| action | | | L'acte esthétique est dans le mot ou la note, il est inactuel. L'acte éthique n'a de sens que par des traces. D'où l'exil de l'artiste au-delà du bien et du mal, dans l'essence, dans la permanence de l'être, ce point crucial de l'éternel retour, car « l'Un-Bien est au-delà de l'essence » - Platon. | | | | |
|
| action | | | Entre l'être et le connaître, le faire. Être, c'est végéter, vivre dans des réponses. Connaître, c'est partir, glaner des métaphores et métamorphoses comme de belles interrogations, qui s'énoncent, s'écoutent, s'admirent sans espoir de retour dans l'univers, qui les enfanta. Faire, c'est se renier, laisser la cervelle ou la main assoupies interpréter les songes d'une âme en éveil. « Le monde, c'est la douceur du rêve de vivre et l'amertume de l'acte de vivre »** - Héraclite. | | | | |
|
| action | | | L'intérêt du discontinu : après le vertige de l'amorce, ne pas enchaîner par l'inertie de l'exploitation. De commencement en commencement – tel est le secret de l'éternel retour ; l'intensité est ponctuelle, et le progrès - linéaire. | | | | |
|
| action | | | Par l'implacable loi de l'éternel retour, tout chemin s'achèvera en cercle. Gagner en hauteur, par un jeu en spirale, est un espoir niais. La hauteur commence par le courage de n'emprunter aucun chemin. Ou bien le chemin n'est que cheminement et le jeu du retour consiste à savoir traduire toute étape, même la finale, en point zéro d'un parcours inentamé. Se fuir est souvent le plus court chemin pour se retrouver : on court sans arrêt, pour arriver à ce qu'on fuit. | | | | |
|
| action | | | J'aime l'arbre : aspirant à la hauteur, se moquant de son étendue, cachant sa profondeur. Le dernier pas s'effectuant au même point que le pas premier. Les pas virtuels, traduits dans une agitation désespérée sur place. Les ailes de l'arbre, ce sont des inconnues, pouvant se trouver partout, aux racines, aux feuillages ou aux ombres, et qui tendent vers l'unification avec le monde. | | | | |
|
| action | | | Un grand avantage de l'immobilité est la facilité de retours et de demi-tours, cette gymnastique vitale des grands voyageurs du regard. | | | | |
|
| action | | | Mon esprit et mes jours décrivent les cercles : mystère - problème - solution - mystère et regard - désir - action - réflexion - regard, mais mon âme éternelle ne doit faire escale que dans le mystère et le regard, dans l'intensité et le visage ; le reste ne fera que contribuer à l'éternel retour du même. Mais ce même est hautement sélectif ; ne méritent mon intensité que les choses dignes de mon désir, choses sélectionnées par mes contraintes volontaires. | | | | |
|
| action | | | La réalisation de tout idéal le souille et le voue au passé. Ne nous parviennent que les idéaux vierges de toute réalité et tenant haut leur obscurité. Tous les idéaux radieux s'accomplirent dans une platitude sans bornes ; le seul espoir des derniers rêveurs est du côté des ombres ignorant tout encore. | | | | |
|
| action | | | Le sot dominateur prête beaucoup de cohérence à ses actes et en conteste chez les autres ; le sot incompris en accorde aux autres et s'efforce d'en atteindre pour soi-même. L'ironiste - sot ou sage - fut jadis intégralement fataliste, mais les progrès de la mécanique - mécanique, le seul porteur de la cohérence - chez l'homme calculable et déductible, firent de son cœur un bon dépositaire de syllogismes. | | | | |
|
| action | | | Ma vie se résume en deux destinées : la première est tracée par mon action et mon esprit, et la seconde – par mon âme et ma création. Tout homme sensible finit par comprendre, que les pas sur la première voie n'apportent rien de significatif à la qualité de la seconde. Mais aucun progrès ne m'attend sur la voie éternelle, la seconde ; je n'y vivrai que le retour du même, car le talent de mes compositions, l'intensité de mes couleurs, la noblesse de mon regard sont trois dons du ciel non évolutifs. | | | | |
|
| action | | | La fidélité au désir ou son sacrifice, l'épicurien ou le stoïcien, auraient pu s'équivaloir si, au lieu de s'intéresser à la volonté, c'est à dire à l'inertie ou à la fuite en avant, ils se penchaient sur la puissance, c'est à dire sur l'intensité et son retour éternel ; c'est ainsi que Nietzsche interpréta la misérable idée spinoziste : la béatitude (le conatus) résiderait dans l'augmentation (le progrès, donc, – à l'opposé de l'éternel retour) de la puissance d'agir, tandis que, pour Nietzsche, il s'agit de la puissance de rêver. Comme quoi, les (pseudo-)parentés philosophiques se fondent sur les mots et non pas sur le sens. | | | | |
|
| action | | | Tout réduire à l'intensité et à l'acquiescement des commencements - la définition de l'éternel (commencements) retour (intensité) du même (acquiescement). Et si, en plus, on y vise les valeurs, c'est la définition même du nihilisme, qui est une technique pour se séparer du profane et un art pour produire du sacré. | | | | |
|
| action | | | L'horizon est un symbole de l'engagement, comme le firmament – celui du dégagement. Mais il faut avoir fait le tour d'horizons complet, pour vivre, au firmament céleste, le retour éternel du même terrestre. | | | | |
|
| art | | | Quand, dans le devenir créatif, dominent l'art et l'intensité, le temps disparaît des attributs de la création, et le regard de créateur remplace les yeux d'homme ; c'est un retour éternel, retour sur soi, retour du même soi, après une brève traversée du temps. | | | | |
|
| art | | | L'heure de la création doit être matinale, au regard de mon propre astre, inspirateur ou projecteur de mes ombres. L'étoile matinale de l'éternel retour de Zarathoustra s'élevait au grand midi - am großen Mittag - du Soleil commun ! | | | | |
|
| art | | | Chant - conte de fées - mythe - pièce de théâtre - scénario - cahier des charges ; l'art achève sa trajectoire : gestation, gesticulation, gestion. | | | | |
|
| art | | | Le poète, c'est le désir toujours renaissant, remettant les pendules à l'heure zéro, communiquant, Dieu sait comment, avec l'éternité, cet oubli du temps, cette durée, qui ne se réduit jamais aux heures, cet éternel retour aux commencements. Les fardeaux de la vie ne rendent ce désir que plus léger ; c'est porté aux nues qu'il gagne en poids et en besoin d'ailes. | | | | |
|
| art | | | Un livre est complet, s'il peut servir, à la fois ou plutôt cycliquement, de solution-produit, de problème-outil, de mystère-principe. Si une seulement de ces lectures survit au regard ironique, le livre ne mérite pas ton chevet. | | | | |
|
| art | | | L'écriture, hélas, est mouvement ; mais, heureusement, deux courants y sont possibles : une avancée vers la différe(a)nce (espace/temps) avec le passager ou bien un retour éternel de l'Identique (chaldéen ou nietzschéen). | | | | |
|
| art | | | Une fois sorti de l'ennui et de l'absurde du descriptif, tout bon créateur se tourne, successivement, vers la transformation, ses invariants, ses noyaux. Le sommet de l'art : réduire au noyau tout ce qui était transformable. Progrès des opérations : additionner, multiplier, annihiler ; progrès des opérandes : désigner, exprimer, substituer. « Méprise le savoir dont l'œuvre finale périsse avec son opérateur » - de Vinci - « Fuggi quello studio del quale la risultante opera more coll'operante d'essa ». | | | | |
|
| art | | | Dans l'éternel retour, sur la spirale de la création, peu importe sur quelle étape je m'attarde le plus (sur l'œuvre - Nietzsche, sur le créateur - Cioran, sur la création - Valéry), intensité - ironie - intelligence, envol - chute - invariants, - le regard tangent peut y être de la même hauteur et suivre la même direction. | | | | |
|
| art | | | L'art commence par la création d'un langage, et donc, dans l'ancien, il est mensonge : « L'art est de la magie, débarrassée du mensonge d'être vraie »* - Adorno - « Die Kunst ist Magie, befreit von der Lüge Wahrheit zu sein ». On bricole de la vérité dans l'authentique, on crée du beau dans l'inventé. La vérité aide à vivre, mais la beauté apprend à rêver, bien que Nietzsche pense le contraire. Mais pour celui qui s'identifie avec l'axe entier art - vie, ce n'est qu'un retour du même. | | | | |
|
| art | | | C'est dans ses commencements, que l'artiste met le maximum de son énergie et de ses visées ; pour lui, la croissance, le progrès, l'avancement n'ont pas beaucoup de sens. S'il réussit à garder l'intensité de ses préludes jusque dans ses finales, il aura pratiqué le retour musical du (au) même. Il faut choisir entre la marche de la vie et la danse de l'art. | | | | |
|
| art | | | La justification de la maxime comme d'une illustration précise de la pensée de l'éternel retour, surgissant de la chaîne : l'être (la création divine, le savoir, l'intelligence), le devenir (la création humaine, le mouvement, la vie), l'intensité vitale (le seul dénominateur commun entre le héros, l'artiste et le bel esprit), le commencement résumant la finalité et coïncidant avec elle, ce que reprend le symbole de l'éternel retour du même et dont la maxime est la miniature. Un commencement, dont toute suite pensable ne serait que du retour du même, de ce qui est prégnant ou déjà exprimé dans le commencement, - la définition même de la maxime. | | | | |
|
| art | | | Impossible de faire de tout instant – une aube ; le culte du commencement, auquel débouche l’éternel retour, ne peut être que spatial : ni répétition ni déjà vu ni durée, mais création en hauteur. | | | | |
|
| art | | | Une tentative de lecture de Nietzsche : la poésie peint le devenir fugitif, tandis que la philosophie scrute l'être immuable. Comment rapprocher ces deux mondes ? - en donnant au premier la stature du second et en munissant le second de l'intensité du premier. Rencontre entre la volonté d'artiste et la puissance de penseur, les deux mondes devenant le même : le devenir héberge le retour, l'être s'incarne dans l'éternité. | | | | |
|
| art | | | Le romantisme nous fait quitter la vie, il invente un chemin, qu'emprunte ensuite le classicisme pour nous faire rentrer dans la réalité – l'éternel retour de la même création. « Le romantisme nous évite des collisions avec la réalité et contribue à la préservation de l'optimisme » - Chestov - « Романтизм оберегает людей от столкновения с действительностью и способствует сохранению прекраснодушия ». | | | | |
|
| art | | | Surmonter les axes éthiques – bien-mal, ascension-déclin, force-faiblesse, fierté-humilité, acquiescement-négation, –, sur lesquels toutes valeurs sont différentes, en les enveloppant par un axe esthétique, qui réduit ces valeurs au même (ce qui traduit la volonté de puissance), - telle fut l'origine de la métaphore de l'éternel retour. Mais pauvre Nietzsche prit cette métaphore pour une pensée, qu'il chercha à développer par des chinoiseries lamentables autour des lois physiques ou des cycles, répétitions, anneaux. | | | | |
|
| art | | | Dans l'art, le bon nihilisme aide à former des commencements indépendants, mais les non du parcours sont toujours anti-artistiques et mesquins. Ces non promettent le progrès, le combat, la victoire, mais ils abaissent le regard. Le oui universel, que l'art adresse à la vie, c'est l'unification, ou la conversion, tout arbre de requêtes devenant le même ; le temps perd de son importance et passe le flambeau à l'éternité ; le retour nietzschéen, c'est la conversion, accomplie par le oui. | | | | |
|
| art | | | La raison tient au bon et au vrai, mais l’âme a le droit de tout sacrifier au beau. Les valeurs particulières de l’être terrestre deviennent les axes entiers pour le devenir céleste, la création. Dans l’art qui veut être la vie même, les axes, détachés du temps, deviennent ellipses, boucles – l’éternel retour. L’art reste le Même. | | | | |
|
| art | | | La plupart des ivresses artistiques n’aboutissent qu’à une forme de folie, vite abandonnée ; mais apparaît, parfois, un porteur d’une ivresse dionysiaque et surclasse le sobre courant dominateur apollinien ; la génération suivante finit par maîtriser cette ivresse – voici le cycle : classique – romantique - classique. | | | | |
|
| art | | | Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale. | | | | |
|
| art | | | Dans l’écriture, le talent, c’est l’art de munir d’une même intensité la sainte triade littéraire – l’intelligence, la noblesse, l’ironie. Mais ces qualités n’ont un caractère définitif que dans les commencements ; cette recherche du début décisif n’est qu’un retour éternel du même, de la même harmonie des critères, qui, bien satisfaits, rendent superflu tout développement. Et l’éternité n’est que le nombre inépuisable de sujets, sur lesquels pourraient reposer ces débuts. C’est ainsi que les meilleures plumes évitent le bavardage et s’arrêtent aux adages. | | | | |
|
| art | | | La beauté, c’est-à-dire la hauteur, d’une forme artistique doit être durable, c’est-à-dire donner l’envie d’y retourner. Or, en te penchant sur des choses basses, banales ou conformistes, chaque retour à la forme, jadis séduisante, la ternira, fera affleurer l’ennui de ces choses et ressentir la servitude de ton esprit, qui n’aura pas averti à temps ton âme libre. La durée artistique est question des contraintes. | | | | |
|
| art | | | Le cycle de vie d’une œuvre d’art : l’âme est émue par un fond vague, le cœur le munit d’ardeur, l’esprit spatial y met des contraintes, le talent fournit des outils – pour que l’âme finisse par en trouver une forme, que l’esprit temporel réduira en cendres. L’auteur est Phénix ; il vit de l’obscurité de la flamme naissante, meurt de la clarté des cendres nées et ressuscite par un retour éternel. | | | | |
|
| art | | | Que les voies d’artiste soient obliques s’explique non pas par des changements d’avis, mais, au contraire, par la fidélité à son goût métaphorique, ponctuel et non surfacique, et qui reste le même ! Ce goût se traduit par le culte du point zéro de la création, point de départ d’un méta-retour éternel du même. De brèves éruptions, d’une même intensité et du même cratère, et le refus de suivre, machinalement, le parcours de la lave. Les métaphores de forme personnelle, au-dessus des pensées de fond commun. La même essence étoilée traversant le fleuve de l’existence enténébrée. | | | | |
|
| art | | | La République discursive est temporelle, développante, présentiste ; le Royaume aphoristique est spatial, enveloppant, chaque aphorisme déclenchant un retour du même éternel. | | | | |
|
| cité | | | Ce qu'on appelle progrès : migration massive des hommes au pays des solutions, désertification du pays des problèmes et disparition des atlas du pays des mystères. | | | | |
|
| cité | | | Les Anciens croyaient en Déclin, les Modernes - en Progrès. Déclinent les meilleurs et progressent les pires, il n'y a pas de contradiction. | | | | |
|
| cité | | | L'urgence des rendez-vous de la Justice nous fait oublier les signaux de la Sagesse. On se fait écraser sous les roues de l'Histoire, ou l'on se retrouve dans un cul-de-sac du Progrès ou dans les embouteillages de la Peur. La Justice, c'est l'Égalité de choix de fourrage, la Liberté de sa digestion et la Fraternité entre le Fort et le Faible. | | | | |
|
| cité | | | XVII-ème siècle - désert des vérités éternelles ; XVIII-ème - oasis des bons sauvages ; XIX-ème - mirage du progrès ; XX-ème - hallucination des révolutions ; XXI-ème - bagne du nouveau Moyen Âge. | | | | |
|
| cité | | | Le même cercle vicieux, dans les cycles prophétie - apostolat - cléricature et économique - politique - éthique. Le gardien du clocher se rapproche des sibylles de passage, l'incorruptible s'acoquine avec Hermès. | | | | |
|
| cité | | | Quand la déforestation progresse dans les têtes, la loi de la jungle prend forme d'un code de la route vers le progrès. Et voilà le bon sauvage traité en auto-stoppeur. | | | | |
|
| cité | | | En fait de PNB et de libertés, aucune noble révolte ne fit jamais rien avancer ; le moteur du progrès fut toujours le paisible salaud, profiteur de l'ordre établi. | | | | |
|
| cité | | | Le progrès palpable de notre société : l'accumulation cède le pas à la capitalisation, avec un taux de pénétration des âmes à valeur ajoutée jamais atteint. Les méfaits du progrès : le micro fit taire les Voix d'ailleurs, le train fit déblayer les Voies impénétrables. | | | | |
|
| cité | | | Deux idoles possibles : l'expansion ou la fraternisation. La procession de la première : ennui, robotisation, progrès ; de la seconde : enthousiasme, tyrannie, faillite - « Toute communauté, fondée dans l'enthousiasme, finit dans l'imbécillité » - Proudhon. Refuser cette dichotomie, c'est être bête à pleurer ou démagogue à lier, ou les deux à la fois. | | | | |
|
| cité | | | Le progrès, dans toutes les sphères de la vie communautaire, est si évident, qu'être homme du progrès est une trivialité de raison. Croire en régression impossible vers une éphéméride intemporelle - une alternative prophylactique pour échapper à la ringardise des aigris ou des nostalgiques de l'emphase persifleuse. | | | | |
|
| cité | | | Leur progression : la morale du sujet, l'éthique de l'individu, la règle du contribuable - l'âme, l'esprit, la machine. De la règle divine, le sage induit une morale humaine ; le sot déduit une régle humaine de la morale de Dieu. | | | | |
|
| cité | | | Le progrès comme but positiviste, l'amour comme principe clérical, l'ordre comme base conservatrice - réunis, ces monstres froids bénissent aujourd'hui leur seule progéniture légitime, le robot. Pour que celui-ci règne, il suffit de choisir la Libre Entreprise pour entremise et la Chambre de Commerce pour juge. | | | | |
|
| cité | | | Trois objets de nos convoitises, dans une société : une aumône, un vol, un salaire, et, respectivement, nous nous y apitoyons, appâtons, pâtissons. Le progrès, c'est le rapprochement de ces trois rôles, et son résultat le plus patent - les consciences tranquilles. | | | | |
|
| cité | | | Dieu tolère la férocité des fauves, faute de justice, mais c'est le Malin qui adoucit la férocité humaine, en statufiant une justice écrite. « Notre culture a vraiment progressé : au lieu de nous dévorer on nous mène simplement à l'abattoir » - Lichtenberg - « Unsere Kultur ist wirklich fortgeschritten ; wir fressen einander nicht, wir schlachten uns bloß ». | | | | |
|
| cité | | | L'enfer tiédit, s'étend et se civilise ; le ciel se climatise, s'approche et se vide. Les dominer devint un jeu d'enfant, les distinguer n'a plus aucun intérêt : « Mieux vaut régner dans l'Enfer que servir dans le Ciel » - Milton - « Better to reign in hell than serve in heaven » - il n'y a plus ni esclaves ni maîtres, dans ces contrées viabilisées. | | | | |
|
| cité | | | Ils se plaignent du retard, pris par le développement spirituel, comparé avec le foudroyant progrès matériel. Un sot est, à ses yeux, toujours entouré d'imbéciles, et de plus en plus désespérants. Le monde est sursaturé de spiritualité au même point que de mécanique, c'est le rêve qui se raréfie sur les horizons des hommes. | | | | |
|
| cité | | | Où le progrès est possible régnera, ou règne déjà, la machine. Le goût et le style ne naissent que là, où tout progrès est absurde. L'élargissement du possible est un progrès, mais pas son haussement. | | | | |
|
| cité | | | Parmi les plus zélés de l'aspiration néfaste à devenir scientifique se trouvent les barbares. Jadis, la barbarie d'esprit conduisait à la barbarie du corps ; aujourd'hui, la barbarie d'âme engendre une civilisation de raison - le mouton du sentiment dégénérant en robot de la pensée. | | | | |
|
| cité | | | Les conservateurs pensent que la dépravation des mœurs est conséquence de la diffusion des lumières (ce qu'en pensent les hommes du progrès est pire). Le dépistage de la corruption est affaire du nez. L'odorat étant le sens le plus affecté par le progrès des sociétés aseptisées, la corruption des têtes passe à l'as aussi subrepticement que la lèpre des âmes. C'est dans des ténèbres extérieures du doute que l'homme s'élève à la lumière de sa conscience. | | | | |
|
| cité | | | Deux rebelles, ayant fini sur une croix, Spartacus et Jésus, sont à l'origine de deux mythes opposés : celui de l'éternel Retour de l'homme libre et de la Résurrection de l'esclave. Que Zarathoustra et Manès du dire-oui, de l'acquiescement et de l'immobilité me sont plus proches ! | | | | |
|
| cité | | | Passer de l’oral à l’écrit, de la convention implicite à la loi explicite – est un progrès. Mais renoncer à mes propres contraintes, à mes nolo (je ne veux pas) particuliers, au nom des noli (il ne faut pas) universels, est une régression. | | | | |
|
| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
|
| doute | | | Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ». | | | | |
|
| doute | | | Ce qui est le plus fécond, ce n'est ni la solution issue des réponses, ni le problème entrant dans des questions, mais le mystère jaillissant des images. Comme le Parménide ou la Caverne de Platon, ou la Procession plotinienne, ou l'éternel retour nietzschéen. Et la réalité, que nous ne pouvons appréhender qu'en images ou en tropes, n'est pas moins mystérieuse. | | | | |
|
| doute | | | Ce n'est pas en connaissance, mais en appétence de soi, qu'il faut progresser : il faut se vouloir à défaut de se connaître. Se connaître voudrait dire maîtriser la tension de ses cordes (« il faut se connaître, pour régler sa vie » - Pascal), mais, pour interpréter une belle mélodie, d'autres dons sont plus vitaux. | | | | |
|
| doute | | | Soit une chose, C, son implexe, Im, et notre parcours, P, au-dessus de la chose, entre les moments t1 et t2, vécu avec l'intensité In. Héraclite nous dit, que l'égalité, C(t1) = C(t2) est impossible ; Nietzsche nous suggère qu'avec In suffisamment grande, cette égalité est métaphoriquement possible - l'Éternel Retour ; Valéry dit qu'il n'y a pas de choses, que des implexes, qui sont toujours unifiables, Im(t1) = Im(t2), - l'Éternel Présent. | | | | |
|
| doute | | | Il faut reconnaître : l'éternel retour, pourtant incontournable, est un cercle vicieux. Pour un regard, qui navigue entre la profondeur et la hauteur et arrive à ce constat désabusé : fixer des commencements ou des fins, au lieu de les supposer ineffables, ne fait qu'abaisser nos trajectoires. Et le mythique recommencement archétypal, l'écho du sacré dans l'acte, ne tient jamais ses promesses. | | | | |
|
| doute | | | Avec un bon auteur : autant de lectures que de lecteurs. C'est Nietzsche, lui encore, qui s'y fait remarquer ; le surhomme et l'éternel retour en sont les plus beaux exemples ; même Heidegger y fait appel, grossièrement, à l'histoire, à l'évolution des hommes ou à la méta-géométrie (retour à soi-même, la mêmeté comme l'être idéel, contrôlant le tout-étant), au lieu d'y voir l'intensité entretenue comme la seule justification de notre intérêt pour les choses. | | | | |
|
| doute | | | Se méconnaître, c'est, en permanence, faire que le Même soit autre, exotique, ce qui entretient l'intensité des sensations et constitue le retour du Même. Trouver de l'inexistant à partir de la méconnaissance de soi, plutôt que chercher la connaissance ou la reconnaissance de ou par ce qui existe ou pèse. | | | | |
|
| doute | | | Quelle est la leçon du flux héraclitéen ? - oublier le fleuve et penser aux entrées, aux commencements hors temps absorbant et la profondeur et la surface par recours à la hauteur intense. Ne serait-ce pas l'éternel retour, fidèle au commencement intégral ? L'initié, serait-il celui qui pratique le culte des initii - des commencements ? | | | | |
|
| doute | | | Après de multiples plongeons dans le flux des choses, Héraclite se désole de l'inégalité du flux, et Nietzsche se console de l'égalité des choses. Il serait plus instructif de changer d'élément : à la nage préférer le vol ; d'une bonne hauteur tout flux et toute chose, c'est à dire tout être et tout devenir, prendraient de beaux contours de l'éternité. | | | | |
|
| doute | | | Du cycle l'admiration - l'inquisition - l'ignorance (Montaigne) faire une simultanéité, tel est le but de l'éternel retour. | | | | |
|
| doute | | | L'éternel retour est retour dans ma Caverne, est reconnaissance, que la découverte d'une lumière naturelle n'apporte rien de plus, et que retourner à la source artificielle, à mon propre feu, - n'est ni faiblesse ni bêtise ni honte. | | | | |
|
| doute | | | Qui peut se permettre de parler de l'éternel retour ? - celui qui, à partir de n'importe quel arc chancelant, est capable de construire un cercle équilibré. | | | | |
|
| doute | | | Zarathoustra, à midi sans ombres, la lumière étant portée par l'aigle et le serpent - comment s'imaginer le retour de cette aveuglante foi ? - à minuit, où tout n'est qu'ombre dévoilante, un chien hurlant à la lune, - une conversion, grâce au même vecteur, plutôt qu'inversion ou réévaluation des valeurs, le nihilisme extérieur (derrière moi, en-dessous de moi, hors de moi - hinter sich, unter sich, außer sich - Nietzsche) se convertissant en nihilisme intérieur (mon meilleur moi m'est inconnu). | | | | |
|
| doute | | | Sur les axes vitaux, les uns opposent la bonne extrémité à la mauvaise, les autres y trouvent leur point d'appui ou d'origine, les troisièmes y cherchent des éléments neutres, annulateurs, invariants ; mais les meilleurs laissent sur tout l'axe leur propre empreinte d'intensité égale, ce qui rend tous les points - les mêmes, et fait de toute substitution - un retour, implacable ou éternel. Pour ne pas s'y profaner jusqu'en cynisme, un talent est nécessaire : « Les mauvaises causes exigent du talent ou du tempérament » - Cioran. | | | | |
|
| doute | | | Quand on introduit, bêtement, la temporalité dans l'éternel retour, on obtient la platitude du : rien de nouveau sous le soleil ; mais dès qu'on n'y voit que la même intensité sur un axe de valeurs, on comprend, que tout point de cet axe peut être nouveau et servir de commencement ou de soleil. | | | | |
|
| doute | | | Sur un axe de valeurs, il y a toujours une extrémité facile, servant de point de départ et de pierre angulaire, et une extrémité difficile, servant de pierre de touche de mon talent. Le retour du même signifie : parcourir l'ensemble de l'axe, munir tous ses points d'une même intensité, constater, au point de départ, qu'il n'est en rien supérieur aux autres, ni éthiquement ni esthétiquement. « En quête du savoir, on finit par arriver au point de départ, qu'on découvre pour la première fois » - T.S.Eliot - « The end of all our exploring will be to arrive where we started and know the place for the first time » - ce sont des symptômes du retour du même, chez celui qui vit non pas des lieux visités, mais de l'intensité du regard sur les pas, premier ou ultime. | | | | |
|
| doute | | | L'absurde a bonne presse chez les bavards, surtout depuis qu'on perdit tout sens du mystère. Choisir le mystère seul est aussi choisir l'absurde. Le vrai choix est double : le premier porte sur la forme de notre trajectoire - un cycle de l'éternel retour (mystère, problème, solution, mystère) ou une ligne droite (le savoir, la maîtrise, l'avoir) ; le second - la place (récurrente ou fuyante) du mystère dans la trajectoire. Se vouer à l'inaccessible, c'est accepter son mécompte dans l'accessible ; « ce n'est qu'en tentant l'absurde qu'on devient capable de dominer l'impossible » - Unamuno - « solo el que intenta lo absurdo es capaz de conquistar lo imposible ». | | | | |
|
| doute | | | Ce misérable schéma hégélien : le progrès de l'esprit, la dialectique comme moteur de ce progrès, la contradiction comme matière première de cette dialectique. Et que, à côté de cette grisaille (la minable grisaille - Nietzsche - bei Hegel das nichtswürdigste Grau), l'éternel retour nietzschéen est beau ! - s'attacher à l'invariant vital, qui est le seul à être noble, atteindre sa hauteur artistique, finir par un acquiescement majestueux à cette vie divine, revue, repensée, tragique, unifiée avec l'art ! Une ridicule et orgueilleuse prétention à la scientificité et une fière et humble identification avec l'art. | | | | |
|
| doute | | | La perfection du réel est une cible privilégiée de la maxime, mais le lien entre elles n'est pas une imitation, mais métamorphose : le passage du mystère au problème, du problème à la solution et de la solution à un nouveau mystère. | | | | |
|
| doute | | | Les sentiers battus sont perçus comme des accès directs aux choses, tandis qu'on voit en toute métaphore - une obliquité. Mais on doit munir les détours, temporels et créateurs, - de la haute intensité du retour éternel du même, pour que l'accès soit vécu plus profondément que la chose même. | | | | |
|
| doute | | | On pénètre un problème, c'est à dire on le formule ; on ne pénètre pas un mystère, qui, on le sait, reste impénétrable. Le mystère est la caresse préliminaire. Du problème pénétré, l'homme retire une solution, ce qui promet la conception d'un nouveau mystère. | | | | |
|
| doute | | | Si je réussis à placer mes fins dans l'élan de mes commencements, je réalise un tour de l'éternel retour : les horizons inaccessibles, auxquels aspire mon âme, seraient traduits en haut firmament, où me maintient mon talent. Et que mon esprit observateur s'occupe du secondaire maîtrisé – des parcours, des liaisons. | | | | |
|
| doute | | | La volonté de l'éternel retour est une réaction au néant des finalités, proclamé par le mauvais, le téléonomique, nihilisme, mais elle se réalise dans le néant des commencements, ce bon nihilisme, cette recherche de l'impulsion initiale et initiatique, puisque la vraie source détermine le rythme ou l'intensité du fleuve anti-héraclitéen. « Le fleuve se reverse toujours en lui-même ; et toujours vous entrez dans le même fleuve, vous, les mêmes » - Nietzsche - « Der Fluß fließt immer wieder in sich zurück ; und immer wieder steigt ihr in den gleichen Fluß, als die Gleichen ». | | | | |
|
| doute | | | Ce qu'on pourrait qualifier de pensée rigoureuse représente une partie infinitésimale de nos positions ou poses ; c'est la croyance qui est omniprésente, aussi bien chez le bouseux que chez le savant. S'appuyer sur la croyance vitale ne peut donc pas être une calamité qui conduirait l'homme à l'animalité (R.Debray), mais c'est bien la croyance mécanique qui en fait un robot. « Le retour de l'Homme à l'animalité apparaît comme une certitude déjà présente » - Kojève – ce n'est pas un retour mais une conversion, pas à l'animalité mais à la robotique, pas une certitude mais une métaphore. | | | | |
|
| doute | | | Des forces hétérogènes animent, respectivement, nos corps, esprits et âmes ; et tout homme, consciemment ou non, crée, pour chacun de ces organes, une hiérarchie de ces forces, - une tâche de pure psychologie et que Nietzsche appelle volonté de puissance. Un don d'artiste permet de munir ces hiérarchies d'une même intensité – c'est le retour éternel du même, l'équivalence de la vie et de l'art, l'intronisation du surhomme. | | | | |
|
| doute | | | Plus de savoir, de rigueur, de précision, de généralité, de maîtrise – telle est la vision, commune et médiocre, de la création. Son contraire s'appelle éternel retour du même, qui n'est nullement une loi universelle, mais un constat particulier, quand on a affaire à un grand : le retour est dans la noblesse, l'éternité – dans l'indépendance du temps, le même – dans l'intensité infaillible. | | | | |
|
| doute | | | Nous vivons au milieu des changements permanents de modèles et de langages, mais le sens (donné par nous et non pas par Dieu) en résulte après une confrontation avec l'immuable réalité (ou l'être). On a beau tourner autour du passager, on retourne toujours à l'éternel. « L'être, dénué de sens et de fins, sans aboutissement dans un néant, c'est l'éternel retour » - Nietzsche - « Das Dasein, ohne Sinn und Ziel, ohne ein Finale ins Nichts : die ewige Wiederkehr ». | | | | |
|
| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
|
| doute | | | La partie créative de la vie est dans les va-et-vient entre la réalité et ses représentations ; l’esprit scientifique est dans la recherche d’une adéquation entre ces séjours, et plus convaincante est celle-ci, plus grand est le talent. L’âme d’artiste est dans l’affirmation d’autonomie des représentations, et la distance, ainsi créée, maintenue, maîtrisée, reflète le même talent ; c’est celui-ci qui est le même, dans l’éternel retour nietzschéen, il est le contenu créatif du devenir – la répétition de la différence, plutôt que celle de l’identité. | | | | |
|
| doute | | | Tout le sens de la création humaine consiste à surmonter les horreurs, les grisailles, les énigmes, qui percent en toute création divine, et à finir par un OUI douloureux, extatique, fantasmagorique à cette œuvre grandiose et mystérieuse. Le NON de mon soi connu se narre ; le OUI de mon soi inconnu se chante. L’éternel retour est le passage de la narration au chant. | | | | |
|
| doute | | | Pour appuyer sa vision de l'éternel retour, Nietzsche voit un sablier, qu'on retournerait après chaque tour temporel. Moi, je prendrais un cadran solaire, méprisant la lumière, jouant de mes ombres, devenant altimètre. J'y effacerais les chiffres et éliminerais les aiguilles, pour lire la haute musique de mon espace intérieur au lieu du bruit profond du temps extérieur. La musique n'a pas besoin de sable, elle s'éploie dans le temps, tout en étant ambassadrice de l'éternité. Donc, ni sablier ni marteau, mais la lyre, comme le dit ailleurs l'auteur lui-même. | | | | |
|
| doute | | | Le retour éternel souligne le (pré-)commencement unique de toutes les entreprises d’un créateur, d’un artiste. Aucun parallèle quelconque avec l'immortalité d’âme. Le retour éternel est pratiqué par notre esprit mortel (le soi connu, développeur de finalités), prêtant son oreille à notre âme (le soi inconnu, inspiratrice de commencements). | | | | |
|
| doute | | | Face à tes limites, laisses-y jouer ta force périphérique, réduis-les à ton élan inabouti, fais-y de toi un Ouvert. Quant à ton noyau dur, tu t’y appuieras pour tout commencement, qui sera toujours un recommencement, un retour du même. Ton noyau, c’est l’inséparable fusion du fond et de la forme, en vue de servir de source. | | | | |
|
| hommes | | | Le beau concept d'arbre subit des outrages des temps modernes : il se mue facilement en un graphe ; son parcours suit des stratégies programmables - profondeur ou largeur d'abord (la hauteur nous vouant aux cercles vicieux et étant laissée aux vent et ciel improductifs) ; la généalogie (des paysages) surclasse la météorologie, l'attente de saisons nouvelles (des climats). | | | | |
|
| hommes | | | Retour à la nature peut signifier deux choses diamétralement opposées, puisque, pour les adorateurs du robot, ce qui est le plus prodigieux chez l'homme - le sacrifice et la fidélité - sont contre la nature ! | | | | |
|
| hommes | | | La patrie, ce sont mes commencements, mes origines. À l'âge adulte, l'attachement aux commencements, le retour aux initiations, prennent l'allure d'un asile dans ma vraie patrie oubliée. | | | | |
|
| hommes | | | Les hommes se divisent nettement en deux catégories : ceux de l'accumulation, du progrès, de la nouveauté - sans retour possible, et ceux de l'invariant, de l'intemporel, de l'immobile - au retour éternel. Un être dans le temps, un devenir hors du temps. Vitesse ou intensité. L'Europe éternelle, nostalgique de son passé, ou l'Amérique de la version courante jetable. | | | | |
|
| hommes | | | Le mouton s'occupe de dicter et le robot - de résoudre le problème, et ils appellent cela - la vie (Popper) ! La vie est union des trois dons : don philosophique, pour dégager du mystère - des problèmes, don intellectuel, pour apporter au problème - une solution, don poétique, pour deviner derrière la solution - une nouvelle source mystérieuse. Dans ce cycle, le mystère reste intacte, c'est cela l'éternel retour. | | | | |
|
| hommes | | | Autour, tout n'est mû que par le sens, tempéré par la sensation et abandonné du sentiment. Et dire que Nietzsche voyait dans l'absence de sens le danger des dangers et nous tendait un marteau pour abattre le nihilisme, celui même qui n'est pas du tout l'absence de sens, mais l'appel à le recréer à partir du point zéro de l'imagination et de la sensibilité, au lieu de vivre d'une répétition quelconque, fût-elle appelée éternel retour. Que tes « interrogations soient plus près des commencements ! »** - Heidegger - « Anfänglicher Fragen ! ». | | | | |
|
| hommes | | | Dans tous les hommes, Nietzsche voit des ruminants : les bons (ceux qui réussissent à digérer, les dionysiaques) et les mauvais (ceux qui y échouent, les hommes du ressentiment). Il ne comprend pas que le filtrage - ne pas mettre à la bouche ce qui répugne au bon goût - est le meilleur remède contre l'indigestion. Dionysos est le philosophe de l'éternel retour, c'est à dire de l'intensité en tant que dénominateur commun de nos expériences ; or, sur le minable - aucune intensité acquiescente n'est possible. | | | | |
|
| hommes | | | Jadis, le type de pathos de chaque époque pouvait être défini en fonction de sa tâche privilégiée : chercher une idole, ériger des temples à l'idole sacrée, abattre les idoles. Le premier créait, le deuxième priait, le troisième ricanait. J'ai peur, que ce cycle, aujourd'hui, soit brisé et sonne ainsi la fin de l'Histoire. Et l'artiste, dont le métier fut fabrication d'idoles , n'a plus d'emploi justifié, il produit des idoles et non pas des idées (eidolon et non pas eïdos, idéa - Heidegger). | | | | |
|
| hommes | | | Le mouton réduit la vie à la consommation de solutions, le robot - à la résolution de problèmes, le philosophe - à la formulation de problèmes, le poète, blasé de solutions et brisé par des problèmes, - au retour grisé vers des mystères. | | | | |
|
| hommes | | | Du fait que même les valeurs les plus élevées se dévaluent, les hommes concluent au vulgaire relativisme, à l'universelle platitude comme seul réceptacle et juge de nos exploits et de nos lâchetés. Il leur faut de la croissance, là où un bon nihiliste, devenu vecteur, au-dessus des valeurs évanescentes, vit l'éternel retour du même. | | | | |
|
| hommes | | | Dans l'éternel retour du même, le mot-clé est le même ; cette métaphore s'oppose aux idées de changement, changement comme moteur et objectif de mes parcours. Quelle attente je mets dans les retrouvailles avec ce que j'avais déjà croisé ? Où se trouve l'essentiel de mon étonnement ou de mon enthousiasme ? En moi ou dans la chose même ? Qu'est-ce qui résume le lien avec le commencement, avec la première rencontre ? Ce ne serait ni un plus (la croissance des progressistes) ni un moins (le détachement des Orientaux) - en poids, en prix ou en valeur -, mais la même intensité, ou la même hauteur, avec lesquelles je redécouvre cette chose. | | | | |
|
| hommes | | | Jadis, la science était au service de la cruauté : « Nous, avec notre science sans cœur, voici que nous croupissons dans la chair et le sang » - St-Augustin - « Nos cum doctrinis nostris sine corde, ecce ubi volutamur in carne et sanguine » - aujourd'hui, elle apporte une paix d'âme et l'oubli de la chair. On ne sait plus où s'arrête la science et commence la conscience, ou bien comment elles se complètent : « La science n'est pas seulement le savoir, mais aussi la conscience, savoir comment s'en servir à bon escient » - Klioutchevsky - « Наука есть не только знание, но и сознание, уменье пользоваться знанием как следует ». | | | | |
|
| hommes | | | De toutes parts, ils sont cernés par les soucis grégaires, et ils s'imaginent, qu'en tournant le dos aux valeurs en cours (le premier besoin des conformistes), ils s'en émancipent et gagnent en originalité. Ils se trompent de plan : les détours dans la platitude n'apportent jamais le vertige de l'éternel retour à l'aplomb de la vie. | | | | |
|
| hommes | | | Comment s'écoule la vie de nos contemporains ? - la chasse aux fuites, aux lacunes, aux oublis, pour rendre le courant vital – prévisible, traçable, contrôlable – l'accumulation de solutions. Aucun mystère ne les dévie plus de leur morne cohérence. « Tout se désagrège par attouchement du mystère : les mots, les systèmes, les personnalités » - Nabokov - « Всё рассыпается от прикосновения исподтишка : слова, системы, личности » - l'éternel retour est annoncé par un nouveau mystère ! | | | | |
|
| hommes | | | Deux issues, banales dans leurs impossibilités, sont prophétisées par tous les sots de la planète : le déclin de l'homme et sa métamorphose. Vu l'immensité du troupeau robotique ambiant, le premier terme semble l'emporter ; le second fut tenté, par la foi et par le sang, et aboutit à la dégénérescence. Y aurait-il un troisième terme, un éternel retour à la bonne nature ? L'éternel retour lyrique - le monde sans être ; l'intemporel ennui logique - le monde sans devenir. | | | | |
|
| hommes | | | Dans leur regard sur le devenir, que ce soit au passé ou au futur, les hommes privilégient ce qui évolue, change, disparaît ; l’obsession primitive par le changement devint universelle. L’œil sensible, au contraire, s’adonne à chercher surtout des invariants, et la création artistique, qui s’en inspire, aboutit à la reconnaissance du retour éternel du même dans tout ce qui est digne d’être immortalisé, c’est-à-dire peint ou chanté. | | | | |
|
| hommes | | | Sur la terre complice d’Antée découvrir le feu rebelle de Prométhée, pour s’élever dans l’air grisant d’Icare, sombrer dans l’eau moqueuse de Noé, rendre riche en résurrections la terre noire de Thanatos – l’éternel retour héraclitéen. | | | | |
|
| hommes | | | Le regard sur ce qui reste le même, se présente comme un retour (tout ramener au commencement individuel, ce qui témoigne de notre nomadisme européen) ou une oscillation-alternance (égaliser les oppositions d’apparence, une chinoiserie routinière, moutonnière et sédentaire). | | | | |
|
| hommes | | | Le terme de destin a peut-être un sens pour ceux qui créent leurs propres commencements et y voient même une finalité ; ce retour éternel s’appellerait fatalité. Mais dans le monde moutonnier, « plus de disparition fatale, mais une dispersion fractale »** - J.Baudrillard. | | | | |
|
| hommes | | | La vie est linéaire, et le rêve est fait des éternels retours, des commencements. Voltaire a raison : « Qui n’a pas l’esprit de son âge, de son âge a tous les malheurs ». Comme Sénèque : « Ils vivent mal, ceux qui commencent toujours à vivre » - « Male vivunt qui semper vivere incipiunt » - tout le contraire du rêve ! | | | | |
|
| chœur intelligence | | | HOMMES : Les hommes deviennent de plus en plus intelligents et nets, ils ne voient plus aucun intérêt à l'obscure naïveté de l'homme. Le retour sur investissement est déjà mieux perçu et maîtrisé que l'Éternel Retour. Les images médiatiques se déchiffrent plus vite que les images mythiques. Les intérêts des prêts s'imposent aux yeux avec plus de force que l'intérêt des prés. | | | | |
|
| intelligence | | | Le cartésien nage et avance dans les concepts, sans toucher leur fond, qui s'appelle l'être. Le nouveau Moyen Âge nous attache à l'être sans promesse ferme de nous apprendre à nager. Le manque de faire-savoir ou de savoir-faire. | | | | |
|
| intelligence | | | Les oppositions, où il y a de la bassesse ou de la hauteur dans les deux termes, sont sans intérêt. Des dyades à n'en pas abuser : être - néant, présence - absence, intérieur - extérieur, vain - sensé, nécessaire - contingent, le même - l'autre. À ne pas perdre de vue : noble - bas, beau - gris, musical - plat. Des monades à éviter : mort, progrès, observation. À rechercher : intensité, merveille, regard. | | | | |
|
| intelligence | | | Aller au fond des choses n'est pas une inanité comme on peut le penser de prime abord. Ce fond est la vacuité et cette découverte nous gratifie d'un surcroît de liberté. Comme la répugnance de voir les choses en face aide à les prendre de haut. Aller au fond est toujours plus prometteur de hauteur que de penser d'en revenir. | | | | |
|
| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
|
| intelligence | | | On pardonne tout à celui qui a et le talent et la noblesse : Nietzsche n'a aucune intuition du poids capital des contraintes, mais sa belle peinture fait oublier la niaiserie de ses buts (le surhomme), de ses moyens (la réévaluation de toutes les valeurs, la volonté de puissance) et de ses chemins (l'éternel retour). La grandeur des génies est dans leurs commencements, où le devenir présente toutes les caractéristiques de l'être. | | | | |
|
| intelligence | | | La poésie - présenter et infra-interpréter ; la philosophie - représenter et ultra-interpréter. La poésie est un retour discret, inventé, par bonds, pour que le temps vibre (pour que « l'esprit retourne sur ses circuits » - l'Ecclésiaste) ; la philosophie - un retour cyclique en continu, l'Éternel Retour, pour que le temps s'arrête ou se métamorphose en l'être. | | | | |
|
| intelligence | | | Le sens du progrès de mon intelligence : l'étendue de la réponse, la profondeur de la question, la hauteur, à laquelle j'ose mon silence. Le silence est ce bel arbre, où s'unifient, indigentes, les questions et réponses. Les réponses finissent par approfondir et consolider mon soi connu ; la source des questions renvoie à la hauteur invariante de mon soi inconnu et en assure l'éternel retour. | | | | |
|
| intelligence | | | Le parcours du créateur : se détourner du devenir banal, se tourner vers l'être profond, s'en inspirer pour créer un haut devenir, y reconnaître le retour de l'être éternel. « Le même a produit un être, apparenté à lui-même, et c'est en redevenant cet être que nous fûmes, que nous saisirons le même » - Plotin – c'est le racolage d'un devenir sans charme qui nous menace plus que l'oubli d'un être charmeur. | | | | |
|
| intelligence | | | Toutes les bonnes têtes finissent par admettre, que le cheminement : l'être, le paraître, l'apparence - est un progrès (« l'être est une fiction vide » - Héraclite ; « le monde des apparences est le seul, le monde vrai est une affabulation » - Nietzsche - « die scheinbare Welt ist die einzige : die wahre Welt ist nur hinzugelogen »). Mais, dans la plupart des cas, il est trop tard : une authenticité de robot ou de macchabée les empêche de se reconnaître dans l'invention. | | | | |
|
| intelligence | | | Pratiquer l'éternel retour : savoir prendre tout état de l'être permanent pictural pour le point zéro du devenir instantané musical. Retour au donné par détour de l'acquis. Festival, sans péché ni Dieu, se substituant au carnaval idolâtre de « a vitio of recirculation » (Joyce) ou de « circulus vitiosus deus » (Nietzsche). | | | | |
|
| intelligence | | | En philosophie, il n'existe pas de sentier battu : la philosophie est un cheminement en terrain inconnu, une quête de serpent ; l'intelligence - la queue de renard, qui efface les traces striées. Pas de sillons à usage multiple ; tout retour y est donc primordial, vierge, éternel. | | | | |
|
| intelligence | | | Percevoir, concevoir, interroger le conçu - tel est le cycle de la connaissance. Sentir l'existence dans le réel, créer le concept dans la représentation, interpréter la pensée dans le langage, revoir le concept dans l'imagination. | | | | |
|
| intelligence | | | Le vrai commencement est un recommencement : effacer le nom et le réinventer. Si, en chemin, on ne perd pas d'intensité, cela s'appellera éternel retour. « II m'est indifférent de commencer d'un coté ou de l'autre ; car en tout cas, je reviendrai sur mes pas »** - Parménide. | | | | |
|
| intelligence | | | La philosophie s'occupe des choses, qui n'admettent pas de système, ou, au moins, où aucun progrès systématique n'est significatif. Aucun système ne pourra jamais rendre la signification d'un regard, d'un style, d'un état d'âme, d'une forme de vie. Aucun système n'est capable d'apporter à la philosophie ce que lui apportent les métaphores. L'aphorisme est un arbre de métaphores ; l'attrait d'une même hauteur et le souci d'un même regard, la pensée unifiante, en font un système en aphorismes. | | | | |
|
| intelligence | | | Le désir et la foi en philosophie : la transcendance est le désir de preuves ; l'immanence est la foi, qu'en dernière instance, toute preuve est tautologique. Et l'on finit par comprendre, que seule leur valeur, l'intensité simultanée du désir et de la foi, la hauteur, qui en résume l'essence ; cet état ek-statique s'appelle éternel retour : « le retour à sa source, au suprême désir, au premier don de la nature » - Dante - « lo ritornare a lo suo principio, sommo desiderio, prima da la natura doto ». | | | | |
|
| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
|
| intelligence | | | Tout honnête homme doit reconnaître, que les notions antiques d'être, de vrai, de l'Un, de savoir n'apportèrent rien d'intéressant au discours philosophique, et que le Chinois, avec son intérêt pour le rythme, pour les relations nettes entre entités vagues, fut un philosophe plus profond que le Grec. Toutefois, l'éternel détour des choses est plus radical, mais moins subtil et poétique que l'éternel retour des relations. | | | | |
|
| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
|
| intelligence | | | Le thème de retour est joué par Nietzsche et par Heidegger : le premier veut échapper à l'espace dans l'égale intensité du devenir vital, le second veut échapper au temps dans le déplacement du regard, de l'étant intelligible vers l'être suprasensible. La hauteur de regard semble être leur dénominateur commun ; en privilégiant la hauteur, on prône la musique, et en se concentrant sur le regard, on se condamne à la profondeur. L'être, par rapport au devenir, est ce que le moi inconnu est au moi connu, le regard - à la pensée. | | | | |
|
| intelligence | | | L'éternel retour égalise les parcours, mais pour être une source, il faut être porteur d'une intensité unificatrice. Pas de première fois, dans un devenir partout intense. Le recommencement - un nouveau point zéro de la création. La source du premier pas se cache et se fait vénérer. | | | | |
|
| intelligence | | | Le travail de l'intelligence - créer un espace de clarté : voir des objets mieux cernés, pratiquer un langage plus élaboré de leur manipulation, interpréter leurs répercutions avec plus de rigueur. Le vrai maître des lieux doit y introduire un cycle crépusculaire et ne pas compter sur l'éclairage de la rue. | | | | |
|
| intelligence | | | La pensée ne peut être continue ; il faut l'interrompre, si l'on ne veut pas tomber dans l'inertie. Questionner, c'est tomber, miraculeusement, sur le premier mot ; penser, c'est essayer s'inspirer du mot dernier, sans le maîtriser. La discontinuité est là, tandis qu'entre les deux - la routine sans brisure, la spirale logocentrique. | | | | |
|
| intelligence | | | L'artiste complète le philosophe, en munissant d'intensité et de musique l'être, le savoir et la transcendance, qui se transforment en devenir, intensité et immanence. La honte, cette profondeur de l'être, et l'intensité, cette hauteur du devenir, créent l'axe, sur lequel le surhomme surmonte l'homme. L'isosthénie, dépassant le conflit, l'ataraxie, surpassant l'indifférence, - telles sont les forces anti-sceptiques, à l'origine d'une noble axiologie. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la musique littéraire, la philosophie devrait servir de contre-point à la poésie : les questions devraient constituer un fond vague, tandis que les réponses devraient avoir une forme nette ; la profondeur devrait donner de l’épaisseur à la hauteur du style. La recherche de la question, derrière une réponse déjà prononcée, devrait être plus fréquente que l’inverse, qui est si souvent banal ; l’idéal serait d’en pratiquer un cycle. | | | | |
|
| intelligence | | | La mesquinerie : s'attarder dans la solution, en tentant de l'appliquer à de nouveaux problèmes. La grandeur : se désintéresser de la solution au profit d'un nouveau mystère ! « Tout problème profane un mystère ; à son tour le problème est profané par sa solution »**** - Cioran. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans une philosophie non-euclidienne, on choisit pour axe la périphérie et non pas le centre du monde ; je deviens ce point merveilleux, que traversent plusieurs trajectoires parallèles à mon horizon axial. « Faire de la philosophie, c'est penser en spirales : on gagne en hauteur et guère en étendue, tout en restant à la même distance du centre du monde » - Schnitzler - « Alles Philosophieren ist nur ein Denken in Spiralen ; wir kommen wohl höher, aber nicht eigentlich weiter, und dem Zentrum der Welt bleiben wir immer gleich fern ». | | | | |
|
| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
|
| intelligence | | | Nos actes mentaux portent les marques du temps, du hasard, de la pluralité ; nous sommes tentés d'y voir de l'ascension ou de la force ; mais toutes ces valeurs s'estompent, dominées par des métaphores intemporelles, constituant la seule musique et la seule unité du monde et nous révélant l'éternel retour de l'Un, du Même. L'art de l'unité - la faculté du Même. | | | | |
|
| intelligence | | | Dès qu'on prend pour pensées l'idée platonicienne, le cogito cartésien, le conatus spinoziste, l'éternel retour nietzschéen, on est charlatan. En reconnaissant leur vrai statut, celui des métaphores, nous devenons libres à les interpréter comme bon nous semble. Les pensées, c'est chez les poètes qu'il faut les chercher – Rilke, Valéry, Pasternak, R.Char. | | | | |
|
| intelligence | | | Toute chose peut être vue sous un angle soit temporel : progrès ou décadence, soit intemporel : hauteur ou intensité ; la mort ou la vie, la puissance de la volonté ou la volonté de puissance, la force irréversible ou le réversible éternel retour, éternel soulignant l'insignifiance du temps et non pas une répétition quelconque. L'éternité surgit, quand le temps perd toute son importance, et s'impose l'intensité - « l'éternel retour du même, c'est l'inépuisable intensité de la vie en tant que joie-douleur »*** - Heidegger - « die ewige Wiederkunft des Gleichen - die unerschöpfliche Fülle des freudig-schmerzlichen Lebens », c'est un équivalent de la hauteur du regard (Gipfel der Betrachtung - Nietzsche). | | | | |
|
| intelligence | | | Tous les nietzschéens ont une vision mécaniste de l'éternel retour ; pourtant, le père de cette jolie métaphore (et de cette misérable pensée), se désavoue lui-même, avec cette flagrante bêtise pseudo-mathématique : « Tout processus infini doit être périodique » - Nietzsche - « Ein unendlicher Prozess kann gar nicht anders gedacht werden als periodisch ». Celui qui ignore la théorie des suites devrait être interdit de réévaluer les valeurs. | | | | |
|
| intelligence | | | Un merveilleux exemple de l'éternel retour : la sensation et le désir exercent, réciproquement, une influence, l'un sur l'autre, et l'on finit par ne plus comprendre, d'où vient l'excitation, puisque la même intensité est portée par mon regard et ressentie par ma chair. L'extérieur et l'intérieur, le perçu et le conçu se fusionnent dans la volupté. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans le domaine intellectuel, deux approches possibles – la linéaire et la généalogique : la croissance et le comparatif, ou la hauteur et le superlatif. Quand on sait tout ramener à la genèse, au commencement, on vit une forme d'éternel retour, et tout enchaînement devient superflu, devient le même. | | | | |
|
| intelligence | | | L'éternel retour est un hymne à la puissance créatrice, dont la hauteur artistique et/ou vitale est supérieure à la profondeur mystique et/ou morale. Ni effondrements, ni même réévaluations, comme l'interprètent les professeurs, mais – la création de vecteurs, au-dessus ou au-delà des valeurs. | | | | |
|
| intelligence | | | L'Histoire de la philosophie s'écrit selon le lieu de ses exercices : la hauteur du Bien, du Beau ou du Vrai (d'Héraclite à Montaigne) ; la platitude du méthodique ou du naturel (de Descartes à Leibniz) ; la profondeur des limites humaines (de Kant à Marx) ; la hauteur de notre regard et de notre souffle (Nietzsche). Sachant que toute profondeur finit par affleurer à la platitude, il faut saluer tout retour à la hauteur, même au prix du trépas de son Habitant d'antan. | | | | |
|
| intelligence | | | Le meilleur usage de la philosophie consiste en peinture de mes états d'âme ; cet exercice exige le choix des axes, autour desquels je développe mes idées ou lesquels j'enveloppe dans mes métaphores ; ce choix correspond à la mise en place des contraintes ; pour moi, ce sont la noblesse, l'arbre, l'intelligence ; pour Nietzsche – le retour éternel, la volonté de puissance, le surhomme. Ce qu'il faut retenir de ces banalités, c'est qu'il ne faille pas exagérer le rôle des contraintes communes, il faut écouter la musique des commencements personnels. | | | | |
|
| intelligence | | | Ils pensent, que l'opiniâtreté, le choix de bonnes pistes et le bon souffle peuvent les soustraire, un jour, à l'attraction du sensible et les propulser dans les orbites purement et hautement métaphysiques. Mais au détour de tout chemin ils découvrent l'Éternel Retour du Même (la découverte de l'être dans un intense devenir), et ils se mettent à se lamenter. On ne garde ses vertiges et enthousiasmes initiaux que si l'on avait suivi, du regard, son étoile, même du fond de son immobilisme. | | | | |
|
| intelligence | | | Tout philosophe, ayant abordé les concepts de bon, de beau, de vrai, produit, nécessairement, un système, ce qui, en soi, ne présente aucun exploit rare. Ce n’est ni la rigueur ni le savoir ni l’ampleur qui en constituent le mérite, mais la capacité de chaque idée, dans les cercles idéels, de servir de commencement, de point de départ d’une partition musicale. Certains appellent cette capacité – l’éternel retour du même (système). | | | | |
|
| intelligence | | | Le nihilisme des commencements est le plus noble ; il s’oppose à l’imitation, à l’inertie, à l’épigonat ; mais si je réussis à faire commencement de tout pas, de toute action, de toute métaphore, je réalise l’éternel retour du même : « La doctrine de l’éternel retour est du nihilisme accompli » - Nietzsche - « Die Lehre von der ewigen Wiederkunft als Vollendung des Nihilismus ». | | | | |
|
| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
|
| intelligence | | | Un bon livre de philosophie n’est fait que de réponses, auxquelles toute tête bien faite imaginera ses propres questions. L’éternel retour consiste en boucle qu’auront faite ces questions, la réponse restant la même ! | | | | |
|
| intelligence | | | L'être de l'étant - l'une de ces expressions creuses, que pourtant Heidegger déclare équivalente au retour éternel du même, en voyant dans le même - l'immuable et l'indicible être (Schelling y aurait parlé d'identique, Hegel - d'absolu et mon soi inconnu ne serait pas très loin), et dans le retour éternel - des cycles incessants du devenir ne manifestant que de l'étant. Moi, je vois dans le même - l'intensité, qui n'a grand-chose ni de l'être marmoréen, ni du fugitif devenir ; elle se veut éternellement la même. L'être de l'étant - son seul bon sens se traduirait par le banal : derrière ce phénomène, quelle est la loi ? Mais ils continueront à vous terroriser, en enchaînant - c'est la néantisation du néant (Nichtung des Nichts) ou l'audace (das Wagnis) ou l'être-là (das Dasein)… | | | | |
|
| intelligence | | | Je ne connais pas de pensée, dont le seul mérite serait son développement. Que de naïves illusions tu nourris, si pour toi la pensée développée te fait intellectuel, éternel exilé. Cette éternité ne durerait que l’espace d’une génération. Ton retour sera grégaire ; c'est le sentiment qui prendra l'amère route de l'exil, pendant que tu te mettras aux affaires. | | | | |
|
| intelligence | | | L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe. | | | | |
|
| intelligence | | | Je m’aperçois, assez tardivement, que la dyade schopenhauerienne est très proche de la mienne : sa Volonté n’est qu’un élan ou un rêve, dont le fatal affaissement appelle une Consolation ; sa Représentation est la démarche centrale, pour comprendre la place du Langage dans un discours. C’est Nietzsche qui, plus poétique et révolutionnaire que moi, dévia la Volonté vers la puissance et la Représentation – vers le retour, toujours recommencé. | | | | |
|
| ironie | | | Aux yeux pessimistes, l'essentiel est dans la régression, aux yeux optimistes - dans la progression, aux yeux d'ironiste - dans la digression. | | | | |
|
| ironie | | | Quand on maîtrise le mot pénétrant, face à une pensée dominée, on peut se permettre, au second assaut, de capituler devant elle. Il faudrait la chevaucher deux fois : par-dessus, en affirmatif, et par en-dessous, en négatif. Plus l'affirmatif est profond, plus sa négation est excitante ; plus l'affirmatif est excitant, plus la négation est profonde. En volatile perfide ou en reptile bifide, je m'y insinue en maître et je gagne dans tous les cas. | | | | |
|
| ironie | | | Le technicien ne fait que multiplier le nombre de genres, tandis que le mathématicien et l'artiste s'intéressent aussi, et avec la même délicatesse, à la réduction du nombre d'espèces. « Le progrès organique est un changement d'homogène en hétérogène » - H.Spencer - « The organic progress consists in a change from the homogeneous to the heterogeneous » - l'artiste s'adonne plus souvent à l'éternel retour qu'au progrès, qu'il soit mécanique ou organique. Le technicien marque les jalons du progrès, l'artiste en marque l'axe entier, pour rester dans le pathogène. | | | | |
|
| ironie | | | La simplicité est le retour éternel du regard de sage, qui s'arrête, successivement, sur les choses naturelles, rationnelles, réelles, complexes : la bonne simplicité est une complexité naturelle. | | | | |
|
| ironie | | | Chose, objet, substance, essence, existence, étant, être, l'Un, Dieu - quand je réussis à les traiter, tous, comme des objets, je peux proclamer la mort de Dieu comme l'aboutissement de l'éternel retour du Même, étalé en mille facettes : « Dans l'infini - l'éternel retour du même ; au ciel, le multiple devient l'Un, le système » - Goethe - « Wenn im Unendlichen dasselbe sich wiederholend ewig fließt, das tausendfältige Gewölbe sich kräftig ineinander schließt ». Semper alternum des commencements extérieurs n'est possible que grâce à semper idem des naissances intérieures. | | | | |
|
| ironie | | | Le voyage à partir du rien vers l'être, en s'arrêtant sur les étapes de l'étant, s'appelle le devenir. Telle est l'abyssale philosophie de Parménide, Hegel, Sartre, Heidegger. Certains s'apercevront, à la fin, que l'être n'est rien d'autre que le rien du départ ; d'autres, encore plus perspicaces et courageux, appelleront cette bourde gênante - éternel retour du même, se détourneront de toute négation, pour prôner l'acquiescement universel. | | | | |
|
| ironie | | | Pour mériter notre attention, tout livre doit former un idéal. Un algébriste rappellerait, que cet idéal se définit au sein d'un anneau de l'éternel retour ou d'un corps ouvert à toute manipulation, tandis qu'on nous assomme de sous-représentations de certains groupes par trop associatifs et pas assez réflexifs. | | | | |
|
| ironie | | | L'oubli de l'être est une paraphrase de la mort de Dieu, et pour ces deux carences, les remèdes respectifs, le souci et l'intensité, sont des synonymes. Curieusement, même leur demeure serait la même - le langage ! Mais tous les deux ne sont peut-être que l'incapacité d'y lire un retour éternel du Même. | | | | |
|
| ironie | | | Le chant convient mieux aux ombres, la lumière se donne même aux récits ; mais il y a des coqs, qui s'imaginent que non seulement le soleil est leur production, mais qu'il se lève à cause de leur chant, comme certains chants du cygne en annoncent le coucher. Il faut être reptile, pour ne pas aspirer aux astres et se contenter d'une Terre, qui tourne en rond. | | | | |
|
| ironie | | | Tant d’herméneutes pseudo-ésotériques voient dans l'éternel retour – une fabuleuse répétition dans un temps réel, celui des événements de la vie, tandis qu'il est un avènement, une invention perpétuelle dans un espace artificiel, celui de l'art. Les faits opposés aux valeurs. | | | | |
|
| ironie | | | Aller tout droit, tourner en rond, prendre le contre-pied des autres sont des synonymes. Quand on l'a compris, on se débarrasse d'une grosse part de sa suffisance remuante. N'arpente plus les routes des niais ni ne charpente ton doute casanier - reste vagabond immobile parcourant du seul regard tes vastes ruines. | | | | |
|
| ironie | | | La pensée ne devrait ni reculer ni avancer, mais tourner en rond, pour que sa musique nous fasse danser, - telle est la leçon de l'éternel retour, opposé au progrès hic et nunc. | | | | |
|
| ironie | | | L'intelligence étant toujours à la recherche de quelques nouveaux reniements, virevoltes ou départs, le sens, ce but se profilant au bout de la vérité, ne peut compter que sur l'inertie de l'ineptie. « La bêtise demeure le refuge du sens » - J.Baudrillard. | | | | |
|
| ironie | | | Le cercle ne cesse d’être vicieux, c’est-à-dire fermé et plat, qu’en découvrant la hauteur, en devenant ouvert, en se métamorphosant en spirale. Sous les coupes discrètes de l'ironie, la spirale peut être vécue comme un pointillé ou une constellation des points lumineux et libres, aspirés par la hauteur. | | | | |
|
| ironie | | | L'obsession par l'avant, est si commune, qu'on saluerait machinalement la démarche d'écrevisse : « Le cheminement qui recule, seul, nous mène de l'avant » - Heidegger - « Der Weg zurück führt uns sogar erst vorwärts ». Mais l'attitude de marmotte m'est plus chère : couchée, pour ne pas avancer vers l'arrière, seule direction, où il y ait encore des promesses. | | | | |
|
| ironie | | | De tous les temps, on prêchait le retour à la Nature ; aujourd’hui, le retour à la Culture semble être plus urgent. Dans trois mille ans, on comparera les résultats. | | | | |
|
| ironie | | | Dieu commença sa carrière en créant le monde à partir de rien ; nos absurdistes veulent retourner ce monde merveilleux – à rien. | | | | |
|
| ironie | | | La banalité des exercices philologiques du jeune Nietzsche lui inspira une sainte horreur du genre discursif – il se voua au culte des commencements non-développables, puisqu’il aima l’éternité, qui est la négligence du temps, celui qui accompagne tous les parcours cohérents. La métaphore de retour éternel résume cet état d’âme et aurait pu s’appeler commencements hors précédents ou maximes, toujours recommencées ! L’auteur n’est fidèle qu’à lui-même ; c’est, donc, un retour du même, et aucune apocatastase n’y est visée. | | | | |
|
| ironie | | | La pratique du retour éternel, en s’opposant aux visions progressistes ou eschatologiques, place tout commencement créatif dans le présent. | | | | |
|
| ironie | | | Ma pratique de la lecture passe par quatre étapes – le contact, la sélection, la séparation, le retour. La première étape – l’indifférence (95%) ou l’étonnement ; la deuxième – ne garder que ce qui étonne ; la troisième - la déception (95%) ou l’admiration ; ne retourner que vers ce (95%) que j’avais admiré. | | | | |
|
| mot | | | Croissance, l'un de ces mots que j'abhorre tant : s'étendre sans entendre, tourner sans se retourner, phases sans emphase. | | | | |
|
| mot | | | On ne me lira jamais comme je veux, comme si les mots venaient d'être inventés. Pourtant c'est bien ainsi qu'on est tenté d'écrire. Forcer l'oubli des trajectoires connues des mots, les vouer à la destinée des hapax et solipsismes, esquisser des pointillés, qui en feraient pressentir envolées ou chutes. Le verbe créateur ne connaît pas de continuité, tandis que « la nature ne fait pas de bonds » - Leibniz - « natura non fecit saltus » - on ignorait encore les quantas atomiques et les mutations génétiques - que des bonds en discontinu ! La hauteur n'habite que le verbe ; il faut se méfier jusque du ciel : « Sur terre - des arcs brisés ; au ciel - des cercles parfaits » - R.Browning - « On the earth - the broken arcs ; in the heaven - the perfect round ». Et saluer le Christ : « Le ciel et la terre passeront, mais non pas mon verbe ». | | | | |
|
| mot | | | Si je parle si souvent de ruines, c'est en partie à cause de mes rafistolages au sein de l'équipe de la tour de Babel, dont l'arcanture se prête mal à l'architecture des tours d'ivoire (il paraît qu'en sacrifiant la hauteur à la profondeur, un recyclage soit possible : « Nous creusons la mine de Babel » - Kafka - « Wir graben den Schacht von Babel »). Et mes ivresses publiques ne rappellent que vaguement le miracle de la Pentecôte. | | | | |
|
| mot | | | Prôner l'an-archie des choses, pas de prééminences, et la pan-archie des rêves, que des éminences. Vivre de l'éternel retour (ressasser) de l'autre verbe palindrome français - rêver ! | | | | |
|
| mot | | | Préférer le signe (le fait organique) au sens (à la structure mécanique) peut avoir deux sens : retour aux choses de la nature ou culte du mot de la culture. Le sens épuisant de plus en plus les choses, je préfère rester en compagnie du mot inépuisable. | | | | |
|
| mot | | | Dans le cycle antique, mystère - problème - solution, le mystère retrouva son sens originel d'un simple métier. Tout mystagogue devint problem-solver. Rien de cyclique, ni sacrifice ni fidélité ni chutes, - qu'une exécution linéaire de plats algorithmes : la coutume imitant la raison et limitant l'inspiration (« Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration » - Pascal). | | | | |
|
| mot | | | Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre. | | | | |
|
| mot | | | Exemple d'un éternel retour : la vérité de Dieu se muant subrepticement en dévoilement de l'être (aléthéia - éclaircie - vérité). Pitoyable est le dévoilement qui se voile ; on devrait ne cacher que les contraintes et non pas l'être. | | | | |
|
| mot | | | L'intuition gréco-latine, tout en ignorant le nombre zéro, nous a composé quelques hosannas lyriques au néant. Semblablement, l'imagerie allemande du devenir doit beaucoup à l'emploi auxiliaire de ce verbe. Dieu est dans l'opération et non pas dans les opérandes, et donc son devenir est son être - et le retour éternel de Nietzsche est le devenir, avec la même ambition. | | | | |
|
| mot | | | Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même. | | | | |
|
| mot | | | Le poétique et le sacré furent les premiers symboles que l'homme coucha sur papier. « La première langue a dû être hiéroglyphique, pour les caractères sacrés, la deuxième, symbolique, pour les caractères héroïques, la troisième, épistolaire, pour les caractères conventionnels » - G.B.Vico - « La prima lingua - geroglifica ovvero per caratteri sagri, la seconda - simbolica o per caratteri eroici, la terza - epistolare o per caratteri convenuti ». Ces trois étapes, niveaux ou états – divin, poétique, humain - furent fusionnés par Nietzsche dans l'éternel retour, où cohabitent la mort de Dieu, la réduction de la vie à l'art, le surgissement du surhumain. | | | | |
|
| mot | | | La joie et l'optimisme sont dans le changement, prometteur d'espérances ; mais le retour du même est source des désespoirs, il est la nost-algie – la douleur du retour. | | | | |
|
| mot | | | La compréhension des thèses d'un auteur se détermine par le choix de leurs négations (ou antonymes). Prenez, par exemple, Nietzsche, le contraire de danser ou vibrer - maîtriser, de l'Éternel Retour - le gain en maîtrise, du surhomme - le maître de soi. N'oublions pas, que les sept péchés capitaux ne sont pas des négations des sept vertus. Et qu'en grec, la vérité (aléthéia ou amen) serait opposée à l'oubli ou au commencement, et exister (ek-sister) - à rester en soi-même. | | | | |
|
| mot | | | Le mot éternel, en philosophie, signifie l’aspect trans-historique, la sortie hors du temps, d’où l’éternel retour nietzschéen, résultant de la métamorphose du devenir, auquel le créateur affecte l’intensité de l’être, le retour égalisant les dates et ennoblissant les lieux. Il ne restera à la dimension temporelle que le culte des commencements, ce culte de la personnalité et de la hauteur, et que Nietzsche appellera volonté de puissance. | | | | |
|
| mot | | | Ne pas avoir de fin – deux acceptions possibles de cette expression : le chemin, que je suis, se prolonge infiniment, ou bien – je me passe de chemins et me contente de commencements. Le choix de la seconde version donne une des lectures les plus intéressantes de l’éternel retour. | | | | |
|
| noblesse | | | Quelle niaiserie, ce projet du jeune Nietzsche de transvaluer les valeurs (umwerthen alle Werthe) ! Toutes les bonnes valeurs furent déjà exhumées et exhibées ; il s'agit de les munir de bons vecteurs, aimantés par l'ironie et la noblesse, et de finir par substituer aux flèches – des axes, chargés d'une même intensité – voilà l'éternel retour ! | | | | |
|
| noblesse | | | Le cycle vital : l'écoute stoïque de tout courant de la vie (libido sciendi), le désir de puissance artistique (libido dominandi), l'aristocratique regard, baignant dans la pitié et la honte (libido sentiendi). Nietzsche n'accomplit que la moitié du parcours, prenant trop à la lettre les substantifs, se trompant systématiquement d'adjectif et oubliant le verbe ! | | | | |
|
| noblesse | | | Nihiliste acquiescent = surhomme. Nihiliste passif, aux cordes qui ne vibrent plus ou aux flèches qui ne volent plus. La négation non seulement d'un demi-tour, mais d'un tour complet, d'un éternel retour tragique, toute cible atteinte redevenant regard. Tragique, car l'objet de nos langueurs, cet au-delà qui existe bien, échappera toujours à nos parcours, à nos ruptures et à nos regards. | | | | |
|
| noblesse | | | Sur les axes des valeurs, Aristote cherche des commencements, Kant - des frontières, leurs épigones - leurs points préférés. Mais Nietzsche ennoblit l'axe tout entier, en le munissant d'une même intensité, qui est le fond de notre moi ; cette axiologie s'appelle l'éternel retour du même ; ce qui change en moi n'est pas moi. | | | | |
|
| noblesse | | | L'éternel retour, c'est la reconnaissance, qu'aucun développement ne rehausse le regard prima facie : « De retour à mes débuts, j'y retrouve la même perplexité » - Goethe - « Da steh' ich nun, ich, armer Tor ! Und bin so klug als wie zuvor ». Le sens, l'invariant, de ce retour est dans la bouche de Faust : « Tu es beau, arrête-toi » (« Verweile doch, du bist schön ») - le sens d'un retour intemporel. Et si la cause finale d'Aristote était la même chose : « La cause finale occupe la place de la beauté dans les êtres, qui en sont pourtant dépourvus » ? | | | | |
|
| noblesse | | | De la précision du verbe : vénérer le mystère, admirer le problème, respecter la solution. Et lorsqu'on réussit à en faire un cycle, on est prêt à adorer. | | | | |
|
| noblesse | | | Je suis absent du fond diurne, cohérent, profond et consensuel, des tableaux du monde, mais je ne peux pas échapper à leurs cadres, communs et reproductibles, j'y suis réduit tantôt au polissage de truismes et tantôt au tissage de paradoxes sachant, que « les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain » - Proust. | | | | |
|
| noblesse | | | Le pauvre d'imagination se tourne vers l'avenir ; le pauvre d'esprit patine dans le présent ; le pauvre de vie peuple le passé. L'homme sensible s'éprend de la vie d'un rêve passé plus que d'un rêve d'une vie future. Penser à la conservation du futur et à la redécouverte du passé, c'est, à la fois, le culte du commencement et le souci de l'éternel retour : « Le retour au commencement est une espèce de futur » - Jankelevitch. | | | | |
|
| noblesse | | | Vivre selon Vertu, Nature, Vérité ? Les vies grand teint surgissent du contre ou du malgré. Mais, par la magie de l'éternel retour, tout contre finit par un grand oui. Du grand acquiescement final naît le style ; le non initial n'en définit que le rythme. | | | | |
|
| noblesse | | | Commencements, parcours, fins : dans mon adolescence, un corps tourmenté et une âme naissante font de la hauteur poétique la quintessence de l'humanité ; ma jeunesse studieuse me rapproche de la profondeur savante et j'y place le sel de la terre ; ma maturité fait affleurer tout savoir vers la platitude mécanique et je me mets à apprécier l'ampleur philosophique. Heureux celui qui finit par un retour éternel vers ses sources, pour y retrouver son éternelle et infaillible jeunesse. | | | | |
|
| noblesse | | | La noblesse du regard, ce n'est ni l'étendue entre-ouverte de l'avenir, ni même la profondeur entrevue du passé, mais bien la hauteur entretenue d'un présent, débarrassé de ses soucis terrestres. À l'échelle temporelle, il est semblable à l'instant de Zarathoustra (der Augenblick - regard des yeux), dont l'éternité enveloppe les chemins du passé et de l'avenir. À l'échelle spatiale, le regard, c'est l'enveloppement ludique de choses, rendant leur développement pragmatique - superflu. | | | | |
|
| noblesse | | | Dans l'Éternel Retour je ne vois pas de cycles ; j'y vois, par contre, l'extase hautaine qui, intemporellement, seule épuise l'essence de la chose, qu'aucun mouvement, circulaire, linéaire ou chaotique, aucun approfondissement ni élargissement n'enrichit ni n'éclaire. La chose reste la même, face à toute bougeotte, et ne se résume que dans l'intensité du regard initiatique ; l'intensité non-noble est propre des passions aujourd'hui dominantes : la Bourse, le flirt, la gazette. Mais tenir à la permanence de l'intensité, c'est aussi chercher à mourir debout, contrairement aux autres : « Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès »** - Pascal. | | | | |
|
| noblesse | | | Dans l'édifice de mon âme, seuls les soubassements doivent garder leurs attaches spatiales, que je refuserai aux fenêtres et aux toits ; ainsi je me retrouverai dans des ruines nihilistes - privées d'attaches temporelles ; débarrassé de l'irréversible devenir, j'y vivrai un éternel retour de l'être atemporel, à l'opposé du Nietzsche simple, pour qui, c'est la réminiscence du devenir qui rend éternel le retour (mais c'est l'un de ces opposés que le Nietzsche complexe aime épouser avec tant d'égalisante intensité – retour du même !). On est séduit par ce « pathos universel de l'illusoire réminiscence » - Jankelevitch. Et moins je vois les attaches banales, mieux je m'attache à la grande distance. | | | | |
|
| noblesse | | | Je dois avoir un thème musical unique, qui traverserait ma vie, rhapsodique ou symphonique, de part en part, tel un retour éternel, fusion du continu et du discret : « Il y va de l'intensité et non pas de la vie éternelle »** - Nietzsche - « Auf die ewige Lebendigkeit kommt es an, nicht auf das ewige Leben ». | | | | |
|
| noblesse | | | Dans l'examen d'une chose, d'un événement, d'une pensée ne mettre dans la balance ni gains ni pertes, ni remords ni ressentiment, mais réduire leur mesure à ce qui, en nous, relève, seul, de l'éternité, donc reste le même, - à notre musique et à son intensité, telle est la leçon de l'éternel retour. | | | | |
|
| noblesse | | | Ce qui mérite notre admiration aurait dû renoncer aux évolutions et preuves et se fonder sur la seule intensité métaphorique couronnant l'éternel retour : « On peut réduire toute valeur suscitant une pulsion à une pulsion suscitant une valeur »** - Levinas. | | | | |
|
| noblesse | | | La bouche parle du hier du sentiment ; la plume - du lendemain de la pensée ; le cœur - de son aujourd'hui débordant. « Donner du temps au temps, pour que le vase déborde » - Machado - « Demos tiempo al tiempo ; para que el vaso rebose ». Se pencher sur le sens de la dernière goutte (le devenir causal), sur la plénitude du vase (l'être parfait), sur sa forme (l'éternel retour du même). | | | | |
|
| noblesse | | | Si, à l'embouchure, je suis capable de retrouver, d'entretenir ou de recréer l'intensité ou le rythme des sources, je suis dans le même fleuve anti-héraclitéen, témoin de l'éternel retour. | | | | |
|
| noblesse | | | L'homme est pourvu de si merveilleux capteurs du réel, que son monde intérieur reflète fidèlement, et en tout point, malgré l'effet de la Caverne, - le monde extérieur. Partir du sujet (le vitalisme) ou bien de l'objet (la phénoménologie) promet les mêmes tableaux, les mêmes profondeurs, la même architecture. Ce n'est qu'en hauteur que cet équilibre se rompt et qu'on gagne, en s'accrochant à l'homme. L'exemple flagrant en est l'interprétation de l'éternel retour du Même. Dans ce même, Heidegger voit l'immuable Être extérieur, et moi, j'y vois l'intensité tout intérieure, l'excellence, l'extase du superlatif et non pas la paix ou la certitude du positif, et encore moins la platitude du comparatif (l'attitude de la majorité, dictée par le goût du changement). | | | | |
|
| noblesse | | | Être humble avec les buts, ironique avec les moyens et royal avec les contraintes, telle est la forme d'acquiescement à la vie ; et lorsque la contrainte porte sur la même intensité de mon regard (et non pas la multiplication d'objets regardés), elle s'appellera éternel retour : « La pensée d'éternel retour du même est la plus haute formule d'acquiescement » - Nietzsche - « Der Ewige-Wiederkunfts-Gedanke ist die höchste Formel der Bejahung ». | | | | |
|
| noblesse | | | Le sens de mon existence - l'intensité de mon regard, c'est à dire de mon rapport avec la vie, et qui s'atteint surtout grâce aux contraintes que je m'impose : mettre le désir au-dessus de la force (la volonté de puissance), ne pas m'attarder sur les choses, qui changent, entretenir l'excellence du regard (l'éternel retour du même), me mettre au-delà des valeurs, pour être moi-même leur vecteur (la réévaluation de toutes les valeurs) - trois synonymes du plan nietzschéen. Vie, volonté de puissance, art - comme trois hypostases d'une même substance tragique ! | | | | |
|
| noblesse | | | Pour garder l'enthousiasme dans la vie, on doit savoir entretenir l'équilibre, ou l'égale intensité, de la naïveté, de la maîtrise et de l'ironie. La simultanéité de ces stades, cette harmonie verticale est l'affirmation de l'éternel retour, ignoré aussi bien en musique qu'en mathématique : « Chaque branche mathématique traverse trois stades d'évolution : le naïf, le formel et le critique » - D.Hilbert - « Jede mathematische Disziplin läuft drei Perioden der Entwicklung durch : das naive, das formale und das kritische ». | | | | |
|
| noblesse | | | Quand on a une vie intérieure suffisamment intense, tout événement extérieur se vit comme un insignifiant retour du même, puisqu'il ne modifie pas l'essentiel. Ce qu'un démon hurla à Nietzsche comme un incipit tragique et banal, un ange me chanta comme un sufficit ironique et musical. Mais ce retour est éternel, puisqu'il ne concerne que des démons ou des anges, ignorant le temps et s'entourant de l'être. À moins que ce soit le même personnage, puisque le démon, qui étend son acquiescement jusqu'à sa propre chute fatale, redevient ange. | | | | |
|
| noblesse | | | Les sommets ne communiquent pas entre eux, mais tout plongeon réussi dans la profondeur y fait découvrir des prédécesseurs, établit des réseaux et finit par bien aménager un niveau supplémentaire. Donc pas de souci à avoir pour ces voyageurs : « Beaucoup de ceux qui plongent dans les profondeurs n'en reviennent plus » - Joyce - « Many go down into the depths and never come up ». Ils y trouvent un autre troupeau, où ils se plaisent de fondre. Ceux qui s'élancent vers les hauteurs se cassent souvent le cou, au retour, mais en solitaires. | | | | |
|
| noblesse | | | Tout ce qui, même partiellement, se raccroche au réel est voué à être englouti, sans retour, par le temps ; l'éternel retour dans l'espace de la création n'est promis qu'au rêve, dont la hauteur le sépare et protège du réel. | | | | |
|
| noblesse | | | Dans une perspective horizontale, plus je me rapproche d'une chose, plus je m'éloigne d'une autre ; dans une perspective verticale, plus je m'élève, plus lointaines deviennent toutes les choses, qui finissent par devenir les mêmes, pour mon regard nouveau-né, - tout retour éternel du même est là – tout est question des ailes et de l'intensité du regard. L'indifférence aux choses, l'ironie aux idées et au-delà - la caresse de l'art et la musique de la vie. | | | | |
|
| noblesse | | | Le regard intellectuel sur la vie peut commencer par un non éthique ou un oui esthétique ; le premier ne peut être que partiel, le second est universel. Le diseur du non est un homme du progrès, donc de l'ennui ; le diseur du oui est un homme du même, de ce qui retourne, éternellement. Mauvais négateur ou bon nihiliste. | | | | |
|
| noblesse | | | Les points communs entre la montagne de Zarathoustra et la mer du Cimetière marin : non seulement les deux vouent un culte à l'éternité, sous la forme d'un Retour ou d'un Recommencement, mais la hauteur de la première et la profondeur de la seconde ont besoin l'une de l'autre et se complètent. Les deux en appellent au (Grand) Midi le Juste, pour mieux (ré)évaluer l'intensité de leurs ombres. | | | | |
|
| noblesse | | | La grandeur et l’originalité d’un artiste sont dans l’invariant, dans le même, dont on cherchera à maintenir l’éternel retour. L’un des contraires s’appellerait la mode : « La mode est l’éternel retour du nouveau »* - Benjamin - « Die Mode ist die ewige Wiederkehr des Neuen ». | | | | |
|
| noblesse | | | La négation ne se justifie que dans l’inessentiel ; dans l’essentiel, qui est mystérieux, grandiose, beau ou tragique, doit régner l’acquiescement, la vénération, l’extase ; une fois à genoux, on n’apprécie que l’immobile, l’invariant, l’inconnaissable – le même, celui qui vit l’éternel retour. | | | | |
|
| noblesse | | | Le rythme et l'algorithme ont la même origine - l'habitude ou la répétition - mais les sources différentes : le rythme naît en nous, l'algorithme - hors de nous, dans le troupeau ou dans la machine. Étymologiquement, rythme signifiait fidélité du fleuve à sa source (fidélité, traduite par la même intensité, dont l'éternel retour du même est la plus belle des métaphores), d'où la place qu'il mérite dans le culte des commencements. Le soi inconnu ne se laisse entrevoir que par les premiers pas ou par la hauteur du regard sur toute marche : « Il n'y a d'originalité qu'à l'origine, au-dessus et bien avant » - R.Debray. | | | | |
|
| solitude | | | La supériorité de Rocinante sur Bucéphale, Pégase ou Incitatus : on ne l'imagine pas en troupeau ou en assemblée, bien qu'il s'apparente à l'âne. « Ab equis ad asinos » - un retour chétif effaçant la honte d'un aller naïf. | | | | |
|
| solitude | | | Bel exemple d'un exil porté en tout lieu - L.Salomé, Russe exotique pour Nietzsche et Rilke, Allemande bien rangée pour Tourgueniev et Tolstoï. Pourquoi n'a-t-elle pas amené en Russie Nietzsche, comme elle le fit avec Rilke ! Quel Livre de Retours y a-t-on manqué ! | | | | |
|
| solitude | | | Dans mon enfance, les horizons se remplissent de choses trop visibles. Peu à peu, je les remplace par des chimères, qui sont mon soi ; et c'est ainsi que se referme, un jour, le cercle de ma solitude, mes ruines. Mais les ruines ont cet avantage acoustique : c'est le seul style architectural qui n'étouffe pas l'écho de mon enfance. | | | | |
|
| solitude | | | Le progrès humain, ce sont deux convergences : la horde virant au troupeau, le loup solitaire se découvrant brebis galeuse. | | | | |
|
| solitude | | | J'aimerais bâtir une solitude en pointillé comme alternative instable à cette solitude circulaire, que Marc-Aurèle admirait dans la sphère parfaite d'Empédocle. | | | | |
|
| solitude | | | Degrés de progression vers l'originalité et la solitude : nous sommes sur la même terre, sous les mêmes cieux, dans la vue des mêmes horizons, avec la même carte routière, avec la même étendue du désir. Et je resterai avec la hauteur de ma tour d'ivoire ou avec la profondeur de mon souterrain. | | | | |
|
| solitude | | | Si l'on enlève à mon écrit la gangue de l'inertie, des échos, du désir de reconnaissance, ce qui reste, ce serait l'intensité de mon mot solitaire, de cet invariant, qui ne serait pas un prolongement du lourd présent, mais un retour éternel, impondérable, une grâce ou une folie. | | | | |
|
| solitude | | | L'image qui me hante : Copernic agonisant, et dont la main caresse la couverture de ses Révolutions illisibles, qui viennent de paraître, Copernic emportant ses secrets de jeunesse, ses secrets pythagoriciens, ses secrets inventés. Le retour éternel ne devrait-il pas s'appeler, étymologiquement, révolution permanente ? | | | | |
|
| solitude | | | Exemple d'un retour cyclique : je suis l'instinct mystérieux des foules, ensuite, j'adhère aux idées problématiques des élites, enfin, dans la solitude, je goûte les mots des solutions. Mais je finis par réinventer mon espèce, me replonger dans ses instincts, munis, par mes soins, de nouveaux mystères… | | | | |
|
| solitude | | | Tant que le cercle de la solitude s'agrandit, on peut garder le courage de rester immobile. | | | | |
|
| solitude | | | J’aime ma permanente sensation d’exil, puisqu’elle est sans nostalgie ; ma patrie est le ciel, je m’y rends sans papiers, sans souvenirs d’enfance, sans permis de séjour ni de retour ; les seuls moyens de transports y étant mes rêves non-communs. | | | | |
|
| solitude | | | Inévitablement, même aux plus narcissiques entre nous, il arrive de s’appuyer sur les valeurs communes qu’on prend, intuitivement, pour les siennes propres. De temps en temps, on s’en rend compte, on les rejette, on s'en déprend – voici la naissance de ses vrais commencements ou un retour à son soi-même. Le retour éternel (hors souci du temps, suite à un abandon-oubli) de Nietzsche est ce (re)commencement. | | | | |
|
| souffrance | | | Il ne me déplairait pas, que ma trajectoire se rapproche, à rebours, de celle de Rimbaud : les tribulations et la sauvagerie du début, et vers la fin - avoir dessiné quelques Enluminures et séjourné pendant quelques Saisons au Paradis. Et pour seul point commun entre ces vies extrêmes, les mots : « N'écrivez pas Arthur sur les enveloppes… Comme je suis malheureux… Assez vu, assez eu, assez connu – j’irai sous la terre ». | | | | |
|
| souffrance | | | L'ineptie de Dostoïevsky, une larmette d'enfant le faisant rendre le billet à Dieu ; l'ineptie de Bergson, un seul enfant damné désavouant la Création ; l'ineptie d'Einstein, un seul enfant malheureux rendant tout progrès impossible ; l'ineptie de Camus, la souffrance non-justifiée d'un enfant étant révoltante ; l'ineptie de Sartre, les livres ne faisant pas le poids, face à un enfant qui meurt ; l'ineptie du parti pris des choses, voyant dans la souffrance des enfants le mal absolu - mais un bon écrivain est une présence divine comprenant toujours une bonne enfance, une bonne pleureuse et un bon croque-morts ! Inconsolable comme le père des Kindertotenlieder et implacable comme l'Erlkönig. L'un des buts d'un art serait : comment transformer une larme d'enfant en une pensée d'adulte. | | | | |
|
| souffrance | | | Comment me débarrasser du désespoir ? - vivre dans un Ouvert et ne me passionner que pour les perspectives se perdant hors de cet Ouvert. Tout ce qui débouche sur un monde clos est source d'ennui. Cet Ouvert est plus près du Fermé de Valéry que de l'Ouvert révélé (entborgen - aléthéia - illatence) de Heidegger. La passion est fusion, désirée, impossible et imaginaire, de mon élan et de mes limites : « Quand la forme vitale, créée par l'union naturelle de l'illimité et de la limite, vient à se détruire, cette destruction est souffrance ; et le retour à son essence constitue le plaisir »** - Platon. | | | | |
|
| souffrance | | | La souffrance nous rappelle l'existence de l'absolu, de ce qui ne subit pas la servile évolution de toutes choses soumises au temps impassible. C'est grâce à elle que l'homme redécouvre ses invariants au milieu de ses facettes de plus en plus robotisées et passagères. Et Tolstoï s'y trompe : « Le monde avance grâce à ceux qui souffrent » - « Мир движется вперёд благодаря тем, кто страдает », en prenant un mouvement intérieur pour mouvement extérieur. Le vrai monde, c'est à dire le beau et le palpitant, est immobile. | | | | |
|
| souffrance | | | On ne peut étouffer ou couvrir la clameur de l'horreur, de la tragédie, de la souffrance qu'avec une musique héroïque, et l'acquiescement à la vie est cette seule musique possible, l'éternel retour de la métaphore désarmante, la rencontre de la création, de l'ironie et de l'amour. Mais si le beau atténue l'horrible, l'intense ne fait qu'aggraver le terrible. | | | | |
|
| souffrance | | | On est toujours tenté de prêter le pire destin à ce qui est sublime ; la beauté se prête mal à la plate béatitude. Un destin est tragique ou il n'est guère un destin. Les choses sans beauté n'ont pas de destin du tout, elles n'ont que les statistiques. Fleurir l'espace d'un matin ou gérer un cycle de vie. | | | | |
|
| souffrance | | | L'éternel retour de Nietzsche est tragique puisque éphémère ; le einmal, nur einmal (une fois, qu'une fois) de Rilke ou le never more (plus jamais) de Poe sont comiques puisque réels. Le retour à chercher n'est pas celui du jour et de la nuit, du sommeil et de la veille, mais de la réalité et du rêve, ou de la réalité et de la mémoire, la réalité se définissant ensuite par l'intensité entretenue des songes ou des représentations. Ce retour éphémère, ce sacrifice du nouveau, entretient le bonheur éphémère, le seul digne de notre fidélité. | | | | |
|
| souffrance | | | L'immortalité est une image trop bête, pour servir de consolation ; mais la foi en intensité du beau peut faire oublier la désarmante certitude du vrai. Cette intensité est au cœur de la métaphore de l'éternel retour, qui serait « un succédané de la croyance en immortalité » - Nietzsche - « ein Ersatz für den Unsterblichkeitsglauben ». | | | | |
|
| souffrance | | | La culture n'est pas ce qui sauve du naufrage vital (Ortega y Gasset : « Cultura es lo que salva del naufragio vital »), elle est ce qui rend plus pathétique le style de nos messages confiés à la bouteille, à bord de ce vaisseau fantôme qu'est la vie. C'est, peut-être, ce que voulait dire Nietzsche : « Montez à bord, les philosophes ! » - « Auf die Schiffe, ihr Philosophen ! » (les bons philosophes savent, depuis Pascal, qu'ils sont déjà fatalement embarqués), leurs havres d'intranquillité étant leurs propres épaves : « pour se maintenir, comme Pyrrhon, à flot dans l'océan de l'esprit » - Byron - « to float, like Pyrrho, on a sea of speculation ». Deux manières de penser le retour éternel : brûler ses navires, soigner le contenu de sa bouteille. | | | | |
|
| souffrance | | | Les nostalgies des lieux sont le plus souvent des nostalgies du temps ; le temps prend si facilement le masque de l'espace. La nostalgie de l'enfance, du retour (nostos, en grec, voulant dire retour). Des incantations des horizons et firmaments, qui ne s'adressent qu'à notre destinée toujours absente, la mort. | | | | |
|
| souffrance | | | Pour tes passions, tes rêves, tes créations, toute perte d’intensité ou de hauteur, est mortelle, puisque tu les dois recommencer, ressusciter (le retour éternel). Le lien qui t’unissait à eux se dénoue, se brise ; cette rupture est à l’origine de la tragédie humaine – se rabattre sur les souvenirs, ranimer le regard d’antan. | | | | |
|
| souffrance | | | L'idée de progrès est une forme temporelle et collective de consolation. La forme spatiale et personnelle s'appelle éternel retour. L'ample sérénité, d'un côté, ou, de l'autre, la profonde densité et la haute intensité. | | | | |
|
| souffrance | | | La jeunesse – un désespoir, net et plat, et une foi en progrès (sur un axe de valeurs, nouvelles avancées des bonnes extrémités, face aux mauvaises) ; la maturité – une espérance, vague et noble, et une maîtrise de l'éternel retour du même (l'art, devenant vie, voue la même intensité aux axes entiers). La vaste éthique cédant le pas à l'esthétique profonde et à la haute mystique. | | | | |
|
| souffrance | | | Accepter les deux extrémités, antagonistes pour non-artistes, sur un axe vital, les proclamer les mêmes, est un privilège des artistes. Et c'est l'origine tragique de l'idée d'éternel retour, de cette sagesse de la nostalgie (douleur du retour) des violents et des doux, à l'opposé de la nostalgie de la sagesse, que pratiquent les aigris. | | | | |
|
| souffrance | | | L'exil, c'est l'entretien de la sensation du voyage permanent, sans routes ni jalons ; et Descartes dit quelque part, qu'on ne réfléchit qu'en villégiature - ambulandi cogitatio - (Kant et Hegel se contentant d'une marche, et Nietzsche prêchant l'immobilité de l'éternel retour, ce contraire de toute bougeotte). Quel dommage que le Moi sédentaire du je suis ne soit connu des autres que par l'erratique non-moi du je pense ! | | | | |
|
| souffrance | | | La hauteur consolante est une grâce, un état d’âme suspendu, évitant toute pesanteur terrestre. Irréductible ni aux mots ni aux idées ni aux images. Mais ce serait aussi la définition de la musique. « La musique aspire à retourner à l’état incertain, dans lequel se concentre une vie blessée » - Sloterdijk - « Die Musik strebt in den Schwebezustand zurück, in dem sich das verletzte Leben sammelt ». | | | | |
|
| souffrance | | | Chantre de l’aube, le coq, annonçant la fin d’un rêve ou la sortie des ténèbres, est invoqué aux dernières heures de Socrate et de Jésus, qui proclament leur devoir, rendu à l’impitoyable et irrévocable lumière. Le coq optimiste de Zarathoustra chante au grand midi l’avènement de l’Éternel Retour, retour des ténèbres, porteuses de rêves. | | | | |
|
| souffrance | | | Dans quelle image se rencontrent la tragédie, l’espérance et le commencement ? C’est l’éternel retour du créateur ou l’aurore du rêveur, qui en donnent une idée assez précise. « Aube et résurrection sont synonymes » - Hugo. Le ciel ou la terre, Dionysos ou Phénix. | | | | |
|