| introduction art | | | ART : Tous les métiers, aujourd'hui, exigent de tout impétrant qu'il exhibe, dès l'entrée, ses diplômes. L'art reste une des dernières échappatoires des charlatans, où ils peuvent exercer leurs lubies, sans s'exposer en permanence au risque d'un contrôle inopiné par des inspecteurs orthographiques ou symphoniques. Produire des unités de mesure n'est pas un secteur porteur ; il est moins que secondaire, moins que primaire ; il prétend donner un sens à l'extraction et à la métamorphose de matières. Avec les chameliers, les poètes seront déclarés déserteurs par le mobilisateur mécanique. | | | | |
|
| art | | | Les métaphores sont une marchandise (matière première pour les uns, produit clé-en-main pour les autres), dont la demande, aujourd'hui, chuta spectaculairement (et l'offre suivit servilement). C'est l'aubaine pour celui qui s'obstine à produire des perles en pure perte, sans peur de rengaine ni de contrefaçon, pour celui qui peut se passer de la réalité. Je sais que « le destin funeste de la métaphore - la chute dans le réel »*** - Baudrillard - comme toute aléthéia poétique aboutit, tôt ou tard, à une doxa prosaïque. | | | | |
|
| art | | | Un style parfait : faire sentir la matière des sentiments, en ne maniant que la géométrie des images. Un mauvais style : ne voir que la géométrie. Pas de style du tout : n'exhiber que de la matière. | | | | |
|
| art | | | Le style naît de la sensation du contact maîtrisé avec le matériau - mot, marbre, couleur. Il se perd, quand seuls le cerveau ou la chose guident ta main. « Être maître de son propre style n'est pas assez ; il faut que le style soit maître des choses »*** - Leopardi - « Non basta che lo scrittore sia padrone del proprio stile. Bisogna che lo stile sia padrone delle cose ». | | | | |
|
| art | | | Il peut y avoir un bon style de présence de l'auteur comme un bon style de son absence. Quand on déclare, qu'il vaut mieux laisser la Nature et l'Éternité agir à la place de l'auteur, agissent, le plus souvent, la matière et la géométrie. | | | | |
|
| art | | | Deux conflits polissent une œuvre : entre le fond et la forme et entre la forme et la matière. Quand on comprend, que le premier se réduit au second, on a des chances de devenir artiste. Non seulement « la matière aspire à la forme » - Aristote, mais la forme appelle et déconstruit le fond (Gestalttheorie). | | | | |
|
| art | | | Ce que j'attends de la littérature : soit de la matière intelligente, relevée par le talent (Valéry), soit un ton, qui se prêterait, à la fois, à la lecture à travers les pleurs ou à travers les rires (Shakespeare et Cervantès). Mais ces deux sources, apparemment, ne se croisent jamais. | | | | |
|
| art | | | Tout travail littéraire est érection d'un temple, autour de ton image, que tu aimerais vénérer. Les apports des autres sont de deux types : fournir des matériaux impérissables ou démolir d'autres idoles. La dernière catégorie est la plus rare, et son rôle est capital ; ma reconnaissance va à Nietzsche, à Valéry, à Cioran, les seuls à savoir renverser les épouvantails du savoir et des écoles. Je me construis autour de leurs questions : Pourquoi je suis le mieux sculpté ? Où mes miracles sont-ils le plus inattendus ? Comment prier au milieu des ruines ? | | | | |
|
| art | | | Dans l'écrit, contrairement à la vie, plus on tient à la lettre, plus on gagne en esprit. La manière qui apporte la matière. | | | | |
|
| art | | | Je ne peux pas aimer un écrivain, qui ne soit pas sa propre matière. | | | | |
|
| art | | | Ils disent : tout se bâtit, en écriture, avec des briques et ce sont des choses approchées, qui en déterminent la taille. Plus on s'éloigne des choses, plus on apprécie l'argile crue comme matériau de base, éloignant la pétrification ou la putréfaction. « Un vase cassé peut se réparer, s'il était en argile crue et non s'il était en argile cuite » - de Vinci - « Un vaso rotto crudo si può riformare, ma il cotto no ». | | | | |
|
| art | | | Indifférence face aux écrits, où des choses apparaissent avant des états d'âme. On devrait avoir l'impression, que ce n'est pas la main, mais quelque chose d'immatériel, mais intense, qui trace les mots. La mélodie qu'on entend devrait avoir déjà existé, en puissance, dans notre âme de lecteur. | | | | |
|
| art | | | Ne peut être poétique que ce qui ne peut être possédé, c'est-à-dire échangé. Poésie - manque de monnaie d'échange, don ou vol. Me tout donner, c'est me priver de ma soif vitale. Posséder, jouer sur des vases communicants ; ne rien posséder, s'occuper d'un vase vide en matériaux crus. | | | | |
|
| art | | | La poésie, c'est un songe dans la nuit de la vie, c'est la faculté de ne pas se réveiller et vivre et croire le rêve plus profondément que la réalité. « La matière propre de la poésie est l'impossible crédible » - G.B.Vico - « La propria materia della poesia è l'impossibile credibile ». | | | | |
|
| art | | | Signe de présence d'idées dans une image, qui trouva son mot : elle ne se fige guère et reste presque crue, prête à servir de matière première pour un nouvel étonnement, nouvel arbre de désir : « De la semence de l'étonnement naît l'arbre de la raison, lequel produit des fruits capables d'étonner » - Nicolas de Cuse - « De semine admirationis arbor exoritur rationalis, quae fructus parit admirationi similes ». Le doute perd de hauteur : jadis, la présence réelle suggérait un corps derrière des images (l'Eucharistie) ; aujourd'hui, on doute des images, qui se trouveraient derrière des mots trop plats. | | | | |
|
| art | | | Il faudrait que je pétrisse mes valeurs dans des matériaux si crus, qu'ils ne se figeraient pas si vite, que le Malin lui-même les eût mis dans le creuset infernal du quotidien. L'art est le pétrissement du vase et non son remplissage. | | | | |
|
| art | | | Le sentiment : ni outil ni contenu d'une bonne écriture. Il me faut une maîtrise psycho-linguistique de deux courants indépendants : de mon âme vers l'écriture et de l'écrit vers l'âme d'autrui. Idéaliste des sources, matérialiste des débouchés. | | | | |
|
| art | | | La même lumière nous atteint, et en traversant notre soi se brise en reflets de mots ou de notes ; notre climat, cette matière transpercée, porteuse de la même brisure régulière, ne laisse, d'habitude, que des traces de nos yeux, cervelles, bras ou pieds ; mais un bon artiste, ce créateur de brisures nouvelles, produit un jeu d'ombres, dont la source de lumière reconstituée s'appellera âme. | | | | |
|
| art | | | Dans leurs écrits règne la vie, la vie sociale, le bruit social ; l'art, comme musique personnelle, y est absent. Leurs outils (y compris leur plume), leur matière et leur fond (les phénomènes), tout est de nature sociale. Le seul outil de l'art est la plume invisible ; la manière doit rendre inutile la matière ; le noumène doit se passer de phénomènes. « Une fois dans l'art, l'homme quitte la vie » - Bakhtine - « Когда человек в искусстве, его нет в жизни ». | | | | |
|
| art | | | Aucune liaison matérielle, causale ou hiérarchique entre le rêve inarticulé, qui soulève l'artiste, et le rêve surgissant, ensuite, de son œuvre. On ne narre ni ne récite ni même ne peint son rêve ; c'est l'écrit ou le sculpté lui-même qui doit être un rêve en soi, à la généalogie obscure. | | | | |
|
| art | | | L'inspiration n'est pas la matière - de rêves ou de sensations - qu'il s'agirait de simplement noter. Elle n'est pas la forme, non plus, - le style ou le ton - à imprimer à tout fond, se trouvant sous la main. Elle n'est que l'organe furtif, qui se met à créer ex nihilo, dans un langage, qui, même à l'auteur, paraît être, au début, incompréhensible. Si le premier à comprendre ce message est l'esprit, on a à faire avec une intuition intellectuelle ; et si c'est l'âme, alors c'est une révélation aux initiés. | | | | |
|
| art | | | L'artiste est celui qui fait parler son âme, enveloppée par son cœur et développée par son esprit. « La littérature est produite par les âmes qui pensent » - Carlyle - « Literature is the Thought of thinking Souls ». Les têtes qui sentent sont plus rares ; elles extraient de profondes matières premières, les autres fabriquent plutôt des produits terre-à-terre. « Tant d'usines pour fabriquer des génies, mais des matières premières ne sont plus livrées »** - S.Lec. | | | | |
|
| art | | | On reconnaît la présence d'un vrai artiste, quand on comprend, que ce qui, pour les autres, n'est que de la forme, est, pour lui-même, - le fond. Ceux qui ne s'occupent que du fond des autres n'accèdent pas à la forme, c'est à dire à l'art. | | | | |
|
| art | | | En témérité des liaisons, le physicien est souvent poète. Le quark, exhibant sa couleur et son arôme ! L'incertitude quantique : je suis onde et je suis matière ! Un chaosmos ! C'est ainsi que je devrais voir ma lumière ou mon livre ! Mieux vibrer à l'évocation d'une onde, plutôt que d'un corpuscule (« poésie, percevoir l'onde plus que le corps »*** - Valéry). | | | | |
|
| art | | | La naissance d'un écrit ressemble à la naissance de notre Univers : de sombres conflits entre la matière et la lumière, le quoi et le comment s'annihilant ou se substituant, pour aboutir à une vie : étincelle au milieu des ténèbres ou ténèbres tournées vers la lumière. | | | | |
|
| art | | | Il m'arrive d'admirer le travail de transformation ou d'amplification des autres, mais, une fois que le charme du langage s'évapore, je constate, presque toujours, que le travail de filtrage manquait à l'auteur, et que son écriture n'était que des fioritures, c'est à dire belles manières au-dessus de méchantes matières. Toutefois, l'autre aberration, grosses matières sans fines manières, est pire. La bonne règle : filtrer matière, ajourer manière. | | | | |
|
| art | | | Je ne cherche pas mes aliments littéraires chez autrui ; je les trouve dans mon esprit, l'âme se chargeant de leur goût, et le cœur – de leurs épices et excitants. Et mon corps apporte les matières premières et primaires. | | | | |
|
| art | | | Une belle œuvre naît de la hauteur des contraintes, de la profondeur du talent, de l’amplitude de la matière ; cette dernière est composée d’axes entiers : « Le plus bel assemblage se fait à partir des opposés »** - Héraclite. | | | | |
|
| art | | | Le devenir, méritant un regard philosophique, est soit matériel (avec, en perspective, l’extinction des étoiles et la décomposition des atomes) soit artistique (avec la création de la musique des mots, des images, des idées) – le désespoir concret, face à la consolation abstraite. Entre les deux – l’être, mû et expliqué par des unifications. L’abstrait n’est ni transcendant ni immanent, que cherchent à opposer les nigauds. « L'Abstrait n'explique rien ; il n'y a pas d'universaux, pas d'objet ; il n'y a que des processus d'unification » - Deleuze – du pur galimatias, puisque dans l’unification d’arbres, tout est abstrait, et les branches unifiées sont composées d’objets. Et les vrais universaux, que porte tout homme, suite à la Création divine, sont au nombre de trois : le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
|
| art | | | Pour l’homme, l’univers est décrit par les trajectoires de la nature et de la culture. Le cycle de l’existence de la nature est horrible et incompréhensible ; deux tableaux qui défient toute imagination : la naissance invraisemblable de la matière dans/après le Big-Bang, la mort de l’esprit dans un espace aux étoiles toutes éteintes. Est-ce que le parcours de la culture serait semblable ? - des graffiti de cavernes à la glaciation des âmes, face aux étoiles abandonnées. | | | | |
|
| art | | | Seul le poète se doute de l’existence des firmaments ; les horizons ou les profondeurs s’offrent aux autres doués ; le non-touché par la grâce est condamné à la platitude, c’est-à-dire à la réalité. La grâce est dans le langage ; le savoir - dans la représentation, ou dans l’apparence ; l’inertie – dans la réalité. « L’artiste place l’apparence plus haut que la réalité » - Nietzsche - « Der Künstler schätzt den Schein höher als die Realität » - mais le poète va encore plus haut. Mais – trois mystères : celui de la matière, celui de l’intelligence, celui de la musique. | | | | |
|
| art | | | L'astuce la plus utile pour l'artiste est la rétention du flou, qui entoure tout premier emportement. Dès que celui-ci s'en débarrasse, le message devient extérieur et la fabrication remplace la traduction. Traduction ou imitation, mimesis et poïesis, de l'intensité originelle, tel est le vrai nom de la création. Les épigones imitent les résultats et non pas les origines. La noble mimesis (re)crée ce qui ne fut jamais advenu : en matière, en réflexion, en intensité. | | | | |
|
| art | | | Pour les grands, le style est matière : les uns en bâtissent des phalanges, des palais, des écuries – lieux à vivre ; les autres – des châteaux en Espagne, sans portes, fenêtres, enfilades – lieux à rêver. | | | | |
|
| art | | | Sur leurs pages, ils déversent tant de matière, pour que quelque chose de joli en ressorte, tandis que l’apparition du Beau est due à une contrainte - à une séparation d’avec toute matière. Le Beau ne peut être qu’aérien, pour que son feu ne soit ni éteint par l’eau discursive ni écrasé par le souci terrien. | | | | |
|
| art | | | Il est naïf d’opposer, et même de préférer, nos sensations à notre culture ; les premières, provenant du corps, sont pratiquement identiques chez les aristocrates et chez les goujats, tandis que notre tribut à la culture porte toujours les traces de nos propres états d’âme. | | | | |
|
| art | | | Jadis, l’artiste partait de ses propres images, pour arriver au tableau des choses, existantes ou pas ; aujourd’hui, il part des choses évidentes, dont il n’exhibe que des images communes. « Ce qui, jadis, relevait de l’esprit est évincé par des illustrations » - Adorno - « Was einmal Geist hieß, wird von Illustration abgelöst ». Le mot éclatant est vaincu par l’image terne. | | | | |
|
| art | | | Aujourd’hui, la foule (ou des règlements écrits) est le seul juge en politique, en esthétique, en éthique ; l’écrit, qui s’adapta à ses goûts, est plus pitoyable que l’image, qui n’exige pas la présence d’une âme et n’a nul besoin de l’esprit, les yeux passifs se nourrissant des écrans. « Où l'image tient lieu de la parole, la matière évince l'esprit » - A.Suarès. | | | | |
|
| art | | | En approfondissant ton regard sur n’importe quel objet – que ce soit un cristal, un papillon, un rugbyman – tu finiras par tomber sur des mystères grandioses, incitant ta vénération de la Création ; mais l’écrivain, dans son choix d’objets, doit poser des contraintes sévères et remonter aux genres les plus abstraits, où disparaîtraient les atomes, les yeux, les cervelles et ne resteraient que les états d’âme enchantée. | | | | |
|
| art | | | Tu contiens trois ressources : la matérielle – tes sensations ; mi-matérielle mi-spirituelle – la mémoire ; la spirituelle – le langage (avec la logique incorporée). Laisser leurs empreintes sur tes actes ou sur ta page blanche est une démarche banale, indigne de l’art. L’art consiste à créer ce que ton soi connu ne contenais pas, créer sous l’impulsion de ton soi inconnu, pour ton propre étonnement. | | | | |
|
| cité | | | Tant d'hommes libres restent indifférents au scandale de l'inégalité matérielle ; tant d'esclaves misérables vomissent leur haine face au monde libre ; c'est la rencontre future entre la honte et la noblesse qui réconciliera un jour la liberté et l'égalité ; cette rencontre s'appellera peut-être fraternité. | | | | |
|
| cité | | | Votre infâme inégalité matérielle engendre votre infâme égalité des goûts : vos poètes sont indiscernables des épiciers. L'aristocratie aurait plus de chances parmi l'égalité matérielle, où le goût du poème ne devrait rien à la graisse du repu ni au fiel du raté. « La racine et la source de l'amour s'appelle Égalité »* - Maître Eckhart - « Die Wurzel und die Ursache der Liebe ist die Gleichheit ». | | | | |
|
| cité | | | Les clivages culturels opposent les hommes avec beaucoup plus de virulence que les différences matérielles. Les écarts verticaux de culture exacerbèrent les révolutions française et russe ; l'horizontale culture de masse américaine désarme la lutte de classes et le sentiment de race, pour réduire la vie à la négociation de places. | | | | |
|
| cité | | | La justice sociale se réduirait à deux actions : la séparation de deux types d'argent, servant à huiler la machine économique ou à remplir nos assiettes, - et l'égalité totale dans la distribution de la deuxième ressource. Dans cette optique - rien à reprocher au capital, à la globalisation, à la concurrence ; toute gloire serait immatérielle, toute souffrance matérielle - fraternellement partagée ; toute élite sécrétant le mépris, conscience tranquille, tout goujat privé de raison d'investir les rues ; l'ennui de la majorité gueulante, la paix bénie d'une minorité chantante. | | | | |
|
| cité | | | Deux points capitaux communs, entre le nazisme et le bolchevisme : l'exaltation du vainqueur et l'élimination du vaincu ; sur le premier point, les sources sont à l'opposé, l'anti-humanisme face à l'humanisme : glorifier le fort, le supérieur ou bien le faible, l'exploité ; mais sur le second point, la ressemblance est complète : voir dans l'adversaire un sous-homme, un insecte, un ennemi du peuple - le mépris d'espèce aboutissant même plus sûrement à l'abattoir qu'à la salle de tortures. Et si c'était une fatalité de tout matérialisme ? - « En supprimant les injustes, on s'assurera plus de tranquillité » - Démocrite. | | | | |
|
| cité | | | Le premier ennemi du goujat est l'ennui ; c'est pourquoi il est contre l'égalité matérielle, où il ne saurait plus déployer ses dons de rapace ou de charognard. Le premier désir des âmes électives est, que leurs émotions soient libérées du poids des choses et des pesanteurs ; c'est pourquoi elles sont pour cette égalité, qui rendrait leurs joies d'autant plus immatérielles et donc - hautes. | | | | |
|
| cité | | | La France reste le dernier pays au monde, où l'intellectuel intervienne dans les affaires politiques, en osant même sortir parfois de la thématique fiscale. « La France est un trop noble pays, pour se soumettre à la puissance matérielle » - Napoléon. Le dernier à y avoir cru, fut le Général de Gaulle. Mais les capitaines d'industrie, qui désormais nous gouvernent, se moquent des états d'âme des généraux. | | | | |
|
| cité | | | L'arbre gagna beaucoup en prestige, le jour où il fut transformé en gibet. C'était, au moins, pour accompagner un dernier pas. Encore dans la Croix, l'arbre servit de matière première. Aujourd'hui, des matières artificielles et impérissables se substituèrent à l'arbre vivant des agonies ; il devint élément intermédiaire des forêts anonymes. | | | | |
|
| cité | | | Si une seule nation décidait de vivre, économiquement, selon la voix de fraternité, tandis que les autres continueraient à ne suivre que la loi du lucre, la déchéance matérielle de celle-là s'ensuivrait, à plus ou moins longue échéance, - telle est la leçon marxiste la plus oubliée et peut-être la seule, qui laisse encore une petite chance à l'humanisme. | | | | |
|
| cité | | | Le mouton ne s'intéressait qu'au matériel, tandis que le robot penche nettement pour le logiciel ; en plus, le robot n'a plus de problèmes de digestion. Le veau d'or reçoit l'hommage de ce monde. Même certains ordres chevaleresques suivirent cette idolâtrie : « Quelle époque : la Toison d'or endossée par le veau d'or ! »** - K.Kraus - « Es kommt die Zeit, wo das goldene Vlies vom goldenen Kalb bezogen wird ! ». | | | | |
|
| cité | | | Ils se plaignent du retard, pris par le développement spirituel, comparé avec le foudroyant progrès matériel. Un sot est, à ses yeux, toujours entouré d'imbéciles, et de plus en plus désespérants. Le monde est sursaturé de spiritualité au même point que de mécanique, c'est le rêve qui se raréfie sur les horizons des hommes. | | | | |
|
| cité | | | Si je stigmatise l'effet, le progrès, tout en saluant la cause, la liberté d'entreprendre, je favorise l'inévitable régression morale. Le casse-têtes psychologique : comment fixer le plancher des aises matérielles, au-dessus duquel on les doit sacrifier au bien-être spirituel ? | | | | |
|
| cité | | | Librement et fraternellement, accepter l'égalité matérielle – telle devrait être le premier principe d'une société européenne, c'est à dire, à la fois, chrétienne, communiste et aristocratique. | | | | |
|
| cité | | | Jadis, la matière asservissait et l'esprit libérait. Mais aujourd'hui, le seul degré de liberté qui reste à acquérir se doit à la matière, et tous les esprits devinrent serviles. | | | | |
|
| cité | | | Les soifs, dont mourait notre âme, devinrent soifs, dont vit l'économie. Mais il est inepte de dénoncer le plaisir de la possession matérielle : « L'exécrable soif de l'or » - Virgile - « Auri sacra fames » ou « la misérable passion de richesses » - Ovide - « amor sceleratus habendi », sans comprendre, qu'avec l'égalité matérielle, ce désir est aussi dépassionné que la santé ou le bon appétit. | | | | |
|
| cité | | | Dans les besoins et plaisirs matériels, nous sommes égaux ; nous sommes inégaux dans les affaires spirituelles. Donc, la formule nietzschéenne : « Aux égaux – égalité, aux inégaux - inégalité » - « Den Gleichen Gleiches, den Ungleichen Ungleiches » - s'applique aux mêmes hommes ; elle est une heureuse réconciliation entre un communisme fraternel et un aristocratisme élitiste. | | | | |
|
| cité | | | Tant que l'homme imitait le loup, l'âne, le mouton, la chouette ou le rossignol, on pouvait le traiter d'animal politique (Aristote), mais mué en robot, dans une société où ce n'est plus la politique mais l'économie qui règne, il devint matière première presque minérale, sans réflexes, sans instincts, mais maîtrisant à fond son rôle dans un algorithme mécanique. | | | | |
|
| cité | | | Dans le débat politique, la première prophylaxie contre le totalitarisme est le bannissement de toute grandeur, de toute pureté, de tout messianisme. La seule exception peut être accordée au thème de l'égalité matérielle, puisque aucune raison économique ou sociale ne peut la justifier, seule une emphase philosophique ou esthétique, en aplomb sur la méritocratie horizontale, pourrait venir à bout des cœurs atrophiés. | | | | |
|
| cité | | | Il faut être idéaliste, dans la sphère intime, et matérialiste - dans la sphère sociale ; savoir chanter une fraternité avec le proche et justifier une égalité avec le lointain. Marx n'était pas très loin de cette sagesse ; malheureusement, ses adeptes matérialistes n'entendirent pas sa musique idéaliste, et ses adversaires idéalistes, n'apprécièrent pas sa justice matérialiste ; dans les deux cas, - un affront à la liberté. | | | | |
|
| cité | | | Trois sortes de libertés qu'on exerce hors de soi : la politique, l'intellectuelle, l'économique. La société robotique assure parfaitement la première ; l'instinct moutonnier rend invisible et inaccessible la deuxième ; la troisième est la seule qui mérite encore de la considération, mais seuls les Scandinaves, pour qui la liberté, c'est l'égalité matérielle, s'en rendent déjà compte. | | | | |
|
| cité | | | Tant de discours ampoulés autour de la liberté à défendre ou de la fraternité à créer, tandis qu'aucune fraternité entre les pauvres et les riches n'est envisageable, et que la seule liberté réelle non-politique, aujourd'hui, est celle du pouvoir d'achat. Et personne ne songe, concrètement et non démagogiquement, à imposer l'égalité matérielle pour des raisons aussi bien pratiques qu'éthiques et, surtout, esthétiques. Et c'est un élitiste qui vous parle. | | | | |
|
| cité | | | La liberté est la puissance divine, pour échapper à l'inertie de la matière ou du calcul et pour être un commencement humain. « Dieu a créé l'homme dans le but d'introduire dans le monde la faculté de commencer » - Arendt - « God created man in order to introduce into the world the faculty of beginning ». | | | | |
|
| cité | | | Plus fièrement on proclame l'inégalité des âmes, plus humblement on reconnaît l'égalité des corps. Mais ces deux sortes de fraternité ne peuvent cohabiter que dans un esprit noble. | | | | |
|
| cité | | | L’indignation part des faits, le plus souvent authentiques ; le mépris s’inspire des idées préconçues, justes ou injustes. C’est pourquoi le matérialiste, guidé par les faits, est un homme de gauche, et l’idéaliste, s’appuyant sur les idéaux, est un homme de droite. Mais le rêveur, qui se détourne des faits et se moque des idées, et qui ne tend que vers la musique, n’adhère jamais aux clans politiques. | | | | |
|
| cité | | | La société moderne refuse que les hommes soient égaux en matière, mais cultive les hommes pareils en esprit – manque du cœur ou manque de l’âme. | | | | |
|
| cité | | | L’Asie : sa domination matérielle sera due au travail acharné des masses serviles ; l’Europe : sa domination spirituelle fut due aux loisirs que pouvaient s’offrir les solitaires libres. La seconde est mortelle. | | | | |
|
| cité | | | L’homme de l’égalité, en général, n’est pas doué pour la production ; l’homme de la liberté, en général, n’est pas porté sur la répartition. L’État démocratique, en fin de comptes, crée un semblant de fraternité assez équilibrée, en obligeant le premier à rester fidèle à l’idée de la liberté et en forçant le second à sacrifier une partie de sa fortune, au nom de l’égalité. La dictature de l’égalité idéologique amène la misère matérielle de tous ; la dictature de la liberté économique engraisse le fort et humilie le faible. | | | | |
|
| chœur doute | | | NOBLESSE : Garder pour soi ses zones d'ombres, faire don de ses lumières - est-ce ainsi que doit frayer avec les autres un aristocrate ? Non, seule l'ombre peut être aristocratique, elle sait palpiter. La lumière est trop droite, elle naît de la combustion de matières vulgaires. Renoncer à communiquer, tenter de toucher, se résigner à l'amplitude captieuse du mot. | | | | |
|
| doute | | | Pour un vrai idéaliste et contrairement au matérialiste, la justification n'efface ni ne surclasse l'interprétation, comme le problème bien formulé garde tout le charme du mystère, et le discours profond de la raison n'aplatit pas le haut chant de l'âme. | | | | |
|
| doute | | | Dans ma Caverne du nécessaire, la lumière du possible me fait admirer les ombres de l'impossible. À R.Char, l’impossible sert de lanterne ; à Derrida - de matériau : « La seule invention possible, l'invention impossible ». | | | | |
|
| doute | | | Comme de toutes les matières discursives, on attend de la philosophie - des problèmes bien formulés et des solutions bien vérifiables. Et la plupart des professionnels obtempèrent à cette exigence sociale et oublient que la philosophie est l'art d'entretenir le mystère. « Pour un penseur libre, la philosophie ne cesse jamais d'être une énigme » - Husserl - « Keinem Selbstdenker hat die Philosophie aufgehört, ein Rätsel zu sein ». | | | | |
|
| doute | | | Dans la réalité il n'y a que matière et esprit ; les deux questions correspondantes, à l'origine des sciences et de l'art - pourquoi la pesanteur ? pourquoi la grâce ? - se rencontrent, curieusement, chez S.Weil. | | | | |
|
| doute | | | L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons, qui ne peuvent que narrer ou parer. | | | | |
|
| doute | | | Les charlatans psychanalytiques appellent la mathématique science sans conscience (Lacan) et comparent leur inconscient avec l'essence de la mathématique ; cette analogie, paradoxalement, est assez juste, puisque le mathématicien crée sa matière sans aucune référence au réel et constate, a posteriori, que la réalité se plie à ses modèles à lui. La curiosité verbale consiste ici en lecture du mot de conscience au sens non-rabelaisien. | | | | |
|
| doute | | | Deux illusions sur le soi : l'illusion idéaliste - le soi est connu, c'est mon être, je le traduis fidèlement dans mes mots et mes idées ; l'illusion matérialiste ou existentialiste - le soi ne vient à l'existence qu'à travers mes actes. L'existence du soi est indubitable, mais il n'a ni sa substance, ni son langage, ni son sens ; on ne peut que le vénérer, ce qui aboutit soit à l'espérance (le soi serait immortel) soit au désespoir (le soi se réduirait aux essors, qui s'épuisent et meurent, sans laisser de traces fidèles). | | | | |
|
| doute | | | La matière se mettrait à voir, une fois tombée en déséquilibre ; le chaos de l'irréversible non seulement allongerait l'onde, mais rehausserait le regard. Il suffirait d'être élémentaire, comme une particule ou comme un amoureux, pour transcender son voisinage. | | | | |
|
| doute | | | La mystique apparaît, presque mécaniquement, à l'approche du point zéro de la matière ou de l'esprit. Le nihilisme, étant le culte du commencement, ne peut être que mystique. | | | | |
|
| doute | | | Dans l'âme, ce n'est pas un vague qui règne, mais une émotion, en absence de mots, d'idées et même d'images. Ce qui s'en approche le mieux, c'est la musique, ce qui existe bien avant les mots. Parler de la réalité, matérielle ou spirituelle, ou parler de l'âme, ce sont deux arts distincts. Au royaume des mots, les notes sont vagues. | | | | |
|
| doute | | | L'existence de lois de la nature démunit de son aura tout subjectivisme transcendantal : qu'on se fie, intégralement, à ses sens ou qu'on s'en méfie, on aboutit aux mêmes modèles. Celui qui doute de l'existence de corps célestes, d'atomes ou d'espèces, bâtit des châteaux de cartes phénoménologiques ; celui qui n'en doute guère, envoie des vaisseaux inter-planétaires, maîtrise la matière et l'énergie et doute de soi-même. | | | | |
|
| doute | | | La pureté : le plus idéaliste des sens, la vue, débarrassée de sa facette matérialiste, devient regard ; le plus matérialiste, le toucher, libéré de sa fonction idéaliste, devient caresse. | | | | |
|
| doute | | | Quand j'ai le courage de constater, que ce qui est le plus précieux pour mon regard est tout simplement invisible, je comprends, que rien - ni les images, ni les idées, ni, encore moins, les actes - ne puissent le dissimuler ou le défigurer ; je m'identifierai avec la matière et avec l'instrument, et je me fierai à mon talent, solidaire de l'invisible. Les sots, évidemment, ont le risible privilège de voir l'invisible : Bienheureux les pauvres en esprit – ils verront Dieu. | | | | |
|
| doute | | | Le grand peut-être rabelaisien est pire que les petites certitudes des grenouilles de bénitier ; le néant absolu, qui t'attend, ne doit pas être entaché de relativisme. Vu en grand, même les certitudes apportent de la saine anxiété à l'allergique du sédentarisme. « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude » - Nietzsche - « Nicht der Zweifel, die Gewissheit ist das, was wahnsinnig macht ». C'est le hasard matérialiste (le fors de Lucrèce) qui ne promet que la certitude d'ennui et d'horreur. | | | | |
|
| doute | | | Ce qui peut être clair et distinct est commun à tous les corps célestes sans vie, soumis aux lois de la matière. Rien de définitivement clair dans le vivant terrestre ou le spirituel céleste. | | | | |
|
| doute | | | Pour le matérialiste, il n’y a qu’un seul soi – le connu, qui ne fait que voir et agir ; pour l’idéaliste, il y a, de plus, un soi inconnu, celui qui fait que le soi connu maîtrise, en plus, le regard et le rêve, à l’instant où un courant le relie, mystérieusement, au soi inconnu, l’instant appelé inspiration, prière ou extase. | | | | |
|
| doute | | | La matière, la vie, le moi sont inséparables et se trouvent fusionnés dans ma conscience – mon corps-esprit qui sait, mon cœur qui sent, mon âme qui crée, et qui occupent le même centre de mes soucis. Y placer une seule de ces parties-substances est absurde, puisque l’absence des autres parties priverait de sens le tout. | | | | |
|
| doute | | | Pour notre bon sens, et même pour notre imagination aussi bien de la matière que de l’esprit, les dernières certitudes atomiques ou cosmogoniques restent totalement incompréhensibles, mystiques. Seule l’implacable mathématique nous conduit à ces stupéfiantes et incontournables conclusions. L’esprit de l’intelligible s’incline, mais l’esprit du sensible garde toute sa perplexité. La Création, ce devenir divin, commence et se termine dans infinitésimal, où se confondent le continu et le discret. | | | | |
|
| doute | | | Sans même parler du miracle de la vie, la réalité, même matérielle, est stupéfiante, impossible, impensable. Et je ne sais pas ce qui est plus profond : le regard transcendantal ou la prospection immanente, les deux aboutissant au même émerveillement. | | | | |
|
| doute | | | Qu’est-ce qui est plus accessible à ma conscience ? - ce que mes sens communiquent de la matière extérieure, ou ce que mon esprit, mon cœur ou mon âme me soufflent ? « Notre univers intérieur est plus réel que l’univers visible » - Chagall - « Наш внутренний мир более реален, чем мир видимый ». | | | | |
|
| doute | | | L’enthousiasme est l’objectif commun du matérialisme et de l’idéalisme ; le premier - en fabriquant l’espoir, le second - en peignant l’espérance. « L'idéalisme est une forme convenue de l'espérance » - G.Braque. | | | | |
|
| doute | | | Les mystères ne sont pas des signes de l’insuffisance de l’esprit ; l’esprit tout-puissant constate l’impossibilité, logique, intellectuelle ou matérielle, de l’harmonie du réel. Là est le mystère, puisque l’harmonie est bien là, sans que la raison l'explique ou la conçoive. | | | | |
|
| doute | | | Ce qui constitue le véritable mystère du vivant (comme, d’ailleurs, de la matière tout entière), ce n’est pas la difficulté d’explication, mais l’évidence de l’impossibilité de cet ordre des choses, impossibilité, dictée par la pure statistique ou par d’autres constructions mathématiques, à partir des électrons, molécules, cellules, codes génétiques ; c’est ce qui justifie la majuscule dans le mot Création. L’œil est impossible, l’oreille est impossible, le désir est impossible – et pourtant ils sont là, dans l’indifférence des robots que devinrent les hommes. | | | | |
|
| doute | | | Cette terrible image : le jour où la dernière trace de vie s’éteindra sur Terre, l’Univers restera sans sujet, sans hasard, sans liberté. Quelques bribes de lois physiques et chimiques, cessant, elles aussi, d’agir – l’espace décomposé et le temps arrêté. | | | | |
|
| doute | | | La chose en soi est un concept totalement objectif ; le sujet humain n’est nullement impliqué dans la formation de son contenu. Seul un esprit tordu et une âme égarée, comme ceux de Schopenhauer, peuvent associer la chose en soi avec la volonté ! | | | | |
|
| doute | | | Le seul hasard qui sorte des lois de la matière, c’est la liberté du vivant. Mais, une fois séparé de l’influence du vivant, tout hasard se soumet aux lois. | | | | |
|
| doute | | | Que le corps et l’âme soient séparés ou indissolublement liés, la mort pourrit le premier et éteint la seconde. Sans atomes vivants, pas de sensations vivantes. | | | | |
|
| doute | | | On n’atteindra jamais la chose en soi ; l’existence d’une faille entre elle et l’état de nos connaissances entretient notre sens ou notre goût du mystère. C’est comme la convergence certaine d’une suite, en mathématique, vers une valeur fini, mais – en infini nombre d’étapes. L’élément fractal élémentaire, visiblement, n’existerait pas. Et ceci est aussi vrai pour les particules élémentaires, que pour nos pensées ou nos extases, afin que vivent notre admiration et notre enthousiasme face à cette œuvre divine. | | | | |
|
| doute | | | Tous connaissent les propriétés de la matière et de la vie, mais peu en admirent le caractère miraculeux et en sont fascinés et bouleversés. Et les voix de Leibniz, Valéry, Einstein devinrent inaudibles, dans le brouhaha des dénonciations des imperfections fiscales, comportementales et environnementales. | | | | |
|
| doute | | | Dans la composition et l’évolution de la matière il y a des lois proprement sidérantes ; et la vraie question métaphysique est : pourquoi y a-t-il l’ordre plutôt que le désordre ? | | | | |
|
| doute | | | Certes, ton art a besoin de lumière, pour projeter des ombres, la substance de ta création ; mais il peut se passer d’objets intermédiaires, auxquels tu substitueras des états immatériels de ton âme. | | | | |
|
| doute | | | À l’évidence de l’espace correspond l’énigme du temps. Ce que St-Augustin dit du temps : « si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore » - « Si nemo ex me quaerat, scio ; si quaerenti explicare velim, nescio » est vrai pour la matière, comme, pour l’esprit, est énigmatique ce qui se déroule en nous. « Avant Kant nous étions dans le temps, depuis Kant le temps est en nous » - Schopenhauer - « Vor Kant waren wir in der Zeit, seit Kant ist die Zeit in uns ». Et l'espace, lui, n'a-t-il vraiment que trois dimensions, tandis que notre imagination géométrique pourrait facilement en ajouter tant qu'on veut ? Le temps-qui-passe et l'espace ouvert – deux énigmes du réel, défiant le temps-qui-dure et l'espace fermé. | | | | |
|
| doute | | | La liberté du vivant se prouve par l’introduction du hasard dans les actions, par opposition aux lois inviolables de la matière inerte. Les philosophes robotisés veulent tout réduire aux lois que le vivant dépasse : « Abandonne le hasard, si tu veux faire de la philosophie » - Hegel - « Die Zufälligkeit muss man mit dem Eintritt in die Philosophie aufgeben ». | | | | |
|
| doute | | | Tout le monde est d’accord que l’univers de l’esprit, ce premier composant de la réalité, est insondable, mais peu se rendent compte que la matière, ce second composant, l’est tout autant. « La réalité, c’est une suite infinie de faux fonds » - Nabokov - « Реальность – бесконечная последовательность ложных днищ ». | | | | |
|
| doute | | | Le hasard n’existe que dans le vivant où il est équivalent de la liberté ; la nécessité ne loge que dans l’inerte. Pour décrire, rigoureusement, le mouvement de la matière inerte, on a besoin de trop d’équations ; par économie, on simplifie le modèle jusqu’aux tableaux probabilistes, où, par abus de langage, on désigne par le mot hasard des schémas statistiques approximatifs. | | | | |
|
| doute | | | La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel. | | | | |
|
| doute | | | Le passé, d’il y a un milliard ou un millier d’années, d’un mois ou d’une seconde, sombre irrémédiablement dans l’inexistence ; l’avenir de la nécessité est déjà calculé, l’avenir de la liberté est imprévisible. Ce n’est pas nous qui traversons le temps, c’est le temps qui nous traverse. Il ne s’arrêtera que le jour où toutes les étoiles seront définitivement éteintes et les électrons auront marre de tourner autour des noyaux. | | | | |
|
| doute | | | Le cerveau est séparé des muscles ; comment leur envoie-t-il des ordres ? Par quels canaux ? Avec quelle vitesse ? Les muscles, ont-ils des récepteurs et des interprètes de ces ordres ? Y a-t-il ici un langage à déchiffrer ? Les biologistes ont peut-être des réponses rigoureuses à y apporter, mais aux naïfs comme moi la chose paraît être mystérieuse. De même, le maintien inconscient de la position debout ; y a-t-il des ordres ? Des émissions, réceptions, interprétations, exécutions ? Et chez une grenouille le mystère est le même. | | | | |
|
| doute | | | Comment peut-on ne pas s’émerveiller devant le fait que la gravitation s’exerce en proportion inverse au carré de la distance et non pas au cube ? Ou bien à la puissance 2,5 ? Dans le domaine microscopique, les valeurs fixes des orbites des électrons (et l’indétermination autour de leur position ou de leur quantité de mouvement ?) nous plongent dans une perplexité encore plus grande. | | | | |
|
| doute | | | Le mystère loge aussi bien dans les esprits que dans la matière. Dans cette dernière il est de nature physico-chimique, et dans les premiers il se rapporte à la liberté et à la créativité. L’esprit seul peut s’exalter des mystères des atomes ; il faut de l’âme pour s’émerveiller des mystères du vivant. Pour l’âme, rien de mystérieux dans la mort, tout est merveilleux dans la vie. | | | | |
|
| doute | | | La seule réalité, immuable et irréversible, c’est le Temps, traversant l’espace-matière. La matière et les esprits se métamorphosent continuellement par ce flux implacable. Dire que l’Être n’est que le Néant n’est pas dénué de sens ; la vraie réalité, c’est le Devenir. | | | | |
|
| doute | | | On trouve des merveilles non seulement partout dans la matière et dans les esprits, mais aussi dans les lois qui régissent leur fonctionnement et l’évolution. L’intuition du poète partage cette vue avec le savoir du scientifique ; le fruit de cette fusion aurait dû s’appeler philosophie. N’étant ni poètes ni scientifiques, les professeurs de philosophie marmonnent des inepties sur le vital ou sur le rigoureux. | | | | |
|
| doute | | | Qu’est notre présent ? À l’instantané - un mystère pour l’esprit ; dans la journée – une adaptation merveilleuse de la vie sur Terre ; sur un mois – l’agitation journalistique ; en une année – le souci statistique ; en un siècle – la nourriture des politiciens ; dans les cinq millénaires – le cycle achevé de l’art ; dans les dizaines de milliers d’années – la naissance des sens humains d’origine divine ; dans les milliards d’années – le mystère de la matière. | | | | |
|
| doute | | | Les définitions ne s’attachent pas aux choses réelles mais aux objets représentatifs. Ainsi même le soi inconnu, immatériel, indéfinissable se modélise en tant qu’objet bien défini. | | | | |
|
| doute | | | Les états (de la matière) et les productions (des esprits), avec leurs coordonnées spatio-temporelles, sont la seule réalité. Hors de la réalité, hors-temps et hors-espace, se trouvent des rêves inexprimés (états d’âme) et des vérités éternelles (productions mathématiques). | | | | |
|
| doute | | | Qu’y avait-t-il avant la création du monde ? Ou quelles idées guidaient le Créateur ? La seule réponse qui me vient à l’esprit, c’est – la mathématique. Et la matière et l’esprit s’y soumettent. C.Villani : « Les mathématiques sont le squelette du monde, la physique en est la chair » - sous-estime la mathématique et surestime la physique. | | | | |
|
| doute | | | Les rapports de mon soi inconnu avec mon soi connu sont du même ordre que ceux entre la nature vivante céleste et les quatre éléments terrestres – la terre, l’air, le feu et l’air. L’animation, l’inspiration, l’épanouissement. Le mystère du dessein et le problème de l’incarnation. Providence et acte. Énergie immatérielle et dynamisme matériel. | | | | |
|
| doute | | | La perception ou la conception du monde : le travail horizontal des yeux impassibles ou l’envol (ou la plongée) vertical du regard émerveillé ; l’élargissement des problèmes et solutions ou l’approfondissement (l’élévation) des mystères. Le point le plus important : dans toute sphère de la matière ou de l’esprit, un regard perçant arrive à l’attouchement par le mystère. | | | | |
|
| intelligence | | | La science ne nous apprend rien sur l'homme spirituel : l'art ne nous apprend rien sur le monde matériel. Heureusement, il existe la philosophie, pour trouver dans le monde – de la spiritualité, et dans l'homme – de la fragilité. | | | | |
|
| intelligence | | | Un objet se présente comme une matière empirique, qui, par un hasard, le compose, et une manière artistique, qui, par un regard, le décompose. On change d'objet, avec tout changement de matière ; changer de manière, sans changer d'objet, est une tâche de créateur. Un contenu et une forme. « La forme est une détermination d'un contenu » - Aristote. | | | | |
|
| intelligence | | | Le comportement des atomes est plus près de la réalité que celui de nos fabrications, matérielles ou intellectuelles ; cependant, les lois des particules élémentaires ne ressemblent en rien à ce que nos sens nous communiquent ; que savons-nous, au juste, de la réalité ? | | | | |
|
| intelligence | | | La culture est plus proche du hasard du corps que de la logique de l’esprit ; elle résulte d’un talent, ce don gratuit du ciel, et d’un savoir, bien digéré et transformé en une matière, musculaire ou cérébrale, pour ce talent. | | | | |
|
| intelligence | | | Matérialiste : l'homme qui vit dans un univers à l'abandon. Idéaliste : l'homme qui abandonne la vie pour l'univers. La franchise faite règle, l'insincérité faite instinct (Nietzsche). | | | | |
|
| intelligence | | | Ils réduisent le sujet aux solutions, qu'il sait manier, et aux problèmes, qu'il est capable d'énoncer. « Une philosophie idéaliste : que le sujet y soit requis, non comme problème, mais comme solution de l'aporie de l'Un » - Badiou. Dans les deux cas, il se réduirait aux vulgaires scolies ou périodes, tandis que, convoqué comme mystère, par une philosophie idéaliste, il ferait honneur même à l'axiome du Multiple. | | | | |
|
| intelligence | | | La part de mystère accordée à la vie ou à notre regard, tel est le meilleur critère de toute philosophie. La vie mortelle et le regard mortel - l'immanence. La vie mortelle et le regard immortel - la transcendance. La vie immortelle et le regard mortel - le matérialisme. La vie mortelle et le regard immortel - l'idéalisme. À chacun – son chatoiement sur la facette immortelle qu'il adopte. Et c'est pourquoi l'Asiate immanent nous laisse sans voix, nous, qui rêvons du chant et de l'entente fraternelle entre Castor et Pollux. | | | | |
|
| intelligence | | | La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace. | | | | |
|
| intelligence | | | Nous ne connaissons de l'actuel que ce que le virtuel nous permet de maîtriser. L'existence ne se saisit qu'à travers l'essence. Comment peut-on être matérialiste ou existentialiste ? | | | | |
|
| intelligence | | | L'indifférence face à l'incompréhensible, c'est ainsi qu'on peut définir le matérialisme. Son adjonction à l'incompris. Un idéalisme vivifiant consiste à vénérer l'incompréhensible et à s'amuser dans l'incompris. | | | | |
|
| intelligence | | | La bonne vacuité : la netteté du moule et le désintérêt pour la matière. La mauvaise : les fuites de la matière à travers un moule déficient. Sois forme, ne sois pas Protée, doublement profanateur, - difforme dans l'espace et conforme au temps. | | | | |
|
| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans toutes les équations de la vie, où figure le monde, je peux lui substituer moi-même. Le cogito s'avère équivalent du Deus cogitat ! « L'homme est un monde en miniature » - Boèce - « Homo mundus minor ». Quand je le découvre, je me mets à me moquer de solutions, tout en accompagnant le mystère de merveilleuses inconnues, qui aboutissent à moi. « J'aime mon Dieu : lumière, voix, parfum, aliment, étreinte de l'homme intérieur, qui est en moi »** - St-Augustin - « Amo Deum meum : lucem, vocem, odorem, cibum, amplexum interioris hominis mei ». Surtout, depuis que nous savons que, par la volonté de Dieu, nous ne sommes pas seulement matière, mais aussi onde. Les mêmes forces originaires formèrent et la nature et notre âme. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la réalité il n'y a que nature, aucune trace de structures ; celles-ci n'ont de sens que dans un modèle. Les structuralistes ont aussi peu de chances d'évincer la nature du paysage du monde que les psychanalystes - la tendresse du climat de l'homme. « L'esprit est la nature invisible, la nature est l'esprit visible » - Schelling - « Geist ist unsichtbare Natur, die Natur ist sichtbarer Geist » - d'où l'admiration qu'on porte à un esprit vraiment naturel et la vénération qu'on voue à la nature témoignant d'harmonie et de beauté proprement divines. Qu'est-ce que l'esprit ? - une belle intelligence, telle la matière immuable, défiant le hasard. | | | | |
|
| intelligence | | | La science commence et finit dans la réalité, matérielle ou humaine. Au milieu - la mécanique universelle. La philosophie commence et finit dans la poésie. Au milieu - l'homme existentiel. « La poésie est le début et la fin de la philosophie »**** - Hölderlin - « Die Dichtung ist der Anfang und das Ende der Philosophie ». Mais la philosophie des débuts et des fins est plus réelle que la réalité. | | | | |
|
| intelligence | | | Les seuls attributs du réel sont quelques constantes physiques, chimiques et biologiques, fixées par le Créateur au niveau atomique ou moléculaire ; parler d'augmentation du nombre d'attributs, comme le font Descartes et Spinoza, pour approcher de l'absolu, n'a aucun sens ; les attributs non élémentaires naissent et existent exclusivement dans la représentation. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la seule architecture qui me soit accessible, celle des ruines, les idées platoniciennes ou les pulsions nietzschéennes ne sont que styles-édifices, et les circonvolutions apolliniennes ou les fibres dionysiaques - que matériaux de construction. Les ruines, libérées de la vitalité des fondements et de la pesanteur des faîtes, se rient de l'existence réelle et s'adonnent aux valeurs virtuelles. C'est cela, la réévaluation nihiliste, l'exact contraire du platonisme : au lieu des points d'attache préconçus - leur libre conception. | | | | |
|
| intelligence | | | Les particules élémentaires seraient toutes identiques, et donc les substances matérielles seraient totalement définies par les constantes, ces attributs primordiaux, tandis que dans la représentation nous faisons l'inverse – nous définissons une substance, que nous munissons ensuite d'attributs, plus ou moins arbitraires. Donc, soit la détermination divine, absolue et purement quantitative, soit le libre arbitre humain, relatif, qualitatif et multiforme. Et puisque la seconde partie est la seule qui puisse intéresser un philosophe, il faut refuser tout caractère nécessaire à cette panoplie ; même l'essence peut se représenter de multiples façons. | | | | |
|
| intelligence | | | Dire qu'on a plus de matière que de force, ou dire l'inverse, est également sans objet ni intérêt ; c'est qu'on ne doit pas appliquer les mêmes outils à ces sources de notre soi : devant la matière, il faut mettre des filtres et munir la force - de transformateurs et d'amplificateurs. | | | | |
|
| intelligence | | | L'âme est inséparable du corps (et donc elle s'annihile avec l'extinction de celui-ci) non pas à cause d'une mémoire matérielle (qui même n'existe probablement pas), mais parce que toute image, toute pensée, tout jugement de l'âme porte, inexorablement, une coloration corporelle, liée aux jouissances, souffrances, espérances, et, en plus, cette coloration est nettement placée dans le temps - tout état d'âme est daté. | | | | |
|
| intelligence | | | On peut chercher les causes parmi des sujets, des situations, des paradigmes, des algorithmes, des ressources, des acteurs, des matériaux, des outils. Contrairement au pourquoi des raisons, où règne la liberté, le pourquoi des causes ne témoigne que du libre arbitre. | | | | |
|
| intelligence | | | Les derniers secrets de la matière sont … spirituels ; les clameurs, senteurs, couleurs, saveurs se livrent aux nombres et aux déductions ; l'onde cohabite avec l'atome ; l'espace devient encore plus mystérieux que le temps. Aujourd'hui l'esprit puise l'essentiel de ses connaissances non plus dans l'expérience, mais dans le raisonnement. | | | | |
|
| intelligence | | | Qu'on soit scolastique, cartésien ou spinoziste, qu'on parte des choses vues, de l'œil ou de leur Créateur, de la matière, de l'instrument ou du Maître, - on vaudra ce que vaut son regard, c'est à dire la qualité interne de son œuvre. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la réalité il y a une lumière (l'esprit) et des objets (la matière) ; la représentation crée des ombres des objets ; les requêtes du réel se tournent requêtes de la représentation, et leur interprétation produit de la lumière, interne au modèle ; le croisement de la lumière du réel et de la lumière interprétée génère le sens. | | | | |
|
| intelligence | | | La philosophie est un art de transformation en arbre vivant de tout ce qui, sans elle, serait voué à servir de matériaux de construction, de clôtures, de nourritures terrestres, de papier à écrire ; elle est le jardinier, responsable non pas de la rhapsodie des fondements, des saisons ou des tentations, mais de la symphonie de la vie. Les ombres et les fleurs sont des caresses de l'arbre, que dispense la poésie. Et il ne faut en exagérer ni la profondeur ni les calories, en voyant dans la vie « un arbre dont les racines, c'est la philosophie, et dont le plus beau fruit est la poésie » - F.Schlegel - « einen Baum, dessen Wurzel die Philosophie, dessen schönste Frucht die Poesie ist ». | | | | |
|
| intelligence | | | Le regard n'aurait pas de sens sans les choses vues - telle est l'aberration inaugurale de la phénoménologie. La plus haute essence humaine se manifeste en ce qui n'existe même pas : l'ascète aime son Dieu ou son idéal bien désincarnés, l'esthète palpite à l'évocation de ses fantômes de beauté, le nihiliste se passionne pour les idées ou sentiments, qui, pourtant, se réduisent au néant. Même en Intelligence Artificielle, l'essence idéaliste précède l'existence matérialiste. | | | | |
|
| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'une pose (posture/position) philosophique, le premier réflexe est d'en imaginer le contraire ; c'est ainsi que l'on comprend l'insignifiance d'un regard, qui aurait pour centre l'être, la matière, la vérité, la liberté, et l'on finit par reconnaître que l'opposition la plus intéressante est entre la poésie et la prose, la consolation et la conviction, la musique et le bruit, l'abstrait et le concret, le commencement et le résultat, l'élégance artificialiste et le naturalisme béat ; et cette opposition est symbolisée le mieux par le sophisme et le cynisme. Platon, Pascal, Nietzsche, face à Diogène, Hume, Husserl. Curieusement, les seconds triomphent en pratique, tandis qu'en paroles sont proclamés vainqueurs - les premiers. | | | | |
|
| intelligence | | | L'être, c'est ce fond de la réalité, matérielle ou mentale, qui joue trois rôles dans trois domaines disjoints : il guide la représentation, inspire les requêtes, sert de référence pour valider la représentation. Et son maître s'appellerait le moi transcendantal, celui qui défie toute science ; il est le complément intellectuel de son homologue artistique, du moi inconnu. | | | | |
|
| intelligence | | | La vie de la pensée est circonscrite par le modèle spatial, l'être, et le modèle temporel, le devenir : « L'être éternel sans naissance et le devenir qui n'est jamais » - Platon – le premier, d'après toi, existe, et le second – non, ce qui rend celui-ci attractif, en tant qu'outil du bon créateur, l'être étant sa matière première. | | | | |
|
| intelligence | | | La vraie spiritualité est à l'opposé des connaissances ; elle est l'art d'écouter ton âme et d'en reproduire la musique, et non pas l'artisanat de fouiller ta mémoire et d'en présenter un compte-rendu. « Depuis la Renaissance, l'anti-spiritualité engloutit l'homme, qui ne s'occupe désormais que des problèmes matériels, dont celui de la connaissance » - Tarkovsky - « Начиная с Возрождения, проблема познания относится к материальным проблемам - бездуховность поглотила мужчин ». | | | | |
|
| intelligence | | | Toute matière, qui ne se réduise pas au nombre, est nulle ; la partie de l'esprit, irréductible au nombre, s'appelle âme. « Le nombre est la caractéristique primordiale de l'être en soi, c'est à dire de l'union de l'Un et du Multiple ; le nombre, c'est la structure, le rythme et la symétrie des choses, c'est à dire, selon les pré-socratiques, - leur âme » - A.Lossev - « Число является начальной характеристикой бытия в себе, т.е. единораздельности ; число - структура, ритм и симметрия вещей, т.е., с досократовской точки зрения, - их душа ». Cette ontologie pythagoricienne ennoblit le nombre, comme l'illimité ennoblit la limite. | | | | |
|
| intelligence | | | Tout le galimatias spinoziste autour des substances absolues et immuables est mis à nu par cet aveu, désarmant et ridiculisant : « La substance ou - ce qui est le même - ses attributs avec leurs valeurs » - « Substantias sive quod idem est earum attributa earumque affectiones », puisque les attributs (comme la plupart des substances) sont de libres constructions de nos modélisations arbitraires et non pas un contenu authentique du réel (sauf peut-être un nombre très réduit de constantes universelles). Quand on ne peut pas s'élever aux effets de soi, on s'étend en causes de soi. Causa sui est la réalité, qui dicte et valide nos représentations ; c'est ce que Heidegger nomme être. L'appeler Dieu est prendre une création pour un créateur. | | | | |
|
| intelligence | | | Descartes ne voit aucun attribut commun entre nos substances corporelle et spirituelle. Comment veut-il séparer les attributs, attachés à notre vue, à notre ouïe et même à notre toucher ? Tout y est corps et tout y est âme. | | | | |
|
| intelligence | | | On pourrait appeler être d'une chose la différence (mathématique) entre sa réalité et sa représentation. « L'être n'est ni couleur, ni matière, ni idée, ni âme, ni Dieu ; il est la pure Hauteur »* - A.Lossev - « Бытие не есть ни цвет, ни материя, ни идея, ни душа, ни дух, ни бог. Оно есть чистое 'сверх' ». Ni l'ampleur ni la profondeur ne peuvent apporter ce que, seule, prodigue la hauteur : la bénédiction, la justification, le sens ; elle est presque la seule à inspirer la prière, le rêve et l'enthousiasme. | | | | |
|
| intelligence | | | Que deviendrait l'âme sans la mimesis, ou la répétition presque mécanique, ou la réanimation magique de nos souvenirs et de nos émotions ? Si la mémoire humaine avait la même permanence que la mémoire des ordinateurs ? Si nos émois laissaient une contre-empreinte matérielle, qu'on intensifierait, effacerait ou réactiverait à volonté ? Cette âme ne serait qu'esprit ou machine. La répétition mentale est un miracle logique et organique, dans lequel le corps joue un rôle périphérique d'une mémoire de masse somnolente, tandis que la mémoire centrale, vive, volatile maintient l'âme en état de veille. | | | | |
|
| intelligence | | | Le matérialisme et l'idéalisme, pour nos yeux, sont comme l'esprit et l'âme - pour notre regard : là où l'objet n'est que trop visible, le matérialisme et l'esprit suffisent ; pour l'invisible nous réservons le meilleur de nous. | | | | |
|
| intelligence | | | Représenter, c'est modéliser soit des objets matériels, soit des abstractions (relations, attributs, quantités, qualités). Mais la technique représentative y est la même. Pour refléter cette unité et souligner l'inépuisable, inatteignable et merveilleuse richesse des objets, on évoque la vague notion d'être, englobant les deux sphères du représenté. L'être au-delà de la représentation, c'est l'invisible du visible. | | | | |
|
| intelligence | | | En mémoire et en puissance interprétative, l'homme sera dépassé facilement par la machine. En matière intellectuelle, l'esprit humain devrait se consacrer surtout à la qualité de ses représentations. On n'est plus à une époque, où, naïvement, on pouvait dire que « l'esprit, c'est la mémoire elle-même » - St-Augustin - « animus sit etiam ipsa memoria ». Pour Descartes, la mémoire est répartie entre l'esprit et le corps, l'esprit ayant la priorité. Mais le corps, apparemment, n'a pas de mémoire de masse ; et la seule mémoire sensible, la mémoire centrale, relèverait entièrement de l'esprit. Chez l'homme, tout n'est qu'une réinterprétation, et elle est si bien câblée, qu'on ne voit presque pas la mémoire. « Il n'y a pas de données, mais seulement des conduites » - Sartre. | | | | |
|
| intelligence | | | La causalité ne faisait pas partie des connaissances aprioriques ; chacun la modélisait d'après les bornes de son intellect et du savoir du siècle ; mais dans ses supports - matières, outils, opérations, acteurs - le consensus, dû à la science et à la robotisation des acteurs, est proche, où, au lieu d'être une relation sémantique complexe, la causalité relèvera de la banale syntaxe. | | | | |
|
| intelligence | | | La causalité est une relation banale et pragmatique, elle renvoie à l'origine d'un objet (ou d'un état) ; non seulement ce qui contribue à ce résultat peut être un commanditaire, un acteur, un matériau, un outil, un fait, mais la sémantique de ces types de cause change radicalement d'un domaine à l'autre. La causalité n'a pas sa place parmi les relations aprioriques. | | | | |
|
| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
|
| intelligence | | | Une idée, c'est l'évocation des choses par leurs images. Mais pour Platon, elle n'est qu'image ; pour Aristote, elle n'est que chose ; et pour Descartes, elle est image de la chose (« les images des choses sont les seules à qui convient le nom d'idée » - « rerum imagines, quibus solis conventi ideae nomen ») - les ondes, les capteurs, les empreintes. Je réserverais ce nom aux cas, où les choses sont profondes et les images – hautes, ce qui munirait ces images des choses – de la noblesse ou de la musique. | | | | |
|
| intelligence | | | L’immense majorité des genres et des espèces que nous manipulons (à part quelques constantes dans la matière) proviennent des représentations arbitraires, dictées, le plus souvent, par une langue, et ils ne peuvent donc prétendre à aucune universalité. Les seuls universaux divins, ce sont l’aiguillon du Bien, l’illumination du Beau, l’étincelle du Vrai. | | | | |
|
| intelligence | | | La connaissance approfondit les choses, sans les élever ; mais l’attachement aux choses nous abaisse ; et puisque la hauteur est notre première patrie, la présence pesante des choses nous entraîne vers la platitude. | | | | |
|
| intelligence | | | La mathématique épuise le champ du possible, mais la réalité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, recèle tant de miracles, jugés impossibles par notre raison, qu’on est obligé de reconnaître que le possible humain est misérable à côté du réel divin. C’est une des raisons à dédier la création artistique – à l’impossible, c’est-à-dire au rêve. | | | | |
|
| intelligence | | | Mes premières perceptions proviennent soit de la matière première (corps sans âme, sensations) soit de l’esprit premier (âmes sans corps, musique) ; dans la conceptualisation, il faut ajouter de la musique à celles-là et du corps – à celles-ci. | | | | |
|
| intelligence | | | La philosophie est possible, légitime et utile, car la consolation par le prêtre se profane par son ésotérisme, les théories du linguiste n'éclairent en rien le miracle du langage, les abstractions du scientifique ne s'élèvent pas jusqu'au miracle de la matière. Le philosophe est serviteur du miraculeux naturel et poétique. | | | | |
|
| intelligence | | | Le monde n'est qu'esprits et atomes, et non pas volonté et représentation ; c'est la philosophie qui est soit cantate de la volonté (et donc nous dégageant, comme une religion, des griffes de la mort), soit symphonie, langagière ou matérielle, artistique ou scientifique, autour de la représentation (nous élevant au-dessus de tout bruit partiel de la vie). | | | | |
|
| intelligence | | | Pour la peinture philosophique, le réel aurait dû ne servir que de toile, de support matériel nécessaire, tandis que l’essentiel aurait dû être dédié à l’imagination, langagière et lyrique, irréductible à la raison. La Realphilosophie (Hegel) des rats de bibliothèques, bavards et calculateurs, face à la vraie philosophie des poètes, dont l’esprit chante ou danse, pour devenir âme, pour nous faire aimer la vie abyssale et le verbe musical. | | | | |
|
| intelligence | | | J’ai une conscience, ce qui témoigne de l’existence de l’esprit ; mes sens me convainquent de l’existence de la matière. Ces deux seules existences sont placées dans l’espace-temps ; elles ne se prouvent pas, elles s’enregistrent. Tout le reste : Dieu, astres, lumière, vitesse, oreille, route, beauté, village, force, vérité, montagne, amour, langue ne peuvent exister ou ne pas exister que dans le modèle correspondant, que mon esprit (re)construit. Ces existences sont soumises aux preuves, mais non pas dans l’absolu, mais dans le cadre des représentations particulières. | | | | |
|
| intelligence | | | Aucune théorie (représentation) ne peut couvrir la totalité d’un domaine de la réalité (de sa matière et de ses esprits, bref – de l’Être) ; toute pensée se formule dans le contexte d’une représentation (explicite ou implicite) ; donc, la pensée ne peut jamais coïncider avec l’Être (Parménide ou Hegel), elle n’en est qu’un microscopique et approximatif reflet. | | | | |
|
| intelligence | | | Qu’il y ait des couleurs, des arômes, des saveurs – c’est une merveille ; mais qu’il y ait des organes pour les capter est un miracle ! Bien qu’on puisse regretter, que l’électro-magnétisme ou la gravitation en soient dépourvus. | | | | |
|
| intelligence | | | Le sens du je pense : je spécifie (référence, signale, indique, montre, nomme) mes chemins d’accès aux objets. Le sens du je suis : je suis un objet (ma matière), auquel s’attache un sujet (mon esprit). | | | | |
|
| intelligence | | | Au fond de toute réalité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, perce le mystère, insondable, incompréhensible, impossible. Nous bâtissons, la-dessus, de savants problèmes et sommes heureux de leur trouver quelques misérables solutions, qui constituent tout notre savoir ; mais ce qui échappe au savoir reste largement dominant. Le connu ne se nourrit que de minuscules portions arrachées à l’inconnu. « Le sens évolue par l’évolution de l’insensé » - Nabokov - « Эволюция смысла является эволюцией бессмыслицы ». | | | | |
|
| intelligence | | | La forme, céleste, intellectuelle, de Platon, fécondée par le fond, terrestre, conceptuel, d'Aristote, enfanta du Logos, relation spirituelle, intermédiaire entre terre et ciel, esprit et matière, structure stoïcienne et chrétienne. | | | | |
|
| intelligence | | | L’imagination a deux contraires – la routine et la matière. C’est pourquoi elle est plus près de la faiblesse que de la force, ce qui en fait nourricière des rêves : « La faiblesse a toujours vécu d'imagination » - R.Gary. | | | | |
|
| intelligence | | | Connaître une chose (matérielle ou spirituelle), c’est d’en avoir bâti un modèle, une représentation. La raison qui ignore les raisons du cœur ou de l’esprit est paresseuse, indifférente ou bête. | | | | |
|
| intelligence | | | Les causes premières sont une banalité, découlant du libre arbitre de nos représentations ; capitales pour la science, elles ne présentent aucun intérêt pour la philosophie. Les causes dernières, remontant aux mystères de la matière et de la liberté du vivant, méritent une franche admiration ; inaccessibles à la science, elles devraient intriguer la philosophie. | | | | |
|
| intelligence | | | J’essaye d’imaginer ce que n’importe quelle civilisation extra-terrestre aurait pu découvrir en biologie, physique ou chimie, et je n’y vois rien. Je réfléchis sur nos sens, et je n’y trouve rien d’absolument nécessaire. En revanche les concepts de nombre naturel, de ligne droite ou de cercle me paraissent être les seuls qu’on partagerait avec n’importe quel être vivant muni d’un esprit, même le plus rudimentaire. Les Américains visèrent trop haut, en envoyant dans le Cosmos des informations sur l’atome d’hydrogène ou sur le mécanisme de la reproduction humaine. | | | | |
|
| intelligence | | | Le mystère de la matière est le même dans tout l’Univers, même si la nécessité, et non pas la liberté, guide cette matière. La Terre est certainement le seul corps céleste à héberger la vie ; et le second mystère actuel (en occultant celui de l’Origine), c’est cette vie, cette liberté, éclipsant celui du monde matériel. « Nous sommes sur terre pour créer le mystère du monde ; c’est le grand œuvre de la science »** - Valéry - nous, les porteurs du plus grand mystère de l’Univers et, en plus, - les créateurs ! | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la réalité, il y a la matière (les choses, res extensa) et les esprits (res cogitans, la vie) ; dans la représentation, il n’y a que l’esprit, ou l’imagination : les objets et les relations ; dans le langage, il n’y a que des références de ce dernier esprit. | | | | |
|
| intelligence | | | Mon soi connu n’est pas une donnée fixe, dont j’essayerais de reproduire les contours ou le contenu ; en écrivant, je le crée ; il n’est ni préexistant ni difforme, comme il l’est pour Montaigne : « Je suis moi-même la matière première de mon livre ». | | | | |
|
| intelligence | | | En physique, on finit par chasser tout infini ; la vitesse de la lumière et la température de la matière en sont les victimes les plus célèbres, qui rendirent inaccessible et incompréhensible la belle image du Big-Bang. Et sans l’infini – pas d’origine, pas de commencement transcendant – le mur de M.Planck est infranchissable pour la raison. La mathématique reste la seule science à bien s’entendre avec un infini docile, mais ses commencements sont, contrairement à la physique, triviaux. L’art, qui est la maîtrise des commencements passionnants, est donc plus près de la physique que de la mathématique. | | | | |
|
| intelligence | | | Toute sensation du corps est spontanée et commune, elle est là pour être comprise, abstraitement, par l’esprit et sublimée, sentimentalement, par l’âme ; plus de profondeur ou plus de hauteur. On ne doit pas mettre le matériau au-dessus de l’œuvre, comme le fait Hume : « La plus animée des idées ne vaut pas la sensation la plus terne » - « The most lively thought is still inferior to the dullest sensation ». | | | | |
|
| intelligence | | | Les plus rigoureuses théories scientifiques ne peuvent s’appuyer que sur les apparences, car les matières minérale, végétale ou animale contiennent d’infinis mystères qu’il s’agit d’élucider, sans l’espoir d’en toucher le fond. Les dénonciations des apparences comme sources d’erreurs ne peuvent être que sottises. Les seuls objets se passant d’apparences sont des objets mathématiques. | | | | |
|
| intelligence | | | Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? - la musique ! - l’harmonie de la matière et la mélodie de la vie, réveillent tantôt mon esprit scientifique, tantôt mon âme poétique. Tant de choses ont été déjà dites la-dessus ; c’est pourquoi mon outil initial, même s’il n’est pas le plus créateur, ce sont les contraintes, me protégeant de la banalité et du plagiat. | | | | |
|
| intelligence | | | Il n’y a rien d’absolu dans les Idées platoniciennes. Même l’espace/temps, la matière, la vie, dans les représentations, portent, nécessairement, des traces des expériences individuelles. Aristote fut plus platonicien que Platon, en absolutisant ses catégories, où le libre arbitre est flagrant. La fichue préexistence des Idées n’est qu’une figure rhétorique qui ne s’appuie sur rien. En revanche, la préexistence des concepts (dans la représentation), pour ancrer le langage, leur échappa à tous les deux. | | | | |
|
| intelligence | | | Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, la notion d’esprit (res cogitans), opposée à la matière inerte (res extensa), doit être scindée en deux : les vivants et les robots. Est vivant non seulement ce qui dispose de la liberté, c’est-à-dire de la faculté de s’écarter, dans son comportement, des lois physiques, mais, en plus, de ne pas suivre une démarche, découlant de l’application d’un modèle comportemental, conçu par un cogniticien et implémenté dans la mémoire. Cet ajout définit un robot. Celui-ci finira par simuler nos sens et nos sensations, par pratiquer l’apprentissage, par générer des choix aléatoires, par maîtriser les langues naturelles. La différence avec le vivant consistera en la demeure du pourquoi comportemental : la chair sensible ou les circuits intelligibles. | | | | |
|
| intelligence | | | Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels. | | | | |
|
| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
|
| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
|
| intelligence | | | Un signe certain du manque de sensibilité et de nobles contraintes est la proclamation : je veux tout savoir, tout aimer, m’intéresser à tout. En philosophie, ce tout mirobolant s’appelle être, l’état fixe d’une matière ou d’une conscience (res extensa ou res cogitans). Pour mieux le situer, on en cherchera un contraire matériel ou un contraire spirituel ; le premier sera soit temporel (le temps, synonyme du devenir, d’Heidegger) soit spatial (le néant, synonyme d'absence, de Sartre) ; le second guide les critiques de Kant, les dons divins qui animent la matière pensante – les sens du Bien, du Beau, du Vrai. | | | | |
|
| intelligence | | | La relation de causalité n’est vaine et inutile (Valéry) que lorsqu’elle est vue comme relation unique entre les états ; mais il y a beaucoup de vraies relations du type cause-effet, en fonction du type de cause : agent, action, matière, outil, contrainte, véracite/fausseté d’une proposition, rapports spatio-temporels, syllogisme etc. | | | | |
|
| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
|
| intelligence | | | L’homme est saisi de perplexité et d’admiration devant les mystères de la matière et de l’esprit, mais la machine ne s’élèvera jamais au-dessus des problèmes et des solutions ; le mystère lui restera à jamais inaccessible. C’est la seule borne intellectuelle que je vois, pour ne pas se soumettre à la fascination sans limites devant les performances statistiques de la machine. Et puisque la philosophie humaine commence par s’incliner devant le mystère, elle surclassera toujours la jugeote mécanique. | | | | |
|
| intelligence | | | Toute représentation se réfère à la réalité, c’est-à-dire à la matière (les lois universelles, les espèces minérales, végétales, animales, humaines, les sciences appliquées) ou à l’esprit (l’éthique, l’esthétique, les rêves, la mathématique). | | | | |
|
| intelligence | | | La réalité spatio-temporelle ne contient que la matière et les esprits ; le temps traversant l’espace constitue la seule réalité, et ce passage s’appelle le Devenir, ou l’existence. L’Être, ou l’essence, est irréel ; il est l’œuvre des esprits. L’essence est toujours artificielle et abstraite, mais elle est la cause suffisante des phénomènes de l’existence et sert à comprendre ou à justifier celle-ci, qui est réelle et concrète. Au sommet de l’existence se dresse la liberté humaine : à celui de l’essence se devine la nécessité divine. | | | | |
|
| intelligence | | | Notre vision intuitive de la forme du monde (l’espace/temps) est omniprésente en mathématique ; en revanche – aucune trace de son contenu (la matière minérale ou le vivant végétal, animal ou humain). | | | | |
|
| chœur mot | | | HOMMES : Le lecteur de mon mot est l'homme, mon alter ego. Les hommes sont un matériau, un dictionnaire ou une cible. Ils ne peuvent qu'abaisser mon mot au niveau des idées, si leur présence est indispensable, pour ouvrir sa fête. L'avenir des hommes est la machine, l'avenir de l'homme est, comme au passé, - le souterrain, la recherche de soupiraux et d'échappatoires. | | | | |
|
| mot | | | Pour le mot, l'idée est moins qu'un motif, elle n'est qu'une matière, malléable à souhait. Même l'or ne rachète pas le manque d'alchimie du verbe. | | | | |
|
| mot | | | La division en enthousiastes ou grincheux suit l'ambigüité du mot monde, qu'on salue ou maudit. Ce mot peut désigner la matière, la vie, les hommes - trois objets, auxquels on devrait réserver des organes de vue et de langage différents : le cerveau, l'âme ou la rate. | | | | |
|
| mot | | | Le mot philosophique devient Verbe, lorsqu'il part, à la fois, de l'esprit, de l'âme et du cœur (verbum intellectus, mentis, cordis Mais les mots modernes sont dans le verbiage, où règne la chose (bassement matérielle ou pédantement immatérielle) – verbum rei. | | | | |
|
| mot | | | Tentatives de pléonasmes : puissance potentielle, volonté velléitaire, anomalie anormale, vertu virtuelle, événement éventuel, matière immature. | | | | |
|
| mot | | | Les notions minéralogiques de matière, de logique ou de patrie remontent, étrangement, à la Sainte Famille : Mère, Logos et père. | | | | |
|
| mot | | | L'étymologie populaire fait remonter matière à un tronc d'arbre - une raison de plus pour se méfier du matérialisme, puisque, parmi les grands attributs de l'arbre sacré, le tronc ne peut rivaliser ni avec la solution des fruits, ni avec le problème des racines, ni avec le mystère des fleurs, des cimes et des ombres. | | | | |
|
| mot | | | Je sais que c'est en moi, et non pas dans le monde bien entretenu, que se déposent des matières polluantes, mais toute bonne écologie de l'ego aboutit, pour moi, à l'égologie. | | | | |
|
| mot | | | De l’importance des verbes : dans la vie, je suis un corps et j’ai un supplément d’âme ; dans l’art, j’ai un corps, mais je suis une âme. | | | | |
|
| mot | | | S'agissant de la matière, les points de vue de chimie ou de physique semblent incompatibles. La même chose frappe les mots, où il faut choisir entre l'(al)chimie (le style des questions) ou la (méta)physique (l'étendue des réponses). | | | | |
|
| mot | | | Dans l'écrit, je veux rester tonique ; je dois franchir plusieurs tests de qualité, avant d'exhiber mes sentences ; la tonicité peut et doit provenir des objets évoqués, des mots choisis, des idées émergentes, de mon tempérament – une seule de ces sources désavoue mes mots, et je peux être certain de leur défectuosité. | | | | |
|
| mot | | | Le dualisme cartésien réduisant le monde soit à l'âme soit à la matière, infligea une grande injustice à la langue, qu'il classa parmi la matière (les philosophes analytiques, pour réparer les dégâts, tombèrent dans une hérésie encore plus grave). Or, l'âme qui conçoit et l'âme qui exprime, l'esprit et le goût, le modèle ou la quête, ce sont deux facultés si différentes et si autonomes, que la sainte triade, réalité - modèle - langage, s'impose. D'ailleurs, Descartes voit dans l'homme non pas une dualité, mais une triade, puisque les sens n'appartiennent ni à l'âme ni au corps, mais à leur fusion inextricable. | | | | |
|
| mot | | | Le mot, c'est le noble logos, bien en chair (Descartes et Port-Royal, par exemple, le plaçaient, carrément, du côté de la matière) ; l'idée, ce n'est que la chimère platonicienne. | | | | |
|
| mot | | | De la place du Dire et du Faire dans l'écriture : leurs rôles sont complètement différents aux trois stades - avant la prise de plume, pendant la naissance de l'écrit, enfin, l'appréciation d'un écrit fixe. Au commencement, les niais sont pleins d'idées mûres à traduire dans le dit, et les délicats attendent le premier son ou la première image imprévisibles - le faire, leur métier, ayant besoin d'une matière rare. Au milieu, le niais ne fait que dire, tandis que le mot du délicat naît dans le fait - le style et le ton. À la fin, on ne voit que le fait du niais (son dit étant pâle ou vide), ou le dit du délicat (son fait, c'est à dire son pinceau, étant absent). | | | | |
|
| mot | | | Tout discours est fait du dit et du fait, le vrai faire, hors toute imitation, consistant à innover dans le dire. Et cette innovation peut surgir de plusieurs sources : le choix de matériaux, l'usage d'outils, le style d'édifices, leur ampleur, la solidité de leurs fondements ou l'audace de leurs hauteurs, leur incrustation dans le paysage etc. Sans le faire, le seul dire n'est qu'une copie ou une partie de termitières ou de phalanstères. | | | | |
|
| mot | | | L'agglomérat minimal de mots, contenant toutes les propriétés, intellectuelles et artistiques, de l'esprit, s'appelle maxime ; tout comme la molécule, qui porte toutes les propriétés de la matière, en reliant des atomes ; la maîtrise de la valence des mots, c'est l'alchimie de la littérature. L'excellence, l'état, où toute division ou toute multiplication, provoquerait une baisse de la vitalité ; les molécules verbales se retrouveraient en ruines, mais en gardant la mémoire des châteaux hantés de jadis. Les atomes ne promettent que des séjours minéralogiques, et les systèmes - des phalanstères robotiques. | | | | |
|
| mot | | | La langue, ce sont des matériaux de construction, plus les normes de leur résistance ; le discours personnel, c'est l'œuvre d'un architecte, bâtie sur ses représentations, face aux exigences de la réalité ; la langue ne peut avoir de relations algébriques qu'avec des représentations, et donc toute idée d'un isomorphisme quelconque entre la langue et la réalité (Wittgenstein) est une pure absurdité. Et lorsque la langue suit de trop près la représentation, disparaît toute créativité de l'ange et s'installe le mal de la bête : « Le mal radical - la chute du langage dans la représentation »** - Derrida. | | | | |
|
| mot | | | Chez celui qui ne maîtrise pas le mot créateur, c'est à dire le mot poétique, la grande matière se profane par le mot inexpressif. Mais celui qui est, à la fois, philosophe et poète, sent l'espace de liberté entre l'expression et la pensée et, tout en visant la pensée, il laisse le mot inventeur tracer le chemin ou dessiner les fins ou esquisser les commencements. Seul le poète peut se permettre de « commencer par faire la chasse aux mots plutôt qu'à la matière » - F.Bacon - « to begin to hunt more after words than matter ». | | | | |
|
| mot | | | Écrire, c'est bâtir un édifice, dans un style que te dictent ton goût et ton talent. Pour avoir cette liberté, il faut habiter la langue, c'est à dire se sentir chez soi dans son atelier, maîtriser et ses outils et ses matériaux et ses acoustiques. Mais je n'habite plus aucune langue ; je suis condamné à n'ériger que des ruines, en espérant qu'un œil de connaisseur y devine le style rêvé : une caverne, une tour d'ivoire, un temple. | | | | |
|
| mot | | | Les mots ne doivent jouer presque aucun rôle dans les définitions de concepts, à partir desquelles naissent des idées. « Définir, c'est entourer d'un mur de mots une contrée sauvage d'idées » - S.Butler - « A definition is the enclosing a wilderness of idea within a wall of words » - c'est presque le contraire qui est vrai : à la source d'une définition se trouvent des idées bien viabilisées et nettes, tandis que les mots y jouent un rôle banal de matériaux, pour délimiter les fondations, les murs et les faîtes. Une fois l'édifice en place, on se met à le peupler ou à le hanter d'idées moins harnachées et de mots plus fantomatiques. Il n'y a guère d'idées sauvages, c'est le mot qui ensauvage ou apprivoise. | | | | |
|
| mot | | | Les métaphores au-dessus des idées sont plus qu'idées ; les métaphores au-dessus des choses sont moins que choses - c'est pourquoi l'idéalisme des amis des Formes est toujours plus haut, même si le matérialisme des fils de la Terre peut être plus profond. | | | | |
|
| mot | | | Je fus injuste, en méprisant l'idée au profit du mot. Le terme d'idée couvre une vaste gamme allant de pensée à mode d'emploi. Je penchais trop du côté du second choix, où tout le sens est dans la maîtrise des objets impliqués, tandis que la pensée est ce qui garde sa valeur même en absence des objets qu'elle évoque. | | | | |
|
| mot | | | Le mot se trouve à mi-chemin, entre la chose et la pensée, et celui qui le maîtrise n'a pas à choisir entre l'idéalisme et le matérialisme : le maître se passe de choses, et l'idée se passe dans son mot. | | | | |
|
| mot | | | Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique. | | | | |
|
| mot | | | La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité. | | | | |
|
| mot | | | Aucun philosophe ne formula quelque chose de sensé au sujet de ces mots triviaux - néant, vide, rien. Le vide physique (l’absence de matière) ne présentant aucun intérêt en philosophie, on ne peut interpréter le terme de vide qu’au sens mathématique – l’absence d’existence ; il est donc un synonyme du mot néant. Quant au mot rien, dans un discours il n’est qu’une variable, signalant toujours la même absence d’existence. Bref, le terme net d’ensemble vide couvre ces trois mots vagues. | | | | |
|
| mot | | | Les sensations, les objets, les idées – à combien de choses il faut renoncer, pour posséder le mot ! | | | | |
|
| mot | | | Comment je vois l’évolution de l’écriture : elle commença par le quoi (les choses), continua par le comment (la poésie), enchaîna avec le pourquoi (la philosophie), pour aboutir au qui (le créateur). | | | | |
|
| mot | | | Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement. | | | | |
|
| mot | | | Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens. | | | | |
|
| proximité | | | Quand je vois, que Dieu, dans les platitudes humaines, est réduit à un misérable point, sans épaisseur ni amplitude, je regrette le Dieu géométrique des Pères de l'Église : « Dieu, qu'est-il ? Longueur, largeur, hauteur et profondeur » - St-Bernard - « Quid est Deus ? Longitudo, latitudo, sublimitas et profundum » - donc, ni l'œuvre ni l'outil, mais le principe. D'où Ses quatre matérialisations : la longueur de son éternité, la largeur des portes de Ses églises, la profondeur des souterrains de Sa sapience, la hauteur des tours d'ivoire de ceux qui L'auraient cherché. | | | | |
|
| proximité | | | Dieu se dore, l'or se déifie (« Geldwerdung Gottes, Gottwerdung des Geldes » - Heine), mais si une noble idée, matérielle ou immatérielle, veut se passer de Dieu et d'or, elle se mue en idole, gardée par une Inquisition corrompue et haïe d'ouailles démunies d'argent. | | | | |
|
| proximité | | | La beauté naît uniquement en notre désir, disent les matérialistes. « La beauté des choses vit dans l'âme de celui qui les contemple » - Hume - « The beauty of things resides in the soul of those who look at it ». Mais pourquoi toutes les fleurs sont-elles belles et pas seulement un petit tiers ? La beauté est hors de nous ! | | | | |
|
| proximité | | | Le Big-Bang, les particules élémentaires, le temps, la lumière, la vie, le bon et le beau – quoi qu'on touche, dans la création divine, tout n'est qu'époustouflantes énigmes ! Rien de bêtement géométrique ou mécanique. Dieu répugnait à la simplicité, il Lui fallait notre consternation et perplexité perpétuelles. « Dieu n'a créé que des mystères »* - Dostoïevsky - « Бoг coздaл oдни зaгaдки ». | | | | |
|
| proximité | | | Plus profondément on pénètre dans le mystère de la matière, plus on la voit comme prolongement du mystère de l'esprit ; après Au commencement était la particule de Démocrite, on tombe sur Au commencement était la symétrie de Heisenberg ; l'esprit et la matière remontent à la musique et à l'algèbre. | | | | |
|
| proximité | | | En creusant, on arrive au même degré d'admiration des choses vues, de la vue et du voyeur - matière, fonction, esprit. Ni le Big-Bang ni la paléontologie ni la génétique ni Darwin ni n'y contribuent ni n'en rabattent l'éblouissement. L'Horloger se moque des serruriers et métallurgistes. | | | | |
|
| proximité | | | La création humaine, c'est à dire le Qui et le Comment artistiques, complète admirablement la Création divine, qui se ramène au Quoi et au Pourquoi vitaux. | | | | |
|
| proximité | | | Le monde, qui nous créa, et le monde, que nous créons, rien de matériel ni causal ne les relie, et pourtant ils convergent étrangement et sont identiques dans leurs manifestations les plus éclatantes. | | | | |
|
| proximité | | | Le plus grandiose, dans le dessein divin, est que les miracles de la matière, de l'esprit et de l'âme sont du même degré ; on hésiterait d'en dresser la préséance (ce que tenta, sans conviction, Kant : « Le monde est un animal, mais son âme n'en est pas Dieu » - « Die Welt ist ein Tier : aber die Seele desselben ist nicht Gott »). | | | | |
|
| proximité | | | Le monde visible crée chez les hommes trois sortes d'arbre : le matérialiste, figé et sans inconnues, l'ignare, aux maigres ramages et aux inconnues aléatoires, l'ouvert, plaçant de subtiles variables dans les meilleures extrémités - pas d'unifications, des unifications chaotiques, des unifications enrichissantes. « Notre vie consiste à unifier la partie visible avec un Être d'en-haut » - J.G.Hamann - « Unser Leben besteht in einer Vereinigung des sichtbaren Theils mit einem höheren Wesen ». | | | | |
|
| proximité | | | Qu'il est beau ce miracle - du nombre naissent la mélodie, la couleur ou la saveur ! Un miracle encore plus grand - que nous ayons des récepteurs et des mesureurs de ces émanations du nombre ! Qu'est-ce qu'un miracle ? - la matière, qui suive la loi de l'esprit. | | | | |
|
| proximité | | | L'agnostique est celui qui, dans l'admirable harmonie de la matière et de l'esprit, voit un beau mystère, un dessein divin, ayant préconçu l'Idée avant sa réalisation. D'ailleurs, c'est le seul sens intéressant qu'on pourrait donner aux idées platoniciennes. | | | | |
|
| proximité | | | Que, pour toute émanation de la matière, le Créateur nous ait pourvu de capteurs est proprement prodigieux. « Que l'œil puisse s'être formé par la sélection naturelle, voilà une hypothèse absurde au plus haut point »* - Darwin - « To suppose that the eye could have been formed by natural selection, seems absurd in the highest degree ». Mais qui, de matière, de fonction et d'organe, fut le premier à mûrir dans le Dessein divin ? En tout cas, l'accord entre nos organes et la réalité est si total, tout en étant miraculeux, que l'Être et le Paraître seraient des synonymes. | | | | |
|
| proximité | | | Aucun fil - matériel, factuel, spirituel - ne nous relie plus aux sources des religions actuelles. Un Éthiopien, aujourd'hui, est, sans contredit, plus près du Chrétien originel que nous. Nos théologiens ne peuvent être que poètes, de gré ou de force, doués ou débiles - la théologie de la grammaire. Et tout sérieux dogmatique est ridicule - la grammaire de la théologie. « Dieu n'a pas de religions » - Gandhi. | | | | |
|
| proximité | | | Tout, dans la matière, dit, qu'au commencement était le Chiffre lisible - lumineux (le Ciel) ou sombre (la Terre). Tout, dans le domaine de l'esprit, dit, qu'au commencement était le Verbe incompréhensible. Un Dieu créateur fort et un Dieu rédempteur faible, pouvaient-ils être la même personne ? S'appelait-Elle - Caresse ? | | | | |
|
| proximité | | | L'esprit devrait choisir une orientation, qui rende la matière la moins pesante. Les fausses dimensions sont l'étendue, la largeur et la profondeur. Il n'y a que la hauteur, qui donne des chances de prendre la matière de haut. Une fois débarrassés de la pesanteur, nous rendons synonymes hauteur et grâce. | | | | |
|
| proximité | | | Aucune trace de Dieu dans la réalité matérielle, spatio-temporelle. Dans la sphère spirituelle, l'idée de Dieu surgit, appuyée par l'intelligence et la sensibilité, mais on ne peut la placer qu'à une telle hauteur, à laquelle Dieu ne peut qu'être invisible, inaccessible, indéductible et donc – inexistant. Comme Ses mystères – le Bien, l'amour, la noblesse, la beauté, dont on ne peut que rêver. | | | | |
|
| proximité | | | Ceux qui osent le dernier pas ou le dernier mot sont des fermés, en proie à la vulgarité du matérialisme ou du dogmatisme : « Il existe une ultime décision ! Tout ne reste pas ouvert ! » - Benoît XVI - « Es gibt eine letzte Entscheidung ! Es bleibt nicht alles offen ! » - une infaillibilité à portée de tout expert comptable ! | | | | |
|
| proximité | | | Ils font grand cas du mode d'apparition des choses matérielles ; mais que celles-ci se donnent ou se montrent, se dévoilent ou se révèlent, elles restent au centre des pédants-statisticiens, au lieu de rester à la périphérie de nos regards, orientés, par des contraintes, - vers des songes. Ah que le surgissement des choses inexistantes, ou n'existant qu'en rêve, est plus passionnant ! Le meilleur exemple de la libération du poids des choses – la musique impondérable. | | | | |
|
| proximité | | | La grâce : le lointain nous gratifiant d'une proximité, brève, enivrante, illuminante. Mais c'est dans les ténèbres qu'on la vit le mieux. L'art, c'est le mouvement inverse : dans la pesanteur de la matière, faire ressentir la grâce originaire. | | | | |
|
| proximité | | | La réalité matérielle n'a rien à envier à la réalité spirituelle en profondeur de sa magie : il n'existe aucune métrique qui quantifierait la distance entre les objets réels et leurs modèles théoriques, le bon sens valide le sens des modèles. Aucune théorie figée n'est pensable : « La seule théorie séduisante est celle dont les concepts reculent à l'infini »* - Baudrillard. La nature reste la séduction absolue. On falsifie ou réfute les modèles, on ne falsifie ni ne réfute le monde. | | | | |
|
| proximité | | | Seul un Créateur génial aurait pu imaginer cette époustouflante coordination entre les organes du vivant et les signaux qu'ils reçoivent de la matière ! Notre sens du beau, réagissant à la beauté incarnée des choses, en est l'exemple le plus éblouissant ! La bêtise des platoniciens (les Formes, indépendantes de l'homme, préexistent) et des phénoménologues (l'homme ne découvre la beauté qu'au contact avec le beau). | | | | |
|
| proximité | | | Tous les mystères de Dieu se logent dans la profondeur de la matière et de l’esprit ; il ne sert à rien de Le chercher, et encore moins de Le trouver, en hauteur. « La curiosité et l’insensibilité au mystère se manifestent là où il faut baisser les yeux » - Levinas. | | | | |
|
| proximité | | | Tout dans la nature divine, c’est-à-dire dans la matière et dans l’esprit, est très compliqué et littéralement inépuisable en mystères. La culture humaine est la tentative d’imiter le Créateur, elle ne peut donc être que compliquée ; l’homme blasé se tourne vers le simple, qu’il proclame sa nature, et qui s’avère toujours être tout simplement bête. | | | | |
|
| proximité | | | La source de l’esprit ou l’aboutissement du savoir sur la matière – tels sont les plus profonds mystères du monde, face auxquels l’intellect se remet à la hauteur de l’incontournable croire ; c’est sa force et non pas sa faiblesse, à moins qu’il renonce à toute mystique, pour rejoindre la platitude du seul faire. L’intellect n’est jamais vaincu par la foi, qu’elle soit réglementaire ou intuitive. | | | | |
|
| proximité | | | La consolation la plus bête et la plus servile est celle qu’on chercherait dans une religion, fondée sur un dieu connu. En revanche, le Dieu inconnu, se foutant de Ses collègues patentés, ce Dieu créateur de merveilles, matérielles et spirituelles, ce Dieu mérite bien nos enthousiasmes et nos vénérations, qui sont un seuil de la consolation. | | | | |
|
| proximité | | | La seule théodicée sérieuse se réduit à ce constat : la matière et l’esprit, tels que nous les connaissons, sont impossibles. Une géniale et mystérieuse intervention est nécessaire. | | | | |
|
| proximité | | | La divinité du Créateur, la divinité du créé – natura naturans, natura naturata – nous n’avons aucune idée du premier, le bavardage spinoziste sur la substance ou les attributs de Dieu est totalement ridicule ; il ne nous reste que l’admiration, la vénération, le culte, la foi – face à la mystérieuse harmonie de la matière et de l’esprit créés. | | | | |
|
| proximité | | | Le monde matériel, grandiose et mystérieux, suit, visiblement, un beau calcul divin, numérique et logique. Mais aujourd'hui, je ne vois que les hommes, obsédés par le calcul mesquin, et le Dieu officiel, affichant ses préférences de gestionnaire. | | | | |
|
| proximité | | | Peut-être il y eut deux Créateurs : le premier créa la matière, et le second s’occupa de l’esprit, pour donner naissance à la vie et au rêve, à l’eau et à l’air. « Entre le feu et la terre, Dieu plaça l’eau et l’air »** - Platon. | | | | |
|
| proximité | | | Dans le créé, naturel et merveilleux, – aucune trace des mains du Créateur (ni de ses yeux ni de ses outils), et l’on finit par n’y voir que de la mécanique, faute à nos yeux trop superficiels et, surtout, aux religions, qui poussent à chercher le merveilleux dans le fumeux surnaturel. | | | | |
|
| proximité | | | La foi doit s’appuyer sur des miracles, que tes yeux froids, et non pas ton regard ardent, constatent. Toute forme du vivant, comme tout fond de l’esprit, sont de pures merveilles, qui doivent faire plier tes genoux et élever ton regard. Ce n’est pas la vue de l’Homme, marchant sur un lac, qui doit te sauver de l’enfoncement dans le marais terrestre, mais la hauteur céleste, dont tu ne détaches pas tes yeux. | | | | |
|
| proximité | | | C’est avec la même profondeur que se manifeste la présence du Dieu-Créateur dans les mystères de la matière, du temps, de la vie, de la liberté. Aucun recoin de la réalité n’échappe au merveilleux. Inventer un langage de ce merveilleux muet est la tâche de tout créateur humain. | | | | |
|
| proximité | | | En réfléchissant sur la Création, Valéry ne voit dans les causes premières que la naïveté et la futilité ; on y reconnaît deux grands défauts de son éducation : ne voir de mystère ni dans la naissance et la constitution de la matière ni dans les nobles affects ; superficiel dans la science, froid dans les sentiments. | | | | |
|
| proximité | | | L’esprit n’aurait pas pu imaginer la réalité (même la plus simple, la matérielle), s’il ne l’avait pas vue. Plus qu’invraisemblable, la réalité est impossible, pour un esprit impartial. « Inintelligible, ininventable par l’esprit, et – cependant visible ; le dieu ne peut être que dans cette direction »** - Valéry. Et cette direction est encore plus flagrante, si, au-delà de la matière, nous poussons jusqu’au Vrai, au Beau, au Bien. | | | | |
|
| proximité | | | Plus on creuse l’inimaginable harmonie de la matière inerte et l’impossible phénomène de vie, plus on est convaincu de la pré-existence d’un plan, d’un dessein, d’un divin algorithme. L’Univers est une solution d’un mystère, dont nous ne connaîtrons jamais le Créateur. « L’Univers est l’expression d’une volonté inconnue »*** - Tsiolkovsky - « Вселенная есть выражение неизвестной воли ». | | | | |
|
| proximité | | | On ne peut formuler aucune idée sérieuse, sans parler de dogmes, au sujet de Dieu ou d’une déité quelconque, bien que l’Univers et la vie soient, de toute évidence, des œuvres divines ; le Créateur restera à jamais un Grand Inconnu. | | | | |
|
| proximité | | | L’arbre sans variables, qu’il soit littéraire, sentimental ou métaphysique, est stérile, dogmatique et équivaut à un tas de branches mortes, reliées par des ficelles. Comment ne pas penser à l’arbre métaphysique de Descartes, ayant pour but principal – une preuve de l’existence de Dieu ! | | | | |
|
| proximité | | | Voir des miracles jusque dans la matière inerte, sans parler du plus mystérieux des miracles, la vie, – tel est le regard du poète sur le monde, il en est, intuitivement, amoureux, excité. Le philosophe, qui, devant le monde, doit être poète, est mû par la vénération, par la foi, par l’étonnement. Quant au Créateur, le poète prie, en mélodies verbales ou spirituelles, devant Ses créatures ; le philosophe hisse Sa création dans les hautes sphères de la pensée. Ils sont religieux tous les deux, mais loin de tout temple, érigé par des hommes. | | | | |
|
| proximité | | | En temps de détresse physique, la foi héréditaire peut servir de ferveur et jamais – de consolation ; celle-ci n’apaise que les détresses immatérielles – la lente extinction de nos rêves fervents. | | | | |
|
| proximité | | | En tant que lumière, Dieu est bien définitivement mort ; Il est de plus en plus vivant, en tant qu’ombres de la matière et des esprits. | | | | |
|
| proximité | | | Dans la matière et dans l’esprit, tant de miracles réels, époustouflants et impossibles, dus à l’arbitraire divin ou à la liberté du vivant ; mais aux yeux tribaux, sans regard scrutateur ou créateur, il faut des miracles inventés, mensongers et primitifs. Au lieu d’une vénération de l’incompréhensible infini, ils se livrent à une adulation du transparent fini. La stupéfaction calculée d’Einstein ou la gratuité de la foi aveugle de Mauriac. | | | | |
|
| proximité | | | Le Créateur voulut que le monde des choses fût aussi merveilleux que le monde des idées. Par conséquence, il y a autant de chemins intéressants des choses aux idées (l’intellection) que des idées aux choses (la médiologie de R.Debray). | | | | |
|
| proximité | | | Nos sens esthétique et éthique portent, sans doute, quelques microscopiques traces d’une évolution naturelle, mais la beauté et l’harmonie fabuleuses de la matière, inerte et vivante, et la sensibilité inexplicable des esprits témoignent d’un prodigieux Dessein divin. Plus qu’un ingénieur, le Créateur fut un poète ! « Ce que nous appelons nature est un poème énigmatique, au sein d’une merveilleuse écriture »*** - Schelling - « Was wir Natur nennen, ist ein Gedicht, das in geheimer wunderbarer Schrift verschlossen liegt ». | | | | |
|
| proximité | | | L’esprit divin introduit la perfection en pénétrant les univers minéral (les pierres précieuses), végétal (la rose), animal (le papillon). L’esprit mathématique humain (re)découvre cette grâce en formalisant l’universel ; l’esprit musical humain la (re)crée en se focalisant dans le particulier. Ces talents, conscients dans le premier cas et inconscients – dans le second, s’appellent génies. | | | | |
|
| proximité | | | La matière existe dans l’espace-temps, et les esprits – dans les représentations. Les esprits ne sont connus que par leurs traductions en actes, actes physiques (qui rejoignent la matière) ou langagiers (qui peuvent rester dans la sphère spirituelle). Je ne peux juger l’esprit des autres que par ses traductions ; je ne ressens le contact viscéral, conscient, qu’avec mon propre esprit que j’appellerai mon soi inconnu. Celui-ci est une œuvre divine, et, en tant que source de mon inspiration, il se trouve en voisinage immédiat avec Dieu, mon seul interlocuteur. Je m’adresse à mon semblable, au voisin de mon soi inconnu. | | | | |
|
| proximité | | | Entre la nécessité, dans le monde matériel, et la liberté, dans le monde du vivant, - aucun objectif commun. Le plus grand miracle de la Création est que la demeure des esprits est matérielle. Le démiurge de la matière et l’Auteur de l’esprit ne se connurent jamais ; le gnosticisme part du nombre, et le vitalisme – du Verbe, de l’Amour, de la Caresse, ces supports de la liberté. | | | | |
|
| proximité | | | Dieu : Son inexistence, au sens humain de la matière et de l’esprit, est évidente ; mais Son essence, se traduisant dans nos sens divins du Bien, du Beau et du Vrai, doit être reconnue, pour donner à notre vie spirituelle un sens immatériel. « Être seul et sans dieux, c’est elle, c’est bien la mort » - Hölderlin - « Allein zu sein und ohne Götter, das ist er, ist der Tod ». Reconnaître dans notre soi inconnu le représentant de Dieu sauve notre solitude. | | | | |
|
| proximité | | | L’entretien de ta mémoire te protège contre l’oubli ou le présentisme. C’est le parcours périodique de la mémoire à long terme qui en reconstitue, renouvelle ou réinvente l’essentiel. L’esprit y introduit des évaluations, des causalités et des coordonnées, spatiales ou temporelles ; le cœur y repêche des remords et des hontes ; l’âme imagine la profondeur de tes fidélités ou la hauteur de tes sacrifices et fait fusionner la forme spirituelle avec le fond corporel. Le goût pour la noblesse et la caresse, dans l’idéel courant, se reconnaissant dans la misère et la violence du réel passé. | | | | |
|
| proximité | | | Notre soi inconnu est comme Dieu, aussi magique, immatériel, cachottier. Et je finis par les confondre, même si l’un est créé par l’Autre. « Le vrai Dieu est en intime union avec le moi »*** - Valéry. | | | | |
|
| proximité | | | Ton soi connu a trois canaux qui peuvent orienter ton écoute de ton soi inconnu – le cœur du Bien, l’esprit du Vrai, l’âme du Beau. Le premier inquiète, le deuxième rassure, le troisième élève. « Le corps humain surgit d’une matière vivante qui préexistait, mais le Créateur immédiat de son âme est Dieu » - Jean-Paul II – où il faut ajouter à l’âme – le cœur et l’esprit. | | | | |
|
| proximité | | | Les cinq sens humains sont vrillés dans la matière, le corps d’homme ; les trois sens divins – le Bien, le Beau, le Vrai – animent son esprit, sachant se métamorphoser en cœur ou en âme. | | | | |
|
| proximité | | | L’objectivité est la prérogative de Dieu, celui qui créa l’Univers, dans lequel le Vrai s’incarne dans la matière et s’offre à l’esprit humain pour examen, tandis que le Bien et le Beau inondent le cœur et l’âme humains. Notre conscience vit dans deux mondes objectifs, universels : le premier - les problèmes et les solutions mathématiques ; le second - les beautés et les mystères de la nature. Aucune subjectivité ne peut se passer d’une référence à l’un de ces mondes objectifs ; le monde subjectif, ainsi créé, ne peut être qu’inerte, stérile, sans métaphore, sans vie. L’artiste abstrait est un tâcheron mécanique. La beauté du monde qui nous entoure ne sera jamais dépassée par la beauté dont notre création entourerait les échos de ce monde. | | | | |
|
| proximité | | | La philosophie matérialiste est un oxymoron, puisque la philosophie commence par la reconnaissance de la transcendance des dons, que sont les sens du Bon, du Beau et du Vrai, et de l’immanence des élans, que sont l’amour, la création et la raison – notre soi inconnu et notre soi connu. Le matérialisme les réduit aux collisions d’atomes, évoluant avec le temps. | | | | |
|
| vérité | | | Le regard et le langage - deux outils qu'entretient un bel esprit ; le médiocre, le mal instrumenté ou le mal inspiré, s'occupe de matières premières, des vérités. La Caresse ou le Verbe, c'est à dire la poésie personnelle, se concentrent aux Commencements ; des vérités traînent auprès des finalités aléatoires et communes. Ceux qui manquent d'audace et de personnalité, se plient aux jugements universels, absolus : « Ce qui vient de moi-même, dans ma philosophie, est faux » - Hegel - « Was in meiner Philosophie von mir ist, ist falsch ». Le créateur audacieux dit : « C'est le regard qui exprime la vérité » - Nietzsche - « Die Wahrheit spricht der Blick aus ». | | | | |
|
| vérité | | | Dans le vrai, le langage est l'outil, et la représentation – la matière ; dans le beau, c'est l'inverse. Et puisque dans les jugements de valeur doit dominer la matière, le beau surclasse le vrai. L'outil est la maîtrise des buts collectifs, et la matière est la noblesse des contraintes personnelles. | | | | |
|
| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
|
| vérité | | | Il est absurde de dire, que la vérité est dans la chose (tout attribut, y compris la valeur de vérité, s'attache aux concepts et non pas aux choses réelles) ou dans l'adéquation entre le concept et la chose (une adéquation ne pouvant résulter que d'une comparaison, or le réel et sa représentation n'admettent aucune échelle de valeurs commune, ils sont incommensurables). | | | | |
|
| vérité | | | Deux tâches principales, dans notre exploration du monde, - la représentation et l'interprétation, les structures et la logique. La représentation doit préserver, dans ses modèles, la cohérence du monde matériel, et l'interprétation doit refléter la démarche humaine dans la compréhension du monde. La première tâche relève, en grande partie, du libre arbitre, et le terme de vérité n'y a pas sa place ; il s'y agit d'une vague adéquation, que seule l'interprétation formalise ; la vérité est dans les propriétés du discours, interprété dans le contexte d'une représentation. La vérité est donc coupée de la réalité par la représentation ; la réalité ne dicte que le sens. | | | | |
|
| vérité | | | La perfection est attribut de la seule réalité, donc, entre autres, de la matière. La vérité est imparfaite, comme l'est tout langage et tout modèle, au sein desquels la vérité est parfaite, c'est à dire ne peut pas être mise en doute. « La Vérité est la Magnificence parfaite, non souillée par la matière » - le Trismégiste. La vérité est cet air, dont parle Pavlov : « Aussi parfaites que soient les ailes d'un oiseau, elles ne sauraient jamais le propulser vers le haut, sans s'appuyer sur l'air ; les faits sont l'air de la science » - « Как ни совершенно крыло птицы, оно никогда не смогло бы поднять её ввысь, не опираясь на воздух. Факты - воздух науки », mais les poètes chantent, imparfaitement et en oubliant l'air du temps, - la perfection de l'aile, de la hauteur et du feu ascendant ! | | | | |
|
| vérité | | | L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ». | | | | |
|
| vérité | | | Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien. | | | | |
|
| vérité | | | L'ambigüité du terme de vérité tient au fait, qu'on l'emploie dans trois sphères, aux règles drastiquement différentes : le mystère (de la matière, de la vie, de la création), le problème (la représentation, le langage, le libre arbitre), la solution (la logique, l'interprétation, la liberté). Techniquement, seul le dernier domaine, tout en s'inspirant du premier et en s'appuyant sur le deuxième, devrait s'en prévaloir. | | | | |
|
| vérité | | | Voir ou formuler le (vrai du) sens de la matière, de la vie, de l'esprit est une tâche humaine et qui sera bientôt à la portée des machines ; voir le miracle de la possibilité même du sens du bien et du beau, c'est croire en Dieu, s'élever jusqu'aux anges. | | | | |
|
| vérité | | | Le bien n'est ni dans la pensée ni dans les choses (le cœur en est la source, la demeure et le juge) ; le beau est également réparti entre la pensée et la chose (l'âme contenant un reflet fidèle du monde) ; le vrai est dans la pensée et non pas dans la chose (l'esprit ne sachant interpréter que ce qui s'articule dans un langage). | | | | |
|
| vérité | | | À la place de l'âme, qui fut la seule source de l'amour, ils ont un capteur d'intérêts matériels ; à la place de l'esprit, qui fut le seul producteur de vérités, ils ont une calculatrice ; et ils disent aimer la vérité. Quand j'aime, je suis incapable d'en nommer l'objet ; et quand je maîtrise l'objet, je ne peux pas l'aimer – on n'aime que ce qu'on ne peut ou ne veut pas connaître. | | | | |
|
| vérité | | | L'évidence est conçue (les idéalistes) ou perçue (les matérialistes). Mais on parle de deux choses différentes : vérité ou adhésion. L'idéaliste du vrai peut être matérialiste du beau. | | | | |
|
| vérité | | | Aucun geste consolateur final en vue, se dit le matérialiste, en se mettant à hurler au désespoir. Le beau mystère du monde me fait oublier l'absurdité ou l'horreur des problèmes et des solutions dans ce monde, se dit l'idéaliste, cet « Inconsolé, à la Tour abolie » (G.de Nerval), et s'enivre d'espérance que sa seule Étoile ressuscite, espérance qui est à l'opposé de la lucidité : « L'espoir, qui émerge de la réalité, tout en la niant, est la seule manifestation de la vérité » - Adorno - « Hoffnung ist, wie sie der Wirklichkeit sich entringt, indem sie diese negiert, die einzige Gestalt, in der Wahrheit erscheint » - la vérité est toujours une solution, tandis que toute espérance niche dans des mystères. | | | | |
|
| vérité | | | Tant de vénérations imméritées pour la première vérité cartésienne (ego cogito), tandis que, toute vérité étant véhiculée par des phrases d'un langage, les Aïe et les Oh disputent très nettement cette primauté. Les assertions, la souffrance et l’étonnement, – avant les requêtes. En plus, celui qui affirme être res cogitans n’est souvent que res extensa. | | | | |
|
| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
|
| vérité | | | On a déjà calculé la véritable fin de l’univers : l’extinction des étoiles, l’effondrement de la matière, l’arrêt du temps. Mais les rats de bibliothèques continuent à nous inonder de vérités éternelles, immanentes, absolues… | | | | |
|
| vérité | | | La réalité est soit spirituelle soit matérielle ; la mathématique est la représentation de la première, toutes les autres sciences – plutôt de la seconde ; mais c’est l’esprit qui valide les deux. Les objets mathématiques étant de pures abstractions, la mathématique se valide par la seule logique, elle n’a pas besoin de validation par comparaison avec la réalité matérielle. Pour les autres sciences, cette validation est nécessaire, et les philosophes appellent une validation satisfaisante – vérité ou adéquation, ce qui est un abus de langage. | | | | |
|
| vérité | | | Moi, non-astronome, je n’ignore pas la distance entre la Terre et la Lune, mais ce n’est pas une connaissance, ce n’est qu’une croyance, puisque je suis incapable de le prouver. La connaissance sort des preuves et non pas de l’ignorance, comme la lumière ne sort pas des ténèbres, mais des propriétés universelles de la matière. | | | | |
|
| vérité | | | La réalité matérielle (res extensa) est provisoire, la réalité mentale (res cogitans) est éternelle. Les seules vérités éternelles sont des vérités mathématiques ; elles sont donc préexistantes, telles les Idées platoniciennes : « L’œuvre mathématique est découverte et non pas invention » - Manine - « Математическая работа есть открытие, а не изобретение ». | | | | |
|
| vérité | | | Toutes les sciences (sauf la Mathématique) se réduisent aux représentations (théories, modèles, systèmes) d’une réalité (la matière et les esprits, au passé, au présent, au futur) et aux interprétations (langages, logiques, faits). Les faits scientifiques (formulés dans un langage, réductible aux formules logiques) ne sont vrais que s’ils sont démontrables dans le contexte d’une représentation. Donc, une vérité ne peut jamais être une adéquation de la pensée et de la réalité. La chose en soi (la réalité) gardera toujours une part du mystère ; l’inconnaissable sera toujours présent dans l’inconnu. | | | | |
|