préface
Ce Thésaurus ne contient que des maximes, aphorismes, adages, apophtegmes, commentaires des citations des meilleurs écrivains. Cette forme rhapsodique, nécessairement, ne peut relever que de la philosophie ; ces bribes laconiques soit résultent d’un système philosophique explicite, soit l’établissent, le constituent implicitement. Je suis parti de la seconde attitude, pour constater, finalement, que le contenu aurait pu découler de positions préétablies – une illusion irrésistible.
Qu’est-ce que la philosophie ? - une réflexion sur le fond universel non-langagier d’une vie d’homme, traduite, par des formes individuées, langagières, fractales. Le nombre de combinaisons de ces éléments fractals, couvrant le fond est incalculable (les catégories aristotéliciennes ou kantiennes en donnent des exemples). Je pense que, dans nos langues indo-européennes, ces éléments sont le mieux reflétés par des verbes substantivés. J’en ai choisi quatre – le valoir, le devoir, le vouloir, le pouvoir.
Le valoir (la noblesse, l’intelligence, l’art, la solitude) est le sommet de cette hiérarchie, s’appuyant sur les trois éléments subalternes : le devoir (les contraintes - la souffrance, la patrie, l’action, la cité), le vouloir (l’intensité – Dieu, l’ironie, l’amour, le doute), le pouvoir (les mots, la vérité, le bien, les hommes).
Tous les autres verbes, associés à la vie, s’y réduisent : l’avoir, le reconnaître s’inscrivent dans le devoir ; le sentir et le s’émouvoir s’associent avec le vouloir ; le devenir, comme l’inventer, le penser, le savoir et le créer, sont dans le pouvoir ; l’être n’est qu’un devenir, arrêté à un instant.
auteur,hommes,langue,maxime,philosophie,style,valoir,vie

préface
Langue française, accueille-moi dans ta sonorité lointaine et ta prometteuse étrangeté ; moi l'intrus de ton espace d'intuition dont ne s'est jamais nourrie mon enfance, écoulée à dix mille kilomètres de Paris. Depuis des années, je te fréquente, toi, lieu statufié que je me plais de prendre pour une noble ruine. Car aucun réflexe d'images ne cimente tes murs, aucun courant spontané de mots ne m'amène une viabilité décente et aucune épreuve d'impression ne consolide ton toit troué devant le bon scintillement des étoiles moqueuses, suspendues au-dessus des demeures plus durables. Je revis le cauchemar des exercices poétiques de Rilke, s'aventurant dans les scansions françaises ou russes (sans parler de Casanova, Tchaadaev, Wilde et même de Nabokov ou G.Steiner, tous plus à l'aise avec le français que moi), ce ratage flagrant me met en garde. N'importe quel cornichon a le pressentiment de ce magnétisme intérieur qui oriente et débrouille les mots, même décousus, d'une langue maternelle. La maîtrise du clair-obscur n'est possible que si toute la gamme lumineuse est apprise déjà au berceau. Je ne peux, hélas, atteindre ni l'éclairage direct de J.Joubert, ni la lumière tamisée de Valéry, ni même l'étincelle soudaine de Cioran. Je suis condamné à me contenter du déclaratif risquant ne déboucher sur rien de procédural. Que d'élans n'aurais-je cherché à greffer ou insuffler aux mots convalescents et qui, en retour, m'alarment par une réaction de rejet de corps étrangers !
auteur,élan,enfance,étoile,france,intensité,langue,ombre,ruines

préface
Le français n'étant que mon faux ami, un outil d'emprunt, tant d'écorchures de métèque seront visibles sur les mots habitués au polissage d'autochtones ! Mais la tentation est si grande d'épeler ma musique dans la langue de Montaigne, La Rochefoucauld, N.Chamfort, J.Joubert, Valéry. Je ne suis pas dupe, l'aphorisme, genre autrefois aristocratique, n'attire aujourd'hui que des plébéiens, prêtant plus d'attention à l'actualité qu'à ce qui échappe aux actes des hommes. Ce livre est un ennemi de la gazette. Je n'ai aucune envie d'étaler ma biographie en en mettant en relief des recoins rugueux et exotiques. La seule curiosité que j'accueillerais volontiers serait celle pour mon ton, non pour mes raisons. Mes expériences - le langage mathématique, la mathématique du langage, l'art intellectuel, l'intelligence artificielle, la plume qui me trahit, l'ordinateur qui me ressemble - n'apportèrent rien au choix de mes vocables. Que j'aie connu les pires misères, subi les pires humiliations au pays marqué par la grandeur du malheur - tout s'efface devant le bonheur de sentir le souffle d'une vie inaboutie animer un livre achevé.
artificiel,auteur,bonheur,france,intelligence,langue,maxime,misère,musique,noblesse,…

préface
Le polyglotte comme le polygame est porté sur la cachotterie. J'ai aimé, en même temps, et j'aime encore - plusieurs idiomes. Mes compagnes sont jalouses ; en présence de l'une, j'occulte mes aventures avec les autres. Par bonheur, leurs promesses se profèrent aux heures différentes de l'âme et m'attirent vers des lieux de rencontre ignorés des rivales. Il y a tant de manières de posséder une langue, et le manque de droiture dans certains recoins des mots peut ne faire qu'augmenter la secrète jouissance. Mon espoir est que l'arbre qui reçoit ma greffe n'est pas l'Arbre endémique et vert de la poésie, mais plus modestement l’arbre artificiel et pré-langagier de la méditation en miniature. La poésie est la rencontre organique d'une émotion, d'une ouïe et d'une intuition, rencontre interdite aux métèques de la langue, dont l'esprit ne sera que rarement surpris en flagrant accord avec la lettre.
âme,amour,arbre,artificiel,auteur,caresse,intelligence,intensité,langue,poésie

préface
Donc, aujourd'hui, - rendez-vous avec la langue française. Des germes et des gerbes de mots, voulus comme soupirs, râles ou murmures. Et la réception imprévisible ; même si l'on déjoue le sens et même le rythme, que de mélodies cassées, étouffées avant d'être amplifiées par la complicité langagière ! Toutefois, dans la vie, pas moins que dans les grammaires, je fus souvent obligé de jouer la carte de l'étranger et de l'exilé, exilé de plusieurs pays et langues. Je m'accommode de ne pas connaître les dernières volontés des mots dévoilées seulement aux vrais enfants du pays, je tente de deviner, je me contente de guetter, - ce qui aurait pu animer leur volonté première. La mort d'une civilisation, comme la mort d'un verbe, s'annoncent, paraît-il, par une dégénérescence de la grammaire présentant les mêmes symptômes, quel que soit l'empire sur le déclin. En revanche, dans la naissance au sein d'une langue, tout déchirement est exception, et tout gazouillement de nourrisson est idiomatique.
auteur,culture,france,langue,mort,musique,temps

préface
Je me reconnais dans le baroque de ces voix qui précèdent l'esprit et ne voient dans le savoir ni appui ni but, mais, au plus, un dictionnaire. La voix classique naît de l'hypothèse d'une langue et d'une voix divines dont on est appelé à rendre les desseins en effaçant ses propres traces. Donc, la recherche de mots irremplaçables, la narration de ce qui existe, la droiture et la paix d'âme. La voix romantique, au contraire, n'est en possession d'aucune partition ni image divines et cherche à évoquer Sa présence dans un chant, ignorant mais vénérant l'origine de la première note. On valide un récit, - au chant, lui, on adhère. Donc, pudeur et frisson. Le romantique devient baroque lorsqu'il comprend qu'une bougie peut se substituer à son étoile. Le classique tombe dans le baroque lorsqu'il comprend, que les coupures sont plus éloquentes que les coutures.
amour,art,auteur,continuité,dieu,étoile,intelligence,intensité,langue,romantisme,…

préface
Au tableau j'oppose le regard. Ou, plutôt, la hauteur, le seul moyen de ne pas perdre de vue, à la fois, la connaissance et le sentiment. On sait où mènent la science sans conscience et l'émotion toute nue ; il leur faut des masques ironiques imposant une certaine théâtralité, ce point de rupture incontournable d'avec la banalité et le quotidien.
Ce livre s'attend à ce qu'au tournant des mots, naisse un état d'âme moqueur et recueilli, au moyen tantôt du fond tantôt de la forme, dans la rigueur ou dans l'illusion. Mes origines lointaines réduisent la panoplie de mes audaces de langue ; il manque, fatalement, l'arme du style, cette obsession de métèques ne sachant pas se rire de la grammaire quand un aveu ou une joie vous chatouillent la langue ! Dans mes citations, je finis souvent par négliger ce que d'autres voulaient dire et par mettre en exergue ce que, soumis à mon regard, ils me disent. Vous entendrez bien ma voix, pas un chœur anonyme et hétéroclite.
audace,auteur,conscience,hauteur,ironie,jeu,langue,maxime,platitude,regard,…

préface
Les noms sont sur le blason du poète ; le mufle se hérisse d'adverbes ; un autre arsenal fournit la garde d'honneur des mots, face aux invasions de l'époque, c'est la panoplie des verbes : pouvoir, vouloir, devoir. Il faut se rendre à l'évidence : l'homme sera bientôt dépassé par les machines en tout ce qui se commande par pouvoir ou devoir. (Curieusement, l'anglais et l'allemand distinguent deux types de pouvoir et de devoir, le permissif et le facultatif, distinction qui n'existe pas en langues romanes et slaves.) Pour nous surpasser, il ne nous restera que vouloir : le désir ou le rêve. Parler de puissance ou de normes, de savoir ou de rites n'a aucun avenir littéraire.
allemagne,angleterre,élan,force,langue,modernité,mot,poésie,rêve,robot,…
 

préface
DOUTE : Un point dont on sous-estime l'importance. Si nous étions conscients du degré d'incertitude dans laquelle nagent nos plus beaux sentiments, nous serions, peut-être, dégoûtés de tout enthousiasme. Garder le goût Mystérieux d'un emballement Problématique, dans l'incertitude du second pas, - est une Solution à creuser.
La clarté-Mystère est l'harmonie ; la clarté-Problème est le langage ; la clarté-Solution est l'intelligence.
Tu es clair comme tu veux ; l'autre est clair comme tu peux ; vous êtes clairs comme vous devez.
beauté,enthousiasme,intelligence,langue,mystère,valoir,doute

préface
IRONIE : L'aveu de l'impuissance de l'intelligence et de la puissance des mots. Ce qui ne nous laisse pas séjourner trop longtemps parmi les Solutions, nous rapproche des frontières Problématiques et nous expulse vers le Mystère de notre choix.
L'ironie-Mystère est la mort ; l'ironie-Problème est la vie ; l'ironie-Solution est l'égale distance entre les deux.
On veut le mot ironique ; on peut l'acte ironique ; on doit la pensée ironique.
action,frontière,idée,intelligence,langue,mort,mot,mystère,proximité,valoir,…
 
 

préface de section pouvoir
Qui ne rêve de puissance ou de réalisations héroïques ou artistiques ? Mais une fois que j'ai fait le tour de ces exploits, je comprends que rien ne vaut la maîtrise du mot, sans laquelle pâlissent les savoirs et les actes. Créer du vrai, en inventant des langages, est plus passionnant que d'en déduire, en restant dans le langage des autres.
Dans un premier temps, il est très facile de définir les trois clans, simplifiés mais expressifs : ceux qui sont mus, respectivement, par le Bien, par le Beau, par le Vrai – les héros (fidélités et sacrifices), les artistes (création et individualité), les imbéciles (amoureux de la vérité).
Mes timides et maladroites tentatives de faire du bien au milieu des hommes ne valent pas grand-chose à côté de la voix du Bien, qui résonne dans mon cœur, même dans les déserts ou les cellules.
action,art,bien,cœur,création,désert,force,héros,hommes,intelligence,…
 

action
Par l'entremise incontournable du langage nous sommes tous dans l'homme relatif. Par rapport à quoi, là est la question. Pour la majorité, c'est l'homo historicus coulé dans le fait. Pour les meilleurs - l'homo phantasiae aspiré par le rêve.
élan,langue,rêve,temps

action
S'il fallait absolument renoncer à l'immobilité et choisir un mode de déplacement, je choisirais le vol d'un oiseau migrateur : ignorance d'horaires et de destinations, élan sans source, retour aux origines. Ce vol, guidé par un instinct sauvage, est une condition de bonne écriture, qui ne laisse pas voir les contraintes et se focalise sur le vertige du vol. Mais écrire dans une langue étrangère, c'est ne pas avoir cet instinct, apprendre la théorie du magnétisme et la météorologie, cesser d'être un volatile et ressembler à un robot, vérifiant les données de ses capteurs (Cioran parlait d'un « pigeon savant et désemparé »).
auteur,commencement,élan,immobilité,intensité,langue,robot,ruines

action
Le mobile de l'action est comme l'étymologie du mot - plus intéressant que la chose, mais sans aucun droit discriminatoire. « L'énergie, qui n'est fournie par aucun mobile, est seule bonne »* - S.Weil. Comparez les dernières paroles du Christ et de Mahomet : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » et « Que la malédiction d'Allah soit sur les juifs et chrétiens, car ils ont établi… ».
christianisme,langue,religion,savoir

action
Ceux qui observent et trouvent et ceux qui agissent et cherchent, les contemplatifs et les actifs, n'ont ni les mêmes représentations ni les mêmes requêtes. Se rencontrent-ils jamais ? Dans la réalité, où il n'y a ni langage ni regard, autant dire nulle part. Trouvère et chercheur s'ignorent. Mais celui-ci se reproduit et pullule, et celui-là est frappé de stérilité et d'imminente extinction.
langue,question,regard,représentation

action
De l'origine linguistique de la bougeotte activiste anglo-française : le (where) escamotant le glissement de ubi (wo, где) vers quo (wohin, куда).
commencement,langue

action
Les philosophes se divisent en trois familles, en fonction du milieu, dont ils se nourrissent : le langage - pour raisonner, le modèle - pour représenter, la réalité - pour s'entendre avec la vie. Ce qui les distingue, c'est le contenu de l'acte : pour les premiers, il est référence verbale, pour les deuxièmes - accès à l'objet référencé, pour les troisièmes - attachement de sens à l'objet. « Il faut une sémiotique à trois termes : signifiant, signifié, référent » - Ricœur - ce qui correspond au triangle sémiotique aristotélicien - les mots, les concepts, les choses.
cœur,concept,idée,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

action
On se révèle par le mot dans un langage, par la pensée dans un modèle, par un acte dans une réalité. L'équivalence entre les deux premiers - création humaine, entre les deux derniers - divine. Au commencement divin était la pensée ; le verbe n'annonce qu'un commencement humain.
commencement,création,dieu,idée,langue,mot,réalité,représentation

action
Visiblement, au commencement était la grammaire, donc la phrase et non pas un mot hors-la-loi. Il n'y a pas de passage harmonieux et libre du mot créé à la phrase créatrice, mais d'une grammaire on aboutit à la création libre.
commencement,création,langue,ordre

action
La conception ou le langage : action ou réaction, recherche de la profondeur ou recherche de la vérité, volonté de puissance ou pouvoir de curiosité - deux dons distincts, presque sans interpénétration.
force,hauteur,intensité,langue,vérité

action
Même linguistiquement, l'action est insignifiante : elle est un signifié sans signifiant.
langue,représentation

action
L'homme, ce sont ses modèles. Qui servent d'appuis ou de ponts entre langage et réalité, entre le mot et l'acte (logos et ergon) : un passage trivial, décrire l'acte par le mot, et un passage subtil, deviner dans le mot l'acte initiatique.
commencement,goût,langue,réalité,représentation,simplicité

action
L'homme désire ; à un moment donné, au lieu de continuer à désirer, il se met à agir : par la parole, par la raison, par le muscle ; la discordance entre le désir et l'acte, très rapidement, devient flagrante ; dans cette banale platitude, où il n'y a ni dissimulation ni aliénation ni refoulement, la psychanalyse prétend découvrir des gouffres d'inconscience. Imposer un sens à ce qui en est dénué, dénicher un sens paillard dans ce qui n'est que criard - deux démarches d'un même charlatanisme.
doute,élan,force,langue,mot,raison

action
Les étapes de ma victimisation : l'élan, l'acte, le savoir, la langue, le ton - autant d'immolations, de ruptures et de discontinuités ; je ne serais qu'âne, bouc ou agneau, si je ne vais pas jusqu'au bout de cette chaîne ; et là, on saura si je suis rossignol, coucou, lion ou cygne.
auteur,continuité,danse,élan,intensité,langue,mot,sacrifice,savoir

action
Au prix de grandes sueurs, ils produisent de vastes blocs de pesantes banalités ; les perles ne demandent aucun travail. « Aucune grande création intellectuelle n'est due à un grand effort »* - Ruskin - « No great intellectual thing was ever done by great effort ». L'intelligent est rarement diligent. Tu dois être bien le seul à ne pas appeler à travailler dur pour réussir, que ce soit auprès des garagistes, des ingénieurs commerciaux ou des peintres. Chapeau ! Et dire que école vient de loisir !
création,école,force,intelligence,langue

action
Dès que je sais faire quelque chose, la perspective d'une nouvelle inertie me terrifie - j'abandonne et la chose et la piste. Être créateur, plutôt qu'ingénieur. Le premier change de langage et par là désapprend le Fait ; le second change de sujet et oublie le Faire. Savoir faire, c'est maîtriser une syntaxe.
auteur,continuité,création,langue,maîtrise,savoir

action
La philosophie n'apprend ni à penser ni à parler ni à agir, elle est loin des voies, elle est une voix, qui tente à réduire à la musique intellectuelle tout bruit réel. Toutefois, dans le dit il y a plus de sources musicales que dans le fait, et Sénèque : « La philosophie apprend à agir, non à parler » - « Facere docit philosophia, non dicere » - y est doublement bête. L'action du philosophe consiste à séparer le fait du regard et à ne peupler celui-ci que de ce qui peut être dit. Théoricien aux yeux de l'homme d'action, le philosophe est praticien aux yeux des aèdes et bardes.
art,langue,philosophie,poésie,regard,système,voix

action
Ce qu'on veut penser, on peut le dire. Ce qu'on doit faire, on veut le penser. Et quand on peut le penser, on ne peut pas le faire. Ce qu'on fait n'est ni pour ni contre ce qu'on pense. Faire, c'est avoir trouvé cet accord du pouvoir, du dire et du penser, qui s'insère dans la partition irréversible de la vie.
langue,raison,valoir,vie

action
On peut être obsédé au même point soit par des solutions (les moutons), soit par des problèmes (les robots), soit par des mystères (les poètes). « La tâche du philosophe n'est pas du tout la résolution de problèmes, mais la peinture d'une vie, surchargée de mystères et de problèmes »** - Chestov - « Дело философов вовсе не в разрешении проблем, а в искусстве изображать жизнь как можно более таинственной и проблематичной » - surtout, de mystères de la souffrance et de problèmes du langage.
langue,mouton,mystère,philosophie,poésie,robot,souffrance,vie

action
Pour réfléchir sur l'irréversibilité de nos actions : défaire, to undo, abmachen, переделать - démolir, annuler, rejeter, recommencer - volonté, logique, dynamisme, fatalisme.
allemagne,angleterre,commencement,langue,mot,russie

action
Ce que je suis, face à ce que je manifeste (dont ce que je fais), donc à ce qui trouva un langage – des actes, des signes, des idées. Le miraculeux, le parfait, le lumineux, face au créatif, au réel, à l'ombré. La honte, tempérée par la prière. La vénération, face à l'admiration. La source du particulier, justifiant l'aboutissement général. Le soi inconnu, entre-aperçu par le soi connu. Narcisse, découvrant son visage secret.
amour,auteur,création,honte,idée,inconnu,langue,narcissisme,ombre,réalité,…

action
Si la vie est un jeu, ce n'est ni le jeu d'échecs, trop géométrique, ni un jeu de hasard, pas assez analytique, mais un jeu algébrique, où il s'agit d'inventer, en permanence, de nouvelles règles et de nouveaux enjeux. Hélas, nous sommes réduits au rôle d'interprète onirocritique d'une langue, que nous ne maîtrisons pas, et traduttore - traditore - en même temps transmetteur et traître, entretenant la tradition de la tradition. Vivre, c'est savoir résister à l'éveil. Il faut corriger Calderón : la vie est de plus en plus une veille, sobre et collective, et c'est de mon songe, enivré et solitaire, que je devrais tenter de faire ma vraie vie.
auteur,interprétation,jeu,langue,rêve,solitude,temps,vie

action
Les produits de nos mains deviennent parties de la réalité, mais l'essence des fruits de notre esprit reste dans nos représentations. Pour nos mains, la réalité formule des cahiers des charges, supervise les finitions, réceptionne l'édifice habitable. Nous demeurons dans le réel. La démarche est la même avec l'esprit, mais le savoir, qu'échafaude la représentation, s'attache à celle-ci, sans contact immédiat avec la réalité ; il se formule dans un langage, et tout langage est bâti au-dessus d'un modèle, sans avoir de sens absolu. Dans Je sais que je ne sais rien socratique, le premier verbe concerne la représentation, et le second - la réalité.
esprit,langue,réalité,représentation,savoir

action
Ni fusion concrète (par l'intelligence) ni communication abstraite (par un langage) ne sont possibles entre le soi connu et le soi inconnu ; une coopération secrète, une dualité irréductible existent entre l'action et le sujet, le présent visible et le commencement invisible. L'homme est en permanence dans ce choix : être orienté-sujet ou orienté-action, comme la conception d'un programme informatique ; elle est soit orientée-objets soit orientée-prédicats.
commencement,concept,inconnu,intelligence,langue,soi

action
Un sage, c'est un homme d'expériences, sachant trouver une relation harmonieuse entre la pensée et l'action, débouchant sur des résultats favorables. On aurait dû l'appeler – philosophe, tandis que le philosophe historique aurait dû s'appeler – philologue, puisque le logos se voue aussi bien à la parole consolante qu'au verbe révélateur, les deux véritables sujets d'une bonne philosophie.
consolation,idée,langue,mot,philosophie,utilité

action
Ce qui est relativement banal chez l'homme - ses forces, son savoir ou sa logique - se laissent traduire en langages communs de gestes ou de mots et y sont pris pour son vrai visage ; mais tout ce qu'il a de merveilleux - l'éthique, l'esthétique, le mystique - ne se livre qu'au talent exceptionnel, qui est l'art de fabriquer et d'animer des masques. Actum, ce qui est fait, opposé à actus, ce qui se fait. Œuvre de Dieu ou mon œuvre à moi, que ne distingue pas St-Augustin : « Je ne suis pas mon ouvrage » - « Non ipsa nos fecimus ». Le visage du génie humain se dévoile non pas dans un Je inaccessible, mais dans un jeu.
esprit,jeu,langue,mystère,savoir,soi,voix

action
Que devient l'agir, privé d'un noble regard ? - il devient le faire, que je désigne ici par le nom d'action ; dans cet exercice morphologique, ce n'est pas la racine qui me motive, mais l'attrait des cimes.
auteur,hauteur,langue,noblesse,regard

action
L'action et le verbe : adversaires, ils embellissent la liberté et le silence ; alliés, ils abrutissent les hommes, serviles et sourds.
hommes,langue,liberté,lutte,mot,platitude,silence

action
L'action et la logique servent à chercher une solution, tandis que c'est surtout le langage qui aide à formuler le problème – deux milieux, deux démarches, deux outils difficilement compatibles. Comme les mystères ne se dissipent pas avec le même état d'âme, qui nous y a plongés. Les images, les mots, les concepts - dans chaque domaine nous avons un expert indépendant : l'âme, le cœur, l'esprit. Choisir un mystère, énoncer un problème, inventer une solution.
âme,cœur,création,esprit,idée,interprétation,langue,maîtrise,mot,mystère,…

action
La noblesse d'une activité est question de qualité de ses contraintes. C'est pourquoi la musique, avec ses règles harmoniques, mélodiques, rythmiques, est l'art le plus noble. La mathématique a ses axiomes et sa logique ; la poésie – ses règles de versification. La philosophie aurait dû oublier la vérité et les connaissances, l'existence et l'essence, les idées et même les choses, pour se concentrer sur les souffrances et les langages de l'homme et lui apporter de la consolation et de l'enthousiasme, bref, être plutôt rhétorique que didactique.
art,concept,consolation,contrainte,enthousiasme,être,hommes,idée,langue,musique,…

action
La valeur d'un discours est dans la qualité de son passage au non-verbal, à ce que Valéry appelle acte ; celui-ci peut avoir deux origines : la profondeur de la représentation sous-jacente (le savoir) et la hauteur de l'interprétation haute (l'imagination). Mais la philosophie académique, c'est de la traduction du verbal en verbal ; sans aboutissement à l'acte non-langagier, au logos, tout discours n'est que de la logorrhée.
hauteur,interprétation,langue,philosophie,représentation,savoir,valoir

action
Mon soi inconnu n'a ni langage ni visage ni ouvrage ; c'est mon soi connu qui accède aux vocabulaires, aux qualités, aux outils ; ces deux soi sont incommensurables, et Aristote : « Ce que tu es en puissance, ton œuvre le montre en acte » - a tort. Le soi inconnu est l'énergie potentielle, et le soi connu – le dynamisme réel.
balance,création,inconnu,langue,réalité,soi,voix

action
La représentation sert de fond pour trois manifestations rationnelles de l'homme : l'action, le langage, la pensée. Mais elle ne figure que très vaguement dans les trois manifestations irrationnelles : le génie, la passion, la créativité.
création,esprit,hommes,idée,langue,raison,représentation,sentiment

action
Les grandes valeurs ne se conçoivent qu’en langage du rêve ; intraduisibles en langage des actions, elles se refusent même à celui des idées. Ce sont de piètres juges, ceux qui pensent que « ce qui juge un homme, c’est qu’il ait ou non fait passer des valeurs dans les faits » - Merleau-Ponty.
idée,langue,rêve,valoir

action
Mon soi inconnu ignore le langage des idées et l’action des volontés, mais il peut influencer mes échelles de valeurs, en soumettant mon action à ma pensée, et ma pensée – à mon rêve. « L’essence véritable de mon soi n’est pas Je pense, mais J’agis » - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Ich ist nicht das Ich denke, sondern das Ich handle ». J’agis est moutonnier, je pense est robotique ; il ne reste aux rares possesseurs d’un soi inconnu que je rêve angélique !
ange,axe,esprit,être,idée,inconnu,langue,maîtrise,mouton,rêve,…

action
Dans l’enfance on va du concret à l’abstrait, de la chose au mot – dans la maturité on emprunte, plus souvent, le chemin inverse. Dans son enfance, on n'est jamais créateur, on représente l'espèce, sans savoir produire des genres. La maturité non seulement inverse ces passages, mais elle y intercale son goût : entre le concret et l'abstrait - le goût musical, entre la chose et le mot - le conceptuel, entre l'action et le geste - l'ironique.
création,enfance,goût,idée,ironie,langue,musique,réalité

action
Tant de fois j’ai entendu des hommes de talent prôner l’écoute de notre voix intérieure, afin de lui suivre fidèlement. Ce conseil n’est bon que si cette voix reste intraduisible et demande de nous un don d’écoute et un talent d’interprète ; si cette voix est terrestre, la suivre, c’est marcher, banalement ; la maîtrise de langues célestes est un privilège, nous faisant danser.
danse,esprit,interprétation,langue,maîtrise,voix

action
Tout acte (comme toute pensée) est fruit d’une routine (sociale ou langagière) ou d’un hasard (l’état des muscles ou l’état d’âme) ; d’après le pénétrant Valéry, il serait un lapsus, tandis que le but d’un créateur (homme d’action ou homme de rêve) serait d’en faire entrevoir des invariants.
âme,création,force,idée,jeu,langue,rêve

action
Le résumé intellectuel de tout acte se réduit aux abstractions, celles-ci s’appuyant sur des postulats-axiomes, ces derniers, pour se rapprocher d’une bonne philosophie, s’inspirant des merveilles divines – le Vrai, le Bien, le Beau – ou de la merveille de tout vivant, la liberté. Mais le bavardage académique tourne autour de l’Être (un fantôme, vivotant entre la réalité et la représentation) et des connaissances (des effets des raisonnements au-dessus de la représentation, celle-ci étant recouverte d’une couche langagière). Les doigts d’une main suffisent, pour énumérer tous les bons philosophes, ensevelis par des hordes d’ignares.
beauté,bien,concept,dieu,école,être,langue,liberté,mystère,philosophie,…

action
L’action d’un esprit est soit externe (au milieu de la matière) soit interne (ses réflexions, ses discours). Dans le premier cas, la liberté consiste en imprévisibilité de l’acte ; dans le second – en indépendance des autres esprits. Aucun point commun entre ces deux genres de liberté.
esprit,idée,langue,liberté,matière

aristote
La tragédie est la représentation d'une action noble.
action
Comment concilier cette ineptie creuse, pourtant faisant appel aux quatre notions centrales de mes notules ? Je définis celles-ci comme : - la tragédie est l’affaissement fatal de nos rêves - la représentation est la modélisation pré-langagière de notre savoir et servant de fondement à l’interprétation des discours - l’action est une tentative, vouée à l’échec, de traduire le sens mystérieux du Bien - la noblesse est le regard de la verticalité créative, opposé aux yeux contemplatifs, ne scrutant que l’horizontalité.
auteur,bien,création,défaite,hauteur,interprétation,langue,mystère,noblesse,regard,…

bacon f.
We think according to nature ; we speak according to rules ; but we act according to custom.

Notre pensée suit la nature ; la parole - la règle ; et les actes - l'habitude.
action
Cette lumineuse coupure est ignorée jusque chez les rêveurs - lisez cette parole (aussi pauvre que les pensées ou actes de l'auteur, aux rêves respectables), parole d'adieux : « Je fus un homme, qui faisait ce qu'il pensait » - Che Guevara - « He sido un hombre que actúa como piensa ». Les actes envahirent le monde entier ; l'habitude et l'inertie dominent la nature et la grammaire, et rendent la pensée et la parole aussi prévisibles que les actes.
continuité,idée,langue,mot,nature,raison,rêve

emerson r.w.
Thought is the blossom ; language the bud ; action the fruit behind it.

La pensée est la fleur, la langue - le bouton, l'action - le fruit final.
action
L'action se réduit aux engrais, tuteurs et morts aux rats, tandis que le grand souci de la langue est la création de l'arbre, souci de racines, de sèves, de cimes et d'ombres ; que des fleurs y apparaissent, c'est le mérite collatéral du seul talent.
arbre,esprit,hauteur,langue,mot,ombre

mauriac f.
Sous la couche épaisse de ses actes, notre âme d'enfant demeure inchangée.
action
Ces couches sont un fardeau, dont seuls les ânes ou les mules réclament la raison d'être. L'âme n'a pas d'actes à elle, comme elle n'a pas son langage ! « Est grand homme, celui qui garde l'âme d'enfant » - Mencius. Pour tout homme bon, c'est à dire passif, l'âme tend au bien, mais ses activistes proclament qu'elle tend au rien. Les actes paralysent l'âme. « Nostre ame ne branle qu'a credit » - Rabelais, lui, était un vrai enfant !
âme,bien,enfance,grandeur,langue,sentiment
 

amour
Tout ce qui est somptueux - la vie, l'art, la langue, la femme - peut être vécu comme mystère, comme problème ou comme solution. Il nous faut trois âmes, chacune ne relevant que ses propres défis et non ceux des autres. Le mystère devrait être sans défense, ni résistance.
âme,art,femme,langue,lutte,mystère,vie

amour
La bizarrerie du français fait, que le même mot - la honte - s'applique à Ève et à Judas, à la volupté naissante et à un bien à l'agonie ; la honte entretient le besoin d'aimer et le besoin d'être bon ; elle pointe des lieux d'un fragile bonheur : « Le besoin d'aimer - suprême Bien et félicité suprême » - Kierkegaard.
bien,bonheur,caresse,france,honte,langue

amour
La première fonction de la consolation, aussi bien en religion qu'en philosophie, c'est de nous retourner vers l'amour. « La consolation nous sert à prévenir la désaffection »** - Jankelevitch. Comme la première fonction de l'analyse langagière devrait être d'entretenir la passion des métaphores.
consolation,langue,métaphore,religion

amour
La langue perdue, comme une femme perdue, ne pourront être retrouvées qu'en étrangères. Tous finissent en exilés du pays de l'amour, du paysage, du mot ; seul le pays des robots naturalise ces naufragés, avec la femme et la langue à maîtriser et non plus à aimer.
climat,défaite,éléments,exil,femme,langue,maîtrise,robot

amour
L'amour n'est beau que quand il se résigne à être un éternel élève ; l'amour-maître, l'amour qui parle soi-disant son langage, est un imposteur. Il n'a pas de mots à lui ; il plagie et pille les vocabulaires finis de notes, pour en tapisser la voie vers un infini purement musical. La langue natale de l'âme (Baudelaire) ne comprend que des interjections.
acquiescement,âme,beauté,inconnu,langue,maîtrise,mot

amour
Tout amoureux veut inventer un langage d'amour inouï et remonte ainsi aux délires primordiaux. « Le langage de l'amour pour celui qui n'aime pas est un langage barbare » - St-Bernard - « Lingua amoris ei qui non amat barbara est ». Il l'est aussi pour l'amoureux ; mais aimer, c'est aimer à lire le chaos primordial et intraduisible. Vivre sans amour, c'est exiger le mot-à-mot de toute éruption ou irruption étrangère.
inconnu,langue,ordre,vie

amour
Cache les dictionnaires de ta langue maternelle à ce qui s'apprête à parler de ton amour. La langue de l'amour doit être toujours étrangère. Que ce qui répond, en toi, au nom de l'amour soit incompréhensible ou intraduisible !
inconnu,langue

amour
Les cœurs authentiques sont les mêmes chez tous, mais ils n'ont pas de langage à eux ; seuls les cœurs inventés parlent ou chantent. « Il y a des hommes, dont l'esprit crée leur cœur, et d'autres, dont le cœur crée leur esprit » - Tchaadaev. Mais l'esprit inventé n'existe pas ; le cœur ne maîtrise que deux langages - le bien et l'amour, deux manières de dominer l'esprit.
artificiel,bien,cœur,création,esprit,langue

amour
La noblesse de l'esprit, la passion du cœur, la caresse de l'âme, c'est le même climat, se manifestant aux saisons différentes de notre soi, gravitant autour d'une vie mystérieuse. « La passion seule donne aux images – esprit, vie et langage » - J.G.Hamann - « Leidenschaft allein giebt Bildern - Geist, Leben und Zunge ».
âme,climat,cœur,esprit,langue,noblesse,soi,vie

amour
Une passion te remplit et les fuites sont inévitables : la tranche de chaque mot débordant dévoile des couleurs et épaisseurs inattendues - le langage l'emporte sur la sincérité.
authenticité,langue,mot,voix

amour
Le langage est une création divine, et donc, à son commencement était aussi la Caresse : « La clé de la langue est dans l'affection, et sa pleine séduction n'est maîtrisée que par les tendres »** - Ruskin - « The secret of language is the secret of sympathy and its full charm is possible only to the gentle ». Cette clé (d'accès) est déjà, hélas, câblée dans des langages sans affection des hommes-robots triomphants, ce qui justifie sans doute mon renfermement au milieu des défections, dans mes ruines sésamiques.
auteur,caresse,défaite,haine,langue,robot,ruines,souffrance

amour
L'homme se mit à parler, pour exprimer ses passions, et il n'avait, sur sa langue, que des métaphores. La misère de notre temps est, que tout sens, qu'on y donne aux passions et aux mots, est du sens propre. Le métaphorique sombre avec le passionnel, quand ils se réduisent aux étiquettes.
enthousiasme,langue,mélancolie,métaphore,misère,modernité,mot,sentiment

amour
Ni en amour ni en musique, les idées (interprétations des signes) n'affleurent guère ; quelques pulsions sans queue ni tête, tout au plus. La musique est l'un des langages les plus immédiats de l'amour, langage, où il n'y a pas de signes, que des intensités et non pas des idées.
idée,intensité,langue,musique

amour
La force garantit un équilibre mécanique, la faiblesse promet un vertige organique. D'où les bienfaits surréels du sexe faible : « Sans les femmes le commencement de notre vie serait privé de secours, le milieu - de plaisirs et la fin - de consolation » - Chamfort. Étonnant parallèle avec les rôles joués par la langue, au cours du temps, dans l'évolution de mon regard sur la vie, – la mère, l'amante, la consolatrice.
commencement,consolation,femme,force,langue,regard,robot,temps,vie

amour
Tout amoureux devient poète et en adopte la langue, incompatible avec les vérités du langage commun. Là où chante l’amour, ces vérités se taisent ; son arbitraire exclut la logique, et L.Feuerbach : « Pas de vérité où il n’y a pas d’amour » - « Wo keine Liebe ist, ist auch keine Wahrheit » - confond l’amour avec la raison, la représentation idolâtre avec l’interprétation, seulement iconoclaste. Ce qui surgit de l’amour est non seulement au-delà du Bien, mais aussi au-delà du vrai.
bien,interprétation,langue,poésie,raison,représentation,vérité,voix

amour
Aimer, contrairement à toutes les autres passions, c'est aspirer à ce qui n'est absolument pas moi, ne désirer aucun partage, donner sans me déposséder, découvrir les délices d'un éloignement, qui ne m'approche que de moi-même, échanger des messages, dont j'ignore, moi-même, la langue magique.
élan,étonnement,langue,maîtrise,proximité,sacrifice,soi

amour
L’arsenal des concepts, des idées, des vérités n’évolue presque plus ; celui des sentiments vit l’éternel recommencement. « L'esprit s'épuise, mais le langage du cœur est intarissable » - G.Staël.
cœur,commencement,concept,esprit,éternité,idée,langue,sentiment,vérité

amour
La notion de vérité, si capitale en Intelligence Artificielle (symbolique), trouve un parallèle inattendu avec la femme, avec ces deux démarches - de représentation (vérités dogmatiques) et d’interprétation (vérités sophistiques). Chez la femme, la beauté (langagière, gestuelle, plastique) défie la vérité de représentation ; le caprice (goût, passion, rêve) – la vérité d’interprétation. Et en plus, il semblerait que, chez elle, ces deux facettes se touchent : « Le caprice, chez les femmes, est tout proche de la beauté » - La Bruyère.
artificiel,beauté,femme,goût,grâce,intelligence,interprétation,ironie,langue,proximité,…

bible
Puisque tu es tiède et non pas chaud ni froid, je te vomirai de ma bouche.
amour
Je soupçonne ici une faute du traducteur : tiède y correspond au mot grec, duquel provient notre hilare, au sens ardent. Notre Dieu y serait donc le contraire d’un extrémiste (ce que confirme l'un de Ses héritiers : « Dieu n'aime pas l'excès »). La version russe, la plus ambigüe, emploie le mot тёплый, voulant dire tiède en russe moderne, mais ardent – en vieux russe !
auteur,balance,climat,dieu,exil,fanatisme,grèce,langue,ouvert,ruines,…

tagore r.
La passion est la perversion de l'amour, et que seule peut redresser la vérité de l'amour.
amour
Tout redressement, dans l'amour, le prive de sa nécessaire élasticité. Dès que l'amour s'engage dans un droit chemin, il est sûr de ne plus avoir besoin de son étoile. La vérité de l'amour ne s'évalue que dans un langage de passion, dans lequel il n'y a aucune monotonie logique, où tout est événement.
chemin,étoile,langue,vérité

rozanov v.
На земле единственное, в себе самом истинное – это любовь.

La seule chose vraie en soi, c'est l'amour.
amour
Car l'amour et le bien sont les seules choses qui puissent se passer de langage pour être crues. L'amour, c'est le chassé-croisé du beau et du mystère. Rencontre à leur origine commune, qui est le bien. Les autres vérités sont pour soi, enfermées dans des langages, appuyées par une représentation et prouvées par une logique.
beauté,bien,commencement,doute,langue,mystère,représentation,vérité

thibon g.
Le signe d'un grand amour consiste non pas à tenir, mais à entretenir une promesse divine.
amour
C'est en la déclamant, chaque fois dans une langue nouvelle, que les amoureux oublient peu à peu l'appel de la précédente. L'amour est toujours un débutant, il ne quitte jamais le stade de la syntaxe tâtonnante. En fait de sémantique, il se contente d'onomatopées des sens sans paroles.
commencement,espérance,langue,mémoire
 

chœur art
SOLITUDE : Tant que l'art durera, aucune solitude ne sera absolue. Il crée des contemporains compatissants à travers des siècles et des langues sans aucune chance de contact entre eux, hors de l'art. L'art naît de la conscience, que le dit n'a pas d'oreilles, le fait - pas d'yeux, l'entendu - pas de bouche, le pleuré - pas de vie, le pensé - pas de juge.
action,langue,temps,vie

chœur art
VÉRITÉ : L'art est ce qui rend la vérité aimable. Il est la grâce et non pas le corps, l'allure et non pas la distance, le climat et non pas la récolte. Sans l'art, toutes les vérités seraient soit déjà cataloguées soit préprogrammées dans un langage déjà spécifié. Dans l'inattendu, l'art n'a plus de complices ; la vérité des codes est la seule mode.
amour,climat,grâce,langue,proximité,robot

art
La philosophie ne formula jamais rien de sérieux sur la logique ; en revanche, elle a son mot à dire sur la poésie, à commencer par reconnaître, que ses propres moyens, pour traiter ses seuls domaines légitimes - la consolation et le langage - ne peuvent être que de nature poétique. Et elle devrait faire taire la vieille antienne : la Sorbonne n'a aucun droit sur le Parnasse - Sorbonnae nullum jus in Parnasso.
consolation,langue,philosophie,poésie,science

art
La langue est une œuvre collective et vivante, où presque toute tentative de créer artificiellement des néologismes morpho-lexicaux est de l'enfantillage, voué à échouer lamentablement, comme, par exemple, cette naïve niaiserie de Khlebnikov ou de Joyce, où je n'entends que le grincement de roues dentées, qui fabriquent des mots loufoques et visent une profondeur programmée, celle d'un rouage sans vie, dans une platitude mécanique. Le talent n'a que deux moyens de se traduire en actes : le haut style et la profonde intelligence.
artificiel,auteur,défaite,esprit,hauteur,intelligence,langue,platitude,robot,simplicité

art
Les plus ambitieux visent la fusion langagière du statufié et de l'exalté : Heidegger, avec ses révérences à Sophocle et Hölderlin, fait chou blanc dans un langage pourtant naturel ; Cioran, avec Valéry et Nietzsche en références, tire son épingle du jeu dans un langage entièrement inventé.
artificiel,création,langue,sentiment,style

art
L'art disparaîtra, car tout tend vers un langage unitaire, tandis que l'art est, par définition, la recherche de nouveaux langages.
création,langue

art
Comme l'œil reconstitue une image spatiale à partir d'un tableau peint en deux dimensions, l'esprit, dans un texte, cette matrice spatio-temporelle à quatre dimensions, doit saisir l'intuition des espaces au nombre infini de dimensions, la fascination des points d'origine, de l'étendue des métriques et de la hauteur des projections.
axe,balance,commencement,hauteur,inconnu,intelligence,interprétation,langue,réalité

art
En dehors de traduire, traduire une voix et une langue, qui ne sont pas les miennes, je ne peux pas donner un sens quelconque à créer. Être dans l'état de demande de messages (me sentir ange), ne pas m'attarder dans celui de la réponse (ce que veut le diable). Poétiser, c'est traduire des messages (voix) cryptiques.
ange,auteur,création,doute,langue,ouïe,poésie,question,sentiment

art
L'Esprit et le Verbe, c'est tout ce qui me reconnaît pour Père. Quand le Verbe est vers Dieu, je suis dans le vers ; quand Il est Dieu Maximus, je suis dans la maxime. Et l'Esprit m'enveloppe d'un fond de silence.
auteur,dieu,esprit,maxime,langue,poésie,silence,style

art
L'art est un haut courant, dont on ignore la source. La virtuosité ou la maîtrise guident le parcours du fleuve, mais seul le génie porte à l'océan le message de la source. Comme la source, l'âme n'a pas de langage à elle (pas de sa douce langue natale - Baudelaire) ; seul le magnétisme d'un outil sourcier crée l'illusion d'un courant d'âme.
âme,commencement,hauteur,inconnu,langue

art
Penser, c'est donner des noms aux choses figurant dans un problème. Résoudre celui-ci est l'affaire de l'artisan, non de l'artiste. L'artiste vit face à l'être naissant, l'artisan - face à la raison des fins.
commencement,être,langue,mystère,raison

art
Le langage aurait dû être le seul lien visible de l'écrivain avec son siècle. Qui réussit cette gageure ? - Leopardi, Nietzsche, Valéry.
langue,temps

art
Le sentiment, rehaussé par la noblesse et élargi par l'intelligence, fut au centre de la poésie de Rilke, R.Char et Pasternak. Cette poésie est morte pour laisser la place à la poésie des dictionnaires, vocabulaires ou onomatopées.
esprit,intelligence,langue,mort,noblesse,poésie,sentiment

art
L'art - produire des métaphores, une fois que je suis subjugué par un concept. Les piètres sciences, ce qui nous élargit et corrobore (l'art rétrécit et désespère !), c'est traduire en concepts les métaphores insaisissables. L'idole (verbe mental, représentation), le portrait (verbe intellectuel, propositions), l'état d'âme (verbe inspiré, discours). Il est de belles métaphores, devant lesquelles palissent les formules, les pinceaux et même les mots…
auteur,création,espérance,filtre,idée,langue,maxime,métaphore,mot,musique,…

art
L'écriture elliptique : trouver une distance harmonieuse entre les deux foyers – l'esprit et le sentiment – pour que le langage dessine une courbe, dont tout point serait à la même distance sommaire de ces deux points.
esprit,langue,sentiment,style

art
Pour un non-artiste, le langage et l'esprit servent à reproduire le bruit (ou le silence) du monde, tandis que, pour un homme d'esprit, la poésie et la philosophie en extraient la musique ; la poésie est le même dépassement du langage que la philosophie - celui de l'esprit ; mais la nature de la musique, qui en naît, est la même, dans les deux cas, pour élever l'âme ou consoler le cœur.
âme,cœur,consolation,esprit,langue,musique,nature,philosophie,poésie,silence

art
La prouesse de la hauteur cioranique : pris par son vertige, j'oublie que sa langue est du XVIII-ème siècle, ses thèmes - du XIX-ème, son ton - du XX-ème. Si les cadences du siècle me sont étrangères, c'est dans le passé que je dois m'incruster (le seul autre exemple réussi, qui me vient à l'esprit, est celui de Hölderlin) ; ceux qui soi-disant dépassent leur siècle et sont chez eux dans l'avenir se retrouvent, d'habitude, hors toute vie. « Quant à sa plus haute destination, l'art reste une chose du passé » - Hegel - « Die Kunst bleibt nach der Seite ihrer höchsten Bestimmung ein Vergangenes ».
auteur,hauteur,langue,modernité,temps,vie

art
Trois sortes d'audace font reconnaître un maître : l'audace pré-langagière (Cioran), l'audace de langue (Rilke, Pasternak), l'audace de concepts (Valéry). Et Shakespeare en est le plus grand, car il a l'audace de les pratiquer toutes les trois, même sans posséder la profondeur des premiers. Le talent veut gloser sur les autres, le génie peut oser la confiance en son propre soi inconnu.
audace,esprit,grandeur,hauteur,idée,inconnu,langue,représentation,soi

art
Ni donné ni construit (tâches réservées à Dieu ou à l'artisan), mais engendré (tâche d'artiste) – telle devrait être l'impression se dégageant du fruit de ta plume, mais la pudeur et le bon goût t'interdiront de peindre les ébats fécondants, entre l'esprit et l'âme, entre le regard et la langue, entre l'orgueil et l'humilité.
acquiescement,âme,commencement,dieu,esprit,goût,langue,regard

art
Ma répulsion pour la dissertation vient aussi de cette observation, que le langage des questions et celui des réponses sont radicalement différents. La langue n'est un outil plein que dans le premier cas ; dans le second, on s'occupe de substitutions de termes, fournies par un interprète conceptuel et non langagier. Seul le premier langage est vraiment expressif ; le second est essentiellement mécanique.
auteur,continuité,création,discursif,idée,interprétation,langue,question,robot

art
Tout ce que redresse la langue est voué à l'étendue ou à la profondeur de la terre, telle une idole, mais il relève de moi de la munir d'un regard vers la hauteur.
éléments,hauteur,langue,regard

art
Ce qui est authentique, ou fidèle à l'original : des empreintes du réel, des étiquettes sur le représenté. Mais la création, c'est la traduction en une autre langue, une (re)invention libre. L'authenticité, c'est de la servilité. Mais ce n'est pas tout écart qui témoigne de la liberté, et encore moins de la beauté : « En s'éloignant de la représentation littérale, on aboutit a plus de beauté et plus de grandeur » - Matisse – heureusement, c'est beaucoup plus incertain.
authenticité,beauté,création,doute,grandeur,langue,liberté,réalité,représentation

art
Toute plume, fatalement, commence par « agiter les eaux du langage » (Kierkegaard), mais le style naît de la capacité d'entretenir le début du sentiment plutôt que de maintenir le débit de la réflexion.
balance,commencement,langue,mot,raison,sentiment,style,voix

art
La démarche la mieux réussie vers la musicalité d'une œuvre, c'est la démarche bien calculée nietzschéenne : la sélection d'axes intéressants, la création d'une tension entre les extrémités, entre deux langages respectifs également défendables, le refus de faire son choix sur cet axe et donc la confiance aux langages, le maintien de cette intensité comme ressource, contrainte et but de l'art.
axe,contrainte,intensité,langue,musique,révolte

art
Le langage du réel et un langage d'art renvoient aux objets incommensurables ; on ne copie jamais un objet réel, on ne peut copier que d'autres objets artificiels ; ces reproductions privent l'objet copié de statut d'objet d'art ; les métaphores meurent comme meurent les mots. Dans l'art, comme dans la science, on construit des chemins d'accès (artificiels) aux objets réels ; ces chemins sont l'origine des métaphores ; le regard, c'est un chemin d'accès au réel sans intermédiaires.
artificiel,chemin,concept,langue,métaphore,mot,réalité,regard,science

art
L'inspiration n'est pas la matière - de rêves ou de sensations - qu'il s'agirait de simplement noter. Elle n'est pas la forme, non plus, - le style ou le ton - à imprimer à tout fond, se trouvant sous la main. Elle n'est que l'organe furtif, qui se met à créer ex nihilo, dans un langage, qui, même à l'auteur, paraît être, au début, incompréhensible. Si le premier à comprendre ce message est l'esprit, on a à faire avec une intuition intellectuelle ; et si c'est l'âme, alors c'est une révélation aux initiés.
âme,commencement,esprit,inconnu,langue,matière,simplicité,style

art
L'art n'est qu'un langage de plus pour interroger l'immensité muette de la vie. L'artiste la fait chanter, là où les autres la font parler. La vie réelle est l'action, et l'art est le rêve. « Si je pouvais embrasser la vraie vie, je n'aurais pas besoin d'art. L'art commence précisément où la vie réelle cesse » - Wagner - « Die Kunst würde allen Grund verlieren, wenn ich die Wirklichkeit des Lebens umarmen dürfte. Wo das Leben aufhört, da fängt die Kunst an ». L'art pour l'art, comme la langue pour les linguistes - sensé, mais à l'intérieur d'une mécanique, tandis que l'art, comme la langue, est l'extérieur d'une métaphysique.
action,commencement,langue,question,philosophie,rêve,robot,vie

art
Il y a trois sortes de poésie, ayant trois sources totalement différentes, trois lois complètement disjointes, trois langages incompatibles, et pourtant divinement solidaires : ma poésie intérieure, où s'accordent l'appel du bon et l'émotion du beau ; la poésie du monde, où se devine un majestueux Créateur ; et, enfin, la poésie qui sort de ma plume, de mes notes ou de mon pinceau - de ma création, qui achève cet anneau mystérieux. Il doit y avoir un méta-langage, un méta-opérateur, qui sacre cette relation ternaire, que la raison refuse et l'âme salue.
âme,concept,création,dieu,fraternité,langue,nature,mystère,poésie

art
Mon soi connu, par ses problèmes et ses solutions, communique aisément avec d'autres hommes, mais il serait naïf de lui prêter plus d'universalité qu'à mon soi inconnu, caché dans son mystère. Le premier est dans l'invention de langages, et le second – dans la pureté indicible. « Une parole intime, où il n'y a point d'effets ni de stratagèmes, ne peut pas ne pas être universelle »** - Valéry.
ange,hommes,inconnu,langue,mystère,simplicité,soi,universel

art
La mort qu'on ne pleure pas assez est la mort de l'art, la mort que l'agonie actuelle rend si proche et déjà palpable. L'art se maintenait, car on comprenait, que les plus beaux mouvements du cœur ou de l'âme ne pouvaient pas trouver une traduction non-illusoire dans la vie, mais on tenait à garder le cœur et l'âme, qui finissaient par se tourner vers l'art. La vie devenue le seul test du pathos, éthique ou esthétique, et l'esprit ayant usurpé le langage du cœur et de l'âme, on en constate des résultats dérisoires et finit par se métamorphoser en robot, sans pathos, sans intensité, sans rêves, c'est à dire sans l'art.
âme,beauté,bien,cœur,élan,esprit,intensité,langue,modernité,mort,…

art
Le goût, naissant sur ma langue de lecteur, ou le goût, transmis dans ma langue d'écrivain, - les mêmes mots désignent deux phénomènes incomparables, une nature physiologique ou une culture pathologique, le plaisir ou la passion.
création,culture,élan,goût,langue,mot,nature

art
Avoir sa propre voix signifie deux choses : savoir composer ou interpréter de la musique et savoir créer son propre langage. Avoir la vocation d’artiste, l’invocation de rêveur, la provocation d’ironiste.
création,interprétation,ironie,langue,musique,rêve,voix

art
L’origine de la créativité littéraire : les étiquettes langagières, attachées aux objets (abstraits ou concrets) cessent d’être des constantes et deviennent variables ; c’est le degré de liberté du poète.
arbre,commencement,création,langue,liberté,poésie

art
Ils partent des objets, que la conscience délimita déjà, et l’intellect conceptualisa et verbalisa ; je pars de ces perceptions pré-conscientes que j’appelle états d’âme ; c’est pourquoi l’essentiel de mon énergie porte sur les commencements : partir de l’âme, porté par l’esprit.
âme,auteur,commencement,concept,esprit,frontière,langue

art
Comment accédait au feu l’homme des cavernes ? Il lui fallait un savoir, une volonté, une puissance, pour frotter une pierre contre une autre, et, l’air aidant, diriger l’étincelle sur des brindilles. La littérature relève aussi d’une espèce de pyrologie : mon élan est l’étincelle, ma langue est l’air, mes pierres sont les contraintes et ma chaume – les choses évoquées. La chaleur produite est partagée entre le corps, l’esprit et l’âme.
âme,contrainte,élan,esprit,force,langue,savoir,valoir

art
L’œuvre d’art est un double palimpseste : sa couche ultime est langagière, en-dessous de laquelle se trouve la représentation ; celle-ci, à son tour, reproduit la réalité – le Beau, le Vrai, le Bien platonicien - pour qui, pourquoi, pour quoi. Pour Platon, le travail d’artiste n’est que de la mimesis ; c’est pourquoi il se trompe : « L’imitation est bien loin du vrai », le vrai surgissant toujours d’un modèle de la réalité, jamais de la réalité elle-même.
beauté,bien,langue,proximité,réalité,représentation,vérité

art
Seul le poète se doute de l’existence des firmaments ; les horizons ou les profondeurs s’offrent aux autres doués ; le non-touché par la grâce est condamné à la platitude, c’est-à-dire à la réalité. La grâce est dans le langage ; le savoir - dans la représentation, ou dans l’apparence ; l’inertie – dans la réalité. « L’artiste place l’apparence plus haut que la réalité » - Nietzsche - « Der Künstler schätzt den Schein höher als die Realität » - mais le poète va encore plus haut. Mais – trois mystères : celui de la matière, celui de l’intelligence, celui de la musique.
continuité,grâce,hauteur,intelligence,langue,matière,musique,mystère,platitude,poésie,…

art
Le talent garantit la valeur intérieure ; l’intelligence n’apporte que le prix extérieur. Le talent, qui se mettrait à courir derrière le prix, se profane ; l’intelligence s’ennoblit en empruntant la valeur au talent complice. « Les idées mendient l’expression » - Rivarol.
esprit,idée,intelligence,langue,noblesse,style,valoir

art
On trouve de la beauté dans la réalité et dans le langage, tandis que la représentation, le plus souvent, en est dépourvue, le conceptuel n’étant qu’artificiel et rarement artistique. Et Kant : « Un bel objet, c’est une beauté naturelle ; une belle représentation, c’est une beauté d’art » - « Eine Naturschönheit ist ein schönes Ding ; die Kunst-Schönheit ist eine schöne Vorstellung von einem Dinge » - confond représentation et langage. La représentation livre le vrai, le langage – le beau.
beauté,erreur,langue,nature,réalité,représentation,vérité

art
L’attitude philosophique : reconnaître que la première fonction du langage est poétique et que la consolation humaine doit s’appuyer non pas sur les faits, mais sur les rêves – le poète, qui l’adopte, poétise sur le mode philosophique. Philosopher en métaphores conduit au même résultat.
consolation,création,langue,métaphore,philosophie,poésie,rêve

art
Les métaphores échouent à cause des rapprochements conceptuels trop vagues ; les pensées échouent du manque d’imagination verbale. « L’écrivain doit avoir la précision du poète et l’imagination du savant »** - Nabokov - « A writer should have the precision of a poet and the imagination of a scientist ».
concept,défaite,idée,langue,métaphore,poésie,science,style

art
La première source de l’ennui, dans la littérature et la philosophie, ce sont la banalité du style et la vulgarité du langage ; la seconde – les tristes litanies sur le savoir et la vérité. L’écrivain, et donc le philosophe, doit être poète et chanter l’extase des beautés nées ou des consolations naissantes, ou, à défaut, - « la vérité des passions et la vraisemblance des sentiments » - Pouchkine - « истину страстей и правдоподобие чувствований ».
beauté,consolation,création,élan,ennui,esprit,intensité,langue,philosophie,poésie,…

art
Le triomphe moderne de la platitude visuelle sur la hauteur musicale et la profondeur verbale.
défaite,hauteur,langue,modernité,musique,platitude

art
Goethe ne voyait la littérature cosmopolite (et non pas universelle, comme on traduit d’habitude die Weltliteratur) que dans quatre pays européens. Au sens abstrait, cette littérature n’exista jamais ; au sens concret, elle ne pouvait toucher qu’une poignée des polyglottes : ils étaient des milliers au XVIII-e siècle, des centaines – au XIX-e, des dizaines – au XX-e. Au XXI-e, il n’y a en pas un seul. Cette défunte rejoint le néant de Dieu, de la poésie, de la tragédie. Quant aux littératures nationales, en Europe, elles sont toutes sorties de Dante.
dieu,europe,histoire,langue,poésie,tragédie

art
La bouche est là pour la communication, et la langue (anatomique et intellectuelle) – pour le goût dans la jouissance des nourritures célestes ou dans la composition de la musique. Le poète ne communique pas, il chante – devant Dieu, de préférence. « Dans le poète : l’oreille parle, la bouche écoute »** - Valéry.
création,danse,dieu,goût,langue,musique,ouïe,poésie

art
Le signe et le sens chez l’écrivain : le médiocre ne maîtrise pas les signes et nous inonde de sens commun ; le délicat cisèle le signe, auquel chacun peut donner son sens individuel.
création,esprit,langue,maîtrise,mouton,voix

art
La création est artistique, lorsque l’élan, émanant du créé, traduit bien l’élan du créateur. Mais ce n’est jamais que de la traduction dans un langage humain de ce qui est sans langage.
création,élan,hommes,langue

art
Tous les professeurs de philosophie possèdent plus de connaissances sur l’histoire de la philosophie que Nietzsche. Mais la bonne philosophie ne s’occupant que de nos consolations ou de notre langage, le savoir y a une place insignifiante ; la qualité de l’expression, l’atout principal de Nietzsche, y est l’élément central. On console avec le chant et non pas avec un discours ; la fonction poétique du langage est plus subtile que la fonction didactique.
consolation,danse,discursif,école,langue,philosophie,poésie,savoir,style

art
La beauté dans l’art : un élan irrésistible vers une hauteur spirituelle, musicale, verbale, mystique. Aucune profondeur ne pallie à l’absence de hauteur.
beauté,élan,hauteur,intelligence,langue,musique,mystère

art
Aucun rapport entre la science et la philosophie, puisque les meilleurs scientifiques sont nuls en philosophie, et les meilleurs philosophes sont nuls en sciences. Le seul, qui pourrait garder un équilibre métaphorique entre ces branches de la spiritualité, c’est l’artiste, surtout le poète, puisque partout il cherchera de la musique – verbale, conceptuelle, éthique ou mystique. D’ailleurs, au lieu du Logos indéfinissable, on aurait dû parler de la musique, qui a un sens dans toute sphère de la conscience.
bien,concept,esprit,inconnu,langue,métaphore,musique,mystère,philosophie,poésie,…

art
Les artistes, qui réussirent le mieux à produire de la majesté et de la puissance, sont ceux qui comprirent que la meilleure école consiste à commencer par maîtriser la caresse, comme l’outil le plus monumental et tranchant, qu’il s’agisse de l’art plastique, verbal ou mélodique.
caresse,commencement,force,grandeur,langue,musique

art
Le lecteur moderne est si habitué à ne reconnaître dans un écrit que des objets familiers, qu’il sera certainement perdu et perplexe devant mes notes, notes dans les deux sens du terme, puisque c’est la musique, portée par l’image et la pensée, qui en devrait ressortir, avant tout objet. Et même les objets, qui y sont dépeints, n’ont pas encore de noms – mon langage est si souvent adamique.
auteur,concept,idée,langue,modernité,musique

art
La musique : l’accès émouvant aux objets invisibles. La littérature devrait viser le même effet : rendre grandiose l’accès aux états d’âme, en transformant les objets en relations, et les relations – en objets ; ces transformations sont des caresses verbales.
âme,caresse,concept,grandeur,inconnu,langue,musique

art
Trois états difficilement comparables, incommensurables, incompatibles et pourtant constituant une chaîne, bien que discontinue : l’état du cœur, provenant de ton soi inconnu, émouvant ton âme, stimulant son inspiration ; l’état de ton âme motivée, résumant ton soi connu, créateur, inventeur, poète ; l’état de ton esprit, tentant de reconstituer un état du cœur originaire, à partir du tableau, peint par ton âme. Ces deux états du cœur ne coïncideront jamais ; le premier est dépourvu de langage ; le second n’est que langage.
âme,cœur,continuité,création,élan,esprit,inconnu,langue,poésie,soi

art
Ce n’est pas l’uniformité ou l’univocité du langage qui conduisirent à l’extinction de la poésie, mais la chute de la demande. D’autre part, il faut reconnaître, que les poètes épuisèrent toutes les ressources techniques de la versification indo-européenne, et aucun génie n’inventa de nouveaux moyens de soupirer, de s’extasier ou de sangloter en mots.
europe,langue,mort,poésie

art
Pour un artiste, les pleurs et les rires sont comme une partition ; sans une interprétation musicale ou verbale, ils restent lettre morte.
bonheur,langue,musique,souffrance

art
Plus honnêtement on se contraint à ce qui ne s'affadit pas dans le verbal, plus on se dévoue au genre aphoristique.
contrainte,langue,maxime

art
Mes phrases se composent dans un tumulte, mais la recherche de chaque mot capital, à y insérer, exige un calme – l’état d’âme et l’état d’esprit.
âme,auteur,élan,esprit,langue,mot

art
Comme la vraie philosophie, l’art devrait être soit une caresse, apportant une consolation à nos rêves vulnérables, soit une mise en musique de la vie au moyen d’un langage poétique. « L’art n’est pas une puissance, mais une consolation » - Th.Mann - « Die Kunst ist keine Macht, sie ist nur ein Trost ».
caresse,consolation,force,langue,musique,philosophie,rêve

art
Les armes du style : l’étendue des écarts langagiers subtiles, la profondeur des métaphores conceptuelles, la hauteur des chemins d’accès aux objets de rêve.
chemin,concept,hauteur,langue,métaphore,rêve,style

art
Dans une œuvre-d’art, l’amorçage devrait provenir du cœur, le langage – être maîtrisé par l’esprit, le message – dicté par l’âme. En pratique des meilleurs, le temps n’y intervient pas, l’auteur vit une étonnante synchronie, ce qui permet de prendre le cœur, avec ses commencements, pour véritable auteur. Et puisque les cœurs des admirateurs, contrairement à leurs âmes, survivent à la peste de la robotisation mondiale, le sens de la création, vu par Beethoven : « Du cœur – vers le cœur » - « Von Herzen zu Herzen gehen », - est juste.
âme,cœur,commencement,création,esprit,étonnement,interprétation,langue,maîtrise,modernité,…

art
La littérature et la philosophie ont les mêmes exigences de forme – la virtuosité langagière – et de contenu – la consolation dans l’affaissement de nos rêves. Leur contraire, la science, codifie le langage et, dans la plupart des cas, elle est sans conscience morale.
bien,consolation,langue,négation,philosophie,rêve,science,style

art
En quoi les plumes modernes sont-elles différentes de celles des millénaires qui nous précédèrent ? - le mépris solitaire se mua en indignation grégaire, la volonté de rester hors du temps disparut dans l’embrigadement en espace, la langue oublia ses recoins particuliers, pour se déferler dans des lieux communs, aux extases lyriques se substituèrent les excitations mécaniques.
élan,histoire,langue,modernité,mouton,révolte,robot,style,temps,voix

art
L’écriture : l’objet initial – un état d’âme, réel, non langagier, non conceptualisé, ensuite – son reflet, de vagues concepts avec de vagues relations, leurs places vagues dans une représentation naissante, des mots trop précis, trop limités, trop galvaudés, la nécessité de métaphores, qui finissent par peindre un état d’âme aux frontières trop nettes et imprévues, et c’est le chemin d’accès de ce dernier état avec l’état d’âme initial qui déterminera la qualité de ton écriture.
âme,chemin,concept,création,frontière,langue,métaphore,mot,nécessité,réalité,…

art
La tâche la plus noble de la philosophie aurait dû être la traduction en langage poétique de ce qui est grandiose ou mystérieux dans le regard sur la condition humaine.
grandeur,hommes,langue,mystère,noblesse,philosophie,poésie,regard,style

art
Tu contiens trois ressources : la matérielle – tes sensations ; mi-matérielle mi-spirituelle – la mémoire ; la spirituelle – le langage (avec la logique incorporée). Laisser leurs empreintes sur tes actes ou sur ta page blanche est une démarche banale, indigne de l’art. L’art consiste à créer ce que ton soi connu ne contenais pas, créer sous l’impulsion de ton soi inconnu, pour ton propre étonnement.
action,création,esprit,étonnement,inconnu,langue,matière,mémoire,soi

art
Ton écrit doit avoir pour origine tes états d’âme, ces couleurs musicales, ces étincelles instantanées, hors langage, hors idées et, par définition, indicibles, intraduisibles, et ton écrit serait un enveloppement des causes illisibles par de lisibles effets.
absurde,commencement,idée,inconnu,langue,musique

art
Mon soi inconnu, c’est-à-dire mon âme, envoie à ma conscience un message mélodique ; la conscience prie mon soi connu, c’est-à-dire mon esprit, de munir le message d’une enveloppe langagière. L’opéra, serait-elle la métaphore la plus plausible de la création artistique ?
âme,auteur,conscience,création,esprit,inconnu,langue,métaphore,musique,soi,…

art
L’érudition doit servir surtout à ériger des contraintes (des objets à éviter, à ne pas développer) ; ce qui reste digne d’être enveloppé de caresses verbales doit être peint ou mis en musique par le talent. Quand on manque de celui-ci, ni l’érudition ni les connaissances ne sauveraient ton verbiage unidimensionnel.
caresse,contrainte,discursif,esprit,langue,musique,savoir

maistre j.
Le goût est la conscience du beau, comme la conscience est le goût du bon.
art
L'aberration du français : le même mot désigne la conscience végétale, la clarté rassurante, et la conscience charnelle, le doute mortificateur. Je ne suis pas sûr, que les Français comprennent Rabelais et Rousseau : « Conscience ! Juge infaillible du bien et du mal » - est-ce le rouge au front ou le gris de la cervelle ?
beauté,bien,conscience,doute,france,goût,langue

hugo v.
Non, nous ne créons pas ! Nous plagions nos âmes.
art
Le talent, c'est l'écoute fidèle de notre âme, de notre soi inconnu, infini, inarticulable. Sans le talent, on écoute et copie le monde. L'art, c'est le plagiat de ce soi. On ne crée qu'en traduisant ; j'interprète mon âme étrangère, et elle, barbare, quand elle se met à parler notre langue de mots, elle nous plagie !
âme,création,inconnu,interprétation,langue,mot,nature,ouïe,soi
 

bien
Quand il n'y aura plus de pollution matérielle, les belles âmes s'en prendront à la pollution verbale. Toute personne, employant des expressions non-traduisibles immédiatement par des machines, verrait chuter ses chiffres de vente.
argent,inconnu,ironie,langue,robot

bien
De l'influence néfaste de la langue sur l'éveil du sens moral : en français, il n'y a pas de mots non ambigus, pour désigner le Bien et le mal. Bien manger et avoir mal aux dents occultent ce que voient si nettement Allemands et Russes.
allemagne,doute,france,langue,mal,russie

bien
Chez les Grecs et les Russes, le beau et le bon se fusionnent aussi étroitement que, chez les Romains et les Français - le beau et le vrai (le compromis entre les deux serait une philocalie, l'union des trois). Le mot de Dostoïevsky : « Le monde sera sauvé par la beauté » - « Красотой спасётся мир » - mènera les premiers vers la bonté et les seconds - vers la vérité : « Ce qui s'y présenta comme une beauté s'avérera vite une vérité » - Schiller - « Was wir als Schönheit hier empfunden wird bald als Wahrheit uns entgegengehn ». C'est d'autant plus frappant que la seule beauté, d'après Dostoïevsky, c'est le Christ, celui même qui disait être la Vérité !
beauté,christianisme,consolation,france,grâce,grèce,langue,russie,temps,vérité,…

bien
Réévaluer n'est pas renommer (umwerthen - umnennen de Zarathoustra) ; un nouveau langage est changement de modèle, beaucoup plus que de vocabulaire. La raison accepte facilement la mutation du vrai en faux, par une substitution de langages ; mais le cœur renâcle, lorsqu'on procède de la même manière avec le Bien et le mal. Pourtant, l'analogie est irréfutable. C'est que la raison est plus près du langage temporel et le cœur - de l'interprète intemporel.
cœur,interprétation,langue,mal,raison,représentation,révolte,temps,vérité

bien
Pour survivre ou seulement pour pouvoir vivoter sans trop de cauchemars ni remords, le Bien, plus que de cécité, a besoin de paralysie. Le Bien conscient ou agissant est un imposteur. Le Bien est une langue muette : « Le Bien, c'est une langue, qu'entend le sourd et voit l'aveugle »* - Twain - « Kindness is the language which the deaf can hear and the blind can see ». Homère, découvrant le beau, Œdipe découvrant le vrai, en deviennent aveugles.
action,beauté,honte,langue,regard,vérité,vie

bien
L'une des plus grandes énigmes de la Création : le mal métaphysique, le mal moral et le mal physique auraient la même origine. Et là où le linguiste réclamerait trois noms différents, le sage percevrait le souffle du même Verbe.
dieu,langue,mal

bien
Pauvreté du dictionnaire : la liberté-grâce de l'esthétique n'a pas grand-chose en commun avec la liberté-ascèse de l'éthique et encore moins - avec la liberté-regard de la mystique.
beauté,langue,liberté,mystère,regard

bien
Il n'existe ni vérité absolue, ni liberté absolue, ni beauté absolue ; il n'existe que le Bien absolu, puisqu'il n'est traduisible dans aucun autre langage que celui de notre cœur, avec sa muette et irréfutable éloquence. Mais tout ce qui est beau est bon : « Ce qu'on dit sur 'beau' s'applique à 'bon' » - Wittgenstein - « What has been said of 'beautiful' will apply to 'good' ».
action,beauté,cœur,inconnu,langue,liberté,vérité

bien
L'incertitude morale étant rivée à nos actes, il est plus honnête de faire de notre conscience un compagnon d'infortune, plutôt qu'une pure inspiratrice. « Il a fait de sa conscience non pas guide mais complice » - Disraeli - « He made his conscience not his guide but his accomplice ». C'est un signe de grande sagesse ! Nous sommes, solidairement, ce qu'est pour nous notre conscience ; nous faisons avec elle équipe, team, Mannschaft, selección, squadra, commando. On se prend pour guide, quand elle est chef, duce, Führer, caudillo, vojd, leader, conducator, timonier… La meilleure place, pour toi et pour ta conscience, est le banc des accusés.
conscience,fraternité,ironie,maîtrise,langue,philosophie

bien
On fait du mal non pas parce qu'on se trompe de bien ou traduit mal les bonnes intentions, mais parce que la langue du Bien est intraduisible en langage des actes. Et tout phrasé agissant comporte un sens maléfique, une dose du mal, à l'insu même du locuteur.
action,langue

bien
Le vrai est dans la réponse du langage, et le Bien est dans la question du regard ; la qualité du vrai est dans la profondeur, celle du Bien - dans la hauteur de la (re)quête. Mais pour un modèle donné les réponses sont mutuellement exclusives. La liberté d'en changer fait partie de nos mystères.
élite,hauteur,liberté,langue,mal,mystère,question,représentation,vérité

bien
Toutes ces misérables quêtes de l'absolu s'avèrent être, paradoxalement (car s'opposant au culte du mot), du pur verbiage, débouchant sur de plates formules, de plats consensus, de plats ésotérismes. En revanche, la quête de la forme, se moquant de démarches métaphysiques, aboutit si souvent à de beaux reflets d'un absolu esthétique et même éthique, au saint langage et à la sainte consolation, qui sont l'essence même d'une philosophie noble.
beauté,consolation,esprit,hauteur,langue,mot,noblesse,philosophie,style

bien
Le contenu du vrai découle de sa forme : un fond (la représentation), une proposition (le langage), un interprète (la logique), une donation de sens (la liberté). Comme le contenu du beau : une sensibilité (la noblesse), une création (le talent), une harmonie (la musique). Mais le Bien est un pur contenu, refusant toute mise en forme ; il n'est qu'un appel d'un fond, tout écho, en tant que tentative de s'ériger en forme, défigurant la voix originelle. Il est le contraire de la mathématique, cette pure forme sans contenu.
beauté,création,esprit,langue,liberté,musique,noblesse,représentation,science,style,…

bien
Ce que j'ai de meilleur dans mon cœur ne peut être ni exhibé, ni traduit en mots ou gestes. C'est un trésor, dont la seule demeure est le cœur même. Ni le Bien ni le soi inconnu n'ont de langage à eux ; ils sont inspirateurs, et non pas prototypes de tout ce qui est pris pour empreinte, symbole ou icône.
action,authenticité,cœur,inconnu,langue,mot,soi

bien
Les idées, les sentiments, les actes, les sons ont leurs langages, qui traduisent ou représentent leurs modèles respectifs. Mais le Bien n’a pas de langage ; il n’est ni lumière ni chaleur ni force. C’est le Mal qui est langagièrement bien outillé : anti-humaniste dans l’idée, mécanique dans le sentiment, inhérent dans l’acte, sans musique dans ses bruits.
action,force,humanisme,idée,langue,mal,musique,ombre,représentation,robot,…

bien
Dans ce monde, la somme des maux n'est plus constante, puisque de plus en plus d'actions se déclenchent par la volonté des machines, que celles-ci soient électroniques ou câblées dans les cerveaux humains. La répartition des maux changea, elle aussi : le mal ne coule plus des mains et des langues, il déborde vers les têtes et les âmes.
âme,balance,langue,mal,mot,raison,robot

bien
La langue du Bien est terriblement cryptique ; seuls les grands sont capables de la déchiffrer. Et la culture n'est peut-être qu'une haute traduction esthétique d'un profond appel éthique. Tandis que toute tentative de le traduire en actes naturels débouche sur la platitude.
action,culture,hauteur,langue,nature,platitude

bien
Tout le monde est d’accord, qu’en philosophie, le savoir (le Vrai) n’est pas tout, que le langage (le Vrai et le Beau) n’est pas tout ; mais très peu ajoutent, qu’à ce tableau incomplet manque le Bien, autrement dit – la noblesse.
beauté,langue,noblesse,philosophie,savoir,vérité

bien
Nos sens nous aident à apprécier tout ce que l’esprit imagine ou l’âme crée. Mais le Bien, la caresse, ce langage du cœur, se passe de nos sens. « Le Bien est un langage que les muets parlent et que les sourds entendent » - M.Twain - « Kindness is a language which the dumb can speak and the deaf can understand ».
âme,caresse,cœur,esprit,langue

bien
L’animal porte certaines notions rudimentaires du Vrai, sans connaître de langages qui l’expriment ; il est parfois sensible au Beau, d’une manière stupéfiante, mais par l’héritage de l’espèce, sans un apport individuel ; dans l’instinct maternel, il prouve que le Bien ne lui est pas étranger, mais il ignore la honte. Langage, individualité, honte – tout ce qui fait l’homme.
beauté,hommes,honte,langue,mouton,vérité,voix

soloviov v.
Истинное - лишь одна из форм доброго.

Le vrai n'est qu'une forme du Bien.
bien
Le Bien, avec le beau et le mystère, forment l'espace humain, arbitraire puisque divin. Pour communiquer avec lui, comme avec n'importe quel système, on a besoin de langage. Tout langage génère du vrai formel. Le vrai ne peut donc être qu'un accident langagier ; il n'est humainement intéressant que si sa projection inverse touche à toutes les trois dimensions.
axe,beauté,dieu,école,langue,mystère,système,vérité
 

cité
Le devoir de mémoire, face au droit de distance avec ce qui t'est le plus proche. Après Auschwitz, Hiroshima et le Goulag - élargir l'ironie du langage, plutôt que faire d'une pitié emphatique un horizon étroit.
étoile,ironie,langue,mémoire,pitié,proximité

cité
En paroles, le Français appelle de ses vœux le chaos et lance un non orgueilleux au monde, mais en pratique il est obnubilé par la logique, tempérée par un oui harmonieux. L'Allemand, en paroles, veut découvrir de l'ordre partout dans le monde, auquel il adresse un oui humble ou héroïque, mais en pratique il se permet tant d'écarts comportementaux, dictés par un non de poète. Le non est dans le langage, et l'idée - dans la pensée. Le chaos survit aux mots, mais succombe aux concepts. Vénérer l'ordre, c'est renoncer au mot final et chercher l'idée minimale.
allemagne,france,héros,idée,langue,négation,ordre,représentation

cité
De la vertu propédeutique de la ponctuation : prends les trois formules, qui résument les régimes politiques - « parle toujours », « répète après moi », « tais-toi » - et relis-les avec, successivement, le point d'exclamation, le point d'interrogation, les points de suspension - le chœur, le dialogue, le soliloque - qui réveillent en toi le rebelle, le penseur, le rêveur. Là où tu t'attarderas le plus sera ton âme.
âme,ironie,langue,liberté,révolte,soi

cité
La liberté : dans ton mental, distinguer l'inertie (expérience, langage, intérêts) de la pulsion initiale (déracinement, degrés zéro, pureté) ; une fois la distinction faite, même une décision grégaire devient libre ; sans elle, même le choix le plus original ou loufoque peut être servile.
commencement,continuité,langue,liberté,mouton,voix

cité
Le démocrate se transforme, tout naturellement, en robot : la loi écrite est rédigée en langage algorithmique ; le tyran est déjà un mouton : qui poursuit apprend aussi à suivre.
langue,liberté,mouton,modernité,robot

cité
Celui qui cherche à unir un peuple l'émeut et celui qui cherche à le désunir - l'émeute. L'étrange bifurcation, à partir de mouvoir : vers l'émotion ou vers la meute !
hommes,immobilité,langue,lutte,sentiment

cité
La voix des dissidents soviétiques, à force de s'éloigner de toute illusion, devint tristement vertueuse, à l'opposé de la pensée ironique. En m'accrochant à l'illusion, je ne fais pas reculer la pensée maléfique, mais je me prépare mieux à supporter le poids, sans ironie, de ma défaite. Le rouge au front et l'idylle rosâtre sur la langue m'éloignent des vertus démocratiques.
auteur,défaite,honte,idée,ironie,langue,lutte,platitude,proximité,rêve,…

cité
La vérité logique et la liberté politique sont des valeurs collectives, portées par une majorité compacte. Leurs homologues personnels, la vérité d'un nouveau langage ou la liberté d'un regard ailleurs, s'insinuent, s'infiltrent pour séduire. Mais ce monde monolithique, d'une écrasante majorité, boucha tous les pores, munit de pièges toutes les échappatoires, condamna les cours d'honneur et ne reçoit que dans la basse-cour les moutons triomphants.
défaite,langue,liberté,mouton,vérité

cité
Les despotes invoquent le bonheur, les ochlocrates – le patriotisme, les démocrates – la liberté. « Il y a un langage pour chaque régime politique : un pour la démocratie, un pour l'oligarchie, un pour la monarchie » - Platon.
bonheur,langue,liberté

cité
Dans le monde évolué, il ne reste plus de candidats au titre de libérateurs de l'humanité. Les hommes libres s'en débarrassèrent. « Je suis pour que l'homme libre se débarrasse des libérateurs du genre humain » - Herzen - « Я - за борьбу свободного человека с освободителями человечества ». Tout agneau partage désormais les nouveaux langage et allure du nouveau loup, empruntés à l'ancien mouton.
langue,liberté,mouton

cité
La culture est ce qui permet de prendre de haut la nature, la vérité et la liberté, tout en les maîtrisant. Et l'enseignement de langues anciennes et d'Histoire de philosophie, tant qu'il s'adressait aux élites, taraudées par le beau et le juste, en fut l'un des piliers. Mais depuis que le bouseux repu envahit l'école, il vaut mieux oublier le latin et enseigner l'écologie, le marketing et le traitement de textes, pour que triomphent la nature, la vérité et liberté mécaniques. En tout cas, la culture est condamnée, comme tout ce qui est organique.
antiquité,beauté,culture,école,élite,histoire,justice,langue,liberté,maîtrise,…

cité
L'histoire grammaticale du communisme : le discours philosophique, le slogan idéologique, l'onomatopée apocalyptique – la hauteur, la platitude, l'abîme.
défaite,hauteur,histoire,langue,philosophie,platitude

cité
Étranger au pays de la servilité et du mensonge, étranger au pays de la liberté et de la vérité ; rêver d’une fraternité d’émotion, réfléchir sur une fraternité d’esprit, et ne pas trouver de frères. Personne n’a un regard semblable au mien – sur l’intelligence, sur le langage, sur la consolation, sur le goût, sur le Bien, sur la tragédie, sur l’extase. Vivre parmi seuls dissemblables – quelle mélancolie, quelle solitude planétaire. Ne pas glisser vers le dégoût et le mépris, telle est ma tâche quotidienne. Pour le moment – réussie, car je porte tellement d’admiration pour l’invisible, mon seul aliment spirituel.
auteur,bien,consolation,défaite,esprit,france,fraternité,goût,haine,hommes,…

cité
Le vrai patriotisme commence par l’éviction de l’État du cercle de nos engouements aveugles ; il s’adressera à la langue, aux paysages, aux sourires, aux châteaux, aux poètes, aux savants, à la fraternité. Seuls les lourdauds administratifs commencent leurs émois par l’État : « Le patriotisme se fonde sur la conscience de l’absolu de l’État » - Hegel - « Der Patriotismus gründet sich auf das Bewußtsein der Absolutheit des Staats ».
bassesse,château,climat,fraternité,langue,poésie,sacré,science

cité
Jadis, les débats entre les tenants d’une idéologie, généreuse mais jamais mise à l’épreuve des actes (la gauche), et les hommes d’action (économique – la droite) présentait un certain intérêt. Une fois toutes les idéologies étant compromises par les débâcles qu’elles provoquaient en pratique, rien de passionnant ne peut être mis dans les discours politiques, où règnent la langue de bois et les invectives gratuites. Les peuples ennuyés cherchent des alternatives – en vain.
action,argent,défaite,histoire,hommes,langue

cité
Les notions de liberté et de sacré n’ont aucun sens si elles ne sont pas escortées d’un complément d’objet (de, par, pour, dans, contrairement à). Pourtant c’est ce que font les bavards ou fanatiques de la révolte ou de la grâce.
grâce,langue,liberté,platitude,révolte
 

introduction doute
DOUTE : La pensée unique fit d'énormes progrès. Elle persuada à tant d'hommes orgueilleux d'avoir leur regard à part, tandis que l'œil du troupeau s'y installa en maître. Le doute, en soi, n'est pas plus recommandable qu'une recette de cuisine ; il n'est bon qu'accompagné des paradoxes, ces couples d'avis se reniant par un simple changement de langage. Il est le contraire du microscope sceptique, il est le macroscope ironique. L'unification des arbres de plus en plus dissemblables - la noble tâche du doute.
arbre,hommes,ironie,langue,mouton,négation,noblesse,paradoxe,regard,simplicité,…

chœur doute
INTELLIGENCE : Un sot a, évidemment, plus de doutes qu'un sage, mais ceux-ci s'adressent aux objets, où l'éclairage commun a déjà tout clarifié. L'intelligence, c'est la bonne direction du doute qui est celle d'un nouveau langage ou d'un nouvel interprète, plutôt que l'acharnement sur le même objet, pour y trouver une faille.
interprétation,langue,ombre

chœur doute
ACTION : La clarté est une condition de toute action, c'est pourquoi je m'en méfie. Les plus belles choses ne se manifestent qu'à l'ombre. La fugacité des intentions du sage naît de la multiplicité des langages, qui les habillent. La certitude du sot - du langage grégaire et unique, où le mot-à-mot aboutit aux gestes aussi sans détours que ses motifs de départ.
action,auteur,beauté,langue,mouton,ombre

chœur doute
VÉRITÉ : Les vérités naissent bien dans la clarté, mais, le plus souvent, elles sont conçues dans de délectables ténèbres. Comme chez les hommes, une vérité mûre et bien assurée cesse d'attirer l'œil expert, qui lui préférera des courbures et tournures plus prometteuses d'erreurs fatales. Ne restent dans le vrai que des eunuques du langage.
erreur,hommes,langue,ombre

doute
Le philosophe est artisan des réinterprétations ; toute pensée, absurde dans l'interprétation courante, admettrait un sens intéressant, moyennant réinvention de modèles ou de langages. « Je ne sais comment il ne se peut rien dire de si absurde, qui n'ait été avancé par quelque philosophe » - Cicéron - « Nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum ». Le grain est absurde ; est sensé l'arbre, qui en naît. De même, le jugement (défini par Kant comme représentation de la représentation - Darstellung der Darstellung), comparé au regard.
absurde,arbre,interprétation,ironie,langue,philosophie,regard,représentation

doute
Le culte du doute cartésien débouche sur la prévalence du calcul. Deux objections à cette attitude. Dans le Vrai : le calcul enraie l'essentiel, la recherche du langage. Dans les Bien et Beau : l'utilitaire tuant l'admiratif devant le principe.
amour,beauté,langue,raison,utilité,vérité

doute
La philosophie n'est nullement une catharsis, tout au contraire : elle prend les évidences, ou les solutions, des prêtres, des linguistes, des logiciens et y (ré)introduit du mystère, pour faire renaître les consolations ou enthousiasmes évanescents.
consolation,enthousiasme,langue,mystère,philosophie,science

doute
La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution.
arbre,concept,intelligence,interprétation,langue,négation,question,religion,représentation,universel,…

doute
Le langage n'est jamais neutre ; ma raison ne peut pas se libérer des caprices langagiers, comme elle ne peut pas s'abstraire de mon tempérament et de mon goût. C'est pourquoi l'importance que Goethe ou Heidegger attachent aux remarques pures (qui n'existent pour ainsi dire jamais) est une louange de la pesanteur au détriment de la grâce.
goût,grâce,langue,raison

doute
Tous nos mondes de fictions ou de rêves se projettent sur ou sont projetés par la réalité, indépendamment du degré de notre franchise, notre imagination ou notre intelligence. Le réel se présente à nous par nos yeux (la beauté), notre esprit (le langage), notre âme (la souffrance), notre cœur (la bonté). Même un fou ne quitte jamais le sol du réel, car il a un langage.
âme,beauté,bien,cœur,esprit,folie,intelligence,langue,réalité,rêve,…

doute
Créer de l'ordre, dans les limites d'un langage fixé, est une banalité. Y introduire du désordre, pour créer un nouveau langage, est une chose rare.
création,langue,ordre

doute
Deux manières d'amplifier le possible : modifier le modèle - par ajout, suppression, substitution - ou inventer de nouvelles requêtes, représentation ou interrogation. Deux manières de filtrer le nécessaire : conditionner le modèle par des hypothèses topiques et le langage - d'hypostases tropiques.
création,filtre,frontière,inconnu,langue,nécessité,question,représentation,style

doute
Savoir se passer de certains nœuds, dans la chaîne : expérience - représentation - langage - interprétation - sens, s'appelle intuition ; ne pas savoir les reconstituer en remontant les passages entre eux, s'appelle bêtise.
continuité,intelligence,interprétation,langue,représentation

doute
Je suis inondé de cette lumière, qui existe avant tout langage et ne vaut que par sa source mystérieuse, refusant toute reproduction verbale. « Les pensées sont les ombres de nos sentiments » - Nietzsche - « Die Gedanken sind die Schatten unserer Empfindungen ». Quand on tient à l'intensité, tout reflet par le mot prend inexorablement la consistance des ombres.
auteur,commencement,intensité,langue,mystère,ombre,représentation,sentiment,style

doute
Le sage n'abandonne pas ses convictions, il abandonne le langage vieux jeu, dans lequel elles furent énoncées.
langue,soi,temps

doute
La clarté est possible et souhaitable là où la langue et le sentiment humain peuvent ou doivent être occultés, - dans la science ou dans la technique, par exemple. Rendre claires les propositions (Wittgenstein) n'est pas une tâche philosophique ; la philosophie ne peut s'exercer que dans la réflexion sur les mystères du langage ou de la souffrance humaine. Réfléchir sur le monde, celui des phénomènes ou des noumènes, est une tâche, où le regard philosophique n'est plus d'aucun poids.
intelligence,langue,mystère,nature,philosophie,science,sentiment,souffrance

doute
Pour percer le mystère de la lumière en soi, nous sommes réduits à la Caverne platonicienne ou aux phénomènes kantiens ; mais le mystère de la vie fait partie de la réalité lumineuse, tandis que le vrai gouffre se trouve entre le mystère réel, comprenant les phénomènes, et le problème de la représentation, dans laquelle lumière et ombres ont le même statut. C'est la solution langagière qui nous escamote et déforme cette triade.
langue,mystère,ombre,philosophie,réalité,représentation

doute
La discontinuité de tout regard sur le monde, qu'il soit philosophique, scientifique ou poétique, est inévitable, et ceci - en deux sens : à la verticale à cause du changement, toujours possible et toujours discret, de langage et à l'horizontale, puisque toute chaîne causale se brise si facilement, que ce soit en début, à la fin ou au milieu.
commencement,continuité,hauteur,langue,philosophie,poésie,regard

doute
Les charlatans psychanalytiques appellent la mathématique science sans conscience (Lacan) et comparent leur inconscient avec l'essence de la mathématique ; cette analogie, paradoxalement, est assez juste, puisque le mathématicien crée sa matière sans aucune référence au réel et constate, a posteriori, que la réalité se plie à ses modèles à lui. La curiosité verbale consiste ici en lecture du mot de conscience au sens non-rabelaisien.
conscience,langue,matière,réalité,science

doute
La faculté d'interroger est au-dessus de toutes les réponses aux interrogations ; mais le plus beau discours est celui qui prend la forme d'une réponse paraissant impossible, la jouissance la plus forte venant de la recherche de la question sous-jacente et de son fond possible.
absurde,langue,question,style

doute
Rendre fidèlement le soi connu, inventer intuitivement le soi inconnu - telle est la ligne de démarcation entre l'homo faber et l'homo pictor. Celui qui s'attache à la claire poïésis ou celui qui pratique la tâtonnante mimesis. Mais un retournement sémantique déplorable fit, que la poésie inventive relève aujourd'hui de la mimesis, tandis que des narrations mimétiques reprirent la lourdeur de la poïésis.
art,création,inconnu,langue,poésie,soi

doute
Deux illusions sur le soi : l'illusion idéaliste - le soi est connu, c'est mon être, je le traduis fidèlement dans mes mots et mes idées ; l'illusion matérialiste ou existentialiste - le soi ne vient à l'existence qu'à travers mes actes. L'existence du soi est indubitable, mais il n'a ni sa substance, ni son langage, ni son sens ; on ne peut que le vénérer, ce qui aboutit soit à l'espérance (le soi serait immortel) soit au désespoir (le soi se réduirait aux essors, qui s'épuisent et meurent, sans laisser de traces fidèles).
action,amour,auteur,élan,espérance,idée,langue,matière,soi,vie

doute
Tout discours philosophique, que son auteur le veuille ou pas, ne peut être sérieusement interprété qu'en tant qu'un poème. D'où l'ennui de Parménide et l'émotion d'Héraclite. Viser la connaissance, c'est déjà adhérer au clan des raseurs jargonautes. Surtout parce que la connaissance philosophique n'exista jamais. En plus, sans le talent poétique, c'est se condamner à être imitateur ou acolyte. Avec le talent, tout langage devient musique, et tout objet devient étoile.
esprit,étoile,langue,musique,philosophie,poésie,savoir

doute
Voir plus clair est utile dans les codes administratifs, dans les démonstrations de théorèmes, dans les contrats mercantiles. Partout où se faufile le rêve s’apprécient les voiles, les ombres, les suspensions. La vérité est toujours un fait indifférent aux élans, une lumière commune monocorde ; le mensonge est la promesse de langages et d’audaces.
argent,audace,élan,langue,mensonge,ombre,rêve,science,utilité,vérité

doute
La philosophie devrait ne traiter que deux questions : comment l'esprit atteint une profondeur du verbe et pourquoi l'âme aspire à la hauteur consolante. Pas de déductions, que des abductions. Plus près du dogmatisme que du sophisme. Des maximes tranchantes, non des discours flanchants.
abduction,âme,consolation,espérance,esprit,hauteur,langue,maxime,philosophie,science

doute
Le soi inconnu, celui qui veut, et le soi connu, celui qui peut, heureusement s'ignorent ; le premier insuffle le langage de rêves, le second le traduit en langage d'images et de mots ; l'âme, qui porte le regard, et l'esprit, qui peint les choses vues. « Cette étrangeté de soi à soi, qui est l'aiguillon de l'âme » - Levinas.
âme,esprit,inconnu,langue,mot,regard,rêve,soi,valoir

doute
Face à une antinomie de deux extrêmes, le sot hésite, le médiocre tranche en faveur de l'un des deux, et le sage les maîtrise simultanément, en créant une tension entre deux regards, deux langages, entre lesquels naît la musique de la création.
création,intelligence,langue,maîtrise,musique,regard

doute
Tenir en piètre estime le développement, m'occuper davantage du comment des mots que du pourquoi des idées, m'amuser aux jeux du langage, qui me font épouser des antinomies verbales sans répudier l'unité de mon souffle, - tel est le secret de la plus belle écriture, mais il suppose une maîtrise, une intelligence et un soi puissant, conscient et inconscient à la fois. Sur les axes, qui méritent mon regard, ce qui compte, c'est l'intensité de leurs extrémités et non pas mon choix d'un point privilégié, ma pose musicale et non pas ma position doctrinale.
art,axe,discursif,idée,intelligence,intensité,jeu,langue,maîtrise,mot,…

doute
Les représentations du réel sont constituées essentiellement de métaphores, et les métaphores finissent par devenir des réalités langagières. C'est le regard, plus même que le talent, qui est l'outil de la métaphorisation ; et le regard, c'est l'art de lire et de traduire le réel en métaphorique.
interprétation,langue,métaphore,réalité,regard,représentation

doute
C'est l'anonymat de mes clartés ou obscurités qui les rend dignes de mes recherches. Les noms définitifs ne fixent souvent que des clartés pétrifiées ou des obscurités sans essor. On reconnaît une intelligence par sa faculté de manipuler de l'innommé, se décomposant d'après le caprice des concepts et des contraintes. Sortir une chose de l'ordinaire est plus difficile que de la tirer de l'inconnu.
contrainte,élan,esprit,idée,intelligence,langue,mot,platitude,représentation,voix

doute
Ils veulent, que la formulation de leurs idées soit claire, mais dont le fond serait incroyable. Un peu d'ironie et d'intelligence balayera toute clarté ; mais il faut beaucoup de maîtrise formelle et de noblesse de ton, pour que le fond soit accepté non pas par un calcul rigoureux, mais par une croyance inconditionnelle, artistique ou intellectuelle. Le sot cherche des idées, comme de nouveaux buts ; le délicat - de nouveaux langages, des contraintes.
contrainte,idée,inconnu,ironie,langue,ombre,vérité

doute
Incapables de munir le monde d'un sens, les plus bêtes des nihilistes le proclament absurde et se vautrent dans le dévoilement du néant. Tandis que tant de lectures, c'est à dire d'interprétations, au sens musical, se présentent à celui qui possède son propre regard et maîtrise les gammes de l'intelligence (le langage créé et les requêtes bien formulées, à l'origine du sens, que je donne plutôt que je ne le lis). Les plus sots n'entendent même pas le bruit des choses et s'effraient de leur silence. Ce n'est pas le sens qui manque à ce monde, mais bien la musique.
absurde,être,intelligence,interprétation,langue,maîtrise,musique,nature,silence

doute
L'idée en tant que quête, dont nous ignorons, pour l'instant, la réponse, est perplexité, que le langage n'a pas encore résorbée ; elle est donc perçue comme mensonge. L'idée en tant que réponse, n'est mensonge que lorsqu'elle est expansionniste, bien au-delà des frontières de son langage natal ; sinon elle devient un mot. Et c'est toujours hors de sa patrie qu'elle est vécue comme prophétique. Vue de près, une idée n'est rien, qu'une vérité sans envergure.
frontière,grandeur,idée,langue,mensonge,question,vérité

doute
Une obscurité peut surgir suite à une raison trop faible ou bien à un sentiment trop fort. « Plus on est envahi par le doute, plus on s'attache à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement ce que le sentiment a rendu trouble et obscur » - Moravia - « Quanto più ci si sente dubbiosi, tanto più ci si aggrappa ad una falsa lucidità della mente, quasi sperando di chiarire con la ragione ciò che il sentimento intorbida e rende oscuro ». On devine une belle triade de plus : sentiment - esprit - clarté. Leurs places, cependant, sont mal indiquées. Le vrai sentiment pousse vers la clarté, c'est l'esprit qui la dissipe ou, mieux, la met à sa place, c'est-à-dire dans une pile de clartés numérotée par des langages.
esprit,interprétation,langue,ombre,sentiment

doute
L'origine d'un nouveau langage : naît-il dans la fraîcheur ou l'étrangeté de la requête, de la réponse, du modèle ? Ce qui dévoilera un poète, un sage ou un philosophe.
art,commencement,étonnement,langue,philosophie,poésie,question,représentation,soi

doute
C'est dans la hauteur qu'on doute le mieux, les certitudes étant renvoyées vers les profondeurs ou platitudes. Nietzsche se trompe de dimension : « Il faut douter plus profondément » - « Es muß gründlicher gezweifelt werden », mais c'est toujours mieux que de ne pas douter de la plus grande des incertitudes - de notre moi (Descartes). La naissance de la pensée : choisir un bon langage, formuler une bonne négation, viser une bonne hauteur - une belle croyance émergera d'un beau doute.
axe,beauté,hauteur,langue,nécessité,négation,platitude,raison,soi,vie

doute
Le cerveau complète l'œil et l'oreille, sans sortir de la platitude des images. C'est l'âme qui les interprète dans un langage à reliefs musicaux. On vit dans l'espace de l'esprit et dans le temps de l'âme.
âme,esprit,interprétation,langue,ouïe,platitude,regard,style

doute
On ne sait pas qui, dans un discours, abuse davantage de constantes : le locuteur ou l'interprète, mais le bon style, ou le bon goût, accrochent des variables à toutes les branches-équations de l'arbre de la création, et leurs substitutions en créent un second, plus profond, plus haut et mieux ramifié que l'initial. Plus original est un discours, de plus d'inconnues et de substitutions aura besoin son auditeur.
arbre,création,esprit,hauteur,idée,langue

doute
Le sage sait qu'il ne sait qu'en disant - c'est pourquoi il ne peut pas dire ce qu'il sait déjà. Le sot ne sait pas ce qu'il dit - c'est pourquoi il ne dit que ce qu'il sait.
langue,philosophie,savoir

doute
Se connaître, l'une de ces fumisteries, héritées de l'Antiquité. Pour évaluer mon soi connu – nul besoin d'introspection : les sources de mes goûts et de mes passions sont communes à tous mes contemporains, autant scruter mon voisin plutôt que fouiller, vaguement, dans ma conscience insaisissable. Mais le soi inconnu, par définition, n'est qu'une étincelle divine du génie, qui n'a ni un langage fonctionnel ni un outillage intellectuel ; il m'inspire sans se dévoiler ; si je prétends le connaître, je me trompe de cerveau ou d'yeux.
antiquité,erreur,esprit,inconnu,langue,regard,savoir,soi

doute
Pour les philosophes ignares, la signification d'une proposition est univoque. Ils ne comprennent pas, que cette signification implique la présence de deux personnages – du locuteur et de l'interprète, chacun avec ses représentations, sa culture langagière, ses contextes et ses intentions. En plus, l'interprète doit avoir une idée de l'univers du locuteur et disposer d'outils logiques d'interprétation. Enfin, c'est le contexte réel qui fera clore l'horizon interprétatif. Autant dire que le nom de ces significations imprévisibles est légion.
culture,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

doute
On devrait s'interdire la démarche irrationnelle avec ce que le langage circonscrit parfaitement, c'est à dire avec des problèmes bien formulés ou des solutions bien maîtrisées ; la divagation n'est permise que pour peindre des mystères poétiques, sentimentaux ou mentaux.
langue,maîtrise,mystère,raison,romantisme

doute
Un discours porte vraiment un message, quand il en appelle à plus d'un interprète, qui se complètent, pour un déchiffrage secret. Mais on se fie d'habitude, aux services d'un seul, le cerveau de service. J'encrypte bien mon message, quand je le retraduis dans un langage des notes, mystifiant les poids et interprétant les chiffres.
auteur,balance,idée,interprétation,langue,musique,raison

doute
Il y a autant d'idées de l'être que d'idées du devenir, exprimées dans un langage de monotonie logique ou dans un langage événementiel, de rupture. Une cohérence ou une déshérence. Décrire, par un libre arbitre, un univers ou en créer, en liberté, un nouveau. Une intelligence ou une audace. L'universalité ou l'exception. Mais la seconde tâche est impensable sans la première. Le meilleur mouvement naît de la maîtrise de l'immobile.
audace,création,discursif,être,idée,immobilité,intelligence,langue,liberté,maîtrise,…

doute
J'entends la musique de mon soi inconnu, c'est à dire son élan, son intensité et sa mélodie ; ce langage défie tout verbalisme, toute représentation ; pourtant, il s'agit de le traduire par mon soi connu, maître du verbe et du concept.
beauté,concept,création,élan,idée,inconnu,intensité,langue,maîtrise,musique,…

doute
Le doute fécond est soit purement langagier - inventer de nouvelles requêtes, soit purement conceptuel - modifier un modèle. Puisque nous ne savons de la réalité que ce que nos modèles réussis nous apprirent, tout le radotage sur l'indubitabilité de l'existence est sottise. Le savoir des choses et le savoir sur les choses sont la même chose (que Wittgenstein m'excuse…) ; la traduction du cogito n'est plus : de connaissances à l'être (la verticalité de la pensée, fondant l'horizontalité de l'existence), mais connaître, c'est être (puisque l'horizontalité, pour ne pas dire platitude, les résume, désormais, tous les deux) ; connaître, sur un mode non-géométrique, c'est créer le modèle, l'habiller par un langage, formuler des hypothèses, les interpréter, donner un sens aux résultats.
création,défaite,être,hauteur,idée,interprétation,langue,platitude,question,raison,…

doute
Avec le doute créateur grandit non pas l'incertitude, mais la faculté de bâtir de nouveaux modèles et, donc, de nouveaux langages.
création,langue,représentation

doute
Aucun philosophe ne s'éleva jamais au-dessus de l'intuition discursive. La rigueur, c'est l'art de spécifier des objets, de créer des axiomes non-contradictoires sur les relations entre les objets, de maîtriser les rapports entre le langage et la logique formelle, de formuler des requêtes ou des hypothèses, d'enchaîner des déductions. Cet art resta inaccessible à tous les philosophes, qui ne sont, par définition, que des sophistes. Leur seule issue honorable aurait dû être l'alliance avec la poésie, mais pour cette reconversion l'intelligence ne suffit pas, il faut du talent.
concept,création,esprit,intelligence,langue,philosophie,poésie,question,science

doute
Des origines d'obscurité d'un écrit : le manque de maîtrise de l'objet ou de la langue, le jargon et la normativité d'un clan, la fidélité à l'obscurité de l'objet même, l'usage de métaphores. Les deux premières – à bannir, les deux dernières – à cultiver.
concept,école,langue,maîtrise,métaphore,sacrifice

doute
Il ne s'agit pas de chercher un concurrent, plus immédiat, du cogito, mais d'établir une hiérarchie des acceptions du verbe penser et d'en trouver la plus proche de notre certitude d'exister. Penser s'étend de la perception à la conception, en passant par désir, sollicitation, excitation, à l'origine desquels se profilent des objets ou relations, qu'il s'agit, en fin de compte, de référencer verbalement, mais ce n'est que le dernier chaînon. Le fameux doute n'est que la recherche tâtonnante de ces références finales et non pas initiales.
action,commencement,concept,élite,langue

doute
Deux seules visions du monde méritent notre respect ou notre admiration : la scientifique et la poétique. Trois étapes en déterminent la valeur : la qualité des principes, sur lesquels se bâtit le modèle, la richesse et l'harmonie de la représentation, l'élégance et la complexité des requêtes, auxquelles est soumis le modèle, - la profondeur, l'ampleur, la hauteur. Aucune autre vision n'assure une égale puissance de ces trois dimensions.
axe,élite,force,hauteur,langue,représentation,style

doute
Nous vivons au milieu des changements permanents de modèles et de langages, mais le sens (donné par nous et non pas par Dieu) en résulte après une confrontation avec l'immuable réalité (ou l'être). On a beau tourner autour du passager, on retourne toujours à l'éternel. « L'être, dénué de sens et de fins, sans aboutissement dans un néant, c'est l'éternel retour » - Nietzsche - « Das Dasein, ohne Sinn und Ziel, ohne ein Finale ins Nichts : die ewige Wiederkehr ».
éternité,être,immobilité,langue,réalité,représentation,retour,temps

doute
La seule philosophie qui me charme est la philosophie de la nuit ; la clarté du langage ou de l’espérance, même une clarté pure et profonde, s’évapore vite, sous le feu des questions, et je veux un milieu, résistant même aux mystères silencieux. Le langage ou l’espérance obscurs s’appellent poésie et consolation. « Dois-tu chercher ton guide et ton consolateur parmi les ombres de la nuit ? » - G.Bachelard.
ange,consolation,espérance,hauteur,langue,mystère,ombre,philosophie,poésie,question,…

doute
La caresse est ce qui s’oppose à l’évidence, à l’adéquation, à la droiture, à la cohérence ; elle serait de l’ordre de signification plutôt que de signe ; elle serait le fond, dont le signe est la forme. Le signe est aux formalistes ce que la caresse est aux idéalistes. « Au Commencement était le signe » - D.Hilbert - « Am Anfang war das Zeichen ».
caresse,commencement,langue,style

doute
Deux clans d’égale niaiserie : les absurdistes – la contingence est une nécessité à acclamer, et les rebelles – la nécessité est une contingence à abattre. La même jonglerie verbale qu’avec l’être et le non-être de leurs ancêtres.
absurde,être,intelligence,langue,révolte

doute
La qualité des yeux détermine la maîtrise et la profondeur ; la qualité du regard résume le talent et la hauteur. La rigueur d’une lumière ou la vigueur des ombres. La réalité se moque de la seconde démarche, mais le rêve la salue. Nietzsche est impuissant en technique poétique ou musicale, mais aucun poète ou musicien n’émit de métaphores aussi séduisantes là-dessus que les siennes ; Valéry ignore les théories linguistiques ou logiques, mais aucun linguiste ou logicien n’émit d’avis aussi pénétrants là-dessus que les siens.
esprit,hauteur,idée,langue,métaphore,musique,ombre,poésie,réalité,regard,…

doute
Le soi connu a ses racines – la représentation, le langage, la pensée ; le soi inconnu a sa canopée – le valoir (le talent), le devoir (l’éthique), le vouloir (la noblesse).
arbre,bien,esprit,idée,inconnu,langue,noblesse,représentation,soi,valoir

doute
Les questions bardées de variables – c’est à elles que se donnent les plus belles des réponses. La bêtise, c’est de profaner ces questions, en y remplaçant les variables divines par des constantes humaines. « La plus grande ignorance est de ne savoir, quelles questions ne se doivent poser » - Valéry. Tant qu'on pratique un langage à variables on n'est pas perdu. Mais c'est lui qui se perd avec l'ignorance.
langue,question,savoir

doute
L'inconscient se réduit aux réflexes ; ce n'est pas l'inconscient qui constitue le soi inconnu, mais la conscience inarticulable : l'éthique, l'esthétique, la mystique, ce qui échappe à la conscience articulée autour des sensations, concepts ou mots, conscience du soi connu. Deux péchés des temps modernes : l'oubli du soi inconnu ou, pire, sa réduction au soi connu.
idée,inconnu,langue,modernité,mot,représentation,soi

doute
Mon soi inconnu est auréolé de tant de faiblesses – il ne dispose ni de visage, ni de langage, ni d’outillage. Mais, comme pour la qualité du regard les yeux sont de peu de poids, pour la qualité de l’écoute du soi inconnu les oreilles n’apportent rien de significatif – il faut compter sur la force de mon soi connu. « Plus le moi connaît sa force, moins il la propose en exemple » - A.Suarès.
force,inconnu,langue,ouïe,regard,soi,utilité

doute
La logique, déduisant des vérités mathématiques, ou le langage, évaluant les vagues certitudes jugementales, n’ont rien en commun. Mais même d’excellents géomètres les confondent : « Il est aisé de montrer que l’athée-géomètre ne peut rien savoir avec certitude » - Descartes - mais il omit d’en exhiber la démonstration.
dieu,langue,savoir,science,vérité

doute
Décrire l’existant est une tâche de robot ; c’est dans l’inexistant que l’artiste trouve les plus beaux modèles à peindre. C’est comme un aveugle, imaginatif et créatif, décrivant l’existence des objets matériels – la géométrie est son seul support, mais c’est dans un langage poétique qu’il la traduirait.
art,création,langue,poésie,robot

doute
Être soi-même s’adresse à mon soi connu. Le soi inconnu n’a pas de langage à lui, et il ne peut donc se manifester ni par l’acte ni par la pensée ni par le style, il n’est qu’une source de mes valeurs éthiques et esthétiques. Mais à tout ce qu’il souffle peut se substituer la routine du soi connu ; l’être originaire et original, chez la plupart des hommes, est évincé par l’étant social et passager. L’essence de l’être est globalement irreprésentable ; sa partie représentée s’appelle l’étant. Donc, le bon slogan serait – écoute ton être ! « Ton épanouissement – la représentation de ton essence, en suivant le commandement : soi toi-même » - H.Hesse - « Deine Entfaltung – die Darstellung des eigenen Wesens nach dem Gebot : Sei Du Selbst » - dans les Commandements, il faut passer du verbe au nom.
action,auteur,beauté,bien,être,idée,inconnu,langue,mot,mouton,…

doute
Mon vrai soi est mon soi inconnu, qui inspire mes rêves. Je ne me reconnais pas dans mon soi connu qui produit mes actes et mes pensées et qui reste pour moi un étranger. Mais le soi inconnu n’a ni langage ni souffrance sur lesquels devra se pencher mon soi connu – l’origine d’une vraie philosophie.
action,auteur,commencement,idée,inconnu,langue,philosophie,rêve,soi,souffrance

doute
Se connaître est peut-être reconnaître, qu’au-dessus de mon soi connu plane mon soi inconnu. Au-dessus de l’intelligence et du langage se cache la source du Bien et du Beau, qui inspire mais ne s’exprime pas.
beauté,bien,esprit,hauteur,inconnu,intelligence,langue,savoir,soi

doute
L’âme, hélas, n’ayant pas de langage à elle, c’est, malheureusement, l’esprit qui se charge de ton écriture. L’une des premières fonctions de l’esprit est la clarté, de plus en plus profonde et désespérante, tandis que l’âme s’enfonce dans des ténèbres, de plus en plus hautes, porteuses d’espérances. « Seules, d’obscures formules permettent l’espoir, quand tout ce qui est clair est terrible »*** - Valéry.
âme,espérance,esprit,hauteur,langue

doute
Aucune mystique dans le langage, dans le rêve, dans la représentation, dans l’interprétation ; la mystique ne se trouve que dans la réalité. Pour tout esprit sain et objectif, cette réalité, qu’elle soit minérale, vitale ou spirituelle, est impossible, inimaginable, mystérieuse. Un philosophe devient mystique, s’il reconnaît le mystère du réel, ne se contente pas, dans son discours, de ne toucher que le connu, admet la présence d’éléments divins dans cette partie de sa conscience que j’appelle son soi inconnu. Le mystique est admirateur du Créateur (d’)Inconnu.
absurde,création,dieu,esprit,inconnu,interprétation,langue,mystère,philosophie,réalité,…

doute
Ton soi connu ne formule que des réponses ; les questions, contrairement aux réponses, n’ont pas besoin de langage, et c’est ton soi inconnu qui les crée en tant que champs d’attraction. C’est ainsi que tu crées un dialogue, pour ne pas tomber dans le piège des soliloques sans interlocuteur.
auteur,création,élan,inconnu,intelligence,langue,question,soi,solitude

doute
Aucun langage – ni littéraire ni plastique ni musical – ne peut rendre nos sentiments ; ce qui est perçu dans une œuvre d’art n’est que conçu, et la conception n’est que de l’invention. Les yeux et les caresses les traduisent mieux, mais ils sont, eux aussi, réels, tandis que nos sentiments sont du rêve.
art,caresse,création,langue,musique,réalité,rêve,sentiment

doute
Il est idiot de fuir la cohérence, mais il est encore plus idiot de croire que nos sensations, nos impressions et même nos pensées soient cohérentes. En tout cas, on ne se débarrasse de l’incohérence que par une réflexion sur le langage.
idée,intelligence,langue,vérité

doute
Pour apprécier la réponse, il faut avoir bien interprété la question : délimiter le domaine représenté par le locuteur, comprendre son langage, réduire son discours aux formules logiques, appliquer une bonne logique du répondeur. Et puisque le locuteur, le plus souvent, est absent, c’est par tes réponses qu’on jugera de ton intelligence.
intelligence,interprétation,langue,question,représentation,science

doute
Dans l’art, l’essentiel, pour tout créateur, est que son soi connu souffre et que son soi inconnu, tout en inspirant le premier, est dépourvu de langages (de mots, d’idées, d’images) que ce premier doit inventer. Ce tableau résume le contenu d’une vraie philosophie, qui devrait réveiller les consolations du premier et deviner les langages du second. Cette philosophie ne serait ni ce qu’on dissimule de son soi connu (Nietzsche) ni ce qu’on ignore de son soi inconnu (B.Russell).
art,consolation,création,idée,inconnu,langue,mot,philosophie,soi,souffrance

doute
La pensée ne peut être définitive que dans un langage figé. Et puisque toute vraie création est élaboration d’un nouveau langage, elle doit comporter des inconnues que chacun est libre d’unifier avec ses propres constantes ou, mieux, avec ses arbres à variables. La sensation du vague est un symptôme d’une pensée réelle.
arbre,création,idée,langue

doute
L’apparence est la projection d’un objet (matériel ou idéel) sur nos sens ; il est toujours possible d’imaginer un langage, dans lequel l’existence de l’objet-source (dans une représentation associée) est indubitable. Il ne faut pas opposer l’apparence à la vérité.
être,langue,représentation,vérité

doute
Je cherche des rencontres des concepts qui ne se connaissaient guère ; de leurs rapprochements hasardeux, naissent des caresses verbales, des métaphores ; l’un des fruits illégitimes et aléatoires de ces ébats s’appellera pensée, qui ne fut nullement invitée à cette fête imprévisible.
auteur,caresse,concept,idée,inconnu,jeu,langue,métaphore

doute
La représentation de connaissances nouvelles réside en assertions à inscrire dans la représentation déjà existante ; la non-contradiction en est la seule contrainte. L’interprétation de connaissances existantes consiste à formuler une requête et à tenter de la démontrer ; la grammaire (logique, syntaxe, sémantique, substitutions) y est le guide. L’Être surgit de la première activité (concepts et relations) ; le Néant est un fait collatéral de la seconde (absence d’objets vérifiant certaines conditions). Aucun parallélisme, aucune identité, aucune comparaison ne sont possibles entre ces deux vagues notions. Qu’est-ce qu’un bonbon ? ou Combien de bonbons dans ce vase vide ? - il est insensé de chercher quelque chose de comparable entre ces deux formules.
concept,idée,interprétation,langue,question,représentation,savoir,science

doute
Le hasard n’existe que dans le vivant où il est équivalent de la liberté ; la nécessité ne loge que dans l’inerte. Pour décrire, rigoureusement, le mouvement de la matière inerte, on a besoin de trop d’équations ; par économie, on simplifie le modèle jusqu’aux tableaux probabilistes, où, par abus de langage, on désigne par le mot hasard des schémas statistiques approximatifs.
jeu,langue,liberté,matière,nécessité,vie

doute
Ce que tu ressens, et même ce que tu penses, n’admet aucune reproduction univoque en mots ; la cachotterie ou la franchise ne jouent qu’un rôle mineur dans la qualité ou l’authenticité de tes portraits verbaux. N’y comptent que l’intelligence conceptuelle et le talent langagier.
concept,esprit,idée,intelligence,langue,mot,sentiment

doute
L’existence de notre soi inconnu était mieux perçue par l’homme des cavernes que par nos contemporains, qui n’accèdent au réel que par les mots et nos sens ; or le soi inconnu n’a ni mots ni maux ; il ne fait que contenir notre essence créatrice, non-langagière. « Ce moi le plus profond est le même chez tous, il est le ‘sens’ » - H.Hesse - « dies Innerste Ich ist bei allen Menschen gleich, es ist der 'Sinn' » - mais il reste absent et muet, puisque notre organe de sa perception, l’âme, devint atavique.
âme,création,hauteur,histoire,hommes,inconnu,langue,modernité,mot,réalité,…

doute
L’ineptie très répandue – une fusion définitive entre le sujet et l’objet. Pour un narcissique, l’objet, c’est son soi connu, avec son savoir, sa sensibilité, sa créativité ; le sujet, c’est son soi inconnu, sans langage, sans mémoire, sans idées. Le concepteur et l’inspirateur.
création,hommes,idée,inconnu,intelligence,langue,mémoire,narcissisme,savoir,soi

doute
Semblable en cela à Dieu, ton soi inconnu, ne possédant aucun langage, est incapable de dialogue, ou, tout au plus, te gratifiant d’un « entretien du moi avec soi, de telle manière que le moi finisse par être résorbé dans l’autre »*** - Cioran - l’unification d’un arbre problématique avec un arbre mystérieux !
arbre,dieu,inconnu,langue,mystère,soi

doute
Le cerveau est séparé des muscles ; comment leur envoie-t-il des ordres ? Par quels canaux ? Avec quelle vitesse ? Les muscles, ont-ils des récepteurs et des interprètes de ces ordres ? Y a-t-il ici un langage à déchiffrer ? Les biologistes ont peut-être des réponses rigoureuses à y apporter, mais aux naïfs comme moi la chose paraît être mystérieuse. De même, le maintien inconscient de la position debout ; y a-t-il des ordres ? Des émissions, réceptions, interprétations, exécutions ? Et chez une grenouille le mystère est le même.
interprétation,langue,matière,mystère,science

doute
La clarté : une projection évidente et triviale du langage vers la représentation visée. Mais tout le charme d’un écrit consiste en délicatesse, donc la complexité, de ce passage. La clarté n’est bonne que dans les guides, où s’entassent des banalités.
art,grâce,langue,ombre,platitude,représentation

doute
Méditer – chercher à atteindre des dernières limites d’un savoir problématique, là où commence un croire mystique, là où le langage commence à se détacher de la représentation et en prend la relève.
frontière,langue,mystère,proximité,représentation,savoir

doute
Un rapport causal, vague et immatériel, se devine entre l’inspiration, provenant de mon soi inconnu, et la réalisation, due à mon soi connu inspiré. L’intrigue persiste et me pousse à chercher des attributs fortuits à cette Arlésienne, dépourvue de tout langage, de toute image, de tout adage.
auteur,création,inconnu,langue,musique,soi

doute
La certitude qu’un Créateur est à l’origine du monde ressemble à la certitude de l’existence de mon soi inconnu, sans corps, sans volonté, sans langage. « Le soi est regardé comme inconnu et comme certain »*** - Valéry.
création,dieu,inconnu,langue,nature,savoir,soi

doute
Je n’accorderais le titre de philosophe qu’à quatre auteurs : Héraclite, St-Augustin, Pascal, Nietzsche. Tous les autres sont soit trop verbeux soit assez banals.
auteur,langue,philosophie,platitude

doute
L’homme, qui doit être le premier à reconnaître le miracle de l’esprit humain, est le chercheur en (vraie) Intelligence Artificielle qui aurait compris l’énormité des tâches de représentation (structures, qualificatifs, comportement) et d’interprétation (langage naturel, logique, tropismes) de connaissances. En attendant, la mouche est infiniment plus intelligente que n’importe quel système de gestion des connaissances.
esprit,hommes,intelligence,interprétation,langue,mystère,représentation,savoir,science

doute
Je ne sais plus où mes sentiments se distinguent de ceux des autres : dans le fond réel ou dans la forme représentationnelle, dans la caresse vitale ou verbale ?
auteur,caresse,langue,réalité,représentation,sentiment,style,vie

doute
Dans notre cerveau, certaines notions cognitives sont innées : spatio-temporelles, logiques, ensemblistes, numériques, algébriques, mais on n’y trouve aucune trace de nos connaissances grammaticales. La grammaire se forme par l’usage, partant des méthodes de référence d’objets et de relations entre ceux-ci. D’infinies subtilités phonétiques et gestuelles précèdent la naissance de ces méthodes.
concept,langue,représentation,savoir,science,temps

doute
En création littéraire comptent trois qualités – l’inspiration, la maîtrise, l’ambition. La troisième est commune ; la deuxième – mécanique ; seule la première est mystérieuse et personnelle, en elle se révèle ton soi inconnu, en elle ton âme accède au savoir non-verbal. Ton soi connu, réduit aux mots non-mystérieux, « ignore beaucoup de ce que sait son âme » - Gogol - « многого не знает из того, что знает душа её ».
âme,art,commencement,inconnu,langue,maîtrise,mot,mouton,mystère,robot,…

doute
La sensibilité, l’intelligence, l’action sont des attributs verbalisables de notre soi connu. Mais ce qui nous met dans un état d’excitation, de besoin de créer, de nous libérer, de nous surpasser relève de notre soi inconnu et n’admet aucune justification verbale. « Le Moi ne se dessine et ne se consolide que par référence à inconnus »** - Valéry. La source de nos commencements initiatiques est mystérieusement inconnaissable.
action,commencement,création,élan,inconnu,intelligence,langue,liberté,mystère,soi

doute
La réalité, ce sont des ombres, projetées soit par la lumière divine mystérieuse soit par la lumière des représentations humaines rigoureuses. Le langage, s’adressant directement à la réalité, est plein d’ombres que dissipe ou embellit la lumière du sens, donné à partir de la représentation. Un individu est d’autant plus intelligent que ses structures langagières conçues (la grammaire individuelle) sont plus près des représentations conceptuelles.
beauté,concept,dieu,hommes,intelligence,langue,mystère,ombre,réalité,représentation,…

doute
Tant de réponses à la question d’apparence banale – que suis-je ? Les autres proclament : ce que je fais, sais, pense, veux, peux, dois. Moi, je dis : ce que je vaux. Et je vaux surtout par mes états d’âme, que m’inspire mon soi inconnu et dans lesquels il n’y a ni action ni langage ni idées, ces composants de l’être des autres, provenant de leur soi connu. Ce que je suis est fait par et de l’Inconnu.
action,âme,auteur,être,hommes,idée,inconnu,langue,question,savoir,…

doute
En informatique avancée, il y a des systèmes fondés soit sur la croyance soit sur le savoir (le second n’étant pas toujours supérieur à la première). Aujourd’hui triomphent les premiers, la croyance consistant à prendre, sans discernement, tous les ouvrages des autres humains et à en résumer le contenu par une traduction neuronale. Par définition, ils ne parviendront jamais à se prévaloir de leur propre conscience, qui est la faculté d’appuyer ses avis sur son propre savoir. L’avenir appartient aux seconds, qui finiront par avoir une conscience, même dans les deux sens du mot.
bien,conscience,hommes,intelligence,langue,savoir,temps

doute
Aucun chemin ne mène à l’âme ; son accès est réservé au seul soi inconnu, imprévisible et in-intellectuel, ni concret ni abstrait – un souffle de Dieu ; et cet accès se passe de langage et d’esprit. « L’esprit abstrait trouve l’accès à l’âme » - Kandinsky - « Der abstrakte Geist findet einen Zugang zur Seele » - c’est confondre la cause et l’effet, l’inspiration et l’expiration. Tout esprit est abstrait ; dès qu’il devient vibrant, il se mue en âme.
âme,chemin,commencement,dieu,élan,esprit,inconnu,langue,soi

doute
À tous les âges, le soi inconnu, cet appel inarticulable ni en langages ni en idées ni en images, nous taraude, mais seul la vieillesse a l’humilité d’un soi connu confirmé, l’interprète fidèle de cet appel. Dans la jeunesse, l’introspection se fait par un soi connu, haut et balbutiant. Dans l’âge mûr – par un soi connu, profond et bavard. Dans la vieillesse – par un soi inconnu, vaste et laconique. Et puisque la platitude est la pire des tragédies, c’est bien dans la vieillesse qu’on découvre le vrai besoin de consolation en hauteur, hors la pesanteur du connu.
acquiescement,consolation,élan,enfance,hauteur,idée,inconnu,interprétation,langue,platitude,…

doute
L’inspiration, provenant de notre soi inconnu, n’a pas de forme (langagière) mais elle a un fond : un élan vers l’infini (hyperbolique ou parabolique) ou une harmonie du fini (elliptique). Il appartient à notre soi connu de convertir ce fond inarticulé en forme algébrique (la pensée) ou géométrique (l’image).
beauté,élan,idée,inconnu,langue,science,soi,style

pyrrhon
Le langage creuse et dédouble l'apparence, elle devient apparence-de et apparence-pour.
doute
Le langage de conception et le langage de requêtes, l'arbitraire de l'un, le style de l'autre - tant de raisons d'abstention ironique. Le langage contient les certitudes conçues ; les apparences, c'est l'être perçu.
être,interprétation,ironie,langue,question,représentation,style

valéry p.
Un philosophe est celui qui en sait moins que les autres - (et en quelque sorte moins que l'homme qu'il est).
doute
Socrate le prit trop à la lettre. On ne sait que dans un langage fermé ; et la création est ce qui nous rend ouverts, ces Ouverts, dans lesquels on converge vers ses limites, sans les atteindre, en soi-même. La meilleure, la profonde conscience de soi aboutit à la haute, à la féconde méconnaissance de soi. Et même du monde : « Le philosophe est un innocent, qui persiste à tenir pour énigmatique le monde, qui va de soi »*** - Enthoven. Et s'il va jusqu'au bout de tous les problèmes (Schopenhauer), c'est pour découvrir, derrière chacun d'eux, - des mystères.
art,création,langue,mystère,ouvert,philosophie,poésie,savoir,soi,style,…

valéry p.
Une idée est claire quand nous faisons convention avec nous-mêmes de ne point l'approfondir.
doute
Le vague des profondeurs la munit souvent d’ailes, pour nous rendre moins crédules mais plus attirés vers la hauteur. « N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi » - Cioran. Mais ce n'est pas la pauvreté de notre cervelle qui est en cause, mais la richesse des langages, créateurs d'ombres nouvelles. « Tout n'est que brouillon ; la notion de texte définitif relève de la religion ou de la fatigue »** - Borgès - « No puede haber sino borradores ; el concepto de texto definitivo no corresponde sino a la religión o al cansancio ».
création,hauteur,idée,langue,misère,ombre,religion,savoir,soi

valéry p.
Ce qui n'est pas fixé n'est rien. Ce qui est fixé est mort.
doute
Une belle dialectique de la création ! Le philosophe-poète ne crée que dans l'informe, qu'il a intérêt d'accumuler en se débarrassant de ce qui prit déjà forme. Ce qui n'entre pas dans une grammaire n'exprime rien. Fixer, c'est attacher une mosaïque sémantique à une syntaxe opératoire. Une fois soumis à la seule syntaxe, tout discours vrai est mort. Ce qui se fixe dans l'espace sera mis en mouvement dans le temps. C'est en fixant que nous prouvons notre capacité de métamorphose. Chercher à fixer dans l'espace, c'est tendre vers la perfection dans le temps. La liberté futuriste de l'être ou l'irréversible nostalgique du devenir. La perplexité devant le mouvement insaisissable et « la répugnance à toute fixité » - Nietzsche - « ein Widerwille gegen alles Festbleiben ».
art,création,être,filtre,inconnu,langue,liberté,mort,poésie,réalité,…
 

introduction hommes
HOMMES : Les hommes ont tenté toutes les formes de cohabitation : meute, bande, volée, clan, club, caste, pub, secte. Leur préférence alla finalement à troupeau, car marcher, bêler et paître résument mieux leurs besoins que les ailes, les mots, les rites et les soifs. Le berger, aujourd'hui, n'est ni prêtre ni roi ni peuple, c'est un mouton comme tous les autres : le même regard vers le bas, le même goût pour l'ivraie, la même quiétude d'âme faute de brebis égarées. Le mouton individualiste et égoïste s'appellera robot.
angoisse,goût,langue,mouton,robot,soif,hommes

chœur hommes
RUSSIE : Toutes les tribus sur Terre se divisent en deux clans : les fanatiques et les marchands, les deux se vouant mutuellement une grande curiosité. La seule tache blanche, ne suscitant ni intérêt ni sympathie, est la Russie. La merveilleuse langue russe est la seule à creuser un fossé pneumatique et grammatique entre l'homme (человек) et les hommes (люди).
argent,fanatisme,langue

chœur hommes
VÉRITÉ : Quand un sage s'intéresse à la vérité, cela produit des confessions cafouilleuses ou des testaments injustes. Chez les hommes, la vérité ne se conçoit qu'en codes et modes d'emploi. Pour les hommes, le contraire de la vérité trouvée, c'est l'ignorance ; pour le sage - la vérité recherchée. Laisser les vérités enracinées enterrer leurs morts, les ressusciter par le langage.
justice,langue,mort,négation,robot,savoir

hommes
L'intellectuel européen prétend apporter du sens aux choses, une naïveté surannée. Le sens naît de la délibération entre l'utilisateur et le propriétaire des choses, délibération se déroulant dans le langage vainqueur, celui d'Hermès. L'intellectuel devrait s'intéresser aux alternatives langagières plutôt que doctrinales.
argent,esprit,europe,idée,langue,maîtrise,réalité,simplicité

hommes
L'homme est un miracle grandiose, et lui inculquer qu'il n'est rien, qu'il n'est même pas dieu, comme le dit l'une des interprétations de la sottise delphique, est une profanation. Et si l'homme doit être humble et honteux, c'est parce que ce miracle ne se traduise ni en actes ni en pensées ni en images.
acquiescement,action,dieu,honte,idée,langue,mystère,savoir,style

hommes
Heureux Pascal, dont les yeux s'effrayaient d'un silence éternel ! De nos jours, que l'épreuve de nos oreilles, par le bavardage passager, est plus effrayante ! Pour celui qui a besoin d'un haut silence (« altum silentium » - Virgile).
éternité,étoile,hauteur,langue,mouton,ouïe,platitude,regard,sentiment,silence

hommes
Je reconnais ma patrie non pas en géographie, en linguistique ou en architecture, mais en musique. Par la résonance de mes cordes à l'évocation des images, muettes aux autres.
auteur,langue,musique,soi

hommes
Être philosophe, c'est savoir me passer des autres ou, au moins, savoir traduire les réponses des autres en mes propres questions, dans mon propre langage.
langue,philosophie,question

hommes
L'étrange synchronie des évolutions irréversibles de la langue (G.B.Vico), de l'éthique (Rousseau), de l'esprit : jaillir dans le poète (le vouloir), mûrir dans le héros (le devoir), croupir dans le robot (le pouvoir). Heureusement, quelques renaissances ou révolutions réveillent en nous, épisodiquement, un nouveau désir poétique ; on abandonne la routine du sens propre, pour s'enthousiasmer pour les ruptures du sens figuré.
art,continuité,élan,enthousiasme,esprit,grandeur,héros,intensité,langue,moyen âge,…

hommes
La matière et l'esprit sont deux modèles nullement antagonistes ; aux hommes, on devrait tenir le langage matériel de l'égalité et à soi-même - le langage spirituel de la liberté. Le drame est que l'homme moderne fait l'inverse.
égalité,esprit,langue,liberté,matière,négation,réalité,représentation,soi

hommes
Le médiocre voit partout, et surtout sous son nez, des tournants - linguistiques, philosophiques, économiques, politiques. Le bel esprit se contente d'imaginer des points de départ, des points zéro des balances ou de la création, des points invariants.
balance,cité,commencement,création,esprit,langue,philosophie,platitude

hommes
La vision populaire consiste à réduire l'abstrait au concret ; il existent donc l'histoire, la mathématique, la peinture populaires, mais il n'existe pas de philosophie populaire, puisque la consolation par la création et le langage par-dessus la représentation sont des abstractions irréductibles. Mais il existe la populace philosophique : raisonneuse, argotique, mécanique.
bassesse,consolation,création,histoire,langue,mouton,philosophie,représentation,robot,science

hommes
La philosophie est la seule branche de la poésie qui soit utile ; dès qu'on commence à s'interroger sur l'utilité de la poésie, on devient prosateur ou … philosophe. La poésie brillait surtout aux époques, où son inutilité indiscutable fut flagrante. L'utilité de la philosophie est double : nous consoler, hypocritement, ou dessiner, habilement, des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. La poésie, elle, nous désespère ou se noie dans le pur langage.
consolation,espérance,frontière,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,utilité

hommes
Les mêmes têtes s'occupaient, jadis, de la représentation (la science), de l'interprétation (la technique) et de l'interrogation (la philosophie). Aujourd'hui, dans ces trois domaines, végètent trois sortes de robots : les premiers ignorent le sens et la forme, les deuxièmes – l'essence et le fond, les troisièmes – la logique et la vie.
interprétation,langue,modernité,philosophie,question,représentation,robot,science,style,vie

hommes
Les informations devinrent le seul contenu de la littérature moderne - il n'y a plus ni tableaux ni rythmes, que des coordonnées et dates. Et dire, que si, dans un bon écrit d'antan, on élimine les couleurs et les sons, rien n'en reste. « La langue originelle s'appelait musique. L'écrit originel s'appelait peinture » - J.G.Hamann - « Die älteste Sprache war Musik. Die älteste Schrift war Malerey ».
art,langue,modernité,musique

hommes
La robotisation des hommes n'est pas dans la préférence du conceptuel, au détriment du métaphorique. Les vrais concepts sont d'origine extra-langagière. Le robot n'emploie que des métaphores figées, consensuelles, à travers lesquelles l'accès aux objets est immédiat, mécanique, sans aucun accompagnement musical, sans aucune danse de mots enchanteurs, sans aucune inconnue sur l'arbre du savoir.
arbre,concept,danse,idée,langue,métaphore,mot,musique,robot,savoir

hommes
Le sacré des dieux, le pathos des héros, le délire des solitaires ne peuvent plus porter le message de leurs contemporains, message devenu algorithmique. Le vulgaire bâillonna le héros et apprit aux dieux à parler sa langue. Et regardez le bonheur des peuples, qui se passent de héros, tout en représentant les héros d'antan en innovateurs méritants et en proclamant héros moderne tout gagnant monétaire. Après les langues divine, poétique, sociale, nous ne communiquons plus qu'en quatrième langue, celle des robots.
bonheur,dieu,folie,gloire,héros,intensité,langue,modernité,platitude,poésie,…

hommes
L'intellectuel est à l'aise dans les principes et maladroit - dans leur application. Chez les autres, c'est le contraire : « La règle reconnaître, l'exécutant haïr, - c'est abhorrer le traître, et flatter le trahir »* - Dryden - « T'abhor the makers, and their laws approve, is to hate traitors and the treason love ». Le sot ne parvient pas à lire la règle, il n'en voit que des applications. Le sage se désintéresse des applications et ne sonde que le langage des règles.
haine,intelligence,langue,ordre,philosophie,réalité

hommes
Le nombre, l'atome et l'ADN sont plus près du dessein divin que le prix, le matériau ou l'élevage ; c'est pourquoi la science, plus souvent que la technique, devrait interpeller l'âme. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » - Rabelais. De nos jours, plus répandu est le vice inverse : quand la conscience ne s’appuie que sur la science, sur le progrès technique, l’âme, c’est-à-dire le soi particulier, finit par se fusionner avec l’esprit commun. L’extinction moderne des âmes y a son origine.
âme,conscience,esprit,langue,modernité,mouton,ruines,science,soi

hommes
Faire table rase du passé n'est pas la vraie barbarie ; la vraie, c'est ne vivre que dans le temps, ne pas s'apercevoir de l'intemporel, traversant les époques, les langues, les savoirs.
langue,savoir,temps,vie

hommes
Le simple peut être profond, il ne sera jamais haut. Les simplets se croient complexes, puisqu'ils ont des appétits variés. L'homme de goût cultive surtout ses bonnes soifs, complexes et électives. L'époque préfère amonceler des complexités dans la même utilité syntaxique plutôt que redevenir naïve dans une nouvelle sémantique.
commencement,hauteur,langue,modernité,simplicité,utilité

hommes
Tous nos sentiments et toutes nos pensées sont communs à l'humanité entière ; ils sont des produits de notre adaptation langagière, conceptuelle, pragmatique. On ne peut se distinguer que par ses métaphores, mais même celles-ci sont souvent grégaires ; enfin, le seul à avoir encore de la personnalité est le créateur ; les autres n'ont qu'à se lamenter : « Par souci de conservation, les hommes s'adaptent aux autres, et ainsi se perdent »** - Prichvine - « Приспособляясь, люди хотят сохранить себя и в то же время теряют себя ».
création,idée,langue,métaphore,mouton,sentiment,voix

hommes
Certains portent le lien avec leur terre natale comme une peau de serpent, dont la mue les en sépare sans douleur et les métamorphose. D’autres, plus viscéraux, s’attachent à leur patrie par la musique (celle de la langue ou celle du regard sur la nature ou la culture). On abandonne la peau, on enrichit l’oreille.
culture,langue,musique,nature,regard,souffrance

hommes
L’Histoire n’est qu’un dictionnaire décoratif et décousu de nos discours ampoulés et irresponsables. « Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout »** - Valéry. Tout ce qu’il y a de valable en littérature se passe de noms propres et de dates.
art,histoire,langue

hommes
L’homme, à partir d’un lien syntaxique imposé (sa naissance, résumant son essence, avec des organes innés du Bien, du Beau, du Vrai), devient créateur de liens sémantiques, répartis entre le vouloir, le pouvoir, le devoir, le savoir. Cette création s’appelle existence. L’existence, en accord avec l’essence, forme les seuls deux sujets, dignes d’une spéculation philosophique, – le besoin de consolation (ou le goût de la caresse, les deux - opposés à la possession) et la richesse (opposée à l’algorithme) du langage.
beauté,bien,caresse,concept,consolation,création,être,langue,maîtrise,philosophie,…

hommes
La seule véritable philosophie est chrétienne et européenne, puisqu'elle est la seule à savoir mettre au centre la pitié et le langage.
christianisme,europe,langue,philosophie,pitié

hommes
Un nationalisme réfléchi, en littérature comme en politique, est toujours abjecte ; seul un nationalisme pulsionnel est pardonnable (Hölderlin, dont les firmaments anxieux me sont chers, ou bien Dostoievsky, chez qui tout n’est que pulsion). Un cosmopolitisme n’est bon que réfléchi, surtout chez les polyglottes (Nabokov ou G.Steiner, deux auteurs, dont les horizons me sont les plus proches) ; pulsionnel, chez les monoglottes, il ne traduit qu’un artifice de l’âme et une froideur de l’esprit.
âme,angoisse,auteur,élan,esprit,hauteur,langue,proximité,raison

hommes
En quoi le poète et le mathématicien se distinguent des autres hommes ? Surtout, dans le fait, que les mots de ceux-ci visent directement la platitude des choses, tandis que les symboles de ceux-là s’attachent aux représentations, où règnent la séduction ou la déduction, la hauteur ou la profondeur, la liberté du particulier ou l’harmonie de l’universel, le rythme d’une âme ou la mélodie d’un esprit. L’éternité sidérale écoute les créateurs ; le présent banal accueille les producteurs.
action,âme,création,esprit,éternité,étoile,hauteur,langue,liberté,modernité,…

hommes
Tout homme porte en lui des traits uniques, qui ne soient dus ni à l’expérience ni à la réflexion. L’homme est ce noyau inné, dur et ferme, et non pas un matériau malléable, jouet du hasard ou de l’action. En revanche, toute création exige l’usage des langages collectifs ; la personne humaine ne peut s’y manifester que furtivement, approximativement, dans un mélange inextricable du commun et de l’individuel. Voici une illustration de la différence entre l’Être et le Devenir.
action,création,être,intelligence,jeu,langue,mouton,nature,voix

hommes
Le langage (et donc les pensées) et les actions sont d’origine collective ; il est naïf de s’y imaginer dans une orgueilleuse solitude. « Je n’ai rien à voir avec ce système, rien même pour m’y opposer » - W.Whitman - « I have nothing to do with this system, not even enough to oppose myself to it ». On ne peut s’y opposer que par le rêve, dont est dépourvue ta nation. Tous tes compatriotes réclament une originalité, et nulle part on ne trouve autant de conformistes. Ailleurs, ce rebelle proclamait ce système - le plus grand des poèmes !
action,idée,langue,mouton,négation,poésie,rêve,révolte,solitude,voix

hommes
Le mystère, la poésie, le rêve disparurent de la littérature moderne ; tout son fond découle, directement, des actualités de l’année courante, et sa forme, c’est-à-dire le langage, est la même que celle qui se déferle des écrans.
art,langue,mouton,mystère,poésie,rêve,style

hommes
La grande littérature ne valait que par le chant langagier qui sortait des meilleures plumes ; depuis que nos scribouillards ne font qu’éructer leurs dénonciations des injustices fiscales ou détailler les parcours des intendants des finances, l’ennui, émanant de leur gribouillage, égale celui des polars, de la science-fiction, des bandes dessinées.
art,danse,discursif,ennui,grandeur,justice,langue,modernité,noblesse,style

hommes
Dans le langage abscons des philosophes bavards, on pourrait définir la tendance de passer de l’humanité moutonnière à l’humanité robotique comme le passage de l’altérité à la fractalité.
langue,mouton,philosophie,robot

hommes
Le fond de la vie est déterminé par sa fin ; sa forme découle de ses commencements. Le fond est, donc, inéluctablement, tragique, et la forme – métaphorique. Ce qui fait de la consolation et du langage – thèmes centraux de toute bonne philosophie. Les connaissances, les vérités, les libertés n’y sont que des moyens et non pas des buts.
commencement,consolation,langue,liberté,métaphore,philosophie,savoir,style,tragédie,vérité,…

hommes
Les communautés humaines se forment à partir des représentations communes ; le langage ne fait que se coller à ces représentations. D’où l’existence de communautés disparates au sein d’une même famille linguistique - communautés hispaniques, germaniques, francophones, italiennes, néerlandaises.
allemagne,espagne,france,italie,langue,représentation

hommes
Ma patrie n’est ni historique ni géographique ni linguistique ni psychologique. Il n’y a pas de frontières sur la planète appelée Hauteur, où chaque habitant est seul, sans partager avec personne son étoile ; avec ses compatriotes on y communique en langues artificielles - tonalités, mélodies, intensités, soupirs ou larmes.
auteur,étoile,frontière,hauteur,histoire,intensité,langue,mélancolie,musique,solitude

hommes
Dans l’élite, la première fonction de l’âme est de rêver ; celle de l’esprit – de créer. Les rêves faiblissent, et la création glisse vers l’absurdité, d’où l’intérêt du renouvellement des consolations et des langages. Jadis, seule l’élite laissait des traces dans la mémoire collective ; aujourd’hui – c’est la foule, qui ignore l'appel consolant et la richesse langagière. Mais le tragique reste une constante de l’élite ; il ne fut jamais une propriété de la foule. La calamité sociale est la soumission de l’élite à la foule.
absurde,âme,consolation,création,défaite,élite,esprit,langue,mémoire,mouton,…

hommes
Tout compte fait, les soucis des sages – la consolation et le langage – préoccupent même les ploucs, mais chez qui on ne voit que « piteuses caresses, querelles mesquines »* - Z.Hippius - « их ласки жалки, ссоры серы » - miséricordes collectives normatives, révoltes verbales mécaniques.
caresse,consolation,langue,lutte,modernité,mot,mouton,pitié,révolte,robot

hommes
Avant l’apparition de gazettes, de télévisions et de réseaux sociaux, la langue des ploucs contenait autant de diversité que celle de la marquise de Sévigné. « Le peuple, désormais, parle comme le journal » - A.Suarès. Aujourd’hui, la même indigence frappe l’élite et la foule.
élite,langue,modernité,mouton,temps,voix

hommes
L’aspect abstrait de la technique moderne peut être aussi intéressant et profond que celui de la langue ou du livre. Il ne faut pas mélanger les messageries d’avec les messages. Nos contemporains s’acharnent contre l’aspect pragmatique de la technique, exactement dans les mêmes termes que A.Suarès, H.Hesse ou Heidegger, sans le talent du premier, sans la poésie du deuxième, sans l’intelligence du troisième. C’est l’abandon de l’abstrait qui est la vraie triste originalité de nos écrivailleurs. Rien de plus ennuyeux que le concret du présent.
art,ennui,esprit,hauteur,intelligence,langue,modernité,poésie,voix

hommes
Les Normaliens et les notables de Sciences-Po tiennent des langages éminemment différents ; la culture littéraire ou scientifique écrase la nature du lucre ou du fonctionnariat. En revanche, le Hollywood et le Stanford abordent les mêmes sujets, sous le même angle, avec les mêmes perspectives. La verticalité et l’horizontalité.
amérique,argent,art,culture,france,hauteur,langue,modernité,nature,science

hommes
Manine, l’un de mes maîtres de la chaire d’algèbre à Moscou (et où brillait Chafarévitch), vient de mourir. Plus que de la géométrie algébrique, j’avais parlé avec lui de Rilke (que nous traduisions tous les deux), de O.Spengler ou de W.Schubart. Nous partagions aussi l’intérêt pour les langues. Sa vision de la mathématique comme d’une métaphore du réel était très profonde et belle. Il me fascinait avec l’image de l’homme naissant de lumière (l’ange) et non pas de matière (la bête), dans un Univers sans masse, juste après le Big-Bang. Et j’appris récemment, qu’il était l’un des premiers (avec R.Feynman, dont je connus bien la sœur) à suggérer l’idée du calcul quantique.
ange,auteur,beauté,langue,matière,métaphore,mort,poésie,réalité,russie,…

hommes
Un intellectuel se reconnaît par ses contraintes, dont la première consiste à se taire sur des sujets irrémédiablement mesquins. Exceptionnellement, un don langagier ou spirituel peut élever même des vétilles à une hauteur insoupçonnée. Ces dons devenant de plus en plus rares, l’intellectuel est condamné à disparaître de l’espace public, car les magnats des média, ses mécènes, finiront par s’apercevoir de la banalité de ses avis sur des matières communes. Ce qu’on ne peut pas chanter, il faut le taire !
contrainte,danse,défaite,esprit,grandeur,hauteur,langue,mouton,platitude,style

shakespeare w.
And this our life, exempt from public haunt, finds tongues in trees, books in the running brooks, sermons in stones, and good in everything.

Et notre vie, loin des forums, trouve langue en arbre, livres en torrents, sermons en pierres et du beau en tout.
hommes
Sur les forums, la langue est en bois, le livre - en eau courante, le sermon - en béton et le beau - nulle part.
arbre,beauté,éléments,intensité,langue,mouton,platitude,style

voltaire f.-m.
À tous les cœurs bien nés que la patrie est chère.
hommes
Le cœur, c'est la musique ou le chuchotement d'un langage. La tête, c'est l'appel des questions et la portée des réponses. Le monde s'exerce de plus en plus en dialogues et se moque de soliloques musicaux. La patrie des têtes sera unique, elle s'appelle la Bourse. Les cœurs déchus garderont leurs titres de noblesse virtuelle et leurs superstitions rituelles dans un monde républicain et laïc.
argent,cité,cœur,défaite,langue,musique,noblesse,question,raison,solitude
 

introduction intelligence
INTELLIGENCE : L'habitat unique de l'intelligence est le cerveau ; et lorsqu'on tente de lui attribuer une résidence secondaire du côté du cœur, les indigènes naïfs et fervents la rejettent ou l'isolent. Ses quatre nervures sont : concevoir, interroger, résoudre, interpréter. Quatre motifs langagiers les tapissent : les concepts, les mots, les logiques, les dialogues. Sa raison d'être est dictée soit par les pieds mesurant la solidité du plancher, soit par les yeux, qui clament la hauteur du plafond percé.
cœur,création,esprit,hauteur,idée,interprétation,langue,raison,simplicité,intelligence

chœur intelligence
IRONIE : L'ironie est ce qui permet le mieux à l'intelligence de se tenir en éveil. La méta-intelligence est un besoin ironique de secouer le sommeil du langage. C'est l'intelligence sérieuse qui a le vent en poupe, avec son langage unitaire, porteur d'un sens étriqué et définitif, sans lacunes ni failles, où se faufilerait un nouvel analyseur ironique.
esprit,langue

chœur intelligence
DOUTE : Plus un benêt doute, plus il tombe sur des idées reçues. Le sage prend une idée reçue et construit autour d'elle un délicieux doute. Le sage est, avant tout, un polyglotte : il est crédule ou tatillon en fonction du langage, que choisit, capricieuse, son intelligence polymathe. L'opportunité du doute est question de saison langagière ; il y en a qui préfèrent l'automne caduc au printemps éternel.
climat,esprit,idée,langue

intelligence
Trois niveaux de discours : énoncer, poser, formuler - se désintéresser de la réponse, la laisser au lecteur, la mettre dans la question même, sous forme de belles inconnues. Athlète, ascète, esthète.
arbre,beauté,force,langue,question

intelligence
Deux familles de philosophes : partant des sciences ou animés par l'art, charlatans ou poètes. Chez les premiers, deux sous-espèces : obnubilés par les sciences anecdotiques (Hegel, Marx) ou abusés par les sciences rigoureuses (Spinoza, Husserl). Chez les seconds : se tournant vers notre facette religieuse (Nietzsche), langagière (Valéry), stylistique (Cioran).
art,langue,philosophie,poésie,religion,science,style

intelligence
L'erreur des structuralistes et des philosophes analytiques est de voir le signifié dans la réalité, tandis qu'il est toujours dans la représentation, et d'analyser le signifiant dans le contexte de la réalité et non pas de la représentation.
interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

intelligence
L'idée n'est pas une donnée, qui désigne, mais une requête, qui interroge ; elle est davantage dans le modèle que dans le langage ; l'essence du mot n'existe pas, n'existe que sa fonction désignatrice ; ce n'est pas aux symboles qu'elle renvoie, mais aux objets du modèle.
concept,être,idée,langue,question,représentation

intelligence
Toute théorie s'articule dans un langage conceptuel de représentation, et elle est sondée par un langage naturel de communication. Le premier n'a presque rien de langagier, le second n'a presque rien de représentatif, et c'est l'imbroglio entre les deux qui est entretenu par les philosophes, attribuant au second des propriétés du premier.
école,erreur,esprit,idée,langue,philosophie,représentation,système

intelligence
Ce que j'appelle monde conceptuel est un vécu, ordinairement chaotique, qu'une sollicitation langagière anime, organise, focalise pour résoudre le problème, que dégage du discours notre machine logique. Toute théorie et tout modèle logent dans ce monde bercé par le désordre. Le langage, lui, ne contient ni théories ni esprit.
école,esprit,idée,langue,ordre,raison,représentation,système,vie

intelligence
Pour les tâches de représentation on devrait exclure le terme de langage et parler d'outillage conceptuel. Le langage n'intervient que dans des règles et dans des requêtes du modèle conçu.
création,esprit,idée,langue,question,représentation

intelligence
L'homme se mesure à la réalité par deux moyens : en monologue-représentation (objets, relations, qualificatifs) ou en dialogue-interprétation (langage, images, allégories). D'où deux types d'intelligence : analytique et synthétique, la réflexion tâtonnante et le réflexe câblé, chacun avec une part préalable d'intuition et d'imagination, qui sont de l'intelligence mystérieuse, opposée à l'algorithmique.
concept,esprit,interprétation,langue,mystère,réalité,représentation,robot,style

intelligence
Penser, c'est être plus à l'aise à manier les étiquettes des choses plutôt qu'à remuer les choses elles-mêmes.
langue,réalité,représentation

intelligence
Quatre facultés forment l'intelligence complète : faculté de bâtir des modèles de l'univers, faculté d'élaborer un langage des questions (sur ces modèles), faculté de répondre à celles-ci, faculté d'interprétation des réponses en vue de déboucher sur un comportement sensé.
action,esprit,interprétation,langue,question,représentation

intelligence
La science est ce qui n'a pas besoin d'intermédiaires entre le fait et la pensée. L'art est un monde, où le fait et la pensée ne sont que deux langages de plus, rien de plus.
art,idée,langue,réalité,science

intelligence
La philosophie française s'inspire des oppositions inintéressantes, p.ex. : ordre - désordre (Descartes), le tout fait - le se faisant (Bergson), l'être - le néant (Sartre, ou l'avoir de G.Marcel). Le contraire intéressant d'ordre est gratuité, celui de tout fait - provisoirement dit, celui d'être - la personne.
action,esprit,être,langue,négation,ordre,philosophie

intelligence
Il ne faut pas être excessivement perspicace pour voir, que le mythe (discours sans références) rencontre, au sommet, le logos (discours référencé). La réaction intelligente eût été de se rire du logos et de s'adonner au mythe. Mais c'est la réaction bête qui l'emporte : surcharger le logos et laisser s'échapper le mythe. L'inexistentialisme ailé céda à l'existentialisme zélé.
esprit,être,ironie,langue,philosophie,représentation,rêve,temps,universel

intelligence
Le regard, en littérature, c'est l'élégance du passage du mot à la vie, sans trop s'attarder au modèle. Se barricader dans le modèle est la tare du scientifique borné.
art,jeu,langue,regard,représentation,savoir,vie

intelligence
Le philosophe pense, qu'en creusant les choses, il atteint une identité verbalisable de plus en plus respectable. Mais leur fond est aussi sans poésie que leur surface. La poésie, c'est la manière de s'éloigner des choses et de peindre la hauteur avec des couleurs empruntées aux choses. Les choses, c'est à dire la science, peuvent être exclues de la philosophie : « Tout ce que peut espérer le philosophe, c'est de rendre la poésie et la science complémentaires » - Bachelard - apporter une forme poétique maîtrisée au fond scientifique intuitif, celui-ci ne servant que de garde-fous, pour ne pas proférer de trop grosses sottises.
authenticité,esprit,hauteur,langue,philosophie,poésie,proximité,réalité,science,style,…

intelligence
La quête du réel élabore le modèle ; la quête du concept aboutit à la référence ; la quête du vrai bâtit l'énoncé. Ne pas se tromper de type de quête ni de genre de son produit. Savoir intervertir leur chronologie ; cacher la main et son pinceau, le pied et sa danse, mais pas le visage.
action,création,danse,erreur,esprit,idée,langue,question,réalité,représentation,…

intelligence
Un, deux, trois - toute l'algèbre du goût est là : un, le repli ou la tautologie - l'art pour l'art, le savoir pour le savoir ; deux, la fuite ou le combat - échapper à l'acte ou défier le mot ; les triades - le pour de la mémoire, le contre de la machine, les deux dans un langage émergeant de l'âme. La part du monocorde, du binaire, du trivial.
action,âme,art,goût,langue,lutte,mémoire,robot,savoir,solitude

intelligence
Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens.
chemin,concept,discursif,interprétation,langue,représentation

intelligence
Deux cas qui m'intriguent : Wittgenstein et Valéry. Tous les deux ne connaissent rien ni en linguistique ni en logique ; mais dans leurs avis respectifs la-dessus, le premier est complètement niais et le second – exceptionnellement brillant. Le premier est homme subtil et penseur nul ; le second est penseur subtil et homme nul.
esprit,langue,science

intelligence
Ce livre a bien une ambition philosophique : primo, je voudrais qu'un cœur noble (donc, angoissé) y trouvât de la consolation dans mon affirmation de la gratuité divine du bon et du bien ; secundo, je voudrais qu'un esprit noble (donc, universel) y trouvât de l'intelligence humaine, qui est dans la maîtrise des frontières entre la réalité, la représentation et le langage.
angoisse,auteur,cœur,consolation,esprit,frontière,langue,noblesse,philosophie,réalité,…

intelligence
Etant donnée une pensée, plus facilement on passe d'une traduction à une autre, plus forte est l'impression, que la construction, c'est-à-dire le mot, est la seule réalité digne d'être préservée et que les pensées n'existent pas.
création,esprit,idée,interprétation,langue,réalité

intelligence
La logique fait partie de la langue naturelle comme la philosophie fait partie de la poésie. Et la rigueur logique apporte à la philosophie la même chose que la grammaire à la poésie, c'est-à-dire rien. Il n'y a pas moins de logique chez Cioran que chez Wittgenstein. Les perles syllogistiques ou grammaticales ne séduisent que des mollusques des profondeurs sans vie.
hauteur,langue,maxime,poésie,philosophie,platitude,poésie,raison,vie

intelligence
Rien de conceptuel ne peut être profond ou rigoureux, si sa seule expression et justification se réduit à la langue ; ce qui condamne et la dogmatique de l'être (les grammaires indo-européennes) et la sophistique du devenir (la poésie européenne). Et quoi qu'en pensent les cartésiens, en philosophie domine la dialectique osée et non pas la logique rusée.
être,europe,idée,langue,poésie,science

intelligence
L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié !
ange,caresse,être,exil,justice,langue,lutte,mot,ordre,question,…

intelligence
« Les philosophes et les poètes d'origine possèdent la Maison, mais restent des errants sans atelier ni maison »** - R.Char - ruines, le nom que prend la Maison ainsi possédée et qui cesse d'être habitable. Ce qui réside légalement dans le langage porte un nom beaucoup moins ectoplasmique - la vérité cadavérique, réceptacle du désoubli de l'Être. Les ruines, cette vénérable demeure, hantée par le rêve et la caresse, où l'on héberge les invariants de tout mouvement (Goethe, n'y voyant aucune tour debout, ne reconnut pas les ruines discrètes). L'être n'habite que la réalité, il est la chose, qui est source des objets de la représentation et cible des mots du langage.
concept,être,exil,immobilité,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,rêve,…

intelligence
La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace.
être,interprétation,langue,matière,philosophie,représentation,temps,vie

intelligence
La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan.
action,esprit,être,interprétation,langue,liberté,ordre,savoir

intelligence
Le sot exhibe ses bêtises quotidiennes, le médiocre les camoufle, le subtil les traduit en sagesse purement langagière. La sagesse n'est pas dans le rejet des idées stupides, mais dans l'art de leur relecture intelligente, c'est-à-dire ironique. L'immaturité ou la pâleur des images retiennent le sage d'ouvrir la bouche. La vraie sagesse est dans le ton et le regard et non pas dans le choix des choses à dire. La bêtise comme l'intelligence se montrent par leur dit ; c'est le non-dit qui leur laisse l'avantage d'un doute.
doute,esprit,idée,inconnu,ironie,langue,musique,philosophie,platitude,regard,…

intelligence
La chose : dans la réalité – chose en soi ; dans la représentation – concept surgissant de la réalité ; dans le langage – notion, munie de sons, d’images et d’intensités, notion surgissant de la représentation et renvoyant à la réalité. Les seuls domaines, qui échappent à cette triade, sont : la mathématique se passant de réalité et la musique se passant de représentation et de langage.
concept,intensité,langue,musique,réalité,représentation,science

intelligence
Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification)
arbre,création,erreur,frontière,idée,interprétation,langue,maîtrise,réalité,représentation,…

intelligence
La logique, ce modèle-noyau intemporel, donnant lieu à trois super-structures spatiales : la profondeur scientifique, la hauteur philosophique, l'étendue langagière.
esprit,hauteur,langue,philosophie,raison,représentation,science,temps

intelligence
Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique.
arbre,concept,être,europe,langue,négation,réalité,représentation,science

intelligence
Les coupures épistémiques surgissent dans l'espace plutôt que dans le temps, notamment dans les passages : le monde - la représentation et la représentation - le langage. Les connaissances a priori, transcendantales (« Bedingungen der Möglichkeit von Erfahrung » - Kant), non langagières, interviennent dans le premier, tandis que toute la poésie et toute l'intelligence interprétative se retrouvent dans le second.
continuité,interprétation,langue,philosophie,poésie,représentation,temps

intelligence
Le cycle de vie d'une substance : la dénomination (langue), la déclaration (technique), l'insertion (événement), l'héritage (structures), l'habillement (essence - symptômes - accidents - attributs - liens - rôles - propriétés), la résolution de problèmes (logique).
concept,discursif,être,langue,mystère,réalité

intelligence
L'intellect est un orchestre, avec des instruments à vent – irascibles, et des instruments à cordes - sensibles. Du plein vent côté dents ou du bon doigté côté langue naissent des rythmes virils et des mélodies subtiles.
intensité,langue,musique,révolte

intelligence
Les symboles (ou les signes) sont des représentations minimales, des équivalents de noms, c'est à dire de références directes, d'accès immédiat aux faits par un méta-attribut de dénomination. Mais les connaissances s'attachent non pas aux symboles, mais au nom interne unique, qui, souvent, reste cryptique ou imprononçable tel le nom de Jahwé.
concept,inconnu,langue,représentation

intelligence
Tout ce que nous connaissons de la réalité provient de nos représentations ; l'appel à la réduction phénoménologique est creux, puisque il est impossible de s'abstraire du réel plus que nous ne le faisons déjà. Mais l'appel à la réduction eidétique est encore plus irrecevable, puisque l'essence pure des phénomènes s'ensuit immédiatement des concepts, formés dans la représentation. La phénoménologie, comme la philosophie analytique, sont deux charlatanismes, fondés sur l'inattention à l’interprétation ou à la représentation, ces univers médiateurs, qui se logent entre la réalité et, respectivement, la conscience ou le langage.
absurde,être,idée,langue,philosophie,réalité,représentation

intelligence
La hiérarchie des esprits s'établit d'après la nature du langage qu'il adopte ; au sommet se trouve le génie, qui est le langage de l'âme. « L'intelligence est un esprit mécanique, la subtilité – le chimique et le génie - l'organique » - F.Schlegel - « Verstand ist mechanischer, Witz ist chemischer, Genie ist organischer Geist ».
âme,élite,esprit,langue,robot

intelligence
Dans un système fermé, les structures sont irréductibles à la logique et vice versa. Mais dès qu'on s'ouvre à un nouveau langage, on peut distribuer toute logique en nombre de structures et aplatir toute structure en pures relations logiques, c'est cela, les ruptures épistémiques entre le gnoséo-morphique et le gnoséo-logique.
concept,continuité,école,langue,raison,système

intelligence
Le cerveau de l'homme, ce sont trois machines : la conceptuelle, la linguistique et la logique. Le plus curieux, c'est que chacune d'elles, apparemment, contienne les deux autres ! La mécanique terrienne s'insurge, la mécanique sublunaire triomphe !
défaite,esprit,idée,langue,raison,représentation

intelligence
Toute bonne philosophie doit inclure les trois facettes kierkegaardiennes : l'éthique, l'esthétique, la mystique. La mystique, pour vénérer, plutôt que savoir ou prouver. L'esthétique, pour admirer, plutôt que narrer ou développer. L'éthique, pour aimer, plutôt qu'ordonner ou obéir. La mystique s'occupera du langage, de ce dépositaire du vrai. L'éthique et l'esthétique se dévoueront à la consolation de l'homme en détresse, en créant l'illusion d'une profondeur du beau ou d'une hauteur du bon.
amour,beauté,bien,consolation,défaite,discursif,hauteur,langue,philosophie,vérité

intelligence
Les profonds annoncent, que le monde doit être vécu comme une grande question. Les hautains - comme une réponse, mais formulée en une langue étrangère. Et il est ridicule de la réduire à nos plates questions, où les choses obstruent les mots.
langue,platitude,question,réalité

intelligence
La philosophie ne devrait se dédier ni à l'explication du monde ni à sa description, mais à la défense de la musique, pour consoler l'homme ou pour faire aimer la vie, à travers un langage métaphorique. Deux tâches, la première a pour partenaires – la religion et l'art, et la seconde – la science. La science s'occupe de deux choses – du langage et du sens. « L'art n'a que deux thèmes : l'appel et la consolation » - Iskander - « У искусства всего две темы : призыв и утешение » - l'appel étant une consolation, il y aurait encore moins de thèmes.
art,consolation,discursif,langue,métaphore,nature,musique,religion,science

intelligence
Ils plaquent leurs pensées mûres sur le langage, ils les y logent. Moi, au contraire, j'insuffle du langage dans une forme attrayante, mais presque vide. Une fois la diffusion ou le moulage réussis, j'assiste à la naissance ou j'assiste la naissance d'une pensée. Si intelligence il doit y avoir, dans l'écriture, ce serait celle du pressentiment de pensée et de la recherche d'un fond pour une forme toute prête.
art,commencement,idée,langue,style,vide

intelligence
On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ».
doute,être,idée,interprétation,langue,mystère,question,raison,réalité,représentation,…

intelligence
Une fois qu'on a éliminé des interprétations fautives, dues à l'ignorance, il doit rester un champ infini pour des interprétations diverses et contradictoires, venues de la créativité et de la liberté, l'admettre, c'est être un Ouvert. « Au commencement était l'Ouvert » - Hésiode.
arbre,commencement,langue,négation,ouvert,philosophie

intelligence
Tout événement a trois valeurs : la symbolique (nos langages), la scientifique (nos représentations), la mystique (nos intelligences et sensibilités). Chacune des trois peut ignorer les deux autres ; seule la philosophie en tente l'équilibre.
axe,balance,esprit,langue,mystère,philosophie,représentation,science

intelligence
Personne ne peut choisir de couper les ponts avec la réalité, puisque personne n'est autorisé de s'y rendre. On ne communique avec elle qu'à travers un langage sans miroirs ni traduction automatique. La réalité aide à forger un lexique : noms de choses, verbes de liaison, déterminants paraboliques. Mais l'essentiel du message est dans cette belle et féerique liberté de mise en voisinage, engendrant des rythmes et harmonies, qui perdureraient dans mille substitutions lexicales.
arbre,langue,liberté,musique,ordre,réalité

intelligence
La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée.
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intelligence
Le concept central, dans notre machine extra-langagière, est l'identité (l'Un, la durée, avec ses débordements phénoménologiques : se manifester, communiquer, ou épistémologiques : savoir, penser, ou ontologiques : être, exister). Aucune langue ne le couvre - on ne peut philosopher que grâce aux lacunes du verbe être. Curieusement, le français, avec même - tandis qu'on a same et self, derselbe et selbst, тот же et сам - ne distingue pas l'identité des objets aux références différentes (mêmeté) de l'identité avec l'acteur d'un scénario (ipséité).
concept,être,france,idée,jeu,langue,philosophie,raison,russie,savoir

intelligence
L'informaticien et le linguiste ricanent en voyant le philosophe patauger au milieu des logiques et des langages. La défense du merveilleux, face à la déferlante mécanique, - c'est peut-être le seul domaine, où le philosophe a encore son mot à dire, à cause de la défaillance du poète. Puisque « la conscience d'avoir frôlé le merveilleux arrive trop tard » - Blok - « сознание того, что чудесное было рядом, приходит слишком поздно ».
défaite,école,langue,modernité,mystère,philosophie,poésie,raison,robot

intelligence
L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints.
concept,esprit,être,idée,interprétation,langue,matière,mystère,ordre,poésie,…

intelligence
Une philosophie parfaite est la rencontre d'un esprit mathématique et d'un langage poétique, rencontre, qui n'est pensable qu'en Allemagne (Heidegger eut raison de ne pouvoir imaginer un commencement philosophique qu'en Grèce et Allemagne).
allemagne,commencement,grèce,hommes,langue,philosophie,poésie,raison

intelligence
Au sommet (mystique) de la philosophie, s'ouvrent deux versants : l'éthique et l'esthétique, la vie ou l'art, la consolation ou le langage, la mélancolie ou la tragédie, la noblesse ou le style. L'angoisse et la pitié aristotéliciennes tapissent le premier, la volonté de puissance nietzschéenne permet d'accéder au second.
angoisse,art,beauté,bien,consolation,force,hauteur,langue,mélancolie,mystère,…

intelligence
Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse.
antiquité,chemin,école,hommes,langue,modernité,négation,représentation

intelligence
Un langage, c'est une langue plus une intelligence. Celui qui ne tient en bride qu'une des deux est un artisan, artisan raisonneur ou artisan descripteur. Avec la maîtrise des deux on a une chance de devenir artiste. Un génie est presque toujours un artisan exceptionnel, sans être nécessairement un artiste.
art,discursif,langue,maîtrise,raison

intelligence
Tout se modélise dans une représentation complète : la substance, l'essence, l'existence. On peut donc en chasser, techniquement, aussi bien le mot que la réalité, c'est à dire la métaphore et la sensation.
langue,métaphore,poésie,réalité,représentation

intelligence
Trois rôles irréductibles du modèle conceptuel : servir de fond pour l'analyseur sémantique des requêtes langagières, évoluer intrinsèquement, mieux refléter la réalité de référence. Rôle d'axiome, rôle de théorème, rôle d'intuition.
idée,jeu,langue,question,réalité,représentation

intelligence
Ils ont épuisé l'idée de Divinité et trouvant le moi trop transparent se sont rabattus sur l'occulte Être, moins humain et légèrement moins sot que l'Existence, et dont le moi serait le Berger. L'homme serait l'être à venir et à se réduire à l'histoire, l'auteur serait mort et l'univers se refléterait dans la langue, l'ontologie effacerait la métaphysique. Des sources du nouvel anti-humanisme.
commencement,dieu,être,histoire,humanisme,langue,mort,philosophie,soi

intelligence
L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves.
concept,consolation,contrainte,être,hauteur,interprétation,langue,philosophie,platitude,représentation,…

intelligence
Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation !
âme,chemin,dieu,être,hauteur,idée,langue,maîtrise,mystère,regard,…

intelligence
Les sens apportent à l'esprit des signaux émanant de la surface des choses ; l'esprit y introduit une épaisseur de concepts. Originellement, la langue vise les choses, mais sa richesse intrinsèque la réoriente vers l'univers des concepts ; on préfère l'interlocuteur qui cherche à l'observateur qui trouve. Et l'on finit, dans le plus pur des discours, par ne plus interpeller que les concepts. Les sens de l'homme, l'essence des concepts, les sens des idées - tel est le dénominateur phonétique commun de la triade : sensibilité, créativité, intelligence.
ange,commencement,création,esprit,idée,langue,réalité,représentation

intelligence
Sur les chemins des passions comme sur ceux de la connaissance, à tout tournant, il y a deux types d'attitudes : le sacrifice ou la fidélité. Pour les ancrer à la réalité, on imagine les lieux de la fidélité et les instants du sacrifice. Ce que sous-tend la fidélité s'appellera - sur ce parcours - l'être immuable, et ce qui a la malchance de passer par le sacrifice sera voué - provisoirement - au néant. fluide « Ce qui est n'évolue pas ; ce qui évolue n'est pas » - Nietzsche - « Was ist, wird nicht ; was wird, ist nicht ». Dans un langage moins hypocrite on les appelait jadis Dieu ou Satan.
amour,chemin,dieu,être,immobilité,langue,mal,pose,sacrifice,savoir,…

intelligence
Nous avons trois interprètes : le langagier, le conceptuel, l'applicatif. Qui génèrent l'expression, le contenu, le sens. Et ces trois ne coïncident jamais.
esprit,idée,interprétation,langue,raison,réalité,style

intelligence
Bâtir un modèle ou l'interroger, l'intelligence de l'âme ou l'intelligence du langage ; la conception, enrichissant un discours intérieur, ou la construction, résumant un discours extérieur. Deux activités dont la seconde se réduit, à moitié, à la première. Pour l'intelligence, le modèle est au-dessus de la requête ; pour le poète, la requête s'émancipe du modèle ; pour le philosophe, celui qui sait préserver l'étonnement de la conception et du questionnement, - les deux se valent. « L'interrogation véritable n'exprime pas un problème, mais indique plutôt un petit mystère »** - Merleau-Ponty.
âme,création,étonnement,langue,mystère,philosophie,question,représentation

intelligence
On prouve son intelligence, quand on apprend à naviguer entre le langage, la théorie (modèle) et la réalité. Mais on n'atteint la sagesse que quand on se contente d'admirer des figures du langage au-dessus des modèles formels, se désintéresse du savoir (contenu du modèle instancié) et se détourne de la réalité (qui, de toute façon, ne fait que confirmer ce que souffle le modèle).
esprit,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,savoir,style,système

intelligence
Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné.
esprit,être,frontière,idée,langue,liberté,réalité,représentation,robot

intelligence
On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ».
concept,discursif,être,inconnu,interprétation,langue,mystère,représentation

intelligence
La meilleure preuve de l'existence de la pensée non-langagière : la performance (sélection et déclenchement de bonnes règles) se passant de compétence (justification du choix de règles) ou la précédant. À l'autre bout de la chaîne intellectuelle : la reconnaissance, que penser et exprimer sa pensée sont deux dons bien distincts. La mathématique en est marquée au même point que la poésie : « Exprimer une grande idée, c’est une chose aussi délicate que sa conception même » - Grothendieck, mais je sais, que tu vises, hélas, l'appartenance et non pas la factorisation.
action,idée,langue,raison,savoir,science

intelligence
Les soupçonneux, Marx et Freud, placent, respectivement, la valeur (la conscience de classe) et le sens (de l'inconscient) avant le discours, ce qui correspondrait plutôt à la focalisation et aux intentions ; les valeurs naissent au cours de l'interprétation (l'axiologie plutôt que l'herméneutique) et le sens est un effet des substitutions.
arbre,axe,balance,cité,honte,interprétation,langue

intelligence
L'idée, se virtualisant dans les mots et s'actualisant dans les concepts, est trop près de la réalité, pour que je la prenne pour un point de départ vers la hauteur. Le mot ou le concept, au moins, par leur aspect plus hautain, promettent des chutes plus retentissantes.
commencement,défaite,grandeur,hauteur,idée,langue,mot,proximité,réalité,représentation

intelligence
Il ne faut pas être philosophe pour continuer à questionner jusqu'à l'infini (Deleuze), n'importe quel sot en est aussi capable ; mais le philosophe, contrairement aux autres, va vers des questions de plus en plus simples, pour arriver au point zéro des quêtes, où naissent, simultanément, le mot, le concept et la réponse.
esprit,idée,langue,mot,philosophie,question,simplicité

intelligence
La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ».
discursif,erreur,esprit,intensité,langue,liberté,maxime,représentation,valoir,vie

intelligence
De Spinoza à Husserl, ces insipides et lourdes tentatives de faire de la philosophie une science rigoureuse, de lui apporter de l'étendue en la faisant parler le langage des mathèmes ou philosophèmes ; tandis que seul celui des poèmes promet de munir de hauteur son semblant de profondeur. Poétiser et philosopher sont des synonymes - être au-dessus du temporel, croire en simultanéité avec la vie et non pas au : « D'abord vivre, et philosopher - après » - « Primum vivere deinde philosophare ».
ennui,hauteur,langue,philosophie,poésie,vie

intelligence
La représentation est la maîtrise des substances, et la volonté est le reflet des apparences - telle est la banalité pragmatique ; mais pour Schopenhauer, c'est l'inverse : la volonté serait une substance transcendantale et la représentation - une apparence transcendantale. Ces avortons d'adjectifs faussent tant de généalogies.
être,langue,maîtrise,philosophie,représentation

intelligence
Spinoza et Leibniz confondent, tout le temps, la représentation avec l'expression, en voyant dans les attributs (ou la monade finie) expression de la substance (de la monade infinie) et non pas représentation ; l'expression n'est qu'un mode d'accès langagier au déjà représenté.
concept,être,inconnu,langue,philosophie,représentation,style

intelligence
Le structuraliste : vous avez beau changer le décor, vous jouez les mêmes rôles ; l'existentialiste : le jeu d'acteur ne vaut que par une mauvaise mémoire dans l'absence de souffleur ; le postmoderne : ce n'est pas le sens des scènes et des caractères qui rend l'essentiel, mais l'absurdité du langage. Et si c'était l'écart entre mes planches, le parterre et le paradis ?
absurde,jeu,langue,mémoire,philosophie,proximité

intelligence
Que deviendrait le corpus philosophique, si l'on le purgeait de tout élément vibratoire ou mystique ? - on ne garderait qu'Aristote et Kant, deux ignares en langages et en désespoir, les deux seuls sujets, dignes d'un intérêt philosophique !
élan,espérance,langue,mystère,philosophie

intelligence
La philosophie est la promptitude et la maîtrise pour sauver le plus défaillant des trois protagonistes : l'intelligence, le langage, la sensibilité. Ce qui est infiniment plus élastique que la vue bien bornée et partiale de Wittgenstein : « La philosophie est une lutte contre la manière, dont le langage ensorcelle l'intelligence » - « Die Philosophie ist ein Kampf gegen die Verhexung unseres Verstandes durch die Mittel unserer Sprache » - la philosophie, au contraire, est la fusion avec le langage, la confiance faite au langage, au détriment de la réalité et de la représentation.
âme,consolation,esprit,langue,lutte,maîtrise,philosophie,réalité,représentation,sentiment,…

intelligence
Les Orientaux poussent le goût des sacrifices jusqu'à vouloir sacrifier des connaissances. Mais comment les effacent-ils ? Et à quelle ignorance les sacrifient-ils, à la terrestre ou à l'étoilée ? La connaissance n'est qu'une forme géométrique d'un langage pictural ; elle calcule la trajectoire et l'âge de mon étoile, mais c'est moi qui en reçois la lumière intemporelle, c'est moi qui en revis la naissance.
commencement,étoile,inconnu,langue,sacrifice,savoir,style

intelligence
L'étant représente et le fond et la forme : le fond est l'étant, qui rend l'essence des choses, « la forme est l'étant, qui donne l'être aux choses » - Lulle (Heidegger, à tort, attribue cette prérogative de la forme - au langage ; son être est le fond et son étant - le fondé).
être,esprit,langue,réalité,représentation,style

intelligence
Les hiérarchies intellectuelles en fonction des priorités dans la création - représentation, interprétation, langage - et dans sa grammaire - syntaxe, sémantique, pragmatique. Le génie d'Aristote, avec le primat du couple représentation-syntaxe, la médiocrité des stoïciens avec interprétation-sémantique, la chute finale de nos analytiques avec langage-pragmatique.
création,élite,esprit,interprétation,langue,philosophie,platitude,représentation,utilité

intelligence
La pensée est concevable sans langage des mots (parmi concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ces types de pensée cartésiens, seul affirmer réclamerait, éventuellement, le mot), mais elle ne peut pas se passer d'images ; et ceux qui définissent l'être comme ce qui se pense sans images ne savent pas ce qu'ils disent. Même le douteux synonyme pseudo-mathématique de l'être, l'ensemble vide, se présente à notre imagination comme équivalent d'un élément neutre pour l'opération d'union des ensembles (comme le zéro arithmétique), et la neutralité est une image parfaitement rationnelle.
esprit,être,idée,langue,mot,raison,science,vide

intelligence
Percevoir, concevoir, interroger le conçu - tel est le cycle de la connaissance. Sentir l'existence dans le réel, créer le concept dans la représentation, interpréter la pensée dans le langage, revoir le concept dans l'imagination.
création,idée,langue,question,représentation,retour

intelligence
Le style naît surtout de l'élégance des représentations non-langagières ; c'est pourquoi, de toutes les sciences dures, il n'existe qu'en mathématique, où la puissance interprétative ne vaut que par la qualité représentative.
élite,interprétation,langue,représentation,science,style

intelligence
Quelle misère, ne s'intéresser qu'aux phénomènes, auxquels se réduise l'être et aux noumènes, où se projette l'essence ! Les Grecs, comme la théologie chrétienne, se penchaient plutôt sur les passions, qu'une divinité docile interprétait ou rendait sacrées. Les phénomènes et noumènes sont des traces muettes, des traductions aléatoires, des passions, dont on ne maîtrisera jamais la langue.
amour,christianisme,être,grèce,interprétation,langue,maîtrise,platitude,représentation,sacré

intelligence
L'origine des concepts (objets ou relations) d'une représentation est triple : des espèces-constantes de la réalité, la langue, le libre arbitre. Trois clans, qui n'en reconnaissent qu'une seule, sont, respectivement : les platoniciens, les philosophes analytiques, les poètes. Avec leurs dominantes – la science, le bavardage, la musique. Vue sous cette angle, la philosophie ne peut être que de la poésie.
concept,idée,langue,liberté,musique,philosophie,poésie,réalité,représentation,science

intelligence
Fascinante et énigmatique inversion de la chronologie, en théorie ou en pratique de l'usage des représentations. En théorie : concevoir un modèle, bâtir une couche langagière au-dessus du modèle, formuler des requêtes, les interpréter, donner un sens «réel» aux réponses. En pratique : formuler un sens de la réalité, le considérer résultant d'une interprétation, imaginer des requêtes idoines, les placer dans un langage, réduire les représentations au seul domaine visé.
interprétation,langue,question,réalité,représentation,système,temps

intelligence
Pour les Professeurs de Philosophie, on ne peut consolider le concept que par un développement discursif - la misère ! Le concept évolue surtout grâce aux trois moyens : introduire de nouvelles propriétés (tâche représentative), imaginer de nouvelles requêtes (tâche langagière), créer de nouveaux outils logiques (tâche interprétative) - on enveloppe par la forme, plutôt qu'on ne développe le contenu.
discursif,idée,interprétation,langue,représentation,style

intelligence
L'espace, le temps, le langage - à ces trois attributs de notre existence correspondent, très précisément, les trois branches de la mathématique : la géométrie, l'analyse, l'algèbre. Le parallèle est si profond, que je serais tenté de l'attribuer au Très Haut.
concept,dieu,être,hauteur,langue,science,temps

intelligence
Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles.
contrainte,idée,interprétation,langue,mystère,philosophie,question,regard,représentation,simplicité

intelligence
Descartes voit la source de l'homme dans la position du cogito (l'ampleur de la raison), Heidegger - dans la pro-position du sum (la profondeur du langage) ; elle serait plus nette - dans la pose de l'ergo (la hauteur du regard).
commencement,hauteur,langue,raison,regard

intelligence
Pour être inépuisables, les meilleurs cerveaux sont toujours initiaux : dans l'amplitude de la langue - Heidegger, dans la hauteur du ton - Nietzsche, dans la profondeur du regard - Valéry. Les médiocres sont toujours dans le développement, remplissage ou collage.
commencement,discursif,esprit,hauteur,langue,regard

intelligence
Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus.
arbre,art,esprit,idée,langue,liberté,philosophie,raison,représentation,savoir

intelligence
La conscience mentale se compose d'images de la réalité (le sens), de la représentation (l'intelligence) et du langage (l'expressivité), ce qui fait de nous des hommes pratiques, philosophes ou artistes. Une curiosité du français : la conscience morale, débarrassée d'adjectifs, redevient conscience tout court.
art,bien,conscience,esprit,france,langue,philosophie,réalité,représentation

intelligence
Les termes préférés des philosophes de profession - l'être, l'essence, l'existence, la durée (comme le savoir apriorique : les substances, la causalité, la finalité, les liens spatio-temporels) - appartiennent surtout au méta-langage et seulement d'une manière exotique au langage lui-même. La manipulation des concepts méta-langagiers ne peut être qu'austère et pauvre, et les traiter rhétoriquement, comme s'ils étaient dans le langage n'est qu'un abus.
être,idée,langue,philosophie,représentation,savoir,temps

intelligence
Le comprendre sans le juger aboutit à l'expertise, au consensus et à la statistique ; le juger sans le comprendre - à la bêtise, au lapsus ou à la mystique ; le sot ayant la prétention de pratiquer, simultanément, les deux, le sage dévalue les deux, en mettant en avant - le créer ; créer une représentation, un langage, une interprétation, où règne la liberté et non pas la copie ou l'empreinte.
création,esprit,interprétation,langue,liberté,représentation

intelligence
Il y a trois types de connaissance : l'intuition intellectuelle (avant le modèle), la conceptualisation de métaphores (création du modèle), le sens des réponses aux requêtes (interrogation du modèle). La première est rencontre entre le sensible, le langagier et l'utilitaire, la deuxième est traduction dans l'intelligible, la troisième est épreuve de notre personnalité, de son intelligence et de son imagination. Trois efforts de nature totalement différente.
esprit,idée,interprétation,langue,métaphore,question,représentation,soi

intelligence
En philosophie, plus on est bête, plus on tient à la scientificité et plus on succombe au bavardage et au verbiage. Les phénoménologues – Husserl, Sartre, Derrida - présentent l'exemple le plus flagrant de cette dérive ahurissante. Et ils combattent les crises, défient le néant, appuient les réductions, dans une logorrhée irresponsable et incontrôlable.
langue,philosophie,science

intelligence
Comme le signe d'égalité, '=', en mathématique, le verbe indo-européen être est employé pour désigner des relations différentes, dont les principales sont l'identité (y compris l’instanciation comme cas particulier) et la copule (impliquant des valeurs d'attribut). Dans le cas de l'identité, le domaine d'évaluation comprend toutes les substances représentées (au sens aristotélicien), ce qui résout complètement le problème d'existence.
concept,être,langue,philosophie,représentation

intelligence
Dans toutes nos représentations abstraites, même dans les plus immatérielles, comme les objets mathématiques, les expériences de nos sens sont omniprésentes. Donc, leur fichue réduction phénoménologique et l'existence d'un moi transcendantal sont des fumisteries gratuites, nées dans les cerveaux des bavards, enivrés de verbiages.
concept,esprit,langue,philosophie,religion,représentation,science,soi

intelligence
Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde.
création,éternité,être,hommes,intensité,langue,nature,négation,philosophie,réalité,…

intelligence
Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité.
création,être,force,langue,liberté,savoir,valoir

intelligence
Dans la représentation, inévitablement, il y a des parties homomorphes à la réalité modélisée ou au langage bâti par-dessus : la réalité fournit des espèces et genres physiques, chimiques et biologiques, et le langage - certains concepts nés dans la civilisation correspondante. Mais l'essentiel de la représentation est construit par un libre arbitre du sujet-modeleur. « Pour passer à une autre philosophie, on passe, forcément, à un autre langage, à d'autres représentations, à d'autres noms, que choisit notre libre arbitre » - J.G.Hamann - « Bei einer andern Philosophie, ist eine andere Sprache unvermeidlich, andere Vorstellungen, andere Namen, die jeder aus seiner Freiwilligkeit bezeichnet ».
culture,idée,langue,liberté,mot,philosophie,réalité,représentation

intelligence
L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage.
arbre,esprit,idée,interprétation,langue,liberté,réalité,représentation

intelligence
Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ».
création,interprétation,langue,mystère,négation,représentation,savoir,vie

intelligence
Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables.
être,langue,ouvert,question,réalité,représentation,savoir,soi

intelligence
Dans un vrai livre de philosophie, on doit faire appel à une haute musique de poète, à un vaste style d'écrivain, à un profond regard de penseur. Nietzsche fut le seul à atteindre à cette harmonie. Mais dès que les hommes imaginèrent, que seule la dernière dimension justifiât le titre de sage, ils proclamèrent, paradoxalement, la préséance du langage, et leur profondeur universitaire, sans nulle forme musicale, se mua aussitôt en platitude.
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intelligence
L'être, c'est ce fond de la réalité, matérielle ou mentale, qui joue trois rôles dans trois domaines disjoints : il guide la représentation, inspire les requêtes, sert de référence pour valider la représentation. Et son maître s'appellerait le moi transcendantal, celui qui défie toute science ; il est le complément intellectuel de son homologue artistique, du moi inconnu.
être,inconnu,langue,maîtrise,matière,réalité,religion,représentation,science,soi

intelligence
Le travail de l'intelligence - créer un espace de clarté : voir des objets mieux cernés, pratiquer un langage plus élaboré de leur manipulation, interpréter leurs répercutions avec plus de rigueur. Le vrai maître des lieux doit y introduire un cycle crépusculaire et ne pas compter sur l'éclairage de la rue.
concept,doute,interprétation,langue,maîtrise,ombre,retour

intelligence
Kant traite les catégories aristotéliciennes de rhapsodies et propose sa propre Table, où apparaissent, en plus, modalité, négation, causalité, mais qui se réduisent, pourtant, aux règles et relations. Tous les deux pensent qu'ils creusent l'être, tandis qu'ils ne font qu'effleurer le travail préliminaire de toute représentation. À ce stade, l'intelligence consiste à se débarrasser des traces de la langue ; celle-ci ne doit apparaître que par-dessus une représentation achevée.
concept,contrainte,esprit,être,langue,philosophie,représentation

intelligence
Toute partie du réel peut être confiée soit à nos yeux soit à notre regard, soit à un examen rationnel soit à une (re)création artificielle. Dans le premier cas, les mots et/ou les concepts développent suffisamment les choses dociles, c'est le cas de la science et de la vie au quotidien. Dans le second cas, les mots et/ou les concepts ne font qu'envelopper les choses insaisissables en s'en émancipant (émancipation aurait dû signifier – renoncer à la mainmise sur les choses ou les actes par les mains, au profit de la tête), c'est le cas de la philosophie et de la poésie.
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intelligence
L'ennui de ces pitoyables sages, qui ne disent pas tout ce qu'ils pensent, mais pensent tout ce qu'ils disent. Je ne crois ni en penseurs silencieux ni en lecture unique du mot échappé.
ennui,interprétation,langue,philosophie,silence

intelligence
L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité.
espérance,force,frontière,langue,mot,musique,négation,philosophie,réalité,savoir,…

intelligence
Qui se souvient encore, que « l'objet du philosophe est le sentiment plutôt que le syllogisme »** - Érasme - « philisophiae genus in affectibus situm verius quam in syllogismis » ? Depuis Kant, la philosophie devint collectiviste : « La façon solitaire de philosopher perdit tout crédit ; tout commencement philosophique s'élève jusqu'à devenir science » - Hegel - « Das einzelne Philosophieren hat allen Kredit verloren ; jedes philosophische Beginnen erweitert sich zu einer Wissenschaft » - et qui croise-t-on dans ces hauteurs scientifiques ? - des moutons mimétiques, avant qu'ils ne soient rejoints par des robots programmés.
hauteur,langue,mouton,philosophie,raison,robot,science,sentiment

intelligence
Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste.
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intelligence
Les modèles résument les sensations et pré-formatent les idées. On ne demeure que dans la réalité ou dans les modèles, et c'est plutôt les idées, c'est à dire requêtes ou hypothèses, qui pourraient servir de ponts, construits sur des modèles et maintenus par le langage. Plus vaste et mieux organisé est l'intelligible, plus souvent il sert d'origine aux idées, puisque le sensible devint docile ; la représentation munit le sensible de corps, c'est à dire de squelette et de muscles, que le langage anime par son souffle.
idée,langue,réalité,représentation

intelligence
Le bon résultat d’une recherche est soit une découverte (aboutissement d’un chemin), soit une invention (renvoi aux nouveaux commencements). Selon leur objet, il y aurait trois sortes de recherches – la recherche de la réalité (les sciences dures), la recherche de la représentation (la mathématique), la recherche du langage (la poésie). Les découvertes se font surtout dans la première ; les deux dernières devraient viser surtout des inventions. La philosophie serait une tentative d’unifier ces trois regards sur la condition humaine.
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intelligence
Pour les autres, nous sommes surtout un paysage, et pour nous-mêmes - un climat. Reflets de nos actions ou de nos émotions. « Chacun est le climat de son intelligence » - Lamartine. L’œil saisit le paysage, le regard s'imprègne du climat. Que ce soit intelligent ou bête, que ce soit le pays ou la langue, qui illustrent cette leçon de météorologie sentimentale, - on est le concentré de son parallèle, la cordialité de l'esprit, ou de son méridien, la spiritualité du cœur.
action,âme,climat,cœur,esprit,hommes,interprétation,langue,mystère,réalité,…

intelligence
La méthodologie mathématique en philosophie n'a jamais rien produit d'appréciable ; la consolation ou le langage ne se traitent bien que par des métaphores. Le témoignage - les trois profanations des démarches (pseudo-)mathématiques : l'analytique aristotélicienne, la géométrie spinoziste, l'algèbre kantienne.
consolation,langue,métaphore,philosophie,science

intelligence
Le monde ne parle pas ; il faut le munir de langage et de musique. Aucun créateur ne peut échapper à l'interprétation. Sans être obligé à remonter aux causes premières, déjà dans l'inévitable attachement aux classes (visuelles, géométriques, conceptuelles), me voilà interprète !
idée,interprétation,langue,nature,musique,représentation

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L'esprit est bien résumé par cette triade antique ou médiévale – l'intellect, la volonté, la mémoire, puisqu'elle correspond à l'interprétation de requêtes de la représentation.
antiquité,concept,interprétation,langue,moyen âge,question,représentation

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L'intelligence analytique est dans le flair des variables, qu'elle introduit dans tout arbre interrogatif. Là où un naïf ne lit que des constantes ou un superficiel ne décèle que des variables explicites, l'intelligent devine des variables muettes et, par un jeu de réécriture, crée de nouveaux langages de requêtes. « Sans esprit on ne voit que des bribes, avec un peu d'esprit - la règle, avec beaucoup d'esprit - l'exception »*** - Grillparzer - « Der Ungebildete sieht überall nur ein einzelnes, der Halbgebildete die Regel, der Gebildete die Ausnahme ».
arbre,commencement,continuité,esprit,langue,ordre,simplicité

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Ramener au langage tout ce qui est mental est l'indigence de la philosophie anglo-saxonne. « Toute conscience est affaire de langage » - Rorty - « All conscience is a matter of language ». Leur misérable tournant linguistique ne comprend pas, que ni les intentions, ni les références d'objets, ni l'interprétation de requêtes, ni la substitution de termes, ni le dialogue menant au sens ne font partie du langage.
concept,interprétation,langue,philosophie,question,réalité

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Le côté poétique des questions philosophiques les laisse souvent prendre pour religieuses, ce qu'elles ne sont que dans la recherche de consolations, ce premier chapitre philosophique, le second étant la musique des rapports entre la réalité, la représentation et le langage. Orphée semble être la figure la plus emblématique de cette philosophie. Il n'y a donc pas une, mais deux philosophies premières : l'éthico-religieuse et l'esthético-scientifique.
bien,consolation,esprit,langue,musique,philosophie,poésie,question,réalité,regard,…

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La matière de la représentation est de nature factuelle, ce sont des substances modélisées. La matière de la pensée est réelle par son sujet, virtuelle par son dialogue, conceptuelle par son moteur de recherche, langagière par sa forme. Deux univers disjoints, sauf des pensées élémentaires, triviales.
idée,langue,réalité,représentation

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Pour les connaissances, être unifiables signifie pouvoir s'égaler dans une forme commune de langage : le langage de l'individu est diffus, celui de la science - incisif, celui de la philosophie - global. « La connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la science, le savoir parfaitement unifié ; la philosophie, le savoir complètement unifié » - H.Spencer - « Knowledge of the lowest kind is ununified knowledge ; science is partially unified knowledge ; and philosophy is completely unified knowledge ».
acquiescement,arbre,langue,philosophie,savoir,science,universel

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Le sage sait, que la vraie création est celle d'un langage, dans lequel les réponses soient contenues dans la question. C'est un don beaucoup plus rare que ceux de poser de bonnes questions ou d'apporter de justes réponses. Affaire d'interprètes et de substitutions. La réponse crée une entente mécanique avec la question, mais encore davantage - une attente organique d'un langage, où elle n'en serait plus ; et Blanchot force le trait : « La réponse est le malheur de la question » - elle est son propre malheur !
création,défaite,interprétation,langue,question,savoir

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Les axes, qui polluent la scène philosophique, et sur lesquels dominent la grisaille et la stérilité : essence - existence, vérité - apparence, objectif - subjectif, vital - conceptuel. Les deux seuls axes, dont aurait dû s'occuper la philosophie : caresses verbales et musicales, apportant de la consolation à l'homme angoissé, et des réflexions sur le rôle du langage, pour traduire nos frissons ou nos intuitions.
angoisse,axe,caresse,consolation,esprit,être,idée,langue,musique,philosophie,…

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Le soi inconnu est tout simplement notre âme, qui, chez un philosophe, s'incarne dans l'une des deux hypostases du soi connu : elle devient cœur, dans la recherche de consolations à la détresse humaine, ou elle devient esprit, dans son regard sur la merveille du langage.
âme,cœur,consolation,défaite,esprit,inconnu,langue,philosophie,regard,simplicité,…

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Les égarements aussi bien du premier que du second Wittgenstein sont dus à la même méprise : occulter la place de la représentation entre la réalité et le langage. Opposer les faits aux choses est absurde, puisqu'il n'y a pas (dans la représentation) de faits sans choses ni de choses – sans faits ; l'analyse du langage, dans l'oubli de la représentation, est une tâche banale et superficielle, n'apportant pas grand-chose de la réalité, puisque le langage interroge la représentation plus que la réalité.
absurde,langue,question,réalité,représentation

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Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin.
arbre,contrainte,être,interprétation,langue

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Les rapports entre la valeur langagière 'blanc' et l'instance (élément) 'blancheur' de la classe 'couleur' sont d'une totale banalité (les substances, c'est à dire les instances et les classes, n'étant pas langagières mais conceptuelles). Il fallut toute l'équilibristique sophistique de Heidegger, pour l'embrouiller dans les oppositions amphigouriques ridicules : étant - être, présent - présence (anwesend – anwesen). Des foules de bavards imitèrent cette logorrhée parménidienne, creuse et disgracieuse.
être,idée,langue,négation,représentation

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Deux généralisations de la logique : la fidèle, la mathématique, et la sacrificielle, la langue.
langue,raison,sacrifice,science

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Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre.
arbre,audace,idée,interprétation,langue,mot,ordre,représentation,robot,style

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La réflexion des logiciens analytiques est instructive pour écrire, dans un langage informatique, des grammaires exécutables. En revanche, je ne vois pour elle aucune place dans la réflexion philosophique.
interprétation,langue,philosophie,représentation,science

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Nos pensées ont trois sources : la scientifique (les représentations), l'empirique (les réflexes appris ou innés), la poétique (le langage). La pensée est d'autant plus pure, qu'une seule source la détermine.
ange,commencement,idée,langue,poésie,représentation,science

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La pensée accomplie est surtout spatiale, même si l'interprétation de son enveloppe langagière est plutôt temporelle. Donc, la former en décrivant les choses (leur existence dans le temps) est plus bête que la créer en interrogeant ma conscience (où réside déjà l'essence des choses, au sein d'une représentation spatiale). C'est la qualité des requêtes qui détermine le rang de la pensée.
élite,être,idée,interprétation,langue,question,représentation,temps

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Trois sortes d'intelligence : représentative (conceptuelle), constructive (technique), interprétative (stratégique). Elles se doublent d'une épreuve langagière : le méta-langage des concepts, l'accès et la maîtrise de bons outils, la faculté de changer de langage. Ce sont des épistémologues, des experts et des décideurs.
action,création,esprit,idée,interprétation,langue,maîtrise,représentation,savoir

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Les structures sont une prérogative de la représentation ; même le langage ne les exhibe que dans sa grammaire, qui est sa représentation. L'inconscient des psychanalystes n'en possède pas non plus. Le Moyen Âge obtus s'y tint, lui aussi, - le discours intérieur. L'être, dont l'inconscient fait partie, est inarticulé. La structure rend l'être compréhensible ; l'être fait entrevoir l'illusion de vie dans la structure.
arbre,être,inconnu,langue,raison,vie

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Je n'aime pas l'étrangeté de l'interrogation, j'aime l'étrangeté des liens interrogés.
auteur,langue,mystère,question,réalité,représentation

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Dans la triade réalité - représentation – langage, les philosophes stoïciens et analytiques veulent occulter la représentation ; en plus, les premiers ne comprennent pas le langage et les seconds négligent la réalité ; ils restent en compagnie d'une réalité indifférente ou d'un langage désincarné. Tu ne seras ni scientifique ni philosophe ni poète, si tu cherches à « ne pas te laisser subjuguer par la représentation » - Épictète.
langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,science

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La représentation, associée à un sujet, offre trois facettes : la descriptive, la structurelle, la comportementale - l'essence ; l'interprétation, elle aussi associée à un sujet, se fait toujours dans le contexte des deux premières, avec les moyens de la troisième et avec les interprètes langagiers (syntaxique, sémantique, pragmatique) et logiques (déductions et gestions d'événements) – l'existence. On devine qui précède qui.
être,interprétation,langue,représentation,science

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Dans la querelle des Universaux, entre la réalité, la représentation et le langage, il manquent deux éléments : l'interprétation linguo-logique des propositions à démontrer (vers la vérité) et l'interprétation intuitivo-réelle des propositions démontrées (vers le sens).
interprétation,langue,représentation,science,vérité

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Qu'est-ce qu'un objet ? - son nom, ses classes, ses relations, ses attributs. Mais ce sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (que Platon et Spinoza m'excusent…), et elles sont les seuls points de repère permettant de référencer les objets. Dans la réalité, ainsi, il n'y a ni objets ni vérités, puisque celles-ci résultent des propositions portant sur les objets. La réalité réapparaît dans les significations qu'on tire de la proposition interprétée, mais elles naissent d'un processus non-formalisable, intuitif, non-langagier – l'intelligence pragmatique, le dernier chaînon de l'analyse syntaxico-sémantique.
concept,interprétation,langue,question,réalité,représentation,vérité

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Le senti se rapporte à la réalité, mais le dit s'interprète exclusivement dans une représentation ; on ne peut strictement rien dire sur la réalité, ni sur les agglomérats d'atomes (minéraux, végétaux, animaux) ni sur les propriétés d'esprit (beauté, douleur, sens). Ce sont des choses en soi : « La chose en soi n'a que l'être » - Valéry.
esprit,être,langue,réalité,représentation

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Transformer des réponses plates en questions profondes et en chercher de hautes réponses – telle est la prérogative de la science. La philosophie ne peut l'imiter qu'avec deux réponses : l'homme s'angoisse et le langage me fascine.
hauteur,langue,philosophie,platitude,question,science,souffrance

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Les philosophes, dans le cycle – observation (réalité), expression (langage), signification (réalité) –, veulent partir de la réalité et la rejoindre, mais finissent, le plus souvent, par négliger le chaînon central, le poétique, tandis que c'est le contraire qu'il faudrait faire. La gratuité et l'absurdité guettent, avec la même probabilité, le contemplateur et le rêveur. Dans la naissance de questions profondes ou de réponses hautes, l'observation décrite et la signification imaginée jouent un rôle mineur et même sont des tâches superflues, puisque notre cerveau possède une merveilleuse capacité de congruence avec la réalité, nous évitant tout délire incompatible avec le monde observable et sensé.
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Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires.
bien,concept,dieu,école,être,inconnu,langue,liberté,matière,philosophie,…

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La seule fonction logique et universelle du verbe indo-européen être consiste en opération de (tentative de) l'unification (entre deux arbres de références) – 'le maître de Platon est le mari de Xanthippe'. Le fait de signifier avoir une valeur d'attribut ('Socrate est sage' - copule) ou se trouver à, dans le temps ('Socrate était avant Platon') ou dans l'espace ('Socrate est à Athènes'), n'est ni logique ni universel mais langagier. Le bavardage pseudo-philosophique autour de l'être se réduit à celui, technique, sur l'identité.
être,langue,science,universel

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L'Intelligence Artificielle : 1. bâtir une représentation (structures conceptuelles rigoureuses) d'un domaine réel (physique ou abstrait), 2. s'appuyer sur une logique formelle, pour interroger ou exploiter cette représentation, 3. au cours d'un dialogue (de préférence, en langage naturel), savoir répondre aux questions - Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi, Comment – à la manière humaine.
artificiel,concept,hommes,interprétation,langue,question,réalité,représentation,science

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L’être et le devenir logent dans la réalité ; pour les penser, on dispose de deux paradigmes cognitifs, la représentation et l’interprétation, et d’un outil de communication, le langage. Le penser n’est pas moins présent dans le devenir que dans l’être ; c’est pourquoi Parménide a tort, en proclamant l’identité de l’être et du penser.
être,idée,interprétation,langue,réalité,représentation

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Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire.
concept,être,idée,interprétation,langue,mémoire,question,représentation,savoir,vérité

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Les adeptes du tournant linguistique (les soi-disant philosophes analytiques) croient, que tout savoir résulte de l'analyse du langage. Or tout savoir se résume dans les deux seules tâches : la représentation (où le langage est quasi absent) et l'interprétation (où le langage disparaît dès la traduction des énoncés en propositions ; le reste appartient à la logique ou au bon sens : la démonstration, des substitutions puisées dans la représentation, la donation de sens). Jamais, depuis la nuit des temps, on n'entendit chez les sages une pareille aberration ; il fallut attendre les Américains.
amérique,interprétation,langue,philosophie,représentation,savoir,science

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La (re)quête du monde est à l'origine de tout discours philosophique ; chez les journaliers intellectuels, la quête se formule par les yeux, qui ne quittent pas les objets, ce qui est ou ce qui fait ; ce qui compte dans les requêtes poétiques, c'est l'écoute de leurs propres fibres et la maîtrise langagière de l'extériorisation de leur musique interne, de ce qui devient. Les premiers cherchent, imitent, développent ; les seconds trouvent, inventent, enveloppent.
création,discursif,langue,maîtrise,nature,musique,philosophie,poésie,question

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Toutes les antinomies intéressantes naissent non pas dans les choses en soi (Kant et Hegel), mais dans des glissements de langage (modifications de modèles ou de tropes) ; et ce n'est pas une réconciliation dialectique (impossible dans le cadre d'un même langage) qui résout le conflit, mais l'unification d'arbres langagiers ou leur refus de s'unifier ou de faire partie d'une même forêt. C'est la richesse des langages et non pas la pauvreté des logiques qui est à l'origine des antinomies.
absurde,arbre,langue,négation,philosophie,révolte

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Descartes, Spinoza, Hegel, Husserl : tout est réduit aux langages des problèmes et aux métaphores de leurs solutions. Le langage y est misérable, et les métaphores y sont inexpressives. Une tentative d'un cogito supérieur : il y a deux mystères indubitables – le moi (un corps et un esprit) et le monde (des corps et des esprits), et il y a un troisième – ma faculté de représenter et d'interpréter les deux premiers. La résignation de ne pas s'abaisser au niveau des problèmes distingue un philosophe. C'est pourquoi le cogito phénoménologique (pré-conceptuel, pré-logique, pré-langagier, visant l'accès aux objets et donc – relationnel et pas seulement subjectif) est tout de même supérieur au cogito cartésien.
acquiescement,concept,esprit,idée,interprétation,langue,métaphore,mystère,philosophie,représentation

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Tout n'est qu'interprétation - les phénoménologues, les langagiers, les hommes d'action ; tout n'est que représentation - les métaphysiciens, les conceptuels, les hommes du rêve. L'humain finit toujours par l'emporter sur le divin ; le premier est proclamé vainqueur par tous les votes, du multitudinaire à l'élitaire. En plus, ou par-delà, il y a des nihilistes, pour qui interprétation est donation de sens, vitalité ou intensité, dans lesquelles se traduit la volonté de puissance.
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Prendre pour pierre angulaire le soi absolu et pur (Schelling ou Hegel), les objets de notre curiosité (la phénoménologie), le discours que nous énonçons face au réel (la philosophie analytique, le discours s’adressant toujours au représenté) – ces trois positions sont également bêtes, puisque l’essentiel est dans la qualité des relations que moi, le sujet (tout relatif et pas si pur que ça), je lie avec des objets sélectifs – l’intensité, la hauteur, la noblesse et qui ne résument que ma pose.
ange,hauteur,intensité,langue,noblesse,philosophie,pose,soi

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La pensée ne peut pas être pure ; elle se relativise par la langue, par la représentation sous-jacente, par l’interprétation partiale. Ne sont purs que nos meilleurs sentiments, les indicibles, gardant leur innocence même dans l’horreur ou le mystère.
ange,idée,inconnu,interprétation,langue,mystère,représentation,sentiment

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L’immense majorité des genres et des espèces que nous manipulons (à part quelques constantes dans la matière) proviennent des représentations arbitraires, dictées, le plus souvent, par une langue, et ils ne peuvent donc prétendre à aucune universalité. Les seuls universaux divins, ce sont l’aiguillon du Bien, l’illumination du Beau, l’étincelle du Vrai.
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Tout homme, qui, dans ses réflexions, réussit à se débarrasser des deux thèmes parasites que sont la connaissance et l’être, devient, presque mécaniquement, philosophe. Le bavardage sur l’être profane la plus belle faculté du langage – le laconisme dans la noblesse ; l’obsession par les connaissances fantomatiques dévie notre générosité de sa fonction première – consoler les inconsolables.
bien,consolation,être,hommes,langue,maxime,noblesse,philosophie,savoir

intelligence
Là où s’arrête l’expérience commence la métaphysique. L’expérience fait découvrir la réalité spatio-temporelle ; l’expérience dicte des représentations ; l’expérience forme le langage ; l’expérience compose la société humaine. La métaphysique se réduit à nos trois soucis divins : au Bien, au Beau, au Vrai ; ce qui les résume le mieux, c’est le rêve. La métaphysique aurait dû ne se consacrer qu’à la nature du rêve et oublier les croyances.
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intelligence
La science et l’art se présentent comme une technique et un message ; la mathématique et la musique disposent d’un arsenal fermé, compact, entier, tandis que toutes les autres sphères offrent tant de lacunes, de manques, d’inachèvements. C’est ce qui explique la sidérante insensibilité des mathématiciens et des musiciens pour la noblesse et le style de leurs justifications du vrai ou du beau ; tous les objets, toutes les relations, se valent pour eux. Tandis que les autres sont touchés par la vénération ou le mépris, par l’humilité et le discernement, par l’élucubration ou le dogme, ce qui les rend plus exigeants et plus sensibles au style. Absorbés par la musique intérieure, les géomètres et les aèdes n’accèdent pas à la musique verbale.
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intelligence
Pour constater l’existence des autres, j’ai besoin d’une représentation  ; pour ma propre existence, une interprétation, pré-conceptuelle et pré-langagière, suffit. Et c’est l’origine même du cogito.
concept,être,interprétation,langue,représentation

intelligence
Nous manipulons deux sortes de représentations : des conceptuelles et des pragmatiques. Les premières comprennent des modèles (concepts, classes, relations abstraites) et des instances (éléments, relations entre éléments) ; ces représentations engendrent le langage, qui se projette sur elles. Les secondes tendent à être isomorphes à la réalité et ne contiennent que des instances (projections des objets pseudo-réels) ; ces représentations servent à donner un sens aux propositions, vraies ou fausses, interprétées dans le contexte des premières représentations. On oublie trop souvent, que non seulement la réalité ne contient pas de modèles, elle ne contient pas d’instances non plus.
concept,interprétation,langue,réalité,représentation,vérité

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Le terme de sens s’emploie dans deux contextes très différents : le sens que la représentation associe, logiquement, à une référence langagière (on oublie la réalité), ou le sens que la réalité dicte à une vérité représentationnelle (on oublie le langage). Le premier est rigoureux et le second – intuitif.
langue,réalité,représentation,science,vérité

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Un philosophe devrait s’occuper non pas de données ou de connaissances, mais d’illuminations. Quand je tombe sur un livre d’un professeur de philosophie, d’abord je me réjouis – enfin quelqu’un, resté en dehors du commerce et de l’informatique, mais, au bout de quelques pages, je me rends compte que l’auteur ne propose qu’un système de gestion de bases de données de plus. Un langage de comptabilité ou de programmation lui aurait suffi. La cause de la disparition de la philosophie des affaires des hommes ne sera pas la solution de ses problèmes, mais l’extinction des mystères dans les cerveaux sans âme.
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Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles.
être,interprétation,langue,liberté,noblesse,philosophie,représentation,vérité

intelligence
Dans l’espace spirituel, comme dans un espace métrique, on peut désigner un élément par une valeur fini ou par un processus infini convergeant. « La pensée et le langage contiennent un mouvement vers la limite, vers le mystère » - Berdiaev - « В мысли и в языке присутствует движение к пределу к тайне ».
concept,esprit,idée,inconnu,langue,mystère

intelligence
La pensée – évocation, par un sujet, de relations d’objets dans un langage de mots ou de gestes. Elle peut être émise, perçue, interprétée, munie de sens – par un sujet. La réalité en est le départ et l’arrivée, mais seule la représentation la rend opératoire.
concept,idée,interprétation,langue,mot,réalité,représentation

intelligence
La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre.
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intelligence
Le discours (requête, idée, pensée articulées) a deux composants successifs : l'expression (parcours de chemins d'accès langagiers aux objets et relations d'une représentation) et le sens (le réseau conceptuel, post-langagier, construit à partir de cette représentation). La hauteur du parcours et la profondeur du réseau résument les parts du beau et du vrai, de l'art et de l'intelligence.
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intelligence
On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique.
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intelligence
Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect.
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intelligence
L’infini pénétra en mathématique presque au même moment qu’il quitta la philosophie, ce qui libéra celle-ci de tant de faux géomètres. De même, les élégantes structures algébriques ridiculisèrent l’ontologie. De deux seuls sujets d’une philosophie non-charlatanesque, consolation et langage, le premier attend ses algébristes d’interprétations et le second – ses analytiques de représentation. La partie est loin d’être gagnée.
consolation,histoire,inconnu,interprétation,langue,philosophie,représentation,science

intelligence
Je vois trois clans adversaires de la philosophie : le robot et le mouton (la raison ou l’imitation s’opposent à l’âme et à la personnalité du philosophe), les linguistes (qui observent la langue de l’intérieur de sa grammaire, tandis que le philosophe y voit une couche instrumentale au-dessus des représentations), la religion (avec ses promesses, placées dans le réel, tandis que la consolation philosophique provient du rêve).
âme,consolation,langue,mouton,philosophie,raison,réalité,religion,représentation,rêve,…

intelligence
La philosophie n’a rien d’une science, puisqu’elle n’a ni objets ni méthodes ni outils consensuels ; toutes les sciences sont collectives, mais la philosophie, c’est la proclamation d’une personnalité, de ce Qui despotique et unique, maîtrisant le haut Comment du langage et le profond Pourquoi de la consolation.
consolation,hauteur,langue,philosophie,science,style,voix

intelligence
L'informatique et l'Intelligence Artificielle : une application informatique, ce sont des procédures et des données, et son exploitation consiste à lancer des procédures ; une application d'IA, ce sont des connaissances associées aux concepts (sujets et objets), et son exploitation est un dialogue entre la machine et l'homme, où la machine interprète les questions dans cet ordre : de quel type de question s'agit-il ? de quel type d'interprète aurais-je besoin ? quels sujets y sont impliqués ? comment accéder aux objets de la requête logique associée ? quel sens donner aux substitutions trouvées dans des représentations sollicitées ?
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intelligence
Les charlatans du tournant linguistique (y compris Wittgenstein) et les bavards phénoménologiques (y compris Heidegger) méprisent la représentation, la réduisant à la vulgaire technique. Ils ne comprennent pas, que tout souci de l’être et tout langage sont impensables hors d’une représentation, et que le péquenaud ou le savant y font autant appel, seules la profondeur et la rigueur les distinguent. L’ontologie n’est qu’une partie modeste de la représentation, et le langage n’est qu’une grammaire créée par-dessus une représentation. La vraie porteuse du sens et le vrai garant de l’interprétation est la représentation. Schopenhauer fut plus intelligent.
esprit,être,interprétation,langue,philosophie,représentation,science

intelligence
La philosophie est possible, légitime et utile, car la consolation par le prêtre se profane par son ésotérisme, les théories du linguiste n'éclairent en rien le miracle du langage, les abstractions du scientifique ne s'élèvent pas jusqu'au miracle de la matière. Le philosophe est serviteur du miraculeux naturel et poétique.
concept,consolation,hauteur,langue,matière,mystère,philosophie,poésie,science

intelligence
Le monde n'est qu'esprits et atomes, et non pas volonté et représentation ; c'est la philosophie qui est soit cantate de la volonté (et donc nous dégageant, comme une religion, des griffes de la mort), soit symphonie, langagière ou matérielle, artistique ou scientifique, autour de la représentation (nous élevant au-dessus de tout bruit partiel de la vie).
art,esprit,langue,matière,mort,musique,philosophie,réalité,religion,représentation,…

intelligence
Pour la peinture philosophique, le réel aurait dû ne servir que de toile, de support matériel nécessaire, tandis que l’essentiel aurait dû être dédié à l’imagination, langagière et lyrique, irréductible à la raison. La Realphilosophie (Hegel) des rats de bibliothèques, bavards et calculateurs, face à la vraie philosophie des poètes, dont l’esprit chante ou danse, pour devenir âme, pour nous faire aimer la vie abyssale et le verbe musical.
âme,amour,création,danse,esprit,langue,matière,musique,mystère,philosophie,…

intelligence
Quatre merveilles de même acabit : que l’homme soit capable de percevoir la beauté ; que cette beauté préexiste dans la réalité ; qu’entre ces deux images de la beauté il y ait une concordance ; que l’homme soit porté à produire de la beauté. Aucune raison valable ne peut expliquer ce quadriparti magique. Le Beau n’est qu’un habit. Que le Bien, dénudé d’actes, et le Vrai, épousant ses habits langagiers, sont plus compréhensibles !
action,beauté,bien,création,hommes,langue,mystère,réalité,vérité

intelligence
Dans la réflexion de Valéry, on trouve toutes les étapes de manifestation de la conscience (qu'il appelle états mentaux) : l'excitation, le désir, la volonté, le langage, la représentation, les formules logiques, les substitutions, la vérité, le sens – une admirable profondeur ! À comparer avec la vaste platitude des consciences cartésienne, hégélienne, husserlienne, où brillent par leur absence et le langage et la représentation et l'interprétation, où règnent le bavardage ou la banalité.
concept,interprétation,langue,platitude,représentation,science,vérité

intelligence
Je refuse de gaspiller le beau terme d’Universaux pour l’attacher aux vétilles telles que blancheur. Je le réserve à la triade divine – le Bien, le Beau, le Vrai, qui touche tout homme, mais doit servir de base pour une bonne philosophie, s’articulant autour de la consolation et du langage. La noblesse, dans l’élaboration de consolations, découle de l’axe, allant d’une mélancolie à la tragédie et créé par la fatalité du Bien, de plus en plus inaccessible, et du Beau, dont le vertige faiblit. L’intelligence du regard sur le Vrai est déterminée par le rôle qu’on y accorde au langage en tant qu’intermédiaire logique entre la réalité et la représentation. Cette philosophie est donc rencontre d’une noblesse et d’une intelligence.
absurde,beauté,bien,consolation,dieu,élan,hommes,langue,noblesse,philosophie,…

intelligence
Tout indice de mon état, de mes attitudes, de mes sentiments relève du penser. Mes gestes, mon visage, mes yeux livrent, tout le temps, ce genre d’indices – la pensée sans les mots est donc possible. Mais aucune pensée ne peut se passer d’une représentation conceptuelle (commune à tout langage qui s’y greffe) et d’une interprétation (soit de propositions langagières soit d’expressions corporelles). Toute civilisation forme des interprètes de nos joies, peines, jugements, intentions, exprimés par notre mimique.
concept,culture,idée,interprétation,langue,mot,représentation

intelligence
En philosophie, être littérairement nul ne signifie pas nécessairement être bête. L’intelligence kantienne est incontestable ; sa vision de la raison est exhaustive, lumineuse, nous rapprochant de l’œuvre divine dans sa totalité. Mais que penser des premières certitudes cartésiennes, de la méthode géométrique spinoziste, du savoir absolu hégélien ? La nouveauté de leurs vocabulaires séduisit les contemporains, inhabitués à tant de liberté, mais situant mal les signes d’intelligence et ignares en logique. Aujourd’hui, force est de constater que ces auteurs sont des ânes.
art,dieu,ironie,langue,liberté,philosophie,raison,savoir,science

intelligence
Toute la logorrhée phénoménologique, vide de fond et insipide de forme, sur l’homme, l’être et la vérité, peut être exprimée dans un sobre vocabulaire d’Intelligence Artificielle, faisant part à la réalité, à la représentation et au langage.
artificiel,être,hommes,langue,philosophie,réalité,représentation,style,vérité,vide

intelligence
L’équivalence entre l’être et le penser, si elle existe, s’éploie, simultanément, sur trois niveaux, en fonction du degré de ma conscience et de la présence de ma liberté : mon soi organique (synapses, neurones, charges électriques – l’inertie, la conscience absente, l’algorithme préétabli), mon soi des sens (la conscience câblée, interprétant mes sensations, la réaction), mon soi de l’intellect (la conscience libre, le langage, l’action) – trois équivalences possibles, mais qui ne se ressemblent pas du tout entre elles.
action,continuité,être,idée,langue,liberté,philosophie,réalité,robot,soi

intelligence
Dans toute représentation respectable, il y a de la place pour une profondeur du réel et une hauteur du rêve ; les beaux tropes, comme les grandes théories, naissent dans des représentations et non pas dans le langage. Ceux qui nagent dans les concepts et ne voient que les mots ou les choses sont condamnés au verbiage ; toute la philosophie académique y est.
concept,école,hauteur,langue,métaphore,mot,philosophie,réalité,représentation,rêve,…

intelligence
Dans l’espace, abstrait et figé, s’incruste l’être ; dans le temps, incompréhensible et limité, se déroule le devenir. L’espace nous effraie et le temps nous tue – d’où la recherche de consolations, pour nos actes trop nets et nos rêves trop diaphanes. L’espace réveille notre intelligence et le temps peaufine notre talent – d’où le besoin de couleurs et de mélodies, le souci du langage. Toutes les bonnes raisons de faire de la bonne philosophie sont là.
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intelligence
Pour le scientifique, la syntaxe de son langage est rigoureuse, et la sémantique – plutôt intuitive ; pour le philosophe, c’est l’inverse : son vouloir est net, et son savoir - vague.
doute,langue,philosophie,savoir,science,valoir

intelligence
En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose.
concept,être,langue,mot,nécessité,négation,philosophie,réalité,représentation,science

intelligence
Dans tous les domaines scientifiques ou artistiques, on structure leurs objets par les mêmes paradigmes cognitifs (employés par l’Intelligence Artificielle) et nullement linguistiques. Les structures langagières n’ont rien à voir avec les structures conceptuelles ; les structuralistes qui partent de celles-là, sans se rendre compte de la primauté de celles-ci, sont des charlatans.
art,artificiel,concept,erreur,langue,représentation,savoir,science

intelligence
L’art, c’est la maîtrise des langages, et la vie, c’est la quête des consolations – ces deux soucis correspondent exactement à la vocation d’une bonne philosophie. « La philosophie devrait être une épice discrète de l’art et de la vie »*** - Pasternak - « Философия должна быть скупою приправой к искусству и жизни ». La philosophie est l’art langagier du rêve consolateur ; tous les autres arts portent sur la réalité. Et B.Pasternak a tort.
art,consolation,langue,maîtrise,philosophie,réalité,rêve,vie

intelligence
Les linguistes ne comprennent rien en cognitique et voient mal la place de la logique au sein du langage ; les logiciens ne comprennent rien dans la place du langage au sein d’une représentation ; les cogniticiens, les mieux placés de tous, restent blancs-becs en linguistique et en logique ; il faut un généraliste, fusion de ces trois métiers plus une vaste culture générale ; au bout – l’apothéose de l’Intelligence Artificielle.
artificiel,culture,langue,représentation,science

intelligence
Trois critères, trois axes qualifient un écrit philosophique : banal/original, bête/intelligent, plat/stylé. Toutes les combinaisons furent possibles dans l’Antiquité. L’écrit nietzschéen est original et stylé ; l’écrit valéryen est original et intelligent ; l’écrit heideggérien est intelligent et stylé. Aujourd’hui, la banalité, la bêtise et la platitude caractérisent et la phénoménologie et la philosophie analytique et la philosophie du langage et la philosophie de l’esprit.
antiquité,axe,esprit,langue,modernité,philosophie,platitude,style,voix

intelligence
L’apport principal à l’Intelligence Artificielle provient de la philosophie et non pas de la logique, de l’informatique ou de la neuroscience. À son tour, l’IA apporta, ou rendit, à la philosophie l’importance de la représentation conceptuelle dans le savoir et dans le langage, que les logiciens, y compris Russell et G.Frege, oublièrent ou réduisirent aux humeurs, images fugitives, sensations.
artificiel,concept,langue,philosophie,représentation,savoir,science

intelligence
Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants.
artificiel,consolation,enfance,être,ironie,langue,liberté,mort,philosophie,rêve,…

intelligence
Pour les scientifiques, un concept est un ensemble d’opérations, ce qui en exclut la psychologie. Métaphoriquement parlant, il y a des opérations syntaxiques (création, affectation d’attributs, établissement de liens) et des opérations sémantiques (scénarios, avec des scènes, acteurs, rôles, ressources, outils, produits). Il manquent à ce tableau des aspects logiques et linguistiques, pour que le domaine correspondant puisse être traité par l’Intelligence Artificielle.
artificiel,concept,langue,métaphore,représentation,science

intelligence
Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation.
concept,création,école,langue,nature,nécessité,philosophie,représentation,savoir,style,…

intelligence
Sortir du langage, se plonger dans la représentation recréée, se projeter sur la réalité magique – tel est le seul parcours profond, pour évaluer une haute pensée. Pour la pensée plate, le langage est de trop, la représentation – banale, et la réalité – commune.
création,hauteur,idée,langue,mouton,mystère,platitude,représentation

intelligence
Le penseur complet doit apprécier la représentation des concepts, voir la place du langage, comprendre la nature de l’interprète des propositions, oser la définition du sens de celles-ci. Je ne connais qu’un seul homme, ayant réussi cette gageure, c’est Valéry, qui n’est, pourtant, ni philosophe ni linguiste ni logicien ni cogniticien – une intuition diabolique !
concept,interprétation,langue,philosophie,représentation,science,vérité

intelligence
Toute science part des principes, forge des concepts, formule des hypothèses et en prouve la véracité. En philosophie académique, qui prétend être une science, il n’y a ni principes ni concepts ni vérités, et ses misérables hypothèses ne sont que des galimatias purement langagiers.
commencement,concept,école,langue,philosophie,science,vérité

intelligence
Avec ces deux images, l’Idée et le Bien, Platon trace bien les contours exhaustifs d’une vraie philosophie non-bavarde. Dans son style parabolique, l’Idée n’est qu’une référence au langage créateur, et le Bien n’est qu’une consolation d’un homme désespéré.
bien,concept,consolation,création,espérance,hommes,langue,philosophie,style

intelligence
Pour l’esprit, toute matière, qu’elle soit abstraite ou physique, se développe, intellectuellement, avec les mêmes outils. L’âme, elle, a besoin d’envelopper, sensiblement, l’indicible ou l’immatériel, le fugace ou l’absent, en créant, chaque fois des outils nouveaux – des langages, dont l’âme, elle-même, est dépourvue.
âme,création,esprit,inconnu,langue

intelligence
Le parcours intellectuel : des sensations vécues – aux images de la langue ; des images de la langue – aux figures de la représentation, des figures de la représentation – aux pensées ou à la musique du sens.
idée,langue,musique,représentation

intelligence
Il y a encore quelques sectes de pseudo-philosophes, pratiquant des jargons cryptiques, sur des sujets abscons, sans la moindre note poétique. Mais la plupart, s’agglutinant autour des chaires académiques, s’adressent, en langue de bois, au présent, à l’actualité, aux rivalités, c’est-à-dire aux mêmes sujets qui préoccupent les bas-fonds. « Pourquoi vous faire pasteur, quand vous êtes encore du troupeau ? Pourquoi viser la hauteur, quand vous êtes toujours dans la bassesse ? » - Grégoire de Nazianze.
bassesse,école,hauteur,langue,mouton,philosophie,poésie

intelligence
La notion de néant n'a d'intérêt que lorsqu'une requête infructueuse d'existence peut, sous d'autres conditions, aboutir à l'existence d'objets. Et ces nouvelles conditions de néantisation peuvent être dues à : un autre instant dans le temps, une adaptation du modèle (face à la réalité), une modification du langage (face au modèle). Le Néant général, qui ne serait pas lié à une requête donnée, est un concept creux et vide - l'idée même de néant est un néant d'idées.
concept,esprit,être,idée,langue,question,réalité,représentation,temps,vide

intelligence
Une bonne philosophie devrait mettre en relief l’essentiel d’une vie d’homme et s’articuler autour de l’axe réalité – rêve. Ne pas s’attarder sur l’aspect socialo-économique de la réalité ou futuro-idéologique du rêve. Donc, non au vitalisme de fond et au verbalisme de forme. Le réel prenant une coloration tragique, le premier souci de la philosophie devrait être d’y apporter de la consolation. Le rêve, englobant les extases et les connaissances, se matérialise dans des langages, offrant une hauteur d’expression ou une profondeur de compréhension, - l’art ou la science. La place du langage est le thème le plus occulte dans la philosophie académique aussi bien qu’en linguistique.
art,axe,consolation,école,hauteur,hommes,langue,philosophie,réalité,rêve,…

intelligence
Le problème ne vit que dans son langage, tandis que la solution consiste en substitutions, hors du langage, dans un modèle. On peut continuer à chanter une chanson même sans les oreilles, auxquelles elle fut destinée.
arbre,langue,mystère,ouïe,représentation

intelligence
En faisant abstraction des aspects anthropologiques (sujet, langue, intuition), les connaissances se résument en deux catégories atomiques : les triades (les monades et dyades s’y réduisent) et les scénarios (procédures, réflexes, méthodes).
hommes,langue,représentation,savoir

intelligence
Dans la réalité, il y a la matière (les choses, res extensa) et les esprits (res cogitans, la vie) ; dans la représentation, il n’y a que l’esprit, ou l’imagination : les objets et les relations ; dans le langage, il n’y a que des références de ce dernier esprit.
concept,esprit,langue,matière,réalité,représentation

intelligence
L’esprit est, avant tout, un créateur de langages, et sachant naviguer entre eux, il n’a pas peur de contradictions, puisque celles-ci se réduisent, dans les cas intéressants, au changement de langage. La mathématique est, en permanence, sous la surveillance d’un méta-langage qui est la logique, et donc la contradiction lui est interdite. Le mode géométrique ne s’applique qu’à la mathématique, ce que ne comprend pas Spinoza, qui, dans ses élucubrations, vise la rigueur et « la même liberté d'esprit dont on use en mathématiques » - « eadem animi libertate, qua res Mathematicas ».
création,esprit,langue,liberté,science

intelligence
Adoucir la souffrance par un rêve astral, affermir la noblesse par une sagesse verbale – tels sont les plus grands thèmes d’une haute philosophie. « La philosophie n’est autre chose que la compassion et la sagesse »*** - Dante - « Filosofia non è altro che amistanza e sapienza ».
consolation,étoile,hauteur,langue,noblesse,philosophie,rêve,souffrance

intelligence
La nature universelle, ontologique, de la mathématique, se confirme par tout ce que conçoit l’homme ; comme en mathématique, l’homme n’a besoin que d’axiomes (pour planter ses goûts irréfutables) et de logique (pour savoir prouver, en créant des langages adaptés).
goût,hommes,langue,philosophie,savoir,science,universel,vérité

intelligence
Il fallut attendre la maturité de la cognitique, de l’Intelligence Artificielle, de la linguistique, pour qu’on cesse de voir dans la représentation un ramassis d’apparences et de sensations, et d’en faire une épistémologie appliquée rigoureuse, un support de tout langage, complétant la grammaire de celui-ci.
artificiel,concept,langue,philosophie,représentation,science

intelligence
La pensée peut avoir de l’ampleur, du poids, de la profondeur, indépendants de son enveloppe verbale, mais seule celle-ci lui apporte de la beauté, c’est-à-dire de la hauteur.
balance,beauté,hauteur,idée,langue

intelligence
Le discours philosophique, pratiqué par deux clans opposés, peut soit viser une objectivité soit partir d’une subjectivité. Le premier clan, avec le plus grand sérieux, déverse du galimatias autour du savoir, de l’être, de la rigueur, galimatias rarement tempéré par un style. Le second, clairsemé et plutôt ironique, s’inspire de la solitude, de la souffrance, de la créativité langagière d’un homme. La quantité, évidemment, est du côté du premier clan, mais l’intelligence est un avatar, qualitatif et presque exclusif, du second.
création,être,ironie,langue,lutte,philosophie,savoir,solitude,souffrance,style

intelligence
Il est facile de définir ce qu’est exister dans une représentation (ou langage), où le temps peut être occulté. Mais l’existence dans la réalité, avec sa dimension temporelle, est indéfinissable ; le mystère du temps, ce néant, dans lequel s’engouffre l’instant courant, reste entier.
axe,être,inconnu,langue,mystère,réalité,représentation,temps

intelligence
La conscience humaine se compose de deux domaines – la réalité à résumer en théories et le rêve à mettre en musique – l’enthousiasme et la mélancolie, qu’entretiennent le langage et la consolation, les seuls sujets, dignes d’une philosophie de profondeur ou de hauteur.
consolation,enthousiasme,hauteur,langue,mélancolie,musique,philosophie,réalité,rêve,système

intelligence
Deux verbes parasites – être et exister – excitent la curiosité stérile des apprentis-philosophes et leur font formuler des requêtes absurdes des objets fantomatiques. Je me suis suffisamment expliqué sur être, prenons exister. En oubliant la polysémie et l’usage métaphorique, en oubliant la réalité et le langage comme domaines d’existence à part la représentation, que signifie dans celle-ci la phrase blanc existe ? Wittgenstein se serait lancé dans ses innombrables Sprachspiele (jeux de langage), qui n’apporteraient rien de constructif. L'objet blanc est - 1. une classe (blancheur), dont des sous-classes seraient blanc foncé, blanc clair etc. 2. un élément de la classe couleur, 3. une valeur de l’attribut couleur, 4. un attribut, dont des valeurs seraient blanc foncé, blanc clair etc.
auteur,concept,être,langue,philosophie,platitude,question,réalité,représentation

intelligence
Spinoza cherche à cerner la consolation, et Wittgenstein – le langage. Deux tentatives ratées, puisque l’un ignore la place de la tragédie dans le rêve et l’autre – celle de la représentation dans le discours.
consolation,défaite,discursif,langue,philosophie,représentation,rêve,tragédie

intelligence
Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA.
artificiel,concept,langue,négation,représentation,savoir,science,universel

intelligence
L’ennui m’étouffe dans les miasmes pseudo-philosophiques, lourds et monotones, autour de la vérité, du savoir, des substances ; une saine respiration philosophique n’est possible que dans un langage poétique enveloppant des rêves impossibles.
absurde,auteur,ennui,être,langue,philosophie,poésie,rêve,savoir

intelligence
Il n’y a rien d’absolu dans les Idées platoniciennes. Même l’espace/temps, la matière, la vie, dans les représentations, portent, nécessairement, des traces des expériences individuelles. Aristote fut plus platonicien que Platon, en absolutisant ses catégories, où le libre arbitre est flagrant. La fichue préexistence des Idées n’est qu’une figure rhétorique qui ne s’appuie sur rien. En revanche, la préexistence des concepts (dans la représentation), pour ancrer le langage, leur échappa à tous les deux.
concept,idée,jeu,langue,liberté,matière,représentation,sacré,temps,vie

intelligence
Pour résumer l’essence du monde, Schopenhauer a raison de mettre en avant la représentation, tandis que Nietzsche s’égare, en lui préférant l’interprétation. Et c’est la place, qu’ils accordaient au langage, qui explique la clairvoyance du premier et l’incompréhension du second. Le langage ne fait que s’attacher à une représentation existante, ce n’est pas l’inverse, ce n’est pas le mot (ni phonétique ni lexical) qui engendre le concept, comme le pense Nietzsche : « Le concept n’apparaît d'abord que par le son » - « Der Begriff ist am Laut erst entstanden ».
interprétation,langue,nature,représentation

intelligence
L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe.
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intelligence
Tous sont d’accord que personne ne peut philosopher sans avoir réfléchi sur le langage. Mais je ne connais aucun philosophe qui aurait compris les rapports entre le langage et la représentation – question capitale ! - même après avoir pondu des tas de traités sur le langage. La philosophie n’a donc toujours pas commencé.
ironie,langue,philosophie,représentation

intelligence
Comme dans toute démarche littéraire, la philosophie est un viatique, dans lequel doivent s’entendre et coopérer l’homme et l’auteur, c’est-à-dire une voix de noblesse et un style d’intelligence. La noblesse philosophique se réduit à une forme de confessions, dont les versants les plus éloquents sont la honte et la tragédie, avec un dénominateur commun appelé consolation. L’intelligence philosophique commence par la reconnaissance qu’entre le langage et la réalité il existe une sphère de l’esprit, réceptrice de nos originalités, de nos idées, de nos savoirs, de nos imaginations ; cette sphère n’est ni langagière ni réelle, elle s’appelle représentation, grâce à laquelle sont possibles aussi bien la science que la poésie.
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intelligence
On peut pardonner à Kant sa lourdeur stylistique, sa piètre vision des fonctions principales de notre conscience, son dogmatisme des catégories et la pauvreté des commencements créateurs – il a le mérite d’avoir bien perçu les dons divins – la Vérité, le Bien, le Beau – auxquels il consacra ses Critiques, hélas fastidieuses. On en tire les mots centraux – pure, pratique, juger – et l’on comprend qu’il s’égare partout. De quelle raison pure peut-on parler, si l’auteur ignore la place du langage, puisque le support de celui-ci, la représentation, est, pour lui, synonyme de sensation ou de perception et non pas un produit conceptuel d’un libre arbitre ? De quelle pratique du Bien peut-on parler, tandis que c’est la seule merveille refusant toute application pragmatique ? De quelle Beauté jugée peut-on parler si celle-ci ne produit que des émotions et dont elle est produite elle-même ?
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intelligence
Le Royaume des Idées (ou des Formes, modèles, concepts) platoniciennes, n’est qu’une représentation qu’un informaticien appellerait Base de Connaissances, qui est toujours subjective, intermédiaire entre la réalité et le langage et donc liée au temps.
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intelligence
Tout le chaos des philosophes autour du concept de connaissances est dû au fait qu’ils l’attachent à la réalité, tandis qu’il appartient entièrement à la représentation. On ne connaît pas la réalité, on en a des impacts des sens ou des intuitions non-langagières.
concept,langue,philosophie,réalité,représentation,savoir

intelligence
Pour les philosophes cathédralesques, le monde est un objet d’exploration par la connaissance et la vérité ; aucun de ces rats de bibliothèques ne sait ce qu’est la connaissance ou la vérité. Pour les non-philosophes, le monde est soit évident soit absurde. Pour les vrais philosophes, le monde est, avant toute tentative d’interprétation, - un mystère céleste, vénéré par un mystère terrestre, l’homme, possédé par des souffrances et possédant des langages.
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intelligence
À sa naissance, l’Intelligence Artificielle s’appelait Épistémologie Appliquée et se consacrait à deux tâches – représentation (l’ontologie) et interprétation (la logique, le langage) des connaissances. Il fallait être, à la fois, philosophe, cogniticien, linguiste, logicien, informaticien, pour exercer ce métier. Aujourd’hui, une immense et mécanique fumisterie autour des misérables réseaux de neurones usurpa ce champ humaniste, avec seuls informaticiens ignares qui l’occupèrent. Aucun rapport ni avec l’intelligence abductive (les pourquoi et les comment) ni avec la langue naturelle – un calcul sauvage, avec des big data, se réduisant à la reconnaissance des formes.
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intelligence
Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, la notion d’esprit (res cogitans), opposée à la matière inerte (res extensa), doit être scindée en deux : les vivants et les robots. Est vivant non seulement ce qui dispose de la liberté, c’est-à-dire de la faculté de s’écarter, dans son comportement, des lois physiques, mais, en plus, de ne pas suivre une démarche, découlant de l’application d’un modèle comportemental, conçu par un cogniticien et implémenté dans la mémoire. Cet ajout définit un robot. Celui-ci finira par simuler nos sens et nos sensations, par pratiquer l’apprentissage, par générer des choix aléatoires, par maîtriser les langues naturelles. La différence avec le vivant consistera en la demeure du pourquoi comportemental : la chair sensible ou les circuits intelligibles.
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intelligence
J’ai lu les définitions de l’intelligence, formulées par des mathématiciens, cogniticiens, philosophes, linguistes, et je constate que c’est un poète qui les surclasse, tous, – le grand Valéry ! Lui qui n’appartint à aucune de ces castes, mais dont l'intuition multipolaire dépasse en justesse les savoirs étriqués des professionnels.
auteur,langue,philosophie,poésie,savoir,science,système

intelligence
J’apprécie l’intuition de Valéry pour juger du savoir, du langage, de l’intelligence ; mais quand je lis, que pour lui « la mathématique est la science de l’arbitraire », je vois qu’il n’y comprend rien. Il y a des lois implicites, en mathématique, qui encouragent l’élégance et le laconisme des preuves d’une nouvelle assertion. Il est rare qu’on améliore la première version de preuve, mais c’est toujours au profit de ces deux critères qui excluent, presque complètement, l’arbitraire. Même la création de nouveaux objets, en mathématique, bannit l’arbitraire ; c’est pourquoi la mathématique est la vraie ontologie pour tout cerveau rationnel. L’arbitraire des représentations est propre à toutes les sciences, sauf la mathématique.
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intelligence
L’opération langagière de donation de sens et l’opération mathématique de démonstration d’une assertion se ressemblent ; appliqué à ces deux domaines, le terme métaphorique d’arbre correspondrait aux structures infiniment plus complexes (avec des relations logiques, ensemblistes, combinatoires etc.). La formule abstraite commune, pour la formulation d’un problème, serait : A1 = A2, où l’opérateur ‘=’ s’appellerait unification (généralisation de l’égalité et de l’identité) et A1, A2 seraient références des objets et des relations (références qu’on appellerait, par convention, - arbres). La représentation (base de faits ou de connaissances) servirait de support factuel de l’unification. C’est trivial, mais didactiquement utile.
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intelligence
En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité.
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intelligence
La réflexion philosophique peut être atemporelle ou atopique, se focaliser sur l’être ou donner un sens au devenir, chercher l’universel ou exprimer le particulier, partir de la pensée ou tendre vers le rêve. La première attitude nous fait pencher sur l’immobile, sur l’abstraction, sur le langage ; la seconde – sur les commencements, sur l’énigme du passé et du présent, sur l’extinction de nos élans, sur la tragédie et la consolation.
commencement,consolation,élan,être,idée,immobilité,langue,mystère,philosophie,rêve,…

intelligence
Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels.
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intelligence
Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens).
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intelligence
Le fond d’une écriture, c’est son but. Quant à la forme, elle se présente sous deux aspects : son commencement langagier et le chemin d’accès au but, chemin, à la fois conceptuel et métaphorique, extra-langagier. Quelles que soient les arguties des porteurs de lumières, les buts ne peuvent être que collectifs. Les projeteurs d’ombres se concentrent sur la forme, qui fait naître beaucoup plus d’idées originales que le but.
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intelligence
Penser a trois domaines d’application et de définition : représenter, interroger, interpréter – la création conceptuelle, l’imagination langagière, la démonstration logique.
concept,création,interprétation,langue,question,représentation,science

intelligence
Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce.
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intelligence
Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation).
action,art,beauté,bien,cœur,création,dieu,esprit,être,hommes,…

intelligence
La pensée est la suite de quatre étapes : un état d’âme (inspiré par notre soi inconnu), un discours (culture langagière de notre soi connu), des substitutions de mots par concepts (intelligence et connaissances de notre soi connu), un sens (réseaux de concepts – à communiquer).
âme,concept,culture,idée,inconnu,langue,savoir,soi

intelligence
Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve.
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intelligence
La vision intuitive de la réalité est largement consensuelle ; tout homme veut ramener cette vision aux connaissances individuelles, dont les entités élémentaires s’appelleraient concepts.
1. L’organisation (structurelle, descriptive, comportementale) de ces concepts constitue une représentation.
2. Un concept (dans une représentation) est un reflet incomplet des choses en soi (en réalité).
3. Cette démarche, intuitive aussi bien chez les concierges que chez les scientifiques, devint opératoire chez les cogniticiens (fondateurs de l’Intelligence Artificielle) : on y imite le comportement humain à travers la représentation et l’interprétation des connaissances.
4. Aucun philosophe n’accéda à ce sens de la représentation. Les tableaux catégoriels d’Aristote et de Kant amorçaient une bonne direction, mais leurs adeptes y virent une objectivité tandis qu’une subjectivité évidente est à leur origine.
5. Un malentendu, déplorable mais partagé par presque tous les philosophes, voit dans le langage le traducteur des connaissances, tandis que la couche langagière ne fais que se superposer à la couche représentationnelle, la seule porteuse du savoir.
6. Deux activités - l’acquisition des connaissances (complétant la représentation) et leur interprétation (par l’intermédiaire du langage) – mettent en évidence le rôle capital de la logique : elle assure la cohérence de la représentation et elle fait partie intégrante de toute langue naturelle.
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intelligence
Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses.
concept,école,inconnu,interprétation,langue,négation,philosophie,réalité,représentation,savoir,…

intelligence
Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit.
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intelligence
Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie.
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intelligence
Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées.
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intelligence
Si fort, et même exceptionnel, dans sa vision du langage, du soi, de l’affectivité, Valéry est si impuissant, dans son incompréhension totale de la philosophie et de la mathématique. Là, surpassant les docti, et ici, se plaçant, hélas, parmi les indocti.
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intelligence
Le philosophe académique, étant banal dans les solutions et incompétent dans les problèmes, devrait ne se pencher que sur les mystères : trois sens divins – les universaux Bien, Beau, Vrai, et trois sphères d’expressivité humaines – Réalité, Représentation, Langage. Seul Kant embrassa la portée de tous les premiers, seul Valéry discerna le rôle de toutes les secondes.
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intelligence
Penser est banal, exprimer sa pensée est mécanique ! Préparer un terrain langagier ou conceptuel, dont surgirait une pensée – un arbre ignorant mon labourage et mes semailles !
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Je m’aperçois, assez tardivement, que la dyade schopenhauerienne est très proche de la mienne : sa Volonté n’est qu’un élan ou un rêve, dont le fatal affaissement appelle une Consolation ; sa Représentation est la démarche centrale, pour comprendre la place du Langage dans un discours. C’est Nietzsche qui, plus poétique et révolutionnaire que moi, dévia la Volonté vers la puissance et la Représentation – vers le retour, toujours recommencé.
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intelligence
La pensée, ce n’est pas un discours langagier ; elle fait partie du sens de celui-ci ; le sens étant un réseau de concepts non-langagiers, résultant du succès (véracité) d’une interprétation du discours ; la pensée en est un sous-réseau autonome.
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intelligence
Aucun philosophe ne possède, en même temps, l’intelligence et la noblesse. Pourtant ce sont les seuls deux états, d’esprit ou d’âme, indispensables pour pratiquer une philosophie, à la fois profonde et haute, pour décortiquer le langage ou relever la consolation.
consolation,hauteur,langue,noblesse,philosophie

intelligence
L’intelligence profonde se prouve par la même vénération des trois dons divins – le vrai, le beau, le bon ; l’intelligence haute s’éprouve dans la hiérarchie de ces admirations. Aristote, Kant, Dostoïevsky, les intuitifs, possèdent la première ; Nietzsche et Valéry, les créatifs, pratiquent la seconde, en plaçant la beauté artistique au-dessus du bien inexprimable. Ignare langagier, Nietzsche se noie dans le bavardage sur la vérité ; Valéry y est percutant et profond.
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intelligence
L’écroulement de l’Intelligence Artificielle, dans les années 90 du siècle dernier, est dû au conflit intellectuel entre les philosophes (focalisés sur la représentation) et les logiciens (misant sur l’interprétation). Les premiers manquaient de rigueur et les seconds – de profondeur. La réconciliation et l’essor, au XXI-me siècle, sont venus grâce à la conscience du rôle que joue la communication en langage naturel : les philosophes ont compris que la logique fait partie de tout langage naturel, et les logiciens ont compris que le langage naturel n’est qu’une projection de son vocabulaire et de sa grammaire sur des concepts bien structurés. Curieusement, cette entente fut réalisée par des informaticiens (avec leurs big data), qui nagent et en philosophie et en logique…
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intelligence
L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle).
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intelligence
Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à : 1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir 2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes) 3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser 4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau 5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé. C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées.
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intelligence
Comment se construit la parole humaine ? Pourquoi la compréhension mutuelle est si prodigieusement facile ? L’essentiel d’un discours renvoie à l’habitude, à la mémoire, à l’expérience. Ce ne sont pas des références conceptuelles (comme c’est le cas en IA symbolique), mais la statistique qui guide la génération et l’interprétation du flux langagier. Seule l’intelligence humaine, ce don divin si inégalement distribué, peut reprendre un discours, pour en apporter des justifications. Un paradoxe – l’IA neuronale, conçue d’une manière si primitive et mécanique, est, en fin de compte, parfaitement humaine ! Et si l’intelligence la plus haute commençait, justement, aux points de brisure des données statistiques ? Et l’IA symbolique est tout-à-fait inhumaine. Comme le sont, par leur origine, nos sens du Beau et du Vrai !
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intelligence
On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race.
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intelligence
Les connaissances, constituant une représentation, sont de trois genres : structurelles (syntaxiques, sémantiques ou pragmatiques), descriptives (attributs et propriétés), comportementales (règles déductives et événementielles). Les deux derniers s’attachent au premier. Les relations, formant les structures, peuvent être unaires, binaires ou n-aires : 1. l’objet O existe, 2. il existe la relation R entre les objets O1 et O2, 3. les objets O1, O2,…,On, en tant qu’acteurs (agents), constituent la scène Sci, pour le scénario Sco. La future IA aura ce format. Les big data, réseaux de neurones et les modèles du langage ne s’appuient que sur la statistique et la vague notion de proximité constatée, sans le raisonnement abductif (les qui, quoi, pourquoi, comment, où, quand), contenu dans la future IA.
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intelligence
Entre la réalité (le validateur) et l’intelligence humaine (les hypothèses à valider), s’interposent le langage explicite (immédiat) et la représentation implicite (postérieure). Le langage peut avoir trois sources : la représentation elle-même (l’expérience des hommes ou le fruit d’une IA symbolique), la grammaire (l’application de la linguistique classique), l’entraînement par la digestion d’une grande masse de documents humains (l’IA neuronale). Dans le dernier cas, il n’y a pas d’intelligence ; on ne peut juger l’IA neuronale que selon ses performances : le pouvoir s’y substitue au savoir. La représentation y est également absente, comme dans la philosophie analytique, source de tant de platitudes (philosophies du langage ou de l’esprit).
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intelligence
Un étrange parallèle se dessine entre les ambitions de la philosophie analytique du siècle dernier et les résultats de l’IA neuronale. La première prétendait pouvoir extraire un sens unique de tout discours, celui-ci étant le seul objet d’étude (toute représentation étant exclue). Une prétention, évidemment, absurde, puisque le sens dépend des connaissances et des attentes de l’émetteur et du récepteur du discours, ce qui donnait à celui-ci autant de sens qu’il y aurait de personnages putatifs aux deux extrémités de la chaîne. Mais voilà que l’IA neuronale affronte le discours aux milliards de textes, ingurgités par l’apprentissage, pour en sortir le sens moyen statistique. Or, il se trouve que cette misérable (car sans aucune trace d’intelligence) moyenne est presque toujours satisfaisante, sans être ni vraie ni fausse ! Une idée, intellectuellement absurde, confirmée et soutenue par une méthode mécanique !
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intelligence
Ce que mes yeux m’apportent des autres (de leur savoir, de leurs actes, de leur intelligence) s’appelle connaissance ; ce que mon regard m’apprend de moi-même (de mon esprit, de mon cœur, de mon âme) s’appelle conscience. L’IA neuronale n’a ni la connaissance objective ni la conscience individuelle ; elle reproduit les performances, statistiquement moyennes, résumant les expériences linguistiques des millions de livres, d’articles, de rapports, disponibles sur la Toile.
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intelligence
Dans l’IA neuronale il n’y a pas d’intelligence (mais que de l’apprentissage statistique, sans le concept de vérité, source de toute intelligence), et même cet apprentissage n’est pas artificiel (mais, mécaniquement, humain). En revanche, l’IA symbolique constitue le fond d’une véritable intelligence, et elle est entièrement artificielle, comme l’est la logique. L’expérience initiale, chaotique, expérience des sons, des mots, des formes, sert à l’apprentissage humain exactement de la même manière que le parcours dynamique de milliards de documents, traînant sur l’Internet, par les chatbots neuronaux. L’habitude, la moyenne statistique, jouent un rôle beaucoup plus important que la logique formelle dans l’élocution et dans la compréhension par l’homme et par les réseaux neuronaux.
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intelligence
Ce sont les modèles linguistiques révolutionnaires qui justifient le triomphe (provisoire) de l’IA neuronale. Dans l’IA symbolique, l’interprétation des phrases suivait plutôt un cycle spatial, en tenant compte des priorités (essentiellement spatiales et non pas temporelles) des opérateurs. En plus, l’apparition de termes ou tournures, inconnus de la base de connaissances, bloquait l’analyse. Dans l’IA neuronale, l’interprétation est temporelle, séquentielle, avec un mécanisme, découlant de la pratique humaine, celui de la probabilité de surgissement d’un terme n+1, après la suite de n termes précédents. C’est ce phénomène psychologique d’attente, et non pas la transformation de la phrase entière en une formule logique, qui explique la facilité, avec laquelle les hommes s’entendent entre eux. Mais si, chez l’homme, l’apprentissage se contente d’une poignée d’expériences, les réseaux neuronaux s’appuient sur des milliards de documents qui traînent sur la Toile – le génie face à la statistique.
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intelligence
Les termes analytique (évaluation) ou synthétique (jugement), dans le contexte des connaissances : au stade d’acquisition de celles-ci (à partir de la réalité), les jugements sont synthétiques ; au stade d’interprétation (à partir du langage), les évaluations sont analytiques. Un bon sens naïf suffit pour le comprendre.
interprétation,langue,réalité,savoir

intelligence
Différence entre pensée naissante et pensée née (la liberté a la même destinée). La seconde, la figée, s’exprime dans le langage de la logique et se confirme par la méthode mathématique ; la beauté n’y est qu’intellectuelle et la langue naturelle n’y apporte rien. La première est un effet, souvent inattendu, qu’une enveloppe langagière, la forme qu’on donne à ses états d’âme, laisse apparaître en tant que le contenu, le fond, d’un esprit indicible. La seconde sonde, en profondeur, l’œuvre du Créateur ; la première tente, en hauteur, d’exprimer la créativité humaine. Les appareils de mesurage, pour la seconde ; la fontaine d’âme ou l’éponge d’esprit, le regard ou l’écoute, pour la première.
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intelligence
Ce n’est pas la pensée qui trace le chemin et fixe le but, mais l’inertie et le sens commun. La pensée ne gît que dans le commencement, sous la forme d’une caresse verbale, intellectuelle ou musicale.
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pyrrhon
Notre requête sceptique ne porte pas sur la représentation, mais sur l'interprétation de la représentation.
intelligence
Cette requête est surtout formulée en un langage hors représentation (et la philosophie analytique ne s'intéresse qu'à cela) ; en plus, il y a deux interprétations presque disjointes, linguistique et conceptuelle, que tous confondent. Pour vous, la représentation est dans le sensible, dans le phénoménal, tandis qu'elle ne peut exister que dans l'intelligible, dans le nouménal.
idée,interprétation,langue,philosophie,question,représentation

plotin
Il faut être au moins deux pour signifier, et le sens, entre les deux, en fait un troisième.
intelligence
Naïf et génial ! C'est ainsi que naît le sens en Intelligence Artificielle, tandis que tout le bavardage du signifiant/signifié réduit cette belle triade à quelque chose de monolithique, algorithmique et … réel. Le sens est le résumé irréel d'un dialogue. L'interpellant et l'interpellé ont beau être, le plus souvent, le même homme, ce sont deux machines différentes qui tournent. La vraie machine maîtrisera un jour tous les rouages du signans et signatum (St-Augustin), mais seul l'homme peut manipuler organiquement leurs mélanges contre nature.
artificiel,interprétation,langue,maîtrise,question,réalité,robot,simplicité

thomas d'aquin
Intellectus cognoscit quod quid est non solum definitiones, sed etiam enuntiabilia.

L'intellect forme des objets de deux sortes : définitions et énonciations.
intelligence
Des idoles magiques et des formules logiques, un monde arbitraire et ses implacables requêtes hors toute langue. L'indépendance mutuelle rend souverains et le géniteur d'un nom enraciné et le locuteur d'un verbe désincarné. Et tout le reste est littérature, appel au mot.
commencement,concept,création,esprit,langue,nihilisme,question,raison

kant e.
Zum Erlebnisse : erstlich der Begriff, dadurch ein Gegenstand gedacht wird, und zweitens die Anschauung, dadurch er gegeben wird.

La connaissance suppose : d'abord le concept, pour lequel l'objet est pensé, et ensuite le regard, par lequel il est donné.
intelligence
Ce regard est une espèce de mémoire du réel, qui justifie le concept et valide l'idée. Penser introduit le mot et l'image, qui peuvent soit précéder soit suivre le regard. Penser, c'est peindre le connaître. Connaître, c'est éduquer le penser.
concept,continuité,création,idée,langue,mémoire,raison,savoir

kant e.
Alles Denken ist nichts anderes als ein Vorstellen durch Merkmale.

Penser, ce n'est jamais que représenter par signes.
intelligence
Ce qui exclut le désir, l'image d'un objet, la recherche de sa référence langagière, la constitution d'une formule logique, son interprétation, la recherche du sens des substitutions - cette pensée est du niveau d'une programmation informatique.
arbre,concept,élan,interprétation,langue,question,raison,représentation,robot,style

maistre j.
Le chef-d'œuvre de raisonnement est de découvrir le point, où il faut cesser de raisonner.
intelligence
Le sot, chancelant et labile dans ses raisons, y voit la justification humoristique de ses charabias. Le sage sait, que raisonner ironiquement, c'est changer de langage (aux points de chefs-d'œuvre).
interprétation,ironie,langue,philosophie,platitude,raison

hegel g.
Genie ist ein Mensch, der die meisten Gegensätze versöhnt.

L'homme de génie est celui qui réconcilie le plus de contraires.
intelligence
En nombre de contraires réconciliés l'homme de génie ne dépasse pas n'importe quel badaud. Mais il les aborde simultanément et en langages différents (l’art des paradoxes), tandis que le goujat ânonne toujours dans un même idiome, mais aux moments différents (la non-maîtrise des contradictions). « Le génie, ami des paradoxes, et le hasard, dieu inventeur » - Pouchkine - « Гений, парадоксов друг, и случай, бог изобретатель » - l’heureux hasard des poètes s’appelle inspiration.
langue,négation,paradoxe,platitude,temps,vérité

hegel g.
Dem Ziele der Philosophie ihren Namen der Liebe zum Wissen ablegen zu können und wirklich das Wissen zu sein.

Effacer ce nom d'amour de savoir, collé au but de la philosophie, pour y inscrire un savoir réel.
intelligence
Que tu appelleras savoir absolu, où l'on chercherait en vain du savoir ou de l'absolu (comme dans la Science de la Logique - qui aurait dû s'intituler Logos et Épistémè – Discours et Savoir – Von der Vernunft zum Verstand - on ne trouve ni science ni logique). La philosophie n'a que deux buts : la consolation du mortel, et la démarcation de valeurs entre la réalité, le langage et la représentation. Le savoir est affaire des experts ; le philosophe n'a besoin que d'intelligence et de talent.
axe,consolation,contrainte,langue,mort,philosophie,réalité,représentation,savoir,science

mallarmé s.
Signifier, fonction du numéraire facile et représentatif.
intelligence
Tu vois mal la place du langage. Signifier, c'est interpréter dans un langage, bâti sur une représentation. L'infini du langage et l'infini des interprétations rendent secondaire le rôle de la représentation.
balance,erreur,inconnu,interprétation,langue,représentation

valéry p.
Approfondir une pensée, c'est l'éprouver par des rôles de plus en plus difficiles.
intelligence
En plus, ses passages devraient être si radicaux, qu'au lieu d'admirer la pensée on se mettrait à admirer le langage du nouveau rôle. On ne peut pas être un grand acteur, si l'on ne convainc que dans un seul rôle.
amour,grandeur,hauteur,idée,interprétation,jeu,langue

valéry p.
L'esprit est absurde par ce qu'il cherche, et grand par ce qu'il trouve.
intelligence
Il cherche l'idée et ne trouve que le langage. L'idée n'est qu'un projet, les mots sont des objets naissant des contraintes et ne devant pas grand-chose à l'idée.
absurde,concept,contrainte,esprit,grandeur,idée,langue

valéry p.
Ma philosophie ne tend qu'à représenter et à tenter de voir ce qu'une représentation suggère de changer dans les valeurs et les connexions.
intelligence
C'est la définition même du modèle  ! Qui est non-langage, au-dessus de la vie-réalité. Aujourd'hui, tu serais cogniticien ! Comme Aristote et Kant !
axe,balance,langue,philosophie,réalité,représentation,vie

musil r.
Ein Denker ist um so denkender desto er dichtender ist.

Plus le penseur poétise, plus il est penseur.
intelligence
La philosophie est un petit chapitre dans le livre de la poésie. Seuls les charlatans en logique, psychologie ou linguistique le nient.
langue,philosophie,poésie,raison

heidegger m.
Hinsehen auf, Begreifen von, Wählen, Zugang zu sind Seinsmodi eines Seienden, des Seienden, das wir, die Fragenden, je selbst sind.

Viser, entendre, choisir, accéder sont des modes d'être d'un étant, de cet étant que nous, qui questionnons, sommes nous-mêmes.
intelligence
Dans le questionneur et dans le questionné, il faudrait signaler, en plus, deux machines distinctes : dans le premier - l'intuition du modèle et la maîtrise langagière, dans le second - la maîtrise du modèle et l'automatisme de l'interprète-substituteur. L'homme est une combinaison de ces trois machines. Il n'est pas possible que la requête même soit l'être ; elle est toujours sociale et n'est qu'une modulation langagière d'un penser discontinu de l'ego, qui est, tout de même, plus près du cogito pré-langagier que du sum pré-réflexif.
être,inconnu,interprétation,langue,maîtrise,question,raison,représentation,robot,soi

heidegger m.
Wie abgründig verbirgt sich im wesenhaften Nichts der Reichtum des Seins.

Avec quelle abyssale profondeur la richesse de l'Être s'abrite dans le néant essentiel.
intelligence
« C'est par le non-être que vous êtes devenu quelqu'un » - Plotin. Perdre le pied, c'est désencâbler les termes de l'Être, en les virtualisant dans une règle (néant), qui résume l'essence. Un soin du langage conceptuel, qui, à la représentation en dur, substituera un jour une interprétation en sûr. Une vision extraordinaire de l'intelligence … artificielle - l'existence éphémère des choses le temps d'un déclenchement de règles !
artificiel,être,exil,hauteur,idée,interprétation,langue,réalité,représentation

wittgenstein l.
Die Tatsachen gehören alle nur zur Aufgabe, nicht zur Lösung.

Les faits appartiennent, tous, au problème et non à la solution.
intelligence
Ils n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre ; ils sont au cœur d'une représentation, par-dessus laquelle se construit un langage, dans lequel se formule le problème, et dont la solution est apportée par une interprétation s'appuyant sur les faits.
contrainte,interprétation,langue,mystère,représentation

weil s.
L'intelligence ne peut jamais pénétrer le mystère, mais elle peut et peut seule rendre compte de la convenance des mots, qui l'expriment.
intelligence
L'intelligence est dans la qualité du dialogue entre le mystère et le modèle. Les mots sont une navette intelligente.
élite,langue,mot,mystère,représentation

weil s.
Le monde est un texte à plusieurs significations, et l'on passe d'une à l'autre comme lorsqu'on apprend l'alphabet d'une langue étrangère.
intelligence
Au-dessus du monde l'âme en bâtit un modèle. Ce modèle sous les yeux, l'intelligence construit un langage. La perfection, la représentation, la communication. La bêtise répandue, c'est attribuer à la dernière les mérites des deux premières.
âme,gloire,interprétation,langue,réalité,représentation

lec s.
Les idées de fond qu'on n'arrive pas à traduire de leur langue maternelle dans une autre ne possèdent aucune charge d'humanisme. Ce sont des incantations tribales.
intelligence
La faute en incombe souvent à la sous-tribu de traducteurs, qui devraient se tenir à l'entrée de la caverne humaniste plutôt qu'à la sortie de la caserne élitiste.
création,élite,hommes,humanisme,idée,langue,mouton,ruines
 

chœur ironie
NOBLESSE : Ironiser veut dire s'oublier. Et puisque le vrai aristocratisme, ce n'est pas une mémoire écrite mais une mémoire à écrire, elle fait appel à l'ironie, pour dessiner de nouveaux blasons. Ce qu'on gagnera en art héraldique on risque de perdre en statut véridique : le panache des signes ne traduira pas les taches des lignes.
langue,mémoire,vérité

chœur ironie
ACTION : Quand on est contaminé par l'ironie, toute cure par l'action ne fait qu'aggraver le mal. Le serpent d'Asklépios n'aime pas se lover autour de la massue d'Héraclès. L'action met en contact illusoire le bras cassant et l'idée coulante, dont pâtissent les deux : le bras s'imagine droit et l'idée - traduisible en langage des gestes.
idée,langue,souffrance

ironie
J'entends une musique et j'essaie d'en écrire une partition. Je suis obligé de passer par le langage, le français en l'occurrence, et qui est un ensemble d'instruments à cordes. Et je sais d'avance, qu'ils sont désaccordés pour les oreilles d'autochtones. Qui pourrait aimer cette musique ? Ou, au moins, l'entendre ?
art,auteur,langue,musique

ironie
Oui, on peut mettre de l'âme jusque dans la phonétique, si la raison commande de beaux accords entre râles, soupirs ou borborygmes.
âme,langue,ordre

ironie
J'aime manipuler ce qui peut me trahir à chaque instant. C'est pourquoi j'aime le français, mon ami idiolecte.
auteur,authenticité,france,langue,maîtrise

ironie
Aux outrages, que font subir les philosophes égarés aux notions mathématiques d'ensembles ouverts ou vides, ou d'incomplétude gödelienne, peut s'ajouter la logique du second ordre, que ces derniers dédaignent, en la traitant de secondaire. Parfois je pense que l'inscription, à l'entrée de l'Académie platonicienne, n'était pas si bête que ça, mais à géomètre il faudrait y ajouter – linguiste et pleureuse.
antiquité,langue,ouvert,philosophie,science,souffrance,vide

ironie
Polyglotte du silence : savoir se taire en plusieurs langues et se faire lire entre les lignes - par des analphabètes. « Quelle parole partager avec l'homme, qui ne partage avec toi aucun silence ! ? »** - Guénine - « О чём говорить с человеком, с которым не о чем помолчать !? ».
doute,égalité,langue,raison,silence

ironie
Tout précipité du langage aboutit à une banale fiction du continu. Il faut beaucoup d'esprit de système, pour réussir le bel effet du pointillé épitomique, du perspectivisme en archipel.
continuité,école,langue,maxime,système

ironie
Il est certain que l'Orthographe divine est postérieure au Verbe ; toutefois, elle annonce la création du Temps (passant du passé simple au futur intérieur), puisque Chronos est né de Cronos, par une substitution d'une fière explosive (kappa - Κ) par une perfide chuintante (khi - Χ). Perdant sa dignité masculine surchargée, Cronos, en même temps, donna naissance à l'Espace anonyme.
commencement,langue,mot,temps

ironie
Pour un homme de plume, la compagnie des princes est préférable à celle des bombistes ou des mendiants, et ceci pour une raison technique : le langage d'acquiescement est au-dessus de celui des déplorations.
art,langue,négation

ironie
Justification gödélienne des élucubrations poétiques : dans un langage clos, le vrai est plus vaste que le démontrable. Et le vrai n'est qu'une plate projection langagière du beau, haut et indicible.
beauté,hauteur,inconnu,langue,platitude,poésie,raison,vérité

ironie
Quand on évalue l'ennui de ne trouver autour de soi que ce qui existe, ou, pire, l'horreur d'être cerné uniquement par ce qui cogite, on reconnaît à Descartes l'immense mérite d'un dualisme vivifiant, se moquant et de la logique et de l'Histoire. Avec lui, enfin, on peut penser l'inexistant et exister sans penser. Et en bon mathématicien, contrairement à Nicolas de Cuse ou à Spinoza, il n'abandonne pas l'homme aux seuls réalité ou langage, mais le force à passer par la représentation.
ennui,être,histoire,inconnu,langue,raison,réalité,représentation,science,universel,…

ironie
Aucune assise crédible, pour notre enthousiasme, dans la réalité. D'où notre travail de sape, pour réduire toute construction sensible à l'état des ruines ou des souterrains. Mais dans l'intellection et dans le langage, le même travail d'architecte érige des tours d'ivoire aériennes ou des châteaux de feu fulgurants.
château,enthousiasme,esprit,intensité,langue,réalité,ruines

ironie
Moins ils mâchent leurs mots, plus insipides, crues et brutes sont leurs idées.
idée,langue,platitude

ironie
Le Talmud réduit le côté bestial de l'homme à sa physiologie et met en relief ses trois côtés angéliques : avoir de l'intelligence, rester debout et parler hébreu - le contraire de ma vision : savoir écouter son âme, rester couché, respecter les langues mortes, gardiennes de l'éternel silence.
âme,ange,auteur,caresse,défaite,éternité,immobilité,intelligence,langue,négation,…

ironie
Dénoncer la tyrannie de la raison est aussi ridicule que s'acharner contre la grammaire, que même le poète respecte. La raison est la grammaire inconsciente d'une conscience poétique.
conscience,langue,poésie,raison

ironie
Mon français écorché fera sourire plus d'un lecteur indifférent, ce qui m'arrange : l'un des buts de ce livre étant de me rire de mes propres écorchures.
auteur,france,langue,russie,souffrance

ironie
Si ma langue est si souvent rompue, c'est peut-être que je tente trop lourdement de la ployer (Montaigne).
auteur,france,langue

ironie
Lorsque, en cherchant la paille dans l'œil de mon prochain, j'entends que, n'étant pas autochtone de souche, je devrais chercher la poutre dans mon propre œil, je m'insurge contre ces deux ruines de l'arbre, dont je n'assume l'avenir que sous forme des cendres. Mourir, ni par le temps ni par la main des hommes, mais d'une fusion-unification entre l'air des mots, le feu de l'âme et cette terre française, qui me met près de ses meilleures fontaines, dont l'eau me reste intouchable.
arbre,auteur,éléments,hommes,langue,mort,ruines,soif,temps

ironie
C'est la position debout qui conduisit le langage de l'homme du borborygme à la métaphore ; mais seule la position couchée permet de produire des métaphores irréductibles aux borborygmes.
langue,métaphore,platitude

ironie
Cioran détestait l’adverbe, car en français il n’y a qu’un seul post-fixe – -ment (en allemand, c’est plus riche – -lich, -sam, -bar). J’ai la même morphophobie pour l’article. Il y a tant d'aberrations logiques, en français et en allemand, à cause de l'article indéfini coïncidant avec le numéral 1 ; dans le Chant du Départ j’ai envie de glisser un Français, deux Belges, trois Suisses doivent pour elle périr. Ou de suggérer aux nazis - drei Reiche, zwei Völker, ein Führer. À comparer avec ce net contraste : a nation, an empire, a leader - one nation, one empire, one leader. J’aime les langues à flexions, tels le russe ou le latin, avec la liberté syntaxique, impensable dans d’autres langues.
allemagne,angleterre,langue,russie

ironie
Toute mise en place d'une représentation doit respecter la rigueur et la cohérence d'un méta-paradigme apriorique, contenant certaines notions de base, telles que : graphe orienté acyclique de concepts, réseau sémantique, scénario, sujet, essence, événement, et que tout informaticien moderne maîtrise sans peine. Mais quand les pédants ou les bavards, Aristote et Kant y compris, tâtonnent autour de ce sujet, cela donne un verbiage amphigourique, appelé métaphysique. Le cogniticien s'appuie sur une grammaire, et le métaphysicien – sur des vœux pieux.
être,idée,langue,modernité,philosophie,représentation,savoir,science

ironie
L'informaticien, modélisant le monde en langages orientés-objets, ricanerait en apprenant, que « en philosophie, la désobjectivation et la désorientation étaient tenues de s'énoncer dans la métaphore poétique » - Badiou. Les philosophes ignoreraient, que la métaphore naquît de la confrontation entre la représentation (où l'objet est incontournable) et la langue (qui cherche à accéder à ces objets).
concept,langue,métaphore,philosophie,poésie,représentation

ironie
Mon entreprise de réhabilitation des ruines s'apparente davantage à l'élévation de la Tour de Babel qu'à l'imagination d'une tour d'ivoire (il faut être Nabokov, pour que ce soit la même tour), puisque mon refus de la langue unique est plus radical que le chipotage autour du choix des fondations, qu'il s'agisse du sable, des souterrains ou des cartes.
auteur,château,langue,révolte,ruines

ironie
Vous êtes sûrement poète dans votre langue - ce qu'on disait des vers français de Rilke ou de Tsvétaeva, mais pour le comprendre et l'apprécier, il faut être soi-même et poète et polyglotte.
auteur,france,langue,poésie

ironie
Quelle précision peut-on attendre de la linguistique ou de la philosophie, dites comparées et non pas comparantes ? La même bizarrerie morphologique que dans sleeping-car ou drinking-water.
angleterre,langue,philosophie

ironie
Quand on a fait le tour complet de la réalité, de la représentation et du langage, on en aura retiré, respectivement, la noblesse, l'intelligence et le talent, pour en épouser, successivement, le matérialisme, l'idéalisme et le verbalisme ; avec la matière on apprend l'art des contraintes, avec les idées - la technique des buts, avec les mots - le vertige des moyens ; et l'on finit dans l'immobilité et l'invisibilité du talent, que ne trahit que la musique de l'œuvre.
contrainte,esprit,idée,immobilité,inconnu,langue,matière,mot,musique,réalité,…

ironie
La bonne acoustique commence avec l'érection de murs, à l'intérieur desquels on ne parle pas, on devient une ouïe musicale. « Le but de la philosophie est d'élever un mur là où, de toute façon, le langage s'arrête » - Wittgenstein - « Das Ziel der Philosophie ist es, eine Mauer dort zu errichten, wo die Sprache ohnehin aufhört ». Le mur moderne y est plus efficace que le pont antique, puisque aucun passage n'est possible entre la parole de l'emphase et la musique de l'extase.
frontière,langue,musique,ouïe,philosophie

ironie
Il vaut mieux chanter en langage géométrique que narrer en langage romantique. « Newton ne verrait, dans la poitrine d'une fille, qu'une courbe, et dans son cœur, n'admirerait que sa valeur volumique » - Kleist - « Newton sah an dem Busen eines Mädchens nichts anderes als eine krumme Linie, und am ihrem Herzen war ihm nichts merkwürdig sein als Kubikinhalt ».
caresse,cœur,danse,femme,langue,romantisme

ironie
Dans mon parcours vital, je sens mes vecteurs, je me doute de ma valeur, mais je dois les vêtir : « S'habiller à sa taille et se chausser à son pied : voilà la sagesse » - Horace - « Metiri se quemque suo modulo ac pede verum est ». La sagesse de ceci n'est pas dans les verbes, ni dans les noms, ni dans les pronoms réfléchis, elle est dans l'adjectif possessif. Connaître ses tailles et mesures est une grande question. Et puisqu'il ne m'est pas donné de posséder la sagesse, il ne me reste qu'à l'aimer, c'est à dire, à être philosophe.
auteur,balance,intelligence,langue,maîtrise,philosophie,voix

ironie
Un Ancien formule une banalité ; traduite en une langue moderne, elle devient énigmatique ou absurde ; le prestige de cet Ancien provoque une montagne de commentaires de cette absurdité (et non pas de la banalité) ; l'habitude de ce nouveau langage abscons, chez les universitaires, le rend respectable, savant, obligatoire ; au sein de ce jargon naissent d'autres absurdités – telle est la généalogie de la philosophie académique.
absurde,antiquité,école,langue,mystère,philosophie,science,temps

ironie
Les thèmes abordés sont les mêmes chez tous les philosophes. Ce qui distingue ceux-ci, c'est la répartition de ces thèmes par type d'approche ; il y a trois approches possibles : le sérieux, l'ironie et l'exercice de talent littéraire. Le sérieux ne méritent que la souffrance et le langage ; l'ironie doit dominer, pour aborder la sagesse, le savoir, la vérité, l'être ; enfin, pour manifester nos goûts dogmatiques ou nos dons sophistiques, nous chanterons la poésie, la liberté, la fraternité, la grandeur. Le sérieux doit être vaste, l'ironie – profonde, le milieux des exercices doit se situer en hauteur.
art,être,fraternité,goût,grandeur,hauteur,langue,liberté,maîtrise,philosophie,…

ironie
En traitant d’absurdes la plupart de grands ouvrages philosophiques, il faut se rappeler que l’absurdité, étymologiquement, ne fut pas l’absence de sens mais l’absence de musique. Chez Kant, l’abondance de sens et le vide musical – la banalité des jugements. Chez Hegel, le sens arbitraire (toute transformation par négation, complémentarité, inversion de sujet et d’objets laissant le discours amphigourique au même degré de tangence), la prétention à la musique avec une oreille de sourd. Chez Heidegger, le sens noyé dans l’absurdité morphologique, mais une bonne imagination apportera un sens insoupçonné par l’auteur lui-même, puisque la musique y est réelle.
absurde,langue,mot,musique,négation,philosophie

ironie
Du charme et de l’harmonie des syntagmes, comprenant un nom, un adjectif, un numéral : arrivés à croire en éternelle présence de la Trinité ou à percer l’infinie essence des dyades, vous admettrez plus facilement l’absolue transcendance de l’Un. Un joli exercice pour un programme informatique, qui générerait à la chaîne ce genre de sagesse.
éternité,être,langue

ironie
Ceux qui tournent le dos aux principes, s'appuient, en général, sur des recettes de basse cuisine. Pour un cuisinier de langages savoureux, vaut cette haute recette : « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront par céder » - G.Braque.
défaite,goût,idée,langue,platitude,raison

ironie
Si l’on vous dit, que « pour un être qui est acte, la langue possède une expression adéquate - … » - Schelling - « für dieses Wesen, das Actus ist, hat die Sprache einen treffenden Ausdruck - … » - devineriez-vous quelle est cette expression ? Une massue ? Un poing ? Un muscle ? - eh bien, non, ils y fourrent – l’âme ! Les traducteurs mal inspirés d’Aristote passèrent par là.
action,âme,être,langue,mot

ironie
La fouille aléatoire des concepts approximatifs est à l’origine des tristes catégories aristotéliciennes ou kantiennes. Mais il y a des penseurs qui s’en servent comme d’un étalon de sagesse : « L’usage que Flaubert a fait de certains pronoms a renouvelé presque autant notre vision des choses que Kant, avec ses Catégories » - Proust.
concept,intelligence,jeu,langue

ironie
Le taux de sots est étonnamment le même chez ceux qui mémorisent un nombre faramineux d’ouvrages littéraires comme chez ceux qui n’en lisent presque aucun. En revanche, chez les premiers il y a nettement plus de talents que chez les seconds, mais j’en ignore la raison, à moins que ce soit l’exigence grandissante de qualité purement verbale ; bref, un détail technique et non pas artistique.
art,esprit,intelligence,langue,mémoire

ironie
En écrivant, je suis toujours partagé entre deux impressions disjointes sur le contenu de mes tribulations verbales : est-ce du travail ou est-ce du jeu ? Mais je constate, que le meilleur surgit lorsque, dans cette opposition, le jeu l’emporte. Peut-être parce que, parmi ses alliés, se trouvent l’entame, l’amour, le rêve, tandis qu’à côté du travail s’agglutinent l’algorithme, la multitude, la possession.
amour,auteur,commencement,jeu,langue,lutte,maîtrise,mouton,rêve,robot

ironie
Chez celui qui ne se sert que d’un seul langage, de celui du troupeau, la contradiction est signe de bêtise. Mais chez un créateur de langages, les prétendues contradictions ne témoignent que d’une richesse langagière. Prenez Nabokov - à un endroit il dit : « L’écrivain est mort, quand il se met à se préoccuper des questions telles que : qu’est-ce que l’art ? ou en quoi consiste le devoir de l’écrivain ? » - « Писатель погиб, когда его начинают занимать такие вопросы, как что такое искусство ? и в чём долг писателя ? », mais ailleurs, nous lisons chez lui : « Le devoir de l’écrivain est de porter une flamme dans son regard » - « Долг писателя - огонёк в писательских глазах » et « L’art pur apporte plus de bien qu’une bienfaisance décousue » - « Чистое искусство принесёт больше пользы, чем бестолковая благотворительность ».
art,bien,création,intelligence,langue,négation,regard,utilité,valoir

ironie
Chercher le sens de la vie est la même aberration que chercher la formule du rêve. Le sens accompagne des problèmes et leurs solutions ; il est impuissant devant le mystère ; et la vie est un mystère. Les formules sont dans un langage ; or, le rêve est indicible, on ne peut que le chanter, et la musique va droit à l’âme, sans s’arrêter dans l’esprit.
âme,danse,esprit,idée,inconnu,intelligence,langue,musique,mystère,rêve,…

ironie
L’origine de l’ennui dans l’écriture : on n’aborde que des choses, qui sont déjà munies d’une étiquette verbale.
art,concept,ennui,langue

ironie
La voix de Nabokov, dans ses livres, fut insupportablement paisible, indifférente, ronronnante, mais il appelait les autres à remplir leurs vies de hurlements sans bornes (unfettered howl). Prude, il fantasma – verbalement et non pas sentimentalement - dans sa Lolita.
art,langue,sentiment

ironie
Contrairement aux idées scientifiques, toutes les élucubrations tarabiscotées philosophiques doivent être traduisibles en langage commun, accessibles au dernier des ploucs et n’en supprimant aucune image claire. Et, avec un certain ricanement, on découvre que les galimatias hermétiques de forme deviennent galimatias rustiques de fond, rien de plus.
idée,langue,philosophie,science,style

ironie
Exposer une copie d’un objet consensuel, dans un langage consensuel, c’est présenter un objet nu ; la pudeur littéraire (une contrainte) devrait t’en interdire l’usage, t’inviter à faire appel à l’ironie. « L'ironie, forme agressive de la pudeur » - G.Thibon.
contrainte,honte,langue

ironie
En restant au sein d’un même langage, on se répète, fatalement ; en s’en détachant, on se contredit, librement. Ni parcours ni fins ne sont jamais originaux ; ne le sont que les commencements ; c’est pourquoi l’écrivain le plus individué et libre, c’est l’aphoriste.
commencement,langue,liberté,maxime,négation,voix

ironie
L’adage primitif sur l’insignifiance des extrêmes trouve, pourtant, une confirmation convaincante dans la comparaison du langage populacier de F.Céline avec le langage des riches (appliqué aux réflexions et émotions, qu’un garagiste partagerait avec une duchesse) de Proust.
intelligence,langue,maxime,misère,sentiment,style

ironie
Me limitant aux domaines philosophiques et retranchant mes inévitables solécismes, je pense avoir surpassé mes rivaux dans les thèmes suivants : langage, noblesse, intelligence, solitude, bien, souffrance, connaissance, contrainte, commencement, être, liberté, rêve, poésie, philosophie, représentation, vérité, politique, Russie.
auteur,bien,cité,commencement,contrainte,être,intelligence,langue,liberté,lutte,…

ironie
Quand mon dispositif langagier, pour atteindre un but intelligible, ne marche pas, il m’arrive de le garder quand même, car il a fait danser un commencement sensible.
auteur,commencement,danse,défaite,langue

ironie
Je lis la définition académique de la cognition. La liste de thèmes, qu’elle aborde, comprend : la mémoire, le langage, le raisonnement, l'apprentissage, l'intelligence, la résolution de problèmes… Aucune mention de la représentation ! Pourtant, sans représentation, aucun sens sérieux ne peut être donné à ces termes.
auteur,école,intelligence,langue,mémoire,représentation,savoir

thomas d'aquin
Mendacium quod transcendit veritatem in majus - ad jactantiam ; et in mendacium quod deficit a veritate in minus - ad ironiam.

Mensonge se mettant au-dessus de la vérité - la jactance ; celui qui en est en-dessous - l'ironie.
ironie
L'ironie s'impose, lorsqu'on comprend qu'un mensonge inventif peut mener plus haut qu'une vérité stagnante, sur une échelle langagière, la seule où se mesurent les vérités. Les vérités elles-mêmes n'ont pas de hauteur, et leur profondeur se réduit à la richesse du langage, c'est à dire la représentation plus le discours. Quand le langage n'évolue pas, tout discours est de la jactance, dans la platitude.
acquiescement,balance,création,hauteur,langue,platitude,représentation,vérité

france a.
L'ironie est la dernière phase de la déception.
ironie
C'est ce qu'affirment les adeptes des joies payantes, tandis que l'ironie devrait être la première phase vers un enthousiasme gratuit. Ce qui est impasse pour l'homme linéaire, est départ d'un nouveau langage pour l'homme annulaire. L'ironie est refus d'angles et de lignes droites, déracinement d'ellipses et de spirales.
bonheur,chemin,commencement,continuité,défaite,enthousiasme,exil,langue,paradoxe,retour,…

arendt h.
Insofar as we act emotionally, we are programmed. Reason is the miracle.

Tant que tu agis sous le coup de l'émotion, tu es robot. Miracle, c'est la raison.
ironie
Les rythmes des frissons et l'algorithme de la raison furent conçus par le même Programmeur ou Thaumaturge, spécifiés dans un même langage, où le tragique et le logique suivent la même grammaire hors-contexte, animée par un Verbe génératif. Jadis, l'homme des émotions n'avait aucun problème, pour programmer la raison ; aujourd'hui, l'homme de raison, alla encore plus loin - il programme ses émotions, dans des langages compilés et non-interprétés.
intensité,langue,modernité,mystère,raison,robot,sentiment,tragédie
 

chœur mot
RUSSIE : Mes mots portent les stigmates de leur première croix, plantée en Russie, au temps de ma jeunesse. J'ai beau traiter les écorchures françaises, les organes déficients ajoutent à la bile - de l'encre trouble. Il paraît que le mot est français, s'il est clair ; or, le mot n'acquiert sa russitude que s'il renonce à ses attaches visibles.
auteur,doute,enfance,france,haine,langue

chœur mot
ACTION : Le langage des actions est peut-être aussi riche que celui des mots, mais il nous manque une clef pour sa lecture. La clef, que le bon Dieu met miraculeusement en nous, pour insuffler une vie au mot. Le verbe et l'action furent peut-être tous les deux au commencement, mais le troisième témoin, la perversion, s'allia à l'action, ce qui me rapproche du faible, du mot.
commencement,dieu,force,langue,proximité,vie

chœur mot
CITÉ : J'ai beau inventer des idiomes, tout mot est un mot de la tribu, mûri dans la cité. J'ai beau exclure tout partage idéal, c'est le portage verbal qui me traînera sur le forum, où le bourreau repu démocratique marquera du fer rouge mes soifs aristocratiques et insérera ma fontaine dans le tout-à-l'égout communautaire charriant des verbes usés.
cité,égalité,idée,langue,mouton,noblesse,soif

chœur mot
AMOUR : L'amour fait parler tout ce qu'il touche, mais dans un langage, où tout mot est traître ou superflu. Les mots, pour les transports amoureux, ne sont pas plus importants que les panneaux indicateurs, mais ils en annoncent bien les titres. Le rôle héraldique sied beaucoup mieux aux mots que le rôle fatidique, qu'il vaut mieux réserver aux regards.
langue,noblesse,regard

chœur mot
VÉRITÉ : On place la vérité tantôt dans les mots tantôt dans la réalité. Le mot fournit la requête ; la réalité est remplacée par un modèle ; et la vérité naît de l'effort de l'interprète, qui remplace des références de la requête par des objets du modèle et évalue la formule ainsi obtenue. C'est ainsi que se forme le sens : conception du mot, attouchement des choses, extraction de la vérité…
concept,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Une de ces choses que nous cachent la grammaire et l'usage banal : le mot n'est pas un reflet de la vie, il est une vie à part, aussi proche de l'essentiel, peut-être, que le regard. Comme de theoria on aboutit au regard, de logos on se condense dans le mot. Non sans déchirement, puisqu'il y a toujours « un conflit entre le regard, cette métaphore centrale de la vérité philosophique, et la langue »* - H.Arendt - « die Unverträglichkeit zwischen der Anschauung - der Leitmetapher der philosophischen Wahrheit - und der Sprache ».
être,grèce,langue,métaphore,philosophie,regard,vérité,vie

mot
Le mot, dans ce livre, s'oppose tantôt à l'action sur les choses, tantôt au reflet prévisible des choses, tantôt au discours au niveau des choses. Il y perd, respectivement, en étendue, en précision et en pertinence, en ne gagnant qu'en hauteur. Ce qui est peut-être la première fonction du langage : « La langue apporte aux représentations une plus haute existence »** - Hegel - « Die Sprache gibt den Vorstellungen ein höheres Dasein ».
action,être,hauteur,langue,réalité,représentation

mot
On reconnaît un mot par la difficulté de sa traduction ; il se trouve à mi-chemin entre une pensée et une poésie : la traduction d'une pensée est une récréation, celle d'une poésie - une recréation. « Dis-moi ce qu'est pour toi la traduction, je te dirai qui tu es »** - Heidegger - « Sage mir, was du vom Übersetzen hältst, und ich sage dir wer du bist ».
création,idée,langue,poésie,voix

mot
Le rapport entre l'idée et le mot est celui entre eidos et eikon, entre représentation et expression, entre idole et icône, entre langage parlé et langage parlant. Platon, en donnant sa préférence à eidos au détriment d'eikon, nous voue aux idoles. Mais Heidegger, n'accordant de manifestation à son fantomatique être qu'en tant qu'un devenir-mot (« Wortwerden des Seins » ou « Offenbarung des Seins durch das Wort » - « révélation de l'être à travers le mot »), charge le mot d'un faix ou d'un fait impossibles ; à moins que ce fantôme ne soit qu'une ivresse qu'on provoque rien qu'en manipulant des étiquettes.
absurde,être,grèce,idée,langue,représentation,style

mot
Le mot a deux entrées et deux sorties : il s'imprègne de la représentation et porte la volonté du locuteur ; il renvoie aux concepts et traduit les états d'âme ; ces deux courants s'entre-croisent, et, pour les démêler, on fait appel à la déconstruction.
idée,langue,philosophie,représentation

mot
Dans une langue on peut puiser, peser ou poser. On en est maître, lorsque ces trois désirs s'équilibrent et coopèrent.
intensité,langue,maîtrise,valoir

mot
Seuls des médiocres prétendent, que le français n'est pas une langue de la poésie. En russe ou en allemand, il est plus facile de compléter le manque d'émotion par la complicité de la langue, tandis que la langue française est foncièrement ironique, s'étant exercée à tous les emballements ratés. Le poète français est plus seul, plus vulnérable, et sa tâche est d'autant plus chevaleresque.
allemagne,art,défaite,france,intensité,ironie,langue,noblesse,platitude,poésie,…

mot
Le russe et l'allemand sont pleins de mouvement, leurs phrases sont hérissées de protubérances vers l'extérieur. Ce n'est pas bon pour l'aphoriste qui veut isoler ses gemmes. Mais celles-ci doivent être animées par une harmonie dynamique et maîtrisée à l'intérieur. Et c'est ce qui manque à l'anglais. La belle pensée n'est indépendante et noble qu'en français.
allemagne,angleterre,beauté,france,idée,immobilité,langue,liberté,maîtrise,maxime,…

mot
La phonétique des langues s'illustre le mieux par l'anatomie : le français - le nez, l'italien - la bouche, le russe - le palais, l'allemand - le diaphragme, l'anglais - les dents, l'espagnol - les lèvres.
allemagne,angleterre,espagne,france,goût,italie,langue,russie

mot
La terrible clarté du français : Gelassenheit et Abgeschiedenheit (Maître Eckhart) sont de pures métaphores invitant l'intuition ; délaissement et détachement sont des concepts d'une effroyable précision, produisant des formules. De même pour Abbau (Heidegger) et déconstruction. « Le français : l'heure sans écho-rappel, l'allemand - plutôt le rappel que l'heure (l'appel) » - Tsvétaeva - « Französisch : Uhr ohne Nachklang, deutsch - mehr Nachklang als Uhr (Schlag) ».
allemagne,doute,france,idée,langue,maxime,métaphore,représentation,temps

mot
J'aime la complétude des maîtres allemands : le même peut passer pour Lebemeister (maître de vie), Lesemeister (maître de lecture), Lügemeister (maître de menterie), Liegemeister (maître de la position couchée). Tout amateur d'éclairs ou d'étincelles sait que le Blitzkrieg réussit le mieux aux spécialistes du Sitzkrieg (rester couché) et du Kitzkrieg (s'adonner aux caresses).
allemagne,caresse,immobilité,langue,maîtrise,mensonge,vie

mot
La référence : une réponse langagière au désir, à la focalisation, à l'intention de désigner un objet ou une relation ; d'autres l'appellent intentionnalité ; sa diversité verbale est générée par des grammaires de réécriture (Chomsky). La signification : un renvoi pragmatique, hors du langage, à partir d'un fait conceptuel, établi par l'interprétation d'un discours, renvoi vers les objets réels - c'est ce que d'autres appellent - dialectique ; l'intuition et l'arbitraire en sont les seuls justificatifs. Wittgenstein nage, au milieu de ses binômes, et s'y noie, faute de trinité salutaire : langue, représentation, réalité.
concept,consolation,élan,grèce,idée,interprétation,langue,question,réalité,représentation,…

mot
Heidegger ne voit pas, que l'appel des choses et des relations retentit avant que ne soit prononcé le premier mot : « Aucune conscience ne précède la langue » - « Der Sprache geht kein Bewußtsein voraus ». Et que St-Augustin est brillant, avec la plus exacte des images : « Les mots ne font que nous avertir, pour que nous cherchions les choses »** - « Hactenus verba valuerunt, quibus ut plurimum tribuam, admonent tantum, ut quaeramus res » !
concept,langue,représentation

mot
Citation ou cinétique ont la même étymologie, comme émouvoir et mouvoir. Les citations de ce livre ne sont que des excitations ; ce n'est pas à elles de déterminer la direction du regard, qui est toujours à et de moi-même.
auteur,grèce,langue,regard

mot
Sans m'être enraciné dans le français, j'en réclamai des fleurs ; ce que se permit ma compatriote, comtesse de Ségur, m'était interdit. L'arbre français me répondit par le silence de ses ramages ; je dus lui inventer un souffle, pour que mes feuilles bruissent. « Dans une langue d’emprunt, les mots existent non en vous mais hors de vous »*** - Cioran. Sans entendre la musique à ses nœuds, accords des mots justes, je dus confier mon visage aux couleurs de ses mots troubles, juchés près de la cime ; mais je n'envie pas ceux qui, à l'inverse, peuvent dire : « Je ne suis que parole, il me faut un visage » - Jabès. Je vise l'octopus profond, c'est l'occiput superficiel qui émerge. Je dois me résigner à n'être connu que par l'extérieur, puisque « l'intérieur de l'homme se révèle par la musique de sa parole » - Boehme - « das Innerliche arbeitet stets zur Offenbarung durch den Schall des Worts ».
arbre,auteur,création,france,intensité,langue,musique,russie,silence,voix

mot
Entre les mots et le cœur le gouffre est plus infranchissable qu'entre les mots et l'âme. Il faut être plus sceptique avec l'expression de nos sentiments qu'avec la peinture de nos états d'âme. Ni le cœur ni l'âme ne possèdent de langage traduisible en mots ; on ne les évoque qu'en images irresponsables, n'ayant rien d'une empreinte et ne relevant que d'une création libre : « Ce qui est en la voix est symbole des affections de l'âme, et l'écrit - symbole de ce qui est en la voix » - Aristote.
âme,cœur,langue,proximité,sentiment

mot
Dans ma langue maternelle, les mots résultent de deux courants opposés, mais équilibrés : je l'écoute et je la fais parler. « L'arbre, au lieu de se dissoudre en représentations, peut me parler et susciter une réponse » - Levinas. Une langue étrangère est souvent, hélas, muette, et je la mets sous question et je cherche à faire passer ses aveux pour spontanés et sincères. Comment m'enraciner dans une langue, qui ne connaît pas mon enfance ? - et sous une torture verbale puis-je espérer une éclosion florale ?
arbre,auteur,enfance,exil,langue,question,représentation,souffrance

mot
Le tournant linguistique du siècle dernier s'expliquerait par la lecture à la lettre de l'acte de perception, dans des langues européennes. En allemand, wahrnehmen, percevoir ou prendre pour vrai, pousse à la phénoménologie ; en français (par faux rapprochement avec percer) - à la pénétration ; en russe (вос-приятие - prendre de haut) à une prise de hauteur.
allemagne,europe,france,hauteur,langue,platitude,réalité,russie,vérité

mot
On aime une langue pour sa capacité de dévier, de grimacer, de faire mine, de feindre. Plus l'impression d'une fidélité à la vie réelle est forte, plus inexpressive est la langue. Le mot ne t'apprend presque rien sur le réel ; il te donne le goût du rêve. Les mornes réalistes, ignorant ces deux versants de la vie, proclament : « La vie se déploie en actions et non pas en mots » - A.Pope - « Life happens at the level of events, not of words ».
action,langue,réalité,sacrifice,style,vie

mot
La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ».
âme,axe,caresse,concept,création,ennui,être,interprétation,langue,liberté,…

mot
La division en enthousiastes ou grincheux suit l'ambigüité du mot monde, qu'on salue ou maudit. Ce mot peut désigner la matière, la vie, les hommes - trois objets, auxquels on devrait réserver des organes de vue et de langage différents : le cerveau, l'âme ou la rate.
âme,enthousiasme,hommes,intensité,langue,matière,nature,raison,regard,révolte,…

mot
En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées.
arbre,axe,danse,être,interprétation,langue,musique,proximité,temps

mot
Il n'existe pas de miroir fidèle, pour refléter l'homme ; la brisure ou la réfraction est dans chaque mot. C'est la routine des reflets-clichés qui fait croire en justesse de certains traits. Toute entrée dans l'univers des mots est métamorphique.
filtre,langue,représentation,style

mot
Je ne songe pas à m'annexer le français, j'en suis un hôte discret, et son confort nocturne hérisse mes rêves mieux, que son hospitalité diurne ne les calme.
angoisse,auteur,continuité,france,langue,rêve

mot
Le français ne sera jamais, hélas, mon complice. Nous sommes tels sages conspirateurs, qui ignorons tout l'un de l'autre, de sorte que toute trahison, sous la torture, ne serait qu'un faux témoignage.
auteur,france,justice,langue,sacrifice

mot
Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité.
absurde,auteur,concept,être,fanatisme,idée,interprétation,langue,liberté,mystère,…

mot
La langue de bois, la façon la plus directe de faire oublier, que l'homme est un arbre ; elle n'en fait qu'un ensemble de nœuds mécaniques et d'arêtes creuses.
arbre,langue,platitude,robot

mot
Le langage des contraintes décrit en l'air de belles demeures, c'est en cela qu'il est plus noble que celui d'échafaudage de buts. La vue du but interpelle le calcul, la sensation de la contrainte sollicite l'âme. Les contraintes sont semblables à ces belles combinaisons échiquéennes qu'on ne voit pas sur l'échiquier, mais qu'on devine derrière les coups positionnels joués.
âme,beauté,château,contrainte,langue,noblesse,raison,sentiment

mot
Le langage sert à approfondir la réalité ou à rehausser le rêve ; dans le premier cas, il est outil et il doit disparaître, une fois le but intellectuel atteint ; dans le second cas, il est contrainte et il doit persister, pour être le seul support de l'émotion. Le seul à distinguer nettement ces deux fonctions fut Valéry.
contrainte,langue,réalité,sentiment

mot
À part quelques traits phonétiques ou idiomatiques, la métaphore prend son envol dans la représentation sous-jacente et non pas dans la langue elle-même. Même le rapport entre les choses et moi-même, rapport reflété dans certaines métaphores, n'est pas une exception, puisque mon soi est également présent dans la représentation, comme tout autre sujet. Et je ne suis même pas sûr, que mon soi, surtout avec sa facette inconnue, y soit mieux représenté que celui des autres.
auteur,inconnu,langue,métaphore,représentation,soi

mot
La vie, et aussi les mots, peuvent être vécus en longueur, en largeur ou en profondeur. Il suffit de garder les yeux, comme le voulut le Dieu du jour, tournés vers le bas. Quand on les ferme ou les tourne vers le haut, comme le veut le Dieu de la nuit, on vit ou l'on délire en hauteur. Nuit, l'un des rares mots à rester le même dans toutes les langues indo-européennes, comme les noms des chiffres, pour nous rappeler que le Logos signifie eurythmie, équilibre, proportion, mesure, donc – nombre ; la nuit, et non pas le jour, servit d'unité de mesure du temps.
balance,dieu,folie,hauteur,langue,rêve,temps,vie

mot
Sans intelligence ni poésie, tout dithyrambe au langage sonne faux et creux. Il n'est juste, à double titre, que chez Goethe et Valéry.
esprit,intelligence,langue,poésie

mot
Tant de mystère insondable nous interpelle dans le don de la langue et de la parole, ainsi que dans le rire et les pleurs. Mais la routine affadit notre regard sur le beau inconnaissable, en nous arrêtant sur la richesse des problèmes, que ces dons permettent de formuler, ou, pire encore, sur l'utilité des solutions, qu'on connaît à ces problèmes résolus.
beauté,inconnu,langue,mystère,regard,utilité

mot
Formé sous l'influence des langues indo-européennes, le regard philosophique européen sur la structure du langage - sujet, verbe, objet - est sans intérêt. Tout langage doit offrir trois types de références : d'objet, d'attribut et de lien entre objets. Les catégories - syntaxique du sujet, lexicale du verbe, sémantique de l'objet - sont purement linguistiques, sans rapport avec le modèle conceptuel. La langue fournit le noyau (verbes, quantificateurs ou connecteurs) de l'axe syntagmatique, l'axe paradigmatique étant alimenté par le modèle.
axe,concept,europe,idée,langue,philosophie,regard,représentation

mot
Dans les langues indo-européennes, la même référence (un homme généreux) peut dénoter soit la classe (l'essence universelle - tout homme généreux) soit une instance de cette classe (l'accident existentiel - cet homme qui est généreux)s ; il serait intéressant de savoir si, dans d'autres langues, il existent des moyens syntaxiques de ne pas les confondre.
europe,langue

mot
Le pourcentage de présence, respectivement, du langage, de la représentation, de la réalité : en poésie – 80, 15, 5 ; en philosophie – 30, 50, 20. Dire, que le langage est tout, est exagéré.
langue,philosophie,poésie,réalité,représentation

mot
L'étranger et la patrie : le premier est décrit avec des verbes - profiter, tirer les marrons du feu, se frotter les mains ; la seconde avec des adjectifs - naïve, franche, généreuse. Pour être impartial, on aurait dû ne comparer que les signes de ponctuation : déficits de points d'interrogation, abus de points d'exclamation, sérieux du point de suspension, solidité du point final.
cœur,doute,exil,honte,intensité,langue,mort,question,simplicité

mot
Je ne serais apprécié ni lu que par ceux qui savent ce que c'est qu'un langage inventé : Cioran ou un polyglotte. Entre ceux qui s'affirment et ceux qui s'inventent - pas de communication possible.
artificiel,auteur,authenticité,création,langue

mot
Seuls les polyglottes et les cogniticiens comprennent, que nous pensons non pas dans un, mais dans deux mondes mentaux - dans celui, où les mots, déjà, devancent les concepts, et dans celui, où les mots n'apparaissent pas encore. Le second, à une époque donnée, est pratiquement unique, le premier - imprégné et d'une langue et d'un locuteur.
idée,intelligence,langue,temps

mot
La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs.
arbre,discursif,élite,grèce,idée,langue,nature,réalité,représentation

mot
Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ».
art,concept,goût,idée,interprétation,langue,métaphore,négation,raison,réalité,…

mot
« Au commencement était le Verbe » - on peut en ricaner sur trois niveaux : en syntaxe - les substantifs n'ont qu'à bien se tenir (on est avec les logiciens) ; en sémantique - les relations précèdent les sujets/objets (on est avec les structuralistes) ; et en pragmatique - il n'y a rien à chercher avant le mot, tout peut être réduit au mot (on est contre Platon). Heureux qui est ab-origène du pays du Verbe !
commencement,concept,ironie,langue,raison,utilité

mot
On déniche du fascisme jusque dans la langue, qui non seulement empêcherait de dire, mais obligerait à dire. C'est aussi juste que de dire : pour exprimer son amour, on est condamné à conjuguer un verbe régulier.
amour,cité,langue

mot
On devrait définir une grammaire de hauteur se moquant de celles de surface ou de profondeur, grammaire générative de vertiges et de métamorphoses, transfigurative plutôt que transformationnelle, grammaire des textes nous exemptant du contexte.
étonnement,filtre,hauteur,intensité,langue,réalité

mot
La passion primesautière disparaissant des entreprises des hommes, l'étymologie de pro-jet (Ent-wurf, на-бросок) devient de plus en plus incompréhensible. Mais la Entworfenheit (ouverture au monde ou, mieux, disponibilité) heideggérienne paraît être un bon terme, pour désigner la première fonction du langage - traduire l'élan de la conscience en une structure ou en un chemin d'accès des choses.
allemagne,amour,commencement,conscience,élan,intensité,langue,ouvert,question,russie,…

mot
La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme.
être,idée,langue,négation,réalité,représentation

mot
Le langage, en mode routinier, n'est qu'un code d'accès, et très rarement, en mode-rupture, - une courroie de création. L'esprit possède et les langages et les modèles, et le premier critère de sa qualité est le contenu de ses modèles, auxquels renvoie un langage. C'est une question de goût et d'intelligence - avec quoi peupler ses modèles dynamiques : avec des fantômes ou avec des bases de connaissances, avec des déductions ou avec des faits. Le sot croit « créer en nommant » (Proust), l'artiste nomme en créant.
création,élite,esprit,goût,intelligence,langue,représentation,rêve,savoir

mot
L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables.
commencement,école,être,espérance,idée,langue,philosophie,poésie,représentation,sentiment,…

mot
Plus on est bête, plus on est persuadé, que le mot serve, avant tout, à traduire des idées tout prêtes. Toujours cette naïveté de l'homme : croire qu'il peut toucher à la source de ses images de Caverne, où toute fenêtre est miroir.
commencement,filtre,idée,intelligence,langue,ruines,simplicité

mot
L'analyse linguistique est banale, rigoureuse et consensuelle, la synthèse des représentations est délicate, libre et individuelle – d'où l'engouement actuel pour la philosophie analytique et le désintérêt académique pour la représentation.
école,langue,philosophie,représentation

mot
Ils pensent sérieusement, que la représentation du monde peut être prise en charge par des structures grammaticales, tandis que ces piètres structures restent presque entièrement à l'intérieur des frontières de la langue, et les frontières du monde commencent bien au-delà de la langue, quoi qu'en pense Wittgenstein. La langue fait partie des solutions, le monde restera toujours parmi des mystères, que tente de refléter, telles les idées platoniciennes, la représentation.
frontière,idée,langue,liberté,nature,mystère

mot
L'ambigüité de bilden : éduquer ou produire une image, d'où l'intérêt de la langue, formant la pensée. Le fond de la pensée ne s'éduque guère grâce à la langue ; tout ce qu'une langue apporte à la forme de la pensée est sa réceptivité face aux métaphores. La langue ne modèle pas, elle interroge des modèles. Sans le moindre élément fractal commun, les langues recouvrent pourtant les mêmes surfaces conceptuelles. Et surtout, les mêmes types de structures conceptuelles a priori leur sont sous-jacents et les mêmes types de logique a posteriori.
idée,langue,métaphore,question,raison,représentation

mot
Si je parle si souvent de ruines, c'est en partie à cause de mes rafistolages au sein de l'équipe de la tour de Babel, dont l'arcanture se prête mal à l'architecture des tours d'ivoire (il paraît qu'en sacrifiant la hauteur à la profondeur, un recyclage soit possible : « Nous creusons la mine de Babel » - Kafka - « Wir graben den Schacht von Babel »). Et mes ivresses publiques ne rappellent que vaguement le miracle de la Pentecôte.
auteur,château,hauteur,intensité,langue,retour,ruines

mot
Mes ressources verbales ne sont évidemment pas dans la langue française, mais à côté d'elle. Ce à côté ambigu que je verrais et lirais bien - au-dessus.
auteur,création,hauteur,langue

mot
Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval).
action,ange,arbre,chemin,concept,esprit,interprétation,langue,moyen âge,raison,…

mot
Aucune langue européenne n'est aussi désincarnée que le français. Quelle aubaine, pour un ami des fantômes, fuyant tout contact avec les choses ! Il n'y a que le mot français, qui ne cherche aucun miroir empirique, pour se lire !
europe,france,langue,maxime,réalité,rêve

mot
Dans l'esprit s'entrechoquent des images, dans l'intellect - des représentations (idoles), dans la langue - des signes. Chez tout le monde - trois voies vers Dieu ; chez les créateurs - trois voix à partir de Dieu. Le mot, au sens noble, est un habile et haut réseau de signes, s'inspirant des images ou représentations profondes ou s'y adressant.
chemin,création,dieu,esprit,grèce,hauteur,langue,noblesse,représentation,style,…

mot
Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept.
idée,interprétation,langue,métaphore,représentation,simplicité

mot
La fonction instrumentale est la fonction principale du langage dans tous les domaines, sauf en poésie, où le mot peut s'émanciper de la représentation sous-jacente ou n'en utiliser que les ressources métaphoriques.
langue,métaphore,poésie,représentation

mot
La représentation, elle aussi, dispose de son propre langage, mais qui a, vis-à-vis de la langue naturelle, à peu près le même statut qu'un langage de programmation, surtout lorsque celui-ci est fondé sur la logique et est orienté-objets. Les requêtes, formulées dans ce langage artificiel, seraient l'équivalent des idées platoniciennes, indépendantes des mots et classées par type de fonction, de prédicat, d'événement, de substance.
artificiel,concept,être,idée,langue,représentation,science

mot
Dans l'esprit se déroulent des métaphores de l'illumination, indexées de désir, sans noms ni verbes, ne relevant d'aucune langue et pointant sur des objets, liens, variables (nomena nescio), valeurs de vérité. La langue le transforme en références (d'objets et de liens) et en formules logiques. Elle y introduit le temps, joue avec des qualificatifs, la négation, l'ellipse, bref avec ce qui n'apporte presque rien à la pensée.
commencement,concept,élan,esprit,filtre,langue,métaphore,négation,ombre,raison,…

mot
Le sens naît d'un dialogue, donc d'un partage. La langue allemande ne s'en trompe pas, voir l'admirable série : Urteil, Vorteil, Mitteilung - jugement, préférence, message - provenant de teilen - partager. La philosophie est la poésie du dialogue. « La philosophie n'est qu'un moyen, pour atteindre ce qu'est la poésie » - F.Schlegel - « Die Philosophie ist nur ein Mittel zu dem, was die Poesie selbst ist ».
allemagne,contrainte,erreur,langue,philosophie,poésie,raison

mot
L'appauvrissement et la corruption de la langue sont une conséquence immédiate de la disparition du sacré des horizons des hommes ; tant que le soupir, la larme ou le genou détachent nos yeux des choses vues, nos mots chercheront à envelopper des mirages, au lieu de développer des choses.
discursif,hommes,langue,rêve,sacré,sentiment

mot
L'indigence langagière semble, aujourd'hui, avoir atteint une limite insurpassable ; le monde prend sa stature définitive, et la prospection de l'avenir devient sans objet. « Sans nouveau langage – pas de nouveau monde » - Wittgenstein - « Keine neue Welt ohne neue Sprache ».
langue,modernité,nature,temps

mot
La langue même d'un bel écrit devrait être travaillée en hauteur et non pas en profondeur. En la labourant on lui découvre l'odeur de la terre natale et l'on perd l'attrait des horizons d'exilés. Aux pensées déracinées - des mots déracinés !
art,éléments,étoile,étonnement,exil,hauteur,langue

mot
En français, le débordement, en tant que mode d'expression, m'est interdit ; je dois me contenter de la fontaine. Des ambitieux parent la leur d'écriteaux alarmants ou rassurants, Poison ou Eau potable, je ne promets qu'une bonne soif près de la fontaine.
auteur,éléments,france,langue,soif,style

mot
J'use de mon français, comme j'use de mon algèbre ; des Bourbaki littéraires relèveront des bizarreries dans la notation de mes opérandes, mais ils devront s'incliner devant mes opérateurs aux singularités mieux dessinées que les leurs.
auteur,doute,france,langue,représentation

mot
La langue n'est pas une pensée extérieure, comme la pensée n'est pas une langue intérieure. La langue prend en charge la pensée ; le contenu de la pensée naît hors toute langue et se forme dans un langage conceptuel. La langue interroge ce que la pensée crée.
commencement,création,idée,langue,question

mot
Par mes caprices et lubies, je fais plier les langues étrangères, d’une manière irresponsable ; mais la mienne, par ses caprices, ses us et coutumes, fait plier mes audaces, me décourage et me remet en droit chemin, moi, l’amateur des obliques.
audace,auteur,chemin,langue,système,voix

mot
L'admirable langue allemande sachant si ironiquement rapprocher le sens des sens : be-stimmen, définir - munir de voix, ge-hören, appartenir - munir d'ouïe, ent-sprechen, correspondre - interdire de parole, be-greifen, appréhender - tenir avec les mains. Et ces belles oppositions : gestimmt (accordé) - bestimmt, aufhören (cesser) - gehören, versprechen (promettre) - entsprechen, angreifen (attaquer) - begreifen.
action,allemagne,espérance,langue,lutte,musique,ouïe,réalité,représentation,voix

mot
Valéry part d'un concept improvisé, effleurant à peine les choses, pour aboutir à un mot poétique. Heidegger part d'un mot improvisé, ignorant les choses, pour aboutir à un concept prosaïque. Privez le langage de suffixes, vous coupez toute source d'inspiration de Heidegger. Oubliez toute la culture, la cible de Valéry garde toute son excitabilité.
création,culture,flèche,idée,langue,mémoire,poésie,réalité

mot
Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien.
éléments,intensité,langue,négation,sentiment,vide

mot
L'origine linguistique de la honte : ce qu'il y a de meilleur en nous n'a pas de langage et reste un appel inarticulé, une forme en puissance, une pure disposition sans ressources ni outils. L'invention d'alphabets, l'adamisme et l'ésopisme, la genèse de nos mondes ratés.
commencement,création,défaite,élite,honte,langue,soi,style

mot
On peut décortiquer le langage de l'intérieur, indépendamment du modèle de l'univers ; mais pour interpréter un discours, on ne peut pas se passer de modèle. « Une fois qu'il a donné à la pensée une orientation correcte, le langage peut disparaître pour faire place à un parcours mental »* - Épicure (la sentence est du pur Valéry, qui, curieusement, appelait le modèle - Non-Langage).
idée,interprétation,langue

mot
Le sens est la jonction (une sorte d'unification mystique, au-delà du mystère) du discours (problème interprété dans le contexte du modèle) et de la réalité (qui est mystère). La langue, elle, sans le modèle, au-dessus duquel elle est bâtie, est absurde et c'est ça, son plus grand miracle. Elle est parlée et elle est parlante : « Il y a deux langages : celui qui disparaît devant le sens, dont il est porteur et celui qui se fait dans le moment de l'expression »** - Merleau-Ponty. Le conceptuel se concentre autour du sens, et le poétique se fixe dans le mot : « Le poème n'est poétique que s'il s'incarne dans les mots » - Hegel - « Das Poetische ist erst dichterisch wenn es sich zu Worten verkörpert ».
absurde,création,idée,interprétation,langue,mystère,poésie,représentation

mot
Ce n'est pas la langue qui rend le monde intelligible, mais la représentation, de nature extra-langagière. La langue crée un dialogue avec le monde, elle le rend questionnable ou demandable.
langue,question,représentation

mot
Ma patrie marâtre est la langue, contrée régie pourtant par des logophores étrangers ou hostiles. Je suis un apatride des drapeaux, phobique des assemblées, réprouvé des recensements.
auteur,balance,exil,langue,mouton

mot
Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations.
discursif,hauteur,idée,interprétation,langue,nature,ouïe,regard,représentation

mot
Toute parole est un arbre ; mais non unifiée avec d'autres arbres, elle reste souche ; et restant sans écho, elle ne deviendra jamais un verbe, qui est un arbre ouvert, verdoyant d'inconnues tournées vers l'unification. Même le sacré devient ouvert, lorsque ton arbre s'ouvre à la vie : « Le sacré reste Fermé, si l'Ouvert de l'être n'est pas proche de l'homme » - Heidegger - « Das Heilige bleibt verschlossen, wenn nicht das Offene des Seins dem Menschen nahe ist ».
arbre,hommes,langue,ouvert,sacré,solitude,vie

mot
Valéry a de la répugnance pour ce moi impur, moi qualifié, et lui oppose l'ange pur, Dieu sans nom, la femme sans ombre, l'homme sans qualités ou les qualités sans l'homme. Mais il oublie, que tout qualificatif (satellite de syntagme), dans un autre langage, peut aboutir à une pureté conceptuelle (paradigme).
ange,caresse,dieu,élite,femme,idée,langue,ombre,soi,style

mot
Le cheminement de la pensée : désir - tache - contour - charge - mot - chose (poète - philosophe - peintre - amoureux - écrivain - acteur) - autant de langages ! Qui aura la patience et la sagacité à traduire le geste d'acteur en émotion de poète ?
amour,art,élan,idée,intensité,jeu,langue,philosophie,poésie,réalité,…

mot
La langue française n'est pas ma terre, mais mon ciel d'accueil : sans savoir où y mettre mes pieds, je cherche à y déployer mes ailes.
action,auteur,éléments,étoile,exil,hommes,langue

mot
Préférer le signe (le fait organique) au sens (à la structure mécanique) peut avoir deux sens : retour aux choses de la nature ou culte du mot de la culture. Le sens épuisant de plus en plus les choses, je préfère rester en compagnie du mot inépuisable.
auteur,culture,langue,nature,réalité,retour,robot

mot
Le langage s'adresse au discontinu et la vie est continue ; l'art est une vie en pointillé. Et la « continuité première de l'éden » (Mallarmé) y tourne en brisures infernales. Mais l'éden est fait d'un seul arbre, dont les brisures unifiables me sont plus chères que les brisées d'une forêt unifiée des autres.
action,arbre,art,bonheur,continuité,langue,vie

mot
Le toucher produit le nom, le nez - l'adjectif, l'oreille - la rime, la langue - la mélodie, le regard - le verbe.
continuité,goût,langue,musique,ouïe,regard

mot
Toute métaphore traverse le langage, le modèle et la réalité. Elle s'appellera mot, lorsque l'essentiel de ce parcours est langagier et débouchant sur un état d'âme réel. Elle s'appellera idée, lorsqu'elle s'attarde au milieu des objets-concepts du modèle.
concept,idée,langue,métaphore,réalité,représentation

mot
Le Logos est bien un Verbe des langues latines et non pas un mot (Word, Wort, Слово) des langues germaniques et slaves. Le verbe détermine l'essence grammaticale, la rection articulée, tandis que le mot n'en est qu'un membre désarticulé. Dieu inventa une grammaire de la création ; l'homme en produit des prières, des chants ou des modes d'emploi.
allemagne,christianisme,création,danse,dieu,europe,grèce,langue,robot,russie

mot
Inévitablement, il nous arrive de nous sentir esclaves du langage ; le bon écrivain s'insurge et renverse les rôles, pour en devenir maître. C'est pourquoi « la vérité m'appartient » (Pascal - je possède le langage !) est plus fier que j'appartiens à la vérité (S.Weil - le langage me possède !), malgré les apparences.
art,jeu,langue,liberté,maîtrise,révolte,vérité

mot
En français, l'accent tonique n'est que syntagmatique, tandis que dans d'autres langues il est lexical (Betonung, stress, ударение) ; la mélodie française suit le sens et non pas le mot (mais la saveur des choses est déjà dans le mot). C'est comme si ta main fût récalcitrante à porter et à jouir des caresses, puisque ton propre épiderme ne les aurait jamais connues.
caresse,france,langue,ouïe

mot
La routine et l'inertie empêchent de comprendre, qu'un discours en langue de bois ou un discours fortement métaphorique sont séparés de la réalité par un gouffre du même ordre. On se sert de sa propre invention ou de celle des autres ; le langage onirique ou le langage statistique planent à une même hauteur, c'est le propriétaire des ailes qui les discrimine.
balance,continuité,création,étoile,hauteur,langue,métaphore,platitude,réalité

mot
Les tentations du langage - soit il est une échelle, pour monter aux cieux, soit un pont, pour communiquer avec le monde, soit des catacombes, pour mieux situer mes ruines.
étoile,hommes,langue,ruines

mot
La langue a deux composantes : la logique et la tropique ; tout nouveau trope, inéluctablement, rejoint, sous le poids de l'habitude, la première. Avec de telles contraintes, seul un maître peut encore magnétiser par la métaphore estimative au lieu de se neutraliser dans des syllogismes narratifs.
contrainte,discursif,langue,maîtrise,métaphore,raison

mot
L'esprit a plus besoin de plomb que d'ailes ; l'apparition des ailes le transforme en âme ; le meilleur prestidigitateur en est le mot : « C'est par les mots que l'esprit se munit d'ailes » - Aristophane.
âme,élan,esprit,langue

mot
Tout énoncé a l'ambition de tourner en arbre. L'arbre de l'esprit-requêteur va s'unifier avec l'arbre de l'esprit-interprète. Les cas stériles : l'arbre de départ sans variables, cas minéralogique, ou l'arbre d'arrivée n'ayant pas gagné en ramages, cas prosaïque. Le mot, c'est une pensée se reconnaissant dans un arbre vivant, cas poétique. Il devient regard à hauteur d'arbre, lorsque à l'arrivée on se trouve avec plus de variables qu'au départ. « Comment ne pas vivre au sommet de la synthèse, quand l'air du monde fait parler et l'arbre et l'homme ? »** - Bachelard.
arbre,hauteur,idée,interprétation,langue,poésie,question,regard

mot
Tous les beaux temps et modes du Verbe divin finissent par ne plus se conjuguer qu'au passif. Tous les beaux noms de la jeunesse finissent par ne plus se décliner au vocatif emphatique et succombent à un instrumental bien plat.
action,christianisme,enfance,langue

mot
Une morphologie et une phonétique pauvres, qui ne discriminent pas les catégories syntaxiques ([rajt] en anglais, [rõ] en français, [vajs] en allemand - verbe, nom, adjectif ?), forcent le recours anormal aux astuces mécaniques - l'ordre des mots, les mots auxiliaires, les règles de concordance. Inlacrimabiles - ceux qui ne peuvent pas être pleurés - un mouvement synthétique vibrant, décomposé dans une suite analytique sans vie.
allemagne,angleterre,france,langue,robot,style

mot
Une langue se réduit à un vocabulaire et à une grammaire (l'écriture, la phonétique, la morphologie étant de nature presque mécanique). Le vocabulaire comprend deux types de références : celles des constructions logiques et celles des objets et des relations. La grammaire est une projection de la logique orientée-objets sur une représentation.
concept,langue,représentation,science

mot
L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde).
art,contrainte,création,idée,langue,ordre,représentation,style

mot
Quand on attend de la langue une tâche de représentation, on est plongé dans un emboîtement de matriochkas, une galerie de Dresde, une mise en abyme, une récursivité abusive. Le mot n'est pas signe (c'est le concept qui l'est) mais métaphore (par-dessus les concepts), tableau référentiel hors galeries facticielles.
idée,langue,métaphore,représentation

mot
Dans l'émergence d'un nouveau concept, les mots ne sont presque pour rien. Le concept doit sa détermination à la place dans un arbre (graphe) conceptuel, à ses liens sémantiques avec d'autres concepts, à ses attributs, aux rôles qu'il pourrait jouer dans des scénarios impliquant d'autres concepts. Magnifique prémonition de Valéry : « Au lieu de concept, on peut former une Scène »*, réalisée en Intelligence Artificielle ! Les mots ne servent que de mode d'accès plus ou moins paraphrastique aux objets. Dire que les concepts proviennent du langage et non pas de la science (Benjamin) est une pitoyable ânerie !
arbre,artificiel,commencement,concept,idée,jeu,intelligence,langue,représentation,science

mot
Les linguistes et psychanalystes (Saussure, R.Jakobson, M.Foucault, J.Lacan), qui : excluent de leurs analyses le sujet et les référents, ne soupçonnent même pas l’existence de représentations et pensent reconnaître dans la pensée et dans la réalité les mêmes structures que dans le langage, - se disqualifient en tant que spécialistes du langage.
idée,langue,réalité,représentation

mot
Notre soi le meilleur n'a pas de mots ni de langage fidèle de gestes. La vraie littérature naît de la sensation d'une traduction, d'une mimesis de ce fond innommable, indicible et ineffable dans la même langue. Sinon on plonge dans une langue étrangère. La meilleure traduction est celle dont l’original est illisible.
action,art,création,grèce,inconnu,langue,soi,style

mot
Pour faire avaler leur charabia cacographique, les philosophes évoquent la science, les théories, le langage, tandis que je soupçonne l'essentiel de ces choses indigestes être dû aux mauvaises traductions du grec en latin. Que l'aphasie pyrrhonienne nous manque, pour nous moquer du mot être flexible à volonté !
école,être,grèce,intensité,langue,philosophie,science,système

mot
Dans la perception d'un énoncé, le mouvement - des mots vers le sens - en termes d'intérêt ou d'intensité, peut être ascendant, plan ou descendant. Tantôt on confère l'expression et tantôt on la remplit. Sur cette échelle, la poésie et la philosophie sont aux antipodes.
intensité,interprétation,langue,philosophie,poésie

mot
Autant de modèles, énonciateurs ou contextes - autant de significations. La signification unique des énoncés, proclamée par les phénoménologues, est un fantôme, impossible dans ce monde hanté par la polysémie et l'amphibologie. Toutefois, de gros invariants sont propres aussi bien aux modèles qu'aux situations et aux langages du genre humain, et un noyau dur des significations existe bien.
absurde,interprétation,langue,pose,représentation

mot
Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard.
arbre,chemin,concept,être,goût,interprétation,langue,philosophie,réalité,regard,…

mot
La mathématique est la seule science, où le conceptuel coïncide presque d'avec le langagier et où les modèles ne représentent pas la réalité, mais sont des produits de notre esprit. Et les représentations algébriques sont beaucoup plus élégantes que les représentations empiriques. Hélas, la beauté des constructions mathématiques ne peut pas être rendue dans une langue naturelle.
beauté,esprit,goût,idée,langue,réalité,représentation,science

mot
La langue, dans son enfance et dans l'enfance de ses porteurs, est poétique et musicale ; elle vit des commencements, des surprises et des découvertes. Son âge adulte la réduit, de plus en plus, à une prose finale : « L'algorithme est la forme adulte du langage » - Merleau-Ponty - heureusement, il restent quelques poètes, ces enfants du langage et du rythme.
commencement,enfance,langue,musique,poésie,robot

mot
La première fonction du langage est la requête du modèle, non de la réalité. Plus on est intelligent, plus près du moi, et plus détaché de la réalité, est le modèle. Et je finis par remonter du mot vers sa source intérieure en moi au lieu d'en chercher une projection extérieure.
auteur,commencement,esprit,intelligence,langue,question,réalité,représentation,soi

mot
Le langage n'est qu'une machine au service du désir : celui d'accéder (souci, focalisation, soupçon, intentionnalité) aux choses (les pragmata visées par des pathèmata) et celui de les évaluer (substitutions, hypothèses, modalités, valeurs de vérité).
arbre,élan,grèce,langue,réalité,robot,utilité,vérité

mot
Le mot est défini par la triade – ses relations avec la réalité, la représentation et la langue ; un métèque peut maîtriser parfaitement les deux premières facettes, mais tant de nuances purement langagières lui échapperont à jamais ; tant de ses idées aériennes dégringoleront à cause de la lourdeur de ses mots désarticulés.
auteur,concept,idée,langue,maîtrise,réalité,représentation

mot
La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes !
audace,chemin,concept,discursif,langue,représentation,sentiment

mot
Le terme de déconstruction se justifie sous deux angles : la même réalité se représente différemment par des personnes différentes ; le même discours peut s'interpréter différemment, dans les contextes des représentations différentes ; donc, ne se fier ni à la réalité trop silencieuse ni au langage trop bavard - (re)bâtir des représentations (aboutissant à une hétéronymie conceptuelle et langagière).
idée,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,silence

mot
Trois vues du langage, à partir : de la réalité, du modèle, de la langue. La première, pragmatique (sciences humaines) - la plus vaste et vague ; la deuxième, conceptuelle (mathématique) - la plus haute et ouverte ; la troisième, fonctionnelle (linguistique) - la plus profonde et fermée.
hauteur,idée,intelligence,langue,ouvert,philosophie,réalité,représentation,science,utilité

mot
Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies.
commencement,erreur,idée,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
L'unité sémantique première n'est ni le mot ni la proposition (Frege et Wittgenstein), mais la référence d'objet, de valeur ou de relation, qu'il s'agit d'unifier avec la représentation.
arbre,concept,langue,représentation

mot
Une très curieuse coïncidence entre mes deux tâches philosophiques centrales – la consolation de l'homme et la réflexion sur le langage – et deux sortes de l'être heideggérien – le souci de l'être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode) et le dévoilement de l'être hébergé par le langage (Haus des Seins).
consolation,être,langue,mort,philosophie

mot
C'est la part du langage qui rend radicalement différentes les facultés représentative et interprétative : la topique se forme hors la langue et la critique se formule dans la langue. Ce que ne comprirent ni F.Bacon : « Inventer ou juger est une seule et même opération de l'esprit » - « what is sought we both find and judge of by the same operation of the mind » ni Goethe : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends » - « Du gleichst dem Geist den du verstehst ».
esprit,interprétation,langue,représentation

mot
Je ne peux vivre dans la langue française, je ne peux que m'y pétrifier, m'y graver. Je lui survis, comme les ruines survivent au Château en Espagne, que personne n'aurait jamais habité. « Ce qui vit dans la langue, vit avec la langue » - K.Kraus - « Was in der Sprache lebt, lebt mit der Sprache » - ma cohabitation, en fantôme visitant sa maîtresse, veut se réduire aux furtives caresses, loin des cuisines et des garde-robes, près d'un toit ouvert sur les étoiles.
auteur,caresse,château,étoile,femme,langue,ouvert,ruines

mot
Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique.
cité,école,être,histoire,ironie,jeu,langue,nécessité,ouvert,philosophie,…

mot
Tout philosophe devrait s'interdire l'usage ontologique du verbe être (que le Stagirite ne daigna même pas mettre à côté des trois monstres : avoir, agir, pâtir, et que Lulle négligea dans ses neuvaines ; l'ontologie occidentale existe « à cause de la forme du langage indo-européen »* - Valéry). Inexistant en chinois et en japonais, fantomatique en russe, amputé de sa fonction copulative en arabe (wjd), ambivalent en espagnol et italien (l'essentiel ser-essere et l'accidentel estar-stare), envahissant en grec et allemand, il est un moyen immédiat de dépistage de la logorrhée.
allemagne,chine,discursif,espagne,être,europe,grèce,italie,langue,philosophie,…

mot
Le langage métaphorique s'oppose à ce qui est sans saveur, que ce soit en mots ou en idées. Tout bon langage conceptuel est métaphorique, qu'il s'agisse de mathématique ou de philosophie. Mais seule la poésie pure peut se permettre le luxe des métaphores refusant toute mutation en concepts.
idée,langue,métaphore,philosophie,poésie,science

mot
Celui qui ne maîtrise à fond aucune langue étrangère ne voit pas la différence entre le monde réel et le monde qui naît des mots ; il ne peut pas apprécier ce qu'est l'immense liberté du Verbe.
langue,liberté,maîtrise,nature,réalité

mot
Le terme de langue couvre trois entités profondément différentes :
- un système de signes faisant abstraction de son usage et comparable en tout point avec un langage de programmation : alphabet, vocabulaire, morphologie, grammaire ; astucieux, rigoureux et délicat, mais sans vraiment de merveilles
- un système bâti au-dessus d'un modèle conceptuel ; un outil de connaissance et de communication ; on devrait parler de langage (« Le langage est relais par signes »*** - Valéry - la plus précise des définitions !)
- un outil d'expression, le modèle sous-jacent fondé sur l'esthétique ; strictement parlant, à chaque usage on y crée une nouvelle langue.
beauté,création,école,goût,idée,langue,question,représentation,robot,style,…

mot
Il n'existe aucun passage direct du signifiant (langage) au signifié (réalité) ; entre les deux il y a toujours au moins trois étapes, extra-langagières et extra-réelles : l'accès aux objets (langage-modèle), la démonstration de la véracité de la requête (interprète-modèle), la recherche du sens (modèle-réalité).
concept,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
Il y a des langages de représentation, des modèles, et des langages à proprement parler, des langages d'interprétation, des discours. Le réel se reflète dans des modèles et se creuse dans des proférations. Il faut donc voir le réel à travers un modèle et lire le réel comme un texte.
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects.
artificiel,concept,être,folie,intelligence,langue,représentation

mot
Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence.
concept,contrainte,être,langue,réalité,représentation

mot
Plus une orthographe s’éloigne des sons et embrasse, servilement, l’étymologie ou la syntaxe, plus elle est prise, par les ignares, pour un signe de culture et plus elle se rapproche de la bêtise et de l’absurdité. En trois jours on apprend l’orthographe italienne, en trois ans - la française.
absurde,culture,france,intelligence,italie,langue,maîtrise,savoir

mot
Le trope, et non pas le concept, est la notion, qui aurait dû être au centre de la réflexion philosophique sur le langage. Les concepts sont la chasse gardée de la science. Le philosophe devrait être plus profond que le linguiste et plus haut que le savant ; au lieu de cela, il patauge dans des platitudes pseudo-conceptuelles.
hauteur,idée,langue,philosophie,platitude,science

mot
Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue.
âme,concept,création,être,idée,interprétation,langue,moyen âge,représentation,universel,…

mot
La fonction cognitive du langage comprend et l'expressive et la communicative (W.Humboldt) : du silence (l'absence de sujet) on peut passer au monologue ou au dialogue, en introduisant le moi ou le toi, la métaphore ou les contraintes. Une tâche particulièrement facile en russe, où ego (его) veut dire lui.
contrainte,grèce,langue,métaphore,russie,silence,soi

mot
La raison visant les prémisses de l'âme ; l'âme arrivant aux conclusions de raison. Entre les deux - l'arbitraire du langage.
âme,langue,raison

mot
La musique naît de la rencontre entre, d'un côté – les instruments et les interprètes (le langage), et de l'autre – la partition et l'orchestration (la représentation). C'est le rôle décisif des premiers qui fait pressentir la poésie et la hauteur ; la priorité des secondes est propre de la philosophie et de la profondeur.
hauteur,interprétation,langue,musique,philosophie,poésie,représentation

mot
La langue n'est fidèle qu'au modèle, au-dessus duquel elle est bâtie ; face à la réalité, tout langage est ésopique ; et le poète est celui qui contourne le modèle et s'adresse directement à la réalité, en préférant « la vicissitude du tâtonnement à l'éloquence du fait »** - Pasternak - « красноречью факта превратности гаданья », les «faits» faisant partie du modèle.
art,langue,réalité,représentation,sacrifice

mot
L'illusion de la pensée soi-disant dialogique naît du large partage du langage ; le soliloque semble être le vrai berceau de la pensée, et la pensée conçue ne doit sa congruence avec la pensée perçue que par la tribalité du langage.
commencement,hommes,idée,langue,solitude

mot
Aucune relation transitive n'existe dans la triade langage - modèle - réalité (interprétation - sens, ou valeurs - significations). Valéry confond transitif et transitoire.
balance,concept,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
La langue apporte autant à la hauteur d'une écriture que le muscle à la profondeur d'une volupté : presque rien, mais c'est par ce rien que tout le reste perce.
art,caresse,hauteur,ironie,langue

mot
Le sobre partisan de l'objectivité dénonce l'ivresse du subjectif ; mais il ne voit pas que, tous les deux, ils aboutissent aux mêmes modèles, et que la seule chose, qui les distingue, c'est le langage catégorique du premier et le langage métaphorique du second. L'oubli ironique de l'Être intouchable n'a aucune influence sur l'édifice de l'Étant ; c'est le langage qui en fait caserne ou ruines, étable ou souterrain, langage, qui serait (l'architecture de) la demeure de l'Être (Heidegger).
être,intensité,langue,métaphore,mouton,représentation,révolte,ruines

mot
On ne peut opposer au langage que la pensée ou l'émotion. Il tient en respect la première et même en triomphe, souvent, haut-la-main, mais il se décourage devant l'ineffabilité désarmante de la seconde. Mais sans ces retentissantes défaites il n'eût jamais appris à produire de la pensée et de l'émotion.
audace,création,défaite,idée,inconnu,langue,sentiment

mot
En fait, c'est vrai que, quelque part, au niveau de la résilience réactive et du pouvoir d'achat, ça fait du bien de saisir les opportunités, qui se présentent, et, du coup, c'est très important parce qu'on n'est pas forcément au courant d’un certain nombre de magouilles de ces cons, qui nous emmerdent - c'est ainsi qu'écriront, et écrivent déjà, les prix Goncourt. La langue des poilus fut plus riche et plus expressive, et leur sensibilité – plus délicate, que ce qu'exhibent ou gribouillent les houellebecq.
langue,modernité,platitude,style

mot
Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein.
concept,idée,interprétation,langue,représentation,valoir

mot
Le silence du mot (taceo) n'est pas silence de l'âme (sileo). « Là où la langue échoue, c'est la peinture qui parle » - proverbe latin - « Quod lingua nequit, pictura fatetur ». Pour une bonne oreille, où s'arrête la langue, commence la musique. Ce n'est pas au non-dit que doit être confié l'indicible, mais au chanté.
âme,art,danse,langue,musique,silence

mot
La représentation est une tâche conceptuelle, où la langue n'intervient presque pas ; la langue y est statique et la conception - dynamique ; l'expression, en revanche, résulte de la confrontation entre une représentation statique et une langue dynamique. Les signes linguistiques s’attachent aux représentations pré-langagières, ce qui prépare la pensée langagière.
art,création,esprit,idée,langue,représentation,style

mot
En matière des premiers gestes divins, l'opposition la plus fréquente est entre ceux qui penchent pour le verbe ou pour le nom, donc pour la relation ou pour l'objet. La relation semblerait être au commencement, l'algèbre l'y emporte sur l'analyse. Tout algébriste ou linguiste t'y suivrait, seul le poète sait convertir toute relation en chose pour ne réserver la primauté qu'à la hauteur du verbe-relation ou du nom-chose. Scruter les choses est stérile ; c'est le regard sur leurs relations syntaxiques - l'instanciation-appartenance (substance première, ou le suppôt) ou la dérivation-inclusion (substance seconde, ou le modèle) - qui les vivifie.
art,commencement,concept,être,hauteur,langue,poésie,regard,vie

mot
L'obscurité non-poétique, dans les traductions des Anciens, est, en général, de nature non-philosophique, elle est indéniablement due aux mauvais traducteurs. J'aimerais pouvoir juger de l'énormité des traîtrises de traducteurs, dans la chaîne : le grec d'Aristote, l'arabe d'Averroès, l'anglais et le latin de M.Scot, l'allemand de Frédéric II.
allemagne,angleterre,antiquité,grèce,langue,philosophie,poésie

mot
La langue, visiblement, participe à la formation des conceptions du monde, mais pas tellement à la représentation de la réalité ; la trace langagière la plus visible y consiste à choisir, pour une tâche représentative, entre soit un accident soit un concept, concept traduisant le doute, l'ironie, l'activisme, l'émotivité. Mais le gros noyau de la représentation ne dépend guère de la langue.
doute,idée,ironie,langue,philosophie,représentation,sentiment

mot
L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois.
arbre,interprétation,langue,philosophie,représentation

mot
Quand on refuse au modèle et à sa supra-structure, le langage, le rôle créateur de vérités, c'est à dire d'identités, de mesures et de logiques, on devient pyrrhonien, pour qui toute chose est « indifférente, immesurable, indécidable ». Le dialogue moi-réalité n'existe pas ; il fait partie du tétralogue : moi - modèle - langage - réalité (je sais, qu'il n'y a pas de nombre deux dans dialogue, et, par exemple, dans la plupart des dialogues platoniciens figurent plus de deux interlocuteurs).
balance,doute,grèce,langue,raison,représentation,soi,vérité

mot
Ni les objets ni les mots n'ont d'âme. Pour qu'on découvre une âme dans un discours, il faut que les mots peignent un beau chemin d'accès, dont le parcours, jusqu'aux objets, fasse naître une musique hors la langue.
âme,beauté,chemin,concept,langue,musique

mot
Toute production intellectuelle, qu'il s'agisse de poésie ou de philosophie, s'appuie sur deux types de ressources - le verbal et le mental ; la poésie la moins envoûtante se réduit au pur mental, comme la philosophie la plus plate - au pur verbal ; mais une bonne poésie est pensable dans le pur verbal, comme une bonne philosophie - dans le pur mental.
esprit,langue,philosophie,platitude,poésie,style

mot
L'intelligence la plus profonde consiste à savoir naviguer au milieu des modèles, sans me laisser dominer par des courants langagiers ; ce sont ces courants, dans lesquels se noient la plupart des jargonautes ontologiques. Mais l'intelligence la plus haute est dans l'art des voiles sachant se servir du souffle de la langue, maîtriser le cap orphique de moi-même et lire les cartes de mes modèles stellaires.
esprit,étoile,être,hauteur,intelligence,langue,maîtrise,représentation

mot
Le summum de l'intelligence artificielle sera atteint, lorsque sera créé un modèle du monde, dans un langage logique universel comprenant un noyau déductif et abductif, avec l'ensemble de ses relations syntaxico - sémantico - pragmatiques, et dont les langues vivantes seraient interfaces.
abduction,artificiel,concept,intelligence,langue,représentation,temps

mot
La demeure de l'être de l'homme est sa musique, qu'il puise, surtout, dans son âme, mais aussi dans la langue ; mais la langue a deux facettes, la descriptive et l'expressive, et seule la dernière est de la musique - deux objections au faux projet heideggérien d'enfermer l'être dans la langue.
âme,discursif,langue,musique,style

mot
Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses.
arbre,chemin,concept,idée,interprétation,langue,mémoire

mot
Seuls les polyglottes peuvent donner un sens profond au silence : les expressions d'un même sentiment, dans des langues différentes, n'offrant ni intersection ni noyau communs, on se réfugie dans ce vide silencieux, ce réceptacle du vrai soi (serait-ce la khôra platonicienne, cet espace réservé à l'accueil des idées ? ), du soi indicible et intouchable, débarrassé et des mots et des choses : « L'esprit vide d'objets est le but du sage » - Upanishad - je dirais qu'il en est la contrainte.
concept,contrainte,esprit,grèce,idée,inconnu,langue,silence,soi,vide

mot
La langue a un double rapport : à l'art et au savoir, d'où ses deux manifestations - le style et la quête. Elle est active et créatrice, sur la première facette, passive et subordonnée - sur la seconde. La représentation, implicite ou fantomatique, fait que la langue touche au réel toujours à travers le voile des concepts ou images, qui, à leur tour, en attendent l'écho : « La connaissance pressent la langue, comme la langue se souvient de la connaissance »** - Hölderlin - « Wie die Erkenntniß die Sprache ahndet, so erinnert sich die Sprache der Erkenntniß ».
art,création,idée,langue,question,représentation,savoir,style

mot
Un bel écrit s'appuie davantage sur la représentation (où se logent les métaphores et s'éploie l'intelligence) que sur la langue (cette matière première et première contrainte). C'est pourquoi écrire en français est, pour moi, un exercice passionnant : ni des incantations ni des prières ni des exorcismes n'y surgissent jamais tout seules ; je dois rendre les soupirs dans un langage à jouir.
auteur,contrainte,france,intelligence,langue,métaphore,sentiment

mot
Une langue, c'est une forme qui se plaque sur un contenu ; sa forme, c'est sa grammaire (syntaxe et morphologie) et son vocabulaire auxiliaire (lexique logique et utilitaire) ; le contenu (strictement parlant, - hors de la langue), c'est le modèle (objets et relations) auquel elle est superposée. Sans le modèle - pas de signification de mots, et même pas de mots.
concept,langue,représentation,style

mot
Je suis sûr de la divinité de mon Enfant ; je sais, que Sa Mère, la langue, s'offre à tout le monde ; mais j'en fais une Vierge et de mon message - une Bonne Nouvelle.
auteur,commencement,création,dieu,femme,langue

mot
Strictement parlant, les seuls mots du vocabulaire à avoir un sens (indépendamment de la représentation sous-jacente) sont les mots auxiliaires de la logique (les concepts logiques sont les mêmes pour toutes les langues, mais leurs traductions portent des traces grammaticales et morphologiques de chaque langue particulière). Ces mots reflètent les négations, les quantificateurs, les déterminants, les connecteurs, les modalités. Chaque langue a, en plus, une hiérarchie spatio-temporelle implicite de ces constantes méta-logiques, sous forme des priorités dans l'analyse et la transformation des phrases en propositions (distribution de parenthèses).
idée,langue,négation,représentation,style

mot
La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté.
idée,interprétation,langue,liberté,métaphore,représentation

mot
Dans toutes les langues, la compréhension d'une phrase doit aboutir à l'accès aux objets ; le processus de cet accès s'appelle interprétation (s'appuyant sur une grammaire) ; dans les langues indo-européennes, la priorité chronologique, après les connecteurs logiques et la négation syntaxique, est donnée aux verbes, mais il doit exister des langues, où c'est le nom ou la préposition, qui jouent ce rôle, ce qui serait, respectivement, plus pragmatique ou plus abstrait.
concept,europe,interprétation,langue,négation

mot
Les mots exprimant la modalité (par laquelle un sujet formule sa vision des objets – hypothèses, intentions, mémoire, connaissances), sans avoir un sens sémantique propre, ont un méta-sens, sous forme de mondes hypothétiques, éventuellement incompatibles avec les mondes avérés ou validés.
concept,langue,mémoire,représentation,savoir,style

mot
Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens.
arbre,concept,europe,idée,interprétation,langue,négation,représentation

mot
Après l'interprétation d'un discours intellectuel, tout mot doit disparaître, pour laisser la place à un arbre conceptuel ; l'inverse se produit avec un discours poétique, où doit disparaître toute interprétation, pour ne laisser que la musique des mots : « Le dernier pas de toute interprétation consiste à disparaître devant la pure présence du poème »* - Heidegger - « Der letzte Schritt jeder Auslegung besteht darin, vor dem reinen Dastehen des Gedichtes zu verschwinden ».
arbre,commencement,idée,interprétation,langue,musique,poésie

mot
Presque tous les Barbares, autour des Romains, parlaient des langues analytiques, avec des articles. Ils finirent par triompher du pauvre Latin synthétique, si libre, si riche en nuances rhétoriques et en flexions. Le robot analytique se réjouit du crépuscule des désinences qui soulagea l'esprit ; le fond y gagna ce qu'y perdit la forme ; l'âme s'en trouva démunie de bons usages, ce qui contribua à son extinction.
âme,antiquité,esprit,langue,liberté,style

mot
Le dualisme cartésien réduisant le monde soit à l'âme soit à la matière, infligea une grande injustice à la langue, qu'il classa parmi la matière (les philosophes analytiques, pour réparer les dégâts, tombèrent dans une hérésie encore plus grave). Or, l'âme qui conçoit et l'âme qui exprime, l'esprit et le goût, le modèle ou la quête, ce sont deux facultés si différentes et si autonomes, que la sainte triade, réalité - modèle - langage, s'impose. D'ailleurs, Descartes voit dans l'homme non pas une dualité, mais une triade, puisque les sens n'appartiennent ni à l'âme ni au corps, mais à leur fusion inextricable.
âme,création,esprit,goût,langue,matière,philosophie,réalité,représentation,style

mot
Hölderlin et Heidegger ont tort d'opposer le pathos sacré de la quête grecque à la sobriété junonienne du don de représentation - ce sont deux dons incomparables, l'un artistique et l'autre intellectuel, l'un langagier et l'autre conceptuel. Nietzsche trouve une opposition plus juste entre deux types d'art, entre deux genres de pathos : Apollon et Dionysos (ou Raphaël et Michel-Ange).
art,grèce,idée,langue,représentation,sacré,sentiment

mot
C'est dans le cadre d'un langage donné que se définit le silence ; quand on atteint les limites d'un langage, ce n'est pas le silence qu'on doit adresser aux choses inaccessibles (Wittgenstein), mais le chant, chant, qui est métaphorisation du langage courant.
danse,inconnu,langue,métaphore,silence

mot
Les résultats en algèbre ou en analyse auraient gardé exactement la même valeur, si nous n'avions pas adoptés les notations de Newton, Leibniz ou Gauss. De même, notre connaissance du monde ne perdrait rien, si l'on renonçait à l'emploi d'une langue quelconque. Donc, parler comme Heidegger ou Wittgenstein, que les limites de notre univers coïncident avec celles de notre langue, est une sottise.
intelligence,langue,nature,savoir,science

mot
Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours.
art,chemin,concept,esprit,intelligence,langue,représentation,savoir,style

mot
La vie se compose d'empreintes et de rêves. L'évoquer dans un langage est également ardu, mais la difficulté de la seconde tâche est qu'il faille s'interdire l'usage de miroirs, tandis que la première est toute de miroirs. L'artisanat de l'axe et l'art du levier.
art,axe,langue,représentation,rêve,vie

mot
Le nombre de liens, dont est conscient un animal, est très limité : la parenté, la nourriture, le jeu, la proie, le prédateur ; ce qui freine le développement de langages. L’homme est créé en tant qu’inventeur de liens, ce qui conduit à l’enrichissement du lexique et de la syntaxe, tandis que, chez l’animal, cet enrichissement s’arrête à la phonétique et à la gesticulation.
concept,hommes,jeu,langue,savoir

mot
Le langage est donné à l'homme, pour qu'il chante ce qu'il est. Au lieu de cela, il narre ce qu'il fait, ce qu'il voit ou ce qu'il opine.
action,danse,discursif,être,langue,raison

mot
Dans la réalité on trouve les visages, dans la représentation – les rôles, dans le langage – les masques. Le bon écrivain est un dramaturge, sachant choisir son genre, son drame et sa scène, mais il doit se résigner à ne manipuler que les masques, tout en songeant aux visages.
art,jeu,langue,réalité,représentation

mot
Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias.
âme,château,climat,concept,esprit,être,exil,inconnu,langue,musique,…

mot
L'émerveillement devant la réalité et la langue, toutes les deux inépuisables : l'infinité de concepts qu'on pourrait bâtir (la représentation) au-dessus d'un nombre fini de mots, qui couvrent une partie du réel, l'infinité d'images qu'on pourrait créer (l'interprétation) au-dessus d'un nombre fini de concepts accessibles à la langue.
idée,inconnu,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Ce qui est commun à la poésie et à la philosophie : s'attaquer à l'impossible, en exprimant le mystère de la vie par un mystère du langage, tout en en méprisant les problèmes et les solutions.
absurde,langue,mystère,philosophie,poésie,vie

mot
Tout discours, qu'il soit littéraire ou technique, se réduit à deux tâches : comment référencer les objets et comment référencer les relations ; c'est la hauteur élégante ou la profondeur rigoureuse du nommage qui relèvent de la véritable création. « Où réside la magie, celle du nommage sans création ? - dans un mot juste, qui appelle la splendeur de la vie, et elle advient »*** - Kafka - « Das Wesen der Zauberei, die nicht schafft, sondern ruft : ruft man die Herrlichkeit des Lebens mit dem richtigen Wort, dann kommt sie ».
art,concept,création,hauteur,langue,vie

mot
Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores).
absurde,concept,être,interprétation,langue,représentation

mot
Le discours, ou la pensée, se forme en deux étapes, la pré-langagière et la langagière. La première : désirer, se focaliser, se tendre – et comme résultat : voir les objets et les relations. La seconde : référencer les objets et les relations, formuler la proposition et comme résultat : montrer l'arbre conceptuel. L'échelle expressive du référencer va du nommer au chanter. L'échelle intellectuelle du formuler comprend les structures et les logiques, une simulation temporelle des tableaux spatiaux.
arbre,concept,danse,idée,langue,science,style,temps

mot
Les jugements abstraits, formulés dans une langue étrangère, créent l'illusion de profondeur et de poids ; d'où le prestige, si souvent immérité, des Grecs anciens. Les Latins, qui ne font que reproduire la sagesse grecque, n'ont pas son aura, car le latin est plus translucide pour nos yeux de modernes.
antiquité,balance,grèce,hauteur,langue,reconnaissance

mot
Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets.
arbre,concept,idée,interprétation,langue,représentation,universel

mot
Il est bien des lieux, où ne peut aller mon français ; je suis forcé d'y inventer du gascon. Je devine l'étendue de mes gasconnades involontaires, dont doit se gausser le bon français.
auteur,france,ironie,langue,style

mot
Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens.
être,grèce,idée,interprétation,langue,réalité,regard,représentation,style

mot
Ni l'intelligence ni le savoir ni la conscience ni la rigueur ne sont pré-conditions d'un discours philosophique ; son unique élément est le langage, qui est à la fois contrainte et ressource ; tout s'y formule en termes d'un vocabulaire et non pas en concepts ; les rares à l'avoir compris : Héraclite, Nietzsche, Heidegger.
contrainte,idée,intelligence,langue,savoir

mot
Je ne vois ni des universaux linguistiques, ni des dispositions linguistiques innées (innate capacities), dont parle Chomsky ; je ne vois que des universaux mentaux (structures, objets, relations) ou logiques (connecteurs, quantificateurs, négation, déterminants) ; eux seuls expliquent l'apprentissage fulgurant de langues, par des mômes (le mental évoluant parallèlement au langagier), et dont sont incapables les adultes (dont le mental est déjà soudé au langagier).
concept,langue,négation,temps,universel

mot
Ah, que ne puis-je subjuguer avant de conjuguer ! Mais ma sorcellerie évocatoire (Baudelaire) se brise sur l'usage, avant d'étaler mon présage.
auteur,goût,langue,liberté

mot
Il y a maintes facettes de la réalité, rendues si parfaitement par nos représentations et nos langages, que leur mystère ontique devient inutile et superflu ; mais les meilleures des facettes humaines, où se croisent les émotions, les beautés et les rêves, sont si incompréhensibles et irréproductibles, que le seul but de notre dit devrait y être - faire ressentir l'indicible.
beauté,inconnu,langue,réalité,représentation,rêve

mot
Je suis embêté d'avouer, qu'une bonne moitié de mes émotions, sur cette terre, est due aux écrits des autres. Pourtant, la vie aurait dû garder toute sa valeur en dehors de tout écrit du passé. Les mots du présent ne sont que de passives étiquettes ; en se tournant vers le passé, ils ont une chance de devenir signes ou symboles ; pour les mots bien magnétisés, on peut dire, que « contrairement à la mathématique, le langage nous conduit vers le passé » - G.Steiner - « language, unlike mathematics, draws backward ». On met longtemps pour comprendre, et d'en être horrifié, que, dans le passé, tout le reste est silence. « Muets sont les tombeaux, survivent seul les mots » - Bounine - « Молчат гробницы - лишь слову жизнь дана ».
art,auteur,axe,langue,mort,silence,temps,vie

mot
Le signe n'a pas deux (comme disent les structuralistes), mais trois faces : morphème dans la langue, référence d'objet-relation dans le modèle, référent d'espace-temps dans la réalité.
concept,langue,réalité,représentation,style

mot
Mes ruines des mots sont un compromis entre deux regards diamétralement opposés sur la langue : celui de Heidegger, qui y voit une maison hantée par le mystère de l'être, et celui de Valéry, qui en fait un fantôme fugitif, disparaissant dans le devenir du sens. Évidemment, Valéry est beaucoup plus intelligent et pertinent, mais il n'avait aucun soi à loger, le souci, que je partage avec Heidegger.
auteur,être,intelligence,langue,mystère,ruines,soi

mot
Face à l'âme - deux interprètes, aux rôles assez proches - le corps et la langue. Le corps perçoit et imprime ce que l'âme exprime et conçoit, mais parfois le corps devient dominateur, comme la langue, et ce qui s'appelle caresse, pour le corps, s'appellera poésie, pour la langue.
âme,caresse,langue,poésie

mot
Husserl a tort d'opposer les signes-expressions (Ausdrücke) aux signes-indices (Anzeigen) ; les métaphores sont aussi des références, mais sortant des thésaurus ordinaires et faisant appel à l'analogie ou à l'intuition, pour bâtir une image, qui procure le plaisir ou éveille la curiosité.
allemagne,langue,métaphore

mot
Dans tout discours, la part purement langagière est entrelacée avec les couches conceptuelle et poétique, la référentielle et l'expressive ; quand ces deux dernières sont trop misérables, ne conduisant ni à un approfondissement fécond ni à un rehaussement musical, on peut appeler ce discours exclusivement langagier, c'est le silence, dont parle Wittgenstein ; dans un discours intellectuel ou poétique, au contraire, après l'unification avec des idées ou images, disparaît le langage (Valéry). Entre la maxime verbale et la pantomime musicale se joue la création humaine.
création,esprit,idée,interprétation,langue,maxime,musique,poésie,silence

mot
Deux abus du langage : le journalisme - les mots collent trop près aux choses, ou le verbalisme - les mots perdent tout contact avec les choses. Le premier cas est irrécupérable, tandis que le second a une chance d'être sauvé par la poésie. Sans poésie, le verbalisme devient charlatanisme, présentant les mêmes symptômes, qu'on soit psychanalyste, prédicateur ou philosophe analytique.
langue,philosophie,poésie

mot
Heidegger est le plus grand mystificateur du XX-ème siècle ; c'est en philologue qu'il s'amuse avec ses jeux étymologiques, morphologiques ou phonétiques, que ses admirateurs ou adversaires prennent au sérieux, pour échafauder des vocabulaires absurdes et creux. Par exemple, dévoilement ou oubli, provenant de aléthéia grec, où la vérité serait une sortie de l'oubli, ou Gegend, Gegenüber, Gegenstand - contrée, vis-à-vis, objet, sur lesquels discutaillent tant de scrutateurs français. C'est à profusion qu'il sema ses charades et boutades ; à comparer avec les tirades anti-philologiques de Sartre.
absurde,allemagne,concept,grèce,langue,philosophie,vérité

mot
On bâille ferme, lorsque le philosophe ne parle que de philosophie, ou le philologue - que de philologie ; c'est l'intérêt ou la volonté que le philosophe tourne vers la forme langagière ou le philologue - vers le fond conceptuel, qui sont plus prometteurs. Ce qui est curieux, c'est que l'incompétence ne gêne en rien les philologues (Nietzsche, Heidegger) et ridiculise - les philosophes (Wittgenstein, Foucault).
idée,langue,philosophie,savoir,style

mot
La représentation répond à la question qu'est-ce qu'un tel objet ?Le langage (aussi bien le naturel que l'artificiel) offre des moyens de répondre à la question comment peut-on référencer un tel objet ? C'est ainsi que naissent les métaphores ou les formules logiques.
artificiel,concept,langue,métaphore,question,représentation

mot
Le langage : en amont – une représentation, des vérités déclaratives, inconditionnelles, apodictiques, en aval – des requêtes, leur vérité déductible ; le langage est à mi-chemin entre les mystères du désir (libre arbitre) et du sens (liberté), avec la logique au centre.
langue,liberté,mystère,représentation,science,vérité

mot
Dans l'arbre de la connaissance, quelle est la place du langage ? - fournir un ramage harmonieux, faire éclore des fleurs et couler la sève (« Je presserais mes idées, pour en extraire la sève » - Dante - « Io premerei di mio concetto il suco »), donner un sens à la cime - mais je ne vois sa place ni dans le tronc ni dans les racines : « Le sensible et l'intelligible, en tant que troncs de la connaissance, émergent d'une même racine, racine inconnue » - J.G.Hamann - « Sinnlichkeit und Verstand als zwei Stämme der Erkenntnis entspringen aus einer gemeinen, aber unbekannten Wurzel » - et elle n'est certainement ni langagière ni conceptuelle, mais purement mentale.
arbre,idée,langue,raison,savoir

mot
La langue me fournit un stock d'étiquettes, dont j'enveloppe (mes visions) des choses ; pour que ces étiquettes dépassent les choses et atteignent au noble grade de mots, il faut qu'elles caressent ou blessent.
caresse,discursif,langue,souffrance

mot
Je n'habite pas la maison du français, je la hante. Y avoir croisé beaucoup de fantômes contribua à ma vision de mon soi inconnu, que j'y convoque, aux heures astrales. Il n'y est jamais ni propriétaire ni locataire, mais sursitaire, que le premier rayon auroral chasse. Je ne sais pas qui, la langue ou le soi inconnu, détermine ou seulement colorie le style architectural de l'autre – forteresse ou ruines ? Chez les autochtones, ils se confondent : « Plus je me hante, moins je m'entends » - Montaigne.
auteur,château,france,langue,ruines

mot
L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres.
action,bien,conscience,france,hommes,intelligence,langue,raison,représentation,savoir,…

mot
Au-dessus du réel (les nombres), on bâtit des modèles (les symboles) ; au-dessus des modèles, on bâtit soit des mots (les signes), soit des interprètes (les paradigmes) ; philosopher, c'est reconnaître cette chronologie et cette hiérarchie.
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
L'obscurité qui entoure le sexe et la langue des anges est plus éclairante que la rigueur de la grammaire et des scénarios du robot. Connaître intuitivement ou abstraitement est plus excitant que de formuler des propositions correctes.
ange,langue,ombre,question,robot,savoir

mot
Dans le langage, il y a une partie magique, qui créa l'homme, et une partie mécanique, que l'homme créa. Il faudrait revoir ce qu'on entend par commencement, en glorifiant le Verbe.
christianisme,commencement,création,hommes,langue,robot

mot
Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle.
concept,discursif,idée,interprétation,langue,réalité,représentation,vérité

mot
La langue de philosophie, c'est le français, comme la langue de poésie, c'est l'allemand. La logomachie française pousse à soigner la ligne sémantique, musicale, du discours ; la logomachie allemande favorise le goût de l'édifice syntaxique structurel. La morphologie indigente du français oblige à créer des concepts avant les mots ; la morphologie allemande invite à créer des mots avant les concepts. Les contraintes vaincues expliquent souvent le succès intellectuel ; c'est pourquoi la meilleure philosophie française est poétique (Pascal ou Valéry) et la meilleure poésie allemande est philosophique (Hölderlin ou Rilke).
allemagne,contrainte,création,france,idée,langue,musique,philosophie,poésie

mot
Chaque langue a son magnétisme particulier, dû à la civilisation nationale et non pas à la langue elle-même : dans des langues différentes, la référence des mêmes objets et liaisons provoque des ondes esthétiques différentes, ce qui disqualifie toute traduction mot-à-mot. Le plaisir de la forme peut s'émanciper du contenu, ce que n'admet pas Bakhtine : « Hors d'une référence au contenu, la forme ne peut être signifiante au plan esthétique » - « Вне референций на содержание, форма не может быть значимой в эстетическом плане ».
concept,culture,langue,représentation,style

mot
L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ?
arbre,concept,contrainte,esprit,hauteur,idée,langue,liberté,poésie

mot
Un écrit est bâti en trois couches : les mots, les tons, les idées. Les deux premières doivent en reconstituer la musique, tout échec dévalorisant les idées. Tout défaut d'une couche inférieure se répercute, fatalement, sur la qualité des suivantes. Le français restant muet, je suis privé d'outil dialogique, indispensable, et me vautre dans un monologue irresponsable.
auteur,france,idée,langue,musique,solitude

mot
M.Burgin, mon camarade de promotion universitaire, un excellent mathématicien et que je croisais souvent dans les couloirs de la Bibliothèque des Littératures étrangères, est mort. Juste avant de mourir, dans sa villa californienne, il chercha à me joindre, pour parler de notre jeunesse et pour discuter de son pavé de mille pages, The Theory of Knowledge (150$!). Trop tard. Son ouvrage se disqualifie par l’incompréhension de la place du langage dans notre arsenal intellectuel. Les linguistes ignorent la représentation, les logiciens ignorent le langage – d’où leurs logorrhées réciproques lacunaires.
auteur,enfance,langue,représentation,savoir,science

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Pascal a raison : ce qui est le plus grandiose et énigmatique dans le monde garde un terrible silence. Les mots ne l'atteignent pas et s'arrêtent sur la surface des choses ; seule la musique semble parfois surmonter la pesanteur et se fondre en grâce divine. « Peut-être, pour la dernière réalité il n'y a pas de mots du tout » - H.Broch - « Vielleicht gibt es überhaupt keine Worte für die letzte Wirklichkeit » - une bonne raison pour s'y taire et ne compter que sur le chant.
dieu,langue,musique,ouïe,réalité,silence

mot
Deux attitudes possibles, face à une langue étrangère, dont je veux me servir : soit je m'y plonge, pour y pêcher de bons candidats, soit je reste avec mes images ou états d'âme et je laisse l'intuition armer ses hameçons. Dans le premier cas, j'attrape, à coup sûr, des banalités ; dans le second, je lèverai souvent des canards, de ces fautes d'oreille, qui arrivent à tout tenant de la hauteur : « Leur cœur parle trop haut et les empêche d'entendre ce qu'ils disent »** - Chateaubriand.
auteur,hauteur,langue,ouïe,platitude

mot
Un immense tempérament et une immense intelligence, Nietzsche et Valéry, abordèrent toutes les questions de la philosophie académique, en les débarrassant de tout verbalisme, argumentatif ou narratif, dans lequel nagent les philosophes logorrhéiques, et en n'exhibant que des métaphores. Tout contenu se réduisant aux mots, s'opposant aux tropes ou concepts, est bête. Et il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'y en a que de vagues notions.
école,esprit,idée,intelligence,langue,métaphore,philosophie

mot
Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère.
esprit,idée,interprétation,langue,liberté,mystère,réalité,représentation

mot
La langue et la pensée. Leurs rapports avec le réel et le modèle sont assez proches, mais leurs structures sont fondamentalement différentes : la pensée suit la représentation, c'est à dire des objets et des relations, tandis que la langue s'occupe surtout des chemins d'accès à ces entités, et ces chemins peuvent être très différents dans des langues différentes, les pensées reflétées étant identiques. C'est ainsi que naît un véritable style littéraire - de la subtilité des accès.
concept,idée,langue,réalité,représentation,style

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Le monde est reflété, toujours partiellement, par nos représentations (presque toujours subjectives). Et le langage n’y apporte presque rien (sauf des éléments stylistiques, littéraires). Les linguistes ne le voient pas : « Le langage reproduit le monde mais en le soumettant à son organisation propre » - É.Benveniste – cette misérable organisation se réduit à une pauvre grammaire dont la structure n’a pas un seul point commun avec le monde.
art,langue,nature,réalité,représentation,style,système

mot
Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines.
château,être,interprétation,langue,liberté,mouton,négation,réalité,représentation,robot,…

mot
Les yeux sont plus dignes de foi que la langue, mais ils ne furent jamais à l'origine d'une hérésie. Les yeux sont toujours bavards, seule la langue sait doser mutisme et éloquence. Les yeux parlent, la langue respire.
doute,intensité,langue,regard,silence

mot
Ni les mots, ni même les caresses, n'arriveront jamais à rendre, fidèlement, le fond de ce qui anime notre soi, chaud, palpitant et inconnu ; mais les mots, et surtout leur forme, peuvent avoir leur propre saveur, dont la fin principale serait de nous détourner du monde extérieur et de nous laisser en tête-à-tête avec le monde intérieur. On dirait, que le chinois l'ignore : « Quand elle passe par notre bouche, la sagesse est fade et sans saveur » - Lao Tseu.
caresse,chine,goût,inconnu,langue,soi,style

mot
Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent.
arbre,concept,langue,négation,universel

mot
La philosophie n'habite que le langage (et non pas les concepts ou les vérités), puisque la consolation ne peut venir que du langage, et que, pour le philosophe trop réaliste et trop borné, la réalité et la représentation devinrent trop mystérieux ou trop techniques.
consolation,idée,langue,mystère,philosophie,réalité,représentation,vérité

mot
À la base de toutes les langues se trouve une grande banalité … ignorée de tous les linguistes : les mots (sons ou morphèmes) ne servent qu'à référencer les objets et les relations. À partir de là - l'histoire forme les grammaires, et les enfants l'apprennent avec une facilité prodigieuse, parce que la référence d'objet ou de relation est un méta-concept inné, a priori, et ce rapport est la seule méta-grammaire universelle que l'apprentissage universel instrumentalise. Les linguistes suivent le chemin inverse ; ce qui est sensé pour une machine est erroné pour l'homme. Des universaux linguistiques (Chomsky) n'existent pas.
concept,enfance,histoire,hommes,idée,langue,représentation,universel

mot
C'est selon l'organe sollicité qu'on classe un écrit : l'oreille (une langue châtiée), l'esprit (les tableaux, les horizons), l'âme (la noblesse, l'intelligence) - un romancier, un philosophe, un poète. Les deux premiers, souvent, se contentent de leur seul organe de prédilection ; c'est le troisième qui, le plus souvent, en maîtrise tous les trois. Il se trouve que ce sont surtout des maximistes.
âme,esprit,intelligence,langue,maîtrise,maxime,noblesse,philosophie,poésie

mot
La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine.
âme,esprit,interprétation,langue,ordre,représentation,robot,style

mot
Le langage n'est rien dans la pensée mathématique, pas grand-chose - dans la pensée sensorielle, presque tout - dans la pensée métaphysique.
esprit,langue,philosophie,science

mot
La philosophie du langage, si galvaudée outre-Atlantique, n'a aucun thème valable ; n'est possible que la poésie du langage, l'étude des déviations tropiques ; le langage a deux faces, l'interne (morphologie, syntaxe, logique, grammaire) et l'externe (associations avec des objets et relations du modèle représentatif) - je n'y vois aucune place pour un regard philosophique. Quant au sens, il se forme déjà au-delà du langage, avec des valeurs de vérité et de substitutions ; et il ne peut pas sortir du psychologisme.
concept,hommes,langue,philosophie,poésie,représentation,vérité

mot
Notre cerveau dispose de trois admirables machines : la raison spatiale (visant les structures – nœuds et arêtes), la grammaire temporelle (se pliant à la syntaxe et à la lexicologie), l'interprète spatio-temporel du discours (s'appuyant sur la logique et la précédence des opérateurs). Et la merveille du passage de relais entre ces machines est tout aussi prodigieuse.
interprétation,langue,raison,temps

mot
L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie.
frontière,interprétation,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,temps,vérité

mot
La pensée est spatiale (une structure, réseau ou arbre), et l'énoncé (élocution ou écriture) est temporel. Pourtant, il faut savoir passer de l'un à l'autre ; c'est l'objet d'une méta-grammaire, traduisant des structures (communes pour tous les hommes) en suites de références (dont l'ordre dépend de la grammaire d'une langue particulière et du style d'un homme particulier) et vice versa ; ces méta-grammaires permettent de classifier toutes les langues du monde. Un jour, on inventera une langue artificielle spatiale, un espéranto conceptuel, où l'on ne lira plus de gauche à droite, ni de haut en bas, mais où l'on se mettra tout de suite à interpréter les idées, en choisissant soi-même le début et le parcours de sa recherche.
arbre,artificiel,commencement,concept,hommes,idée,interprétation,langue,temps

mot
Trois facultés si nettement distinctes : la représentation, l'interrogation, l'interprétation – les fonctions synthétique, langagière, analytique ; pourtant, les Anciens employaient le même mot, pour désigner tout cet ensemble – la dialectique.
antiquité,grèce,interprétation,langue,représentation

mot
La langue, ce sont des matériaux de construction, plus les normes de leur résistance ; le discours personnel, c'est l'œuvre d'un architecte, bâtie sur ses représentations, face aux exigences de la réalité ; la langue ne peut avoir de relations algébriques qu'avec des représentations, et donc toute idée d'un isomorphisme quelconque entre la langue et la réalité (Wittgenstein) est une pure absurdité. Et lorsque la langue suit de trop près la représentation, disparaît toute créativité de l'ange et s'installe le mal de la bête : « Le mal radical - la chute du langage dans la représentation »** - Derrida.
absurde,concept,langue,mal,matière,réalité,représentation

mot
La fonction principale du langage dans la philosophie n'est ni l'herméneutique (Heidegger) ni l'analytique (Wittgenstein), mais la poétique - la qualité du chemin mental, qui mène de la référence à l'objet, de l'étiquette à la structure, de l'immédiat à la métaphore, de l'intemporel au mouvement, du factuel à l'émotionnel, du neutre à l'intense.
concept,élite,intensité,interprétation,langue,métaphore,philosophie,poésie,sentiment,temps

mot
Le parcours d'un créateur - son commencement, ses contraintes, ses moyens, ses buts – tout y est hors langage ; le langage, ce ne sont que des chemins d'accès aux étapes de ce parcours. « Le texte n'est qu'un petit rouage dans une machine extra-textuelle »** - Deleuze.
chemin,commencement,contrainte,création,langue

mot
Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés.
allemagne,esprit,idée,langue,négation,paradoxe,philosophie,sacré,savoir,science,…

mot
La langue fait ouvrir les yeux et dresser les oreilles, mais le regard et sa hauteur doivent leur formation - à l'âme, qui préside à la conception du premier et au sens du dernier pas des mots.
commencement,hauteur,langue,ouïe,regard

mot
Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes.
concept,école,inconnu,langue,négation,ouvert,philosophie,science,vérité,vide

mot
Quand je lis le linguiste borné ou le philosophe vague, je comprends qu'il est impossible de savoir ce qu'est la langue, si l'on ne sait pas ce qu'est la raison, et qu'il est impossible de savoir ce qu'est la raison, si l'on ne sait pas ce qu'est la langue. Il manque, respectivement, un bon quantificateur universel ou un bon quantificateur existentiel.
absurde,langue,philosophie,raison,savoir,universel

mot
Dans toutes nos langues, la caresse corporelle, en tant qu'une métaphore, se propage partout où l'émotion a sa place : toucher – touchant, (be)rühren – rührend, тронуть — тронут. Il semblerait même, que les bons esprits eux aussi subissent la même contamination : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment toucher à l'intouchable d'une manière touchante » - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est haec, ut scias, quomodo attingitur inattingibile inattingibiliter » - on ne sait pas si l'on y est en présence d'une pensée, d'une maîtresse ou d'un poème.
caresse,esprit,idée,langue,métaphore,poésie,sentiment

mot
Dans le langage, il n'y a ni idées ni images, il n'y a que des mots ; il faut aller au-delà des mots, pour trouver de bons ancrages ; et dans cette région se trouvent l'âme et l'esprit ; seul le talent est capable de construire des ponts au-dessus de ce gouffre. Quand l'esprit seul agit, je suis dans la science ; quand l'âme seule m'exprime, je suis dans l'art ; la cohabitation heureuse de l'âme et de l'esprit engendre les plus beaux genres - la poésie et la philosophie.
âme,art,esprit,idée,intelligence,langue,philosophie,poésie,science

mot
L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète.
art,contrainte,création,france,hommes,langue,liberté,poésie,russie,valoir

mot
Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation.
arbre,chemin,concept,hauteur,intelligence,interprétation,langue,représentation

mot
Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse.
arbre,caresse,chemin,danse,idée,langue

mot
Avant d’adopter, en français, le ton funèbre et le style salonnard, Cioran produisit un beau chant du cygne à sa langue maternelle, dans son plus rigoureux et le plus beau livre – de la France ! Passé complètement inaperçu, il dépasse pourtant Germaine de Staël (de l’Allemagne) en profondeur et Astolphe de Custine (la Russie en 1839) en culture.
allemagne,art,culture,france,hauteur,inconnu,langue,russie,style

mot
Ni la langue, ni, encore moins, la logique ne représentent le monde (comme le pense Wittgenstein) ; elles ne font qu'en interroger des représentations. Le monde, lui, est plein de beau, de bon et de mystérieux ; mais je me demande, si j'habite le même monde que Wittgenstein, pour qui celui-ci est démuni et d'éthique et d'esthétique, et, en plus : « On n'y trouve aucun mystère » - « Das Rätsel gibt es nicht », tout en le sentant à ses frontières.
beauté,bien,frontière,langue,mystère,représentation

mot
Je ne connais qu'un seul philosophe, également bien armé, pour affronter les deux seuls défis de la philosophie noble, le désespoir et le langage, - Wittgenstein. Mais il manque trop de talent littéraire ; le tempérament d'homme et la finesse de philosophe ne passent pas dans le style d'écrivain.
art,espérance,esprit,langue,noblesse,philosophie,style

mot
Finalité sans fin, ce charabia est la traduction officielle en français de la définition kantienne du beau. Joli pour l'oreille et idiot pour la jugeote. « Vorstellung ohne Interesse an seinem Dasein und ohne Begriff – représentation, sans renvoi à la réalité et sans concepts » – une belle définition de la poésie (qu'il ne faut pas généraliser à l'art tout entier) : les concepts naissant de l'expression, cette représentation métaphorique, détachée de la réalité par l'audace du langage.
allemagne,art,audace,beauté,france,idée,langue,poésie,réalité,représentation

mot
Où, exactement, naît la musique, parmi le réel, l'intellectuel, le sentimental, le verbal ? Son créateur et l'interprète, l'âme, peut animer tous ces domaines ; toute matière peut y être vue comme une empreinte ou lue comme une partition. « Chaque langage dit une partition de la musique humaine » - M.Serres.
âme,création,hommes,langue,musique,réalité

mot
Avec mes mots, je veux émouvoir les étoiles, et je n'arrive même pas à faire danser les ours (Flaubert). Le pire, ce n'est pas l'ours (qui aurait marché sur de mauvaises oreilles), mais la lanterne incertaine (aux yeux tournés vers le bas), pour laquelle on prendra ma scintillante étoile. Et moi-même, je me prendrai pour celui qui « prend sa bougie pour lui-même, la souffle et, à la fin, se prend pour la nuit »** - G.Bataille.
auteur,balance,danse,étoile,hauteur,langue,ombre,ouïe,sentiment

mot
Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche.
arbre,art,création,être,interprétation,langue,maîtrise,mystère,nature,représentation,…

mot
Ma vision-compréhension est, en grande partie, un emprunt au patrimoine commun des hommes, mais mon regard, c'est ma vision-création, qui commence par un détachement, par volonté ou par révélation, du monde connu, nommé. Nommer ne fait pas partie des prérogatives du regard (mais référencer, relier des noms avec de bons connecteurs - oui) ; le regard, c'est une projection du verbe sur un modèle du monde. Théorie voulait dire, jadis, - regard. Le regard est réduction de toute observation en introspection.
création,école,grèce,hommes,langue,regard,représentation,soi,système

mot
Les ombres, dans un bel écrit, sont l'essentiel : la tonalité, la mélodie, la force. Mais la lumière de l'harmonie et de l'orchestration doit y percer. C'est tout ce que je demande à mes gammes françaises. « Si je veux faire parler mon âme, aucun vocable français ne s'y présente ; mais si je cherche à briller, alors c'est autre chose » - Tolstoï - « Когда хочешь говорить по душе, ни одного французского слова в голову нейдёт, а ежели хочешь блеснуть, тогда другое дело ».
art,auteur,création,force,france,langue,musique,ombre,russie

mot
Le Français est le seul à oser se méfier des idées et se fier au mot. « Le Français est l'homme et maître du mot. Sa pensée a pour source la langue » - W.Schubart - « Der Franzose ist ein Mensch und Meister des Wortes. Er denkt von der Sprache her ». Tous tentent de rehausser l'émotion : le Français - par le mot - outil - verdict, l'Allemand - par le rêve - but - motifs, le Russe - par la vie - contrainte - repentance. Le motif premier comme la dernière parole méritent la mémoire surtout dans un verdict sans appel, dans des causes entendues.
allemagne,audace,commencement,contrainte,création,france,idée,langue,maîtrise,mémoire,…

mot
Dans une représentation, toute catégorie, projetée sur la réalité ou sur le langage, devient, respectivement, une allégorie ou une tautégorie, c'est à dire qu'aucune homologie ne peut exister entre représentation et réalité et que le langage n'apporte rien à la représentation.
idée,langue,réalité,représentation

mot
Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent.
interprétation,langue,nature,négation,religion,représentation,science,temps

mot
Dans une représentation, les substances auraient pu s'appeler s1, s2, …, s857, …, et les relations - r1, r2, …, r964, …, sans qu'aucune trace d'une langue vivante n'y intervienne. La langue enveloppe une représentation déjà prête ; dans le cas d'une langue indo-européenne, les noms s'associent avec les substances, les verbes - avec les relations, les adjectifs et adverbes - avec les valeurs. La grammaire interne achève ce travail, pour permettre de formuler des requêtes logiques du monde modélisé. Dans l'exploration du monde, les propositions sont donc la fin et non pas le début.
commencement,concept,idée,langue,nature,question,représentation

mot
La maîtrise des lois du monde ou la maîtrise des mots - laquelle est plus utile, pour évaluer ou goûter le monde ? Quand on lit la langue de bois des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des musiciens, leurs lourdes tentatives d'abstraction ou d'animation, on comprend, que la seconde maîtrise est plus essentielle. Le poète, et donc le philosophe, sans maîtriser le fait, ce nœud isolé, cette branche définitive, en peint, en devine et en recrée l'arbre ouvert et vivant.
arbre,langue,maîtrise,nature,ouvert,philosophie,poésie,science

mot
Tant de semelles et de leurs traces dans l'écrit des agités des pieds et nécessiteux des cervelles : le sabotier doit être roi au pays où règne la langue de bois.
action,balance,idée,langue,platitude

mot
Quand, dans les constructions du verbe, on admire la sacristie du vrai, s'agenouille devant l'autel du beau et épie le confessionnal du bon, on peut conclure que le langage est le temple de l'être.
beauté,bien,être,langue,vérité

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On peut juger du sérieux des métaphysiciens, en citant cette perle de leur père : « Il y a identité entre : un homme, homme existant, homme ». Le premier : une variable, s'unifiant avec des instances de l'homme. Le deuxième : ou bien le terme existant est méta-langagier et il s'y agit de la simple existence en tant qu'instance ; ou bien existant est un attribut temporel et il s'agit des instances existantes au moment de la requête : ou bien existant est un attribut booléen et il s'agit des instances, dont cet attribut vaut vrai. Le troisième : une étiquette langagière, collée à la classe correspondante. On est très loin d'une identité.
concept,langue,philosophie,représentation,simplicité,vérité

mot
Notre langue maternelle est ce qui prive de leur Pentecôte l'œil et l'oreille. Le don des langues est l'un des dons majeurs du regard et du goût. Et même de la vie : on est autant de fois homme, que le nombre de langues qu'on maîtrise.
goût,hommes,langue,maîtrise,ouïe,regard,vie

mot
Écrire, c'est bâtir un édifice, dans un style que te dictent ton goût et ton talent. Pour avoir cette liberté, il faut habiter la langue, c'est à dire se sentir chez soi dans son atelier, maîtriser et ses outils et ses matériaux et ses acoustiques. Mais je n'habite plus aucune langue ; je suis condamné à n'ériger que des ruines, en espérant qu'un œil de connaisseur y devine le style rêvé : une caverne, une tour d'ivoire, un temple.
auteur,château,création,esprit,goût,langue,liberté,matière,rêve,ruines,…

mot
La réalité est époustouflante de perfection, le langage est merveilleux comme système et inépuisable comme outil ; mais on explore la perfection réelle par des outils représentationnels et non pas langagiers ; l'imperfection de ces projections doit être imputée aux modèles et non pas au langage.
inconnu,langue,réalité,représentation,système

mot
Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal.
école,esprit,intelligence,intensité,interprétation,langue,question,réalité,représentation,vérité

mot
Plus le mot est riche, plein et ouvert, plus il ressemble à un arbre et non pas seulement aux matériaux de construction, ombrages ou fruits. « Le mot juste est un bon arbre - ses racines sont fermes, ses branches touchent au ciel, il porte des fruits en toute saison d'après la volonté de Dieu »** - le Coran. Si, en plus, des inconnues se faufilaient dans cet arbre, on pourrait l'unifier avec un autre, pour un beau dialogue, et les racines se trouveraient unifiées avec les fruits de l'autre, et les branches - d'avec des cimes. Et dans l'arbre unifié, le dernier serait le premier.
arbre,climat,dieu,langue

mot
Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose !
axe,être,inconnu,intelligence,langue,négation,réalité,représentation,ordre

mot
La pensée, cette construction spatiale, se compose de la même manière, chez tous les hommes, tandis que la phrase, cette construction temporelle, a des structures et chronologies différentes, dans des langues différentes. La composition de la phrase n'a pas grand-chose à voir avec la composition de la pensée.
idée,langue,temps

mot
Nos requêtes s'adressent aux choses, aux fantômes ou au langage même, pour que la réponse soit trouvée parmi les solutions, les mystères ou les problèmes. La misère de notre époque est que, désormais, seules les premières intéressent les hommes, d'où l'indigence langagière et la banalité spirituelle. « Le langage ne reste énigmatique que pour qui continue de l'interroger » - Merleau-Ponty - le problème du langage est vite épuisé, c'est le mystère de l'inexistant qui reste inépuisable.
hommes,inconnu,langue,modernité,mystère,question,réalité

mot
Les mots n'apportent que des ombres utiles à la lumière que sont les idées. Mais celui qui ne vit que dans les ombres voit de la lumière dans tout ce qui est légèrement moins ténébreux : « Les mots peuvent fournir des lumières sur les principes de nos idées » - Condillac - comme la poésie - sur les principes de votre orthographe ! Le poète indigent vit par ses mots, le grammairien repu vit de ses idées.
art,idée,langue,misère,ombre,platitude,poésie

mot
Le discours est une suite, linéaire et temporelle, de signes ; il n'est qu'une modulation des réseaux conceptuels, sous-jacents et spatiaux ; une langue ne contient pas de connaissances du monde, elle ne fait qu'aider à les résumer ou à les interroger.
arbre,idée,langue,nature,savoir,temps

mot
Dans le regard sur les composants de l'homme ou de l'ordinateur - sur l'âme et le corps, res cogitans ou res extensa, le logiciel et le matériel, il y a des parallélismes frappants, mais des divergences ne sont pas moins frappantes, et elles concernent et la représentation de connaissances et l'interprétation de requêtes. Chez l'homme, rien de comparable avec la primauté informatique de la représentation ; tout y est réduit à des (ré)interprétations fulgurantes. Mais dans l'exécution, le contraste est encore plus saisissant : l'équivalent du langage-machine, chez l'homme, semble être un langage de tropes, d'un niveau infiniment supérieur aux langages en logique ou orientés-objets ; les hiérarchies y sont inversées ! L'homme fut poète-né, avant de sombrer dans l'imitation de la machine !
âme,concept,hommes,interprétation,langue,métaphore,poésie,représentation,robot

mot
Dans les meilleurs arbres ne parlent que les fleurs, porteuses du sens, prêtant leur langage aux racines, ramages et sèves, qui ne sont que des sens. Mais la musique de l'arbre a besoin de tous ses attributs. Les mots ne poussent qu'avec les fleurs : « Les racines parlent et les paroles veulent pousser » - Jabès.
arbre,concept,langue,musique,réalité

mot
Difficile de chanter la hauteur avec une voix de la faiblesse sacrée ; c'est la force intérieure du langage que je dois appeler. « Un langage altier ne sied pas à des faibles » - Eschyle. Un langage plébéien sied, aujourd'hui, à tous les forts du jour.
bassesse,force,hauteur,langue,sacré

mot
Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique.
arbre,concept,interprétation,langue,métaphore,négation,représentation,science,temps

mot
Entendre, c'est s'entendre, dans un dialogue à deux, c’est la première fonction du langage. Tandis que la fonction représentative du langage n'est qu'un immense malentendu de ceux qui voient dans le mot l'unique interprète des choses : « C'est en vue de la fonction représentative que le langage est articulé » - Ricœur. Avec ces linguistes, en tombant sur vache, on ne sait jamais si on a affaire à un mot, un concept ou une chose.
idée,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
L'homme perd l'intimité avec le mot, il communique, de plus en plus, par le geste ou par l'image, qui sont les chaînes du milieu, de la médiocrité (le middleware). Le diable nous parle de la fin nécessaire, la femme - d'un autre début possible. « La langue est ennemie de l'homme, ami du diable et de la femme » - proverbe latin - « Lingua est hostis hominum, amicusque diaboli et feminarum ». Un chant funèbre ou un chant de sirène réveillent le goût des mots.
action,commencement,danse,femme,goût,hommes,langue,mal,nécessité,platitude

mot
L'air est l'élément de la poésie ; le son a besoin d'air, pour être entendu ; les premiers gestes de la Création, étaient-ils accompagnés d'une musique et d'une poésie ? Puisque le son précède la parole, et « une langue est un commentaire humain sur la création » - J.Green - son premier rôle serait donc la traduction d'un original indéchiffrable. Modeste et somptueux !
acquiescement,création,hommes,inconnu,langue

mot
Le but du poète est toujours obscur, et le mot, qui le vise, ne doit être ni trop clair ni trop vague. « Le poète rate sa cible, avec des mots ou trop familiers ou trop distants » - S.Johnson - « Words too familiar, or too remote, defeat the purpose of a poet ». Dans l'art du chant, le mot à distance juste n'existant pas, le poète est celui qui vit de ces ratages.
art,danse,défaite,doute,flèche,langue,poésie,proximité

mot
La mathématique n'est pas le langage principal de la nature, elle n'en est que l'ontologie, c'est à dire le casting des rôles. Mais son dramaturge avait également pensé au langage des décors et à celui du jeu des interprètes, au fond de la scène et à la hauteur du paradis. Le langage, c'est la forme ; quant au fond, c'est toujours la même clé - Deus ex machina.
beauté,être,interprétation,jeu,langue,nature,science,style

mot
Pour échapper au prurit du changement, qui finit toujours par nous laisser avec la même chose, il vaut mieux suivre la devise opposée de Quintilien : « La même chose mais autre » - « Eadem sed aliter ». Les angles de vue, les langages, reconnaissent, font et défont les choses, c'est à dire leurs modèles.
création,interprétation,langue,représentation

mot
Dans une langue, comme en mathématique, il y a très peu de constantes, notées toujours par les mêmes symboles (mots) ; c'est pourquoi tout bon et honnête philosophe devrait introduire ses écrits, comme le fait tout mathématicien (Soit X désigne…) : soit Penser, Être, Idée désignent… Toutes ces tentatives ayant lamentablement échoué, on est obligé de lire en toute philosophie, même dans la bonne, - des exercices poétiques, ratés ou réussis.
être,idée,langue,philosophie,poésie,science

mot
Le seul degré de création, qui nous soit accessible, est la traduction. Du lisible (l'interprétation ou la parodie) ou de l'illisible (la transmutation ou la métamorphose), mais toujours dans une langue des mots. « La véritable créativité commence souvent là où s'arrête le langage » - Koestler - « True creativity often starts where language ends ». La langue d'idées n'appartient qu'à Dieu de la médiation. Là où s'arrête le langage s'arrête la création, mais peut se mettre en branle la créativité.
commencement,création,dieu,filtre,idée,inconnu,interprétation,langue,platitude

mot
L'agonie ou la contradiction, si redoutées par les médiocres, et si fécondes dans la vie des mots, des idées, des états d'âme, afin d'affermir le culte des commencements et des harmonies, au sein d'un langage naissant.
beauté,commencement,idée,langue

mot
En perçant l'indicible mystère du monde, je chercherai - ou en recréerai ! - la musique, la grammaire et le vocabulaire des choses et la mirobolante logique de leurs cortèges. « Tout parle dans l'univers, il n'est rien qui n'ait son langage » - La Fontaine. Et je ne m'arrêterai même pas aux choses elles-mêmes ; j'en ferai parler la profondeur et chanter - la hauteur.
auteur,danse,hauteur,langue,musique,raison,réalité

mot
Pour ouvrir les portes, plusieurs solutions : devenir familier du portier, fabriquer les clefs, apprendre l'art sésamique. « Qu'est-ce que la langue dans la bouche d'un homme ? - la clef d'un trésor ! Tant que la porte est fermée, personne ne sait si, derrière, il y a des pierres précieuses ou des ordures » - Saadi. Le bon regard, dans les yeux d'un homme, t'apprendra, que le vrai trésor est la clef elle-même et te détournera des serrures. Toutes les portes se valent pour celui qui a la formule sésamique.
création,langue,regard

mot
Dans le réel, il n'y a aucune trace de poétique ; la poésie est de la traduction et non de l'imitation (la mimesis de Platon et Aristote) ; traduction artistique d'un message mystique, inarticulé ; notre soi inconnu est mystique, et le soi connu – poétique ; la rencontre entre eux, la traduction du premier dans le langage du second, c'est la création.
art,création,inconnu,langue,mystère,poésie,soi

mot
Aucune langue ne m'accueille plus, un permis de travail à la clé. Apatride des idées, je suis devenu apatride des mots - et ma collection des exils s'en voit allongée.
auteur,exil,idée,langue

mot
Le bon entendeur n'est écouteur que de courte durée. Le sot n'est qu'écouteur. « À bon entendeur, la parole suffit » - Plaute - « Dictum sapienti sat est ». Bien entendre, c'est aimer animer la parole soi-même. Le meilleur des entendeurs est celui qui, en plus, sait traduire les paroles en mots, les mots en style, le style en beauté.
beauté,école,langue,ouïe,réalité,soi,style

mot
Les mots, c'est un champ magnétique d'attirances, avec des flèches et des arcs, avec lesquels tu pourras dessiner un monde de cibles. Les idées, c'est un répertoire de cibles touchées. « Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C'est le monde des mots qui crée le monde des choses » - Lacan. Tout mot est une requête ou un ordre, et c'est la perspective allégorique du regard sur les choses qui en détermine l'épaisseur et surtout la hauteur. Le meilleur créateur se reconnaît par ses requêtes ! De la sédimentation de discours (Husserl) ne naît que l'arbre sémantique et non pas les choses pragmatiques.
arbre,création,hauteur,idée,langue,musique,question,réalité,regard

mot
On a tant d'ambitions, pour mettre le langage au service de nos caprices ou de nos systèmes, tandis que c'est lui qui nous forge et nous guide. Les linguistes prétendent, que la langue ait une existence autonome externe. Les mots mènent les uns, abandonnent les autres et devinent les meilleurs.
élite,hommes,langue,poésie,système,voix

mot
Maîtriser une langue, c'est savoir en débarrasser les mots de leur fonction d'étiquette et les munir de celle d'hapax.
langue,maîtrise

mot
J'aime les allées verbales, où s'unifient les réseaux des soupirs gnomiques. « Grand arbre du langage peuplé de maximes et murmurant dans les quinconces du savoir, où le désir encore va chanter »** - Saint-John Perse. Quel genre verbal résiste encore à l'invasion des forêts ? - la maxime !
arbre,élan,langue,maxime,savoir,souffrance

mot
On assagit le verbe, on rogne le mot, on se fie à la seule vérité de la cervelle - et l'on peut fermer l'entrée de sa Caverne, pour se retrouver entre machines silencieuses, sans feu, sans ombres, avec peut-être un homme, réduit à un écran.
idée,langue,mensonge,raison,robot,ruines,silence,vérité

mot
Dire, que la langue est un système de signes exprimant des idées, est aussi bête que de dire, que les cordes d'un violon expriment des mélodies - confusion entre l'outil et la fonction. La langue permet de formuler des références, pour accéder aux concepts ; l'idée naît de l'interprétation conceptuelle et non pas langagière. Les idées sont faites pour être communiquées, elles naissent donc du modèle ; l'expression naît de la confrontation entre la langue et le modèle sous-jacent ; le gagnant déterminera si le discours est littéraire ou technique.
art,idée,interprétation,langue,lutte,représentation,style,système

mot
Le langage comme forme est inépuisable, informalisable ; le langage comme substance est presque entièrement décrit par la grammaire. Le conceptuel et le réel l'animent et le statufient ; le formel l'abîme et le pétrifie.
être,idée,langue,réalité,style

mot
Le poétique et le sacré furent les premiers symboles que l'homme coucha sur papier. « La première langue a dû être hiéroglyphique, pour les caractères sacrés, la deuxième, symbolique, pour les caractères héroïques, la troisième, épistolaire, pour les caractères conventionnels » - G.B.Vico - « La prima lingua - geroglifica ovvero per caratteri sagri, la seconda - simbolica o per caratteri eroici, la terza - epistolare o per caratteri convenuti ». Ces trois étapes, niveaux ou états – divin, poétique, humain - furent fusionnés par Nietzsche dans l'éternel retour, où cohabitent la mort de Dieu, la réduction de la vie à l'art, le surgissement du surhumain.
dieu,éternité,héros,hommes,langue,poésie,retour,sacré

mot
Le mécanisme central de tout langage, qu'il soit naturel, conceptuel, musical ou pictural, est le chemin d'accès aux objets et relations. Qu'on le dise ou qu'on le montre, le principe reste le même ; la monstration sera là, dans les deux cas ; mais plus la métaphore l'emporte sur la routine, plus le message relèvera de l'art plutôt que du mode d'emploi, de la musique plutôt que du bruit.
art,concept,idée,langue,métaphore,musique

mot
Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ».
audace,être,interprétation,langue,représentation,robot,savoir,soi

mot
Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens.
interprétation,langue,représentation,robot,valoir

mot
Le poète qui brandit ses idées, que lui inspirent des faits, est plus terne que le scientifique qui crée ses mots, pour peindre des faits. Dans un fait, ce qui compte, c'est le langage de son énonciation. Les idées naissent auprès de Dieu, ne séjournent que dans le langage, elles effleurent les têtes et se moquent des faits.
art,dieu,hauteur,idée,langue,poésie,raison,réalité,science

mot
Face à un discours, on a quatre domaines irréductibles : deux espaces nets - la langue et la réalité, et deux sphères vagues - la représentation-interprétation et la sensibilité mentale ; ce qui est net contient le sens, ce qui est vague contient l'expression.
interprétation,langue,réalité,représentation,soi

mot
Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle.
arbre,idée,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

mot
Pour les conceptualistes, les noms s'attachent toujours aux objets de la représentation (et jamais – aux choses réelles) ; on n'interroge jamais la réalité, mais ses représentations – d'où des innombrables erreurs des réalistes, de Mill à Husserl, faisant une différence entre jugements et propositions. Les nominalistes, qui renvoient aux relations entre les noms eux-mêmes, font pire.
concept,langue,réalité,représentation

mot
La majorité des philosophes pensent que « ce qui caractérise tout savoir humain est qu'il est lié à la langue » - F.Schlegel - « das charakteristische Kennzeichen alles menschlichen Wissens, daß es an die Sprache gebunden ist ». Ils se trompent de sens de cette liaison : ce n'est pas le savoir qui est lié à la langue, c'est la langue qui se colle, qui se met par-dessus le savoir. Le savoir est assertif, la langue - interrogative. « La langue, porteuse d'opinions et non pas de savoir »** - Nietzsche - « Die Sprache will nur eine doxa, keine épistémé tragen ».
langue,question,savoir

mot
Ils opposent la parole intempestive au temps : la première empêcherait l'action, que ne ferait qu'effacer la seconde. Mais la langue crée tout ce qui n'existe pas, et le temps ne crée même pas ce qui existe. Au lieu de tuer le temps, la langue doit le ressusciter.
action,création,être,langue,temps

mot
Un grand paradoxe, dont, à ma connaissance, ne s'aperçut que Valéry : la composante la plus expressive du discours n'est pas de nature langagière ! Les métaphores ne naissent ni dans la langue ni dans les choses mêmes, mais dans le modèle sous-jacent, où l'inévidence ou la subtilité du chemin vers les objets référencés créent des images ou des sensations ; exactement les mêmes signifiants, au-dessus d'un autre modèle ou dans une autre langue, auraient pu ne produire aucun effet tropique. La langue n'offre que des ressources phonétiques, lexicales, morphologiques, syntaxiques, qui, en tant qu'outils, ne suffisent, en général, qu'aux dilettantes.
concept,langue,métaphore,représentation

mot
Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière.
arbre,commencement,idée,interprétation,langue,nihilisme,représentation,temps

mot
Pour un métèque d'une langue, à la recherche d'une image, les mots se présentent sous une même couleur, avec la même neutralité ou indifférence. Tandis que l'oreille d'autochtone perçoit des grincements, des sifflements, des ricanements, des roulades. Mais c'est le métèque-artiste qui cherchera à créer ces effets sonores et personnels, là où l'aborigène-artisan ne fera que reproduire le bruit commun de la tribu. L'art est aussi bien dans la profusion du sens que dans l'infusion des sens.
art,auteur,exil,langue,ouïe

mot
La vraie création peut naître de trois efforts disjoints : imaginer de nouvelles représentations, soufflées par le réel ou par l'imaginaire, composer de nouvelles requêtes du monde dans un langage nouveau, formuler de nouvelles interprétations des réponses, que le monde livre à mes requêtes – scientifiques, poètes, philosophes.
création,interprétation,langue,nature,philosophie,poésie,question,réalité,représentation,science

mot
Les logorrhées pseudo-philosophiques sur le savoir, la réflexion, la vérité sont de l'enfantillage, qui fait sourire les scientifiques. Tandis que les deux seuls domaines proprement philosophiques, l'angoisse humaine et le langage, sont abandonnés par les philosophes au profit des charlatans-sociologues et des charlatans-linguistes.
angoisse,esprit,hommes,langue,philosophie,science,vérité

mot
La poésie n'est jamais dans les choses ou dans les mots. Elle est rarement dans les relations entre les choses et presque toujours – dans le vertige de l'accès aux choses et aux relations. C'est pourquoi, pour tout poème, une traduction mot-à-mot ou chose-à-chose, dans une langue étrangère, débouche, fatalement, sur une grisaille prosaïque, puisque les plus belles ressources poétiques d'une langue se trouvent dans les méandres d'accès, tout littéralisme en poésie en signant l'acte de décès. Le brillant ne passe pas par le littéralisme.
beauté,concept,langue,poésie,sentiment

mot
Le but du dit philosophique est l'attouchement par l'indicible, tâche, où ni le montré pratique ni le démontré scientifique ne sont d'aucun secours (« l'inexprimable se montre » - « das Unaussprechliche zeigt sich » - en mélodie). Une étrange consonance avec les mots (qui sont aussi, comme les mots du Tractatus de Wittgenstein, la coda du livre !) de H.Broch : « Ce Verbe fut inexprimable, car il fut au-delà du langage » - « Das Wort war unaussprechbar denn es war jenseits der Sprache ». En deçà du langage il y a le corps et l'esprit, et au-delà - la musique : « Il m'arrive de penser que la langue, ce n'est encore rien » - Beethoven - « Es gibt Momente, wo ich finde, daß die Sprache noch gar nichts ist ».
art,esprit,langue,musique,philosophie,science

mot
Les grammaires s'adaptent aux représentations, et presque jamais l'inverse, comme le pense, pourtant, Nietzsche : « Le plus vieux fonds métaphysique s'est incorporé aux catégories grammaticales » - « Der älteste Bestand von Metaphysik verleibt sich in den grammatischen Kategorien ». Ce fonds, quand il est profond, ne porte presque aucune trace des langues.
langue,philosophie,représentation

mot
Le langage (moins la sonorité et la gesticulation) nous plonge totalement dans un modèle, sans aucun débordement sur la réalité ; dire que « le langage est émergence claire-obscure de l'être » - Heidegger - « die Sprache ist eine lichtend-verbergende Ankunft des Seins » est reconnaître le néant de l'être. À moins que la réalité soit réceptacle de l'étant, l'être ne faisant que résumer le fond avéré du modèle…
être,langue,réalité,représentation

mot
Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ».
concept,frontière,langue,philosophie,représentation,universel

mot
L'usage, dans la maîtrise d'une langue, fait partie de ces contraintes qui manquent tant au métèque ; l'écriture est une traduction des intentions en phrases, et la métaphore en est le moyen principal, mais toute métaphore a des éléments dus au seul usage, et aucune invention ex nihilo ne peut s'en passer, sans nuire à la lisibilité.
art,contrainte,création,langue,maîtrise,métaphore

mot
Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté.
beauté,commencement,langue,liberté,moyen âge,nécessité,philosophie,poésie,représentation,robot,…

mot
Les mots d'une langue, ce sont des pinceaux et des couleurs ; les mots d'un écrit d'art, c'est le tableau ; dans les premiers - très peu de mystère, trop de solutions faciles, assez de problèmes subtils ; dans les seconds, ce qui compte, c'est l'art de préservation du mystère de la vie, la maîtrise de l'instrument étant un requit nécessaire mais non vital.
art,langue,maîtrise,mystère,vie

mot
Dans les merveilleuses structures linguistiques - aucune trace du réel (sauf quelques onomatopées ou reflets de l'axe temporel) ; le conceptuel, à son tour, ne doit presque rien au linguistique ; pourtant, c'est dans ces deux pièges que tombe Heidegger, en suivant un parallèle insensé entre, d'un côté, la sédimentation des infinitifs et des nominatifs débarrassés de déclinaisons et de conjugaisons et, de l'autre, le surgissement de l'être de l'étant. De plus, les flexions ne sont pas une règle pour toutes les langues, et la catégorie de verbe n'est pas absolument indispensable.
axe,être,idée,langue,réalité

mot
Ce n'est pas la maîtrise de la grammaire qui est signe que je possède une langue, mais la compréhension ou, mieux, une nette sensation des effets que provoquent les écarts par rapport à cette grammaire.
action,âme,hommes,idée,langue,maîtrise

mot
Dans la représentation, les images ne sont que des attributs d'objets, comme, d'ailleurs, les noms. C'est l'objet lui-même (faisant partie d'un réseau spatial) qui est la première cible du désir, débouchant sur la pensée (prenant la forme d'un réseau temporel). La première grammaire de la pensée ne serait donc ni iconique ni onomastique ni pragmatique, mais thymique.
arbre,concept,élan,idée,langue,représentation,temps

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L'usage de la langue comprend trois parties : la partie neutre ou plate - la phonétique, le vocabulaire, la grammaire ; la partie profonde, ou philosophique, - le modèle conceptuel, bâti par ses porteurs ; et la partie haute, ou poétique, la plus mystérieuse, informalisable - la nature de la rencontre entre le mot et la chose, entre les sons et le sens. Les plus beaux vers français, russes, allemands, anglais, traduits, mot-à-mot, dans une autre langue, ne sont jamais beaux. Mais les lois scientifiques ne perdent rien dans des traductions littérales.
allemagne,angleterre,beauté,france,idée,inconnu,langue,philosophie,poésie,représentation,…

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Réalité, modèle, langage - trois espèces aux fécondations croisées imprévisibles. L'une des plus stupéfiantes est l'aventure entre ontos (chose du modèle) et logos (mot du langage) engendrant onto-logie (être de la réalité).
être,grèce,langue,réalité,représentation

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Toute pensée est plate (ou profonde, ce qui est la même chose, question du temps) avant d'inventer une hauteur langagière. « Les hautes pensées exigent un haut langage »* - Aristophane. On reconnaît la logocratie aristocratique dans la démocratie des pensées.
cité,création,hauteur,idée,langue,noblesse,platitude,temps

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L'une des sottes joies des intellectuels français (et dont je me laisse parfois contaminer), ce sont ces innombrables palindromes mécano-syntaxiques, comme, par exemple : l'histoire n'est pas raisonnable (ce qui est juste), c'est la raison qui est historique (ce qui est bête). Qu'importe qu'histoire n'a presque rien à voir avec historique ni raison avec raisonnable.
esprit,france,histoire,honte,langue,platitude,raison

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Au stade pré-langagier, dans la pensée se cristallisent les sujets et les objets (leurs chemins d'accès), les modalités (devoir, vouloir, pouvoir), la logique (les connecteurs, les quantificateurs, la négation) ; l'enveloppe langagière se forme comme résultat de deux mouvements opposés : de la pensée encore inarticulée et de la langue déjà accueillante. « L'essence du langage : une pensée reçue du dehors » - Levinas – ce dehors concerne la langue et non pas le sujet, les phénoménologues et les philosophes analytiques obtus ne le comprendront jamais.
concept,idée,langue,négation,philosophie,valoir

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Décrire l'usage d'un clou ou le goût d'un fromage relève des mêmes ressources représentationnelles et langagières que pour décrire l'émoi d'une âme, écoutant une sonate, ou la peine d'un cœur, saisi par une compassion. La distance entre un discours et la réalité correspondante est toujours du même ordre. Il est donc bête d'affirmer, que « les propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur » - Wittgenstein - « Sätze können nichts Höheres ausdrücken », puisque dans l'Inférieur, elles n'ont pas plus de compétences.
âme,cœur,langue,pitié,proximité,réalité,représentation,savoir

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Tout spécialiste en Intelligence Artificielle sait, qu'au-dessus d'une représentation il n'y a pas un seul, mais bien deux langages : langage d'une pure logique, proche des langages de programmation (prédicats déduisant des classes d'objets, des liens sémantiques, des valeurs d'attributs), et langage (pseudo-)naturel (tournures de phrases, associées aux relations). Tout n'est que rigueur dans le premier ; le second admet des tropes, des styles, des ambigüités. Mais toute grammaire naturelle s'inspire de la grammaire artificielle, pure, universelle et logique (structures profonde et surfacique de Chomsky).
artificiel,concept,intelligence,langue,métaphore,représentation,science,universel

mot
Une proposition est une structure spatiale ; son interprétation aurait dû pouvoir commencer par n'importe quel nœud. Mais une structure temporelle, interne à la proposition, - des constructions elliptiques, des références contextuelles – obligent à tenir compte de la relation de succession entre les mots.
concept,interprétation,langue,temps

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L'expressivité ascendante du discours : des faits aux actes, des noms aux verbes, des objets aux liaisons. Le verbe, c'est l'action métaphorique du poète et le simple constat du prosateur. Le nom, c'est la liberté du poète et la servilité du prosateur.
action,art,concept,langue,liberté,métaphore,platitude,poésie,simplicité

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Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres.
concept,éternité,idée,intensité,langue,nature,ombre,ouvert,réalité,représentation,…

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Je devrais frapper chaque mot, comme je frappe une balle de tennis, - au beau milieu, pour que mon énergie suive le point visé. Si ma raquette est en désaccord avec mon corps ou si elle n'est que d'emprunt, ma frappe risque ne produire qu'une langue de bois.
auteur,flèche,ironie,langue

mot
Unités sémantiques : ce ne sont ni les mots ni les phrases ni les discours, mais les références d'objets et de relations (donc, nous renvoyant à la représentation sous-jacente), regroupées en formules logiques (donc, dans le langage lui-même, puisque la logique fait partie du langage).
concept,langue,représentation,science

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Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être.
erreur,être,europe,interprétation,langue,liberté,maîtrise,philosophie,question,réalité

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Le sophiste, c'est celui qui est fasciné par la merveille qu'est la langue (et son sous-ensemble qu'est la logique) ; son contraire s'appelle réaliste : une morne exhibition de faits inarticulés. Que Diogène (« solvitur ambulando ») est bête devant Zénon (« vole et ne vole pas ») !
fanatisme,intelligence,langue,négation,platitude

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Un écrit parfait se conçoit à deux : par un talent, excité par la langue consentante et entreprenante. C'est de la procréation. Et c'est avec un brin de chagrin ironique et frustré que je me dis astreint à une simple création, puisque la langue française reste de marbre, face à mes avances désespérées.
auteur,caresse,création,france,ironie,langue,mélancolie,simplicité

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Le langage n'a rien de réfléchissant ou d'illuminant ; il est aberrant de dire, que « le langage est le miroir du monde ; et la réalité est l'ombre portée de la grammaire » - Wittgenstein - « Die Sprache ist der Spiegel der Welt ; und die Realität ist der Schatten der Grammatik » (« miroir de l'esprit » - Leibniz, « miroir de l'âme » - Publilius) - plus qu'avec la réalité, le langage communique avec la représentation et la reflète. Cette image, spéculaire du réel, est l'une des introductions rampantes du robot. Le minable tournant analytique (Frege), aplatissant l'élégant tournant cognitif (Chomsky).
âme,goût,langue,ombre,réalité,robot

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La conception d'une pensée, comme d'un enfant, est souvent due au hasard. La volupté génératrice se joue autour du mot. « Pour que la pensée surgisse, il faut posséder la parole, dans laquelle la pensée germe » - K.Kraus - « Nur der hat einen Gedanken, der das Wort hat, in das der Gedanke hineinwächst ».
caresse,idée,langue

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Quatre regards sur la langue : le syntaxique (plat), le sémantique (profond), le métaphorique (haut), pragmatique (ludique).
hauteur,jeu,langue,métaphore,regard

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Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - «  Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation.
concept,être,langue,philosophie,réalité,représentation,savoir,science

mot
Référencer un objet (par un nom, une variable), un lien (par une tournure ternaire), un chemin d'accès (par une phrase, une formule logique) – trois niveaux linguistiques hiérarchiques, à l'origine d'un vocabulaire, d'une syntaxe, d'une famille métaphorique.
concept,langue,métaphore,science

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Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles.
concept,discursif,doute,interprétation,langue,question,représentation,vérité

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Tous nous avertissent : la langue ne doit pas devancer la pensée. Mais on ne peut pas devancer ce qui ne bouge pas ; la pensée est un arrêt d'image d'un mot, la flèche qui ne vole pas, Achille immobile à grands pas. Ta langue devrait donner plus souvent la sensation d'un arc tendu, plutôt que des cibles visées ou atteintes. Méfie-toi de ce qui sauve en te faisant saliver, méfie-toi de Dalila scélérates, qui révèlent aux Philistins, que ta seule arme performante n'est qu'une mâchoire d'âne, que tu cachais sous ta fière crinière, méfie-toi du Sauveur même qui, caché sur ton dos ou derrière ta plume, te ferait passer pour asinus portans mysteria.
consolation,dieu,flèche,gloire,idée,immobilité,intensité,langue,mystère,platitude,…

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Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir. « J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte » - Ricœur.
art,cœur,être,interprétation,langue,maîtrise,platitude,révolte,soi

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Plus je vois comme la langue devient, pour tout le monde, langue de bois, une collection de blocs préfabriqués, plus j'ai envie de voir en elle une maîtresse de l'arbre séducteur. « La langue se livra au rite antique des noces avec l'arbre, sous la douce caresse du vent » - Benjamin - « Die Sprache vollzog die uralte Vermählung mit dem Baum. Ein leiser Wind spielte zur Hochzeit ».
arbre,auteur,caresse,hommes,langue

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Chaque fois que le sage change d'éclairage, d'ambition, d'état d'âme, il change de langage ; ses contradictions apparentes ne remettent pas en question le statut de ses langages. Le sot s'imagine porteur d'un même langage, et toutes ses contradictions s'y logent.
intelligence,langue,négation

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Socrate, maître de Platon, l'Athénien ayant bu la cigüe, l'ami d'Aristote lui étant moins cher que la vérité – ce sont des références d'objets. Dépendre de, reposer sur, se fier à – ce sont des références de relations. Des combinaisons de ces deux types de référence, munies de connecteurs logiques et syntaxiquement correctes, forment des propositions. Tout y est limpide, à comparer avec des groupes verbaux ou nominaux des linguistes ou avec des combinaisons de représentations et de concepts (Hegel) des philosophes. Les premiers ne voient même pas les représentations, et les seconds placent celles-ci déjà, prématurément, dans le langage. Mais en projetant sur l'indo-européen le mécanisme universel de références : « La proposition (le logos) se forme, en entrelaçant les verbes avec les noms »** - Platon rend bien la fonction première du langage.
concept,idée,langue,philosophie,représentation,science

mot
Le langage exprime nos faits, nos idées ou nos états d'âme ; l’expression se convertit en représentation ; le sens de la représentation renvoie à la réalité. « Le langage est une transition, qui doit se réaliser d'abord en représentation et en dernière instance, en perception complète des choses mêmes »*** - Valéry - c’est la représentation qui est la transition entre le langage et la réalité.
action,âme,hommes,idée,langue,réalité,représentation

mot
Maîtriser une langue, c'est d'en maîtriser les trois facettes : la musicale, la picturale et la logique. Dans un discours de maître, la musique naît avant les tableaux et les formules. Le gros des ratages de ce livre vient de la faiblesse de ce premier chaînon, qu'on ne conçoit à fond qu'au berceau.
défaite,enfance,langue,maîtrise,musique,science,style

mot
Pour interroger nos modèles, nous avons deux langages : le premier, pour requêter l'aspect syntaxique (connaissances aprioriques), ne faisant même pas partie de la langue naturelle, et le deuxième, celui des propositions en langue naturelle, pour sonder la sémantique ou préparer la pragmatique. Dans le premier, l'homme dispose d'une véritable bibliothèque de requêtes prédéfinies, commune pour toutes les langues et semblable à ce qu'on trouve dans des langages informatiques.
langue,représentation

mot
Chez l'intellectuel, le concept naît avant le mot ; mais, à partir du mot, l'artiste peut être entraîné vers des métaphores, n'ayant rien à voir avec le concept initial. C'est ce qui arriva au retour de Nietzsche : en tant que concept, il devait désigner une cohabitation, une conversion des antonymes éthiques au même statut de matière première artistique, mais de méchantes métaphores entraînèrent Nietzsche jusque dans des sabliers à retourner.
art,bien,concept,langue,métaphore

mot
Un discours convoque des mots et évoque des choses, mais le fond, visé par ces formes, ce sont des états de l'âme. Le vrai mystère, ce n'est peut-être pas l'être, seulement problématique, mais les états de l'âme. « Les états de l'âme entretiennent un rapport significatif, mimétique et direct avec l'être »* - Aristote.
âme,être,langue,mystère,style

mot
Avant d'évaluer un discours, il faut en fixer le but : intellectuel ou artistique, conceptuel ou langagier. Après son interprétation adaptée, il ne doit te rester que des métaphores et des renvois aux représentations. S'il n'y a plus de métaphores, c'est que le discours n'est ni poétique ni philosophique, il serait de la science ou du bavardage. Si aucune subtile représentation n'en ressort, c'est que le discours est irresponsable, il ne serait ni philosophique ni intellectuel, il serait de la poésie ou du bavardage.
art,esprit,idée,interprétation,langue,métaphore,philosophie,poésie,représentation

mot
Le langage, en tant que domaine, n'est pas plus énigmatique que la mécanique ; toutes leurs faces sont accessibles. En tant qu'instrument, il est une interface entre le modèle et l'homme, pour mieux appréhender la réalité. Les sommets et les gouffres, mathématiques ou poétiques, appartiennent au modèle ; le langage y apporte de la musique, qui ignore la profondeur et n'exprime que la hauteur. La partie commune et à la musique et à l'algèbre ne peut être que de l'algèbre, c'est à dire de la grammaire. Le langage est un outil d'entretien de l'arbre, pour manier les paraboles du grain, les hyperboles des floraisons, les ellipses des ramages.
arbre,hauteur,langue,musique,représentation,science

mot
La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé.
idée,langue,liberté,nécessité,réalité,représentation,système

mot
Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle.
école,interprétation,langue,représentation

mot
Le mot peut être vu sous deux angles : linguistique et instrumental. Dans le premier cas, il fait partie d'un vocabulaire, sans aucun autre élément de structuration que la morphologie et la syntaxe. Dans le second cas, il est étiquette d'un concept, faisant partie d'un vaste réseau sémantique. Dans le premier cas, le vocabulaire comprend des unités lexicales, prenant en compte la logique : les déterminants, les connecteurs, la négation, les quantificateurs. Dans le second cas, parmi les mots figurent des variables, des méta-concepts : les classes, les liens syntaxiques, les attributs, les passerelles tropiques ; certains verbes, être, avoir, verbes modaux, reflètent la sémantique du sujet ou des liens pré-câblés. Cette vision, parfaitement bien comprise par St-Augustin, est complètement ignorée par nos contemporains.
concept,idée,langue,métaphore,modernité,négation,représentation

mot
Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ».
âme,beauté,bien,cœur,erreur,esprit,interprétation,langue,raison,sacrifice,…

mot
L'exemple le plus convaincant de la domination du mot sur l'idée est apporté par Nietzsche : quand on maîtrise le mot, c'est à dire la métaphore, le ton, la mélodie, l'harmonie, le timbre, on peut se permettre de tirer au sort n'importe quelle idée (et même l'appeler, le plus gravement du monde, la pensée la plus grande) et de l'habiller avec ce que la haute couture verbale daigne d'offrir. N'empêche que certains visionnaires (tel Heidegger) pourront disserter sur la beauté du corps, devinée derrière les plis du langage.
idée,langue,maîtrise,métaphore,musique

mot
Le langage peut être vu sous trois angles : l’instrumental (attachement à la représentation), le grammatical (structures internes), le métaphorique (partant de la représentation sous-jacente) – le libre arbitre, les contraintes, la liberté.
langue,liberté,métaphore,représentation

mot
Plus on cerne les attachements subtils du mot aux concepts, mieux il se prête aux interprétations métaphoriques : « Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin » - W.Benjamin - « Je näher man ein Wort ansieht, desto ferner blickt es zurück ».
concept,interprétation,langue,métaphore,proximité,représentation

mot
La vraie richesse d'une langue consiste en sa capacité d'accueillir de nouvelles métaphores. L'anglais paraît être le mieux placé, pour se hisser au-dessus des autres.
angleterre,langue,métaphore,misère

mot
Qu’ai-je à faire de la profondeur des idées, non accompagnées de la hauteur des mots ? Que faire de la pesanteur d’un contenu sans la grâce d’une forme ? Je pourrais l’évaluer, en faire une matière ou un produit, je ne pourrais pas en extraire une musique, qui est la seule à m’entretenir dans un état noble, celui d’espérance ou de désespoir, à l’opposé de la fadeur ou de l’indifférence.
espérance,grâce,hauteur,idée,langue,musique,noblesse,style

mot
La langue maternelle, c’est une garde-robes tout prête, pour habiller le corps de tes pensées ou de tes sentiments ; tu es en droit de dire, que ma langue me parle – die Sprache spricht (Rilke). Mais écrire dans une langue étrangère, c’est inventer des tissus, mélanger soi-même des couleurs, jouer à l’apprenti-couturier ; tu te tromperas de saison, de mode, de taille ; tu seras égal de l’homme des cavernes, plus solitaire, plus près de Dieu, mais plus loin des hommes.
auteur,dieu,erreur,hommes,idée,langue,sentiment,solitude

mot
La crainte de Dieu n’est qu’un doute en Dieu (Il est ou Il n’est pas), puisque douter (deux choix) est lié à redouter. Les Russes sont étonnamment sages, faisant se voisiner doute et avis (сомнение et мнение), les Allemands – pathétiques, faisant découler désespérance (Verzweiflung) de doute (Zweifel), les Indiens – optimistes, avec nirvana, appelant tes deux soi (le connu et l’inconnu) à s’unifier.
allemagne,arbre,audace,dieu,doute,espérance,inconnu,langue,russie,soi

mot
La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration.
âme,élan,éternité,être,interprétation,langue,négation,temps

mot
Écrire en profondeur, c’est donner du poids aux idées ; écrire en hauteur, c’est munir d’ailes les mots. Avec le mot domine la forme, avec l’idée compte le fond ; pourtant, idée voulait dire forme.
grèce,hauteur,idée,langue,style

mot
L'affligeante cécité des philosophes du langage, qui voient l'unité sémantique de base dans le mot, la phrase ou le discours. Chez les linguistes, c'est encore plus bête – les groupes verbaux ou nominaux. Seule la philosophie comparée, pratiquée par des polyglottes, désigne les références d'objet ou de relations comme entités, suivant immédiatement les appels infra-langagiers.
concept,langue,philosophie,représentation

mot
Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie.
amour,bonheur,chine,être,frontière,langue,liberté,vérité

mot
Notre conception du monde, c’est-à-dire la représentation, le langage, l’interprétation, se construit dans cette chronologie : A. les connaissances aprioriques se représentent ou s’implémentent ; 1. les relations spatio-temporelles (anthropomorphiques), 2. la hiérarchie (anthropomorphique) des classes, 3. la logique (universelle) ; B. la langue maternelle s’adapte aux représentations et se prête aux interprétations : 1. une grammaire de la langue maternelle se câble dans le cerveau, 2. son lexique s’enrichit et 3. la mémoire fixe se remplit. Mais si les grammaires nouvelles s’intériorisent, comme la première, dans une mémoire magique, les lexiques nouveaux restent hors de nous, sauf quelques cas invraisemblables de polyglottes surdoués, auxquels le Créateur ne pensa guère.
concept,dieu,inconnu,interprétation,langue,mémoire,mystère,représentation,science,temps

mot
Les langues ne sont certainement pas nées tout d’un coup. La première étape aurait consisté en adoucissement ou clarification phonétique des expressions d’étonnement, de peur, de menace, d’invitation, de sympathie. La deuxième – en références phonétique de sujets et d’objets. La troisième – en liaisons conceptuelles entre les sentiments et les objets, en modalités – valoir, vouloir, pouvoir, devoir. La quatrième – en associations des actions aux tournures rudimentaires, surgies des noms d’objets. La répétition et l’apprentissage conduiraient à la dernière étape – la fixation de la grammaire.
action,angoisse,concept,étonnement,langue,sentiment,valoir

mot
Deux genres de maîtrise d’une langue : en tant qu’une couche au-dessus d’une représentation (fonction instrumentale – l’intelligence, le savoir) et en tant qu’une harmonie entre le son et le sens (fonction créatrice – la musique, la poésie). C’est dans ce sens qu’il faut comprendre Nabokov : « Toute grande littérature a pour demeure la langue et non pas les idées » - « Всякая великая литература - это феномен языка, а не идей ». Le philosophe doit maîtriser ces deux fonctions, c’est pourquoi Nabokov fut poète et nullement philosophe.
création,grandeur,idée,intelligence,langue,musique,philosophie,poésie,représentation,savoir

mot
La psychologie, aujourd'hui, c’est le règne de la banalité, mais elle aurait pu être reine des sciences, puisqu’elle est, morphologiquement, fusion de l’âme (psyché) et de l’esprit (logos).
âme,esprit,grèce,langue,platitude,science

mot
Les paradigmes cognitifs – classes, relations, événements, modalités, hypothèses, scénarios – déterminent et les représentations et les interprétations de toutes les sphères de la réalité. La langue naturelle possède une grammaire générale, indépendante de ces sphères, mais elle s’adapte à chaque sphère par un lexique, des tournures verbales, et l’interprétation de cette version langagière dépend, syntaxiquement, de la grammaire et, sémantiquement, – de la représentation de cette sphère. Ainsi, l’organisation des connaissances d’une sphère ne dépend presque pas du langage, et presque exclusivement – de la représentation. J.Derrida a tort : « Le langage est la structure des structures ».
concept,interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Dans la représentation conceptuelle, les objets, les attributs et les liens s’attachent aux concepts naturels. Un trope est un déplacement de points d’attache, rendant l’accès aux objets moins direct, plus expressif, et donc plus subtil et plus personnalisé.
concept,interprétation,langue,métaphore,représentation,style,voix

mot
Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation).
langue,savoir,science,universel,valoir

mot
Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique.
arbre,interprétation,langue,matière,réalité,représentation,science

mot
La preuve de la supériorité ou la priorité du mot sur l’idée : sublime dans une langue, toute pensée, traduite dans une autre, devient, presque toujours, lourde, plate ou banale.
beauté,idée,langue,platitude

mot
Les rapports entre le langage, la représentation et la réalité : dans le discours, la volonté du sujet vise la réalité, mais l’outil du sujet, le langage, traduit cette volonté en références d’objets qui font partie d’une représentation. Le même discours, proféré par deux sujets différents, peut viser la même réalité, mais leurs représentations ne sont jamais identiques. De plus, leurs outils d’interprétation sont toujours différents. Donc, si nous ignorons le sujet d’un discours, ses symboles linguistiques ne renvoient à aucun contenu représentatif objectif, contrairement à ce qu’en pense Hegel : « Le symbole est un signe, dont l’extériorité comprend déjà le contenu de la représentation » - « Das Symbol ist ein Zeichen, welches in seiner Äußerlichkeit zugleich den Inhalt der Vorstellung in sich selbst befaßt ».
interprétation,langue,réalité,représentation

mot
Dans le discours sur les connaissances, la question centrale est la distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est langagier ; on n'a pas besoin d'une vaste culture philosophique, et encore moins d'une culture linguistique, pour en juger ; seul un poète, doué d'une intuition philosophique et de quelque savoir technique, peut en dresser un tableau intéressant. À l'opposé, ni Kant, ni Hegel, ni Nietzsche, ni Wittgenstein, ni Heidegger n'eurent jamais une intuition linguistique valable, pour formuler une théorie complète des connaissances, sans parler des Anciens, chez qui, la-dessus, on ne lit que des balbutiements. Seul le grand Valéry fut lucide, avec ses états mentaux et sa vision des substitutions.
antiquité,arbre,culture,idée,langue,philosophie,poésie,savoir,système

mot
Dans la vérité philosophique, définie comme une adéquation ou un accord d’une représentation avec la réalité, il y a autant de vérité logique que dans les expressions – vrai voyou ou vraie peste. Ceci ressemble au traitement, par les philosophes diplômés, de l’ensemble vide, où le vide est compris dans le même sens que dans les expressions – tête vide ou tiroir vide.
école,intelligence,ironie,langue,philosophie,science,vérité

mot
Prenez le syntagme : X agit comme Y et devient Z. Secouez le chapeau contenant les mots : l’Un, l’étant, l’être, la substance, tirez-en trois, au hasard, et introduisez-les, toujours au hasard, dans les béances du syntagme consentant. Parmi les parménidiens, antiques ou modernes, vous en trouverez certainement au moins un qui ait énoncé la sagesse, découverte de cette manière.
antiquité,être,intelligence,ironie,langue

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Les références (d’objets et de relations) et les implémentations du paradigme logique (la négation, les connecteurs, les quantificateurs) constituent une méta-grammaire (que Chomsky appelle grammaire universelle), à laquelle sont soumises toutes les langues naturelles.
concept,langue,négation,science,universel

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La grammaire spécifie les moyens syntaxiques de produire les références légitimes d’objets – c’est tout ! C’est cette notion de référence d’objets qui est commune à toutes les langues et qui est le véritable pivot langagier de la communication, et qui permet une compréhension foudroyante et satisfaisante des discours, même uniques, originaux, jamais produits au passé. Mais cette compréhension est toujours particulière, jamais universelle, ce qui suppose des représentations individuées et dévalue toute la philosophie analytique.
concept,langue,philosophie,représentation,universel

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La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité.
esprit,être,langue,matière,réalité,représentation,science

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Le sens de tout pas élémentaire dans l’apprentissage d’une langue : c’est par cette structure langagière nouvelle (mot, tournure de phrase) que je pourrais désigner cet objet cognitif. Enrichissement lexical, syntaxique, sémantique.
concept,langue,mémoire

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Ce qui est inné, ce n’est pas ma prédisposition génétique de parler ma langue, mais la faculté de parler une langue. Les fonctions dénominative et logique, à la base de toute langue, sont innées !
concept,hommes,langue,science

mot
Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire.
concept,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,science,universel

mot
Le mot émet surtout des sons et des images, et la pensée veut irradier la lumière et éclairer les ombres ; le mot est dans l'intonation des métaphores, et la pensée - dans l'indication des sémaphores.
chemin,idée,langue,métaphore,musique,ombre

mot
La langue est collective, et les représentations sont individuelles. Et puisque la langue s’attache aux représentations, tout mot a autant de significations qu’il y a d’hommes porteurs de la langue.
hommes,langue,mouton,représentation,voix

mot
La qualité d’une pensée dépend fortement de la délicatesse des chemins d’accès aux objets qu’une langue permet. Mais la structure représentationnelle influe sur la structure de la pensée (comme sur notre image de la réalité) beaucoup plus que la structure langagière (totalement étrangère à la réalité). Et Chomsky, comme tous les philosophes analytiques, a tort : « La structure linguistique détermine non seulement la pensée, mais la réalité même » - « The structure of language determines not only thought, but reality itself ».
concept,hommes,idée,langue,philosophie,réalité,représentation,science

mot
Tous les philosophes sont persuadés que c’est le langage (et non pas les concepts extra-langagiers) qui représente le monde. « La parole, c'est la représentation et la présentation du réel et de l'irréel » - Heidegger - « Sprechen ist ein Vorstellen und Darstellen des Wirklichen und Unwirklichen ». Mais le langage ne fait que référencer les objets, réels ou irréels, qui sont déjà présents sous une forme mentale et non langagière. Parler, c'est évoquer, indiquer, signaler, viser, attirer, orienter, focaliser, et non - représenter.
concept,langue,philosophie,réalité,représentation

mot
Dans la reconnaissance d'un fait d'art, le besoin de traduction est l'un des premiers signes de qualité. Les grands auteurs sont des acteurs d'une pièce, où les mots se traduisent, instantanément, en émotions. Un bon écrit doit donner le sentiment d’être conçu dans une langue étrangère.
art,beauté,gloire,grandeur,interprétation,jeu,langue,sentiment

mot
À ses origines, l’homme ne pouvait s’exprimer qu’en poète, puisque les mots, par l’usage collectif, n’avaient pas encore reçu un sens figé et consensuel. L’homme ne produisait que des métaphores.
antiquité,langue,métaphore,mouton,poésie

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Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents.
concept,doute,idée,interprétation,langue,mémoire,négation,représentation,science

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Ils veulent libérer la pensée de sa tour d’ivoire verbale et finissent par la retrouver au musée ou en caserne. Ce vieux paradoxe des délicats : une belle expression débouche miraculeusement sur de bonnes pensées, mais d'une bonne pensée à une belle expression le chemin est tortueux et déformant.
château,idée,ironie,langue,liberté,poésie,souffrance,style

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Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières.
artificiel,concept,intelligence,langue,représentation,savoir,science,universel

mot
Chacun de nous dispose de deux couches de représentations : celles de surface (la terre est ronde) et celles de fond (je suis capable de prouver que la terre est ronde). Comment entendons-nous le discours d’autrui ? On a beau partager une même grammaire, nos représentations sont toujours différentes – en profondeur ! Le plus souvent, la compréhension n’est que superficielle.
langue,représentation,savoir,science

mot
Toute la bêtise de la philosophie analytique se bâtit au-dessus d’une vision naïve du mot, ou, plus précisément de son sens. Inconscients de la place de la représentation et imaginant que celle-ci se fabrique par le langage lui-même, ces philosophes croient que le sens du mot est connu d’après la définition d’un vocabulaire, et qu’il n’admette des variations que diachroniquement. Ils ne comprennent pas que l’aspect synchronique est beaucoup plus important, et que les différences de sens, chez les acteurs différents, ont de multiples raisons : différences des représentations, des savoirs, des logiques. Aucune analyse du langage ne peut se substituer à la métaphysique représentative.
langue,philosophie,représentation,savoir,science,temps

mot
Les tenants du tournant linguistique en philosophie comprirent bien le rôle de la réflexion sur le langage : « Les problèmes philosophiques peuvent être résolus par une réforme du langage » - R.Rorty - « Philosophical problems can be solved by reforming language ». - mais ils ne comprirent pas, que cette réflexion est, en soi, un problème philosophique, qui n’en résout aucun autre (parmi ceux que l’école échafauda, d’Aristote à Heidegger). Le fondement de cette réflexion devait consister dans la reconnaissance du rôle intermédiaire du langage entre la représentation et la réalité, que les pragmatiques ignorent, comme ils ignorent le côté poétique et du langage (le style) et de la philosophie (la consolation comme son second objet principal).
consolation,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation,savoir,style

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La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain.
dieu,être,hommes,inconnu,langue,question,réalité,représentation,savoir

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L’analyse d’une phrase débouche sur trois résultats : une formule logique (toute langue comprend les mécanismes de prise en compte de la logique formelle), une structure linguistique (générée par la grammaire), une signification (après l’interprétation, dans le contexte d’une représentation conceptuelle). Deux choses à en retirer : les structures linguistiques n’ont pas grand-chose à voir avec la représentation et encore moins avec la réalité ; en dehors de la représentation, la phrase n’a aucun sens. Ni linguistes ni structuralistes ne le comprirent. Ils s’imaginent que l’architecture d’une culture est similaire à celle du langage. Ce sont les structures conceptuelles, et non langagières, qui sont communes à toutes les sphères de connaissances.
concept,culture,interprétation,langue,réalité,représentation,science

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Ce que tes mots peuvent exprimer est infiniment plus vaste, riche et enthousiasmant que tout ce que tu sais. Si, orgueilleux, tu déclares posséder un savoir, refusant toute traduction en mots, alors où bien tu n’es pas maître du mot ou bien ton savoir n’a ni contenu ni frontières ni vecteurs. Ou bien tu te moques de ton lecteur : « Je sais plus que ce que je sais exprimer avec les mots » - Nabokov - « Я знаю больше, чем могу выразить словами ». Plus vaste que le mot n’est que le rêve.
frontière,langue,maîtrise,rêve,savoir

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L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits.
art,caresse,concept,intelligence,langue,musique,ouïe

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L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits.
concept,hommes,interprétation,langue,question,réalité,représentation

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Même au stade pré-langagier, on peut dire, que la pensée est là, si les intentions suivantes sont spécifiées : type d’opération (requête ou ordre), objets et relations visés (même intuitivement), structure logique (connecteurs, négations, quantificateurs). L’appel au langage proprement dit consiste en : spécification des références langagières d’objets et relations, références trouvées dans la représentation ; traduction des éléments logiques en leurs implémentations langagières. Enfin, l’interprétation de la pensée relève de l’interprète langagier, s’appuyant sur la représentation sous-jacente. Et Unamuno a tort : « La langue n’est pas une enveloppe de la pensée, elle est la pensée même » - « La lengua no es la envoltura del pensamiento, es el pensamiento mismo ».
concept,idée,interprétation,langue,question,représentation,science

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Wittgenstein ne comprend rien au langage : « La proposition est un reflet de la réalité ; la proposition montre son sens » - « Der Satz ist ein Bild der Wirklichkeit. Der Satz zeigt seinen Sinn ». La proposition est énoncée par un sujet et interprétée par un autre ; ces sujets ont des représentations différentes et donc mettent ou extraient des sens différents de la proposition. La proposition ne montre qu’une structure grammaticale, sans rien de conceptuel ; et le conceptuel est le seul accès au réel.
concept,hommes,interprétation,langue,question,réalité,représentation

mot
Les mots d’un discours renvoient soit aux objets soit aux relations ; quand les objets y sont consensuellement (dans l’usage) associés aux relations, tous les mots y sont rationnels. La poésie, en invoquant des relations irrationnelles, permet d’entr’ouvrir le mystère divin irrationnel.
concept,dieu,hommes,interprétation,langue,mystère,poésie,réalité,représentation

mot
Le sens des mots dépend du contexte, c’est-à-dire de la représentation d’un domaine réel. L’ennui, avec les maximes, c’est que la présentation de ce domaine est une tâche ingrate et fastidieuse ; les citations, que j’y glisse, pallient à cette carence anti-poétique. Mais au lieu de servir de source d’autorité, elles ne servent que de jalons pré-langagiers, de contraintes, réduisant le champ de vue de la lecture.
contrainte,ennui,langue,maxime,poésie,réalité,représentation

mot
Ce qui s’apprend ou ce qui se comprend – deux significations de mathemata grec. Mais elles correspondent, exactement, aux deux types principaux d’intelligence, celle, non-justifiable, qui résulte de l’apprentissage, et celle, justifiable, se matérialisant dans le raisonnement explicite. Une raison de plus, pour voir en mathématique une véritable ontologie de l’esprit.
esprit,grèce,intelligence,langue,philosophie

mot
L’ambigüité de la langue naturelle est compatible avec une bonne logique, qui doit pouvoir tirer plusieurs interprétations d’un même discours. Cette logique-là fait partie intégrante de la langue.
discursif,doute,intelligence,interprétation,langue,science

mot
La langue est un outil, qui ressemble étonnamment à la substance immatérielle, divine, de l’homme. Elle contient, nécessairement, une logique, ce qui correspond au travail de l’esprit. Elle permet une créativité individuelle, apportant du plaisir esthétique, ce que l’âme aspire à goûter ou à produire. Elle est particulièrement merveilleuse dans ses tentatives de rendre les humbles vibrations de la conscience morale, ce qui comble le besoin du cœur. Malheureusement, on n’a pas encore de nom, pour désigner cet organe, qui, d’ailleurs, peut se passer de langue, pour penser, créer ou aimer ; il reste unique, tout en disposant de ses trois hypostases. Les Chrétiens auraient dû se servir de cet argument, dans leurs théodicées.
âme,amour,beauté,christianisme,cœur,conscience,création,dieu,élan,esprit,…

mot
Une tâche technique difficile : arracher au jour les mots, dont le milieu naturel est la nuit. On n’y réussit que si l’on est capable de fermer les yeux sur le présent et si l’on a sa propre étoile à ne pas quitter du regard.
étoile,langue,regard,temps,voix

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La virgule - « Dieu, ou la Nature » (au lieu de « Deus Naturaque » - G.Bruno ou « Deus sive Natura » - Spinoza) – permettrait de distinguer la disjonction d'identité de la disjonction d'alternative - « la raison ou la conscience » (« ratio vel conscientia » - Thomas d'Aquin). Malheureusement, Thomas d'Aquin visait plutôt « la raison, ou la conscience », puisqu'il ignorait la conscience morale.
bien,conscience,dieu,langue,nature,raison

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La nature humaine se réduit au quadriparti nietzschéen – l’homme, les hommes, le sous-homme, le surhomme – et elle se traduit nettement dans le contenu de toute création artistique, qui ne peut être qu’un dialogue, dans lequel l’homme (mon soi connu) s’exprime soit devant le surhomme (mon soi inconnu, Dieu), soit devant le sous-homme (le contemporain, le pair), soit devant les hommes (le clan, la tradition). Dans tous les cas on vise le feu, mais qui ne se maintient, aérien, qu’avec des aliments purs – le cas de Dieu en tant qu’inspirateur muet, une ouïe, un songe. Le dia-logue, avec deux autres dégénère en diarrhée aqueuse des sous-hommes ou en logorrhée terre-à-terre des hommes.
art,création,dieu,éléments,hommes,inconnu,langue,modernité,ouïe,rêve,…

mot
Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne.
arbre,concept,interprétation,langue,représentation

mot
La misérable philosophie du langage (cet avorton du tournant linguistique, avec son frère paralytique, la philosophie de l’esprit) se moque des représentations, qui, soi disant, auraient été prônées, naïvement, par Platon et Aristote (qui, il faut le souligner, ne comprenaient rien dans les fonctions du langage) et qu’il fallait dépasser. À ma connaissance, le seul philosophe, qui voyait nettement les rapports entre langage et représentations a été Valéry.
esprit,langue,philosophie,représentation

mot
Est intellectuel celui qui maîtrise différents langages, reflétant la même réalité (un scientifique, pour tester des hypothèses, ou un artiste, pour exprimer des intonations). Il ne change pas tant d’avis, il change, plutôt, de représentation et donc de langage.
art,langue,maîtrise,réalité,représentation,science

mot
Une tâche linguistique banale – la représentation du langage ; une tâche cognitive profonde – le langage des représentations.
hauteur,langue,platitude,représentation,science

mot
Une maxime ne peut pas contenir, simultanément, une question et une réponse, puisque celles-ci se formulent dans deux langages incompatibles. La grandeur aphoristique de Dostoïevsky et de Nietzsche : le premier ne formule que des questions, et le second – que des réponses ! Plus précisément, les réponses du premier et les questions du second sont sans intérêt.
grandeur,langue,maxime,question

mot
Dans les représentations conceptuelles, on retrouve de très nets parallèles avec les trois facettes du langage – la syntaxique, la sémantique, la pragmatique. Mais l’usage du langage en permet d’infinis écarts rhétoriques, stylistiques, fantaisistes, que la représentation ne prend pas en compte, et que seule l’interprétation littéraire des propositions, allant au-delà des formules logiques, dégage sous la forme des métaphores. La métaphore n’est possible que grâce aux lacunes des représentations.
art,concept,interprétation,langue,métaphore,représentation,style

mot
Chez tout le monde, la pensée commence par le désir, celui de viser, d’interroger, d’atteindre des objets et leurs relations. Mais sa traduction se réduit aux mots (le cas le plus banal), aux formules (chez les pédants), aux images (chez les bavards), aux états d’âme (le cas le plus rare et le plus noble). C’est surtout net chez les polyglottes : « Je pense en images, mais parfois d’une phrase russe ou anglaise surgit un ressac cérébral »* - Nabokov - « Я думаю образами, и лишь иногда русская или английская фраза вспенится мозговой волной ».
âme,angleterre,concept,élan,idée,langue,noblesse,russie

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Par ses représentations, l’Intelligence Artificielle crée une espèce de Langage Universel, auquel peuvent s’attacher des langues naturelles. Celles-ci n’ont rien à voir avec les lois de la Nature, tandis que Celui-là les complète. C’est de Celui-là que parle Chomsky : « La langue est quelque chose du genre de flocon de neige, prenant sa forme selon les lois de la nature » - « Language is something like a snowflake, assuming its particular form by virtue of laws of nature ».
artificiel,intelligence,langue,nature,représentation,science,universel

mot
L’usage lisse l’accès commun aux choses ; le style, au contraire, crée du relief personnel à ce qui fut lisse, et l’on finit par négliger les choses et ne garder que le relief.
langue,mouton,style,voix

mot
On se sert du terme d’événement aussi bien dans la réalité que dans les représentations. Dans celles-ci, l’événement est ce qui modifie les faits, qui admettent toujours une enveloppe langagière presque consensuelle. Mais dans la réalité, l’événement modifie surtout les états mentaux des hommes, et aucun langage ne peut les rendre, ni fidèlement ni uniquement, d’où la domination du langage poétique, du langage de l’âme, aux premiers stades de la culture. Toutefois, avec la robotisation des mentalités, les états mentaux s’uniformisent, et le langage commun, pauvre et prosaïque, suffit désormais pour décrire la vie intérieure des hommes sans âme.
âme,culture,hommes,langue,poésie,réalité,représentation,robot,vie

mot
Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle.
concept,hommes,langue,négation,savoir,science,temps,universel

mot
Le fait que les mots ne rendent pas l’essentiel ou l’authentique de la vie ne les rend pas futiles ; ils ne le deviennent que s’ils ont la prétention d’être l’image authentique ; les mots d’artiste créent une autre vie, la vie des états d’âme, dans laquelle on croit ou dans laquelle on trouve un essor pour son enthousiasme.
âme,art,authenticité,élan,enthousiasme,langue,réalité,vie

mot
Toute phrase référence un réseau d’objets, que, métaphoriquement, j’appelle arbre. « Les mots sont des nœuds d’un réseau, que nous projetons sur le monde »** - Morgenstern - « Die Worte sind Knoten eines Netzes, das wir über die Welt werfen ». Seulement, avant de joindre le monde et acquérir un sens, ce réseau, ou ce filet, attrape des poissons d’une représentation ; sans réussite de cette pêche – pas de sens, pas d’écho du monde.
arbre,langue,métaphore,nature,réalité,représentation

mot
Une langue doit permettre de faire entendre ma voix, ma personne éthique, et d’inventer un style esthétique. Je constate qu’il y a beaucoup d’originaux, en Allemagne et en Russie, et peu d’élégants. En France, il y a beaucoup d’élégants et peu d’originaux. Une conséquence de la nature des langues ?
allemagne,france,langue,russie,style,voix

mot
En Allemagne ou en Russie, il est facile de passer pour poète ou philosophe, grâce à la langue : une phonétique, une morphologie, un vocabulaire - de grande variété et richesse. En français, il est impossible de tricher : il y faut absolument avoir de la sensibilité poétique, du talent rhétorique, de la noblesse de l’esprit. Une fois de plus : les contraintes y rendent la création plus subtile et le discours – plus laconique. Le français est une langue idéale pour le genre aphoristique.
allemagne,contrainte,esprit,france,langue,maxime,noblesse,philosophie,poésie,russie

mot
Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme.
allemagne,âme,angleterre,concept,esprit,france,idée,interprétation,langue,maxime,…

mot
Puisque les mots, comparés avec les manifestations de la vie, sont artificiels et communs, tout écrivain doit être humble : ses mots sont des fards, face aux couleurs de la vie.
acquiescement,art,langue,mouton,vie

mot
Le mot, séparé de la représentation sous-jacente, n’est rien ; donc, le poète et le philosophe partent de rien : le poète, obsédé par la musique, peut se passer de cette représentation ; le philosophe en est, le plus souvent incapable, ce qui engendre une logorrhée insipide, ampoulée et irresponsable – derrière leurs jeux de langage se profile un vide.
langue,musique,philosophie,poésie,représentation,vide

mot
La langue maternelle est le dernier refuge du solitaire. Pour un écrivain français, en proie à la solitude, la langue française est une douce et caressante consolation ; pour un Allemand ou un Russe, cette consolation est empreinte de mélancolie : « Quand le doute m’étrangle, tu m’es le seul soutien, - langue libre russe » - Tourgueniev - « Во дни сомнений, ты один мне опора, свободный русский язык ». « La langue allemande fut la plus fidèle consolation de ma vie » - H.Hesse - « Die deutsche Sprache ist der treueste Trost meines Lebens gewesen ».
allemagne,caresse,consolation,doute,france,langue,liberté,mélancolie,russie,solitude,…

mot
La langue maintient et développe ses couleurs et mélodies grâce aux inventives interventions des cœurs et des âmes. Et puisque aujourd’hui il n’y a plus ni cœurs ni âmes, l’esprit seul se charge de remuer et à réarranger le corps langagier, et l’on assiste à la lourde robotisation de la langue commune.
âme,cœur,esprit,grâce,langue,modernité,musique,robot

mot
C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix.
axe,caresse,doute,hauteur,idée,langue,platitude,proximité,raison,robot,…

mot
Invraisemblable parallélisme dans l’éloignement du sens des trois notions, partant d’un même radical, éloignement identique dans trois langues : honneur, honorer, honnête – Ehre, ehren, ehrlich - честь, чествовать, честный.
concept,interprétation,langue,proximité

mot
La langue n’est qu’un attouchement, une blessure ou une caresse du corps de la pensée qui est la représentation sous-jacente ; elle n’a rien de vivant, tout en réveillant les plus vives des sensations. Pour les ignares : « La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons » - Hegel - « Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte ». La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse. Mais les sens s'éveillent en moi ; les objets et les liens sémantiques entre eux, visés par les sens, sont, la plupart du temps, dans la représentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, relèvent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces élans, ces tentatives d'accès à l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pensées naissent et s'impriment hors la langue.
caresse,concept,élan,espérance,esprit,grandeur,idée,langue,raison,représentation,…

mot
L’analyse de toute phrase correcte en langue naturelle aboutit à une formule logique. Dans les phrases suffisamment complexes on trouve presque toujours des variables implicites, aux valeurs indéterminées et donc, au départ, vagues. Aucun logicien, sans parler de linguistes, n’est capable de traiter rigoureusement la négation (syntaxique et sémantique), puisque même dans les cas simples la pré-existence d’une représentation conceptuelle est indispensable, ce qui échappe à ces scientifiques. Pourtant, l’un des plus célèbres affirme : « En logique, il ne peut pas y avoir quelque chose de vague » - Wittgenstein - « Eine Vagheit in der Logik kann es nicht geben ».
concept,langue,négation,représentation,science,vérité

mot
Si l’on ne disposait pas d’une représentation conceptuelle de la réalité, les mots n’auraient aucun sens et ne serviraient qu’à nommer les objets et les relations réels ; avec une représentation sous-jacente, le sens des mots serait celui du concept associé (acteurs, structures, propriétés, logiques).
concept,langue,réalité,représentation,science

mot
Le style journalistique existe non seulement dans la presse, mais aussi dans les sciences, en philosophie, en poésie ; plus que cela, il y domine, il devint une langue à part. Le public ne veut plus lire que dans cette vilaine langue ; je ne m’en doutais pas, lorsque je me mis au français. Personne n’entend – dans les deux sens du mot – ce que je dis ; et je ne dis pas ce que le public attend.
auteur,france,langue,mouton,philosophie,poésie,science,style

mot
Ce qui, dans une langue, est commun, collectif, ce sont sa grammaire et son vocabulaire passif (sans définitions, sans référence à un domaine de représentation). Ce qui rend ce vocabulaire actif, c’est l’attachement de mots et de tournures phraséologiques à une représentation particulière, ce qui crée un langage particulier, et ce qui rend la plupart de vérités (surgissant au sein d’un langage) – particulières et non pas générales.
création,langue,mouton,représentation,vérité

mot
Jadis, les mots d’un écrivain aboutissaient aux deux genres architecturaux : à celui des chaumières ou à celui des châteaux ; les miens, en profondeur, ressemblent aux chaumières, et en hauteur – aux châteaux. Aujourd’hui, dans les livres de mes contemporains, on ne trouve que des bureaux, des restaurants, des hôtels ou bien des casernes logorrhéiques interchangeables.
art,auteur,château,création,hauteur,langue,modernité,mouton

mot
Le seul moyen, honnête et franc, de faire cohabiter, au sein d’un même langage, des avis contradictoires est de les munir, tous, d’ardeurs ou de palpitations comparables.
élan,langue,négation

mot
J’ai créé quelques douzaines de mots-métaphores, sur lesquels je n’ai entendu aucun jugement des autres. Étrangement, ceci m’a permis de vivre une sensation de pureté en miniature : aucun intermédiaire entre moi et ce que j’aimai. J’ai mieux compris alors la béatitude des anachorètes.
amour,ange,auteur,bonheur,création,langue,métaphore,solitude,voix

mot
La conscience (c’est-à-dire la sensibilité et l’intuition) n’est pas langagière ; donc, ce qu’on écrit et ce qu’on ressent sont incomparables, incompatibles ; la pauvreté ou la richesse de l’un n’ont aucune influence sur les qualités de l’autre.
conscience,création,langue

mot
La représentation produit des concepts, le langage, visant la réalité, les transforme en modes d’emploi et celui du rêve les traduit en mythes.
concept,création,langue,réalité,représentation,rêve,robot

mot
Le mot liberté a tant d’acceptions, qu’il est champion toutes catégories en volume des bavardages hétéroclites, qui ne se donnent même pas la peine d’en définir l’antonyme.
langue,liberté,négation

mot
À ces deux mots, très importants, – regard et voix – je donne un sens arbitraire de créativité et d'originalité. Je fus très content de tomber sur cette remarque de Cioran : « Tout s’estompe chez les êtres, sauf le regard et la voix », bien qu’il prenne ces termes au sens banal.
auteur,création,langue,regard,voix

mot
Tant d’ambigüités dans mes mots-clés : valoir – prix ou valeur ? devoir – règle ou sacrifice ? vouloir – viser ou désirer ? pouvoir – force ou talent ?
auteur,force,langue,sacrifice,valoir

mot
La vie consiste dans le sérieux de l’action ; le rêve prend la forme d’un jeu d’enfants. C’est pourquoi le rêveur cultive l’illusion, qui, étymologiquement, voulait dire – se faire entraîner vers le jeu.
action,enfance,jeu,langue,rêve,vie

mot
Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui.
abduction,auteur,erreur,langue,style,valoir,voix

mot
Jamais deux personnes ne partagent le même graphe ontologique, et donc jamais les mêmes mots ne recouvrent chez eux le même sens. C’est ce qui justifie la créativité morphologique et conceptuelle de Heidegger.
concept,création,être,langue

mot
Le défaut d'intelligence le plus irrécupérable est l'ignorance en matière langagière. Ce qui explique beaucoup de faux pas de Platon, de Foucault, de Cioran. Et ce qui met en valeur l'éclat de St-Augustin, de Nietzsche, de Valéry.
erreur,intelligence,langue

mot
Toute la bêtise du tournant linguistique consiste dans l’oubli de la place de la représentation : « Les mots de la langue désignent les objets réels » - Wittgenstein - « Die Wörter der Sprache benennen Gegenstände ». Les mots désignent (ou plutôt référencent) les concepts d’une représentation ; l’objet réel est le même pour tous, le concept ne l’est jamais.
concept,erreur,intelligence,langue,réalité,représentation

mot
Ceux qui ne voient que la réalité et le langage et ignorent (ce qui est) la représentation admirent la sentence : tout objet est identique à lui-même. Il est clair que le sens de cette affirmation (comme de toute autre) est formel et non pas réel, mais rien de formel ne peut se passer d’une représentation, dans laquelle l’accès à l’objet (au concept) admet une infinité de références langagières, et le chemin d’accès fait partie du sens. Donc, tout en accédant au même objet formel (et à son ‘original’ réel), le sens qu’on attribuera à cet objet serait différent, pour les accès différents. Strictement parlant, en visant le même objet de la représentation (et de la réalité), mais avec deux chemins d’accès différents, nous obtenons deux objets différents.
chemin,concept,langue,réalité,représentation

mot
En allemand, le terme pseudo-philosophique d’absolu (das Unbedingte) renvoie au dé-chosifié, à l’inconditionnel. La lourdeur kantienne et le délire hégélien sont passés par là. Nietzsche, qui qualifiait de malade tout ce qui ne se rangeait pas du côté de la force, est trop radical : « L’extase ironique est signe d’une santé ; tout absolu est dans le pathologique » - « Die Spottlust ist ein Anzeichen der Gesundheit : alles Unbedingte gehört in die Pathologie ».
allemagne,folie,force,ironie,langue,philosophie,sacré

mot
L’abêtissement de la philosophie par le piteux tournant linguistique prouve que les Anciens furent plus profonds, en mettant l’ontologie, et donc la représentation, au centre de leur attention. Cet abêtissement frappa le vieux Wittgenstein, qui, jeune, adopta une démarche ontologique, proche de celle d’Aristote, mais, vieux, sombra dans une lamentable anthropologie des jeux de langage, jeux si appréciés par les plus bêtes des Anglo-Saxons.
amérique,angleterre,antiquité,être,hauteur,intelligence,langue,philosophie,représentation

mot
Ils réduisent le sens d’un mot à ses usages, donc à l’aspect pragmatique. C’est une approximation trop naïve, car le nombre des usages possibles d’un mot est infini. Le mot n’acquiert un sens que dans un usage donné, c’est-à-dire dans une phrase faisant partie d’un discours ; ce sens est donc une réduction du sens du concept (associé au mot, dans une représentation) au contexte donné.
concept,inconnu,jeu,langue,représentation

mot
Dans ton écrit, la langue et les objets, que tu dois, immanquablement, évoquer, étant une propriété commune, il est impossible que tu n’écrives que de ton intérieur ; de même, il est impossible de ne maintenir que le ton poétique, une part routinière s’y glissera, prosaïquement. La valeur de ton écrit apparaît après l’élimination du commun langagier, non poétique ; ce qui reste ne peut être que des aphorismes ou des maximes, que les autres, à tort, appellent des idées.
idée,langue,maxime,mouton,poésie,valoir

mot
L'intellect (la raison outillée pour des finalités) pénètre trois couches : les sentiments, les concepts, les mots, où l'outil sollicite, respectivement, l'âme, l'esprit ou la métaphore. Si la science fait tout aboutir aux concepts, la philosophie (ou ses vassaux - la littérature ou la religion) trace deux parcours opposés : des mots aux sentiments – pour consoler, ou des sentiments aux mots – pour affirmer son intelligence, son goût ou son talent.
âme,art,consolation,création,esprit,goût,idée,intelligence,langue,métaphore,…

mot
Le sens logique, extra-langagier, du mot vrai est rarement employé. Qu’est-ce que la vraie vie ? Elle ferait partie du monde, dont nous ne sommes pas (Rimbaud), puisque nous sommes dans le rêve sans langage et, donc, sans vérités, et ce rêve est le contraire de ce monde, saturé de langages et, donc, de vérités.
langue,nature,rêve,vérité,vie

mot
Le Logos johannique pourrait se traduire par entendement (Tolstoï), ce qui est déjà au-delà non seulement du Verbe (collé directement à la représentation) mais aussi de la phrase (qui n’est qu’une requête langagière, loin du sens conceptuel). L’entendement est dans l’interprétation, aboutissant au Sens, - trop d’étapes pour prétendre d’être aux origines. « Au Commencement était le Verbe, et à la Fin – la Phrase » - S.Lec. Et puisqu’il n’y avait rien à représenter, au Commencement était, peut-être, l’idée (le dessein divin) de la représentation.
concept,dieu,idée,interprétation,langue,représentation

mot
Bon discours, poétique ou philosophique : le verbal (explicite) renvoyant au conceptuel (implicite). Mauvais, anti-poétique et professoresque : le verbal sans attaches échafaudant le conceptuel gratuit et ad hoc. Le verbal sans contre-partie conceptuelle est du faux-monnayage.
idée,langue,philosophie,poésie,représentation

mot
Ce que tous les philosophes négligent, c’est le choix explicite des axes conceptuels, sur lesquels ils placent leurs mots fétiches. L’un de ces mots-parasites – la vie. À l’autre bout de l’axe, on devine, chez les soi-disant vitalistes, - la réflexion abstraite, l’érudition, le savoir, tandis que son occupant le plus intéressant est le rêve, ce qui fait de la vie synonyme de la réalité. Ainsi, cet autre terme, la passion, devient archi-flou, puisque, appliqué à la vie, il peut signifier l’obsession par la réussite, et, appliqué au rêve, – l’élan vers la hauteur. « Ce froid regard et nulle vie ; glas des passions inassouvies » - Boratynsky - « Взгляни на лик холодный, в нём жизни нет ; но как былых страстей заметен след ».
axe,défaite,élan,hauteur,inconnu,langue,philosophie,poésie,réalité,regard,…

mot
La représentation imprime des concepts et dessine des structures ; la langue exprime des idées et peint des sentiments. Même si la langue repose sur la représentation, ces deux milieux sont incompatibles, bien que confondus par tous les philosophes.
concept,idée,langue,philosophie,représentation,sentiment,système

mot
L’imagination exprimée est limitée par le langage, tandis que le savoir est illimité, car il existe la chose en soi inatteignable (Einstein, charmé par un lyrisme naturel, pensait le contraire).
création,inconnu,langue,poésie,savoir

mot
Deux rôles du langage : peindre le fantôme de notre bonheur interne (d’être porteur du Bien), formuler la vérité de notre malheur externe (fatalité des chutes).
bien,bonheur,défaite,langue,vérité

mot
La langue offre des outils d’un style libre, mais elle nous force davantage à employer des tournures, imposées, tyranniquement, par l’usage et la grammaire. On ne peut s’en rendre compte que si l’on connaît plusieurs langues.
langue,liberté,style

mot
Pour définir le sens d’une phrase, il faut se rendre compte de faits suivants : 1. la logique fait partie de toute langue naturelle ; 2. une phrase consiste en références d’objets et de relations d’objets, références faisant appel aux moyens lexicaux et syntaxiques de la logique ; 3. on a toujours un locuteur et un destinataire, chacun avec ses moyens de représentation et d’interprétation ; 4. la phrase se réduit à une formule logique dans la représentation du personnage respectif ; 5. le sens de la phrase, c’est le réseau conceptuel, résultant de l’interprétation de cette formule (le mécanisme central y est la substitution de mots par des concepts) ; 6. donc, le sens (ou plutôt des sens) de la phrase n’est pas dans les mots, mais dans les réseaux ci-dessus.
concept,interprétation,langue,représentation,science

mot
La pensée loge, évidemment, dans la représentation, mais on n’y atteint qu’après avoir dépouillé un discours de son enveloppe purement verbale. La langue est si riche en effets de style que cet enlèvement, en littérature, peut être une véritable caresse.
art,caresse,élan,idée,langue,représentation,style

mot
La seule critique irréfutable de mes notes, et que j’accepte de bon cœur, concerne mes solécismes et se résume ainsi : Cela ne se dit pas. Pour le reste, j’ai désormais l’arsenal de mon système imprenable, arsenal forgé a posteriori.
auteur,langue,système

mot
Que ton écrit évite de répéter le dit des autres ; mais qu’il engendre un dit nouveau. Rien d’inouï n’existe plus pour le contenu de ton écrit ; le nouveau n’y surgira qu’à travers la forme. Si aucune musique ne naît de ton écrit, il rejoindra le plat silence du monde. N’écoute donc pas les savants : « Langage de l’inaudible, langage de l’inouï, langage du non-dit. Écriture ! » - Levinas.
école,langue,musique,nature,ouïe,platitude,silence,style

mot
Combien de générations d’élèves (indo-européens) durent conformer leur vision de la langue à cette structure ternaire - primitive, réductrice, anti-cognitive – sujet – verbe – objet ! Tandis que dans toutes les langues règnent les réseaux de relations d’objets d’arité arbitraire, dont la structure ternaire ci-dessus n’est qu’un cas particulier, simplissime et partiel. Le terme de sujet (acteur, concepteur) devrait être réservé à l’auteur (humain) de la représentation sous-jacente extra-langagière.
concept,école,langue,représentation,système

mot
La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité.
arbre,art,beauté,concept,erreur,langue,question,représentation,science,vérité

mot
L’usage ne modifie, durant une génération, qu’une partie négligeable d’une langue ; c’est l’inverse qui est juste : la langue forme les hommes plus que les hommes ne forment la langue.
hommes,langue,temps

mot
L’insupportable profanation du mot rêve (Traum, dream) dans l’application à nos hallucinations nocturnes ! Pour m’en réconcilier, je renverserais la phrase de Hugo, en disant que le sens de notre existence consiste à passer de la vie où l’on s’agite (du sommeil où l’on dort) au rêve immobile (au sommeil où l’on rêve).
action,auteur,immobilité,langue,rêve,vie

mot
Pour les phénoménologues, la représentation est œuvre du langage ; pour moi, c’est le langage qui se plaque sur une représentation préexistante. Le langage naît et évolue au-dessus de la représentation, et sans celle-ci il n’aurait jamais apparu, n'aurait jamais été utilisable.
auteur,commencement,langue,représentation

mot
Le mot est gouverné par la grammaire et la musique, et le concept – par la représentation et la logique.
concept,langue,musique,représentation,science

mot
La pensée naît d’un discours, dont on a éliminé tous les éléments langagiers, pour rester en face d’une représentation et d’une logique. Le seul rôle autonome de la langue est l’expressivité, la part de la poésie ou de la musique. La bêtise des linguistes consiste à affirmer que « c'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser » - É.Benveniste – le dit n’est qu’une enveloppe inexploitable (pour la pensée) ; c’est le visé (dans la représentation) qui détermine la véracité et le sens.
idée,intelligence,langue,musique,poésie,représentation,style,vérité

mot
La facilité de la (pré)compréhension d’un discours langagier est due, presque exclusivement, à l’usage (galvaudé, rodé par la grammaire). La vraie compréhension et, donc, la signification n’apparaissent qu’après l’élimination, la substitution du verbal par le conceptuel.
langue,représentation

mot
La chronologie de notre interprétation d’un discours : on y fait référence à la réalité, au langage, à la représentation, à la part métaphorique. Les médiocres s’arrêtent à l’une de ces étapes ; les pénétrants en maîtrisent la synchronie. « On n’est jamais sûr si nous visons le monde tel qu’il est ou le monde tel que nous le voyons » - G.Bateson - « We can never be quite clear whether we are referring to the world as it is or to the world as we see it » - nous voyons le monde surtout à travers la représentation.
doute,intelligence,interprétation,langue,métaphore,nature,réalité,représentation,science,temps

mot
Il n’y a pas de définitions de mots d’une langue ; on ne définit que les concepts de la représentation sous-jacente. Et Wittgenstein, en parlant d’une langue : « Les définitions sont les règles de la traduction d’une langue dans une autre » - « Definitionen sind Regeln der Übersetzung von einer Sprache in eine andere » - ne comprend pas les mécanismes de la traduction. Même les définitions de concepts, dans les langues différentes, sont toujours différentes et ne peuvent pas servir de règles.
concept,langue,représentation

mot
Une beauté picturale ou musicale ne peut jamais être rendue par les mots ; mais d’une beauté verbale peuvent émaner et des images harmonieuses et des mélodies bouleversantes ; dans ce cas, en expressivité et profondeur, elle surclasse tous les autres langages. Le verbe est tridimensionnel, tandis que la peinture ne connaît que l’étendue et la musique – la hauteur.
axe,beauté,élan,hauteur,langue,musique

mot
Une hauteur (la noblesse), une tonalité (l’ironie), une musique (la poésie) te dictent les mots du commencement ; de l’enchaînement des mots suivants surgissent des idées. Il faut inverser les causes et les effets dans cette analogie sartrienne : « Le désir s'exprime par la caresse comme la pensée par le langage » - vivent les caresses idéo-verbales !
caresse,commencement,hauteur,idée,ironie,langue,musique,noblesse,poésie

mot
On peut penser hors langage ; mais seul un discours, caressé par le langage, peut engendrer une pensée. Contenir des germes d’une volupté langagière devrait appartenir à la définition même de la pensée, et Bergson la place Dieu sait où : « La pensée demeure incommensurable avec le langage ».
balance,bonheur,caresse,idée,inconnu,langue

mot
À sa naissance, la langue n’était qu’un tas de borborygmes et d’interjections, et Freud : « La parole était à l’origine une merveille, un acte magique » - « Das Wort war ursprünglich ein Zauber, ein magischer Akt » - est complètement à côté de la plaque. Les merveilles et la magie n’apparaissent qu’avec une nécessité formelle et une liberté individuelle, c’est-à-dire avec la culture.
commencement,culture,langue,liberté,mystère,nécessité

mot
Qui maîtrise le langage, c’est-à-dire la rigueur de la représentation et l’expressivité de la langue, - maîtrise la vérité. Et Saint Exupéry a raison : « La connaissance : ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent » - le langage cohérent s’appelle représentation, la langue n’y ajoute que des métaphores.
langue,maîtrise,métaphore,représentation,savoir,vérité

mot
Le langage évoque, la représentation référence, l’interprétation montre et informe.
interprétation,langue,représentation

mot
La langue – une grammaire plus un vocabulaire ; tout est clair pour la première, tout est vague pour le second. On ne peut pas réduire celui-ci à un dictionnaire, avec ses définitions ; il devrait être une projection grammaticale sur une représentation (d’objets et de relations) et donc – être toujours personnel (malgré le fait d’être, formellement, un ensemble commun d’étiquettes). Par ailleurs, il n’est pas certain que dans toutes les langues les entrées du vocabulaire puissent s’appeler – mots.
concept,doute,langue,représentation,système,voix

mot
Essaie de résumer le monde sans faire appel au langage. Tout devient, littéralement, indicible, miraculeux. Et tu comprends que seule la musique est une traduction fidèle de la Création. Et, en retournant au langage, tu chercheras à t’approcher de la musique qui ne prouve rien et résume tout.
création,inconnu,langue,musique,mystère,nature,vérité

mot
Deux interprètes humains (dans un cas exceptionnel, il pourrait s’agir d’une même personne), un émetteur et un récepteur, participent à la donation du sens à un discours. Tout en visant le réel, ils s’appuient, aussi bien en émission qu’en réception, sur leurs univers idéels, sur leurs représentations donc, qui ne sont jamais identiques (s’il ne s’agit pas du même personnage). Le langage n’est donc commun que dans son extériorisation grammaticale ; le sens du discours n’est jamais unique.
langue,représentation

mot
Un mot n’a pas de sens unique, ni même de sens tout court ; il faut chercher son sens dans le contexte (le sujet et son discours), qui finira par nous renvoyer aux concepts (non-langagiers) de la représentation (celle du locuteur ou celle du récepteur). « Un mot est un faisceau, et son sens se projette en directions différentes »** - Mandelstam - « Слово является пучком, и смысл торчит из него в разные стороны ».
concept,langue,représentation

mot
La représentation et l’interprétation sont pour le langage ce que le vocabulaire et la grammaire sont pour la langue. Le langage conduit à la rigueur des vérités et la langue – à l’arbitraire des tropes. Un outil de compréhension logique du monde et un outil d’expression poétique de l’homme.
art,concept,interprétation,langue,métaphore,nature,poésie,représentation,science,vérité

mot
Les linguistes cherchent la source de la sémantique dans de vaseux sens lexicaux du signifiant, tandis que cette source est ailleurs et elle est double : les relations dans la représentation non-langagière (liens sémantiques – spatio-temporelles, causaux, mais aussi liens syntaxiques – références des substances) et le style dans la langue (les tropes).
concept,être,langue,représentation,style

mot
Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire.
beauté,caresse,langue,musique,platitude,réalité,rêve,robot,savoir,valoir,…

mot
Une confusion, dans les langues romano-germaniques, entre le rêve, qu’accompagne un ronflement, et le rêve, qu’écoutent les astres, associe la renommée désastreuse du rêve – avec le réveil ! Pour le second, le seul évoqué ici, c’est l’endormissement de l’âme, gardienne du rêve, qui est la tragédie du rêveur. « Le réveil fait aux rêves une réputation qu'ils ne méritent pas » - Valéry – la réputation de mon rêve est dans l’intensité de mon regard nocturne sur mon étoile et non dans mes yeux d’un bâilleur matinal. N’empêche que pour écrire ou mettre en musique mon rêve je dois être bien réveillé.
âme,auteur,étoile,langue,musique,regard,rêve,tragédie

mot
Une langue est un compromis entre la nécessité logique et la liberté d’expression. La rigueur grammaticale et l’expressivité des écarts. Les besoins logique et poétique sont communs à toutes les langues, mais la technique lexicale et syntaxique, ainsi que la psychologie imaginative sont toujours différentes. Toute langue est une merveille.
langue,liberté,mystère,nécessité,poésie,science

mot
Valéry, en affirmant que, en poésie, le français ne chante pas, est trop injuste. Les carences rythmiques évidentes sont compensées, en français, grâce à l’harmonie sonore et aux mélodies élégantes. La tricherie purement rythmique est impossible en français – et tant mieux !
danse,langue,musique,poésie

mot
Toutes les sciences se dégagent, de plus en plus, du langage commun et forment leurs langages spécifiques. Dans leur contexte, tout discours peut être réduit par des concepts scientifiques, se substituant aux termes langagiers, à des formules purement logiques. Mais la philosophie, qui n’est qu’un art, se remet entièrement, au langage commun ; il n’existe aucun concept proprement philosophique ; la philosophie est là où aucun consensus n’est possible, elle ne manipule que des notions.
arbre,art,concept,langue,philosophie,science

mot
La hauteur musicale, contrairement à la profondeur cervicale, n’a pas besoin de références au réel ; celle-ci est tributaire de la logique et celle-là se fie aux mélodies ; celle-ci développe la genèse des idées et celle-là enveloppe les mots de caresses stylistiques. Les idées finissent toujours dans la platitude du réel ; les mots idéels peuvent garder la hauteur de leur origine. Oui, il faut reconnaître que, pour être messager céleste, il faut placer au commencement - le verbe.
caresse,commencement,hauteur,idée,langue,musique,réalité,science,style

mot
L’étude de la logique ne rend pas plus rigoureuses tes pensées ; cette étude aide à comprendre que la logique fait partie de la langue (ce qui n’est pas le cas de la mathématique), et cette merveille rehausse l’image que tu as de ton outil verbal. L’insertion de la logique dans une langue est un procédé d’une rare élégance et d’une stupéfiante diversité.
étonnement,idée,langue,mystère,science

mot
L’homme est d’autant plus intelligent et subtil qu’il maîtrise davantage de types de représentation de la réalité ou des abstractions. À toute représentation se superpose un langage, et les langages constituent les dimensions d’un homme. Le pitoyable homme unidimensionnel de H.Marcuse ou de Chomsky explique l’abject conformisme, résultant, pourtant, de la pratique du great refusal ; cet homme grégaire se réduit à la seule dimension sociale. Le solitaire, pluridimensionnel et créateur, est dans l’acquiescement au monde vertigineux, où règne la Loi divine et non pas la loi écrite.
acquiescement,création,dieu,hommes,intelligence,langue,maîtrise,mouton,mystère,négation,…

mot
On se dégage, par substitutions, de la forme langagière d’un discours, pour créer un chemin d’accès au fond ; plus que le fond lui-même, c’est la qualité de ce chemin qui en détermine la qualité. Les mots ne sont qu’instruments, c’est le chemin qui est le produit.
arbre,chemin,création,idée,langue,style

mot
Le langage apporte à la représentation des consonances, des ambigüités, des tropes, des passerelles communicatives ; il n’apporte rien à l’Être, quel que soit le sens qu’on attribue à cet avorton indo-européen. L’Être est, tout entier, dans le réel, que cherche, timidement, à imiter une représentation. La partie modélisable de ce réel s’appellera être-là.
être,langue,métaphore,réalité,représentation

mot
Les syntagmes d’un langage naturel indo-européen : qui, quoi, comment, où, quand, pourquoi. Ils peuvent être négatifs, être précédés par des prépositions (cas grammaticaux), comprendre des inconnues (après le renvoi à la représentation sous-jacente). Leur syntaxe s’articule sur deux niveaux : l’enchaînement correct de syntagmes et les structures correctes internes à chaque syntagme.
europe,inconnu,langue,négation,représentation

mot
En littérature, l’originalité se prouve par des changements de langage, par l’introduction de nouveaux axiomes, par des commencements législatifs donc. Les ordinaires déversent des parcours, des événements. « L’art ancien donnait des lois. Le moderne donne des faits »** - Valéry.
art,chemin,commencement,langue,modernité,voix

mot
La lecture d’un écrit, rédigé dans ta langue maternelle, passe par deux filtres : le commun, le mécanique – l’application des habitudes de la tribu ; et le particulier, l’organique – à travers tes goûts, tes expériences, tes attentes. Le premier aide à reconnaître des lourdeurs, des solécismes, des absurdités langagières ; le second produit des plaisirs ou des dégoûts. Le cas le plus embêtant est la lecture de ton propre écrit, dans une langue étrangère, – tu es immédiatement plongé dans le second passage ; les yeux de la tribu te manqueront, ton regard laissera inaperçus tant de pâtés langagiers, qui gâcheront ta peinture conceptuelle – la solitude d’écrivaillon-métèque est une malédiction.
concept,filtre,goût,langue,mouton,robot,solitude,souffrance

mot
Dans les débats intellectuels, la compétence la plus rare, c’est la compréhension de la place du langage (l’intermédiaire entre la réalité et la représentation). Le seul à l’avoir bien compris, c’est Valéry. N’ayant rien compris à la philosophie, à la logique, à la mathématique, il eut quelques illuminations intuitives, en évoquant la place des définitions, l’unification d’arbres, les substitutions de mots par des concepts, les implexes.
arbre,concept,langue,philosophie,réalité,représentation,science

mot
La première étape de l’interprétation d’un discours consiste à substituer aux mots de la langue – des concepts de la représentation. C’est une tâche conceptuelle et non langagière, contrairement à ce que pense Valéry : « Le langage exige le remplacement des choses par des objets »***.
concept,interprétation,langue,représentation

mot
Les plus belles images verbales sont inséparables de la langue ; les plus profondes idées en sont indépendantes. Le tableau d’un haut état d’âme en est le compromis.
âme,création,hauteur,idée,langue,nécessité

mot
Au jeu d’échecs, en politique, en littérature la compétence se traduit par une réduction de l’ensemble de conflit (de choix envisageables), ce qui permet de trouver plus vite la meilleure solution. La compétence est donc dans la capacité de distinguer les bons et les mauvais candidats, dans le maniement des contraintes. Cette capacité manque à celui qui écrit dans une langue étrangère ; ses ensembles de conflit sont trop vastes, et le choix du mot se fait souvent par un hasard chancelant.
art,contrainte,intelligence,jeu,langue

mot
Dans l’écriture, l’esprit prosaïque, au calme plat, navigue entre choses et concepts ; le talent, c’est-à-dire l’âme poétique, produit la houle des mots.
âme,art,concept,création,esprit,langue,poésie

mot
Méta voulant dire, en grec, aussi bien après qu’au milieu, l’aphoriste pourrait s’appeler hypo-crite (commenceur, décideur, précédant le jugement des autres), et son lecteur – méta-crite (s’occupant à reconstituer la lumière des parcours et des finalités à partir de l’étincelle de l’incitateur).
chemin,commencement,création,grèce,ironie,langue,maxime,ombre

mot
Le défi stylistique est hors de ma portée, tandis que les choix judicieux des auteurs autochtones sont orientés par l’usage maîtrisé. Il me manque l’intuition de l’effet que produit un écart lexical ou syntaxique. Ce que je vise est au-delà des mots, mais l’attention du lecteur naturel s’arrête aux mots ; les liaisons entre concepts sont perçues comme liaisons entre les mots, ce qui banalise le contenu et abaisse la forme. Malédiction de métèque…
art,auteur,concept,défaite,langue,maîtrise,platitude,style

mot
Dans un discours, tout mot comporte une partie langagière et une partie conceptuelle. La philosophie aurait dû s’inspirer des sciences, pour ne pas se contenter d’un pur verbiage détaché et d’introduire aussi de rigoureux ajustages attachés. L’élimination (par substitutions) de l’aspect purement langagier ne devrait pas aboutir au néant conceptuel.
concept,langue,philosophie,science,vide

mot
Seul le langage nous permet de quitter le présent et de nous placer sur un axe temporel indubitable. Sans langage, toutes les traces du passé seraient ressenties comme faisant partie du présent. Aujourd’hui règnent des images non-langagières, ce qui fait du présent la seule réalité. Cet état s’appelle barbarie.
bassesse,langue,modernité,réalité,temps

mot
Seul la poésie peut fonder son message sur le langage ; tous les autres genres intellectuels reposent sur la représentation, bien que la plupart des auteurs croient, naïvement, rester dans le langage.
art,concept,langue,poésie,représentation

mot
Un discours et son interprétation contiennent, respectivement et potentiellement, des valeurs et des significations. La valeur peut se réduire au langage (en poésie, en épanchements passionnels) ; la signification débouche sur le sens (réseaux de concepts).
axe,concept,élan,interprétation,langue,poésie,sentiment

mot
L’interprétation de tout ce qui se formule en langue naturelle finit par un réseau de concepts de la représentation. En particulier, l’univers définitif de la pensée et de la vérité n’est point le langage, mais bien la représentation.
concept,idée,interprétation,langue,représentation,vérité

mot
Une inspiration non-langagière crée mon état d’âme et demande d’exprimer celui-ci. Quant aux pensées tout prêtes, je ne les exprime presque jamais ; elles sont des effets inconscients, collatéraux, contingents. Je ne traduis que de l’inexprimable !
âme,auteur,idée,inconnu,langue

mot
L’oubli du langage en tant qu’un but en soi, une solution musicale ou intellectuelle, le réduisit à la fonction secondaire d’instrument, accompagnant les actes et les images. Quel siècle à interjections !
action,flèche,histoire,intelligence,langue,modernité,musique

mot
L’aspect formel d’une pensée dépend trop du langage ; heureusement, l’aspect significatif n’en dépend guère – l’espoir d’un métèque de la langue ! Hélas, le langage est vital, tandis que le sens est abstrait.
espérance,idée,langue,vie

mot
Deux sortes d’intelligence : l’une fondée sur les concepts (l’intelligence scientifique) et l’autre - sur les notions (l’intelligence intuitive). Dans les deux cas – la place modeste, voire négligeable, du langage, qui disparaît suite aux substitutions par des concepts/notions. Un contraste saisissant avec le verbiage philosophique, où l’on s’embourbe dans les mots, non-transformables en concepts/notions. L’élégance des mots, refusant toute rationalisation, est réservée aux poètes.
arbre,concept,intelligence,langue,philosophie,poésie,raison,représentation,science

mot
Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel.
action,art,concept,école,frontière,idée,intelligence,langue,métaphore,mot,…

mot
Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours.
arbre,concept,intelligence,langue,mot,négation,réalité,représentation,science,universel,…

mot
Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement.
action,concept,esprit,être,langue,liberté,matière,philosophie,représentation,temps

mot
La pensée non-langagière peut naître soit d’une imagination abstraite créatrice (mue par des concepts), soit d’une expérience avec de l’inconnu (contact avec des objets sans nom qu’accueille la représentation existante). Et l’enveloppe langagière peut même ne pas surgir.
concept,création,inconnu,intelligence,langue,représentation

mot
Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens.
concept,esprit,interprétation,langue,matière,nature,réalité,représentation,savoir,science,…

mot
L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase.
arbre,concept,intelligence,interprétation,langue,représentation,science,vérité

mot
Quelle que soit la langue, l’élément essentiel d’un discours y est le syntagme (référence de choses/objets ou de relations). Ces syntagmes renvoient soit à la réalité (donc aux choses, aux vagues notions, non formalisables en représentation), soit à la représentation (donc aux objets, aux concepts rigoureux). Le meilleur emploi de la première approche appartient au talent artistique, celui de la seconde – au talent scientifique. Sans aucun talent, tout discours est platitude, bavardage ou délire.
art,concept,esprit,langue,platitude,réalité,représentation,science,style

mot
Tout discours a autant de sens que de lecteurs. La philosophie analytique se disqualifie par sa pitoyable tentative d’atteindre au sens universel d’un discours, en contournant les représentations individuées.
langue,philosophie,représentation,universel

mot
Grâce à une heureuse polysémie, le mot hauteur est employé aussi bien par des musiciens que par des écrivains qui cherchent une certaine musicalité dans leurs discours – la hauteur du son ou la hauteur de vues.
art,concept,hauteur,langue,mot,musique,ouïe,regard

mot
La musicalité d’un écrit se reconnaît par ses mélodies poétiques, par ses rythmes intelligents, par son harmonie talentueuse, par sa tonalité ironique, par son timbre sensible. Mais les mots n’ont pas la fidélité des cordes ; dans un écrit musical, le langage déforme plus qu’il ne forme.
intelligence,ironie,langue,musique,poésie,sentiment,style

mot
Les deux fonctions du langage, l'instrumentale et la créatrice, ressemblent aux deux genres de maîtrise, qui servent pour bâtir une maison : d'un côté, on apprend à assembler les murs, les portes, les fenêtres, les toits, et de l'autre, le besoin, le goût ou le talent d'architecte poussent à ériger des huttes, des tours d'ivoire ou des phalanstères.
château,création,goût,intelligence,langue

mot
L’entité élémentaire d’une phrase, c’est la référence d’objets, mais on n’y accède qu’après avoir reconstitué l’ossature logique de cette phrase à partir des règles grammaticales, tenant compte des aspects phonétiques, lexicaux, syntaxiques et associées aux concepts logiques extra-langagiers – les connecteurs, les quantificateurs, les négations, les implications. Cette dernière démarche est propre de toutes les langues, ce qui échappe à tous les linguistes et à tous les philosophes, incapables de percevoir les rapports entre la langue (le mot ou un équivalent), la représentation (l’objet) et la réalité (la chose).
concept,langue,négation,philosophie,réalité,représentation,science

mot
Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième.
abduction,concept,intelligence,interprétation,langue,philosophie,représentation,savoir,science

mot
La langue émerge de notre quotidien terrien ; c’est une contrainte à ne pas négliger. Le talent littéraire consiste à s’inspirer de la hauteur du sensible naissant, à s’étonner de la profondeur de l’intelligible né, à ne pas laisser la pesanteur de la langue amortir ces deux élans vers deux admirables naissances, à garder leur grâce.
art,contrainte,élan,esprit,étonnement,grâce,hauteur,idée,intelligence,langue

mot
La naissance d’une langue : recherche d’adéquation entre les sons (proférés par nos cordes vocales), d’un côté, et nos intentions et actes, de l’autre ; naissance de représentations, apparition d’objets (et de relations entre eux) se substituant aux choses (matérielles ou spirituelles). La langue est née, lorsque nous finissons par nous adresser aux objets et non plus aux choses.
action,commencement,concept,esprit,langue,ouïe,représentation

mot
La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle.
esprit,être,langue,mystère,représentation,science,universel,voix

mot
La poésie française est condamné à rester de second ordre en Europe pour une raison technique – l’accent tonique en français n’est que syntagmatique et non pas, en plus, comme partout ailleurs, lexical, source d’innombrables combinaisons rythmiques. D’autre part, suivre, verbalement, ces rythmes est si facile, que tant d’Européens se prennent pour poètes, sans avoir le moindre talent poétique ; en France, seul les poètes-nés peuvent briller.
art,contrainte,esprit,europe,france,langue,musique,poésie

mot
Toute la poésie naît des propriétés intrinsèques du langage ; il est donc presque inévitable qu’elle reste sotte, bien que nous charmant par ses assonances et ses ambigüités. L’intelligence est dans la maîtrise des relations que le langage entretient avec l’extérieur, avec des représentations conceptuelles et des expériences vitales.
concept,intelligence,langue,musique,poésie,représentation,vie

mot
Le mot représentation, dans les philosophies platonicienne, aristotélicienne ou kantienne, désigne la maison du savoir, un domaine monumental de nos échanges avec le monde ; mais, malheureusement, ce mot est entaché de traces de physiologie, théâtralité, diplomatie, automorphismes algébriques ou apparences, qui occultent son sens originel et engendrent des monstres telle la philosophie analytique.
concept,intelligence,langue,nature,philosophie,représentation,savoir

mot
Le théâtre (dramatique ou musical) nous rappelle qu’entre le désir et le mot il existe une sphère expressive plus spontanée, plus viscérale, plus hermétique, composée de borborygmes et de soupirs, « la parole d’avant les mots » - Artaud -, et que le mot rationalise trop.
élan,langue,musique,mystère,représentation,sentiment,voix

mot
Depuis un demi-siècle, on savait que le sens d’une phrase devait être formulé en termes extra-langagiers : « La linguistique est une théorie de conversion senstexte »*** - Manine - « Лингвистика есть теория перевода смыслтекст », mais il a fallu attendre une Intelligence Artificielle mure du XXI-ème siècle, pour rendre opératoire ce vœu pieux.
intelligence,langue,modernité,représentation,science,temps

mot
Une langue doit disposer de deux grammaires – l’interne (générative ou autre) et l’externe (représentative). D’une phrase, c’est-à-dire d’une suite de sons (peut-être accompagnée de gestes), la première grammaire extrait une suite chronologique d’entités élémentaires (équivalents de nos mots) et en établit la correction. Dans cette suite correcte, la seconde grammaire (une méta-grammaire) reconnaît des références d’objets (noms, relations, qualificatifs, négations, connecteurs et quantificateurs logiques, coordonnées spatio-temporelles). Le sens de la phrase est un concept subjectif, dépendant de représentations que tout individu possède ; ce sens est établi par un interprète universel extra-langagier (une méta-grammaire, un démonstrateur), grâce aux substitutions des références par des objets de la représentation, débouchant à un réseau. Rien d’universel (propre à toutes les langues) dans les grammaires ; tout est universel dans le démonstrateur. La logique est innée, tout le reste est acquis.
concept,langue,représentation,science,universel,voix

mot
Pour avoir un sens, un discours doit se reporter à une représentation. Toutes les représentations sont à portée de la machine ; donc, su tu veux produire des textes sensés, ils doivent être digérables par la machine ; sinon, tes paroles seront soit de la poésie verbale soit du verbiage banal.
langue,platitude,poésie,représentation,robot

mot
Le langage dispose de signes (mots) ; la représentation propose des sens (structures et raisonnements). La poésie est dans le signe, et la philosophie – dans le sens.
concept,langue,philosophie,poésie,représentation,science

mot
Les structures grammaticales d’une langue ne peuvent ressembler que de très loin aux structures de la représentation. Et celles-ci sont beaucoup plus proches de la réalité que celles-là. Sans la représentation, une grammaire est incapable d’engendrer du sens dans un discours (un faux espoir de la philosophie analytique), et sans le sens aucun savoir n’est possible.
langue,philosophie,réalité,représentation,savoir

mot
Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre.
danse,discursif,inconnu,langue,liberté,savoir,style

mot
Dans un discours, le locuteur est porte-parole, ses mots – porte-substitutions, les objets substitués de la représentation – porte-sens. Un mot, qui ne serait attaché à aucune représentation, explicite ou implicite, n’est que le mot, il n’a pas de sens. Les philosophes académiques pèchent par cet oubli et nagent dans un verbiage.
école,langue,philosophie,platitude,représentation

mot
Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance.
conscience,langue,représentation,savoir,science

mot
Le simple fait d’être musicien, peintre ou scientifique ne te discerne pas le titre d’intellectuel. Tu es intellectuel si tu comprends la place du langage parmi tous les moyens d’expression. Si tu en appréhendes la puissance, l’élégance, l’harmonie. Si tu sais en retirer l’intensité, la noblesse, la hauteur et l’originalité, dont tu muniras ton propre discours, communicable à tes pairs.
art,beauté,force,hauteur,intensité,langue,musique,noblesse,science,voix

mot
Contrairement aux notes et coups de pinceau, le mot n’épuisa pas encore son potentiel de beauté, de subtilité et de noblesse. Il n’y a plus rien à chercher dans les cloaques sonores ou picturaux, tandis que le mot organique, même agonisant, continue son combat, perdu d’avance, face aux sons et images mécaniques, ces symboles du triomphe de la foule.
art,beauté,langue,lutte,mort,mouton,musique,noblesse,robot

mot
Tu perds tant de choses, en t’exprimant dans une langue étrangère : l’élégance, les idiomatismes, l’ironie. Et l’audace ou la plaisanterie, le plus souvent, t’y desservent. « Dans une langue étrangère, le premier des cadeaux à périr, c’est l’humour » - V.Woolf - « Humour is the first of the gifts to perish in a foreign tongue ».
audace,beauté,défaite,ironie,langue,mort,musique

mot
Les idées naissent de la représentation ; la logique de celle-ci est traduite en musique des mots, rendant possible la formulation des idées et leur transmission aux hommes. Donc, en fin de compte, les idées naissent des mots et non pas l’inverse. « La langue est la mère et non pas la fille de la pensée »** - K.Kraus - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Tochter des Gedankens ».
hommes,idée,langue,musique,représentation,science

mot
Une phrase comprend des constantes explicites (noms d’entités, mécanismes logiques, valeurs d’attributs, qualificatifs, ponctuations) et des inconnues (variables) implicites. Pour arriver à la signification et au sens de la phrase, l’interprète logico-langagier doit en constater la correction syntaxique, noter les inconnues dégagées, former une proposition associée, procéder à l’unification des inconnues par un chaînage-arrière, constater la véracité/fausseté de chaque résultat, exhiber des réseaux obtenus en tant que des sens de la phrase.
concept,inconnu,interprétation,langue,science,vérité

mot
La langue des questions est presque toujours commune ; celles des réponses est presque toujours individuelle. En écriture, les bonnes contraintes doivent écarter ce qui est rebattu, et le bon goût doit se vouer à la seule beauté inimitable. Être davantage dogmatique que sophiste. Plus tu es exigeant, plus tu te rapproches du genre aphoristique.
art,beauté,contrainte,goût,langue,maxime,mouton,philosophie,platitude,question,…

mot
L’enfant, en apprenant la langue, mémorise surtout un modèle probabiliste, d’après lequel, après avoir perçu un début de phrase, on devine, de mieux en mieux, les prolongements les plus probables. Dans l’interprétation d’un discours, c’est étonnamment efficace pour réduire l’espace de conflits, au point que les meilleurs modèles linguistiques des réseaux neuronaux, ChatGPT et DeepSeek, s’en inspirent. Tout discours est temporel : plus on y avance, moins on a de candidats à la succession.
interprétation,langue,temps

mot
Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir.
concept,langue,réalité,représentation,savoir,valoir

mot
La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations.
frontière,inconnu,langue,représentation,savoir,science

mot
Le scientifique laisse l’initiative aux idées, la tâche subalterne de leur description étant dévolue aux mots. L’ambition de l’écrivain (poète, philosophe, penseur) est de tisser des charmes verbaux, au milieu desquels surgissent, presque par inadvertance, des idées. « Quand une fois on a goûté au suc des mots, l'esprit ne peut plus s'en passer. On y boit la pensée »** - J.Joubert. Les pensées finissent par rejoindre le fond commun de l’humanité ; les mots restent attachés à leur auteur.
bonheur,caresse,hommes,idée,langue,mouton,philosophie,poésie,science

mot
Le mot réalité a, au moins, deux sens presque opposés : le mystère de la Création divine (l’impossibilité, l’harmonie, la beauté) et la solution de l’action humaine (la transparence, la prévisibilité, le contraire du rêve). « Qu’y a-t-il de plus fantastique et inattendu que la réalité ? » - Dostoïevsky - « Что может быть фантастичнее и неожиданнее действительности ? ».
absurde,action,beauté,création,dieu,hommes,inconnu,interprétation,langue,mystère,…

mot
Tant de charlatanismes (phénoménologie, philosophie analytique, philosophie du langage, philosophie de l’esprit) résultèrent de cette bêtise, le tournant linguistique, dont se seraient moqués Platon ou Aristote, et qui consiste à admettre une interprétation ou un sens uniques d’un discours. Heureusement, il restait Valéry, le plus lucide visionnaire du langage : « Le langage associe trois éléments : un Moi, un Toi, un Lui ou chose » - le destinataire ne peut pas avoir une idée précise des représentations de l’expéditeur. Tant de destinataires, tant d’interprétations – les représentations sont incontournables !
esprit,interprétation,langue,philosophie,représentation

mot
Le sens d’une idée est dans les structures conceptuelles de la représentation ; la forme – dans les tropes du langage. Les structures langagières n’apportent rien au sens ; les concepts de la représentation n’apportent rien à la beauté du discours.
beauté,concept,idée,langue,représentation,style

mot
Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation).
concept,conscience,création,dieu,interprétation,langue,réalité,représentation,savoir,valoir

mot
On ne peut pas penser en mots, car les mots traduisent l’inertie, tandis que la pensée doit être une lutte, un style rebelle, fondé sur les concepts. La majorité des philosophes, nageant dans le verbiage, ne pensent pas, ils ignorent les relations entre le mot d’usage et le concept de représentation.
concept,continuité,création,idée,langue,lutte,philosophie,représentation,style

mot
En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui.
concept,intelligence,interprétation,langue,négation,représentation,vérité

mot
Tout langage, muni de la notion de substitution (équivalence, synonymie, syntagmes), est constitué de formules. En logique, on substitue des concepts à d’autres concepts, pour avancer vers des preuves, vers la vérité. En philosophie académique, on substitue des mots à d’autres mots, pour propager un verbiage, sans but formulable - leurs formules sont nulles.
concept,école,langue,philosophie,science,vérité

mot
En russe, les mots les plus expressifs laissent autour d’eux des incertitudes et ne traduisent qu’un élan plutôt qu’une finalité bien désignée ; des points de suspension plutôt que des points tout court. C’est bon pour la poésie enveloppante, mais ne favorise ni la musique développante ni l’art aphoristique (immobilité et concentration dans le commencement). Nabokov parlait de réticence musicale (музыкальная недоговорённость) dans le russe.
commencement,discursif,doute,élan,immobilité,langue,maxime,musique,poésie,russie

mot
En russe, un seul mot sur dix demande une réflexion sur sa bonne orthographe ; en allemand – trois ; en anglais – six ; en français - neuf.
allemagne,angleterre,france,ironie,langue,russie

mot
La facilité époustouflante, avec laquelle l’homme comprend le discours d’un autre, n’est due ni au câblage de la grammaire ni à la projection des mots sur les concepts, mais à la … statistique. Tel est le constat, décourageant pour les cogniticiens, avec leurs modèles savants, mais traduisant une irréfutable réalité. L’apprentissage, à travers l’usage quotidien, forme la vague notion de proximité entre les mots (syntagmes) ; les réseaux neuronaux (chatbots) suivent exactement la même démarche, et c’est seulement au stade du raisonnement abductif (qui, quoi, pourquoi, comment) qu’interviennent, aussi bien chez l’homme que chez les robots, quelques mécanismes logiques.
concept,hommes,intelligence,langue,proximité,raison,réalité,robot,science

mot
Tout ouvrage philosophique doit faire appel à la chimie des réactions entre les concepts à valences connues et à l’alchimie des rencontres inattendues entre les mots à valeurs imprévisibles.
concept,inconnu,langue,philosophie,poésie,science

mot
L’ivresse, provoquée par leurs mots grandiloquents (toujours contingents), fait tourner la tête des professeurs de philosophie ; leurs esprits excités confondent les mots avec des concepts sobres (mais nécessaires). Pour que vos mots puissent s’aventurer dans la hauteur, il faut vous être entraînés dans la profondeur des concepts.
concept,école,grandeur,hauteur,langue,nécessité,philosophie

mot
En littérature, tu progresses par des détachements que tes mots osent, face, successivement, aux idées, sentiments, états d’âme, qui, fatalement, rejoignent, tôt ou tard, le patrimoine commun. L’originalité n’appartient qu’aux mots – la dernière leçon, souvent décourageante, de graphosphère. Le mot réussi est une caresse d’âme qui fait frissonner les esprits et les cœurs.
âme,art,audace,caresse,cœur,défaite,élan,esprit,idée,langue,…

mot
On ne trouve aucune analogie à la vie d’une langue : l’érosion par le temps détache les mots de leur premier ancrage, ensevelit des mots surannés ; sur le tronc des anciens il fait pousser de nouvelles branches de sens, de coloris, de hauteur, d’intensité, d’emphase. La langue est demi-morte et demi-vivante, une image d’immortalité. De l’immolation, par l'usage, de métaphores, renaissent, tel Phénix, des représentations ; géniteurs de tournures routinières, elles aussi mortelles.
concept,éternité,hauteur,intensité,langue,métaphore,mort,représentation,temps,vie

mot
On reconnaît un esprit subtil par le nombre d’hapax qu’on trouve dans son discours ; pour les états d’âme, qu’il s’agit de traduire, il n’existe pas de mots justes.
âme,conscience,création,esprit,langue

mot
Les contraintes, que la logique exige de la mathématique, sont de la même nature, que ce que le langage impose à la poésie. Et leur résultat commun – une liberté intérieure, défiant l’inertie et le hasard extérieurs.
continuité,contrainte,jeu,langue,liberté,poésie,science

mot
Chaque langue a le pays qu’elle mérite.
cité,langue

bible
La langue du sage est dans son cœur ; le cœur du sot est dans sa bouche.
mot
Se parler ou parler aux autres - deux arts différents : sonder les sources ou prospecter les fins. Est sage celui qui maîtrise ces deux langues, sans se tromper de grammaire. Mais le soi, auquel je parle, est double : le connu et l'inconnu, chacun ayant sa propre langue. Parler au premier, c'est comme parler aux autres, c'est la langue de la raison. Jadis, on ne parlait qu'au second, et c'était la langue de l'âme. Avec l'extinction des âmes, le langage unique, le langage algorithmique, devint le seul outil d'introspection ou de requêtes des hommes robotisés. La bouche du sage écoute la raison ; le cœur du sot y est sourd.
âme,cœur,inconnu,langue,ordre,philosophie,raison,robot,soi

platon
Pensée et discours ne sont qu'une même chose. La pensée est un discours intérieur, un dialogue de l'âme avec elle-même.
mot
Ce dialogue est fait de messages, que ne résume aucun discours et ne subordonne aucune grammaire. Le discours est une pâle et obséquieuse incarnation d'un Verbe souverain.
âme,idée,langue,soi

horace
Scribendi recte sapere est et principium et fons.

L'art de bien écrire est ton commencement et ta source.
mot
Une bonne écriture vient avec notre talent ; les commencements et les sources résident dans notre génie, qui n'a rien de langagier. La bonne écriture, c'est l'art de rester fidèle au message de ta source, donc - de garder le rythme ; bien écrire, c'est créer de la musique.
art,commencement,langue,musique

horace
Verbaque praevisam rem non invita sequentur.

Pour une chose bien conçue, les paroles s'offriront et couleront d'elles-mêmes.
mot
Tous les sots croient Caton : « La chose maîtrisée, le mot n'aura que suivre » - « Rem tene, verba sequentur ». Non : pour les mots bien conçus, les choses s'offriront et se feront rouler !
création,ironie,langue,maîtrise

ovide
Siqua videbuntur casu non dicta latine, in que scribebat, barbara terra fuit.

Si, d'aventure, mon latin paraît douteux, c'est que la contrée où j'écris est barbare.
mot
La contrée, où j'écris, est civilisée, et mon français douteux porte les mêmes aspérités. Relégué auprès des Scythes, rejeté par les Scythes, dans des masures ou au milieu des ruines, nos mots brisés s'assemblent sans brisure.
art,auteur,continuité,culture,défaite,france,langue,ruines,russie,style

sénèque
Cum rem animus occupavit, verba ambiunt.

Quand l'objet a rempli l'âme, les mots accourent tout seuls.
mot
C'est l'intuition qui amène des objets, c'est l'intelligence qui souffle des mots, mais c'est surtout de la hauteur qu'on aurait besoin, pour que les sons des mots traduisent bien l'âme. Pour pouvoir remplir l'âme, il faut que l'objet soit fait en matière crue. C'est ainsi, qu'il prendra sa forme. La résonance de l'âme comblée produit des mots. Le poète est l'égalité des dons de l'âme et du mot.
âme,art,concept,égalité,esprit,hauteur,intelligence,langue,matière,musique,…

talmud
Surveille tes pensées, car elles deviennent des mots, surveille tes mots cars ils deviennent des actes.
mot
Les lignes de succession entre les mots, les pensées et les actes ne sont que de la bâtardise, les protagonistes relevant des espèces biologiquement incompatibles. Au lieu de les surveiller, il faudrait les mettre en cellules ou mouroirs isolés.
action,continuité,idée,langue,solitude

st augustin
Alia est enim lux quae sentitur oculis ; alia qua per oculos sintiatur ; haec lux qua ista manifesta sunt, utique intux in anima est.

Autre est la lumière perçue par l'œil ; autre la lumière que l'œil peut percevoir ; autre enfin la lumière imprimée dans l'âme, qui la conçoit.
mot
Une langue vivante, un modèle conceptuel, une image conçue - Aristote eût partagé la même vision ternaire, que les philosophes analytiques abaissent à une terne division binaire.
âme,idée,langue,ombre,philosophie,représentation

hamann j.g.
Reden ist übersetzen - aus einer Engelssprache in eine Menschensprache : Gedanken in Worte, Bilder in Zeichen.

Toute parole est de la traduction - d'une langue des anges en une langue des hommes : les pensées en mots, les images en signes.
mot
Dans cette traduction, on néglige beaucoup la phonétique, en prenant la musique primordiale pour des accents trop graves. On prend la grammaire de la création pour une vulgaire grammaire générative. Et le Verbe divin n'est souvent rendu que par une ponctuation sans substance ni hypostase. Les pensées et les signes, avant les mots et les images, et les pensées et les signes après, ce sont deux univers différents, le second étant, chez un talent créateur, beaucoup plus riche et beau que le premier. La langue, qu'il s'agit de traduire, n'est pas la langue des pensées humaines, mais celle des merveilles divines.
création,dieu,esprit,être,idée,langue,musique,mystère

hamann j.g.
Wer in einer fremden Sprache schreibt, der muß seine Denkungsart, wie ein Liebhaber, zu bequemen wissen.

Celui qui écrit en une langue étrangère doit chercher à courtiser sa manière à penser, tel un amant.
mot
Ce qui le pousse à séduire ses mots plutôt qu'à conduire ses pensées, à vibrer des seuls commencements, sans s'installer dans la routine des durées, à vénérer ses amours à la verticale, au lieu de les étaler dans l'horizontalité banale. La tête au milieu des mots, l'âme au milieu des pensées, c'est ainsi qu'on perd la terre sous ses pieds, c'est à dire - devient amoureux. Ses déclarations d'amour seront décousues et fiévreuses, défiant les routines des sobres communications entre autochtones ; qui devinera ses soupirs ou ses chants, au milieu des mots déchaînés ?
âme,amour,caresse,commencement,hauteur,idée,langue,temps

lichtenberg g.
Wir sehen in der Natur nicht Wörter, sonder immer nur Anfangsbuchstaben von Wörtern.

Ce n'est même pas des mots, mais leurs initiales, que nous voyons dans la nature.
mot
C'est mieux que des phrases tout entières, que prétend lire le sot. Mais je pense (et un Chinois serait d'accord avec moi) qu'on voit plutôt une catégorie : un substantif - pour s'arrêter, un verbe - pour bouger, un adjectif - pour peindre, un signe de ponctuation - pour soupirer ou sangloter.
art,chine,immobilité,langue,nature,représentation,souffrance

goethe w.
Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß nichts von seiner eigenen.

Celui qui ne connaît point de langues étrangères ne connaît rien de la sienne.
mot
Car il se trompe sur la nature de ses propres émois, ne devine pas la mystérieuse source de beauté et de puissance du langage et ne découvre pas, que la vraie vie d'une langue est ailleurs. Posséder ou savoir ce qu'on possède, la performance ou la compétence, monogame ou polyglotte. Dans le harem des langues s'apprend le corps inimitable de la parole à caresser.
action,beauté,caresse,commencement,erreur,étonnement,force,inconnu,intensité,langue,…

rivarol a.
La langue est un instrument, dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
mot
Surtout, si l'on cherche à provoquer des secousses verbales, même en absence d'aspérités vitales.
création,goût,intensité,langue,vie

maistre j.
Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation proportionnelle dans le langage.
mot
En n'entendant plus autour que des beuglements ou hallalis, on se rend compte de la place, que prit le troupeau ou la meute, dans les individus et dans les nations. Que leur silence était plus propice, pour que, en plein air, s'affermît le chant ou s'étouffât le sanglot, qui se réfugièrent, désormais abasourdis, dans des catacombes.
danse,défaite,exil,hommes,langue,mouton,ruines,silence,souffrance

schiller f.
Laß die Sprache dir sein, was der Körper den Liebenden.
Er nur ist's, der die Wesen trennt, und der die Wesen vereint.

Que la langue te soit ce que le corps est aux amoureux.
Il n'y a que lui qui sépare les amants et qui les unit.
mot
On se sépare ou se rencontre par le mot ou par le corps, sur des facettes illisibles ou invisibles, que seules découvrent la caresse et la volupté.
caresse,étonnement,inconnu,langue

hölderlin f.
Die Sprache ist ein großer Überfluß. Das Beste ruht in seiner Tiefe.

La parole est une franche fuite : le meilleur de nous reste dans sa profondeur.
mot
Seuls les meilleurs jaillissements laissent en deviner la hauteur. C'est mieux vu que Hofmannsthal : « La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout » - « Die Sprache ist alles, was einem bleibt, der seine Heimat entbehren muß. Aber sie enthält auch alles ».
exil,hauteur,intensité,langue,soi,vide

hölderlin f.
Ein Zeichen sind wir, deutungslos. Schmerzlos sind wir und haben fast die Sprache in der Fremde verloren.

Un signe, tels nous sommes, dépourvus de sens. Sans douleur nous sommes ; et, dans l'étrangeté, presque perdîmes le langage.
mot
Le sage est dans l'image, et le poète - dans la requête ; représenter avant d'avoir trouvé le langage et d'interpréter ; chanter avant d'avoir trouvé le sens, avant la pitié et avant la honte.
art,danse,exil,honte,interprétation,langue,philosophie,pitié,poésie,souffrance,…

poe e.
All Nature speaks, and ev'n ideal things
Flap shadowy sounds from visionary wings.

Dans l'Univers, tout parle ; et même l'idéal
De sa large aile envoie une ombre ou un signal.
mot
Le silence, lui aussi, y a sa place : c'est l'art de rester dans le soleil, sans jeter d'ombre. Le langage est toujours une projection de modèles ; le soleil est la réalité, l'écran de ta Caverne – ton intelligence, les ombres projetées – ta création, faite de perceptions, d'images, de mots, fondus dans des métaphores.
création,étoile,idée,intelligence,langue,nature,ombre,réalité,représentation,ruines,…

renan e.
Le génie apporte une langue et une voix aux instincts muets.
mot
Le génie découvre, que tout parle dans l'univers. Le génie est la rencontre de deux interprètes : de celui qui sait lire la partition de l'Autre et de celui qui sait la rendre. Les mal-entendants ont raison de voir dans le silence du monde l'origine de leur angoisse ; pensant rendre la voix lointaine de Pascal, ils ne rendent que la faiblesse de leurs propres cordes. L'angoisse, c'est ta voix ne dépassant le silence ni en puissance ni en mélodies.
angoisse,création,esprit,intensité,interprétation,langue,silence,voix

nietzsche f.
Ich fürchte, daß wir Gott nicht loswerden, solange wir noch an die Grammatik glauben.

J'ai peur qu'on n'arrive pas à se débarrasser de Dieu parce qu'on continue à croire en grammaire.
mot
Pourtant, c'est l'existence même des excellents analyseurs sémantiques de la langue qui témoigne de la présence d'un excellent synthétiseur mystique du Verbe.
dieu,ironie,langue,mystère

nietzsche f.
An dem Bau der Begriffe, der Begräbnisstätte der Anschauung, arbeitet die Sprache.

La langue contribue à échafauder des concepts, cette tombe du regard.
mot
Le regard ne doit que très peu au choix des concepts, choix, qui ne doit presque rien à la langue. C'est, d'ailleurs, l'une des définitions même du regard que d'être indépendant du libre arbitre du concepteur. La mise au tombeau du regard, c'est l'oubli du langage et l'auto-identification avec les concepts.
idée,langue,nihilisme,raison,regard,représentation

chestov l.
Самые значительные мысли являются на свет голыми, без словесной оболочки : найти для них слова - целое искусство.

Les plus sublimes pensées viennent au monde toutes nues, sans enveloppe verbale ; c'est tout un art que de les couvrir de mots.
mot
Ce couturier-artisan est bien pitoyable, s'il crée ses vêtements en les adaptant à un modèle. L'art, cette haute couture du mot, n'a pas besoin de mannequins des idées, pour créer dans l'imaginaire.
art,création,discursif,idée,langue

bergson h.
La pensée demeure incommensurable avec le langage.
mot
Le langage pour la pensée, ce sont les ondes pour la musique. N'empêche qu'une bonne acoustique peut servir et l'algorithme et le rythme.
idée,langue,musique

russell b.
The most delicate is to make difference between a controversy of words and a controversy of essence.

Le plus délicat est de faire la différence entre une querelle de mots et une querelle de fond.
mot
La meilleure preuve de la maîtrise du fond est de savoir ramener toute discussion à une querelle de mots, où l'on s'escrime à coups d'idiomes, au lieu des axiomes, à coups de toquades, au lieu des incartades.
goût,langue,lutte,maîtrise,raison,style

valéry p.
Le langage articulé permit à l'homme de tout mettre en problème, car il lui suffisait de mettre le signe de question devant des noms d'objets ou de phénomènes.
mot
Et l'intelligence consiste à substituer à ces belles inconnues des objets ou phénomènes, dont l'accès est délicatement suggéré par l'interrogation même. Ce n'est pas le nombre d'inconnues qui fait la richesse et la beauté de l'équation de la vie, de l'arbre, mais l'élégance de leur greffage.
arbre,beauté,concept,esprit,goût,grâce,intelligence,langue,mystère,question,…

valéry p.
La liberté implique le langage, qui crée la possibilité de l'intervalle conscient.
mot
Mon cher Maître, dans la chaîne de l'acte, vous placez mal le langage. La liberté intervient entre le désir et le choix, où se déroulent les et quand, les pourquoi et comment, qui sont des requêtes extra-langagières. Le langage n'est impliqué qu'à partir de l'embarras, pour atteindre un objet ou désigner une relation.
abduction,action,auteur,concept,continuité,élan,langue,liberté,question,représentation

valéry p.
Le Langage est un intermédiaire sans valeur propre. La pensée, poursuivie jusqu'au plus près de l'âme, nous conduit sur les bords privés de mots.
mot
Ceci est parfaitement juste, lorsqu'il s'agît de n'exhiber que l'intelligence (en s'appuyant sur le modèle, où le langage ne peut être que requête) ou de ne viser que des démonstrations (sans chiffres à l'appui, dans l'insupportable verbalisme des philosophes, où se noie la réalité ontologique) - une fois interprété, le Langage y doit disparaître, pour laisser la place aux substitutions du modèle ou au sens dans la réalité. Néanmoins, la littérature ne commencerait-elle pas, lorsque le modèle et la réalité sous-jacents laissent le langage les recréer ? Le philosophe doit choisir entre poète et cogniticien, s'il ne veut pas être assimilé à l'idiot du village. La pensée, privée de mots, ne garderait que la pitié et la tendresse.
art,balance,création,esprit,être,intelligence,interprétation,langue,philosophie,pitié,…

valéry p.
Se faire source de ce qu'on reçoit.
mot
C'est l'origine la plus féconde d'un nouveau langage ou d'un nouveau regard.
commencement,idée,langue,regard

péguy ch.
Un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus.
mot
Le premier cherche à y mettre le son, pour qu'on y découvre le sens et en vibre ; le second y met du sens, sans osciller.
art,intensité,interprétation,langue,maîtrise,musique,souffrance

kraus k.
Das Hauptwort ist der Kopf, das Zeitwort ist der Fuß, das Beiwort sind die Hände.

Le substantif est la tête, le verbe est le pied, l'adjectif est la main.
mot
Et le regard en règle - la grammaire vitale et l'acoustique tonale.
action,immobilité,langue,musique,raison,regard,vie

bachelard g.
Les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.
mot
Les images naissent non pas dans le langage, mais de l'interprétation du discours dans le contexte des concepts ancrés dans le modèle ; les images se forment en enveloppant les intuitions, les concepts - en développant les représentations. Plus riche en concepts est le modèle, plus vaste et profond est le domaine de définition des images. Mais la valeur de l'image réside surtout dans la nature de sa déviation du modèle et dans sa hauteur, dimension absente dans le modèle.
axe,discursif,esprit,hauteur,idée,interprétation,langue,représentation,style

heidegger m.
Der Mensch spricht erst und nur, insofern er der Sprache entspricht, indem er auf ihren Zuspruch hört.

L'homme ne parle vraiment une langue que dans la mesure, où il lui cor-responde, qu'il entende ce qu'elle lui souffle.
mot
La phrase la plus fatale et juste, pour condamner l'aventure de ce livre. Ma scène est une ruine ; le souffleur, sous mes pieds, a beau remuer ses lèvres, - mon rôle ne se lit que dans un regard hors-texte.
auteur,jeu,langue,ouïe,question,regard,ruines

wittgenstein l.
Die Verbindung zwischen Sprache und Wirklichkeit wird allein durch die Worterklärung gemacht. Diese Worterklärung gehört zur Sprachlehre.

La liaison entre langage et réalité n'est faite que par les explications de mots, qui font partie de la linguistique.
mot
Le langage n'a aucun moyen abstrait, pour entretenir une liaison avec la réalité ; il est esclave du modèle ; c'est le modèle qui lui dictera l'interprétation de mots. Plus d'autonomie on accorde au langage, plus piètre linguiste on est.
interprétation,langue,liberté,réalité,représentation

wittgenstein l.
Die Sprache ist ein Labyrinth von Wegen.

Le langage est un labyrinthe de chemins.
mot
Dans le langage lui-même il n'y a ni labyrinthes ni chemins ; la structure la plus complexe n'y est que l'arbre syntaxique temporel. L'interprète du langage n'est pas de nature langagière ; les chemins se construisent dans la représentation sous-jacente, pour former des réseaux spatiaux de concepts ou de métaphores.
arbre,chemin,idée,interprétation,langue,métaphore,représentation,temps

wittgenstein l.
Wovon man nicht sprechen kann, darüber muß man schweigen.

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.
mot
Pour un condisciple de Hitler et un serviteur de Staline (avec d'autres Apôtres de Cambridge), c'est une sage précaution (prise, avec la même élégance, par les camarades Kojevnikov et Hemingway). En sens inverse, le silence, peut-il avoir une projection verbale ? - pour chercher « un mot à l'image du silence » - Celan - « ein Wort nach dem Bilde des Schweigens ». Malheureusement, « là où manque le verbe, parle l'action » - Goethe - « wo die Worte fehlen, spricht die Tat ». La philosophie serait décidément de la poésie : « Le verbe nous manque ; philosopher est dire ce qui ne se laisse pas dire » - Adorno - « Fehlen uns die Worte ; Philosophie ist : sagen was sich nicht sagen läßt » ; tandis que la théologie en serait l'antithèse : « Nous taire, tel est souvent notre devoir ; car les noms divins manquent » - Hölderlin - « Schweigen müssen wir oft ; es fehlen heilige Namen ». Mais pour ceux qui préfèrent la couleur à la géométrie, le chant à la déclamation et la danse à la marche, bref - l'esthétique à l'éthique, il reste d'autres échappatoires à l'angoisse devant le silence. Heidegger ne le voit pas : « Aujourd’hui, le chemin de la pensée débouche sur le silence » - « Der Weg eines Denkens heute dazu führt, zu schweigen ».
action,angoisse,beauté,bien,chemin,danse,esprit,goût,inconnu,langue,…

wittgenstein l.
Die Grenzen meiner Sprache sind die Grenzen meiner Welt.

Les limites de ma langue sont les limites de mon monde.
mot
Mon monde n’est pas le monde réel, il n’est que ma représentation de celui-ci. « Le monde a exactement les limites, que lui donne la représentation » - K.Kraus - « Die Welt hat just die Grenzen, welche die Vorstellung ihr gibt ». Ma langue se plaque contre cette représentation ; en débordant les limites de la représentation, la langue n’a aucun sens. Donc, ce ne sont pas les limites de ma langue, mais les limites de ma représentation qui sont les limites de mon monde. La langue est une généralisation de la logique, donc elle ne s'occupe que de la forme, tandis que le monde (réel ou représenté), c'est un contenu. La langue n'est qu'une machine à interroger les modèles du monde. On étend ses limites en introduisant, dans ses requêtes, de plus en plus de variables et en s'intéressant aux liens, qui ne sautent pas aux yeux. Qui ne sait pas questionner, ne sait pas voir non plus.
arbre,étoile,être,frontière,interprétation,langue,ouvert,question,réalité,regard,…

tsvétaeva m.
Слово - передача голоса, отнюдь не мысли, умысла.

Le mot traduit une voix et non pas une idée ni un projet.
mot
Il sait traduire tous les trois, et c'est précisément leur équilibre, autour du mot, qui prouve la maîtrise et la primauté du sujet.
art,idée,langue,maîtrise,ordre,voix

tsvétaeva m.
Слово для идей есть тело, для стихий - душа.

Le mot, c'est le corps des idées et l'âme des passions.
mot
L'idée, sans caresse, comme la passion sans hauteur, peuvent se passer de mots, mais, dans ce cas, elles ne connaîtront ni le frisson ni les ailes.
âme,caresse,hauteur,idée,intensité,langue,sentiment

nabokov v.
Мне пришлось поменять родной язык, безмерно богатый и послушный, на второсортный английский.

J'ai dû abandonner mon idiome naturel, infiniment riche et docile, pour un anglais de second ordre.
mot
De la révolte du langage, de son indocilité, procèdent de belles contraintes qui, dans notre idiome naturel, seraient vécues comme de banals moyens.
angleterre,contrainte,création,langue,maîtrise,platitude,révolte,russie

nabokov v.
Моя голова говорит — английский, моё сердце — русский, моё ухо предпочитает французский.

La plus belle des langues ? Mon esprit répond - l'anglais, mon cœur - le russe, mon oreille - le français.
mot
C'est selon que vous visiez un tir, un soupir ou un sourire.
angleterre,bonheur,cœur,esprit,france,langue,lutte,ouïe,russie,souffrance

jankelevitch v.
Les mensonges reflètent l'impuissance du langage devant la suprême richesse de la pensée.
mot
Mesurée en belle monnaie, que frappe le langage souverain, l'indigence de vos pensées les réduit à un minable assistanat. Tout mensonge d'un langage riche contient tellement de variables subtiles, que de sa pénétrante négation naissent de multiples et belles vérités, parmi lesquelles se glissent aussi des pensées bâtardes.
arbre,balance,force,goût,idée,langue,mensonge,misère,négation,platitude,…

char r.
C'est bien l'arbre qui me parle. Mais il fallait qu'il trouve les mots de mon pauvre langage.
mot
Quand le flux devient un arbre, il est vidé de ses mots d'origine ; je l'unifierai avec mon arbre et essayerai de comprendre l'union née avec mes mots à moi.
arbre,auteur,interprétation,langue

merleau-ponty m.
La transformation du mot (qui perd son bruit) en pensée et de la pensée (qui renonce à son invisibilité) en mot est le mystère du langage.
mot
Les plus beaux mystères ne sont pas dans des transfigurations ou conversions, mais bien dans la primauté du Verbe qui, en cherchant l'oreille du Père, sanctifie l'Esprit.
christianisme,esprit,filtre,idée,inconnu,langue,mystère,ouïe

merleau-ponty m.
On peut comparer les relations de l'âme et du corps à celles du concept et du mot.
mot
La double liberté, qui les laisse parfois suivre des voies divergentes, la fonction instrumentale du corps, ses caprices ou caresses, qui sont ses métaphores ; porter l'expression, mais laisser le souci du sens à l'âme - le parallèle est admirable.
âme,caresse,concept,idée,langue,liberté,métaphore

merleau-ponty m.
La pensée n'est rien d'intérieur ; elle n'existe pas en dehors du monde et des mots.
mot
Tu te goures complètement, mon enfant : la pensée n'est ni dans le monde ni dans les mots, elle est à l'intérieur du modèle, les mots la portent et le monde la reçoit.
idée,langue,réalité

cioran é.
Le langage n'est pas tout, il n'est presque rien. Un Dostoïevsky ou un Tolstoï n'en ont fait aucun cas.
mot
C'est surprenant de la part de quelqu'un, qui fut capable de haïr un plumitif à cause d'une intempérance adverbiale. Les bas-fonds de l'homme ou les labyrinthes de l'histoire se prêtent au façonnage presque fortuit, c'est la mesure finale qui compte. Ce n'est pas le cas du fragmentaire qui doit créer l'unité de mesure.
balance,bassesse,histoire,langue,maxime

baudrillard j.
Le pire, c'est quand la pensée et le langage vont le même train : là commence l'ennui.
mot
Aux bals de l'écriture, c'est le mot qui mène la danse, et dans les figures les plus aristocratiques sa cavalière, la pensée, n'est enlacée que d'un regard discret et amoureux. Hors musique leurs pas ne parlent que caserne ou cuisine.
amour,art,caresse,danse,ennui,idée,langue,mouton,musique,noblesse,…

debray r.
L'Incarnation a pris le pas sur le Verbe ; et l'intonation sauve le discours.
mot
Oui, les actes, comme datations et nommages, sont ennemis du vrai Verbe, qui est désincarné. Le charnel de l'Incarnation et le spirituel du Verbe devraient s'ordonner par le rituel de la Grammaire. L'incorporation des esprits ou l'incarcération des chairs repoussent du Verbe et font chercher des Incarnations de passage. Les choses mêmes se prêtent à tenir le discours d'aplomb, mais c'est bien l'intonation qui en donne la hauteur. Le salut, lui, viendrait tout de même d'en haut, non ?
action,christianisme,consolation,esprit,hauteur,langue,musique,style,vie
 

noblesse
Avoir de la hauteur, c'est : en mystère - distinguer l'incompris d'avec l'incompréhensible ; en problèmes - tenir au primat du langage ; en solutions - ne pas se séparer de la dissolvante ironie.
hauteur,inconnu,ironie,langue,mystère

noblesse
Jadis, plus de connaissances des Lettres signifiait plus de noblesse. Aujourd'hui, on gère la littérature comme on gère un garage. Tout littérateur compte sur ses griffes et non plus sur ses plumes. En devenant reptile, il espère avoir une langue bien pendue.
art,langue,platitude,savoir

noblesse
Les yeux et le regard sont deux outils d'une bonne philosophie – pour percer et admirer l'harmonie des langages divins et pour composer la mélodie des consolations humaines. Les yeux reçoivent la lumière du vrai, les ombres du beau, les ténèbres du bon ; le regard – les émet.
beauté,bien,consolation,langue,musique,ombre,philosophie,regard,vérité

noblesse
Le cycle vital : l'écoute stoïque de tout courant de la vie (libido sciendi), le désir de puissance artistique (libido dominandi), l'aristocratique regard, baignant dans la pitié et la honte (libido sentiendi). Nietzsche n'accomplit que la moitié du parcours, prenant trop à la lettre les substantifs, se trompant systématiquement d'adjectif et oubliant le verbe !
art,élan,erreur,force,honte,langue,maîtrise,pitié,retour,savoir,…

noblesse
La langue - une grâce de l'esprit ; l'amour - une grâce du cœur ; la foi - une grâce de l'âme ; l'inspiration - une grâce de la poésie ; le visage de femme - une grâce d'outre-formes.
âme,amour,cœur,esprit,femme,grâce,langue,poésie,religion,style

noblesse
Il est très facile d'être philosophe ou poète, il suffit d'avoir son propre regard ou sa propre langue : « La différence ne réside pas dans le contenu, mais dans le genre de regard ou de langue »** - Marx - « Der Unterschied liegt nicht im Inhalt, sondern in der Betrachtungsweise, oder in der Sprechweise ».
langue,philosophie,poésie,regard,voix

noblesse
Désirer, c'est avoir une requête à soumettre. Le sot, qui imagine, que les mots représentent le monde, trouve son désir plein. Le désir du sage est vide, et il ne cherche qu'à être rempli par l'interprète le plus inspiré. Remplir, c'est substituer aux inconnues - des représentations d'au-delà des mots. Si l'on manque d'inconnues, si l'on ne cherche pas à s'unifier avec le monde, même imaginaire, on méritera le mot de Lermontov : « L'homme le plus vide est celui qui n'est rempli que de soi » - « Тот самый пустой человек, кто наполнен собою », à moins que ce vide artificiel ne serve que pour y accueillir une musique ou une voix de Dieu. Le dernier homme est rempli des échos des autres.
arbre,artificiel,dieu,élan,inconnu,langue,mouton,musique,philosophie,question,…

noblesse
Du bon choix de compléments du Verbe : mets en lumière ton âme, mets à l'ombre ton cœur, mets au pas ton esprit. Laisse les autres dresser les esprits, amuser les cœurs et escamoter les âmes.
âme,cœur,esprit,langue,regard

noblesse
La sensibilité est le sens aigu des frontières. Frontières de la vie, de la poésie, des nations. L'homme insensible est un contrebandier. L'homme sensible est polyglotte, amoureux de sa patrie. Le danger ou l'ignorance des frontières inviolables travaillent le premier ; l'émotion de frontières, le connu caressant, face à l'inconnu blessant, - le second.
amour,audace,caresse,frontière,langue,ouvert,poésie,vie

noblesse
Le néant fut l'ultime refuge des attributs, qu'on avait tenté d'attacher à Dieu, à l'amour, à l'art. On appela cette tentative désespérée - l'absurde ou l'existentialisme. Sans point d'attache crédible, ces attributs n'ont qu'à se substantiver et à ne se lier qu'avec des conjonctions décharnées.
absurde,amour,art,concept,dieu,espérance,être,exil,langue,philosophie

noblesse
La seule fraternité que j'entre-perçois serait fondée sur un aristocratisme, sur une élection donc. Mais j'égrène les aristocratismes du terroir, de l'histoire, de la langue, des attitudes, des idées - et je reste sceptique, c'est trop mécanique. Le seul aristocratisme spontané et durable, créateur de fraternités, est celui de la musique.
auteur,fraternité,histoire,hommes,langue,musique

noblesse
L'existence de ce que désigne le pronom à la première personne réduit les verbes essentiels (relationnels) au statut d'étiquettes et met les objets à leur vrai place, celle des humbles compléments. L'existentialisme et la phénoménologie sont de mauvaises grammaires, aux précédences pipées.
concept,être,langue,philosophie

noblesse
Le nihilisme n'est pas un système de valeurs, mais un type d'évaluateur, cherchant à se débarrasser de l'inertie collective de langage, de civilisation, d'habitude, et à se fier à l'élan, créatif et individuel.
axe,continuité,création,culture,élan,langue,mouton,nihilisme,système

noblesse
Je n'aime pas ces profanations, purement verbales et anti-poétiques, du beau terme de commencement, que sont l'être ou le néant (par l'intermédiaire du devenir fantomatique), ces spectres interchangeables, sur lesquels se gargarisent Hegel et Sartre. Le commencement est un surgissement d'une émotion, d'une image, d'une mélodie, d'un état d'âme qu'aucun développement rationnel n'épouse ni n'explique ; on ne peut lui rester fidèle qu'en poésie d'enveloppement par un mot inspiré, c'est à dire puissant, ironique, créateur et noble.
âme,commencement,création,discursif,être,force,ironie,langue,musique,poésie,…

noblesse
La nature et l'intelligence ont bien le même lexique, mais la grammaire de la sagesse est beaucoup plus permissive. « Jamais la nature n'eut un langage et la sagesse un autre » - Juvénal - « Nunquam aliud Natura aliud Sapientia dicit » - l'un des signes de sagesse est tout de même la création de nouveaux langages.
création,langue,nature,philosophie

noblesse
Aucune réflexion, dénuée de noblesse, ne peut être de nature philosophique. Et la noblesse philosophique ne s'éploie que dans deux sphères : dans la consolation humaine, pour amortir nos souffrances et embellir nos solitudes, et dans la plongée dans la musique et le mystère du langage, pour faire entendre la voix d'un amoureux, d'un poète, d'un penseur.
amour,consolation,langue,musique,mystère,philosophie,poésie,solitude,souffrance

noblesse
Signe d'une aristocratie d'âme : le langage des contraintes portant sur les actions ou bien sur les pensées est le même. (Chez le goujat, le premier est trop rigoureux et le second - trop veule.) D'où une supputation - l'aristocratie ne serait-elle pas tout simplement une question de compétence (à défaut de performance) langagière ? La compétence est référentielle, la performance - inférentielle.
âme,bassesse,contrainte,langue,platitude,savoir

noblesse
Nommer, c'est profaner le sacré ou sacraliser le profane. « Venise me gâte Othello » - A.Suarès. Comparez avec le nom du dieu des Juifs, avec « Que ton NOM soit sanctifié » des Chrétiens ou avec le nom de la rose de Juliette. « La lutte : sans mettre des noms, des corps, des yeux » - R.Debray. Mais pourquoi pas les corps ? Par exemple, la main droite, sachant que les yeux et la main gauche peuvent ignorer ce que fait celle-là ?
action,caresse,christianisme,italie,langue,lutte,réalité,regard,sacré

noblesse
Le langage des profondeurs spirituelles est largement universel ; mais la hauteur musicale de chaque homme a son propre langage. En compagnie de Valéry, je vis une fraternité admiratrice ; en celle de Nietzsche, je frôle le fratricide de complices.
auteur,esprit,fraternité,hauteur,langue,mort,musique,universel

noblesse
Mon soi inconnu a des fonctions, il n’a pas d’organe permanent ; il surgit telle une étincelle d’une fusion momentanée du cœur, de l’âme et de l’esprit. Mon soi connu applique ses organes aussi bien matériels que spirituels. « À l’homme terrestre appartiennent l’œil, l’oreille, la langue, la main. À l’intérieur de nous est l’autre personne, l’homme céleste, l’aristocrate »** - Maître Eckhart - « Zum irdischen Menschen gehören das Auge, das Ohr, die Zunge, die Hand. Der andere, der himmlische Mensch, der in uns steckt, ist ein edler Mensch ».
action,âme,cœur,esprit,hommes,inconnu,langue,ouïe,soi

noblesse
Le surhomme se moque de ses muscles, de ses pensées, de son avoir et même de son être, il est dans un devenir artistique, dans une beauté naissante et non pas dans une vérité déclinante ; il est, donc, un grand consolateur de l'homme solitaire et désespéré. Et son langage vaut par sa musique haute plus que par son message profond. L'art et le langage forment la vie et ont pour dénominateur commun – l'intensité. Ainsi, Nietzsche mérite le titre de seul philosophe complet de l'histoire.
art,beauté,commencement,consolation,espérance,être,force,idée,intensité,langue,…

noblesse
Seul un intellectuel peut apprécier la réflexion sur le langage, tandis que tout le monde a un besoin très net de consolation. Donc, une bonne philosophie, celle qui fait du langage et de la consolation ses objets centraux, devrait, en partie, s’adresser à tout le monde. « Toute culture a deux devoirs : consoler la majorité, apporter à la minorité, aux grands esprits, de l’air qu’ils respireront »*** - H.Hesse - « Zweierlei Aufgaben hat jede Kultur : die Vielen zu trösten ; den Wenigen, den großen Geistern, Luft zum Atmen zu geben » - cet air est la musique, à laquelle doit se réduire tout langage d’art.
art,consolation,culture,esprit,grandeur,hommes,langue,musique,philosophie

noblesse
La vie se réduit à la lumière de ton esprit, à la création de ton âme, à la noblesse de ton cœur. Le premier, la lumière, maîtrise ta vue, ta marche, ta parole ; la deuxième en crée les ombres - ton regard, ta danse, ton chant : le troisième munit de frissons le jeu de lumières et d’ombres.
âme,cœur,création,danse,élan,esprit,langue,ombre,regard,vie

noblesse
Pour une fois, je préfère la lumière aux ombres : au Grand Siècle français, on pratiquais le langage des nobles, celui des ombres du Roi-Soleil ; au Siècle des Lumières, on s’intéressait davantage à la noblesse du langage, celle de l’ironie et de la liberté.
auteur,ironie,langue,liberté,ombre

eckhart me
Je edler sind die Dinge, um so umfassender und allgemeiner sind sie.

Plus les choses sont nobles, plus elles sont universelles.
noblesse
La noblesse est dans l'exception ; les règles universelles visent le juste et l'utile communs et terrestres, et la noblesse est dans l'inutilité des sacrifices ou fidélités célestes. Toute noblesse naît d'une humilité solitaire devant le divin, en absence des spectateurs, elle est donc toujours particulière. N'est universelle que ce qui est partout vrai ; la noblesse est hors langage, hors vérité, elle est donc injustifiable.
acquiescement,dieu,justice,langue,sacrifice,solitude,universel,utilité,vérité,voix
 

chœur proximité
NOBLESSE : Ne pas profaner un appel astral, en le transcrivant en idiomes de l'homme, est une tâche aristocratique. Les dates et les noms de lieu éclaboussent la merveille. C'est d'une hauteur aristocratique qu'on voue le même respect à l'horizon et à l'herbe sous ses pieds, sans songer ni aux routes ni aux fenaisons.
chemin,étoile,hauteur,langue,mystère

proximité
Quand la précision ne nuit pas à la beauté, on est en présence d'une vérité divine. Mais, en général, ce qui ne peut être que précis est sans intérêt. Toute vérité, qui dure au-delà de tout langage, est divine. Résistance au mot, c'est la définition même de Dieu. L'Intelligence Artificielle, en maîtrisant et l'intelligence et ce qui la rend possible, effacera la hiérarchie plotinienne, qu'il y avait entre : « l'intellect, qui raisonne, et celui qui donne la possibilité de raisonner ». La pensée divine se reconnaît uniquement dans la nécessité ; la vérité, l'éternité et l'infini sont des créations humaines.
artificiel,balance,beauté,dieu,élite,éternité,inconnu,intelligence,langue,nécessité,…

proximité
Dommage que, pour s'adresser à Dieu on ait besoin du langage de la foi. Comme, pour se tourner vers la poésie, - d'en appeler aux mots. Ou, pour montrer l'amour, - de s'abaisser jusqu'aux gestes.
action,amour,caresse,dieu,langue,poésie,religion

proximité
Entre l'esprit et la lettre, ces langages divins, s'insère le concept, cette invention humaine. On peut comparer ces trois langages interprétatifs, dans l'exemple des trois regards sur les Saintes Écritures : l'esprit elliptique des Juifs, la lettre hyperbolique des Musulmans, le concept parabolique des Chrétiens. Et puisque le progrès n'est jamais divin (Dieu se plaçant du côté de l'immuable), les Chrétiens sont les seuls à progresser.
christianisme,dieu,esprit,hommes,idée,immobilité,interprétation,langue

proximité
Face au monde, je suis une créature de Loi, de Foi ou de Soi - de l'évolution vers la lettre, de la Révélation de l'esprit, de la Révolution par le mot.
esprit,justice,langue,religion,révolte,soi

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Le christianisme initial prônait la repentance, l'ascèse, la haine de l'argent. Aujourd'hui, il s'entend parfaitement avec des valeurs contraires. « L'argent, verbe du diable, par lequel il a tout créé dans le monde, comme Dieu crée par le vrai verbe » - Luther - « Geld ist des Teufels Wort, wodurch er in der Welt alles erschafft, so wie Gott durch das wahre Wort schafft ». À part quelques préfixes de pacotille, le verbe de Dieu préconise visiblement la même rection.
argent,authenticité,christianisme,création,dieu,ironie,langue,mot

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Le sage n'a besoin de mythes que pour illustrer le logos initiatique ; le vilain n'a besoin de logos que pour légitimer le mythe profanateur. Le logos est une rencontre féconde entre l'esprit et le verbe : « La proximité, faisant se toucher la poésie et la pensée, s'appelle mythe »*** - Heidegger - « Die Nähe, die Dichten und Denken in die Nachbarschaft bringt, nennen wir die Sage ».
langue,philosophie,poésie,rêve,temps

proximité
Dans le modélisé et verbalisé - peu de traces de divin ; n'est vraiment divin que le réel ; dans les premiers on trie, dans le dernier on prie : « Il faut user des moyens humains, comme s'il n'y avait pas de divins, et des divins, comme s'il n'y avait pas d'humains » - Gracián - « Hanse de procurar los medios humanos como si no hubiese divinos, y los divinos como si no hubiese humanos ».
balance,contrainte,dieu,hommes,langue,réalité,représentation

proximité
Être créateur veut dire avoir inventé un langage à soi, langage source de l'universel, vécu comme immortel ; et puisqu'on est habitué à voir en Dieu la justification de tout ce qui est universel, le créateur commence par proclamer, que Dieu est mort. « Les immortels mortels, les mortels immortels »** - Héraclite.
artificiel,création,dieu,langue,mort

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On est superficiel, lorsqu'on se tient sur une seule des facettes existentielles : la réalité, la représentation, le langage. On est profond, lorsqu'on est capable de s'en tenir à distance égale. On a de la hauteur, lorsque la noblesse, le talent et le tempérament couronnent un regard profond.
élan,esprit,hauteur,langue,noblesse,platitude,réalité,regard,représentation

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Techniquement, la religion se maintient surtout grâce au langage d'outre-tombe qu'emploient les prédicateurs. Et puisque le besoin d'absolu par les moyens du langage, est le souci commun du poète et du philosophe, ils se placent, eux aussi, sur le terrain des croyants. « Si vous essayez d'unifier la poésie et la philosophie, vous n'obtiendrez rien d'autre que la religion » - F.Schlegel - « Versuchet ihr Poesie und Philosophie zu verbinden, und ihr werdet nichts anders erhalten als Religion ».
arbre,langue,philosophie,poésie,religion

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Dans l'évolution de ces cadeaux divins, esprit et âme, l'homme imita Dieu, en créant le langage, qui comble l'esprit, et en devenant sensible à la musique, ce qui ravit l'âme.
âme,création,dieu,esprit,hommes,langue,musique

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Pour éviter le bavardage philosophique autour d'une chose, G.B.Vico propose une liste exhaustive de questions liminaires à se poser au sujet de cette chose : son existence, sa position spatio-temporelle, ses attributs. Il ne comprend pas, que le bavardage le plus vicieux naît de l'occultation du lieu de l'existence elle-même – le langage, la réalité, la représentation ? Impardonnable pour un philosophe topique.
concept,être,langue,philosophie,réalité,représentation,temps

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Aux angles de vue sur les commencements divins dans le vivant - au langagier (le Verbe) et à l'organique (la Caresse) – on peut ajouter le mécanique : l'apprentissage (filtrage d'expériences), la formation d'algorithmes (scénarios d'exécution), le passage de la première étape à la seconde, la partie la plus énigmatique, sur-rationnelle, magique, mais visiblement implémentée jusque dans les roses et les moustiques.
caresse,commencement,création,dieu,langue,mystère,robot,vie

proximité
Il n'y a aucun contact entre le fini et l'infini, ce qui rend l'aspiration du premier pour le second - divin, irréductible aux choses, mystique. L'infini restera isolé, solitaire. Toute image de l'infini s'inspire du fini en mode traduction, en changeant de langage : c'est le langage de représentation qui change, tandis que ceux de requêtes et d'interprétation peuvent être les mêmes.
élan,frontière,inconnu,interprétation,langue,mystère,question,représentation

proximité
La modernité se singularise par la valeur grandissante du plombier, de l'ingénieur, du marchand et par la chute du prêtre et du scientifique, porteurs de consolations et créateurs de langages. Ceux qui s'adressent aux mêmes fibres, les poètes et les philosophes, sont victimes d'un effet collatéral et assistent à leur pitoyable extinction.
argent,consolation,défaite,langue,modernité,philosophie,poésie,science

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Si Dieu est un Verbe, quelle serait la place lexicale de l'homme ? J'ai beau pencher du côté d'un pronom personnel, d'un déterminant, d'une négation, il semblerait, que cette place fût beaucoup plus modeste ; « L'homme doit être ad-verbe, être près du Verbe » - Maître Eckhart - « Der Mensch soll, beim Wort ein „Beiwort“ sein ». On préfère généralement des particules de subordination ou des pronoms possessifs, pour amadouer l'Analyseur pragmatique.
dieu,ironie,langue,mot,négation,utilité

proximité
Mettre sur un même plan l'instrument et la fonction – la grammaire et la métaphore, la logique et la pensée, les doigts et la caresse – c'est un anachronisme : le Créateur imagina le sujet, avant de songer aux objets, y compris les instruments.
caresse,dieu,idée,langue,métaphore

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La vague consolation est le premier volet d'une philosophie noble, là où la religion s'y prend avec des dogmes nets et définitifs. Le discours sur le langage, inséré entre la représentation et la réalité, tel est le second volet philosophique, où la science fournit des solides théories et l'art – des images inexplicables. Le philosophe n'a ni le fanatisme du prêtre ni la maîtrise du savant ni le don de l'artiste, il ne lui restent que des métaphores. Au lieu de cette humble résolution, les philosophes médiocres s'accrochent aux concepts, domaine, où ils sont incompétents et ridicules.
acquiescement,art,consolation,fanatisme,idée,langue,maîtrise,métaphore,philosophie,religion,…

proximité
Si l’on n’entend pas Dieu, ce n’est pas parce qu’Il parlerait à voix trop basse, mais parce que Sa langue est trop haute pour ceux qui ne connaissent que les vocables de leur soi connu et ignorent la musique de leur soi inconnu.
dieu,hauteur,inconnu,langue,musique,mystère,soi,voix

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L’inexistence du dieu himalayen, sinaïque, galiléen ou saoudien compromet la mystique superstitieuse, mais ne favorise aucune mystique sérieuse. En revanche, l’inexistence du Dieu philosophique est la meilleure source de la vraie mystique, celle qui s’articule autour de la honte, de la beauté, du langage, c’est-à-dire autour de la Trinité, sacrée car incompréhensible, – le Bien, le Beau, le Vrai.
beauté,bien,dieu,honte,langue,mystère,vérité

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Dire que Dieu est la Nature (Spinoza) est aussi idiot, que dire que l’horloger est l’horloge. Dieu créa cette nature merveilleuse, couronnée par la vie ; Dieu mit dans l’homme trois sublimes facultés – le cœur, l’âme, l’esprit ; mais si le Bien reste une étincelle divine, réchauffant notre cœur mais intraduisible en actes, la Beauté et la Vérité (l’art et la science) sont des œuvres entièrement humaines. L’art est affaire de sensibilité et de génie ; la science est affaire de représentation et de langage. Dieu, apparemment, n’a pas besoin de ces attributs ; par ailleurs, tous les attributs, qu’on lui prête, sont anthropomorphes ; Dieu n’est pas seulement muet, mais nu et peut-être inexistant.
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Dieu est un génial dramaturge ; Il n’est ni acteur ni spectateur ni salle de spectacle ni éclairagiste ni décor ni bâtisseur de salles de spectacle. La langue, dans laquelle il rédigea son chef-d’œuvre, est oubliée, morte ; on se contente de ses reconstitutions actualisées. On invente des témoignages oraux ou oculaires, on Lui attribue des qualités humaines, ce qui fait de Lui rival de l’État, des idéologies, de l’Histoire, dont les idolâtres proclament, de temps en temps, Sa mort.
cité,dieu,histoire,hommes,jeu,langue,mort

proximité
C’est avec la même profondeur que se manifeste la présence du Dieu-Créateur dans les mystères de la matière, du temps, de la vie, de la liberté. Aucun recoin de la réalité n’échappe au merveilleux. Inventer un langage de ce merveilleux muet est la tâche de tout créateur humain.
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proximité
La troisième hypostase du Dieu des Chrétiens porte un nom, dû à un malentendu linguistique ; sa fausse unité, Esprit, correspond aux trois hypostases humaines – cœur, âme, esprit.
âme,cœur,dieu,esprit,hommes,langue

proximité
La vraie introspection n’est ni verbale, ni idéelle, ni imaginative, mais mystique et n’envisage que ton soi inconnu. C’est la seule voie au bout de laquelle tu te rends compte de la présence émouvante du Créateur. « Lorsque je m’éveille à moi-même, je sens se déployer en moi la vie la plus splendide, et que je me sens un avec la divinité »*** - Plotin.
création,dieu,idée,inconnu,langue,mystère,sentiment,soi,vie

proximité
De trois domaines possibles de l’existence – réalité, représentation, langage - Dieu n’existe que dans les deux derniers.
dieu,être,langue,nécessité,réalité,représentation

bible
Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.
proximité
On se trompe, lorsqu'on dit, que ce sont, respectivement, le mouvement, le but et le contenu. Il faudrait voir dans le Chemin le contenu, dans la Vérité - le mouvement, dans la Vie - le but ! En tout cas, au parcours je préfère le commencement, à la vérité – le langage, à la vie – le rêve.
auteur,chemin,christianisme,commencement,contrainte,erreur,langue,rêve,vérité,vie
 

russie
En matière conjugale, la (in)fidélité aurait dû être confiée au jugement de la seule Aphrodite, tandis que les Français la renvoient au Tribunal Administratif (tromper) et les Russes, carrément, - à la Cour Martiale (изменять - trahir). Les Allemands, moins mélodramatiques, la classent dans les exercices athlétiques (Seitenprung - sauter latéralement, en acception intransitive…).
allemagne,france,ironie,justice,langue,mot

russie
Les formes personnelles du verbe être n'ont rien à voir avec l'infinitif, en exprimant, respectivement, le cogito (je), la proximité (tu), le regard (il), la tribu (nous), l'autre (vous), l'intelligence (ils). Curieusement, en russe, c'est le seul verbe, où l'infinitif (есть) serve de forme personnelle pour toute personne !
esprit,être,hommes,intelligence,langue,mot,proximité,raison,regard

russie
Les trois tragédies dans la vie de Nabokov, les trois pertes : de l'enfance, du père, de la langue maternelle. Malgré ces points communs, tout le reste nous oppose.
enfance,langue,tragédie,vie

russie
L'enfance façonne plus profondément nos fibres que nos vocables ; aucun problème pour trouver, chez d'autres tribus, des égaux de Pouchkine, Tolstoï ou Pasternak, mais, contrairement à l'écoute de Bach, Mozart ou Beethoven, je n'éprouve nul besoin de chercher la raison, jamais suffisante, du frisson qui me vient d'un morceau de Tchaïkovsky, Rachmaninov ou Prokofiev.
art,auteur,enfance,langue,musique

russie
Trois fauteuils voisins de l'Académie Française furent occupés, au siècle dernier, par trois énergumènes d'origine russe, qui discutaient en russe des entrées du Dictionnaire de l'Académie.
france,langue

russie
Pour un Russe, écrire en français, c'est être sur la Bérézina et ne pas savoir si l'on vit une débâcle ou une délivrance.
défaite,france,langue

russie
Je me sens minable, pour ne pas dire ridicule, avec ma langue et ma morgue, que n'apprécierait peut-être qu'un duc de La Rochefoucauld, - je lis le récit d'un Parisien de bonne souche (S.Tesson), reclus, en plein hiver, dans une cabane de la taïga sibérienne, et où je retrouve tout le décor sauvage de mon enfance. Un chiasme vertigineux ! Jusqu'à ses calembours (qu’il fait passer pour aphorismes), qui sont si désespérément plats… Il me reste à « découvrir une autre Sibérie, pour y expédier l'initiateur de réévaluations de valeurs » - Nietzsche - « ein Sibirien zu erfinden, um den Urheber der Wert-Tentative dorthin zu senden ».
auteur,enfance,france,honte,langue,maxime

russie
Dans mon village natal s'affairent des hommes d'une autre couleur, et épaisseur, de peaux ou de rêves, cultivant des arômes ou s'occupant des bêtes, qui me sont étrangers, hommes aux rires et pleurs incompréhensibles, à la langue sans liens avec ton enfance. « De nuit, plus près de l'aube, je suis de retour au pays congelé, - au mien ? au leur ? » - Koublanovsky - « Возвратясь в свой или нет край замороженный, ночью, когда ближе рассвет » - mieux j'entretiens les promesses des aubes, moins je tiens au désespoir des crépuscules.
auteur,enfance,hommes,langue,modernité,rêve,solitude,souffrance,tragédie,voix

russie
Compatriote de l'arbre, compatriote du mot - cette tribu n'existe plus, depuis que la forêt et les codes d'accès surveillent les frontières. Mais si l'on se perd dans la forêt, c'est dans l'arbre qu'on se trouve. « Têtes inconnues emménagent dans mon pays ; ni sous mon arbre ni dans mon mot »** - Tsvétaeva - « Новосёлы моей страны ! Из-за древа и из-за слова ».
arbre,auteur,bonheur,frontière,hommes,langue,modernité,mouton,solitude

russie
Le théâtre anglais est dominé par le mot, l'allemand - par l'image, le français - par la fioriture, le russe - par un état d'âme. L'art, la poésie, le décor, l'homme.
allemagne,angleterre,art,france,hommes,jeu,langue,poésie,style

russie
On mène une vie de réfugié, quand la langue des réponses n'est pas la même que celle des questions. Ma vie est une suite de deux exils : en Russie, où il fut impossible de me cacher, et en France, où il est impossible de me faire voir. Trop d'interrogateurs débiles ou trop d'interrogations subtiles. Aucune envie de réponses ou des réponses, toutes trop banales.
auteur,ennui,exil,france,haine,inconnu,langue,platitude,question,vie

russie
En italien et en allemand le mot art est au féminin (l'espagnol hésite entre le masculin et le féminin, le russe le neutralise). Dans ces langues, je dirais, qu'on devrait en être amant en faussant compagnie à la vie (neutre, en allemand ! ), cette mégère légitime.
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russie
Pour deviner les rapports de l'Européen avec la connaissance, il suffit d'examiner son verbe-fétiche : under-stand (humilité), ver-stehen (pénétration), com-prendre (universalité), по-нять (hauteur).
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russie
En aucune autre langue on ne traduit si bien l'état d'âme qu'en russe. L'allemand est bien doté pour le maintien d'un souffle poétique, l'anglais - pour l'ironie distante, le français - pour l'harmonie délicate, claire et inexplicable.
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russie
Maîtrise n'est pas un concept russe. On trouve, en russe, ces emprunts : maître (en esprit), master (en économie), Meister (en cérémonies, en héraldique, en maréchaussée, aux échecs), maestro (en musique, en danse).
allemagne,angleterre,danse,idée,langue,maîtrise,musique

russie
Un grand homme se fait remarquer, en allemand, par ses excursus, en anglais - par son ambigüité, en français - par sa clarté, en russe - par sa charge émotive. Pour l'Allemand, le mot est une marche, pour l'Anglais - une brique, pour le Français - un détail décoratif, pour le Russe - un soupir, un cri, un élan.
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russie
Wirklichkeit, действительность, viennent du verbe agir ; réalité vient du nom chose. C'est pourquoi le Français préfère agir dans l'éphémère, tandis que l'Allemand et le Russe se passionnent pour des choses de l'imaginaire.
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russie
Étymologiquement, dans les langues indo-européennes, être signifierait vivre ou demeurer (voir, en russe : быть - быт et пребывать - vie quotidienne et demeurer, ainsi qu'en allemand - sein - dasein - qui couvre les deux), étymologie partagée, pour le plus grand scandale des philosophes, avec avoir, provenant de habiter - habitude ; rien d'étonnant que leur antagoniste le plus immédiat soit devenir - ressusciter et disparaître. Comment s'appelle l'oubli de l'être (Seinsvergessenheit) heideggérien, en russe ? - забытье - au-delà de l'être !
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russie
Tout particularisme n'est qu'incapacité d'accéder à un langage plus vaste. La vraie opposition, dans le débat intellectuel, n'est pas entre l'universel et le particulier, mais entre l'universel palpitant et l'universel mécanique. Le Grec et le Français penchent pour la mécanique, et l'harmonie finale est au rendez-vous. L'Allemand et le Russe tendent vers la palpitation, et de terribles déchirures aboutissent au gauchissement de leurs édifices. Pour que la maison commune soit agréable à vivre, il ne faut ni monter au plafond, ni taper de la tête contre les murs, ni s'extasier devant des ruines laraires : en communauté, il faut garder la paix moutonnière ou robotique.
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russie
L'expérience, en français, viendrait d'épreuve ; en allemand - de voyage (Erfahrung - Fahrt) ; en russe - de torture (опыт - пытка). Contraintes, mouvement, souffrance comme trois contenus possibles de l'expérience. Artiste, chroniqueur, martyre.
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russie
Les défauts psychologiques, dans les littératures nationales, semblent être directement liés à la phonétique des langues : le russe déclame – et l'on entend, même chez les meilleurs, tant de hurlements ou gémissements ; le français coule – et l'on y touche si souvent au huileux et sirupeux.
art,france,langue

russie
La philosophie n'a que deux sujets, autour desquels elle développe son discours : la consolation et le langage. Ces deux genres sont presque disjoints (seuls Platon et Nietzsche, peut-être, parviennent à les mélanger). Et tout grand écrivain, inévitablement, est touché par l'appel de l'une de ces deux branches philosophiques. Et c'est ici peut-être que réside la différence la plus profonde entre les littératures russe et européenne : la première est toujours dans la sphère de la consolation (le salut, la honte et la pitié), et la seconde – dans celle du langage (les représentations et les interprétations).
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russie
Une adaptation abusive du jargon de la Révolution russe à celui de la Révolution française : ce vers de Mandelstam : « Apologie absurde du quatrième état [le prolétariat] » - « Присягу чудную четвёртому сословью » - est traduit, en France, par – superbe promesse faite au troisième état. L’horreur devant des barbares démagogues et sanguinaires, transformée en idyllique amendement d’un futur code civil.
cité,france,langue,révolte

russie
La douceur ou la rugosité d’une langue peuvent avoir des conséquences politiques monstrueuses. Prenez le russe, qui a une pléthore de voyelles, la liberté du latin et la morphologie richissime, dépassant l’italien. Et prenez l’allemand, avec ses consonnes, qui raclent la gorge, sa syntaxe et sa morphologie mécaniques. La mollesse russe favorise la servilité et la dureté allemande – le fanatisme. « La langue allemande a sa part de responsabilité dans les horreurs du nazisme »*** - G.Steiner - « The German language was not innocent of the horrors of Nazism ».
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russie
Dans leur parcours vital, presque tous les personnages de l’Histoire russe ne sont que des victimes ; on n’y trouve que deux héros – Pierre le Grand et Pouchkine, triomphant de la barbarie des mœurs ou du langage.
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russie
L’homo sovieticus fut la seule race que je croisais en URSS, à tous les niveaux des échelles sociales ; elle hérita du moujik pré-révolutionnaire la grossièreté et la paresse, le nouveau régime y ayant ajouté la trouille, la servilité et la filouterie. Quelle fut ma tristesse, en France, d’y assister, à la fin du siècle dernier, à l’extinction d’une civilisation russe en exil, celle des nobles – des Obolensky, Chakhovskoy, Vsévolojsky, Leuchtenberg – que je connus en Provence et qui tenaient à la langue maternelle, à la foi orthodoxe, à la pompe (les bals, les fêtes pour les enfants), à l’Histoire d’un pays, englouti, sans laisser la moindre trace, par le carnage bolchevique. Mais pour les héritiers de l’homo sovieticus : « Aucun système totalitaire ne pourrait jamais changer quoi que ce soit dans notre pays » - A.Kontchalovsky - « Никакая тоталитарная система не сможет поменять что-то в нашей стране » - puisque leur mémoire ne va pas plus loin que deux générations.
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russie
D’une manière inexplicable, et peut-être complètement aléatoire, les deux thèmes principaux d’une bonne philosophie – la consolation et le langage – correspondent aux deux traits nationaux russes les plus saillants et touchant davantage le moujik que l’aristocrate ou l’intellectuel. Le besoin de consolation perce dans leurs appels à la pitié, à la compassion et surtout dans la vision du Christ-Paraclet, du Consolateur, plus que du Sauveur, comme dans l’Occident. Enfin, la richesse phonétique, morphologique, syntaxique du russe munit cette langue d’une liberté phénoménale. Le discours dans les langues romano-germaniques renvoie, immédiatement, aux représentations conceptuelles sous-jacentes, tandis que le discours russe traduit, avant tout, les états d’âme, le degré d’ironie ou de perplexité, l’intensité des désirs ou des espérances. Et c’est la raison principale du succès de la littérature russe.
âme,art,christianisme,concept,consolation,défaite,élan,espérance,étonnement,europe,…

russie
Certes, il y a des traces de mes origines aussi bien dans les mélodies de mon langage que dans les orientations de mon esprit, mais l’essentiel, c’est-à-dire mes regards et mes harmonies, appartient à l’apatride que je devins. « L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le cœur, comme dans le langage » - La Rochefoucauld.
auteur,cœur,esprit,langue,musique,regard

russie
En français et en russe, le verbe pouvoir (мочь) s'associe soit avec l'autorisation (on peut passer à table), soit avec la volonté et les moyens (on peut partir, la voiture est là). L'allemand (dürfen - können) et l'anglais (may - can) s'en tirent plus élégamment.
allemagne,angleterre,france,langue,mot
 

solitude
La noblesse des commencements est synonyme de la volonté de puissance. Avoir de bonnes raisons, pour se choisir soi-même comme source, ne pas partir d'un langage des autres, - mais c'est la définition même de nihilisme !
commencement,force,langue,nihilisme,noblesse,soi

solitude
La sagesse est dans le langage, et le langage, c'est le dialogue. « C'est folie que de vouloir être sage tout seul » - Bossuet. Même dans un soliloque il faut être deux : une bouche et une oreille.
esprit,folie,langue,ouïe

solitude
Les hommes intéressants inventent, chacun, son langage ; et la solitude n'est souvent que le manque de don ou d'intérêt pour le déchiffrage des vocables étranges. Depuis que le minimum vital des idiomes vernaculaires, la larme et le rouge au front, n'a plus cours, on ne retire de ses marmonnements que des formules logiques.
création,exil,honte,langue,maxime,raison,souffrance,tragédie

solitude
Mon naufrage ne résulte ni d'une collision avec un vaisseau mieux manœuvrable ou mieux armé, ni d'une voie d'eau, due aux récifs inconnus ou à la vétusté de mes cales. Non, c'est la perte de tout port d'attache, l'implacable appel du large se convertissant imperceptiblement en appel du haut, où n'est réclamé que mon souffle. Et je baisse mes voiles, je me débarrasse de mes avirons ; mes messages de détresse se déposent dans des bouteilles, qui finissent par couler au fond du Temps.
auteur,défaite,hauteur,honte,intensité,langue,temps

solitude
C'est peut-être dans la confrontation entre la solitude de l'être et la solitude du mot que se trouve le drame majeur du créateur : être (le réel indicible), face à émettre (le créé articulé, qui tend à être, aime-être) ; c'est dans les interstices entre les deux que se blottit ce que veut taire Wittgenstein, taire puisque ce n'est pas le mot, mais seule la musique, qui pourrait rendre le mystère de l'être lumineux, qui nous pousse à émettre des ombres.
création,être,langue,musique,mystère,silence

solitude
Quand je suis avec les autres, le mot, la pensée, la souffrance en deviennent écho, attribué, à tort, à la vie. Ce n'est que dans la solitude que je trouve les plus purs des échos : le mot sur le mot, la pensée dans la pensée, la souffrance de la souffrance.
ange,auteur,idée,langue,mot,souffrance,vie

solitude
La Panthère de Rilke, l'Animal intellectuel de Valéry, le gorille de Nabokov, le cachalot de Melville, l'orang-outan mélancolique d'Ortega y Gasset : un regard, dont la beauté ou l'intelligence se reflètent dans les murailles ou dans les barreaux de leurs cages. « Nous vivons tous derrière des barreaux, que nous traînons avec nous-mêmes » - Kafka - « Jeder lebt hinter einem Gitter, das er mit sich herumträgt ». Quitter cette cage, serait-ce rencontrer le Dieu innommable ? - « Pour retrouver Dieu sans le Nom ou le Mot de ce qui est ou n'est pas, il faut franchir cette cage d'Être » - Artaud. Ma cage prouve-t-elle la liberté divine ? Ou l'inverse : mieux je vois mes barreaux, mieux je comprends la (com)passion de leur créateur. Mais ma cage à moi, c'est la langue, ce français, qui grossit les barreaux, rapproche l'horizon et rabaisse le ciel.
auteur,beauté,dieu,étoile,être,france,intelligence,langue,liberté,mélancolie,…

solitude
Pour que ma plume parle mon propre langage, il me faut du silence alentour ; les sots écrivent ce qu'ils entendent, par l'oreille ou par la raison, dans le brouhaha ambiant ; il faut que, dans ce que l'esprit solitaire note, l'âme universelle entende la musique - l'interprète amoureux du représentant, Narcisse.
âme,amour,art,esprit,intelligence,interprétation,langue,musique,narcissisme,ouïe,…

solitude
Dans la maison de l'être, quels sont les obstacles ? Le plancher - pour ma stabilité, la porte - pour mon mouvement, les murs - pour ma solitude, le souterrain - pour ma honte, le toit - pour mon rêve. Les obstacles franchis, il ne me resteront que des ruines, bien à moi, et où l'être et le devenir se voient à la hauteur de mon étoile, dont la lumière, nommé langage, se reconnaît aux ombres du Verbe, sans domicile fixe. Le propre des ruines est d'être toujours les mêmes, d'accueillir les ombres du langage, d'être la demeure de l'être : « Éternellement se bâtit la même maison de l'être » - Nietzsche - « Ewig baut sich das gleiche Haus des Seins ».
étoile,être,honte,immobilité,langue,maîtrise,ombre,ordre,rêve,ruines

solitude
Quoi qu'en dise le blasé, la solitude est toujours une absence. Comme la folie, dont je vois trois causes : l'absence d'atelier, l'absence d'outils, l'absence d'œuvre - langage, intelligence, création.
création,esprit,folie,intelligence,langue,mouton,raison

solitude
Dans ma collection d'exils - de pieds, de langue, de tempérament - il me manque celui de sang ; le Juif errant aurait-il du sang bleu ? Ne pas pouvoir s'appuyer sur un sol et ne compter que sur le ciel - l'immense ressource d'originalité, dont s'est bien servi le Juif. « Ich bin dreifach heimatlos : als Böhme unter den Österreichern, als Österreicher unter den Deutschen und als Jude auf der ganzen Welt » - G.Mahler - « Je n'ai pas de patrie : Bohémien parmi les Autrichiens, Autrichien parmi les Allemands et Juif dans le monde entier ».
allemagne,auteur,exil,hommes,langue,noblesse,voix

solitude
Rien, pas même les étoiles, ne me parle dans la nuit ; telle est ma nuit avec les mots français, qui me laissent dans ma solitude silencieuse, avec un scintillement moqueur et des ombres incertaines.
auteur,étoile,france,langue,mot,ombre,silence

solitude
La solitude, ce n'est pas tellement l'absence d'yeux, qui m'observent, mais beaucoup plus probablement - l'absence d'oreilles, capables d'interpréter mes silences. « Ne dis jamais être seul ; tu n'es pas seul, car Dieu est en toi, et ton génie aussi ; et ils n'ont nul besoin de lumière pour voir ce que tu fais » - Épictète. Ton génie a beau ne parler que de son voisin de cellule, il est condamné d'emprunter les ombres et la langue des autres, puisque Dieu est sourd, muet, aveugle et analphabète.
action,dieu,esprit,langue,liberté,ombre,silence

solitude
Avoir et être : j'ai une sensibilité, un goût, une langue, des horizons, et je suis un talent, une hauteur, un rêve, un firmament. Je vois que l'on ne peut bâtir une fraternité que sur ce qu'on a, ce qu'on est étant voué à la solitude sacrée. Des fraternités sacrées n'existent pas.
auteur,fraternité,goût,hauteur,langue,sacré

solitude
Le rêve complète l'espace et le temps comme sphères de notre existence ; je ne vécus ni dans l'âge de mon soi connu, ni dans notre espace, ni dans votre temps, je vécus dans le rêve de mon soi inconnu - ni mémoire, ni langue, ni traces.
auteur,inconnu,langue,mémoire,rêve,soi,temps

solitude
L'homme est une mélodie d'un auteur anonyme, et qu'aucun chef d'orchestre n'interprétera à ta place ; l'homme est un jeu d'harmoniques ne se réduisant ni à la substance (qui est langage) ni à la circonstance (qui est hasard) ni à l'essence (qui est tribu).
être,hommes,jeu,langue,mouton,musique

solitude
Chez un mauvais écrivain, on peut toujours remplacer la première personne du singulier par une personne au pluriel ; chez un bon, derrière toute personne du pluriel, on perçoit la première personne au singulier. Le premier n’est jamais seul, le second l’est toujours.
art,langue,mouton

solitude
La science et l’art n’ont de sens qu’en société ; c’est pourquoi on a besoin de la philosophie, qui ne peut satisfaire qu’un homme solitaire, par une caresse langagière ou sentimentale, où perceront les outils ou finalités des autres.
art,caresse,création,langue,mouton,philosophie,science,sentiment

solitude
Les états d’âme, dignes d’être traduits en mots, images et idées, sont inspirés par une source interne, sans langage, sans ouïe ; mais tes monologues se déposent devant cette source, que tu appelleras mon soi inconnu. « L’art monologique des grands solitaires est un dialogue avec un autre toi-même »*** - O.Spengler - « Die monologische Kunst sehr einsamer Naturen ist Zwiesprache mit einem Du ».
âme,art,idée,inconnu,langue,ouïe,soi

solitude
Aucun dépit, aucune surprise, aucune amertume du fait d’être incompris ; non seulement j’emploie un langage, étranger à tous mes contemporains, mais aucun d’eux ne fut envisagé comme destinataire de mes messages. Le temps est mon ennemi : le passé, le présent, le futur sont trois néants : enseveli, inanimé, inconnu. Et hors du temps, il n’y a que le Créateur et ses anges, qui captent non pas les mots, les images, les idées, mais les vibrations des cordes humaines.
ange,auteur,dieu,idée,inconnu,langue,modernité,mot,sentiment,temps

solitude
A-t-on jamais vu quelqu’un qui serait, à la fois, poète, cogniticien, philosophe, logicien, linguiste ? Ce profil introuvable réduit à zéro le nombre de mes admirateurs potentiels. Est-ce que quelqu’un comprit la tragédie dans le sens que je lui donnai ? L’absence de cet angle de vue rend inaccessible aux autres mon culte de la consolation. A-t-on jamais entendu un philosophe qui aurait compris la place du langage dans l’expression des idées et dans leurs interprétations ? Pas la moindre trace ! Tous mes hymnes à la merveille langagière tombent dans un désert sourd et muet, l’homme-robot sédentaire ayant choisi pour séjour la cité affairée.
auteur,cité,consolation,désert,hommes,idée,interprétation,langue,modernité,mystère,…

solitude
Ton soi inconnu est ton interlocuteur idéal ; il est dépourvu de langage, comme Dieu ou ton propre rêve, et tu t’adresseras à lui, pour être surpris par ta propre création, imprévisible et solitaire.
création,dieu,étonnement,inconnu,langue,rêve,soi,style,voix

solitude
Non que je me sente étranger à toutes les blessures collectives, mais il s’agit, plutôt, de la différence des lieux qui saignent. L’organe touché chez moi, je ne le vois pas chez les autres. Comme, d’ailleurs, c’est le cas avec les enthousiasmes collectifs. Ce que les autres m’imposent, c’est la langue, le degré de liberté, la paix accessible. Mes métaphores et mes angoisses m’appartiennent en propre.
angoisse,auteur,enthousiasme,langue,liberté,maîtrise,métaphore,mouton,souffrance

solitude
Je ne vois que deux profils de lecteur qui apprécieraient mon écriture : le personnage tchékhovien, sachant ce que sont la tragédie et l’espérance, et Valéry, comprenant la place du langage en poésie et en philosophie.
auteur,espérance,langue,philosophie,poésie,tragédie

solitude
Tu découvres des facettes insoupçonnables de la solitude, lorsque tu quittes – ou ils te quittent - le sommeil ou la langue maternelle. « Seul, face-à-face avec les nuits et avec les mots »** - Cioran. Mais cette pesanteur des contraintes matérielles ouvre aux grâces immatérielles : écrire avant l’aube se met à t’approcher du ciel.
contrainte,grâce,inconnu,langue,matière,mot

solitude
L’horizontalité : les contraintes (sociales, langagières, politiques, civilisationnelles) que les communautés, dont je suis issu, m’imposent. La verticalité : les contraintes (éthiques, esthétiques, mystiques) que je m’impose moi-même. Je fais peu de cas des premières (les yeux suffisent pour les résumer) et n’envisage sérieusement que les secondes (formant mon regard).
auteur,beauté,bien,cité,contrainte,hauteur,langue,mystère,regard

montaigne m.
Ce n'est plus ce qu'il faut chercher, que le monde parle de vous, mais que vous parliez à vous-même.
solitude
Le factice du langage, qu'on tient aux autres, est si flagrant, que se parler, à soi-même, dans le même idiome, c'est parler une langue étrangère.
authenticité,gloire,langue,soi
 

souffrance
Le meilleur en nous n'a ni langage ni émetteur ni force - ce terrible constat est source de la vraie souffrance. Ne communiquer avec le ciel qu'avec notre épiderme - et l'esprit et la langue en font partie - à croire que Dieu n'est pas amour verbeux, mais souffrance muette.
amour,caresse,commencement,dieu,esprit,étoile,force,langue

souffrance
Les larmes de la réalité, les armes du modèle, les charmes du langage - la hauteur, la profondeur, l'étendue - la vie complète est un va-et-vient dans ces trois dimensions, ponctué de projections : platitudes de nous, flèches de toi, points de moi.
axe,caresse,flèche,hauteur,langue,platitude,réalité,représentation,soi,vie

souffrance
Après avoir tâté de mon livre, le lecteur médiocre n'y aura découvert que des apéritifs interminables, le profond y goûtera un langage pimenté, le hautain y boira une consolation de tout ce qui, ailleurs, est indigeste.
consolation,hauteur,langue,platitude

souffrance
La science s'occupe de ce qui admet des solutions ; c'est autour de la langue et de la souffrance que se concentrent des problèmes, où toute solution reste illusoire et provisoire ; et ce sont ces deux domaines qui se livrent à la bonne philosophie, délivrant des métaphores et des consolations. Ce n'est pas le vrai que la philosophie y trouve, mais le bon et le beau. Ceux qui ne le comprennent pas diront avec Galilée : « Je préfère trouver le vrai d'une petite chose, plutôt que disserter des grands systèmes sans fondement » - « Preferisco trovare il vero di una cosa minima che dissertare dei massimi sistemi senza fondamenti » - les grandes choses valent par leurs cimes, les petites se contentent des racines.
arbre,beauté,bien,consolation,grandeur,hauteur,langue,métaphore,mystère,philosophie,…

souffrance
L'ineptie de leurs quêtes de la sagesse, comme l'ambition suprême de la philosophie, me fait penser, qu'être sage, c'est ne pas se pendre et tenter de traduire sa vie en belles métaphores, verbales, gestuelles ou sentimentales, et donc, en effet, on y retrouve les deux seuls sujets, dignes d'un discours philosophique – la consolation et le langage.
consolation,intelligence,langue,métaphore,philosophie,sentiment,vie

souffrance
Notre faculté d'analyse conduit inexorablement au désespoir irréfutable ; heureusement, notre faculté de synthèse produit quelques illusions bancales mais salutaires. Le philosophe devrait n'exercer que deux fonctions : synthétiseur des consolations ou analyseur des langages. Le philosophe analytique est exclu, par définition, de la première guilde.
consolation,espérance,langue,philosophie,rêve

souffrance
Ces misérables et naïves proclamations des philosophes, voyant dans la passion de connaître le motif de leurs exercices. Je le verrais plutôt dans le désir de caresser : caresser, avec une humble pitié, la souffrance humaine et caresser, dans un style fier, le langage de la découverte du monde.
acquiescement,auteur,caresse,grandeur,langue,nature,philosophie,pitié,savoir,simplicité,…

souffrance
Les deux volets de la bonne philosophie découlent tout droit des deux faces, que la vie nous présente : d'un côté, elle est une collection de nos déconfitures, et de l'autre – un tableau grandiose d'une perfection, qu'il s'agit de peindre ou de mettre en musique. D'où le double souci de caresses ou de langages.
caresse,défaite,langue,musique,philosophie,vie

souffrance
La philosophie, digne de nos enthousiasmes, n'a que deux ambitions à justifier : la synthèse des consolations et l'analyse du langage. La consolation – une espérance excluant toute action ; le langage, cet intermédiaire entre la réalité et la représentation et qui est la demeure de notre regard sur les commencements et sur les fins. « La philosophie proclame les principes de nos espérances les plus hautes et de nos regards sur les fins dernières »*** - Kant - « Die Philosophie verheißt die Grundlage zu unseren größten Erwartungen und Aussichten auf die letzten Zwecke ».
action,commencement,consolation,enthousiasme,espérance,hauteur,langue,philosophie,réalité,regard

souffrance
Quel est le point commun entre ces deux branches philosophiques – la recherche de consolations et la recherche autour du langage ? Peut-être la reconnaissance de la divinité de ces deux tâches – ennoblir la souffrance humaine et bâtir une maison langagière pour notre esprit et notre âme. Ce foyer philosophique commun s'appellerait sentiment religieux (« religiös zentriert » – Husserl).
âme,consolation,esprit,langue,noblesse,philosophie,religion

souffrance
Le philosophe doit être architecte ou musicien, mais sur un registre paradoxal : pour rendre habitables les ruines, où se réfugient nos amours, nos talents et nos espérances, et pour traduire tout bruit du réel dans une musique du conceptuel ou du verbal. En philosophie, tous les édifices et toutes les proses, privés de souffrance et de mélodies, s'écroulent et s'aplatissent, sans laisser ni ruines ni échos.
amour,espérance,idée,langue,musique,paradoxe,philosophie,pitié,platitude,ruines

souffrance
La souffrance concrète et l'intelligence abstraite sont les seuls domaines, où la philosophie a un mot à dire, - la philosophie de la consolation et la philosophie du langage. En revanche, il faut enterrer et oublier les soi-disant philosophies de la nature, de l'expérience, de l'être, de l'esprit, de la connaissance, de la liberté, de la vérité.
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souffrance
Chacun de nous porte, au fond de soi-même, des points inconsolables et indicibles ; c'est pourquoi nous avons besoin de philosophie, qui est consolatrice de l'impossible et muse des langages d'au-delà des pensées.
absurde,consolation,espérance,idée,langue,philosophie

souffrance
À chaque facette de l'existence – sa science : la mathématique (et non pas la philosophie) de la vérité, l'histoire (et non pas la sociologie) de l'humilité, la géographie (et non pas la statistique) du désespoir, l'astronomie (et non pas la géologie) de l'ironie, la chimie (et non pas l'anatomie) de la douleur, les langages (et non pas la géographie) de la poésie.
espérance,histoire,ironie,langue,poésie,science,vérité

souffrance
La philosophie est affaire de l'âme consolante ou de l'esprit verbal ; si l'on ignore la stridence de la pitié et la musique du langage, on ne peut pas être philosophe. En création de concepts, en attachement à la vérité, en maîtrise de l'être, le philosophe académique ne dépasse en rien le garagiste.
âme,consolation,création,école,esprit,être,idée,langue,maîtrise,musique,…

souffrance
Les sots et les philosophes protestent : je souffre et j'exulte, tandis que le scientifique exclut de sa vision toute sensibilité et ne sait pas ce qu'il fait. Tout savoir enrichit les vocabulaires et les syntaxes, même ceux des braiments, mais le savoir scientifique apprend mieux que les autres à maîtriser la plus belle des intonations, l'intonation ironique. Ah, si, en plus, le savant s'intéressait, comme jadis, à la tonalité mystique, pour produire de la musique tragique de la vie ! « Nous ne pouvons imaginer aujourd'hui, qu'un même homme soit un savant et un mystique »* - S.Weil.
âme,intensité,ironie,langue,maîtrise,musique,mystère,philosophie,savoir,science,…

souffrance
La pensée doit introniser le langage et ennoblir l’espérance. « Une idée ne vaut que par l’espoir, qu’elle excite »* - Valéry. L’excitation est une soif de l’âme, soif maintenue auprès de la fontaine de l’esprit.
âme,espérance,esprit,idée,langue,noblesse,soif

souffrance
À part la philosophie du langage, toute philosophie, surtout celle de nos douleurs, devrait s'occuper de ce qui nous console, que ce soit dans un chemin ou dans une position couchée. Mais il n'existe ni chemin ni impasse, qui nous rendraient automatiquement sensibles au message philosophique. « Il faut supprimer la philosophie pour retrouver le chemin, qui mène à elle » - G.Bataille.
chemin,consolation,immobilité,langue,philosophie,pose

souffrance
La réalité est le domaine de référence de toute philosophie, sans que celle-ci s'y plonge ou y soit compétente. Toute philosophie du réel, et en particulier de l'être, est vouée à l'ennui, si elle ne se réduit pas à la poésie. La bonne philosophie doit s'occuper de nos maux et de nos mots, inspirés et vécus par et dans l'imagination.
être,langue,mot,philosophie,poésie,réalité,savoir

souffrance
La philosophie est pensée de la pensée. Deux pensées-objets s'y présentent : la pensée abstraite articulée – d'où la réflexion sur le langage, et, parmi les pensées concrètes, la plus redoutable, celle de la mort, d'où la recherche de la consolation.
consolation,idée,langue,mort,philosophie

souffrance
Ce n'est pas un conflit qui oppose le rêve à l'action, mais l'incompatibilité de leurs langages, tandis que chacun a raison dans son domaine. Il est bête de voir une tragédie dans le fait que deux antagonistes aient raison en même temps (Hegel) ; la tragédie est dans l'impossibilité d'exprimer une noblesse dans le langage d'une autre.
action,inconnu,langue,lutte,noblesse,rêve,tragédie

souffrance
L'angoisse et le langage, tels sont les deux seuls objets d'une réflexion véritablement philosophique ; c'est l'âme et l'esprit qui constituent l'organe unique de ces deux fonctions, et cet organe s'appelle l'humanisme. Aujourd'hui, chez la plupart des hommes, il est dévitalisé par des injections successives de deux virus - mouton et robot.
âme,angoisse,concept,esprit,humanisme,langue,mouton,philosophie,robot

souffrance
L'exilé peut porter sa patrie sur ses semelles - qu'il essuierait devant tout sanctuaire ; il peut la porter dans ses bras - elle serait une orpheline, pour laquelle il chercherait un tombeau ; il peut enfin la porter dans son cœur - qui saignerait à tout afflux de désespoir. Une tare, une infirmité ou une malformation trahies par des stigmates de langue.
cœur,espérance,exil,langue,mort

souffrance
L'homme se débat contre la vie, sans la percevoir ni, encore moins, la concevoir. « J'ai beau voir et comprendre la vie, je ne peux la toucher » - Pessõa – mes yeux manquent de regard ou mon toucher est trop loin d'être une caresse. Combattre un ange, plutôt que scruter une bête. Être un ange et en vivre la souffrance, plutôt que « se faire une bête, afin d'étouffer la douleur d'être un humain » - S.Johnson - « to make a beast of himself in order to get rid of the pain of being a man ».
ange,caresse,langue,lutte,proximité,raison,réalité,regard,robot,vie

souffrance
L'âme n'a pas de langage, et son silence imposé est vécu comme une tristesse ou une angoisse. Elle est analogique, et l'esprit est numérique ; l'intelligence, c'est une fraternité entre eux. La mélancolie : un état d'âme rendu par un mot d'esprit.
âme,angoisse,esprit,fraternité,langue,mélancolie,mot,silence

souffrance
Les seuls commencements, dignes d'un philosophe, sont : la souffrance (Dostoïevsky), la noblesse (Nietzsche), le langage (Valéry). Les commencements logique (Aristote), méthodologique (Descartes), dialectique (Hegel) ne sont que des pas intermédiaires et, donc, - insignifiants.
commencement,langue,noblesse,philosophie,science

souffrance
La souffrance et le langage – les seuls sujets d'une philosophie noble (peut-il y en avoir d'autres ?). La sécheresse pseudo-savante d'Aristote, Kant, Hegel les rend indifférents à la hauteur du premier sujet ; leur ignorance langagière leur cache la profondeur du second. D'où la grandeur de Dostoïevsky, de Nietzsche, de Valéry.
grandeur,hauteur,langue,noblesse,philosophie,science

souffrance
La certitude qu'une bonne traduction en français de mon opus hapax intensifie la mélancolie de mon chant des défaites.
auteur,défaite,france,langue

souffrance
Créer selon l’âme, c’est éviter le bruit et n’émettre que la musique ; vivre selon l’âme, c’est chercher des consolations. Créer selon l’esprit, c’est rechercher un langage châtié ; vivre selon l’esprit, c’est souffrir.
âme,consolation,création,espérance,esprit,langue,musique,vie

souffrance
Tout bon philosophe se trouve une bonne source de la consolation humaine : Voltaire – dans l’ironie, Nietzsche – dans la musique, Heidegger – dans la poésie, Valéry – dans le mystère de la création. Rien de plus bête que le pessimisme sceptique. Ce qui est admirable, c’est que la consolation philosophique ne devienne convaincante que grâce à la qualité du langage, de cette seconde facette de toute bonne philosophie. Avec ces deux auréoles, la tragédie humaine gagne en hauteur et en couleurs, sans perdre de son intensité.
consolation,création,enthousiasme,espérance,hauteur,hommes,intelligence,intensité,ironie,langue,…

souffrance
Tout compte fait et malgré beaucoup d’objections valables, le progrès en philosophie est possible. La meilleure preuve en est sa pénétration par une haute poésie et par une profonde souffrance, ce qui fut ignoré dans l’Antiquité et timidement annoncé par quelques balbutiements à l’ère classique. Le bavardage abscons, autour de la vérité et du savoir, finit par ennuyer ceux qui prônaient la musique, lyrique ou tragique, du langage.
antiquité,chemin,ennui,hauteur,langue,musique,philosophie,poésie,savoir,tragédie

souffrance
La philosophie est affaire de l’âme ; et celle-ci y est plus un outil qu’un objet. L’objet est fourni par les confrères de l’âme – le cœur et l’esprit. Le cœur est sensible au caractère tragique d’une vue de rêve ; il appelle le philosophe à chercher des consolations. L’esprit abstrait se réduit aux domaines de ses manifestations, ce qui nous conduit aux interrogations sur la place du langage dans un discours.
âme,cœur,consolation,discursif,esprit,langue,philosophie,rêve,tragédie

souffrance
La consolation est la réparation verbale d’un indicible abîmé. « Aujourd’hui, tout s’achève, puisque rien ne se répare plus » - Tsvétaeva - « Сейчас всё кончается, потому что ничто не чинится » - on ne pleurera que le tout des rêves, non des actes.
action,consolation,inconnu,langue,mort,rêve,tragédie

leopardi g.
Sono stanco della indifferenza filosofica, che è il solo rimedio de' mali e della noia, ma che infine annoia essa medesima.

Je suis las du relativisme philosophique, qui est pourtant le seul remède des maux et de l'ennui, mais qui finit, lui-même, par ennuyer.
souffrance
La bonne philosophie commençant par l'aveu que nos maux sont incurables, toute recherche de remèdes aboutit au désenchantement, c'est à dire à l'ennui. Enchanter la douleur, trouver une consolation, irrésistible et invivable, - la première leçon philosophique. La seconde – sonder les merveilles du langage, un bon remède contre l'ennui des actes et des images.
action,consolation,ennui,inconnu,langue,philosophie,universel

kierkegaard s.
En esthétique, le désespoir est un désespoir de la faiblesse, du refus d'être soi-même ; en éthique, le désespoir est celui de l'affirmation de soi-même, du désir désespéré d'être soi-même.
souffrance
Et en mystique, le désespoir est celui du constat, que tout notre soi-même est désespérément autrui, les autres, donc l'enfer. Est mystique celui qui sait se dégager de la sociabilité du langage.
élan,espérance,force,langue,mouton,mystère,révolte,soi,tragédie

weil s.
Le plaisir est innocent, à condition qu'on n'y cherche pas la connaissance. Il n'est permis de la chercher que dans la souffrance.
souffrance
La souffrance est aussi aveugle que le plaisir, mais son langage de requêtes comporte plus d'inconnues, ce qui promet des réponses plus riches.
arbre,bonheur,langue,question,savoir
 

chœur vérité
INTELLIGENCE : Savoir falsifier toute vérité est signe d'intelligence. L'intelligence supérieure est de fabriquer un langage rendant cette falsification - automatique. Tout ce qui touche à la vérité peut être câblé dans le cerveau des hommes. La grande menace serait, que le beau se réduise, lui aussi, à quelques branchements de veines ou d'aortes.
beauté,esprit,langue,raison,robot

chœur vérité
IRONIE : La vérité se livre à la mémoire et à l'ironie. Elle y prend la forme d'idole incontournable ou de contrainte pour une nouvelle circulation de croyances. La vérité humaine est celle qui garde de l'attrait après la péremption du langage, dans lequel elle fut mise au monde. L'ironie est l'asile des vérités abandonnées par des grammaires défaillantes.
contrainte,exil,langue,mémoire,religion

vérité
Il y a deux sortes de vérité : musicale et verbale. L'art et la science, c'est le dosage, la bonne entente entre les deux. L'artisanat et la technique, c'est l'ignorance de l'une des deux.
art,balance,langue,musique,savoir,science

vérité
Pourquoi le sage aime-t-il défier des vérités ? Serait-il plus sceptique que le sot, face aux preuves ? Non, le sage fait davantage confiance à l'Horloger du vrai, mais il sait, par expérience, que plus on soumet la vérité aux épreuves du paradoxe, plus majestueux est le nouveau langage, dans lequel elle se réincarne et se renomme, dans une espèce de tautologie de rupture. « La législation langagière engendre aussi les premières lois de la vérité »** - Nietzsche - « Die Gesetzgebung der Sprache giebt auch die ersten Gesetze der Wahrheit ».
dieu,doute,grandeur,langue,ordre,paradoxe,philosophie,raison

vérité
Discours et sa véracité. Deux étapes, pour l'atteindre : analyse et, si besoin est, exécution. On se plante en analyse parce que : 1. le lexique est bon, mais la syntaxe est mauvaise, 2. la syntaxe est bonne, mais des opérateurs inconnus sont invoqués. On se plante en exécution parce que : 1. des références d'objet n'aboutissent pas aux objets du modèle, 2. la proposition s'évalue à faux. Le domaine de la vérité est donc le langage : une langue plus un modèle.
concept,erreur,interprétation,langue,représentation

vérité
Quand la gravitation seule explique l'attirance de la vérité, c'est le bon moment, pour changer d'orbite langagière. La vérité n'est bien en chair qu'impondérable. Ou, plutôt, la chair, c'est le langage, dont la vérité n'est qu'un (sous-)vêtement. Camus, lui aussi, la confond avec le verbe : « La vérité est trop nue ; elle n'excite pas les hommes ».
balance,caresse,inconnu,langue

vérité
Méfie-toi de la vérité traversant les saisons. La vérité féconde ne s'hérite pas. Sous un éclairage figé, où des vérités végètent, tout se reproduit mécaniquement, même le mensonge. N'aspirent ni n'appellent de nouveaux astres que des visions, vraies ou fausses, en quête d'un langage libérateur et fulgurant, arcana Dei.
climat,création,élan,étoile,intensité,langue,mensonge,ombre,platitude,robot

vérité
La vérité n'est jamais vivante. Dès qu'on laisse entrer la vie (la réalité), dans un modèle (dépositaire de vérités), une rupture épistémique (dans le langage ou dans le modèle) éclate, et un nouveau système de vérités s'installe. La vérité est monotone, intemporelle, sans mouvement vital (la vérité est cadavérique - Hegel - leblose Knochen eines Skeletts) : « En logique, nul mouvement ne doit devenir, car le logique ne fait qu'être »** - une étonnante rigueur technique de Kierkegaard.
continuité,école,être,immobilité,langue,mort,raison,réalité,représentation,système,…

vérité
Plus que la vérité elle-même, on devrait apprécier ce qui élève au rang de vérité ou en prive, c'est-à-dire les instruments, qui créent des langages et des modèles de la réalité. L'homme est davantage instrument que dépositaire de la vérité, et St-Augustin a tort  : « La vérité habite à l'intérieur de l'homme » - « In interiore homine habitat veritas ».
création,hommes,langue,réalité,représentation,soi

vérité
L'objet O existe - comment le comprendre ? Quelle est la requête et dans quel langage ? Dans le contexte de quel modèle ? Quel en est l'interprète ? O existe, si l'on l'interroge bien et si l'on réussit à accéder à lui dans le modèle. L'objet moi du cogito n'est référencé qu'implicitement, l'interprète est absent et le modèle n'est que polémique.
concept,être,interprétation,langue,question,réalité,représentation

vérité
Le dilettante dit : c'est la vérité qui compte ; l'expert lui emboîte le pas : ce qui compte, c'est l'écart audacieux de la vérité sur déclin ; l'ironiste achève : on ne sait pas ce qui compte - langage, rythme, climat, métaphore ?
audace,climat,ironie,langue,métaphore,musique,proximité

vérité
Par abus de langage on dit, que le système des vérités change, lorsqu'on change de langage. Le plus souvent, ce n'est pas le langage qui change, mais le modèle de l'univers (le signifié), dans le contexte duquel on évalue des propositions. C'est de l'union d'une machine linguistique (comprenant la logique) et des lambeaux de la vie modélisée que naît la vérité.
création,école,interprétation,langue,raison,représentation,robot,système,vie

vérité
Le langage ne représente pas la réalité. La tâche de représentation, c'est la conception (structures, attributions, règles comportementales) qui n'est pas d'essence langagière. Le langage, c'est essentiellement la formulation de problèmes.
concept,création,langue,réalité,représentation,question,réalité

vérité
La vérité se dégage de l'interrogation, dans un langage provisoire, des modèles furtifs de la réalité. Ni l'éternité ni l'infini, ces attributs de la seule réalité, n'accompagnent ni bénissent cette naissance. Toute vérité est un enfant bien légitime de ses parents, langage et théorie, sans Annonciations du Verbe ni Visitations par l'Esprit Saint. Bien que Milton pense le contraire : « La vérité ne vient au monde qu'en bâtard » - « Truth never comes into the world but like a bastard ». La mathématique semble en être la marraine.
commencement,concept,enfance,éternité,inconnu,langue,métaphore,négation,question,réalité,…

vérité
Le regard et le langage - deux outils qu'entretient un bel esprit ; le médiocre, le mal instrumenté ou le mal inspiré, s'occupe de matières premières, des vérités. La Caresse ou le Verbe, c'est à dire la poésie personnelle, se concentrent aux Commencements ; des vérités traînent auprès des finalités aléatoires et communes. Ceux qui manquent d'audace et de personnalité, se plient aux jugements universels, absolus : « Ce qui vient de moi-même, dans ma philosophie, est faux » - Hegel - « Was in meiner Philosophie von mir ist, ist falsch ». Le créateur audacieux dit : « C'est le regard qui exprime la vérité » - Nietzsche - « Die Wahrheit spricht der Blick aus ».
audace,caresse,commencement,création,esprit,langue,mal,matière,ombre,platitude,…

vérité
L'homme, péniblement, apprend au vrai une langue de symboles, et voilà que le réel, ce vagabond sans famille ni école, s'avère maîtriser sans peine la même langue ! « L'homme mesure Dieu, comme l'image mesure la vérité » - Nicolas de Cuse - « Sic mensura Dei in creaturis sicut veritas in imagine ».
balance,dieu,école,esprit,langue,maîtrise,réalité,style

vérité
Spinoza : un délirant se donnant l'air savant ; Heidegger : un savant cherchant l'air délirant. Le premier prétend, naïvement, prouver des vérités éternelles ; le second, lucide, invente sa propre notion de vérité, valable dans une seule maison de l'être, son langage. Le sérieux d'un jargon mal maîtrisé ou les jeux d'un langage à créer.
création,doute,éternité,être,langue,savoir,science,simplicité

vérité
L'acception la plus bête, mais la plus répandue, de vérité : ce à quoi on adhère inconditionnellement. Or une vérité ne s'établit qu'à travers les trois types de conditions : de langue, de modèle, d'interprète.
interprétation,langue,représentation

vérité
Tout ce qui est hors du langage courant est, par définition, faux. Toute création consiste à produire du faux avec des instruments du vrai. Les romantiques fourvoyés cherchaient, avec des instruments du faux, à produire du vrai.
création,langue,poésie,romantisme

vérité
Le mot idée renvoie soit à la requête (intentions, hypothèses, références), soit à la réponse (constat de substitutions et de liens). Entre ces deux lieux de pensée incommensurables se glisse la vérité, précédant le second et succédant au premier.
arbre,esprit,idée,inconnu,interprétation,langue,question

vérité
Soit on réduit la philosophie à la logique en en attendant des solutions-vérités, soit au savoir, prometteur de problèmes-langages, soit, enfin, à la poésie, où l'on se contente de mystères-styles. Sens pratique, sens intellectuel, sens poétique : « Le poète est un homme, qui a gardé le sens du mystère »* - J.Green.
art,caresse,esprit,langue,mystère,philosophie,poésie,raison,savoir,style,…

vérité
Dans le vrai, le langage est l'outil, et la représentation – la matière ; dans le beau, c'est l'inverse. Et puisque dans les jugements de valeur doit dominer la matière, le beau surclasse le vrai. L'outil est la maîtrise des buts collectifs, et la matière est la noblesse des contraintes personnelles.
beauté,contrainte,langue,maîtrise,matière,mouton,noblesse,représentation,valoir

vérité
Qu'est-ce qu'une idée ? Une requête syntaxiquement correcte dans un langage ; son analyse sémantique dans le contexte d'un modèle ; sa valeur de vérité ; des substitutions (objets) de ses variables ; des images et des désirs, qui s'en forment dans le locuteur, se tournant vers la réalité modélisée. Il n'y a aucune place à cette fumeuse adéquation de l'idée et de la chose. Aucun isomorphisme n'est pensable entre le langage et le modèle, ou entre le modèle et la réalité.
arbre,concept,idée,intensité,interprétation,langue,question,réalité,représentation,style

vérité
On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie.
contrainte,création,esprit,être,interprétation,justice,langue,matière,négation,ordre,…

vérité
Le dogmatique et l'aporétique n'ont aucune raison de se vouer des anathèmes et des hargnes. On n'a même pas besoin d'être ironique, pour savoir être dogmatique, dans un langage et modèle fixes, et être aporétique, dès qu'un nouveau langage ou modèle se mettent à poindre. Le dogmatique s'intéresse aux vérités, l'aporétique - à ce qui les fait naître et périr, l'ironique - à leurs habits.
commencement,création,fanatisme,haine,ironie,langue,paradoxe,représentation

vérité
Les transcendantaux : le Bien, le Beau et le Logique. Mais ni les bonnes actions, ni les beaux objets ni les vérités ne le sont pas. Le Vrai ne quitte presque pas le domaine langagier, effleure à peine le conceptuel et ignore le réel. Le Bon ne loge que dans l'âme, se tait ou se profane dans le réel et se chante ou se rehausse dans le langagier.
action,âme,beauté,bien,esprit,idée,intelligence,justice,langue,réalité,…

vérité
La vérité n'a aucun rapport avec la validité (le pragmatisme) ni avec la certitude (le psychologisme) ; elle est une relation linguo-conceptuelle.
concept,doute,idée,langue,représentation,utilité

vérité
La vérité : fille du temps (« veritas filia temporis » - F.Bacon) ? de l'espace (la Loi) ? du langage (le Verbe) ?
justice,langue,ordre,temps

vérité
Toute griserie est contre-indiquée, pour constater une sobre propriété des propositions grammaticalement correctes, qui s'appelle vérité. Mais chez ceux (Hegel, Schelling, Hölderlin) qui ignorent, que ce breuvage archi-neutre n'a rien d'alcoolisé, sa consommation est décrite comme une bacchanale délirante. Voilà où mène l'incompétence dans le choix de flacons.
ironie,langue

vérité
Le vrai est toujours logé dans un univers clos, et la création est modification de l'univers, donc – défi explicite au vrai ancien et naissance implicite du vrai nouveau. Le vrai, contrairement au beau, ne demande ni volonté ni intelligence internes ; il est produit collatéral et secondaire d'une volonté de la création externe. « Volonté du vrai - c'est l'impuissance dans la volonté de créer »*** - Nietzsche - « Wille zur Wahrheit - die Ohnmacht im Willen zur Schaffung ». Le créateur produit des images, qui forment un arbre requêteur, et que l'observateur unifie avec son propre monde, l'unification devenue possible grâce à l'adaptation au nouveau langage et à la vérité établie, fugitivement et mécaniquement, de la proposition.
arbre,audace,commencement,création,esprit,force,intelligence,intensité,langue

vérité
La philosophie peut prétendre aux facettes esthétique, éthique, mystique, mais nullement - à la véridique. Mieux, la connaissance philosophique n'existe pas, bien que la philosophie de la connaissance soit vaste et féconde. La vérité naît entre le langage et le modèle, tandis que la philosophie est dédiée à la relation entre le modèle et la réalité.
beauté,bien,concept,langue,mystère,philosophie,réalité,représentation,savoir

vérité
Impossible de parler du vrai en absence d'une requête, articulée dans un langage et interprétée dans le contexte d'un modèle, les deux se trouvant hors de tout être (St-Augustin) et de tout étant (Thomas d'Aquin).
être,interprétation,langue,question,représentation

vérité
Les philosophes sont de grands pollueurs du débat sur la vérité ; les seuls, qui y ont leur mot à dire, sont les logiciens, les linguistes et, surtout, - les cogniticiens ; c'est la qualité des représentations qui, pour dégager des vérités, compte plus que la correction du langage ou la rigueur de la logique.
élite,langue,philosophie,représentation,science

vérité
Des trois types de vérités, ontologique, représentative, jugementale, seule la dernière devrait être retenue. La vérité des choses aurait dû être confiée aux sens ; la vérité de la pensée des choses - au bon sens ; mais le sens ne peut partir que de la vérité des jugements langagiers.
esprit,être,idée,interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
Eux (de Thomas d'Aquin à Heidegger), ils veulent constater l'accord entre l'énoncé et la réalité, pour conclure à la vérité. Tandis qu'il faut d'abord constater la vérité (dans le rapport apophantique langage-modèle), avant de songer à l'accord (le sens dans le rapport mental modèle-réalité).
interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
Si le vrai de l'homme ne loge que dans le langage, la vérité de Dieu est la possibilité même du langage, elle en est la méta-grammaire, anti-réflexive. Le langage de Dieu échappe à toute grammaire. C'est ce que voulait dire Tiouttchev : « La pensée articulée est mensonge » - « Мысль изречённая есть ложь ». L'esclave inconscient croit qu'est libre celui qui peut ne pas mentir. La vérité logique (celle qui s'établit dans le contexte d'une représentation) est un mensonge ontologique (puisque l'ontologie du réel n'a pas de langage, et aucune représentation n'est homomorphe à la réalité).
dieu,être,idée,langue,liberté,mensonge,nécessité,réalité,représentation

vérité
Ils cherchent le néant et la vérité non pas dans la représentation ou le langage, mais dans - la réalité ! On devine une négation mécanique : le vrai et l'être, élevés, depuis Aristote, au grade de perfections, avec l'un et le bien. Mais ni le vrai ni le bien n'appartiennent à la réalité (la seule perfection) : le vrai s'établit dans le langage (deux couches, conceptuelle et langagière, au-dessus du réel), et le bien, condamné à ne jamais quitter son foyer - notre cœur, une chimère immortelle.
bien,cœur,être,idée,inconnu,langue,raison,réalité,représentation

vérité
Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores
concept,discursif,être,interprétation,langue,mot,moyen âge,question,représentation,temps

vérité
L'accord du discours avec la réalité - telle est la vision de la vérité du naïf et du savant ; mais le sujet, éliminé ici du débat, a sa réalité et surtout son modèle ; le même discours peut se bâtir au-dessus des modèles incompatibles et être confronté aux réalités différentes. Il vaut mieux oublier la réalité (qui ne doit pas apparaître avant la recherche du sens d'un discours interprété) et laisser l'interprète conceptuel juger de la vérité du discours dans le contexte du modèle.
idée,interprétation,langue,réalité,représentation,science,simplicité

vérité
On peut bâtir des modèles rigoureux et cohérents, et qui ne reflètent pas la réalité ; ce qui permet de les distinguer des modèles du réel s'appelle vérité canonique (Épicure), qui n'est soumise qu'aux sens ; la vérité de la diction est contrôlée, en plus, par le langage et par l'intellect.
langue,réalité,représentation

vérité
Dans les contradictions d'un sot, avec lui-même, on devine un regard monolithique, mais inconsistant, sur la réalité. Dans les contradictions d'un sage, on découvre un conflit entre des modèles différents (couches, angles ou points de vue), mais se servant des mêmes «interfaces» langagières (et la contradiction gît dans le langage). Le sot est terrorisé par ses contradictions ; le sage s'en réjouit, car il vit, simultanément, la merveilleuse richesse du langage, du modèle et de la réalité.
langue,négation,paradoxe,philosophie,réalité,regard,représentation

vérité
Contradiction et ses apparences : on la constate d'abord dans la langue ; en théorie, la langue est un instrument bâti par-dessus une représentation (et l'on appellera ce couple - langage), mais en pratique, la langue s'en émancipe, de diverses représentations pouvant lui servir de cadre. La contradiction peut donc être surmontée par un recours, ironique et intelligent, aux langages différents ; il n'en restera qu'apparence. Mais le cynisme et la bêtise s'accommodent de la contradiction au sein d'un même langage. L'intelligent est donc celui qui représente mieux et plus.
intelligence,ironie,langue,négation,paradoxe,représentation,système

vérité
L'inévitable purification de la philosophie : on lui retire toute prétention à la vérité, on se moque de son savoir et encore davantage - de son savoir des savoirs, on s'ennuie dans son langage - il ne reste comme objet d'une vraie philosophie que la terreur ou l'enthousiasme de l'homme seul, et qu'un clochard aujourd'hui aborde plus pertinemment que les écolâtres.
ange,école,enthousiasme,langue,philosophie,savoir,solitude

vérité
Les plus piètres des penseurs croient, que l'opposition fondamentale se joue entre la vérité et l'erreur. Les meilleurs la placent entre l'intensité et la pâleur, entre le chant et le récit, entre la noblesse et le conformisme, entre l'âme et la machine. Le problème de vérité ou d'erreur se réduit, le plus souvent, au langage, la partie la moins délicate d'un discours intellectuel.
danse,esprit,intensité,langue,mouton,noblesse,philosophie,robot

vérité
Au sein de quelles structures s'intéresse-t-on aux contradictions ? Celui qui les déplore dans le langage même est creux ou bête ; leur réduction à la représentation est lucide mais mécanique ; c'est au milieu de nos états d'âme, enfin, que se trouvent des contradictions mystérieuses et organiques. Bavardage, cognitique, tragédie.
âme,intelligence,langue,mystère,négation,platitude,représentation,robot,tragédie

vérité
Comment naissent des vérités sur la réalité ? Toute vérité (préalable) résulte d'une démonstration de propositions ; toute proposition est formulée en un langage ; tout langage se construit au-dessus d'un modèle ; tout modèle se fonde sur le libre arbitre des concepts modélisés ; toute démonstration engendre des substitutions ; le sens des substitutions résulte de la confrontation avec la réalité ; l'analyse du sens valide le modèle (ou l'invalide, en obligeant à le revoir) et permet de proclamer la vérité du modèle en tant que vérité de la réalité. Il n'est pas un seul exemple de vérité réelle immédiate.
arbre,idée,interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
La poésie est un flux langagier rendant superflu le modèle sous-jacent, devant l'évidence du beau, qui en est la fin ; la philosophie est la création de modèles, face à un langage, rendant vraies et enracinées ses métaphores ; et c'est à partir du langage poétique que le chemin en est le plus profond, car les métaphores poétiques sont les plus hautes. « Le poète enveloppe la vérité d'images, qu'il offre ainsi au regard pour (é)preuve »** - Heidegger - « Der Dichter verhüllt die Wahrheit in das Bild und schenkt sie so dem Blick zur Bewahrung » - le regard, gardien de vérités (dans wahr, il y de la garde et de la vérité !), dans la demeure de l'être, édifiée en mots, - beau tableau !
beauté,discursif,être,hauteur,langue,métaphore,philosophie,poésie,regard,représentation

vérité
Ni le logicien ni le poète n'ont rien à dire sur la vérité en tant que savoir des essences (réservé aux scientifiques) ; ni le philosophe ni le linguiste n'ont rien à dire sur la vérité des discours (réservée aux logiciens) ; ni le savant ni le logicien n'ont rien à dire sur la vérité de l'homme (réservée aux philosophes et poètes).
être,hommes,langue,philosophie,poésie,science

vérité
Face à la vérité, deux attitudes intenables : la philosophie analytique, qui ne voit que le langage et néglige la représentation (dont elle charge le langage même, absolument inadapté pour assumer cette tâche), et la phénoménologie, qui ne voit pas le langage et réduit tout à la connaissance (qu'elle voit comme résultat d'un dévoilement surmontant l'ignorance, opération, qui ne débouche que sur des faits, entre lesquels et la vérité s'inscrira le langage).
langue,philosophie,savoir

vérité
Vérité de fait et vérité de jugement : la première est postulée par un libre arbitre de la représentation (non pas perçu par nos sens, mais conçu par le bon sens), la seconde est démontrée par l'interprétation de propositions, que produit notre liberté. La première existe hors la langue (les philosophes analytiques ne le voient pas : « Il n'y a ni vrai ni faux avant la parole » - Lacan), la seconde ne peut exister qu'à travers des requêtes langagières.
interprétation,liberté,langue,représentation

vérité
Si je ne m'intéresse qu'à la vérité, c'est à dire – aux solutions, je ne ferai que de la science. Mais si mon intérêt va jusqu'aux problèmes, c'est à dire au langage, ou, mieux, si je suis chatouillé par le goût des mystères, c'est à dire par la beauté symbolique, je tenterai de me vouer à la poésie ou à la philosophie. Les solutions sont possibles grâce aux systèmes, mais Wittgenstein : « Les systèmes sont exactement ce, sur quoi on ne peut pas parler » - « Die Systeme sind gerade das, wovon man nicht reden kann » - est complètement à côté de la plaque, puisque, au-dessus des systèmes, se bâtit le pouvoir philosophique et le discours poétique. Et l'on est obligé de se taire, si l'on ne maîtrise ni la philosophie ni la poésie.
auteur,beauté,langue,maîtrise,mystère,nécessité,philosophie,poésie,silence,système

vérité
Tous, tôt ou tard, s'aperçoivent du gouffre qui, inévitablement, se creuse entre la merveille de la réalité et la merveille du langage, entre le dit et le fait ; mais les niais en veulent la cohérence et finissent par faire la louange du silence de Mélisande, porteur de la vérité ; la vérité du monde se chante, la vérité du langage se formule ; leurs merveilles - se (re)créent, en dépit des lois et des contradictions.
action,création,danse,intelligence,langue,négation,silence

vérité
Les médiocres sont fiers de pouvoir garder à l'esprit deux idées contraires, sans perdre la face. Puisque ces vérités sont formulées, chez eux, dans un seul et même langage, cette cohabitation paisible dévoile un sot. Le sage, comme Dieu, a plusieurs demeures, c'est à dire plusieurs langages, et il a des moyens d'entretenir des contradictions comme on entretient des maîtresses, qui s'ignorent.
caresse,élite,esprit,femme,intelligence,ironie,langue,négation,ordre

vérité
Dans un langage courant fermé, le sceptique prétend voir le vrai et son contraire ; l'anti-sceptique voit comment changer de langage, pour rendre le vrai courant faux et son contraire - vrai.
création,interprétation,langue,négation

vérité
Trois genres de vérités, presque sans un seul point commun entre eux : la vérité interne des formules, la vérité analysée des propositions, la vérité constatée des représentations ; elles logent, respectivement, dans le langage (logique pour seul interprète), entre le langage et la représentation (appuyée sur une théorie), entre la représentation et la réalité (constat d'adéquation).
interprétation,langue,représentation,système

vérité
L'impossibilité d'établir une vérité peut avoir des causes très diverses : la proposition est syntaxiquement incorrecte, l'analyseur grammatical n'arrive pas à en produire la formule logique, la représentation sous-jacente ne s'unifie pas avec la formule (mauvaise proposition, mauvaise formule, mauvais interprète logique, mauvaise représentation ou mauvaise formule), la donation de sens est inacceptable (mauvais interprète pragmatique ou mauvaise représentation). Tant de possibilités de rendre faux ce qui est (fut, sera) vrai et vice versa.
interprétation,langue,représentation,temps

vérité
La signification (d'une référence, d'une phrase, d'un énoncé) est l'unification de l'arbre de la requête avec l'arbre interprétatif ; dans le cas le plus simple, la signification naît de la substitution des variables par des constantes (l'ami de l'inventeur de la relativité devenant l'ami d'Einstein ou même Planck).
arbre,langue,question,simplicité

vérité
Au sujet des vérités intuitives ou métaphoriques (donc, poétiques ou philosophiques), n'importe qui peut faire du radotage à l'infini, mais, avant de parler d'une vérité logique (syntaxique ou sémantique), on doit déjà avoir maîtrisé le modèle, son langage bâti par-dessus, son interprète de requêtes langagières. « La vérité est toujours seconde »*** - R.Debray - elle est même, au moins, cinquième, si l'on y ajoute l'attribution de sens, qui peut nous amener à modifier le modèle, le langage ou l'interprète.
interprétation,langue,métaphore,philosophie,poésie,réalité,représentation

vérité
En philosophie, toute solidarité entre le vrai et le libre débouche sur un ennui ou sur une platitude ; ce qui me fait soupçonner, que leur fichu être, proclamé vrai par Heidegger et libre par Sartre, soit une Arlésienne sans le moindre appât crédible. Dans le profond, et encore davantage dans le haut, comptent la contrainte (une non-liberté assumée) et la création (un mensonge dans l'ancien et une vérité dans un nouveau langage).
contrainte,être,fraternité,hauteur,langue,liberté,mensonge,platitude

vérité
On aurait dû disposer de trois mots différents, là où l'on n'emploie qu'un seul - vérité : le vrai dans une représentation est proclamé par le libre arbitre du concepteur, le vrai dans un langage apparaît, à partir des requêtes, au bout d'une chaîne déductive, le vrai dans la réalité est reconnu par la liberté de notre intelligence, hors toute représentation et hors tout langage, - le modèle, l'image, l'être.
être,langue,liberté,mot,réalité,représentation

vérité
Les philosophes, qui ne voient dans la vérité qu'une vaseuse conformité, ne se rendent pas compte de l'importance des outils et de leur validité ; avant qu'on puisse chercher une adéquation quelconque, on doit disposer d'au moins trois outils : un outil conceptuel de représentation, un outil langagier de formulation de requêtes, un outil logique d'interprétation de requêtes. Sans disposer de ces outils, assurant la cohérence du modèle, personne n'est autorisé à parler de vérité comme correspondance avec le réel. Par contre, là où aucun outil ne semble possible, c'est l'attribution de sens aux résultats d'interprétation de requêtes, la confrontation satisfaisante avec la réalité étant prise par des mal-outillés pour vérité.
idée,interprétation,langue,nécessité,philosophie,réalité,représentation

vérité
Ils parlent de latence (Verborgenheit) des vérités, qu'il s'agit de dévoiler ; mais le nombre de vérités (d'idées ou de propositions vraies), même dans un système aussi pauvre que l'arithmétique, est infini. Recherche de vérités est une expression sotte. L'étude de vérités se réduit surtout à la création de bonnes représentations (postulats, axiomes) et à la formulation de bonnes requêtes (hypothèses, théorèmes).
idée,langue,question,représentation,science,système

vérité
À partir de la réalité, on bâtit un modèle, d'une manière véridique (adaequatio de représentation) ; ensuite, on formule une requête de ce modèle, on démontre la véracité de la proposition associée - c'est la seule vérité technique, vérité interne, vérité au sein d'un langage. Si, en plus, cette vérité satisfait notre vision de la réalité associée, on déclare celle-là - vérité externe (adaequatio d'interprétation).
interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
Deux tâches principales, dans notre exploration du monde, - la représentation et l'interprétation, les structures et la logique. La représentation doit préserver, dans ses modèles, la cohérence du monde matériel, et l'interprétation doit refléter la démarche humaine dans la compréhension du monde. La première tâche relève, en grande partie, du libre arbitre, et le terme de vérité n'y a pas sa place ; il s'y agit d'une vague adéquation, que seule l'interprétation formalise ; la vérité est dans les propriétés du discours, interprété dans le contexte d'une représentation. La vérité est donc coupée de la réalité par la représentation ; la réalité ne dicte que le sens.
interprétation,liberté,langue,matière,nature,réalité,représentation

vérité
Galilée confond vérité et sens, lorsqu'il se moque de ceux qui « cherchent la vérité dans la confrontation des textes » - « vera autem in confrontatione textuum esse quaerenda » - on cherche l'adéquation du modèle au réel, on établit la vérité des requêtes du modèle, on peaufine le modèle en fonction du sens dégagé.
langue,réalité,représentation

vérité
Dans ce qui est vécu par le sot comme contradiction dans les idées réelles, le sage voit, le plus souvent, un conflit des langages virtuels. Le sot passe sa vie à combattre ces fichues contradictions, tandis que le sage joue avec l'invention, la recréation ou l'imagination des langages, dans lesquels sera vrai ce qu'il aura voulu et pu.
commencement,défaite,idée,intelligence,jeu,langue,lutte,négation

vérité
Le succès d'une requête contient une vérité, dans le langage courant ; le succès d'un énoncé impératif n'est ni vrai ni faux (Wittgenstein), il annonce la naissance d'un nouveau langage.
commencement,langue,question

vérité
On rêve selon le mensonge - pour réveiller en nous le rossignol ou la chouette, mais on vit selon la vérité - pour éradiquer en nous l'âne et neutraliser le mouton. Les hommes « doivent vivre dans le mensonge ou voir l'horrible vérité d'une existence absurde » - Tolstoï - « должны жить во лжи или видеть ужасную истину бессмыслицы бытия » - dans le premier cas, ils se mettent au-delà des mots et des idées (au milieu desquels se trouve la demeure de la vérité et d'une vie rationnelle), où ils se réjouissent des écarts de langage.
absurde,idée,langue,mensonge,mot,mouton,vie

vérité
Le mensonge peut avoir deux origines : dissimulation de ce qui existe ou création de ce qui n'existe pas encore, attitude d'esclave ou altitude d'homme libre. « Se mentir à soi-même est la forme la plus vile d'asservissement de l'homme par la vie » - L.Andréev - « Ложь перед самим собою - самая низкая форма порабощения человека жизнью ». Le langage, ne contenant que des vérités et des mensonges, est un langage des robots. L'homme se parle ou se chante, et tout chant est du mensonge, en regard du langage courant. La liberté mécanique ou l'asservissement organique, il faut, souvent, choisir.
bassesse,danse,hauteur,hommes,langue,liberté,mensonge,pose,robot,vie

vérité
La vérité, comme tout ce qui se fonde dans le langage, est collective. Le solitaire, qui se mettrait à la recherche de la vérité, devient grégaire. La vérité est question des laboratoires, des dictionnaires, des programmes ; l'amoureux et le poète s'en fichent.
amour,langue,mouton,poésie,solitude

vérité
L'univers de Nietzsche se moque du réel, il est habité de fantômes : Dieu, la Grèce, le nihilisme, la puissance, la vérité, la philosophie y sont des fantômes – (ré)inventés à chaque retour de l'intense devenir. Tant d'apparentes contradictions, tandis qu'il s'y agit chaque fois de changements de langage.
artificiel,dieu,force,grèce,intensité,langue,négation,nihilisme,philosophie,réalité,…

vérité
La seule vérité crédible s'articule dans un univers fermé et immobile ; toute ouverture vers l'événement efface l'ancien langage et l'ancienne vérité, et nous ouvre, entre autres, à la beauté : « L'art est un devenir et advenir de la vérité »*** - Heidegger - « Die Kunst ist ein Werden und Geschehen der Wahrheit » ; le beau advient, le bon reste immobile.
art,beauté,bien,immobilité,langue,ouvert

vérité
L'être et le devenir dans les transcendantaux : dans l'être, le vrai est antinomique du faux, le bien est affaire de noblesse, le beau est jugé par le goût arbitraire ; dans le devenir, de nouveaux langages préparent de nouvelles vérités, le bien se traduit en sacrifices, le beau est affaire de création. Tout cela pour dire, que les prises de position y sont absurdes ; la pose, plus artistique que scientifique ou philosophique, y est plus à sa place. En pertinence, l'intelligence y cède au talent.
absurde,art,beauté,bien,création,esprit,être,goût,intelligence,langue,…

vérité
Il y a trois sortes de vérités : des dogmes, des preuves et des métaphores, et les reconnaître, c'est reconnaître leur portée. Le nihiliste évalue leurs rayons respectifs à - nul, jusqu'aux frontières du langage, l'infini. Il refuse de n'être que croyant, scientifique ou mystique, il aime se mettre à l'origine de toute mesure. « Les nihilistes dénient l'existence de toute vérité » - Benoît XVI - « Die Nihilisten leugnen die Existenz jeglicher Wahrheit » - ils ne nient que son existence hors tout langage.
fanatisme,inconnu,langue,métaphore,nihilisme,religion,rêve,science

vérité
La grandeur d'une vérité se reconnaît par la part du langage qu'elle emmagasina ; nier une vérité, c'est soit rester dans le même langage et donc mentir, soit en changer et atteindre à une vérité plus grande encore. Le contraire d'une vérité peut rester un mensonge bien plat, tributaire de l'ignorance ou du manque d'imagination, mais il peut servir d'introduction à un nouveau langage, dans lequel il serait une vérité nouvelle, plus haute. Il ne s'y agit ni du même espace des faits ni de la même négation : dans la clôture de l'horizontalité, la négation est mécanique, dans l'ouverture de la verticalité, la négation est organique. Tout écart vertical est naissance d'un langage ; tout déni horizontal ne modifie que l'idée. Une petite vérité rend au possible le statut de vrai ; une grande vérité rend organique le possible mécanique.
grandeur,hauteur,inconnu,langue,mensonge,nécessité,négation,ouvert

vérité
Le vrai n'est ni dans les choses ni dans les rêves, il est dans les mots suspendus au-dessus d'une représentation et interprétés par la raison. Mais l'âme, elle aussi, veut parfois se mêler de la véracité, et alors on dit que « les rêves sont plus vrais que les choses : car il y a plus d'affinités entre les fantômes de l'imagination et l'âme, qui les produit, qu'entre cette âme et le monde extérieur » (Custine). La raison ne s'occupe que du langage, c'est l'âme qui fait adhérer à ce qui y prend forme.
âme,esprit,goût,langue,raison,réalité,rêve

vérité
L'une des joies du maître du mot est d'avoir constaté, chez soi-même, deux propositions contradictoires et de chercher deux langages, dans lesquels chacune est vraie. Le naïf dit : « Mieux vaudrait me servir d'une lyre dissonante que de me contredire » - Gorgias. On comprend d'où viennent vos monumentales cacophonies, mais on se fiche de vos misérables contradictions, dues à la sottise de votre langage unique et commun. Le vrai sage est un inventeur de langages d'art et un musicien d'une vie, dans laquelle même les contradictions ont leur partition harmonieuse.
création,langue,maîtrise,musique,négation,simplicité,style

vérité
La vérité métaphorique, celle d'adéquation, naît entre le réel et sa représentation, entre la représentation et le mot, entre le langage et la réalité, entre la preuve et la réalité. La seule vérité authentique, celle de preuves, naît entre le langage et la représentation, au cours d'une démonstration logique. Le sens, lui, ne peut être que métaphorique, et il accompagne partout la recherche de vérités, même de vérités rigoureuses.
authenticité,interprétation,langue,métaphore,mot,réalité,représentation

vérité
Pour Heidegger, la Vérité, l'Être, l'Ouvert sont des synonymes ; leur source commune grecque veut opposer le voilement au dévoilement, tandis que dans leur acception moderne il n'y a rien d'apophatique. En plus, notre philosophe ne comprend pas grand-chose à la vérité logique, à l'être morphologique, à l'ouvert mathématique. Une bouillie conceptuelle, mais quelle créativité !
création,être,grèce,idée,langue,mot,négation,ouvert,philosophie,science

vérité
Plus une vérité est lumineuse, plus belles sont les ombres, que je dois être capable de reconstituer autour d'elle. Quand le flambeau d'une vérité dissipe un brouillard, on n'a plus besoin de lumière. Le brouillard même est une vérité balbutiante (la vérité claironnante n'ayant pas besoin de lumière) et la vraie lumière n'est que l'aube d'un langage en puissance, fait des ombres naissantes. Sans bonnes ombres, la lumière(-)nuit.
auteur,commencement,doute,langue,ombre

vérité
L'idéal, comme la poésie, sont propres à une nation et reflètent ses errances plus que ses certitudes. « La vérité est la même chez tous ; mais chaque peuple a son mensonge, qu'il nomme son idéalisme »** - R.Rolland. Les idéaux sont à l'origine d'un nouveau climat ou d'un nouveau langage, origine qui est matérialisée par une frontière sacrée ; la vérité est hors tout climat et appartient au langage fixe, apoétique.
climat,commencement,frontière,langue,poésie,romantisme,sacré

vérité
La question de véracité ou de fausseté des pensées est si mécanique et commune, qu'elle ne devrait pas te préoccuper. On peut bien peindre les deux. Une pensée est fausse à cause de l'une des trois raisons : on s'embrouille dans le langage, on s'embrouille dans le modèle courant, on invente un nouveau langage ou un nouveau modèle, ce qui, automatiquement, rend la pensée - fausse. Une pensée, juste dans ce qui est déjà fixe, est une platitude ; dans une invention, elle est belle, grâce au style dans la langue, ou à l'intelligence dans le modèle.
création,esprit,idée,langue,mensonge,représentation,style

vérité
Toutes les demeures de leur vérité métaphysique étant facilement dévastées par l'ironie, il ne leur restera bientôt que la longévité. Cette pauvre vérité, qui n'appartient qu'au langage et que s'approprient doctement tous les métiers bien en vue, des métaphysiciens aux charpentiers. L'espérance de vie des mots fut toujours supérieure à celle des choses, c'est pourquoi la beauté survit à la vérité.
beauté,langue,philosophie,temps

vérité
Tous les pédants creux et même verbeux disent, que les mots leur manquent, pour dire toute la vérité. La vérité n'est jamais à l'entrée d'un discours à bâtir, mais toujours à la sortie d'un discours bâti.
commencement,discursif,langue,platitude

vérité
Intuitivement, on répartit la vérité entre trois sphères : la réalité, le langage, la représentation. Le superficiel privilégie la première, le technicien - la deuxième, le profond - la troisième. « Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n'y a pas de langage, il n'y a ni vérité ni fausseté »*** - Hobbes - « ‘True' and ‘false' are attributes of speech, not of things. And where speech is not, there is neither ‘truth' nor ‘falsehood' » - il faudrait l'expliquer à Thomas d'Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Bergson, pour qui la vérité est une conformité avec les choses (confusion entre vérité et validité). Mais, campées dans le langage lui-même, les vérités sont stériles. On leur apporte de la vie, en insérant entre le langage et les choses - un modèle de référence, modèle de l'univers, qui n'est ni langagier ni réel.
concept,création,langue,réalité,représentation,vie

vérité
La vérité se réduit à sa formule et à sa démonstration, les deux se réalisant dans le contexte d'une représentation. Donc, le lieu de la vérité est la représentation, et la formule de la vérité est dans le langage (Rimbaud fait preuve d'une belle intuition : « moi, pressé de trouver le lieu et la formule »). Le démonstrateur est complètement collectif, le langage l'est en grande partie, la représentation est plutôt individuelle. La subjectivité et l'objectivité s'y entre-croisent.
interprétation,langue,représentation,voix

vérité
L'être est dans la vérité des choses ; l'étant - dans la vérité des propositions. Sans pouvoir rien formuler sur le premier, on doit se fier aux formules du second.
être,interprétation,langue,question,réalité

vérité
La beauté d'une formule en constitue la vérité esthétique. « Si je trouve une formule qui m'exprime, pour moi ce sera vrai » - Saint Exupéry. Pour être, également, logique, il manqueraient à cette vérité - une représentation conceptuelle, un analyseur linguistique, un démonstrateur logique, un interprète philosophique – le chemin est long.
beauté,idée,interprétation,langue,philosophie,question,réalité,représentation,science,voix

vérité
Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile.
art,beauté,contrainte,création,frontière,langue,mensonge,négation,représentation,simplicité

vérité
La perfection est attribut de la seule réalité, donc, entre autres, de la matière. La vérité est imparfaite, comme l'est tout langage et tout modèle, au sein desquels la vérité est parfaite, c'est à dire ne peut pas être mise en doute. « La Vérité est la Magnificence parfaite, non souillée par la matière » - le Trismégiste. La vérité est cet air, dont parle Pavlov : « Aussi parfaites que soient les ailes d'un oiseau, elles ne sauraient jamais le propulser vers le haut, sans s'appuyer sur l'air ; les faits sont l'air de la science » - « Как ни совершенно крыло птицы, оно никогда не смогло бы поднять её ввысь, не опираясь на воздух. Факты - воздух науки », mais les poètes chantent, imparfaitement et en oubliant l'air du temps, - la perfection de l'aile, de la hauteur et du feu ascendant !
ange,concept,éléments,hauteur,langue,matière,réalité,représentation

vérité
La vérité n'est pas seulement une pierre de touche des mensonges courants, mais ce parangon peut se transformer en pierre d'achoppement pour des vérités anciennes, et l'ancien mensonge, accédant au titre de vérité dans un nouveau langage, en sera peut-être la pierre angulaire.
chemin,frontière,jeu,langue,mensonge,raison

vérité
La vérité en tant qu'adéquation (Spinoza) ou en tant que dévoilement de l'être (Heidegger), ce sont deux abus de langage, puisque l'adéquation s'établit après la démonstration de la vérité (au sein d'un langage et à partir des requêtes) et le dévoilement n'est qu'un passage vers la représentation, avant toute requête (sans requêtes et sans leurs preuves – point de vérités).
erreur,être,langue,question,représentation

vérité
Le faux qui ne s'ensuive, à ses origines, de l'émergence d'aucun nouveau langage, est voué à tomber dans les rubriques de la bêtise ou de l'ignorance. Sinon, il peut devenir un moment liminaire d'un vrai nouveau.
intelligence,langue,mensonge,savoir

vérité
Même l'arbre pousserait en suivant des syllogismes (Hegel). « Il n'y a que Dieu qui sache comment le syllogisme s'exécute en nous » - Diderot. Même le Verbe se laisse définir par une grammaire (générative, transformationnelle ou de ré-Écriture !). C'est pourquoi je dédaigne l'arbre des saisons, pour me réfugier dans l'arbre du climat.
arbre,auteur,climat,dieu,ironie,langue,mot,raison

vérité
Le champ des vérités se crée par le langage, c'est à dire par des concepts ou par des mots, tous les deux ne quittant pas des yeux la réalité, où n'est présente que l'indicible et inconcevable vérité de Dieu. Donc, il est trivial de dire, que « la vérité aussi s'invente » - Machado - « también la verdad se inventa ». - elle est toujours une invention de notre esprit. Et elle s'écroule (dans un nouveau langage) aussi naturellement que le mensonge (dans le langage courant). Il suffit de la secouer avec quelques nouvelles variables endiablées.
arbre,création,idée,inconnu,langue,mensonge,représentation

vérité
La fragilité des vérités les rend sacrées au sage et méprisables au sot. Le premier se tourne vers la liberté sceptique du langage, le second vers la liberté cynique de l'acte.
action,haine,langue,liberté,philosophie,sacré

vérité
La négation constructive fait partie des buts ou des moyens en logique ou des contraintes en art, non-implication trop profonde dans ce qui est hors d'art. Mais si en logique le langage est routinier et non-contradictoire, aux cadences régulières, en art il est initiateur et paradoxal, sa mesure d'authenticité est sa musique.
art,authenticité,contrainte,hauteur,langue,musique,négation,paradoxe,raison,science

vérité
L'herméneutique cherche à unifier deux textes, c'est à dire deux arbres, par substitutions ; le résultat, ce n'est pas une équivalence, mais un enrichissement, par ramifications, de chacun des arbres. Dans le meilleur des cas, ton arbre s'unifie avec celui de ton pair, ton adversaire ou ton maître, pour aboutir à une vérité plus haute.
arbre,interprétation,langue

vérité
Le vrai d'une requête (le seul vrai constructible) se loge dans une représentation, interrogée par un langage ; on peut pallier à tout manque de viabilité moyennant une modification architecturale ou acoustique, spatiale ou temporelle. Et lorsque ce bon sens est confirmé par le sens tout court, le vrai modélisé rejoint le vrai primordial, l'être mondain.
être,langue,question,représentation

vérité
Toutes les médiocrités pensent, que toute chose vraie est nécessairement bonne. Un déluge de vérités insipides, incolores se déverse dans des livres, qu'aucun bon goût ne visita jamais. Ils sont peu, ceux qui comprennent, que quand une chose est bonne (par le style, l'intelligence et l'originalité), elle est vraie (pour celui qui maîtrise le langage sous-jacent).
esprit,intelligence,langue,maîtrise,style,voix

vérité
Le régime du vrai ne peut être qu'aristocratique (le pouvoir y revenant à ceux qui maîtrisent la représentation et le langage – prérogative des élites) ; dès qu'on veuille adjoindre au vrai le possible, on glisse vers la république (où toute voix a le même poids). Pour gérer le vrai moderne, approximatif et contingent, la royauté est de trop, la loi du marché suffit. L'imagination est la déesse des mensonges annonciateurs, qui ne visitent que des porteurs immaculés de vérités à crucifier. Vu par un vrai annexionniste, l'imagination est toute provinciale, mais elle est caput mundi d'un bel irrédentiste.
ange,argent,cité,élite,esprit,goût,grandeur,justice,langue,mensonge,…

vérité
Dans chaque question il y a du bruit linguistique ou conceptuel, qui, inévitablement, entache la réponse. Pourtant, c'est dans la réponse qu'on lit la vérité. Comment peut-on faire endosser la vérité au réel et non pas au langage ?
idée,langue,question,réalité

vérité
Le cycle de la connaissance est toujours le même, pour tout le monde. Mais l'étape, où surgit la notion de vérité, est différente, pour les experts de culture différente. Pour les logiciens, la seule vérité rigoureuse loge dans le langage, au milieu de la chaîne gnoséologique ; pour les philosophes, leur vaseuse vérité-adéquation se trouve au début et à la fin de cette chaîne, qu'on pourrait schématiser ainsi : la réalité – la vérité de l'être – la représentation – le langage – l'interprétation de requêtes – la vérité des requêtes – la donation de sens – la vérité de l'étant la réalité. Le langage se bâtit sur les connaissances (et non pas l'inverse), et la vérité (et non pas l'être) l'a pour demeure.
culture,être,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation,savoir,science

vérité
La vérité métaphorique, vérité-adéquation entre une proposition et la réalité, s'établit en deux étapes interprétatives, la rigoureuse et l'intuitive : la démonstration dans le contexte d'une représentation et la donation de sens dans la confrontation entre la proposition vraie (dans la représentation) et la réalité représentée. La rigueur est relative au langage (langue plus modèle plus interprète) et l'intuition est relative à notre intelligence pure, pré-conceptuelle.
idée,intelligence,interprétation,langue,métaphore,réalité,représentation,science

vérité
Le mensonge prometteur commence par une entorse au langage courant et par une annonce des grammaires nouvelles ; c'est à moi d'en fabriquer le discours fondateur : enraciner le nouveau verbe et traduire la promesse des fleurs en fruits, les deux - éphémères dans le temps et impérissables dans l'espace.
arbre,commencement,langue,mensonge

vérité
L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ».
absurde,idée,interprétation,langue,matière,mot,nécessité,question,raison,réalité,…

vérité
La vérité appartient au langage (langue, avec sa logique syntaxique, plus représentation, avec sa logique sémantique) ; son contraire, intuitif ou purement langagier, pourrait appartenir à un autre langage et y être non moins vrai ; et les langages ne sont que des traductions différentes de la même réalité. « Vérité signifie traduction et valeur de traduction ; réalité signifie l'intraduit – le texte original même »** - Valéry. Pour l'enrichissement de vérités, les heurts frontaliers sont plus prometteurs que les barrières langagières ou douanières. Savoir manier la vérité, c'est savoir franchir les frontières des langages.
balance,frontière,langue,négation,réalité,représentation

vérité
Une fine couche représentative et langagière couvre la réalité et reçoit la vérité ; toute vérité est donc superficielle, sans aucun lien avec la hauteur poétique, mais gardant parfois quelques traces de la profondeur philosophique. « Toute vérité est profonde » - Melville - « All truth is profound » - ce qui est largement exagéré.
hauteur,langue,philosophie,poésie,question,réalité,représentation

vérité
Pas de vérité sans requête, pas de requête sans langage, pas de langage sans représentation, pas de représentation sans réalité. Où cherches-tu la vérité ? Le plus superficiel et arrogant dira – dans la réalité, et le plus profond et humble – dans la requête.
acquiescement,langue,question,réalité,représentation

vérité
Kant prend les trois facettes de notre activité spirituelle - abstraire, vivre, juger – et les associe, respectivement, avec le vrai, le bon, le beau. Il serait plus noble de juger le vrai (pour lui trouver sa demeure – le langage), d'abstraire le bon (puisque intraduisible en actes) et de vivre le beau (car la plus noble vie, c'est l'art).
action,art,beauté,bien,esprit,langue,noblesse,vie

vérité
L'intellect est une machine produisant représentations, requêtes et interprétations ; les concepts, idées et vérités ainsi produits appartiennent non pas à lui-même, mais au modèle et au langage. Incompatible avec Descartes : « La vérité ne peut résider qu'en intellect » - « Veritatem in solo intellectu esse posse ».
esprit,idée,interprétation,langue,représentation

vérité
Le sens est à la vérité ce que les propositions sont aux représentations (faits) : exprimés en deux langages différents. Des propositions sans nombre, pour interroger un seul fait. Les excellents logiciens de Vienne, définissant les représentations à partir des propositions, sont de piètres cogniticiens. L'isomorphisme entre le langage et les faits est aussi absurde que celui entre l'habit et le corps.
absurde,inconnu,interprétation,langue,question,représentation

vérité
Partir des vérités, c'est figer le langage ; partir des vraisemblances, c'est partir à la recherche d'un langage. Et puisque la création, c'est la construction d'un langage dans le langage, le sophiste est plus créatif que l'idéaliste.
création,fanatisme,idée,langue,philosophie,simplicité

vérité
Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens.
axe,commencement,idée,interprétation,langue,mot,réalité,représentation,vide

vérité
Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien.
création,esprit,être,goût,grâce,interprétation,langue,matière,raison,réalité,…

vérité
La parole, c'est à dire la requête, porte notre liberté, cette synthèse du talent, du goût et du tempérament ; la vérité en ressort, mais appuyée davantage par le libre arbitre de la représentation sous-jacente, elle est donc une conformation d'engagement ; la liberté reste auréolée de son dégagement, elle se traduit en musique et non pas en vérités. Quand la parole amène une révision du langage, on dit : « On accède à la vérité dans et par la liberté » - Berdiaev - « Истина познается в свободе и через свободу ».
arbre,défaite,langue,liberté,musique,représentation

vérité
Une fois séduits par la vérité nue, tirée de son puits, ils l'y replongeaient, pour retrouver leur nouveau souffle langagier. L'ambition de la vérité étant d'ensorceler, c'est dans les ténèbres qu'elle puise le plus de fraîcheur et de profondeur, en préservant quelques chances d'y passer pour un séduisant mensonge. Aujourd'hui, les puits et les fontaines sont bouchés, devenant purement décoratifs, à cause de l'extinction de bonnes soifs ; la vérité, même nue, n'est plus excitante qu'un mannequin de vitrine.
caresse,hauteur,ironie,langue,ombre,soif

vérité
En dehors de la logique on ne manipule que des opinions (doxa), jamais des vérités. Pour passer aux vérités il faut : placer la proposition dans un langage, reconstituer un modèle de l'univers, évaluer la proposition dans le contexte du modèle, pour déduire sa valeur de véracité. La seule chose méritant d'être retenue dans cette banalité, c'est que le libre arbitre a sa place dans chacune de ces trois tâches.
balance,interprétation,langue,liberté,raison,représentation

vérité
En tombant sur ou dans certaines vérités, on attrape le vertige à cause de leur profondeur. Il s'agit de la combler, grâce à un regard suffisamment haut. Si on y chute une seconde fois, c'est qu'il y eut quelque part des lacunes de logique ou des pièges de langage.
défaite,hauteur,langue,regard

vérité
Deux regards sur la vérité : sur elle-même, émergeant d'un langage et d'un monde anonymes, ou bien sur son locuteur, avec ses pulsions ou ses répulsions. Dans le premier cas, tout se fondra dans une horizontalité objective et silencieuse ; dans le second, en même temps que la vérité d'un homme, j'atteindrai la hauteur et la musique de ses rêves, de ses doutes, de ses confessions.
doute,hauteur,langue,musique,rêve,silence,voix

vérité
L'ambigüité du terme de vérité tient au fait, qu'on l'emploie dans trois sphères, aux règles drastiquement différentes : le mystère (de la matière, de la vie, de la création), le problème (la représentation, le langage, le libre arbitre), la solution (la logique, l'interprétation, la liberté). Techniquement, seul le dernier domaine, tout en s'inspirant du premier et en s'appuyant sur le deuxième, devrait s'en prévaloir.
création,interprétation,langue,liberté,matière,mystère,représentation,science,vie

vérité
La représentation n'est validée que par une logique des apparences (la Scheinlogik kantienne) : la non-contradiction, les contraintes des liens syntaxiques. L'interprétation, en revanche, n'est qu'une application de la logique formelle au monde fermé d'une représentation fixe : l'analyseur linguistique, l'accès aux objets et relations par substitutions, la démonstration de la véracité, la formulation du sens.
arbre,concept,interprétation,langue,représentation,science

vérité
L'admirable répartition de tâches entre le soi inconnu et le soi connu, opérée par le Créateur : le premier est en charge du bon (ce mystère intraduisible ni en actes ni en mots), le second s'occupe du vrai (des solutions humaines validées). Entre ces deux tâches se trouve le beau (des problèmes, c'est à dire des mystères articulés dans un langage), dans lequel le premier est inspirateur et le second – créateur.
action,art,beauté,bien,création,dieu,inconnu,langue,mystère,soi

vérité
L'art, lui aussi, offre des langages ; et là où il y a langage, il y a vérité. Seulement voilà, contrairement aux langages formels, celui de l'art est interprété non pas par une logique, mais par le goût. La vérité artistique est le plaisir. Mais même cette vérité n'est pas un objet recherché, elle n'est qu'un effet collatéral d'une création d'images ; on ne cherche pas dans l'art, on y trouve. Heidegger inverse les rôles : « L'art est là où jaillit l'éclaircie de la vérité de l'être » - « Die Kunst entsteht, indem die Wahrheit des Seins gelichtet ist ».
art,création,être,interprétation,langue

vérité
Certains imaginent, qu'il suffise qu'une idée soit claire et distincte, pour être vraie : « La vérité est une notion si transcendantalement claire, qu'il est impossible de l'ignorer » - Descartes, tandis que d'autres, moins touchés peut-être par la transcendance, mais pétris de logique, réclament, que l'idée soit formulée dans un bon langage, prouvée par un bon interprète et munie d'un bon sens.
doute,idée,inconnu,interprétation,langue,religion

vérité
Les natures basses endossent la contradiction avec autant de désinvolture que les natures élevées. La différence se trouve ailleurs. La contradiction appartient au langage bâti au-dessus d'un modèle. Le sot vit des contradictions au sein d'un même langage ou modèle, lâches et flous. Le subtil est celui qui est capable de créer des modèles multiples et de construire des langages à rigueurs variables ; ses contradictions se logent dans des univers incompatibles, mais intérieurement cohérents.
langue,négation,noblesse,raison,représentation

vérité
On ne devrait employer le terme de vérité qu'au sujet des propositions, auxquelles on puisse appliquer la triade pascalienne : savoir les formuler, démontrer, maîtriser.
langue,maîtrise,science

vérité
Sans le don poétique, tourner autour de la vérité, comme autour d'une machine à vapeur ou du Code de la route, est condamné à l'ennui et à la routine. Aristote, Spinoza, Kant, Hegel – tout ce qu'ils exposent, lourdement, sur la vérité, et que leurs acolytes remâchent infiniment, ne présente plus aucun intérêt et doit être oublié. Nietzsche et Valéry, deux poètes, si éloignés du clan professoresque, émettent la-dessus des avis autrement plus rafraîchissants. Quant aux avis en marbre, c'est auprès des logiciens et des linguistes, comme Chomsky, qu'il faut les chercher.
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vérité
La représentation, implicite en poésie et explicite en philosophie, est leur pivot commun : la poésie le survole avec un langage original et individuel, la philosophie projette sur lui la réalité objective. L'appareil purement logique y est presque absent, aussi bien en représentation conceptuelle qu'en interprétation déductive. La vérité est, donc, exclue des champs poétique et philosophique, elle est réservée à la logique. « La vérité n'est pas l'accord entre le concept et son objet, mais l'adéquation entre ce concept et le raisonnement » - Schiller - « Wahrheit ist nicht die Ähnlichkeit des Begriffs mit dem Gegenstand, sondern die Übereinstimmung dieses Begriffs mit den Gesetzen der Denkkraft ».
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vérité
Dans la peinture de nos tableaux intellectuels, notre palette, à côté du doute et de la certitude, comprend un troisième pinceau, l'invention de langages. Le doute s'occupe du bon, la certitude - du beau et les langages – du vrai.
beauté,bien,doute,langue

vérité
Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines.
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vérité
Tout ce qui s'exprime et s'évalue à vrai dans un langage concerne la représentation et seulement par un ricochet – la réalité. La vérité du réel est indicible, au sens propre du mot ; tout ce qui se verbalise ne touche pas au réel, en est un écart. « La vérité n'est jamais autre chose qu'une apparence qui parvient à dominer, donc une erreur » - Heidegger - « Wahrheit ist immer nur zur Herrschaft gekommene Scheinbarkeit, d.h. Irrtum » - la vérité dominante s'appelle doxa. Mais l'erreur, contrairement à ce que tu penses, avec Nietzsche, n'existe que dans les représentations et non pas dans le monde.
doute,erreur,inconnu,langue,nature,réalité,représentation

vérité
Le seul point commun de toutes les langues naturelles est la présence lexico-syntaxique de la logique formelle, ce qui confirme l'intérêt du Créateur pour la vérité. Hélas, la saine vision aristotélicienne fut abandonnée par ses successeurs au profit du discours, c'est à dire du bavardage : « Les vérités éternelles sont vraies parce que Dieu les connaît comme vraies » - Descartes.
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vérité
La vérité naît d'un bon interprète, qui, dans le contexte d'une bonne représentation, prouve une bonne requête, portant sur de bons objets. Ceci crée un lieu des vérités, et, à tout prendre, la philosophie n'a de mots à dire, à ce sujet, que sur la qualité des requêtes.
concept,élite,interprétation,langue,philosophie,question,représentation

vérité
Dans l'évaluation de valeurs de vérité, je sous-estime la part de la vie. Le langage n'est pas tout ; dans les références d'objets et de relations, la vie - c'est-à-dire le savoir, la rigueur et la droiture de l'homme - intervient et peut bouleverser toute interprétation logico-linguistique. Et la post-vérité psycho-linguistique peut être plus révélatrice que la pré-vérité logique ; et ce passage fait partie de la naissance du sens.
auteur,concept,interprétation,langue,raison,réalité,savoir,vie

vérité
Le bien n'est ni dans la pensée ni dans les choses (le cœur en est la source, la demeure et le juge) ; le beau est également réparti entre la pensée et la chose (l'âme contenant un reflet fidèle du monde) ; le vrai est dans la pensée et non pas dans la chose (l'esprit ne sachant interpréter que ce qui s'articule dans un langage).
âme,beauté,bien,cœur,esprit,idée,interprétation,langue,matière

vérité
Il faut se dire, que le passage de l'idée à la vérité est du même ordre que le passage de la lettre au mot. L'esprit est la maîtrise de la lettre !
esprit,idée,langue,maîtrise

vérité
Le temps est cette pierre de touche semi-précieuse, qui finit par user les erreurs et polir les vérités. L'erreur (contrainte) est la face tournée vers le joaillier, la vérité (solution) - celle qui s'entend déjà avec l'écrin (langage). Seulement, on change plus souvent de pierre que d'écrin. Seules les vérités éternelles et les erreurs d'aujourd'hui ont à craindre le temps.
audace,contrainte,erreur,éternité,langue,temps

vérité
L'enquête, la requête, la conquête - la représentation (mentale), l'interprétation (langagière), la donation de sens (réel) - l'intuition, la logique, le bon sens - le libre arbitre, la rigueur, la liberté - le savoir, la vérité, la science - trois sphères, où comptent, respectivement, l'ampleur, la profondeur, la hauteur.
esprit,hauteur,interprétation,langue,liberté,réalité,représentation,savoir,science

vérité
Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques.
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vérité
Je passe, inévitablement, par la tentation du sophisme - un jour je me dirai : je prouve tout ce que je veux. Mais deux constats finissent par m'en éloigner : primo, quand à ma conviction s'ajoute mon adhésion, et la réalité, miraculeusement, s'y plie (aléthéia d'Aristote, adaequatio rei et intellectus de St-Augustin et d'Averroès, verum et factum reciprocantur de G.B.Vico, l'harmonie préétablie dans l'âme entre la représentation et l'objet de Leibniz, ce qui est rationnel est réel de Hegel - was ist wirklich ist vernünftig, la parole va à l'être, car elle en vient de Heidegger - das Wort geht zum Sein weil es vom Sein herkommt), le significatif rejoignant le formel ou s'y refusant dans l'irrécusable perplexité de Zénon d'Élée ; secundo, quand je comprends, que le choix des choses à prouver joue le rôle des contraintes, que ne s'imposent que le bon goût et la noblesse.
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vérité
La notion de vérité n'a pas de place au sein de la philosophie, mais elle conduit à former un regard philosophique sur la place du langage, celui-ci devant se trouver au centre de toute réflexion abstraite. On finit par comprendre, que ne peuvent s'évaluer à vrai que des propositions, formulées dans un langage, bâti sur une représentation d'une réalité à examiner. La réalité n'y apporte que le sens, que le sujet-interprète retire des résultats de ses requêtes.
interprétation,langue,philosophie,question,réalité,représentation

vérité
Pour un philosophe pratique, qu'est-ce que la logique ? - une représentation, un langage de requêtes, bâti là-dessus, et un interprète, qui établit la véracité de requêtes, en unifiant l'arbre-requêteur. L'être, si galvaudé par les Anciens, ainsi que par Hegel et Heidegger, n'y a pas de place, ni sous forme d'Idées immuables, ni de dialectique sujet-objet, ni de souci métaphysique. L'être est le contenu immanent du réel modélisé, servant de justification de représentations et de donation de sens (transcendant, par une gratuite bénédiction - Segnen sinnt !) aux vérités (toujours évaluées dans le contexte représentation-discours).
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vérité
Pour un nul en astronomie, la vérité de la proposition la Terre tourne autour du Soleil est une misérable vérité, établie misérablement dans une représentation misérable. La vérité appartient donc au langage : à la profondeur des représentations et à la rigueur des interprétations. Et la référence à la réalité ne se justifie que chez les compétents.
interprétation,langue,réalité,représentation,savoir,science

vérité
Les trois catégories d'hommes, en fonction du milieu, dans lequel ils placent la vérité : dans la réalité (les hommes d'action et les naïfs), dans la représentation (les logiciens et les scientifiques), dans le langage (les fanatiques et les poètes). Et ils placent le critère de vérité, respectivement, dans la monstration (adaequatio), dans la démonstration (preuve), dans la création (musique). On a de bonnes chances d'être philosophe, quand on sait accompagner la vérité dans le franchissement de ces frontières, sans trop de dégâts, mais en en changeant d'identité, les frontières gardées par le douanier, qui est le bon sens.
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vérité
Tout énoncé vit trois stades : la question (mots, références), la réponse (valeurs de vérité, substitutions), le sens (confrontations avec la réalité). Si la vraie signification réside dans le premier, le discours est poétique, si elle est dans le deuxième - le discours est scientifique, et si c'est le troisième - applicatif. Et ce qui les traverse, leur invariant, est proprement l'idée, qui n'est donc ni exclusivement dans le mot (les idéationnistes), ni dans le contenu (les phénoménologues), ni dans le sens (les pragmatiques).
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vérité
Le bon goût, en matière des contraintes, consiste à procéder par refus plutôt que par négation : refuser d'évaluer ce qui est mal formulé ou ce qui référence des objets ou relations sans noblesse - éliminations syntaxique et sémantique, avant tout examen logique.
concept,contrainte,goût,langue,négation,noblesse,style

vérité
Si l'intuition (l'usage des connaissances aprioriques ou câblées) vise des objets justes, c'est à dire se trouvant bien dans une représentation et vérifiant les propriétés pressenties, elle ne génère pas pour autant une vérité, elle en prépare des prémisses. Pas de vérités sans références langagières d'objets, sans formes prédicatives de relations.
concept,langue,représentation,savoir,science

vérité
On a maille à partir avec la définition de la vérité : pour l'arbitre nous prenons tantôt la logique, tantôt le bon Dieu, tantôt notre sincérité. En logique, la vérité se réduit au langage ; la vérité divine est ce qui entretient la soif d'éternité ; la vérité-droiture est le courage d'affronter le constat dormitif. Il faudrait se tenir à la vérité romanesque et au romantique mensonge.
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vérité
En fin de compte, la vérité se réduit au chemin d'accès aux objets, sur lesquels elle porte, et le terme de dévoilement (aléthéia) le reflète bien. Ce qui voile ce processus, ce sont deux couches, la langagière et la conceptuelle, qui s'entreposent entre l'interprète et la réalité.
chemin,concept,idée,interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
N'être sûr de rien, pour un sot, signifie incapacité de prouver ; pour un homme d'esprit - capacité de falsifier une vérité prouvée, de créer un nouveau langage, dans lequel ce qui fut vrai ne le serait plus.
création,doute,esprit,force,intelligence,langue

vérité
Je commence à mériter le titre de nihiliste, si, pour presque toute fausseté, je suis capable de bâtir un langage, dans lequel elle serait vraie. Pour clamer la fausseté de tout, dans un même langage, il suffit d'être un sot.
auteur,langue,nihilisme

vérité
L'idée pré-langagière est une requête, mais sa mise en mots dépend de l'angle de vue et elle peut prendre la forme assertive. Changer d'angle de vue peut aboutir au reniement langagier de la première assertion, d'où l'impression d'une contradiction. C'est la netteté de nos angles de vue, la bonne hiérarchie entre vérité, langage et intelligence, qui nous rendent crédibles et non pas une cohérence dans l'absolu ou avec la réalité.
élite,idée,langue,mot,négation,question,réalité

vérité
Tous comprennent l'utilité du sacrifice de vérités au nom de l'éthique ; très peu sont capables de voir dans le sacrifice d'une vieille vérité – la fidélité à la création de vérités nouvelles, au nom de l'esthétique. Le beau inutile crée un langage, le bon utile se sert de l'ancien.
beauté,bien,création,langue,sacrifice,utilité

vérité
Créer de nouvelles vérités dans un ancien langage est une tâche devenue, de nos jours, triviale. Jouer avec les quantificateurs, connecteurs, négations, sans avoir changé les règles du jeu, est de la routine et non pas de la pensée. « Penser, c'est dire non » - Alain – le misérable porte au pinacle une opération syntaxique banale. Même si l'on nie soi-même, c'est toujours de l'inertie.
continuité,création,idée,intelligence,jeu,langue,négation,soi

vérité
Nos sens, nos désirs sont dans la réalité, mais notre langage s'adresse à la représentation, il y est plongé entièrement. Cette séparation embrouille la détermination de la place de la vérité des propositions. La vérité technique, prouvée à partir du langage, mais projetée, pour validation, sur la réalité, constitue le sens, que les phénoménologues appelleront, abusivement, vérité originaire.
langue,philosophie,réalité,représentation

vérité
La notion (et pas nécessairement concept) de vérité est évoquée dans des contextes, qui peuvent impliquer cinq domaines : la réalité (R), la représentation (P), le langage (L), l'interprétation du langage au sein de la représentation (ILP), la projection de ILP sur R (ILPR). La vérité présuppose l'usage de L ; quand on se contente de la confrontation directe entre R et P, on ne peut pas parler de vérité, mais seulement d'adéquation (de représentation). L'adéquation d'interprétation ressortirait de ILPR - de la donation du sens. Ces deux adéquations n'admettent aucun modèle logique de validation et ne se fondent que sur l'intuition. Et le seul véritable concept de vérité n'apparaît que dans ILP.
idée,interprétation,langue,réalité,représentation,science

vérité
Par la fidélité au langage courant, je reste dans la vérité courante ; par le sacrifice du langage courant, j'en crée un langage nouveau, m'ouvrant aux vérités nouvelles. Une curiosité civilisationnelle – en russe, la fidélité à la vérité suppose le sacrifice de tout langage ; en hébreu, vérité et fidélité seraient synonymes.
auteur,culture,langue,mot,russie,sacrifice

vérité
Les vérités ne logent jamais dans la raison ; leur maison, c'est le langage, bâti sur le sol des représentations. L'enchantement naît de cette communication avec le profond. Mais dans la platitude du réel, ce frisson peut, et doit, tourner en mensonge. « Notre raison, par ses vérités puisées en elle-même, crée, de notre univers, un royaume enchanté de mensonges »* - Chestov - « Наш разум, на основе в нём самом почерпнутых истин, создаёт из нашей Вселенной зачарованное царство лжи ».
langue,mensonge,raison,représentation,rêve

vérité
Son soi connu, le véridique, ressemble tellement au soi de son prochain, que Narcisse, à la recherche de son visage, se réfugie dans son soi inconnu, l'inexistentiel. « Ce qui a été cru par tous, et toujours et partout, a toutes les chances d'être faux. Il n'y a d'universel que ce qui est suffisamment grossier pour l'être »** - Valéry. Le raffinage d'une vérité universelle est un exercice grossier. Ce paradoxe : l'ennui des concepts dans l'universel ; leur caractère vital dans l'individuel. Plus que la vérité elle-même, c'est notre œil, notre sens du langage, qui s'infléchissent.
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vérité
Le sens, c'est une passerelle extra-langagière et extra-conceptuelle entre ce que nous concevons dans une représentation et ce que nous percevons dans la réalité correspondante, la validation de l'essence (le problème) par l'être (le mystère), face à l'étant (la solution).
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vérité
Les modèles scientifiques sont satisfaisants, et donc consensuels, dans 99 % des cas. Le reste est réservé à quelques audacieux, pour chatouiller Euclide, Newton ou Lamarck. En philosophie, la proportion est inverse, d'où la création permanente de nouveaux langages, ces réceptacles de vérités. Le scientifique peut se permettre cette approximation : la vérité est une, ce qui est interdit au philosophe.
audace,création,langue,négation,philosophie,science

vérité
Toute représentation est partiellement fausse (inadéquate) ; néanmoins, tout critère de vérité (des propositions) ne peut s'appuyer que sur une représentation. À ne pas confondre avec la vérité de la représentation (le libre arbitre) ou avec la vérité du sens (la liberté).
langue,liberté,raison,représentation

vérité
La nullité rationnelle de la logorrhée prosaïque sur l'être, chez Hegel, Sartre, Levinas, s'établit facilement, en soumettant leurs discours à l'épreuve par la négation : systématiquement le contraire de leurs formules a autant de (non-)sens que l'affirmative. Avec les poètes, ce test ne marche pas : aucun sens sérieux ne se dégage de la négation de Parmenide, de Nietzsche ou de Heidegger, et dont la valeur irrationnelle réside dans le langage, le ton et le talent.
absurde,esprit,être,langue,négation,poésie,raison

vérité
Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates.
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vérité
Bientôt, la machine, en quelques secondes, produira plus de vérités que l'humanité entière, dans toute son histoire. Et ils continuent leurs litanies de désir de vérité, au lieu de créer de nouveaux voluptueux langages, où la facette logique serait la moins désirable de toutes.
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vérité
On ne connaît la chose réelle que par et à travers ses représentations individuelles. N'importe quel plouc a parfaitement le droit de prétendre à en détenir des connaissances et des vérités, quels que soient ses concepts bancals ou son langage primitif. La chose en soi n'est prise au sérieux que par les sots.
intelligence,langue,réalité,représentation,savoir

vérité
Le langage, c'est une langue, attachée à une représentation, plus un interprète logique des propositions. Tant d'hommes, tant de langages : les différences des cultures langagières, conceptuelles, scientifiques font de chaque homme une source de vérités, puisque toute vérité surgit des propositions, toute vérité est relative au langage du requêteur. Les vérités absolues n'existent pas, bien que le consensus grandissant dans les représentations élargisse le corpus de vérités communes. Donc, c'est bien Protagoras qui a raison contre Aristote (qui ne voit ni la langue ni la représentation) et Wittgenstein (qui ne voit pas la représentation).
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vérité
La vérité est une réponse (l'interprétation logique) à une requête, et le sens – une conclusion (l'interprétation empirique) de cette réponse. Les pauvres en outillages langagier, logique ou intellectuel parlent de dévoilement comme d'un synonyme de vérité et de sens – mauvais usage de l'étymologie du mot grec aléthéia.
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vérité
Ils opposent la voie de la vérité à la voie de la doxa, tandis que celle-ci aboutit, dans la plupart des cas, à des vérités consensuelles et communes. Les deux ignorent les déviations langagières, sans panneaux indicateurs. Et dans les deux cas, leurs voies deviennent toujours sentiers battus.
chemin,langue,mouton

vérité
Tout sujet humain a son stock (base) de faits et ses logiques (en représentation ou en interprétation). Ses vérités peuvent avoir trois origines : les faits, les déductions à partir des faits, de pures déductions logiques (sans accès aux faits). Mais dans tous les cas, une requête préliminaire langagière (technique, naturelle ou logique) est indispensable. Sans requête pas de vérités.
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vérité
Sur la voie monotone de l'être s'établissent des vérités tautologiques ; sur la voie du devenir, la monotonie est brisée par un nouveau langage, prometteur des vérités imprévisibles.
chemin,continuité,être,inconnu,langue

vérité
L'existence est pensable dans trois domaines : la réalité, la représentation, le langage ; elle est établie par des interprètes et elle n'a pas beaucoup de sens dans les passages entre ces domaines. La vérité s'établit entre un langage et une représentation ; son existence a aussi peu de sens que celle du nombre de substitutions dans la requête même. Ce que les philosophes appellent vérité n'est, le plus souvent, que la validation d'une représentation ou l'attribution de sens à une requête réussie – la justification du libre arbitre.
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vérité
Pour le langage commun, je suis en permanence dans le faux (dans ces écarts, qui sont à l'origine de mon propre langage). Si je me moque des autres, cette moquerie concerne la rectitude et la certitude de leur marche vers un vrai sans éclat. Bref, je suis l'exact opposé de l'homme d'esprit, tel que le voit Chamfort : « Il est dans le vrai, et rit des faux pas de ceux qui marchent à tâtons dans le faux ».
auteur,création,doute,esprit,ironie,langue,mensonge,négation

vérité
La proposition il est faux que le roi actuel de France est chauve s'évalue à vrai ; la proposition le roi actuel de France n'est pas chauve – à faux – la différence entre la négation syntaxique (par échec) et la négation sémantique (par preuve).
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vérité
Il faut reconnaître, que la vérité-adéquation (au réel), en tant que test d'intelligence humaine, est plus intéressante que la vérité-propriété (des propositions), facilement accessible à la machine intelligente. Avec la première, on éprouve sa liberté. Mais l'oubli de la seconde est signe d'incompréhension du langage, et sans la maîtrise du rôle du verbe aucune philosophie profonde n'est pensable.
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vérité
Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde.
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vérité
Le rêve, c'est ce qui échappe à toute enveloppe verbale et, donc, ce qui se moque de vérité ; les chemins du rêve se dressent dans la verticalité des élans, toute vérité s'incrustant dans l'horizontalité des faits. « La voie de la vérité, c'est une corde, tendue non pas vers la hauteur, mais juste au-dessus de la platitude » - Kafka - « Der wahre Weg geht über ein Seil, das nicht in der Höhe gespannt ist, sondern knapp über dem Boden ». Planer ou trébucher.
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vérité
La vérité d'une proposition ne peut être univoque ne serait-ce qu'à cause de deux sujets, qui y sont impliqués – l'émetteur et le récepteur, avec leurs cultures linguistiques, logiques et pragmatiques différentes. Et la vérité n'est ni dans la langue ni dans la réalité ni dans le rapport entre la langue et la réalité, mais dans la représentation et l'interprétation que manipule le récepteur.
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vérité
Tant d'hommes tant de représentations, tant de représentations tant de discours, tant de discours tant de vérités, – et après et malgré cette évidence, le philosophe académique cherche la vérité unique, qui dissiperait toutes les doxas des indoctes…
école,hommes,langue,philosophie,représentation

vérité
Adæquatio rei et intellectus ne mérite pas le nom de vérité, c'est un constat intuitif, résultant de cette chaîne rigoureuse : une proposition, sa correction syntaxique, sa démonstration, les substitutions en réseau, la signification de ce réseau, et d'une confrontation du sens dégagé avec la réalité modélisée. Et cette confrontation échappe à toute formalisation ; notre liberté s'y réduit à la contemplation jugementale extra-conceptuelle. La satisfaction confirme (elle est là, la vérité du sens accepté) et l'insatisfaction infirme (la vérité inacceptable de la proposition) notre représentation.
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vérité
Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur.
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vérité
Pour parler de l'existence, nous pouvons porter en nous trois mondes : celui du vrai, celui du beau, celui du Bien, dans lesquels nous plongent nos trois interprètes – l'esprit, l'âme, le cœur, et qui font de nous un intellectuel, un artiste, un saint. D'où trois cas extrêmes : si je ne reconnais que le monde du vrai, je devrais affronter, dans une lutte féroce, un désespoir noir ; si je ne vis que du beau, je vivrais une espérance dans l'inexistant ; si je me laisse emporter par l'émoi du Bien, je porterais l'amour ou la caresse à ce monde immatériel. L'existence est placée par l'esprit dans une représentation, par l'âme – dans un langage, par le cœur – dans la réalité. L'union des trois paraît être impossible ; il faudrait être un ange, ou celui qui n'affronte que les anges.
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vérité
La Vérité est une propriété d'une proposition langagière (transformée en formule logique et démontrée dans le contexte d'une représentation), et le Sens est un résumé intuitif (ni langagier ni conceptuel) des substitutions effectuées dans la proposition (formule) démontrée (et donc débarrassée complètement du langage) et visant à confirmer (la vérité des scolastiques et charlatans) ou à infirmer la représentation sous-jacente. Comment les tenants de la philosophie analytique ou de la French theory américanisée peuvent-ils partir du seul langage (et oublier la représentation), pour aboutir au sens ?
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vérité
La tâche représentative s'avère être plus prometteuse que la tâche interprétative, tel est le constat le plus profond, fait par l'Intelligence Artificielle : à partir des faits (d'une base de connaissances) on bâtit plus de vrai qu'on ne prouve de démontrable à partir des requêtes (dans un langage réductible aux formules logiques). Une illustration métaphorique (finie) du théorème de Gödel (dans l'infini).
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vérité
En Intelligence Artificielle n'est vrai que ce qu'on prouve, mais Gödel nous confirme, que, des trois tâches intellectuelles – la représentation, l'expression, l'interprétation -, l'expression est la plus prolifique, puisqu'on ne prouve que des requêtes exprimées dans un langage. Et tant que l'homme gardera ses cordes poétiques et créatrices, malgré sa robotisation insonore, il restera supérieur à la machine.
artificiel,création,hommes,intelligence,interprétation,langue,musique,poésie,question,représentation,…

vérité
Je connais et vénère des merveilles du langage et de l'intelligence ; je ne connais pas une seule vérité qui me mettrait en transe. « La langue et l'esprit ont leurs bornes ; la vérité est inépuisable » - Vauvenargues. – celui qui arrive à puiser dans la platitude a certainement du mérite.
frontière,intelligence,langue,mystère

vérité
Le vrai se construit (un travail synthétique) et le démontrable s'établit (un travail analytique). Donc, soit la démarche anti-platonicienne : de la platitude des faits – à la hauteur des idées, soit la démarche anti-aristotélicienne : de la profondeur d'une hypothèse langagière – à la platitude de la preuve et du sens. Gödel et l'Intelligence Artificielle montrent que le premier travail, la représentation, apporte de plus vastes résultats que le second, l'interprétation.
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vérité
Le scientifique : il maîtrise les faits avérés (les vérités premières) de sa discipline ; il maîtrise le langage de formulation de requêtes ; dans ce langage il formule des hypothèses, dont la démonstration (par l'expérience ou la logique) crée des vérités finales, qui seraient, éventuellement, ajoutées (câblées) aux vérités premières. Le philosophe titulaire ne maîtrise ni le langage de conception (pour créer des vérités premières) ni le langage d'interrogation (présupposant une représentation) ni le langage d'interprétation (bâti sur une logique) ni le langage de cognition (permettant de donner un sens à une nouvelle connaissance), et il prétend chercher des vérités… Le philosophe n'a besoin que du seul langage poétique, mais pour cela il faut être né poète.
intelligence,interprétation,langue,poésie,question,représentation,science

vérité
L'arrogance du bavardage académique autour de la vérité est due à la licence, léguée par les scolastes, distinguant la vérité des choses et celle des discours (veritas rei, veritas praedicationis). Or, non seulement la première se réduit toujours à la seconde, mais la seconde est impensable sans une représentation conceptuelle, dont sont incapables les bavards, sans parler de leur ignorance de la logique la plus élémentaire.
concept,école,langue,représentation,science

vérité
Le seul chemin qui mène à la vérité est celui du langage. « Il n'y a pas de vérité chez l'homme, qui ne maîtrise pas son langage » - Gandhi. La maîtrise signifiant pouvoir dire de quelle grammaire relève le discours. On tient la vérité, quand on sait quelle règle identifie le mensonge.
esprit,langue,maîtrise,mensonge

vérité
Les philosophes définissent la vérité comme conformité de la pensée avec l'objet ; cette opération se réduit à la non-contradiction avec les faits avérés et ne peut donc pas être complètement formalisée. Tandis que la vérité sérieuse s'établit rigoureusement dans l'enchaînement logique : la représentation, le discours, la formule logique, la démonstration. Descartes est avec les ignares : « On ne peut donner aucune définition de logique, qui aide à connaître sa [vérité] nature ».
idée,intelligence,langue,philosophie,représentation,science

vérité
Face à la fidélité et la poursuite, ampoulées et graves, de la vérité, le seul contraire intéressant n’est ni le mensonge ni l’ignorance mais bien la musique, cet unique langage qui n’a que faire de la vérité, car ses messages vont tout droit à l’âme, sans s’attarder dans l’esprit.
âme,esprit,langue,mensonge,musique,négation,savoir

vérité
Pourquoi la requête Socrate est mortelest vraie ? Tout d'abord, elle est vraie pour un sujet, vous ou moi. Elle est vraie pour lui, parce qu'en français, cette phrase est correcte, parce que le sujet dispose d'une représentation, parce que son interprétation conceptuelle, au service de la requête, aboutit au succès logique, parce qu'aucun conflit avec la réalité, qui invaliderait la représentation ou l'interprète, n'est constaté. La vérité, qui se dispenserait de toute référence à la représentation et à l'interprétation, ne peut être qu'un leurre.
interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
On ne trouve qu'en français cette commode différence entre langue et langage, le second complétant la première par une représentation. La langue est un objet statique des études linguistiques, et le langage est un outil dynamique du poète et du philosophe. Le poète habite les frontières vagues entre langue et représentation ; il violente les modes d'accès habituels aux objets ou les images des objets mêmes, son regard crée ainsi un vertige dans les yeux sensibles. Le philosophe est plongé dans la représentation, dont l'adéquation avec la réalité est son premier souci. La vérité du poète est dans le vertige, et celle du philosophe - dans la réalité. Et puisque la vérité des propositions est interne au langage, le poète est plus près du vrai.
concept,élan,france,langue,philosophie,poésie,réalité,représentation

vérité
Le vrai, le beau, le bon sont trois motifs exhaustifs et incontournables, pour remplir tout regard philosophique universel. Mais leurs matières, leurs sources, leurs valeurs sont incommensurables entre elles ; c'est pourquoi l'aspect systémique, chez un philosophe, est des plus secondaires, aucun trafic substantiel n'existant aux frontières. L'usage le plus juste consisterait à vouer le bon et le beau – à la recherche de consolations, et le vrai – à l'étude du langage.
balance,beauté,bien,consolation,frontière,langue,philosophie,système,universel,valoir

vérité
Quand on parle de vérité en termes d'adéquation, trois sortes d'opération intellectuelle sous-jacente, et souvent confondues, sont possibles : l'ordre (introduction axiomatique de concepts dans la représentation), la requête (proposition langagière sur les relations entre les concepts), l'intuition (confrontation de propositions, vraies ou fausses, avec la réalité, donation de sens). Il est à noter, que la réalité est absente dans le deuxième cas ; la représentation – dans le troisième ; le langage – dans le premier et le troisième.
concept,création,idée,langue,nécessité,question,réalité,représentation

vérité
Le discours philosophique ne peut porter que sur les thèmes, où le consensus est impensable. Donc, par une simple modification du langage, une proposition vraie y peut être transformée en fausse. Et ils continuent à traquer la vérité dans leurs discours abscons. La vérité, en philosophie, est un attribut, un qualificatif local, sans aucune portée globale ; on devrait y rester avec les objets intelligibles, ou, mieux, avec le sujet sensible.
concept,intelligence,langue,philosophie,science,simplicité,universel

vérité
À quoi doit se réduire un regard philosophique ? - à la tragédie humaine, reflétée par le Verbe ; il est insensé et stupide de se vouer à la sobre vérité, devant tant de vertiges du langage et tant d'angoisses, implorant une consolation. « Le philosophe ne cherche pas la vérité, mais la métamorphose du monde dans les hommes » - Nietzsche - « Der Philosoph sucht nicht die Wahrheit, sondern die Metamorphose der Welt in den Menschen ». - et cette métamorphose ne vaut que par la douleur ennoblie et le Verbe rehaussé.
angoisse,consolation,hauteur,hommes,intelligence,langue,mystère,nature,noblesse,philosophie,…

vérité
Tant de vénérations imméritées pour la première vérité cartésienne (ego cogito), tandis que, toute vérité étant véhiculée par des phrases d'un langage, les Aïe et les Oh disputent très nettement cette primauté. Les assertions, la souffrance et l’étonnement, – avant les requêtes. En plus, celui qui affirme être res cogitans n’est souvent que res extensa.
amour,erreur,étonnement,ironie,langue,matière,question,souffrance

vérité
Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation.
axe,balance,concept,interprétation,langue,matière,ordre,philosophie,réalité,représentation,…

vérité
La vérité surgit d’une interprétation du discours ; elle n’appartient qu’à ce discours ; dans la représentation, il n’y a que des vérités triviales, axiomatiques, apodictiques. Il est bête de dire que « l’art représente, pour un regard sensible, la vérité de l’idée » - Hegel - « die Kunst stellt die Wahrheit der Idee für die sinnliche Anschauung dar ». La vérité n’est qu’un effet collatéral et inattendu d’une union sensuelle entre l’esprit et l’âme.
âme,art,esprit,idée,interprétation,langue,regard,représentation

vérité
Si une nouvelle beauté ne violente en rien les vérités courantes, elle ne sera qu’une copie, une tautologie, un reflet. Ne peut être beau que ce qui crée un nouveau langage, dans lequel naissent des vérités nouvelles.
beauté,langue

vérité
Comme la blancheur ne peut pas être définie sans qu'on ait défini ce qui peut être blanc, de même manipuler la vérité sans avoir défini ce qui peut être vrai est une niaiserie, dans laquelle tombent tous les philosophes. La bonne question posée, tout de suite surgira le seul domaine, où la notion de vérité ait un sens sérieux et rigoureux, - le langage. Si, en plus, on veut qu’on soit conforme (adéquat, compossible) à la réalité, on aboutira à la représentation non-langagière ; dans un langage on formule des propositions, interprétées dans le contexte d’une représentation.
concept,intelligence,interprétation,langue,philosophie,réalité,représentation

vérité
Le vrai de l’homme est biologiquement fabuleux, mais intellectuellement – commun et banal. Vouloir rester dans le vrai est signe de médiocrité ; tout créateur commence par bâtir son propre langage, dans lequel les valeurs de vérité courantes pourraient s’inverser. Le médiocre cherche à épater dans le langage commun, par de criardes finalités ; le créateur pose des commencements d’un Verbe musical à naître ou à ressusciter.
commencement,création,esprit,hommes,langue,mouton,musique

vérité
Pour le langage, la représentation est le fond, mais face à la réalité, elle est, essentiellement, de la forme ; aucune adéquation, aucun homomorphisme, aucune bijection ne sont possibles entre la réalité et sa représentation. Celle-ci peut être acceptable, satisfaisante, asymptotique, elle ne peut pas être équivalente à la réalité. Faire du réel la norme du vrai est bête et absurde. La vérité surgit de la forme, renvoie à la forme, n’a de sens que dans la forme. Elle ne porte jamais sur l’ensemble de la représentation, mais sur les propositions langagières, invoquant la représentation et non pas la réalité.
absurde,langue,réalité,représentation,style

vérité
Pour porter aux nues Spinoza et Hegel, il faut être : ignare en logique, obsédé par le mot savoir, insensible au style, entraîné vers le bavardage ou la graphomanie. Pour aimer Nietzsche et Valéry, il faut tenir à la noblesse, à l’intelligence, à la poésie. Poursuite, hors langage, des occultes vérités pseudo-universelles ; ou création de langages, pour exprimer des vérités lumineuses individuelles.
création,intelligence,langue,noblesse,poésie,savoir,science,style,universel,voix

vérité
L’apparence s’oppose au savoir ou la dissimulation – à la découverte ; les deux n’ont rien à voir avec la vérité (la manie de tous les philosophes) ; la vérité n’est qu’une étiquette au-dessus d’une proposition et dont la valeur opposée vaut faux. Ce faux peut être syntaxique (phrase syntaxiquement incorrecte), sémantique (l’affirmation, syntaxiquement correcte, ne peut pas être prouvée), pragmatique (le bon sens refuse d’accepter la véracité et exige une révision de la représentation).
doute,langue,négation,philosophie,savoir,science

vérité
Oui, en dernier ressort, la vérité doit être confirmée et par le sensible et par l’intelligible, mais seulement suite à cette chaîne obligatoire : la vérité n’a pas de sens sans langage, le langage n’a pas de sens sans la représentation, la représentation n’a pas de sens sans la maîtrise de la réalité représentée, la maîtrise n’a pas de sens sans nos sens, assistés par notre esprit. Ne pas oublier, que la subjectivité est présente dans toutes ces étapes.
esprit,langue,maîtrise,réalité,représentation,voix

vérité
Toutes les ambigüités autour de nos vérités extra-langagières proviennent du fait que, face au monde, nous avons deux attitudes incompatibles ou complémentaires – la perception et la conception. On perçoit le général (objectif, axiomatique, évident) et l’on conçoit le particulier (intellectuel, artistique, philosophique). On manipule l’être absolu ou le devenir arbitraire.
art,création,être,langue,philosophie

vérité
Ce que, dans l’interprétation d’un discours, les hégéliens ou phénoménologues appellent apparaître, correspond à substituer aux références langagières - des objets ou des relations de la représentation. La réussite (l’échec) finale de ces substitutions est marquée par un symbole abstrait, extra-langagier, extra-représentationnel, de vérité (fausseté). Mais ils répètent cette bêtise : « Toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître » - Hegel - « Alle Wahrheit muß erscheinen, um nicht eine leere Abstraktion zu sein ».
arbre,concept,interprétation,langue,philosophie,question,représentation,science

vérité
Toute connaissance, transférée dans une représentation, devient un fait, une vérité câblée, atomique ; c’est la vérité qui se prouve, en s’appuyant sur les connaissances et non pas l’inverse : « Les connaissances doivent être définies en termes de la vérité et non vice versa » - B.Russell - « Knowledge must be defined in terms of truth, not vice versa ». - ni les logiciens ni les linguistes n’arrivent jamais à la hauteur des cogniticiens.
langue,représentation,savoir,science

vérité
Dans les réflexions sur le sens et la vérité, les pires des bavards sont ceux qui ne maîtrisent pas la logique (de Hegel à Heidegger) ; mais les logiciens, qui ne maîtrisent ni le langage ni la représentation (de B.Russell à Wittgenstein), sont étrangement aussi bêtes.
intelligence,langue,maîtrise,représentation,science

vérité
La vérité est l’un de ces thèmes creux, favorisant un langage ampoulé mais dépersonnalisé. Le premier geste des chercheurs de vérités d'esclave est d’adopter une langue de bois commune, académique ou populacière. Il ne sert à rien de les encourager : « Quand tu as soif de vérité, laisse éclater ta langue » - Publilius - « Licentiam des linguae, cum verum petas » - puisque, ayant toute honte bue, ils sont sans soif.
école,honte,langue,liberté,mouton,platitude,soif

vérité
Dans la réalité, strictement parlant, il n’y pas d’objets (nécessairement structurés par une représentation), et res extensa et res cogitans ne sont que des entités non-structurées. Adaequatio rei et intellectus, en tant que définition de la vérité, correspond, tout simplement, à une concordance entre des objets de DEUX représentations d’une même réalité, concordance de DEUX interprétations d’une même proposition. La première de ces représentations est propre à un sujet, elle est individuelle ; la seconde est une représentation collective validée. Le terme de vérité n’est appliquable qu’aux résultats des interprétations séparées ; la comparaison réussie (les critères de cette réussite ne pouvant être qu’intuitifs) ne fait que rendre la vérité de la première interprétation – acceptable.
interprétation,langue,réalité,représentation

vérité
On a un esprit d’autant plus scientifique qu’on place les vérités davantage dans une représentation que dans un langage.
langue,représentation,science

vérité
La vérité n’est ni dans l’intellect ni dans les choses ; elle est dans la représentation interrogée.
langue,question,représentation

vérité
Les vérités sont des produits du langage, et le langage ordinaire est une œuvre collective. Seul un talent solitaire est apte de créer des langages électifs, portés par la noblesse, le style ou le ton et engendrant leurs propres vérités, hermétiques aux autres.
création,langue,mouton,noblesse,solitude,style

vérité
La représentation est une source de lumière, et un interprète logique s’en sert pour projeter cette lumière sur la proposition langagière, soumise à cette représentation pour être évaluée. La proposition est un objet composite, une structure, dont tous les nœuds doivent être éclairés, pour que la proposition soit évaluée à vrai. « Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil » - J.Joubert.
interprétation,langue,ombre,représentation,science

vérité
Créer ou dire des vérités sont deux activités sans commune mesure : la première relève de l’art, puisqu’il s’y agit de produire de nouvelles représentations et donc de nouveaux langages ; la seconde est banale, en tant qu’exception, et désespérante, en tant que règle. « Quelle horreur que de te rendre compte, soudain, que toute ta vie tu ne disais que la vérité » - Wilde - « It is a terrible thing for a man to find out suddenly that all his life he has been speaking nothing but the truth ».
art,création,langue,représentation,vie

vérité
Pour partager une même vérité, un groupement humain doit, au préalable, partager beaucoup d’autres choses : la même représentation conceptuelle, le même langage interrogatif, le même interprète logico-linguistique, la même interprétation-sens. Koyré a raison : « La vérité est toujours ésotérique »*.
concept,élite,interprétation,langue,représentation,science

vérité
Je reste de marbre devant le concept de vérité, il est toujours mécanique, contrairement à celui du mensonge, qui est toujours organique. Inutile d’énumérer l’interminable liste d’épithètes infamantes, attachées, à juste titre, au mensonge. Son seul mode d’apparition, intéressant et même noble, consiste à défier un langage, où il est flagrant, pour signaler la création ou l’existence d’un autre langage, le plus souvent plus subtil que le premier, et dans lequel il devient une vérité nouvelle. Mais les philosophes ne comprennent pas que la vérité est question de langage et non pas de morale ou d’adéquation.
bassesse,bien,création,langue,mensonge,noblesse,philosophie,robot

vérité
Même si l’on classe souvent les statistiques parmi les sacrés mensonges, on y trouve beaucoup plus de vérités que dans les sciences de la logique des professeurs de philosophie. Le culte de la vérité philosophique, cette Arlésienne des innombrables savantes logorrhées, est risible à titres multiples : par l’absence de vérités intéressantes, par les définitions abracadabrantes de la vérité (adéquation…), par l’incapacité d’indiquer des antonymes de la vérité, par l’inculture en logique et en linguistique.
culture,école,langue,mensonge,négation,philosophie,science

vérité
Tous les philosophes, honnêtes mais bêtes, se lamentent ou se glorifient des contradictions, qui parsèment leurs ouvrages. Et presque personne ne se doute de la vraie nature de ce phénomène, banal et commun, - le changement de langage, c’est-à-dire, avant tout, de représentations, qui modifie l’espace de vérités, ce qui est une activité permanente et inéluctable, n’ayant rien à voir avec l’honnêteté et la rigueur personnelles.
intelligence,langue,négation,représentation

vérité
La nature des contradictions, en philosophie, dépend d’une sorte de stabilité de la démarche dans l’écriture : la stabilité de la marche relève de la mécanique ; celle de la danse – de l’esthétique ; celle du vol – de la mystique. Les contradictions, dans le premier cas, sont signe de la bêtise ; dans le deuxième – de la maîtrise des langages ; dans le troisième – de la musique contrapuntique.
beauté,danse,intelligence,langue,maîtrise,musique,mystère,négation,philosophie

vérité
Ne possédant pas de son propre langage, mon soi inconnu, mon inspirateur, ne me soumet pas de vérités comme sujets de polissage ou de développement, il me souffle des états d’âme, l’âme servant de passerelle entre mes deux soi. Et comme l’état d’âme est étranger à la durée, mon exposé prend, tout naturellement, la forme de maximes.
âme,auteur,discursif,inconnu,langue,maxime,soi,temps

vérité
La vérité s'anoblit par la profondeur dans la maîtrise du langage, par la rigueur des problèmes et par la virtuosité des solutions ; la croyance – par la hauteur du regard sur la vie, par la ferveur du mystère ressenti. L'une ne peut pas se passer de l'autre ; et quand elles le font, elles deviennent robotique ou fanatique.
doute,hauteur,langue,mystère,regard,robot,science,vie

vérité
Hanté ou guidé par la beauté, tu dévieras certainement de la voie de la vérité et même glisseras quelques contre-vérités, au nom de l’harmonie du tout. Meurtrier du juste provisoire, tu sacreras l’injuste éternel. « Qu'il est facile de tuer une vérité ; mais un mensonge, bien tourné, est immortel » - M.Twain - « A truth is not hard to kill, and a lie, told well, is immortal ». La vérité n'a pas de lignée descendante, elle n'enfante pas de langage ; le mensonge, lui, en donne naissance à un, celui où il se transforme en vérité.
beauté,chemin,commencement,éternité,filtre,justice,langue,mensonge,mort

vérité
L’individualisation se manifeste de deux manières : dans la représentation (les structures syntaxiques – concepts de l’ontologie, ou sémantiques - liens entre concepts) ou dans le style (attachements langagiers aux concepts ou aux liens). Ne méritent notre intérêt que les vérités et erreurs, fondées sur ces deux types d’individualisation ; collectives, elles rejoignent très vite la platitude.
concept,erreur,être,langue,mouton,platitude,représentation,style,voix

vérité
Dans les rapports non-mécaniques entre les hommes, je comprends la place de la justice, de l’honnêteté, de la sincérité, mais je n’en vois aucune pour la vérité, qui ne concerne que notre facette robotique. Le mensonge, lui, est humain, même s’il est odieux, vilain, cynique ; son contraire s’appelle droiture et non pas vérité. La vérité est une propriété langagière et non pas éthique.
bassesse,bien,hommes,justice,langue,mensonge,robot

vérité
La philosophie dogmatique proclame des vérités éternelles, en dehors des représentations et des langages ; la philosophie critique les appuie sur de vagues représentations et se désintéresse du langage ; la philosophie sérieuse se moque de l’éternité et attache ou déduit toute vérité à l’intérieur d’un langage, bâti par-dessus une représentation scientifique.
éternité,langue,philosophie,représentation,science

vérité
La vie s’exprime soit en langage de la raison soit en celui de la musique. Le premier exige l’intervention de l’esprit et aboutit aux vérités, le second va directement à l’âme, créatrice d’images, où l’esprit a peu de place. « La vie, c’est la vérité, mais l’âme réclame l’invention » - Z.Hippius - « Жизнь – правда, но сердце ищет обмана ».
âme,création,esprit,langue,mensonge,musique,raison,vie

vérité
Des vérités universelles (consensuelles) n’existent qu’en mathématique, puisqu’on peut s’y entendre sur la représentation, sur le langage et sur les moyens de preuve ; dans aucun autre domaine ces trois conditions ne peuvent être satisfaites ; partout ailleurs, le consensus n’est qu’une blague, sans aucun rapport avec la véracité des affirmations.
langue,représentation,science

vérité
Les chemins croisés de la réalité et du rêve : la première – réalité, représentation, langage, requête, vérité ; le second – rêve, interprétation, émotion, langage. Une source hindouiste, remontant à Upanishad, constate l’incompatibilité de ces chemins : « La vérité ne rêve jamais », comme le rêve, lui, est déjà au-delà de la vérité.
chemin,interprétation,langue,question,réalité,représentation,rêve,sentiment

vérité
La niaiserie de ceux qui placent leurs vérités bancales directement dans la vie, au-dessus de tout langage ; à chaque faille de leurs croyances (ou certitudes), ils hurlent à la fin du monde. Pour le sage, ce sont les moments exaltants – on doit inventer de nouveaux langages !
intelligence,langue,vie

vérité
Chez les sages, les paradoxes naissent de la diversité des langages qu’ils maîtrisent, langages souvent incompatibles. Les sages bornés, une fois ces langages épuisés, se détournent des paradoxes, pour se vouer à la recherche de vérités absolues, ce qui un signe de gâtisme.
langue,paradoxe

vérité
On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens.
concept,erreur,langue,négation,paradoxe,philosophie,représentation,vie

vérité
L’outillage logique s’incruste dans la grammaire de toute langue naturelle. La merveille – ou la misère ? - de la mathématique, c’est qu’elle n’ait besoin que de cette incrustation, pour exprimer les propriétés de ses objets. Ces tournures logiques, d’ailleurs, sont, essentiellement, incorporées dans la mathématique elle-même.
concept,langue,mystère,science

vérité
Par combien de représentations ontologiques, extrêmement complexes, sans parler de la couche langagière là-dessus, il faut passer, pour avoir le droit d’affirmer, sérieusement, que la phrase Je suis malade est vraie ! Mais tous les philosophes s’égosillent sur les vérités fantomatiques, détachées de toute représentation.
être,langue,philosophie,représentation

vérité
La vérité n’apparaît dans la vie ou dans le rêve que par l’intermédiaire d’un langage, donc d’une représentation, toujours abstraite, toujours bancale.
langue,représentation,rêve,vie

vérité
Tous ceux qui parlent de la vérité, sans évoquer le langage, ne comprennent rien ni dans la vérité ni dans le langage.
intelligence,langue

vérité
Comment naissent les vérités ? - de la certitude dans ses jugements ou dans ses sensations – vérités verbales (logiques) et vérités sensorielles (appuyées par l’expérience, hors langage).
langue,réalité,science

vérité
Vous recevez, tous, le même flux d’apparences ; il s’agit de les interpréter ; en fonction de la qualité de vos représentations, ces apparences verbalisées atteindront le grade de vérité (évidemment non-objective mais relative à la représentation) ou bien s’identifieront aux illusions inarticulées. En tout cas, en absence de représentations valables, les apparences et les vérités resteront incommensurables, tant qu’un langage ne sera bâti au-dessus de la représentation.
balance,interprétation,langue,représentation

vérité
On passe des apparences aux vérités comme on passe des sensations – aux récits de celles-ci – par un adoubement : les huiles sacrées du Langage oignent les esprits roturiers et y insufflent des âmes royales.
âme,esprit,langue,noblesse

vérité
S.Weil : « Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre » - y est bien bête. Oui, avec une représentation figée, le sacré, comme la vérité, sont ce qui n’admet pas de doute. Mais les langages et les représentations changent en permanence, et le véridique et l’idolâtre peuvent se séparer sans retour. Mais le plus important, c’est que la vérité est totalement dépourvu de l’essentiel du sacré – de la sensibilité du cœur et de l’élévation de l’âme.
âme,cœur,doute,hauteur,intelligence,langue,représentation,sacré,sentiment

vérité
Tout en partageant la vision scolastique de vérité en tant que adaequatio avec la réalité, Heidegger est légèrement plus subtil ; au discours langagier, il ajoute la notion de discours représenté (vorgestellte Aussage), mais il glisse la-dessus, pour déclarer vérité la validation intuitive des résultats vagues du passage par la représentation (où réside la seule vérité rigoureuse). En introduisant le sujet (propriétaire de la représentation), il aurait pu créer un autre quadriparti.
langue,réalité,représentation

vérité
Qu’est-ce que le vrai monde ? Certainement pas la réalité, puisque la vérité ne peut exister que là où il y a des langages et donc des représentations, logés dans notre cerveau et non pas dans la réalité. Le vrai monde serait alors le résumé de l’interprétation de nos perceptions sensorielles. Autrement dit, le vrai monde ne s’appuie que sur les apparences individuelles ; il est subjectif et s’oppose aux choses en soi, ce contenu de la réalité. Paradoxal mais irréfutable.
interprétation,langue,nature,philosophie,réalité,représentation,science,voix

vérité
La pensée d’un objet, ou, dans le jargon des charlatans (non-grecs), la noèse d’un noème, c’est ainsi que ceux-ci voient la naissance d’une vérité, sans évoquer ni un langage ni une logique ni une représentation. Un objet, pris séparément, ne peut être interrogé que sur son existence ; seules de bien piètres vérités peuvent en sortir. La pensée est une requête langagière (assertion ou interrogation), portant sur les relations entre objets, dans le contexte d’une représentation ; la pensée est donc un arbre cherchant des unifications et aboutissant au sens.
arbre,concept,école,idée,langue,représentation,science

vérité
La hauteur naît dans le langage et non dans la représentation (qui prend en compte l’ampleur et la profondeur). La vérité s’exprime dans la rigueur langagière, s’appuie sur la représentation et se valide par la logique ; elle n’a aucun rapport avec la hauteur. Mais toute la gent professoresque répète, avec Hegel : « La vérité est dans la hauteur du verbe et dans la hauteur encore plus grande de la cause » - « Wahrheit ist ein hohes Wort und die noch höhere Sache ».
école,hauteur,langue,mot,représentation,science

vérité
Le détachement de la souple intériorité physiologique (l’aspiration à l’extériorité radicale métaphysique) constitue la vérité – à vous de choisir la définition la plus pertinente. C’est dans de tels cloaques verbaux que nagent les professeurs de phénoménologie.
école,ironie,langue,philosophie

vérité
Que de bavardages pseudo-philosophiques, pour savoir si la question de la vérité est de nature généalogique, ontologique ou axiologique ! Cette question appartient entièrement au langage (avec la représentation associée) et à son interprète logique. Toute l’Antiquité le comprenait, et c’est par l’élimination de la représentation (et donc du langage, au profit de la langue) que le tournant, appelé, paradoxalement, linguistique, occulta un problème limpide.
antiquité,axe,être,interprétation,langue,philosophie,représentation,science

vérité
Le regard est créateur de représentations, donc - de modifications du langage, donc – de nouvelles vérités. « Le regard est le noyau de tout savoir, et toute nouvelle vérité en est l’exploitation »* - Schopenhauer - « Der Kern jeder Erkenntnis ist eine Anschauung ; auch ist jede neue Wahrheit die Ausbeute aus einer solchen ».
création,langue,représentation,savoir

vérité
Le génie crée une toile de fond, un langage, tissé par un nouveau style ; tandis qu’au premier plan doivent palpiter des états d’âme exceptionnels et non pas végéter des vérités, tôt ou tard communes. « La première et la dernière exigence qu’on adresse au génie est l’amour de la vérité » - Goethe - « Das Erste und Letzte, was vom Genie gefordert wird, ist Wahrheitsliebe » - il n’y a qu’une poignée de belles vérités, qui méritent une passion ; l’immense majorité ne méritant qu’un intérêt pragmatique.
âme,amour,beauté,élan,esprit,langue,mouton,style,voix

vérité
La véracité possible du contraire de ce que tu affirmes ne doit pas t’effaroucher ; il suffit que tu saches par quelle modification du langage cette possibilité se réalise.
langue,nécessité,paradoxe

vérité
Dans le réel, juge la raison ana-logique, guidée par le regard créateur ; dans la représentation, due essentiellement aux yeux contemplateurs, juge un interprète logique. Dans le premier s’incarne le savoir et le goût ; dans la seconde se désincarnent le langage et la vérité. Mais sans la puissance, profonde et prouvée, dans celle-ci – pas de hautes jouissances, éprouvées dans celui-là.
bonheur,création,force,goût,hauteur,interprétation,langue,raison,regard,représentation,…

vérité
On peut cacher un objet, un fait, une action – on ne peut pas cacher une vérité, à moins qu’on en escamote la preuve (donc, une action ou un fait). « Les Anglais rabaissent toujours les vérités au rang des faits » - Wilde - « The English are always degrading truths into facts ». On mêle la morale de ce qui ne relève que d’une impassible logique. Et tous ces cachottiers ignorent que la vérité n’est qu’une banale propriété d’une requête langagière et ne surgit qu’au sein de ce langage.
angleterre,interprétation,langue,question,science

vérité
Une vérité partagée suppose un langage partagé ; donc, elle est condamnée à la platitude, à l’exclusion de toute noblesse que n’adoube que la poésie, la créatrice de langages individuels. La noblesse collective n’existe pas. La poésie est un vrai contraire de la vérité courante. Et Kierkegaard : « La vérité, c'est ce qui ennoblit » - vit tout de travers.
erreur,langue,mouton,négation,noblesse,platitude,poésie

vérité
Il n’existe pas de vérités immuables ; même à l’intérieur d’un langage, une assertion peut être vraie ou fausse, en fonction des locuteurs ou de l’échelle temporelle. Quant au mensonge, il est une notion extra-langagière, morale ou fantaisiste, avec peu d’intérêt pour le problème de la vérité rigoureuse.
langue,mensonge,négation,science,temps

vérité
Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations.
contrainte,erreur,hauteur,intelligence,langue,négation,raison,représentation,science

vérité
La vérité est l’avant-dernier pas dans le cheminement à travers un discours, le dernier étant le sens. La réalité ou la morale n’y servent que de contraintes, d’accotements.
chemin,contrainte,interprétation,langue,raison,réalité

vérité
Tout homme conçoit des représentations, y attache un langage, manipule ses interprétations et parvient ainsi à ce que, en toute rigueur, on doit appeler vérités. Le dernier des ploucs en énonce autant que le savant le plus compétent. C’est seulement en qualité que la différence apparaît.
interprétation,langue,représentation

vérité
N’est vrai que ce qui se prouve (on n’est pas dans l’infini gödélien) ; l’outil des preuves est un interprète, correspondant au genre de logique disponible ; l’action de l’interprète consiste à appliquer au fond cognitif (la représentation) la forme langagière (la proposition, un arbre interrogatif à variables) ; le résultat – la véracité/fausseté, à laquelle est associé un réseau d’objets (de la représentation), résultant des substitutions des variables de l’arbre.
arbre,interprétation,langue,représentation,science,style

vérité
Contrainte – éviter ce qui, trivialement, est vrai ; astuce – exploiter le fait que ce qui, trivialement, est faux, peut être, subtilement, vrai, mais ce n’est pas une vérité que en retireras mais un nouveau langage. Ce n’est pas la véracité facile mais l’expressivité difficile qui compte.
contrainte,interprétation,langue

vérité
À la merveilleuse aptitude des yeux de changer de focalisation (ce qui dictera ton interprétation du réel) correspond une aptitude de focalisation de ton regard (ce qui guidera ta représentation de l’idéel). À partir d’une focalisation se forme un langage à part, traçant de nouvelles frontières entre le vrai et le faux.
frontière,idée,interprétation,langue,réalité,regard,représentation

vérité
Pour éprouver le néant, comme disent les écolâtres, il faut passer par la négation. Pour définir la négation, il faut être, à la fois, logicien (la négation syntaxique) et linguiste (qui y ajoute la négation sémantique). Or aucun philosophe académique ne fut l’un ou l’autre. De Hegel à Sartre (en y incluant leurs critiques, tout aussi universitaires) – qu’un galimatias balbutiant. Même leur fichu être, pourtant une notion intuitivement plus abordable et sensée servir de point de départ de la négation (ce qui est totalement absurde), est un SDF, fourré quelque part entre la réalité et la représentation.
absurde,concept,école,être,langue,négation,réalité,représentation,science

vérité
La réalité n’apporte qu’une confirmation intuitive des vérités, qui logent, entièrement, dans la représentation et le langage, donc dans la conception et l’expression. Ces deux-là, vues par la réalité, sont approximatives et personnelles.
langue,réalité,représentation,voix

vérité
À première vue, la vérité s’oppose au rêve, mais il y a, entre eux, aussi, un parallèle : les deux ont besoin d’un complément d’objet. La vérité n’a pas de sens sans une assertion langagière à prouver ; le rêve est une chimère si son élan sentimental ignore ou l’étoile visée, ou le frisson initial de l’esprit, ou l’état d’âme à rendre.
âme,élan,esprit,étoile,langue,rêve,sentiment

vérité
La vérité est une propriété formelle d’une phrase (partie élémentaire d’un discours), la signification (d’une référence d’objet et de relation entre objets, à l’intérieur de la phrase) et le sens (de la phrase entière, démontrée ou réfutée) en étant des propriétés significatives. La vérité et le sens portent donc sur le tout, et les significations – sur les parties.
concept,langue,science

vérité
Chez les grands, ce n’est pas l’évolution dans le temps (version I, version II…) qui explique leurs contradictions, mais le changement (hors toute chronologie) de représentations (et, donc, de langage). Les justifications discursives sont des sources d’ennui ; les allusions inchoatives dans une maxime sont beaucoup plus prometteuses. Ainsi, la lecture d’un ouvrage aphoristique implique la prémonition de la représentation sous-jacente.
discursif,ennui,intelligence,langue,maxime,négation,représentation,temps

vérité
Il existe bien des vérités inaccessibles (indémontrables), mais Gödel nous montra qu’elles ne pussent résider que dans l’infini, c’est-à-dire en mathématique ou en rêves. Et puisque nous sommes condamnés à vivre dans le fini, il faut abandonner toute tentative de les y chercher. D’ailleurs, personne n’en trouva, puisque sa requête aurait dû être infinie.
inconnu,langue,question,rêve,science,vie

vérité
Les contradictions à l’intérieur d’un même langage prouvent ma bêtise. L’un des symptômes d’une contradiction est l’étonnement ; la plupart de mes notes provoquent mon propre étonnement ; mais je sais que les contradictions sous-jacentes se justifient par changement de langage. L’intelligence est dans la maîtrise des langages incompatibles mais intéressants.
auteur,étonnement,intelligence,langue,maîtrise,négation

vérité
La vérité contraire est une expression impossible ; seul une négation syntaxique (découlant d’une grammaire et ne remontant pas jusqu’à la représentation) peut être formulée. Avec une représentation donnée, la négation d’une expression vraie ne peut être que fausse. Le philosophe (qui serait, en même temps, un logicien) est celui qui sait passer d’une représentation à l’autre, pour modifier la véracité des mêmes expressions langagières.
intelligence,langue,négation,philosophie,représentation,science

vérité
La logique mathématique est universelle et les représentations sont individuelles. Ces dernières (munies d’un mécanisme interprétatif) ne sont qu’un pâle reflet de la première, mais leurs notions centrales (et non pas les concepts) y sont les mêmes : les faits axiomatiques, les formules langagières, les déductions. Dans le premier cas, toute modification de la base axiomatique est contrôlée par la logique même ; tandis que dans le second, domine le libre arbitre. Dans les deux cas, on parle de vérités (axiomatiques ou déduites). L’usage de ce terme, pour signifier un accord (adaequatio) avec la réalité est abusif.
interprétation,langue,liberté,réalité,représentation,science,universel

vérité
Tu peux te permettre des incohérences langagières, si tu pars des représentations différentes, dont les contextes correspondants rendent vraies les propositions contradictoires – l’intelligence représentative rejoignant l’intelligence interprétative.
intelligence,interprétation,langue,maîtrise,négation,représentation

vérité
La vérité d’une proposition s’établit par une succession d’actes d’unification des mots avec des concepts. Valéry : « La marque de la vérité est la réussite des actes »** - complète Aristote et surclasse tous les philosophes du langage.
action,arbre,concept,défaite,langue,mot,philosophie

vérité
Tous les philosophes, de Platon à Heidegger, appliquent la notion de vérité aux choses et aux actes des hommes et considèrent le résultat comme universel. Or, seuls les jugements, propositionnels et non pas intuitifs, jugements énoncés et prouvés par un homme, peuvent recevoir cette valeur, valeur personnelle. La réalité y est absente.
action,concept,langue,philosophie,réalité,universel,voix

vérité
La vérité n’est qu’une enseigne sur la maison d’une proposition, enseigne signalant que cette maison est habitable. On peut en admirer l’architecture, chercher un guide pour la visiter, y pénétrer par infraction. « Quand on frappe inutilement à la porte de certaines vérités, il faut essayer d'y rentrer par la fenêtre » - J.Joubert.
ironie,langue

vérité
En Intelligence Artificielle, le terme de logique est utilisé dans deux sens : une logique cognitive – pour assurer que la représentation reste non-contradictoire, et une vraie logique (mathématique) – pour prouver la véracité (ou la fausseté) d’une proposition.
intelligence,interprétation,langue,maîtrise,négation,représentation,science

vérité
La poésie est dans la langue, et la vérité – dans le langage (langue plus représentation). La poésie (élégance) de la vérité est dans l’intelligible, et la vérité (affectivité) de la poésie – dans le sensible.
beauté,intelligence,interprétation,langue,poésie,représentation,sentiment

vérité
Comme la blancheur est la valeur de l’attribut couleurs, attaché aux objets matériels, la vérité est la valeur de l’attribut véracité, attaché aux propositions langagières. La première résulte de l’interrogation d’un objet ; la seconde – de la démonstration d’une proposition, comprenant des références d’objets et de relations. Dans les deux cas, les valeurs proviennent de la représentation sous-jacente.
concept,interprétation,langue,représentation

vérité
Toutes les sciences (sauf la Mathématique) se réduisent aux représentations (théories, modèles, systèmes) d’une réalité (la matière et les esprits, au passé, au présent, au futur) et aux interprétations (langages, logiques, faits). Les faits scientifiques (formulés dans un langage, réductible aux formules logiques) ne sont vrais que s’ils sont démontrables dans le contexte d’une représentation. Donc, une vérité ne peut jamais être une adéquation de la pensée et de la réalité. La chose en soi (la réalité) gardera toujours une part du mystère ; l’inconnaissable sera toujours présent dans l’inconnu.
absurde,esprit,idée,inconnu,interprétation,langue,matière,mystère,réalité,représentation,…

vérité
Les superficiels et les vagues voient dans la vérité un objet, ni langagier ni conceptuel, existant depuis la nuit des temps, résistant aux tentatives humaines de s’en emparer et reflétant, avec fidélité et précision, des choses en soi, constituant la réalité. L’homme chercherait à atteindre cette vérité fuyante, pour proclamer sa possession. Presque tous les philosophes partagent cette aberration. La vérité, sans spécifier le de quoi, est une chimère insaisissable ; quant au quoi, il doit être langagier, réductible au conceptuel, et formulé par le qui, muni du comment personnel.
abduction,absurde,concept,hommes,intelligence,interprétation,langue,maîtrise,philosophie,réalité,…

vérité
Les philosophes attribuent à la vérité un sens moral ou psychologique, ils combattent les menteurs ou les imbéciles, qui se moquent de l’existence même des philosophes. Ceux-ci auraient dû consulter des logiciens, des linguistes, des cogniticiens, qui se moquent des logorrhées philosophiques.
absurde,bien,intelligence,langue,lutte,maîtrise,mensonge,philosophie,science

vérité
Tout produit de la science ou de l’art se formule dans un langage (naturel, pictural, musical, technique, mathématique). Même une composition musicale, un tableau, une sculpture tendent à nos oreilles, à nos yeux, à nos esprits et nos âmes des propositions à évaluer. Certaines de ces évaluations doivent être validées par l’affrontement avec la réalité ; d’autres – la musique, la poésie, la mathématique – ne vont pas plus loin qu’aux représentations. Dans les deux cas, on fait appel à la notion de vérité, dont la première étape se déroule dans la représentation (émotions ou démonstrations), mais dans le premier cas, la véracité doit, en plus, passer par une seconde étape, pour se confirmer par la réalité, par une satisfaction intuitive. Dans le premier cas, on peut découvrir les vérités ; dans le second, on ne peut que les prouver. C’est pour cela que la musique et la mathématique sont les domaines les plus purs, les plus nobles et les plus divins ! Dieu est dans l’harmonie du son ou du nombre.
âme,ange,dieu,esprit,langue,musique,ouïe,poésie,réalité,regard,…

vérité
En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques.
défaite,inconnu,interprétation,langue,mensonge,négation,représentation,savoir,science

vérité
Le terme de vérité, en fonction de la rigueur de son interprétation, admet des acceptions éthique, psychologique ou logique. Les uns (les plus naïfs) l’opposent au mensonge ou à l’ignorance ; les autres (les scientifiques) confrontent l’idéel au réel et en constatent l’adéquation (psychologique) ; enfin, les troisièmes (les logiciens) n’y voient qu’une propriété des propositions (où les valeurs vrai/faux auraient pu être remplacées par 1/0), auxquelles se réduisent toutes les phrases d’une langue naturelle ou toutes les assertions d’un langage scientifique.
intelligence,interprétation,langue,mensonge,réalité,représentation,savoir,science

vérité
Vivre de l’humilité des vérités verbales fugitives et de la fierté des élans vers l’indicible certain.
doute,élan,inconnu,langue,vie

démocrite
La vérité est au fond de l'abîme.
vérité
Elle descend, en effet, du haut (où naît le langage du désir), puis elle prend corps en bas (où l'on accède aux choses). Il vaut mieux laisser mon regard en compagnie du langage, en haut ; sinon je risquerais de confondre eaux stagnantes, cloaques et abîmes : « Si tu persistes à regarder l'abîme, l'abîme finira par regarder à travers toi » - Nietzsche - « Wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein » - et je perdrais la hauteur de mon propre regard.
auteur,chemin,élan,hauteur,langue,paradoxe,réalité,regard

aristote
Une proposition restant absolument la même, tantôt est vraie, tantôt est fausse.
vérité
La proposition, son évaluation et son sens nous renvoient, respectivement, au langage, au modèle et à la réalité. On peut modifier l'un, sans toucher aux autres. Un interprète extrait le vrai (et des substitutions), du couple proposition-modèle, un autre - le sens, du couple substitutions-réalité.
arbre,interprétation,langue,réalité,représentation

thomas d'aquin
Veritas est adaequatio intellectus et rei.

La vérité, c'est l'accord entre les choses et la raison.
vérité
Depuis St-Augustin, on cherche à nous contenter de cette veritas optima, une merveille hors la raison, tandis que veritas vera, la seule vérité, ne quitte jamais la raison et ignore les choses. La pensée veut exprimer les choses, en s'imprimant dans les mots : l'arbre intelligible, s'unifiant avec l'arbre sensible, en se servant de l'arbre logique – trois univers qui ne se touchent guère. L'objet est dans le modèle conceptuel, l'affirmation - dans le modèle linguistique, la vérité - dans le modèle logique. Et cet accord, ces va-et-vient entre ces modèles, est proprement ce qu'on appelle le sens. Dans le meilleur des cas, il est adaequatio iubilationis et intellectus (Nietzsche) !
arbre,concept,idée,intensité,interprétation,langue,mot,raison,réalité,représentation

thomas d'aquin
Verum est in rebus et in intellectu … convertitur cum ente, ut manifestativum cum manifestato.

La vérité est dans les choses et dans l'intellect … elle se projette sur l'être, comme la représentation - sur le représenté.
vérité
Abus de langage : les choses sont dépourvues de mots, et la vérité ne peut exister qu'au sein d'un langage. Ce qui est manifeste dans les choses et dépasse toute représentation s'appelle, justement, - être. La vérité naît en plusieurs étapes : son premier temps est, tout de même, dans les mots d'une requête et nullement dans les choses, le deuxième - dans la pensée extraite de la requête, le troisième - dans les substitutions fournies par la représentation. De la confrontation des objets des substitutions avec les choses naît le sens. De res fictae (représentation, modus essendi), par res fatae (interprétation, modus intelligendi), à res factae (sens, modus significandi). Tu oublies les mots, comme Boèce oublie la représentation.
arbre,concept,esprit,être,idée,interprétation,langue,mot,question,représentation

descartes r.
La puissance de distinguer le vrai d'avec le faux est naturellement égale en tous les hommes.
vérité
C'est une puissance langagière, et donc, au contraire, la plus élitiste de toutes. Mais dans l'audace du faux intéressant, la différence est encore plus flagrante, elle est un gouffre.
audace,élite,esprit,force,langue

spinoza b.
Omnis determinatio negatio est.

Toute définition est négation.
vérité
Syntaxiquement, c'est faux ; une définition est un filtre muni d'un mode de son emploi permettant le constat de succès ou d'échec ; une des négations sémantiques, la moins constructive, mais donnant de la rigueur à la résignation, est la négation par échec. En logique comme dans la vie, la négation n'est bonne qu'auréolée d'une défaite. Les définitions apophatiques sont nulles. Il vaut mieux compter sur les contraintes – les antonymes.
acquiescement,contrainte,défaite,filtre,langue,négation,raison

goethe j.-w.
Es ist so gewiß als wunderbar, daß Wahrheit und Irrtum aus einer Quelle entstehen ; deswegen man oft dem Irrtum nicht schaden darf, weil man zugleich der Wahrheit schadet.

C'est banal et merveilleux, mais la vérité et l'erreur coulent d'une même source ; c'est pourquoi, souvent, on ne peut pas nuire à l'erreur, sans nuire, en même temps, à la vérité.
vérité
Cette source s'appelle langage (et non pas sagesses immortelles quelconques), et en me tenant à la routine du verbe, dans des eaux croupissantes, je ne ferais que maintenir en vie des vérités cadavériques. Plus profondément je trouble la source, plus haut sera l'envol de ce qui cesse d'être une erreur, pour créer de nouvelles vérités, auprès d'une nouvelle source.
auteur,commencement,erreur,hauteur,langue,ombre,platitude

goethe j.-w.
Das Wahre ist einfach und gibt wenig zu tun, das Falsche gibt Gelegenheit, Zeit und Kräfte zu zersplittern.

Le vrai est simple, pas grand-chose à faire avec ; le faux donne l'occasion de fractionner le temps et l'énergie.
vérité
C'est la maîtrise qui rend l'idée simple ou complexe. C'est par la compétence en faux qu'on reconnaît l'artiste-maître. La performance du vrai est accessible à tout artisan-apprenti. Le faux est soit viol d'un langage ancien, soit introduction dans un nouveau.
art,commencement,force,idée,langue,maîtrise,savoir,simplicité,temps

goethe j.-w.
Der Irrtum wiederholt sich immerfort in der Tat, deshalb muß man das Wahre unermüdlich in Worten wiederholen.

L'erreur se répète, immanquablement, dans l'acte. C'est pourquoi on doit répéter, inlassablement, le vrai en paroles.
vérité
L'erreur se glisse aussi aisément dans la parole. Mais, contrairement aux paroles, bon nombre d'actes sont irréversibles. Toute parole est réfutable ou falsifiable, et c'est là son côté créateur. Le solécisme est stérile puisque irréfutable.
action,création,erreur,langue,soi

schlegel f.
Alles Sichtbare hat nur die Wahrheit einer Allegorie.

Le visible n'a que la vérité d'une allégorie.
vérité
L'allégorie est le passage d'un langage à un autre, et la vérité ne quitte jamais les frontières d'un langage. Le sensible est muet, c'est l'intelligible qui lui sert d'interprète.
frontière,interprétation,langue,style

kierkegaard s.
Ma raison me quitte, ou plutôt, je la quitte ; tout ce qui est en moi crie la contradiction.
vérité
Lamentable credo absurdiste. La panique devant des contradictions ne prouve que l'impuissance langagière ou le tâtonnement conceptuel. La raison accompagne tous nos gestes, que ce soit en musique ou dans le bruit, dans la partition ou dans le calcul.
absurde,force,idée,langue,musique,négation,raison

renard j.
La vérité que j'ai tirée de mon puits ne peut pas se dépêtrer de sa chaîne.
vérité
Cette chaîne est langagière, et la soif aspire aux métaphores, hiatus des mots empêtrés. Mais qui meurt de soif près d'une fontaine déchaînée ?
élan,langue,métaphore,soif

klioutchevsky v.
Ум гибнет от противоречий, а сердце ими питается.

L’esprit succombe aux contradictions, le cœur s’en alimente.
vérité
Les contradictions au sein d’un même langage n’est que bêtise. L’intelligence est l’art de créer de nouveaux langages, supports de nouvelles véracités ou faussetés. Le cœur sensible et l’âme créatrice doivent se servir de l’esprit, ce seul détenteur de langages.
âme,cœur,création,défaite,esprit,intelligence,langue,maîtrise,négation

twain m.
Fiction is obliged to stick to possibilities. Truth isn't.

La fiction doit coller au possible. Pas la vérité.
vérité
La vérité (le nécessaire) résulte du dialogue entre le langage et le modèle (le possible), la fiction - de celui entre le modèle et la réalité (le suffisant). Le libre échange entre la réalité et le langage s'appelle fiction.
langue,nécessité,raison,réalité,représentation

nietzsche f.
Die Wahrheit ist nicht etwas, das zu entdecken wäre, - sondern etwas, das zu schaffen ist.

La vérité n'est pas une chose à découvrir, mais une chose à créer.
vérité
Les deux sont possibles, mais la première préexiste, elle est tautologique dans un modèle figé, la seconde naît d'une révision du modèle ou du langage.
création,étonnement,langue,nécessité,raison,représentation

nietzsche f.
Niemand stirbt jetzt an tödlichen Wahrheiten : es gibt zu viele Gegengifte.

Personne ne meurt plus de vérités mortelles : il y a trop de contrepoisons.
vérité
En mourir, ne plus pouvoir la falsifier par des incantations du langage. La meilleure guérison est une résurrection. On manque de seringues ou d'ironie, quand on dit : « L'esprit philosophique consiste à préférer aux mensonges, qui font vivre, les vérités, qui font mourir » - G.Thibon).
création,ironie,langue,mensonge,mort,philosophie

nietzsche f.
Ohnmacht zur Lüge ist lange noch nicht Liebe zur Wahrheit.

L'impuissance pour le mensonge est loin d'être l'amour pour la vérité.
vérité
La puissance, même en fabrication de contre-vérités, peut ramener à l'amour de la sagesse, qui consiste en sagesse de l'amour. Ce n'est pas la vérité qu'il faut aimer, mais sa création. Tout créateur commence par créer un nouveau langage ; et celui-ci, sortant des habitudes des autres langages, se présente, au début, comme une contre-vérité. Seul le créateur peut témoigner que : « L'homme du vrai finit par comprendre qu'il ment toujours » - Nietzsche - « Der Wahrhaftige endet damit, zu begreifen, daß er immer lügt ».
amour,création,force,langue,mensonge

wilde o.
The well-bred contradict other people. The wise contradict themselves.

Les gens bien élevés contredisent les autres, le sage se contredit soi-même.
vérité
Le paradoxe du sage se joue entre deux modèles ou deux langages différents, où la compatibilité n'a pas de sens. Le sot se noie au milieu d'un même modèle ou langage. Par une subtile substitution, le sage peut tomber d'accord avec le sot, qui n'est d'accord qu'avec lui-même.
arbre,esprit,goût,langue,négation,ordre,paradoxe,philosophie,représentation,simplicité,…

valéry p.
Ne cherche pas la vérité - mais cherche à développer ces forces, qui font et défont les vérités.
vérité
Et ce principe s'appelle langage ! On défait une vérité par la règle (syntaxe), par le souffle (sémantique), par la liberté (pragmatique).
création,discursif,force,intensité,liberté,langue

valéry p.
Plus on serre ce qu'on tient, plus on se trouve approcher de l'inintelligible, du dissemblable - la vérité ne ressemble à rien.
vérité
Tu veux dire réalité, le réceptacle des vérités asymptotiques, la formule hors tout langage intelligible. Elle ressemble au seul point de notre liberté d'où nous tendons nos rayons ou puisons notre volume.
balance,inconnu,langue,liberté,maxime,réalité,représentation

barney n.
Être sans cesse vrai envers des vérités sans cesse changeantes.
vérité
Je suis vrai, si je garde ma position (ou pose), face aux propositions (ou choses), avec le langage, la représentation ou la réalité changeants. Je suis vrai, parce que je sais les réinventer : le langage – par ma poésie, la représentation – par ma philosophie, la réalité – par mes contraintes.
auteur,contrainte,création,langue,philosophie,poésie,pose,réalité,représentation,temps

blok a.
Правда доступна только для дураков.

La vérité n'est accessible qu'aux sots.
vérité
Car l'intelligence, c'est la faculté d'introduire une nouvelle distance entre toute vérité trouvée et sa première falsification langagière. Le sage sait, que la vérité n'est qu'au bout de sa langue versatile, le sot la voit sous ses pieds bien plantés. « Seul les sots comprennent tout » - Tchékhov - « Всё понимают только дураки ».
commencement,esprit,intelligence,langue,philosophie,proximité,utilité

saint exupéry a.
La vérité, c'est le langage qui dégage l'universel.
vérité
Cet universel s'arrête donc à la première virgule mal placée. La beauté, elle, c'est l'interversion de l'ordre chronologique entre la syntaxe et la sémantique.
beauté,ironie,langue,universel

levinas e.
La vérité signifie l'adéquation entre la représentation et la réalité.
vérité
Plus précis que St Augustin et G.B.Vico (la représentation -> l'intellect), mais y garder la réalité informalisable (la vérité étant toujours formelle) est aussi creux. La vérité réside entièrement dans la représentation, interrogée par un langage. La validation (que vous appelez vérité) de nos modèles est affaire d'intuition intellectuelle, hors de tout formalisme. Heidegger appelle le fond de cette validation - l'être, qu'il identifie avec la validation même : « Sein und Grund sind das Selbe ».
être,langue,réalité,représentation

levinas e.
Le langage s'interprète comme manifestation de la vérité.
vérité
La vérité intéressante n'est pas un fait cachottier, que le langage déniche. La vérité potentielle, à l'origine, a la forme d'une hypothèse langagière, portant sur une représentation, et elle vient à se manifester grâce à un interprète logique (extra-langagier) de requêtes associées à ces hypothèses. Le langage n'a presque aucun contact direct avec la réalité ; il s'adresse à la représentation, ce dépositaire, cette base de vérités à démontrer. Les vérités-faits n'ont pas besoin de langage.
langue,réalité,représentation

weil s.
Dès qu'on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.
vérité
J'aurais toléré quelques délices en compagnie de la vérité conquise, avant de chercher le nouveau langage. Le sens contraire est bien une innovation langagière : syntaxique - des attouchements inattendus de vocables ; sémantique - des ressorts pressentis des rapports paradoxaux ; pragmatique - le libre arbitre des passions.
amour,caresse,création,interprétation,langue,liberté,maîtrise,négation,paradoxe,raison
 
Thèmes : Langue …