| doute | | | Ce qui, en moi, est visible - me cache. C'est ma manière de voiler l'invisible qui m'exprime le mieux. | | | | |
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| doute | | | Le philosophe est artisan des réinterprétations ; toute pensée, absurde dans l'interprétation courante, admettrait un sens intéressant, moyennant réinvention de modèles ou de langages. « Je ne sais comment il ne se peut rien dire de si absurde, qui n'ait été avancé par quelque philosophe » - Cicéron - « Nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum ». Le grain est absurde ; est sensé l'arbre, qui en naît. De même, le jugement (défini par Kant comme représentation de la représentation - Darstellung der Darstellung), comparé au regard. | | | | |
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| doute | | | Les uns, les pratiques, ne voient que les choses sans voiles ; les autres, les lyriques, vivent de voiles ; les derniers, les ironiques, s'adonnent au dévoilement, en se moquant aussi bien des choses triomphantes que des voiles voués à la défaite. L'ironiste est celui qui sait renouveler le voile autour des choses en quête d'échos. | | | | |
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| doute | | | Dans presque tout ce qui compte dans la vie, on bute sur l'impossibilité de dichotomies nettes. Le juste flou des frontières - tel est l'état d'esprit fin et honnête, dans lequel Kant pratiquait sa critique : l'étude des crises, des cas frontaliers, extrêmes, où naissent des métaphores et langages conceptuels. | | | | |
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| doute | | | Chez l'homme du savoir, les tendances de la raison façonnent celles du sentiment : la primauté de la largeur de vues, par exemple, se traduit par la part de l'étendue des émotions. Chez l'homme du cœur, c'est la forme de son savoir qui n'est qu'une translation de ses sentiments : un haut regard provenant d'une haute houle. | | | | |
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| doute | | | La dialectique sophistique favorise les tableaux triadiques ; la dialectique dogmatique leur préfère l'axe, la dualité, dont le soi est le cas le plus flagrant. Et j'y trouve tant d'oppositions mal tranchées : l'inconscient n'est qu'une partie câblée du conscient, l'essence est une précondition nécessaire de l'existence, la transcendance est l'immanence justifiée. Le soi se décompose le mieux entre le vouloir et le pouvoir, entre le rêve et l'action, entre le divin et l'humain, entre la création et la créativité, bref – entre le soi inconnu et le soi connu. | | | | |
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| doute | | | La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| doute | | | Les profonds : d'austères arêtes en continu reliant des obscurités ; les hautains et superficiels : épris de belles clartés discrètes se riant des arêtes. Dissertations, concentrations. | | | | |
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| doute | | | Ce qui se passa il y a une seconde s’engouffre sans retour dans l’éternité du passé. Tout discours vise donc non pas la réalité mais sa représentation que je porte dans ma mémoire. | | | | |
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| doute | | | Parmi les choses, auxquelles l'art réussit à donner une forme, il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de mon être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais - création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « Ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « Das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ». | | | | |
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| doute | | | Deux manières d'amplifier le possible : modifier le modèle - par ajout, suppression, substitution - ou inventer de nouvelles requêtes, représentation ou interrogation. Deux manières de filtrer le nécessaire : conditionner le modèle par des hypothèses topiques et le langage - d'hypostases tropiques. | | | | |
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| doute | | | Je ne m'éclaire pas de la pensée d'autrui, je l'éclaire, mes horizons lui servant d'écran. | | | | |
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| doute | | | Mon écrit, pour rendre mon regard, passe, hélas, par le double filtre de la raison et de la langue ; et le résultat, ce n'est pas mon visage, mais son pâle reflet, à contrecœur. On vit dans l'éthique, on conçoit dans le mystique, on évalue dans l'esthétique et l'on écrit dans le pragmatique. | | | | |
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| doute | | | Le doute en soi n'est pas meilleur que la certitude. C'est son sujet, ou mieux, les rapports nouveaux entre ses objets, qui le parent d'ombres et de reflets. Dans la certitude, c'est le projet-passion qui peut l'illuminer. | | | | |
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| doute | | | De la chose en soi, nous ne percevons, évidemment, qu'une partie, délimitée par nos sens, articulée par notre esprit, résumée par nos représentations et confirmée par nos interprétations. Il n'y a pas de commune mesure entre les choses réelles, leurs modèles et leurs perceptions ; ni coïncidences ni unifications ni comparaisons n'y sont possibles - les ponts entre ces mondes sont jetés par l'esprit arbitrairement, sans aucune règle clairement formulée, et à travers la représentation et la donation de sens. | | | | |
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| doute | | | Savoir se passer de certains nœuds, dans la chaîne : expérience - représentation - langage - interprétation - sens, s'appelle intuition ; ne pas savoir les reconstituer en remontant les passages entre eux, s'appelle bêtise. | | | | |
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| doute | | | Je suis inondé de cette lumière, qui existe avant tout langage et ne vaut que par sa source mystérieuse, refusant toute reproduction verbale. « Les pensées sont les ombres de nos sentiments » - Nietzsche - « Die Gedanken sind die Schatten unserer Empfindungen ». Quand on tient à l'intensité, tout reflet par le mot prend inexorablement la consistance des ombres. | | | | |
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| doute | | | La puissance a deux domaines d'application : la représentation et l'interprétation. La création ou la réflexion. Chez le créateur, ce n'est pas la monade - volonté de puissance - qui le résume, mais la dyade - la volonté et la puissance - qui constitue un véritable axe de sa personne : la volonté gît au fond du soi inconnu et la puissance forme le soi connu. Dionysos est dans la volonté charnelle, que la puissance spirituelle d'Apollon traduit. | | | | |
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| doute | | | Leurs théories du soupçon ou du déguisement partent de l'hypothèse d'une authenticité possible, dans le verbe ou dans le geste, qui rendraient fidèlement notre moi, habituellement inavouable ou indépistable. Authenticité impossible, car seule l'invention-création (que Valéry appellerait transformation, car toute création est de la traduction, ce qui suppose un original à transformer) est le vrai visage de l'homme, la visagéifiction. La seule vraie différence entre artiste et mouton-robot est dans les deux acceptions du terme de modèle : le second reproduit le modèle courant, le premier en crée une représentation nouvelle. | | | | |
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| doute | | | On peut chanter le hasard, comme on chante une loi ; il suffit de ne pas présenter ce qui n'est dû qu'à lui comme résultant d'une grande loi. Avoir chassé le hasard de nos modèles (« éliminer le hasard » - Hegel - « den Zufall zu verbannen ») signifierait, que ceux-ci coïncident en tout point avec la réalité, ce qui est insensé. | | | | |
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| doute | | | Les représentations conceptuelles ne sont jamais homomorphes ; une infinité de structures et d'opérations de la réalité échappera toujours à nos modèles humains. Mais puisque les seuls modèles parfaits sont des modèles mathématiques, le réel, c'est à dire la perfection même, serait une réalisation de la mathématique, celle-ci étant ainsi l'ontologie même. Au commencement et de la représentation et de l'objet est le Nombre, la seule raison de leur concordance. | | | | |
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| doute | | | Que puis-je savoir de mon soi, à part le sum découlant de cogito me cogitare ? La conscience contient si peu de conscience de soi. Il y a ceux qui se vantent de se connaître (et composent des panégyriques de la connaissance de soi - Grothendieck) et ceux qui s'inventent. La présentation est chaude, vague et muette, la représentation - froide, nette et éloquente. | | | | |
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| doute | | | L'ignorabimus correspond à la partie de l'ignoramus, à ces choses, qui n'admettent pas de représentation : ni par objet ni par relation ni par prédicat. Et Kant et Gödel nous apportent des preuves interprétatives de leur existence. | | | | |
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| doute | | | Les certitudes appartiennent aux modèles interrogeables ; elles ne qualifient une intelligence ou un savoir qu'au second degré. On ne peut parler d'illusions humaines de la liberté ou de la vérité, que si l'on ne dispose pas de bons modèles ou ne les maîtrise pas. La certitude en absence de bons modèles est soit une plate bêtise soit une profonde intuition soit un haut rêve. | | | | |
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| doute | | | Pour percer le mystère de la lumière en soi, nous sommes réduits à la Caverne platonicienne ou aux phénomènes kantiens ; mais le mystère de la vie fait partie de la réalité lumineuse, tandis que le vrai gouffre se trouve entre le mystère réel, comprenant les phénomènes, et le problème de la représentation, dans laquelle lumière et ombres ont le même statut. C'est la solution langagière qui nous escamote et déforme cette triade. | | | | |
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| doute | | | Théoriquement, on peut imaginer un être vivant, muni d'un tel cerveau et de tels sens, qui ne permettraient aucune représentation sensée de la réalité ; seule cette abracadabrante hypothèse justifierait le scepticisme. Mais la vie, visiblement, est un miracle, qui va dans un sens opposé au soupçon et favorable à la foi, c'est à dire à la poésie, puisque, entouré de dieux, tout homme devient poète. | | | | |
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| doute | | | Pas de déclaustration possible de la Caverne, elle n'a pas d'issues ; on peut seulement la transformer en sobre et misérable lanterne, s'imaginant plus puissante que nos ombres, ou en glorieuse taverne, où danseront nos ombres enivrantes. | | | | |
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| doute | | | Le non-poète s'intéresse à deux choses : aux miroirs et aux objets. Aux objets les plus pesants et aux miroirs à reflets fidèles. Tandis que le poète guette surtout les objets invisibles et se crée des outils à réflexion musicale de fantômes. Pour nous inonder d'une musique, qui n'est nullement reflet du bruit du monde. | | | | |
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| doute | | | L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons, qui ne peuvent que narrer ou parer. | | | | |
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| doute | | | C'est le lieu et la nature de ce qui est rigoureux et de ce qui est flou, dans les concepts et dans le discours, qui prédétermine la stature d'un philosophe : le flou poétique des concepts et le flou poétique du discours (les pré-socratiques, Nietzsche), la rigueur prosaïque des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Aristote, Kant), le flou poétique des concepts et la rigueur prosaïque du discours (Hegel, Schopenhauer), la rigueur poétique des concepts et le flou poétique du discours (Valéry). C'est la dernière combinaison qui est la plus heureuse. | | | | |
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| doute | | | Dans la connaissance de l'objet réel, on ne s'appuie que sur sa représentation, c'est à dire une substance avec ses attributions quantifiées, et l'on oublie son image analogique, qui est une véritable source de la représentation et une donnée immédiate de l'objet, appelée, par des bavards, - être. | | | | |
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| doute | | | Entre la perception d'un objet et la mise en mémoire transitoire de son image - aucun traitement conceptuel peut ne se produire ; mais que mémorise-t-on, au juste ? - grande énigme de la mémoire ; à chaque sens correspondrait un type de stockage, mais sans représentation conceptuelle ! Un vrac cru et sans substance. | | | | |
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| doute | | | L'activation du moi inconnu apporte aussi peu à la connaissance du vrai que celle du moi connu - à la justification du beau ou du bon. Pourtant, leurs substances, dans nos modèles, sont de même nature. L'a priori de la représentation est désavoué par une interprétation, câblée trop profondément pour notre cervelle surfacique. | | | | |
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| doute | | | Le seul moyen, pour évoquer le réel, est de faire appel aux modèles, c'est à dire aux métaphores, c'est à dire à la musique. Certains accords, à coups de répétitions, deviennent si familiers, qu'on prétend dire le réel, comme si nos mélodies en étaient des copies. Mais le réel est plein de choses indicibles qu'on ne peut que chanter, mais pour cela il faut les taire (Wittgenstein) ! « Là où faillit le mot, viendra un langage plus éloquent - la musique » - Tchaïkovsky - « Там где слова бессильны, является более красноречивый язык - музыка ». | | | | |
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| doute | | | Une représentation est une image immobile de la réalité ; pour y introduire le temps, on l'y représente par des moyens d'une logique, lui, qui échappe à toute bonne logique ; une animation, elle aussi, immobile, un mouvement sans l'infini nécessaire. | | | | |
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| doute | | | Tant de balivernes autour du rôle constructif et bénéfique du doute, nous libérant de la tricherie de nos sens (les exemples misérables du bâton brisé par une surface liquide ou du diamètre apparent du Soleil servant d'uniques illustrations) ; les sens ne nous trompent jamais, puisque chacun est impensable sans la raison, qui transforme, amplifie ou filtre leurs signaux, plus qu'elle ne les corrige. Il n'y a que trois choses, qui comptent dans la qualité du résultat, de notre vision du monde : les connaissances, l'intelligence et le talent - représentation, interprétation, expression. | | | | |
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| doute | | | Les hommes, c'est à dire les sujets, s'inscrivent dans mon modèle, comme moi-même, j'en fais partie ; modéliser un homme, c'est donner la mesure de son valoir en reflétant l'univers modélisé dans ses savoir, vouloir et devoir, face à cet univers ; strictement parlant, l'univers n'existe que reflété ainsi, il est toujours hypothétique. | | | | |
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| doute | | | Paradoxalement, les tentatives de rationaliser le soi inconnu débouchent soit sur la superstition (la représentation religieuse), soit sur le charlatanisme (l'interprétation psychanalytique) ; seuls les doux rêveurs se contentent encore de le vénérer, irrationnel et irréductible. | | | | |
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| doute | | | Oui, je ne peux me réaliser qu'en tant qu'un jeu d'ombres, dans ce soi connu, articulé, fini, maîtrisable ; mais je dois vénérer la lumière de mon soi inconnu, indicible, infini, inaccessible. Comme une cible impossible, servant de mon étoile, et je sais que tout impossible extérieur intéressant a sa réplique dans moi-même. | | | | |
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| doute | | | Le sujet est un outil de perception, le soi - un outil de conception, le Je - un outil de création ; et c'est la volonté (perceptio plus appetitus de Leibniz) qui les met, tous, à contribution pour aboutir aux représentations, c'est à dire, d'après Schopenhauer, au monde, sans que je fasse appel ni aux choses ni à autrui. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu se montre aux yeux, avec leurs prix et leurs mesures ; le soi inconnu se donne au regard et reste sans prix ni mesure. Le phénoménal représenté et le mental interprété. | | | | |
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| doute | | | Bizarre et imméritée réputation de douteur qu'a Descartes, pourtant obsédé par la première certitude, se réduisant, en plus, à la faculté de représenter (percipio = cogito), faculté, largement dévalorisée par la prééminence de la réinterprétation permanente, et vouée à être confiée à la future machine. | | | | |
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| doute | | | L'évolution et l'éclair - telle est la trajectoire du soi connu ; des invariants et des ombres - tels sont des signes du soi inconnu. « J'ai conscience d'un soi identique, face à la diversité des représentations, que mon regard saisit » - Kant - « Ich bin mir des identischen Selbst bewußt, in Ansehung des Mannigfaltigen der mir in einer Anschauung gegebenen Vorstellungen » - ce soi identique et immuable est le seul à nous parler directement d'un certain être des choses. « Le problème est : dissocier en soi l'œil et le regard, séparer le moi authentique de cet autre qui pose » - Jankelevitch - je ne suis pas sûr, que notre acteur nous soit plus étranger que notre spectateur. | | | | |
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| doute | | | La poésie et la philosophie n'ont de sens que face aux mystères : la poésie les représente et la philosophie les interprète. Et l'effacement de ces deux nobles activités, aujourd'hui, est dû à la conviction des hommes modernes, que le mystère n'existe plus, ou plutôt, que ce n'est plus la peine de s'appesantir la-dessus, des solutions suffisantes étant à la portée de leurs bas appétits. Malheureusement, les poètes et les philosophes, eux-mêmes, se tournent désormais vers ce qui se démontre ou se prouve, où ils méritent le nom de charlatans. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux sujets en moi : le soi inconnu - le spontané, l'esclave de l'interprétation inconsciente, et le soi connu – le réfléchi, le maître de la représentation. L'herméneute constant, proche de l'être, et l'ontologue évolutif et variable, se fixant dans l'étant. | | | | |
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| doute | | | Les représentations du réel sont constituées essentiellement de métaphores, et les métaphores finissent par devenir des réalités langagières. C'est le regard, plus même que le talent, qui est l'outil de la métaphorisation ; et le regard, c'est l'art de lire et de traduire le réel en métaphorique. | | | | |
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| doute | | | Le cycle du savoir : on représente ce qu'on croit savoir ; dans la représentation, on apprend ; l'apprentissage améliore ou augmente le savoir. Le savoir dynamique est question aussi de désapprentissage. | | | | |
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| doute | | | C'est l'anonymat de mes clartés ou obscurités qui les rend dignes de mes recherches. Les noms définitifs ne fixent souvent que des clartés pétrifiées ou des obscurités sans essor. On reconnaît une intelligence par sa faculté de manipuler de l'innommé, se décomposant d'après le caprice des concepts et des contraintes. Sortir une chose de l'ordinaire est plus difficile que de la tirer de l'inconnu. | | | | |
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| doute | | | La raison devrait n'être qu'un cadre net de mon portrait flottant, tissé d'approximations et d'incertitudes. La raison est dans les mots et les représentations, et mon portrait est de frissons, de couleurs et de mélodies. Si, en me peignant, je suis d'accord avec la raison, c'est mon robot intérieur qui s'exprime. Si, dans mes traits de pinceau, j'ai peur de me tromper, c'est mon mouton extérieur qui me paralyse. | | | | |
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| doute | | | Les certitudes se constatent dans des modèles et n'ont qu'un sens vague dans la réalité, qui est la perfection, c'est-à-dire au-dessus de toute certitude. La certitude berce le réaliste jusqu'à son dernier jour. Il prend son mal en patience béate. « L'incertitude est le pire de nos maux jusqu'au moment, où la réalité vient nous faire regretter l'incertitude » - A.Karr. | | | | |
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| doute | | | La partie visible de l'être est suffisamment explorée par nos représentations (seuls les parasites universitaires continuent à y fouiller et à y nager) ; il faudrait ne s'occuper que de sa partie invisible, qui aurait pour contenu - l'intensité, et pour forme - la métaphore. En revanche, se tourner vers le devenir, s'appesantir sur le temps, ne promet rien de nouveau ni d'original ; la philosophie est une réflexion sur l'intemporel, sur l'invariant, sur le langagier et, surtout aujourd'hui, - sur l'invisible. | | | | |
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| doute | | | L'origine d'un nouveau langage : naît-il dans la fraîcheur ou l'étrangeté de la requête, de la réponse, du modèle ? Ce qui dévoilera un poète, un sage ou un philosophe. | | | | |
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| doute | | | L'existence de lois de la nature démunit de son aura tout subjectivisme transcendantal : qu'on se fie, intégralement, à ses sens ou qu'on s'en méfie, on aboutit aux mêmes modèles. Celui qui doute de l'existence de corps célestes, d'atomes ou d'espèces, bâtit des châteaux de cartes phénoménologiques ; celui qui n'en doute guère, envoie des vaisseaux inter-planétaires, maîtrise la matière et l'énergie et doute de soi-même. | | | | |
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| doute | | | Le soi inconnu, c'est le regard ; le soi connu ne produit que des représentations. « La conscience de mon soi dans la représentation Je n'est pas un regard, mais une représentation purement intellectuelle » - Kant - « Das Bewußtsein meiner selbst in der Vorstellung Ich ist gar keine Anschauung, sondern eine bloß intellektuelle Vorstellung ». | | | | |
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| doute | | | Je m'intéresse à tout, dit le philosophe allemand ; je m'en fous de tout, lui rétorque le philosophe français. Les deux ne manquent ni de buts ni de moyens, ils manquent de bonnes contraintes. L'attitude anti-philosophique, c'est le sentiment de terre ferme dans nos modèles du monde. Lâcher prise, c'est une première allusion au réveil d'une vraie réflexion. Mais il faut avoir bien possédé par l'esprit ce que j'envisage d'abandonner par mon âme. L'esprit philosophique, c'est un fort cerveau cédant le pas à une âme ironique. | | | | |
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| doute | | | Pour les philosophes ignares, la signification d'une proposition est univoque. Ils ne comprennent pas, que cette signification implique la présence de deux personnages – du locuteur et de l'interprète, chacun avec ses représentations, sa culture langagière, ses contextes et ses intentions. En plus, l'interprète doit avoir une idée de l'univers du locuteur et disposer d'outils logiques d'interprétation. Enfin, c'est le contexte réel qui fera clore l'horizon interprétatif. Autant dire que le nom de ces significations imprévisibles est légion. | | | | |
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| doute | | | Face à la réalité, le doute du sot – l'absence de représentations ; le doute du sage – leur pluralité. | | | | |
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| doute | | | Connaître (c'est-à-dire représenter) est ambition de l'artisan. C'est savoir (c'est-à-dire se sentir porteur des idées non-représentées) qui est désir du sage et de l'artiste ! Donc, chercher à faire connaître aux hommes ce qu'ils savent, c'est enguirlander l'artisanat (la transpiration) et non pas l'art (l'inspiration). | | | | |
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| doute | | | Si mes palettes sont assez riches et mes tableaux assez ambitieux, la convergence avec un autre maître, n'est ni possible ni souhaitable. Elle serait même un signe de ma banalité. Donc, une fois dans mon atelier, je ne peux ni ne dois être attiré vers mes semblables, et je devrais les inviter à passer, sans dévier mes pinceaux vers des partages, fussent-ils fraternels. | | | | |
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| doute | | | La demeure des certitudes est la représentation (scientifique ou pragmatique) ; la croyance s'ancre dans la réalité (physique ou métaphysique). Ne croire en rien est donc une pose dogmatique, à l'opposé du nihilisme, bien que Nietzsche même en fasse le mode de penser de l'homme créateur. Pourtant, philosopher, c'est réduire toute espérance et tout savoir - au croire. | | | | |
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| doute | | | Pour Goethe, Husserl, Heidegger, derrière les phénomènes il n'y a rien à chercher. Mais où s'imprime le phénomène ? Sur la rétine ? Dans la conscience ? Au sein d'une représentation ? Dans une réaction réelle ? Toutes ces versions sont envisageables, et leur examen vous fera vite oublier ce misérable phénomène, pour rester avec une loi scientifique, une maîtrise technique, une musique mystique. Le regard surclasse le souci. | | | | |
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| doute | | | J'entends la musique de mon soi inconnu, c'est à dire son élan, son intensité et sa mélodie ; ce langage défie tout verbalisme, toute représentation ; pourtant, il s'agit de le traduire par mon soi connu, maître du verbe et du concept. | | | | |
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| doute | | | Les conflits, les contradictions, les incompréhensions surgissent plus souvent entre des représentations d'une même réalité que dans la réalité elle-même. Deux arbres, se dévisageant, se défiant, s'embrassant, et l'issue – soit une dialectique mécanique soit une unification organique. Pour un créateur, ces deux arbres poussent en lui-même et sont source d'enrichissement : dans les cimes on gagne en hauteur, dans les fleurs – en beauté, et dans les racines – en souffrance : « Le désespoir vient du sentiment d'ubiquité ; mais toutes ces valeurs, variées et jadis inconciliables, sont désormais unifiées en moi » - Berbérova - « Отчаяние связано с ощущением раздвоения ; все разнообразные и противоположные черты во мне теперь слиты ». | | | | |
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| doute | | | Le doute fécond est soit purement langagier - inventer de nouvelles requêtes, soit purement conceptuel - modifier un modèle. Puisque nous ne savons de la réalité que ce que nos modèles réussis nous apprirent, tout le radotage sur l'indubitabilité de l'existence est sottise. Le savoir des choses et le savoir sur les choses sont la même chose (que Wittgenstein m'excuse…) ; la traduction du cogito n'est plus : de connaissances à l'être (la verticalité de la pensée, fondant l'horizontalité de l'existence), mais connaître, c'est être (puisque l'horizontalité, pour ne pas dire platitude, les résume, désormais, tous les deux) ; connaître, sur un mode non-géométrique, c'est créer le modèle, l'habiller par un langage, formuler des hypothèses, les interpréter, donner un sens aux résultats. | | | | |
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| doute | | | La bonne foi, censée symboliser la clarté du philosophe, n'a de sens que pour celui qui a un passé à défendre. « Le temps rend clair ce qui fut flou ; il rend flou ce qui fut clair » - Sophocle. Le philosophe est dans l'ouverture vers un présent incertain. Qu'il lui soit donc permis de se servir du flou, pour attirer vers une lumière future possible. Dans la faculté de représenter, rendre possible est plus intelligent que rendre clair (Kant). | | | | |
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| doute | | | Avec le doute créateur grandit non pas l'incertitude, mais la faculté de bâtir de nouveaux modèles et, donc, de nouveaux langages. | | | | |
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| doute | | | Le domaine, jadis réservé à la représentation, est livré en pâture au directement vécu (par les gestionnaires, sociologues ou philosophes analytiques). Ou, plus précisément, il y avait, parmi les représentations, des rêves irréalisables et des recettes de cuisine. ; les hommes gardèrent les recettes et oublièrent le rêve. Le rêve, ce qu'on vit à distance et ailleurs. « Ce qui nous arrive est ce dont nous avions rêvé ; si ce n'est pas le cas, c'est que nous avions mal rêvé »*** - Blok - « С нами случается то, о чём мы мечтали, а если нет, значит, мы плохо мечтали ». | | | | |
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| doute | | | Plus on se livre à une analyse rigoureuse, mieux on comprend, qu'une synthèse arbitraire promet plus de nuances et même d'idées. « Dans le regard sur mon soi, je donne à la représentation une préférence par rapport à l'interprétation » - Schiller - « An sich selbst gebe ich der Darstellung vor der Untersuchung den Vorzug ». | | | | |
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| doute | | | L'œil et l'oreille maîtrisent l'image et le bruit, avant que la première lumière ou le premier son ne les atteignent ; de même, la logique est parfaitement opératoire, avant qu'une représentation lui soit soumise. Wittgenstein : « La logique précède le comment et non le quoi » - « Die Logik ist vor dem Wie, nicht vor dem Was » - ne va pas assez loin. Le pourquoi, le au nom de quoi, est aussi pris en compte par la logique, avant que le désir du qui soit connu. L'emploi de la logique est subordonné au qui, puisque celui-ci dispose de son propre quoi. De même le sens, qui est le à quoi bon. | | | | |
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| doute | | | Aussi bien dans la réalité que dans une représentation, exister peut vouloir dire deux choses : avoir réussi le passage par le filtre essentiel (les cogniticiens) ou se manifester dans des événements (les existentialistes). Dans le premier sens, l'essence précède l'existence, et dans le second, l'existence, à la lumière de l'expérience et de l'apprentissage, peut m'amener à modifier l'essence. | | | | |
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| doute | | | Deux seules visions du monde méritent notre respect ou notre admiration : la scientifique et la poétique. Trois étapes en déterminent la valeur : la qualité des principes, sur lesquels se bâtit le modèle, la richesse et l'harmonie de la représentation, l'élégance et la complexité des requêtes, auxquelles est soumis le modèle, - la profondeur, l'ampleur, la hauteur. Aucune autre vision n'assure une égale puissance de ces trois dimensions. | | | | |
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| doute | | | Nous vivons au milieu des changements permanents de modèles et de langages, mais le sens (donné par nous et non pas par Dieu) en résulte après une confrontation avec l'immuable réalité (ou l'être). On a beau tourner autour du passager, on retourne toujours à l'éternel. « L'être, dénué de sens et de fins, sans aboutissement dans un néant, c'est l'éternel retour » - Nietzsche - « Das Dasein, ohne Sinn und Ziel, ohne ein Finale ins Nichts : die ewige Wiederkehr ». | | | | |
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| doute | | | Un langage plat ou un déchaînement métaphorique sont à égale distance de la nature. Si le sens du beau ne nous fut pas donné, nous n'eûmes pas compris le second message, tandis que la routine langagière eût interprété sans problème - le premier. Les messages métaphoriques, hélas, sont redirigés vers des gestionnaires périphériques ; la mémoire centrale est usurpée par des opérations arithmétiques ou logiques, où règne le silence des concepts et où l'homme est indiscernable du robot. | | | | |
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| doute | | | La science crée des représentations objectives et fidèles de la réalité ; la vie pratique déclare droits et vrais les plus courts chemins entre le représenté et le réel ; l'art introduit ses métriques subjectives. « Lorsqu'on vise ce qui est important, les détours sont nécessaires » - Platon – dans l'art, c'est la qualité des détours qui détermine l'importance de la visée. | | | | |
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| doute | | | Le savoir a deux stades : la représentation (le libre arbitre d'une synthèse) et le sens (la liberté de donation de sens à l'analyse de la représentation). Platon ne respecte pas la règle ockhamienne : de ses quatre facteurs – le nom, la définition, la représentation, la science – le premier n'est qu'une étiquette, collée à une représentation, et la définition fait partie de la représentation. | | | | |
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| doute | | | La partie créative de la vie est dans les va-et-vient entre la réalité et ses représentations ; l’esprit scientifique est dans la recherche d’une adéquation entre ces séjours, et plus convaincante est celle-ci, plus grand est le talent. L’âme d’artiste est dans l’affirmation d’autonomie des représentations, et la distance, ainsi créée, maintenue, maîtrisée, reflète le même talent ; c’est celui-ci qui est le même, dans l’éternel retour nietzschéen, il est le contenu créatif du devenir – la répétition de la différence, plutôt que celle de l’identité. | | | | |
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| doute | | | Le rêve est un chant, né de l’attirance de mon âme pour l’inaccessible ; ce qui est accessible à mes sens constitue la réalité. La représentation du rêve s’appelle l’art ; la représentation de la réalité s’appelle le savoir, dont le contenu le plus rigoureux s’appelle la science. Dans tous les cas, la représentation relève entièrement de l’intelligible et non pas du sensible comme le pensent Aristote et Kant : « Un jeu aveugle des représentations, c’est-à-dire moins qu’un rêve » - « Ein blindes Spiel der Vorstellungen, d. h. weniger als ein Traum ». | | | | |
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| doute | | | Le soi connu a ses racines – la représentation, le langage, la pensée ; le soi inconnu a sa canopée – le valoir (le talent), le devoir (l’éthique), le vouloir (la noblesse). | | | | |
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| doute | | | Le soi connu, c’est la représentation, la puissance ; le soi inconnu, c’est la volonté, la musique. « La multitude ne comprend pas, comment, différant de soi, on s’accorde à soi, telle l’harmonie entre l’arc et la lyre »*** - Héraclite. | | | | |
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| doute | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou loufoque, garde plus d'utopie que d'homotopie. Et c'est de la profondeur ou de la hauteur de sa quête fictionnelle par un vaste regard que naissent la transcendance ou l'immanence. | | | | |
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| doute | | | L'inconscient se réduit aux réflexes ; ce n'est pas l'inconscient qui constitue le soi inconnu, mais la conscience inarticulable : l'éthique, l'esthétique, la mystique, ce qui échappe à la conscience articulée autour des sensations, concepts ou mots, conscience du soi connu. Deux péchés des temps modernes : l'oubli du soi inconnu ou, pire, sa réduction au soi connu. | | | | |
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| doute | | | La certitude traverse trois étapes : le libre arbitre de la représentation (dans le contexte de la réalité à modéliser), la logique de l'interprétation (au sein du modèle), la liberté de la validation intuitive (par la confrontation des résultats logiques avec la réalité modélisée). Créer un arbre artificiel, le parcourir, l'insérer dans une forêt existante, à la frontière entre l'idéel et le réel. | | | | |
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| doute | | | Ta vie la plus intéressante consiste à écouter tes états d’âme, qui ne se réduisent ni à la présentation de tes actes ni à la représentation de tes pensées. Le mystère le plus stimulant pour la création est là. | | | | |
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| doute | | | Être soi-même s’adresse à mon soi connu. Le soi inconnu n’a pas de langage à lui, et il ne peut donc se manifester ni par l’acte ni par la pensée ni par le style, il n’est qu’une source de mes valeurs éthiques et esthétiques. Mais à tout ce qu’il souffle peut se substituer la routine du soi connu ; l’être originaire et original, chez la plupart des hommes, est évincé par l’étant social et passager. L’essence de l’être est globalement irreprésentable ; sa partie représentée s’appelle l’étant. Donc, le bon slogan serait – écoute ton être ! « Ton épanouissement – la représentation de ton essence, en suivant le commandement : soi toi-même » - H.Hesse - « Deine Entfaltung – die Darstellung des eigenen Wesens nach dem Gebot : Sei Du Selbst » - dans les Commandements, il faut passer du verbe au nom. | | | | |
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| doute | | | Dans la réflexion sur les faits, ce n’est pas l’absence de causes qui est intéressante et prometteuse, mais l’arbitraire individué de leur représentation. | | | | |
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| doute | | | La plus profonde admiration d’un effet s’ensuit de l’ignorance de la cause originaire, divine et inconnaissable ; la connaissance des causes naturelles intermédiaires n’y change rien, bien que celle-ci soit le contenu même de toute science. Mais s’arrêter à ces causes et ne pas les projeter aux sources divines ne peut conduire qu’à une admiration banale, à la maîtrise d’un modèle humain. | | | | |
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| doute | | | Aucune mystique dans le langage, dans le rêve, dans la représentation, dans l’interprétation ; la mystique ne se trouve que dans la réalité. Pour tout esprit sain et objectif, cette réalité, qu’elle soit minérale, vitale ou spirituelle, est impossible, inimaginable, mystérieuse. Un philosophe devient mystique, s’il reconnaît le mystère du réel, ne se contente pas, dans son discours, de ne toucher que le connu, admet la présence d’éléments divins dans cette partie de sa conscience que j’appelle son soi inconnu. Le mystique est admirateur du Créateur (d’)Inconnu. | | | | |
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| doute | | | Dans tout discours, il y a une part dogmatique – des assertions sans preuve – et une part sophistique – des inconnues, insérées, afin qu’elles invitent des unifications avec des regards ou requêtes des autres. « Il y a un flair mathématique, qui subodore dans une question les bonnes variables »** - Valéry. Je dirais que c’est un flair intellectuel, propre et aux poètes et aux philosophes, c’est-à-dire aux tenants de la forme, tandis que la logique des variables n’est liée qu’au fond, à la représentation. | | | | |
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| doute | | | Pour être connu, il faut avoir été représenté et habillé en mots. Tout ce qui n’a pas encore trouvé une enveloppe verbale – dans nos pensées ou nos états d’âme – peut être appelé – inconnu. « Seigneur Inconnu – voilà le cercle de ma hauteur »** - Valéry. | | | | |
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| doute | | | Comme la chiromancie ne dit pas grand-chose sur l’essence de l’homme d’action, la logomancie ne mène pas loin dans l’être d’un homme d’écrit. La première a besoin d’une interprétation fantaisiste ; la seconde – d’une représentation idéaliste. | | | | |
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| doute | | | Ce qui est le plus important pour toi – Dieu, l’amour, le rêve, la création, le Bien, la noblesse – n’existe pas, puisque exister, c’est d’avoir un nom univoque. Or, ces mots ne couvrent qu’une partie infinitésimale de ce que tu éprouves à leur évocation. Presque toutes les autres choses sont déjà pleinement nommées et donc existent ou vivotent. | | | | |
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| doute | | | Mon soi connu est, essentiellement, une éponge, qui absorbe le monde extérieur et le conçoit sous la forme des représentations ; mon soi inconnu est une fontaine, une source intérieure, résumant mon valoir (que Schopenhauer réduit à sa seule facette, le vouloir, tandis qu’il y a aussi le pouvoir et le devoir, que voyait bien Nietzsche). | | | | |
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| doute | | | L’apparence est ce qui obsède les rhapsodistes de formes, le rien est ce qui agite les absurdistes de fond. Inaptes de représentations et de logiques, ses outils qui se moquent de riens et d’apparences. | | | | |
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| doute | | | Tout discours se fonde sur une représentation sous-jacente. Or aucune représentation n’est homomorphe à la réalité. Donc, face à la réalité d’un terrain, qu’on soit la-dessus ou cloîtré dans sa mansarde, on est soumis aux approximations au même degré. Je dirais même que là où les rythmes comptent plus que les algorithmes, les erreurs des mansardes sont plus anodines que celles des corps de garde. | | | | |
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| doute | | | Les certitudes sont des dogmes, découlant des représentations, savantes ou naïves ; les convictions – des suites, des interprétations indémontrables d’un goût. Dogmatisme ou sophisme, la volonté d’affirmer ou le désir de divaguer. | | | | |
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| doute | | | On ne sait que ce qu’on sait prouver (et non pas faire, comme le pense Valéry). Savoir n’est pas produire par un acte réel, mais unifier des arbres abstraits – le représentatif et l’interprétatif. | | | | |
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| doute | | | Pour apprécier la réponse, il faut avoir bien interprété la question : délimiter le domaine représenté par le locuteur, comprendre son langage, réduire son discours aux formules logiques, appliquer une bonne logique du répondeur. Et puisque le locuteur, le plus souvent, est absent, c’est par tes réponses qu’on jugera de ton intelligence. | | | | |
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| doute | | | L’apparence est la projection d’un objet (matériel ou idéel) sur nos sens ; il est toujours possible d’imaginer un langage, dans lequel l’existence de l’objet-source (dans une représentation associée) est indubitable. Il ne faut pas opposer l’apparence à la vérité. | | | | |
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| doute | | | J’exagère un peu moins que Valéry, pour désigner notre soi mystérieux ; pour Valéry, il est inconnaissable et pour moi - seulement inconnu. On ne connaît qu’à travers des représentations ; les relations en sont l’un des paradigmes. Or, des relations du soi inconnu avec le soi connu peuvent être définies en tant qu’influences, échos ou inspirations, ce qui met le premier dans le domaine du connaissable, bien qu’arbitraire. | | | | |
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| doute | | | Tous nos doutes et certitudes sont marqués par probabilités, datations, durées. En bâtissant nos représentations (dans l’espace), nous nous appuyons surtout sur nos certitudes ; en élaborant nos interprétations (dans le temps), nous comptons sur l’imagination de nos doutes. Une synthèse des concepts ou une analyse des images. | | | | |
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| doute | | | Il y a des mystères de la Création et ceux de la création humaine. Ce qui n’est hermétique qu’aux non-initiés (ou aux ignares) s’appelle mystique. C’est l’introduction de représentations individuelles du rêve, dans un milieu, réservé aux banalités consensuelles, qui est à l’origine des mystères. « Mais comment peut-on choisir de raisonner faux ? C'est qu'on a la nostalgie de l'imperméabilité » - Sartre – la fausseté mécanique peut s’avérer vérité mystique. La nostalgie s’adresse au réel ; la mélancolie effleure l’idéel. Le nostalgique de l’imperméabilité apriorique est un artisan ; le mélancolique des ombres apostérioriques est un artiste. | | | | |
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| doute | | | La représentation de connaissances nouvelles réside en assertions à inscrire dans la représentation déjà existante ; la non-contradiction en est la seule contrainte. L’interprétation de connaissances existantes consiste à formuler une requête et à tenter de la démontrer ; la grammaire (logique, syntaxe, sémantique, substitutions) y est le guide. L’Être surgit de la première activité (concepts et relations) ; le Néant est un fait collatéral de la seconde (absence d’objets vérifiant certaines conditions). Aucun parallélisme, aucune identité, aucune comparaison ne sont possibles entre ces deux vagues notions. Qu’est-ce qu’un bonbon ? ou Combien de bonbons dans ce vase vide ? - il est insensé de chercher quelque chose de comparable entre ces deux formules. | | | | |
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| doute | | | La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel. | | | | |
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| doute | | | La clarté : une projection évidente et triviale du langage vers la représentation visée. Mais tout le charme d’un écrit consiste en délicatesse, donc la complexité, de ce passage. La clarté n’est bonne que dans les guides, où s’entassent des banalités. | | | | |
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| doute | | | Méditer – chercher à atteindre des dernières limites d’un savoir problématique, là où commence un croire mystique, là où le langage commence à se détacher de la représentation et en prend la relève. | | | | |
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| doute | | | Le sens des notions philosophiques d’outil, d’agent, de matière, de ressource varie, en fonction des représentations réalisées, ce qui prive la causalité d’universalité, lui refuse le statut de concept et la réduit à celui de vague notion. Contrairement aux concepts d’espèce-genre, de composition, de succession, de rapports spatiaux etc. Et Spinoza est, comme presque toujours, bien bête : « Le vrai savoir est le savoir par causes » - « Vere scire est scire per causas ». | | | | |
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| doute | | | Toute représentation n’est qu’une surface du réel ; tout connu nous parvient à travers des représentations, l’inconnu le plus énigmatique se tapissant dans le réel. Le connu n’est donc qu’une surface de l’inconnu. | | | | |
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| doute | | | Pour raisonner sur des notions vagues, telles que Dieu, âme, esprit, liberté, le mode opératoire est la formulation d’hypothèses (qui ne fassent pas partie de la représentation stable, avérée). Toute la poésie est un exemple de raisonnement hypothético-déductif ! | | | | |
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| doute | | | Toute communication avec la réalité passe à travers une représentation de celle-ci ; de la réalité, ta conscience garde des sensations, et de la représentation – des images, des idées, du sens. | | | | |
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| doute | | | Toute pensée, tout sentiment, toute action peuvent être représentés sous la forme d’un arbre, et l’unification de deux arbres est une belle métaphore d’une union, d’une compréhension, d’un approfondissement mutuel. Mais pour unifier les racines et les branches, il faut qu’elles soient pourvues d’inconnues. | | | | |
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| doute | | | L’homme, qui doit être le premier à reconnaître le miracle de l’esprit humain, est le chercheur en (vraie) Intelligence Artificielle qui aurait compris l’énormité des tâches de représentation (structures, qualificatifs, comportement) et d’interprétation (langage naturel, logique, tropismes) de connaissances. En attendant, la mouche est infiniment plus intelligente que n’importe quel système de gestion des connaissances. | | | | |
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| doute | | | Le savoir complet provient d’une claire représentation (scire per signa de G.Berkeley) ; la vague causalité (scire per causas de Spinoza) ne produit qu’un savoir partiel. | | | | |
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| doute | | | Le sens de la question résulte des représentations du concepteur ; le sens de la réponse - des représentations de l’interprète. La première tâche est facile, souvent banale et commune. C’est pourquoi je me suis attelé à la seconde ; pour celui qui n’arrive pas à formuler une question convenable, ma réponse n’aurait aucun sens. | | | | |
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| doute | | | Je ne sais plus où mes sentiments se distinguent de ceux des autres : dans le fond réel ou dans la forme représentationnelle, dans la caresse vitale ou verbale ? | | | | |
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| doute | | | Dans notre cerveau, certaines notions cognitives sont innées : spatio-temporelles, logiques, ensemblistes, numériques, algébriques, mais on n’y trouve aucune trace de nos connaissances grammaticales. La grammaire se forme par l’usage, partant des méthodes de référence d’objets et de relations entre ceux-ci. D’infinies subtilités phonétiques et gestuelles précèdent la naissance de ces méthodes. | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, l’immense majorité de nos affirmations sont crues (le libre arbitre des représentations subjectives) et non pas pensées (prouvées grâce aux représentations objectives). Wittgenstein est étrangement bête : « On ne peut pas dire ce qu'on ne peut pas penser » - « Wir können nicht sagen, was wir nicht denken können ». | | | | |
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| doute | | | Les définitions ne s’attachent pas aux choses réelles mais aux objets représentatifs. Ainsi même le soi inconnu, immatériel, indéfinissable se modélise en tant qu’objet bien défini. | | | | |
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| doute | | | Connaître, c’est représenter ; tous disposent de représentations individuelles du monde ; donc, tous connaissent le monde. Seul la qualité des représentations les distingue. | | | | |
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| doute | | | La réalité, ce sont des ombres, projetées soit par la lumière divine mystérieuse soit par la lumière des représentations humaines rigoureuses. Le langage, s’adressant directement à la réalité, est plein d’ombres que dissipe ou embellit la lumière du sens, donné à partir de la représentation. Un individu est d’autant plus intelligent que ses structures langagières conçues (la grammaire individuelle) sont plus près des représentations conceptuelles. | | | | |
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| doute | | | Rares sont les hommes qui s’entendent grâce aux représentations compatibles ; chez la plupart des humains, cette compréhension est due, tout bêtement, aux apprentissages similaires, bref – à la statistique, exactement comme les réseaux neuronaux, qui créent des proximités entre tokens, en parcourant des big data. L’IA symbolique était vraiment artificielle et pouvait prétendre à l’intelligence ; l’IA neuronale n’est ni intelligente (mais performante) ni artificielle (elle n’est qu’une copie de l’humaine). La moyenne intellectuelle, en fonction du nombre de personnes sélectionnées : insignifiante pour dix ; très approximative pour dix millions ; très satisfaisante pour dix milliards – voici la clé du succès des performants, face aux intelligents ! | | | | |
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| intelligence | | | Le monde, en tant que représentation, ce sont les faits en compagnie de la volonté des observateurs, acteurs et juges, qui formulent des idées, les interprètent, en retirent le sens, manipulent les faits. Presque du Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Pour illustrer le sens de sa Aufhebung, Hegel prend l'exemple d'un bouton, devenant fleur et finissant en fruit. Cette opération est un cas particulier de la substitution : le même objet (instance ou substance première), changeant de modèle d'attache (modèle ou substance seconde). Le passage instantané d'un être à un autre, comme celui du néant à l'être, sont, pour Hegel, des commencements impossibles (Unmöglichkeit des Anfangs) ; il aurait dû s'appuyer sur un arbre et non pas sur un être équivalant un néant. | | | | |
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| intelligence | | | Je suis philosophe, si j'ai les moyens pour affirmer : tout est nombre (c'est à dire - des représentations, surtout réalisées par des autres) et tout est musique (c'est à dire - des interprétations, créées par moi-même). « Et ignem regunt numeri » - Ch.Fourier. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme créatif est amené à exécuter la tâche de représentation, mais l'approche peut être de trois sortes : pragmatique - fournir des moyens, stratégique - déblayer le chemin vers un but, spirituelle - constituer un réseau de contraintes, deviner dans le sensible le langage de l'intelligible, voir l'étant à travers l'être : « Cette re-présentation de l'étant en vue de son être s'appelle penser » - Heidegger - « Dieses Vor-Stellen des Seiendes hinsichtlich seines Seins ist Denken ». L'être se réduisant à la volonté (Schelling), le monde (schopenhauerien) n'est qu'un interminable penser, ce qui n'est pas glorieux. | | | | |
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| intelligence | | | Exister, c'est peut-être échapper à toute représentation. Et comme celle-ci, tôt ou tard, me rattrape, exister, c'est savoir me métamorphoser, me métaphoriser, me métastaser. | | | | |
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| intelligence | | | L'erreur des structuralistes et des philosophes analytiques est de voir le signifié dans la réalité, tandis qu'il est toujours dans la représentation, et d'analyser le signifiant dans le contexte de la réalité et non pas de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée n'est pas une donnée, qui désigne, mais une requête, qui interroge ; elle est davantage dans le modèle que dans le langage ; l'essence du mot n'existe pas, n'existe que sa fonction désignatrice ; ce n'est pas aux symboles qu'elle renvoie, mais aux objets du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | La dernière étape du raffinement conceptuel d'une représentation, pour la rapprocher au plus près de la réalité, s'appelle objet ou relation mathématiques. Et puisque la philosophie est une projection de nos réflexions sur la réalité, son ontologie doit se réduire à la mathématique. « La mathématique est pour la philosophie est ce que la musique est pour la poésie » - F.Schlegel - « Die Mathematik verhält sich zur Philosophie, wie die Musik zur Poesie ». | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit expert et l'âme créatrice, tels sont deux éléments interpénétrants de notre intelligence ; le premier justifie le libre arbitre de nos représentations nouménales et le second anime la liberté de nos interprétations du monde phénoménal ; explorer le monde réel ou se réjouir du monde des apparences ; la transcendance la plus rigoureuse est compatible avec l'immanence la plus débridée. | | | | |
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| intelligence | | | Toute théorie s'articule dans un langage conceptuel de représentation, et elle est sondée par un langage naturel de communication. Le premier n'a presque rien de langagier, le second n'a presque rien de représentatif, et c'est l'imbroglio entre les deux qui est entretenu par les philosophes, attribuant au second des propriétés du premier. | | | | |
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| intelligence | | | Ce que j'appelle monde conceptuel est un vécu, ordinairement chaotique, qu'une sollicitation langagière anime, organise, focalise pour résoudre le problème, que dégage du discours notre machine logique. Toute théorie et tout modèle logent dans ce monde bercé par le désordre. Le langage, lui, ne contient ni théories ni esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les tâches de représentation on devrait exclure le terme de langage et parler d'outillage conceptuel. Le langage n'intervient que dans des règles et dans des requêtes du modèle conçu. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme se mesure à la réalité par deux moyens : en monologue-représentation (objets, relations, qualificatifs) ou en dialogue-interprétation (langage, images, allégories). D'où deux types d'intelligence : analytique et synthétique, la réflexion tâtonnante et le réflexe câblé, chacun avec une part préalable d'intuition et d'imagination, qui sont de l'intelligence mystérieuse, opposée à l'algorithmique. | | | | |
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| intelligence | | | Est plus intelligent celui qui, dans deux objets, voit plus de dissemblances et plus de ressemblances. L'ironie égalise, la curiosité multiplie. L'intelligence est une curiosité ironique. « Le sens unifie partout, les sens dissocient partout » - Schiller - « Der Sinn vereinigt überall, der Verstand scheidet überall ». | | | | |
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| intelligence | | | Savoir unifier des valeurs de plus en plus éloignées ou discerner une frontière dans ce qui se présente comme jumeaux. Tout branchage identitaire, causal, synthétique ou paradoxal peut s'inscrire dans l'unification des arbres à vastes inconnues. « Un réseau d'arbres s'ouvrant en toute direction »** - U.Eco - « Una rete di alberi che si aprano in ogni direzione ». | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est être plus à l'aise à manier les étiquettes des choses plutôt qu'à remuer les choses elles-mêmes. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligent relativise l'absolu ; le sot absolutise le relatif. Le sage produit du relatif en ne s'inspirant que de l'absolu. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre facultés forment l'intelligence complète : faculté de bâtir des modèles de l'univers, faculté d'élaborer un langage des questions (sur ces modèles), faculté de répondre à celles-ci, faculté d'interprétation des réponses en vue de déboucher sur un comportement sensé. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de la distance entre le modèle et la réalité modélisée, on a besoin d'une espèce de méta-modèle, capable de comparer les valeurs numériques ou modales du modèle avec les phénomènes réels ; une métrique pragmatique ou épistémologique autorisant l'attribution du sens aux propositions sur le modèle. La signification, contrairement au sens, n'est qu'une lecture de faits à l'intérieur du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence divine se manifeste dans l'existence de valeurs par défaut. L'intelligence humaine - dans la capacité de rester cohérent avec celles-ci. | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être excessivement perspicace pour voir, que le mythe (discours sans références) rencontre, au sommet, le logos (discours référencé). La réaction intelligente eût été de se rire du logos et de s'adonner au mythe. Mais c'est la réaction bête qui l'emporte : surcharger le logos et laisser s'échapper le mythe. L'inexistentialisme ailé céda à l'existentialisme zélé. | | | | |
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| intelligence | | | On peut définir une chose par sa forme, par son lieu ou par un chemin qui y mène - ce qui en fixe le volume ou le prix. Ou bien on la définit par allusion à sa source ce qui en donne la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard, en littérature, c'est l'élégance du passage du mot à la vie, sans trop s'attarder au modèle. Se barricader dans le modèle est la tare du scientifique borné. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée : un fait de langage émettant des hypothèses sur des liens entre objets. Par un jeu de substitutions, on peut arriver à une adhésion ou à une preuve. Quand le démonstrateur suffisant est le goût, on est dans l'art ; quand l'adhésion logique est exigée, on tend vers la science. | | | | |
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| intelligence | | | Physique et métaphysique, c'est à dire la réalité et son sens, sont synonymes, et leur nom commun pourrait s'appeler - l'être, ce point de mire et de référence de toute représentation, sans jamais constituer avec elle un homomorphisme. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible que l'apprentissage fasse partie des algorithmes de base dans la Création divine. Sa fonction la plus mystérieuse serait le câblage interne, conscient ou inconscient, des représentations réussies, de telle sorte que, dans les activités humaines, on n'observe que des interprétations fulgurantes, sans la moindre trace de représentations utilisées. | | | | |
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| intelligence | | | Le cartésien nage et avance dans les concepts, sans toucher leur fond, qui s'appelle l'être. Le nouveau Moyen Âge nous attache à l'être sans promesse ferme de nous apprendre à nager. Le manque de faire-savoir ou de savoir-faire. | | | | |
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| intelligence | | | Ces magnifiques triades : œuvre - créateur - principe, éprouver - représenter - interpréter, pouvoir - vouloir - devoir, mot - idée - acte, désir - idéal - miracle - à croire que tout ce qui est beau ne s'exprime qu'en triades ! La gent de plume, de note et de rideau le comprit, pas celle de toile ; ne pas choisir une toile triangulaire est proprement incompréhensible ! Et je ne me moquerais presque plus de ce brave Cusain qui prouvait que son bon Dieu n'était qu'un triangle maximal ! | | | | |
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| intelligence | | | La quête du réel élabore le modèle ; la quête du concept aboutit à la référence ; la quête du vrai bâtit l'énoncé. Ne pas se tromper de type de quête ni de genre de son produit. Savoir intervertir leur chronologie ; cacher la main et son pinceau, le pied et sa danse, mais pas le visage. | | | | |
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| intelligence | | | Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir, où la modélisation doit céder à la spéculation, les preuves aux métaphores, - est l'intuition superstitieuse de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre a bien une ambition philosophique : primo, je voudrais qu'un cœur noble (donc, angoissé) y trouvât de la consolation dans mon affirmation de la gratuité divine du bon et du bien ; secundo, je voudrais qu'un esprit noble (donc, universel) y trouvât de l'intelligence humaine, qui est dans la maîtrise des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence est tout d'instinct cachant ses points de repères et même les oubliant, tant leur câblage est profond (substitution de procédures explicites par déclarations symboliques, appropriation de l'avoir se muant en l'être). Mais se méfier des réflexes, qui n'ont pour origine que le manque d'horizons. | | | | |
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| intelligence | | | Le penser en général n'a presque aucun sens ; il a trois sens différents dans les trois sphères irréductibles : la représentation, l'interprétation, la validation, où penser fait, respectivement, appel à la compétence, à la rigueur, à l'imagination, donc à nos facettes philosophique, scientifique ou poétique. Pour prouver que je suis, il suffit de constater que je pense, mais pour savoir ce que je suis, je dois préciser que je pense en tant que. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme d'existence s'applique aussi bien à la réalité qu'à la représentation, tandis que celui d'essence n'est pensable que dans les représentations. Il est pratiquement impossible de trouver deux humains, ayant des représentations identiques d'une même réalité ; l'usage des mêmes noms ne peut pas cacher la différence fondamentale des objets modélisés et, partant, de leurs essences. N'est donc possible aucune prétention des essences d'être des structures universelles ; Platon est trop obnubilé par le monde fantomatique des idées, et Husserl - par celui de la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Face à l'information qui déferle, l'homme est singe, perroquet ou rat ; il paraît qu'il y en a même des chacals : « Voici les intellectuels friands de la chair des concepts congelés par l'intelligence artificielle, dénués de toute saveur. Les chacals de l'information et de la communication » - Baudrillard. Comme la plupart des anathèmes, cette sortie est visiblement dictée par l'ignorance (comme mon animadversion résolue, face aux hommes, espèce que, pourtant, j'ignore largement). L'intelligence artificielle n'est qu'une instrumentation et une généralisation de la logique, elle n'affaiblit en rien la saveur d'une chair plus fraîche. La métaphore fait partie de l'information, que les meilleurs des mammifères ou des programmes informatiques savent digérer. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme est une étrange osmose d'un calculateur et d'un valseur, d'un interprète et d'un représentateur, l'un pouvant se passer, facilement, de l'autre. Ce dont est incapable l'intelligence artificielle : étant condamnée à passer par la représentation, elle ne mènera jamais la danse. Kant, pensant définir la vie, définit déjà le robot : « La capacité d'un être d'agir selon ses représentations s'appelle la vie » - « Das Vermögen eines Wesens, seinen Vorstellungen gemäß zu handeln, heißt das Leben ». La mathématique, en tant qu'interprète, ne vaut pas grand-chose, mais elle est le contenu même de toute représentation ; elle est donc la création la plus inhumaine, ou surhumaine, ou divine. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation poïétique ou l'interprétation hylique, deux activités gouvernées par l'intelligence. Représenter, c'est modeler un squelette, le munir de chair et lui apprendre à agir. Interpréter, c'est l'art de mener un dialogue : reconnaître le type d'interpellation, y déceler des connotations des objets ou des rapports, accéder aux connaissances pertinentes, recevoir des substitutions des inconnues et savoir s'arrêter pour tendre de nouveau l'oreille. Le seul domaine, où l'homme ne sera jamais dépassé par la machine, est le poids qu'on accorde aux inconnues choisies. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce qui ne se convertit pas en formules est nul. La poésie est une formule. Toute passion est germe d'une formule. Le reste n'est que fatras et prétention des borborygmes. « Moi, pressé de trouver la formule » - Rimbaud. | | | | |
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| intelligence | | | Les meilleurs juges de la place de l'élan poétique, dans les affaires des hommes, sont les mathématiciens, qui pénètrent la réalité, sans la toucher, qui croient en existence par l'appel d'harmonie et croient en harmonie par une démonstration d'existence. On se débarrasse de beaucoup d'orgueil, lorsqu'on comprend, que les modèles mathématiques nécessaires ne sont pas des représentations possibles du réel, mais le réel même, et que l'imagination poétique y est plus importante que la rigueur et le savoir. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme est intelligent, quand il comprend, qu'il ne communique jamais avec le réel (mais avec ses modèles, d'où l'irrecevabilité de l'idée platonicienne, qui serait à la fois le réel et le modèle). Il y a de l'esprit religieux, chez lui, quand, en plus, il admire le réel. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié ! | | | | |
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| intelligence | | | « Les philosophes et les poètes d'origine possèdent la Maison, mais restent des errants sans atelier ni maison »** - R.Char - ruines, le nom que prend la Maison ainsi possédée et qui cesse d'être habitable. Ce qui réside légalement dans le langage porte un nom beaucoup moins ectoplasmique - la vérité cadavérique, réceptacle du désoubli de l'Être. Les ruines, cette vénérable demeure, hantée par le rêve et la caresse, où l'on héberge les invariants de tout mouvement (Goethe, n'y voyant aucune tour debout, ne reconnut pas les ruines discrètes). L'être n'habite que la réalité, il est la chose, qui est source des objets de la représentation et cible des mots du langage. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace. | | | | |
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| intelligence | | | Deux vices des temps modernes : entourer les concepts prosaïques par de prétentieux mythes et fabriquer, à partir d'authentiques mythes, de piètres concepts. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée est un arbre. Je m'occupe de ses racines en la plongeant dans le sol des concepts. J'en éprouve les cimes en modulant mes intentions. J'en consolide le tronc par la sève du style. J'en condense les ramages par des pousses de la négation. J'en démultiplie les feuilles par de vastes tropes. J'en pressens des fruits dans des substitutions successives. J'en altère la saison par une métamorphose du langage. Et moi, j'en suis le climat. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est savoir représenter (mémoriser) les triades objet – attribut – valeur et les interpréter (tirer des conséquences). Visiblement, beaucoup d'animaux pensent (ce que leur déniait Descartes) et donc - sont. | | | | |
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| intelligence | | | La chose : dans la réalité – chose en soi ; dans la représentation – concept surgissant de la réalité ; dans le langage – notion, munie de sons, d’images et d’intensités, notion surgissant de la représentation et renvoyant à la réalité. Les seuls domaines, qui échappent à cette triade, sont : la mathématique se passant de réalité et la musique se passant de représentation et de langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le poème (représentation naissante) est au noème (représentation née) ce que le chant de rossignol est à la symphonie. Un goût pour l'obscurité, des oreilles tendancieuses, un abandon. Mais le fond - rhétorique ou sonore, en oratorio ou en cantate - est le même. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | La logique, ce modèle-noyau intemporel, donnant lieu à trois super-structures spatiales : la profondeur scientifique, la hauteur philosophique, l'étendue langagière. | | | | |
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| intelligence | | | La science est ce qui pourra, tôt ou tard, être confié à la machine ; la science commence par une représentation et se termine par une attribution de sens aux requêtes et interprétations ; cette chronologie est à portée des algorithmes. Mais en dehors de la science, le plus grand mystère de la connaissance, ce sont nos représentations ne surgissant qu'a posteriori, ad hoc, pour ne faire qu'appuyer ce qui est déjà mûr dans une conscience interprétative. Tout est mystère chez l'homme : le libre arbitre des représentations, le caprice dans la formulation de requêtes, leur interprétation foudroyante, la méta-intelligence dans l'articulation du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique. | | | | |
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| intelligence | | | Nous ne connaissons de l'actuel que ce que le virtuel nous permet de maîtriser. L'existence ne se saisit qu'à travers l'essence. Comment peut-on être matérialiste ou existentialiste ? | | | | |
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| intelligence | | | Trois choses à ne pas confondre : la représentation (structures, attributions, règles), la compréhension (degré de perfection, dialogue), la réalité (entéléchie, mystère, ontologie). | | | | |
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| intelligence | | | Les coupures épistémiques surgissent dans l'espace plutôt que dans le temps, notamment dans les passages : le monde - la représentation et la représentation - le langage. Les connaissances a priori, transcendantales (« Bedingungen der Möglichkeit von Erfahrung » - Kant), non langagières, interviennent dans le premier, tandis que toute la poésie et toute l'intelligence interprétative se retrouvent dans le second. | | | | |
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| intelligence | | | Le connaissable est dans les questions et les modèles, non dans la réalité modélisée. L'harmonie saisissante avec ce que confirment les yeux et oreilles ne devrait pas nous empêcher de déclencher périodiquement notre zoom mental, pour constater que l'inconnaissable n'en devint que plus vaste. | | | | |
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| intelligence | | | La distinction kantienne entre la raison et l'entendement (Vernunft et Verstand) est trop vague ; pour être précis, il faudrait en distinguer les traits cognitifs : la raison représente et interprète, l'entendement donne le sens - le libre arbitre et la logique, face à la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La science et l'art, regards allant des modèles vers la réalité ; la philosophie, tentative d'évaluer les modèles à partir de la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Mot à la mode : refus de systèmes. Mais tout homme, pourvu d'intelligence et de bon goût, aboutit à une unité de ton ou de regard, dans laquelle un œil perçant distinguera toujours un système. Le système : le refus du hasard dans le choix des représentations et la cohérence de l'interprétation avec les paradigmes choisis. Le système, c'est de la structuration de concepts, mais c'est l'orientation de leurs fins ou l'intensité de leurs fondements qui en détermine la valeur. | | | | |
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| intelligence | | | Les symboles (ou les signes) sont des représentations minimales, des équivalents de noms, c'est à dire de références directes, d'accès immédiat aux faits par un méta-attribut de dénomination. Mais les connaissances s'attachent non pas aux symboles, mais au nom interne unique, qui, souvent, reste cryptique ou imprononçable tel le nom de Jahwé. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que nous connaissons de la réalité provient de nos représentations ; l'appel à la réduction phénoménologique est creux, puisque il est impossible de s'abstraire du réel plus que nous ne le faisons déjà. Mais l'appel à la réduction eidétique est encore plus irrecevable, puisque l'essence pure des phénomènes s'ensuit immédiatement des concepts, formés dans la représentation. La phénoménologie, comme la philosophie analytique, sont deux charlatanismes, fondés sur l'inattention à l’interprétation ou à la représentation, ces univers médiateurs, qui se logent entre la réalité et, respectivement, la conscience ou le langage. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation, deux activités, manipulant les noumènes par le libre arbitre et par la liberté, dont sont dépourvus les phénomènes, séjour du nécessaire et de l'irréversible. | | | | |
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| intelligence | | | Des jeux pseudo-logiques avec des concepts tirés au hasard des soutenances de thèses, en psychologie ou en physiologie, ce charabia insipide de la professoresque clanique, s'attachant, au gré des modes, au rationaliste le plus absolu, au charlatan de Vienne ou au dingue de Turin, mais sans leur talent, dans cette niche logomachique alimentée par Husserl et Heidegger, Sartre et Badiou, où l'on refuse à Pascal, Voltaire ou Valéry le titre de philosophe, que s'arrogent tous ces arides pontifes de faculté Barthes, Foucault, Deleuze, Ricœur, Derrida. Siècle de Dozenten et d'agrégés ! | | | | |
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| intelligence | | | Le cerveau de l'homme, ce sont trois machines : la conceptuelle, la linguistique et la logique. Le plus curieux, c'est que chacune d'elles, apparemment, contienne les deux autres ! La mécanique terrienne s'insurge, la mécanique sublunaire triomphe ! | | | | |
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| intelligence | | | On ne connaît la réalité qu'à travers la représentation, mais la représentation ne relève du savoir que si on lui trouve un sens dans la réalité. « L'être est inconnu s'il ne rencontre pas l'apparaître, et l'apparaître est sans pouvoir s'il ne rencontre pas l'être » - Gorgias. | | | | |
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| intelligence | | | Se moquer des concepts philosophiques, évincer de soi le sous-homme et pratiquer le dithyrambe - pour ces trois audaces, questions de vocabulaire, de gymnastique et de genre, on peut pardonner à Nietzsche son culte de l'âme et son oubli du cœur. | | | | |
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| intelligence | | | On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ». | | | | |
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| intelligence | | | Tout événement a trois valeurs : la symbolique (nos langages), la scientifique (nos représentations), la mystique (nos intelligences et sensibilités). Chacune des trois peut ignorer les deux autres ; seule la philosophie en tente l'équilibre. | | | | |
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| intelligence | | | Jadis, l'intelligence représentative, inspirée par le ciel, avait le beau pour cible et matière première de ses représentations. Le sage croyait avant de calculer. Aujourd'hui, l'intelligence inspirée par la machine consiste à se méfier de la représentation artistique, pour se vautrer dans l'interprétation numérique. | | | | |
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| intelligence | | | Intelligence inférieure : une mémoire bien organisée, munie de bons moteurs de navigation et d'inférences. Intelligence supérieure : inventer des modes d'organisation, donner le vertige des houles et des syllogismes, sans agiter des rames ni modi, par le regard soulevé par les apories originelles. Profondeur ou hauteur, Descartes ou Pascal, Sartre ou Valéry, Deleuze ou Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Toute œuvre philosophique consiste à formuler un problème insoluble, lui trouver un sol de concepts fécond et faire pousser là-dessus un arbre alimenté de la sève des métaphores. Mais le non-philosophe y voit un édifice, bâti sur un socle des solutions et approchant du ciel des mystères. | | | | |
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| intelligence | | | À lire les sentences ex cathedra des philosophes de profession, on ne parvient pas à imaginer des colosses, qui les intimideraient. Mais voici qu'ils voient dans le cyberespace virtuel ou dans l'heptagone constructible des concepts à la hauteur de leur ahurissement, - et l'on se rend compte d'être abusé par des ânes. | | | | |
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| intelligence | | | Pour énoncer quelque chose de sensé sur un objet réel, deux choses sont nécessaires : sa place (dans un modèle) et son nom (dans un discours), ce qui inévitablement crée trois contextes irréductibles : la réalité, le modèle et le discours. Le monde n'est la représentation ET la volonté (Maine de Biran, Novalis ou Schopenhauer) que pour ceux qui maîtrisent ET la représentation conceptuelle ET la volonté psycho-linguistique. La science et l'art sont des flagrants déséquilibres de cette triade. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu'on appelle le proprement sensible n'est accessible qu'aux biologistes et nullement aux philosophes, puisque le grand interprète, le cerveau (ou plutôt sa partie muette, câblée), ne laisse pas un seul instant notre corps avec ses empreintes. Aucune rationalité à ce stade, seuls des réflexes, aucune réflexion – les données des sens sommairement rangées. Le cerveau (sa partie structurée, dynamique) y met de l'ordre, en débouchant sur l'intelligible, sur la représentation, que Kant veut associer au sensible, à cette brumeuse esthétique transcendantale, où les sensations se présentent, sans être représentées, se donnent sans parler. | | | | |
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| intelligence | | | Il n'existe ni idées simples ni qualités premières (Locke) ; tout fait peut se muer en pure virtualité, et toute virtualité peut devenir polymorphe. Toute mémoire statique peut se convertir en procédure dynamique. | | | | |
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| intelligence | | | Étonnant parallèle entre les termes d'Aristote : première ou seconde substance, substrats comme substances attribuées, essence et accidents, et les notions, que manipule aujourd'hui tout informaticien : instanciation et parenté, instance et modèle, attribution par défaut et attribution événementielle. Aristote et Kant sont les pères de l'informatique avancée avant la lettre. | | | | |
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| intelligence | | | Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse. | | | | |
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| intelligence | | | L'attribution du sens : passage de la signification (dans le modèle) à la dénomination (dans la réalité). | | | | |
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| intelligence | | | Tout se modélise dans une représentation complète : la substance, l'essence, l'existence. On peut donc en chasser, techniquement, aussi bien le mot que la réalité, c'est à dire la métaphore et la sensation. | | | | |
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| intelligence | | | Plus que dans les philosophes pinailleurs, on trouve les concepts de Parménide et d'Aristote dans l'informatique : l'être, ou les deux catégories de substance, est un modèle ou une instance ; l'étant (extension dénotée) - une substance réussie ; l'étant en tant que tel - l'origine (réelle) de l'étant ; l'essence (intension connotée) - la substance attribuée, la copule ; l'accident (le symptôme) - instance attribuée à titre individuel. | | | | |
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| intelligence | | | Trois rôles irréductibles du modèle conceptuel : servir de fond pour l'analyseur sémantique des requêtes langagières, évoluer intrinsèquement, mieux refléter la réalité de référence. Rôle d'axiome, rôle de théorème, rôle d'intuition. | | | | |
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| intelligence | | | Ce que les philosophes appellent être correspond à ce fond réel, qui justifie et sanctionne ces deux tâches : guider la représentation et donner un sens à une interprétation. C'est profond et inutile. On peut s'en rendre compte en comparant la manipulation, représentative ou interprétative, de concepts de centaure, licorne ou lutin, en tout point identiques à celle de vache. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves. | | | | |
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| intelligence | | | La chose a deux sortes de reflets (d'autres parlent de signes) : un porte-parole, dans la langue (l'intentionnalité ne peut être que langagière), pour référencer la chose (dans le cas le plus simple, par son nom - l'accointance), et un représentant, dans la modélisation conceptuelle, pour comprendre la chose (par ses interprètes). | | | | |
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| intelligence | | | Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation ! | | | | |
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| intelligence | | | Les sens apportent à l'esprit des signaux émanant de la surface des choses ; l'esprit y introduit une épaisseur de concepts. Originellement, la langue vise les choses, mais sa richesse intrinsèque la réoriente vers l'univers des concepts ; on préfère l'interlocuteur qui cherche à l'observateur qui trouve. Et l'on finit, dans le plus pur des discours, par ne plus interpeller que les concepts. Les sens de l'homme, l'essence des concepts, les sens des idées - tel est le dénominateur phonétique commun de la triade : sensibilité, créativité, intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Bâtir un modèle ou l'interroger, l'intelligence de l'âme ou l'intelligence du langage ; la conception, enrichissant un discours intérieur, ou la construction, résumant un discours extérieur. Deux activités dont la seconde se réduit, à moitié, à la première. Pour l'intelligence, le modèle est au-dessus de la requête ; pour le poète, la requête s'émancipe du modèle ; pour le philosophe, celui qui sait préserver l'étonnement de la conception et du questionnement, - les deux se valent. « L'interrogation véritable n'exprime pas un problème, mais indique plutôt un petit mystère »** - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les représentations résident dans l'horizontalité ; elles ne peuvent même pas être comparées à l'être sous-jacent, dont la maison s'appelle profondeur : « Aucune des représentations n'épuise l'Être vertical et toutes atteignent l'Être sauvage » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | La poésie - présenter et infra-interpréter ; la philosophie - représenter et ultra-interpréter. La poésie est un retour discret, inventé, par bonds, pour que le temps vibre (pour que « l'esprit retourne sur ses circuits » - l'Ecclésiaste) ; la philosophie - un retour cyclique en continu, l'Éternel Retour, pour que le temps s'arrête ou se métamorphose en l'être. | | | | |
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| intelligence | | | En dehors du savoir, on ne peut parler de l'être que sous forme de prières ou poèmes, car l'être ne nous est accessible que par le savoir. Le savoir est l'être modélisé. Le philosophe dissertant sur l'être, et qui ne serait ni prêtre ni poète - est en proie à la logorrhée. « Prier est dans la religion ce que penser est dans la philosophie » - Novalis - « Beten ist in der Religion, was Denken in der Philosophie ist ». | | | | |
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| intelligence | | | Ce n'est pas l'idée-concept de Platon qui existe, c'est la méta-idée (modèle, archétype, figure) qui pré-existe. « Les concepts renvoient, eux-mêmes, à une compréhension non-conceptuelle » - Deleuze. | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe est celui qui revient toujours, en dernière instance, à la réalité. Le scientifique peut l'oublier, plongé dans ses modèles. L'artiste en reconstruit une autre, au moyen des langages. Mais le philosophe parvient toujours à glisser de nouvelles variables dans tout modèle, pour le rapprocher de la réalité, et à imaginer de nouveaux objets de substitution dans un discours d'artiste. | | | | |
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| intelligence | | | Ce minable géomètre de Spinoza est persuadé, qu'il existe, dans la réalité, de vrais cercles, tandis que leur idée n'en comporterait ni circonférence ni centre (« Idea enim circuli non est aliquid, habens peripheriam et centrum »). Il n'a jamais compris, que la réalité n'est faite que des configurations d'atomes dans le temps, appréhendées par notre géométrie visionnaire et intemporelle. | | | | |
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| intelligence | | | On prouve son intelligence, quand on apprend à naviguer entre le langage, la théorie (modèle) et la réalité. Mais on n'atteint la sagesse que quand on se contente d'admirer des figures du langage au-dessus des modèles formels, se désintéresse du savoir (contenu du modèle instancié) et se détourne de la réalité (qui, de toute façon, ne fait que confirmer ce que souffle le modèle). | | | | |
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| intelligence | | | Les parallèles entre le monde réel et le monde de la pensée sont si mystérieusement complets, qu'il doit y avoir une analogie parfaite entre la métaphore et une beauté réelle quelconque, de la famille de l'arbre. Mais entre elles, il y a un étrange vide, qu'anime la foi ou remplit la religion : « Toute la clef des religions, c'est ce vide effrayant qui se trouve derrière les métaphores »** - Alain. | | | | |
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| intelligence | | | Pour une intelligence parfaite, même l'algorithme renonce à l'appel explicite de procédures et se contente de déclarations. Ainsi tout mon venin contre l'algorithme est neutralisé par l'antidote de l'intelligence ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité il n'y a que nature, aucune trace de structures ; celles-ci n'ont de sens que dans un modèle. Les structuralistes ont aussi peu de chances d'évincer la nature du paysage du monde que les psychanalystes - la tendresse du climat de l'homme. « L'esprit est la nature invisible, la nature est l'esprit visible » - Schelling - « Geist ist unsichtbare Natur, die Natur ist sichtbarer Geist » - d'où l'admiration qu'on porte à un esprit vraiment naturel et la vénération qu'on voue à la nature témoignant d'harmonie et de beauté proprement divines. Qu'est-ce que l'esprit ? - une belle intelligence, telle la matière immuable, défiant le hasard. | | | | |
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| intelligence | | | À côté de l'inépuisable métaphore d'unification d'arbres (pressentie par Valéry à travers les concepts d'implexe, variable, substitution et outillée par des linguistes et cogniticiens sous forme de graphes acycliques), la logorrhée, antique, médiévale ou moderne, sur L'un et multiple, le même et autre, est dérisoire. Les banales relations mathématiques d'équivalence et d'ordre sont déjà plus intéressantes. | | | | |
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| intelligence | | | Le combat des verbes, chez Schopenhauer (le vouloir contre le savoir) ou chez Nietzsche (le pouvoir contre le devoir) ne fait que substituer des idoles. En revanche, le combat des noms (la représentation contre l'interprétation ou la noblesse contre la faiblesse) produit des unifications fécondes. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le Devenir modélisé. La catégorie d'existence ne s'applique qu'au modèle et donc elle se constate, se démontre ou se déduit. L'existence est bien un attribut (n'en déplaise à Kant ou Gilson !), mais attribut non pas de l'objet lui-même, mais de son méta-objet (modèle d'attache). | | | | |
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| intelligence | | | L'individu Socrate modélisé (une instance de modèle ou une monade) n'a pas plus de réalité que les universaux, et ceux-ci sont plus que des mots-étiquettes, ils sont des concepts. Les médiévaux (Abélard) formaient mal leurs triades et n'alignaient jamais la plus pertinente : réalité - modèle - discours. | | | | |
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| intelligence | | | Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné. | | | | |
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| intelligence | | | Regard - les variables d'observateur dominant les constantes des choses. | | | | |
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| intelligence | | | On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ». | | | | |
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| intelligence | | | L'énergie du cerveau est orientée-objets, celle de l'âme - orientée-relations, celle de l'esprit - orientée-méta-entités ; de la prééminence de l'une de ces orientations sortent savants, artistes ou philosophes. De leur équilibre naissent des chantres, désorientés ou ironiques, de l'immobilité. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée, se virtualisant dans les mots et s'actualisant dans les concepts, est trop près de la réalité, pour que je la prenne pour un point de départ vers la hauteur. Le mot ou le concept, au moins, par leur aspect plus hautain, promettent des chutes plus retentissantes. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ». | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est une création de modèles artificiels, tandis que l'apparence est une empreinte réelle, sur ma rétine ou au bout de ma langue. L'apparence est sur les parois de la Caverne, la représentation - dans le cerveau de son habitant. La représentation vise l'être, mais ne communique avec lui qu'à travers ses apparences. Le bon titre du livre de Schopenhauer serait - Le monde comme apparence et action, puisque, en plus, celle-ci vise non pas la volonté, qui est une vraie création filtrante, mais le geste transformateur. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir raisonner en algèbre ou en philosophie paraît être deux dons incompatibles. Le don algébrique est pur, et le don métaphysique est impur ; l'imagination ne sert à rien pour ranger nos hontes, et l'écoute de notre moi ne produit aucun homomorphisme. Le raisonnement métaphysique ne vaut que par la qualité des errements, qu'il incorpore toujours. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est la maîtrise des substances, et la volonté est le reflet des apparences - telle est la banalité pragmatique ; mais pour Schopenhauer, c'est l'inverse : la volonté serait une substance transcendantale et la représentation - une apparence transcendantale. Ces avortons d'adjectifs faussent tant de généalogies. | | | | |
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| intelligence | | | Spinoza et Leibniz confondent, tout le temps, la représentation avec l'expression, en voyant dans les attributs (ou la monade finie) expression de la substance (de la monade infinie) et non pas représentation ; l'expression n'est qu'un mode d'accès langagier au déjà représenté. | | | | |
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| intelligence | | | L'actuel comme le virtuel sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (même si le premier, le déclaratif, paraît être plus près de la réalité, et si le second, le procédural, peut comprendre de l'interprétatif) ; ils se distinguent par le mode d'accès : il est direct, immédiat, pour l'actuel, et déduit, inféré, pour le second. L'événement (modification des faits) se produit dans l'actuel, le virtuel ne fait que le subir. Tant d'élucubrations indigestes, sur ce thème, chez Deleuze et Badiou, le premier pondant des définitions amphigouriques et décousues, le second - puériles et pseudo-mathématiques. | | | | |
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| intelligence | | | La chose en soi : l'origine de la partie commune de toutes ses représentations sensées. La représentation transcendante validant des représentations transcendantales. Le noumène, derrière tout phénomène. | | | | |
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| intelligence | | | Schopenhauer veut dire que le monde peut être vécu comme un paysage ou comme un climat : soit on le peint dans une représentation (création, savoir, intelligence), soit on s'y peint soi-même (passion, noblesse, musique) ; c'est le recours à la profondeur universelle ou à la hauteur personnelle qui permet de ne pas s'écrouler dans une platitude commune. | | | | |
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| intelligence | | | L'objectivité, si elle existe, se manifesterait dans nos représentations (la topique) ou dans nos interprétations (la critique), mais nullement dans nos requêtes (la poétique). Et puisque l'homme est requête, appel ou prière, sa pensée et son sentiment doivent être subjectifs. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie est la promptitude et la maîtrise pour sauver le plus défaillant des trois protagonistes : l'intelligence, le langage, la sensibilité. Ce qui est infiniment plus élastique que la vue bien bornée et partiale de Wittgenstein : « La philosophie est une lutte contre la manière, dont le langage ensorcelle l'intelligence » - « Die Philosophie ist ein Kampf gegen die Verhexung unseres Verstandes durch die Mittel unserer Sprache » - la philosophie, au contraire, est la fusion avec le langage, la confiance faite au langage, au détriment de la réalité et de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Aucune part du réel ne se livre homomorphiquement à la représentation. Dire que l'être est ce qui échappe à la représentation (Heidegger) est une tautologie. L'être est ce qui inspire et valide la représentation et en fin de compte ne serait que le réel lui-même perçu ou conçu par son interprète. | | | | |
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| intelligence | | | Philosopher, c'est créer des liens entre représenter, questionner et interpréter, avec les trois exagérations possibles : poétique, analytique, logique, dont seule la première est temporelle et personnelle. Ce qui est intemporel et abstrait est prédestiné à la machine. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne topique rend toute critique presque mécanique ; Descartes est déjà beaucoup plus près de la machine que G.B.Vico. | | | | |
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| intelligence | | | Toute belle pensée se reconnaît par l'équivalence de son fond et de son élan, le premier - dans l'ordre des représentations, le second - dans le désordre des interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Comment oublie-t-on ? - mystère. Aucun acte de volonté, comparable à l'effacement d'une mémoire d'ordinateur ; la mémoire échappe à tout acte. On a beau se dire, que « tout acte exige l'oubli » - Nietzsche - « zu allem Handeln gehört Vergessen » - la représentation passive domine l'interprétation active. Ars oblivionis, l'art de l'oubli, de Cicéron à U.Eco, n'a rien à opposer à ars memoriae, à l'art de la mémoire, de Lulle à G.Bruno, et culminant avec l'ordinateur. | | | | |
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| intelligence | | | L'étant représente et le fond et la forme : le fond est l'étant, qui rend l'essence des choses, « la forme est l'étant, qui donne l'être aux choses » - Lulle (Heidegger, à tort, attribue cette prérogative de la forme - au langage ; son être est le fond et son étant - le fondé). | | | | |
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| intelligence | | | Une représentation s'accrédite d'après le sens, qu'on dégage des résultats de ses requêtes. Ce sens est dicté soit par la transcendance, ce qui va au-delà de toute représentation, soit par l'immanence, ce qui précède toute représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les hiérarchies intellectuelles en fonction des priorités dans la création - représentation, interprétation, langage - et dans sa grammaire - syntaxe, sémantique, pragmatique. Le génie d'Aristote, avec le primat du couple représentation-syntaxe, la médiocrité des stoïciens avec interprétation-sémantique, la chute finale de nos analytiques avec langage-pragmatique. | | | | |
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| intelligence | | | Et l'être et le connaître se forment exclusivement autour de la représentation, et adopter la voie cartésienne - du connaître à l'être, ou bien celle de Leibniz - de l'être au connaître, nous laisse dans les mêmes bornes ou ornières. L'élégance et le goût se reconnaissent surtout en interprétation et en expression. L'intelligence statique, celle du libre arbitre, face à l'intelligence dynamique, celle de la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La différence principale entre le monde réel et le monde de la représentation n'est pas l'absence de modèles indubitables, dans la réalité, mais la présence, dans la représentation, d'objets, qui ne sont pas, l'altérité. Plus cette partie est insigne, plus on est poète, créateur de mensonges délibérés et féconds, d'autres ne mentant que par plats calculs ou par inadvertance. | | | | |
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| intelligence | | | Le (non-)savoir socratique a trois significations : le libre arbitre des représentations (phantasia), l'infini des requêtes erotima, la versatilité des interprétations exegesis. La topique, la poétique, la critique. | | | | |
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| intelligence | | | Les substances secondes sont créées, à partir des choses sensibles et de leurs prénotions, par une induction arbitraire ; ces substances secondes, par une instanciation maîtrisée, donnent lieu aux choses intelligibles (substances premières, instances). Unum ex multis ou unum ante multa. D'où l'ambigüité du terme de modèle. | | | | |
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| intelligence | | | L'idéalisme statique, servile et mythique : chaque objet sensible a un correspondant intelligible ; l'idéalisme dynamique, libre et créatif : on ne connaît l'objet sensible que par son modèle intelligible, que chacun bâtit en fonction de son expérience, de son intelligence, de ses goûts. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée, l'image, la représentation ; dans leurs acceptions les plus raisonnables, l'idée est une requête (hypothèse, question, ordre), dans le contexte d'une représentation fixe ; l'image est un moyen d'accès indirect (au-delà des étiquettes) aux choses ; la représentation est le fond préétabli et exploré par des idées formelles. Les entités de la représentation, ce ne sont ni idées ni images, mais concepts. | | | | |
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| intelligence | | | Percevoir, concevoir, interroger le conçu - tel est le cycle de la connaissance. Sentir l'existence dans le réel, créer le concept dans la représentation, interpréter la pensée dans le langage, revoir le concept dans l'imagination. | | | | |
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| intelligence | | | Le passage par la représentation, pour prouver ou justifier, est aussi artificiel que de se demander ce qu'il faut à l'anatomie, pour qu'on se tienne debout ou ce qu'il faut à l'œil pour fixer une image. L'intelligence de l'acte est la seule vraie ; l'artificielle ne consiste qu'en bonnes métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible de déconstruire la totalité des concepts du modèle courant et de rebâtir un modèle entièrement nouveau, mais équivalent à l'ancien, - la plus simple et la plus radicale objection à l'idéalisme platonicien, le côté rhapsodique de la distribution catégoriale, la pluralité des réseaux de repérage. Sans parler d'attribution, où les platoniciens se ridiculisent, en pensant, que chaque objet a un nombre fixe de propriétés. | | | | |
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| intelligence | | | Les échéphiles, humiliés par la machine, se consolent, en se mesurant les uns aux autres. Mais que vont devenir les mathématiciens, le jour, où la logique mathématique sera parfaitement modélisée par la machine, qui maîtrisera l'espace (géométrie), le temps (analyse) et leur représentation (algèbre) et qui saura formuler et démontrer des théorèmes ? Les médiocres se requalifierons en programmeurs ou comptables, et les meilleurs retourneront à la poésie, qui fut à l'origine de la science. | | | | |
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| intelligence | | | Le style naît surtout de l'élégance des représentations non-langagières ; c'est pourquoi, de toutes les sciences dures, il n'existe qu'en mathématique, où la puissance interprétative ne vaut que par la qualité représentative. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde n'est la totalité ni des faits ni des choses (Wittgenstein), mais de l'énergie (corpusculaire, ondulatoire ou spirituelle), en mouvement et en métamorphose. C'est le modèle du monde qui est construit autour des faits et des règles. Et la pensée n'est pas une image logique des faits (Wittgenstein : « Das logische Bild der Tatsache ist der Gedanke ») ; ce n'est pas en langage de représentation, mais en celui de requêtes qu'elle se formule, avant d'être soumise à la logique, qui fournit des substitutions et préfigure le sens. | | | | |
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| intelligence | | | Quelle misère, ne s'intéresser qu'aux phénomènes, auxquels se réduise l'être et aux noumènes, où se projette l'essence ! Les Grecs, comme la théologie chrétienne, se penchaient plutôt sur les passions, qu'une divinité docile interprétait ou rendait sacrées. Les phénomènes et noumènes sont des traces muettes, des traductions aléatoires, des passions, dont on ne maîtrisera jamais la langue. | | | | |
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| intelligence | | | L'origine des concepts (objets ou relations) d'une représentation est triple : des espèces-constantes de la réalité, la langue, le libre arbitre. Trois clans, qui n'en reconnaissent qu'une seule, sont, respectivement : les platoniciens, les philosophes analytiques, les poètes. Avec leurs dominantes – la science, le bavardage, la musique. Vue sous cette angle, la philosophie ne peut être que de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, c'est l'art de passer des informations (valeurs) aux connaissances (structures et règles) ; c'est donc essentiellement la maîtrise de la représentation, tandis que l'intelligence naturelle est toute d'interprétation, et c'est pourquoi aucun progrès en IA n'apporte quoi que ce soit à notre intelligence tout court. Rien de plus bête que les programmes des échecs, des moteurs de recherche ou des robots ; l'intelligence, aussi bien naturelle qu'artificielle, c'est de la compétence et non de la performance. | | | | |
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| intelligence | | | Le progrès des représentations : soit on les approfondit (la métaphysique, la quête de l'être de l'étant), soit on les rehausse (le nihilisme, la quête de soi, l'art). Les buts et les contraintes s'y invertissent si facilement ; les métaphores et les concepts s'y muent, mine de rien, les uns dans les autres. D'ailleurs la plupart des concepts ne sont que des métaphores syntaxiques. « Une excitation nerveuse transposée en une image ! La première métaphore » - Nietzsche - « Ein Nervenreiz, übertragen in ein Bild ! Erste Metapher ». | | | | |
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| intelligence | | | L'être est ce qui dicte, guide et valide la représentation ; l'Un est la force ou la grammaire unissante ou unifiante, qui rend la représentation intelligible aux autres - l'ontologie et l'hénologie, qui se tendent la main. | | | | |
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| intelligence | | | Fascinante et énigmatique inversion de la chronologie, en théorie ou en pratique de l'usage des représentations. En théorie : concevoir un modèle, bâtir une couche langagière au-dessus du modèle, formuler des requêtes, les interpréter, donner un sens «réel» aux réponses. En pratique : formuler un sens de la réalité, le considérer résultant d'une interprétation, imaginer des requêtes idoines, les placer dans un langage, réduire les représentations au seul domaine visé. | | | | |
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| intelligence | | | Les seuls attributs du réel sont quelques constantes physiques, chimiques et biologiques, fixées par le Créateur au niveau atomique ou moléculaire ; parler d'augmentation du nombre d'attributs, comme le font Descartes et Spinoza, pour approcher de l'absolu, n'a aucun sens ; les attributs non élémentaires naissent et existent exclusivement dans la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | La signification mécanique (car bornée par le modèle) et le sens organique (car plongé dans le réel) ne servent que de justification de la valeur inique (car nourrie aux préjugés du goût d'observateur). | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique est la représentation de la réalité ontologique, parce qu'elle part des concepts d'ordre et de mesure - pour refléter l'espace, et des concepts de transformation et de suite infinie - pour prendre en compte le temps. Deux choses, toutefois, posent problème : les trois dimensions spatiales (tandis que pour la mathématique il peut y en avoir autant qu'on veut) et l'irréversibilité du temps (tandis que pour la mathématique l'accès aux pré-images est tout naturel) - les questions à poser au Créateur ! | | | | |
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| intelligence | | | Les particules élémentaires seraient toutes identiques, et donc les substances matérielles seraient totalement définies par les constantes, ces attributs primordiaux, tandis que dans la représentation nous faisons l'inverse – nous définissons une substance, que nous munissons ensuite d'attributs, plus ou moins arbitraires. Donc, soit la détermination divine, absolue et purement quantitative, soit le libre arbitre humain, relatif, qualitatif et multiforme. Et puisque la seconde partie est la seule qui puisse intéresser un philosophe, il faut refuser tout caractère nécessaire à cette panoplie ; même l'essence peut se représenter de multiples façons. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les Professeurs de Philosophie, on ne peut consolider le concept que par un développement discursif - la misère ! Le concept évolue surtout grâce aux trois moyens : introduire de nouvelles propriétés (tâche représentative), imaginer de nouvelles requêtes (tâche langagière), créer de nouveaux outils logiques (tâche interprétative) - on enveloppe par la forme, plutôt qu'on ne développe le contenu. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation prend, au début, une forme mathématique ; mais ensuite, on peut s'abstraire de l'original, approfondir l'aspect purement mathématique, pour se rendre compte que, miraculeusement, le modèle se met à représenter l'original avec davantage de rigueur. « La mathématique est l'alphabet, en lequel Dieu a écrit l'Univers » - Galilée - « La matematica è l'alfabeto su cui Dio ha scritto l'Universo ». C'est à se demander si Orphée, Pythagore, Badiou ou A.Connes n'auraient pas raison à voir en mathématique une vraie ontologie, car, sorti des nécessaires genres physiques, chimiques et biologiques, tout possible se réduit à la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'il soit pauvre ou riche, rigoureux ou lâche, le modèle, une fois bâti, sert d'appui absolu à l'évaluation d'un discours toujours relatif à lui ; c'est pourquoi le sceptique est le plus bête des philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles. | | | | |
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| intelligence | | | Kant a tort d'opposer les déterminations qualitatives de la philosophie aux déterminations quantitatives de la mathématique ; la mathématique procède par l'abstraction maximale de l'objet et par la rigueur la plus élégante de la relation ; si, incidemment, au bout de ce regard apparaît le nombre viril, et non pas l'idée sans corps, c'est que, peut-être, Pythagore fut meilleur philosophe que Platon. | | | | |
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| intelligence | | | Autant les relations spatio-temporelles s'imposent par la réalité même, autant la causalité n'est dictée que par les besoins de la représentation, et elle n'est donc pas apriorique. Une bonne logique ne fonctionne que dans un univers clos, sans événements, tandis que la causalité implique des événements, qui modifient l'univers et désarment la logique non-événementielle (la seule rigoureuse). Goethe le devine, subtilement : « Tout événement ouvre une théorie » - « Jede Tatsache ist schon Theorie ». | | | | |
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| intelligence | | | De l'origine de la place imméritée de la causalité. Valéry exagère : « La conception de 'cause' est la perdition de toute bonne représentation ». Le noyau dur de la représentation se charge de l'être, la représentation du devenir (ou de l'agir) se greffant la-dessus (la jointure entre ces deux facettes, c'est la modélisation de l'advenue de l'être à l'existence, suivant les lois physiques, chimiques, organiques). Dans le modèle du devenir apparaissent les sujets, les projets, les objets, impliqués dans les changements d'états et associés aux fonctions de : conception, commandement, exécution, outil, matière, et chacun de ces éléments, par un libre arbitre du modeleur, peut être déclaré cause. Cause sans fonction n'a pas de sens, mais c'est ce que font les adeptes du caractère universel de la causalité. | | | | |
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| intelligence | | | Les modalités logiques - la nécessité, la possibilité, la suffisance - se trouvent au centre des interminables arguties des bavards, tandis que c'est la partie la plus banale des représentations par contraintes. En revanche, les modalités mentales - la volonté, le devoir, la puissance - se raréfient chez les penseurs, tandis que seule la pensée mentale, c'est à dire personnelle et passionnelle, mérite le nom de pensée. L'homme créateur, assoiffé, manie les étiquettes logiques, pour entretenir son ivresse mentale ; l'homme banal, repu et blasé, se lamente de la nécessité du banal et de la banalité du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | Câblage de connaissances, par notre machine interprétative, est une notion ignorée des philosophes et bien connue des informaticiens. Ce que ceux-là appellent connaissance intuitive est, le plus souvent, une connaissance câblée si profondément, en langage-machine, que son accès se ressent comme immédiat et même a priori. Et la dichotomie kantienne : « toutes nos représentations sont soit intuitions, soit concepts » - « alle unsere Vorstellung ist entweder Anschauung oder Begriff » - y est sans fondement. | | | | |
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| intelligence | | | La logique et les structures, ces deux types de connaissances intervenant aussi bien en représentation qu'en interprétation ; mais, face à la réalité, la logique est nécessaire, tandis que les structures sont contingentes (sauf certaines structures a priori) ; on observe, que la réalité se plie à la logique et que nos modèles structurels sont asymptotes de la réalité ; c'est tout cela qui permet de parler d'une réalité objective, malgré la relativité de nos sens, que, d'ailleurs, aucun malin génie, visiblement, ne dévie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de connaissances complet, il doit y avoir un plan objectif - la logique et des structures, et un plan subjectif - des modèles des sujets, avec leur savoir (doutes, intuitions, expériences) et leurs modalités (vouloir, devoir, pouvoir). Les propositions bien formées n'apparaissent qu'après l'élimination (par l'interprétation extra-logique) de sujets. | | | | |
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| intelligence | | | Le modèle correspond à un étant ontique, que l'être ontologique valide ; mais les critères de validation suivent soit la nécessité, soit la rigueur, soit l'élégance, soit l'expressivité. De l'algèbre à la poésie. Et toute création passe, inévitablement, par les deux. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est l'une des frontières de la volonté, comme l'être surgissant en toute section du devenir. La représentation est une traduction du monde, en deux modes possibles - reproduction ou création ; et c'est le soi, et non pas le monde, qui se réduit à la volonté et à la représentation, c'est à dire au travail du libre arbitre, la liberté étant réservée à notre âme, animée par le frisson intraduisible. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens de mon regard sur le monde est possible à la seule condition d'admettre, que ma représentation et ma sensibilité sont déterminées par une réalité, indépendante des interférences avec ma personne. Mais je peux vivre sans le sens et accéder au monde non pas par la raison, mais par le rêve, non pas par un texte, mais par une musique. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
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| intelligence | | | Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus. | | | | |
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| intelligence | | | La conscience mentale se compose d'images de la réalité (le sens), de la représentation (l'intelligence) et du langage (l'expressivité), ce qui fait de nous des hommes pratiques, philosophes ou artistes. Une curiosité du français : la conscience morale, débarrassée d'adjectifs, redevient conscience tout court. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes préférés des philosophes de profession - l'être, l'essence, l'existence, la durée (comme le savoir apriorique : les substances, la causalité, la finalité, les liens spatio-temporels) - appartiennent surtout au méta-langage et seulement d'une manière exotique au langage lui-même. La manipulation des concepts méta-langagiers ne peut être qu'austère et pauvre, et les traiter rhétoriquement, comme s'ils étaient dans le langage n'est qu'un abus. | | | | |
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| intelligence | | | Le comprendre sans le juger aboutit à l'expertise, au consensus et à la statistique ; le juger sans le comprendre - à la bêtise, au lapsus ou à la mystique ; le sot ayant la prétention de pratiquer, simultanément, les deux, le sage dévalue les deux, en mettant en avant - le créer ; créer une représentation, un langage, une interprétation, où règne la liberté et non pas la copie ou l'empreinte. | | | | |
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| intelligence | | | Hegel assigne à la philosophie la tâche d'interpréter le monde, Marx - de le changer, Aristote - de le représenter : le sens, le devenir, l'être. Le relatif de l'absolu, l'absolu du relatif, l'absolu. Mais, en tout cas, c'est la musique et l'intensité du langage, c'est à dire le regard, qui feront, que ce monde est bien à moi. Par ailleurs, l'intensité nietzschéenne n'est pas la force, comme on le croit bêtement, mais exactement - la musique ! Comme sa force consiste à savoir s'appuyer sur sa noble faiblesse. | | | | |
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| intelligence | | | L'image de toute quantité se forme dans l'espace - un point sur un axe, ou, mieux, dans le temps - une valeur en tant que limite d'une suite. Mais le sot, prenant un mauvais exemple de Kant, a besoin de cinq objets alignés pour obtenir l'image du nombre cinq. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu'on reste dans le cadre d'un modèle fixe, on subit une causalité, propre à ce modèle ; le contraire de la causalité s'appelle liberté, cette rupture avec des enchaînements programmés d'événements et la création de nouvelles hypothèses (la liberté comme pure négativité - Hegel). Le libre arbitre, lui, n'est que du hasard maîtrisé. | | | | |
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| intelligence | | | On peut chercher les causes parmi des sujets, des situations, des paradigmes, des algorithmes, des ressources, des acteurs, des matériaux, des outils. Contrairement au pourquoi des raisons, où règne la liberté, le pourquoi des causes ne témoigne que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois types de connaissance : l'intuition intellectuelle (avant le modèle), la conceptualisation de métaphores (création du modèle), le sens des réponses aux requêtes (interrogation du modèle). La première est rencontre entre le sensible, le langagier et l'utilitaire, la deuxième est traduction dans l'intelligible, la troisième est épreuve de notre personnalité, de son intelligence et de son imagination. Trois efforts de nature totalement différente. | | | | |
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| intelligence | | | La structure des faits, qui constituent la base de toute représentation, porte déjà des traces de notre pré-interprétation du monde (ce qui faisait que Nietzsche niait aux faits toute existence pour l'attribuer à la seule interprétation), mais la vraie interprétation intervient dans le contexte d'un modèle figé. Ne pas confondre le libre arbitre de la représentation dynamique d'avec la liberté de l'interprétation statique (comme le fait Bergson : « Notre représentation des choses naîtrait de ce qu'elles viennent se réfléchir contre notre liberté »). | | | | |
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| intelligence | | | Tout objet perçu par la conscience - à partir des sens, de l'imagination ou de la réflexion - devient une substance pré-réflexive, suspendue provisoirement, et candidate à être attachée aux modèles, qui existent déjà dans la conscience ou s'y reconstituent en fonction des sollicitations ; elle y sera donc dissoute, et le soi tirera la langue aux phénoménologues obtus. | | | | |
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| intelligence | | | La modélisation conceptuelle est un projet, dont le sujet est l'Être immémorial et l'objet - l'Un mémorisé ; vu sous cet angle, on ne parle plus d'oubli, et Heidegger se réconcilie avec Platon. | | | | |
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| intelligence | | | Pascal reproche à Descartes de composer la machine (un exercice inutile et pénible), mais il ne comprend pas, que non seulement chacun (qu'il le veuille ou pas, question de perspicacité et de lucidité), à tout instant, la (re)compose, mais que c'est en cela, entre autres, que l'homme se distingue de la machine ! Ce qui est navrant, c'est que le bel outil divin, celui de composition de machines, devienne machine lui-même. Que le produit soit machiniste, on n'y peut, hélas, pas grand-chose ; mais que le producteur le devienne est autrement plus ignoble. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence s'affirme dans la vision des modèles, la sagesse - dans la vision du réel. | | | | |
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| intelligence | | | Un terrible danger sur la route des abstractions : tout ce qui est concret est métaphorique ; si, en montant d'un grade d'abstraction, je ne les entoure pas, en même temps, de métaphores nouvelles, avec le même degré de vivacité pittoresque, je deviens de plus en plus proche du robot ; c'est ce qui arrive aux penseurs Yankoïdes. | | | | |
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| intelligence | | | Le fond et le fondé (das Sein und das Seiende, der Grund und das Gegründete - Heidegger) : le fondé (les modèles) n'a pas une, mais deux sources - la nécessité du fond (la réalité) et le libre arbitre du fondateur (l'homme) ; le fond, en plus, servira à l'homme comme référence du sens (das Begründende), pour confirmer ou infirmer la modélisation. | | | | |
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| intelligence | | | Comme le signe d'égalité, '=', en mathématique, le verbe indo-européen être est employé pour désigner des relations différentes, dont les principales sont l'identité (y compris l’instanciation comme cas particulier) et la copule (impliquant des valeurs d'attribut). Dans le cas de l'identité, le domaine d'évaluation comprend toutes les substances représentées (au sens aristotélicien), ce qui résout complètement le problème d'existence. | | | | |
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| intelligence | | | Contenant, mystérieusement, tous les secrets du monde, l'homme a moins besoin d'expérience que d'imagination : « qui veut connaître le monde, doit en bâtir soi-même la représentation »* - Lichtenberg - « wer die Welt kennen will, muß sie selbst gestalten ». | | | | |
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| intelligence | | | Trois stades de notre compréhension du réel, le sensible, le mental, le conceptuel, avec une stupéfiante harmonie des passages de l'un à l'autre, de traces à images et concepts : pureté des empreintes, pureté interprétative, pureté représentative ; entre eux, circule le sens ou l'être, tout justifiant, tout guidant, tout mystifiant. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes nos représentations abstraites, même dans les plus immatérielles, comme les objets mathématiques, les expériences de nos sens sont omniprésentes. Donc, leur fichue réduction phénoménologique et l'existence d'un moi transcendantal sont des fumisteries gratuites, nées dans les cerveaux des bavards, enivrés de verbiages. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens, tel que l'entendent les philosophes, est le sens d'un discours ; il résulte d'un éternel retour, dont la dernière boucle, boucle ontique, implique le langage, l'interprétation logique, les sens et le bon sens ; elle s'appuie sur la boucle ontologique, la confrontation entre l'être et l'étant, et sur la boucle théorétique, la représentation de l'étant par des concepts. Le sens sert à confirmer ou à infirmer notre travail théorétique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour valider nos représentations, nous les soumettons aux requêtes et essayons d'interpréter le résultat en vue de sa confrontation avec le réel ; mais il n'existe pas de modèle du sens, de modèle net rendant cette confrontation rigoureuse, puisque le réel n'a pas de mesures ; pourtant, le sens naît de cette énigmatique confrontation. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
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| intelligence | | | La maîtrise : savoir bâtir un réseau cohérent de concepts, savoir formuler de bonnes requêtes, savoir donner un sens à l'interprétation de ces requêtes. D'où ses trois facettes : l'intellectuelle, la poétique, la philosophique. | | | | |
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| intelligence | | | Tout peut être réduit aux structures, même l'interprétation logique, dont le résultat n'est qu'une unification de l'arbre requêteur avec la représentation. « Tout raisonnement se transforme en une espèce de représentation » - Goethe - « Alles Raisonnement verwandelt sich in eine Art von Darstellung ». La seule logique, qui intéresse Hegel, est la logique spéculative (oxymoron, puisque toute logique est interprétative), qui n'est chez lui que de la représentation structurelle, surtout catégorielle. | | | | |
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| intelligence | | | C'est la représentation, respectivement syntaxique ou sémantique, qui répond à la question ontique : Qui est l'homme ? ou à la question essentielle : Qu'est-ce que l'homme ? La seconde est impensable sans la première ; aucun oubli de l'être n'est possible, ni techniquement ni en principe ; il n'a qu'une «justification» morphologique - il serait le Léthé de l'aléthéia. | | | | |
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| intelligence | | | Le mathématicien sait que les triangles n'existent pas dans la réalité, mais qu'ils sont des objets de ses représentations (Parménide, Platon ou Heidegger les auraient vus jusque dans l'être fantomatique), des créations de leur libre arbitre, qui, miraculeusement, ne sont jamais désavouées par la réalité. Mais l'homme de la rue, tel Voltaire, pense le contraire : « Il y a des carrés, mais il n'y a point d'être général, qui s'appelle ainsi ». Des objets mathématiques tapissent tout le fond de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | On modélise ou extrapole l'être, dont on se sent maître ; devant le devenir on garde le soupir ou la perplexité. Et puisque l'étonnement ou l'incompréhension sont le premier moteur du philosophe, le Zénon du mystère du mouvement, donc de l'interprétation, est plus profond que le Platon du problème des idées, de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, pour Descartes, est ce que nous apercevons immédiatement, mais je pense veut dire : mon état mental (jeu réciproque des représentations et interprétations) change, il y a donc mouvement et temps, ce qui exclut l'immédiateté ; depuis Zénon nous savons, que le mouvement pensé et le mouvement réel ne s'entendent pas très bien, et puisqu'on doit donner la préférence à la réalité, je bouge réel est plus probant que je pense idéel, comme première certitude. La conscience n'est qu'une surface des mouvements humains, leur profondeur et leur source principales se trouvent dans les pulsions. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité il y a une lumière (l'esprit) et des objets (la matière) ; la représentation crée des ombres des objets ; les requêtes du réel se tournent requêtes de la représentation, et leur interprétation produit de la lumière, interne au modèle ; le croisement de la lumière du réel et de la lumière interprétée génère le sens. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la représentation, inévitablement, il y a des parties homomorphes à la réalité modélisée ou au langage bâti par-dessus : la réalité fournit des espèces et genres physiques, chimiques et biologiques, et le langage - certains concepts nés dans la civilisation correspondante. Mais l'essentiel de la représentation est construit par un libre arbitre du sujet-modeleur. « Pour passer à une autre philosophie, on passe, forcément, à un autre langage, à d'autres représentations, à d'autres noms, que choisit notre libre arbitre » - J.G.Hamann - « Bei einer andern Philosophie, ist eine andere Sprache unvermeidlich, andere Vorstellungen, andere Namen, die jeder aus seiner Freiwilligkeit bezeichnet ». | | | | |
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| intelligence | | | Pour représenter, il suffit de voir ; pour bien interroger ou exprimer, il faut avoir un regard ; pour que la représentation serve bien pour la future interprétation et pour que le sens s'appuie davantage sur une représentation, il faut de l'intelligence, qui est, dans des tâches intellectuelles, plutôt de l'ouïe que de la vue. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le libre arbitre est à la liberté ce que les yeux sont au regard ; l'arbitraire s'exerce dans le contexte d'une représentation ouverte, in itinere, work in progress, et consiste à créer des événements conceptuels ; la liberté s'éprouve dans un monde monotone et fermé et consiste à donner un sens à une idée, soit en l'interprétant, soit en la traduisant dans la réalité. Plus notre regard se réduit au travail de nos yeux, plus notre liberté n'est que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne logique ne fonctionne que dans un univers monotone, sans aucune modification d'états, mais, dans la réalité, le temps inexorable n'est que mouvement ; on surmonte cette apparente impasse, en créant des modèles parfaitement logiques, quoique discrets, du temps lui-même, avec constellations d'univers incompatibles ; on peut manipuler des faits, vrais dans un univers et faux dans un autre, sans violer la logique. La réalité n'est que devenir : le modèle n'est qu'être. Cratyle et Platon l'ignoraient. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la proposition Je pense, la variable Je (en français elle est explicite, en latin, espagnol ou italien elle est implicite) devra s'unifier avant le prédicat penser (et même avant les prédicats souffrir, craindre ou désirer, beaucoup plus près de l'essence que penser), et donc la question de son existence se posera avant qu'on s'occupe de penser. Je s'unifiant avec une instance d'être humain, muni du prédicat penser, il serait donc plus raisonnable de dire : je suis, donc je pense. Ce qui paraît naïf est pourtant plus que raisonnable. Toutefois, ici, il s'agit de représentations fixes, ce que n'est pas le cas chez Descartes, qui cherche des représentations à fixer. | | | | |
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| intelligence | | | Le sujet, c'est l'union de trois créateurs : de représentations (Descartes), de requêtes (Valéry), d'interprétations (Nietzsche). Il doit donc offrir trois facettes : la scientifique, la philosophique, la poétique. L'esprit scientifique bâtit des modèles du monde, l'esprit philosophique les interroge, l'esprit poétique réinterprète le monde. Chacun des trois manque souvent de dons dans les deux autres sphères et croit pouvoir s'en passer, pour se dévouer exclusivement à la représentation, au questionnement sans fin, à la perpétuelle interprétation. C'est le poète qui en sort le moins ridicule. On finira par confier la science à la machine, ce qui enterrera définitivement le cogito (se réduisant à la représentation), pour ne laisser que l'homme de la nature, celui qui ne fait que réinterpréter. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'est capable de dire clairement ce que c'est que de penser ou d'être. Et tant de bavardage autour de la formule parménidienne : « Même chose se donne à penser et à être » (que d’autres proposent de traduire par : « Le soi est fait aussi du percevoir que de l’être », ce qui a l’air beaucoup plus sensé, mettant le devenir à côté de l’être). On ne peut penser que ce qui est représenté, mais des choses non représentées peuvent être. Les bons scolastiques, contrairement à nos contemporains, voyaient qu'entre être-là et existence, d'un côté, et être et essence, de l'autre, il y avait la représentation, le modèle des substances, le seul substrat du penser et le support de l'existence (Aristote, réduisant l'être à la substance, reste plus lucide qu'Avicenne ou Heidegger). « L'existence sépare la pensée et l'être » - Kierkegaard. | | | | |
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| intelligence | | | Pour être complet, on devrait distinguer une bonne demi-douzaine de mondes : le réel, l'hypothétique, le sensible, le représenté, l'interrogé, l'intelligible. | | | | |
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| intelligence | | | Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ». | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois sortes de pensée humaine, résultant des dialogues de la raison avec ses interlocuteurs : la raison face à la logique, la raison face aux sens, la raison face aux valeurs métaphysiques. La pensée mathématique, la plus primitive, sera parfaitement modélisée par l'ordinateur ; de bonnes représentations, appuyées par de bons interprètes, y suffiront. Je ne vois pas comment pourrait être imitée par la machine la pensée sensorielle, où l'interprétation foudroyante devance toute représentation (les phénoménologues appellent cette réinterprétation magique – intuition originaire - Urintuition). Mais la pensée métaphysique, aux sources et ressorts du beau et du bon insondables, restera peut-être le dernier bastion de l'homme, face à la déferlante robotique dans les cerveaux humains. | | | | |
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| intelligence | | | La machine logique est incrustée dans notre cerveau. À part la logique propositionnelle, cette machine contient plusieurs variations : la logique du sujet, la logique modale, la logique floue, la logique événementielle, la logique temporelle, qui relèvent, toutes, du paradigme interprétatif. Mais il est possible, que même les paradigmes représentatifs soient câblés en nous sous une forme logique, ce qui confirme le fait (ou crée l'illusion), que l'homme se passe de représentations, pour n'utiliser que des interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Un gamin veut sortir un livre d'une pile de livres couchés ; il le retire d'un coup sec et brusque, sans que la pile s'écroule - pourtant, aucun apprentissage antérieur, aucune notion de friction des surfaces, aucun travail de représentation conceptuelle ; c'est admirable, l'intelligence abstraite, mais l'intelligence mécanique l'est tout aussi bien, sinon davantage, puisqu'elle est encore plus éloignée des robots. | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables. | | | | |
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| intelligence | | | Ce paradoxe : la libre création, par sa forme, relève du devenir, tandis que la description servile s'inscrit dans l'être ; mais le contenu de la création est un hymne à l'être, tandis que celui de la description reproduit le bruit du devenir. Cette porosité entre l'être et le devenir ressemble étrangement à celle entre les nombres ordinaux et cardinaux (ou entre l'infini ordinal, valeur-limite spatiale, et l'infini cardinal, processus temporel) et pousse à admettre une haute mystique ontologique du nombre. | | | | |
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| intelligence | | | D'une proposition démontrée on peut dégager sa signification dans la représentation associée (par unification d'arbres) et son sens dans la réalité représentée (par confrontation entre objets modélisés et leur être réel, immanent, inarticulé) ; la première tâche est triviale, la seconde - délicate et non-formalisable. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu'Aristote dit de la représentation (les substances) et Platon - de l'interprétation (les idées) ne porte que sur les étants, dont l'être (Heidegger) servira à valider la représentation et à orienter l'interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | Sans interprétation, et donc sans idées, l’existence n’a aucun sens ; mais toute idée se formule et s’interprète dans le cadre des représentations, qui, presque toujours, sont personnelles et non pas universelles. Même si Platon, globalement, est plus raisonnable que Sartre, ses Idées ne pré-existent pas, elles se créent, par invention de représentations ou adaptation d’interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Les sujets, ce sont des objets, auxquels sont associées des bases de connaissances, c'est à dire des représentations munies d'interprètes. Ainsi, on peut interpréter des requêtes : Qui croit (suppose, espère, souhaite, oublia, ignore, dissimule) que P ? | | | | |
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| intelligence | | | L'être, c'est ce fond de la réalité, matérielle ou mentale, qui joue trois rôles dans trois domaines disjoints : il guide la représentation, inspire les requêtes, sert de référence pour valider la représentation. Et son maître s'appellerait le moi transcendantal, celui qui défie toute science ; il est le complément intellectuel de son homologue artistique, du moi inconnu. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de la pensée est circonscrite par le modèle spatial, l'être, et le modèle temporel, le devenir : « L'être éternel sans naissance et le devenir qui n'est jamais » - Platon – le premier, d'après toi, existe, et le second – non, ce qui rend celui-ci attractif, en tant qu'outil du bon créateur, l'être étant sa matière première. | | | | |
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| intelligence | | | Sur dix catégories aristotéliciennes - substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, possession, action, passion - on devrait ne garder que trois : substance, relation, action, les autres ne le méritent pas. On devrait y ajouter, en revanche, - règle, événement, fait, attribut (symptôme ou accident), contrainte (support de modalité, pré-règle). Quantité et qualité relèvent des insignifiantes nuances des propriétés d'attribut. Lieu, temps, position sont des attributs particuliers. Possession est une relation particulière, et passion - une substance ou une action particulière. | | | | |
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| intelligence | | | Kant traite les catégories aristotéliciennes de rhapsodies et propose sa propre Table, où apparaissent, en plus, modalité, négation, causalité, mais qui se réduisent, pourtant, aux règles et relations. Tous les deux pensent qu'ils creusent l'être, tandis qu'ils ne font qu'effleurer le travail préliminaire de toute représentation. À ce stade, l'intelligence consiste à se débarrasser des traces de la langue ; celle-ci ne doit apparaître que par-dessus une représentation achevée. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde, l'homme, la perception humaine du monde - trois merveilles d'un même acabit. Qu'on parte de l'homme (Protagoras, Kant, Nietzsche), du monde (Spinoza, Marx, Heidegger), de la relation entre eux (Aristote, Husserl, Sartre) - on peut aboutir au même réseau conceptuel. Ce qui différencie ces visions, ce n'est pas tant le problème des représentations et des interprétations, que la part et la qualité de l'extase, tragique ou jubilatoire, devant le mystère. L'intelligence, la noblesse, le talent - telle est l'échelle ascendante des bons esprits. | | | | |
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| intelligence | | | Toute partie du réel peut être confiée soit à nos yeux soit à notre regard, soit à un examen rationnel soit à une (re)création artificielle. Dans le premier cas, les mots et/ou les concepts développent suffisamment les choses dociles, c'est le cas de la science et de la vie au quotidien. Dans le second cas, les mots et/ou les concepts ne font qu'envelopper les choses insaisissables en s'en émancipant (émancipation aurait dû signifier – renoncer à la mainmise sur les choses ou les actes par les mains, au profit de la tête), c'est le cas de la philosophie et de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître veut dire fixer, représenter dans un modèle. La qualité de cette connaissance dépend de la rigueur et de l'universalité du méta-modèle (un informaticien l'appellerait gestionnaire de bases de connaissances), qui assiste le modeleur, ainsi que de l'imagination, et non seulement de la compétence, de ce modeleur. Être fabricant d'outils, servant à fabriquer d'autres outils, - l'un des métiers qui auraient dû être confiés aux philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Un beau mystère - le passage de la perception à la conception ; l'impact sur nos sens ne dure que quelques instants, et ensuite, qui en prend la garde et la forme ? - la répétition et le stockage en mémoire ? l'interprétation par substitution de variables réelles par des valeurs mentales ? Et l'essentiel de nos réactions s'adressera déjà à l'arbre unifié fixe et non pas à l'arbre originel chargé d'inconnues. « Les sensations sont échangées contre des représentations, ou des décisions, ou des actes »** - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | La pluridimensionnalité phénoménologique (ouf !) : on bichonne l'accomplissement dans la réalité (philosophe), la teneur dans le modèle (savant), la référence dans le langage (poète). Le sens, son dépositaire, sa quête ; trois sphères d'excellence dont le centre est partout et nulle part. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est représenter, être, c'est communiquer, vivre, c'est interpréter - le résumé le plus bref et le plus exact du cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Quand, pour une substance, les valeurs de certains de ses attributs sont ou deviennent fixes et invariables, on inclura ces attributs dans son essence, sinon ils restent accidents. Mais l'origine de cette fixité peut être ontologique ou accidentelle. Aristote ne semble pas avoir remarqué ce caractère mouvant des accidents. | | | | |
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| intelligence | | | Les modèles résument les sensations et pré-formatent les idées. On ne demeure que dans la réalité ou dans les modèles, et c'est plutôt les idées, c'est à dire requêtes ou hypothèses, qui pourraient servir de ponts, construits sur des modèles et maintenus par le langage. Plus vaste et mieux organisé est l'intelligible, plus souvent il sert d'origine aux idées, puisque le sensible devint docile ; la représentation munit le sensible de corps, c'est à dire de squelette et de muscles, que le langage anime par son souffle. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon résultat d’une recherche est soit une découverte (aboutissement d’un chemin), soit une invention (renvoi aux nouveaux commencements). Selon leur objet, il y aurait trois sortes de recherches – la recherche de la réalité (les sciences dures), la recherche de la représentation (la mathématique), la recherche du langage (la poésie). Les découvertes se font surtout dans la première ; les deux dernières devraient viser surtout des inventions. La philosophie serait une tentative d’unifier ces trois regards sur la condition humaine. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le galimatias spinoziste autour des substances absolues et immuables est mis à nu par cet aveu, désarmant et ridiculisant : « La substance ou - ce qui est le même - ses attributs avec leurs valeurs » - « Substantias sive quod idem est earum attributa earumque affectiones », puisque les attributs (comme la plupart des substances) sont de libres constructions de nos modélisations arbitraires et non pas un contenu authentique du réel (sauf peut-être un nombre très réduit de constantes universelles). Quand on ne peut pas s'élever aux effets de soi, on s'étend en causes de soi. Causa sui est la réalité, qui dicte et valide nos représentations ; c'est ce que Heidegger nomme être. L'appeler Dieu est prendre une création pour un créateur. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes ne voit aucun attribut commun entre nos substances corporelle et spirituelle. Comment veut-il séparer les attributs, attachés à notre vue, à notre ouïe et même à notre toucher ? Tout y est corps et tout y est âme. | | | | |
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| intelligence | | | Élaborer ses propres formes et vivre de et en elles - telle est la fonction de mes représentations. Et il paraît, que « la seule chose, qui m'appartient en propre, est l'usage des représentations » - Épictète - tandis que même bien des sages prétendent détenir en propre l'interprétation, qui n'appartient qu'à l'espèce. N'est à moi que ce qui échappe au temps ; le contraire de Sénèque : « Seul le temps est à nous » - « Tantum tempus est nostrum ». | | | | |
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| intelligence | | | Ceux qui ne savent qu'interpréter sont, en fonction de leur talent dans le maniement du verbe, - des sots ou des poètes. Ceux qui ne savent que représenter sont, en fonction de leur intelligence, - des sots ou des scientifiques. Ceux qui maîtrisent les deux sont des philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ne parle pas ; il faut le munir de langage et de musique. Aucun créateur ne peut échapper à l'interprétation. Sans être obligé à remonter aux causes premières, déjà dans l'inévitable attachement aux classes (visuelles, géométriques, conceptuelles), me voilà interprète ! | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit est bien résumé par cette triade antique ou médiévale – l'intellect, la volonté, la mémoire, puisqu'elle correspond à l'interprétation de requêtes de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les vrais penseurs tirent leur généalogie des mystiques laconiques, tel Héraclite, mais le discoureur, avec Socrate et Platon, apporta l'étalage et le développement. Le discoureur, contrairement au penseur, est celui qui a besoin de modèles d'univers pour faire valoir ses pensées. C'est avec Aristote que le terne penseur éclipse, hélas, les brillants discoureurs, d'Homère à Platon. Il faut reconnaître, que les temps modernes, avant de sombrer dans la grisaille compacte, et à perte de vue, des ternes discoureurs, connurent quelques brillants penseurs. | | | | |
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| intelligence | | | La volonté précède et la représentation et l'interprétation ; et ces deux constituent notre vision du monde, la volonté y prenant forme d'un libre arbitre ou d'une liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Les tentatives d'unifier l'essence et le sens n'aboutissent qu'au contresens : « Il suffirait de détacher une Chose de son hic et nunc pour pouvoir la manier comme si elle était une Notion » - Kojève. L'essence est ce qui admettra toujours quelques variables de plus (étant partie de la réalité) par rapport à un modèle, dans le seul contexte duquel naît le sens, toujours fini. La possibilité même du détachement est mise en cause par des affiliés de l'être : « Il n'a pas été et il ne sera pas, il est maintenant » - Parménide. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui, paradoxalement, autorise le regard de se détacher des choses vues, sans craindre une chute dans l'inexistant, c'est qu'un lien inconscient conduit des sens au sens, unit le perçu et le mental, sans passer par les yeux. | | | | |
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| intelligence | | | La matière de la représentation est de nature factuelle, ce sont des substances modélisées. La matière de la pensée est réelle par son sujet, virtuelle par son dialogue, conceptuelle par son moteur de recherche, langagière par sa forme. Deux univers disjoints, sauf des pensées élémentaires, triviales. | | | | |
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| intelligence | | | Ce que l'intelligence artificielle cherche à imiter est non pas comment nous résolvons les problèmes, mais comment nous aurions pu expliciter ou reconstituer leur résolution, si l'on nous avait demandé de justifier nos résultats déjà obtenus. La vraie énigme est de savoir ce qui est, en nous, câblé, sans même effleurer notre conscience : des représentations ? des scénarios ? des interprétations ? | | | | |
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| intelligence | | | Les égarements aussi bien du premier que du second Wittgenstein sont dus à la même méprise : occulter la place de la représentation entre la réalité et le langage. Opposer les faits aux choses est absurde, puisqu'il n'y a pas (dans la représentation) de faits sans choses ni de choses – sans faits ; l'analyse du langage, dans l'oubli de la représentation, est une tâche banale et superficielle, n'apportant pas grand-chose de la réalité, puisque le langage interroge la représentation plus que la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Les rapports entre la valeur langagière 'blanc' et l'instance (élément) 'blancheur' de la classe 'couleur' sont d'une totale banalité (les substances, c'est à dire les instances et les classes, n'étant pas langagières mais conceptuelles). Il fallut toute l'équilibristique sophistique de Heidegger, pour l'embrouiller dans les oppositions amphigouriques ridicules : étant - être, présent - présence (anwesend – anwesen). Des foules de bavards imitèrent cette logorrhée parménidienne, creuse et disgracieuse. | | | | |
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| intelligence | | | Contrairement à l'intelligence artificielle, notre cerveau ne contient pas de représentations, câblées, une fois pour toutes, par la voie conceptuelle ou langagière ; il les reconstitue à chaque interprétation d'un discours ou d'un fait, pour en comprendre, justifier ou générer le sens. Que ce soit la mathématique ou la poésie, qui en est le contexte, cet effort suit la même démarche ; si l'arbre interprétatif ne diffère pratiquement pas de l'arbre affirmatif, on est plus près de la mathématique, et s'il est presque nouveau, on est en présence de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Comparé avec la rigueur, la cohérence et même l'élégance des solutions qu'apporte l'Intelligence Artificielle, pourtant la moins profonde de toutes les formes d'intelligence, le bavardage phénoménologique autour de l'intuition catégoriale, de la conscience de soi et de la chose, de la réduction-épochè, de l'essence, de la vérité n'est que des balbutiements décousus, enfantins et prétentieux. L'ignorance des représentations (les philosophes analytiques) ou le pur verbiage autour de celles-ci (les phénoménologues) sont deux fléaux modernes. | | | | |
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| intelligence | | | L'élégance est omniprésente en mathématique ; la mathématique est, en tout point, un reflet de la Création ; donc, la réalité, partout, peut être rendue admirable, il suffit d'inventer de bonnes représentations, de bons axiomes, de bons interprètes. L'harmonie entre un contenu profond et une forme haute est le signe commun de la mathématique et de la poésie (y compris de la bonne philosophie). | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, comme la métaphysique, créent des outils, des structures d'accueil des connaissances. Mais en IA la rigueur des bases de connaissances s'applique à l'outil lui-même, elle est donc réflexive, tandis qu'en métaphysique toute intelligence n'est que discursive. En plus, l'outil doit s'appuyer sur la logique universelle apriorique (inaccessible aux métaphysiciens) et non pas sur le libre arbitre, réservé aux représentations. | | | | |
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| intelligence | | | L'erreur des phénoménologues : confondre les relations d'instanciation et d'appartenance. Une relation instanciée, tout en ayant droit aux accidents propres, garde la même essence que la relation abstraite elle-même, tandis qu'un élément acquiert, normalement, une nature différente de l'ensemble. L'objet, qui détient le savoir de la relation, s'appellera sujet. | | | | |
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| intelligence | | | Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre. | | | | |
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| intelligence | | | Représenter, c'est modéliser soit des objets matériels, soit des abstractions (relations, attributs, quantités, qualités). Mais la technique représentative y est la même. Pour refléter cette unité et souligner l'inépuisable, inatteignable et merveilleuse richesse des objets, on évoque la vague notion d'être, englobant les deux sphères du représenté. L'être au-delà de la représentation, c'est l'invisible du visible. | | | | |
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| intelligence | | | Ils voient un gouffre entre ces deux types de notre conscience du monde : qu'il est composé de choses objectives (res extensa) ou bien de phénomènes subjectifs (l'intentionnalité). Tandis que non seulement leurs résultats sont identiques, mais le travail même de notre conscience, dans les deux cas, suit les mêmes chemins, pour constituer nos connaissances. Comme le monisme ou le dualisme sont parfaitement compatibles et parallèles. | | | | |
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| intelligence | | | En mémoire et en puissance interprétative, l'homme sera dépassé facilement par la machine. En matière intellectuelle, l'esprit humain devrait se consacrer surtout à la qualité de ses représentations. On n'est plus à une époque, où, naïvement, on pouvait dire que « l'esprit, c'est la mémoire elle-même » - St-Augustin - « animus sit etiam ipsa memoria ». Pour Descartes, la mémoire est répartie entre l'esprit et le corps, l'esprit ayant la priorité. Mais le corps, apparemment, n'a pas de mémoire de masse ; et la seule mémoire sensible, la mémoire centrale, relèverait entièrement de l'esprit. Chez l'homme, tout n'est qu'une réinterprétation, et elle est si bien câblée, qu'on ne voit presque pas la mémoire. « Il n'y a pas de données, mais seulement des conduites » - Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | On hurle à la mort du réel, étouffé par l'avancée des abstractions numériques. Mais la faute en est à vos abstractions analogiques, qui sont plus pâles que les nombres. Nombres incarnés, qui sont le réel. C'est le réel qui triomphe, aujourd'hui, plus que jamais, mais les vieillards, ne s'y reconnaissant plus, le prennent pour abstractions. D'ailleurs, le contraire du réel n'est ni abstrait ni virtuel, mais le musical, dédié au rêve. L'abstrait sans rêve ne fait que conforter le réel. | | | | |
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| intelligence | | | Les faits sont des attributs des objets virtuels et non pas des phénomènes réels. Tout fait résulte de liens, syntaxiques ou sémantiques, dont est dépourvu le monde et qui constituent l'ossature du modèle conceptuel du monde. Les choses, elles, remplissent tout ce qui est inorganisé, et en particulier la réalité. On vient à l'existence topique par une substance (un fait imputable à un lien syntaxique instancié) ; Maître Eckhart refuse, à tort, l'être aux liens : « L'amour, contrairement à la connaissance, unit dans l'action, non dans l'être » - « Im Gegensatz zum Wissen, vereint die Liebe im Wirken, nicht im Sein ». | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion des logiciens analytiques est instructive pour écrire, dans un langage informatique, des grammaires exécutables. En revanche, je ne vois pour elle aucune place dans la réflexion philosophique. | | | | |
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| intelligence | | | Nos pensées ont trois sources : la scientifique (les représentations), l'empirique (les réflexes appris ou innés), la poétique (le langage). La pensée est d'autant plus pure, qu'une seule source la détermine. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée accomplie est surtout spatiale, même si l'interprétation de son enveloppe langagière est plutôt temporelle. Donc, la former en décrivant les choses (leur existence dans le temps) est plus bête que la créer en interrogeant ma conscience (où réside déjà l'essence des choses, au sein d'une représentation spatiale). C'est la qualité des requêtes qui détermine le rang de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d'intelligence : représentative (conceptuelle), constructive (technique), interprétative (stratégique). Elles se doublent d'une épreuve langagière : le méta-langage des concepts, l'accès et la maîtrise de bons outils, la faculté de changer de langage. Ce sont des épistémologues, des experts et des décideurs. | | | | |
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| intelligence | | | On peut ne pas jeter ces étiquettes - Éternité, Être, Réalité - à condition de savoir n'en faire que des axes, qu'on orienterait à sa guise pour y dessiner des figures plus charnelles et nobles. | | | | |
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| intelligence | | | Même si la majorité de nos modèles (représentations) sont de libres créations de notre imagination, les modèles centraux (physiques, chimiques, biologiques) nous sont dictés immédiatement par la réalité. Et donc Platon est plus près de la vérité que Wittgenstein, pour qui il n'y a pas de modèles (Sachverhalte) dans le monde, qui ne serait que « tout ce qui est instance » - « die Welt ist alles was der Fall ist ». | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit philosophique est dans l'art des contraintes : sélectionner les sujets dignes d'approfondissement et d'y poser de bonnes questions ; le non-philosophe nage dans des questions secondaires. Le mathématicien ignore l'essence des concepts mathématiques, le malheureux est médiocre dans la peinture de sa souffrance, l'artiste se perd dans l'origine du beau et le saint ignore la source du bien. Malheureusement, au lieu de se concentrer sur la formulation des questions universelles, le philosophe professionnel nous ennuie avec ses réponses préfabriquées, destinées à un clan de jargonautes. | | | | |
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| intelligence | | | La métaphysique, c'est de la méta-représentation qui définit ce que sont une catégorie, une classe, une relation, un scénario, un attribut, une valeur. Elle est, curieusement, réflexive : ses règles s'appliquent à elle-même. | | | | |
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| intelligence | | | Je n'aime pas l'étrangeté de l'interrogation, j'aime l'étrangeté des liens interrogés. | | | | |
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| intelligence | | | Cosmos et phusis, l'ordre représentatif de l'être et le désordre interprétatif du devenir, Apollon et Dionysos, le passage de la Création divine à la création humaine, la caresse devenant verbe, la vie tournant à l'art. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la triade réalité - représentation – langage, les philosophes stoïciens et analytiques veulent occulter la représentation ; en plus, les premiers ne comprennent pas le langage et les seconds négligent la réalité ; ils restent en compagnie d'une réalité indifférente ou d'un langage désincarné. Tu ne seras ni scientifique ni philosophe ni poète, si tu cherches à « ne pas te laisser subjuguer par la représentation » - Épictète. | | | | |
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| intelligence | | | Toute phrase peut être interprétée soit comme une requête (de l'être) soit comme une assertion (du devenir) – avènement ou événement, pensée en continu ou pensée de rupture. La science est dans le premier mouvement, et l'art – dans le second. « L'art suprême de la représentation ramène toute pensée au devenir » - Nietzsche - « Die vollendete Kunst der Darstellung weist alles Denken an das Werden ab ». | | | | |
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| intelligence | | | La plus grande merveille de notre esprit est qu'il trouve les mêmes supports de ses idéalités, en se fiant soit à la réalité soit à l'abstraction. Et les plus belles intuitions abstraites trouvent - comme par enchantement - des interprétations empiriques plausibles. | | | | |
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| intelligence | | | Au sens aristotélicien du mot, une substance (première ou seconde) est un méta-concept de la représentation et nullement de la réalité ; donc, les fastidieux débats, pour savoir si quelque chose (sujet, conscience, espèce) est une substance ou non, sont totalement sots, puisque tout ce qui est représenté l'est et tout ce qui est réel ne l'est pas, par définition. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, associée à un sujet, offre trois facettes : la descriptive, la structurelle, la comportementale - l'essence ; l'interprétation, elle aussi associée à un sujet, se fait toujours dans le contexte des deux premières, avec les moyens de la troisième et avec les interprètes langagiers (syntaxique, sémantique, pragmatique) et logiques (déductions et gestions d'événements) – l'existence. On devine qui précède qui. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation fixe la valeur, et la (méta-)interprétation (la validation) formule une valeur de cette valeur. Aucune théorisation de cette validation n'est possible, ce qui justifie le rôle qu'y jouent souvent la noblesse d'âme ou la caresse d'esprit, plutôt qu'une obscure adéquation quelconque avec la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit représente la marche de mon soi connu ; l'âme interprète la danse de mon soi inconnu. L'esprit est en contact permanent avec le monde ; l'âme ne quitte jamais ma propre conscience, façonnée par l'esprit et résumant l'essence du monde. L'interprétation est le dernier chaînon dans mes échanges avec l'essentiel (où la danse et le chant dominent) ; donc l'intentionnalité ou le souci, que d'autres placent près des choses, ne devraient pas quitter mon âme. Dans le secondaire, même l'esprit est inutile, le réflexe ou l'inertie suffisent. La phénoménologie de l'esprit ne s'occupe que du secondaire. La nature de l'esprit devrait céder à la culture de l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | La causalité ne faisait pas partie des connaissances aprioriques ; chacun la modélisait d'après les bornes de son intellect et du savoir du siècle ; mais dans ses supports - matières, outils, opérations, acteurs - le consensus, dû à la science et à la robotisation des acteurs, est proche, où, au lieu d'être une relation sémantique complexe, la causalité relèvera de la banale syntaxe. | | | | |
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| intelligence | | | Pour Nietzsche, l'Être est une interprétation (métaphysique, donc méprisable), pour Heidegger – une représentation (ontologique, donc vénérable), pour moi - une réalité (prosaïque, mais incontournable, pour valider nos représentations et donner un sens à nos interprétations). | | | | |
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| intelligence | | | Dans la querelle des Universaux, entre la réalité, la représentation et le langage, il manquent deux éléments : l'interprétation linguo-logique des propositions à démontrer (vers la vérité) et l'interprétation intuitivo-réelle des propositions démontrées (vers le sens). | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, toute entité relève, d'une manière non-exclusive, de ces trois méta-concepts – objet, attribut, valeur. Mais l'entité peut être traitée en tant qu'objet dans une requête, en tant qu'attribut – dans une autre, en tant que valeur – dans une troisième. Et c'est le libre arbitre du concepteur qui distribue ces rôles tangibles et presque jamais nécessaires ; la réalité les ignore. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'est-ce qu'un objet ? - son nom, ses classes, ses relations, ses attributs. Mais ce sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (que Platon et Spinoza m'excusent…), et elles sont les seuls points de repère permettant de référencer les objets. Dans la réalité, ainsi, il n'y a ni objets ni vérités, puisque celles-ci résultent des propositions portant sur les objets. La réalité réapparaît dans les significations qu'on tire de la proposition interprétée, mais elles naissent d'un processus non-formalisable, intuitif, non-langagier – l'intelligence pragmatique, le dernier chaînon de l'analyse syntaxico-sémantique. | | | | |
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| intelligence | | | Le senti se rapporte à la réalité, mais le dit s'interprète exclusivement dans une représentation ; on ne peut strictement rien dire sur la réalité, ni sur les agglomérats d'atomes (minéraux, végétaux, animaux) ni sur les propriétés d'esprit (beauté, douleur, sens). Ce sont des choses en soi : « La chose en soi n'a que l'être » - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ontologique inspire la représentation (la finalité statique), le monde phénoménologique justifie l’interprétation (les moyens dynamiques), le monde axiologique forme les contraintes : les objets ou relations à privilégier ou à exclure, la hauteur minimale des regards ou des mots. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les passages cognitifs : chose – concept (engagé) – mot – proposition – vérité – concepts (dégagés) – sens, toutes les étapes intérieures ne sont que transitoires, pourtant toute la rigueur s'y trouve, contrairement au premier (libre arbitre de la représentation) et le dernier (liberté de l'interprétation), et c'est bien dans ces deux-là que réside la plus subtile de nos intelligences. | | | | |
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| intelligence | | | Les étapes de la vision de la chose dans une représentation : on l'attache à des concepts-classes (structures syntaxiques), aux attributs (aspect descriptif), à des concepts-relations (structures sémantiques), à des concepts-fonctions (structures pragmatiques), à des scénarios comportementaux (aspect déductif). Plus loin on va, plus profond on est. | | | | |
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| intelligence | | | Trois perceptions du temps : l'immensité de la nuit du passé à interpréter, la fugacité du présent à exprimer, l'éternité crépusculaire de l'avenir à représenter – la même perplexité et incompréhension dans ces trois regards différents sur ce mystère. Facile dans le concret, énigmatique dans l'abstrait. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard est une représentation, invitant des pensées à naître. L'intuition est son contraire, elle est toujours une pensée, se passant de toute représentation. On la confirme ou l'infirme en construisant des représentations manquantes. Les balivernes des sots ou les illuminations des sages passent par ce stade de notre conscience. Une curiosité très amusante : je traduis la définition kantienne - : « Diejenige Vorstellung, die vor allem Denken gegeben sein kann, heißt Anschauung » - par « Une représentation, qui peut être là, avant toute pensée, s'appelle regard », tandis que tout Français lit dans la traduction officielle : « Une représentation, qui peut être donnée avant toute pensée, s'appelle intuition » ! | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle : 1. bâtir une représentation (structures conceptuelles rigoureuses) d'un domaine réel (physique ou abstrait), 2. s'appuyer sur une logique formelle, pour interroger ou exploiter cette représentation, 3. au cours d'un dialogue (de préférence, en langage naturel), savoir répondre aux questions - Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi, Comment – à la manière humaine. | | | | |
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| intelligence | | | L’être et le devenir logent dans la réalité ; pour les penser, on dispose de deux paradigmes cognitifs, la représentation et l’interprétation, et d’un outil de communication, le langage. Le penser n’est pas moins présent dans le devenir que dans l’être ; c’est pourquoi Parménide a tort, en proclamant l’identité de l’être et du penser. | | | | |
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| intelligence | | | Une idée, c'est l'évocation des choses par leurs images. Mais pour Platon, elle n'est qu'image ; pour Aristote, elle n'est que chose ; et pour Descartes, elle est image de la chose (« les images des choses sont les seules à qui convient le nom d'idée » - « rerum imagines, quibus solis conventi ideae nomen ») - les ondes, les capteurs, les empreintes. Je réserverais ce nom aux cas, où les choses sont profondes et les images – hautes, ce qui munirait ces images des choses – de la noblesse ou de la musique. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire. | | | | |
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| intelligence | | | Dire je sais que je sais est faire preuve de l'intelligence, si l'on comprend, que le savoir interne touche à la réalité et le savoir externe - au modèle. Et puisque savoir rebâtir son modèle à partir du point zéro est un don de sage, le je sais que je ne sais rien socratique dit la même chose ! Toutefois, plus précis serait : je ne sais plus que je sais. L'exact contraire de cette sobre sagesse serait cette bête ivresse : je ne crois en rien, ce qui équivaudrait : je sais tout, puisque notre maîtrise des connaissances n'a que deux valeurs possibles – savoir ou croire. Plus on connaît, moins on sait. | | | | |
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| intelligence | | | Les adeptes du tournant linguistique (les soi-disant philosophes analytiques) croient, que tout savoir résulte de l'analyse du langage. Or tout savoir se résume dans les deux seules tâches : la représentation (où le langage est quasi absent) et l'interprétation (où le langage disparaît dès la traduction des énoncés en propositions ; le reste appartient à la logique ou au bon sens : la démonstration, des substitutions puisées dans la représentation, la donation de sens). Jamais, depuis la nuit des temps, on n'entendit chez les sages une pareille aberration ; il fallut attendre les Américains. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est une tâche du libre arbitre, et l'interprétation – celle de la liberté. L'intuition est surgissement imprévu, non-routinier des hypothèses, réclamant une interprétation (preuve), mais Descartes l'associe à la représentation : « Par intuition j'entends une représentation, qui est le fait de l'intelligence pure ». Mais il est vrai, que la pureté individuelle accompagne plus souvent une représentation qu'une interprétation, celle-ci étant souvent une œuvre mécanique, commune, impure. | | | | |
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| intelligence | | | La merveille de l'intellect : il connaît absolument, c'est à dire sans aucun recours visible à une représentation. Et l'on ne sait pas si les connaissances câblées ou aprioriques font partie du savoir absolu. Aucune justification, et en particulier aucune démonstration, n'étant possibles sans une représentation, le savoir absolu reste opaque, inarticulable, mystérieux. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes, Spinoza, Hegel, Husserl : tout est réduit aux langages des problèmes et aux métaphores de leurs solutions. Le langage y est misérable, et les métaphores y sont inexpressives. Une tentative d'un cogito supérieur : il y a deux mystères indubitables – le moi (un corps et un esprit) et le monde (des corps et des esprits), et il y a un troisième – ma faculté de représenter et d'interpréter les deux premiers. La résignation de ne pas s'abaisser au niveau des problèmes distingue un philosophe. C'est pourquoi le cogito phénoménologique (pré-conceptuel, pré-logique, pré-langagier, visant l'accès aux objets et donc – relationnel et pas seulement subjectif) est tout de même supérieur au cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Tout n'est qu'interprétation - les phénoménologues, les langagiers, les hommes d'action ; tout n'est que représentation - les métaphysiciens, les conceptuels, les hommes du rêve. L'humain finit toujours par l'emporter sur le divin ; le premier est proclamé vainqueur par tous les votes, du multitudinaire à l'élitaire. En plus, ou par-delà, il y a des nihilistes, pour qui interprétation est donation de sens, vitalité ou intensité, dans lesquelles se traduit la volonté de puissance. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ne peut pas être pure ; elle se relativise par la langue, par la représentation sous-jacente, par l’interprétation partiale. Ne sont purs que nos meilleurs sentiments, les indicibles, gardant leur innocence même dans l’horreur ou le mystère. | | | | |
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| intelligence | | | L’immense majorité des genres et des espèces que nous manipulons (à part quelques constantes dans la matière) proviennent des représentations arbitraires, dictées, le plus souvent, par une langue, et ils ne peuvent donc prétendre à aucune universalité. Les seuls universaux divins, ce sont l’aiguillon du Bien, l’illumination du Beau, l’étincelle du Vrai. | | | | |
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| intelligence | | | Là où s’arrête l’expérience commence la métaphysique. L’expérience fait découvrir la réalité spatio-temporelle ; l’expérience dicte des représentations ; l’expérience forme le langage ; l’expérience compose la société humaine. La métaphysique se réduit à nos trois soucis divins : au Bien, au Beau, au Vrai ; ce qui les résume le mieux, c’est le rêve. La métaphysique aurait dû ne se consacrer qu’à la nature du rêve et oublier les croyances. | | | | |
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| intelligence | | | D’après leur fond et leurs origines, les connaissances sont soit syntaxiques soit sémantiques. Les réseaux, ou leurs structures d’accueil, sont, en partie, communes, mais les premières résultent des intuitions innées (aprioriques) et des réflexions abstraites, tandis que les secondes s’acquièrent par l’expérience, par la découverte de nouveaux scénarios, personnalisant des acteurs, formalisant des actions et introduisant des causalités. | | | | |
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| intelligence | | | Ma liberté éthique se montre dans mes écarts de la Loi commune ; ma liberté intellectuelle ou esthétique consiste à tenir à la Loi que mes représentations induisent : « Veille bien à tes représentations, car ce que tu as à conserver, c’est la liberté » - Épictète. | | | | |
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| intelligence | | | De l’objectivité de l’être et de l’action, surgit la subjectivité de l’essence et de l’existence, et c’est notre regard créateur qui, à partir de la première, génère des représentations, et, à partir de la seconde, forme des interprétations ; l’intelligence et la noblesse y sont des vecteurs, et le talent – le maître. Quatre étages de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Pour constater l’existence des autres, j’ai besoin d’une représentation ; pour ma propre existence, une interprétation, pré-conceptuelle et pré-langagière, suffit. Et c’est l’origine même du cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Ce, qu’une bonne logique devrait savoir gérer :
- la cohérence des faits courants
- la prise en compte des événements qui brisent la monotonie logique
- la présence simultanée de plusieurs sujets (avec leurs croyances)
- les représentations hypothétiques incompatibles.
À ma connaissance, personne ne sait le faire rigoureusement. C’est, pourtant, l’avenir de l’Intelligence Artificielle. | | | | |
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| intelligence | | | Nous manipulons deux sortes de représentations : des conceptuelles et des pragmatiques. Les premières comprennent des modèles (concepts, classes, relations abstraites) et des instances (éléments, relations entre éléments) ; ces représentations engendrent le langage, qui se projette sur elles. Les secondes tendent à être isomorphes à la réalité et ne contiennent que des instances (projections des objets pseudo-réels) ; ces représentations servent à donner un sens aux propositions, vraies ou fausses, interprétées dans le contexte des premières représentations. On oublie trop souvent, que non seulement la réalité ne contient pas de modèles, elle ne contient pas d’instances non plus. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la métaphore, la représentation domine l’interprétation et le beau y précède le vrai ; dans le symbole, c’est l’inverse. La voix du talent et l’écoute du Bien auréolent la poésie et la science - de fantaisie et de conscience. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme de sens s’emploie dans deux contextes très différents : le sens que la représentation associe, logiquement, à une référence langagière (on oublie la réalité), ou le sens que la réalité dicte à une vérité représentationnelle (on oublie le langage). Le premier est rigoureux et le second – intuitif. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Le réel et la représentation (dans le jargon, la chose en soi et son noumène), le fond (presque) éternel et la forme provisoire, la seconde résumant l’état courant du savoir du premier, - on est dans l’être spatial ; cet état évolue, suite aux phénomènes, ces manifestations du réel, provoquant des adaptations de la représentation, - on est dans le devenir temporel. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, l’existence résulte de l’une des deux opérations : la définition (d’un nouveau concept) et l’instanciation (d’un concept existant) ; les deux se réduisent à un attachement – à un méta-concept ou à un concept – et à une attribution (structurelle, descriptive, comportementale), qui est aussi une forme d’attachement. Toute connaissance est de l’attachement, comme toute liberté est du détachement. | | | | |
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| intelligence | | | Trois raseurs partent de l'être pour lui opposer l'essence, le temps ou le néant (l'identité avec le bien de Platon ou avec l'intelligence de Plotin fut moins ridicule). L'être est peut-être le règne des représentations, l'essence - le problème des symptômes, le temps - la solution des signes, le néant - le mystère des images. | | | | |
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| intelligence | | | Les représentations se câblent (leur accès devient implicite, machinal), la formation d’ensembles de conflit (la présélection de bonnes règles, la première interprétation) s’effectue par l’intelligence synthétique aussi implicitement, tandis que l’interprétation finale (le déclenchement de règles, la réinterprétation) est affaire de l’intelligence analytique explicite. Cette démarche est propre aussi bien de l’intelligence humaine que de l’artificielle. L’inévidence des deux premiers aspects (qui jouent le rôle de contraintes) explique l’erreur de ceux qui veulent tout réduire aux (ré)interprétations, au détriment des représentations. | | | | |
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| intelligence | | | Nos sens constatent l’existence des choses réelles, notre esprit définit les conditions de l’existence des choses représentées. L’esprit cherche à en dégager l’essence, qui est un méta-concept, réservé à la représentation. Dans la représentation, l’existence suppose une vérification réussie par l’essence conceptualisée. Dans la réalité, seule l’existence des instances (premières substances) a un sens ; dans la représentation, existent les deux substances, la seconde (des classes) et la première (des éléments). Tout le charabia philosophique autour de ce thème est dû à l’indistinction entre le réel et le représenté. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles. | | | | |
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| intelligence | | | L’essence appartient à la représentation (structures arbitraires : catégories, classes, relations) comme l’existence – à l’interprétation (logiques universelles). Dans les deux cas, il est possible d’ériger, par-dessus, un système, mais on a plus de chances de prouver son originalité en représentation qu’en interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée – évocation, par un sujet, de relations d’objets dans un langage de mots ou de gestes. Elle peut être émise, perçue, interprétée, munie de sens – par un sujet. La réalité en est le départ et l’arrivée, mais seule la représentation la rend opératoire. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde (celui de l’homme, celui que les Allemands appellent Dasein), ce monde est la représentation et l’interprétation. La volonté schopenhauerienne correspond à la représentation du sujet (et de son savoir) en tant que faisceau de modalités – vouloir, pouvoir, devoir – et doit être incorporée à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre. | | | | |
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| intelligence | | | Le discours (requête, idée, pensée articulées) a deux composants successifs : l'expression (parcours de chemins d'accès langagiers aux objets et relations d'une représentation) et le sens (le réseau conceptuel, post-langagier, construit à partir de cette représentation). La hauteur du parcours et la profondeur du réseau résument les parts du beau et du vrai, de l'art et de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes de connaissances acquises : spécifier l'objet à mesurer, donner l'unité de mesure, définir la procédure de mesurage. | | | | |
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| intelligence | | | Au sujet de la connaissance (d'un domaine du réel), trois banalités, bien connues depuis 2500 ans : aucune représentation ne peut être parfaite, le même domaine admet au moins autant de représentations qu'il y de sujets, une représentation est (in)validée sous le feu croisé d'expériences sur le réel ou de requêtes de la représentation elle-même. Oublier l'être, c'est oublier le réel, c'est à dire oublier soit l'expérience soit les requêtes. | | | | |
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| intelligence | | | L’origine de ces deux bêtises : la pensée engendre le réel (Hegel) ou la pensée n’est qu’un reflet du réel (K.Marx) est la même – l’oubli de la représentation. La pensée ne se formule que par-dessus une représentation ; la réalité ne se reflète que dans une représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les yeux parcourent le réel, le regard s’arrête sur la représentation. Toute bonne tête, qu’elle soit scientifique ou artistique, commence par le regard. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect. | | | | |
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| intelligence | | | L’infini pénétra en mathématique presque au même moment qu’il quitta la philosophie, ce qui libéra celle-ci de tant de faux géomètres. De même, les élégantes structures algébriques ridiculisèrent l’ontologie. De deux seuls sujets d’une philosophie non-charlatanesque, consolation et langage, le premier attend ses algébristes d’interprétations et le second – ses analytiques de représentation. La partie est loin d’être gagnée. | | | | |
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| intelligence | | | Je vois trois clans adversaires de la philosophie : le robot et le mouton (la raison ou l’imitation s’opposent à l’âme et à la personnalité du philosophe), les linguistes (qui observent la langue de l’intérieur de sa grammaire, tandis que le philosophe y voit une couche instrumentale au-dessus des représentations), la religion (avec ses promesses, placées dans le réel, tandis que la consolation philosophique provient du rêve). | | | | |
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| intelligence | | | À part quelques nuances, provenant des constantes physiques universelles, l’espace-temps ne dépend pratiquement pas de représentations particulières, tandis que la causalité ne repose que sur celles-ci. Dans le domaine spatio-temporel, scientifique, la philosophie ne peut être que charlatanesque, et dans le domaine causal – que primitive, puisqu’elle ignore ce qu’est la représentation cognitive. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique et l'Intelligence Artificielle : une application informatique, ce sont des procédures et des données, et son exploitation consiste à lancer des procédures ; une application d'IA, ce sont des connaissances associées aux concepts (sujets et objets), et son exploitation est un dialogue entre la machine et l'homme, où la machine interprète les questions dans cet ordre : de quel type de question s'agit-il ? de quel type d'interprète aurais-je besoin ? quels sujets y sont impliqués ? comment accéder aux objets de la requête logique associée ? quel sens donner aux substitutions trouvées dans des représentations sollicitées ? | | | | |
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| intelligence | | | Les charlatans du tournant linguistique (y compris Wittgenstein) et les bavards phénoménologiques (y compris Heidegger) méprisent la représentation, la réduisant à la vulgaire technique. Ils ne comprennent pas, que tout souci de l’être et tout langage sont impensables hors d’une représentation, et que le péquenaud ou le savant y font autant appel, seules la profondeur et la rigueur les distinguent. L’ontologie n’est qu’une partie modeste de la représentation, et le langage n’est qu’une grammaire créée par-dessus une représentation. La vraie porteuse du sens et le vrai garant de l’interprétation est la représentation. Schopenhauer fut plus intelligent. | | | | |
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| intelligence | | | Pour décrire le monde, on doit partir du réel, mais pour le comprendre, il faut faire le tour du possible, qui devrait, naïvement, être plus riche. Le possible, comme le réel, n'est intelligible qu'à partir d'un modèle. Mais le possible n'en est qu'une des projections, tandis que le réel en est la clôture. Tout modèle est plus pauvre que le réel, mais il est le seul outil de compréhension. Le réel est grandiose, car il est habité ou hanté par tant de choses impossibles et inexistantes, et que refuse, rationnellement et bêtement, le possible ! | | | | |
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| intelligence | | | On gagne en profondeur et en intelligence, quand sa pensée est déjà un réflexe et non plus une réflexion. | | | | |
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| intelligence | | | Le médiocre cherche le complexe, l'énumération de parties constantes et grossières d'un tout. Le profond oppose le multiplexe (Leibniz) du réel à la pauvreté de l'imaginaire. Le subtil trouve l'implexe (Valéry), un modèle s'ouvrant à l'unification par substitutions de variables délicates. Le fou se déverse dans l'explexe (Rimbaud), où tout n'est qu'opérandes symboliques sans structure d'arbre unificateur. Le robot optimise le simplexe. Ce que je prône, moi, pourrait s'appeler exciplexe - recherche d'une stabilité dans l'excitation. | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde n'est qu'esprits et atomes, et non pas volonté et représentation ; c'est la philosophie qui est soit cantate de la volonté (et donc nous dégageant, comme une religion, des griffes de la mort), soit symphonie, langagière ou matérielle, artistique ou scientifique, autour de la représentation (nous élevant au-dessus de tout bruit partiel de la vie). | | | | |
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| intelligence | | | Le présent, c’est un jeu des forces, qui se projettent sur un futur hypothétique. Mais qu’est le passé, qu’aucun dynamisme intellectuel ne peut plus modifier ? - une énigme encore plus déconcertante que celle du temps en général… « Le passé n’est que le lieu des formes sans forces »** - Valéry cette définition, même si elle est trop anthropologique, définit bien par qui le passé est habité – par des formes n’étant que des représentations intouchables des objets disparus - des formes n’étant que des représentations de la seule réalité, des objets disparus. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme d’objet aurait dû être réservé à la représentation (et être exclu de la réalité), où cet objet s’inscrit dans des structures syntaxiques et sémantiques, possède des attributs et propriétés, son cycle de vie étant gouverné par des règles et par son essence. Mais cet objet doit correspondre à un conglomérat d’atomes ou à une image (existante ou pas) dans la réalité humaine (das Dasein), et ce qu’on pourrait nommer chose en soi. Sans cette notion, il serait difficile de rendre compte du fait, qu’aucun objet ne puisse être équivalent (adéquat) à la chose. Mais on ne connaît la chose que représentée en objet. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est la fonction centrale de l’esprit et de l’âme : la représentation objective de la Création divine par celui-là, et la représentation subjective de notre création humaine par celle-ci. Et la vie est la palpitation devant l’être de la première et l’enthousiasme dans le devenir de la seconde. Quand on assez doué, pour munir ce devenir de l’intensité de l’être, on peut dire avec Nietzsche : « L‘Être – la seule représentation que nous en avons est vivre » - « Das Sein – wir haben keine andere Vorstellung davon als leben ». | | | | |
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| intelligence | | | J’ai une conscience, ce qui témoigne de l’existence de l’esprit ; mes sens me convainquent de l’existence de la matière. Ces deux seules existences sont placées dans l’espace-temps ; elles ne se prouvent pas, elles s’enregistrent. Tout le reste : Dieu, astres, lumière, vitesse, oreille, route, beauté, village, force, vérité, montagne, amour, langue ne peuvent exister ou ne pas exister que dans le modèle correspondant, que mon esprit (re)construit. Ces existences sont soumises aux preuves, mais non pas dans l’absolu, mais dans le cadre des représentations particulières. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réflexion de Valéry, on trouve toutes les étapes de manifestation de la conscience (qu'il appelle états mentaux) : l'excitation, le désir, la volonté, le langage, la représentation, les formules logiques, les substitutions, la vérité, le sens – une admirable profondeur ! À comparer avec la vaste platitude des consciences cartésienne, hégélienne, husserlienne, où brillent par leur absence et le langage et la représentation et l'interprétation, où règnent le bavardage ou la banalité. | | | | |
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| intelligence | | | Les représentations n’arriveront jamais à rendre la totalité de l’être, c’est-à-dire de la réalité ; l’être gardera donc toujours des secrets inaccessibles, irreflétables, inarticulables. Tandis que le devenir, c’est-à-dire la création, peut s’attaquer soit à l’énigme à résoudre soit au mystère à chanter. | | | | |
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| intelligence | | | Je refuse de gaspiller le beau terme d’Universaux pour l’attacher aux vétilles telles que blancheur. Je le réserve à la triade divine – le Bien, le Beau, le Vrai, qui touche tout homme, mais doit servir de base pour une bonne philosophie, s’articulant autour de la consolation et du langage. La noblesse, dans l’élaboration de consolations, découle de l’axe, allant d’une mélancolie à la tragédie et créé par la fatalité du Bien, de plus en plus inaccessible, et du Beau, dont le vertige faiblit. L’intelligence du regard sur le Vrai est déterminée par le rôle qu’on y accorde au langage en tant qu’intermédiaire logique entre la réalité et la représentation. Cette philosophie est donc rencontre d’une noblesse et d’une intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Tout indice de mon état, de mes attitudes, de mes sentiments relève du penser. Mes gestes, mon visage, mes yeux livrent, tout le temps, ce genre d’indices – la pensée sans les mots est donc possible. Mais aucune pensée ne peut se passer d’une représentation conceptuelle (commune à tout langage qui s’y greffe) et d’une interprétation (soit de propositions langagières soit d’expressions corporelles). Toute civilisation forme des interprètes de nos joies, peines, jugements, intentions, exprimés par notre mimique. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la logorrhée phénoménologique, vide de fond et insipide de forme, sur l’homme, l’être et la vérité, peut être exprimée dans un sobre vocabulaire d’Intelligence Artificielle, faisant part à la réalité, à la représentation et au langage. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toute représentation respectable, il y a de la place pour une profondeur du réel et une hauteur du rêve ; les beaux tropes, comme les grandes théories, naissent dans des représentations et non pas dans le langage. Ceux qui nagent dans les concepts et ne voient que les mots ou les choses sont condamnés au verbiage ; toute la philosophie académique y est. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Aucune théorie (représentation) ne peut couvrir la totalité d’un domaine de la réalité (de sa matière et de ses esprits, bref – de l’Être) ; toute pensée se formule dans le contexte d’une représentation (explicite ou implicite) ; donc, la pensée ne peut jamais coïncider avec l’Être (Parménide ou Hegel), elle n’en est qu’un microscopique et approximatif reflet. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tous les domaines scientifiques ou artistiques, on structure leurs objets par les mêmes paradigmes cognitifs (employés par l’Intelligence Artificielle) et nullement linguistiques. Les structures langagières n’ont rien à voir avec les structures conceptuelles ; les structuralistes qui partent de celles-là, sans se rendre compte de la primauté de celles-ci, sont des charlatans. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances synthétiques, arbitraires, constituent la représentation et créent des vérités nouvelles ; les connaissances analytiques, nécessaires et tautologiques, résultent de l’interprétation. La maïeutique et l’herméneutique. | | | | |
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| intelligence | | | Oublier l’Être signifierait qu’il existe un savoir qu’on néglige au profit d’un autre (celui des étants). Mais tout notre savoir découle des représentations ; or, les facettes de l’Être, restant inaccessibles, sont hors toute représentation, c’est-à-dire hors tout savoir, - un cercle vicieux. | | | | |
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| intelligence | | | Le raisonnement n’est élégant et conclusif qu’en mathématique ; dans toutes les sciences, y compris en mathématique, la profondeur des connaissances et la hauteur de l’intelligence sont atteintes surtout par la qualité des représentations. Ne portent aux nues le raisonnement que les charlatans philosophaux, s’inspirant du rustique Socrate. | | | | |
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| intelligence | | | Aucune notion philosophique n’atteint le stade de concept ; elles sont, toutes, des platitudes du commun, des fantômes du bavard, des métaphores du poète. | | | | |
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| intelligence | | | Exister dans la réalité ou dans la représentation : avoir franchi l’épreuve de l’essence ; celle-ci est spécifiée, pour la réalité - par le Créateur, et pour la représentation – par l’homme-concepteur. L’avènement de l’existence est précédé par la spécification de l’essence. | | | | |
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| intelligence | | | En épistémologie, il y a deux courants – le scientifique et le philosophique. Le second sert à nourrir des bavardages infinis autour des descriptions et des notions ; le premier se focalise sur les concepts. Tout scientifique dispose de bases de connaissances, organisées autour des concepts ; un concept est défini par les structures, dans lesquelles il s’inscrit, par des liens, des attributs, des propriétés, des valeurs, des règles déductives ou comportementales. Connaître une chose, c’est la représenter en tant que concept. | | | | |
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| intelligence | | | Pour échapper au blocage du trilemme d’Agrippa (ou de Münchhausen), on dispose, en Intelligence Artificielle, d’un méta-niveau conceptuel, où sont (pré-)modélisés les méta-concepts (de la future base de connaissances), garantissant la non-contradiction des connaissances à modéliser. Il y a donc deux types de justification des propositions vraies (y compris des faits) : la validation par le méta-niveau et la démonstration par les connaissances modélisées. | | | | |
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| intelligence | | | De l’usage de l’Intelligence Artificielle : on ne peut pas empêcher un polisson de déclarer, dans sa représentation fantaisiste, que l’homme est immortel (attribut booléen à valeur unique), mais alors le méta-niveau interdira d’affirmer que Socrate est mortel (Socrate étant un homme). | | | | |
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| intelligence | | | L’être se rapporte à la réalité, l’essence – à la représentation, l’existence – aux deux. En modélisant l’être, dans l’essence, on déclare (la possibilité) des relations abstraites entre objets abstraits (même en absence de tout objet concret) ; dans l’existence (ontique ou ontologique), ces relations s’établissent entre objets concrets. Ces banalités cognitives suffisent, pour rendre toute phénoménologie – inepte. L’essence précède l’existence. | | | | |
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| intelligence | | | Parmi les liens sémantiques, les plus vagues et protéiformes, plutôt pragmatiques que sémantiques, sont la causalité et la composition ; pourtant, ce sont ces vétilles que choisit Spinoza, pour définir l’essence de la Substance - ridicule ! Et Kant, en voyant dans la causalité une relation a priori, n’est guère plus brillant. | | | | |
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| intelligence | | | Les linguistes ne comprennent rien en cognitique et voient mal la place de la logique au sein du langage ; les logiciens ne comprennent rien dans la place du langage au sein d’une représentation ; les cogniticiens, les mieux placés de tous, restent blancs-becs en linguistique et en logique ; il faut un généraliste, fusion de ces trois métiers plus une vaste culture générale ; au bout – l’apothéose de l’Intelligence Artificielle. | | | | |
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| intelligence | | | L’apport principal à l’Intelligence Artificielle provient de la philosophie et non pas de la logique, de l’informatique ou de la neuroscience. À son tour, l’IA apporta, ou rendit, à la philosophie l’importance de la représentation conceptuelle dans le savoir et dans le langage, que les logiciens, y compris Russell et G.Frege, oublièrent ou réduisirent aux humeurs, images fugitives, sensations. | | | | |
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| intelligence | | | L’étonnante, profonde et précise prémonition de Heidegger, jugeant bien l’avenir de l’Intelligence Artificielle : « Une science nouvelle, unifiant toutes les sciences, s’appelle Intelligence Artificielle. Elle ne se trouve qu’au commencement d’éclaircissement de ses représentations directrices »*** - « Eine neue, alle Wissenschaften einigende Wissenschaft, heißt Kybernetik. Sie steht, was die Klärung irer Leitvorstellungen angeht, noch in ihren Anfängen ». | | | | |
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| intelligence | | | Pour les scientifiques, un concept est un ensemble d’opérations, ce qui en exclut la psychologie. Métaphoriquement parlant, il y a des opérations syntaxiques (création, affectation d’attributs, établissement de liens) et des opérations sémantiques (scénarios, avec des scènes, acteurs, rôles, ressources, outils, produits). Il manquent à ce tableau des aspects logiques et linguistiques, pour que le domaine correspondant puisse être traité par l’Intelligence Artificielle. | | | | |
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| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde sensible, essentiellement, est un produit direct de l’espèce, il est donc près d’une relative objectivité (un oxymore inévitable). Mais le monde intelligible, c’est-à-dire celui des représentations, est, fondamentalement, subjectif. La seule métaphysique profonde est celle de la subjectivité. Et qu’on laisse une plate psychologie s’occuper de l’objectivité. | | | | |
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| intelligence | | | Sortir du langage, se plonger dans la représentation recréée, se projeter sur la réalité magique – tel est le seul parcours profond, pour évaluer une haute pensée. Pour la pensée plate, le langage est de trop, la représentation – banale, et la réalité – commune. | | | | |
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| intelligence | | | Le penseur complet doit apprécier la représentation des concepts, voir la place du langage, comprendre la nature de l’interprète des propositions, oser la définition du sens de celles-ci. Je ne connais qu’un seul homme, ayant réussi cette gageure, c’est Valéry, qui n’est, pourtant, ni philosophe ni linguiste ni logicien ni cogniticien – une intuition diabolique ! | | | | |
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| intelligence | | | La forme, céleste, intellectuelle, de Platon, fécondée par le fond, terrestre, conceptuel, d'Aristote, enfanta du Logos, relation spirituelle, intermédiaire entre terre et ciel, esprit et matière, structure stoïcienne et chrétienne. | | | | |
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| intelligence | | | Le parcours intellectuel : des sensations vécues – aux images de la langue ; des images de la langue – aux figures de la représentation, des figures de la représentation – aux pensées ou à la musique du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un rêve, au sens physiologique, dans un rêve nocturne, on procède à la représentation d’un monde, ne ressemblant que vaguement au monde réel, au monde diurne. Toute interprétation en est aléatoire ; pourtant, c’est uniquement de l’interprétation de rêves que, sur des centaines de pages, discourent ses meilleurs spécialistes – Freud et Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | La notion de néant n'a d'intérêt que lorsqu'une requête infructueuse d'existence peut, sous d'autres conditions, aboutir à l'existence d'objets. Et ces nouvelles conditions de néantisation peuvent être dues à : un autre instant dans le temps, une adaptation du modèle (face à la réalité), une modification du langage (face au modèle). Le Néant général, qui ne serait pas lié à une requête donnée, est un concept creux et vide - l'idée même de néant est un néant d'idées. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître une chose (matérielle ou spirituelle), c’est d’en avoir bâti un modèle, une représentation. La raison qui ignore les raisons du cœur ou de l’esprit est paresseuse, indifférente ou bête. | | | | |
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| intelligence | | | Est philosophe celui qui est capable de munir de variables tout aspect de l’arbre de sa pensée ; il est égal à lui même, tout en pouvant s’unifier avec une pléthore de regards des autres, regards qui sont aussi des arbres. | | | | |
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| intelligence | | | Le problème ne vit que dans son langage, tandis que la solution consiste en substitutions, hors du langage, dans un modèle. On peut continuer à chanter une chanson même sans les oreilles, auxquelles elle fut destinée. | | | | |
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| intelligence | | | Le nombre est le seul concept objectif, c’est-à-dire pouvant se passer de représentations qui sont toujours subjectives. La seule pensée non-subjective est la pensée mathématique. Tous les autres concepts, qu’ils s’appellent extases ou connaissances, se réduisent aux nombres, à travers des représentations. | | | | |
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| intelligence | | | Les causes premières sont une banalité, découlant du libre arbitre de nos représentations ; capitales pour la science, elles ne présentent aucun intérêt pour la philosophie. Les causes dernières, remontant aux mystères de la matière et de la liberté du vivant, méritent une franche admiration ; inaccessibles à la science, elles devraient intriguer la philosophie. | | | | |
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| intelligence | | | J’essaye d’imaginer ce que n’importe quelle civilisation extra-terrestre aurait pu découvrir en biologie, physique ou chimie, et je n’y vois rien. Je réfléchis sur nos sens, et je n’y trouve rien d’absolument nécessaire. En revanche les concepts de nombre naturel, de ligne droite ou de cercle me paraissent être les seuls qu’on partagerait avec n’importe quel être vivant muni d’un esprit, même le plus rudimentaire. Les Américains visèrent trop haut, en envoyant dans le Cosmos des informations sur l’atome d’hydrogène ou sur le mécanisme de la reproduction humaine. | | | | |
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| intelligence | | | Comme dans toutes les sciences, la mathématique démarre par la représentation d’objets (classes) et de liens entre objets (dont des transformations). La réalité souffle au mathématicien le nombre naturel et l’addition comme points de départ de ses réflexions. Les étapes suivantes : on traite les opérations comme des objets, en en répertoriant des propriétés et en créant des opérations nouvelles ; on constate que celles-ci génèrent des objets différents des objets-sources ; la possession de mêmes propriétés engendre des classes d’opérations, applicables aux objets autres que les nombres ; on finit par manipuler, avec les mêmes rigueur et élégance, des objets n’admettant aucun parallèle avec la réalité. Des réseaux abstraits se substituent aux objets palpables, comme, semble-t-il, c’est le cas dans la physique quantique - les structures finissent par dominer les quantités. | | | | |
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| intelligence | | | En faisant abstraction des aspects anthropologiques (sujet, langue, intuition), les connaissances se résument en deux catégories atomiques : les triades (les monades et dyades s’y réduisent) et les scénarios (procédures, réflexes, méthodes). | | | | |
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| intelligence | | | Aristote et Kant eurent beau avertir les philosophes, que sans une bonne représentation tout discours ne peut être que du verbiage – Spinoza et Hegel tombèrent dans ce piège. Et tout effort interprétatif, sans une base conceptuelle, dégénère en bêtises irresponsables ; et c’est dans ce deuxième piège, qu’ils dégringolèrent. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité, il y a la matière (les choses, res extensa) et les esprits (res cogitans, la vie) ; dans la représentation, il n’y a que l’esprit, ou l’imagination : les objets et les relations ; dans le langage, il n’y a que des références de ce dernier esprit. | | | | |
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| intelligence | | | La tâche philosophique n'est pas d'interpréter ou, encore moins, de changer le monde, mais de le représenter, d'en réécrire une telle partition, que son interprétation musicale l'emporte sur son interprétation mécanique, et que la grandeur de l'immuable fasse ironiser sur la petitesse de tout changement. | | | | |
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| intelligence | | | En physique, on finit par chasser tout infini ; la vitesse de la lumière et la température de la matière en sont les victimes les plus célèbres, qui rendirent inaccessible et incompréhensible la belle image du Big-Bang. Et sans l’infini – pas d’origine, pas de commencement transcendant – le mur de M.Planck est infranchissable pour la raison. La mathématique reste la seule science à bien s’entendre avec un infini docile, mais ses commencements sont, contrairement à la physique, triviaux. L’art, qui est la maîtrise des commencements passionnants, est donc plus près de la physique que de la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour reprendre Schopenhauer, je dirais que l’art de représenter le rêve est plus précieux que l’artisanat de manifester sa volonté dans le réel. C’est pourquoi le suicide, résultant d’une forte volonté, est moins méritoire que la résignation de peindre sa faiblesse. | | | | |
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| intelligence | | | Techniquement, la philosophie (comme l’Intelligence Artificielle) s’articule autour des représentations et des logiques ; Kant et Aristote nous en fournirent des définitions acceptables. Mais ce sont des intelligences mécaniques, sans talent littéraire ; l’intelligence organique, écoutant ce qu’il y a de palpitant, de musical, de mystérieux, chez l’homme, on ne la trouve que chez Valéry. Ces trois-là sont les véritables pères de l’Intelligence Artificielle du futur. | | | | |
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| intelligence | | | L’introduction de variables dans notre discours, que je prône aussi bien pour l’intelligence que pour la poésie, a une importance, comparable à l’introduction de la variable cosmologique dans la théorie relativiste : un univers figé qui s’avère être en expansion permanente, pour s’étendre aux limites du concevable. Le poète et le philosophe, eux aussi, devraient penser davantage aux limites dynamiques qu’aux constats statiques. | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement le pitoyable flou autour de la bancale notion de causalité est confirmé par ses définitions arbitraires (fondées sur des représentations différentes d’une même réalité), mais l’existence même de la miraculeuse liberté du vivant enlève tout intérêt à ce sujet, pourtant central, de la philosophie académique. | | | | |
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| intelligence | | | La perception du réel débouche sur la conception de l’idéel (sauf en mathématique, où l’idéel précède le réel) ; les concepts se trouvent déjà du côté de la représentation, qui est le fond de tout savoir ; la représentation et la connaissance se trouvent, donc, dans le même camp. Mais tous les philosophes confondent la représentation avec la perception et la séparent du savoir. | | | | |
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| intelligence | | | Il fallut attendre la maturité de la cognitique, de l’Intelligence Artificielle, de la linguistique, pour qu’on cesse de voir dans la représentation un ramassis d’apparences et de sensations, et d’en faire une épistémologie appliquée rigoureuse, un support de tout langage, complétant la grammaire de celui-ci. | | | | |
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| intelligence | | | Le concept de vache n’est nullement moins abstrait que celui d’une algèbre de Lie. Et peu importe que la vision, le toucher et l’usage précédèrent le premier, et que le second soit un cas particulier d’une algèbre sur un corps, cas invisible, intouchable, inutilisable en dehors de la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | L’analyse et la synthèse son présentes dans toutes les entreprises de l’intelligence ; une dichotomie mieux discriminante distinguerait entre l’acquisition de connaissances (où la synthèse occupe le premier plan) et l’exploitation de connaissances (dominée par l’analyse). Leurs cheminements sont presque inverses : dans le premier cas – le regard (la personne), l’idée (la généralité), la représentation (la création) ; dans le second – la pensée (le désir), la représentation (l’appui), le regard (l'interprétation). | | | | |
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| intelligence | | | L’arbitraire intervient nécessairement dans toute représentation suffisamment riche ; les catégories philosophiques font partie des représentations et portent donc une dose d’arbitraire. Impossible de trouver deux représentations (deux sujets), ayant exactement les mêmes jeux de catégories. Aucune absolutisation n’en est donc possible. Ni Aristote ni Kant n’en ont l’exclusivité. | | | | |
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| intelligence | | | Il est facile de définir ce qu’est exister dans une représentation (ou langage), où le temps peut être occulté. Mais l’existence dans la réalité, avec sa dimension temporelle, est indéfinissable ; le mystère du temps, ce néant, dans lequel s’engouffre l’instant courant, reste entier. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation de l’avenir, comme toute interprétation du passé, sont empreintes d’un arbitraire insoluble, que ne sauvent ni les connaissances ni l’imagination. La vie et le rêve sont tributaires du présent : la vie en est traversée et le rêve le fuit, pour atteindre l’atemporel. | | | | |
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| intelligence | | | Dans son travail de synthèse, l’homme dispose de son libre arbitre, pour préparer les futurs accès aux objets représentés ; dans l’analyse, l’homme-interprète est esclave de la logique et d’une représentation, héritée ou bâclée ad hoc. Mais, dans les deux cas, l’accès reste une notion-clé. Et Cioran, bien que par hasard, dit une chose admirable : « Je ne pense que par accès »*** ! | | | | |
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| intelligence | | | L’objet (dont le sujet est un cas particulier) et la relation (unaire, binaire etc.) entre objets, avec leurs attributs et propriétés, sont les seuls concepts d’une représentation, cet unique support de tout savoir, et tous les deux sont impensables sans liens avec d’autres objets et relations. Donc, le fantomatique savoir absolu, opposé au savoir relatif, et avec son impossible indépendance, est impossible. L’Être, étant indéfinissable dans la réalité (où règne la chose en soi), ne peut loger, provisoirement, que dans la représentation, où il sera toujours relatif. | | | | |
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| intelligence | | | Toute question est un arbre, dont le contexte, c’est-à-dire la représentation et le but, ne te sont que vaguement signalés ; ta réponse est aussi un arbre, unifié avec l’arbre de question, mais dans le contexte de ta représentation. L’intelligence interprétative est dans l’art d’accéder aux domaines de valeurs des variables, contenues dans la question. | | | | |
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| intelligence | | | Deux verbes parasites – être et exister – excitent la curiosité stérile des apprentis-philosophes et leur font formuler des requêtes absurdes des objets fantomatiques. Je me suis suffisamment expliqué sur être, prenons exister. En oubliant la polysémie et l’usage métaphorique, en oubliant la réalité et le langage comme domaines d’existence à part la représentation, que signifie dans celle-ci la phrase blanc existe ? Wittgenstein se serait lancé dans ses innombrables Sprachspiele (jeux de langage), qui n’apporteraient rien de constructif. L'objet blanc est - 1. une classe (blancheur), dont des sous-classes seraient blanc foncé, blanc clair etc. 2. un élément de la classe couleur, 3. une valeur de l’attribut couleur, 4. un attribut, dont des valeurs seraient blanc foncé, blanc clair etc. | | | | |
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| intelligence | | | Spinoza cherche à cerner la consolation, et Wittgenstein – le langage. Deux tentatives ratées, puisque l’un ignore la place de la tragédie dans le rêve et l’autre – celle de la représentation dans le discours. | | | | |
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| intelligence | | | Étant donné un domaine représenté, penser veut dire y insérer des objets n’ayant pas encore de nom (les concepts nouveaux) et les munir de relations nouvelles (de métaphores). On voit qu’on peut s’y passer de langue. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a rien d’absolu dans les Idées platoniciennes. Même l’espace/temps, la matière, la vie, dans les représentations, portent, nécessairement, des traces des expériences individuelles. Aristote fut plus platonicien que Platon, en absolutisant ses catégories, où le libre arbitre est flagrant. La fichue préexistence des Idées n’est qu’une figure rhétorique qui ne s’appuie sur rien. En revanche, la préexistence des concepts (dans la représentation), pour ancrer le langage, leur échappa à tous les deux. | | | | |
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| intelligence | | | Pour résumer l’essence du monde, Schopenhauer a raison de mettre en avant la représentation, tandis que Nietzsche s’égare, en lui préférant l’interprétation. Et c’est la place, qu’ils accordaient au langage, qui explique la clairvoyance du premier et l’incompréhension du second. Le langage ne fait que s’attacher à une représentation existante, ce n’est pas l’inverse, ce n’est pas le mot (ni phonétique ni lexical) qui engendre le concept, comme le pense Nietzsche : « Le concept n’apparaît d'abord que par le son » - « Der Begriff ist am Laut erst entstanden ». | | | | |
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| intelligence | | | L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence s’éprouve dans les deux sphères – la représentation et l’interprétation. Dans les deux cas, on a à faire aux outils et aux usages d’outils. Les outils se valident par la logique ; c’est l’humanité entière qui en est porteuse ; les comprendre relève de l’intelligence commune, et leur usage (ou leur choix) - de l’intelligence individuelle, la seule où l’âme rejoint l’esprit. Dans la représentation, l’intelligence individuelle consiste à deviner les futures interrogations ; et dans l’interprétation – à reconstruire les commencements représentatifs. Elle consiste donc dans l’harmonie des passages d’une sphère à l’autre. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, dépourvue de la dimension temporelle, est ce que les professeurs appellent l’Être. « La position d’un pur présent, sans attache, même tangentiel, avec le temps est la merveille de la représentation » - Levinas - c’en est plutôt la lacune. L’introduction du temps fait de la représentation la demeure du Devenir ; l’Être serait l’état de cette représentation mouvante à un moment fixe. | | | | |
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| intelligence | | | L’immanence dit que l’harmonie du monde est dans la réalité même et non pas dans des représentations abstraites. Mais cette harmonie, en remontant aux causes ultimes, étant incompréhensible pour un esprit logique, on est amené à reconnaître l’identité concrète entre transcendance et immanence. | | | | |
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| intelligence | | | Tous sont d’accord que personne ne peut philosopher sans avoir réfléchi sur le langage. Mais je ne connais aucun philosophe qui aurait compris les rapports entre le langage et la représentation – question capitale ! - même après avoir pondu des tas de traités sur le langage. La philosophie n’a donc toujours pas commencé. | | | | |
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| intelligence | | | Comme dans toute démarche littéraire, la philosophie est un viatique, dans lequel doivent s’entendre et coopérer l’homme et l’auteur, c’est-à-dire une voix de noblesse et un style d’intelligence. La noblesse philosophique se réduit à une forme de confessions, dont les versants les plus éloquents sont la honte et la tragédie, avec un dénominateur commun appelé consolation. L’intelligence philosophique commence par la reconnaissance qu’entre le langage et la réalité il existe une sphère de l’esprit, réceptrice de nos originalités, de nos idées, de nos savoirs, de nos imaginations ; cette sphère n’est ni langagière ni réelle, elle s’appelle représentation, grâce à laquelle sont possibles aussi bien la science que la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | La science : formuler une vaste question, à laquelle on cherche des réponses rigoureuses et leurs interprétations. La philosophie (comme tout art) : formuler une haute réponse, pour laquelle on cherche des questions élégantes, s’appuyant sur une représentation profonde. Tôt ou tard, la première tâche sera prise en charge par des robots ; l’art est en train de dégénérer à cause du dépérissement des âmes ; il reste la philosophie, car son outil, l’esprit, a une bonne mémoire, capable de ressusciter l’âme et de redevenir ainsi un art à part entière. L’universalité de la recherche de solutions sera remplacée par la particularité de la recherche de mystères. | | | | |
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| intelligence | | | On peut pardonner à Kant sa lourdeur stylistique, sa piètre vision des fonctions principales de notre conscience, son dogmatisme des catégories et la pauvreté des commencements créateurs – il a le mérite d’avoir bien perçu les dons divins – la Vérité, le Bien, le Beau – auxquels il consacra ses Critiques, hélas fastidieuses. On en tire les mots centraux – pure, pratique, juger – et l’on comprend qu’il s’égare partout. De quelle raison pure peut-on parler, si l’auteur ignore la place du langage, puisque le support de celui-ci, la représentation, est, pour lui, synonyme de sensation ou de perception et non pas un produit conceptuel d’un libre arbitre ? De quelle pratique du Bien peut-on parler, tandis que c’est la seule merveille refusant toute application pragmatique ? De quelle Beauté jugée peut-on parler si celle-ci ne produit que des émotions et dont elle est produite elle-même ? | | | | |
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| intelligence | | | Dans ta vie il y a deux activités principales (et peut-être même uniques) – la représentation-conception et l’interprétation-création. Cette dichotomie est la seule à rendre le terme d’être utilisable, puisque son contraire, le devenir, te renvoie à la création. L’être est dans la conception, et le devenir – dans la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le Royaume des Idées (ou des Formes, modèles, concepts) platoniciennes, n’est qu’une représentation qu’un informaticien appellerait Base de Connaissances, qui est toujours subjective, intermédiaire entre la réalité et le langage et donc liée au temps. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le chaos des philosophes autour du concept de connaissances est dû au fait qu’ils l’attachent à la réalité, tandis qu’il appartient entièrement à la représentation. On ne connaît pas la réalité, on en a des impacts des sens ou des intuitions non-langagières. | | | | |
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| intelligence | | | Le poète synthétique Platon place ses mots (Idées particulières) dans sa représentation (en haut) ; le philosophe analytique Aristote les applique directement à la réalité (en bas) universelle. D’où le malentendu entre l’élève et le maître. L’erreur de tous les deux est de croire en universel et de négliger le particulier. En plus, dans le mot particulier, ils confondent ces deux concepts différents : la relation classe/élément et l’appartenance de représentations aux auteurs différents. | | | | |
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| intelligence | | | Un fait, c’est la triade – objet, attribut, valeur. Un événement – une modification de faits. Or, dans la réalité il n’y a ni objets, ni attributs, ni valeurs ; ce sont des concepts de la représentation. Tous les phénomènes sont des noumènes. | | | | |
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| intelligence | | | La profondeur de nos représentations est complétée par la hauteur de nos métaphores (tropes). La maîtrise de ce dernier point est le dernier défi pour l’Intelligence Artificielle du futur. « La métaphore se trouve juste aux fondements d’un être vivant » - G.Bateson - « Metaphor is right at the bottom of being alive » - elle sera au sommet de l’ordinateur. | | | | |
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| intelligence | | | À sa naissance, l’Intelligence Artificielle s’appelait Épistémologie Appliquée et se consacrait à deux tâches – représentation (l’ontologie) et interprétation (la logique, le langage) des connaissances. Il fallait être, à la fois, philosophe, cogniticien, linguiste, logicien, informaticien, pour exercer ce métier. Aujourd’hui, une immense et mécanique fumisterie autour des misérables réseaux de neurones usurpa ce champ humaniste, avec seuls informaticiens ignares qui l’occupèrent. Aucun rapport ni avec l’intelligence abductive (les pourquoi et les comment) ni avec la langue naturelle – un calcul sauvage, avec des big data, se réduisant à la reconnaissance des formes. | | | | |
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| intelligence | | | Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, la notion d’esprit (res cogitans), opposée à la matière inerte (res extensa), doit être scindée en deux : les vivants et les robots. Est vivant non seulement ce qui dispose de la liberté, c’est-à-dire de la faculté de s’écarter, dans son comportement, des lois physiques, mais, en plus, de ne pas suivre une démarche, découlant de l’application d’un modèle comportemental, conçu par un cogniticien et implémenté dans la mémoire. Cet ajout définit un robot. Celui-ci finira par simuler nos sens et nos sensations, par pratiquer l’apprentissage, par générer des choix aléatoires, par maîtriser les langues naturelles. La différence avec le vivant consistera en la demeure du pourquoi comportemental : la chair sensible ou les circuits intelligibles. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les idées, aussi bien mesquines que sublimes, ont besoin de points d’attache verbaux, au sens vague ou protéiforme, que l’auteur fixerait en les attachant à ses représentations. C’est l’une des justifications de l’appel à ces avortons de notions comme être-exister-substance, métaphysique-transcendance-immanence, savoir-soi-conscience etc., une autre justification étant leur usage métaphorique et non pseudo-théorique. | | | | |
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| intelligence | | | De plus en plus je crois, que l'abus ontologique du verbe ou du nom d'être (avec leurs translations hypothétiques : vouloir, devoir, pouvoir) est dû au peu de talent dans la projection de verbes plus riches sur des noms manquant de dimensions et démunis de liens. | | | | |
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| intelligence | | | J’apprécie l’intuition de Valéry pour juger du savoir, du langage, de l’intelligence ; mais quand je lis, que pour lui « la mathématique est la science de l’arbitraire », je vois qu’il n’y comprend rien. Il y a des lois implicites, en mathématique, qui encouragent l’élégance et le laconisme des preuves d’une nouvelle assertion. Il est rare qu’on améliore la première version de preuve, mais c’est toujours au profit de ces deux critères qui excluent, presque complètement, l’arbitraire. Même la création de nouveaux objets, en mathématique, bannit l’arbitraire ; c’est pourquoi la mathématique est la vraie ontologie pour tout cerveau rationnel. L’arbitraire des représentations est propre à toutes les sciences, sauf la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | L’opération langagière de donation de sens et l’opération mathématique de démonstration d’une assertion se ressemblent ; appliqué à ces deux domaines, le terme métaphorique d’arbre correspondrait aux structures infiniment plus complexes (avec des relations logiques, ensemblistes, combinatoires etc.). La formule abstraite commune, pour la formulation d’un problème, serait : A1 = A2, où l’opérateur ‘=’ s’appellerait unification (généralisation de l’égalité et de l’identité) et A1, A2 seraient références des objets et des relations (références qu’on appellerait, par convention, - arbres). La représentation (base de faits ou de connaissances) servirait de support factuel de l’unification. C’est trivial, mais didactiquement utile. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence dans l’art : la maîtrise de synthèse ou d’analyse – une platitude ; la rigueur de représentation (ton savoir) ou d’interprétation (ta virtuosité) – une profondeur ; l’art de passer des idées (de tes élans) aux mots (coups de pinceaux ou notes) ou des mots (des autres) aux idées (tes métaphores) – la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Penser a trois domaines d’application et de définition : représenter, interroger, interpréter – la création conceptuelle, l’imagination langagière, la démonstration logique. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence peut se passer du savoir ; l’esprit peut se passer de l’intelligence. L’esprit se reconnaît une fois que, dans un discours, on a éliminé les faits perçus et la logique conçue, ce patrimoine commun. L’arbitraire d’une représentation profonde et la liberté d’une haute interprétation – voilà ce qu’est l’esprit dans sa demeure, la verticalité. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce. | | | | |
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| intelligence | | | La science est la profondeur des représentations, la hauteur des hypothèses, bâties ci-dessus, et l’étendue des liaisons logiques entre ses objets. L’Histoire a beau échafauder des représentations imposantes, formuler des hypothèses grandioses – elle est incapable, par définition, à élaborer des suites logiques crédibles entre ses événements, un amas de hasards imprévisibles. À part la curiosité, elle ne peut réveiller aucune prémonition des faits à venir. | | | | |
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| intelligence | | | Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation). | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | La vision intuitive de la réalité est largement consensuelle ; tout homme veut ramener cette vision aux connaissances individuelles, dont les entités élémentaires s’appelleraient concepts.
1. L’organisation (structurelle, descriptive, comportementale) de ces concepts constitue une représentation.
2. Un concept (dans une représentation) est un reflet incomplet des choses en soi (en réalité).
3. Cette démarche, intuitive aussi bien chez les concierges que chez les scientifiques, devint opératoire chez les cogniticiens (fondateurs de l’Intelligence Artificielle) : on y imite le comportement humain à travers la représentation et l’interprétation des connaissances.
4. Aucun philosophe n’accéda à ce sens de la représentation. Les tableaux catégoriels d’Aristote et de Kant amorçaient une bonne direction, mais leurs adeptes y virent une objectivité tandis qu’une subjectivité évidente est à leur origine.
5. Un malentendu, déplorable mais partagé par presque tous les philosophes, voit dans le langage le traducteur des connaissances, tandis que la couche langagière ne fais que se superposer à la couche représentationnelle, la seule porteuse du savoir.
6. Deux activités - l’acquisition des connaissances (complétant la représentation) et leur interprétation (par l’intermédiaire du langage) – mettent en évidence le rôle capital de la logique : elle assure la cohérence de la représentation et elle fait partie intégrante de toute langue naturelle. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
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| intelligence | | | Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| intelligence | | | Socrate est un homme ! - un ordre, une assertion, une tentative d’introduire un nouveau fait axiomatique non-contradictoire dans la représentation courante, le seul genre rationnel de jugements synthétiques. Est-ce que Socrate est un homme ? - une proposition analytique, une requête de véracité de la proposition dans le contexte d’une représentation fixe. Représentation (création) ou interprétation (jugement) de connaissances. | | | | |
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| intelligence | | | Pour employer la terminologie kantienne : un jugement est synthétique s’il fait partie figée de la représentation, il n'est donc qu'un fait, vrai par définition (le nombre de ces jugements est fini) ; il est analytique s’il n’est pas synthétique et s’il est déduit à partir de la représentation, il est vrai par déduction (le nombre de ces jugements est infini). | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe académique, étant banal dans les solutions et incompétent dans les problèmes, devrait ne se pencher que sur les mystères : trois sens divins – les universaux Bien, Beau, Vrai, et trois sphères d’expressivité humaines – Réalité, Représentation, Langage. Seul Kant embrassa la portée de tous les premiers, seul Valéry discerna le rôle de toutes les secondes. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de représentation des connaissances, à visées philosophiques, la notion d’ensemble et de ses éléments est une projection du concept correspondant mathématique, et cette notion y est centrale. L’ensemble porte l’essence, les éléments s’individualisent par leur existence. Les propriétés non-contradictoires de l’ensemble constituent son essence ; dans l’élément, ces propriétés prennent des valeurs légales qui résument son existence. C’est un abus de langage que de parler d’essence de l’élément ou d’existence de l’ensemble. L’essence est figée, l’existence est évolutive. | | | | |
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| intelligence | | | Le fond de toute représentation est constitué de faits, câblés ou déductibles. C’est la domination du second type qui est signe d’une intelligence ou d’une compétence – peu de faits gratuits. | | | | |
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| intelligence | | | Je m’aperçois, assez tardivement, que la dyade schopenhauerienne est très proche de la mienne : sa Volonté n’est qu’un élan ou un rêve, dont le fatal affaissement appelle une Consolation ; sa Représentation est la démarche centrale, pour comprendre la place du Langage dans un discours. C’est Nietzsche qui, plus poétique et révolutionnaire que moi, dévia la Volonté vers la puissance et la Représentation – vers le retour, toujours recommencé. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée s’ancre dans la représentation ; l’élément central de la représentation, c’est le concept de classe (ensemble) : « Tout avancement de la pensée est de former des classes qui permettront de poser des problèmes véritables »*** - Valéry. Tout philosophe de l’esprit (et il y en a des hordes) devrait s’en inspirer, pour oublier les mots et revenir aux classes ! | | | | |
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| intelligence | | | La science – domination du représentatif ; la poésie – domination du formel ; la philosophie – équilibre entre les deux. | | | | |
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| intelligence | | | L’écroulement de l’Intelligence Artificielle, dans les années 90 du siècle dernier, est dû au conflit intellectuel entre les philosophes (focalisés sur la représentation) et les logiciens (misant sur l’interprétation). Les premiers manquaient de rigueur et les seconds – de profondeur. La réconciliation et l’essor, au XXI-me siècle, sont venus grâce à la conscience du rôle que joue la communication en langage naturel : les philosophes ont compris que la logique fait partie de tout langage naturel, et les logiciens ont compris que le langage naturel n’est qu’une projection de son vocabulaire et de sa grammaire sur des concepts bien structurés. Curieusement, cette entente fut réalisée par des informaticiens (avec leurs big data), qui nagent et en philosophie et en logique… | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle). | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances, constituant une représentation, sont de trois genres : structurelles (syntaxiques, sémantiques ou pragmatiques), descriptives (attributs et propriétés), comportementales (règles déductives et événementielles). Les deux derniers s’attachent au premier. Les relations, formant les structures, peuvent être unaires, binaires ou n-aires : 1. l’objet O existe, 2. il existe la relation R entre les objets O1 et O2, 3. les objets O1, O2,…,On, en tant qu’acteurs (agents), constituent la scène Sci, pour le scénario Sco. La future IA aura ce format. Les big data, réseaux de neurones et les modèles du langage ne s’appuient que sur la statistique et la vague notion de proximité constatée, sans le raisonnement abductif (les qui, quoi, pourquoi, comment, où, quand), contenu dans la future IA. | | | | |
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| intelligence | | | Entre la réalité (le validateur) et l’intelligence humaine (les hypothèses à valider), s’interposent le langage explicite (immédiat) et la représentation implicite (postérieure). Le langage peut avoir trois sources : la représentation elle-même (l’expérience des hommes ou le fruit d’une IA symbolique), la grammaire (l’application de la linguistique classique), l’entraînement par la digestion d’une grande masse de documents humains (l’IA neuronale). Dans le dernier cas, il n’y a pas d’intelligence ; on ne peut juger l’IA neuronale que selon ses performances : le pouvoir s’y substitue au savoir. La représentation y est également absente, comme dans la philosophie analytique, source de tant de platitudes (philosophies du langage ou de l’esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Un étrange parallèle se dessine entre les ambitions de la philosophie analytique du siècle dernier et les résultats de l’IA neuronale. La première prétendait pouvoir extraire un sens unique de tout discours, celui-ci étant le seul objet d’étude (toute représentation étant exclue). Une prétention, évidemment, absurde, puisque le sens dépend des connaissances et des attentes de l’émetteur et du récepteur du discours, ce qui donnait à celui-ci autant de sens qu’il y aurait de personnages putatifs aux deux extrémités de la chaîne. Mais voilà que l’IA neuronale affronte le discours aux milliards de textes, ingurgités par l’apprentissage, pour en sortir le sens moyen statistique. Or, il se trouve que cette misérable (car sans aucune trace d’intelligence) moyenne est presque toujours satisfaisante, sans être ni vraie ni fausse ! Une idée, intellectuellement absurde, confirmée et soutenue par une méthode mécanique ! | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation se réfère à la réalité, c’est-à-dire à la matière (les lois universelles, les espèces minérales, végétales, animales, humaines, les sciences appliquées) ou à l’esprit (l’éthique, l’esthétique, les rêves, la mathématique). | | | | |
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| intelligence | | | Kant créa une grande confusion entre jugements analytiques et synthétiques. L’existence de classes, de liens entre elles, de leurs attributs et de propriétés de ces abstractions, cette existence même fait partie des connaissances synthétiques. Elles résument ce que l’auteur de ces représentations fixe. Le corps a un volume, un poids, il exerce une influence sur des corps voisins, il a des coordonnées spatiales et il évolue dans le temps - jugements synthétiques. Mais ce qu’une sous-classe hérite de ses sur-classes est déjà analytique : un mammifère est mortel car tout être vivant l’est. Les jugements analytiques s’appliquent surtout aux éléments de ces classes. Jean pèse X kg, il est marié à Marie, hier il était à Paris - ces propositions peuvent être vraies ou fausses. | | | | |
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| chœur mot | | | VÉRITÉ : On place la vérité tantôt dans les mots tantôt dans la réalité. Le mot fournit la requête ; la réalité est remplacée par un modèle ; et la vérité naît de l'effort de l'interprète, qui remplace des références de la requête par des objets du modèle et évalue la formule ainsi obtenue. C'est ainsi que se forme le sens : conception du mot, attouchement des choses, extraction de la vérité… | | | | |
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| mot | | | Le mot, dans ce livre, s'oppose tantôt à l'action sur les choses, tantôt au reflet prévisible des choses, tantôt au discours au niveau des choses. Il y perd, respectivement, en étendue, en précision et en pertinence, en ne gagnant qu'en hauteur. Ce qui est peut-être la première fonction du langage : « La langue apporte aux représentations une plus haute existence »** - Hegel - « Die Sprache gibt den Vorstellungen ein höheres Dasein ». | | | | |
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| mot | | | Le rapport entre l'idée et le mot est celui entre eidos et eikon, entre représentation et expression, entre idole et icône, entre langage parlé et langage parlant. Platon, en donnant sa préférence à eidos au détriment d'eikon, nous voue aux idoles. Mais Heidegger, n'accordant de manifestation à son fantomatique être qu'en tant qu'un devenir-mot (« Wortwerden des Seins » ou « Offenbarung des Seins durch das Wort » - « révélation de l'être à travers le mot »), charge le mot d'un faix ou d'un fait impossibles ; à moins que ce fantôme ne soit qu'une ivresse qu'on provoque rien qu'en manipulant des étiquettes. | | | | |
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| mot | | | Le mot a deux entrées et deux sorties : il s'imprègne de la représentation et porte la volonté du locuteur ; il renvoie aux concepts et traduit les états d'âme ; ces deux courants s'entre-croisent, et, pour les démêler, on fait appel à la déconstruction. | | | | |
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| mot | | | La terrible clarté du français : Gelassenheit et Abgeschiedenheit (Maître Eckhart) sont de pures métaphores invitant l'intuition ; délaissement et détachement sont des concepts d'une effroyable précision, produisant des formules. De même pour Abbau (Heidegger) et déconstruction. « Le français : l'heure sans écho-rappel, l'allemand - plutôt le rappel que l'heure (l'appel) » - Tsvétaeva - « Französisch : Uhr ohne Nachklang, deutsch - mehr Nachklang als Uhr (Schlag) ». | | | | |
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| mot | | | La référence : une réponse langagière au désir, à la focalisation, à l'intention de désigner un objet ou une relation ; d'autres l'appellent intentionnalité ; sa diversité verbale est générée par des grammaires de réécriture (Chomsky). La signification : un renvoi pragmatique, hors du langage, à partir d'un fait conceptuel, établi par l'interprétation d'un discours, renvoi vers les objets réels - c'est ce que d'autres appellent - dialectique ; l'intuition et l'arbitraire en sont les seuls justificatifs. Wittgenstein nage, au milieu de ses binômes, et s'y noie, faute de trinité salutaire : langue, représentation, réalité. | | | | |
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| mot | | | Heidegger ne voit pas, que l'appel des choses et des relations retentit avant que ne soit prononcé le premier mot : « Aucune conscience ne précède la langue » - « Der Sprache geht kein Bewußtsein voraus ». Et que St-Augustin est brillant, avec la plus exacte des images : « Les mots ne font que nous avertir, pour que nous cherchions les choses »** - « Hactenus verba valuerunt, quibus ut plurimum tribuam, admonent tantum, ut quaeramus res » ! | | | | |
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| mot | | | Dans ma langue maternelle, les mots résultent de deux courants opposés, mais équilibrés : je l'écoute et je la fais parler. « L'arbre, au lieu de se dissoudre en représentations, peut me parler et susciter une réponse » - Levinas. Une langue étrangère est souvent, hélas, muette, et je la mets sous question et je cherche à faire passer ses aveux pour spontanés et sincères. Comment m'enraciner dans une langue, qui ne connaît pas mon enfance ? - et sous une torture verbale puis-je espérer une éclosion florale ? | | | | |
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| mot | | | Le mot devient littéraire, lorsqu'il ne s'identifie plus ni avec la chose ni avec le concept. Ce troisième univers, ce refuge des mots exilés, la Métaphorie Intérieure, a ses propres horizons et ses propres raisons. Le concept serait une métaphore fixe (« usuelle Metapher » de Nietzsche). « Tous les termes philosophiques sont des métaphores, des analogies figées »* - H.Arendt - « Alle philosophischen Termini sind Metaphern, erstarrte Analogien » - la philosophie ne peut donc être que poétique. Et que des prosateurs invétérés continuent leurs misérables mises en garde : « Que le philosophe se méfie de métaphores » - Berkeley - « A metaphoris autem abstinendus philosophus ». | | | | |
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| mot | | | Tout écrivain se penche sur ses états d'âme ; au début, on les évoque dans l'ampleur des faits ; ensuite, on les représente par la profondeur des idées ; et l'on finit par les peindre dans la hauteur des mots. Symptômes, thérapie, résurrection. | | | | |
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| mot | | | Ces balivernes : le Sujet n'existerait pas en dehors de l'intentionnalité, il n'existeraient que des Objets déséquilibrés par le Verbe. La conscience est faite surtout d'intensité, musicale et picturale, et la musique et l'image peuvent se passer d'objets. | | | | |
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| mot | | | Même la beauté formelle du mot, et non seulement la qualité de son message, le doit, en partie, au modèle, au-dessus duquel le mot se profile ou plane. Le mot est poétique, quand l'évacuation du message laisse, tout de même, assez de joie, sans souci du modèle. | | | | |
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| mot | | | Dans ma représentation se trouve un concept, auquel s’attache l’étiquette française – la vache (mais j’en ai d’autres étiquettes nationales, attachées au même concept). Si j’oublie le nom français de ce bovidé, le concept reste intact – à faire réfléchir ces mauvais philosophes, qui pensent que c’est le langage qui représente la réalité. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe pas de miroir fidèle, pour refléter l'homme ; la brisure ou la réfraction est dans chaque mot. C'est la routine des reflets-clichés qui fait croire en justesse de certains traits. Toute entrée dans l'univers des mots est métamorphique. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | Trois livres médiocres - trop de mort dans Les Mots (où vingt dernières pages, belles, s'incrustent, en corps étranger, comme les vingt premières – dans les Notes d’un souterrain - trop de faits), trop de langage dans Les Mots et les Choses (où la belle Table des Matières ne sauve pas le reste) et trop de vie dans Les Choses (où il n'y a rien à sauver) - ces livres dévaluèrent trois beaux titres. Ces hypothèses intenables : croire que le mot représente notre vie ou bien notre monde. Le mot ne fait qu'interroger ; il a sa propre vie et son propre monde. | | | | |
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| mot | | | Il s'agit de coller les mots à la vie imaginaire (la vie réelle étant vouée à recevoir nos maux). Il est plus fécond d'en envelopper un lien plutôt qu'une chose. Le lien, à ses extrémités, est bardé d'inconnues ; la chose est trop liée à son essence, à son noyau constant, sans perspective de belles substitutions. Le mot est un nom, associé non pas à la chose, mais à sa représentation, à son concept donc. Les mots eux-mêmes ne sont pas des liens, mais des aliments de notre appétit d'images et d'émotions ; tout lien est dans le modèle. | | | | |
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| mot | | | À part quelques traits phonétiques ou idiomatiques, la métaphore prend son envol dans la représentation sous-jacente et non pas dans la langue elle-même. Même le rapport entre les choses et moi-même, rapport reflété dans certaines métaphores, n'est pas une exception, puisque mon soi est également présent dans la représentation, comme tout autre sujet. Et je ne suis même pas sûr, que mon soi, surtout avec sa facette inconnue, y soit mieux représenté que celui des autres. | | | | |
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| mot | | | Formé sous l'influence des langues indo-européennes, le regard philosophique européen sur la structure du langage - sujet, verbe, objet - est sans intérêt. Tout langage doit offrir trois types de références : d'objet, d'attribut et de lien entre objets. Les catégories - syntaxique du sujet, lexicale du verbe, sémantique de l'objet - sont purement linguistiques, sans rapport avec le modèle conceptuel. La langue fournit le noyau (verbes, quantificateurs ou connecteurs) de l'axe syntagmatique, l'axe paradigmatique étant alimenté par le modèle. | | | | |
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| mot | | | Le pourcentage de présence, respectivement, du langage, de la représentation, de la réalité : en poésie – 80, 15, 5 ; en philosophie – 30, 50, 20. Dire, que le langage est tout, est exagéré. | | | | |
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| mot | | | Les bizarreries, dans ce livre, de ces trois mots capitaux : source, contrainte, fin - le premier n'y a rien à faire avec le verbe sourdre, ni le deuxième - avec contraindre, ni le troisième - avec finir. Les adjectifs, qui s'y prêteraient le mieux - nécessaire, arbitraire, volontaire. | | | | |
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| mot | | | La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs. | | | | |
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| mot | | | Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ». | | | | |
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| mot | | | La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme. | | | | |
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| mot | | | Le langage, en mode routinier, n'est qu'un code d'accès, et très rarement, en mode-rupture, - une courroie de création. L'esprit possède et les langages et les modèles, et le premier critère de sa qualité est le contenu de ses modèles, auxquels renvoie un langage. C'est une question de goût et d'intelligence - avec quoi peupler ses modèles dynamiques : avec des fantômes ou avec des bases de connaissances, avec des déductions ou avec des faits. Le sot croit « créer en nommant » (Proust), l'artiste nomme en créant. | | | | |
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| mot | | | L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables. | | | | |
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| mot | | | L'analyse linguistique est banale, rigoureuse et consensuelle, la synthèse des représentations est délicate, libre et individuelle – d'où l'engouement actuel pour la philosophie analytique et le désintérêt académique pour la représentation. | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité de bilden : éduquer ou produire une image, d'où l'intérêt de la langue, formant la pensée. Le fond de la pensée ne s'éduque guère grâce à la langue ; tout ce qu'une langue apporte à la forme de la pensée est sa réceptivité face aux métaphores. La langue ne modèle pas, elle interroge des modèles. Sans le moindre élément fractal commun, les langues recouvrent pourtant les mêmes surfaces conceptuelles. Et surtout, les mêmes types de structures conceptuelles a priori leur sont sous-jacents et les mêmes types de logique a posteriori. | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval). | | | | |
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| mot | | | Le mot n'est signe ni de la chose ni du concept. Le mot est volonté de désigner la chose, volonté, qui ne débouche sur la chose qu'en transitant par le concept (et le concept, non plus, n'en déplaise à Aristote, n'est pas signe des choses ; le concept est la connaissance même de la chose). Le mot n'est ni similitude ni représentation, mais symbole évocateur, excitant, référençant, focalisant. Le mot est une forme travaillée par un désir de fond. | | | | |
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| mot | | | Dans l'esprit s'entrechoquent des images, dans l'intellect - des représentations (idoles), dans la langue - des signes. Chez tout le monde - trois voies vers Dieu ; chez les créateurs - trois voix à partir de Dieu. Le mot, au sens noble, est un habile et haut réseau de signes, s'inspirant des images ou représentations profondes ou s'y adressant. | | | | |
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| mot | | | Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept. | | | | |
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| mot | | | La fonction instrumentale est la fonction principale du langage dans tous les domaines, sauf en poésie, où le mot peut s'émanciper de la représentation sous-jacente ou n'en utiliser que les ressources métaphoriques. | | | | |
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| mot | | | La représentation, elle aussi, dispose de son propre langage, mais qui a, vis-à-vis de la langue naturelle, à peu près le même statut qu'un langage de programmation, surtout lorsque celui-ci est fondé sur la logique et est orienté-objets. Les requêtes, formulées dans ce langage artificiel, seraient l'équivalent des idées platoniciennes, indépendantes des mots et classées par type de fonction, de prédicat, d'événement, de substance. | | | | |
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| mot | | | J'use de mon français, comme j'use de mon algèbre ; des Bourbaki littéraires relèveront des bizarreries dans la notation de mes opérandes, mais ils devront s'incliner devant mes opérateurs aux singularités mieux dessinées que les leurs. | | | | |
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| mot | | | L'admirable langue allemande sachant si ironiquement rapprocher le sens des sens : be-stimmen, définir - munir de voix, ge-hören, appartenir - munir d'ouïe, ent-sprechen, correspondre - interdire de parole, be-greifen, appréhender - tenir avec les mains. Et ces belles oppositions : gestimmt (accordé) - bestimmt, aufhören (cesser) - gehören, versprechen (promettre) - entsprechen, angreifen (attaquer) - begreifen. | | | | |
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| mot | | | Le sens est la jonction (une sorte d'unification mystique, au-delà du mystère) du discours (problème interprété dans le contexte du modèle) et de la réalité (qui est mystère). La langue, elle, sans le modèle, au-dessus duquel elle est bâtie, est absurde et c'est ça, son plus grand miracle. Elle est parlée et elle est parlante : « Il y a deux langages : celui qui disparaît devant le sens, dont il est porteur et celui qui se fait dans le moment de l'expression »** - Merleau-Ponty. Le conceptuel se concentre autour du sens, et le poétique se fixe dans le mot : « Le poème n'est poétique que s'il s'incarne dans les mots » - Hegel - « Das Poetische ist erst dichterisch wenn es sich zu Worten verkörpert ». | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité du mot modèle : source ou reflet ; à comparer avec les clairs et expressifs Vorbild et Nachbild (les deux se retrouvant dans Urbild). | | | | |
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| mot | | | Ce n'est pas la langue qui rend le monde intelligible, mais la représentation, de nature extra-langagière. La langue crée un dialogue avec le monde, elle le rend questionnable ou demandable. | | | | |
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| mot | | | Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations. | | | | |
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| mot | | | Le con-cret ne promet que du béton ! Sans emploi plausible pour l'habitué des ruines. Le dis-cret est béant de lacunes, à travers lesquelles peuvent briller des étoiles. Con-fluence des masses, in-fluence des astres. | | | | |
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| mot | | | Toute métaphore traverse le langage, le modèle et la réalité. Elle s'appellera mot, lorsque l'essentiel de ce parcours est langagier et débouchant sur un état d'âme réel. Elle s'appellera idée, lorsqu'elle s'attarde au milieu des objets-concepts du modèle. | | | | |
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| mot | | | À partir des trois éléments, eau, feu, terre, on fit trois armes : lance-à-eau, lance-flammes, lance-pierres. Le quatrième, l'air, n'est que leur porte-paroles. | | | | |
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| mot | | | Une langue se réduit à un vocabulaire et à une grammaire (l'écriture, la phonétique, la morphologie étant de nature presque mécanique). Le vocabulaire comprend deux types de références : celles des constructions logiques et celles des objets et des relations. La grammaire est une projection de la logique orientée-objets sur une représentation. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde). | | | | |
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| mot | | | Quand on attend de la langue une tâche de représentation, on est plongé dans un emboîtement de matriochkas, une galerie de Dresde, une mise en abyme, une récursivité abusive. Le mot n'est pas signe (c'est le concept qui l'est) mais métaphore (par-dessus les concepts), tableau référentiel hors galeries facticielles. | | | | |
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| mot | | | « Aller aux mots mêmes » (le symbolisme) est plus bête que « Aller aux choses mêmes » (la phénoménologie), ce qui est plus bête que « Aller aux concepts mêmes » (l'idéalisme). À toute cette bougeotte j'oppose « S'immobiliser dans la métaphore même », à égale distance des trois. | | | | |
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| mot | | | Dans l'émergence d'un nouveau concept, les mots ne sont presque pour rien. Le concept doit sa détermination à la place dans un arbre (graphe) conceptuel, à ses liens sémantiques avec d'autres concepts, à ses attributs, aux rôles qu'il pourrait jouer dans des scénarios impliquant d'autres concepts. Magnifique prémonition de Valéry : « Au lieu de concept, on peut former une Scène »*, réalisée en Intelligence Artificielle ! Les mots ne servent que de mode d'accès plus ou moins paraphrastique aux objets. Dire que les concepts proviennent du langage et non pas de la science (Benjamin) est une pitoyable ânerie ! | | | | |
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| mot | | | Les linguistes et psychanalystes (Saussure, R.Jakobson, M.Foucault, J.Lacan), qui : excluent de leurs analyses le sujet et les référents, ne soupçonnent même pas l’existence de représentations et pensent reconnaître dans la pensée et dans la réalité les mêmes structures que dans le langage, - se disqualifient en tant que spécialistes du langage. | | | | |
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| mot | | | Phénomène, un mot étrange, dont les significations chez Platon, Sextus Empiricus, Kant, Hegel ou Husserl sont complètement différentes. Il faudrait le rapprocher de fantaisie, d'imagination et donc de représentation. Tout connaître par la représentation ou, bien au contraire, par la (ré)interprétation – deux démarches également défendables. | | | | |
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| mot | | | Heidegger chercha le fond commun de tous les emplois du verbe être, de l'ontologique au copulatif, et prétendit l'avoir trouvé en l'existence. Or ce fond est complètement vide. Qu'on en juge, en faisant des intersections soi-même : 0. Socrate est avant toute représentation, 1. le méta-concept (classe ou relation) est, 2. l'homme est, 3. Socrate est une méta-instance, 4. Socrate est, 5. l'homme est un mammifère, 6. Socrate est un homme, 7. la calvitie est à Socrate, 8. Xanthippe est à Socrate, 9. la toge est à Socrate, 10. l'idée est à Socrate, 11. le chien est un ami de l'homme, 12. Socrate est mon ami, 13. l'homme est mortel, 14. Socrate est mortel, 15. l'homme est bête, 16. Socrate est intelligent, 17. la taille de Socrate est de 4 coudées, 18. la proie de l'aigle est un ami de l'homme, 19. Socrate est un nom propre etc. Tous les verbes ont autant de droits à supposer une existence d'objets que cet avorton d'être. Référencer la relation genre/espèce, classe/instance, l'attribution, la possession, l'appartenance, l'évaluation d'attributs, l'unification d'objets - c'est un abus de suremploi. | | | | |
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| mot | | | Autant de modèles, énonciateurs ou contextes - autant de significations. La signification unique des énoncés, proclamée par les phénoménologues, est un fantôme, impossible dans ce monde hanté par la polysémie et l'amphibologie. Toutefois, de gros invariants sont propres aussi bien aux modèles qu'aux situations et aux langages du genre humain, et un noyau dur des significations existe bien. | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre. | | | | |
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| mot | | | La mathématique est la seule science, où le conceptuel coïncide presque d'avec le langagier et où les modèles ne représentent pas la réalité, mais sont des produits de notre esprit. Et les représentations algébriques sont beaucoup plus élégantes que les représentations empiriques. Hélas, la beauté des constructions mathématiques ne peut pas être rendue dans une langue naturelle. | | | | |
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| mot | | | Le mot n'est pas une pièce dans le jeu d'échecs, mais une allusion, pour qu'on se concentre sur un aspect de la position échiquéenne, l'action et le succès relevant de nos modèles et non de nos verbes. | | | | |
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| mot | | | La première fonction du langage est la requête du modèle, non de la réalité. Plus on est intelligent, plus près du moi, et plus détaché de la réalité, est le modèle. Et je finis par remonter du mot vers sa source intérieure en moi au lieu d'en chercher une projection extérieure. | | | | |
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| mot | | | Tout mot, renvoyant à un concept, aurait dû être accompagné d'une liste de concepts antonymes, pour que nos interprétations soient sensées (l'affirmation ne valant que par ce qu'elle nie…) ou efficaces. Dressez cette liste interminable, pour penser et être, et vous vous rendrez compte du creux béant du cogito. Et la notion de différance de Derrida y est la bien-venue, elle serait « un tissu de différences », à la base d'un discours bien bâti. | | | | |
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| mot | | | Le mot est défini par la triade – ses relations avec la réalité, la représentation et la langue ; un métèque peut maîtriser parfaitement les deux premières facettes, mais tant de nuances purement langagières lui échapperont à jamais ; tant de ses idées aériennes dégringoleront à cause de la lourdeur de ses mots désarticulés. | | | | |
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| mot | | | La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes ! | | | | |
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| mot | | | Le terme de déconstruction se justifie sous deux angles : la même réalité se représente différemment par des personnes différentes ; le même discours peut s'interpréter différemment, dans les contextes des représentations différentes ; donc, ne se fier ni à la réalité trop silencieuse ni au langage trop bavard - (re)bâtir des représentations (aboutissant à une hétéronymie conceptuelle et langagière). | | | | |
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| mot | | | Trois vues du langage, à partir : de la réalité, du modèle, de la langue. La première, pragmatique (sciences humaines) - la plus vaste et vague ; la deuxième, conceptuelle (mathématique) - la plus haute et ouverte ; la troisième, fonctionnelle (linguistique) - la plus profonde et fermée. | | | | |
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| mot | | | Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies. | | | | |
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| mot | | | L'unité sémantique première n'est ni le mot ni la proposition (Frege et Wittgenstein), mais la référence d'objet, de valeur ou de relation, qu'il s'agit d'unifier avec la représentation. | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité du verbe français réfléchir - refléter ou raisonner, représenter ou interpréter - fait, que la barbarie de la réflexion de G.B.Vico (la barbaria della riflessione) s'appliquerait aussi bien à sa topique qu'à la critique cartésienne. | | | | |
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| mot | | | C'est la part du langage qui rend radicalement différentes les facultés représentative et interprétative : la topique se forme hors la langue et la critique se formule dans la langue. Ce que ne comprirent ni F.Bacon : « Inventer ou juger est une seule et même opération de l'esprit » - « what is sought we both find and judge of by the same operation of the mind » ni Goethe : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends » - « Du gleichst dem Geist den du verstehst ». | | | | |
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| mot | | | Ces préfixes révélateurs : re-présenter, ex-primer, dé-montrer, pour désigner les trois actions intellectuelles de base : induire, séduire, déduire. Une topique, une tropique, une critique. Fixer le possible, exhiber le suffisant, s'appuyer sur le nécessaire. Une mémoire, une voix, une voie. | | | | |
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| mot | | | Le terme de langue couvre trois entités profondément différentes : - un système de signes faisant abstraction de son usage et comparable en tout point avec un langage de programmation : alphabet, vocabulaire, morphologie, grammaire ; astucieux, rigoureux et délicat, mais sans vraiment de merveilles - un système bâti au-dessus d'un modèle conceptuel ; un outil de connaissance et de communication ; on devrait parler de langage (« Le langage est relais par signes »*** - Valéry - la plus précise des définitions !) - un outil d'expression, le modèle sous-jacent fondé sur l'esthétique ; strictement parlant, à chaque usage on y crée une nouvelle langue. | | | | |
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| mot | | | Le sens d'un mot (à part les mots grammaticaux) est une chose banale : c'est une étiquette attachée à un objet ou à une relation du modèle. Rien à ajouter, tout cratylisme est niais. En revanche, le sens d'une requête est une chose bien délicate : l'analyse syntaxique, la génération d'un arbre sémantique dans le modèle (d'une réponse à la requête), la confrontation pragmatique de cet arbre avec la réalité modélisée, débouchant sur le savoir ou sur l'action. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe aucun passage direct du signifiant (langage) au signifié (réalité) ; entre les deux il y a toujours au moins trois étapes, extra-langagières et extra-réelles : l'accès aux objets (langage-modèle), la démonstration de la véracité de la requête (interprète-modèle), la recherche du sens (modèle-réalité). | | | | |
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| mot | | | Il y a des langages de représentation, des modèles, et des langages à proprement parler, des langages d'interprétation, des discours. Le réel se reflète dans des modèles et se creuse dans des proférations. Il faut donc voir le réel à travers un modèle et lire le réel comme un texte. | | | | |
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| mot | | | Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects. | | | | |
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| mot | | | Être et exister – deux verbes perfides, aux innombrables acceptions. Même dans le cas le plus simple, celui des rapports entre l'essence et l'existence, des ambivalences pullulent : être en tant qu'avoir réussi à passer à l'existence ou être ceci ou cela (des accidents), exister en tant qu'instance (objet) ou exister en tant que manifestation (action) ? En combinant ces acceptions (quatre combinaisons), on peut arriver soit à l'équivalence soit à la précédence de l'un des protagonistes – essence ou existence – sur l'autre. Le problème est du pur verbalisme. | | | | |
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| mot | | | Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence. | | | | |
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| mot | | | Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue. | | | | |
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| mot | | | La musique naît de la rencontre entre, d'un côté – les instruments et les interprètes (le langage), et de l'autre – la partition et l'orchestration (la représentation). C'est le rôle décisif des premiers qui fait pressentir la poésie et la hauteur ; la priorité des secondes est propre de la philosophie et de la profondeur. | | | | |
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| mot | | | La langue n'est fidèle qu'au modèle, au-dessus duquel elle est bâtie ; face à la réalité, tout langage est ésopique ; et le poète est celui qui contourne le modèle et s'adresse directement à la réalité, en préférant « la vicissitude du tâtonnement à l'éloquence du fait »** - Pasternak - « красноречью факта превратности гаданья », les «faits» faisant partie du modèle. | | | | |
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| mot | | | Aucune relation transitive n'existe dans la triade langage - modèle - réalité (interprétation - sens, ou valeurs - significations). Valéry confond transitif et transitoire. | | | | |
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| mot | | | Le sobre partisan de l'objectivité dénonce l'ivresse du subjectif ; mais il ne voit pas que, tous les deux, ils aboutissent aux mêmes modèles, et que la seule chose, qui les distingue, c'est le langage catégorique du premier et le langage métaphorique du second. L'oubli ironique de l'Être intouchable n'a aucune influence sur l'édifice de l'Étant ; c'est le langage qui en fait caserne ou ruines, étable ou souterrain, langage, qui serait (l'architecture de) la demeure de l'Être (Heidegger). | | | | |
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| mot | | | La chose et le mot (avec le concept, qui se glisse entre les deux) sont deux facettes de l'étant ; et l'oubli de l'être (celui qui est source de tout), dont s'indigne Heidegger (ou, avant lui, Bakhtine : « La philosophie première, celle qui porte non pas sur les phénomènes de culture, mais sur l'être, tomba dans l'oubli » - « Первая философия - учение не о культурном творчестве, но о бытии - забыта »), cet oubli consiste à n'être respectivement que pragmatique ou poète, être obsédé par le poids des choses ou par la musique des mots, être guidé par l'intérêt ou par le vertige. | | | | |
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| mot | | | Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein. | | | | |
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| mot | | | La représentation est une tâche conceptuelle, où la langue n'intervient presque pas ; la langue y est statique et la conception - dynamique ; l'expression, en revanche, résulte de la confrontation entre une représentation statique et une langue dynamique. Les signes linguistiques s’attachent aux représentations pré-langagières, ce qui prépare la pensée langagière. | | | | |
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| mot | | | La langue, visiblement, participe à la formation des conceptions du monde, mais pas tellement à la représentation de la réalité ; la trace langagière la plus visible y consiste à choisir, pour une tâche représentative, entre soit un accident soit un concept, concept traduisant le doute, l'ironie, l'activisme, l'émotivité. Mais le gros noyau de la représentation ne dépend guère de la langue. | | | | |
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| mot | | | L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois. | | | | |
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| mot | | | Quand on refuse au modèle et à sa supra-structure, le langage, le rôle créateur de vérités, c'est à dire d'identités, de mesures et de logiques, on devient pyrrhonien, pour qui toute chose est « indifférente, immesurable, indécidable ». Le dialogue moi-réalité n'existe pas ; il fait partie du tétralogue : moi - modèle - langage - réalité (je sais, qu'il n'y a pas de nombre deux dans dialogue, et, par exemple, dans la plupart des dialogues platoniciens figurent plus de deux interlocuteurs). | | | | |
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| mot | | | Que mon mot soit qualifié de dissimulation ou d'authenticité, il restera toujours de l'expression ; modèle à suivre ou modèle à créer, mon visage sera confondu avec mon masque. Sans mes mots, je suis un algorithme muet ou un rythme jamais exécuté par un instrument. Si les mots ne font que masquer l'homme, l'en débarrasser, c'est le réduire à une momie. | | | | |
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| mot | | | L'intelligence la plus profonde consiste à savoir naviguer au milieu des modèles, sans me laisser dominer par des courants langagiers ; ce sont ces courants, dans lesquels se noient la plupart des jargonautes ontologiques. Mais l'intelligence la plus haute est dans l'art des voiles sachant se servir du souffle de la langue, maîtriser le cap orphique de moi-même et lire les cartes de mes modèles stellaires. | | | | |
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| mot | | | Le summum de l'intelligence artificielle sera atteint, lorsque sera créé un modèle du monde, dans un langage logique universel comprenant un noyau déductif et abductif, avec l'ensemble de ses relations syntaxico - sémantico - pragmatiques, et dont les langues vivantes seraient interfaces. | | | | |
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| mot | | | La langue a un double rapport : à l'art et au savoir, d'où ses deux manifestations - le style et la quête. Elle est active et créatrice, sur la première facette, passive et subordonnée - sur la seconde. La représentation, implicite ou fantomatique, fait que la langue touche au réel toujours à travers le voile des concepts ou images, qui, à leur tour, en attendent l'écho : « La connaissance pressent la langue, comme la langue se souvient de la connaissance »** - Hölderlin - « Wie die Erkenntniß die Sprache ahndet, so erinnert sich die Sprache der Erkenntniß ». | | | | |
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| mot | | | Il manque au français le mot Erkenntnis, qu'on traduit, faute de mieux, par connaissance, tandis qu'il s'y agit de quelque chose, qui est, à la fois, le processus et le résultat d'un acte primordial : le passage d'un inconnu vers le domaine du connu, au moyen d'une unification d'arbres (requête vs représentation), qui précède le concept même d'égalité, sans parler de celui de choses égales. Ce n'est pas l'égalité qui est câblée en nous, mais le mécanisme d'unification. | | | | |
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| mot | | | Dans les tâches intellectuelles, le mot a deux fonctions radicalement divergentes : exprimer la forme-style ou rendre le fond-pensée. La mémoire ne garde que la seconde facette ; l'absorption de la première ne laisse que le plaisir. Dans le résumé du fond, il ne doit plus rester de mots, tout doit être traduit en concepts ; la survivance des mots y serait signe d'un discours creux, verbeux. Avec la plus belle des formes, c'est l'inverse qui se produit : ne reste que le mot élevé au grade d'image. | | | | |
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| mot | | | Une langue, c'est une forme qui se plaque sur un contenu ; sa forme, c'est sa grammaire (syntaxe et morphologie) et son vocabulaire auxiliaire (lexique logique et utilitaire) ; le contenu (strictement parlant, - hors de la langue), c'est le modèle (objets et relations) auquel elle est superposée. Sans le modèle - pas de signification de mots, et même pas de mots. | | | | |
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| mot | | | Strictement parlant, les seuls mots du vocabulaire à avoir un sens (indépendamment de la représentation sous-jacente) sont les mots auxiliaires de la logique (les concepts logiques sont les mêmes pour toutes les langues, mais leurs traductions portent des traces grammaticales et morphologiques de chaque langue particulière). Ces mots reflètent les négations, les quantificateurs, les déterminants, les connecteurs, les modalités. Chaque langue a, en plus, une hiérarchie spatio-temporelle implicite de ces constantes méta-logiques, sous forme des priorités dans l'analyse et la transformation des phrases en propositions (distribution de parenthèses). | | | | |
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| mot | | | La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Les mots exprimant la modalité (par laquelle un sujet formule sa vision des objets – hypothèses, intentions, mémoire, connaissances), sans avoir un sens sémantique propre, ont un méta-sens, sous forme de mondes hypothétiques, éventuellement incompatibles avec les mondes avérés ou validés. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens. | | | | |
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| mot | | | Le dualisme cartésien réduisant le monde soit à l'âme soit à la matière, infligea une grande injustice à la langue, qu'il classa parmi la matière (les philosophes analytiques, pour réparer les dégâts, tombèrent dans une hérésie encore plus grave). Or, l'âme qui conçoit et l'âme qui exprime, l'esprit et le goût, le modèle ou la quête, ce sont deux facultés si différentes et si autonomes, que la sainte triade, réalité - modèle - langage, s'impose. D'ailleurs, Descartes voit dans l'homme non pas une dualité, mais une triade, puisque les sens n'appartiennent ni à l'âme ni au corps, mais à leur fusion inextricable. | | | | |
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| mot | | | Hölderlin et Heidegger ont tort d'opposer le pathos sacré de la quête grecque à la sobriété junonienne du don de représentation - ce sont deux dons incomparables, l'un artistique et l'autre intellectuel, l'un langagier et l'autre conceptuel. Nietzsche trouve une opposition plus juste entre deux types d'art, entre deux genres de pathos : Apollon et Dionysos (ou Raphaël et Michel-Ange). | | | | |
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| mot | | | Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours. | | | | |
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| mot | | | La vie se compose d'empreintes et de rêves. L'évoquer dans un langage est également ardu, mais la difficulté de la seconde tâche est qu'il faille s'interdire l'usage de miroirs, tandis que la première est toute de miroirs. L'artisanat de l'axe et l'art du levier. | | | | |
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| mot | | | Le mot poétique se détache des choses et tend à devenir pure relation (non pas une couleur, mais une transition d'une gamme - Mallarmé) ; la poésie est algèbre des frissons, dont la philosophie est analyse. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité on trouve les visages, dans la représentation – les rôles, dans le langage – les masques. Le bon écrivain est un dramaturge, sachant choisir son genre, son drame et sa scène, mais il doit se résigner à ne manipuler que les masques, tout en songeant aux visages. | | | | |
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| mot | | | L'émerveillement devant la réalité et la langue, toutes les deux inépuisables : l'infinité de concepts qu'on pourrait bâtir (la représentation) au-dessus d'un nombre fini de mots, qui couvrent une partie du réel, l'infinité d'images qu'on pourrait créer (l'interprétation) au-dessus d'un nombre fini de concepts accessibles à la langue. | | | | |
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| mot | | | Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores). | | | | |
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| mot | | | Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets. | | | | |
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| mot | | | Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens. | | | | |
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| mot | | | Il y a maintes facettes de la réalité, rendues si parfaitement par nos représentations et nos langages, que leur mystère ontique devient inutile et superflu ; mais les meilleures des facettes humaines, où se croisent les émotions, les beautés et les rêves, sont si incompréhensibles et irréproductibles, que le seul but de notre dit devrait y être - faire ressentir l'indicible. | | | | |
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| mot | | | Deux sortes de métaphores : de relation ou d'objet ; dans la première, la relation référencée n'existe pas entre les objets référencés, et c'est par un critère de proximité, propre aux objets, qu'il faut chercher des relations existantes ; dans la seconde, les objets référencés n'existent pas pour la relation référencée, et c'est par un critère de proximité, propre à la relation, qu'il faut chercher des objets existants. Le type de critère de proximité déterminera, s'il s'agit d'une métaphore littéraire ou conceptuelle, d'une poïesis ou d'un logos. | | | | |
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| mot | | | Le signe n'a pas deux (comme disent les structuralistes), mais trois faces : morphème dans la langue, référence d'objet-relation dans le modèle, référent d'espace-temps dans la réalité. | | | | |
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| mot | | | La représentation répond à la question qu'est-ce qu'un tel objet ?Le langage (aussi bien le naturel que l'artificiel) offre des moyens de répondre à la question comment peut-on référencer un tel objet ? C'est ainsi que naissent les métaphores ou les formules logiques. | | | | |
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| mot | | | Le langage : en amont – une représentation, des vérités déclaratives, inconditionnelles, apodictiques, en aval – des requêtes, leur vérité déductible ; le langage est à mi-chemin entre les mystères du désir (libre arbitre) et du sens (liberté), avec la logique au centre. | | | | |
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| mot | | | L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus du réel (les nombres), on bâtit des modèles (les symboles) ; au-dessus des modèles, on bâtit soit des mots (les signes), soit des interprètes (les paradigmes) ; philosopher, c'est reconnaître cette chronologie et cette hiérarchie. | | | | |
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| mot | | | Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle. | | | | |
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| mot | | | Chaque langue a son magnétisme particulier, dû à la civilisation nationale et non pas à la langue elle-même : dans des langues différentes, la référence des mêmes objets et liaisons provoque des ondes esthétiques différentes, ce qui disqualifie toute traduction mot-à-mot. Le plaisir de la forme peut s'émanciper du contenu, ce que n'admet pas Bakhtine : « Hors d'une référence au contenu, la forme ne peut être signifiante au plan esthétique » - « Вне референций на содержание, форма не может быть значимой в эстетическом плане ». | | | | |
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| mot | | | M.Burgin, mon camarade de promotion universitaire, un excellent mathématicien et que je croisais souvent dans les couloirs de la Bibliothèque des Littératures étrangères, est mort. Juste avant de mourir, dans sa villa californienne, il chercha à me joindre, pour parler de notre jeunesse et pour discuter de son pavé de mille pages, The Theory of Knowledge (150$!). Trop tard. Son ouvrage se disqualifie par l’incompréhension de la place du langage dans notre arsenal intellectuel. Les linguistes ignorent la représentation, les logiciens ignorent le langage – d’où leurs logorrhées réciproques lacunaires. | | | | |
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| mot | | | Devant tant de choses le mot manque : alors la chose y manquera aussi, c'est à dire qu'il y manque le relief, le volume ou le poids. Mais la chose peut bien exister sans son étiquette, et l'ivresse sans nom n'est regrettée que par des marchands de flacons. Se saouler d'étiquettes - métier de plume. | | | | |
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| mot | | | Dans l'écriture, il y a deux sortes de fond : les concepts ou les choses. Pour les premiers, les mots servent de choses, et pour les secondes - d'abstractions. Quand le mot, c'est à dire le style, est faible, la chose reste tristement réelle, et l'abstraction - tristement inexistante. Un bel et mystérieux constat : d'un mot inspiré, se moquant aussi bien des concepts que des choses, tout homme de goût parvient à reconstituer et les uns et les autres. | | | | |
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| mot | | | Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère. | | | | |
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| mot | | | La langue et la pensée. Leurs rapports avec le réel et le modèle sont assez proches, mais leurs structures sont fondamentalement différentes : la pensée suit la représentation, c'est à dire des objets et des relations, tandis que la langue s'occupe surtout des chemins d'accès à ces entités, et ces chemins peuvent être très différents dans des langues différentes, les pensées reflétées étant identiques. C'est ainsi que naît un véritable style littéraire - de la subtilité des accès. | | | | |
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| mot | | | Le monde est reflété, toujours partiellement, par nos représentations (presque toujours subjectives). Et le langage n’y apporte presque rien (sauf des éléments stylistiques, littéraires). Les linguistes ne le voient pas : « Le langage reproduit le monde mais en le soumettant à son organisation propre » - É.Benveniste – cette misérable organisation se réduit à une pauvre grammaire dont la structure n’a pas un seul point commun avec le monde. | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | La philosophie n'habite que le langage (et non pas les concepts ou les vérités), puisque la consolation ne peut venir que du langage, et que, pour le philosophe trop réaliste et trop borné, la réalité et la représentation devinrent trop mystérieux ou trop techniques. | | | | |
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| mot | | | À la base de toutes les langues se trouve une grande banalité … ignorée de tous les linguistes : les mots (sons ou morphèmes) ne servent qu'à référencer les objets et les relations. À partir de là - l'histoire forme les grammaires, et les enfants l'apprennent avec une facilité prodigieuse, parce que la référence d'objet ou de relation est un méta-concept inné, a priori, et ce rapport est la seule méta-grammaire universelle que l'apprentissage universel instrumentalise. Les linguistes suivent le chemin inverse ; ce qui est sensé pour une machine est erroné pour l'homme. Des universaux linguistiques (Chomsky) n'existent pas. | | | | |
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| mot | | | La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine. | | | | |
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| mot | | | La philosophie du langage, si galvaudée outre-Atlantique, n'a aucun thème valable ; n'est possible que la poésie du langage, l'étude des déviations tropiques ; le langage a deux faces, l'interne (morphologie, syntaxe, logique, grammaire) et l'externe (associations avec des objets et relations du modèle représentatif) - je n'y vois aucune place pour un regard philosophique. Quant au sens, il se forme déjà au-delà du langage, avec des valeurs de vérité et de substitutions ; et il ne peut pas sortir du psychologisme. | | | | |
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| mot | | | L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Trois facultés si nettement distinctes : la représentation, l'interrogation, l'interprétation – les fonctions synthétique, langagière, analytique ; pourtant, les Anciens employaient le même mot, pour désigner tout cet ensemble – la dialectique. | | | | |
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| mot | | | La langue, ce sont des matériaux de construction, plus les normes de leur résistance ; le discours personnel, c'est l'œuvre d'un architecte, bâtie sur ses représentations, face aux exigences de la réalité ; la langue ne peut avoir de relations algébriques qu'avec des représentations, et donc toute idée d'un isomorphisme quelconque entre la langue et la réalité (Wittgenstein) est une pure absurdité. Et lorsque la langue suit de trop près la représentation, disparaît toute créativité de l'ange et s'installe le mal de la bête : « Le mal radical - la chute du langage dans la représentation »** - Derrida. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'en existe que des métaphores. Toute prétention des Professeurs au contenu indépendant du langage est vaine : « Tout contenu qui est lié à la forme verbale d'un discours n'est pas un contenu philosophique » - Kojève. Mais la valeur des métaphores dépend de la représentation sous-jacente, dans laquelle se retrouvent des concepts, dictés, dans la plupart des cas, par le bon sens et non pas par une science quelconque ; ces concepts sont donc plus près des fantômes intuitifs que des espèces maîtrisées. | | | | |
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| mot | | | On peut entrevoir la place du regard, d'après l'étymologie grecque de ce mot - théa, à l'origine de théorie et de théâtre, - la représentation, conceptuelle ou spectaculaire, étant présente dans les deux et animée par des ombres, venant des scénarios ou des scènes. Chez les Latins, on retrouve le regard jusque dans l'intuition (intueri). | | | | |
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| mot | | | Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation. | | | | |
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| mot | | | Ni la langue, ni, encore moins, la logique ne représentent le monde (comme le pense Wittgenstein) ; elles ne font qu'en interroger des représentations. Le monde, lui, est plein de beau, de bon et de mystérieux ; mais je me demande, si j'habite le même monde que Wittgenstein, pour qui celui-ci est démuni et d'éthique et d'esthétique, et, en plus : « On n'y trouve aucun mystère » - « Das Rätsel gibt es nicht », tout en le sentant à ses frontières. | | | | |
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| mot | | | Finalité sans fin, ce charabia est la traduction officielle en français de la définition kantienne du beau. Joli pour l'oreille et idiot pour la jugeote. « Vorstellung ohne Interesse an seinem Dasein und ohne Begriff – représentation, sans renvoi à la réalité et sans concepts » – une belle définition de la poésie (qu'il ne faut pas généraliser à l'art tout entier) : les concepts naissant de l'expression, cette représentation métaphorique, détachée de la réalité par l'audace du langage. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | Trois avortons de concepts : le non-être, le rien, le néant, nés de l'incapacité de manier la négation, la complémentarité ou l'ensemble vide. La joie des bavards, joie encore plus irresponsable que celle de l'être affirmatif. | | | | |
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| mot | | | Ma vision-compréhension est, en grande partie, un emprunt au patrimoine commun des hommes, mais mon regard, c'est ma vision-création, qui commence par un détachement, par volonté ou par révélation, du monde connu, nommé. Nommer ne fait pas partie des prérogatives du regard (mais référencer, relier des noms avec de bons connecteurs - oui) ; le regard, c'est une projection du verbe sur un modèle du monde. Théorie voulait dire, jadis, - regard. Le regard est réduction de toute observation en introspection. | | | | |
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| mot | | | Trois pseudo-concepts, trois parasites, nous viennent d'un modeste mot aristotélicien d'ousia (nous renvoyant aux espèces ou aux instances, dans la réalité), traduit substance par Boèce, essence - par St-Augustin et être - par Heidegger. Mais c'est le dernier qui est sans doute le plus près de l'original, puisque les substances et les essences appartiennent surtout à la représentation, tandis que, même fantomatique, l'être a partie liée avec la réalité. | | | | |
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| mot | | | Dans une représentation, toute catégorie, projetée sur la réalité ou sur le langage, devient, respectivement, une allégorie ou une tautégorie, c'est à dire qu'aucune homologie ne peut exister entre représentation et réalité et que le langage n'apporte rien à la représentation. | | | | |
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| mot | | | Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent. | | | | |
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| mot | | | Dans une représentation, les substances auraient pu s'appeler s1, s2, …, s857, …, et les relations - r1, r2, …, r964, …, sans qu'aucune trace d'une langue vivante n'y intervienne. La langue enveloppe une représentation déjà prête ; dans le cas d'une langue indo-européenne, les noms s'associent avec les substances, les verbes - avec les relations, les adjectifs et adverbes - avec les valeurs. La grammaire interne achève ce travail, pour permettre de formuler des requêtes logiques du monde modélisé. Dans l'exploration du monde, les propositions sont donc la fin et non pas le début. | | | | |
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| mot | | | On peut juger du sérieux des métaphysiciens, en citant cette perle de leur père : « Il y a identité entre : un homme, homme existant, homme ». Le premier : une variable, s'unifiant avec des instances de l'homme. Le deuxième : ou bien le terme existant est méta-langagier et il s'y agit de la simple existence en tant qu'instance ; ou bien existant est un attribut temporel et il s'agit des instances existantes au moment de la requête : ou bien existant est un attribut booléen et il s'agit des instances, dont cet attribut vaut vrai. Le troisième : une étiquette langagière, collée à la classe correspondante. On est très loin d'une identité. | | | | |
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| mot | | | Il y a des mots-étiquettes, pour narrer en vue des buts, et des mots-métaphores, pour chanter sous la contrainte. Ce qui est sublime, bouleversant et … inexistant ne se livre qu'aux seconds. La poésie est l'art ardu des contraintes. « Rien ne résiste tant à la représentation par le mot, tout en nous étant le plus nécessaire, que les choses, dont l'existence est indémontrable et improbable » - H.Hesse - « Nichts entzieht sich der Darstellung durch Worte so sehr und nichts ist doch notwendiger, als Dinge, deren Existenz weder beweisbar noch wahrscheinlich ist ». | | | | |
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| mot | | | La réalité est époustouflante de perfection, le langage est merveilleux comme système et inépuisable comme outil ; mais on explore la perfection réelle par des outils représentationnels et non pas langagiers ; l'imperfection de ces projections doit être imputée aux modèles et non pas au langage. | | | | |
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| mot | | | Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal. | | | | |
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| mot | | | La phrase conçue ou la phrase perçue – l'expression ou la compréhension. La traduction de désirs en références et l'enchaînement linéaire de celles-ci ; ou la réduction de références aux objets, l'unification de l'arbre supposé du locuteur avec l'arbre explicite de l'entendeur, le sens étant résumé dans l'arbre unifié. Deux processus très différents, deux types de pensée, en émission ou en réception. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | Dans le regard sur les composants de l'homme ou de l'ordinateur - sur l'âme et le corps, res cogitans ou res extensa, le logiciel et le matériel, il y a des parallélismes frappants, mais des divergences ne sont pas moins frappantes, et elles concernent et la représentation de connaissances et l'interprétation de requêtes. Chez l'homme, rien de comparable avec la primauté informatique de la représentation ; tout y est réduit à des (ré)interprétations fulgurantes. Mais dans l'exécution, le contraste est encore plus saisissant : l'équivalent du langage-machine, chez l'homme, semble être un langage de tropes, d'un niveau infiniment supérieur aux langages en logique ou orientés-objets ; les hiérarchies y sont inversées ! L'homme fut poète-né, avant de sombrer dans l'imitation de la machine ! | | | | |
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| mot | | | Si l'âme est dédiée aux ombres, le cœur, lui, est source de lumières. Mais sa lumière passe par quatre prismes radicaux avant de laisser son empreinte langagière : la volonté l'assagit, la raison interroge la volonté, les objets extorquent leurs références, la langue modèle les références. Comment s'étonner, que la bouche ne s'accorde jamais avec le cœur ? « Je hais comme les portes des Enfers celui dont le cœur n'est pas d'accord avec la bouche » - Homère. | | | | |
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| mot | | | Tous les mots que j'écris sont aux autres, mais je ne les colle pas sur les mêmes objets ; toutes les relations que j'invoque sont connues des autres, mais elles ne lient pas les mêmes objets ; et même mes silences ne couvrent pas la même réalité. « Chaque mot se présente, pour moi en tant que locuteur, sous trois aspects : mot neutre, mot d'autrui, mot à moi » - Bakhtine - « Всякое слово существует для говорящего в трёх аспектах : как нейтральное, как чужое и, наконец, как моё ». Le mot doit se référer à la réalité objective (premier aspect), mais, surtout, il est lieu de rencontre dialogique de nos modèles (deux derniers aspects), où se jouent la compréhension et l'expression. | | | | |
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| mot | | | Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique. | | | | |
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| mot | | | Entendre, c'est s'entendre, dans un dialogue à deux, c’est la première fonction du langage. Tandis que la fonction représentative du langage n'est qu'un immense malentendu de ceux qui voient dans le mot l'unique interprète des choses : « C'est en vue de la fonction représentative que le langage est articulé » - Ricœur. Avec ces linguistes, en tombant sur vache, on ne sait jamais si on a affaire à un mot, un concept ou une chose. | | | | |
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| mot | | | Le mot ne représente pas la chose. Le mot est dans le pictural et non pas dans le représentatif. Celui qui le comprend le mieux, c'est le poète : « Le poète considère les mots comme des choses et non comme des signes » - Sartre. Le représentatif se réalise dans des méta-concepts (prénotions antiques ? idées a priori ? contagions des représentations ?), qui sont propres à l'homme, pas à la langue. Le représentatif a trois aspects : structurant - liens spatio-temporels et logiques, descriptif - où l'illusion d'univocité est la plus forte et comportemental - calculs, raisonnements, scénarios. | | | | |
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| mot | | | Pour échapper au prurit du changement, qui finit toujours par nous laisser avec la même chose, il vaut mieux suivre la devise opposée de Quintilien : « La même chose mais autre » - « Eadem sed aliter ». Les angles de vue, les langages, reconnaissent, font et défont les choses, c'est à dire leurs modèles. | | | | |
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| mot | | | Dire, que la langue est un système de signes exprimant des idées, est aussi bête que de dire, que les cordes d'un violon expriment des mélodies - confusion entre l'outil et la fonction. La langue permet de formuler des références, pour accéder aux concepts ; l'idée naît de l'interprétation conceptuelle et non pas langagière. Les idées sont faites pour être communiquées, elles naissent donc du modèle ; l'expression naît de la confrontation entre la langue et le modèle sous-jacent ; le gagnant déterminera si le discours est littéraire ou technique. | | | | |
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| mot | | | Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ». | | | | |
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| mot | | | Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens. | | | | |
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| mot | | | Face à un discours, on a quatre domaines irréductibles : deux espaces nets - la langue et la réalité, et deux sphères vagues - la représentation-interprétation et la sensibilité mentale ; ce qui est net contient le sens, ce qui est vague contient l'expression. | | | | |
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| mot | | | Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle. | | | | |
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| mot | | | Pour les conceptualistes, les noms s'attachent toujours aux objets de la représentation (et jamais – aux choses réelles) ; on n'interroge jamais la réalité, mais ses représentations – d'où des innombrables erreurs des réalistes, de Mill à Husserl, faisant une différence entre jugements et propositions. Les nominalistes, qui renvoient aux relations entre les noms eux-mêmes, font pire. | | | | |
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| mot | | | Un grand paradoxe, dont, à ma connaissance, ne s'aperçut que Valéry : la composante la plus expressive du discours n'est pas de nature langagière ! Les métaphores ne naissent ni dans la langue ni dans les choses mêmes, mais dans le modèle sous-jacent, où l'inévidence ou la subtilité du chemin vers les objets référencés créent des images ou des sensations ; exactement les mêmes signifiants, au-dessus d'un autre modèle ou dans une autre langue, auraient pu ne produire aucun effet tropique. La langue n'offre que des ressources phonétiques, lexicales, morphologiques, syntaxiques, qui, en tant qu'outils, ne suffisent, en général, qu'aux dilettantes. | | | | |
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| mot | | | Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière. | | | | |
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| mot | | | Quand la pensée n'est qu'une structure, la géométrie suffit pour la représenter. Mais lorsqu'elle est un arbre, il faut m'unir à elle par mes propres racines ou ombres, qui poussent ou s'intensifient en mots. N'éclosent que les mots. « J'assiste à l'éclosion de ma pensée » - Rimbaud - réduite au feuillage des mots. La pensée est la fête de l'arbre des mots. Chez l'auteur du Dit d'Igor - la coulée des pensées dessinait un arbre (растекашется мыслию по древу). | | | | |
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| mot | | | Un discours démuni de toute poésie peut se réduire à une représentation ; le mot ne s'émancipe de la représentation sous-jacente que par la musique, qui émane de lui et de son entourage. « Il faut des mots qui ne sont jamais identiquement annulés par une représentation – des mots-musique »*** - Valéry. | | | | |
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| mot | | | La vraie création peut naître de trois efforts disjoints : imaginer de nouvelles représentations, soufflées par le réel ou par l'imaginaire, composer de nouvelles requêtes du monde dans un langage nouveau, formuler de nouvelles interprétations des réponses, que le monde livre à mes requêtes – scientifiques, poètes, philosophes. | | | | |
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| mot | | | À part les constantes morphologiques, les métaphores et les syllogismes, tout discours comprend deux types de référence : des objets et des relations. C'est la piètre qualité de l'élément principal qui pousse les bavards à s'étendre à l'infini : le romancier sent l'indigence intellectuelle de ses objets et compte atteindre une somme respectable, en multipliant le nombre de termes ; le philosophe sent l'indigence logique de ses relations et espère atteindre les derniers chaînons des causalités, en s'accrochant aux abstractions de plus en plus bancales. | | | | |
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| mot | | | Les grammaires s'adaptent aux représentations, et presque jamais l'inverse, comme le pense, pourtant, Nietzsche : « Le plus vieux fonds métaphysique s'est incorporé aux catégories grammaticales » - « Der älteste Bestand von Metaphysik verleibt sich in den grammatischen Kategorien ». Ce fonds, quand il est profond, ne porte presque aucune trace des langues. | | | | |
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| mot | | | Le langage (moins la sonorité et la gesticulation) nous plonge totalement dans un modèle, sans aucun débordement sur la réalité ; dire que « le langage est émergence claire-obscure de l'être » - Heidegger - « die Sprache ist eine lichtend-verbergende Ankunft des Seins » est reconnaître le néant de l'être. À moins que la réalité soit réceptacle de l'étant, l'être ne faisant que résumer le fond avéré du modèle… | | | | |
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| mot | | | Valéry a une vision d'une profondeur vertigineuse : « Les mots ne sont pas dignes de figurer dans mes vrais problèmes et dans mes solutions »*** ! Que le modèle et la réalité s'en chargent et laissent aux mots transitoires le souci du haut mystère inventé ! « Ce n'est ni mot ni regard que je pleure, - je pleure le mystère perdu »*** - Tsvétaeva - « Жаль не слова и не взора - тайны утраченной жаль ». | | | | |
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| mot | | | Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ». | | | | |
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| mot | | | Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation, les images ne sont que des attributs d'objets, comme, d'ailleurs, les noms. C'est l'objet lui-même (faisant partie d'un réseau spatial) qui est la première cible du désir, débouchant sur la pensée (prenant la forme d'un réseau temporel). La première grammaire de la pensée ne serait donc ni iconique ni onomastique ni pragmatique, mais thymique. | | | | |
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| mot | | | L'usage de la langue comprend trois parties : la partie neutre ou plate - la phonétique, le vocabulaire, la grammaire ; la partie profonde, ou philosophique, - le modèle conceptuel, bâti par ses porteurs ; et la partie haute, ou poétique, la plus mystérieuse, informalisable - la nature de la rencontre entre le mot et la chose, entre les sons et le sens. Les plus beaux vers français, russes, allemands, anglais, traduits, mot-à-mot, dans une autre langue, ne sont jamais beaux. Mais les lois scientifiques ne perdent rien dans des traductions littérales. | | | | |
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| mot | | | Les beaux termes de mot et d'idée furent profanés par Adam et Platon ; nommer un objet est banal et créer un concept est trivial ; le mot est une idée, qui est profonde grâce au modèle et haute grâce au langage. | | | | |
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| mot | | | Réalité, modèle, langage - trois espèces aux fécondations croisées imprévisibles. L'une des plus stupéfiantes est l'aventure entre ontos (chose du modèle) et logos (mot du langage) engendrant onto-logie (être de la réalité). | | | | |
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| mot | | | Décrire l'usage d'un clou ou le goût d'un fromage relève des mêmes ressources représentationnelles et langagières que pour décrire l'émoi d'une âme, écoutant une sonate, ou la peine d'un cœur, saisi par une compassion. La distance entre un discours et la réalité correspondante est toujours du même ordre. Il est donc bête d'affirmer, que « les propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur » - Wittgenstein - « Sätze können nichts Höheres ausdrücken », puisque dans l'Inférieur, elles n'ont pas plus de compétences. | | | | |
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| mot | | | Tout message est composé d'un pathos et d'un logos : le premier naît de l'interprétation du mot, le second réside exclusivement dans la représentation sous-jacente. L'écho hautain du soi inconnu, l'œuvre profonde du soi connu ; si je veux m'adresser à Dieu, je dois chercher le pathétique lointain, même au détriment du logique proche. | | | | |
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| mot | | | Tout spécialiste en Intelligence Artificielle sait, qu'au-dessus d'une représentation il n'y a pas un seul, mais bien deux langages : langage d'une pure logique, proche des langages de programmation (prédicats déduisant des classes d'objets, des liens sémantiques, des valeurs d'attributs), et langage (pseudo-)naturel (tournures de phrases, associées aux relations). Tout n'est que rigueur dans le premier ; le second admet des tropes, des styles, des ambigüités. Mais toute grammaire naturelle s'inspire de la grammaire artificielle, pure, universelle et logique (structures profonde et surfacique de Chomsky). | | | | |
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| mot | | | Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres. | | | | |
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| mot | | | Unités sémantiques : ce ne sont ni les mots ni les phrases ni les discours, mais les références d'objets et de relations (donc, nous renvoyant à la représentation sous-jacente), regroupées en formules logiques (donc, dans le langage lui-même, puisque la logique fait partie du langage). | | | | |
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| mot | | | Le choix du mot découle de la tonalité verticale, que je cherche à imprimer à mon discours, tandis que le choix de l'idée en est dicté par l'angle de vue horizontal. Il est donc faux de penser que « notre esprit est ainsi fait que la formation d'un concept et l'évocation d'un mot sont un seul et même acte » - J.Benda. Il n'y aurait ni artistes du mot ni imbéciles du concept, si c'était vrai. L'intelligence manie les concepts, le goût (en couleurs, en hauteur, en intensité) arrange les mots. Et toutes les combinaisons de ses deux types d'énergie sont possibles. Le concept le plus subtil se passe de mot, mais aucun mot ne peut se passer de concept ; quand on ne le comprend pas, on dit : « De ce qui est soustrait à la langue, il ne peut y avoir de concept, ni de pensée » - Badiou. | | | | |
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| mot | | | Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - « Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles. | | | | |
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| mot | | | La hiérarchie ascendante des stades de puissance du mot : étiquette, image, sensation – fait, tableau, musique. Ce qui est grave, ce n'est pas qu'on ne trouve chez Sartre aucun salaud, ne sente pas la proximité d'un enfer, n'éprouve aucune nausée, mais que leurs représentations n'ébauchent même pas un chemin qui conduirait à ces sensations, on reste dans les étiquettes désincarnées. Et ni profondeur de l'être ni hauteur du devenir n'apportent d'épaisseur à la platitude de sa logorrhée sur le néant. | | | | |
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| mot | | | Socrate, maître de Platon, l'Athénien ayant bu la cigüe, l'ami d'Aristote lui étant moins cher que la vérité – ce sont des références d'objets. Dépendre de, reposer sur, se fier à – ce sont des références de relations. Des combinaisons de ces deux types de référence, munies de connecteurs logiques et syntaxiquement correctes, forment des propositions. Tout y est limpide, à comparer avec des groupes verbaux ou nominaux des linguistes ou avec des combinaisons de représentations et de concepts (Hegel) des philosophes. Les premiers ne voient même pas les représentations, et les seconds placent celles-ci déjà, prématurément, dans le langage. Mais en projetant sur l'indo-européen le mécanisme universel de références : « La proposition (le logos) se forme, en entrelaçant les verbes avec les noms »** - Platon rend bien la fonction première du langage. | | | | |
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| mot | | | Le langage exprime nos faits, nos idées ou nos états d'âme ; l’expression se convertit en représentation ; le sens de la représentation renvoie à la réalité. « Le langage est une transition, qui doit se réaliser d'abord en représentation et en dernière instance, en perception complète des choses mêmes »*** - Valéry - c’est la représentation qui est la transition entre le langage et la réalité. | | | | |
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| mot | | | Pour interroger nos modèles, nous avons deux langages : le premier, pour requêter l'aspect syntaxique (connaissances aprioriques), ne faisant même pas partie de la langue naturelle, et le deuxième, celui des propositions en langue naturelle, pour sonder la sémantique ou préparer la pragmatique. Dans le premier, l'homme dispose d'une véritable bibliothèque de requêtes prédéfinies, commune pour toutes les langues et semblable à ce qu'on trouve dans des langages informatiques. | | | | |
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| mot | | | J'ai une tendresse particulière pour l'initiale I (même si Rimbaud se trompa de sa couleur – elle est bleue et non pas rouge), elle forme l'anneau de la création : idée, icône, idole (que la mauvaise hiérarchie platonicienne associait à Dieu, à l'artisan, à l'artiste). Tous en créent, mais seul l'artiste rend l'idée – palpitante, l'icône – vivifiante, l'idole – sacrée. Dieu nous munit d'instruments, pour les représenter, et d'organes, pour les interpréter. | | | | |
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| mot | | | Avant d'évaluer un discours, il faut en fixer le but : intellectuel ou artistique, conceptuel ou langagier. Après son interprétation adaptée, il ne doit te rester que des métaphores et des renvois aux représentations. S'il n'y a plus de métaphores, c'est que le discours n'est ni poétique ni philosophique, il serait de la science ou du bavardage. Si aucune subtile représentation n'en ressort, c'est que le discours est irresponsable, il ne serait ni philosophique ni intellectuel, il serait de la poésie ou du bavardage. | | | | |
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| mot | | | Le langage, en tant que domaine, n'est pas plus énigmatique que la mécanique ; toutes leurs faces sont accessibles. En tant qu'instrument, il est une interface entre le modèle et l'homme, pour mieux appréhender la réalité. Les sommets et les gouffres, mathématiques ou poétiques, appartiennent au modèle ; le langage y apporte de la musique, qui ignore la profondeur et n'exprime que la hauteur. La partie commune et à la musique et à l'algèbre ne peut être que de l'algèbre, c'est à dire de la grammaire. Le langage est un outil d'entretien de l'arbre, pour manier les paraboles du grain, les hyperboles des floraisons, les ellipses des ramages. | | | | |
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| mot | | | La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé. | | | | |
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| mot | | | Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle. | | | | |
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| mot | | | Le mot peut être vu sous deux angles : linguistique et instrumental. Dans le premier cas, il fait partie d'un vocabulaire, sans aucun autre élément de structuration que la morphologie et la syntaxe. Dans le second cas, il est étiquette d'un concept, faisant partie d'un vaste réseau sémantique. Dans le premier cas, le vocabulaire comprend des unités lexicales, prenant en compte la logique : les déterminants, les connecteurs, la négation, les quantificateurs. Dans le second cas, parmi les mots figurent des variables, des méta-concepts : les classes, les liens syntaxiques, les attributs, les passerelles tropiques ; certains verbes, être, avoir, verbes modaux, reflètent la sémantique du sujet ou des liens pré-câblés. Cette vision, parfaitement bien comprise par St-Augustin, est complètement ignorée par nos contemporains. | | | | |
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| mot | | | Le langage peut être vu sous trois angles : l’instrumental (attachement à la représentation), le grammatical (structures internes), le métaphorique (partant de la représentation sous-jacente) – le libre arbitre, les contraintes, la liberté. | | | | |
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| mot | | | Plus on cerne les attachements subtils du mot aux concepts, mieux il se prête aux interprétations métaphoriques : « Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin » - W.Benjamin - « Je näher man ein Wort ansieht, desto ferner blickt es zurück ». | | | | |
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| mot | | | L'affligeante cécité des philosophes du langage, qui voient l'unité sémantique de base dans le mot, la phrase ou le discours. Chez les linguistes, c'est encore plus bête – les groupes verbaux ou nominaux. Seule la philosophie comparée, pratiquée par des polyglottes, désigne les références d'objet ou de relations comme entités, suivant immédiatement les appels infra-langagiers. | | | | |
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| mot | | | Notre conception du monde, c’est-à-dire la représentation, le langage, l’interprétation, se construit dans cette chronologie : A. les connaissances aprioriques se représentent ou s’implémentent ; 1. les relations spatio-temporelles (anthropomorphiques), 2. la hiérarchie (anthropomorphique) des classes, 3. la logique (universelle) ; B. la langue maternelle s’adapte aux représentations et se prête aux interprétations : 1. une grammaire de la langue maternelle se câble dans le cerveau, 2. son lexique s’enrichit et 3. la mémoire fixe se remplit. Mais si les grammaires nouvelles s’intériorisent, comme la première, dans une mémoire magique, les lexiques nouveaux restent hors de nous, sauf quelques cas invraisemblables de polyglottes surdoués, auxquels le Créateur ne pensa guère. | | | | |
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| mot | | | Quand on prend la nécessité éthique (le devoir, dans la réalité) pour nécessité logique (l’effet inévitable, dans la représentation), on est piètre logicien, piètre linguiste et piètre philosophe, en proclamant, docte : la liberté est une nécessité consciente (Hegel) ou la nécessité est un fruit de la liberté (Berdiaev). | | | | |
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| mot | | | Deux genres de maîtrise d’une langue : en tant qu’une couche au-dessus d’une représentation (fonction instrumentale – l’intelligence, le savoir) et en tant qu’une harmonie entre le son et le sens (fonction créatrice – la musique, la poésie). C’est dans ce sens qu’il faut comprendre Nabokov : « Toute grande littérature a pour demeure la langue et non pas les idées » - « Всякая великая литература - это феномен языка, а не идей ». Le philosophe doit maîtriser ces deux fonctions, c’est pourquoi Nabokov fut poète et nullement philosophe. | | | | |
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| mot | | | Les paradigmes cognitifs – classes, relations, événements, modalités, hypothèses, scénarios – déterminent et les représentations et les interprétations de toutes les sphères de la réalité. La langue naturelle possède une grammaire générale, indépendante de ces sphères, mais elle s’adapte à chaque sphère par un lexique, des tournures verbales, et l’interprétation de cette version langagière dépend, syntaxiquement, de la grammaire et, sémantiquement, – de la représentation de cette sphère. Ainsi, l’organisation des connaissances d’une sphère ne dépend presque pas du langage, et presque exclusivement – de la représentation. J.Derrida a tort : « Le langage est la structure des structures ». | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation conceptuelle, les objets, les attributs et les liens s’attachent aux concepts naturels. Un trope est un déplacement de points d’attache, rendant l’accès aux objets moins direct, plus expressif, et donc plus subtil et plus personnalisé. | | | | |
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| mot | | | Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique. | | | | |
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| mot | | | Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique. | | | | |
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| mot | | | Les rapports entre le langage, la représentation et la réalité : dans le discours, la volonté du sujet vise la réalité, mais l’outil du sujet, le langage, traduit cette volonté en références d’objets qui font partie d’une représentation. Le même discours, proféré par deux sujets différents, peut viser la même réalité, mais leurs représentations ne sont jamais identiques. De plus, leurs outils d’interprétation sont toujours différents. Donc, si nous ignorons le sujet d’un discours, ses symboles linguistiques ne renvoient à aucun contenu représentatif objectif, contrairement à ce qu’en pense Hegel : « Le symbole est un signe, dont l’extériorité comprend déjà le contenu de la représentation » - « Das Symbol ist ein Zeichen, welches in seiner Äußerlichkeit zugleich den Inhalt der Vorstellung in sich selbst befaßt ». | | | | |
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| mot | | | Le sort comique du mot absolu, dans la philosophie européenne (ein Kabinettstück für Philosophieprofessoren - Schopenhauer). Pauvre Dieu spinoziste, enseveli sous une double couche d’absurdités – substance absolue. Pauvre savoir absolu Kant, réduit à ce qui est inconditionnel (inexistant dans la représentation, ce seul support de tout savoir), au savoir apriorique, dont la formule 5 + 7 = 12 exprime la quintessence. C’est de la misère, mais avec Hegel ce sera de l’indigence. | | | | |
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| mot | | | La grammaire spécifie les moyens syntaxiques de produire les références légitimes d’objets – c’est tout ! C’est cette notion de référence d’objets qui est commune à toutes les langues et qui est le véritable pivot langagier de la communication, et qui permet une compréhension foudroyante et satisfaisante des discours, même uniques, originaux, jamais produits au passé. Mais cette compréhension est toujours particulière, jamais universelle, ce qui suppose des représentations individuées et dévalue toute la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité. | | | | |
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| mot | | | Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | La langue est collective, et les représentations sont individuelles. Et puisque la langue s’attache aux représentations, tout mot a autant de significations qu’il y a d’hommes porteurs de la langue. | | | | |
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| mot | | | La qualité d’une pensée dépend fortement de la délicatesse des chemins d’accès aux objets qu’une langue permet. Mais la structure représentationnelle influe sur la structure de la pensée (comme sur notre image de la réalité) beaucoup plus que la structure langagière (totalement étrangère à la réalité). Et Chomsky, comme tous les philosophes analytiques, a tort : « La structure linguistique détermine non seulement la pensée, mais la réalité même » - « The structure of language determines not only thought, but reality itself ». | | | | |
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| mot | | | Tous les philosophes sont persuadés que c’est le langage (et non pas les concepts extra-langagiers) qui représente le monde. « La parole, c'est la représentation et la présentation du réel et de l'irréel » - Heidegger - « Sprechen ist ein Vorstellen und Darstellen des Wirklichen und Unwirklichen ». Mais le langage ne fait que référencer les objets, réels ou irréels, qui sont déjà présents sous une forme mentale et non langagière. Parler, c'est évoquer, indiquer, signaler, viser, attirer, orienter, focaliser, et non - représenter. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, ce qui compte, ce ne sont pas tellement les vaches réelles que les modèles et instances de vache, ces concepts (les êtres en puissance ou en acte), que Platon appelle idées, et auxquels il accorde, curieusement, plus de réalité qu'à la réalité elle-même ; mais ces idées ne nous sont pas données a priori, mais sont créées par le discoureur et où une solide dose de libre arbitre est évidente ; la précédence des idées est une chimère. | | | | |
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| mot | | | Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents. | | | | |
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| mot | | | Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières. | | | | |
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| mot | | | Chacun de nous dispose de deux couches de représentations : celles de surface (la terre est ronde) et celles de fond (je suis capable de prouver que la terre est ronde). Comment entendons-nous le discours d’autrui ? On a beau partager une même grammaire, nos représentations sont toujours différentes – en profondeur ! Le plus souvent, la compréhension n’est que superficielle. | | | | |
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| mot | | | L’examen d’un discours a deux objectifs : sa compréhension (dans la représentation) et son application (à la réalité). Dans le discours il y a surtout des références d’objets et de relations (des perspectives de Chomsky) de la représentation, références qu’explicite l’interprétation. L’application à la réalité comprend le résumé du sens, la formulation des actions à envisager, la prise de décision, le passage à l’acte. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise de la philosophie analytique se bâtit au-dessus d’une vision naïve du mot, ou, plus précisément de son sens. Inconscients de la place de la représentation et imaginant que celle-ci se fabrique par le langage lui-même, ces philosophes croient que le sens du mot est connu d’après la définition d’un vocabulaire, et qu’il n’admette des variations que diachroniquement. Ils ne comprennent pas que l’aspect synchronique est beaucoup plus important, et que les différences de sens, chez les acteurs différents, ont de multiples raisons : différences des représentations, des savoirs, des logiques. Aucune analyse du langage ne peut se substituer à la métaphysique représentative. | | | | |
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| mot | | | Les tenants du tournant linguistique en philosophie comprirent bien le rôle de la réflexion sur le langage : « Les problèmes philosophiques peuvent être résolus par une réforme du langage » - R.Rorty - « Philosophical problems can be solved by reforming language ». - mais ils ne comprirent pas, que cette réflexion est, en soi, un problème philosophique, qui n’en résout aucun autre (parmi ceux que l’école échafauda, d’Aristote à Heidegger). Le fondement de cette réflexion devait consister dans la reconnaissance du rôle intermédiaire du langage entre la représentation et la réalité, que les pragmatiques ignorent, comme ils ignorent le côté poétique et du langage (le style) et de la philosophie (la consolation comme son second objet principal). | | | | |
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| mot | | | La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain. | | | | |
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| mot | | | L’analyse d’une phrase débouche sur trois résultats : une formule logique (toute langue comprend les mécanismes de prise en compte de la logique formelle), une structure linguistique (générée par la grammaire), une signification (après l’interprétation, dans le contexte d’une représentation conceptuelle). Deux choses à en retirer : les structures linguistiques n’ont pas grand-chose à voir avec la représentation et encore moins avec la réalité ; en dehors de la représentation, la phrase n’a aucun sens. Ni linguistes ni structuralistes ne le comprirent. Ils s’imaginent que l’architecture d’une culture est similaire à celle du langage. Ce sont les structures conceptuelles, et non langagières, qui sont communes à toutes les sphères de connaissances. | | | | |
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| mot | | | L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits. | | | | |
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| mot | | | Même au stade pré-langagier, on peut dire, que la pensée est là, si les intentions suivantes sont spécifiées : type d’opération (requête ou ordre), objets et relations visés (même intuitivement), structure logique (connecteurs, négations, quantificateurs). L’appel au langage proprement dit consiste en : spécification des références langagières d’objets et relations, références trouvées dans la représentation ; traduction des éléments logiques en leurs implémentations langagières. Enfin, l’interprétation de la pensée relève de l’interprète langagier, s’appuyant sur la représentation sous-jacente. Et Unamuno a tort : « La langue n’est pas une enveloppe de la pensée, elle est la pensée même » - « La lengua no es la envoltura del pensamiento, es el pensamiento mismo ». | | | | |
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| mot | | | Wittgenstein ne comprend rien au langage : « La proposition est un reflet de la réalité ; la proposition montre son sens » - « Der Satz ist ein Bild der Wirklichkeit. Der Satz zeigt seinen Sinn ». La proposition est énoncée par un sujet et interprétée par un autre ; ces sujets ont des représentations différentes et donc mettent ou extraient des sens différents de la proposition. La proposition ne montre qu’une structure grammaticale, sans rien de conceptuel ; et le conceptuel est le seul accès au réel. | | | | |
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| mot | | | Les mots d’un discours renvoient soit aux objets soit aux relations ; quand les objets y sont consensuellement (dans l’usage) associés aux relations, tous les mots y sont rationnels. La poésie, en invoquant des relations irrationnelles, permet d’entr’ouvrir le mystère divin irrationnel. | | | | |
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| mot | | | Le sens des mots dépend du contexte, c’est-à-dire de la représentation d’un domaine réel. L’ennui, avec les maximes, c’est que la présentation de ce domaine est une tâche ingrate et fastidieuse ; les citations, que j’y glisse, pallient à cette carence anti-poétique. Mais au lieu de servir de source d’autorité, elles ne servent que de jalons pré-langagiers, de contraintes, réduisant le champ de vue de la lecture. | | | | |
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| mot | | | Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne. | | | | |
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| mot | | | La misérable philosophie du langage (cet avorton du tournant linguistique, avec son frère paralytique, la philosophie de l’esprit) se moque des représentations, qui, soi disant, auraient été prônées, naïvement, par Platon et Aristote (qui, il faut le souligner, ne comprenaient rien dans les fonctions du langage) et qu’il fallait dépasser. À ma connaissance, le seul philosophe, qui voyait nettement les rapports entre langage et représentations a été Valéry. | | | | |
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| mot | | | Est intellectuel celui qui maîtrise différents langages, reflétant la même réalité (un scientifique, pour tester des hypothèses, ou un artiste, pour exprimer des intonations). Il ne change pas tant d’avis, il change, plutôt, de représentation et donc de langage. | | | | |
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| mot | | | Une tâche linguistique banale – la représentation du langage ; une tâche cognitive profonde – le langage des représentations. | | | | |
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| mot | | | Dans les représentations conceptuelles, on retrouve de très nets parallèles avec les trois facettes du langage – la syntaxique, la sémantique, la pragmatique. Mais l’usage du langage en permet d’infinis écarts rhétoriques, stylistiques, fantaisistes, que la représentation ne prend pas en compte, et que seule l’interprétation littéraire des propositions, allant au-delà des formules logiques, dégage sous la forme des métaphores. La métaphore n’est possible que grâce aux lacunes des représentations. | | | | |
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| mot | | | Par ses représentations, l’Intelligence Artificielle crée une espèce de Langage Universel, auquel peuvent s’attacher des langues naturelles. Celles-ci n’ont rien à voir avec les lois de la Nature, tandis que Celui-là les complète. C’est de Celui-là que parle Chomsky : « La langue est quelque chose du genre de flocon de neige, prenant sa forme selon les lois de la nature » - « Language is something like a snowflake, assuming its particular form by virtue of laws of nature ». | | | | |
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| mot | | | On se sert du terme d’événement aussi bien dans la réalité que dans les représentations. Dans celles-ci, l’événement est ce qui modifie les faits, qui admettent toujours une enveloppe langagière presque consensuelle. Mais dans la réalité, l’événement modifie surtout les états mentaux des hommes, et aucun langage ne peut les rendre, ni fidèlement ni uniquement, d’où la domination du langage poétique, du langage de l’âme, aux premiers stades de la culture. Toutefois, avec la robotisation des mentalités, les états mentaux s’uniformisent, et le langage commun, pauvre et prosaïque, suffit désormais pour décrire la vie intérieure des hommes sans âme. | | | | |
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| mot | | | Toute phrase référence un réseau d’objets, que, métaphoriquement, j’appelle arbre. « Les mots sont des nœuds d’un réseau, que nous projetons sur le monde »** - Morgenstern - « Die Worte sind Knoten eines Netzes, das wir über die Welt werfen ». Seulement, avant de joindre le monde et acquérir un sens, ce réseau, ou ce filet, attrape des poissons d’une représentation ; sans réussite de cette pêche – pas de sens, pas d’écho du monde. | | | | |
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| mot | | | Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme. | | | | |
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| mot | | | Le mot, séparé de la représentation sous-jacente, n’est rien ; donc, le poète et le philosophe partent de rien : le poète, obsédé par la musique, peut se passer de cette représentation ; le philosophe en est, le plus souvent incapable, ce qui engendre une logorrhée insipide, ampoulée et irresponsable – derrière leurs jeux de langage se profile un vide. | | | | |
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| mot | | | La représentation est un art que maîtrisent surtout les scientifiques et les philosophes ; ceux qui ne se rendent pas compte de la place capitale de cette activité, voient une coupure entre les mots et les choses, tandis que le mot passe toujours par une représentation, avant de s’attaquer aux choses, un passage harmonieux, avec deux étapes d’interprétation. | | | | |
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| mot | | | La langue n’est qu’un attouchement, une blessure ou une caresse du corps de la pensée qui est la représentation sous-jacente ; elle n’a rien de vivant, tout en réveillant les plus vives des sensations. Pour les ignares : « La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons » - Hegel - « Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte ». La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse. Mais les sens s'éveillent en moi ; les objets et les liens sémantiques entre eux, visés par les sens, sont, la plupart du temps, dans la représentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, relèvent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces élans, ces tentatives d'accès à l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pensées naissent et s'impriment hors la langue. | | | | |
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| mot | | | Ma rencontre terminologique amusante avec Valéry : lui, en apprenti-algébriste, il use trop (et en abuse toujours) du terme de groupe ; chez moi, déferle partout le terme de représentation (de connaissances). Et dire que moi, étudiant, je me spécialisais en représentations de groupes (au sens algébrique). | | | | |
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| mot | | | L’analyse de toute phrase correcte en langue naturelle aboutit à une formule logique. Dans les phrases suffisamment complexes on trouve presque toujours des variables implicites, aux valeurs indéterminées et donc, au départ, vagues. Aucun logicien, sans parler de linguistes, n’est capable de traiter rigoureusement la négation (syntaxique et sémantique), puisque même dans les cas simples la pré-existence d’une représentation conceptuelle est indispensable, ce qui échappe à ces scientifiques. Pourtant, l’un des plus célèbres affirme : « En logique, il ne peut pas y avoir quelque chose de vague » - Wittgenstein - « Eine Vagheit in der Logik kann es nicht geben ». | | | | |
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| mot | | | Si l’on ne disposait pas d’une représentation conceptuelle de la réalité, les mots n’auraient aucun sens et ne serviraient qu’à nommer les objets et les relations réels ; avec une représentation sous-jacente, le sens des mots serait celui du concept associé (acteurs, structures, propriétés, logiques). | | | | |
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| mot | | | Ce qui, dans une langue, est commun, collectif, ce sont sa grammaire et son vocabulaire passif (sans définitions, sans référence à un domaine de représentation). Ce qui rend ce vocabulaire actif, c’est l’attachement de mots et de tournures phraséologiques à une représentation particulière, ce qui crée un langage particulier, et ce qui rend la plupart de vérités (surgissant au sein d’un langage) – particulières et non pas générales. | | | | |
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| mot | | | Les langages peuvent être naturels (les langues nationales) ou artificiels (les langages technico-scientifiques ou artistiques). Le langage artificiel de nos réflexions s’appelle représentation ; le langage artificiel de la création, adressée à l’esprit, c’est la technique rationnelle d’un art, avec une seule exception – la musique, adressée directement à l’âme, et qui est peut-être le langage artificiel de nos sensations. | | | | |
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| mot | | | La représentation produit des concepts, le langage, visant la réalité, les transforme en modes d’emploi et celui du rêve les traduit en mythes. | | | | |
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| mot | | | Celui qui est incapable de définir un mot, c’est-à-dire de l’attacher à un concept de la représentation, est incapable de formuler des idées non plus. Il est condamné au bavardage décousu. | | | | |
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| mot | | | On aurait dû avoir trois mots différents à la place du verbe exister, appliqué à la réalité, au modèle et au discours. Dans la réalité, comme nous le savons depuis Descartes, n'existent que des combinaisons d'atomes, res extensa (instances des classes physiques, chimiques et biologiques), et des manifestations de l'esprit, res cogitans (sujets qui créent, représentent et interprètent). La phusis et le logos, un couple, où le genre en dit long sur le rôle du géniteur respectif, et dont les définitions ne vont pas au-delà de : « What is mind ? No matter. What is matter ? Never mind. ». Dans le modèle existent des objets ; dans le discours existent des références d'objets renvoyant, par substitutions, aux objets du modèle. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise du tournant linguistique consiste dans l’oubli de la place de la représentation : « Les mots de la langue désignent les objets réels » - Wittgenstein - « Die Wörter der Sprache benennen Gegenstände ». Les mots désignent (ou plutôt référencent) les concepts d’une représentation ; l’objet réel est le même pour tous, le concept ne l’est jamais. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui ne voient que la réalité et le langage et ignorent (ce qui est) la représentation admirent la sentence : tout objet est identique à lui-même. Il est clair que le sens de cette affirmation (comme de toute autre) est formel et non pas réel, mais rien de formel ne peut se passer d’une représentation, dans laquelle l’accès à l’objet (au concept) admet une infinité de références langagières, et le chemin d’accès fait partie du sens. Donc, tout en accédant au même objet formel (et à son ‘original’ réel), le sens qu’on attribuera à cet objet serait différent, pour les accès différents. Strictement parlant, en visant le même objet de la représentation (et de la réalité), mais avec deux chemins d’accès différents, nous obtenons deux objets différents. | | | | |
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| mot | | | L’abêtissement de la philosophie par le piteux tournant linguistique prouve que les Anciens furent plus profonds, en mettant l’ontologie, et donc la représentation, au centre de leur attention. Cet abêtissement frappa le vieux Wittgenstein, qui, jeune, adopta une démarche ontologique, proche de celle d’Aristote, mais, vieux, sombra dans une lamentable anthropologie des jeux de langage, jeux si appréciés par les plus bêtes des Anglo-Saxons. | | | | |
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| mot | | | Ils réduisent le sens d’un mot à ses usages, donc à l’aspect pragmatique. C’est une approximation trop naïve, car le nombre des usages possibles d’un mot est infini. Le mot n’acquiert un sens que dans un usage donné, c’est-à-dire dans une phrase faisant partie d’un discours ; ce sens est donc une réduction du sens du concept (associé au mot, dans une représentation) au contexte donné. | | | | |
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| mot | | | L'intellect (la raison outillée pour des finalités) pénètre trois couches : les sentiments, les concepts, les mots, où l'outil sollicite, respectivement, l'âme, l'esprit ou la métaphore. Si la science fait tout aboutir aux concepts, la philosophie (ou ses vassaux - la littérature ou la religion) trace deux parcours opposés : des mots aux sentiments – pour consoler, ou des sentiments aux mots – pour affirmer son intelligence, son goût ou son talent. | | | | |
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| mot | | | Le Logos johannique pourrait se traduire par entendement (Tolstoï), ce qui est déjà au-delà non seulement du Verbe (collé directement à la représentation) mais aussi de la phrase (qui n’est qu’une requête langagière, loin du sens conceptuel). L’entendement est dans l’interprétation, aboutissant au Sens, - trop d’étapes pour prétendre d’être aux origines. « Au Commencement était le Verbe, et à la Fin – la Phrase » - S.Lec. Et puisqu’il n’y avait rien à représenter, au Commencement était, peut-être, l’idée (le dessein divin) de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Bon discours, poétique ou philosophique : le verbal (explicite) renvoyant au conceptuel (implicite). Mauvais, anti-poétique et professoresque : le verbal sans attaches échafaudant le conceptuel gratuit et ad hoc. Le verbal sans contre-partie conceptuelle est du faux-monnayage. | | | | |
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| mot | | | La représentation imprime des concepts et dessine des structures ; la langue exprime des idées et peint des sentiments. Même si la langue repose sur la représentation, ces deux milieux sont incompatibles, bien que confondus par tous les philosophes. | | | | |
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| mot | | | Pour définir le sens d’une phrase, il faut se rendre compte de faits suivants : 1. la logique fait partie de toute langue naturelle ; 2. une phrase consiste en références d’objets et de relations d’objets, références faisant appel aux moyens lexicaux et syntaxiques de la logique ; 3. on a toujours un locuteur et un destinataire, chacun avec ses moyens de représentation et d’interprétation ; 4. la phrase se réduit à une formule logique dans la représentation du personnage respectif ; 5. le sens de la phrase, c’est le réseau conceptuel, résultant de l’interprétation de cette formule (le mécanisme central y est la substitution de mots par des concepts) ; 6. donc, le sens (ou plutôt des sens) de la phrase n’est pas dans les mots, mais dans les réseaux ci-dessus. | | | | |
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| mot | | | La pensée loge, évidemment, dans la représentation, mais on n’y atteint qu’après avoir dépouillé un discours de son enveloppe purement verbale. La langue est si riche en effets de style que cet enlèvement, en littérature, peut être une véritable caresse. | | | | |
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| mot | | | Combien de générations d’élèves (indo-européens) durent conformer leur vision de la langue à cette structure ternaire - primitive, réductrice, anti-cognitive – sujet – verbe – objet ! Tandis que dans toutes les langues règnent les réseaux de relations d’objets d’arité arbitraire, dont la structure ternaire ci-dessus n’est qu’un cas particulier, simplissime et partiel. Le terme de sujet (acteur, concepteur) devrait être réservé à l’auteur (humain) de la représentation sous-jacente extra-langagière. | | | | |
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| mot | | | La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité. | | | | |
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| mot | | | Pour les phénoménologues, la représentation est œuvre du langage ; pour moi, c’est le langage qui se plaque sur une représentation préexistante. Le langage naît et évolue au-dessus de la représentation, et sans celle-ci il n’aurait jamais apparu, n'aurait jamais été utilisable. | | | | |
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| mot | | | Le mot est gouverné par la grammaire et la musique, et le concept – par la représentation et la logique. | | | | |
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| mot | | | La pensée naît d’un discours, dont on a éliminé tous les éléments langagiers, pour rester en face d’une représentation et d’une logique. Le seul rôle autonome de la langue est l’expressivité, la part de la poésie ou de la musique. La bêtise des linguistes consiste à affirmer que « c'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser » - É.Benveniste – le dit n’est qu’une enveloppe inexploitable (pour la pensée) ; c’est le visé (dans la représentation) qui détermine la véracité et le sens. | | | | |
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| mot | | | La facilité de la (pré)compréhension d’un discours langagier est due, presque exclusivement, à l’usage (galvaudé, rodé par la grammaire). La vraie compréhension et, donc, la signification n’apparaissent qu’après l’élimination, la substitution du verbal par le conceptuel. | | | | |
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| mot | | | La chronologie de notre interprétation d’un discours : on y fait référence à la réalité, au langage, à la représentation, à la part métaphorique. Les médiocres s’arrêtent à l’une de ces étapes ; les pénétrants en maîtrisent la synchronie. « On n’est jamais sûr si nous visons le monde tel qu’il est ou le monde tel que nous le voyons » - G.Bateson - « We can never be quite clear whether we are referring to the world as it is or to the world as we see it » - nous voyons le monde surtout à travers la représentation. | | | | |
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| mot | | | Il n’y a pas de définitions de mots d’une langue ; on ne définit que les concepts de la représentation sous-jacente. Et Wittgenstein, en parlant d’une langue : « Les définitions sont les règles de la traduction d’une langue dans une autre » - « Definitionen sind Regeln der Übersetzung von einer Sprache in eine andere » - ne comprend pas les mécanismes de la traduction. Même les définitions de concepts, dans les langues différentes, sont toujours différentes et ne peuvent pas servir de règles. | | | | |
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| mot | | | Qui maîtrise le langage, c’est-à-dire la rigueur de la représentation et l’expressivité de la langue, - maîtrise la vérité. Et Saint Exupéry a raison : « La connaissance : ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent » - le langage cohérent s’appelle représentation, la langue n’y ajoute que des métaphores. | | | | |
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| mot | | | Le langage évoque, la représentation référence, l’interprétation montre et informe. | | | | |
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| mot | | | La langue – une grammaire plus un vocabulaire ; tout est clair pour la première, tout est vague pour le second. On ne peut pas réduire celui-ci à un dictionnaire, avec ses définitions ; il devrait être une projection grammaticale sur une représentation (d’objets et de relations) et donc – être toujours personnel (malgré le fait d’être, formellement, un ensemble commun d’étiquettes). Par ailleurs, il n’est pas certain que dans toutes les langues les entrées du vocabulaire puissent s’appeler – mots. | | | | |
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| mot | | | Deux interprètes humains (dans un cas exceptionnel, il pourrait s’agir d’une même personne), un émetteur et un récepteur, participent à la donation du sens à un discours. Tout en visant le réel, ils s’appuient, aussi bien en émission qu’en réception, sur leurs univers idéels, sur leurs représentations donc, qui ne sont jamais identiques (s’il ne s’agit pas du même personnage). Le langage n’est donc commun que dans son extériorisation grammaticale ; le sens du discours n’est jamais unique. | | | | |
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| mot | | | Un mot n’a pas de sens unique, ni même de sens tout court ; il faut chercher son sens dans le contexte (le sujet et son discours), qui finira par nous renvoyer aux concepts (non-langagiers) de la représentation (celle du locuteur ou celle du récepteur). « Un mot est un faisceau, et son sens se projette en directions différentes »** - Mandelstam - « Слово является пучком, и смысл торчит из него в разные стороны ». | | | | |
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| mot | | | La représentation et l’interprétation sont pour le langage ce que le vocabulaire et la grammaire sont pour la langue. Le langage conduit à la rigueur des vérités et la langue – à l’arbitraire des tropes. Un outil de compréhension logique du monde et un outil d’expression poétique de l’homme. | | | | |
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| mot | | | Les linguistes cherchent la source de la sémantique dans de vaseux sens lexicaux du signifiant, tandis que cette source est ailleurs et elle est double : les relations dans la représentation non-langagière (liens sémantiques – spatio-temporelles, causaux, mais aussi liens syntaxiques – références des substances) et le style dans la langue (les tropes). | | | | |
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| mot | | | L’homme est d’autant plus intelligent et subtil qu’il maîtrise davantage de types de représentation de la réalité ou des abstractions. À toute représentation se superpose un langage, et les langages constituent les dimensions d’un homme. Le pitoyable homme unidimensionnel de H.Marcuse ou de Chomsky explique l’abject conformisme, résultant, pourtant, de la pratique du great refusal ; cet homme grégaire se réduit à la seule dimension sociale. Le solitaire, pluridimensionnel et créateur, est dans l’acquiescement au monde vertigineux, où règne la Loi divine et non pas la loi écrite. | | | | |
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| mot | | | Le langage apporte à la représentation des consonances, des ambigüités, des tropes, des passerelles communicatives ; il n’apporte rien à l’Être, quel que soit le sens qu’on attribue à cet avorton indo-européen. L’Être est, tout entier, dans le réel, que cherche, timidement, à imiter une représentation. La partie modélisable de ce réel s’appellera être-là. | | | | |
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| mot | | | Les syntagmes d’un langage naturel indo-européen : qui, quoi, comment, où, quand, pourquoi. Ils peuvent être négatifs, être précédés par des prépositions (cas grammaticaux), comprendre des inconnues (après le renvoi à la représentation sous-jacente). Leur syntaxe s’articule sur deux niveaux : l’enchaînement correct de syntagmes et les structures correctes internes à chaque syntagme. | | | | |
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| mot | | | On n’apprécie un mot que si l’on devine la représentation sous-jacente et se régale du chemin d’accès original aux concepts impliqués. « Ce qui n’existe que moyennant un NOM n’est guère qu’un NOM » - Valéry. | | | | |
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| mot | | | Dans les débats intellectuels, la compétence la plus rare, c’est la compréhension de la place du langage (l’intermédiaire entre la réalité et la représentation). Le seul à l’avoir bien compris, c’est Valéry. N’ayant rien compris à la philosophie, à la logique, à la mathématique, il eut quelques illuminations intuitives, en évoquant la place des définitions, l’unification d’arbres, les substitutions de mots par des concepts, les implexes. | | | | |
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| mot | | | La première étape de l’interprétation d’un discours consiste à substituer aux mots de la langue – des concepts de la représentation. C’est une tâche conceptuelle et non langagière, contrairement à ce que pense Valéry : « Le langage exige le remplacement des choses par des objets »***. | | | | |
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| mot | | | Seul la poésie peut fonder son message sur le langage ; tous les autres genres intellectuels reposent sur la représentation, bien que la plupart des auteurs croient, naïvement, rester dans le langage. | | | | |
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| mot | | | L’interprétation de tout ce qui se formule en langue naturelle finit par un réseau de concepts de la représentation. En particulier, l’univers définitif de la pensée et de la vérité n’est point le langage, mais bien la représentation. | | | | |
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| mot | | | Deux sortes d’intelligence : l’une fondée sur les concepts (l’intelligence scientifique) et l’autre - sur les notions (l’intelligence intuitive). Dans les deux cas – la place modeste, voire négligeable, du langage, qui disparaît suite aux substitutions par des concepts/notions. Un contraste saisissant avec le verbiage philosophique, où l’on s’embourbe dans les mots, non-transformables en concepts/notions. L’élégance des mots, refusant toute rationalisation, est réservée aux poètes. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel. | | | | |
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| mot | | | Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement. | | | | |
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| mot | | | La pensée non-langagière peut naître soit d’une imagination abstraite créatrice (mue par des concepts), soit d’une expérience avec de l’inconnu (contact avec des objets sans nom qu’accueille la représentation existante). Et l’enveloppe langagière peut même ne pas surgir. | | | | |
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| mot | | | Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens. | | | | |
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| mot | | | L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase. | | | | |
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| mot | | | Quelle que soit la langue, l’élément essentiel d’un discours y est le syntagme (référence de choses/objets ou de relations). Ces syntagmes renvoient soit à la réalité (donc aux choses, aux vagues notions, non formalisables en représentation), soit à la représentation (donc aux objets, aux concepts rigoureux). Le meilleur emploi de la première approche appartient au talent artistique, celui de la seconde – au talent scientifique. Sans aucun talent, tout discours est platitude, bavardage ou délire. | | | | |
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| mot | | | Tout discours a autant de sens que de lecteurs. La philosophie analytique se disqualifie par sa pitoyable tentative d’atteindre au sens universel d’un discours, en contournant les représentations individuées. | | | | |
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| mot | | | L’entité élémentaire d’une phrase, c’est la référence d’objets, mais on n’y accède qu’après avoir reconstitué l’ossature logique de cette phrase à partir des règles grammaticales, tenant compte des aspects phonétiques, lexicaux, syntaxiques et associées aux concepts logiques extra-langagiers – les connecteurs, les quantificateurs, les négations, les implications. Cette dernière démarche est propre de toutes les langues, ce qui échappe à tous les linguistes et à tous les philosophes, incapables de percevoir les rapports entre la langue (le mot ou un équivalent), la représentation (l’objet) et la réalité (la chose). | | | | |
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| mot | | | Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième. | | | | |
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| mot | | | La naissance d’une langue : recherche d’adéquation entre les sons (proférés par nos cordes vocales), d’un côté, et nos intentions et actes, de l’autre ; naissance de représentations, apparition d’objets (et de relations entre eux) se substituant aux choses (matérielles ou spirituelles). La langue est née, lorsque nous finissons par nous adresser aux objets et non plus aux choses. | | | | |
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| mot | | | La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle. | | | | |
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| mot | | | Toute la poésie naît des propriétés intrinsèques du langage ; il est donc presque inévitable qu’elle reste sotte, bien que nous charmant par ses assonances et ses ambigüités. L’intelligence est dans la maîtrise des relations que le langage entretient avec l’extérieur, avec des représentations conceptuelles et des expériences vitales. | | | | |
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| mot | | | Le mot représentation, dans les philosophies platonicienne, aristotélicienne ou kantienne, désigne la maison du savoir, un domaine monumental de nos échanges avec le monde ; mais, malheureusement, ce mot est entaché de traces de physiologie, théâtralité, diplomatie, automorphismes algébriques ou apparences, qui occultent son sens originel et engendrent des monstres telle la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | Le théâtre (dramatique ou musical) nous rappelle qu’entre le désir et le mot il existe une sphère expressive plus spontanée, plus viscérale, plus hermétique, composée de borborygmes et de soupirs, « la parole d’avant les mots » - Artaud -, et que le mot rationalise trop. | | | | |
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| mot | | | Depuis un demi-siècle, on savait que le sens d’une phrase devait être formulé en termes extra-langagiers : « La linguistique est une théorie de conversion sens ↔ texte »*** - Manine - « Лингвистика есть теория перевода смысл ↔ текст », mais il a fallu attendre une Intelligence Artificielle mure du XXI-ème siècle, pour rendre opératoire ce vœu pieux. | | | | |
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| mot | | | Une langue doit disposer de deux grammaires – l’interne (générative ou autre) et l’externe (représentative). D’une phrase, c’est-à-dire d’une suite de sons (peut-être accompagnée de gestes), la première grammaire extrait une suite chronologique d’entités élémentaires (équivalents de nos mots) et en établit la correction. Dans cette suite correcte, la seconde grammaire (une méta-grammaire) reconnaît des références d’objets (noms, relations, qualificatifs, négations, connecteurs et quantificateurs logiques, coordonnées spatio-temporelles). Le sens de la phrase est un concept subjectif, dépendant de représentations que tout individu possède ; ce sens est établi par un interprète universel extra-langagier (une méta-grammaire, un démonstrateur), grâce aux substitutions des références par des objets de la représentation, débouchant à un réseau. Rien d’universel (propre à toutes les langues) dans les grammaires ; tout est universel dans le démonstrateur. La logique est innée, tout le reste est acquis. | | | | |
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| mot | | | Pour avoir un sens, un discours doit se reporter à une représentation. Toutes les représentations sont à portée de la machine ; donc, su tu veux produire des textes sensés, ils doivent être digérables par la machine ; sinon, tes paroles seront soit de la poésie verbale soit du verbiage banal. | | | | |
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| mot | | | Le langage dispose de signes (mots) ; la représentation propose des sens (structures et raisonnements). La poésie est dans le signe, et la philosophie – dans le sens. | | | | |
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| mot | | | Les structures grammaticales d’une langue ne peuvent ressembler que de très loin aux structures de la représentation. Et celles-ci sont beaucoup plus proches de la réalité que celles-là. Sans la représentation, une grammaire est incapable d’engendrer du sens dans un discours (un faux espoir de la philosophie analytique), et sans le sens aucun savoir n’est possible. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, le locuteur est porte-parole, ses mots – porte-substitutions, les objets substitués de la représentation – porte-sens. Un mot, qui ne serait attaché à aucune représentation, explicite ou implicite, n’est que le mot, il n’a pas de sens. Les philosophes académiques pèchent par cet oubli et nagent dans un verbiage. | | | | |
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| mot | | | Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance. | | | | |
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| mot | | | Les idées naissent de la représentation ; la logique de celle-ci est traduite en musique des mots, rendant possible la formulation des idées et leur transmission aux hommes. Donc, en fin de compte, les idées naissent des mots et non pas l’inverse. « La langue est la mère et non pas la fille de la pensée »** - K.Kraus - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Tochter des Gedankens ». | | | | |
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| mot | | | Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir. | | | | |
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| mot | | | La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations. | | | | |
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| mot | | | Tant de charlatanismes (phénoménologie, philosophie analytique, philosophie du langage, philosophie de l’esprit) résultèrent de cette bêtise, le tournant linguistique, dont se seraient moqués Platon ou Aristote, et qui consiste à admettre une interprétation ou un sens uniques d’un discours. Heureusement, il restait Valéry, le plus lucide visionnaire du langage : « Le langage associe trois éléments : un Moi, un Toi, un Lui ou chose » - le destinataire ne peut pas avoir une idée précise des représentations de l’expéditeur. Tant de destinataires, tant d’interprétations – les représentations sont incontournables ! | | | | |
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| mot | | | Le sens d’une idée est dans les structures conceptuelles de la représentation ; la forme – dans les tropes du langage. Les structures langagières n’apportent rien au sens ; les concepts de la représentation n’apportent rien à la beauté du discours. | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| mot | | | On ne peut pas penser en mots, car les mots traduisent l’inertie, tandis que la pensée doit être une lutte, un style rebelle, fondé sur les concepts. La majorité des philosophes, nageant dans le verbiage, ne pensent pas, ils ignorent les relations entre le mot d’usage et le concept de représentation. | | | | |
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| mot | | | En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui. | | | | |
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| mot | | | On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles. | | | | |
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| vérité | | | La quête de la vérité de modélisation ayant pour but l'adéquation avec la réalité, ou bien la vérité résultant de l'évaluation d'une re-quête dans le contexte d'un modèle. Le charlatanisme ou l'imposture sont aux origines respectives de ses deux vérités, qui s'ignorent. Les moins exigeants des chercheurs de la vérité l'identifient même au simple fait d'être raisonnable : « La vérité du don suffit à annuler le don » - Derrida. | | | | |
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| vérité | | | La vérité que fournit la logique est insensée. Son sens vient du dialogue entre le fournisseur et le commanditaire. Leurs modèles de référence ne pouvant pas coïncider en tout point, la distorsion d'interprétation est inévitable. Le sens d'une vérité bien assise peut être fuyant. | | | | |
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| vérité | | | Discours et sa véracité. Deux étapes, pour l'atteindre : analyse et, si besoin est, exécution. On se plante en analyse parce que : 1. le lexique est bon, mais la syntaxe est mauvaise, 2. la syntaxe est bonne, mais des opérateurs inconnus sont invoqués. On se plante en exécution parce que : 1. des références d'objet n'aboutissent pas aux objets du modèle, 2. la proposition s'évalue à faux. Le domaine de la vérité est donc le langage : une langue plus un modèle. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'est jamais vivante. Dès qu'on laisse entrer la vie (la réalité), dans un modèle (dépositaire de vérités), une rupture épistémique (dans le langage ou dans le modèle) éclate, et un nouveau système de vérités s'installe. La vérité est monotone, intemporelle, sans mouvement vital (la vérité est cadavérique - Hegel - leblose Knochen eines Skeletts) : « En logique, nul mouvement ne doit devenir, car le logique ne fait qu'être »** - une étonnante rigueur technique de Kierkegaard. | | | | |
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| vérité | | | Plus que la vérité elle-même, on devrait apprécier ce qui élève au rang de vérité ou en prive, c'est-à-dire les instruments, qui créent des langages et des modèles de la réalité. L'homme est davantage instrument que dépositaire de la vérité, et St-Augustin a tort : « La vérité habite à l'intérieur de l'homme » - « In interiore homine habitat veritas ». | | | | |
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| vérité | | | L'objet O existe - comment le comprendre ? Quelle est la requête et dans quel langage ? Dans le contexte de quel modèle ? Quel en est l'interprète ? O existe, si l'on l'interroge bien et si l'on réussit à accéder à lui dans le modèle. L'objet moi du cogito n'est référencé qu'implicitement, l'interprète est absent et le modèle n'est que polémique. | | | | |
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| vérité | | | Par abus de langage on dit, que le système des vérités change, lorsqu'on change de langage. Le plus souvent, ce n'est pas le langage qui change, mais le modèle de l'univers (le signifié), dans le contexte duquel on évalue des propositions. C'est de l'union d'une machine linguistique (comprenant la logique) et des lambeaux de la vie modélisée que naît la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Le langage ne représente pas la réalité. La tâche de représentation, c'est la conception (structures, attributions, règles comportementales) qui n'est pas d'essence langagière. Le langage, c'est essentiellement la formulation de problèmes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se dégage de l'interrogation, dans un langage provisoire, des modèles furtifs de la réalité. Ni l'éternité ni l'infini, ces attributs de la seule réalité, n'accompagnent ni bénissent cette naissance. Toute vérité est un enfant bien légitime de ses parents, langage et théorie, sans Annonciations du Verbe ni Visitations par l'Esprit Saint. Bien que Milton pense le contraire : « La vérité ne vient au monde qu'en bâtard » - « Truth never comes into the world but like a bastard ». La mathématique semble en être la marraine. | | | | |
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| vérité | | | L'acception la plus bête, mais la plus répandue, de vérité : ce à quoi on adhère inconditionnellement. Or une vérité ne s'établit qu'à travers les trois types de conditions : de langue, de modèle, d'interprète. | | | | |
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| vérité | | | Dans le vrai, le langage est l'outil, et la représentation – la matière ; dans le beau, c'est l'inverse. Et puisque dans les jugements de valeur doit dominer la matière, le beau surclasse le vrai. L'outil est la maîtrise des buts collectifs, et la matière est la noblesse des contraintes personnelles. | | | | |
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| vérité | | | Qu'est-ce qu'une idée ? Une requête syntaxiquement correcte dans un langage ; son analyse sémantique dans le contexte d'un modèle ; sa valeur de vérité ; des substitutions (objets) de ses variables ; des images et des désirs, qui s'en forment dans le locuteur, se tournant vers la réalité modélisée. Il n'y a aucune place à cette fumeuse adéquation de l'idée et de la chose. Aucun isomorphisme n'est pensable entre le langage et le modèle, ou entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | Le dogmatique et l'aporétique n'ont aucune raison de se vouer des anathèmes et des hargnes. On n'a même pas besoin d'être ironique, pour savoir être dogmatique, dans un langage et modèle fixes, et être aporétique, dès qu'un nouveau langage ou modèle se mettent à poindre. Le dogmatique s'intéresse aux vérités, l'aporétique - à ce qui les fait naître et périr, l'ironique - à leurs habits. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'a aucun rapport avec la validité (le pragmatisme) ni avec la certitude (le psychologisme) ; elle est une relation linguo-conceptuelle. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie peut prétendre aux facettes esthétique, éthique, mystique, mais nullement - à la véridique. Mieux, la connaissance philosophique n'existe pas, bien que la philosophie de la connaissance soit vaste et féconde. La vérité naît entre le langage et le modèle, tandis que la philosophie est dédiée à la relation entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Impossible de parler du vrai en absence d'une requête, articulée dans un langage et interprétée dans le contexte d'un modèle, les deux se trouvant hors de tout être (St-Augustin) et de tout étant (Thomas d'Aquin). | | | | |
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| vérité | | | Que l'illusion soit plus vitale que toute vérité se prouve avec la même rigueur à partir des trois démarches : de la représentation (la puissance d'Aristote), de la quête (la poésie de Valéry), de l'interprétation (la noblesse de Nietzsche). Ce qui est curieux - et juste, car ces trois dons ne s'influencent guère mutuellement -, c'est que chacun d'eux voyait dans sa démarche la seule menant à cette vitalité. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes sont de grands pollueurs du débat sur la vérité ; les seuls, qui y ont leur mot à dire, sont les logiciens, les linguistes et, surtout, - les cogniticiens ; c'est la qualité des représentations qui, pour dégager des vérités, compte plus que la correction du langage ou la rigueur de la logique. | | | | |
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| vérité | | | Des trois types de vérités, ontologique, représentative, jugementale, seule la dernière devrait être retenue. La vérité des choses aurait dû être confiée aux sens ; la vérité de la pensée des choses - au bon sens ; mais le sens ne peut partir que de la vérité des jugements langagiers. | | | | |
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| vérité | | | Eux (de Thomas d'Aquin à Heidegger), ils veulent constater l'accord entre l'énoncé et la réalité, pour conclure à la vérité. Tandis qu'il faut d'abord constater la vérité (dans le rapport apophantique langage-modèle), avant de songer à l'accord (le sens dans le rapport mental modèle-réalité). | | | | |
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| vérité | | | Si le vrai de l'homme ne loge que dans le langage, la vérité de Dieu est la possibilité même du langage, elle en est la méta-grammaire, anti-réflexive. Le langage de Dieu échappe à toute grammaire. C'est ce que voulait dire Tiouttchev : « La pensée articulée est mensonge » - « Мысль изречённая есть ложь ». L'esclave inconscient croit qu'est libre celui qui peut ne pas mentir. La vérité logique (celle qui s'établit dans le contexte d'une représentation) est un mensonge ontologique (puisque l'ontologie du réel n'a pas de langage, et aucune représentation n'est homomorphe à la réalité). | | | | |
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| vérité | | | On ne peut strictement rien dire de ce qui n'est attaché à (ou exclu) des concepts. Ni en affirmation ni en négation. Pourtant c'est ce que font les explorateurs de l'être. Kierkegaard s'y égare également : « Si vous me collez des étiquettes, vous me niez » - nier l'être, c'est patauger dans le néant encore plus vaseux. | | | | |
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| vérité | | | Jadis, la logique et la théorie des ensembles se mariaient trop légèrement : « Le faux et le néant se montrent identiques » - Pic de la Mirandole - « Falsum et nihil idem esse ostendunt ». Pas plus que Sartre, tu ne fréquentas de bonnes écoles. Le néant est absence d'objets, dans un modèle ; le faux est une propriété d'énoncés - aucune comparaison n'est même pas envisageable. | | | | |
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| vérité | | | Ils cherchent le néant et la vérité non pas dans la représentation ou le langage, mais dans - la réalité ! On devine une négation mécanique : le vrai et l'être, élevés, depuis Aristote, au grade de perfections, avec l'un et le bien. Mais ni le vrai ni le bien n'appartiennent à la réalité (la seule perfection) : le vrai s'établit dans le langage (deux couches, conceptuelle et langagière, au-dessus du réel), et le bien, condamné à ne jamais quitter son foyer - notre cœur, une chimère immortelle. | | | | |
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| vérité | | | La science a deux objets de recherche : traquer la vérité dans un modèle monotone ou briser la monotonie en améliorant le modèle. L'art ne peut avoir que la seconde de ces ambitions ; mais la plupart des artistes s'imaginent naïvement poursuivre la première. | | | | |
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| vérité | | | L'homme, à l'apogée de son orgueil, s'exclame : « Je suis libre ! » ; notre Dieu incarné aurait dit : « Je suis la Vérité » - pourtant, il y a peu de concepts plus ternes et banals que la vérité et la liberté ; au moins, leur contraires, le rêve et la contrainte, sont plus féconds et stimulent le talent et non pas la routine. Mais on peut animer ce qui est existe, en végétant, – par son plongeon dans l'inexistant : « La liberté n'existe que dans le royaume des rêves » - Stirner - « Freiheit lebt nur in dem Reich der Träume ». | | | | |
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| vérité | | | Trois critères de la vérité totalement disjoints : pendant la création du modèle (le libre arbitre), dans la démonstration des requêtes du modèle (la logique), la confrontation des réponses aux requêtes avec la réalité (le sens). Postulat, preuve, adéquation. Le bon Arthur confond les deux premiers, en dénonçant l'erreur, que toute vérité repose sur une preuve (jede Wahrheit wird durch Beweise mitgetheilt, ce qui est pourtant vrai pour le deuxième critère), et en affirmant, que toute vérité s'appuie sur une vérité indémontrée (jeder Beweis bedarf einer unbewiesenen Wahrheit, ce qui n'est vrai que pour le premier critère). | | | | |
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| vérité | | | Devant un discours polémique, la première interrogation fiduciaire du sot : est-il vrai (dans le contexte du modèle ordinaire) ? Celle d'un homme subtil : quel peut être un modèle original, qui le rendrait vrai ou faux ? | | | | |
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| vérité | | | Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores… | | | | |
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| vérité | | | L'accord du discours avec la réalité - telle est la vision de la vérité du naïf et du savant ; mais le sujet, éliminé ici du débat, a sa réalité et surtout son modèle ; le même discours peut se bâtir au-dessus des modèles incompatibles et être confronté aux réalités différentes. Il vaut mieux oublier la réalité (qui ne doit pas apparaître avant la recherche du sens d'un discours interprété) et laisser l'interprète conceptuel juger de la vérité du discours dans le contexte du modèle. | | | | |
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| vérité | | | Toute requête est un jugement d'un sujet, celui-ci ayant sa représentation du contexte. Cette requête est transformée en proposition par le sujet-interprète, ayant lui aussi une représentation du même contexte. Si les sujets mêmes figurent dans les représentations, l'acte de croyance devient acte de vérité ; on n'a besoin d'aucune théorie du jugement, la logique suffit. Le sujet est une constellation de mondes hypothétiques, absorbant des arbres apophantiques. | | | | |
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| vérité | | | On peut bâtir des modèles rigoureux et cohérents, et qui ne reflètent pas la réalité ; ce qui permet de les distinguer des modèles du réel s'appelle vérité canonique (Épicure), qui n'est soumise qu'aux sens ; la vérité de la diction est contrôlée, en plus, par le langage et par l'intellect. | | | | |
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| vérité | | | Dans les contradictions d'un sot, avec lui-même, on devine un regard monolithique, mais inconsistant, sur la réalité. Dans les contradictions d'un sage, on découvre un conflit entre des modèles différents (couches, angles ou points de vue), mais se servant des mêmes «interfaces» langagières (et la contradiction gît dans le langage). Le sot est terrorisé par ses contradictions ; le sage s'en réjouit, car il vit, simultanément, la merveilleuse richesse du langage, du modèle et de la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Contradiction et ses apparences : on la constate d'abord dans la langue ; en théorie, la langue est un instrument bâti par-dessus une représentation (et l'on appellera ce couple - langage), mais en pratique, la langue s'en émancipe, de diverses représentations pouvant lui servir de cadre. La contradiction peut donc être surmontée par un recours, ironique et intelligent, aux langages différents ; il n'en restera qu'apparence. Mais le cynisme et la bêtise s'accommodent de la contradiction au sein d'un même langage. L'intelligent est donc celui qui représente mieux et plus. | | | | |
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| vérité | | | On peut - et l'on doit ! - éliminer du champ philosophique toute trace de l'être substantiel et de l'être verbal, c'est à dire - l'ontologie et la vérité. La cognitique et la logique sont suffisamment adultes, pour s'en charger. | | | | |
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| vérité | | | Au sein de quelles structures s'intéresse-t-on aux contradictions ? Celui qui les déplore dans le langage même est creux ou bête ; leur réduction à la représentation est lucide mais mécanique ; c'est au milieu de nos états d'âme, enfin, que se trouvent des contradictions mystérieuses et organiques. Bavardage, cognitique, tragédie. | | | | |
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| vérité | | | Comment naissent des vérités sur la réalité ? Toute vérité (préalable) résulte d'une démonstration de propositions ; toute proposition est formulée en un langage ; tout langage se construit au-dessus d'un modèle ; tout modèle se fonde sur le libre arbitre des concepts modélisés ; toute démonstration engendre des substitutions ; le sens des substitutions résulte de la confrontation avec la réalité ; l'analyse du sens valide le modèle (ou l'invalide, en obligeant à le revoir) et permet de proclamer la vérité du modèle en tant que vérité de la réalité. Il n'est pas un seul exemple de vérité réelle immédiate. | | | | |
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| vérité | | | La production de vrai (Nietzsche - das Wahre hervorbringen) serait à l'origine de la volonté de puissance ; mais produire peut signifier aussi bien créer (la représentation) que prouver/comprendre (l'interprétation et le sens) ; mais Nietzsche ne voit que le second procédé. La reconnaissance de beau serait la seule véritable prérogative de la volonté de puissance, qui n'est pas une idée vitale, mais artistique. | | | | |
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| vérité | | | La poésie est un flux langagier rendant superflu le modèle sous-jacent, devant l'évidence du beau, qui en est la fin ; la philosophie est la création de modèles, face à un langage, rendant vraies et enracinées ses métaphores ; et c'est à partir du langage poétique que le chemin en est le plus profond, car les métaphores poétiques sont les plus hautes. « Le poète enveloppe la vérité d'images, qu'il offre ainsi au regard pour (é)preuve »** - Heidegger - « Der Dichter verhüllt die Wahrheit in das Bild und schenkt sie so dem Blick zur Bewahrung » - le regard, gardien de vérités (dans wahr, il y de la garde et de la vérité !), dans la demeure de l'être, édifiée en mots, - beau tableau ! | | | | |
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| vérité | | | Dire, avec les sophistes, que toutes les affirmations sont relatives, est vague et ambigu : elles le sont par rapport au modèle, qui fournit le contexte de leur évaluation', mais les modèles peuvent représenter fidèlement des aspects absolus de la réalité, ce qui rendrait les affirmations y afférantes - absolues. | | | | |
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| vérité | | | Il est absurde de dire, que la vérité est dans la chose (tout attribut, y compris la valeur de vérité, s'attache aux concepts et non pas aux choses réelles) ou dans l'adéquation entre le concept et la chose (une adéquation ne pouvant résulter que d'une comparaison, or le réel et sa représentation n'admettent aucune échelle de valeurs commune, ils sont incommensurables). | | | | |
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| vérité | | | La vérité des choses se réduit au libre arbitre de la représentation (mimesis), à la liberté du discours (logos) et à l'arbitrage de l'interprète (poïésis). | | | | |
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| vérité | | | Le libre arbitre : représenter le possible (créer des faits) en interprétant (en respectant) le nécessaire ; la liberté : interpréter le possible (faire) en représentant (en réévaluant) le nécessaire. | | | | |
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| vérité | | | Vérité de fait et vérité de jugement : la première est postulée par un libre arbitre de la représentation (non pas perçu par nos sens, mais conçu par le bon sens), la seconde est démontrée par l'interprétation de propositions, que produit notre liberté. La première existe hors la langue (les philosophes analytiques ne le voient pas : « Il n'y a ni vrai ni faux avant la parole » - Lacan), la seconde ne peut exister qu'à travers des requêtes langagières. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (aléthéia) doit, en effet, être arrachée à la réalité (représentation, requête, interprétation, sens - les étapes d'arrachement : conceptuelle, langagière, logique, métaphysique) : « La vérité est arrachement en mode de dévoilement » - Heidegger - « Wahrheit bedeutet das einer Verborgenheit Abgerungene » ; seulement, je ne vois pas de place pour dissimulation ou voiles : aucun jeu de dés de la part du Créateur. Ce n'est pas un dévoilement, mais une unification d'arbres, c'est à dire une substitution d'inconnues réciproques (qui ne sont jamais des voiles, mais des places vides) par des valeurs, qui est le pas décisif vers le surgissement de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | La vérité, quelle que soit son acception, est une sorte d'adaequatio à ce qui est sous nos yeux ou dans nos modèles, tandis que le mensonge, nécessairement, relève de la pure abstraction ; c'est pourquoi il y a plus de menteurs chez les créateurs que chez les comptables. | | | | |
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| vérité | | | Trois genres de vérités, presque sans un seul point commun entre eux : la vérité interne des formules, la vérité analysée des propositions, la vérité constatée des représentations ; elles logent, respectivement, dans le langage (logique pour seul interprète), entre le langage et la représentation (appuyée sur une théorie), entre la représentation et la réalité (constat d'adéquation). | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance passe par ces étapes : représentation, requête, interprétation, donation de sens. Sans la première étape, on ne formule que du délire, et toute représentation doit contenir des faits, qui sont des vérités premières. Les révoltes contre les faits sont de l’enfantillage : « Les faits ne font pas partie des conditions d’accès à la vérité » - Chestov - « Факты не являются условием познания истины ». | | | | |
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| vérité | | | L'impossibilité d'établir une vérité peut avoir des causes très diverses : la proposition est syntaxiquement incorrecte, l'analyseur grammatical n'arrive pas à en produire la formule logique, la représentation sous-jacente ne s'unifie pas avec la formule (mauvaise proposition, mauvaise formule, mauvais interprète logique, mauvaise représentation ou mauvaise formule), la donation de sens est inacceptable (mauvais interprète pragmatique ou mauvaise représentation). Tant de possibilités de rendre faux ce qui est (fut, sera) vrai et vice versa. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai est recherché puisqu'il est utile et rassurant ; le non-vrai, c'est à dire le rêve, est désiré, même inutile et inquiétant. Schopenhauer aurait dit que le premier relève de la volonté réelle et le second - de la représentation imaginaire. | | | | |
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| vérité | | | Au sujet des vérités intuitives ou métaphoriques (donc, poétiques ou philosophiques), n'importe qui peut faire du radotage à l'infini, mais, avant de parler d'une vérité logique (syntaxique ou sémantique), on doit déjà avoir maîtrisé le modèle, son langage bâti par-dessus, son interprète de requêtes langagières. « La vérité est toujours seconde »*** - R.Debray - elle est même, au moins, cinquième, si l'on y ajoute l'attribution de sens, qui peut nous amener à modifier le modèle, le langage ou l'interprète. | | | | |
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| vérité | | | La vérité dans le savoir n'est qu'intelligible ; la vérité dans l'être n'est que sensible ; pourtant, c'est la seconde qui dicte et le choix de représentations et la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | On aurait dû disposer de trois mots différents, là où l'on n'emploie qu'un seul - vérité : le vrai dans une représentation est proclamé par le libre arbitre du concepteur, le vrai dans un langage apparaît, à partir des requêtes, au bout d'une chaîne déductive, le vrai dans la réalité est reconnu par la liberté de notre intelligence, hors toute représentation et hors tout langage, - le modèle, l'image, l'être. | | | | |
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| vérité | | | La logique ne peut pas être subjective (comme le prétend, pourtant, Hegel, pour qui la logique relève d'une théologie…) ; la même logique s'applique aux systèmes conceptuels différents. Mais, pire, la logique objective (toujours du même Hegel, en tant qu'étude de l'être, ne peut être ni logique ni objective, puisque ce fumeux être reste non-formalisable, toute référence à son adéquation avec la représentation ou avec l'interprétation ne pouvant s'appuyer que sur l'intuition. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes, qui ne voient dans la vérité qu'une vaseuse conformité, ne se rendent pas compte de l'importance des outils et de leur validité ; avant qu'on puisse chercher une adéquation quelconque, on doit disposer d'au moins trois outils : un outil conceptuel de représentation, un outil langagier de formulation de requêtes, un outil logique d'interprétation de requêtes. Sans disposer de ces outils, assurant la cohérence du modèle, personne n'est autorisé à parler de vérité comme correspondance avec le réel. Par contre, là où aucun outil ne semble possible, c'est l'attribution de sens aux résultats d'interprétation de requêtes, la confrontation satisfaisante avec la réalité étant prise par des mal-outillés pour vérité. | | | | |
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| vérité | | | Ils parlent de latence (Verborgenheit) des vérités, qu'il s'agit de dévoiler ; mais le nombre de vérités (d'idées ou de propositions vraies), même dans un système aussi pauvre que l'arithmétique, est infini. Recherche de vérités est une expression sotte. L'étude de vérités se réduit surtout à la création de bonnes représentations (postulats, axiomes) et à la formulation de bonnes requêtes (hypothèses, théorèmes). | | | | |
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| vérité | | | À partir de la réalité, on bâtit un modèle, d'une manière véridique (adaequatio de représentation) ; ensuite, on formule une requête de ce modèle, on démontre la véracité de la proposition associée - c'est la seule vérité technique, vérité interne, vérité au sein d'un langage. Si, en plus, cette vérité satisfait notre vision de la réalité associée, on déclare celle-là - vérité externe (adaequatio d'interprétation). | | | | |
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| vérité | | | Deux tâches principales, dans notre exploration du monde, - la représentation et l'interprétation, les structures et la logique. La représentation doit préserver, dans ses modèles, la cohérence du monde matériel, et l'interprétation doit refléter la démarche humaine dans la compréhension du monde. La première tâche relève, en grande partie, du libre arbitre, et le terme de vérité n'y a pas sa place ; il s'y agit d'une vague adéquation, que seule l'interprétation formalise ; la vérité est dans les propriétés du discours, interprété dans le contexte d'une représentation. La vérité est donc coupée de la réalité par la représentation ; la réalité ne dicte que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Galilée confond vérité et sens, lorsqu'il se moque de ceux qui « cherchent la vérité dans la confrontation des textes » - « vera autem in confrontatione textuum esse quaerenda » - on cherche l'adéquation du modèle au réel, on établit la vérité des requêtes du modèle, on peaufine le modèle en fonction du sens dégagé. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes croient que toute représentation est statique, tandis que toute réalité est un devenir ; mais le temps se modélise aujourd'hui avec la même facilité que d'autres catégories conceptuelles ; parler de vérité, dans la réalité ou dans la représentation, dans des sections du devenir appelées étants, ce sont désormais deux tâches comparables, et Heidegger : « Confondre le vrai et le représenté en tant qu'étant, est essentiellement fautif, si l'on les mesure à l'échelle du réel et du devenir » - « Das Wahre und im Vorstellen für seiend Gehaltene, am Wirklichen als dem Werdenden gemessen, ist wesenhaft irrig » - confond le vrai et l'être. Le vrai de l'être est métaphysique ; il réside dans le bien et le beau extramondains que ne révèle aucune intentionnalité intramondaine ; on est artiste avant d'avoir peint son premier tableau. | | | | |
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| vérité | | | Tout se met à parler dans l'univers, dès que je le chante. Mais aussi bien les oreilles bien accommodées que le don de prosopopée sont rares. Pour qu'on y entende le Verbe ou/et lise la vérité, les oreilles et les yeux doivent maîtriser les bons alphabets ou solfèges, c'est à dire devenir l'âme et l'esprit, ces vrais maîtres d'interprétations libres. Quand on maîtrise la vérité, on n'aime que le Verbe, quoiqu'en dise St-Augustin : « aimer non pas les paroles, mais la vérité dans les paroles » - « in verbis verum amare, non verba ». | | | | |
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| vérité | | | Pour juger de la qualité d'une vérité, on n'a qu'à examiner la rigueur de la requête, du modèle et de la réponse. Mais chez les dogmatiques, seule compte soit la franchise, soit l'autorité de l'énonciateur : « L'exigence de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité, d'accord avec soi-même » - Jean-Paul II. Ces critères sont, certes, minables, mais la vérité banale peut en être parfaitement compatible ou même solidaire ; ce qui les fait mépriser et en éloigne, en revanche, c'est une haute noblesse ou une honte profonde | | | | |
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| vérité | | | La foi, chez un homme, ne peut être intéressante que s'il en a trop ou trop peu, trop de chaleur ou trop de froid. Tout le contraire de la vérité, où seul compte un parfait équilibre entre la représentation et l'interprétation. Le Seigneur promit de cracher de Sa bouche ceux qui ne sont ni chauds ni froids. Sortant, désormais, uniquement de Son cerveau thermostatique, les vérités apportent au monde le salutaire équilibre de la platitude. | | | | |
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| vérité | | | Pour celui qui connaît le raisonnement hypothético-déductif, le monde de la morale (ought) n'est qu'un monde hypothétique au-dessus du monde phénoménologique de base (is). « Le gouffre logique entre être et devrait est infranchissable » - Hume - « The logical gap between is and ought cannot be cleared off ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, celle d'adéquation, naît entre le réel et sa représentation, entre la représentation et le mot, entre le langage et la réalité, entre la preuve et la réalité. La seule vérité authentique, celle de preuves, naît entre le langage et la représentation, au cours d'une démonstration logique. Le sens, lui, ne peut être que métaphorique, et il accompagne partout la recherche de vérités, même de vérités rigoureuses. | | | | |
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| vérité | | | La question de véracité ou de fausseté des pensées est si mécanique et commune, qu'elle ne devrait pas te préoccuper. On peut bien peindre les deux. Une pensée est fausse à cause de l'une des trois raisons : on s'embrouille dans le langage, on s'embrouille dans le modèle courant, on invente un nouveau langage ou un nouveau modèle, ce qui, automatiquement, rend la pensée - fausse. Une pensée, juste dans ce qui est déjà fixe, est une platitude ; dans une invention, elle est belle, grâce au style dans la langue, ou à l'intelligence dans le modèle. | | | | |
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| vérité | | | Intuitivement, on répartit la vérité entre trois sphères : la réalité, le langage, la représentation. Le superficiel privilégie la première, le technicien - la deuxième, le profond - la troisième. « Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n'y a pas de langage, il n'y a ni vérité ni fausseté »*** - Hobbes - « ‘True' and ‘false' are attributes of speech, not of things. And where speech is not, there is neither ‘truth' nor ‘falsehood' » - il faudrait l'expliquer à Thomas d'Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Bergson, pour qui la vérité est une conformité avec les choses (confusion entre vérité et validité). Mais, campées dans le langage lui-même, les vérités sont stériles. On leur apporte de la vie, en insérant entre le langage et les choses - un modèle de référence, modèle de l'univers, qui n'est ni langagier ni réel. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se réduit à sa formule et à sa démonstration, les deux se réalisant dans le contexte d'une représentation. Donc, le lieu de la vérité est la représentation, et la formule de la vérité est dans le langage (Rimbaud fait preuve d'une belle intuition : « moi, pressé de trouver le lieu et la formule »). Le démonstrateur est complètement collectif, le langage l'est en grande partie, la représentation est plutôt individuelle. La subjectivité et l'objectivité s'y entre-croisent. | | | | |
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| vérité | | | Un immense mystère : pourquoi le vrai, dans la réalité, est si souvent mêlé au beau ? Au point, que la séduction par le réel est attribuée souvent au vrai et non seulement au beau, comme la déduction dans la représentation débouche si souvent sur le beau. La justesse de l'esprit se muant en caresse de l'âme. « La tentation est la sollicitation de la beauté, sans bonté ni vérité » - Jankelevitch – la tentation est une séduction aveugle. | | | | |
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| vérité | | | La beauté d'une formule en constitue la vérité esthétique. « Si je trouve une formule qui m'exprime, pour moi ce sera vrai » - Saint Exupéry. Pour être, également, logique, il manqueraient à cette vérité - une représentation conceptuelle, un analyseur linguistique, un démonstrateur logique, un interprète philosophique – le chemin est long. | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | La perfection est attribut de la seule réalité, donc, entre autres, de la matière. La vérité est imparfaite, comme l'est tout langage et tout modèle, au sein desquels la vérité est parfaite, c'est à dire ne peut pas être mise en doute. « La Vérité est la Magnificence parfaite, non souillée par la matière » - le Trismégiste. La vérité est cet air, dont parle Pavlov : « Aussi parfaites que soient les ailes d'un oiseau, elles ne sauraient jamais le propulser vers le haut, sans s'appuyer sur l'air ; les faits sont l'air de la science » - « Как ни совершенно крыло птицы, оно никогда не смогло бы поднять её ввысь, не опираясь на воздух. Факты - воздух науки », mais les poètes chantent, imparfaitement et en oubliant l'air du temps, - la perfection de l'aile, de la hauteur et du feu ascendant ! | | | | |
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| vérité | | | Toute création intellectuelle est, par son essence, production de l'illusion ; elle est banale, lorsqu'on ne sort pas du langage des autres, elle est artistique et personnelle, lorsqu'elle s'accompagne de création de nouveaux modèles et donc de nouveaux langages ; dans ce dernier cas, elle est illusion évanescente, dans le monde monotone, et vérité naissante, dans le monde à recréer ; le choix du monde est affaire d'intelligence et de goût. | | | | |
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| vérité | | | Le mystère est dans la lumière et non pas dans les ombres. Mais la vérité est une ombre projetée par la logique sur une représentation. Donc, la belle image « La lumière projette l'ombre, et la vérité - le mystère » - proverbe latin - « Lux umbram praebet, misteria autem veritas » - n'est vraie qu'à moitié. La lumière et la vérité sont de beaux problèmes, mais de tristes solutions. Et « celui qui vit dans la solution ne comprend pas le problème »** - Sloterdijk - « Wo man in der Lösung lebt, versteht man das Problem nicht ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité en tant qu'adéquation (Spinoza) ou en tant que dévoilement de l'être (Heidegger), ce sont deux abus de langage, puisque l'adéquation s'établit après la démonstration de la vérité (au sein d'un langage et à partir des requêtes) et le dévoilement n'est qu'un passage vers la représentation, avant toute requête (sans requêtes et sans leurs preuves – point de vérités). | | | | |
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| vérité | | | Le champ des vérités se crée par le langage, c'est à dire par des concepts ou par des mots, tous les deux ne quittant pas des yeux la réalité, où n'est présente que l'indicible et inconcevable vérité de Dieu. Donc, il est trivial de dire, que « la vérité aussi s'invente » - Machado - « también la verdad se inventa ». - elle est toujours une invention de notre esprit. Et elle s'écroule (dans un nouveau langage) aussi naturellement que le mensonge (dans le langage courant). Il suffit de la secouer avec quelques nouvelles variables endiablées. | | | | |
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| vérité | | | Dans les meilleures têtes philosophiques, le privilège des commencements exista de tous temps, mais il s'appuyait souvent sur de mauvaises prémisses : sur l'illusion de représentations univoques (idées ou substances) ou sur celle des interprétations aussi univoques (origines ou causes premières), la vaseuse vérité leur servant de point de mire. Ces démarches sont celles des sciences et non pas de la philosophie, qui devrait se dédier à la beauté, à la liberté, au rêve, toute vérité collatérale n'y étant que métaphorique. Le vrai commencement, c'est une belle et profonde forme, tendue vers la hauteur et refusant toute étendue causale. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités se conservent dans des livres, et les mots restent en contact permanent avec la vie ; c'est pourquoi ceux-ci deviennent vétustes plus tôt ; les vérités se renouvellent par recopie ou par traduction, et les mots - par (re)création et par représentation initiatiques ; les commencements, c'est ce qu'il faut reprendre le plus souvent possible, tandis qu'il n'existe pas de vérités premières. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai d'une requête (le seul vrai constructible) se loge dans une représentation, interrogée par un langage ; on peut pallier à tout manque de viabilité moyennant une modification architecturale ou acoustique, spatiale ou temporelle. Et lorsque ce bon sens est confirmé par le sens tout court, le vrai modélisé rejoint le vrai primordial, l'être mondain. | | | | |
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| vérité | | | Le régime du vrai ne peut être qu'aristocratique (le pouvoir y revenant à ceux qui maîtrisent la représentation et le langage – prérogative des élites) ; dès qu'on veuille adjoindre au vrai le possible, on glisse vers la république (où toute voix a le même poids). Pour gérer le vrai moderne, approximatif et contingent, la royauté est de trop, la loi du marché suffit. L'imagination est la déesse des mensonges annonciateurs, qui ne visitent que des porteurs immaculés de vérités à crucifier. Vu par un vrai annexionniste, l'imagination est toute provinciale, mais elle est caput mundi d'un bel irrédentiste. | | | | |
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| vérité | | | Le cycle de la connaissance est toujours le même, pour tout le monde. Mais l'étape, où surgit la notion de vérité, est différente, pour les experts de culture différente. Pour les logiciens, la seule vérité rigoureuse loge dans le langage, au milieu de la chaîne gnoséologique ; pour les philosophes, leur vaseuse vérité-adéquation se trouve au début et à la fin de cette chaîne, qu'on pourrait schématiser ainsi : la réalité – la vérité de l'être – la représentation – le langage – l'interprétation de requêtes – la vérité des requêtes – la donation de sens – la vérité de l'étant la réalité. Le langage se bâtit sur les connaissances (et non pas l'inverse), et la vérité (et non pas l'être) l'a pour demeure. | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, vérité-adéquation entre une proposition et la réalité, s'établit en deux étapes interprétatives, la rigoureuse et l'intuitive : la démonstration dans le contexte d'une représentation et la donation de sens dans la confrontation entre la proposition vraie (dans la représentation) et la réalité représentée. La rigueur est relative au langage (langue plus modèle plus interprète) et l'intuition est relative à notre intelligence pure, pré-conceptuelle. | | | | |
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| vérité | | | Deux manières d'interpréter la phrase : Brutus ne tua pas César - ou bien : il est faux, que Brutus tuât César (négation syntaxique), ou bien : la relation ne pas tuer existe entre Brutus et César (négation sémantique). Si l'un des deux objets n'existait pas dans la représentation sous-jacente, la première évaluation aboutirait à vrai, et la seconde – à faux. | | | | |
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| vérité | | | L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité appartient au langage (langue, avec sa logique syntaxique, plus représentation, avec sa logique sémantique) ; son contraire, intuitif ou purement langagier, pourrait appartenir à un autre langage et y être non moins vrai ; et les langages ne sont que des traductions différentes de la même réalité. « Vérité signifie traduction et valeur de traduction ; réalité signifie l'intraduit – le texte original même »** - Valéry. Pour l'enrichissement de vérités, les heurts frontaliers sont plus prometteurs que les barrières langagières ou douanières. Savoir manier la vérité, c'est savoir franchir les frontières des langages. | | | | |
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| vérité | | | Une fine couche représentative et langagière couvre la réalité et reçoit la vérité ; toute vérité est donc superficielle, sans aucun lien avec la hauteur poétique, mais gardant parfois quelques traces de la profondeur philosophique. « Toute vérité est profonde » - Melville - « All truth is profound » - ce qui est largement exagéré. | | | | |
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| vérité | | | Pas de vérité sans requête, pas de requête sans langage, pas de langage sans représentation, pas de représentation sans réalité. Où cherches-tu la vérité ? Le plus superficiel et arrogant dira – dans la réalité, et le plus profond et humble – dans la requête. | | | | |
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| vérité | | | Deux cas du possible : être déjà vrai, dans la représentation courante (dans le monde représenté), ou, sinon, réussir à réaliser l'hypothèse correspondante (dans un monde hypothétique). | | | | |
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| vérité | | | L'intellect est une machine produisant représentations, requêtes et interprétations ; les concepts, idées et vérités ainsi produits appartiennent non pas à lui-même, mais au modèle et au langage. Incompatible avec Descartes : « La vérité ne peut résider qu'en intellect » - « Veritatem in solo intellectu esse posse ». | | | | |
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| vérité | | | Quel piètre cogniticien s'avère être Wittgenstein, en s'imaginant, que le travail de l'intellect se réduise à la description de modèles et de faits (Sachverhalte). Tandis que les idées, comparées aux faits, sont d'autant plus nombreuses, que le vrai par rapport au démontrable. Et prendre les idées pour faits, c'est du platonisme naïf. | | | | |
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| vérité | | | Le sens est à la vérité ce que les propositions sont aux représentations (faits) : exprimés en deux langages différents. Des propositions sans nombre, pour interroger un seul fait. Les excellents logiciens de Vienne, définissant les représentations à partir des propositions, sont de piètres cogniticiens. L'isomorphisme entre le langage et les faits est aussi absurde que celui entre l'habit et le corps. | | | | |
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| vérité | | | Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien. | | | | |
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| vérité | | | La parole, c'est à dire la requête, porte notre liberté, cette synthèse du talent, du goût et du tempérament ; la vérité en ressort, mais appuyée davantage par le libre arbitre de la représentation sous-jacente, elle est donc une conformation d'engagement ; la liberté reste auréolée de son dégagement, elle se traduit en musique et non pas en vérités. Quand la parole amène une révision du langage, on dit : « On accède à la vérité dans et par la liberté » - Berdiaev - « Истина познается в свободе и через свободу ». | | | | |
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| vérité | | | En dehors de la logique on ne manipule que des opinions (doxa), jamais des vérités. Pour passer aux vérités il faut : placer la proposition dans un langage, reconstituer un modèle de l'univers, évaluer la proposition dans le contexte du modèle, pour déduire sa valeur de véracité. La seule chose méritant d'être retenue dans cette banalité, c'est que le libre arbitre a sa place dans chacune de ces trois tâches. | | | | |
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| vérité | | | La cohérence du discours ou l'adéquation avec la chose modelée n'ont rien à voir avec la vérité. Dans l'évaluation du discours, en vue d'en établir la vérité, on fait abstraction de la chose. Le sujet n'est qu'un évaluateur qui, bien au-delà de la cohérence, cherche surtout des substitutions de variables imbriquées dans le discours, variables, qui enveloppent nos vagues à(de) l'âme : il faut « se faire une trop haute idée de ses sensations, pour s'attacher à les rendre cohérentes »** - Enthoven - le plus parfait et chaud chaos intérieur peut, en effet, être représenté par un ordre parfait des chiffres. | | | | |
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| vérité | | | L'ambigüité du terme de vérité tient au fait, qu'on l'emploie dans trois sphères, aux règles drastiquement différentes : le mystère (de la matière, de la vie, de la création), le problème (la représentation, le langage, le libre arbitre), la solution (la logique, l'interprétation, la liberté). Techniquement, seul le dernier domaine, tout en s'inspirant du premier et en s'appuyant sur le deuxième, devrait s'en prévaloir. | | | | |
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| vérité | | | La représentation n'est validée que par une logique des apparences (la Scheinlogik kantienne) : la non-contradiction, les contraintes des liens syntaxiques. L'interprétation, en revanche, n'est qu'une application de la logique formelle au monde fermé d'une représentation fixe : l'analyseur linguistique, l'accès aux objets et relations par substitutions, la démonstration de la véracité, la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | La logique ne connaît pas d'objets, tandis que la mathématique crée ses objets et analyse des relations entre ces objets. La logique n'est qu'un langage interprétatif, dont se sert la souveraine mathématique. B.Russell a tort : « La logique est l'enfance de la mathématique, la mathématique est la maturité de la logique » - « Logic is the youth of mathematics, mathematics is the manhood of logic » - la mathématique exista bien avant que la logique ne fût formalisée ; le moteur logique, lui, est inné, il est câblé dans notre cerveau à notre naissance. | | | | |
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| vérité | | | Les natures basses endossent la contradiction avec autant de désinvolture que les natures élevées. La différence se trouve ailleurs. La contradiction appartient au langage bâti au-dessus d'un modèle. Le sot vit des contradictions au sein d'un même langage ou modèle, lâches et flous. Le subtil est celui qui est capable de créer des modèles multiples et de construire des langages à rigueurs variables ; ses contradictions se logent dans des univers incompatibles, mais intérieurement cohérents. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les vérités, en dehors du champ logique, ne peuvent être que des métaphores. La prétendue vérité philosophique n'est qu'une validation d'un modèle (plus précisément, d'un paradigme bien testé, c'est à dire d'un mécanisme de représentation et d'un mécanisme d'interprétation), face à la réalité (les bavards disent - conformité à l'être, source du sens). | | | | |
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| vérité | | | Les attributs transcendantaux - le bon, le beau, le vrai - s'appliquent aussi bien à la représentation qu'à la réalité, ou plutôt à l'esprit du réel ; ces deux sphères, l'humain et le divin, n'ont ni les mêmes critères ni les mêmes sources ; le bon réel est dans la pitié, le bon humain - dans la honte ; le beau réel est dans la conception, le beau humain - dans la création ; enfin, le vrai réel est dans le mystère de l'harmonie, le vrai humain - dans des problèmes bien formulés et dans des solutions bien déduites. Le bon et le vrai représentatifs peuvent s'écarter largement de leur homologues réels ; dans le beau, ou bien le réel est entièrement absent, ou bien un accord profond doit exister entre eux - je ne crois ni en Charogne, ni en Finnegan's Wake, ni en Carré Noir ni en 4'33''. | | | | |
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| vérité | | | La beauté du vrai se fonde sur sa rigueur, et celle du poétique – sur son déchaînement, - elles sont incompatibles. Le mathématicien crée une représentation subtile et formule la-dessus une hypothèse profonde, qu'il prouve élégamment – d'où la beauté mathématique. Le poète suggère, implicitement, une représentation mystérieuse et bâtit un chemin excitant vers des objets de celle-ci – d'où sa beauté vertigineuse. Et il est aberrant d'entendre parler d'identité de beauté entre la vérité du poème et le nihilisme du mathème (Badiou). | | | | |
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| vérité | | | La représentation, implicite en poésie et explicite en philosophie, est leur pivot commun : la poésie le survole avec un langage original et individuel, la philosophie projette sur lui la réalité objective. L'appareil purement logique y est presque absent, aussi bien en représentation conceptuelle qu'en interprétation déductive. La vérité est, donc, exclue des champs poétique et philosophique, elle est réservée à la logique. « La vérité n'est pas l'accord entre le concept et son objet, mais l'adéquation entre ce concept et le raisonnement » - Schiller - « Wahrheit ist nicht die Ähnlichkeit des Begriffs mit dem Gegenstand, sondern die Übereinstimmung dieses Begriffs mit den Gesetzen der Denkkraft ». | | | | |
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| vérité | | | Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qui s'exprime et s'évalue à vrai dans un langage concerne la représentation et seulement par un ricochet – la réalité. La vérité du réel est indicible, au sens propre du mot ; tout ce qui se verbalise ne touche pas au réel, en est un écart. « La vérité n'est jamais autre chose qu'une apparence qui parvient à dominer, donc une erreur » - Heidegger - « Wahrheit ist immer nur zur Herrschaft gekommene Scheinbarkeit, d.h. Irrtum » - la vérité dominante s'appelle doxa. Mais l'erreur, contrairement à ce que tu penses, avec Nietzsche, n'existe que dans les représentations et non pas dans le monde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité naît d'un bon interprète, qui, dans le contexte d'une bonne représentation, prouve une bonne requête, portant sur de bons objets. Ceci crée un lieu des vérités, et, à tout prendre, la philosophie n'a de mots à dire, à ce sujet, que sur la qualité des requêtes. | | | | |
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| vérité | | | L'enquête, la requête, la conquête - la représentation (mentale), l'interprétation (langagière), la donation de sens (réel) - l'intuition, la logique, le bon sens - le libre arbitre, la rigueur, la liberté - le savoir, la vérité, la science - trois sphères, où comptent, respectivement, l'ampleur, la profondeur, la hauteur. | | | | |
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| vérité | | | L'intelligence n'est pas tellement dans la formulation d'hypothèses que dans le courage de reconnaître tout monde comme hypothétique, et dont la thèse se muera en hypothèses. Mais ces souplesse et liberté ne vaudront pas grand-chose sans des mondes catégoriques sous-jacents, solidement bâtis par ton libre arbitre. Mais deux mondes, qu'ils soient hypothétiques ou catégoriques, ce sont deux espaces de vérités - la liberté interprétative vaut bien le libre arbitre représentatif. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques. | | | | |
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| vérité | | | La notion de vérité n'a pas de place au sein de la philosophie, mais elle conduit à former un regard philosophique sur la place du langage, celui-ci devant se trouver au centre de toute réflexion abstraite. On finit par comprendre, que ne peuvent s'évaluer à vrai que des propositions, formulées dans un langage, bâti sur une représentation d'une réalité à examiner. La réalité n'y apporte que le sens, que le sujet-interprète retire des résultats de ses requêtes. | | | | |
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| vérité | | | Pour un philosophe pratique, qu'est-ce que la logique ? - une représentation, un langage de requêtes, bâti là-dessus, et un interprète, qui établit la véracité de requêtes, en unifiant l'arbre-requêteur. L'être, si galvaudé par les Anciens, ainsi que par Hegel et Heidegger, n'y a pas de place, ni sous forme d'Idées immuables, ni de dialectique sujet-objet, ni de souci métaphysique. L'être est le contenu immanent du réel modélisé, servant de justification de représentations et de donation de sens (transcendant, par une gratuite bénédiction - Segnen sinnt !) aux vérités (toujours évaluées dans le contexte représentation-discours). | | | | |
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| vérité | | | Pour un nul en astronomie, la vérité de la proposition la Terre tourne autour du Soleil est une misérable vérité, établie misérablement dans une représentation misérable. La vérité appartient donc au langage : à la profondeur des représentations et à la rigueur des interprétations. Et la référence à la réalité ne se justifie que chez les compétents. | | | | |
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| vérité | | | Les trois catégories d'hommes, en fonction du milieu, dans lequel ils placent la vérité : dans la réalité (les hommes d'action et les naïfs), dans la représentation (les logiciens et les scientifiques), dans le langage (les fanatiques et les poètes). Et ils placent le critère de vérité, respectivement, dans la monstration (adaequatio), dans la démonstration (preuve), dans la création (musique). On a de bonnes chances d'être philosophe, quand on sait accompagner la vérité dans le franchissement de ces frontières, sans trop de dégâts, mais en en changeant d'identité, les frontières gardées par le douanier, qui est le bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Si l'intuition (l'usage des connaissances aprioriques ou câblées) vise des objets justes, c'est à dire se trouvant bien dans une représentation et vérifiant les propriétés pressenties, elle ne génère pas pour autant une vérité, elle en prépare des prémisses. Pas de vérités sans références langagières d'objets, sans formes prédicatives de relations. | | | | |
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| vérité | | | La vérité philosophique est une chimère creuse, dont la recherche n'est qu'un prétexte pour entretenir la gravité d'un bavardage pseudo-savant. Hors la mathématique, les sciences ne cherchent pas la vérité, mais des lois, c'est à dire des bases de faits axiomatiques, nécessaires, que le libre arbitre de l'intellect complète par des bases de connaissances. Tout, dans ces bases, est vrai, par définition. Ensuite, dans le contexte de ces bases, on formule des hypothèses, des requêtes logico-langagières, dont la démonstration réussie produit des vérités non-axiomatiques, les plus intéressantes. | | | | |
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| vérité | | | En fin de compte, la vérité se réduit au chemin d'accès aux objets, sur lesquels elle porte, et le terme de dévoilement (aléthéia) le reflète bien. Ce qui voile ce processus, ce sont deux couches, la langagière et la conceptuelle, qui s'entreposent entre l'interprète et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Trois types de négation : la syntaxique (portant sur une proposition), la sémantique (portant sur une relation ou un attribut), l'exclusive (la négation-contrainte, spécifiant les angles de vue à exclure). C'est la dernière qui est visée par Spinoza dans sa définition de determinatio negatio est. | | | | |
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| vérité | | | Le monde émerveille par l'harmonie du Créateur divin ; les représentations bouleversent par l'harmonie des meilleures créations humaines ; et ce ne sont pas les contradictions dans le monde ou entre le monde et ses représentations qui sèment le doute et nourrissent l'ironie, mais l'incommensurabilité entre le réel et l'imaginaire ; les absurdistes et les sceptiques sont parmi les plus bêtes des observateurs et des créateurs – défauts des yeux et de la jugeote. | | | | |
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| vérité | | | On n'interroge jamais la réalité ; toute requête, inévitablement, naît déjà au-dessus d'un modèle ; à la réalité on ne peut adresser que prières, hymnes ou malédictions. | | | | |
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| vérité | | | Nos sens, nos désirs sont dans la réalité, mais notre langage s'adresse à la représentation, il y est plongé entièrement. Cette séparation embrouille la détermination de la place de la vérité des propositions. La vérité technique, prouvée à partir du langage, mais projetée, pour validation, sur la réalité, constitue le sens, que les phénoménologues appelleront, abusivement, vérité originaire. | | | | |
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| vérité | | | La notion (et pas nécessairement concept) de vérité est évoquée dans des contextes, qui peuvent impliquer cinq domaines : la réalité (R), la représentation (P), le langage (L), l'interprétation du langage au sein de la représentation (ILP), la projection de ILP sur R (ILPR). La vérité présuppose l'usage de L ; quand on se contente de la confrontation directe entre R et P, on ne peut pas parler de vérité, mais seulement d'adéquation (de représentation). L'adéquation d'interprétation ressortirait de ILPR - de la donation du sens. Ces deux adéquations n'admettent aucun modèle logique de validation et ne se fondent que sur l'intuition. Et le seul véritable concept de vérité n'apparaît que dans ILP. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités ne logent jamais dans la raison ; leur maison, c'est le langage, bâti sur le sol des représentations. L'enchantement naît de cette communication avec le profond. Mais dans la platitude du réel, ce frisson peut, et doit, tourner en mensonge. « Notre raison, par ses vérités puisées en elle-même, crée, de notre univers, un royaume enchanté de mensonges »* - Chestov - « Наш разум, на основе в нём самом почерпнутых истин, создаёт из нашей Вселенной зачарованное царство лжи ». | | | | |
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| vérité | | | Le sens, c'est une passerelle extra-langagière et extra-conceptuelle entre ce que nous concevons dans une représentation et ce que nous percevons dans la réalité correspondante, la validation de l'essence (le problème) par l'être (le mystère), face à l'étant (la solution). | | | | |
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| vérité | | | La vérité s'établit dans les représentations et non pas dans la réalité (celle-ci sert à valider celles-là, en extrayant le sens de cette vérité, et non pas à la constater). Les concepts de rêve ou d'impôt ont le même degré d'abstraction et se trouvent à une même distance de la réalité. Et lorsqu'on applique la notion de vérité à la réalité, on dit, bêtement, qu'une vraie tristesse est meilleure que la fausse joie. La tristesse du vrai passé (courant) ne doit pas m'empêcher de vivre la joie du faux présent (à naître). | | | | |
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| vérité | | | Toute représentation est partiellement fausse (inadéquate) ; néanmoins, tout critère de vérité (des propositions) ne peut s'appuyer que sur une représentation. À ne pas confondre avec la vérité de la représentation (le libre arbitre) ou avec la vérité du sens (la liberté). | | | | |
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| vérité | | | Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates. | | | | |
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| vérité | | | On ne connaît la chose réelle que par et à travers ses représentations individuelles. N'importe quel plouc a parfaitement le droit de prétendre à en détenir des connaissances et des vérités, quels que soient ses concepts bancals ou son langage primitif. La chose en soi n'est prise au sérieux que par les sots. | | | | |
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| vérité | | | Le langage, c'est une langue, attachée à une représentation, plus un interprète logique des propositions. Tant d'hommes, tant de langages : les différences des cultures langagières, conceptuelles, scientifiques font de chaque homme une source de vérités, puisque toute vérité surgit des propositions, toute vérité est relative au langage du requêteur. Les vérités absolues n'existent pas, bien que le consensus grandissant dans les représentations élargisse le corpus de vérités communes. Donc, c'est bien Protagoras qui a raison contre Aristote (qui ne voit ni la langue ni la représentation) et Wittgenstein (qui ne voit pas la représentation). | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs se présentent au sein d'une représentation, et toute représentation sérieuse est intérieurement cohérente ; donc toute valeur y est vraie, par définition (la véracité se prouve à l'intérieur de la représentation) ; c'est la validation de la représentation qui tranche définitivement si la valeur doit être vraie ou fausse au-delà de cette représentation. | | | | |
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| vérité | | | À une même proposition vraie, peuvent correspondre une vérité câblée chez le profane et une vérité déduite chez le spécialiste. La Terre est la troisième planète – combien sont ceux qui sont capables de le déduire et pas seulement de l'affirmer ? - une infime minorité – la même assertion, mais autant de vérités profondément distinctes. | | | | |
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| vérité | | | Trois types de vérité des propositions : la mécanique (sans besoin d'accès aux objets de la représentation, la rarissime), la factuelle (l'accès direct aux faits câblés de la représentation, la plus simple), l'inférée (la déduction à partir des faits, la plus subtile). Les faits câblés sont l'œuvre du libre arbitre du concepteur, ils sont à son effigie. Donc, comme toujours, Hegel est à côté de la plaque : « La vérité n'est pas une monnaie frappée, qui peut être donnée et empochée telle quelle » - « Die Wahrheit ist nicht eine ausgeprägte Münze, die fertig gegeben und so eingestrichen werden kann ». | | | | |
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| vérité | | | Tout sujet humain a son stock (base) de faits et ses logiques (en représentation ou en interprétation). Ses vérités peuvent avoir trois origines : les faits, les déductions à partir des faits, de pures déductions logiques (sans accès aux faits). Mais dans tous les cas, une requête préliminaire langagière (technique, naturelle ou logique) est indispensable. Sans requête pas de vérités. | | | | |
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| vérité | | | L'existence est pensable dans trois domaines : la réalité, la représentation, le langage ; elle est établie par des interprètes et elle n'a pas beaucoup de sens dans les passages entre ces domaines. La vérité s'établit entre un langage et une représentation ; son existence a aussi peu de sens que celle du nombre de substitutions dans la requête même. Ce que les philosophes appellent vérité n'est, le plus souvent, que la validation d'une représentation ou l'attribution de sens à une requête réussie – la justification du libre arbitre. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité d'une proposition ne peut être univoque ne serait-ce qu'à cause de deux sujets, qui y sont impliqués – l'émetteur et le récepteur, avec leurs cultures linguistiques, logiques et pragmatiques différentes. Et la vérité n'est ni dans la langue ni dans la réalité ni dans le rapport entre la langue et la réalité, mais dans la représentation et l'interprétation que manipule le récepteur. | | | | |
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| vérité | | | Des attitudes, avec la bêtise décroissante, face à la vérité : elle me possède (Marx : « La vérité est universelle, elle me possède, je ne la possède pas » - « Die Wahrheit ist allgemein, sie hat mich, ich habe sie nicht »), je la cherche, je la possède, je la prouve, je la constate, je la crée (Marx : « La vérité : propriété des propositions de s'accorder avec les choses de la représentation » - « Die Wahrheit : Eigenschaft der Aussagen, mit dem widergespiegelten Sachverhalt übereinzustimmen »). | | | | |
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| vérité | | | Tant d'hommes tant de représentations, tant de représentations tant de discours, tant de discours tant de vérités, – et après et malgré cette évidence, le philosophe académique cherche la vérité unique, qui dissiperait toutes les doxas des indoctes… | | | | |
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| vérité | | | Adæquatio rei et intellectus ne mérite pas le nom de vérité, c'est un constat intuitif, résultant de cette chaîne rigoureuse : une proposition, sa correction syntaxique, sa démonstration, les substitutions en réseau, la signification de ce réseau, et d'une confrontation du sens dégagé avec la réalité modélisée. Et cette confrontation échappe à toute formalisation ; notre liberté s'y réduit à la contemplation jugementale extra-conceptuelle. La satisfaction confirme (elle est là, la vérité du sens accepté) et l'insatisfaction infirme (la vérité inacceptable de la proposition) notre représentation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est impensable sans une représentation ; la représentation est impensable sans concepts ; le concept est impensable sans une rigueur ; donc, tant de sciences tant de genres de vérité, mais la vérité, recherchée par les philosophes ou les sages professionnels, est impensable, car ils nagent dans un pur verbalisme, suspendu au-dessus d'un vide et non pas attaché à une représentation. | | | | |
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| vérité | | | Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur. | | | | |
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| vérité | | | Pour parler de l'existence, nous pouvons porter en nous trois mondes : celui du vrai, celui du beau, celui du Bien, dans lesquels nous plongent nos trois interprètes – l'esprit, l'âme, le cœur, et qui font de nous un intellectuel, un artiste, un saint. D'où trois cas extrêmes : si je ne reconnais que le monde du vrai, je devrais affronter, dans une lutte féroce, un désespoir noir ; si je ne vis que du beau, je vivrais une espérance dans l'inexistant ; si je me laisse emporter par l'émoi du Bien, je porterais l'amour ou la caresse à ce monde immatériel. L'existence est placée par l'esprit dans une représentation, par l'âme – dans un langage, par le cœur – dans la réalité. L'union des trois paraît être impossible ; il faudrait être un ange, ou celui qui n'affronte que les anges. | | | | |
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| vérité | | | La Vérité est une propriété d'une proposition langagière (transformée en formule logique et démontrée dans le contexte d'une représentation), et le Sens est un résumé intuitif (ni langagier ni conceptuel) des substitutions effectuées dans la proposition (formule) démontrée (et donc débarrassée complètement du langage) et visant à confirmer (la vérité des scolastiques et charlatans) ou à infirmer la représentation sous-jacente. Comment les tenants de la philosophie analytique ou de la French theory américanisée peuvent-ils partir du seul langage (et oublier la représentation), pour aboutir au sens ? | | | | |
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| vérité | | | La tâche représentative s'avère être plus prometteuse que la tâche interprétative, tel est le constat le plus profond, fait par l'Intelligence Artificielle : à partir des faits (d'une base de connaissances) on bâtit plus de vrai qu'on ne prouve de démontrable à partir des requêtes (dans un langage réductible aux formules logiques). Une illustration métaphorique (finie) du théorème de Gödel (dans l'infini). | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle n'est vrai que ce qu'on prouve, mais Gödel nous confirme, que, des trois tâches intellectuelles – la représentation, l'expression, l'interprétation -, l'expression est la plus prolifique, puisqu'on ne prouve que des requêtes exprimées dans un langage. Et tant que l'homme gardera ses cordes poétiques et créatrices, malgré sa robotisation insonore, il restera supérieur à la machine. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai se construit (un travail synthétique) et le démontrable s'établit (un travail analytique). Donc, soit la démarche anti-platonicienne : de la platitude des faits – à la hauteur des idées, soit la démarche anti-aristotélicienne : de la profondeur d'une hypothèse langagière – à la platitude de la preuve et du sens. Gödel et l'Intelligence Artificielle montrent que le premier travail, la représentation, apporte de plus vastes résultats que le second, l'interprétation. | | | | |
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| vérité | | | Aristote et Platon, dilettante du vrai et dilettante du bien, sont franchement ignares dans le beau, qu'ils imaginent en tant qu'éclat du vrai ; le beau est une lumière invraisemblable, une source inattendue, une cause nouvelle des effets bienfaisants dans notre âme, un regard néophyte, faisant baisser nos yeux incrédules. Le vrai n'est qu'une représentation, tandis que le Bien est dans la réalité divine et le beau – dans son interprétation humaine. | | | | |
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| vérité | | | Le scientifique : il maîtrise les faits avérés (les vérités premières) de sa discipline ; il maîtrise le langage de formulation de requêtes ; dans ce langage il formule des hypothèses, dont la démonstration (par l'expérience ou la logique) crée des vérités finales, qui seraient, éventuellement, ajoutées (câblées) aux vérités premières. Le philosophe titulaire ne maîtrise ni le langage de conception (pour créer des vérités premières) ni le langage d'interrogation (présupposant une représentation) ni le langage d'interprétation (bâti sur une logique) ni le langage de cognition (permettant de donner un sens à une nouvelle connaissance), et il prétend chercher des vérités… Le philosophe n'a besoin que du seul langage poétique, mais pour cela il faut être né poète. | | | | |
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| vérité | | | Tout fait nouveau, qui réussit à s'insérer dans une représentation, s'ajoute aux vérités premières (celles qui n'ont pas besoin de requêtes, pour être établies) ; seule la rigueur du concepteur en est la garantie. Les vérités finales hégéliennes se prouvent par l'interprète et se munissent de sens par le sujet. | | | | |
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| vérité | | | Aucune trace d'une vraie science ou d'une vraie logique dans la Science de la Logique. Et la logique transcendantale kantienne (ou husserlienne) brille par le même creux alogique, facilement comblé par des logiques modales ou floues, au-dessus des réseaux sémantiques, ces généralisations de l'arbre syntaxique. | | | | |
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| vérité | | | On emploie le même terme de vérité pour désigner deux notions totalement différentes : être vrai dans le modèle ou le vrai du modèle. La première vérité est démontrable dans le contexte d'une représentation, bâtie par le libre arbitre ; la seconde est indémontrable, s'appuie sur l'intuition et l'expérience et résulte de l'interprétation libre du sens exhibé par le modèle. Le cogniticien ne s'intéresse qu'à la première, et le philosophe s'amuse dans l'irresponsabilité complaisante de la seconde. | | | | |
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| vérité | | | L'arrogance du bavardage académique autour de la vérité est due à la licence, léguée par les scolastes, distinguant la vérité des choses et celle des discours (veritas rei, veritas praedicationis). Or, non seulement la première se réduit toujours à la seconde, mais la seconde est impensable sans une représentation conceptuelle, dont sont incapables les bavards, sans parler de leur ignorance de la logique la plus élémentaire. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes définissent la vérité comme conformité de la pensée avec l'objet ; cette opération se réduit à la non-contradiction avec les faits avérés et ne peut donc pas être complètement formalisée. Tandis que la vérité sérieuse s'établit rigoureusement dans l'enchaînement logique : la représentation, le discours, la formule logique, la démonstration. Descartes est avec les ignares : « On ne peut donner aucune définition de logique, qui aide à connaître sa [vérité] nature ». | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi la requête Socrate est mortelest vraie ? Tout d'abord, elle est vraie pour un sujet, vous ou moi. Elle est vraie pour lui, parce qu'en français, cette phrase est correcte, parce que le sujet dispose d'une représentation, parce que son interprétation conceptuelle, au service de la requête, aboutit au succès logique, parce qu'aucun conflit avec la réalité, qui invaliderait la représentation ou l'interprète, n'est constaté. La vérité, qui se dispenserait de toute référence à la représentation et à l'interprétation, ne peut être qu'un leurre. | | | | |
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| vérité | | | On ne trouve qu'en français cette commode différence entre langue et langage, le second complétant la première par une représentation. La langue est un objet statique des études linguistiques, et le langage est un outil dynamique du poète et du philosophe. Le poète habite les frontières vagues entre langue et représentation ; il violente les modes d'accès habituels aux objets ou les images des objets mêmes, son regard crée ainsi un vertige dans les yeux sensibles. Le philosophe est plongé dans la représentation, dont l'adéquation avec la réalité est son premier souci. La vérité du poète est dans le vertige, et celle du philosophe - dans la réalité. Et puisque la vérité des propositions est interne au langage, le poète est plus près du vrai. | | | | |
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| vérité | | | Quand on parle de vérité en termes d'adéquation, trois sortes d'opération intellectuelle sous-jacente, et souvent confondues, sont possibles : l'ordre (introduction axiomatique de concepts dans la représentation), la requête (proposition langagière sur les relations entre les concepts), l'intuition (confrontation de propositions, vraies ou fausses, avec la réalité, donation de sens). Il est à noter, que la réalité est absente dans le deuxième cas ; la représentation – dans le troisième ; le langage – dans le premier et le troisième. | | | | |
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| vérité | | | Les représentations d'un sot sont si décousues et superficielles, qu'il pense pouvoir s'en passer pour ne faire qu'interpréter (l'illusion, partagée par Nietzsche). Les représentations d'un savant sont si profondément câblées, que leur accès est presque imperceptible ; on les explicite à reculons. Dire que la vérité n'existe pas, car on n'aurait aucune représentation, est une sottise, entretenue par un mauvais nihilisme. | | | | |
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| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité surgit d’une interprétation du discours ; elle n’appartient qu’à ce discours ; dans la représentation, il n’y a que des vérités triviales, axiomatiques, apodictiques. Il est bête de dire que « l’art représente, pour un regard sensible, la vérité de l’idée » - Hegel - « die Kunst stellt die Wahrheit der Idee für die sinnliche Anschauung dar ». La vérité n’est qu’un effet collatéral et inattendu d’une union sensuelle entre l’esprit et l’âme. | | | | |
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| vérité | | | Entre une représentation scientifique et celle d’amateurs, il y a trois différences : la première a plus de cohérence interne, ses interprétations s’appuient davantage sur la logique que sur l’intuition, et enfin les résultats de ses requêtes sont plus compatibles avec la réalité. Mais la notion de vérité (toujours interne à une représentation) a le même sens dans les deux. | | | | |
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| vérité | | | Dans la définition de la vérité philosophique (intellectus – rei), comment faut-il comprendre rei ? - m’est avis, que c’est seulement en fonction des buts atteints. Et je ne vois ces buts que dans l’admiration du mot (qui se mesure avec nos sentiments indicibles) et dans la consolation de l’âme (face aux terribles verdicts que l’esprit formule à l’égard de nos destinées personnelles). Si les idées, telles que chose en soi, esprit absolu, fonction représentative du mot, apportent de l’enthousiasme à leurs adeptes, elles sont vraies pour la réalité philosophique. Mais bêtes ou triviales. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur ne peut pas être définie sans qu'on ait défini ce qui peut être blanc, de même manipuler la vérité sans avoir défini ce qui peut être vrai est une niaiserie, dans laquelle tombent tous les philosophes. La bonne question posée, tout de suite surgira le seul domaine, où la notion de vérité ait un sens sérieux et rigoureux, - le langage. Si, en plus, on veut qu’on soit conforme (adéquat, compossible) à la réalité, on aboutira à la représentation non-langagière ; dans un langage on formule des propositions, interprétées dans le contexte d’une représentation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité concerne le réel (objectif, ou l'être), mais ne loge ni ne se prouve que sur le fond d’une représentation de ce réel. En dehors de la mathématique, toute représentation porte l’impact subjectif de son auteur. Donc, les vérités objectives, dont bavardent Hegel et Kierkegaard, ne peuvent pas exister. | | | | |
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| vérité | | | Pour le langage, la représentation est le fond, mais face à la réalité, elle est, essentiellement, de la forme ; aucune adéquation, aucun homomorphisme, aucune bijection ne sont possibles entre la réalité et sa représentation. Celle-ci peut être acceptable, satisfaisante, asymptotique, elle ne peut pas être équivalente à la réalité. Faire du réel la norme du vrai est bête et absurde. La vérité surgit de la forme, renvoie à la forme, n’a de sens que dans la forme. Elle ne porte jamais sur l’ensemble de la représentation, mais sur les propositions langagières, invoquant la représentation et non pas la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Oui, en dernier ressort, la vérité doit être confirmée et par le sensible et par l’intelligible, mais seulement suite à cette chaîne obligatoire : la vérité n’a pas de sens sans langage, le langage n’a pas de sens sans la représentation, la représentation n’a pas de sens sans la maîtrise de la réalité représentée, la maîtrise n’a pas de sens sans nos sens, assistés par notre esprit. Ne pas oublier, que la subjectivité est présente dans toutes ces étapes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (d’une requête, interprétée dans une représentation) se prouve, et la concordance (entre la représentation et la réalité) se juge ; la seconde ne pourra jamais se substituer à la première, comme le font tous les philosophes. | | | | |
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| vérité | | | Ce que, dans l’interprétation d’un discours, les hégéliens ou phénoménologues appellent apparaître, correspond à substituer aux références langagières - des objets ou des relations de la représentation. La réussite (l’échec) finale de ces substitutions est marquée par un symbole abstrait, extra-langagier, extra-représentationnel, de vérité (fausseté). Mais ils répètent cette bêtise : « Toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître » - Hegel - « Alle Wahrheit muß erscheinen, um nicht eine leere Abstraktion zu sein ». | | | | |
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| vérité | | | La réalité est soit spirituelle soit matérielle ; la mathématique est la représentation de la première, toutes les autres sciences – plutôt de la seconde ; mais c’est l’esprit qui valide les deux. Les objets mathématiques étant de pures abstractions, la mathématique se valide par la seule logique, elle n’a pas besoin de validation par comparaison avec la réalité matérielle. Pour les autres sciences, cette validation est nécessaire, et les philosophes appellent une validation satisfaisante – vérité ou adéquation, ce qui est un abus de langage. | | | | |
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| vérité | | | Le terme d’adéquation devrait être exclu de la définition de la vérité et réservé à la validation d’une représentation. Les propositions Socrate est immortel ou la licorne est belle peuvent être vraies dans certaines représentations non-contradictoires, mais celles-ci, inadéquates à la réalité, ne sauraient pas être validées. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est ni dans la correspondance (critère externe, discours face à la réalité) ni dans la cohérence (critère interne, représentation non-contradictoire). Toutes nos connaissances proviennent des représentations (théories, systèmes, connaissances aprioriques) ; la correspondance à la réalité n’a presque aucun sens. La cohérence peut être effectuée dans des représentations, en flagrante incompatibilité avec notre vision intuitive de la réalité. Ces deux croyances sont, pourtant, dominantes. | | | | |
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| vérité | | | L’Intelligence Artificielle permet facilement le transfert dans l’ordinateur des connaissances et des raisonnements d’un scientifique. En revanche, elle resterait perplexe, démunie et impuissante devant les élucubrations d’un sot. Pourtant, celui-ci a exactement les mêmes droits, pour parler de sa vérité que celui-là – de la sienne.« La vérité se compose de certitudes obscures plus encore que de raisonnements clairs » - Rivarol. | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance, transférée dans une représentation, devient un fait, une vérité câblée, atomique ; c’est la vérité qui se prouve, en s’appuyant sur les connaissances et non pas l’inverse : « Les connaissances doivent être définies en termes de la vérité et non vice versa » - B.Russell - « Knowledge must be defined in terms of truth, not vice versa ». - ni les logiciens ni les linguistes n’arrivent jamais à la hauteur des cogniticiens. | | | | |
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| vérité | | | Dans les réflexions sur le sens et la vérité, les pires des bavards sont ceux qui ne maîtrisent pas la logique (de Hegel à Heidegger) ; mais les logiciens, qui ne maîtrisent ni le langage ni la représentation (de B.Russell à Wittgenstein), sont étrangement aussi bêtes. | | | | |
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| vérité | | | Dans la réalité, strictement parlant, il n’y pas d’objets (nécessairement structurés par une représentation), et res extensa et res cogitans ne sont que des entités non-structurées. Adaequatio rei et intellectus, en tant que définition de la vérité, correspond, tout simplement, à une concordance entre des objets de DEUX représentations d’une même réalité, concordance de DEUX interprétations d’une même proposition. La première de ces représentations est propre à un sujet, elle est individuelle ; la seconde est une représentation collective validée. Le terme de vérité n’est appliquable qu’aux résultats des interprétations séparées ; la comparaison réussie (les critères de cette réussite ne pouvant être qu’intuitifs) ne fait que rendre la vérité de la première interprétation – acceptable. | | | | |
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| vérité | | | On a un esprit d’autant plus scientifique qu’on place les vérités davantage dans une représentation que dans un langage. | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance provient des représentations ; toute représentation est subjective ; dans la réalité courante, on appelle, abusivement, objectif ce qui n’est que provisoirement consensuel, dans des représentations communes. Et les finasseries kantiennes : « Être vrai est la propriété objective du savoir, tandis que tenir pour vrai est subjectif, c’est le jugement, tenu pour vrai, suite à une représentation par un sujet particulier » - « Wahrheit ist die objective Eigenschaft der Erkenntnis ; das Urteil, wodurch etwas als wahr vorgestellt wird, die Beziehung auf ein besonderes Subjekt, ist subjectiv, das Fürwahrhalten » - montrent, que la vérité est un concept inaccessible aux philosophes. | | | | |
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| vérité | | | Le philosophe orgueilleux veut une intelligence, qui resterait inchangée, quel que soit l'événement, modifiant les faits. Post eventum omnis vir triste… Et si l'on traitait les hypothèses et les a priori en pensées-filles, aguichantes car circulant près des commencements crépusculaires, mais trop grossières pour en tirer des jugements définitifs, nocturnes ? C'est l'événement, lui-même, qui change le système de vérités et, partant, la pensée ; l'événement est ce qui, dans une représentation modifiée, bouleverse, en même temps, le langage et en crée, strictement parlant, un autre, un nouveau. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est ni dans l’intellect ni dans les choses ; elle est dans la représentation interrogée. | | | | |
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| vérité | | | Aucune image verbale, picturale, intellectuelle ne peut coïncider, en tout point, avec la chose réelle visée. Il est même absurde de parler de coïncidence, ou d’adéquation, puisque le réel et le représenté sont incommensurables. St-Augustin : « Mentir, c’est avoir une chose dans l’esprit et en énoncer une autre » - « Ille mentitur, qui aliud habet in animo, et aliud enuntiat » - confirme, involontairement, que, d’après leur définition stupide de la vérité comme adéquation, nous sommes des menteurs permanents, et personne n’y échappe. | | | | |
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| vérité | | | La représentation est une source de lumière, et un interprète logique s’en sert pour projeter cette lumière sur la proposition langagière, soumise à cette représentation pour être évaluée. La proposition est un objet composite, une structure, dont tous les nœuds doivent être éclairés, pour que la proposition soit évaluée à vrai. « Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil » - J.Joubert. | | | | |
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| vérité | | | Créer ou dire des vérités sont deux activités sans commune mesure : la première relève de l’art, puisqu’il s’y agit de produire de nouvelles représentations et donc de nouveaux langages ; la seconde est banale, en tant qu’exception, et désespérante, en tant que règle. « Quelle horreur que de te rendre compte, soudain, que toute ta vie tu ne disais que la vérité » - Wilde - « It is a terrible thing for a man to find out suddenly that all his life he has been speaking nothing but the truth ». | | | | |
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| vérité | | | Pour partager une même vérité, un groupement humain doit, au préalable, partager beaucoup d’autres choses : la même représentation conceptuelle, le même langage interrogatif, le même interprète logico-linguistique, la même interprétation-sens. Koyré a raison : « La vérité est toujours ésotérique »*. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités sont des matières premières, pour bâtir des représentations de notre réalité, comme les émotions le sont, pour créer des interprétations de nos rêves. | | | | |
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| vérité | | | Tous les philosophes, honnêtes mais bêtes, se lamentent ou se glorifient des contradictions, qui parsèment leurs ouvrages. Et presque personne ne se doute de la vraie nature de ce phénomène, banal et commun, - le changement de langage, c’est-à-dire, avant tout, de représentations, qui modifie l’espace de vérités, ce qui est une activité permanente et inéluctable, n’ayant rien à voir avec l’honnêteté et la rigueur personnelles. | | | | |
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| vérité | | | L’individualisation se manifeste de deux manières : dans la représentation (les structures syntaxiques – concepts de l’ontologie, ou sémantiques - liens entre concepts) ou dans le style (attachements langagiers aux concepts ou aux liens). Ne méritent notre intérêt que les vérités et erreurs, fondées sur ces deux types d’individualisation ; collectives, elles rejoignent très vite la platitude. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie dogmatique proclame des vérités éternelles, en dehors des représentations et des langages ; la philosophie critique les appuie sur de vagues représentations et se désintéresse du langage ; la philosophie sérieuse se moque de l’éternité et attache ou déduit toute vérité à l’intérieur d’un langage, bâti par-dessus une représentation scientifique. | | | | |
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| vérité | | | Il y a des idées câblées (par la représentation) et des idées déduites (à partir de la représentation), ou des idées intuitives (exigeant une modification de la représentation courante) – vérités symboliques ou des vérités inspirées. | | | | |
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| vérité | | | Des vérités universelles (consensuelles) n’existent qu’en mathématique, puisqu’on peut s’y entendre sur la représentation, sur le langage et sur les moyens de preuve ; dans aucun autre domaine ces trois conditions ne peuvent être satisfaites ; partout ailleurs, le consensus n’est qu’une blague, sans aucun rapport avec la véracité des affirmations. | | | | |
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| vérité | | | La science engendre des concepts et l’intuition – des notions, qui peuvent, parfois, aboutir aux concepts. La tête bornée ne suit que des notions ; la tête éclairée accumule des concepts. La première est bourrée de vérités éternelles ; la seconde ne maîtrise ni ne produit que des vérités, relatives à l’état de nos représentations. On voit dans quel camp se place Descartes : « Par vérités éternelles j’entends des notions communes ». | | | | |
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| vérité | | | Les chemins croisés de la réalité et du rêve : la première – réalité, représentation, langage, requête, vérité ; le second – rêve, interprétation, émotion, langage. Une source hindouiste, remontant à Upanishad, constate l’incompatibilité de ces chemins : « La vérité ne rêve jamais », comme le rêve, lui, est déjà au-delà de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens. | | | | |
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| vérité | | | Par combien de représentations ontologiques, extrêmement complexes, sans parler de la couche langagière là-dessus, il faut passer, pour avoir le droit d’affirmer, sérieusement, que la phrase Je suis malade est vraie ! Mais tous les philosophes s’égosillent sur les vérités fantomatiques, détachées de toute représentation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’apparaît dans la vie ou dans le rêve que par l’intermédiaire d’un langage, donc d’une représentation, toujours abstraite, toujours bancale. | | | | |
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| vérité | | | La négation d’un état des choses réelles est ce qu’il y a de plus simple et, souvent, niais ; la négation des relations entre des concepts d’une représentation est ce qu’il y a de plus compliqué, mais, souvent, intelligent. | | | | |
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| vérité | | | Vous recevez, tous, le même flux d’apparences ; il s’agit de les interpréter ; en fonction de la qualité de vos représentations, ces apparences verbalisées atteindront le grade de vérité (évidemment non-objective mais relative à la représentation) ou bien s’identifieront aux illusions inarticulées. En tout cas, en absence de représentations valables, les apparences et les vérités resteront incommensurables, tant qu’un langage ne sera bâti au-dessus de la représentation. | | | | |
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| vérité | | | S.Weil : « Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre » - y est bien bête. Oui, avec une représentation figée, le sacré, comme la vérité, sont ce qui n’admet pas de doute. Mais les langages et les représentations changent en permanence, et le véridique et l’idolâtre peuvent se séparer sans retour. Mais le plus important, c’est que la vérité est totalement dépourvu de l’essentiel du sacré – de la sensibilité du cœur et de l’élévation de l’âme. | | | | |
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| vérité | | | Le sens que les philosophes mettent dans la définition de la vérité en tant que adaequatio rei et intellectus est soit absurde soit trivial. Passons sur intellectus, qui peut être soit personnel soit collectif, mais le terme ambigu de rei dévalorise toute la formule : soit il nous renvoie à la réalité qui n’admet aucune unification avec une représentation d’intellectus, soit il nous plonge directement dans une représentation, et dans ce cas l’unification est triviale, puisque c’est intellectus, lui-même, qui l’a produit. On aurait dû parler de choses en réalité et d’objets en représentation. | | | | |
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| vérité | | | Tout en partageant la vision scolastique de vérité en tant que adaequatio avec la réalité, Heidegger est légèrement plus subtil ; au discours langagier, il ajoute la notion de discours représenté (vorgestellte Aussage), mais il glisse la-dessus, pour déclarer vérité la validation intuitive des résultats vagues du passage par la représentation (où réside la seule vérité rigoureuse). En introduisant le sujet (propriétaire de la représentation), il aurait pu créer un autre quadriparti. | | | | |
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| vérité | | | Qu’est-ce que le vrai monde ? Certainement pas la réalité, puisque la vérité ne peut exister que là où il y a des langages et donc des représentations, logés dans notre cerveau et non pas dans la réalité. Le vrai monde serait alors le résumé de l’interprétation de nos perceptions sensorielles. Autrement dit, le vrai monde ne s’appuie que sur les apparences individuelles ; il est subjectif et s’oppose aux choses en soi, ce contenu de la réalité. Paradoxal mais irréfutable. | | | | |
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| vérité | | | La pensée d’un objet, ou, dans le jargon des charlatans (non-grecs), la noèse d’un noème, c’est ainsi que ceux-ci voient la naissance d’une vérité, sans évoquer ni un langage ni une logique ni une représentation. Un objet, pris séparément, ne peut être interrogé que sur son existence ; seules de bien piètres vérités peuvent en sortir. La pensée est une requête langagière (assertion ou interrogation), portant sur les relations entre objets, dans le contexte d’une représentation ; la pensée est donc un arbre cherchant des unifications et aboutissant au sens. | | | | |
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| vérité | | | La hauteur naît dans le langage et non dans la représentation (qui prend en compte l’ampleur et la profondeur). La vérité s’exprime dans la rigueur langagière, s’appuie sur la représentation et se valide par la logique ; elle n’a aucun rapport avec la hauteur. Mais toute la gent professoresque répète, avec Hegel : « La vérité est dans la hauteur du verbe et dans la hauteur encore plus grande de la cause » - « Wahrheit ist ein hohes Wort und die noch höhere Sache ». | | | | |
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| vérité | | | Le mystère des mondes minéral, végétal, animal, humain, c’est leur Être même, que nous ne connaissons que par leurs Étants, c’est-à-dire par des représentations partielles validées. Faute de bon terme, les scholastes modernes appelle l’Être de ces Étants – vérité, c’est-à-dire le dernier repaire d’un réel inaccessible en sa totalité. La chose en soi est une expression beaucoup plus adéquate. | | | | |
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| vérité | | | Que de bavardages pseudo-philosophiques, pour savoir si la question de la vérité est de nature généalogique, ontologique ou axiologique ! Cette question appartient entièrement au langage (avec la représentation associée) et à son interprète logique. Toute l’Antiquité le comprenait, et c’est par l’élimination de la représentation (et donc du langage, au profit de la langue) que le tournant, appelé, paradoxalement, linguistique, occulta un problème limpide. | | | | |
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| vérité | | | Le regard est créateur de représentations, donc - de modifications du langage, donc – de nouvelles vérités. « Le regard est le noyau de tout savoir, et toute nouvelle vérité en est l’exploitation »* - Schopenhauer - « Der Kern jeder Erkenntnis ist eine Anschauung ; auch ist jede neue Wahrheit die Ausbeute aus einer solchen ». | | | | |
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| vérité | | | Dans le réel, juge la raison ana-logique, guidée par le regard créateur ; dans la représentation, due essentiellement aux yeux contemplateurs, juge un interprète logique. Dans le premier s’incarne le savoir et le goût ; dans la seconde se désincarnent le langage et la vérité. Mais sans la puissance, profonde et prouvée, dans celle-ci – pas de hautes jouissances, éprouvées dans celui-là. | | | | |
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| vérité | | | Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations. | | | | |
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| vérité | | | On ne peut pas dire une vérité (à moins que le choix soit entre un mensonge et un fait réel, mais ce serait une question de morale et non pas de logique) ; un locuteur formule, dans le contexte de ses représentations, une requête que le récepteur examine, grâce à ses représentations et moyens interprétatifs. Des malentendus entre locuteur et récepteur sont toujours possibles, et la vérité qui surgit de l’interprétation réceptrice ne peut pas coïncider en tout point avec l’interprétation émettrice. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme conçoit des représentations, y attache un langage, manipule ses interprétations et parvient ainsi à ce que, en toute rigueur, on doit appeler vérités. Le dernier des ploucs en énonce autant que le savant le plus compétent. C’est seulement en qualité que la différence apparaît. | | | | |
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| vérité | | | N’est vrai que ce qui se prouve (on n’est pas dans l’infini gödélien) ; l’outil des preuves est un interprète, correspondant au genre de logique disponible ; l’action de l’interprète consiste à appliquer au fond cognitif (la représentation) la forme langagière (la proposition, un arbre interrogatif à variables) ; le résultat – la véracité/fausseté, à laquelle est associé un réseau d’objets (de la représentation), résultant des substitutions des variables de l’arbre. | | | | |
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| vérité | | | À la merveilleuse aptitude des yeux de changer de focalisation (ce qui dictera ton interprétation du réel) correspond une aptitude de focalisation de ton regard (ce qui guidera ta représentation de l’idéel). À partir d’une focalisation se forme un langage à part, traçant de nouvelles frontières entre le vrai et le faux. | | | | |
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| vérité | | | Toute science se repose sur des représentations (abstractions : concepts et relations) ; toute abstraction se trouve hors de la réalité, donc elle est toujours pure et rend la vague notion d’être (Kant, Hegel, Heidegger, Sartre) superflue. La mathématique est la seule science, dont les abstractions n’ont aucun correspondant dans la réalité ; elle ne manipule donc que des vérités internes, contrairement aux autres sciences, qui passent, nécessairement, par la vérification d’une adéquation avec la réalité (res intellecta) et dénomment, abusivement, cette adéquation in-formalisable - vérité. | | | | |
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| vérité | | | Pour éprouver le néant, comme disent les écolâtres, il faut passer par la négation. Pour définir la négation, il faut être, à la fois, logicien (la négation syntaxique) et linguiste (qui y ajoute la négation sémantique). Or aucun philosophe académique ne fut l’un ou l’autre. De Hegel à Sartre (en y incluant leurs critiques, tout aussi universitaires) – qu’un galimatias balbutiant. Même leur fichu être, pourtant une notion intuitivement plus abordable et sensée servir de point de départ de la négation (ce qui est totalement absurde), est un SDF, fourré quelque part entre la réalité et la représentation. | | | | |
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| vérité | | | La Terre est ronde - c’est une vérité aussi bien pour le concierge que pour le scientifique ; pour le premier elle est un axiome gratuit, et pour le second – une déduction ; le premier exprime une croyance, et le second – une conviction. Et Cioran : « J’appelle simple d’esprit qui parle de la vérité avec conviction » - confond ces deux personnages. | | | | |
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| vérité | | | La réalité n’apporte qu’une confirmation intuitive des vérités, qui logent, entièrement, dans la représentation et le langage, donc dans la conception et l’expression. Ces deux-là, vues par la réalité, sont approximatives et personnelles. | | | | |
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| vérité | | | Pour justifier ses représentations et preuves, la mathématique n’a pas de comptes à rendre à la réalité ; les objets qu’elle manipule n’ont pas de modèles dans la réalité ; elle les fabrique elle-même, dans un esprit universel, peu anthropomorphique. Toutes les vérités mathématiques sont éternelles. | | | | |
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| vérité | | | On enrichit une représentation en essayant d’y insérer de nouveaux faits abstraits - arbitraires, aléatoires ou rigoureux - mais inspirés par la réalité. Mais une fois l’essai réussi, ces faits non-contradictoires deviennent nécessairement vrais. La nécessité est toujours liée à une représentation ; l’absolue nécessité n’existe pas. | | | | |
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| vérité | | | L’emploi courant de la notion de vérité se rapporte soit à une représentation (alors la notion devient concept) soit à la réalité (la vérité n’y serait qu’intuitive). Les concepts de nécessité et de contradiction n’ont de sens que dans le contexte d’une représentation. D’où il faut conclure que la vérité de raison est un concept logique, et la vérité de fait est une notion s’appuyant uniquement sur l’intuition. | | | | |
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| vérité | | | Si tu réussis à insérer un nouvel élément dans ta représentation, une infinité de propositions, impliquant cet élément, deviendraient, mécaniquement, vraies ou fausses - pour toi. Pourtant, un homme mieux renseigné que toi (ou ne manipulant pas les mêmes concepts) pourrait trouver cet élément absurde ou dénué de tout sens. | | | | |
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| vérité | | | Chez les grands, ce n’est pas l’évolution dans le temps (version I, version II…) qui explique leurs contradictions, mais le changement (hors toute chronologie) de représentations (et, donc, de langage). Les justifications discursives sont des sources d’ennui ; les allusions inchoatives dans une maxime sont beaucoup plus prometteuses. Ainsi, la lecture d’un ouvrage aphoristique implique la prémonition de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | La vérité contraire est une expression impossible ; seul une négation syntaxique (découlant d’une grammaire et ne remontant pas jusqu’à la représentation) peut être formulée. Avec une représentation donnée, la négation d’une expression vraie ne peut être que fausse. Le philosophe (qui serait, en même temps, un logicien) est celui qui sait passer d’une représentation à l’autre, pour modifier la véracité des mêmes expressions langagières. | | | | |
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| vérité | | | La logique mathématique est universelle et les représentations sont individuelles. Ces dernières (munies d’un mécanisme interprétatif) ne sont qu’un pâle reflet de la première, mais leurs notions centrales (et non pas les concepts) y sont les mêmes : les faits axiomatiques, les formules langagières, les déductions. Dans le premier cas, toute modification de la base axiomatique est contrôlée par la logique même ; tandis que dans le second, domine le libre arbitre. Dans les deux cas, on parle de vérités (axiomatiques ou déduites). L’usage de ce terme, pour signifier un accord (adaequatio) avec la réalité est abusif. | | | | |
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| vérité | | | Si tu maîtrises le savoir consensuel d’une civilisation, tu possèdes des représentations dures, non-contradictoires et partant de ce savoir essentiel ; chez les autres, dans la plupart des cas, elles sont molles, sans noyau, logiquement sain. L’évolution de tes représentations sera soumise à un contrôle logique ; elle sera arbitraire chez les autres. Tes vérités seront abductivement justifiées ; celles des autres auront le statut des dogmes individués. | | | | |
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| vérité | | | Tu peux te permettre des incohérences langagières, si tu pars des représentations différentes, dont les contextes correspondants rendent vraies les propositions contradictoires – l’intelligence représentative rejoignant l’intelligence interprétative. | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle, le terme de logique est utilisé dans deux sens : une logique cognitive – pour assurer que la représentation reste non-contradictoire, et une vraie logique (mathématique) – pour prouver la véracité (ou la fausseté) d’une proposition. | | | | |
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| vérité | | | La poésie est dans la langue, et la vérité – dans le langage (langue plus représentation). La poésie (élégance) de la vérité est dans l’intelligible, et la vérité (affectivité) de la poésie – dans le sensible. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur est la valeur de l’attribut couleurs, attaché aux objets matériels, la vérité est la valeur de l’attribut véracité, attaché aux propositions langagières. La première résulte de l’interrogation d’un objet ; la seconde – de la démonstration d’une proposition, comprenant des références d’objets et de relations. Dans les deux cas, les valeurs proviennent de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les sciences (sauf la Mathématique) se réduisent aux représentations (théories, modèles, systèmes) d’une réalité (la matière et les esprits, au passé, au présent, au futur) et aux interprétations (langages, logiques, faits). Les faits scientifiques (formulés dans un langage, réductible aux formules logiques) ne sont vrais que s’ils sont démontrables dans le contexte d’une représentation. Donc, une vérité ne peut jamais être une adéquation de la pensée et de la réalité. La chose en soi (la réalité) gardera toujours une part du mystère ; l’inconnaissable sera toujours présent dans l’inconnu. | | | | |
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| vérité | | | Les superficiels et les vagues voient dans la vérité un objet, ni langagier ni conceptuel, existant depuis la nuit des temps, résistant aux tentatives humaines de s’en emparer et reflétant, avec fidélité et précision, des choses en soi, constituant la réalité. L’homme chercherait à atteindre cette vérité fuyante, pour proclamer sa possession. Presque tous les philosophes partagent cette aberration. La vérité, sans spécifier le de quoi, est une chimère insaisissable ; quant au quoi, il doit être langagier, réductible au conceptuel, et formulé par le qui, muni du comment personnel. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme possède un système implicite de validation de ses connaissances ; peu d’hommes procèdent à la vérification de la non-contradiction des représentations, nées de cette validation. C’est la part du savoir, logiquement cohérent, qui désigne une intelligence représentative. La valeur de la vérité d’une même proposition n’est donc pas la même chez un savant ou chez un ignare. Toutes les vérités sont personnelles, découlent des représentations personnelles, même si leurs valeurs logiques sont nulles ; aucune vérité n’est objective ou universelle (sauf en mathématique). | | | | |
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| vérité | | | Tout produit de la science ou de l’art se formule dans un langage (naturel, pictural, musical, technique, mathématique). Même une composition musicale, un tableau, une sculpture tendent à nos oreilles, à nos yeux, à nos esprits et nos âmes des propositions à évaluer. Certaines de ces évaluations doivent être validées par l’affrontement avec la réalité ; d’autres – la musique, la poésie, la mathématique – ne vont pas plus loin qu’aux représentations. Dans les deux cas, on fait appel à la notion de vérité, dont la première étape se déroule dans la représentation (émotions ou démonstrations), mais dans le premier cas, la véracité doit, en plus, passer par une seconde étape, pour se confirmer par la réalité, par une satisfaction intuitive. Dans le premier cas, on peut découvrir les vérités ; dans le second, on ne peut que les prouver. C’est pour cela que la musique et la mathématique sont les domaines les plus purs, les plus nobles et les plus divins ! Dieu est dans l’harmonie du son ou du nombre. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques. | | | | |
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| vérité | | | Les métamorphoses du savoir : de la vérité déclarée à la vérité prouvée - un pouvoir consolidé, de la vérité prouvée à la vérité déclarée – un vouloir osé. La loi de savant ou le caprice de rêvant. Le devoir, scientifique et dogmatique, ou le valoir, lyrique et sophistique. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de vérité, en fonction de la rigueur de son interprétation, admet des acceptions éthique, psychologique ou logique. Les uns (les plus naïfs) l’opposent au mensonge ou à l’ignorance ; les autres (les scientifiques) confrontent l’idéel au réel et en constatent l’adéquation (psychologique) ; enfin, les troisièmes (les logiciens) n’y voient qu’une propriété des propositions (où les valeurs vrai/faux auraient pu être remplacées par 1/0), auxquelles se réduisent toutes les phrases d’une langue naturelle ou toutes les assertions d’un langage scientifique. | | | | |
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