| introduction intelligence | | | INTELLIGENCE : L'habitat unique de l'intelligence est le cerveau ; et lorsqu'on tente de lui attribuer une résidence secondaire du côté du cœur, les indigènes naïfs et fervents la rejettent ou l'isolent. Ses quatre nervures sont : concevoir, interroger, résoudre, interpréter. Quatre motifs langagiers les tapissent : les concepts, les mots, les logiques, les dialogues. Sa raison d'être est dictée soit par les pieds mesurant la solidité du plancher, soit par les yeux, qui clament la hauteur du plafond percé. | | | | |
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| chœur intelligence | | | IRONIE : L'ironie est ce qui permet le mieux à l'intelligence de se tenir en éveil. La méta-intelligence est un besoin ironique de secouer le sommeil du langage. C'est l'intelligence sérieuse qui a le vent en poupe, avec son langage unitaire, porteur d'un sens étriqué et définitif, sans lacunes ni failles, où se faufilerait un nouvel analyseur ironique. | | | | |
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| chœur intelligence | | | DOUTE : Plus un benêt doute, plus il tombe sur des idées reçues. Le sage prend une idée reçue et construit autour d'elle un délicieux doute. Le sage est, avant tout, un polyglotte : il est crédule ou tatillon en fonction du langage, que choisit, capricieuse, son intelligence polymathe. L'opportunité du doute est question de saison langagière ; il y en a qui préfèrent l'automne caduc au printemps éternel. | | | | |
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| intelligence | | | Trois niveaux de discours : énoncer, poser, formuler - se désintéresser de la réponse, la laisser au lecteur, la mettre dans la question même, sous forme de belles inconnues. Athlète, ascète, esthète. | | | | |
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| intelligence | | | Deux familles de philosophes : partant des sciences ou animés par l'art, charlatans ou poètes. Chez les premiers, deux sous-espèces : obnubilés par les sciences anecdotiques (Hegel, Marx) ou abusés par les sciences rigoureuses (Spinoza, Husserl). Chez les seconds : se tournant vers notre facette religieuse (Nietzsche), langagière (Valéry), stylistique (Cioran). | | | | |
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| intelligence | | | L'erreur des structuralistes et des philosophes analytiques est de voir le signifié dans la réalité, tandis qu'il est toujours dans la représentation, et d'analyser le signifiant dans le contexte de la réalité et non pas de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée n'est pas une donnée, qui désigne, mais une requête, qui interroge ; elle est davantage dans le modèle que dans le langage ; l'essence du mot n'existe pas, n'existe que sa fonction désignatrice ; ce n'est pas aux symboles qu'elle renvoie, mais aux objets du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | Toute théorie s'articule dans un langage conceptuel de représentation, et elle est sondée par un langage naturel de communication. Le premier n'a presque rien de langagier, le second n'a presque rien de représentatif, et c'est l'imbroglio entre les deux qui est entretenu par les philosophes, attribuant au second des propriétés du premier. | | | | |
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| intelligence | | | Ce que j'appelle monde conceptuel est un vécu, ordinairement chaotique, qu'une sollicitation langagière anime, organise, focalise pour résoudre le problème, que dégage du discours notre machine logique. Toute théorie et tout modèle logent dans ce monde bercé par le désordre. Le langage, lui, ne contient ni théories ni esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les tâches de représentation on devrait exclure le terme de langage et parler d'outillage conceptuel. Le langage n'intervient que dans des règles et dans des requêtes du modèle conçu. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme se mesure à la réalité par deux moyens : en monologue-représentation (objets, relations, qualificatifs) ou en dialogue-interprétation (langage, images, allégories). D'où deux types d'intelligence : analytique et synthétique, la réflexion tâtonnante et le réflexe câblé, chacun avec une part préalable d'intuition et d'imagination, qui sont de l'intelligence mystérieuse, opposée à l'algorithmique. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est être plus à l'aise à manier les étiquettes des choses plutôt qu'à remuer les choses elles-mêmes. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre facultés forment l'intelligence complète : faculté de bâtir des modèles de l'univers, faculté d'élaborer un langage des questions (sur ces modèles), faculté de répondre à celles-ci, faculté d'interprétation des réponses en vue de déboucher sur un comportement sensé. | | | | |
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| intelligence | | | La science est ce qui n'a pas besoin d'intermédiaires entre le fait et la pensée. L'art est un monde, où le fait et la pensée ne sont que deux langages de plus, rien de plus. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie française s'inspire des oppositions inintéressantes, p.ex. : ordre - désordre (Descartes), le tout fait - le se faisant (Bergson), l'être - le néant (Sartre, ou l'avoir de G.Marcel). Le contraire intéressant d'ordre est gratuité, celui de tout fait - provisoirement dit, celui d'être - la personne. | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être excessivement perspicace pour voir, que le mythe (discours sans références) rencontre, au sommet, le logos (discours référencé). La réaction intelligente eût été de se rire du logos et de s'adonner au mythe. Mais c'est la réaction bête qui l'emporte : surcharger le logos et laisser s'échapper le mythe. L'inexistentialisme ailé céda à l'existentialisme zélé. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard, en littérature, c'est l'élégance du passage du mot à la vie, sans trop s'attarder au modèle. Se barricader dans le modèle est la tare du scientifique borné. | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe pense, qu'en creusant les choses, il atteint une identité verbalisable de plus en plus respectable. Mais leur fond est aussi sans poésie que leur surface. La poésie, c'est la manière de s'éloigner des choses et de peindre la hauteur avec des couleurs empruntées aux choses. Les choses, c'est à dire la science, peuvent être exclues de la philosophie : « Tout ce que peut espérer le philosophe, c'est de rendre la poésie et la science complémentaires » - Bachelard - apporter une forme poétique maîtrisée au fond scientifique intuitif, celui-ci ne servant que de garde-fous, pour ne pas proférer de trop grosses sottises. | | | | |
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| intelligence | | | La quête du réel élabore le modèle ; la quête du concept aboutit à la référence ; la quête du vrai bâtit l'énoncé. Ne pas se tromper de type de quête ni de genre de son produit. Savoir intervertir leur chronologie ; cacher la main et son pinceau, le pied et sa danse, mais pas le visage. | | | | |
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| intelligence | | | Un, deux, trois - toute l'algèbre du goût est là : un, le repli ou la tautologie - l'art pour l'art, le savoir pour le savoir ; deux, la fuite ou le combat - échapper à l'acte ou défier le mot ; les triades - le pour de la mémoire, le contre de la machine, les deux dans un langage émergeant de l'âme. La part du monocorde, du binaire, du trivial. | | | | |
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| intelligence | | | Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens. | | | | |
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| intelligence | | | Deux cas qui m'intriguent : Wittgenstein et Valéry. Tous les deux ne connaissent rien ni en linguistique ni en logique ; mais dans leurs avis respectifs la-dessus, le premier est complètement niais et le second – exceptionnellement brillant. Le premier est homme subtil et penseur nul ; le second est penseur subtil et homme nul. | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre a bien une ambition philosophique : primo, je voudrais qu'un cœur noble (donc, angoissé) y trouvât de la consolation dans mon affirmation de la gratuité divine du bon et du bien ; secundo, je voudrais qu'un esprit noble (donc, universel) y trouvât de l'intelligence humaine, qui est dans la maîtrise des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Etant donnée une pensée, plus facilement on passe d'une traduction à une autre, plus forte est l'impression, que la construction, c'est-à-dire le mot, est la seule réalité digne d'être préservée et que les pensées n'existent pas. | | | | |
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| intelligence | | | La logique fait partie de la langue naturelle comme la philosophie fait partie de la poésie. Et la rigueur logique apporte à la philosophie la même chose que la grammaire à la poésie, c'est-à-dire rien. Il n'y a pas moins de logique chez Cioran que chez Wittgenstein. Les perles syllogistiques ou grammaticales ne séduisent que des mollusques des profondeurs sans vie. | | | | |
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| intelligence | | | Rien de conceptuel ne peut être profond ou rigoureux, si sa seule expression et justification se réduit à la langue ; ce qui condamne et la dogmatique de l'être (les grammaires indo-européennes) et la sophistique du devenir (la poésie européenne). Et quoi qu'en pensent les cartésiens, en philosophie domine la dialectique osée et non pas la logique rusée. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié ! | | | | |
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| intelligence | | | « Les philosophes et les poètes d'origine possèdent la Maison, mais restent des errants sans atelier ni maison »** - R.Char - ruines, le nom que prend la Maison ainsi possédée et qui cesse d'être habitable. Ce qui réside légalement dans le langage porte un nom beaucoup moins ectoplasmique - la vérité cadavérique, réceptacle du désoubli de l'Être. Les ruines, cette vénérable demeure, hantée par le rêve et la caresse, où l'on héberge les invariants de tout mouvement (Goethe, n'y voyant aucune tour debout, ne reconnut pas les ruines discrètes). L'être n'habite que la réalité, il est la chose, qui est source des objets de la représentation et cible des mots du langage. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace. | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | Le sot exhibe ses bêtises quotidiennes, le médiocre les camoufle, le subtil les traduit en sagesse purement langagière. La sagesse n'est pas dans le rejet des idées stupides, mais dans l'art de leur relecture intelligente, c'est-à-dire ironique. L'immaturité ou la pâleur des images retiennent le sage d'ouvrir la bouche. La vraie sagesse est dans le ton et le regard et non pas dans le choix des choses à dire. La bêtise comme l'intelligence se montrent par leur dit ; c'est le non-dit qui leur laisse l'avantage d'un doute. | | | | |
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| intelligence | | | La chose : dans la réalité – chose en soi ; dans la représentation – concept surgissant de la réalité ; dans le langage – notion, munie de sons, d’images et d’intensités, notion surgissant de la représentation et renvoyant à la réalité. Les seuls domaines, qui échappent à cette triade, sont : la mathématique se passant de réalité et la musique se passant de représentation et de langage. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | La logique, ce modèle-noyau intemporel, donnant lieu à trois super-structures spatiales : la profondeur scientifique, la hauteur philosophique, l'étendue langagière. | | | | |
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| intelligence | | | Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique. | | | | |
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| intelligence | | | Les coupures épistémiques surgissent dans l'espace plutôt que dans le temps, notamment dans les passages : le monde - la représentation et la représentation - le langage. Les connaissances a priori, transcendantales (« Bedingungen der Möglichkeit von Erfahrung » - Kant), non langagières, interviennent dans le premier, tandis que toute la poésie et toute l'intelligence interprétative se retrouvent dans le second. | | | | |
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| intelligence | | | Le cycle de vie d'une substance : la dénomination (langue), la déclaration (technique), l'insertion (événement), l'héritage (structures), l'habillement (essence - symptômes - accidents - attributs - liens - rôles - propriétés), la résolution de problèmes (logique). | | | | |
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| intelligence | | | L'intellect est un orchestre, avec des instruments à vent – irascibles, et des instruments à cordes - sensibles. Du plein vent côté dents ou du bon doigté côté langue naissent des rythmes virils et des mélodies subtiles. | | | | |
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| intelligence | | | Les symboles (ou les signes) sont des représentations minimales, des équivalents de noms, c'est à dire de références directes, d'accès immédiat aux faits par un méta-attribut de dénomination. Mais les connaissances s'attachent non pas aux symboles, mais au nom interne unique, qui, souvent, reste cryptique ou imprononçable tel le nom de Jahwé. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que nous connaissons de la réalité provient de nos représentations ; l'appel à la réduction phénoménologique est creux, puisque il est impossible de s'abstraire du réel plus que nous ne le faisons déjà. Mais l'appel à la réduction eidétique est encore plus irrecevable, puisque l'essence pure des phénomènes s'ensuit immédiatement des concepts, formés dans la représentation. La phénoménologie, comme la philosophie analytique, sont deux charlatanismes, fondés sur l'inattention à l’interprétation ou à la représentation, ces univers médiateurs, qui se logent entre la réalité et, respectivement, la conscience ou le langage. | | | | |
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| intelligence | | | La hiérarchie des esprits s'établit d'après la nature du langage qu'il adopte ; au sommet se trouve le génie, qui est le langage de l'âme. « L'intelligence est un esprit mécanique, la subtilité – le chimique et le génie - l'organique » - F.Schlegel - « Verstand ist mechanischer, Witz ist chemischer, Genie ist organischer Geist ». | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système fermé, les structures sont irréductibles à la logique et vice versa. Mais dès qu'on s'ouvre à un nouveau langage, on peut distribuer toute logique en nombre de structures et aplatir toute structure en pures relations logiques, c'est cela, les ruptures épistémiques entre le gnoséo-morphique et le gnoséo-logique. | | | | |
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| intelligence | | | Le cerveau de l'homme, ce sont trois machines : la conceptuelle, la linguistique et la logique. Le plus curieux, c'est que chacune d'elles, apparemment, contienne les deux autres ! La mécanique terrienne s'insurge, la mécanique sublunaire triomphe ! | | | | |
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| intelligence | | | Toute bonne philosophie doit inclure les trois facettes kierkegaardiennes : l'éthique, l'esthétique, la mystique. La mystique, pour vénérer, plutôt que savoir ou prouver. L'esthétique, pour admirer, plutôt que narrer ou développer. L'éthique, pour aimer, plutôt qu'ordonner ou obéir. La mystique s'occupera du langage, de ce dépositaire du vrai. L'éthique et l'esthétique se dévoueront à la consolation de l'homme en détresse, en créant l'illusion d'une profondeur du beau ou d'une hauteur du bon. | | | | |
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| intelligence | | | Les profonds annoncent, que le monde doit être vécu comme une grande question. Les hautains - comme une réponse, mais formulée en une langue étrangère. Et il est ridicule de la réduire à nos plates questions, où les choses obstruent les mots. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie ne devrait se dédier ni à l'explication du monde ni à sa description, mais à la défense de la musique, pour consoler l'homme ou pour faire aimer la vie, à travers un langage métaphorique. Deux tâches, la première a pour partenaires – la religion et l'art, et la seconde – la science. La science s'occupe de deux choses – du langage et du sens. « L'art n'a que deux thèmes : l'appel et la consolation » - Iskander - « У искусства всего две темы : призыв и утешение » - l'appel étant une consolation, il y aurait encore moins de thèmes. | | | | |
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| intelligence | | | Ils plaquent leurs pensées mûres sur le langage, ils les y logent. Moi, au contraire, j'insuffle du langage dans une forme attrayante, mais presque vide. Une fois la diffusion ou le moulage réussis, j'assiste à la naissance ou j'assiste la naissance d'une pensée. Si intelligence il doit y avoir, dans l'écriture, ce serait celle du pressentiment de pensée et de la recherche d'un fond pour une forme toute prête. | | | | |
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| intelligence | | | On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ». | | | | |
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| intelligence | | | Une fois qu'on a éliminé des interprétations fautives, dues à l'ignorance, il doit rester un champ infini pour des interprétations diverses et contradictoires, venues de la créativité et de la liberté, l'admettre, c'est être un Ouvert. « Au commencement était l'Ouvert » - Hésiode. | | | | |
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| intelligence | | | Tout événement a trois valeurs : la symbolique (nos langages), la scientifique (nos représentations), la mystique (nos intelligences et sensibilités). Chacune des trois peut ignorer les deux autres ; seule la philosophie en tente l'équilibre. | | | | |
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| intelligence | | | Personne ne peut choisir de couper les ponts avec la réalité, puisque personne n'est autorisé de s'y rendre. On ne communique avec elle qu'à travers un langage sans miroirs ni traduction automatique. La réalité aide à forger un lexique : noms de choses, verbes de liaison, déterminants paraboliques. Mais l'essentiel du message est dans cette belle et féerique liberté de mise en voisinage, engendrant des rythmes et harmonies, qui perdureraient dans mille substitutions lexicales. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Le concept central, dans notre machine extra-langagière, est l'identité (l'Un, la durée, avec ses débordements phénoménologiques : se manifester, communiquer, ou épistémologiques : savoir, penser, ou ontologiques : être, exister). Aucune langue ne le couvre - on ne peut philosopher que grâce aux lacunes du verbe être. Curieusement, le français, avec même - tandis qu'on a same et self, derselbe et selbst, тот же et сам - ne distingue pas l'identité des objets aux références différentes (mêmeté) de l'identité avec l'acteur d'un scénario (ipséité). | | | | |
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| intelligence | | | L'informaticien et le linguiste ricanent en voyant le philosophe patauger au milieu des logiques et des langages. La défense du merveilleux, face à la déferlante mécanique, - c'est peut-être le seul domaine, où le philosophe a encore son mot à dire, à cause de la défaillance du poète. Puisque « la conscience d'avoir frôlé le merveilleux arrive trop tard » - Blok - « сознание того, что чудесное было рядом, приходит слишком поздно ». | | | | |
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| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
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| intelligence | | | Une philosophie parfaite est la rencontre d'un esprit mathématique et d'un langage poétique, rencontre, qui n'est pensable qu'en Allemagne (Heidegger eut raison de ne pouvoir imaginer un commencement philosophique qu'en Grèce et Allemagne). | | | | |
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| intelligence | | | Au sommet (mystique) de la philosophie, s'ouvrent deux versants : l'éthique et l'esthétique, la vie ou l'art, la consolation ou le langage, la mélancolie ou la tragédie, la noblesse ou le style. L'angoisse et la pitié aristotéliciennes tapissent le premier, la volonté de puissance nietzschéenne permet d'accéder au second. | | | | |
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| intelligence | | | Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse. | | | | |
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| intelligence | | | Un langage, c'est une langue plus une intelligence. Celui qui ne tient en bride qu'une des deux est un artisan, artisan raisonneur ou artisan descripteur. Avec la maîtrise des deux on a une chance de devenir artiste. Un génie est presque toujours un artisan exceptionnel, sans être nécessairement un artiste. | | | | |
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| intelligence | | | Tout se modélise dans une représentation complète : la substance, l'essence, l'existence. On peut donc en chasser, techniquement, aussi bien le mot que la réalité, c'est à dire la métaphore et la sensation. | | | | |
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| intelligence | | | Trois rôles irréductibles du modèle conceptuel : servir de fond pour l'analyseur sémantique des requêtes langagières, évoluer intrinsèquement, mieux refléter la réalité de référence. Rôle d'axiome, rôle de théorème, rôle d'intuition. | | | | |
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| intelligence | | | Ils ont épuisé l'idée de Divinité et trouvant le moi trop transparent se sont rabattus sur l'occulte Être, moins humain et légèrement moins sot que l'Existence, et dont le moi serait le Berger. L'homme serait l'être à venir et à se réduire à l'histoire, l'auteur serait mort et l'univers se refléterait dans la langue, l'ontologie effacerait la métaphysique. Des sources du nouvel anti-humanisme. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves. | | | | |
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| intelligence | | | Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation ! | | | | |
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| intelligence | | | Les sens apportent à l'esprit des signaux émanant de la surface des choses ; l'esprit y introduit une épaisseur de concepts. Originellement, la langue vise les choses, mais sa richesse intrinsèque la réoriente vers l'univers des concepts ; on préfère l'interlocuteur qui cherche à l'observateur qui trouve. Et l'on finit, dans le plus pur des discours, par ne plus interpeller que les concepts. Les sens de l'homme, l'essence des concepts, les sens des idées - tel est le dénominateur phonétique commun de la triade : sensibilité, créativité, intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Sur les chemins des passions comme sur ceux de la connaissance, à tout tournant, il y a deux types d'attitudes : le sacrifice ou la fidélité. Pour les ancrer à la réalité, on imagine les lieux de la fidélité et les instants du sacrifice. Ce que sous-tend la fidélité s'appellera - sur ce parcours - l'être immuable, et ce qui a la malchance de passer par le sacrifice sera voué - provisoirement - au néant. fluide « Ce qui est n'évolue pas ; ce qui évolue n'est pas » - Nietzsche - « Was ist, wird nicht ; was wird, ist nicht ». Dans un langage moins hypocrite on les appelait jadis Dieu ou Satan. | | | | |
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| intelligence | | | Nous avons trois interprètes : le langagier, le conceptuel, l'applicatif. Qui génèrent l'expression, le contenu, le sens. Et ces trois ne coïncident jamais. | | | | |
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| intelligence | | | Bâtir un modèle ou l'interroger, l'intelligence de l'âme ou l'intelligence du langage ; la conception, enrichissant un discours intérieur, ou la construction, résumant un discours extérieur. Deux activités dont la seconde se réduit, à moitié, à la première. Pour l'intelligence, le modèle est au-dessus de la requête ; pour le poète, la requête s'émancipe du modèle ; pour le philosophe, celui qui sait préserver l'étonnement de la conception et du questionnement, - les deux se valent. « L'interrogation véritable n'exprime pas un problème, mais indique plutôt un petit mystère »** - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | On prouve son intelligence, quand on apprend à naviguer entre le langage, la théorie (modèle) et la réalité. Mais on n'atteint la sagesse que quand on se contente d'admirer des figures du langage au-dessus des modèles formels, se désintéresse du savoir (contenu du modèle instancié) et se détourne de la réalité (qui, de toute façon, ne fait que confirmer ce que souffle le modèle). | | | | |
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| intelligence | | | Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné. | | | | |
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| intelligence | | | On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ». | | | | |
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| intelligence | | | La meilleure preuve de l'existence de la pensée non-langagière : la performance (sélection et déclenchement de bonnes règles) se passant de compétence (justification du choix de règles) ou la précédant. À l'autre bout de la chaîne intellectuelle : la reconnaissance, que penser et exprimer sa pensée sont deux dons bien distincts. La mathématique en est marquée au même point que la poésie : « Exprimer une grande idée, c’est une chose aussi délicate que sa conception même » - Grothendieck, mais je sais, que tu vises, hélas, l'appartenance et non pas la factorisation. | | | | |
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| intelligence | | | Les soupçonneux, Marx et Freud, placent, respectivement, la valeur (la conscience de classe) et le sens (de l'inconscient) avant le discours, ce qui correspondrait plutôt à la focalisation et aux intentions ; les valeurs naissent au cours de l'interprétation (l'axiologie plutôt que l'herméneutique) et le sens est un effet des substitutions. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée, se virtualisant dans les mots et s'actualisant dans les concepts, est trop près de la réalité, pour que je la prenne pour un point de départ vers la hauteur. Le mot ou le concept, au moins, par leur aspect plus hautain, promettent des chutes plus retentissantes. | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être philosophe pour continuer à questionner jusqu'à l'infini (Deleuze), n'importe quel sot en est aussi capable ; mais le philosophe, contrairement aux autres, va vers des questions de plus en plus simples, pour arriver au point zéro des quêtes, où naissent, simultanément, le mot, le concept et la réponse. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ». | | | | |
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| intelligence | | | De Spinoza à Husserl, ces insipides et lourdes tentatives de faire de la philosophie une science rigoureuse, de lui apporter de l'étendue en la faisant parler le langage des mathèmes ou philosophèmes ; tandis que seul celui des poèmes promet de munir de hauteur son semblant de profondeur. Poétiser et philosopher sont des synonymes - être au-dessus du temporel, croire en simultanéité avec la vie et non pas au : « D'abord vivre, et philosopher - après » - « Primum vivere deinde philosophare ». | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est la maîtrise des substances, et la volonté est le reflet des apparences - telle est la banalité pragmatique ; mais pour Schopenhauer, c'est l'inverse : la volonté serait une substance transcendantale et la représentation - une apparence transcendantale. Ces avortons d'adjectifs faussent tant de généalogies. | | | | |
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| intelligence | | | Spinoza et Leibniz confondent, tout le temps, la représentation avec l'expression, en voyant dans les attributs (ou la monade finie) expression de la substance (de la monade infinie) et non pas représentation ; l'expression n'est qu'un mode d'accès langagier au déjà représenté. | | | | |
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| intelligence | | | Le structuraliste : vous avez beau changer le décor, vous jouez les mêmes rôles ; l'existentialiste : le jeu d'acteur ne vaut que par une mauvaise mémoire dans l'absence de souffleur ; le postmoderne : ce n'est pas le sens des scènes et des caractères qui rend l'essentiel, mais l'absurdité du langage. Et si c'était l'écart entre mes planches, le parterre et le paradis ? | | | | |
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| intelligence | | | Que deviendrait le corpus philosophique, si l'on le purgeait de tout élément vibratoire ou mystique ? - on ne garderait qu'Aristote et Kant, deux ignares en langages et en désespoir, les deux seuls sujets, dignes d'un intérêt philosophique ! | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie est la promptitude et la maîtrise pour sauver le plus défaillant des trois protagonistes : l'intelligence, le langage, la sensibilité. Ce qui est infiniment plus élastique que la vue bien bornée et partiale de Wittgenstein : « La philosophie est une lutte contre la manière, dont le langage ensorcelle l'intelligence » - « Die Philosophie ist ein Kampf gegen die Verhexung unseres Verstandes durch die Mittel unserer Sprache » - la philosophie, au contraire, est la fusion avec le langage, la confiance faite au langage, au détriment de la réalité et de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les Orientaux poussent le goût des sacrifices jusqu'à vouloir sacrifier des connaissances. Mais comment les effacent-ils ? Et à quelle ignorance les sacrifient-ils, à la terrestre ou à l'étoilée ? La connaissance n'est qu'une forme géométrique d'un langage pictural ; elle calcule la trajectoire et l'âge de mon étoile, mais c'est moi qui en reçois la lumière intemporelle, c'est moi qui en revis la naissance. | | | | |
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| intelligence | | | L'étant représente et le fond et la forme : le fond est l'étant, qui rend l'essence des choses, « la forme est l'étant, qui donne l'être aux choses » - Lulle (Heidegger, à tort, attribue cette prérogative de la forme - au langage ; son être est le fond et son étant - le fondé). | | | | |
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| intelligence | | | Les hiérarchies intellectuelles en fonction des priorités dans la création - représentation, interprétation, langage - et dans sa grammaire - syntaxe, sémantique, pragmatique. Le génie d'Aristote, avec le primat du couple représentation-syntaxe, la médiocrité des stoïciens avec interprétation-sémantique, la chute finale de nos analytiques avec langage-pragmatique. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée est concevable sans langage des mots (parmi concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ces types de pensée cartésiens, seul affirmer réclamerait, éventuellement, le mot), mais elle ne peut pas se passer d'images ; et ceux qui définissent l'être comme ce qui se pense sans images ne savent pas ce qu'ils disent. Même le douteux synonyme pseudo-mathématique de l'être, l'ensemble vide, se présente à notre imagination comme équivalent d'un élément neutre pour l'opération d'union des ensembles (comme le zéro arithmétique), et la neutralité est une image parfaitement rationnelle. | | | | |
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| intelligence | | | Percevoir, concevoir, interroger le conçu - tel est le cycle de la connaissance. Sentir l'existence dans le réel, créer le concept dans la représentation, interpréter la pensée dans le langage, revoir le concept dans l'imagination. | | | | |
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| intelligence | | | Le style naît surtout de l'élégance des représentations non-langagières ; c'est pourquoi, de toutes les sciences dures, il n'existe qu'en mathématique, où la puissance interprétative ne vaut que par la qualité représentative. | | | | |
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| intelligence | | | Quelle misère, ne s'intéresser qu'aux phénomènes, auxquels se réduise l'être et aux noumènes, où se projette l'essence ! Les Grecs, comme la théologie chrétienne, se penchaient plutôt sur les passions, qu'une divinité docile interprétait ou rendait sacrées. Les phénomènes et noumènes sont des traces muettes, des traductions aléatoires, des passions, dont on ne maîtrisera jamais la langue. | | | | |
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| intelligence | | | L'origine des concepts (objets ou relations) d'une représentation est triple : des espèces-constantes de la réalité, la langue, le libre arbitre. Trois clans, qui n'en reconnaissent qu'une seule, sont, respectivement : les platoniciens, les philosophes analytiques, les poètes. Avec leurs dominantes – la science, le bavardage, la musique. Vue sous cette angle, la philosophie ne peut être que de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Fascinante et énigmatique inversion de la chronologie, en théorie ou en pratique de l'usage des représentations. En théorie : concevoir un modèle, bâtir une couche langagière au-dessus du modèle, formuler des requêtes, les interpréter, donner un sens «réel» aux réponses. En pratique : formuler un sens de la réalité, le considérer résultant d'une interprétation, imaginer des requêtes idoines, les placer dans un langage, réduire les représentations au seul domaine visé. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les Professeurs de Philosophie, on ne peut consolider le concept que par un développement discursif - la misère ! Le concept évolue surtout grâce aux trois moyens : introduire de nouvelles propriétés (tâche représentative), imaginer de nouvelles requêtes (tâche langagière), créer de nouveaux outils logiques (tâche interprétative) - on enveloppe par la forme, plutôt qu'on ne développe le contenu. | | | | |
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| intelligence | | | L'espace, le temps, le langage - à ces trois attributs de notre existence correspondent, très précisément, les trois branches de la mathématique : la géométrie, l'analyse, l'algèbre. Le parallèle est si profond, que je serais tenté de l'attribuer au Très Haut. | | | | |
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| intelligence | | | Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes voit la source de l'homme dans la position du cogito (l'ampleur de la raison), Heidegger - dans la pro-position du sum (la profondeur du langage) ; elle serait plus nette - dans la pose de l'ergo (la hauteur du regard). | | | | |
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| intelligence | | | Pour être inépuisables, les meilleurs cerveaux sont toujours initiaux : dans l'amplitude de la langue - Heidegger, dans la hauteur du ton - Nietzsche, dans la profondeur du regard - Valéry. Les médiocres sont toujours dans le développement, remplissage ou collage. | | | | |
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| intelligence | | | Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus. | | | | |
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| intelligence | | | La conscience mentale se compose d'images de la réalité (le sens), de la représentation (l'intelligence) et du langage (l'expressivité), ce qui fait de nous des hommes pratiques, philosophes ou artistes. Une curiosité du français : la conscience morale, débarrassée d'adjectifs, redevient conscience tout court. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes préférés des philosophes de profession - l'être, l'essence, l'existence, la durée (comme le savoir apriorique : les substances, la causalité, la finalité, les liens spatio-temporels) - appartiennent surtout au méta-langage et seulement d'une manière exotique au langage lui-même. La manipulation des concepts méta-langagiers ne peut être qu'austère et pauvre, et les traiter rhétoriquement, comme s'ils étaient dans le langage n'est qu'un abus. | | | | |
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| intelligence | | | Le comprendre sans le juger aboutit à l'expertise, au consensus et à la statistique ; le juger sans le comprendre - à la bêtise, au lapsus ou à la mystique ; le sot ayant la prétention de pratiquer, simultanément, les deux, le sage dévalue les deux, en mettant en avant - le créer ; créer une représentation, un langage, une interprétation, où règne la liberté et non pas la copie ou l'empreinte. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois types de connaissance : l'intuition intellectuelle (avant le modèle), la conceptualisation de métaphores (création du modèle), le sens des réponses aux requêtes (interrogation du modèle). La première est rencontre entre le sensible, le langagier et l'utilitaire, la deuxième est traduction dans l'intelligible, la troisième est épreuve de notre personnalité, de son intelligence et de son imagination. Trois efforts de nature totalement différente. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, plus on est bête, plus on tient à la scientificité et plus on succombe au bavardage et au verbiage. Les phénoménologues – Husserl, Sartre, Derrida - présentent l'exemple le plus flagrant de cette dérive ahurissante. Et ils combattent les crises, défient le néant, appuient les réductions, dans une logorrhée irresponsable et incontrôlable. | | | | |
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| intelligence | | | Comme le signe d'égalité, '=', en mathématique, le verbe indo-européen être est employé pour désigner des relations différentes, dont les principales sont l'identité (y compris l’instanciation comme cas particulier) et la copule (impliquant des valeurs d'attribut). Dans le cas de l'identité, le domaine d'évaluation comprend toutes les substances représentées (au sens aristotélicien), ce qui résout complètement le problème d'existence. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes nos représentations abstraites, même dans les plus immatérielles, comme les objets mathématiques, les expériences de nos sens sont omniprésentes. Donc, leur fichue réduction phénoménologique et l'existence d'un moi transcendantal sont des fumisteries gratuites, nées dans les cerveaux des bavards, enivrés de verbiages. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
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| intelligence | | | Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la représentation, inévitablement, il y a des parties homomorphes à la réalité modélisée ou au langage bâti par-dessus : la réalité fournit des espèces et genres physiques, chimiques et biologiques, et le langage - certains concepts nés dans la civilisation correspondante. Mais l'essentiel de la représentation est construit par un libre arbitre du sujet-modeleur. « Pour passer à une autre philosophie, on passe, forcément, à un autre langage, à d'autres représentations, à d'autres noms, que choisit notre libre arbitre » - J.G.Hamann - « Bei einer andern Philosophie, ist eine andere Sprache unvermeidlich, andere Vorstellungen, andere Namen, die jeder aus seiner Freiwilligkeit bezeichnet ». | | | | |
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| intelligence | | | L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ». | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un vrai livre de philosophie, on doit faire appel à une haute musique de poète, à un vaste style d'écrivain, à un profond regard de penseur. Nietzsche fut le seul à atteindre à cette harmonie. Mais dès que les hommes imaginèrent, que seule la dernière dimension justifiât le titre de sage, ils proclamèrent, paradoxalement, la préséance du langage, et leur profondeur universitaire, sans nulle forme musicale, se mua aussitôt en platitude. | | | | |
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| intelligence | | | L'être, c'est ce fond de la réalité, matérielle ou mentale, qui joue trois rôles dans trois domaines disjoints : il guide la représentation, inspire les requêtes, sert de référence pour valider la représentation. Et son maître s'appellerait le moi transcendantal, celui qui défie toute science ; il est le complément intellectuel de son homologue artistique, du moi inconnu. | | | | |
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| intelligence | | | Le travail de l'intelligence - créer un espace de clarté : voir des objets mieux cernés, pratiquer un langage plus élaboré de leur manipulation, interpréter leurs répercutions avec plus de rigueur. Le vrai maître des lieux doit y introduire un cycle crépusculaire et ne pas compter sur l'éclairage de la rue. | | | | |
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| intelligence | | | Kant traite les catégories aristotéliciennes de rhapsodies et propose sa propre Table, où apparaissent, en plus, modalité, négation, causalité, mais qui se réduisent, pourtant, aux règles et relations. Tous les deux pensent qu'ils creusent l'être, tandis qu'ils ne font qu'effleurer le travail préliminaire de toute représentation. À ce stade, l'intelligence consiste à se débarrasser des traces de la langue ; celle-ci ne doit apparaître que par-dessus une représentation achevée. | | | | |
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| intelligence | | | Toute partie du réel peut être confiée soit à nos yeux soit à notre regard, soit à un examen rationnel soit à une (re)création artificielle. Dans le premier cas, les mots et/ou les concepts développent suffisamment les choses dociles, c'est le cas de la science et de la vie au quotidien. Dans le second cas, les mots et/ou les concepts ne font qu'envelopper les choses insaisissables en s'en émancipant (émancipation aurait dû signifier – renoncer à la mainmise sur les choses ou les actes par les mains, au profit de la tête), c'est le cas de la philosophie et de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | L'ennui de ces pitoyables sages, qui ne disent pas tout ce qu'ils pensent, mais pensent tout ce qu'ils disent. Je ne crois ni en penseurs silencieux ni en lecture unique du mot échappé. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Qui se souvient encore, que « l'objet du philosophe est le sentiment plutôt que le syllogisme »** - Érasme - « philisophiae genus in affectibus situm verius quam in syllogismis » ? Depuis Kant, la philosophie devint collectiviste : « La façon solitaire de philosopher perdit tout crédit ; tout commencement philosophique s'élève jusqu'à devenir science » - Hegel - « Das einzelne Philosophieren hat allen Kredit verloren ; jedes philosophische Beginnen erweitert sich zu einer Wissenschaft » - et qui croise-t-on dans ces hauteurs scientifiques ? - des moutons mimétiques, avant qu'ils ne soient rejoints par des robots programmés. | | | | |
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| intelligence | | | Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste. | | | | |
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| intelligence | | | Les modèles résument les sensations et pré-formatent les idées. On ne demeure que dans la réalité ou dans les modèles, et c'est plutôt les idées, c'est à dire requêtes ou hypothèses, qui pourraient servir de ponts, construits sur des modèles et maintenus par le langage. Plus vaste et mieux organisé est l'intelligible, plus souvent il sert d'origine aux idées, puisque le sensible devint docile ; la représentation munit le sensible de corps, c'est à dire de squelette et de muscles, que le langage anime par son souffle. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon résultat d’une recherche est soit une découverte (aboutissement d’un chemin), soit une invention (renvoi aux nouveaux commencements). Selon leur objet, il y aurait trois sortes de recherches – la recherche de la réalité (les sciences dures), la recherche de la représentation (la mathématique), la recherche du langage (la poésie). Les découvertes se font surtout dans la première ; les deux dernières devraient viser surtout des inventions. La philosophie serait une tentative d’unifier ces trois regards sur la condition humaine. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les autres, nous sommes surtout un paysage, et pour nous-mêmes - un climat. Reflets de nos actions ou de nos émotions. « Chacun est le climat de son intelligence » - Lamartine. L’œil saisit le paysage, le regard s'imprègne du climat. Que ce soit intelligent ou bête, que ce soit le pays ou la langue, qui illustrent cette leçon de météorologie sentimentale, - on est le concentré de son parallèle, la cordialité de l'esprit, ou de son méridien, la spiritualité du cœur. | | | | |
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| intelligence | | | La méthodologie mathématique en philosophie n'a jamais rien produit d'appréciable ; la consolation ou le langage ne se traitent bien que par des métaphores. Le témoignage - les trois profanations des démarches (pseudo-)mathématiques : l'analytique aristotélicienne, la géométrie spinoziste, l'algèbre kantienne. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ne parle pas ; il faut le munir de langage et de musique. Aucun créateur ne peut échapper à l'interprétation. Sans être obligé à remonter aux causes premières, déjà dans l'inévitable attachement aux classes (visuelles, géométriques, conceptuelles), me voilà interprète ! | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit est bien résumé par cette triade antique ou médiévale – l'intellect, la volonté, la mémoire, puisqu'elle correspond à l'interprétation de requêtes de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique est dans le flair des variables, qu'elle introduit dans tout arbre interrogatif. Là où un naïf ne lit que des constantes ou un superficiel ne décèle que des variables explicites, l'intelligent devine des variables muettes et, par un jeu de réécriture, crée de nouveaux langages de requêtes. « Sans esprit on ne voit que des bribes, avec un peu d'esprit - la règle, avec beaucoup d'esprit - l'exception »*** - Grillparzer - « Der Ungebildete sieht überall nur ein einzelnes, der Halbgebildete die Regel, der Gebildete die Ausnahme ». | | | | |
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| intelligence | | | Ramener au langage tout ce qui est mental est l'indigence de la philosophie anglo-saxonne. « Toute conscience est affaire de langage » - Rorty - « All conscience is a matter of language ». Leur misérable tournant linguistique ne comprend pas, que ni les intentions, ni les références d'objets, ni l'interprétation de requêtes, ni la substitution de termes, ni le dialogue menant au sens ne font partie du langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le côté poétique des questions philosophiques les laisse souvent prendre pour religieuses, ce qu'elles ne sont que dans la recherche de consolations, ce premier chapitre philosophique, le second étant la musique des rapports entre la réalité, la représentation et le langage. Orphée semble être la figure la plus emblématique de cette philosophie. Il n'y a donc pas une, mais deux philosophies premières : l'éthico-religieuse et l'esthético-scientifique. | | | | |
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| intelligence | | | La matière de la représentation est de nature factuelle, ce sont des substances modélisées. La matière de la pensée est réelle par son sujet, virtuelle par son dialogue, conceptuelle par son moteur de recherche, langagière par sa forme. Deux univers disjoints, sauf des pensées élémentaires, triviales. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les connaissances, être unifiables signifie pouvoir s'égaler dans une forme commune de langage : le langage de l'individu est diffus, celui de la science - incisif, celui de la philosophie - global. « La connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la science, le savoir parfaitement unifié ; la philosophie, le savoir complètement unifié » - H.Spencer - « Knowledge of the lowest kind is ununified knowledge ; science is partially unified knowledge ; and philosophy is completely unified knowledge ». | | | | |
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| intelligence | | | Le sage sait, que la vraie création est celle d'un langage, dans lequel les réponses soient contenues dans la question. C'est un don beaucoup plus rare que ceux de poser de bonnes questions ou d'apporter de justes réponses. Affaire d'interprètes et de substitutions. La réponse crée une entente mécanique avec la question, mais encore davantage - une attente organique d'un langage, où elle n'en serait plus ; et Blanchot force le trait : « La réponse est le malheur de la question » - elle est son propre malheur ! | | | | |
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| intelligence | | | Les axes, qui polluent la scène philosophique, et sur lesquels dominent la grisaille et la stérilité : essence - existence, vérité - apparence, objectif - subjectif, vital - conceptuel. Les deux seuls axes, dont aurait dû s'occuper la philosophie : caresses verbales et musicales, apportant de la consolation à l'homme angoissé, et des réflexions sur le rôle du langage, pour traduire nos frissons ou nos intuitions. | | | | |
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| intelligence | | | Le soi inconnu est tout simplement notre âme, qui, chez un philosophe, s'incarne dans l'une des deux hypostases du soi connu : elle devient cœur, dans la recherche de consolations à la détresse humaine, ou elle devient esprit, dans son regard sur la merveille du langage. | | | | |
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| intelligence | | | Les égarements aussi bien du premier que du second Wittgenstein sont dus à la même méprise : occulter la place de la représentation entre la réalité et le langage. Opposer les faits aux choses est absurde, puisqu'il n'y a pas (dans la représentation) de faits sans choses ni de choses – sans faits ; l'analyse du langage, dans l'oubli de la représentation, est une tâche banale et superficielle, n'apportant pas grand-chose de la réalité, puisque le langage interroge la représentation plus que la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin. | | | | |
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| intelligence | | | Les rapports entre la valeur langagière 'blanc' et l'instance (élément) 'blancheur' de la classe 'couleur' sont d'une totale banalité (les substances, c'est à dire les instances et les classes, n'étant pas langagières mais conceptuelles). Il fallut toute l'équilibristique sophistique de Heidegger, pour l'embrouiller dans les oppositions amphigouriques ridicules : étant - être, présent - présence (anwesend – anwesen). Des foules de bavards imitèrent cette logorrhée parménidienne, creuse et disgracieuse. | | | | |
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| intelligence | | | Deux généralisations de la logique : la fidèle, la mathématique, et la sacrificielle, la langue. | | | | |
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| intelligence | | | Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre. | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion des logiciens analytiques est instructive pour écrire, dans un langage informatique, des grammaires exécutables. En revanche, je ne vois pour elle aucune place dans la réflexion philosophique. | | | | |
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| intelligence | | | Nos pensées ont trois sources : la scientifique (les représentations), l'empirique (les réflexes appris ou innés), la poétique (le langage). La pensée est d'autant plus pure, qu'une seule source la détermine. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée accomplie est surtout spatiale, même si l'interprétation de son enveloppe langagière est plutôt temporelle. Donc, la former en décrivant les choses (leur existence dans le temps) est plus bête que la créer en interrogeant ma conscience (où réside déjà l'essence des choses, au sein d'une représentation spatiale). C'est la qualité des requêtes qui détermine le rang de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d'intelligence : représentative (conceptuelle), constructive (technique), interprétative (stratégique). Elles se doublent d'une épreuve langagière : le méta-langage des concepts, l'accès et la maîtrise de bons outils, la faculté de changer de langage. Ce sont des épistémologues, des experts et des décideurs. | | | | |
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| intelligence | | | Les structures sont une prérogative de la représentation ; même le langage ne les exhibe que dans sa grammaire, qui est sa représentation. L'inconscient des psychanalystes n'en possède pas non plus. Le Moyen Âge obtus s'y tint, lui aussi, - le discours intérieur. L'être, dont l'inconscient fait partie, est inarticulé. La structure rend l'être compréhensible ; l'être fait entrevoir l'illusion de vie dans la structure. | | | | |
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| intelligence | | | Je n'aime pas l'étrangeté de l'interrogation, j'aime l'étrangeté des liens interrogés. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la triade réalité - représentation – langage, les philosophes stoïciens et analytiques veulent occulter la représentation ; en plus, les premiers ne comprennent pas le langage et les seconds négligent la réalité ; ils restent en compagnie d'une réalité indifférente ou d'un langage désincarné. Tu ne seras ni scientifique ni philosophe ni poète, si tu cherches à « ne pas te laisser subjuguer par la représentation » - Épictète. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, associée à un sujet, offre trois facettes : la descriptive, la structurelle, la comportementale - l'essence ; l'interprétation, elle aussi associée à un sujet, se fait toujours dans le contexte des deux premières, avec les moyens de la troisième et avec les interprètes langagiers (syntaxique, sémantique, pragmatique) et logiques (déductions et gestions d'événements) – l'existence. On devine qui précède qui. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la querelle des Universaux, entre la réalité, la représentation et le langage, il manquent deux éléments : l'interprétation linguo-logique des propositions à démontrer (vers la vérité) et l'interprétation intuitivo-réelle des propositions démontrées (vers le sens). | | | | |
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| intelligence | | | Qu'est-ce qu'un objet ? - son nom, ses classes, ses relations, ses attributs. Mais ce sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (que Platon et Spinoza m'excusent…), et elles sont les seuls points de repère permettant de référencer les objets. Dans la réalité, ainsi, il n'y a ni objets ni vérités, puisque celles-ci résultent des propositions portant sur les objets. La réalité réapparaît dans les significations qu'on tire de la proposition interprétée, mais elles naissent d'un processus non-formalisable, intuitif, non-langagier – l'intelligence pragmatique, le dernier chaînon de l'analyse syntaxico-sémantique. | | | | |
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| intelligence | | | Le senti se rapporte à la réalité, mais le dit s'interprète exclusivement dans une représentation ; on ne peut strictement rien dire sur la réalité, ni sur les agglomérats d'atomes (minéraux, végétaux, animaux) ni sur les propriétés d'esprit (beauté, douleur, sens). Ce sont des choses en soi : « La chose en soi n'a que l'être » - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Transformer des réponses plates en questions profondes et en chercher de hautes réponses – telle est la prérogative de la science. La philosophie ne peut l'imiter qu'avec deux réponses : l'homme s'angoisse et le langage me fascine. | | | | |
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| intelligence | | | Les philosophes, dans le cycle – observation (réalité), expression (langage), signification (réalité) –, veulent partir de la réalité et la rejoindre, mais finissent, le plus souvent, par négliger le chaînon central, le poétique, tandis que c'est le contraire qu'il faudrait faire. La gratuité et l'absurdité guettent, avec la même probabilité, le contemplateur et le rêveur. Dans la naissance de questions profondes ou de réponses hautes, l'observation décrite et la signification imaginée jouent un rôle mineur et même sont des tâches superflues, puisque notre cerveau possède une merveilleuse capacité de congruence avec la réalité, nous évitant tout délire incompatible avec le monde observable et sensé. | | | | |
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| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
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| intelligence | | | La seule fonction logique et universelle du verbe indo-européen être consiste en opération de (tentative de) l'unification (entre deux arbres de références) – 'le maître de Platon est le mari de Xanthippe'. Le fait de signifier avoir une valeur d'attribut ('Socrate est sage' - copule) ou se trouver à, dans le temps ('Socrate était avant Platon') ou dans l'espace ('Socrate est à Athènes'), n'est ni logique ni universel mais langagier. Le bavardage pseudo-philosophique autour de l'être se réduit à celui, technique, sur l'identité. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle : 1. bâtir une représentation (structures conceptuelles rigoureuses) d'un domaine réel (physique ou abstrait), 2. s'appuyer sur une logique formelle, pour interroger ou exploiter cette représentation, 3. au cours d'un dialogue (de préférence, en langage naturel), savoir répondre aux questions - Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi, Comment – à la manière humaine. | | | | |
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| intelligence | | | L’être et le devenir logent dans la réalité ; pour les penser, on dispose de deux paradigmes cognitifs, la représentation et l’interprétation, et d’un outil de communication, le langage. Le penser n’est pas moins présent dans le devenir que dans l’être ; c’est pourquoi Parménide a tort, en proclamant l’identité de l’être et du penser. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire. | | | | |
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| intelligence | | | Les adeptes du tournant linguistique (les soi-disant philosophes analytiques) croient, que tout savoir résulte de l'analyse du langage. Or tout savoir se résume dans les deux seules tâches : la représentation (où le langage est quasi absent) et l'interprétation (où le langage disparaît dès la traduction des énoncés en propositions ; le reste appartient à la logique ou au bon sens : la démonstration, des substitutions puisées dans la représentation, la donation de sens). Jamais, depuis la nuit des temps, on n'entendit chez les sages une pareille aberration ; il fallut attendre les Américains. | | | | |
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| intelligence | | | La (re)quête du monde est à l'origine de tout discours philosophique ; chez les journaliers intellectuels, la quête se formule par les yeux, qui ne quittent pas les objets, ce qui est ou ce qui fait ; ce qui compte dans les requêtes poétiques, c'est l'écoute de leurs propres fibres et la maîtrise langagière de l'extériorisation de leur musique interne, de ce qui devient. Les premiers cherchent, imitent, développent ; les seconds trouvent, inventent, enveloppent. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les antinomies intéressantes naissent non pas dans les choses en soi (Kant et Hegel), mais dans des glissements de langage (modifications de modèles ou de tropes) ; et ce n'est pas une réconciliation dialectique (impossible dans le cadre d'un même langage) qui résout le conflit, mais l'unification d'arbres langagiers ou leur refus de s'unifier ou de faire partie d'une même forêt. C'est la richesse des langages et non pas la pauvreté des logiques qui est à l'origine des antinomies. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes, Spinoza, Hegel, Husserl : tout est réduit aux langages des problèmes et aux métaphores de leurs solutions. Le langage y est misérable, et les métaphores y sont inexpressives. Une tentative d'un cogito supérieur : il y a deux mystères indubitables – le moi (un corps et un esprit) et le monde (des corps et des esprits), et il y a un troisième – ma faculté de représenter et d'interpréter les deux premiers. La résignation de ne pas s'abaisser au niveau des problèmes distingue un philosophe. C'est pourquoi le cogito phénoménologique (pré-conceptuel, pré-logique, pré-langagier, visant l'accès aux objets et donc – relationnel et pas seulement subjectif) est tout de même supérieur au cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Tout n'est qu'interprétation - les phénoménologues, les langagiers, les hommes d'action ; tout n'est que représentation - les métaphysiciens, les conceptuels, les hommes du rêve. L'humain finit toujours par l'emporter sur le divin ; le premier est proclamé vainqueur par tous les votes, du multitudinaire à l'élitaire. En plus, ou par-delà, il y a des nihilistes, pour qui interprétation est donation de sens, vitalité ou intensité, dans lesquelles se traduit la volonté de puissance. | | | | |
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| intelligence | | | Prendre pour pierre angulaire le soi absolu et pur (Schelling ou Hegel), les objets de notre curiosité (la phénoménologie), le discours que nous énonçons face au réel (la philosophie analytique, le discours s’adressant toujours au représenté) – ces trois positions sont également bêtes, puisque l’essentiel est dans la qualité des relations que moi, le sujet (tout relatif et pas si pur que ça), je lie avec des objets sélectifs – l’intensité, la hauteur, la noblesse et qui ne résument que ma pose. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ne peut pas être pure ; elle se relativise par la langue, par la représentation sous-jacente, par l’interprétation partiale. Ne sont purs que nos meilleurs sentiments, les indicibles, gardant leur innocence même dans l’horreur ou le mystère. | | | | |
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| intelligence | | | L’immense majorité des genres et des espèces que nous manipulons (à part quelques constantes dans la matière) proviennent des représentations arbitraires, dictées, le plus souvent, par une langue, et ils ne peuvent donc prétendre à aucune universalité. Les seuls universaux divins, ce sont l’aiguillon du Bien, l’illumination du Beau, l’étincelle du Vrai. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme, qui, dans ses réflexions, réussit à se débarrasser des deux thèmes parasites que sont la connaissance et l’être, devient, presque mécaniquement, philosophe. Le bavardage sur l’être profane la plus belle faculté du langage – le laconisme dans la noblesse ; l’obsession par les connaissances fantomatiques dévie notre générosité de sa fonction première – consoler les inconsolables. | | | | |
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| intelligence | | | Là où s’arrête l’expérience commence la métaphysique. L’expérience fait découvrir la réalité spatio-temporelle ; l’expérience dicte des représentations ; l’expérience forme le langage ; l’expérience compose la société humaine. La métaphysique se réduit à nos trois soucis divins : au Bien, au Beau, au Vrai ; ce qui les résume le mieux, c’est le rêve. La métaphysique aurait dû ne se consacrer qu’à la nature du rêve et oublier les croyances. | | | | |
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| intelligence | | | La science et l’art se présentent comme une technique et un message ; la mathématique et la musique disposent d’un arsenal fermé, compact, entier, tandis que toutes les autres sphères offrent tant de lacunes, de manques, d’inachèvements. C’est ce qui explique la sidérante insensibilité des mathématiciens et des musiciens pour la noblesse et le style de leurs justifications du vrai ou du beau ; tous les objets, toutes les relations, se valent pour eux. Tandis que les autres sont touchés par la vénération ou le mépris, par l’humilité et le discernement, par l’élucubration ou le dogme, ce qui les rend plus exigeants et plus sensibles au style. Absorbés par la musique intérieure, les géomètres et les aèdes n’accèdent pas à la musique verbale. | | | | |
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| intelligence | | | Pour constater l’existence des autres, j’ai besoin d’une représentation ; pour ma propre existence, une interprétation, pré-conceptuelle et pré-langagière, suffit. Et c’est l’origine même du cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Nous manipulons deux sortes de représentations : des conceptuelles et des pragmatiques. Les premières comprennent des modèles (concepts, classes, relations abstraites) et des instances (éléments, relations entre éléments) ; ces représentations engendrent le langage, qui se projette sur elles. Les secondes tendent à être isomorphes à la réalité et ne contiennent que des instances (projections des objets pseudo-réels) ; ces représentations servent à donner un sens aux propositions, vraies ou fausses, interprétées dans le contexte des premières représentations. On oublie trop souvent, que non seulement la réalité ne contient pas de modèles, elle ne contient pas d’instances non plus. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme de sens s’emploie dans deux contextes très différents : le sens que la représentation associe, logiquement, à une référence langagière (on oublie la réalité), ou le sens que la réalité dicte à une vérité représentationnelle (on oublie le langage). Le premier est rigoureux et le second – intuitif. | | | | |
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| intelligence | | | Un philosophe devrait s’occuper non pas de données ou de connaissances, mais d’illuminations. Quand je tombe sur un livre d’un professeur de philosophie, d’abord je me réjouis – enfin quelqu’un, resté en dehors du commerce et de l’informatique, mais, au bout de quelques pages, je me rends compte que l’auteur ne propose qu’un système de gestion de bases de données de plus. Un langage de comptabilité ou de programmation lui aurait suffi. La cause de la disparition de la philosophie des affaires des hommes ne sera pas la solution de ses problèmes, mais l’extinction des mystères dans les cerveaux sans âme. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’espace spirituel, comme dans un espace métrique, on peut désigner un élément par une valeur fini ou par un processus infini convergeant. « La pensée et le langage contiennent un mouvement vers la limite, vers le mystère » - Berdiaev - « В мысли и в языке присутствует движение к пределу к тайне ». | | | | |
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| intelligence | | | La pensée – évocation, par un sujet, de relations d’objets dans un langage de mots ou de gestes. Elle peut être émise, perçue, interprétée, munie de sens – par un sujet. La réalité en est le départ et l’arrivée, mais seule la représentation la rend opératoire. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre. | | | | |
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| intelligence | | | Le discours (requête, idée, pensée articulées) a deux composants successifs : l'expression (parcours de chemins d'accès langagiers aux objets et relations d'une représentation) et le sens (le réseau conceptuel, post-langagier, construit à partir de cette représentation). La hauteur du parcours et la profondeur du réseau résument les parts du beau et du vrai, de l'art et de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect. | | | | |
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| intelligence | | | L’infini pénétra en mathématique presque au même moment qu’il quitta la philosophie, ce qui libéra celle-ci de tant de faux géomètres. De même, les élégantes structures algébriques ridiculisèrent l’ontologie. De deux seuls sujets d’une philosophie non-charlatanesque, consolation et langage, le premier attend ses algébristes d’interprétations et le second – ses analytiques de représentation. La partie est loin d’être gagnée. | | | | |
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| intelligence | | | Je vois trois clans adversaires de la philosophie : le robot et le mouton (la raison ou l’imitation s’opposent à l’âme et à la personnalité du philosophe), les linguistes (qui observent la langue de l’intérieur de sa grammaire, tandis que le philosophe y voit une couche instrumentale au-dessus des représentations), la religion (avec ses promesses, placées dans le réel, tandis que la consolation philosophique provient du rêve). | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie n’a rien d’une science, puisqu’elle n’a ni objets ni méthodes ni outils consensuels ; toutes les sciences sont collectives, mais la philosophie, c’est la proclamation d’une personnalité, de ce Qui despotique et unique, maîtrisant le haut Comment du langage et le profond Pourquoi de la consolation. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique et l'Intelligence Artificielle : une application informatique, ce sont des procédures et des données, et son exploitation consiste à lancer des procédures ; une application d'IA, ce sont des connaissances associées aux concepts (sujets et objets), et son exploitation est un dialogue entre la machine et l'homme, où la machine interprète les questions dans cet ordre : de quel type de question s'agit-il ? de quel type d'interprète aurais-je besoin ? quels sujets y sont impliqués ? comment accéder aux objets de la requête logique associée ? quel sens donner aux substitutions trouvées dans des représentations sollicitées ? | | | | |
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| intelligence | | | Les charlatans du tournant linguistique (y compris Wittgenstein) et les bavards phénoménologiques (y compris Heidegger) méprisent la représentation, la réduisant à la vulgaire technique. Ils ne comprennent pas, que tout souci de l’être et tout langage sont impensables hors d’une représentation, et que le péquenaud ou le savant y font autant appel, seules la profondeur et la rigueur les distinguent. L’ontologie n’est qu’une partie modeste de la représentation, et le langage n’est qu’une grammaire créée par-dessus une représentation. La vraie porteuse du sens et le vrai garant de l’interprétation est la représentation. Schopenhauer fut plus intelligent. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie est possible, légitime et utile, car la consolation par le prêtre se profane par son ésotérisme, les théories du linguiste n'éclairent en rien le miracle du langage, les abstractions du scientifique ne s'élèvent pas jusqu'au miracle de la matière. Le philosophe est serviteur du miraculeux naturel et poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde n'est qu'esprits et atomes, et non pas volonté et représentation ; c'est la philosophie qui est soit cantate de la volonté (et donc nous dégageant, comme une religion, des griffes de la mort), soit symphonie, langagière ou matérielle, artistique ou scientifique, autour de la représentation (nous élevant au-dessus de tout bruit partiel de la vie). | | | | |
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| intelligence | | | Pour la peinture philosophique, le réel aurait dû ne servir que de toile, de support matériel nécessaire, tandis que l’essentiel aurait dû être dédié à l’imagination, langagière et lyrique, irréductible à la raison. La Realphilosophie (Hegel) des rats de bibliothèques, bavards et calculateurs, face à la vraie philosophie des poètes, dont l’esprit chante ou danse, pour devenir âme, pour nous faire aimer la vie abyssale et le verbe musical. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre merveilles de même acabit : que l’homme soit capable de percevoir la beauté ; que cette beauté préexiste dans la réalité ; qu’entre ces deux images de la beauté il y ait une concordance ; que l’homme soit porté à produire de la beauté. Aucune raison valable ne peut expliquer ce quadriparti magique. Le Beau n’est qu’un habit. Que le Bien, dénudé d’actes, et le Vrai, épousant ses habits langagiers, sont plus compréhensibles ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réflexion de Valéry, on trouve toutes les étapes de manifestation de la conscience (qu'il appelle états mentaux) : l'excitation, le désir, la volonté, le langage, la représentation, les formules logiques, les substitutions, la vérité, le sens – une admirable profondeur ! À comparer avec la vaste platitude des consciences cartésienne, hégélienne, husserlienne, où brillent par leur absence et le langage et la représentation et l'interprétation, où règnent le bavardage ou la banalité. | | | | |
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| intelligence | | | Je refuse de gaspiller le beau terme d’Universaux pour l’attacher aux vétilles telles que blancheur. Je le réserve à la triade divine – le Bien, le Beau, le Vrai, qui touche tout homme, mais doit servir de base pour une bonne philosophie, s’articulant autour de la consolation et du langage. La noblesse, dans l’élaboration de consolations, découle de l’axe, allant d’une mélancolie à la tragédie et créé par la fatalité du Bien, de plus en plus inaccessible, et du Beau, dont le vertige faiblit. L’intelligence du regard sur le Vrai est déterminée par le rôle qu’on y accorde au langage en tant qu’intermédiaire logique entre la réalité et la représentation. Cette philosophie est donc rencontre d’une noblesse et d’une intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Tout indice de mon état, de mes attitudes, de mes sentiments relève du penser. Mes gestes, mon visage, mes yeux livrent, tout le temps, ce genre d’indices – la pensée sans les mots est donc possible. Mais aucune pensée ne peut se passer d’une représentation conceptuelle (commune à tout langage qui s’y greffe) et d’une interprétation (soit de propositions langagières soit d’expressions corporelles). Toute civilisation forme des interprètes de nos joies, peines, jugements, intentions, exprimés par notre mimique. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, être littérairement nul ne signifie pas nécessairement être bête. L’intelligence kantienne est incontestable ; sa vision de la raison est exhaustive, lumineuse, nous rapprochant de l’œuvre divine dans sa totalité. Mais que penser des premières certitudes cartésiennes, de la méthode géométrique spinoziste, du savoir absolu hégélien ? La nouveauté de leurs vocabulaires séduisit les contemporains, inhabitués à tant de liberté, mais situant mal les signes d’intelligence et ignares en logique. Aujourd’hui, force est de constater que ces auteurs sont des ânes. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la logorrhée phénoménologique, vide de fond et insipide de forme, sur l’homme, l’être et la vérité, peut être exprimée dans un sobre vocabulaire d’Intelligence Artificielle, faisant part à la réalité, à la représentation et au langage. | | | | |
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| intelligence | | | L’équivalence entre l’être et le penser, si elle existe, s’éploie, simultanément, sur trois niveaux, en fonction du degré de ma conscience et de la présence de ma liberté : mon soi organique (synapses, neurones, charges électriques – l’inertie, la conscience absente, l’algorithme préétabli), mon soi des sens (la conscience câblée, interprétant mes sensations, la réaction), mon soi de l’intellect (la conscience libre, le langage, l’action) – trois équivalences possibles, mais qui ne se ressemblent pas du tout entre elles. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toute représentation respectable, il y a de la place pour une profondeur du réel et une hauteur du rêve ; les beaux tropes, comme les grandes théories, naissent dans des représentations et non pas dans le langage. Ceux qui nagent dans les concepts et ne voient que les mots ou les choses sont condamnés au verbiage ; toute la philosophie académique y est. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’espace, abstrait et figé, s’incruste l’être ; dans le temps, incompréhensible et limité, se déroule le devenir. L’espace nous effraie et le temps nous tue – d’où la recherche de consolations, pour nos actes trop nets et nos rêves trop diaphanes. L’espace réveille notre intelligence et le temps peaufine notre talent – d’où le besoin de couleurs et de mélodies, le souci du langage. Toutes les bonnes raisons de faire de la bonne philosophie sont là. | | | | |
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| intelligence | | | Pour le scientifique, la syntaxe de son langage est rigoureuse, et la sémantique – plutôt intuitive ; pour le philosophe, c’est l’inverse : son vouloir est net, et son savoir - vague. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tous les domaines scientifiques ou artistiques, on structure leurs objets par les mêmes paradigmes cognitifs (employés par l’Intelligence Artificielle) et nullement linguistiques. Les structures langagières n’ont rien à voir avec les structures conceptuelles ; les structuralistes qui partent de celles-là, sans se rendre compte de la primauté de celles-ci, sont des charlatans. | | | | |
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| intelligence | | | L’art, c’est la maîtrise des langages, et la vie, c’est la quête des consolations – ces deux soucis correspondent exactement à la vocation d’une bonne philosophie. « La philosophie devrait être une épice discrète de l’art et de la vie »*** - Pasternak - « Философия должна быть скупою приправой к искусству и жизни ». La philosophie est l’art langagier du rêve consolateur ; tous les autres arts portent sur la réalité. Et B.Pasternak a tort. | | | | |
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| intelligence | | | Les linguistes ne comprennent rien en cognitique et voient mal la place de la logique au sein du langage ; les logiciens ne comprennent rien dans la place du langage au sein d’une représentation ; les cogniticiens, les mieux placés de tous, restent blancs-becs en linguistique et en logique ; il faut un généraliste, fusion de ces trois métiers plus une vaste culture générale ; au bout – l’apothéose de l’Intelligence Artificielle. | | | | |
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| intelligence | | | Trois critères, trois axes qualifient un écrit philosophique : banal/original, bête/intelligent, plat/stylé. Toutes les combinaisons furent possibles dans l’Antiquité. L’écrit nietzschéen est original et stylé ; l’écrit valéryen est original et intelligent ; l’écrit heideggérien est intelligent et stylé. Aujourd’hui, la banalité, la bêtise et la platitude caractérisent et la phénoménologie et la philosophie analytique et la philosophie du langage et la philosophie de l’esprit. | | | | |
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| intelligence | | | L’apport principal à l’Intelligence Artificielle provient de la philosophie et non pas de la logique, de l’informatique ou de la neuroscience. À son tour, l’IA apporta, ou rendit, à la philosophie l’importance de la représentation conceptuelle dans le savoir et dans le langage, que les logiciens, y compris Russell et G.Frege, oublièrent ou réduisirent aux humeurs, images fugitives, sensations. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les scientifiques, un concept est un ensemble d’opérations, ce qui en exclut la psychologie. Métaphoriquement parlant, il y a des opérations syntaxiques (création, affectation d’attributs, établissement de liens) et des opérations sémantiques (scénarios, avec des scènes, acteurs, rôles, ressources, outils, produits). Il manquent à ce tableau des aspects logiques et linguistiques, pour que le domaine correspondant puisse être traité par l’Intelligence Artificielle. | | | | |
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| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Sortir du langage, se plonger dans la représentation recréée, se projeter sur la réalité magique – tel est le seul parcours profond, pour évaluer une haute pensée. Pour la pensée plate, le langage est de trop, la représentation – banale, et la réalité – commune. | | | | |
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| intelligence | | | Le penseur complet doit apprécier la représentation des concepts, voir la place du langage, comprendre la nature de l’interprète des propositions, oser la définition du sens de celles-ci. Je ne connais qu’un seul homme, ayant réussi cette gageure, c’est Valéry, qui n’est, pourtant, ni philosophe ni linguiste ni logicien ni cogniticien – une intuition diabolique ! | | | | |
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| intelligence | | | Toute science part des principes, forge des concepts, formule des hypothèses et en prouve la véracité. En philosophie académique, qui prétend être une science, il n’y a ni principes ni concepts ni vérités, et ses misérables hypothèses ne sont que des galimatias purement langagiers. | | | | |
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| intelligence | | | Avec ces deux images, l’Idée et le Bien, Platon trace bien les contours exhaustifs d’une vraie philosophie non-bavarde. Dans son style parabolique, l’Idée n’est qu’une référence au langage créateur, et le Bien n’est qu’une consolation d’un homme désespéré. | | | | |
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| intelligence | | | Pour l’esprit, toute matière, qu’elle soit abstraite ou physique, se développe, intellectuellement, avec les mêmes outils. L’âme, elle, a besoin d’envelopper, sensiblement, l’indicible ou l’immatériel, le fugace ou l’absent, en créant, chaque fois des outils nouveaux – des langages, dont l’âme, elle-même, est dépourvue. | | | | |
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| intelligence | | | Le parcours intellectuel : des sensations vécues – aux images de la langue ; des images de la langue – aux figures de la représentation, des figures de la représentation – aux pensées ou à la musique du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a encore quelques sectes de pseudo-philosophes, pratiquant des jargons cryptiques, sur des sujets abscons, sans la moindre note poétique. Mais la plupart, s’agglutinant autour des chaires académiques, s’adressent, en langue de bois, au présent, à l’actualité, aux rivalités, c’est-à-dire aux mêmes sujets qui préoccupent les bas-fonds. « Pourquoi vous faire pasteur, quand vous êtes encore du troupeau ? Pourquoi viser la hauteur, quand vous êtes toujours dans la bassesse ? » - Grégoire de Nazianze. | | | | |
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| intelligence | | | La notion de néant n'a d'intérêt que lorsqu'une requête infructueuse d'existence peut, sous d'autres conditions, aboutir à l'existence d'objets. Et ces nouvelles conditions de néantisation peuvent être dues à : un autre instant dans le temps, une adaptation du modèle (face à la réalité), une modification du langage (face au modèle). Le Néant général, qui ne serait pas lié à une requête donnée, est un concept creux et vide - l'idée même de néant est un néant d'idées. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne philosophie devrait mettre en relief l’essentiel d’une vie d’homme et s’articuler autour de l’axe réalité – rêve. Ne pas s’attarder sur l’aspect socialo-économique de la réalité ou futuro-idéologique du rêve. Donc, non au vitalisme de fond et au verbalisme de forme. Le réel prenant une coloration tragique, le premier souci de la philosophie devrait être d’y apporter de la consolation. Le rêve, englobant les extases et les connaissances, se matérialise dans des langages, offrant une hauteur d’expression ou une profondeur de compréhension, - l’art ou la science. La place du langage est le thème le plus occulte dans la philosophie académique aussi bien qu’en linguistique. | | | | |
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| intelligence | | | Le problème ne vit que dans son langage, tandis que la solution consiste en substitutions, hors du langage, dans un modèle. On peut continuer à chanter une chanson même sans les oreilles, auxquelles elle fut destinée. | | | | |
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| intelligence | | | En faisant abstraction des aspects anthropologiques (sujet, langue, intuition), les connaissances se résument en deux catégories atomiques : les triades (les monades et dyades s’y réduisent) et les scénarios (procédures, réflexes, méthodes). | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité, il y a la matière (les choses, res extensa) et les esprits (res cogitans, la vie) ; dans la représentation, il n’y a que l’esprit, ou l’imagination : les objets et les relations ; dans le langage, il n’y a que des références de ce dernier esprit. | | | | |
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| intelligence | | | L’esprit est, avant tout, un créateur de langages, et sachant naviguer entre eux, il n’a pas peur de contradictions, puisque celles-ci se réduisent, dans les cas intéressants, au changement de langage. La mathématique est, en permanence, sous la surveillance d’un méta-langage qui est la logique, et donc la contradiction lui est interdite. Le mode géométrique ne s’applique qu’à la mathématique, ce que ne comprend pas Spinoza, qui, dans ses élucubrations, vise la rigueur et « la même liberté d'esprit dont on use en mathématiques » - « eadem animi libertate, qua res Mathematicas ». | | | | |
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| intelligence | | | Adoucir la souffrance par un rêve astral, affermir la noblesse par une sagesse verbale – tels sont les plus grands thèmes d’une haute philosophie. « La philosophie n’est autre chose que la compassion et la sagesse »*** - Dante - « Filosofia non è altro che amistanza e sapienza ». | | | | |
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| intelligence | | | La nature universelle, ontologique, de la mathématique, se confirme par tout ce que conçoit l’homme ; comme en mathématique, l’homme n’a besoin que d’axiomes (pour planter ses goûts irréfutables) et de logique (pour savoir prouver, en créant des langages adaptés). | | | | |
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| intelligence | | | Il fallut attendre la maturité de la cognitique, de l’Intelligence Artificielle, de la linguistique, pour qu’on cesse de voir dans la représentation un ramassis d’apparences et de sensations, et d’en faire une épistémologie appliquée rigoureuse, un support de tout langage, complétant la grammaire de celui-ci. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée peut avoir de l’ampleur, du poids, de la profondeur, indépendants de son enveloppe verbale, mais seule celle-ci lui apporte de la beauté, c’est-à-dire de la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Le discours philosophique, pratiqué par deux clans opposés, peut soit viser une objectivité soit partir d’une subjectivité. Le premier clan, avec le plus grand sérieux, déverse du galimatias autour du savoir, de l’être, de la rigueur, galimatias rarement tempéré par un style. Le second, clairsemé et plutôt ironique, s’inspire de la solitude, de la souffrance, de la créativité langagière d’un homme. La quantité, évidemment, est du côté du premier clan, mais l’intelligence est un avatar, qualitatif et presque exclusif, du second. | | | | |
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| intelligence | | | Il est facile de définir ce qu’est exister dans une représentation (ou langage), où le temps peut être occulté. Mais l’existence dans la réalité, avec sa dimension temporelle, est indéfinissable ; le mystère du temps, ce néant, dans lequel s’engouffre l’instant courant, reste entier. | | | | |
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| intelligence | | | La conscience humaine se compose de deux domaines – la réalité à résumer en théories et le rêve à mettre en musique – l’enthousiasme et la mélancolie, qu’entretiennent le langage et la consolation, les seuls sujets, dignes d’une philosophie de profondeur ou de hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Deux verbes parasites – être et exister – excitent la curiosité stérile des apprentis-philosophes et leur font formuler des requêtes absurdes des objets fantomatiques. Je me suis suffisamment expliqué sur être, prenons exister. En oubliant la polysémie et l’usage métaphorique, en oubliant la réalité et le langage comme domaines d’existence à part la représentation, que signifie dans celle-ci la phrase blanc existe ? Wittgenstein se serait lancé dans ses innombrables Sprachspiele (jeux de langage), qui n’apporteraient rien de constructif. L'objet blanc est - 1. une classe (blancheur), dont des sous-classes seraient blanc foncé, blanc clair etc. 2. un élément de la classe couleur, 3. une valeur de l’attribut couleur, 4. un attribut, dont des valeurs seraient blanc foncé, blanc clair etc. | | | | |
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| intelligence | | | Spinoza cherche à cerner la consolation, et Wittgenstein – le langage. Deux tentatives ratées, puisque l’un ignore la place de la tragédie dans le rêve et l’autre – celle de la représentation dans le discours. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA. | | | | |
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| intelligence | | | L’ennui m’étouffe dans les miasmes pseudo-philosophiques, lourds et monotones, autour de la vérité, du savoir, des substances ; une saine respiration philosophique n’est possible que dans un langage poétique enveloppant des rêves impossibles. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a rien d’absolu dans les Idées platoniciennes. Même l’espace/temps, la matière, la vie, dans les représentations, portent, nécessairement, des traces des expériences individuelles. Aristote fut plus platonicien que Platon, en absolutisant ses catégories, où le libre arbitre est flagrant. La fichue préexistence des Idées n’est qu’une figure rhétorique qui ne s’appuie sur rien. En revanche, la préexistence des concepts (dans la représentation), pour ancrer le langage, leur échappa à tous les deux. | | | | |
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| intelligence | | | Pour résumer l’essence du monde, Schopenhauer a raison de mettre en avant la représentation, tandis que Nietzsche s’égare, en lui préférant l’interprétation. Et c’est la place, qu’ils accordaient au langage, qui explique la clairvoyance du premier et l’incompréhension du second. Le langage ne fait que s’attacher à une représentation existante, ce n’est pas l’inverse, ce n’est pas le mot (ni phonétique ni lexical) qui engendre le concept, comme le pense Nietzsche : « Le concept n’apparaît d'abord que par le son » - « Der Begriff ist am Laut erst entstanden ». | | | | |
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| intelligence | | | L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe. | | | | |
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| intelligence | | | Tous sont d’accord que personne ne peut philosopher sans avoir réfléchi sur le langage. Mais je ne connais aucun philosophe qui aurait compris les rapports entre le langage et la représentation – question capitale ! - même après avoir pondu des tas de traités sur le langage. La philosophie n’a donc toujours pas commencé. | | | | |
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| intelligence | | | Comme dans toute démarche littéraire, la philosophie est un viatique, dans lequel doivent s’entendre et coopérer l’homme et l’auteur, c’est-à-dire une voix de noblesse et un style d’intelligence. La noblesse philosophique se réduit à une forme de confessions, dont les versants les plus éloquents sont la honte et la tragédie, avec un dénominateur commun appelé consolation. L’intelligence philosophique commence par la reconnaissance qu’entre le langage et la réalité il existe une sphère de l’esprit, réceptrice de nos originalités, de nos idées, de nos savoirs, de nos imaginations ; cette sphère n’est ni langagière ni réelle, elle s’appelle représentation, grâce à laquelle sont possibles aussi bien la science que la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | On peut pardonner à Kant sa lourdeur stylistique, sa piètre vision des fonctions principales de notre conscience, son dogmatisme des catégories et la pauvreté des commencements créateurs – il a le mérite d’avoir bien perçu les dons divins – la Vérité, le Bien, le Beau – auxquels il consacra ses Critiques, hélas fastidieuses. On en tire les mots centraux – pure, pratique, juger – et l’on comprend qu’il s’égare partout. De quelle raison pure peut-on parler, si l’auteur ignore la place du langage, puisque le support de celui-ci, la représentation, est, pour lui, synonyme de sensation ou de perception et non pas un produit conceptuel d’un libre arbitre ? De quelle pratique du Bien peut-on parler, tandis que c’est la seule merveille refusant toute application pragmatique ? De quelle Beauté jugée peut-on parler si celle-ci ne produit que des émotions et dont elle est produite elle-même ? | | | | |
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| intelligence | | | Le Royaume des Idées (ou des Formes, modèles, concepts) platoniciennes, n’est qu’une représentation qu’un informaticien appellerait Base de Connaissances, qui est toujours subjective, intermédiaire entre la réalité et le langage et donc liée au temps. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le chaos des philosophes autour du concept de connaissances est dû au fait qu’ils l’attachent à la réalité, tandis qu’il appartient entièrement à la représentation. On ne connaît pas la réalité, on en a des impacts des sens ou des intuitions non-langagières. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les philosophes cathédralesques, le monde est un objet d’exploration par la connaissance et la vérité ; aucun de ces rats de bibliothèques ne sait ce qu’est la connaissance ou la vérité. Pour les non-philosophes, le monde est soit évident soit absurde. Pour les vrais philosophes, le monde est, avant toute tentative d’interprétation, - un mystère céleste, vénéré par un mystère terrestre, l’homme, possédé par des souffrances et possédant des langages. | | | | |
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| intelligence | | | À sa naissance, l’Intelligence Artificielle s’appelait Épistémologie Appliquée et se consacrait à deux tâches – représentation (l’ontologie) et interprétation (la logique, le langage) des connaissances. Il fallait être, à la fois, philosophe, cogniticien, linguiste, logicien, informaticien, pour exercer ce métier. Aujourd’hui, une immense et mécanique fumisterie autour des misérables réseaux de neurones usurpa ce champ humaniste, avec seuls informaticiens ignares qui l’occupèrent. Aucun rapport ni avec l’intelligence abductive (les pourquoi et les comment) ni avec la langue naturelle – un calcul sauvage, avec des big data, se réduisant à la reconnaissance des formes. | | | | |
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| intelligence | | | Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, la notion d’esprit (res cogitans), opposée à la matière inerte (res extensa), doit être scindée en deux : les vivants et les robots. Est vivant non seulement ce qui dispose de la liberté, c’est-à-dire de la faculté de s’écarter, dans son comportement, des lois physiques, mais, en plus, de ne pas suivre une démarche, découlant de l’application d’un modèle comportemental, conçu par un cogniticien et implémenté dans la mémoire. Cet ajout définit un robot. Celui-ci finira par simuler nos sens et nos sensations, par pratiquer l’apprentissage, par générer des choix aléatoires, par maîtriser les langues naturelles. La différence avec le vivant consistera en la demeure du pourquoi comportemental : la chair sensible ou les circuits intelligibles. | | | | |
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| intelligence | | | J’ai lu les définitions de l’intelligence, formulées par des mathématiciens, cogniticiens, philosophes, linguistes, et je constate que c’est un poète qui les surclasse, tous, – le grand Valéry ! Lui qui n’appartint à aucune de ces castes, mais dont l'intuition multipolaire dépasse en justesse les savoirs étriqués des professionnels. | | | | |
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| intelligence | | | J’apprécie l’intuition de Valéry pour juger du savoir, du langage, de l’intelligence ; mais quand je lis, que pour lui « la mathématique est la science de l’arbitraire », je vois qu’il n’y comprend rien. Il y a des lois implicites, en mathématique, qui encouragent l’élégance et le laconisme des preuves d’une nouvelle assertion. Il est rare qu’on améliore la première version de preuve, mais c’est toujours au profit de ces deux critères qui excluent, presque complètement, l’arbitraire. Même la création de nouveaux objets, en mathématique, bannit l’arbitraire ; c’est pourquoi la mathématique est la vraie ontologie pour tout cerveau rationnel. L’arbitraire des représentations est propre à toutes les sciences, sauf la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | L’opération langagière de donation de sens et l’opération mathématique de démonstration d’une assertion se ressemblent ; appliqué à ces deux domaines, le terme métaphorique d’arbre correspondrait aux structures infiniment plus complexes (avec des relations logiques, ensemblistes, combinatoires etc.). La formule abstraite commune, pour la formulation d’un problème, serait : A1 = A2, où l’opérateur ‘=’ s’appellerait unification (généralisation de l’égalité et de l’identité) et A1, A2 seraient références des objets et des relations (références qu’on appellerait, par convention, - arbres). La représentation (base de faits ou de connaissances) servirait de support factuel de l’unification. C’est trivial, mais didactiquement utile. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion philosophique peut être atemporelle ou atopique, se focaliser sur l’être ou donner un sens au devenir, chercher l’universel ou exprimer le particulier, partir de la pensée ou tendre vers le rêve. La première attitude nous fait pencher sur l’immobile, sur l’abstraction, sur le langage ; la seconde – sur les commencements, sur l’énigme du passé et du présent, sur l’extinction de nos élans, sur la tragédie et la consolation. | | | | |
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| intelligence | | | Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels. | | | | |
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| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
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| intelligence | | | Le fond d’une écriture, c’est son but. Quant à la forme, elle se présente sous deux aspects : son commencement langagier et le chemin d’accès au but, chemin, à la fois conceptuel et métaphorique, extra-langagier. Quelles que soient les arguties des porteurs de lumières, les buts ne peuvent être que collectifs. Les projeteurs d’ombres se concentrent sur la forme, qui fait naître beaucoup plus d’idées originales que le but. | | | | |
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| intelligence | | | Penser a trois domaines d’application et de définition : représenter, interroger, interpréter – la création conceptuelle, l’imagination langagière, la démonstration logique. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce. | | | | |
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| intelligence | | | Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation). | | | | |
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| intelligence | | | La pensée est la suite de quatre étapes : un état d’âme (inspiré par notre soi inconnu), un discours (culture langagière de notre soi connu), des substitutions de mots par concepts (intelligence et connaissances de notre soi connu), un sens (réseaux de concepts – à communiquer). | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | La vision intuitive de la réalité est largement consensuelle ; tout homme veut ramener cette vision aux connaissances individuelles, dont les entités élémentaires s’appelleraient concepts.
1. L’organisation (structurelle, descriptive, comportementale) de ces concepts constitue une représentation.
2. Un concept (dans une représentation) est un reflet incomplet des choses en soi (en réalité).
3. Cette démarche, intuitive aussi bien chez les concierges que chez les scientifiques, devint opératoire chez les cogniticiens (fondateurs de l’Intelligence Artificielle) : on y imite le comportement humain à travers la représentation et l’interprétation des connaissances.
4. Aucun philosophe n’accéda à ce sens de la représentation. Les tableaux catégoriels d’Aristote et de Kant amorçaient une bonne direction, mais leurs adeptes y virent une objectivité tandis qu’une subjectivité évidente est à leur origine.
5. Un malentendu, déplorable mais partagé par presque tous les philosophes, voit dans le langage le traducteur des connaissances, tandis que la couche langagière ne fais que se superposer à la couche représentationnelle, la seule porteuse du savoir.
6. Deux activités - l’acquisition des connaissances (complétant la représentation) et leur interprétation (par l’intermédiaire du langage) – mettent en évidence le rôle capital de la logique : elle assure la cohérence de la représentation et elle fait partie intégrante de toute langue naturelle. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
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| intelligence | | | Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| intelligence | | | Si fort, et même exceptionnel, dans sa vision du langage, du soi, de l’affectivité, Valéry est si impuissant, dans son incompréhension totale de la philosophie et de la mathématique. Là, surpassant les docti, et ici, se plaçant, hélas, parmi les indocti. | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe académique, étant banal dans les solutions et incompétent dans les problèmes, devrait ne se pencher que sur les mystères : trois sens divins – les universaux Bien, Beau, Vrai, et trois sphères d’expressivité humaines – Réalité, Représentation, Langage. Seul Kant embrassa la portée de tous les premiers, seul Valéry discerna le rôle de toutes les secondes. | | | | |
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| intelligence | | | Penser est banal, exprimer sa pensée est mécanique ! Préparer un terrain langagier ou conceptuel, dont surgirait une pensée – un arbre ignorant mon labourage et mes semailles ! | | | | |
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| intelligence | | | Je m’aperçois, assez tardivement, que la dyade schopenhauerienne est très proche de la mienne : sa Volonté n’est qu’un élan ou un rêve, dont le fatal affaissement appelle une Consolation ; sa Représentation est la démarche centrale, pour comprendre la place du Langage dans un discours. C’est Nietzsche qui, plus poétique et révolutionnaire que moi, dévia la Volonté vers la puissance et la Représentation – vers le retour, toujours recommencé. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, ce n’est pas un discours langagier ; elle fait partie du sens de celui-ci ; le sens étant un réseau de concepts non-langagiers, résultant du succès (véracité) d’une interprétation du discours ; la pensée en est un sous-réseau autonome. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe ne possède, en même temps, l’intelligence et la noblesse. Pourtant ce sont les seuls deux états, d’esprit ou d’âme, indispensables pour pratiquer une philosophie, à la fois profonde et haute, pour décortiquer le langage ou relever la consolation. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence profonde se prouve par la même vénération des trois dons divins – le vrai, le beau, le bon ; l’intelligence haute s’éprouve dans la hiérarchie de ces admirations. Aristote, Kant, Dostoïevsky, les intuitifs, possèdent la première ; Nietzsche et Valéry, les créatifs, pratiquent la seconde, en plaçant la beauté artistique au-dessus du bien inexprimable. Ignare langagier, Nietzsche se noie dans le bavardage sur la vérité ; Valéry y est percutant et profond. | | | | |
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| intelligence | | | L’écroulement de l’Intelligence Artificielle, dans les années 90 du siècle dernier, est dû au conflit intellectuel entre les philosophes (focalisés sur la représentation) et les logiciens (misant sur l’interprétation). Les premiers manquaient de rigueur et les seconds – de profondeur. La réconciliation et l’essor, au XXI-me siècle, sont venus grâce à la conscience du rôle que joue la communication en langage naturel : les philosophes ont compris que la logique fait partie de tout langage naturel, et les logiciens ont compris que le langage naturel n’est qu’une projection de son vocabulaire et de sa grammaire sur des concepts bien structurés. Curieusement, cette entente fut réalisée par des informaticiens (avec leurs big data), qui nagent et en philosophie et en logique… | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle). | | | | |
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| intelligence | | | Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à :
1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir
2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes)
3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser
4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau
5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé.
C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées. | | | | |
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| intelligence | | | Comment se construit la parole humaine ? Pourquoi la compréhension mutuelle est si prodigieusement facile ? L’essentiel d’un discours renvoie à l’habitude, à la mémoire, à l’expérience. Ce ne sont pas des références conceptuelles (comme c’est le cas en IA symbolique), mais la statistique qui guide la génération et l’interprétation du flux langagier. Seule l’intelligence humaine, ce don divin si inégalement distribué, peut reprendre un discours, pour en apporter des justifications. Un paradoxe – l’IA neuronale, conçue d’une manière si primitive et mécanique, est, en fin de compte, parfaitement humaine ! Et si l’intelligence la plus haute commençait, justement, aux points de brisure des données statistiques ? Et l’IA symbolique est tout-à-fait inhumaine. Comme le sont, par leur origine, nos sens du Beau et du Vrai ! | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances, constituant une représentation, sont de trois genres : structurelles (syntaxiques, sémantiques ou pragmatiques), descriptives (attributs et propriétés), comportementales (règles déductives et événementielles). Les deux derniers s’attachent au premier. Les relations, formant les structures, peuvent être unaires, binaires ou n-aires : 1. l’objet O existe, 2. il existe la relation R entre les objets O1 et O2, 3. les objets O1, O2,…,On, en tant qu’acteurs (agents), constituent la scène Sci, pour le scénario Sco. La future IA aura ce format. Les big data, réseaux de neurones et les modèles du langage ne s’appuient que sur la statistique et la vague notion de proximité constatée, sans le raisonnement abductif (les qui, quoi, pourquoi, comment, où, quand), contenu dans la future IA. | | | | |
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| intelligence | | | Entre la réalité (le validateur) et l’intelligence humaine (les hypothèses à valider), s’interposent le langage explicite (immédiat) et la représentation implicite (postérieure). Le langage peut avoir trois sources : la représentation elle-même (l’expérience des hommes ou le fruit d’une IA symbolique), la grammaire (l’application de la linguistique classique), l’entraînement par la digestion d’une grande masse de documents humains (l’IA neuronale). Dans le dernier cas, il n’y a pas d’intelligence ; on ne peut juger l’IA neuronale que selon ses performances : le pouvoir s’y substitue au savoir. La représentation y est également absente, comme dans la philosophie analytique, source de tant de platitudes (philosophies du langage ou de l’esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Un étrange parallèle se dessine entre les ambitions de la philosophie analytique du siècle dernier et les résultats de l’IA neuronale. La première prétendait pouvoir extraire un sens unique de tout discours, celui-ci étant le seul objet d’étude (toute représentation étant exclue). Une prétention, évidemment, absurde, puisque le sens dépend des connaissances et des attentes de l’émetteur et du récepteur du discours, ce qui donnait à celui-ci autant de sens qu’il y aurait de personnages putatifs aux deux extrémités de la chaîne. Mais voilà que l’IA neuronale affronte le discours aux milliards de textes, ingurgités par l’apprentissage, pour en sortir le sens moyen statistique. Or, il se trouve que cette misérable (car sans aucune trace d’intelligence) moyenne est presque toujours satisfaisante, sans être ni vraie ni fausse ! Une idée, intellectuellement absurde, confirmée et soutenue par une méthode mécanique ! | | | | |
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| intelligence | | | Ce que mes yeux m’apportent des autres (de leur savoir, de leurs actes, de leur intelligence) s’appelle connaissance ; ce que mon regard m’apprend de moi-même (de mon esprit, de mon cœur, de mon âme) s’appelle conscience. L’IA neuronale n’a ni la connaissance objective ni la conscience individuelle ; elle reproduit les performances, statistiquement moyennes, résumant les expériences linguistiques des millions de livres, d’articles, de rapports, disponibles sur la Toile. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’IA neuronale il n’y a pas d’intelligence (mais que de l’apprentissage statistique, sans le concept de vérité, source de toute intelligence), et même cet apprentissage n’est pas artificiel (mais, mécaniquement, humain). En revanche, l’IA symbolique constitue le fond d’une véritable intelligence, et elle est entièrement artificielle, comme l’est la logique. L’expérience initiale, chaotique, expérience des sons, des mots, des formes, sert à l’apprentissage humain exactement de la même manière que le parcours dynamique de milliards de documents, traînant sur l’Internet, par les chatbots neuronaux. L’habitude, la moyenne statistique, jouent un rôle beaucoup plus important que la logique formelle dans l’élocution et dans la compréhension par l’homme et par les réseaux neuronaux. | | | | |
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| intelligence | | | Ce sont les modèles linguistiques révolutionnaires qui justifient le triomphe (provisoire) de l’IA neuronale. Dans l’IA symbolique, l’interprétation des phrases suivait plutôt un cycle spatial, en tenant compte des priorités (essentiellement spatiales et non pas temporelles) des opérateurs. En plus, l’apparition de termes ou tournures, inconnus de la base de connaissances, bloquait l’analyse. Dans l’IA neuronale, l’interprétation est temporelle, séquentielle, avec un mécanisme, découlant de la pratique humaine, celui de la probabilité de surgissement d’un terme n+1, après la suite de n termes précédents. C’est ce phénomène psychologique d’attente, et non pas la transformation de la phrase entière en une formule logique, qui explique la facilité, avec laquelle les hommes s’entendent entre eux. Mais si, chez l’homme, l’apprentissage se contente d’une poignée d’expériences, les réseaux neuronaux s’appuient sur des milliards de documents qui traînent sur la Toile – le génie face à la statistique. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes analytique (évaluation) ou synthétique (jugement), dans le contexte des connaissances : au stade d’acquisition de celles-ci (à partir de la réalité), les jugements sont synthétiques ; au stade d’interprétation (à partir du langage), les évaluations sont analytiques. Un bon sens naïf suffit pour le comprendre. | | | | |
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| intelligence | | | Différence entre pensée naissante et pensée née (la liberté a la même destinée). La seconde, la figée, s’exprime dans le langage de la logique et se confirme par la méthode mathématique ; la beauté n’y est qu’intellectuelle et la langue naturelle n’y apporte rien. La première est un effet, souvent inattendu, qu’une enveloppe langagière, la forme qu’on donne à ses états d’âme, laisse apparaître en tant que le contenu, le fond, d’un esprit indicible. La seconde sonde, en profondeur, l’œuvre du Créateur ; la première tente, en hauteur, d’exprimer la créativité humaine. Les appareils de mesurage, pour la seconde ; la fontaine d’âme ou l’éponge d’esprit, le regard ou l’écoute, pour la première. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n’est pas la pensée qui trace le chemin et fixe le but, mais l’inertie et le sens commun. La pensée ne gît que dans le commencement, sous la forme d’une caresse verbale, intellectuelle ou musicale. | | | | |
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| chœur mot | | | RUSSIE : Mes mots portent les stigmates de leur première croix, plantée en Russie, au temps de ma jeunesse. J'ai beau traiter les écorchures françaises, les organes déficients ajoutent à la bile - de l'encre trouble. Il paraît que le mot est français, s'il est clair ; or, le mot n'acquiert sa russitude que s'il renonce à ses attaches visibles. | | | | |
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| chœur mot | | | ACTION : Le langage des actions est peut-être aussi riche que celui des mots, mais il nous manque une clef pour sa lecture. La clef, que le bon Dieu met miraculeusement en nous, pour insuffler une vie au mot. Le verbe et l'action furent peut-être tous les deux au commencement, mais le troisième témoin, la perversion, s'allia à l'action, ce qui me rapproche du faible, du mot. | | | | |
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| chœur mot | | | CITÉ : J'ai beau inventer des idiomes, tout mot est un mot de la tribu, mûri dans la cité. J'ai beau exclure tout partage idéal, c'est le portage verbal qui me traînera sur le forum, où le bourreau repu démocratique marquera du fer rouge mes soifs aristocratiques et insérera ma fontaine dans le tout-à-l'égout communautaire charriant des verbes usés. | | | | |
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| chœur mot | | | AMOUR : L'amour fait parler tout ce qu'il touche, mais dans un langage, où tout mot est traître ou superflu. Les mots, pour les transports amoureux, ne sont pas plus importants que les panneaux indicateurs, mais ils en annoncent bien les titres. Le rôle héraldique sied beaucoup mieux aux mots que le rôle fatidique, qu'il vaut mieux réserver aux regards. | | | | |
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| chœur mot | | | VÉRITÉ : On place la vérité tantôt dans les mots tantôt dans la réalité. Le mot fournit la requête ; la réalité est remplacée par un modèle ; et la vérité naît de l'effort de l'interprète, qui remplace des références de la requête par des objets du modèle et évalue la formule ainsi obtenue. C'est ainsi que se forme le sens : conception du mot, attouchement des choses, extraction de la vérité… | | | | |
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| mot | | | Une de ces choses que nous cachent la grammaire et l'usage banal : le mot n'est pas un reflet de la vie, il est une vie à part, aussi proche de l'essentiel, peut-être, que le regard. Comme de theoria on aboutit au regard, de logos on se condense dans le mot. Non sans déchirement, puisqu'il y a toujours « un conflit entre le regard, cette métaphore centrale de la vérité philosophique, et la langue »* - H.Arendt - « die Unverträglichkeit zwischen der Anschauung - der Leitmetapher der philosophischen Wahrheit - und der Sprache ». | | | | |
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| mot | | | Le mot, dans ce livre, s'oppose tantôt à l'action sur les choses, tantôt au reflet prévisible des choses, tantôt au discours au niveau des choses. Il y perd, respectivement, en étendue, en précision et en pertinence, en ne gagnant qu'en hauteur. Ce qui est peut-être la première fonction du langage : « La langue apporte aux représentations une plus haute existence »** - Hegel - « Die Sprache gibt den Vorstellungen ein höheres Dasein ». | | | | |
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| mot | | | On reconnaît un mot par la difficulté de sa traduction ; il se trouve à mi-chemin entre une pensée et une poésie : la traduction d'une pensée est une récréation, celle d'une poésie - une recréation. « Dis-moi ce qu'est pour toi la traduction, je te dirai qui tu es »** - Heidegger - « Sage mir, was du vom Übersetzen hältst, und ich sage dir wer du bist ». | | | | |
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| mot | | | Le rapport entre l'idée et le mot est celui entre eidos et eikon, entre représentation et expression, entre idole et icône, entre langage parlé et langage parlant. Platon, en donnant sa préférence à eidos au détriment d'eikon, nous voue aux idoles. Mais Heidegger, n'accordant de manifestation à son fantomatique être qu'en tant qu'un devenir-mot (« Wortwerden des Seins » ou « Offenbarung des Seins durch das Wort » - « révélation de l'être à travers le mot »), charge le mot d'un faix ou d'un fait impossibles ; à moins que ce fantôme ne soit qu'une ivresse qu'on provoque rien qu'en manipulant des étiquettes. | | | | |
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| mot | | | Le mot a deux entrées et deux sorties : il s'imprègne de la représentation et porte la volonté du locuteur ; il renvoie aux concepts et traduit les états d'âme ; ces deux courants s'entre-croisent, et, pour les démêler, on fait appel à la déconstruction. | | | | |
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| mot | | | Dans une langue on peut puiser, peser ou poser. On en est maître, lorsque ces trois désirs s'équilibrent et coopèrent. | | | | |
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| mot | | | Seuls des médiocres prétendent, que le français n'est pas une langue de la poésie. En russe ou en allemand, il est plus facile de compléter le manque d'émotion par la complicité de la langue, tandis que la langue française est foncièrement ironique, s'étant exercée à tous les emballements ratés. Le poète français est plus seul, plus vulnérable, et sa tâche est d'autant plus chevaleresque. | | | | |
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| mot | | | Le russe et l'allemand sont pleins de mouvement, leurs phrases sont hérissées de protubérances vers l'extérieur. Ce n'est pas bon pour l'aphoriste qui veut isoler ses gemmes. Mais celles-ci doivent être animées par une harmonie dynamique et maîtrisée à l'intérieur. Et c'est ce qui manque à l'anglais. La belle pensée n'est indépendante et noble qu'en français. | | | | |
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| mot | | | La phonétique des langues s'illustre le mieux par l'anatomie : le français - le nez, l'italien - la bouche, le russe - le palais, l'allemand - le diaphragme, l'anglais - les dents, l'espagnol - les lèvres. | | | | |
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| mot | | | La terrible clarté du français : Gelassenheit et Abgeschiedenheit (Maître Eckhart) sont de pures métaphores invitant l'intuition ; délaissement et détachement sont des concepts d'une effroyable précision, produisant des formules. De même pour Abbau (Heidegger) et déconstruction. « Le français : l'heure sans écho-rappel, l'allemand - plutôt le rappel que l'heure (l'appel) » - Tsvétaeva - « Französisch : Uhr ohne Nachklang, deutsch - mehr Nachklang als Uhr (Schlag) ». | | | | |
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| mot | | | J'aime la complétude des maîtres allemands : le même peut passer pour Lebemeister (maître de vie), Lesemeister (maître de lecture), Lügemeister (maître de menterie), Liegemeister (maître de la position couchée). Tout amateur d'éclairs ou d'étincelles sait que le Blitzkrieg réussit le mieux aux spécialistes du Sitzkrieg (rester couché) et du Kitzkrieg (s'adonner aux caresses). | | | | |
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| mot | | | La référence : une réponse langagière au désir, à la focalisation, à l'intention de désigner un objet ou une relation ; d'autres l'appellent intentionnalité ; sa diversité verbale est générée par des grammaires de réécriture (Chomsky). La signification : un renvoi pragmatique, hors du langage, à partir d'un fait conceptuel, établi par l'interprétation d'un discours, renvoi vers les objets réels - c'est ce que d'autres appellent - dialectique ; l'intuition et l'arbitraire en sont les seuls justificatifs. Wittgenstein nage, au milieu de ses binômes, et s'y noie, faute de trinité salutaire : langue, représentation, réalité. | | | | |
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| mot | | | Heidegger ne voit pas, que l'appel des choses et des relations retentit avant que ne soit prononcé le premier mot : « Aucune conscience ne précède la langue » - « Der Sprache geht kein Bewußtsein voraus ». Et que St-Augustin est brillant, avec la plus exacte des images : « Les mots ne font que nous avertir, pour que nous cherchions les choses »** - « Hactenus verba valuerunt, quibus ut plurimum tribuam, admonent tantum, ut quaeramus res » ! | | | | |
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| mot | | | Citation ou cinétique ont la même étymologie, comme émouvoir et mouvoir. Les citations de ce livre ne sont que des excitations ; ce n'est pas à elles de déterminer la direction du regard, qui est toujours à et de moi-même. | | | | |
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| mot | | | Sans m'être enraciné dans le français, j'en réclamai des fleurs ; ce que se permit ma compatriote, comtesse de Ségur, m'était interdit. L'arbre français me répondit par le silence de ses ramages ; je dus lui inventer un souffle, pour que mes feuilles bruissent. « Dans une langue d’emprunt, les mots existent non en vous mais hors de vous »*** - Cioran. Sans entendre la musique à ses nœuds, accords des mots justes, je dus confier mon visage aux couleurs de ses mots troubles, juchés près de la cime ; mais je n'envie pas ceux qui, à l'inverse, peuvent dire : « Je ne suis que parole, il me faut un visage » - Jabès. Je vise l'octopus profond, c'est l'occiput superficiel qui émerge. Je dois me résigner à n'être connu que par l'extérieur, puisque « l'intérieur de l'homme se révèle par la musique de sa parole » - Boehme - « das Innerliche arbeitet stets zur Offenbarung durch den Schall des Worts ». | | | | |
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| mot | | | Entre les mots et le cœur le gouffre est plus infranchissable qu'entre les mots et l'âme. Il faut être plus sceptique avec l'expression de nos sentiments qu'avec la peinture de nos états d'âme. Ni le cœur ni l'âme ne possèdent de langage traduisible en mots ; on ne les évoque qu'en images irresponsables, n'ayant rien d'une empreinte et ne relevant que d'une création libre : « Ce qui est en la voix est symbole des affections de l'âme, et l'écrit - symbole de ce qui est en la voix » - Aristote. | | | | |
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| mot | | | Dans ma langue maternelle, les mots résultent de deux courants opposés, mais équilibrés : je l'écoute et je la fais parler. « L'arbre, au lieu de se dissoudre en représentations, peut me parler et susciter une réponse » - Levinas. Une langue étrangère est souvent, hélas, muette, et je la mets sous question et je cherche à faire passer ses aveux pour spontanés et sincères. Comment m'enraciner dans une langue, qui ne connaît pas mon enfance ? - et sous une torture verbale puis-je espérer une éclosion florale ? | | | | |
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| mot | | | Le tournant linguistique du siècle dernier s'expliquerait par la lecture à la lettre de l'acte de perception, dans des langues européennes. En allemand, wahrnehmen, percevoir ou prendre pour vrai, pousse à la phénoménologie ; en français (par faux rapprochement avec percer) - à la pénétration ; en russe (вос-приятие - prendre de haut) à une prise de hauteur. | | | | |
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| mot | | | On aime une langue pour sa capacité de dévier, de grimacer, de faire mine, de feindre. Plus l'impression d'une fidélité à la vie réelle est forte, plus inexpressive est la langue. Le mot ne t'apprend presque rien sur le réel ; il te donne le goût du rêve. Les mornes réalistes, ignorant ces deux versants de la vie, proclament : « La vie se déploie en actions et non pas en mots » - A.Pope - « Life happens at the level of events, not of words ». | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | La division en enthousiastes ou grincheux suit l'ambigüité du mot monde, qu'on salue ou maudit. Ce mot peut désigner la matière, la vie, les hommes - trois objets, auxquels on devrait réserver des organes de vue et de langage différents : le cerveau, l'âme ou la rate. | | | | |
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| mot | | | En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe pas de miroir fidèle, pour refléter l'homme ; la brisure ou la réfraction est dans chaque mot. C'est la routine des reflets-clichés qui fait croire en justesse de certains traits. Toute entrée dans l'univers des mots est métamorphique. | | | | |
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| mot | | | Je ne songe pas à m'annexer le français, j'en suis un hôte discret, et son confort nocturne hérisse mes rêves mieux, que son hospitalité diurne ne les calme. | | | | |
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| mot | | | Le français ne sera jamais, hélas, mon complice. Nous sommes tels sages conspirateurs, qui ignorons tout l'un de l'autre, de sorte que toute trahison, sous la torture, ne serait qu'un faux témoignage. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | La langue de bois, la façon la plus directe de faire oublier, que l'homme est un arbre ; elle n'en fait qu'un ensemble de nœuds mécaniques et d'arêtes creuses. | | | | |
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| mot | | | Le langage des contraintes décrit en l'air de belles demeures, c'est en cela qu'il est plus noble que celui d'échafaudage de buts. La vue du but interpelle le calcul, la sensation de la contrainte sollicite l'âme. Les contraintes sont semblables à ces belles combinaisons échiquéennes qu'on ne voit pas sur l'échiquier, mais qu'on devine derrière les coups positionnels joués. | | | | |
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| mot | | | Le langage sert à approfondir la réalité ou à rehausser le rêve ; dans le premier cas, il est outil et il doit disparaître, une fois le but intellectuel atteint ; dans le second cas, il est contrainte et il doit persister, pour être le seul support de l'émotion. Le seul à distinguer nettement ces deux fonctions fut Valéry. | | | | |
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| mot | | | À part quelques traits phonétiques ou idiomatiques, la métaphore prend son envol dans la représentation sous-jacente et non pas dans la langue elle-même. Même le rapport entre les choses et moi-même, rapport reflété dans certaines métaphores, n'est pas une exception, puisque mon soi est également présent dans la représentation, comme tout autre sujet. Et je ne suis même pas sûr, que mon soi, surtout avec sa facette inconnue, y soit mieux représenté que celui des autres. | | | | |
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| mot | | | La vie, et aussi les mots, peuvent être vécus en longueur, en largeur ou en profondeur. Il suffit de garder les yeux, comme le voulut le Dieu du jour, tournés vers le bas. Quand on les ferme ou les tourne vers le haut, comme le veut le Dieu de la nuit, on vit ou l'on délire en hauteur. Nuit, l'un des rares mots à rester le même dans toutes les langues indo-européennes, comme les noms des chiffres, pour nous rappeler que le Logos signifie eurythmie, équilibre, proportion, mesure, donc – nombre ; la nuit, et non pas le jour, servit d'unité de mesure du temps. | | | | |
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| mot | | | Sans intelligence ni poésie, tout dithyrambe au langage sonne faux et creux. Il n'est juste, à double titre, que chez Goethe et Valéry. | | | | |
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| mot | | | Tant de mystère insondable nous interpelle dans le don de la langue et de la parole, ainsi que dans le rire et les pleurs. Mais la routine affadit notre regard sur le beau inconnaissable, en nous arrêtant sur la richesse des problèmes, que ces dons permettent de formuler, ou, pire encore, sur l'utilité des solutions, qu'on connaît à ces problèmes résolus. | | | | |
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| mot | | | Formé sous l'influence des langues indo-européennes, le regard philosophique européen sur la structure du langage - sujet, verbe, objet - est sans intérêt. Tout langage doit offrir trois types de références : d'objet, d'attribut et de lien entre objets. Les catégories - syntaxique du sujet, lexicale du verbe, sémantique de l'objet - sont purement linguistiques, sans rapport avec le modèle conceptuel. La langue fournit le noyau (verbes, quantificateurs ou connecteurs) de l'axe syntagmatique, l'axe paradigmatique étant alimenté par le modèle. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, la même référence (un homme généreux) peut dénoter soit la classe (l'essence universelle - tout homme généreux) soit une instance de cette classe (l'accident existentiel - cet homme qui est généreux)s ; il serait intéressant de savoir si, dans d'autres langues, il existent des moyens syntaxiques de ne pas les confondre. | | | | |
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| mot | | | Le pourcentage de présence, respectivement, du langage, de la représentation, de la réalité : en poésie – 80, 15, 5 ; en philosophie – 30, 50, 20. Dire, que le langage est tout, est exagéré. | | | | |
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| mot | | | L'étranger et la patrie : le premier est décrit avec des verbes - profiter, tirer les marrons du feu, se frotter les mains ; la seconde avec des adjectifs - naïve, franche, généreuse. Pour être impartial, on aurait dû ne comparer que les signes de ponctuation : déficits de points d'interrogation, abus de points d'exclamation, sérieux du point de suspension, solidité du point final. | | | | |
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| mot | | | Je ne serais apprécié ni lu que par ceux qui savent ce que c'est qu'un langage inventé : Cioran ou un polyglotte. Entre ceux qui s'affirment et ceux qui s'inventent - pas de communication possible. | | | | |
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| mot | | | Seuls les polyglottes et les cogniticiens comprennent, que nous pensons non pas dans un, mais dans deux mondes mentaux - dans celui, où les mots, déjà, devancent les concepts, et dans celui, où les mots n'apparaissent pas encore. Le second, à une époque donnée, est pratiquement unique, le premier - imprégné et d'une langue et d'un locuteur. | | | | |
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| mot | | | La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs. | | | | |
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| mot | | | Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ». | | | | |
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| mot | | | « Au commencement était le Verbe » - on peut en ricaner sur trois niveaux : en syntaxe - les substantifs n'ont qu'à bien se tenir (on est avec les logiciens) ; en sémantique - les relations précèdent les sujets/objets (on est avec les structuralistes) ; et en pragmatique - il n'y a rien à chercher avant le mot, tout peut être réduit au mot (on est contre Platon). Heureux qui est ab-origène du pays du Verbe ! | | | | |
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| mot | | | On déniche du fascisme jusque dans la langue, qui non seulement empêcherait de dire, mais obligerait à dire. C'est aussi juste que de dire : pour exprimer son amour, on est condamné à conjuguer un verbe régulier. | | | | |
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| mot | | | On devrait définir une grammaire de hauteur se moquant de celles de surface ou de profondeur, grammaire générative de vertiges et de métamorphoses, transfigurative plutôt que transformationnelle, grammaire des textes nous exemptant du contexte. | | | | |
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| mot | | | La passion primesautière disparaissant des entreprises des hommes, l'étymologie de pro-jet (Ent-wurf, на-бросок) devient de plus en plus incompréhensible. Mais la Entworfenheit (ouverture au monde ou, mieux, disponibilité) heideggérienne paraît être un bon terme, pour désigner la première fonction du langage - traduire l'élan de la conscience en une structure ou en un chemin d'accès des choses. | | | | |
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| mot | | | La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme. | | | | |
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| mot | | | Le langage, en mode routinier, n'est qu'un code d'accès, et très rarement, en mode-rupture, - une courroie de création. L'esprit possède et les langages et les modèles, et le premier critère de sa qualité est le contenu de ses modèles, auxquels renvoie un langage. C'est une question de goût et d'intelligence - avec quoi peupler ses modèles dynamiques : avec des fantômes ou avec des bases de connaissances, avec des déductions ou avec des faits. Le sot croit « créer en nommant » (Proust), l'artiste nomme en créant. | | | | |
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| mot | | | L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables. | | | | |
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| mot | | | Plus on est bête, plus on est persuadé, que le mot serve, avant tout, à traduire des idées tout prêtes. Toujours cette naïveté de l'homme : croire qu'il peut toucher à la source de ses images de Caverne, où toute fenêtre est miroir. | | | | |
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| mot | | | L'analyse linguistique est banale, rigoureuse et consensuelle, la synthèse des représentations est délicate, libre et individuelle – d'où l'engouement actuel pour la philosophie analytique et le désintérêt académique pour la représentation. | | | | |
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| mot | | | Ils pensent sérieusement, que la représentation du monde peut être prise en charge par des structures grammaticales, tandis que ces piètres structures restent presque entièrement à l'intérieur des frontières de la langue, et les frontières du monde commencent bien au-delà de la langue, quoi qu'en pense Wittgenstein. La langue fait partie des solutions, le monde restera toujours parmi des mystères, que tente de refléter, telles les idées platoniciennes, la représentation. | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité de bilden : éduquer ou produire une image, d'où l'intérêt de la langue, formant la pensée. Le fond de la pensée ne s'éduque guère grâce à la langue ; tout ce qu'une langue apporte à la forme de la pensée est sa réceptivité face aux métaphores. La langue ne modèle pas, elle interroge des modèles. Sans le moindre élément fractal commun, les langues recouvrent pourtant les mêmes surfaces conceptuelles. Et surtout, les mêmes types de structures conceptuelles a priori leur sont sous-jacents et les mêmes types de logique a posteriori. | | | | |
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| mot | | | Si je parle si souvent de ruines, c'est en partie à cause de mes rafistolages au sein de l'équipe de la tour de Babel, dont l'arcanture se prête mal à l'architecture des tours d'ivoire (il paraît qu'en sacrifiant la hauteur à la profondeur, un recyclage soit possible : « Nous creusons la mine de Babel » - Kafka - « Wir graben den Schacht von Babel »). Et mes ivresses publiques ne rappellent que vaguement le miracle de la Pentecôte. | | | | |
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| mot | | | Mes ressources verbales ne sont évidemment pas dans la langue française, mais à côté d'elle. Ce à côté ambigu que je verrais et lirais bien - au-dessus. | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval). | | | | |
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| mot | | | Aucune langue européenne n'est aussi désincarnée que le français. Quelle aubaine, pour un ami des fantômes, fuyant tout contact avec les choses ! Il n'y a que le mot français, qui ne cherche aucun miroir empirique, pour se lire ! | | | | |
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| mot | | | Dans l'esprit s'entrechoquent des images, dans l'intellect - des représentations (idoles), dans la langue - des signes. Chez tout le monde - trois voies vers Dieu ; chez les créateurs - trois voix à partir de Dieu. Le mot, au sens noble, est un habile et haut réseau de signes, s'inspirant des images ou représentations profondes ou s'y adressant. | | | | |
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| mot | | | Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept. | | | | |
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| mot | | | La fonction instrumentale est la fonction principale du langage dans tous les domaines, sauf en poésie, où le mot peut s'émanciper de la représentation sous-jacente ou n'en utiliser que les ressources métaphoriques. | | | | |
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| mot | | | La représentation, elle aussi, dispose de son propre langage, mais qui a, vis-à-vis de la langue naturelle, à peu près le même statut qu'un langage de programmation, surtout lorsque celui-ci est fondé sur la logique et est orienté-objets. Les requêtes, formulées dans ce langage artificiel, seraient l'équivalent des idées platoniciennes, indépendantes des mots et classées par type de fonction, de prédicat, d'événement, de substance. | | | | |
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| mot | | | Dans l'esprit se déroulent des métaphores de l'illumination, indexées de désir, sans noms ni verbes, ne relevant d'aucune langue et pointant sur des objets, liens, variables (nomena nescio), valeurs de vérité. La langue le transforme en références (d'objets et de liens) et en formules logiques. Elle y introduit le temps, joue avec des qualificatifs, la négation, l'ellipse, bref avec ce qui n'apporte presque rien à la pensée. | | | | |
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| mot | | | Le sens naît d'un dialogue, donc d'un partage. La langue allemande ne s'en trompe pas, voir l'admirable série : Urteil, Vorteil, Mitteilung - jugement, préférence, message - provenant de teilen - partager. La philosophie est la poésie du dialogue. « La philosophie n'est qu'un moyen, pour atteindre ce qu'est la poésie » - F.Schlegel - « Die Philosophie ist nur ein Mittel zu dem, was die Poesie selbst ist ». | | | | |
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| mot | | | L'appauvrissement et la corruption de la langue sont une conséquence immédiate de la disparition du sacré des horizons des hommes ; tant que le soupir, la larme ou le genou détachent nos yeux des choses vues, nos mots chercheront à envelopper des mirages, au lieu de développer des choses. | | | | |
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| mot | | | L'indigence langagière semble, aujourd'hui, avoir atteint une limite insurpassable ; le monde prend sa stature définitive, et la prospection de l'avenir devient sans objet. « Sans nouveau langage – pas de nouveau monde » - Wittgenstein - « Keine neue Welt ohne neue Sprache ». | | | | |
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| mot | | | La langue même d'un bel écrit devrait être travaillée en hauteur et non pas en profondeur. En la labourant on lui découvre l'odeur de la terre natale et l'on perd l'attrait des horizons d'exilés. Aux pensées déracinées - des mots déracinés ! | | | | |
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| mot | | | En français, le débordement, en tant que mode d'expression, m'est interdit ; je dois me contenter de la fontaine. Des ambitieux parent la leur d'écriteaux alarmants ou rassurants, Poison ou Eau potable, je ne promets qu'une bonne soif près de la fontaine. | | | | |
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| mot | | | J'use de mon français, comme j'use de mon algèbre ; des Bourbaki littéraires relèveront des bizarreries dans la notation de mes opérandes, mais ils devront s'incliner devant mes opérateurs aux singularités mieux dessinées que les leurs. | | | | |
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| mot | | | La langue n'est pas une pensée extérieure, comme la pensée n'est pas une langue intérieure. La langue prend en charge la pensée ; le contenu de la pensée naît hors toute langue et se forme dans un langage conceptuel. La langue interroge ce que la pensée crée. | | | | |
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| mot | | | Par mes caprices et lubies, je fais plier les langues étrangères, d’une manière irresponsable ; mais la mienne, par ses caprices, ses us et coutumes, fait plier mes audaces, me décourage et me remet en droit chemin, moi, l’amateur des obliques. | | | | |
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| mot | | | L'admirable langue allemande sachant si ironiquement rapprocher le sens des sens : be-stimmen, définir - munir de voix, ge-hören, appartenir - munir d'ouïe, ent-sprechen, correspondre - interdire de parole, be-greifen, appréhender - tenir avec les mains. Et ces belles oppositions : gestimmt (accordé) - bestimmt, aufhören (cesser) - gehören, versprechen (promettre) - entsprechen, angreifen (attaquer) - begreifen. | | | | |
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| mot | | | Valéry part d'un concept improvisé, effleurant à peine les choses, pour aboutir à un mot poétique. Heidegger part d'un mot improvisé, ignorant les choses, pour aboutir à un concept prosaïque. Privez le langage de suffixes, vous coupez toute source d'inspiration de Heidegger. Oubliez toute la culture, la cible de Valéry garde toute son excitabilité. | | | | |
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| mot | | | Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien. | | | | |
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| mot | | | L'origine linguistique de la honte : ce qu'il y a de meilleur en nous n'a pas de langage et reste un appel inarticulé, une forme en puissance, une pure disposition sans ressources ni outils. L'invention d'alphabets, l'adamisme et l'ésopisme, la genèse de nos mondes ratés. | | | | |
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| mot | | | On peut décortiquer le langage de l'intérieur, indépendamment du modèle de l'univers ; mais pour interpréter un discours, on ne peut pas se passer de modèle. « Une fois qu'il a donné à la pensée une orientation correcte, le langage peut disparaître pour faire place à un parcours mental »* - Épicure (la sentence est du pur Valéry, qui, curieusement, appelait le modèle - Non-Langage). | | | | |
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| mot | | | Le sens est la jonction (une sorte d'unification mystique, au-delà du mystère) du discours (problème interprété dans le contexte du modèle) et de la réalité (qui est mystère). La langue, elle, sans le modèle, au-dessus duquel elle est bâtie, est absurde et c'est ça, son plus grand miracle. Elle est parlée et elle est parlante : « Il y a deux langages : celui qui disparaît devant le sens, dont il est porteur et celui qui se fait dans le moment de l'expression »** - Merleau-Ponty. Le conceptuel se concentre autour du sens, et le poétique se fixe dans le mot : « Le poème n'est poétique que s'il s'incarne dans les mots » - Hegel - « Das Poetische ist erst dichterisch wenn es sich zu Worten verkörpert ». | | | | |
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| mot | | | Ce n'est pas la langue qui rend le monde intelligible, mais la représentation, de nature extra-langagière. La langue crée un dialogue avec le monde, elle le rend questionnable ou demandable. | | | | |
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| mot | | | Ma patrie marâtre est la langue, contrée régie pourtant par des logophores étrangers ou hostiles. Je suis un apatride des drapeaux, phobique des assemblées, réprouvé des recensements. | | | | |
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| mot | | | Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations. | | | | |
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| mot | | | Toute parole est un arbre ; mais non unifiée avec d'autres arbres, elle reste souche ; et restant sans écho, elle ne deviendra jamais un verbe, qui est un arbre ouvert, verdoyant d'inconnues tournées vers l'unification. Même le sacré devient ouvert, lorsque ton arbre s'ouvre à la vie : « Le sacré reste Fermé, si l'Ouvert de l'être n'est pas proche de l'homme » - Heidegger - « Das Heilige bleibt verschlossen, wenn nicht das Offene des Seins dem Menschen nahe ist ». | | | | |
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| mot | | | Valéry a de la répugnance pour ce moi impur, moi qualifié, et lui oppose l'ange pur, Dieu sans nom, la femme sans ombre, l'homme sans qualités ou les qualités sans l'homme. Mais il oublie, que tout qualificatif (satellite de syntagme), dans un autre langage, peut aboutir à une pureté conceptuelle (paradigme). | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de la pensée : désir - tache - contour - charge - mot - chose (poète - philosophe - peintre - amoureux - écrivain - acteur) - autant de langages ! Qui aura la patience et la sagacité à traduire le geste d'acteur en émotion de poète ? | | | | |
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| mot | | | La langue française n'est pas ma terre, mais mon ciel d'accueil : sans savoir où y mettre mes pieds, je cherche à y déployer mes ailes. | | | | |
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| mot | | | Préférer le signe (le fait organique) au sens (à la structure mécanique) peut avoir deux sens : retour aux choses de la nature ou culte du mot de la culture. Le sens épuisant de plus en plus les choses, je préfère rester en compagnie du mot inépuisable. | | | | |
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| mot | | | Le langage s'adresse au discontinu et la vie est continue ; l'art est une vie en pointillé. Et la « continuité première de l'éden » (Mallarmé) y tourne en brisures infernales. Mais l'éden est fait d'un seul arbre, dont les brisures unifiables me sont plus chères que les brisées d'une forêt unifiée des autres. | | | | |
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| mot | | | Le toucher produit le nom, le nez - l'adjectif, l'oreille - la rime, la langue - la mélodie, le regard - le verbe. | | | | |
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| mot | | | Toute métaphore traverse le langage, le modèle et la réalité. Elle s'appellera mot, lorsque l'essentiel de ce parcours est langagier et débouchant sur un état d'âme réel. Elle s'appellera idée, lorsqu'elle s'attarde au milieu des objets-concepts du modèle. | | | | |
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| mot | | | Le Logos est bien un Verbe des langues latines et non pas un mot (Word, Wort, Слово) des langues germaniques et slaves. Le verbe détermine l'essence grammaticale, la rection articulée, tandis que le mot n'en est qu'un membre désarticulé. Dieu inventa une grammaire de la création ; l'homme en produit des prières, des chants ou des modes d'emploi. | | | | |
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| mot | | | Inévitablement, il nous arrive de nous sentir esclaves du langage ; le bon écrivain s'insurge et renverse les rôles, pour en devenir maître. C'est pourquoi « la vérité m'appartient » (Pascal - je possède le langage !) est plus fier que j'appartiens à la vérité (S.Weil - le langage me possède !), malgré les apparences. | | | | |
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| mot | | | En français, l'accent tonique n'est que syntagmatique, tandis que dans d'autres langues il est lexical (Betonung, stress, ударение) ; la mélodie française suit le sens et non pas le mot (mais la saveur des choses est déjà dans le mot). C'est comme si ta main fût récalcitrante à porter et à jouir des caresses, puisque ton propre épiderme ne les aurait jamais connues. | | | | |
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| mot | | | La routine et l'inertie empêchent de comprendre, qu'un discours en langue de bois ou un discours fortement métaphorique sont séparés de la réalité par un gouffre du même ordre. On se sert de sa propre invention ou de celle des autres ; le langage onirique ou le langage statistique planent à une même hauteur, c'est le propriétaire des ailes qui les discrimine. | | | | |
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| mot | | | Les tentations du langage - soit il est une échelle, pour monter aux cieux, soit un pont, pour communiquer avec le monde, soit des catacombes, pour mieux situer mes ruines. | | | | |
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| mot | | | La langue a deux composantes : la logique et la tropique ; tout nouveau trope, inéluctablement, rejoint, sous le poids de l'habitude, la première. Avec de telles contraintes, seul un maître peut encore magnétiser par la métaphore estimative au lieu de se neutraliser dans des syllogismes narratifs. | | | | |
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| mot | | | L'esprit a plus besoin de plomb que d'ailes ; l'apparition des ailes le transforme en âme ; le meilleur prestidigitateur en est le mot : « C'est par les mots que l'esprit se munit d'ailes » - Aristophane. | | | | |
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| mot | | | Tout énoncé a l'ambition de tourner en arbre. L'arbre de l'esprit-requêteur va s'unifier avec l'arbre de l'esprit-interprète. Les cas stériles : l'arbre de départ sans variables, cas minéralogique, ou l'arbre d'arrivée n'ayant pas gagné en ramages, cas prosaïque. Le mot, c'est une pensée se reconnaissant dans un arbre vivant, cas poétique. Il devient regard à hauteur d'arbre, lorsque à l'arrivée on se trouve avec plus de variables qu'au départ. « Comment ne pas vivre au sommet de la synthèse, quand l'air du monde fait parler et l'arbre et l'homme ? »** - Bachelard. | | | | |
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| mot | | | Tous les beaux temps et modes du Verbe divin finissent par ne plus se conjuguer qu'au passif. Tous les beaux noms de la jeunesse finissent par ne plus se décliner au vocatif emphatique et succombent à un instrumental bien plat. | | | | |
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| mot | | | Une morphologie et une phonétique pauvres, qui ne discriminent pas les catégories syntaxiques ([rajt] en anglais, [rõ] en français, [vajs] en allemand - verbe, nom, adjectif ?), forcent le recours anormal aux astuces mécaniques - l'ordre des mots, les mots auxiliaires, les règles de concordance. Inlacrimabiles - ceux qui ne peuvent pas être pleurés - un mouvement synthétique vibrant, décomposé dans une suite analytique sans vie. | | | | |
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| mot | | | Une langue se réduit à un vocabulaire et à une grammaire (l'écriture, la phonétique, la morphologie étant de nature presque mécanique). Le vocabulaire comprend deux types de références : celles des constructions logiques et celles des objets et des relations. La grammaire est une projection de la logique orientée-objets sur une représentation. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde). | | | | |
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| mot | | | Quand on attend de la langue une tâche de représentation, on est plongé dans un emboîtement de matriochkas, une galerie de Dresde, une mise en abyme, une récursivité abusive. Le mot n'est pas signe (c'est le concept qui l'est) mais métaphore (par-dessus les concepts), tableau référentiel hors galeries facticielles. | | | | |
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| mot | | | Dans l'émergence d'un nouveau concept, les mots ne sont presque pour rien. Le concept doit sa détermination à la place dans un arbre (graphe) conceptuel, à ses liens sémantiques avec d'autres concepts, à ses attributs, aux rôles qu'il pourrait jouer dans des scénarios impliquant d'autres concepts. Magnifique prémonition de Valéry : « Au lieu de concept, on peut former une Scène »*, réalisée en Intelligence Artificielle ! Les mots ne servent que de mode d'accès plus ou moins paraphrastique aux objets. Dire que les concepts proviennent du langage et non pas de la science (Benjamin) est une pitoyable ânerie ! | | | | |
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| mot | | | Les linguistes et psychanalystes (Saussure, R.Jakobson, M.Foucault, J.Lacan), qui : excluent de leurs analyses le sujet et les référents, ne soupçonnent même pas l’existence de représentations et pensent reconnaître dans la pensée et dans la réalité les mêmes structures que dans le langage, - se disqualifient en tant que spécialistes du langage. | | | | |
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| mot | | | Notre soi le meilleur n'a pas de mots ni de langage fidèle de gestes. La vraie littérature naît de la sensation d'une traduction, d'une mimesis de ce fond innommable, indicible et ineffable dans la même langue. Sinon on plonge dans une langue étrangère. La meilleure traduction est celle dont l’original est illisible. | | | | |
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| mot | | | Pour faire avaler leur charabia cacographique, les philosophes évoquent la science, les théories, le langage, tandis que je soupçonne l'essentiel de ces choses indigestes être dû aux mauvaises traductions du grec en latin. Que l'aphasie pyrrhonienne nous manque, pour nous moquer du mot être flexible à volonté ! | | | | |
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| mot | | | Dans la perception d'un énoncé, le mouvement - des mots vers le sens - en termes d'intérêt ou d'intensité, peut être ascendant, plan ou descendant. Tantôt on confère l'expression et tantôt on la remplit. Sur cette échelle, la poésie et la philosophie sont aux antipodes. | | | | |
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| mot | | | Autant de modèles, énonciateurs ou contextes - autant de significations. La signification unique des énoncés, proclamée par les phénoménologues, est un fantôme, impossible dans ce monde hanté par la polysémie et l'amphibologie. Toutefois, de gros invariants sont propres aussi bien aux modèles qu'aux situations et aux langages du genre humain, et un noyau dur des significations existe bien. | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | La mathématique est la seule science, où le conceptuel coïncide presque d'avec le langagier et où les modèles ne représentent pas la réalité, mais sont des produits de notre esprit. Et les représentations algébriques sont beaucoup plus élégantes que les représentations empiriques. Hélas, la beauté des constructions mathématiques ne peut pas être rendue dans une langue naturelle. | | | | |
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| mot | | | La langue, dans son enfance et dans l'enfance de ses porteurs, est poétique et musicale ; elle vit des commencements, des surprises et des découvertes. Son âge adulte la réduit, de plus en plus, à une prose finale : « L'algorithme est la forme adulte du langage » - Merleau-Ponty - heureusement, il restent quelques poètes, ces enfants du langage et du rythme. | | | | |
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| mot | | | La première fonction du langage est la requête du modèle, non de la réalité. Plus on est intelligent, plus près du moi, et plus détaché de la réalité, est le modèle. Et je finis par remonter du mot vers sa source intérieure en moi au lieu d'en chercher une projection extérieure. | | | | |
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| mot | | | Le langage n'est qu'une machine au service du désir : celui d'accéder (souci, focalisation, soupçon, intentionnalité) aux choses (les pragmata visées par des pathèmata) et celui de les évaluer (substitutions, hypothèses, modalités, valeurs de vérité). | | | | |
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| mot | | | Le mot est défini par la triade – ses relations avec la réalité, la représentation et la langue ; un métèque peut maîtriser parfaitement les deux premières facettes, mais tant de nuances purement langagières lui échapperont à jamais ; tant de ses idées aériennes dégringoleront à cause de la lourdeur de ses mots désarticulés. | | | | |
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| mot | | | La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes ! | | | | |
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| mot | | | Le terme de déconstruction se justifie sous deux angles : la même réalité se représente différemment par des personnes différentes ; le même discours peut s'interpréter différemment, dans les contextes des représentations différentes ; donc, ne se fier ni à la réalité trop silencieuse ni au langage trop bavard - (re)bâtir des représentations (aboutissant à une hétéronymie conceptuelle et langagière). | | | | |
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| mot | | | Trois vues du langage, à partir : de la réalité, du modèle, de la langue. La première, pragmatique (sciences humaines) - la plus vaste et vague ; la deuxième, conceptuelle (mathématique) - la plus haute et ouverte ; la troisième, fonctionnelle (linguistique) - la plus profonde et fermée. | | | | |
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| mot | | | Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies. | | | | |
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| mot | | | L'unité sémantique première n'est ni le mot ni la proposition (Frege et Wittgenstein), mais la référence d'objet, de valeur ou de relation, qu'il s'agit d'unifier avec la représentation. | | | | |
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| mot | | | Une très curieuse coïncidence entre mes deux tâches philosophiques centrales – la consolation de l'homme et la réflexion sur le langage – et deux sortes de l'être heideggérien – le souci de l'être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode) et le dévoilement de l'être hébergé par le langage (Haus des Seins). | | | | |
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| mot | | | C'est la part du langage qui rend radicalement différentes les facultés représentative et interprétative : la topique se forme hors la langue et la critique se formule dans la langue. Ce que ne comprirent ni F.Bacon : « Inventer ou juger est une seule et même opération de l'esprit » - « what is sought we both find and judge of by the same operation of the mind » ni Goethe : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends » - « Du gleichst dem Geist den du verstehst ». | | | | |
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| mot | | | Je ne peux vivre dans la langue française, je ne peux que m'y pétrifier, m'y graver. Je lui survis, comme les ruines survivent au Château en Espagne, que personne n'aurait jamais habité. « Ce qui vit dans la langue, vit avec la langue » - K.Kraus - « Was in der Sprache lebt, lebt mit der Sprache » - ma cohabitation, en fantôme visitant sa maîtresse, veut se réduire aux furtives caresses, loin des cuisines et des garde-robes, près d'un toit ouvert sur les étoiles. | | | | |
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| mot | | | Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique. | | | | |
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| mot | | | Tout philosophe devrait s'interdire l'usage ontologique du verbe être (que le Stagirite ne daigna même pas mettre à côté des trois monstres : avoir, agir, pâtir, et que Lulle négligea dans ses neuvaines ; l'ontologie occidentale existe « à cause de la forme du langage indo-européen »* - Valéry). Inexistant en chinois et en japonais, fantomatique en russe, amputé de sa fonction copulative en arabe (wjd), ambivalent en espagnol et italien (l'essentiel ser-essere et l'accidentel estar-stare), envahissant en grec et allemand, il est un moyen immédiat de dépistage de la logorrhée. | | | | |
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| mot | | | Le langage métaphorique s'oppose à ce qui est sans saveur, que ce soit en mots ou en idées. Tout bon langage conceptuel est métaphorique, qu'il s'agisse de mathématique ou de philosophie. Mais seule la poésie pure peut se permettre le luxe des métaphores refusant toute mutation en concepts. | | | | |
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| mot | | | Celui qui ne maîtrise à fond aucune langue étrangère ne voit pas la différence entre le monde réel et le monde qui naît des mots ; il ne peut pas apprécier ce qu'est l'immense liberté du Verbe. | | | | |
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| mot | | | Le terme de langue couvre trois entités profondément différentes : - un système de signes faisant abstraction de son usage et comparable en tout point avec un langage de programmation : alphabet, vocabulaire, morphologie, grammaire ; astucieux, rigoureux et délicat, mais sans vraiment de merveilles - un système bâti au-dessus d'un modèle conceptuel ; un outil de connaissance et de communication ; on devrait parler de langage (« Le langage est relais par signes »*** - Valéry - la plus précise des définitions !) - un outil d'expression, le modèle sous-jacent fondé sur l'esthétique ; strictement parlant, à chaque usage on y crée une nouvelle langue. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe aucun passage direct du signifiant (langage) au signifié (réalité) ; entre les deux il y a toujours au moins trois étapes, extra-langagières et extra-réelles : l'accès aux objets (langage-modèle), la démonstration de la véracité de la requête (interprète-modèle), la recherche du sens (modèle-réalité). | | | | |
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| mot | | | Il y a des langages de représentation, des modèles, et des langages à proprement parler, des langages d'interprétation, des discours. Le réel se reflète dans des modèles et se creuse dans des proférations. Il faut donc voir le réel à travers un modèle et lire le réel comme un texte. | | | | |
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| mot | | | Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects. | | | | |
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| mot | | | Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence. | | | | |
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| mot | | | Plus une orthographe s’éloigne des sons et embrasse, servilement, l’étymologie ou la syntaxe, plus elle est prise, par les ignares, pour un signe de culture et plus elle se rapproche de la bêtise et de l’absurdité. En trois jours on apprend l’orthographe italienne, en trois ans - la française. | | | | |
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| mot | | | Le trope, et non pas le concept, est la notion, qui aurait dû être au centre de la réflexion philosophique sur le langage. Les concepts sont la chasse gardée de la science. Le philosophe devrait être plus profond que le linguiste et plus haut que le savant ; au lieu de cela, il patauge dans des platitudes pseudo-conceptuelles. | | | | |
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| mot | | | Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue. | | | | |
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| mot | | | La fonction cognitive du langage comprend et l'expressive et la communicative (W.Humboldt) : du silence (l'absence de sujet) on peut passer au monologue ou au dialogue, en introduisant le moi ou le toi, la métaphore ou les contraintes. Une tâche particulièrement facile en russe, où ego (его) veut dire lui. | | | | |
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| mot | | | La raison visant les prémisses de l'âme ; l'âme arrivant aux conclusions de raison. Entre les deux - l'arbitraire du langage. | | | | |
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| mot | | | La musique naît de la rencontre entre, d'un côté – les instruments et les interprètes (le langage), et de l'autre – la partition et l'orchestration (la représentation). C'est le rôle décisif des premiers qui fait pressentir la poésie et la hauteur ; la priorité des secondes est propre de la philosophie et de la profondeur. | | | | |
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| mot | | | La langue n'est fidèle qu'au modèle, au-dessus duquel elle est bâtie ; face à la réalité, tout langage est ésopique ; et le poète est celui qui contourne le modèle et s'adresse directement à la réalité, en préférant « la vicissitude du tâtonnement à l'éloquence du fait »** - Pasternak - « красноречью факта превратности гаданья », les «faits» faisant partie du modèle. | | | | |
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| mot | | | L'illusion de la pensée soi-disant dialogique naît du large partage du langage ; le soliloque semble être le vrai berceau de la pensée, et la pensée conçue ne doit sa congruence avec la pensée perçue que par la tribalité du langage. | | | | |
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| mot | | | Aucune relation transitive n'existe dans la triade langage - modèle - réalité (interprétation - sens, ou valeurs - significations). Valéry confond transitif et transitoire. | | | | |
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| mot | | | La langue apporte autant à la hauteur d'une écriture que le muscle à la profondeur d'une volupté : presque rien, mais c'est par ce rien que tout le reste perce. | | | | |
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| mot | | | Le sobre partisan de l'objectivité dénonce l'ivresse du subjectif ; mais il ne voit pas que, tous les deux, ils aboutissent aux mêmes modèles, et que la seule chose, qui les distingue, c'est le langage catégorique du premier et le langage métaphorique du second. L'oubli ironique de l'Être intouchable n'a aucune influence sur l'édifice de l'Étant ; c'est le langage qui en fait caserne ou ruines, étable ou souterrain, langage, qui serait (l'architecture de) la demeure de l'Être (Heidegger). | | | | |
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| mot | | | On ne peut opposer au langage que la pensée ou l'émotion. Il tient en respect la première et même en triomphe, souvent, haut-la-main, mais il se décourage devant l'ineffabilité désarmante de la seconde. Mais sans ces retentissantes défaites il n'eût jamais appris à produire de la pensée et de l'émotion. | | | | |
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| mot | | | En fait, c'est vrai que, quelque part, au niveau de la résilience réactive et du pouvoir d'achat, ça fait du bien de saisir les opportunités, qui se présentent, et, du coup, c'est très important parce qu'on n'est pas forcément au courant d’un certain nombre de magouilles de ces cons, qui nous emmerdent - c'est ainsi qu'écriront, et écrivent déjà, les prix Goncourt. La langue des poilus fut plus riche et plus expressive, et leur sensibilité – plus délicate, que ce qu'exhibent ou gribouillent les houellebecq. | | | | |
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| mot | | | Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein. | | | | |
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| mot | | | Le silence du mot (taceo) n'est pas silence de l'âme (sileo). « Là où la langue échoue, c'est la peinture qui parle » - proverbe latin - « Quod lingua nequit, pictura fatetur ». Pour une bonne oreille, où s'arrête la langue, commence la musique. Ce n'est pas au non-dit que doit être confié l'indicible, mais au chanté. | | | | |
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| mot | | | La représentation est une tâche conceptuelle, où la langue n'intervient presque pas ; la langue y est statique et la conception - dynamique ; l'expression, en revanche, résulte de la confrontation entre une représentation statique et une langue dynamique. Les signes linguistiques s’attachent aux représentations pré-langagières, ce qui prépare la pensée langagière. | | | | |
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| mot | | | En matière des premiers gestes divins, l'opposition la plus fréquente est entre ceux qui penchent pour le verbe ou pour le nom, donc pour la relation ou pour l'objet. La relation semblerait être au commencement, l'algèbre l'y emporte sur l'analyse. Tout algébriste ou linguiste t'y suivrait, seul le poète sait convertir toute relation en chose pour ne réserver la primauté qu'à la hauteur du verbe-relation ou du nom-chose. Scruter les choses est stérile ; c'est le regard sur leurs relations syntaxiques - l'instanciation-appartenance (substance première, ou le suppôt) ou la dérivation-inclusion (substance seconde, ou le modèle) - qui les vivifie. | | | | |
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| mot | | | L'obscurité non-poétique, dans les traductions des Anciens, est, en général, de nature non-philosophique, elle est indéniablement due aux mauvais traducteurs. J'aimerais pouvoir juger de l'énormité des traîtrises de traducteurs, dans la chaîne : le grec d'Aristote, l'arabe d'Averroès, l'anglais et le latin de M.Scot, l'allemand de Frédéric II. | | | | |
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| mot | | | La langue, visiblement, participe à la formation des conceptions du monde, mais pas tellement à la représentation de la réalité ; la trace langagière la plus visible y consiste à choisir, pour une tâche représentative, entre soit un accident soit un concept, concept traduisant le doute, l'ironie, l'activisme, l'émotivité. Mais le gros noyau de la représentation ne dépend guère de la langue. | | | | |
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| mot | | | L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois. | | | | |
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| mot | | | Quand on refuse au modèle et à sa supra-structure, le langage, le rôle créateur de vérités, c'est à dire d'identités, de mesures et de logiques, on devient pyrrhonien, pour qui toute chose est « indifférente, immesurable, indécidable ». Le dialogue moi-réalité n'existe pas ; il fait partie du tétralogue : moi - modèle - langage - réalité (je sais, qu'il n'y a pas de nombre deux dans dialogue, et, par exemple, dans la plupart des dialogues platoniciens figurent plus de deux interlocuteurs). | | | | |
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| mot | | | Ni les objets ni les mots n'ont d'âme. Pour qu'on découvre une âme dans un discours, il faut que les mots peignent un beau chemin d'accès, dont le parcours, jusqu'aux objets, fasse naître une musique hors la langue. | | | | |
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| mot | | | Toute production intellectuelle, qu'il s'agisse de poésie ou de philosophie, s'appuie sur deux types de ressources - le verbal et le mental ; la poésie la moins envoûtante se réduit au pur mental, comme la philosophie la plus plate - au pur verbal ; mais une bonne poésie est pensable dans le pur verbal, comme une bonne philosophie - dans le pur mental. | | | | |
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| mot | | | L'intelligence la plus profonde consiste à savoir naviguer au milieu des modèles, sans me laisser dominer par des courants langagiers ; ce sont ces courants, dans lesquels se noient la plupart des jargonautes ontologiques. Mais l'intelligence la plus haute est dans l'art des voiles sachant se servir du souffle de la langue, maîtriser le cap orphique de moi-même et lire les cartes de mes modèles stellaires. | | | | |
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| mot | | | Le summum de l'intelligence artificielle sera atteint, lorsque sera créé un modèle du monde, dans un langage logique universel comprenant un noyau déductif et abductif, avec l'ensemble de ses relations syntaxico - sémantico - pragmatiques, et dont les langues vivantes seraient interfaces. | | | | |
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| mot | | | La demeure de l'être de l'homme est sa musique, qu'il puise, surtout, dans son âme, mais aussi dans la langue ; mais la langue a deux facettes, la descriptive et l'expressive, et seule la dernière est de la musique - deux objections au faux projet heideggérien d'enfermer l'être dans la langue. | | | | |
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| mot | | | Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses. | | | | |
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| mot | | | Seuls les polyglottes peuvent donner un sens profond au silence : les expressions d'un même sentiment, dans des langues différentes, n'offrant ni intersection ni noyau communs, on se réfugie dans ce vide silencieux, ce réceptacle du vrai soi (serait-ce la khôra platonicienne, cet espace réservé à l'accueil des idées ? ), du soi indicible et intouchable, débarrassé et des mots et des choses : « L'esprit vide d'objets est le but du sage » - Upanishad - je dirais qu'il en est la contrainte. | | | | |
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| mot | | | La langue a un double rapport : à l'art et au savoir, d'où ses deux manifestations - le style et la quête. Elle est active et créatrice, sur la première facette, passive et subordonnée - sur la seconde. La représentation, implicite ou fantomatique, fait que la langue touche au réel toujours à travers le voile des concepts ou images, qui, à leur tour, en attendent l'écho : « La connaissance pressent la langue, comme la langue se souvient de la connaissance »** - Hölderlin - « Wie die Erkenntniß die Sprache ahndet, so erinnert sich die Sprache der Erkenntniß ». | | | | |
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| mot | | | Un bel écrit s'appuie davantage sur la représentation (où se logent les métaphores et s'éploie l'intelligence) que sur la langue (cette matière première et première contrainte). C'est pourquoi écrire en français est, pour moi, un exercice passionnant : ni des incantations ni des prières ni des exorcismes n'y surgissent jamais tout seules ; je dois rendre les soupirs dans un langage à jouir. | | | | |
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| mot | | | Une langue, c'est une forme qui se plaque sur un contenu ; sa forme, c'est sa grammaire (syntaxe et morphologie) et son vocabulaire auxiliaire (lexique logique et utilitaire) ; le contenu (strictement parlant, - hors de la langue), c'est le modèle (objets et relations) auquel elle est superposée. Sans le modèle - pas de signification de mots, et même pas de mots. | | | | |
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| mot | | | Je suis sûr de la divinité de mon Enfant ; je sais, que Sa Mère, la langue, s'offre à tout le monde ; mais j'en fais une Vierge et de mon message - une Bonne Nouvelle. | | | | |
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| mot | | | Strictement parlant, les seuls mots du vocabulaire à avoir un sens (indépendamment de la représentation sous-jacente) sont les mots auxiliaires de la logique (les concepts logiques sont les mêmes pour toutes les langues, mais leurs traductions portent des traces grammaticales et morphologiques de chaque langue particulière). Ces mots reflètent les négations, les quantificateurs, les déterminants, les connecteurs, les modalités. Chaque langue a, en plus, une hiérarchie spatio-temporelle implicite de ces constantes méta-logiques, sous forme des priorités dans l'analyse et la transformation des phrases en propositions (distribution de parenthèses). | | | | |
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| mot | | | La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, la compréhension d'une phrase doit aboutir à l'accès aux objets ; le processus de cet accès s'appelle interprétation (s'appuyant sur une grammaire) ; dans les langues indo-européennes, la priorité chronologique, après les connecteurs logiques et la négation syntaxique, est donnée aux verbes, mais il doit exister des langues, où c'est le nom ou la préposition, qui jouent ce rôle, ce qui serait, respectivement, plus pragmatique ou plus abstrait. | | | | |
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| mot | | | Les mots exprimant la modalité (par laquelle un sujet formule sa vision des objets – hypothèses, intentions, mémoire, connaissances), sans avoir un sens sémantique propre, ont un méta-sens, sous forme de mondes hypothétiques, éventuellement incompatibles avec les mondes avérés ou validés. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens. | | | | |
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| mot | | | Après l'interprétation d'un discours intellectuel, tout mot doit disparaître, pour laisser la place à un arbre conceptuel ; l'inverse se produit avec un discours poétique, où doit disparaître toute interprétation, pour ne laisser que la musique des mots : « Le dernier pas de toute interprétation consiste à disparaître devant la pure présence du poème »* - Heidegger - « Der letzte Schritt jeder Auslegung besteht darin, vor dem reinen Dastehen des Gedichtes zu verschwinden ». | | | | |
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| mot | | | Presque tous les Barbares, autour des Romains, parlaient des langues analytiques, avec des articles. Ils finirent par triompher du pauvre Latin synthétique, si libre, si riche en nuances rhétoriques et en flexions. Le robot analytique se réjouit du crépuscule des désinences qui soulagea l'esprit ; le fond y gagna ce qu'y perdit la forme ; l'âme s'en trouva démunie de bons usages, ce qui contribua à son extinction. | | | | |
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| mot | | | Le dualisme cartésien réduisant le monde soit à l'âme soit à la matière, infligea une grande injustice à la langue, qu'il classa parmi la matière (les philosophes analytiques, pour réparer les dégâts, tombèrent dans une hérésie encore plus grave). Or, l'âme qui conçoit et l'âme qui exprime, l'esprit et le goût, le modèle ou la quête, ce sont deux facultés si différentes et si autonomes, que la sainte triade, réalité - modèle - langage, s'impose. D'ailleurs, Descartes voit dans l'homme non pas une dualité, mais une triade, puisque les sens n'appartiennent ni à l'âme ni au corps, mais à leur fusion inextricable. | | | | |
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| mot | | | Hölderlin et Heidegger ont tort d'opposer le pathos sacré de la quête grecque à la sobriété junonienne du don de représentation - ce sont deux dons incomparables, l'un artistique et l'autre intellectuel, l'un langagier et l'autre conceptuel. Nietzsche trouve une opposition plus juste entre deux types d'art, entre deux genres de pathos : Apollon et Dionysos (ou Raphaël et Michel-Ange). | | | | |
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| mot | | | C'est dans le cadre d'un langage donné que se définit le silence ; quand on atteint les limites d'un langage, ce n'est pas le silence qu'on doit adresser aux choses inaccessibles (Wittgenstein), mais le chant, chant, qui est métaphorisation du langage courant. | | | | |
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| mot | | | Les résultats en algèbre ou en analyse auraient gardé exactement la même valeur, si nous n'avions pas adoptés les notations de Newton, Leibniz ou Gauss. De même, notre connaissance du monde ne perdrait rien, si l'on renonçait à l'emploi d'une langue quelconque. Donc, parler comme Heidegger ou Wittgenstein, que les limites de notre univers coïncident avec celles de notre langue, est une sottise. | | | | |
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| mot | | | Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours. | | | | |
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| mot | | | La vie se compose d'empreintes et de rêves. L'évoquer dans un langage est également ardu, mais la difficulté de la seconde tâche est qu'il faille s'interdire l'usage de miroirs, tandis que la première est toute de miroirs. L'artisanat de l'axe et l'art du levier. | | | | |
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| mot | | | Le nombre de liens, dont est conscient un animal, est très limité : la parenté, la nourriture, le jeu, la proie, le prédateur ; ce qui freine le développement de langages. L’homme est créé en tant qu’inventeur de liens, ce qui conduit à l’enrichissement du lexique et de la syntaxe, tandis que, chez l’animal, cet enrichissement s’arrête à la phonétique et à la gesticulation. | | | | |
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| mot | | | Le langage est donné à l'homme, pour qu'il chante ce qu'il est. Au lieu de cela, il narre ce qu'il fait, ce qu'il voit ou ce qu'il opine. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité on trouve les visages, dans la représentation – les rôles, dans le langage – les masques. Le bon écrivain est un dramaturge, sachant choisir son genre, son drame et sa scène, mais il doit se résigner à ne manipuler que les masques, tout en songeant aux visages. | | | | |
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| mot | | | Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias. | | | | |
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| mot | | | L'émerveillement devant la réalité et la langue, toutes les deux inépuisables : l'infinité de concepts qu'on pourrait bâtir (la représentation) au-dessus d'un nombre fini de mots, qui couvrent une partie du réel, l'infinité d'images qu'on pourrait créer (l'interprétation) au-dessus d'un nombre fini de concepts accessibles à la langue. | | | | |
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| mot | | | Ce qui est commun à la poésie et à la philosophie : s'attaquer à l'impossible, en exprimant le mystère de la vie par un mystère du langage, tout en en méprisant les problèmes et les solutions. | | | | |
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| mot | | | Tout discours, qu'il soit littéraire ou technique, se réduit à deux tâches : comment référencer les objets et comment référencer les relations ; c'est la hauteur élégante ou la profondeur rigoureuse du nommage qui relèvent de la véritable création. « Où réside la magie, celle du nommage sans création ? - dans un mot juste, qui appelle la splendeur de la vie, et elle advient »*** - Kafka - « Das Wesen der Zauberei, die nicht schafft, sondern ruft : ruft man die Herrlichkeit des Lebens mit dem richtigen Wort, dann kommt sie ». | | | | |
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| mot | | | Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores). | | | | |
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| mot | | | Le discours, ou la pensée, se forme en deux étapes, la pré-langagière et la langagière. La première : désirer, se focaliser, se tendre – et comme résultat : voir les objets et les relations. La seconde : référencer les objets et les relations, formuler la proposition et comme résultat : montrer l'arbre conceptuel. L'échelle expressive du référencer va du nommer au chanter. L'échelle intellectuelle du formuler comprend les structures et les logiques, une simulation temporelle des tableaux spatiaux. | | | | |
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| mot | | | Les jugements abstraits, formulés dans une langue étrangère, créent l'illusion de profondeur et de poids ; d'où le prestige, si souvent immérité, des Grecs anciens. Les Latins, qui ne font que reproduire la sagesse grecque, n'ont pas son aura, car le latin est plus translucide pour nos yeux de modernes. | | | | |
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| mot | | | Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets. | | | | |
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| mot | | | Il est bien des lieux, où ne peut aller mon français ; je suis forcé d'y inventer du gascon. Je devine l'étendue de mes gasconnades involontaires, dont doit se gausser le bon français. | | | | |
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| mot | | | Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens. | | | | |
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| mot | | | Ni l'intelligence ni le savoir ni la conscience ni la rigueur ne sont pré-conditions d'un discours philosophique ; son unique élément est le langage, qui est à la fois contrainte et ressource ; tout s'y formule en termes d'un vocabulaire et non pas en concepts ; les rares à l'avoir compris : Héraclite, Nietzsche, Heidegger. | | | | |
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| mot | | | Je ne vois ni des universaux linguistiques, ni des dispositions linguistiques innées (innate capacities), dont parle Chomsky ; je ne vois que des universaux mentaux (structures, objets, relations) ou logiques (connecteurs, quantificateurs, négation, déterminants) ; eux seuls expliquent l'apprentissage fulgurant de langues, par des mômes (le mental évoluant parallèlement au langagier), et dont sont incapables les adultes (dont le mental est déjà soudé au langagier). | | | | |
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| mot | | | Ah, que ne puis-je subjuguer avant de conjuguer ! Mais ma sorcellerie évocatoire (Baudelaire) se brise sur l'usage, avant d'étaler mon présage. | | | | |
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| mot | | | Il y a maintes facettes de la réalité, rendues si parfaitement par nos représentations et nos langages, que leur mystère ontique devient inutile et superflu ; mais les meilleures des facettes humaines, où se croisent les émotions, les beautés et les rêves, sont si incompréhensibles et irréproductibles, que le seul but de notre dit devrait y être - faire ressentir l'indicible. | | | | |
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| mot | | | Je suis embêté d'avouer, qu'une bonne moitié de mes émotions, sur cette terre, est due aux écrits des autres. Pourtant, la vie aurait dû garder toute sa valeur en dehors de tout écrit du passé. Les mots du présent ne sont que de passives étiquettes ; en se tournant vers le passé, ils ont une chance de devenir signes ou symboles ; pour les mots bien magnétisés, on peut dire, que « contrairement à la mathématique, le langage nous conduit vers le passé » - G.Steiner - « language, unlike mathematics, draws backward ». On met longtemps pour comprendre, et d'en être horrifié, que, dans le passé, tout le reste est silence. « Muets sont les tombeaux, survivent seul les mots » - Bounine - « Молчат гробницы - лишь слову жизнь дана ». | | | | |
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| mot | | | Le signe n'a pas deux (comme disent les structuralistes), mais trois faces : morphème dans la langue, référence d'objet-relation dans le modèle, référent d'espace-temps dans la réalité. | | | | |
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| mot | | | Mes ruines des mots sont un compromis entre deux regards diamétralement opposés sur la langue : celui de Heidegger, qui y voit une maison hantée par le mystère de l'être, et celui de Valéry, qui en fait un fantôme fugitif, disparaissant dans le devenir du sens. Évidemment, Valéry est beaucoup plus intelligent et pertinent, mais il n'avait aucun soi à loger, le souci, que je partage avec Heidegger. | | | | |
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| mot | | | Face à l'âme - deux interprètes, aux rôles assez proches - le corps et la langue. Le corps perçoit et imprime ce que l'âme exprime et conçoit, mais parfois le corps devient dominateur, comme la langue, et ce qui s'appelle caresse, pour le corps, s'appellera poésie, pour la langue. | | | | |
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| mot | | | Husserl a tort d'opposer les signes-expressions (Ausdrücke) aux signes-indices (Anzeigen) ; les métaphores sont aussi des références, mais sortant des thésaurus ordinaires et faisant appel à l'analogie ou à l'intuition, pour bâtir une image, qui procure le plaisir ou éveille la curiosité. | | | | |
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| mot | | | Dans tout discours, la part purement langagière est entrelacée avec les couches conceptuelle et poétique, la référentielle et l'expressive ; quand ces deux dernières sont trop misérables, ne conduisant ni à un approfondissement fécond ni à un rehaussement musical, on peut appeler ce discours exclusivement langagier, c'est le silence, dont parle Wittgenstein ; dans un discours intellectuel ou poétique, au contraire, après l'unification avec des idées ou images, disparaît le langage (Valéry). Entre la maxime verbale et la pantomime musicale se joue la création humaine. | | | | |
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| mot | | | Deux abus du langage : le journalisme - les mots collent trop près aux choses, ou le verbalisme - les mots perdent tout contact avec les choses. Le premier cas est irrécupérable, tandis que le second a une chance d'être sauvé par la poésie. Sans poésie, le verbalisme devient charlatanisme, présentant les mêmes symptômes, qu'on soit psychanalyste, prédicateur ou philosophe analytique. | | | | |
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| mot | | | Heidegger est le plus grand mystificateur du XX-ème siècle ; c'est en philologue qu'il s'amuse avec ses jeux étymologiques, morphologiques ou phonétiques, que ses admirateurs ou adversaires prennent au sérieux, pour échafauder des vocabulaires absurdes et creux. Par exemple, dévoilement ou oubli, provenant de aléthéia grec, où la vérité serait une sortie de l'oubli, ou Gegend, Gegenüber, Gegenstand - contrée, vis-à-vis, objet, sur lesquels discutaillent tant de scrutateurs français. C'est à profusion qu'il sema ses charades et boutades ; à comparer avec les tirades anti-philologiques de Sartre. | | | | |
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| mot | | | On bâille ferme, lorsque le philosophe ne parle que de philosophie, ou le philologue - que de philologie ; c'est l'intérêt ou la volonté que le philosophe tourne vers la forme langagière ou le philologue - vers le fond conceptuel, qui sont plus prometteurs. Ce qui est curieux, c'est que l'incompétence ne gêne en rien les philologues (Nietzsche, Heidegger) et ridiculise - les philosophes (Wittgenstein, Foucault). | | | | |
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| mot | | | La représentation répond à la question qu'est-ce qu'un tel objet ?Le langage (aussi bien le naturel que l'artificiel) offre des moyens de répondre à la question comment peut-on référencer un tel objet ? C'est ainsi que naissent les métaphores ou les formules logiques. | | | | |
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| mot | | | Le langage : en amont – une représentation, des vérités déclaratives, inconditionnelles, apodictiques, en aval – des requêtes, leur vérité déductible ; le langage est à mi-chemin entre les mystères du désir (libre arbitre) et du sens (liberté), avec la logique au centre. | | | | |
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| mot | | | Dans l'arbre de la connaissance, quelle est la place du langage ? - fournir un ramage harmonieux, faire éclore des fleurs et couler la sève (« Je presserais mes idées, pour en extraire la sève » - Dante - « Io premerei di mio concetto il suco »), donner un sens à la cime - mais je ne vois sa place ni dans le tronc ni dans les racines : « Le sensible et l'intelligible, en tant que troncs de la connaissance, émergent d'une même racine, racine inconnue » - J.G.Hamann - « Sinnlichkeit und Verstand als zwei Stämme der Erkenntnis entspringen aus einer gemeinen, aber unbekannten Wurzel » - et elle n'est certainement ni langagière ni conceptuelle, mais purement mentale. | | | | |
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| mot | | | La langue me fournit un stock d'étiquettes, dont j'enveloppe (mes visions) des choses ; pour que ces étiquettes dépassent les choses et atteignent au noble grade de mots, il faut qu'elles caressent ou blessent. | | | | |
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| mot | | | Je n'habite pas la maison du français, je la hante. Y avoir croisé beaucoup de fantômes contribua à ma vision de mon soi inconnu, que j'y convoque, aux heures astrales. Il n'y est jamais ni propriétaire ni locataire, mais sursitaire, que le premier rayon auroral chasse. Je ne sais pas qui, la langue ou le soi inconnu, détermine ou seulement colorie le style architectural de l'autre – forteresse ou ruines ? Chez les autochtones, ils se confondent : « Plus je me hante, moins je m'entends » - Montaigne. | | | | |
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| mot | | | L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus du réel (les nombres), on bâtit des modèles (les symboles) ; au-dessus des modèles, on bâtit soit des mots (les signes), soit des interprètes (les paradigmes) ; philosopher, c'est reconnaître cette chronologie et cette hiérarchie. | | | | |
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| mot | | | L'obscurité qui entoure le sexe et la langue des anges est plus éclairante que la rigueur de la grammaire et des scénarios du robot. Connaître intuitivement ou abstraitement est plus excitant que de formuler des propositions correctes. | | | | |
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| mot | | | Dans le langage, il y a une partie magique, qui créa l'homme, et une partie mécanique, que l'homme créa. Il faudrait revoir ce qu'on entend par commencement, en glorifiant le Verbe. | | | | |
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| mot | | | Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle. | | | | |
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| mot | | | La langue de philosophie, c'est le français, comme la langue de poésie, c'est l'allemand. La logomachie française pousse à soigner la ligne sémantique, musicale, du discours ; la logomachie allemande favorise le goût de l'édifice syntaxique structurel. La morphologie indigente du français oblige à créer des concepts avant les mots ; la morphologie allemande invite à créer des mots avant les concepts. Les contraintes vaincues expliquent souvent le succès intellectuel ; c'est pourquoi la meilleure philosophie française est poétique (Pascal ou Valéry) et la meilleure poésie allemande est philosophique (Hölderlin ou Rilke). | | | | |
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| mot | | | Chaque langue a son magnétisme particulier, dû à la civilisation nationale et non pas à la langue elle-même : dans des langues différentes, la référence des mêmes objets et liaisons provoque des ondes esthétiques différentes, ce qui disqualifie toute traduction mot-à-mot. Le plaisir de la forme peut s'émanciper du contenu, ce que n'admet pas Bakhtine : « Hors d'une référence au contenu, la forme ne peut être signifiante au plan esthétique » - « Вне референций на содержание, форма не может быть значимой в эстетическом плане ». | | | | |
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| mot | | | L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ? | | | | |
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| mot | | | Un écrit est bâti en trois couches : les mots, les tons, les idées. Les deux premières doivent en reconstituer la musique, tout échec dévalorisant les idées. Tout défaut d'une couche inférieure se répercute, fatalement, sur la qualité des suivantes. Le français restant muet, je suis privé d'outil dialogique, indispensable, et me vautre dans un monologue irresponsable. | | | | |
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| mot | | | M.Burgin, mon camarade de promotion universitaire, un excellent mathématicien et que je croisais souvent dans les couloirs de la Bibliothèque des Littératures étrangères, est mort. Juste avant de mourir, dans sa villa californienne, il chercha à me joindre, pour parler de notre jeunesse et pour discuter de son pavé de mille pages, The Theory of Knowledge (150$!). Trop tard. Son ouvrage se disqualifie par l’incompréhension de la place du langage dans notre arsenal intellectuel. Les linguistes ignorent la représentation, les logiciens ignorent le langage – d’où leurs logorrhées réciproques lacunaires. | | | | |
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| mot | | | Pascal a raison : ce qui est le plus grandiose et énigmatique dans le monde garde un terrible silence. Les mots ne l'atteignent pas et s'arrêtent sur la surface des choses ; seule la musique semble parfois surmonter la pesanteur et se fondre en grâce divine. « Peut-être, pour la dernière réalité il n'y a pas de mots du tout » - H.Broch - « Vielleicht gibt es überhaupt keine Worte für die letzte Wirklichkeit » - une bonne raison pour s'y taire et ne compter que sur le chant. | | | | |
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| mot | | | Deux attitudes possibles, face à une langue étrangère, dont je veux me servir : soit je m'y plonge, pour y pêcher de bons candidats, soit je reste avec mes images ou états d'âme et je laisse l'intuition armer ses hameçons. Dans le premier cas, j'attrape, à coup sûr, des banalités ; dans le second, je lèverai souvent des canards, de ces fautes d'oreille, qui arrivent à tout tenant de la hauteur : « Leur cœur parle trop haut et les empêche d'entendre ce qu'ils disent »** - Chateaubriand. | | | | |
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| mot | | | Un immense tempérament et une immense intelligence, Nietzsche et Valéry, abordèrent toutes les questions de la philosophie académique, en les débarrassant de tout verbalisme, argumentatif ou narratif, dans lequel nagent les philosophes logorrhéiques, et en n'exhibant que des métaphores. Tout contenu se réduisant aux mots, s'opposant aux tropes ou concepts, est bête. Et il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'y en a que de vagues notions. | | | | |
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| mot | | | Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère. | | | | |
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| mot | | | La langue et la pensée. Leurs rapports avec le réel et le modèle sont assez proches, mais leurs structures sont fondamentalement différentes : la pensée suit la représentation, c'est à dire des objets et des relations, tandis que la langue s'occupe surtout des chemins d'accès à ces entités, et ces chemins peuvent être très différents dans des langues différentes, les pensées reflétées étant identiques. C'est ainsi que naît un véritable style littéraire - de la subtilité des accès. | | | | |
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| mot | | | Le monde est reflété, toujours partiellement, par nos représentations (presque toujours subjectives). Et le langage n’y apporte presque rien (sauf des éléments stylistiques, littéraires). Les linguistes ne le voient pas : « Le langage reproduit le monde mais en le soumettant à son organisation propre » - É.Benveniste – cette misérable organisation se réduit à une pauvre grammaire dont la structure n’a pas un seul point commun avec le monde. | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | Les yeux sont plus dignes de foi que la langue, mais ils ne furent jamais à l'origine d'une hérésie. Les yeux sont toujours bavards, seule la langue sait doser mutisme et éloquence. Les yeux parlent, la langue respire. | | | | |
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| mot | | | Ni les mots, ni même les caresses, n'arriveront jamais à rendre, fidèlement, le fond de ce qui anime notre soi, chaud, palpitant et inconnu ; mais les mots, et surtout leur forme, peuvent avoir leur propre saveur, dont la fin principale serait de nous détourner du monde extérieur et de nous laisser en tête-à-tête avec le monde intérieur. On dirait, que le chinois l'ignore : « Quand elle passe par notre bouche, la sagesse est fade et sans saveur » - Lao Tseu. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent. | | | | |
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| mot | | | La philosophie n'habite que le langage (et non pas les concepts ou les vérités), puisque la consolation ne peut venir que du langage, et que, pour le philosophe trop réaliste et trop borné, la réalité et la représentation devinrent trop mystérieux ou trop techniques. | | | | |
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| mot | | | À la base de toutes les langues se trouve une grande banalité … ignorée de tous les linguistes : les mots (sons ou morphèmes) ne servent qu'à référencer les objets et les relations. À partir de là - l'histoire forme les grammaires, et les enfants l'apprennent avec une facilité prodigieuse, parce que la référence d'objet ou de relation est un méta-concept inné, a priori, et ce rapport est la seule méta-grammaire universelle que l'apprentissage universel instrumentalise. Les linguistes suivent le chemin inverse ; ce qui est sensé pour une machine est erroné pour l'homme. Des universaux linguistiques (Chomsky) n'existent pas. | | | | |
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| mot | | | C'est selon l'organe sollicité qu'on classe un écrit : l'oreille (une langue châtiée), l'esprit (les tableaux, les horizons), l'âme (la noblesse, l'intelligence) - un romancier, un philosophe, un poète. Les deux premiers, souvent, se contentent de leur seul organe de prédilection ; c'est le troisième qui, le plus souvent, en maîtrise tous les trois. Il se trouve que ce sont surtout des maximistes. | | | | |
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| mot | | | La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine. | | | | |
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| mot | | | Le langage n'est rien dans la pensée mathématique, pas grand-chose - dans la pensée sensorielle, presque tout - dans la pensée métaphysique. | | | | |
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| mot | | | La philosophie du langage, si galvaudée outre-Atlantique, n'a aucun thème valable ; n'est possible que la poésie du langage, l'étude des déviations tropiques ; le langage a deux faces, l'interne (morphologie, syntaxe, logique, grammaire) et l'externe (associations avec des objets et relations du modèle représentatif) - je n'y vois aucune place pour un regard philosophique. Quant au sens, il se forme déjà au-delà du langage, avec des valeurs de vérité et de substitutions ; et il ne peut pas sortir du psychologisme. | | | | |
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| mot | | | Notre cerveau dispose de trois admirables machines : la raison spatiale (visant les structures – nœuds et arêtes), la grammaire temporelle (se pliant à la syntaxe et à la lexicologie), l'interprète spatio-temporel du discours (s'appuyant sur la logique et la précédence des opérateurs). Et la merveille du passage de relais entre ces machines est tout aussi prodigieuse. | | | | |
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| mot | | | L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie. | | | | |
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| mot | | | La pensée est spatiale (une structure, réseau ou arbre), et l'énoncé (élocution ou écriture) est temporel. Pourtant, il faut savoir passer de l'un à l'autre ; c'est l'objet d'une méta-grammaire, traduisant des structures (communes pour tous les hommes) en suites de références (dont l'ordre dépend de la grammaire d'une langue particulière et du style d'un homme particulier) et vice versa ; ces méta-grammaires permettent de classifier toutes les langues du monde. Un jour, on inventera une langue artificielle spatiale, un espéranto conceptuel, où l'on ne lira plus de gauche à droite, ni de haut en bas, mais où l'on se mettra tout de suite à interpréter les idées, en choisissant soi-même le début et le parcours de sa recherche. | | | | |
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| mot | | | Trois facultés si nettement distinctes : la représentation, l'interrogation, l'interprétation – les fonctions synthétique, langagière, analytique ; pourtant, les Anciens employaient le même mot, pour désigner tout cet ensemble – la dialectique. | | | | |
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| mot | | | La langue, ce sont des matériaux de construction, plus les normes de leur résistance ; le discours personnel, c'est l'œuvre d'un architecte, bâtie sur ses représentations, face aux exigences de la réalité ; la langue ne peut avoir de relations algébriques qu'avec des représentations, et donc toute idée d'un isomorphisme quelconque entre la langue et la réalité (Wittgenstein) est une pure absurdité. Et lorsque la langue suit de trop près la représentation, disparaît toute créativité de l'ange et s'installe le mal de la bête : « Le mal radical - la chute du langage dans la représentation »** - Derrida. | | | | |
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| mot | | | La fonction principale du langage dans la philosophie n'est ni l'herméneutique (Heidegger) ni l'analytique (Wittgenstein), mais la poétique - la qualité du chemin mental, qui mène de la référence à l'objet, de l'étiquette à la structure, de l'immédiat à la métaphore, de l'intemporel au mouvement, du factuel à l'émotionnel, du neutre à l'intense. | | | | |
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| mot | | | Le parcours d'un créateur - son commencement, ses contraintes, ses moyens, ses buts – tout y est hors langage ; le langage, ce ne sont que des chemins d'accès aux étapes de ce parcours. « Le texte n'est qu'un petit rouage dans une machine extra-textuelle »** - Deleuze. | | | | |
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| mot | | | Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés. | | | | |
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| mot | | | La langue fait ouvrir les yeux et dresser les oreilles, mais le regard et sa hauteur doivent leur formation - à l'âme, qui préside à la conception du premier et au sens du dernier pas des mots. | | | | |
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| mot | | | Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes. | | | | |
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| mot | | | Quand je lis le linguiste borné ou le philosophe vague, je comprends qu'il est impossible de savoir ce qu'est la langue, si l'on ne sait pas ce qu'est la raison, et qu'il est impossible de savoir ce qu'est la raison, si l'on ne sait pas ce qu'est la langue. Il manque, respectivement, un bon quantificateur universel ou un bon quantificateur existentiel. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes nos langues, la caresse corporelle, en tant qu'une métaphore, se propage partout où l'émotion a sa place : toucher – touchant, (be)rühren – rührend, тронуть — тронут. Il semblerait même, que les bons esprits eux aussi subissent la même contamination : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment toucher à l'intouchable d'une manière touchante » - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est haec, ut scias, quomodo attingitur inattingibile inattingibiliter » - on ne sait pas si l'on y est en présence d'une pensée, d'une maîtresse ou d'un poème. | | | | |
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| mot | | | Dans le langage, il n'y a ni idées ni images, il n'y a que des mots ; il faut aller au-delà des mots, pour trouver de bons ancrages ; et dans cette région se trouvent l'âme et l'esprit ; seul le talent est capable de construire des ponts au-dessus de ce gouffre. Quand l'esprit seul agit, je suis dans la science ; quand l'âme seule m'exprime, je suis dans l'art ; la cohabitation heureuse de l'âme et de l'esprit engendre les plus beaux genres - la poésie et la philosophie. | | | | |
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| mot | | | L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation. | | | | |
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| mot | | | Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse. | | | | |
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| mot | | | Avant d’adopter, en français, le ton funèbre et le style salonnard, Cioran produisit un beau chant du cygne à sa langue maternelle, dans son plus rigoureux et le plus beau livre – de la France ! Passé complètement inaperçu, il dépasse pourtant Germaine de Staël (de l’Allemagne) en profondeur et Astolphe de Custine (la Russie en 1839) en culture. | | | | |
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| mot | | | Ni la langue, ni, encore moins, la logique ne représentent le monde (comme le pense Wittgenstein) ; elles ne font qu'en interroger des représentations. Le monde, lui, est plein de beau, de bon et de mystérieux ; mais je me demande, si j'habite le même monde que Wittgenstein, pour qui celui-ci est démuni et d'éthique et d'esthétique, et, en plus : « On n'y trouve aucun mystère » - « Das Rätsel gibt es nicht », tout en le sentant à ses frontières. | | | | |
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| mot | | | Je ne connais qu'un seul philosophe, également bien armé, pour affronter les deux seuls défis de la philosophie noble, le désespoir et le langage, - Wittgenstein. Mais il manque trop de talent littéraire ; le tempérament d'homme et la finesse de philosophe ne passent pas dans le style d'écrivain. | | | | |
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| mot | | | Finalité sans fin, ce charabia est la traduction officielle en français de la définition kantienne du beau. Joli pour l'oreille et idiot pour la jugeote. « Vorstellung ohne Interesse an seinem Dasein und ohne Begriff – représentation, sans renvoi à la réalité et sans concepts » – une belle définition de la poésie (qu'il ne faut pas généraliser à l'art tout entier) : les concepts naissant de l'expression, cette représentation métaphorique, détachée de la réalité par l'audace du langage. | | | | |
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| mot | | | Où, exactement, naît la musique, parmi le réel, l'intellectuel, le sentimental, le verbal ? Son créateur et l'interprète, l'âme, peut animer tous ces domaines ; toute matière peut y être vue comme une empreinte ou lue comme une partition. « Chaque langage dit une partition de la musique humaine » - M.Serres. | | | | |
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| mot | | | Avec mes mots, je veux émouvoir les étoiles, et je n'arrive même pas à faire danser les ours (Flaubert). Le pire, ce n'est pas l'ours (qui aurait marché sur de mauvaises oreilles), mais la lanterne incertaine (aux yeux tournés vers le bas), pour laquelle on prendra ma scintillante étoile. Et moi-même, je me prendrai pour celui qui « prend sa bougie pour lui-même, la souffle et, à la fin, se prend pour la nuit »** - G.Bataille. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | Ma vision-compréhension est, en grande partie, un emprunt au patrimoine commun des hommes, mais mon regard, c'est ma vision-création, qui commence par un détachement, par volonté ou par révélation, du monde connu, nommé. Nommer ne fait pas partie des prérogatives du regard (mais référencer, relier des noms avec de bons connecteurs - oui) ; le regard, c'est une projection du verbe sur un modèle du monde. Théorie voulait dire, jadis, - regard. Le regard est réduction de toute observation en introspection. | | | | |
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| mot | | | Les ombres, dans un bel écrit, sont l'essentiel : la tonalité, la mélodie, la force. Mais la lumière de l'harmonie et de l'orchestration doit y percer. C'est tout ce que je demande à mes gammes françaises. « Si je veux faire parler mon âme, aucun vocable français ne s'y présente ; mais si je cherche à briller, alors c'est autre chose » - Tolstoï - « Когда хочешь говорить по душе, ни одного французского слова в голову нейдёт, а ежели хочешь блеснуть, тогда другое дело ». | | | | |
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| mot | | | Le Français est le seul à oser se méfier des idées et se fier au mot. « Le Français est l'homme et maître du mot. Sa pensée a pour source la langue » - W.Schubart - « Der Franzose ist ein Mensch und Meister des Wortes. Er denkt von der Sprache her ». Tous tentent de rehausser l'émotion : le Français - par le mot - outil - verdict, l'Allemand - par le rêve - but - motifs, le Russe - par la vie - contrainte - repentance. Le motif premier comme la dernière parole méritent la mémoire surtout dans un verdict sans appel, dans des causes entendues. | | | | |
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| mot | | | Dans une représentation, toute catégorie, projetée sur la réalité ou sur le langage, devient, respectivement, une allégorie ou une tautégorie, c'est à dire qu'aucune homologie ne peut exister entre représentation et réalité et que le langage n'apporte rien à la représentation. | | | | |
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| mot | | | Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent. | | | | |
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| mot | | | Dans une représentation, les substances auraient pu s'appeler s1, s2, …, s857, …, et les relations - r1, r2, …, r964, …, sans qu'aucune trace d'une langue vivante n'y intervienne. La langue enveloppe une représentation déjà prête ; dans le cas d'une langue indo-européenne, les noms s'associent avec les substances, les verbes - avec les relations, les adjectifs et adverbes - avec les valeurs. La grammaire interne achève ce travail, pour permettre de formuler des requêtes logiques du monde modélisé. Dans l'exploration du monde, les propositions sont donc la fin et non pas le début. | | | | |
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| mot | | | La maîtrise des lois du monde ou la maîtrise des mots - laquelle est plus utile, pour évaluer ou goûter le monde ? Quand on lit la langue de bois des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des musiciens, leurs lourdes tentatives d'abstraction ou d'animation, on comprend, que la seconde maîtrise est plus essentielle. Le poète, et donc le philosophe, sans maîtriser le fait, ce nœud isolé, cette branche définitive, en peint, en devine et en recrée l'arbre ouvert et vivant. | | | | |
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| mot | | | Tant de semelles et de leurs traces dans l'écrit des agités des pieds et nécessiteux des cervelles : le sabotier doit être roi au pays où règne la langue de bois. | | | | |
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| mot | | | Quand, dans les constructions du verbe, on admire la sacristie du vrai, s'agenouille devant l'autel du beau et épie le confessionnal du bon, on peut conclure que le langage est le temple de l'être. | | | | |
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| mot | | | On peut juger du sérieux des métaphysiciens, en citant cette perle de leur père : « Il y a identité entre : un homme, homme existant, homme ». Le premier : une variable, s'unifiant avec des instances de l'homme. Le deuxième : ou bien le terme existant est méta-langagier et il s'y agit de la simple existence en tant qu'instance ; ou bien existant est un attribut temporel et il s'agit des instances existantes au moment de la requête : ou bien existant est un attribut booléen et il s'agit des instances, dont cet attribut vaut vrai. Le troisième : une étiquette langagière, collée à la classe correspondante. On est très loin d'une identité. | | | | |
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| mot | | | Notre langue maternelle est ce qui prive de leur Pentecôte l'œil et l'oreille. Le don des langues est l'un des dons majeurs du regard et du goût. Et même de la vie : on est autant de fois homme, que le nombre de langues qu'on maîtrise. | | | | |
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| mot | | | Écrire, c'est bâtir un édifice, dans un style que te dictent ton goût et ton talent. Pour avoir cette liberté, il faut habiter la langue, c'est à dire se sentir chez soi dans son atelier, maîtriser et ses outils et ses matériaux et ses acoustiques. Mais je n'habite plus aucune langue ; je suis condamné à n'ériger que des ruines, en espérant qu'un œil de connaisseur y devine le style rêvé : une caverne, une tour d'ivoire, un temple. | | | | |
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| mot | | | La réalité est époustouflante de perfection, le langage est merveilleux comme système et inépuisable comme outil ; mais on explore la perfection réelle par des outils représentationnels et non pas langagiers ; l'imperfection de ces projections doit être imputée aux modèles et non pas au langage. | | | | |
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| mot | | | Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal. | | | | |
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| mot | | | Plus le mot est riche, plein et ouvert, plus il ressemble à un arbre et non pas seulement aux matériaux de construction, ombrages ou fruits. « Le mot juste est un bon arbre - ses racines sont fermes, ses branches touchent au ciel, il porte des fruits en toute saison d'après la volonté de Dieu »** - le Coran. Si, en plus, des inconnues se faufilaient dans cet arbre, on pourrait l'unifier avec un autre, pour un beau dialogue, et les racines se trouveraient unifiées avec les fruits de l'autre, et les branches - d'avec des cimes. Et dans l'arbre unifié, le dernier serait le premier. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | La pensée, cette construction spatiale, se compose de la même manière, chez tous les hommes, tandis que la phrase, cette construction temporelle, a des structures et chronologies différentes, dans des langues différentes. La composition de la phrase n'a pas grand-chose à voir avec la composition de la pensée. | | | | |
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| mot | | | Nos requêtes s'adressent aux choses, aux fantômes ou au langage même, pour que la réponse soit trouvée parmi les solutions, les mystères ou les problèmes. La misère de notre époque est que, désormais, seules les premières intéressent les hommes, d'où l'indigence langagière et la banalité spirituelle. « Le langage ne reste énigmatique que pour qui continue de l'interroger » - Merleau-Ponty - le problème du langage est vite épuisé, c'est le mystère de l'inexistant qui reste inépuisable. | | | | |
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| mot | | | Les mots n'apportent que des ombres utiles à la lumière que sont les idées. Mais celui qui ne vit que dans les ombres voit de la lumière dans tout ce qui est légèrement moins ténébreux : « Les mots peuvent fournir des lumières sur les principes de nos idées » - Condillac - comme la poésie - sur les principes de votre orthographe ! Le poète indigent vit par ses mots, le grammairien repu vit de ses idées. | | | | |
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| mot | | | Le discours est une suite, linéaire et temporelle, de signes ; il n'est qu'une modulation des réseaux conceptuels, sous-jacents et spatiaux ; une langue ne contient pas de connaissances du monde, elle ne fait qu'aider à les résumer ou à les interroger. | | | | |
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| mot | | | Dans le regard sur les composants de l'homme ou de l'ordinateur - sur l'âme et le corps, res cogitans ou res extensa, le logiciel et le matériel, il y a des parallélismes frappants, mais des divergences ne sont pas moins frappantes, et elles concernent et la représentation de connaissances et l'interprétation de requêtes. Chez l'homme, rien de comparable avec la primauté informatique de la représentation ; tout y est réduit à des (ré)interprétations fulgurantes. Mais dans l'exécution, le contraste est encore plus saisissant : l'équivalent du langage-machine, chez l'homme, semble être un langage de tropes, d'un niveau infiniment supérieur aux langages en logique ou orientés-objets ; les hiérarchies y sont inversées ! L'homme fut poète-né, avant de sombrer dans l'imitation de la machine ! | | | | |
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| mot | | | Dans les meilleurs arbres ne parlent que les fleurs, porteuses du sens, prêtant leur langage aux racines, ramages et sèves, qui ne sont que des sens. Mais la musique de l'arbre a besoin de tous ses attributs. Les mots ne poussent qu'avec les fleurs : « Les racines parlent et les paroles veulent pousser » - Jabès. | | | | |
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| mot | | | Difficile de chanter la hauteur avec une voix de la faiblesse sacrée ; c'est la force intérieure du langage que je dois appeler. « Un langage altier ne sied pas à des faibles » - Eschyle. Un langage plébéien sied, aujourd'hui, à tous les forts du jour. | | | | |
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| mot | | | Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique. | | | | |
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| mot | | | Entendre, c'est s'entendre, dans un dialogue à deux, c’est la première fonction du langage. Tandis que la fonction représentative du langage n'est qu'un immense malentendu de ceux qui voient dans le mot l'unique interprète des choses : « C'est en vue de la fonction représentative que le langage est articulé » - Ricœur. Avec ces linguistes, en tombant sur vache, on ne sait jamais si on a affaire à un mot, un concept ou une chose. | | | | |
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| mot | | | L'homme perd l'intimité avec le mot, il communique, de plus en plus, par le geste ou par l'image, qui sont les chaînes du milieu, de la médiocrité (le middleware). Le diable nous parle de la fin nécessaire, la femme - d'un autre début possible. « La langue est ennemie de l'homme, ami du diable et de la femme » - proverbe latin - « Lingua est hostis hominum, amicusque diaboli et feminarum ». Un chant funèbre ou un chant de sirène réveillent le goût des mots. | | | | |
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| mot | | | L'air est l'élément de la poésie ; le son a besoin d'air, pour être entendu ; les premiers gestes de la Création, étaient-ils accompagnés d'une musique et d'une poésie ? Puisque le son précède la parole, et « une langue est un commentaire humain sur la création » - J.Green - son premier rôle serait donc la traduction d'un original indéchiffrable. Modeste et somptueux ! | | | | |
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| mot | | | Le but du poète est toujours obscur, et le mot, qui le vise, ne doit être ni trop clair ni trop vague. « Le poète rate sa cible, avec des mots ou trop familiers ou trop distants » - S.Johnson - « Words too familiar, or too remote, defeat the purpose of a poet ». Dans l'art du chant, le mot à distance juste n'existant pas, le poète est celui qui vit de ces ratages. | | | | |
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| mot | | | La mathématique n'est pas le langage principal de la nature, elle n'en est que l'ontologie, c'est à dire le casting des rôles. Mais son dramaturge avait également pensé au langage des décors et à celui du jeu des interprètes, au fond de la scène et à la hauteur du paradis. Le langage, c'est la forme ; quant au fond, c'est toujours la même clé - Deus ex machina. | | | | |
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| mot | | | Pour échapper au prurit du changement, qui finit toujours par nous laisser avec la même chose, il vaut mieux suivre la devise opposée de Quintilien : « La même chose mais autre » - « Eadem sed aliter ». Les angles de vue, les langages, reconnaissent, font et défont les choses, c'est à dire leurs modèles. | | | | |
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| mot | | | Dans une langue, comme en mathématique, il y a très peu de constantes, notées toujours par les mêmes symboles (mots) ; c'est pourquoi tout bon et honnête philosophe devrait introduire ses écrits, comme le fait tout mathématicien (Soit X désigne…) : soit Penser, Être, Idée désignent… Toutes ces tentatives ayant lamentablement échoué, on est obligé de lire en toute philosophie, même dans la bonne, - des exercices poétiques, ratés ou réussis. | | | | |
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| mot | | | Le seul degré de création, qui nous soit accessible, est la traduction. Du lisible (l'interprétation ou la parodie) ou de l'illisible (la transmutation ou la métamorphose), mais toujours dans une langue des mots. « La véritable créativité commence souvent là où s'arrête le langage » - Koestler - « True creativity often starts where language ends ». La langue d'idées n'appartient qu'à Dieu de la médiation. Là où s'arrête le langage s'arrête la création, mais peut se mettre en branle la créativité. | | | | |
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| mot | | | L'agonie ou la contradiction, si redoutées par les médiocres, et si fécondes dans la vie des mots, des idées, des états d'âme, afin d'affermir le culte des commencements et des harmonies, au sein d'un langage naissant. | | | | |
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| mot | | | En perçant l'indicible mystère du monde, je chercherai - ou en recréerai ! - la musique, la grammaire et le vocabulaire des choses et la mirobolante logique de leurs cortèges. « Tout parle dans l'univers, il n'est rien qui n'ait son langage » - La Fontaine. Et je ne m'arrêterai même pas aux choses elles-mêmes ; j'en ferai parler la profondeur et chanter - la hauteur. | | | | |
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| mot | | | Pour ouvrir les portes, plusieurs solutions : devenir familier du portier, fabriquer les clefs, apprendre l'art sésamique. « Qu'est-ce que la langue dans la bouche d'un homme ? - la clef d'un trésor ! Tant que la porte est fermée, personne ne sait si, derrière, il y a des pierres précieuses ou des ordures » - Saadi. Le bon regard, dans les yeux d'un homme, t'apprendra, que le vrai trésor est la clef elle-même et te détournera des serrures. Toutes les portes se valent pour celui qui a la formule sésamique. | | | | |
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| mot | | | Dans le réel, il n'y a aucune trace de poétique ; la poésie est de la traduction et non de l'imitation (la mimesis de Platon et Aristote) ; traduction artistique d'un message mystique, inarticulé ; notre soi inconnu est mystique, et le soi connu – poétique ; la rencontre entre eux, la traduction du premier dans le langage du second, c'est la création. | | | | |
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| mot | | | Aucune langue ne m'accueille plus, un permis de travail à la clé. Apatride des idées, je suis devenu apatride des mots - et ma collection des exils s'en voit allongée. | | | | |
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| mot | | | Le bon entendeur n'est écouteur que de courte durée. Le sot n'est qu'écouteur. « À bon entendeur, la parole suffit » - Plaute - « Dictum sapienti sat est ». Bien entendre, c'est aimer animer la parole soi-même. Le meilleur des entendeurs est celui qui, en plus, sait traduire les paroles en mots, les mots en style, le style en beauté. | | | | |
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| mot | | | Les mots, c'est un champ magnétique d'attirances, avec des flèches et des arcs, avec lesquels tu pourras dessiner un monde de cibles. Les idées, c'est un répertoire de cibles touchées. « Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C'est le monde des mots qui crée le monde des choses » - Lacan. Tout mot est une requête ou un ordre, et c'est la perspective allégorique du regard sur les choses qui en détermine l'épaisseur et surtout la hauteur. Le meilleur créateur se reconnaît par ses requêtes ! De la sédimentation de discours (Husserl) ne naît que l'arbre sémantique et non pas les choses pragmatiques. | | | | |
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| mot | | | On a tant d'ambitions, pour mettre le langage au service de nos caprices ou de nos systèmes, tandis que c'est lui qui nous forge et nous guide. Les linguistes prétendent, que la langue ait une existence autonome externe. Les mots mènent les uns, abandonnent les autres et devinent les meilleurs. | | | | |
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| mot | | | Maîtriser une langue, c'est savoir en débarrasser les mots de leur fonction d'étiquette et les munir de celle d'hapax. | | | | |
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| mot | | | J'aime les allées verbales, où s'unifient les réseaux des soupirs gnomiques. « Grand arbre du langage peuplé de maximes et murmurant dans les quinconces du savoir, où le désir encore va chanter »** - Saint-John Perse. Quel genre verbal résiste encore à l'invasion des forêts ? - la maxime ! | | | | |
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| mot | | | On assagit le verbe, on rogne le mot, on se fie à la seule vérité de la cervelle - et l'on peut fermer l'entrée de sa Caverne, pour se retrouver entre machines silencieuses, sans feu, sans ombres, avec peut-être un homme, réduit à un écran. | | | | |
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| mot | | | Dire, que la langue est un système de signes exprimant des idées, est aussi bête que de dire, que les cordes d'un violon expriment des mélodies - confusion entre l'outil et la fonction. La langue permet de formuler des références, pour accéder aux concepts ; l'idée naît de l'interprétation conceptuelle et non pas langagière. Les idées sont faites pour être communiquées, elles naissent donc du modèle ; l'expression naît de la confrontation entre la langue et le modèle sous-jacent ; le gagnant déterminera si le discours est littéraire ou technique. | | | | |
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| mot | | | Le langage comme forme est inépuisable, informalisable ; le langage comme substance est presque entièrement décrit par la grammaire. Le conceptuel et le réel l'animent et le statufient ; le formel l'abîme et le pétrifie. | | | | |
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| mot | | | Le poétique et le sacré furent les premiers symboles que l'homme coucha sur papier. « La première langue a dû être hiéroglyphique, pour les caractères sacrés, la deuxième, symbolique, pour les caractères héroïques, la troisième, épistolaire, pour les caractères conventionnels » - G.B.Vico - « La prima lingua - geroglifica ovvero per caratteri sagri, la seconda - simbolica o per caratteri eroici, la terza - epistolare o per caratteri convenuti ». Ces trois étapes, niveaux ou états – divin, poétique, humain - furent fusionnés par Nietzsche dans l'éternel retour, où cohabitent la mort de Dieu, la réduction de la vie à l'art, le surgissement du surhumain. | | | | |
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| mot | | | Le mécanisme central de tout langage, qu'il soit naturel, conceptuel, musical ou pictural, est le chemin d'accès aux objets et relations. Qu'on le dise ou qu'on le montre, le principe reste le même ; la monstration sera là, dans les deux cas ; mais plus la métaphore l'emporte sur la routine, plus le message relèvera de l'art plutôt que du mode d'emploi, de la musique plutôt que du bruit. | | | | |
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| mot | | | Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ». | | | | |
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| mot | | | Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens. | | | | |
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| mot | | | Le poète qui brandit ses idées, que lui inspirent des faits, est plus terne que le scientifique qui crée ses mots, pour peindre des faits. Dans un fait, ce qui compte, c'est le langage de son énonciation. Les idées naissent auprès de Dieu, ne séjournent que dans le langage, elles effleurent les têtes et se moquent des faits. | | | | |
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| mot | | | Face à un discours, on a quatre domaines irréductibles : deux espaces nets - la langue et la réalité, et deux sphères vagues - la représentation-interprétation et la sensibilité mentale ; ce qui est net contient le sens, ce qui est vague contient l'expression. | | | | |
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| mot | | | Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle. | | | | |
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| mot | | | Pour les conceptualistes, les noms s'attachent toujours aux objets de la représentation (et jamais – aux choses réelles) ; on n'interroge jamais la réalité, mais ses représentations – d'où des innombrables erreurs des réalistes, de Mill à Husserl, faisant une différence entre jugements et propositions. Les nominalistes, qui renvoient aux relations entre les noms eux-mêmes, font pire. | | | | |
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| mot | | | La majorité des philosophes pensent que « ce qui caractérise tout savoir humain est qu'il est lié à la langue » - F.Schlegel - « das charakteristische Kennzeichen alles menschlichen Wissens, daß es an die Sprache gebunden ist ». Ils se trompent de sens de cette liaison : ce n'est pas le savoir qui est lié à la langue, c'est la langue qui se colle, qui se met par-dessus le savoir. Le savoir est assertif, la langue - interrogative. « La langue, porteuse d'opinions et non pas de savoir »** - Nietzsche - « Die Sprache will nur eine doxa, keine épistémé tragen ». | | | | |
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| mot | | | Ils opposent la parole intempestive au temps : la première empêcherait l'action, que ne ferait qu'effacer la seconde. Mais la langue crée tout ce qui n'existe pas, et le temps ne crée même pas ce qui existe. Au lieu de tuer le temps, la langue doit le ressusciter. | | | | |
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| mot | | | Un grand paradoxe, dont, à ma connaissance, ne s'aperçut que Valéry : la composante la plus expressive du discours n'est pas de nature langagière ! Les métaphores ne naissent ni dans la langue ni dans les choses mêmes, mais dans le modèle sous-jacent, où l'inévidence ou la subtilité du chemin vers les objets référencés créent des images ou des sensations ; exactement les mêmes signifiants, au-dessus d'un autre modèle ou dans une autre langue, auraient pu ne produire aucun effet tropique. La langue n'offre que des ressources phonétiques, lexicales, morphologiques, syntaxiques, qui, en tant qu'outils, ne suffisent, en général, qu'aux dilettantes. | | | | |
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| mot | | | Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière. | | | | |
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| mot | | | Pour un métèque d'une langue, à la recherche d'une image, les mots se présentent sous une même couleur, avec la même neutralité ou indifférence. Tandis que l'oreille d'autochtone perçoit des grincements, des sifflements, des ricanements, des roulades. Mais c'est le métèque-artiste qui cherchera à créer ces effets sonores et personnels, là où l'aborigène-artisan ne fera que reproduire le bruit commun de la tribu. L'art est aussi bien dans la profusion du sens que dans l'infusion des sens. | | | | |
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| mot | | | La vraie création peut naître de trois efforts disjoints : imaginer de nouvelles représentations, soufflées par le réel ou par l'imaginaire, composer de nouvelles requêtes du monde dans un langage nouveau, formuler de nouvelles interprétations des réponses, que le monde livre à mes requêtes – scientifiques, poètes, philosophes. | | | | |
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| mot | | | Les logorrhées pseudo-philosophiques sur le savoir, la réflexion, la vérité sont de l'enfantillage, qui fait sourire les scientifiques. Tandis que les deux seuls domaines proprement philosophiques, l'angoisse humaine et le langage, sont abandonnés par les philosophes au profit des charlatans-sociologues et des charlatans-linguistes. | | | | |
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| mot | | | La poésie n'est jamais dans les choses ou dans les mots. Elle est rarement dans les relations entre les choses et presque toujours – dans le vertige de l'accès aux choses et aux relations. C'est pourquoi, pour tout poème, une traduction mot-à-mot ou chose-à-chose, dans une langue étrangère, débouche, fatalement, sur une grisaille prosaïque, puisque les plus belles ressources poétiques d'une langue se trouvent dans les méandres d'accès, tout littéralisme en poésie en signant l'acte de décès. Le brillant ne passe pas par le littéralisme. | | | | |
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| mot | | | Le but du dit philosophique est l'attouchement par l'indicible, tâche, où ni le montré pratique ni le démontré scientifique ne sont d'aucun secours (« l'inexprimable se montre » - « das Unaussprechliche zeigt sich » - en mélodie). Une étrange consonance avec les mots (qui sont aussi, comme les mots du Tractatus de Wittgenstein, la coda du livre !) de H.Broch : « Ce Verbe fut inexprimable, car il fut au-delà du langage » - « Das Wort war unaussprechbar denn es war jenseits der Sprache ». En deçà du langage il y a le corps et l'esprit, et au-delà - la musique : « Il m'arrive de penser que la langue, ce n'est encore rien » - Beethoven - « Es gibt Momente, wo ich finde, daß die Sprache noch gar nichts ist ». | | | | |
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| mot | | | Les grammaires s'adaptent aux représentations, et presque jamais l'inverse, comme le pense, pourtant, Nietzsche : « Le plus vieux fonds métaphysique s'est incorporé aux catégories grammaticales » - « Der älteste Bestand von Metaphysik verleibt sich in den grammatischen Kategorien ». Ce fonds, quand il est profond, ne porte presque aucune trace des langues. | | | | |
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| mot | | | Le langage (moins la sonorité et la gesticulation) nous plonge totalement dans un modèle, sans aucun débordement sur la réalité ; dire que « le langage est émergence claire-obscure de l'être » - Heidegger - « die Sprache ist eine lichtend-verbergende Ankunft des Seins » est reconnaître le néant de l'être. À moins que la réalité soit réceptacle de l'étant, l'être ne faisant que résumer le fond avéré du modèle… | | | | |
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| mot | | | Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ». | | | | |
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| mot | | | L'usage, dans la maîtrise d'une langue, fait partie de ces contraintes qui manquent tant au métèque ; l'écriture est une traduction des intentions en phrases, et la métaphore en est le moyen principal, mais toute métaphore a des éléments dus au seul usage, et aucune invention ex nihilo ne peut s'en passer, sans nuire à la lisibilité. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Les mots d'une langue, ce sont des pinceaux et des couleurs ; les mots d'un écrit d'art, c'est le tableau ; dans les premiers - très peu de mystère, trop de solutions faciles, assez de problèmes subtils ; dans les seconds, ce qui compte, c'est l'art de préservation du mystère de la vie, la maîtrise de l'instrument étant un requit nécessaire mais non vital. | | | | |
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| mot | | | Dans les merveilleuses structures linguistiques - aucune trace du réel (sauf quelques onomatopées ou reflets de l'axe temporel) ; le conceptuel, à son tour, ne doit presque rien au linguistique ; pourtant, c'est dans ces deux pièges que tombe Heidegger, en suivant un parallèle insensé entre, d'un côté, la sédimentation des infinitifs et des nominatifs débarrassés de déclinaisons et de conjugaisons et, de l'autre, le surgissement de l'être de l'étant. De plus, les flexions ne sont pas une règle pour toutes les langues, et la catégorie de verbe n'est pas absolument indispensable. | | | | |
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| mot | | | Ce n'est pas la maîtrise de la grammaire qui est signe que je possède une langue, mais la compréhension ou, mieux, une nette sensation des effets que provoquent les écarts par rapport à cette grammaire. | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation, les images ne sont que des attributs d'objets, comme, d'ailleurs, les noms. C'est l'objet lui-même (faisant partie d'un réseau spatial) qui est la première cible du désir, débouchant sur la pensée (prenant la forme d'un réseau temporel). La première grammaire de la pensée ne serait donc ni iconique ni onomastique ni pragmatique, mais thymique. | | | | |
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| mot | | | L'usage de la langue comprend trois parties : la partie neutre ou plate - la phonétique, le vocabulaire, la grammaire ; la partie profonde, ou philosophique, - le modèle conceptuel, bâti par ses porteurs ; et la partie haute, ou poétique, la plus mystérieuse, informalisable - la nature de la rencontre entre le mot et la chose, entre les sons et le sens. Les plus beaux vers français, russes, allemands, anglais, traduits, mot-à-mot, dans une autre langue, ne sont jamais beaux. Mais les lois scientifiques ne perdent rien dans des traductions littérales. | | | | |
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| mot | | | Réalité, modèle, langage - trois espèces aux fécondations croisées imprévisibles. L'une des plus stupéfiantes est l'aventure entre ontos (chose du modèle) et logos (mot du langage) engendrant onto-logie (être de la réalité). | | | | |
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| mot | | | Toute pensée est plate (ou profonde, ce qui est la même chose, question du temps) avant d'inventer une hauteur langagière. « Les hautes pensées exigent un haut langage »* - Aristophane. On reconnaît la logocratie aristocratique dans la démocratie des pensées. | | | | |
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| mot | | | L'une des sottes joies des intellectuels français (et dont je me laisse parfois contaminer), ce sont ces innombrables palindromes mécano-syntaxiques, comme, par exemple : l'histoire n'est pas raisonnable (ce qui est juste), c'est la raison qui est historique (ce qui est bête). Qu'importe qu'histoire n'a presque rien à voir avec historique ni raison avec raisonnable. | | | | |
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| mot | | | Au stade pré-langagier, dans la pensée se cristallisent les sujets et les objets (leurs chemins d'accès), les modalités (devoir, vouloir, pouvoir), la logique (les connecteurs, les quantificateurs, la négation) ; l'enveloppe langagière se forme comme résultat de deux mouvements opposés : de la pensée encore inarticulée et de la langue déjà accueillante. « L'essence du langage : une pensée reçue du dehors » - Levinas – ce dehors concerne la langue et non pas le sujet, les phénoménologues et les philosophes analytiques obtus ne le comprendront jamais. | | | | |
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| mot | | | Décrire l'usage d'un clou ou le goût d'un fromage relève des mêmes ressources représentationnelles et langagières que pour décrire l'émoi d'une âme, écoutant une sonate, ou la peine d'un cœur, saisi par une compassion. La distance entre un discours et la réalité correspondante est toujours du même ordre. Il est donc bête d'affirmer, que « les propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur » - Wittgenstein - « Sätze können nichts Höheres ausdrücken », puisque dans l'Inférieur, elles n'ont pas plus de compétences. | | | | |
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| mot | | | Tout spécialiste en Intelligence Artificielle sait, qu'au-dessus d'une représentation il n'y a pas un seul, mais bien deux langages : langage d'une pure logique, proche des langages de programmation (prédicats déduisant des classes d'objets, des liens sémantiques, des valeurs d'attributs), et langage (pseudo-)naturel (tournures de phrases, associées aux relations). Tout n'est que rigueur dans le premier ; le second admet des tropes, des styles, des ambigüités. Mais toute grammaire naturelle s'inspire de la grammaire artificielle, pure, universelle et logique (structures profonde et surfacique de Chomsky). | | | | |
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| mot | | | Une proposition est une structure spatiale ; son interprétation aurait dû pouvoir commencer par n'importe quel nœud. Mais une structure temporelle, interne à la proposition, - des constructions elliptiques, des références contextuelles – obligent à tenir compte de la relation de succession entre les mots. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité ascendante du discours : des faits aux actes, des noms aux verbes, des objets aux liaisons. Le verbe, c'est l'action métaphorique du poète et le simple constat du prosateur. Le nom, c'est la liberté du poète et la servilité du prosateur. | | | | |
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| mot | | | Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres. | | | | |
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| mot | | | Je devrais frapper chaque mot, comme je frappe une balle de tennis, - au beau milieu, pour que mon énergie suive le point visé. Si ma raquette est en désaccord avec mon corps ou si elle n'est que d'emprunt, ma frappe risque ne produire qu'une langue de bois. | | | | |
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| mot | | | Unités sémantiques : ce ne sont ni les mots ni les phrases ni les discours, mais les références d'objets et de relations (donc, nous renvoyant à la représentation sous-jacente), regroupées en formules logiques (donc, dans le langage lui-même, puisque la logique fait partie du langage). | | | | |
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| mot | | | Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être. | | | | |
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| mot | | | Le sophiste, c'est celui qui est fasciné par la merveille qu'est la langue (et son sous-ensemble qu'est la logique) ; son contraire s'appelle réaliste : une morne exhibition de faits inarticulés. Que Diogène (« solvitur ambulando ») est bête devant Zénon (« vole et ne vole pas ») ! | | | | |
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| mot | | | Un écrit parfait se conçoit à deux : par un talent, excité par la langue consentante et entreprenante. C'est de la procréation. Et c'est avec un brin de chagrin ironique et frustré que je me dis astreint à une simple création, puisque la langue française reste de marbre, face à mes avances désespérées. | | | | |
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| mot | | | Le langage n'a rien de réfléchissant ou d'illuminant ; il est aberrant de dire, que « le langage est le miroir du monde ; et la réalité est l'ombre portée de la grammaire » - Wittgenstein - « Die Sprache ist der Spiegel der Welt ; und die Realität ist der Schatten der Grammatik » (« miroir de l'esprit » - Leibniz, « miroir de l'âme » - Publilius) - plus qu'avec la réalité, le langage communique avec la représentation et la reflète. Cette image, spéculaire du réel, est l'une des introductions rampantes du robot. Le minable tournant analytique (Frege), aplatissant l'élégant tournant cognitif (Chomsky). | | | | |
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| mot | | | La conception d'une pensée, comme d'un enfant, est souvent due au hasard. La volupté génératrice se joue autour du mot. « Pour que la pensée surgisse, il faut posséder la parole, dans laquelle la pensée germe » - K.Kraus - « Nur der hat einen Gedanken, der das Wort hat, in das der Gedanke hineinwächst ». | | | | |
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| mot | | | Quatre regards sur la langue : le syntaxique (plat), le sémantique (profond), le métaphorique (haut), pragmatique (ludique). | | | | |
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| mot | | | Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - « Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Référencer un objet (par un nom, une variable), un lien (par une tournure ternaire), un chemin d'accès (par une phrase, une formule logique) – trois niveaux linguistiques hiérarchiques, à l'origine d'un vocabulaire, d'une syntaxe, d'une famille métaphorique. | | | | |
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| mot | | | Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles. | | | | |
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| mot | | | Tous nous avertissent : la langue ne doit pas devancer la pensée. Mais on ne peut pas devancer ce qui ne bouge pas ; la pensée est un arrêt d'image d'un mot, la flèche qui ne vole pas, Achille immobile à grands pas. Ta langue devrait donner plus souvent la sensation d'un arc tendu, plutôt que des cibles visées ou atteintes. Méfie-toi de ce qui sauve en te faisant saliver, méfie-toi de Dalila scélérates, qui révèlent aux Philistins, que ta seule arme performante n'est qu'une mâchoire d'âne, que tu cachais sous ta fière crinière, méfie-toi du Sauveur même qui, caché sur ton dos ou derrière ta plume, te ferait passer pour asinus portans mysteria. | | | | |
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| mot | | | Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir. « J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte » - Ricœur. | | | | |
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| mot | | | Plus je vois comme la langue devient, pour tout le monde, langue de bois, une collection de blocs préfabriqués, plus j'ai envie de voir en elle une maîtresse de l'arbre séducteur. « La langue se livra au rite antique des noces avec l'arbre, sous la douce caresse du vent » - Benjamin - « Die Sprache vollzog die uralte Vermählung mit dem Baum. Ein leiser Wind spielte zur Hochzeit ». | | | | |
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| mot | | | Chaque fois que le sage change d'éclairage, d'ambition, d'état d'âme, il change de langage ; ses contradictions apparentes ne remettent pas en question le statut de ses langages. Le sot s'imagine porteur d'un même langage, et toutes ses contradictions s'y logent. | | | | |
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| mot | | | Socrate, maître de Platon, l'Athénien ayant bu la cigüe, l'ami d'Aristote lui étant moins cher que la vérité – ce sont des références d'objets. Dépendre de, reposer sur, se fier à – ce sont des références de relations. Des combinaisons de ces deux types de référence, munies de connecteurs logiques et syntaxiquement correctes, forment des propositions. Tout y est limpide, à comparer avec des groupes verbaux ou nominaux des linguistes ou avec des combinaisons de représentations et de concepts (Hegel) des philosophes. Les premiers ne voient même pas les représentations, et les seconds placent celles-ci déjà, prématurément, dans le langage. Mais en projetant sur l'indo-européen le mécanisme universel de références : « La proposition (le logos) se forme, en entrelaçant les verbes avec les noms »** - Platon rend bien la fonction première du langage. | | | | |
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| mot | | | Le langage exprime nos faits, nos idées ou nos états d'âme ; l’expression se convertit en représentation ; le sens de la représentation renvoie à la réalité. « Le langage est une transition, qui doit se réaliser d'abord en représentation et en dernière instance, en perception complète des choses mêmes »*** - Valéry - c’est la représentation qui est la transition entre le langage et la réalité. | | | | |
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| mot | | | Maîtriser une langue, c'est d'en maîtriser les trois facettes : la musicale, la picturale et la logique. Dans un discours de maître, la musique naît avant les tableaux et les formules. Le gros des ratages de ce livre vient de la faiblesse de ce premier chaînon, qu'on ne conçoit à fond qu'au berceau. | | | | |
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| mot | | | Pour interroger nos modèles, nous avons deux langages : le premier, pour requêter l'aspect syntaxique (connaissances aprioriques), ne faisant même pas partie de la langue naturelle, et le deuxième, celui des propositions en langue naturelle, pour sonder la sémantique ou préparer la pragmatique. Dans le premier, l'homme dispose d'une véritable bibliothèque de requêtes prédéfinies, commune pour toutes les langues et semblable à ce qu'on trouve dans des langages informatiques. | | | | |
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| mot | | | Chez l'intellectuel, le concept naît avant le mot ; mais, à partir du mot, l'artiste peut être entraîné vers des métaphores, n'ayant rien à voir avec le concept initial. C'est ce qui arriva au retour de Nietzsche : en tant que concept, il devait désigner une cohabitation, une conversion des antonymes éthiques au même statut de matière première artistique, mais de méchantes métaphores entraînèrent Nietzsche jusque dans des sabliers à retourner. | | | | |
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| mot | | | Un discours convoque des mots et évoque des choses, mais le fond, visé par ces formes, ce sont des états de l'âme. Le vrai mystère, ce n'est peut-être pas l'être, seulement problématique, mais les états de l'âme. « Les états de l'âme entretiennent un rapport significatif, mimétique et direct avec l'être »* - Aristote. | | | | |
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| mot | | | Avant d'évaluer un discours, il faut en fixer le but : intellectuel ou artistique, conceptuel ou langagier. Après son interprétation adaptée, il ne doit te rester que des métaphores et des renvois aux représentations. S'il n'y a plus de métaphores, c'est que le discours n'est ni poétique ni philosophique, il serait de la science ou du bavardage. Si aucune subtile représentation n'en ressort, c'est que le discours est irresponsable, il ne serait ni philosophique ni intellectuel, il serait de la poésie ou du bavardage. | | | | |
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| mot | | | Le langage, en tant que domaine, n'est pas plus énigmatique que la mécanique ; toutes leurs faces sont accessibles. En tant qu'instrument, il est une interface entre le modèle et l'homme, pour mieux appréhender la réalité. Les sommets et les gouffres, mathématiques ou poétiques, appartiennent au modèle ; le langage y apporte de la musique, qui ignore la profondeur et n'exprime que la hauteur. La partie commune et à la musique et à l'algèbre ne peut être que de l'algèbre, c'est à dire de la grammaire. Le langage est un outil d'entretien de l'arbre, pour manier les paraboles du grain, les hyperboles des floraisons, les ellipses des ramages. | | | | |
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| mot | | | La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé. | | | | |
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| mot | | | Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle. | | | | |
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| mot | | | Le mot peut être vu sous deux angles : linguistique et instrumental. Dans le premier cas, il fait partie d'un vocabulaire, sans aucun autre élément de structuration que la morphologie et la syntaxe. Dans le second cas, il est étiquette d'un concept, faisant partie d'un vaste réseau sémantique. Dans le premier cas, le vocabulaire comprend des unités lexicales, prenant en compte la logique : les déterminants, les connecteurs, la négation, les quantificateurs. Dans le second cas, parmi les mots figurent des variables, des méta-concepts : les classes, les liens syntaxiques, les attributs, les passerelles tropiques ; certains verbes, être, avoir, verbes modaux, reflètent la sémantique du sujet ou des liens pré-câblés. Cette vision, parfaitement bien comprise par St-Augustin, est complètement ignorée par nos contemporains. | | | | |
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| mot | | | Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ». | | | | |
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| mot | | | L'exemple le plus convaincant de la domination du mot sur l'idée est apporté par Nietzsche : quand on maîtrise le mot, c'est à dire la métaphore, le ton, la mélodie, l'harmonie, le timbre, on peut se permettre de tirer au sort n'importe quelle idée (et même l'appeler, le plus gravement du monde, la pensée la plus grande) et de l'habiller avec ce que la haute couture verbale daigne d'offrir. N'empêche que certains visionnaires (tel Heidegger) pourront disserter sur la beauté du corps, devinée derrière les plis du langage. | | | | |
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| mot | | | Le langage peut être vu sous trois angles : l’instrumental (attachement à la représentation), le grammatical (structures internes), le métaphorique (partant de la représentation sous-jacente) – le libre arbitre, les contraintes, la liberté. | | | | |
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| mot | | | Plus on cerne les attachements subtils du mot aux concepts, mieux il se prête aux interprétations métaphoriques : « Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin » - W.Benjamin - « Je näher man ein Wort ansieht, desto ferner blickt es zurück ». | | | | |
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| mot | | | La vraie richesse d'une langue consiste en sa capacité d'accueillir de nouvelles métaphores. L'anglais paraît être le mieux placé, pour se hisser au-dessus des autres. | | | | |
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| mot | | | Qu’ai-je à faire de la profondeur des idées, non accompagnées de la hauteur des mots ? Que faire de la pesanteur d’un contenu sans la grâce d’une forme ? Je pourrais l’évaluer, en faire une matière ou un produit, je ne pourrais pas en extraire une musique, qui est la seule à m’entretenir dans un état noble, celui d’espérance ou de désespoir, à l’opposé de la fadeur ou de l’indifférence. | | | | |
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| mot | | | La langue maternelle, c’est une garde-robes tout prête, pour habiller le corps de tes pensées ou de tes sentiments ; tu es en droit de dire, que ma langue me parle – die Sprache spricht (Rilke). Mais écrire dans une langue étrangère, c’est inventer des tissus, mélanger soi-même des couleurs, jouer à l’apprenti-couturier ; tu te tromperas de saison, de mode, de taille ; tu seras égal de l’homme des cavernes, plus solitaire, plus près de Dieu, mais plus loin des hommes. | | | | |
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| mot | | | La crainte de Dieu n’est qu’un doute en Dieu (Il est ou Il n’est pas), puisque douter (deux choix) est lié à redouter. Les Russes sont étonnamment sages, faisant se voisiner doute et avis (сомнение et мнение), les Allemands – pathétiques, faisant découler désespérance (Verzweiflung) de doute (Zweifel), les Indiens – optimistes, avec nirvana, appelant tes deux soi (le connu et l’inconnu) à s’unifier. | | | | |
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| mot | | | La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration. | | | | |
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| mot | | | Écrire en profondeur, c’est donner du poids aux idées ; écrire en hauteur, c’est munir d’ailes les mots. Avec le mot domine la forme, avec l’idée compte le fond ; pourtant, idée voulait dire forme. | | | | |
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| mot | | | L'affligeante cécité des philosophes du langage, qui voient l'unité sémantique de base dans le mot, la phrase ou le discours. Chez les linguistes, c'est encore plus bête – les groupes verbaux ou nominaux. Seule la philosophie comparée, pratiquée par des polyglottes, désigne les références d'objet ou de relations comme entités, suivant immédiatement les appels infra-langagiers. | | | | |
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| mot | | | Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Notre conception du monde, c’est-à-dire la représentation, le langage, l’interprétation, se construit dans cette chronologie : A. les connaissances aprioriques se représentent ou s’implémentent ; 1. les relations spatio-temporelles (anthropomorphiques), 2. la hiérarchie (anthropomorphique) des classes, 3. la logique (universelle) ; B. la langue maternelle s’adapte aux représentations et se prête aux interprétations : 1. une grammaire de la langue maternelle se câble dans le cerveau, 2. son lexique s’enrichit et 3. la mémoire fixe se remplit. Mais si les grammaires nouvelles s’intériorisent, comme la première, dans une mémoire magique, les lexiques nouveaux restent hors de nous, sauf quelques cas invraisemblables de polyglottes surdoués, auxquels le Créateur ne pensa guère. | | | | |
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| mot | | | Les langues ne sont certainement pas nées tout d’un coup. La première étape aurait consisté en adoucissement ou clarification phonétique des expressions d’étonnement, de peur, de menace, d’invitation, de sympathie. La deuxième – en références phonétique de sujets et d’objets. La troisième – en liaisons conceptuelles entre les sentiments et les objets, en modalités – valoir, vouloir, pouvoir, devoir. La quatrième – en associations des actions aux tournures rudimentaires, surgies des noms d’objets. La répétition et l’apprentissage conduiraient à la dernière étape – la fixation de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | Deux genres de maîtrise d’une langue : en tant qu’une couche au-dessus d’une représentation (fonction instrumentale – l’intelligence, le savoir) et en tant qu’une harmonie entre le son et le sens (fonction créatrice – la musique, la poésie). C’est dans ce sens qu’il faut comprendre Nabokov : « Toute grande littérature a pour demeure la langue et non pas les idées » - « Всякая великая литература - это феномен языка, а не идей ». Le philosophe doit maîtriser ces deux fonctions, c’est pourquoi Nabokov fut poète et nullement philosophe. | | | | |
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| mot | | | La psychologie, aujourd'hui, c’est le règne de la banalité, mais elle aurait pu être reine des sciences, puisqu’elle est, morphologiquement, fusion de l’âme (psyché) et de l’esprit (logos). | | | | |
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| mot | | | Les paradigmes cognitifs – classes, relations, événements, modalités, hypothèses, scénarios – déterminent et les représentations et les interprétations de toutes les sphères de la réalité. La langue naturelle possède une grammaire générale, indépendante de ces sphères, mais elle s’adapte à chaque sphère par un lexique, des tournures verbales, et l’interprétation de cette version langagière dépend, syntaxiquement, de la grammaire et, sémantiquement, – de la représentation de cette sphère. Ainsi, l’organisation des connaissances d’une sphère ne dépend presque pas du langage, et presque exclusivement – de la représentation. J.Derrida a tort : « Le langage est la structure des structures ». | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation conceptuelle, les objets, les attributs et les liens s’attachent aux concepts naturels. Un trope est un déplacement de points d’attache, rendant l’accès aux objets moins direct, plus expressif, et donc plus subtil et plus personnalisé. | | | | |
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| mot | | | Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation). | | | | |
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| mot | | | Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique. | | | | |
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| mot | | | La preuve de la supériorité ou la priorité du mot sur l’idée : sublime dans une langue, toute pensée, traduite dans une autre, devient, presque toujours, lourde, plate ou banale. | | | | |
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| mot | | | Les rapports entre le langage, la représentation et la réalité : dans le discours, la volonté du sujet vise la réalité, mais l’outil du sujet, le langage, traduit cette volonté en références d’objets qui font partie d’une représentation. Le même discours, proféré par deux sujets différents, peut viser la même réalité, mais leurs représentations ne sont jamais identiques. De plus, leurs outils d’interprétation sont toujours différents. Donc, si nous ignorons le sujet d’un discours, ses symboles linguistiques ne renvoient à aucun contenu représentatif objectif, contrairement à ce qu’en pense Hegel : « Le symbole est un signe, dont l’extériorité comprend déjà le contenu de la représentation » - « Das Symbol ist ein Zeichen, welches in seiner Äußerlichkeit zugleich den Inhalt der Vorstellung in sich selbst befaßt ». | | | | |
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| mot | | | Dans le discours sur les connaissances, la question centrale est la distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est langagier ; on n'a pas besoin d'une vaste culture philosophique, et encore moins d'une culture linguistique, pour en juger ; seul un poète, doué d'une intuition philosophique et de quelque savoir technique, peut en dresser un tableau intéressant. À l'opposé, ni Kant, ni Hegel, ni Nietzsche, ni Wittgenstein, ni Heidegger n'eurent jamais une intuition linguistique valable, pour formuler une théorie complète des connaissances, sans parler des Anciens, chez qui, la-dessus, on ne lit que des balbutiements. Seul le grand Valéry fut lucide, avec ses états mentaux et sa vision des substitutions. | | | | |
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| mot | | | Dans la vérité philosophique, définie comme une adéquation ou un accord d’une représentation avec la réalité, il y a autant de vérité logique que dans les expressions – vrai voyou ou vraie peste. Ceci ressemble au traitement, par les philosophes diplômés, de l’ensemble vide, où le vide est compris dans le même sens que dans les expressions – tête vide ou tiroir vide. | | | | |
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| mot | | | Prenez le syntagme : X agit comme Y et devient Z. Secouez le chapeau contenant les mots : l’Un, l’étant, l’être, la substance, tirez-en trois, au hasard, et introduisez-les, toujours au hasard, dans les béances du syntagme consentant. Parmi les parménidiens, antiques ou modernes, vous en trouverez certainement au moins un qui ait énoncé la sagesse, découverte de cette manière. | | | | |
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| mot | | | Les références (d’objets et de relations) et les implémentations du paradigme logique (la négation, les connecteurs, les quantificateurs) constituent une méta-grammaire (que Chomsky appelle grammaire universelle), à laquelle sont soumises toutes les langues naturelles. | | | | |
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| mot | | | La grammaire spécifie les moyens syntaxiques de produire les références légitimes d’objets – c’est tout ! C’est cette notion de référence d’objets qui est commune à toutes les langues et qui est le véritable pivot langagier de la communication, et qui permet une compréhension foudroyante et satisfaisante des discours, même uniques, originaux, jamais produits au passé. Mais cette compréhension est toujours particulière, jamais universelle, ce qui suppose des représentations individuées et dévalue toute la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité. | | | | |
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| mot | | | Le sens de tout pas élémentaire dans l’apprentissage d’une langue : c’est par cette structure langagière nouvelle (mot, tournure de phrase) que je pourrais désigner cet objet cognitif. Enrichissement lexical, syntaxique, sémantique. | | | | |
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| mot | | | Ce qui est inné, ce n’est pas ma prédisposition génétique de parler ma langue, mais la faculté de parler une langue. Les fonctions dénominative et logique, à la base de toute langue, sont innées ! | | | | |
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| mot | | | Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | Le mot émet surtout des sons et des images, et la pensée veut irradier la lumière et éclairer les ombres ; le mot est dans l'intonation des métaphores, et la pensée - dans l'indication des sémaphores. | | | | |
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| mot | | | La langue est collective, et les représentations sont individuelles. Et puisque la langue s’attache aux représentations, tout mot a autant de significations qu’il y a d’hommes porteurs de la langue. | | | | |
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| mot | | | La qualité d’une pensée dépend fortement de la délicatesse des chemins d’accès aux objets qu’une langue permet. Mais la structure représentationnelle influe sur la structure de la pensée (comme sur notre image de la réalité) beaucoup plus que la structure langagière (totalement étrangère à la réalité). Et Chomsky, comme tous les philosophes analytiques, a tort : « La structure linguistique détermine non seulement la pensée, mais la réalité même » - « The structure of language determines not only thought, but reality itself ». | | | | |
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| mot | | | Tous les philosophes sont persuadés que c’est le langage (et non pas les concepts extra-langagiers) qui représente le monde. « La parole, c'est la représentation et la présentation du réel et de l'irréel » - Heidegger - « Sprechen ist ein Vorstellen und Darstellen des Wirklichen und Unwirklichen ». Mais le langage ne fait que référencer les objets, réels ou irréels, qui sont déjà présents sous une forme mentale et non langagière. Parler, c'est évoquer, indiquer, signaler, viser, attirer, orienter, focaliser, et non - représenter. | | | | |
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| mot | | | Dans la reconnaissance d'un fait d'art, le besoin de traduction est l'un des premiers signes de qualité. Les grands auteurs sont des acteurs d'une pièce, où les mots se traduisent, instantanément, en émotions. Un bon écrit doit donner le sentiment d’être conçu dans une langue étrangère. | | | | |
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| mot | | | À ses origines, l’homme ne pouvait s’exprimer qu’en poète, puisque les mots, par l’usage collectif, n’avaient pas encore reçu un sens figé et consensuel. L’homme ne produisait que des métaphores. | | | | |
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| mot | | | Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents. | | | | |
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| mot | | | Ils veulent libérer la pensée de sa tour d’ivoire verbale et finissent par la retrouver au musée ou en caserne. Ce vieux paradoxe des délicats : une belle expression débouche miraculeusement sur de bonnes pensées, mais d'une bonne pensée à une belle expression le chemin est tortueux et déformant. | | | | |
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| mot | | | Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières. | | | | |
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| mot | | | Chacun de nous dispose de deux couches de représentations : celles de surface (la terre est ronde) et celles de fond (je suis capable de prouver que la terre est ronde). Comment entendons-nous le discours d’autrui ? On a beau partager une même grammaire, nos représentations sont toujours différentes – en profondeur ! Le plus souvent, la compréhension n’est que superficielle. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise de la philosophie analytique se bâtit au-dessus d’une vision naïve du mot, ou, plus précisément de son sens. Inconscients de la place de la représentation et imaginant que celle-ci se fabrique par le langage lui-même, ces philosophes croient que le sens du mot est connu d’après la définition d’un vocabulaire, et qu’il n’admette des variations que diachroniquement. Ils ne comprennent pas que l’aspect synchronique est beaucoup plus important, et que les différences de sens, chez les acteurs différents, ont de multiples raisons : différences des représentations, des savoirs, des logiques. Aucune analyse du langage ne peut se substituer à la métaphysique représentative. | | | | |
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| mot | | | Les tenants du tournant linguistique en philosophie comprirent bien le rôle de la réflexion sur le langage : « Les problèmes philosophiques peuvent être résolus par une réforme du langage » - R.Rorty - « Philosophical problems can be solved by reforming language ». - mais ils ne comprirent pas, que cette réflexion est, en soi, un problème philosophique, qui n’en résout aucun autre (parmi ceux que l’école échafauda, d’Aristote à Heidegger). Le fondement de cette réflexion devait consister dans la reconnaissance du rôle intermédiaire du langage entre la représentation et la réalité, que les pragmatiques ignorent, comme ils ignorent le côté poétique et du langage (le style) et de la philosophie (la consolation comme son second objet principal). | | | | |
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| mot | | | La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain. | | | | |
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| mot | | | L’analyse d’une phrase débouche sur trois résultats : une formule logique (toute langue comprend les mécanismes de prise en compte de la logique formelle), une structure linguistique (générée par la grammaire), une signification (après l’interprétation, dans le contexte d’une représentation conceptuelle). Deux choses à en retirer : les structures linguistiques n’ont pas grand-chose à voir avec la représentation et encore moins avec la réalité ; en dehors de la représentation, la phrase n’a aucun sens. Ni linguistes ni structuralistes ne le comprirent. Ils s’imaginent que l’architecture d’une culture est similaire à celle du langage. Ce sont les structures conceptuelles, et non langagières, qui sont communes à toutes les sphères de connaissances. | | | | |
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| mot | | | Ce que tes mots peuvent exprimer est infiniment plus vaste, riche et enthousiasmant que tout ce que tu sais. Si, orgueilleux, tu déclares posséder un savoir, refusant toute traduction en mots, alors où bien tu n’es pas maître du mot ou bien ton savoir n’a ni contenu ni frontières ni vecteurs. Ou bien tu te moques de ton lecteur : « Je sais plus que ce que je sais exprimer avec les mots » - Nabokov - « Я знаю больше, чем могу выразить словами ». Plus vaste que le mot n’est que le rêve. | | | | |
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| mot | | | L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits. | | | | |
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| mot | | | L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits. | | | | |
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| mot | | | Même au stade pré-langagier, on peut dire, que la pensée est là, si les intentions suivantes sont spécifiées : type d’opération (requête ou ordre), objets et relations visés (même intuitivement), structure logique (connecteurs, négations, quantificateurs). L’appel au langage proprement dit consiste en : spécification des références langagières d’objets et relations, références trouvées dans la représentation ; traduction des éléments logiques en leurs implémentations langagières. Enfin, l’interprétation de la pensée relève de l’interprète langagier, s’appuyant sur la représentation sous-jacente. Et Unamuno a tort : « La langue n’est pas une enveloppe de la pensée, elle est la pensée même » - « La lengua no es la envoltura del pensamiento, es el pensamiento mismo ». | | | | |
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| mot | | | Wittgenstein ne comprend rien au langage : « La proposition est un reflet de la réalité ; la proposition montre son sens » - « Der Satz ist ein Bild der Wirklichkeit. Der Satz zeigt seinen Sinn ». La proposition est énoncée par un sujet et interprétée par un autre ; ces sujets ont des représentations différentes et donc mettent ou extraient des sens différents de la proposition. La proposition ne montre qu’une structure grammaticale, sans rien de conceptuel ; et le conceptuel est le seul accès au réel. | | | | |
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| mot | | | Les mots d’un discours renvoient soit aux objets soit aux relations ; quand les objets y sont consensuellement (dans l’usage) associés aux relations, tous les mots y sont rationnels. La poésie, en invoquant des relations irrationnelles, permet d’entr’ouvrir le mystère divin irrationnel. | | | | |
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| mot | | | Le sens des mots dépend du contexte, c’est-à-dire de la représentation d’un domaine réel. L’ennui, avec les maximes, c’est que la présentation de ce domaine est une tâche ingrate et fastidieuse ; les citations, que j’y glisse, pallient à cette carence anti-poétique. Mais au lieu de servir de source d’autorité, elles ne servent que de jalons pré-langagiers, de contraintes, réduisant le champ de vue de la lecture. | | | | |
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| mot | | | Ce qui s’apprend ou ce qui se comprend – deux significations de mathemata grec. Mais elles correspondent, exactement, aux deux types principaux d’intelligence, celle, non-justifiable, qui résulte de l’apprentissage, et celle, justifiable, se matérialisant dans le raisonnement explicite. Une raison de plus, pour voir en mathématique une véritable ontologie de l’esprit. | | | | |
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| mot | | | L’ambigüité de la langue naturelle est compatible avec une bonne logique, qui doit pouvoir tirer plusieurs interprétations d’un même discours. Cette logique-là fait partie intégrante de la langue. | | | | |
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| mot | | | La langue est un outil, qui ressemble étonnamment à la substance immatérielle, divine, de l’homme. Elle contient, nécessairement, une logique, ce qui correspond au travail de l’esprit. Elle permet une créativité individuelle, apportant du plaisir esthétique, ce que l’âme aspire à goûter ou à produire. Elle est particulièrement merveilleuse dans ses tentatives de rendre les humbles vibrations de la conscience morale, ce qui comble le besoin du cœur. Malheureusement, on n’a pas encore de nom, pour désigner cet organe, qui, d’ailleurs, peut se passer de langue, pour penser, créer ou aimer ; il reste unique, tout en disposant de ses trois hypostases. Les Chrétiens auraient dû se servir de cet argument, dans leurs théodicées. | | | | |
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| mot | | | Une tâche technique difficile : arracher au jour les mots, dont le milieu naturel est la nuit. On n’y réussit que si l’on est capable de fermer les yeux sur le présent et si l’on a sa propre étoile à ne pas quitter du regard. | | | | |
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| mot | | | La virgule - « Dieu, ou la Nature » (au lieu de « Deus Naturaque » - G.Bruno ou « Deus sive Natura » - Spinoza) – permettrait de distinguer la disjonction d'identité de la disjonction d'alternative - « la raison ou la conscience » (« ratio vel conscientia » - Thomas d'Aquin). Malheureusement, Thomas d'Aquin visait plutôt « la raison, ou la conscience », puisqu'il ignorait la conscience morale. | | | | |
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| mot | | | La nature humaine se réduit au quadriparti nietzschéen – l’homme, les hommes, le sous-homme, le surhomme – et elle se traduit nettement dans le contenu de toute création artistique, qui ne peut être qu’un dialogue, dans lequel l’homme (mon soi connu) s’exprime soit devant le surhomme (mon soi inconnu, Dieu), soit devant le sous-homme (le contemporain, le pair), soit devant les hommes (le clan, la tradition). Dans tous les cas on vise le feu, mais qui ne se maintient, aérien, qu’avec des aliments purs – le cas de Dieu en tant qu’inspirateur muet, une ouïe, un songe. Le dia-logue, avec deux autres dégénère en diarrhée aqueuse des sous-hommes ou en logorrhée terre-à-terre des hommes. | | | | |
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| mot | | | Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne. | | | | |
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| mot | | | La misérable philosophie du langage (cet avorton du tournant linguistique, avec son frère paralytique, la philosophie de l’esprit) se moque des représentations, qui, soi disant, auraient été prônées, naïvement, par Platon et Aristote (qui, il faut le souligner, ne comprenaient rien dans les fonctions du langage) et qu’il fallait dépasser. À ma connaissance, le seul philosophe, qui voyait nettement les rapports entre langage et représentations a été Valéry. | | | | |
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| mot | | | Est intellectuel celui qui maîtrise différents langages, reflétant la même réalité (un scientifique, pour tester des hypothèses, ou un artiste, pour exprimer des intonations). Il ne change pas tant d’avis, il change, plutôt, de représentation et donc de langage. | | | | |
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| mot | | | Une tâche linguistique banale – la représentation du langage ; une tâche cognitive profonde – le langage des représentations. | | | | |
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| mot | | | Une maxime ne peut pas contenir, simultanément, une question et une réponse, puisque celles-ci se formulent dans deux langages incompatibles. La grandeur aphoristique de Dostoïevsky et de Nietzsche : le premier ne formule que des questions, et le second – que des réponses ! Plus précisément, les réponses du premier et les questions du second sont sans intérêt. | | | | |
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| mot | | | Dans les représentations conceptuelles, on retrouve de très nets parallèles avec les trois facettes du langage – la syntaxique, la sémantique, la pragmatique. Mais l’usage du langage en permet d’infinis écarts rhétoriques, stylistiques, fantaisistes, que la représentation ne prend pas en compte, et que seule l’interprétation littéraire des propositions, allant au-delà des formules logiques, dégage sous la forme des métaphores. La métaphore n’est possible que grâce aux lacunes des représentations. | | | | |
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| mot | | | Chez tout le monde, la pensée commence par le désir, celui de viser, d’interroger, d’atteindre des objets et leurs relations. Mais sa traduction se réduit aux mots (le cas le plus banal), aux formules (chez les pédants), aux images (chez les bavards), aux états d’âme (le cas le plus rare et le plus noble). C’est surtout net chez les polyglottes : « Je pense en images, mais parfois d’une phrase russe ou anglaise surgit un ressac cérébral »* - Nabokov - « Я думаю образами, и лишь иногда русская или английская фраза вспенится мозговой волной ». | | | | |
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| mot | | | Par ses représentations, l’Intelligence Artificielle crée une espèce de Langage Universel, auquel peuvent s’attacher des langues naturelles. Celles-ci n’ont rien à voir avec les lois de la Nature, tandis que Celui-là les complète. C’est de Celui-là que parle Chomsky : « La langue est quelque chose du genre de flocon de neige, prenant sa forme selon les lois de la nature » - « Language is something like a snowflake, assuming its particular form by virtue of laws of nature ». | | | | |
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| mot | | | L’usage lisse l’accès commun aux choses ; le style, au contraire, crée du relief personnel à ce qui fut lisse, et l’on finit par négliger les choses et ne garder que le relief. | | | | |
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| mot | | | On se sert du terme d’événement aussi bien dans la réalité que dans les représentations. Dans celles-ci, l’événement est ce qui modifie les faits, qui admettent toujours une enveloppe langagière presque consensuelle. Mais dans la réalité, l’événement modifie surtout les états mentaux des hommes, et aucun langage ne peut les rendre, ni fidèlement ni uniquement, d’où la domination du langage poétique, du langage de l’âme, aux premiers stades de la culture. Toutefois, avec la robotisation des mentalités, les états mentaux s’uniformisent, et le langage commun, pauvre et prosaïque, suffit désormais pour décrire la vie intérieure des hommes sans âme. | | | | |
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| mot | | | Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle. | | | | |
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| mot | | | Le fait que les mots ne rendent pas l’essentiel ou l’authentique de la vie ne les rend pas futiles ; ils ne le deviennent que s’ils ont la prétention d’être l’image authentique ; les mots d’artiste créent une autre vie, la vie des états d’âme, dans laquelle on croit ou dans laquelle on trouve un essor pour son enthousiasme. | | | | |
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| mot | | | Toute phrase référence un réseau d’objets, que, métaphoriquement, j’appelle arbre. « Les mots sont des nœuds d’un réseau, que nous projetons sur le monde »** - Morgenstern - « Die Worte sind Knoten eines Netzes, das wir über die Welt werfen ». Seulement, avant de joindre le monde et acquérir un sens, ce réseau, ou ce filet, attrape des poissons d’une représentation ; sans réussite de cette pêche – pas de sens, pas d’écho du monde. | | | | |
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| mot | | | Une langue doit permettre de faire entendre ma voix, ma personne éthique, et d’inventer un style esthétique. Je constate qu’il y a beaucoup d’originaux, en Allemagne et en Russie, et peu d’élégants. En France, il y a beaucoup d’élégants et peu d’originaux. Une conséquence de la nature des langues ? | | | | |
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| mot | | | En Allemagne ou en Russie, il est facile de passer pour poète ou philosophe, grâce à la langue : une phonétique, une morphologie, un vocabulaire - de grande variété et richesse. En français, il est impossible de tricher : il y faut absolument avoir de la sensibilité poétique, du talent rhétorique, de la noblesse de l’esprit. Une fois de plus : les contraintes y rendent la création plus subtile et le discours – plus laconique. Le français est une langue idéale pour le genre aphoristique. | | | | |
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| mot | | | Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme. | | | | |
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| mot | | | Puisque les mots, comparés avec les manifestations de la vie, sont artificiels et communs, tout écrivain doit être humble : ses mots sont des fards, face aux couleurs de la vie. | | | | |
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| mot | | | Le mot, séparé de la représentation sous-jacente, n’est rien ; donc, le poète et le philosophe partent de rien : le poète, obsédé par la musique, peut se passer de cette représentation ; le philosophe en est, le plus souvent incapable, ce qui engendre une logorrhée insipide, ampoulée et irresponsable – derrière leurs jeux de langage se profile un vide. | | | | |
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| mot | | | La langue maternelle est le dernier refuge du solitaire. Pour un écrivain français, en proie à la solitude, la langue française est une douce et caressante consolation ; pour un Allemand ou un Russe, cette consolation est empreinte de mélancolie : « Quand le doute m’étrangle, tu m’es le seul soutien, - langue libre russe » - Tourgueniev - « Во дни сомнений, ты один мне опора, свободный русский язык ». « La langue allemande fut la plus fidèle consolation de ma vie » - H.Hesse - « Die deutsche Sprache ist der treueste Trost meines Lebens gewesen ». | | | | |
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| mot | | | La langue maintient et développe ses couleurs et mélodies grâce aux inventives interventions des cœurs et des âmes. Et puisque aujourd’hui il n’y a plus ni cœurs ni âmes, l’esprit seul se charge de remuer et à réarranger le corps langagier, et l’on assiste à la lourde robotisation de la langue commune. | | | | |
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| mot | | | C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix. | | | | |
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| mot | | | Invraisemblable parallélisme dans l’éloignement du sens des trois notions, partant d’un même radical, éloignement identique dans trois langues : honneur, honorer, honnête – Ehre, ehren, ehrlich - честь, чествовать, честный. | | | | |
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| mot | | | La langue n’est qu’un attouchement, une blessure ou une caresse du corps de la pensée qui est la représentation sous-jacente ; elle n’a rien de vivant, tout en réveillant les plus vives des sensations. Pour les ignares : « La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons » - Hegel - « Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte ». La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse. Mais les sens s'éveillent en moi ; les objets et les liens sémantiques entre eux, visés par les sens, sont, la plupart du temps, dans la représentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, relèvent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces élans, ces tentatives d'accès à l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pensées naissent et s'impriment hors la langue. | | | | |
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| mot | | | L’analyse de toute phrase correcte en langue naturelle aboutit à une formule logique. Dans les phrases suffisamment complexes on trouve presque toujours des variables implicites, aux valeurs indéterminées et donc, au départ, vagues. Aucun logicien, sans parler de linguistes, n’est capable de traiter rigoureusement la négation (syntaxique et sémantique), puisque même dans les cas simples la pré-existence d’une représentation conceptuelle est indispensable, ce qui échappe à ces scientifiques. Pourtant, l’un des plus célèbres affirme : « En logique, il ne peut pas y avoir quelque chose de vague » - Wittgenstein - « Eine Vagheit in der Logik kann es nicht geben ». | | | | |
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| mot | | | Si l’on ne disposait pas d’une représentation conceptuelle de la réalité, les mots n’auraient aucun sens et ne serviraient qu’à nommer les objets et les relations réels ; avec une représentation sous-jacente, le sens des mots serait celui du concept associé (acteurs, structures, propriétés, logiques). | | | | |
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| mot | | | Le style journalistique existe non seulement dans la presse, mais aussi dans les sciences, en philosophie, en poésie ; plus que cela, il y domine, il devint une langue à part. Le public ne veut plus lire que dans cette vilaine langue ; je ne m’en doutais pas, lorsque je me mis au français. Personne n’entend – dans les deux sens du mot – ce que je dis ; et je ne dis pas ce que le public attend. | | | | |
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| mot | | | Ce qui, dans une langue, est commun, collectif, ce sont sa grammaire et son vocabulaire passif (sans définitions, sans référence à un domaine de représentation). Ce qui rend ce vocabulaire actif, c’est l’attachement de mots et de tournures phraséologiques à une représentation particulière, ce qui crée un langage particulier, et ce qui rend la plupart de vérités (surgissant au sein d’un langage) – particulières et non pas générales. | | | | |
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| mot | | | Jadis, les mots d’un écrivain aboutissaient aux deux genres architecturaux : à celui des chaumières ou à celui des châteaux ; les miens, en profondeur, ressemblent aux chaumières, et en hauteur – aux châteaux. Aujourd’hui, dans les livres de mes contemporains, on ne trouve que des bureaux, des restaurants, des hôtels ou bien des casernes logorrhéiques interchangeables. | | | | |
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| mot | | | Le seul moyen, honnête et franc, de faire cohabiter, au sein d’un même langage, des avis contradictoires est de les munir, tous, d’ardeurs ou de palpitations comparables. | | | | |
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| mot | | | J’ai créé quelques douzaines de mots-métaphores, sur lesquels je n’ai entendu aucun jugement des autres. Étrangement, ceci m’a permis de vivre une sensation de pureté en miniature : aucun intermédiaire entre moi et ce que j’aimai. J’ai mieux compris alors la béatitude des anachorètes. | | | | |
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| mot | | | La conscience (c’est-à-dire la sensibilité et l’intuition) n’est pas langagière ; donc, ce qu’on écrit et ce qu’on ressent sont incomparables, incompatibles ; la pauvreté ou la richesse de l’un n’ont aucune influence sur les qualités de l’autre. | | | | |
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| mot | | | La représentation produit des concepts, le langage, visant la réalité, les transforme en modes d’emploi et celui du rêve les traduit en mythes. | | | | |
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| mot | | | Le mot liberté a tant d’acceptions, qu’il est champion toutes catégories en volume des bavardages hétéroclites, qui ne se donnent même pas la peine d’en définir l’antonyme. | | | | |
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| mot | | | À ces deux mots, très importants, – regard et voix – je donne un sens arbitraire de créativité et d'originalité. Je fus très content de tomber sur cette remarque de Cioran : « Tout s’estompe chez les êtres, sauf le regard et la voix », bien qu’il prenne ces termes au sens banal. | | | | |
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| mot | | | Tant d’ambigüités dans mes mots-clés : valoir – prix ou valeur ? devoir – règle ou sacrifice ? vouloir – viser ou désirer ? pouvoir – force ou talent ? | | | | |
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| mot | | | La vie consiste dans le sérieux de l’action ; le rêve prend la forme d’un jeu d’enfants. C’est pourquoi le rêveur cultive l’illusion, qui, étymologiquement, voulait dire – se faire entraîner vers le jeu. | | | | |
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| mot | | | Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui. | | | | |
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| mot | | | Jamais deux personnes ne partagent le même graphe ontologique, et donc jamais les mêmes mots ne recouvrent chez eux le même sens. C’est ce qui justifie la créativité morphologique et conceptuelle de Heidegger. | | | | |
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| mot | | | Le défaut d'intelligence le plus irrécupérable est l'ignorance en matière langagière. Ce qui explique beaucoup de faux pas de Platon, de Foucault, de Cioran. Et ce qui met en valeur l'éclat de St-Augustin, de Nietzsche, de Valéry. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise du tournant linguistique consiste dans l’oubli de la place de la représentation : « Les mots de la langue désignent les objets réels » - Wittgenstein - « Die Wörter der Sprache benennen Gegenstände ». Les mots désignent (ou plutôt référencent) les concepts d’une représentation ; l’objet réel est le même pour tous, le concept ne l’est jamais. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui ne voient que la réalité et le langage et ignorent (ce qui est) la représentation admirent la sentence : tout objet est identique à lui-même. Il est clair que le sens de cette affirmation (comme de toute autre) est formel et non pas réel, mais rien de formel ne peut se passer d’une représentation, dans laquelle l’accès à l’objet (au concept) admet une infinité de références langagières, et le chemin d’accès fait partie du sens. Donc, tout en accédant au même objet formel (et à son ‘original’ réel), le sens qu’on attribuera à cet objet serait différent, pour les accès différents. Strictement parlant, en visant le même objet de la représentation (et de la réalité), mais avec deux chemins d’accès différents, nous obtenons deux objets différents. | | | | |
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| mot | | | En allemand, le terme pseudo-philosophique d’absolu (das Unbedingte) renvoie au dé-chosifié, à l’inconditionnel. La lourdeur kantienne et le délire hégélien sont passés par là. Nietzsche, qui qualifiait de malade tout ce qui ne se rangeait pas du côté de la force, est trop radical : « L’extase ironique est signe d’une santé ; tout absolu est dans le pathologique » - « Die Spottlust ist ein Anzeichen der Gesundheit : alles Unbedingte gehört in die Pathologie ». | | | | |
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| mot | | | L’abêtissement de la philosophie par le piteux tournant linguistique prouve que les Anciens furent plus profonds, en mettant l’ontologie, et donc la représentation, au centre de leur attention. Cet abêtissement frappa le vieux Wittgenstein, qui, jeune, adopta une démarche ontologique, proche de celle d’Aristote, mais, vieux, sombra dans une lamentable anthropologie des jeux de langage, jeux si appréciés par les plus bêtes des Anglo-Saxons. | | | | |
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| mot | | | Ils réduisent le sens d’un mot à ses usages, donc à l’aspect pragmatique. C’est une approximation trop naïve, car le nombre des usages possibles d’un mot est infini. Le mot n’acquiert un sens que dans un usage donné, c’est-à-dire dans une phrase faisant partie d’un discours ; ce sens est donc une réduction du sens du concept (associé au mot, dans une représentation) au contexte donné. | | | | |
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| mot | | | Dans ton écrit, la langue et les objets, que tu dois, immanquablement, évoquer, étant une propriété commune, il est impossible que tu n’écrives que de ton intérieur ; de même, il est impossible de ne maintenir que le ton poétique, une part routinière s’y glissera, prosaïquement. La valeur de ton écrit apparaît après l’élimination du commun langagier, non poétique ; ce qui reste ne peut être que des aphorismes ou des maximes, que les autres, à tort, appellent des idées. | | | | |
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| mot | | | L'intellect (la raison outillée pour des finalités) pénètre trois couches : les sentiments, les concepts, les mots, où l'outil sollicite, respectivement, l'âme, l'esprit ou la métaphore. Si la science fait tout aboutir aux concepts, la philosophie (ou ses vassaux - la littérature ou la religion) trace deux parcours opposés : des mots aux sentiments – pour consoler, ou des sentiments aux mots – pour affirmer son intelligence, son goût ou son talent. | | | | |
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| mot | | | Le sens logique, extra-langagier, du mot vrai est rarement employé. Qu’est-ce que la vraie vie ? Elle ferait partie du monde, dont nous ne sommes pas (Rimbaud), puisque nous sommes dans le rêve sans langage et, donc, sans vérités, et ce rêve est le contraire de ce monde, saturé de langages et, donc, de vérités. | | | | |
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| mot | | | Le Logos johannique pourrait se traduire par entendement (Tolstoï), ce qui est déjà au-delà non seulement du Verbe (collé directement à la représentation) mais aussi de la phrase (qui n’est qu’une requête langagière, loin du sens conceptuel). L’entendement est dans l’interprétation, aboutissant au Sens, - trop d’étapes pour prétendre d’être aux origines. « Au Commencement était le Verbe, et à la Fin – la Phrase » - S.Lec. Et puisqu’il n’y avait rien à représenter, au Commencement était, peut-être, l’idée (le dessein divin) de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Bon discours, poétique ou philosophique : le verbal (explicite) renvoyant au conceptuel (implicite). Mauvais, anti-poétique et professoresque : le verbal sans attaches échafaudant le conceptuel gratuit et ad hoc. Le verbal sans contre-partie conceptuelle est du faux-monnayage. | | | | |
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| mot | | | Ce que tous les philosophes négligent, c’est le choix explicite des axes conceptuels, sur lesquels ils placent leurs mots fétiches. L’un de ces mots-parasites – la vie. À l’autre bout de l’axe, on devine, chez les soi-disant vitalistes, - la réflexion abstraite, l’érudition, le savoir, tandis que son occupant le plus intéressant est le rêve, ce qui fait de la vie synonyme de la réalité. Ainsi, cet autre terme, la passion, devient archi-flou, puisque, appliqué à la vie, il peut signifier l’obsession par la réussite, et, appliqué au rêve, – l’élan vers la hauteur. « Ce froid regard et nulle vie ; glas des passions inassouvies » - Boratynsky - « Взгляни на лик холодный, в нём жизни нет ; но как былых страстей заметен след ». | | | | |
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| mot | | | La représentation imprime des concepts et dessine des structures ; la langue exprime des idées et peint des sentiments. Même si la langue repose sur la représentation, ces deux milieux sont incompatibles, bien que confondus par tous les philosophes. | | | | |
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| mot | | | L’imagination exprimée est limitée par le langage, tandis que le savoir est illimité, car il existe la chose en soi inatteignable (Einstein, charmé par un lyrisme naturel, pensait le contraire). | | | | |
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| mot | | | Deux rôles du langage : peindre le fantôme de notre bonheur interne (d’être porteur du Bien), formuler la vérité de notre malheur externe (fatalité des chutes). | | | | |
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| mot | | | La langue offre des outils d’un style libre, mais elle nous force davantage à employer des tournures, imposées, tyranniquement, par l’usage et la grammaire. On ne peut s’en rendre compte que si l’on connaît plusieurs langues. | | | | |
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| mot | | | Pour définir le sens d’une phrase, il faut se rendre compte de faits suivants : 1. la logique fait partie de toute langue naturelle ; 2. une phrase consiste en références d’objets et de relations d’objets, références faisant appel aux moyens lexicaux et syntaxiques de la logique ; 3. on a toujours un locuteur et un destinataire, chacun avec ses moyens de représentation et d’interprétation ; 4. la phrase se réduit à une formule logique dans la représentation du personnage respectif ; 5. le sens de la phrase, c’est le réseau conceptuel, résultant de l’interprétation de cette formule (le mécanisme central y est la substitution de mots par des concepts) ; 6. donc, le sens (ou plutôt des sens) de la phrase n’est pas dans les mots, mais dans les réseaux ci-dessus. | | | | |
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| mot | | | La pensée loge, évidemment, dans la représentation, mais on n’y atteint qu’après avoir dépouillé un discours de son enveloppe purement verbale. La langue est si riche en effets de style que cet enlèvement, en littérature, peut être une véritable caresse. | | | | |
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| mot | | | La seule critique irréfutable de mes notes, et que j’accepte de bon cœur, concerne mes solécismes et se résume ainsi : Cela ne se dit pas. Pour le reste, j’ai désormais l’arsenal de mon système imprenable, arsenal forgé a posteriori. | | | | |
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| mot | | | Que ton écrit évite de répéter le dit des autres ; mais qu’il engendre un dit nouveau. Rien d’inouï n’existe plus pour le contenu de ton écrit ; le nouveau n’y surgira qu’à travers la forme. Si aucune musique ne naît de ton écrit, il rejoindra le plat silence du monde. N’écoute donc pas les savants : « Langage de l’inaudible, langage de l’inouï, langage du non-dit. Écriture ! » - Levinas. | | | | |
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| mot | | | Combien de générations d’élèves (indo-européens) durent conformer leur vision de la langue à cette structure ternaire - primitive, réductrice, anti-cognitive – sujet – verbe – objet ! Tandis que dans toutes les langues règnent les réseaux de relations d’objets d’arité arbitraire, dont la structure ternaire ci-dessus n’est qu’un cas particulier, simplissime et partiel. Le terme de sujet (acteur, concepteur) devrait être réservé à l’auteur (humain) de la représentation sous-jacente extra-langagière. | | | | |
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| mot | | | La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité. | | | | |
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| mot | | | L’usage ne modifie, durant une génération, qu’une partie négligeable d’une langue ; c’est l’inverse qui est juste : la langue forme les hommes plus que les hommes ne forment la langue. | | | | |
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| mot | | | L’insupportable profanation du mot rêve (Traum, dream) dans l’application à nos hallucinations nocturnes ! Pour m’en réconcilier, je renverserais la phrase de Hugo, en disant que le sens de notre existence consiste à passer de la vie où l’on s’agite (du sommeil où l’on dort) au rêve immobile (au sommeil où l’on rêve). | | | | |
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| mot | | | Pour les phénoménologues, la représentation est œuvre du langage ; pour moi, c’est le langage qui se plaque sur une représentation préexistante. Le langage naît et évolue au-dessus de la représentation, et sans celle-ci il n’aurait jamais apparu, n'aurait jamais été utilisable. | | | | |
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| mot | | | Le mot est gouverné par la grammaire et la musique, et le concept – par la représentation et la logique. | | | | |
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| mot | | | La pensée naît d’un discours, dont on a éliminé tous les éléments langagiers, pour rester en face d’une représentation et d’une logique. Le seul rôle autonome de la langue est l’expressivité, la part de la poésie ou de la musique. La bêtise des linguistes consiste à affirmer que « c'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser » - É.Benveniste – le dit n’est qu’une enveloppe inexploitable (pour la pensée) ; c’est le visé (dans la représentation) qui détermine la véracité et le sens. | | | | |
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| mot | | | La facilité de la (pré)compréhension d’un discours langagier est due, presque exclusivement, à l’usage (galvaudé, rodé par la grammaire). La vraie compréhension et, donc, la signification n’apparaissent qu’après l’élimination, la substitution du verbal par le conceptuel. | | | | |
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| mot | | | La chronologie de notre interprétation d’un discours : on y fait référence à la réalité, au langage, à la représentation, à la part métaphorique. Les médiocres s’arrêtent à l’une de ces étapes ; les pénétrants en maîtrisent la synchronie. « On n’est jamais sûr si nous visons le monde tel qu’il est ou le monde tel que nous le voyons » - G.Bateson - « We can never be quite clear whether we are referring to the world as it is or to the world as we see it » - nous voyons le monde surtout à travers la représentation. | | | | |
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| mot | | | Il n’y a pas de définitions de mots d’une langue ; on ne définit que les concepts de la représentation sous-jacente. Et Wittgenstein, en parlant d’une langue : « Les définitions sont les règles de la traduction d’une langue dans une autre » - « Definitionen sind Regeln der Übersetzung von einer Sprache in eine andere » - ne comprend pas les mécanismes de la traduction. Même les définitions de concepts, dans les langues différentes, sont toujours différentes et ne peuvent pas servir de règles. | | | | |
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| mot | | | Une beauté picturale ou musicale ne peut jamais être rendue par les mots ; mais d’une beauté verbale peuvent émaner et des images harmonieuses et des mélodies bouleversantes ; dans ce cas, en expressivité et profondeur, elle surclasse tous les autres langages. Le verbe est tridimensionnel, tandis que la peinture ne connaît que l’étendue et la musique – la hauteur. | | | | |
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| mot | | | Une hauteur (la noblesse), une tonalité (l’ironie), une musique (la poésie) te dictent les mots du commencement ; de l’enchaînement des mots suivants surgissent des idées. Il faut inverser les causes et les effets dans cette analogie sartrienne : « Le désir s'exprime par la caresse comme la pensée par le langage » - vivent les caresses idéo-verbales ! | | | | |
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| mot | | | On peut penser hors langage ; mais seul un discours, caressé par le langage, peut engendrer une pensée. Contenir des germes d’une volupté langagière devrait appartenir à la définition même de la pensée, et Bergson la place Dieu sait où : « La pensée demeure incommensurable avec le langage ». | | | | |
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| mot | | | À sa naissance, la langue n’était qu’un tas de borborygmes et d’interjections, et Freud : « La parole était à l’origine une merveille, un acte magique » - « Das Wort war ursprünglich ein Zauber, ein magischer Akt » - est complètement à côté de la plaque. Les merveilles et la magie n’apparaissent qu’avec une nécessité formelle et une liberté individuelle, c’est-à-dire avec la culture. | | | | |
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| mot | | | Qui maîtrise le langage, c’est-à-dire la rigueur de la représentation et l’expressivité de la langue, - maîtrise la vérité. Et Saint Exupéry a raison : « La connaissance : ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent » - le langage cohérent s’appelle représentation, la langue n’y ajoute que des métaphores. | | | | |
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| mot | | | Le langage évoque, la représentation référence, l’interprétation montre et informe. | | | | |
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| mot | | | La langue – une grammaire plus un vocabulaire ; tout est clair pour la première, tout est vague pour le second. On ne peut pas réduire celui-ci à un dictionnaire, avec ses définitions ; il devrait être une projection grammaticale sur une représentation (d’objets et de relations) et donc – être toujours personnel (malgré le fait d’être, formellement, un ensemble commun d’étiquettes). Par ailleurs, il n’est pas certain que dans toutes les langues les entrées du vocabulaire puissent s’appeler – mots. | | | | |
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| mot | | | Essaie de résumer le monde sans faire appel au langage. Tout devient, littéralement, indicible, miraculeux. Et tu comprends que seule la musique est une traduction fidèle de la Création. Et, en retournant au langage, tu chercheras à t’approcher de la musique qui ne prouve rien et résume tout. | | | | |
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| mot | | | Deux interprètes humains (dans un cas exceptionnel, il pourrait s’agir d’une même personne), un émetteur et un récepteur, participent à la donation du sens à un discours. Tout en visant le réel, ils s’appuient, aussi bien en émission qu’en réception, sur leurs univers idéels, sur leurs représentations donc, qui ne sont jamais identiques (s’il ne s’agit pas du même personnage). Le langage n’est donc commun que dans son extériorisation grammaticale ; le sens du discours n’est jamais unique. | | | | |
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| mot | | | Un mot n’a pas de sens unique, ni même de sens tout court ; il faut chercher son sens dans le contexte (le sujet et son discours), qui finira par nous renvoyer aux concepts (non-langagiers) de la représentation (celle du locuteur ou celle du récepteur). « Un mot est un faisceau, et son sens se projette en directions différentes »** - Mandelstam - « Слово является пучком, и смысл торчит из него в разные стороны ». | | | | |
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| mot | | | La représentation et l’interprétation sont pour le langage ce que le vocabulaire et la grammaire sont pour la langue. Le langage conduit à la rigueur des vérités et la langue – à l’arbitraire des tropes. Un outil de compréhension logique du monde et un outil d’expression poétique de l’homme. | | | | |
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| mot | | | Les linguistes cherchent la source de la sémantique dans de vaseux sens lexicaux du signifiant, tandis que cette source est ailleurs et elle est double : les relations dans la représentation non-langagière (liens sémantiques – spatio-temporelles, causaux, mais aussi liens syntaxiques – références des substances) et le style dans la langue (les tropes). | | | | |
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| mot | | | Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire. | | | | |
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| mot | | | Une confusion, dans les langues romano-germaniques, entre le rêve, qu’accompagne un ronflement, et le rêve, qu’écoutent les astres, associe la renommée désastreuse du rêve – avec le réveil ! Pour le second, le seul évoqué ici, c’est l’endormissement de l’âme, gardienne du rêve, qui est la tragédie du rêveur. « Le réveil fait aux rêves une réputation qu'ils ne méritent pas » - Valéry – la réputation de mon rêve est dans l’intensité de mon regard nocturne sur mon étoile et non dans mes yeux d’un bâilleur matinal. N’empêche que pour écrire ou mettre en musique mon rêve je dois être bien réveillé. | | | | |
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| mot | | | Une langue est un compromis entre la nécessité logique et la liberté d’expression. La rigueur grammaticale et l’expressivité des écarts. Les besoins logique et poétique sont communs à toutes les langues, mais la technique lexicale et syntaxique, ainsi que la psychologie imaginative sont toujours différentes. Toute langue est une merveille. | | | | |
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| mot | | | Valéry, en affirmant que, en poésie, le français ne chante pas, est trop injuste. Les carences rythmiques évidentes sont compensées, en français, grâce à l’harmonie sonore et aux mélodies élégantes. La tricherie purement rythmique est impossible en français – et tant mieux ! | | | | |
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| mot | | | Toutes les sciences se dégagent, de plus en plus, du langage commun et forment leurs langages spécifiques. Dans leur contexte, tout discours peut être réduit par des concepts scientifiques, se substituant aux termes langagiers, à des formules purement logiques. Mais la philosophie, qui n’est qu’un art, se remet entièrement, au langage commun ; il n’existe aucun concept proprement philosophique ; la philosophie est là où aucun consensus n’est possible, elle ne manipule que des notions. | | | | |
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| mot | | | La hauteur musicale, contrairement à la profondeur cervicale, n’a pas besoin de références au réel ; celle-ci est tributaire de la logique et celle-là se fie aux mélodies ; celle-ci développe la genèse des idées et celle-là enveloppe les mots de caresses stylistiques. Les idées finissent toujours dans la platitude du réel ; les mots idéels peuvent garder la hauteur de leur origine. Oui, il faut reconnaître que, pour être messager céleste, il faut placer au commencement - le verbe. | | | | |
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| mot | | | L’étude de la logique ne rend pas plus rigoureuses tes pensées ; cette étude aide à comprendre que la logique fait partie de la langue (ce qui n’est pas le cas de la mathématique), et cette merveille rehausse l’image que tu as de ton outil verbal. L’insertion de la logique dans une langue est un procédé d’une rare élégance et d’une stupéfiante diversité. | | | | |
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| mot | | | L’homme est d’autant plus intelligent et subtil qu’il maîtrise davantage de types de représentation de la réalité ou des abstractions. À toute représentation se superpose un langage, et les langages constituent les dimensions d’un homme. Le pitoyable homme unidimensionnel de H.Marcuse ou de Chomsky explique l’abject conformisme, résultant, pourtant, de la pratique du great refusal ; cet homme grégaire se réduit à la seule dimension sociale. Le solitaire, pluridimensionnel et créateur, est dans l’acquiescement au monde vertigineux, où règne la Loi divine et non pas la loi écrite. | | | | |
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| mot | | | On se dégage, par substitutions, de la forme langagière d’un discours, pour créer un chemin d’accès au fond ; plus que le fond lui-même, c’est la qualité de ce chemin qui en détermine la qualité. Les mots ne sont qu’instruments, c’est le chemin qui est le produit. | | | | |
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| mot | | | Le langage apporte à la représentation des consonances, des ambigüités, des tropes, des passerelles communicatives ; il n’apporte rien à l’Être, quel que soit le sens qu’on attribue à cet avorton indo-européen. L’Être est, tout entier, dans le réel, que cherche, timidement, à imiter une représentation. La partie modélisable de ce réel s’appellera être-là. | | | | |
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| mot | | | Les syntagmes d’un langage naturel indo-européen : qui, quoi, comment, où, quand, pourquoi. Ils peuvent être négatifs, être précédés par des prépositions (cas grammaticaux), comprendre des inconnues (après le renvoi à la représentation sous-jacente). Leur syntaxe s’articule sur deux niveaux : l’enchaînement correct de syntagmes et les structures correctes internes à chaque syntagme. | | | | |
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| mot | | | En littérature, l’originalité se prouve par des changements de langage, par l’introduction de nouveaux axiomes, par des commencements législatifs donc. Les ordinaires déversent des parcours, des événements. « L’art ancien donnait des lois. Le moderne donne des faits »** - Valéry. | | | | |
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| mot | | | La lecture d’un écrit, rédigé dans ta langue maternelle, passe par deux filtres : le commun, le mécanique – l’application des habitudes de la tribu ; et le particulier, l’organique – à travers tes goûts, tes expériences, tes attentes. Le premier aide à reconnaître des lourdeurs, des solécismes, des absurdités langagières ; le second produit des plaisirs ou des dégoûts. Le cas le plus embêtant est la lecture de ton propre écrit, dans une langue étrangère, – tu es immédiatement plongé dans le second passage ; les yeux de la tribu te manqueront, ton regard laissera inaperçus tant de pâtés langagiers, qui gâcheront ta peinture conceptuelle – la solitude d’écrivaillon-métèque est une malédiction. | | | | |
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| mot | | | Dans les débats intellectuels, la compétence la plus rare, c’est la compréhension de la place du langage (l’intermédiaire entre la réalité et la représentation). Le seul à l’avoir bien compris, c’est Valéry. N’ayant rien compris à la philosophie, à la logique, à la mathématique, il eut quelques illuminations intuitives, en évoquant la place des définitions, l’unification d’arbres, les substitutions de mots par des concepts, les implexes. | | | | |
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| mot | | | La première étape de l’interprétation d’un discours consiste à substituer aux mots de la langue – des concepts de la représentation. C’est une tâche conceptuelle et non langagière, contrairement à ce que pense Valéry : « Le langage exige le remplacement des choses par des objets »***. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles images verbales sont inséparables de la langue ; les plus profondes idées en sont indépendantes. Le tableau d’un haut état d’âme en est le compromis. | | | | |
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| mot | | | Au jeu d’échecs, en politique, en littérature la compétence se traduit par une réduction de l’ensemble de conflit (de choix envisageables), ce qui permet de trouver plus vite la meilleure solution. La compétence est donc dans la capacité de distinguer les bons et les mauvais candidats, dans le maniement des contraintes. Cette capacité manque à celui qui écrit dans une langue étrangère ; ses ensembles de conflit sont trop vastes, et le choix du mot se fait souvent par un hasard chancelant. | | | | |
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| mot | | | Dans l’écriture, l’esprit prosaïque, au calme plat, navigue entre choses et concepts ; le talent, c’est-à-dire l’âme poétique, produit la houle des mots. | | | | |
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| mot | | | Méta voulant dire, en grec, aussi bien après qu’au milieu, l’aphoriste pourrait s’appeler hypo-crite (commenceur, décideur, précédant le jugement des autres), et son lecteur – méta-crite (s’occupant à reconstituer la lumière des parcours et des finalités à partir de l’étincelle de l’incitateur). | | | | |
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| mot | | | Le défi stylistique est hors de ma portée, tandis que les choix judicieux des auteurs autochtones sont orientés par l’usage maîtrisé. Il me manque l’intuition de l’effet que produit un écart lexical ou syntaxique. Ce que je vise est au-delà des mots, mais l’attention du lecteur naturel s’arrête aux mots ; les liaisons entre concepts sont perçues comme liaisons entre les mots, ce qui banalise le contenu et abaisse la forme. Malédiction de métèque… | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, tout mot comporte une partie langagière et une partie conceptuelle. La philosophie aurait dû s’inspirer des sciences, pour ne pas se contenter d’un pur verbiage détaché et d’introduire aussi de rigoureux ajustages attachés. L’élimination (par substitutions) de l’aspect purement langagier ne devrait pas aboutir au néant conceptuel. | | | | |
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| mot | | | Seul le langage nous permet de quitter le présent et de nous placer sur un axe temporel indubitable. Sans langage, toutes les traces du passé seraient ressenties comme faisant partie du présent. Aujourd’hui règnent des images non-langagières, ce qui fait du présent la seule réalité. Cet état s’appelle barbarie. | | | | |
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| mot | | | Seul la poésie peut fonder son message sur le langage ; tous les autres genres intellectuels reposent sur la représentation, bien que la plupart des auteurs croient, naïvement, rester dans le langage. | | | | |
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| mot | | | Un discours et son interprétation contiennent, respectivement et potentiellement, des valeurs et des significations. La valeur peut se réduire au langage (en poésie, en épanchements passionnels) ; la signification débouche sur le sens (réseaux de concepts). | | | | |
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| mot | | | L’interprétation de tout ce qui se formule en langue naturelle finit par un réseau de concepts de la représentation. En particulier, l’univers définitif de la pensée et de la vérité n’est point le langage, mais bien la représentation. | | | | |
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| mot | | | Une inspiration non-langagière crée mon état d’âme et demande d’exprimer celui-ci. Quant aux pensées tout prêtes, je ne les exprime presque jamais ; elles sont des effets inconscients, collatéraux, contingents. Je ne traduis que de l’inexprimable ! | | | | |
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| mot | | | L’oubli du langage en tant qu’un but en soi, une solution musicale ou intellectuelle, le réduisit à la fonction secondaire d’instrument, accompagnant les actes et les images. Quel siècle à interjections ! | | | | |
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| mot | | | L’aspect formel d’une pensée dépend trop du langage ; heureusement, l’aspect significatif n’en dépend guère – l’espoir d’un métèque de la langue ! Hélas, le langage est vital, tandis que le sens est abstrait. | | | | |
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| mot | | | Deux sortes d’intelligence : l’une fondée sur les concepts (l’intelligence scientifique) et l’autre - sur les notions (l’intelligence intuitive). Dans les deux cas – la place modeste, voire négligeable, du langage, qui disparaît suite aux substitutions par des concepts/notions. Un contraste saisissant avec le verbiage philosophique, où l’on s’embourbe dans les mots, non-transformables en concepts/notions. L’élégance des mots, refusant toute rationalisation, est réservée aux poètes. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel. | | | | |
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| mot | | | Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement. | | | | |
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| mot | | | La pensée non-langagière peut naître soit d’une imagination abstraite créatrice (mue par des concepts), soit d’une expérience avec de l’inconnu (contact avec des objets sans nom qu’accueille la représentation existante). Et l’enveloppe langagière peut même ne pas surgir. | | | | |
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| mot | | | Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens. | | | | |
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| mot | | | L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase. | | | | |
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| mot | | | Quelle que soit la langue, l’élément essentiel d’un discours y est le syntagme (référence de choses/objets ou de relations). Ces syntagmes renvoient soit à la réalité (donc aux choses, aux vagues notions, non formalisables en représentation), soit à la représentation (donc aux objets, aux concepts rigoureux). Le meilleur emploi de la première approche appartient au talent artistique, celui de la seconde – au talent scientifique. Sans aucun talent, tout discours est platitude, bavardage ou délire. | | | | |
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| mot | | | Tout discours a autant de sens que de lecteurs. La philosophie analytique se disqualifie par sa pitoyable tentative d’atteindre au sens universel d’un discours, en contournant les représentations individuées. | | | | |
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| mot | | | Grâce à une heureuse polysémie, le mot hauteur est employé aussi bien par des musiciens que par des écrivains qui cherchent une certaine musicalité dans leurs discours – la hauteur du son ou la hauteur de vues. | | | | |
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| mot | | | La musicalité d’un écrit se reconnaît par ses mélodies poétiques, par ses rythmes intelligents, par son harmonie talentueuse, par sa tonalité ironique, par son timbre sensible. Mais les mots n’ont pas la fidélité des cordes ; dans un écrit musical, le langage déforme plus qu’il ne forme. | | | | |
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| mot | | | Les deux fonctions du langage, l'instrumentale et la créatrice, ressemblent aux deux genres de maîtrise, qui servent pour bâtir une maison : d'un côté, on apprend à assembler les murs, les portes, les fenêtres, les toits, et de l'autre, le besoin, le goût ou le talent d'architecte poussent à ériger des huttes, des tours d'ivoire ou des phalanstères. | | | | |
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| mot | | | L’entité élémentaire d’une phrase, c’est la référence d’objets, mais on n’y accède qu’après avoir reconstitué l’ossature logique de cette phrase à partir des règles grammaticales, tenant compte des aspects phonétiques, lexicaux, syntaxiques et associées aux concepts logiques extra-langagiers – les connecteurs, les quantificateurs, les négations, les implications. Cette dernière démarche est propre de toutes les langues, ce qui échappe à tous les linguistes et à tous les philosophes, incapables de percevoir les rapports entre la langue (le mot ou un équivalent), la représentation (l’objet) et la réalité (la chose). | | | | |
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| mot | | | Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième. | | | | |
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| mot | | | La langue émerge de notre quotidien terrien ; c’est une contrainte à ne pas négliger. Le talent littéraire consiste à s’inspirer de la hauteur du sensible naissant, à s’étonner de la profondeur de l’intelligible né, à ne pas laisser la pesanteur de la langue amortir ces deux élans vers deux admirables naissances, à garder leur grâce. | | | | |
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| mot | | | La naissance d’une langue : recherche d’adéquation entre les sons (proférés par nos cordes vocales), d’un côté, et nos intentions et actes, de l’autre ; naissance de représentations, apparition d’objets (et de relations entre eux) se substituant aux choses (matérielles ou spirituelles). La langue est née, lorsque nous finissons par nous adresser aux objets et non plus aux choses. | | | | |
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| mot | | | La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle. | | | | |
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| mot | | | La poésie française est condamné à rester de second ordre en Europe pour une raison technique – l’accent tonique en français n’est que syntagmatique et non pas, en plus, comme partout ailleurs, lexical, source d’innombrables combinaisons rythmiques. D’autre part, suivre, verbalement, ces rythmes est si facile, que tant d’Européens se prennent pour poètes, sans avoir le moindre talent poétique ; en France, seul les poètes-nés peuvent briller. | | | | |
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| mot | | | Toute la poésie naît des propriétés intrinsèques du langage ; il est donc presque inévitable qu’elle reste sotte, bien que nous charmant par ses assonances et ses ambigüités. L’intelligence est dans la maîtrise des relations que le langage entretient avec l’extérieur, avec des représentations conceptuelles et des expériences vitales. | | | | |
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| mot | | | Le mot représentation, dans les philosophies platonicienne, aristotélicienne ou kantienne, désigne la maison du savoir, un domaine monumental de nos échanges avec le monde ; mais, malheureusement, ce mot est entaché de traces de physiologie, théâtralité, diplomatie, automorphismes algébriques ou apparences, qui occultent son sens originel et engendrent des monstres telle la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | Le théâtre (dramatique ou musical) nous rappelle qu’entre le désir et le mot il existe une sphère expressive plus spontanée, plus viscérale, plus hermétique, composée de borborygmes et de soupirs, « la parole d’avant les mots » - Artaud -, et que le mot rationalise trop. | | | | |
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| mot | | | Depuis un demi-siècle, on savait que le sens d’une phrase devait être formulé en termes extra-langagiers : « La linguistique est une théorie de conversion sens ↔ texte »*** - Manine - « Лингвистика есть теория перевода смысл ↔ текст », mais il a fallu attendre une Intelligence Artificielle mure du XXI-ème siècle, pour rendre opératoire ce vœu pieux. | | | | |
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| mot | | | Une langue doit disposer de deux grammaires – l’interne (générative ou autre) et l’externe (représentative). D’une phrase, c’est-à-dire d’une suite de sons (peut-être accompagnée de gestes), la première grammaire extrait une suite chronologique d’entités élémentaires (équivalents de nos mots) et en établit la correction. Dans cette suite correcte, la seconde grammaire (une méta-grammaire) reconnaît des références d’objets (noms, relations, qualificatifs, négations, connecteurs et quantificateurs logiques, coordonnées spatio-temporelles). Le sens de la phrase est un concept subjectif, dépendant de représentations que tout individu possède ; ce sens est établi par un interprète universel extra-langagier (une méta-grammaire, un démonstrateur), grâce aux substitutions des références par des objets de la représentation, débouchant à un réseau. Rien d’universel (propre à toutes les langues) dans les grammaires ; tout est universel dans le démonstrateur. La logique est innée, tout le reste est acquis. | | | | |
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| mot | | | Pour avoir un sens, un discours doit se reporter à une représentation. Toutes les représentations sont à portée de la machine ; donc, su tu veux produire des textes sensés, ils doivent être digérables par la machine ; sinon, tes paroles seront soit de la poésie verbale soit du verbiage banal. | | | | |
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| mot | | | Le langage dispose de signes (mots) ; la représentation propose des sens (structures et raisonnements). La poésie est dans le signe, et la philosophie – dans le sens. | | | | |
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| mot | | | Les structures grammaticales d’une langue ne peuvent ressembler que de très loin aux structures de la représentation. Et celles-ci sont beaucoup plus proches de la réalité que celles-là. Sans la représentation, une grammaire est incapable d’engendrer du sens dans un discours (un faux espoir de la philosophie analytique), et sans le sens aucun savoir n’est possible. | | | | |
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| mot | | | Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, le locuteur est porte-parole, ses mots – porte-substitutions, les objets substitués de la représentation – porte-sens. Un mot, qui ne serait attaché à aucune représentation, explicite ou implicite, n’est que le mot, il n’a pas de sens. Les philosophes académiques pèchent par cet oubli et nagent dans un verbiage. | | | | |
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| mot | | | Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance. | | | | |
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| mot | | | Le simple fait d’être musicien, peintre ou scientifique ne te discerne pas le titre d’intellectuel. Tu es intellectuel si tu comprends la place du langage parmi tous les moyens d’expression. Si tu en appréhendes la puissance, l’élégance, l’harmonie. Si tu sais en retirer l’intensité, la noblesse, la hauteur et l’originalité, dont tu muniras ton propre discours, communicable à tes pairs. | | | | |
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| mot | | | Contrairement aux notes et coups de pinceau, le mot n’épuisa pas encore son potentiel de beauté, de subtilité et de noblesse. Il n’y a plus rien à chercher dans les cloaques sonores ou picturaux, tandis que le mot organique, même agonisant, continue son combat, perdu d’avance, face aux sons et images mécaniques, ces symboles du triomphe de la foule. | | | | |
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| mot | | | Tu perds tant de choses, en t’exprimant dans une langue étrangère : l’élégance, les idiomatismes, l’ironie. Et l’audace ou la plaisanterie, le plus souvent, t’y desservent. « Dans une langue étrangère, le premier des cadeaux à périr, c’est l’humour » - V.Woolf - « Humour is the first of the gifts to perish in a foreign tongue ». | | | | |
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| mot | | | Les idées naissent de la représentation ; la logique de celle-ci est traduite en musique des mots, rendant possible la formulation des idées et leur transmission aux hommes. Donc, en fin de compte, les idées naissent des mots et non pas l’inverse. « La langue est la mère et non pas la fille de la pensée »** - K.Kraus - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Tochter des Gedankens ». | | | | |
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| mot | | | Une phrase comprend des constantes explicites (noms d’entités, mécanismes logiques, valeurs d’attributs, qualificatifs, ponctuations) et des inconnues (variables) implicites. Pour arriver à la signification et au sens de la phrase, l’interprète logico-langagier doit en constater la correction syntaxique, noter les inconnues dégagées, former une proposition associée, procéder à l’unification des inconnues par un chaînage-arrière, constater la véracité/fausseté de chaque résultat, exhiber des réseaux obtenus en tant que des sens de la phrase. | | | | |
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| mot | | | La langue des questions est presque toujours commune ; celles des réponses est presque toujours individuelle. En écriture, les bonnes contraintes doivent écarter ce qui est rebattu, et le bon goût doit se vouer à la seule beauté inimitable. Être davantage dogmatique que sophiste. Plus tu es exigeant, plus tu te rapproches du genre aphoristique. | | | | |
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| mot | | | L’enfant, en apprenant la langue, mémorise surtout un modèle probabiliste, d’après lequel, après avoir perçu un début de phrase, on devine, de mieux en mieux, les prolongements les plus probables. Dans l’interprétation d’un discours, c’est étonnamment efficace pour réduire l’espace de conflits, au point que les meilleurs modèles linguistiques des réseaux neuronaux, ChatGPT et DeepSeek, s’en inspirent. Tout discours est temporel : plus on y avance, moins on a de candidats à la succession. | | | | |
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| mot | | | Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir. | | | | |
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| mot | | | La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations. | | | | |
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| mot | | | Le scientifique laisse l’initiative aux idées, la tâche subalterne de leur description étant dévolue aux mots. L’ambition de l’écrivain (poète, philosophe, penseur) est de tisser des charmes verbaux, au milieu desquels surgissent, presque par inadvertance, des idées. « Quand une fois on a goûté au suc des mots, l'esprit ne peut plus s'en passer. On y boit la pensée »** - J.Joubert. Les pensées finissent par rejoindre le fond commun de l’humanité ; les mots restent attachés à leur auteur. | | | | |
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| mot | | | Le mot réalité a, au moins, deux sens presque opposés : le mystère de la Création divine (l’impossibilité, l’harmonie, la beauté) et la solution de l’action humaine (la transparence, la prévisibilité, le contraire du rêve). « Qu’y a-t-il de plus fantastique et inattendu que la réalité ? » - Dostoïevsky - « Что может быть фантастичнее и неожиданнее действительности ? ». | | | | |
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| mot | | | Tant de charlatanismes (phénoménologie, philosophie analytique, philosophie du langage, philosophie de l’esprit) résultèrent de cette bêtise, le tournant linguistique, dont se seraient moqués Platon ou Aristote, et qui consiste à admettre une interprétation ou un sens uniques d’un discours. Heureusement, il restait Valéry, le plus lucide visionnaire du langage : « Le langage associe trois éléments : un Moi, un Toi, un Lui ou chose » - le destinataire ne peut pas avoir une idée précise des représentations de l’expéditeur. Tant de destinataires, tant d’interprétations – les représentations sont incontournables ! | | | | |
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| mot | | | Le sens d’une idée est dans les structures conceptuelles de la représentation ; la forme – dans les tropes du langage. Les structures langagières n’apportent rien au sens ; les concepts de la représentation n’apportent rien à la beauté du discours. | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| mot | | | On ne peut pas penser en mots, car les mots traduisent l’inertie, tandis que la pensée doit être une lutte, un style rebelle, fondé sur les concepts. La majorité des philosophes, nageant dans le verbiage, ne pensent pas, ils ignorent les relations entre le mot d’usage et le concept de représentation. | | | | |
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| mot | | | En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui. | | | | |
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| mot | | | Tout langage, muni de la notion de substitution (équivalence, synonymie, syntagmes), est constitué de formules. En logique, on substitue des concepts à d’autres concepts, pour avancer vers des preuves, vers la vérité. En philosophie académique, on substitue des mots à d’autres mots, pour propager un verbiage, sans but formulable - leurs formules sont nulles. | | | | |
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| mot | | | En russe, les mots les plus expressifs laissent autour d’eux des incertitudes et ne traduisent qu’un élan plutôt qu’une finalité bien désignée ; des points de suspension plutôt que des points tout court. C’est bon pour la poésie enveloppante, mais ne favorise ni la musique développante ni l’art aphoristique (immobilité et concentration dans le commencement). Nabokov parlait de réticence musicale (музыкальная недоговорённость) dans le russe. | | | | |
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| mot | | | En russe, un seul mot sur dix demande une réflexion sur sa bonne orthographe ; en allemand – trois ; en anglais – six ; en français - neuf. | | | | |
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| mot | | | La facilité époustouflante, avec laquelle l’homme comprend le discours d’un autre, n’est due ni au câblage de la grammaire ni à la projection des mots sur les concepts, mais à la … statistique. Tel est le constat, décourageant pour les cogniticiens, avec leurs modèles savants, mais traduisant une irréfutable réalité. L’apprentissage, à travers l’usage quotidien, forme la vague notion de proximité entre les mots (syntagmes) ; les réseaux neuronaux (chatbots) suivent exactement la même démarche, et c’est seulement au stade du raisonnement abductif (qui, quoi, pourquoi, comment) qu’interviennent, aussi bien chez l’homme que chez les robots, quelques mécanismes logiques. | | | | |
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| mot | | | Tout ouvrage philosophique doit faire appel à la chimie des réactions entre les concepts à valences connues et à l’alchimie des rencontres inattendues entre les mots à valeurs imprévisibles. | | | | |
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| mot | | | L’ivresse, provoquée par leurs mots grandiloquents (toujours contingents), fait tourner la tête des professeurs de philosophie ; leurs esprits excités confondent les mots avec des concepts sobres (mais nécessaires). Pour que vos mots puissent s’aventurer dans la hauteur, il faut vous être entraînés dans la profondeur des concepts. | | | | |
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| mot | | | En littérature, tu progresses par des détachements que tes mots osent, face, successivement, aux idées, sentiments, états d’âme, qui, fatalement, rejoignent, tôt ou tard, le patrimoine commun. L’originalité n’appartient qu’aux mots – la dernière leçon, souvent décourageante, de graphosphère. Le mot réussi est une caresse d’âme qui fait frissonner les esprits et les cœurs. | | | | |
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| mot | | | On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles. | | | | |
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| mot | | | On reconnaît un esprit subtil par le nombre d’hapax qu’on trouve dans son discours ; pour les états d’âme, qu’il s’agit de traduire, il n’existe pas de mots justes. | | | | |
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| mot | | | Les contraintes, que la logique exige de la mathématique, sont de la même nature, que ce que le langage impose à la poésie. Et leur résultat commun – une liberté intérieure, défiant l’inertie et le hasard extérieurs. | | | | |
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| mot | | | Chaque langue a le pays qu’elle mérite. | | | | |
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| chœur vérité | | | INTELLIGENCE : Savoir falsifier toute vérité est signe d'intelligence. L'intelligence supérieure est de fabriquer un langage rendant cette falsification - automatique. Tout ce qui touche à la vérité peut être câblé dans le cerveau des hommes. La grande menace serait, que le beau se réduise, lui aussi, à quelques branchements de veines ou d'aortes. | | | | |
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| chœur vérité | | | IRONIE : La vérité se livre à la mémoire et à l'ironie. Elle y prend la forme d'idole incontournable ou de contrainte pour une nouvelle circulation de croyances. La vérité humaine est celle qui garde de l'attrait après la péremption du langage, dans lequel elle fut mise au monde. L'ironie est l'asile des vérités abandonnées par des grammaires défaillantes. | | | | |
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| vérité | | | Il y a deux sortes de vérité : musicale et verbale. L'art et la science, c'est le dosage, la bonne entente entre les deux. L'artisanat et la technique, c'est l'ignorance de l'une des deux. | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi le sage aime-t-il défier des vérités ? Serait-il plus sceptique que le sot, face aux preuves ? Non, le sage fait davantage confiance à l'Horloger du vrai, mais il sait, par expérience, que plus on soumet la vérité aux épreuves du paradoxe, plus majestueux est le nouveau langage, dans lequel elle se réincarne et se renomme, dans une espèce de tautologie de rupture. « La législation langagière engendre aussi les premières lois de la vérité »** - Nietzsche - « Die Gesetzgebung der Sprache giebt auch die ersten Gesetze der Wahrheit ». | | | | |
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| vérité | | | Discours et sa véracité. Deux étapes, pour l'atteindre : analyse et, si besoin est, exécution. On se plante en analyse parce que : 1. le lexique est bon, mais la syntaxe est mauvaise, 2. la syntaxe est bonne, mais des opérateurs inconnus sont invoqués. On se plante en exécution parce que : 1. des références d'objet n'aboutissent pas aux objets du modèle, 2. la proposition s'évalue à faux. Le domaine de la vérité est donc le langage : une langue plus un modèle. | | | | |
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| vérité | | | Quand la gravitation seule explique l'attirance de la vérité, c'est le bon moment, pour changer d'orbite langagière. La vérité n'est bien en chair qu'impondérable. Ou, plutôt, la chair, c'est le langage, dont la vérité n'est qu'un (sous-)vêtement. Camus, lui aussi, la confond avec le verbe : « La vérité est trop nue ; elle n'excite pas les hommes ». | | | | |
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| vérité | | | Méfie-toi de la vérité traversant les saisons. La vérité féconde ne s'hérite pas. Sous un éclairage figé, où des vérités végètent, tout se reproduit mécaniquement, même le mensonge. N'aspirent ni n'appellent de nouveaux astres que des visions, vraies ou fausses, en quête d'un langage libérateur et fulgurant, arcana Dei. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'est jamais vivante. Dès qu'on laisse entrer la vie (la réalité), dans un modèle (dépositaire de vérités), une rupture épistémique (dans le langage ou dans le modèle) éclate, et un nouveau système de vérités s'installe. La vérité est monotone, intemporelle, sans mouvement vital (la vérité est cadavérique - Hegel - leblose Knochen eines Skeletts) : « En logique, nul mouvement ne doit devenir, car le logique ne fait qu'être »** - une étonnante rigueur technique de Kierkegaard. | | | | |
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| vérité | | | Plus que la vérité elle-même, on devrait apprécier ce qui élève au rang de vérité ou en prive, c'est-à-dire les instruments, qui créent des langages et des modèles de la réalité. L'homme est davantage instrument que dépositaire de la vérité, et St-Augustin a tort : « La vérité habite à l'intérieur de l'homme » - « In interiore homine habitat veritas ». | | | | |
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| vérité | | | L'objet O existe - comment le comprendre ? Quelle est la requête et dans quel langage ? Dans le contexte de quel modèle ? Quel en est l'interprète ? O existe, si l'on l'interroge bien et si l'on réussit à accéder à lui dans le modèle. L'objet moi du cogito n'est référencé qu'implicitement, l'interprète est absent et le modèle n'est que polémique. | | | | |
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| vérité | | | Le dilettante dit : c'est la vérité qui compte ; l'expert lui emboîte le pas : ce qui compte, c'est l'écart audacieux de la vérité sur déclin ; l'ironiste achève : on ne sait pas ce qui compte - langage, rythme, climat, métaphore ? | | | | |
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| vérité | | | Par abus de langage on dit, que le système des vérités change, lorsqu'on change de langage. Le plus souvent, ce n'est pas le langage qui change, mais le modèle de l'univers (le signifié), dans le contexte duquel on évalue des propositions. C'est de l'union d'une machine linguistique (comprenant la logique) et des lambeaux de la vie modélisée que naît la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Le langage ne représente pas la réalité. La tâche de représentation, c'est la conception (structures, attributions, règles comportementales) qui n'est pas d'essence langagière. Le langage, c'est essentiellement la formulation de problèmes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se dégage de l'interrogation, dans un langage provisoire, des modèles furtifs de la réalité. Ni l'éternité ni l'infini, ces attributs de la seule réalité, n'accompagnent ni bénissent cette naissance. Toute vérité est un enfant bien légitime de ses parents, langage et théorie, sans Annonciations du Verbe ni Visitations par l'Esprit Saint. Bien que Milton pense le contraire : « La vérité ne vient au monde qu'en bâtard » - « Truth never comes into the world but like a bastard ». La mathématique semble en être la marraine. | | | | |
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| vérité | | | Le regard et le langage - deux outils qu'entretient un bel esprit ; le médiocre, le mal instrumenté ou le mal inspiré, s'occupe de matières premières, des vérités. La Caresse ou le Verbe, c'est à dire la poésie personnelle, se concentrent aux Commencements ; des vérités traînent auprès des finalités aléatoires et communes. Ceux qui manquent d'audace et de personnalité, se plient aux jugements universels, absolus : « Ce qui vient de moi-même, dans ma philosophie, est faux » - Hegel - « Was in meiner Philosophie von mir ist, ist falsch ». Le créateur audacieux dit : « C'est le regard qui exprime la vérité » - Nietzsche - « Die Wahrheit spricht der Blick aus ». | | | | |
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| vérité | | | L'homme, péniblement, apprend au vrai une langue de symboles, et voilà que le réel, ce vagabond sans famille ni école, s'avère maîtriser sans peine la même langue ! « L'homme mesure Dieu, comme l'image mesure la vérité » - Nicolas de Cuse - « Sic mensura Dei in creaturis sicut veritas in imagine ». | | | | |
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| vérité | | | Spinoza : un délirant se donnant l'air savant ; Heidegger : un savant cherchant l'air délirant. Le premier prétend, naïvement, prouver des vérités éternelles ; le second, lucide, invente sa propre notion de vérité, valable dans une seule maison de l'être, son langage. Le sérieux d'un jargon mal maîtrisé ou les jeux d'un langage à créer. | | | | |
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| vérité | | | L'acception la plus bête, mais la plus répandue, de vérité : ce à quoi on adhère inconditionnellement. Or une vérité ne s'établit qu'à travers les trois types de conditions : de langue, de modèle, d'interprète. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qui est hors du langage courant est, par définition, faux. Toute création consiste à produire du faux avec des instruments du vrai. Les romantiques fourvoyés cherchaient, avec des instruments du faux, à produire du vrai. | | | | |
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| vérité | | | Le mot idée renvoie soit à la requête (intentions, hypothèses, références), soit à la réponse (constat de substitutions et de liens). Entre ces deux lieux de pensée incommensurables se glisse la vérité, précédant le second et succédant au premier. | | | | |
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| vérité | | | Soit on réduit la philosophie à la logique en en attendant des solutions-vérités, soit au savoir, prometteur de problèmes-langages, soit, enfin, à la poésie, où l'on se contente de mystères-styles. Sens pratique, sens intellectuel, sens poétique : « Le poète est un homme, qui a gardé le sens du mystère »* - J.Green. | | | | |
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| vérité | | | Dans le vrai, le langage est l'outil, et la représentation – la matière ; dans le beau, c'est l'inverse. Et puisque dans les jugements de valeur doit dominer la matière, le beau surclasse le vrai. L'outil est la maîtrise des buts collectifs, et la matière est la noblesse des contraintes personnelles. | | | | |
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| vérité | | | Qu'est-ce qu'une idée ? Une requête syntaxiquement correcte dans un langage ; son analyse sémantique dans le contexte d'un modèle ; sa valeur de vérité ; des substitutions (objets) de ses variables ; des images et des désirs, qui s'en forment dans le locuteur, se tournant vers la réalité modélisée. Il n'y a aucune place à cette fumeuse adéquation de l'idée et de la chose. Aucun isomorphisme n'est pensable entre le langage et le modèle, ou entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | Le dogmatique et l'aporétique n'ont aucune raison de se vouer des anathèmes et des hargnes. On n'a même pas besoin d'être ironique, pour savoir être dogmatique, dans un langage et modèle fixes, et être aporétique, dès qu'un nouveau langage ou modèle se mettent à poindre. Le dogmatique s'intéresse aux vérités, l'aporétique - à ce qui les fait naître et périr, l'ironique - à leurs habits. | | | | |
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| vérité | | | Les transcendantaux : le Bien, le Beau et le Logique. Mais ni les bonnes actions, ni les beaux objets ni les vérités ne le sont pas. Le Vrai ne quitte presque pas le domaine langagier, effleure à peine le conceptuel et ignore le réel. Le Bon ne loge que dans l'âme, se tait ou se profane dans le réel et se chante ou se rehausse dans le langagier. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'a aucun rapport avec la validité (le pragmatisme) ni avec la certitude (le psychologisme) ; elle est une relation linguo-conceptuelle. | | | | |
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| vérité | | | La vérité : fille du temps (« veritas filia temporis » - F.Bacon) ? de l'espace (la Loi) ? du langage (le Verbe) ? | | | | |
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| vérité | | | Toute griserie est contre-indiquée, pour constater une sobre propriété des propositions grammaticalement correctes, qui s'appelle vérité. Mais chez ceux (Hegel, Schelling, Hölderlin) qui ignorent, que ce breuvage archi-neutre n'a rien d'alcoolisé, sa consommation est décrite comme une bacchanale délirante. Voilà où mène l'incompétence dans le choix de flacons. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai est toujours logé dans un univers clos, et la création est modification de l'univers, donc – défi explicite au vrai ancien et naissance implicite du vrai nouveau. Le vrai, contrairement au beau, ne demande ni volonté ni intelligence internes ; il est produit collatéral et secondaire d'une volonté de la création externe. « Volonté du vrai - c'est l'impuissance dans la volonté de créer »*** - Nietzsche - « Wille zur Wahrheit - die Ohnmacht im Willen zur Schaffung ». Le créateur produit des images, qui forment un arbre requêteur, et que l'observateur unifie avec son propre monde, l'unification devenue possible grâce à l'adaptation au nouveau langage et à la vérité établie, fugitivement et mécaniquement, de la proposition. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie peut prétendre aux facettes esthétique, éthique, mystique, mais nullement - à la véridique. Mieux, la connaissance philosophique n'existe pas, bien que la philosophie de la connaissance soit vaste et féconde. La vérité naît entre le langage et le modèle, tandis que la philosophie est dédiée à la relation entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Impossible de parler du vrai en absence d'une requête, articulée dans un langage et interprétée dans le contexte d'un modèle, les deux se trouvant hors de tout être (St-Augustin) et de tout étant (Thomas d'Aquin). | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes sont de grands pollueurs du débat sur la vérité ; les seuls, qui y ont leur mot à dire, sont les logiciens, les linguistes et, surtout, - les cogniticiens ; c'est la qualité des représentations qui, pour dégager des vérités, compte plus que la correction du langage ou la rigueur de la logique. | | | | |
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| vérité | | | Des trois types de vérités, ontologique, représentative, jugementale, seule la dernière devrait être retenue. La vérité des choses aurait dû être confiée aux sens ; la vérité de la pensée des choses - au bon sens ; mais le sens ne peut partir que de la vérité des jugements langagiers. | | | | |
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| vérité | | | Eux (de Thomas d'Aquin à Heidegger), ils veulent constater l'accord entre l'énoncé et la réalité, pour conclure à la vérité. Tandis qu'il faut d'abord constater la vérité (dans le rapport apophantique langage-modèle), avant de songer à l'accord (le sens dans le rapport mental modèle-réalité). | | | | |
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| vérité | | | Si le vrai de l'homme ne loge que dans le langage, la vérité de Dieu est la possibilité même du langage, elle en est la méta-grammaire, anti-réflexive. Le langage de Dieu échappe à toute grammaire. C'est ce que voulait dire Tiouttchev : « La pensée articulée est mensonge » - « Мысль изречённая есть ложь ». L'esclave inconscient croit qu'est libre celui qui peut ne pas mentir. La vérité logique (celle qui s'établit dans le contexte d'une représentation) est un mensonge ontologique (puisque l'ontologie du réel n'a pas de langage, et aucune représentation n'est homomorphe à la réalité). | | | | |
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| vérité | | | Ils cherchent le néant et la vérité non pas dans la représentation ou le langage, mais dans - la réalité ! On devine une négation mécanique : le vrai et l'être, élevés, depuis Aristote, au grade de perfections, avec l'un et le bien. Mais ni le vrai ni le bien n'appartiennent à la réalité (la seule perfection) : le vrai s'établit dans le langage (deux couches, conceptuelle et langagière, au-dessus du réel), et le bien, condamné à ne jamais quitter son foyer - notre cœur, une chimère immortelle. | | | | |
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| vérité | | | Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores… | | | | |
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| vérité | | | L'accord du discours avec la réalité - telle est la vision de la vérité du naïf et du savant ; mais le sujet, éliminé ici du débat, a sa réalité et surtout son modèle ; le même discours peut se bâtir au-dessus des modèles incompatibles et être confronté aux réalités différentes. Il vaut mieux oublier la réalité (qui ne doit pas apparaître avant la recherche du sens d'un discours interprété) et laisser l'interprète conceptuel juger de la vérité du discours dans le contexte du modèle. | | | | |
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| vérité | | | On peut bâtir des modèles rigoureux et cohérents, et qui ne reflètent pas la réalité ; ce qui permet de les distinguer des modèles du réel s'appelle vérité canonique (Épicure), qui n'est soumise qu'aux sens ; la vérité de la diction est contrôlée, en plus, par le langage et par l'intellect. | | | | |
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| vérité | | | Dans les contradictions d'un sot, avec lui-même, on devine un regard monolithique, mais inconsistant, sur la réalité. Dans les contradictions d'un sage, on découvre un conflit entre des modèles différents (couches, angles ou points de vue), mais se servant des mêmes «interfaces» langagières (et la contradiction gît dans le langage). Le sot est terrorisé par ses contradictions ; le sage s'en réjouit, car il vit, simultanément, la merveilleuse richesse du langage, du modèle et de la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Contradiction et ses apparences : on la constate d'abord dans la langue ; en théorie, la langue est un instrument bâti par-dessus une représentation (et l'on appellera ce couple - langage), mais en pratique, la langue s'en émancipe, de diverses représentations pouvant lui servir de cadre. La contradiction peut donc être surmontée par un recours, ironique et intelligent, aux langages différents ; il n'en restera qu'apparence. Mais le cynisme et la bêtise s'accommodent de la contradiction au sein d'un même langage. L'intelligent est donc celui qui représente mieux et plus. | | | | |
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| vérité | | | L'inévitable purification de la philosophie : on lui retire toute prétention à la vérité, on se moque de son savoir et encore davantage - de son savoir des savoirs, on s'ennuie dans son langage - il ne reste comme objet d'une vraie philosophie que la terreur ou l'enthousiasme de l'homme seul, et qu'un clochard aujourd'hui aborde plus pertinemment que les écolâtres. | | | | |
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| vérité | | | Les plus piètres des penseurs croient, que l'opposition fondamentale se joue entre la vérité et l'erreur. Les meilleurs la placent entre l'intensité et la pâleur, entre le chant et le récit, entre la noblesse et le conformisme, entre l'âme et la machine. Le problème de vérité ou d'erreur se réduit, le plus souvent, au langage, la partie la moins délicate d'un discours intellectuel. | | | | |
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| vérité | | | Au sein de quelles structures s'intéresse-t-on aux contradictions ? Celui qui les déplore dans le langage même est creux ou bête ; leur réduction à la représentation est lucide mais mécanique ; c'est au milieu de nos états d'âme, enfin, que se trouvent des contradictions mystérieuses et organiques. Bavardage, cognitique, tragédie. | | | | |
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| vérité | | | Comment naissent des vérités sur la réalité ? Toute vérité (préalable) résulte d'une démonstration de propositions ; toute proposition est formulée en un langage ; tout langage se construit au-dessus d'un modèle ; tout modèle se fonde sur le libre arbitre des concepts modélisés ; toute démonstration engendre des substitutions ; le sens des substitutions résulte de la confrontation avec la réalité ; l'analyse du sens valide le modèle (ou l'invalide, en obligeant à le revoir) et permet de proclamer la vérité du modèle en tant que vérité de la réalité. Il n'est pas un seul exemple de vérité réelle immédiate. | | | | |
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| vérité | | | La poésie est un flux langagier rendant superflu le modèle sous-jacent, devant l'évidence du beau, qui en est la fin ; la philosophie est la création de modèles, face à un langage, rendant vraies et enracinées ses métaphores ; et c'est à partir du langage poétique que le chemin en est le plus profond, car les métaphores poétiques sont les plus hautes. « Le poète enveloppe la vérité d'images, qu'il offre ainsi au regard pour (é)preuve »** - Heidegger - « Der Dichter verhüllt die Wahrheit in das Bild und schenkt sie so dem Blick zur Bewahrung » - le regard, gardien de vérités (dans wahr, il y de la garde et de la vérité !), dans la demeure de l'être, édifiée en mots, - beau tableau ! | | | | |
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| vérité | | | Ni le logicien ni le poète n'ont rien à dire sur la vérité en tant que savoir des essences (réservé aux scientifiques) ; ni le philosophe ni le linguiste n'ont rien à dire sur la vérité des discours (réservée aux logiciens) ; ni le savant ni le logicien n'ont rien à dire sur la vérité de l'homme (réservée aux philosophes et poètes). | | | | |
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| vérité | | | Face à la vérité, deux attitudes intenables : la philosophie analytique, qui ne voit que le langage et néglige la représentation (dont elle charge le langage même, absolument inadapté pour assumer cette tâche), et la phénoménologie, qui ne voit pas le langage et réduit tout à la connaissance (qu'elle voit comme résultat d'un dévoilement surmontant l'ignorance, opération, qui ne débouche que sur des faits, entre lesquels et la vérité s'inscrira le langage). | | | | |
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| vérité | | | Vérité de fait et vérité de jugement : la première est postulée par un libre arbitre de la représentation (non pas perçu par nos sens, mais conçu par le bon sens), la seconde est démontrée par l'interprétation de propositions, que produit notre liberté. La première existe hors la langue (les philosophes analytiques ne le voient pas : « Il n'y a ni vrai ni faux avant la parole » - Lacan), la seconde ne peut exister qu'à travers des requêtes langagières. | | | | |
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| vérité | | | Si je ne m'intéresse qu'à la vérité, c'est à dire – aux solutions, je ne ferai que de la science. Mais si mon intérêt va jusqu'aux problèmes, c'est à dire au langage, ou, mieux, si je suis chatouillé par le goût des mystères, c'est à dire par la beauté symbolique, je tenterai de me vouer à la poésie ou à la philosophie. Les solutions sont possibles grâce aux systèmes, mais Wittgenstein : « Les systèmes sont exactement ce, sur quoi on ne peut pas parler » - « Die Systeme sind gerade das, wovon man nicht reden kann » - est complètement à côté de la plaque, puisque, au-dessus des systèmes, se bâtit le pouvoir philosophique et le discours poétique. Et l'on est obligé de se taire, si l'on ne maîtrise ni la philosophie ni la poésie. | | | | |
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| vérité | | | Tous, tôt ou tard, s'aperçoivent du gouffre qui, inévitablement, se creuse entre la merveille de la réalité et la merveille du langage, entre le dit et le fait ; mais les niais en veulent la cohérence et finissent par faire la louange du silence de Mélisande, porteur de la vérité ; la vérité du monde se chante, la vérité du langage se formule ; leurs merveilles - se (re)créent, en dépit des lois et des contradictions. | | | | |
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| vérité | | | Les médiocres sont fiers de pouvoir garder à l'esprit deux idées contraires, sans perdre la face. Puisque ces vérités sont formulées, chez eux, dans un seul et même langage, cette cohabitation paisible dévoile un sot. Le sage, comme Dieu, a plusieurs demeures, c'est à dire plusieurs langages, et il a des moyens d'entretenir des contradictions comme on entretient des maîtresses, qui s'ignorent. | | | | |
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| vérité | | | Dans un langage courant fermé, le sceptique prétend voir le vrai et son contraire ; l'anti-sceptique voit comment changer de langage, pour rendre le vrai courant faux et son contraire - vrai. | | | | |
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| vérité | | | Trois genres de vérités, presque sans un seul point commun entre eux : la vérité interne des formules, la vérité analysée des propositions, la vérité constatée des représentations ; elles logent, respectivement, dans le langage (logique pour seul interprète), entre le langage et la représentation (appuyée sur une théorie), entre la représentation et la réalité (constat d'adéquation). | | | | |
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| vérité | | | L'impossibilité d'établir une vérité peut avoir des causes très diverses : la proposition est syntaxiquement incorrecte, l'analyseur grammatical n'arrive pas à en produire la formule logique, la représentation sous-jacente ne s'unifie pas avec la formule (mauvaise proposition, mauvaise formule, mauvais interprète logique, mauvaise représentation ou mauvaise formule), la donation de sens est inacceptable (mauvais interprète pragmatique ou mauvaise représentation). Tant de possibilités de rendre faux ce qui est (fut, sera) vrai et vice versa. | | | | |
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| vérité | | | La signification (d'une référence, d'une phrase, d'un énoncé) est l'unification de l'arbre de la requête avec l'arbre interprétatif ; dans le cas le plus simple, la signification naît de la substitution des variables par des constantes (l'ami de l'inventeur de la relativité devenant l'ami d'Einstein ou même Planck). | | | | |
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| vérité | | | Au sujet des vérités intuitives ou métaphoriques (donc, poétiques ou philosophiques), n'importe qui peut faire du radotage à l'infini, mais, avant de parler d'une vérité logique (syntaxique ou sémantique), on doit déjà avoir maîtrisé le modèle, son langage bâti par-dessus, son interprète de requêtes langagières. « La vérité est toujours seconde »*** - R.Debray - elle est même, au moins, cinquième, si l'on y ajoute l'attribution de sens, qui peut nous amener à modifier le modèle, le langage ou l'interprète. | | | | |
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| vérité | | | En philosophie, toute solidarité entre le vrai et le libre débouche sur un ennui ou sur une platitude ; ce qui me fait soupçonner, que leur fichu être, proclamé vrai par Heidegger et libre par Sartre, soit une Arlésienne sans le moindre appât crédible. Dans le profond, et encore davantage dans le haut, comptent la contrainte (une non-liberté assumée) et la création (un mensonge dans l'ancien et une vérité dans un nouveau langage). | | | | |
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| vérité | | | On aurait dû disposer de trois mots différents, là où l'on n'emploie qu'un seul - vérité : le vrai dans une représentation est proclamé par le libre arbitre du concepteur, le vrai dans un langage apparaît, à partir des requêtes, au bout d'une chaîne déductive, le vrai dans la réalité est reconnu par la liberté de notre intelligence, hors toute représentation et hors tout langage, - le modèle, l'image, l'être. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes, qui ne voient dans la vérité qu'une vaseuse conformité, ne se rendent pas compte de l'importance des outils et de leur validité ; avant qu'on puisse chercher une adéquation quelconque, on doit disposer d'au moins trois outils : un outil conceptuel de représentation, un outil langagier de formulation de requêtes, un outil logique d'interprétation de requêtes. Sans disposer de ces outils, assurant la cohérence du modèle, personne n'est autorisé à parler de vérité comme correspondance avec le réel. Par contre, là où aucun outil ne semble possible, c'est l'attribution de sens aux résultats d'interprétation de requêtes, la confrontation satisfaisante avec la réalité étant prise par des mal-outillés pour vérité. | | | | |
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| vérité | | | Ils parlent de latence (Verborgenheit) des vérités, qu'il s'agit de dévoiler ; mais le nombre de vérités (d'idées ou de propositions vraies), même dans un système aussi pauvre que l'arithmétique, est infini. Recherche de vérités est une expression sotte. L'étude de vérités se réduit surtout à la création de bonnes représentations (postulats, axiomes) et à la formulation de bonnes requêtes (hypothèses, théorèmes). | | | | |
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| vérité | | | À partir de la réalité, on bâtit un modèle, d'une manière véridique (adaequatio de représentation) ; ensuite, on formule une requête de ce modèle, on démontre la véracité de la proposition associée - c'est la seule vérité technique, vérité interne, vérité au sein d'un langage. Si, en plus, cette vérité satisfait notre vision de la réalité associée, on déclare celle-là - vérité externe (adaequatio d'interprétation). | | | | |
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| vérité | | | Deux tâches principales, dans notre exploration du monde, - la représentation et l'interprétation, les structures et la logique. La représentation doit préserver, dans ses modèles, la cohérence du monde matériel, et l'interprétation doit refléter la démarche humaine dans la compréhension du monde. La première tâche relève, en grande partie, du libre arbitre, et le terme de vérité n'y a pas sa place ; il s'y agit d'une vague adéquation, que seule l'interprétation formalise ; la vérité est dans les propriétés du discours, interprété dans le contexte d'une représentation. La vérité est donc coupée de la réalité par la représentation ; la réalité ne dicte que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Galilée confond vérité et sens, lorsqu'il se moque de ceux qui « cherchent la vérité dans la confrontation des textes » - « vera autem in confrontatione textuum esse quaerenda » - on cherche l'adéquation du modèle au réel, on établit la vérité des requêtes du modèle, on peaufine le modèle en fonction du sens dégagé. | | | | |
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| vérité | | | Dans ce qui est vécu par le sot comme contradiction dans les idées réelles, le sage voit, le plus souvent, un conflit des langages virtuels. Le sot passe sa vie à combattre ces fichues contradictions, tandis que le sage joue avec l'invention, la recréation ou l'imagination des langages, dans lesquels sera vrai ce qu'il aura voulu et pu. | | | | |
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| vérité | | | Le succès d'une requête contient une vérité, dans le langage courant ; le succès d'un énoncé impératif n'est ni vrai ni faux (Wittgenstein), il annonce la naissance d'un nouveau langage. | | | | |
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| vérité | | | On rêve selon le mensonge - pour réveiller en nous le rossignol ou la chouette, mais on vit selon la vérité - pour éradiquer en nous l'âne et neutraliser le mouton. Les hommes « doivent vivre dans le mensonge ou voir l'horrible vérité d'une existence absurde » - Tolstoï - « должны жить во лжи или видеть ужасную истину бессмыслицы бытия » - dans le premier cas, ils se mettent au-delà des mots et des idées (au milieu desquels se trouve la demeure de la vérité et d'une vie rationnelle), où ils se réjouissent des écarts de langage. | | | | |
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| vérité | | | Le mensonge peut avoir deux origines : dissimulation de ce qui existe ou création de ce qui n'existe pas encore, attitude d'esclave ou altitude d'homme libre. « Se mentir à soi-même est la forme la plus vile d'asservissement de l'homme par la vie » - L.Andréev - « Ложь перед самим собою - самая низкая форма порабощения человека жизнью ». Le langage, ne contenant que des vérités et des mensonges, est un langage des robots. L'homme se parle ou se chante, et tout chant est du mensonge, en regard du langage courant. La liberté mécanique ou l'asservissement organique, il faut, souvent, choisir. | | | | |
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| vérité | | | La vérité, comme tout ce qui se fonde dans le langage, est collective. Le solitaire, qui se mettrait à la recherche de la vérité, devient grégaire. La vérité est question des laboratoires, des dictionnaires, des programmes ; l'amoureux et le poète s'en fichent. | | | | |
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| vérité | | | L'univers de Nietzsche se moque du réel, il est habité de fantômes : Dieu, la Grèce, le nihilisme, la puissance, la vérité, la philosophie y sont des fantômes – (ré)inventés à chaque retour de l'intense devenir. Tant d'apparentes contradictions, tandis qu'il s'y agit chaque fois de changements de langage. | | | | |
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| vérité | | | La seule vérité crédible s'articule dans un univers fermé et immobile ; toute ouverture vers l'événement efface l'ancien langage et l'ancienne vérité, et nous ouvre, entre autres, à la beauté : « L'art est un devenir et advenir de la vérité »*** - Heidegger - « Die Kunst ist ein Werden und Geschehen der Wahrheit » ; le beau advient, le bon reste immobile. | | | | |
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| vérité | | | L'être et le devenir dans les transcendantaux : dans l'être, le vrai est antinomique du faux, le bien est affaire de noblesse, le beau est jugé par le goût arbitraire ; dans le devenir, de nouveaux langages préparent de nouvelles vérités, le bien se traduit en sacrifices, le beau est affaire de création. Tout cela pour dire, que les prises de position y sont absurdes ; la pose, plus artistique que scientifique ou philosophique, y est plus à sa place. En pertinence, l'intelligence y cède au talent. | | | | |
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| vérité | | | Il y a trois sortes de vérités : des dogmes, des preuves et des métaphores, et les reconnaître, c'est reconnaître leur portée. Le nihiliste évalue leurs rayons respectifs à - nul, jusqu'aux frontières du langage, l'infini. Il refuse de n'être que croyant, scientifique ou mystique, il aime se mettre à l'origine de toute mesure. « Les nihilistes dénient l'existence de toute vérité » - Benoît XVI - « Die Nihilisten leugnen die Existenz jeglicher Wahrheit » - ils ne nient que son existence hors tout langage. | | | | |
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| vérité | | | La grandeur d'une vérité se reconnaît par la part du langage qu'elle emmagasina ; nier une vérité, c'est soit rester dans le même langage et donc mentir, soit en changer et atteindre à une vérité plus grande encore. Le contraire d'une vérité peut rester un mensonge bien plat, tributaire de l'ignorance ou du manque d'imagination, mais il peut servir d'introduction à un nouveau langage, dans lequel il serait une vérité nouvelle, plus haute. Il ne s'y agit ni du même espace des faits ni de la même négation : dans la clôture de l'horizontalité, la négation est mécanique, dans l'ouverture de la verticalité, la négation est organique. Tout écart vertical est naissance d'un langage ; tout déni horizontal ne modifie que l'idée. Une petite vérité rend au possible le statut de vrai ; une grande vérité rend organique le possible mécanique. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai n'est ni dans les choses ni dans les rêves, il est dans les mots suspendus au-dessus d'une représentation et interprétés par la raison. Mais l'âme, elle aussi, veut parfois se mêler de la véracité, et alors on dit que « les rêves sont plus vrais que les choses : car il y a plus d'affinités entre les fantômes de l'imagination et l'âme, qui les produit, qu'entre cette âme et le monde extérieur » (Custine). La raison ne s'occupe que du langage, c'est l'âme qui fait adhérer à ce qui y prend forme. | | | | |
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| vérité | | | L'une des joies du maître du mot est d'avoir constaté, chez soi-même, deux propositions contradictoires et de chercher deux langages, dans lesquels chacune est vraie. Le naïf dit : « Mieux vaudrait me servir d'une lyre dissonante que de me contredire » - Gorgias. On comprend d'où viennent vos monumentales cacophonies, mais on se fiche de vos misérables contradictions, dues à la sottise de votre langage unique et commun. Le vrai sage est un inventeur de langages d'art et un musicien d'une vie, dans laquelle même les contradictions ont leur partition harmonieuse. | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, celle d'adéquation, naît entre le réel et sa représentation, entre la représentation et le mot, entre le langage et la réalité, entre la preuve et la réalité. La seule vérité authentique, celle de preuves, naît entre le langage et la représentation, au cours d'une démonstration logique. Le sens, lui, ne peut être que métaphorique, et il accompagne partout la recherche de vérités, même de vérités rigoureuses. | | | | |
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| vérité | | | Pour Heidegger, la Vérité, l'Être, l'Ouvert sont des synonymes ; leur source commune grecque veut opposer le voilement au dévoilement, tandis que dans leur acception moderne il n'y a rien d'apophatique. En plus, notre philosophe ne comprend pas grand-chose à la vérité logique, à l'être morphologique, à l'ouvert mathématique. Une bouillie conceptuelle, mais quelle créativité ! | | | | |
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| vérité | | | Plus une vérité est lumineuse, plus belles sont les ombres, que je dois être capable de reconstituer autour d'elle. Quand le flambeau d'une vérité dissipe un brouillard, on n'a plus besoin de lumière. Le brouillard même est une vérité balbutiante (la vérité claironnante n'ayant pas besoin de lumière) et la vraie lumière n'est que l'aube d'un langage en puissance, fait des ombres naissantes. Sans bonnes ombres, la lumière(-)nuit. | | | | |
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| vérité | | | L'idéal, comme la poésie, sont propres à une nation et reflètent ses errances plus que ses certitudes. « La vérité est la même chez tous ; mais chaque peuple a son mensonge, qu'il nomme son idéalisme »** - R.Rolland. Les idéaux sont à l'origine d'un nouveau climat ou d'un nouveau langage, origine qui est matérialisée par une frontière sacrée ; la vérité est hors tout climat et appartient au langage fixe, apoétique. | | | | |
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| vérité | | | La question de véracité ou de fausseté des pensées est si mécanique et commune, qu'elle ne devrait pas te préoccuper. On peut bien peindre les deux. Une pensée est fausse à cause de l'une des trois raisons : on s'embrouille dans le langage, on s'embrouille dans le modèle courant, on invente un nouveau langage ou un nouveau modèle, ce qui, automatiquement, rend la pensée - fausse. Une pensée, juste dans ce qui est déjà fixe, est une platitude ; dans une invention, elle est belle, grâce au style dans la langue, ou à l'intelligence dans le modèle. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les demeures de leur vérité métaphysique étant facilement dévastées par l'ironie, il ne leur restera bientôt que la longévité. Cette pauvre vérité, qui n'appartient qu'au langage et que s'approprient doctement tous les métiers bien en vue, des métaphysiciens aux charpentiers. L'espérance de vie des mots fut toujours supérieure à celle des choses, c'est pourquoi la beauté survit à la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Tous les pédants creux et même verbeux disent, que les mots leur manquent, pour dire toute la vérité. La vérité n'est jamais à l'entrée d'un discours à bâtir, mais toujours à la sortie d'un discours bâti. | | | | |
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| vérité | | | Intuitivement, on répartit la vérité entre trois sphères : la réalité, le langage, la représentation. Le superficiel privilégie la première, le technicien - la deuxième, le profond - la troisième. « Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n'y a pas de langage, il n'y a ni vérité ni fausseté »*** - Hobbes - « ‘True' and ‘false' are attributes of speech, not of things. And where speech is not, there is neither ‘truth' nor ‘falsehood' » - il faudrait l'expliquer à Thomas d'Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Bergson, pour qui la vérité est une conformité avec les choses (confusion entre vérité et validité). Mais, campées dans le langage lui-même, les vérités sont stériles. On leur apporte de la vie, en insérant entre le langage et les choses - un modèle de référence, modèle de l'univers, qui n'est ni langagier ni réel. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se réduit à sa formule et à sa démonstration, les deux se réalisant dans le contexte d'une représentation. Donc, le lieu de la vérité est la représentation, et la formule de la vérité est dans le langage (Rimbaud fait preuve d'une belle intuition : « moi, pressé de trouver le lieu et la formule »). Le démonstrateur est complètement collectif, le langage l'est en grande partie, la représentation est plutôt individuelle. La subjectivité et l'objectivité s'y entre-croisent. | | | | |
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| vérité | | | L'être est dans la vérité des choses ; l'étant - dans la vérité des propositions. Sans pouvoir rien formuler sur le premier, on doit se fier aux formules du second. | | | | |
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| vérité | | | La beauté d'une formule en constitue la vérité esthétique. « Si je trouve une formule qui m'exprime, pour moi ce sera vrai » - Saint Exupéry. Pour être, également, logique, il manqueraient à cette vérité - une représentation conceptuelle, un analyseur linguistique, un démonstrateur logique, un interprète philosophique – le chemin est long. | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | La perfection est attribut de la seule réalité, donc, entre autres, de la matière. La vérité est imparfaite, comme l'est tout langage et tout modèle, au sein desquels la vérité est parfaite, c'est à dire ne peut pas être mise en doute. « La Vérité est la Magnificence parfaite, non souillée par la matière » - le Trismégiste. La vérité est cet air, dont parle Pavlov : « Aussi parfaites que soient les ailes d'un oiseau, elles ne sauraient jamais le propulser vers le haut, sans s'appuyer sur l'air ; les faits sont l'air de la science » - « Как ни совершенно крыло птицы, оно никогда не смогло бы поднять её ввысь, не опираясь на воздух. Факты - воздух науки », mais les poètes chantent, imparfaitement et en oubliant l'air du temps, - la perfection de l'aile, de la hauteur et du feu ascendant ! | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'est pas seulement une pierre de touche des mensonges courants, mais ce parangon peut se transformer en pierre d'achoppement pour des vérités anciennes, et l'ancien mensonge, accédant au titre de vérité dans un nouveau langage, en sera peut-être la pierre angulaire. | | | | |
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| vérité | | | La vérité en tant qu'adéquation (Spinoza) ou en tant que dévoilement de l'être (Heidegger), ce sont deux abus de langage, puisque l'adéquation s'établit après la démonstration de la vérité (au sein d'un langage et à partir des requêtes) et le dévoilement n'est qu'un passage vers la représentation, avant toute requête (sans requêtes et sans leurs preuves – point de vérités). | | | | |
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| vérité | | | Le faux qui ne s'ensuive, à ses origines, de l'émergence d'aucun nouveau langage, est voué à tomber dans les rubriques de la bêtise ou de l'ignorance. Sinon, il peut devenir un moment liminaire d'un vrai nouveau. | | | | |
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| vérité | | | Même l'arbre pousserait en suivant des syllogismes (Hegel). « Il n'y a que Dieu qui sache comment le syllogisme s'exécute en nous » - Diderot. Même le Verbe se laisse définir par une grammaire (générative, transformationnelle ou de ré-Écriture !). C'est pourquoi je dédaigne l'arbre des saisons, pour me réfugier dans l'arbre du climat. | | | | |
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| vérité | | | Le champ des vérités se crée par le langage, c'est à dire par des concepts ou par des mots, tous les deux ne quittant pas des yeux la réalité, où n'est présente que l'indicible et inconcevable vérité de Dieu. Donc, il est trivial de dire, que « la vérité aussi s'invente » - Machado - « también la verdad se inventa ». - elle est toujours une invention de notre esprit. Et elle s'écroule (dans un nouveau langage) aussi naturellement que le mensonge (dans le langage courant). Il suffit de la secouer avec quelques nouvelles variables endiablées. | | | | |
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| vérité | | | La fragilité des vérités les rend sacrées au sage et méprisables au sot. Le premier se tourne vers la liberté sceptique du langage, le second vers la liberté cynique de l'acte. | | | | |
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| vérité | | | La négation constructive fait partie des buts ou des moyens en logique ou des contraintes en art, non-implication trop profonde dans ce qui est hors d'art. Mais si en logique le langage est routinier et non-contradictoire, aux cadences régulières, en art il est initiateur et paradoxal, sa mesure d'authenticité est sa musique. | | | | |
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| vérité | | | L'herméneutique cherche à unifier deux textes, c'est à dire deux arbres, par substitutions ; le résultat, ce n'est pas une équivalence, mais un enrichissement, par ramifications, de chacun des arbres. Dans le meilleur des cas, ton arbre s'unifie avec celui de ton pair, ton adversaire ou ton maître, pour aboutir à une vérité plus haute. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai d'une requête (le seul vrai constructible) se loge dans une représentation, interrogée par un langage ; on peut pallier à tout manque de viabilité moyennant une modification architecturale ou acoustique, spatiale ou temporelle. Et lorsque ce bon sens est confirmé par le sens tout court, le vrai modélisé rejoint le vrai primordial, l'être mondain. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les médiocrités pensent, que toute chose vraie est nécessairement bonne. Un déluge de vérités insipides, incolores se déverse dans des livres, qu'aucun bon goût ne visita jamais. Ils sont peu, ceux qui comprennent, que quand une chose est bonne (par le style, l'intelligence et l'originalité), elle est vraie (pour celui qui maîtrise le langage sous-jacent). | | | | |
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| vérité | | | Le régime du vrai ne peut être qu'aristocratique (le pouvoir y revenant à ceux qui maîtrisent la représentation et le langage – prérogative des élites) ; dès qu'on veuille adjoindre au vrai le possible, on glisse vers la république (où toute voix a le même poids). Pour gérer le vrai moderne, approximatif et contingent, la royauté est de trop, la loi du marché suffit. L'imagination est la déesse des mensonges annonciateurs, qui ne visitent que des porteurs immaculés de vérités à crucifier. Vu par un vrai annexionniste, l'imagination est toute provinciale, mais elle est caput mundi d'un bel irrédentiste. | | | | |
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| vérité | | | Dans chaque question il y a du bruit linguistique ou conceptuel, qui, inévitablement, entache la réponse. Pourtant, c'est dans la réponse qu'on lit la vérité. Comment peut-on faire endosser la vérité au réel et non pas au langage ? | | | | |
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| vérité | | | Le cycle de la connaissance est toujours le même, pour tout le monde. Mais l'étape, où surgit la notion de vérité, est différente, pour les experts de culture différente. Pour les logiciens, la seule vérité rigoureuse loge dans le langage, au milieu de la chaîne gnoséologique ; pour les philosophes, leur vaseuse vérité-adéquation se trouve au début et à la fin de cette chaîne, qu'on pourrait schématiser ainsi : la réalité – la vérité de l'être – la représentation – le langage – l'interprétation de requêtes – la vérité des requêtes – la donation de sens – la vérité de l'étant la réalité. Le langage se bâtit sur les connaissances (et non pas l'inverse), et la vérité (et non pas l'être) l'a pour demeure. | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, vérité-adéquation entre une proposition et la réalité, s'établit en deux étapes interprétatives, la rigoureuse et l'intuitive : la démonstration dans le contexte d'une représentation et la donation de sens dans la confrontation entre la proposition vraie (dans la représentation) et la réalité représentée. La rigueur est relative au langage (langue plus modèle plus interprète) et l'intuition est relative à notre intelligence pure, pré-conceptuelle. | | | | |
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| vérité | | | Le mensonge prometteur commence par une entorse au langage courant et par une annonce des grammaires nouvelles ; c'est à moi d'en fabriquer le discours fondateur : enraciner le nouveau verbe et traduire la promesse des fleurs en fruits, les deux - éphémères dans le temps et impérissables dans l'espace. | | | | |
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| vérité | | | L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité appartient au langage (langue, avec sa logique syntaxique, plus représentation, avec sa logique sémantique) ; son contraire, intuitif ou purement langagier, pourrait appartenir à un autre langage et y être non moins vrai ; et les langages ne sont que des traductions différentes de la même réalité. « Vérité signifie traduction et valeur de traduction ; réalité signifie l'intraduit – le texte original même »** - Valéry. Pour l'enrichissement de vérités, les heurts frontaliers sont plus prometteurs que les barrières langagières ou douanières. Savoir manier la vérité, c'est savoir franchir les frontières des langages. | | | | |
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| vérité | | | Une fine couche représentative et langagière couvre la réalité et reçoit la vérité ; toute vérité est donc superficielle, sans aucun lien avec la hauteur poétique, mais gardant parfois quelques traces de la profondeur philosophique. « Toute vérité est profonde » - Melville - « All truth is profound » - ce qui est largement exagéré. | | | | |
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| vérité | | | Pas de vérité sans requête, pas de requête sans langage, pas de langage sans représentation, pas de représentation sans réalité. Où cherches-tu la vérité ? Le plus superficiel et arrogant dira – dans la réalité, et le plus profond et humble – dans la requête. | | | | |
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| vérité | | | Kant prend les trois facettes de notre activité spirituelle - abstraire, vivre, juger – et les associe, respectivement, avec le vrai, le bon, le beau. Il serait plus noble de juger le vrai (pour lui trouver sa demeure – le langage), d'abstraire le bon (puisque intraduisible en actes) et de vivre le beau (car la plus noble vie, c'est l'art). | | | | |
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| vérité | | | L'intellect est une machine produisant représentations, requêtes et interprétations ; les concepts, idées et vérités ainsi produits appartiennent non pas à lui-même, mais au modèle et au langage. Incompatible avec Descartes : « La vérité ne peut résider qu'en intellect » - « Veritatem in solo intellectu esse posse ». | | | | |
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| vérité | | | Le sens est à la vérité ce que les propositions sont aux représentations (faits) : exprimés en deux langages différents. Des propositions sans nombre, pour interroger un seul fait. Les excellents logiciens de Vienne, définissant les représentations à partir des propositions, sont de piètres cogniticiens. L'isomorphisme entre le langage et les faits est aussi absurde que celui entre l'habit et le corps. | | | | |
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| vérité | | | Partir des vérités, c'est figer le langage ; partir des vraisemblances, c'est partir à la recherche d'un langage. Et puisque la création, c'est la construction d'un langage dans le langage, le sophiste est plus créatif que l'idéaliste. | | | | |
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| vérité | | | Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien. | | | | |
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| vérité | | | La parole, c'est à dire la requête, porte notre liberté, cette synthèse du talent, du goût et du tempérament ; la vérité en ressort, mais appuyée davantage par le libre arbitre de la représentation sous-jacente, elle est donc une conformation d'engagement ; la liberté reste auréolée de son dégagement, elle se traduit en musique et non pas en vérités. Quand la parole amène une révision du langage, on dit : « On accède à la vérité dans et par la liberté » - Berdiaev - « Истина познается в свободе и через свободу ». | | | | |
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| vérité | | | Une fois séduits par la vérité nue, tirée de son puits, ils l'y replongeaient, pour retrouver leur nouveau souffle langagier. L'ambition de la vérité étant d'ensorceler, c'est dans les ténèbres qu'elle puise le plus de fraîcheur et de profondeur, en préservant quelques chances d'y passer pour un séduisant mensonge. Aujourd'hui, les puits et les fontaines sont bouchés, devenant purement décoratifs, à cause de l'extinction de bonnes soifs ; la vérité, même nue, n'est plus excitante qu'un mannequin de vitrine. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de la logique on ne manipule que des opinions (doxa), jamais des vérités. Pour passer aux vérités il faut : placer la proposition dans un langage, reconstituer un modèle de l'univers, évaluer la proposition dans le contexte du modèle, pour déduire sa valeur de véracité. La seule chose méritant d'être retenue dans cette banalité, c'est que le libre arbitre a sa place dans chacune de ces trois tâches. | | | | |
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| vérité | | | En tombant sur ou dans certaines vérités, on attrape le vertige à cause de leur profondeur. Il s'agit de la combler, grâce à un regard suffisamment haut. Si on y chute une seconde fois, c'est qu'il y eut quelque part des lacunes de logique ou des pièges de langage. | | | | |
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| vérité | | | Deux regards sur la vérité : sur elle-même, émergeant d'un langage et d'un monde anonymes, ou bien sur son locuteur, avec ses pulsions ou ses répulsions. Dans le premier cas, tout se fondra dans une horizontalité objective et silencieuse ; dans le second, en même temps que la vérité d'un homme, j'atteindrai la hauteur et la musique de ses rêves, de ses doutes, de ses confessions. | | | | |
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| vérité | | | L'ambigüité du terme de vérité tient au fait, qu'on l'emploie dans trois sphères, aux règles drastiquement différentes : le mystère (de la matière, de la vie, de la création), le problème (la représentation, le langage, le libre arbitre), la solution (la logique, l'interprétation, la liberté). Techniquement, seul le dernier domaine, tout en s'inspirant du premier et en s'appuyant sur le deuxième, devrait s'en prévaloir. | | | | |
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| vérité | | | La représentation n'est validée que par une logique des apparences (la Scheinlogik kantienne) : la non-contradiction, les contraintes des liens syntaxiques. L'interprétation, en revanche, n'est qu'une application de la logique formelle au monde fermé d'une représentation fixe : l'analyseur linguistique, l'accès aux objets et relations par substitutions, la démonstration de la véracité, la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | L'admirable répartition de tâches entre le soi inconnu et le soi connu, opérée par le Créateur : le premier est en charge du bon (ce mystère intraduisible ni en actes ni en mots), le second s'occupe du vrai (des solutions humaines validées). Entre ces deux tâches se trouve le beau (des problèmes, c'est à dire des mystères articulés dans un langage), dans lequel le premier est inspirateur et le second – créateur. | | | | |
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| vérité | | | L'art, lui aussi, offre des langages ; et là où il y a langage, il y a vérité. Seulement voilà, contrairement aux langages formels, celui de l'art est interprété non pas par une logique, mais par le goût. La vérité artistique est le plaisir. Mais même cette vérité n'est pas un objet recherché, elle n'est qu'un effet collatéral d'une création d'images ; on ne cherche pas dans l'art, on y trouve. Heidegger inverse les rôles : « L'art est là où jaillit l'éclaircie de la vérité de l'être » - « Die Kunst entsteht, indem die Wahrheit des Seins gelichtet ist ». | | | | |
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| vérité | | | Certains imaginent, qu'il suffise qu'une idée soit claire et distincte, pour être vraie : « La vérité est une notion si transcendantalement claire, qu'il est impossible de l'ignorer » - Descartes, tandis que d'autres, moins touchés peut-être par la transcendance, mais pétris de logique, réclament, que l'idée soit formulée dans un bon langage, prouvée par un bon interprète et munie d'un bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Les natures basses endossent la contradiction avec autant de désinvolture que les natures élevées. La différence se trouve ailleurs. La contradiction appartient au langage bâti au-dessus d'un modèle. Le sot vit des contradictions au sein d'un même langage ou modèle, lâches et flous. Le subtil est celui qui est capable de créer des modèles multiples et de construire des langages à rigueurs variables ; ses contradictions se logent dans des univers incompatibles, mais intérieurement cohérents. | | | | |
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| vérité | | | On ne devrait employer le terme de vérité qu'au sujet des propositions, auxquelles on puisse appliquer la triade pascalienne : savoir les formuler, démontrer, maîtriser. | | | | |
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| vérité | | | Sans le don poétique, tourner autour de la vérité, comme autour d'une machine à vapeur ou du Code de la route, est condamné à l'ennui et à la routine. Aristote, Spinoza, Kant, Hegel – tout ce qu'ils exposent, lourdement, sur la vérité, et que leurs acolytes remâchent infiniment, ne présente plus aucun intérêt et doit être oublié. Nietzsche et Valéry, deux poètes, si éloignés du clan professoresque, émettent la-dessus des avis autrement plus rafraîchissants. Quant aux avis en marbre, c'est auprès des logiciens et des linguistes, comme Chomsky, qu'il faut les chercher. | | | | |
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| vérité | | | La représentation, implicite en poésie et explicite en philosophie, est leur pivot commun : la poésie le survole avec un langage original et individuel, la philosophie projette sur lui la réalité objective. L'appareil purement logique y est presque absent, aussi bien en représentation conceptuelle qu'en interprétation déductive. La vérité est, donc, exclue des champs poétique et philosophique, elle est réservée à la logique. « La vérité n'est pas l'accord entre le concept et son objet, mais l'adéquation entre ce concept et le raisonnement » - Schiller - « Wahrheit ist nicht die Ähnlichkeit des Begriffs mit dem Gegenstand, sondern die Übereinstimmung dieses Begriffs mit den Gesetzen der Denkkraft ». | | | | |
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| vérité | | | Dans la peinture de nos tableaux intellectuels, notre palette, à côté du doute et de la certitude, comprend un troisième pinceau, l'invention de langages. Le doute s'occupe du bon, la certitude - du beau et les langages – du vrai. | | | | |
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| vérité | | | Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qui s'exprime et s'évalue à vrai dans un langage concerne la représentation et seulement par un ricochet – la réalité. La vérité du réel est indicible, au sens propre du mot ; tout ce qui se verbalise ne touche pas au réel, en est un écart. « La vérité n'est jamais autre chose qu'une apparence qui parvient à dominer, donc une erreur » - Heidegger - « Wahrheit ist immer nur zur Herrschaft gekommene Scheinbarkeit, d.h. Irrtum » - la vérité dominante s'appelle doxa. Mais l'erreur, contrairement à ce que tu penses, avec Nietzsche, n'existe que dans les représentations et non pas dans le monde. | | | | |
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| vérité | | | Le seul point commun de toutes les langues naturelles est la présence lexico-syntaxique de la logique formelle, ce qui confirme l'intérêt du Créateur pour la vérité. Hélas, la saine vision aristotélicienne fut abandonnée par ses successeurs au profit du discours, c'est à dire du bavardage : « Les vérités éternelles sont vraies parce que Dieu les connaît comme vraies » - Descartes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité naît d'un bon interprète, qui, dans le contexte d'une bonne représentation, prouve une bonne requête, portant sur de bons objets. Ceci crée un lieu des vérités, et, à tout prendre, la philosophie n'a de mots à dire, à ce sujet, que sur la qualité des requêtes. | | | | |
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| vérité | | | Dans l'évaluation de valeurs de vérité, je sous-estime la part de la vie. Le langage n'est pas tout ; dans les références d'objets et de relations, la vie - c'est-à-dire le savoir, la rigueur et la droiture de l'homme - intervient et peut bouleverser toute interprétation logico-linguistique. Et la post-vérité psycho-linguistique peut être plus révélatrice que la pré-vérité logique ; et ce passage fait partie de la naissance du sens. | | | | |
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| vérité | | | Le bien n'est ni dans la pensée ni dans les choses (le cœur en est la source, la demeure et le juge) ; le beau est également réparti entre la pensée et la chose (l'âme contenant un reflet fidèle du monde) ; le vrai est dans la pensée et non pas dans la chose (l'esprit ne sachant interpréter que ce qui s'articule dans un langage). | | | | |
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| vérité | | | Il faut se dire, que le passage de l'idée à la vérité est du même ordre que le passage de la lettre au mot. L'esprit est la maîtrise de la lettre ! | | | | |
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| vérité | | | Le temps est cette pierre de touche semi-précieuse, qui finit par user les erreurs et polir les vérités. L'erreur (contrainte) est la face tournée vers le joaillier, la vérité (solution) - celle qui s'entend déjà avec l'écrin (langage). Seulement, on change plus souvent de pierre que d'écrin. Seules les vérités éternelles et les erreurs d'aujourd'hui ont à craindre le temps. | | | | |
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| vérité | | | L'enquête, la requête, la conquête - la représentation (mentale), l'interprétation (langagière), la donation de sens (réel) - l'intuition, la logique, le bon sens - le libre arbitre, la rigueur, la liberté - le savoir, la vérité, la science - trois sphères, où comptent, respectivement, l'ampleur, la profondeur, la hauteur. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques. | | | | |
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| vérité | | | Je passe, inévitablement, par la tentation du sophisme - un jour je me dirai : je prouve tout ce que je veux. Mais deux constats finissent par m'en éloigner : primo, quand à ma conviction s'ajoute mon adhésion, et la réalité, miraculeusement, s'y plie (aléthéia d'Aristote, adaequatio rei et intellectus de St-Augustin et d'Averroès, verum et factum reciprocantur de G.B.Vico, l'harmonie préétablie dans l'âme entre la représentation et l'objet de Leibniz, ce qui est rationnel est réel de Hegel - was ist wirklich ist vernünftig, la parole va à l'être, car elle en vient de Heidegger - das Wort geht zum Sein weil es vom Sein herkommt), le significatif rejoignant le formel ou s'y refusant dans l'irrécusable perplexité de Zénon d'Élée ; secundo, quand je comprends, que le choix des choses à prouver joue le rôle des contraintes, que ne s'imposent que le bon goût et la noblesse. | | | | |
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| vérité | | | La notion de vérité n'a pas de place au sein de la philosophie, mais elle conduit à former un regard philosophique sur la place du langage, celui-ci devant se trouver au centre de toute réflexion abstraite. On finit par comprendre, que ne peuvent s'évaluer à vrai que des propositions, formulées dans un langage, bâti sur une représentation d'une réalité à examiner. La réalité n'y apporte que le sens, que le sujet-interprète retire des résultats de ses requêtes. | | | | |
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| vérité | | | Pour un philosophe pratique, qu'est-ce que la logique ? - une représentation, un langage de requêtes, bâti là-dessus, et un interprète, qui établit la véracité de requêtes, en unifiant l'arbre-requêteur. L'être, si galvaudé par les Anciens, ainsi que par Hegel et Heidegger, n'y a pas de place, ni sous forme d'Idées immuables, ni de dialectique sujet-objet, ni de souci métaphysique. L'être est le contenu immanent du réel modélisé, servant de justification de représentations et de donation de sens (transcendant, par une gratuite bénédiction - Segnen sinnt !) aux vérités (toujours évaluées dans le contexte représentation-discours). | | | | |
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| vérité | | | Pour un nul en astronomie, la vérité de la proposition la Terre tourne autour du Soleil est une misérable vérité, établie misérablement dans une représentation misérable. La vérité appartient donc au langage : à la profondeur des représentations et à la rigueur des interprétations. Et la référence à la réalité ne se justifie que chez les compétents. | | | | |
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| vérité | | | Les trois catégories d'hommes, en fonction du milieu, dans lequel ils placent la vérité : dans la réalité (les hommes d'action et les naïfs), dans la représentation (les logiciens et les scientifiques), dans le langage (les fanatiques et les poètes). Et ils placent le critère de vérité, respectivement, dans la monstration (adaequatio), dans la démonstration (preuve), dans la création (musique). On a de bonnes chances d'être philosophe, quand on sait accompagner la vérité dans le franchissement de ces frontières, sans trop de dégâts, mais en en changeant d'identité, les frontières gardées par le douanier, qui est le bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Tout énoncé vit trois stades : la question (mots, références), la réponse (valeurs de vérité, substitutions), le sens (confrontations avec la réalité). Si la vraie signification réside dans le premier, le discours est poétique, si elle est dans le deuxième - le discours est scientifique, et si c'est le troisième - applicatif. Et ce qui les traverse, leur invariant, est proprement l'idée, qui n'est donc ni exclusivement dans le mot (les idéationnistes), ni dans le contenu (les phénoménologues), ni dans le sens (les pragmatiques). | | | | |
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| vérité | | | Le bon goût, en matière des contraintes, consiste à procéder par refus plutôt que par négation : refuser d'évaluer ce qui est mal formulé ou ce qui référence des objets ou relations sans noblesse - éliminations syntaxique et sémantique, avant tout examen logique. | | | | |
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| vérité | | | Si l'intuition (l'usage des connaissances aprioriques ou câblées) vise des objets justes, c'est à dire se trouvant bien dans une représentation et vérifiant les propriétés pressenties, elle ne génère pas pour autant une vérité, elle en prépare des prémisses. Pas de vérités sans références langagières d'objets, sans formes prédicatives de relations. | | | | |
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| vérité | | | On a maille à partir avec la définition de la vérité : pour l'arbitre nous prenons tantôt la logique, tantôt le bon Dieu, tantôt notre sincérité. En logique, la vérité se réduit au langage ; la vérité divine est ce qui entretient la soif d'éternité ; la vérité-droiture est le courage d'affronter le constat dormitif. Il faudrait se tenir à la vérité romanesque et au romantique mensonge. | | | | |
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| vérité | | | En fin de compte, la vérité se réduit au chemin d'accès aux objets, sur lesquels elle porte, et le terme de dévoilement (aléthéia) le reflète bien. Ce qui voile ce processus, ce sont deux couches, la langagière et la conceptuelle, qui s'entreposent entre l'interprète et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | N'être sûr de rien, pour un sot, signifie incapacité de prouver ; pour un homme d'esprit - capacité de falsifier une vérité prouvée, de créer un nouveau langage, dans lequel ce qui fut vrai ne le serait plus. | | | | |
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| vérité | | | Je commence à mériter le titre de nihiliste, si, pour presque toute fausseté, je suis capable de bâtir un langage, dans lequel elle serait vraie. Pour clamer la fausseté de tout, dans un même langage, il suffit d'être un sot. | | | | |
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| vérité | | | L'idée pré-langagière est une requête, mais sa mise en mots dépend de l'angle de vue et elle peut prendre la forme assertive. Changer d'angle de vue peut aboutir au reniement langagier de la première assertion, d'où l'impression d'une contradiction. C'est la netteté de nos angles de vue, la bonne hiérarchie entre vérité, langage et intelligence, qui nous rendent crédibles et non pas une cohérence dans l'absolu ou avec la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Tous comprennent l'utilité du sacrifice de vérités au nom de l'éthique ; très peu sont capables de voir dans le sacrifice d'une vieille vérité – la fidélité à la création de vérités nouvelles, au nom de l'esthétique. Le beau inutile crée un langage, le bon utile se sert de l'ancien. | | | | |
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| vérité | | | Créer de nouvelles vérités dans un ancien langage est une tâche devenue, de nos jours, triviale. Jouer avec les quantificateurs, connecteurs, négations, sans avoir changé les règles du jeu, est de la routine et non pas de la pensée. « Penser, c'est dire non » - Alain – le misérable porte au pinacle une opération syntaxique banale. Même si l'on nie soi-même, c'est toujours de l'inertie. | | | | |
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| vérité | | | Nos sens, nos désirs sont dans la réalité, mais notre langage s'adresse à la représentation, il y est plongé entièrement. Cette séparation embrouille la détermination de la place de la vérité des propositions. La vérité technique, prouvée à partir du langage, mais projetée, pour validation, sur la réalité, constitue le sens, que les phénoménologues appelleront, abusivement, vérité originaire. | | | | |
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| vérité | | | La notion (et pas nécessairement concept) de vérité est évoquée dans des contextes, qui peuvent impliquer cinq domaines : la réalité (R), la représentation (P), le langage (L), l'interprétation du langage au sein de la représentation (ILP), la projection de ILP sur R (ILPR). La vérité présuppose l'usage de L ; quand on se contente de la confrontation directe entre R et P, on ne peut pas parler de vérité, mais seulement d'adéquation (de représentation). L'adéquation d'interprétation ressortirait de ILPR - de la donation du sens. Ces deux adéquations n'admettent aucun modèle logique de validation et ne se fondent que sur l'intuition. Et le seul véritable concept de vérité n'apparaît que dans ILP. | | | | |
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| vérité | | | Par la fidélité au langage courant, je reste dans la vérité courante ; par le sacrifice du langage courant, j'en crée un langage nouveau, m'ouvrant aux vérités nouvelles. Une curiosité civilisationnelle – en russe, la fidélité à la vérité suppose le sacrifice de tout langage ; en hébreu, vérité et fidélité seraient synonymes. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités ne logent jamais dans la raison ; leur maison, c'est le langage, bâti sur le sol des représentations. L'enchantement naît de cette communication avec le profond. Mais dans la platitude du réel, ce frisson peut, et doit, tourner en mensonge. « Notre raison, par ses vérités puisées en elle-même, crée, de notre univers, un royaume enchanté de mensonges »* - Chestov - « Наш разум, на основе в нём самом почерпнутых истин, создаёт из нашей Вселенной зачарованное царство лжи ». | | | | |
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| vérité | | | Son soi connu, le véridique, ressemble tellement au soi de son prochain, que Narcisse, à la recherche de son visage, se réfugie dans son soi inconnu, l'inexistentiel. « Ce qui a été cru par tous, et toujours et partout, a toutes les chances d'être faux. Il n'y a d'universel que ce qui est suffisamment grossier pour l'être »** - Valéry. Le raffinage d'une vérité universelle est un exercice grossier. Ce paradoxe : l'ennui des concepts dans l'universel ; leur caractère vital dans l'individuel. Plus que la vérité elle-même, c'est notre œil, notre sens du langage, qui s'infléchissent. | | | | |
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| vérité | | | Le sens, c'est une passerelle extra-langagière et extra-conceptuelle entre ce que nous concevons dans une représentation et ce que nous percevons dans la réalité correspondante, la validation de l'essence (le problème) par l'être (le mystère), face à l'étant (la solution). | | | | |
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| vérité | | | Les modèles scientifiques sont satisfaisants, et donc consensuels, dans 99 % des cas. Le reste est réservé à quelques audacieux, pour chatouiller Euclide, Newton ou Lamarck. En philosophie, la proportion est inverse, d'où la création permanente de nouveaux langages, ces réceptacles de vérités. Le scientifique peut se permettre cette approximation : la vérité est une, ce qui est interdit au philosophe. | | | | |
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| vérité | | | Toute représentation est partiellement fausse (inadéquate) ; néanmoins, tout critère de vérité (des propositions) ne peut s'appuyer que sur une représentation. À ne pas confondre avec la vérité de la représentation (le libre arbitre) ou avec la vérité du sens (la liberté). | | | | |
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| vérité | | | La nullité rationnelle de la logorrhée prosaïque sur l'être, chez Hegel, Sartre, Levinas, s'établit facilement, en soumettant leurs discours à l'épreuve par la négation : systématiquement le contraire de leurs formules a autant de (non-)sens que l'affirmative. Avec les poètes, ce test ne marche pas : aucun sens sérieux ne se dégage de la négation de Parmenide, de Nietzsche ou de Heidegger, et dont la valeur irrationnelle réside dans le langage, le ton et le talent. | | | | |
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| vérité | | | Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates. | | | | |
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| vérité | | | Bientôt, la machine, en quelques secondes, produira plus de vérités que l'humanité entière, dans toute son histoire. Et ils continuent leurs litanies de désir de vérité, au lieu de créer de nouveaux voluptueux langages, où la facette logique serait la moins désirable de toutes. | | | | |
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| vérité | | | On ne connaît la chose réelle que par et à travers ses représentations individuelles. N'importe quel plouc a parfaitement le droit de prétendre à en détenir des connaissances et des vérités, quels que soient ses concepts bancals ou son langage primitif. La chose en soi n'est prise au sérieux que par les sots. | | | | |
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| vérité | | | Le langage, c'est une langue, attachée à une représentation, plus un interprète logique des propositions. Tant d'hommes, tant de langages : les différences des cultures langagières, conceptuelles, scientifiques font de chaque homme une source de vérités, puisque toute vérité surgit des propositions, toute vérité est relative au langage du requêteur. Les vérités absolues n'existent pas, bien que le consensus grandissant dans les représentations élargisse le corpus de vérités communes. Donc, c'est bien Protagoras qui a raison contre Aristote (qui ne voit ni la langue ni la représentation) et Wittgenstein (qui ne voit pas la représentation). | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une réponse (l'interprétation logique) à une requête, et le sens – une conclusion (l'interprétation empirique) de cette réponse. Les pauvres en outillages langagier, logique ou intellectuel parlent de dévoilement comme d'un synonyme de vérité et de sens – mauvais usage de l'étymologie du mot grec aléthéia. | | | | |
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| vérité | | | Ils opposent la voie de la vérité à la voie de la doxa, tandis que celle-ci aboutit, dans la plupart des cas, à des vérités consensuelles et communes. Les deux ignorent les déviations langagières, sans panneaux indicateurs. Et dans les deux cas, leurs voies deviennent toujours sentiers battus. | | | | |
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| vérité | | | Tout sujet humain a son stock (base) de faits et ses logiques (en représentation ou en interprétation). Ses vérités peuvent avoir trois origines : les faits, les déductions à partir des faits, de pures déductions logiques (sans accès aux faits). Mais dans tous les cas, une requête préliminaire langagière (technique, naturelle ou logique) est indispensable. Sans requête pas de vérités. | | | | |
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| vérité | | | Sur la voie monotone de l'être s'établissent des vérités tautologiques ; sur la voie du devenir, la monotonie est brisée par un nouveau langage, prometteur des vérités imprévisibles. | | | | |
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| vérité | | | L'existence est pensable dans trois domaines : la réalité, la représentation, le langage ; elle est établie par des interprètes et elle n'a pas beaucoup de sens dans les passages entre ces domaines. La vérité s'établit entre un langage et une représentation ; son existence a aussi peu de sens que celle du nombre de substitutions dans la requête même. Ce que les philosophes appellent vérité n'est, le plus souvent, que la validation d'une représentation ou l'attribution de sens à une requête réussie – la justification du libre arbitre. | | | | |
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| vérité | | | Pour le langage commun, je suis en permanence dans le faux (dans ces écarts, qui sont à l'origine de mon propre langage). Si je me moque des autres, cette moquerie concerne la rectitude et la certitude de leur marche vers un vrai sans éclat. Bref, je suis l'exact opposé de l'homme d'esprit, tel que le voit Chamfort : « Il est dans le vrai, et rit des faux pas de ceux qui marchent à tâtons dans le faux ». | | | | |
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| vérité | | | La proposition il est faux que le roi actuel de France est chauve s'évalue à vrai ; la proposition le roi actuel de France n'est pas chauve – à faux – la différence entre la négation syntaxique (par échec) et la négation sémantique (par preuve). | | | | |
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| vérité | | | Il faut reconnaître, que la vérité-adéquation (au réel), en tant que test d'intelligence humaine, est plus intéressante que la vérité-propriété (des propositions), facilement accessible à la machine intelligente. Avec la première, on éprouve sa liberté. Mais l'oubli de la seconde est signe d'incompréhension du langage, et sans la maîtrise du rôle du verbe aucune philosophie profonde n'est pensable. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde. | | | | |
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| vérité | | | Le rêve, c'est ce qui échappe à toute enveloppe verbale et, donc, ce qui se moque de vérité ; les chemins du rêve se dressent dans la verticalité des élans, toute vérité s'incrustant dans l'horizontalité des faits. « La voie de la vérité, c'est une corde, tendue non pas vers la hauteur, mais juste au-dessus de la platitude » - Kafka - « Der wahre Weg geht über ein Seil, das nicht in der Höhe gespannt ist, sondern knapp über dem Boden ». Planer ou trébucher. | | | | |
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| vérité | | | La vérité d'une proposition ne peut être univoque ne serait-ce qu'à cause de deux sujets, qui y sont impliqués – l'émetteur et le récepteur, avec leurs cultures linguistiques, logiques et pragmatiques différentes. Et la vérité n'est ni dans la langue ni dans la réalité ni dans le rapport entre la langue et la réalité, mais dans la représentation et l'interprétation que manipule le récepteur. | | | | |
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| vérité | | | Tant d'hommes tant de représentations, tant de représentations tant de discours, tant de discours tant de vérités, – et après et malgré cette évidence, le philosophe académique cherche la vérité unique, qui dissiperait toutes les doxas des indoctes… | | | | |
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| vérité | | | Adæquatio rei et intellectus ne mérite pas le nom de vérité, c'est un constat intuitif, résultant de cette chaîne rigoureuse : une proposition, sa correction syntaxique, sa démonstration, les substitutions en réseau, la signification de ce réseau, et d'une confrontation du sens dégagé avec la réalité modélisée. Et cette confrontation échappe à toute formalisation ; notre liberté s'y réduit à la contemplation jugementale extra-conceptuelle. La satisfaction confirme (elle est là, la vérité du sens accepté) et l'insatisfaction infirme (la vérité inacceptable de la proposition) notre représentation. | | | | |
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| vérité | | | Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur. | | | | |
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| vérité | | | Pour parler de l'existence, nous pouvons porter en nous trois mondes : celui du vrai, celui du beau, celui du Bien, dans lesquels nous plongent nos trois interprètes – l'esprit, l'âme, le cœur, et qui font de nous un intellectuel, un artiste, un saint. D'où trois cas extrêmes : si je ne reconnais que le monde du vrai, je devrais affronter, dans une lutte féroce, un désespoir noir ; si je ne vis que du beau, je vivrais une espérance dans l'inexistant ; si je me laisse emporter par l'émoi du Bien, je porterais l'amour ou la caresse à ce monde immatériel. L'existence est placée par l'esprit dans une représentation, par l'âme – dans un langage, par le cœur – dans la réalité. L'union des trois paraît être impossible ; il faudrait être un ange, ou celui qui n'affronte que les anges. | | | | |
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| vérité | | | La Vérité est une propriété d'une proposition langagière (transformée en formule logique et démontrée dans le contexte d'une représentation), et le Sens est un résumé intuitif (ni langagier ni conceptuel) des substitutions effectuées dans la proposition (formule) démontrée (et donc débarrassée complètement du langage) et visant à confirmer (la vérité des scolastiques et charlatans) ou à infirmer la représentation sous-jacente. Comment les tenants de la philosophie analytique ou de la French theory américanisée peuvent-ils partir du seul langage (et oublier la représentation), pour aboutir au sens ? | | | | |
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| vérité | | | La tâche représentative s'avère être plus prometteuse que la tâche interprétative, tel est le constat le plus profond, fait par l'Intelligence Artificielle : à partir des faits (d'une base de connaissances) on bâtit plus de vrai qu'on ne prouve de démontrable à partir des requêtes (dans un langage réductible aux formules logiques). Une illustration métaphorique (finie) du théorème de Gödel (dans l'infini). | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle n'est vrai que ce qu'on prouve, mais Gödel nous confirme, que, des trois tâches intellectuelles – la représentation, l'expression, l'interprétation -, l'expression est la plus prolifique, puisqu'on ne prouve que des requêtes exprimées dans un langage. Et tant que l'homme gardera ses cordes poétiques et créatrices, malgré sa robotisation insonore, il restera supérieur à la machine. | | | | |
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| vérité | | | Je connais et vénère des merveilles du langage et de l'intelligence ; je ne connais pas une seule vérité qui me mettrait en transe. « La langue et l'esprit ont leurs bornes ; la vérité est inépuisable » - Vauvenargues. – celui qui arrive à puiser dans la platitude a certainement du mérite. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai se construit (un travail synthétique) et le démontrable s'établit (un travail analytique). Donc, soit la démarche anti-platonicienne : de la platitude des faits – à la hauteur des idées, soit la démarche anti-aristotélicienne : de la profondeur d'une hypothèse langagière – à la platitude de la preuve et du sens. Gödel et l'Intelligence Artificielle montrent que le premier travail, la représentation, apporte de plus vastes résultats que le second, l'interprétation. | | | | |
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| vérité | | | Le scientifique : il maîtrise les faits avérés (les vérités premières) de sa discipline ; il maîtrise le langage de formulation de requêtes ; dans ce langage il formule des hypothèses, dont la démonstration (par l'expérience ou la logique) crée des vérités finales, qui seraient, éventuellement, ajoutées (câblées) aux vérités premières. Le philosophe titulaire ne maîtrise ni le langage de conception (pour créer des vérités premières) ni le langage d'interrogation (présupposant une représentation) ni le langage d'interprétation (bâti sur une logique) ni le langage de cognition (permettant de donner un sens à une nouvelle connaissance), et il prétend chercher des vérités… Le philosophe n'a besoin que du seul langage poétique, mais pour cela il faut être né poète. | | | | |
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| vérité | | | L'arrogance du bavardage académique autour de la vérité est due à la licence, léguée par les scolastes, distinguant la vérité des choses et celle des discours (veritas rei, veritas praedicationis). Or, non seulement la première se réduit toujours à la seconde, mais la seconde est impensable sans une représentation conceptuelle, dont sont incapables les bavards, sans parler de leur ignorance de la logique la plus élémentaire. | | | | |
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| vérité | | | Le seul chemin qui mène à la vérité est celui du langage. « Il n'y a pas de vérité chez l'homme, qui ne maîtrise pas son langage » - Gandhi. La maîtrise signifiant pouvoir dire de quelle grammaire relève le discours. On tient la vérité, quand on sait quelle règle identifie le mensonge. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes définissent la vérité comme conformité de la pensée avec l'objet ; cette opération se réduit à la non-contradiction avec les faits avérés et ne peut donc pas être complètement formalisée. Tandis que la vérité sérieuse s'établit rigoureusement dans l'enchaînement logique : la représentation, le discours, la formule logique, la démonstration. Descartes est avec les ignares : « On ne peut donner aucune définition de logique, qui aide à connaître sa [vérité] nature ». | | | | |
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| vérité | | | Face à la fidélité et la poursuite, ampoulées et graves, de la vérité, le seul contraire intéressant n’est ni le mensonge ni l’ignorance mais bien la musique, cet unique langage qui n’a que faire de la vérité, car ses messages vont tout droit à l’âme, sans s’attarder dans l’esprit. | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi la requête Socrate est mortelest vraie ? Tout d'abord, elle est vraie pour un sujet, vous ou moi. Elle est vraie pour lui, parce qu'en français, cette phrase est correcte, parce que le sujet dispose d'une représentation, parce que son interprétation conceptuelle, au service de la requête, aboutit au succès logique, parce qu'aucun conflit avec la réalité, qui invaliderait la représentation ou l'interprète, n'est constaté. La vérité, qui se dispenserait de toute référence à la représentation et à l'interprétation, ne peut être qu'un leurre. | | | | |
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| vérité | | | On ne trouve qu'en français cette commode différence entre langue et langage, le second complétant la première par une représentation. La langue est un objet statique des études linguistiques, et le langage est un outil dynamique du poète et du philosophe. Le poète habite les frontières vagues entre langue et représentation ; il violente les modes d'accès habituels aux objets ou les images des objets mêmes, son regard crée ainsi un vertige dans les yeux sensibles. Le philosophe est plongé dans la représentation, dont l'adéquation avec la réalité est son premier souci. La vérité du poète est dans le vertige, et celle du philosophe - dans la réalité. Et puisque la vérité des propositions est interne au langage, le poète est plus près du vrai. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai, le beau, le bon sont trois motifs exhaustifs et incontournables, pour remplir tout regard philosophique universel. Mais leurs matières, leurs sources, leurs valeurs sont incommensurables entre elles ; c'est pourquoi l'aspect systémique, chez un philosophe, est des plus secondaires, aucun trafic substantiel n'existant aux frontières. L'usage le plus juste consisterait à vouer le bon et le beau – à la recherche de consolations, et le vrai – à l'étude du langage. | | | | |
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| vérité | | | Quand on parle de vérité en termes d'adéquation, trois sortes d'opération intellectuelle sous-jacente, et souvent confondues, sont possibles : l'ordre (introduction axiomatique de concepts dans la représentation), la requête (proposition langagière sur les relations entre les concepts), l'intuition (confrontation de propositions, vraies ou fausses, avec la réalité, donation de sens). Il est à noter, que la réalité est absente dans le deuxième cas ; la représentation – dans le troisième ; le langage – dans le premier et le troisième. | | | | |
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| vérité | | | Le discours philosophique ne peut porter que sur les thèmes, où le consensus est impensable. Donc, par une simple modification du langage, une proposition vraie y peut être transformée en fausse. Et ils continuent à traquer la vérité dans leurs discours abscons. La vérité, en philosophie, est un attribut, un qualificatif local, sans aucune portée globale ; on devrait y rester avec les objets intelligibles, ou, mieux, avec le sujet sensible. | | | | |
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| vérité | | | À quoi doit se réduire un regard philosophique ? - à la tragédie humaine, reflétée par le Verbe ; il est insensé et stupide de se vouer à la sobre vérité, devant tant de vertiges du langage et tant d'angoisses, implorant une consolation. « Le philosophe ne cherche pas la vérité, mais la métamorphose du monde dans les hommes » - Nietzsche - « Der Philosoph sucht nicht die Wahrheit, sondern die Metamorphose der Welt in den Menschen ». - et cette métamorphose ne vaut que par la douleur ennoblie et le Verbe rehaussé. | | | | |
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| vérité | | | Tant de vénérations imméritées pour la première vérité cartésienne (ego cogito), tandis que, toute vérité étant véhiculée par des phrases d'un langage, les Aïe et les Oh disputent très nettement cette primauté. Les assertions, la souffrance et l’étonnement, – avant les requêtes. En plus, celui qui affirme être res cogitans n’est souvent que res extensa. | | | | |
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| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité surgit d’une interprétation du discours ; elle n’appartient qu’à ce discours ; dans la représentation, il n’y a que des vérités triviales, axiomatiques, apodictiques. Il est bête de dire que « l’art représente, pour un regard sensible, la vérité de l’idée » - Hegel - « die Kunst stellt die Wahrheit der Idee für die sinnliche Anschauung dar ». La vérité n’est qu’un effet collatéral et inattendu d’une union sensuelle entre l’esprit et l’âme. | | | | |
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| vérité | | | Si une nouvelle beauté ne violente en rien les vérités courantes, elle ne sera qu’une copie, une tautologie, un reflet. Ne peut être beau que ce qui crée un nouveau langage, dans lequel naissent des vérités nouvelles. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur ne peut pas être définie sans qu'on ait défini ce qui peut être blanc, de même manipuler la vérité sans avoir défini ce qui peut être vrai est une niaiserie, dans laquelle tombent tous les philosophes. La bonne question posée, tout de suite surgira le seul domaine, où la notion de vérité ait un sens sérieux et rigoureux, - le langage. Si, en plus, on veut qu’on soit conforme (adéquat, compossible) à la réalité, on aboutira à la représentation non-langagière ; dans un langage on formule des propositions, interprétées dans le contexte d’une représentation. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai de l’homme est biologiquement fabuleux, mais intellectuellement – commun et banal. Vouloir rester dans le vrai est signe de médiocrité ; tout créateur commence par bâtir son propre langage, dans lequel les valeurs de vérité courantes pourraient s’inverser. Le médiocre cherche à épater dans le langage commun, par de criardes finalités ; le créateur pose des commencements d’un Verbe musical à naître ou à ressusciter. | | | | |
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| vérité | | | Pour le langage, la représentation est le fond, mais face à la réalité, elle est, essentiellement, de la forme ; aucune adéquation, aucun homomorphisme, aucune bijection ne sont possibles entre la réalité et sa représentation. Celle-ci peut être acceptable, satisfaisante, asymptotique, elle ne peut pas être équivalente à la réalité. Faire du réel la norme du vrai est bête et absurde. La vérité surgit de la forme, renvoie à la forme, n’a de sens que dans la forme. Elle ne porte jamais sur l’ensemble de la représentation, mais sur les propositions langagières, invoquant la représentation et non pas la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Pour porter aux nues Spinoza et Hegel, il faut être : ignare en logique, obsédé par le mot savoir, insensible au style, entraîné vers le bavardage ou la graphomanie. Pour aimer Nietzsche et Valéry, il faut tenir à la noblesse, à l’intelligence, à la poésie. Poursuite, hors langage, des occultes vérités pseudo-universelles ; ou création de langages, pour exprimer des vérités lumineuses individuelles. | | | | |
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| vérité | | | L’apparence s’oppose au savoir ou la dissimulation – à la découverte ; les deux n’ont rien à voir avec la vérité (la manie de tous les philosophes) ; la vérité n’est qu’une étiquette au-dessus d’une proposition et dont la valeur opposée vaut faux. Ce faux peut être syntaxique (phrase syntaxiquement incorrecte), sémantique (l’affirmation, syntaxiquement correcte, ne peut pas être prouvée), pragmatique (le bon sens refuse d’accepter la véracité et exige une révision de la représentation). | | | | |
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| vérité | | | Oui, en dernier ressort, la vérité doit être confirmée et par le sensible et par l’intelligible, mais seulement suite à cette chaîne obligatoire : la vérité n’a pas de sens sans langage, le langage n’a pas de sens sans la représentation, la représentation n’a pas de sens sans la maîtrise de la réalité représentée, la maîtrise n’a pas de sens sans nos sens, assistés par notre esprit. Ne pas oublier, que la subjectivité est présente dans toutes ces étapes. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les ambigüités autour de nos vérités extra-langagières proviennent du fait que, face au monde, nous avons deux attitudes incompatibles ou complémentaires – la perception et la conception. On perçoit le général (objectif, axiomatique, évident) et l’on conçoit le particulier (intellectuel, artistique, philosophique). On manipule l’être absolu ou le devenir arbitraire. | | | | |
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| vérité | | | Ce que, dans l’interprétation d’un discours, les hégéliens ou phénoménologues appellent apparaître, correspond à substituer aux références langagières - des objets ou des relations de la représentation. La réussite (l’échec) finale de ces substitutions est marquée par un symbole abstrait, extra-langagier, extra-représentationnel, de vérité (fausseté). Mais ils répètent cette bêtise : « Toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître » - Hegel - « Alle Wahrheit muß erscheinen, um nicht eine leere Abstraktion zu sein ». | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance, transférée dans une représentation, devient un fait, une vérité câblée, atomique ; c’est la vérité qui se prouve, en s’appuyant sur les connaissances et non pas l’inverse : « Les connaissances doivent être définies en termes de la vérité et non vice versa » - B.Russell - « Knowledge must be defined in terms of truth, not vice versa ». - ni les logiciens ni les linguistes n’arrivent jamais à la hauteur des cogniticiens. | | | | |
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| vérité | | | Dans les réflexions sur le sens et la vérité, les pires des bavards sont ceux qui ne maîtrisent pas la logique (de Hegel à Heidegger) ; mais les logiciens, qui ne maîtrisent ni le langage ni la représentation (de B.Russell à Wittgenstein), sont étrangement aussi bêtes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’un de ces thèmes creux, favorisant un langage ampoulé mais dépersonnalisé. Le premier geste des chercheurs de vérités d'esclave est d’adopter une langue de bois commune, académique ou populacière. Il ne sert à rien de les encourager : « Quand tu as soif de vérité, laisse éclater ta langue » - Publilius - « Licentiam des linguae, cum verum petas » - puisque, ayant toute honte bue, ils sont sans soif. | | | | |
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| vérité | | | Dans la réalité, strictement parlant, il n’y pas d’objets (nécessairement structurés par une représentation), et res extensa et res cogitans ne sont que des entités non-structurées. Adaequatio rei et intellectus, en tant que définition de la vérité, correspond, tout simplement, à une concordance entre des objets de DEUX représentations d’une même réalité, concordance de DEUX interprétations d’une même proposition. La première de ces représentations est propre à un sujet, elle est individuelle ; la seconde est une représentation collective validée. Le terme de vérité n’est appliquable qu’aux résultats des interprétations séparées ; la comparaison réussie (les critères de cette réussite ne pouvant être qu’intuitifs) ne fait que rendre la vérité de la première interprétation – acceptable. | | | | |
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| vérité | | | On a un esprit d’autant plus scientifique qu’on place les vérités davantage dans une représentation que dans un langage. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est ni dans l’intellect ni dans les choses ; elle est dans la représentation interrogée. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités sont des produits du langage, et le langage ordinaire est une œuvre collective. Seul un talent solitaire est apte de créer des langages électifs, portés par la noblesse, le style ou le ton et engendrant leurs propres vérités, hermétiques aux autres. | | | | |
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| vérité | | | La représentation est une source de lumière, et un interprète logique s’en sert pour projeter cette lumière sur la proposition langagière, soumise à cette représentation pour être évaluée. La proposition est un objet composite, une structure, dont tous les nœuds doivent être éclairés, pour que la proposition soit évaluée à vrai. « Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil » - J.Joubert. | | | | |
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| vérité | | | Créer ou dire des vérités sont deux activités sans commune mesure : la première relève de l’art, puisqu’il s’y agit de produire de nouvelles représentations et donc de nouveaux langages ; la seconde est banale, en tant qu’exception, et désespérante, en tant que règle. « Quelle horreur que de te rendre compte, soudain, que toute ta vie tu ne disais que la vérité » - Wilde - « It is a terrible thing for a man to find out suddenly that all his life he has been speaking nothing but the truth ». | | | | |
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| vérité | | | Pour partager une même vérité, un groupement humain doit, au préalable, partager beaucoup d’autres choses : la même représentation conceptuelle, le même langage interrogatif, le même interprète logico-linguistique, la même interprétation-sens. Koyré a raison : « La vérité est toujours ésotérique »*. | | | | |
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| vérité | | | Je reste de marbre devant le concept de vérité, il est toujours mécanique, contrairement à celui du mensonge, qui est toujours organique. Inutile d’énumérer l’interminable liste d’épithètes infamantes, attachées, à juste titre, au mensonge. Son seul mode d’apparition, intéressant et même noble, consiste à défier un langage, où il est flagrant, pour signaler la création ou l’existence d’un autre langage, le plus souvent plus subtil que le premier, et dans lequel il devient une vérité nouvelle. Mais les philosophes ne comprennent pas que la vérité est question de langage et non pas de morale ou d’adéquation. | | | | |
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| vérité | | | Même si l’on classe souvent les statistiques parmi les sacrés mensonges, on y trouve beaucoup plus de vérités que dans les sciences de la logique des professeurs de philosophie. Le culte de la vérité philosophique, cette Arlésienne des innombrables savantes logorrhées, est risible à titres multiples : par l’absence de vérités intéressantes, par les définitions abracadabrantes de la vérité (adéquation…), par l’incapacité d’indiquer des antonymes de la vérité, par l’inculture en logique et en linguistique. | | | | |
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| vérité | | | Tous les philosophes, honnêtes mais bêtes, se lamentent ou se glorifient des contradictions, qui parsèment leurs ouvrages. Et presque personne ne se doute de la vraie nature de ce phénomène, banal et commun, - le changement de langage, c’est-à-dire, avant tout, de représentations, qui modifie l’espace de vérités, ce qui est une activité permanente et inéluctable, n’ayant rien à voir avec l’honnêteté et la rigueur personnelles. | | | | |
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| vérité | | | La nature des contradictions, en philosophie, dépend d’une sorte de stabilité de la démarche dans l’écriture : la stabilité de la marche relève de la mécanique ; celle de la danse – de l’esthétique ; celle du vol – de la mystique. Les contradictions, dans le premier cas, sont signe de la bêtise ; dans le deuxième – de la maîtrise des langages ; dans le troisième – de la musique contrapuntique. | | | | |
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| vérité | | | Ne possédant pas de son propre langage, mon soi inconnu, mon inspirateur, ne me soumet pas de vérités comme sujets de polissage ou de développement, il me souffle des états d’âme, l’âme servant de passerelle entre mes deux soi. Et comme l’état d’âme est étranger à la durée, mon exposé prend, tout naturellement, la forme de maximes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité s'anoblit par la profondeur dans la maîtrise du langage, par la rigueur des problèmes et par la virtuosité des solutions ; la croyance – par la hauteur du regard sur la vie, par la ferveur du mystère ressenti. L'une ne peut pas se passer de l'autre ; et quand elles le font, elles deviennent robotique ou fanatique. | | | | |
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| vérité | | | Hanté ou guidé par la beauté, tu dévieras certainement de la voie de la vérité et même glisseras quelques contre-vérités, au nom de l’harmonie du tout. Meurtrier du juste provisoire, tu sacreras l’injuste éternel. « Qu'il est facile de tuer une vérité ; mais un mensonge, bien tourné, est immortel » - M.Twain - « A truth is not hard to kill, and a lie, told well, is immortal ». La vérité n'a pas de lignée descendante, elle n'enfante pas de langage ; le mensonge, lui, en donne naissance à un, celui où il se transforme en vérité. | | | | |
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| vérité | | | L’individualisation se manifeste de deux manières : dans la représentation (les structures syntaxiques – concepts de l’ontologie, ou sémantiques - liens entre concepts) ou dans le style (attachements langagiers aux concepts ou aux liens). Ne méritent notre intérêt que les vérités et erreurs, fondées sur ces deux types d’individualisation ; collectives, elles rejoignent très vite la platitude. | | | | |
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| vérité | | | Dans les rapports non-mécaniques entre les hommes, je comprends la place de la justice, de l’honnêteté, de la sincérité, mais je n’en vois aucune pour la vérité, qui ne concerne que notre facette robotique. Le mensonge, lui, est humain, même s’il est odieux, vilain, cynique ; son contraire s’appelle droiture et non pas vérité. La vérité est une propriété langagière et non pas éthique. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie dogmatique proclame des vérités éternelles, en dehors des représentations et des langages ; la philosophie critique les appuie sur de vagues représentations et se désintéresse du langage ; la philosophie sérieuse se moque de l’éternité et attache ou déduit toute vérité à l’intérieur d’un langage, bâti par-dessus une représentation scientifique. | | | | |
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| vérité | | | La vie s’exprime soit en langage de la raison soit en celui de la musique. Le premier exige l’intervention de l’esprit et aboutit aux vérités, le second va directement à l’âme, créatrice d’images, où l’esprit a peu de place. « La vie, c’est la vérité, mais l’âme réclame l’invention » - Z.Hippius - « Жизнь – правда, но сердце ищет обмана ». | | | | |
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| vérité | | | Des vérités universelles (consensuelles) n’existent qu’en mathématique, puisqu’on peut s’y entendre sur la représentation, sur le langage et sur les moyens de preuve ; dans aucun autre domaine ces trois conditions ne peuvent être satisfaites ; partout ailleurs, le consensus n’est qu’une blague, sans aucun rapport avec la véracité des affirmations. | | | | |
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| vérité | | | Les chemins croisés de la réalité et du rêve : la première – réalité, représentation, langage, requête, vérité ; le second – rêve, interprétation, émotion, langage. Une source hindouiste, remontant à Upanishad, constate l’incompatibilité de ces chemins : « La vérité ne rêve jamais », comme le rêve, lui, est déjà au-delà de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | La niaiserie de ceux qui placent leurs vérités bancales directement dans la vie, au-dessus de tout langage ; à chaque faille de leurs croyances (ou certitudes), ils hurlent à la fin du monde. Pour le sage, ce sont les moments exaltants – on doit inventer de nouveaux langages ! | | | | |
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| vérité | | | Chez les sages, les paradoxes naissent de la diversité des langages qu’ils maîtrisent, langages souvent incompatibles. Les sages bornés, une fois ces langages épuisés, se détournent des paradoxes, pour se vouer à la recherche de vérités absolues, ce qui un signe de gâtisme. | | | | |
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| vérité | | | On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens. | | | | |
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| vérité | | | L’outillage logique s’incruste dans la grammaire de toute langue naturelle. La merveille – ou la misère ? - de la mathématique, c’est qu’elle n’ait besoin que de cette incrustation, pour exprimer les propriétés de ses objets. Ces tournures logiques, d’ailleurs, sont, essentiellement, incorporées dans la mathématique elle-même. | | | | |
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| vérité | | | Par combien de représentations ontologiques, extrêmement complexes, sans parler de la couche langagière là-dessus, il faut passer, pour avoir le droit d’affirmer, sérieusement, que la phrase Je suis malade est vraie ! Mais tous les philosophes s’égosillent sur les vérités fantomatiques, détachées de toute représentation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’apparaît dans la vie ou dans le rêve que par l’intermédiaire d’un langage, donc d’une représentation, toujours abstraite, toujours bancale. | | | | |
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| vérité | | | Tous ceux qui parlent de la vérité, sans évoquer le langage, ne comprennent rien ni dans la vérité ni dans le langage. | | | | |
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| vérité | | | Comment naissent les vérités ? - de la certitude dans ses jugements ou dans ses sensations – vérités verbales (logiques) et vérités sensorielles (appuyées par l’expérience, hors langage). | | | | |
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| vérité | | | Vous recevez, tous, le même flux d’apparences ; il s’agit de les interpréter ; en fonction de la qualité de vos représentations, ces apparences verbalisées atteindront le grade de vérité (évidemment non-objective mais relative à la représentation) ou bien s’identifieront aux illusions inarticulées. En tout cas, en absence de représentations valables, les apparences et les vérités resteront incommensurables, tant qu’un langage ne sera bâti au-dessus de la représentation. | | | | |
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| vérité | | | On passe des apparences aux vérités comme on passe des sensations – aux récits de celles-ci – par un adoubement : les huiles sacrées du Langage oignent les esprits roturiers et y insufflent des âmes royales. | | | | |
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| vérité | | | S.Weil : « Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre » - y est bien bête. Oui, avec une représentation figée, le sacré, comme la vérité, sont ce qui n’admet pas de doute. Mais les langages et les représentations changent en permanence, et le véridique et l’idolâtre peuvent se séparer sans retour. Mais le plus important, c’est que la vérité est totalement dépourvu de l’essentiel du sacré – de la sensibilité du cœur et de l’élévation de l’âme. | | | | |
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| vérité | | | Tout en partageant la vision scolastique de vérité en tant que adaequatio avec la réalité, Heidegger est légèrement plus subtil ; au discours langagier, il ajoute la notion de discours représenté (vorgestellte Aussage), mais il glisse la-dessus, pour déclarer vérité la validation intuitive des résultats vagues du passage par la représentation (où réside la seule vérité rigoureuse). En introduisant le sujet (propriétaire de la représentation), il aurait pu créer un autre quadriparti. | | | | |
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| vérité | | | Qu’est-ce que le vrai monde ? Certainement pas la réalité, puisque la vérité ne peut exister que là où il y a des langages et donc des représentations, logés dans notre cerveau et non pas dans la réalité. Le vrai monde serait alors le résumé de l’interprétation de nos perceptions sensorielles. Autrement dit, le vrai monde ne s’appuie que sur les apparences individuelles ; il est subjectif et s’oppose aux choses en soi, ce contenu de la réalité. Paradoxal mais irréfutable. | | | | |
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| vérité | | | La pensée d’un objet, ou, dans le jargon des charlatans (non-grecs), la noèse d’un noème, c’est ainsi que ceux-ci voient la naissance d’une vérité, sans évoquer ni un langage ni une logique ni une représentation. Un objet, pris séparément, ne peut être interrogé que sur son existence ; seules de bien piètres vérités peuvent en sortir. La pensée est une requête langagière (assertion ou interrogation), portant sur les relations entre objets, dans le contexte d’une représentation ; la pensée est donc un arbre cherchant des unifications et aboutissant au sens. | | | | |
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| vérité | | | La hauteur naît dans le langage et non dans la représentation (qui prend en compte l’ampleur et la profondeur). La vérité s’exprime dans la rigueur langagière, s’appuie sur la représentation et se valide par la logique ; elle n’a aucun rapport avec la hauteur. Mais toute la gent professoresque répète, avec Hegel : « La vérité est dans la hauteur du verbe et dans la hauteur encore plus grande de la cause » - « Wahrheit ist ein hohes Wort und die noch höhere Sache ». | | | | |
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| vérité | | | Le détachement de la souple intériorité physiologique (l’aspiration à l’extériorité radicale métaphysique) constitue la vérité – à vous de choisir la définition la plus pertinente. C’est dans de tels cloaques verbaux que nagent les professeurs de phénoménologie. | | | | |
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| vérité | | | Que de bavardages pseudo-philosophiques, pour savoir si la question de la vérité est de nature généalogique, ontologique ou axiologique ! Cette question appartient entièrement au langage (avec la représentation associée) et à son interprète logique. Toute l’Antiquité le comprenait, et c’est par l’élimination de la représentation (et donc du langage, au profit de la langue) que le tournant, appelé, paradoxalement, linguistique, occulta un problème limpide. | | | | |
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| vérité | | | Le regard est créateur de représentations, donc - de modifications du langage, donc – de nouvelles vérités. « Le regard est le noyau de tout savoir, et toute nouvelle vérité en est l’exploitation »* - Schopenhauer - « Der Kern jeder Erkenntnis ist eine Anschauung ; auch ist jede neue Wahrheit die Ausbeute aus einer solchen ». | | | | |
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| vérité | | | Le génie crée une toile de fond, un langage, tissé par un nouveau style ; tandis qu’au premier plan doivent palpiter des états d’âme exceptionnels et non pas végéter des vérités, tôt ou tard communes. « La première et la dernière exigence qu’on adresse au génie est l’amour de la vérité » - Goethe - « Das Erste und Letzte, was vom Genie gefordert wird, ist Wahrheitsliebe » - il n’y a qu’une poignée de belles vérités, qui méritent une passion ; l’immense majorité ne méritant qu’un intérêt pragmatique. | | | | |
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| vérité | | | La véracité possible du contraire de ce que tu affirmes ne doit pas t’effaroucher ; il suffit que tu saches par quelle modification du langage cette possibilité se réalise. | | | | |
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| vérité | | | Dans le réel, juge la raison ana-logique, guidée par le regard créateur ; dans la représentation, due essentiellement aux yeux contemplateurs, juge un interprète logique. Dans le premier s’incarne le savoir et le goût ; dans la seconde se désincarnent le langage et la vérité. Mais sans la puissance, profonde et prouvée, dans celle-ci – pas de hautes jouissances, éprouvées dans celui-là. | | | | |
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| vérité | | | On peut cacher un objet, un fait, une action – on ne peut pas cacher une vérité, à moins qu’on en escamote la preuve (donc, une action ou un fait). « Les Anglais rabaissent toujours les vérités au rang des faits » - Wilde - « The English are always degrading truths into facts ». On mêle la morale de ce qui ne relève que d’une impassible logique. Et tous ces cachottiers ignorent que la vérité n’est qu’une banale propriété d’une requête langagière et ne surgit qu’au sein de ce langage. | | | | |
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| vérité | | | Une vérité partagée suppose un langage partagé ; donc, elle est condamnée à la platitude, à l’exclusion de toute noblesse que n’adoube que la poésie, la créatrice de langages individuels. La noblesse collective n’existe pas. La poésie est un vrai contraire de la vérité courante. Et Kierkegaard : « La vérité, c'est ce qui ennoblit » - vit tout de travers. | | | | |
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| vérité | | | Il n’existe pas de vérités immuables ; même à l’intérieur d’un langage, une assertion peut être vraie ou fausse, en fonction des locuteurs ou de l’échelle temporelle. Quant au mensonge, il est une notion extra-langagière, morale ou fantaisiste, avec peu d’intérêt pour le problème de la vérité rigoureuse. | | | | |
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| vérité | | | Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’avant-dernier pas dans le cheminement à travers un discours, le dernier étant le sens. La réalité ou la morale n’y servent que de contraintes, d’accotements. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme conçoit des représentations, y attache un langage, manipule ses interprétations et parvient ainsi à ce que, en toute rigueur, on doit appeler vérités. Le dernier des ploucs en énonce autant que le savant le plus compétent. C’est seulement en qualité que la différence apparaît. | | | | |
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| vérité | | | N’est vrai que ce qui se prouve (on n’est pas dans l’infini gödélien) ; l’outil des preuves est un interprète, correspondant au genre de logique disponible ; l’action de l’interprète consiste à appliquer au fond cognitif (la représentation) la forme langagière (la proposition, un arbre interrogatif à variables) ; le résultat – la véracité/fausseté, à laquelle est associé un réseau d’objets (de la représentation), résultant des substitutions des variables de l’arbre. | | | | |
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| vérité | | | Contrainte – éviter ce qui, trivialement, est vrai ; astuce – exploiter le fait que ce qui, trivialement, est faux, peut être, subtilement, vrai, mais ce n’est pas une vérité que en retireras mais un nouveau langage. Ce n’est pas la véracité facile mais l’expressivité difficile qui compte. | | | | |
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| vérité | | | À la merveilleuse aptitude des yeux de changer de focalisation (ce qui dictera ton interprétation du réel) correspond une aptitude de focalisation de ton regard (ce qui guidera ta représentation de l’idéel). À partir d’une focalisation se forme un langage à part, traçant de nouvelles frontières entre le vrai et le faux. | | | | |
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| vérité | | | Pour éprouver le néant, comme disent les écolâtres, il faut passer par la négation. Pour définir la négation, il faut être, à la fois, logicien (la négation syntaxique) et linguiste (qui y ajoute la négation sémantique). Or aucun philosophe académique ne fut l’un ou l’autre. De Hegel à Sartre (en y incluant leurs critiques, tout aussi universitaires) – qu’un galimatias balbutiant. Même leur fichu être, pourtant une notion intuitivement plus abordable et sensée servir de point de départ de la négation (ce qui est totalement absurde), est un SDF, fourré quelque part entre la réalité et la représentation. | | | | |
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| vérité | | | La réalité n’apporte qu’une confirmation intuitive des vérités, qui logent, entièrement, dans la représentation et le langage, donc dans la conception et l’expression. Ces deux-là, vues par la réalité, sont approximatives et personnelles. | | | | |
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| vérité | | | À première vue, la vérité s’oppose au rêve, mais il y a, entre eux, aussi, un parallèle : les deux ont besoin d’un complément d’objet. La vérité n’a pas de sens sans une assertion langagière à prouver ; le rêve est une chimère si son élan sentimental ignore ou l’étoile visée, ou le frisson initial de l’esprit, ou l’état d’âme à rendre. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une propriété formelle d’une phrase (partie élémentaire d’un discours), la signification (d’une référence d’objet et de relation entre objets, à l’intérieur de la phrase) et le sens (de la phrase entière, démontrée ou réfutée) en étant des propriétés significatives. La vérité et le sens portent donc sur le tout, et les significations – sur les parties. | | | | |
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| vérité | | | Chez les grands, ce n’est pas l’évolution dans le temps (version I, version II…) qui explique leurs contradictions, mais le changement (hors toute chronologie) de représentations (et, donc, de langage). Les justifications discursives sont des sources d’ennui ; les allusions inchoatives dans une maxime sont beaucoup plus prometteuses. Ainsi, la lecture d’un ouvrage aphoristique implique la prémonition de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | Il existe bien des vérités inaccessibles (indémontrables), mais Gödel nous montra qu’elles ne pussent résider que dans l’infini, c’est-à-dire en mathématique ou en rêves. Et puisque nous sommes condamnés à vivre dans le fini, il faut abandonner toute tentative de les y chercher. D’ailleurs, personne n’en trouva, puisque sa requête aurait dû être infinie. | | | | |
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| vérité | | | Les contradictions à l’intérieur d’un même langage prouvent ma bêtise. L’un des symptômes d’une contradiction est l’étonnement ; la plupart de mes notes provoquent mon propre étonnement ; mais je sais que les contradictions sous-jacentes se justifient par changement de langage. L’intelligence est dans la maîtrise des langages incompatibles mais intéressants. | | | | |
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| vérité | | | La vérité contraire est une expression impossible ; seul une négation syntaxique (découlant d’une grammaire et ne remontant pas jusqu’à la représentation) peut être formulée. Avec une représentation donnée, la négation d’une expression vraie ne peut être que fausse. Le philosophe (qui serait, en même temps, un logicien) est celui qui sait passer d’une représentation à l’autre, pour modifier la véracité des mêmes expressions langagières. | | | | |
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| vérité | | | La logique mathématique est universelle et les représentations sont individuelles. Ces dernières (munies d’un mécanisme interprétatif) ne sont qu’un pâle reflet de la première, mais leurs notions centrales (et non pas les concepts) y sont les mêmes : les faits axiomatiques, les formules langagières, les déductions. Dans le premier cas, toute modification de la base axiomatique est contrôlée par la logique même ; tandis que dans le second, domine le libre arbitre. Dans les deux cas, on parle de vérités (axiomatiques ou déduites). L’usage de ce terme, pour signifier un accord (adaequatio) avec la réalité est abusif. | | | | |
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| vérité | | | Tu peux te permettre des incohérences langagières, si tu pars des représentations différentes, dont les contextes correspondants rendent vraies les propositions contradictoires – l’intelligence représentative rejoignant l’intelligence interprétative. | | | | |
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| vérité | | | La vérité d’une proposition s’établit par une succession d’actes d’unification des mots avec des concepts. Valéry : « La marque de la vérité est la réussite des actes »** - complète Aristote et surclasse tous les philosophes du langage. | | | | |
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| vérité | | | Tous les philosophes, de Platon à Heidegger, appliquent la notion de vérité aux choses et aux actes des hommes et considèrent le résultat comme universel. Or, seuls les jugements, propositionnels et non pas intuitifs, jugements énoncés et prouvés par un homme, peuvent recevoir cette valeur, valeur personnelle. La réalité y est absente. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est qu’une enseigne sur la maison d’une proposition, enseigne signalant que cette maison est habitable. On peut en admirer l’architecture, chercher un guide pour la visiter, y pénétrer par infraction. « Quand on frappe inutilement à la porte de certaines vérités, il faut essayer d'y rentrer par la fenêtre » - J.Joubert. | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle, le terme de logique est utilisé dans deux sens : une logique cognitive – pour assurer que la représentation reste non-contradictoire, et une vraie logique (mathématique) – pour prouver la véracité (ou la fausseté) d’une proposition. | | | | |
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| vérité | | | La poésie est dans la langue, et la vérité – dans le langage (langue plus représentation). La poésie (élégance) de la vérité est dans l’intelligible, et la vérité (affectivité) de la poésie – dans le sensible. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur est la valeur de l’attribut couleurs, attaché aux objets matériels, la vérité est la valeur de l’attribut véracité, attaché aux propositions langagières. La première résulte de l’interrogation d’un objet ; la seconde – de la démonstration d’une proposition, comprenant des références d’objets et de relations. Dans les deux cas, les valeurs proviennent de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les sciences (sauf la Mathématique) se réduisent aux représentations (théories, modèles, systèmes) d’une réalité (la matière et les esprits, au passé, au présent, au futur) et aux interprétations (langages, logiques, faits). Les faits scientifiques (formulés dans un langage, réductible aux formules logiques) ne sont vrais que s’ils sont démontrables dans le contexte d’une représentation. Donc, une vérité ne peut jamais être une adéquation de la pensée et de la réalité. La chose en soi (la réalité) gardera toujours une part du mystère ; l’inconnaissable sera toujours présent dans l’inconnu. | | | | |
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| vérité | | | Les superficiels et les vagues voient dans la vérité un objet, ni langagier ni conceptuel, existant depuis la nuit des temps, résistant aux tentatives humaines de s’en emparer et reflétant, avec fidélité et précision, des choses en soi, constituant la réalité. L’homme chercherait à atteindre cette vérité fuyante, pour proclamer sa possession. Presque tous les philosophes partagent cette aberration. La vérité, sans spécifier le de quoi, est une chimère insaisissable ; quant au quoi, il doit être langagier, réductible au conceptuel, et formulé par le qui, muni du comment personnel. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes attribuent à la vérité un sens moral ou psychologique, ils combattent les menteurs ou les imbéciles, qui se moquent de l’existence même des philosophes. Ceux-ci auraient dû consulter des logiciens, des linguistes, des cogniticiens, qui se moquent des logorrhées philosophiques. | | | | |
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| vérité | | | Tout produit de la science ou de l’art se formule dans un langage (naturel, pictural, musical, technique, mathématique). Même une composition musicale, un tableau, une sculpture tendent à nos oreilles, à nos yeux, à nos esprits et nos âmes des propositions à évaluer. Certaines de ces évaluations doivent être validées par l’affrontement avec la réalité ; d’autres – la musique, la poésie, la mathématique – ne vont pas plus loin qu’aux représentations. Dans les deux cas, on fait appel à la notion de vérité, dont la première étape se déroule dans la représentation (émotions ou démonstrations), mais dans le premier cas, la véracité doit, en plus, passer par une seconde étape, pour se confirmer par la réalité, par une satisfaction intuitive. Dans le premier cas, on peut découvrir les vérités ; dans le second, on ne peut que les prouver. C’est pour cela que la musique et la mathématique sont les domaines les plus purs, les plus nobles et les plus divins ! Dieu est dans l’harmonie du son ou du nombre. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de vérité, en fonction de la rigueur de son interprétation, admet des acceptions éthique, psychologique ou logique. Les uns (les plus naïfs) l’opposent au mensonge ou à l’ignorance ; les autres (les scientifiques) confrontent l’idéel au réel et en constatent l’adéquation (psychologique) ; enfin, les troisièmes (les logiciens) n’y voient qu’une propriété des propositions (où les valeurs vrai/faux auraient pu être remplacées par 1/0), auxquelles se réduisent toutes les phrases d’une langue naturelle ou toutes les assertions d’un langage scientifique. | | | | |
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| vérité | | | Vivre de l’humilité des vérités verbales fugitives et de la fierté des élans vers l’indicible certain. | | | | |
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