| art | | | Le but ultime de l'art : que mon image s'anime. Elle peut le devoir à la profondeur apollinienne ou à la hauteur dionysiaque, à l'interprétation ou à la représentation. Mais quand je touche aux deux, j'arrive à l'extase, à la naissance d'un style : l'ivresse en accord avec l'équilibre. Ek-stasis - se tenir au-delà, être en accord avec le soi inconnaissable, se faire son souffle, traduire son âme : « L'âme des choses est insufflée par le style » - V.Rozanov - « Стиль есть душа вещей ». | | | | |
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| art | | | Créer, en français, c'est tout simplement interpréter, dans les deux sens : musical et logique. L'acte de traduction, qui affiche ses lettres de noblesse. | | | | |
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| art | | | L'artiste est celui qui s'inspire de belles choses pour créer de belles représentations. Mais on ne parvient jamais à représenter les belles choses, et les belles représentations ne renvoient qu'aux choses imprévues. L'art accompli, c'est l'homme imaginaire moins les choses réelles (F.Bacon fut un mauvais arithméticien : « l'art est l'homme ajouté à la nature » - « ars, homo additus naturae »), l'art acosmique. Et l'interprétation n'y serait pas de l'addition, mais de l'unification d'arbres. | | | | |
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| art | | | Aucune représentation, aucune interprétation du soi inconnu n'est possible, et l'on veut pourtant en entériner l'irrécusable présence. Il semblerait que les seuls exercices passablement réussis relèvent de la poésie, mais au prix d'un certain hermétisme : « L'obscurité qu'on reproche à la poésie ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit qu'elle explore, nuit du mystère, où baigne l'âme humaine »* - Saint-John Perse. | | | | |
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| art | | | Sur le dernier pas, laissé aux lecteurs : je leur tends un rameau, qu'ils en fassent un oiseau, un arbre ou une saison. Mais il y a toujours le risque, qu'on le prenne pour un déchet, un outil ou une arme. Le regard qui croie et s'éploie, face aux yeux qui croient et se ploient. | | | | |
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| art | | | La musique nous laisse en communion immédiate avec notre âme, elle n'apporte rien à notre regard. Le regard est l'équilibre entre l'esprit et l'âme, où la représentation chromatique conduit à l'interprétation musicale. | | | | |
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| art | | | L'univers du rêve, tout comme un système de logique, s'évalue sobrement : indécidable, il est le seul fond du vrai art, art de l'insoluble, l’art qui impose ses illusions. | | | | |
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| art | | | Je ressens ce que je veux écrire, et mon lecteur devine ce qu'il peut lire. Mais la bonne écriture, c'est écrire ce que je peux ; la bonne lecture - lire ce que je veux. | | | | |
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| art | | | Une curiosité psychologique : plus quotidienne est l'œuvre - plus grandiloquent est son commentaire par l'auteur, plus haute est l'envolée - plus cafouilleuse est sa défense. Shakespeare commentant son œuvre - inimaginable ou pitoyable ! Flaubert, ce Molière moderne, se rattrape magistralement en gloses, qui surpassent l'œuvre. Les Werther et Nouvelle Héloïse ne se trouvent aujourd'hui que dans des journaux intimes. | | | | |
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| art | | | Le romantique crée un nouveau lecteur ; le classique en profite pour le combler. Le non romantique, hautement fervent, se traduit facilement en un oui classique, profondément altier. On n'est jamais classique, on le devient. On ne devient jamais romantique, on l'est. | | | | |
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| art | | | Le besoin d'une mise à plat, non pas au commencement du livre, mais en pleine lecture, - indice d'une réelle présence, parmi les pages chiffonnées, - de vastes platitudes. | | | | |
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| art | | | L'objet d'une écriture est la création d'un lieu géométrique d'attirance, créé implicitement par un jeu de contraintes à variables. Et la lecture est son dessin par substitutions successives. | | | | |
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| art | | | Comme l'œil reconstitue une image spatiale à partir d'un tableau peint en deux dimensions, l'esprit, dans un texte, cette matrice spatio-temporelle à quatre dimensions, doit saisir l'intuition des espaces au nombre infini de dimensions, la fascination des points d'origine, de l'étendue des métriques et de la hauteur des projections. | | | | |
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| art | | | Le remplissage est le genre littéraire le plus répandu, et le vidage d'une tête débordant de pensées - la méthode la plus suivie (même Byron succomba à cette niaiserie : « Si je n'écris pas pour vider mon esprit, je deviens fou » - « If I don't write to empty my mind, I go mad »). On aurait dû laisser ce soin au lecteur, en lui tendant un vide vertigineux, aspirant ce qui est, à l'accoutumée, retenu dans des réserves de l'âme. « Viser la plénitude en se vidant »** - G.Steiner - « Evacuation towards fullness » - il faut le faire avant le premier trait de plume ! | | | | |
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| art | | | La métaphore, placée dans un discours, perd sa hauteur représentative et rejoint la platitude interprétative ; la grâce aphoristique se transforme en pesanteur sophistique. La liberté expressive d'une maxime, face à l'inertie argumentative d'une harangue. | | | | |
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| art | | | Indifférence face aux écrits, où des choses apparaissent avant des états d'âme. On devrait avoir l'impression, que ce n'est pas la main, mais quelque chose d'immatériel, mais intense, qui trace les mots. La mélodie qu'on entend devrait avoir déjà existé, en puissance, dans notre âme de lecteur. | | | | |
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| art | | | La vraie énergie d'une œuvre d'art provient du sentiment de l'arrêt sur l'avant-dernier pas et du refus d'imprimer le dernier. Comprendre qu'aller plus avant ne serait ni meilleur ni plus précis. | | | | |
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| art | | | Les exigences acoustiques ne sont pas les mêmes pour les lieux, où je compose mes mélodies divines, et ceux, où je les aimerais exécuter. Le fond sonore idéal, pour les premiers, serait l'applaudissement de mon concierge et le ricanement du ciel. Oreilles faites yeux - pour les seconds. | | | | |
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| art | | | Communiquer avec le lecteur, c'est laisser de la place à son regard, à sa perplexité, à son arbitraire. « Grand homme est celui qui laisse après soi les autres dans l'embarras »** - Valéry. Ne pas suivre l'inertie, pour aller jusqu'au bout d'une idée, s'arrêter au plus fort d'une tentation, laisser les sons mourir de leur propre éloignement. Les vagues de communion, une fois les fonds bien secoués, ne sont portées que par le vide. | | | | |
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| art | | | Ma présence, dans un livre, se manifeste non pas par l'ostentation de mes opinions, mais par l'écart que je mets entre moi et les choses. Mais je peux me fondre avec une chose en profondeur et en être infiniment éloigné en hauteur. Et la meilleure absence, là-bas, se dégage parfois d'une belle présence, là-haut. | | | | |
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| art | | | Avec du talent, le délire des mots devient un rêve ; sans le talent, il tourne à un misérable verbiage. C'est sûrement un misérable qui dit : « Là où un homme rêve et délire, un autre se lève et interprète » - Ricœur – cet homme debout, sans doute, interprète des balivernes. Et vive l'homme couché, homme du rêve ! | | | | |
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| art | | | Un chiasme utile : je dois entraîner et par le jeu des idées - la beauté - et par l'idée du jeu - la nature. On peut aimer l'idée du jeu, sans la comprendre - le bon sauvage. On doit comprendre le jeu des idées pour l'aimer - le bon artiste. | | | | |
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| art | | | Ce qui compte, en art, c'est ce qui ébranle la beauté ou le rêve. L'art pour la vie et la vie pour l'art - le but et les moyens. Mais par-dessus tout - la noblesse des contraintes : quand on maîtrise le qui et le quoi, on s'entend avec n'importe quels pourquoi et comment. Et Nietzsche : « Tout comment est bon pour celui qui a, dans la vie, un bon pourquoi » - « Wer ein Wofür im Leben hat, der kann fast jedes Wie ertragen » - ne fait que la moitié du bon chemin. | | | | |
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| art | | | Dans un contexte littéraire, la musique, c'est surtout la musique symphonique, où s'affirme le compositeur-esprit, brille l'interprète-âme et où nos sens sont des instruments ; et je suggérerais que ce n'est pas l'ouïe qui devrait être le plus sollicités de ces instruments, mais le toucher, la caresse. En dernière instance, ce sont nos sens qui devraient animer nos mots. En poésie, ce mouvement se complète, en s'inversant, et devient : « l'écoute réciproque de l'élan et du mot » - Mandelstam - « соподчиненноcть порыва и текста ». | | | | |
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| art | | | Le but le plus enviable de l'écriture : qu'à travers ton cerveau on découvre ton visage et lui voue un regard fraternel. À comparer avec « Perdre le visage, écrire n'a pas d'autre but » (G.Deleuze). Ces sots, qui opposent l'interprétation et le manifeste aux protocoles d'expérience et programmes de vie ! Ta Muse - au minois hors commun - devrait être la seule à tenir le miroir. En son absence, on se contentera du lac le plus proche. | | | | |
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| art | | | Trois conditions nécessaires, pour que l'éternité prête l'oreille à mon message : il doit être sans lendemain, l'aujourd'hui y doit être absent et l'hier constituer la perspective ou le point zéro de mon écriture. Pour un bon interprète, comme pour un bon créateur, « hier n'est pas encore né » - Mandelstam - « вчерашний день еще не родился ». | | | | |
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| art | | | Ma répulsion pour la dissertation vient aussi de cette observation, que le langage des questions et celui des réponses sont radicalement différents. La langue n'est un outil plein que dans le premier cas ; dans le second, on s'occupe de substitutions de termes, fournies par un interprète conceptuel et non langagier. Seul le premier langage est vraiment expressif ; le second est essentiellement mécanique. | | | | |
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| art | | | Entre J.Joubert et Valéry, la rhétorique française n'existe pas. D'où, au XIX-ème siècle, le pullulement des herménautes parasitaires. Translatio studiorum ou studium translationem (la noétique, la Wirkungsgeschichte ou la médiologie) | | | | |
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| art | | | Nos rapports avec la vie prennent forme en fonction des trois types de son interprétation : par le cerveau (la science), par les sens (l'instinct), par l'âme (l'art) - la comprendre, la subir, la jouer. La vie semble être un jeu, puisque seul l'art fait durer l'illusion d'une fidélité à la vie. | | | | |
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| art | | | Le contraire de la caresse, c’est la violence – verbale, musicale ou gestuelle. La caresse est unique, la violence est commune. La violence rend la tragédie de la vie - banale, la caresse lui apporte de la consolation. Quand on découvre la poésie par Shakespeare ou J.Racine, on pense que « la violence, en poésie, est tout » - G.Steiner - « violence is all in poetry ». Quand on comprend Tchékhov, on ne cherche que la caresse. | | | | |
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| art | | | La poésie est une représentation qui se réduise à une ré-interprétation permanente. Moins on a besoin de remonter à la représentation, plus pure est la poésie. C'est pourquoi il ne faut pas s'offusquer du fait, que, pour représenter l'univers visible, le poète est en-dessous du peintre, et, pour représenter l'univers invisible, - du musicien. | | | | |
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| art | | | Dans un texte littéraire, une fois le brillant verbal démonté, qu'en reste-t-il à l'amateur des choses précieuses ? - des fils d'interprétation et des perles de représentation. Mais une belle disposition de fils, à l'origine d'un joyau, est, elle aussi, effet d'une représentation. Cependant ils continuent à tenir aux parades de masse et à bouder les hit-parades de classe. | | | | |
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| art | | | Devant une grande œuvre d'art, le plaisir est double : on cherche à en pénétrer les représentations et, à leur lumière, à l'interpréter. L'ennui des images banales : l'évidence des représentations et/ou l'interprétation mécanique. | | | | |
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| art | | | Un écrivain, qui, par ses mots, vise un sens primordial quelconque, se trompe de métier. La chimie ou la thermodynamique en sont beaucoup plus proches. Ce n'est pas la fouille des profondeurs interprétatives, mais l'appel des hauteurs représentatives, qui est la première raison d'être d'écrivain. Ses recherches sont des effets de bord interprétatifs ; ses trouvailles tiennent lieu des causes premières. | | | | |
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| art | | | La représentation crée un Fermé, l'interprétation y reste, tandis que l'art est dans l'aspiration d'un Ouvert créé : « Une aspiration fermée dans le cadre d'une interprétation, voici ce qu'est l'art » - B.Croce - « Un'aspirazione chiusa nel giro di una interpretazione, ecco l'arte » - qu'un tableau ait besoin de cadre, notre regard peut l'ignorer. | | | | |
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| art | | | Ce livre n'est pas de la nourriture, il n'est qu'une cuillère. Qui n'a rien à y mettre, a le droit de le trouver vide. Tout s'évapore à une certaine altitude, tout se glace dans une certaine bassesse. Mais c'est tout de même le livre qui détermine le volume, bien que ce soit ton goût qui en dresse des facettes et promet des gestations et fermentations. | | | | |
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| art | | | Celui qui pense que « l'art de commencer est grand ; plus grand encore celui de terminer » - Longfellow - « great is the art of beginning, but greater is the art of ending » - inverse les poids. L'art est le culte du premier pas, s'inspirant du point zéro de la création. Le pas dernier (le sens, la portée, la capitulation) est réservé à Dieu et au lecteur. Je ne peux lui adresser que mon soupir ou ma vénération. | | | | |
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| art | | | Une bonne écriture commence par le déracinement d'une pesanteur héritée, pour planter une nouvelle dynastie de style. L'enracinement se fera par mon dialogue avec mes prédécesseurs : « La lecture rend l'homme complet, le dialogue - prêt, et l'écriture - précis » - F.Bacon - « Reading maketh a full man, conference a ready man, and writing an exact man », mais l'achèvement et le couronnement ne doivent venir que de ma propre voix. | | | | |
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| art | | | L'art a sa propre notion de naturel et ses propres rythmes vitaux ; ni la nature ni la vie n'ont donc pas de leçons à lui donner. « La nature initie, l'art guide, la vie couronne » - proverbe latin - « Natura initit, ars dirigit, usus perfecit ». | | | | |
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| art | | | La technique artistique, c'est l'insertion de nouvelles inconnues dans un portrait ou dans un arbre. Ces inconnues sont des voiles. L’œuvre, complètement dévoilée, ne peut être que squelettique. Comme le lecteur sans ses propres inconnues, se substituant aux variables de l'auteur, n'est que consommateur. « L'art est un dialogue, que nous avons toujours effectué avec l'inconnu » - Malraux. | | | | |
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| art | | | Comment un écrivain aimerait voir l'évolution de son écriture : au début - simple et mauvaise, après – compliquée et mauvaise, ensuite – compliquée et bonne, enfin – simple et bonne. On commence par se prendre pour porte-parole de son sentiment et finit par comprendre, qu'on n'est qu'interprète de ses rêves. L'écriture est bonne, lorsqu'elle ne s'est pas encore détachée des dernières ombres de la nuit des songes et porte déjà la première lueur du jour des idées ; son mot doit donc être matinal, inaugural. | | | | |
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| art | | | Avoir sa propre voix signifie deux choses : savoir composer ou interpréter de la musique et savoir créer son propre langage. Avoir la vocation d’artiste, l’invocation de rêveur, la provocation d’ironiste. | | | | |
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| art | | | Ne s’adressant qu’au Créateur, mon écrit ne donne rien à ses lecteurs improbables, il s’attend plutôt à en recevoir un double accueil, une double interprétation : par un esprit - recevoir un sens, une répartition de ses profondeurs et de ses hauteurs, et par une âme - recevoir une émotion, se faire aimer. « Le destin d’un livre est dicté par les capacités des lecteurs » - Térentianus - « Pro captu lectoris habent sua fata libelli ». | | | | |
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| art | | | Décrire s’oppose à créer, la réalité – à la puissance : le scientifique décrit l’être, par son pouvoir d’interpréter ; l’artiste crée le devenir, par sa volonté de représenter. | | | | |
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| art | | | Tous modifient et interprètent le monde, et si peu le chantent ou peignent. Les notes et les pinceaux sont plus rares que les formules ou les outils. Les hommes d’action ou les scientifiques veulent et peuvent rester dans l’objectivité ; le poète, et donc le philosophe, doit rester subjectif. | | | | |
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| art | | | Je ne produis ni récits à lire ni assertions à juger, mais états d’âme comme partitions ou songes à interpréter, dans les deux sens du mot, musical et intellectuel. | | | | |
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| art | | | Si, après avoir lu ton livre, quelqu’un te disait que son rêve eût gagné en hauteur, en pureté ou en intensité, tu pourrais interpréter ce vague et noble aveu comme éloge, compréhension ou fraternité, ce qu’attend n’importe qui. Tant de grandes catégories se développent en banalités. | | | | |
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| art | | | L’idéal d’écriture : que ton soi connu, avec ses événements, son époque, ses avis, y soit absent, et qu’on y prenne tes mots pour une traduction – ou une interprétation fidèle – de la musique de ton soi inconnu. | | | | |
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| art | | | Le but de l’écriture : que ton soi connu temporel, par son interprétation inspirée, fasse carillonner la partition de ton soi inconnu intemporel. | | | | |
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| art | | | Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale. | | | | |
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| art | | | Que le sens et la forme d’un discours poétique soient fictifs et arbitraires ne me gêne pas ; ce qui compte, dans ce cas, c’est ma capacité de construire un arbre interprétatif, dont l’unification avec ce genre de poème engendrerait quelques fleurs, fruits, ombres ou remous musicaux dans le feuillage. En cas d’échec, soit je suis à court d’imagination, soit le poème est nul. | | | | |
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| art | | | La prose flaubertine : Sartre y décèle un penseur, et Valéry la trouve insupportable pour celui qui pense ; le goût et l’intelligence de Sartre s’y avèrent lamentables. Mais ni l’un ni l’autre ne s’attardent sur la Correspondance de Flaubert, qui, probablement, est la plus belle de l’Histoire littéraire. L’inverse de Tchékhov – nul en épistolier, génie en tragédien. Le genre épistolaire est le plus proche du journal intime ou de l’aphorisme, c’est pourquoi j’aime Flaubert, énergumène et amoureux. Celui qui écrit à L.Colet est infiniment au-dessus du joueur de cartes, l’auteur de la Dame au petit chien. | | | | |
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| art | | | Trois éléments sont présents dans tout écrit d’art : les faits, les signes, les mélodies, qu’on déchiffre, interprète et en est impressionné. Le genre aphoristique est le seul, où ces trois étapes aient de l’importance égale, s’appuyant, respectivement, sur l’intelligence, la noblesse, la musique. | | | | |
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| art | | | La nullité littéraire des musiciens et des mathématiciens s’explique par l’impossibilité de traduire la musique en autre chose que la danse ou d’interpréter la mathématique, en revenant au réel relatif et en sortant de l’idéel absolu. Danseur ou penseur, ces deux dons sont les seuls à faire de toi un écrivain. « J’aime la vie elle-même et non des au-delà quelconques ; je ne suis pas rêveur, je ne fouille pas mes états d’âme » - Prokofiev - « Я люблю самую жизнь, а не витания где-то, я не мечтатель, я не копаюсь в моих настроениях ». | | | | |
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| art | | | Tous les arts peuvent contenir du mystère, que tu es libre d’interpréter ; mais la belle musique, sans, nécessairement, en contenir un, crée dans ton âme un état de mystère irrésistible, que tu vis, sans l’interpréter. | | | | |
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| art | | | Dans une œuvre-d’art, l’amorçage devrait provenir du cœur, le langage – être maîtrisé par l’esprit, le message – dicté par l’âme. En pratique des meilleurs, le temps n’y intervient pas, l’auteur vit une étonnante synchronie, ce qui permet de prendre le cœur, avec ses commencements, pour véritable auteur. Et puisque les cœurs des admirateurs, contrairement à leurs âmes, survivent à la peste de la robotisation mondiale, le sens de la création, vu par Beethoven : « Du cœur – vers le cœur » - « Von Herzen zu Herzen gehen », - est juste. | | | | |
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| art | | | Le genre discursif : le lecteur reconstitue l’arbre narratif de l’auteur, arbre dépourvu d’inconnues. Le genre aphoristique : l’arbre représentatif de l’auteur s’unifie avec l’arbre interprétatif du lecteur (les deux pouvant être de profondeur ou de hauteur comparables), en générant un troisième arbre, toujours plein de variables. | | | | |
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| art | | | Le bon écrivain procède comme tout lecteur : de l'expression à la pensée (et non, comme le préconise Chamfort, l'inverse). | | | | |
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| art | | | Le soi inconnu d’un artiste lui suggère la profondeur d’une représentation à concevoir et la hauteur d’une interprétation à jouer, fuir la tiédeur, être, successivement, froid ou enflammé, penseur ou acteur. | | | | |
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| art | | | Le talent suffit pour être un bon musicien ou un bon peintre, qui énoncent des monologues. Mais pour être un bon littérateur, il faut, en plus, de l’intelligence, qui exige une forme dialogique, des va-et-vient de représentations et d’interprétations, picturales ou musicales. En littérature, comptent surtout les commencements impérieux, là où les autres valent par leurs finalités impératives. | | | | |
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| art | | | Le peintre voit le réel, et il peint l’idéel. Mais sans la vision inspirante – pas de regard créateur. L’écrivain devrait s’inspirer de cet exemple. | | | | |
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| chœur doute | | | INTELLIGENCE : Un sot a, évidemment, plus de doutes qu'un sage, mais ceux-ci s'adressent aux objets, où l'éclairage commun a déjà tout clarifié. L'intelligence, c'est la bonne direction du doute qui est celle d'un nouveau langage ou d'un nouvel interprète, plutôt que l'acharnement sur le même objet, pour y trouver une faille. | | | | |
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| doute | | | Le philosophe est artisan des réinterprétations ; toute pensée, absurde dans l'interprétation courante, admettrait un sens intéressant, moyennant réinvention de modèles ou de langages. « Je ne sais comment il ne se peut rien dire de si absurde, qui n'ait été avancé par quelque philosophe » - Cicéron - « Nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum ». Le grain est absurde ; est sensé l'arbre, qui en naît. De même, le jugement (défini par Kant comme représentation de la représentation - Darstellung der Darstellung), comparé au regard. | | | | |
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| doute | | | Pour un vrai idéaliste et contrairement au matérialiste, la justification n'efface ni ne surclasse l'interprétation, comme le problème bien formulé garde tout le charme du mystère, et le discours profond de la raison n'aplatit pas le haut chant de l'âme. | | | | |
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| doute | | | Tout cheminement d'homme, de nation, d'idée, pour un œil suffisamment perçant ou narquois, peut être vu comme une miraculeuse continuité ou une lamentable suite de volte-face. Sa critique peut tourner facilement soit en apologie soit éreintance. | | | | |
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| doute | | | Chaque fois que vous trouvez mon mot trop clair, je suis sûr, que vous ne me comprenez pas. « Ce qui devient clair cesse d'être de moi »*** - Nietzsche - « Eine Sache, die sich aufklärt, hört auf, uns etwas anzugehn ». | | | | |
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| doute | | | Je ne parle pas pour mon propre compte, sans m'être grimé ou travesti, sans même dédaigner les services de souffleurs. Mon discours sera jugé d'après le respect, que j'ai pour le dramaturge, le genre choisi pour ma pièce, la distance, qui me sépare du premier spectateur. Deux bilans, également défendables, de ma saison : couac comique aux yeux du boulevard ou tragédie réussie aux yeux du démiurge : « La pièce, ce fut un triomphe, mais le désastre, ce furent les spectateurs » - Wilde - « The play was a great success, but the audience was a disaster ». | | | | |
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| doute | | | Les facettes des hommes intéressants peuvent être lumineuses ou réfléchissantes. Elles éclairent ou obscurcissent notre vue. N'aurait-on pas franchi un seuil, où les seconds seraient plus nécessaires que les premiers ? | | | | |
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| doute | | | Sous un regard trop perçant, la vie perd en échelle ce qu'elle gagne en lisibilité. | | | | |
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| doute | | | La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| doute | | | Tout le monde est persuadé d'être le plus sujet au doute critique. Mais le vrai doute, le doute compatissant, complaisant et presque complice de la vérité à abattre, est rare. | | | | |
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| doute | | | Ils savent ce qu'ils disent, sans le savoir chanter ; je m'efforce de chanter, sans savoir ce que j'en dis. De nos jours, il faudrait inverser l'adage : « Où est l'esprit, là est le chant » - proverbe latin - « Ubi spiritus est cantus est ». Leur visée - être cacique des caciques ; j'ambitionne le genre du cantique des cantiques. | | | | |
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| doute | | | La philosophie : ne s'intéresser qu'aux mystères, les traduire en problèmes, se désintéresser des solutions en laissant à chacun atteindre les siennes, à sa portée. | | | | |
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| doute | | | Mieux je me peins - plus je m'ignore et mieux je me comprends. Et je comprends, que les autres ne me connaissent que d'après caricatures. | | | | |
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| doute | | | La musique ne peut sauver un discours que s'il est impénétrable. Les obscurités pénétrables (Mallarmé et Valéry) dépendent beaucoup moins de la musique ; une fois l'œuvre pénétrée, ou bien on s'aperçoit, que le tambourinage est son interprétation la plus juste (Mallarmé), ou bien qu'une orchestration, plus subtile qu'à première ouïe, s'impose à notre esprit (Valéry). | | | | |
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| doute | | | Les certitudes sont le lot des commentateurs et des critiques. Chez tout vrai auteur, même réputé tenir mordicus aux systèmes, on trouve du ton dubitatif et humble. Les systèmes inébranlables, qu'on daube, sont le plus souvent des fantômes, nés dans la grise imagination des zoïles. Tout homme ayant assez de hauteur d'âme finit par avoir un système profond, mais il sait, que « même le plus grand des systèmes n'est qu'un fragment »* - F.Schlegel - « auch das größte System ist doch nur Fragment ». | | | | |
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| doute | | | De la chose en soi, nous ne percevons, évidemment, qu'une partie, délimitée par nos sens, articulée par notre esprit, résumée par nos représentations et confirmée par nos interprétations. Il n'y a pas de commune mesure entre les choses réelles, leurs modèles et leurs perceptions ; ni coïncidences ni unifications ni comparaisons n'y sont possibles - les ponts entre ces mondes sont jetés par l'esprit arbitrairement, sans aucune règle clairement formulée, et à travers la représentation et la donation de sens. | | | | |
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| doute | | | Savoir se passer de certains nœuds, dans la chaîne : expérience - représentation - langage - interprétation - sens, s'appelle intuition ; ne pas savoir les reconstituer en remontant les passages entre eux, s'appelle bêtise. | | | | |
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| doute | | | Ce n'est pas en connaissance, mais en appétence de soi, qu'il faut progresser : il faut se vouloir à défaut de se connaître. Se connaître voudrait dire maîtriser la tension de ses cordes (« il faut se connaître, pour régler sa vie » - Pascal), mais, pour interpréter une belle mélodie, d'autres dons sont plus vitaux. | | | | |
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| doute | | | Deux attitudes devant l'écriture : partir d'une question (à laquelle personne n'aurait encore apporté de réponses) et creuser des réponses profondes ; partir des réponses déjà connues, les traduire en une haute Question, inviter tout lecteur non-aptère à y apporter sa propre réponse. | | | | |
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| doute | | | La puissance a deux domaines d'application : la représentation et l'interprétation. La création ou la réflexion. Chez le créateur, ce n'est pas la monade - volonté de puissance - qui le résume, mais la dyade - la volonté et la puissance - qui constitue un véritable axe de sa personne : la volonté gît au fond du soi inconnu et la puissance forme le soi connu. Dionysos est dans la volonté charnelle, que la puissance spirituelle d'Apollon traduit. | | | | |
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| doute | | | Que puis-je savoir de mon soi, à part le sum découlant de cogito me cogitare ? La conscience contient si peu de conscience de soi. Il y a ceux qui se vantent de se connaître (et composent des panégyriques de la connaissance de soi - Grothendieck) et ceux qui s'inventent. La présentation est chaude, vague et muette, la représentation - froide, nette et éloquente. | | | | |
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| doute | | | L'ignorabimus correspond à la partie de l'ignoramus, à ces choses, qui n'admettent pas de représentation : ni par objet ni par relation ni par prédicat. Et Kant et Gödel nous apportent des preuves interprétatives de leur existence. | | | | |
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| doute | | | Que trouve-t-on dans son âme ? - une musique silencieuse, une peinture des yeux fermés, une raison d'avant le Verbe, des attirances sans objets, et la tâche humaine d'introspection est tout de traduction ; je n'y vois aucune place pour la dissimulation, le refoulement, l'aliénation - toutes les philosophies du soupçon (et même l'école nietzschéenne de suspicion - die Schule des Verdachts - lorsqu'elle s'écarte du mépris - der Verachtung) ne s'adressent pas à l'homme, mais au robot, qui s'imagine, que ses copies sont plus authentiques que ses dissimulations. | | | | |
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| doute | | | Comment sauver du ridicule les sages delphiques ? - en reconnaissant l'équivalence de ces trois étapes : connais-toi toi-même - lis la vie toi-même et en toi-même - traduis ce que tu y entends. À la sortie, même si je ne m'y reconnais plus, ce serait le seul soi authentique, celui de la docte ignorance, opposée au savoir indocte. Se ipsam cognoscere devint la sotte devise de Hegel et de Marx. Le soi connu est misérable ; c'est le soi inconnu qui est notre trésor, pour l'observateur et non pas pour le marcheur : « Aller au bout de soi-même est une stratégie de pauvres »** - Baudrillard. | | | | |
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| doute | | | L'activation du moi inconnu apporte aussi peu à la connaissance du vrai que celle du moi connu - à la justification du beau ou du bon. Pourtant, leurs substances, dans nos modèles, sont de même nature. L'a priori de la représentation est désavoué par une interprétation, câblée trop profondément pour notre cervelle surfacique. | | | | |
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| doute | | | Tant de balivernes autour du rôle constructif et bénéfique du doute, nous libérant de la tricherie de nos sens (les exemples misérables du bâton brisé par une surface liquide ou du diamètre apparent du Soleil servant d'uniques illustrations) ; les sens ne nous trompent jamais, puisque chacun est impensable sans la raison, qui transforme, amplifie ou filtre leurs signaux, plus qu'elle ne les corrige. Il n'y a que trois choses, qui comptent dans la qualité du résultat, de notre vision du monde : les connaissances, l'intelligence et le talent - représentation, interprétation, expression. | | | | |
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| doute | | | Paradoxalement, les tentatives de rationaliser le soi inconnu débouchent soit sur la superstition (la représentation religieuse), soit sur le charlatanisme (l'interprétation psychanalytique) ; seuls les doux rêveurs se contentent encore de le vénérer, irrationnel et irréductible. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux sortes d'intuition objective : la projection métaphorique de connaissances sur un nouveau domaine ou l'interprétation implicite d'un savoir câblé, n'affleurant pas sur la surface consciente. Elle est donc rationnelle et relationnelle, et non pas immédiate ou immanente. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu se montre aux yeux, avec leurs prix et leurs mesures ; le soi inconnu se donne au regard et reste sans prix ni mesure. Le phénoménal représenté et le mental interprété. | | | | |
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| doute | | | Bizarre et imméritée réputation de douteur qu'a Descartes, pourtant obsédé par la première certitude, se réduisant, en plus, à la faculté de représenter (percipio = cogito), faculté, largement dévalorisée par la prééminence de la réinterprétation permanente, et vouée à être confiée à la future machine. | | | | |
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| doute | | | La poésie et la philosophie n'ont de sens que face aux mystères : la poésie les représente et la philosophie les interprète. Et l'effacement de ces deux nobles activités, aujourd'hui, est dû à la conviction des hommes modernes, que le mystère n'existe plus, ou plutôt, que ce n'est plus la peine de s'appesantir la-dessus, des solutions suffisantes étant à la portée de leurs bas appétits. Malheureusement, les poètes et les philosophes, eux-mêmes, se tournent désormais vers ce qui se démontre ou se prouve, où ils méritent le nom de charlatans. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux sujets en moi : le soi inconnu - le spontané, l'esclave de l'interprétation inconsciente, et le soi connu – le réfléchi, le maître de la représentation. L'herméneute constant, proche de l'être, et l'ontologue évolutif et variable, se fixant dans l'étant. | | | | |
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| doute | | | Les représentations du réel sont constituées essentiellement de métaphores, et les métaphores finissent par devenir des réalités langagières. C'est le regard, plus même que le talent, qui est l'outil de la métaphorisation ; et le regard, c'est l'art de lire et de traduire le réel en métaphorique. | | | | |
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| doute | | | On ne pense que dans la mesure, où l'on s'exprime, et la clarté n'est pas dans l'expression, mais dans le jugement de son interprète. La poésie n'est pas moins claire que l'algèbre (elle est la logique de l'indéfinissable, comme, d'après Valéry, - la métaphysique), mais, malheureusement, le regard (interprète) algébrique est plus répandu et topique que le regard poétique. | | | | |
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| doute | | | Incapables de munir le monde d'un sens, les plus bêtes des nihilistes le proclament absurde et se vautrent dans le dévoilement du néant. Tandis que tant de lectures, c'est à dire d'interprétations, au sens musical, se présentent à celui qui possède son propre regard et maîtrise les gammes de l'intelligence (le langage créé et les requêtes bien formulées, à l'origine du sens, que je donne plutôt que je ne le lis). Les plus sots n'entendent même pas le bruit des choses et s'effraient de leur silence. Ce n'est pas le sens qui manque à ce monde, mais bien la musique. | | | | |
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| doute | | | La transcendance, l'écran cachant le premier et les derniers pas, est l'opération inverse de la descendance, le culte de la succession de pas. Plus on s'émerveille de l'absurdité de la recherche, plus on est pertinent dans l'interprétation des trouvailles. « La vraie connaissance consiste à comprendre que ce qui est cherché transcende la connaissance » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| doute | | | La perfection du réel est une cible privilégiée de la maxime, mais le lien entre elles n'est pas une imitation, mais métamorphose : le passage du mystère au problème, du problème à la solution et de la solution à un nouveau mystère. | | | | |
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| doute | | | Les ombres, pas plus que les rêves, n'ont pas bonne presse, aujourd'hui. L'homme, lui aussi, est évincé par les hommes, comme la veille chassa le rêve, et le néon - les ombres. « L'homme est le rêve d'une ombre. (Nous sommes l'ombre d'un songe ?) » - Pindare. L'homme rejoignit un autre grand mort - Dieu - dans une flagrante inexistence. C'est à la lumière cathodique qu'on interprète nos songes. | | | | |
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| doute | | | Une obscurité peut surgir suite à une raison trop faible ou bien à un sentiment trop fort. « Plus on est envahi par le doute, plus on s'attache à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement ce que le sentiment a rendu trouble et obscur » - Moravia - « Quanto più ci si sente dubbiosi, tanto più ci si aggrappa ad una falsa lucidità della mente, quasi sperando di chiarire con la ragione ciò che il sentimento intorbida e rende oscuro ». On devine une belle triade de plus : sentiment - esprit - clarté. Leurs places, cependant, sont mal indiquées. Le vrai sentiment pousse vers la clarté, c'est l'esprit qui la dissipe ou, mieux, la met à sa place, c'est-à-dire dans une pile de clartés numérotée par des langages. | | | | |
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| doute | | | Le cerveau complète l'œil et l'oreille, sans sortir de la platitude des images. C'est l'âme qui les interprète dans un langage à reliefs musicaux. On vit dans l'espace de l'esprit et dans le temps de l'âme. | | | | |
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| doute | | | L'imagination sert surtout à créer de nouvelles variables sur un arbre de la connaissance. « Au royaume de l'imagination, l'inconnu est tout-puissant » - Napoléon - il en est seulement le signe, dont la première qualité n'est pas la puissance mais l'ouverture à l'unification, la souplesse. C'est la richesse des substitutions interprétatives qui témoigne de la puissance ! | | | | |
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| doute | | | L'essence de la vie est dans sa musique et non pas dans ses cadences ; le flair y est plus juste que la certitude. Dans l'interprétation. Mais dans la création, les rôles s'inversent. Avec du vague irrésistible, l'homme du flair crée de la certitude ; avec le certain fragile, l'homme du savoir crée des vagues à l'âme. | | | | |
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| doute | | | Pour les philosophes ignares, la signification d'une proposition est univoque. Ils ne comprennent pas, que cette signification implique la présence de deux personnages – du locuteur et de l'interprète, chacun avec ses représentations, sa culture langagière, ses contextes et ses intentions. En plus, l'interprète doit avoir une idée de l'univers du locuteur et disposer d'outils logiques d'interprétation. Enfin, c'est le contexte réel qui fera clore l'horizon interprétatif. Autant dire que le nom de ces significations imprévisibles est légion. | | | | |
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| doute | | | Le sot guette l'attendu, le sage appelle l'inattendu. « Ma plaie pressentie m'est presque indolore » - Pétrarque - « Ma piaga antiveduta assai men duole ». Il veut dire, que l'attendu est stérile, c'est l'inattendu qui met en marche l'imagination et le commentaire. Aux mailles de notre curiosité ne s'arrêtent que des aspérités du paradoxe. | | | | |
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| doute | | | L'enfance : trouver tout naturel un miracle. La maturité : chercher un miracle dans tout ce qui est naturel. « La Nature est un poème, dont l'écriture est indéchiffrable » - Schelling - « Natur ist Poesie ; der Mensch muß sie entschlüsseln ». | | | | |
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| doute | | | Tout compte fait, chercher le sens de la vie est plus bête que prétendre l'avoir trouvé. Interpréter le songe ou le classer ? La vie est trop incompréhensible pour avoir un sens. Une idée, un projet, un événement peuvent l'avoir, mais la vie ne se livre qu'aux sens. | | | | |
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| doute | | | J'ignore le sens de la vie, mais la vie n'est que de perpétuelles naissances du sens : le désir (le mystère de son orientation ou focalisation), la conception (le problème de la prière, des références, de la négation), la délivrance (la solution dans la vérité, les substitutions). | | | | |
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| doute | | | Un discours porte vraiment un message, quand il en appelle à plus d'un interprète, qui se complètent, pour un déchiffrage secret. Mais on se fie d'habitude, aux services d'un seul, le cerveau de service. J'encrypte bien mon message, quand je le retraduis dans un langage des notes, mystifiant les poids et interprétant les chiffres. | | | | |
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| doute | | | De doute en doute, comme de clarté en clarté, on peut arriver à une passionnante impasse ; le premier parcours promet plus de hauteur au regard, le second – plus de profondeur aux pas. Mais alterner le doute et la clarté promet surtout de la platitude – il faut choisir son degré de certitudes ou d'errances. Des clartés désirables, fécondées par le doute : des idées lumineuses, des feux d'artifice sans jubilés ni dates. | | | | |
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| doute | | | On ne sait pas si l'imagination crée plus qu'elle n'imite. Toutefois, il vaut mieux imiter une main invisible que créer des choses trop lisibles. Pour comprendre que l'original n'existe jamais, on a besoin d'avoir feuilleté tant d'images inventées, libres. | | | | |
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| doute | | | Le doute fécond est soit purement langagier - inventer de nouvelles requêtes, soit purement conceptuel - modifier un modèle. Puisque nous ne savons de la réalité que ce que nos modèles réussis nous apprirent, tout le radotage sur l'indubitabilité de l'existence est sottise. Le savoir des choses et le savoir sur les choses sont la même chose (que Wittgenstein m'excuse…) ; la traduction du cogito n'est plus : de connaissances à l'être (la verticalité de la pensée, fondant l'horizontalité de l'existence), mais connaître, c'est être (puisque l'horizontalité, pour ne pas dire platitude, les résume, désormais, tous les deux) ; connaître, sur un mode non-géométrique, c'est créer le modèle, l'habiller par un langage, formuler des hypothèses, les interpréter, donner un sens aux résultats. | | | | |
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| doute | | | Le monde se présente à nous comme un chaos de sons et de sens ; seule une fine oreille peut y déceler des messages musicaux, permettant à un philosophe d'en esquisser le fond et à un poète – de reconstituer une nouvelle harmonie de sons et de sens. « Celui qui, à travers le brouhaha, entendit une phrase entière et la mit en mots est un génie » - A.Blok - « Гениален тот, кто сквозь ветер расслышал целую фразу, сложил слова ». | | | | |
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| doute | | | Plus on se livre à une analyse rigoureuse, mieux on comprend, qu'une synthèse arbitraire promet plus de nuances et même d'idées. « Dans le regard sur mon soi, je donne à la représentation une préférence par rapport à l'interprétation » - Schiller - « An sich selbst gebe ich der Darstellung vor der Untersuchung den Vorzug ». | | | | |
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| doute | | | Le savoir a deux stades : la représentation (le libre arbitre d'une synthèse) et le sens (la liberté de donation de sens à l'analyse de la représentation). Platon ne respecte pas la règle ockhamienne : de ses quatre facteurs – le nom, la définition, la représentation, la science – le premier n'est qu'une étiquette, collée à une représentation, et la définition fait partie de la représentation. | | | | |
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| doute | | | L’esprit a besoin de règles, et le sentiment – d’enjeux. « Tout raisonnement se réduit à céder au sentiment » - Pascal. Il cède sur les enjeux, non sur les règles, tandis que le sentiment ne vit que d'enjeux et se moque de règles. « J'aime la règle, qui corrige l'émotion. J'aime l'émotion, qui corrige la règle »** - G.Braque. | | | | |
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| doute | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou loufoque, garde plus d'utopie que d'homotopie. Et c'est de la profondeur ou de la hauteur de sa quête fictionnelle par un vaste regard que naissent la transcendance ou l'immanence. | | | | |
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| doute | | | La certitude traverse trois étapes : le libre arbitre de la représentation (dans le contexte de la réalité à modéliser), la logique de l'interprétation (au sein du modèle), la liberté de la validation intuitive (par la confrontation des résultats logiques avec la réalité modélisée). Créer un arbre artificiel, le parcourir, l'insérer dans une forêt existante, à la frontière entre l'idéel et le réel. | | | | |
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| doute | | | Rendre l’inconnu – connu = la preuve (interprétation interne) ; trouver la place du connu dans le réel = le sens (interprétation externe). | | | | |
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| doute | | | Deux rêves obsèdent d’innombrables de mes nuits : je cherche des limites de mon jardin et je découvre que je n’y avais jamais mis les pieds ; dans ma vieille maison, je découvre une pièce, dont je ne soupçonnais pas l’existence. Le but inaccessible de mes élans ? Le séjour de mon soi inconnu ? Et pas de Freud, sous la main, pour demander une interprétation plus savante. | | | | |
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| doute | | | Aucune mystique dans le langage, dans le rêve, dans la représentation, dans l’interprétation ; la mystique ne se trouve que dans la réalité. Pour tout esprit sain et objectif, cette réalité, qu’elle soit minérale, vitale ou spirituelle, est impossible, inimaginable, mystérieuse. Un philosophe devient mystique, s’il reconnaît le mystère du réel, ne se contente pas, dans son discours, de ne toucher que le connu, admet la présence d’éléments divins dans cette partie de sa conscience que j’appelle son soi inconnu. Le mystique est admirateur du Créateur (d’)Inconnu. | | | | |
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| doute | | | Comme la chiromancie ne dit pas grand-chose sur l’essence de l’homme d’action, la logomancie ne mène pas loin dans l’être d’un homme d’écrit. La première a besoin d’une interprétation fantaisiste ; la seconde – d’une représentation idéaliste. | | | | |
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| doute | | | Les certitudes sont des dogmes, découlant des représentations, savantes ou naïves ; les convictions – des suites, des interprétations indémontrables d’un goût. Dogmatisme ou sophisme, la volonté d’affirmer ou le désir de divaguer. | | | | |
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| doute | | | On ne sait que ce qu’on sait prouver (et non pas faire, comme le pense Valéry). Savoir n’est pas produire par un acte réel, mais unifier des arbres abstraits – le représentatif et l’interprétatif. | | | | |
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| doute | | | Pour apprécier la réponse, il faut avoir bien interprété la question : délimiter le domaine représenté par le locuteur, comprendre son langage, réduire son discours aux formules logiques, appliquer une bonne logique du répondeur. Et puisque le locuteur, le plus souvent, est absent, c’est par tes réponses qu’on jugera de ton intelligence. | | | | |
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| doute | | | En fermant les yeux sur le mystère de la vie, le monde spatio-temporel réel semble être un cas particulier du paradigme mathématique et donc lui obéir, en tout point. Mais, en mathématique, la métaphore spatio-temporelle admet des interprétations vraiment universelles, puisque l’espace n’y est pas forcément tridimensionnel et le temps peut y être réversible ! Le temps réel est-il discret ou continu ? Peut-on parler de continuité et donc d’infini dans le monde réel ? | | | | |
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| doute | | | Tous nos doutes et certitudes sont marqués par probabilités, datations, durées. En bâtissant nos représentations (dans l’espace), nous nous appuyons surtout sur nos certitudes ; en élaborant nos interprétations (dans le temps), nous comptons sur l’imagination de nos doutes. Une synthèse des concepts ou une analyse des images. | | | | |
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| doute | | | La représentation de connaissances nouvelles réside en assertions à inscrire dans la représentation déjà existante ; la non-contradiction en est la seule contrainte. L’interprétation de connaissances existantes consiste à formuler une requête et à tenter de la démontrer ; la grammaire (logique, syntaxe, sémantique, substitutions) y est le guide. L’Être surgit de la première activité (concepts et relations) ; le Néant est un fait collatéral de la seconde (absence d’objets vérifiant certaines conditions). Aucun parallélisme, aucune identité, aucune comparaison ne sont possibles entre ces deux vagues notions. Qu’est-ce qu’un bonbon ? ou Combien de bonbons dans ce vase vide ? - il est insensé de chercher quelque chose de comparable entre ces deux formules. | | | | |
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| doute | | | Ton soi inconnu est responsable de ton valoir, tandis que tes devoir, vouloir, pouvoir reposent sur ton soi connu. « Dans la mesure où le sujet est artiste, il est délivré de son vouloir et devenu un médium » - Nietzsche - « Insofern das Subjekt Künstler ist, ist es von seinem Willen erlöst und gleichsam Medium geworden » - les désirs et les instruments d’art ne relèvent que du soi connu, de l’objet donc (le sujet est toujours le soi inconnu). Cette (con)fusion sujet/objet contamina tant de dionysiaques (adeptes de l’objet) et leur occulta la source apollinienne (le sujet). Le sujet n’est pas artiste (l’interprète), mais daemonion socratique (l’inspirateur). | | | | |
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| doute | | | Le cerveau est séparé des muscles ; comment leur envoie-t-il des ordres ? Par quels canaux ? Avec quelle vitesse ? Les muscles, ont-ils des récepteurs et des interprètes de ces ordres ? Y a-t-il ici un langage à déchiffrer ? Les biologistes ont peut-être des réponses rigoureuses à y apporter, mais aux naïfs comme moi la chose paraît être mystérieuse. De même, le maintien inconscient de la position debout ; y a-t-il des ordres ? Des émissions, réceptions, interprétations, exécutions ? Et chez une grenouille le mystère est le même. | | | | |
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| doute | | | Mon soi inconnu réveille chez moi un état d’âme ; mon soi connu cherche des mots, imprimant des notes, des accords, des rythmes, des timbres ; mon esprit y trouve des idées, exprimées en mélodies, et c’est mon âme (mes dons) qui les interprète. L’interprétation ne s’occupe ni de recherches ni de trouvailles. | | | | |
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| doute | | | L’homme, qui doit être le premier à reconnaître le miracle de l’esprit humain, est le chercheur en (vraie) Intelligence Artificielle qui aurait compris l’énormité des tâches de représentation (structures, qualificatifs, comportement) et d’interprétation (langage naturel, logique, tropismes) de connaissances. En attendant, la mouche est infiniment plus intelligente que n’importe quel système de gestion des connaissances. | | | | |
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| doute | | | Le sens de la question résulte des représentations du concepteur ; le sens de la réponse - des représentations de l’interprète. La première tâche est facile, souvent banale et commune. C’est pourquoi je me suis attelé à la seconde ; pour celui qui n’arrive pas à formuler une question convenable, ma réponse n’aurait aucun sens. | | | | |
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| doute | | | Ton soi inconnu t’insuffle un état d’âme, un arbre de questions où ne figurent ni mots ni idées ni notes, que des variables. Et ton soi connu les unifie avec ses fleurs ou fruits interprétatifs, pour générer un arbre musical de réponses. L’inspiration de R.Char fut déjà plus développée : « Aucun oiseau n’a le cœur de chanter dans un buisson de questions ». | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, la soit-disant objectivité de jugement est impossible. Plusieurs facteurs s’y opposent, même si l’on en exclut l’ignorance et le mensonge, ces cas marginaux et trop évidents. Il faut, tout d’abord, reconnaître qu’il y a deux situations disjointes, dans lesquelles le degré d’objectivité pourrait s’évaluer – l’émission ou la réception d’avis. Dans l’émission, notre faculté principale contraignante s’appelle dogmatisme (aspect incontournable et universel), donc – pas d’objectivité ; dans la réception, la faculté en question s’appelle sophistique (aspect, inégalement réparti chez les hommes, fonction de culture générale, de maîtrise de la rhétorique), donc - pas d’objectivité non plus. | | | | |
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| doute | | | À tous les âges, le soi inconnu, cet appel inarticulable ni en langages ni en idées ni en images, nous taraude, mais seul la vieillesse a l’humilité d’un soi connu confirmé, l’interprète fidèle de cet appel. Dans la jeunesse, l’introspection se fait par un soi connu, haut et balbutiant. Dans l’âge mûr – par un soi connu, profond et bavard. Dans la vieillesse – par un soi inconnu, vaste et laconique. Et puisque la platitude est la pire des tragédies, c’est bien dans la vieillesse qu’on découvre le vrai besoin de consolation en hauteur, hors la pesanteur du connu. | | | | |
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| introduction intelligence | | | INTELLIGENCE : L'habitat unique de l'intelligence est le cerveau ; et lorsqu'on tente de lui attribuer une résidence secondaire du côté du cœur, les indigènes naïfs et fervents la rejettent ou l'isolent. Ses quatre nervures sont : concevoir, interroger, résoudre, interpréter. Quatre motifs langagiers les tapissent : les concepts, les mots, les logiques, les dialogues. Sa raison d'être est dictée soit par les pieds mesurant la solidité du plancher, soit par les yeux, qui clament la hauteur du plafond percé. | | | | |
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| chœur intelligence | | | CITÉ : L'intelligence est un outil universel, interprétant, avec la même lucidité, les images des cavernes que celles de la cité. La connaissance structurelle d'une fourmilière avancée s'avère, quelquefois, plus profonde et motivante que la connaissance comportementale d'une cigale fourvoyée. À celle-ci on donne rendez-vous en temps de bise. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde, en tant que représentation, ce sont les faits en compagnie de la volonté des observateurs, acteurs et juges, qui formulent des idées, les interprètent, en retirent le sens, manipulent les faits. Presque du Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Je suis philosophe, si j'ai les moyens pour affirmer : tout est nombre (c'est à dire - des représentations, surtout réalisées par des autres) et tout est musique (c'est à dire - des interprétations, créées par moi-même). « Et ignem regunt numeri » - Ch.Fourier. | | | | |
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| intelligence | | | La mort me révèle le mystère de l'être, qui donc est bien représenté dans le temps (Heidegger), mais je ne peux l'interpréter que dans l'espace : en le ravalant dans l'étendue de ses idées (Platon), en le dévoilant dans la profondeur de sa vérité (Aristote), en m'envolant vers la hauteur de sa valeur (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Le propre de l'intelligence est, que l'effort de formuler une question est du même ordre que celui d'y répondre, mais leurs natures sont radicalement différentes : « le mode de penser n'est pas le même pour résoudre ou pour formuler les problèmes »* - Einstein - « Probleme lassen sich nicht mit den Denkweisen lösen, die zu ihnen geführt haben ». | | | | |
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| intelligence | | | L'erreur des structuralistes et des philosophes analytiques est de voir le signifié dans la réalité, tandis qu'il est toujours dans la représentation, et d'analyser le signifiant dans le contexte de la réalité et non pas de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit expert et l'âme créatrice, tels sont deux éléments interpénétrants de notre intelligence ; le premier justifie le libre arbitre de nos représentations nouménales et le second anime la liberté de nos interprétations du monde phénoménal ; explorer le monde réel ou se réjouir du monde des apparences ; la transcendance la plus rigoureuse est compatible avec l'immanence la plus débridée. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme se mesure à la réalité par deux moyens : en monologue-représentation (objets, relations, qualificatifs) ou en dialogue-interprétation (langage, images, allégories). D'où deux types d'intelligence : analytique et synthétique, la réflexion tâtonnante et le réflexe câblé, chacun avec une part préalable d'intuition et d'imagination, qui sont de l'intelligence mystérieuse, opposée à l'algorithmique. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre facultés forment l'intelligence complète : faculté de bâtir des modèles de l'univers, faculté d'élaborer un langage des questions (sur ces modèles), faculté de répondre à celles-ci, faculté d'interprétation des réponses en vue de déboucher sur un comportement sensé. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de la distance entre le modèle et la réalité modélisée, on a besoin d'une espèce de méta-modèle, capable de comparer les valeurs numériques ou modales du modèle avec les phénomènes réels ; une métrique pragmatique ou épistémologique autorisant l'attribution du sens aux propositions sur le modèle. La signification, contrairement au sens, n'est qu'une lecture de faits à l'intérieur du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | Est métaphysicien celui qui admet, qu'au-dessus des commencements du sensible et des finalités de l'intelligible règnent les contraintes du réel, appelées, maladroitement, l'Être. Mais dominent les adeptes des sentiers battus, des parcours, des inerties, des routines intermédiaires. À l'être poétique qui fait danser, ils préfèrent le devenir prosaïque qui ne fait que penser. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée : un fait de langage émettant des hypothèses sur des liens entre objets. Par un jeu de substitutions, on peut arriver à une adhésion ou à une preuve. Quand le démonstrateur suffisant est le goût, on est dans l'art ; quand l'adhésion logique est exigée, on tend vers la science. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible que l'apprentissage fasse partie des algorithmes de base dans la Création divine. Sa fonction la plus mystérieuse serait le câblage interne, conscient ou inconscient, des représentations réussies, de telle sorte que, dans les activités humaines, on n'observe que des interprétations fulgurantes, sans la moindre trace de représentations utilisées. | | | | |
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| intelligence | | | Ces magnifiques triades : œuvre - créateur - principe, éprouver - représenter - interpréter, pouvoir - vouloir - devoir, mot - idée - acte, désir - idéal - miracle - à croire que tout ce qui est beau ne s'exprime qu'en triades ! La gent de plume, de note et de rideau le comprit, pas celle de toile ; ne pas choisir une toile triangulaire est proprement incompréhensible ! Et je ne me moquerais presque plus de ce brave Cusain qui prouvait que son bon Dieu n'était qu'un triangle maximal ! | | | | |
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| intelligence | | | Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir, où la modélisation doit céder à la spéculation, les preuves aux métaphores, - est l'intuition superstitieuse de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence est tout d'instinct cachant ses points de repères et même les oubliant, tant leur câblage est profond (substitution de procédures explicites par déclarations symboliques, appropriation de l'avoir se muant en l'être). Mais se méfier des réflexes, qui n'ont pour origine que le manque d'horizons. | | | | |
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| intelligence | | | Le penser en général n'a presque aucun sens ; il a trois sens différents dans les trois sphères irréductibles : la représentation, l'interprétation, la validation, où penser fait, respectivement, appel à la compétence, à la rigueur, à l'imagination, donc à nos facettes philosophique, scientifique ou poétique. Pour prouver que je suis, il suffit de constater que je pense, mais pour savoir ce que je suis, je dois préciser que je pense en tant que. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme est une étrange osmose d'un calculateur et d'un valseur, d'un interprète et d'un représentateur, l'un pouvant se passer, facilement, de l'autre. Ce dont est incapable l'intelligence artificielle : étant condamnée à passer par la représentation, elle ne mènera jamais la danse. Kant, pensant définir la vie, définit déjà le robot : « La capacité d'un être d'agir selon ses représentations s'appelle la vie » - « Das Vermögen eines Wesens, seinen Vorstellungen gemäß zu handeln, heißt das Leben ». La mathématique, en tant qu'interprète, ne vaut pas grand-chose, mais elle est le contenu même de toute représentation ; elle est donc la création la plus inhumaine, ou surhumaine, ou divine. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation poïétique ou l'interprétation hylique, deux activités gouvernées par l'intelligence. Représenter, c'est modeler un squelette, le munir de chair et lui apprendre à agir. Interpréter, c'est l'art de mener un dialogue : reconnaître le type d'interpellation, y déceler des connotations des objets ou des rapports, accéder aux connaissances pertinentes, recevoir des substitutions des inconnues et savoir s'arrêter pour tendre de nouveau l'oreille. Le seul domaine, où l'homme ne sera jamais dépassé par la machine, est le poids qu'on accorde aux inconnues choisies. | | | | |
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| intelligence | | | Comprendre, c'est discerner la part de maîtrise et la part de résignation. | | | | |
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| intelligence | | | Aller au fond des choses, ce n'est ni intelligent ni rare. L'intelligence, c'est l'art de se servir de formes pour reconstruire un fond plausible, de manier des idées et états et non des choses. Toujours est-il, que la majorité n'atteint pas le fond, trouvant assez de pitance à mi-parcours. | | | | |
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| intelligence | | | Etant donnée une pensée, plus facilement on passe d'une traduction à une autre, plus forte est l'impression, que la construction, c'est-à-dire le mot, est la seule réalité digne d'être préservée et que les pensées n'existent pas. | | | | |
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| intelligence | | | La compréhension est, pour l'esprit, ce que l'accommodation est pour les yeux ; elles procèdent par élimination de l'inactuel, par tamisation du bruit débouchant sur le son. Les ressources de la poésie se trouvent essentiellement dans l'inactuel, dans l'inutile, qui échappent aux mailles de la compréhension. | | | | |
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| intelligence | | | On est intellectuel, quand on est capable de se passer de choses pour en décrypter les valeurs. Et ce que les choses nous cachent n'est pas plus digne de notre enthousiasme que leurs surfaces ; et Picasso, en privilégiant la soi-disant face cachée : « Faut-il peindre ce qu'il y a sur un visage ? Ce qu'il y a dans un visage ? Ou ce qui se cache derrière un visage ? » - a tort. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace. | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | Le cartésien : le réel pourrait n'être que le rêve des sens. Moi : le rêve devrait être le sens du réel. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est savoir représenter (mémoriser) les triades objet – attribut – valeur et les interpréter (tirer des conséquences). Visiblement, beaucoup d'animaux pensent (ce que leur déniait Descartes) et donc - sont. | | | | |
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| intelligence | | | La recherche du sens, pour les superficiels, a pour but - le trouver. Pour le subtil - bâtir un beau dialogue, avec soi-même. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | La science est ce qui pourra, tôt ou tard, être confié à la machine ; la science commence par une représentation et se termine par une attribution de sens aux requêtes et interprétations ; cette chronologie est à portée des algorithmes. Mais en dehors de la science, le plus grand mystère de la connaissance, ce sont nos représentations ne surgissant qu'a posteriori, ad hoc, pour ne faire qu'appuyer ce qui est déjà mûr dans une conscience interprétative. Tout est mystère chez l'homme : le libre arbitre des représentations, le caprice dans la formulation de requêtes, leur interprétation foudroyante, la méta-intelligence dans l'articulation du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Trois choses à ne pas confondre : la représentation (structures, attributions, règles), la compréhension (degré de perfection, dialogue), la réalité (entéléchie, mystère, ontologie). | | | | |
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| intelligence | | | Ce que nos contemporains appellent labyrinthe de la vie est, en réalité, un réseau, dont les nœuds sont des états d'âme. L'homme référence, à tâtons, des liaisons plausibles, la vie en devine le sens et nous conduit au nœud, où nous feignons l'assurance ou fêtons la surprise. | | | | |
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| intelligence | | | Les coupures épistémiques surgissent dans l'espace plutôt que dans le temps, notamment dans les passages : le monde - la représentation et la représentation - le langage. Les connaissances a priori, transcendantales (« Bedingungen der Möglichkeit von Erfahrung » - Kant), non langagières, interviennent dans le premier, tandis que toute la poésie et toute l'intelligence interprétative se retrouvent dans le second. | | | | |
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| intelligence | | | Trois stades d'intelligence interprétative : s'appuyer sur un fait, sur un calcul, sur un réflexe (type de sollicitation). | | | | |
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| intelligence | | | La distinction kantienne entre la raison et l'entendement (Vernunft et Verstand) est trop vague ; pour être précis, il faudrait en distinguer les traits cognitifs : la raison représente et interprète, l'entendement donne le sens - le libre arbitre et la logique, face à la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La science et l'art, regards allant des modèles vers la réalité ; la philosophie, tentative d'évaluer les modèles à partir de la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Mot à la mode : refus de systèmes. Mais tout homme, pourvu d'intelligence et de bon goût, aboutit à une unité de ton ou de regard, dans laquelle un œil perçant distinguera toujours un système. Le système : le refus du hasard dans le choix des représentations et la cohérence de l'interprétation avec les paradigmes choisis. Le système, c'est de la structuration de concepts, mais c'est l'orientation de leurs fins ou l'intensité de leurs fondements qui en détermine la valeur. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation, deux activités, manipulant les noumènes par le libre arbitre et par la liberté, dont sont dépourvus les phénomènes, séjour du nécessaire et de l'irréversible. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée méditante a fini par se confondre avec la pensée calculante. « L'interprétation du monde, qui n'admet que calculs mécaniques, est une ânerie »* - Nietzsche - « Die Welt-Interpretation, die mechanistisch Rechnen und nichts weiter zuläßt, ist eine Plumpheit ». | | | | |
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| intelligence | | | On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ». | | | | |
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| intelligence | | | Jadis, l'intelligence représentative, inspirée par le ciel, avait le beau pour cible et matière première de ses représentations. Le sage croyait avant de calculer. Aujourd'hui, l'intelligence inspirée par la machine consiste à se méfier de la représentation artistique, pour se vautrer dans l'interprétation numérique. | | | | |
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| intelligence | | | Tout compte fait, nous avons un seul instrument mental, qui s'appellera soit esprit (lorsqu'on traque le vrai) soit âme (lorsque le bon nous taraude ou le beau nous soulève), et un seul interprète, qui s'appelle raison. Mais aussi bien l'outil que la fonction relèvent du mystère : « La raison n'est qu'un instinct merveilleux et inintelligible dans notre âme » - Hume - « Reason is nothing but a wonderful and unintelligible instinct in our souls ». | | | | |
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| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
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| intelligence | | | La volonté du premier et du dernier pas doit naître de la foi : « Artiste, prête foi aux sources et fins » - A.Blok - « Художник, веруй в начала и концы ». Le dernier est à l'origine du sens ; le premier sert de justification du choix des représentations. La volonté s'oppose à la pensée, qui est au milieu, domaine voué à la future machine. | | | | |
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| intelligence | | | L'attribution du sens : passage de la signification (dans le modèle) à la dénomination (dans la réalité). | | | | |
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| intelligence | | | Ce que les philosophes appellent être correspond à ce fond réel, qui justifie et sanctionne ces deux tâches : guider la représentation et donner un sens à une interprétation. C'est profond et inutile. On peut s'en rendre compte en comparant la manipulation, représentative ou interprétative, de concepts de centaure, licorne ou lutin, en tout point identiques à celle de vache. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves. | | | | |
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| intelligence | | | La chose a deux sortes de reflets (d'autres parlent de signes) : un porte-parole, dans la langue (l'intentionnalité ne peut être que langagière), pour référencer la chose (dans le cas le plus simple, par son nom - l'accointance), et un représentant, dans la modélisation conceptuelle, pour comprendre la chose (par ses interprètes). | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence se montre supérieure à la force dans la mesure, où elle prouve, que le déclaratif l'emporte sur le procédural (l'inverse s'appelle barbarie). Toute intelligence opératoire devrait se consacrer à la réduction de procédures en pures déclarations. L'outil de cette conversion s'appelle interprète de paradigmes. | | | | |
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| intelligence | | | Nous avons trois interprètes : le langagier, le conceptuel, l'applicatif. Qui génèrent l'expression, le contenu, le sens. Et ces trois ne coïncident jamais. | | | | |
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| intelligence | | | La poésie - présenter et infra-interpréter ; la philosophie - représenter et ultra-interpréter. La poésie est un retour discret, inventé, par bonds, pour que le temps vibre (pour que « l'esprit retourne sur ses circuits » - l'Ecclésiaste) ; la philosophie - un retour cyclique en continu, l'Éternel Retour, pour que le temps s'arrête ou se métamorphose en l'être. | | | | |
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| intelligence | | | On prouve son intelligence, quand on apprend à naviguer entre le langage, la théorie (modèle) et la réalité. Mais on n'atteint la sagesse que quand on se contente d'admirer des figures du langage au-dessus des modèles formels, se désintéresse du savoir (contenu du modèle instancié) et se détourne de la réalité (qui, de toute façon, ne fait que confirmer ce que souffle le modèle). | | | | |
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| intelligence | | | Pour une intelligence parfaite, même l'algorithme renonce à l'appel explicite de procédures et se contente de déclarations. Ainsi tout mon venin contre l'algorithme est neutralisé par l'antidote de l'intelligence ! | | | | |
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| intelligence | | | Le combat des verbes, chez Schopenhauer (le vouloir contre le savoir) ou chez Nietzsche (le pouvoir contre le devoir) ne fait que substituer des idoles. En revanche, le combat des noms (la représentation contre l'interprétation ou la noblesse contre la faiblesse) produit des unifications fécondes. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le Devenir modélisé. La catégorie d'existence ne s'applique qu'au modèle et donc elle se constate, se démontre ou se déduit. L'existence est bien un attribut (n'en déplaise à Kant ou Gilson !), mais attribut non pas de l'objet lui-même, mais de son méta-objet (modèle d'attache). | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai sujet, intellectuel et spirituel, ce n'est pas le sens, mais la possibilité du sens (« meaning vs meaningfulness » du logocrate G.Steiner), la merveilleuse concordance : raison - choses. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence de Valéry : s'intéresser aux conditions de la pensée, se désintéresser de ses conclusions. Puisqu'un bon esprit saura reconstituer le déclenchement des conséquences d'une règle bien conçue. | | | | |
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| intelligence | | | On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ». | | | | |
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| intelligence | | | L'herméneutique du profane n'a aucune chance d'apporter du sens à un résultat mathématique, dont il ne maîtrise pas le contenu. Mais le mathématicien, qui ne maîtrise pas la forme, est encore plus ridicule dans la pose de critique d'art. Quoique Spinoza fasse rire plus souvent que Bergson… | | | | |
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| intelligence | | | Les soupçonneux, Marx et Freud, placent, respectivement, la valeur (la conscience de classe) et le sens (de l'inconscient) avant le discours, ce qui correspondrait plutôt à la focalisation et aux intentions ; les valeurs naissent au cours de l'interprétation (l'axiologie plutôt que l'herméneutique) et le sens est un effet des substitutions. | | | | |
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| intelligence | | | Les bons philosophes aiguisent nos goûts et nos dégoûts. Les mauvais montrent comment eux-mêmes mâchent, avalent et digèrent. | | | | |
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| intelligence | | | L'actuel comme le virtuel sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (même si le premier, le déclaratif, paraît être plus près de la réalité, et si le second, le procédural, peut comprendre de l'interprétatif) ; ils se distinguent par le mode d'accès : il est direct, immédiat, pour l'actuel, et déduit, inféré, pour le second. L'événement (modification des faits) se produit dans l'actuel, le virtuel ne fait que le subir. Tant d'élucubrations indigestes, sur ce thème, chez Deleuze et Badiou, le premier pondant des définitions amphigouriques et décousues, le second - puériles et pseudo-mathématiques. | | | | |
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| intelligence | | | L'objectivité, si elle existe, se manifesterait dans nos représentations (la topique) ou dans nos interprétations (la critique), mais nullement dans nos requêtes (la poétique). Et puisque l'homme est requête, appel ou prière, sa pensée et son sentiment doivent être subjectifs. | | | | |
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| intelligence | | | L'herménaute, dans une suite finie et mécanique d'unifications d'arbres, n'a pas besoin de ciel ; le métaphysicien se contente du ciel infini, pour admirer la naissance et la mort des racines, des fleurs et des cimes. | | | | |
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| intelligence | | | Aucune part du réel ne se livre homomorphiquement à la représentation. Dire que l'être est ce qui échappe à la représentation (Heidegger) est une tautologie. L'être est ce qui inspire et valide la représentation et en fin de compte ne serait que le réel lui-même perçu ou conçu par son interprète. | | | | |
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| intelligence | | | Philosopher, c'est créer des liens entre représenter, questionner et interpréter, avec les trois exagérations possibles : poétique, analytique, logique, dont seule la première est temporelle et personnelle. Ce qui est intemporel et abstrait est prédestiné à la machine. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne topique rend toute critique presque mécanique ; Descartes est déjà beaucoup plus près de la machine que G.B.Vico. | | | | |
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| intelligence | | | Toute belle pensée se reconnaît par l'équivalence de son fond et de son élan, le premier - dans l'ordre des représentations, le second - dans le désordre des interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Comment oublie-t-on ? - mystère. Aucun acte de volonté, comparable à l'effacement d'une mémoire d'ordinateur ; la mémoire échappe à tout acte. On a beau se dire, que « tout acte exige l'oubli » - Nietzsche - « zu allem Handeln gehört Vergessen » - la représentation passive domine l'interprétation active. Ars oblivionis, l'art de l'oubli, de Cicéron à U.Eco, n'a rien à opposer à ars memoriae, à l'art de la mémoire, de Lulle à G.Bruno, et culminant avec l'ordinateur. | | | | |
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| intelligence | | | Les hiérarchies intellectuelles en fonction des priorités dans la création - représentation, interprétation, langage - et dans sa grammaire - syntaxe, sémantique, pragmatique. Le génie d'Aristote, avec le primat du couple représentation-syntaxe, la médiocrité des stoïciens avec interprétation-sémantique, la chute finale de nos analytiques avec langage-pragmatique. | | | | |
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| intelligence | | | Et l'être et le connaître se forment exclusivement autour de la représentation, et adopter la voie cartésienne - du connaître à l'être, ou bien celle de Leibniz - de l'être au connaître, nous laisse dans les mêmes bornes ou ornières. L'élégance et le goût se reconnaissent surtout en interprétation et en expression. L'intelligence statique, celle du libre arbitre, face à l'intelligence dynamique, celle de la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Le (non-)savoir socratique a trois significations : le libre arbitre des représentations (phantasia), l'infini des requêtes erotima, la versatilité des interprétations exegesis. La topique, la poétique, la critique. | | | | |
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| intelligence | | | Le passage par la représentation, pour prouver ou justifier, est aussi artificiel que de se demander ce qu'il faut à l'anatomie, pour qu'on se tienne debout ou ce qu'il faut à l'œil pour fixer une image. L'intelligence de l'acte est la seule vraie ; l'artificielle ne consiste qu'en bonnes métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Le style naît surtout de l'élégance des représentations non-langagières ; c'est pourquoi, de toutes les sciences dures, il n'existe qu'en mathématique, où la puissance interprétative ne vaut que par la qualité représentative. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde n'est la totalité ni des faits ni des choses (Wittgenstein), mais de l'énergie (corpusculaire, ondulatoire ou spirituelle), en mouvement et en métamorphose. C'est le modèle du monde qui est construit autour des faits et des règles. Et la pensée n'est pas une image logique des faits (Wittgenstein : « Das logische Bild der Tatsache ist der Gedanke ») ; ce n'est pas en langage de représentation, mais en celui de requêtes qu'elle se formule, avant d'être soumise à la logique, qui fournit des substitutions et préfigure le sens. | | | | |
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| intelligence | | | Quelle misère, ne s'intéresser qu'aux phénomènes, auxquels se réduise l'être et aux noumènes, où se projette l'essence ! Les Grecs, comme la théologie chrétienne, se penchaient plutôt sur les passions, qu'une divinité docile interprétait ou rendait sacrées. Les phénomènes et noumènes sont des traces muettes, des traductions aléatoires, des passions, dont on ne maîtrisera jamais la langue. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, c'est l'art de passer des informations (valeurs) aux connaissances (structures et règles) ; c'est donc essentiellement la maîtrise de la représentation, tandis que l'intelligence naturelle est toute d'interprétation, et c'est pourquoi aucun progrès en IA n'apporte quoi que ce soit à notre intelligence tout court. Rien de plus bête que les programmes des échecs, des moteurs de recherche ou des robots ; l'intelligence, aussi bien naturelle qu'artificielle, c'est de la compétence et non de la performance. | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre est fait d'abord de définitions ; deux choses sont attendues de celui qui voudra en goûter : placer ces définitions au milieu des autres faits et faire jouer son interprète, c'est à dire, essentiellement, son goût, pour aboutir à un arbre unifié, plus riche et verdoyant de variables que son arbre initial des requêtes. | | | | |
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| intelligence | | | Fascinante et énigmatique inversion de la chronologie, en théorie ou en pratique de l'usage des représentations. En théorie : concevoir un modèle, bâtir une couche langagière au-dessus du modèle, formuler des requêtes, les interpréter, donner un sens «réel» aux réponses. En pratique : formuler un sens de la réalité, le considérer résultant d'une interprétation, imaginer des requêtes idoines, les placer dans un langage, réduire les représentations au seul domaine visé. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les Professeurs de Philosophie, on ne peut consolider le concept que par un développement discursif - la misère ! Le concept évolue surtout grâce aux trois moyens : introduire de nouvelles propriétés (tâche représentative), imaginer de nouvelles requêtes (tâche langagière), créer de nouveaux outils logiques (tâche interprétative) - on enveloppe par la forme, plutôt qu'on ne développe le contenu. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'il soit pauvre ou riche, rigoureux ou lâche, le modèle, une fois bâti, sert d'appui absolu à l'évaluation d'un discours toujours relatif à lui ; c'est pourquoi le sceptique est le plus bête des philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles. | | | | |
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| intelligence | | | Câblage de connaissances, par notre machine interprétative, est une notion ignorée des philosophes et bien connue des informaticiens. Ce que ceux-là appellent connaissance intuitive est, le plus souvent, une connaissance câblée si profondément, en langage-machine, que son accès se ressent comme immédiat et même a priori. Et la dichotomie kantienne : « toutes nos représentations sont soit intuitions, soit concepts » - « alle unsere Vorstellung ist entweder Anschauung oder Begriff » - y est sans fondement. | | | | |
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| intelligence | | | La logique et les structures, ces deux types de connaissances intervenant aussi bien en représentation qu'en interprétation ; mais, face à la réalité, la logique est nécessaire, tandis que les structures sont contingentes (sauf certaines structures a priori) ; on observe, que la réalité se plie à la logique et que nos modèles structurels sont asymptotes de la réalité ; c'est tout cela qui permet de parler d'une réalité objective, malgré la relativité de nos sens, que, d'ailleurs, aucun malin génie, visiblement, ne dévie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de connaissances complet, il doit y avoir un plan objectif - la logique et des structures, et un plan subjectif - des modèles des sujets, avec leur savoir (doutes, intuitions, expériences) et leurs modalités (vouloir, devoir, pouvoir). Les propositions bien formées n'apparaissent qu'après l'élimination (par l'interprétation extra-logique) de sujets. | | | | |
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| intelligence | | | Le modèle correspond à un étant ontique, que l'être ontologique valide ; mais les critères de validation suivent soit la nécessité, soit la rigueur, soit l'élégance, soit l'expressivité. De l'algèbre à la poésie. Et toute création passe, inévitablement, par les deux. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
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| intelligence | | | Le comprendre sans le juger aboutit à l'expertise, au consensus et à la statistique ; le juger sans le comprendre - à la bêtise, au lapsus ou à la mystique ; le sot ayant la prétention de pratiquer, simultanément, les deux, le sage dévalue les deux, en mettant en avant - le créer ; créer une représentation, un langage, une interprétation, où règne la liberté et non pas la copie ou l'empreinte. | | | | |
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| intelligence | | | Hegel assigne à la philosophie la tâche d'interpréter le monde, Marx - de le changer, Aristote - de le représenter : le sens, le devenir, l'être. Le relatif de l'absolu, l'absolu du relatif, l'absolu. Mais, en tout cas, c'est la musique et l'intensité du langage, c'est à dire le regard, qui feront, que ce monde est bien à moi. Par ailleurs, l'intensité nietzschéenne n'est pas la force, comme on le croit bêtement, mais exactement - la musique ! Comme sa force consiste à savoir s'appuyer sur sa noble faiblesse. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois types de connaissance : l'intuition intellectuelle (avant le modèle), la conceptualisation de métaphores (création du modèle), le sens des réponses aux requêtes (interrogation du modèle). La première est rencontre entre le sensible, le langagier et l'utilitaire, la deuxième est traduction dans l'intelligible, la troisième est épreuve de notre personnalité, de son intelligence et de son imagination. Trois efforts de nature totalement différente. | | | | |
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| intelligence | | | La structure des faits, qui constituent la base de toute représentation, porte déjà des traces de notre pré-interprétation du monde (ce qui faisait que Nietzsche niait aux faits toute existence pour l'attribuer à la seule interprétation), mais la vraie interprétation intervient dans le contexte d'un modèle figé. Ne pas confondre le libre arbitre de la représentation dynamique d'avec la liberté de l'interprétation statique (comme le fait Bergson : « Notre représentation des choses naîtrait de ce qu'elles viennent se réfléchir contre notre liberté »). | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie doit procéder dans le sens inverse du bon sens : analyser le tout et synthétiser le détail. | | | | |
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| intelligence | | | Le fond et le fondé (das Sein und das Seiende, der Grund und das Gegründete - Heidegger) : le fondé (les modèles) n'a pas une, mais deux sources - la nécessité du fond (la réalité) et le libre arbitre du fondateur (l'homme) ; le fond, en plus, servira à l'homme comme référence du sens (das Begründende), pour confirmer ou infirmer la modélisation. | | | | |
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| intelligence | | | Trois stades de notre compréhension du réel, le sensible, le mental, le conceptuel, avec une stupéfiante harmonie des passages de l'un à l'autre, de traces à images et concepts : pureté des empreintes, pureté interprétative, pureté représentative ; entre eux, circule le sens ou l'être, tout justifiant, tout guidant, tout mystifiant. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens, tel que l'entendent les philosophes, est le sens d'un discours ; il résulte d'un éternel retour, dont la dernière boucle, boucle ontique, implique le langage, l'interprétation logique, les sens et le bon sens ; elle s'appuie sur la boucle ontologique, la confrontation entre l'être et l'étant, et sur la boucle théorétique, la représentation de l'étant par des concepts. Le sens sert à confirmer ou à infirmer notre travail théorétique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour valider nos représentations, nous les soumettons aux requêtes et essayons d'interpréter le résultat en vue de sa confrontation avec le réel ; mais il n'existe pas de modèle du sens, de modèle net rendant cette confrontation rigoureuse, puisque le réel n'a pas de mesures ; pourtant, le sens naît de cette énigmatique confrontation. | | | | |
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| intelligence | | | La maîtrise : savoir bâtir un réseau cohérent de concepts, savoir formuler de bonnes requêtes, savoir donner un sens à l'interprétation de ces requêtes. D'où ses trois facettes : l'intellectuelle, la poétique, la philosophique. | | | | |
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| intelligence | | | Tout peut être réduit aux structures, même l'interprétation logique, dont le résultat n'est qu'une unification de l'arbre requêteur avec la représentation. « Tout raisonnement se transforme en une espèce de représentation » - Goethe - « Alles Raisonnement verwandelt sich in eine Art von Darstellung ». La seule logique, qui intéresse Hegel, est la logique spéculative (oxymoron, puisque toute logique est interprétative), qui n'est chez lui que de la représentation structurelle, surtout catégorielle. | | | | |
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| intelligence | | | Sans la totalité de quoi, le pourquoi relève soit de la niaiserie soit de la poésie, selon que je m'appuie, respectivement, sur les donc ou sur les comment. L'intelligence abductive, supérieure, est propre des contemplatifs. | | | | |
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| intelligence | | | On modélise ou extrapole l'être, dont on se sent maître ; devant le devenir on garde le soupir ou la perplexité. Et puisque l'étonnement ou l'incompréhension sont le premier moteur du philosophe, le Zénon du mystère du mouvement, donc de l'interprétation, est plus profond que le Platon du problème des idées, de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, pour Descartes, est ce que nous apercevons immédiatement, mais je pense veut dire : mon état mental (jeu réciproque des représentations et interprétations) change, il y a donc mouvement et temps, ce qui exclut l'immédiateté ; depuis Zénon nous savons, que le mouvement pensé et le mouvement réel ne s'entendent pas très bien, et puisqu'on doit donner la préférence à la réalité, je bouge réel est plus probant que je pense idéel, comme première certitude. La conscience n'est qu'une surface des mouvements humains, leur profondeur et leur source principales se trouvent dans les pulsions. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité il y a une lumière (l'esprit) et des objets (la matière) ; la représentation crée des ombres des objets ; les requêtes du réel se tournent requêtes de la représentation, et leur interprétation produit de la lumière, interne au modèle ; le croisement de la lumière du réel et de la lumière interprétée génère le sens. | | | | |
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| intelligence | | | Pour représenter, il suffit de voir ; pour bien interroger ou exprimer, il faut avoir un regard ; pour que la représentation serve bien pour la future interprétation et pour que le sens s'appuie davantage sur une représentation, il faut de l'intelligence, qui est, dans des tâches intellectuelles, plutôt de l'ouïe que de la vue. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le libre arbitre est à la liberté ce que les yeux sont au regard ; l'arbitraire s'exerce dans le contexte d'une représentation ouverte, in itinere, work in progress, et consiste à créer des événements conceptuels ; la liberté s'éprouve dans un monde monotone et fermé et consiste à donner un sens à une idée, soit en l'interprétant, soit en la traduisant dans la réalité. Plus notre regard se réduit au travail de nos yeux, plus notre liberté n'est que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne logique ne fonctionne que dans un univers monotone, sans aucune modification d'états, mais, dans la réalité, le temps inexorable n'est que mouvement ; on surmonte cette apparente impasse, en créant des modèles parfaitement logiques, quoique discrets, du temps lui-même, avec constellations d'univers incompatibles ; on peut manipuler des faits, vrais dans un univers et faux dans un autre, sans violer la logique. La réalité n'est que devenir : le modèle n'est qu'être. Cratyle et Platon l'ignoraient. | | | | |
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| intelligence | | | Le sujet, c'est l'union de trois créateurs : de représentations (Descartes), de requêtes (Valéry), d'interprétations (Nietzsche). Il doit donc offrir trois facettes : la scientifique, la philosophique, la poétique. L'esprit scientifique bâtit des modèles du monde, l'esprit philosophique les interroge, l'esprit poétique réinterprète le monde. Chacun des trois manque souvent de dons dans les deux autres sphères et croit pouvoir s'en passer, pour se dévouer exclusivement à la représentation, au questionnement sans fin, à la perpétuelle interprétation. C'est le poète qui en sort le moins ridicule. On finira par confier la science à la machine, ce qui enterrera définitivement le cogito (se réduisant à la représentation), pour ne laisser que l'homme de la nature, celui qui ne fait que réinterpréter. | | | | |
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| intelligence | | | La chose, peut-elle être pour moi, sans que j'en sois observateur ? Penser, c'est savoir naviguer dans une structure conceptuelle ou dans une logique résolutionnelle ; être, c'est plutôt inspirer - la créativité - la première et adhérer - le miracle - à la seconde. N'empêche que l'un des plus grands miracles de la création consiste en ceci : contrairement à ce que croient les modernes, le penser ne se valide pas par l'être, mais par notre machine logique intérieure (la certitude intuitive de Descartes ou les jugements synthétiques a priori de Kant), - pourtant il n'entre jamais en contradiction avec l'être ! | | | | |
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| intelligence | | | Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ». | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois sortes de pensée humaine, résultant des dialogues de la raison avec ses interlocuteurs : la raison face à la logique, la raison face aux sens, la raison face aux valeurs métaphysiques. La pensée mathématique, la plus primitive, sera parfaitement modélisée par l'ordinateur ; de bonnes représentations, appuyées par de bons interprètes, y suffiront. Je ne vois pas comment pourrait être imitée par la machine la pensée sensorielle, où l'interprétation foudroyante devance toute représentation (les phénoménologues appellent cette réinterprétation magique – intuition originaire - Urintuition). Mais la pensée métaphysique, aux sources et ressorts du beau et du bon insondables, restera peut-être le dernier bastion de l'homme, face à la déferlante robotique dans les cerveaux humains. | | | | |
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| intelligence | | | La machine logique est incrustée dans notre cerveau. À part la logique propositionnelle, cette machine contient plusieurs variations : la logique du sujet, la logique modale, la logique floue, la logique événementielle, la logique temporelle, qui relèvent, toutes, du paradigme interprétatif. Mais il est possible, que même les paradigmes représentatifs soient câblés en nous sous une forme logique, ce qui confirme le fait (ou crée l'illusion), que l'homme se passe de représentations, pour n'utiliser que des interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu'Aristote dit de la représentation (les substances) et Platon - de l'interprétation (les idées) ne porte que sur les étants, dont l'être (Heidegger) servira à valider la représentation et à orienter l'interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | Sans interprétation, et donc sans idées, l’existence n’a aucun sens ; mais toute idée se formule et s’interprète dans le cadre des représentations, qui, presque toujours, sont personnelles et non pas universelles. Même si Platon, globalement, est plus raisonnable que Sartre, ses Idées ne pré-existent pas, elles se créent, par invention de représentations ou adaptation d’interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Les sujets, ce sont des objets, auxquels sont associées des bases de connaissances, c'est à dire des représentations munies d'interprètes. Ainsi, on peut interpréter des requêtes : Qui croit (suppose, espère, souhaite, oublia, ignore, dissimule) que P ? | | | | |
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| intelligence | | | Le travail de l'intelligence - créer un espace de clarté : voir des objets mieux cernés, pratiquer un langage plus élaboré de leur manipulation, interpréter leurs répercutions avec plus de rigueur. Le vrai maître des lieux doit y introduire un cycle crépusculaire et ne pas compter sur l'éclairage de la rue. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde, l'homme, la perception humaine du monde - trois merveilles d'un même acabit. Qu'on parte de l'homme (Protagoras, Kant, Nietzsche), du monde (Spinoza, Marx, Heidegger), de la relation entre eux (Aristote, Husserl, Sartre) - on peut aboutir au même réseau conceptuel. Ce qui différencie ces visions, ce n'est pas tant le problème des représentations et des interprétations, que la part et la qualité de l'extase, tragique ou jubilatoire, devant le mystère. L'intelligence, la noblesse, le talent - telle est l'échelle ascendante des bons esprits. | | | | |
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| intelligence | | | Un beau mystère - le passage de la perception à la conception ; l'impact sur nos sens ne dure que quelques instants, et ensuite, qui en prend la garde et la forme ? - la répétition et le stockage en mémoire ? l'interprétation par substitution de variables réelles par des valeurs mentales ? Et l'essentiel de nos réactions s'adressera déjà à l'arbre unifié fixe et non pas à l'arbre originel chargé d'inconnues. « Les sensations sont échangées contre des représentations, ou des décisions, ou des actes »** - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | L'ennui de ces pitoyables sages, qui ne disent pas tout ce qu'ils pensent, mais pensent tout ce qu'ils disent. Je ne crois ni en penseurs silencieux ni en lecture unique du mot échappé. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est représenter, être, c'est communiquer, vivre, c'est interpréter - le résumé le plus bref et le plus exact du cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les autres, nous sommes surtout un paysage, et pour nous-mêmes - un climat. Reflets de nos actions ou de nos émotions. « Chacun est le climat de son intelligence » - Lamartine. L’œil saisit le paysage, le regard s'imprègne du climat. Que ce soit intelligent ou bête, que ce soit le pays ou la langue, qui illustrent cette leçon de météorologie sentimentale, - on est le concentré de son parallèle, la cordialité de l'esprit, ou de son méridien, la spiritualité du cœur. | | | | |
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| intelligence | | | Le même degré d'intelligence est accessible au goujat et au délicat, pour faire monter l'orgueil du premier et baisser les yeux du second. « Rien n'est aussi stupide que l'intelligence orgueilleuse d'elle-même » - Bakounine - « Нет ничего глупее превозносящегося ума ». L'orgueil avait un sens, lorsque l'évaluateur public des statures humaines commettait encore quelques ratés ; depuis que toute mesure devint consensuelle, avec l'unique balance mercantile, l'intelligence malheureuse pratique la même modestie que l'heureuse stupidité. | | | | |
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| intelligence | | | Élaborer ses propres formes et vivre de et en elles - telle est la fonction de mes représentations. Et il paraît, que « la seule chose, qui m'appartient en propre, est l'usage des représentations » - Épictète - tandis que même bien des sages prétendent détenir en propre l'interprétation, qui n'appartient qu'à l'espèce. N'est à moi que ce qui échappe au temps ; le contraire de Sénèque : « Seul le temps est à nous » - « Tantum tempus est nostrum ». | | | | |
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| intelligence | | | Ceux qui ne savent qu'interpréter sont, en fonction de leur talent dans le maniement du verbe, - des sots ou des poètes. Ceux qui ne savent que représenter sont, en fonction de leur intelligence, - des sots ou des scientifiques. Ceux qui maîtrisent les deux sont des philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ne parle pas ; il faut le munir de langage et de musique. Aucun créateur ne peut échapper à l'interprétation. Sans être obligé à remonter aux causes premières, déjà dans l'inévitable attachement aux classes (visuelles, géométriques, conceptuelles), me voilà interprète ! | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit est bien résumé par cette triade antique ou médiévale – l'intellect, la volonté, la mémoire, puisqu'elle correspond à l'interprétation de requêtes de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | La volonté précède et la représentation et l'interprétation ; et ces deux constituent notre vision du monde, la volonté y prenant forme d'un libre arbitre ou d'une liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la résolution de problèmes, une rigidité dans l'imposition de contraintes ne fait que rendre plus élégante la liberté dans la recherche de solutions. « Ferme dans le choix des choses, souple dans leur traitement »** - François d'Assise - « Fortiter in re, suaviter in modo » - pour rendre invisible l'effort, on a, au contraire, besoin de fermeté en traitement. Et la sensation de vie, ou de sa source, naît indépendamment des choses choisies ; des choses évitées sont plus éloquentes. Quand on tient à caresser ou à envelopper plus qu'à adresser ou à développer, être sans frein est pire qu'être sans fins. | | | | |
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| intelligence | | | Ramener au langage tout ce qui est mental est l'indigence de la philosophie anglo-saxonne. « Toute conscience est affaire de langage » - Rorty - « All conscience is a matter of language ». Leur misérable tournant linguistique ne comprend pas, que ni les intentions, ni les références d'objets, ni l'interprétation de requêtes, ni la substitution de termes, ni le dialogue menant au sens ne font partie du langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le sage sait, que la vraie création est celle d'un langage, dans lequel les réponses soient contenues dans la question. C'est un don beaucoup plus rare que ceux de poser de bonnes questions ou d'apporter de justes réponses. Affaire d'interprètes et de substitutions. La réponse crée une entente mécanique avec la question, mais encore davantage - une attente organique d'un langage, où elle n'en serait plus ; et Blanchot force le trait : « La réponse est le malheur de la question » - elle est son propre malheur ! | | | | |
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| intelligence | | | Ce que l'intelligence artificielle cherche à imiter est non pas comment nous résolvons les problèmes, mais comment nous aurions pu expliciter ou reconstituer leur résolution, si l'on nous avait demandé de justifier nos résultats déjà obtenus. La vraie énigme est de savoir ce qui est, en nous, câblé, sans même effleurer notre conscience : des représentations ? des scénarios ? des interprétations ? | | | | |
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| intelligence | | | Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin. | | | | |
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| intelligence | | | Contrairement à l'intelligence artificielle, notre cerveau ne contient pas de représentations, câblées, une fois pour toutes, par la voie conceptuelle ou langagière ; il les reconstitue à chaque interprétation d'un discours ou d'un fait, pour en comprendre, justifier ou générer le sens. Que ce soit la mathématique ou la poésie, qui en est le contexte, cet effort suit la même démarche ; si l'arbre interprétatif ne diffère pratiquement pas de l'arbre affirmatif, on est plus près de la mathématique, et s'il est presque nouveau, on est en présence de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Les buts sont des contingences, qu'interprètent les principes immuables ; les contraintes sont des fins, qui ne font qu'un avec les principes. | | | | |
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| intelligence | | | L'élégance est omniprésente en mathématique ; la mathématique est, en tout point, un reflet de la Création ; donc, la réalité, partout, peut être rendue admirable, il suffit d'inventer de bonnes représentations, de bons axiomes, de bons interprètes. L'harmonie entre un contenu profond et une forme haute est le signe commun de la mathématique et de la poésie (y compris de la bonne philosophie). | | | | |
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| intelligence | | | Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre. | | | | |
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| intelligence | | | En mémoire et en puissance interprétative, l'homme sera dépassé facilement par la machine. En matière intellectuelle, l'esprit humain devrait se consacrer surtout à la qualité de ses représentations. On n'est plus à une époque, où, naïvement, on pouvait dire que « l'esprit, c'est la mémoire elle-même » - St-Augustin - « animus sit etiam ipsa memoria ». Pour Descartes, la mémoire est répartie entre l'esprit et le corps, l'esprit ayant la priorité. Mais le corps, apparemment, n'a pas de mémoire de masse ; et la seule mémoire sensible, la mémoire centrale, relèverait entièrement de l'esprit. Chez l'homme, tout n'est qu'une réinterprétation, et elle est si bien câblée, qu'on ne voit presque pas la mémoire. « Il n'y a pas de données, mais seulement des conduites » - Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion des logiciens analytiques est instructive pour écrire, dans un langage informatique, des grammaires exécutables. En revanche, je ne vois pour elle aucune place dans la réflexion philosophique. | | | | |
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| intelligence | | | Le but de mon existence est de faire entendre ma musique, mais je passe l'essentiel de mon temps à accorder ou à désaccorder mon instrument. Les oreilles, les yeux, l'âme, le cerveau d'autrui n'apportent presque rien aux meilleurs chants, danses, poèmes, poses. Mais pour la maîtrise de la mélodie, la maîtrise de l'instrument ne suffit pas - il faut un accord entre mes cordes et celles de l'instrument. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée accomplie est surtout spatiale, même si l'interprétation de son enveloppe langagière est plutôt temporelle. Donc, la former en décrivant les choses (leur existence dans le temps) est plus bête que la créer en interrogeant ma conscience (où réside déjà l'essence des choses, au sein d'une représentation spatiale). C'est la qualité des requêtes qui détermine le rang de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d'intelligence : représentative (conceptuelle), constructive (technique), interprétative (stratégique). Elles se doublent d'une épreuve langagière : le méta-langage des concepts, l'accès et la maîtrise de bons outils, la faculté de changer de langage. Ce sont des épistémologues, des experts et des décideurs. | | | | |
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| intelligence | | | Dès qu'on prend pour pensées l'idée platonicienne, le cogito cartésien, le conatus spinoziste, l'éternel retour nietzschéen, on est charlatan. En reconnaissant leur vrai statut, celui des métaphores, nous devenons libres à les interpréter comme bon nous semble. Les pensées, c'est chez les poètes qu'il faut les chercher – Rilke, Valéry, Pasternak, R.Char. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les nietzschéens ont une vision mécaniste de l'éternel retour ; pourtant, le père de cette jolie métaphore (et de cette misérable pensée), se désavoue lui-même, avec cette flagrante bêtise pseudo-mathématique : « Tout processus infini doit être périodique » - Nietzsche - « Ein unendlicher Prozess kann gar nicht anders gedacht werden als periodisch ». Celui qui ignore la théorie des suites devrait être interdit de réévaluer les valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Cosmos et phusis, l'ordre représentatif de l'être et le désordre interprétatif du devenir, Apollon et Dionysos, le passage de la Création divine à la création humaine, la caresse devenant verbe, la vie tournant à l'art. | | | | |
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| intelligence | | | Toute phrase peut être interprétée soit comme une requête (de l'être) soit comme une assertion (du devenir) – avènement ou événement, pensée en continu ou pensée de rupture. La science est dans le premier mouvement, et l'art – dans le second. « L'art suprême de la représentation ramène toute pensée au devenir » - Nietzsche - « Die vollendete Kunst der Darstellung weist alles Denken an das Werden ab ». | | | | |
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| intelligence | | | La plus grande merveille de notre esprit est qu'il trouve les mêmes supports de ses idéalités, en se fiant soit à la réalité soit à l'abstraction. Et les plus belles intuitions abstraites trouvent - comme par enchantement - des interprétations empiriques plausibles. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, associée à un sujet, offre trois facettes : la descriptive, la structurelle, la comportementale - l'essence ; l'interprétation, elle aussi associée à un sujet, se fait toujours dans le contexte des deux premières, avec les moyens de la troisième et avec les interprètes langagiers (syntaxique, sémantique, pragmatique) et logiques (déductions et gestions d'événements) – l'existence. On devine qui précède qui. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation fixe la valeur, et la (méta-)interprétation (la validation) formule une valeur de cette valeur. Aucune théorisation de cette validation n'est possible, ce qui justifie le rôle qu'y jouent souvent la noblesse d'âme ou la caresse d'esprit, plutôt qu'une obscure adéquation quelconque avec la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit représente la marche de mon soi connu ; l'âme interprète la danse de mon soi inconnu. L'esprit est en contact permanent avec le monde ; l'âme ne quitte jamais ma propre conscience, façonnée par l'esprit et résumant l'essence du monde. L'interprétation est le dernier chaînon dans mes échanges avec l'essentiel (où la danse et le chant dominent) ; donc l'intentionnalité ou le souci, que d'autres placent près des choses, ne devraient pas quitter mon âme. Dans le secondaire, même l'esprit est inutile, le réflexe ou l'inertie suffisent. La phénoménologie de l'esprit ne s'occupe que du secondaire. La nature de l'esprit devrait céder à la culture de l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | Pour Nietzsche, l'Être est une interprétation (métaphysique, donc méprisable), pour Heidegger – une représentation (ontologique, donc vénérable), pour moi - une réalité (prosaïque, mais incontournable, pour valider nos représentations et donner un sens à nos interprétations). | | | | |
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| intelligence | | | Dans la querelle des Universaux, entre la réalité, la représentation et le langage, il manquent deux éléments : l'interprétation linguo-logique des propositions à démontrer (vers la vérité) et l'interprétation intuitivo-réelle des propositions démontrées (vers le sens). | | | | |
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| intelligence | | | C'est l'intellect qui donne un sens à mes expériences, évalue le poids des objets et munit les pensées, celles des autres et les miennes propres, d'un sens et d'une profondeur. C'est lui qui les engendre et non pas l'inverse, comme prétendent les phénoménologues. Et il n'en dépend pratiquement pas. Mais l'adéquation des organes intellectuels et des phénomènes naturels est un pur miracle. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'est-ce qu'un objet ? - son nom, ses classes, ses relations, ses attributs. Mais ce sont des caractéristiques de la représentation et non pas de la réalité (que Platon et Spinoza m'excusent…), et elles sont les seuls points de repère permettant de référencer les objets. Dans la réalité, ainsi, il n'y a ni objets ni vérités, puisque celles-ci résultent des propositions portant sur les objets. La réalité réapparaît dans les significations qu'on tire de la proposition interprétée, mais elles naissent d'un processus non-formalisable, intuitif, non-langagier – l'intelligence pragmatique, le dernier chaînon de l'analyse syntaxico-sémantique. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ontologique inspire la représentation (la finalité statique), le monde phénoménologique justifie l’interprétation (les moyens dynamiques), le monde axiologique forme les contraintes : les objets ou relations à privilégier ou à exclure, la hauteur minimale des regards ou des mots. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les passages cognitifs : chose – concept (engagé) – mot – proposition – vérité – concepts (dégagés) – sens, toutes les étapes intérieures ne sont que transitoires, pourtant toute la rigueur s'y trouve, contrairement au premier (libre arbitre de la représentation) et le dernier (liberté de l'interprétation), et c'est bien dans ces deux-là que réside la plus subtile de nos intelligences. | | | | |
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| intelligence | | | Trois perceptions du temps : l'immensité de la nuit du passé à interpréter, la fugacité du présent à exprimer, l'éternité crépusculaire de l'avenir à représenter – la même perplexité et incompréhension dans ces trois regards différents sur ce mystère. Facile dans le concret, énigmatique dans l'abstrait. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle : 1. bâtir une représentation (structures conceptuelles rigoureuses) d'un domaine réel (physique ou abstrait), 2. s'appuyer sur une logique formelle, pour interroger ou exploiter cette représentation, 3. au cours d'un dialogue (de préférence, en langage naturel), savoir répondre aux questions - Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi, Comment – à la manière humaine. | | | | |
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| intelligence | | | L’être et le devenir logent dans la réalité ; pour les penser, on dispose de deux paradigmes cognitifs, la représentation et l’interprétation, et d’un outil de communication, le langage. Le penser n’est pas moins présent dans le devenir que dans l’être ; c’est pourquoi Parménide a tort, en proclamant l’identité de l’être et du penser. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire. | | | | |
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| intelligence | | | Les adeptes du tournant linguistique (les soi-disant philosophes analytiques) croient, que tout savoir résulte de l'analyse du langage. Or tout savoir se résume dans les deux seules tâches : la représentation (où le langage est quasi absent) et l'interprétation (où le langage disparaît dès la traduction des énoncés en propositions ; le reste appartient à la logique ou au bon sens : la démonstration, des substitutions puisées dans la représentation, la donation de sens). Jamais, depuis la nuit des temps, on n'entendit chez les sages une pareille aberration ; il fallut attendre les Américains. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est une tâche du libre arbitre, et l'interprétation – celle de la liberté. L'intuition est surgissement imprévu, non-routinier des hypothèses, réclamant une interprétation (preuve), mais Descartes l'associe à la représentation : « Par intuition j'entends une représentation, qui est le fait de l'intelligence pure ». Mais il est vrai, que la pureté individuelle accompagne plus souvent une représentation qu'une interprétation, celle-ci étant souvent une œuvre mécanique, commune, impure. | | | | |
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| intelligence | | | Nous avons deux esprits : l'esprit câblé, en contact avec les perceptions du corps et exécutant instantanément des pré-traitements des données sensorielles, sans atteindre la surface de notre conscience, et l'esprit-interprète, en contact avec la conscience et s'appuyant sur la logique. Ce dernier ignore tout des perceptions ; face au monde, il n'est ni fenêtre ni miroir, mais constructeur ou architecte. La divinité du matériel et du spirituel, dans ces deux machines humaines, est du même ordre. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes, Spinoza, Hegel, Husserl : tout est réduit aux langages des problèmes et aux métaphores de leurs solutions. Le langage y est misérable, et les métaphores y sont inexpressives. Une tentative d'un cogito supérieur : il y a deux mystères indubitables – le moi (un corps et un esprit) et le monde (des corps et des esprits), et il y a un troisième – ma faculté de représenter et d'interpréter les deux premiers. La résignation de ne pas s'abaisser au niveau des problèmes distingue un philosophe. C'est pourquoi le cogito phénoménologique (pré-conceptuel, pré-logique, pré-langagier, visant l'accès aux objets et donc – relationnel et pas seulement subjectif) est tout de même supérieur au cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Tout n'est qu'interprétation - les phénoménologues, les langagiers, les hommes d'action ; tout n'est que représentation - les métaphysiciens, les conceptuels, les hommes du rêve. L'humain finit toujours par l'emporter sur le divin ; le premier est proclamé vainqueur par tous les votes, du multitudinaire à l'élitaire. En plus, ou par-delà, il y a des nihilistes, pour qui interprétation est donation de sens, vitalité ou intensité, dans lesquelles se traduit la volonté de puissance. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ne peut pas être pure ; elle se relativise par la langue, par la représentation sous-jacente, par l’interprétation partiale. Ne sont purs que nos meilleurs sentiments, les indicibles, gardant leur innocence même dans l’horreur ou le mystère. | | | | |
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| intelligence | | | De l’objectivité de l’être et de l’action, surgit la subjectivité de l’essence et de l’existence, et c’est notre regard créateur qui, à partir de la première, génère des représentations, et, à partir de la seconde, forme des interprétations ; l’intelligence et la noblesse y sont des vecteurs, et le talent – le maître. Quatre étages de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Pour constater l’existence des autres, j’ai besoin d’une représentation ; pour ma propre existence, une interprétation, pré-conceptuelle et pré-langagière, suffit. Et c’est l’origine même du cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Nous manipulons deux sortes de représentations : des conceptuelles et des pragmatiques. Les premières comprennent des modèles (concepts, classes, relations abstraites) et des instances (éléments, relations entre éléments) ; ces représentations engendrent le langage, qui se projette sur elles. Les secondes tendent à être isomorphes à la réalité et ne contiennent que des instances (projections des objets pseudo-réels) ; ces représentations servent à donner un sens aux propositions, vraies ou fausses, interprétées dans le contexte des premières représentations. On oublie trop souvent, que non seulement la réalité ne contient pas de modèles, elle ne contient pas d’instances non plus. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la métaphore, la représentation domine l’interprétation et le beau y précède le vrai ; dans le symbole, c’est l’inverse. La voix du talent et l’écoute du Bien auréolent la poésie et la science - de fantaisie et de conscience. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Les représentations se câblent (leur accès devient implicite, machinal), la formation d’ensembles de conflit (la présélection de bonnes règles, la première interprétation) s’effectue par l’intelligence synthétique aussi implicitement, tandis que l’interprétation finale (le déclenchement de règles, la réinterprétation) est affaire de l’intelligence analytique explicite. Cette démarche est propre aussi bien de l’intelligence humaine que de l’artificielle. L’inévidence des deux premiers aspects (qui jouent le rôle de contraintes) explique l’erreur de ceux qui veulent tout réduire aux (ré)interprétations, au détriment des représentations. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles. | | | | |
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| intelligence | | | L’essence appartient à la représentation (structures arbitraires : catégories, classes, relations) comme l’existence – à l’interprétation (logiques universelles). Dans les deux cas, il est possible d’ériger, par-dessus, un système, mais on a plus de chances de prouver son originalité en représentation qu’en interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée – évocation, par un sujet, de relations d’objets dans un langage de mots ou de gestes. Elle peut être émise, perçue, interprétée, munie de sens – par un sujet. La réalité en est le départ et l’arrivée, mais seule la représentation la rend opératoire. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde (celui de l’homme, celui que les Allemands appellent Dasein), ce monde est la représentation et l’interprétation. La volonté schopenhauerienne correspond à la représentation du sujet (et de son savoir) en tant que faisceau de modalités – vouloir, pouvoir, devoir – et doit être incorporée à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun commentateur ne se hisse à la hauteur de Nietzsche, Valéry, Heidegger ; tous les commentateurs de Spinoza, de Hegel, de Kierkegaard leur sont supérieurs. | | | | |
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| intelligence | | | L’infini pénétra en mathématique presque au même moment qu’il quitta la philosophie, ce qui libéra celle-ci de tant de faux géomètres. De même, les élégantes structures algébriques ridiculisèrent l’ontologie. De deux seuls sujets d’une philosophie non-charlatanesque, consolation et langage, le premier attend ses algébristes d’interprétations et le second – ses analytiques de représentation. La partie est loin d’être gagnée. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique et l'Intelligence Artificielle : une application informatique, ce sont des procédures et des données, et son exploitation consiste à lancer des procédures ; une application d'IA, ce sont des connaissances associées aux concepts (sujets et objets), et son exploitation est un dialogue entre la machine et l'homme, où la machine interprète les questions dans cet ordre : de quel type de question s'agit-il ? de quel type d'interprète aurais-je besoin ? quels sujets y sont impliqués ? comment accéder aux objets de la requête logique associée ? quel sens donner aux substitutions trouvées dans des représentations sollicitées ? | | | | |
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| intelligence | | | Les charlatans du tournant linguistique (y compris Wittgenstein) et les bavards phénoménologiques (y compris Heidegger) méprisent la représentation, la réduisant à la vulgaire technique. Ils ne comprennent pas, que tout souci de l’être et tout langage sont impensables hors d’une représentation, et que le péquenaud ou le savant y font autant appel, seules la profondeur et la rigueur les distinguent. L’ontologie n’est qu’une partie modeste de la représentation, et le langage n’est qu’une grammaire créée par-dessus une représentation. La vraie porteuse du sens et le vrai garant de l’interprétation est la représentation. Schopenhauer fut plus intelligent. | | | | |
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| intelligence | | | Comment voient-ils leur intellectualisme ? - l'observation et l'expérience, dégageant, patiemment et sans parti pris, des concepts et des lois. Quel caporal, voleur à la tire ou sous-préfet ne souscrirait à cette proclamation de foi intellectuelle ? Qu'ai-je à y faire, avec mon impatience, mon aversion pour les méthodes et les normes, mes partis pris viscéraux ! Je ne repousse pas mes conclusions, je les laisse au lecteur, dans la peau duquel je sais me mettre. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réflexion de Valéry, on trouve toutes les étapes de manifestation de la conscience (qu'il appelle états mentaux) : l'excitation, le désir, la volonté, le langage, la représentation, les formules logiques, les substitutions, la vérité, le sens – une admirable profondeur ! À comparer avec la vaste platitude des consciences cartésienne, hégélienne, husserlienne, où brillent par leur absence et le langage et la représentation et l'interprétation, où règnent le bavardage ou la banalité. | | | | |
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| intelligence | | | Tout indice de mon état, de mes attitudes, de mes sentiments relève du penser. Mes gestes, mon visage, mes yeux livrent, tout le temps, ce genre d’indices – la pensée sans les mots est donc possible. Mais aucune pensée ne peut se passer d’une représentation conceptuelle (commune à tout langage qui s’y greffe) et d’une interprétation (soit de propositions langagières soit d’expressions corporelles). Toute civilisation forme des interprètes de nos joies, peines, jugements, intentions, exprimés par notre mimique. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances synthétiques, arbitraires, constituent la représentation et créent des vérités nouvelles ; les connaissances analytiques, nécessaires et tautologiques, résultent de l’interprétation. La maïeutique et l’herméneutique. | | | | |
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| intelligence | | | Le raisonnement n’est élégant et conclusif qu’en mathématique ; dans toutes les sciences, y compris en mathématique, la profondeur des connaissances et la hauteur de l’intelligence sont atteintes surtout par la qualité des représentations. Ne portent aux nues le raisonnement que les charlatans philosophaux, s’inspirant du rustique Socrate. | | | | |
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| intelligence | | | Le penseur complet doit apprécier la représentation des concepts, voir la place du langage, comprendre la nature de l’interprète des propositions, oser la définition du sens de celles-ci. Je ne connais qu’un seul homme, ayant réussi cette gageure, c’est Valéry, qui n’est, pourtant, ni philosophe ni linguiste ni logicien ni cogniticien – une intuition diabolique ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans un rêve, au sens physiologique, dans un rêve nocturne, on procède à la représentation d’un monde, ne ressemblant que vaguement au monde réel, au monde diurne. Toute interprétation en est aléatoire ; pourtant, c’est uniquement de l’interprétation de rêves que, sur des centaines de pages, discourent ses meilleurs spécialistes – Freud et Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Aristote et Kant eurent beau avertir les philosophes, que sans une bonne représentation tout discours ne peut être que du verbiage – Spinoza et Hegel tombèrent dans ce piège. Et tout effort interprétatif, sans une base conceptuelle, dégénère en bêtises irresponsables ; et c’est dans ce deuxième piège, qu’ils dégringolèrent. | | | | |
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| intelligence | | | Le galimatias de Hegel reprend celui de Parménide ou de Plotin. La proximité, phonétique et lexicale, entre l’Un et l’Être, en grec, ou entre Sein et Eins, en allemand, est la seule source évidente de leurs logorrhées. Ils ont, tous, profané les notions platoniciennes de Bien et d’Idée, ouvertes aux interprétations innombrables. | | | | |
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| intelligence | | | La tâche philosophique n'est pas d'interpréter ou, encore moins, de changer le monde, mais de le représenter, d'en réécrire une telle partition, que son interprétation musicale l'emporte sur son interprétation mécanique, et que la grandeur de l'immuable fasse ironiser sur la petitesse de tout changement. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation de l’avenir, comme toute interprétation du passé, sont empreintes d’un arbitraire insoluble, que ne sauvent ni les connaissances ni l’imagination. La vie et le rêve sont tributaires du présent : la vie en est traversée et le rêve le fuit, pour atteindre l’atemporel. | | | | |
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| intelligence | | | Dans son travail de synthèse, l’homme dispose de son libre arbitre, pour préparer les futurs accès aux objets représentés ; dans l’analyse, l’homme-interprète est esclave de la logique et d’une représentation, héritée ou bâclée ad hoc. Mais, dans les deux cas, l’accès reste une notion-clé. Et Cioran, bien que par hasard, dit une chose admirable : « Je ne pense que par accès »*** ! | | | | |
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| intelligence | | | Associer la philosophie avec la rigueur de ses analyses est puéril, puisqu’en plomberie ou en astrologie l’analyse n’est pas moins présente ni plus bancale qu’en philosophie. | | | | |
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| intelligence | | | Toute question est un arbre, dont le contexte, c’est-à-dire la représentation et le but, ne te sont que vaguement signalés ; ta réponse est aussi un arbre, unifié avec l’arbre de question, mais dans le contexte de ta représentation. L’intelligence interprétative est dans l’art d’accéder aux domaines de valeurs des variables, contenues dans la question. | | | | |
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| intelligence | | | Pour résumer l’essence du monde, Schopenhauer a raison de mettre en avant la représentation, tandis que Nietzsche s’égare, en lui préférant l’interprétation. Et c’est la place, qu’ils accordaient au langage, qui explique la clairvoyance du premier et l’incompréhension du second. Le langage ne fait que s’attacher à une représentation existante, ce n’est pas l’inverse, ce n’est pas le mot (ni phonétique ni lexical) qui engendre le concept, comme le pense Nietzsche : « Le concept n’apparaît d'abord que par le son » - « Der Begriff ist am Laut erst entstanden ». | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence s’éprouve dans les deux sphères – la représentation et l’interprétation. Dans les deux cas, on a à faire aux outils et aux usages d’outils. Les outils se valident par la logique ; c’est l’humanité entière qui en est porteuse ; les comprendre relève de l’intelligence commune, et leur usage (ou leur choix) - de l’intelligence individuelle, la seule où l’âme rejoint l’esprit. Dans la représentation, l’intelligence individuelle consiste à deviner les futures interrogations ; et dans l’interprétation – à reconstruire les commencements représentatifs. Elle consiste donc dans l’harmonie des passages d’une sphère à l’autre. | | | | |
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| intelligence | | | La science : formuler une vaste question, à laquelle on cherche des réponses rigoureuses et leurs interprétations. La philosophie (comme tout art) : formuler une haute réponse, pour laquelle on cherche des questions élégantes, s’appuyant sur une représentation profonde. Tôt ou tard, la première tâche sera prise en charge par des robots ; l’art est en train de dégénérer à cause du dépérissement des âmes ; il reste la philosophie, car son outil, l’esprit, a une bonne mémoire, capable de ressusciter l’âme et de redevenir ainsi un art à part entière. L’universalité de la recherche de solutions sera remplacée par la particularité de la recherche de mystères. | | | | |
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| intelligence | | | Dans ta vie il y a deux activités principales (et peut-être même uniques) – la représentation-conception et l’interprétation-création. Cette dichotomie est la seule à rendre le terme d’être utilisable, puisque son contraire, le devenir, te renvoie à la création. L’être est dans la conception, et le devenir – dans la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le rien existe en tant qu’un ensemble vide ; le quelque chose existe en tant qu’une variable de la formule logique, à laquelle se réduit tout discours. L’existence logico-mathématique ou l’existence logico-langagière. Démocrite le pressentait. | | | | |
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| intelligence | | | Un axe platonicien, divisé en deux intervalles inégaux, reflétant le passage du sensible à l’intelligible et subissant un second partage, dans les mêmes proportions, – une jolie image mythique : conjecture – ombres, croyance – certitude, raison – définition, intelligence - idées. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les philosophes cathédralesques, le monde est un objet d’exploration par la connaissance et la vérité ; aucun de ces rats de bibliothèques ne sait ce qu’est la connaissance ou la vérité. Pour les non-philosophes, le monde est soit évident soit absurde. Pour les vrais philosophes, le monde est, avant toute tentative d’interprétation, - un mystère céleste, vénéré par un mystère terrestre, l’homme, possédé par des souffrances et possédant des langages. | | | | |
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| intelligence | | | À sa naissance, l’Intelligence Artificielle s’appelait Épistémologie Appliquée et se consacrait à deux tâches – représentation (l’ontologie) et interprétation (la logique, le langage) des connaissances. Il fallait être, à la fois, philosophe, cogniticien, linguiste, logicien, informaticien, pour exercer ce métier. Aujourd’hui, une immense et mécanique fumisterie autour des misérables réseaux de neurones usurpa ce champ humaniste, avec seuls informaticiens ignares qui l’occupèrent. Aucun rapport ni avec l’intelligence abductive (les pourquoi et les comment) ni avec la langue naturelle – un calcul sauvage, avec des big data, se réduisant à la reconnaissance des formes. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence dans l’art : la maîtrise de synthèse ou d’analyse – une platitude ; la rigueur de représentation (ton savoir) ou d’interprétation (ta virtuosité) – une profondeur ; l’art de passer des idées (de tes élans) aux mots (coups de pinceaux ou notes) ou des mots (des autres) aux idées (tes métaphores) – la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Penser a trois domaines d’application et de définition : représenter, interroger, interpréter – la création conceptuelle, l’imagination langagière, la démonstration logique. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence peut se passer du savoir ; l’esprit peut se passer de l’intelligence. L’esprit se reconnaît une fois que, dans un discours, on a éliminé les faits perçus et la logique conçue, ce patrimoine commun. L’arbitraire d’une représentation profonde et la liberté d’une haute interprétation – voilà ce qu’est l’esprit dans sa demeure, la verticalité. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce. | | | | |
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| intelligence | | | La science est la profondeur des représentations, la hauteur des hypothèses, bâties ci-dessus, et l’étendue des liaisons logiques entre ses objets. L’Histoire a beau échafauder des représentations imposantes, formuler des hypothèses grandioses – elle est incapable, par définition, à élaborer des suites logiques crédibles entre ses événements, un amas de hasards imprévisibles. À part la curiosité, elle ne peut réveiller aucune prémonition des faits à venir. | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | La vision intuitive de la réalité est largement consensuelle ; tout homme veut ramener cette vision aux connaissances individuelles, dont les entités élémentaires s’appelleraient concepts.
1. L’organisation (structurelle, descriptive, comportementale) de ces concepts constitue une représentation.
2. Un concept (dans une représentation) est un reflet incomplet des choses en soi (en réalité).
3. Cette démarche, intuitive aussi bien chez les concierges que chez les scientifiques, devint opératoire chez les cogniticiens (fondateurs de l’Intelligence Artificielle) : on y imite le comportement humain à travers la représentation et l’interprétation des connaissances.
4. Aucun philosophe n’accéda à ce sens de la représentation. Les tableaux catégoriels d’Aristote et de Kant amorçaient une bonne direction, mais leurs adeptes y virent une objectivité tandis qu’une subjectivité évidente est à leur origine.
5. Un malentendu, déplorable mais partagé par presque tous les philosophes, voit dans le langage le traducteur des connaissances, tandis que la couche langagière ne fais que se superposer à la couche représentationnelle, la seule porteuse du savoir.
6. Deux activités - l’acquisition des connaissances (complétant la représentation) et leur interprétation (par l’intermédiaire du langage) – mettent en évidence le rôle capital de la logique : elle assure la cohérence de la représentation et elle fait partie intégrante de toute langue naturelle. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
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| intelligence | | | Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | Socrate est un homme ! - un ordre, une assertion, une tentative d’introduire un nouveau fait axiomatique non-contradictoire dans la représentation courante, le seul genre rationnel de jugements synthétiques. Est-ce que Socrate est un homme ? - une proposition analytique, une requête de véracité de la proposition dans le contexte d’une représentation fixe. Représentation (création) ou interprétation (jugement) de connaissances. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, ce n’est pas un discours langagier ; elle fait partie du sens de celui-ci ; le sens étant un réseau de concepts non-langagiers, résultant du succès (véracité) d’une interprétation du discours ; la pensée en est un sous-réseau autonome. | | | | |
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| intelligence | | | L’écroulement de l’Intelligence Artificielle, dans les années 90 du siècle dernier, est dû au conflit intellectuel entre les philosophes (focalisés sur la représentation) et les logiciens (misant sur l’interprétation). Les premiers manquaient de rigueur et les seconds – de profondeur. La réconciliation et l’essor, au XXI-me siècle, sont venus grâce à la conscience du rôle que joue la communication en langage naturel : les philosophes ont compris que la logique fait partie de tout langage naturel, et les logiciens ont compris que le langage naturel n’est qu’une projection de son vocabulaire et de sa grammaire sur des concepts bien structurés. Curieusement, cette entente fut réalisée par des informaticiens (avec leurs big data), qui nagent et en philosophie et en logique… | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle). | | | | |
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| intelligence | | | Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à :
1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir
2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes)
3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser
4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau
5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé.
C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées. | | | | |
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| intelligence | | | Comment se construit la parole humaine ? Pourquoi la compréhension mutuelle est si prodigieusement facile ? L’essentiel d’un discours renvoie à l’habitude, à la mémoire, à l’expérience. Ce ne sont pas des références conceptuelles (comme c’est le cas en IA symbolique), mais la statistique qui guide la génération et l’interprétation du flux langagier. Seule l’intelligence humaine, ce don divin si inégalement distribué, peut reprendre un discours, pour en apporter des justifications. Un paradoxe – l’IA neuronale, conçue d’une manière si primitive et mécanique, est, en fin de compte, parfaitement humaine ! Et si l’intelligence la plus haute commençait, justement, aux points de brisure des données statistiques ? Et l’IA symbolique est tout-à-fait inhumaine. Comme le sont, par leur origine, nos sens du Beau et du Vrai ! | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’IA neuronale il n’y a pas d’intelligence (mais que de l’apprentissage statistique, sans le concept de vérité, source de toute intelligence), et même cet apprentissage n’est pas artificiel (mais, mécaniquement, humain). En revanche, l’IA symbolique constitue le fond d’une véritable intelligence, et elle est entièrement artificielle, comme l’est la logique. L’expérience initiale, chaotique, expérience des sons, des mots, des formes, sert à l’apprentissage humain exactement de la même manière que le parcours dynamique de milliards de documents, traînant sur l’Internet, par les chatbots neuronaux. L’habitude, la moyenne statistique, jouent un rôle beaucoup plus important que la logique formelle dans l’élocution et dans la compréhension par l’homme et par les réseaux neuronaux. | | | | |
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| intelligence | | | Ce sont les modèles linguistiques révolutionnaires qui justifient le triomphe (provisoire) de l’IA neuronale. Dans l’IA symbolique, l’interprétation des phrases suivait plutôt un cycle spatial, en tenant compte des priorités (essentiellement spatiales et non pas temporelles) des opérateurs. En plus, l’apparition de termes ou tournures, inconnus de la base de connaissances, bloquait l’analyse. Dans l’IA neuronale, l’interprétation est temporelle, séquentielle, avec un mécanisme, découlant de la pratique humaine, celui de la probabilité de surgissement d’un terme n+1, après la suite de n termes précédents. C’est ce phénomène psychologique d’attente, et non pas la transformation de la phrase entière en une formule logique, qui explique la facilité, avec laquelle les hommes s’entendent entre eux. Mais si, chez l’homme, l’apprentissage se contente d’une poignée d’expériences, les réseaux neuronaux s’appuient sur des milliards de documents qui traînent sur la Toile – le génie face à la statistique. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes analytique (évaluation) ou synthétique (jugement), dans le contexte des connaissances : au stade d’acquisition de celles-ci (à partir de la réalité), les jugements sont synthétiques ; au stade d’interprétation (à partir du langage), les évaluations sont analytiques. Un bon sens naïf suffit pour le comprendre. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intéressant est une union d'un sophiste, pour exercer son intelligence, et d'un dogmatique, pour affirmer son goût. Le médiocre est toujours sophiste ou toujours dogmatique. | | | | |
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| chœur mot | | | VÉRITÉ : On place la vérité tantôt dans les mots tantôt dans la réalité. Le mot fournit la requête ; la réalité est remplacée par un modèle ; et la vérité naît de l'effort de l'interprète, qui remplace des références de la requête par des objets du modèle et évalue la formule ainsi obtenue. C'est ainsi que se forme le sens : conception du mot, attouchement des choses, extraction de la vérité… | | | | |
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| mot | | | Il ne faut pas qu'un aphorisme se mette à compter dans la vie ; qu'il résonne, pour tester l'acoustique de ton âme, mais qu'il ne raisonne pas, pour que l'esprit ne se prenne pas pour son seul interprète. Que l'esprit soit chef d'orchestre, et l'âme - et l'instrument et l'interprète. | | | | |
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| mot | | | La référence : une réponse langagière au désir, à la focalisation, à l'intention de désigner un objet ou une relation ; d'autres l'appellent intentionnalité ; sa diversité verbale est générée par des grammaires de réécriture (Chomsky). La signification : un renvoi pragmatique, hors du langage, à partir d'un fait conceptuel, établi par l'interprétation d'un discours, renvoi vers les objets réels - c'est ce que d'autres appellent - dialectique ; l'intuition et l'arbitraire en sont les seuls justificatifs. Wittgenstein nage, au milieu de ses binômes, et s'y noie, faute de trinité salutaire : langue, représentation, réalité. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | Toute la littérature est dans le sens changeant de mots. Le mot changeant de sens est sans intérêt. | | | | |
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| mot | | | Un mot est vraiment dernier non pas parce qu'il clôt une chaîne d'autres mots, mais parce qu'il n'a pas besoin d'un suivant. L'idéal est, qu'il soit, en même temps, la consécration du premier. Par l'humilité d'une conclusion en points de suspension recueillis. | | | | |
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| mot | | | Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ». | | | | |
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| mot | | | Dans le mot, ni l'on ne se dénude ni l'on ne se dissimule, dans le mot on crée, on crée une requête, nécessairement ironique (ironie voulant dire interrogation), et dans laquelle je dois briller soit par ma présence soit par mon absence. Au cours de l'interprétation de cette requête se produisent des rencontres inattendues des objets (Protokollsätze) qui, hors de mon discours, pouvaient s'ignorer. Parmi les subjugués par le mot, on trouve surtout poètes ou tyrans, ces amateurs des régions inexplorées, vers lesquelles les mots bâtissent des ponts. | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval). | | | | |
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| mot | | | Le mot n'est signe ni de la chose ni du concept. Le mot est volonté de désigner la chose, volonté, qui ne débouche sur la chose qu'en transitant par le concept (et le concept, non plus, n'en déplaise à Aristote, n'est pas signe des choses ; le concept est la connaissance même de la chose). Le mot n'est ni similitude ni représentation, mais symbole évocateur, excitant, référençant, focalisant. Le mot est une forme travaillée par un désir de fond. | | | | |
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| mot | | | Dans une espèce de méta-représentation, la réalité est composée de choses et d'esprits, avec un seul lien direct entre eux - le langage. Vu ainsi, le mot s'interprète par l'homme, sans passer par des représentations explicites ; on ne fait appel à celles-ci que pour comprendre le discours, en le traduisant en formules logiques, au-dessus d'un modèle ; ce passage transforme le mot en signe, une métaphore vivante, sonore et elliptique - en simple étiquette collée sur un concept. | | | | |
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| mot | | | On peut décortiquer le langage de l'intérieur, indépendamment du modèle de l'univers ; mais pour interpréter un discours, on ne peut pas se passer de modèle. « Une fois qu'il a donné à la pensée une orientation correcte, le langage peut disparaître pour faire place à un parcours mental »* - Épicure (la sentence est du pur Valéry, qui, curieusement, appelait le modèle - Non-Langage). | | | | |
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| mot | | | Le sens est la jonction (une sorte d'unification mystique, au-delà du mystère) du discours (problème interprété dans le contexte du modèle) et de la réalité (qui est mystère). La langue, elle, sans le modèle, au-dessus duquel elle est bâtie, est absurde et c'est ça, son plus grand miracle. Elle est parlée et elle est parlante : « Il y a deux langages : celui qui disparaît devant le sens, dont il est porteur et celui qui se fait dans le moment de l'expression »** - Merleau-Ponty. Le conceptuel se concentre autour du sens, et le poétique se fixe dans le mot : « Le poème n'est poétique que s'il s'incarne dans les mots » - Hegel - « Das Poetische ist erst dichterisch wenn es sich zu Worten verkörpert ». | | | | |
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| mot | | | Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations. | | | | |
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| mot | | | Tout énoncé a l'ambition de tourner en arbre. L'arbre de l'esprit-requêteur va s'unifier avec l'arbre de l'esprit-interprète. Les cas stériles : l'arbre de départ sans variables, cas minéralogique, ou l'arbre d'arrivée n'ayant pas gagné en ramages, cas prosaïque. Le mot, c'est une pensée se reconnaissant dans un arbre vivant, cas poétique. Il devient regard à hauteur d'arbre, lorsque à l'arrivée on se trouve avec plus de variables qu'au départ. « Comment ne pas vivre au sommet de la synthèse, quand l'air du monde fait parler et l'arbre et l'homme ? »** - Bachelard. | | | | |
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| mot | | | Une aile accrochée au mauvais endroit peut servir d'excellent ballast : bonne foi, bonhomme, bon sens - une chute de foi, d'homme, de sens. | | | | |
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| mot | | | Guillemets de bienvenue, déconstruction verbale, monstres de morphologie - l'activisme de Heidegger. Je lui préfère cet immobilisme - monstres de grammaire de la création, conception métaphorique, points de suspension en guise d'adieu… La déconstruction est toujours la même manie de (re-)bâtir un système, en ne comprenant pas que seuls les commencements métaphoriques et émotifs sont dignes d'être portés par notre souffle, vers une fin, qui n'est pas à nous. | | | | |
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| mot | | | Phénomène, un mot étrange, dont les significations chez Platon, Sextus Empiricus, Kant, Hegel ou Husserl sont complètement différentes. Il faudrait le rapprocher de fantaisie, d'imagination et donc de représentation. Tout connaître par la représentation ou, bien au contraire, par la (ré)interprétation – deux démarches également défendables. | | | | |
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| mot | | | Dans la perception d'un énoncé, le mouvement - des mots vers le sens - en termes d'intérêt ou d'intensité, peut être ascendant, plan ou descendant. Tantôt on confère l'expression et tantôt on la remplit. Sur cette échelle, la poésie et la philosophie sont aux antipodes. | | | | |
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| mot | | | Autant de modèles, énonciateurs ou contextes - autant de significations. La signification unique des énoncés, proclamée par les phénoménologues, est un fantôme, impossible dans ce monde hanté par la polysémie et l'amphibologie. Toutefois, de gros invariants sont propres aussi bien aux modèles qu'aux situations et aux langages du genre humain, et un noyau dur des significations existe bien. | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | Le mot n'est pas une pièce dans le jeu d'échecs, mais une allusion, pour qu'on se concentre sur un aspect de la position échiquéenne, l'action et le succès relevant de nos modèles et non de nos verbes. | | | | |
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| mot | | | Tout mot, renvoyant à un concept, aurait dû être accompagné d'une liste de concepts antonymes, pour que nos interprétations soient sensées (l'affirmation ne valant que par ce qu'elle nie…) ou efficaces. Dressez cette liste interminable, pour penser et être, et vous vous rendrez compte du creux béant du cogito. Et la notion de différance de Derrida y est la bien-venue, elle serait « un tissu de différences », à la base d'un discours bien bâti. | | | | |
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| mot | | | Le terme de déconstruction se justifie sous deux angles : la même réalité se représente différemment par des personnes différentes ; le même discours peut s'interpréter différemment, dans les contextes des représentations différentes ; donc, ne se fier ni à la réalité trop silencieuse ni au langage trop bavard - (re)bâtir des représentations (aboutissant à une hétéronymie conceptuelle et langagière). | | | | |
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| mot | | | Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies. | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité du verbe français réfléchir - refléter ou raisonner, représenter ou interpréter - fait, que la barbarie de la réflexion de G.B.Vico (la barbaria della riflessione) s'appliquerait aussi bien à sa topique qu'à la critique cartésienne. | | | | |
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| mot | | | C'est la part du langage qui rend radicalement différentes les facultés représentative et interprétative : la topique se forme hors la langue et la critique se formule dans la langue. Ce que ne comprirent ni F.Bacon : « Inventer ou juger est une seule et même opération de l'esprit » - « what is sought we both find and judge of by the same operation of the mind » ni Goethe : « Tu es l'égal de l'esprit que tu comprends » - « Du gleichst dem Geist den du verstehst ». | | | | |
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| mot | | | Ils réduisent la vie aux gérondifs (Bergson, Ortega y Gasset) ou aux participes (Marx, Sartre), aux aspects ou aux respects. La vie est la recherche de verbes-interprètes, intemporels et iconoclastes, et qui mettent en musique les choses-notes muettes, qui s'inscrivent dans l'esprit et les yeux. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe aucun passage direct du signifiant (langage) au signifié (réalité) ; entre les deux il y a toujours au moins trois étapes, extra-langagières et extra-réelles : l'accès aux objets (langage-modèle), la démonstration de la véracité de la requête (interprète-modèle), la recherche du sens (modèle-réalité). | | | | |
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| mot | | | Il y a des langages de représentation, des modèles, et des langages à proprement parler, des langages d'interprétation, des discours. Le réel se reflète dans des modèles et se creuse dans des proférations. Il faut donc voir le réel à travers un modèle et lire le réel comme un texte. | | | | |
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| mot | | | Rapprochements inacceptables : les sens et le sens, Sinn et Sinne. En anglais et en russe, ces mots ne se touchent pas, s'excluent. | | | | |
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| mot | | | Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue. | | | | |
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| mot | | | Deux défauts d'écoute privent mon discours de toute musicalité : que je n'entende plus la voix de l'inexistant, ou que la traduction, c'est à dire l'interprétation, soit exclue de mes échos. Il ne me resteront que des références mécaniques de quelques morceaux d'algorithmes, dictés par des robots. « Parler, c'est traduire - d'une langue angélique en une langue humaine, de la pensée vers les mots » - J.G.Hamann - « Reden ist übersetzen - aus einer Engelsprache in eine Menschensprache, Gedanken in Worte » - seulement, l'ange ne parle ni en pensées ni même en notes, mais en appels inaudibles, indicibles, qu'il s'agit de traduire. | | | | |
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| mot | | | La musique naît de la rencontre entre, d'un côté – les instruments et les interprètes (le langage), et de l'autre – la partition et l'orchestration (la représentation). C'est le rôle décisif des premiers qui fait pressentir la poésie et la hauteur ; la priorité des secondes est propre de la philosophie et de la profondeur. | | | | |
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| mot | | | Aucune relation transitive n'existe dans la triade langage - modèle - réalité (interprétation - sens, ou valeurs - significations). Valéry confond transitif et transitoire. | | | | |
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| mot | | | Le mot de la langue (sauf les marqueurs logiques) n'a pas de sens lui appartenant en propre ; il est attaché à plusieurs concepts ayant chacun un sens, et le contexte de la phrase permet de réduire l'espace de recherche des concepts plausibles ; derrière le mot, dans la phrase, ce qu'il faut chercher ce n'est pas la chose, mais le chemin d'accès aux choses ou relations, chemin, qui s'y inscrit syntaxiquement ; le mot traduit une volonté subjective du locuteur et non pas une représentation objective. Tous ces points sont compris de travers par Wittgenstein. | | | | |
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| mot | | | L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois. | | | | |
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| mot | | | Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses. | | | | |
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| mot | | | La signification du mot n'existe pas. Une signification du mot, dans un énoncé correct, dans le contexte d'un modèle conceptuel, c'est un concept auquel le mot est associé après une interprétation réussie de l'énoncé ; bref, elle est hors du langage ; dire que « la signification d'un mot est son emploi dans le langage » - Wittgenstein - « die Bedeutung eines Wortes ist sein Gebrauch in der Sprache » - est une métaphore trop faible, même si elle est plus sensée que de nous renvoyer à un dictionnaire ; elle nous introduit, plutôt, dans ce qui est le sens, mais celui-ci n'est pas associé à un mot, mais à un énoncé entier ; la signification est du libre arbitre, le sens - de la liberté. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, la compréhension d'une phrase doit aboutir à l'accès aux objets ; le processus de cet accès s'appelle interprétation (s'appuyant sur une grammaire) ; dans les langues indo-européennes, la priorité chronologique, après les connecteurs logiques et la négation syntaxique, est donnée aux verbes, mais il doit exister des langues, où c'est le nom ou la préposition, qui jouent ce rôle, ce qui serait, respectivement, plus pragmatique ou plus abstrait. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens. | | | | |
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| mot | | | Après l'interprétation d'un discours intellectuel, tout mot doit disparaître, pour laisser la place à un arbre conceptuel ; l'inverse se produit avec un discours poétique, où doit disparaître toute interprétation, pour ne laisser que la musique des mots : « Le dernier pas de toute interprétation consiste à disparaître devant la pure présence du poème »* - Heidegger - « Der letzte Schritt jeder Auslegung besteht darin, vor dem reinen Dastehen des Gedichtes zu verschwinden ». | | | | |
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| mot | | | Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même. | | | | |
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| mot | | | L'émerveillement devant la réalité et la langue, toutes les deux inépuisables : l'infinité de concepts qu'on pourrait bâtir (la représentation) au-dessus d'un nombre fini de mots, qui couvrent une partie du réel, l'infinité d'images qu'on pourrait créer (l'interprétation) au-dessus d'un nombre fini de concepts accessibles à la langue. | | | | |
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| mot | | | Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores). | | | | |
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| mot | | | Ce n'est pas dans l'évalué que l'intensité réside, mais dans l'évaluer : évaluer (schätzen), pour produire un trésor (den Schatz) ; jouir ou jouer, pour aboutir au joyau. | | | | |
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| mot | | | Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets. | | | | |
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| mot | | | Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens. | | | | |
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| mot | | | Deux sortes de métaphores : de relation ou d'objet ; dans la première, la relation référencée n'existe pas entre les objets référencés, et c'est par un critère de proximité, propre aux objets, qu'il faut chercher des relations existantes ; dans la seconde, les objets référencés n'existent pas pour la relation référencée, et c'est par un critère de proximité, propre à la relation, qu'il faut chercher des objets existants. Le type de critère de proximité déterminera, s'il s'agit d'une métaphore littéraire ou conceptuelle, d'une poïesis ou d'un logos. | | | | |
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| mot | | | Dans tout discours, la part purement langagière est entrelacée avec les couches conceptuelle et poétique, la référentielle et l'expressive ; quand ces deux dernières sont trop misérables, ne conduisant ni à un approfondissement fécond ni à un rehaussement musical, on peut appeler ce discours exclusivement langagier, c'est le silence, dont parle Wittgenstein ; dans un discours intellectuel ou poétique, au contraire, après l'unification avec des idées ou images, disparaît le langage (Valéry). Entre la maxime verbale et la pantomime musicale se joue la création humaine. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus du réel (les nombres), on bâtit des modèles (les symboles) ; au-dessus des modèles, on bâtit soit des mots (les signes), soit des interprètes (les paradigmes) ; philosopher, c'est reconnaître cette chronologie et cette hiérarchie. | | | | |
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| mot | | | Deux sens du mot signifier : soit une finalité - former un arbre de signes, soit une source - renvoyer à l'origine inarticulable. Et c'est dans le sens respectif qu'on dira, que le soi connu est ce qu'il signifie, et que le soi inconnu signifie ce qu'il est. | | | | |
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| mot | | | Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle. | | | | |
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| mot | | | Les mots représentent (étiquettent) des concepts, comme les concepts représentent (modélisent) la réalité ; les structures mentales sont surtout sémantiques, les structures linguistiques sont surtout syntaxiques. À cela s'ajoutent le libre arbitre et la liberté de l'homme, ce qui fait que tout discours contient trois significations : syntaxique (analyse grammaticale, à l'intérieur de la langue), sémantique (interprétation dans le contexte du modèle) et pragmatique (sens à attribuer dans la réalité). Le parallélisme estomaquant de l'exécution de ces trois tâches, par l'homme, de tâches presque disjointes, la grammaticale, l'interprétative, l'intellectuelle, est un admirable mystère. | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine. | | | | |
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| mot | | | Notre cerveau dispose de trois admirables machines : la raison spatiale (visant les structures – nœuds et arêtes), la grammaire temporelle (se pliant à la syntaxe et à la lexicologie), l'interprète spatio-temporel du discours (s'appuyant sur la logique et la précédence des opérateurs). Et la merveille du passage de relais entre ces machines est tout aussi prodigieuse. | | | | |
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| mot | | | L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie. | | | | |
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| mot | | | La pensée est spatiale (une structure, réseau ou arbre), et l'énoncé (élocution ou écriture) est temporel. Pourtant, il faut savoir passer de l'un à l'autre ; c'est l'objet d'une méta-grammaire, traduisant des structures (communes pour tous les hommes) en suites de références (dont l'ordre dépend de la grammaire d'une langue particulière et du style d'un homme particulier) et vice versa ; ces méta-grammaires permettent de classifier toutes les langues du monde. Un jour, on inventera une langue artificielle spatiale, un espéranto conceptuel, où l'on ne lira plus de gauche à droite, ni de haut en bas, mais où l'on se mettra tout de suite à interpréter les idées, en choisissant soi-même le début et le parcours de sa recherche. | | | | |
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| mot | | | Trois facultés si nettement distinctes : la représentation, l'interrogation, l'interprétation – les fonctions synthétique, langagière, analytique ; pourtant, les Anciens employaient le même mot, pour désigner tout cet ensemble – la dialectique. | | | | |
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| mot | | | La fonction principale du langage dans la philosophie n'est ni l'herméneutique (Heidegger) ni l'analytique (Wittgenstein), mais la poétique - la qualité du chemin mental, qui mène de la référence à l'objet, de l'étiquette à la structure, de l'immédiat à la métaphore, de l'intemporel au mouvement, du factuel à l'émotionnel, du neutre à l'intense. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent. | | | | |
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| mot | | | Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal. | | | | |
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| mot | | | Dans le regard sur les composants de l'homme ou de l'ordinateur - sur l'âme et le corps, res cogitans ou res extensa, le logiciel et le matériel, il y a des parallélismes frappants, mais des divergences ne sont pas moins frappantes, et elles concernent et la représentation de connaissances et l'interprétation de requêtes. Chez l'homme, rien de comparable avec la primauté informatique de la représentation ; tout y est réduit à des (ré)interprétations fulgurantes. Mais dans l'exécution, le contraste est encore plus saisissant : l'équivalent du langage-machine, chez l'homme, semble être un langage de tropes, d'un niveau infiniment supérieur aux langages en logique ou orientés-objets ; les hiérarchies y sont inversées ! L'homme fut poète-né, avant de sombrer dans l'imitation de la machine ! | | | | |
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| mot | | | Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique. | | | | |
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| mot | | | Entendre, c'est s'entendre, dans un dialogue à deux, c’est la première fonction du langage. Tandis que la fonction représentative du langage n'est qu'un immense malentendu de ceux qui voient dans le mot l'unique interprète des choses : « C'est en vue de la fonction représentative que le langage est articulé » - Ricœur. Avec ces linguistes, en tombant sur vache, on ne sait jamais si on a affaire à un mot, un concept ou une chose. | | | | |
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| mot | | | Le mot ne représente pas la chose. Le mot est dans le pictural et non pas dans le représentatif. Celui qui le comprend le mieux, c'est le poète : « Le poète considère les mots comme des choses et non comme des signes » - Sartre. Le représentatif se réalise dans des méta-concepts (prénotions antiques ? idées a priori ? contagions des représentations ?), qui sont propres à l'homme, pas à la langue. Le représentatif a trois aspects : structurant - liens spatio-temporels et logiques, descriptif - où l'illusion d'univocité est la plus forte et comportemental - calculs, raisonnements, scénarios. | | | | |
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| mot | | | La pensée est un arbre à variables, l'énoncé en est un mouvement, l'interprétation est le suivi du mouvement, aboutissant à l'arbre unifié. | | | | |
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| mot | | | La mathématique n'est pas le langage principal de la nature, elle n'en est que l'ontologie, c'est à dire le casting des rôles. Mais son dramaturge avait également pensé au langage des décors et à celui du jeu des interprètes, au fond de la scène et à la hauteur du paradis. Le langage, c'est la forme ; quant au fond, c'est toujours la même clé - Deus ex machina. | | | | |
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| mot | | | Pour échapper au prurit du changement, qui finit toujours par nous laisser avec la même chose, il vaut mieux suivre la devise opposée de Quintilien : « La même chose mais autre » - « Eadem sed aliter ». Les angles de vue, les langages, reconnaissent, font et défont les choses, c'est à dire leurs modèles. | | | | |
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| mot | | | Le seul degré de création, qui nous soit accessible, est la traduction. Du lisible (l'interprétation ou la parodie) ou de l'illisible (la transmutation ou la métamorphose), mais toujours dans une langue des mots. « La véritable créativité commence souvent là où s'arrête le langage » - Koestler - « True creativity often starts where language ends ». La langue d'idées n'appartient qu'à Dieu de la médiation. Là où s'arrête le langage s'arrête la création, mais peut se mettre en branle la créativité. | | | | |
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| mot | | | Dire, que la langue est un système de signes exprimant des idées, est aussi bête que de dire, que les cordes d'un violon expriment des mélodies - confusion entre l'outil et la fonction. La langue permet de formuler des références, pour accéder aux concepts ; l'idée naît de l'interprétation conceptuelle et non pas langagière. Les idées sont faites pour être communiquées, elles naissent donc du modèle ; l'expression naît de la confrontation entre la langue et le modèle sous-jacent ; le gagnant déterminera si le discours est littéraire ou technique. | | | | |
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| mot | | | Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ». | | | | |
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| mot | | | Ils ne se donnent pas la peine de définir ce que sont le sujet, le sens à rendre et le sens rendu par les mots, mais ils disent : « Pour toute signification X et tout locuteur L, si L veut signifier X, il existe une expression E telle que E soit l'expression exacte de X » - Searle - « For any meaning X and any speaker S whenever S means X then there is some expression E such that E is an exact expression of X ». Misérable principe où X précède E, où le vouloir de L est tout mécanique, où le langage prétend se plaquer sur le sens. | | | | |
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| mot | | | Face à un discours, on a quatre domaines irréductibles : deux espaces nets - la langue et la réalité, et deux sphères vagues - la représentation-interprétation et la sensibilité mentale ; ce qui est net contient le sens, ce qui est vague contient l'expression. | | | | |
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| mot | | | Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle. | | | | |
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| mot | | | Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière. | | | | |
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| mot | | | La vraie création peut naître de trois efforts disjoints : imaginer de nouvelles représentations, soufflées par le réel ou par l'imaginaire, composer de nouvelles requêtes du monde dans un langage nouveau, formuler de nouvelles interprétations des réponses, que le monde livre à mes requêtes – scientifiques, poètes, philosophes. | | | | |
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| mot | | | Production de discours : intentions - formule logique - objets et relations - remplissage de la formule avec des références langagières d'objets et relations. Interprétation de discours : formule logique - accès, à partir des références, aux objets et relations. Ce qui rend la compréhension possible, c'est la proximité des modèles du locuteur et de l'interprète, modèles, qui contiennent les objets et relations. | | | | |
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| mot | | | Tout message est composé d'un pathos et d'un logos : le premier naît de l'interprétation du mot, le second réside exclusivement dans la représentation sous-jacente. L'écho hautain du soi inconnu, l'œuvre profonde du soi connu ; si je veux m'adresser à Dieu, je dois chercher le pathétique lointain, même au détriment du logique proche. | | | | |
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| mot | | | Une proposition est une structure spatiale ; son interprétation aurait dû pouvoir commencer par n'importe quel nœud. Mais une structure temporelle, interne à la proposition, - des constructions elliptiques, des références contextuelles – obligent à tenir compte de la relation de succession entre les mots. | | | | |
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| mot | | | Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être. | | | | |
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| mot | | | Une ivresse du regard débouchant sur une glossolalie miraculeuse - tel fut le but insensé de ce livre. Mais le vrai regard, comme le vrai verbe, ne peut naître que dans un dialogue. La langue doit me dévisager et me parler, en anticipant, et m'apporter sa dose de foi et de griserie. La ventriloquence, c'est à dire la création à mon insu, doit avoir sa place, dans la peinture de mes passions. Sans mystifier le cerveau ni démystifier l'âme. Le français resta un grand muet, et dans mon délire, aucun autochtone du pays du rêve ne reconnut son idiome natal. | | | | |
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| mot | | | Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles. | | | | |
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| mot | | | Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir. « J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte » - Ricœur. | | | | |
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| mot | | | Ils appellent idée un discours avec un grand degré d'abstraction dans les termes. Activité à portée des machines ! Le mot, en revanche, est un discours, qui intrigue par sa construction, où la structure, la logique, la proximité des termes quelconques appellent une interprétation par des outils imprévisibles. | | | | |
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| mot | | | J'ai une tendresse particulière pour l'initiale I (même si Rimbaud se trompa de sa couleur – elle est bleue et non pas rouge), elle forme l'anneau de la création : idée, icône, idole (que la mauvaise hiérarchie platonicienne associait à Dieu, à l'artisan, à l'artiste). Tous en créent, mais seul l'artiste rend l'idée – palpitante, l'icône – vivifiante, l'idole – sacrée. Dieu nous munit d'instruments, pour les représenter, et d'organes, pour les interpréter. | | | | |
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| mot | | | Avant d'évaluer un discours, il faut en fixer le but : intellectuel ou artistique, conceptuel ou langagier. Après son interprétation adaptée, il ne doit te rester que des métaphores et des renvois aux représentations. S'il n'y a plus de métaphores, c'est que le discours n'est ni poétique ni philosophique, il serait de la science ou du bavardage. Si aucune subtile représentation n'en ressort, c'est que le discours est irresponsable, il ne serait ni philosophique ni intellectuel, il serait de la poésie ou du bavardage. | | | | |
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| mot | | | Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle. | | | | |
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| mot | | | Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ». | | | | |
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| mot | | | Plus on cerne les attachements subtils du mot aux concepts, mieux il se prête aux interprétations métaphoriques : « Plus on considère un mot de près, plus il vous regarde de loin » - W.Benjamin - « Je näher man ein Wort ansieht, desto ferner blickt es zurück ». | | | | |
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| mot | | | La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration. | | | | |
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| mot | | | Notre conception du monde, c’est-à-dire la représentation, le langage, l’interprétation, se construit dans cette chronologie : A. les connaissances aprioriques se représentent ou s’implémentent ; 1. les relations spatio-temporelles (anthropomorphiques), 2. la hiérarchie (anthropomorphique) des classes, 3. la logique (universelle) ; B. la langue maternelle s’adapte aux représentations et se prête aux interprétations : 1. une grammaire de la langue maternelle se câble dans le cerveau, 2. son lexique s’enrichit et 3. la mémoire fixe se remplit. Mais si les grammaires nouvelles s’intériorisent, comme la première, dans une mémoire magique, les lexiques nouveaux restent hors de nous, sauf quelques cas invraisemblables de polyglottes surdoués, auxquels le Créateur ne pensa guère. | | | | |
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| mot | | | Les paradigmes cognitifs – classes, relations, événements, modalités, hypothèses, scénarios – déterminent et les représentations et les interprétations de toutes les sphères de la réalité. La langue naturelle possède une grammaire générale, indépendante de ces sphères, mais elle s’adapte à chaque sphère par un lexique, des tournures verbales, et l’interprétation de cette version langagière dépend, syntaxiquement, de la grammaire et, sémantiquement, – de la représentation de cette sphère. Ainsi, l’organisation des connaissances d’une sphère ne dépend presque pas du langage, et presque exclusivement – de la représentation. J.Derrida a tort : « Le langage est la structure des structures ». | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation conceptuelle, les objets, les attributs et les liens s’attachent aux concepts naturels. Un trope est un déplacement de points d’attache, rendant l’accès aux objets moins direct, plus expressif, et donc plus subtil et plus personnalisé. | | | | |
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| mot | | | Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique. | | | | |
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| mot | | | Les rapports entre le langage, la représentation et la réalité : dans le discours, la volonté du sujet vise la réalité, mais l’outil du sujet, le langage, traduit cette volonté en références d’objets qui font partie d’une représentation. Le même discours, proféré par deux sujets différents, peut viser la même réalité, mais leurs représentations ne sont jamais identiques. De plus, leurs outils d’interprétation sont toujours différents. Donc, si nous ignorons le sujet d’un discours, ses symboles linguistiques ne renvoient à aucun contenu représentatif objectif, contrairement à ce qu’en pense Hegel : « Le symbole est un signe, dont l’extériorité comprend déjà le contenu de la représentation » - « Das Symbol ist ein Zeichen, welches in seiner Äußerlichkeit zugleich den Inhalt der Vorstellung in sich selbst befaßt ». | | | | |
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| mot | | | Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | Dans la reconnaissance d'un fait d'art, le besoin de traduction est l'un des premiers signes de qualité. Les grands auteurs sont des acteurs d'une pièce, où les mots se traduisent, instantanément, en émotions. Un bon écrit doit donner le sentiment d’être conçu dans une langue étrangère. | | | | |
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| mot | | | Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents. | | | | |
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| mot | | | L’examen d’un discours a deux objectifs : sa compréhension (dans la représentation) et son application (à la réalité). Dans le discours il y a surtout des références d’objets et de relations (des perspectives de Chomsky) de la représentation, références qu’explicite l’interprétation. L’application à la réalité comprend le résumé du sens, la formulation des actions à envisager, la prise de décision, le passage à l’acte. | | | | |
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| mot | | | L’analyse d’une phrase débouche sur trois résultats : une formule logique (toute langue comprend les mécanismes de prise en compte de la logique formelle), une structure linguistique (générée par la grammaire), une signification (après l’interprétation, dans le contexte d’une représentation conceptuelle). Deux choses à en retirer : les structures linguistiques n’ont pas grand-chose à voir avec la représentation et encore moins avec la réalité ; en dehors de la représentation, la phrase n’a aucun sens. Ni linguistes ni structuralistes ne le comprirent. Ils s’imaginent que l’architecture d’une culture est similaire à celle du langage. Ce sont les structures conceptuelles, et non langagières, qui sont communes à toutes les sphères de connaissances. | | | | |
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| mot | | | L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits. | | | | |
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| mot | | | Même au stade pré-langagier, on peut dire, que la pensée est là, si les intentions suivantes sont spécifiées : type d’opération (requête ou ordre), objets et relations visés (même intuitivement), structure logique (connecteurs, négations, quantificateurs). L’appel au langage proprement dit consiste en : spécification des références langagières d’objets et relations, références trouvées dans la représentation ; traduction des éléments logiques en leurs implémentations langagières. Enfin, l’interprétation de la pensée relève de l’interprète langagier, s’appuyant sur la représentation sous-jacente. Et Unamuno a tort : « La langue n’est pas une enveloppe de la pensée, elle est la pensée même » - « La lengua no es la envoltura del pensamiento, es el pensamiento mismo ». | | | | |
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| mot | | | Wittgenstein ne comprend rien au langage : « La proposition est un reflet de la réalité ; la proposition montre son sens » - « Der Satz ist ein Bild der Wirklichkeit. Der Satz zeigt seinen Sinn ». La proposition est énoncée par un sujet et interprétée par un autre ; ces sujets ont des représentations différentes et donc mettent ou extraient des sens différents de la proposition. La proposition ne montre qu’une structure grammaticale, sans rien de conceptuel ; et le conceptuel est le seul accès au réel. | | | | |
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| mot | | | Les mots d’un discours renvoient soit aux objets soit aux relations ; quand les objets y sont consensuellement (dans l’usage) associés aux relations, tous les mots y sont rationnels. La poésie, en invoquant des relations irrationnelles, permet d’entr’ouvrir le mystère divin irrationnel. | | | | |
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| mot | | | L’ambigüité de la langue naturelle est compatible avec une bonne logique, qui doit pouvoir tirer plusieurs interprétations d’un même discours. Cette logique-là fait partie intégrante de la langue. | | | | |
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| mot | | | Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne. | | | | |
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| mot | | | Dans les représentations conceptuelles, on retrouve de très nets parallèles avec les trois facettes du langage – la syntaxique, la sémantique, la pragmatique. Mais l’usage du langage en permet d’infinis écarts rhétoriques, stylistiques, fantaisistes, que la représentation ne prend pas en compte, et que seule l’interprétation littéraire des propositions, allant au-delà des formules logiques, dégage sous la forme des métaphores. La métaphore n’est possible que grâce aux lacunes des représentations. | | | | |
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| mot | | | Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme. | | | | |
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| mot | | | Invraisemblable parallélisme dans l’éloignement du sens des trois notions, partant d’un même radical, éloignement identique dans trois langues : honneur, honorer, honnête – Ehre, ehren, ehrlich - честь, чествовать, честный. | | | | |
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| mot | | | La représentation est un art que maîtrisent surtout les scientifiques et les philosophes ; ceux qui ne se rendent pas compte de la place capitale de cette activité, voient une coupure entre les mots et les choses, tandis que le mot passe toujours par une représentation, avant de s’attaquer aux choses, un passage harmonieux, avec deux étapes d’interprétation. | | | | |
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| mot | | | Les termes de géométrie ou de psychologie, auraient pu nous renvoyer à l’invention d’unités de mesure ou à l’écoute de l’âme – deux nobles activités. Mais si Spinoza ignore tout de cette lecture, Nietzsche l’accepte et l’applique. | | | | |
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| mot | | | On aurait dû avoir trois mots différents à la place du verbe exister, appliqué à la réalité, au modèle et au discours. Dans la réalité, comme nous le savons depuis Descartes, n'existent que des combinaisons d'atomes, res extensa (instances des classes physiques, chimiques et biologiques), et des manifestations de l'esprit, res cogitans (sujets qui créent, représentent et interprètent). La phusis et le logos, un couple, où le genre en dit long sur le rôle du géniteur respectif, et dont les définitions ne vont pas au-delà de : « What is mind ? No matter. What is matter ? Never mind. ». Dans le modèle existent des objets ; dans le discours existent des références d'objets renvoyant, par substitutions, aux objets du modèle. | | | | |
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| mot | | | Le Logos johannique pourrait se traduire par entendement (Tolstoï), ce qui est déjà au-delà non seulement du Verbe (collé directement à la représentation) mais aussi de la phrase (qui n’est qu’une requête langagière, loin du sens conceptuel). L’entendement est dans l’interprétation, aboutissant au Sens, - trop d’étapes pour prétendre d’être aux origines. « Au Commencement était le Verbe, et à la Fin – la Phrase » - S.Lec. Et puisqu’il n’y avait rien à représenter, au Commencement était, peut-être, l’idée (le dessein divin) de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Pour définir le sens d’une phrase, il faut se rendre compte de faits suivants : 1. la logique fait partie de toute langue naturelle ; 2. une phrase consiste en références d’objets et de relations d’objets, références faisant appel aux moyens lexicaux et syntaxiques de la logique ; 3. on a toujours un locuteur et un destinataire, chacun avec ses moyens de représentation et d’interprétation ; 4. la phrase se réduit à une formule logique dans la représentation du personnage respectif ; 5. le sens de la phrase, c’est le réseau conceptuel, résultant de l’interprétation de cette formule (le mécanisme central y est la substitution de mots par des concepts) ; 6. donc, le sens (ou plutôt des sens) de la phrase n’est pas dans les mots, mais dans les réseaux ci-dessus. | | | | |
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| mot | | | La chronologie de notre interprétation d’un discours : on y fait référence à la réalité, au langage, à la représentation, à la part métaphorique. Les médiocres s’arrêtent à l’une de ces étapes ; les pénétrants en maîtrisent la synchronie. « On n’est jamais sûr si nous visons le monde tel qu’il est ou le monde tel que nous le voyons » - G.Bateson - « We can never be quite clear whether we are referring to the world as it is or to the world as we see it » - nous voyons le monde surtout à travers la représentation. | | | | |
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| mot | | | Le langage évoque, la représentation référence, l’interprétation montre et informe. | | | | |
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| mot | | | La représentation et l’interprétation sont pour le langage ce que le vocabulaire et la grammaire sont pour la langue. Le langage conduit à la rigueur des vérités et la langue – à l’arbitraire des tropes. Un outil de compréhension logique du monde et un outil d’expression poétique de l’homme. | | | | |
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| mot | | | La première étape de l’interprétation d’un discours consiste à substituer aux mots de la langue – des concepts de la représentation. C’est une tâche conceptuelle et non langagière, contrairement à ce que pense Valéry : « Le langage exige le remplacement des choses par des objets »***. | | | | |
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| mot | | | Un discours et son interprétation contiennent, respectivement et potentiellement, des valeurs et des significations. La valeur peut se réduire au langage (en poésie, en épanchements passionnels) ; la signification débouche sur le sens (réseaux de concepts). | | | | |
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| mot | | | L’interprétation de tout ce qui se formule en langue naturelle finit par un réseau de concepts de la représentation. En particulier, l’univers définitif de la pensée et de la vérité n’est point le langage, mais bien la représentation. | | | | |
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| mot | | | Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens. | | | | |
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| mot | | | L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase. | | | | |
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| mot | | | Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième. | | | | |
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| mot | | | Une phrase comprend des constantes explicites (noms d’entités, mécanismes logiques, valeurs d’attributs, qualificatifs, ponctuations) et des inconnues (variables) implicites. Pour arriver à la signification et au sens de la phrase, l’interprète logico-langagier doit en constater la correction syntaxique, noter les inconnues dégagées, former une proposition associée, procéder à l’unification des inconnues par un chaînage-arrière, constater la véracité/fausseté de chaque résultat, exhiber des réseaux obtenus en tant que des sens de la phrase. | | | | |
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| mot | | | L’enfant, en apprenant la langue, mémorise surtout un modèle probabiliste, d’après lequel, après avoir perçu un début de phrase, on devine, de mieux en mieux, les prolongements les plus probables. Dans l’interprétation d’un discours, c’est étonnamment efficace pour réduire l’espace de conflits, au point que les meilleurs modèles linguistiques des réseaux neuronaux, ChatGPT et DeepSeek, s’en inspirent. Tout discours est temporel : plus on y avance, moins on a de candidats à la succession. | | | | |
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| mot | | | Le mot réalité a, au moins, deux sens presque opposés : le mystère de la Création divine (l’impossibilité, l’harmonie, la beauté) et la solution de l’action humaine (la transparence, la prévisibilité, le contraire du rêve). « Qu’y a-t-il de plus fantastique et inattendu que la réalité ? » - Dostoïevsky - « Что может быть фантастичнее и неожиданнее действительности ? ». | | | | |
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| mot | | | Tant de charlatanismes (phénoménologie, philosophie analytique, philosophie du langage, philosophie de l’esprit) résultèrent de cette bêtise, le tournant linguistique, dont se seraient moqués Platon ou Aristote, et qui consiste à admettre une interprétation ou un sens uniques d’un discours. Heureusement, il restait Valéry, le plus lucide visionnaire du langage : « Le langage associe trois éléments : un Moi, un Toi, un Lui ou chose » - le destinataire ne peut pas avoir une idée précise des représentations de l’expéditeur. Tant de destinataires, tant d’interprétations – les représentations sont incontournables ! | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| mot | | | En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui. | | | | |
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| vérité | | | La quête de la vérité de modélisation ayant pour but l'adéquation avec la réalité, ou bien la vérité résultant de l'évaluation d'une re-quête dans le contexte d'un modèle. Le charlatanisme ou l'imposture sont aux origines respectives de ses deux vérités, qui s'ignorent. Les moins exigeants des chercheurs de la vérité l'identifient même au simple fait d'être raisonnable : « La vérité du don suffit à annuler le don » - Derrida. | | | | |
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| vérité | | | La vérité que fournit la logique est insensée. Son sens vient du dialogue entre le fournisseur et le commanditaire. Leurs modèles de référence ne pouvant pas coïncider en tout point, la distorsion d'interprétation est inévitable. Le sens d'une vérité bien assise peut être fuyant. | | | | |
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| vérité | | | Discours et sa véracité. Deux étapes, pour l'atteindre : analyse et, si besoin est, exécution. On se plante en analyse parce que : 1. le lexique est bon, mais la syntaxe est mauvaise, 2. la syntaxe est bonne, mais des opérateurs inconnus sont invoqués. On se plante en exécution parce que : 1. des références d'objet n'aboutissent pas aux objets du modèle, 2. la proposition s'évalue à faux. Le domaine de la vérité est donc le langage : une langue plus un modèle. | | | | |
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| vérité | | | Une tautologie est une vérité, démontrée sans qu'aucun fait nouveau (substances premières ou secondes) ne soit créé (modifié) et sans qu'aucune règle interprétative n'ait changé durant la démonstration. Et ce sont les seuls résultats méritant le nom de vérités ; pour le reste, on peut se contenter de vagues avortons de notions : être, sens, adéquation. | | | | |
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| vérité | | | Trois supports possibles, pour buriner l'image du vrai : la chose, le rapport entre le rêve et la chose, le rêve - d'où les trois interprétations : la règle de robot, le rite de fanatique, le chant de poète. | | | | |
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| vérité | | | Le problème de la vérité est de référence et d'accès, plutôt que de possession. | | | | |
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| vérité | | | La vérité légitime, sur ses fonts baptismaux, mérite attendrissement ; la vérité sous perfusion de mots ne m'inspire aucune pitié, elle devrait être abandonnée de plumes et d'étoiles. La bâtardise de tout mensonge saute aux yeux de tout préposé aux enfants trouvés, mais une belle ascendance peut se découvrir à la lecture de registres secrets. | | | | |
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| vérité | | | L'objet O existe - comment le comprendre ? Quelle est la requête et dans quel langage ? Dans le contexte de quel modèle ? Quel en est l'interprète ? O existe, si l'on l'interroge bien et si l'on réussit à accéder à lui dans le modèle. L'objet moi du cogito n'est référencé qu'implicitement, l'interprète est absent et le modèle n'est que polémique. | | | | |
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| vérité | | | Par abus de langage on dit, que le système des vérités change, lorsqu'on change de langage. Le plus souvent, ce n'est pas le langage qui change, mais le modèle de l'univers (le signifié), dans le contexte duquel on évalue des propositions. C'est de l'union d'une machine linguistique (comprenant la logique) et des lambeaux de la vie modélisée que naît la vérité. | | | | |
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| vérité | | | L'acception la plus bête, mais la plus répandue, de vérité : ce à quoi on adhère inconditionnellement. Or une vérité ne s'établit qu'à travers les trois types de conditions : de langue, de modèle, d'interprète. | | | | |
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| vérité | | | Le mot idée renvoie soit à la requête (intentions, hypothèses, références), soit à la réponse (constat de substitutions et de liens). Entre ces deux lieux de pensée incommensurables se glisse la vérité, précédant le second et succédant au premier. | | | | |
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| vérité | | | Qu'est-ce qu'une idée ? Une requête syntaxiquement correcte dans un langage ; son analyse sémantique dans le contexte d'un modèle ; sa valeur de vérité ; des substitutions (objets) de ses variables ; des images et des désirs, qui s'en forment dans le locuteur, se tournant vers la réalité modélisée. Il n'y a aucune place à cette fumeuse adéquation de l'idée et de la chose. Aucun isomorphisme n'est pensable entre le langage et le modèle, ou entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | Impossible de parler du vrai en absence d'une requête, articulée dans un langage et interprétée dans le contexte d'un modèle, les deux se trouvant hors de tout être (St-Augustin) et de tout étant (Thomas d'Aquin). | | | | |
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| vérité | | | Que l'illusion soit plus vitale que toute vérité se prouve avec la même rigueur à partir des trois démarches : de la représentation (la puissance d'Aristote), de la quête (la poésie de Valéry), de l'interprétation (la noblesse de Nietzsche). Ce qui est curieux - et juste, car ces trois dons ne s'influencent guère mutuellement -, c'est que chacun d'eux voyait dans sa démarche la seule menant à cette vitalité. | | | | |
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| vérité | | | Des trois types de vérités, ontologique, représentative, jugementale, seule la dernière devrait être retenue. La vérité des choses aurait dû être confiée aux sens ; la vérité de la pensée des choses - au bon sens ; mais le sens ne peut partir que de la vérité des jugements langagiers. | | | | |
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| vérité | | | Eux (de Thomas d'Aquin à Heidegger), ils veulent constater l'accord entre l'énoncé et la réalité, pour conclure à la vérité. Tandis qu'il faut d'abord constater la vérité (dans le rapport apophantique langage-modèle), avant de songer à l'accord (le sens dans le rapport mental modèle-réalité). | | | | |
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| vérité | | | Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores… | | | | |
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| vérité | | | L'accord du discours avec la réalité - telle est la vision de la vérité du naïf et du savant ; mais le sujet, éliminé ici du débat, a sa réalité et surtout son modèle ; le même discours peut se bâtir au-dessus des modèles incompatibles et être confronté aux réalités différentes. Il vaut mieux oublier la réalité (qui ne doit pas apparaître avant la recherche du sens d'un discours interprété) et laisser l'interprète conceptuel juger de la vérité du discours dans le contexte du modèle. | | | | |
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| vérité | | | Toute requête est un jugement d'un sujet, celui-ci ayant sa représentation du contexte. Cette requête est transformée en proposition par le sujet-interprète, ayant lui aussi une représentation du même contexte. Si les sujets mêmes figurent dans les représentations, l'acte de croyance devient acte de vérité ; on n'a besoin d'aucune théorie du jugement, la logique suffit. Le sujet est une constellation de mondes hypothétiques, absorbant des arbres apophantiques. | | | | |
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| vérité | | | On peut - et l'on doit ! - éliminer du champ philosophique toute trace de l'être substantiel et de l'être verbal, c'est à dire - l'ontologie et la vérité. La cognitique et la logique sont suffisamment adultes, pour s'en charger. | | | | |
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| vérité | | | Comment naissent des vérités sur la réalité ? Toute vérité (préalable) résulte d'une démonstration de propositions ; toute proposition est formulée en un langage ; tout langage se construit au-dessus d'un modèle ; tout modèle se fonde sur le libre arbitre des concepts modélisés ; toute démonstration engendre des substitutions ; le sens des substitutions résulte de la confrontation avec la réalité ; l'analyse du sens valide le modèle (ou l'invalide, en obligeant à le revoir) et permet de proclamer la vérité du modèle en tant que vérité de la réalité. Il n'est pas un seul exemple de vérité réelle immédiate. | | | | |
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| vérité | | | La production de vrai (Nietzsche - das Wahre hervorbringen) serait à l'origine de la volonté de puissance ; mais produire peut signifier aussi bien créer (la représentation) que prouver/comprendre (l'interprétation et le sens) ; mais Nietzsche ne voit que le second procédé. La reconnaissance de beau serait la seule véritable prérogative de la volonté de puissance, qui n'est pas une idée vitale, mais artistique. | | | | |
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| vérité | | | Les hellénistes ramènent la recherche de la vérité (aléthéia) à la lutte contre l'oubli (léthé) de l'être, contre la désoccultation ; cette lutte ressemble à l'intensité du devenir, dans le retour éternel au-dessus de l'être (l'intensité du devenir comme éternité - die Ewigkeit der Werdenfülle - Heidegger) ; le résultat étant le processus lui-même, l'entretien du désir, l'interprétation des interprétations, l'éternel retour faisant à la vérité du devenir la promesse d'être vérité tout court. | | | | |
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| vérité | | | Il est absurde de dire, que la vérité est dans la chose (tout attribut, y compris la valeur de vérité, s'attache aux concepts et non pas aux choses réelles) ou dans l'adéquation entre le concept et la chose (une adéquation ne pouvant résulter que d'une comparaison, or le réel et sa représentation n'admettent aucune échelle de valeurs commune, ils sont incommensurables). | | | | |
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| vérité | | | La vérité des choses se réduit au libre arbitre de la représentation (mimesis), à la liberté du discours (logos) et à l'arbitrage de l'interprète (poïésis). | | | | |
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| vérité | | | Le libre arbitre : représenter le possible (créer des faits) en interprétant (en respectant) le nécessaire ; la liberté : interpréter le possible (faire) en représentant (en réévaluant) le nécessaire. | | | | |
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| vérité | | | Vérité de fait et vérité de jugement : la première est postulée par un libre arbitre de la représentation (non pas perçu par nos sens, mais conçu par le bon sens), la seconde est démontrée par l'interprétation de propositions, que produit notre liberté. La première existe hors la langue (les philosophes analytiques ne le voient pas : « Il n'y a ni vrai ni faux avant la parole » - Lacan), la seconde ne peut exister qu'à travers des requêtes langagières. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (aléthéia) doit, en effet, être arrachée à la réalité (représentation, requête, interprétation, sens - les étapes d'arrachement : conceptuelle, langagière, logique, métaphysique) : « La vérité est arrachement en mode de dévoilement » - Heidegger - « Wahrheit bedeutet das einer Verborgenheit Abgerungene » ; seulement, je ne vois pas de place pour dissimulation ou voiles : aucun jeu de dés de la part du Créateur. Ce n'est pas un dévoilement, mais une unification d'arbres, c'est à dire une substitution d'inconnues réciproques (qui ne sont jamais des voiles, mais des places vides) par des valeurs, qui est le pas décisif vers le surgissement de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Cette permanente bêtise de la gent philosophale, qui voit dans l'erreur le contraire de la vérité (surtout selon la tradition spinoziste), tandis que le seul sens acceptable de ce contraire serait incapacité de prouver, dont l'erreur n'est qu'un infime cas particulier. | | | | |
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| vérité | | | Dans un langage courant fermé, le sceptique prétend voir le vrai et son contraire ; l'anti-sceptique voit comment changer de langage, pour rendre le vrai courant faux et son contraire - vrai. | | | | |
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| vérité | | | Trois genres de vérités, presque sans un seul point commun entre eux : la vérité interne des formules, la vérité analysée des propositions, la vérité constatée des représentations ; elles logent, respectivement, dans le langage (logique pour seul interprète), entre le langage et la représentation (appuyée sur une théorie), entre la représentation et la réalité (constat d'adéquation). | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance passe par ces étapes : représentation, requête, interprétation, donation de sens. Sans la première étape, on ne formule que du délire, et toute représentation doit contenir des faits, qui sont des vérités premières. Les révoltes contre les faits sont de l’enfantillage : « Les faits ne font pas partie des conditions d’accès à la vérité » - Chestov - « Факты не являются условием познания истины ». | | | | |
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| vérité | | | L'impossibilité d'établir une vérité peut avoir des causes très diverses : la proposition est syntaxiquement incorrecte, l'analyseur grammatical n'arrive pas à en produire la formule logique, la représentation sous-jacente ne s'unifie pas avec la formule (mauvaise proposition, mauvaise formule, mauvais interprète logique, mauvaise représentation ou mauvaise formule), la donation de sens est inacceptable (mauvais interprète pragmatique ou mauvaise représentation). Tant de possibilités de rendre faux ce qui est (fut, sera) vrai et vice versa. | | | | |
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| vérité | | | Bolzano, Husserl, Wittgenstein font grand cas de la proposition : Smith traça un heptagone constructible (comme B.Russell - de celle-ci : Le roi actuel de France est chauve), en y invoquant le sens ou l'absurdité, tandis que la chose est d'une navrante banalité : la proposition s'évalue à faux, et l'abduction en donne la raison : la référence d'objet heptagone constructible n'aboutit à aucun objet, rendant sans objet le reste de l'interprétation (où, à la place de Smith, on aurait pu mettre un ange ou un triangle rond, et à la place de traça - avala ou admira). Plus intéressant serait de se pencher sur des propositions vraies : Smith ne voyagea jamais avec un heptagone constructible ou Aucun roi actuel de France n'est chauve (comme, chez Kojève : √2 n'a pas de muscles). | | | | |
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| vérité | | | Au sujet des vérités intuitives ou métaphoriques (donc, poétiques ou philosophiques), n'importe qui peut faire du radotage à l'infini, mais, avant de parler d'une vérité logique (syntaxique ou sémantique), on doit déjà avoir maîtrisé le modèle, son langage bâti par-dessus, son interprète de requêtes langagières. « La vérité est toujours seconde »*** - R.Debray - elle est même, au moins, cinquième, si l'on y ajoute l'attribution de sens, qui peut nous amener à modifier le modèle, le langage ou l'interprète. | | | | |
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| vérité | | | B.Russell ne voit pas, que le raisonnement déductif se complète par le raisonnement abductif, ce qui permet d'évaluer à faux aussi bien Le roi actuel de France est chauve, que Le Président actuel de France est chauve. La réponse au pourquoi, dans le premier cas, serait : il n'existe pas d'objet, référencé par le roi actuel de France, et dans le second cas : l'objet le Président actuel de France relève de la classe des humains, pour laquelle chauve est une valeur du domaine pilosité, où sa valeur complémentaire est chevelu, or la valeur de l'attribut pilosité, pour l'objet le Président actuel de France, est chevelu. La même valeur de vérité, deux sens différents. | | | | |
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| vérité | | | La logique ne peut pas être subjective (comme le prétend, pourtant, Hegel, pour qui la logique relève d'une théologie…) ; la même logique s'applique aux systèmes conceptuels différents. Mais, pire, la logique objective (toujours du même Hegel, en tant qu'étude de l'être, ne peut être ni logique ni objective, puisque ce fumeux être reste non-formalisable, toute référence à son adéquation avec la représentation ou avec l'interprétation ne pouvant s'appuyer que sur l'intuition. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes, qui ne voient dans la vérité qu'une vaseuse conformité, ne se rendent pas compte de l'importance des outils et de leur validité ; avant qu'on puisse chercher une adéquation quelconque, on doit disposer d'au moins trois outils : un outil conceptuel de représentation, un outil langagier de formulation de requêtes, un outil logique d'interprétation de requêtes. Sans disposer de ces outils, assurant la cohérence du modèle, personne n'est autorisé à parler de vérité comme correspondance avec le réel. Par contre, là où aucun outil ne semble possible, c'est l'attribution de sens aux résultats d'interprétation de requêtes, la confrontation satisfaisante avec la réalité étant prise par des mal-outillés pour vérité. | | | | |
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| vérité | | | À partir de la réalité, on bâtit un modèle, d'une manière véridique (adaequatio de représentation) ; ensuite, on formule une requête de ce modèle, on démontre la véracité de la proposition associée - c'est la seule vérité technique, vérité interne, vérité au sein d'un langage. Si, en plus, cette vérité satisfait notre vision de la réalité associée, on déclare celle-là - vérité externe (adaequatio d'interprétation). | | | | |
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| vérité | | | Les vérités sacrées qu'on découvre, en renonçant à la raison et en se plongeant dans un recueillement, ont toutes les chances d'être de sacrés mensonges. Les vérités n'ont ni visages ni mélodies ; ceux-ci peuplent le recueillement et désertent le raisonnement. Quand la vérité s'orne d'images et de sons, c'est pour séduire le badaud ou amuser le sage. | | | | |
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| vérité | | | Deux tâches principales, dans notre exploration du monde, - la représentation et l'interprétation, les structures et la logique. La représentation doit préserver, dans ses modèles, la cohérence du monde matériel, et l'interprétation doit refléter la démarche humaine dans la compréhension du monde. La première tâche relève, en grande partie, du libre arbitre, et le terme de vérité n'y a pas sa place ; il s'y agit d'une vague adéquation, que seule l'interprétation formalise ; la vérité est dans les propriétés du discours, interprété dans le contexte d'une représentation. La vérité est donc coupée de la réalité par la représentation ; la réalité ne dicte que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Tout se met à parler dans l'univers, dès que je le chante. Mais aussi bien les oreilles bien accommodées que le don de prosopopée sont rares. Pour qu'on y entende le Verbe ou/et lise la vérité, les oreilles et les yeux doivent maîtriser les bons alphabets ou solfèges, c'est à dire devenir l'âme et l'esprit, ces vrais maîtres d'interprétations libres. Quand on maîtrise la vérité, on n'aime que le Verbe, quoiqu'en dise St-Augustin : « aimer non pas les paroles, mais la vérité dans les paroles » - « in verbis verum amare, non verba ». | | | | |
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| vérité | | | La foi, chez un homme, ne peut être intéressante que s'il en a trop ou trop peu, trop de chaleur ou trop de froid. Tout le contraire de la vérité, où seul compte un parfait équilibre entre la représentation et l'interprétation. Le Seigneur promit de cracher de Sa bouche ceux qui ne sont ni chauds ni froids. Sortant, désormais, uniquement de Son cerveau thermostatique, les vérités apportent au monde le salutaire équilibre de la platitude. | | | | |
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| vérité | | | Pour celui qui connaît le raisonnement hypothético-déductif, le monde de la morale (ought) n'est qu'un monde hypothétique au-dessus du monde phénoménologique de base (is). « Le gouffre logique entre être et devrait est infranchissable » - Hume - « The logical gap between is and ought cannot be cleared off ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, celle d'adéquation, naît entre le réel et sa représentation, entre la représentation et le mot, entre le langage et la réalité, entre la preuve et la réalité. La seule vérité authentique, celle de preuves, naît entre le langage et la représentation, au cours d'une démonstration logique. Le sens, lui, ne peut être que métaphorique, et il accompagne partout la recherche de vérités, même de vérités rigoureuses. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se réduit à sa formule et à sa démonstration, les deux se réalisant dans le contexte d'une représentation. Donc, le lieu de la vérité est la représentation, et la formule de la vérité est dans le langage (Rimbaud fait preuve d'une belle intuition : « moi, pressé de trouver le lieu et la formule »). Le démonstrateur est complètement collectif, le langage l'est en grande partie, la représentation est plutôt individuelle. La subjectivité et l'objectivité s'y entre-croisent. | | | | |
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| vérité | | | L'être est dans la vérité des choses ; l'étant - dans la vérité des propositions. Sans pouvoir rien formuler sur le premier, on doit se fier aux formules du second. | | | | |
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| vérité | | | La beauté d'une formule en constitue la vérité esthétique. « Si je trouve une formule qui m'exprime, pour moi ce sera vrai » - Saint Exupéry. Pour être, également, logique, il manqueraient à cette vérité - une représentation conceptuelle, un analyseur linguistique, un démonstrateur logique, un interprète philosophique – le chemin est long. | | | | |
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| vérité | | | Dans les meilleures têtes philosophiques, le privilège des commencements exista de tous temps, mais il s'appuyait souvent sur de mauvaises prémisses : sur l'illusion de représentations univoques (idées ou substances) ou sur celle des interprétations aussi univoques (origines ou causes premières), la vaseuse vérité leur servant de point de mire. Ces démarches sont celles des sciences et non pas de la philosophie, qui devrait se dédier à la beauté, à la liberté, au rêve, toute vérité collatérale n'y étant que métaphorique. Le vrai commencement, c'est une belle et profonde forme, tendue vers la hauteur et refusant toute étendue causale. | | | | |
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| vérité | | | Le but est une belle phrase-arbre, habillée d'étincelantes inconnues-idées. Et le chemin, ce sont des mises à nu, de savantes substitutions naissant au bout de nos doigts ingénus et fébriles. « Le tableau est fini, quand il a effacé l'idée »** - G.Braque. | | | | |
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| vérité | | | L'herméneutique cherche à unifier deux textes, c'est à dire deux arbres, par substitutions ; le résultat, ce n'est pas une équivalence, mais un enrichissement, par ramifications, de chacun des arbres. Dans le meilleur des cas, ton arbre s'unifie avec celui de ton pair, ton adversaire ou ton maître, pour aboutir à une vérité plus haute. | | | | |
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| vérité | | | Le cycle de la connaissance est toujours le même, pour tout le monde. Mais l'étape, où surgit la notion de vérité, est différente, pour les experts de culture différente. Pour les logiciens, la seule vérité rigoureuse loge dans le langage, au milieu de la chaîne gnoséologique ; pour les philosophes, leur vaseuse vérité-adéquation se trouve au début et à la fin de cette chaîne, qu'on pourrait schématiser ainsi : la réalité – la vérité de l'être – la représentation – le langage – l'interprétation de requêtes – la vérité des requêtes – la donation de sens – la vérité de l'étant la réalité. Le langage se bâtit sur les connaissances (et non pas l'inverse), et la vérité (et non pas l'être) l'a pour demeure. | | | | |
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| vérité | | | La vérité métaphorique, vérité-adéquation entre une proposition et la réalité, s'établit en deux étapes interprétatives, la rigoureuse et l'intuitive : la démonstration dans le contexte d'une représentation et la donation de sens dans la confrontation entre la proposition vraie (dans la représentation) et la réalité représentée. La rigueur est relative au langage (langue plus modèle plus interprète) et l'intuition est relative à notre intelligence pure, pré-conceptuelle. | | | | |
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| vérité | | | L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ». | | | | |
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| vérité | | | L'intellect est une machine produisant représentations, requêtes et interprétations ; les concepts, idées et vérités ainsi produits appartiennent non pas à lui-même, mais au modèle et au langage. Incompatible avec Descartes : « La vérité ne peut résider qu'en intellect » - « Veritatem in solo intellectu esse posse ». | | | | |
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| vérité | | | Le sens est à la vérité ce que les propositions sont aux représentations (faits) : exprimés en deux langages différents. Des propositions sans nombre, pour interroger un seul fait. Les excellents logiciens de Vienne, définissant les représentations à partir des propositions, sont de piètres cogniticiens. L'isomorphisme entre le langage et les faits est aussi absurde que celui entre l'habit et le corps. | | | | |
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| vérité | | | Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Ce qui a le plus de valeur, en nous, échappe à toute évaluation logique. Comme une formule mathématique, dont la beauté ne se réduit pas aux preuves, et dans laquelle de beaux symboles font entrevoir de nobles inconnues. | | | | |
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| vérité | | | Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de la logique on ne manipule que des opinions (doxa), jamais des vérités. Pour passer aux vérités il faut : placer la proposition dans un langage, reconstituer un modèle de l'univers, évaluer la proposition dans le contexte du modèle, pour déduire sa valeur de véracité. La seule chose méritant d'être retenue dans cette banalité, c'est que le libre arbitre a sa place dans chacune de ces trois tâches. | | | | |
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| vérité | | | La cohérence du discours ou l'adéquation avec la chose modelée n'ont rien à voir avec la vérité. Dans l'évaluation du discours, en vue d'en établir la vérité, on fait abstraction de la chose. Le sujet n'est qu'un évaluateur qui, bien au-delà de la cohérence, cherche surtout des substitutions de variables imbriquées dans le discours, variables, qui enveloppent nos vagues à(de) l'âme : il faut « se faire une trop haute idée de ses sensations, pour s'attacher à les rendre cohérentes »** - Enthoven - le plus parfait et chaud chaos intérieur peut, en effet, être représenté par un ordre parfait des chiffres. | | | | |
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| vérité | | | L'ambigüité du terme de vérité tient au fait, qu'on l'emploie dans trois sphères, aux règles drastiquement différentes : le mystère (de la matière, de la vie, de la création), le problème (la représentation, le langage, le libre arbitre), la solution (la logique, l'interprétation, la liberté). Techniquement, seul le dernier domaine, tout en s'inspirant du premier et en s'appuyant sur le deuxième, devrait s'en prévaloir. | | | | |
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| vérité | | | La représentation n'est validée que par une logique des apparences (la Scheinlogik kantienne) : la non-contradiction, les contraintes des liens syntaxiques. L'interprétation, en revanche, n'est qu'une application de la logique formelle au monde fermé d'une représentation fixe : l'analyseur linguistique, l'accès aux objets et relations par substitutions, la démonstration de la véracité, la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | L'art, lui aussi, offre des langages ; et là où il y a langage, il y a vérité. Seulement voilà, contrairement aux langages formels, celui de l'art est interprété non pas par une logique, mais par le goût. La vérité artistique est le plaisir. Mais même cette vérité n'est pas un objet recherché, elle n'est qu'un effet collatéral d'une création d'images ; on ne cherche pas dans l'art, on y trouve. Heidegger inverse les rôles : « L'art est là où jaillit l'éclaircie de la vérité de l'être » - « Die Kunst entsteht, indem die Wahrheit des Seins gelichtet ist ». | | | | |
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| vérité | | | La logique ne connaît pas d'objets, tandis que la mathématique crée ses objets et analyse des relations entre ces objets. La logique n'est qu'un langage interprétatif, dont se sert la souveraine mathématique. B.Russell a tort : « La logique est l'enfance de la mathématique, la mathématique est la maturité de la logique » - « Logic is the youth of mathematics, mathematics is the manhood of logic » - la mathématique exista bien avant que la logique ne fût formalisée ; le moteur logique, lui, est inné, il est câblé dans notre cerveau à notre naissance. | | | | |
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| vérité | | | Certains imaginent, qu'il suffise qu'une idée soit claire et distincte, pour être vraie : « La vérité est une notion si transcendantalement claire, qu'il est impossible de l'ignorer » - Descartes, tandis que d'autres, moins touchés peut-être par la transcendance, mais pétris de logique, réclament, que l'idée soit formulée dans un bon langage, prouvée par un bon interprète et munie d'un bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les vérités, en dehors du champ logique, ne peuvent être que des métaphores. La prétendue vérité philosophique n'est qu'une validation d'un modèle (plus précisément, d'un paradigme bien testé, c'est à dire d'un mécanisme de représentation et d'un mécanisme d'interprétation), face à la réalité (les bavards disent - conformité à l'être, source du sens). | | | | |
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| vérité | | | La représentation, implicite en poésie et explicite en philosophie, est leur pivot commun : la poésie le survole avec un langage original et individuel, la philosophie projette sur lui la réalité objective. L'appareil purement logique y est presque absent, aussi bien en représentation conceptuelle qu'en interprétation déductive. La vérité est, donc, exclue des champs poétique et philosophique, elle est réservée à la logique. « La vérité n'est pas l'accord entre le concept et son objet, mais l'adéquation entre ce concept et le raisonnement » - Schiller - « Wahrheit ist nicht die Ähnlichkeit des Begriffs mit dem Gegenstand, sondern die Übereinstimmung dieses Begriffs mit den Gesetzen der Denkkraft ». | | | | |
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| vérité | | | Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines. | | | | |
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| vérité | | | La vérité naît d'un bon interprète, qui, dans le contexte d'une bonne représentation, prouve une bonne requête, portant sur de bons objets. Ceci crée un lieu des vérités, et, à tout prendre, la philosophie n'a de mots à dire, à ce sujet, que sur la qualité des requêtes. | | | | |
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| vérité | | | Dans l'évaluation de valeurs de vérité, je sous-estime la part de la vie. Le langage n'est pas tout ; dans les références d'objets et de relations, la vie - c'est-à-dire le savoir, la rigueur et la droiture de l'homme - intervient et peut bouleverser toute interprétation logico-linguistique. Et la post-vérité psycho-linguistique peut être plus révélatrice que la pré-vérité logique ; et ce passage fait partie de la naissance du sens. | | | | |
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| vérité | | | Le bien n'est ni dans la pensée ni dans les choses (le cœur en est la source, la demeure et le juge) ; le beau est également réparti entre la pensée et la chose (l'âme contenant un reflet fidèle du monde) ; le vrai est dans la pensée et non pas dans la chose (l'esprit ne sachant interpréter que ce qui s'articule dans un langage). | | | | |
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| vérité | | | L'enquête, la requête, la conquête - la représentation (mentale), l'interprétation (langagière), la donation de sens (réel) - l'intuition, la logique, le bon sens - le libre arbitre, la rigueur, la liberté - le savoir, la vérité, la science - trois sphères, où comptent, respectivement, l'ampleur, la profondeur, la hauteur. | | | | |
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| vérité | | | L'intelligence n'est pas tellement dans la formulation d'hypothèses que dans le courage de reconnaître tout monde comme hypothétique, et dont la thèse se muera en hypothèses. Mais ces souplesse et liberté ne vaudront pas grand-chose sans des mondes catégoriques sous-jacents, solidement bâtis par ton libre arbitre. Mais deux mondes, qu'ils soient hypothétiques ou catégoriques, ce sont deux espaces de vérités - la liberté interprétative vaut bien le libre arbitre représentatif. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques. | | | | |
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| vérité | | | La notion de vérité n'a pas de place au sein de la philosophie, mais elle conduit à former un regard philosophique sur la place du langage, celui-ci devant se trouver au centre de toute réflexion abstraite. On finit par comprendre, que ne peuvent s'évaluer à vrai que des propositions, formulées dans un langage, bâti sur une représentation d'une réalité à examiner. La réalité n'y apporte que le sens, que le sujet-interprète retire des résultats de ses requêtes. | | | | |
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| vérité | | | Dans l'abord d'un problème, la sagesse consisterait à ne pas perdre de vue le mystère de son origine et à ne voir dans sa solution qu'une des traductions possibles. La solution ne doit pas faire disparaître le problème ; elle est une réponse et non pas un silence, un sens et non pas la vérité. La solution disparaîtra dans un élégant passage à un nouveau mystère. Le sens ne s'oppose jamais à la vérité et s'exprime dans un tout autre langage. La sagesse consiste à préparer un terrain du dialogue, au cours duquel, en accédant aux vérités, on fait naître le sens. | | | | |
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| vérité | | | Pour un philosophe pratique, qu'est-ce que la logique ? - une représentation, un langage de requêtes, bâti là-dessus, et un interprète, qui établit la véracité de requêtes, en unifiant l'arbre-requêteur. L'être, si galvaudé par les Anciens, ainsi que par Hegel et Heidegger, n'y a pas de place, ni sous forme d'Idées immuables, ni de dialectique sujet-objet, ni de souci métaphysique. L'être est le contenu immanent du réel modélisé, servant de justification de représentations et de donation de sens (transcendant, par une gratuite bénédiction - Segnen sinnt !) aux vérités (toujours évaluées dans le contexte représentation-discours). | | | | |
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| vérité | | | Pour un nul en astronomie, la vérité de la proposition la Terre tourne autour du Soleil est une misérable vérité, établie misérablement dans une représentation misérable. La vérité appartient donc au langage : à la profondeur des représentations et à la rigueur des interprétations. Et la référence à la réalité ne se justifie que chez les compétents. | | | | |
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| vérité | | | Tout énoncé vit trois stades : la question (mots, références), la réponse (valeurs de vérité, substitutions), le sens (confrontations avec la réalité). Si la vraie signification réside dans le premier, le discours est poétique, si elle est dans le deuxième - le discours est scientifique, et si c'est le troisième - applicatif. Et ce qui les traverse, leur invariant, est proprement l'idée, qui n'est donc ni exclusivement dans le mot (les idéationnistes), ni dans le contenu (les phénoménologues), ni dans le sens (les pragmatiques). | | | | |
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| vérité | | | La vérité philosophique est une chimère creuse, dont la recherche n'est qu'un prétexte pour entretenir la gravité d'un bavardage pseudo-savant. Hors la mathématique, les sciences ne cherchent pas la vérité, mais des lois, c'est à dire des bases de faits axiomatiques, nécessaires, que le libre arbitre de l'intellect complète par des bases de connaissances. Tout, dans ces bases, est vrai, par définition. Ensuite, dans le contexte de ces bases, on formule des hypothèses, des requêtes logico-langagières, dont la démonstration réussie produit des vérités non-axiomatiques, les plus intéressantes. | | | | |
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| vérité | | | En fin de compte, la vérité se réduit au chemin d'accès aux objets, sur lesquels elle porte, et le terme de dévoilement (aléthéia) le reflète bien. Ce qui voile ce processus, ce sont deux couches, la langagière et la conceptuelle, qui s'entreposent entre l'interprète et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | La notion (et pas nécessairement concept) de vérité est évoquée dans des contextes, qui peuvent impliquer cinq domaines : la réalité (R), la représentation (P), le langage (L), l'interprétation du langage au sein de la représentation (ILP), la projection de ILP sur R (ILPR). La vérité présuppose l'usage de L ; quand on se contente de la confrontation directe entre R et P, on ne peut pas parler de vérité, mais seulement d'adéquation (de représentation). L'adéquation d'interprétation ressortirait de ILPR - de la donation du sens. Ces deux adéquations n'admettent aucun modèle logique de validation et ne se fondent que sur l'intuition. Et le seul véritable concept de vérité n'apparaît que dans ILP. | | | | |
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| vérité | | | Le langage, c'est une langue, attachée à une représentation, plus un interprète logique des propositions. Tant d'hommes, tant de langages : les différences des cultures langagières, conceptuelles, scientifiques font de chaque homme une source de vérités, puisque toute vérité surgit des propositions, toute vérité est relative au langage du requêteur. Les vérités absolues n'existent pas, bien que le consensus grandissant dans les représentations élargisse le corpus de vérités communes. Donc, c'est bien Protagoras qui a raison contre Aristote (qui ne voit ni la langue ni la représentation) et Wittgenstein (qui ne voit pas la représentation). | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une réponse (l'interprétation logique) à une requête, et le sens – une conclusion (l'interprétation empirique) de cette réponse. Les pauvres en outillages langagier, logique ou intellectuel parlent de dévoilement comme d'un synonyme de vérité et de sens – mauvais usage de l'étymologie du mot grec aléthéia. | | | | |
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| vérité | | | À une même proposition vraie, peuvent correspondre une vérité câblée chez le profane et une vérité déduite chez le spécialiste. La Terre est la troisième planète – combien sont ceux qui sont capables de le déduire et pas seulement de l'affirmer ? - une infime minorité – la même assertion, mais autant de vérités profondément distinctes. | | | | |
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| vérité | | | Tout sujet humain a son stock (base) de faits et ses logiques (en représentation ou en interprétation). Ses vérités peuvent avoir trois origines : les faits, les déductions à partir des faits, de pures déductions logiques (sans accès aux faits). Mais dans tous les cas, une requête préliminaire langagière (technique, naturelle ou logique) est indispensable. Sans requête pas de vérités. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité d'une proposition ne peut être univoque ne serait-ce qu'à cause de deux sujets, qui y sont impliqués – l'émetteur et le récepteur, avec leurs cultures linguistiques, logiques et pragmatiques différentes. Et la vérité n'est ni dans la langue ni dans la réalité ni dans le rapport entre la langue et la réalité, mais dans la représentation et l'interprétation que manipule le récepteur. | | | | |
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| vérité | | | Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur. | | | | |
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| vérité | | | Pour parler de l'existence, nous pouvons porter en nous trois mondes : celui du vrai, celui du beau, celui du Bien, dans lesquels nous plongent nos trois interprètes – l'esprit, l'âme, le cœur, et qui font de nous un intellectuel, un artiste, un saint. D'où trois cas extrêmes : si je ne reconnais que le monde du vrai, je devrais affronter, dans une lutte féroce, un désespoir noir ; si je ne vis que du beau, je vivrais une espérance dans l'inexistant ; si je me laisse emporter par l'émoi du Bien, je porterais l'amour ou la caresse à ce monde immatériel. L'existence est placée par l'esprit dans une représentation, par l'âme – dans un langage, par le cœur – dans la réalité. L'union des trois paraît être impossible ; il faudrait être un ange, ou celui qui n'affronte que les anges. | | | | |
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| vérité | | | La tâche représentative s'avère être plus prometteuse que la tâche interprétative, tel est le constat le plus profond, fait par l'Intelligence Artificielle : à partir des faits (d'une base de connaissances) on bâtit plus de vrai qu'on ne prouve de démontrable à partir des requêtes (dans un langage réductible aux formules logiques). Une illustration métaphorique (finie) du théorème de Gödel (dans l'infini). | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle n'est vrai que ce qu'on prouve, mais Gödel nous confirme, que, des trois tâches intellectuelles – la représentation, l'expression, l'interprétation -, l'expression est la plus prolifique, puisqu'on ne prouve que des requêtes exprimées dans un langage. Et tant que l'homme gardera ses cordes poétiques et créatrices, malgré sa robotisation insonore, il restera supérieur à la machine. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai se construit (un travail synthétique) et le démontrable s'établit (un travail analytique). Donc, soit la démarche anti-platonicienne : de la platitude des faits – à la hauteur des idées, soit la démarche anti-aristotélicienne : de la profondeur d'une hypothèse langagière – à la platitude de la preuve et du sens. Gödel et l'Intelligence Artificielle montrent que le premier travail, la représentation, apporte de plus vastes résultats que le second, l'interprétation. | | | | |
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| vérité | | | Aristote et Platon, dilettante du vrai et dilettante du bien, sont franchement ignares dans le beau, qu'ils imaginent en tant qu'éclat du vrai ; le beau est une lumière invraisemblable, une source inattendue, une cause nouvelle des effets bienfaisants dans notre âme, un regard néophyte, faisant baisser nos yeux incrédules. Le vrai n'est qu'une représentation, tandis que le Bien est dans la réalité divine et le beau – dans son interprétation humaine. | | | | |
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| vérité | | | Le scientifique : il maîtrise les faits avérés (les vérités premières) de sa discipline ; il maîtrise le langage de formulation de requêtes ; dans ce langage il formule des hypothèses, dont la démonstration (par l'expérience ou la logique) crée des vérités finales, qui seraient, éventuellement, ajoutées (câblées) aux vérités premières. Le philosophe titulaire ne maîtrise ni le langage de conception (pour créer des vérités premières) ni le langage d'interrogation (présupposant une représentation) ni le langage d'interprétation (bâti sur une logique) ni le langage de cognition (permettant de donner un sens à une nouvelle connaissance), et il prétend chercher des vérités… Le philosophe n'a besoin que du seul langage poétique, mais pour cela il faut être né poète. | | | | |
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| vérité | | | Tout fait nouveau, qui réussit à s'insérer dans une représentation, s'ajoute aux vérités premières (celles qui n'ont pas besoin de requêtes, pour être établies) ; seule la rigueur du concepteur en est la garantie. Les vérités finales hégéliennes se prouvent par l'interprète et se munissent de sens par le sujet. | | | | |
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| vérité | | | On emploie le même terme de vérité pour désigner deux notions totalement différentes : être vrai dans le modèle ou le vrai du modèle. La première vérité est démontrable dans le contexte d'une représentation, bâtie par le libre arbitre ; la seconde est indémontrable, s'appuie sur l'intuition et l'expérience et résulte de l'interprétation libre du sens exhibé par le modèle. Le cogniticien ne s'intéresse qu'à la première, et le philosophe s'amuse dans l'irresponsabilité complaisante de la seconde. | | | | |
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| vérité | | | La pensée interprétative naît avec l'intuition de posséder déjà une vérité. Ensuite, on s'appuie sur des faits (vérités postulées), pour formuler des hypothèses (vérités à prouver). La vérité prouvée n'est pas un but non plus, mais un moyen d'accéder au sens, découlant des substitutions dans des hypothèses-propositions-formules. | | | | |
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| vérité | | | Mes yeux fermés, mon esprit crée, constate ou évalue la vérité muette ; mon cœur la soupèse et l’anime, et mon âme la colore ou la fait parler. Mais elle ne se voit pas, comme, non plus, les objets mathématiques. Seules sont visibles, pour mon âme, ses métaphores : « On ne peut voir la vérité qu'avec les yeux de l'âme » - Platon. | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi la requête Socrate est mortelest vraie ? Tout d'abord, elle est vraie pour un sujet, vous ou moi. Elle est vraie pour lui, parce qu'en français, cette phrase est correcte, parce que le sujet dispose d'une représentation, parce que son interprétation conceptuelle, au service de la requête, aboutit au succès logique, parce qu'aucun conflit avec la réalité, qui invaliderait la représentation ou l'interprète, n'est constaté. La vérité, qui se dispenserait de toute référence à la représentation et à l'interprétation, ne peut être qu'un leurre. | | | | |
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| vérité | | | Les représentations d'un sot sont si décousues et superficielles, qu'il pense pouvoir s'en passer pour ne faire qu'interpréter (l'illusion, partagée par Nietzsche). Les représentations d'un savant sont si profondément câblées, que leur accès est presque imperceptible ; on les explicite à reculons. Dire que la vérité n'existe pas, car on n'aurait aucune représentation, est une sottise, entretenue par un mauvais nihilisme. | | | | |
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| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
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| vérité | | | La vérité surgit d’une interprétation du discours ; elle n’appartient qu’à ce discours ; dans la représentation, il n’y a que des vérités triviales, axiomatiques, apodictiques. Il est bête de dire que « l’art représente, pour un regard sensible, la vérité de l’idée » - Hegel - « die Kunst stellt die Wahrheit der Idee für die sinnliche Anschauung dar ». La vérité n’est qu’un effet collatéral et inattendu d’une union sensuelle entre l’esprit et l’âme. | | | | |
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| vérité | | | Entre une représentation scientifique et celle d’amateurs, il y a trois différences : la première a plus de cohérence interne, ses interprétations s’appuient davantage sur la logique que sur l’intuition, et enfin les résultats de ses requêtes sont plus compatibles avec la réalité. Mais la notion de vérité (toujours interne à une représentation) a le même sens dans les deux. | | | | |
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| vérité | | | Dans la définition de la vérité philosophique (intellectus – rei), comment faut-il comprendre rei ? - m’est avis, que c’est seulement en fonction des buts atteints. Et je ne vois ces buts que dans l’admiration du mot (qui se mesure avec nos sentiments indicibles) et dans la consolation de l’âme (face aux terribles verdicts que l’esprit formule à l’égard de nos destinées personnelles). Si les idées, telles que chose en soi, esprit absolu, fonction représentative du mot, apportent de l’enthousiasme à leurs adeptes, elles sont vraies pour la réalité philosophique. Mais bêtes ou triviales. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur ne peut pas être définie sans qu'on ait défini ce qui peut être blanc, de même manipuler la vérité sans avoir défini ce qui peut être vrai est une niaiserie, dans laquelle tombent tous les philosophes. La bonne question posée, tout de suite surgira le seul domaine, où la notion de vérité ait un sens sérieux et rigoureux, - le langage. Si, en plus, on veut qu’on soit conforme (adéquat, compossible) à la réalité, on aboutira à la représentation non-langagière ; dans un langage on formule des propositions, interprétées dans le contexte d’une représentation. | | | | |
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| vérité | | | Ce que, dans l’interprétation d’un discours, les hégéliens ou phénoménologues appellent apparaître, correspond à substituer aux références langagières - des objets ou des relations de la représentation. La réussite (l’échec) finale de ces substitutions est marquée par un symbole abstrait, extra-langagier, extra-représentationnel, de vérité (fausseté). Mais ils répètent cette bêtise : « Toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître » - Hegel - « Alle Wahrheit muß erscheinen, um nicht eine leere Abstraktion zu sein ». | | | | |
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| vérité | | | Dans la réalité, strictement parlant, il n’y pas d’objets (nécessairement structurés par une représentation), et res extensa et res cogitans ne sont que des entités non-structurées. Adaequatio rei et intellectus, en tant que définition de la vérité, correspond, tout simplement, à une concordance entre des objets de DEUX représentations d’une même réalité, concordance de DEUX interprétations d’une même proposition. La première de ces représentations est propre à un sujet, elle est individuelle ; la seconde est une représentation collective validée. Le terme de vérité n’est appliquable qu’aux résultats des interprétations séparées ; la comparaison réussie (les critères de cette réussite ne pouvant être qu’intuitifs) ne fait que rendre la vérité de la première interprétation – acceptable. | | | | |
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| vérité | | | Le philosophe orgueilleux veut une intelligence, qui resterait inchangée, quel que soit l'événement, modifiant les faits. Post eventum omnis vir triste… Et si l'on traitait les hypothèses et les a priori en pensées-filles, aguichantes car circulant près des commencements crépusculaires, mais trop grossières pour en tirer des jugements définitifs, nocturnes ? C'est l'événement, lui-même, qui change le système de vérités et, partant, la pensée ; l'événement est ce qui, dans une représentation modifiée, bouleverse, en même temps, le langage et en crée, strictement parlant, un autre, un nouveau. | | | | |
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| vérité | | | Ne peut être vrai que ce qui se prouve (que Gödel me pardonne cette identité approximative entre le vrai et le démontrable), mais les moyens de démonstration sont toujours personnels ; donc, il n’existe pas de vérités valables pour tous ; toute vérité est personnelle. La vérité est un enfant légitime, fruit du calcul et non pas de l’amour. « Ô vérité, infante mécanique reste terre au milieu des astres » - R.Char - qui sont des rêves, enfants illégitimes d’un amour astral. | | | | |
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| vérité | | | La représentation est une source de lumière, et un interprète logique s’en sert pour projeter cette lumière sur la proposition langagière, soumise à cette représentation pour être évaluée. La proposition est un objet composite, une structure, dont tous les nœuds doivent être éclairés, pour que la proposition soit évaluée à vrai. « Ce qui est vrai à la lampe n'est pas toujours vrai au soleil » - J.Joubert. | | | | |
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| vérité | | | Pour partager une même vérité, un groupement humain doit, au préalable, partager beaucoup d’autres choses : la même représentation conceptuelle, le même langage interrogatif, le même interprète logico-linguistique, la même interprétation-sens. Koyré a raison : « La vérité est toujours ésotérique »*. | | | | |
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| vérité | | | Tout oui définitif est anti-artistique. La négation aristocratique est une falsification de mon propre oui et non de celui des autres. Ce n'est pas un rejet, mais une réévaluation, réinterprétation, relecture, métamorphose de tout plan en bande de Moebius. Le contraire du oui n'est pas la mutinerie du non mais la révolte du langage. Le rejet en tant que projet est minable, comme l'est le sujet en tant que rejet ; la révolte et le révolté, honneur des rues, déshonneur des ruines. | | | | |
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| vérité | | | Moi, non-astronome, je n’ignore pas la distance entre la Terre et la Lune, mais ce n’est pas une connaissance, ce n’est qu’une croyance, puisque je suis incapable de le prouver. La connaissance sort des preuves et non pas de l’ignorance, comme la lumière ne sort pas des ténèbres, mais des propriétés universelles de la matière. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités sont des matières premières, pour bâtir des représentations de notre réalité, comme les émotions le sont, pour créer des interprétations de nos rêves. | | | | |
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| vérité | | | La vérité s'établit par un interprète logique neutre, appliquant les mêmes règles aux objets réels ou éphémères, aux relations sentimentales ou mécaniques. C'est en cherchant à donner un sens aux hypothèses démontrées que nous réintroduisons le travail de l'âme dans le domaine de l'esprit. | | | | |
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| vérité | | | Les chemins croisés de la réalité et du rêve : la première – réalité, représentation, langage, requête, vérité ; le second – rêve, interprétation, émotion, langage. Une source hindouiste, remontant à Upanishad, constate l’incompatibilité de ces chemins : « La vérité ne rêve jamais », comme le rêve, lui, est déjà au-delà de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Vous recevez, tous, le même flux d’apparences ; il s’agit de les interpréter ; en fonction de la qualité de vos représentations, ces apparences verbalisées atteindront le grade de vérité (évidemment non-objective mais relative à la représentation) ou bien s’identifieront aux illusions inarticulées. En tout cas, en absence de représentations valables, les apparences et les vérités resteront incommensurables, tant qu’un langage ne sera bâti au-dessus de la représentation. | | | | |
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| vérité | | | Qu’est-ce que le vrai monde ? Certainement pas la réalité, puisque la vérité ne peut exister que là où il y a des langages et donc des représentations, logés dans notre cerveau et non pas dans la réalité. Le vrai monde serait alors le résumé de l’interprétation de nos perceptions sensorielles. Autrement dit, le vrai monde ne s’appuie que sur les apparences individuelles ; il est subjectif et s’oppose aux choses en soi, ce contenu de la réalité. Paradoxal mais irréfutable. | | | | |
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| vérité | | | Que de bavardages pseudo-philosophiques, pour savoir si la question de la vérité est de nature généalogique, ontologique ou axiologique ! Cette question appartient entièrement au langage (avec la représentation associée) et à son interprète logique. Toute l’Antiquité le comprenait, et c’est par l’élimination de la représentation (et donc du langage, au profit de la langue) que le tournant, appelé, paradoxalement, linguistique, occulta un problème limpide. | | | | |
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| vérité | | | On ne percera jamais le mystère de l’apparition de la vie ni même de la naissance de l’univers. Une vérité de fait et une absurdité de raison. « C'est une absurdité de dire : Il y a une vérité essentielle à l'homme, et Dieu l'a cachée » - Voltaire – le grand Cachottier préféra la perplexité à l’évidence. | | | | |
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| vérité | | | Les logorrhées spinozistes, hégéliennes, phénoménologiques, proférées pourtant par des personnages érudits, s’expliquent par le non-usage de la contrainte la plus importante qu’aurait dû appliquer tout auteur de discours intellectuels – avant de retenir une assertion, la confronter à ses contraires. S’il se trouve un couple d’opposés, admettant des justifications intellectuelles ou esthétiques comparables, - biffer l’assertion, elle est due au hasard, au caprice, à l’arbitraire ; c’est l’antithèse du bon goût. | | | | |
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| vérité | | | Dans le réel, juge la raison ana-logique, guidée par le regard créateur ; dans la représentation, due essentiellement aux yeux contemplateurs, juge un interprète logique. Dans le premier s’incarne le savoir et le goût ; dans la seconde se désincarnent le langage et la vérité. Mais sans la puissance, profonde et prouvée, dans celle-ci – pas de hautes jouissances, éprouvées dans celui-là. | | | | |
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| vérité | | | On peut cacher un objet, un fait, une action – on ne peut pas cacher une vérité, à moins qu’on en escamote la preuve (donc, une action ou un fait). « Les Anglais rabaissent toujours les vérités au rang des faits » - Wilde - « The English are always degrading truths into facts ». On mêle la morale de ce qui ne relève que d’une impassible logique. Et tous ces cachottiers ignorent que la vérité n’est qu’une banale propriété d’une requête langagière et ne surgit qu’au sein de ce langage. | | | | |
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| vérité | | | On ne peut pas dire une vérité (à moins que le choix soit entre un mensonge et un fait réel, mais ce serait une question de morale et non pas de logique) ; un locuteur formule, dans le contexte de ses représentations, une requête que le récepteur examine, grâce à ses représentations et moyens interprétatifs. Des malentendus entre locuteur et récepteur sont toujours possibles, et la vérité qui surgit de l’interprétation réceptrice ne peut pas coïncider en tout point avec l’interprétation émettrice. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’avant-dernier pas dans le cheminement à travers un discours, le dernier étant le sens. La réalité ou la morale n’y servent que de contraintes, d’accotements. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme conçoit des représentations, y attache un langage, manipule ses interprétations et parvient ainsi à ce que, en toute rigueur, on doit appeler vérités. Le dernier des ploucs en énonce autant que le savant le plus compétent. C’est seulement en qualité que la différence apparaît. | | | | |
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| vérité | | | N’est vrai que ce qui se prouve (on n’est pas dans l’infini gödélien) ; l’outil des preuves est un interprète, correspondant au genre de logique disponible ; l’action de l’interprète consiste à appliquer au fond cognitif (la représentation) la forme langagière (la proposition, un arbre interrogatif à variables) ; le résultat – la véracité/fausseté, à laquelle est associé un réseau d’objets (de la représentation), résultant des substitutions des variables de l’arbre. | | | | |
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| vérité | | | Contrainte – éviter ce qui, trivialement, est vrai ; astuce – exploiter le fait que ce qui, trivialement, est faux, peut être, subtilement, vrai, mais ce n’est pas une vérité que en retireras mais un nouveau langage. Ce n’est pas la véracité facile mais l’expressivité difficile qui compte. | | | | |
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| vérité | | | À la merveilleuse aptitude des yeux de changer de focalisation (ce qui dictera ton interprétation du réel) correspond une aptitude de focalisation de ton regard (ce qui guidera ta représentation de l’idéel). À partir d’une focalisation se forme un langage à part, traçant de nouvelles frontières entre le vrai et le faux. | | | | |
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| vérité | | | La logique mathématique est universelle et les représentations sont individuelles. Ces dernières (munies d’un mécanisme interprétatif) ne sont qu’un pâle reflet de la première, mais leurs notions centrales (et non pas les concepts) y sont les mêmes : les faits axiomatiques, les formules langagières, les déductions. Dans le premier cas, toute modification de la base axiomatique est contrôlée par la logique même ; tandis que dans le second, domine le libre arbitre. Dans les deux cas, on parle de vérités (axiomatiques ou déduites). L’usage de ce terme, pour signifier un accord (adaequatio) avec la réalité est abusif. | | | | |
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| vérité | | | Tu peux te permettre des incohérences langagières, si tu pars des représentations différentes, dont les contextes correspondants rendent vraies les propositions contradictoires – l’intelligence représentative rejoignant l’intelligence interprétative. | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle, le terme de logique est utilisé dans deux sens : une logique cognitive – pour assurer que la représentation reste non-contradictoire, et une vraie logique (mathématique) – pour prouver la véracité (ou la fausseté) d’une proposition. | | | | |
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| vérité | | | La poésie est dans la langue, et la vérité – dans le langage (langue plus représentation). La poésie (élégance) de la vérité est dans l’intelligible, et la vérité (affectivité) de la poésie – dans le sensible. | | | | |
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| vérité | | | Comme la blancheur est la valeur de l’attribut couleurs, attaché aux objets matériels, la vérité est la valeur de l’attribut véracité, attaché aux propositions langagières. La première résulte de l’interrogation d’un objet ; la seconde – de la démonstration d’une proposition, comprenant des références d’objets et de relations. Dans les deux cas, les valeurs proviennent de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | Toutes les sciences (sauf la Mathématique) se réduisent aux représentations (théories, modèles, systèmes) d’une réalité (la matière et les esprits, au passé, au présent, au futur) et aux interprétations (langages, logiques, faits). Les faits scientifiques (formulés dans un langage, réductible aux formules logiques) ne sont vrais que s’ils sont démontrables dans le contexte d’une représentation. Donc, une vérité ne peut jamais être une adéquation de la pensée et de la réalité. La chose en soi (la réalité) gardera toujours une part du mystère ; l’inconnaissable sera toujours présent dans l’inconnu. | | | | |
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| vérité | | | Les superficiels et les vagues voient dans la vérité un objet, ni langagier ni conceptuel, existant depuis la nuit des temps, résistant aux tentatives humaines de s’en emparer et reflétant, avec fidélité et précision, des choses en soi, constituant la réalité. L’homme chercherait à atteindre cette vérité fuyante, pour proclamer sa possession. Presque tous les philosophes partagent cette aberration. La vérité, sans spécifier le de quoi, est une chimère insaisissable ; quant au quoi, il doit être langagier, réductible au conceptuel, et formulé par le qui, muni du comment personnel. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de vérité, en fonction de la rigueur de son interprétation, admet des acceptions éthique, psychologique ou logique. Les uns (les plus naïfs) l’opposent au mensonge ou à l’ignorance ; les autres (les scientifiques) confrontent l’idéel au réel et en constatent l’adéquation (psychologique) ; enfin, les troisièmes (les logiciens) n’y voient qu’une propriété des propositions (où les valeurs vrai/faux auraient pu être remplacées par 1/0), auxquelles se réduisent toutes les phrases d’une langue naturelle ou toutes les assertions d’un langage scientifique. | | | | |
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