| chœur action | | | ART : La littérature a beaucoup à apprendre de la musique ou de la peinture pour devenir aussi désintéressée qu'elles. L'art devrait magnifier l'immobilité des mains et les pérégrinations de l'âme. Se désintéresser des pas et s'occuper des rythmes, se moquer des cibles et s'identifier avec des cordes, aimer la flèche immobile. | | | | |
|
| action | | | Je suis dans l'art de l'arc bandé, non dans l'adaptation aux cibles. Mais j'imagine un zoïle sarcastique ou un aristarque caustique, armé d'une épingle et venant de triompher d'un ballon, devant lequel il me voit, gauche et empêtré dans des poses inadéquates. Et « tu casseras vite ton arc, si tu le tiens toujours tendu » - Phèdre - « Cito rumpes arcum, semper si tensum habueris ». | | | | |
|
| action | | | Pour être bon archer, on n'a pas besoin de cible - telle est la leçon de l'arc bandé et de la corde raide. Mais « pour toucher une cible, il faut en avoir eu une » - proverbe grec. | | | | |
|
| action | | | La multitude de flèches non décochées est telle, que je dis à mon âme illuminée : nous nous battrons à l'ombre. | | | | |
|
| action | | | Le souci heideggérien semble être un bon compromis entre l'action et le rêve - l'intensité d'une corde tendue, face aux cibles de l'action et aux flèches du rêve, l'être se résumant mieux dans la puissance que dans le sens ou dans les sens. | | | | |
|
| action | | | Je ne suis que cordes (mon être), mais on ne me connaît que d'après mes flèches et mes orchestrations (mon étant). Or je ne suis jamais descendu dans les arènes ni fosses - comment m'entendre avec les existentialistes ? | | | | |
|
| action | | | La volonté de puissance (ou plutôt le désir de force) ne concerne ni les muscles ni, encore moins, la flèche décochée, mais exclusivement, la corde, sa tension, l'intensité entre elle, mes doigts et mon regard (c'est la dynamique aristotélicienne face à son énergie). Mais les hommes n'en retinrent que la force de frappe et la cible frappée. L'homme vaut par « les flèches, sans cible, de sa raison »** - Tennyson - « the viewless arrows of his thoughts ». | | | | |
|
| action | | | Il est inévitable que, de temps en temps, mes carquois se trouvent remplis de flèches ; toutefois il faut ne leur chercher que des arcs puissants et de dédaigner les cibles qui, toujours, profanent de bons muscles. | | | | |
|
| action | | | Quand je vois la misère, triomphale, tribale et grégaire, de ceux qui auraient touché leur cible et qui brandissent leur arc, mon admiration redouble pour « la pure race de cette corde tendue, qui est le bonheur même »** - Pasternak - « породистость или натянутость тетивы, и это счастье ». | | | | |
|
| action | | | Ce qui est grand dans le combat de Nietzsche, c'est qu'on ne voit jamais ni ses ennemis ni ses alliés ni l'origine du conflit ni les trophées escomptés ni la direction de ses flèches. On sent une corde bandée, on oublie les carquois. L'intensité. | | | | |
|
| action | | | Exercices de circonstances - c'est ainsi que Voltaire et Valéry voyaient la poésie. Bander, de temps en temps, mon arc et ne pas craindre de rejoindre l’au-delà sans vider mon carquois. L'essentiel n'est ni dans les flèches, ni dans les cibles, mais dans l'attouchement de certaines cordes et leur bonne tension. « L'espoir, c'est la flèche qui vole, tout en restant au fond du carquois »** - Kierkegaard. | | | | |
|
| action | | | Nég-liger veut dire ne pas lire, et ne pas négliger le Verbe signifie - Le lire, et non pas agir. Être davantage attiré par les sons de Ses cordes que par la précision de Ses flèches. Cette puissance sans actes ne fut jamais appréciée que par des stylites : « Où trouvera-t-on jamais dans le monde une faculté qui se renferme dans la seule puissance sans exercer acte ? » - Leibniz – dans la philosophie moderne, il ne reste plus de place aux relations unaires ; on n'imagine plus ni l'esprit ni l'âme seuls, sans médiation de leurs cibles. | | | | |
|
| action | | | N'importe qui peut soulever la chose, dont on connaît le point d'Archimède ; s'arrêter à la recherche de celui-ci, c'est comme maîtriser une corde tendue, qui a aussi peu besoin de cibles que de flèches. | | | | |
|
| action | | | J'évaluerais l'archer non pas en traces et en grammes, mais en grâce et en flamme ; pour la première gloire, il faut décocher des traits, être Achille, pour la seconde - s'enticher de ses propres traits, être Narcisse. Tenir à la lumière des autres ou être sa propre ombre. « Tire tes flèches, et tu deviendras une lumière pour les hommes » - Homère. Janus du jour, Janus de la nuit – ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. | | | | |
|
| action | | | Nos actes constituent le fond et nos rêves – la forme de l’existence. La forme, qui m'attire, est un tamis aux mailles imprévisibles, au point que les graines de la vie retenues constituent un fond promis à la prochaine secousse. « L'existence humaine : l'effort qui se complaît à lui-même » - Ortega y Gasset - « La existencia del hombre : esfuerzo que se complace en sí mismo » - la pose d'un archer, qui se moque de ses cibles. | | | | |
|
| action | | | L'espoir - la flèche, qui ne quitte pas l'arc bandé ; le désespoir - la découverte qu'aucune cible touchée n'ennoblissait l'effort des cordes. « Rien de plus apaisant qu'un canon chargé » - Heine - « Es gibt nichts stilleres als eine geladene Kanone ». Devant mon adversaire surarmé, l'action triomphante, l'arc est mon arme de dissuasion, censé ne jamais servir. | | | | |
|
| action | | | La philosophie au marteau dionysiaque de Nietzsche (ou le marteau de l'art, chez Marx, défiant le miroir, ou le bistouri de Foucault neutralisant la folie) porte la même innocuité que l'arc d'Apollon, dont on ne fait que bander les cordes, ou la lance de Don Quichotte, qui ne sert qu'à pointer le ciel, tout en ratant les moulins. | | | | |
|
| action | | | La volupté est la volonté de ne pas agir, les yeux ouverts, mais de rougir ou rugir, les yeux fermés. La volonté en puissance est un thème à creuser, puisqu'on sait que : « la volonté d'agir écrase la pensée »** - Heidegger - « Der Wille zum Handeln überrolt das Denken » - il faut donc choisir entre volonté en tant que corde tendue ou en tant que flèche décochée, ou, comme dirait Aristote, entre la volupté en puissance et la volonté en acte. | | | | |
|
| action | | | Ce n'est pas parce que la cible lui « fait défaut » (Nietzsche) que le nihiliste néglige de lâcher ses cordes, mais la vulgarité des flèches lui fait mépriser le métier d'archer. Comme d'ailleurs les métiers de vivre ou d'écrire : « Avoir écrit te laisse comme un fusil, une fois le coup parti » - Pavese - « Aver scritto ti lascia come fucile sparato ». | | | | |
|
| action | | | C'est le souci de l'acuité de mes flèches et de la bonne tension de ma corde qui doivent me préoccuper davantage que la raison ou même la hauteur de la cible ratée. « Quand l'archer rate sa cible, c'est en lui-même qu'il cherchera la raison de l'échec » - Confucius ; il restera aussi bête, s'il ne la trouve pas dans le relâchement des cordes. | | | | |
|
| action | | | Le Grec chantait la pose d'archer, et le Romain - l'efficacité des flèches. « Je loue la direction si ferme de tes flèches » - Lorca - « Canto la firme dirección de tus flechas ». C'est déjà mieux que de chanter les cibles atteintes, mais moins noble que de n'admirer qu'un arc tendu. La foudre d'Héraclite est une flèche décochée, tandis qu'il vaut mieux se contenter de créer une tension entre la flèche immobile et sa cible filante. | | | | |
|
| action | | | Bien dessiner un but est aussi honorable que se refuser certains moyens ou s'imposer certaines entraves. | | | | |
|
| action | | | Nietzsche arrive bien à ce postulat désabusé : il n'existe pas de moyens nobles pour atteindre un but noble ; mais au lieu de rétrograder le but visible au titre de source illisible, il se met à accepter tous les moyens, y compris ceux qui n'anoblissent guère le but. | | | | |
|
| action | | | Il faut transférer vers le statut de contraintes ce que d'autres considèrent comme causes, moyens, engrais ou aliments ; contrairement à ceux-ci, la bonne contrainte part des commencements et constitue la tension d'une corde, qui se substitue à l'intérêt pour des cibles. | | | | |
|
| action | | | Ne viser que les premières ou les dernières des cibles de l'homme, sans relâcher la corde de ton arc, comme un certain marteau philosophique (Nietzsche) ne visait que les clous, destinés au berceau ou au cercueil de l'homme. La médiocrité des contraintes est pire que la médiocrité des buts. | | | | |
|
| action | | | Ce sont les coupures nécessaires de notre devenir qui dévoilent les coutures possibles de notre être ; les profonds changent de but, les hautains changent de contraintes ; mais une fois le résultat profond atteint, on comprend, qu'il aurait pu l'être plus élégamment par un changement de contraintes plutôt que de buts. L'intelligence profonde, la stratégique, cède en attraits à l'intelligence hautaine, la représentative et l'interprétative. | | | | |
|
| action | | | Se sentir flèche pointant une cible inaccessible et chercher à faire de sa vie une tension digne de cette distance à ne jamais parcourir. Exercice des moyens et test des contraintes. « La dignité de l'homme se fonde et tombe avec ceci : il peut se donner des buts inaccessibles » - H.Hesse - « Die Würde des Menschen steht und fällt damit, daß er sich die Ziele im Unerreichbaren setzen kann » - élan et chute - la tragédie d'Icare. | | | | |
|
| action | | | Sentir sa force, en mesurer l'ampleur, plutôt que l'employer, la profaner par le hasard des cibles. Tant de ressources de la faiblesse sont nécessaires, pour résister aux tentations de la force. « C'est dans la faiblesse que ma puissance donne toute sa mesure » - St-Paul. | | | | |
|
| action | | | L’homme est cerné, d’un côte, par le possible et, d’un autre côté, par l’impossible ; il est Ouvert du côté de l’impossible et Fermé du côté du possible ; il est donc dans le rêve de l’inatteignable et dans l’action vers une cible à toucher. | | | | |
|
| action | | | On prouve sa liberté intérieure en ne mettant sur la balance divine que l'impondérable volonté et non pas le poids des actes. La corde tendue et non pas les flèches décochées. Aucun acte extérieur ne fut commandé par Dieu ; dans la hauteur de Son Bien se trouve la honte, et dans la profondeur – l’humilité, les deux - sans ni quoi ni pourquoi. | | | | |
|
| action | | | Tout vrai idéal est une chimère, et l'on ne peut que la rater. Si l'on pense le contraire, c'est qu'on s'était trompé de cible ; l'idéal est intact, tant que la corde est tendue et la flèche n'est pas décochée. Le pays de Cocagne n'a pas de frontière commune avec l'Arcadie. « Il y a quelque chose de plus triste que de rater ses idéaux : c'est de les avoir réalisés » - Pavese - « C'è una cosa più triste che fallire i propri ideali : esserci riusciti ». | | | | |
|
| action | | | Mes actions font appel à ma force ou à ma musique, à l'arc ou à la lyre. Je tends le mieux les cordes d'arc - dans une attitude malgré ou contre. La lyre se tourne vers le oui fraternel, elle n'a pas grand-chose à gagner avec des ennemis : « L'ennemi, lui aussi, fait vibrer ta corde sensible. Pour qu'elle casse »* - S.Lec. Tandis qu'avec l'arc « nos vrais ennemis sont silencieux »* - Valéry – pour nous faire relâcher nos cordes désœuvrées. | | | | |
|
| action | | | Depuis Pindare ou Thomas d'Aquin, on sait, qu'il faut tenir pour intelligent celui qui ne vise que des fins accessibles. Mais je crois, que c'est surtout celui qui sache choisir le meilleur organe d'accès : l'esprit, la main ou le regard. L'arc précis, la flèche décochée ou la corde tendue. | | | | |
|
| action | | | La volonté peut s’imprégner de trois sources d’intensité : la puissance (autorisant des commencements), la rigueur (assurant un parcours harmonieux), la profondeur (visant des cibles lointaines). Mais quand on a le talent, c’est-à-dire la hauteur, les deux dernières sources se réduisent à la seule première. | | | | |
|
| action | | | Abandonne les flèches, pour vivre de la vibration de la corde : « De chasseurs nous devenons chasse » - G.Bruno - « Non siamo più cacciatori, ma caccia ». | | | | |
|
| action | | | Avec l'arc, cette arme à air, on peut briller, sans décocher de flèches, rien qu'en bandant sa corde. Avec l'arme à feu, on ne dit rien de ses muscles, si l'on ne la charge qu'avec des cartouches à blanc. Sachant ces dangers, les sots modernes se vouent aux armes terre-à-terre ou à liquéfaction. | | | | |
|
| action | | | Les cibles prouvent l'existence du Créateur ; les flèches t'incitent à garder la tension des cordes de ta création. La cible est chose vue, la flèche est vision, et la corde - regard. Toutes les cibles se fanent et les triomphes des flèches avec. « De quelle flèche le vol ne s'arrête-t-il jamais ? La flèche, qui frappa sa cible » - Nabokov - « Какая стрела летит вечно ? - Стрела, попавшая в цель ». La fierté des flèches est dans la tension des cordes de l'arc d'Apollon. Lâcher la corde, c'est être entaché par la horde. Derrière toute flèche décochée t'attend une tunique d'Héraclès. | | | | |
|
| action | | | Dans l'opposition entre la tension de la corde et les flèches touchant leur cible, entre la maîtrise et l'accomplissement, entre potentia et actus (entre la dynamique et l'énergie aristotéliciennes, entre la potentialité et l'actualité kantiennes ou heideggériennes), je me range résolument du côté opposé au Stagirite et aux phénoménologues, pour le recueillement de l'âme, contre l'extraversion de l'esprit. Tout ce que l'esprit perçoit dans le contact avec les choses, l'âme le conçoit dans l'isolement et dans la solitude. | | | | |
|
| action | | | Les événements devinrent si prévisibles, transparents et insipides, que seule l'éloquence journalistique en entretient encore l'intérêt. Et dire, que, jadis, les meilleurs orateurs appelaient au silence, face aux faits, si pittoresques ou/et si horribles. La vraie éloquence vise, au-delà d'un état de fait, - un état d'âme. Pour fixer le fait, il faut décocher des flèches ; pour atteindre l'âme, il suffit de bien bander son arc. L'art est un état d'âme, et l'intelligence est un état de faits. | | | | |
|
| action | | | Apollon nous soulève et Dionysos nous enivre, quand Aphrodite présente la cible. Notre vie est donc dans le souvenir d'une corde, jadis tendue, et des cibles anéanties, le mystère de la flèche, qui ne vole peut-être même pas. Et l'art est l'arc, que la vie quitte pour les cibles. « Nous vivons entre l'arc lointain et la trop pénétrante flèche » - Rilke. | | | | |
|
| action | | | Une maxime n’est pas une flèche frappant une cible ; elle est une noble contrainte, réduisant ton arsenal aux meilleures flèches et plaçant dans tes plus hauts horizons les plus valables des cibles. La beauté avant la justesse ; le regard avant l’action. | | | | |
|
| action | | | C’est la souplesse de l’arc, plus que l’acuité de la flèche, qui fait de bons archers. Les meilleures visées se font dans l’immobilité. « Partir, ce rêve de tout projectile » - P.Morand. | | | | |
|
| action | | | La belle force est naturelle – bons yeux, bons outils, bonnes cibles ; la belle faiblesse est artificielle – regard sélectif, commencements imprévisibles, acquiescement sans discernement. La force constitue le fond ; la faiblesse cisaille la forme. L’artiste est celui qui sait faire valoir ses faiblesses, sans exhiber sa force. | | | | |
|
| action | | | Pour eux, la volonté est une flèche affairée qui vise la puissance (Nietzsche) ou la réalité ( (Schopenhauer) – Drang nach Realität) ; pour moi, elle est une flèche immobile, visant un rêve inaccessible, et ma puissance est dans l’arc complice, arc du goût. | | | | |
|
| action | | | Les essentielles de mes notes sont des tentatives de rendre l’élan vers des cibles nobles mais inaccessibles, puisqu’elles relèvent du rêve. Donc, ce sont des appels au chant des commencements, sans chercher à réciter la prose des développements. Si l’on retourne à la réalité, c’est Einstein qui a raison : « Ne raconte à personne tes projets, n’exhibe que tes résultats » - « Erzähle niemanden deine Pläne, zeige ihnen nur deine Ergebnisse » - ce qui suppose des représentations et interprétations communes. La logique est une anti-musique. | | | | |
|
| action | | | Comme la marche fait le chemin, la flèche, décochée vers l’inconnu ouvert, crée sa cible, ton défi de solitaire, comme le chemin ne menant nulle part. « Toute flèche, que tu envoies, est accompagnée de la cible, partie en même temps et étant, sans doute, le troupeau caché » - Celan - « Jeden Pfeil, den du losschickst, begleitet das mitgeschossene Ziel ins unbeirrbar geheime Gewühl ». | | | | |
|
| action | | | Les idées sont des cibles, présentées à l’archer, nommé le talent. Celui-ci a besoin de flèches, portant un style, d’un arc, taillé par la noblesse, d’une corde, assurant la musique du vol. | | | | |
|
| action | | | Toutes les finalités essentielles sont déterminées (sans nécessairement être atteintes) par ce qui anime le premier pas : le regard – vers Dieu, le rêve – vers la consolation, l’intelligence – vers la vénération, la noblesse – vers la hauteur, l’enthousiasme – vers le bonheur, l’ironie – vers le style, le talent – vers la beauté, l’amour – vers le mystère. Dans cette banalité, ce qui est surtout à retenir, c’est l’irréversibilité entre l’effet et la cause. | | | | |
|
| art | | | La vérité ou la justice sont, littérairement parlant, des cibles médiocres. L'art devrait réserver ses flèches à ce qui se cache. Le pointage et le bandage font un bon archer. Viser haut, le souffle coupé. « Vivre tendu en permanence comme une flèche toujours prête à jaillir à la recherche d'une cible » - Ortega y Gasset - « Vivir en perpetua tensión como una flecha dispuesta siempre a salir lanzada en busca del blanco ». | | | | |
|
| art | | | L'art : ne pas raconter, mais chanter le monde ; ne pas faire marcher, mais danser les images ; ne pas frapper les cibles, mais apprendre à tendre la corde ; ne pas calculer la joie, les yeux ouverts, mais la rêver, les yeux fermés. | | | | |
|
| art | | | La critique aurait dû être le plus noble des métiers, sa seule cible étant le maniement du beau, tandis que les créateurs croient devoir patauger dans le montage de faits divers pour faire passer le message du beau. La critique : comment naissent, se vivent et se désamorcent les crises ! | | | | |
|
| art | | | Le talent s'attache au bon, mais le génie vise le meilleur, qui reste pourtant invisible et inaccessible ; c'est cette cible que je dois rendre présente, tout en ne montrant que la puissance de mes cordes. « Je rate la mesure que je vise ; seul un Dieu se doute de mon désir de mesurer le meilleur »** - Hölderlin - « Nie treff ich, wie ich wünsche, das Maß. Ein Gott weiß was ich wünsche, das Beste ». C'est la volonté finale qui prend le dessus sur le désir des commencements : « Choisir non seulement le bon, mais le meilleur, est une loi de notre volonté » - J.G.Hamann - « Die Wahl nicht nur des Guten, sondern des Besten, ist ein Gesetz unseres Willens » - heureusement, on s'aperçoit, ensuite, que le meilleur est toujours, en soi, - un commencement. | | | | |
|
| art | | | Quand Apollon, au lieu de tendre son propre arc, guide les flèches des autres, il n'inscrit pas un nouvel exploit herculéen, mais s'inscrit en apprenti d'abattoir. Héracle et Odysseus ne laissèrent, derrière eux, qu'un arc sans flèches. « Les poètes sont des Antée, qui touchent le sol avec leur talon d'Achille » - S.Lec. | | | | |
|
| art | | | L'artiste peut se permettre de tricher pour le beau, par exemple : « Je me taille une cible d'après l'impact de ma flèche »** - K.Kraus - « Ich schnitze mir den Gegner nach meinem Pfeil zurecht ». Je suis libre non pas parce que je sais que je pense (« L'homme est libre parce qu'il n'est pas soi, mais présence à soi » - Sartre), mais parce que je peux sacrifier pour le bien et mentir pour le beau. Ainsi on aboutit à : « L'artiste trahirait soi-même dans une sorte de sincérité » - Chesterton - « An artist will betray himself by some sort of sincerity ». | | | | |
|
| art | | | Dans la création artistique, l’éternel retour correspondrait à deux états d’âme différents : celui du créateur comme motif initial, aboutissant à celui du contemplateur comme finalité. Mais c’est toujours l’âme qui crée et qui exulte. En chemin, se produisent des hasards heureux – le talent livre l’enveloppe du style, et l’intelligence développe les pensées, mais on garde surtout le commencement et sa cible, pouvant servir d’un nouveau commencement. | | | | |
|
| art | | | L’artiste se sert de trois outils – l’âme, le cœur, l’esprit. L’âme dicte des contraintes à l’esprit dominateur et initiateur ; l’âme dessine des cibles inaccessibles aux élans du cœur survolté et incertain. « L’esprit écrit avec un stylo, le cœur – avec un crayon »** - Nabokov - « Пером пишет ум, карандашом – сердце ». | | | | |
|
| art | | | Dans tout travail créateur figureront des cibles ; pour le scientifique, elles seront télos, des buts-finalités, et pour l’artiste – skopos, des visées-regards. | | | | |
|
| art | | | Ni graver ni peindre, mais bander mon arc, dans la direction de mon étoile. Que le lecteur, qui aurait, lui aussi, ses cordes, ressente l’envie de se réfugier à l’ombre de sa propre étoile, d’essayer ses propres flèches ou d'en tracer sa propre trajectoire. | | | | |
|
| art | | | Le philosophe décompose l’être et son essence, et le poète compose le devenir dans son innocence. Cibles réelles, pour les yeux ; cibles imaginaires, créées par le regard. Armurier ou archer. Le bon archer se moque de la difficulté des cibles et de la continuité du vol ; il se reconnaît dans l’intensité de sa corde. Le commencement est son devenir ; il devient aphoriste des réponses, invitant les activistes à fabriquer leurs propres questions, poursuites et gibecières. | | | | |
|
| doute | | | Tant d'aveugles clament s'être trouvés ou, au moins, visent cet objectif, qui leur paraît distinct et accessible. Mais le moi-même n'est que l'arc, dont mon regard est la flèche. Me perdre des yeux signifie me trouver en regard. | | | | |
|
| doute | | | La fascination devant le mystère de la flèche irréversible du temps aide à ne pas prendre pour solution l'envoi de flèches, toujours réversibles, dans l'espace. | | | | |
|
| doute | | | L'homme et ses cibles : l'un finit par s'abîmer dans leurs fondements, l'autre n'arrive plus à se détacher des traces, que ses flèches avaient laissées dans les choses, le troisième, poète ou philosophe, comprend, que, pour les toucher, il faut toujours viser plus haut, il se voue à la hauteur de l'azur ou de la pensée. Mais tous meurent, le carquois plein (A.Chénier n'est pas le seul à plaindre), car, bêtement, ils font flèches de tout bois. | | | | |
|
| doute | | | Oui, je ne peux me réaliser qu'en tant qu'un jeu d'ombres, dans ce soi connu, articulé, fini, maîtrisable ; mais je dois vénérer la lumière de mon soi inconnu, indicible, infini, inaccessible. Comme une cible impossible, servant de mon étoile, et je sais que tout impossible extérieur intéressant a sa réplique dans moi-même. | | | | |
|
| doute | | | En promulguant l'absurdité du but, j'élève le moyen à la dignité de vrai but. Et celui-ci ne devrait jamais être absurde. | | | | |
|
| doute | | | Le piège à éviter : confondre l'obscurité des buts avec celle des moyens : il ne faut pas chanceler parce que l'horizon n'est que mirage. Ou l'autre, beaucoup plus flagrant : tenir à la netteté du but et accepter le relâchement dans le choix des moyens. Au-dessus de tout est le talent, c'est à dire les contraintes qui garantissent « un vers lumineux sur un sujet obscur » - Lucrèce - « quod obscura de re carmina musaeo ». | | | | |
|
| doute | | | Le soi connu, c’est la représentation, la puissance ; le soi inconnu, c’est la volonté, la musique. « La multitude ne comprend pas, comment, différant de soi, on s’accorde à soi, telle l’harmonie entre l’arc et la lyre »*** - Héraclite. | | | | |
|
| doute | | | Le fil noué du mystère se livre à la rigueur d'un problème ; le dénouement du problème est dans la clarté d'une solution. Que je sois Gordias, avec sa hache fébrile, ou Ariane, avec ses doigts habiles, que l'élan d'un mystère m'accompagne – à travers la corde, sa musique ou ses flèches. « La vie est un perpétuel dénouement. Il ne faut pas s'en ennuyer ou s'attendre à un fil sans nœuds » - Tolstoï - « Жизнь есть непрестанное развязывание узлов. Надо не скучать этим и не ожидать гладкой нитки ». | | | | |
|
| doute | | | Approfondir le rêve et divaguer dans le réel ? - il faut y inverser les cibles. | | | | |
|
| doute | | | Tu n’es toi-même que dans le commencement, puisque le parcours est mécanique et la cible – commune. Valéry est aussi intraitable : « Le commencement est délicat, la suite – étroite et la fin – toujours fausse »**. | | | | |
|
| doute | | | Il est également bête d’absolutiser l’essence (toujours arbitraire) des liens de causalité que de leur refuser l’existence (toujours virtuelle). La cible de ces liens (d’arité imprévisible) est un état, d’objets ou de conscience, tandis que leurs partenaires seraient : des acteurs, des événements, des inerties, des outils, des projets, des ordres, des contraintes. Leur degré d’arbitraire est largement au-dessus de celui des liens tout-parties. | | | | |
|
| doute | | | Ni mon soi connu ni mon soi inconnu ne s’occupent des cibles de mes flèches ; le soi inconnu en souffle le sens, et la direction, mais la corde est tendue par le soi connu, sans jamais lâcher mes flèches immobiles. | | | | |
|
| doute | | | Ce n’est pas de Diane mais d’Apollon que j’hérite d’un arc. Pour viser la beauté, il suffit de disposer d’une corde bien tendue et bien orientée. Les flèches de créateur ne touchent jamais une bonne cible. « Résumer l’esprit d’un intellectuel, c’est ramasser sa flèche. Comment elle fut tirée, reste caché »** - K.Kraus - « Den Witz eines Witzigen erzählen heißt bloß: einen Pfeil aufheben. Wie er abgeschossen wurde, sagt das Zitat nicht ». | | | | |
|
| doute | | | Le soi inconnu s’insinue dans l’âme de ceux qui en ont une, mais sa présence est ignorée par ceux qui n’écoutent que ce qui a déjà trouvé une forme en tant que mots, images ou idées. Or, le soi inconnu n’exprime que l’élan et, encore plus vaguement, l’étoile visée, - une corde tendue mais aucune cible visible. Son attente s’éveille souvent par la conscience des états d’âme inexprimables et la confiance à sa source, mystérieuse, immatérielle, excitante. « Pour moi, le moi connu est trop petit » - Maïakovsky - « 'Я' для меня малó ». | | | | |
|
| doute | | | Toute poésie contient une dose de mystique ; la philosophie, celle qui s’attache à l’arbre poétique, doit donc, elle aussi, en être pénétrée. « Le commencement dionysiaque de la mystique doit accompagner le commencement apollinien de la philosophie » - Berdiaev - « Дионисическое начало мистики необходимо сочетать с аполлоническим началом философии » - la mystérieuse hauteur de l’élan rejoignant la belle profondeur des cibles. | | | | |
|
| doute | | | Dis-moi ce que tu évites, je te dirai ce que tu vises. | | | | |
|
| ironie | | | Si je suis prêt à décocher ma flèche d'Apollon, je me retrouverai dans la pose de G.Tell, la pomme croquée par des autres, mon héritier mutilé et moi, sans la seconde flèche, pour m'en venger. | | | | |
|
| ironie | | | Même l'ironie triche : au lieu de me rendre atrabilaire face à moi-même, elle me fait projeter mon fiel sur les autres. À la centième crise de défouloir je m'en aperçois, mais l'orgueil d'auteur ne me permet pas de détourner les flèches décochées. Et, hypocrite, je balbutierai : « Qu'Apollon guide dans les airs ma flèche rapide » - Eschyle. | | | | |
|
| ironie | | | Les vocations sportives ratées : lanceur d'éponges, arracheur de l'impondérable, lutteur avec des ombres - tout cela à cause du tir à l'arc, dont j'aime les cordes tendues, mais ne veux pas de flèches trop certaines. | | | | |
|
| ironie | | | Sans création on n'aurait pas eu le Père libre, sans péché - le Fils libérateur, sans intelligence - l'Esprit libertaire. La figure géométrique de notre dévotion en eût été bouleversée, la Sainte Trinité plane s'écroulant en un Saint Binôme linéaire. Encore un coup sacrificateur dans la chair divine - et nous voilà dans une Monade désaxée, dépourvue de flèches directrices, un point anonyme d'un pointillé spatio-temporel. | | | | |
|
| ironie | | | L'origine musico-patibulaire de la corde tendue de mon arc de mascarade : l'effroyable facilité qu'a l'imagination, pour trouver, à tout instant, d'excellentes raisons soit à chercher une corde, pour me pendre, soit à gratter les cordes de ma lyre, pour chanter ma félicité. | | | | |
|
| ironie | | | On associe à l'horizontalité deux dimensions, et à la verticalité - une seule, curieux effet de la gravitation et de notre position debout. Notre passé martial place, par analogie, la flèche du temps sur l'axe qui s'étend devant nous, tandis que nos gauche et droite forment la vastitude figée. La bonne verticalité serait celle qui prendrait pour porteur solidaire - la flèche du mouvement devenue immobile ; ainsi, l'horizontalité ne serait plus traitée de platitude, ni la verticalité - de girouette. | | | | |
|
| ironie | | | Le rasoir d'Ockham ou la raison suffisante de Leibniz feraient partie de mes arsenaux de contraintes, si je pouvais leur trouver une bonne cible victimale. | | | | |
|
| ironie | | | Vivre, c'est tirer ses flèches ; rêver, c'est viser ; écrire, c'est viser sans tirer. Toutefois, parler, c'est penser ; et le seul vice à dénoncer, c'est parler sans sentir : « Parler sans penser, c'est comme tirer sans viser »** - Cervantès - « Hablar sin pensar es como disparar sin apunta ». | | | | |
|
| ironie | | | Étant partisan des commencements, je vois de travers l'image de la souche, qui est la fin de l'arbre ; pourtant, faire souche est un acte de débutant, ne visant pas encore la finalité – faire mouche. | | | | |
|
| ironie | | | Une pensée est la cible ne servant qu'à enflammer l'œil. La toucher n'est pas indispensable. | | | | |
|
| ironie | | | Calculer le point d'Archimède, sans chercher à soulever des lourdeurs : s'exercer en tension de la corde, sans décocher de flèches sur des cibles trop basses, - noble métier d'ironiste. | | | | |
|
| ironie | | | Ce qu’il faut reprocher aux philosophes, ce n’est pas de s’arrêter à mi-chemin, mais le fait même de se mettre en marche, au lieu de se contenter de mettre en musique leurs propres commencements. Le développement est de l’inertie commune, et les buts atteints – l’impasse individuelle. | | | | |
|
| ironie | | | Le but d’une consolation – continuer à être dupe de ses rêves. | | | | |
|
| ironie | | | J’envie l’archer qui reconnaît la vanité des cibles et la suffisance de la corde bien tendue. | | | | |
|
| talmud | | | La passion commence comme une toile d'araignée et finit par devenir une bonne corde. | | | | |
| | ironie | | | Pour celui qui agite son cou, au lieu de faire avancer sa tête. La passion, c'est la corde d'un arc tendu ou la corde de ta lyre. | | | | |
|
|
| bacon f. | | | Argument is like an arrow from a cross-bow, which has equal force though shot by a child.
La raison invoquée est comme une flèche d'arbalète : sa force est la même, que ce soit un géant ou un nabot, qui l'avait décochée. | | | | |
| | ironie | | | La force devint attribut banal de tous, ce qui métamorphosa en nabots mécaniques même les géants. Leur cible, l'homme au carquois vide ou aux flèches démouchetées. C'est l'un des symboles des temps modernes : ma peine est réelle, la flèche est pointue, l'arbalète bien réglée, - mais je ne sens ni muscle, qui se tende, ni âme, qui vibre, - je fus foudroyé par un robot. | | | | |
|
|
| shakespeare w. | | | The readiness is all.
N'être que prêt, tout est là. | | |   | |
| | ironie | | | Ce n'est qu'un tiers, le tiers des scouts, l'autre tiers serait prêt pour l'action contraire et le dernier, le meilleur, pour reconnaître sa défaite (ce que tu résumes bien : « Être mûr, tout est là » - « Ripeness is all »), quand vient l'heure de l'acte lui-même (à rebours de « l'antériorité de l'acte sur la puissance » d'Aristote ou du Docteur angélique). Du Faire au Fait - on s'abaisse, du Dire au Dit - on s'élève. L'opposé de l'opiniâtreté ou du risque. Saluer l'énergie, sans la traduire en mouvement, se contenter de désirer. Tenir à son regard, qui accompagne l'action, est plus instructif qu'agir en le suivant. Savoir ce que je fais, plutôt que faire ce que je sais. Ne pas redouter de n'être que prêt à vivre, à pied d’œuvre. Faire ses sélections, sans faire de choix. Avoir à sa disposition, sans disposer. La disponibilité serait le bonheur à proprement parler du Chinois. « La possibilité est vie, et tout le reste - déchet » - Valéry. Caresser l'idée, sans l'habiller en concept. Je peux rater le but, mais je l'aurai bien perçu ou bien nommé. | | | | |
|
|
| gracián b. | | | Caçar las aves con luz es el verdadero encandilar.
Si tu chasses les oiseaux avec de la lumière, tout ce que tu peux espérer est de les éblouir. | | | | |
| | ironie | | | Pour toucher le volatile de Minerve, il te faudra des ombres pénétrantes. | | | | |
|
|
| joubert j. | | | Le but n'est pas toujours placé pour être atteint, mais pour servir de point de mire. | | |     | |
| | ironie | | | La visée, d'une flèche ou d'une plume, dépend de l'ampleur des horizons et de la hauteur du firmament, que te dictera la noblesse et atteindra le talent. | | | | |
|
|
| heine h. | | | Je größer der Mann, desto leichter trifft ihn der Pfeil des Spottes ; Zwerge sind schon schwerer zu treffen.
Plus grande est ta stature, plus facilement une flèche de l'ironie t'atteint ; toucher un nain est moins facile. | | | | |
| | ironie | | | N'expose, en profondeur, que tes parties vulnérables - pieds, cerveau, muscles ; cache, en hauteur, tes parties furtives - âme, rêve, regard. Vis au pays des cordes tendues et des flèches non décochées. | | | | |
|
|
| nietzsche f. | | | Der Zweck der Ironie ist Demütigung, Beschämung.
Le but de l'ironie, ce sont la perte d'assurance et la honte. | | | | |
| | ironie | | | L'arrogance et la conscience tranquille seraient donc ses cibles - surprenant et juste ! Rien n'est définitivement perdu pour l'homme, qui porte haut ses hontes. | | | | |
|
|
|
| chœur mot | | | HOMMES : Le lecteur de mon mot est l'homme, mon alter ego. Les hommes sont un matériau, un dictionnaire ou une cible. Ils ne peuvent qu'abaisser mon mot au niveau des idées, si leur présence est indispensable, pour ouvrir sa fête. L'avenir des hommes est la machine, l'avenir de l'homme est, comme au passé, - le souterrain, la recherche de soupiraux et d'échappatoires. | | | | |
|
| mot | | | Il y a des mots qui narrent, des mots qui réfléchissent et des mots qui chantent ; dans le monde, il y a des paysages à décrire, des champs à cultiver et des climats à vivre, le savoir à organiser et le visage à exprimer ; obscure doit être la nuit, solaire veut être la méditation, mais le regard vaut surtout par ses jeux des ombres ; les connaissances doivent être dites, mais « la contemplation est indicible » - Jean de la Croix - « la contemplación es indecible » ; la contemplation est une méditation se passant de mots ; comme un grand sentiment, cette cible indicible, ce point de mire invisible, et que le mot vise, par sa corde hyperbolique et sa flèche métaphorique. | | | | |
|
| mot | | | Les plus belles pensées ne seraient que des regards (Er-eignis - Er-äugnis - Nietzsche) et non pas des événements (qui, étrangement, nous dévoient vers le de-venir ou vers l'être - со-бытие - le co-être, ou vers leur fusion dans le soi, qui serait un événement d'appropriation : Er-eignis der Er-eignung - Heidegger - un joli jeu de mots, en allemand, et un impossible charabia en français). « Le regard, c'est une flèche visuelle décochée vers l'infini »*** - Ortega y Gasset - « Mirar es disparar la flecha visual al infinito » - c'est l'absence des choses qui fait de l'infini une vraie cible. Dieu même, au moins le Dieu des Grecs, hésite entre le regard (theoro - je vois) et l'action (theo - je cours). | | | | |
|
| mot | | | L'idée atteint son objet de plein fouet, et l'on finit toujours par se dire, qu'il aurait mieux valu le rater, pour tâter un autre angle d'attaque. Le mot, lui, vise un état d'âme et le rate, pour se perdre le plus loin possible. Au milieu de ses ombres et non pas dans l'éclat de son orgueil, ébloui par des ambitions réalisées. | | | | |
|
| mot | | | Pauvreté lexicale au service de l'imaginaire : corde, en français, s'appliquant au violon, à l'arc et au suicidaire. Après tout attouchement je peux y étendre mes ailes mouillées. | | | | |
|
| mot | | | Valéry part d'un concept improvisé, effleurant à peine les choses, pour aboutir à un mot poétique. Heidegger part d'un mot improvisé, ignorant les choses, pour aboutir à un concept prosaïque. Privez le langage de suffixes, vous coupez toute source d'inspiration de Heidegger. Oubliez toute la culture, la cible de Valéry garde toute son excitabilité. | | | | |
|
| mot | | | Sénèque et J.Racine écrivent pour la déclamation, Shakespeare et Corneille - pour la lecture ; Molière et Tchékhov - pour la scène. Les métaphores déclamatoires ou livresques ont l'univers entier pour source ou cible, les métaphores scéniques - le hasard des planches. | | | | |
|
| mot | | | Si, par mon discours, je cherche à représenter l'arbre entier, statique et sans inconnues, je n'aboutirai qu'à un organigramme, aux nœuds et flèches sans vie. Il suffit que j'enracine, vaguement, une seule fleur ou affleures, pudiquement, une seule racine, pour qu'une imagination puisse reconstituer la vitalité entière de l'arbre. On reconnaît l'homme par la place qu'il accorde à ses inconnues ; la plupart se vouent aux ramages : « L'homme se construit dans l'espace comme un branchage » - Saint Exupéry. | | | | |
|
| mot | | | Arc, en grec, bios, est homonyme de vie ; l'art est possible grâce à sa bonne tension ; les cibles atteintes quittent la vie et rejoignent les archives ! « L'arc : son nom, vie, ce qu'il fait, mort » - Héraclite. On peine à admirer la corde tendue, sans avoir constaté une mort qu'elle ait infligée ; Dieu, serait-Il, Lui-même, à ses heures sombres, un archer et un poète ? - « À la mort d'un homme, un chapitre est retranscrit en un meilleur langage »** - J.Donne - « When one man dies, one chapter is translated into a better language ». | | | | |
|
| mot | | | Les combats d'idées, non arbitrés par des mots désarmés, unificateurs ou consolateurs, sont toujours sources de grisailles et de mesquineries. Les mots sont des arbres ou des flèches ; les idées – des forêts ou des cibles. | | | | |
|
| mot | | | Le but du poète est toujours obscur, et le mot, qui le vise, ne doit être ni trop clair ni trop vague. « Le poète rate sa cible, avec des mots ou trop familiers ou trop distants » - S.Johnson - « Words too familiar, or too remote, defeat the purpose of a poet ». Dans l'art du chant, le mot à distance juste n'existant pas, le poète est celui qui vit de ces ratages. | | | | |
|
| mot | | | Je devrais frapper chaque mot, comme je frappe une balle de tennis, - au beau milieu, pour que mon énergie suive le point visé. Si ma raquette est en désaccord avec mon corps ou si elle n'est que d'emprunt, ma frappe risque ne produire qu'une langue de bois. | | | | |
|
| mot | | | Tous nous avertissent : la langue ne doit pas devancer la pensée. Mais on ne peut pas devancer ce qui ne bouge pas ; la pensée est un arrêt d'image d'un mot, la flèche qui ne vole pas, Achille immobile à grands pas. Ta langue devrait donner plus souvent la sensation d'un arc tendu, plutôt que des cibles visées ou atteintes. Méfie-toi de ce qui sauve en te faisant saliver, méfie-toi de Dalila scélérates, qui révèlent aux Philistins, que ta seule arme performante n'est qu'une mâchoire d'âne, que tu cachais sous ta fière crinière, méfie-toi du Sauveur même qui, caché sur ton dos ou derrière ta plume, te ferait passer pour asinus portans mysteria. | | | | |
|
| mot | | | Le même mot pour fin-cible et fin-limite ! Pourquoi s'étonner que le Français soit si raisonneur en fourrant partout cet intrus de causalité racoleuse ? Et si la fin-limite était derrière nous, avant notre premier pas ? Et si la fin-cible servait à aiguiser notre regard et non nos flèches ? | | | | |
|
| mot | | | La musique de la poésie n‘est ni dans les rimes ni dans les rythmes ; elle est dans la proximité de son message avec les pulsions de notre âme : « La transmission de nos états d’âme pourrait être la vraie cible du discours poétique »* - Heidegger - « Die Mitteilung der Befindlichkeit kann eigenes Ziel der dichtenden Rede sein ». | | | | |
|
| mot | | | L’oubli du langage en tant qu’un but en soi, une solution musicale ou intellectuelle, le réduisit à la fonction secondaire d’instrument, accompagnant les actes et les images. Quel siècle à interjections ! | | | | |
|
| noblesse | | | L'avantage d'une hauteur dynamique : je comprends, que tout horizon n'est pas une cible absolue, mais une frontière, aussi banale que mes murs ou mes bêtises. | | | | |
|
| noblesse | | | Quelle niaiserie, ce projet du jeune Nietzsche de transvaluer les valeurs (umwerthen alle Werthe) ! Toutes les bonnes valeurs furent déjà exhumées et exhibées ; il s'agit de les munir de bons vecteurs, aimantés par l'ironie et la noblesse, et de finir par substituer aux flèches – des axes, chargés d'une même intensité – voilà l'éternel retour ! | | | | |
|
| noblesse | | | Devant « les flèches du désir vers l'autre rive » - « Pfeile der Sehnsucht nach dem andern Ufer » se voir « un pont et non un but » (« eine Brücke und kein Zweck ») - Nietzsche - c'est toujours de la voirie aménageant l'accès d'étables. À moins que le pont soit l'origine, et non pas un but, des rives. Je préfère un débordement de l'âme me mettant au pied d'un arbre, où je puis bander mon arc, sans décocher de flèches. | | | | |
|
| noblesse | | | Le Christ, la morale, le nihilisme ne sont pas des cibles de Nietzsche, mais des extrémités des cordes tendues, sur lesquelles s'exerce son intensité musicale ; il n'est ni négateur (comme les sots) ni dialecticien (comme les pédants), mais musicien. | | | | |
|
| noblesse | | | Nihiliste acquiescent = surhomme. Nihiliste passif, aux cordes qui ne vibrent plus ou aux flèches qui ne volent plus. La négation non seulement d'un demi-tour, mais d'un tour complet, d'un éternel retour tragique, toute cible atteinte redevenant regard. Tragique, car l'objet de nos langueurs, cet au-delà qui existe bien, échappera toujours à nos parcours, à nos ruptures et à nos regards. | | | | |
|
| noblesse | | | Dès que mon dégoût s'imagine avoir trouvé sa cible idéale, il faut effacer ses traits et noms et me mettre à composer le nom d'une nouvelle admiration à atteindre. Le contre ne vaut qu'anonyme, le pour vaut par son nom. | | | | |
|
| noblesse | | | C'est la nuit, au milieu des ruines, que le bleu entre le mieux, dans nos lignes de mire. Je me rêve en ruines. D'autres se ruinent en rêves. D'autres encore ne visent que le gris du jour, qui se laisse toujours toucher ou prendre. « Il visa le hasard bleu et toucha la cible noire » - proverbe allemand - « Mancher schießt ins Blaue und trifft ins Schwarze ». Le bleu d'œil devant l'horizon gris (« blauäugige Begeisterung » - H.Hesse), plutôt que l'œil gris devant le bleu des horizons. Broyer du noir pour échapper au gris est souvent la dernière échappatoire. | | | | |
|
| noblesse | | | Une erreur de jeunesse - brandir un non retentissant ; à l'âge mûr, on se rattrape par le chant, la prière ou le silence autour d'un oui monumental, d'un acquiescement nietzschéen, qui est, en fait, un méta-acquiescement, dans un nihilisme fondé sur des principes : laisser cohabiter le oui et le non, grâce à la maîtrise simultanée de l'intensité des deux. De la valeur temporelle - au vecteur spatial, de la cible agitée – à la flèche immobile ! | | | | |
|
| noblesse | | | Deux seules façons dignes pour éreinter quelqu'un : dire que ses cordes sont pendables ou citer un meilleur archer. | | | | |
|
| noblesse | | | Plus réduite est la multitude, contre laquelle je tempête, plus fière sera ma pose de colérique. Commencer par fulminer contre une élite, et bientôt mon arc n'aura plus besoin de flèches. Pointer une cible brillante plutôt que canonner un monstre excessivement mat. Comme Valéry pestant contre Pascal, ou Cioran - contre Valéry (ou Nietzsche - mal avalant son ressentiment face à Socrate, au Christ ou à Wagner). | | | | |
|
| noblesse | | | La gravitation humaine nous pousse vers les sous-sols ; on ne lui échappe qu'en hauteur, hors les atmosphères irrespirables. La hauteur géométrique fait partie des platitudes : « Si tu veux toucher la cible, tu dois viser légèrement au-dessus d'elle ; toute flèche en vol subit l'attraction de la terre »** - Longfellow - « If you would hit the mark, you must aim a little above it ; every arrow that flies feels the attraction of earth ». Toute cible visible subit, tôt ou tard, l'outrage de la gravitation, les flèches fussent-elles impondérables. L'amateur du ciel finit par maintenir la corde bien tendue et par ne plus décocher de traits. Il préférera l’hyperbole (l’élan) à la parabole (le récit). | | | | |
|
| noblesse | | | Viser la lune, même si je ne la décroche pas et la rate, je me trouverai peut-être parmi les étoiles. Alta pete ! - Vise haut ! | | | | |
|
| noblesse | | | Le nihiliste, qu'il faudrait dénoncer, est celui d'un arc lâche, intraduisible en lyre, de l'indifférence pour une intensité suffisante, de l'égalitarisme dans le choix de cibles et de distances. | | | | |
|
| noblesse | | | But : garder l'âme haute. Moyens désirés : l'inclémence de la honte, la liberté de l'ironie, la vivacité du mot. Qui veut les moyens voudra le but. « Dans une grande âme tout est grand » - Pascal - y compris la honte. | | | | |
|
| noblesse | | | Le gracieux chevalier français fut surclassé par l'archer lourdaud anglais. Le cordage détrôna le plumage. Et le rouage s'ensuivit, depuis : « ce cavalier français, qui partit d'un si bon pas » (Péguy - de Descartes). | | | | |
|
| noblesse | | | L'intensité que j'appelle de mes vœux, doit couronner l'union du lisible, de l'intelligible, du sensible : profondeur, hauteur, ampleur - beauté, noblesse, bonté. Montaigne, non sans raison, l'appelle volupté : « En la vertu même, le dernier but de notre visée, c'est la volupté »**, tout en réconciliant Épicure avec Zénon de Cittium, dans une perfection aristotélicienne. | | | | |
|
| noblesse | | | La contemplation me fait gagner de la largeur ; la réflexion me conduit à la profondeur ; mais je ne découvre la hauteur qu’en écoutant la musique de mes rêves – le contraire de : Tourgueniev : « Si ton but est la hauteur, tu ne dois plus penser à toi-même » - « Кто стремится к высокой цели, уже не должен думать о себе ». | | | | |
|
| noblesse | | | Sénèque appelle à admirer l'homme échouant après s'être donné un but en hauteur. En hauteur, on ne peut ériger que des contraintes ; tous les buts, même des plus profonds, finissent par affleurer au milieu des platitudes. Les ruines - le lieu des hauts échecs, calculés ou inventés. | | | | |
|
| noblesse | | | Quand un noble vouloir a la double veine d'être porté par un pouvoir intellectuel, il résulte en un valoir poétique – la volonté de puissance de mon soi connu, faisant vibrer les meilleures cordes de mon soi inconnu. Tout impetus (élan) se désintéressant du scopum (regard, profané en cible) et se résumant en un conatus (intensité). | | | | |
|
| noblesse | | | Ce qui, en moi, a besoin d'être armé est la face la plus basse ; la face noble ne demande que d'être désarmée, pour ne pas être tenté par un ressentiment particulier et pour me vouer à l'acquiescement universel. Aimer l'arc et la corde, mépriser les flèches. | | | | |
|
| noblesse | | | Dans le domaine intellectuel, la grandeur est de savoir commencer et de savoir garder un élan vers des cibles inaccessibles. Et dans le mot paradoxal de Goethe : « Tu gagnes en grandeur, si tu ne peux pas aboutir » - « Daß du nicht enden kannst, das macht dich groß » - il faut remplacer peux par veux. | | | | |
|
| noblesse | | | Le rêve est ce qui, sans montrer de buts, fait sentir l’élan. Même vers l’inexistant. « Une utopie n’est pas un but, mais une direction » - Musil - « Eine Utopie ist aber kein Ziel, sondern eine Richtung ». | | | | |
|
| noblesse | | | Pour un Oriental, ne rien désirer veut dire renoncer, froidement, à toute possession ; pour un Occidental, c’est ne plus avoir de cibles inaccessibles, qui rendent le regard - ardent. | | | | |
|
| noblesse | | | Derrière les horizons visibles se tapissent les buts, gris ou noirs ; vis plutôt du bleu des commencements, préoccupe-toi du recueil de l’azur (R.Char). | | | | |
|
| noblesse | | | Aux termes d’être (réalité absolue, universelle) et de vie (réalité vécue, individuelle), je préfère celui de rêve, en opposition à toute réalité, - l’attraction par le mystère de nos meilleurs élans et de leurs cibles. | | | | |
|
| noblesse | | | Dans ton attitude, face à l’existence, le choix capital se trouve entre ta soif et son assouvissement, entre ton désir et son objet, entre ton élan et sa cible. Se détacher du second terme est la clé de ton espérance. « Tout entier, je suis dans mon désir, dans mon élan, c’est mon élément, mon bonheur »** - Scriabine - « Я весь желанье, весь порыв - моя стихия, моё счастье » | | | | |
|
| souffrance | | | Savoir bâtir de magnifiques contraintes et ne pas disposer de but, qui les aurait mises en œuvre. Sujet d'une frustration d'esprit ou d'une fierté d'âme. | | | | |
|
| souffrance | | | Le désespoir a une belle place dans tout bon écrit, en tant que cible d'une réfutation ironique. Le désespoir final, le second désespoir (Pascal), le méta-désespoir, c'est l'incapacité de surmonter le désespoir. | | | | |
|
| souffrance | | | Les larmes de la réalité, les armes du modèle, les charmes du langage - la hauteur, la profondeur, l'étendue - la vie complète est un va-et-vient dans ces trois dimensions, ponctué de projections : platitudes de nous, flèches de toi, points de moi. | | | | |
|
| souffrance | | | La tension de mes cordes doit être déterminée par la mélodie intemporelle, qui se joue au-dessus de mon âme, et non pas par la (dés)espérance, qui pèse sur mes jours. La bonne espérance tend mon âme vers le passé, et le bon désespoir - vers l'avenir. Il faudrait peut-être, qu'à l'instar d'Apollon ou d'Héraclite, ma corde, sans perdre de son intensité, quitte l'arc, pour se mettre au service de la lyre. | | | | |
|
| souffrance | | | Les flèches virtuelles des souffrances réelles n'abattent que de mauvais archers ; elles garnissent le carquois d'un maître des bonnes cordes : « en état d'un arc bandé à l'extrême, tout affect est bienvenu »** - Nietzsche - « in einem Zustande eines bis zum Springen gespannten Bogens tut einem jeder Affekt wohl ». | | | | |
|
| souffrance | | | Le vrai désespoir est dans la fadeur du possible. « Le désespoir est le prix à payer pour le choix d'un but impossible … atteindre ce point glacé de la conscience d'une parfaite défaite, porter au cœur ce fardeau de damné » - Greene - « Despair is the price one pays for setting oneself an impossible aim … to reach the freezing-point of knowing absolute failure and to always carry in his heart this capacity for damnation » - ce joug est nécessaire, mais léger, surtout quand on sait, que, pour atteindre ce but, les moyens de la position couchée sont suffisants. Toutefois, le but impossible devrait n'éveiller qu'un bel espoir. | | | | |
|
| souffrance | | | Débarrassée de toutes les élucubrations de l'au-delà ou de la paix d'âme recherchée, la notion, chrétienne ou bouddhiste, de salut rejoint ma consolation, cette chimère provisoire, sauvant nos hauteurs de chutes, dont nous menace la souffrance. Le vrai est impuissant là où le bon et le beau font tendre nos meilleures cordes. | | | | |
|
| souffrance | | | La tragédie du Bien – l’élan, ne touchant aucune cible ; la tragédie du Beau – l’élan, perdant de sa hauteur, la chute. La plus vivable des tragédies est celle du Vrai – l’élan, dont on vient de découvrir la source, l’inertie. | | | | |
|
| souffrance | | | Je n’appellerais pas consolation les paroles de réconfort, au moment où la perte est déjà consommée. C’est l’affaiblissement de ma sensibilité, face au Beau se ternissant, au Bien se taisant, au Vrai se banalisant qui rend urgente une consolation. Cette éphémère consolation me placerait aux extrémités inaccessibles - à la hauteur de la création ou à la profondeur du créé. La consolation – la vivacité de l’élan, même en absence de cibles et d’armes. | | | | |
|
| souffrance | | | Plus qu’en moi-même, mon rêve est dans l’élan vers une cible, inaccessible et indicible, que j’appelle mon étoile ; et la consolation consiste à rendre à cette lumière lointaine et faiblissante un peu de son éclat d’antan et à mes ombres – un peu plus de consistance. | | | | |
|