| amour | | | L'amour ne peut pas s'entendre avec le bonheur. Celui-ci est dans l'ignorance des limites et vit dans une autarcie alimentaire, celui-là est tout de troc et d'emprunt. | | | | |
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| amour | | | Ni réflexion ni pulsion n'atteignent ni ne délimitent mon soi inconnu ; sa seule manifestation indubitable est l'amour qu'on me porte. « Où est ce moi, s'il n'est ni dans le corps ni dans l'âme ? »* - Pascal - il est ma source profonde, il est le haut firmament de ceux qui m'aiment. | | | | |
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| amour | | | Que ce soit la vie, la création ou l'amour, il n'y a que deux choses qui comptent - la poésie et l'intelligence. La poésie est la rencontre, hors toute frontière spatio-temporelle, du talent et de la noblesse ; l'intelligence est le flair pour la profondeur et le goût pour la hauteur, plus l'ampleur du regard. | | | | |
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| amour | | | Pour que nous nous aimions les uns les autres, il ne faut ni des buts, ni des chemins, ni des moyens, ni même des contraintes, mais une frontière, une limite, une ligne de crête, dont l'appel ou la vue ferait venir des larmes dans nos yeux fraternels. | | | | |
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| amour | | | Le désir, dispose-t-il d'un même organe, pour se manifester au monde, sous toutes ses formes ? Le désir de vibrer, le désir d'être, le désir d'avoir - la musique d'ailleurs, la cadence intérieure, le bruit extérieur. La passion, la curiosité, l'appétit - les cloisons s'y imposent. | | | | |
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| amour | | | L'apport de la philosophie à l'action, à la connaissance, à la pensée est nul et non avenu ; sa première fonction est la création et la garde de la frontière du sacré, où sont exilés, désarmés et incertains, l'amour, le rêve et la musique : préserver un doute pulsionnel, plutôt que consolider des certitudes impassibles. | | | | |
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| amour | | | Rien de ce qui est lisible, par exemple ce qu’est ou fait mon soi connu, ne peut être attribut de mon soi inconnu (qui n’a pas d’attributs, il n’a que des vecteurs, des élans, des convergences vers mes limites inaccessibles). Le rêve – être aimé pour mon essence illisible et qui aurait touché une âme pénétrante. L’amour pour le palpable est affaire des glandes et des hormones ; il se forme sur les mêmes cordes que la haine ou l’indifférence. | | | | |
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| amour | | | Que ta maîtresse, ton œuvre, ta limite restent dans un mystérieux lointain – tel paraît être le sens de ton existence créatrice. Mais, pour garder cette sainte distance, une mystérieuse proximité est nécessaire, et elle semble s’appeler – la Caresse, une jouissance sans trace, sans compréhension, sans raison. | | | | |
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| amour | | | L’amour, comme la hauteur, le bonheur ou le Bien, est surtout un élan, un désir, une aspiration à atteindre une limite inaccessible. « L’un des avantages du malheur est de pouvoir désirer le bonheur » - Unamuno - « Una de las ventajas de no ser feliz es que se puede desear la felicidad ». Être grand Ouvert est ne pas posséder ses limites. | | | | |
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| chœur art | | | NOBLESSE : L'art est la faculté de créer un rythme s'écartant du visible. Mais c'est la définition même d'aristocratisme en action ! Il manque aujourd'hui à l'artiste l'expérience des mansardes ou des bagnes, pour que sa langue atteigne à une dignité patricienne. Vivre en marge des autres et au centre de soi-même - les plébéiens font l'inverse ! | | | | |
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| art | | | L'écriture banale : un amas de choses sous la main dont la plume scrute les frontières. L'écriture doctrinale : un moule imposé au contenu ou aux contours. L'écriture paradoxale : partir des frontières dans le vide, dont on remplit les régions contigües inexplorées. Étreintes, empreintes, contraintes. | | | | |
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| art | | | Le but ultime de l'art : que mon image s'anime. Elle peut le devoir à la profondeur apollinienne ou à la hauteur dionysiaque, à l'interprétation ou à la représentation. Mais quand je touche aux deux, j'arrive à l'extase, à la naissance d'un style : l'ivresse en accord avec l'équilibre. Ek-stasis - se tenir au-delà, être en accord avec le soi inconnaissable, se faire son souffle, traduire son âme : « L'âme des choses est insufflée par le style » - V.Rozanov - « Стиль есть душа вещей ». | | | | |
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| art | | | La hauteur indicible du qui devient intelligible par la profondeur du quoi et lisible - par l'étendue du comment. Les dimensions à ne pas confondre ! « Cette osmose, dans laquelle on n'arrive plus à reconnaître la frontière entre le quoi et le comment » - K.Kraus - « Jenes Ineinander, bei dem die Grenze von Was und Wie nicht mehr feststellbar ist ». Cette intersection - le point zéro de la création ! Quand le quoi et le comment s'attachent, avec un poids égal, aux buts et aux contraintes. | | | | |
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| art | | | La netteté de la frontière entre la vie et l'art est signe d'artiste ; c'est en la franchissant qu'il devient, respectivement, maître ou esclave ; sa force n'a aucun sens dans la vie, son humilité n'a aucun sens dans l'art. La vie est une épreuve de forces ; l’art n’est qu’une consolation par la beauté. Toute force étant devenue suppôt du désespoir, la consolation ne peut plus compter que sur nos faiblesses – l’amour, la caresse, le sacrifice. | | | | |
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| art | | | Le soi connu et le soi inconnu forment nos frontières : le premier s'occupe de nos clôtures et le second - de nos ouvertures. Nos limites accessibles, critiques, sont dessinées par la science ; de ce côté-ci nous sommes clos. Mais tout le contenu de l'art est dans l'élan vers nos limites inaccessibles ; l'art est ce qui nous donne la sensation d'être Ouverts, puisque son élan naît aux sources même du beau, et ses limites sont hors de notre emprise et nous font rêver. « Une œuvre universelle : ayant montré les limites de ses lieu et époque, - montrer, sans limites, ce qui dépasse le lieu et l'époque » - Tsvétaeva - « Мировая вещь : предельно явив свой край и век - беспредельно являет всё, что не-край и не-век ». | | | | |
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| art | | | La prose vise le fini, elle est le parcours, la clôture de nos frontières. La poésie vise l'infini, mais elle n'est que dans le passage à la limite, dans l'élan asymptotique au sein d'un Ouvert. | | | | |
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| art | | | La nature est déjà une perfection, avec laquelle aucun art ne peut rivaliser ; celui-ci a, pour domaine, - l'imaginaire, et pour langage - des images. On ne complète pas la perfection d'un arbre réel par la beauté d'un arbre artificiel. Ce n'est pas d'une frontière imparfaite, mais d'un point zéro que doit partir une œuvre d'art. Tout homme porte en lui un écho de l'acte créateur, du rythme primordial, et l'artiste n'est que celui qui en a, en plus, le souffle et le talent. | | | | |
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| art | | | Ils partent des objets, que la conscience délimita déjà, et l’intellect conceptualisa et verbalisa ; je pars de ces perceptions pré-conscientes que j’appelle états d’âme ; c’est pourquoi l’essentiel de mon énergie porte sur les commencements : partir de l’âme, porté par l’esprit. | | | | |
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| art | | | La littérature est le seul domaine, où l’idéal consiste en l’équilibre entre le fond et la forme ; le talent de l’âme, crée une forme idéale, et les contraintes de l’esprit délimitent le fond idéal. | | | | |
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| art | | | L’écriture : l’objet initial – un état d’âme, réel, non langagier, non conceptualisé, ensuite – son reflet, de vagues concepts avec de vagues relations, leurs places vagues dans une représentation naissante, des mots trop précis, trop limités, trop galvaudés, la nécessité de métaphores, qui finissent par peindre un état d’âme aux frontières trop nettes et imprévues, et c’est le chemin d’accès de ce dernier état avec l’état d’âme initial qui déterminera la qualité de ton écriture. | | | | |
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| bien | | | Les frontières entre l'actuel et le virtuel s'estomperont dans le siècle à venir. Dans un musée, on vous fera voir des idées, des mots ou des images, que cultivaient des siècles bornés par la souffrance, le doute et l'arbre. La transaction et l'interaction évinceront définitivement le vol et le don, le poing et la larme. | | | | |
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| bien | | | Le mal éthique, comme la barbarie esthétique, ont pour origine l'application de la facilité de la vérité à la déraison du bon ou au chaos du beau. La préférence du littéral au figuratif. « Le littéral, c'est le barbare »* - Adorno - « Das Barbarische ist das Buchstäbliche ». C'est quand on arrive à vivre de métaphores qu'on devient homme de bien. Le barbare ne perd jamais le contact avec ce qu'il évoque, c'est un homme fermé ; l'homme Ouvert vit de ses limites - que le littoral m'est plus sympathique que le littéral ! | | | | |
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| bien | | | Ils attribuent aux autres la volonté de faire le mal et se bercent de la certitude de ne pas vouloir en faire eux-mêmes. Des âmes malivoles (Rabelais) n'existent pas. Le mal est dans la fusion même du vouloir et du pouvoir (appelée souvent - ô ironie ! - le devoir), et l'ultime chance du Bien étant une barrière étanche entre eux. | | | | |
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| bien | | | Le sacré n'est pas au-delà du Bien et du mal, il en est la frontière verticale, comme la loi en est la frontière horizontale. Créer du sacré, c'est trouver au Bien une place en hauteur, soulevant de la terre celui qui y élèverait ses yeux, en quête du sacrifice, ou démonisant celui qui y mettrait sa main, porteuse de sacrilèges. | | | | |
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| bien | | | Le faible, qui ne peut pas être assisté, et qui doit donc périr, est celui dont la palette est pauvre, et son pinceau - impuissant ; le fort, qui doit triompher, a la puissance au bout de sa plume. C'est ainsi qu'on doit lire le cas critique de la morale, exploré par Nietzsche. | | | | |
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| bien | | | Le vrai dans la seule logique, le beau comme objet de l'esthétique, le Bien étudié par l'éthique, tout cela cerne les valeurs, mais ne renseigne pas sur les vecteurs. Il faut, pour cela, se mettre par-delà le domaine lui-même, pour l'observer à partir des frontières, qui ne lui appartiennent pas. | | | | |
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| bien | | | Tous nos organes ont leur fonction et leur objet ; il est facile de juger de leur état de marche. Sauf le cœur, cette source de doute sur tout : le bonheur, la douleur, l'honneur. « Là où il n'y a pas de différence entre bonheur et malheur, souffrance ou volupté, là il n'y a pas non plus de différence entre le Bien et le mal » - Feuerbach - « Wo kein Unterschied zwischen Glück und Unglück, zwischen Wohl und Wehe, da ist auch kein Unterschied zwischen Gut und Böse » - au contraire, cette perplexité est un symptôme de présence du Bien dans le cœur. Le mal vient si souvent de la netteté de ces frontières. | | | | |
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| bien | | | Spontanément, on résiste à la tentation et cède au devoir ; artistiquement, on a plus souvent l'envie de faire l'inverse. L'ivresse ? L'inconnu ? La frontière ? - on ne sait jamais d'où vient cette soif de vertiges transgressifs. Au-delà du Bien et du mal, il faut porter la honte et la jouissance. Si dans son fond l'art se nourrit de la culture, sa forme gagne à se rapprocher de la nature. | | | | |
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| bien | | | Aucune montée vers la hauteur, à partir du Bien, rien ne peut aller au-delà du Bien, tandis que l'esprit qui sacrifie devient âme, et l'âme qui sacrifie devient cœur ; mais la fidélité au Bien, final et inexprimable, nous retourne à l'esprit initiatique. Rien n'échappe à l'esprit qui connaisse ce retour éternel. | | | | |
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| cité | | | Ce n'est pas l'absence des premiers qui me frustre dans la démocratie, mais l'absence d'écarts, de visages : des coordonnées, des numéros d'ordre, on déduit la totalité du titulaire. Le n -ème membre découle entièrement du n-1 -ème et du n+1 -ème et aucun n'a de curiosité pour son premier terme ni ne tend vers le dernier, vers ses limites. | | | | |
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| cité | | | Jadis, le monde libre fut séparé du monde asservi. Aujourd'hui, la frontière entre liberté et esclavage passe à travers chacun de nous. Les mains, le cœur et presque tout ce qui est viscéral vivotent, mécaniques et serviles, et il ne vibrent, dans la zone libre, que les producteurs de bile et de fiel. | | | | |
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| cité | | | Que les uns se nourrissent d'un quotidien, ou qu'aux autres il faille un mensuel, - là passerait la frontière entre le profond et le superficiel ! Tout ce qui est périodique ne peut être vu ni lu que dans une perspective basse ! Le journal et l'écran restent le seul lieu, où se jouent les ombres, pour ceux qui ont oublié d'être dans une caverne. | | | | |
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| cité | | | Les barricades ne séparent que les quartiers, les états, les âges, les cerveaux. Quand je voudrai communiquer avec la Cité de Dieu et intercepter le regard intemporel, j'apprécierai les barricades devenues ruines, où je serai toujours dedans et dehors, l'assiégé et l'assiégeant, l'assoiffé et l'enivré. | | | | |
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| cité | | | La justification principale, et presque unique, de l'injustice sociale devint aujourd'hui l'antienne de la soi-disant crise passagère, dans laquelle serait plongé le monde. Or, depuis trois quarts de siècle, cette société n'affleure plus aucune frontière critique ; elle se vautre dans la médiocrité du milieu morne et fétide. Aucun rythme ne s'exprime aux limites désertes et mirifiques, - que des algorithmes, imprimés dans des attroupements affairés. | | | | |
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| cité | | | Si la liberté est un exil, l'égalité - un permis de séjour, la fraternité est une perpétuelle reconduite aux frontières ! « L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie. La fraternité n'en a pas » - Lamartine. | | | | |
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| cité | | | Créer des cités, c'est créer des frontières ; tout être ouvert, muni d'imagination et d'émotions, tend vers ses limites, qui ne lui appartiennent pas, et, en même temps, dessinent ou édifient les remparts d'une polis, la tour de l'ange, la Cité de Dieu ou les ruines du surhomme. | | | | |
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| cité | | | Dans une démocratie, il y trois sortes de frontières sociales indépendantes : politiques, économiques, éthiques, dont aucune ne s'érige en séparateur définitif entre le bien et le mal. Dans les régimes autoritaires, la frontière est unique, et elle rend les opposants au régime, en même temps et définitivement, - perfides, pauvres et haineux. « Le pauvre, chez nous, a des raisons d'envier le riche, du moins n'en a-t-il aucune de s'incliner devant ses qualités morales »** - R.Debray. | | | | |
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| cité | | | Pour savoir ce qui te dépasse, il faut que tu indiques tes limites. Étant, en même temps, une bête sociale et un ange solitaire, tu as deux groupes de critères selon lesquels tu te places en haut ou en bas d’une échelle de valeurs. Le premier groupe comprend : action, reconnaissance, savoir, héritage tribal – la profondeur en dessinera tes limites et établira une hiérarchie pseudo-fraternelle. Le second : intelligence, noblesse, beauté, goût – la hauteur y accueillera les égaux, les vrais fraternels. Reste ange, ne cherche pas ce qui te dépasse, sois dans l’élan vers tes limites angéliques. | | | | |
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| doute | | | Dans presque tout ce qui compte dans la vie, on bute sur l'impossibilité de dichotomies nettes. Le juste flou des frontières - tel est l'état d'esprit fin et honnête, dans lequel Kant pratiquait sa critique : l'étude des crises, des cas frontaliers, extrêmes, où naissent des métaphores et langages conceptuels. | | | | |
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| doute | | | La sensation d'unité ou de système, chez un homme, vient souvent d'un manque trompeur d'aspérités à la suite de polissages répétés par l'autosatisfaction. La maîtrise n'est pas dans des volumes empilés, mais dans des contours en pointillé, sans connexité, dans des frontières. | | | | |
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| doute | | | Le mérite de Descartes est d'ordre psychologique et politique et nullement - philosophique : il s'opposa au doute, borné et obtus, des sceptiques, et il opposa un silence, poli mais éloquent, aux certitudes des dogmatiques. Il s'occupa donc des frontières, tandis que toute bonne philosophie est dans le choix d'un noyau. | | | | |
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| doute | | | L'intégrité de ce qui est acquis est la norme des relations dépassionnées. Pour mieux se retrouver, dans des limites invétérées. La passion, c'est l'incitation aux annexions et séparatismes. Pour se retrouver soi-même, aux frontières obscures. | | | | |
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| doute | | | On me dit : ne parle que de ce que tu sais. Mais je ne sais que ce dont je parle (ce que je viens de dire, non ce que je vais dire). C'est par ma manière d'aborder l'inconnu qu'on me reconnaît : « Pour cacher aux autres les limites de ton savoir, rien de plus sûr que de ne pas les franchir » - Leopardi - « Il più certo modo di celare agli altri i confini del proprio sapere, è di non trapassarli ». | | | | |
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| doute | | | Nos limites jouent deux rôles : déclencher nos élans ou mesurer nos forces. Dans le second cas (Odysseus ou Hegel), le soi connu se dépasse et augmente le volume de son savoir. Dans le premier (Orphée ou Rilke) – l'appel de notre soi inconnu nous fascine, inaccessible, et sacre notre regard immobile sur notre étoile. | | | | |
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| doute | | | Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ». | | | | |
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| doute | | | L'une des fonctions de notre soi inconnu consiste à nous rendre ouverts, c'est à dire donner un sens à notre élan vers nos frontières inaccessibles : « Aucune autre contrainte ne pèse sur le soi, sauf celle de poser les limites, qu'il peut pousser jusqu'à l'infini »** - Fichte - « Das Ich steht unter keiner anderen Bedingung, als unter der, daß es Grenzen setzen muß, die es in die Unendlichkeit hinaus erweitern kann ». | | | | |
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| doute | | | Dans notre Ouvert humain, tant de suites de pensées, d'images ou d'émotions, qui tendent vers notre commencement miraculeux ou vers notre fin abyssale, et aboutissant, toutes, aux valeurs-limites hors de nous, inspirant l'amour ou la terreur. Mais, contrairement à ce qu'en pense Hölderlin, ces deux bornes s'ignorent. | | | | |
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| doute | | | Deux manières d'amplifier le possible : modifier le modèle - par ajout, suppression, substitution - ou inventer de nouvelles requêtes, représentation ou interrogation. Deux manières de filtrer le nécessaire : conditionner le modèle par des hypothèses topiques et le langage - d'hypostases tropiques. | | | | |
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| doute | | | À quoi dois-je m'attendre, si je mets au centre ce qui m'est le plus énigmatique et impénétrable, moi-même ? - au jeu passionnel des ombres, à la perte de repères, au vertige. Et qu'ils sont sots, ceux qui se disent : « placez-vous au centre, et le vrai, le juste et le paisible vous appelleront » - Emerson - « place yourself in the middle, and you are impelled to truth, to right and contentment ». L'arbre, lui aussi, n'a pas de centre compréhensible, ce qui le rend sacré. | | | | |
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| doute | | | Je ne vois aucun trait net de ces fichues limites kantiennes, qui borneraient notre raison. Ce qui est pire, c'est que Kant ne se pose même pas la question capitale : à qui appartiennent ces limites ? À nous ou au monde ? Sommes-nous ouverts ou clos ? | | | | |
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| doute | | | Mes contraintes - les points d'indifférence ; mon but - le centre de gravité intouchable ; entre les deux - tantôt mon Ouvert (Hölderlin, Rilke et Heidegger) tantôt mon Fermé (Valéry) - mes moyens d'artiste : la hauteur et les rythmes de mes circonférences. | | | | |
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| doute | | | Qu'est-ce qu'être un mystique ? - être un Ouvert, savoir imaginer un processus infini, qui me mette, virtuellement, à mes frontières, savoir les montrer, sans les toucher ni les dire : « Le sentiment des frontières du monde, voilà ce qui est mystique »* - Wittgenstein - « Das Gefühl der Welt als begrenztes Ganzes ist das mystische ». Le contraire d'un mystique est un Fermé : l'un robotisé ou le multiple moutonnier – un sérail sans mystère. | | | | |
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| doute | | | Il y a, chez l'homme, un désir naturel - repousser ou mieux dessiner les frontières de ce qu'il peut savoir, et un désir artificiel - survoler ou vénérer ce qu'il ne peut pas savoir ; lorsque les deux cohabitent, on est face à un philosophe : « Dans quelle mesure l'essentiel reste inconnaissable, le penseur ne le sait que grâce à son savoir » - Heidegger - « Kraft seines Wissens erst weiß der Denker, inwiefern er Wesentliches nicht wissen kann ». | | | | |
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| doute | | | Le soi connu n'est qu'une projection du soi inconnu ; celui-là, le Fermé, il a, pour frontière accessible, - l'horizon, dont on cherchera des approches ; le soi inconnu, cet Ouvert, a, pour frontière, - le firmament inaccessible, qui donne des ailes. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert : vivre de l'élan vers la limite ; vivre à la limite ou vivre aux points déterminés, tendant vers la limite, sont deux attitudes des Fermés. Et je comprends Valéry, sceptique avec les seconds (Montaigne ou Pascal) et enthousiaste avec les premiers (Descartes ou Nietzsche). | | | | |
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| doute | | | Ce qui doit être Ouvert en nous, c'est notre désir, plutôt que notre regard, dont les frontières, verbales ou mentales, sont condamnées à nous appartenir. Et, au lieu d'y propager les lumières des autres, il vaut mieux y porter ses propres ombres. Corrections à apporter à Hölderlin : « Être une lumière ouverte, pour le regard ouvert » - « Dem offenen Blick offen der Leuchtende sein ». | | | | |
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| doute | | | Avoir ou être, ces deux vacuités reflètent assez bien la frontière entre le soi connu et le soi inconnu : on est, sans posséder son meilleur soi. Je deviens. Et je maîtrise ce moi connu, qui connaît, doute et évolue. Mais je ne peux pas approcher l'immuable, le crédule et le créatif, qui est mon moi inconnu. | | | | |
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| doute | | | L'idée en tant que quête, dont nous ignorons, pour l'instant, la réponse, est perplexité, que le langage n'a pas encore résorbée ; elle est donc perçue comme mensonge. L'idée en tant que réponse, n'est mensonge que lorsqu'elle est expansionniste, bien au-delà des frontières de son langage natal ; sinon elle devient un mot. Et c'est toujours hors de sa patrie qu'elle est vécue comme prophétique. Vue de près, une idée n'est rien, qu'une vérité sans envergure. | | | | |
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| doute | | | Les doutes des sages viennent des réponses sans question ; la plupart des certitudes des sots proviennent des questions sans réponses. La question, dans laquelle il n'y a pas de variables ou l'on échoue à les y introduire, ne mérite généralement pas qu'on y réponde. Pour le reste, si je ne suis pas capable de répondre, c'est à dire de substituer aux variables - de belles valeurs, alors mes doctes certitudes, même négatives, ne valent pas un seul des doutes enthousiastes, nés d'une unification d'arbres. Les certitudes sont des frontières, mais le doute, c'est un Ouvert, ne mordant pas sur la frontière. | | | | |
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| doute | | | De Delphes à Königsberg, tant de soucis pour la connaissance de ses limites ou pour les limites de ses connaissances, tandis qu'il aurait mieux valu maintenir l'élan vers ses limites inaccessibles, rester un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Le bavard s'imagine qu'en décrivant les frontières du pensable, il dessine ou évoque, en même temps, celles de l'impensable ; mais ces deux sphères ne se touchent jamais ; aucune trajectoire finie n'effleure l'infini, qui se définit non pas par un mouvement réel, mais par un processus virtuel, celui qui fait gagner Achille sur la tortue. | | | | |
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| doute | | | Tel le Dieu des Chrétiens, le soi inconnu s'incarne en plusieurs hypostases, plus ou moins équivalentes, mais dont les domaines d'excellence n'ont pas de frontières communes ; elles ne collaborent ni ne se chamaillent ; Pascal sème des zizanies impossibles : « Chaque moi est ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ». | | | | |
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| doute | | | Celui qui ne comprend pas le concept de l'infini mathématique est incapable de raisonner sur la notion de l'infini philosophique ou sentimental. Platon ne comprenait ni Zénon ni Pythagore, comme Hegel ne comprenait ni Newton ni Leibniz, d'où leurs délires sur la limite et l'illimité (péras et apeiron). | | | | |
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| doute | | | Le mystère n'est pas tant dans la difficulté de comprendre que dans la facilité de croire. « Comprendre, c'est polluer l'infini » - Artaud. Celui qui pense, qu'en étendant les bornes de l'esprit, il chasse le mystère, se trompe de gibier. | | | | |
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| doute | | | La raison ne quitte un homme sensé ni dans ses calculs ni dans ses folies ; le raisonnement est une concentration sur le but et les moyens, le rêve en est une concentration dans l'élan et non dans la maîtrise de nos limites sublimes. Kant s'y égare : « Le rêve est un dépassement fondamental et profond de frontières de la raison humaine » - « Schwärmerei ist eine nach Grundsätzen unternommene Überschreitung der Grenzen der menschlichen Vernunft ». L'homme Fermé croit connaître ses limites, il adopte le ton apocalyptique ; l'homme Ouvert peint sa convergence infinie sur un ton grand seigneur. Promesse ou noblesse des espérances. | | | | |
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| doute | | | Les limites des choses ou de la vue font écarquiller les yeux ; aux limites du désir naît le regard. | | | | |
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| doute | | | Le cheminement du soi connu au soi inconnu : grattez le penser, vous trouverez, en-dessous, le croire ; répétez avec le croire, vous tomberez sur le sentir ; un dernier grattage, et vous restez avec le vouloir – la volonté de jouissance, ou de puissance, de la pensée, de la foi, du sentiment. Du soi connu, clair et distinct, du Fermé donc, vous arriverez au soi inconnu, obscur et sans limites, – à l’Ouvert. | | | | |
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| doute | | | On ne peut connaître ni soi-même ni ses limites ; on ne peut que croire en un soi divin, soi inconnu, et l’on peut éprouver l’élan vers ses limites inaccessibles ; dans les deux cas, on perd sa paix d’âme, fondée sur la connaissance, et l’on vit de son « cor inquietum » (St-Augustin). | | | | |
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| doute | | | Vivent les êtres fermés, ceux qui contiennent leurs propres limites d'abnégation ! Mais vivent aussi les êtres ouverts, ceux qui restent fidèles aux limites inaccessibles ! « Seule la négation de l'être peut être sans limites et l'infini en arrive, en substance, à s'identifier avec le néant » - Leopardi - « Solamente la negazione dell'essere, il niente, possa essere senza limiti, e che l'infinito venga in sostanza a esser lo stesso che il nulla ». | | | | |
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| doute | | | La certitude traverse trois étapes : le libre arbitre de la représentation (dans le contexte de la réalité à modéliser), la logique de l'interprétation (au sein du modèle), la liberté de la validation intuitive (par la confrontation des résultats logiques avec la réalité modélisée). Créer un arbre artificiel, le parcourir, l'insérer dans une forêt existante, à la frontière entre l'idéel et le réel. | | | | |
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| doute | | | La Caverne de Platon et le souterrain de Dostoïevsky nous apprennent la résignation ; le premier – devant les limites humaines, le second – devant les limites divines. | | | | |
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| doute | | | Les plus profondes ruptures dans nos états d’âme se produisent aux frontières : l’angoisse – à la frontière entre le psychique et le réel ; l’espérance – entre le rêvé et le vécu. Les hommes sages et ennuyeux ne quittent pas le tiède noyau de l’homogénéité ambiante et ne se hasardent pas à s’approcher des frontières. | | | | |
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| doute | | | Méditer – chercher à atteindre des dernières limites d’un savoir problématique, là où commence un croire mystique, là où le langage commence à se détacher de la représentation et en prend la relève. | | | | |
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| hommes | | | Quand on ne sait pas se donner ses propres contraintes, on se cherche des ennemis. Est philosophe celui qui sait se passer d'ennemis ; si mes pour sont universels et s'adressent à l'univers entier, mes contre individuels se tourneront vers les limites que j'aurais dessinées moi-même – le oui stratégique du regard et le non tactique des yeux. | | | | |
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| hommes | | | Les frontières d'états font penser aux guerres ; tant d'incompatibilités entre les regards se formant à dix kilomètres l'un de l'autre ; mais parfois - d'étranges similitudes : Machado, fuyant l'Espagne franquiste, meurt à Collioure ; Benjamin, fuyant la France occupée, se suicide à Port-Bou, à quelques kilomètres ou quelques mois de distance. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, tous les comptables, intellos ou ingénieurs, obsédés par l'appât du succès, s'efforcent à se dépasser, comme si le soi avait de nettes frontières, que seuls les faiblards n'oseraient franchir ; ils ne s'aperçoivent pas que l'espace réservé à cette compétition s'appelle platitude. En hauteur, on se sacrifie ou reste fidèle - c'est à dire, on capitule - face à son soi inconnu. « Ce n'est qu'en se dépassant que l'homme est pleinement humain » - Jean-Paul II - mais l'homme est tenté d'être, même par intermittences, surhumain, immuable et intraduisible. | | | | |
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| hommes | | | La philosophie est la seule branche de la poésie qui soit utile ; dès qu'on commence à s'interroger sur l'utilité de la poésie, on devient prosateur ou … philosophe. La poésie brillait surtout aux époques, où son inutilité indiscutable fut flagrante. L'utilité de la philosophie est double : nous consoler, hypocritement, ou dessiner, habilement, des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. La poésie, elle, nous désespère ou se noie dans le pur langage. | | | | |
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| hommes | | | Aux horizons, il y a toujours mes collègues, mes compatriotes, mes complices, tandis que le firmament est vide, et ses limites - invisibles. On comprend, pourquoi les platitudes ont plus de succès, auprès de mes contemporains, que les cieux. « L'homme nouveau voue son regard à la vaste étendue et non plus à la hauteur sans limites » - W.Schubart - « Der neue Mensch wirft seinen Blick in weite Fernen, nicht mehr in unbegrenzte Höhe ». | | | | |
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| hommes | | | Si l'on creuse le vivant, le végétal et même le minéral, partout on aboutit au divin, aux essences réelles et pas seulement nominales. C'est la sagacité de notre regard qui place et déplace la frontière entre le divin et le naturel, entre le sacré et le mécanique, entre la Loi et le hasard. | | | | |
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| hommes | | | La misère de notre époque le doit beaucoup à son aveugle manie de franchissement de frontières. Tout créateur connaît le vertige de l'au-delà du vrai ; on a vu de grandes tentatives d'aller au-delà du bien ; on peut tolérer même des sorties au-delà de la culture ; mais il n'est donné à personne de rester artiste au-delà du beau. L'extinction du beau, dans l'image, dans le mot, dans la mélodie, dans le regard, - telle est l'étiologie de la maladie de ce siècle, siècle des gestionnaires, des ingénieurs et des journalistes. | | | | |
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| hommes | | | Impossible d'échapper au mouvement, mais je peux en choisir le commanditaire : les pieds, les yeux ouverts, les yeux fermés. Trois pays d'altitudes différentes, trois circuits de complexités incomparables. Connaître les routes des autres est aussi important que savoir faire les pas soi-même. Les idées provoquent le prurit des pieds, servent de bornes garde-fous pour le cerveau, dessinent les virages de l'âme. | | | | |
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| hommes | | | La civilisation est horizontale et la culture – verticale ; la première gomme, la seconde dessine des frontières. Ce que Tocqueville dit de l'Amérique : « Une foule d'hommes semblables, se procurant de vulgaires plaisirs » - s'applique aussi à l'Europe ; seulement ces conformismes et vulgarités y ont beaucoup plus de nuances. | | | | |
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| hommes | | | Deux sortes de valeurs – rationnelles et irrationnelles, exprimant la vie d'une forêt civilisationnelle ou imprimant l'art d'un arbre culturel. Il faut munir les premières d'un maximum de constantes, d'invariants universels ; il faut y saluer le métissage et l'internationalisme. Dans les secondes il faut introduire un maximum d'inconnues ; l'unification de celles-ci crée des frontières, des fraternités et des patriotismes. | | | | |
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| hommes | | | La différence centrale entre les hommes n'oppose pas ceux qui restent sourds à la mouvance musicale du devenir à ceux qui ne voient pas la fixité divine de l'être ; cette frontière passe entre ceux qui élèvent en hauteur le devenir et touchent à la profondeur de l'être et ceux qui placent dans la platitude et le devenir et l'être. | | | | |
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| hommes | | | Les porteurs de platitudes affirment donner la voix à leurs grandes profondeurs ; ceux qui sont habités par la hauteur affleurent leur surface, tournée vers le ciel, pour échapper à leur profondeur, trop proche de la terre. C’est à ceux-ci que s’adresse R.Char : « Émerge, autant que possible, à ta propre surface ». | | | | |
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| hommes | | | Les hommes comprirent que vivre dans la limite est périlleux et adoptèrent l'approximation : l'infini temporel évincé par le fini spatial. | | | | |
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| hommes | | | Ce n'est ni l'action (G.Le Bon), ni la révolte (Ortega y Gasset) ni la folie (H.Broch) des masses qui nous cernent aujourd'hui, mais leurs transactions et calculs, inertiels, paisibles et raisonnables. Et toutes les élites en sont solidaires, les seules frontières, encore en place, étant horizontales ; plus de douaniers de goût ni de barrières de dégoût ; le ciel, abandonné de regards, pleure le souvenir de l'action de Dieu, de la révolte de l'ange et de la folie du héros. | | | | |
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| hommes | | | Étant trempé dans trois cultures, je peux vivre trois sortes de sacré, en-deça de ces trois frontières. Le sacré russe – ses contes de fées, l’infini de ses espaces, sa musique mélancolique, l’humanité de sa littérature. Le sacré allemand – le romantisme de ses Lorelei, la noblesse de sa poésie et de sa musique, l’audace de ses mystiques. Le sacré français – la douceur de ses chansons et de ses paysages, l’élégance de ses châteaux, le bon goût de ses paysans ou de ses filles. Dans ces exercices d’admiration, il n’y a pas de place aux batailles, aux ingénieurs, aux princes de ce monde. | | | | |
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| hommes | | | Ma patrie n’est ni historique ni géographique ni linguistique ni psychologique. Il n’y a pas de frontières sur la planète appelée Hauteur, où chaque habitant est seul, sans partager avec personne son étoile ; avec ses compatriotes on y communique en langues artificielles - tonalités, mélodies, intensités, soupirs ou larmes. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir unifier des valeurs de plus en plus éloignées ou discerner une frontière dans ce qui se présente comme jumeaux. Tout branchage identitaire, causal, synthétique ou paradoxal peut s'inscrire dans l'unification des arbres à vastes inconnues. « Un réseau d'arbres s'ouvrant en toute direction »** - U.Eco - « Una rete di alberi che si aprano in ogni direzione ». | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre a bien une ambition philosophique : primo, je voudrais qu'un cœur noble (donc, angoissé) y trouvât de la consolation dans mon affirmation de la gratuité divine du bon et du bien ; secundo, je voudrais qu'un esprit noble (donc, universel) y trouvât de l'intelligence humaine, qui est dans la maîtrise des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, celle des sources et des horizons, est propre de la jeunesse : ne discerner que peu de chemins, mais des chemins vitaux et intuitifs, pour les voyageurs sans bagages (Nietzsche), voltigeant, le cœur léger, au-dessus toute barrière : « Où est ce cœur vainqueur de toute adversité ? »** - Du Bellay. La maturité inclut tant de précautions de voirie débouchant sur la viabilité de la pensée ramifiée, pondérée et sénile ou sur l'intelligence des buts ou des contraintes. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'on soit ignare et superficiel ou bien bardé de savoir et s'immergeant dans des profondeurs, on frôle les mêmes objets, on est chatouillé par les mêmes désirs, on témoigne devant les mêmes juges. Palette, qualité des couleurs, sens des contours - ces disparités-là sont mineures, seul compte l'appel de hauteur, également accessible aux béotiens et aux éprouvés, aux lestes et aux pédants, aux ricaneurs ou aux ombrageux. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | Ce que nos contemporains appellent labyrinthe de la vie est, en réalité, un réseau, dont les nœuds sont des états d'âme. L'homme référence, à tâtons, des liaisons plausibles, la vie en devine le sens et nous conduit au nœud, où nous feignons l'assurance ou fêtons la surprise. | | | | |
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| intelligence | | | Le labyrinthe a un centre et des issues prévues ; je lui préfère le réseau, où tout nœud peut servir de centre et où toute issue s'ouvre sur une nouvelle navigation. Et quand je le projette sur l'art, à la lumière de la vie, j'obtiens un arbre. | | | | |
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| intelligence | | | Quand on n'arrive pas à embrasser quelque chose, le plus souvent ce n'est pas à cause d'un je ne sais quel infini ou d'une complexité excessive quelconque, mais à cause du flou fuyant des frontières. Favoriser le déplacement de bornes, songer aux empires, être ennemi du statu quo, conquérant ou capitulard (sachant que c'est dans les fuites qu'on fait les meilleures conquêtes, et même de la mêlée des pensées on sort mieux par la fuite que par la suite). | | | | |
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| intelligence | | | Toute vraie illumination ne dure qu'un instant ; l'esprit n'en a pas besoin, il est la netteté des frontières entre le jour et la nuit. « La netteté est la juste répartition de lumières et d'ombres »* - J.G.Hamann - « Deutlichkeit ist eine gehörige Verteilung von Licht und Schatten ». L'esprit ignore les saisons, il n'est même pas les couleurs d'un paysage, il en est la géométrie. Mais ce n'est qu'en son clair pays que s'acclimatent des cœurs déracinés. Mais il faut l'enténébrer pour illuminer l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | Les questions sur les fins de l'homme : où est son centre, quand atteint-il ses frontières, de quoi procèdent ses sources ? Mais les réponses s'articulent de plus en plus autour des moyens : pourquoi et comment. De la téléologie renversée. | | | | |
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| intelligence | | | D'où viennent les partisans de l'Un ou du multiple ? - de la perte du droit chemin (Sommo Poeta). Ou bien je me sens au milieu de la vie, dans une forêt obscure (les multiplicateurs dantesques, explorant girons et cercles), ou bien je suis subjugué par la source ou l'issue de la vie et me consacre à la verticalité et l'immobilité de l'arbre unique, qui me fera oublier « la forêt trompeuse de cette vie » - Dante - « la selva erronea di questa vita ». | | | | |
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| intelligence | | | Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné. | | | | |
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| intelligence | | | Oui, il est possible de briller par la continuité de son système, par le style de ses transitions, par la connexion de ses étendues ou l'ouverture de ses frontières ; mais l'imagination s'y vide rapidement, l'intuition y devient vite superflue et le tempérament - inutile. Rien d'excitant n'en peut plus être attendu, après Aristote, Descartes et Kant, que les impuissants de la métaphore vivifiante continuent à imiter pâlement. Le cerveau s'acquitta de sa mission géométrique exhaustive auprès de l'esprit ; celui-ci ne peut plus espérer de la nourriture que de la musique de l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | L'image de toute quantité se forme dans l'espace - un point sur un axe, ou, mieux, dans le temps - une valeur en tant que limite d'une suite. Mais le sot, prenant un mauvais exemple de Kant, a besoin de cinq objets alignés pour obtenir l'image du nombre cinq. | | | | |
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| intelligence | | | Peut-être les Chinois sont plus intelligents qu'Aristote : ce que celui-ci considère comme buts - le désir de savoir ou le bien final de l'action - les Chinois n'y reconnaissent que des contraintes immanentes, câblées, dont on ne parle plus. Par ailleurs, l'intérêt pseudo-philosophique de la notion de contrainte consiste dans le fait, qu'elle seule permet de cerner la vaseuse notion d'être (ignorée des Chinois) ; c'est, en effet, dans le langage des contraintes, qu'on décrit l'essence de ce qui précède la formulation des buts, la naissance des intentionnalités et même le calcul des moyens ; ainsi, l'être se réduirait aux frontières du possible et du nécessaire, plus qu'au centre suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | La forme est un concept analytique, elle suppose la définition de frontières ; le fond est synthétique, il est question d'homogénéité, de densité, de connectivité. L'espace et le temps y jouent le rôle de métaphores interchangeables. | | | | |
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| intelligence | | | Sur la voie de la pensée, le premier jalon est presque toujours un intérêt soit pour un objet soit pour une relation (et des associations d'images ne viennent qu'après la fixation de l'intensité du désir). Plus on est intelligent, plus souvent la relation se présente avant l'objet, l'opérateur avant l'opérande. | | | | |
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| intelligence | | | Une définition (détermination) n'est pas un traçage de frontières (Grenzziehung de Hegel), mais une règle, qui détermine si un objet relève ou pas (negatio de Spinoza) du concept. La notion de frontière n'apparaît qu'avec une topologie et une continuité (facultatives), qui distingueront, en passant, entre l'Ouvert et le Clos. | | | | |
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| intelligence | | | L'être heideggérien n'est qu'une redite de la chose en soi kantienne. Cernée asymptotiquement par nos sens et notre raison, elle défie les limites de la seconde et tient en haleine les premiers ; et ce sont, d'ailleurs, les sujets principaux de ces deux auteurs - la merveille de nos lois internes et la merveille de nos appels externes. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité. | | | | |
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| intelligence | | | La pluridimensionnalité phénoménologique (ouf !) : on bichonne l'accomplissement dans la réalité (philosophe), la teneur dans le modèle (savant), la référence dans le langage (poète). Le sens, son dépositaire, sa quête ; trois sphères d'excellence dont le centre est partout et nulle part. | | | | |
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| intelligence | | | Tracer des frontières entre les clans ou écoles philosophiques est une tâche délicate. On peut commencer par le regard, que les philosophes eux-mêmes portent sur leurs exercices, et alors la première ligne de démarcation séparerait les scientistes des artistes. Chez les premiers, il y a deux groupes : discours léger et prétention à la sagesse (Platon, Sénèque), ou discours lourd et prétention à la rigueur scientifique (Spinoza, Hegel, Husserl). Chez les seconds, il y a aussi deux groupes : verbalisme prosaïque (Heidegger) ou intensité poétique (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Dans une philosophie non-euclidienne, on choisit pour axe la périphérie et non pas le centre du monde ; je deviens ce point merveilleux, que traversent plusieurs trajectoires parallèles à mon horizon axial. « Faire de la philosophie, c'est penser en spirales : on gagne en hauteur et guère en étendue, tout en restant à la même distance du centre du monde » - Schnitzler - « Alles Philosophieren ist nur ein Denken in Spiralen ; wir kommen wohl höher, aber nicht eigentlich weiter, und dem Zentrum der Welt bleiben wir immer gleich fern ». | | | | |
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| intelligence | | | Chercher des points de départ (l'Être), des centres (l'essence), des contours (la substance), des étapes (l'état) sont les affaires de la machine calculante. La machine palpitante, en nous, se contente de trouver des sommets de l'excellence, la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence est ce qui trace la frontière entre candidature et titulature ; ce sont les contraintes nécessaires, propres à la classe abstraite (substances secondes), dont le respect permet au candidat d'accéder à l'existence (devenir instance ou substance première). | | | | |
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| intelligence | | | La métaphore est au centre et de la philosophie et de la poésie ; mais chez le philosophe-prosateur, elle est vêtue et chargée de paillettes conceptuelles ; elle est nue, coquette et sensuelle, chez le poète. | | | | |
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| intelligence | | | Le cœur est dogmatique (et c'est lui qui inspire le premier pas), l'esprit est sophistique (le pas second vient de lui), l'âme est dialectique et créatrice (elle entoure les pas – de frontières et donne à ces pas – des chemins et des limites). La crise moderne vient de l'hibernation des cœurs et de l'extinction des âmes, ce qui fait de nous des robots, ne vivant que de l'enchaînement des pas mécaniques. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui irrite nos philosophes, c'est que les informaticiens primitifs les dépouillent de leur vocabulaire, alambiqué et filandreux, pour le rendre robuste et opératoire. Les philosophes professionnels prétendent détenir un savoir de la vie, supérieur au savoir de la nature. Ils auraient dû se consacrer à leur vrai métier, celui des frontières, par exemple entre le savoir et le non-savoir, entre le connaissable et l'inconnaissable. On ne peut opposer au savoir que la poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a pas de contact entre le soi connu et le soi inconnu ; leur frontière commune n’appartient à aucun des deux ; les deux sont Ouverts. Le soi inconnu, l’âme, s’adresse à l’autre ; l’esprit, le soi connu, y tend. Le sens de la vie est dans cette convergence infinie. | | | | |
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| intelligence | | | Ces chimères – ego, je, moi, sujet, conscience, être-là, mêmeté, ipséité ; aucun discours sérieux autour d’elles ne fut ni cohérent, ni étonnant, ni éclairant ; seules des métaphores pourraient en dessiner des frontières ; mais il ne reste plus de poètes chez la gent philosophale. Mon couple de soi, le connu et l’inconnu, cherche à y pallier, en mettant la créativité artistique au-dessus du travail académique. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect. | | | | |
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| intelligence | | | L’origine de la profondeur : démonstration du fond, maîtrise des connaissances, ou bien – forme vaseuse, limites fuyantes. La première a des chances d’être couronnée d’une hauteur ; la seconde est vouée à la platitude. | | | | |
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| intelligence | | | L’introduction de variables dans notre discours, que je prône aussi bien pour l’intelligence que pour la poésie, a une importance, comparable à l’introduction de la variable cosmologique dans la théorie relativiste : un univers figé qui s’avère être en expansion permanente, pour s’étendre aux limites du concevable. Le poète et le philosophe, eux aussi, devraient penser davantage aux limites dynamiques qu’aux constats statiques. | | | | |
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| intelligence | | | Deux sortes de concepts sont manipulées par les créateurs : l’immobile (l’Être) et le mobile (le Devenir), ce qui trace une vague frontière entre deux clans – les platoniciens (Heidegger) ou les héraclitéens (Nietzsche), la géométrie ou la musique. « La mathématique assiste l’âme dans sa conversion du Devenir vers l’authentique Être » - Platon. Les plus belles idées s’exprimant mieux par le Devenir (le style), Héraclite se réconcilie avec Platon. | | | | |
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| intelligence | | | L’homme est saisi de perplexité et d’admiration devant les mystères de la matière et de l’esprit, mais la machine ne s’élèvera jamais au-dessus des problèmes et des solutions ; le mystère lui restera à jamais inaccessible. C’est la seule borne intellectuelle que je vois, pour ne pas se soumettre à la fascination sans limites devant les performances statistiques de la machine. Et puisque la philosophie humaine commence par s’incliner devant le mystère, elle surclassera toujours la jugeote mécanique. | | | | |
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| ironie | | | Se sentir au centre est bête ; ne se voir que sur une circonférence est hypocrite. Ce qui est moins sot et prétentieux, c'est la hauteur ironique évitant de préciser par rapport à quoi on s'élève. | | | | |
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| ironie | | | Ma sensation d'exilé naît d'une fréquentation assidue des frontières, que je finis par ressentir comme le milieu même de mon existence. L'homme, serait-il réduit à la communication avec le monde ? Serait-il privé de noyau ? « L'homme n'a pas de territoire intérieur souverain, il est toujours et tout entier - aux frontières » - Bakhtine - « У человека нет внутренней суверенной территории, он весь и всегда на границе ». Ma voix émanerait des membranes plutôt que des cordes intérieures. | | | | |
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| ironie | | | L'art ironique descendant ou ascendant : mettre la hauteur au centre et, à l'horizon, - les ruines ; ou bien accepter les ruines au centre et continuer à viser l'horizon altier. | | | | |
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| ironie | | | L'intérêt qu'on porte aux frontières peut viser plusieurs fins : la curiosité de leur franchissement, la chaleur d'une fraternité qu'elles engendrent, le vertige d'un élan vers elles ; la connectivité de l'espace, la clôture dans le temps, l'ouverture vers l'infini. | | | | |
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| ironie | | | Un magnifique exemple de naissance de métaphores vibrantes à partir d'un impassible concept : l'Ouvert est une chose qui coïncide avec son intérieur - une sobre définition mathématique, qui, transposée au domaine spirituel, redessine les frontières et les limites de nos aspirations ou de nos espérances : tout point, où le moi n'est plus seul, ou s'arrête, sans continuer à me toucher, ne m'appartient pas ! De même : le Clos - la différence entre la chose et son intérieur appartient à la chose. Toute limite de mes élans, toute frontière de mon identification, m'appartiennent - le refus de la transcendance. | | | | |
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| ironie | | | La bonne acoustique commence avec l'érection de murs, à l'intérieur desquels on ne parle pas, on devient une ouïe musicale. « Le but de la philosophie est d'élever un mur là où, de toute façon, le langage s'arrête » - Wittgenstein - « Das Ziel der Philosophie ist es, eine Mauer dort zu errichten, wo die Sprache ohnehin aufhört ». Le mur moderne y est plus efficace que le pont antique, puisque aucun passage n'est possible entre la parole de l'emphase et la musique de l'extase. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie marque des points d'arrêt à l'expansion de l'intelligence, elle en fait un Ouvert, pour que les limites de l'intelligence, hors d'elle, la rendent plus humble. L'ironie n'est pas de l'intelligence, elle en est une contrainte provisoire : « Il faut nous abestir… ». | | | | |
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| ironie | | | Les jargonautes définissent l'ironie comme une négativité infinie absolue (Kierkegaard), tandis qu'une positivité finie relative, y conviendrait tout autant. L'ironie est effacement de frontières entre le grave et le léger, entre le tout et la partie, entre le oui et le non. | | | | |
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| ironie | | | Encore de l'importance de la géométrie : le sot veut se mettre au foyer des figures de la vie ; le sage préfère la souplesse elliptique, la complétude parabolique, l'élan hyperbolique. | | | | |
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| ironie | | | Le devenir ne s'absorbe pas dans l'algorithme ou dans le noyau, il ne se soumet pas à la métonymie, il est le vassal hautain de la déduction – ma savante réplique à ceci : « L'être ne se diffuse pas dans le rythme et dans l'image, il ne règne pas sur la métaphore, il est le souverain nul de l'inférence » - A.Badiou. À vous de juger où l'esprit doit rire ou pleurer. Et de pardonner à la platitude ce qu'on ne pardonne pas à la profondeur. | | | | |
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| ironie | | | Selon Hegel est infini ce qui n’a pas de frontières. Le seul infini sérieux est le mathématique, et en mathématique, pour avoir des frontières, il faut de la continuité. Dans l’univers de la matière, la continuité n’existe pas ; tout y est discret ; l’ensemble des idées articulées est discret. Et selon Einstein, seule la bêtise peut y prétendre au grade d’infinie. | | | | |
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| ironie | | | Le remords est un sentiment noble, sauf, peut-être, dans l’érotisme où plus tu es imaginatif, plus triomphalement tu franchis les frontières de la honte. | | | | |
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| chœur mot | | | IRONIE : Le mot, qui s'annonce par ses murs, au lieu de se projeter vers les toits, n'est pas d'architecture ironique. Les frontières d'un beau mot doivent être pénétrables aux courants ascensionnels. Dans les gratte-ciel je rate le ciel, dans les sous-sols le sol se dérobe. L'ironie, c'est vivre à travers les toits et les fondations, tout en se sentant chez soi, comme tout réfugié chanceux. | | | | |
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| mot | | | L'antique Chaos païen et le Commencement évangélique - l'Idée, le Substantif, et le Mot, le Verbe. Le jalon et le souffle. On est chrétien, peut-être, quand on reconnaît, que le Mot sauveur est à l'origine des idées païennes ; mot inchoatif, face à l'idée terminative. L'éternel - par le commencement ; le commencement - dans l'éternel. | | | | |
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| mot | | | Avec l'idée on épuise les choses, en les saisissant par leur centre. Avec le mot on les caresse en surface. La vraie possession est profonde et basse, la vraie caresse est superficielle et haute. Vertige des armes, vertige des charmes. | | | | |
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| mot | | | Il s'agit de coller les mots à la vie imaginaire (la vie réelle étant vouée à recevoir nos maux). Il est plus fécond d'en envelopper un lien plutôt qu'une chose. Le lien, à ses extrémités, est bardé d'inconnues ; la chose est trop liée à son essence, à son noyau constant, sans perspective de belles substitutions. Le mot est un nom, associé non pas à la chose, mais à sa représentation, à son concept donc. Les mots eux-mêmes ne sont pas des liens, mais des aliments de notre appétit d'images et d'émotions ; tout lien est dans le modèle. | | | | |
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| mot | | | Le mot a toujours en vue ce qui le nie. L'idée, c'est une solide frontière avec l'idée contraire. Le mot est donc dans le regard, l'idée - dans les mesures : distances, surfaces, volumes. | | | | |
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| mot | | | Ils pensent sérieusement, que la représentation du monde peut être prise en charge par des structures grammaticales, tandis que ces piètres structures restent presque entièrement à l'intérieur des frontières de la langue, et les frontières du monde commencent bien au-delà de la langue, quoi qu'en pense Wittgenstein. La langue fait partie des solutions, le monde restera toujours parmi des mystères, que tente de refléter, telles les idées platoniciennes, la représentation. | | | | |
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| mot | | | Il faut lire ce livre, comme on lit une poésie étrangère (où d'abord s'imposent le son, l'allusion et la frontière) : l'abstraction surgissant avant la chose et même rendant celle-ci inutile. | | | | |
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| mot | | | Pour les Grecs et pour Heidegger, une affirmation devient vraie, lorsqu'elle se débarrasse de voiles, qui la cachaient, d'où le dévoilement (aléthéia - Unverborgenheit) ; l'un des contraires populaires de caché (renfermé), c'est l'ouvert, d'où la perplexité d'un mathématicien, qui découvre l'Ouvert heideggérien, se détournant des limites et convergeant facilement aussi bien vers l'apophatique vérité que vers l'arrogant Être (partant de offen – ouvert et tombant sur Offenbarung – révélation ou dévoilement). Cet Ouvert promet une sortie des ténèbres vers la lumière, tandis que celui de Rilke, au contraire, nous conduit d'une lumière facile au bord de la nuit et du rêve. Le mot dé-claration aurait pu signifier un mouvement, opposé à aléthéia : priver une chose de sa clarté. | | | | |
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| mot | | | L'Ouvert, en allemand (das Offene), signifiait jadis (par exemple, pour Hölderlin) - une libre nature, une hauteur montagnarde ; avec Rilke, le mot prit un sens mystique de l'appel des sources ; Heidegger lui donna une tournure topologique, avec le désir des frontières infinies ; enfin, Celan : « L'Ouvert est un domaine sans frontières, où l'homme se libère de lui-même » - « Das Offene ist der grenzenlose Bereich menschlicher Selbstbefreiung » - confond ce qui est sans frontières (l'infini) avec ce qui n'inclut pas ses propres frontières (l'ouvert mathématique ou lyrique que retinrent les commentateurs français). Chez Heidegger, la confusion avec le verbe ouvrir fait de l'Ouvert une espèce d'aléthéia - des mises en lumière de ce qui aurait été dissimulé. | | | | |
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| mot | | | L'analogie entre une logique et une langue : en logique - une représentation Close, une syntaxe, un interprète intemporel qui dégage des substitutions, dans la représentation, et des valeurs de vérité ; la langue - un monde et une représentation Ouverts, une grammaire, un interprète qui dégage un sens dans la réalité temporelle. L'Ouverture signifie une projection vers l'infini, où naissent ou germent la poésie et la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Tout ce qui a un nom a aussi une date et un lieu, ce qui enchaîne et limite. Une liberté profonde : donner au nom existant un sens nouveau ; une liberté haute : trouver un nom nouveau à un sens existant, inventer de belles couronnes de noms honorant l'innommable. | | | | |
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| mot | | | Ni la langue, ni, encore moins, la logique ne représentent le monde (comme le pense Wittgenstein) ; elles ne font qu'en interroger des représentations. Le monde, lui, est plein de beau, de bon et de mystérieux ; mais je me demande, si j'habite le même monde que Wittgenstein, pour qui celui-ci est démuni et d'éthique et d'esthétique, et, en plus : « On n'y trouve aucun mystère » - « Das Rätsel gibt es nicht », tout en le sentant à ses frontières. | | | | |
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| mot | | | Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ». | | | | |
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| mot | | | Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Le même mot pour fin-cible et fin-limite ! Pourquoi s'étonner que le Français soit si raisonneur en fourrant partout cet intrus de causalité racoleuse ? Et si la fin-limite était derrière nous, avant notre premier pas ? Et si la fin-cible servait à aiguiser notre regard et non nos flèches ? | | | | |
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| mot | | | Ce que tes mots peuvent exprimer est infiniment plus vaste, riche et enthousiasmant que tout ce que tu sais. Si, orgueilleux, tu déclares posséder un savoir, refusant toute traduction en mots, alors où bien tu n’es pas maître du mot ou bien ton savoir n’a ni contenu ni frontières ni vecteurs. Ou bien tu te moques de ton lecteur : « Je sais plus que ce que je sais exprimer avec les mots » - Nabokov - « Я знаю больше, чем могу выразить словами ». Plus vaste que le mot n’est que le rêve. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel. | | | | |
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| mot | | | La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations. | | | | |
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| noblesse | | | L'avantage d'une hauteur dynamique : je comprends, que tout horizon n'est pas une cible absolue, mais une frontière, aussi banale que mes murs ou mes bêtises. | | | | |
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| noblesse | | | Sur les axes des valeurs, Aristote cherche des commencements, Kant - des frontières, leurs épigones - leurs points préférés. Mais Nietzsche ennoblit l'axe tout entier, en le munissant d'une même intensité, qui est le fond de notre moi ; cette axiologie s'appelle l'éternel retour du même ; ce qui change en moi n'est pas moi. | | | | |
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| noblesse | | | La sensibilité est le sens aigu des frontières. Frontières de la vie, de la poésie, des nations. L'homme insensible est un contrebandier. L'homme sensible est polyglotte, amoureux de sa patrie. Le danger ou l'ignorance des frontières inviolables travaillent le premier ; l'émotion de frontières, le connu caressant, face à l'inconnu blessant, - le second. | | | | |
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| noblesse | | | Être barbare, c'est ne pas savoir franchir, en toute légalité, les frontières entre une solution et son problème, entre un problème et son mystère. Être sot, c'est seulement ne pas savoir, qu'une frontière non-terrestre existe entre solutions et mystères. Être et sot et barbare, c'est ignorer l'existence de mystères et se dire : « Je me fiche de savoir si un idéal est profond ; je ne lui demande que de m'aider à résoudre des problèmes » - Rorty - « you can forget whether an ideal is deep, and just ask whether it's useful for solving the problems ». | | | | |
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| noblesse | | | Qui, pourquoi, quand, où, comment sont des barrières. D'un côté, ce qui se laisse, de l'autre - ce qui ne se laisse pas expliquer. Ceux qui manquent d'ailes n'envisagent le franchissement que dans un seul sens. La philosophie nous amuse à préfigurer le second et la poésie nous place par-dessus des barrières. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse ne va pas sans la honte, c'est à dire sans quelques éclaboussures provenant de la boue vitale ; elle est donc presque à l'opposé du sacré, qui apparaît chaque fois qu'on trace une frontière entre le pur et l'impur. | | | | |
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| noblesse | | | Deux cultes opposés, celui du centre et celui du premier pas. Le centre dont tout s'éclaire et rayonne ; le premier pas naissant dans une troublante obscurité. Le centre, le problème de l'équilibre et de la paix. Le premier pas, le mystère des ruptures et de l'inquiétude, l'attirance de mes frontières inaccessibles, l'acceptation d'être un Ouvert. Mon soi inconnu hante mes limites ; son hypostase articulée investit mon centre. | | | | |
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| noblesse | | | Les fonctions principales des contraintes : ne pas dire ce que n'importe qui aurait pu dire à ma place, fuir le nominalisme (« Rien de trop juste ! » - J.Joubert), ne pas toucher aux choses exclusivement prosaïques, ne tendre que vers mes frontières inaccessibles, ne pas laisser les idées se répandre jusqu'à l'inévitable platitude finale, ce qui est propre de la réflexion, qui se propagerait sans contrainte. | | | | |
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| noblesse | | | Je parcours mon soi illimité, à la recherche de son essence, je m'arrête aux suites de : je pense, j'agis, j'innove, je suis ému, je maîtrise - pour converger, finalement, vers leur limite commune - je crée. Mais pour qu'elle présente un intérêt, il faut qu'elle ne m'appartienne pas, il faut donc que j'aie un talent, que je sois un Ouvert. Le monde même reste un Ouvert, grâce à la création (Heidegger - « Das Werk hält das Offene der Welt offen ». | | | | |
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| noblesse | | | On admire le mieux le paysage, quand on est pourvu d'un immuable climat : « Soit que nous nous élevions jusque dans les cieux, soit que nous descendions jusque dans les abîmes, nous ne sortons point de nous-mêmes » - Condillac. Les autres répètent, avec Heidegger, qu'ils « se tiennent toujours hors d'eux-mêmes, auprès de l'Être » - « 'Ich bin' ist immer jenseits des Seins, neben dem Sein als ständiger Anwesung » - qu'on soit dans le processus ou dans la frontière, qu'on soit Ouvert ou Fermé, qu'on soit regard ou énergie, on ne démord pas de son soi inconnu, ce gardien de l'être. | | | | |
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| noblesse | | | Le dépassement, nietzschéen ou populaire, en tant que mode de propulsion vers le surhomme ou le superman, est une démarche des Fermés : en-deçà de la frontière, on peut espérer une fraternité artificielle, et au-delà - une plate satisfaction de la volonté de puissance. Ô combien plus noble est l'homme Ouvert, qui se fiche des dépassements, et vit de l'intensité de l'élan, l'attirant vers sa limite, qui ne lui appartient pas ! Chez les Fermés, tout passage à la limite les laisse avec et en eux-mêmes. Une définition d'Ouvert, mathématiquement rigoureuse, se trouve chez un poète : « Sans cesse un désir, vers ce qui n'est point lié, s'élance »** - Hölderlin - « Immer ins Ungebundene gehet eine Sehnsucht ». | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux suffisent pour fixer mes buts ; pour poser mes contraintes, j'ai besoin de regards ; les yeux saisissent mes frontières visibles, le regard me fait tendre vers mes limites, qui ne sont pas à moi, il me rend Ouvert. Mon côté animal perçoit un monde clos ; mon côté humain conçoit un monde ouvert. Beaucoup de liberté sur cet axe, pour un créateur inspiré : « De tous ses yeux l'animal perçoit l'Ouvert, sa profondeur se lit sur son visage. Son être est sans regard » - Rilke - « Mit allen Augen sieht die Kreatur das Offene, das im Tiergesicht so tief ist. Sein Sein ist ohne Blick » - la hauteur de cet Ouvert s'écrit par le regard. Ce, que ne voient que les yeux, m'enferme, fait de moi - une bête, dont la frontière devient sa cage. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme, tel que la Providence l'a conçu, est un Ouvert, c'est à dire il peut tendre vers l'infini inatteignable, sans se quitter. Et cette sublime convergence signifiait la présence divine. Mais l'homme moderne devint un Clos et proclama la mort de Dieu ; tout en lui n'est désormais que fini : « La finitude de l'homme est devenu sa fin »** - Foucault. | | | | |
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| noblesse | | | Un Ouvert entretient la convergence vers des valeurs inaccessibles, sans perdre de contact avec l'accessible, c'est son mérite principal. « Les systèmes de valeurs ouverts, dans leur évolution inachevable, présentent une alternance permanente entre l'expérience rationnelle et l'expérience irrationnelle »*** - H.Broch - « Die offenen Wertesysteme, in ihrer endlosen Entwicklung, stellen einen ständlichen Umtausch zwischen einem vernünftigen und einem unvernünftigen Versuch dar » - une belle définition de la frontière de l'Ouvert humain : des points, dont tout voisinage contienne et de l'irrationnel inatteignable et du rationnel maîtrisé ! | | | | |
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| noblesse | | | Le bonheur nihiliste est le désir, détourné des routes et tourné vers la hauteur. C'est ainsi que je dois comprendre les Anciens, voyant le bonheur dans l'étouffement de nos désirs. Il serait plus sage de n'en chercher le chemin qu'à la verticale de mon regard sur la carte du Tendre. La hauteur est une frontière inaccessible d'un Ouvert ; et le nihilisme n'est pas dans la transgression de plates limites, mais dans la vénération de nos plus hautes frontières infranchissables et dans « l'élan vertical dans l'Ouvert » - Rilke - « den Absprung, senkrecht ins Offene ». | | | | |
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| noblesse | | | Tous les murs sont dans l'horizontalité ; le particulier transi, qui songe à atteindre le chaud universel en saccageant ses murs, se trouve dans la même platitude. La fraternité se gagne en hauteur, où il faut placer ses limites et ses frontières ; celles-ci ne se donnent ni aux pieds ni aux yeux, elles existent pour embraser nos regards. | | | | |
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| noblesse | | | De par ses visées, l'homme est un Fermé côté esprit et un Ouvert côté âme ; le premier ne tend que vers l'accessible, la seconde aspire à l'inaccessible. Le premier à le remarquer fut Héraclite : « Tu n'atteindrais pas les limites de l'âme, même en parcourant toutes les routes »**. | | | | |
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| noblesse | | | Se surmonter, ce serait se détacher de tout ce qui est accessible, même en profondeur, et se donner des limites, en hauteur, et dont l’appel ne ferait qu’entretenir un élan, sans l’espoir de l’assouvir. Celui qui outrepasse ses limites les avait mal choisies, il est un Fermé ; l’homme du rêve est un Ouvert. | | | | |
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| noblesse | | | Mes yeux peuvent se contenter de la réalité, mais mon regard, sollicité par mon rêve, cherche à lui échapper. La réalité est fondée sur les profondeurs communes ; son apparence est accessible à mes yeux ; mais son sens et ses limites ne s’ouvrent qu’à mon regard. Tous les horizons sont fermés ; il me faut l’Ouvert du firmament, où j’aimerais placer mon élan, se matérialisant dans un devenir créateur. | | | | |
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| noblesse | | | Dostoïevsky veut dépasser les limites, et Nietzsche veut réévaluer les valeurs – les limites et les valeurs des AUTRES ! C’est minable, puisque aucune originalité n’est plus possible dans les finalités ; le talent se manifeste surtout dans la fraîcheur et la noblesse de ses commencements ou, faute de mieux, dans l’ardeur ou l’intensité de l’élan vers des limites inaccessibles. | | | | |
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| noblesse | | | Ce n’est pas la longueur de la liste des choses dont tu ne parles pas (N.Chamfort) qui désigne un philosophe, mais la hauteur de l’exigence, qui exclut de ton centre d’intérêts tout ce qui se trouve en-dessous de cette limite. | | | | |
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| noblesse | | | L’élan est un regard intense sur ce que ton étoile désigne au pays de l’inexistant, en absence de tout chemin, tracé par les autres. « Jamais la passion ne touche à ses limites »** - Platon. | | | | |
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| proximité | | | L'homme peut se définir de trois manières, comme on définit des objets mathématiques, par outils ensembliste, algébriste ou topologique : par ses attributs, par ses images ou par ses frontières. Ce qui est mon moi commun, ce qui m'annihile ou constitue mon noyau, ce qui est digne de ma proximité. Mes moyens, mes buts, mes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | L'homme et ses frontières : il est un espace, fermé à l'horizontale et ouvert à la verticale. Toutes ses bonnes limites - lorsqu'on tend vers un soi ascendant ou transcendant - se trouvent hors de lui. « Toutes mes frontières me fuient » - Rilke - « Alle meine Grenzen haben Eile » - mais moi, je suis dans l'élan vers mes frontières. Être un Ouvert, c'est vivre de la hauteur, de l'être : « L'être est la frontière du devenir » - F.Schlegel - « Das Sein ist die Grenze des Werdens ». Le Chinois, qui pourtant ignore l'Être et vit presque exclusivement dans l'horizontalité, pousse jusqu'à voir dans la Clôture (non-communication) la source de tout Mal. | | | | |
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| proximité | | | Avec l'image de limite, on pense soit à une frontière soit à une proximité ; ce qui, chez un Ouvert, crée des fraternités ou fait vivre, simultanément et dans un élan irrationnel, - le lointain appelant, haut et divin, et le proche appelé, profond et humain. | | | | |
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| proximité | | | L'infini des théologiens m'est hermétique ; celui des mathématiciens est beaucoup plus suggestif quant à la nature du divin : il n'est ni naturel ni rationnel ; quoi que je verse en lui, il reste inchangé ; il annihile toute quantité, qui veuille se diviser par lui ; tendre vers lui veut dire que, tôt ou tard, on doive tourner le dos à tout jalon fini. | | | | |
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| proximité | | | Malgré des déviations, en sens inverses, que font subir l'art militaire ou la médecine à la durée de notre vie, les buts, que le Créateur lui assigna, y correspondent admirablement : « Notre tâche est aussi grande que notre vie, ce que lui imprime une illusion d'infini » - Kafka - « Daß unsere Aufgabe genauso groß ist wie unser Leben, gibt ihr einen Schein von Unendlichkeit ». C'est l'ouverture de frontières qui en donne le vertige, l'ouverture que créent les bonnes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Le sacré et le fanatisme : la ligne de partage passerait par l'humilité du premier, par la résignation que ce qu'on vénère est indémontrable, et que la conviction est indéfendable ; le fanatisme part d'une conviction orgueilleuse, qui découlerait des arguments, auxquels les autres restent sourds, parce que infidèles ; le sacré est une coupure dans l'universel, pour l'admirer dans l'intimité des frontières ainsi créées ; le fanatisme est une tentative d'incarner l'universel, d'en être le centre. | | | | |
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| proximité | | | Une vision devient sacrée, lorsque ses frontières dépassent le temps, et elle devient un Ouvert, pour un homme solitaire. Mais les hommes ne cherchent que la sacralité des arches fermées et des temples bondés. | | | | |
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| proximité | | | L'homme est l'ange solitaire, cherchant des murs, et il est la bête sociale, cherchant des portes. Et la raison et le sentiment peuvent aider pour nous unir, mais dans des régions différentes : la raison - dans le monde proche, et le sentiment - dans le monde lointain. Dans le dernier cas, lorsque le lointain touche à l'infini, on parlera d'union sacrée, où le sacré finira par l'emporter sur l'union. | | | | |
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| proximité | | | On ne sait ni dans combien de dimensions il faut fourrer Dieu ni quelle en doit être la figure géométrique préférable. Et l'on magouille avec des rayons et fait passer pour des volumes ce qui n'est que des surfaces tarabiscotées. « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part » - Nicolas de Cuse - « Deus est sphaera infinita, cujus centrum est ubique, circumferentia nusquam ». C'est ainsi que le diable en profite, se place au centre de la dispute de ce jour (journalisme) et finit par tisser partout ses toiles de circonférences. | | | | |
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| proximité | | | Maître Eckhart est plus constructif que Nicolas de Cuse : « Dieu est une sphère intelligible infinie, dont le centre coïncide avec sa circonférence » - « Deus est sphaera intellectualis infinita, cuius centrum est ubique cum circumferentia ». Mauvais géomètres, confondant la sphère-surface d'avec le cercle-circonférence ! Mais quelle jolie métaphore, autorisant la lecture cusaine monadique du cercle, puisque, en négligeant les coordonnées du centre, on en fait l'Un (ou Dieu), au rayonnement indéfini ou variable ! | | | | |
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| proximité | | | L'esprit, l'instinct, le sentiment font de nous un Ouvert, aspiré ou fasciné infiniment par nos frontières asymptotiques ; la raison et l'expérience mettent à notre disposition nos frontières, par un effort fini. Nous sommes ouverts dans notre dimension verticale, et clos - dans l'horizontale ; donc, l'Ouvert de Rilke, s'étendant entre Terre et Ciel, est plus pur que celui de Heidegger, qui introduit dans son quadriparti (Geviert) une dimension inutile, Mortel-Immortel, si proche d'une plate clôture. Le Dieu transcendantal est absent de notre dimension verticale ; Il ne fait que clore nos horizons. | | | | |
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| proximité | | | Impossible d'irradier la fraternité dans tous les sens ; tout de suite je me sentirai girouette. Mais tourner mon visage vers mon frère, c'est tourner mon dos à l'étranger. Mais puisque, aujourd'hui, c'est le commerce et non plus la discorde qui forme la communauté humaine, et puisque le dos, mieux que le visage, s'inscrit dans l'action marchande, l'humanité entière, à travers les barrières, gagne en cohésion. Et un no man's land des sentiments marque une nette ligne de démarcation. | | | | |
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| proximité | | | Topologiquement banal et psychologiquement subtil : un point fait partie de mes frontières, si ma présence se manifeste dans chacun de ses voisinages. L'absence de frontières fera que je ne serai ni clos ni ouvert ; rien à voir avec l'ouverture comme pénétrabilité ou indétermination comme le voient des poètes. Comment qualifier un Ouvert noble ? - mon aspiration vers mes limites inaccessibles. Les yeux s'approprient les limites, le regard les éloigne. | | | | |
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| proximité | | | Les frontières verticales créent des fraternités et élèvent le regard ; les frontières horizontales sèment la haine et baissent notre vue. « Tu élèves le regard, et voilà que les frontières disparaissent » - proverbe japonais. Deux saines réactions : un vertige de liberté et un prurit d'intelligence, pour inventer de nouvelles, plus hautes frontières. | | | | |
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| proximité | | | Face au monde fermé, se trouve l'homme-Ouvert, qui tend vers ses limites, qui ne lui appartiennent pas ; et il connaît d'autant mieux le centre, qu'il devine ou dessine mieux ses frontières. « Le monde est fermé, centré et nécessairement de nature convergente » - Teilhard de Chardin - bien que la clôture n'implique pas la convergence. | | | | |
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| proximité | | | L'origine du nihilisme : un jour on comprend, que les valeurs suprêmes sont indéfendables ; le cynique les range parmi la valetaille de la doxa, le sentimental cherche à reconstituer leur proximité en traçant, à leurs horizons, de vagues frontières, l'ironique les voue au firmament, vide de dieux, ou au lac de Narcisse. Ces valeurs absolues doivent garder leur statut de mystère, que ne préserve aucun problème relativiste de noyaux ou de frontières. | | | | |
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| proximité | | | Faire d'un Fermé humain un Ouvert divin, c'est à dire dessiner des limites, qui ne nous appartiennent pas, mais qui nous appellent et nous interpellent, c'est créer du sacré. Tout sacré est une création humaine, qui nous tourne vers l'inaccessible extatique. | | | | |
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| proximité | | | Mon soi inconnu ne m'appartient pas, tout en inspirant le goût et la création de mon soi connu. Celui-ci est dans l'élan vers les limites soufflées par celui-là, qui, penché sur le monde, serait ces limites mêmes : « Le soi philosophique, c'est le sujet métaphysique, frontière, et non partie, du monde »** - Wittgenstein - « Das philosophische Ich ist das metaphysische Subjekt, die Grenze - nicht ein Teil der Welt » - ce soi ouvert serait donc le soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | L'absence de limite, la non-convergence donc, est prise souvent pour définition d'un homme Ouvert, tandis que c'est, le plus souvent, l'inappartenance de points-limites à cet Ouvert. | | | | |
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| proximité | | | Le monde de nos attirances est triple : le monde des lointains (où règnent l'arbitraire, l'extrémisme, l'irresponsabilité), le monde des proches (où nous guident la solidarité, l'entente, la maîtrise) et enfin le monde de la fraternité (où la démesure se substitue à la mesure). C'est de ce dernier monde que parle Heidegger : « La proximité ne s'établit pas selon la mesure des distances » - « Die Nähe ist nicht durch Ausmessen von Abständen festgelegt ». Le monde où les distances ne s'évaluent que numériquement est un monde sans distances de cœur, sans frontières d'âme. | | | | |
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| proximité | | | Je n'aime pas les frontières, qui servent pour délimiter des enclos, ou même des cloîtres, et dont la clôture me rendrait, mécaniquement, frère des autres renfermés. La frontière désirable est celle qui, inaccessible, m'attire et fait de moi un Ouvert, suivant des yeux de l'âme, et non pas des pieds de la raison, mes propres limites, dessinées par quelqu'un de plus haut que moi. | | | | |
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| proximité | | | Il n'y a aucun contact entre le fini et l'infini, ce qui rend l'aspiration du premier pour le second - divin, irréductible aux choses, mystique. L'infini restera isolé, solitaire. Toute image de l'infini s'inspire du fini en mode traduction, en changeant de langage : c'est le langage de représentation qui change, tandis que ceux de requêtes et d'interprétation peuvent être les mêmes. | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert signifie : dans le temps – vivre dans un élan, asymptotique, infini, toujours recommencé ; dans l'espace – me rendre compte de mes meilleures limites, fascinantes mais ne m'appartenant pas. | | | | |
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| proximité | | | Au commencement humain était certainement la caresse, dédiée à l'épiderme, à la frontière, mais les Commencements divins sont quelque part dans les profondeurs de l'intelligence et dans les hauteurs de la noblesse. « Tu fus plus profond que mes profondeurs et plus haut que mes hauteurs » - St-Augustin - « Eras interior intimo meo et superior summo meo ». | | | | |
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| proximité | | | En étendue et en profondeur, l'homme moderne traque l'infini de plus en plus près ; le savoir et l'intelligence franchissent toujours de nouvelles limites. La dimension, abandonnée, écroulée, improductive, est la hauteur ; il ne reste plus d'hommes nobles, ouverts à l'appel du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n'a pas de limites ; Il est dans l'existence même de limites : pour la matière, pour mon rêve, pour la voix du Bien, pour l'émotion du beau, pour la puissance du vrai. | | | | |
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| proximité | | | La poésie est l'art d'entretenir la sensation du lointain, même dans la vie la plus proche. Mais cette sensation est, tout entière, dans l'élan initial. Le poète est un Ouvert, fasciné par ses limites intouchables. « Je suis resté poète jusqu'aux limites les plus lointaines » - Nietzsche - « Ich bin Dichter bis zu jeder Grenze geblieben ». | | | | |
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| proximité | | | Ma conscience, c’est ma surface, ou ma frontière. À partir d’elle, je peux soit me livrer à l’introspection de ma profondeur divine, soit me vouer à la hauteur de la création humaine. l’Être ou le Devenir, et ma conscience inaccessible me rend Ouvert dans les deux directions. Mais je dois munir ce Devenir d’assez de mystère et d’intensité, pour le rendre digne de mon Être. Me sentir dans un même milieu, en franchissant la frontière – le plus haut bonheur ! | | | | |
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| proximité | | | Mes actes, créatifs ou contemplatifs, maîtrisent, ou au moins sont en accord avec les voix du vrai ou du beau, que j’entends au fond de mon soi connu. Mais la voix du Bien, au fond de mon soi inconnu, reste sans écho ou constate d’irréconciliables dissonances. Mais, dans tous ces cas, la limite, vers laquelle converge mon enthousiasme, ne peut avoir qu’une origine divine. « Il faut chercher ce qui est au-dessus de la pitié et du Bien - il faut chercher Dieu » - Chestov - « Нужно искать того, что выше сострадания, выше добра. Нужно искать Бога » - on sait, que ces recherches sont vaines, il suffit donc de vénérer cette limite introuvable. | | | | |
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| proximité | | | Assis, ta limite est un livre (pour penser), debout – un horizon (pour dominer), couché – un firmament (pour rêver) ; je ne suivrais donc ni Flaubert ni Nietzsche. | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert : ne s’attacher ni aux frontières ni aux parcours, mais à l’élan, au commencement, au regard sur l’inaccessible. L’intensité atopique, opposée à la vitesse et aux lieux. | | | | |
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| proximité | | | L’infini : soit c’est une limite intellectuelle inaccessible, vers laquelle on peut, doit ou sait tendre – c’est l’élan vital ou le Dieu inconnu ; soit c’est un mot fourre-tout, accueillant toutes les énormités métaphysiques que la raison refuse d’envelopper ou de développer. | | | | |
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| proximité | | | On se rapproche des autres par des valeurs communes, tandis que mes appels à la fraternité partent de mes vecteurs personnels. Mais l’élan individuel, contrairement aux mythes nationaux, est incompatible avec le sacré qui est toujours collectif ; on ne peut l’imaginer sans lieu ni date. Alors je l’invente à l’échelle de notre planète, sans frontières, sans l’Histoire. Heureusement, la Terre est bourrée de mythes de la Création divine. | | | | |
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| proximité | | | Nous pouvons toujours améliorer nos pourquoi et nos pour quoi, mais nous n’atteindrons jamais leurs limites, qui appartiennent au Créateur. | | | | |
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| russie | | | En Orient, ils réussissent à être à égale distance de tout. En Occident, on est toujours dans l'épicentre de la vie. Le moi oriental s'éclipse en embrassant un infini sans forme. Le moi occidental s'étiole en mille directions indifférentes. Plutôt mort qu'esclave, dit l'Européen. Plutôt esclave que pécheur, disaient nos ancêtres. Plutôt pécher que sacrifier, disent-ils aujourd'hui, tous. | | | | |
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| russie | | | Le Russe vit avec le sentiment, que le mal, qui le frappe est un mal périphérique et banal, hors des lieux, où se concentre son vrai dessein. Résister à la tentation de résister ! | | | | |
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| russie | | | Les frontières russes, de la norvégienne jusqu'à la chinoise, - nulle part ailleurs, sur notre globe, les civilisations, des deux côtés de frontières, ne sont aussi dissemblables. « La Russie, ce n'est pas un État, mais un continent » - Pierre le Grand - « Россия не царство, а часть света ». | | | | |
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| russie | | | Les apprentis-philosophes français, viscéralement anti-russes, cherchent dans les récentes expéditions russes au Caucase les seuls parallèles avec ce que Pol-Pot infligeait à Pnom-Penh ou Hitler - à Varsovie. Elle est si nette et si sans appel, leur frontière entre justes et injustes. Je ne sais pas, où ils mettent les oubliés de Léningrad et Stalingrad, martyrisés par des barbares injustes, mais j'aurais pitié des enfants de Dresde, Berlin ou Hiroshima, crevant de la main des barbares justes. | | | | |
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| russie | | | C'est l'oppressante sensation des frontières qui attire vers la hauteur ; la vastitude de la terre russe, où aucun horizon ne ferme la perspective tribale, favorise davantage le goût de la profondeur. La pensée de la terre, comme du seul élément vital, éloigne de la liberté, qui préfère le feu, l'eau et l'éther. | | | | |
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| russie | | | Compatriote de l'arbre, compatriote du mot - cette tribu n'existe plus, depuis que la forêt et les codes d'accès surveillent les frontières. Mais si l'on se perd dans la forêt, c'est dans l'arbre qu'on se trouve. « Têtes inconnues emménagent dans mon pays ; ni sous mon arbre ni dans mon mot »** - Tsvétaeva - « Новосёлы моей страны ! Из-за древа и из-за слова ». | | | | |
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| russie | | | Les diversités urbaine ou mentale sont difficilement compatibles. Ainsi, pour certains, la Russie serait « minimum de diversité avec maximum d'espace » - Kundera. C'est ce qu'on constate en Russie, quand l'œil ne s'arrête que sur des objets de la civilisation - le confort du corps. L'inquiétude de l'âme repose sur des objets de la culture. Mais cet œil-ci peut manquer même aux spécialistes de l'histoire byzantine. La Russie est le seul pays au monde, où le gouffre entre la civilisation et la culture est infranchissable. | | | | |
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| russie | | | Comme tous les pays européens, la Russie tsariste fut impérialiste ; la Russie soviétique, pour la première et, sans doute, la dernière fois, dans l'Histoire, se voulut internationaliste, sacrifia ses intérêts nationaux, tenta de voir un frère dans tout Terrien, s'écroula sous un poids insupportable (même le Goulag, en tant qu'un levier économique, ne sauva pas l'affaire), s'écroula au grand soulagement des acheteurs et vendeurs concurrentiels que devinrent tous les candidats au titre fraternel. Quand mon seul frère est mon prochain impassible, calculé sur une échelle commerciale, j'oublierai ce qu'est, sur une échelle du cœur et du rêve, mon lointain vibrant. | | | | |
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| solitude | | | Ce n'est pas au ciel que je trouve spontanément la hauteur la plus proche ; elle se présente dans mon souterrain, troué par des soupiraux des profondeurs, et me propose de déménager nuitamment dans ses ruines. « L'homme du souterrain, qui creuse dans les profondeurs, veut garder sa propre obscurité, car il sait, qu'il aura son propre salut, sa propre aube » - Nietzsche - « Der Unterirdische, der in der Tiefe Grabende, will seine eigne Finsternis haben, weil er weiß, daß er seine eigne Erlösung, seine eigne Morgenröte haben wird ». Souterrain, l'âme du château en Espagne ; « l'esprit du château fort, c'est le pont-levis »* - R.Char. | | | | |
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| solitude | | | Si mon écrit s'adresse aux autres, j'y suis surtout un géomètre, un Fermé, aux frontières familières ; je deviens mystique dès que je parle à moi-même, je deviens un Ouvert, puisque je ne me connais que par mon élan vers mes frontières infinies. Être mystique, c'est suivre l'attirance de mon âme vers ce monde silencieux, la demeure de mon soi inconnu, ce soi qui ne se révèle à moi-même que par une musique naissante, et que cherchera à interpréter mon esprit. | | | | |
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| solitude | | | Le bagne fut ma première patrie ; ensuite, d'un exil je fis l'une des suivantes, ce qui me permit de ne recevoir que des mains de Dieu le permis de séjour au pays des frontières, des horizons et surtout - des firmaments. | | | | |
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| solitude | | | La patrie, c'est l'affirmation d'un tas de choses, où le doute est exclu. Les grands en nient tellement, qu'ils rejoignent plus facilement leurs égaux au-delà des frontières et finissent par ne plus avoir de patrie. D'où la grandeur presque naturelle des exilés. | | | | |
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| solitude | | | La fraternité est affaire des solitaires ; c'est la rencontre, au fond d'eux-mêmes, d'une nature et d'une culture qui dessine les frontières du sacré fédérateur. Tout le contraire d'un troupeau : imitation de l'extérieur, solidarité intéressée, nature tribale et culture provinciale. Je lis tant d'humanité universelle dans le regard d'un narcissique doué ; tandis que les yeux d'un grégaire, cherchant à embrasser, emphatiquement, l'universel, ne reflètent que son auge. | | | | |
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| solitude | | | L'ouverture au monde, dont se gargarisent les grégaires, ne me rendra pas un Ouvert, car je suis un Ouvert grâce à mes propres frontières, cibles ou limites, et qui ne sont ouvertes qu'en-deçà de mon soi. | | | | |
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| solitude | | | L'exil n'est ni thérapie pour mes doutes, ni transplantation de mes certitudes ; il est une excellente occasion pour tirer diagnostic de ce qui, chez moi, n'est que mortel et pour me concentrer sur cet obscur immortel, qui vivotait en moi et qui ne se présente qu'au-delà des frontières. | | | | |
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| solitude | | | Il n’y a plus de frontières entre la foule et l’élite officielle ; la seconde est de plus en plus émanation, complice et symbole de la première. Il n’y a plus de solitaires, plus de poètes. « Poète, fuis la gloire populaire ; et que la liberté te guide où tu vivras tout seul » - Pouchkine - « Поэт! не дорожи любовию народной. Живи один. Дорогою свободной иди ». | | | | |
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| solitude | | | Je me sens étranger partout, que ce soit dans l’espace ou dans le temps, en-deça de cette frontière ou en-deça de ce changement de millénaire. Je ne connais plus un tout, dont je serais une partie ; je ne perçois que des tas, auxquels je n’ai rien à ajouter. | | | | |
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| souffrance | | | L'algorithme vint se substituer aux trois origines de nos parcours vitaux : au destin, au hasard, au mérite. Les naïfs continuent, pourtant, d'évoquer les ombres disparues. « Seuls les malheureux croient encore en Destinée ; les heureux, eux, attribuent leurs succès à leurs propres mérites » - Swift - « The power of fortune is confessed only by the miserable, for the happy impute all their success to prudence or merit ». Ils ne veulent pas reconnaître qu'un calcul, bas et précis, détermine leurs vies, réduites aux pas intermédiaires d'un projet collectif. Personne ne cherche plus une consolation, vague mais haute, du premier pas ou du pas dernier, qui sont les deux limites inaccessibles du nec plus ultra ? | | | | |
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| souffrance | | | Pour un créateur, quelle jouissance que de sentir la source mystérieuse de ses meilleures trouvailles – en soi-même, ou, mieux encore, - dans son soi inconnu ! Cette conscience me visite entre la nuit de mon étoile et le jour de mon action, aux frontières entre l'élan et la honte. De nuit ou de jour – on souffre : « Quelle cuisante douleur que de porter soi-même nuit et jour, comme son propre témoin » - Juvénal - « Poena vehemens, nocte dieque suum gestare in pectore testem ». | | | | |
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| souffrance | | | Tant d'abusives équivalences dans la chaîne : connaître, être, penser, souffrir. Chez les repus, c'est le même degré d'ennui, dans chacune de ces sphères, qui les prive de la sensation des frontières. Chez l'homme sensible, leur point commun, c'est la propension à tout envahir et c'est justement la résistance de notre volonté, qui en trace les frontières. | | | | |
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| souffrance | | | Le tragique : une noblesse intérieure vivante ne trouvant pas (ou plus) d'écho, d'expression ou d'interprétation dans le réel ou l'imaginaire extérieurs, même artificiels. Sans conflit, sans annihilation, sans contradiction – la fatalité d'une frontière infranchissable. Le tragique naît des constats et non pas des négations. | | | | |
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| souffrance | | | Encore un axe, méritant une même intensité du regard, - étonnement - désespoir (l'espérance, elle, a un autre contraire - le cynisme, et c'en est un autre axe, moins philosophique et plus fiduciaire). Plus profondément on se désespère, plus hautement on s'étonne. « Tant que l'homme s'étonne, il ne s'approche pas du mystère de l'être. On n'atteint les limites de l'existant que par le désespoir » - Chestov - « Пока человек удивляется – он еще не коснулся тайны бытия. Только отчаяние подводит его к пределам сущего » - et l'être et l'existant pataugeant dans la platitude, on doit accorder à l'étonnement et au désespoir le droit de garder leur profondeur et leur hauteur, ces limites qui hébergent les mystères. | | | | |
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| souffrance | | | La source et le commencement sont deux milieux différents ; la paix de mon soi inconnu gît dans mes sources, et l'intranquillité de mon soi connu préside à tout commencement créateur. L'unité primordiale, sans langage, sans représentation, sans frontières, règne dans les sources ; le déchirement, le déracinement, l'ouverture accompagnent toute éruption des commencements. « Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs » - La Rochefoucauld – et si mon vrai soi, le soi inconnu, invérifiable, était ailleurs ? - comme la vraie vie. | | | | |
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| souffrance | | | Consoler, ce n'est pas remplir le vide, laissé par une perte. Consoler, c'est créer du sacré, en traçant une telle frontière dans la conscience, que l'horreur irréversible et la beauté incontestable se trouvent côte-à-côte, du même côté, face à l'indifférent ou à l'inconsolable. La consolation, c'est une grande fraternité dans l'intemporel. | | | | |
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| souffrance | | | Le commerce, la technique, la voirie, la médecine, la police, la science, la vanité interceptent et étouffent mille angoisses, qui travaillaient le sauvage et lui faisaient dresser les cheveux ou les griffes. Et je me mets à attendre ma propre mort comme date-limite d'un produit périssable. « Encore un peu, et une mort bien à toi sera aussi rare qu'une vie bien à toi »* - Rilke - « Eine Weile noch, und ein eigener Tod wird ebenso selten sein wie ein eigenes Leben ». | | | | |
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| souffrance | | | L'art relève le défi des certitudes, que bercent mon enfance, ma patrie, mes expériences. « L'art et l'exil combattent le sort » - Hugo. Il faut s'exiler, ne fût-ce que dans l'art, pour rêver d'une lumière d'au-delà des horizons et ne voir ses propres ombres qu'aux frontières. L'enracinement fermé est canular félon, le déracinement ouvert - défi fécond. | | | | |
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| souffrance | | | L'exil, c'est l'entretien de la sensation du voyage permanent, sans routes ni jalons ; et Descartes dit quelque part, qu'on ne réfléchit qu'en villégiature - ambulandi cogitatio - (Kant et Hegel se contentant d'une marche, et Nietzsche prêchant l'immobilité de l'éternel retour, ce contraire de toute bougeotte). Quel dommage que le Moi sédentaire du je suis ne soit connu des autres que par l'erratique non-moi du je pense ! | | | | |
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| vérité | | | La vérité est question de nos horizons, comme la noblesse ne se lit que sur notre échelle verticale, où se situe le grand Ouvert de l'homme. L'horizon, lui aussi, peut être ouvert ou fermé – mais dans les deux cas, la vérité évolue dans la platitude, son cadre normal. Toutefois, la fermeture, comme la monotonie, y paraissent être presque obligatoires, pour éviter des dérives événementielles. | | | | |
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| vérité | | | L'idéal, comme la poésie, sont propres à une nation et reflètent ses errances plus que ses certitudes. « La vérité est la même chez tous ; mais chaque peuple a son mensonge, qu'il nomme son idéalisme »** - R.Rolland. Les idéaux sont à l'origine d'un nouveau climat ou d'un nouveau langage, origine qui est matérialisée par une frontière sacrée ; la vérité est hors tout climat et appartient au langage fixe, apoétique. | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'est pas seulement une pierre de touche des mensonges courants, mais ce parangon peut se transformer en pierre d'achoppement pour des vérités anciennes, et l'ancien mensonge, accédant au titre de vérité dans un nouveau langage, en sera peut-être la pierre angulaire. | | | | |
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| vérité | | | La vérité appartient au langage (langue, avec sa logique syntaxique, plus représentation, avec sa logique sémantique) ; son contraire, intuitif ou purement langagier, pourrait appartenir à un autre langage et y être non moins vrai ; et les langages ne sont que des traductions différentes de la même réalité. « Vérité signifie traduction et valeur de traduction ; réalité signifie l'intraduit – le texte original même »** - Valéry. Pour l'enrichissement de vérités, les heurts frontaliers sont plus prometteurs que les barrières langagières ou douanières. Savoir manier la vérité, c'est savoir franchir les frontières des langages. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai, en tant qu'un des universaux médiévaux, coïncide avec le réel, avec le parfait, avec le pré-créé. Curieusement, c'est par des dyades, plutôt que par des triades, qu'on les perce le mieux : le bien, avec ses facettes de pitié et de justice, le beau, avec celles de création et de jouissance, le vrai, avec celles de représentation et d'interprétation, - le cœur, l'âme, l'esprit. Nous sommes des Ouverts, sur la première facette, et des Fermés – sur la seconde. Être un Ouvert, c'est accorder à l'inconnu la valeur de nos limites inaccessibles : le bien, net, mais intraduisible en langage des actes ; le beau, inspiré par un obscur idéal et répugnant aux choses mêmes ; le vrai, constatant la merveille de l'horloge et nous faisant nous agenouiller devant l'Horloger inconnu. Tout créateur finit par s'identifier avec ses facettes ouvertes. | | | | |
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| vérité | | | Les trois catégories d'hommes, en fonction du milieu, dans lequel ils placent la vérité : dans la réalité (les hommes d'action et les naïfs), dans la représentation (les logiciens et les scientifiques), dans le langage (les fanatiques et les poètes). Et ils placent le critère de vérité, respectivement, dans la monstration (adaequatio), dans la démonstration (preuve), dans la création (musique). On a de bonnes chances d'être philosophe, quand on sait accompagner la vérité dans le franchissement de ces frontières, sans trop de dégâts, mais en en changeant d'identité, les frontières gardées par le douanier, qui est le bon sens. | | | | |
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| vérité | | | Je connais et vénère des merveilles du langage et de l'intelligence ; je ne connais pas une seule vérité qui me mettrait en transe. « La langue et l'esprit ont leurs bornes ; la vérité est inépuisable » - Vauvenargues. – celui qui arrive à puiser dans la platitude a certainement du mérite. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai, le beau, le bon sont trois motifs exhaustifs et incontournables, pour remplir tout regard philosophique universel. Mais leurs matières, leurs sources, leurs valeurs sont incommensurables entre elles ; c'est pourquoi l'aspect systémique, chez un philosophe, est des plus secondaires, aucun trafic substantiel n'existant aux frontières. L'usage le plus juste consisterait à vouer le bon et le beau – à la recherche de consolations, et le vrai – à l'étude du langage. | | | | |
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| vérité | | | À la merveilleuse aptitude des yeux de changer de focalisation (ce qui dictera ton interprétation du réel) correspond une aptitude de focalisation de ton regard (ce qui guidera ta représentation de l’idéel). À partir d’une focalisation se forme un langage à part, traçant de nouvelles frontières entre le vrai et le faux. | | | | |
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