| chœur action | | | MOT : L'antithèse de l'action serait peut-être le mot, symbole des images, qui ne s'incrustent ni dans le sol ni dans les murs et qui refusent aux mains le rôle d'interprète entre l'âme et les yeux. Plus la liberté d'agir est grande, plus les actes de basse extraction fraternisent avec la noblesse déchue des mots. Plus on fait plier la tête au reptile laborieux, plus doux est le sommeil du volatile verbeux. | | | | |
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| action | | | On peut juger de la liberté de l'homme par le degré d'inaction, qu'il accorde à ses rêves. À une substitution près, c'est du St-Augustin : « posse non peccare, non posse non peccare, non posse peccare ». Mais c'est une voie qui mènerait à la molle inertie ou à la molle incroyance : sans grand péché – pas de grande foi. | | | | |
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| action | | | Face à l'acte - trois attitudes possibles : confiance, indifférence, honte. L'acte me reflète, me promet la liberté et finit par me dévoiler l'esclave que je suis, dans l'impuissance de traduire mon rêve. | | | | |
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| action | | | Le miracle de l'homme : la suprématie du désir sur le désiré, de la liberté - sur l'action, de l'immobilité de la source - sur le courant de la création. « L'action, le mot, l'événement ne sont que des représentations ; le chemin de la nostalgie et de la liberté ne se donne jamais à la marche » - H.Broch - « Das Getane und das Gesprochene und Geschehene sind nichts als eine Darbietung ; aber der Weg der Sehnsucht und der Freiheit ist niemals ausschreitbar » - il se donne à la danse, mais il y devient impasse des pieds ou scène du regard. | | | | |
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| action | | | Tout but est insipide ou vulgaire, si l'on a la liberté des moyens. Parfois « il vaut mieux avoir moins de désirs que plus de moyens » - St-Augustin - « melius est enim minus egere quam plus habere ». On peut ennoblir un but, si l'on l'atteint par une simple résolution de contraintes, visant et orientant les moyens. Mais « ne perds pas ton temps à chercher des contraintes ; peut-être il n'y en a pas » - Kafka - « verbringe nicht die Zeit mit der Suche nach einem Hindernis ; vielleicht ist keines da » - là où il n'y a pas de contraintes, régnera l'esclavage. | | | | |
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| action | | | Deux ennemis de la liberté : l'inertie du mot et l'irréversible du geste. Ses faux amis : l'apogée de l'idée et l'irréparable du fait. | | | | |
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| action | | | On peut toujours s'approfondir, s'outrepasser, s'étendre ; mais la hauteur, elle, c'est une impossibilité de progrès et une chance de ne pas régresser en restant immobile. « Décadence de la verve et de la poésie, à mesure que l'esprit philosophique a fait des progrès : on cesse de cultiver ce qu'on méprise » - Diderot. La philosophie de la hauteur : désintérêt pour le comparatif dans l'appel banal d'une vie plus heureuse, plus sensée, plus libre. L'homme est en ceci différent de l'animal, qu'il est sensible au superlatif ; le comparatif étant à la portée des moutons et des robots. | | | | |
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| action | | | La liberté : conception d'un acte par une règle absente dans le modèle courant, et que l'acteur invente ad hoc. | | | | |
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| action | | | Dans l'inaction, la liberté s'oppose à l'inertie, comme, dans l'action, le libre arbitre s'oppose à l'indifférence. | | | | |
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| action | | | La pesanteur pourrait être vécue comme grâce, quand, à coups de contraintes, j'aurai créé une pente à mes inclinations, où je lâcherai la bride à mes abandons et inactions. Et Baudrillard : « S'affranchir de toutes les contraintes est une réaction tellement vitale, qu'il n'y a pas besoin pour cela d'une idée de la liberté » - se trompe lourdement : le choix de contraintes est l'une des meilleures preuves de la liberté ! | | | | |
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| action | | | Préférer l'Agir au Faire, l'action à la production, la résolution de contraintes à l'avance vers le but, la liberté des buts à la liberté des moyens. Aristote : « Seul le mouvement, dans lequel le but est immanent, est l'action-praxis ». L'action-poïésis serait le mouvement animé par le rêve, cette contrainte transcendante, un telos intérieur au-dessus du skopos extérieur (cette action vers l'extérieur - Tat nach außen - Nietzsche) ; le malheur est que, au-delà du rêve défait, sévit le bilan, l'action-prohairésis, qui te laissera, le plus souvent, non pas avec une paix d'âme, mais avec une honte. | | | | |
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| action | | | La liberté n'explique ni n'introduit rien dans nos rapports avec le mal. Le mal est inhérent à toute action ; l'homme le plus vertueux en commet autant qu'un robot, une hyène ou un mouton. C'est comme ces deux personnages de Valéry, l'un calculant tout et l'autre tirant ses choix au hasard - et arrivant au même résultat. Ne prouvent la liberté que des sacrifices ou fidélités irrationnels : « Agir de façon parfaitement rationnelle, ce n'est pas agir librement »** - Aristote. Et c'est encore Valéry qui parle de bassesse rationnelle et de hauteur irrationnelle. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, je suis d'autant plus libre, que mes contraintes sont davantage intérieures et mes nécessités - extérieures. Et non pas l'inverse, qui est signe des esclaves. | | | | |
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| action | | | L'artiste dit, à l'opposé d'Aristote, que la forme est une puissance libre et génératrice, dont la matière n'est qu'un acte passif et servile. | | | | |
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| action | | | Oui, le commencement est tout ; mais les uns, les laborieux, le placent aux fondements noirs, et les autres, les glorieux, aux sommets scintillants. Et l'on devient une lumière affairée ou une ombre intense. En tout cas, au-dessus de la grisaille du milieu : trouver le commencement est chose aisée, commencer par le commencement exige beaucoup de liberté d'esprit, de talent et d'intelligence. | | | | |
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| action | | | Cheminement de ma liberté : choisir mon but, choisir mes moyens, choisir mes contraintes - choisir de ne pas les mettre en œuvre, car, entre-temps, l'observateur, en moi, l'emporta sur le dominateur. | | | | |
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| action | | | La liberté est hésitation et hasard ; c'est pourquoi mon acte, mon sentiment, ma pensée ne sont pas moi, mais de moi. Le moi mystérieux ne se réduit à rien de connu ; il est ce que l'inspiration est pour le poète. Il est la source de la création, qu'on pourrait appeler méta-savoir : « Le savoir se confond avec la poésie du soi absolu » - Schelling - « Die Wissenschaft löst sich in der Poesie des absoluten Selbst ». | | | | |
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| action | | | Jadis, on passait à l'action pour tester sa liberté (« L'action rachète l'esprit ; on cesse un peu d'être machine » - A.Suarès) ; aujourd'hui, elle est le chemin le plus sûr menant à la servilité robotique. | | | | |
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| action | | | Pour assourdir le remords, qui suivra chacune de mes actions, je dois réduire la liberté, en tant que cause, soit à la nécessité soit au hasard ; pour le choix de l'inaction, j'emprunterai le chemin inverse. | | | | |
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| action | | | La pose esthétique relève de mon libre arbitre, elle est donc de nature sophistique ; la position éthique témoigne de ma liberté, elle est donc de culture dogmatique. Quand je suis artiste, fier esclave de mon regard rêveur, je suis sophiste ; quand je suis un raisonneur orgueilleux, acteur de mes visions, je suis dogmatique. L'homme du rêve est dans la pose ; l'homme d'action est dans la position. | | | | |
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| action | | | On maîtrise la solution, on comprend le problème, on vénère le mystère - le bon sens consiste à ne pas se tromper de verbe, dans cette hiérarchie. « Pour comprendre un problème, il vaut mieux se libérer du désir d'en avoir la solution »** - Bhagavad-Gîtâ - le désir a partout sa place, il est dans la volonté de franchir les frontières entre ces trois espaces intellectuels, plus que dans le séjour dans l'un d'eux. « Ne sont désirables que les activités, qui ne recherchent rien en dehors de leur pur exercice » - Aristote - par exemple, l'art du retour du fruit à la fleur. | | | | |
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| action | | | Le contraire de travailler aurait pu s'appeler prier, devant Dieu, une femme ou une feuille blanche. « Le travail est la prière des esclaves. La prière est le travail des hommes libres »*** - Bloy. L'homme libre, étant meilleur calculateur que l'esclave, comprit, que tout travail, utile aux yeux de l'Éternel, fut assorti d'un décent salaire et il transforma sa prière, qui fut jadis une demande de l'impossible (« La grandeur de la prière réside d'abord en ce que n'entre point dans cet échange la laideur d'un commerce »** - Saint Exupéry), en offre de services lucratifs en rapport avec la demande des mécréants solvables. Il devint « esclave des bagnes mercantiles » - Ch.Fourier. | | | | |
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| action | | | Être soi-même, accorder ses actes à ses pensées - de telles niaiseries nous détournent de la vraie dyade, qui résume notre existence (d'autres pousseraient même jusqu'à l'essence) : faire et se faire, le premier terme n'apportant presque rien au second, et le second prenant ses distances avec le premier. C'est très loin d'une lumineuse liberté quelconque et ressemble davantage à une contrainte obscure mais volontaire : « L'homme se confond avec sa liberté, qui est le néant, qui contraint la réalité-humaine à se faire au lieu d'être » - Sartre - quoique cette réalité (das Dasein) soit à faire ; c'est le soi qui se fait. | | | | |
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| action | | | En quoi consiste mon bien palpable ? - seul un bien calculable peut s'y réduire, et agir contre ce bien est l'un des rares moyens de prouver notre liberté. Le bon Dieu, à travers son minable serviteur : « Dieu n'est pas offensé par nous, si ce n'est quand nous agissons contre notre propre bien » - « Non enim Deus a nobis offenditur nisi ex eo quod contra nostrum bonum agimus ut dictum est » - fait preuve d'un goût détestable en faveur de la servilité de l'homme. | | | | |
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| action | | | Celui qui se sent maître de l'Action à faire est, en général, esclave de l'Action faite. Pour mieux maîtriser celle-ci, il vaut mieux se sentir esclave de celle-là. Dans le domaine des actions, se méfier du vertige des commencements, songer surtout aux fins. Maîtriser, à la fin, le remords de l'âme désabusée est plus vital que se laisser porter, au début, par l'essor des bras abusés. | | | | |
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| action | | | Ma place dans le monde est donnée par le hasard, pour que je l'élargisse ; il m'appartient d'investir la place au-dessus du monde, pour que j'y maintienne une hauteur. Quitter la première n'est guère signe de liberté, mais, plus souvent, appel du forum. Les autres, entravés de contraintes, se réfugient dans des souterrains ou au milieu des ruines, les seuls lieux visités par l'antagoniste du hasard, le destin. L'homme vraiment libre reconnaît le hasard derrière tout mérite public, et pour lui échapper vit en exilé. | | | | |
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| action | | | Le choix de contraintes témoigne de ton goût et de ton intelligence ; la liberté se prouve le mieux par le refus de poursuivre un but sans noblesse. « Ma liberté sera d'autant plus grande et profonde, que j'imposerai des contraintes plus sévères à mon champ d'action »**** - Stravinsky - « Моя свобода будет тем больше и глубже, чем теснее я ограничу моё поле действия ». | | | | |
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| action | | | L'horloger des mots doit être plus passionné que celui des gestes. Le premier te couvre d'une gangue de liberté, le second te met à nu. « La parole te soulève, l'exemple te traîne » - proverbe latin - « Verba movent, exempla trahunt ». Habille l'exemple en paroles opaques pour rester libre. « La parole s'envole, l'écriture perdure » - proverbe latin - « Verba volant, scripta manent ». | | | | |
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| action | | | Où, sinon dans le rêve, peut se concentrer l'infinie liberté ? Et à quelle infinie servitude peut-elle aboutir ? - au renoncement à la valeur de l'action ! Donc, rien d'apocalyptique. Et que la liberté partielle se loge dans la vérité (Berdiaev), dans la beauté (Dostoïevsky) ou dans le bien (Tolstoï), privée d'infini, elle peut occuper l'horizon, elle ne nous remplace pas le firmament. | | | | |
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| action | | | Tout le monde est debout, et je suis par terre. Ma volonté est dans la chute ou dans le vol, d'autres moyens de locomotion conduisant tout droit vers la platitude. « Il suffit de vouloir, pour tomber, mais te relever - tu le dois » - Joyce - « Phall if you but will, rise you must ». Ils fêtent leur libre rébellion d'esclave, je pleure ma résignation d'homme libre. Leur pouvoir est encrassant, mon devoir - écrasant. | | | | |
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| action | | | L'inertie prosaïque de l'action s'oppose à ces deux mystères : la créativité des commencements et le tragique de la mort. « À tout commencement préside un miracle » - H.Hesse - « Jedem Anfang wohnt ein Zauber inne ». La liberté du premier pas nous illumine ; mais le dernier restera obscur. « Les hommes ne sont pas nés pour la mort, mais pour le commencement »*** - Arendt - « Men are not born in order to die but to begin ». Vivre des commencements, nunc coepi !, c'est avoir son regard, c'est à dire être sensible au miraculeux omniprésent. « Comme enchanté, l'être se dérobe ; en mille lieux il n'est que commencement »** - Rilke - « Noch ist uns das Dasein verzaubert : an hundert Stellen ist es noch Ursprung ». | | | | |
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| action | | | La vie réelle peut être vue en tant qu’un atelier, un autel ou une prison, où je testerais mes dons, mes prières ou ma liberté. | | | | |
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| action | | | La misère de notre époque n'est pas qu'on ne voie plus la différence entre grandeur et mesquinerie, entre hauteur et platitude, mais qu'on la cherche dans les actes et non pas dans le rêve. On n'est plus héritier, créatif et libre, d'une culture, mais jouet servile d'une civilisation. | | | | |
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| action | | | Le choix bien pesé d'inactions témoigne mieux du degré de ma liberté que le choix de mes actions. Surtout en absence d'autres mesureurs ; « Être libre, c'est être le seul arbitre de ce qu'on fait et de ce qu'on ne fait point »** - La Bruyère. | | | | |
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| action | | | La liberté mécanique : ne pas avoir de contraintes extérieures ; la liberté organique : suivre les contraintes intérieures, formulées par l'âme. Ou bien on est pour le rationnel et le vrai, ou bien – pour le bon ou le beau irrationnels. | | | | |
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| action | | | Deux raisons déterminent le choix de nos actions : la mécanique – suivre la voix de l'intérêt immédiat et net, et l'organique – prêter attention à l'appel d'un bien, vague et distant. L'inertie du nécessaire ou la liberté du possible. Et la liberté s'avère dans un non au mécanique gravitationnel, suivi d'un oui à l'organique ascensionnel – la liberté est toujours dialectique, elle est une rupture, un saut, une fuite de la continuité. | | | | |
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| action | | | Passée l'épreuve par la chose, qu'elle évoque, la pensée a le choix entre l'assujettissement à la chose et la liberté hors la portée de la chose. Dans le premier cas, la pensée consacrera, ou plutôt profanera, son propre souffle, façonnant la chose. Dans le second, elle assistera au miracle d'unification entre la chose pensée et la chose réelle, la parfaite. La perfection de l'aérodynamique divine - belle ondoyance entre pensée et chose - finit par rendre presque inutile l'examen par la chose. | | | | |
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| action | | | Que ce soit devant la raison ou bien devant l'âme, on interprète nos actes d'après les mêmes critères : les buts, les moyens, les contraintes. Pour la raison, une justification terre-à-terre est toujours fidèle et immédiate. Mais le jugement de l'âme met ces critères à une telle hauteur, que l'interprétation devient de la traduction libre et arbitraire, pleine d'incohérences et de faux amis. « Nous sommes libres quand nos actes expriment notre personnalité » - Bergson – mais nous avons autant de personnalités que nous avons d'organes d'expression et de perception ; libres pour la raison, nous sommes si souvent esclaves aux yeux de l'âme, comme, d'ailleurs, l'inverse. | | | | |
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| action | | | Quand, dans une émanation de mon soi - action, pensée ou mélodie - je reconnais mon essence, d'habitude résistante et au mot et au geste et à la composition, je suis tenté de l'appeler - œuvre d'art ; une perplexité : j'y serais libre du monde et j'y serais esclave d'une force, dont je ne serais qu'un instrument, pour produire du bon ou du beau. Bergson ne voit que la première, banale, facette : « Un acte est libre, quand sa relation à moi-même est semblable à la relation d'une œuvre d'art avec son auteur ». | | | | |
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| action | | | Ce que je dis au monde se forme par un bavard - l'action de mon soi connu - et par deux muets - le rêve de mon soi inconnu et la perplexité du bien intraduisible en actes. « Tu mettras de la mémoire dans ton travail, de la bienséance - dans ton silence, dans ta nature - de la noblesse » - Bias. Une anodine substitution s'impose : au travail, toujours forcée, sied mieux la bienséance ; au silence, toujours libre, - la noblesse ; à la nature, toujours jeune, - la mémoire. La grandeur est attribut du seul soi originaire, l'inconnu : « L'instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature »** - Pascal. | | | | |
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| action | | | Notre action : une merveille d'organisation, une merveille de performance, une merveille de liberté et une horreur pour l'âme pure, avec son chaud chaos impuissant et intraduisible, s'abandonnant à la servitude de l'amour ou de la création. | | | | |
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| action | | | Tant que mon âme ne participe pas à mes choix vitaux, je ne peux pas parler de ma liberté ou d'un bien que je suivrais. « L'homme d'action reçoit les motifs de ses actes immédiatement de la vie même ; l'homme de rêve suit les motifs, reflétés par son âme »** - Prichvine - « Деловые люди получают мотивы своих действий непосредственно от жизни ; мечтатели, в поступках своих, руководствуются мотивами, преломленными в их душе ». | | | | |
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| action | | | Le soi-disant homme libre : quelles conséquences aura mon action ? Le soi-disant esclave : ai-je bien agi ? Voyez-vous la différence entre cet homme libéré et le robot ? Je ne suis pas là où j'agis, dit l'homme, dégagé des calculs et esclave de son âme. | | | | |
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| action | | | Si, parmi les paramètres d'évaluation de mon action, aucun ne tient compte ni de sacrifices gratuits ni de fidélités aveugles, la valeur morale et ma liberté y sont nulles. Les motifs et la volonté y sont de bons indices, mais de piètres juges. « Les opinions ne m'intéressent que si elles conduisent aux sacrifices » - H.Hesse - « Meinungen interessieren mich nur da, wo sie zu Opfern führen ». | | | | |
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| action | | | Sur notre liberté : on trouvera toujours un tel angle de vue sur notre libre choix, qu'il semblera sortir tout droit d'une inertie quelconque. Et de plus, l'action s'y présenterait comme inaction, le sceptique - comme acédique. « La réflexion aboutit, tout droit et légitimement, - à l'inertie, c'est à dire, au je-m'en-foutisme »* - Dostoïevsky - « Законный, непосредственный плод сознания - это инерция, то есть сознательное сложа-руки-сиденье ». | | | | |
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| action | | | La liberté ne se manifeste que dans ou par la discontinuité ; c'est pourquoi, en fuyant l'inertie, je me retrouve dans le pointillé. Je suis esclave, tant que j'explique le supérieur par l'inférieur (A.Comte), ou vice versa. La liberté se reconnaît dans l'écart par rapport à la raison courante, et Goethe s'y plante complètement : « La liberté n'est rien d'autre que la possibilité d'agir selon la raison » - « Freiheit ist nichts als die Möglichkeit das Vernünftige zu tun » - la tâche du robot ! | | | | |
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| action | | | Dans cette triade : le choix de buts, la recherche de contraintes, l'accès aux moyens, - la liberté ne se manifeste que dans les deux premières tâches : par le goût et par la noblesse ; le choix de moyens, l'intelligence, est un exercice servile. | | | | |
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| action | | | Jadis, le besoin ou la passion d'actions nobles faisaient de l'homme un héros. Aucune tyrannie ne s'y opposant plus, cet homme, aujourd'hui, est rapporteur devant une Commission parlementaire ou Maître de conférences. Ceci pour justifier le fait, hélas, indéniable, que ce livre est vu par R.Debray comme un écrit de moine. Le moine est le héros se privant d'actions. | | | | |
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| action | | | Pourvu qu'on ait du talent, la démarcation intéressante ne passera pas entre un libre penseur et un épigone, mais entre l'élan et l'inertie, entre le commencement et le développement, entre l'inconnu irrésistible et le connu résistant, entre le regard étoilé et la trajectoire en continu. | | | | |
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| action | | | Être libre ou se libérer, s'appuyer sur l'inertie ou se laisser entraîner par l'ironie, être dans la pesanteur ou dans la grâce - c'est cela, le vrai choix vital ! La pesanteur - adhérence sans adhésion ; la grâce - adhésion sans adhérence. Liaison ou lien. Amnésie suffisante ou amnistie impossible. Référence d'un code ou révérence d'une ordalie. | | | | |
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| action | | | Après chaque dépôt de bilan, ils s'interrogent : est-ce faute de moyens ? faute de buts ? faute de routes ? J'accumule mes faillites faute à l'étoile, qui convertit en regards tout ce qui aurait pu s'investir en choses. « Si tu ne fais qu'obéir, la faute en est à toi et non à tes étoiles » - Shakespeare - « The fault is not in the stars, but in ourselves, that we are underlings ». | | | | |
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| action | | | La vraie liberté : pouvoir trouver, pour ma voile et mes horizons, un souffle favorable. | | | | |
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| action | | | L'horizon est un symbole de l'engagement, comme le firmament – celui du dégagement. Mais il faut avoir fait le tour d'horizons complet, pour vivre, au firmament céleste, le retour éternel du même terrestre. | | | | |
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| action | | | Entre la liberté de la croissance et la contrainte de l'instinct, le choix se fait, presque à notre insu, par le degré de notre talent : une poursuite désespérée de gains et de progrès, ou bien une intensité et un retour du même. Le talent n'a besoin que d'un goût, c'est à dire d'un instinct d'artiste. | | | | |
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| action | | | Le jour le plus redoutable pour les destinées de la liberté sera celui, où l'on réussira à mettre en équations les voies, qui mènent aux sacrifices et fidélités, et à en faire des calculs intéressés et profitables comme pour toutes les autres actions humaines. Ainsi la vision basse des goujats de jadis : « La vie est la liberté s'insérant dans la nécessité et la tournant à son profit » (Bergson) - tournera en aimable réalité. | | | | |
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| action | | | Par un rêve, je me désengage, je retrouve une liberté, dont me prive l'action, qui suppose, obligatoirement, des choix manichéens : elle m'engage, elle m'oblige de chercher de la cohérence, dont me libère le rêve. | | | | |
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| action | | | Réaction réflexe - tel est l'avenir de toute liberté banale, celle de pouvoir arrêter un scénario : plus d'interruptions ni d'intervalles temporels, où le processus se suspende, - de l'intelligence câblée, déclenchée automatiquement, sans que le compteur du temps le marque ; la continuité du temps, signe d'annihilation de la liberté, de son substitution par le réflexe. | | | | |
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| action | | | Quand on comprend ce que vaut le rêve, comparé à l'acte, ou la métaphore libre, comparée à la métonymie mécanique, on comprend ce que vaut le génie, comparé au talent. Le génie est une intuition se passant d'intelligence : « Le génie est le don de découvrir ce qui ne peut être ni appris ni enseigné » - Kant - « Genie ist das Talent der Erfindung dessen, was nicht gelehrt oder gelernt werden kann ». Et toutes les grandes idées des hommes, comme leurs plus grands actes, valent surtout par leurs images métaphoriques : « La métaphore est la puissance la plus féconde que l'homme possède »** - Ortega y Gasset - « La metáfora es el poder más fértil que el hombre posee ». | | | | |
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| action | | | La liberté s'annonce dans l'audace des passions, se devine dans la créativité des commencements spirituels, mais elle se prouve uniquement dans les sacrifices et fidélités des actions. Il ne faut compter ni sur l'extase ni sur la contemplation, pour saisir la liberté, comme le fait Plotin : « La liberté réside dans l'intelligence, qui se désintéresse de l'action ». | | | | |
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| action | | | Sans contraintes politiques ou économiques, tant d'hommes agissent en esclaves ; l'homme, libre au fond de lui-même, peut garder sa liberté même dans les chaînes. Voilà comment le robot voit la liberté : « La liberté est l'absence de toute contrainte à l'action » - Hobbes - « Liberty is the absence of all the impediments to action ». C'est même un robot du plus bas étage, puisque le robot moderne est capable de résoudre des contraintes. La liberté est dans le mystère des contraintes et non pas dans les solutions des buts. | | | | |
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| action | | | La liberté la plus mystérieuse est celle de l'action (avec la liberté abstraite – en pensée, en foi ou en politique - les choses sont beaucoup plus simples). Un scénario se déroule ; ma raison pèse mes acquis, mes contraintes, mes buts, pour choisir le décideur de mon prochain acte (partie du scénario) - entre mon esprit ou mon âme ; le décideur suit sa logique (le bien aveugle ou la cohérence lucide), formule l'objectif et s'adresse à ma raison, pour qu'elle conçoive l'acte, en accord avec l'objectif ; la raison élabore l'acte et le transmet à ma volonté ; ma volonté déclenche l'acte. La volonté ne coïncidera avec la liberté que si le décideur fut mon âme. Descartes ne voit pas cette nuance : « La volonté et la liberté ne sont qu'une même chose ». N'empêche que mon âme ne se reconnaîtra jamais dans mon action. L'âme est dans l'impuissance, la cécité, l'intraduisibilité du bien. | | | | |
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| action | | | Être libre, ce n'est pas seulement savoir agir contre la raison directe, c'est aussi la conscience de ne pas avoir raison, mais qu'il ne faut pas pousser jusqu'au masochisme : « Le désir d'avoir tort relève de la liberté » - Kierkegaard. | | | | |
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| action | | | Le hasard – mon rôle social, mon talent, mon énergie - prouve ce que je peux. La liberté – mon cœur, ma honte, ma foi – souffle ce que je veux. L'acte visible face au rêve invisible. Ceux qui n'ont que les yeux pour voir n'en perçoivent pas la différence : « Seuls les actes décident de ce que l'on a voulu » - Sartre. | | | | |
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| action | | | Tout geste de liberté prouve la divinité de notre nature ; en être conscient et ébloui est peut-être le sens même de la vie. Aux moutons manque la conscience, et aux robots - l’éblouissement. | | | | |
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| action | | | On prouve sa liberté intérieure en ne mettant sur la balance divine que l'impondérable volonté et non pas le poids des actes. La corde tendue et non pas les flèches décochées. Aucun acte extérieur ne fut commandé par Dieu ; dans la hauteur de Son Bien se trouve la honte, et dans la profondeur – l’humilité, les deux - sans ni quoi ni pourquoi. | | | | |
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| action | | | La liberté est beaucoup plus dans l'écoute passive de mon être éthique que dans le regard actif sur mon faire pratique. | | | | |
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| action | | | Le soi, avec lequel s'identifie mon action, ne peut être qu'un pantin. L'homme libre « choisit non de coïncider avec soi, mais d'être à distance de soi »** - Sartre – mais il ne lui appartient pas de choisir la distance céleste, que seules les ailes peuvent mesurer. Les pieds sont avides de routes terrestres, sur lesquelles « la solution, le salut, c'est de coïncider avec soi » - Ortega y Gasset - « la salvación es volver a coincidir consigo mismo ». Mais le salut de l'âme est dans le mystère de l'immobilité et de l'ignorance étoilée d'un soi inconnu et inconnaissable. | | | | |
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| action | | | Dans chaque action, ma liberté s'éprouve dans : la noblesse des contraintes, le talent des commencements, l'intelligence des parcours, la sagesse des fins. Quoiqu'en pense Platon : « Le dieu tient en mains le commencement, la fin et le milieu de tous les êtres », Dieu en est absent, et la chiquenaude initiale ne laissa aucune trace, aucun écho. En tout cas, au savoir et au savoir-faire ce Dieu délicat semble préférer la noblesse, pour représenter ma liberté. | | | | |
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| action | | | L'action et le verbe : adversaires, ils embellissent la liberté et le silence ; alliés, ils abrutissent les hommes, serviles et sourds. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, c'est la part de mon regard qui en détermine la liberté et la noblesse. Les phénoménologues ne veulent pas accorder au regard son rôle déterminant ; d'après eux, toute la nature de ma visée est dictée par et comprise dans la chose visée ; heureusement, l'un de leurs adeptes finirait par adopter l'attitude contraire, beaucoup plus vivante : « Farouchement résolu, mais je ne sais pas à quoi » - Jaspers de Heidegger - « Unheimlich entschlossen, weiß aber nicht wozu ». | | | | |
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| action | | | L'action s'ensuit d'une inertie intéressée, et la passion – d'un élan désintéressé. Pour ce sot de Spinoza : « Les actions de l'Esprit naissent des seules idées adéquates, mais les passions dépendent des seules idées inadéquates » - « Mentis actiones ex solis ideis adæquatis oriuntur, passiones autem a solis inadæquatis pendent ». Ce sont les idées qui naissent de l'esprit ou des passions et non pas l'inverse. La passion est un attribut d'un esprit se muant en âme (mais Spinoza ne connaît que mens et ignore anima). Et l'adéquation n'a rien d'absolu, mais repose sur la rigueur des représentations et interprétations, où le libre arbitre, et non pas la fichue autonomie, est roi. Un bel esprit se réveille dans les impasses, inquiétantes et initiatiques, et non pas dans de doucettes certitudes intermédiaires. | | | | |
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| action | | | Quel est le rôle de l'action, face à l'appel, irrationnel et irrésistible, du bien ? à la pulsion, qui nous attire vers le beau ? à l'émotion, que la liberté soulève en nous ? Elle secrète la désespérance, inspire la création, consacre la fraternité. Elle apporte de la clarté et de l'ordre ; mais ce qu'il y a de meilleur chez l'homme gît dans les ombres et dans le désarroi et ne communique que superficiellement avec les bras et les cerveaux. | | | | |
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| action | | | L'action a deux contenus – la production et la création. La première facette, bien analysée par Marx, conduisait à la machinisation sociale et technique, tandis que l'originalité de notre époque est l'application de cette tendance à la création même. C'est pourquoi l'action perd ses derniers charmes. Voilà ce que nous coûte l'abandon de l'homme au profit du robot : ils refusent à l'homme d’être le maître de la création, et ils font de l'homme - l'esclave de la production. | | | | |
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| action | | | Si on connaît les raisons de ses actes, on ne peut pas les proclamer libres. « Il y a un sentiment de liberté à suivre ses caprices, et de servitude – à courir pour son établissement »*** - La Bruyère. | | | | |
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| action | | | Le parcours d'un homme d'action suit, chronologiquement ou abstraitement : l'esprit, ensuite - le cœur, et enfin - l'âme ; l'esthétique, l'éthique, la mystique ; c'est ainsi que, partant des choses, on traverse les valeurs, pour se retrouver dans le soi inconnu, qu'on appellera intensité, tenseur-vecteur ou hauteur. Les choses, ce sont des objets, des théories, des idéologies ; les valeurs - le bien, le beau, le juste, le libre ; la hauteur (mon terme à moi) - l'essor, le rythme, la noblesse. | | | | |
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| action | | | Plusieurs libertés sont présentes dans l’agir : celle de choisir, celle d’en être conscient, celle de pouvoir le justifier, celle de constituer un vrai commencement – et toutes sont d’authentiques miracles. « Le miracle de la liberté consiste dans ce pouvoir-commencer » - Arendt - « Das Wunder der Freiheit besteht darin, daß Menschen imstande sind, einen neuen Anfang zu setzen ». | | | | |
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| action | | | Le motif de mon action peut être pragmatique, éthique ou mystique, pour tester ma compétence, ma probité ou ma noblesse – ma science, ma conscience ou ma liberté. | | | | |
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| action | | | Librement on ne peut que rêver, et jamais – faire. On peut mettre du rêve dans l'action, en y apportant de bonnes chaînes ou de bonnes œillères. La noblesse est dans les bonnes contraintes, qui m'évitent le tête-à-tête avec les choses. | | | | |
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| action | | | La liberté la plus haute se manifeste dans des sacrifices ou fidélités oblatives, indéfendables ; mais on ne peut l’atteindre que si l’on s’impose des contraintes filtrantes, cette « indifférence, le plus bas degré de la liberté » - Descartes. | | | | |
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| action | | | À la source de mon action peut se trouver la nécessité (pas de liberté), le calcul (liberté mécanique), l’arbitraire (caprice ou liberté éthique). | | | | |
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| action | | | L’Agir s’étend de l’Inertie à la Création, de la Routine à la Liberté ; il s’insère entre la Pensée et l’Être, entre l’essence subjective et l’essence objective ; il est l’existence, une justification intuitive de la validité de la Pensée et de la compréhension de l’Être. | | | | |
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| action | | | Impossible ne faire que subir ses actes, on est amené à bien les commettre, sur l'échelle du geste ; seuls les imaginatifs arrivent à les démettre, de l'échelle de la geste. La grandeur et l'héroïsme sont toujours affaires des mythes et des inventions du passé, figés dans les statistiques du présent. | | | | |
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| action | | | Pour les robots modernes, l’homme n’est libre ni avant ni après mais pendant l’action. Mais dans l'action, il est le pire des esclaves ! L’homme exerce la liberté avant l'action, sous forme d'un sacrifice de ses idées, qu'il va dramatiquement trahir. Il l'exerce après l'action, sous forme d'une fidélité aux idées, qu'il aura retrouvées, comiquement, comme l'enfant prodigue, égaré dans l'action. | | | | |
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| action | | | L’action ne s’oppose ni à la contemplation ni à la réflexion, mais au rêve. Celui-ci provient de mon soi inconnu ; les autres forment mon soi connu. Pour qualifier sa personne, chacun est libre de choisir l’un de ses soi comme interprète. Teilhard de Chardin voit « dans l’action - une dépersonnalisation absolue », tandis que pour Maître Eckhart affirmer sa personne consiste à « apprendre à être libre, au milieu de l‘action » - « lernen, mitten im Wirken frei zu sein ». | | | | |
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| action | | | L’immense majorité de mes actes est fruit de ma servitude ; ma liberté ne doit presque rien à mes actes. Mais lorsque l’acte rare, magiquement, découle de ma liberté, dans un sacrifice pathétique ou dans une fidélité illogique, je vis des instants, comparables, en extase et grandeur, au rêve. | | | | |
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| action | | | Sans posséder le savoir, agir, par inertie, comme les autres – le mouton ; agir selon son savoir, développé en algorithme, - le robot ; agir contre son savoir – l’ange du sacrifice ou la bête de la fidélité – l’homme libre ! | | | | |
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| action | | | L’action peut être libre ; la fabrication est toujours de la servitude. De l’homo actio nous mutons vers l’homo faber. | | | | |
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| action | | | Impuissant d’interpréter les actes, sous l’angle de la morale, l’homme libre vénère le sens même du Bien dont le dota le Créateur. L’esclave ne voit que les actes courants et ne se doute pas du Bien originel. « Le monde moral paraît être le produit des caprices du diable » - N.Chamfort. | | | | |
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| action | | | Un être est libre, lorsqu’il accomplit des gestes, dont est incapable un être minéral ou robotique. Un animal peut donc être libre, mais l’homme, en plus, en est conscient. Et le sommet de la gloire humaine est que sa liberté peut être commandée par trois dons, ou organes, divins – le cœur (liberté éthique), l’âme (liberté esthétique), l’esprit (liberté intellectuelle). | | | | |
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| action | | | La liberté intellectuelle est impensable sans les bonnes contraintes que s’impose un esprit, fidèle ou sacrificiel. Donc, dire que l’imagination se déploie dans la liberté (Kant) n’est pas si bête. | | | | |
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| action | | | Tu ne prouves ta liberté qu’en te vouant à une valeur aux dépens de ton intérêt. | | | | |
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| action | | | L’homme libre traduit des actions chaotiques en ses pensées harmonieuses ; l’esclave tente de traduire ses lourdes pensées en son action inertielle. | | | | |
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| action | | | Mon goût pour les contraintes (opposées aux parcours et aux buts et décorant les commencements) s’explique, partiellement, par le fait que, chez les Anciens, liberté voulait dire action sans contrainte, d’où peu d’intérêt que je porte aux études sur la liberté. | | | | |
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| action | | | On agit toujours en esclave, jamais en maître. On ne peut être maître qu’en mots, en images, en idées. La puissance physique, politique ou monétaire est acquise par des actions d’esclaves. | | | | |
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| action | | | Deux activités, presque opposées, mais portant le même nom – être maître de soi-même : soit formuler des lois rigoureux, auxquelles tu dois obéir, soit ériger de vagues contraintes, qui excluent de ta vision des objets indignes mais visibles, et te laissent en compagnie des objets invisibles et dignes – une discipline mécanique ou un nihilisme organique. | | | | |
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| action | | | Les seules de tes actions qui me prouvent quelque chose, ce sont celles qui vont contre ton intérêt biologique et font croire à ta liberté. Mais ce que tu dis est sans ambigüité et mérite plus de ma confiance. Les sots pensent le contraire : « N’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font » - Bergson - et tu préfères la banalité d’Achille à l’intelligence de Zénon d'Élée… | | | | |
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| action | | | Le résumé intellectuel de tout acte se réduit aux abstractions, celles-ci s’appuyant sur des postulats-axiomes, ces derniers, pour se rapprocher d’une bonne philosophie, s’inspirant des merveilles divines – le Vrai, le Bien, le Beau – ou de la merveille de tout vivant, la liberté. Mais le bavardage académique tourne autour de l’Être (un fantôme, vivotant entre la réalité et la représentation) et des connaissances (des effets des raisonnements au-dessus de la représentation, celle-ci étant recouverte d’une couche langagière). Les doigts d’une main suffisent, pour énumérer tous les bons philosophes, ensevelis par des hordes d’ignares. | | | | |
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| action | | | La raison et la liberté choisissent ton action ainsi que ses causes. La liberté découlant de ta raison n’est que raison. La liberté est un vague appel du Bien, elle est ton goût du Beau et tes contraintes du Vrai. Ta raison, ne connaissant que ton intérêt immédiat doit être absente du tribunal du vrai Bien (du Bien divin) ; ta raison entoure de contraintes ta créativité dans le Beau ; ta raison est seul juge du Vrai. À la sentence, totalement vide, de Rousseau : « sous la loi de raison, rien ne se fait sans cause » - tu préféreras celle-ci : grâce à la liberté, tu peux échapper à la raison égoïste et préférer la musique insensée du Bien à son bruit mécanique et trouver ton propre chemin dans les labyrinthes du Beau. Les causes humaines se fabriquent ou s’inventent ; les causes divines enchantent ton soi inconnu. | | | | |
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| action | | | L’action d’un esprit est soit externe (au milieu de la matière) soit interne (ses réflexions, ses discours). Dans le premier cas, la liberté consiste en imprévisibilité de l’acte ; dans le second – en indépendance des autres esprits. Aucun point commun entre ces deux genres de liberté. | | | | |
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| action | | | L’action par omission, l’action s’opposant à ton intérêt immédiat, prouve ta liberté, irrationnelle mais noble, et témoigne de ton attachement au Bien. Le Mal et ses motifs sont toujours rationnels et s’identifient avec tes bas intérêts. | | | | |
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| action | | | La liberté de tout vivant est une victoire de l’esprit, sa sortie du règne de la nécessité matérielle, sortie miraculeuse. | | | | |
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| action | | | La plus utile contrainte pour l’esprit évaluateur (refus de l’inessentiel) est dictée par la liberté, dans l’essentiel, de l’âme créatrice. | | | | |
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| action | | | Dans les trois sphères de ton être et de ton devenir, les commencements, les parcours, les buts, interviennent deux forces : ton toi et ton nous. La seconde domine les buts – reconnaissance et suprématie ; la première fixe les commencements – solitude et noblesse ; leur coalition accompagne les parcours – liberté, savoir, intelligence. L’exclusion du collectif étant l’une de tes contraintes, tu te résumeras le mieux en commencements. | | | | |
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| chœur bien | | | CITÉ : La charité est bien vue par la cité ; elle rend les canines et griffes presque aimables, anime les jours des affamés et calme les nuits des repus. La fraternité aristocratique ne promet qu'une déchirante liberté des vaincus ; la liberté démocratique apporte la lisse fraternité entre esclaves et maîtres. Sur tous les abattoirs flotte le drapeau rose du bien public. | | | | |
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| bien | | | Du bon usage des libertés : la liberté éthique, découverte dans le sens du sacrifice ou de la honte, nous rend fraternels ; la liberté esthétique, sur l'axe du Bien, faisant tourner à la même intensité artistique les valeurs opposées, nous rend créateurs. | | | | |
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| bien | | | L'homme libre dénonce d'autant plus facilement la mentalité d'assisté, que la non-assistance à l'homme en détresse n'est un flagrant délit pour aucun code (on ne peut être pris que sur le fait). La pitié devint l'un des sentiments les plus honteux chez l'homme évolué. Chez le Français elle réveille du mépris, chez l'Allemand - de l'irritation, chez l'Anglo-Saxon - de l'indifférence sarcastique. | | | | |
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| bien | | | La seule liberté, digne que je m'y appesantisse, est la liberté noble, éthique, et son volume ne dépend nullement de mes convictions ou de mes doutes : il est égal à la part de la raison, que je suis prêt à sacrifier, pour rester dans le Bien, indicible, intraduisible ni en logique ni en actes. | | | | |
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| bien | | | Deux attitudes également inacceptables : coller, avec certitude, des étiquettes du Bien ou du mal sur tout geste ou ne pas croire à l'opposition du Bien et du mal. Agir, c'est labourer ; dormir, c'est libérer. Le besoin de garder secret le Bien n'est que l'aveu de lucidité remarquant une strate du mal dans toute couche retournée du Bien. | | | | |
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| bien | | | La hauteur du goût, la largesse du geste, la profondeur de la parole ne devraient pas être dictées par le cadre de ta vie. Parfois, en changeant celui-ci, on arrête, par le même, la générosité du riche, l'appel à la justice de l'esclave, le panache du poseur. | | | | |
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| bien | | | La certitude de bien faire éloigne de la compréhension, ou plutôt de la sensation de ce que le bien est. La liberté consiste à briser les liens mécaniques entre l'être et le faire. L'oubli du faire, opposé à l'oubli de l'être. Et Socrate ne comprenait rien à la liberté : « La liberté – le pouvoir de faire le bien ; la servitude – les contraintes qui nous en empêchent » - toute la liberté se reconnaît par la noblesse des contraintes qu'on s'impose ! | | | | |
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| bien | | | La grandeur, dans ce monde, est sans pitié, et la charité - sans grandeur. La sagesse du serpent ne sait plus s'entendre avec la pureté de la colombe. L'homme libre, cet esclave-maître, prit parti pour le mal. « L'homme de bien est libre, même s'il est esclave ; l'homme mauvais est esclave, même s'il est maître » - St-Augustin - « Bonus etiam si serviat, liber est ; malus autem si regnat servus est ». | | | | |
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| bien | | | Le mal - tout ce qui m'oblige à lutter (même le doux Jésus m'y invite : « que celui qui n'a point d'épée vende son vêtement et achète une épée », par la voie d'Hermès, de surcroît ! Et que ce décembriste, ami de Pouchkine, y est plus chrétien : « Nos mains cherchèrent l'épée et se trouvèrent chargées de fers » - « К мечам рванулись наши руки, и - лишь оковы обрели ». | | | | |
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| bien | | | Être au-delà du Bien et du Mal paraît - à Nietzsche et à Valéry - être la condition de la liberté. C'est une liberté qui est déjà à portée des meilleures des machines. L'esclavage du rouge au front ne se programme qu'en deçà de l'homme. | | | | |
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| bien | | | Le mal : avoir la liberté de traiter son prochain en créature divine et le traiter en robot ; le Bien : avoir la liberté de traiter son prochain en robot et le traiter en créature divine. | | | | |
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| bien | | | Au-dessus du Bien et de la liberté de le choisir (« Dieu n'a point fait l'homme droit, mais capable d'être droit » - St-Augustin - « nec Deus fecerit rectum hominem ; sed qui rectus posset esse ») est la miraculeuse faculté d'y prêter attention, faculté, qui s'appelle conscience. | | | | |
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| bien | | | La plus grande liberté, comme le plus grand esclavage, se résument dans une même formule : accomplir la volonté d'un autre et non la mienne propre. Si cette contrainte extérieure m'est imposée par des hommes, plus puissants que moi, je suis esclave. Si elle m'est soufflée par mon propre soi inconnu, par cette voix d'un Bien inné et sacrificiel, je suis homme libre, homme divin. Cette liberté est une merveille irrationnelle, accessible même au dernier des hommes ; la liberté animale, celle du choix d'un acte dans un ensemble des actes possibles, est une merveille rationnelle, accessible même aux fourmis. | | | | |
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| bien | | | Le suicide serait une question d'incapacité de renouveler ses réserves : « Tant que l'on peut donner, on ne veut pas mourir » (Desbordes-Valmore). Tant que l'on veut prendre, on peut vivre. Tranquillement. En esclave : « On n'a la liberté de tout faire que lorsqu'on a tout perdu » - E.M.Remarque - « Erst nachdem wir alles verloren haben, haben wir die Freiheit alles zu tun ». | | | | |
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| bien | | | Dieu créa l'axe du Bien, sans en fixer ni le point zéro ni l'unité de mesure ; reconnaître l'inquiétante mobilité de ces deux paramètres est signe de la liberté et de la noblesse d'un homme, mais c'est ce qui le prive et de la paix d'âme et de la sérénité d'esprit. Le sot soit encense un Bien absolu soit fustige un mal absolu, tandis que n'est absolue que l'existence de l'axe. Aucun repère n'éloigne définitivement ton acte de la proximité axiale du mal. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une fin de l'homme, mais le mal, ce n'est ni une déviation ni une tentation sur le chemin, c'est le chemin lui-même. Tout cheminement nous fait pencher du côté du mal : « penchant pour le mal, destiné au Bien » - Kant - « Hang zum Bösen, Bestimmung zum Guten ». Le libre arbitre (Willkür) fondu avec des choses vues, c'est le mal ; le regard, moulé par la liberté, c'est le Bien. | | | | |
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| bien | | | La vision la plus bête - et la plus répandue ! - du problème du Mal : il y aurait deux antagonistes, Dieu et Satan, qui, dans notre cœur, se livreraient à une lutte (c'est une mélecture de Dostoïevsky) ; je me trompe ou je me laisse séduire par Satan, et voilà que j'œuvre pour lui. Dieu peut se passer de Satan et de luttes ; Il crée notre conscience et nous laisse libres. | | | | |
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| bien | | | La liberté, si importante en éthique, est inutile en esthétique : la grâce ou le donné s'y passent de notre liberté et vont tout droit à l'âme, sans interpeller notre volonté. « La liberté n'est pas de décider, mais d'être décidé » - Enthoven - la liberté est de savoir au nom de quel sacrifice je décide et au nom de quelle fidélité je suis décidé ! | | | | |
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| bien | | | La liberté dans notre métaphysique : le Bien n'est pensable que grâce à la liberté de faire des sacrifices ; le vrai ne se fixe que dans la fidélité au langage, au libre arbitre dans la construction de modèles ; mais le beau n'a aucun rapport avec la liberté, l'art est une liberté en soi. | | | | |
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| bien | | | Misérable ! - si tu penses pouvoir choisir entre le Bien et le mal, comme on choisit entre le respect et la violation d'une loi, et que tu prétendes ainsi accéder à la liberté, - tu n'es qu'un esclave d'une raison sans cœur. | | | | |
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| bien | | | Inévitablement, l’artiste, fidèle à l’art, se livre à la servitude du cœur, au diktat de l’esprit, aux caprices de l’âme « Dans toutes les sphères, l’homme est tyran, traître ou prisonnier » - Pouchkine - « На всех стихиях человек - тиран, предатель или узник ». | | | | |
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| bien | | | Le genre de sacrifices et de fidélités, qui prouve ton attachement au Bien et à la liberté, n'admet aucun principe formel et ne découle d'aucun trait de caractère. C'est pourquoi on sent le sacré et le divin dans le sacrifice. | | | | |
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| bien | | | Pauvreté du dictionnaire : la liberté-grâce de l'esthétique n'a pas grand-chose en commun avec la liberté-ascèse de l'éthique et encore moins - avec la liberté-regard de la mystique. | | | | |
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| bien | | | La liberté, dans les affaires de l'amour ou du Bien, ne sert à rien ; dans les deux cas on subit un profond esclavage, qui nous fait rêver de hauteur ; dans l'amour, on devient regard, pour voir dans l'objet adoré toute la beauté du monde, et dans le Bien, on devient ouïe, pour écouter sa conscience silencieuse et désorientée. | | | | |
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| bien | | | Le Mal n'est pas un défaut de l'Être, ni même une propriété du Faire, mais une déchirure incurable entre l'Être, porté vers une vague liberté, et le Faire, net et asservissant. Assumer cette souffrance béante exige beaucoup d’humilité et de résignation, tout le contraire de ces fichus cohérence ou courage que prônent les adeptes de l’action, cette fausse héritière de la pensée. | | | | |
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| bien | | | En refusant à l'action une traduction fidèle de notre élan vers le Bien, indéniable et irrésistible, nous en libérons notre essence. « La liberté n'a pas à choisir entre le Bien et le mal ; elle annihile le mal, elle le réduit à néant »** - Chestov - « Свобода не выбирает между злом и добром : она истребляет зло, превращает его в ничто ». | | | | |
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| bien | | | Il existent deux approches du Bien et du Mal : une vision profonde ou un haut regard ; la première perçoit la justice et l'action – la liberté et l'égalité, les valeurs des solidaires ; la seconde conçoit la noblesse et le rêve – la fraternité, le vecteur des solitaires. | | | | |
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| bien | | | Il n'existe ni vérité absolue, ni liberté absolue, ni beauté absolue ; il n'existe que le Bien absolu, puisqu'il n'est traduisible dans aucun autre langage que celui de notre cœur, avec sa muette et irréfutable éloquence. Mais tout ce qui est beau est bon : « Ce qu'on dit sur 'beau' s'applique à 'bon' » - Wittgenstein - « What has been said of 'beautiful' will apply to 'good' ». | | | | |
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| bien | | | Être libre ; échapper à la Nécessité du Vrai et se soumettre à la Volonté du Bon. Mais les hommes préfèrent la nécessité du bon (la règle) et la volonté du vrai (le calcul), et ils proclament, que la volonté et la liberté sont la même chose. | | | | |
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| bien | | | La fidélité à ce qui n'est plus que ruines est peut-être un sacrifice de plus, et, dans ce cas, Thomas d'Aquin a presque raison : « Toute œuvre de vertu est dite un sacrifice » - « Omne opus virtutis dicitur esse sacrificium », où il faudrait substituer liberté à la place de vertu. | | | | |
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| bien | | | Le seul Bien, méritant nos frissons, est celui qui implique nos sacrifices et/ou nos fidélités, dans les moments cruciaux de notre existence ; il coïncide donc avec le problème de la liberté éthique, la seule liberté noble. Quant aux autres libertés, c'est une question de dignité ou d'intelligence, et non pas de noblesse. « Dans la vie, tout doit passer par rejet de la tentation de la liberté » - Berdiaev - « Всё в жизни должно пройти через отвержение соблазнов свободы ». | | | | |
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| bien | | | Ne créent ni ne prient que les esclaves. Esclaves d'une passion ou d'une vision. Devenus maîtres, ils se mettent à produire. Œuvres et autels se transforment en lignes de produits. On crée et prie devant le rêve, on produit dans la réalité : « Il n'y a plus de résolution symbolique, par le sacrifice, de l'excédent de la réalité »** - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | Il est plus facile d'accuser debout que de rester assis sur un banc des accusés, mais les deux attitudes devraient s'alterner. Le bon compromis serait de rester couché, puisque la honte des autres et celle de moi-même seraient ainsi plus flagrantes. « Il existe deux philosophies : celle de l'homme ayant envie de donner le fouet à quelqu'un et celle de l'homme fouetté » - V.Rozanov - « Есть две философии : желающих высечь и высеченных » - le maître qui n'a pas honte de fouetter et l'esclave qui n'a pas honte d'être fouetté. | | | | |
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| bien | | | La culpabilité, est-elle innée ou acquise ? Rousseau penche pour la seconde réponse, et moi, avec Tolstoï, - pour la première. Le Créateur nous tente par deux sortes d'énigmatique liberté : traduire la voix du Bien en actes, ou celle du beau – en création. Mais si la seconde liberté nous donne des ailes, la première nous conduit, inexorablement, au désespoir et à la honte. | | | | |
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| bien | | | Les hommes libres se débarrassèrent de la honte, considérée comme une forme d'esclavage. Plus ma conscience est tranquille, plus esclave je suis de mes actes, mais l'homme vraiment libre en porte sur lui, en permanence, la honte. | | | | |
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| bien | | | La liberté ne s'exerce que par l'esprit, mais elle met en jeu, respectivement : le cœur, pour sacrifier au Bien désintéressé ; l'âme, pour s'adonner à la hauteur, en abandonnant le terre-à-terre ; le corps, pour accepter la déraison de la volupté. | | | | |
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| bien | | | La liberté spirituelle est une valeur mineure, se réduisant à une banale évaluation de la part du conformisme ; la seule liberté, qui mérite réflexion, est la liberté éthique, le pouvoir de sacrifier son soi connu, ce conducteur du mal, pour rester fidèle à son soi inconnu, à cette source du Bien, être autre (Sartre). La liberté est le pouvoir de rester avec l'intraduisibilité du Bien en actes, qui, toujours, relèvent du mal. | | | | |
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| bien | | | Dans la cité du Bien, la liberté consiste à refuser le lien de cause à effet entre la musique du ressenti et la cacophonie du fait. Cette place devrait être réservée à la nostalgie d'une harmonie inorchestrable ou à la honte des instruments pipés. | | | | |
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| bien | | | On reconnaît l'homme de bien par sa capacité de rester avec sa haute honte, plutôt qu'avec sa basse vérité. Curieusement, les soixante-huitards, préférant l'éthique à la morale, associaient la première avec la fière liberté et la seconde – avec l'humiliante honte. Ce qui montre leur nature d'esclaves. | | | | |
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| bien | | | La liberté est définie par la nature du passage à l'action : ses sources, ses dépassements, sa forme finale. Est libre celui qui, conscient des valeurs mystiques et esthétiques, les traduit en vecteurs éthiques. Et il faut être conscient, que les valeurs éthiques (les fichues vertus) n'existent pas ; ce n'est pas à l'éthique que de dicter nos choix pragmatiques. | | | | |
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| bien | | | Il existent les libertés mécanique, politique, intellectuelle, morale, mais la liberté tout court, la liberté abstraite, est indéfinissable. Spinoza, voulant cerner celle-ci, ne décrit que la liberté des robots : « J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature, contrainte, celle qui est déterminée par une autre » - « Liberam esse rem dico, quae ex solae suae naturae necessitate existit, et agit ; coaectam autem, quae ab alio determinatur ». Aujourd'hui, tout âne de Buridan apprit à jeter des dés et se proclame libre. La liberté morale est l'acceptation de nobles contraintes : fidélité à la haute faiblesse ou sacrifice de la force profonde, et donc l'accord avec ses passions. Il faut choisir entre le nécessaire des esclaves ou le possible de l'homme libre. | | | | |
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| bien | | | La vertu et la liberté semblent se reposer paradoxalement sur les contraintes : « Qui regarde les contraintes comme la base de la vertu, qu'il tienne pour son devoir de l'affermir d'abord dans son âme » - Socrate – puisque l'esprit, lui, est plutôt indifférent et à la vertu et à la liberté. | | | | |
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| bien | | | Quand je vois, chez moi, le poids décisif de mes contraintes, la plongée exclusive dans mes ombres et le refus du Bien de se fier à mes bras, je suis tout confus de me retrouver à l'opposé de l'auto-épitaphe de A.Blok : « Il fut enfant du Bien et des lumières, et chantre de la liberté ! » - « Он весь - дитя добра и света, он весь - свободы торжество ! ». Pour me livrer aux jeux des ombres, je bâtis mes ruines, ma propre Caverne, pour dire, comme Platon : « Aucun poète n'a encore chanté d'hymne en son honneur ». | | | | |
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| bien | | | Personne ne peut dire clairement ce qu'on est ; mais ce qu'on devient s'écrit en langage de gestes et de mots. Le soi inconnu est ; le soi connu devient. Entre les deux se faufile la liberté, qui s'affirme surtout dans l'écoute du soi inconnu : « Étant moi, puis-je vouloir autrement de moi » - Diderot. | | | | |
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| bien | | | La source intarissable du péché : l'inexistence d'actions libres. « Difficile de faire le bien, sans multiplier des sources du mal »* - Ruskin - « It is difficult to do good without multiplying the sources of evil ». | | | | |
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| bien | | | Les Idées pour Platon, Dieu pour Spinoza, le Beau et le Bien pour moi-même, ce sont des essences sans existence, des contraintes sublimes sans fins atteignables, l'exercice et la volupté de notre liberté, la musique interne naissant de la lecture mystique des notes indéchiffrables externes. | | | | |
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| bien | | | Les choix évidents de l'égoïsme face aux obscurs choix sacrificiels – tel est le problème de la liberté morale, la plus haute de toutes. Les seconds choix n'étant plausibles et sincères que rarement, la liberté (l'autodétermination morale de Kant) n'est que rarement démontrable. La voix du Bien n'indique jamais la conduite à prendre ; elle nous fait rougir plus certainement qu'agir. | | | | |
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| bien | | | La liberté éthique se découvre dans la résignation de mon soi connu de porter une souffrance sacrificielle, que me souffle mon soi inconnu, source de tous les mystères : du Bien, de la création, de la beauté. « Le retournement du moi en soi, le désintéressement en guise de vie, un soi malgré soi comme possibilité de souffrance »* - Levinas. | | | | |
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| bien | | | Ma liberté éthique est toujours de la violence, faite à mes propres intérêts ; ce qui est l'un des rares cas, où le courage est à saluer : « La liberté est incompatible avec la faiblesse » - Vauvenargues. | | | | |
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| bien | | | Les étapes de la démonstration de ma liberté éthique : le calcul de mon intérêt, la honte que celui-ci m'inflige, son sacrifice, - l’application de la loi morale kantienne. « La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords » - Rostand. | | | | |
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| bien | | | Qui pratique la morale des esclaves ? - celui qui accepte l'existence de maîtres et d'esclaves sur la scène publique. La morale aristocratique est enseignée par l'esclave Jésus, méprisant les scènes et fréquentant les déserts. | | | | |
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| bien | | | De la liberté au second degré : l'homme du Bien introduit le sacrifice de l'intérêt direct dans le paradigme du Bien – sa liberté devient, paradoxalement, - robotique ! | | | | |
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| bien | | | Le vrai est dans la réponse du langage, et le Bien est dans la question du regard ; la qualité du vrai est dans la profondeur, celle du Bien - dans la hauteur de la (re)quête. Mais pour un modèle donné les réponses sont mutuellement exclusives. La liberté d'en changer fait partie de nos mystères. | | | | |
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| bien | | | Ni la solitude ni une fraternité des hommes libres ne prédisposent à la noblesse ; la source de celle-ci, c'est l'écoute de ma voix intérieure du Bien et la conclusion, que le seul écho, extérieur et juste, de cette voix ne peut être rendu que par la musique du beau, et jamais par l'action du vrai. Sacrifice du Bien à vénérer, fidélité au beau à créer. | | | | |
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| bien | | | Je suis tenté de définir la liberté comme non-identité avec mon soi, mais quand je vois avec quelle rigueur, aujourd'hui, on arrive à programmer même des exceptions, des hasards ou des foucades, je comprends, que les seuls écarts non-programmables sont ceux qui naissent de la voix du Bien ou du regard du beau, la liberté passive et la liberté active, toutes les deux - sacrées. | | | | |
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| bien | | | Pour mieux comprendre ce qu'est la liberté, compare la relation entre la masse et l'énergie, en physique, avec celle entre le corps et l'âme, en éthique, - tu verras tout de suite, que dans le second cas aucune fonction continue, aucune causalité directe entre ces substances, ne sont possibles, contrairement au premier cas. La notion de saut, de rupture ou, mieux, de sacrifice, est indispensable, pour juger de ma liberté. | | | | |
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| bien | | | L'utilité n'est pas un attribut booléen, comme pensent tous les philosophes, mais une relation binaire entre l'objet-acteur et l'objet-but. Le libre arbitre créant des buts à volonté, il est possible de déclarer utile n'importe quelle perfidie ou tricherie. Et ils déclarent, que l'utilité est la vertu même ! Avec la puissance, ils arrivent à la même absurdité. | | | | |
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| bien | | | Ma liberté éthique peut être pragmatique ou mystique. Dans le premier cas, le choix libre coïnciderait avec la poursuite de mes intérêts rationnels. Dans le second, le choix impliquerait un sacrifice de ces intérêts. Je ne prouve ma liberté que dans ce second cas. Et que penser de cette liberté : « tu es libre, quand c'est par toi seul que tu es déterminé à agir » (« res libera dicitur quæ a se sola ad agendum determinatur » - Spinoza) ? - mais c'est la définition même du comportement robotique ! Même un robot coopératif est plus humain… | | | | |
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| bien | | | Le contenu du vrai découle de sa forme : un fond (la représentation), une proposition (le langage), un interprète (la logique), une donation de sens (la liberté). Comme le contenu du beau : une sensibilité (la noblesse), une création (le talent), une harmonie (la musique). Mais le Bien est un pur contenu, refusant toute mise en forme ; il n'est qu'un appel d'un fond, tout écho, en tant que tentative de s'ériger en forme, défigurant la voix originelle. Il est le contraire de la mathématique, cette pure forme sans contenu. | | | | |
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| bien | | | Si mon action découle d'un calcul, elle n'est libre que sur un mode robotique ; la liberté éthique ne peut se confirmer qu'à travers mon sacrifice, où j'immolerais une partie de mes intérêts, peut-être vitaux, où je serais mon propre bourreau. C'est cette liberté qui serait une véritable métaphysique du bourreau (Nietzsche). | | | | |
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| bien | | | Deux sortes de liberté humaine : en mystique – résister à la pesanteur, me fier à la grâce, me maintenir dans la hauteur de mon regard ; en esthétique – rester fidèle à l'audace de mon goût, garder l'intensité des commencements. Mais la liberté vraiment divine s'éploie en éthique – sacrifier la marche de mes actes à la danse de ma pitié et de ma honte. | | | | |
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| bien | | | Deux sortes de liberté : la mécanique, celle de l'âne de Buridan, et l'organique, celle d'un sacrifice de son intérêt social ou physiologique. Un tirage au sort intérieur, facilement transposable à une machine, ou un acte extérieur, à l'intérêt indémontrable, s'appuyant sur l'écoute de la voix mystérieuse du Bien. « Seule la foi peut donner la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | La vie veut me soumettre à la loi éthique, et l'art me conjure à suivre la liberté esthétique. Le choix est entre la honte et la noblesse, entre Tolstoï et Nietzsche, être fidèle à la vie, en l'élargissant à l'art, ou la sacrifier, en la rehaussant par l'art. | | | | |
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| bien | | | Le Bien se rêve et le mal se fait ; l’arbitraire tyrannique du Bien ou la liberté raisonnable du mal. L’esclavage du mal n’existe pas ; c’est le Bien qui nous y soumet. Oser le Bien immobile, atopique, fantomatique et non pas subir l’inertie du mal, actif, présent, évident. La vraie rédemption : se soumettre à l’esclavage injustifiable du Bien. Toutefois, cette résignation exige plus de volonté de puissance que la détermination de l’orgueil. | | | | |
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| bien | | | Le fond de ma liberté est dans l’écoute du Bien, et sa forme se présente en musique de fidélités ou de sacrifices, dont aucune loi, aucune causalité, aucune partition ne prédétermine l’exécution. « L’obéissance à la loi, qu’on s’est prescrite, est liberté » - Rousseau – non, la liberté serait plutôt une révolte inconsciente qu’une obéissance sereine ! | | | | |
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| bien | | | Depuis Kant, on a tort d’opposer la causalité mécanique à la liberté de l’organique. Quand une unité centrale (l’esprit animal ou le calculateur informatique) peut passer des instructions à ses périphériques, ceci ne viole en rien la phénoménalité naturelle. La seule liberté mystérieuse est la liberté éthique : une voix inexplicable, une interprétation impossible, une universalité indéniable. | | | | |
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| bien | | | L'appel du Bien et le charme du beau logent et balbutient en moi-même, et l'essai de traduire ces voix en une musique intelligible est mon devoir. Mais nos contemporains se méfient de ce mot de devoir, où ils ne voient qu'une contrainte extérieure. Ce qui est insupportable pour l'homme moderne, qui finit par faire de son droit - le but, qui, sans présenter une grâce, libère de toute contrainte. | | | | |
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| bien | | | N’importe quel âne (et même celui de Buridan), comme n’importe quel autre animal, peut exercer la liberté du choix, la liberté moutonnière. La seule liberté noble est la liberté du sacrifice, et qui ne peut provenir que de l’âme. La liberté est l’âme. Ceux qui préparent la mutation humaine en robots diront : « L’esprit se réduit à la liberté » - Hegel - « Das Wesen des Geistes ist die Freiheit » - l’esprit est la servitude ! | | | | |
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| bien | | | L’homme de bien est un gourmet, qui ne cherche pas tant à assouvir ses appétits qu’à harmoniser son goût exigeant avec le goût des aliments exotiques, loin des basses cuisines, sans actions, sans lustres, sans convives. « L’impulsion du seul appétit est esclavage » - Rousseau. | | | | |
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| bien | | | Ma liberté se manifeste, quand ma pitié l’emporte sur mon intérêt. Chez le cynique, l’intérêt l’emporte sur la pitié – liberté noble ou liberté basse. L’étrange confusion dans ces concepts, chez Berdiaev : « Le conflit central est celui entre la liberté et la pitié » - « Конфликт свободы и жалости - основной ». | | | | |
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| bien | | | La liberté banale se manifeste dans tous nos actes, pensées, résolutions ; mais la liberté la plus noble et la plus mystérieuse consiste, en toute conscience, à s’opposer à la raison. Et je sais, que notre sage siècle pense, que ne sont libres que ceux qui « se font guider par la raison » - Spinoza - « sola ducitur ratione ». Toutefois, traitée par l’ironie, cette sentence peut devenir juste. Qui est exclu de cette coterie ? - les serviteurs de Dieu, les esclaves de l'amour, les bateliers de l'art. Qui y reste ? - les robots que devinrent nos contemporains, repus de liberté. | | | | |
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| bien | | | La liberté supérieure – dans toute action morale, désavouer la bonne et opter pour la mauvaise conscience. Même le sacrifice de la force ou la fidélité à la faiblesse ne doivent pas me dévier de cette posture (l’âme choisit des poses, l’esprit formule des positions, le cœur se résigne pour la posture). « La différence entre le Bien et le Mal ne consiste que dans la liberté, n’existe que pour la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Bien que les libertés d’action du vivant ou d’avis du citoyen soient assez claires et s’offrent assez facilement à la raison, la liberté éthique reste le plus grand mystère divin, échappant à toute raison (qu’elle soit pure ou pratique). Ces libertés n’ont presque aucun point commun ; pourtant les philosophes ont tendance de les mettre dans un même sac : « Le concept de liberté constitue la pierre définitive de la raison pure » - Kant - « Der Begriff der Freiheit macht den Schlußstein der reinen Vernunft aus ». | | | | |
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| bien | | | Pour que le Mal ne sévisse pas dans nos cœurs, Dieu aurait dû nous priver de la liberté, donc de l’action. Or, le Mal surgit de toute action ; il aurait fallu que Dieu nous privât donc – de la souffrance. | | | | |
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| bien | | | Les reflets du Bien, ce sont : la pitié pour le prochain, l’amour pour le lointain, la liberté pour le sacrifice, la honte pour la fidélité. Reflets aléatoires, dans la Caverne immatérielle, sans contact avec la lumière extérieure, de provenance divine. | | | | |
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| bien | | | J’ai beau enguirlander la liberté éthique comme portée par de nobles fidélités ou sacrifices ; en fin de compte, je me rends à l’évidence : comme le Bien lui-même, la liberté ne réalise pas l’idéal, qui reste un pur et lancinant appel, sans aucun écho cohérent ou compatible avec l’exigence de l’appel. La liberté fait jaillir le Bien vers l’intérieur ; mais ses arguments flattent l’esprit, sans convaincre le cœur. En tout cas, « un être libre, c’est un être moral » - E.Renan. | | | | |
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| bien | | | La seule manifestation indéniable de la liberté éthique est la sortie de la prudence, au sens aristotélicien du mot. Sortie de la poursuite inertielle de ses intérêts, celle-ci se situant hors toute éthique. Aristote a raison de placer cette notion capitale parmi les cinq principes : art, science, prudence, sagesse, intelligence – l’ordre descendant y est également très juste ! | | | | |
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| bien | | | Appliquer ta liberté, pour te débarrasser de la honte et de la pitié, est un signe presque certain de ta bassesse. Mais il y a des exceptions paradoxales, témoignant, au contraire, d’une hauteur d’âme – c’est le cas de Nietzsche. Seul un grand artiste peut se permettre de sacrifier le Bien terrestre au nom du Beau céleste. | | | | |
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| bien | | | Le bas égoïsme – suivre, en tout point, son intérêt immédiat. Ce n’est pas l’altruisme, dont je suis incapable de définir le contenu si vague et ambigu, qui est le contraire de l’égoïsme, mais bien la liberté. Les apologistes de la bassesse pensent le contraire : « Suivre son soi, c’est cela la liberté » - Hegel - « Freiheit ist bei sich selbst zu sein ». | | | | |
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| bien | | | La voix du Bien est incompréhensible, divine ; et agir, selon elle, c’est être irresponsable et donc libre. Ce qu’on comprend rend responsable et servile (et non pas libre, comme le pensent tous les spinozistes). | | | | |
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| bien | | | La résignation du sot confirme une propagation du Mal ; la résignation du sage témoigne de l’existence du Bien. Le Bien ne saurait pas être une béate fidélité au continu, comme tout saut ou rupture ne sauraient être signes du Mal. On est dans le Bien, quand on reste fidèle à ce qui fait mal ou sacrifie ce qui se porte bien - la liberté, autre nom de cette pénible, mais vraie, béatitude. | | | | |
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| bien | | | Les motifs de tes actions découlent de la nécessité, celle-ci étant liée à tes intérêts d’esclave ; la liberté est la capacité de surmonter ces motifs. « Tout sacrifice implique un hyper-motif » - Valéry. | | | | |
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| bien | | | Les signes d’une liberté éthique : l’inexécution de ce que ton intérêt pragmatique dicte, la suspension de ce qui te plaît, l’acceptation de ce qui ne te plaît pas – ignorer ce que le Bien, comme le Beau, veut dire – en réalité ; celle-ci n’exprime ni contient que le Vrai. Le Créateur mit le Bien à accomplir et le Beau à créer - au Royaume du Rêve. | | | | |
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| bien | | | Il y a une liberté biologique (elle est aussi mystique), qui existe chez tous les êtres vivants, de l’amibe à l’homme ; il y a une liberté pragmatique, qui résulte dans des actes rationnels, au service des intérêts, de ceux de l’individu, de la tribu, de l’espèce ; chez les hommes, il y a une liberté politique, qui exclut le délit d’opinion. Mais seule la liberté éthique peut témoigner de la noblesse de l’individu (presque tout mammifère et même les oiseaux peuvent en avoir) – aller contre ses intérêts, biologiquement justifiés : pouvant se mettre à l’abri - se sacrifier, ou garder une fidélité aux causes perdues. | | | | |
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| bien | | | Seul un artiste, c’est-à-dire celui qui se met au-delà du Bien et du Mal, et donc au-delà de la liberté, peut se permettre des monstruosités du genre : « J’appelle décadent celui qui préconise ce qui n'est pas dans son intérêt » - Nietzsche - « Ich nenne ein Individuum verdorben, wenn es vorzieht, was ihm nachtheilig ist ». Une belle pose d’aristocrate, perclus de rêves, et une vile position de goujat, agissant dans la réalité. | | | | |
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| bien | | | Sacrifier tes intérêts terrestres apporte un divin sentiment – vivre la liberté de ton cœur, qui, de témoin, devient juge. Tu vivras le même sentiment, en restant fidèle à tes intérêts célestes : « La fidélité t’élève à la hauteur de la jouissance »** - Soljénitsyne - « Есть высокое наслаждение в верности ». | | | | |
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| bien | | | La liberté morale a pour seul but – te hisser, face au Bien caché : sacrifier la jouissance, pour que la souffrance gagne en hauteur, rester fidèle à la souffrance, pour rehausser la jouissance. | | | | |
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| bien | | | Les seules lois éternelles sont dans la mathématique.Toutes les autres sont provisoires. Le seul domaine, qui défie toute loi, c’est l’action, sensée refléter le Bien. Il existent des lois, hors toute morale, qui résument l’intérêt pragmatique de l’homme (struggle for life darwinien) ; elles sont comparables aux lois de la création des fondements du Vrai et de sa démonstration, aux lois, propres aux genres ou écoles du Beau. La liberté morale du Bien est due, intégralement, au hasard apophatique, celui qui ennoblit l’homme, s’écartant de ses intérêts évidents. Curieusement, les absurdistes détestent le hasard : « Si le hasard est roi, voici l’affreuse liberté de l’aveugle » - Camus. Il faut se rappeler aussi, que le rêve, commençant souvent par les yeux fermés, doit son intensité au hasard et non pas aux lois. | | | | |
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| bien | | | La liberté éthique se reconnaît dans deux attitudes : la fidélité à la noble faiblesse et le sacrifice de la force basse. | | | | |
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| bien | | | Dans le Vrai on calcule, dans le Beau on crée, dans le Bien on subit. La loi ne guide que le vrai, la liberté ne vise que le beau, l’instinct ne se justifie que dans le bien. | | | | |
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| bien | | | La liberté des choix matériels ou éthiques, chez tout être vivant sur Terre, est un mystère de la Création divine. La liberté des choix sociaux est un problème de l’intelligence collective (des abeilles, des loups ou des hommes). La liberté des choix intellectuels est une solution du talent solitaire et noble. | | | | |
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| cité | | | Le lieu de la liberté - la véritable pierre de touche des hommes : est-elle dans le monde, dans l'homme, dans l'au-delà ? | | | | |
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| cité | | | La liberté agréable, c'est le pouvoir sur les choses ; mais, par hygiène d'âme, il faudrait pratiquer, de temps à l'autre, une servitude prophylactique : abdiquer ton vouloir ou émanciper ton devoir, face aux choses, ou plutôt - leur tourner le dos, le temps que s'efface le rouge à ton front. | | | | |
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| cité | | | Choisir, servilement, la liberté commune, préférer, librement, une non-liberté passionnante - les ressorts de la honte et de la pitié bienfaisantes, qui nous rendent libres devant nous-mêmes. | | | | |
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| cité | | | Tant d'hommes libres restent indifférents au scandale de l'inégalité matérielle ; tant d'esclaves misérables vomissent leur haine face au monde libre ; c'est la rencontre future entre la honte et la noblesse qui réconciliera un jour la liberté et l'égalité ; cette rencontre s'appellera peut-être fraternité. | | | | |
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| cité | | | Sans liberté extérieure, le seul moyen de respirer sa liberté intérieure est de se réfugier dans la solitude. Sans liberté intérieure, le seul milieu, c'est le troupeau. | | | | |
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| cité | | | On prêche la générosité et la noblesse - on se retrouve dans une tyrannie, une grisaille, un règne des sots pérorants. On se fie à l'inclémence et à la bassesse - on débouche sur la liberté, la monotonie, le règne des sots agissants. | | | | |
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| cité | | | La liberté, c'est ce qui nous autorise à vivre de ce que nous sommes : la banalité et l'impuissance. L'oppression nous force à réinventer ce que nous aurions pu être : des chimères envoûtantes et irrésistibles. | | | | |
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| cité | | | La liberté naissante est toujours touchante ; la liberté jeune est affriolante ; la liberté mûre est dégueulasse. Heureusement, la liberté n'est jamais vieille - subissant d'innombrables greffes de tout ce qui est vital, elle est momifiée pendant sa maturité. La tyrannie, elle, sait garder l'éternelle jeunesse du mensonge. | | | | |
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| cité | | | L'homme libre d'aujourd'hui ne connut ni l'élan, ni l'écartèlement, ni le joug d'une idylle politique, défiant la force de l'argent. Il ne connut que le règne, sans partage, du boutiquier. Les cobayes des expériences poético-inquisitoriales devinent plus aisément les délices d'une société des marchands, que les adeptes de la vérité économique n'imaginent les horreurs d'une vérité utopique faite chair. Plus on est libre, plus on est aveugle. « Voltaire a dit : plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres. Ses successeurs ont dit au peuple, que plus il serait libre, plus il serait éclairé ; ce qui a tout perdu » - Rivarol. | | | | |
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| cité | | | L'idée, qu'un homme quelconque en vaut un autre, est une idée aristocratique. L'idée démocratique est qu'il faille permettre à un homme quelconque de dominer un autre, s'il en a des moyens légaux. L'idée tyrannique est, qu'un chef élu de Dieu vaut mieux qu'un élu des hommes : « Il est plus facile à un chameau de passer par un chas d'aiguille, qu'à un grand homme - d'être découvert par une élection » - Hitler - « Eher geht ein Kamel durch ein Nadelöhr, ehe ein großer Mann durch eine Wahl entdeckt wird ». | | | | |
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| cité | | | Le plus grand acquis de la liberté est la conscience sereine. Jamais, au pays des tyrans, on n'empruntait le chemin de la bassesse avec une telle paix d'âme. | | | | |
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| cité | | | Je ne peux penser librement que sous un joug. Imposé par des autres - une tyrannie, ou par moi-même - des contraintes. Débarrassé de ses fers, l'homme mourra esclave (c'est du Rousseau revisité). La façon, dont la plupart des hommes parlent de la liberté, est franchement grégaire. | | | | |
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| cité | | | Tous les tyrans promettent le règne de l'esprit, de l'idée, du mot. L'homme libre se contente de vénérer la lettre. | | | | |
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| cité | | | Le faible, qui est toujours un peu sauvage, et le rêveur, qui est toujours un peu fripouille, n'ont rien à attendre de la démocratie, qui est la liberté du boutiquier, prude et probe, et du loup, pavoisé et apprivoisé. Ils sont caciques ou sous-fifres, à tour de rôle, rôles que répugnent les faibles comme les rêveurs. | | | | |
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| cité | | | Le malheur, c'est la peur, mais le bonheur, ce n'est pas son absence. La tyrannie, c'est le mensonge, mais la vraie liberté, c'est bien plus qu'éviter le mensonge. | | | | |
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| cité | | | Ma liberté politique découle de l’écoute collective de la loi ; ma liberté économique – de la consultation de mon compte bancaire ; ma liberté éthique – des lieux de mes sacrifices ; ma liberté esthétique – de l’originalité de mes commencements. | | | | |
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| cité | | | Mes compères républicains : liberté des délicats, fraternité des non-jaloux, égalité des humbles. | | | | |
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| cité | | | Sur les espèces promises à survivre : dans une tyrannie, s'épanouissent des caméléons, ânes, perroquets ; la liberté favorise les fourmis, hyènes, loups. L'homme solitaire est aigle ou taupe, dans le premier cas, chien ou cigale, dans le second. Immolé par le poignard ou dévoré par des charognards : « Derrière la façade, la civilisation cache un panier de crabes » - Che Guevara - « Bajo la fachada, la civilización esconda un cuadro de hienas » - que leurs vitrines soient rutilantes ou vides, leurs abattoirs ou autels se valent ; rien ne remplace les voûtes de la culture, où ne se cachent que des chauve-souris. | | | | |
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| cité | | | La seule activité libre, incompatible avec la démocratie, semble être l'art. Les sobres droits de l'homme dégrisent le devoir capiteux de l'artiste. | | | | |
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| cité | | | Être libre, au sens banal du mot, c'est ne plus éprouver le besoin de se donner des contraintes. Mais la différence entre les contraintes et les buts est que les premières, non-écrites et individuelles, viennent de l'âme, tandis que les seconds, toujours écrits et communicables, sont dictés par l'esprit. | | | | |
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| cité | | | Ce qui justifie peut-être le règne des marchands est le mérite de libérer l'énergie des salauds possédants et de mettre au travail les salauds dépossédés. Mais que celui qui n'est ni entreprenant ni paresseux en pâtit… | | | | |
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| cité | | | Voter pour le marchand, en première manche, est sage ; le respecter est une autre paire de manches. Mais cette « trahison est nécessaire, pour rendre la cité plus libre » - Socrate. | | | | |
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| cité | | | L'ennui d'un effort de survie ou de reconnaissance est la première embûche sur la voie de la liberté. Eux et nous, le premier réflexe d'un esclave social ; quelqu'un m'aidera et solidarité des solitaires, qui souffrent, en est le deuxième ; répugnance devant tout ce qui est fastidieux - le troisième. L'homme devient libre, quand il se dit je suis seul, se désintéresse de la souffrance d'autrui et accepte n'importe quoi pour survivre et rester dans le troupeau. | | | | |
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| cité | | | Être libre, détenir la vérité, se connaître - jadis, ce furent des poses hautaines, hier, ce fut une posture profonde, aujourd'hui, c'est une position bien plate. | | | | |
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| cité | | | Liberté et démocratie : ces mots sont l'ultime recours des boutiquiers, à la recherche du ton véhément. Le libre échange se prête mal au pathétique. | | | | |
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| cité | | | Je sais bien, que la résignation colla toujours au nom des esclaves. Cependant je vois, que les plus résignés aujourd'hui se trouvent parmi les hommes les plus libres. | | | | |
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| cité | | | Là où triomphe la liberté économique, se répand la jungle de la force (« la force de la meute est dans le loup » - Kipling - « the strength of the Pack is the Wolf »). Là où pousse, timidement, la fraternité humaine (« la force du loup est dans la meute » - « the strength of the Wolf is the Pack »), s'élargit le terrain vague et s'enhardit la mauvaise herbe. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, j'admire et compatis à ceux qui souffrent, les meilleurs, une infime minorité, et ainsi, à mes yeux, la liberté rejoint l'élite des valeurs. Dans une démocratie, les médiocres, la majorité triomphante, m'écœurent, et la liberté dégringole parmi ce qu'il y a de plus vulgaire. La seule ratio essendi de la souffrance reste ta propre faiblesse, qu'aucune ratio cognoscendi ne calme, - l'humiliant verdict démocratique, par négation, interdit aux élans de ta honte ou de ton orgueil tout appui terrestre. | | | | |
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| cité | | | En fait de PNB et de libertés, aucune noble révolte ne fit jamais rien avancer ; le moteur du progrès fut toujours le paisible salaud, profiteur de l'ordre établi. | | | | |
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| cité | | | Jadis, le monde libre fut séparé du monde asservi. Aujourd'hui, la frontière entre liberté et esclavage passe à travers chacun de nous. Les mains, le cœur et presque tout ce qui est viscéral vivotent, mécaniques et serviles, et il ne vibrent, dans la zone libre, que les producteurs de bile et de fiel. | | | | |
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| cité | | | Plus les hommes s'agitent, plus ils deviennent libres. Plus l'homme s'agite, et plus il est esclave. Le tumulte chasse le poète : du forum - dans le premier cas, de ton propre cerveau - dans le second. | | | | |
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| cité | | | Au sens banal du mot, n'est libre que la société des tyranneaux, campés sur leurs droits. Au sens pur du mot, seuls les serviteurs de Dieu se libèrent, en plaçant tout droit tonitruant derrière un devoir muet. | | | | |
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| cité | | | Les incompris d'antan, c'étaient ceux qui se permettaient trop d'avis. Aujourd'hui, ce sont ceux qui n'en ont pas. Les faux maudits sont ceux qui s'affichent en victimes de censure, d'interdictions. Le grognon officiel, aujourd'hui, est aussi gris que le conformiste souterrain. On ne les distingue plus. | | | | |
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| cité | | | L'homme libre : dans le noir de la solitude il garde le regard ; dans le brouhaha de la multitude il garde l'ouïe ; dans la fadeur des gestes il garde le toucher des caresses rêvées. | | | | |
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| cité | | | La liberté, tout en étant une notion sans épaisseur, présente tout de même un certain intérêt en tant qu'une intersection assez équilibrée entre le bon, le beau et le vrai. Mais autant les dimensions éthique et esthétique sont assez claires, la dimension intellectuelle est source d'ambigüités : la liberté n'y est pas une franche indépendance, mais la lucidité de ses profonds emprunts et de ses originalités hautes. | | | | |
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| cité | | | Les combattants de la liberté n'eurent jamais pour adversaire des monstres tyranniques et haineux, mais bien d'insipides tenants de la routine et d'une inertie du statu quo. Mais ils furent plus jeunes, plus romantiques, plus pathétiques. La dévalorisation de la jeunesse, du rêve et du pathos sont à l'origine de cet immonde consensus, qui a aplati la querelle de la liberté aujourd'hui. | | | | |
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| cité | | | L'égalité démocratique est du même ordre d'aberrance que la tordue égalité entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. La Loi vétéro-testamentaire sert de base à votre liberté, et votre fraternité se réduit à la sacro-sainte Djihad de tous contre tous. | | | | |
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| cité | | | La vraie question, raciale et politique, n'est pas quelles sont des races inférieures ?, mais bien quelle doit être la liberté du fort et s'il doit sacrifier quoi que ce soit au faible (tout en sachant, que le faible d'aujourd'hui peut devenir le fort de demain) ? | | | | |
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| cité | | | Dès qu'on libère l'homme de ses attaches nationales, pour le faire adhérer à l'universalité, il ne se précipite pas sur la poésie de ses voisins, il a hâte de s'attacher à la seule loi vraiment universelle, celle du marché. | | | | |
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| cité | | | Le goujat-esclave, le bureaucrate moscove, me poursuivit de sa hargne, à cause de mon regard absent, ce qui n'empêchait pas mon verbe secret de respirer. Le goujat-maître, l'éditeur parisien, accueille mon verbe libre avec une indifférence, qui brouille de rage mon regard, dont personne n'a cure. Garde l'honneur de la braise, plus durable que l'honneur de la cimaise. | | | | |
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| cité | | | Dans la liberté, se respectent les contribuables ; dans l'esclavage, se découvrent les amoureux ; l'homme libre se reconnaît dans la tolérance, l'homme asservi finit dans la haine : « Leur haine parlait au nom de l'amour » - V.Grossman - « Они ненавидели во имя любви ». | | | | |
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| cité | | | Le seul sens que je puisse donner à libération de l'homme est juste répartition des fardeaux. | | | | |
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| cité | | | En se moquant de ses chaînes on accède mieux à une haute liberté qu'en les allégeant ou en les allongeant. Mais, pour être libre, il ne suffit pas de s'en moquer. | | | | |
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| cité | | | Leur égalité des chances : que tu sois dans un taudis ou dans une villa, tu dois être sûr de pouvoir déployer impunément tes griffes ou tes tentacules. Égaliser les canines pour mieux rogner les ailes. L'égalité tout court, aux yeux si représentatifs de Tocqueville, est « une nouvelle forme de servitude ». Je saluerais cette égalité, qui bouleverserait la vie de l'immense majorité des hommes, riches et pauvres confondus, et ne changerait rien dans la mienne. | | | | |
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| cité | | | Mes états d'âme : en Scythie, l'apathie devant la fétide résignation d'esclaves ; en France, l'indifférence devant l'insipide révolte de maîtres. Je cultive la résignation du haut maître sachant, que toute révolte nourrit en lui - un esclave profond. | | | | |
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| cité | | | Le délicat se voue au message ; le sot veut des messageries. La liberté de pensée suffit au premier ; au second, il faut une liberté d'expression. Le sot abuse de celle-ci : déchaîné, il se permet de s'attaquer au sacré ; le délicat, qui se laisse entraîner par la liberté d'expression, glisse vers le profane et se détache du sacré. | | | | |
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| cité | | | Une guerre pour une vraie liberté, que mena pourtant une nation de robots contre un peuple héroïque, - guerre de Vietnam. Une guerre pour un peu plus d'humanité, guerre menée par des barbares modernes contre des barbares moyenâgeux, - guerre d'Afghanistan. Quel journaliste peut se permettre de telles formules incorrectes ? | | | | |
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| cité | | | Prenez le pur lyrisme du Giaour de Byron, du Diwan de Goethe, de Salammbô de Flaubert, du Khadji Mourat de Tolstoï, - les sots corrects d'aujourd'hui, en les étudiant, y trouvent du soutien aux peuples opprimés et du courroux face aux tyrans et à l'injustice. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie : la contrainte de cacher son visage rebelle ; la démocratie : la liberté d'afficher les masques du mouton prônés par l'opinion publique. | | | | |
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| cité | | | Tous les huppés du monde proclament, doctement, que la richesse devrait n'être qu'un moyen, pas un but, mais la vraie égalité n'est que dans les moyens, chacun ayant la liberté de choisir son propre but ! Logique d'hyènes fraternelles ! | | | | |
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| cité | | | Entre la pensée totalitaire (l'Un, la passion, le rêve) et la pensée libre, le choix est libre. Toutefois, le contraire de l'Un n'est pas un multiple libre, mais le hasard d'esclave ; le contraire de la passion n'est pas la raison, mais la mécanique ; le contraire du rêve n'est pas le rythme mais l'algorithme. Leur pensée libre est le grincement du cerveau et le silence de l'âme. | | | | |
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| cité | | | Ce ne sont pas tant ses rides qui empêchent, que je m'éprenne de la liberté, que la peau trop lisse de son image de synthèse. | | | | |
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| cité | | | Le monde, qui sacrifie tout pour la liberté, est voué à la seule technique, ma pique à : « le monde, qui sacrifie tout à la technique, est perdu pour la liberté » - G.Bernanos. | | | | |
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| cité | | | Le contraire de liberté s'appelle passion ; il n'y a pas de liberté spirituelle - qui est toute de passion - la seule liberté respectable est la liberté politique. Le rêve silencieux, cette source de toute passion asservissante, est étouffé par le calcul libérateur et bavard. Lu à la porte d'une chambre d'hôtel ce magnifique écriteau, adressé aux femmes de ménage et exprimant une énigmatique et profonde sagesse : « Le rêve achevé, la voiX est libre » ! | | | | |
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| cité | | | La mystique de la liberté (Berdiaev) est inféconde ; se frotter à son problème (Dostoïevsky) rend stérile ; le pullulement de ses solutions (les libéraux) témoigne de la natalité fulgurante du robot. | | | | |
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| cité | | | Deux excellents somnifères de la vie sociale française - les valeurs républicaines du pauvre et la démocratie libérale du riche : ne pas lorgner sur l'assiette du riche, ne pas se moquer de l'assiette du pauvre. Plus d'esclaves, que des maîtres : heureux dans l'humiliation, heureux dans la domination. « Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave » - Bossuet. | | | | |
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| cité | | | Le regard est question d'un goût, qui n'est pas à justifier, et le goût, en présence d'une espèce, est une préférence gratuite, donnée à certains genres ; c'est l'esprit qui a besoin de justification de ses unifications d'arbres, qui est sa première fonction, et où il cherche surtout des similitudes des espèces. Vu sous cet angle, le mot de Nietzsche : « Voir partout des similitudes et en faire des égalités sont le signe de mauvaise vue » - « Ähnlichseherei und Gleichmacherei sind das Merkmal schwacher Augen » - juge l'esprit et non pas le regard. Dans les affaires de la cité, c'est une myopie voulue, puisque l'égalité à faire est en bas, mais la liberté à rêver est en haut. | | | | |
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| cité | | | L'avant-goût de la liberté le plus enivrant naît dans la révolution ou dans l'aristocratie. Et la gueule de bois, qu'on en retire, est la plus écœurante. Ce n'est pas la liberté, mais, au contraire, des contraintes qu'on aurait dû y ériger. « Je retrouve les mêmes contraintes de la liberté, dans les mondes aristocratique ou révolutionnaire » - Berdiaev - « В мире аристократическом или революционном я натыкаюсь на те же ограничения свободы ». | | | | |
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| cité | | | La gauche serait pour privilégier la justice, face à la liberté, et la droite serait résolument pour l'inverse - pitoyable opposition, quand on sait que, pour les deux, et la justice et la liberté consistent à assurer à celui qui est dix fois plus fort un compte en banque dix fois mieux approvisionné ! | | | | |
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| cité | | | La facilité du Non, à une société, asservie par une monumentale tyrannie, élève, artificiellement, l'âme ; la difficulté du Oui, à une société, dépassionnée par une démocratie mesquine, abaisse, fatalement, l'esprit. Mais, en politique, c'est à l'esprit de mener le bal, et la marche horizontale y évincera la danse verticale. | | | | |
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| cité | | | La sacro-sainte propriété, postulant l'inégalité, est, aujourd'hui, le premier ennemi de la liberté. « La liberté sans socialisme, c'est le règne de l'injustice ; le socialisme sans liberté, c'est la servilité et l'abrutissement »* - Bakounine - « Свобода без социализма - это привилегия несправедливости, социализм без свободы - это рабство и скотство ». Aujourd'hui, dans la presque liberté et le presque socialisme, les hommes méritent leur juste abrutissement. | | | | |
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| cité | | | Le conflit politique le plus irréductible oppose les sentimentaux aux cyniques, les tenants de la justice aux promoteurs de la liberté. Les premiers engendrent la misère et l'élan, les seconds - l'opulence et l'ennui. | | | | |
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| cité | | | Je suis ce que je veux, je suis ce que je peux, je suis ce que je dois - l'homme héroïque, l'homme créateur, l'homme moral. Plus ils sont indépendants, en moi, plus je suis libre. Lorsqu'ils se fondent en un seul personnage, je suis mouton ou robot. | | | | |
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| cité | | | Comment puis-je m'entendre avec les démocrates, ces robots de l'horizontalité ou moutons de la verticalité, si je suis tantôt maître (du verbe que je conjugue) tantôt esclave (de l'émotion qui me subjugue) ? | | | | |
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| cité | | | Je suis esclave de la loi (« nous sommes esclaves de la loi, afin d'être libres » - Cicéron - « legum servi sumus ut liberi esse possimus ») - je deviens robot ; je suis la loi des esclaves (« tu n'es plus esclave, mais fils de la loi » - St-Paul) - je reste mouton. Où l'universel peut-il rencontrer l'existentiel, sans tourner au troupeau ou à la machine ? - dans un souterrain, où j'installe mes ruines souveraines. | | | | |
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| cité | | | Voir dans l'Histoire un permanent progrès de la liberté n'est pas si bête que ça. Je serais tenté de voir dans l'Histoire un processus d'étouffement du rêve libre par une liberté d'esclaves, mais ce qui reste inexplicable, c'est l'existence, jadis, de rêveurs parfaitement libres et même repus. | | | | |
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| cité | | | La politique a deux hypothèses fondatrices - l'homme est bon ou l'homme est mauvais. Elles ont des justifications d'égal poids : soit on s'attendrit sur le sort de l'esclave, soit on libère les forces du salaud. Même résultat : l'esclave persiste et le salaud résiste. | | | | |
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| cité | | | De la servitude à la liberté : l'absence de choix (mouton), les choix imposés (esclave), les choix calculés en fonction du contexte (robot), les choix atteints depuis le degré zéro de l'existence, de la création, du désir, du goût. Ce niveau primordial surgit à l'endroit, où la croyance se substitue à la raison, il n'est donc pas vide, il est ce « bercail poétique, où les rêveries remplacent la pensée, où les poèmes cachent les théorèmes »* - Bachelard. | | | | |
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| cité | | | La bonne raison, beaucoup plus que l'échine, fléchit aujourd'hui, chez l'esclave moderne, qui se croit le plus libre ; le tableau de Montaigne : « Ma raison n'est pas duite à se courber, ce sont mes genoux » - s'inversa. | | | | |
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| cité | | | Le nazisme fut un provincialisme, et le bolchevisme - un universalisme. Le folklore ou la philosophie. Et ils s'écroulèrent, confrontés à leurs antagonistes : à l'universalité du genre humain et au folklore du peuple russe. | | | | |
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| cité | | | Celui qui est pour la démocratie, politiquement, ne m'est vraiment sympathique que s'il y répugne esthétiquement. | | | | |
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| cité | | | Une utopie politique gagne en pureté, lorsqu'elle se double d'une uchronie poétique, une raison futuriste - d'une âme nostalgique, une liberté fraternelle - d'une solitaire irréversibilité. | | | | |
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| cité | | | La démocratie efface deux crispations, qui alimentaient la poésie : le faible défiant le fort, et le pur écartant l'impur. « La démocratie tarit beaucoup de vieilles sources de la poésie »** - Tocqueville. Ce thème même, le tarissement, en est pourtant une nouvelle source. Toutefois, à l'époque du vers libre, hélas, aucun esclavage passionnel, cet attribut de la poésie, ne s'ensuivrait. | | | | |
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| cité | | | De la vertu propédeutique de la ponctuation : prends les trois formules, qui résument les régimes politiques - « parle toujours », « répète après moi », « tais-toi » - et relis-les avec, successivement, le point d'exclamation, le point d'interrogation, les points de suspension - le chœur, le dialogue, le soliloque - qui réveillent en toi le rebelle, le penseur, le rêveur. Là où tu t'attarderas le plus sera ton âme. | | | | |
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| cité | | | La liberté, pour des raisons obscures, produit, dans les cerveaux affranchis, deux néfastes certitudes : celle d'un bien transparent et facile, qu'on porte au monde, et celle d'un mal opaque et étranger, dont on est immune. | | | | |
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| cité | | | Être libre – avoir de la pitié pour la noblesse impuissante des causes, qui nous poussent à agir ou à penser, avoir de l'ironie pour l'utilité dégradante de nos actes ou de nos pensées. | | | | |
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| cité | | | En inversant certains postulats totalitaires, on arrive parfois à de jolies métaphores démocratiques, par exemple : la vérité est multiple et l'erreur est une. | | | | |
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| cité | | | Le rêve social n'est beau qu'impuissant ; dès qu'un lyrisme (Marx) s'incarne dans un dynamisme (Lénine), un concentrationalisme (Staline) en prendra la suite. | | | | |
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| cité | | | La liberté disparaît de la circulation, lorsque, à tous les carrefours vitaux, ne se produit plus aucune panne des feux de circulation ; je ne peux mettre à l'épreuve ma liberté que devant la perplexité ou la permissivité de tous les feux, éteints ou éclairés simultanément. | | | | |
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| cité | | | L'idéal de la liberté est atteint : le veau d'or se moque et du lion hiératique et du mouton démotique ; l'idéal de l'égalité triomphe : le loup et l'agneau sont assurés de démarrer leur course à partir des mêmes starting-blocks ; quand on s'avisera de se pencher sur la fraternité, on la trouvera tout prête à unir, corps et âmes, les robots que seront devenus les hommes libres et égaux. | | | | |
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| cité | | | La liberté : dans ton mental, distinguer l'inertie (expérience, langage, intérêts) de la pulsion initiale (déracinement, degrés zéro, pureté) ; une fois la distinction faite, même une décision grégaire devient libre ; sans elle, même le choix le plus original ou loufoque peut être servile. | | | | |
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| cité | | | Le règne du troupeau assagit les loups et abêtit les moutons. Ceux-ci s'imaginent libres et individualistes ; ceux-là s'imaginent méritants et vertueux. | | | | |
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| cité | | | De misérables cornichons, comme Popper et Hayek, plus américains que les Américains, voient dans l'écroulement du communisme réel une raison suffisante pour ne prier que sur la libre entreprise, la technologie, l'égalité des chances. Et ils ont raison, dans leur temple - l'immense et silencieuse salle-machines, où calculent et s'agitent des robots libres au cœur éteint. Et moi, j'aurais tort, si je voulais propager mes idées de fraternité charnelle et d'égalité des assiettes en dehors de mon club de gentlemen. | | | | |
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| cité | | | La liberté et la fraternité font des progrès grâce au même phénomène - l'accent mis sur la forme esthétique plutôt que sur le fond éthique : la liberté progressa dans la société et dans les têtes, et la fraternité - dans la solitude et dans les cœurs. L'égalité n'a pas eu la même chance et doit attendre, que les hommes ressentent du dégoût à la vue de l'inégalité matérielle ; et curieusement, c'est la morne égalité des goûts qui les en empêche le plus. « L'homme n'est vraiment homme que conscient de l'inégalité sociale » - A.Blok - « Одно делает человека человеком : знание о социальном неравенстве ». | | | | |
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| cité | | | C'est la sueur des fronts des esclaves, esclaves des sillons ou esclaves d'une feuille blanche, et non pas le sang des hommes libres, qui fut la semence de la liberté ; les martyrs n'engendrent que des tyrannies. Le sang, engrais ou lubrifiant, il ne se mêle plus au ruissellement de larmes, ni de sueur, ni d'encre. En version clonage transgénique, la liberté se contente d'arrosage artificiel. | | | | |
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| cité | | | Curieusement, aux trois types de communauté correspondent les valeurs républicaines françaises : en sélectionnant par les moyens, on fait appel à l'égalité, et l'on se retrouve dans une corporation ; en brandissant les buts, on mobilise des libertés, pour créer une troupe ; en subissant ou en s'imposant des contraintes, dans une chaude fraternité, on se recueille dans un cloître ou dans des ruines. | | | | |
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| cité | | | Il est certain que Dieu créa la liberté, et que l'esclavage est une invention humaine. Pourtant, Dieu sacrificiel se fit esclave, l'homme infidèle s'imagina libre. | | | | |
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| cité | | | La démocratie, c'est une méta-loi, la règle, qui définit ce que devrait être la loi. Cette règle, aujourd'hui, - assouvir la faim minimale du faible - n'est qu'une méta-oppression. La bonne méta-règle devrait être : ne pas engraisser, mais engrâcer la force. « Une société qui n'aurait plus pitié pour ses faibles, deviendrait robotique » - Dostoïevsky - « Когда общество перестанет жалеть слабых, оно очерствеет ». | | | | |
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| cité | | | On aimerait que dans un âge d'or règne autre chose que l'or, mais c'est le fer qui, d'accoutumé, en prend la place. Sous la forme des chaînes ou des glaives. | | | | |
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| cité | | | Ils voient dans l'argent un instrument de la liberté. Que Pinocchio, fabriqué par d'autres outils, outils du rêve, paraît vulnérable, face aux robots à la cervelle, mâchoire et entrailles infaillibles, robots sortant de leur outil sans pitié ni honte. | | | | |
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| cité | | | Ils cherchent à s'extirper de la fatalité et à gagner la liberté par l'intelligence et le courage ; ce qui rend encore plus acérées leurs canines et encore plus cohérents leurs calculs, mais tue leurs rêves, frères de la fatalité, dans la région, où nolentem trahunt. | | | | |
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| cité | | | Les apports des deux révolutions. La française : en liberté - presque rien, en égalité - un microscopique progrès de l'égalité des chances, en fraternité - l'ivresse de quelques années. La russe : en liberté - l'étouffement définitif d'une liberté naissante, en égalité - un saut énorme vers l'égalité dans la misère, en fraternité - l'ivresse de quelques mois. Toutes les deux - nées de très beaux rêves : de ceux des encyclopédistes et de ceux du marxisme et de l'Âge d'Argent. Les peuples décidèrent de se débarrasser des rêves. | | | | |
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| cité | | | Même si le thème de liberté devint l'apanage du robot, et celui de fraternité s'applique surtout au mouton, celui d'égalité reste difficilement casable, avec deux lectures alternatives : à travers la liberté - l'égalité idéologique, donc minable, ou à travers la fraternité - l'égalité sentimentale et même physiologique, donc humaniste. | | | | |
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| cité | | | On entendit tant de balivernes sur la liberté, qui serait combat de tous les jours, tandis que, dès le deuxième, on combattra déjà pour les industriels ou pour les chefs ou pour le pouvoir d'achat, faute de noblesse durable : « Quand les mœurs et les lumières manquent, on peut encore conquérir la liberté, on ne la peut garder » - Chateaubriand. | | | | |
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| cité | | | Il n'y a que deux types de liberté non-mécanique : la liberté spirituelle et la liberté politique ; la première est le don de création à partir du point zéro des idées ou des mots ; la seconde est l'intelligence d'accorder à une communauté la stature d'une personne et d'agir en son nom. | | | | |
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| cité | | | L'homme moderne : un esclave intérieur, s'entendant à merveille avec un homme libre à l'extérieur. « Dans la vie extérieure, on ne doit pas rendre les hommes plus libres qu'ils ne le sont à l'intérieur d'eux-mêmes. La question, ce n'est pas d'améliorer la vie des esclaves, mais d'en éradiquer l'existence même » - Herzen - « Нельзя людей освобождать в наружной жизни больше, чем они освобождены изнутри. Задача не в том, чтобы рабам было лучше, а в том, чтобы не было рабов ». Mais les hommes libres à l'intérieur se fichent, malheureusement, de la liberté extérieure et se retrouvent dans des tyrannies. | | | | |
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| cité | | | L'esclave dans l'âme profite de la liberté, pour choisir sereinement et sans pression aucune son statut de domestique : « Les hommes ne sont pas des esclaves ; ce sont des domestiques volontaires » - A.Karr. Le plus écœurant, dans ce volontariat, est que les mérites des maîtres se mesurent à l'échelle de la valetaille. D'où cette harmonie sans fracture aucune. | | | | |
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| cité | | | L'esclave devint largement majoritaire, puisque tous les maîtres l'y rejoignirent. À l'extérieur, ils sont de plus en plus libres, tout en devenant de plus en plus esclaves de la foule, qui les habite, à l'intérieur. Et qui se soucie encore de la liberté intérieure ? « L'ennemi principal de la liberté, c'est un esclave repu et content » - Kropotkine - « Главный враг свободы - сытый и довольный раб ». | | | | |
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| cité | | | Le démocrate se transforme, tout naturellement, en robot : la loi écrite est rédigée en langage algorithmique ; le tyran est déjà un mouton : qui poursuit apprend aussi à suivre. | | | | |
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| cité | | | Le hurlement fut digne et haut, lorsqu'il s'agissait de la faim, de la liberté ou des privilèges de naissance ou de fortune, mais aujourd'hui toute grogne de ras-le-bol retentit au minable ras des pâquerettes. | | | | |
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| cité | | | L'effet désastreux d'une liberté acquise : on succombe à une léthargique paix d'âme. Et ce n'est pas par hasard qu'on les mette souvent ensemble, soit en repus : « Je consacre mes retraites à ma liberté, à ma tranquillité » - Montaigne, soit en plaisantin : « Le repos et la liberté, les rois ne les donnent point, ou plutôt qu'ils ôtent » - Voltaire, soit en dépité, amoureux ou vaniteux : « Ici-bas, nulle trace d'un autre bonheur, que la tranquillité et la liberté » - Pouchkine - « На свете счастья нет, но есть покой и воля ». Dommage, puisqu'on sait bien, que ce sont les esclaves de deux maîtres, d'Apollon et de Dionysos, qui réussissent le mieux les nobles tâches de beauté et d'intranquillité. | | | | |
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| cité | | | Pour ceux qui découvrent un isoloir, il étanche leur soif de liberté ; pour les habitués, il n'est qu'une vespasienne. C'est par la hauteur des murs autour de ton besoin qu'on reconnaît l'urgence de le satisfaire. | | | | |
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| cité | | | Il faut réhabiliter le mot révolte, si profané par son emploi massif, vil et payant. Il faudrait l'associer à l'éternel et gratuit retour, ou bien au sacrifice de mes propres intérêts, qui en ferait témoin de ma liberté révolutionnaire : « L'authentique souveraineté est révolte » - G.Bataille. | | | | |
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| cité | | | Dans la liberté, le robot voit un mode d'application de la vérité. Cette vérité appliquée s'appelle machine. La vérité univoque résulte de la liberté appliquée. Le premier élan de la liberté vient toujours d'un beau mensonge. La grisaille de la vérité enveloppe ensuite la liberté incolore ignorant le « délire dionysiaque de la vérité » (Hegel - « bacchische Sinnenlust »). | | | | |
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| cité | | | Ce que vaut une vérité banale s'apprend en prison ou en exil ; la belle vérité, la vérité naissante, se présente comme un beau mensonge. « La vie en liberté n'est qu'une vie de tromperies et de mensonges » - L.Andréev - « Жизнь на свободе есть сплошной обман и ложь ». Oui, le ciel est plus beau, vu à travers les barreaux, mais la liberté amène plutôt la vérité et l'honnêteté, c'est à dire l'ennui robotique. Notre soi a quelques chances de percer à travers des mensonges organiques ; au milieu des vérités mécaniques, il perd ses couleurs et sa vitalité. À moins qu'on décrète : est vrai ce qui palpite, est mensonge ce qui est plat. | | | | |
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| cité | | | Toutes les grandes idées sont tyranniques ; peut-on imaginer un chantre philosophique de la démocratie ? Mais Hegel, tout naturellement, s'entiche de Napoléon, Nietzsche - de César Borgia, Sartre - de Staline, Heidegger - de Hitler. | | | | |
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| cité | | | Tant qu'il y aura des forts et des faibles, la liberté sera un oppresseur. Pour le fort, c'est l'égalité qui entrave. La loi ne peut affranchir que si l'on est fraternel. | | | | |
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| cité | | | Si la liberté est un exil, l'égalité - un permis de séjour, la fraternité est une perpétuelle reconduite aux frontières ! « L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie. La fraternité n'en a pas » - Lamartine. | | | | |
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| cité | | | Si je n'accorde à la liberté que des seconds rôles, c'est que je sens que sa seule manifestation enthousiasmante découle entièrement de l’œuvre - ou plutôt du renoncement à l’œuvre ! - du bien. Ce qui reste vrai, même dans la sphère politique : « La loi de la solidarité des hommes est leur première loi, la liberté n'est que la seconde. Nous ne sommes libres que dans la mesure, où les autres le sont »* - Bakounine - « Закон солидарности - первый человеческий закон ; свобода же лишь второй. Мы свободны лишь в той мере, в которой свободны остальные ». La liberté du loup efface l'égalité des agneaux. L'égalité avec les agneaux prive le loup de liberté. | | | | |
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| cité | | | Les hommes bavèrent tellement à cause des servitudes politiques ou religieuses, qu'ils continuent, par inertie, à attacher à la notion de liberté une importance, qu'elle ne mérite plus. Autant ces deux sortes de liberté sont faciles à définir et à comprendre, autant il est ardu de saisir la liberté spirituelle ou éthique. Qui comprendrait encore ce qu'est le culte des commencements ou la part du sacrifice et de la fidélité dans nos prises de position ou de pose ? | | | | |
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| cité | | | Le déséquilibre des totalitarismes vient de leur partialité systématique : la tyrannie de gauche, mécaniquement, est du côté des faibles, ce qui ruine l'économie et la liberté, et celle de droite, cyniquement, – du côté des forts, ce qui ruine la fraternité et la liberté. Tandis que l'équilibre démocratique est apporté par un pouvoir, qui est avec le fort, aux moments paisibles, et avec le faible, aux moments troubles. | | | | |
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| cité | | | C'est au milieu des moutons et/ou robots qu'on trouve les candidats les plus loquaces à l'exception, de race ou de face. « Une seule loi pour le lion et le bœuf, c'est l'oppression » - W.Blake - « One Law for the Lion & Ox is Oppression » - je dirais plutôt compression, qui génère le mouton. Mais deux lois différentes, c'est la suppression de l'un des deux. | | | | |
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| cité | | | Une chose sacrée, comme l'amour ou la liberté, lorsqu'on ne fait qu'écrire partout son nom, au lieu de le chanter, ne sera plus adorée que pour sa lettre, son esprit s'évaporant et son âme expirant. | | | | |
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| cité | | | Plus on est libre, plus la création est mécanique. La création organique surgit des contraintes, aussi bien de celles des autres que des tiennes propres. La vaste liberté des cerveaux réduit la hauteur des âmes. | | | | |
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| cité | | | La réalité totalitaire étant plutôt austère, les tyrans, pour préserver leur lieu actuel, bourrent les crânes avec des images idylliques d'un avenir radieux, tandis que « le moment actuel seul occupe les démocraties et les absorbe » - Tocqueville. Mieux est entretenu l'espace, mieux le temps tient ses promesses. Le but clair dérange le démocrate ; la contrainte claire désarme le tyran ; et puisque de bonnes contraintes valent mieux que de bons buts, la démocratie est à préférer. | | | | |
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| cité | | | Le démocrate réduit le passé aux faits, et l'homme totalitaire - aux jugements. Ainsi, le premier prépare une base de la vérité ; et le second absolutise l'idéologie et dévalorise la vérité. | | | | |
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| cité | | | Comment s’appelle une fraternité, érigée contre la liberté et l’égalité ? - l’abjecte servilité ! Toute la démagogie dostoïevskienne s’y réduisait : « Le christianisme catholique n’enfanta que du socialisme ; le nôtre donnera vie à la fraternité » - « Из католического христианства вырос один социализм; из нашего вырастет братство » - les deux prônant l’inégalité, aucune franche fraternité n’y est possible, mais les premiers réussirent une liberté sociale, et les seconds – une liberté individuelle. | | | | |
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| cité | | | Pour être un héros dans la vie, il faut avoir le culot, ou l'aveuglement, de voir son rêve incarné dans une action, une courte liberté. Heureusement, il en existent de plus vastes : « Si tu rêves, tu seras libre d'esprit ; si tu luttes, tu seras libre dans la vie »** - Che Guevara - « Sueña y seras libre de espíritu, lucha y seras libre en la vida ». La préférence donnée par les hommes à la chamaillerie, au détriment du rêve, se voit dans la propagation de cerveaux serviles et de libertés de reptiles. | | | | |
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| cité | | | Les profiteurs du culte mercantile, de l'académicien à l'apothicaire du coin, sont les premiers à rougir de colère et les derniers à rougir de honte. Vautrés dans leurs infâmes mérites, mathématiques ou pharmaceutiques, ils se prosternent devant Plutos. | | | | |
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| cité | | | Le sot remuant, pris en pleine violation du code de la route sociale, alléguera la liberté de s'égarer ; mais le sens de la circulation, de nos jours, est si clair, que le seul moyen de s'égarer est de rester immobile. Que ne se permettent que les esclaves du mot libre. Le mot servile s’indigne, le mot libre se résigne. | | | | |
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| cité | | | La vérité logique et la liberté politique sont des valeurs collectives, portées par une majorité compacte. Leurs homologues personnels, la vérité d'un nouveau langage ou la liberté d'un regard ailleurs, s'insinuent, s'infiltrent pour séduire. Mais ce monde monolithique, d'une écrasante majorité, boucha tous les pores, munit de pièges toutes les échappatoires, condamna les cours d'honneur et ne reçoit que dans la basse-cour les moutons triomphants. | | | | |
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| cité | | | On assiste à l'intronisation de l'horizontalité, de la platitude finale, des reliefs uniformément empreints par l'argent, des esclaves se prenant pour maîtres, des maîtres se comportant en esclaves. « L'Histoire s'achève au moment, où disparaît la différence entre Maître et Esclave » - Kojève. | | | | |
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| cité | | | Toutes les meilleures passions s'adressent aux ombres. « Je suivrai jusqu'au bout ton nom, Liberté, même quand tu ne seras plus qu'une ombre vaine »* - Lucain - « Tuumque nomen, Libertas, et inanem persequar umbram ». Mais que dirais-tu de Liberté, bien en chair et en lettres et ne rejetant aucune ombre, puisqu'il n'y a plus de lumière d'esprit ? | | | | |
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| cité | | | Ce qu'il y a de plus beau, chez l'homme, aime l'obscurité, tandis que la liberté, aujourd'hui, c'est l'invitation à la lumière, qui ne met en volume que la grisaille. « Pourquoi la liberté, si belle en soi, avilit-elle tellement les hommes ? »*** - Hippius - « Отчего свобода, такая сама по себе прекрасная, так безобразит людей ? ». | | | | |
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| cité | | | La liberté politique devint bien réelle, seulement elle changea de genre ; de fable elle se mua en mode d'emploi ou manuel de références, à usage des robots gouvernables. C'est de la ringardise romantique que de ronchonner : « La liberté politique est une habile fable, inventée par les gouvernants pour endormir les gouvernés » - Napoléon - tous veillent, aujourd'hui, et personne ne rêve. | | | | |
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| cité | | | Trois attitudes, face à la liberté politique : croire la posséder, se battre au nom d'elle, la croire insignifiante - la bêtise, la force, la faiblesse. Pour continuer à tenir à l'ironie et à la pitié, ces deux piliers de la noblesse, la troisième position est la seule possible. Vivre dans une lumière immuable, se frayer le chemin vers la sortie de sa caverne, se vouer au jeu des ombres. | | | | |
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| cité | | | L'enfer tiédit, s'étend et se civilise ; le ciel se climatise, s'approche et se vide. Les dominer devint un jeu d'enfant, les distinguer n'a plus aucun intérêt : « Mieux vaut régner dans l'Enfer que servir dans le Ciel » - Milton - « Better to reign in hell than serve in heaven » - il n'y a plus ni esclaves ni maîtres, dans ces contrées viabilisées. | | | | |
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| cité | | | J'ai un goût pour la liberté du faible, du vaincu, de l'ange : Leopardi, Lermontov, Cioran. La liberté prônée par Goethe ou Baudelaire, liberté du fort, du gagnant, du démon, Lucifer ou Léviathan, - est grégaire, en seconde lecture. | | | | |
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| cité | | | La nature de la liberté dépend du poids respectif qu’y jouent les contraintes ou les buts. Elle sera, donc, respectivement, aristocratique ou démocratique. | | | | |
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| cité | | | Leur sordide liberté fait marcher les salles-machine, elle ne fait pas danser nos fibres patriotiques, qui, jadis, trouvaient écho dans les chaumières et dans les châteaux. « Fini le patriotisme : argent libre, amour libre, église laïque libre, dans un État laïc libre » - Joyce - « No more patriotism. Free money, free love and a free lay church in a free lay state ». Dans votre laïcité robotique, les programmes et projets remplacèrent les prières. | | | | |
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| cité | | | On appelle, aujourd'hui esclave, homme passif et pas assez entreprenant, celui qui est incapable de faire fortune par lui-même et qui implore une aide fraternelle. L'homme n'est libre que s'il gagne assez d'argent - telle sera l'attitude de la majorité méprisante, face aux pauvres. | | | | |
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| cité | | | L'égalité, en tant que slogan, est proclamée avec la même ardeur par la tyrannie et par la démocratie ; la liberté la rend virtuelle, et la servitude - humiliante ; la première fait des hommes - des robots ou des loups, la seconde - des moutons ou des ânes. Et on verra des voracités remuantes ou des indigestions puantes. | | | | |
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| cité | | | Les problèmes de compétition – le premier souci du communisme : tolérer la compétition politique (libertés et égalités) et ne pas subir la compétition économique avec le monde capitaliste (donc – le passage simultané, planétaire, au communisme). | | | | |
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| cité | | | Le caractère se forge en se frottant contre ce qui ne nous ressemble pas. Une nation libre entourée d'autres nations libres n'aura d'avenir que dans un troupeau. « Une nation n'a de caractère que lorsqu'elle est libre » - G.Staël - un caractère formé par mimétisme, sans aucune contrainte. | | | | |
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| cité | | | Dans les tyrannies, l'homme libre hurle, gémit ou chuchote ; dans la démocratie, il ricane, en prouvant ainsi sa servilité intérieure. Un haussement d'épaules, une fausse marque d'une férule dominante. C'est le cou, courbé, incliné ou dressé, qui traduit le mieux le degré de mépris, qu'on peut se permettre. | | | | |
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| cité | | | C'est l'absence de calomnies flagrantes qui rend si fade la véridique liberté. La liberté statufie la vérité, l'esclavage la déifie. La calomnie, par un jeu de contrastes, érige une belle, mais fausse, auréole autour de toute vérité, qu'elle soit grégaire ou rebelle. Calomnier la liberté, c'est lui rendre un service. | | | | |
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| cité | | | L'aubaine pour le robot - le droit de faire ce que la loi permet - la liberté robotique. On ne prouve sa liberté que par des raisons des transgressions, par le choix de rythmes défiant les algorithmes. Tant que ce sont les loups qui rédigent les lois, les agneaux peuvent remercier le sort de n'être que des vaches à lait. Quand les agneaux s'y mettent, ils réduisent tout le monde en ânes, caméléons ou perroquets. | | | | |
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| cité | | | L'argent est appelé, chez eux, à n'être que serviteur, mais les serviteurs, en démocratie, sont promis aux postes de maîtres. Tout bon serviteur devient un méchant maître. C'est à l'argent que se réduisent désormais la vie (que voulait l'esclave) et la liberté (que voulait le maître) - ils finirent par devenir indiscernables. C'est St-Augustin qui est sans concession : « L'argent est un mauvais maître et un perfide serviteur » - « Aurum malus dominus, proditor servus ». | | | | |
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| cité | | | Oui, la franchise appartient à la liberté, et le mensonge – à l'esclavage : mais ce qu'on exhibe dans la liberté, ce sont de plats lieux communs, tandis que, dans une tyrannie, derrière le mensonge commun vibrent des vérités personnelles et viscérales. | | | | |
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| cité | | | La démocratie est la sobriété de pouvoir. La tyrannie en est l’ivresse, ce qui met sous la même bannière les poètes, les sans-abri, les voyous et les tortionnaires. | | | | |
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| cité | | | Type de rebelle, dans un style type, vu par un intellectuel type (Sollers) : « Il aime Louis XV, exècre Napoléon. Il ne veut connaître que l'Allemagne maritime. Rien de plus loin de lui que la Russie. En revanche, New York lui plaît, la Chine l'intrigue. La Californie lui envie son arrière-pays. Il est sec, secret, lucide. Farouchement individualiste, il déserte volontiers les collectivités. Bref, ce sera toujours un frondeur ». Que les tyrans tremblent devant cet émeutier ! - vous avez compris, il s'agit des marchands de vin de la ville de Bordeaux. La ligne du goût coïncidant avec celle de la réussite commerciale. | | | | |
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| cité | | | Nous nous débarrassons, de plus en plus, de drapeaux et de cocardes. Les enseignes immaculées des marchands leur succédèrent, en apaisant nos inappétences et nos consciences. Le drapeau souillé, au moins, avait le mérite de nous rappeler l'existence d'une honte à boire. | | | | |
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| cité | | | Le malheur des modernes est de naître déjà libres, ce qui les prive de la joie de découvrir ce qu'est la liberté, même imméritée, même sans les fers. C'est le bronze, autour du cœur, et non plus le fer, autour des mains, qui empêche l'homme de palpiter, libre. La liberté vécue comme un poème épique et non pas comme un théorème juridique. | | | | |
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| cité | | | La liberté démocratique : pouvoir profiter pleinement de ses succès, pouvoir abandonner paisiblement ses avis défaillants. La liberté aristocratique : savoir sacrifier les fruits de ses triomphes, savoir rester fidèle au rêve déchu. C'est de cette dernière que parle Berdiaev : « La liberté n'est pas démocratique, elle est aristocratique » - « Свобода не демократична, а аристократична ». | | | | |
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| cité | | | La liberté est surtout belle, lorsqu'elle est invisible ou secrète. On la réclame ou la déclame, elle devient palpable comme un algorithme. Mais le rythme ou le chant de la liberté en deviennent si souvent le chant du cygne. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, l'esclave d'âme inspire la pitié et réveille des sentiments fraternels ; sous la démocratie, il inspire l'ironie et le mépris. Donc, l'homme vraiment libre se trouve, socialement, dans un état plus apaisé sous des despotes que sous un régime libéral. Pour l'homme libre, l'indignation est l'un des sentiments les plus vulgaires ; heureusement, le goujat en vit et, étant l'espèce la plus dynamique, il favorise le progrès social (et la dégénérescence individuelle). | | | | |
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| cité | | | Les goûts respectifs pour l'acquiescement silencieux ou pour la bruyante révolte naissent d'une même source - une dévorante ambition. Ou bien on se tourne vers la liberté, la mauvaise foi, l'authenticité (Sartre), et l'on finit par un beuglement, bête et solidaire, du troupeau, ou bien on se contente de l'aristocratisme, et l'on se recueille (Valéry) dans des commencements intelligents et solitaires. | | | | |
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| cité | | | Il faut blâmer le despote non pas parce qu'il abat l'arbre, pour avoir le fruit, mais parce qu'il refuse à l'arbre son existence hors toute forêt, et que l'arbre ne lui apporte que le fruit, plutôt que des fleurs, des cimes ou des ombres. Hélas, l'homme libre, au nom de la valeur marchande du fruit, oublie le caractère sacré de l'arbre, tout en l'entretenant telle une moissonneuse-batteuse. | | | | |
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| cité | | | Toute idée noble n'attire que des incapables ou des inutiles, qui finissent par s'appuyer sur une tyrannie quelconque, intellectuelle ou politique, car dans un débat libre, c'est-à-dire se référant à la réalité marchande, ils n'ont aucune chance de s'imposer. | | | | |
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| cité | | | Athènes et Descartes doivent être remerciés pour avoir introduit deux grands principes : la liberté dans la cité et le système dans la philosophie, leurs valeurs sont indubitables. Ensuite, les héritiers épigones les mettent en pratique : les politiciens fondent tout sur le commerce et les impôts, et les philosophes – sur le savoir et la vérité. Le parcours est rarement d'accord avec la source. Ne gardent un contact avec les commencements que les adeptes de la grandeur ou de la poésie, de Gaulle ou Nietzsche. | | | | |
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| cité | | | Vos poètes libres produisent de la poésie d'esclaves. Je préfère une poésie en fers à leurs proses sans vers. | | | | |
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| cité | | | La fraternité et la liberté ne sont que de belles idées, sans traductions fidèles dans la réalité ; seule l'égalité relève du réel, tandis que son idée est assez plate et sans envergure. Et en matière des inégalités, Rousseau - « Commençons par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question » - est avec les raisonneurs repus. | | | | |
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| cité | | | Le culte de l'inégalité, dans nos sociétés repues, découle directement de la sensation de force, qu'éprouvent même ceux qui se trouvent en bas de l'échelle sociale. Pour rendre l'homme – fraternel, il faudrait lui rappeler qu'il est faible. Et la liberté se vit mieux en tant qu'un songe qu'une veille. « L'épuisement est le chemin le plus court vers l'égalité, vers la fraternité, et c'est le sommeil qui y ajouterait la liberté » - Nietzsche - « Die Ermüdung ist der kürzeste Weg zur Gleichheit und Brüderlichkeit – und die Freiheit wird endlich durch den Schlaf hinzugegeben ». Il n'existe pas de rêves, nés dans l'abondance ; l'utopie est affaire de la misère, réelle ou imaginaire ; la satiété fruste tue la société juste. | | | | |
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| cité | | | La fidélité à une noble faiblesse et le sacrifice d'une force immonde – telles sont les contraintes, qui testent ta liberté intérieure. Quant à l'extérieure : « La liberté n’est rien quand tout le monde est libre » - Corneille. | | | | |
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| cité | | | Les despotes invoquent le bonheur, les ochlocrates – le patriotisme, les démocrates – la liberté. « Il y a un langage pour chaque régime politique : un pour la démocratie, un pour l'oligarchie, un pour la monarchie » - Platon. | | | | |
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| cité | | | Dès que je possède la liberté, je m'attache, comme tout le monde, aux biens, au consensus des sujets et à la présence du maître. Et je me souviens de mes premières amours, où, épris de la liberté, je voulais être riche sans biens, puissant sans armes, sujet sans maître. Mais dès que je possède la puissance, je n'ai plus la liberté : « Cet étrange désir - chercher la puissance et perdre la liberté » - F.Bacon - « It is a strange desire to seek power and to lose liberty ». Ceux qui veulent pouvoir sont rarement libres ; ceux qui peuvent vouloir le sont plus sûrement : « La liberté est une sensation de pouvoir vouloir »** - Valéry. | | | | |
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| cité | | | La liberté, c'est l'intelligence qui ne s'est pas encore câblée, laissant un intervalle entre l'excitation et la réaction. Les hommes avancent, inexorablement, vers l'esclavage final, où l'on n'aura que des réflexes intelligents. | | | | |
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| cité | | | Méfie-toi de l'équilibre dans la vie provenant soit de l'acceptation d'une volonté surhumaine, de la reconnaissance donc de l'assujettissement, soit de l'excitation des droits. Soit je confie ma liberté à une idole infaillible, soit je la profane par ses prétentions et ses certitudes. Cherche de belles servitudes et ne crois pas que « la liberté fut le plus grand don que Dieu fit en créant » - Dante - « la libertà, lo maggior don che Dio fesse creando ». | | | | |
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| cité | | | Le mouton suit ce que veut son instinct sourd ; le robot exécute ce que peut son algorithme monotone ; l'homme libre tâte ce que vaut la voix palpitante du bien. Mais les deux premières espèces prétendent, elles-mêmes, être libres : « Être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut » - Sartre. La liberté ne se mesure qu'à l'échelle verticale du valoir (la noblesse et le talent) ou du devoir (la fidélité et le sacrifice) ; le vouloir (l'instinct ou la violence) et le pouvoir (la force et l'inertie) appartiennent à l'horizontalité. | | | | |
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| cité | | | Ceux qui dénoncent le plus fort la nocivité des idéologies, en matière des libertés, prônent, en toute conscience tranquille, l'idéologie méritocratique de l'abjecte inégalité. Autant le mouton veut l'égalité des goûts, autant le robot veut l'inégalité des menus. L'homme y perd et en science et en conscience. | | | | |
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| cité | | | Dans le monde évolué, il ne reste plus de candidats au titre de libérateurs de l'humanité. Les hommes libres s'en débarrassèrent. « Je suis pour que l'homme libre se débarrasse des libérateurs du genre humain » - Herzen - « Я - за борьбу свободного человека с освободителями человечества ». Tout agneau partage désormais les nouveaux langage et allure du nouveau loup, empruntés à l'ancien mouton. | | | | |
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| cité | | | Plus les élections terrestres, libres et bruyantes, se propagent, moins on entend l'appel céleste. Beaucoup d'élus et peu d'appelés. | | | | |
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| cité | | | Le sens du Bien est un don divin, dont la projection humaine s'appelle justice : la justice personnelle – la fraternité ; la justice politique – la liberté ; la justice sociale – l'égalité. L'idée d'égalité doit être la plus pure, puisqu'elle n'a aucune chance de se réaliser. « Quand les régimes mortifères, qui se réclament du communisme, auront achevé de s'effondrer, l'égalité réelle sera une idée neuve » - Enthoven. | | | | |
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| cité | | | Quand ta vie libre est déjà envahie par la foule, ce n'est plus de la servilité, mais de la complicité ; sinon une servilité sociale (d'épiderme et de raison) protège la liberté vitale (d'âme et d'esprit). « Demandez des âmes libres, bien plutôt que des hommes libres » - J.Joubert. | | | | |
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| cité | | | À l'agneau, surpris dans son refuge précaire, le loup assène la bonne règle : « Celui qui abandonne la liberté pour la sécurité ne mérite ni la liberté ni la sécurité » - Franklin - « They that can give up essential liberty to obtain a little temporary safety deserve neither liberty nor safety ». Heureusement, aujourd'hui, il restent tellement de ruines abandonnées d'appétits de rapaces, où se tapissent les agneaux d'un Dieu mort. | | | | |
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| cité | | | Un faisceau d'acceptions impossible autour de liberté : une liberté politique, une liberté en tant que le contraire d'un déterminisme, une liberté dimension d'un espace des choix, une liberté comme affirmation d'une indépendance d'esprit. L'un de ces mots voués à la profanation définitive ; comme amour, vérité, bonheur. | | | | |
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| cité | | | Les esprits sont des libres entreprises ; les âmes exercent une tyrannie aristocratique. D'où l'extinction de celles-ci et la prolifération de ceux-là. Plus de rêveurs, esclaves de leurs âmes ; que des ruminants libres, négociant avec leurs esprits. « Rien ne m'est plus étranger que toute cette engeance, européenne et américaine, de libres penseurs » - Nietzsche - « Nichts ist mir unverwandter als die ganze europäische und amerikanische Species von libres penseurs ». | | | | |
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| cité | | | Le sentimentalisme de la fraternité engendra le réalisme de la liberté, mais le moralisme de l’égalité resta rêve stérile, sans descendance. Le contrat social rousseauïste, la lutte des classes marxiste ou les transactions modernes entre les corporations des riches ou des pauvres ne portent que sur les conditions du maintien de l’inégalité. | | | | |
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| cité | | | Sans contraintes, que je m'impose moi-même, – pas de liberté. Quand tout est permis, je vis en esclave. « Plus l'homme est conscient des contraintes, c'est à dire moins il a de liberté intérieure, plus libre est la société, qu'il forme »** - Kontchalovsky - « Чем более человек организован, то есть внутренне несвободен, тем более свободное общество он создает ». | | | | |
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| cité | | | Dans cette société sévit l'arbitraire, et dans celle-ci apaise la loi. L'homme, avec la même présence de vertus et de vices, vit d'inquiétude et de honte, dans le premier cas, ou bien se repaît de conscience tranquille, dans le second. Un malheur moutonnier, un bonheur robotique. Le E.Jünger centenaire, avec ses dernières paroles : « Ma lecture approfondie de Dostoïevsky me rendit susceptible aux rêves inquiets » - « Meine intensive Dostojewski-Lektüre macht mich für unruhige Träume anfällig » - découvrit la saine inquiétude. | | | | |
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| cité | | | Avant de te faire l'apôtre de quoi que ce soit, pense à l'inquisiteur, qui prendra ta suite. Ne vise aucune foi réglementaire, pour que la tienne propre ne soit jamais traitée d'hérésie. | | | | |
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| cité | | | Si je stigmatise l'effet, le progrès, tout en saluant la cause, la liberté d'entreprendre, je favorise l'inévitable régression morale. Le casse-têtes psychologique : comment fixer le plancher des aises matérielles, au-dessus duquel on les doit sacrifier au bien-être spirituel ? | | | | |
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| cité | | | Autour de moi, dans chaque tête, un homme révolté. Je les mets côte à côte - ils forment un troupeau compact et homogène. On n'atteint à la solitude détonante que par une résignation presque servile. | | | | |
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| cité | | | Être compétitif, telle est la finalité du monde d'aujourd'hui. Enterrer ainsi l'égalité est certes dramatique, mais éteindre, par la même occasion, tout appel de la fraternité est proprement tragique. De toutes les libertés on sacralisa la plus minable, celle d'entreprendre ; on oublia la liberté sacrificielle, celle de se déprendre. | | | | |
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| cité | | | Pour un artiste libre, la tyrannie est une bienfaisante contrainte plutôt qu'un paralysant avilissement. Surtout s'il tient à l'expression secrète de son âme plus qu'à l'impression autorisée sur papier. « Ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole » - Kierkegaard. | | | | |
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| cité | | | Les notions de noblesse ou de dignité fleurissent sous les régimes totalitaires, et la culture y a l'ambition de s'élever à la hauteur de la nature. L'exaltation collective y contribue à donner un sens optimiste à l'existence. L'inculture monstrueuse ne se révèle qu'avec le retour de la liberté, qui nous rendra plus humains, c'est à dire plus pessimistes. Ne crois plus que « la culture rend la vie plus digne d'être vécue » - T.S.Eliot - « culture - that which makes life worth living ». | | | | |
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| cité | | | La dégringolade du débat public : de la liberté de croire, à la liberté de voter et à la liberté d'entreprendre – les enjeux, jadis mystiques et politiques, devinrent exclusivement économiques. Les comptables évincèrent les poètes et les tribuns. | | | | |
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| cité | | | Aucune force extérieure ne peut nous priver de notre liberté intérieure ; celle-ce ne se perd qu'en suivant soit l'inertie moutonnière, soit l'algorithme mécanique. Ceux qui sont déjà tout près du mouton ou du robot pensent qu'« il est aisé d'écraser, au nom de la liberté extérieure, la liberté intérieure de l'homme » - Tagore. | | | | |
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| cité | | | L'égalité ne peut être qu'un point d'arrivée. Toute tentative de l'imposer, avant qu'on ne soit libre, est vouée à l'échec : « Il dépend des nations, que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté » - Tocqueville – c'est à la liberté de nous conduire à l'égalité. | | | | |
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| cité | | | Librement et fraternellement, accepter l'égalité matérielle – telle devrait être le premier principe d'une société européenne, c'est à dire, à la fois, chrétienne, communiste et aristocratique. | | | | |
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| cité | | | La liberté sort, triomphante, du XX-ème siècle ; les deux grands vaincus – la fidélité à la grandeur et le sacrifice au nom de la justice. La fraternité et l'égalité – disqualifiées à jamais. Désormais, la transaction sera le seul mode d'échange entre les hommes. | | | | |
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| cité | | | Comment voulez-vous que je m'extasie en faveur de la liberté, si je sais, comme tout le monde, que le moyen le plus sûr d'en profiter, c'est l'argent ? | | | | |
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| cité | | | Deux rebelles, ayant fini sur une croix, Spartacus et Jésus, sont à l'origine de deux mythes opposés : celui de l'éternel Retour de l'homme libre et de la Résurrection de l'esclave. Que Zarathoustra et Manès du dire-oui, de l'acquiescement et de l'immobilité me sont plus proches ! | | | | |
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| cité | | | Abélard et St-Bernard annoncent leur débat public sur la liberté, dans une cathédrale ; le roi de France s'empresse d'y accourir. Aujourd'hui, les princes de ce monde n'honorent de leur présence que les réunions sur les tracas monétaires. | | | | |
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| cité | | | La liberté politique prend appui sur la fidélité collective à la Loi rationnelle ; la liberté personnelle – sur le sacrifice intime de ses intérêts rationnels. Aucun point commun entre ces deux phénomènes, tout les oppose. Sauf chez les robots, qui les calculent et les implémentent. « Il n'y a pas deux libertés, une liberté 'civile' et une liberté 'intérieure'. Il n'y a qu'un libre arbitre » - Ricœur. | | | | |
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| cité | | | Ils agissent en robots collectivistes ou raisonnent en esclaves intimistes : « On ne gagne pas la liberté, au milieu d'une foule, on l'y perd » - Chafarévitch - « В толпе свобода не реализуется, а теряется ». Avec une tête et une société bien faites, les libertés politique ou spirituelle, celle des buts et celle des contraintes, sont faciles à gagner et à maintenir ; il reste la liberté des moyens, la liberté que procure ou en prive l'inégalité matérielle, cette honte, qui arrange tout le monde. | | | | |
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| cité | | | Le péché du pauvre - l'envie et la révolte - s'absout dans l'égalité des goûts. Le péché du riche - le brigandage et la malice - s'estompe dans la liberté d'entreprendre. Et la tentation - vivre en fraternité - n'effleure plus ni les uns ni les autres. « Satan, aujourd'hui, est plus percutant que jadis : il tente par la richesse et non plus par la pauvreté » - A.Pope - « Satan is wiser now than before, and tempts by making rich instead of poor ». Deux troupeaux, les riches et les pauvres, partagent, aujourd'hui, les mêmes valeurs, même s'ils n'ont pas les mêmes moyens. Impossible aujourd'hui de classer les goûts en fonction de la richesse ; le seul déclassé, aujourd'hui, c'est l'exilé des forums. | | | | |
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| cité | | | Le plus beau mérite de la liberté est de nous permettre de nous accrocher à de belles servitudes. | | | | |
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| cité | | | Jadis, la matière asservissait et l'esprit libérait. Mais aujourd'hui, le seul degré de liberté qui reste à acquérir se doit à la matière, et tous les esprits devinrent serviles. | | | | |
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| cité | | | Impossible de vénérer la liberté dans les plates affaires des hommes. Aucune profondeur casuistique ne l'héberge pas non plus. La liberté ne brille que par les sacrifices héroïques qu'exige la fidélité à la hauteur : « Selon quel critère juge-t-on la liberté ? - d'après l'effort pour préserver la hauteur » - Nietzsche - « Wonach misst sich die Freiheit ? Nach der Mühe oben zu bleiben ». | | | | |
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| cité | | | La culture est ce qui permet de prendre de haut la nature, la vérité et la liberté, tout en les maîtrisant. Et l'enseignement de langues anciennes et d'Histoire de philosophie, tant qu'il s'adressait aux élites, taraudées par le beau et le juste, en fut l'un des piliers. Mais depuis que le bouseux repu envahit l'école, il vaut mieux oublier le latin et enseigner l'écologie, le marketing et le traitement de textes, pour que triomphent la nature, la vérité et liberté mécaniques. En tout cas, la culture est condamnée, comme tout ce qui est organique. | | | | |
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| cité | | | Les affects et les affaires : contrairement aux premiers, on ne règle pas ces dernières en chantant ou en dansant, mais en parlant et en marchant. Et quand on nous invite : laissez parler votre cœur ou danser votre âme, on peut être certain, que la voix sous-jacente est totalitaire. Ou chrétienne : « Au fond, le christianisme est bolchevisme » - Heidegger - « Das Christentum ist in der Tat bolschewistisch ». | | | | |
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| cité | | | Ce n'est pas la portée ou la pertinence de leurs descriptions qui me fait ricaner des scientifiques, des journalistes ou des phénoménologues, mais la misère de leurs expressions. C'est comme les rapports entre la liberté et la justice : sans la justice fraternelle, la liberté fait partie de la mécanique. | | | | |
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| cité | | | Le degré de liberté est mesuré soit par son rayon soit par le choix de son centre. Le rayon n'en est que hasard ; c'est au centre que se dessinent mes trajectoires discontinues. Au rayon d'action, et même au rayonnage des acquisitions, il faut préférer le rayonnement, à l'origine de mes ombres picturales. La liberté se mesure en chaleur émise ou réfléchie, plutôt qu'en superficie circonscrite. Ni la lumière, dont ma liberté y dresse des ombres, ni l'amplitude de mon orbite ne sont à moi ; mais c'est à moi de créer une atmosphère, dans laquelle une vie, c'est à dire la liberté, est possible. | | | | |
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| cité | | | Les USA - le meilleur accoucheur de la liberté extérieure et le meilleur fossoyeur de la liberté intérieure. | | | | |
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| cité | | | Le goût de la liberté partagée naît de l'orgueil de l'avoir emporté ensemble ; le goût de la fraternité - de la honte d'avoir capitulé ensemble. | | | | |
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| cité | | | Devant tant de lumière certaine, autour de mes droits bien compris et écrits, je finis par ne plus distinguer la belle stature de la liberté, puisque « la liberté s'illumine dans les ténèbres » - Berdiaev - « тьма связана со Светом свободы ». Dans ce siècle de transparence, j'apprécie la chance d'avoir une âme opaque. | | | | |
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| cité | | | La liberté est une valeur des politiciens de droite ; l'égalité préoccupe les politiciens de gauche ; aux non-politiciens il reste la fraternité, la seule valeur non-quantifiable. Une fois le minimum vital, en libertés et égalités atteint, il ne reste à défendre que la liberté d'entreprendre et l'égalité des chances, qui finissent par se confondre. | | | | |
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| cité | | | Il y a nécessité du vrai et nécessité du bon. La première, la banale, – pour tester notre intelligence ; la seconde, la sacrée, – pour tester notre liberté. « La vraie liberté est l'accord avec une nécessité sacrée » - Schelling - « Die wahre Freiheit ist im Einklang mit einer heiligen Notwendigkeit ». | | | | |
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| cité | | | L'arbitraire des tyrans, dans une société totalitaire, fait trembler tout déviationniste, qu'il soit politique ou moral ; on y est souvent placé devant sa conscience trouble, à tort ou à raison. Dans une démocratie, seule la loi écrite restreint l'homme, d'où la prolifération de consciences en paix chez les crapules morales. L'oubli du péché originaire, inhérent à tout acte, éloigne du Bien. | | | | |
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| cité | | | On cherchait des poux au communisme dans ses aspects scientifique et politique, tandis qu'il fallait les prévoir du côté patibulaire et productif, des miradors et des vitrines. | | | | |
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| cité | | | Mon mot est libre, s'il exprime ma musique et respecte mes contraintes, en se dégageant des thèmes, faits et urgences de mon temps. On voit partout la liberté de pensée et la liberté de parole s'annihiler par la servilité de mots. | | | | |
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| cité | | | Dans un régime totalitaire, il y a plus de diversité d'avis que dans une démocratie, puisque l'axe malheur-bonheur est beaucoup plus vaste que l'axe échec-réussite. | | | | |
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| cité | | | Les tyrans commencent par persuader le faible, qu'il a assez de raisons, excellentes et dogmatiques, de se sentir heureux, fier, confiant en avenir. Dans une démocratie, il a toute la liberté de se répandre en lamentations, médiocres et sophistiques, sur ses malheurs, ses humiliations, ses horizons bouchés. | | | | |
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| cité | | | La sobriété démocratique n'inspire pas le poète ; il est emporté par une ivresse despotique. Et la révolution le laissera dans un cachot, dans une nausée, dans un suicide bien réels et horribles. Revenu, par chance, à la démocratie, il se mettra à inventer des cachots, des nausées, des suicides de pacotille. | | | | |
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| cité | | | Les actes des nazis sont en parfaite concordance avec leurs idéaux : la guerre, la supériorité raciale, l'extermination ou l'asservissement de races inférieures. Mais les actes des staliniens n'ont rien à voir avec l'idéal communiste : la libération par le travail, le bonheur collectif, la fraternité entre les forts et les faibles, les valeurs humanistes, opposées au lucre et à la compétition impitoyable. Tout est franc et honnête chez les premiers ; tout est fourbe et mensonger chez les seconds. L'idéal des premiers n'inspire plus que le dégoût ; celui des seconds – que la pitié. | | | | |
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| cité | | | Il faut être idéaliste, dans la sphère intime, et matérialiste - dans la sphère sociale ; savoir chanter une fraternité avec le proche et justifier une égalité avec le lointain. Marx n'était pas très loin de cette sagesse ; malheureusement, ses adeptes matérialistes n'entendirent pas sa musique idéaliste, et ses adversaires idéalistes, n'apprécièrent pas sa justice matérialiste ; dans les deux cas, - un affront à la liberté. | | | | |
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| cité | | | Le siècle des Lumières : le culte de la raison ironique, débouchant sur les barricades et le romantisme. Le XX-me siècle : le culte de l'utopie édénique, laissant derrière lui les charniers et le cynisme. Pour rêver librement, faisons allégeance à la raison. | | | | |
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| cité | | | Jadis, les opprimés, c'était la masse ; aujourd'hui, c'est la race, celle des solitaires. Le noble révolutionnaire, en abolissant les différences, libérait les masses ; aujourd'hui, c'est lui la race opprimée par l'indifférence. | | | | |
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| cité | | | La poésie n'a pas sa place dans les affaires publiques ; tout y doit être traité prosaïquement, pour empêcher tout prurit héroïque ou utopique se matérialiser dans un massacre. C'est pourquoi à la liberté des fiers (déjà atteinte) et à la fraternité des nobles (hors de notre atteinte) je préfère l'égalité des humbles (à portée de nos bourses) comme le premier souci. | | | | |
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| cité | | | Les partisans de l'inégalité matérielle admettent, implicitement, la division en maîtres et esclaves, puisque la richesse, dans les pays démocratiques, est le facteur central de la liberté. Donc, ils sont des esclaves. Esclaves d'un dogme inhumain et, partant, hostile au divin. Ces esclaves, ces derniers hommes, triomphèrent des maîtres, de ceux qui prêchaient l'égalité matérielle et la solitude aristocratique. | | | | |
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| cité | | | Il n'y a plus ni anges ni démons, pour les combattre, au nom des valeurs du ciel. Il n'y a plus que des robots-oppresseurs et des robots-opprimés, qui se chamaillent au nom des valeurs robotiques communes. | | | | |
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| cité | | | Le totalitarisme : au départ – la bigarrure des enthousiasmes et des espérances, à l'arrivée – la noirceur des goulags et la grisaille des vitrines. La démocratie : au départ – la grisaille des calculs égoïstes, à l'arrivée – la transparence d'une liberté aptère et la bigarrure des vitrines. Dans le premier cas, à la fin, l'esprit reste sans emploi ; dans le second, ce sera l'âme. | | | | |
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| cité | | | Pour qu'on puisse parler d'une valeur, il faut que les hommes d'une même tribu aient la-dessus des avis divergents, et que donc l'axe correspondant soit une variable. La liberté, devenue une constante consensuelle, n'est plus une valeur, et que reste, en revanche, l'égalité. | | | | |
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| cité | | | Trois sortes de libertés qu'on exerce hors de soi : la politique, l'intellectuelle, l'économique. La société robotique assure parfaitement la première ; l'instinct moutonnier rend invisible et inaccessible la deuxième ; la troisième est la seule qui mérite encore de la considération, mais seuls les Scandinaves, pour qui la liberté, c'est l'égalité matérielle, s'en rendent déjà compte. | | | | |
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| cité | | | L'horizontalisation moderne : jadis, le liberticide fut commandé en-haut et combattu en-bas ; le phantasmicide, aujourd'hui, s'attrape par la simple propagation horizontale, et il n'existe plus ni le haut ni le bas. Sans la liberté, on peut rêver ; sans le rêve, on ne peut plus être libre, libre pour le sacré ou le fraternel. | | | | |
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| cité | | | La dégénérescence ne naît ni de la lutte entre les forts et les faibles, ni de la domination de l'une de ces classes, mais plus sûrement de l'entente spirituelle entre elles : les faibles reconnaissant aux forts le mérite et les privilèges qui en découlent, les forts adoptant le goût des faibles, les deux ignorant envies et mépris. Ni esclaves ni maîtres, aux sentiments véhéments, – mais robots passifs et robots actifs, aux instincts apaisés. | | | | |
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| cité | | | Tant de discours ampoulés autour de la liberté à défendre ou de la fraternité à créer, tandis qu'aucune fraternité entre les pauvres et les riches n'est envisageable, et que la seule liberté réelle non-politique, aujourd'hui, est celle du pouvoir d'achat. Et personne ne songe, concrètement et non démagogiquement, à imposer l'égalité matérielle pour des raisons aussi bien pratiques qu'éthiques et, surtout, esthétiques. Et c'est un élitiste qui vous parle. | | | | |
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| cité | | | La liberté est la puissance divine, pour échapper à l'inertie de la matière ou du calcul et pour être un commencement humain. « Dieu a créé l'homme dans le but d'introduire dans le monde la faculté de commencer » - Arendt - « God created man in order to introduce into the world the faculty of beginning ». | | | | |
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| cité | | | La culture est bien réelle et la nature (humaine) – entièrement imaginaire. La première nous fait calculer la liberté (en multitude) ou désirer la fraternité (en solitude) ; la seconde nous fait songer à la chimérique égalité. Rousseau (celui du Discours sur l'inégalité et non pas celui du Contrat social) fut le plus noble des hommes des Lumières. | | | | |
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| cité | | | Prenez les philosophes nobles – Voltaire, Marx, Nietzsche – et voyez vers où nous conduisent leurs adeptes – la terreur, la férocité, la misère. Et voici ceux, dont n'émanent que la banalité et l'ennui – Descartes, Spinoza, Kant – mais admirez leur rôle dans les sociétés démocratiques, justes et prospères. | | | | |
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| cité | | | La liberté entre les riches et les pauvres ne peut être que cynique ; la fraternité entre les riches et les pauvres ne peut être qu'hypocrite. Et puisque la liberté de l'homme de l'esprit, comme la fraternité de l'homme de l'âme, sont pratiquement atteintes, il ne reste que l'égalité de l'homme du cœur à instaurer. | | | | |
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| cité | | | L'égalité sociale : fixer les bornes inférieure et supérieure de la fortune personnelle. Mais pour les repus, « chaque pas que [les nations] font vers l'égalité les rapproche du despotisme » - Tocqueville. D'après ce prophète, la Scandinavie serait aujourd'hui plus despotique que la Chine ! | | | | |
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| cité | | | Mes ruines, ma statio la plus dramatique, au-dessus de leurs unde venis ? ou quo vadis ? Elles seraient une espèce de royaume des cieux évangélique, celui qui émerge par la violence. Il est très instructif que, dans la logorrhée phénoménologique, violence s'oppose à discours, comme une parabole s'oppose à la litanie, une forme haute - aux bas-fonds, les ruines - aux casernes. Le totalitarisme philosophique rendait la pensée - moutonnière ; mais plus on introduit de la démocratie dans la pensée, plus robotisée en ressort celle-ci ; seule l'aristocratie la rend personnelle et libre. | | | | |
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| cité | | | Si l'on veut une société libre, efficace, juste, on doit faire taire la musique des hauteurs et l'intelligence des profondeurs ; la prospérité pousse dans la platitude. « Le communisme – une hauteur, une profondeur ; aucune platitude ne mérite le titre de communiste » - Maïakovsky - « Коммуна – высота, глубина. Не возвести в коммунистический сан плоскость ». | | | | |
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| cité | | | Jadis, le faible voyait dans la chère liberté un moyen pour se rapprocher de l'égalité et d'envisager la fraternité ; aujourd'hui, le fort pratique la liberté, chérie comme un but, en éloignant l'égalité et en se détournant de la fraternité. | | | | |
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| cité | | | Je vois tous les plumitifs, paisiblement installés dans leurs bureaux, mais dont la plume prétend languir et se morfondre dans les affres d'une cellule, cette habitation du présent communautaire, où leur liberté serait humiliée et leur solitude - offensée. C'est en partie à cause de cette manie des repus que je me réfugie dans mes ruines, qui ont l'avantage d'être une habitation du passé personnalisé, dont je suis esclave. | | | | |
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| cité | | | Les nazis admiraient Sylla, les staliniens – Spartacus, mais en matière d'éloquence ils cherchèrent à imiter – en vain - Cicéron. | | | | |
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| cité | | | Ceux qui vivent dans une servitude volontaire ne savent pas ce qu’est la liberté : « Aucune servitude n’est plus honteuse que celle qui est volontaire »** - Sénèque - « Nulla servitus turpior est, quam voluntaria ». Donc, le thème central en politique ne doit pas être l’opposition liberté-servilité, mais projet noble – projet bas, et puisque toutes les tentatives d’introduire le projet noble aboutirent aux horreurs, il faut préconiser la domination de la bassesse dans les affaires collectives. | | | | |
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| cité | | | La démocratie est dans un devenir créatif, débouchant bon gré mal gré sur un être mécanique mais stable. La tyrannie pense incarner un être éternel et organique, dans un devenir chaotique ou féroce. Un homme d’exception trouverait mieux sa place dans le second cas, mais Nietzsche pense le contraire : « Le génie éprouve le ressentiment pour tout ce qui est déjà, mais qui ne devient plus » - « Das Genie kennt ein Rache-Gefühl gegen alles, was schon ist, was nicht mehr wird ». | | | | |
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| cité | | | La haine, l’indignation ou le mépris – tels sont les états d’âme qui nous classent dans les clans politiques – le révolutionnaire, le démocratique, l’aristocratique. La focalisation sur les finalités, les moyens ou les contraintes. Produisant, à l’échelle politico-psychologique, des tyrans (détenteurs de lumières), des esclaves (receveurs de lumière), des rêveurs (émettant des ombres). | | | | |
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| cité | | | Jamais on n’assista à plus sale besogne et à plus infâme paresse que, respectivement, chez les nazis et les bolcheviques, qui en appelaient, pourtant, à la pureté raciale et au travail libérateur. | | | | |
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| cité | | | Quand on est conscient du miracle de la vie, on n'a pas besoin de chercher des raisons de vivre. Mais au pays du merveilleux la liberté n'a pas beaucoup de poids. D'ailleurs, je ne voudrais pas de liberté de ces hommes, qui ont tant de raisons et si peu d'extases de vivre. Perdre certaines raisons temporelles, c'est acquérir d'autres rêves éternels. « On ne possède éternellement que ce qu'on a perdu »*** - Ibsen. | | | | |
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| cité | | | La liberté des Anciens fut plus noble que celle des Modernes, puisque celle-là était sacrificielle et personnelle et celle-ci – artificielle et universelle. | | | | |
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| cité | | | Tout noble choix inclut des fidélités ou sacrifices irrationnels, il serait donc un défi à la nécessité, qui est irréconciliable avec la vraie liberté. La liberté est toujours un acquiescement dans l’invisible et une négation – dans le visible. | | | | |
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| cité | | | C’est dans la jungle latino-américaine, en vue d’un combat réel pour la liberté obscure mais enivrante, que R.Debray ressentit l’exaltation la plus forte de sa vie. Mes exaltations, à moi, provenaient surtout des rêves abstraits ; quand à la liberté, je ne l’appréciais que concrète, je la découvrais, enivré, au moment de mettre les pieds sur le sol français et de me débarrasser du lourd dégoût pour le réel et d’en apprendre le goût léger. R.Debray voulut réconcilier la logique de la pensée avec celle de l’acte, le but que j’ai toujours considéré comme irréalisable et trompeur ; R.Debray souffre d’une nostalgie passéiste ; je me réjouis de ma mélancolie atemporelle. Mais que vaut mon harmonie imaginaire à côté de ses mélodies bien réelles ! | | | | |
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| cité | | | La seule liberté, non-innée et dont on est conscient, est la liberté politique. La liberté d’action nous est commune avec des amibes ; la liberté d’artiste est dans son talent. La plus noble des libertés, la liberté éthique, est mise dans notre cœur et ne doit rien à l’expérience ; la conscience du Bien est la liberté éthique même. Spinoza, comme toujours, embrouille les choses : « Si les hommes naissaient libres, ils n’auraient aucune notion du bien et du mal » - « Si homines liberi nascentur, nullum boni et mali formarent conceptum ». | | | | |
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| cité | | | Aujourd’hui, le pauvre a le droit de vote et la liberté d’expression, ce qui endort la conscience paisible du riche. Attendri, il dit : « La justice sociale a pour fondement la dignité et non pas l’égalité » - Berdiaev - « Социальная правда основана на достоинстве, а не на равенстве ». | | | | |
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| cité | | | Ce n’est pas l’indignation, mais la honte ou le mépris, qui devraient motiver le révolutionnaire. Mépriser la force cynique, avoir honte des privilèges de naissance, d’intelligence, d’assiduité, de connaissances, des privilèges matériels. Mais une belle et pure révolution, tout en adhérant à la démocratie des esprits, devrait prôner l’aristocratie des âmes. | | | | |
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| cité | | | Comment appelleriez-vous l’être qui n’agirait que selon la dictée de la raison (dictamina rationis) ? - oui, ce serait bien un robot. Mais c’est ainsi que Spinoza définit l’homme libre ! | | | | |
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| cité | | | Ceux qui s’extasient sur le progrès en consommation, en croissance, en publicité, en pouvoir d’achat sont, évidemment, bêtes ; mais il est encore plus évident que ceux qui y voient l’horreur absolue de notre temps sont plus bêtes encore. | | | | |
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| cité | | | La liberté n’est plus à défendre, ce qui est une des raisons d’installation du robot dans les têtes démocratiques. Jadis, on était homme, dans la mesure où l’on prenait part à la liberté, et c’étaient des héros, des poètes, des rebelles ; aujourd’hui, ce sont des cambrioleurs, des kamikazes, des fraudeurs. | | | | |
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| cité | | | Dans la monotonie des n+1-èmes pas, on oublie le frisson du premier. Le rêve du dernier est encore plus palpitant, mais le sommeil de l'homme libre est sans rêves. La liberté est la fidélité au commencement, dont on ne garde que le rythme, - un fleuve exauçant les vœux de sa source. | | | | |
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| cité | | | Jadis, on se faisait tuer pour la liberté ; aujourd’hui, on se suicide pour profiter, dans l’au-delà, des quarante vierges, ou pour confirmer, ici-bas, que le piteux état de sa trésorerie rendait la vie sans intérêt(s). | | | | |
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| cité | | | Aimer la liberté est une attitude civile, la fraternité – facile, l’égalité – difficile. Pourtant, Montesquieu disait : « L’amour de la démocratie est celui de l’égalité ». La démocratie est bien en place, c’est l’amour qui fiche le camp. La méritocratie est pire que l’aristocratie. | | | | |
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| cité | | | Le prestige du politicien français fut dû à la nudité solennelle des mots justice et liberté, non accompagnés de qualificatifs prosaïsants et dont se gargarisaient une gauche pseudo-généreuse et une droite pseudo-émancipatrice. L’Union Européenne, en ne parlant que de la justice sociale et de la liberté économique, dévoila la nudité de la royauté politicienne et provoqua la déchéance du politique au profit de l’économique. | | | | |
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| cité | | | La liberté politique s’exerce à la lumière de la Loi, à laquelle adhère mon soi connu, comme ceux des autres ; la liberté éthique ne se manifeste que dans les ténèbres de mon soi inconnu. Pour celui qui écoute son âme, dans la seconde liberté, la plus belle, perce le Bien ; dans la première liberté, la mécanique, ne s’impose que le Vrai géométrique ; « L’homme, qui est conduit par la raison, est plus libre dans la cité que dans la solitude, où il n’obéit qu’à lui-même » - Spinoza - « Homo, qui ratione ducitur, magis in civitate, quam in solitudine, ubi sibi soli obtemperat, liber est ». | | | | |
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| cité | | | Le nazisme s’adressait à la bête, et le bolchevisme – à l’ange ; mais l’homme passionné est une fusion indissoluble des deux, d’où l’identité des résultats – la terreur, l'extermination d'indécis ou d’indésirables. Heureusement pour l’humanité, les passions disparurent de la scène politique ; et l’homme serein se présente désormais comme une paisible cohabitation du mouton et du robot. | | | | |
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| cité | | | Les tyrans aimeraient qu’on s’adonne, passionnément, à une servitude aveugle et béate ; la démocratie cultive l’adhésion réfléchie et dépassionnée. Dieu même serait un démocrate, puisque, selon Descartes et Spinoza, il pratique une liberté d’indifférence. | | | | |
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| cité | | | On n’a le besoin d’idéal, politique ou esthétique, que lorsque la liberté ou la créativité font défaut. L’homme, libre ou auto-satisfait, se contente de rêver du pouvoir d’achat. « Privé de liberté, l’homme idéalise sa servitude » - Pasternak - « Несвободный человек идеализирует свою неволю ». | | | | |
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| cité | | | Il n’y a plus de tyrans individuels, avec une tyrannie imposée, mais un nouveau tyran, collectif celui-là, s’y est substitué – le public, son opinion, son jugement – une tyrannie involontaire, acceptée de bon cœur par toutes les élites. Tout y est évalué en chiffres – nombre de juges, de lecteurs, d’auditeurs, tirages d’impression, bilan des ventes. « Se soumettre au pouvoir ? Au peuple ? Ça revient au même » - Pouchkine - « Зависеть от властей, зависеть от народа — Не всё ли нам равно? ». | | | | |
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| cité | | | Si tu veux te battre pour une forme collective, que sont la liberté et l’égalité, trouve-lui un fond personnel ; mais la fraternité, elle, n’est qu’un fond personnel, auquel tu dois trouver une forme collective, si tu veux échapper à la solitude. « On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même » - R.Char. | | | | |
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| cité | | | Les inquisiteurs, devant un bûcher, ou les SS, devant leur camp de concentration, se croyaient défenseurs de la pureté ; ils souscriraient à cette proclamation pathétique et perfide : « Je veux vivre et mourir au sein d’une armée des humbles, joignant mes prières à la leur, avec la sainte liberté de l'obéissant » - Unamuno - « Quiero vivir y morir en el ejército de los humildes, uniendo mis oraciones a las suyas, con la santa libertad del obediente » - les prières ne devraient jamais sortir de tes quatre murs ; et ce n’est pas la liberté qui est sainte, saint est l’appel d’un Bien tellement humble qu’il renoncerait à toute action et t’interdirait toute obéissance. | | | | |
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| cité | | | Un saltimbanque, imitant le goujat et devenant bourreau, c’est ainsi que B.Croce voit le parcours du fascisme, enjoignant le pas au bolchevisme : « Une imitation entre canaillerie et bouffonnerie » - « Una imitazione tra canagliesca e buffonesca ». | | | | |
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| cité | | | La révolution naît du conflit entre l’ordre théorique de la Loi et le désordre pratique de la réalité, conflit se terminant par l’effritement de la Loi et le réveil des bas instincts. « Toute révolution est une époque transitoire d’ensauvagement » - F.Schlegel - « Jede Revolution ist eine vorübergehende Epoche der Verwilderung ». | | | | |
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| cité | | | La liberté, que je respecte le plus, n’est pas celle de l’émancipation, mais celle de la soumission – la soumission, qui rend possibles le sacrifice du fort et la fidélité au faible. | | | | |
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| cité | | | De la séduction démoniaque ou angélique : dans une tyrannie, les démons veulent passer pour des anges ; dans une démocratie, les anges, outragés par leur inutilité, se peignent en démons. | | | | |
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| cité | | | Les projets des tyrans se projettent sur le futur éternel et s’inspirent des utopies rêveuses folles. Vauvenargues a tort de s’acharner contre la démocratie : « La politique bornée, de se déterminer toujours par le présent et de préférer le certain à l’incertain », mais le philosophe devrait suivre, dans sa création, hors de la Cité, la recette aristocratique des tyrans et fuir la mesquinerie démocratique. | | | | |
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| cité | | | Jadis, face à une tyrannie, le Oui fut servile et le Non – héroïque ; aujourd’hui, face à la liberté, le Non est grégaire et le Oui - noble. | | | | |
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| cité | | | Tyran, seigneur, propriétaire, gestionnaire – telle est la vraie évolution du prince de ce monde. Et qu’il soit républicain ou monarchiste, démocrate ou aristocrate, hautain ou mesquin, ce sont des détails sans importance. | | | | |
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| cité | | | Que les hommes préfèrent gueuler sur les forums, plutôt que se taire dans des cloîtres est la meilleure garantie des libertés civiles. « Partout s’amasser, partout se rameuter, partout se décharger du destin pour se précipiter dans la tiédeur du troupeau ! » - H.Hesse - « Überall Gemeinsamkeit, überall Zusammenhocken, überall Abladen des Schicksals und Flucht in warme Herdennähe ! » - mais imagine la multiplication de stylites, la recherche passionnée de sa propre voix, la manipulation abusive du feu, et tu comprendras la chance bénéfique de vivre dans ta société ! | | | | |
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| cité | | | L’enracinement national est la somme des passions collectives partagées, et le déracinement – aucune ou peu de ces passions. « Le fondement de ma perception du monde consiste en mon déracinement dans celui-ci » - Berdiaev - « Неукоренённость в мире есть основа моего мироощущения ». Les solitaires furent toujours des hommes de trop, inutiles pour la conquête ou la préservation de la liberté commune. Même leur fraternité ne va pas au-delà des déserts, cavernes ou ruines. | | | | |
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| cité | | | Il est naïf et bête d’opposer la liberté à la dépendance. L’indépendance n’apporte de la liberté que dans les domaines mercantile, international, étatique. Dans la liberté individuelle, la dépendance est omniprésente : dans le domaine éthique je dépends de la voix du Bien, dans le domaine esthétique j’obéis à la finalité qui ne peut être que la Beauté, dans le domaine spirituel je ne peut ignorer ni les systèmes des ancêtres ni la loi logique. | | | | |
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| cité | | | Sous un régime tyrannique, un homme libre, même s’il est un solitaire résolu, entre, inévitablement, en conflit avec la société ; ce qui apportera à cet homme de la souffrance, de la noblesse ou de la grandeur. Sous un régime démocratique, ce genre de conflit engendre, chez le rebelle, du conformisme, de la mesquinerie ou de l’abrutissement. L’homme n’est vraiment libre que lorsqu’il n’accepte que des défis nobles. La liberté politique acquise, toute révolte y est un signe de petitesse. | | | | |
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| cité | | | Le volume de ton intelligence sera le même, que tu vives sous une tyrannie ou dans une démocratie. Mais la tyrannie restreint tes horizons, ce qui propulsera ton intelligence vers la hauteur. La démocratie ouvre tellement d’horizons, que tu finiras par oublier la dimension verticale. Sénèque ne voit que la dimension horizontale : « L’intelligence grandit dans la liberté ; elle s’affaisse dans la servitude » - « Crescit licentia spiritus, servitute comminuitur ». | | | | |
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| cité | | | La loi démocratique fut préconisée par de petits-bourgeois, égoïstes et pragmatiques, mais dont profitent les hommes libres ; l’arbitraire autoritaire fut proclamé par de nobles têtes révolutionnaires, mais dont héritent et usent des voyous, sanguinaires et cyniques. | | | | |
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| cité | | | Ils pensent, que le chemin le plus sûr vers la liberté, c'est l'ordre, et que la servitude est au bout du désordre. En cela, les caporaux et les poètes sont du même côté : l'Église sans Dieu vaut mieux que Dieu sans l'Église. Toutefois, l'ordre n'en est que le père adoptif, la justice, la mère, ayant péché avec l'humanisme, récemment décédé et marquant ainsi l'exorde d'un nouveau Moyen Âge. | | | | |
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| cité | | | Être nationaliste, c’est te sentir solidaire avec des voyous, imbéciles, crapules de ton pays. Être patriote, c’est vouloir les éduquer vers plus d’intelligence, d’honnêteté, de tolérance. | | | | |
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| cité | | | Dans le monde actuel, la liberté et la servitude sont bien réelles, sans être rationnelles ; l’égalité matérielle est bien rationnelle, sans être réelle. Hegel a encore quelques cours de science Po à prendre. | | | | |
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| cité | | | Demandez à un peuple libre, où se trouve la source de toute sagesse civile ; parmi des centaines de réponses, vous ne trouverez certainement pas cette perle germanique : « L’obéissance est le commencement de toute sagesse » - Hegel - « Der Gehorsam ist der Anfang aller Weisheit ». | | | | |
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| cité | | | La responsabilité ou l’irresponsabilité n’ont pas grand-chose à voir avec la liberté ; mais la responsabilité passive purifie le cœur, la responsabilité active solidifie l’esprit, l’irresponsabilité créative rehausse les rêves de l’âme. | | | | |
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| cité | | | Étranger au pays de la servilité et du mensonge, étranger au pays de la liberté et de la vérité ; rêver d’une fraternité d’émotion, réfléchir sur une fraternité d’esprit, et ne pas trouver de frères. Personne n’a un regard semblable au mien – sur l’intelligence, sur le langage, sur la consolation, sur le goût, sur le Bien, sur la tragédie, sur l’extase. Vivre parmi seuls dissemblables – quelle mélancolie, quelle solitude planétaire. Ne pas glisser vers le dégoût et le mépris, telle est ma tâche quotidienne. Pour le moment – réussie, car je porte tellement d’admiration pour l’invisible, mon seul aliment spirituel. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie veut donner à la bassesse une majesté d’esclave ; la démocratie cherche à auréoler la noblesse d’une humilité d’homme libre. « Le but de la démocratie est de faire accéder chaque homme à la noblesse » - R.Gary. Toute humilité vient de la noblesse ; le contraire : « Toute noblesse vient de l'humilité » - Lao Tseu – est peu probable. | | | | |
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| cité | | | La lutte sociale, mesquine et basse en pratique, amène plus de liberté et de démocratie ; la lutte idéologique, grandiose et noble en théorie, aboutit à la tyrannie et à la misère. | | | | |
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| cité | | | Être, politiquement, libre d’une société despotique est une noblesse et une prometteuse fierté ; être, idéologiquement, libre d’une société démocratique est une bassesse et un funeste orgueil. | | | | |
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| cité | | | Deux métiers peuvent être visés par un pouvoir politique : réparateurs d’injustices ou bergers de justice. Plus le premier domine, meilleure est la démocratie ; le goût pour le second mène souvent à la tyrannie. « Je n'aime pas l'idée d'être protégé par ces bergers qui ne sont pas de meilleurs animaux que nous, et qui bien souvent en sont de pires »* - Tocqueville. | | | | |
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| cité | | | La politique ne peut servir de support des passions que sous les régimes qui étouffent la liberté ; là où les libertés fondamentales sont suffisamment ancrées dans la conscience collective, l'intérêt pour la politique ne conduit qu’à la mesquinerie et à l’ennui. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, plus on monte sur l’échelle du pouvoir, plus vilains sont ses détenteurs ; dans une démocratie, c’est l’inverse. Jadis, c’est la tyrannie qui fut la norme : « L'homme privilégié, soit politiquement soit économiquement, est un homme intellectuellement et moralement dépravé » - Bakounine - « Человек, политически или экономически привилегированный, есть человек развращённый интеллектуально и морально ». | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, on commence par proclamer une grandiloquente et fausse unité, pour aboutir à une explosion des conflits diviseurs, - une union a priori et une division a posteriori. Dans une démocratie, on s’excite par des divergences mesquines sur un sujet mineur, ce qui fonde, provisoirement, deux camps opposés mais soudés à l’intérieur, pour cohabiter pacifiquement, - une division a priori et une union a posteriori. | | | | |
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| cité | | | Dans une démocratie, on est libéré du pouvoir tyrannique, pour devenir esclave d’une société libre ; il faut beaucoup de noblesse, pour garder sa propre liberté. | | | | |
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| cité | | | Un faux calque étymologique définit la démocratie comme souveraineté populaire (celle-ci n’existe qu’en Suisse). La démo-cratie courante est une aristo-cratie, le pouvoir des élus (les meilleurs, aux yeux des électeurs) : les élections sont libres ; les pouvoirs législatifs et exécutifs respectent la Constitution, sous le contrôle d’un organe indépendant (Conseil Constitutionnel). | | | | |
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| cité | | | L’ange, en toi, doit avoir ses propres messages, et la bête ne doit pas être domestiquée. « Tous les hommes sont des bêtes ; les princes sont des bêtes qui ne sont pas attachées » - Montesquieu. | | | | |
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| cité | | | Potentiellement, l’homme peut avoir deux visages – celui d’une bête sociale et celui d’un ange solitaire. Dans les démocraties, on jugula les mauvais instincts de la première et inventa de mauvais rêves pour le second, ce qui eut pour effet que la bête se civilisa, tandis que l’ange se déculturisa. L’absence de l’ange rapprocha l’homme du robot. Dans les tyrannies, la solitude est impossible ; l’homme y est condamné à être une bête tribale, un mouton. | | | | |
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| cité | | | La liberté politique est une valeur prosaïque et l’on la conquiert en partant de la liberté d’expression et de la liberté du commerce. Érigée en valeur poétique (Étoile d’un bonheur enchanteur - Pouchkine - Звезда пленительного счастья), elle restera inaccessible à vos ailes, rognées par des tyrans. | | | | |
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| cité | | | Une société a d’autant plus de facilité de tourner en une tyrannie, que ses membres se satisfont davantage de leur statut d’esclaves. L’homme révolté favorise la liberté des hommes. Même si la révolte, dans la plupart des cas, est mesquine, injuste ou artificielle. Si chacun va mal, tous ont plus de chances de bien aller. | | | | |
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| cité | | | La vie étant un miracle et l’esprit humain individuel étant capable de saisir ce qu’il y a d’universel dans son espèce, il est naturel que l’homme éprouve une vénération, mêlée à la fierté, en n’observant que soi-même. Le narcissisme fait admirer l’homme in genere. La faiblesse de l’introspection favorise la servilité et une fausse modestie. « Le régime démocratique encourage l’orgueil humain » - I.Iline - « Демократический строй поощряет людское самомнение » - la démocratie nous apprend à nous servir de nos propres lumières, au lieu de nous réfugier à l’ombre d’un tyran bassement illuminé. | | | | |
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| cité | | | Pour des raisons diamétralement opposées, dans les démocraties et sous les dictatures, le métier le plus respecté est, aujourd’hui, celui de policier. Et dire que jadis cette place d’honneur revenait aux poètes, philosophes, scientifiques, musiciens, peintres… | | | | |
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| cité | | | Une démocratie est la séparation de l’espace vital des hommes en deux zones, également respectées, - la loi de cohésion, régissant les rapports entre les hommes, et l’arbitraire d’expression, où le talent individuel s’éploie, sans enfreindre la liberté des autres. Il est absurde de dénoncer, au nom de l’arbitraire de la partie, la loi du tout. | | | | |
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| cité | | | Le rêveur ne peut embarrasser qu’un régime tyrannique ; le journaliste, avec sa propagande servile, y remplit le rôle de mobilisateur d’adhésions et de chantre de la perfection du Chef. Dans une démocratie, le journaliste peut embarrasser, en exhibant des imperfections du système ; le rêveur potentiel y serait aussi inoffensif qu’un épicier ou un garagiste. Toutefois, les rêveurs n’existent plus que dans la clandestinité ou dans les prisons des dictateurs. | | | | |
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| cité | | | L’intellectuel doit trouver un compromis entre la conscience morale, amie de la faiblesse, et la liberté d’action lucrative, favorisant la force. L’attitude égalitaire semble la plus propice pour y servir de fond ; les cyniques musclés, côté bras ou côté cervelle, ont besoin de supériorité matérielle : « L’aspiration à l’égalité restera le plus périlleux danger pour la liberté des hommes » - Berdiaev - « Жажда равенства всегда будет самой страшной опасностью для человеческой свободы ». | | | | |
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| cité | | | Dans une démocratie, ceux qui visent une indépendance, éphémère et individuelle, aboutissent, en réalité, au plat conformisme. Celui qui est conscient de sa dépendance des autres est mieux à même de construire sa haute liberté. | | | | |
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| cité | | | Sous une tyrannie, ta pensée, naturellement, est démocratique et ton sentiment – aristocratique, ce qui te rapproche des opprimés. La même pensée, dans une démocratie, te rend banal, et le même sentiment t’exclut de la multitude – tu restes avec les oppresseurs. | | | | |
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| cité | | | Le parcours amphigourique, absolutiste et sanguinaire – hégélianisme, communisme, fascisme – une fois démasqué, aboutit à l’émergence de l’homme libre, noble et seul. Le parcours ironique, personnel et débonnaire – voltérianisme, grégarisme, présentisme – une fois triomphant, installe la foule dans les têtes des hommes interchangeables, mesquins et … rebelles. | | | | |
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| cité | | | Aussi haut qu’il fût, le sacré, partagé par la foule, s’écroule dans la platitude, ce qu’illustre le passage de la liberté désirée à la liberté acquise. Qui, aujourd’hui, adhérerait à cette fière proclamation : « Le seul sacré, c’est l’homme libre » - R.Wagner - « Das Heilige ist allein der freie Mensch ». ? | | | | |
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| cité | | | Dans les négations et rébellions, sous le libéralisme moderne, il y a plus de servilité et de conformisme que, sous la servitude d’antan, - dans les professions de foi ou de soumission. Jadis, la liberté sociale consistait à faire un choix rebelle ; aujourd’hui – à s’abstenir. | | | | |
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| cité | | | Depuis que n’importe quel plouc veut – et peut - donner de la voix dans des débats médiatiques sur les élections, le foot, la circulation routière, chacun rêve d’un projet d’influence. À l’époque où les procédés pratiques comptent plus que les idées théoriques, cette ambition est justifiable. Et n’est intellectuel que celui qui ne se plaint pas du peu de place qu’on lui accorde sur la scène publique ; il est celui qui donne à ses hauts rêves au moins autant d’importance qu’à la profonde réalité. | | | | |
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| cité | | | Le moi, en tant qu’acteur principal dans l’écriture, n’apparaît qu’au siècle des Lumières ; pourtant il renonce à propager des lumières communes et se consacre à la peinture de ses propres ombres. C’est la liberté qui personnalise le moi ; la liberté abstraite engendre la noblesse concrète, non-héritable. | | | | |
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| cité | | | Les tyrannies eschatologiques prônent des révolutions dans les commencements et peignent les avenirs radieux, tandis que le progrès socio-économique ne dépend que de la liberté de l’évolution, du développement encadré par la loi, vers l’état inertiel. L’état né (dernier) ne tient jamais les promesses de l’état naissant (premier). | | | | |
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| cité | | | Seule la connaissance de l’étranger peut enlever les œillères de tes yeux, rendre libre, intellectuellement, ton regard sur ton propre pays, en te débarrassant de tes préjugés sentimentaux. | | | | |
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| cité | | | Un régime totalitaire : la glorification grotesque des siens, la méfiance ou la haine maladive des autres. Un régime démocratique : un regard critique sur soi, curieux – sur autrui. Une balance pipée ou contrôlée. | | | | |
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| cité | | | Peut-être, pour juger du degré de liberté d’un pays, le critère le plus objectif, bien qu’inévident et d’apparence légère, serait le danger qu’un homme y court en ironisant sur une idéologie, une religion ou un satrape. Et la facilité, avec laquelle la liberté fut toujours étouffée en Russie, s’expliquerait par le fait que l’ironie ne fasse pas partie du caractère national russe. | | | | |
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| cité | | | L’Asie : sa domination matérielle sera due au travail acharné des masses serviles ; l’Europe : sa domination spirituelle fut due aux loisirs que pouvaient s’offrir les solitaires libres. La seconde est mortelle. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, il est dangereux de se moquer du tyran ; dans une démocratie, il n’est pas sans danger de se moquer du peuple. « Les peuples sont aussi affamés d'adulations que les tyrans » - Lamartine. | | | | |
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| cité | | | Les larmes, que la chute du mur de Berlin provoqua chez les âmes sensibles, ne seraient pas dictées par la seule joie d’accueillir la liberté, mais aussi, et même davantage, par la tristesse de voir le plus noble idéal humaniste, la fraternité des humbles, s’écrouler. Les hommes sans larmes, en furent les premiers profiteurs. | | | | |
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| cité | | | Dans un pays libre, les tracas mineurs déclenchent tant de révoltes bruyantes. Dans une tyrannie, même au milieu d’horribles souffrances – un silence honteux et si peu de plaintes. Librement ressenti un malheur collectif ou servilement proclamé un bonheur officiel. | | | | |
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| cité | | | L’application sociale de la devise de la République forme, extérieurement, des citoyens, des nationalistes, des hypocrites ; elle ne rend, intérieurement, ni plus libre ni plus fraternel ni plus juste ; ces qualités ne se prouvent qu’en solitude. | | | | |
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| cité | | | Les notions de liberté et de sacré n’ont aucun sens si elles ne sont pas escortées d’un complément d’objet (de, par, pour, dans, contrairement à). Pourtant c’est ce que font les bavards ou fanatiques de la révolte ou de la grâce. | | | | |
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| cité | | | L’homme de l’égalité, en général, n’est pas doué pour la production ; l’homme de la liberté, en général, n’est pas porté sur la répartition. L’État démocratique, en fin de comptes, crée un semblant de fraternité assez équilibrée, en obligeant le premier à rester fidèle à l’idée de la liberté et en forçant le second à sacrifier une partie de sa fortune, au nom de l’égalité. La dictature de l’égalité idéologique amène la misère matérielle de tous ; la dictature de la liberté économique engraisse le fort et humilie le faible. | | | | |
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| cité | | | Seul la souffrance (l’humiliation, la misère, la solitude) ou la menace extérieure (des tyrans, des sauvages, des fanatiques) pourraient me faire tourner vers la masse de mes semblables. Or, toutes les deux prirent une coloration trop économique et pas assez idéologique ou civilisationnelle. La mesquinerie et non la grandeur ou la noblesse. La platitude sans épaisseur. Les mêmes visions de la société chez les philosophes ou garagistes. L’intellectuel, transformé en contribuable. Le patriote, introuvable en dehors des stades. | | | | |
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| cité | | | La solitude est motivante dans une tyrannie et humiliante dans une démocratie. | | | | |
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| cité | | | L’homme est d’autant plus libre, qu’il méprise davantage les puissants. Ne respecter que la force est signe distinctif d’un plouc, qui peut être soit servile et pieux soit libre et envieux. | | | | |
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| hommes | | | Tous les esprits clabaudeurs prédisent à l'humanité un abîme, matériel ou moral : « La nature des peuples est d'abord rude, ensuite sévère, plus tard - débonnaire, après - délicate, et finalement - dissolue » - G.B.Vico - « La natura dei popoli è prima cruda, poi severa, quindi benigna, appresso delicata, finalmente dissoluta ». Je ne suis pas du tout de cet avis : ce qui attend cette humanité est une immense et paisible platitude. Et qui est aussi inepte que son contraire de jadis, l'immense et fumeux destin, en dents de scie, et qui n'est que comédie, tandis que ce qui est réellement tragique, c'est la liberté. | | | | |
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| hommes | | | L'élégance, c'est la culture du passé. La barbarie, c'est la cultivation du présent. L'élégance barbare, c'est le culte de l'avenir. Disserter sur le passé, déserter l'avenir. Sortir du présent, sertir le passé. L'homme moderne, c'est « l'ahurissement débile devant son temps »* - Pouchkine - « слабоумное изумление перед своим веком ». Le présent m'appartient, c'est pourquoi je ne peux pas en être libre, j'en suis l'otage ; je ne suis libre que face à l'inatteignable, otage de l'éternité. « La peur de ne plus suivre son temps est l'aveu de son esprit moutonnier » - Tsvétaeva - « Страх отстать - расписка в собственной овечьести ». | | | | |
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| hommes | | | Deux lignées d'hommes, remontant à Prométhée ou à Orphée, au feu ou à l'air - la technique ou la musique, servir l'esprit ou s'asservir à l'âme. | | | | |
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| hommes | | | La science devint l'ennemi numéro un de la culture, dont le but fut jadis de nous relier au passé. La science, jadis Muse des stoïciens, devint mégère ou vache à lait. C'est pourquoi les USA sont à la tête de ce funeste progrès. La science unifia l'Univers et se sépara de la vie ; son univers unifié manque cruellement de variables libres et n'offre au regard que des constantes serviles. | | | | |
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| hommes | | | Depuis un demi-siècle, tous les nigauds prétendent, que la vitesse est la source du malaise ambiant. Tandis que c'est, chaque fois, la perte de hauteur, le nez-à-nez avec ce qui bouge, qui est le vrai mal. La vitesse n'est affaire ni des pieds ni même des ailes, mais du regard (« À mon regard je rends la liberté, et à mes pieds - Hadès » - Euripide). Ce qui est propre à notre époque, c'est que la désertion des altitudes prend l'allure d'une désertification irréversible. | | | | |
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| hommes | | | Le vrai intérêt des choses, qui nous libèrent des hommes, est leur curieuse propriété d'être réutilisables, pour réduire en obéissance notre propre moi. | | | | |
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| hommes | | | La vie est jalonnée de créations et d'apprentissages de scénarios (sujets, acteurs, rôles, scènes), ce qui demande de l'esprit et de l'intelligence. Mais notre époque, c'est le suivi des modes d'emploi de scénarios figés et robotiques, ce qui ne demande que de la discipline. L'algorithme devint ennemi de la liberté et de la fraternité ; il est le défi horizontal de la verticalité égalitaire. « À la place du concept de l'Être nous voyons le concept d'algorithme » - Arendt - « In place of the concept of Being we now see the concept of process » - laissons tomber l'être, c'est l'homme qui est remplacé par le robot. | | | | |
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| hommes | | | Le vil besoin de reconnaissance – spirituelle, amoureuse, sociale – est, hélas, inné ; il ne quitte jamais notre soi connu, ce représentant de l'espèce. On ne s'en débarrasse qu'en se soumettant, aux moments extatiques, à son soi inconnu, à cet interprète de nos meilleurs élans, à cette source de notre liberté. | | | | |
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| hommes | | | Pour les hommes n'est libre que la chute de proie ; ils ne se battent que pour l'envol de rapace. Je cherche à maîtriser ma chute de rapace et laisse libre cours à mon envolée de proie. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, pour devenir riche il fallait devenir maître ; aujourd'hui, il suffit d'être esclave. « Les richesses sont le prix de la servitude » - Sénèque - « Opes auctoramenta sunt servitutum ». | | | | |
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| hommes | | | La sobriété asservit ; seule l'ivresse nous ouvre à la liberté du chant et du naufrage. Vive la dive bouteille, réceptacle des breuvages et des messages ! Neptune, inspiré des bacchanales : « Je suis Bacchus, et avec mon vin sublime, je porte aux hommes une ivresse spirituelle » - Beethoven - « Ich bin Bacchus, der die Menschen mit dem Geist des herrlichen Weins trunken macht ». | | | | |
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| hommes | | | La matière et l'esprit sont deux modèles nullement antagonistes ; aux hommes, on devrait tenir le langage matériel de l'égalité et à soi-même - le langage spirituel de la liberté. Le drame est que l'homme moderne fait l'inverse. | | | | |
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| hommes | | | Plus on gagne en avoir, plus on s'imagine qu'on puisse suffire à soi-même, pour être libre devant les autres ; plus on gagne en être, plus on ressent qu'on est nécessaire à soi-même, pour être libre à ses propres yeux. Épicure reste vague : « Le fruit le plus grand de la suffisance à soi-même : la liberté ». | | | | |
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| hommes | | | Où peut bien se cacher le meilleur de toi-même ? Et si c'était ce qui me reste, une fois que je me suis vidé de tout ce qui ne m'appartient plus, c'est à dire de tout ce qui était, en moi, visible ? « Ce qu'on ne nous prend pas nous reste, c'est le meilleur de nous-mêmes »* - G.Braque. Rien ne m'appartient, mon meilleur est toujours ailleurs, entre les mains d'un Créateur moqueur. J'appartiens à ce qui me surpasse, à ce que je crée, j'en suis esclave. Les libres, c'est à dire les mécaniques, proclament, orgueilleux et niais : « L'homme libre s'appartient » - Chesterton - « The free man owns himself ». | | | | |
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| hommes | | | Les plus perspicaces diseurs de l'avenir des hommes sont Luther, La Fontaine et Kant ; le premier, à travers le servo arbitrio de la prédestination, voua l'homme au destin d'un rouage ; le deuxième, plus près de nous, le vit en franche moutonnaille ; le troisième, qui voyait plus loin, le qualifia de robot (abeille). | | | | |
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| hommes | | | Pour dominer des esclaves, un autre esclave suffit ; on n'est maître qu'au milieu des maîtres. | | | | |
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| hommes | | | Pour garder son sang-froid, il faut avaler ses défaites, ne pas se laisser emporter par un honneur froissé et baveux. Mercutio ne comprend pas le Roméo apaisé (« O Calm, Dishonourable, Vile Submission ! »). « Souvent vaincu dehors, jamais soumis dedans » - aurait embelli quelque blason. | | | | |
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| hommes | | | La supériorité en profondeur du savoir, en ampleur de l'action ou de la liberté n'est pas une supériorité noble ; elle ne peut l'être qu'en hauteur du regard : « Il faut être supérieur à l'humanité par sa hauteur d'âme »** - Nietzsche - « Man muß der Menschheit überlegen sein durch Höhe der Seele ». | | | | |
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| hommes | | | Ils libèrent leur âme des tyrans, de Dieu, des censeurs, pour se retrouver avec leur seule cervelle, sans liberté, sans hauteur, sans originalité. L'âme, dépourvue de tous ses attributs, devint atavique. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est fait pour vivre de sa soif, de l'éprouver par sa liberté, en vouant son regard aux bons cieux ; au lieu de cela, il se vautre dans la servitude de l'eau courante, fixe de ses yeux rassasiés le robinet ou le bouton le plus proche et oublie la hauteur de l'étoile. Qui encore verrait dans l'homme – un dieu tombé qui se souvient des cieux (Lamartine) ? | | | | |
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| hommes | | | Les hommes sont comme les nombres ; ils peuvent être vus en tant qu'opérandes (notation géométrique), en tant qu'opération (notation algébrique), en tant que résultat (notation trigonométrique) - pro-jection, sou-mission, con-formisme - partout de l'esclavage, face aux ensembles abusant de fausses équivalences, car la réflexivité se brise sur la méconnaissance de soi, la transitivité faiblit, quand les extrêmes ne se touchent plus, la symétrie ne marche qu'avec des miroirs pipés. | | | | |
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| hommes | | | C'est le lendemain qui bouche toutes les issues de la demeure des hommes prosaïques et en fait des Fermés ; le poète est un Ouvert, château, ruine ou souterrain, il est dans la convergence, chute ou envol, vers l'infini du temps ou de l'espace, hors de lui, et où il dépose ses horizons et ses firmaments, ses joies et ses hontes, ses folies et sa liberté : « L'être de l'homme porte en lui la folie comme la limite de sa liberté »* - Lacan. | | | | |
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| hommes | | | Les non mesquins conduisent les hommes à la liberté, les grands - à l'esclavage ; le oui mesquin est proféré par l'esclave ; l'homme vraiment libre est porteur d'un grand oui. « L'homme doit accepter sa servitude : celle de ses propres passions, et donc des hommes, ou celle de sa spiritualité » - Tolstoï - « Человек должен быть рабом : своих страстей, а значит, и людей, или же своего духовного начала ». | | | | |
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| hommes | | | C'est l'âme et non pas la raison qui nomme maîtres ou esclaves ; la raison fixe le rayon de ton action, mais l'âme oriente le sens de ton regard. « Les fers n'entravent que les mains ; c'est la raison qui fait esclave ou maître » - Grillparzer - « Es binden Sklavenfesseln nur die Hände, der Sinn, er macht den Freien und den Knecht ». La raison, elle-même, aurait besoin de fers ; livrée à elle-même, elle fait pulluler le petit maître, à l'âme d'esclave. | | | | |
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| hommes | | | L'humanisme complet est projection verticale sur toutes les facettes de l'homme : la biologique - la vénération du miracle de la vie, la sociale - l'appel à l'égalité matérielle, la politique - la garantie de liberté d'opinions démocratiques, la spirituelle - la primauté de la noblesse, l'artistique - le culte du talent et de la pureté. Une seule de ces facettes manque, et l'édifice devient vulnérable au travail de sape des économistes, des sociologues, des politiciens, de ces calculateurs d'un humanisme réel ; c'est au philosophe qu'appartient la tâche de gardien de l'humanisme de rêve. | | | | |
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| hommes | | | L'homme intéressant se manifeste sur ses deux facettes principales : le mimétisme et la création, l'apprentissage et la liberté, l'algorithme et les rythmes, la profondeur et la hauteur, bref - un visage inventif ou inventé ; les autres facettes sont son vrai visage, et elles ne font que le maintenir debout dans la platitude, lui, qui est si bien couché dans la verticalité. | | | | |
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| hommes | | | Me sentant à l'aise en compagnie des morts, j'essaie de faire taire le brouhaha des vivants, pour que ma voix puisse s'élever des ruines, en chant porté par le silence. Quand on communique avec le monde par le regard, plus que par l'ouïe, on échappe mieux à la sinistrose et à la cachotterie. « Ce que la voix peut cacher, le regard le livre » - Bernanos. Je garde mes réserves d'hilarité, en laissant les yeux se fermer et les mains libres tomber. Pour boucher les oreilles, en revanche, il faut asservir mes mains. | | | | |
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| hommes | | | La merveille, c'est l'homme ; la liberté n'est qu'un de ses attributs essentiels, mais qui ne mérite pas les hymnes, que lui chantent Berdiaev ou Sartre. La création en est un autre attribut, plutôt accidentel qu'essentiel, mais qui s'oppose plus nettement que la liberté à l'évolution ou à l'inertie mécaniques. La liberté la plus créative, comme la plus libre création, sont dues à la noblesse des contraintes ; la volonté et le talent les fructifiant. | | | | |
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| hommes | | | Il faut porter en soi une puissance des commencements, dans le regard et dans les valeurs ; ni la révolte ni la négation n'y jouent un rôle important ; un acquiescement nihiliste y est un bon vecteur : « Le fond du nihilisme se trouve dans la nature affirmative d'une libération »** - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Nihilismus liegt in der bejahenden Art einer Befreiung ». | | | | |
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| hommes | | | Seul le commencement est libre et nécessaire, surtout si j'avais bien formulé mes contraintes, ce noble cercle du possible. Des fins, des moyens et des parcours sont dictés par la médiocrité des hasards. L'aléatoire devrait s'arrêter à l'avant-dernier pas, le dernier est déjà dans le superflu, la péroraison, profanant le silence nécessaire. | | | | |
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| hommes | | | La richesse serait fortement souhaitable, mais, hélas, « la pauvreté n'ôte de noblesse à personne, la richesse oui »* - Boccace - « la povertà non toglie gentilezza ad alcuno, ma si avere », car la bassesse ne se manifeste qu'en actes, et le pauvre n'a pas de moyens d'agir. La noblesse s'exprime en rêves, et le riche a toujours les yeux ouverts. Seule l'inaction a des chances de nous rendre libres, quoi qu'en pense Alexandre le Grand : « Rien de plus servile que le luxe, rien de plus royal que le travail ». | | | | |
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| hommes | | | L'humanisme n'est pas l'esprit de liberté, qui rassure, mais l'âme troublée par la place que prend inexorablement, dans son voisinage, le robot. | | | | |
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| hommes | | | Choisir et s'imposer ses contraintes est plus digne et utile que seulement les connaître. « Est libre qui connaît ses contraintes ; qui se croit libre est esclave de sa folie »** - Grillparzer - « Wer seine Schranken kennt, der ist der Freie ; wer frei sich wähnt, ist seines Wahnes Knecht ». Sacrifice dynamique, plutôt que fidélité statique. « Le comble de la liberté est de se contraindre »** - Valéry. L'homme moderne n'est plus esclave d'une folie tyrannique, mais d'une raison démocratique. Mais la chaîne virtuelle s'avère mille fois plus lourde bien qu'indolore. | | | | |
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| hommes | | | Le monde perd l'obscurité bouleversante, que créaient Dieu, la solitude, la servitude ; le monde d'aujourd'hui est trop transparent, il baigne dans une plate lumière, que Heidegger, curieusement, traite de « obscurcissement du monde : la fuite des dieux, la grégarisation de l'homme, la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre » - « die Verdüsterung der Welt : die Flucht der Götter, die Vermassung des Menschen, der hassende Verdacht gegen alles Schöpferische und Freie » - tandis que la suspicion se transforma, depuis longtemps, en confiance, dictée par le marché, en tout ce qui est créateur et libre. | | | | |
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| hommes | | | Savoir marcher n'apporte rien à l'art de la danse ; ce conseil : « Avant que de danser, apprends, au moins, la marche » - A.Pope - « Men must walk, at least, before they dance » - est du même ordre que : avant le chant, apprends la parole. Les études ont tendance de s'allonger, et l'on finit par désapprendre le vertige des pirouettes, dans la sécurité des girouettes. | | | | |
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| hommes | | | L'inertie l'emporta sur les contraintes, dans les affaires des hommes. L'inertie prise pour geste naturel, et la contrainte étant rejetée par le goujat, qui s'imagina libre. « Peu d'hommes sont capables de distinguer entre la liberté de spontanéité et la liberté d'indifférence » - Hume - « Few people are able to see the distinction between the liberty of spontaneity and the liberty of indifference ». Seule la première a cours aujourd'hui ; l'instinct, qui l'oriente, est câblé si profondément, qu'on ne s'aperçoit même plus, que c'est un instinct moutonnier. Devant des causes si criardes et des effets si opaques, qui oserait encore la noble indifférence, ce scepticisme mitigé, opposé au scepticisme a priori (Descartes) ou au scepticisme a posteriori (l'Ecclésiaste) ? | | | | |
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| hommes | | | La machinisation, l'algorithmisation des goûts est paradoxalement tribut au plus ignoble des hasards. J'ignore mes fins, autant les vouer au hasard. Mais je dois être maître de mes contraintes, qui traduisent mon goût. Seul le caprice de l'artiste offre une houle alternative à la déferlante aléatoire à l'origine des destinées. | | | | |
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| hommes | | | Deux formes merveilleuses sont accessibles à l'homme : sa forme propre (et étant plutôt le fond même), largement commune à l'espèce et servant à remplir le vase divin, et la forme de sa création, où sa singularité et son talent s'occupent du vase même. « Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d'un peintre ou d'un sculpteur »** - Pic de la Mirandole - « Nec te celestem neque terrenum, neque mortalem neque immortalem fecimus, ut tui ipsius quasi arbitrarius honorariusque plastes et fictor, in quam malueris tute formam effingas ». | | | | |
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| hommes | | | Un esprit est libre, lorsqu'il sait se transformer en l'âme. Cette dernière hypostase étant à l'agonie, les esprits devinrent esclaves du père du lucre. « L'esprit libre de l'homme est ce qui a le plus de prix au monde » - Steinbeck - « The free mind of the individual human is the most valuable thing in the world » - les marchands s'en sont aperçu et lui appliquent le même taux de change qu'aux actions avant de le mettre à l'encan. Dès que l'esprit calculateur se croit libre, il décolle et se niche, flatté, aux plafonds des Bourses. | | | | |
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| hommes | | | L'exaltation du sujet n'est pas un apanage exclusif de notre époque ; ce qui est nouveau, c'est l'exaltation des objets minables et la grégarisation des sujets. Dans le je moderne il n'y a plus ni le moi libre ni le toi fraternel ; y règne un nous égalitaire. | | | | |
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| hommes | | | Par le nom profané de danger on désigne aujourd'hui les risques mercantiles et par servitude - l'incapacité d'élaborer son propre business plan. Ils appellent liberté la latitude pour se servir soi-même et servitude - la contrainte ou le désir de servir les autres. Cette ironie, les Anciens ne l'auraient pas comprise : « Il vaut mieux une liberté pleine de dangers qu'une servitude tranquille » - proverbe latin - « Potior visa est periculosa libertas quieto servitio ». | | | | |
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| hommes | | | Ils apprennent toutes les fautes possibles, en consultant les Codes ; et sans se savoir fautifs eux-mêmes, ils jouissent de leur liberté extérieure et deviennent inaccessibles à la liberté intérieure : « On ne peut se sentir coupable qu'étant libre » - Berdiaev - « Только свободный может чувствовать себя виновным ». | | | | |
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| hommes | | | Jadis l'esprit maillait et tamisait la vie ; aujourd'hui il la grillage, l'étiquette et l'emprisonne. Ni commencements ni fins : la généalogie et l'eschatologie tronquées. | | | | |
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| hommes | | | Dans la société : l'instinct domine, c'est l'homme de troupeau ou de meute ; l'instinct s'équilibre avec la liberté, c'est le citoyen ; l'instinct oublié, c'est le robot. Tous – glebae addicti. | | | | |
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| hommes | | | Une nation est définie par son corps, son esprit, son âme, c'est à dire – par sa société, sa civilisation, sa culture. Je me sens étranger dans la société russe (à cause de sa grossièreté et sa servilité) et dans la société française (à cause de sa mesquinerie et sa sensibilité atavique). La littérature, la musique, le théâtre russes me sont aussi proches que la philosophie allemande ou la littérature française. Enfin, la civilisation, c'est à dire les libertés, l'État, la justice, m'attachent à la France beaucoup plus qu'à la Russie. | | | | |
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| hommes | | | Trois bêtes cohabitent en nous : la biologique, la sociale, l'intellectuelle, produisant des instincts, des contraintes, des libertés. « La liberté existe comme insensibilité aux contraintes » - Valéry. La chute ou l'écartement des deux premières de ces bêtes rendrait la troisième - seul maître à bord et qu'on pourrait peut-être appeler désormais - ange. Mais éliminer la bête biologique, c'est stériliser l'ange ; et sans la bête sociale, toute Annonciation serait sans objet. | | | | |
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| hommes | | | L'enfance du monde fut, de part en part, poétique ; c'est la Rome antique qui y introduisit de la prose : « À la poésie et la liberté d'esprit des Grecs s'oppose la prose de la vie des Romains » - Hegel - « Gegen die Poesie und Freiheit des Geistes von Griechen tritt bei den Römern die Prosa des Lebens ein » - la vie, elle-même, n'a pas de genre artistique ; soit on rend, par la poésie, son mystère, qui est musique, soit on en rebâtit, par la prose, son problème, qui est bruit. | | | | |
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| hommes | | | Le beau métier de vivre, c'est seulement chez les femmes désœuvrées qu'on le trouve encore ; les hommes affairés se réduisent de plus en plus au métier de faiseurs d'argent. Et la fichue émancipation de la femme tend d'en faire le même robot que l'homme : « La belle affaire pour vous d'égaler un avocat ou un pharmacien » - A.France. | | | | |
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| hommes | | | Mon existence s'écoula dans les cinq milieux successifs : l'humus de la terre (les prolétaires), la danse de la terre (les poètes), l'essence de la terre (les scientifiques), la marche de la terre (les techniciens), le moteur de la terre (les patrons). Je n'en retirai rien de substantiel, mais ces expériences rendirent libre mon regard sur la pitié, la noblesse, l'intelligence, la platitude et la honte. Et puisque toute vraie existence se réduit à la musique, je ne me sens solidaire que des poètes. | | | | |
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| hommes | | | Après la liberté mécanique, voici la beauté mécanique qui s'installe dans les cerveaux des hommes, en absence des âmes. Les impôts et le budget ne sont plus des sujets plus secs, que ce qu'on trouve dans la peinture ou dans la poésie modernes – beaucoup de bruit et aucune musique. Où chercher un bon orphelinat ? « La liberté ne vit qu'au pays du rêve, et la beauté ne va que vers le chant »* - Schiller - « Freiheit ist nur in dem Reich der Träume, und das Schöne blüht nur im Gesang ». | | | | |
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| hommes | | | Le premier souci de l'homme libre, possédé par le veau d'or, devint la possession. Qu'on est loin de : « Être libre, ce n'est pas seulement ne rien posséder, c'est n'être possédé par rien » - J.Green. Aujourd'hui, on clame, sans rougir : « la totalité de mes possessions reflète la totalité de mon être » - Sartre. Le fait marquant est, que leur miroir n'est nullement pipé ; leur misérable être, fait de manques à combler, est à nu, c'est à dire - repoussant et hideux. | | | | |
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| hommes | | | Il est bienséant, aujourd’hui, d’être en révolte permanente, pour sauver la liberté agonisante, en gagnant plus de pognon. | | | | |
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| hommes | | | Dans leur être, les hommes se valent, tous ; c'est d'après leur devenir que l'on peut les diviser en hommes de l'inertie et en hommes de la création. Et puisque l'immense majorité des hommes relève de la première catégorie, la proclamation ampoulée : on n'est pas poète (homme libre, femme, maître), on le devient est une sottise. Au Commencement était l'être, et le créateur incarne les commencements. | | | | |
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| hommes | | | Il est à la mode, aujourd'hui, de dénigrer les progressistes ; pourtant, dans les valeurs, que les dénigreurs eux-mêmes apprécient le plus - la liberté, la productivité, les droits de l'homme -, le progrès est évident, malgré quelques horribles ratés. En revanche, ils ne voient pas la chute la plus abominable, qui caractérise notre époque – la mort de la poésie, suite à l'extinction des âmes. | | | | |
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| hommes | | | Suivre ses clairs intérêts, maîtriser ses passions – telle est l’attitude de la multitude, aujourd’hui ; mais ce sont, respectivement, les définitions même du mouton et du robot, qui acquièrent, ainsi, leur misérable liberté, nette et froide. | | | | |
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| hommes | | | Nous assistons à l’échange de rôles entre existence et essence. Jadis, on associait à la première - l’objectivation et la liberté, et à la seconde – l’affirmation et la nécessité. Aujourd’hui, l’existence, c’est une objectivation moutonnière et une nécessité robotique, tandis que l’essence devient une affirmation inventée et une liberté créatrice. | | | | |
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| hommes | | | En quoi le poète et le mathématicien se distinguent des autres hommes ? Surtout, dans le fait, que les mots de ceux-ci visent directement la platitude des choses, tandis que les symboles de ceux-là s’attachent aux représentations, où règnent la séduction ou la déduction, la hauteur ou la profondeur, la liberté du particulier ou l’harmonie de l’universel, le rythme d’une âme ou la mélodie d’un esprit. L’éternité sidérale écoute les créateurs ; le présent banal accueille les producteurs. | | | | |
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| hommes | | | L'homme peut être pour l'homme : un loup, un allié, un mouton, un esclave, un frère, mais, aujourd'hui, on finit par comprendre que l'hypostase la plus efficace, la plus consensuelle et la plus pacifiante, c'est un robot. | | | | |
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| hommes | | | Dans le domaine spirituel, la catégorie de maître s’éteignit ; il ne restent que des élèves et des esclaves, incapables de créer leurs propres commencements, mais armés de vastes mémoires et de suites serviles dans les idées mécaniques. | | | | |
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| hommes | | | Pour s'acquitter de leurs tâches, ingrates mais parfois complexes, les esclaves devaient apprendre quelques rudiments théoriques ; aujourd’hui, le maniement des boutons de nos machines pourra rendre inutile tout savoir abstrait. « Le règne des ordinateurs permet de remplacer les esclaves éduqués par des esclaves ignares » - V.Arnold - « Компьютерная революция позволяет заменить образованных рабов невежественными ». | | | | |
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| hommes | | | La dichotomie sociale, à travers les siècles : les princes et leurs sujets, les grands et les petits, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les goujats actifs et les goujats passifs. Réduction des tensions par le mot. | | | | |
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| hommes | | | Quand j’entends ces orgueilleuses proclamations, que la liberté, la paix d’âme, la dignité ne nous sont accordées qu’après des combats quotidiens, je vois des meutes, des grimaces, des échauffourées, des griffes, je ne vois pas d’homme. Je n’apprécie chez l’homme que des cadeaux de Dieu, cadeaux recroquevillés au fond de notre cœur, de notre âme, de notre esprit, et qui ne sont vivants qu’en solitude. | | | | |
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| hommes | | | Entre deux guerres mondiales, quels débats passionnés, entre intellectuels, pour savoir laquelle des deux grandes cultures, la française ou la germanique, allait périr, pour que triomphe l’autre. On connaît le résultat : la pitoyable culture américaine de robots dévitalisa l’Europe occidentale, et l’horrible civilisation russe d’esclaves souilla l’Europe orientale. | | | | |
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| hommes | | | Ta personne se forme en trois étapes : constituer une conception du monde (ses mystères, problèmes et solutions) ; y sélectionner les objets les plus dignes de ton admiration ; vouer à cet essentiel du monde un noble acquiescement. Il n’y a pas de place ici à une lutte entre le personnel et le collectif. Toute lutte contre le collectif, pour défendre ton personnel, te rendra servile. Dans ta liberté il doit y avoir plus de vénération que de négation. | | | | |
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| hommes | | | Ta liberté intérieure – appliquer des contraintes : te débarrasser des questions qui courent la rue ; ta liberté extérieure – cultiver l’arbre : composer des réponses aux questions inouïes, que chacun puisse inventer. | | | | |
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| hommes | | | C'est autour d'une Histoire, vue comme un mouvement rationnel vers la Liberté, que se bâtissent, de Hegel à Lyotard, les savants constats de Fin de l'Histoire, qu'ils placent, naturellement, toujours en Prusse, à la bataille d'Iéna ou à la chute du Mur de Berlin. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est le plus humain, lorsque, accablé par une angoisse, il lui cherche une consolation. Les matérialistes veulent réduire l’homme au robot : « Je prends pour libre celui qui ne connaît ni l’espérance ni la crainte » - Démocrite. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est une créature sociale – il a besoin d’une liberté politique, liberté-solution ; l’homme est un créateur de personnalité – il a besoin d’une liberté intellectuelle, liberté-problème ; l’homme est une création divine – il a besoin d’une liberté morale, liberté-mystère, la seule liberté non-calculable, non-écrite, inutile, immobile, absolue. | | | | |
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| hommes | | | Aux Ballets d’État, à Berlin, on interdit le Casse-Noisettes : tous les danseurs sont des Blancs ; le Chinois blesse le spectateur par ses pas trop trottinants, l’Indien porte un maquillage brun exagéré, l’Arabe montre trop d’obséquiosité. La censure politiquement correcte a de beaux jours devant elle. | | | | |
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| hommes | | | Le narcissisme n’est pas un plaisir de trouver ton visage plus beau que les autres, mais un simple constat, que ta conscience contienne tous les mystères de la vie, sans être obligé de les chercher ailleurs, c’est le privilège de l’homme libre. Quant aux problèmes et solutions, tu les partages avec tout le monde. | | | | |
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| hommes | | | Le fond de la vie est déterminé par sa fin ; sa forme découle de ses commencements. Le fond est, donc, inéluctablement, tragique, et la forme – métaphorique. Ce qui fait de la consolation et du langage – thèmes centraux de toute bonne philosophie. Les connaissances, les vérités, les libertés n’y sont que des moyens et non pas des buts. | | | | |
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| hommes | | | La liberté est le signe de vie de notre esprit, et la palpitation – celui de notre âme. Ces signes s’illuminent soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de notre corps. D’abord, par l’esprit et par l’âme tâtonnants, nous vivons notre enfance, autour de nous ; ensuite, c’est l’enfance, s’appuyant sur nos âmes et esprits d’adultes, vit en nous. On devient mouton, en perdant la liberté ; en perdant la palpitation, on devient robot. | | | | |
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| hommes | | | Tout se laisse se représenter en tant qu’arbre (ou graphe), tout, y compris les hommes (ce fut, d’ailleurs, la vision de Descartes). Tant d'unifications possibles, qu'il s'agisse de racines (la fraternité), de fleurs (la poésie), d'ombres (la philosophie), de cimes (la liberté). | | | | |
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| hommes | | | Tu disposes de trois regards sur le monde : l’éthique, l’esthétique, le pragmatique. Le premier devrait t’amener à vénérer le miracle de l’existence même de ce sens inutile, ‘contre-productif’, destiné à ne pas quitter ton humble cœur, ton cœur soumis. Le deuxième te dote de contemplation de la beauté du monde et de volonté de créer de la beauté toi-même. Enfin, le troisième humilie ta liberté, fait de toi un jouet de la nécessité, un révolté mécanique, brandissant de sots reproches d’absurdité ou d’horreur du monde mal conçu. Les yeux baissés – la profondeur ; les yeux enflammés – la hauteur ; les yeux écarquillés – la platitude. Dieu, rêve, réalité. | | | | |
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| hommes | | | La grande liberté, dont le Créateur dota l’homme, place celui-ci entre la nature, où il est un prédateur carnivore, porté sur le calcul, et la culture, où il apprend le rêve, la caresse, la honte. La nature régulée s’appellera civilisation, elle accentue la domination des calculateurs et devient le moteur principal de la modernité aculturée. | | | | |
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| hommes | | | La liberté est la première propriété de l’essence intemporelle du vivant ; l’existence, dans le temps, offre des occasions pour traduire cette liberté en actes – la liberté préexistante dans l’espace et la liberté qui laisse des empreintes dans le temps. L’essence est la loi, et l’existence – le hasard. L’essence est propre de l’espèce éternelle divine ; l’existence appartient au genre, de plus en plus robotique. | | | | |
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| hommes | | | L’homme-novateur surgissait du surpassement de la barbarie, du paganisme, du christianisme, de l’esclavage, de l’inégalité, de l’idéologie, du fanatisme ; mais aujourd’hui – quel élan peut provenir de la défense du mouton dominé ou du rejet du robot dominant ? Toutes les lettres s’alignent ici sur les chiffres. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est une cohabitation de sa facette individuelle, la sensibilité, et de sa facette communautaire, la liberté. La première se manifeste par la faculté de sacrifices, l’écoute du Bien, et par le talent d’artiste, le culte du Beau. La seconde facette est le sens du Vrai, ou d’utile, appliqué à ta tribu. La culture et la civilisation. | | | | |
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| hommes | | | Du passé il ne nous parviennent que des échos des hommes exceptionnels, tandis que le présent – et l’avenir immédiat – sont dévalués par le bruit insupportable, proféré par la médiocre majorité dominante. Ce qui explique pourquoi je préfère être esclave (d’une modulation) du passé plutôt que prétendre à devenir maître du futur, plat et omniprésent. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit expert et l'âme créatrice, tels sont deux éléments interpénétrants de notre intelligence ; le premier justifie le libre arbitre de nos représentations nouménales et le second anime la liberté de nos interprétations du monde phénoménal ; explorer le monde réel ou se réjouir du monde des apparences ; la transcendance la plus rigoureuse est compatible avec l'immanence la plus débridée. | | | | |
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| intelligence | | | Chez ceux qui réfléchissent sur la vie, le vrai conflit n'est pas entre ceux qui croient à une unité du monde et ceux qui en proclament la multiplicité selon la liberté chaotique de chacun. Il oppose plutôt ceux qui voient et vénèrent l'inaccessible beauté du monde, leur servant d'asymptote, et ceux qui ne tournent leurs yeux que du côté de leurs cerveaux. | | | | |
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| intelligence | | | Aller au fond des choses n'est pas une inanité comme on peut le penser de prime abord. Ce fond est la vacuité et cette découverte nous gratifie d'un surcroît de liberté. Comme la répugnance de voir les choses en face aide à les prendre de haut. Aller au fond est toujours plus prometteur de hauteur que de penser d'en revenir. | | | | |
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| intelligence | | | Les pourquoi et comment sont d'inépuisables sources d'ennui, mais le pourquoi des pourquois débouche sur une bonne leçon de liberté et le comment des comments apprend à chanter l'outil, sans s'enrouer ni s'encanailler dans son usage. | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | La liberté, c'est la témérité et la maîtrise du point zéro : en chaîne causale ou justificative, en cobaye de l'opérateur algébrique nous tendant l'image de l'infini, en culte des sources et des achèvements, de ce qui pourrait « se substituer à l'action et déboucher près de la source » - Adorno - « an Stelle von Tun treten und in einen Ursprung münden ». Asymptotiquement, « la source première appartient au dernier avenir »** - Heidegger - « Herkunft bleibt stets Zukunft ». | | | | |
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| intelligence | | | La distinction kantienne entre la raison et l'entendement (Vernunft et Verstand) est trop vague ; pour être précis, il faudrait en distinguer les traits cognitifs : la raison représente et interprète, l'entendement donne le sens - le libre arbitre et la logique, face à la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation, deux activités, manipulant les noumènes par le libre arbitre et par la liberté, dont sont dépourvus les phénomènes, séjour du nécessaire et de l'irréversible. | | | | |
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| intelligence | | | Personne ne peut choisir de couper les ponts avec la réalité, puisque personne n'est autorisé de s'y rendre. On ne communique avec elle qu'à travers un langage sans miroirs ni traduction automatique. La réalité aide à forger un lexique : noms de choses, verbes de liaison, déterminants paraboliques. Mais l'essentiel du message est dans cette belle et féerique liberté de mise en voisinage, engendrant des rythmes et harmonies, qui perdureraient dans mille substitutions lexicales. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Plus que dans les philosophes pinailleurs, on trouve les concepts de Parménide et d'Aristote dans l'informatique : l'être, ou les deux catégories de substance, est un modèle ou une instance ; l'étant (extension dénotée) - une substance réussie ; l'étant en tant que tel - l'origine (réelle) de l'étant ; l'essence (intension connotée) - la substance attribuée, la copule ; l'accident (le symptôme) - instance attribuée à titre individuel. | | | | |
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| intelligence | | | Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné. | | | | |
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| intelligence | | | Le nihilisme n'est la négation ni de points d'attache (ontologie) ni de valeurs (axiologie), mais la liberté et le talent de leur (ré)invention. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ». | | | | |
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| intelligence | | | Et l'être et le connaître se forment exclusivement autour de la représentation, et adopter la voie cartésienne - du connaître à l'être, ou bien celle de Leibniz - de l'être au connaître, nous laisse dans les mêmes bornes ou ornières. L'élégance et le goût se reconnaissent surtout en interprétation et en expression. L'intelligence statique, celle du libre arbitre, face à l'intelligence dynamique, celle de la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | L'idéalisme statique, servile et mythique : chaque objet sensible a un correspondant intelligible ; l'idéalisme dynamique, libre et créatif : on ne connaît l'objet sensible que par son modèle intelligible, que chacun bâtit en fonction de son expérience, de son intelligence, de ses goûts. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible de déconstruire la totalité des concepts du modèle courant et de rebâtir un modèle entièrement nouveau, mais équivalent à l'ancien, - la plus simple et la plus radicale objection à l'idéalisme platonicien, le côté rhapsodique de la distribution catégoriale, la pluralité des réseaux de repérage. Sans parler d'attribution, où les platoniciens se ridiculisent, en pensant, que chaque objet a un nombre fixe de propriétés. | | | | |
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| intelligence | | | L'origine des concepts (objets ou relations) d'une représentation est triple : des espèces-constantes de la réalité, la langue, le libre arbitre. Trois clans, qui n'en reconnaissent qu'une seule, sont, respectivement : les platoniciens, les philosophes analytiques, les poètes. Avec leurs dominantes – la science, le bavardage, la musique. Vue sous cette angle, la philosophie ne peut être que de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la seule architecture qui me soit accessible, celle des ruines, les idées platoniciennes ou les pulsions nietzschéennes ne sont que styles-édifices, et les circonvolutions apolliniennes ou les fibres dionysiaques - que matériaux de construction. Les ruines, libérées de la vitalité des fondements et de la pesanteur des faîtes, se rient de l'existence réelle et s'adonnent aux valeurs virtuelles. C'est cela, la réévaluation nihiliste, l'exact contraire du platonisme : au lieu des points d'attache préconçus - leur libre conception. | | | | |
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| intelligence | | | Les particules élémentaires seraient toutes identiques, et donc les substances matérielles seraient totalement définies par les constantes, ces attributs primordiaux, tandis que dans la représentation nous faisons l'inverse – nous définissons une substance, que nous munissons ensuite d'attributs, plus ou moins arbitraires. Donc, soit la détermination divine, absolue et purement quantitative, soit le libre arbitre humain, relatif, qualitatif et multiforme. Et puisque la seconde partie est la seule qui puisse intéresser un philosophe, il faut refuser tout caractère nécessaire à cette panoplie ; même l'essence peut se représenter de multiples façons. | | | | |
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| intelligence | | | Le soi absolu (Kant, Fichte, Hegel) serait une pure liberté, source d'une vaste et profonde philosophie transcendantale ; mon soi inconnu est, avant tout, source de contraintes, pour que mon esprit parte de mon âme, dans un courant poétique, dont le premier souci est de garder la hauteur de source. La rigueur des valeurs face à la vigueur des vecteurs. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est l'une des frontières de la volonté, comme l'être surgissant en toute section du devenir. La représentation est une traduction du monde, en deux modes possibles - reproduction ou création ; et c'est le soi, et non pas le monde, qui se réduit à la volonté et à la représentation, c'est à dire au travail du libre arbitre, la liberté étant réservée à notre âme, animée par le frisson intraduisible. | | | | |
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| intelligence | | | Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus. | | | | |
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| intelligence | | | Le comprendre sans le juger aboutit à l'expertise, au consensus et à la statistique ; le juger sans le comprendre - à la bêtise, au lapsus ou à la mystique ; le sot ayant la prétention de pratiquer, simultanément, les deux, le sage dévalue les deux, en mettant en avant - le créer ; créer une représentation, un langage, une interprétation, où règne la liberté et non pas la copie ou l'empreinte. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu'on reste dans le cadre d'un modèle fixe, on subit une causalité, propre à ce modèle ; le contraire de la causalité s'appelle liberté, cette rupture avec des enchaînements programmés d'événements et la création de nouvelles hypothèses (la liberté comme pure négativité - Hegel). Le libre arbitre, lui, n'est que du hasard maîtrisé. | | | | |
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| intelligence | | | On peut chercher les causes parmi des sujets, des situations, des paradigmes, des algorithmes, des ressources, des acteurs, des matériaux, des outils. Contrairement au pourquoi des raisons, où règne la liberté, le pourquoi des causes ne témoigne que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | La structure des faits, qui constituent la base de toute représentation, porte déjà des traces de notre pré-interprétation du monde (ce qui faisait que Nietzsche niait aux faits toute existence pour l'attribuer à la seule interprétation), mais la vraie interprétation intervient dans le contexte d'un modèle figé. Ne pas confondre le libre arbitre de la représentation dynamique d'avec la liberté de l'interprétation statique (comme le fait Bergson : « Notre représentation des choses naîtrait de ce qu'elles viennent se réfléchir contre notre liberté »). | | | | |
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| intelligence | | | L'épicurien est peut-être le plus équilibré des hommes : non seulement attribuer le même poids à la nécessité, au hasard et à la liberté humaine, mais savoir les ramener, ironiquement, mais sans conteste, les uns aux autres. | | | | |
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| intelligence | | | Il est absurde d'opposer la souveraineté du Je à l'héritage des structures de l'espèce. Le sujet, sa liberté et son originalité, s'affirment surtout dans le regard sur les structures, qu'elles soient à lui ou à tout le monde. | | | | |
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| intelligence | | | Le mathématicien sait que les triangles n'existent pas dans la réalité, mais qu'ils sont des objets de ses représentations (Parménide, Platon ou Heidegger les auraient vus jusque dans l'être fantomatique), des créations de leur libre arbitre, qui, miraculeusement, ne sont jamais désavouées par la réalité. Mais l'homme de la rue, tel Voltaire, pense le contraire : « Il y a des carrés, mais il n'y a point d'être général, qui s'appelle ainsi ». Des objets mathématiques tapissent tout le fond de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la représentation, inévitablement, il y a des parties homomorphes à la réalité modélisée ou au langage bâti par-dessus : la réalité fournit des espèces et genres physiques, chimiques et biologiques, et le langage - certains concepts nés dans la civilisation correspondante. Mais l'essentiel de la représentation est construit par un libre arbitre du sujet-modeleur. « Pour passer à une autre philosophie, on passe, forcément, à un autre langage, à d'autres représentations, à d'autres noms, que choisit notre libre arbitre » - J.G.Hamann - « Bei einer andern Philosophie, ist eine andere Sprache unvermeidlich, andere Vorstellungen, andere Namen, die jeder aus seiner Freiwilligkeit bezeichnet ». | | | | |
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| intelligence | | | L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le libre arbitre est à la liberté ce que les yeux sont au regard ; l'arbitraire s'exerce dans le contexte d'une représentation ouverte, in itinere, work in progress, et consiste à créer des événements conceptuels ; la liberté s'éprouve dans un monde monotone et fermé et consiste à donner un sens à une idée, soit en l'interprétant, soit en la traduisant dans la réalité. Plus notre regard se réduit au travail de nos yeux, plus notre liberté n'est que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | La raison humaine relève presque exclusivement de l'essence de l'espèce et ne traduit qu'une partie infime de notre soi, qui se concentrerait donc dans la sensibilité (sens du sacrifice de notre liberté) et dans le talent (part de la musique dans notre voix), et non pas dans l'intelligence, comme pensent les écolâtres, pour qui mon soi, en tant que sujet de la liberté, ne fait que cogiter - ce soi sera moutonnier, ou, définitivement absorbé dans la réflexion, - robotique. | | | | |
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| intelligence | | | Ce paradoxe : la libre création, par sa forme, relève du devenir, tandis que la description servile s'inscrit dans l'être ; mais le contenu de la création est un hymne à l'être, tandis que celui de la description reproduit le bruit du devenir. Cette porosité entre l'être et le devenir ressemble étrangement à celle entre les nombres ordinaux et cardinaux (ou entre l'infini ordinal, valeur-limite spatiale, et l'infini cardinal, processus temporel) et pousse à admettre une haute mystique ontologique du nombre. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'une pose (posture/position) philosophique, le premier réflexe est d'en imaginer le contraire ; c'est ainsi que l'on comprend l'insignifiance d'un regard, qui aurait pour centre l'être, la matière, la vérité, la liberté, et l'on finit par reconnaître que l'opposition la plus intéressante est entre la poésie et la prose, la consolation et la conviction, la musique et le bruit, l'abstrait et le concret, le commencement et le résultat, l'élégance artificialiste et le naturalisme béat ; et cette opposition est symbolisée le mieux par le sophisme et le cynisme. Platon, Pascal, Nietzsche, face à Diogène, Hume, Husserl. Curieusement, les seconds triomphent en pratique, tandis qu'en paroles sont proclamés vainqueurs - les premiers. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon Dieu ayant fait de la mathématique le fond de la réalité, la liberté du mathématicien ne débouche pas sur un chaos surréaliste, mais sur une harmonie avec le réel docile. Au fond de la mathématique se trouve la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La volonté précède et la représentation et l'interprétation ; et ces deux constituent notre vision du monde, la volonté y prenant forme d'un libre arbitre ou d'une liberté. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, comme la métaphysique, créent des outils, des structures d'accueil des connaissances. Mais en IA la rigueur des bases de connaissances s'applique à l'outil lui-même, elle est donc réflexive, tandis qu'en métaphysique toute intelligence n'est que discursive. En plus, l'outil doit s'appuyer sur la logique universelle apriorique (inaccessible aux métaphysiciens) et non pas sur le libre arbitre, réservé aux représentations. | | | | |
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| intelligence | | | Nous pensons n'apprendre quelque chose que dans notre jeunesse, mais ce n'est que beaucoup plus tard que nous apprenons, que désapprendre est plus fructueux. Désapprendre, c'est relâcher les contraintes en hauteur pour approfondir l'espace de liberté. L'ignorance, c'est une contrainte en largeur, un savoir ossifié. | | | | |
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| intelligence | | | Dès qu'on prend pour pensées l'idée platonicienne, le cogito cartésien, le conatus spinoziste, l'éternel retour nietzschéen, on est charlatan. En reconnaissant leur vrai statut, celui des métaphores, nous devenons libres à les interpréter comme bon nous semble. Les pensées, c'est chez les poètes qu'il faut les chercher – Rilke, Valéry, Pasternak, R.Char. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les nietzschéens ont une vision mécaniste de l'éternel retour ; pourtant, le père de cette jolie métaphore (et de cette misérable pensée), se désavoue lui-même, avec cette flagrante bêtise pseudo-mathématique : « Tout processus infini doit être périodique » - Nietzsche - « Ein unendlicher Prozess kann gar nicht anders gedacht werden als periodisch ». Celui qui ignore la théorie des suites devrait être interdit de réévaluer les valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, toute entité relève, d'une manière non-exclusive, de ces trois méta-concepts – objet, attribut, valeur. Mais l'entité peut être traitée en tant qu'objet dans une requête, en tant qu'attribut – dans une autre, en tant que valeur – dans une troisième. Et c'est le libre arbitre du concepteur qui distribue ces rôles tangibles et presque jamais nécessaires ; la réalité les ignore. | | | | |
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| intelligence | | | Avant de bondir, ce chaton de deux mois tient compte : de la résistance des matériaux, de leur porosité, de la gravitation, de la puissance de ses muscles et griffes, des chances de repli, de l'angle d'attaque ; aucun super-ordinateur, gavé à l'intelligence artificielle la plus évoluée, n'en est capable ! En plus, ce félin sera libre et ne cherchera à former des meutes – vive le chat ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans les passages cognitifs : chose – concept (engagé) – mot – proposition – vérité – concepts (dégagés) – sens, toutes les étapes intérieures ne sont que transitoires, pourtant toute la rigueur s'y trouve, contrairement au premier (libre arbitre de la représentation) et le dernier (liberté de l'interprétation), et c'est bien dans ces deux-là que réside la plus subtile de nos intelligences. | | | | |
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| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est une tâche du libre arbitre, et l'interprétation – celle de la liberté. L'intuition est surgissement imprévu, non-routinier des hypothèses, réclamant une interprétation (preuve), mais Descartes l'associe à la représentation : « Par intuition j'entends une représentation, qui est le fait de l'intelligence pure ». Mais il est vrai, que la pureté individuelle accompagne plus souvent une représentation qu'une interprétation, celle-ci étant souvent une œuvre mécanique, commune, impure. | | | | |
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| intelligence | | | Ma liberté éthique se montre dans mes écarts de la Loi commune ; ma liberté intellectuelle ou esthétique consiste à tenir à la Loi que mes représentations induisent : « Veille bien à tes représentations, car ce que tu as à conserver, c’est la liberté » - Épictète. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, l’existence résulte de l’une des deux opérations : la définition (d’un nouveau concept) et l’instanciation (d’un concept existant) ; les deux se réduisent à un attachement – à un méta-concept ou à un concept – et à une attribution (structurelle, descriptive, comportementale), qui est aussi une forme d’attachement. Toute connaissance est de l’attachement, comme toute liberté est du détachement. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité divine est dans les objets de l’espace-temps ; reflétée par l’homme, elle devient une double réalité humaine : l’être - cette pure abstraction (mais ne déviant en rien de la réalité divine), et le devenir - une fatalité mécanique ou une création libre. « Le devenir est aussi mécanique que l’être » - Chestov - « Динамика так же механистична, как и статика ». Pour échapper à la mécanique, le style, d’après Nietzsche, doit munir le devenir créateur – de l’intensité de l’être. | | | | |
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| intelligence | | | Le bavardage creux autour du néant pourrait gagner en contenu, si on définissait le néant en tant que nécessité minérale, opposée à la liberté du vivant. « La nécessité est ce néant, qui envahit la vie, en la déformant en destin » - Chestov - « Необходимость есть то Ничто, что врывается в жизнь, уродуя ее, как рок ». | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre. | | | | |
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| intelligence | | | L’être (le possible de la pré-conscience) est composé de l’essence (le nécessaire de la conscience intellectuelle) et de l’existence (le libre de la conscience morale). | | | | |
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| intelligence | | | Me pencher sur l’essence, c’est rendre plus profond mon savoir ; me vouer à l’existence, c’est rendre plus haute ma liberté. Mais cette profondeur et cette hauteur ne peuvent pas se passer l’une de l’autre, au risque d’affleurer ou s’écrouler en platitude, ce qui arrive aux purs essentialistes ou aux purs existentialistes. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Ils sont tellement habitués à voir dans des fondations (Grund-Urgrund-Ungrund) quelque chose d’objectif, rémanent, définitif, qu’ils les déclarent incompatibles avec la liberté, tandis qu’elles sont parmi les premières cibles de nos commencements et valent surtout par la part de notre personnalité, dans les couleurs et la musique, inimitables et libres, et dont nous les accompagnons. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, être littérairement nul ne signifie pas nécessairement être bête. L’intelligence kantienne est incontestable ; sa vision de la raison est exhaustive, lumineuse, nous rapprochant de l’œuvre divine dans sa totalité. Mais que penser des premières certitudes cartésiennes, de la méthode géométrique spinoziste, du savoir absolu hégélien ? La nouveauté de leurs vocabulaires séduisit les contemporains, inhabitués à tant de liberté, mais situant mal les signes d’intelligence et ignares en logique. Aujourd’hui, force est de constater que ces auteurs sont des ânes. | | | | |
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| intelligence | | | L’équivalence entre l’être et le penser, si elle existe, s’éploie, simultanément, sur trois niveaux, en fonction du degré de ma conscience et de la présence de ma liberté : mon soi organique (synapses, neurones, charges électriques – l’inertie, la conscience absente, l’algorithme préétabli), mon soi des sens (la conscience câblée, interprétant mes sensations, la réaction), mon soi de l’intellect (la conscience libre, le langage, l’action) – trois équivalences possibles, mais qui ne se ressemblent pas du tout entre elles. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | Là où il y a la mémoire (le savoir), le mouvement voulu (la liberté), la force (les moyens), l’ingestion (le but) – il y a la pensée. Tant de choses évidentes, avant le cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes les sciences, y compris en mathématique, il existent des affirmations, sur lesquelles il y aurait des avis divergents. Mais dans toutes les sciences existe un noyau, sur lequel tous les avis convergent. Et la philosophie n’est nullement une science non pas à cause de l’absence de la rigueur, mais puisqu’elle ne peut exhiber AUCUNE affirmation consensuelle. Et cette circonstance est plutôt positive, puisque, ainsi, la philosophie est une lice exceptionnelle, sur laquelle peuvent s’affronter, en même temps, les intelligences, les connaissances, les talents, les tempéraments, les ambitions, les libertés. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a que deux sortes de nécessité : la mécanique, dans un univers sans vie, et la logique, dans un univers artificiel des faits. Là où apparaît la vie, surgit la liberté. Et qu’il est bête, ce pédant de Spinoza, de définir la liberté comme l’intelligence de la nécessité… | | | | |
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| intelligence | | | L’esprit, c’est la liberté, – depuis Hegel on marmonne cette incantation, ampoulée et bête. L’esprit est voué à la Loi, et la Loi, c’est la nécessité et non pas la liberté. La liberté a un sens pour l’âme, immortelle et sacramentelle, et pour un cœur, fidèle ou sacrificiel. | | | | |
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| intelligence | | | La belle intelligence consiste à créer une hauteur de l’intuition – ou même des instincts – à partir de la profondeur de nos pensées ou de nos sensations. L’intelligence banale traduit l’intuition vague en savoir certain. Ce qui craint la forme fixe (la liberté, le génie) s'abaisse volontiers, jusqu'à un seul point, point zéro de la création, pour laisser s'exercer une lumineuse dictature, dont on n'est qu'instrument ravi, producteur d'ombres. Un bon instinct est une étincelle de l'intelligence câblée. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche est le premier philosophe à comprendre, que la philosophie des questions nouvelles est révolue. Dans ce qui présente un intérêt pour la philosophie, tout a été interrogé. La philosophie moderne ne peut être faite que de réponses (aux questions non posées), c’est-à-dire de maximes, auxquelles tout lecteur construirait un arbre de questions, s’unifiant avec la réponse. Après Nietzsche, toutes les nouveautés interrogatives sur l’être, le savoir, la vérité, la liberté ne sont que du bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | Les causes premières sont une banalité, découlant du libre arbitre de nos représentations ; capitales pour la science, elles ne présentent aucun intérêt pour la philosophie. Les causes dernières, remontant aux mystères de la matière et de la liberté du vivant, méritent une franche admiration ; inaccessibles à la science, elles devraient intriguer la philosophie. | | | | |
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| intelligence | | | Le mystère de la matière est le même dans tout l’Univers, même si la nécessité, et non pas la liberté, guide cette matière. La Terre est certainement le seul corps céleste à héberger la vie ; et le second mystère actuel (en occultant celui de l’Origine), c’est cette vie, cette liberté, éclipsant celui du monde matériel. « Nous sommes sur terre pour créer le mystère du monde ; c’est le grand œuvre de la science »** - Valéry - nous, les porteurs du plus grand mystère de l’Univers et, en plus, - les créateurs ! | | | | |
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| intelligence | | | L’esprit est, avant tout, un créateur de langages, et sachant naviguer entre eux, il n’a pas peur de contradictions, puisque celles-ci se réduisent, dans les cas intéressants, au changement de langage. La mathématique est, en permanence, sous la surveillance d’un méta-langage qui est la logique, et donc la contradiction lui est interdite. Le mode géométrique ne s’applique qu’à la mathématique, ce que ne comprend pas Spinoza, qui, dans ses élucubrations, vise la rigueur et « la même liberté d'esprit dont on use en mathématiques » - « eadem animi libertate, qua res Mathematicas ». | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement le pitoyable flou autour de la bancale notion de causalité est confirmé par ses définitions arbitraires (fondées sur des représentations différentes d’une même réalité), mais l’existence même de la miraculeuse liberté du vivant enlève tout intérêt à ce sujet, pourtant central, de la philosophie académique. | | | | |
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| intelligence | | | L’existence de constantes universelles est un mystère inconcevable, qui ne peut être dû qu’à un arbitraire divin ; toute explication reviendrait à un jeu de dés sous-jacent, quoi qu’en pense Einstein. « La complexité de l’Espace suggère l’illusion d’un libre arbitre d’un Être conscient » - Tsiolkovsky - « Сложность Космоса граничит с иллюзией свободной воли сознательных существ ». | | | | |
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| intelligence | | | On vit, alternativement, du réel et de l’imaginaire ; dans le premier cas, la matière vitale consiste en sensations et actions ; dans le second – en sentiments et pensées. Dans l’acception courante – la vie ou le rêve, l’existence extérieure ou l’existence intérieure, la concentration ou l’imagination, l’enchaînement ou recommencement, l’inertie ou la création, la reproduction ou l’invention, la servilité ou la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Dans son travail de synthèse, l’homme dispose de son libre arbitre, pour préparer les futurs accès aux objets représentés ; dans l’analyse, l’homme-interprète est esclave de la logique et d’une représentation, héritée ou bâclée ad hoc. Mais, dans les deux cas, l’accès reste une notion-clé. Et Cioran, bien que par hasard, dit une chose admirable : « Je ne pense que par accès »*** ! | | | | |
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| intelligence | | | Je ne connais pas d'autre symbole, qui serait également propre à cerner les images ou à expliciter les concepts, que l'arbre. Il est immobilité et mouvement, loi et liberté, nombre et tableau. L'art de l'arbre est le climat de l'âme, comme la vie de la montagne est le paysage de l'esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a rien d’absolu dans les Idées platoniciennes. Même l’espace/temps, la matière, la vie, dans les représentations, portent, nécessairement, des traces des expériences individuelles. Aristote fut plus platonicien que Platon, en absolutisant ses catégories, où le libre arbitre est flagrant. La fichue préexistence des Idées n’est qu’une figure rhétorique qui ne s’appuie sur rien. En revanche, la préexistence des concepts (dans la représentation), pour ancrer le langage, leur échappa à tous les deux. | | | | |
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| intelligence | | | Un discours, pour prétendre au grade d’un parfait galimatias, doit posséder plusieurs caractéristiques : l’idée centrale banale ou bête, l’indistinction permanente entre le mot et le concept, des relations aléatoires, impossibles, apoétiques entre concepts, des références bancales à vérité, connaissances, liberté, réalité, la manie de dénoncer et de combler des lacunes chez les autres, l’insensibilité aux rêves, qu’on profane par illusions, apparences, incertitudes, riens. | | | | |
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| intelligence | | | On peut pardonner à Kant sa lourdeur stylistique, sa piètre vision des fonctions principales de notre conscience, son dogmatisme des catégories et la pauvreté des commencements créateurs – il a le mérite d’avoir bien perçu les dons divins – la Vérité, le Bien, le Beau – auxquels il consacra ses Critiques, hélas fastidieuses. On en tire les mots centraux – pure, pratique, juger – et l’on comprend qu’il s’égare partout. De quelle raison pure peut-on parler, si l’auteur ignore la place du langage, puisque le support de celui-ci, la représentation, est, pour lui, synonyme de sensation ou de perception et non pas un produit conceptuel d’un libre arbitre ? De quelle pratique du Bien peut-on parler, tandis que c’est la seule merveille refusant toute application pragmatique ? De quelle Beauté jugée peut-on parler si celle-ci ne produit que des émotions et dont elle est produite elle-même ? | | | | |
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| intelligence | | | Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, la notion d’esprit (res cogitans), opposée à la matière inerte (res extensa), doit être scindée en deux : les vivants et les robots. Est vivant non seulement ce qui dispose de la liberté, c’est-à-dire de la faculté de s’écarter, dans son comportement, des lois physiques, mais, en plus, de ne pas suivre une démarche, découlant de l’application d’un modèle comportemental, conçu par un cogniticien et implémenté dans la mémoire. Cet ajout définit un robot. Celui-ci finira par simuler nos sens et nos sensations, par pratiquer l’apprentissage, par générer des choix aléatoires, par maîtriser les langues naturelles. La différence avec le vivant consistera en la demeure du pourquoi comportemental : la chair sensible ou les circuits intelligibles. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence peut se passer du savoir ; l’esprit peut se passer de l’intelligence. L’esprit se reconnaît une fois que, dans un discours, on a éliminé les faits perçus et la logique conçue, ce patrimoine commun. L’arbitraire d’une représentation profonde et la liberté d’une haute interprétation – voilà ce qu’est l’esprit dans sa demeure, la verticalité. | | | | |
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| intelligence | | | Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation). | | | | |
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| intelligence | | | La liberté la plus flagrante des vivants s’observe dans la contingence, dans les choix imprévisibles et incalculables. | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité spatio-temporelle ne contient que la matière et les esprits ; le temps traversant l’espace constitue la seule réalité, et ce passage s’appelle le Devenir, ou l’existence. L’Être, ou l’essence, est irréel ; il est l’œuvre des esprits. L’essence est toujours artificielle et abstraite, mais elle est la cause suffisante des phénomènes de l’existence et sert à comprendre ou à justifier celle-ci, qui est réelle et concrète. Au sommet de l’existence se dresse la liberté humaine : à celui de l’essence se devine la nécessité divine. | | | | |
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| intelligence | | | Différence entre pensée naissante et pensée née (la liberté a la même destinée). La seconde, la figée, s’exprime dans le langage de la logique et se confirme par la méthode mathématique ; la beauté n’y est qu’intellectuelle et la langue naturelle n’y apporte rien. La première est un effet, souvent inattendu, qu’une enveloppe langagière, la forme qu’on donne à ses états d’âme, laisse apparaître en tant que le contenu, le fond, d’un esprit indicible. La seconde sonde, en profondeur, l’œuvre du Créateur ; la première tente, en hauteur, d’exprimer la créativité humaine. Les appareils de mesurage, pour la seconde ; la fontaine d’âme ou l’éponge d’esprit, le regard ou l’écoute, pour la première. | | | | |
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| chœur mot | | | ART : Pour avoir une carte de visite au nom d'art, le mot doit être chargé d'une mission impossible et n'être lisible que par un lecteur magnétisé. La neutralité des mots sied aux paysages, le mot doit créer un climat partisan, où ne se sentent chez soi que les exilés. L'artiste parle avec le sentiment d'une liberté perdue, le joug au cou, les fers aux pieds, la langue surveillée. | | | | |
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| mot | | | Le russe et l'allemand sont pleins de mouvement, leurs phrases sont hérissées de protubérances vers l'extérieur. Ce n'est pas bon pour l'aphoriste qui veut isoler ses gemmes. Mais celles-ci doivent être animées par une harmonie dynamique et maîtrisée à l'intérieur. Et c'est ce qui manque à l'anglais. La belle pensée n'est indépendante et noble qu'en français. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | Chacun est maître et esclave de ses paroles, mais celles-ci peuvent être majestueuses ou basses ; on sera alors roi des nobles ou bouffon de la canaille. Le silence est affaire des courtisans et des hommes de main. | | | | |
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| mot | | | Les bizarreries, dans ce livre, de ces trois mots capitaux : source, contrainte, fin - le premier n'y a rien à faire avec le verbe sourdre, ni le deuxième - avec contraindre, ni le troisième - avec finir. Les adjectifs, qui s'y prêteraient le mieux - nécessaire, arbitraire, volontaire. | | | | |
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| mot | | | Dans le mot, ni l'on ne se dénude ni l'on ne se dissimule, dans le mot on crée, on crée une requête, nécessairement ironique (ironie voulant dire interrogation), et dans laquelle je dois briller soit par ma présence soit par mon absence. Au cours de l'interprétation de cette requête se produisent des rencontres inattendues des objets (Protokollsätze) qui, hors de mon discours, pouvaient s'ignorer. Parmi les subjugués par le mot, on trouve surtout poètes ou tyrans, ces amateurs des régions inexplorées, vers lesquelles les mots bâtissent des ponts. | | | | |
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| mot | | | Ils pensent sérieusement, que la représentation du monde peut être prise en charge par des structures grammaticales, tandis que ces piètres structures restent presque entièrement à l'intérieur des frontières de la langue, et les frontières du monde commencent bien au-delà de la langue, quoi qu'en pense Wittgenstein. La langue fait partie des solutions, le monde restera toujours parmi des mystères, que tente de refléter, telles les idées platoniciennes, la représentation. | | | | |
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| mot | | | Trois mots-parasites - liberté, désir, être - prolifèrent sur le bel arbre du rêve ascendant et de la sève descendante et en cachent et occultent la vue, arbre que le philosophe aurait dû défendre avec autant de conviction, que le chante, avec foi, le poète. | | | | |
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| mot | | | Quand on comprend, que le verbe être peut remplacer tous les autres verbes et que des variables peuvent se substituer à tous les noms, on se met à pratiquer la logique - les quantificateurs et la négation, la poésie - la liberté dans le choix des variables et des adjectifs, ou la philosophie - en alternant les points d'interrogation et d'exclamation. | | | | |
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| mot | | | Mes révérences à l'arbre : au hêtre suprême, au chêne de ma cellule, au bouleau harassant, au saule prénatal. | | | | |
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| mot | | | Inévitablement, il nous arrive de nous sentir esclaves du langage ; le bon écrivain s'insurge et renverse les rôles, pour en devenir maître. C'est pourquoi « la vérité m'appartient » (Pascal - je possède le langage !) est plus fier que j'appartiens à la vérité (S.Weil - le langage me possède !), malgré les apparences. | | | | |
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| mot | | | Le mot libre s'apparente aux rythmes, l'idée des esclaves - aux algorithmes. Le déclin des grands mots accroît le pouvoir de la petite pensée, comme le déclin de la grande pensée accroît le pouvoir des petits mots. Être petit, c'est être collectif. Quand la mesquinerie touche aussi bien les mots que la pensée personnels, l'exclusive est encore plus flagrante. | | | | |
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| mot | | | L'orthographe, créatrice de belles pensées : mettez l'accent grave dans le ou de : « Il est libre ou il n'est pas » ! « Le bonheur est là où tu n'es pas »** - Schubert - « Dort, wo du nicht bist, da ist das Glück ». | | | | |
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| mot | | | Celui qui ne maîtrise à fond aucune langue étrangère ne voit pas la différence entre le monde réel et le monde qui naît des mots ; il ne peut pas apprécier ce qu'est l'immense liberté du Verbe. | | | | |
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| mot | | | Je lis cette traduction cathédralesque de Spinoza : « La liberté s'oppose à la contrainte et non à la Nécessité » - monumental, beau et faux ; j'échafaude une savante réplique, du genre : la liberté est peut-être une nécessité extérieure ; la contrainte doit être une nécessité intérieure (tout en remarquant, au passage, le gouffre entre nécessité-loi et nécessité-besoin) ; au dernier moment je m'avise, que ce qu'on cherche à traduire est le tout bête : « Deus ex solis suae naturae legibus, & a nemine coactus agit » (« Dieu n'agit que selon les lois de Sa nature, sans que personne ne L'y contraigne ») - mesquin, laid et juste - et m'éclate de honte et de rire… Ce rire tourne au jaune, lorsqu'ils nous apprennent, que le spinozisme est la lumière de la vérité, qui mène de l'angoisse d'une fausse vie à la joie des hommes libres… Un rat de bibliothèques - en sauveur des aigles, des chouettes ou des rossignols ! | | | | |
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| mot | | | Le mot très en vogue, ces jours-ci : terrorisme ; comment verrais-je l'homme, qui s'adonnerait à cette activité ? - libre, considérable, courageux, illimité. J'avoue avoir aligné ces adjectifs, après l'atterrante aberration de Chateaubriand : « Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné que le terroriste » ! Mais nous sommes d'accord sur la place qu'il mérite - le cachot. | | | | |
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| mot | | | Tant de poésies françaises, dans lesquelles c'est un dictionnaire, et non pas l'oreille, qui cherche des échos. Des rimes pour l'oeil ! Que dire d'une poésie, où voie lactée est interdit à cause d'un e muet ? Voyez l'équilibristique orthographique de La Fontaine : « les pensERS vulgaires ». | | | | |
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| mot | | | Le plumitif médiocre : je maîtrise l'essentiel, dont le mot n'est qu'un mercenaire malléable à merci. Un maître : la terreur devant l'essentiel intraduisible et l'adhésion servile à ce révolté de mot, en vue d'un nouvel esclavage. « Ce n'est pas moi qui maîtrise la langue, c'est la langue qui me maîtrise complètement. Elle n'est pas la servante de mes pensées » - K.Kraus - « Ich beherrsche die Sprache nicht ; aber die Sprache beherrscht mich vollkommen. Sie ist mir nicht die Dienerin meiner Gedanken ». | | | | |
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| mot | | | La littérature moderne, si grégaire, banale et servile, devrait s'appeler : choré-graphie. D'autant plus que plus rien n'y danse ; elle n'est faite que pour marcher. | | | | |
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| mot | | | Tant de commerce autour des femmes : émancipation, venant de manu capere, une espèce de tope-là des marchands, ou épouse, ayant la même origine que sponsor - une offre commerciale. | | | | |
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| mot | | | L'Ouvert, en allemand (das Offene), signifiait jadis (par exemple, pour Hölderlin) - une libre nature, une hauteur montagnarde ; avec Rilke, le mot prit un sens mystique de l'appel des sources ; Heidegger lui donna une tournure topologique, avec le désir des frontières infinies ; enfin, Celan : « L'Ouvert est un domaine sans frontières, où l'homme se libère de lui-même » - « Das Offene ist der grenzenlose Bereich menschlicher Selbstbefreiung » - confond ce qui est sans frontières (l'infini) avec ce qui n'inclut pas ses propres frontières (l'ouvert mathématique ou lyrique que retinrent les commentateurs français). Chez Heidegger, la confusion avec le verbe ouvrir fait de l'Ouvert une espèce d'aléthéia - des mises en lumière de ce qui aurait été dissimulé. | | | | |
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| mot | | | Les mots parasites à manier avec méfiance : existence, vide, vérité, liberté. Rien de commun entre existence conceptuelle et existence réelle, entre vide mathématique et vide ontologique, entre vérité logique et vérité philosophique, entre liberté de concevoir et liberté d'agir. | | | | |
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| mot | | | Un prévenu, exempt de toute peine, peut, tout simplement, partir (acquitter), redevenir homme libre (freisprechen), être couvert de vérités (оправдать). Le français est circonspect, l'allemand – formel, le russe – emphatique. | | | | |
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| mot | | | La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Presque tous les Barbares, autour des Romains, parlaient des langues analytiques, avec des articles. Ils finirent par triompher du pauvre Latin synthétique, si libre, si riche en nuances rhétoriques et en flexions. Le robot analytique se réjouit du crépuscule des désinences qui soulagea l'esprit ; le fond y gagna ce qu'y perdit la forme ; l'âme s'en trouva démunie de bons usages, ce qui contribua à son extinction. | | | | |
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| mot | | | Ah, que ne puis-je subjuguer avant de conjuguer ! Mais ma sorcellerie évocatoire (Baudelaire) se brise sur l'usage, avant d'étaler mon présage. | | | | |
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| mot | | | Le langage : en amont – une représentation, des vérités déclaratives, inconditionnelles, apodictiques, en aval – des requêtes, leur vérité déductible ; le langage est à mi-chemin entre les mystères du désir (libre arbitre) et du sens (liberté), avec la logique au centre. | | | | |
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| mot | | | L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ? | | | | |
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| mot | | | Dans un bon écrit, le mot, personnel et libre, finit par dominer l'idée, qui, toujours, a la tendance de devenir universelle ou grégaire. On ne s'accroche aux idées que tant que leur mot est pâle. Plus le mot s'émancipe, plus l'idée s'éclipse. | | | | |
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| mot | | | Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère. | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | Tout ce qui a un nom a aussi une date et un lieu, ce qui enchaîne et limite. Une liberté profonde : donner au nom existant un sens nouveau ; une liberté haute : trouver un nom nouveau à un sens existant, inventer de belles couronnes de noms honorant l'innommable. | | | | |
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| mot | | | Chez celui qui ne maîtrise pas le mot créateur, c'est à dire le mot poétique, la grande matière se profane par le mot inexpressif. Mais celui qui est, à la fois, philosophe et poète, sent l'espace de liberté entre l'expression et la pensée et, tout en visant la pensée, il laisse le mot inventeur tracer le chemin ou dessiner les fins ou esquisser les commencements. Seul le poète peut se permettre de « commencer par faire la chasse aux mots plutôt qu'à la matière » - F.Bacon - « to begin to hunt more after words than matter ». | | | | |
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| mot | | | L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète. | | | | |
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| mot | | | Comment le mot devient-il libre ? - en s'interdisant des clichés descriptifs (pour devenir image), en se débarrassant des clichés conceptuels (pour devenir métaphore), - donc, surtout, par ses propres contraintes. L'esprit y suffit : « La trinité – le mot, la liberté, l'esprit » - E.Jünger - « Dreieinig sind das Wort, die Freiheit und der Geist » - et lorsque le talent l'y rejoint, on devient iconoclaste, hérésiarque et néophyte. | | | | |
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| mot | | | Combien plus nombreux - et bêtes ! - sont ceux qui jurent suivre leurs pensées, plutôt que précéder à leurs mots. Il faut leur rappeler que : « Il est plus facile d'être esclave de l'idée que maître du mot » - Don-Aminado - « Легче быть рабом идеи, чем господином слова ». On ne vit jamais un esclave de l'idée devenir maître du mot ; l'inverse se voit partout : dès que le mot est assez haut, l'idée, qui s'y niche, devient profonde. | | | | |
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| mot | | | Écrire, c'est bâtir un édifice, dans un style que te dictent ton goût et ton talent. Pour avoir cette liberté, il faut habiter la langue, c'est à dire se sentir chez soi dans son atelier, maîtriser et ses outils et ses matériaux et ses acoustiques. Mais je n'habite plus aucune langue ; je suis condamné à n'ériger que des ruines, en espérant qu'un œil de connaisseur y devine le style rêvé : une caverne, une tour d'ivoire, un temple. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité ascendante du discours : des faits aux actes, des noms aux verbes, des objets aux liaisons. Le verbe, c'est l'action métaphorique du poète et le simple constat du prosateur. Le nom, c'est la liberté du poète et la servilité du prosateur. | | | | |
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| mot | | | Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être. | | | | |
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| mot | | | La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé. | | | | |
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| mot | | | L'aveu le plus difficile à arracher aux orgueilleux tenants de l'originalité de leurs passions, idées, actes : que ce fond est commun à l'humanité tout entière, qu'elle soit avancée ou attardée, servile ou libre, humble ou ambitieuse ; et que ce fond est constitué de pulsions, évidentes et fractales, de puissance ou de sexe. Seule la forme peut nous munir d'un semblant d'unicité, et encore, puisque la forme technico-scientifique tend à la même uniformité, ainsi que les arts plastiques et la musique. Il reste le dernier bastion de l'individualité - le mot, et même ici, de vastes brèches nous furent infligées par le fond médiocrisant et générique des hommes. | | | | |
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| mot | | | Le langage peut être vu sous trois angles : l’instrumental (attachement à la représentation), le grammatical (structures internes), le métaphorique (partant de la représentation sous-jacente) – le libre arbitre, les contraintes, la liberté. | | | | |
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| mot | | | Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Quand on prend la nécessité éthique (le devoir, dans la réalité) pour nécessité logique (l’effet inévitable, dans la représentation), on est piètre logicien, piètre linguiste et piètre philosophe, en proclamant, docte : la liberté est une nécessité consciente (Hegel) ou la nécessité est un fruit de la liberté (Berdiaev). | | | | |
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| mot | | | Servir Dieu ou la Patrie, signifie, de plus en plus, servir à faire tourner la machine, servir d’outil. De l’esclavage noble ou du haut sacrifice – au bas algorithme. Du grand transitif au petit réflexif. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, ce qui compte, ce ne sont pas tellement les vaches réelles que les modèles et instances de vache, ces concepts (les êtres en puissance ou en acte), que Platon appelle idées, et auxquels il accorde, curieusement, plus de réalité qu'à la réalité elle-même ; mais ces idées ne nous sont pas données a priori, mais sont créées par le discoureur et où une solide dose de libre arbitre est évidente ; la précédence des idées est une chimère. | | | | |
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| mot | | | Ils veulent libérer la pensée de sa tour d’ivoire verbale et finissent par la retrouver au musée ou en caserne. Ce vieux paradoxe des délicats : une belle expression débouche miraculeusement sur de bonnes pensées, mais d'une bonne pensée à une belle expression le chemin est tortueux et déformant. | | | | |
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| mot | | | Dieu nous fit présent de l’intelligence et de la liberté, pour que notre contemplation objective accompagne notre création subjective, les deux formant notre regard, ce juste homonyme de Dieu dans théorie. | | | | |
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| mot | | | La langue maternelle est le dernier refuge du solitaire. Pour un écrivain français, en proie à la solitude, la langue française est une douce et caressante consolation ; pour un Allemand ou un Russe, cette consolation est empreinte de mélancolie : « Quand le doute m’étrangle, tu m’es le seul soutien, - langue libre russe » - Tourgueniev - « Во дни сомнений, ты один мне опора, свободный русский язык ». « La langue allemande fut la plus fidèle consolation de ma vie » - H.Hesse - « Die deutsche Sprache ist der treueste Trost meines Lebens gewesen ». | | | | |
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| mot | | | Il y a le monde de la Loi et le monde de la Beauté ; la mathématique universelle aide à comprendre le premier et la littérature individuelle chante le second. Il y a une concordance merveilleuse entre le libre arbitre mathématique et l’objectivité du monde ; mais aucune alliance ne peut subsister entre la liberté du mot et la nécessité du monde. Dans ce dernier cas, on abandonna le chant au profit du récit ; mais dans le genre discursif le journaliste est en train de surclasser Homère ; tandis que les alliances avec des dieux se raréfient, et les voyages lointains n'apportent que des améliorations à la technique de tissage. Toute belle Hélène devint patiente Pénélope. | | | | |
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| mot | | | Le mot liberté a tant d’acceptions, qu’il est champion toutes catégories en volume des bavardages hétéroclites, qui ne se donnent même pas la peine d’en définir l’antonyme. | | | | |
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| mot | | | La langue offre des outils d’un style libre, mais elle nous force davantage à employer des tournures, imposées, tyranniquement, par l’usage et la grammaire. On ne peut s’en rendre compte que si l’on connaît plusieurs langues. | | | | |
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| mot | | | À sa naissance, la langue n’était qu’un tas de borborygmes et d’interjections, et Freud : « La parole était à l’origine une merveille, un acte magique » - « Das Wort war ursprünglich ein Zauber, ein magischer Akt » - est complètement à côté de la plaque. Les merveilles et la magie n’apparaissent qu’avec une nécessité formelle et une liberté individuelle, c’est-à-dire avec la culture. | | | | |
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| mot | | | Une langue est un compromis entre la nécessité logique et la liberté d’expression. La rigueur grammaticale et l’expressivité des écarts. Les besoins logique et poétique sont communs à toutes les langues, mais la technique lexicale et syntaxique, ainsi que la psychologie imaginative sont toujours différentes. Toute langue est une merveille. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement. | | | | |
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| mot | | | Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre. | | | | |
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| mot | | | Les contraintes, que la logique exige de la mathématique, sont de la même nature, que ce que le langage impose à la poésie. Et leur résultat commun – une liberté intérieure, défiant l’inertie et le hasard extérieurs. | | | | |
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| mot | | | Contrairement aux mots vérité ou liberté, où le vague règne, le mot vie, a des antonymes assez nets, pour ne pas se tromper d’acception. Trois d’entre eux, les plus pertinents, correspondraient aux trois angles de vue, pratiqués, respectivement, par un biologiste, un cogniticien, un poète – matière inerte, raison, rêve. Face à matière inerte, la vie est un miracle de la Création. Opposée à raison, la vie exhibe des émotions, des états d’âme, des intuitions, des instincts. Avec rêve, la vie complète la double sphère de notre existence et se réduit aux actions. | | | | |
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| chœur noblesse | | | BIEN : L'aristocrate se dépouille du nécessaire, pour faire le bien. Le mufle ne lui accorde que du superflu. L'aristocratisme, c'est l'art de s'écarter du calcul et de savoir pratiquer le sacrifice ou la fidélité, ses seules façons de ne pas se laisser entraîner dans des entreprises du mal. Le mal, c'est l'exécution d'un algorithme au moment, où Dieu éprouve ma liberté. | | | | |
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| noblesse | | | Un mode de cohabitation entre une humble liberté et une fière servitude, une liaison, encore plus subtile, entre un génie d'espèce et une passion de genre, une musique des contraintes faisant chanter les moyens et danser les buts - c'est ce qu'on pourrait appeler hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Toute âme d'exception est dans un déséquilibre, étant expression d'une seule des extrémités humaines - l'ampleur, la profondeur, la hauteur ; mais notre esprit a besoin d'équilibre, pour agir et créer ; à l'étranger, on découvre l'illusion d'une dimension complémentaire : « En Italie, Goethe cherche la profondeur des liaisons, Nietzsche - la hauteur des libertés » - S.Zweig - « In Italien, Goethe sucht tiefere Zusammenhänge, Nietzsche - höhere Freiheiten » - même si l'auteur s'y trompe de direction recherchée par ses protagonistes. | | | | |
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| noblesse | | | Comprendre ce qu'il faut pour rester Marc-Aurèle sans empire, Job sans lèpre, Byron sans titre, G.Bruno sans anathèmes, un saint sans Dieu. | | | | |
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| noblesse | | | L'engeance pseudo-pathétique pense, que la vie culmine grâce à la liberté, à la vérité et au courage. Qu'ils sont peu, ceux qui croient, que c'est, au contraire, dans de belles contraintes, dans la résistance aux vérités dégradantes et dans l'angoisse devant le mystère, que s'éploient leurs meilleures facettes. | | | | |
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| noblesse | | | Je suis l'homme de la forêt ; l'arbre est omniprésent sur mes blasons ; il me rendit indépendant des forêts, des parcs et des jardins. Il paraît que les arbres enseigneront ce que qu’on n’apprend d'aucun maître. La montagne des anachorètes, les horizons des marins se prêtent mal à l'héraldique. | | | | |
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| noblesse | | | Sur Terre n'est libre peut-être que mon premier pas, les suivants ne m'appartiennent pas, ou moi, je ne leur appartiens plus. Mais le regard posé sur mon étoile est toujours libre. Et les meilleurs chemins se tracent dans le ciel, à la lumière de mon étoile. | | | | |
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| noblesse | | | Mon soi inconnu, c’est l’origine de mon inspiration, la grâce de mes rêves, grâce qui s’oppose à la liberté d’agir de mon soi connu. Quant j’écoute la musique du premier, je me libère volontiers du bruit du second. « Dans quel sens arrives-tu à te libérer de ton soi ? – là réside ta vraie valeur »* - Einstein - « Der wahre Wert eines Menschen : in welchem Sinn kann er zur Befreiung vom Ich gelangen ». | | | | |
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| noblesse | | | Quatre types de rayonnement : utilitaire, moral, mystique, poétique. Quatre questions abductives : quoi - création, comment - sensibilité, pourquoi - source, où - liberté. Seuls l'ironie ou le regard répondent au au nom de quoi. Dans l'ironie on devine l'âme, dans le regard - l'esprit. Une ironie trop désinvolte devient stérile, un regard trop exigu confond la profondeur avec la hauteur. Peut-être que l'union de l'ironie et du regard s'appelle liberté : « Le au nom de quoi forme l'Un avec la Liberté » - Heidegger - « In eins mit Freiheit ist Umwillen ». | | | | |
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| noblesse | | | Être affranchi de certaines choses peut être plus avilissant que d'être subjugué par d'autres. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme grégaire se reconnaît par le poids accordé aux acquiescements ou aux refus, face aux requêtes du monde. Faute de questions intéressantes, l'homme libre se les invente soi-même. | | | | |
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| noblesse | | | La belle révolte : se libérer de l'astreignant. La belle résignation : s'imposer le contraignant. | | | | |
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| noblesse | | | En fait d'art, agir au nom d'un bon droit est bête et servile, contrairement à la politique. L'attitude, qui nous découvre le mieux, est l'imposture reconnue, l'impossibilité de se réclamer d'une source, la traduction de pures mélodies en cadences abruptes. Parler au nom de ce qui refuse tout nom. Être interprète plutôt que représentant. | | | | |
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| noblesse | | | L'art de la vie consiste à tempérer les trois grandes illusions : celle de la liberté (par l'humilité), celle de la hauteur (par l'ironie), celle de Dieu (par un amour gratuit). | | | | |
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| noblesse | | | Pour me proclamer libre, il ne suffit pas que la voix de mon âme s'élève au-dessus de la loi de mon esprit. Il faut, en plus, que cette voix soit de la musique divine et que cette loi ne soit pas lue au ciel. Toute noble liberté est triomphe de l'harmonie interne sur le calcul externe. Un simple interprète, non-compositeur, peut-il être libre ? | | | | |
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| noblesse | | | Le sacrifice de l'horizontalité des réussites, la fidélité à la verticalité des chutes du soi connu et des envolées du soi inconnu - deux exercices de liberté, deux manières d'être rebelle. | | | | |
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| noblesse | | | Mes forces banales développent, en toute liberté, le bruit de mon soi connu ; mes forces supérieures enveloppent, dans une obéissance enchantée, la musique de mon soi inconnu. La liberté n'apporte rien à l'âme ; la servitude déprave l'esprit. | | | | |
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| noblesse | | | But : garder l'âme haute. Moyens désirés : l'inclémence de la honte, la liberté de l'ironie, la vivacité du mot. Qui veut les moyens voudra le but. « Dans une grande âme tout est grand » - Pascal - y compris la honte. | | | | |
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| noblesse | | | En remontant aux causes premières, à partir même du plus profond de nos embrasements, nous tombons, immanquablement, tôt ou tard, sur un leurre, ce punctum pruriens (Schopenhauer) de toute pensée : « Dès qu'on insiste un peu, c'est le vide » - Céline. Ne pas insister n'est pas glorieux : « Ce n'est qu'un esprit peu exigeant qui se contente de peu. Un sot serait-il un sage ? » - Valéry - puisque, d'après Horace, ne pas le savoir, c'est vivre en esclave. | | | | |
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| noblesse | | | Tenir à la hauteur veut dire continuer à être certain de ne pas pouvoir l'atteindre. Ce qui m'en rend esclave ; mais envierai-je cet « homme libre, celui pour qui toute hauteur est accessible » - Gorky - « для свободных - все высоты достигаемы » ? | | | | |
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| noblesse | | | La liberté en tant que libre arbitre, s'appuyant sur un caprice ou un coup de dés, est digne des singes ou des machines. La vraie commence avec l'écoute de ma faiblesse et de ma honte intérieures, face à ma force et mon intérêt extérieurs. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté mécanique, démontrable : mon consentement, accompagné de la conscience que j'aurais pu ne pas le donner ; elle est donc plus dans le devoir et le pouvoir que dans le vouloir. | | | | |
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| noblesse | | | Ce livre fut écrit parmi les ruines du pays du gai saber (ou de la gaya scienza de Nietzsche), ce berceau de l'Europe poétique, où jadis s'entre-fécondaient le chantre, le chevalier et le libre esprit, une rencontre impensable aujourd'hui, et que j'essayai de reconstituer. À quelle hauteur l'apocalypse peut être gaie (fröhliche Apokalypse de H.Broch) ? À quelle hauteur la poésie n'a plus besoin de science ? - c'en est le vrai enjeu et non pas : « à quelle profondeur la science devint gaie » - Nietzsche - « aus welcher Tiefe heraus die Wissenschaft fröhlich geworden ist ». La métaphore troubadouresque serait le fameux masque musical, qu'aiment aussi bien la profondeur que la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté est l'une de ces notions floues, que n'éclaircit que la présence de la noblesse : mais aujourd'hui, le plus souvent, quand on est libre, on est sans noblesse, et quand on est noble, on l'est déjà au-delà de la liberté. La seule grande liberté vérifiable est une préférence accordée à la faiblesse, face à une force sans noblesse. « Sans pouvoir être déraisonnables, nous ne nous considérons pas assez libres » - Leibniz - « Nisi potestas brutalitatis fiat, satis non liberos esse non putamus ». Quand on ne respecte que la force raisonnable et incolore, on est gris comme un mouton ou livide comme un robot. | | | | |
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| noblesse | | | La médiocrité en appelle, tout le temps, à la pureté, à la grandeur et à la liberté, connues et fermées, lui servant de buts ou balances ; le talent, c'est ce qui les fait oublier ou n'en fait que des contraintes, figées et silencieuses, et permet de produire de nouvelles unités de mesure du pur, du grand et du libre - mesures sonores, ouvertes et palpitantes. « La grandeur d'une âme est dans son don de reconnaître une grandeur chez les autres » - Karamzine - « Талант великих душ есть узнавать великое в других людях ». | | | | |
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| noblesse | | | Sacrifice et fidélité, les seules preuves de la liberté, n'admettent pourtant pas de règles et sont à l'opposé de l'ennui, qui est l'évidence des choix mécaniques. | | | | |
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| noblesse | | | Notre liberté apparaît, lorsque la réflexion pèse plus que le réflexe ; mais, en somme, la réflexion n'est que le réflexe mis à l'examen par le vrai, par le bon et par le beau ; seul l'homme, conscient des parts du réflexe et de la réflexion en lui, peut être libre. | | | | |
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| noblesse | | | L'acquiescement radical est propre du soi inconnu ; la négation n'a sa place que parmi les contraintes et les buts du soi connu ; le mystère est dans l'existence même des axes et non pas dans des hiérarchies de leurs points ; l'instinct (liberté et volonté) détermine le oui, le calcul (intérêt ou savoir) dicte les non. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihiliste n'a pas moins de points d'attache que les autres, mais de ses attachements ne s'hérite pas mécaniquement son essence ; elle découle plutôt des accidents, qui accompagnent toute naissance du premier pas ou toute liberté du pas dernier. | | | | |
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| noblesse | | | Liberté en tant qu'axiome, liberté de représentation, c'est le libre arbitre des moyens créateurs ; liberté prouvée, liberté d'interprétation, ne peut s'affirmer qu'en tant qu'un sacrifice de la force ou une fidélité à la faiblesse, c'est la liberté des contraintes nobles. Enfin, la liberté en tant que but est à la base de la noblesse et de la création. | | | | |
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| noblesse | | | Pour défendre la liberté du Beau, Nietzsche lui sacrifie la valeur du Bien ; par souci de la liberté de l’Esprit, Valéry oublie la valeur du Beau : « La malheureuse valeur esprit ne cesse guère de baisser ». Involontairement, par des justifications psychologiques ou économiques, ils contribuèrent à l’extinction des cœurs et des âmes, et à la domination des esprits pratiques, rigoureux et bas. | | | | |
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| noblesse | | | Notre terre promise (par le libre arbitre des profondeurs divines) est peut-être notre ciel, cette hauteur permise à notre liberté. Pour l'atteindre, il suffit de renoncer à la recherche géographique et de suivre les trouvailles astronomiques. | | | | |
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| noblesse | | | On avait essayé de chasser l'infâme commerce du Portique païen, du Temple judaïque, de la Cour chrétienne ; la Porte close, il est revenu par la Fenêtre de la liberté. Le naturel se donne tout simplement à la bassesse ; il est rare, et donc - beau ! - chez les nobles, chez qui le style est ce qu'il y a de plus naturel. | | | | |
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| noblesse | | | La bonne espérance : s'inspirer des fins illisibles, s'identifier avec des commencements sensibles, se détacher des pas intermédiaires serviles ou des poses intérimaires fragiles, - trop intelligibles. | | | | |
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| noblesse | | | Même si le superflu peut faire oublier le nécessaire, ne vivre que du nécessaire réduit l'espace du possible, de ce domaine des créateurs. « Il n'y a pas vertu à mépriser le superflu, mais il y a vertu à mépriser le nécessaire » - Sénèque - « Supervacua contemnere non est virtus, sed cum contempseris necessaria ». Les errements dans le superflu nous font pressentir l'avant-goût du suffisant. Le nécessaire est une contrainte, qui bride la liberté, le suffisant - celle qui réveille la liberté intérieure ou endort la liberté extérieure. | | | | |
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| noblesse | | | Je ne me connais aucun progrès, dont je me sentirais fier, mais toute continuité ou fidélité aux premiers émois de l'amour, de la création, de la liberté, bref à mon soi inconnu, non-évolutif, me réjouis. Celui qui vit du soi connu, dit : être libre (être homme, femme, poète) n'est rien, le devenir, c'est le sommet - celui qui, en soi, avant toute lutte, ne portait déjà la liberté, ne découvrira que ses substituts. | | | | |
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| noblesse | | | Tous les penseurs brandissent cette misérable et quasi-inexistante opposition entre esprits libres et esprits enchaînés, tandis que le seul choix crucial, dans ce domaine, est entre une liberté dégradante et un esclavage valorisant. Là où la liberté élève ou l'esclavage avilit ne prospèrent que des esprits médiocres. | | | | |
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| noblesse | | | Est esclave celui qui ne voit pas ce que la liberté, même seulement extérieure, apporte à son âme. « On est esclave à cause de son âme d'esclave, inaccessible aux émois de la liberté. L'aristocrate est un homme aspirant à la beauté et à la liberté intérieure de son esprit » - A.Lossev - « Раб, потому что у него рабская душа, и недоступны ему переживания свободы. Аристократ есть внутренне духовно-свободный и прекрасный человек ». Aujourd'hui, c'est par des qualités de son âme qu'on devient aristocrate, et combien d'esclaves s'enorgueillissent d'un puissant esprit ! L'aristocrate est celui dont l'esprit, en se recueillant, devient âme, et dont l'âme maîtrisée devient esprit. L'âme n'a qu'une seule facette - l'humaine (l'âme intellectuelle d'Aristote) ; l'âme végétale ou animale (nutritive ou sensitive) est une aberration d'un esprit robotisé. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté : ses commencements jaillissent d'un vouloir pathétique, ses contraintes sont imposées par un devoir éthique, ses moyens se trouvent dans un pouvoir pragmatique, ses fins se résument dans un valoir esthétique ou mystique. Mais ces quatre moments réunis, toute l'intensité du sujet retombe ; la liberté est un bon vecteur, mais une valeur décevante. | | | | |
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| noblesse | | | Je ne dois attendre la grâce qu'en hauteur, loin des choses. Ce sont donc mes propres contraintes qui en préparent la rencontre. « Le libre arbitre me permet d'accueillir Ta Grâce par l'ampleur ou par la contrainte » - Nicolas de Cuse - « Libera voluntas, per quam possumus aut ampliare aut restringere capacitatem gratiae tuae ». Le libre arbitre peut tracer l'ampleur. La contrainte, elle, se dessine par ma liberté. | | | | |
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| noblesse | | | Porter les lumières des autres ? - mais la machine le fait déjà, avec plus de rigueur, d'ordre et de plénitude que les hommes. Propager ses propres lumières ? - mais non seulement elles sont fatalement identiques avec tant d'hommes insignifiants, elles sont le mieux émises par des rats de bibliothèques. Non, à l'homme des lumières je préfère l'homme des ombres, celui qui ne saura jamais s'il est acteur d'une liberté ou jouet d'une servitude. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté est un concept d'autant plus douteux, que deux grands sentiments, la honte et la pitié, lui sont franchement hostiles. La liberté est l'égalité des dons de l'esprit, du cœur et de l'âme. L'angoisse accable l'âme, la pitié fige le cœur, le dégoût ravage l'esprit. Mais aujourd'hui, l'angoisse est due à la faiblesse du cœur ; la pitié se calcule par un esprit sans honte ; le dégoût se dissimule dans des âmes sans hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | La vie a ses raisons et ses pulsions ; il faut savoir maîtriser les premières et succomber aux secondes. « Pour vivre, perdre la raison de vivre » - Juvénal - « Et propter vitam, vivendi perdere causam ». Sans cette raison, il est plus facile de se résigner à réduire la vie à un livre, pour rester maître de ses raisons : « Il est possible, que le livre soit le dernier refuge de l'homme libre »** - A.Suarès - mais l'homme libre finit par ne plus vivre que des autres et par n'écrire de livres que sur des livres des autres, et non plus sur sa propre vie invisible. Aimer à perdre la raison (Aragon) paraît être une bonne introduction à la sagesse, puisque celui qui n'en perd jamais, n'en a pas beaucoup. | | | | |
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| noblesse | | | C'est contre le toit percé que je dois diriger mes lamentations, pour garder l'illusion de rester toujours dans ma tour d'ivoire. Cogner ma tête contre les murs et les renverser ne me conduira que dans des ruines encore plus dévastées. | | | | |
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| noblesse | | | Vivre dans une servitude essentielle est signe d'un homme d'exception. Non pas parce que « homme noble aspire à une loi » (Goethe), mais parce que la loi noble ne s'inspire que du rêve et ne respire plus au sein des actes. Dis-moi à quelle noble servitude tu te soumets, je te dirais de quelle vulgaire liberté - de, pour ou dans - tu peux te passer. | | | | |
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| noblesse | | | Savoir m'incliner devant ce qui me dépasse sur une échelle non-quantifiable, devant mon soi inconnu, par exemple, qui résume ce qu'il y a de divin dans mes frissons. Il y a des servitudes que seul un homme libre peut se permettre. | | | | |
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| noblesse | | | La nostalgie ne s'adresse ni à un lieu, ni à un fait, ni à une époque ; elle est un salut fraternel ou angélique à un état d'âme extraordinaire, débarrassé de la pesanteur du réel et tourné vers la grâce de l'irréel. Nos états d'âme ordinaires sont trop imbus des impacts visibles de la mémoire et de l'amour-propre ; la nostalgie est la pureté d'une image dématérialisée, libre, autonome, gardant ce qui est ineffaçable, donc idéel, dans le passé. | | | | |
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| noblesse | | | Deux instruments, pour façonner la liberté de l'homme – l'intelligence et la volonté. La volonté cherche des ressources profondes de la force brute ; l'intelligence trouve les hautes sources de nos belles faiblesses. « Il y a plus de noblesse dans l'intelligence que dans la volonté » - Thomas d'Aquin - « Intellectus nobilius voluntate ». La volonté doit déboucher sur l'action ; l'intelligence peut conduire au rêve. C'est pourquoi à la volonté de puissance il faut préférer l'intelligence de la faiblesse. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté se manifeste mieux dans l’attachement à l’invisible que dans le détachement du visible. | | | | |
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| noblesse | | | L’homme est libre lorsque les choix conscients de son esprit profond, de son âme haute et de son cœur ardent coïncident, fraternellement. Les cœurs refroidissant et les âmes s’abaissant, cette concomitance devient mécanique. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit est despotique, l’âme – aristocratique, le cœur - démocratique. | | | | |
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| noblesse | | | Plus profondément je me libère de mon soi connu, plus haut sera l'essor, en provenance de mon soi inconnu, dont je deviendrai esclave et/ou amoureux. | | | | |
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| noblesse | | | Là où règne la liberté poétique, domine l’acquiescement et s’occulte la négation. Le premier, explicite et personnel, s’adresse au monde céleste ; le second, implicite et général, évalue le monde terrestre. Le premier se réduit aux commencements ; le second se forme de contraintes. Chez les négateurs déferle une indignation, parfois profonde ; chez le poète se dissimule un mépris, toujours hautain. | | | | |
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| noblesse | | | Je souhaite d’après mes bas intérêts d’esclave ; je désire selon mes hauts songes d’homme libre. Les fidélités ou sacrifices difficiles – telle est la meilleure manifestation de cette liberté. Et Horace : « Qui désire – craint, il ne sera jamais libre » - « Qui cupiet, mutuet, liber non erit umquam » - vise la liberté robotique et non pas éthique. | | | | |
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| noblesse | | | Ils veulent mettre leur vécu, dans la balance de leur écrit ; on en retirera le poids, l’événement, le prix. Que vaut ce toc à côté de la construction libre de valeurs, ayant leur source dans une vie rêvée, à l’opposé d’une vie vécue. | | | | |
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| noblesse | | | Tout est bas dans la pompeuse volonté de puissance. La noblesse demeure dans la faiblesse de nos meilleurs sentiments et dans les contraintes qu’elle impose à la volonté tous azimuts. « La volonté est tellement libre de sa nature, qu'elle ne peut jamais être contrainte » - Descartes - la liberté est dans la faculté de se donner des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | La passion est un élan, qui me fait quitter le monde de la nécessité, de l’intérêt de l’espèce, de l’utile. Le moment idéal, pour prouver ma liberté. C’est de la foi, même si c’est de la mauvaise foi. | | | | |
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| noblesse | | | Être un descendant du passé (la nécessité) ou être un fondateur de l’avenir (le hasard) est également banal. Se dégager du temps est la seule attitude qui donne l’accès à la liberté, à la créativité et à l’originalité. | | | | |
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| noblesse | | | J’appelle ailes l’appel du vertige ou de la hauteur, ne m’arrachant pas à mon immobilité primordiale ; en tant que moyen de locomotion, elles ne me rapprochent pas de mon étoile et ne m’apportent qu’une sensation de brève et illusoire liberté. Comme pour les anges, ces ailes permettent d’oublier que je vais pieds nus, bras nus, pensées nues. Ces ailes sont une pesanteur et non une grâce. La grâce, c’est l’élan vers mon étoile. | | | | |
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| noblesse | | | On a le choix de ramper ou de voler ; mais voilà que la pesanteur de la terre est aggravée par l’air impondérable et l’absence des ailes. « Ne proclame pas la liberté de voler, donne plutôt des ailes » - Unamuno - « No proclaméis la libertad de volar, sino dad alas ». | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse n’est qu’un élan vers la hauteur ; seul le talent complice permet d’en créer une demeure ou, plutôt un état d’âme musical, un regard créateur. La liberté et l’intelligence ne servent qu’à garder contact avec l’étendue des horizons actuels et la profondeur des chutes futures. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit ne nous est donné que pour scruter les profondeurs ; l’esprit visant la hauteur n’est que l’orgueil. La hauteur est un séjour rêvé de l’âme. « C’est pour la hauteur que m’est donnée une âme libre »** - Z.Hippius - « Свободный дух, он дан мне - для высот ». | | | | |
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| noblesse | | | Qu’elle soit active ou contemplative, la vie nous est imposée par la nécessité, le hasard ou le calcul d’intérêts ; nous ne sommes vraiment libres que dans le choix et l’embellissement de nos rêves. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme libre d'aujourd'hui a une conscience sans le moindre trouble, tandis que l'homme pur prêche la suspicion à son propre égard. Dans le monde moderne, la pureté s'évapore, mais la boue, de mieux en mieux filtrée, nous envahit, cristalline. | | | | |
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| noblesse | | | La noble liberté des commencements individuels n’a rien à voir avec la banale liberté des finalités communes. Et les finalités ne peuvent qu’être communes. La seule vraie liberté réside donc dans les particularismes des premiers pas. | | | | |
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| noblesse | | | L’usage de ta liberté ne promet de la grandeur que si tu n’es qu’en compagnie des choses nobles ; mais tu n’arrives à cet état que par des contraintes, qui déblayent tout ce qui est secondaire, insignifiant. « Dans les travaux de l’esprit, à toute règle qu’on s’impose correspond aussitôt une liberté d’autre part »** - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | La profondeur fait comprendre la fatalité de la loi ; la hauteur fait ressentir la liberté du caprice. | | | | |
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| noblesse | | | Pour une fois, je préfère la lumière aux ombres : au Grand Siècle français, on pratiquais le langage des nobles, celui des ombres du Roi-Soleil ; au Siècle des Lumières, on s’intéressait davantage à la noblesse du langage, celle de l’ironie et de la liberté. | | | | |
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| noblesse | | | On reconnaît un aristocrate par sa liberté intérieure et par l’ironie de son regard, naissant de cette liberté. L’épreuve la plus probante d’un esprit aristocratique est l’exercice de cette liberté dans une tyrannie étouffante, ce que démontra, mieux que quiconque, Pouchkine, conscient que « si le Tsar m’octroie la liberté, pas un mois de plus je n’y resterais » - « если царь даст мне свободу, то я и месяца не останусь ». | | | | |
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| noblesse | | | Pour un aigle, atteindre la hauteur signifie, dans sa fière solitude, ne plus être vu de personne ; l’air libre est son élément. Les adeptes de la profondeur ressemblent à un ramassis de poissons solidaires : « Tous, ils troublent l’eau, afin qu’elle paraisse profonde » - Nietzsche - « Sie trüben Alle ihr Gewässer, dass es tief scheine » ; l’eau commune est leur milieu. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse dans la vie se prouve par l’art du sacrifice ou de la fidélité ; c’est pourquoi la liberté et l’amour se complètent, puisque la liberté est la maîtrise de ton sacrifice de l’esprit, et l’amour est ta fidélité à ce que souffle le cœur. | | | | |
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| noblesse | | | Aucune noblesse des hommes, que je croisai dans mon existence d’homme d’action, noblesse héréditaire, intellectuelle, sentimentale, ne dépasse, à mes yeux d’homme de rêve, en pureté, hauteur ou dramatisme, celle de ma mère, ouvrière, dans une usine délabrée, au fin fond de la Sibérie, au sol en terre nue, avec des outils et tâches, réservés aux hommes robustes. Et aucune plainte ; le soir - ses chansons mélancoliques ou la lecture de contes de fées ; la nuit – ses sanglots étouffés, qui me pétrifiaient. De jour – la ruine, la famine, la vermine. Le goût de caresses et de liberté me vint de cette horreur, multipliée par mon statut d’orphelin de père. | | | | |
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| noblesse | | | La fidélité aux rêves évanescents entretient notre espérance ; le sacrifice des actes, profitables dans le réel, prouve notre liberté. | | | | |
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| noblesse | | | L’âme s’éteindra en toi, comme ton esprit et ton cœur. Son immortalité ne peut signifier que son autonomie, son indépendance, contrairement à ses deux confrères, car elle est la seule à communiquer avec le mystère de ton soi inconnu, ton inspirateur, qui fera de toi un créateur. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes que tu t’imposes doivent t’isoler de tout ce qui est bas et te permettre de garder de la hauteur. Plus librement tu t’éloignes de la prose de la vie, plus libre sera la poésie de tes rêves. « Moins de droits extérieurs signifie plus d’intérieurs »** - Tsvétaeva - « Чем меньше внешних прав, тем больше внутренних ». | | | | |
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| noblesse | | | Le talent artistique n’est peut-être que la présence, consciente ou non, d’une âme créatrice, demeure de la hauteur. Les esprits et les cœurs des hommes atteignent à peu près les mêmes profondeurs, mais sans la dimension céleste, ils sont condamnés à la platitude terrestre. Les idées et les sentiments sont démocratiques ; les états d’âme, mis en musique par le talent, - aristocratiques. Et Pouchkine : « Deux sortes d’absurdité : la première émerge du manque de sentiments et d’idées, pallié par les mots ; la seconde – de leur plénitude et du manque de mots » - « Есть два рода бессмыслицы : одна происходит от недостатка чувств и мыслей, заменяемого словами ; другая — от полноты чувств и мыслей и недостатка слов » - introduit une fausse symétrie : entre la vie servile et le rêve libre il y aura toujours un gouffre. | | | | |
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| noblesse | | | La faiblesse de l’ascèse est plus près d’une noble liberté que la force de la propriété. | | | | |
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| noblesse | | | Porte haut ta faiblesse - une haute liberté t'y rejoindra ; dans les profondeurs de la puissance, toute liberté est basse. | | | | |
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| chœur russie | | | CITÉ : Les uns cherchèrent une cité de Dieu, les autres - une Cité Interdite, d'autres encore, les plus lucides, - une cité vivable ; seuls les Russes se laissèrent prendre par le miroitement d'une cité radieuse. Le camp des fidèles, le camp retranché, le camp des vainqueurs, ce fut tout de même mieux que le camp de concentration. | | | | |
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| russie | | | Pour faire honneur à l'amour, il faut en devenir esclave ; pour s'adonner au savoir, la servitude ascétique est nécessaire ; pour peindre le vrai, il faut être esclave du bon - telle est l'attitude du Russe. Et même tous les exploits industriels soviétiques se réalisèrent grâce au travail des esclaves du Goulag. | | | | |
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| russie | | | Entouré d'hommes extraordinaires, en Russie, on finit par presque oublier la société abominable, dans laquelle on est immergé. « Une société, dont la paix ne dépend que de l'inertie des sujets, mérite le nom de tribu plutôt que de société » - Spinoza - « Civitas, cujus pax a subditorum inertia pendet, rectius solitudo, quam Civitas dici potest ». Admiratif devant une société extraordinaire, en Europe, je finis par ne plus m'intéresser à ses hommes abominables. | | | | |
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| russie | | | Il y a plus de choses qui appellent, chez le Russe, l'étonnement ou l'écart que le constat ou la filiation. L'apprentissage de la complexité ne le rend que plus fasciné par l'étonnante simplicité de ce qui est grand ou de ce qui a vraiment besoin de liberté : « La liberté est moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres » - Tocqueville. Il tient à l'enfance du regard, il tient en piètre estime la maturité des pieds. | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne reconnaît pas le mal dans le mal. L'Européen ne voit pas le bien dans le bien (nonobstant les conseils de Villon). En Russie sévissent de braves gens sans éducation du mal. En Europe, font du bien les indifférents se moquant du bien. « L'homme privé de liberté du mal, deviendrait robot du bien »** - Berdiaev - « Человек, лишённый свободы зла, был бы автоматом добра ». Ce robot incarnera les vertus publiques qui, semble-t-il, s'ensuivent du règne des vices privés. | | | | |
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| russie | | | L'accord, non sous contrainte, mais de bonne foi, avec le tableau outrancièrement gris, mais cohérent, du monde sans ailes, sans larmes, sans sortilèges, - c'est cela, l'Europe. La libre expression de l'autorité du troupeau. La Russie - des bergers loufoques, risibles, un troupeau vacillant, haletant, interloqué, disloqué, disparate. | | | | |
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| russie | | | L'ironie au royaume du goujat, le millénarisme du peuple théophore : la prophétie d'une fraternité en Christ se mue en complicité avec l'Antéchrist. L'appel à une liberté dans la douleur se traduit en recherche d'un bonheur sans liberté. L'impossibilité de construire une société chrétienne sans le Christ. L'absence de théodicées abstraites dans l'orthodoxie russe, qui voit la seule démonstration de l'existence divine dans la palpitation du cœur humain, à l'évocation de la merveille de la vie. | | | | |
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| russie | | | L'Européen veut de la concentration pour sa raison et de la liberté - pour son cœur. La paix comme aboutissement : « Être libre, c'est croire l'être ! » - Unamuno - « ¡ Ser libre es creer serlo ! ». Chez le Russe, c'est le contraire : il veut de l'étendue pour son action et de la fatalité pour son sentiment. Comme aboutissement - la révolte. Être libre, c'est savoir à ne plus croire. | | | | |
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| russie | | | En Orient, ils réussissent à être à égale distance de tout. En Occident, on est toujours dans l'épicentre de la vie. Le moi oriental s'éclipse en embrassant un infini sans forme. Le moi occidental s'étiole en mille directions indifférentes. Plutôt mort qu'esclave, dit l'Européen. Plutôt esclave que pécheur, disaient nos ancêtres. Plutôt pécher que sacrifier, disent-ils aujourd'hui, tous. | | | | |
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| russie | | | Le progrès, matériel, spirituel ou politique, est assuré par l'exigence, dans les besoins de l'homme, dans l'envie d'imiter ou de rattraper les meilleurs, les plus développés. L'indépassable misère des exigences russes explique l'immense retard russe en matière de cadre de vie, de libertés civiles, de culture du travail, d'échanges culturels. L'aristocratie d'antan et la kakistocratie d'aujourd'hui vécurent la même mésaventure. | | | | |
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| russie | | | L'homme libre optant sereinement pour une saloperie profitable ; l'esclave, mis, par l'inertie d'un cataclysme, à la poursuite d'une belle et funeste utopie - la guerre froide, ce fut cela. L'homme libre et riche gagne et gagnera toujours, pour le malheur du pauvre et du faible. | | | | |
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| russie | | | Ce qui distingue les Russes, ce n'est pas qu'ils supportent - et les Européens non - l'humiliation, mais que, pour ceux-là, il existe une humiliation coulante et tolérable et l'humiliation infligée qui les mutile. L'humiliation en dehors de leur vie spirituelle et l'humiliation qui la déchire. Ou bien la spiritualisation de l'humiliation : « La légalisation spirituelle d'une violence subie - une chose innommable, dont n'est capable aucun esclave » - Tsvétaeva - « Духовное узаконение претерпеваемого насилия - вещь без имени, на которую не способен ни один раб ». Les Européens n'ont pas cette nuance ; s'humilier ou être humilié est un. Toute souffrance, disent-ils, écrase et déprécie. | | | | |
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| russie | | | Le Russe veut vivre ex nihilo, les marches de l'histoire et la concentration étriquée lui répugnent. Il perd son identité dans chaque tentative d'apprentissage, car apprendre, c'est encombrer une partie du vide salutaire, où se concentre notre âme. De peur de la liberté, il est esclave du vide. « La découverte d'être libre, le rend vide » - Ortega y Gasset - « De puro sentirse libres se sienten vacías ». | | | | |
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| russie | | | L’Europe connaît les saignées purificatrices et les trêves profitables. Les guerres inondent les Russes de malheur, la paix n'y rend heureux personne. « Les communistes gagnent les guerres et perdent la paix » - R.Debray – du tsarisme au communisme, les raisons changent, mais pas les effets – l'asservissement et la misère. | | | | |
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| russie | | | Qui se souvient encore des joutes russes avec la profondeur européenne libre, avec la tendresse asiatique raffinée ? Qui redécouvrira ce que personne n'avait : l'âme vaste et ouverte, sibylline aux Européens à comportement trop évident, intolérable aux Asiates cachottiers et impulsifs ? | | | | |
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| russie | | | Le discours préféré des tyrans russes est la philanthropie. Et les esclaves s'indignent, quand on les traite d'esclaves. Complicité des goujats-satrapes et des goujats-séides ! F.Castro eut raison : « Un pays géant, dirigé par des nains ». | | | | |
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| russie | | | La Russie connut tant de siècles des ténèbres et aucun siècle des Lumières. « La Russie, oh ma vie, pour une âme libre, à quoi servent tes ténèbres ? » - A.Blok - « Русь моя, жизнь моя, вольному сердцу на что твоя тьма ? » - l’indifférence à la lumière, le culte des ombres. | | | | |
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| russie | | | Une suite de tyrans imposa aux Russes un jeûne de la liberté, sans préciser son terme. On crut, que c'était pour l'éternité et s'en fut contenté. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ne sont faits ni pour la liberté ni pour la tyrannie. Ils sont anarcho-nihilistes : ne pas croire en ce qui est, croire, fanatiquement, en l'incroyable : « Le nihilisme selon la mode de Saint-Pétersbourg : croire en incroyance, jusqu'au martyre » - Nietzsche - « Nihilismus nach Petersburger Muster, Glauben an den Unglauben, bis zum Martyrium ». | | | | |
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| russie | | | Toute superficialité veut sauver la face en s'accrochant aux extrêmes. L'âme russe se croit plus près des débuts et des fins et voue l'esprit européen au milieu, pour ne pas dire à la médiocrité. Poème du Commencement, Poème de la Fin - tels sont les titres de deux visions, poétiques et eschatologiques, typiquement russes, où sont chantés la caresse et le feu, le Naître et le Disparaître. La liberté étant dans le premier et peut-être dans l'avant-dernier des pas, et l'esclavage - dans leur enchaînement, on peut ne pas avoir honte d'errer avec la première plutôt que de compter avec et sur le second. Mais sans savoir bien compter, on risque de ne pas apercevoir beaucoup de zéros cachés derrière le chiffre 1 et n'en voir que trop derrière tout signe d'infini. | | | | |
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| russie | | | La passion russe est la liberté, sa routine - l'esclavage. De qui, au juste, parle Camus : « La passion la plus forte du vingtième siècle : la servitude » ? Le Russe n'est libre qu'en eschatologie : « La passion russe : le désir du contact direct avec tout ce qui est initial »** - Jankelevitch. | | | | |
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| russie | | | Le monde libre eut une vision juste de la réalité soviétique bestiale, comme la propagande soviétique écrivit vrai sur l'horreur du rêve occidental. Mais l'Europe finit par défigurer le rêve communiste, et la Russie resta sourde aux charmes de la réalité européenne. | | | | |
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| russie | | | Est-ce à la première personne que je choisis mon pronom préféré ? à la deuxième ou à la troisième ? Pour déterminer ma position ? ma posture ? ma pose ? - L'Européen s'installe dans le moi, l'Asiate se comporte par le lui, le Russe rêve du toi - la liberté, l'égalité, la fraternité - sujet, objet, projet. | | | | |
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| russie | | | La cleptomanie semble être une tare héréditaire russe ; ce que Bélinsky disait, il y a deux siècles : « Il n’y a pas, en Russie, de droits de l’homme, il n’y a que des ramassis de voleurs et de bandits de l’administration » - « В России нет никаких гарантий для личности, а есть только огромные корпорации служебных воров и грабителей » - s’applique à toute l’histoire russe. | | | | |
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| russie | | | Dans un pays libre, l'homme a, en tant que son prolongement, - la loi, la propriété, la connaissance de ses droits ; et l'on finit par ne plus voir son essence nue, qui était si visible en Russie : « La Russie est un laboratoire, où l'homme est réduit au strict minimum, ce qui permet de voir ce qu'il vaut » - Brodsky - « Россия - это лаборатория, в которой человек сведён до минимума, и потому ты видишь, чего он стоит ». | | | | |
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| russie | | | La liberté s'installe là, où l'homme peut ne plus rougir des moyens pour accéder à la propriété. La Russie en est bien loin : « Toute propriété, en Russie, a pour origine : la supplique, le cadeau, la corruption » - V.Rozanov - « В России вся собственность выросла из выпросил, или подарил, или кого-нибудь обобрал ». | | | | |
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| russie | | | À l'occasion du trépas de l'URSS, on planta le dernier clou dans le cercueil de l'Histoire (pour l'enterrer juste à côté du Dieu et de l'art, défunts un peu plus tôt), c'est à dire dans celui de l'homme, qui ne peut être vivant qu'animé d'un rêve. « Hegel se trompa de 150 ans : la Fin de l'Histoire, ce n'est pas Napoléon, c'est Staline » - Kojève. Finis, le frisson de la fraternité et la noblesse de l'égalité ; la voie est libre pour le seul survivant - le robot, juste, libre, rassasié. | | | | |
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| russie | | | Ce n'est pas Don Giovanni mais Eugène Onéguine qui est le vrai chef-d'œuvre musical et dramatique ; ce n'est pas La Noce de Figaro, mais la Carmen qui chante le mieux la liberté et la féminité ; je le dis avec le seul nom en tête, celui de Pouchkine, pillé légèrement par Mérimée, Bizet et Leoncavallo, et dont le génie se trouve derrière ces deux monuments. Il est aussi l’auteur de deux légendes romantiques : mettre à l’origine du Requiem de Mozart une cabale de Salieri et attribuer l’air de Voi che sapete à un musicien ambulant aveugle que Mozart aurait entendu dans la rue et l’avoua à Salieri. | | | | |
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| russie | | | C'est l'oppressante sensation des frontières qui attire vers la hauteur ; la vastitude de la terre russe, où aucun horizon ne ferme la perspective tribale, favorise davantage le goût de la profondeur. La pensée de la terre, comme du seul élément vital, éloigne de la liberté, qui préfère le feu, l'eau et l'éther. | | | | |
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| russie | | | Pouchkine fut exilé au même endroit qu'Ovide ; à peu près au même moment, Napoleon, de son exil sur l'île d'Elbe pouvait apercevoir la Tour de Sénèque, en Corse, où s'ennuyait jadis son prédécesseur d'infortune ; je visitai les deux sites : l'ambiance à vous étouffer d'ennui ou de vous couper le souffle ; on aurait dû invertir ces lieux, pour que le chantre de l'amour ne laissât pas choir sa lyre et le maître du courage élevât son stoïcisme. | | | | |
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| russie | | | La sidérante médiocrité des libres plumes russes, au XXI-ème siècle ! L'oubli total du grand héritage : « Hier encore, la littérature russe, c'étaient des Pouchkine et Tolstoï, et maintenant, il ne restent que des 'maudits Mongols' » - Bounine - « В русской литературе ещё вчера были Пушкины, Толстые, а теперь почти одни 'проклятые монголы' » - bien qu'aujourd'hui ils soient plutôt Américains. « Le seul avenir de la littérature russe est son passé » - Zamiatine - « У русской литературы одно только будущее - её прошлое ». | | | | |
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| russie | | | Il faut être potentiellement libre, pour se battre consciemment pour la liberté, en se donnant de bons objectifs. L'esclave se contente de moyens : « La Russie – l'éternelle mutinerie de l'éternel esclave » - Mérejkovsky - « В России - вечный бунт вечных рабов ». | | | | |
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| russie | | | Le diable rôde aux horizons littéraires allemands ; l'ange se suspend au-dessus des plumes russes. Et Pascal a peut-être raison : en faisant la bête, l'Allemand s'éprend de la pureté (Reinheit) angélique ; en faisant l'ange, le Russe se découvre l'arbitraire (своеволие) démoniaque, chthonien. « Si Lucifer avait été Russe, il aurait choisi être le dernier des anges, ce genre extrême de rébellion » - Ortega y Gasset - « Si Luzbel hubiera sido ruso, habría preferido ser el más íntimo de los ángeles, este último estilo de rebeldía ». | | | | |
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| russie | | | Le cheminement de la comédie européenne : la révolte, l'ennui et enfin une leçon bien digérée, l'indifférence, degré suprême de la liberté (Descartes). La tragédie russe suscite, d'abord, l'admiration, ensuite l'horreur et, enfin, le rire ou l'indifférence. | | | | |
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| russie | | | Un consensus règne chez les Européens sur l'essentiel - la liberté, la démocratie, la justice ; il ne leur reste, comme sujet de débats, que l'ennui des détails techniques d'imposition ou de budgétisation. Chez les Russes, ce consensus ne touche que le secondaire - l'arbitraire, le caprice, l'improvisation comme règles de la vie sociale ; pour assaisonner cette bouillie dans les têtes, ils se saoulent de débats, passionnants et stériles, sur la liberté, Dieu, le sens de l'existence ; en attendant, la justice, face aux dissidents, y garde toujours la même nature – le harcèlement et la vindicte. | | | | |
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| russie | | | La Russie est un « pays des passions effrénées ou des caractères débiles, des révoltés ou des automates, sans intermédiaire entre le tyran et l'esclave » - Custine - les Russes les retrouvent, en effet, dans chacun de nous. Votre vie servirait à justifier le tyran, qui point en vous, et à en cacher le ressort d'esclave. | | | | |
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| russie | | | Ce peuple, surdoué pour la liberté intérieure, n'aboutit qu'à une désaffiliation, même en se soumettant à une tyrannie. Et qu'est-ce qu'on aurait dû attendre de l'édification du socialisme ? « On ne confie pas la réalisation du socialisme à un peuple héréditairement taré par la tyrannie » - Ionesco. | | | | |
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| russie | | | Une nuit polaire, un matin enchanteur invitent la Russie à vivre un jour de liberté et de lumière, mais elle se précipite tout de suite dans un soir sans promesse, - il lui faut un manque vital. « Longtemps la Russie fut congelée dans la servitude. Aujourd'hui, en plein dégel, elle ne retrouve pas la vie, elle se décompose » - Hippius - « Россия долго стыла в рабстве. И теперь, оттаяв, не оживает, а разлагается ». | | | | |
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| russie | | | La démocratie réveille l'énergie des hommes d'action et paralyse les hommes du rêve. Le Russe étant allergique à l'action et infesté de rêves, on comprend son désarroi actuel. « La Russie, sous les démocrates, est si pitoyable, que le cœur me saigne. Ce n'est même pas tragique, c'est pire… Une dictature, au moins, tout compte fait, n'est qu'une pitoyable parodie d'une monarchie » - Chafarévitch - « При демократии Россия представляет такой жалкий вид, что даже сердце щемит. Даже не трагичный - хуже… А диктатура - в конце концов лишь жалкая пародия на монархию ». | | | | |
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| russie | | | La démocratie fonctionne, à condition que la responsabilité accompagne la liberté ; la Russie actuelle oscillant entre les deux, on y vit soit une incurie inextricable (la liberté sans responsabilité) soit un régime byzantin (la responsabilité sans liberté). | | | | |
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| russie | | | Chez les Français, la souffrance tend trop vers les gouffres, et chez les Allemands – vers le ciel. Elle n'est réelle, c'est à dire bestiale, incurable, écrasante, que chez les Russes. Et puisque la liberté est au ciel de la fidélité ou dans l'hypogée du sacrifice, on peut comprendre pourquoi la souffrance ne s'y convertit pas en liberté. | | | | |
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| russie | | | Révolte ou fatalisme, deux enjolivures cachant, le plus souvent, un honneur de boutiquier ou une paresse de larbin. Devant la réalité, la révolte, c'est l'identification avec un seul possible, le rejet d'un possible au profit d'un autre ; le fatalisme, c'est l'ouverture devant l'immensité du possible. La révolte ne m'est sympathique qu'esthétique, le fatalisme n'est honnête que de tête. La meilleure révolte est dans les yeux fermés, le meilleur fatalisme - dans les yeux lucides. | | | | |
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| russie | | | Adam et Ève, nus, mangeant le fruit défendu, persuadés d'être au paradis - auraient-ils le passeport soviétique ? Regardez le jardin européen, où les amena felix culpa : pas de serpent en vue, le fruit se vend au plus offrant, Adam et Ève, transformés en touristes, geignent d'y être en enfer. | | | | |
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| russie | | | Partout la liberté, pour devenir forte, se pare d'habits légaux. Sauf en Russie : « L'âme russe est forte, puisqu'elle va nue ; et libre, puisqu'elle s'éprend de servir » - Saint-John Perse. La nudité d'esclave acquit un certain prestige, dans une province romaine, il y a deux mille ans. Aujourd'hui, ce serait une atteinte à l'ordre public. | | | | |
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| russie | | | Les seuls artistes russes, qui ne se contentaient pas de leur propre liberté intérieure, mais appelaient à la liberté la plus risquée, la plus rebelle, la politique, furent des aristocrates, Pouchkine et L.Tolstoï. « Pouchkine ! Nous aussi, après ton appel, chantions une liberté secrète ! » - A.Blok - « Пушкин ! Тайную свободу пели мы вослед тебе ! » - ce secret cachait les noms des tyrans et les ressorts de la tyrannie. | | | | |
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| russie | | | Depuis que le péché ne terrorise plus les hommes, l'esclavage reste leur seul épouvantail. « L'Occident dit : la mort plutôt que l'esclavage ; le Russe dit : l'esclave plutôt que pécheur. L'esclavage nous prive de la liberté extérieure, le péché détruit toute liberté » - W.Schubart - « Sagt der Westen : lieber tot als Sklave, so sagt der Russe : lieber Sklave als Sünder. Knechtschaft nimmt zwar die äußere Freiheit, Sünde aber zerstört jede Freiheit ». | | | | |
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| russie | | | La volonté, dans la bouche d'un Russe, signifie l'exercice jouissif de ses caprices et lubies, dans un cadre, délimité par le rang, l'argent ou le sexe. C'est le processus qui l'excite et non pas les buts d'une civilisation ou les contraintes d'une culture. « La liberté, c'est l'abdication de ta volonté personnelle » - Wiazemsky - « Свобода есть отреченье личной воли ». | | | | |
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| russie | | | La liberté, offerte par Gorbatchev, ne rendit heureux personne – la preuve la plus flagrante de l'hilotisme inné du Russe. | | | | |
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| russie | | | Face aux Russes, je me comporte en mollasson démocrate, sage et prude ; avec les Français, je frôle le liberticide, fanatique et violent. Hypocrisie ? Ambivalence ? Protéiforme, sans fond véritable ? Et je ne sais même pas, où je suis plus près de ma vérité. | | | | |
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| russie | | | L'égalité des corps et la fraternité des âmes furent un rêve des aristocrates. Mais c'est la liberté des esprits roturiers qui l'enterra. L'injustice, que Tocqueville fait aux Français : « Les Français veulent l'égalité dans la liberté et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage » - s'applique pourtant aux Russes d'antan. En plus, ils voulaient la liberté dans l'égalité et, s'ils ne pouvaient l'obtenir, ils n'en voulaient plus dans l'inégalité. L'égalité est le devoir de la liberté (et non pas, comme dit Berdiaev : « La liberté est le droit à l'inégalité » - « Свобода есть право на неравенство »). | | | | |
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| russie | | | Dans sa tanière, son âme libre fréquente des fantômes, que personne ne lui dispute. « Je n'aime que la liberté, dont aucun tyran ne me priverait » - Karamzine - « Я люблю лишь ту свободу, которой не отнимет у меня никакой тиран » - c'est pour cela que tu resteras dans ta tanière, battue par la boue civile et sans confort, avec toujours le même esprit servile. | | | | |
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| russie | | | Les Russes, en politique, sont immatures ; ils ignorent l'art subtil de transformation de la liberté : de but exaltant - en prosaïque contrainte. Au lieu de rédiger de sobres lois et d'exploiter la liberté, ils veulent continuer à aimer une liberté perçue comme un rêve et non comme une règle. « Sous la contrainte, les hommes vivent du rêve de liberté ; une fois la liberté en place, ils ne savent pas quoi en faire » - Prichvine - « В нужде люди живут мечтой о свободе ; приходит свобода, и люди не знают, что с ней делать ». | | | | |
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| russie | | | Des curiosités de l'origine des mots : désespoir - épuiser l'espoir ; Verzweiflung - aller au bout du doute ; отчаяние - rejeter tout espoir. Déception - éloigner du sens, Enttäuschung - se débarrasser de l'illusion, разочарование - cesser d'être subjugué. La dernière triade est évocatrice : la logique, le rêve, la passion se chargent de la même chose. | | | | |
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| russie | | | Le culte russe de la triade – souverain, prêtre, prophète – conduit tout droit vers une tyrannie ; la triade, méconnue en Russie et menant à la liberté – député, juriste, économiste. | | | | |
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| russie | | | Le fait de penser est associé, phonétiquement, à la blessure (penser - panser), à la reconnaissance (denken - danken - remercier), à la servilité (мыслить - маслить - huiler). | | | | |
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| russie | | | La perception de notre dépendance des autres en dit long de notre liberté ; on dépend avant (ab-hängen), sur (to depend on) ou après (за-висеть ) la chose ; d'où les rapports avec la liberté : abstraits pour l'Allemand, familiers pour l'Américain, serviles pour le Russe. | | | | |
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| russie | | | Par-donner (ver-geben, for-give), pourquoi ce donner autoritaire ? En russe, c'est pire, простить signifiant carrément rendre à la liberté, rendre simple (простой). En latin, ignosco se réduirait à tout simplement fermer les yeux, ce qui serait le plus juste et le plus noble. | | | | |
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| russie | | | L'anglicisation de termes continentaux est généralement un pas de plus vers la robotisation finale : le superman triomphateur évinçant le surhomme défait, le self-made man millionnaire se mettant à la place de l'aut-hentique vagabond (tandis qu'en russe, à l'opposé, authentique - подлинный - vient de avoué sous le fouet…, le maniérisme contrefait étant le sort de ceux, qui ne savent quoi faire de la liberté). C'est le robot qui crée et croit le plus naturellement, et en toute circonstance. | | | | |
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| russie | | | Devant l'horreur de l'extérieur bien réel, le Russe tente de se réfugier dans un intérieur fantomatique. Mais où passe la frontière entre l'intérieur et l'extérieur ? Par la conscience (dans les deux acceptions du mot) : la conscience des motifs et la conscience de la honte. Je suis libre, quand c'est la conscience et non pas la science qui détermine mon choix, en dépassant mon soi (Sartre veut faire de la liberté une conscience de soi, et Bergson croit la voir en pouvoir de tourner autour de soi - en-deçà de soi il n'y a qu'esclavage ! | | | | |
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| russie | | | La liberté reste un principe inaccessible, souvent hostile et menaçant, pour la plupart des tyranneaux russes, réels ou potentiels. « Être libéral, c'est corrompre le fondement même de nos valeurs » - Dostoïevsky - « Либерализм есть нападение на самую сущность наших вещей ». | | | | |
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| russie | | | L'expression personnelle de la servilité collective ou l'expression commune de la liberté personnelle - le Russe ou l'Européen : les cheveux se dressent d'horreur, à la vue du premier, les bras tombent d'ennui, à l'écoute du second. | | | | |
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| russie | | | Aux intellectuels russes, la liberté coupa le souffle et les ailes ; seraient-ils, la-dessus, proches de leur peuple ? - « Le troupeau ne sait quoi faire des bienfaits de la liberté » - Pouchkine - « К чему стадам дары свободы ». Toutefois, quand on voit la nullité artistique de l'Allemagne américanisée d'aujourd'hui, on comprend, que même ceux qui savent quoi en faire plongent dans une grisaille, grossière et insipide, s'ils laissent la mécanique envahir l'organique. | | | | |
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| russie | | | La même distance me sépare des Russes, des Allemands, des Français. Et non pas à cause de leurs servilité, discipline ou mesquinerie, mais à cause de mon incapacité de m'enivrer comme un Russe, de pleurer comme un Allemand, de sourire comme un Français. Le goût d'exil entretient ces saines distances. | | | | |
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| russie | | | L'Histoire russe s'étend sur quatre continents ; pour certains, ses chapitres asiatique et américain restent sans Histoire du tout : « Jetons dehors la Sibérie ; nous n'avons rien à partager avec elle, car elle se trouve hors de l'Histoire » - Hegel - « Sibirien ist wegzuschneiden. Sie geht uns überhaupt nichts an, weil sie außerhalb der Geschichte liegt ». Ces paroles d'un misérable petit-bourgeois firent pleurer le grand Dostoïevsky dans son bagne sibérien, car, à ses yeux, elles signifiaient la mort du dieu européen, la mort d'une véritable liberté. Il est vrai, que dans mon bagne à moi, où Dostoïevsky se maria, aucun esprit absolu ne m'apparut, seules y apparaissaient des âmes. Mais ce n'est pas aux Hegel d'écrire l'Histoire des âmes. « La tenace raison d'être était tournée vers la Sibérie des Exilés, vers la Poésie, Exil et Terre de la Fierté de l'Homme » - Celan. | | | | |
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| russie | | | Nous vîmes le même bagne, Dostoïevsky et moi : moi, de l’extérieur, je le transposai, ensuite, dans mes vers inexpiés ; lui, de l’intérieur, il le vécut, les fers aux pieds. Une dualité, entre la vie et le rêve, naquit de ce milieu lugubre, d’où deux branches hyperboliques qui s’inscrivirent dans nos arbres émotifs et verbaux. | | | | |
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| russie | | | Presque miraculeusement, la liberté et la raison furent offertes à la Russie post-bolchevique. Qu'en a-t-elle retiré ? - la violence sans bornes et la bigoterie la plus servile, ces traits moyenâgeux, y ressurgirent, accompagnés de haines et de ressentiments, toujours bas, toujours dostoïevskiens. « De l'arbre que nous sommes - et le gourdin et l'icône » - proverbe russe - « Из нас, как из дерева, — и дубина, и икона ». | | | | |
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| russie | | | Face à ses princes, le Français, étymologiquement, auraient dû se prosterner (su-jet), l'Allemand – s'y faire (Unter-tan), le Russe – s'y donner (под-данный). Dans la réalité, le Français s'y fait, l'Allemand s'y donne et le Russe se prosterne. | | | | |
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| russie | | | Laisse-les choisir le verbe, dans ces formules : je me fais libre, je suis libre, je deviens libre en me refaisant. Je dois savoir m'entendre avec eux tous ; ne pas trop chipoter sur l'adjectif et être exigeant avec le pronom. En russe, l'étymologie du mot liberté, свобода - свой, fait penser qu'être libre, c'est être soi-même, - une funeste illusion ! | | | | |
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| russie | | | Depuis le retour de la Crimée en Russie, une russophobie héréditaire, viscérale, primitive déferle sur la scène publique en Europe, ce qui pousse tout Européen indépendant à chercher des excuses au régime pourri russe. Le même aveuglement frappait les intellectuels européens après la Révolution russe, mais à l’époque le pays, au moins, fut dirigé par quelques rêveurs, cultivés et désintéressés, tandis qu’aujourd’hui il l’est par des analphabètes et prévaricateurs. | | | | |
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| russie | | | Pour une nation, incapable de gérer les libertés politiques, l'américanisation signifie africanisation. C'est ce qui se produit actuellement en Russie, où les modèles sociaux, économiques et civilisationnels américains règnent sans partage, malgré la rhétorique propagandiste hostile, tandis que la culture européenne disparaît à vue d’œil. Jadis, l'ombre d'une Asie grossière planait sur les destins russes ; aujourd'hui, c'est plutôt l'Afrique, humiliée et stérile, qui partage la misère de la civilisation russe. | | | | |
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| russie | | | Dans tous les pays on trouve des montagnards ou marins, mais l'homme de la steppe ou du fleuve, et encore plus - de la forêt ou de l'ermitage - on n'en trouve qu'en Russie. « En Russie, la campagne confine avec Dieu et fournit aux humains leur plus grand espace de liberté »** - D.Fernandez. | | | | |
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| russie | | | Il n'y a pas de citoyens, en Russie ; en Amérique, il n'y a pas de poètes. Pourtant, les poètes russes sont invités à être, avant tout, de bons citoyens - pour jeter l'anathème sur le régime précédent et chanter des louanges du courant. Et le contribuable américain est incité à devenir chantre - de la liberté d'entreprendre. | | | | |
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| russie | | | La Révolution russe fut bien une révolution du peuple, anti-démocratique, tandis que la classe éduquée était attachée à la liberté. « La Révolution donna libre cours aux instincts bestiaux et rejeta toutes les forces intellectuelles de la démocratie » - Gorky - « Революция дала простор зверским инстинктам, отбросила в сторону все интеллектуальные силы демократии ». | | | | |
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| russie | | | Une fois libéré d’une tyrannie, l’homme, qui fut déjà libre dans son fond, cherchera à en assurer la forme, une Loi, rigoureusement suivie et permettant de préserver la liberté acquise. Mais l’homme, qui, dans son fond, ne fut jamais libre, ne cherchera qu’une nouvelle forme d’arbitraire. Telle est le triste tableau de la société russe du XXI-e siècle. | | | | |
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| russie | | | Savoir ce qu’est la liberté, vouloir se libérer, savoir se libérer, être libre, agir en homme libre – il faut avoir franchi ces étapes, pour pouvoir parler sérieusement de la liberté. Or, le Russe n’a point entamé ce parcours, il est très loin de l’homme évolué, pour lequel : « Savoir se libérer n'est rien ; l'ardu, c'est savoir être libre » - A.Gide. | | | | |
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| russie | | | La Révolution française annihilait les privilèges, la Révolution russe annihilait les privilégiés ; la Révolution française prônait la Raison et la Loi, la Révolution russe prônait les passions et l’arbitraire ; la Révolution française portait la guerre hors de ses frontières, la Révolution russe déclenchait la guerre civile ; la Révolution française ridiculisait la superstition magique, la Révolution russe lui substituait une superstition idéologique ; la Révolution française compromettait le pouvoir des tyrans, la Révolution russe produisait les pires des tyrans. | | | | |
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| russie | | | Deux seuls chefs d’État russes, Alexandre II et Gorbatchev, tentèrent d’apporter la liberté à leur misérable nation ; le résultat : le premier – assassiné par l’élite, le second – haï de la foule. Patauger, indifférents ou satisfaits, dans la servitude est un état naturel de ce peuple, insensible à la saine révolte. « Ce peuple aime la servitude plus que la liberté » - S.Herberstein - « Gens illa magis servitute, quam libertate gaudet ». | | | | |
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| russie | | | Les Russes adorent l’arbitraire de leur Chef suprême, dont les foudres frappent les méchants et dont la bonté flatte le peuple. La liberté, dont l’exercice se rend possible grâce au respect de la Loi, reste une grande inconnue inutile sous un régime pseudo-paternaliste. « Un gouvernement, qui serait fondé sur le principe de la bienveillance paternelle envers un peuple, est le pire despotisme que l’on puisse imaginer » - Kant - « Eine Regierung, die auf dem Prinzip des Wohlwollens gegen das Volk als eines Vaters errichtet wäre, ist der größte denkbare Despotismus ». | | | | |
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| russie | | | Une poignée d’intellectuels essaya de raccrocher la Russie post-communiste à l’Europe démocratique ; la liberté ne réveilla que des bandits, qui finirent par se hisser au pouvoir. L’Europe horrifiée recula devant un intrus inconvenant. Celui-ci, dépité, s’auto-proclama anti-globaliste, sans comprendre, que la démocratie n’est qu’un minuscule îlot exceptionnel, au milieu de l’océan des tyrannies majoritaires, globalisantes. À l’élite mondiale, il préféra la meute, la bande, la mafia claniques. | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne se soucie guère des grandes libertés civiques, il vit, gravement, des illusions sur des petites libertés sentimentales ; le Français a trop de soucis autour des petites libertés citoyennes, et il est espiègle et lucide dans les grandes libertés frivoles, mondaines ou grivoises. | | | | |
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| russie | | | De brefs dégels balisaient l’histoire post-stalinienne de la Russie, mais se terminant par un pourrissement de plus. Mais peut-être K.Léontiev avait raison : « Il faut congeler légèrement la Russie, avant qu’elle ne pourrisse » - « Россию надо подморозить хоть немного, чтобы она не гнила ». Au XXI-me siècle, on le comprit, en laissant pourrir la Russie, avant qu’elle ne soit recongelée. Saint-Pétersbourg, inventée par Pierre le Grand en tant que fenêtre sur l’Europe, doit être débarrassée de l’influence européenne, selon le maire sauvage de cette malheureuse cité. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ne retrouvent l’instinct de la liberté et de la dignité que devant l’envahisseur étranger - les serfs analphabètes, du temps de Napoléon, ou les ex-pensionnaires du Goulag, face à Hitler. Et les Américains devraient s’intéresser un peu à l’Histoire, pour ne pas commettre l’irréparable. « Les Russes, on dirait des hommes bornés, insolents, même sots, mais on ne peut que prier pour celui qui s’attaquerait à eux » - Churchill - « Russians may seem narrow-minded, impudent, or even stupid people, but one can only pray for those who are against them ». | | | | |
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| russie | | | Méchants dans la liberté, attachants dans la servitude, c’est ainsi qu’Aristote définissait le barbare. Je ne compris ce dualisme qu’après avoir vu ce que les Russes firent de la liberté qui leur fut donnée en cadeau, à la fin du siècle dernier. | | | | |
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| russie | | | Inutile de poser au Russe la question : comment pouvez-vous soutenir votre oppresseur X ? Il est beaucoup plus éclairant de répondre soi-même à la question : Pourquoi X est votre oppresseur ? - et de constater la perplexité de votre interlocuteur servile. | | | | |
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| russie | | | Alexandre Ier, en traversant à cheval le pont d’Austerlitz, ne le fait pas renommer et, admiré par Chateaubriand et Talleyrand, magnanime, il quitte le Paris conquis soulagé. Il inspire la reconnaissance aux Prussiens et aux Autrichiens. Ah, si Staline laissait Varsovie et Prague disposer de leur liberté, quelle reconnaissance, pour des siècles, porterait l’Europe à ce peuple héroïque libérateur ! Mais Staline y laissa sévir de grossiers commissaires, qui furent heureux de pouvoir ramener dans leur misérable patrie une paire de chaussures, un tabouret ou un briquet, introuvables en URSS. | | | | |
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| russie | | | Quand je vois la production mécanique des misérables artisticules américains, je me dis que G.Steiner n’a pas si tort : « Une créativité de tout premier ordre, une véritable avancée de l’esprit, se produisit dans le climat oppressant de Russie » - « Creation of absolutely the first rank, the motion of the spirit, has taken place in the oppressive climate of Russia ». | | | | |
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| russie | | | L’arbitraire du pouvoir des forts et la servilité apeurée des faibles, tous les deux asiatiques par leurs origines et passant, facilement, de l’un à l’autre, - tel est la triste Histoire politique russe, et que résume bien le plus notoire des russophobes lord A.Tennyson : « Contrée sauvage, où le Pouvoir et la Peur se rencontrent aux sommets de la brutalité » - « A savage land where meet the coarse extremes of Power and Fear ». | | | | |
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| russie | | | Deux sortes de servilité : résulter de la raison et y résider, ou bien être infiltrée dans le sang même ; soit on s’incline consciemment devant une force implacable, soit on se soumet machinalement à tout caprice du fort ; ce qui annonce le robot futur ou décrit le mouton actuel. Le premier type est assez répandu en Europe, le second sévit en Russie : « Ils ont une psychologie du chien : on les frappe – ils geignent et se cachent ; on les caresse – ils se mettent sur le dos, les pattes en haut » - Tchékhov - « Психология у них — собачья : бьют их - они повизгивают и прячутся, ласкают — они ложатся на спину, лапки кверху ». | | | | |
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| russie | | | Quelques mois de séjour, en Amérique ou en Russie, suffirent à A.Tocqueville et au marquis de Custine, pour avoir des révélations, intuitives et irréfutables, sur la nature vicieuse d’une démocratie ou d’une tyrannie, pratiquées par des robots ou des esclaves. | | | | |
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| russie | | | L'homme à conscience blessée voit la culpabilité dans les causes ; l'homme à honneur froissé - dans les effets. La paresse de la conscience engendre les robots ; la paresse de l'honneur - les esclaves. Le Russe, conscient de ses devoirs manqués, est prompt à dire : je suis en-dessous de tous. L'Européen, conscient de ses droits acquis, dit, plus souvent : je ne suis pas inférieur aux autres. | | | | |
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| russie | | | La découverte de visages libres, à la fin du siècle dernier, en Russie, fut, pour moi, une immense surprise, donnant lieu à quelques folles espérances. Hélas, très rapidement, les Russes reprirent leurs habitudes séculaires : « Le subordonné est tenu à garder l’air abruti, afin que son esprit n’agace pas le chef » - Pierre le Grand - « Подчинённый должен иметь вид придурковатый, дабы разумением своим не смущать начальство ». | | | | |
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| russie | | | Les Archives du KGB se sont entre-ouvertes, pendant quelques mois, qui suffirent à une de mes connaissances d’y retrouver mon dossier. Des lettres de délation me stigmatisaient pour le peu de zèle que j’exhibais dans les interventions (inexistantes) aux séminaires de matérialisme dialectique. Quel ne fut mon amusement, lorsque je m’aperçus que le mouchard, qui fut toujours le même, était né le même jour que moi ! | | | | |
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| russie | | | Dans la Russie tsariste, la criarde servitude collective fut une évidence que rien ne dissimulait ; tandis que sous chaque crâne y grouillaient des mystères. « Tout est mystère en Russie, et cependant rien n’y est secret » - G.Staël. Succédant à l’autocratie, le pouvoir des goujats et des voyous inversa la tendance – une manie du secret et l’évaporation de tout mystère. | | | | |
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| russie | | | L'Européen est debout, la liberté se lit dans ses yeux, mais dans sa tête grouillent des conformismes ; le Russe est à genoux, ses yeux expriment la servilité, mais sa tête déborde d'extravagances et rébellions. | | | | |
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| russie | | | La foi ou l’athéisme se pratiquent, en Russie, sur le même mode : renoncer à sa propre liberté et la confier à un courant collectif, représenté par un pope, par le Parti, par un Guide. La fidélité à ces puissances calme la honte et rend la conscience tranquille. La liberté comme l’amour devraient être un désir personnel et non pas une inertie collective. Les incapables d’individualisme humaniste le déclarent égoïsme. « Ce n’est ni de sermons ni de prière qu’a besoin la Russie, mais du réveil du sens de la dignité humaine » - Bélinsky - « России нужны не проповеди, не молитвы, а пробуждение в народе чувства человеческого достоинства ». | | | | |
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| russie | | | La douceur ou la rugosité d’une langue peuvent avoir des conséquences politiques monstrueuses. Prenez le russe, qui a une pléthore de voyelles, la liberté du latin et la morphologie richissime, dépassant l’italien. Et prenez l’allemand, avec ses consonnes, qui raclent la gorge, sa syntaxe et sa morphologie mécaniques. La mollesse russe favorise la servilité et la dureté allemande – le fanatisme. « La langue allemande a sa part de responsabilité dans les horreurs du nazisme »*** - G.Steiner - « The German language was not innocent of the horrors of Nazism ». | | | | |
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| russie | | | En Europe, la présence de l’État se traduit par l’obligation de respecter les codes fiscal, pénal, civil, routier ; en Russie – par l’ennui de subir l’arbitraire véreux des fonctionnaires et des polices. | | | | |
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| russie | | | Les ténèbres russes sont si denses et oppressantes, que la moindre étincelle d’une pensée libre y est ressentie comme une lumière. | | | | |
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| russie | | | Deux cruautés, une extérieure et une intérieure, forgèrent le caractère russe – les Mongols et le servage. « Du sang d'esclave coule dans nos veines – le joug du Tatare et du serf est à l’origine de cet héritage venimeux » - Gorky - « В наших жилах течёт рабья кровь - ядовитое наследие татарского и крепостного ига ». | | | | |
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| russie | | | En découvrant, que, chez les coupe-gorge islamiques d’aujourd’hui, les premières vertus sont la foi, l’humilité et la soumission, je suis horrifié de constater que, aux yeux de Dostoïevsky, ce sont exactement les trois traits les plus lumineux (светлые) du caractère national russe - вера, кротость, подчинение. Aucun grand écrivain ne préconisa la servitude avec autant de sincérité et de bassesse. | | | | |
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| russie | | | L’homo sovieticus fut la seule race que je croisais en URSS, à tous les niveaux des échelles sociales ; elle hérita du moujik pré-révolutionnaire la grossièreté et la paresse, le nouveau régime y ayant ajouté la trouille, la servilité et la filouterie. Quelle fut ma tristesse, en France, d’y assister, à la fin du siècle dernier, à l’extinction d’une civilisation russe en exil, celle des nobles – des Obolensky, Chakhovskoy, Vsévolojsky, Leuchtenberg – que je connus en Provence et qui tenaient à la langue maternelle, à la foi orthodoxe, à la pompe (les bals, les fêtes pour les enfants), à l’Histoire d’un pays, englouti, sans laisser la moindre trace, par le carnage bolchevique. Mais pour les héritiers de l’homo sovieticus : « Aucun système totalitaire ne pourrait jamais changer quoi que ce soit dans notre pays » - A.Kontchalovsky - « Никакая тоталитарная система не сможет поменять что-то в нашей стране » - puisque leur mémoire ne va pas plus loin que deux générations. | | | | |
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| russie | | | Au début et à la fin du siècle dernier, la soif de liberté fut si torturante en Russie, que les Russes oublièrent que la liberté est enivrante ; déchaînés, ils se jetèrent sur elle et s’en soûlèrent au point de devenir sauvages, et, après le dessoûlement, - féroces ou cyniques, dans un arbitraire sans freins. La liberté fut vécue par eux comme une période d’exploits, sans se traduire en codes de lois ou en mode d’emploi, qui sont les formes définitives les plus utiles, que la liberté puisse prendre. | | | | |
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| russie | | | L’évolution du profil du maître de la Russie, depuis deux siècles : avant la Révolution - un amateur de bals et de plumages ; un caporal, transformant le pays en casernes ; un libérateur, massacré par des libérés ; un moujik, porté sur la soupe au chou et la boisson ; un boulanger, s’adaptant au rôle impérial ; après la Révolution – un raisonneur, inventeur les charniers de classe et de masse ; un sanguinaire, remplissant les charniers par des infortunés, tirés au sort ; une série de ploucs illettrés, marmonnant des litanies rituelles à la gloire de K.Marx ; un débonnaire, découvreur de la liberté, vite évincé par des violents ; un fonctionnaire, décidé d’enterrer K.Marx et de sanctifier des monarques ; un voyou, surgi du chaos, entouré de bandits et d’escrocs, tous promus au statut de milliardaires, arrachant les pousses timides de la démocratie, l’assassinat des adversaires se banalisant. | | | | |
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| russie | | | La Russie ochlocratique et cleptocratique, en déclarant la guerre à la démocratie, se dirige, irrévocablement, vers un écroulement de plus. Tiouttchev avait raison : « Il n’y a plus en Europe que deux puissances réelles – la Révolution et la Russie. La vie de l’une est la mort de l’autre »* - « В Европе существуют только две действительные силы - революция и Россия ; существование одной из них равносильно смерти другой » - où, en éliminant un anachronisme, il faut remplacer révolution par démocratie. | | | | |
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| russie | | | Les poètes européens connurent des illuminations personnelles, les russes - des vertiges dictés par l'époque : la liberté (l'Âge d'Or), l'art (l'Âge d'Argent), la faim (l'Âge du Fer), l'ennui (l'Âge de la maculature). | | | | |
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| russie | | | Dans la Russie cleptocratique actuelle, les riches serviables se sentent à l’abri des ennuis pécuniaires. En Russie tsariste, « les brigands détroussaient les riches ; notre pouvoir dépouillait les pauvres » - Tolstoï - « разбойники грабят богатых. Наша власть обирает бедных ». Le pouvoir, aujourd’hui, appartient aux brigands ; ne pâtissent du pillage que les pauvres. | | | | |
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| russie | | | Dans leur recherche fébrile d’appuis, les tyranneaux russes modernes, illettrés et grossiers, en trouvèrent un seul – Dieu, matérialisé par une Église, corrompue et fanatisée. La liberté et l’égalité, la révolution ou la démocratie, les droits de l’homme ou la justice indépendante sont, à leurs yeux, des écarts par rapport à la voie divine qui recommande la servilité, l’hystérie, le knout, le poison. | | | | |
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| russie | | | La plupart des historiens russes sont persuadés, que l’Europe n’a pour le peuple russe que l’antipathie, l’hostilité, le mépris. Vivant au milieu des Européens je vois, de leur part, surtout de la sympathie, de la compassion, du désir de voir une Russie plus civilisée, plus démocratique, plus prospère. Ce qui horrifie l’Européen, c’est, depuis un siècle, le mensonge, éhonté et abrutissant, des dirigeants russes, vis-à-vis de leur propre peuple, et leur sauvagerie face aux opposants libéraux. | | | | |
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| russie | | | D’une manière inexplicable, et peut-être complètement aléatoire, les deux thèmes principaux d’une bonne philosophie – la consolation et le langage – correspondent aux deux traits nationaux russes les plus saillants et touchant davantage le moujik que l’aristocrate ou l’intellectuel. Le besoin de consolation perce dans leurs appels à la pitié, à la compassion et surtout dans la vision du Christ-Paraclet, du Consolateur, plus que du Sauveur, comme dans l’Occident. Enfin, la richesse phonétique, morphologique, syntaxique du russe munit cette langue d’une liberté phénoménale. Le discours dans les langues romano-germaniques renvoie, immédiatement, aux représentations conceptuelles sous-jacentes, tandis que le discours russe traduit, avant tout, les états d’âme, le degré d’ironie ou de perplexité, l’intensité des désirs ou des espérances. Et c’est la raison principale du succès de la littérature russe. | | | | |
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| russie | | | Pour être fidèle au Beau, il faut se mettre au-delà du Bien et du Mal ; pour tenir à la liberté, il faut, au contraire, y mettre son nez et en apprécier l’arôme. Mais les Russes ne sont capable ni de l’un ni de l’autre ; ils sont « indifférents, sans honte, au bien et au mal » - Lermontov - « к добру и злу постыдно равнодушны ». | | | | |
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| russie | | | Un siècle après sa Révolution exterminatrice, la Russie est encore plus perdue, plus haineuse, livrée aux caprices crapuleux de ses tyranneaux, aujourd’hui – bandits contre-révolutionnaires. « XX-me siècle… - sans toit ni loi, les ténèbres se propagent, terrifiantes » - A.Blok - « Двадцатый век… Ещё бездомней, ещё страшнее жизни мгла ». | | | | |
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| russie | | | L’ordre : pour un Français – la Loi universelle, pour un Allemand – la discipline individuelle, pour un Russe – l’arbitraire du Chef. « Essayez de laisser libres nos mains – très rapidement, nous demanderons de nouveau des fers » - Dostoïevsky - « Попробуйте развязать нам руки, и мы тотчас же опять попросимся в ярмо ». | | | | |
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| russie | | | En mathématique, à l’ordinateur, au piano, en tutus - la première jeunesse la plus souriante et la plus douée de la planète ; en politique et en économie – le règne arbitraire et moyenâgeux des crétins tataro-mongols, sombres et incultes. Tel est le contraste le plus saillant, dans la Russie du XXI-e siècle. | | | | |
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| russie | | | Les maîtres de la Russie pratiquent l’arbitraire et la sévérité non pas à cause de leurs vices personnels ; ils y sont invités par la servilité d’un peuple n’aspirant nullement à la liberté. « La Russie est un pays d’esclaves, ce qui rend ses hommes du pouvoir déchaînés et féroces » - Gorky - « Россия - страна рабов, в ней представители власти разнузданы и жестоки ». | | | | |
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| russie | | | Les Espagnols mirent 20 ans, pour se débarrasser définitivement de l’héritage musulman – de l’acceptation de la terreur comme mode de domination. Les Russes gardent, depuis sept siècles l’abject héritage mongol – l’indifférence pour la liberté. « Indifférent à la justice, ce peuple ne reconnaît ni la dignité humaine ni l’homme libre ni la pensée libre »** - Pouchkine - « Народ равнодушный до справедливости, народ, что не признает ни человеческого достоинства, ни свободного человека, ни свободной мысли ». | | | | |
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| russie | | | La liberté est une abstraction spirituelle qui n’a ni définitions ni règles ; la démocratie est une traduction matérielle de la liberté dans ces catégories, mais cette traduction, par la raison, est impossible sans la liberté, portée déjà dans l’âme. Les Russes ne le comprennent pas : « Les libéraux s’attendrissent sur le peuple abstraitement, en visant leurs propres objectifs abstraits » - Koublanovsky - « Либералы радеют за народ умозрительно, преследуя свои умозрительные цели ». | | | | |
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| russie | | | Marx fut très clairvoyant, dans ses analyses du passé et du présent russes ; mais il fut aussi très perspicace, dans sa vision de l’avenir : la tragédie russe du XX-me siècle se répète, au XXI-me, en tant que farce. | | | | |
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| russie | | | L’effondrement économique de l’URSS fut, immédiatement, suivi par l’arrivée inattendue de la liberté politique. Et c’est ainsi que l’image d’une effroyable misère s’associa, aux yeux du moujik, à la liberté même, devenue un vrai épouvantail. | | | | |
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| russie | | | La Russie aurait pu affirmer, définitivement, son destin européen et démocratique à l’aube du XXI-me siècle. Mais un ivrogne écervelé, pour s’assurer l’absolution de ses péchés pécuniaires, transmit le pouvoir à un bandit. Notre génération ne verra pas une Russie libre. | | | | |
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| russie | | | Février 2022 : il est presque certain, que nous allons assister à une nouvelle révolution russe, à un désastre moral, économique, politique, humain. À la tête de cette malheureuse Russie, où il étouffa tout souffle de la liberté, se trouve un voyou inculte, un homo sovieticus barbare. Il vient de se lancer dans une aventure qui ne peut se terminer que par des amoncellements de cadavres de soldats russes dans les steppes ukrainiennes, le reste rentrant au pays, la queue entre les jambes, et par un terrible écroulement du pays. Pourvu que l’Occident oublieux ne réveille pas l’indomptable ours : « Je connais mille façons de faire sortir l'ours russe de sa tanière, mais pas une seule pour l'y faire rentrer » - Talleyrand. | | | | |
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| russie | | | Cinquante pays les plus évolués du monde commirent une faute regrettable, en cherchant à humilier la Russie (et pas tellement son dictateur mafieux, qui ignore la honte). Ils injecteront des milliards pour armer les Petits-Russiens, mais feront, peut-être, une erreur, en livrant des chars germaniques avec la même croix qu’au temps de Barbarossa – aux Tigres et Panthères succéderont les Léopards, et en réveillant le patriotisme grand-russien (succédant à l’apathie et à l’indifférence). Mais l’Occident démocratique ne connaîtra pas ce que connurent Napoléon l’Antichrist et Hitler le Teutonique. | | | | |
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| russie | | | Dans cette guerre en Ukraine, si la Russie prônait la démocratie, et l’Ukraine – la tyrannie, les sympathies européennes iraient vers les Russes. Ah si ceux-ci le comprenaient… | | | | |
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| russie | | | Jamais le tableau de la Russie du XXI-me siècle ne fut aussi précis que celui qu’en produisit, un siècle plus tôt, A.Gide : « De cet héroïque et admirable peuple, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes ». | | | | |
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| russie | | | La solitude, au milieu des hommes libres, est plus pénible à porter que l’obligation d’être cerné, en permanence, par des esclaves ; c’est ce que j’appris en Europe après la Russie. « Il est plus insupportable d'être toujours seul que de ne le pouvoir jamais être »* - Montaigne. | | | | |
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| russie | | | Seul un despotisme – tsariste, bolchevique ou mafieux – peut préserver l’empire russe. La moindre intrusion de la liberté provoque son écroulement. Cioran le vit bien : « À supposer que la Russie arrivât à un régime libéral, elle se disloquerait sur-le-champ ». | | | | |
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| russie | | | L’intelligentsia russe exista pendant un siècle et demi, de Pouchkine à Pasternak. À l’exception de quelques furtifs instants de liberté, sous Alexandre II et Gorbatchev, la Russie ne connut que des régimes pourris, et l’intelligentsia s’affirmait par l’opposition à la tyrannie courante. Curieusement, le signe extérieur le plus constant fut l’opposition à la foi officielle, ce qui la poussait soit vers l’athéisme soit vers la bondieuserie. | | | | |
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| russie | | | Quelques mois d’une ivresse de liberté, dans les meilleures têtes russes, furent suivis par le retour des bas-fonds barbares. Comme toujours, depuis Ivan le Terrible, – la police, les bourreaux, les voyous. Cette Histoire peut être vue comme une évolution de la Police (Nabokov). « Je n’y retournerai jamais – l’ombre abjecte d’un État policier ne sera pas dissipée de mon vivant » - Nabokov - « Я никогда не вернусь - гротескная тень полицейского государства не будет рассеяна при моей жизни ». | | | | |
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| russie | | | En Russie, dans ce pays du bavardage servile, l’État mouchard chercha à me choraliser, mais je gardais ma solitude, taciturne et secrète ; en France, dans ce pays de la conversation libre, on se moque des solitaires, monologiques et marginaux. J’y devins, respectivement, – misérable malheureux ou misérable heureux, mais dans les deux cas - misérable. Une tragédie omniprésente, une tragédie absente – impossible de faire comprendre aux autres ce qu’est une tragédie du rêve personnel et évanescent. | | | | |
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| russie | | | Trois défaites militaires russes, au début du XX-me siècle, amenèrent trois révolutions ; le même scénario se profile aujourd’hui, avec les mêmes émeutes, chaotiques et impitoyables. On n’avait pas trouvé vital de juger les assassins sauvages de masses, un demi-siècle plus tôt ; on devrait juger, aujourd'hui, les assassins sauvages d’individus, pour crever les abcès sanglants de ce pays malade. Le crétinisme permanent, incurable et viscéral, de tous ces assassins ne présage pas, hélas, qu’une intelligentsia pro-européenne, enfin, vienne au pouvoir. | | | | |
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| russie | | | En Russie des esclaves, je me sentais ange, entouré de bêtes ; une fois en exil, en Europe, la bête se faufila en moi-même. « Un démon ! C'est un ange émigré » - Rivarol. | | | | |
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| russie | | | Des tyranneaux en puissance existent partout, mais dans les pays démocratiques, la loi limite leurs appétits. Les lois étant excessivement élastiques dans la Russie de l’arbitraire général, chaque esclave peut trouver un domaine – familial, social, professionnel – où il puisse exercer, en toute impunité, ses lubies tyranniques, il devient tyranneau en acte, il « expie, par une soumission avilissante, l’espoir d’exercer la tyrannie chez les autres » - Custine. Si un Russe n’est pas esclave, il n’est pas tyran, mais c’est un cas rare. | | | | |
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| russie | | | La majorité des Russes n’éprouve aucune gêne de l’absence de libertés politiques et de règles démocratiques. La division en deux catégories – eux (qui dictent les règles de la vie commune) et nous (qui les subissons) – est une donnée permanente dans ce pays, quel que soit le régime en place, et qui explique la lamentable passivité des ploucs. | | | | |
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| russie | | | En Russie, à cause de son régime grossier, envahissant et méfiant, je ne pouvais pas me débarrasser du réel, qui collait à mes états d’âme et à mon regard sur le monde. Je n’ai trouvé le rêve libre et enthousiaste qu’une fois en Europe. Je ne porte plus d’angoisses extérieures, sous une lumière indiscrète ; elles se métamorphosèrent en solitude intérieure et pleine d’ombres bienfaisantes. | | | | |
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| russie | | | La Révolution russe : le Rousseau lyrique et le Marx dogmatique, lus et interprétés par le Gengis-Khan pratique. La racaille, marmonnant des thèses dialectiques pour trucider des Saint-Preux ataviques. | | | | |
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| russie | | | La souffrance inonde tout l’espace russe, de sa misère matérielle à sa littérature spirituelle, mais ne fait que remuer la boue, sans apporter la moindre pureté. « La souffrance n’apporte une catharsis qu’aux âmes libres » - Prichvine - « Только душу свободную очищает страдание ». | | | | |
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| russie | | | La carotte, en Russie, a tous les attributs du bâton ; la servilité aide à les confondre. « En Russie, le bâton opère des miracles, telle une baguette magique » - Casanova. | | | | |
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| russie | | | Deux courants, l’un économique et l’autre politique, décrivent, respectivement, la normalisation et la chute russes. Le premier est une américanisation – progrès de la civilisation (hôtels, restaurants, imprimerie, oligarques) et la banalisation de la culture (primat des journalistes et économistes, platitude littéraire et théâtrale). Le second est une mongolisation – tyrannie, brutalité, violence, arbitraire. | | | | |
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| russie | | | À première vue, l’horreur soviétique, pour un intellectuel, était due au marxisme-léninisme réel, le privant d’une liberté spirituelle. Plus tard, il comprend que cette horreur provenait de la populace qui, tout en ignorant ce qui est une liberté quelconque, la déteste, préfère le knout à la Loi et cherche, elle-même, à jouer au tyranneau au sein d’un groupe familial ou social. | | | | |
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| russie | | | L’Histoire de Russie : quatre siècles de brigandage, quatre siècles de barbarie, deux siècles d’éclat en haut et d’esclavage en bas, un siècle de mafias – idéologique, concentrationnaire, gérontiste, voyouriste. | | | | |
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| russie | | | 1812, 1941, 2022 - trois confrontations entre l’Occident et la Russie : la politique (pour dominer), la raciale (pour soumettre), la juridique (pour défaire les envahisseurs) ; coalitions de 10, 30, 75 pays. Avec, à la tête de la Russie : un Européen raffiné, un Asiate sanguinaire, un mafieux véreux. Les résistants russes : aristocrates et cosaques, humiliés et vengeurs, mercenaires et ivrognes. | | | | |
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| russie | | | La mentalité tyrannique, grégaire, pénètre toutes les couches sociales russes, de l’État - à l’entreprise, à l’école, à la famille : l’oligarque suit ses caprices, l’enseignant – la propagande officielle, le père de famille – son statut envié de despote. Et même l’Église : au lieu d’un esprit individualiste, celle-ci prône l’esprit collectiviste, soit disant universel (sobornost’ – ‘соборность’). Aux yeux des Russes, la liberté est un fantôme étranger, un spectre menaçant qui rôde, pour semer des troubles. | | | | |
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| russie | | | En Russie, privé de liberté extérieure, je pouvais compter sur mes appuis intérieurs ; en Europe, privé d’appuis extérieurs, je compte sur ma liberté intérieure. | | | | |
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