| chœur amour | | | BIEN : L'amour est censé, aujourd'hui, faire du bien comme la gymnastique, le code pénal ou les cercles d'anciens combattants. Aimer, c'est oublier la honte, la condition de tout premier pas vers le bien. Donc, aimer, c'est redevenir barbare et laisser un chaos sentimental se substituer à l'ordre moral. Les caresses faisant oublier les rudesses. | | | | |
|
| amour | | | Par analogie avec les Chinois, qui voient dans le détachement spirituel - de la fadeur, menant à une harmonisation du sens, on peut dire que l'attachement sentimental est de la saveur d'un chaos des sens. | | | | |
|
| amour | | | Toute forme de lyrisme, dans le regard des hommes, fiche le camp ; et la culture de la féminité sera peut-être la dernière victime de cet assèchement planétaire ; personne ne comprendra plus Fontenelle : « Il y a trois choses que j'ai aimées, sans rien y comprendre : la musique, la peinture et les femmes » - puisque ces choses seront parfaitement transparentes, accessibles et purement décoratives. | | | | |
|
| amour | | | Chez les écrivains, il y a une énigmatique relation entre la qualité de leurs amours secrètes et le degré de fébrilité de leur style ; mais je ne saurais déterminer où est la cause et où est l'effet. Les amours délicates favoriseraient les classiques (Goethe, Flaubert, Valéry), les amours banales réveilleraient les romantiques (Lamartine, Hugo, Pasternak), les amours vulgaires pousseraient les véhéments (Tolstoï, Nietzsche, Cioran). L'esprit, le cœur ou le corps y sont conducteurs de leurs émois. Mais il semblerait que le plus parfait organe de l'amour fût, malgré tout, l'âme (Goethe serait du même avis) ; et c'est l'exemple unique de Tsvétaeva, qui connut toutes les trois sortes d'amour et n'aima que de l'âme, et qui en est la plus belle et la plus tragique illustration. | | | | |
|
| amour | | | Romantique à l'époque de l'amour romantique, la musique est robotique aujourd'hui, où, dans les cœurs des hommes, règne le robot. Ce qui se déroule entre deux amoureux peut être deviné d'après l'époque, dans laquelle ils se plongent : « Le jeu des deux sexes, c'est de la musique pure » - Kontchalovsky - « Игра двух полов — это чистая музыка » - de la pureté troublante ou aseptisante. | | | | |
|
| amour | | | La figure de l'amour vit de métamorphoses : le romantisme le transfigure et la familiarité - défigure. Quand on en aura un portrait fidèle, il sera juste bon pour un boudoir ou pour une cuisine. | | | | |
|
| amour | | | Le mystère est présent aussi bien dans l'être du réel que dans le devenir - devenir soit de l'inertie algorithmique (voulue par Dieu, sous forme de science ou d'apprentissage), soit de la création (artistique ou sentimentale). L'invention inspirée paraît se rapprocher davantage du fond du réel que de la représentation rigoureuse ; l'invention, c'est l'imagination non maîtrisée par la volonté ; et quand la poésie anime l'imagination, c'est le beau se fusionnant avec le bon et produisant l'amour, cette poésie de l'imagination. La poésie de l'intellect (Valéry), c'est également de l'invention heureuse. Aimer, c'est s'arracher à l'inertie de la cervelle et se laisser guider par l'invention du cœur. « L'amour est une espèce de poésie » - Platon. | | | | |
|
| amour | | | La rhétorique ou l'imagination classiques, le rêve ou la sensibilité romantiques, le fantasme ou la folie postmodernes - cette dégringolade terminologique reflète fidèlement, pourtant, un progrès vers plus d'authenticité - le don sous-jacent, qu'il s'agisse de la créativité ou du frisson, est de nature érotique. Comme si le corps voulut prendre sa revanche sur l'esprit, la caresse se plaçant au même niveau que le bon et le beau. | | | | |
|
| amour | | | La famille cultive les sédentaires, le travail assagit le rétif et l'atelier inocule le robot ! Comment ne pas comprendre, que « l'amour errant a semblé aux romantiques plus poétique que la famille, et le vol que le travail, et le bagne que l'atelier » - Michelet. | | | | |
|
| amour | | | Le culte ignoble de la paix d'âme, dans l'Antiquité, découle, peut-être, de l'absence de la femme des horizons intellectuels et même sentimentaux. À comparer avec le rôle des maîtresses à la Renaissance ou avec les salons des élégantes parisiennes au siècle des Lumières. Avec la femme en point de mire, déboulent des chantres, des chevaliers, des musiciens et se sauvent les sages raseurs. | | | | |
|
| chœur art | | | SOUFFRANCE : De tous les temps, il existaient l'art des repus et l'art des souffrants, l'amusement et la musique. L'amuseur public l'emporta largement sur les muses pleureuses. La souffrance projetait de la gravité sur les classiques, de la stridence sur les romantiques. Elle disparut des écrans de notre siècle échotier, au service de l'allégresse. | | | | |
|
| art | | | Tout l'art est dans le parcours (imaginaire) du grain à l'arbre. J'ai beau n'évoquer que des rameaux, des fleurs ou des ombres, on doit pouvoir remonter au grain et deviner l'arbre. L'art classique, c'est se concentrer aux extrémités ; l'art romantique, c'est se réfugier dans les ramages. La sensation d'éternité, le sentiment qu'il me reste peu de temps à vivre. | | | | |
|
| art | | | Je n'apprécie pas la verticalité de la lumière de midi, si chère à Nietzsche, je tiens à la verticalité des ombres, que réussissent le mieux les matinaux, ceux qui vivent des commencements. L'école romantique qualifiait de penseurs matinaux - les pré-socratiques, ce qui est un beau compliment. | | | | |
|
| art | | | Le romantisme d'antan, ce fut de faire parler les bêtes ou les choses. Aujourd'hui il faut faire parler les concepts, mais le plus difficile, c'est de faire taire les hommes. | | | | |
|
| art | | | Romantisme : repousser le présent avec les moyens les plus modernes - la meilleure recette pour devenir classique à l'époque suivante. Donner au caprice la force d'une nécessité ; enlever à la nécessité sa couche d'ennui suranné. Affaire de don pour de nouveaux langages. | | | | |
|
| art | | | Le classique : peindre sans horizons ; le romantique : ne peindre que des horizons ; l'ironique : par une prise de hauteur rapprocher l'horizon - de l'herbe sous nos pieds. | | | | |
|
| art | | | Le romantique crée un nouveau lecteur ; le classique en profite pour le combler. Le non romantique, hautement fervent, se traduit facilement en un oui classique, profondément altier. On n'est jamais classique, on le devient. On ne devient jamais romantique, on l'est. | | | | |
|
| art | | | Un étrange avantage des poètes d'aujourd'hui : l'insensabilité à la honte - ne pas penser, qu'au lieu de s'attendrir, on peut éclater de rire, à la lecture de leur chaos, chaos verbal, sentimental et mental. | | | | |
|
| art | | | Les quatre éléments offrent à la poésie ses quatre facettes : la poésie de la terre - le mythe, la poésie de l'eau - le naufrage, la poésie du feu - le romantisme, la poésie de l'air - la musique. | | | | |
|
| art | | | L'âme et l'esprit sont deux fonctions d'un même organe inconnu ; le romantisme se sert de l'âme comme le classicisme - de l'esprit. Seulement, il ne faut pas pousser trop loin sa fidélité, puisque derrière l'esprit se vautre la raison de reptile et derrière l'âme guette la folie de volatile. La reptation semble l'emporter, en séduction, sur la chute ; le romantisme humaniste s'étiole, et le classicisme conduit vers une culture mécaniste. | | | | |
|
| art | | | Tout art s'occupe du sentiment, et en fonction de l'origine de ce sentiment, il y a trois sortes d'artistes : ceux qui communiquent leur propre sentiment, ceux qui peignent un sentiment anonyme, ceux qui réveillent notre sentiment à nous – les lyriques, les épiques, les romantiques. Savoir distinguer entre ces trois démarches est signe d'un bon goût. | | | | |
|
| art | | | Tous les sots proclament leur attachement infaillible au fond, tout en faisant preuve de leur impuissance dans la forme. Ils ne comprennent pas, que le fond humain est commun, et mieux on le comprend, plus on cherche à le réduire à la banalité, tout en cultivant son propre style. Et Gide le comprend de travers, confondant le fond et la forme : « Le grand artiste classique travaille à n'avoir pas de manière. Il s'efforce vers la banalité » - puisque la manière commune (introduite par des romantiques) est aussi une manière (que le classique consacre). | | | | |
|
| art | | | Il faut être classique par le fond et romantique par le ton : concevoir, par son soi connu, le monde entier, et oublier le monde entier, en prêtant l'oreille à son soi inconnu. | | | | |
|
| art | | | De quelle hauteur contemples-tu la vie ? - telle aurait dû être la première question à poser à l'artiste. Toute profondeur n'est que minérale ! « Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d'art, c'est la profondeur vitale, de laquelle elle a pu jaillir » - Joyce - « The supreme question about a work of art is out of how deep a life does it spring ». N'est vitale que la soif, que la hauteur de ta fontaine est capable d'entretenir. Les meilleurs créent cette fontaine, près de laquelle ils vivent leur meilleure soif. « La perfection d'une méta-forme, cette alchimie lyrique, qui n'étanche jamais la soif de ses créateurs »** - Pasternak - « Совершенство сверхформы, алхимизм лирики, никогда не утоляющий главной жажды его создателей ». | | | | |
|
| art | | | Le romantisme nous fait quitter la vie, il invente un chemin, qu'emprunte ensuite le classicisme pour nous faire rentrer dans la réalité – l'éternel retour de la même création. « Le romantisme nous évite des collisions avec la réalité et contribue à la préservation de l'optimisme » - Chestov - « Романтизм оберегает людей от столкновения с действительностью и способствует сохранению прекраснодушия ». | | | | |
|
| art | | | En témérité des liaisons, le physicien est souvent poète. Le quark, exhibant sa couleur et son arôme ! L'incertitude quantique : je suis onde et je suis matière ! Un chaosmos ! C'est ainsi que je devrais voir ma lumière ou mon livre ! Mieux vibrer à l'évocation d'une onde, plutôt que d'un corpuscule (« poésie, percevoir l'onde plus que le corps »*** - Valéry). | | | | |
|
| art | | | Choisir pour adversaire, en fronçant les sourcils, Salomon – telle est l'attitude des minables rebelles ; se résigner au rôle de Jacob et affronter l'ange – telle est la pose de poète, qui ne s'effarouche pas à la vue des sabots ou des ailes et accepte d'être plutôt boiteux d'extrémités qu'aveugle de cœur. « On finit toujours par ressembler à ce que l'on combat »* - R.Debray. | | | | |
|
| art | | | Ce n'est pas l'œil, mais le cœur, ce n'est pas l'esprit, mais l'âme, qui dicteront si mon art sera serein ou trouble, musical ou insonore, absolu ou borné. « L'art romantique n'aspire plus à reproduire l'intensité de la vie dans son état de sérénité infinie » - Hegel - « Die romantische Kunst hat die Lebendigkeit des Daseins in seiner unendlichen Stille nicht mehr zu ihrem Ziel ». La vie est une excellente contrainte d'un art humain, mais elle est un piètre but, digne d'un art photographique ou robotique. Quant à l'art classique, il est de l'art romantique si bien maîtrisé, qu'une vie nouvelle en surgit, en rien inférieure à la vie réelle. | | | | |
|
| art | | | Jadis, quelques rares, belles et solitaires voix, majestueusement égales, pour chanter le vertige des profondeurs tragiques ou des hauteurs romantiques. Aujourd'hui, des hordes de voix hystériques, basses et grégaires, pour narrer des platitudes. | | | | |
|
| art | | | Le seul art noble est l'art romantique, où l'émotion s'équilibre avec l'ironie dans une peinture d'un état d'âme. « L'art est, avant tout, un état d'âme »*** - Chagall - « Искусство - это прежде всего состояние души ». À la peinture, les abstraits opposent la divination. L'appel des formalistes - ne pas nommer l'objet, mais seulement le suggérer, est irrecevable. Quand on évite le bon objet, on tombe, fatalement, sur un autre. Et puisque toute relation et tout qualificatif peuvent et doivent se muer en objets à part, chercher des rapports et couleurs au détriment des objets est également sans objet. | | | | |
|
| art | | | Le style est une prise de distance ; si la métrique se formule par l'esprit, on a affaire au style classique ; si elle se forme par l'âme, on est dans un style romantique. Et il n'y a, dans l'art, que ces deux styles ; toutes les autres métriques sont mécaniques. | | | | |
|
| art | | | Le pragmatique vise la banalité des fins, le classique préfère la dignité du parcours : « Malheur à la culture, qui nous indique l’aboutissement, au lieu de faire notre bonheur sur la route ! » - Goethe - « Wehe jeder Bildung, welche uns auf das Ende hinweist, anstatt uns auf dem Wege selbst zu beglücken! » - seul le romantique s’enivre du mystère du commencement. | | | | |
|
| art | | | Le classicisme est l’apogée d’une technique ; le romantisme est la révolte de ce qui est organique dans la nature même de l’art. « Le romantisme est une réaction de l’élément organique propre de la culture contre son élément technique » - Berdiaev - « Романтизм есть реакция природно-органического элемента культуры против технического ее элемента ». Ce qui relève de la technique – l’inertie stylistique, l’esprit journalistique, les aréopages statistiques. | | | | |
|
| art | | | La plupart des ivresses artistiques n’aboutissent qu’à une forme de folie, vite abandonnée ; mais apparaît, parfois, un porteur d’une ivresse dionysiaque et surclasse le sobre courant dominateur apollinien ; la génération suivante finit par maîtriser cette ivresse – voici le cycle : classique – romantique - classique. | | | | |
|
| art | | | L’auteur classique ne perd pas de vue l’embouchure, le delta ; le romantique invente les sources, les torrents. L’achèvement ou l’élan. La satisfaction ou l’espérance. | | | | |
|
| art | | | Rendre un climat convient à la musique, rendre un paysage – à la peinture ; la poésie devrait se concentrer sur le premier et ne confier au second que des cadres. Or, il y a trop de paysages, chez Dante, et pas assez de climats. Seul le romantisme se voua aux climats uniques et ardents ; mais l’art moderne, et même la philosophie, se tournèrent vers la reproduction de paysages mécaniques. | | | | |
|
| art | | | Tu constates que l’art et la hauteur quittent le ciel et rejoignent la terre ; tout lyrisme mort, les termes désuets, l’infini et l’éternité, ne font plus battre les cœurs, ils battent les cadences des machines. Ta nostalgie t’empêche de croire tes yeux qui lisent : « L’artiste est l’éternité, dont la hauteur pénètre nos jours » - Rilke - « Der Künstler ist die Ewigkeit, die die Tage von oben durchdringt ». | | | | |
|
| art | | | Chateaubriand créa deux tonalités, la romantique et la hautaine, dont héritèrent, respectivement, Stendhal le mondain et Hugo le monumental. Le premier manque de hauteur, et le second – de profondeur. Le premier imite, le second innove. | | | | |
|
| confucius | | | À 40 ans je n'avais plus aucun doute. À 50, je connaissais la volonté du Ciel. À 60, j'avais l'ouïe si fine que je pouvais distinguer le Bien du mal, et le vrai du faux. À 70, j'étais capable de suivre les vœux de mon cœur. | | | | |
| | bien | | | Chez nous, les certitudes s'installent à 10 ans, à 20 on oublie la dernière illusion, et à 30 on est indiscernable de la machine. À 60 on retourne à quelques illusions, à cause de leur vrai sentimental ; à 80 on en reprend à cause de leur faux vital. | | | | |
|
|
| leopardi g. | | | Gesù Cristo fu il primo che distintamente additò agli uomini quel lodatore di tutte le virtù finte, derisore d'ogni sentimento alto, quello schiavo dei forti, tiranno dei deboli, dinotò col nome di mondo.
Jésus-Christ, le premier, a désigné le laudateur de toutes les fausses vertus, le contempteur de tout sentiment élevé, cet esclave des forts, ce tyran des faibles - le monde. | | |  | |
| | bien | | | La misanthropie existait bien avant Lui, mais elle opposait au monde de la réalité - le monde de la vanité, le monde des sages. Dans les deux cas, la fuite est le mot d'ordre commun, fuite dans un discours ironique ou dans un parcours ascétique. L'ascétisme, le romantisme, les statistiques - telles sont les étapes d'un regard hautain intercepté par l'ironie. | | | | |
|
|
|
| cité | | | Toute dictature débouche sur la tyrannie des médiocres. Ceux-ci comprennent, que leur seule chance de se nimber est de s'allier aux échappées lyriques de la gent-de-lettres esseulée, qui devrait s'en estimer heureuse. La démocratie ne favorise que le possédant. | | | | |
|
| cité | | | Les combattants de la liberté n'eurent jamais pour adversaire des monstres tyranniques et haineux, mais bien d'insipides tenants de la routine et d'une inertie du statu quo. Mais ils furent plus jeunes, plus romantiques, plus pathétiques. La dévalorisation de la jeunesse, du rêve et du pathos sont à l'origine de cet immonde consensus, qui a aplati la querelle de la liberté aujourd'hui. | | | | |
|
| cité | | | La perte du sens du grandiose : les finalités de plus en plus vagues et les moyens, la raison instrumentale, de plus en plus efficaces, le désintérêt pour les commencements. Ces symptômes ont toujours précédé le déferlement de la barbarie. On tenta d'ajouter du lyrisme bleu aux horizons grisâtres ; le résultat - encore plus de gouttes rouges et d'injustice noire. Impasse. Montée inexorable du robot paisible et juste, qui finira par détruire l'homme. | | | | |
|
| cité | | | Tout regard sur le nazisme ou le stalinisme, qui n'y décèle pas une part du lyrisme allemand ou russe et tente de les réduire aux tentations totalitaires, est creux. Le ressort commun de ces deux monstres est une tentative pathétique de substituer au mesquin le grandiose. Une passion, pas une structure. Qui fait monter Wagner et Bakounine, en 1848, sur le même côté des barricades. | | | | |
|
| cité | | | Prenez le pur lyrisme du Giaour de Byron, du Diwan de Goethe, de Salammbô de Flaubert, du Khadji Mourat de Tolstoï, - les sots corrects d'aujourd'hui, en les étudiant, y trouvent du soutien aux peuples opprimés et du courroux face aux tyrans et à l'injustice. | | | | |
|
| cité | | | La démocratie, c'est la littéralité, la présentation juridique évinçant la représentation lyrique, la critique algorithmique se passant de la topique rythmique - elle est une barbarie glacée du robot. Faut-il pour autant, prôner la barbarie chaude des bêtes pour sauver l'art ? Nos veines coupées appellent la tiédeur liquéfiée plutôt que les brûlots pétrifiés. | | | | |
|
| cité | | | Le conflit politique le plus irréductible oppose les sentimentaux aux cyniques, les tenants de la justice aux promoteurs de la liberté. Les premiers engendrent la misère et l'élan, les seconds - l'opulence et l'ennui. | | | | |
|
| cité | | | Plus qu'à la virulence lyrique de Marx, c'est à l'érudition mécanique de Hegel que le XX-ème siècle doit ses plus horribles holocaustes : toutes ces balivernes sur l'Histoire, la dialectique, la religion, l'État, où tout est minable, tout est contre la liberté imprévisible de l'homme et pour la rigueur toute robotique. | | | | |
|
| cité | | | Le rêve social n'est beau qu'impuissant ; dès qu'un lyrisme (Marx) s'incarne dans un dynamisme (Lénine), un concentrationalisme (Staline) en prendra la suite. | | | | |
|
| cité | | | La grande chance de la démocratie, en France et en Angleterre, fut le positivisme philosophique, qui régnait dans la plupart des têtes pensantes ; toute démocratie, qui veut survivre, devrait se donner pour tâche prioritaire la détection à temps d'un nouveau Nietzsche, B.Croce, Ortega y Gasset, Berdiaev, pour le mettre à son service ; la place d'un lyrisme philosophique est dans un salon, un sous-sol ou une ruine, jamais - sur une place publique. | | | | |
|
| cité | | | Même si le thème de liberté devint l'apanage du robot, et celui de fraternité s'applique surtout au mouton, celui d'égalité reste difficilement casable, avec deux lectures alternatives : à travers la liberté - l'égalité idéologique, donc minable, ou à travers la fraternité - l'égalité sentimentale et même physiologique, donc humaniste. | | | | |
|
| cité | | | La tyrannie : se disputer sans discuter ; la démocratie : discuter sans se disputer. L'esprit discute, l'âme se dispute - pourquoi s'étonner, que le romantique soit porté sur l'injustice ! | | | | |
|
| cité | | | Dès qu'un régime politique se détourne du réel, pour porter aux nues des chimères, il tourne à la dictature. Le discours totalitaire est lyrique, celui de la démocratie est prosaïque, atteignant l'hypocrisie et/ou le cynisme, qui prouvent un contact avec la réalité. La dictature ne peut être qu'héroïque ou épique, c'est-à-dire n'être que hors de la réalité. | | | | |
|
| cité | | | La liberté politique devint bien réelle, seulement elle changea de genre ; de fable elle se mua en mode d'emploi ou manuel de références, à usage des robots gouvernables. C'est de la ringardise romantique que de ronchonner : « La liberté politique est une habile fable, inventée par les gouvernants pour endormir les gouvernés » - Napoléon - tous veillent, aujourd'hui, et personne ne rêve. | | | | |
|
| cité | | | L'esprit ou l'âme s'enflamment facilement, quand on en appelle à la générosité, pour se lancer dans des aventures de la cité, tandis que le cœur reste fidèle à sa vocation de solitaire. C'est pourquoi les messages de Voltaire (l'esprit de liberté) et de Tolstoï (l'âme compatissante) jouèrent un rôle si néfaste dans les férocités révolutionnaires françaises et russes, tandis que le romantisme allemand (le cœur rêveur) excluait toute fraternité dans la rue avec des philistins. | | | | |
|
| cité | | | Fossoyeurs, innocents et illuminés, de belles idées : du romantisme politique - Lénine, Hitler ; du romantisme artistique - Pissarro ou Malévitch, Schönberg ou Mahler. C'est ainsi que s'achèvent deux mille ans, où tâtonnaient l'humanisme et la grandeur, la direction et la hauteur du regard. Tout est confié, désormais, aux cervelles, muscles et griffes. C'est le romantisme qui est mort et non pas le totalitarisme ou l'académisme. | | | | |
|
| cité | | | La maturité politique : se trouver, un jour, du côté du censeur ou de la matraque. La maturité lyrique : savoir boucher le cerveau et faire travailler l'oreille. La maturité spirituelle : fêter, un jour, une défaite. | | | | |
|
| cité | | | Après les paradis du passé : l'idylle de l'Arcadie (Homère), les règnes de Cronos (Hésiode) ou de Chronos (Platon), vinrent les paradis du futur : les îles Fortunées (Pindare), l'au-delà chrétien (la Bible), l'avenir radieux communiste. Que le romantisme, ce paradis du présent, est plus solide ! Le bonheur, c'est l'élan vers l'inexistant, créé et embelli par moi-même. | | | | |
|
| cité | | | Le siècle des Lumières : le culte de la raison ironique, débouchant sur les barricades et le romantisme. Le XX-me siècle : le culte de l'utopie édénique, laissant derrière lui les charniers et le cynisme. Pour rêver librement, faisons allégeance à la raison. | | | | |
|
| cité | | | La justice, la loi, le bien-être matériel, ce sont des lumières, rendant inutiles, superflues les ombres qui furent la demeure préférée de la poésie, voire de l’art tout entier. La limpide raison économique dicte, désormais, l’évolution des prix des ouvrages d’un art agonisant, et l’on ricane des valeurs romantiques d’antan. | | | | |
|
| cité | | | Une civilisation est une marche technologique, toujours collective, promouvant le Vrai ; une culture est une danse sentimentale, toujours individuelle, inspirée par le Beau. La nature ennoblit toutes les deux avec l’énigme humaine, le sens du Bien. | | | | |
|
| cité | | | L’Histoire présentait un intérêt, lorsqu’il y avait une divergence entre la théorie romantique et la pratique cynique. Désormais c’est leur convergence qui aboutit à l’ennui post-historique. | | | | |
|
| cité | | | L’histoire des révolutionnaires de la cause commune suit l’idée qui les excite ; l’enthousiasme, fatalement, faiblit, et le désenchantement les rend mélancoliques et solitaires. Les idées, contrairement à Dieu, ne sont pas mortes, elles changent de foyers de leurs élans. Jadis, elles portaient sur des fantômes (Platon), ensuite elles visèrent les objets (Aristote), l’homme introspectif (Kant), l’homme de la production (K.Marx). Seul Sisyphe pouvait trouver de la noblesse dans ce dernier emploi de notre perspicacité ou de nos rêves ; les autres descendaient dans le passé, pour ressusciter, nostalgiquement, les anciennes idoles, mais qui ne s’avéraient être que des momies. Toute idée dégénère en algorithme. | | | | |
|
| cité | | | Les larmes, que la chute du mur de Berlin provoqua chez les âmes sensibles, ne seraient pas dictées par la seule joie d’accueillir la liberté, mais aussi, et même davantage, par la tristesse de voir le plus noble idéal humaniste, la fraternité des humbles, s’écrouler. Les hommes sans larmes, en furent les premiers profiteurs. | | | | |
|
| cité | | | Conserver ce qui charmait au passé ou progresser dans ce qui y était imparfait, peuvent être, avec des probabilités comparables, des tâches basses ou nobles. Les conservateurs et les progressistes remplissent toute l’échelle entre la crapule et le héros. | | | | |
|
| chœur doute | | | MOT : Ce qui est le moins évident, dans mes opérations de démontage des clartés, c'est que l'outil utilisé est le plus souvent le mot, et non pas le syllogisme. Le classique croit entendre la voix des dieux et toucher aux vérités éternelles ; le romantique s'enivre du silence des cieux et s'entoure des ombres charnelles. Recherche du mot juste ou du mot-geste. | | | | |
|
| doute | | | Les uns, les pratiques, ne voient que les choses sans voiles ; les autres, les lyriques, vivent de voiles ; les derniers, les ironiques, s'adonnent au dévoilement, en se moquant aussi bien des choses triomphantes que des voiles voués à la défaite. L'ironiste est celui qui sait renouveler le voile autour des choses en quête d'échos. | | | | |
|
| doute | | | Prendre, à tous les coups, parti du chaos, face au système, est puéril ; il faut les défier, tous les deux, le premier avec du génie, à la recherche d'une nouvelle harmonie, le second avec de la passion, pour provoquer une nouvelle secousse. Frayer avec le génie, tout en fréquentant la passion, s'appelle avoir de la hauteur dans sa vie sentimentale. | | | | |
|
| doute | | | Le classique peint les choses, et le romantique en dessine les chemins d'accès, dont le parcours doit produire des couleurs et des mélodies ; c'est la nature de l'indétermination qui les distingue : celle des accès ou celle des choses. | | | | |
|
| doute | | | Mon âme a deux foyers : celui qui perçoit et celui qui conçoit ; le premier doit être romantique - être plein et, pourtant, vivre du manque ; le second doit être classique - vivre du vide et créer la plénitude. La vie, projetée vers la profondeur, prend forme de l'être, projetée en hauteur - le fond du créer. | | | | |
|
| doute | | | On devrait s'interdire la démarche irrationnelle avec ce que le langage circonscrit parfaitement, c'est à dire avec des problèmes bien formulés ou des solutions bien maîtrisées ; la divagation n'est permise que pour peindre des mystères poétiques, sentimentaux ou mentaux. | | | | |
|
| doute | | | Voir sans être vu - classique ; imposer la hauteur du regard - romantique. Au-dessus, peut-être, - rendre l'allégorie utopique, ne pas refuser à l'allusion de maintenir l'illusion. | | | | |
|
| hommes | | | L'esprit français est l'heureuse rencontre de l'ampleur latine amphigourique, élégante et légère, avec la profonde ironie anglaise et le haut lyrisme germanique. | | | | |
|
| hommes | | | La volonté guidée exclusivement par la raison, telle est la conséquence mentale de la robotisation cérébrale des hommes ; la volonté de vie (Schopenhauer) ou la volonté de puissance (Nietzsche), ces deux formes d'un soi inconnu, unique, voué à une défaite glorieuse, disparurent au profit de la volonté de réussir, cette forme d'un soi connu, transparent et grégaire. Le romantisme, c'est l'élégance d'acceptation de la défaite ; le contraire du romantique n'est pas le classique (qui est un romantique apaisé), mais le robot, programmé pour la réussite du cerveau et la perte de l'âme. | | | | |
|
| hommes | | | Jadis, le plus bas précéderait nécessairement le plus haut ; aujourd'hui, les deux avancent, au même rythme, vers le même genre de platitude organique, musicale et sentimentale. | | | | |
|
| hommes | | | L'existence de deux métiers difficilement compatibles justifiait le désir de l'homme d'État de devenir homme de lettres et vice versa. Mais depuis le naufrage des idéologies et des romantismes, la seule espèce qui surnagea, l'homme d'affaires, ne brigue aucune métamorphose, elle est au sommet des hiérarchies consensuelles. | | | | |
|
| hommes | | | À 25 ans, on maîtrise toutes les connaissances vitales ; le reste de l'âge adulte n'est qu'une accumulation, une adaptation, une reformulation ; pourtant, la gent professoresque et sénile continue à réduire la vie à l'acquisition de connaissances. La vie est une collection de palettes et de vocabulaires, d'où doit sortir la musique vitale, sentimentale - verbale ou picturale. | | | | |
|
| hommes | | | Pourquoi Dieu a-t-Il créé le lyrisme ? Ne savait-Il pas que l'homme se détournerait de toute musique et se vautrerait dans le calcul et l'avarice ? Un cynisme inconscient règne dans les têtes des hommes, qui ne rêvent plus que de diriger d'autres hommes et de posséder un joli compte en banque. | | | | |
|
| hommes | | | L'aboutissement moderne des idéaux antiques : le stoïcien - homme d'affaires ou écolâtre, le cynique - juriste ou journaliste, l'épicurien - politicien ou artisticule, le sceptique - homme de la rue. Le romantisme aristocratique des Goethe, Byron, Chateaubriand, Leopardi, Lermontov ne fut qu'une parenthèse anti-antique, vite barrée des chroniques intellectuelles. Et en admirant passivement Nietzsche, Ortega y Gasset ou Cioran, je me sens écœuré en compagnie de leurs admirateurs actifs. | | | | |
|
| hommes | | | Deux issues, banales dans leurs impossibilités, sont prophétisées par tous les sots de la planète : le déclin de l'homme et sa métamorphose. Vu l'immensité du troupeau robotique ambiant, le premier terme semble l'emporter ; le second fut tenté, par la foi et par le sang, et aboutit à la dégénérescence. Y aurait-il un troisième terme, un éternel retour à la bonne nature ? L'éternel retour lyrique - le monde sans être ; l'intemporel ennui logique - le monde sans devenir. | | | | |
|
| hommes | | | Le barbare moderne est presque le contraire de l'ancien sauvage. Ne rêvent que les sauvages (ou ceux qui en héritent, ce qui explique le néant lyrique des Américains), et la barbarie d'aujourd'hui peut être définie comme absence de songes. Et de vrai bonheur : « Les machines sont les seules femmes que les Américains savent rendre heureuses » - Morand. | | | | |
|
| hommes | | | L'Histoire est scandée par la part que les hommes accordent aux règnes de la raison ou/et du rêve. L'Antiquité ne vit que de la raison ; la Renaissance réveilla le rêve ; les Lumières atteignent l'équilibre entre les deux ; le romantisme crut pouvoir annoncer le triomphe du rêve ; la modernité, c'est un retour à la raison, sans la noblesse antique, sans l'élan de la Renaissance, sans l'élégance des Lumières, - le glas d'un romantisme étranglé. | | | | |
|
| hommes | | | L'équilibre moderne : les moutons apprirent le calcul, aux robots on apprit à former des troupeaux, des réseaux, - l'extinction de nature et de culture. Et dire qu'on rêvait jadis de « la présence de choses absentes, résultant de l'équilibre des instincts par les idéaux » - Valéry. | | | | |
|
| hommes | | | Être intellectuel, c'est savoir se mettre au-dessus du temps et s'enthousiasmer de la grandeur ou de la beauté des invariants humains ou divins. Le romantisme peut se traduire par l'invention d'un passé épique, par le rêve d'un futur lyrique, par l'élan, partant d'un présent tragique. La modernité : tout horizon est tracé par un présent, vécu sans élan, sans angoisse, - l'effacement du passé et du futur des regards des hommes, tous les soucis individuels – l'amour, la fraternité, la noblesse – rapportés à l'échelle sociale et, donc, robotisés. | | | | |
|
| hommes | | | Étant trempé dans trois cultures, je peux vivre trois sortes de sacré, en-deça de ces trois frontières. Le sacré russe – ses contes de fées, l’infini de ses espaces, sa musique mélancolique, l’humanité de sa littérature. Le sacré allemand – le romantisme de ses Lorelei, la noblesse de sa poésie et de sa musique, l’audace de ses mystiques. Le sacré français – la douceur de ses chansons et de ses paysages, l’élégance de ses châteaux, le bon goût de ses paysans ou de ses filles. Dans ces exercices d’admiration, il n’y a pas de place aux batailles, aux ingénieurs, aux princes de ce monde. | | | | |
|
| hommes | | | Le romantisme et son support, l’âme, sont les premières victimes de l’américanisation de l’Europe. S.Weil le savait, mais qui, aujourd’hui, l’écouterait ? | | | | |
|
| hommes | | | La pseudo-culture américaine, mécanique, anti-romantique, repose sur une vraie civilisation américaine, réaliste, efficace, calculatrice, mercantile. Le monde entier, ayant plébiscité cette civilisation robotique, importe, en même temps, cette culture de masses robotisées. | | | | |
|
| ironie | | | L'ironie de l'arbre : même le plus consommé symbole de la création pâtit de la proximité d'un chien. Il peut se consoler - sa rivale, la montagne, a ses nuages : « L'ironie sentimentale : un chien hurlant à la lune, tout en pissant sur une tombe » - K.Kraus - « Sentimentale Ironie ist ein Hund, der den Mond anbellt, dieweil er auf Gräber pißt ». Il arrive même aux bons cerveaux de s'exprimer par vessies interposées : Sartre sur la tombe de Chateaubriand ; où peut-on lire encore ces pathétiques suppliques, gravées sur les tombes antiques : « Sacer est locus ; extra meiite » ? Par temps de déluges ou naufrages, il est plus urgent de lâcher des colombes que de cracher sur des tombes… | | | | |
|
| ironie | | | L'intérêt du travail dans l'impondérable : laisser quelques atomes échapper à la chute de tout enthousiasme. L'ironie gravitationnelle : s'enfuir après toute envolée lyrique, en feu d'artifice, afin de ne pas recevoir sur la tête ses débris bien éteints. | | | | |
|
| ironie | | | L'ironie est une fuite, une absence. En tant que telle elle fut à l'origine de la plupart des grandes littératures européennes modernes ; en Italie, avec Boccace, elle devint comique, en France, avec Montaigne, - abstraite, en Espagne, avec Cervantès, - chevaleresque, en Angleterre, avec Shakespeare, - charnelle, en Allemagne, avec Goethe, - romantique, en Russie, avec Pouchkine, - humanitaire. Curieusement, à l'opposé, les Romains n’eurent pas leur Socrate, et le glas de l'Antiquité sonna avec les ironiques Lucien et Juvénal. | | | | |
|
| ironie | | | Le scepticisme se fonde sur la raison ; le savoir, la rigueur, l'irréfutabilité l'auréolent. Il est moins robotique que le stoïcisme et moins moutonnier que le cynisme. Il est donc l'adversaire de choix pour la noblesse, qui prône l'illusion poétique qui sauve, le vertige romantique qui élève, le sacrifice gratuit qui sanctifie. | | | | |
|
| ironie | | | Les pays avec le taux de philosophes et de poètes professionnels le plus élevé du monde : la Suisse, la Belgique, les USA. C'est aussi dans ces pays-là que la révolte serait la plus intransigeante, la liberté - la plus menacée, l'esprit - le plus raréfié, mais la philosophie de l'esprit - la plus respectée. « Aux USA, la sentimentalité et le sexe s'épanouissent au dépens de l'amour » - Badiou. Toutes les passions s'y réduisent aux giclées de neurotransmetteurs. | | | | |
|
| ironie | | | Présentez à un philosophe, un tantinet imaginatif, une phrase du journal d'aujourd'hui, une phrase composée par un ordinateur et un beau vers : il y trouvera, respectivement, de la largeur statistique, de la profondeur mystique, de la hauteur lyrique. C'est cela, l'intelligence mécanique, ou plutôt ses trois degrés successifs. | | | | |
|
| ironie | | | L'ironie devrait être tragique de fond, classique de forme et romantique de ton. | | | | |
|
| ironie | | | Il vaut mieux chanter en langage géométrique que narrer en langage romantique. « Newton ne verrait, dans la poitrine d'une fille, qu'une courbe, et dans son cœur, n'admirerait que sa valeur volumique » - Kleist - « Newton sah an dem Busen eines Mädchens nichts anderes als eine krumme Linie, und am ihrem Herzen war ihm nichts merkwürdig sein als Kubikinhalt ». | | | | |
|
| ironie | | | C’est la présence de chœurs, de curies, de cours, en absence de cœurs, qui me rend sceptique face à la tragédie antique, classique ou romantique. Le cœur s’affaissant – la vraie tragédie. | | | | |
|
| mot | | | En grec, la mystique de l'Un se greffe, le plus naturellement du monde, sur la branche poétique, à la métaphysique de l'Être, le verbe être (estin) y provenant du nombre un (l'article indéfini s'en mêlant majestueusement, cela débouche sur le bronze fêlé canonique du : « Ce qui n'est pas un être n'est pas non plus un être » - Leibniz ; les Allemands devinrent facilement friands de ce calembour, car une innocente substitution de lettres fait de Eins - Sein ; le nom du Dieu hyperboréen, Odin, signifie l'Un, en russe - один). À comparer avec la mystique du nombre cinq, grâce à son voisinage phonétique : penta - panta. | | | | |
|
| mot | | | Chez tout lecteur il y a trois sujets : le parlant, le pensant, le sentant ; l'idéal serait qu'ils lisent simultanément. À l'époque classique, l'ordre privilégié fut : le pensant, le sentant, le parlant ; à la romantique - le sentant, le pensant, le parlant ; à l'époque barbare moderne - le parlant, le pensant, le sentant, la lecture s'arrêtant, le plus souvent, avec le premier. Et ce livre sera victime de cet ordre des goujats. | | | | |
|
| mot | | | L'Ouvert, en allemand (das Offene), signifiait jadis (par exemple, pour Hölderlin) - une libre nature, une hauteur montagnarde ; avec Rilke, le mot prit un sens mystique de l'appel des sources ; Heidegger lui donna une tournure topologique, avec le désir des frontières infinies ; enfin, Celan : « L'Ouvert est un domaine sans frontières, où l'homme se libère de lui-même » - « Das Offene ist der grenzenlose Bereich menschlicher Selbstbefreiung » - confond ce qui est sans frontières (l'infini) avec ce qui n'inclut pas ses propres frontières (l'ouvert mathématique ou lyrique que retinrent les commentateurs français). Chez Heidegger, la confusion avec le verbe ouvrir fait de l'Ouvert une espèce d'aléthéia - des mises en lumière de ce qui aurait été dissimulé. | | | | |
|
| mot | | | L'univers des mots et des idées n'est pas moins humain que celui des phénomènes et des paysages ; le romantique, qui se renferme dans le premier, n'a pas besoin de descendre dans le second, pour prouver, que la vie et la mort l'habitent. Le regard d'un créateur, même aux yeux fermés, embrasse tout l'univers. | | | | |
|
| chœur noblesse | | | ACTION : Dans l'action, on reconnaît un aristocrate par l'absence du juge et par la présence du condamné. Toute traduction ratée m'accuse, et le langage des gestes, prompt à devenir épique, a de grandes déficiences dans le vocabulaire lyrique et devient franchement traître sur le registre ironique. C'est pourquoi l'aristocrate, dans l'action, est ludique. | | | | |
|
| noblesse | | | L'interminable série de défaites de la noblesse par plagiats-perversions : Héraclite voue la philosophie au discours poétique, et Parménide l'encanaille dans une logique bancale ; Pythagore cultive une lumineuse mystique du nombre, et les éléatiques récoltent une casuistique des ombres ; Lao Tseu place le tao dans une inaction altière, et Confucius l'embrigade dans de bas rites ; Platon hisse l'idée lyrique hors du sol, et Aristote la souille par un enracinement empirique ; le cynique prône le mépris hautain, et le stoïcien bassement l'arraisonne ; les murs de Jésus ne convainquent personne, mais les portes des églises rameutent ; la mystique d'une Déité de Maître Eckhart sombre dans le charlatanisme de l'Unité de Nicolas de Cuse ; Kant trouve, pour le savoir divin, un refuge dans la transcendance, et Hegel le réduit à l'état de caserne dialectique ; Nietzsche s'ouvre à l'ivresse des sens, et Heidegger l'évente dans la sobriété de l'être et de l'essence. | | | | |
|
| noblesse | | | Les principes sans aucun lyrisme sont voués à la vulgarité robotique. Mais la vulgarité lyrique peut t'ôter des principes. C'est l'âme qui doit te guider dans le premier cas, et l'esprit - dans le second. | | | | |
|
| noblesse | | | Le bilan des trois millénaires : sur tous les champs de bataille - empirique, idéologique, sentimental, littéraire - la noblesse est vaincue. D'où la démilitarisation et le service alternatif des généraux, des capitaines d'industrie, des lieutenants d'administration, des majors ès lettres, des commandantes de la rébellion. L'Histoire est une nécropole d'aristocraties. | | | | |
|
| noblesse | | | La fuite face à la vie, vers une mort, qui serait un sommeil sans songes - un mauvais apologiste nécro-mantique voit ainsi le divin Socrate bien somnambulique. La noble attitude humaine serait l'immobilité face à la mort biographique, au milieu des songes sans sommeil, que serait devenue la vie thanatographique en veille. Et Freud n'y voit pas la vraie dimension, la hauteur : « Le rêve éveillé s'étend en largeur, mais aussi dans un lointain profond » - « Der Tagtraum erstreckt sich wie in die Breite, so in die tiefe Weite ». | | | | |
|
| noblesse | | | L'âme a sa place jusque dans l'harmonie géométrique (comme la raison est toujours bien venue dans le chaos sentimental), mais la gent professoresque continue à encenser ces deux sinistres personnages, Descartes et Spinoza, pour avoir substitué partout anima par mens. | | | | |
|
| noblesse | | | Les mêmes états et objets sont à l'origine des réactions romantique (chaude) ou mécanique (froide) ; mais le romantique y avait entendu de la musique, tandis que l'enregistreur y avait mesuré des décibels ou fréquences ; le conte de fée, face au compte rendu ; la réalité mélodique ou la réalité statistique. « Symbole et indice se regardent en chiens de faïence »** - R.Debray. Toute la vie, en puissance, est en moi ; m'écouter, c'est y déceler la musique (et non pas le bruit) du monde, que je porte, pour la traduire ensuite dans mon regard. | | | | |
|
| noblesse | | | L'aristocratisme est dans ma façon de sélectionner les meilleurs : les meilleurs des hommes – les amoureux, les meilleurs des amoureux – les poètes, les meilleurs des poètes – les romantiques solitaires. Je dois aboutir à la tour d'ivoire ou aux ruines, si je cherche l'excellence. | | | | |
|
| noblesse | | | Il n'existe pas de nobles querelles collectives ; c'est dans une perspective temporelle qu'un talent de poète en invente parfois quelques grandeurs artificielles. Avec l'extinction du romantisme, disparurent aussi les grandes querelles personnelles. Et dans les petites, tous se valent : les brillants et les ternes, les purs et les salauds, les experts et les ignares. En absence de l'air romantique, règnent le feu de paille des indignés, le terre-à-terre des renfrognés, l'eau courante des alignés. | | | | |
|
| noblesse | | | Le véritable sens de verticalité, ce ne sont pas tellement des hiérarchies, ces manifestations du comparatif ; les maximes hautes de Nietzsche et les maximes profondes de Valéry, ce sont des triomphes du superlatif ; tandis que les chutes aristocratiques et les envolées lyriques de Cioran surgissent au bout des parcours horizontaux. | | | | |
|
| noblesse | | | Le rêve admet deux colorations principales – la romantique et la mystique. Ainsi, en m’installant dans mes ruines, j’en reconstitue, dans mon imagination, soit un château d’ivoire soit un temple. « Architecte, j’eusse construit un temple à la Ruine »** - Cioran. | | | | |
|
| proximité | | | De la superstition vaincue et dévitalisée, l'esprit lyrique veut garder « sa musique et son encens dans les funérailles » (Renan), l'oreille et l'odorat. Les superstitieux basiques la réduisent, en fait, au toucher dans les épousailles et au goût dans les ripailles. Les ironiques s'en détachent par le regard, hors les canailles. Tout est question du bon sens. | | | | |
|
| proximité | | | Ce n'est ni le cœur (Pascal) ni l'âme (les romantiques) qui sentent Dieu, mais bien l'esprit (Valéry). Ne le reconnaissent que ceux qui ont du cœur et qui s'identifient avec l'âme. | | | | |
|
| proximité | | | Découvrir que ce qui, sentimentalement, au fond de moi-même, m'est le plus proche est ce qu'il y a, mentalement, de plus lointain, m'interdit toute familiarité avec moi-même et me livre au tragique, c'est à dire au sentiment, que ma défaite devant le lointain n'est due qu'à moi-même, illusoirement si proche. | | | | |
|
| proximité | | | La musicalité de l'existence gagne de l'extrémisme des positions horizontales - politiques, esthétiques, sentimentales - mais dans la verticalité, au contraire, il lui faudrait davantage de dialectique, de complémentarité : plus haute est mon espérance, de plus profonds désespoirs je pourrai m'accommoder ; plus profond est mon savoir, plus audacieuses seront les hauteurs de ma foi ou de mon rêve. | | | | |
|
| proximité | | | Dieu est autant dans les opérations que dans les opérandes, et pour en apprécier des invariants et noyaux, c'est à dire la hauteur et la profondeur, on n'a pas besoin d'être un bon géomètre - un bon altimètre de l'âme ou une bonne sonde de l'esprit suffisent. Le chemin, qui mène à Dieu, est fait de métaphores et de théorèmes ; il est inaccessible aux non-poètes et aux non-mathématiciens. Et la mathématique ne serait que la poésie des idées logiques (Einstein : « die Mathematik ist die Lyrik der logischen Gedanken »). | | | | |
|
| proximité | | | L'origine du nihilisme : un jour on comprend, que les valeurs suprêmes sont indéfendables ; le cynique les range parmi la valetaille de la doxa, le sentimental cherche à reconstituer leur proximité en traçant, à leurs horizons, de vagues frontières, l'ironique les voue au firmament, vide de dieux, ou au lac de Narcisse. Ces valeurs absolues doivent garder leur statut de mystère, que ne préserve aucun problème relativiste de noyaux ou de frontières. | | | | |
|
| proximité | | | Aucun sacré collectif ne survit à l’examen par la raison ; ce qui, même après être soumis à l’épreuve rationnelle, continue à inspirer une vénération sans pourquoi et à garder le nom de sacré est réservé au romantique solitaire. | | | | |
|
| russie | | | Ce qu'on ne trouve que chez les Russes : ce vague à l'âme sentimental s'adressant à autrui et rempli du désir de lui tendre une main - que dis-je - un regard secourable. Voir en chacun un malheureux potentiel est une belle attitude ! Toute la noblesse de la littérature russe tient à ce mot de Pouchkine : « Dès que tu pénètres l'essence des choses, l'indignation, dans ton âme, cède sa place à la compassion » - « Вникнем во всё это - и вместо негодования сердце наше исполнится состраданием ». | | | | |
|
| russie | | | Un grossier robot et un grossier mouton, le vieil Américain et le nouveau Russe, profanèrent, respectivement, ces deux jolis mots : romantique et aristocratique ; le premier dit romantique - pour dire : tiens, ça sort de l'algorithme ; le second dit aristocratique - pour dire : seul un millionnaire peut se le permettre. | | | | |
|
| russie | | | Le plus humaniste des messages, celui de Tchékhov : la compassion et la langueur vous étreignent, sans que les affaiblisse une interrogation sur la crédibilité intellectuelle ou sociale de ses héros perdus et impossibles. Qui nous déshumanise le plus ? - les sociologues et philosophes, rigoureux et raseurs. Pour comprendre Tchékhov, il faut se dire, que, s'il écrivait aujourd'hui, sa pitié, sa tristesse et son lyrisme trouveraient autant, sinon davantage, de matière. | | | | |
|
| russie | | | Le dernier coin de la Terre, où l'on veuille encore rêver et danser, au lieu de veiller et marcher, est peut-être l'Amérique Latine ; d'où l'immense prestige, là-bas, du lyrisme et de la nonchalance russes, importés en même temps que les missiles, la bureaucratie et la démagogie soviétiques. | | | | |
|
| russie | | | Le Russe n'est pas un homme prométhéen ; il est apocalyptique, johannique, sentant au fond de lui-même une harmonie, ce qui le rend très tolérant pour ses propres méfaits et sa paresse. Remarquez que le péché capital de paresse infâme est traduit en russe par la romantique mélancolie (уныние), deux interprétations extrêmes de l'acédie grecque (Thomas d'Aquin ou Loyola) - du je-m'en-foutisme. | | | | |
|
| russie | | | Les russophobes dénicheront toujours du cosaque, chez Dostoïevsky ou Tolstoï (et jusqu'à l'hymne italien : il sangue polacco bevé il cosacco), mais le cas d'un pur génie européen comme Tchaïkovsky les embête, un effort y est nécessaire : « Tchaïkovsky : la beauté en dehors de la connaissance, c'est la volonté de plaire, une musique efficace, une sorte de démagogie sentimentale de l'art » - Kundera. Une musique saupoudrée de syllogismes, cherchant à repousser et y échouant, un genre pragmatique des tâcherons - c'est ce genre de musicalité qu'il faut recommander à ces roquets du bruit politicien. « Nul mieux que Tchaïkovsky n'a exprimé ce mélange d'aspiration à l'infini et d'angoisse devant le destin, qui caractérise la Russie » - D.Fernandez. | | | | |
|
| russie | | | Le génie allemand caresse la pureté romantique et la réduit à la poésie souriante. Trois génies russes, Dostoïevsky, Tchaïkovsky, Tchékhov, se saisissent de la pureté réelle et y découvrent une philosophie sanglotante ; la pureté, chez eux, est condamnée à cohabiter avec la bassesse, le vice, l'évanescence. | | | | |
|
| russie | | | Tant d'envolées, enjôleuses ou savantes, sentimentales ou sermonnaires, à l’eau de rose ou au vitriol, autour de l'esprit français ou de l'âme russe, tandis que leurs architectes principaux sont le banquier parisien et le gendarme moscovite, à l'origine des salons et des bagnes. | | | | |
|
| russie | | | Avec ses grands écrivains du XIX-me siècle, la Russie avait créé, auprès des Occidentaux, une naïve illusion qu’en se réveillant de son anémie, elle donnerait un nouveau souffle au romantisme d’antan : « De tout chagrin, de tout soupir l’Occident est la tombe ; l’espérance et l’amour retrouvés viennent de l’Orient ! Tournez-vous vers lui ! » - L.Carroll - « The West is the tomb for all the sorrow and the sighing ; from the East comes new Hope, new Love ! Look Eastward ! » - après les soupirs passagers des rêveurs, on continua de n’entendre en Russie que des hurlements des tourmenteurs et des tourmentés. | | | | |
|
| russie | | | L’art aristocratique français est le plus délicat du monde ; l’art bourgeois – le plus vulgaire. En Russie, l’art aristocratique est rare – Pouchkine, Tourgueniev, Nabokov – et il est ironique ou romantique ; et l’art bourgeois y est destiné aux boutiquiers ou aux moujiks. Les intellectuels français se mêlent de politique, pour en dénoncer des failles législatives ; l’intelligentsia russe s’y intéresse également, mais pour plaindre la misère des humbles ou pour stigmatiser leur passivité. | | | | |
|
| solitude | | | Qu'on a fort à faire à se débarrasser de cette turpitude, fidélité au troupeau beuglant, au lyrisme perçant du terroir ! On ne peut être vraiment fidèle qu'à ce qui se tait. « Voix en chœur - à la foire le cœur »* - St-Bernard - « Os in choro, cor in foro ». La plus charmante des douze étoiles menant à la plus haute perfection (Jean de la Croix) est : « l'assistance au chœur ». | | | | |
|
| solitude | | | Nos dépouilles sont portées, en terre ou à la crémation, accompagnées de cette morne musique de Chopin, de ce musicien dont le romantisme est démuni de toute note tragique ; cette musique est juste bonne pour un marchand en train de rêvasser, devant la cheminée, tout en épluchant ses factures. Même les membres du Politburo avaient un meilleur goût, en préférant la Pathétique pour leurs dernières pompes. Bach est romantique, puisque sa musique fait vivre une joie tragique d'un homme solitaire, dont la larme coule vers l'intérieur (avec Mozart, elle s'élève, avec Beethoven, elle s'amplifie, avec Tchaïkovsky, elle s'intensifie) ; Chopin ne l'est pas, puisque les larmes des dames, dans un salon parisien, se sèchent vite au mouchoir parfumé. | | | | |
|
| solitude | | | Pour les critiques, le style est ce que d'autres critiques avaient relevé chez un classique - une vision mécanique et naïve. « Un romantique, c'est la solitude, qu'elle soit rebelle ou résignée ; être romantique, c'est perdre le style » - Weidlé - « Романтик есть одиночество, все равно - бунтующее или примирённое ; романтизм есть утрата стиля ». Le style, c'est le regard, c'est à dire union d'une personnalité, d'une intelligence et d'une volonté, tout appuyé sur un talent. | | | | |
|
| solitude | | | Un talent apaisé sied aux classiques ; un talent fulgurant - aux romantiques ; mais derrière les deux on accède à une même vie, d'une même profondeur, et à une même noblesse, d'une même hauteur. Et souvent, le romantique résigné rejoint le classique rebelle. Et la solitude n'est pas une question de mépris ou de respect, qu'on porte aux autres, mais de hauteur, à laquelle on se voit soi-même. | | | | |
|
| solitude | | | Byron trouva en mélancolie un état d’âme noble, ce qui ne fut envisagé ni à l’époque classique ni, encore moins, dans l’Antiquité, où la bonne humeur et l’âme en paix furent omniprésentes sur l’agora. Aristote fut-il mélancolique ? - cette hypothèse reste sans réponse, puisque son style est sans relief. R.Debray est le dernier byronien. | | | | |
|
| chœur souffrance | | | CITÉ : Heureusement pour la cité, il devint honteux d'avouer ses plaies ; la quiétude affichée nous protège désormais des soubresauts lyriques et laisse à la douceâtre démocratie le souci de nos épidermes de plus en plus lisses. Les aspérités de l'âme sont contre-indiquées dans des rouages économiques huilés, où tout le monde s'engouffre. | | | | |
|
| souffrance | | | Le finale du réalisme, c'est la misérable liberté de toute illusion, qui noircira toutes les espérances réfutées. Tiens au romantisme, sa genèse - blanchiment du désespoir prouvé. « L'espérance nous est donnée à cause des désespérés » - Benjamin - « Nur um der Hoffnungslosen willen ist uns die Hoffnung gegeben ». | | | | |
|
| souffrance | | | Souffrant des mêmes défauts physiques, professant le même romantisme face à l'histoire, la femme ou l'Antiquité, morts au même jeune âge - quels invraisemblables parallèles entre Byron, Pouchkine et Leopardi ! | | | | |
|
| souffrance | | | L'inexplicable fatalité de ce choix exclusif : aimer l'homme ou aimer les hommes (Dostoïevsky). Les inquisiteurs sentimentaux pensent, au contraire, que l'homme ne peut compatir au malheur public que s'il compatit à un malheur particulier. | | | | |
|
| souffrance | | | À l'âge de dix ans, je connaissais déjà toutes les meilleures raisons désespérantes, j'avais déjà vécu les expériences des pires souffrances ; aucune désillusion terrestre ne menaçait plus mes illusions célestes, où j'avais choisi ma patrie ; aucun réalisme ne s'élevait plus à la hauteur de mon romantisme, bâti sur tant de malheurs. Mon optimisme, matinal et mûr, s'appuyait désormais sur mon pessimisme, enfantin et crépusculaire. | | | | |
|
| souffrance | | | Sur le registre sentimental, le liquide domine : on déverse du fiel, on verse du sang, on écrit à l'encre bleue, on est submergé de larmes. La digestion cérébrale se contente du solide. Dans le liquide narcissique ne se retrouvent que la soif animale, la flottaison verbale et l'ivresse sentimentale - « par son propre reflet éclairées »*** - Rilke. « Dans l'eau tu ne vois que ton visage, dans le vin tu lis le cœur d'autrui » - Sophocle. Mais en mélangeant les deux, tu oublieras et le cœur, qui chavire, et le visage noyé ; Plutarque tomba dans le piège : « Un homme, qui craint de s'enivrer, ne jette pas son vin, il le mélange ». | | | | |
|
| souffrance | | | L'âme romantique, l'éros ou la solitude me font expérimenter des formes pathétiques d'une petite mort, d'une mort théâtrale. Mais ce n'est ni en spectateur ni en acteur ni même en réalisateur que je dois affronter la vraie mort, mais en dramaturge : la beauté de la pièce de la vie me consolant devant la tombée du rideau. | | | | |
|
| souffrance | | | Par ses caresses, la belle Hélène, la reine, ravit l’âme au premier Faust (celui de Ch.Marlowe), et l’on y découvre une vraie tragédie – l’incapacité soudaine de rêver, d’être artiste. La rustique Marguerite du second Faust (celui de Goethe) lui évite la tragédie, en le vouant à la banalité de l’éternité et du mal réels. | | | | |
|
| souffrance | | | L’étrange absence du rêve, dans les panoplies littéraires, de l’Antiquité à l’époque romantique. D’où l’absence concomitante du tragique ; celui-ci naissant de l’anémie grandissante des rêves. Le XIX-me siècle est le seul à comprendre ce qu’est une vraie tragédie. | | | | |
|