| chœur russie | | | NOBLESSE : Des mouvements collectifs, en pensée ou en geste, sont plus répandus en Europe qu'en Russie, qui est un pays de visions aristocratiques, car la foule y est plus haineuse et l'élite plus clairsemée et pure. De ses regards sur les autres, son œil ne retient que le panache, tandis que les autres scrutent et mesurent les flèches et les cibles. | | | | |
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| chœur russie | | | SOLITUDE : On est solitaire en Europe, quand on regarde ailleurs que les autres ; en Russie - quand on vit ailleurs. Et puisque la vie remplit les pages, la littérature russe de la solitude est plus pure. Le solitaire européen rêve de réussites, le solitaire russe savoure ses défaites. La solitude s'affirme non pas dans des salons ou forêts, mais dans des souterrains ou sur des toits. | | | | |
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| chœur russie | | | PROXIMITÉ DIVINE : L'eschatologie russe pousse à la familiarité avec les fins du monde et avec soi-même. La sensation de proximité naissant de l'attouchement par des mêmes arcanes. En Europe, le prochain est celui qui vous comprend le mieux ; en Russie - celui qui s'enthousiasme de la mutuelle incompréhension, source de vertiges. | | | | |
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| chœur russie | | | BIEN : L'obsession par le problème du bien grandiose et irréalisable rend le Russe incapable de se concentrer sur l'éradication de petits maux, dont s'est débarrassée, depuis belle lurette, l'Europe. Les flots de larmes, qu'on adresse aux malheureux, ne font qu'aggraver la boue, dans laquelle se plongent les pieds perdant l'habitude de la marche. | | | | |
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| russie | | | L'Européen fait de la richesse un arbre et songe aux scieries, vergers ou jardins publics. Le Russe lui aussi songe à l'arbre, mais c'est dans une jungle, pour tyranniser les moins agiles, ou dans une oasis, pour oublier le désert ambiant. Avec la misère, le Russe ne s'en tire pas mieux : là où le Latino sait danser et peindre, le Russe ne sait que penser et geindre, tout en gardant sa médiévale superbia paupertate. | | | | |
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| russie | | | La souffrance incite à la haine, dit l'Occident, et en l'éradiquant il bâtit une justice. La souffrance mène à l'amour, dit le Russe, et en l'encensant il se paralyse. Dès qu'il voit un malheureux, le Russe se répand en lamentations résignées et compatissantes, là où l'Européen chercherait une administration défaillante, un médicament ou une blague. | | | | |
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| russie | | | L'Europe : l'histoire d'un combat - entre l'Antiquité et le Christianisme - où l'on prend parti du vainqueur, de l'Antiquité. La Russie : le même combat, entre deux fantômes, portant les mêmes noms, mais plutôt absents de ses latitudes, où l'on se range du côté du vaincu, du Christianisme. | | | | |
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| russie | | | Entouré d'hommes extraordinaires, en Russie, on finit par presque oublier la société abominable, dans laquelle on est immergé. « Une société, dont la paix ne dépend que de l'inertie des sujets, mérite le nom de tribu plutôt que de société » - Spinoza - « Civitas, cujus pax a subditorum inertia pendet, rectius solitudo, quam Civitas dici potest ». Admiratif devant une société extraordinaire, en Europe, je finis par ne plus m'intéresser à ses hommes abominables. | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne reconnaît pas le mal dans le mal. L'Européen ne voit pas le bien dans le bien (nonobstant les conseils de Villon). En Russie sévissent de braves gens sans éducation du mal. En Europe, font du bien les indifférents se moquant du bien. « L'homme privé de liberté du mal, deviendrait robot du bien »** - Berdiaev - « Человек, лишённый свободы зла, был бы автоматом добра ». Ce robot incarnera les vertus publiques qui, semble-t-il, s'ensuivent du règne des vices privés. | | | | |
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| russie | | | La vie est un prétoire. Le Russe se sent coupable devant ses juges, il se comporte en filou, fanfaron, cachottier, sans avoir rien à se reprocher. L'Européen, avec du poids et force paroles bien assénées expose ses rodomontades, la conscience en paix. Pour celui-ci, le non-lieu est une certitude psychologique. Jamais le Russe ne s'entendit avec ses défenseurs. Pire, il y vit toujours des complices de ceux qui le tyrannisent ! | | | | |
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| russie | | | L'accord, non sous contrainte, mais de bonne foi, avec le tableau outrancièrement gris, mais cohérent, du monde sans ailes, sans larmes, sans sortilèges, - c'est cela, l'Europe. La libre expression de l'autorité du troupeau. La Russie - des bergers loufoques, risibles, un troupeau vacillant, haletant, interloqué, disloqué, disparate. | | | | |
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| russie | | | Tout ce qu'il y a d'intelligent et dynamique, en Europe, va dans la politique ou dans les affaires. Seuls des incapables et des timorés se contentent de rêver ou de déblatérer. Comment s'entendre avec la Russie, où se produit le contraire ? | | | | |
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| russie | | | Exemple de systématique incompréhension. Les Russes donnent à l'Europe trois mots - intelligentsia, nihiliste, structuraliste. Le premier finit par refléter la place de l'abstraction dans le discours, le deuxième - la place du refus de l'ordre, le troisième - la place de l'ordre dans le chaos. Et dire que pour les Russes, le premier désignait la sensibilité, face à la souffrance d'autrui, le second - la préférence d'un ordre ascétique intérieur au désordre esthétique extérieur, le troisième - la voie spatiale des contraintes, qui suit, dans le temps, la voix des buts ! | | | | |
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| russie | | | En Occident, être élu signifie se hisser au-dessus de la foule en s'appuyant sur elle, en y puisant son énergie vitale. En Russie - en la fuyant, sans en connaître ni visage ni jugement. Voilà pourquoi les Russes ignorent leur pays, tandis que les meilleurs esprits européens sont hérauts et chroniqueurs de leur temps. L'aristocratisme dévitalise. | | | | |
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| russie | | | Encore une image russe incomprise : l'homme du souterrain, dans lequel l'Européen voit un outsider, einen unbehausten Menschen, un sans-abri (seul Nietzsche comprit le vrai sens), tandis qu'il n'est qu'un composant sur quatre (avec le surhomme, les hommes et l'homme tout court) de tout homme – le sous-homme. | | | | |
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| russie | | | L'intelligentsia européenne : se soucier du bonheur universel ; l'intelligentsia russe - se lamenter sur le malheur particulier. La première cherche à amender le Code fiscal, la seconde - à essuyer une larme. La première voit la contradiction la plus dramatique dans l'incompatibilité entre l'universel et le particulier, la seconde - dans l'incommensurabilité entre le rêve et l'acte. | | | | |
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| russie | | | L'Européen veut de la concentration pour sa raison et de la liberté - pour son cœur. La paix comme aboutissement : « Être libre, c'est croire l'être ! » - Unamuno - « ¡ Ser libre es creer serlo ! ». Chez le Russe, c'est le contraire : il veut de l'étendue pour son action et de la fatalité pour son sentiment. Comme aboutissement - la révolte. Être libre, c'est savoir à ne plus croire. | | | | |
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| russie | | | En Orient, ils réussissent à être à égale distance de tout. En Occident, on est toujours dans l'épicentre de la vie. Le moi oriental s'éclipse en embrassant un infini sans forme. Le moi occidental s'étiole en mille directions indifférentes. Plutôt mort qu'esclave, dit l'Européen. Plutôt esclave que pécheur, disaient nos ancêtres. Plutôt pécher que sacrifier, disent-ils aujourd'hui, tous. | | | | |
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| russie | | | Deux manières d'avancer, pour une civilisation : la conviction (l'Asie) ou la conciliation (l'Europe). La Russie, en se plaçant entre les deux - dans l'adhésion - se condamne à l'anémie. « Dans l'âme russe, ce qui est divin, c'est la résignation » - Conrad - « what's divine in the Russian soul - that's resignation ». | | | | |
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| russie | | | La vie prend son sens, pour l'Européen, dans des buts évidents ; pour l'Asiate - dans d'évidents moyens. Le Russe voit, derrière chaque but, d'impossibles moyens et, derrière chaque moyen, un but sans intérêt. | | | | |
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| russie | | | Le Russe est un individualiste portant le témoin du bien commun. Dans ce genre de course, l'Asiate redoute le départ, l'Européen - la déconvenue à l'arrivée, le Russe - la course elle-même. | | | | |
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| russie | | | L'âme russe n'a pas la trempe asiatique, ni ses pas - la prudence européenne. La première se grise d'innocentes libations ; les seconds s'embrouillent sans indicateurs érigés par la volonté défaillante. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel russe est né d'une larme compatissante. Son homonyme européen - des débats autour des faits divers. La pitié de Radichtchev pour le paysan miséreux, ou l'implication de Voltaire dans la révision de procédures judiciaires. Tenir la conscience en éveil ou susciter un écho journalistique. Être attiré par le tragi-comique ou par le curieux. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel européen préfère les sens uniques, il est tout entier dans le déchiffrage du réel. Le Russe l'alterne avec la poétisation du réel : sa dramatisation ou son idéalisation. Le trafic est si dense dans le premier sens, tandis que dans le second la fréquentation tarit. | | | | |
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| russie | | | Si les Russes n'avaient fait qu'imiter Pouchkine, ils auraient eu une littérature européenne comme les autres, avec les hommes au centre. Mais ils lui donnèrent leur cœur, l'âme se tournant vers l'homme et cela donna une grande littérature russe. | | | | |
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| russie | | | Un autre exemple de mésintelligence. Les personnages littéraires russes, appréciés en Europe, représentent des idées ou des comportements : Raskolnikov, Ivan Karamazov, Anna Karénine. Tandis que les Russes, eux-mêmes, s'attachent davantage à ceux qui incarnent leur âme : Tatiana Larina, Natacha Rostova, Aliocha Karamazov, les Trois Sœurs. | | | | |
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| russie | | | Il est facile de comprendre l'Européen, compagnon de route des bolcheviques, qui salue la férocité du NKVD : des révolutionnaires, qui, pour la première fois dans l'histoire des hommes, ne cherchent que le bonheur, l'égalité et la fraternité, démasquent des ennemis, qui seraient donc contre toutes ces béatitudes, - comment avoir de la pitié pour de tels monstres ? Et cet intellectuel européen n'avait pas la curiosité de se pencher sur des détails, tels que le fait que la plupart de ces ennemis furent des moujiks dépressifs ou les derniers des nobles inoffensifs. | | | | |
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| russie | | | La Révolution russe est la dernière guerre de religion européenne. L'Inquisiteur est battu, le confessionnal est sans danger, les indulgences et les icônes se diffusent comme produits périssables. | | | | |
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| russie | | | L'expérience communiste en Russie : vue comme une haute espérance par les meilleures têtes européennes et vécue comme un profond désespoir par les meilleures têtes russes. | | | | |
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| russie | | | Presque tout, dans ce monde, est de nos mains - dit l'Européen. Rien dans ce monde n'est résultat de mes actes - dit l'Asiatique. Je ne regarde dans ce monde que ce qui ne porte trace d'aucune main - dit le Russe. | | | | |
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| russie | | | La littérature russe est la seule en Europe à avoir résisté à la tentation d'un héros triomphateur. Elle affiche une interminable galerie des vaincus, bons princes : prince Igor, prince Mychkine, prince André. | | | | |
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| russie | | | Non, Staline n'était pas dans Lénine, ni Lénine dans Marx. Armés d'une belle idée, un satrape asiate, un tribun cosmopolite, un penseur européen se transforment fatalement en garde-chiourme féroce, face à la hideuse réalité des hommes - « la dégénérescence de la générosité en stalinisme » - Levinas. | | | | |
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| russie | | | L'épisode soviétique : l'horreur inintéressante. Les débiles asphyxiant les stériles, les passifs exterminant les actifs, les crapules pourchassant les nuls. L'Âge d'Argent russe, ce fut un pur miracle, un chant du cygne à l'apogée d'une culture, qui aurait dû probablement dominer toute l'Europe, et que les bolcheviques achevèrent, pour bâtir, à sa place, la plus abominable des civilisations. | | | | |
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| russie | | | Cernée par toutes les grandes civilisations du monde - l'Europe, le monde musulman, la Chine, le Japon, les USA - la Russie perdit toutes les batailles. L'Europe l'emporta en beauté, l'Islam en volonté, la Chine en dynamisme, le Japon en équilibre, les USA en puissance. Tout sera perdu, quand ses prime-ballerine, échéphiles, mathématiciens ou violonistes seront surclassés par quelques nouveaux tigres asiatiques ou latinos. Elle restera avec ce qui fut son origine - avec ses contes de fées. | | | | |
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| russie | | | Le journal me dit presque tout sur l'Europe, presque rien sur la Russie. La musique me dit presque tout sur la Russie, presque rien sur l'Europe. Le roman me les fait entrevoir au même degré. Seule la poésie ne dévoile rien, elle est l'invention même de climats et de paysages. | | | | |
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| russie | | | Une culture a deux fondements possibles - le confort de ma civilisation et le disconfort de mon âme. La douillette civilisation occidentale calma les troubles d'âme et dicte désormais chez elle toutes les aspirations culturelles. L'horrible civilisation russe ne sert que de décor apocalyptique, sur le fond duquel se jouent des tragédies des âmes déracinées. | | | | |
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| russie | | | L'âme russe est temporelle, l'européenne - spatiale. Peu de bâtisseurs ou de héros, chez les premiers, que des nomades et artistes. | | | | |
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| russie | | | Dans la disette russe, toute nourriture culturelle fut avalée avidement et sans discernement. En Europe, la culture a une place confortable, quelque part entre la gastronomie et le tourisme. | | | | |
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| russie | | | Les Russes se saignent en courant d'après le bien. Au nom du bien lui-même et sans une empreinte du beau. Les Européens cultivent le beau sans empreinte du bien. | | | | |
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| russie | | | Dans un sentiment unique, le Russe lit les prédestinées de la tribu. L'Européen, au contraire, déduit d'un trait tribal l'explication de toute unicité. Synthèse abusive, analyse allusive. | | | | |
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| russie | | | Ce qui distingue les Russes, ce n'est pas qu'ils supportent - et les Européens non - l'humiliation, mais que, pour ceux-là, il existe une humiliation coulante et tolérable et l'humiliation infligée qui les mutile. L'humiliation en dehors de leur vie spirituelle et l'humiliation qui la déchire. Ou bien la spiritualisation de l'humiliation : « La légalisation spirituelle d'une violence subie - une chose innommable, dont n'est capable aucun esclave » - Tsvétaeva - « Духовное узаконение претерпеваемого насилия - вещь без имени, на которую не способен ни один раб ». Les Européens n'ont pas cette nuance ; s'humilier ou être humilié est un. Toute souffrance, disent-ils, écrase et déprécie. | | | | |
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| russie | | | Tout ce qui vient du troupeau est, en Russie, abject et bien intentionné. En Europe - harmonieux et impersonnel. « S'il fallait remercier le Russe pour quelque chose, ce serait pour ses intentions » - Gogol - « Русского человека надо благодарить за намерения ». | | | | |
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| russie | | | L’Europe connaît les saignées purificatrices et les trêves profitables. Les guerres inondent les Russes de malheur, la paix n'y rend heureux personne. « Les communistes gagnent les guerres et perdent la paix » - R.Debray – du tsarisme au communisme, les raisons changent, mais pas les effets – l'asservissement et la misère. | | | | |
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| russie | | | Ce pays tire tout ce qu'il y a d'inhumain dans les esprits d'Asie et d'Europe, tandis que ce qu'il y a d'universel, chez ceux-ci, n'est apprécié que par ses marginaux. L'intransigeance et l'étroitesse asiatiques, la rapacité et la grisaille européennes. L'affectation européenne et le vide asiatique. | | | | |
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| russie | | | Qui se souvient encore des joutes russes avec la profondeur européenne libre, avec la tendresse asiatique raffinée ? Qui redécouvrira ce que personne n'avait : l'âme vaste et ouverte, sibylline aux Européens à comportement trop évident, intolérable aux Asiates cachottiers et impulsifs ? | | | | |
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| russie | | | Toute superficialité veut sauver la face en s'accrochant aux extrêmes. L'âme russe se croit plus près des débuts et des fins et voue l'esprit européen au milieu, pour ne pas dire à la médiocrité. Poème du Commencement, Poème de la Fin - tels sont les titres de deux visions, poétiques et eschatologiques, typiquement russes, où sont chantés la caresse et le feu, le Naître et le Disparaître. La liberté étant dans le premier et peut-être dans l'avant-dernier des pas, et l'esclavage - dans leur enchaînement, on peut ne pas avoir honte d'errer avec la première plutôt que de compter avec et sur le second. Mais sans savoir bien compter, on risque de ne pas apercevoir beaucoup de zéros cachés derrière le chiffre 1 et n'en voir que trop derrière tout signe d'infini. | | | | |
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| russie | | | La mesure du gouffre creusé entre l'Europe et la Russie par le règne du goujat : je n'ai aucune peine à tracer un chemin, qui mène de Byron à Lermontov, sans ruptures ; de la conscience historique de Soljénitsyne je n'arrive pas à atteindre même les Valaco-Bohémiens Conrad, Kundera ou Cioran, quoique sa conscience tout court en fasse un Dante homérique, toujours dans l'infernal ou dans l'épique. | | | | |
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| russie | | | Sur l'exemple de Soljénitsyne on voit ce que représentent les trois quarts de siècle de culture, que les Russes n'ont pas partagés avec l'Europe. En revanche, dans le sens inverse, cette séparation explique, que le Français voit dans l'affaire Dreyfus un phénomène plus monumental que l'archipel du Goulag et tient l'héritage de Mallarmé pour plus évolué que celui de Tolstoï. | | | | |
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| russie | | | La physionomie d'une tribu est dans le rapport entre ses facettes morale et spirituelle. D'un côté mûrissent les idéaux, de l'autre - les normes. Les Russes sont parmi les rares de ces tribus, où il n'y ait pas de gouffre entre les deux. Le déracinement asiatique ou le décentrement européen leur sont également familiers. Ils savent avancer, mais leur dévouement n'est guère obnubilé par la cadence des pas réglés. | | | | |
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| russie | | | L'Asiate se détache du visible, sans savoir s'attacher à l'invisible ; l'Européen s'attache au visible, sans savoir se détacher de l'invisible ; le Russe s'attache à l'invisible, sans savoir se détacher du visible. | | | | |
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| russie | | | Les défauts des Russes sautent aux yeux, flagrants mais superficiels. Leurs qualités sont cachées et profondes. Chez l'Européen, c'est le contraire. Le bien et le mal se valent et tiennent le même langage - dit-il. Chez le Russe, ils ne s'adressent même pas la parole. | | | | |
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| russie | | | Sentir sa pensée - l'attitude russe, penser son sentiment - l'attitude européenne. Rien d'inventé ou l'invention pure. L'authenticité de l'original n'ayant presque rien à voir avec l'authenticité de l'image, l'attitude d'artiste serait de se tenir à égale distance et du sentiment et de la pensée. | | | | |
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| russie | | | Une révolution est faite du mot, du geste et de l'idée. Dans la Révolution bolchevique, le mot fut bien russe, le geste - asiatique, l'idée - européenne. Mais ces trois volets ne se rencontrent, harmonieusement, que chez un comptable ou chez un fanatique. Ce que le Russe ne sera jamais. | | | | |
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| russie | | | L'homme est bon, disent les Russes, mais on a intérêt, en Russie, d'être une crapule, pour survivre. L'homme est mauvais, dit-on en Europe, où il est profitable d'être bon. | | | | |
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| russie | | | Le champ européen reçut la bonne graine, dont l'Anglais sera l'économiste, le Français - le politicien, l'Allemand - l'idéologue ; pour en assurer la sécurité et la longévité, il lui fallut l'épouvantail russe. | | | | |
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| russie | | | Le monde libre eut une vision juste de la réalité soviétique bestiale, comme la propagande soviétique écrivit vrai sur l'horreur du rêve occidental. Mais l'Europe finit par défigurer le rêve communiste, et la Russie resta sourde aux charmes de la réalité européenne. | | | | |
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| russie | | | En Asie, on vénère son père ; en Europe, on l'assassine ; en Russie, on s'en désintéresse, en se prenant systématiquement pour bâtard. | | | | |
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| russie | | | Est-ce à la première personne que je choisis mon pronom préféré ? à la deuxième ou à la troisième ? Pour déterminer ma position ? ma posture ? ma pose ? - L'Européen s'installe dans le moi, l'Asiate se comporte par le lui, le Russe rêve du toi - la liberté, l'égalité, la fraternité - sujet, objet, projet. | | | | |
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| russie | | | Les pires défauts du Russe se retournent contre lui-même ; les défauts de l'Européen se dressent contre les autres. Les qualités du Russe s'adressent à l'humanité entière ; les qualités de l'Européen le servent d'abord lui-même. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel européen - un partisan de la justice, orgueilleux, au cœur de la société ; l'intellectuel russe - un juste, humble et marginal. Le premier déniche des abus et formule des propositions de lois ; le second se lamente de l'imperfection humaine et avale son amertume. Lycurgue ou Socrate. | | | | |
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| russie | | | Face au phénomène de la Russie soviétique, le démocrate européen fut soit russophile soit russophobe ; et les deux attitudes furent également justifiées, puisqu'il s'y agissait de deux clans différents : des démocrates du rêve nostalgique ou des démocrates des faits statistiques. | | | | |
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| russie | | | Le Christ, dans la perception européenne, est une figure fondamentalement apollinienne ; chez les Russes, il est hautement dionysiaque. Le Christ russe, pitoyable, en compagnie du Grand Inquisiteur, ou le Christ, assisté de Torquemada, frère d'Héraclès (Hölderlin), ou prêtant son âme à César (le surhomme de Nietzsche). | | | | |
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| russie | | | En Russie, comme en Asie, ce qui est dynamique - en politique ou en économie - est hideux. En Europe, même le monachisme le plus contemplatif est des plus entreprenants. La résignation que je prône pour l'homme ne peut embellir peut-être que l'Asiate. | | | | |
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| russie | | | L'Europe vécut la seconde moitié du XX-ème siècle sous le slogan : keeping America in Europe, Russia - out, and Germany - down ; le demi-siècle à venir tiendra à keeping Russia in Europe, America - out, and Germany - up. | | | | |
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| russie | | | La musique de la vie est toujours nostalgique : face à l'enfance trop lointaine, à l'espérance trop haute, à la faiblesse trop profonde ; mais son bruit est triste, monotone ou cynique. Un artiste peut renoncer à reproduire le bruit et à ne produire que de la musique ; c'est ce que fait Cioran. Mais la musique de Tchékhov est plus ample, puisqu'elle comprend le bruit, dont l'horreur ou l'ennui sont joués, en contre-point, par sa musique. Face à l'Europe, le Russe reconnaît volontiers se trouver au milieu d'« une oasis d'horreur dans un désert d'ennui » - Baudelaire. | | | | |
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| russie | | | Le choix exclusif entre l'ennui et la souffrance, proclamé par Madame de Staël, devint inclusif : tant de terribles souffrances envahissent les pages des écrivains européens modernes et dont n'émane qu'un immense ennui ; leurs collègues russes s'efforcent d'exhiber tant d'ennui vulgaire, mais l'on continue à n'y voir que l'éternelle et noble souffrance russe. « Chez nous, tous les livres sont écrits sur un même thème – de quoi souffrons-nous » - Gorky - « У нас все книги пишутся на одну и ту же тему о том, как мы страдаем ». | | | | |
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| russie | | | Que je suis reconnaissant à la sérénité des lumières universelles européennes, qui me permirent de jeter sur ces pages tant d’ombres russes, scintillantes et solitaires. « La solitude : un océan d’ombres couvre cette Sibérie » - A.Suarès. | | | | |
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| russie | | | Ils sont très peu nombreux, ceux qui comprennent, qu'il y a eu trois secondes guerres mondiales, à contenus incomparables : l'idéologique - entre les démocraties et les totalitarismes européens, la politique - entre le Japon impérialiste et les pays du Pacifique, la raciale - entre les Germains et les Slaves. L'holocauste juif est le seul élément commun entre la première et la troisième. | | | | |
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| russie | | | Le même jour, le 22 juin, des coalitions européennes, montées par Napoléon et Hitler, envahissent la Russie. D'autres curieux parallèles : le général russe, qui les battit, porte le même nom - Hiver,dont les méfaits furent aggravés par l'indélicatesse du comte Rostoptchine ou celle du NKVD ; les dragons et les as de la Luftwaffe sabrent ou descendent un nombre incalculable de ces lourdauds de moujiks, qui, à la fin, par milliers et milliers, déferlent sur les boulevards parisiens et dans le ciel berlinois, où le sabre et l'avion font terriblement défaut aux Européens ahuris. Mais ce n'est ni le dragon ni l'avion russes qui y triomphent, fièrement, mais l'humble patriotisme d'un peuple. | | | | |
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| russie | | | La pitoyable stupéfaction des hommes de gauche européens - le Pacte Ribbentrop-Molotov ; dans l'affrontement avec les nazis, le Français risquait, au plus, des délais de livraison du Beaujolais Nouveau plus espacés, et le Russe - d'être réduit en esclavage, à l'âge de pierre, sans aucun soin médical, aucune culture, de voir un désert à la place de Saint-Pétersbourg et de Moscou ; tout ce qui retardait l'invasion devait être tenté, sachant, que les démocraties refusent toute coopération avec le Kremlin et qu'après Munich elles font tout, pour que les deux tyrans se saignent mutuellement ; l'idiotie et l'ingratitude de cette folie des Européens - proclamer le Pacte en tant que la cause première de la Guerre ! | | | | |
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| russie | | | Les meilleurs compagnons occidentaux de la cause communiste, s'ils avaient dû vivre au quotidien en URSS, auraient été les adversaires les plus farouches du bolchevisme. Rien de plus frustrant qu'un rêve céleste dans une croûte terrestre. Rêver d'un rôle à adouber et baver dans une geôle du KGB. | | | | |
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| russie | | | On écoute un acteur, un musicien, un scientifique russe - on entend une voix européenne, claire, fraternelle et droite ; dès qu'on croise un politicien ou un homme d'affaires - c'est Byzance, la voix fuyante, les yeux de voleur, les gestes de voyou. | | | | |
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| russie | | | La philosophie russe est la seule à être vraiment chrétienne, puisqu'elle est gorgée d'anxiété, d'angoisse et de repentance : la profondeur d'une pitié et la hauteur d'une ironie s'y rencontrent chaleureusement, au milieu des ruines, là où en Occident sévit la froide gravité des audaces et des constructions. | | | | |
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| russie | | | Se civiliser, c'est se débarrasser du péché originel et de la honte. Les péchés du Russe sont si cuisants, qu'il lui faut des dieux cléments, sachant fermer les yeux sur le réel et se contenter de l'idéel. « Le pouvoir soviétique se maintient grâce au platonisme du peuple russe. » - Lossev - « Советская власть держится благодаря платоническим воззрениям русского народа ». Tout autre peuple européen, soumis à une expérience marxiste, se nourrirait du Capital ; les Russes sortent tout droit de la République. L'idée reçue voit dans le Russe un vétéro-Chrétien, tandis qu'il est un païen, un platonicien invétéré. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ont la naïveté de vénérer les pierres sacrées de l'Europe, sans en avoir l'intuition du prix. L'Europe ne cherche plus à convertir ou à séduire, elle veut se vendre, comme tous les autres. | | | | |
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| russie | | | Les vrais Possédés furent toujours des Européens. Le Russe est obsédé par la hantise d'une réalité, qui se substituerait à ses délires et les rendrait caducs. | | | | |
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| russie | | | L'humanisme originel devint rationnel à la Renaissance, le revirement complètement ignoré par la Russie et qui explique la plupart de ses différences d'avec l'Europe. L'humanisme irrationnel devint une quête exclusivement russe : « La fiction russe est celle du Chaînon Manquant de l'humanité ; son crâne est celui du surhomme » - Chesterton - « Russian tale is the tale of the Missing Link ; his head is the head of the superman ». | | | | |
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| russie | | | En fouillant dans mes souvenirs russes, je trouve ceci : l'homme, qui me fit aimer Bach et Haendel, un académicien, qui avait connu Einstein et créé la topologie moderne ; l'homme, un Vénézuélien, qui m'apprit l'espagnol, devint terroriste, ennemi numéro un en Europe, embastillé, en perpétuité, depuis un quart de siècle ; l'homme du Parti, qui, pendant des années, me poursuivit de sa hargne, à cause de mes liens européens, est aujourd'hui recteur de l' Université Lomonossov, mon alma mater. | | | | |
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| russie | | | La plus infâme des ingratitudes européennes, face à l'holocauste russe de la Seconde Guerre Mondiale : une nation, martyrisée par un régime sanguinaire, traînant une noire misère, est envahie par l'armée la plus puissante et la mieux équipée du monde, ayant pour but la colonisation et la réduction en esclavage des Slaves et pour moyens - l'extermination physique, l'éradication de toute culture ; tout un peuple se sent meurtri et défié, se bat farouchement pour sa dignité et sa survie, perd 25 millions d'âmes et finit, triomphateur, à Berlin ; toute l'Europe, en 1945, voit dans le Russe son sauveur, méritant l'admiration et la reconnaissance éternelle. Aujourd'hui, tout est oublié : ce sont deux sordides dictatures qui se seraient alors chamaillées entre elles, pour le plus grand bien de la démocratie américaine, le seul vainqueur de cette confrontation entre le Bien et le Mal ; et le Russe aurait été du mauvais côté… | | | | |
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| russie | | | L'heure est à l'horizontalité ; les firmaments et les sous-sols restent en dehors des progrès de la robotisation. Le monde sera américain et chinois - ou rien. Le Russe, avec ses extrêmes verticaux, sera laissé au bord de la route, dans une impasse de plus. « En Russie, il n'y a pas de médiocrités : soit ce sont des génies solitaires, soit d'innombrables vauriens »* - Klioutchevsky - « В России нет средних талантов, а есть одинокие гении и миллионы никуда не годных людей ». | | | | |
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| russie | | | Dans les catastrophes, l'Européen trouve de l'étoffe pour repriser le tissu social, le Russe n'en retire que des strophes pour griser son insu viscéral. Qui contesterait la maîtrise unique, que le Russe démontre dans l'ordre des idées désastreuses ? | | | | |
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| russie | | | Le cheminement de la comédie européenne : la révolte, l'ennui et enfin une leçon bien digérée, l'indifférence, degré suprême de la liberté (Descartes). La tragédie russe suscite, d'abord, l'admiration, ensuite l'horreur et, enfin, le rire ou l'indifférence. | | | | |
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| russie | | | Un consensus règne chez les Européens sur l'essentiel - la liberté, la démocratie, la justice ; il ne leur reste, comme sujet de débats, que l'ennui des détails techniques d'imposition ou de budgétisation. Chez les Russes, ce consensus ne touche que le secondaire - l'arbitraire, le caprice, l'improvisation comme règles de la vie sociale ; pour assaisonner cette bouillie dans les têtes, ils se saoulent de débats, passionnants et stériles, sur la liberté, Dieu, le sens de l'existence ; en attendant, la justice, face aux dissidents, y garde toujours la même nature – le harcèlement et la vindicte. | | | | |
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| russie | | | L'être de l'inexistant intrigue les vagabonds, les héros, les poètes, mais laisse indifférents les moutons et les robots, qui ignorent la misère et la honte. Les patriotes russes cultivent cet inexistant : « Ma pauvre Russie ! Dans des taudis pourris, dans l'Europe sans honte, nous porterons le rêve de ce que tu es » - Koublanovsky - « Россия, ты моя ! В завшивленный барак, в распутную Европу, мы унесём мечту о том, какая ты ». | | | | |
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| russie | | | Veut-on vivre dans l'entente avec le monde ou dans le défi - le type de civilisation dépend de la réponse. « L'homme harmonieux - les Grecs homériques, les Chinois, les chrétiens gothiques. L'homme héroïque - les Romains, les Germains et Latins. L'homme ascétique - les Hindous, les Grecs néo-platoniciens. L'homme messianique - les premiers chrétiens, la plupart des Slaves. L'harmonie avec le monde, la domination du monde, la fuite devant le monde, la sacralisation du monde » - W.Schubart - « Der harmonische Mensch - die homerischen Griechen, die Chinesen, die Christen der Gothik. Der heroische Mensch - das antike Rom, Romanen und Germanen. Der asketische Mensch - die Inder und neuplatonische Griechen. Der messianische Mensch - die ersten Christen und die meisten Slaven. Welt-Einklang, Welt-Herrschaft, Welt-Flucht, Welt-Heiligung ». Peut-on sacraliser par l'harmonie, par la puissance ou par la fuite ? Oui, quand je suis un Ouvert, et ma musique, mon génie ou mon regard proviennent de ma profondeur divine et sont tournés vers ma hauteur humaine. | | | | |
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| russie | | | Huit siècles de rivalités, entre Russes et Polonais, pour prétendre au titre de héraut de la slavité : cinq siècles de succès polonais, trois - de revanches russes. D'orgueils et de triomphes, que leur reste-t-il ? - l'humiliation européenne et la platitude planétaire. Plus aucun support pour des sentiments viscéraux. | | | | |
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| russie | | | Les révolutionnaires russes : l’adulation du peuple, aux vertus imaginaires, la haine du pouvoir, aux vices imaginaires, – le gouffre entre les justiciers et la justice. L’évolutionniste européen : l’adaptation des droits de l’homme et du droit écrit – à la réalité politico-économique – le rapprochement entre la nation et l’État. | | | | |
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| russie | | | Dans aucun autre pays le gouffre entre la vérité de raison et la vérité de cœur n'est aussi infranchissable qu'en Russie. Et puisqu'en Europe le Christ apporte plutôt la première que la seconde, on pouvait dire : « Avec mon 'Art de trouver la Vérité nous allons évangéliser les Tartares » - Lulle. Cette engeance aurait été plus attentive à ton Art d'aimer et même à ton Arbre de science. Surtout si tu étais venu trois siècles plus tôt, lorsque la Vérité évangélique les séduisit pour de bon. | | | | |
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| russie | | | Comme partout en Europe, il y eut bien en Russie une culture de la lumière et une culture des ombres, la première ouverte par Pouchkine, la seconde - par Dostoïevsky. Un peu héritier des deux, j'apprécie autant la lumière de l'un que les ombres de l'autre, toutes les deux coulées dans un mot civilisateur. Des folliculaires occidentaux opposent bêtement l'angélisme du premier à la barbarie du second, tandis qu'ils sont indissociables. | | | | |
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| russie | | | Le Russe n'est pas un homme prométhéen ; il est apocalyptique, johannique, sentant au fond de lui-même une harmonie, ce qui le rend très tolérant pour ses propres méfaits et sa paresse. Remarquez que le péché capital de paresse infâme est traduit en russe par la romantique mélancolie (уныние), deux interprétations extrêmes de l'acédie grecque (Thomas d'Aquin ou Loyola) - du je-m'en-foutisme. | | | | |
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| russie | | | Les Européens se mettent en troupeau pour mieux marquer leur égoïsme. Les Russes s'isolent pour mieux clamer l'altruisme. Ceux-là atteignent leur but, ceux-ci ratent le leur. | | | | |
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| russie | | | Les Européens sont acteurs de leur vie commune, les Russes sont spectateurs de la leur. Ceux-là jouent la vie, ceux-ci la déjouent ou la sifflent. | | | | |
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| russie | | | Adam et Ève, nus, mangeant le fruit défendu, persuadés d'être au paradis - auraient-ils le passeport soviétique ? Regardez le jardin européen, où les amena felix culpa : pas de serpent en vue, le fruit se vend au plus offrant, Adam et Ève, transformés en touristes, geignent d'y être en enfer. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel européen écrit des romans, ses homologues américain et russe se vouent à la physique. « Cinq Européens sur dix sont des intellectuels. Ce genre d'intellectuels non intégré n'existe pas aux USA ni en URSS » - Moravia - « Cinque Europei su dieci sono degli intellettuali. Questo genere di intellettuali non integrati non esiste negli Usa e nell’Urss ». Il est vrai qu'à la place de ce vaste troupeau, on trouve des cohortes de robots, en Amérique, et des hordes de falots, en Russie. | | | | |
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| russie | | | Entre un message dionysiaque transmis par un messager hideux et barbare et un message sobre d'un souriant adorateur de Hermès, l'hésitation aura été brève : « L'Europe sera républicaine ou cosaque » - Napoléon. L'Europe sera républicaine, c'est-à-dire américaine. « Exit la Russie, et voilà que nous sommes tous Américains ! » - R.Debray. Qui écoute encore Nietzsche : « Il faut absolument, que nous allions main dans la main avec la Russie. Pas d'avenir avec l'Amérique » - « Wir brauchen ein unbedingtes Zusammengehen mit Rußland. Keine amerikanische Zukunft ». | | | | |
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| russie | | | Depuis que le péché ne terrorise plus les hommes, l'esclavage reste leur seul épouvantail. « L'Occident dit : la mort plutôt que l'esclavage ; le Russe dit : l'esclave plutôt que pécheur. L'esclavage nous prive de la liberté extérieure, le péché détruit toute liberté » - W.Schubart - « Sagt der Westen : lieber tot als Sklave, so sagt der Russe : lieber Sklave als Sünder. Knechtschaft nimmt zwar die äußere Freiheit, Sünde aber zerstört jede Freiheit ». | | | | |
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| russie | | | L'Européen se préoccupe surtout de ce qui ne va pas dans sa machine économique, et il finit par le faire marcher ; le Russe s'accroche à ce qui danse, dans ses yeux, et qui finit, comme tout le reste, par ne plus marcher. Calculateur et danseur, s'entendront-ils un jour ? | | | | |
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| russie | | | Dans les profondeurs - la stérilité ; sous les pieds - la pourriture ; heureusement, les hauteurs sont béantes et vides. Dans l'espace comme dans le temps. « Notre passé est horrible ; notre présent est odieux ; heureusement, nous n'avons pas d'avenir » - proverbe serbe. Hitler est trop bon : « L'avenir n'appartient qu'à ce peuple de l'Est, qui s'est avéré le plus fort » - « Die Zukunft gehört ausschließlich dem stärkeren Ostvolk » - ils gaspillèrent leur force, c'est leur faible. | | | | |
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| russie | | | Écrits à la même époque (et redécouverts, aussi, à une même époque), le Cantar de mío Cid, la Chanson de Roland, le Nibelungenlied et le Dit de l'Ost d'Igor (Слово о полку Игореве), présentent d'étonnantes ressemblances factuelles, mais surtout psychologiques, les héros se baignant dans leurs défaites ; l'ère carolingienne fut peut-être le dernier moment d'une Europe chrétienne, acceptant, fièrement, la chute. Avec la Divina Commedia commence la littérature moderne des héros, triomphateurs du Mal. | | | | |
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| russie | | | L'Européen et l'Américain peuvent dire, qu'ils ont un ordre politico-économique qu'ils voulaient, ce que ne peuvent dire ni le Russe (où les voix sont trop violentes) ni l'Indien (où les voix sont trop vagues) ni le Chinois (où les voix sont trop apeurées). Les premiers ont l'air de connaître leur destin, les seconds l'ignorent. Les uns gagnent en programmation, d'autres en pérégrinations. Seule une machine peut connaître son destin. | | | | |
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| russie | | | Lorsque je parcours les romans-fleuves de Balzac, Zola, Proust, Joyce, je pense aux romans-sources de Dostoïevsky et/ou romans-deltas de Tolstoï. | | | | |
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| russie | | | Dans les péripéties de toutes les histoires nationales européennes, on devine une espèce de plan intelligent, formulé comme un destin particulier et bien calculé par une chancellerie céleste. Sur ce fond, le chaos diabolique russe est flagrant : « La Russie est un jeu de la nature et non pas de la raison » - Dostoïevsky - « Россия есть игра природы, а не ума ». Et le Russe voit dans sa nature un chagrin étouffant, un silence pesant, une hauteur glacée (K.Balmont). | | | | |
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| russie | | | Pour comprendre la vocation russe, il faut la chercher en hauteur. « Pouchkine comprit le peuple russe en profondeur et en ampleur » - Dostoïevsky - « Пушкин понял русский народ в глубине и обширности » - tu te trompes de dimensions : la hauteur russe, qui est totalement européenne, ne fut comprise que par deux belles sensibilités – par Pouchkine et par Nabokov. Ces deux-là sont les seuls ironistes russes, se moquant des pensées en prose, tout en en exhibant des flopées poétiques. | | | | |
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| russie | | | Pour deviner les rapports de l'Européen avec la connaissance, il suffit d'examiner son verbe-fétiche : under-stand (humilité), ver-stehen (pénétration), com-prendre (universalité), по-нять (hauteur). | | | | |
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| russie | | | Aux yeux des Russes, la philosophie tranquille, si prônée par les Européens, est la même aberration que la comptabilité palpitante. Aucun Russe ne brilla dans ce métier ingrat ; les meilleures têtes russes s'adonnent au lyrisme balbutiant des extatiques (Jankelevitch). | | | | |
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| russie | | | Le déracinement est une pose ; l'enracinement est une position. « Dans le Russe, la culture européenne reste sans racines » - D.H.Lawrence - « European culture is a rootless thing in the Russians » - tu ignores, que les racines russes s'incrustent aux cimes, sans promesse de fleurs et de fruits, puisque la Terre russe, inondée de larmes et ravagée par le feu, ne peut plus compter que sur l’air, où ne retentissent que poèmes, sanglots et prières. | | | | |
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| russie | | | L'Europe invente des problèmes, l'Amérique fabrique des solutions, la Russie reste fidèle aux mystères. La facilité du mystère – on ne le développe pas, on l'enveloppe ; il séduit, il ne déduit pas ; il brandit le pouvoir, sans l'appuyer par le savoir. | | | | |
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| russie | | | Chez l'Européen, la primauté du concept, à travers lequel se faufilent de tièdes affects, avec l'affect-concept comme monstre unificateur ; chez le Russe, la primauté de l'affect, seule origine des concepts, affectueux, angéliques ou démoniaques. « Les dispositions naturelles russes sont bien là, prêtes à se développer, mais aucun concept net, qui est indispensable, ne peut le résumer » - Kant - « Rußland ist noch nicht das, was zu einem bestimmten Begriff der natürlichen Anlagen, welche sich zu entwickeln bereit liegen, erfordert wird ». | | | | |
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| russie | | | Je peux juger des rimeurs d'un pays européen après m'être entretenu avec un de ses garagistes ou banquiers. Mais le poète russe n'a pas de patrie. | | | | |
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| russie | | | L'œil russe est ravagé par le doute vital, mais son oreille est bizarrement trop perméable aux certitudes puériles. L'œil européen est dévitalisé par des certitudes mécaniques, mais son oreille est munie de filtres subtils du doute. Le regard russe et l'ouïe européenne - les slavophiles ; le sens oculaire russe et le sens auditif européen - les occidentalistes. Les premiers sont plus intelligents. | | | | |
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| russie | | | L'Évangile inspire les grands romanciers russes ; le Code Civil joue le même rôle chez les romanciers européens. Dans les vérités des premiers on sent les stigmates ; des doutes des seconds on déduit la juridiction du sanhédrin. | | | | |
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| russie | | | L'enthousiasme, la vie ou l'être, laquelle de ces sensations doit accompagner nos expériences ? To enjoy penche pour la première, erleben et переживать - pour la deuxième, éprouver (provenant du verbe indo-européen être) - pour la troisième. D'où la légèreté, l'emphase ou la sécheresse des parcours correspondants. | | | | |
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| russie | | | Étymologiquement, dans les langues indo-européennes, être signifierait vivre ou demeurer (voir, en russe : быть - быт et пребывать - vie quotidienne et demeurer, ainsi qu'en allemand - sein - dasein - qui couvre les deux), étymologie partagée, pour le plus grand scandale des philosophes, avec avoir, provenant de habiter - habitude ; rien d'étonnant que leur antagoniste le plus immédiat soit devenir - ressusciter et disparaître. Comment s'appelle l'oubli de l'être (Seinsvergessenheit) heideggérien, en russe ? - забытье - au-delà de l'être ! | | | | |
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| russie | | | L'anglicisation de termes continentaux est généralement un pas de plus vers la robotisation finale : le superman triomphateur évinçant le surhomme défait, le self-made man millionnaire se mettant à la place de l'aut-hentique vagabond (tandis qu'en russe, à l'opposé, authentique - подлинный - vient de avoué sous le fouet…, le maniérisme contrefait étant le sort de ceux, qui ne savent quoi faire de la liberté). C'est le robot qui crée et croit le plus naturellement, et en toute circonstance. | | | | |
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| russie | | | Le rang de la richesse : riche aurait la même origine latino-germanique que roi, tout comme reich, coïncidant avec das Reich - l'empire, mais le russe va encore plus loin, puisque богатый y est apparenté à Бог - Dieu. La pauvreté est banale en français (apparemment - de paucus parere - pas grand-chose), mélancolique en allemand : arm, qui signifiait esseulé ou pitoyable, et franchement calamiteuse en russe : бедный, provenant de беда - désastre. | | | | |
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| russie | | | L'Asiate finasse avec ses chinoiseries contraignantes : l'Européen devient prosaïquement transparent avec son pesage des buts : le Russe reste aveugle avec son obsession par les moyens. « L'instinct des barbares russes n'admet la réflexion que dans le choix des moyens et non dans l'examen du but » - de Staël. | | | | |
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| russie | | | La commisération russe pour les humiliés est grande, puisque grande est l'humiliation, infligée par l'arbitraire des brutes. En Europe, la loi a assagi les brutes, et l'on n'y compatit qu'à la souffrance, due au non-respect des codes. | | | | |
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| russie | | | L'expression personnelle de la servilité collective ou l'expression commune de la liberté personnelle - le Russe ou l'Européen : les cheveux se dressent d'horreur, à la vue du premier, les bras tombent d'ennui, à l'écoute du second. | | | | |
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| russie | | | À côté de la fourmi asiatique et du mouton européen, j'ai de la compassion pour la gazelle africaine (qui n'a besoin que des autres), de la cigale latino (qui se fiche des autres) et de la marmotte russe (qui roupille, pour ne pas subir les autres). | | | | |
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| russie | | | De plus en plus, en Europe, le peuple réfléchit et s'exprime en comptable, et les comptables – déjà en robots. Le peuple russe continue à tenir aux genres de communication aristocratiques : « Notre peuple à la propension à penser en aphorismes » - Gorky - « Мышление афоризмами характерно для народа ». Curieusement, comme Nietzsche, tu intitulas ton livre d'aphorismes – Considérations intempestives (Несвоевременные мысли – Unzeitmässige Betrachtungen). | | | | |
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| russie | | | Les châteaux de la Loire et les palais de Florence étaient déjà en place, lorsque S.Herberstein regrettait : « Quant à la province de Sibérie, je n’ai pas pu me renseigner s’il y avait des châteaux ou des villes » - « Sibier provincia, quae an castra & civitates aliquas habeat, compertum non habeo » | | | | |
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| russie | | | La sensation de mourir, de grisaille, d'horreur ou de lumière indélicate, m'accompagnait partout en Russie ; en Europe, je me sens déjà mort, d'ennui ou de couleurs indifférentes. | | | | |
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| russie | | | En Russie, ce qui est individuel (les passions, les caprices) devient social (l'arbitraire, la corruption) ; en Europe, ce qui est social (la loi, la tolérance) devient individuel (la robotisation, le conformisme). | | | | |
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| russie | | | Des hommes passionnés, jeunes et héroïques, à Pétrograd ou à la Havane, déclamaient de belles devises communistes, déclenchant des adhésions enthousiastes. Les mêmes slogans, marmonnés plus tard par de séniles fonctionnaires du Parti, n'inspiraient que le dégoût ou l'indifférence. Des mutations spirituelles et cérébrales, irréversibles. Mais une myopie dans le temps (la Russie) continue à entretenir de vraies nostalgies ; une presbytie dans l'espace (l'Europe) – de fausses espérances. | | | | |
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| russie | | | La philosophie n'a que deux sujets, autour desquels elle développe son discours : la consolation et le langage. Ces deux genres sont presque disjoints (seuls Platon et Nietzsche, peut-être, parviennent à les mélanger). Et tout grand écrivain, inévitablement, est touché par l'appel de l'une de ces deux branches philosophiques. Et c'est ici peut-être que réside la différence la plus profonde entre les littératures russe et européenne : la première est toujours dans la sphère de la consolation (le salut, la honte et la pitié), et la seconde – dans celle du langage (les représentations et les interprétations). | | | | |
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| russie | | | L'habit de l'Européen me flanque l'ennui ; l'habit du Russe me saisit d'horreur. Alors je me dis, que, nus, ils seraient peut-être plus présentables : eh bien, le premier irradie le même ennui, mais le second retrouve des traits de l'homme originaire, non touché par l'Histoire, on quitte le présent gluant, un passé pré-historique réveille la curiosité. | | | | |
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| russie | | | Le russophobe voit l'abominable civilisation russe et fait de la Russie son ennemi irréductible et héréditaire ; le russophile voit la grande culture russe et veut se rapprocher de la Russie amicale et hospitalière. Et puisque la civilisation est malléable et la culture – indéracinable, l'Européen devrait écouter davantage le russophile. | | | | |
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| russie | | | On peut juger de la doucereuse tolérance européenne et de la violence du goût de l'intolérance russe, en comparant les réactions à mon opus que je reçois : trop engagé - disent les Européens, trop désengagé - disent les Russes. | | | | |
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| russie | | | Pour appartenir à l'intelligentsia russe, il faut errer dans les impasses de la conscience-honte ; pour être intellectuel européen, il faut ne pas dévier de la conscience-lucidité. | | | | |
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| russie | | | Comme tous les pays européens, la Russie tsariste fut impérialiste ; la Russie soviétique, pour la première et, sans doute, la dernière fois, dans l'Histoire, se voulut internationaliste, sacrifia ses intérêts nationaux, tenta de voir un frère dans tout Terrien, s'écroula sous un poids insupportable (même le Goulag, en tant qu'un levier économique, ne sauva pas l'affaire), s'écroula au grand soulagement des acheteurs et vendeurs concurrentiels que devinrent tous les candidats au titre fraternel. Quand mon seul frère est mon prochain impassible, calculé sur une échelle commerciale, j'oublierai ce qu'est, sur une échelle du cœur et du rêve, mon lointain vibrant. | | | | |
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| russie | | | Tous les progrès européens le doivent à la capacité de dialoguer, de se tolérer. Ces mots, pour le Russe, sont à jamais proscrits : « En russe, tout compromis porte l'empreinte d'une basse crapulerie » - Berbérova - « Компромисс, на русском языке, носит на себе печать мелкой подлости ». | | | | |
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| russie | | | Depuis le retour de la Crimée en Russie, une russophobie héréditaire, viscérale, primitive déferle sur la scène publique en Europe, ce qui pousse tout Européen indépendant à chercher des excuses au régime pourri russe. Le même aveuglement frappait les intellectuels européens après la Révolution russe, mais à l’époque le pays, au moins, fut dirigé par quelques rêveurs, cultivés et désintéressés, tandis qu’aujourd’hui il l’est par des analphabètes et prévaricateurs. | | | | |
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| russie | | | Pour une nation, incapable de gérer les libertés politiques, l'américanisation signifie africanisation. C'est ce qui se produit actuellement en Russie, où les modèles sociaux, économiques et civilisationnels américains règnent sans partage, malgré la rhétorique propagandiste hostile, tandis que la culture européenne disparaît à vue d’œil. Jadis, l'ombre d'une Asie grossière planait sur les destins russes ; aujourd'hui, c'est plutôt l'Afrique, humiliée et stérile, qui partage la misère de la civilisation russe. | | | | |
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| russie | | | Les grands artistes russes ne se mêlaient jamais à la multitude. Quel contraste avec l'Europe, où l'incrustation de fait se faisait sans peine et en pleine foire ! Pascal et son commerce de fiacres, Baudelaire, avec son Moniteur de l'épicerie, Claudel et la Mystique des bijoux Cartier, et même Valéry aux Louanges de l'eau de Perrier. Et pourtant, le héros russe le plus byronien, Eugène Onéguine, se moque d'Homère et admire A.Smith. | | | | |
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| russie | | | Deux sortes d'imbéciles émergèrent de la Russie post-communiste, à la découverte du phénomène consumériste : ceux qui y trouvèrent le sens de leur existence et ceux qui y virent le sens même de la civilisation occidentale pourrie. Les seconds, à long terme, sont plus nuisibles. | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne comprend pas les valeurs européennes et s’auto-proclame – nihiliste ; il avance à tâtons, vers des ténèbres, et l’enjolive par un état d’esprit pseudo-eschatologique. « Le Français est dogmatique ou sceptique ; l’Allemand – mystique ou critique ; le Russe – apocalyptique ou nihiliste » - Berdiaev - « Француз бывает догматиком или скептиком ; немец — мистиком или критицистом ; русский — апокалиптиком или нигилистом ». L’Européen voit nettement le rôle social de l’esprit et laisse aux caprices personnels dialoguer avec le cœur ou l’esprit. Le Russe vit tout en vrac et son âme s’entend si rarement avec son esprit. | | | | |
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| russie | | | La demande engendre l'offre, ce glacial adage s'applique à la politique et à la poésie avec la même mécanique implacable qu'à l'économie. Mozart, Kant, Napoléon, Hugo furent demandés. La Russie reste la seule exception à cette règle : ni Pierre le Grand, ni Pouchkine, ni Gorbatchev ne furent appelés par personne. Ce sont des miracles, comme tout ce qu'il y a de valable en Russie. | | | | |
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| russie | | | Comment devient-on milliardaire ? Aux USA – par l’agressivité et la spéculation, en Chine – par le travail et la fidélité au Parti, en Europe – par la gestion et la concurrence, en Inde – par la caste, en Russie – par le vol et le pot de vin. | | | | |
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| russie | | | Une poignée d’intellectuels essaya de raccrocher la Russie post-communiste à l’Europe démocratique ; la liberté ne réveilla que des bandits, qui finirent par se hisser au pouvoir. L’Europe horrifiée recula devant un intrus inconvenant. Celui-ci, dépité, s’auto-proclama anti-globaliste, sans comprendre, que la démocratie n’est qu’un minuscule îlot exceptionnel, au milieu de l’océan des tyrannies majoritaires, globalisantes. À l’élite mondiale, il préféra la meute, la bande, la mafia claniques. | | | | |
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| russie | | | À l'inverse de l'Europe, l'intellectuel russe n'a presque rien en commun avec ses compatriotes, acteurs économiques. Contrairement à son homologue européen, toujours au contact des contribuables, il ne devrait pas du tout être éclaboussé par une dénonciation quelconque de la vilenie sociale de son pays. | | | | |
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| russie | | | De brefs dégels balisaient l’histoire post-stalinienne de la Russie, mais se terminant par un pourrissement de plus. Mais peut-être K.Léontiev avait raison : « Il faut congeler légèrement la Russie, avant qu’elle ne pourrisse » - « Россию надо подморозить хоть немного, чтобы она не гнила ». Au XXI-me siècle, on le comprit, en laissant pourrir la Russie, avant qu’elle ne soit recongelée. Saint-Pétersbourg, inventée par Pierre le Grand en tant que fenêtre sur l’Europe, doit être débarrassée de l’influence européenne, selon le maire sauvage de cette malheureuse cité. | | | | |
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| russie | | | Alexandre Ier, en traversant à cheval le pont d’Austerlitz, ne le fait pas renommer et, admiré par Chateaubriand et Talleyrand, magnanime, il quitte le Paris conquis soulagé. Il inspire la reconnaissance aux Prussiens et aux Autrichiens. Ah, si Staline laissait Varsovie et Prague disposer de leur liberté, quelle reconnaissance, pour des siècles, porterait l’Europe à ce peuple héroïque libérateur ! Mais Staline y laissa sévir de grossiers commissaires, qui furent heureux de pouvoir ramener dans leur misérable patrie une paire de chaussures, un tabouret ou un briquet, introuvables en URSS. | | | | |
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| russie | | | La tragédie à l’européenne : l’horreur devant la cruauté des actes ; la tragédie à la russe : la souffrance, détachée de tout acte, la conscience languissante d’une fatalité, qui engloutit tout souvenir de nos rêves. La première, même trempée dans un style emphatique, apitoie surtout l’homme de la rue ; la seconde, même exposée humblement, convainc n’importe qui, du moujik à l’aristocrate, en passant par le poète. C’est pourquoi le plus grand tragédien de tous les temps s’appelle Tchékhov. | | | | |
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| russie | | | Là où l’Européen s’attend à la compréhension, à la générosité, à la justice, le Russe ne compte que sur le sacrifice. « Nécessité du sacrifice : la grande idée qui a présidé à toutes les époques de l'histoire russe, traversé l'esprit russe, imprégné l'âme russe, inspiré la culture russe » - D.Fernandez. | | | | |
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| russie | | | L’homme en général est un concept creux ; l’universalisme a tellement de facettes. Le Français voit l'homme en train de réfléchir, l’Allemand – à calculer, le Russe – à souffrir (il porte le génie de l’art de souffrir). Et puisque, quelle que soit la trajectoire humaine, au bout nous attend la souffrance, le Russe est peut-être l’homme le plus universel. « Pourquoi les plus brillants des Européens cherchaient en Russie de la consolation, de l’espérance, de l’âme ? Serait-ce à cause de cette réponse russe, qui porte sur l’homme en général ? »* - V.Soloviov - « Почему умнейшие из европейцев искали утешения, надежды и души в России? Не потому ль, что русский ответ касается человека в целом? ». | | | | |
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| russie | | | Deux sortes de servilité : résulter de la raison et y résider, ou bien être infiltrée dans le sang même ; soit on s’incline consciemment devant une force implacable, soit on se soumet machinalement à tout caprice du fort ; ce qui annonce le robot futur ou décrit le mouton actuel. Le premier type est assez répandu en Europe, le second sévit en Russie : « Ils ont une psychologie du chien : on les frappe – ils geignent et se cachent ; on les caresse – ils se mettent sur le dos, les pattes en haut » - Tchékhov - « Психология у них — собачья : бьют их - они повизгивают и прячутся, ласкают — они ложатся на спину, лапки кверху ». | | | | |
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| russie | | | L'Européen : ayant fait ou faisant ceci ou cela, ma nation mérite de tels ou tels qualificatifs flatteurs ; le Russe proclame, d'emblée, son pays Grand - pour justifier sa petite paresse, et Saint - pour se débarrasser de remords dans ses constants sacrilèges. | | | | |
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| russie | | | L'Asie - contenu sans forme ni vie ; l'Europe - forme et contenu sans vie ; Russie - vie sans contenu ni forme, l'« Empire des catalogues, une collection d'étiquettes » (Custine). La vitalité fluide russe peut remplir tout vase, sans en garder ni le fond ni la forme d'aucun. | | | | |
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| russie | | | L’Européen part des finalités claires, auxquelles il adapte des moyens adéquats, rationnels ; le Russe se fie aux pulsions des commencements obscurs, et l’obscurité initiatique l’attire plus que la clarté des buts. « Les Russes sont d'autant plus eux-mêmes qu'ils sont plus ouverts aux forces cachées qui les gouvernent » - D.Fernandez. | | | | |
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| russie | | | Dans les affaires humaines, ce qui ne s’unifie pas avec l’universel ne peut relever que du folklore, de la folie ou de la bêtise. Tout en ignorant le fond de la culture européenne, le Russe est solidaire de ses formes : « L’âme russe est l’un des fragments les plus précieux de l’âme universelle » - S.Zweig - « Die Seele des Russen ist das Kostbarstes Fragment der Weltseele ». | | | | |
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| russie | | | L’échec, pour un homme, vivant d’initiatives, de responsabilités, de progrès, paralyse souvent l’énergie de son activisme et même de son esprit ; mais le Russe, résigné, paresseux et fataliste, garde, dans les pires des débâcles, toute l’énergie de sa passivité et de son âme, lui permettant de surmonter des désastres, auxquels succombent les autres. | | | | |
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| russie | | | L'homme à conscience blessée voit la culpabilité dans les causes ; l'homme à honneur froissé - dans les effets. La paresse de la conscience engendre les robots ; la paresse de l'honneur - les esclaves. Le Russe, conscient de ses devoirs manqués, est prompt à dire : je suis en-dessous de tous. L'Européen, conscient de ses droits acquis, dit, plus souvent : je ne suis pas inférieur aux autres. | | | | |
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| russie | | | L'attente russe : que, dans la série interminable de gestes rationnels, jaillisse, momentanément, la folie d'un acte, d'un mot, d'un regard. L'attente occidentale : que, dans ce qui paraît être chaotique et mal organisé, la raison introduise enfin, définitivement, de l'ordre, de la norme, de la justification. | | | | |
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| russie | | | Ce qui frappe un Russe, chez les Européens, c’est l’absence, chez eux, de tout doute sur la place qui leur est dévolue dans la société. Homme de trop, homme superflu, homme ne trouvant pas sa place dans ce monde – tel est le personnage le plus original de la littérature russe et présent chez Griboïedov, Pouchkine, Lermontov, Tourgueniev, Tchékhov. Plus que l’horreur criarde de la réalité, c’est la beauté, humble ou fière, du rêve évanescent qui le met en marge du réel. | | | | |
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| russie | | | L'Européen est debout, la liberté se lit dans ses yeux, mais dans sa tête grouillent des conformismes ; le Russe est à genoux, ses yeux expriment la servilité, mais sa tête déborde d'extravagances et rébellions. | | | | |
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| russie | | | En Europe, la présence de l’État se traduit par l’obligation de respecter les codes fiscal, pénal, civil, routier ; en Russie – par l’ennui de subir l’arbitraire véreux des fonctionnaires et des polices. | | | | |
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| russie | | | L’âme et le cœur russes sont sensibles aux même pulsions qu’en Occident. Mais la raison, dont l’action et les mœurs, subit une influence néfaste d’un Orient barbare (les cultures japonaise, chinoise, indienne n’apportèrent absolument rien à la civilisation russe). Mais le combat civilisationnel se déroule dans la raison, d’où l’âpreté et l’incompréhension du dialogue tendu et méfiant avec l’Occident. | | | | |
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| russie | | | Le Russe se sent à l’aise dans un état des croyances gratuites et même recherchées. Dostoïevsky admettait, que l’occulte idée d’une mission russe d’harmonisation fraternelle du continent européen était rêve et délire, mais il voulait y croire et en vivre. | | | | |
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| russie | | | Depuis trois siècles, la fâcheuse manie de se contenter de son vague regard, au lieu de se nourrir de ses yeux impartiaux, empêche le voyageur russe en Europe d’en tirer de bonnes leçons, le plonge dans un ‘désenchantement’ grandiloquent, l’autorisant à donner des leçons à l’Europe, qui aurait perdu l’esprit chevaleresque, pompeux et hautain. Et, le mur avec l’Europe épaissi, il retourne dans sa sauvagerie sociale, l’âme en paix. | | | | |
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| russie | | | En Europe, il fallut quatre siècles, pour passer de la culture de la Renaissance à la modernité ; pour le même passage, la Russie, après la mort de Pouchkine, ce seul artiste de la Renaissance, y mit quatre ans (avec, toutefois, une réplique de l’Âge d’Or de la Renaissance que fut l’Âge d’Argent). | | | | |
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| russie | | | L’homme de la nature, le Russe place la culture au ciel de ses rêves ; pour l’Européen, la culture s’inscrit dans le cadre de son existence quotidienne. D’où cette stupéfiante et naïve méprise des Russes : « La destruction de la culture se déroule en Russie plus lentement que dans des pays plus civilisés » - V.Arnold - « Уничтожение культуры в России идёт медленнее, чем в более цивилизованных странах ». Avoir la tête au milieu des étoiles permet de ne pas voir les cendres sous ses pieds. | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne veut forger que pour les dieux (Arès, Apollon, Aphrodite), qui sous-payent en général leur main-d'œuvre, l'Européen - pour réaliser sa production à juste prix auprès de Hermès. | | | | |
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| russie | | | J'aime la résistance de la langue russe à l'ontologie verbaliste gréco-latino-germanique ; au lieu de creuser l'être de la chose, elle la fait d'abord se tenir debout ou couchée et ensuite la réduit au banal mettre (стоять/ставить - лежать/класть). | | | | |
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| russie | | | En Europe, l’Église, discrètement, occulte son rôle sacré, pour se vouer à la fonction caritative ; on n’y cherche plus Dieu, mais une consolation. En Russie, où l’Église figure parmi les organismes les plus corrompus, les chercheurs de Dieu sont hors de l’Église. « En Occident, l’église est sans dieu ; en Russie, dieu est sans église » - Klioutchevsky - « На Западе церковь без бога, в России бог без церкви ». | | | | |
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| russie | | | En Russie, l’absence d’idées engendre la foi en merveilles ; en Europe, la disparition de merveilles engendre la recherche de vérités. | | | | |
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| russie | | | Culturellement, les petits, en Europe, firent d’énormes progrès, tandis que la chute des grands fut encore plus fracassante ; ils devinrent presque indiscernables ; pour eux, tous, Dieu, la noblesse, la consolation sont désormais morts. En Russie, les petits restèrent au même niveau, et la dégringolade des grands ne suffit pas, pour rejoindre ceux-là, mais, désespéramment, les grands veulent redresser ou consoler les petits, ou même s’appuyer sur eux. | | | | |
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| russie | | | La Russie ochlocratique et cleptocratique, en déclarant la guerre à la démocratie, se dirige, irrévocablement, vers un écroulement de plus. Tiouttchev avait raison : « Il n’y a plus en Europe que deux puissances réelles – la Révolution et la Russie. La vie de l’une est la mort de l’autre »* - « В Европе существуют только две действительные силы - революция и Россия ; существование одной из них равносильно смерти другой » - où, en éliminant un anachronisme, il faut remplacer révolution par démocratie. | | | | |
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| russie | | | Les poètes européens connurent des illuminations personnelles, les russes - des vertiges dictés par l'époque : la liberté (l'Âge d'Or), l'art (l'Âge d'Argent), la faim (l'Âge du Fer), l'ennui (l'Âge de la maculature). | | | | |
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| russie | | | Toute l’Europe ne pense que parcours et finalités ; seule la Russie ne vit que des commencements. H.Hesse définit l’état d’esprit russe comme : « la voie, exigeant une pensée du mystère, retour au difforme, à l’inconscient, à tous les commencements » - « den Weg, der das magische Denken fordert. Rückkehr ins Ungeordnete. Rückweg ins Unbewußte. Rückkehr zu allen Anfängen ». | | | | |
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| russie | | | La plupart des historiens russes sont persuadés, que l’Europe n’a pour le peuple russe que l’antipathie, l’hostilité, le mépris. Vivant au milieu des Européens je vois, de leur part, surtout de la sympathie, de la compassion, du désir de voir une Russie plus civilisée, plus démocratique, plus prospère. Ce qui horrifie l’Européen, c’est, depuis un siècle, le mensonge, éhonté et abrutissant, des dirigeants russes, vis-à-vis de leur propre peuple, et leur sauvagerie face aux opposants libéraux. | | | | |
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| russie | | | D’une manière inexplicable, et peut-être complètement aléatoire, les deux thèmes principaux d’une bonne philosophie – la consolation et le langage – correspondent aux deux traits nationaux russes les plus saillants et touchant davantage le moujik que l’aristocrate ou l’intellectuel. Le besoin de consolation perce dans leurs appels à la pitié, à la compassion et surtout dans la vision du Christ-Paraclet, du Consolateur, plus que du Sauveur, comme dans l’Occident. Enfin, la richesse phonétique, morphologique, syntaxique du russe munit cette langue d’une liberté phénoménale. Le discours dans les langues romano-germaniques renvoie, immédiatement, aux représentations conceptuelles sous-jacentes, tandis que le discours russe traduit, avant tout, les états d’âme, le degré d’ironie ou de perplexité, l’intensité des désirs ou des espérances. Et c’est la raison principale du succès de la littérature russe. | | | | |
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| russie | | | La pitié sans actions est aussi répandue en Russie que l’action sans pitié en Europe. | | | | |
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| russie | | | Les seuls états civils de l’époque tsariste, qu’on ne retrouve plus dans la Russie du XXI-me siècle, ce sont des aristocrates fainéants et des intellectuels européanisés. La plus grande nouveauté, ce sont des voyous et des bandits au pouvoir. En revanche, les fonctionnaires véreux possèdent toujours les mêmes traits héréditaires. Comme, d’ailleurs, les popes arrogants : « La hiérarchie des mitres est comme des mites parasites sur la conscience en haillons d’un vaurien orthodoxe russe » - Klioutchevsky - « Клобучная иерархия - тунеядная моль тряпичной совести русского православного слюнтяя ». | | | | |
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| russie | | | Avec ses grands écrivains du XIX-me siècle, la Russie avait créé, auprès des Occidentaux, une naïve illusion qu’en se réveillant de son anémie, elle donnerait un nouveau souffle au romantisme d’antan : « De tout chagrin, de tout soupir l’Occident est la tombe ; l’espérance et l’amour retrouvés viennent de l’Orient ! Tournez-vous vers lui ! » - L.Carroll - « The West is the tomb for all the sorrow and the sighing ; from the East comes new Hope, new Love ! Look Eastward ! » - après les soupirs passagers des rêveurs, on continua de n’entendre en Russie que des hurlements des tourmenteurs et des tourmentés. | | | | |
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| russie | | | Jadis, l’Europe, vers laquelle lorgnait la Russie, alternait des lumières apaisantes et des ombres sanglantes ; aujourd’hui, j’y vois surtout des lumières, paisibles quoique ennuyeuses. La Russie, habituée aux ténèbres presque permanentes, et dans lesquelles elle est plongée aujourd’hui, n’arrive plus à s’adapter à ce cadre, trop transparent pour elle, ce qui rend ses ténèbres encore plus sauvages, ensevelis sous des couches d’oublis historiques. | | | | |
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| russie | | | L’obsession par des versions courantes, en tout - en civilisation ou en culture, - fit perdre le sens de la longueur de la mémoire collective, la perte, dont ne se rendent compte que les esprits perçants et bien éduqués. L’Européen tire sa généalogie des Sumériens, en passant par les Égyptiens et les Phéniciens, - sept mille ans ; le Chinois a un horizon de trois mille ans, le Russe atteint mil deux cents ans, et l’Américain – cinq siècles. | | | | |
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| russie | | | La Russie aurait pu affirmer, définitivement, son destin européen et démocratique à l’aube du XXI-me siècle. Mais un ivrogne écervelé, pour s’assurer l’absolution de ses péchés pécuniaires, transmit le pouvoir à un bandit. Notre génération ne verra pas une Russie libre. | | | | |
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| russie | | | Dans cette guerre en Ukraine, si la Russie prônait la démocratie, et l’Ukraine – la tyrannie, les sympathies européennes iraient vers les Russes. Ah si ceux-ci le comprenaient… | | | | |
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| russie | | | La solitude, au milieu des hommes libres, est plus pénible à porter que l’obligation d’être cerné, en permanence, par des esclaves ; c’est ce que j’appris en Europe après la Russie. « Il est plus insupportable d'être toujours seul que de ne le pouvoir jamais être »* - Montaigne. | | | | |
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| russie | | | Trois défaites militaires russes, au début du XX-me siècle, amenèrent trois révolutions ; le même scénario se profile aujourd’hui, avec les mêmes émeutes, chaotiques et impitoyables. On n’avait pas trouvé vital de juger les assassins sauvages de masses, un demi-siècle plus tôt ; on devrait juger, aujourd'hui, les assassins sauvages d’individus, pour crever les abcès sanglants de ce pays malade. Le crétinisme permanent, incurable et viscéral, de tous ces assassins ne présage pas, hélas, qu’une intelligentsia pro-européenne, enfin, vienne au pouvoir. | | | | |
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| russie | | | En Russie des esclaves, je me sentais ange, entouré de bêtes ; une fois en exil, en Europe, la bête se faufila en moi-même. « Un démon ! C'est un ange émigré » - Rivarol. | | | | |
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| russie | | | Grossièreté et grâce : l’homme russe est un piètre séducteur, tandis que des flopées d’égéries russes firent des ravages chez les Européens : Nietzsche, Rilke, H.Matisse, R.Rolland, Dali, Aragon, P.Éluard, Picasso, Einstein, Sartre… | | | | |
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| russie | | | En Russie, à cause de son régime grossier, envahissant et méfiant, je ne pouvais pas me débarrasser du réel, qui collait à mes états d’âme et à mon regard sur le monde. Je n’ai trouvé le rêve libre et enthousiaste qu’une fois en Europe. Je ne porte plus d’angoisses extérieures, sous une lumière indiscrète ; elles se métamorphosèrent en solitude intérieure et pleine d’ombres bienfaisantes. | | | | |
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| russie | | | Les Russes imaginent que les ténèbres extérieures permanentes, dans lesquelles ils sont plongés, touchent l’humanité toute entière. Ennuyé par une lumière tout-envahissante, l’intellectuel européen invente des ténèbres intérieures. « L’appel humaniste de la littérature russe traduit l’exigence d’une rédemption dans nos ténèbres modernes » - G.Steiner - « The urgent humanity in Russian literature constitutes what claim there is to redemption in the modern dark ages ». | | | | |
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| russie | | | 1812, 1941, 2022 - trois confrontations entre l’Occident et la Russie : la politique (pour dominer), la raciale (pour soumettre), la juridique (pour défaire les envahisseurs) ; coalitions de 10, 30, 75 pays. Avec, à la tête de la Russie : un Européen raffiné, un Asiate sanguinaire, un mafieux véreux. Les résistants russes : aristocrates et cosaques, humiliés et vengeurs, mercenaires et ivrognes. | | | | |
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| russie | | | L’emploi du poison ou de balles dans le dos, par l’actuelle mafia régnante russe, pour liquider ses adversaires politiques, me rappelle que déjà le tsar Alexis le Doux, au XVII-me siècle ordonnait à ses émissaires en Europe de dépister et occire (сыскать и извести) un boyard qui s’y était réfugié. | | | | |
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| russie | | | La seule définition intéressante du nihilisme (européen) fut formulée par Nietzsche – les commencements d’un artiste ne peuvent plus s’appuyer sur les autres, qui sont morts pour lui (y compris le Dieu et le nationalisme), inaptes à stimuler son originalité. Les autres critiques du nihilisme (à la russe) y mêlent le rapport à la patrie : l’humanisation de celle-ci (Tourgueniev), la compassion pour elle (Dostoïevsky), le détachement/attachement (Déracinement, Беспочвенность de Chestov ou sol natal, Heimatboden de Heidegger). | | | | |
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| russie | | | J’étais tellement habitué à être seul en Russie, que je ne me rendais pas compte que, une fois installé en Europe, je continuais de l’être. Dans les deux cas, c’était un bienfait plutôt qu’une gêne. | | | | |
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| russie | | | Les intellectuels russe et européen ont deux traits en commun – une bonne éducation et la conscience (morale pour le Russe, spirituelle pour l’Européen) : le Russe porte la honte de sa propre incohérence et la compassion pour la souffrance des faibles ; l’Européen, dans ses avis, distingue ce qu’il emprunte aux autres et ce qui n’appartient qu’à sa propre élaboration. Le formel cache le significatif. | | | | |
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| russie | | | En Russie, privé de liberté extérieure, je pouvais compter sur mes appuis intérieurs ; en Europe, privé d’appuis extérieurs, je compte sur ma liberté intérieure. | | | | |
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