préface
On parvient à garder la suite dans les idées soit par la forme, en narration ou récit, soit par le fond, en respectant l'unité de souffle ou de hauteur. Dans le premier cas, le souci du fil pseudo-logique mène fatalement à la soumission aux choses et à l'ennui. Seule la seconde démarche me paraît être digne d'une plume ambitieuse, se vouant aux perles au détriment des colliers. Triompher d'un défi, en trois lignes, est plus délicat que de remplir des folios.
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préface
Pourtant, le décousu m'est encore plus étranger qu'un récit fait surtout de coutures. Le narratif vit d'adjonctions, le démonstratif - de conjonctions et de disjonctions, le créatif - de négations, donc d'interruptions. La seule excuse de la discontinuité, c'est l'intensité des points de négation ; le décousu est plus apparenté à l'enchaînement des idées, qu'au dépouillement du mot. Envelopper avec une idée ou caresser avec un mot ? Plus on s'attarde à l'altitude inénarrable d'une image plus on est indifférent à son itinéraire balisé ou à son panorama verbalisé. On aimerait garder de la hauteur, procéder par modulations paradoxales de lignes de crête : viser la fragilité des sommets tout en touchant la solidité des abîmes, ne pas s'abaisser dans l'inertie des platitudes intercalaires, ne pas dépenser le précieux vertige, ne pas s'accorder dans un effort monocorde. Préférer au parcours laborieux et profanateur, à la vie volée en éclats, - des envolées aléatoires, la seule échappatoire au monde sans chutes ni ascensions non jalonnées.
auteur,continuité,création,discursif,élan,hauteur,idée,mot,platitude,vie
 
 
 
 

action
L'action selon Valéry va du sentiment à la forme, et selon moi - de la forme à son fond réel ; Valéry l'identifie avec l'enveloppement et moi - avec le développement. Son l'homme est action et mon l'homme s'arrête à l'action disent, en définitive, la même chose. Nous sommes d'accord, que la quête la plus passionnante de l'art concerne le cheminement imprévisible entre l'impression et l'expression. L'expression fixée doit rester sans prolongement.
art,auteur,discursif,question,réalité,sentiment,style

action
Le prolixe l'emportera sur le fixe : « La vie est un gérondif (faciendum) et non pas un participe (factum) » - Ortega y Gasset - « La vida es un gerundio y no un participio : un faciendum y no un factum ».
discursif,vie

action
La vie, contrairement au théâtre, est faite davantage de musique que d'enchaînement des actes ; un bon dramaturge inverse les places de l'orchestre et de la scène, dans son espace vital. Et quand, au lieu de l'action (dramatos) narrative se met à percer l'être humain (demos) musical, le métier de dramaturge se rapproche de celui de démiurge, la musique hiératique - du langage démotique.
discursif,élite,jeu,mot,musique,négation,vie

action
Le talent, c'est surmonter ce qui est humainement difficile ; le génie, c'est maîtriser ce qui est divinement facile, tout en restant humainement impossible. Mais ces adresses actives, talentueuses ou géniales, sont peu de chose à côté de la caresse passive, dont on enveloppe le rêve, et que d'autres profanent par la petitesse développante. Rendre le rêve plus lointain que présent, pour qu'il nous attire et excite plus que le fait - l'affaire du génie improbable.
absurde,caresse,discursif,esprit,grandeur,proximité,rêve

action
La narration, face à la métaphore, est comme l'action, face au rêve, - changer l'or en petite monnaie. Ce qui se justifie en additions peut être aberrant en projection. Projetée sur l'âme, toute action ne laisse qu'une empreinte vide.
âme,balance,discursif,rêve,vide

action
Deux voies de progrès, dans la littérature, à partir de la banalité discursive de l'action : la voie psychologique – examiner les motifs de l'action, pour en approfondir la vision, et la voie ironique – chercher à rehausser le regard, en trouvant des motifs de l'inaction, au profit du rêve. La première devient, très rapidement, sentier battu ; seule la seconde garde l'éternelle fraîcheur, elle entretient l'attente sans disperser l'attention.
art,chemin,contrainte,discursif,hauteur,immobilité,regard,rêve

action
Les rapports entre penser et agir, comparés avec ceux entre la question et la réponse, sont inverses, mais sont souvent très éloignés des rapports de cause à effet. Et comme les meilleures questions contiennent la réponse, la bonne pensée peut se passer de développement par l'acte. La pensée est une inspiration, et l'acte – une expiration. En expirant on rit, sanglote ou soupire ; l'inspiration est ce qui féconde l'expression. L'agir n'est que technique ou fonctionnel.
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action
Quand l'époque croule sous des questions, elle réveille chez l'homme un prurit narratif. Quand elle s'enorgueillit de réponses finales, l'homme s'en retourne dans l'introspection. Quand elle est muette, l'homme s'adonne à la contemplation.
discursif,question,regard,soi,temps

action
Pourvu qu'on ait du talent, la démarcation intéressante ne passera pas entre un libre penseur et un épigone, mais entre l'élan et l'inertie, entre le commencement et le développement, entre l'inconnu irrésistible et le connu résistant, entre le regard étoilé et la trajectoire en continu.
commencement,continuité,création,discursif,élan,étoile,inconnu,liberté,regard

action
Ce qui rend le commencement suffisant et tout développement – superflu, c'est la musique déterminant et le thème et le rythme. « Une action est rythmée, quand elle dépend uniquement de son commencement » - Valéry.
commencement,discursif,musique

action
Manier des objets qui existent, discourir la-dessus ou d'en donner mon avis – tout cela mobilise en moi ce qui est propre au genre moutonnier ou robotique. Je me montre par l'attouchement des objets, qui n'existent pas, par le regard, ou au moins par l'évitement des objets sans hauteur. « L'objet nous désigne plus que nous ne le désignons » - Bachelard.
auteur,discursif,hauteur,mouton,réalité,robot

action
On a beau n'être que virtuel, nos actes n'en émettent pas moins des messages - des attributs sans identité. Avec les seuls attributs, créer une identité, tel est l'objectif de nos productions artistiques : « Des chats sans ricanement, j'en ai vu plein ; mais le ricanement sans chat ! » - L.Carroll - « I've often seen a cat without a grin ; but a grin without a cat ! ».
art,concept,création,discursif,poésie,soi

action
Ce n'est pas l'action qui constitue la grandeur d'un événement, mais le regard profond, qui le développe, ou le haut mythe, qui l'enveloppe. « Le regard d'Histoire, où la grandeur de la pensée se mue en acte et la hauteur du sentiment s'incruste dans un fait d'éclat » - Bélinsky - « Историческое созерцание, где великая мысль становится делом, а высокое чувствование — подвигом ». L'Histoire devrait se constituer de mes propres mythes, les seuls capables de donner de l'éclat aux actes. L'éclat compte surtout aux yeux des autres, les ombres reflètent mon propre regard.
discursif,grandeur,hauteur,histoire,ombre,regard,sentiment

action
La même nécessité d'action se lit dans le conatus spinoziste, la volonté schopenhauerienne ou nietzschéenne, l'élan vital bergsonien. Mais sa nature peut être soit mécanique soit organique : soit développer l'idée par un discours sans vie, soit envelopper le discours du souffle de l'idée. La cohérence discursive du pouvoir ou l'intensité inchoative du vouloir. La puissance de la volonté ou la volonté de puissance.
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action
Tout enchaînement d’idées est un acte, mais tout acte est dépourvu de noblesse. Donc, contente-toi d’une idée solitaire, d’un commencement, qui ne serait qu’un élan atemporel, sans suites.
commencement,discursif,élan,idée,noblesse,solitude,temps

action
Les essentielles de mes notes sont des tentatives de rendre l’élan vers des cibles nobles mais inaccessibles, puisqu’elles relèvent du rêve. Donc, ce sont des appels au chant des commencements, sans chercher à réciter la prose des développements. Si l’on retourne à la réalité, c’est Einstein qui a raison : « Ne raconte à personne tes projets, n’exhibe que tes résultats » - « Erzähle niemanden deine Pläne, zeige ihnen nur deine Ergebnisse » - ce qui suppose des représentations et interprétations communes. La logique est une anti-musique.
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action
L’écriture discursive est un acte (fondé sur l’esprit), mais l’écriture poétique ou musicale relève plutôt du rêve (l’inspiration de l’âme). Et Cioran : « On ne vit qu’en épuisant la substance de notre âme, en trivialisant par des actes ses virtualités, en enterrant ses éruptions sous des formules » se méprend sur les fonctions de l’âme.
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pascal b.
On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais en touchant les deux à la fois et en remplissant tout l'entre-deux.
action
La fidélité et le sacrifice, la pitié et l'ironie, la passion et le génie, l'humilité et l'outrecuidance, la foi et le doute, la justice et l'intimité, le héros ou l'ermite, le nihilisme et l'acquiescement. On peut toucher aux oasis opposées et mirifiques des mots-mirages, sans remplir le désert de la narration. Tout remplissage des bas-fonds rabaisse les sommets. Ce dont rêvait Pascal fut accompli par Nietzsche ! L’axe, chargé d’une même intensité !
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chesterton g.k.
It isn't that they can't see the solution. It is that they can't see the problem.

Ce n'est pas qu'ils ne puissent pas voir la solution ; c'est qu'ils ne peuvent pas voir le problème.
action
Et quand ils le voient, ils essayent de le résoudre par une ingénierie. Non pas que nous ne voulussions pas entendre le récit du problème ; c'est que nous voulons entendre la musique du mystère. Par ailleurs, les yeux ne servent qu'à voir la solution ; pour voir le problème, mieux valent les connaissance ; seule l'âme peut continuer à voir le mystère ; et l'intelligence ou la poésie nous munissent d'un regard, qui, dans la solution acquise devinent un nouveau mystère.
âme,discursif,intelligence,musique,mystère,poésie,regard,robot,savoir
 

amour
Toute passion, qui se détache de moi, emporte une partie de mon âme. Développer des barrages et soupiraux, pour maintenir sa force ou l'envelopper de mots, qui entretiendraient sa faiblesse royale et nue ? La partialité privilégiant la faiblesse, s'appelle amour, la plus défaitiste des passions ! « L'amour est la plus noble des fragilités de l'esprit » - Dryden - « Love's the noblest frailty of the mind ».
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amour
L'amour fuit les preuves et les développements ; il veut réduire à la forme de maximes caressantes tout le fond écrasant de la vie ; la caresse, que la main lascive ou le verbe furtif m'offrent, c'est une maxime d'un bien suspendu. « Laisse-moi l'aphorisme ; j'attends l'arbre et l'amour »** - Valéry.
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amour
Par le développement du solide on crée des alliances ; dans l'enveloppement par l'aérien on réveille le sacré, un amour par exemple.
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amour
Comme le Bien se profane dans toute tentative de le traduire en actes, l'amour s'abaisse dans tout récit de ses pérégrinations. « Dans l'amour parfait on vit la plus belle des frustrations – l'impossibilité de l'exprimer »** - Chaplin - « Perfect love is the most beautiful of all frustrations because it is more than one can express ».
action,bien,discursif,inconnu

amour
Plus un sentiment est profond, mieux appropriée, parmi tous les moyens, est la musique, pour le rendre. L’amour semble être le seul sentiment qui échappe à cette règle ; je parcours les moyens de son expression – tableau, discours, poème, mélodie – et je leur trouve la même puissance et je ne peux trouver de meilleur candidat à l’excellence que leur dénominateur commun – la caresse.
caresse,discursif,force,musique,poésie,sentiment

amour
Après avoir vu quelques femmes réelles, le poète porte, dans sa sensibilité, l’appel d’une féminité, abstraite et mystérieuse, et dont la vague beauté va enflammer son regard balbutiant et réveiller dans son cœur le don de chantre. Le non-poète vit et s’émeut dans le concret, particulier ; il n’a pas de regard créateur, il n’a que les yeux pour … narrer et enjoliver.
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tchékhov a.
Кто не может взять лаской, тот не возьмёт и строгостью.

Où faillit la caresse, faillira la rudesse.
amour
La rudesse, c’est le parcours, le développement ; la caresse, c’est le commencement, l’enveloppement. L’aphorisme doit être une caresse, même sans suite.
caresse,commencement,défaite,discursif,force,maxime
 

chœur art
AMOUR : Quand on aime, la vie devient un art. Le poète rêve, que son art prenne l'épaisseur d'une vie. La belle rencontre de ces mutations se fait dans l'artiste amoureux. L'art existera, tant qu'on aura besoin de chanter l'amour au lieu de le narrer, de le détacher du sol au lieu de le soupeser avec des balances de ce jour.
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art
Vu d'en bas, la poésie, c'est l'imposture d'une perspective sans mouvements latéraux et d'une hauteur dédaignant le volume. Semblable à la lecture de l'Histoire, à l'horizontale d'une destinée individuelle. En tout cas, « la poésie est plus haute que l'Histoire, car la première peint le général, tandis que la seconde narre le particulier » - Aristote. Mais ce qui compte, c'est que la poésie brille par la qualité de la peinture et non pas par la généralité ; et l'Histoire est fade à cause du genre narratif lui-même et non pas à cause des particularismes.
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art
Tous les pré-socratiques furent des poètes, l'hexamètre et non pas le syllogisme est leur élément naturel. Platon commença à injecter de la prose discursive dans l'écrit rhapsodique, qui aurait dû rester essentiellement poétique, pour faire parler nos sens, et le fastidieux Aristote acheva cette chute vers un verbalisme insipide du bon sens.
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art
Ce qui est bancal et bête, dans une métaphore ou dans une pensée, cherche son salut dans le développement ; mais ce qui est déjà plein - y perd. « L'image gagne toujours à ne pas être développée »** - Aragon - la pensée, en dernière instance, y gagne aussi. Et c'est l'émotion première qui en est victime, puisqu'elle n'est vivante que près de sa source, à laquelle on ne peut être fidèle qu'en mourant de soif.
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art
En littérature, je suis hermétique au souffle de la vie, mis dans des valeurs-solutions d'une narration ou dans la résolution de problèmes métaphysiques. Le seul souffle vital, au milieu des mots, est le souffle de l'art, cette faculté fabulatrice, que je ne vois que sous forme d'équations de la vie. Une équation est un beau mystère, lorsque sa vue seule est déjà suffisante et n'exige aucun développement. L'art déductif. Un soupir se substituant à une obscure variable. L'ennemi de l'art est la constante.
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art
Sache distinguer ce qui doit son charme à ses enveloppes et ne cherche pas à le dénuder. N'habille pas ce qui n'est beau que nu.
discursif,doute,style

art
Difficile de reproduire la vie mieux que par l'image d'un arbre. Le récit, le plus souvent, me met déjà au milieu d'une bruyante forêt, cachant les soucis de l'arbre solitaire, tandis qu'une formule de deux lignes ne peut se vouer qu'à un arbre fier et silencieux.
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art
Ce qui est déterminant dans le choix de nos genres littéraires, c'est notre susceptibilité à l'ennui. Quelles armures il faut dresser devant les pointes du bon goût pour s'attaquer aux sorties de marquises, aux madeleines trempées ou aux comices agricoles ! On est un professionnel, quand on entend surtout l'effet du complément d'objet direct et animé dans des phrases comme Je vous aime !
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art
Chanter l'immobilité est peut-être une ruse, due à mon genre, puisque si la cohérence du narrateur est dans le mouvement, celle de l'aphoriste - dans la capacité de n'admettre aucun mouvement provenant du dehors des mots.
auteur,discursif,immobilité,maxime,mot

art
Un écrit vaut par ce qui reste, une fois effacées les traces visibles provenant de la mémoire ou de la géométrie (il ne resterait que les « traces de l'absence » - Derrida). Mais à notre époque infovore et vidéosphérique, ne survivent que des narrations conformes au format BD (Bases de Données ou Bandes Dessinées).
discursif,mémoire,modernité,platitude,raison

art
Dans le genre discursif, les seuls archétypes, qu'on aurait dû peindre, seraient l'ange et la bête, ou les deux à la fois, au sein d'un même personnage. Les seuls à l'avoir tenté sont Dostoïevsky et Nietzsche ; chez les autres, il y a tellement d'impuretés ou de puretés mesquines, débouchant sur la grisaille réaliste.
ange,bassesse,discursif

art
Le discours est d'autant plus poétique que sa perception se passe de représentations. Pour se rapprocher de la musique, qui est le seul art se passant totalement de toute représentation.
discursif,musique,poésie,représentation

art
Le remplissage est le genre littéraire le plus répandu, et le vidage d'une tête débordant de pensées - la méthode la plus suivie (même Byron succomba à cette niaiserie : « Si je n'écris pas pour vider mon esprit, je deviens fou » - « If I don't write to empty my mind, I go mad »). On aurait dû laisser ce soin au lecteur, en lui tendant un vide vertigineux, aspirant ce qui est, à l'accoutumée, retenu dans des réserves de l'âme. « Viser la plénitude en se vidant »** - G.Steiner - « Evacuation towards fullness » - il faut le faire avant le premier trait de plume !
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art
Pour nous révéler, comme pour nous cacher, l'art, à l'instar des muscles ou des cervelles, est impuissant, imposteur et même faussaire. L'art ne peut que peindre notre circonstance : les barreaux de notre cage, l'élan de notre tour d'ivoire et le périmètre de nos ruines. Tout ce qui nous exprime nous imprime, tout ce qui nous développe nous enveloppe, - mais nous restons insaisissables.
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art
La métaphore, placée dans un discours, perd sa hauteur représentative et rejoint la platitude interprétative ; la grâce aphoristique se transforme en pesanteur sophistique. La liberté expressive d'une maxime, face à l'inertie argumentative d'une harangue.
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art
Le fragment comme genre est précieux comme une promesse de métamorphose. Ne pas s'appuyer sur la page précédente ; que chaque ligne ne compte que sur elle-même ! La pensée discursive, en continu, traduit le culte de l'habitude, de l'étendue. « Il n'appartient qu'au génie de détacher sa pensée de l'habitude »* - Cicéron - « Magni autem est ingenii abducere cognitionem a consuetudine ».
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art
La pensée-éclair, venue de la hauteur, cherche les mêmes débouchées que les fleuves interminables de nos vallées de larmes : « Il faut voir nettement, que le discours pléthorique et le discours laconique ont le même but » - Épicure. Malheureusement, on n'écoute pas le sain constat des postmodernes : ni l'intelligence ni le savoir n'appartiennent plus au genre discursif. Mais la règle de l'économie des moyens est sans exceptions : « Quelle que soit la leçon, la brièveté s'impose » - Horace - « Quidquid praecipies, esto brevis ».
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art
Ceux, qui narrent la réalité, la chantent comme tous les autres, mais dans un récitatif inorchestrable. La marche du siècle, elle non plus, n'est qu'une sorte de danse, mais où les pirouettes se font passer pour files indiennes.
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art
Le récit, ce sont de laborieuses substitutions, par des constantes transparentes, de variables-feuilles sur un arbre, qui n'est beau qu'avec ses frondaisons ombrageuses d'inconnues.
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art
Lorsqu'un incoercible ennui m'assomme à la lecture d'un Faulkner, d'un Priestley, d'un Joyce, je comprends, que l'esprit n'existe qu'en France, car leur homologue, Proust, s'en tire avec des bâillements nettement plus espacés. Dans leurs dialogues extérieurs comme monologues intérieurs, le mot est toujours de trop, il remplit des cases d'une grille mécanique. Que ce soit au niveau de la tête ou au niveau des pieds, que se produit le remplissage, le résultat est presque le même, dans la perspective de la hauteur. Idiomatisation de balivernes débouchant sur l'idiotisme.
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art
Styles descriptif ou aphoristique : flamme maintenue au petit feu ou feu sans flamme. La flammèche enflamme, le feu attire. La force du scandale, l'impuissance de la tentation.
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art
Dans toute œuvre d'art, il y a une facette temporelle, portant la sensibilité, et une facette spatiale, reflétant l'intelligence. Sur la première, la musique l'emporte sur le récit, en qualité des échos de notre âme. Sur la seconde, le bâti poétique, plus que la construction philosophique, excite notre esprit.
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art
Pour ce fichu genre qu'est le roman, le seul remède contre l'ennui serait une langue de Céline, Bloy ou P.Morand. Mais, apparemment, pour la pratiquer avec succès, il faut impérativement « s'abêtir » (Montaigne).
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art
Je n'aime ni fragments ni miettes ; mes mots ne font pas partie d'un tout, qui aurait pu ou dû être narré en récit continu. Quand on n'a pas d'éclairs, comme Héraclite ou Cioran, on dessine des nuages, on fait du bourrage. On n'a rien à déchirer, quand on tisse en l'air. Mais j'aime une alvéole fractale, un motif en pointillé, qui tapisserait une surface projetée vers l'infini.
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art
Trois conditions nécessaires, pour que l'éternité prête l'oreille à mon message : il doit être sans lendemain, l'aujourd'hui y doit être absent et l'hier constituer la perspective ou le point zéro de mon écriture. Pour un bon interprète, comme pour un bon créateur, « hier n'est pas encore né » - Mandelstam - « вчерашний день еще не родился ».
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art
La montre, l'échelle et le zoom comme seuls outils de lecture moderne. Quand on n'a que l'intensité pour outil d'écriture, on ne compte, chez le lecteur, que sur le regard nu. Le feu, cet autre nom de l'intensité, fut le seul élément, que le bon Dieu biblique cachottier aurait escamoté à l'homme (« Il créa le ciel et la terre, et Son esprit planait au-dessus des eaux » - et le feu, alors ?), avant que Prométhée ne relève le défi divin.
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art
Narrer, en littérature, c'est recoller les morceaux. Acceptable tant que la colle du style ne sert que la qualité de la mosaïque. Je préfère des collections de pierres précieuses, où chaque pièce surgit comme une perle, sans trace de mains affairées. Mais veiller à ne pas tourner en un kaléidoscope soumis au hasard des tournis ambiants. Fuir les continents, rester insulaire, pratiquer une « écriture en archipel » (R.Char).
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art
Exclus de ta vie les événements, qui auraient pu arriver à n'importe qui ; ceux qui restent se cantonnent dans les rêves imagés. Je les fixe avec des métaphores, d'où jaillit une vie inconnue, mais dès que je les développe, la vie se dissipe et j'entends les roues dentées ou je lis les compteurs. L'art, c'est le courage de l'abandon, au sommet, ou mieux, en hauteur optimale.
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art
L'indépassable, en nous, est ce qui réussit à rester immobile. J'écris pour préserver ce centre - de la bougeotte générale. Écrire pour ne pas se parcourir, et non pas se scruter pour se narrer.
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art
Dans le genre discursif, les lacunes témoignent du manque de maîtrise, et non pas d'une volonté délibérée d'un inachèvement artistique, comme c'est le cas chez les maximistes, qui fixent le vecteur, évoquent les valeurs, mais laissent au goût du lecteur l'accès aux intensités et aux vertiges. « L'art d'inaboutissement est l'un des plus insoumis à la raison » - Iskander - « Искусство недосказанности – одно из самых неподвластных разуму ».
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art
L’échec fatal du genre discursif est dû au fait que le passage d’une perle à l’autre est presque toujours une grisaille mécanique. « La création – le passage continu d’un échec à l’autre » - Chestov - « Творчество есть непрерывный переход от одной неудачи к другой ». L’échec est dans le passage ! Tu renonces aux passages – tu restes avec les seules maximes, ces nœuds solitaires, ces triomphes des étincelles dans la nuit du rêve ! Hors lumières communes.
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art
Les romans ou les vers ne sont que des applications, des images projetées d'un noyau, seul digne d'être peint, de notre climat intérieur, de notre réfringence qu'identifie la qualité de nos ombres. Et cette source ne peut se peindre qu'en maximes. Il faut être sot pour croire, que « toute opinion philosophique, énoncée sous forme d'aphorisme, est une bêtise » - Unamuno - «  Cualquier opinión filosófica, formulada en el aforismo, es una tontería ». On n'étale que ce qui est difforme.
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art
Le genre littéraire résulte de la qualité d'une analyse fonctionnelle : ou bien on fouille les propriétés d'une fonction - le récit large, ou bien on en énumère des membres d'un développement en série - le récit profond, ou enfin on se contente d'en dégager des harmoniques génériques - les maximes hautaines.
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art
Tout développement est une souillure de la virginité, qu'il faut donner à toute œuvre d'art. Développer par complication - l'œuvre du Mal ; envelopper la complexité - l'œuvre du Bien (St-Paul : « soyez sages dans le bien, simples dans le mal » ! ). Et l'ennui du développer l'explication !
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art
Une fois sorti de l'ennui et de l'absurde du descriptif, tout bon créateur se tourne, successivement, vers la transformation, ses invariants, ses noyaux. Le sommet de l'art : réduire au noyau tout ce qui était transformable. Progrès des opérations : additionner, multiplier, annihiler ; progrès des opérandes : désigner, exprimer, substituer. « Méprise le savoir dont l'œuvre finale périsse avec son opérateur » - de Vinci - « Fuggi quello studio del quale la risultante opera more coll'operante d'essa ».
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art
Ma répulsion pour la dissertation vient aussi de cette observation, que le langage des questions et celui des réponses sont radicalement différents. La langue n'est un outil plein que dans le premier cas ; dans le second, on s'occupe de substitutions de termes, fournies par un interprète conceptuel et non langagier. Seul le premier langage est vraiment expressif ; le second est essentiellement mécanique.
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art
L'écrit ne vaut que par sa musique ; et le descriptif et le discursif ne sont que bruit, si le récitatif ne s'y mêle. « Constituer le monde et l'homme comme la musique a été constituée à partir du bruit »*** - Valéry. Le même défaut d'oreille depuis Quintilien : « On écrit pour raconter, non pour prouver » - « Scibitur ad narrandum, non ad probandum » - prouver, dans l'art, c'est séduire, induire en extase.
bonheur,création,discursif,musique,ouïe,raison

art
Flaubert et Nabokov : l'ironie, plutôt verbale que tonale, et la poursuite de mots ou périodes justes pour narrer les faits. Le bon Dieu (ou le diable) est, pour eux, dans le détail, et ils déversent ce détail verbal, le faisant passer pour du style. Le style, c'est l'art d'élimination ascétique plus que d'échafaudage décoratif de platitudes. Que valent les litanies, trop claires, à l'éclairage sans ombres, sans l'intelligence intuitive, vibrante et par à-coups, sans ce ton, laconique et hautain, servant à chanter les rêves obscurs ?
danse,discursif,esprit,hauteur,intelligence,ironie,mot,musique,ombre,ordre,…

art
Tout écrit est composé de trois parties : d'un noyau banal et reproductible, d'un remplissage vrai et insipide, d'une gangue fausse et prégnante. Ne pas donner l'envie de secouer ton arbre pour mettre à nu son noyau commun ; se fondre avec la gangue.
arbre,discursif,platitude,soi,vérité

art
La littérature discursive suit le conseil de Bias : « Entreprenez froidement, poursuivez chaudement », tandis que l'aphoriste se dit : « Entreprends chaudement et surtout ne poursuis rien ».
discursif,maxime,sentiment

art
Tout bon écrit est une perle isolée ; je la gâche de deux manières : en étendue, en l'enfilant avec d'autres perles (développement pour s'adapter au goût des pourceaux, tenants des écrans) ou en profondeur, en l'accrochant aux fonds solides (justification devant les lourdauds ignorant les écrins).
continuité,discursif,goût,maxime,platitude

art
Préférer l'étincelle à l'éclairage public, la perle – aux colliers, l'inspiration – à la respiration -, telle est la pose poétique : danser, ne pas s'abaisser jusqu'à la marche, chanter, sans tomber dans le récit, rompre, plutôt qu'enchaîner. « Le poète ne doit pas traverser au pas un intervalle qu'il peut franchir d'un saut » - J.Joubert.
chemin,continuité,danse,discursif,musique,poésie,pose

art
Le fond à rendre est le même pour tous les hommes. C'est par le choix de la forme - syllogistique, narrative, pulsionnelle - qu'ils se distinguent : la profondeur, l'étendue, la hauteur. Mais pour s'entendre, le vrai dénominateur , le talent, suffit.
discursif,esprit,hauteur,hommes,raison,sentiment,style

art
Ni miroirs, ni échos, ni modèles, ni horloges, ni récits ne peuvent rendre ce qui sourd dans mon âme. Quelque chose entre une mélodie et une formule. C'est pour cela, peut-être, que même les tableaux auraient dû relever du genre aphoristique. Me fusionner en un minimum d'espace. Aucune effusion de la cervelle ne vaut une fusion de l'âme, du tempérament et du talent.
âme,discursif,esprit,maxime,musique,raison,représentation,temps

art
Le mode énumératif, le plus répandu de nos jours au royaume des lettres, a sa place dans la résolution de problèmes, mais seulement après deux étapes préliminaires, exigeant beaucoup plus d'ingénuité : l'élaboration d'une riche requête et la recherche de substitutions inattendues. Quand on ne maîtrise ni langage ni modèle, on est condamné à vivre du seul contact avec le monde.
arbre,discursif,goût,mystère,question,réalité,représentation,simplicité,vie

art
Il faut donner raison aux sots, ricanant que la meilleure sonorité provienne du creux : aller au bout de la forme aboutit au vide résonnant, se solidariser avec le fond débouche sur le bourrage raisonnant.
discursif,intelligence,musique,raison,style,vide

art
Le genre narratif dans la littérature : se consacrer à la description des couloirs, toits, escaliers d'un musée, où ne comptent que les tableaux.
beauté,discursif

art
Même chez le plus raisonneur des penseurs, le message ne perd presque rien, si l'on en extirpe toutes les transitions pseudo-déductives. Le noyau métaphorique gagne à être débarrassée de toute la gangue des syllogismes.
discursif,métaphore,raison

art
Quand, par une exigence croissante, on presse le discours des bavards, on reste, dans le meilleur des cas, avec quelques misérables gouttes de leurs sueurs de rats de dictionnaires ; l'idéal d'écriture : quelle que soit la pression, donner, par l'expression minimale, l'impression d'une source, qui coule indépendamment de toute soif. L'idéal : l'expression haute et l'impression profonde ; mais ne pas oublier que le haut firmament ne doit pas faire perdre de vue l'horizon, et que l'impression profonde peut être produite même par la platitude.
discursif,éléments,hauteur,idée,intensité,mot,nihilisme,platitude,soif

art
La métaphore n'appartient pas à la langue ; elle naît d'une double et désespérante méfiance : face à l'indicibilité de la chose et à l'impondérabilité des mots ; la métaphore cherche à idéaliser la chose en en libérant le mot. Et Nietzsche n'y comprit rien : « les tropes ne surgissent pas dans les mots que sporadiquement, ils sont la nature même des mots » - « die Tropen treten nicht dann und wann an die Wörter heran, sondern sind deren eigenste Natur » - l'expression est dans l'élégance de la référence et dans l'originalité du référencé, et presque jamais - dans le mot même.
balance,discursif,idée,métaphore,mot,réalité

art
Tout livre est un voyage vers une île ; les plus bêtes exhibent les coordonnées, les itinéraires ou les tarifs, d'autres vantent l'esquif insubmersible, qui les y propulse, d'autres encore narrent des conflits avec les autochtones ; tandis que sa meilleure image devrait refléter le message, que j'eusse confié à la bouteille, avant mon naufrage, réel ou imaginaire.
défaite,discursif,désert,lutte,solitude

art
Le genre narratif n'a pas besoin de talent ; le développement de nœuds, c'est de l'artisanat ; c'est la liaison qui relève de l'art : « Le talent est un art mêlé d'enthousiasme, le goût leur sert de lien » - Rivarol.
discursif,enthousiasme,goût

art
Puisque le littérateur d'aujourd'hui s'adresse soit aux moutons soit aux robots, son écriture est soit discursive soit intentionnelle - trop d'ennui ou trop de mécanique ; la noblesse solitaire et l'intelligence solidaire s'adressent à l'arbre et se moquent de la forêt.
arbre,discursif,ennui,esprit,fraternité,intelligence,mouton,noblesse,robot,solitude

art
Si tous les genres littéraires étaient aussi exigeants que la maxime, le métier de critique disparaîtrait aussitôt ; parasiter sur des romans bourrés de graisse narrative est chose banale, mais comment nourrir leur indigence sur l'ascèse décharnée d'un apophtegme ? Aux idées on peut opposer mille balivernes ; à la maxime on ne peut opposer qu'une autre maxime.
discursif,idée,maxime,style

art
Dans tout discours se glisse l'inertie, et toute volonté de conclure est signe d'orgueil et de faiblesse. Que toute métaphore coule de mes hautes sources, sans découler de mes raisons profondes. « Le commencement appartient au génie, la suite et la fin - au sot et à la bête » - L.Andréev - « Начинает гений, а продолжает и кончает идиот и животное ».
commencement,continuité,discursif,force,hauteur,maxime,métaphore,raison

art
Le style est affaire du seul talent ; aucun effort ou discipline ne t'en approchent. Mais ses symptômes sont : la hauteur des contraintes, l'ampleur des moyens, la profondeur des valeurs. Il n'est pas dans le développement d'un monde en mouvement, mais dans l'enveloppement d'un mouvement, qui est l'origine d'un monde. Le style des enchaînements n'est qu'une technique artisanale ; le vrai style jaillit des commencements, il est la fidélité à la source nouvelle.
axe,commencement,contrainte,discursif,esprit,hauteur,sacrifice,style

art
Il y en a, pour qui écrire, c'est développer, dresser un échafaudage ; ô combien plus brillants sont ceux, pour qui écrire, c'est envelopper, caresser une image !
caresse,discursif,esprit,style

art
Dans les écrits savants modernes, les auteurs ne se rendent pas compte, que n'importe quel de leurs collègues aurait pu écrire leurs chinoiseries et que le choix de leurs concepts et de relations entre eux n'est que le hasard des traditions académiques. Prenez, par exemple, ceci : « La division est la structure fondamentale de l'univers tragique » - Barthes - une excellente ineptie cartésienne, pour qu'on s'amuse au jeu de substitutions ! Dans le désordre, substituez à division - multiplication, soustraction, addition, à structure - descriptif, comportement, à fondamentale - auxiliaire, superflue, à univers - recoin, cuisine, à tragique - comique, épique - tout est aussi valable et sot ! De Gargantua à Phèdre, tout y passe.
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art
Comparer l’harmonie d’une épopée à celle d’une maxime, c’est comparer la lumière solaire avec l’étincelle d’une imagination ou avec l’étoile d’un poète inspiré. « L’esprit ne peut pas se contenter des jouets de l’harmonie ; l’imagination exige des tableaux et des récits » - Pouchkine - « Ум не может довольствоваться одними игрушками гармонии, воображение требует картин и рассказов ». Ce que certains cherchent en étendue des gammes, d’autres atteignent en laconisme de mélodie et d’intensité.
discursif,esprit,étoile,hauteur,maxime,musique,ombre,poésie

art
On renonce au développement suite aux contraintes que s'impose un bon goût : « La profondeur du sage est dans l'indifférence pour le développement »*** - G.Benn - « Entwicklungsfremdheit ist die Tiefe des Weisen » - ou une bonne obsession : « Ma passion est de parler sans développer. Dès que je me mets à développer la pensée, à laquelle je crois, je cesse de croire au développé »*** - Dostoïevsky - « Страсть моя - говорить без развития. Случись, что я начну развивать мысль, в которую верую, я сам перестаю веровать в излагаемое ». Que le bel instant s'arrête - tel est le désir, que réveille l'art statique. L'art dynamique est une aberration. Le roman est une aberration, et la maxime - le seul héritier légitime de la poésie.
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art
Ils attendent de l'art ce qu'on cherche dans un manuel de bricolage - des lumières, des garanties et des modes d'emploi. Et les artisans héliolâtres, dévoyés et éblouis par la rampe théâtrale, ne résistent pas à leur logorrhée transparente, sans ombres silencieuses. Qui encore est capable de suivre une étoile illuminant quelque logos en langes ? Aujourd'hui, l'art est aussi grisâtre que la vie. Dans les deux, l'homme du mystère est sacrifié aux hommes des solutions.
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art
Écrire des maximes, c'est un jeu de réussites : je rabats mes cartes d'images, le lecteur devant y lire son destin. Mais elles ne ressemblent pas aux ouvertures échiquéennes, mais plutôt aux fins de parties.
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art
La maxime est un concentré des trois genres : de l'épique, avec l'ampleur des objets, du dramatique, avec l'intensité de ses actions, du poétique, avec le vertige de ses premières émotions. Chacun peut la développer dans le sens de ses propres goûts ou connaissances. Maîtriser, à la fois, tous ces axes, c'est être philosophe. « Les pensées brèves ont l'avantage de faire penser le lecteur par lui-même » - Tolstoï - « Короткие мысли тем хороши, что они заставляют читателя самого думать ».
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art
Toute la philosophie se réduit à quelques aphorismes, puisqu’elle, comme la poésie, manipule des images et nullement des concepts. Tout le reste n’est que logorrhée. « Développer une phrase-image, c’est arrêter l’élan d’une imagination »** - Bachelard.
concept,discursif,maxime,philosophie,poésie

art
De Sophocle à Corneille, en passant par Shakespeare, la tragédie suivait la recette aristotélicienne – se traduire par l’action et non pas par le récit. Seul Tchékhov dépassa – en hauteur ! - cette vision bien primitive, l’illusion d’une profondeur événementielle ; il devina (inconsciemment !) la grande tragédie dans l’impermanence, la vulnérabilité ou l’extinction des plus beaux états d’âme, de ceux d’un amoureux, d’un artiste, d’un rêveur – bref, non pas d’un acteur mais d’un spectateur. Il faudrait peut-être ne pas oublier L.Sterne : « La plus délicieuse de nos jouissances s’achèvera dans la terreur »* - « The loveliest of our pleasures ends with a shudder ».
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art
La littérature : tu choisis un sujet noble, dont ton talent déploiera les effets : « J’aime un écrivain qui rapporte beaucoup d’effets à peu de causes » - Vauvenargues – mais le filtrage y est plus important que le développement.
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art
Le philosophe qui n’est capable ni d’élans hyperboliques ni de chants paraboliques est condamné à la logorrhée elliptique.
danse,discursif,ironie,philosophie,poésie

art
Tout ce qui a déjà un nom, des coordonnées et des dates est bon pour un récit, mais se prête mal à la poésie. L’exclure est l’une des contraintes les plus prometteuses d’un art noble, qui est aspiration vers l'atopique et l'atemporel.
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art
Toute la puissance et toute la beauté du chêne découlent de la merveille minérale et vitale, programmée par le Créateur dans un gland. L’esprit s’en contente, mais les yeux veulent admirer le tronc et le feuillage. Et puisque l’art verbal, c’est un déroulement virtuel de tableaux que peint l’âme, le talent consiste à n’expliciter que l’énergie du commencement et laisser au lecteur le souci des parcours et finalités. Le chêne à naître, le chêne naissant ou le chêne né peuvent être soit narrés soit chantés. Quand tout instant, toute durée, par une magie du chant, se métamorphosent en commencements, on est en présence d’un talent supérieur.
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art
La maxime est un bond, par-dessus la platitude discursive ; aucun autre genre n’est aussi efficace, pour traduire un vol, un élan, parti de l’étincelle d’un commencement et tendant vers l’étoile que je suis le seul à voir.
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art
Je me dis, que l’art est un hymne mélancolique de l’inexistant. Donc, ni récits ni bonheur ni réalité. Et je tombe sur une belle définition de Pasternak : « L’art est un récit du bonheur d’exister » - « Искусство — есть рассказ о счастье существования » - dissonant en mots, nous sommes harmonieux en musique.
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art
Chez tout écrivain, il est facile de deviner quelle est la voix que l’auteur écoute. Le plus souvent, c’est la voix de son siècle ; ensuite, viennent ceux qui écoutent leurs prédécesseurs ; le cas le plus rare est celui où l’on n’écoute que Dieu, c’est-à-dire son âme.
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art
Les seuls génies, à la fois poétiques et prosaïques, - Goethe, Hugo et Pouchkine. Aucun autre poète ne maîtrise la musique des mots discursifs. Chateaubriand, Nietzsche et Nabokov ne sont bons qu’en prose.
discursif,esprit,poésie,style

art
La poésie – l’enveloppement musical d’une image, d’un état d’âme, d’une impression, d’une mélodie ou d’un rythme. Leur développement discursif, inévitablement, sera de la prose, qui est un métier à part ; c’est dans ce piège que tombèrent Baudelaire et A.Rimbaud, dans leurs exercices hors rimes et mesures.
âme,balance,défaite,discursif,musique,poésie

art
Chez Nietzsche, van Gogh, Nabokov, j’entends surtout une musique. Aucun art sans musique ne peut m’attirer. Aucun esprit, développé en profondeur, ne vaut l’âme, enveloppée par la hauteur.
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art
Il ne suffit pas de renoncer aux grandes pensées et à ta présence dans ton écriture, pour soit pratiquer un art pur soit n'exhiber que des balivernes. En voici trois partisans : Flaubert - aucune métaphore et un métronome phonétique guidant les descriptions de boîtes d’allumettes ; J.Joyce : « Le son justifie les grands mots sur des choses banales » - « Big words for ordinary things on account of the sound » - l’illusion que le son vaut le sens ; Nabokov – un courant gracieux de métaphores et de mélodies sentimentales en tant que caresses de l’oreille.
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art
Je ne produis ni récits à lire ni assertions à juger, mais états d’âme comme partitions ou songes à interpréter, dans les deux sens du mot, musical et intellectuel.
âme,auteur,discursif,idée,interprétation,musique,rêve

art
L'ennui devant la mesquinerie du genre narratif, le tissage des liens aléatoires entre les choses, tandis que le lien le plus intéressant, quelle que soit la chose, c'est son lien avec Tout.
discursif,ennui,grandeur,platitude,réalité

art
Je ne décris aucun objet que j’aborde ; par-dessus lui j’écris mon soi, car décrire Venise, une boîte d’allumettes ou des sorties de marquises relève du même genre mineur. Décrire la chose, c’est d’écrire par-dessus son soi-même - un palimpseste auto-destructeur.
auteur,discursif,soi

art
Les récits, avec leur inévitable platitude, t’invitent à promener tes yeux et ta raison sur leurs pages ; les maximes, s’énonçant sur des sommets, ont pour ambition - redresser ton regard et parler à ton âme.
âme,discursif,esprit,hauteur,maxime,platitude,raison,regard

art
L’âme forme le regard, enveloppant des choses ; les yeux de l’esprit le développent en relations. C’est presque la même chose que de dire : « L’esprit est l’œil de l’âme » - Vauvenargues.
âme,concept,discursif,esprit,regard,style

art
Dans l’art, il faut ne s’adresser qu’à soi-même et donc – à Dieu. Après le sublime éclat de ses Cahiers, quelle dégringolade, chez le grand Valéry, dès qu’il cherche, dans un genre discursif, à convaincre les autres de la grandeur de Léonard, Descartes ou Berlioz !
création,dieu,discursif,soi

art
Tous les professeurs de philosophie possèdent plus de connaissances sur l’histoire de la philosophie que Nietzsche. Mais la bonne philosophie ne s’occupant que de nos consolations ou de notre langage, le savoir y a une place insignifiante ; la qualité de l’expression, l’atout principal de Nietzsche, y est l’élément central. On console avec le chant et non pas avec un discours ; la fonction poétique du langage est plus subtile que la fonction didactique.
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art
L’échelle croissante de la qualité du style en littérature : la suite dans les idées de l’esprit, l’intonation de la voix du cœur, l’intensité des états d’âme.
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art
Le thème le plus fastidieux – s’étendre sur les défauts des derniers hommes – Théophraste, Molière, Camus. Cioran, au moins, s’en détourne, une fois écœuré.
discursif,ennui,hommes,style

art
Le bonheur de l’écriture consiste à trouver un accord musical – même à contre-point ! - entre ton mot et ton état d’âme. Ceux qui ‘souffrent’ de l’imprécision des mots pour décrire une boîte d’allumettes sont des sots sans âme.
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art
Le romancier meuble la pièce de son choix – salon, chambre à coucher, cuisine -, afin que son lecteur sache exactement où les héros cherchent leur boîte d’allumettes. Qui mettrait les pieds (regards, pensées, images) dans mes ruines nues, envahies de mes ombres, et où chacun peut inventer l’époque, le drame, l’angoisse ou l’enthousiasme ?
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art
L’immobilité des commencements sert à résister à l’inertie des parcours. « Mon enthousiasme ne surgit que dans l’élan créateur initial ; tout ‘développement’ est perte d’intensité, sous le signe de la nécessité et non pas de la liberté »**** - Berdiaev - « Только первичный творческий подъём вызывал во мне энтузиазм; „развитие“ - охлаждение, под знаком необходимости, а не свободы ». Toutefois, le premier chaînon de cette chute n’est pas la perte de l’enthousiasme, mais le pâlissement de la beauté. C’est une question de style et non pas de liberté. D’ailleurs, dans les grands commencements il y a plus d’arbitraire noble que de liberté neutre.
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art
Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale.
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art
L'impasse est un lieu idéal pour échapper à l'étable, où aboutissent tous les discours académiques sur des sentiers battus. Badiou ne se doutait pas, à quel point il avait raison : « Promotion du fragment, discours en miettes, tout cela argumente en faveur d'une ligne de pensée sophistique et met la philosophie en impasse ». La miette, sous une bonne plume, peut se muer en perle ; vos raisonnements ne peuvent polir ou curer que le circuit intégré ou le tout-à-l'égout. La philosophie est l'art de la métaphore vitale.
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art
Sur leurs pages, ils déversent tant de matière, pour que quelque chose de joli en ressorte, tandis que l’apparition du Beau est due à une contrainte - à une séparation d’avec toute matière. Le Beau ne peut être qu’aérien, pour que son feu ne soit ni éteint par l’eau discursive ni écrasé par le souci terrien.
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art
L’ennui du genre discursif est dans la mécanique des rapports entre causes et effets, contrairement au genre aphoristique, dans lequel s’exprime une prédestination originaire et organique. Valéry applique la même définition au poème : « Le poème apparaît des fragments, un commencement prédestiné de quelque chose ».
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art
Ni le mouvement discursif, ni la finalité proclamative, mais l’immobilité du commencement, libre et noble, rend sacrée une écriture. « Toute œuvre d’art, qui n’est pas un commencement, ne vaut pas grand-chose » - E.Pound - « Any work of art, which is not a beginning, is of little worth ».
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art
La réalité est fastidieuse ; la connaître n’apporte rien à la qualité d’une écriture ; le livre, narrant, précisément, les faits, les pensées, les goûts de son époque ne peut irradier que l’ennui. La valeur d’un écrit se mesure par l’écart, allégorique ou métaphorique, par rapport aux soucis du jour courant.
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art
Le genre discursif : une même chaîne, qui relie des héros, des bandits, des badauds, et qu’on traîne, en plein jour, vers les forums, les salles de vente, les abattoirs. Le genre aphoristique : un faisceau d’étincelles, projetant des ombres dans la nuit des âmes.
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art
Le genre discursif – suivre un fil, dans une platitude arbitraire des mots ; le genre aphoristique – s’imposer une trame, ce qui évite le décousu des images et des idées.
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art
L’inspiration offre le commencement, mais, pour le valider, il faut du travail : une adresse du développement ou une caresse par enveloppement. « Le génie commence les beaux ouvrages ; mais le travail seul les achève » - J.Joubert.
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art
Dans l’art, y compris en philosophie, plus longue est la portée du contenu, plus courte doit en être la forme enveloppante ; tout développement rapproche de la platitude finale. « Il faut savoir être bref dans ce qui est vaste »** - Tchékhov - « Нужно уметь коротко говорить о длинных вещах ».
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art
Ce n’est pas son opinion sur les objets qu’expose l’aphoriste ; il imagine surtout des chemins d’accès, originaux, nobles ou vertigineux, à ces objets ; l’opinion, elle-même, peut bien être banale. C’est ce que retiennent les mauvais lecteurs.
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art
Le genre discursif : le lecteur reconstitue l’arbre narratif de l’auteur, arbre dépourvu d’inconnues. Le genre aphoristique : l’arbre représentatif de l’auteur s’unifie avec l’arbre interprétatif du lecteur (les deux pouvant être de profondeur ou de hauteur comparables), en générant un troisième arbre, toujours plein de variables.
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art
Dans l’écriture, le talent, c’est l’art de munir d’une même intensité la sainte triade littéraire – l’intelligence, la noblesse, l’ironie. Mais ces qualités n’ont un caractère définitif que dans les commencements ; cette recherche du début décisif n’est qu’un retour éternel du même, de la même harmonie des critères, qui, bien satisfaits, rendent superflu tout développement. Et l’éternité n’est que le nombre inépuisable de sujets, sur lesquels pourraient reposer ces débuts. C’est ainsi que les meilleures plumes évitent le bavardage et s’arrêtent aux adages.
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art
Dans l’écriture, trois exigences : la forme (envelopper les commencements), la contrainte (ne pas développer les perles), le fond (échapper au désespoir de l’espace présent, espérer dans l’intemporalité). « De tout, il restera trois choses. La certitude que tout était en train de commencer. La certitude qu'il fallait continuer. La certitude que tout serait interrompu avant d'être terminé »** - Pessõa – ces certitudes devraient s’appeler, respectivement, - intuition, illusion, avertissement.
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art
Les genres discursif ou aphoristique – le jugement le plus pertinent partirait de la nature de l’arbre en tant que symbole de toute écriture. Dans le premier cas, on part d’un arbre prédéfini, réel ou intellectuel, dont on parcourt le cheminement, temporel ou spatial. Dans le second, la réalité spatio-temporelle est presque absente, on annonce la naissance de l’arbre personnel, en n’y exhibant que des fleurs qu’on munit d’indices vers le passé des racines sacrées et l’avenir des souches vermoulues. Le devenir mécanique ou le devenir organique.
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art
Quant tu pratiques le culte du commencement, chaque fois tu renonces aux appuis sur tes propres paroles précédentes, mais le culte du parcours discursif te livre à l’inertie : « L’écrivain : ça se répète ou ça se contredit »** - Cioran.
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art
Le mode discursif, c’est de la transpiration entretenue ; l’inspiration n’est attendue que par l’aphoriste ou le poète. Ton attente déçue, le renversement te menace : « Quand s’en va l’inspiration, arrive la dissertation »* - R.Debray. L’inspiration s’arrête à l’incitation et ne va pas plus loin que les incipits.
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art
Que le style discursif conduise, fatalement, au bavardage, c’est Nietzsche qui m’en convainquit avec sa lourde Naissance de la tragédie que ne sauvent ni Dionysos ni Socrate ni Schopenhauer ni Wagner. Il aurait dû rester avec Héraclite.
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art
L’inspiration ne me dicte ni mots ni idées ni images, elle suscite l’aspiration vers mon étoile. Mon corps récepteur transmet cet élan à mon esprit, relais d’excitations, qui mue en mon âme, émettrice de mon regard, que mon talent, artisan du style, traduit en métaphores. Ce chemin, pour ne pas dégénérer en sentier battu, s’arrête à la hauteur d’un commencement individué, ainsi il évite de devenir de l’étendue ou de la profondeur communes.
âme,chemin,commencement,création,discursif,élan,esprit,étoile,hauteur,idée,…

art
Les genres discursif ou aphoristique, l’horizontalité ou la verticalité, le glissement superficiel sur les mots ou la pénétration, profonde ou haute, des idées. Chez les discoureurs, tout comme chez les laconiques, des images, des concepts et des idées sont aussi présents, mais restent surfaciques. Quant aux mots, l’aphoriste en maîtrise la musique et l’intensité avec plus de vigueur et d’audace, mais il évite les paysages communs, pour peindre son propre climat. Le discoureur méprise des idées nées ; l’aphoriste engendre des idées naissantes. La jouissance des oreilles ou la perplexité de l’esprit. La reconnaissance ou l’étonnement.
audace,climat,commencement,concept,discursif,esprit,étonnement,force,goût,hauteur,…

art
Donner un nom à nos états d’âme innommables ou innommés, tel est le sens de l’art. Mais ce baptême n’exige aucun développement et n’est que témoignage d’une naissance. « Les plus belles œuvres d’art du monde racontent leur commencement »*** - Pasternak - « Лучшие произведенья мира рассказывают о своем рожденьи ».
âme,commencement,discursif,inconnu

art
La République discursive est temporelle, développante, présentiste ; le Royaume aphoristique est spatial, enveloppant, chaque aphorisme déclenchant un retour du même éternel.
discursif,éternité,maxime,retour,temps

art
L’art est la peinture de tes états d’âme ; de tout tableau réussi émerge le chant d’un rêve ; de tout chant tu peux extraire le récit d’une pensée ; toute pensée a partie liée avec la vie. Donc, l’art réconcilie le rêve et l’action, qui ne se rencontrent guère ailleurs.
action,âme,danse,discursif,idée,rêve,vie

art
Le destin d’un bel écrit : le talent en conçoit le commencement, la persévérance l’achève, par une fin temporelle ou criminelle.
commencement,défaite,discursif,esprit,mort

art
L’érudition doit servir surtout à ériger des contraintes (des objets à éviter, à ne pas développer) ; ce qui reste digne d’être enveloppé de caresses verbales doit être peint ou mis en musique par le talent. Quand on manque de celui-ci, ni l’érudition ni les connaissances ne sauveraient ton verbiage unidimensionnel.
caresse,contrainte,discursif,esprit,langue,musique,savoir

lichtenberg g.
Die Regel, daß man nicht eher schreiben sollte, bis man gedacht habe, zeigt von vielem guten Willen des Verfassers, aber von wenigem Nachdenken.

La règle, selon laquelle, avant d'écrire, il faille avoir pensé, témoigne, de la part de l'auteur, de beaucoup de bonne volonté et de peu de réflexion.
art
Chez tous les grands, le mot engendre la pensée et, très rarement, l'inverse. La conception, plutôt que la maïeutique. Pour s'immortaliser dans le mot, beaucoup de grands survivaient en vendant les idées. L'idée est un aliment prêt à la consommation ; le mot est le sens même du goût.
création,discursif,esprit,goût,grandeur,idée,mot

goethe j.-w.
Es ist mit Meinungen, die man wagt, wie mit Steinen, die man voran im Brette bewegt ; sie können geschlagen werden, aber sie haben ein Spiel eingeleitet, das gewonnen wird.

Une pensée risquée peut être un dé sur le tapis ; il peut être perdant, mais il entame un jeu gagnant.
art
« Son système est peut-être faux ; mais en le développant, il s'est peint lui-même au vrai » - Rousseau. Comment savoir où il faut vivre d'enjeux et où - du jeu lui-même ? Vaincre la contrainte d'une belle règle ou se paralyser dans l'admiration d'un bel enjeu ?
continuité,contrainte,discursif,école,idée,jeu,mensonge,système

baudelaire ch.
Hachez l'œuvre en nombreux fragments, et vous verrez, que chacun peut exister à part.
art
Et pourtant on continue à débiter des ergotages, en d'assommants défilés d'objets réunis en de fades unités. Quand on s'aperçoit, que les mots les moins artistiques sont donc, car, et, ou on devrait, sur-le-champ, s'interdire tout récit. Les enchaînements qu'adorent les crétins d'aujourd'hui : « il reste à démontrer », « et là, tout bascule », « rien n'est moins vrai »…
balance,discursif,intelligence,maxime,mot,platitude,raison

mandelstam o.
Поэт бросает в океан запечатанную бутылку с именем своим и описанием своей судьбы.

Le poète jette à l'océan la bouteille cachetée, qui renferme son nom et le récit de son aventure.
art
Les récits s'écrivent toujours dans une platitude silencieuse, et les aventures n'en apportent que du bruit. Il aurait mieux valu, que, dans cette bouteille, on trouvât la musique, musique née de l'angoisse de la profondeur océanique et la joie de la hauteur astrale, musique qui avait lié au mât le navigateur-poète.
angoisse,défaite,discursif,étoile,hauteur,musique,platitude,poésie,silence

foucault m.
La véritable rupture a lieu entre description et poésie.
art
Quand on a expurgé une œuvre de descriptions, ce qui reste devrait être de la poésie. C'est pourquoi, après le filtrage de vos livres, je me retrouve les mains vides. « Écrire n'est pas décrire, peindre n'est pas dépeindre »*** - G.Braque.
auteur,continuité,création,discursif,filtre,poésie
 

bien
Ce ne sont ni les passions ni les idées qui changent le monde, mais une mauvaise inertie chargée d'un bon fatalisme. Toute accélération de l'histoire moderne est tangente et contingente. Par ailleurs, l'idée devrait n'être qu'enveloppement d'une passion, comme « les passions ne seraient que les idées au premier stade de développement »** - Lermontov - « страсти не что иное, как идеи при первом своём развитии ».
amour,continuité,discursif,fanatisme,histoire,idée,modernité,sentiment,vie
 

cité
Dictature du cœur ou dictature du muscle, tout les oppose en leitmotive, tout les confond en finales. On devrait n'en garder que les ouvertures, vivace, cantabile. Laisser à la dictature de l'argent tous les développements, ma non troppo. Laisser en vibrati le cœur et le muscle contents, avant que l'argent comptant ne décoche la flèche finale en moderato ; disparaître au moment même, où s'allume ta lampe d'Aladin : « L'argent comptant est la lampe d'Aladin » - Byron - « Ready money is Aladdin's lamp ».
action,argent,cœur,discursif,flèche,force,ouvert

cité
Jadis, la littérature fut totalitaire : elle enveloppait une âme secrète d'un style et d'une pose, que « l'on adore ou l'on maudit » (Rousseau) ; aujourd'hui, elle est démocratique : elle développe des informations et des positions, connues de tous, et qu'on parcourt dans des rubriques des faits divers.
âme,art,discursif,platitude,pose,style

cité
Ce n'est pas la portée ou la pertinence de leurs descriptions qui me fait ricaner des scientifiques, des journalistes ou des phénoménologues, mais la misère de leurs expressions. C'est comme les rapports entre la liberté et la justice : sans la justice fraternelle, la liberté fait partie de la mécanique.
discursif,fraternité,justice,liberté,philosophie,robot,science,style

cité
L’esprit démocratique ou l’âme aristocratique : l’ivresse ou le vertige, le discours ou la musique, Dionysos ou Orphée.
âme,discursif,élan,esprit,musique,noblesse

cité
Dans les démocraties, gouverne l’idée ; dans les tyrannies se démène le verbe. « Au commencement était le verbe et non le bavardage, et à la fin, ce ne sera pas la propagande, mais de nouveau le verbe » - G.Benn - « Am Anfang war das Wort und nicht das Geschwätz, und am Ende wird nicht die Propaganda sein, sondern wieder das Wort ». La diffusion évinça en effet la propagation, et le verbe énumératif fit taire tout nom, qui chante au lieu de narrer. Souhaitons qu'au prochain commencement, ce soit le déluge.
commencement,danse,discursif,idée,mot
 

doute
La clarté vaut mieux que le chaos dans tout récit de faits divers, c'est-à-dire 95 % de la littérature. Mais la clarté est signe de bêtise dans tout message à écouter au clair de lune. Il est plus difficile de s'écarter des cadences logiques que des cadences mécaniques.
discursif,étoile,intelligence,ordre,raison,robot

doute
Que je feigne tout ignorer de l'être de la chose (épochè) ou bien que je m'arroge le droit de la connaître au fond, ma description de cette chose est question de mon intelligence et de mon talent et non pas de mon attitude phénoménologique ou dogmatique. La méthode philosophique n'existe pas, elle ne peut être que scientifique, et une philosophie scientifique est une invention des nigauds.
discursif,esprit,intelligence,maîtrise,philosophie,savoir,science

doute
Mon jeu d'ombres est pris, par des yeux délicats, pour lumière. Cette interchangeabilité est une véritable chinoiserie de yin (les ramages et les feuilles de l'arbre) et de yang (le tronc et les branches). Peu m'importe votre lumière aux cimes ; je la développe, ou plutôt je l'enveloppe de mes ombres : je m'adosse à la ferme lumière, pour mieux affronter les ombres dansantes. Et vos ombres radicales ne m'émeuvent que si j'en devine le soleil : « Ceux qui sont hideux au soleil ; ceux qui gagnent à accueillir le froid et l'obscurité » - Canetti - « Menschen die an der Sonne gehässig werden. Menschen, denen Kälte und Finsternis gut tun ».
arbre,auteur,chine,discursif,étoile,goût,ombre,paradoxe,regard

doute
Parmi les choses, auxquelles l'art réussit à donner une forme, il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de mon être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais - création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « Ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « Das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ».
acquiescement,art,authenticité,création,discursif,être,filtre,négation,représentation,sacrifice,…

doute
Avec le connu, on n'a besoin que de normes et d'empreintes ; c'est dans la mesure que l'on touche à l'inconnu, que le style se met à compter ; le mode inscriptif y paraît le seul valable, le descriptif, le prescriptif et même le proscriptif étant plutôt bêtes.
balance,discursif,inconnu,intelligence,style

doute
L'intelligence supérieure se reconnaît dans les lacunes volontaires, dans ces hiatus, qui ne sont que respect du mystère, quand toute autre forme de liaison, discursive ou conceptuelle, profane le vide sacré. Ce vide est de la famille des fadeurs chinoises, gardiennes de la plénitude.
chine,discursif,esprit,goût,idée,intelligence,mystère,sacré,style,vide

doute
L'intelligence discursive ou l'intelligence métaphorique, la maîtrise des moyens ou la formulation de contraintes, l'ampleur de l'ouïe ou la hauteur du goût ; on comprend la différence entre elles, en remarquant que les meilleurs avocats ne sont pas du tout les meilleurs juges.
contrainte,discursif,hauteur,intelligence,maîtrise,métaphore

doute
L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons, qui ne peuvent que narrer ou parer.
discursif,être,fanatisme,liberté,matière,mouton,musique,ombre,représentation,robot,…

doute
Ces moments magiques, où le soi secret se manifeste : par un son, par un ton, par un fond ; aucune suite, aucun développement, on cherche à envelopper cet état d'âme, on ne s'intéresse qu'à sa naissance - c'est cela, le goût des commencements. « Ne me séduit que ce qui me précède » - Cioran - tu aurais pu ajouter - et ce qui m'achève.
âme,commencement,discursif,musique,soi

doute
L'une des contraintes les plus utiles que s'impose un bel esprit, avant de prendre la plume et faire résonner la musique de son soi inconnu – la saine méfiance devant ses propres forces, devant son soi connu ; les médiocres ont besoin de confiance en soi connu, pour se narrer, en raisonnant.
contrainte,discursif,esprit,force,inconnu,musique,soi

doute
L'état naturel de notre âme est la nuit ; l'éclairage égal, narratif ou systématique, que notre esprit projette sur l'âme, la réduit à un état minéralogique ; seul l'éclair d'une maxime en préserve le mystère. « Heureux celui qui, sachant tout ce qui concerne les jours, fait sa besogne, consultant les avis célestes »*** - Hésiode.
âme,discursif,esprit,maxime,nature,ombre,système

doute
Quand on renonce au développement, qui est toujours servile, le commencement cesse d'être un point de départ nécessaire et devient un point de mire libre. Les yeux développent ; le regard enveloppe.
commencement,discursif,liberté,regard,temps

doute
Tenir en piètre estime le développement, m'occuper davantage du comment des mots que du pourquoi des idées, m'amuser aux jeux du langage, qui me font épouser des antinomies verbales sans répudier l'unité de mon souffle, - tel est le secret de la plus belle écriture, mais il suppose une maîtrise, une intelligence et un soi puissant, conscient et inconscient à la fois. Sur les axes, qui méritent mon regard, ce qui compte, c'est l'intensité de leurs extrémités et non pas mon choix d'un point privilégié, ma pose musicale et non pas ma position doctrinale.
art,axe,discursif,idée,intelligence,intensité,jeu,langue,maîtrise,mot,…

doute
Le progrès du sot va toujours de la racine aux extrémités des branches, de ce qui est caché vers ce qui est dénudé. « Le développement de l'esprit est un progrès de l'indéfini au défini » - H.Spencer - « The development of mind must ever be from the undefined to the clearly defined ». L'élagage, le taillage profond et les hautes greffes, le lié devenant libre - un développement plus prometteur des floraisons inattendues.
arbre,discursif,hauteur,inconnu,raison

doute
Là où ne comptent que les cadences, ce n'est pas la peine d'en extraire la musique. « Se méfier du sonore préserve du creux » - R.Debray. Mais au pays du creux pullule surtout celui qui est dépourvu de toute sonorité intérieure. L'architecte du mot s'occupe de l'acoustique, le musicien - du rythme, le creux - du délayage.
discursif,mot,musique

doute
L'impossibilité de goûter de la pensée délayée, étalée. Ce qui ne peut pas se ramasser, se condenser en deux lignes est condamné à la clarté.
discursif,idée,maxime

doute
Il y a autant d'idées de l'être que d'idées du devenir, exprimées dans un langage de monotonie logique ou dans un langage événementiel, de rupture. Une cohérence ou une déshérence. Décrire, par un libre arbitre, un univers ou en créer, en liberté, un nouveau. Une intelligence ou une audace. L'universalité ou l'exception. Mais la seconde tâche est impensable sans la première. Le meilleur mouvement naît de la maîtrise de l'immobile.
audace,création,discursif,être,idée,immobilité,intelligence,langue,liberté,maîtrise,…

doute
Le talent aide à développer le fond ; le génie se charge de l'envelopper de formes. Le génie ne serait que le soi inconnu d'un créateur. « Le développement consiste à s'éloigner de soi, en rendant le moi infini, et à revenir à soi, en rendant le moi fini » - Kierkegaard – on n'y modifie pas le même interlocuteur, on en change.
création,discursif,esprit,inconnu,proximité,soi,style

doute
Montrer, c'est faire appel aux contraintes ; démontrer, c'est suivre un parcours. Le parcours, c'est presque tout en mathématique ; les contraintes, c'est presque tout en poésie. Garde celui-là à ton esprit ; impose les secondes à ton âme. L'esprit sait ce qu'il peut narrer ; l'âme se doute bien de ce qu'elle doit chanter.
âme,chemin,contrainte,danse,discursif,esprit,poésie,science

doute
Je compose des ombres, sans pouvoir identifier ou développer la lumière et en enveloppant, jalousement, les choses, qui les projettent. L'expérience montre, que prétendre connaître les coordonnées de l'astre ou les contours des objets nous rend transparents, c'est à dire sans visage ni ombre.
auteur,discursif,ironie,ombre,soi,voix

doute
Tout le sens de la création humaine consiste à surmonter les horreurs, les grisailles, les énigmes, qui percent en toute création divine, et à finir par un OUI douloureux, extatique, fantasmagorique à cette œuvre grandiose et mystérieuse. Le NON de mon soi connu se narre ; le OUI de mon soi inconnu se chante. L’éternel retour est le passage de la narration au chant.
création,danse,dieu,discursif,éternité,grandeur,hommes,inconnu,mystère,négation,…

doute
La pensée discursive est sa lumière ; la pensée aphoristique, ce sont ses ombres. La première s’éteint dès qu’on la sort de son contexte ; la seconde trouvera toujours une lumière auxiliaire, si l’originelle expire, et continuera à ne valoir que par ses ombres.
auteur,discursif,maxime,ombre,valoir

doute
La mystique, discourant sur la réalité, ne peut être qu’une incantation charlatanesque ; la mystique, décorant le rêve, est la seule admissible dans l’art.
art,discursif,mystère,réalité,rêve

doute
Sur la surface des choses on trouve autant de mystères que dans leur profondeur ; dans le premier cas, les yeux suffisent, dans le second, on a besoin du regard ; ce qui explique la différence entre les naturalistes et les mystiques, entre les contemplateurs et les poètes, entre la description et la création.
création,discursif,hauteur,mystère,poésie,regard

doute
Que Baudelaire est bête, en pensant que, en peinture : « chaque nouvelle couche donne au rêve plus de réalité ». Le rêve est le plus plein lorsqu’il reste irréel, inarticulé, indicible ; on ne le développe pas, pour le rapprocher du réel ; on l’enveloppe de caresses picturales, musicales ou verbales, qui le métamorphosent, en lui apportant de la noblesse et de la hauteur, absentes dans le réel.
art,caresse,discursif,hauteur,inconnu,mot,musique,noblesse,proximité,réalité,…

doute
Mon inspirateur, mon soi inconnu, ignore mes sensations et va tout droit aux états d’âme que je dois poétiser, envelopper de mes caresses verbales. Développer les sensations est affaire des prosateurs.
âme,caresse,création,discursif,inconnu,poésie,réalité,soi

doute
Dans son travail, tout scientifique s’appuie sur ses prédécesseurs ; mais tout bon philosophe, même celui qui se présente comme héritier d’un autre, part des points zéros de la création, et tout développement philosophique aboutit à d’autres points zéro, ce qui rend le développement inutile et vain. Et l’on a raison de réduire tout ouvrage philosophique à ses métaphores ; il peut se résumer en tant qu’un recueil d’aphorismes.
création,discursif,maxime,métaphore,philosophie,science

chesterton g.k.
Miracles should always happen in broad daylight. The night makes them credible and therefore commonplace.

Les miracles devraient toujours se produire en plein jour. La nuit les rend crédibles, donc vulgaires.
doute
La vulgarité est dans l'attachement à l'heure et au lieu. Ce que le matin dissipe peut être plus noble, que ce que le soir dessine. Les connaissances du matin (le goût, le rêve), les connaissances du soir (représentatives ou discursives) - Maître Eckhart. Les miracles font partie de l'essentiel divin, et comme tels, ils sont invisibles aux yeux, que ce soit la nuit de la raison ou le jour du rêve.
discursif,goût,inconnu,platitude,raison,réalité,représentation,rêve,savoir

gide a.
On ne découvre pas de terres nouvelles sans accepter de perdre de vue la côte pour très longtemps.
doute
Le récit, c'est le long ennui de haute mer, justifié par la prétention, que la terre touchée serait nouvelle. La poésie, c'est de couler à pic ou de décoller en flèche, en vue des côtes trop terre-à-terre. La meilleure façon de perdre de vue la côte est encore de s'y assoupir et d'en rêver.
création,défaite,discursif,ennui,immobilité,platitude,poésie,rêve
 

hommes
L'éviction successive de la poésie de toutes les sphères de l'intelligence. Aux origines, il suffisait au Poète de pratiquer l'interprétatif - les dieux, l'Histoire - (le scribe attitré le supplanta, avantageusement) ; ensuite, le Poète se reclassa dans le représentatif - les idées et les justifications - (l'érudit reçu ou admis le ridiculisa) ; hier, le Poète se réfugia dans le discursif - les images et les sons - (mais les bonnes oreilles se firent rares et l'image synthétique contenta les autres). Aujourd'hui, rien d'étonnant que le Poète s'accroche au non-figuratif, où l'on le confonde avec l'idiot du village.
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hommes
La terre est certainement un paradis, affaire de jardin ou d'île, d'arbre ou de désert. Des parcs et des archipels surgit l'enfer. Même en suivant le conseil du Bouddha : « Fais une île de toi-même », n'oublie pas de préciser si c'est pour y narrer tes périples, y redécouvrir des connaissances ou y chanter ton naufrage, au pied d'un arbre que tu devins.
arbre,asie,bonheur,défaite,discursif,désert,platitude,solitude

hommes
Le peuple aime le vrai et le simple. C'est pourquoi il aime le journal et l'intellectuel moderne. Le poète, charlatan du mot, a du souci à se faire, s'il tient au peuple. Aimer, c'est accepter la chose telle qu'elle est (et non pas ce qu'elle fait). Le vrai et le simple ne sont beaux qu'en tant qu'essors, promesses, perspectives - donc, refus.
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hommes
La Culture consiste à décrire (par la science) ou à chanter (par la poésie) la Nature. Deux erreurs à éviter : un scientifique, sans belle voix, tentant de chanter ; un poète, sans bonnes connaissances, tentant de décrire.
culture,danse,discursif,nature,poésie,savoir,science,voix

hommes
Dans le commerce de l'écrit, les pièces d'or n'ont plus cours. Cette monnaie étant rare, on stipendie les feuilles préfabriquées logorrhéennes par le troc des billets, avec des zéros à l'infini.
argent,art,discursif,élite,ironie,mot,platitude

hommes
L’ennui insupportable de décrire un homme réel ; la jouissance irrésistible à rester en compagnie d’un homme de rêves invisibles, n’existant que dans un élan vers l’inaccessible, dans un amour ineffable, dans une noblesse inutile, dans une mélancolie indicible, dans une solitude inévitable. Seule la musique peut nous en approcher ; c’est pourquoi j’évite le bruit du réel et poursuis la mélodie de l’idéel.
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hommes
La grande littérature ne valait que par le chant langagier qui sortait des meilleures plumes ; depuis que nos scribouillards ne font qu’éructer leurs dénonciations des injustices fiscales ou détailler les parcours des intendants des finances, l’ennui, émanant de leur gribouillage, égale celui des polars, de la science-fiction, des bandes dessinées.
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baudelaire ch.
Je m'ennuie en France, parce que tout le monde y ressemble à Voltaire.
hommes
Tu serais heureux aujourd'hui, en France, où tout le monde te ressemble, à toi et à tes acolytes, à des B.-H.Lévy, J.-L.Servan-Schreiber, A.Glucksmann, A.Minc, Ph.Sollers. L'écrivain, ce n'est pas sa didactique, mais ses métaphores. Et le bon vieil archer de Voltaire se rit de vos flèches imprudentes.
art,discursif,ennui,flèche,france,métaphore,universel

celan p.
Über der grauschwarzen Ödnis.
Ein baum-
hoher Gedanke greift sich den Lichtton :
es sind noch Lieder zu singen jenseits der Menschen.

En surplomb du noir-gris désert.
Une pensée
à hauteur d'arbre
saisit le ton de lumière :
il est encore des chansons à chanter au-delà des hommes.
hommes
En cette altitude, ce qui se chante, au lieu de se narrer, s'appelle regard à hauteur d'arbre. « Les arbres sont des poèmes, que la terre écrit pour le ciel » - Gibran - « Trees are poems that earth writes upon the sky ».
arbre,danse,discursif,désert,éléments,hauteur,pose,regard
 

intelligence
Je ferme les yeux, je me libère des choses vues, aléatoires et mesquines, je reste en compagnie de mon regard. Du dialogue avec ce regard ne naissent que des commencements, mais ils me conduisent vers des choses capitales, nullement fantasmagoriques et témoignant d'une loi mystérieuse qui lie, fidèlement, ma conscience isolée à la réalité objective. Et je comprends toute la niaiserie philosophesque de la description des choses – les choses, pour porter ma griffe et être grandioses, doivent être inventées !
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intelligence
Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens.
chemin,concept,discursif,interprétation,langue,représentation

intelligence
L'intelligence, c'est ce qui permet à l'émotion de se propager de l'âme au regard, au lieu de s'éteindre dans un prurit gestuel ou narratif.
action,âme,discursif,regard,sentiment

intelligence
Deux discours nihilistes, bravoure des vaincus et absurdité des abstentionnistes, proviennent de la problématique de l'existence, puisque ne pas exister peut avoir deux origines : avoir échoué à s'attacher à un modèle et ne pas l'avoir tenté. « Dire l'individu, c'est utiliser le quantificateur existentiel » - M.Serres - comme pour dire le modèle, on passe par le quantificateur universel, accompagné de spécifications de l'essence. Et que faire de l'existence métaphysique ? - comment vient à l'existence le beau ? Pourquoi le bon existe-t-il avant l'acte, et jamais - après ? Où et quand l'expression est autant persuasive que les choses ? - La meilleure imagination ne cherche même pas les choses : partir d'une sensation, la condenser en une image, l'envelopper de mots, redécouvrir la chose.
absurde,beauté,bien,défaite,discursif,esprit,être,fanatisme,idée,ironie,…

intelligence
Le cycle de vie d'une substance : la dénomination (langue), la déclaration (technique), l'insertion (événement), l'héritage (structures), l'habillement (essence - symptômes - accidents - attributs - liens - rôles - propriétés), la résolution de problèmes (logique).
concept,discursif,être,langue,mystère,réalité

intelligence
Toute bonne philosophie doit inclure les trois facettes kierkegaardiennes : l'éthique, l'esthétique, la mystique. La mystique, pour vénérer, plutôt que savoir ou prouver. L'esthétique, pour admirer, plutôt que narrer ou développer. L'éthique, pour aimer, plutôt qu'ordonner ou obéir. La mystique s'occupera du langage, de ce dépositaire du vrai. L'éthique et l'esthétique se dévoueront à la consolation de l'homme en détresse, en créant l'illusion d'une profondeur du beau ou d'une hauteur du bon.
amour,beauté,bien,consolation,défaite,discursif,hauteur,langue,philosophie,vérité

intelligence
La philosophie ne devrait se dédier ni à l'explication du monde ni à sa description, mais à la défense de la musique, pour consoler l'homme ou pour faire aimer la vie, à travers un langage métaphorique. Deux tâches, la première a pour partenaires – la religion et l'art, et la seconde – la science. La science s'occupe de deux choses – du langage et du sens. « L'art n'a que deux thèmes : l'appel et la consolation » - Iskander - « У искусства всего две темы : призыв и утешение » - l'appel étant une consolation, il y aurait encore moins de thèmes.
art,consolation,discursif,langue,métaphore,nature,musique,religion,science

intelligence
Avec tout ce qui est beau, l'ex-plication (développement) cède en efficacité à la com-plication (enveloppement).
beauté,discursif,style

intelligence
Il existe toujours un méta-niveau conceptuel (l'Idée des idées platonicienne), vu duquel toute substance peut être réduite à un attribut. Le descriptif résumant et même se substituant au déductif.
concept,discursif,être,idée

intelligence
Un langage, c'est une langue plus une intelligence. Celui qui ne tient en bride qu'une des deux est un artisan, artisan raisonneur ou artisan descripteur. Avec la maîtrise des deux on a une chance de devenir artiste. Un génie est presque toujours un artisan exceptionnel, sans être nécessairement un artiste.
art,discursif,langue,maîtrise,raison

intelligence
Se fendre de quelques centaines de pages de « Le non de l'être s'aliène le néant et se projette sur l'étant » ou « l'effectuation rétentionnelle de l'impressionnalité perce le flux héraclitéen », dans la lignée de Gorgias ou Parménide, Anselme ou Husserl, enfanter d'une narration haletante du dernier fait divers impliquant des journalistes - les seuls moyens, aujourd'hui, de prouver qu'on n'a pas peur de la stérilité verbale.
angoisse,art,discursif,être,modernité,mot,platitude

intelligence
Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ».
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intelligence
Le défaut d'ampleur du don littéraire se trahit dans de fades énumérations en séries ou versions ; le manque de profondeur se reconnaît dans le maniement hésitant de négations et réversions ; mais le vraiment irrécupérable se manifeste dans l'incapacité de hauteur en identités et conversions.
art,discursif,esprit,filtre,hauteur,négation

intelligence
Qu'il est facile de démolir une pensée du sage et même d'en produire une, de son propre cru et d'une portée ou d'une justesse encore plus grandes. Mais le sage avait enveloppé sa pensée dans un mot majestueux, tandis que la mienne exhibe sa nudité prétentieuse, qui finira par attirer mes propres quolibets ou sarcasmes.
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intelligence
Tout peut être réduit au statut d'attribut (d'un méta-objet), même l'existence, même la substance, même la relation. Et donc être déduit ! - n'en déplaise à Anselme, Descartes ou Kant. Ou aux bavards : « Exister, c'est être là, simplement ; on ne peut jamais déduire les existants » - Sartre. C'est sur le évidemment que trébuchent le plus souvent les bons mathématiciens ; les mauvais raisonneurs trébuchent sur le simplement.
concept,discursif,être,raison,simplicité

intelligence
L'Être est le Devenir modélisé. La catégorie d'existence ne s'applique qu'au modèle et donc elle se constate, se démontre ou se déduit. L'existence est bien un attribut (n'en déplaise à Kant ou Gilson !), mais attribut non pas de l'objet lui-même, mais de son méta-objet (modèle d'attache).
concept,discursif,être,interprétation,représentation

intelligence
On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ».
concept,discursif,être,inconnu,interprétation,langue,mystère,représentation

intelligence
La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ».
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intelligence
Tout écrit grandiose, débarrassé de sa gangue narrative ou déductive, se réduit aux maximes, qui garderaient la trace de nos goûts et de nos dégoûts : « Le premier pas de la raison pure est dogmatique ; le deuxième – sceptique ; et le troisième, nécessaire, ne s'appuie que sur les maximes » - Kant - « Der erste Schritt der reinen Vernunft ist dogmatisch. Der zweite – sceptisch. Ein dritter Schritt ist nöthig, der Maximen zum Grunde hat ».
ange,discursif,doute,goût,grandeur,maxime,raison

intelligence
Kant - brillant dans les questions et les réponses, pâle - dans le style ; Nietzsche - pâle dans les questions, brillant dans les réponses et le style ; Heidegger - brillant dans les questions et le style, pâle dans les réponses ; Valéry - brillant dans les réponses, pâle dans les questions et le style. L'excellence est toujours partielle ; la bonne contrainte d'artiste consiste à ne pas développer ce qui est condamné à la pâleur et à envelopper ce qui est promis à la hauteur. Que Heidegger dise  : « Demeurons près de la question » - « Bleiben wir bei der Frage » - je dois demeurer du côté de l'excellence.
discursif,hauteur,question,style

intelligence
L'être, c'est la relation primordiale entre attacher (substances, points d'ancrage), décrire (essence, attributs) et évaluer (existence, valeurs).
axe,balance,concept,discursif,être

intelligence
Toute véritable sagesse concerne nos rapports avec des fantômes, mais pour la faire partager, il faut l'amener aux choses palpables. C'est pourquoi « la sagesse, qu'un sage chercherait à communiquer, sonne toujours comme une sottise » - H.Hesse - « Weisheit, welche ein Weiser mitzuteilen versucht, klingt immer wie Narrheit ». La sagesse ne se communique que par hantise.
discursif,esprit,philosophie,réalité,rêve

intelligence
Pour les Professeurs de Philosophie, on ne peut consolider le concept que par un développement discursif - la misère ! Le concept évolue surtout grâce aux trois moyens : introduire de nouvelles propriétés (tâche représentative), imaginer de nouvelles requêtes (tâche langagière), créer de nouveaux outils logiques (tâche interprétative) - on enveloppe par la forme, plutôt qu'on ne développe le contenu.
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intelligence
Le principe le plus pur n'est que commencement, point zéro, qui ne se prête pas au développement des idées, débouchant toujours sur une caserne ou sur une étable, mais se consacre à l'enveloppement par le mot : la vision d'une tour d'ivoire, à partir de la réalité des ruines.
château,commencement,discursif,esprit,idée,mot,mouton,ruines

intelligence
Toute activité intellectuelle se réduit à la chronologie que suivent son sujet, son objet et son projet. La mathématique : la définition-objet, l'hypothèse-projet, la démonstration-sujet ; la philosophie : le développement-projet, le vocabulaire-objet, l'école-sujet ; la poésie : le style-objet, le sentiment-projet, la noblesse-sujet. Avec leurs contraintes respectives pré-déterminantes : la logique, l'érudition, le talent.
concept,contrainte,discursif,esprit,noblesse,philosophie,poésie,science,style

intelligence
Pour être inépuisables, les meilleurs cerveaux sont toujours initiaux : dans l'amplitude de la langue - Heidegger, dans la hauteur du ton - Nietzsche, dans la profondeur du regard - Valéry. Les médiocres sont toujours dans le développement, remplissage ou collage.
commencement,discursif,esprit,hauteur,langue,regard

intelligence
Accorder le privilège aux commencements ne veut pas dire, qu'on ne s'occuperait plus ni des développements ni des finalités, mais que même dans ceux-ci on chercherait à reproduire l'instant zéro de la création, ce qui en ferait enveloppements et contraintes, ces hautes traductions de leurs profondeurs ou ampleurs. Les vrais commencements, des fleuves et des esprits, se trouvent en hauteur. « L'intérêt des débuts, c'est de nous montrer nos fins »*** - R.Debray, que la platitude des moyens ne nous permet pas de voir.
commencement,contrainte,création,discursif,hauteur,platitude

intelligence
C'est à partir de la capacité de mes mots ou de mes notes d'envelopper un devenir fugace, qu'on pourra développer la musique de l'être instantané : « Je ne peins pas l'estre, je peins le passage »** - Montaigne. L’intensité est dans le devenir et non pas dans l’être (comme pensait Nietzsche).
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intelligence
Deux manières de voir le monde : par l'empreinte fidèle ou par la métaphore déviante, une science définitive ou un art fugitif. L'éternité et l'absolu, contrairement à l'idée reçue, sont le lot des scientifiques et non pas des artistes ; tout ce qui est métaphorique est dans le commencement, le passage, la chute, l'évanescence. Goethe inverse la cause et l'effet : « Tout ce qui est passager n'est que métaphore » - « Alles Vergängliche ist nur ein Gleichnis ». La musique chante l'instant où je vis ; la loi décrit l'éternité où je suis absent.
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intelligence
Toute partie du réel peut être confiée soit à nos yeux soit à notre regard, soit à un examen rationnel soit à une (re)création artificielle. Dans le premier cas, les mots et/ou les concepts développent suffisamment les choses dociles, c'est le cas de la science et de la vie au quotidien. Dans le second cas, les mots et/ou les concepts ne font qu'envelopper les choses insaisissables en s'en émancipant (émancipation aurait dû signifier – renoncer à la mainmise sur les choses ou les actes par les mains, au profit de la tête), c'est le cas de la philosophie et de la poésie.
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intelligence
Chez les philosophes apoétiques, Descartes, Spinoza, Hegel, je ne trouve aucun sujet qui ne serait pas abordé par le poète aphilosophique Valéry ; chez celui-ci - des idées en belles phrases, chez ceux-là - de ternes phrases et de ternes idées ; les meilleurs des philosophes sont ceux qui reconnaissent, que la philosophie doit être ancilla poesiae, comme en témoignent Heraclite, Nietzsche, Heidegger.
discursif,idée,philosophie,poésie

intelligence
Ni l'ampleur ni le self-control ne prouvent la grandeur d'un cerveau. S'étendre en profondeur, c'est à dire développer, est propre à tout esprit, comme il est propre à toute âme d'envelopper, c'est à dire de caresser en surface, tout en gardant une hauteur, de rêve ou de langage. Mais, pour mieux garder le cap haut, un gouvernail vaut mieux que les ailes, la maîtrise vaut mieux que les horizons.
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intelligence
Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste.
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intelligence
Les vrais penseurs tirent leur généalogie des mystiques laconiques, tel Héraclite, mais le discoureur, avec Socrate et Platon, apporta l'étalage et le développement. Le discoureur, contrairement au penseur, est celui qui a besoin de modèles d'univers pour faire valoir ses pensées. C'est avec Aristote que le terne penseur éclipse, hélas, les brillants discoureurs, d'Homère à Platon. Il faut reconnaître, que les temps modernes, avant de sombrer dans la grisaille compacte, et à perte de vue, des ternes discoureurs, connurent quelques brillants penseurs.
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intelligence
Dans la résolution de problèmes, une rigidité dans l'imposition de contraintes ne fait que rendre plus élégante la liberté dans la recherche de solutions. « Ferme dans le choix des choses, souple dans leur traitement »** - François d'Assise - « Fortiter in re, suaviter in modo » - pour rendre invisible l'effort, on a, au contraire, besoin de fermeté en traitement. Et la sensation de vie, ou de sa source, naît indépendamment des choses choisies ; des choses évitées sont plus éloquentes. Quand on tient à caresser ou à envelopper plus qu'à adresser ou à développer, être sans frein est pire qu'être sans fins.
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intelligence
L'Intelligence Artificielle, comme la métaphysique, créent des outils, des structures d'accueil des connaissances. Mais en IA la rigueur des bases de connaissances s'applique à l'outil lui-même, elle est donc réflexive, tandis qu'en métaphysique toute intelligence n'est que discursive. En plus, l'outil doit s'appuyer sur la logique universelle apriorique (inaccessible aux métaphysiciens) et non pas sur le libre arbitre, réservé aux représentations.
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intelligence
Vivre, c'est agir et narrer, et rêver, c'est chanter et s'étonner, ce sont deux antinomies. Et la philosophie n'a aucune chance d'être une science de vie – le bon sens s'en occupe mieux – elle peut, en revanche, rehausser le chant et approfondir l'étonnement. Il faut vivre une sagesse savante et terrienne, et rêver dans une ignorance étoilée.
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intelligence
Les étapes de la vision de la chose dans une représentation : on l'attache à des concepts-classes (structures syntaxiques), aux attributs (aspect descriptif), à des concepts-relations (structures sémantiques), à des concepts-fonctions (structures pragmatiques), à des scénarios comportementaux (aspect déductif). Plus loin on va, plus profond on est.
concept,discursif,hauteur,représentation

intelligence
Les philosophes, dans le cycle – observation (réalité), expression (langage), signification (réalité) –, veulent partir de la réalité et la rejoindre, mais finissent, le plus souvent, par négliger le chaînon central, le poétique, tandis que c'est le contraire qu'il faudrait faire. La gratuité et l'absurdité guettent, avec la même probabilité, le contemplateur et le rêveur. Dans la naissance de questions profondes ou de réponses hautes, l'observation décrite et la signification imaginée jouent un rôle mineur et même sont des tâches superflues, puisque notre cerveau possède une merveilleuse capacité de congruence avec la réalité, nous évitant tout délire incompatible avec le monde observable et sensé.
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intelligence
L'un des symboles les plus éloquents de la robotisation des esprits modernes est la fichue méthode phénoménologique ; prenez ses termes-clés : contemplation, réduction, description – quand on est dépourvu de regard, on écarquille ses yeux, on contemple ; quand on n'a aucune passion inconditionnelle, on suspend sa jugeote ; quand on n'a pas de cordes musicales, on narre, on décrit. D'ailleurs, un robot réel suivrait exactement la même démarche.
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intelligence
La (re)quête du monde est à l'origine de tout discours philosophique ; chez les journaliers intellectuels, la quête se formule par les yeux, qui ne quittent pas les objets, ce qui est ou ce qui fait ; ce qui compte dans les requêtes poétiques, c'est l'écoute de leurs propres fibres et la maîtrise langagière de l'extériorisation de leur musique interne, de ce qui devient. Les premiers cherchent, imitent, développent ; les seconds trouvent, inventent, enveloppent.
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intelligence
Tant de transitions bourratives, dans des enchaînements narratifs, qui finissent par en oublier les sources et les finalités. Tout le contraire de la poésie : « Le poète, grand Commenceur, le poète intransitif »*** - R.Char.
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intelligence
L’excitation, par la curiosité ou par l’angoisse, se trouve à la source des théories mathématiques ou philosophiques ; la mathématique bâtit un système par développement d’axiomes, et la philosophie – par l’enveloppement d’aphorismes. « Les doctrines viennent de blessures et d’aphorismes vitaux » - G.Deleuze.
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intelligence
Je ne connais pas de pensée, dont le seul mérite serait son développement. Que de naïves illusions tu nourris, si pour toi la pensée développée te fait intellectuel, éternel exilé. Cette éternité ne durerait que l’espace d’une génération. Ton retour sera grégaire ; c'est le sentiment qui prendra l'amère route de l'exil, pendant que tu te mettras aux affaires.
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intelligence
En épistémologie, il y a deux courants – le scientifique et le philosophique. Le second sert à nourrir des bavardages infinis autour des descriptions et des notions ; le premier se focalise sur les concepts. Tout scientifique dispose de bases de connaissances, organisées autour des concepts ; un concept est défini par les structures, dans lesquelles il s’inscrit, par des liens, des attributs, des propriétés, des valeurs, des règles déductives ou comportementales. Connaître une chose, c’est la représenter en tant que concept.
concept,discursif,philosophie,représentation,savoir,science

intelligence
Qu’est-ce qui justifie, en philosophie, l’appel au genre discursif ? - la poursuite, avec un progrès illusoire, d’une vérité à démontrer ; la prétention de ne négliger aucun des horizons envisageables ; la volonté de constituer un tableau exhaustif et monumental. La vérité, le savoir, la belle universalité – critères, réservés à la science et à l’art et complètement étrangers à la bonne philosophie, qui est toujours inchoative et subjective. Seul l’aphorisme vérifie ces exigences, y ajoutant la beauté de l’expression. Intelligenti pauca.
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intelligence
Tout ouvrage philosophique a trois composants : l’intuitif, le discursif, le métaphorique ; seul le dernier exige un talent professionnel, dont l’absence condamne le reste à l’amateurisme, au bavardage, au plagiat, à la banalité.
discursif,métaphore,philosophie

intelligence
Seule la création inconsciente d’un système est un acte à saluer ; l’avoir préconçu ou le développer induit l’ennui. C’est pourquoi Nietzsche est au-dessus de Heidegger.
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intelligence
Spinoza cherche à cerner la consolation, et Wittgenstein – le langage. Deux tentatives ratées, puisque l’un ignore la place de la tragédie dans le rêve et l’autre – celle de la représentation dans le discours.
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intelligence
Les contraintes sont des méta-principes qui réduisent le champ de mes intérêts. Dans ce champ, soit je développe une forêt de principes, soit j’y plante des arbres, des principes solitaires – la fin ou le commencement, la forteresse finale ou la caresse initiale, le discours ou le chant. Aristote est dans la forêt, et Platon – dans l’arbre ; développeur ou enveloppeur, raisonneur ou poète.
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intelligence
En le développant on banalise le fond ; en enveloppant de caresses la forme on l'élève. « Rien du fond n’a la suprématie » - Valéry. L’esprit géométrique ou l’esprit de finesse.
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descartes r.
Je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent.
intelligence
Ta grande méprise fut d'appliquer ce sage réflexe - aux sentiments, où seuls les premiers valent la peine d'être savourés en tout abandon. Et si l'on avait la sagesse de s'arrêter sur la seconde pensée ! Mais après la n–ème, on ne s'occupera que des liaisons entre pensées ; le bourrage remplacera le pesage.
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joubert j.
L'esprit est l'atmosphère de l'âme. La pensée se forme dans l'âme comme les nuages se forment dans l'air.
intelligence
Cette atmosphère, le plus souvent, interdit toute éclosion de vies hautes et toute pénétration par la lumière des astres. Elle saisit, sans envelopper de caresses ; elle étale, sans développer de largesses. Et, en mettant les choses au mieux, ne fait qu'arroser la montagne de mots, comme le chien des meutes honore l'arbre solitaire. Le rêve impossible : l'âme comme l'esprit enchanté, l'esprit comme l'âme concentrée.
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dostoïevsky f.
Меж нами, в наших сношениях, одни знаки, словно в твоей алгебре.

Entre toi et moi, il n'y a que des signes, comme dans ton algèbre.
intelligence
Le rôle des signes des Maîtres est plutôt de peindre les beaux chemins d'accès aux choses, plus que de narrer les choses elles-mêmes. L'un voit dans ces signes - de vastes arbres aux branches couvertes de belles inconnues, et l'autre - de banales constantes : chiffres ou choses. Même unifié, l'artiste a beaucoup de fusions à offrir, il lui reste toujours autant d'inconnues.
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ironie
La légèreté est un outil vulgaire et sot, pour narrer des balivernes, mais peut être irremplaçable, pour rabattre le caquet aux choses graves.
création,discursif,intelligence,platitude

ironie
Pour ceux qui pratiquent plus souvent la danse que la marche et le chant que la parole, - la collision ou la dissonance sont des écorchures. Ce que ne comprennent ni marcheurs ni narrateurs. Le poète est celui qui sache changer en danse une claudication.
danse,discursif,mot,musique,poésie

ironie
Ils manquent d'espace ou de temps, pour développer leurs idées ; moi, pour envelopper mes mots, je n'ai besoin que de deux lignes en relief, une page entière me flanquant l'ennui et la trouille. « Le pauvre en pensées pense : on ne possède la pensée que tout prête, on n'a qu'à la revêtir de mots » - K.Kraus - « Der Gedankenlose denkt, man habe nur dann einen Gedanken, wenn man ihn hat und in Worte kleidet ». Les pensées sont d'interchangeables mannequins, pour le haut couturier qu'est le maître du mot.
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ironie
Le fragment a une chance de rendre l'être entier, la dissertation n'en a aucune. Il n'existe pas de passages continus entre la marche et la danse, la parole et le chant, entre la prose et la poésie.
continuité,danse,discursif,être,maxime

ironie
On traite les sophistes d’escrocs de l’aphorisme, ce qui me les rend plus proches que les honnêtes bavards discursifs.
discursif,maxime,mensonge,proximité

ironie
Les meilleures pages de philosophie et de poésie perdent de leur beauté et force, quand on les développe ou justifie. « S'il faut expliquer la chose, il ne faut pas l'expliquer »** - Hippius - « Если надо объяснять, то не надо объяснять ». L'expliqué est ce qu'on peut passer outre : « Il n'est en art qu'une chose qui vaille : celle qu'on ne peut expliquer » - G.Braque. Sous une belle forme, on peut toujours découvrir un bon fond, mais il vaut mieux ne pas l'exhiber. « Ce qui a besoin d'être démontré ne vaut pas grand-chose »** - Nietzsche - « Was sich erst beweisen lassen muß, ist wenig werth ».
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ironie
La poésie, en elle-même, est ex-plication de ce qui n'existe pas (l'im-plication dans ce qui existe étant anti-poétique) ; la soif de l'inexistant pousse les plus naïfs à le chercher dans la négation : « nier ce qui est, expliquer ce qui n'est pas » - Poe - « deny what is, and explain what is not ».
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ironie
Posture grotesque, dérisoire - écrire devant le bourreau. Me narrer devant le Juge est légèrement plus prometteur. Mais les meilleures chroniques littéraires, échappant à toute hystérie épique, naissent sur le banc des accusés, dressé dans mes ruines désertes.
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ironie
Au récit, bas et long, oppose l'aphorisme, haut et court. Altum in parvo.
discursif,hauteur,maxime

ironie
Il y a tant de penseurs, qui louent les vertus d'un silence révélateur, et qui abusent de nos oreilles avec leur interminable bavardage. Dans un domaine, où compte avant tout la musique, faite de violences et de silences. Même Nietzsche tombe dans ce travers : « L'essentiel de ta vie se déroule non pas aux plus bruyantes, mais aux plus silencieuses de tes heures » - « Die größten Ereignisse, das sind nicht unsere lautesten, sondern unsere stillsten Stunden » - l'essentiel n'est pas dans la force du son, mais dans son amplitude-intensité, dans la ligne musicale de crête ou de faîte. Il faut faire comme Beethoven et se dire, en permanence, que le vrai sourd, c'est le monde, et ne pas chercher des oreilles adéquates.
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ironie
Ceux qui geignent le plus fort leur désenchantement ne surent jamais chanter. Ceux qui narrent les images sont ignares du chant.
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ironie
La capacité de s'étendre, que les sages associent à la profondeur de l'esprit, convient beaucoup mieux à la vaste platitude. Et si la hauteur s'éprouvait par un rétrécissement extrême, on l'apparenterait au néant.
discursif,esprit,être,hauteur,maxime,platitude

ironie
Leurs filandreuses pensées discursives, comparées à la violence des maximes, me font penser à ce mot de Benjamin : « Les citations : ces brigands de grand chemin, surgissant et nous dépouillant de nos convictions » - « Zitate sind wie Räuber am Weg, die hervorbrechen und die Überzeugung abnehmen » - que valent leurs soucis mesquins de transport ou de sauvegarde, face à l'audace de ne se saisir que de métaphores ?
audace,discursif,maxime,métaphore

ironie
Le ton d'une maxime doit être tel, comme si le savoir n'y jouait aucun rôle, mais que l'auteur savait tout. « Ses Fragments, ses Regards, ses Précis, - qu'y a-t-il de net ? Et tout et rien. Il saurait tout » - Griboïedov - « Его Отрывок, Взгляд и Нечто, об чём бишь нечто ? обо всём. Всё знает ». Il est vrai, que sans musique intérieure un fragment sec, plus qu'un cloaque narratif, donne prise au spectre de l'ennui. N'empêche que ce genre exhibe un taux de raseurs inférieur à tous les autres. Tant de rééditions augmentées, mais verra-t-on un jour « une édition revue et diminuée » - Wiazemsky - « издание исправленное и убавленное ? ».
discursif,ennui,maxime,musique,savoir

ironie
Le rêve de toute fourmi littéraire est qu'on prenne ses labyrinthes, chaotiques, anodins et accumulatifs, pour toiles architecturales d'araignée, pleines de menaces.
art,discursif,ordre

ironie
Quand on sait munir ses formules de bons coefficients vibratoires, on peut même oublier tout opérande et s'enivrer d'opérateurs. Mais le pire, c'est la narration ordine geometrico : « Je parlerai des sentiments humains comme des lignes et des surfaces » - Spinoza - « Humanas appetitus considerabo perinde ac si quæstio de lineis aut planis esset ».
balance,discursif,raison,robot,sentiment

ironie
Qui veut déduire développe ; qui veut séduire enveloppe. Développer des abstractions, non enveloppées de chair métaphorique, c'est reconstruire un squelette à partir des ossements.
discursif,idée,métaphore

ironie
Dommage qu'on ne puisse pas dire, en français, - l'âme de l'esprit, comme en anglais – the soul of wit, puisque l'âme n'est qu'un attribut d'un esprit, qui se laisse s'émouvoir. Dans l'écrit, on en apprécie la concision, mais sa fortune, en revanche, est dans le volume. Il n'y a qu'à visiter les bibliothèques !
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ironie
C'est le déclin inexorable de toute idée (invitant à son sacrifice) qui justifie la fidélité au mot ascensionnel ; plus vaste est l'amplitude entre l'idée calculable et le mot imprévisible, plus riches seront les palettes, les timbres, les mélodies, qui développeront l'idée en l'enveloppant du mot.
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ironie
C'est la honte des plates coutures des idées, plus que la fierté des hautes coupures des mots, qui me retient du délayage discursif et me circonscrit dans le genre (ir)responsable des maximes.
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ironie
99 % des phrases, tirées des œuvres des plus grands philosophes, possèdent cette embêtante qualité – j’aurais honte de les avoir pondues ! La banalité, le hasard, l’insignifiance, l’absurdité, l’inexpressivité les rendent sans intérêt hors de leur contexte. La nécessité, dictée par le genre narratif, de jeter des ponts entre des îlots de pensées, conduit, inévitablement, aux pâles bavardages. Pour juger une œuvre, il faut l’expurger de ces remplissages parasites ; le résidu ne contiendrait que des métaphores, des pensées, des maximes. Après cet assainissement, personne au monde, y compris ceux que j’admire franchement, ne pourrait rivaliser avec moi.
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ironie
Être indicible ou invisible, je peux le justifier, en me cachant derrière mon soi inconnu. Mais non – être inaudible, car mon soi inconnu doit émettre de la musique, à défaut de discours et de tableaux.
auteur,discursif,inconnu,intelligence,musique,soi

ironie
Ce qu’il faut reprocher aux philosophes, ce n’est pas de s’arrêter à mi-chemin, mais le fait même de se mettre en marche, au lieu de se contenter de mettre en musique leurs propres commencements. Le développement est de l’inertie commune, et les buts atteints – l’impasse individuelle.
chemin,commencement,continuité,discursif,flèche,mouton,musique,paradoxe,philosophie

ironie
J.Joubert dit que, comme Montaigne, il se sent impropre au discours continu. Nous en sommes, en réalité, tous capables ; seulement, certains sont horrifiés par un ennui, qui, inévitablement, s’en dégage, et d’autres s’en accommodent, en ne quittant des yeux que la majesté des nœuds et en restant insensibles à la misère des arêtes.
chemin,discursif,ennui,misère

ironie
Oui, l’éternité, même purement amphigourique, m’est plus proche que le jour d’aujourd’hui, même le plus naturel. Mais il vaut mieux chanter l’aujourd’hui, avec une voix, venue de nulle part, que décrire l’éternité, dictée par une oreille d’aujourd’hui.
auteur,danse,discursif,éternité,modernité,ouïe,proximité,voix

ironie
J’admets facilement, et même fièrement, que mes écrits n’ont ni queue ni tête, c’est-à-dire ils sont dépourvus et de la poursuite de nettes finalités et de l’obsession par la raison – je laisse ces soucis aux réalistes, superficiels ou profonds ; je me contente des commencements, où se niche la hauteur du rêve.
auteur,commencement,discursif,hauteur,platitude,raison,réalité,rêve

ironie
L’idée ne vaut que par la noblesse, la hauteur et la fraîcheur de son commencement ; plus on la développe ou l’approfondit, moins excitante et pure elle est. « On ne poursuit une idée jusqu’au bout que si l’on est imperméable à l’ennui »** - Cioran.
ange,commencement,discursif,ennui,hauteur,idée,noblesse

ironie
La négativité psycho-sociale de Cioran ou de J.Baudrillard, par son contenu, débouche, presque toujours, à un galimatias ampoulé et décousu, mais elle apporte un appui juste à la critique de la philosophie ou de l’art officiels. Mais une bonne critique est toujours ironique et enthousiaste, deux qualités, disparues depuis un siècle.
art,discursif,ennui,enthousiasme,modernité,négation,philosophie

ironie
La banalité des exercices philologiques du jeune Nietzsche lui inspira une sainte horreur du genre discursif – il se voua au culte des commencements non-développables, puisqu’il aima l’éternité, qui est la négligence du temps, celui qui accompagne tous les parcours cohérents. La métaphore de retour éternel résume cet état d’âme et aurait pu s’appeler commencements hors précédents ou maximes, toujours recommencées ! L’auteur n’est fidèle qu’à lui-même ; c’est, donc, un retour du même, et aucune apocatastase n’y est visée.
chemin,commencement,discursif,éternité,maxime,métaphore,retour,temps

ironie
Je ne vois qu’un seul avantage de l’étude de l’histoire de la philosophie : confirmer qu’en philosophie seuls comptent les commencements ; les buts et les parcours sont communs et peuvent être effacés ou négligés. Et la plupart des commencements se réduit aux métaphores. Aucun philosophe ne reconnut cette évidence. Les développements ne se justifient qu’en sciences ou chez les amuseurs d’enfants ou de foules.
auteur,commencement,discursif,enfance,histoire,métaphore,mouton,philosophie,science

ironie
En se référant à leurs illustres collègues, même les plus bavards des professeurs de philosophie n’en citent que des aphorismes, ce qui ne retient guère leurs propres logorrhées.
discursif,école,maxime,modernité,philosophie

ironie
Tu es saisi d’admiration ou de honte, en repassant tes paroles, proférées aux instants extatiques, narcissiques ou érotiques, - c’est de la folie, folie d’audace et de débordement, à l’opposé de la folie du vide, folie de verbiage et de remplissage qui s’empare des philosophes académiques.
audace,discursif,école,élan,folie,honte,mot,narcissisme,philosophie,vide

ironie
Développement en profondeur – progrès linéaire surclassant ce qui précède, le sérieux et la relativité égalisante ; enveloppement en hauteur – commencements elliptiques autour de l’invariant, retour du même, l’ironie et la noblesse.
commencement,discursif,hauteur,noblesse,temps

ironie
Nos états d’âme, ce sont des nœuds de Gordias que tranche résolument l’aphoriste (au style tranchant - acutus dicendi genus) et démêle péniblement le discoureur. Climat ou paysage.
âme,art,climat,discursif,ennui,maxime

ironie
Dans le genre discursif, aujourd’hui, domine la platitude linéaire ; et si, exceptionnellement, on tombe, tout de même, sur un nœud, soit on le coupe, pour s’en débarrasser, soit on le dénoue, pour découvrir un sentier battu à éviter.
chemin,contrainte,discursif,platitude,style

ironie
Exercice zoologique, pour bien dresser ta plume : pense qu'il se trouvera toujours un mouton se lamentant sur sa solitude dix fois plus que toi, un crocodile versant dix fois plus de larmes sur sa souffrance, un âne braillant dix fois plus fort son intelligence. Et tu comprendras pourquoi la compagnie d'une chouette, solitaire et rapace, ou d'une marmotte, souffrante et bête, est plus précieuse pour celui qui veut chanter - et non pas narrer ou exploiter - la nuit et le printemps.
art,auteur,danse,discursif,intelligence,mouton,révolte,solitude,souffrance,utilité

bible
Mieux vaut écouter la semonce du sage qu'écouter le chant du fou.
ironie
Tous suivirent ce conseil : la folie disparut et le chant avec. Règnent les modes d'emploi et la palabre sans mélodie, sans folie, sans larme. Et qu'inverse, bêtement, Chesterton : « Le monde moderne est plein d'idées chrétiennes devenues folles » - « A world full of Christian ideas gone mad ».
christianisme,danse,discursif,folie,gloire,idée,négation,philosophie,robot

renard j.
L'ironie doit faire court. La sincérité peut s'étendre.
ironie
L'une est un piège du râteau, l'autre - du marais. Par où et comment on se renie : par le front ou par les pieds ? Est-ce que quelqu'un a déjà pratiqué l'ironie de ruminant ?
action,authenticité,continuité,discursif,maxime,mouton,raison

nabokov v.
Во всём ставить как превыше что, не допуская, чтобы это переходило в ну, и что ?

En tout, mettre le comment au-dessus du quoi, sans que celà n'aboutisse au à quoi bon ?
ironie
Tant que vous ne comprenez pas, que le quoi du regard est au-dessus du comment des choses vues, vos narrations de foires ou de motels aboutiront inexorablement dans le à quoi bon
contrainte,discursif,mouton,platitude,réalité,regard
 

mot
Prouvé par l'expérience : quand une pensée est ressentie si grande, que son enveloppe verbale serait sans importance, elle s'avère être creuse. Les penseurs sont persuadés du contraire. Qui a assez de front, pour reconnaître, que l'épaisseur d'une pensée (et, évidemment, non pas sa hauteur, qui est surtout pré-langagière et post-idéelle) ne se constitue que de mots ? Aucune pensée ne naît nue. La force des mots fait surgir des pensées, et très rarement l'inverse : « Sur une pensée irradiant la puissance, les mots, comme des perles, viendront s'enfiler » - Lermontov - « На мысли, дышащие силой, как жемчуг, нижутся слова ».
discursif,force,hauteur,idée,platitude,raison

mot
Heidegger entretient notre intérêt pour l'être grâce aux enveloppements morphologiques ou poétiques autour de ce mot, tandis que l'ennui des Antiques ou des Modernes provient du développement de l'idée. Les raseurs ramènent l'être au devoir-être, au pouvoir-être, au vouloir-être, au savoir-être, tandis que, plus que l'éthique du devoir, plus que la volonté du vouloir, plus que la puissance du pouvoir, plus que la profondeur du savoir, c'est le talent, c'est à dire le haut valoir seul, qui justifie nos illuminations ou nos élucubrations.
discursif,ennui,hauteur,idée,poésie,savoir,valoir

mot
Pour l'admiration, le mot est ce que l'idée est pour le respect. L'admiration s'atténue, lorsque le mot se met à se justifier, et elle se mue en respect, quand le mot est prêt à se défendre. L'idée développe l'exprimé, le mot enveloppe l'inexprimable.
amour,discursif,idée,inconnu

mot
Il y a des mots qui narrent, des mots qui réfléchissent et des mots qui chantent ; dans le monde, il y a des paysages à décrire, des champs à cultiver et des climats à vivre, le savoir à organiser et le visage à exprimer ; obscure doit être la nuit, solaire veut être la méditation, mais le regard vaut surtout par ses jeux des ombres ; les connaissances doivent être dites, mais « la contemplation est indicible » - Jean de la Croix - « la contemplación es indecible » ; la contemplation est une méditation se passant de mots ; comme un grand sentiment, cette cible indicible, ce point de mire invisible, et que le mot vise, par sa corde hyperbolique et sa flèche métaphorique.
climat,cœur,discursif,flèche,inconnu,intensité,métaphore,ombre,regard,sentiment

mot
Il s'agit de coller les mots à la vie imaginaire (la vie réelle étant vouée à recevoir nos maux). Il est plus fécond d'en envelopper un lien plutôt qu'une chose. Le lien, à ses extrémités, est bardé d'inconnues ; la chose est trop liée à son essence, à son noyau constant, sans perspective de belles substitutions. Le mot est un nom, associé non pas à la chose, mais à sa représentation, à son concept donc. Les mots eux-mêmes ne sont pas des liens, mais des aliments de notre appétit d'images et d'émotions ; tout lien est dans le modèle.
arbre,création,discursif,frontière,idée,réalité,représentation,sentiment,vie

mot
Parler de choses qu'on n'a jamais vues est plus honnête que d'en dépeindre les bien aperçues. L'œil dédouble la plume, l'imagination l'aiguise.
art,discursif,esprit,goût,regard

mot
La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs.
arbre,discursif,élite,grèce,idée,langue,nature,réalité,représentation

mot
L'appauvrissement et la corruption de la langue sont une conséquence immédiate de la disparition du sacré des horizons des hommes ; tant que le soupir, la larme ou le genou détachent nos yeux des choses vues, nos mots chercheront à envelopper des mirages, au lieu de développer des choses.
discursif,hommes,langue,rêve,sacré,sentiment

mot
Ce sont surtout les bavards qui chantent les vertus du silence. Ce n'est pas le silence que brise le mot, mais le caquetage des idées reçues. Le silence a besoin d'espaces à remplir et non pas de sons à corrompre ; pour cette basse besogne, il y a des idées. Ce n'est pas un silence parlant que je plains - dans ce cas il y a du consentement - je déplore le viol d'un silence musical, silence des choses, dont on ne peut pas parler (Wittgenstein), on ne peut que le chanter.
danse,discursif,idée,musique,platitude,silence

mot
Deux rôles, diamétralement opposés, de la pensée : développer en choses mes intuitions, envelopper d'intuitions les choses. Ce qui produit la dualité du monde : ma conscience et mes matières, mon regard et mon écoute, mais le résultat est le même – le langage, approfondi de représentations et rehaussé d'interprétations.
discursif,hauteur,idée,interprétation,langue,nature,ouïe,regard,représentation

mot
La langue a deux composantes : la logique et la tropique ; tout nouveau trope, inéluctablement, rejoint, sous le poids de l'habitude, la première. Avec de telles contraintes, seul un maître peut encore magnétiser par la métaphore estimative au lieu de se neutraliser dans des syllogismes narratifs.
contrainte,discursif,langue,maîtrise,métaphore,raison

mot
Je ne prête l'oreille aux sermons ou dissertations que si je sens, à leur origine, un désert et non pas des bibliothèques ou cimetières. On peuple de silence le désert du soi, désert d'initiés. Ce bon silence (das rechte Schweigen de Heidegger, si proche de celui de Wittgenstein), que seul un maître sait traduire en mots : « La philosophie est la reconversion du silence et de la parole l'un dans l'autre »*** - Merleau-Ponty. Une autre tâche de la philosophie devrait consister à écouter le bruit profond et tragique de la vie, pour le traduire en musique, haute, héroïque et consolante. Et peu importe, si cette musique était reconvertie en bruit difforme, par les oreilles modernes robotiques.
auteur,commencement,consolation,discursif,désert,école,élite,hauteur,héros,modernité,…

mot
Le caquetage assourdissant de l'auteur moderne, frappé de logorrhée aigüe, pour se persuader, qu'il est en train de pondre des œufs. « Il pond des poncifs comme des œufs, mais il oublie de les inséminer » - Canetti - « Er legt Sätze wie Eier, aber er vergißt, sie zu bebrüten ».
création,discursif,esprit

mot
La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes !
audace,chemin,concept,discursif,langue,représentation,sentiment

mot
Tout philosophe devrait s'interdire l'usage ontologique du verbe être (que le Stagirite ne daigna même pas mettre à côté des trois monstres : avoir, agir, pâtir, et que Lulle négligea dans ses neuvaines ; l'ontologie occidentale existe « à cause de la forme du langage indo-européen »* - Valéry). Inexistant en chinois et en japonais, fantomatique en russe, amputé de sa fonction copulative en arabe (wjd), ambivalent en espagnol et italien (l'essentiel ser-essere et l'accidentel estar-stare), envahissant en grec et allemand, il est un moyen immédiat de dépistage de la logorrhée.
allemagne,chine,discursif,espagne,être,europe,grèce,italie,langue,philosophie,…

mot
Deux raisons poussèrent Socrate à répugner l'écriture : l'horreur du développement (auquel succombe son élève infidèle) et l'absence de noms pour tout ce qui compte le plus dans la vie (et dont l'autre fait des Idées). Et le genre aphoristique d'Héraclite, fut oublié au profit des bavards…
art,discursif,idée,maxime,mémoire,vie

mot
Le rasoir d'Ockham dénonce les disserteurs raseurs pléonastiques, avec leurs arsenaux mécaniques, et justifie les déserteurs racés désertiques, avec leur art des mots laconiques.
contrainte,discursif,élite,maxime,nécessité,révolte,robot

mot
Les plus belles pensées, par d'insignifiantes substitutions verbales, peuvent être réduites aux platitudes sans vie ni épaisseur ; celui qui parle doit peser et compter plus, que ce qu'il dit : le pourquoi et le comment doivent surclasser le quoi et le quand.
abduction,arbre,discursif,platitude,style,vie,voix

mot
La demeure de l'être de l'homme est sa musique, qu'il puise, surtout, dans son âme, mais aussi dans la langue ; mais la langue a deux facettes, la descriptive et l'expressive, et seule la dernière est de la musique - deux objections au faux projet heideggérien d'enfermer l'être dans la langue.
âme,discursif,langue,musique,style

mot
Les concetti et leur antagoniste, le Witz, réclament de vastes développements ; c'est pourquoi le défi de les envelopper ensemble au sein d'une maxime ne peut être relevé que par des virtuoses. « Il est besoin de plus d'esprit et d'industrie, pour assembler les vérités, qui sont dans les livres, en un corps bien proportionné, que pour composer un tel corps de ses propres inventions » - Descartes.
audace,création,discursif,esprit,maxime,style,vérité

mot
Le poète entend, tout d'abord, le mot, avant de chercher le concept ; l'homme ordinaire voit d'abord le concept, avant de trouver le mot. La musique du devenir ou le tableau de l'être.
discursif,être,idée,musique,ouïe,poésie

mot
Le langage est donné à l'homme, pour qu'il chante ce qu'il est. Au lieu de cela, il narre ce qu'il fait, ce qu'il voit ou ce qu'il opine.
action,danse,discursif,être,langue,raison

mot
À partir de temple, de ce qui sépare l'intérieur de l'extérieur, pour créer du sacré, part une jolie bifurcation : vers le noyau profond à caresser, l'intime, et vers l'ampleur du temps, qui nous torture, en se développant, ou nous caresse, en nous enveloppant.
caresse,discursif,hauteur,sacré,temps

mot
La langue me fournit un stock d'étiquettes, dont j'enveloppe (mes visions) des choses ; pour que ces étiquettes dépassent les choses et atteignent au noble grade de mots, il faut qu'elles caressent ou blessent.
caresse,discursif,langue,souffrance

mot
Encore du sur-emploi - le mot idée. Trois emplois incompatibles : en représentation - fixer un aspect structurel, descriptif ou comportemental du modèle ; en langage - formuler et interpréter des requêtes ; en réalité - donner un sens aux résultats du modèle. Trois tâches disjointes : refléter le réel, examiner le modèle, confronter le modèle à la réalité. Trois types d'appui : la perception, les objets et relations, le vrai et le faux du modèle.
concept,discursif,idée,interprétation,langue,réalité,représentation,vérité

mot
Comment le mot devient-il libre ? - en s'interdisant des clichés descriptifs (pour devenir image), en se débarrassant des clichés conceptuels (pour devenir métaphore), - donc, surtout, par ses propres contraintes. L'esprit y suffit : « La trinité – le mot, la liberté, l'esprit » - E.Jünger - « Dreieinig sind das Wort, die Freiheit und der Geist » - et lorsque le talent l'y rejoint, on devient iconoclaste, hérésiarque et néophyte.
contrainte,discursif,esprit,idée,liberté

mot
L'écriture reproduit les mêmes étapes que la musique : la partition (conçue abstraitement par le compositeur), les instruments (où se retrouvent cordes et souffles), l'interprète (développant les idées et enveloppant les notes), l'auditeur (dont l'oreille est plus présente que le cerveau ou l'âme). Mon drame est que mes instruments français seront, fatalement, mal accordés ; je ne peux compter que sur de bons cerveaux de mon auditoire improbable.
auteur,création,discursif,idée,intelligence,musique

mot
Avec un regard, à la fois pénétrant et caressant, appuyé par un mot sésamique, toute chose endormie peut se mettre à chanter. Dans les mêmes choses, il y a aussi, malheureusement, des litanies bien éveillées et criardes, que tout le monde narre avec des mots de robot. Répète la belle prière d'Hésiode : « Donnez-moi le chant de mon désir ! »***.
danse,discursif,élan,maîtrise,regard,religion,rêve,robot

mot
Le mot ne représente pas la chose. Le mot est dans le pictural et non pas dans le représentatif. Celui qui le comprend le mieux, c'est le poète : « Le poète considère les mots comme des choses et non comme des signes » - Sartre. Le représentatif se réalise dans des méta-concepts (prénotions antiques ? idées a priori ? contagions des représentations ?), qui sont propres à l'homme, pas à la langue. Le représentatif a trois aspects : structurant - liens spatio-temporels et logiques, descriptif - où l'illusion d'univocité est la plus forte et comportemental - calculs, raisonnements, scénarios.
discursif,idée,intensité,interprétation,poésie,raison,représentation,style

mot
Les objets, qu'ils soient petits ou grands, s'égalisent dans cette infâme horizontalité, due à la même logorrhée, qui les dilue. « Peu de paroles suffisent au sage, même pour un vaste objet » - Pindare. Le mot laconique du sage fait deviner le sujet parlant, quel que soit son objet ; le mot, toujours trop long, du sot exhibe et l'objet et le projet, au sujet muet. C'est de la bêtise ou de la … science sans conscience : « Dans la pensée scientifique, la médiation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet » - Bachelard.
concept,conscience,discursif,esprit,philosophie,science,soi,voix

mot
Horreur de tout récit ! « Balade exaltante à travers les champs » - ça pue l'ennui ! « Oscillation déprimante auprès des mots » - ça fait dresser les oreilles à la recherche du savoureux. Pourtant, les deux sont également absurdes. Où est la facilité, quel est le vrai test de plume ? Impossible de répondre !
absurde,art,discursif,ennui,goût,ouïe

mot
Un verbe surchargé d'ambigüités - douter. Vérifier la véracité d'une proposition, hésiter entre deux modèles concurrents, ignorer les attributs d'un objet, mettre en cause l'interprète, changer de langage - autant de contenus irréductibles.
concept,discursif,doute,interprétation,langue,question,représentation,vérité

mot
Le seul mot juste (Flaubert, Tsvétaeva) n’existe pas ; pour un syntagme donné, un tas de mots permet d’atteindre une certaine hauteur musicale ou intellectuelle, à partir de laquelle on fait du sur place. La meilleure méthode, pour se débarrasser de cette sottise obsessionnelle, est de ne décrire (toucher, évoquer) que des choses, pour lesquelles on n’a pas encore trouver de nom.
discursif,hauteur,intelligence,musique

mot
La pensée, exprimée sans talent, c’est-à-dire sans musique des mots, reste une morne et grinçante arborescence ; le talent se moque des pensées et fait s’épanouir l’arbre des mots, où chantent fleurs, sèves et ombres, et de son parcours naît, insoupçonnée, la pensée. « Les tournures brillantes, mais sans pensées, ne servent à rien » - Pouchkine - « Без мыслей блестящие выражения ни к чему не служат » - les pensées, comme les racines, doivent être cachées.
arbre,discursif,esprit,idée,musique,ombre

mot
L’ambigüité de la langue naturelle est compatible avec une bonne logique, qui doit pouvoir tirer plusieurs interprétations d’un même discours. Cette logique-là fait partie intégrante de la langue.
discursif,doute,intelligence,interprétation,langue,science

mot
Il y a le monde de la Loi et le monde de la Beauté ; la mathématique universelle aide à comprendre le premier et la littérature individuelle chante le second. Il y a une concordance merveilleuse entre le libre arbitre mathématique et l’objectivité du monde ; mais aucune alliance ne peut subsister entre la liberté du mot et la nécessité du monde. Dans ce dernier cas, on abandonna le chant au profit du récit ; mais dans le genre discursif le journaliste est en train de surclasser Homère ; tandis que les alliances avec des dieux se raréfient, et les voyages lointains n'apportent que des améliorations à la technique de tissage. Toute belle Hélène devint patiente Pénélope.
art,authenticité,danse,discursif,dieu,esprit,liberté,modernité,mystère,robot,…

mot
Les sentiments proviennent des causes nettes, que mon soi connu peut exhaustivement décrire, grâce à un vocabulaire bien connu de tous. Mais les états d’âme ne se manifestent que par leurs effets troubles ; ils n’ont pas de noms tout prêts, inutile de les narrer, on ne peut que les chanter.
authenticité,danse,discursif,esprit,inconnu,mouton,mystère,sentiment,soi,voix

mot
Voir ou concevoir : les yeux qui contemplent ou le regard qui agit, le verbiage ou le Verbe, le développement en étendue ou enveloppement par un élan vers la hauteur.
action,création,discursif,élan,hauteur,regard

mot
De l’embarras, créé par la polysémie du mot, on peut sortir soit d’une manière primitive, en pointant des objets de son voisinage, soit d’une manière subtile, en en formulant une des négations possibles. Dans un discours, souvent, l’absurdité de la négation prouve l’absurdité de l’assertion.
absurde,discursif,négation,proximité

mot
Dans les genres qui réclament le laconisme, telle, précisément, l’aphoristique, l’allemand se noie dans une interminable logorrhée, purement verbale. L’allemand est porté sur l’enchaînement, là où le français cherche l’arrêt le plus élégant et bref.
allemagne,discursif,france,maxime

mot
Pour exposer des idées, on ne peut pas se passer de choses ; heureusement, à côté des choses il existent des mots et, pour chanter des rêves, les mots suffisent.
concept,danse,discursif,idée,rêve

mot
Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre.
danse,discursif,inconnu,langue,liberté,savoir,style

mot
Partisan résolu du premier mot, refusant tout développement inertiel, je vis au milieu de ceux qui veulent avoir le dernier mot, tout en oubliant le commencement du mot premier. La hauteur irremplaçable de la source ou la platitude finale commune.
auteur,commencement,discursif,hauteur,mouton,platitude

mot
En russe, les mots les plus expressifs laissent autour d’eux des incertitudes et ne traduisent qu’un élan plutôt qu’une finalité bien désignée ; des points de suspension plutôt que des points tout court. C’est bon pour la poésie enveloppante, mais ne favorise ni la musique développante ni l’art aphoristique (immobilité et concentration dans le commencement). Nabokov parlait de réticence musicale (музыкальная недоговорённость) dans le russe.
commencement,discursif,doute,élan,immobilité,langue,maxime,musique,poésie,russie

mot
Les mots trop prolifiques ont la fâcheuse tendance de se développer et de s’entasser dans une forêt. J’arrête leur propagation dès que le premier arbre en ressort ; il prend la forme d’une maxime (nécessairement) et le fond d’une idée (en passant).
auteur,discursif,idée,maxime,mouton,nécessité,style

ovide
Lingua, sile, non est ultra narrabile quidquam.

Tais-toi, ma langue, il n'y a plus rien à raconter.
mot
Écrire, ce serait psalmodier et non pas parler. Narrer aurait dû rester dans l'oral.
art,discursif

chestov l.
Самые значительные мысли являются на свет голыми, без словесной оболочки : найти для них слова - целое искусство.

Les plus sublimes pensées viennent au monde toutes nues, sans enveloppe verbale ; c'est tout un art que de les couvrir de mots.
mot
Ce couturier-artisan est bien pitoyable, s'il crée ses vêtements en les adaptant à un modèle. L'art, cette haute couture du mot, n'a pas besoin de mannequins des idées, pour créer dans l'imaginaire.
art,création,discursif,idée,langue

bachelard g.
Les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.
mot
Les images naissent non pas dans le langage, mais de l'interprétation du discours dans le contexte des concepts ancrés dans le modèle ; les images se forment en enveloppant les intuitions, les concepts - en développant les représentations. Plus riche en concepts est le modèle, plus vaste et profond est le domaine de définition des images. Mais la valeur de l'image réside surtout dans la nature de sa déviation du modèle et dans sa hauteur, dimension absente dans le modèle.
axe,discursif,esprit,hauteur,idée,interprétation,langue,représentation,style
 

chœur noblesse
MOT : La noblesse de la profondeur peut s'inscrire dans l'action ; celle de la hauteur est adoubée par le mot ou par la note. L'action a besoin de ses voisins, contemporains ou ancêtres, le mot aristocratique crée une noblesse initiatique des images hors temps. Toutefois, le privilège d'une interprétation (s)élective, ce n'est ni narration, ni description, ni comportement, mais représentation.
action,discursif,hauteur,interprétation,représentation

noblesse
Impossible de rendre, fidèlement, un sentiment, puisque l’essence de tout grand sentiment est dans la profondeur indicible de la vie ; on ne peut qu’en rendre la forme, c’est-à-dire l’intensité du verbe et la hauteur du regard ; l’art n’est pas dans le descriptif, mais dans l'inventif.
absurde,art,création,discursif,grandeur,hauteur,intensité,regard,sentiment,style,…

noblesse
L'art des contraintes : me rendre sourd à ce qui pourrait me mettre en route ; me faire aveugle devant ce qui voudrait occuper mon horizon ; détourner mon nez de l'insipide. « L'élimination de l'inessentiel, voilà le secret de l'intensité vitale » - Lao Tseu. C'est aussi la clé d'un bon style. Des liaisons, des développements, des justifications relèvent, la plupart du temps, de l'inessentiel. La grandeur n'est pas dans l'intégrité profonde, mais dans le pointillé hautain : « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires » - Montesquieu.
art,chemin,continuité,contrainte,discursif,étoile,grandeur,hauteur,intensité,platitude,…

noblesse
L'éternel retour, c'est la reconnaissance, qu'aucun développement ne rehausse le regard prima facie : « De retour à mes débuts, j'y retrouve la même perplexité » - Goethe - « Da steh' ich nun, ich, armer Tor ! Und bin so klug als wie zuvor ». Le sens, l'invariant, de ce retour est dans la bouche de Faust : « Tu es beau, arrête-toi » (« Verweile doch, du bist schön ») - le sens d'un retour intemporel. Et si la cause finale d'Aristote était la même chose : « La cause finale occupe la place de la beauté dans les êtres, qui en sont pourtant dépourvus » ?
beauté,bonheur,discursif,éternité,étonnement,regard,retour

noblesse
Ne vit vraiment en nous que ce que nous ne savons pas développer. Camera obscura. Le contraire du goût métaphorique s'appelle lumière herméneutique, effaçant l'impact originel.
discursif,goût,interprétation,métaphore,négation,ombre

noblesse
La gravitation humaine nous pousse vers les sous-sols ; on ne lui échappe qu'en hauteur, hors les atmosphères irrespirables. La hauteur géométrique fait partie des platitudes : « Si tu veux toucher la cible, tu dois viser légèrement au-dessus d'elle ; toute flèche en vol subit l'attraction de la terre »** - Longfellow - « If you would hit the mark, you must aim a little above it ; every arrow that flies feels the attraction of earth ». Toute cible visible subit, tôt ou tard, l'outrage de la gravitation, les flèches fussent-elles impondérables. L'amateur du ciel finit par maintenir la corde bien tendue et par ne plus décocher de traits. Il préférera l’hyperbole (l’élan) à la parabole (le récit).
discursif,élan,éléments,étoile,flèche,inconnu

noblesse
Tout ce qu’on atteint par une persévérance en continu, en se faisant guider par la suite dans les idées, même profondes, et la cohérence, même vaste, manquera de grandeur, qui ne se donne qu’à l’élan vers la hauteur. « L’esprit n’atteint au grand que par saillies » - Vauvenargues.
continuité,discursif,esprit,hauteur,idée,science

noblesse
La noblesse du regard, ce n'est ni l'étendue entre-ouverte de l'avenir, ni même la profondeur entrevue du passé, mais bien la hauteur entretenue d'un présent, débarrassé de ses soucis terrestres. À l'échelle temporelle, il est semblable à l'instant de Zarathoustra (der Augenblick - regard des yeux), dont l'éternité enveloppe les chemins du passé et de l'avenir. À l'échelle spatiale, le regard, c'est l'enveloppement ludique de choses, rendant leur développement pragmatique - superflu.
discursif,éternité,hauteur,jeu,ouvert,regard,retour,temps

noblesse
Mes forces banales développent, en toute liberté, le bruit de mon soi connu ; mes forces supérieures enveloppent, dans une obéissance enchantée, la musique de mon soi inconnu. La liberté n'apporte rien à l'âme ; la servitude déprave l'esprit.
âme,discursif,esprit,force,inconnu,liberté,musique,soi

noblesse
La noblesse du rêve n’est ni dans la dignité du mouvement ni dans la netteté du but, mais dans l’immobilité d’un beau commencement. Renoncer à développer celui-ci rend la vie plus pauvre et le rêve – plus riche.
beauté,commencement,discursif,élan,immobilité,proximité,rêve,vie

noblesse
Je n'aime pas ces profanations, purement verbales et anti-poétiques, du beau terme de commencement, que sont l'être ou le néant (par l'intermédiaire du devenir fantomatique), ces spectres interchangeables, sur lesquels se gargarisent Hegel et Sartre. Le commencement est un surgissement d'une émotion, d'une image, d'une mélodie, d'un état d'âme qu'aucun développement rationnel n'épouse ni n'explique ; on ne peut lui rester fidèle qu'en poésie d'enveloppement par un mot inspiré, c'est à dire puissant, ironique, créateur et noble.
âme,commencement,création,discursif,être,force,ironie,langue,musique,poésie,…

noblesse
Les contraintes filtrantes apportent plus à la qualité de mon regard que les ressources amplifiantes. Contrairement à ce que pense Heine : « Le sage remarque tout ; le sot, sur tout, fait des remarques » - « Ein Kluger bemerkt alles. Ein Dummer macht über alles eine Bemerkung », les remarques, électives et laconiques, valent mieux que les observations, pensives et discursives.
contrainte,discursif,élite,intelligence,maxime,regard

noblesse
Dans mon enfance, je me gavais de contes de fées et de framboises des bois, je goûtais les mystères mathématiques et les rythmes poétiques, je m'extasiais sur l'Histoire et méprisais l'astronomie. La saturation, puis quelques renversements : l'indifférence pour l'Histoire et la fascination pour la cosmogonie. Je finis par vouloir voir les choses du plus grand lointain, où le temps et l'espace ne font qu'un. Les étoiles me chantent l'éternité ; les batailles me narrent l'avant-hier. Mais je garde ma reconnaissance aux contes de fées : « Si vous voulez que vos enfants soient intelligents, lisez-leur des contes de fées »** - Einstein - « Wenn Sie möchten, daß Ihre Kinder intelligent sind, lesen Sie ihnen Märchen vor ».
auteur,danse,discursif,enfance,éternité,étoile,histoire,intelligence,mystère,poésie,…

noblesse
L'échelle ascendante de la valeur des choses se forme en fonction de mes envies de : les comprendre, les décrire, les célébrer. Il est rare que je parcoure tous les trois niveaux avec le même enthousiasme. D'où l'intérêt exclusif des choses inexistantes – Dieu, l'amour, le Bien – avec lesquelles je peux sauter les deux premières étapes, pour m'éclater dans la dernière.
amour,auteur,bien,dieu,discursif,enthousiasme,inconnu,valoir

noblesse
Le développement des idées m’ennuie, puisqu’elles sont, le plus souvent, communes, à partager. Je tente de rester en compagnie de ma seule âme, dont les états me servent de matière pour ma musique ou pour ma peinture. « La représentation poétique des états d’âme est plus émouvante que toute analyse purement intellectuelle »** - H.Hesse - « Die dichterische Darstellung seelischer Geschehnisse ist ergreifender als jede nur intellektuelle Analyse ».
âme,auteur,discursif,ennui,idée,mouton,musique,poésie,représentation

noblesse
La vie des actes et la vie des rêves ; là, où, dans la première on marche et narre, dans la seconde on danse et chante. Les sots ne connaissent que la première, où ils peuvent dire : « Une vie, c’est son histoire, en quête de narration » - Ricœur. Dans cette vie on souhaite que ça marche ; dans l'autre, le rêveur désire que ça danse !
action,danse,discursif,élan,intelligence,réalité,rêve,vie

noblesse
Le mode énumératif, en épluchant des catégories ou en échafaudant des faits, résulte en même ennui, celui de tout discours, savant mais dépourvu de beauté, sur l’essence ou l’existence ; seuls la noblesse et le style sont capables de donner de la hauteur à l’essence et de l’ironie à l’existence, pour échapper à la banalité, à l’inertie, au hasard.
action,beauté,continuité,discursif,ennui,être,hauteur,intelligence,ironie,platitude,…

noblesse
L’audace et le don déterminent la stature d’un penseur, l’audace d’un devoir de créateur et le don d’un pouvoir de maître, les deux bénis par l’intensité d’un vouloir de rêveur. L’audace suffit pour développer noûs, intellectus, esprit, Vernunft ; mais le don est nécessaire pour tout envelopper par l‘âme.
âme,audace,discursif,esprit,intelligence,intensité,maîtrise,nécessité,rêve,valoir

noblesse
Nietzsche déteste la platitude discursive, et pour lui trouver un inverse, il plonge dans la ‘profondeur vitale’ et en ressort son fichu instinct, qui est une construction artificielle, mécanique, l’inverse naturel étant la hauteur du rêve.
discursif,élan,hauteur,intensité,négation,rêve,robot,vie

valéry p.
L'horreur de ce qui n'entre pas dans un instant.
noblesse
La joie de ce qui y entre ne suffit que pour, à tout casser, une épitaphe, un testament, un aveu. Tandis que ceux qui préconisent la durée ou le développement sont si volubiles, qu'aucune platitude n'est assez vaste pour les accueillir.
bonheur,discursif,mort,platitude,temps
 

proximité
C'est autour du vide que s'éploient les plus forts vocables : tentation, crainte, recherche (Maître Eckhart), chute (Cioran), rayonnement (le prince de Lumière). Je l'associe au travail, à la veille comme le beau silence opposé au sommeil, mais ami du rêve. Le vide est un silence élaboré, sur le point de recevoir le mot musical. La kénose des contraintes aboutissant à l'apothéose des buts. Le bavardage des autres ne serait-il pas le silence des mots ? « Si la musique fait défaut, il faut se taire »** - A.Blok - « Лучше молчать, если нет музыки » - la meilleure réplique à Wittgenstein.
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proximité
L'homme peut se définir de trois manières, comme on définit des objets mathématiques, par outils ensembliste, algébriste ou topologique : par ses attributs, par ses images ou par ses frontières. Ce qui est mon moi commun, ce qui m'annihile ou constitue mon noyau, ce qui est digne de ma proximité. Mes moyens, mes buts, mes contraintes.
concept,contrainte,création,discursif,frontière,soi,style

proximité
Mon soi est le seul contact direct avec Dieu ; et comme Lui, il reste inaccessible et incompréhensible ; je reconnais sa présence par le besoin de chanter (et non seulement de parler), de danser (et non seulement de marcher), de poétiser (et non seulement de narrer), bref - de prier, de ne pas m'attendre à une réponse et même de renoncer à poser des questions ; comme Dieu, on ne peut vénérer que le soi inconnu, sans se faire d'illusions : « Un poème est toujours une quête du moi » - G.Benn - « Ein Gedicht ist immer die Frage nach dem Ich ».
amour,danse,discursif,dieu,doute,inconnu,question,soi

proximité
Le plus grandiose, dans le dessein divin, est que les miracles de la matière, de l'esprit et de l'âme sont du même degré ; on hésiterait d'en dresser la préséance (ce que tenta, sans conviction, Kant : « Le monde est un animal, mais son âme n'en est pas Dieu » - « Die Welt ist ein Tier : aber die Seele desselben ist nicht Gott »).
âme,art,christianisme,discursif,esprit,matière,noblesse,philosophie,poésie,raison

proximité
Personne, ni le scientifique, ni le philosophe, ni le théologien, n'est plus près de Dieu que le poète. Ce que St-Augustin, Spinoza, Kant, les prix Nobel ou Fields développent autour de l'essence divine est d'un ridicule accompli et lamentable, tandis que l'intelligence divine est enveloppée par tout bel élan poétique, gratuit, incompréhensible et noble.
art,discursif,dieu,élan,esprit,intelligence,noblesse,philosophie,poésie

proximité
Parmi les spectacles de la vie, je reconnais le dramaturge divin par une présence implacable d'un souffleur, se moquant de mes récitations et se solidarisant de mes improvisations.
auteur,discursif,dieu,doute,jeu

proximité
L’infini : soit c’est une limite intellectuelle inaccessible, vers laquelle on peut, doit ou sait tendre – c’est l’élan vital ou le Dieu inconnu ; soit c’est un mot fourre-tout, accueillant toutes les énormités métaphysiques que la raison refuse d’envelopper ou de développer.
dieu,discursif,élan,frontière,inconnu,mot,philosophie,raison,valoir,vie

spinoza b.
Deus sit ens absolute infinitum infinitis attributis.

Dieu est l'infinité d'attributs infinis.
proximité
Pourquoi pas « l'absence de tout attribut » ? C'est par de telles définitions liminaires que les sages de profession se mettent à dégouliner par leurs balivernes géométriques sur leur Dieu à attributs. Un principe obscur, sur lequel ils bâtissent d'ennuyeuses et intenables clartés. Le sage d'intuition débute par un principe clair d'où fusent d'obscures et belles hypothèses.
concept,discursif,doute,école,inconnu,platitude,représentation
 

russie
Les Russes sont obsédés par le récit de leurs soifs ; on finit par ne plus comprendre, s'ils veulent de bonnes canalisations ou un bon déluge.
discursif,ironie,soif

russie
Les plus grandes actions russes viennent des plus grands rêves et non pas des calculs : le processus fascine le Russe plus que le but. « La Russie : c'est un pays, où l'on peut faire les plus grandes choses pour le plus mince résultat » - Custine. Les Russes usent de plusieurs sortes de balances pour peser leurs résultats. Celle que tu as lue, la seule connue par ailleurs, la marchande, n'est peut-être pas la plus consultée dans ce pays de démesure. Ici, on chante ce qu'on peut faire, comme d'autres « dansent ce qu'ils veulent dire » (Nietzsche) - à vous le récit et le devoir.
action,balance,contrainte,danse,discursif,hommes,rêve

russie
L'Europe invente des problèmes, l'Amérique fabrique des solutions, la Russie reste fidèle aux mystères. La facilité du mystère – on ne le développe pas, on l'enveloppe ; il séduit, il ne déduit pas ; il brandit le pouvoir, sans l'appuyer par le savoir.
amérique,discursif,europe,mystère,savoir,valoir

russie
Perspective horrible : naître aux USA, en Suisse ou en Irak, et ignorer la honte, honte qui, hors la Russie, n'a de sens qu'en Allemagne, en France, en Italie, honte d'un beau destin, impossible et inénarrable.
absurde,allemagne,amérique,discursif,étoile,france,honte,italie

russie
Dans la largeur de son âme le Russe propage des langueurs et des souffrances ; dans la profondeur de son cœur l’Allemand sombre dans des mystères et des verbiages ; dans la hauteur de son esprit le Français sublime des superficialités et des styles.
allemagne,âme,cœur,discursif,esprit,france,hauteur,mélancolie,mot,mystère,…
 

solitude
L'illusion d'authenticité commence par l'intérêt porté au monologue. On s'aperçoit très vite, que celui-ci se transforme inévitablement en dialogue. Si, malgré tout, on a le bon goût de ne pas se lancer dans la narration de scènes, ni de les charger d'actes, ni de les accompagner de chœurs, on arrive à l'identité ironique de l'authenticité et du spectacle d'un acteur.
action,authenticité,discursif,filtre,goût,ironie,jeu,mouton

solitude
Placer ma voix dans des ruines est une astuce pour éviter l'incrustation d'un public dans mes acoustiques. L'intensité des récits modernes naît dans des salles. Je n'entends qu'une seule voix d'aujourd'hui, que Bach aurait pu mettre en musique - la voix de Cioran (R.Debray l'entendit dans la voix de Benjamin) Le culte avant-gardiste de la modernité ne vénère que les saisons et les gagnants, - pire ! - que les dates et les chiffres. Les meilleurs écrivains restituent le climat, que ressentent même les arrière-gardistes, les vaincus.
art,climat,défaite,discursif,intensité,modernité,mouton,musique,ruines,voix

solitude
Comment peindre mon visage ? (Que d'autres peignent autre chose, c'est affaire de type d'ambitions ou de grégarisme.) Certainement pas en narrant les péripéties du rouage socio-économique, dans lequel le hasard m'a placé. Peut-être, par un regard solidaire sur notre origine mystérieuse ou par un regard solitaire sur ma mort un peu moins mystérieuse.
discursif,fraternité,mort,mouton,mystère,platitude,regard,voix

solitude
La solitude favorise l'expression fragmentaire, dans laquelle manquerait un commencement, un développement ou un achèvement ; la solitude elle-même y est une bonne contrainte. « L'âme isolée n'envisage que des fragments » - Plotin. L'âme grégaire et cohérente subordonne son action aux Codes et modes d'emploi. Le fragment artistique est un écho de l'Un divin, surtout lorsqu'il découle des hauts commencements et vise des fins profondes.
action,âme,contrainte,dieu,discursif,hauteur,maxime,mouton,platitude,robot

solitude
Deux narrations dominent dans l’Histoire : celle de la souffrance du faible et celle de la gloire du fort ; il y manque le chant du solitaire, où il ne serait question que de sa noblesse, et non pas de sa faible gloire ou de sa forte souffrance.
discursif,force,histoire,noblesse,souffrance

solitude
Leurs narrations de batailles, de casernes, de machines me maintiennent dans un état banal de veille. Et moi, je cherche la liberté et l'inaction du rêve. La seule écriture, qui m'intéresse, est celle d'une île déserte, avec des images et actes à la Robinson (au sens que donne à cette métaphore Valéry, puisque le vrai Robinson ignore la solitude et que connaissent les mondains Ch.Harold ou E.Onéguine).
action,art,auteur,discursif,liberté,rêve,robot,style

solitude
Depuis quatre siècles, la mode du genre aphoristique réapparaît une fois tous les cinquante ans. Je suis victime de la malchance de me trouver au beau milieu de ces vagues ; de plus, depuis Cioran – aucun bon livre de maximes. Il serait ridicule de prétendre que je sois mal compris ; aujourd’hui, personne ne veut ni ne peut comprendre les écrits non-discursifs, abstraits et détachés du présent. Ce pauvre Nietzsche qui se considérait mal compris, méconnu, confondu, calomnié (mißverstanden, verkannt, verwechselt, verleumdet) ; dans ces rapports avec la société il resta petit-bourgeois.
auteur,cité,discursif,histoire,maxime,mensonge,modernité,platitude,temps

solitude
Je ne me résume pas dans mes analyses discursives, développantes, dans mes horizons égotiques ; je m’assume dans mes synthèses laconiques, enveloppantes, dans mes hauteurs égocentriques.
auteur,discursif,hauteur,maxime,soi

solitude
Inscrire ma sensibilité de solitaire dans l’intelligible universel ; ne pas décrire mon intelligible commun par le sensible solidaire. Emprunter l’esprit des autres pour faire aimer mes états d’âme.
âme,auteur,discursif,esprit,intelligence,mouton,sentiment,style,universel
 

souffrance
Tout avis, même le plus extravagant, peut être attribué à une émanation grégaire. L'esprit de suite dans les idées accentue cette tendance. « La pensée libre est sacrifiée pour la suite dans les idées » - Chestov - « Последовательности приносилась в жертву свободная мысль » - puisque la pensée, contrairement à la création, peut être libre. C'est par des vides dans mes pointillés que j'affirme le mieux mon originalité. Ourdir et lier - travail de fourmi ; lui opposer - planer, m'immobiliser, me suspendre au-dessus du point zéro de l'indéveloppable.
continuité,création,discursif,idée,immobilité,liberté,mouton,sacrifice,vide,voix

souffrance
L'espace d'un soupir, le chant sépare l'âme du corps et fait oublier la souffrance : « Qui chante son mal l'enchante »** - du Bellay. Qui le narre en déchante. (La virgule oubliée y assure la poésie : les Portugais auraient prosifié : « Qui chante, son mal enchante ; qui pleure, son mal augmente »).
âme,danse,discursif,europe,mal,mot,poésie,tragédie

souffrance
Ce qui n'est qu'à moi ne peux être que déchirure ; et ils veulent que, de ma coupure opaque, je n'exhibe que la couture transparente.
auteur,continuité,création,discursif,maîtrise

souffrance
Le philosophe peut être thérapeute de l'incurable ou analyste de l'inénarrable, il peut nous apprendre à chanter la santé du malheur, à peindre l’invisible, au lieu de réciter une bien-portance insignifiante - voilà de sages contraintes ! Que d'autres se livrent au sot projet de guérir ou de soigner le secondaire, le philosophe doit s'arrêter à la consolation de l'essentiel.
bonheur,consolation,contrainte,danse,discursif,folie,inconnu,intensité,philosophie,platitude,…

souffrance
La souffrance, pour conduire au bonheur, doit être enveloppée de saintes images, plutôt qu'être développée en feintes raisons, - la prêtrise y vaut mieux que la maîtrise. Rien n'apprend ni à souffrir ni à être heureux, on les trouve sans les chercher.
bonheur,discursif,maîtrise,raison,style

souffrance
L'homme se réduit lamentablement à sa seule fonction communicative : il émet de plus en plus de signaux (descriptifs et argumentatifs) et de moins en moins de symptômes (curatifs ou maladifs).
discursif,hommes,raison

souffrance
Une douleur évaluée par un barbare américain ou une soif hurlée par un repu européen, penses-y, pour qu'un regard plus pur que le tien ne voie dans tes noirceurs qu'une grisaille passablement lisible.
amérique,ange,balance,discursif,ennui,europe,intensité,ironie,mélancolie,regard,…

souffrance
C'est dans le sommeil qu'apparaît nettement notre propension au chagrin ou à la joie. Malheureusement, pour raconter son rêve, il faut se réveiller (« somnium narrare vigilantis est » - Sénèque). Le cafard est un subterfuge des cachottiers de la joie. On n'aime la félicité que nimbée d'un front enténébré.
bonheur,discursif,gloire,mélancolie,ombre,rêve

souffrance
À ne regarder les choses que pour les décrire, on finit par ne plus avoir de regard. « L'homme rêve, afin de ne pas perdre le regard »**** - Goethe - « Der Mensch träumt nur, damit er nicht aufhöre, zu sehen ».
discursif,regard,rêve

souffrance
La vie heureuse, dont prétend s'occuper une philosophie hédoniste, n'est pas à portée des discours. Si le verbe fut élu, pour y placer une part du divin, la vie humaine alors ne serait faite que pour aboutir à un beau livre (aboutissement verbal, mais qui devrait s'interdire d'aboutir !). Tout autre aboutissement est soit banal (force ou chance) soit épouvantable (beauté ou amour). Le Verbe essaya de s'incarner en un corps (son porte-parole minaudant : « Jouis ! » devant une impuissante d'amour) ou en un livre (le même jouvenceau gouailleur : « Lis ! » sous le nez d'un puissant analphabète) - deux désastres d'une sagesse, infidèle à sa hauteur.
amour,art,beauté,bonheur,caresse,défaite,discursif,esprit,force,hauteur,…

souffrance
Un idéaliste (G.Marcel) sermonne : le désespoir est possible ; un matérialiste (Comte-Sponville) marmonne : le désespoir est nécessaire - tant que vos fichus désespoirs s'enveloppent en catégories logiques, ils agissent comme somnifères ! Qu'un espoir sans raison, mais emballé en belles métaphores, m'est plus précieux, pour me tenir éveillé au milieu des ruines !
discursif,espérance,idée,matière,métaphore,nécessité,platitude,raison,ruines

souffrance
La douleur, le plus souvent, vient de l’extérieur, frappe mon corps, s’exprime par des signes nets, faciles à interpréter. La souffrance naît dans mon âme, suite aux représentations angoissantes que produit mon esprit ; elle est, comme toute mon essence immatérielle, - indicible, ce qui, donc, lance un défi à mes pinceaux et plumes. On narre la douleur, on chante la souffrance.
âme,angoisse,audace,danse,discursif,esprit,être,inconnu,matière

souffrance
Le malheur est dans la durée, dans irréversibilité ; le bonheur est dans un instant d’oubli, d’extase, d’abandon. Peindre le malheur est une tâche de la mémoire ; l’image du bonheur se concentre en un seul point, et que seule l’écriture d’art peut reproduire par la création des origines, des commencements sans développement. Des épopées narrent le malheur ; la maxime chante le bonheur.
art,bonheur,commencement,création,danse,discursif,maxime,mélancolie,mémoire,temps

souffrance
La philosophie est affaire de l’âme ; et celle-ci y est plus un outil qu’un objet. L’objet est fourni par les confrères de l’âme – le cœur et l’esprit. Le cœur est sensible au caractère tragique d’une vue de rêve ; il appelle le philosophe à chercher des consolations. L’esprit abstrait se réduit aux domaines de ses manifestations, ce qui nous conduit aux interrogations sur la place du langage dans un discours.
âme,cœur,consolation,discursif,esprit,langue,philosophie,rêve,tragédie

souffrance
La ligne de partage la plus profonde sépare les rêveurs des hommes d’action, et c’est la nature de leurs angoisses qui en témoigne le plus éloquemment : les actifs narrent le sens tragique de la vie, les rêveurs chantent le sens tragique du rêve.
action,angoisse,danse,discursif,négation,rêve,tragédie,vie

souffrance
Aucune grande émotion ne dure. C’est même l’origine première du sens tragique de la vie aussi bien que la justification du genre aphoristique en littérature, opposé à la prolixité.
discursif,maxime,mélancolie,sentiment,tragédie

confucius
Il est plus difficile de se défendre de l'amertume dans la pauvreté que de l'orgueil dans l'opulence.
souffrance
Parce qu'on trace des récits plus entraînants et lisibles en trempant sa verve dans la bile que dans la graisse.
discursif,éléments,gloire,haine,misère

heine h.
Wir begreifen die Ruinen nicht eher, als bis wir selbst Ruinen sind.

Nous ne comprenons guère les ruines que le jour, où nous-mêmes le sommes devenus.
souffrance
Soit on les plante et les chante, soit on les conte et les raconte. On les confond soit avec une tour d'ivoire, soit avec une déchetterie. On comprend les casernes et les villas ; les ruines sont là pour qu'on continue à se perdre dans une ignorance étoilée.
château,danse,discursif,esprit,ironie,platitude,ruines,savoir

renard j.
Il faut gémir, mais en cadence.
souffrance
Laisse au récit du bonheur la spontanéité de la cacophonie.
bonheur,discursif,ironie,musique,style
 

vérité
Je sens l'ennui des vérités récitées, dès que je suis tenté de m'adresser à une oreille concrète ; c'est la présence d'une oreille abstraite qui me procure le plaisir de mensonges chantés.
auteur,danse,discursif,ennui,mensonge,ouïe

vérité
La pureté est stimulante : c'est le récit des plus pures des vérités qui se prête le mieux à l'écart, à l'abandon, à l'invention.
ange,création,défaite,discursif,ironie

vérité
Si l'on parle de choses vraies (« la vérité est aux choses vraies ce que le temps est aux choses temporelles » - Anselme - « tempus se habet ad temporalia, ita veritas ad res veras »), on ne peut être que scolastique logorrhéisant. Ne sont vrais que des énoncés (au-dessus d'un modèle - veritas cognoscendi). Le vrai en tant qu'attribut des choses (veritas essendi) - tel le temps - n'a aucun intérêt ; il n'appartient qu'aux requêtes - représentations - interprètes. Verba, res, mores
concept,discursif,être,interprétation,langue,mot,moyen âge,question,représentation,temps

vérité
Celui-ci ne narre que des vérités - impossible de ne pas être d'accord avec lui ; son récit n'est que cohérence et suite dans les idées - et je m'y enquiquine à mort ; cet autre est fragmentaire, on ne voit pas où il veut en venir, il se perd et me perd - et, dans sa compagnie, je me sens lucide et fraternel.
auteur,discursif,doute,ennui,erreur,fraternité,idée,ironie,soi

vérité
Il est également bête de dénoncer ou de saluer un accord ou un désaccord entre la vie et l'œuvre d'un artiste : comment peut-on mettre côte-à-côte un bruit et une musique ? À moins que l'œuvre se réduise aux tableaux statiques ou cadences mécaniques.
art,création,discursif,doute,erreur,musique,robot,vie

vérité
La poésie est un flux langagier rendant superflu le modèle sous-jacent, devant l'évidence du beau, qui en est la fin ; la philosophie est la création de modèles, face à un langage, rendant vraies et enracinées ses métaphores ; et c'est à partir du langage poétique que le chemin en est le plus profond, car les métaphores poétiques sont les plus hautes. « Le poète enveloppe la vérité d'images, qu'il offre ainsi au regard pour (é)preuve »** - Heidegger - « Der Dichter verhüllt die Wahrheit in das Bild und schenkt sie so dem Blick zur Bewahrung » - le regard, gardien de vérités (dans wahr, il y de la garde et de la vérité !), dans la demeure de l'être, édifiée en mots, - beau tableau !
beauté,discursif,être,hauteur,langue,métaphore,philosophie,poésie,regard,représentation

vérité
À ses débuts, intellectuels ou littéraires, on se laisse charmer, circonvenir et berner par des preuves, développements, justifications ; mais un jour on comprend, que l'art démonstratif est des plus insignifiants, accessible à n'importe qui et frôlant un laborieux remplissage ou un mécanique pliage, et que tout bon écrit, bien enveloppé, se réduit à quelques métaphores, que les explicitations profanent. Mais de doctes cornichons continueront à professer, tel Proust : « Le style ne suggère pas, ne reflète pas, il explique » - ni suggestif, ni réflexif, ce style ne peut être que vomitif.
art,discursif,maxime,métaphore,robot

vérité
La misérable littérature moderne est constituée de vérités collectives, formant une platitude, vérités, que le lecteur est invité à découvrir. Le meilleur lecteur lit, pour frayer quelques nouveaux chemins vers son propre soi. Le soi, même s'il ignore son origine, peut gagner en profondeur ou en hauteur, au contact avec un livre, qui, au lieu de narrer des vérités, chante des rêves.
danse,discursif,hauteur,platitude,rêve,soi

vérité
Tous les pédants creux et même verbeux disent, que les mots leur manquent, pour dire toute la vérité. La vérité n'est jamais à l'entrée d'un discours à bâtir, mais toujours à la sortie d'un discours bâti.
commencement,discursif,langue,platitude

vérité
Quel piètre cogniticien s'avère être Wittgenstein, en s'imaginant, que le travail de l'intellect se réduise à la description de modèles et de faits (Sachverhalte). Tandis que les idées, comparées aux faits, sont d'autant plus nombreuses, que le vrai par rapport au démontrable. Et prendre les idées pour faits, c'est du platonisme naïf.
discursif,esprit,idée,intelligence,réalité,représentation,simplicité

vérité
La cohérence du discours ou l'adéquation avec la chose modelée n'ont rien à voir avec la vérité. Dans l'évaluation du discours, en vue d'en établir la vérité, on fait abstraction de la chose. Le sujet n'est qu'un évaluateur qui, bien au-delà de la cohérence, cherche surtout des substitutions de variables imbriquées dans le discours, variables, qui enveloppent nos vagues à(de) l'âme : il faut « se faire une trop haute idée de ses sensations, pour s'attacher à les rendre cohérentes »** - Enthoven - le plus parfait et chaud chaos intérieur peut, en effet, être représenté par un ordre parfait des chiffres.
âme,arbre,discursif,interprétation,ordre,représentation,sentiment

vérité
Le philosophe est non pas l'homme, qui médite plus, mais qui s'isole mieux. D'autres servent de caisses de résonances du brouhaha ambiant ; le philosophe découvre le silence, qui précède chacun de ses mots. Non pas tant distinguer le vrai du faux, mais ce qui chante en moi - de ce que me souffle l'époque récitante.
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vérité
Plutôt que de développer mes mirages, je devrais songer à l'enveloppement par images. C'est face au firmament que je dois être un grand Ouvert, à la poursuite du Beau et du Bon, blottis à mes frontières inaccessibles.
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vérité
L'art aphoristique est semblable à la science mathématique : une fois qu'on a défini des objets intéressants, inspirés par la nature et l'intuition, des propositions portant sur leurs propriétés viennent à l'esprit tout seules. En mathématique, on complète le tableau par la démonstration, le développement explicite par la logique, et dans l'art – par la monstration implicite, l'enveloppement par le mot. En ressortent une vérité ou une beauté.
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vérité
Si le discours ne tient qu'au vrai courant, il peut marcher souvent, il ne dansera jamais. Mal à l'aise dans l'inconnu des commencements, les bavards sont incapables de maximes, annonciatrices d'un vrai à naître. « Toute maxime générale ayant du faux, c'est un mauvais genre » - Stendhal. Toute platitude discursive particulière, exhibant du vrai intégral, mérite la poussière des archives.
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vérité
Mes yeux fermés, mon esprit crée, constate ou évalue la vérité muette ; mon cœur la soupèse et l’anime, et mon âme la colore ou la fait parler. Mais elle ne se voit pas, comme, non plus, les objets mathématiques. Seules sont visibles, pour mon âme, ses métaphores : « On ne peut voir la vérité qu'avec les yeux de l'âme » - Platon.
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vérité
Ne possédant pas de son propre langage, mon soi inconnu, mon inspirateur, ne me soumet pas de vérités comme sujets de polissage ou de développement, il me souffle des états d’âme, l’âme servant de passerelle entre mes deux soi. Et comme l’état d’âme est étranger à la durée, mon exposé prend, tout naturellement, la forme de maximes.
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vérité
Chez les grands, ce n’est pas l’évolution dans le temps (version I, version II…) qui explique leurs contradictions, mais le changement (hors toute chronologie) de représentations (et, donc, de langage). Les justifications discursives sont des sources d’ennui ; les allusions inchoatives dans une maxime sont beaucoup plus prometteuses. Ainsi, la lecture d’un ouvrage aphoristique implique la prémonition de la représentation sous-jacente.
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vérité
L’aphoristique est un défi à la logique – énoncer des conclusions-réponses, sans avoir formulé des prémisses-questions. Le travail logique est le développement, à partir des conditions ; la création aphoristique est l’enveloppement des effets, dont chacun est libre d’imaginer les causes. Le mode discursif est commun, sur des sentiers battus ; la fantaisie aphoristique est personnelle, même menant aux impasses.
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stendhal
Je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir, quand je crois avoir noté une vérité.
vérité
Des vérités se notent et se prouvent par de basses machines. Le soupir est une belle cible des plumes hautes. Je tremble pour tes soupirs restés muets ! Je me moque de tes vérités bavardes. « Ce n'est pas nos voix que Dieu écoute, mais nos passions »** - St-Augustin - « Non vocem, sed affectum audit Deus » - un grand Muet, qui écoute, est toujours préférable à un grand Sourd, qui, soi-disant, parle.
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valéry p.
Ne cherche pas la vérité - mais cherche à développer ces forces, qui font et défont les vérités.
vérité
Et ce principe s'appelle langage ! On défait une vérité par la règle (syntaxe), par le souffle (sémantique), par la liberté (pragmatique).
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postface
J'ai eu beau bannir le récit et n'inviter que le chant. Comment chanter la perfection criarde d'un monde où tu n'as pas ta place ? L'espèce progresse, le champ du vrai et du juste s'étend et se fertilise et tu n'y es pour rien, aucun rôle ne t'y est assignable, pas même celui d'engrais, d'ivraie ou d'épouvantail. Et si être trop invisible se doublait, à travers ce livre, d'être trop lisible ? La perspective de cette défaite supplémentaire me remplit d'une rassurante anxiété.
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Thèmes : Discursif …