, il n'est point de frères. | | | | |
| | cité | | | Ta voyante fraternité s'établirait par un simple coup d'œil aux galons. La mienne, plus gustative, se fierait plutôt - aux narines : « Mon génie est dans mes narines » - Nietzsche - « Mein Genie ist in meinen Nüstern ». | | | | |
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| introduction doute | | | DOUTE : La pensée unique fit d'énormes progrès. Elle persuada à tant d'hommes orgueilleux d'avoir leur regard à part, tandis que l'œil du troupeau s'y installa en maître. Le doute, en soi, n'est pas plus recommandable qu'une recette de cuisine ; il n'est bon qu'accompagné des paradoxes, ces couples d'avis se reniant par un simple changement de langage. Il est le contraire du microscope sceptique, il est le macroscope ironique. L'unification des arbres de plus en plus dissemblables - la noble tâche du doute. | | | | |
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| doute | | | Le mystère est généralement absent dans ce qui est humainement complexe, il se loge plus volontiers dans ce qui est divinement simple. | | | | |
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| doute | | | Tant d'idées (reçues, utiles, éprouvées), qui simplifient le monde, et si peu, qui le rendent plus beau ou plus palpitant. Les idées saisies sont des chaînes visibles, la création - le miracle d'enchaînements invisibles. La plus profonde simplification est dans la capacité d'invention d'alphabets. | | | | |
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| doute | | | Dans un livre, le sot est attiré par l'inconnu, qui s'ajoute au connu, le subtil - par l'imprévu, qui complète le vu, le sage - par l'impossible, qui succède au possible. | | | | |
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| doute | | | Le naïf pense, que l'esprit n'a de tâche plus exaltante que chercher à dissiper une obscurité. Mais l'homme plus subtil part plus souvent d'une clarté obvie, pour chercher par où la vie peut l'enténébrer de plus belle. « Ils seraient nombreux de savoir, s'ils ne pensaient pas déjà savoir » - Gracián - « Muchos sabrían si non pensasen que saben ». | | | | |
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| doute | | | L'homme subtil vénère, en hauteur, l'ordre et surmonte, en profondeur, le désordre. Le deuxième cas, pour l'homme intelligent, est beaucoup plus fréquent, et on peut dire, que la vraie anthropologie est avant tout une entropo-logie. Par un essor-hauteur de l'âme on surmonte l'homme plus sûrement que par son élargissement-distance (Nietzsche - « Distanz-Erweiterung innerhalb der Seele »). | | | | |
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| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
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| doute | | | Étranges étiquettes - « inutile et incertain » - que Pascal attribue à Descartes, tandis que celui-ci n'est justement qu'utile et certain. Comme ce lourdaud de Spinoza bourré de connaissances pratiques et traité par Voltaire de « subtil et creux ». | | | | |
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| doute | | | Le faible, par son doute naïf, annonce la fin du règne de l'évidence et aboutit à une évidence sans relief. Le fort, par ses certitudes intuitives, rappelle les secousses, sans lendemain, du doute et se bâtit des ruines pittoresques hantées par un doute apaisé. | | | | |
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| doute | | | La musique ne peut sauver un discours que s'il est impénétrable. Les obscurités pénétrables (Mallarmé et Valéry) dépendent beaucoup moins de la musique ; une fois l'œuvre pénétrée, ou bien on s'aperçoit, que le tambourinage est son interprétation la plus juste (Mallarmé), ou bien qu'une orchestration, plus subtile qu'à première ouïe, s'impose à notre esprit (Valéry). | | | | |
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| doute | | | La naïveté – croire penser, grâce à la raison unique ; la lucidité – penser croire, car les raisons sont multiples. | | | | |
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| doute | | | Dans les profondeurs - une complexité, dans les hauteurs - un mystère, dans l'ampleur - une invention ; les trois - à vous couper le souffle ; ce qui fait soupçonner de platitude toute proclamation de sots, faite clairement, simplement et naturellement. « Il faut une audace immense, pour se débarrasser de ce mot - naturellement » - Chestov. | | | | |
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| doute | | | Toute idée fausse ou terne, soumise à un macroscope assez puissant, peut présenter tous les signes d'une séduisante vérité. L'idée est ce qui permet un agrandissement ou une réduction. Le microscope débrouille des problèmes mineurs, le macroscope embrouille des problèmes majeurs. | | | | |
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| doute | | | La jeunesse brille par la naïveté de sa bêtise : tout va de soi. La maturité se ternit par la pinaillerie de son intelligence : le soi va vers tout. L'horizon trop étroit – faute de moyens, le firmament trop bas – faute de contraintes. | | | | |
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| doute | | | Ce qui se passe dans mon âme est irréductible aux idées et mots ; aucune précision verbale ou conceptuelle ne m'en approche. « La franchise et la netteté, c'est ce qu'il vous faut, pour cacher vos propres pensées ou d'embrouiller celles des autres » - Disraeli - « Frank and explicit - that is the right line to take when you wish to conceal your own mind and confuse the minds of others » - la seule franchise avec soi-même, et encore, ne serait que musicale, donc au-delà des mots et pensées. Vos pensées, ce sont donc vos incertitudes, et vous cherchez à réduire au même état les pensées des autres - bon moyen, pour continuer à ne pas se connaître et, surtout, ne pas connaître les autres. Plus le mot est net, plus la pensée, en soi, perd de la sur-éminence, du relief, et finit par s'aplatir. | | | | |
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| doute | | | La simplicité est l'expression des prémisses profondes, c'est-à-dire axiomatiques ou paradoxales, où parlent le goût et la liberté. La complexité est l'expression des conclusions peu profondes, c'est-à-dire syllogistiques, où sévissent la nécessité et l'inertie. | | | | |
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| doute | | | Le primitif s'enorgueillit des objets visibles qu'il veut posséder ; le naïf se flatte des objets vus qu'il doit maîtriser ; l'intuitif s'enivre des objets invisibles qu'il peut chanter. Regarder, voir, rendre audible l'invisible. | | | | |
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| doute | | | Dans le monde de la pensée, on voit très rarement un dialogue fécond ; les commentateurs pratiquent la parlote, en simplifiant ce qui est complexe et en sophistiquant ce qui est banal. Mais pour la qualité des échanges, les formules logiques, auxquelles débouche mécaniquement la vraie compréhension, sont pires que les parlotes. La pensée, comme les bonnes intentions, a le mérite d'ouvrir les portes du doute, tandis que le monde du constat et de l'acte ne fait que les refermer à double tour. | | | | |
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| doute | | | La nouveauté, le long d'un méridien (« un méridien décide de la vérité » - Pascal), ne me remplace pas l'angle, sous lequel je place mes astres. Mais la hauteur plutôt que la largeur. « Si je tiens encore, pour une simple question de lumière, à un certain degré de latitude, je hais cordialement toute longitude » - Saint-John Perse. | | | | |
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| doute | | | Si mon regard naïf en moi ou autour de moi (Bergson) ne produit pas de système (château, phare, ruines), cela voudrait dire, que mon soi est trop encombré de choses disparates, ou bien que je manque de regard architectural, et que j'ai beau être peintre en bâtiment, je ne serai jamais un peintre. Mieux je me vide des autres, plus systématique sera mon message. | | | | |
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| doute | | | Les vertus horizontales de la simplicité en pensées, sans grandeur, conduisent à l'authenticité en actes, sans saveur. « La simplicité et la platitude sont un gage de l'authenticité ; à l'opposé de la saveur dont l'intensité est condamnée à s'user » - Confucius. La platitude inusable préservera mon soi, connu et authentique, mais mon soi inconnu, imposteur et savoureux, ne se manifeste que par l'intensité ! | | | | |
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| doute | | | L'intentionnalité est la construction de l'arbre linguo-conceptuel d'accès à l'objet visé : un simple nœud-nom, dans le cas le plus flagrant, une forêt-réseau logico-sémantique, dans le cas le plus embrouillé. | | | | |
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| cicéron | | | Errare mehercule malo cum Platone, quam cum istis vera sentire.
Ma foi, il vaut mieux se tromper avec Platon qu'avoir raison avec ces hommes. | | | | |
| | doute | | | D'autres, plus naïfs et méprisants, préfèrent rester avec la vérité austère et désincarnée qu'avec l'amitié vivante et joyeuse de Platon. | | | | |
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| descartes r. | | | D'autant mieux on perçoit une chose, d'autant plus est-on déterminé à ne l'exprimer qu'en une seule façon. | | | | |
| | doute | | | Même en arithmétique, cette ineptie ne s'applique que dans les cas les plus simples. Partout, où ont leur place le désir, la paraphrase, le doute, le style, l'évolution du modèle, partout se diversifient des références et figures. | | | | |
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| hommes | | | L'intellectuel européen prétend apporter du sens aux choses, une naïveté surannée. Le sens naît de la délibération entre l'utilisateur et le propriétaire des choses, délibération se déroulant dans le langage vainqueur, celui d'Hermès. L'intellectuel devrait s'intéresser aux alternatives langagières plutôt que doctrinales. | | | | |
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| hommes | | | L'existence des hommes se réduit de plus en plus à une simple présence (Kierkegaard). Bientôt on pourra se passer du quantificateur existentiel, pour se fier à l'infaillible universel. | | | | |
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| hommes | | | Signes extérieurs de la robotisation des hommes : la dissociation entre compétence, intelligence et performance - subtilitas intelligendi, subtilitas explicandi, subtilitas applicandi. | | | | |
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| hommes | | | Il est normal, qu'en ne scrutant que l'étendue de l'horizon, je me sente nain et que j'aie besoin des épaules de géants ; il faut être ange, pour viser la hauteur des firmaments solitaires. C'est à dire il faut être poète, que Heidegger veut réduire à l'étendue : « La poésie est une unité de mesure, qui seule donne à l'homme la mesure de l'étendue de son être » - « Das Dichten ist Maß-Nahme durch die der Mensch erst das Maß für die Weite seines Wesens empfängt » - la poésie est l'invention d'unités de verticalité et non pas de platitude. | | | | |
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| hommes | | | Le nombre de choses, d'idées, d'images accessibles devint si énorme, que par simple hygiène mentale il faut s'imposer des contraintes sous la forme d'oublis, de mépris, d'yeux fermés. C'est à cette condition qu'on peut encore rester créateur. | | | | |
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| hommes | | | Des fleurs et des hommes émanent des arômes et des œuvres. Les premiers ne sont grands qu'Ouverts ; les seconds devraient être clos. Est-ce cela qu'a à l'esprit le le Coran : « Les femmes et les parfums sont subtils, aussi faut-il les bien enfermer » ? Et l'on s'exciterait de la lecture d'étiquettes, sur des flacons poussiéreux ? Faire sauter ou consolider les bouchons, lorsque un besoin d'arômes me chatouille ? Chercher à lire le message, à l'intérieur de la bouteille, ou l'expédier en cave, à l'extérieur des châteaux ? | | | | |
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| hommes | | | N'importe qui est capable, aujourd'hui, de problématiser la vie, sans parler des amples solutions qu'on y apporte ; ce qui devint, en revanche, rare est de continuer à y déceler le mystère ; ils s'en font une gloire et proclament, orgueilleux et naïfs, la mort de Dieu, tandis qu'elle n'est que le constat d'épuisement de l'imagination religieuse ou de mort de l'immortalité : toute recherche de Dieu, historique ou métaphysique, devint algorithmique, charlatanesque ou idolâtre ; nous étant détournés du rêve, nous restons seuls face à la seule réalité. | | | | |
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| hommes | | | Le simple peut être profond, il ne sera jamais haut. Les simplets se croient complexes, puisqu'ils ont des appétits variés. L'homme de goût cultive surtout ses bonnes soifs, complexes et électives. L'époque préfère amonceler des complexités dans la même utilité syntaxique plutôt que redevenir naïve dans une nouvelle sémantique. | | | | |
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| hommes | | | Le peuple aime le vrai et le simple. C'est pourquoi il aime le journal et l'intellectuel moderne. Le poète, charlatan du mot, a du souci à se faire, s'il tient au peuple. Aimer, c'est accepter la chose telle qu'elle est (et non pas ce qu'elle fait). Le vrai et le simple ne sont beaux qu'en tant qu'essors, promesses, perspectives - donc, refus. | | | | |
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| hommes | | | Un millionnaire sophistiqué, abusant de la sueur des faibles, - c'est ainsi que le goujat se représente le surhomme, tandis que pour Nietzsche, celui-ci, solitaire, serait « avec son peu de besoins, plus pauvre et plus simple que l'ouvrier, mais imbu de puissance » - « durch Bedürfnislosigkeit, ärmer und einfacher als der Arbeiter, doch im Besitz der Macht ». | | | | |
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| socrate | | | Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde. | | | | |
| | hommes | | | Athènes est ton point d'attache, le monde est la hauteur de ton interpellation. Mais, souvent, la subtilité du citoyen du monde consiste à réagir en homme du Panthéon, du pandémonium, des ruines ou même des cavernes. | | | | |
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| chamfort n. | | | L'homme me paraît plus corrompu par sa raison que par ses passions. | | |   | |
| | hommes | | | Mais notre siècle revigoré n'est que le prologue du règne sain et soporifique de l'intelligence sans fougue ; le naïf impétueux devint un pensif précautionneux. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Der Mensch ist oft so ein unparteiischer Richter, als er Thermometer ist.
L'homme devient un juge impartial, en devenant tel un thermomètre | | |   | |
| | hommes | | | La fièvre des passions bien maîtrisée, il se contente même d'un thermomètre binaire. Ceci est vrai également pour le baromètre de la conscience et pour la sonde du cœur. Le tableau de bord de la raison, au contraire, se complique tous les jours. Heureusement, le pilote automatique veille. | | | | |
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| tagore r. | | | L'homme est l'homme, la machine est la machine, - et tous deux ne s'uniront jamais. | | | | |
| | hommes | | | Tu as peut-être raison, mais seulement en paradoxe : ils vont se croiser en invertissant leurs rôles. La machine maîtrisera de plus en plus les subtilités de l'esprit humain, l'homme se débarrassera de son âme et ne s'appréciera que sur l'échelle mécanique. Deux calculateurs, dans une entente glaciale. | | | | |
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| weil s. | | | La chair dit je ; le diable dit nous. | | | | |
| | hommes | | | Le diable, de naïf et totalitaire, devint retors et démocrate : tous, désormais, s'égosillent - je, je, sans se douter, qu'ils traduisent ainsi, de plus en plus fidèlement, le nous diabolique. Le nous fraternel reste à découvrir, question du bon choix de frontières. | | | | |
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| introduction intelligence | | | INTELLIGENCE : L'habitat unique de l'intelligence est le cerveau ; et lorsqu'on tente de lui attribuer une résidence secondaire du côté du cœur, les indigènes naïfs et fervents la rejettent ou l'isolent. Ses quatre nervures sont : concevoir, interroger, résoudre, interpréter. Quatre motifs langagiers les tapissent : les concepts, les mots, les logiques, les dialogues. Sa raison d'être est dictée soit par les pieds mesurant la solidité du plancher, soit par les yeux, qui clament la hauteur du plafond percé. | | | | |
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| chœur intelligence | | | SOUFFRANCE : L'intelligence est moins curieuse que la bêtise ; elle interroge moins de sources de souffrance. Mais elle a l'art de creuser les plus prometteuses. À force de s'occuper davantage de l'anesthésie que de l'euthanasie, notre siècle fait proliférer les séniles sans plaies et les juvéniles simplets. L'école de la souffrance n'attire que les âmes buissonnières. | | | | |
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| chœur intelligence | | | HOMMES : Les hommes deviennent de plus en plus intelligents et nets, ils ne voient plus aucun intérêt à l'obscure naïveté de l'homme. Le retour sur investissement est déjà mieux perçu et maîtrisé que l'Éternel Retour. Les images médiatiques se déchiffrent plus vite que les images mythiques. Les intérêts des prêts s'imposent aux yeux avec plus de force que l'intérêt des prés. | | | | |
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| intelligence | | | Toute tentative de philosopher, quels que soient tes dons de plume, est et ne peut être que de la poésie (« de la poésie sophistiquée » - Montaigne). « La philosophie devient poésie, sous l'enthousiasme d'un génie »** - Disraeli - « Philosophy becomes poetry, in the enthusiasm of genius » - elle l'est même sans enthousiasme ni génie ; c'est la poésie qui devient philosophie, dans l'abattement du verbe. « La poésie sera de la raison chantée » - Lamartine. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie est un genre poétique au champ subtil de tropes et ayant pour centre l'homme seul. Ce qui rend ridicules les prosateurs-philosophes mettant au centre une (pseudo-)logique, que seul maîtrise le mathématicien, ou une (pseudo-)intelligence, que seul pratique sans pédanterie le poète-né. Mais pires que les prosateurs sont les logiciens : « Les philosophes sont ceux qui proposent pour notre temps des énoncés identifiables » - Badiou - la peste sur votre temps et vos énoncés ! La philosophie devrait rechercher en tout de la musique intemporelle et mystérieuse ! | | | | |
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| intelligence | | | On ne peut juger de l'intelligence des hommes que d'après leur manière d'énoncer des banalités. Dans des constructions savantes, le sot est indiscernable du génie. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les hommes (les Ms Jourdain) vivent d'abstractions et s'adressent aux fantômes, mais seuls les subtils prennent les mots plus au sérieux que la réalité et savent vivre le miracle du vide et vivifier la vacuité des choses : « Nier les miracles, c'est ne pas prendre au sérieux la réalité »** - Einstein - « Wunder zu negieren heißt die Wirklichkeit nicht ernst zu nehmen ». | | | | |
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| intelligence | | | La recherche du sens, pour les superficiels, a pour but - le trouver. Pour le subtil - bâtir un beau dialogue, avec soi-même. | | | | |
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| intelligence | | | Quand on n'arrive pas à embrasser quelque chose, le plus souvent ce n'est pas à cause d'un je ne sais quel infini ou d'une complexité excessive quelconque, mais à cause du flou fuyant des frontières. Favoriser le déplacement de bornes, songer aux empires, être ennemi du statu quo, conquérant ou capitulard (sachant que c'est dans les fuites qu'on fait les meilleures conquêtes, et même de la mêlée des pensées on sort mieux par la fuite que par la suite). | | | | |
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| intelligence | | | Le cogito veut dire que, dans un discours sensé, devant tout verbe il faut placer je pense que… : je pense que je respire, je pense que je vois, je pense que je mens, je pense que je pense. Cartésius n'ajoute rien au Philosophe : « Avoir conscience que nous pensons est avoir conscience, que nous existons ». Comme le penser et l'être de Parménide, ou comme peser et devenir ! - mens et mensura, ou « l'intellection est le premier être » - Plotin. Cette obsession par un verbe impersonnel, même flanqué d'un sujet transcendantal, leur désapprend l'usage du pronom à la première personne, qui, seul, substitue aux choses et gestes - le regard. | | | | |
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| intelligence | | | On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ». | | | | |
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| intelligence | | | La raison antique se colore de son style ; le cynisme, le scepticisme, le stoïcisme, l'épicurisme ne sont que styles, avec les parts à peu près égales de sophistique ou de dogmatique, de vrai ou de noble, de solitaire ou de sociable, la poésie étant son guide - la raison tâtonnante. La raison d'aujourd'hui est incolore, ennemie de toute poésie, - la raison raisonnante. « Les vallées se divisent, les montagnes se rencontrent » - Tsvétaeva - « Враждуют низы, горы - сходятся ». | | | | |
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| intelligence | | | Il n'existe ni idées simples ni qualités premières (Locke) ; tout fait peut se muer en pure virtualité, et toute virtualité peut devenir polymorphe. Toute mémoire statique peut se convertir en procédure dynamique. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la vie de l'esprit comme en arithmétique : le rationnel a beau être partout dense dans le réel, l'irrationnel est présent, discrètement, sur tout intervalle de la réalité, contrairement au naturel. Le réel, serait-il une mauvaise projection du complexe renonçant à l'imaginaire ? | | | | |
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| intelligence | | | La chose a deux sortes de reflets (d'autres parlent de signes) : un porte-parole, dans la langue (l'intentionnalité ne peut être que langagière), pour référencer la chose (dans le cas le plus simple, par son nom - l'accointance), et un représentant, dans la modélisation conceptuelle, pour comprendre la chose (par ses interprètes). | | | | |
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| intelligence | | | Tout peut être réduit au statut d'attribut (d'un méta-objet), même l'existence, même la substance, même la relation. Et donc être déduit ! - n'en déplaise à Anselme, Descartes ou Kant. Ou aux bavards : « Exister, c'est être là, simplement ; on ne peut jamais déduire les existants » - Sartre. C'est sur le évidemment que trébuchent le plus souvent les bons mathématiciens ; les mauvais raisonneurs trébuchent sur le simplement. | | | | |
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| intelligence | | | En remontant aux commencements, on n'aboutit, en dernière instance, qu'aux rythmes, timbres, hauteurs et intensités - que tout disparaisse, dans le monde ou dans nos espérances, il ne restera que la musique (Schopenhauer). La philosophie ne serait que du tone-painting (G.Steiner) ou le regard naïf (Bergson) – c'est à dire inné, naturel - en soi. Tout dans le monde est artificiel par son origine et naturel par son résultat ; d'où le culte de l'acte qui fixe et l'abandon du fait fixé. | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être philosophe pour continuer à questionner jusqu'à l'infini (Deleuze), n'importe quel sot en est aussi capable ; mais le philosophe, contrairement aux autres, va vers des questions de plus en plus simples, pour arriver au point zéro des quêtes, où naissent, simultanément, le mot, le concept et la réponse. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible de déconstruire la totalité des concepts du modèle courant et de rebâtir un modèle entièrement nouveau, mais équivalent à l'ancien, - la plus simple et la plus radicale objection à l'idéalisme platonicien, le côté rhapsodique de la distribution catégoriale, la pluralité des réseaux de repérage. Sans parler d'attribution, où les platoniciens se ridiculisent, en pensant, que chaque objet a un nombre fixe de propriétés. | | | | |
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| intelligence | | | Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la proposition Je pense, la variable Je (en français elle est explicite, en latin, espagnol ou italien elle est implicite) devra s'unifier avant le prédicat penser (et même avant les prédicats souffrir, craindre ou désirer, beaucoup plus près de l'essence que penser), et donc la question de son existence se posera avant qu'on s'occupe de penser. Je s'unifiant avec une instance d'être humain, muni du prédicat penser, il serait donc plus raisonnable de dire : je suis, donc je pense. Ce qui paraît naïf est pourtant plus que raisonnable. Toutefois, ici, il s'agit de représentations fixes, ce que n'est pas le cas chez Descartes, qui cherche des représentations à fixer. | | | | |
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| intelligence | | | La science colle de l'intelligible rationnel sur le visible complexe ; l'art, c'est la substitution à l'intelligible simple du lisible compliqué. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard naît de la contemplation naïve, adamique, non de la réflexion calculante et persistante ; il est synonyme de naissance d'un sens nouveau du monde : « Le regard fait disparaître le sens ancien » - Hegel - « Der Sinn verliert sich in dem Anschaun ». | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, ce ne sont pas les connaissances, mais les manières de réveil et méthodes d'accès aux connaissances (non pas les idées, mais les efforts vers les idées). Chez le naïf, ce sont les sens qui convainquent de l'existence des objets ; chez l'intelligent - la raison. Ce qui est encore plus flagrant, c'est que le naïf cherche la bonne règle dans un ensemble trop vaste, tandis que l'intelligent sait surtout réduire l'ensemble de conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Avec dix voyelles et vingt consonnes, nous avons un alphabet dix fois plus pauvre encore, que le clavier d'ordinateur : « L'ère de l'informatique sera celle des crétins. Le clavier de l'ordinateur est plus pauvre que celui d'une machine à écrire » - M.Henry - et vous adressez vos piètres piaillements aux oreilles complaisantes. Le clavier de l'ordinateur, au moins, est écouté par un cerveau de plus en plus subtil et presque sans faille. Le crétinisme, c'est peut-être de ne pas produire d'accents assez toniques ni de se servir de touches assez sensibles. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique est dans le flair des variables, qu'elle introduit dans tout arbre interrogatif. Là où un naïf ne lit que des constantes ou un superficiel ne décèle que des variables explicites, l'intelligent devine des variables muettes et, par un jeu de réécriture, crée de nouveaux langages de requêtes. « Sans esprit on ne voit que des bribes, avec un peu d'esprit - la règle, avec beaucoup d'esprit - l'exception »*** - Grillparzer - « Der Ungebildete sieht überall nur ein einzelnes, der Halbgebildete die Regel, der Gebildete die Ausnahme ». | | | | |
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| intelligence | | | Le soi inconnu est tout simplement notre âme, qui, chez un philosophe, s'incarne dans l'une des deux hypostases du soi connu : elle devient cœur, dans la recherche de consolations à la détresse humaine, ou elle devient esprit, dans son regard sur la merveille du langage. | | | | |
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| intelligence | | | En mémoire et en puissance interprétative, l'homme sera dépassé facilement par la machine. En matière intellectuelle, l'esprit humain devrait se consacrer surtout à la qualité de ses représentations. On n'est plus à une époque, où, naïvement, on pouvait dire que « l'esprit, c'est la mémoire elle-même » - St-Augustin - « animus sit etiam ipsa memoria ». Pour Descartes, la mémoire est répartie entre l'esprit et le corps, l'esprit ayant la priorité. Mais le corps, apparemment, n'a pas de mémoire de masse ; et la seule mémoire sensible, la mémoire centrale, relèverait entièrement de l'esprit. Chez l'homme, tout n'est qu'une réinterprétation, et elle est si bien câblée, qu'on ne voit presque pas la mémoire. « Il n'y a pas de données, mais seulement des conduites » - Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
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| intelligence | | | Pour décrire le monde, on doit partir du réel, mais pour le comprendre, il faut faire le tour du possible, qui devrait, naïvement, être plus riche. Le possible, comme le réel, n'est intelligible qu'à partir d'un modèle. Mais le possible n'en est qu'une des projections, tandis que le réel en est la clôture. Tout modèle est plus pauvre que le réel, mais il est le seul outil de compréhension. Le réel est grandiose, car il est habité ou hanté par tant de choses impossibles et inexistantes, et que refuse, rationnellement et bêtement, le possible ! | | | | |
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| intelligence | | | Le médiocre cherche le complexe, l'énumération de parties constantes et grossières d'un tout. Le profond oppose le multiplexe (Leibniz) du réel à la pauvreté de l'imaginaire. Le subtil trouve l'implexe (Valéry), un modèle s'ouvrant à l'unification par substitutions de variables délicates. Le fou se déverse dans l'explexe (Rimbaud), où tout n'est qu'opérandes symboliques sans structure d'arbre unificateur. Le robot optimise le simplexe. Ce que je prône, moi, pourrait s'appeler exciplexe - recherche d'une stabilité dans l'excitation. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne connais pas de pensée, dont le seul mérite serait son développement. Que de naïves illusions tu nourris, si pour toi la pensée développée te fait intellectuel, éternel exilé. Cette éternité ne durerait que l’espace d’une génération. Ton retour sera grégaire ; c'est le sentiment qui prendra l'amère route de l'exil, pendant que tu te mettras aux affaires. | | | | |
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| intelligence | | | La démarche mathématique est tout simple : inventer de nouvelles propriétés (dictées par la logique ou le bon sens), propriétés des objets ou des relations entre objets (ce qui peut aboutir à la naissance de nouveaux objets ou relations) ; ensuite, on en prospecte des conséquences, en avançant et en prouvant des hypothèses. C’est l’élégance de ces propriétés et de ces démonstrations qui distingue les meilleurs mathématiciens. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intéressant est une union d'un sophiste, pour exercer son intelligence, et d'un dogmatique, pour affirmer son goût. Le médiocre est toujours sophiste ou toujours dogmatique. | | | | |
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| plotin | | | Il faut être au moins deux pour signifier, et le sens, entre les deux, en fait un troisième. | | |   | |
| | intelligence | | | Naïf et génial ! C'est ainsi que naît le sens en Intelligence Artificielle, tandis que tout le bavardage du signifiant/signifié réduit cette belle triade à quelque chose de monolithique, algorithmique et … réel. Le sens est le résumé irréel d'un dialogue. L'interpellant et l'interpellé ont beau être, le plus souvent, le même homme, ce sont deux machines différentes qui tournent. La vraie machine maîtrisera un jour tous les rouages du signans et signatum (St-Augustin), mais seul l'homme peut manipuler organiquement leurs mélanges contre nature. | | | | |
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| montaigne m. | | | Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. | | |  | |
| | intelligence | | | Une tête bien faite est celle qui, pour atteindre un but, a besoin d'un minimum de mémoire et de recherches et d'un maximum de subtilité et de vitesse. Équilibre entre fin et frein, entre interprète et organisation. Toutes les têtes, aujourd'hui, sont pleines de vétilles, cohérentes et monolithiques, tandis que ce qui est digne d'y être préservé, ce sont quelques étincelles, images éparses, fragments de monuments. Garder quelques zones vides, pour y recevoir la musique du monde. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Es ist mit dem Witz wie mit der Musik, je mehr man hört, desto feinere Verhältnisse verlangt man.
Il en est de l'esprit comme de la musique ; plus on l'écoute, plus on exige de subtiles nuances. | | | | |
| | intelligence | | | Le bel esprit est un contrapuntiste multipliant des accords paradoxaux de sentiments et de pensées. « La musique est un intermédiaire entre la vie de l'intelligence et celle du sentiment » - Beethoven - « Musik ist Vermittlung geistigen Lebens zum sinnlichen » - tout en restant au diapason de la profondeur insondable de la première et de la hauteur inaccessible du second. La musique nous apprend, qu'on peut penser sans mots et sentir sans caresse. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Nicht zu sagen Hypothese, noch weniger Theorie, sondern Vorstellungsart.
Ne parle pas d'hypothèses, encore moins de théories, mais de mode de représentation. | | |  | |
| | intelligence | | | Tout raisonnement n'est peut-être que des enchaînements de représentations (« La pensée est une représentation » - Heidegger - « Der Gedanke ist eine Vorstellung »). Ou, au contraire, toute représentation n'est que résultat des réinterprétations volontaristes (comme le pense Nietzsche, et que Schopenhauer oublie d'ajouter à volonté et représentation) ; la volonté arbitraire et la représentation fatale se courent derrière : « Le destin fut impérieux avec moi, mais plus impérieuse encore fut ma volonté » - Nietzsche - « Das Schicksal war herrisch zu mir, aber herrischer war mein Wille ». Un trait subtil, représenter les mondes hypothétiques, où germent la volonté de renaissance et la représentation de commencements. | | | | |
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| chateaubriand f.-r. | | | L'homme s'appauvrit en pensées dans la mesure qu'il s'enrichit en sentiments. | | | | |
| | intelligence | | | Poète, riche en émotions inéchangeables, frappe sa propre pensée, en valeur d'échange ; à charge aux autres de la convertir en biens du cœur. La pensée la plus savante, dépourvue d'empreinte poétique, se range vite parmi la poussière des musées ou bibliothèques. Le sentiment le plus naïf laisse dans le cœur tant de notes, que seule une pensée pénétrante peut extraire. | | | | |
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| ironie | | | Pouvoir dire, après toute explication du monde - c'est plus compliqué que ça ou bien, c'est plus simple - l'ironie de l'intelligence. | | | | |
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| ironie | | | Il y a de bonnes raisons de voir dans la peau ce qu'il y a de plus profond en nous : « Il faut dissimuler la profondeur. Où ? À la surface »* - Hofmannsthal - « Die Tiefe muß versteckt werden. Wo ? Auf der Oberfläche ». Se présenter en oberflächlich (superficiel) - une modestie rare chez ceux qui se proclament umfangreich (volumineux). On commence par ne faire que suggérer les volumes, ensuite on fuit les surfaces et on finit par dédaigner les traits au profit d'un pointillé radical. Tous remontent du fond, tôt ou tard et par de simples lois de pesanteur et de grâce, - à la surface. Ensuite, on n'y échappe que par la hauteur. | | | | |
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| ironie | | | De l'incapacité d'avancer naît souvent le chant gratuit des horizons ; de l'incapacité de trouver du charme dans la simplicité - le lourd plongeon dans des profondeurs ; de l'incapacité de se tenir debout - l'appel suicidaire de la hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui, bêtement, nous appellent à nous réjouir du présent ne se doutent pas, à quel point ils pourraient avoir raison, puisque le présent, en toute rigueur, n'existe pas, il n'est qu'un point, et les points n'existent pas dans le réel, fait du mouvement irréversible. Vivre de ce qui n'existe pas est privilège des naïfs et des poètes. | | | | |
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| ironie | | | La poésie, en elle-même, est ex-plication de ce qui n'existe pas (l'im-plication dans ce qui existe étant anti-poétique) ; la soif de l'inexistant pousse les plus naïfs à le chercher dans la négation : « nier ce qui est, expliquer ce qui n'est pas » - Poe - « deny what is, and explain what is not ». | | | | |
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| ironie | | | L'avantage de tenir aux points zéro : on tendra vers l'infini par une simple inversion de son néant originel, tandis que les intermédiaires, les médiats, les nains sur les épaules des géants s'efforcent à convertir le fini en infini. | | | | |
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| ironie | | | La simplicité est le retour éternel du regard de sage, qui s'arrête, successivement, sur les choses naturelles, rationnelles, réelles, complexes : la bonne simplicité est une complexité naturelle. | | | | |
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| ironie | | | Dans la vie, comme en mathématique, le réel se réduit aux valeurs unidimensionnelles, tandis que l'imaginaire invite à forger des vecteurs complexes ; cet imaginaire, qui naît de l'extraction impossible de racines des valeurs négatives, pour aboutir à l'existence nécessaire de solutions des problèmes rationnels. | | | | |
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| ironie | | | Ce n'est pas la naïveté qu'apprécie un esprit vraiment libre, mais le chemin, qu'il faille parcourir, pour arriver de la naïveté à la profondeur, le chemin, qui est trop court et trop banal, pour des choses graves. Plus on a de la hauteur et plus désespérantes peuvent être des naïvetés qu'on parvient ainsi à sauver. | | | | |
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| ironie | | | L'intensité comme but et contrainte : que le premier et le dernier pas se fassent par enchantement. Les sots de tous les temps : partir de l'enchantement et aboutir au désenchantement ; les naïfs font un parcours en sens inverse. La bêtise moderne : partir et finir par désenchantement. | | | | |
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| ironie | | | À partir de la requête : « Est-ce vrai que 2 + 2 = 4 ? », il est facile de diviser les répondants en trois catégories - naïfs, poussifs, créatifs ; les premiers voudront remplacer 4 par 5 ou se référeront à la logique universelle, les deuxièmes interrogeront l'alphabet auquel appartiennent les graphies 2 et 4, les troisièmes se demanderont de quelle addition et de quelle égalité il s'y agit. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui me soutinrent le mieux sont ceux qui placèrent un zéro là où, naïvement, je m'efforçais à attacher des chiffres significatifs. C'est avec des zéros bien ciblés qu'on change le mieux l'ordre des choses impermanentes. | | | | |
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| ironie | | | Le paradoxe doit n'être qu'une maîtresse, qu'on ne doit jamais épouser pour la vie, sinon on s'abêtit dans le ricanement et la grimace (Cioran y succombe). C'est là qu'est la différence entre ceux qui prennent congé de leurs paroles, dès que celles-ci conçurent, et ceux qui épousent leurs idées. Les naïfs, qui croient en paroles vierges, finissent par épouser celles qui n'ont aucun appât. | | | | |
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| ironie | | | Les adeptes de chaque élément ont leurs propres façons d'avancer vers leurs buts : l'eau - écopage ou repêchage, le feu - sainte simplicité ou feu de paille, la terre - sentier battu ou horizontalité, l'air - musique d'élans ou de chutes. | | | | |
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| ironie | | | Le créateur choisit son adversaire, son arme et son issue désirée. Le puissant penche pour le nombre, le muscle et la victoire insolente. Le subtil, l'impuissant, - pour la lettre, l'ironie et la défaite consolante. | | | | |
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| ironie | | | La subtilité se mesure en nombre de couches d'ironie ou de paradoxes. Plus le fond est profond, plus le mérite est haut : « La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse » - Montaigne. | | | | |
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| ironie | | | Les sots cherchent à convaincre ; les subtils à séduire. Quand le sot se met à séduire, on entend le grincement de roues dentées. Mais lorsque le subtil se convertit en raisonneur, on dirait un rossignol en train de croasser. | | | | |
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| ironie | | | L'une des meilleures intelligences consiste à préserver le plus longtemps possible l'état de promesse, à entretenir la soif indicible, au lieu de tenir la parole donnée. Les mots en donnent un bon moyen. Avec la bêtise, tout est beaucoup plus simple : la satiété des yeux et l'avidité des idées. L'intelligence - l'attente, la soif, l'étonnement. | | | | |
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| ironie | | | Le style et l’imagination sont pratiqués par le bon écrivain ; leurs opposés, la simplicité et la sincérité, – par le mauvais. L’azur d’un rêve éphémère ou la grisaille d’une vie certaine. | | | | |
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| churchill w. | | | A pessimist sees the difficulty in every opportunity ; an optimist sees the opportunity in every difficulty.
Pour le pessimiste toute occasion est un piège, pour l'optimiste tout piège est une occasion. | | |   | |
| | ironie | | | L'enthousiasme naïf appuie le pessimisme ; le ridicule élaboré soutient l'optimisme. L'art de passer d'une pierre d'achoppement à une pierre de touche, voire à la pierre tombale, s'appelle ironie. Sisyphe cachait son jeu : la pierre qui montait vers ses belles ruines n'était pas la même qui roulait vers ses souterrains. | | | | |
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| pasternak b. | | | В конце нельзя не впасть, как в ересь, в неслыханную простоту.
Au bout du chemin, tu succomberas à l'hérésie d'une vaste simplicité. | | | | |
| | ironie | | | L'hérésie est peut-être le seul subterfuge superficiel, pour empêcher les dieux s'ériger en idoles. Les inquisiteurs de la forme simple, lue ou entendue, me font accrocher au fond : à la complexité des Écritures et à l'appel du silence. La simplicité est, hélas, la religion dominante au pays des imbéciles. | | | | |
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| mot | | | La plus forte joie de vivre m'est communiquée par ces faux sceptiques, chez lesquels le naïf lit une démolition de tout élan, tandis qu'ils ne font que reconnaître, humblement, l'impossibilité de trouver un mot aussi prodigieux que l'enthousiasme. La reddition du mot sonne souvent le triomphe de l'émotion. « Ne te courbe que pour aimer » - R.Char. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | L'étranger et la patrie : le premier est décrit avec des verbes - profiter, tirer les marrons du feu, se frotter les mains ; la seconde avec des adjectifs - naïve, franche, généreuse. Pour être impartial, on aurait dû ne comparer que les signes de ponctuation : déficits de points d'interrogation, abus de points d'exclamation, sérieux du point de suspension, solidité du point final. | | | | |
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| mot | | | Le mot naïf retrouve son étymologie dans la grogne. Le mot évolué penche pour le Verbe pré-existant aux choses et étables. | | | | |
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| mot | | | La langue parlée, dans ce livre, ne retrouvera pas toujours, sur la même longueur d'ondes, la langue parlante (comme les messages hermétique et herméneutique de Plutarque, discours préféré ou discours proféré ; Hermès : se savoir un Dieu, mais ne pouvoir être perçu que comme un simple messager des autres Dieux) ; et dans ce couple, avec cette dissonance entre le message et la messagerie, la loi et l'élection, - les frictions et les rejets mènent si facilement au divorce. | | | | |
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| mot | | | L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables. | | | | |
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| mot | | | Plus on est bête, plus on est persuadé, que le mot serve, avant tout, à traduire des idées tout prêtes. Toujours cette naïveté de l'homme : croire qu'il peut toucher à la source de ses images de Caverne, où toute fenêtre est miroir. | | | | |
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| mot | | | Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept. | | | | |
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| mot | | | Dans le cycle antique, mystère - problème - solution, le mystère retrouva son sens originel d'un simple métier. Tout mystagogue devint problem-solver. Rien de cyclique, ni sacrifice ni fidélité ni chutes, - qu'une exécution linéaire de plats algorithmes : la coutume imitant la raison et limitant l'inspiration (« Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration » - Pascal). | | | | |
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| mot | | | Être et exister – deux verbes perfides, aux innombrables acceptions. Même dans le cas le plus simple, celui des rapports entre l'essence et l'existence, des ambivalences pullulent : être en tant qu'avoir réussi à passer à l'existence ou être ceci ou cela (des accidents), exister en tant qu'instance (objet) ou exister en tant que manifestation (action) ? En combinant ces acceptions (quatre combinaisons), on peut arriver soit à l'équivalence soit à la précédence de l'un des protagonistes – essence ou existence – sur l'autre. Le problème est du pur verbalisme. | | | | |
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| mot | | | Un curieux parallélisme : l'art et l'érotisme commencent par le désintérêt pour la simple reproduction de la vie. | | | | |
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| mot | | | On peut juger du sérieux des métaphysiciens, en citant cette perle de leur père : « Il y a identité entre : un homme, homme existant, homme ». Le premier : une variable, s'unifiant avec des instances de l'homme. Le deuxième : ou bien le terme existant est méta-langagier et il s'y agit de la simple existence en tant qu'instance ; ou bien existant est un attribut temporel et il s'agit des instances existantes au moment de la requête : ou bien existant est un attribut booléen et il s'agit des instances, dont cet attribut vaut vrai. Le troisième : une étiquette langagière, collée à la classe correspondante. On est très loin d'une identité. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité ascendante du discours : des faits aux actes, des noms aux verbes, des objets aux liaisons. Le verbe, c'est l'action métaphorique du poète et le simple constat du prosateur. Le nom, c'est la liberté du poète et la servilité du prosateur. | | | | |
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| mot | | | Le sophiste face à l'ironiste : le premier choisit au hasard une idée et la consolide ou l'embellit (« domestiquer l'opinion par des charmes du langage » - Gorgias) ; le second, en embellissant ou en consolidant le mot, tombe, par hasard, sur une idée, dont il se rit. | | | | |
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| mot | | | Un écrit parfait se conçoit à deux : par un talent, excité par la langue consentante et entreprenante. C'est de la procréation. Et c'est avec un brin de chagrin ironique et frustré que je me dis astreint à une simple création, puisque la langue française reste de marbre, face à mes avances désespérées. | | | | |
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| mot | | | Le vocable mot est masculin en français, neutre – en allemand et en russe, féminin – en italien et en espagnol. Il est féminin aussi en grec, et l’on comprend alors pourquoi, pour les Grecs anciens, le mot était une hétaïre (les pensées, elles, deviennent, toutes, de simples catins) et devait s’adonner à la prostitution sacrée. Se soumettre aux caprices des dieux ivres. Ne pas former de famille en s'acoquinant avec un seul concept. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Bei Shakespeare zeugt immer der Gedanke das Wort.
Chez Shakespeare, c'est toujours la pensée qui engendre le mot. | | | | |
| | mot | | | Il eût été aussi ennuyeux que Molière, si ç'avait été vrai ! La liberté, avec laquelle Shakespeare extrait les mots des tiroirs imprévisibles, prouve, qu'il se désintéressait des pensées aux clefs toujours trop précises. Je ne connais pas une seule pensée de Shakespeare, mais ses intrus de mots me mettent au seuil des pensées subtiles. | | | | |
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| jankelevitch v. | | | Les mensonges reflètent l'impuissance du langage devant la suprême richesse de la pensée. | | | | |
| | mot | | | Mesurée en belle monnaie, que frappe le langage souverain, l'indigence de vos pensées les réduit à un minable assistanat. Tout mensonge d'un langage riche contient tellement de variables subtiles, que de sa pénétrante négation naissent de multiples et belles vérités, parmi lesquelles se glissent aussi des pensées bâtardes. | | | | |
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| cioran é. | | | Tout mot est un mot de trop. | | |  | |
| | mot | | | Vivre du superflu (le mot déplacé ou le regard intempestif, unzeitmäßig - Nietzsche) fut toujours le privilège des fanatiques subtils et irréductibles, vivant de l'unification des branches chargées de feuilles inconnues. « De trop : le seul rapport entre les arbres dont l'arbitraire ne morde plus sur les choses » - Sartre. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur existe en tout : en amour, en vertu, en vérité. Si le salut existe, il ne peut être qu'en la hauteur, quel que soit son milieu d'exercice. La sotériologie naïve, celle des cieux, vise une fausse hauteur, hauteur visible et calculable ; la vision de la vraie étant réservée aux yeux fermés, c'est à dire à l'âme. | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux, plus que les oreilles, nous font découvrir la musique du monde ; son bruit, capté en surface par des oreilles muettes, fait geindre sur le silence du monde, mais filtré par des yeux, sourds à la profondeur, il laisse entendre de hautes mélodies. « La conscience parfaite est un chant, une simple modulation des états d'âme »** - Novalis - « Das vollkommene Bewußtsein ist ein Gesang, bloße Modulation der Stimmungen ». | | | | |
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| noblesse | | | Le spectre de l'impulsion initiale, c'est ce qui distingue un homme intéressant. « Tout s'achève avec mon commencement » - T.S.Eliot - « In my beginning is my end » (ne pas croire les Chrétiens, naïfs ou hypocrites : my end is my beginning). En grec, commencer signifierait commander - volonté de puissance (pour Nietzsche, vouloir, c'est obéir au commencement, plutôt que commander la fin) ! « L'unique joie au monde, c'est de commencer » - Pavese - « ricominciare è l'unica gioia al mondo ». Ensuite, le poète, qui doit être Prince, conserve cette impulsion (« nous ne sommes pas responsables de ce qui naît en nous, mais de ce qui dure »** - Valéry), le philosophe la contrecarre par un angle de vue paradoxal, le pragmatique la rattache à la réalité. La pulsion, l'expulsion, la propulsion. | | | | |
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| noblesse | | | Le faible cherche l'écho, le futile l'applaudissement, le naïf le partage. Et moi, qui es un peu tout cela ? Les tous, à la fois, entachés d'une lumineuse incompréhension. | | | | |
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| noblesse | | | Le plus souvent, briller, c'est découvrir une grande profondeur ou attirer vers une grande hauteur ce qui paraît être plat, bref - donner le goût du difficile dans ce qui est facile. Toute médiocrité rêve de briller dans le difficile, en se référant à cette bêtise ovidienne : « N'importe qui peut briller pour traiter un sujet facile » - « In causa facili cuivis licet esse diserto ». | | | | |
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| noblesse | | | La simplicité - savoir ramener tout horizon vibrant à un seul point immuable ; la grandeur - rencontre de la profondeur et de la hauteur. « Il faut vivre avec simplicité et penser avec grandeur »* - Wordsworth - « plain living and high thinking ». | | | | |
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| noblesse | | | Pour atteindre à la simplicité innée il faut parfois des études complexes. « La simplicité résulte de la maturité » - Schiller - « Einfachheit ist das Resultat der Reife ». | | | | |
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| noblesse | | | Il s'agit de se pénétrer de la musique du monde : la mathématique en est la représentation, et la poésie – l'interprétation. Ne pas devenir simple luthier ou photographe. | | | | |
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| noblesse | | | Pour me proclamer libre, il ne suffit pas que la voix de mon âme s'élève au-dessus de la loi de mon esprit. Il faut, en plus, que cette voix soit de la musique divine et que cette loi ne soit pas lue au ciel. Toute noble liberté est triomphe de l'harmonie interne sur le calcul externe. Un simple interprète, non-compositeur, peut-il être libre ? | | | | |
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| noblesse | | | Le pyrrhonien constate « son triomphe ou sa défaite et s'y fortifie également » - Pascal ; l'anti-sceptique suspend son vote et ignore le vainqueur, tout en prenant parti, dogmatiquement, par simple goût ou dégoût, pour la hauteur de l'étoile, sous laquelle naissait l'avis plus brillant. D'autant plus qu'« une victoire racontée en détail, on ne sait plus ce qui la distingue d'une défaite » - Sartre. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'édifice de mon âme, seuls les soubassements doivent garder leurs attaches spatiales, que je refuserai aux fenêtres et aux toits ; ainsi je me retrouverai dans des ruines nihilistes - privées d'attaches temporelles ; débarrassé de l'irréversible devenir, j'y vivrai un éternel retour de l'être atemporel, à l'opposé du Nietzsche simple, pour qui, c'est la réminiscence du devenir qui rend éternel le retour (mais c'est l'un de ces opposés que le Nietzsche complexe aime épouser avec tant d'égalisante intensité – retour du même !). On est séduit par ce « pathos universel de l'illusoire réminiscence » - Jankelevitch. Et moins je vois les attaches banales, mieux je m'attache à la grande distance. | | | | |
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| noblesse | | | Le dernier homme, ce n'est pas nécessairement le ressentiment en soi, ni même son objet, ni le non orgueilleux et bête jeté à la figure du monde, mais le manque d'intensité de son regard capable d'égaliser les non et oui, dans un acquiescement, à la fois fier et humble, une naïve et essentielle soumission montanienne. Surhomme : l'effort au service de la résignation, l'intensité comme dénominateur commun de toute fraction de la vie - l'homme du désir sachant museler l'homme du besoin. Contrairement à l'ultra-humain ou au trans-humain, perçus en perspective temporelle, le surhumain s'évade du temps, puisque le vrai humain est intemporel. | | | | |
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| noblesse | | | Le hasard peut suffire pour assouvir une soif précoce ; il faut laisser le fond du petit bonheur-chance prendre la forme d'un grand bonheur-danse ; laisser mûrir sa soif, mûrir en hauteur, pour que seules des sources profondes puissent la satisfaire ; vivre de la soif et rêver des sources. Pour les naïfs : « La première coupe – pour la soif, la deuxième – pour la joie, la troisième – pour la volupté, la quatrième – pour la folie » - Apulée - « Prima creterra ad sitim, pertinet secunda ad hilaritatem, tertia ad voluptatem, quarta ad insaniam ». Celui qui sait entretenir la soif, sans l'assouvir comme dans une étable, souffrira, mais connaîtra la volupté et la folie des sources solitaires. | | | | |
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| noblesse | | | Pour garder l'enthousiasme dans la vie, on doit savoir entretenir l'équilibre, ou l'égale intensité, de la naïveté, de la maîtrise et de l'ironie. La simultanéité de ces stades, cette harmonie verticale est l'affirmation de l'éternel retour, ignoré aussi bien en musique qu'en mathématique : « Chaque branche mathématique traverse trois stades d'évolution : le naïf, le formel et le critique » - D.Hilbert - « Jede mathematische Disziplin läuft drei Perioden der Entwicklung durch : das naive, das formale und das kritische ». | | | | |
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| noblesse | | | J'ai des vecteurs innés de mon goût et de ma sensibilité, et ils n'ont rien à apprendre, dans mes triomphes ou mes débâcles. Pour ne pas perdre de hauteur, je ne tire aucune leçon de mes chutes. Ceux qui comptent ne tirer de leçons que des chutes des autres, se trompent plus lourdement. Mais les plus irrécupérables, et ils sont la majorité, font de leurs chutes la raison de leurs reptations, pour donner aux illusions perdues ou espoirs déçus des vertus pédagogiques. Plus souvent, on devient plus sage en renonçant à quelque chose. L'appropriation rend la justification plus solide et le regard plus grossier. | | | | |
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| noblesse | | | L'âme, ambitionnant la profondeur, serait prise pour esprit ; elle risquerait de faire preuve d'une grande naïveté. L'esprit, ne quittant pas la hauteur, ferait soupçonner des envolées de l'âme ; il risquerait de témoigner de l'absence des ailes. D'où l'intérêt de la même contrainte : éviter tout contact avec la platitude ; ainsi l'âme resterait dans son milieu naturel, la hauteur, et l'esprit – dans le sien, la profondeur. | | | | |
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| noblesse | | | Quand on échoue dans la recherche de la simplicité et qu'on se noie ou tombe dans la complexité - que ce soit, au moins, accompagné d'un vertige. | | | | |
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| de vinci l. | | | La semplicità è la forma più alta di perfezione.
La simplicité est la hauteur suprême de la perfection. | | |  | |
| | noblesse | | | Quel est le meilleur équipement pour l'atteindre ? - la complexité conquise de haute lutte. | | | | |
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| einstein a. | | | Das schönste Erlebnis ist die Begegnung mit dem Geheimnisvollen.
La plus belle des sensations - une rencontre avec le mystérieux. | | |   | |
| | noblesse | | | Les lieux et les dates de ces rendez-vous sont au-delà de l'espace et du temps ; plus le cerveau s'y ouvre, pour comprendre, plus les yeux y ont envie de se fermer, pour rêver. Le naïf n'attend le mystère que dans la profondeur des problèmes ; le savant le distingue même dans la platitude des solutions. | | | | |
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| heidegger m. | | | Der Anfang ist das Unheimlichste ; was nachkommt ist blosse Verbreiterung.
Le commencement est la chose la plus inquiétante. Ce qui vient après est une simple propagation. | | |   | |
| | noblesse | | | Et c'est en étouffant cette salutaire inquiétude du premier pas, que l'homme est pris dans la branche infernale (ni cercle, ni cycle, ni spirale, mais bien un accroissement linéaire !) de la propagation. Si, au moins, il voyait au bout une fleur ou une cime… Mais il y voit être, non-être ou néant - des souches sans sève. | | | | |
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| jankelevitch v. | | | Il faut être conformiste dans les petites choses et insurgé dans les grandes. | | |   | |
| | noblesse | | | Les grandes muant facilement en petites, toute insurrection est condamnée à tomber dans le conformisme. On se met hors du commun par le choix de type de résignation. Notre meilleur soi, le soi inconnu, ne vit que dans l'humble superlatif immatériel et fuit l'orgueilleux comparatif matériel, ce faux négateur de la conformité. Les moutons disent : « La confiance en soi est l'aversion du conformisme » - Emerson - « Self-reliance is the aversion of conformity ». Ne pas prendre position est plus rare que s'insurger. | | | | |
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| proximité | | | Les naïfs cherchent la proximité dans la même longueur d'ondes, les savants - dans la même largesse de vues, les poètes - dans la même hauteur du regard. | | | | |
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| proximité | | | Jadis, le choix de repères fut si vaste, que le simple fait de s'exprimer sur une coordonnée donnée créait de la proximité. Aujourd'hui, la dimension socio-économique devint la seule, où les hommes se manifestent. Dans la linéarité ou la platitude toutes les distances se valent ; la vraie proximité n'y est plus. | | | | |
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| proximité | | | En fait de théologie, le catholicisme sent le droit romain et l'orthodoxie - le sophisme grec ; c'est pourquoi l'orthodoxie m'est plus sympathique. Ce ne fut peut-être pas un hasard, que Bacchus se réduisît au flacon et Dionysos - à l'ivresse sans orphisme, qu'Hermès finît par s'associer au plus noble des métiers, la traduction de messages, l'herméneutique, tandis qu'Hermès - au plus vil, le commerce, le (argent) médiateur (medius currens). Hermétique, plutôt que mercantile. L'uni-vers latin - le di-vers rabaissé ; le cosmos grec - l'ornement rehaussé. | | | | |
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| proximité | | | Le Big-Bang, les particules élémentaires, le temps, la lumière, la vie, le bon et le beau – quoi qu'on touche, dans la création divine, tout n'est qu'époustouflantes énigmes ! Rien de bêtement géométrique ou mécanique. Dieu répugnait à la simplicité, il Lui fallait notre consternation et perplexité perpétuelles. « Dieu n'a créé que des mystères »* - Dostoïevsky - « Бoг coздaл oдни зaгaдки ». | | | | |
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| proximité | | | La largeur de la mansuétude, la longueur de la longanimité, la profondeur de la grâce, la hauteur de l'espérance (St-Augustin) - cela permet bien de constituer une vraie Croix, mais seule la hauteur la distinguera d'une simple potence. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un tragédien, devant un public n'osant pas pleurer. (« Dieu est un comique, qui joue devant un public, qui a peur de rire » - Voltaire). Les sots écrivent, pour nous faire passer l'envie des larmes ; les naïfs - pour nous les faire venir ; les subtils - pour les recueillir. « L'art sert à nous essuyer les yeux »* - K.Kraus - « Die Kunst dient dazu, uns die Augen auszuwischen » - et la philosophie complète la tâche, en remplissant nos yeux d'éclat ou d'espérances. | | | | |
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| proximité | | | La vérité sacrée ou le sacré véridique n'émeuvent ni convainquent que l'idiot du village. La religion ne crée que dans le rite, et la philosophie - que dans le sophisme. « Pour la religion n'est vrai que le sacré ; pour la philosophie n'est sacré que le vrai » - Feuerbach - « Der Religion ist nur das Heilige wahr, der Philosophie nur das Wahre heilig ». Le sacré et le vrai réunis ne s'entendent que chez le poète. | | | | |
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| proximité | | | Le nihilisme, et non pas l'athéisme ou le panthéisme, est le véritable antagoniste de la vraie foi. Celle-ci explique les origines et déduit les fins ; le nihilisme, c'est la libre sophistique des sources et la libre dogmatique des finalités, la vénération et l'espérance ne découlant pas du passé et n'étant pas tournées vers l'avenir, mais remplissant le présent plein de magie. Le nihilisme est le fond altier de la foi, comme le panthéisme est « la forme altière de l'athéisme » - Schopenhauer - « die vornehme Form des Atheismus ». | | | | |
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| proximité | | | Il faut s'attacher à l'invisible impérieux et se détacher du palpable superflu ; et l'attachement et le détachement doivent servir à faire entendre notre musique, pour laquelle trouveront leurs instruments et leurs interprètes la faiblesse et la puissance, la fierté et la honte, la passion et la paix, l'ambition et l'humilité, la maîtrise et la simplicité. L'harmonie entre ces deux versants est peut-être ce qui est à l'origine de son propre regard : « C'est la honte ou la fierté, qui me révèlent le regard d'autrui »*** - Sartre. | | | | |
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| proximité | | | Quand j'entends que Dieu est un être suprêmement intelligent (Descartes) ou un étant absolument infini (Spinoza), je suis tenté de trahir mon goût du superlatif, pour m'accrocher au positif, à portée d'un cœur naïf et d'un esprit humble. | | | | |
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| proximité | | | Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines. | | | | |
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| proximité | | | Le mérite principal de l'Évangile est d'avoir chanté (plutôt que narré) la défaite (et non pas un triomphe dissimulé, comme le présentèrent, plus tard, les clercs). « C'est quand on est vaincu qu'on devient chrétien » - Hemingway - « It is in defeat that we become Christian ». Quand on est vainqueur, l'épreuve est encore plus subtile : prouver d'être chrétien, en y décelant une défaite cachée et profonde. | | | | |
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| proximité | | | Les simplets se limitent à modéliser les objets, les subtils commencent par les relations. Le Créateur s'y connaissait : « Le nom du Père n'est pas le nom d'une essence ni d'une action, c'est le nom d'une relation » - Grégoire de Nazianze - et le but de notre ancrage à la Création y serait de la rendre transitive : créer l'œuvre, comme le Père procrée le Fils consubstantiel, elle, l'œuvre d'esprit, procéderait de l'âme par le talent - une réplique humaine des relations trinitaires. | | | | |
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| proximité | | | Rien ne dépasse l'arbre en évocations métaphoriques : je plonge dans ses racines pour peindre ses cimes, je me nourris de sa sève pour en chanter les fleurs, j'en attise la soif de lumière, à l'ombre de ses ramages. « Dans l'arbre règnent terre et ciel, divins et mortels » - Heidegger - « Im Baum wallen Erde und Himmel, die Göttlichen und die Sterblichen » - bien que, chez les hommes, les choses se simplifient : le trépas divin s'annonce par tous et partout, la mortalité humaine ne tracasse pas plus que l'usure des transistors, la voix du ciel devient inaudible - il ne reste aux hommes que l'unité de l'Un, de la pauvre terre, c'est à dire de la platitude. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu miséricordieux et ironique apprécie la fidélité parmi les ruines et le sacrifice de l'édifice achevé. Les dieux vengeurs claironnent leur préférence pour la justice ou l'équité. | | | | |
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| proximité | | | La croix camarguaise me fait penser, que l'amour n'est qu'un point intermédiaire, pour que la Croix devienne ancre : « La Croix grandie devient Ancre » - J.Donne - « Crosses grow anchors ». Destiné à quelqu'un, qui est voué au naufrage, c'est un geste de compassion. Ne pas décourager avec une simple pierre, oser d’être captieux avec le symbole de l'espérance accroché à ton cou. La Croix faisant entrevoir un parachute serait autrement plus vacharde. | | | | |
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| proximité | | | Tout dans la nature divine, c’est-à-dire dans la matière et dans l’esprit, est très compliqué et littéralement inépuisable en mystères. La culture humaine est la tentative d’imiter le Créateur, elle ne peut donc être que compliquée ; l’homme blasé se tourne vers le simple, qu’il proclame sa nature, et qui s’avère toujours être tout simplement bête. | | | | |
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| proximité | | | L’esprit n’aurait pas pu imaginer la réalité (même la plus simple, la matérielle), s’il ne l’avait pas vue. Plus qu’invraisemblable, la réalité est impossible, pour un esprit impartial. « Inintelligible, ininventable par l’esprit, et – cependant visible ; le dieu ne peut être que dans cette direction »** - Valéry. Et cette direction est encore plus flagrante, si, au-delà de la matière, nous poussons jusqu’au Vrai, au Beau, au Bien. | | | | |
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| valéry p. | | | Rien n'est qui ne se puisse voir d'un peu plus près ou s'exprimer avec un peu plus de signes et de variables. | | |     | |
| | proximité | | | Le tout est de savoir interpréter les substitutions des anciennes variables et d'imposer le respect des nouveaux signes (« le parfait impose l'inachèvement »***). La réalité, d'après cette naïve et géniale définition (surclassant l'immanence, asiatique ou spinoziste, et la docte falsifiabilité de Popper) et contrairement aux représentations, est tout bonnement la perfection. « L'être a toujours des réserves » - Heidegger - « Sein ist immer vorrätig ». En revanche, on épuise vite toutes les variables, en modélisant les centaures ou les licornes. | | | | |
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| russie | | | Il y a plus de choses qui appellent, chez le Russe, l'étonnement ou l'écart que le constat ou la filiation. L'apprentissage de la complexité ne le rend que plus fasciné par l'étonnante simplicité de ce qui est grand ou de ce qui a vraiment besoin de liberté : « La liberté est moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres » - Tocqueville. Il tient à l'enfance du regard, il tient en piètre estime la maturité des pieds. | | | | |
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| russie | | | L'âme russe n'a pas la trempe asiatique, ni ses pas - la prudence européenne. La première se grise d'innocentes libations ; les seconds s'embrouillent sans indicateurs érigés par la volonté défaillante. | | | | |
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| russie | | | Une jolie illustration de la différence entre la gloriole française et l'humilité russe : les nombres premiers s'appellent, en russe, - nombres simples (простые числа). | | | | |
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| russie | | | Partout, avec du savoir acquis s'affine la délicatesse des sentiments. La seule exception - la Russie, où plus sauvage est l'homme plus il y a de chances de lui trouver de la subtilité du cœur. | | | | |
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| russie | | | La simplicité est la manifestation la plus immédiate de la noblesse ; les aristocrates russes, tels Pouchkine et Tolstoï, en font preuve, en baissant les yeux devant leurs nourrices ou moujiks, attitude inconnue ailleurs. | | | | |
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| russie | | | La seule puissance que l'Européen reconnaît est celle qui se traduit en actes, tandis que tout ce qui est fort chez le Russe reste, inexprimé, dans son âme béate et fébrile. De même, une espérance gratuite russe est souvent prise pour un noir désespoir. « La simplicité russe, horrible et dépravante, dans laquelle des phrases mystiques couvrent un cynisme naïf et impuissant » - Conrad - « Russian simplicity, a terrible corroding simplicity in which mystic phrases clothe a naïve and hopeless cynicism ». Le cynisme n'étant horrible et dépravant que lorsqu'il est calculateur et puissant, cette définition, à défaut de formuler un problème justifie un mystère. D'après S.Lem, l'auteur de Solaris, ce n'est pas de ce livre que s'inspira Tarkovsky, dans son film éponyme, mais de Crime et Châtiment. Aujourd'hui, c'est pire : les Frères Karamazov se tournent, même par les Russes eux-mêmes, comme si c'était Solaris. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ont la naïveté de vénérer les pierres sacrées de l'Europe, sans en avoir l'intuition du prix. L'Europe ne cherche plus à convertir ou à séduire, elle veut se vendre, comme tous les autres. | | | | |
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| russie | | | Dans la vision de l'expérience soviétique, chez les Européens, il y a tant de simplifications à l'excès : elle serait, d'après eux, une machination diabolique de bestialisation des hommes, tandis qu'il s'agissait d'une entreprise angélique de transformation des humains en anges. Qui finiront par devenir des bêtes, comme le savait si bien Pascal. | | | | |
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| russie | | | L'œil russe est ravagé par le doute vital, mais son oreille est bizarrement trop perméable aux certitudes puériles. L'œil européen est dévitalisé par des certitudes mécaniques, mais son oreille est munie de filtres subtils du doute. Le regard russe et l'ouïe européenne - les slavophiles ; le sens oculaire russe et le sens auditif européen - les occidentalistes. Les premiers sont plus intelligents. | | | | |
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| russie | | | Par-donner (ver-geben, for-give), pourquoi ce donner autoritaire ? En russe, c'est pire, простить signifiant carrément rendre à la liberté, rendre simple (простой). En latin, ignosco se réduirait à tout simplement fermer les yeux, ce qui serait le plus juste et le plus noble. | | | | |
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| russie | | | La musique de l’homme de culture devenant inaudible, le brouhaha de l’homme de nature, en Russie actuelle, simplifie sa conversion vers les cadences américanisées aculturantes, c’est-à-dire vers la robotisation. « Russes et Chinois ne sont que des Américains encore pauvres » - Kojève – la conversion du mouton, toutefois, s’avère plus spontanée et réussie que celle de l’homme. | | | | |
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| dostoïevsky f. | | | Наивно-торжественного довольства собою в русском человеке совсем даже нет, даже в глупом.
On ne trouve aucune trace de cette suffisance naïve et hiératique, chez le Russe, même chez le sot russe. | | | | |
| | russie | | | Car, dans toute voix d'homme, il devine les parts du chérubin, de la fourmi, du cochon, du vautour, du caméléon. La suffisance, c'est la foi en un seul dictionnaire, écrit par l'intérêt et appris par cœur. Mais cette absence de suffisance intérieure va de pair avec le peu d'exigence extérieure, ce qui prive la vie matérielle et politique russe et de grâce et de liberté. | | | | |
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| tchékhov a. | | | Талантливый человек в России не может быть ни чистеньким ни трезвым.
Un bel esprit, en Russie, ne peut être ni prude ni sobre. | | | | |
| | russie | | | Malheureusement, les esprits dénués de tout talent y présentent les mêmes symptômes. Un bel esprit se fait remarquer par l'ivresse à la simple déclamation des étiquettes. | | | | |
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| russell b. | | | They are a nation of artists, down to the simplest peasant ; the aim of the Bolsheviks, this aristocracy of Americanised Jews, is to make them industrial and as Yankee as possible.
Jusqu'au dernier des paysans, c'est une nation d'artistes ; et les bolcheviques, ces aristocrates juifs américanisés, cherchent à les rapprocher au maximum de l'industrie et des Yankees. | | |  | |
| | russie | | | Mais la Terre promise s'avéra terre brûlée. Les chaînes de montage tournèrent vite en quelques chaînes de servage de plus. Artiste dans l'âme, esclave dans la tête, vagabond dans l'esprit, il prouve une seule chose – sa vraie vie est ailleurs. | | | | |
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| valéry p. | | | La Russie, naïve, mystique, sensuelle, a reçu pour premiers enseignements ceux des écrivains français, immunisés et rompus aux contradictions, et ceux des philosophes allemands, les plus extrêmes dans leurs déductions. | | | | |
| | russie | | | Les élèves comprirent tout de travers : des leçons de la philosophie allemande sont sortis les nihilistes mystiques (Dostoïevsky, Berdiaev, Chestov) et des images de la littérature française - les anarchistes naïfs (Kropotkine, Bakounine, Tolstoï). Seul, le poète, tendre, sensuel, déchaîné, est resté en accord avec ses notes nationales, mais l'acoustique du russe l'isole de l'Europe. | | | | |
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| chœur solitude | | | INTELLIGENCE : On affûte son intelligence dans le commerce des hommes ; ce n'est qu'en solitude qu'on comprend, que la naïveté peut être un bon bouclier. La multitude abrutit les sens, mais aiguise l'intelligence ; la solitude fait l'inverse. C'est seulement en multipliant mes interlocuteurs moqueurs au fond de moi-même, que je peux maintenir mon esprit en l'état de marche. | | | | |
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| solitude | | | Je sors de ma tanière, hagard et naïf ; je glisse vers vos forums ; je tends ma main en espérant, comme toujours, que quelqu'un la serrera fraternellement. Et, comme toujours, on y met soit de l'argent, pour que je subsiste, soit un pavé, pour que je résiste, soit un numéro, pour que j'existe. | | | | |
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| solitude | | | Pour les critiques, le style est ce que d'autres critiques avaient relevé chez un classique - une vision mécanique et naïve. « Un romantique, c'est la solitude, qu'elle soit rebelle ou résignée ; être romantique, c'est perdre le style » - Weidlé - « Романтик есть одиночество, все равно - бунтующее или примирённое ; романтизм есть утрата стиля ». Le style, c'est le regard, c'est à dire union d'une personnalité, d'une intelligence et d'une volonté, tout appuyé sur un talent. | | | | |
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| solitude | | | La supériorité de Rocinante sur Bucéphale, Pégase ou Incitatus : on ne l'imagine pas en troupeau ou en assemblée, bien qu'il s'apparente à l'âne. « Ab equis ad asinos » - un retour chétif effaçant la honte d'un aller naïf. | | | | |
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| solitude | | | Je suis d'autant plus seul, que je prends l'habitude de fréquenter l'homme inventé. L'homme des cavernes, l'homme d'une île déserte, l'homme de la terre, l'homme du mot ou du regard sont tous des créatures inventées, auxquelles j'offre mon amitié et ma simplicité. Mais l'homme du forum m'encercle et me rend hargneux, biscornu, compliqué et infiniment seul. | | | | |
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| solitude | | | « À nous deux ! » - commence naïvement un révolté pour finir fatalement dans un pugilat de foire. Avant tout combat, vérifie, que tu es toujours seul. Alors seulement, je pourrai dire, que « tout ce qui est grand s'édifie dans la tempête » - Platon (à la place de s'édifier dans, passif mais noble, d'autres traductions donnent, par ordre de dynamisme croissant : s'exposer à, se tenir dans, se dresser dans). | | | | |
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| solitude | | | La première des quêtes de l'homme est celle d'une consolation définitive sous forme d'une image, d'une pensée ou d'une foi, visible et intelligible par les autres, c'est-à-dire d'une idole. À coups d'âge, toute idole se fissure et plonge ainsi tout habitué des forums dans un désespoir. La seule consolation durable réside dans les ruines d'une solitude, où mon étoile m'inonde d'une espérance illisible. « Dum spero, spiro… ». La lisibilité finit toujours par désespérer ; ceux qui ne vont pas au terme de la lecture croient naïvement, que la compréhension console. Consolent les énigmes. | | | | |
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| solitude | | | Le drame de la solitude, lorsque toutes les sources de mes larmes, de joie ou de peine, se retrouvent aux lieux désertiques. « Car mon pis et mon mieux sont les plus déserts lieux »**** - Marie Stuart (nos excellents Anglais traduisirent : « All things good and bad have lost the taste they had » - insurpassable niaiserie !). L'aristocratisme du goût me condamne au non-partage de mes fardeaux et de mes cadeaux, même avec ma mignonne (Ronsard). À moins que j'aie le courage de Pétrarque : « Plus désert est le rivage, plus belle est l'ombre, que ma pensée y jette » - « Più deserto lido, più bella il mio pensier' l'adombra », ou la naïveté de Poe : « Tout ce que j'aime - je suis le seul à l'aimer » - « All I lov'd - I lov'd alone ». | | | | |
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| solitude | | | Il est rare, qu'une simple négation de la bassesse me propulse vers la hauteur ; c'est bien naïf de croire que « la grandeur ne peut être que solitaire, obscure et sans écho » (S.Weil), puisque la netteté et le brouhaha s'associent aux foires actuelles ; la négation est un moyen mécanique, et l'exclusion organique se fait plutôt par contraintes que par moyens. | | | | |
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| solitude | | | Le solitaire naïf succombe facilement à l'orgueil ; le solitaire lucide - et bon calculateur ! - y cultive l'humilité, puisque la solitude, c'est surtout l'absence de bons outils de mesurage, et se placer en bas de l'échelle oblige à en imaginer de nouvelles balances et de nouveaux points zéro. | | | | |
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| solitude | | | La vraie négation est le regard ailleurs. Faire toujours le contraire est aussi du mimétisme. Etiam si omnes, ego non (St-Pierre, avant de trahir Jésus, ou Louis XIII, pendant qu'il se pliait comme tout le monde devant Richelieu) - Tous peut-être, mais pas moi - une manière naïve de rejoindre le troupeau, dont le beuglement couvre le chant du coq. | | | | |
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| gracián b. | | | Antes loco con todos que cuerdo solo.
Mieux vaut être fou avec tous que sage tout seul. | | | | |
| | solitude | | | Pourtant, ce n'est pas de la subtile folie, mais bien de la subtile sagesse. | | | | |
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| souffrance | | | Ce vide béni, qui n'existe que grâce au trop-plein de ce qui se concentre autour, cavité entretenue par ton souffle, non vacuité traversée par l'haleine du siècle. Comme le goût béni de la simplicité vitale, rompue à tous les piments de la complexité tribale. « C'est des intenses complexités qu'émergent les intenses simplicités » - Churchill - « Out of intense complexities intense simplicities emerge ». | | | | |
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| souffrance | | | La meilleure source d'une morale : la dérangeante certitude qu'un être, plus subtil que moi, souffre plus que moi pour cause d'injustice. L'incrustation, c'est, aujourd'hui, l'opération de survie par excellence ; comment s'étonner, que les meilleures perles y échouent ou s'y refusent ! | | | | |
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| souffrance | | | Ceux qui se vautrent dans la platitude indolore voient dans la vie une misère ; n'y voient, nettement et honnêtement, de la grandeur que ceux qui sont projetés dans les affres de la souffrance. Les pyrrhoniens et Pascal y voient simultanément les deux, ce qui les rend purs sophistes. | | | | |
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| souffrance | | | La nature de la souffrance est fonction de notre verticalité : elle est d'une vaste platitude, chez les bons terriens ; elle est profonde, c'est à dire bien justifiée, chez les esprits puissants ; elle est vibrante, comme toute hauteur vécue par des anges, ces déracinés de la terre. Il est naïf de croire, que « la cause de la souffrance, c'est l'ignorance » - Dalaï-Lama - puisque le bonheur, le savoir ou les ailes peuvent changer le lieu de nos lancinations, mais non pas leur amplitude. | | | | |
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| souffrance | | | L'algorithme vint se substituer aux trois origines de nos parcours vitaux : au destin, au hasard, au mérite. Les naïfs continuent, pourtant, d'évoquer les ombres disparues. « Seuls les malheureux croient encore en Destinée ; les heureux, eux, attribuent leurs succès à leurs propres mérites » - Swift - « The power of fortune is confessed only by the miserable, for the happy impute all their success to prudence or merit ». Ils ne veulent pas reconnaître qu'un calcul, bas et précis, détermine leurs vies, réduites aux pas intermédiaires d'un projet collectif. Personne ne cherche plus une consolation, vague mais haute, du premier pas ou du pas dernier, qui sont les deux limites inaccessibles du nec plus ultra ? | | | | |
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| souffrance | | | Le moi impondérable est attiré par la hauteur intemporelle. Le moi terre-à-terre part toujours de la vacuité journalière et vise les horizons éternels, mais il est moins qu'un pont, un simple bac branlant. La création, par le premier moi, en est le seul passager. Ne pas me transformer en radeau du naufragé, ne pas me laisser entraîner par le courant du quotidien. Ne pas voir dans la corde au cou une destinée de batelier, mais un salut de noyés. | | | | |
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| souffrance | | | Toute pensée de la vie tourne, inexorablement au poison ; trois attitudes possibles : ne plus y toucher (les prosaïques), s'inventer des antidotes anesthésiants (les sages), y goûter (les poètes), en l'injectant sous la peau à doses artistiques, pour le transformer en simple excitant. | | | | |
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| souffrance | | | Ces misérables et naïves proclamations des philosophes, voyant dans la passion de connaître le motif de leurs exercices. Je le verrais plutôt dans le désir de caresser : caresser, avec une humble pitié, la souffrance humaine et caresser, dans un style fier, le langage de la découverte du monde. | | | | |
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| souffrance | | | Homme orgueilleux, je sais, que c'est la simplicité qui fait le mieux cicatriser les plaies au-delà des épidermes. Mais je sais aussi, qu'aux yeux des sages la simplicité n'est que bouffonnerie, aux yeux des sots - impuissance, et à mes propres yeux - chute. « Garde pour toi la conscience de ta faiblesse, pleine et éblouissante » - M.Boulgakov - « Сознание своего полного, ослепительного бессилия нужно хранить про себя ». Pense à l'Agneau sacrifié et sanctifié, « la Souffrance et la Faiblesse glorifiées » (Balzac). | | | | |
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| souffrance | | | Une intuition naïve fait naître la pensée - d'un danger. Ce qui explique la manie du minable à évoquer des cataclysmes dictant ses pensées ahuries et dangereuses. La haute pensée est à l'abri des basses contagions, et il est bête de croire, que « penser haut est dangereux » - proverbe latin - « altum sapere periculosum ». C'est dans les foires, médiatiques ou universitaires, que même le penser bas, sans parler de penser tout court, est proclamé dangereux. La meilleure demeure de la pensée est la solitude, hermétique aux poisons et immunisée contre les morsures. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance : se rendre compte que sur le chemin vers le malheur on n'ait commis aucune erreur. Avoir suivi, scrupuleusement, l'impératif catégorique, évangélique ou kantien, cette fumeuse et naïve loi universelle, même si elle existait, - ne t'immuniserait nullement contre le mal. | | | | |
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| souffrance | | | Quel que soit le sens qu'on donne à opium du peuple - suspension du questionnement, foi ou espérance - même la tête la plus subtile n'échappe pas à ce besoin vital ; son opium sera : la dogmatique, pour calmer son angoisse, la sophistique, pour caresser son amour-propre, l'ironie, pour les alterner. L'angoisse allonge les bras, la requête approfondit les choses, l'espérance rehausse le regard. « En tout cas, l'espérance mène plus loin que l'angoisse » - E.Jünger - « Auf alle Fälle führt die Hoffnung weiter als die Furcht » - ce qui explique l'effet de l'opium des intellectuels (R.Aron). | | | | |
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| souffrance | | | Pour une tragédie, le conflit est une trame trop commune, facile et simple ; les crépuscules de la Beauté en sont une grande et belle ! C’est pourquoi Tchékhov est le plus grand tragédien. | | | | |
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| souffrance | | | D'un naïf, on cherche à arracher un sourire, et d'un artiste - une larme. Dans les deux cas - l'accroissement d'ambigüités ou d'inconnues de ton arbre. Quand on manie de belles variables, on peut s'attendre à de belles substitutions. Ceux qui ne manient que les constantes, les '+' et les '-', ne méritent ni rires ni pleurs. | | | | |
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| cervantès m. | | | A todos los desdichados sobra, a los cuales suele ser consuelo la imposibilidad de tenerle.
Aux malheureux sert de consolation l'impossibilité de pouvoir être consolés. | | |  | |
| | souffrance | | | L'espoir berce le naïf, le désespoir tient en éveil le sage. Et la pire détresse serait l'absence de détresses (Hölderlin). « La vérité du bonheur naît sur le fond de l'échec »*** - Jaspers - « Die Wahrheit des Glücks entsteht auf dem Grunde des Scheiterns ». Le désespoir du naïf, c'est le bonheur qui s'en aille ; l'espoir du sage, c'est l'art de supporter le malheur. « Malheureux est celui qui ne sache pas supporter son malheur » - Bias – le désespoir n'est écrasant que si l'on manque d'espérances impondérables. | | | | |
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| vérité | | | Les sophistes, ceux qui vendent des vérités aux ratés bien en vie, me sont plus sympathiques que les positivistes, ceux qui les acquièrent en usufruit auprès des triomphateurs mourants. | | | | |
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| vérité | | | La quête de la vérité de modélisation ayant pour but l'adéquation avec la réalité, ou bien la vérité résultant de l'évaluation d'une re-quête dans le contexte d'un modèle. Le charlatanisme ou l'imposture sont aux origines respectives de ses deux vérités, qui s'ignorent. Les moins exigeants des chercheurs de la vérité l'identifient même au simple fait d'être raisonnable : « La vérité du don suffit à annuler le don » - Derrida. | | | | |
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| vérité | | | Spinoza : un délirant se donnant l'air savant ; Heidegger : un savant cherchant l'air délirant. Le premier prétend, naïvement, prouver des vérités éternelles ; le second, lucide, invente sa propre notion de vérité, valable dans une seule maison de l'être, son langage. Le sérieux d'un jargon mal maîtrisé ou les jeux d'un langage à créer. | | | | |
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| vérité | | | Tant de sophismes n'auraient jamais vu le jour, si la manipulation de la négation n'avait pas été si malaisée : Platon, incapable de nier une relation ternaire (par ex., ressemblance dans son Parménide) ; Shakespeare (« Nothing is but what is not »), ne distinguant l'universel d'avec l'existentiel ; Kant se ridiculisant avec froid et obscur en tant que des négations de chaud et de lumineux ; Hegel, confondant la complémentaire et la négation (tout comme Jankelevitch : « La négation exprime une altérité, mais non point un néant ») ; Le plus lucide est peut-être Sartre, faisant de variables rien et personne des instances de néant. | | | | |
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| vérité | | | La science a deux objets de recherche : traquer la vérité dans un modèle monotone ou briser la monotonie en améliorant le modèle. L'art ne peut avoir que la seconde de ces ambitions ; mais la plupart des artistes s'imaginent naïvement poursuivre la première. | | | | |
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| vérité | | | Devant un discours polémique, la première interrogation fiduciaire du sot : est-il vrai (dans le contexte du modèle ordinaire) ? Celle d'un homme subtil : quel peut être un modèle original, qui le rendrait vrai ou faux ? | | | | |
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| vérité | | | L'accord du discours avec la réalité - telle est la vision de la vérité du naïf et du savant ; mais le sujet, éliminé ici du débat, a sa réalité et surtout son modèle ; le même discours peut se bâtir au-dessus des modèles incompatibles et être confronté aux réalités différentes. Il vaut mieux oublier la réalité (qui ne doit pas apparaître avant la recherche du sens d'un discours interprété) et laisser l'interprète conceptuel juger de la vérité du discours dans le contexte du modèle. | | | | |
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| vérité | | | La même naïveté, chez les candides et chez les écolâtres : le sens de l'existence serait de rester fidèle à quelques convictions acquises de haute lutte : « Il faut trouver une Idée vraie et ne jamais céder sur ses conséquences » - Badiou. Ils ne comprennent pas que : - les idées, en dehors de la science, ne valent rien sans métaphores ni élan (la chose n'y est vraie que si elle est belle ou bonne), - l'opiniâtreté est ridicule là où l'on cède à la musique, - le beau et le bon tirent non pas vers des déductions, mais vers des séductions. Toutefois, sans la hauteur, le dogmatisme et le relativisme se valent. | | | | |
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| vérité | | | La signification (d'une référence, d'une phrase, d'un énoncé) est l'unification de l'arbre de la requête avec l'arbre interprétatif ; dans le cas le plus simple, la signification naît de la substitution des variables par des constantes (l'ami de l'inventeur de la relativité devenant l'ami d'Einstein ou même Planck). | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a plus ni maîtres ni esclaves ; une vérité réglementaire est respectée par le marché, que devint la société humaine ; le mensonge n'intéresse plus que l'homme libre, le poète, le marginal. Et qu'on était naïf : « Le mensonge est la religion de l'esclave et du maître ; la vérité est le dieu de l'homme libre » - Gorky - « Ложь - религия рабов и хозяев ; правда - Бог свободного человека ». Quand l'ultime rêve est immolé à l'autel de ce dieu des robots (stade suprême de l'esclave - раб, робот), on se moque de sacrifices et ne vénère que la fidélité au syllogisme. | | | | |
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| vérité | | | L'une des joies du maître du mot est d'avoir constaté, chez soi-même, deux propositions contradictoires et de chercher deux langages, dans lesquels chacune est vraie. Le naïf dit : « Mieux vaudrait me servir d'une lyre dissonante que de me contredire » - Gorgias. On comprend d'où viennent vos monumentales cacophonies, mais on se fiche de vos misérables contradictions, dues à la sottise de votre langage unique et commun. Le vrai sage est un inventeur de langages d'art et un musicien d'une vie, dans laquelle même les contradictions ont leur partition harmonieuse. | | | | |
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| vérité | | | On reconnaît une véritable pensée philosophique, c'est à dire celle qui aborde, simultanément, l'esprit, l'âme et la réalité, par sa résistance à toute sape sophistique ; tandis que toute recherche de la vérité, réduite à la simple raison, s'écroule au premier attouchement éristique. Pourtant, c'est, aujourd'hui, la seule raison d'être des professionnels, qui font de la philosophie une savante recherche, facilitant le progrès. | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | Le sot s'éloigne de la vérité, pour rester dans le mensonge, et le sage, pour préparer une vérité nouvelle, et le paradoxe en est un subtil subterfuge. Si la vérité est grande, elle garde sa valeur, et je l'admirerai de loin encore davantage, comme tout ce qui est grand ! Les convictions sont des tentatives, toujours réussies, de serrer, dans mes bras, une vérité paralysée avant d'en essuyer le mépris. Pour parer l'assaut de doxa, rien de plus spontané que des para-doxes. | | | | |
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| vérité | | | Le sophiste déclare, en passant, que toute vérité n'est qu'une valeur parmi d'autres ; le dogmatique s'accroche à la valeur comme si elle était la seule vérité. Seul l'ironiste dispose de beaux domaines de valeurs pour les vérités inestimables. | | | | |
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| vérité | | | Voltaire, contrairement à tous les philosophes titulaires, devait se douter de la différence entre la négation sémantique et la négation syntaxique : « Les deux contraires peuvent être faux. Un bœuf vole au sud avec des ailes, un bœuf vole au nord sans ailes ». Plus subtil serait : ce qu'une bestiole différente du bœuf fait au nord avec autre chose que ses ailes, n'est pas voler ni dérober. Par exemple, un homme au nord donne avec ses mains. | | | | |
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| vérité | | | Quel piètre cogniticien s'avère être Wittgenstein, en s'imaginant, que le travail de l'intellect se réduise à la description de modèles et de faits (Sachverhalte). Tandis que les idées, comparées aux faits, sont d'autant plus nombreuses, que le vrai par rapport au démontrable. Et prendre les idées pour faits, c'est du platonisme naïf. | | | | |
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| vérité | | | Vérité des relations mathématiques, vérité des propriétés physiques, chimiques, biologiques, vérité des faits du passé - tout y est sensé, sérieux et exclut toute polémique terminologique. Mais vérité philosophique - ou poétique ! - est chose si impensable, incongrue, n'offrant pas un seul spécimen crédible, qu'il est effarant de voir le gros de la troupe professionnelle continuer à le professer. Il faut choisir entre sophiste et copiste. Et Platon, tout en maugréant contre les mœurs des sophistes et des poètes, est, lui-même, dans le sophisme et la poésie. | | | | |
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| vérité | | | Partir des vérités, c'est figer le langage ; partir des vraisemblances, c'est partir à la recherche d'un langage. Et puisque la création, c'est la construction d'un langage dans le langage, le sophiste est plus créatif que l'idéaliste. | | | | |
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| vérité | | | Je passe, inévitablement, par la tentation du sophisme - un jour je me dirai : je prouve tout ce que je veux. Mais deux constats finissent par m'en éloigner : primo, quand à ma conviction s'ajoute mon adhésion, et la réalité, miraculeusement, s'y plie (aléthéia d'Aristote, adaequatio rei et intellectus de St-Augustin et d'Averroès, verum et factum reciprocantur de G.B.Vico, l'harmonie préétablie dans l'âme entre la représentation et l'objet de Leibniz, ce qui est rationnel est réel de Hegel - was ist wirklich ist vernünftig, la parole va à l'être, car elle en vient de Heidegger - das Wort geht zum Sein weil es vom Sein herkommt), le significatif rejoignant le formel ou s'y refusant dans l'irrécusable perplexité de Zénon d'Élée ; secundo, quand je comprends, que le choix des choses à prouver joue le rôle des contraintes, que ne s'imposent que le bon goût et la noblesse. | | | | |
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| vérité | | | Les trois catégories d'hommes, en fonction du milieu, dans lequel ils placent la vérité : dans la réalité (les hommes d'action et les naïfs), dans la représentation (les logiciens et les scientifiques), dans le langage (les fanatiques et les poètes). Et ils placent le critère de vérité, respectivement, dans la monstration (adaequatio), dans la démonstration (preuve), dans la création (musique). On a de bonnes chances d'être philosophe, quand on sait accompagner la vérité dans le franchissement de ces frontières, sans trop de dégâts, mais en en changeant d'identité, les frontières gardées par le douanier, qui est le bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Les réserves de naïveté du sage furent plus vastes et plus sonores que les dépôts du savoir du robot, qui va lui succéder. La vérité de Dieu se manifestait mieux dans l'insu de l'artiste que dans l'omniscience du pédant. Et l'art est un rappel, que le manifeste traduit le révélé. | | | | |
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| vérité | | | Trois types de vérité des propositions : la mécanique (sans besoin d'accès aux objets de la représentation, la rarissime), la factuelle (l'accès direct aux faits câblés de la représentation, la plus simple), l'inférée (la déduction à partir des faits, la plus subtile). Les faits câblés sont l'œuvre du libre arbitre du concepteur, ils sont à son effigie. Donc, comme toujours, Hegel est à côté de la plaque : « La vérité n'est pas une monnaie frappée, qui peut être donnée et empochée telle quelle » - « Die Wahrheit ist nicht eine ausgeprägte Münze, die fertig gegeben und so eingestrichen werden kann ». | | | | |
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| vérité | | | Le discours philosophique ne peut porter que sur les thèmes, où le consensus est impensable. Donc, par une simple modification du langage, une proposition vraie y peut être transformée en fausse. Et ils continuent à traquer la vérité dans leurs discours abscons. La vérité, en philosophie, est un attribut, un qualificatif local, sans aucune portée globale ; on devrait y rester avec les objets intelligibles, ou, mieux, avec le sujet sensible. | | | | |
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| vérité | | | Un vrai Narcisse se moque de ce qui est simple ou véridique ; l’objet de son admiration est profond et éphémère. « Pour guérir les Narcisses, il faut leur parler dans la simplicité de la vérité » - Montesquieu - ceux qui pensent, que la simplicité est vraie ou que la vérité est simple, sont niais. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Das Wahre ist einfach und gibt wenig zu tun, das Falsche gibt Gelegenheit, Zeit und Kräfte zu zersplittern.
Le vrai est simple, pas grand-chose à faire avec ; le faux donne l'occasion de fractionner le temps et l'énergie. | | |  | |
| | vérité | | | C'est la maîtrise qui rend l'idée simple ou complexe. C'est par la compétence en faux qu'on reconnaît l'artiste-maître. La performance du vrai est accessible à tout artisan-apprenti. Le faux est soit viol d'un langage ancien, soit introduction dans un nouveau. | | | | |
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| wilde o. | | | The well-bred contradict other people. The wise contradict themselves.
Les gens bien élevés contredisent les autres, le sage se contredit soi-même. | | |  | |
| | vérité | | | Le paradoxe du sage se joue entre deux modèles ou deux langages différents, où la compatibilité n'a pas de sens. Le sot se noie au milieu d'un même modèle ou langage. Par une subtile substitution, le sage peut tomber d'accord avec le sot, qui n'est d'accord qu'avec lui-même. | | | | |
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