| chœur hommes | | | INTELLIGENCE : Sans l'intelligence, les hommes auraient pu continuer à croire vaguement en poésie, en fraternité, en souffrance. Mais la lucidité rigoureuse les transforme de plus en plus en salopards transparents et efficaces. Les dieux les menaçaient de foudres, les calculs permettent surtout de fabriquer des paratonnerres et d'authentiques indulgences. | | | | |
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| hommes | | | S’adresser à son soi inconnu, c’est parler devant Dieu, c’est avoir des choses à se dire. L’intello parisien est sûr d’avoir beaucoup de choses à dire, mais il ne parle que parce qu’il n’a rien à se dire. | | | | |
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| hommes | | | Notre époque : la déification des choses et la réification du divin. Dieu est de plus en plus accessible, et les choses se réduisent de plus en plus à leurs images normalisées. | | | | |
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| hommes | | | Comment se forme l'universalité moderne : tous les critères sont ramenés à l'économie, tous les résultats sont numérisés et munis de coefficient de réussite, la moyenne est calculée et proclamée universelle et désirable. La vraie universalité est métaphysique, qualitative, au-dessus des statistiques ; elle est la hauteur du mystère divin, dont le monde est le vaste problème et l'homme – la profonde solution. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est un miracle grandiose, et lui inculquer qu'il n'est rien, qu'il n'est même pas dieu, comme le dit l'une des interprétations de la sottise delphique, est une profanation. Et si l'homme doit être humble et honteux, c'est parce que ce miracle ne se traduise ni en actes ni en pensées ni en images. | | | | |
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| hommes | | | L'éviction successive de la poésie de toutes les sphères de l'intelligence. Aux origines, il suffisait au Poète de pratiquer l'interprétatif - les dieux, l'Histoire - (le scribe attitré le supplanta, avantageusement) ; ensuite, le Poète se reclassa dans le représentatif - les idées et les justifications - (l'érudit reçu ou admis le ridiculisa) ; hier, le Poète se réfugia dans le discursif - les images et les sons - (mais les bonnes oreilles se firent rares et l'image synthétique contenta les autres). Aujourd'hui, rien d'étonnant que le Poète s'accroche au non-figuratif, où l'on le confonde avec l'idiot du village. | | | | |
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| hommes | | | Deux démarches opposées : désenchantement du monde par l'humanisation du divin, enchantement par le monde dans la divinisation de l'humain. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, ne plaire qu'à l'élite n'est qu'absurdité et orgueil, puisque les goûts de cette élite sont horriblement proches de la vulgarité commune ambiante. Il fallait être solitaire, pour faire partie de l'élite ; aujourd'hui, il faut être solidaire de la foule. D'ailleurs, on ne parlait ni devant les hommes, ni devant l'homme, mais devant Dieu, que symbolisait la beauté, la féminité ou la bonté. | | | | |
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| hommes | | | Que diraient de l'état de nos goûts les générations précédentes, mieux pourvues en talents, si elles découvraient les œuvres des number one français officiels, en philosophie, en littérature, en poésie : M.Onfray, Houellebecq, M.Deguy - peut-on les imaginer au salon de Mme Geoffrin ? Signes communs : inattouchement par la noblesse et par l'esprit, métaphores flageolantes, incapacité d'admirer l'œuvre de Dieu, culte de l'homme relatif. Se consoler, dans une mauvaise joie, que chez les voisins, avec H.Jonas, G.Grass, S.Hermlin, la dévastation est encore plus désolante ? | | | | |
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| hommes | | | L'homme est un miracle si grandiose, que ceux, qui se reconnaissent comme néant, sont fous, privés non seulement d'yeux, mais de raison ; l'humilité devant Dieu est de l'hypocrisie ; il faut être humble devant le projet divin qu'est l'homme. | | | | |
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| hommes | | | Celui qui « marche droit devant soi » se doute rarement d'être entouré de ses semblables et prend la croupe du mouton, qui le précède (chameau, lion ou agneau - même défilé !), pour sa sphère d'excellence. Et ils s'encouragent : croire serait de donner à ses pas la cadence divine. | | | | |
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| hommes | | | Pour s'élancer au doux ciel il faut être enveloppé d'obscurités amères ; mais la mièvre lumière des hommes les expose à l'insipide platitude ou les fixe dans la sèche profondeur, qu'ils prennent pour un puits de sagesse, où ils ruminent, doctes. Le Bouddha, au moins, inversait ce regard, pour sonder le firmament en y croisant le regard du Dieu de Maître Eckhart. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes d'aujourd'hui s'agitent dans la certitude, se reposent dans le doute, s'oublient dans l'erreur. Je m'agite dans le doute, me repose dans l'erreur, m'oublie dans la certitude. Dieu s'agite dans l'erreur, se repose dans la certitude, s'oublie dans le doute. La certitude, lieu idéal pour faire des sacrifices. Le doute, moment idéal pour être fidèle. | | | | |
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| hommes | | | Ils libèrent leur âme des tyrans, de Dieu, des censeurs, pour se retrouver avec leur seule cervelle, sans liberté, sans hauteur, sans originalité. L'âme, dépourvue de tous ses attributs, devint atavique. | | | | |
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| hommes | | | Du spectacle du monde, un bon spectateur, l'homme du regard, retient l'harmonie grandiose du dramaturge divin, l'ingéniosité inventive du metteur en scène, l'expressivité unique du jeu des interprètes ; l'homme de la rue, c'est à dire l'homme de la seule écoute, n'y aura perçu que des sifflements, des claques ou des éternuements. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est fait pour vivre de sa soif, de l'éprouver par sa liberté, en vouant son regard aux bons cieux ; au lieu de cela, il se vautre dans la servitude de l'eau courante, fixe de ses yeux rassasiés le robinet ou le bouton le plus proche et oublie la hauteur de l'étoile. Qui encore verrait dans l'homme – un dieu tombé qui se souvient des cieux (Lamartine) ? | | | | |
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| hommes | | | Il n'y a aucune raison de pester contre la modernité, puisqu'elle se serait éloignée de la Nature ; le bon Dieu ayant créé la vache, l'arbre et la rivière, prouve, par là même, que l'homme d'aujourd'hui est plus près du dessein divin que l'homme préhistorique. Mais un bug se serait glissé dans le programme thuriféraire, car le cerveau, contre toute attente, l'emporta sur le ventre, en privant ainsi le mouton de la victoire finale, pour offrir le podium au robot. | | | | |
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| hommes | | | Ils colmatent leur vide en remplissant leur vie : par le travail, par la gamberge, par la reconnaissance ; tandis qu'il est essentiel de créer et d'entretenir en soi un vide, où continuerait à retentir la voix du Dieu, qui n'est pas mort, du Dieu vivant, de Celui du rêve et de la musique. | | | | |
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| hommes | | | Les femmes se trouvent aux sources des grands oui et non des hommes. Le non à l'œuvre des hommes, le non de la raison pratique, le non de l'homme du ressentiment, bref, le non d'Athéna, - si je m'en laisse guider, je finirai dans la platitude du pugilat humain ; le oui absolu, au monde divin, m'ouvre à la profondeur apollinienne du consentement ou à la hauteur dionysienne du sentiment, au oui de Cybèle, qui initia les dieux aux mystères, le oui porté par des nymphes et des Bacchantes. Les maîtres de Socrate s'appelaient Aspasie et Diotime. | | | | |
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| hommes | | | L'humanisme : non pas l'humanisation du divin, par un cerveau suffisant et impassible, mais la divinisation de l'humain, par une âme hésitante et palpitante. Mais aujourd'hui, hélas, c'est l'âme qui, sobrement, humanise, c'est à dire banalise, son rêve, et le cerveau, enivré, divinise, c'est à dire innocente, son acte, ce qui rapproche l'homme du mouton et du robot. | | | | |
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| hommes | | | Une bien étrange règle, et qui traduit peut-être une justice, qui nous échappe : les hommes peuvent proclamer la grandeur divine sur trois registres disjoints : par l'acte du cœur, par le mot de l'esprit, par la musique de l'âme, mais les meilleurs écrivains sont éclopés du geste, les meilleurs musiciens sont débiles dans le mot, les meilleurs des actifs se foutent et du mot et de la musique. Et puisque, sur cette échelle ascendante, la musique paraît être le langage de Dieu et le geste - Son modèle, la portée du mot consisterait à savoir composer ou peindre des gestes musicaux. | | | | |
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| hommes | | | La vie du regard comprend trois étapes, en fonction de son inspirateur : autrui, Dieu, le soi ; curieusement, l'ontogenèse y reproduit la phylogenèse : comme dans la vie d'un homme, les hommes connurent le refus d'une tyrannie élitiste (adieu, le maître de race), ensuite - la mort du Dieu collectiviste (adieu, le sauveur de masses), avant de proclamer le règne du soi individualiste (bonjour, le produit de classe). Chez l'homme particulier, ce cheminement peut être plat, descendant ou ascendant ; dans le meilleur des cas, celui du danseur, il suit la ligne - solution (autrui), problème (Dieu), mystère (soi), et non pas l'inverse, comme chez le calculateur. | | | | |
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| hommes | | | L'apprentissage et le partage (ces donations par esquisse des phénoménologues), deux sources humaines préprogrammées du dessein divin, aboutissant aux algorithmes ou aux fraternités, et, en même temps, deux grands sujets de l'informatique et de la pédagogie, ainsi que deux tristes justifications de l'évolution de l'homme vers le robot ou vers le mouton, ou deux bienfaits apportant le bonheur - l'habitude et l'amitié. | | | | |
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| hommes | | | Au sens le plus dramatique, Dieu est mort signifie l'homme est mort ; non pas que l'âme divine, en nous, cessa de battre, mais qu'on ne l'entende plus ; la vie des hommes est désormais si remplie de bruit et de platitude, qu'aucune musique céleste ne les atteint ni ne les soulève. | | | | |
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| hommes | | | Deux mille ans d'histoire de l'homme, déchiré entre la bête et l'ange, qui l'habitaient en se chamaillant ; aujourd'hui, les hommes, une fois constatée la mort de Dieu, se débarrassèrent aussi de l'ange, pour ne rester qu'en compagnie de la bête ; apprivoisée et dressée, celle-ci devient robot ; la bête, c'est l'expérience, l'apprentissage, et son contraire s'appelait toujours pureté, c'est à dire - voix de l'ange. | | | | |
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| hommes | | | Le dessein divin plaça dans notre enfance les traits les plus humains : hurler de surprise, pleurer de désespoir, rire à gorge déployée, jouer pour ne pas voir la vie, transformer les percepts et affects en concepts - partout le commencement, la découverte du vertige initiatique du regard et du sentiment. Mais l'adulte suivit le sentier moutonnier et le circuit robotique - le morne enchaînement, dans un rôle banal et interchangeable. Ce n'est pas seulement l'enfance qu'on trahit, mais aussi bien Dieu lui-même. | | | | |
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| hommes | | | Mon soi se forme en fonction de ma propre identification : ma maison et mes muscles, mes livres et mon pays, mon Dieu et mon étoile - et mon soi se propagera dans une platitude commune, prendra du poids dans une profondeur anonyme, vivra un vertige dans une hauteur où retentit mon nom. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui est le plus grand - Dieu, l'amour, la beauté - n'existe pas ; ce, qui est notre essence, est commun à tous les hommes ; donc, il faut se rire de toute gravité autour de l'existence intelligible ou de l'essence visible - chanter l'inexistant, aux sommets de l'essentiel invisible. | | | | |
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| hommes | | | Oui, pour eux, Dieu est bien mort ; ils n'entendent plus Sa voix, au fond d'eux-mêmes, voix qui les appelait au bon, au beau, au vrai ; pour eux, le beau est conservé dans des musées, car ses œuvres sont chères, le bon ne sert qu'à ériger des règles morales, protégeant l'ordre établi, et le vrai ne se reflète que dans une législation mécanique. | | | | |
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| hommes | | | Le monde perd l'obscurité bouleversante, que créaient Dieu, la solitude, la servitude ; le monde d'aujourd'hui est trop transparent, il baigne dans une plate lumière, que Heidegger, curieusement, traite de « obscurcissement du monde : la fuite des dieux, la grégarisation de l'homme, la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre » - « die Verdüsterung der Welt : die Flucht der Götter, die Vermassung des Menschen, der hassende Verdacht gegen alles Schöpferische und Freie » - tandis que la suspicion se transforma, depuis longtemps, en confiance, dictée par le marché, en tout ce qui est créateur et libre. | | | | |
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| hommes | | | La musique est le moins humaniste des arts ; nulle part ailleurs le sublime ne côtoie d'aussi près l'horrible. Comment peut-on croire que « la vraie musique n'exprime que des sentiments et idées humanistes » - Chostakovitch - « настоящая музыка способна выражать только гуманные чувства и идеи » ? Le vrai humanisme est solitaire, immaculé et sacré : Bach - solitude du Dieu humilié et sali, Mozart - solitude du Dieu pur, Beethoven - solitude de l'homme pur se passant de Dieu, Tchaïkovsky - solitude de l'homme, entre la pureté divine et la boue, elle aussi divine. Le vrai humanisme ne quitte pas les têtes et les âmes, pour se traduire en actes ; l'humanisme activiste pouvait visiter jusqu'aux mélomanes des Einsatz-Kommandos et des Troïkas du NKVD. | | | | |
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| hommes | | | Enfants des mythes, enfants de l'Histoire, nous voilà orphelins de Dieu, orphelins du rêve ; et dans notre arbre généalogique croît et s'approche de nos branches le robot impassible et prolifique. | | | | |
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| hommes | | | Évidemment, le corps humain, comme celui d’un clopotre, comme la matière elle-même, - ce sont des miracles. Même l’esprit devrait adhérer à cette vision, sans parler de l’âme ; ceux qui sont dépourvus et de l’un et de l’autre pensent que « Dieu a fabriqué notre corps comme une machine » - Descartes. | | | | |
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| hommes | | | La divinisation ou la diabolisation de balivernes est la voie la plus sûre, aujourd'hui, vers la platitude. Et c'est l'acquiescement ironique aux deux, l'intensité axiale pathétique qui conduit soit à une indifférence profonde, soit à un haut regard. | | | | |
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| hommes | | | Le Créateur créa l'esprit, pour qu'il explore les profondeurs, et l'âme, pour qu'elle aspire vers le haut. Souvent, on se trompe de dimension : « Connaître ce qui est plus haut que l'homme, tel est donc l'apanage de l'homme accompli » - Diogène Laërce - et voilà que la raison de cet homme accompli a bien appris ce qui est plus haut que l'homme : le commerce et la force. Aujourd'hui, on est marchand triomphateur ou homme écrasé. Une défaite annoncée, désormais, c'est croire en l'homme comme couronnement de l'univers. | | | | |
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| hommes | | | Le sacré des dieux, le pathos des héros, le délire des solitaires ne peuvent plus porter le message de leurs contemporains, message devenu algorithmique. Le vulgaire bâillonna le héros et apprit aux dieux à parler sa langue. Et regardez le bonheur des peuples, qui se passent de héros, tout en représentant les héros d'antan en innovateurs méritants et en proclamant héros moderne tout gagnant monétaire. Après les langues divine, poétique, sociale, nous ne communiquons plus qu'en quatrième langue, celle des robots. | | | | |
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| hommes | | | Si l'on creuse le vivant, le végétal et même le minéral, partout on aboutit au divin, aux essences réelles et pas seulement nominales. C'est la sagacité de notre regard qui place et déplace la frontière entre le divin et le naturel, entre le sacré et le mécanique, entre la Loi et le hasard. | | | | |
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| hommes | | | L'homme se compose de deux facettes : la mystérieuse ou la divine, qui nous projette vers la hauteur, et la problématique ou l'humaine, qui nous voue à la profondeur. Je soupçonne que le meilleur soi, le soi inconnu, soit exactement cette hauteur divine, qui, tout compte fait, n'est pas moins humaine que la platitude ou la profondeur du soi connu. « L'homme ne doit pas se tourner vers soi-même, mais vers la hauteur, qui vit en lui ; ce qui n'est qu'humain est en-dessous de cette hauteur » - Weidlé - « Человек обращён не к себе, а к тому высшему, что в нём живет. Всё только человеческое - ниже человека ». | | | | |
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| hommes | | | Oui, non seulement l'homme est joueur, mais il participe, simultanément, aux trois jeux - le jeu de hasard, le jeu musical, le jeu intellectuel, où il donne sa procuration au corps, à l'âme ou à l'esprit. On y devine les trois joueurs : l'homme d'action, l'artiste, le philosophe. Mais l'idéal ludique est leur combinaison : un jeu d'idées musical, dû aux hasard divin de sa source. | | | | |
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| hommes | | | Pourquoi Dieu a-t-Il créé le lyrisme ? Ne savait-Il pas que l'homme se détournerait de toute musique et se vautrerait dans le calcul et l'avarice ? Un cynisme inconscient règne dans les têtes des hommes, qui ne rêvent plus que de diriger d'autres hommes et de posséder un joli compte en banque. | | | | |
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| hommes | | | Dieu ne nous envoya aucun indice du sens de Sa création ; face au monde réel ou imaginaire, c'est à l'homme lui-même qu'il appartient d'en déterminer la hauteur ou la bassesse, la profondeur ou l'étendue, la grandeur ou le poids, la largesse ou le volume. « L'homme est la mesure de toutes les choses, de celles qui existent et de celles qui n'existent pas » - Protagoras. Mais seul l'homme de la démesure produit de bonnes unités de mesure. L'homme est plutôt le choix des échelles que la mesure même. Les choses, qui existent, prirent du poids, sous forme de marchandises, elles deviennent souvent la mesure des hommes. Les choses, qui n'existent pas, n'intéressent plus que le poète, qui les trouve dans son soi inépuisable. | | | | |
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| hommes | | | Le contraire d'organique s'appelle mécanique, le contraire de naturel s'appelle robotique. C'est ainsi qu'il faut comprendre les appels au retour à la nature (de Rousseau à Nietzsche). Le robot, c'est la fusion des hommes avec le sous-homme (l'homme de la nature s'identifiant avec l'homme des hommes), l'oubli de l'homme (côté divin) et le désintérêt pour le surhomme (côté créateur). | | | | |
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| hommes | | | Si je m'épanche, c'est surtout parce que Quelqu'un m'écoute ; mais si s'y mêle la bile, c'est parce qu'aucune oreille d'homme n'est en vue. Ce siècle maudit ne prête l'oreille qu'au fait divers des cloaques ou au compte-rendu des colloques. | | | | |
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| hommes | | | L'attitude type des incompris modèles consiste à rejeter le monde, qui les rejette, et à couper tous les liens avec lui, qui les révulse. L'écriture n'a que faire de ces liens. Maudire les hommes, en être ostracisés, défier Dieu - seuls ceux qui ne parviennent pas à s'expurger du mouton en soi-même entendent dans ces beuglades une intelligence ou une rébellion ! | | | | |
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| hommes | | | L'origine de la mesquinerie de notre époque : quand manquent les faveurs divines, commencent aussi à manquer les ferveurs humaines. Et sans prodiges – pas de vertiges. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la hauteur de l'art et la profondeur de la philosophie se projetaient sur les étoiles, ce qui enthousiasmait nos yeux et nos regards et faisait honte à nos bras. Depuis que ces projections se font exclusivement sur la platitude de notre existence terrestre, règne la raison technico-scientifique. La disparition de la honte a pour conséquence l'inutilité de toute consolation. Le sobre calcul remplit les regards et les vide de leurs vertiges d'antan. Au lieu de Dieu, on aurait dû pleurer l'art et la philosophie. | | | | |
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| hommes | | | Dans le dessein divin concernant l'homme, l'imitation, ou l'adaptation, évidemment, précèdent la création ; mais, l'original nous étant caché, la vie ne fait que l'effleurer, tandis que l'art semble entrer avec lui en contact plus révélateur ; hélas, ces temps derniers, l'homme crut avoir trouvé dans le robot l'original divin jadis inaccessible, ce qui accélérera la disparition de l'art. | | | | |
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| hommes | | | Être intellectuel, c'est savoir se mettre au-dessus du temps et s'enthousiasmer de la grandeur ou de la beauté des invariants humains ou divins. Le romantisme peut se traduire par l'invention d'un passé épique, par le rêve d'un futur lyrique, par l'élan, partant d'un présent tragique. La modernité : tout horizon est tracé par un présent, vécu sans élan, sans angoisse, - l'effacement du passé et du futur des regards des hommes, tous les soucis individuels – l'amour, la fraternité, la noblesse – rapportés à l'échelle sociale et, donc, robotisés. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est juge du dire, les dieux ou les sirènes arbitrent le chant. L'intelligence, la parole et la marche jouent leur partie, face à la machine, et l'on peut être sûr de leur pitoyable déroute finale. Le rêve, le chant et la danse nous mettent face aux anges, où même les défaites sont glorieuses. | | | | |
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| hommes | | | La différence centrale entre les hommes n'oppose pas ceux qui restent sourds à la mouvance musicale du devenir à ceux qui ne voient pas la fixité divine de l'être ; cette frontière passe entre ceux qui élèvent en hauteur le devenir et touchent à la profondeur de l'être et ceux qui placent dans la platitude et le devenir et l'être. | | | | |
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| hommes | | | L’homme d’aujourd’hui se réduit à ses fonctions robotiques – l’apprentissage de formes, l’imitation d’actes, l’exécution de tâches. Jadis, on le représentait en tant qu'organes divins – le cœur, l’esprit, l’âme – dont, respectivement, passions, désespoirs, consolations furent la forme, et l’héroïsme, l’intelligence, la noblesse - le fond. | | | | |
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| hommes | | | Dieu n’est intéressant que par ce qu’Il imagina au Commencement ; s’Il est mort, l’homme-créateur devrait se vouer aux commencements humains ; la matière et l’esprit étant déjà suffisamment dessinés par Dieu, il nous restent le cœur et l’âme, le Bien et la Beauté. Si l’on n’est pas créateur, on peut se lamenter : « Les dieux, les démons, les génies étant morts, le monde se laissa submerger par des commencements » - Chestov - « Боги и демоны и гении умерли — мир заселился началами » - j’avoue n’apercevoir aucun déluge, c’est la sécheresse qui nous inonde. | | | | |
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| hommes | | | Dans le domaine social, matérialiste, tout est robotisable ; dans le domaine intellectuel, idéaliste, tout est divin, puisque humain. Les adeptes du premier cherchent à comprendre la vérité – tâche du futur robot ; ceux du second veulent juger selon les valeurs, tâche artistique et narcissique. | | | | |
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| hommes | | | L’homme, au naturel, ressemblerait au loup, au paon, à la macaque, sans les dépasser d’une manière significative. Dieu se chargea de créer la merveille de la nature ; à l’homme – de s’occuper de la merveille de la culture, de la création humaine. | | | | |
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| hommes | | | La décadence commence par la domination du sens de l’existence sur la musique de l’essence ; et ceci se produit aussi bien dans la culture que dans les passions et les goûts. La tragédie grecque – l’affirmation du sens ; Bach – l’équilibre entre le sens et la musique ; Mozart et Beethoven – la domination de la musique ; Wagner – le retour vers le sens. Le sens incontrôlable étouffe nos fibres divines et se dévoue aux fils robotiques. | | | | |
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| hommes | | | Mon acquiescement enthousiaste s’adresse à la sublime œuvre divine et nullement - aux institutions humaines. Mais ce Oui extatique condamne à la solitude, tandis que toutes les révoltes sociales rameutent aujourd’hui des tas d’aigris, d’incompris, de laissés pour compte. « Toute révolte ne précipite-t-elle pas l’homme dans un isolement sans issue ? »* - Marx - « Brechen nicht alle Aufstände in der heillosen Isolierung des Menschen aus ? » - où il faut remplacer toute par une bonne. | | | | |
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| hommes | | | Une fois proclamé mort, Dieu a d’innombrables échappatoires, pour ressusciter, ce qui n’est pas le cas de l’art, dont la mort paraît être définitive et constitue le côté le plus original de notre époque. Le constat clinique se confirme par ce symptôme infaillible – les voix des derniers artistes devinrent inaudibles, dans le brouhaha des chœurs mécaniques. | | | | |
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| hommes | | | Parmi les défaites de l'homme, la perte la plus fatale est celle de sa divinité (que d'autres appelèrent mort de Dieu). Tant que le prêtre, clérical ou laïc, s'adressait aux fantômes invisibles, le paroissien pouvait se persuader de leur présence virtuelle ; mais depuis qu'il ne harangue que le contribuable, aucun voile, aucun écran ne reflètent plus aucun mystère - une sobre réalité a tout envahi. | | | | |
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| hommes | | | Nous sommes un quadriparti : trois facettes humaines – l’homme, le sous-homme, les hommes – et une facette divine – le surhomme. Dans mon jargon, ce sont le soi connu et le soi inconnu – la vie transparente et le rêve obscur. Nietzsche va dans le même sens, il nous accorde deux facettes : l’homme et le surhomme. | | | | |
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| hommes | | | De la verticalité des mystères divins et de l’horizontalité de leurs problèmes ou solutions : tout homme porte les belles ténèbres de l’intemporel, de l’inconnaissable, de l’inexistant, mais il préfère la grisâtre lumière du présent des choses communes. Et ce n’est pas du goujat que je parle, mais bien de l’élite. | | | | |
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| hommes | | | Ce n'est ni l'action (G.Le Bon), ni la révolte (Ortega y Gasset) ni la folie (H.Broch) des masses qui nous cernent aujourd'hui, mais leurs transactions et calculs, inertiels, paisibles et raisonnables. Et toutes les élites en sont solidaires, les seules frontières, encore en place, étant horizontales ; plus de douaniers de goût ni de barrières de dégoût ; le ciel, abandonné de regards, pleure le souvenir de l'action de Dieu, de la révolte de l'ange et de la folie du héros. | | | | |
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| hommes | | | Quand j’entends ces orgueilleuses proclamations, que la liberté, la paix d’âme, la dignité ne nous sont accordées qu’après des combats quotidiens, je vois des meutes, des grimaces, des échauffourées, des griffes, je ne vois pas d’homme. Je n’apprécie chez l’homme que des cadeaux de Dieu, cadeaux recroquevillés au fond de notre cœur, de notre âme, de notre esprit, et qui ne sont vivants qu’en solitude. | | | | |
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| hommes | | | L’homme de la nature ou l’homme de la culture : le premier est le prolongement du simiesque, le second – le commencement du divin. Les deux sont proches de l’extinction, au profit de l’homme des tâches, des algorithmes, des finalités, - un embranchement robotique. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est personnage ou/et personne. Le personnage débite des dialogues, écrits par les autres ; la personne formule un monologue, qu’elle adresse au Dramaturge céleste et ne parle que d’elle-même. | | | | |
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| hommes | | | Je peux supporter leur niaise prétention à concurrencer Dieu ; ce qui me répugne, c’est qu’ils s’en prennent, en réalité, aux codes civils et non pas aux Commandements divins. | | | | |
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| hommes | | | Les étapes de notre évolution : croire, connaître, comprendre – divin, humain, robotique. | | | | |
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| hommes | | | Le corps de l’homme descend nettement de l’animal, mais son cœur, son âme, son esprit témoignent d’une descendance divine ; la bête cohabite avec l’ange, mais toute ténèbre bestiale peut être dissipée par une lumière angélique. Mais Valéry : « J’ai de la répugnance pour tout ce qui est mélange d’animal et d’ange. Mais j’aime l’un et l’autre bien séparés » - ne veut pas l’admettre. | | | | |
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| hommes | | | La merveille de l’homme : le beau surgit du nécessaire, quand l’homme développe, par son esprit, le fond divin du monde, et le beau naît aussi du possible, quand, par son âme, l’homme enveloppe ce monde d’une forme humaine, arbitraire et artistique. Et puisque l’harmonie entre le fond et la forme s’appelle style, l’homme est vraiment le style ! | | | | |
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| hommes | | | Dans le domaine intellectuel, nos forces sont sensiblement comparables, relèvent du même ordre ; c’est le choix d’objets de leur application, c’est-à-dire les contraintes, qui désignent de vraies élites. En revanche, les faiblesses sont réparties, chez la race humaine, d’une façon très inégale ; il s’agit d’en découvrir des ressources cachées, matériellement inutiles, divines et de fonder la-dessus la noblesse humaine. | | | | |
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| hommes | | | Les sens du Bien, du Beau et même, ne serait-ce qu’en partie – du Vrai, ne sont pas, à proprement parler, humains ; faute de mieux, il serait permis de les appeler divins. Or, tout ce qui est grandiose chez l’homme passe par ces sens. « Tout ce qui agrandit l’homme est inhumain ou surhumain »** - Valéry. Le Créateur n’imposa aucune hiérarchie entre ces trois sens ; et Nietzsche a tort de placer le Beau au-delà du Bien ; avec la même (ir)responsabilité, on pourrait dire que le Bien soit au-delà du Beau. | | | | |
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| hommes | | | Quand l’Intelligence Artificielle, implémentée dans un ordinateur et reproduisant une démarche conceptuelle, expose une pensée, on devrait admirer la profondeur de ce cheminement humain et la virtuosité du concepteur, au lieu de redouter une concurrence ou de déprécier sa propre pensée, dont la valeur réside, principalement, dans la hauteur divine plutôt que dans la profondeur saturnine. | | | | |
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| hommes | | | Quand, chez Dostoïevsky, on charcute une vieille, égorge son propre père ou se pend par caprice, ce sont des actes, qui ne devraient jamais aller au-delà d’un article d’un chroniqueur provincial, énumérant des faits divers d’un village. Mais on en fit des illustrations savantes d’une napoléonomanie, de la mort de Dieu ou des pulsions psychanalytiques. L’auteur y est aussi ubuesque que ses commentateurs - charlatanesques. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est une créature sociale – il a besoin d’une liberté politique, liberté-solution ; l’homme est un créateur de personnalité – il a besoin d’une liberté intellectuelle, liberté-problème ; l’homme est une création divine – il a besoin d’une liberté morale, liberté-mystère, la seule liberté non-calculable, non-écrite, inutile, immobile, absolue. | | | | |
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| hommes | | | Défortuné, un aristocrate de naissance devenait bourgeois ou manant comme les autres ; anobli, un bourgeois s’adaptait à son nouveau rang sans aucun souci insurmontable. Le ridicule du mythe d’une supériorité innée d’une classe privilégiée se confirme par le désintérêt des dramaturges modernes pour les dieux, les monarques, les courtisans et les chevaliers. Les seuls aristocrates nés seraient les poètes. Lorsqu’il y avait des poètes. | | | | |
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| hommes | | | C’est pour déplorer la raréfaction des musiciens que je m’attarde et m’attriste à la vue des genres humains dominants – le moutonnier et le robotique – ce qui ne m’empêche pas de voir des merveilles partout où le regard ose se plonger dans la profondeur de la Création divine, jusqu’au mystère de la vie. Geindre au sujet d’un monde raté et en déverser le dégoût est une attitude inepte, triviale. | | | | |
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| hommes | | | L’apparition des ailes, des nageoires, des griffes, dans le monde animal, est un miracle qu’aucun Darwin n’abaisse. Mais le surgissement de la conscience humaine est une apothéose, au-delà de tous les miracles. « Le gorille, perdant ses poils et les remplaçant par des idéaux, forgeur de dieux » - Cioran. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, l’écrivain s’adressait soit à la bête humaine soit à l’ange divin ; aujourd’hui, il parle aux robots ou aux moutons. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes se divisent en ceux qui veulent choisir sur terre et en ceux qui se sentent choisis par le ciel. | | | | |
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| hommes | | | La réalité est une phalange, où tous, de Napoléon au concierge, sont taraudés par le prurit de domination. Heureusement, le Créateur songea aussi à la solitude du rêve, hors toute constellation, hors toute compétition, et où l’on ne poursuit que son étoile filante, dont on garde l’humble hauteur. | | | | |
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| hommes | | | Strictement parlant, tout homme est cohabitation d’un scientifique et d’un artiste. Le premier représente le monde et raisonne la-dessus ; le second s’exprime par le chant et la danse. La réalité et les rêves, la vérité et la beauté. L’essentiel : les pensées, et même les croyances, appartiennent aux représentations et non pas au réel ; le sens esthétique est un cadeau de Dieu. Seul le corps est dans le réel ; l’âme est toujours ailleurs. | | | | |
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| hommes | | | La surdité croissante aux appels du soi inconnu – telle est la caractéristique unique de notre époque ; les soi connus, interchangeables et mesquins, s’agitent dans le réel et ignorent le rêve. « Le moi divin, le seul qui soit sans limite, englobe tous les autres moi » - G.Thibon – il ne les englobe pas, il veut les inspirer, mais aucune tête n’est plus tournée vers la hauteur, où réside ce moi invisible. | | | | |
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| hommes | | | Dans tout ce qui vient de l’espèce, chez l’homme, on peut trouver des merveilles divines. Quant aux genres, il faut les diviser, d’après Valéry, en extrêmes (pour la création) et en moyens (pour la maintenance). Chez les premiers – des poètes aux scientifiques – on trouve aussi des merveilles, en symbiose avec l’œuvre du Créateur ; chez les seconds on trouve la confirmation des lois d’inertie et d’entropie. | | | | |
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| hommes | | | Le flux temporel étant incompréhensible, l’instant présent est indéfinissable et même inexistant. Par le terme de présent, les hommes ne font que désigner leur époque. Et Maître Eckhart : « Dieu est un dieu du présent » - « Gott ist ein Gott der Gegenwart » - est-il mystique ou prosateur ? Chantre de l’inexistence ou idolâtre de son temps ? | | | | |
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| hommes | | | La masse rabaissa le prince, le prêtre, Dieu, le savant, le poète, l’intellectuel ; aujourd’hui, c’est l’heure du penseur qui sonna. | | | | |
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| hommes | | | Tu disposes de trois regards sur le monde : l’éthique, l’esthétique, le pragmatique. Le premier devrait t’amener à vénérer le miracle de l’existence même de ce sens inutile, ‘contre-productif’, destiné à ne pas quitter ton humble cœur, ton cœur soumis. Le deuxième te dote de contemplation de la beauté du monde et de volonté de créer de la beauté toi-même. Enfin, le troisième humilie ta liberté, fait de toi un jouet de la nécessité, un révolté mécanique, brandissant de sots reproches d’absurdité ou d’horreur du monde mal conçu. Les yeux baissés – la profondeur ; les yeux enflammés – la hauteur ; les yeux écarquillés – la platitude. Dieu, rêve, réalité. | | | | |
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| hommes | | | La grande liberté, dont le Créateur dota l’homme, place celui-ci entre la nature, où il est un prédateur carnivore, porté sur le calcul, et la culture, où il apprend le rêve, la caresse, la honte. La nature régulée s’appellera civilisation, elle accentue la domination des calculateurs et devient le moteur principal de la modernité aculturée. | | | | |
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| hommes | | | La liberté est la première propriété de l’essence intemporelle du vivant ; l’existence, dans le temps, offre des occasions pour traduire cette liberté en actes – la liberté préexistante dans l’espace et la liberté qui laisse des empreintes dans le temps. L’essence est la loi, et l’existence – le hasard. L’essence est propre de l’espèce éternelle divine ; l’existence appartient au genre, de plus en plus robotique. | | | | |
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| hommes | | | Sur la surface, nous effleurons, tous, les mêmes problèmes. L’homme de la rue en trace les limites dans l’horizontalité ; soit dans son environnement immédiat, soit dans la vaste et vague étendue. Le scientifique ou le poète leur apportent la dimension verticale ; le premier – dans une profondeur, sondant la beauté de la Création divine ; le second – dans la hauteur, chantant la beauté de la création humaine. Le sol, le sel, le ciel. | | | | |
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| chœur proximité | | | RUSSIE : Tous les titres glorieux étant pris par des nations plus terre-à-terre et plus ambitieuses, la Russie s'appela humblement Sainte, tout en accumulant des péchés inouïs. Tant que le gouffre entre l'action et le sentiment restera aussi béant, la Russie est promise à de bien lointaines rencontres avec l'Auteur de rêves et l'Inspirateur de soupirs. | | | | |
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| proximité | | | Le ciel ne doit pas entendre mes pas, si je veux continuer à l'avoir pour compagnon ; si je ne cherche pas à l'illuminer, il m'offrira peut-être mon étoile. Mais si j'en fais le séjour de mon âme, je ne dois pas oublier qu'il est aussi la demeure des dieux morts ; qu'il soit ma haute ruine : « Demeure le céleste, le tué » - R.Char. | | | | |
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| proximité | | | Dieu absent de la nature ? Mais Il est là, chaque fois que j'admire ! Le bon écrivain est dans son œuvre, chaque fois qu'une admiration surgit Dieu sait pourquoi et comment. C'est minable que d'être présent devant des choses ; il faut être présent derrière le verbe. | | | | |
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| proximité | | | L'un des meilleurs signes de Son existence, que le Créateur nous envoie, est la possibilité de vivre dans et de l'illusion, celle du Beau ou celle du Bien. L'une des pires calamités des temps modernes est de ramener ces rêves irréductibles à de minables certitudes, à portée des programmes de tri informatiques. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est encore moins incarné qu'Amour, Verbe, Action ou Mystère ; il est Opération, opération presque algébrique. La vie est un résultat donné, que l'homme cherche à reconstituer à partir des opérations binaires, ternaires etc. - jusqu'à l'infini. Et un jour il se rend compte de l'insignifiance grandissante des opérandes et de l'admirable majesté de l'Opérateur. | | | | |
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| proximité | | | Quand la précision ne nuit pas à la beauté, on est en présence d'une vérité divine. Mais, en général, ce qui ne peut être que précis est sans intérêt. Toute vérité, qui dure au-delà de tout langage, est divine. Résistance au mot, c'est la définition même de Dieu. L'Intelligence Artificielle, en maîtrisant et l'intelligence et ce qui la rend possible, effacera la hiérarchie plotinienne, qu'il y avait entre : « l'intellect, qui raisonne, et celui qui donne la possibilité de raisonner ». La pensée divine se reconnaît uniquement dans la nécessité ; la vérité, l'éternité et l'infini sont des créations humaines. | | | | |
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| proximité | | | Dieu : grand Sourd pour les candides, grand Muet pour les délicats, grand Bavard pour les cyniques : sensible dans nos joies, intelligible dans notre esprit, palpable dans notre âme. | | | | |
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| proximité | | | Ils meublent le silence de Dieu avec leur camelote scripturaire, et à force de s'y cogner, ils désapprennent à lever ou à fermer les yeux. Le grand Muet meublé ! Heureusement, « il y a plusieurs demeures en la maison de Dieu », où l'on peut encore se coucher face aux étoiles et à l'abri des maîtres priseurs du mobilier sacré. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un axiome pour le réaliste, un théorème pour l'optimiste, une aporie pour le pessimiste. Le premier y amène tout, le deuxième y est amené, le troisième lui fait mener une existence anonyme et irréfutable. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui rapproche devant Dieu, devrait séparer sur Terre. Ce qui rapproche dangereusement sur Terre, devrait tendre vers Dieu comme vers un lieu de rencontre, en dehors des épidermes. | | | | |
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| proximité | | | Prier sans chercher d'écho, travailler, comme si je n'étais regardé que de Celui, qui vaut ma prière : je travaille comme je prie, je prie comme je travaille. L'ascétique « Ou tu pries, ou tu agis » (« aut ora aut labora ») devint, hélas, le pragmatique « prie et agis » (« ora et labora ») - mouton ou robot. Mais le pragmatisme possédait déjà Bias : « Aime comme si un jour tu devais haïr ; hais comme si un jour tu devais aimer ». | | | | |
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| proximité | | | Quand je vois, que Dieu, dans les platitudes humaines, est réduit à un misérable point, sans épaisseur ni amplitude, je regrette le Dieu géométrique des Pères de l'Église : « Dieu, qu'est-il ? Longueur, largeur, hauteur et profondeur » - St-Bernard - « Quid est Deus ? Longitudo, latitudo, sublimitas et profundum » - donc, ni l'œuvre ni l'outil, mais le principe. D'où Ses quatre matérialisations : la longueur de son éternité, la largeur des portes de Ses églises, la profondeur des souterrains de Sa sapience, la hauteur des tours d'ivoire de ceux qui L'auraient cherché. | | | | |
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| proximité | | | Impossible de partager avec quelqu'un une évocation de Dieu. Il ne s'adresse jamais à une tribu, une planète ou une époque. Il ne se manifeste que quand toute image du prochain a disparu et je m'ouvre à l'admiration, à la paix ou au suicide. | | | | |
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| proximité | | | Dommage que, pour s'adresser à Dieu on ait besoin du langage de la foi. Comme, pour se tourner vers la poésie, - d'en appeler aux mots. Ou, pour montrer l'amour, - de s'abaisser jusqu'aux gestes. | | | | |
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| proximité | | | Ma prise de position, si je devais me présenter devant le bon Dieu : à Sa gauche, couché. Et non pas assis à Sa droite. | | | | |
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| proximité | | | Les convictions sont presque l'antithèse de la liberté : elles remplissent, en nous, ce vide salutaire et indispensable, dans lequel Dieu aurait pu agir. | | | | |
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| proximité | | | Les pauvres seraient les représentants de Dieu. Être représentant du peuple est plus juteux, plus voyant et moins soumis aux progrès de l'incroyance. | | | | |
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| proximité | | | Au commencement étaient la couleur et le son, mais c'est l'œil et l'oreille qui sont plus près du dessein divin ; de même, la primogéniture du verbe cède à l'intelligence l'héritage et la place auprès du Seigneur. | | | | |
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| proximité | | | Entre l'esprit et la lettre, ces langages divins, s'insère le concept, cette invention humaine. On peut comparer ces trois langages interprétatifs, dans l'exemple des trois regards sur les Saintes Écritures : l'esprit elliptique des Juifs, la lettre hyperbolique des Musulmans, le concept parabolique des Chrétiens. Et puisque le progrès n'est jamais divin (Dieu se plaçant du côté de l'immuable), les Chrétiens sont les seuls à progresser. | | | | |
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| proximité | | | Dès qu'on est sûr de bien communiquer avec les hommes on perd tout contact avec Dieu et vice versa. Aaron et - c'est-à-dire ou - Moïse ! | | | | |
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| proximité | | | Devant Dieu nous sommes tous égaux. Malheureusement, des sots croient L'avoir croisé et alors, derrière Lui, règne une sordide inégalité. | | | | |
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| proximité | | | Nos rapports avec Dieu sont question de métrique, d'attirance, de proximité : il y a ceux qui l'auraient entendu ou atteint, ceux qui tendent vers lui ou le suivent comme guide et, enfin, ceux qui ne lui reconnaissent ni voix, ni poids, ni doigt, mais vénèrent son œuvre, hors tout temple, toute route, tout horizon. | | | | |
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| proximité | | | En m'extasiant devant chacun de mes sens - face à la merveille de la fonction, à la merveille de l'outil, à la merveille de l'empreinte - je ne sais pas sur quelle facette la présence du prodigieux démiurge est la plus manifeste. Mais l'absence d'une seule, dans la perspective de la vie, rend absurde toute idée de hasard, de réalisation mécanique ou de résurrection. Le démiurge n'est pas mauvais, comme disent les Gnostiques, pour justifier leur recherche du soi ; il est bon, puisque je peux créer au nom de et par un soi inconnaissable, qui est le vrai destin de mon soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | La représentation, c'est à dire une traduction des phénomènes en noumènes ou mathèmes, pour mieux comprendre ou mieux sentir le monde, est incontournable presque en tout ; je ne connais que deux exceptions – la beauté de l'œuvre divine sur la Terre et la musique humaine, nous ouvrant au ciel, – elles frappent l'âme sans intermédiaires. | | | | |
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| proximité | | | Dès qu'on cherche à définir l'infini, l'intuition humaine change de nature et tend vers le divin. Dans le fini, tout est humain et même mécanique. « Tout ce qui finit est trop court » - Cicéron - « Nihil diuturnum est, in quo est aliquid extremum ». Arrête-toi donc à l'avant-dernier pas. Pour appuyer l'ampleur du pas premier, dis-toi, que tout ce qui commence est trop long. | | | | |
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| proximité | | | Si je me détourne de tout ce qui est surnaturel, je ne perdrai rien dans le vide du temps. Détourne-toi plutôt du naturel, tu trouveras, peut-être, quelque chose dans le vide de l'espace. | | | | |
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| proximité | | | La prière : louer Celui qui n'existe pas, pour l'enthousiasme, que l'inexistant continue à t'inspirer. D'ailleurs, c'est de son appel et non pas de ta volonté, que surgit la vraie prière : « La prière est toujours une initiative de Dieu en nous »** - Jean-Paul II. | | | | |
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| proximité | | | Le besoin d'un lointain accompagna les hommes. Les dieux, l'amour, le rêve peuplaient leurs fantasmes, avant que la religion, la famille, la science ne s'y substituent et ne calment les fébrilités humaines. Tout ce que les hommes finissent par maîtriser leur devient proche, éventé de tout mystère et ne portant aucune espérance d'infini. Avec la sobriété des sens et du sens, l'âme devint atavique. | | | | |
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| proximité | | | Aujourd'hui, on donne à César ce qui est à Dieu - de l'admiration, et l'on donne à Dieu ce qui est à César - de la puissance. | | | | |
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| proximité | | | Être athée (croyant ou incroyant), c'est nier le Créateur inconnu, par cécité ou par hallucinations, évoquer la faute de preuves ou croire en des preuves bancales ; soit on est impassible devant la féerie du monde, soit on croit, que la merveille du diamant, des fleurs, de la scolopendre ou du visage d'homme fut dévoilée ou déchiffrée par des apparitions quelque part sur l'Olympe, dans l'Himalaya, au Sinaï ou à Jérusalem. Le seul avantage que je vois chez les seconds de ces athées, par rapport aux premiers, est d'avoir su créer une structure sociale, qui serve de contre-poids aux centrales patronales ou consommatrices. Mais ailleurs, profaner l'inconnaissable par des images du connu est pire que bâiller devant le créé sans Créateur. | | | | |
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| proximité | | | Dieu se dore, l'or se déifie (« Geldwerdung Gottes, Gottwerdung des Geldes » - Heine), mais si une noble idée, matérielle ou immatérielle, veut se passer de Dieu et d'or, elle se mue en idole, gardée par une Inquisition corrompue et haïe d'ouailles démunies d'argent. | | | | |
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| proximité | | | Le christianisme initial prônait la repentance, l'ascèse, la haine de l'argent. Aujourd'hui, il s'entend parfaitement avec des valeurs contraires. « L'argent, verbe du diable, par lequel il a tout créé dans le monde, comme Dieu crée par le vrai verbe » - Luther - « Geld ist des Teufels Wort, wodurch er in der Welt alles erschafft, so wie Gott durch das wahre Wort schafft ». À part quelques préfixes de pacotille, le verbe de Dieu préconise visiblement la même rection. | | | | |
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| proximité | | | Le bouddhisme, paraît-il, répugne aux triades : les quatre bons chemins, les cinq interdictions, les six vertus, les dix péchés et les dix-huit enfers ! Il reste la trinité : Vishnou, le Père, Dieu créateur ; Brahmâ, le Fils, Dieu conservateur, le Verbe ; Shiva, l'Esprit, Dieu destructeur. | | | | |
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| proximité | | | Les hypostases divines chez l'homme : le cœur (pour tendre vers le Bien), l'âme (pour s'émouvoir devant le Beau), l'esprit (pour prospecter le Vrai). Les sens produisent ses hypostases humaines : le regard, le goût, l'intuition, la musique, la caresse. | | | | |
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| proximité | | | Pour agir, Dieu a besoin de la largeur (de vos portes des églises) ; pour être craint - de la profondeur (de nos solitudes) ; pour exister - de la hauteur (de ton regard - c'est pourquoi Il est mort, aux yeux des multitudes). | | | | |
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| proximité | | | Avec leurs dieux jaloux et railleurs, les Anciens profitaient d'une nonchalance gratuite et d'un déséquilibre porteur. Avec notre bon Dieu, nous sommes livrés à une chère gravité et à un équilibre ruineux. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu, qui est mort, est le Dieu des édifices, des temples, des églises ; le vivant se réfugia sous terre ou dans les cieux déserts, où Il n'est senti que par l'homme du souterrain, ou Il n'est vu que par l'homme des ruines. | | | | |
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| proximité | | | Le Big-Bang, les particules élémentaires, le temps, la lumière, la vie, le bon et le beau – quoi qu'on touche, dans la création divine, tout n'est qu'époustouflantes énigmes ! Rien de bêtement géométrique ou mécanique. Dieu répugnait à la simplicité, il Lui fallait notre consternation et perplexité perpétuelles. « Dieu n'a créé que des mystères »* - Dostoïevsky - « Бoг coздaл oдни зaгaдки ». | | | | |
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| proximité | | | Tout dieu trouvé est une profanation pour celui qui se dévoue à un dieu recherché. « Tu es sage, si tu cherches la sagesse ; tu es fou, si tu imagines l'avoir trouvée » - le Talmud. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être le seul concept inexistant qui s'impose, avec la même irrésistible évidence, aussi bien en moi-même qu'en-dehors. Et je me mets à Le chercher à l'extérieur, en m'appuyant sur mon intérieur. « Personne ne Te peut chercher, qui ne T'ait déjà trouvé. Tu veux être trouvé pour être cherché » - St-Bernard. Mais dès que je crois L'avoir trouvé, je me mets à Lui chercher des noms et des masques, au lieu de continuer à m'adresser à Lui à la cantonade. Il est une Face innommable, omniprésente et absente, qu'animent mes yeux et mes oreilles. « Voir Dieu, c'est la mort ; Le deviner, c'est la vie »*** - Morgenstern - « Gott schauen ist Tod ; Gott erraten ist Leben ». Ni le regard ni l'imagination ne Le dévoilent ; c'est le voile miraculeux qui témoigne de Son évidence indicible ou inconnaissable : « Des dieux, je ne suis en mesure de savoir ni qu'ils sont ni qu'ils ne sont pas » - Protagoras. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu trouvé apporte la paix, le Dieu recherché – l'angoisse, le Dieu senti, introuvable, inexistant – l'enthousiasme, l'admiration, l'amour. | | | | |
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| proximité | | | La distance est aussi peu absence que le silence - oubli. « Dieu ? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas »** - Voltaire. | | | | |
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| proximité | | | Ce n'est ni le cœur (Pascal) ni l'âme (les romantiques) qui sentent Dieu, mais bien l'esprit (Valéry). Ne le reconnaissent que ceux qui ont du cœur et qui s'identifient avec l'âme. | | | | |
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| proximité | | | Devant l'intouchable asymptote divine, tout rapprochement humain est banal. Mais ils effacent l'asymptote (la transcendance) pour s'occuper exclusivement de leur finitude herméneutique, hic et nunc, où le hic est trop palpable et le nunc - insaisissable. La mort de Dieu, ce n'est pas un triomphe de la finitude de l'homme, mais un appel à défendre, désormais tout seul, l'infini. | | | | |
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| proximité | | | Je commence par comprendre, qu'aucune autorité extérieure ne peut prendre en charge les questions les plus brûlantes de mon existence, et je finis par reconnaître qu'aucune autorité intérieure, non plus, ne résume mon essence. À ce double meurtre, les spadassins, le soi connu et le soi inconnu, donnent le nom métaphorique de mort de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un tragédien, devant un public n'osant pas pleurer. (« Dieu est un comique, qui joue devant un public, qui a peur de rire » - Voltaire). Les sots écrivent, pour nous faire passer l'envie des larmes ; les naïfs - pour nous les faire venir ; les subtils - pour les recueillir. « L'art sert à nous essuyer les yeux »* - K.Kraus - « Die Kunst dient dazu, uns die Augen auszuwischen » - et la philosophie complète la tâche, en remplissant nos yeux d'éclat ou d'espérances. | | | | |
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| proximité | | | Aucune trace intelligible de Dieu dans les buts ni dans les moyens. Au commencement était la Contrainte. La création humaine est le but, et la liberté humaine - le moyen. Darwin, faisant de contraintes la cause première de la sélection naturelle, marchait sur les pas de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Devant l'échiquier de la vie, mon Dieu est une belle combinaison à sacrifices. Le leur est, le plus souvent, - une bévue (Nietzsche). | | | | |
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| proximité | | | Il n'y a ni regards ni gestes, qui rendent Dieu plus proche ou plus lointain. Des illusions : plus je connais Dieu, plus Il s'éloigne (Jean de la Croix) ; plus je m'en rapproche, plus seul je suis (Bloy) ; plus je me contente de Le chercher, plus Il reste à ma portée (Pascal). | | | | |
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| proximité | | | S'il existe deux verbes inapplicables à Dieu, ce sont bien aimer et comprendre. Et donc, en toute logique, ils ont raison, ceux qui disent, qu'Il n'est compris que s'Il est aimé et qu'il n'est aimé que s'Il est compris. Et ce qui reste vrai, si l'on y barre les « ne … que »… | | | | |
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| proximité | | | Il faut Le chercher par la foi et Le trouver par l'espérance (à l'inverse des plus crédules) ; chercher, par la foi, le même et trouver, par l'intellect, le différent. | | | | |
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| proximité | | | Il faut beaucoup plus de superstition pour croire, que la vie résulte du hasard ou de la statistique évolutionniste que de la croire sortie tout droit d'un dessein de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Avec l'image de limite, on pense soit à une frontière soit à une proximité ; ce qui, chez un Ouvert, crée des fraternités ou fait vivre, simultanément et dans un élan irrationnel, - le lointain appelant, haut et divin, et le proche appelé, profond et humain. | | | | |
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| proximité | | | St-Augustin et les protestants ont raison : personne ne peut trouver son chemin vers Dieu. Mais Dieu, visiblement, Lui aussi, s'en désintéresse. Il ne restent que des culs-de-sac, les pieds au repos et la position couchée, pour rêver cet abandon insondable. | | | | |
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| proximité | | | Tout Dieu officiel étant une idole, le crépuscule de celle-ci annonce la mort de celui-là ; le Dieu des sages est une icône - ils saluent la ténèbre valorisant leur cierge. Idole - fond et corps ; icône - forme et visage. Concept ou image. | | | | |
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| proximité | | | On est à la bonne hauteur, lorsqu'on n'a besoin ni de l'homme qui monte ni du Dieu qui descende, pour fêter les (non-)rencontres avec l'absolu. | | | | |
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| proximité | | | Pour quand la machine rougissante et sanglotante ? Puisqu'elle se met déjà à penser et à croire ; elle peut dire déjà « ergo sum Deus », la symbiose du cogito et du : « Celui qui croit est dieu » - Luther - « Der aber glaubt, der ist ein Gott » ! Des seuls penser et croire ne découlent que le robot ou le mouton. | | | | |
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| proximité | | | Pour affirmer que Dieu est mort, il n'y a qu'un seul moyen - prouver qu'au commencement était le Hasard et non pas une Chiquenaude divine. Pour conclure, que la fin est dans le robot et le mouton : « Là où il n'y a plus de Dieu, il n'y a plus d'homme non plus »** - Berdiaev - « Где нет Бога, там нет места и для человека ». La volonté ou l'intensité, en revanche, ne sont que d'anodins sobriquets de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Peut-être le Dieu-analyste ne créa que le temps, l'espace ayant été préalablement créé par le Dieu-géomètre. Celui-ci créa le vrai, et Celui-là - le bon et le beau. Ils laisseraient l'homme divaguer sur les commencements et les fins, tandis que Eux-mêmes ne créeraient que l'algorithme, s'appliquant aux atomes et aux esprits. C'est à Eux que pensait Spinoza : « Dieu, pour agir, n'a ni commencements ni fins » - « Deus agendi principium, vel finem, habet nullum ». | | | | |
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| proximité | | | Certes, Dieu jette plus d'ombres dans la nature qu'Il n'en projette de lumière. Mais la philosophie a aussi peu de chances de L'en chasser - ou de Le tuer ! - que la géométrie - d'éliminer la beauté de la peinture, l'acoustique - de la musique, la grammaire - de la poésie. La raison, sans l'étonnement primordial, n'est plus de la raison, ou bien de la raison basse, tandis que « la plus grande hauteur accessible à l'homme, est l'étonnement » - Goethe - « Das Höchste, wozu der Mensch gelangen kann, ist das Erstaunen ». | | | | |
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| proximité | | | Quel genre littéraire pratiquerait le bon Dieu, s'il Lui fallait paroliser le Verbe ? Je ne Le vois ni en romancier d'Éden, de Sinaï ou de Patmos, ni en psaumier, ni en libertin des Cantiques, ni même en critique de l'Ecclésiaste. Je Le verrais en Job, geignant avec un peu plus d'ironie, au milieu de ses déjections ratées. La honte se glissant par erreur dans la panoplie divine ; l'ontologie se transformant en honto-logie. | | | | |
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| proximité | | | La pensée atteint le grade de regard, lorsque disparaît le spectre d'un destinataire existant, d'une oreille d'homme par exemple. Et je ne sais plus si je regarde ou si je suis regardé. « Le regard, par lequel je Le connais, est le regard même, par lequel Il me connaît »* - Maître Eckhart - « Mein Erkennen ist Sein Erkennen » - c'est l'abîme, qui finit par me regarder (Nietzsche) ! | | | | |
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| proximité | | | Immortel, omniscient, omniprésent, tout-puissant, aimant tout le monde - ce que l'homme ne peut pas être, il l'attache à Dieu, au lieu d'en faire un étranger merveilleux, sans attributs lisibles et se foutant de nos misères. Mais le plus lamentable, c'est encore de Le rendre égal de l'homme : « Agir, sans suivre la raison, est étranger à l'essence divine » - Benoît XVI - « Nicht vernunftgemäß handeln ist dem Wesen Gottes zuwider ». Même le bon Dieu serait condamné à devenir machine comme les autres… « Il n'y a pas de contradiction entre les vérités révélées et les vérités de raison » - Averroès. | | | | |
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| proximité | | | Oui, Dieu créa aussi la profondeur et l'étendue, pour y cultiver des belliqueux et des victorieux, mais c'est dans la hauteur qu'il laissa des capitulards et des anges. C'est ce que peut-être entrevit Job : « Dieu est Celui qui fait la paix dans les hauteurs ». Les calculs profonds des vainqueurs les stigmatisent ; pour les vaincus des hautes luttes, pour les anges, « l'espoir est l'alibi de la résignation »** - Enthoven. | | | | |
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| proximité | | | Pour rencontrer Dieu, tout chemin est mauvais. Pour Le mettre en ma proximité, ma meilleure chance est de m'immobiliser et de m'écouter. Si je crois, que « quand on fait un pas vers Dieu, Il en fait cent vers vous » (M.Jacob), je me trompe soit de chemin soit de personnage. | | | | |
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| proximité | | | Dès que j'entends parler de l'Être (l'Étant, la présence) suprême de la métaphysique, derrière lesquels doit se deviner le profil - ou la Face ou le dos ! - de Dieu, sur-le-champ, je fais tomber ces substantifs et m'accroche à la divinité pronominale de la première personne, se moquant de participes évasifs, de superlatifs et de préfixes furtifs. En fuyant une profonde substantivation, le moi se met à se verbaliser en hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Puisqu'on n'aime que ce qu'on ignore, l'amour de Dieu n'est pas si niais que ça ; et si l'on y ajoute la honte étrange, qui nous étreint, on commence à apprécier la dichotomie augustinienne : « L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste » - « Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet, amor sui usque ad contemptum Dei ; cœlestem vero, amor Dei usque ad contemptum sui ». Chez celui qui s'ignore, les deux termes s'équivalent, et la cité, dont on ne saurait plus percer l'origine, terrestre ou céleste, prendra la fière allure des ruines. | | | | |
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| proximité | | | Pour Ses créatures, Dieu ne serait ni but ni contrainte, mais - un moyen ; moyen d'aimer, par la foi, cette merveille de vie. St-Augustin m'aurait accusé d'hérésie : « Les bons usent du monde, pour jouir de Dieu ; les mauvais, pour jouir du monde, veulent user de Dieu » - « Boni quippe ad hoc utuntur mundo, ut fruantur Deo ; mali ut fruantur mundo, uti volunt Deo ». Mais dans Sa création, Dieu ne formulait, peut-être, que des contraintes : « La différence est peut-être plus vieille que l'être » - Derrida. | | | | |
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| proximité | | | La création humaine, c'est à dire le Qui et le Comment artistiques, complète admirablement la Création divine, qui se ramène au Quoi et au Pourquoi vitaux. | | | | |
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| proximité | | | Dans le modélisé et verbalisé - peu de traces de divin ; n'est vraiment divin que le réel ; dans les premiers on trie, dans le dernier on prie : « Il faut user des moyens humains, comme s'il n'y avait pas de divins, et des divins, comme s'il n'y avait pas d'humains » - Gracián - « Hanse de procurar los medios humanos como si no hubiese divinos, y los divinos como si no hubiese humanos ». | | | | |
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| proximité | | | On ne jugerait les hommes qu'après leur mort ; et si la même chose valait pour les dieux ? On comprendrait alors l'annonce calculée de la mort de Dieu par Nietzsche : « Pour les dieux, la mort n'est jamais qu'un pré-jugement (préjugé) » - « Den Göttern ist der Tod immer nur ein Vor-Urteil ». On comprend l'avantage (Vor-Teil) d'être prescrit qui, sans solidité des pièces à conviction, n'est qu'une partie (Teil) d'un bref sursis. | | | | |
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| proximité | | | Piètre Dieu, ou piètre amour, chez les bouddhistes : « On ne peut connaître Dieu qu'en l'aimant » (et St-Paul n'en est pas loin non plus). Un dieu connu ou un amour du connu ne peuvent être qu'insignifiants. Il faut aimer pour renaître et non pas pour connaître. Mais si se connaître, c'est entendre l'appel de son soi inconnu, aimer, ce serait se munir d'une bonne ouïe. | | | | |
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| proximité | | | Il suffit, que tu t'adresses non pas à tes collègues mais à Dieu, pour que tu me touches. Cet attouchement devient caresse, s'il se répercute de l'esprit à l'âme. Le talent, c'est l'art de réussir cet heureux glissement. | | | | |
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| proximité | | | La vraie - et terrible - liberté commence avec l'égale facilité, avec laquelle on accepte les deux de ces termes équivalents : « on peut - ou l'on ne peut pas - être contre Dieu ». | | | | |
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| proximité | | | Être créateur veut dire avoir inventé un langage à soi, langage source de l'universel, vécu comme immortel ; et puisqu'on est habitué à voir en Dieu la justification de tout ce qui est universel, le créateur commence par proclamer, que Dieu est mort. « Les immortels mortels, les mortels immortels »** - Héraclite. | | | | |
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| proximité | | | Mon soi est le seul contact direct avec Dieu ; et comme Lui, il reste inaccessible et incompréhensible ; je reconnais sa présence par le besoin de chanter (et non seulement de parler), de danser (et non seulement de marcher), de poétiser (et non seulement de narrer), bref - de prier, de ne pas m'attendre à une réponse et même de renoncer à poser des questions ; comme Dieu, on ne peut vénérer que le soi inconnu, sans se faire d'illusions : « Un poème est toujours une quête du moi » - G.Benn - « Ein Gedicht ist immer die Frage nach dem Ich ». | | | | |
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| proximité | | | Un blasphème contre un Dieu connu peut être une louange de Dieu, le Vrai ; mais toute louange absolue du Dieu connu est un blasphème de l'Inconnu. | | | | |
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| proximité | | | La voie intellectuelle vers Dieu : là où il y a l'Œil, il doit y avoir la Lumière. Et ce que je crée, étrangement, en est des ombres. | | | | |
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| proximité | | | Je peux comprendre l'homme des cavernes, à conscience apeurée, ou l'homme-tyran, à conscience trouble, ayant besoin d'en appeler aux dieux vengeurs ou rédempteurs, mais je ne trouve pas d'explication de la bondieuserie de la Yankaille, à conscience en béton et au savoir irréfutable. | | | | |
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| proximité | | | Imperceptiblement, Dieu changea de lieu d'existence : jadis, Il fut dans le réel, ensuite, Il traîna dans le conceptuel, aujourd'hui, Il n'est plus que dans le métaphorique, mais on continue à entonner la même antienne : Il existe ! | | | | |
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| proximité | | | Les poètes inventèrent les dieux, les moutons les mirent aux temples ; les poètes comprirent pouvoir s'en passer, les robots se crurent libres. Virgile se trompe dans sa chronologie : « De Jupiter commença la muse » - « Ab Iove principium musae ». Et puisque le terrible précède ou suit le poétique, c'est Pétrone qui a raison : « La terreur donna au monde ses premiers dieux » - « Primos in orbe deos fecit timor ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu est mort, puisque l'homme apprit la sage parole et désapprit le chant fou : « Dieu serait l'excitation et la terreur de la folie humaine »** - Nietzsche - « der Gott wäre der entzückte und entsetzte Wahn der Menschen ». La poésie, la musique, le rêve ne sont que des folies nous sauvant de la solitude ; Dieu, c'est l'impossibilité de la solitude du chant ; tandis que ni la parole, ni même le cri, ne m'ouvrent plus à l'écoute divine. Non, Dieu du chant, de l'intensité, qui n'est pas la force, ce Dieu n'est pas mort ; s'Il l'était, je serais condamné au soliloque ; une sensation impossible pour tout créateur de mélodies. | | | | |
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| proximité | | | Dieu voulut que je Le trouvasse sur le chemin de la liberté, dont le premier pas serait de me débarrasser de la bête sociale, mouton ou robot, qui se faufile en moi et me défigure. « Plus on approche de Dieu, plus on est seul »**** - Bloy. | | | | |
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| proximité | | | Les pas vers Lui se mesurent en unités d'étonnement et de vénération. Le lointain est composé de ce qui est compris. « Dieu ne déambule jamais au lointain, Il ne quitte pas la proximité »*** - Maître Eckhart - « Gott geht nimmer in der Ferne, er bleibt beständig in der Nähe ». | | | | |
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| proximité | | | Tendre vers Dieu, c'est se donner une chance de se scruter soi-même : « Je tendais vers Dieu et je suis retombé en moi-même » - Anselme - « Tendebam in Deum, et offendi in meipsum ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu - une proximité bénie ou béate : « Rien de plus près de nous que Dieu » - Valéry. Dieu est la justification du monologue, par la forme, et l'impossibilité du dialogue, par le fond. | | | | |
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| proximité | | | Le monde, qui nous créa, et le monde, que nous créons, rien de matériel ni causal ne les relie, et pourtant ils convergent étrangement et sont identiques dans leurs manifestations les plus éclatantes. | | | | |
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| proximité | | | L'admiration inconditionnelle devant la féerie du monde ; peu importe quel nom je donne à son auteur - Dieu ou le hasard (« quelqu'un joue avec nous - cher hasard ! » - Nietzsche - « Einer spielt mit uns - der liebe Zufall ! »). | | | | |
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| proximité | | | Si je cherche la température la plus basse ou la vitesse la plus grande, je tombe sur des valeurs finies, qui expriment un sens infini ; la théodicée, fondée sur la montée vers la perfection, est du même ordre, mais l'on doit s'y arrêter, peut-être, sur ce qui y est sensoriellement fini : la vie et l'homme, en particulier, dont le sens, de toute évidence, n'est pas fini. | | | | |
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| proximité | | | Dieu créa les axes (« Dieu est jour/nuit, satiété/faim »** - Héraclite ; les oppositions héraclitéennes semblent être l'approche du divin la plus sensée de tous les temps), la liberté de l'homme y lit - plus qu'elle ne choisit ! - des valeurs (l'ombre, à laquelle on tient, et la soif, qu'on entretient, désignent les plus libres). La terne dialectique hégélienne profana ce beau culte des axes, que reprit Nietzsche, avec vie-art, bien-mal, nihilisme-acquiescement, chute-élan, puissance-résignation. | | | | |
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| proximité | | | La chance unique du christianisme - la fusion entre un Dieu juif et un Dieu grec, entre un étant, qui chante et résonne, et un être, qui alimente et raisonne, entre celui qui hésite, dans la douleur du bien, et celui qui crée, dans la certitude du beau. C'est Dionysos qui souffla au Christ sa plus belle leçon : « L'œuvre essentielle du Christianisme, c'est d'avoir révélé que la vie la plus misérable peut, par la hauteur de son intensité, acquérir une estimable richesse »*** - Nietzsche - « Wenn das Christentum etwas Wesentliches getan hat, es war die Entdeckung, daß das elendeste Leben reich und unschätzbar werden kann durch eine Temperatur-Erhöhung ». | | | | |
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| proximité | | | L'impensable et l'indicible nous sont plus proches que toute action, tout discours ; paradoxalement, c'est le triomphe suprême du mot, la poésie, qui nous en apporte la certitude ; la poésie serait une voix, qui fasse sentir le silence de Dieu. Sacrifices et fidélités en apportent d'autres preuves. | | | | |
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| proximité | | | Personne, ni le scientifique, ni le philosophe, ni le théologien, n'est plus près de Dieu que le poète. Ce que St-Augustin, Spinoza, Kant, les prix Nobel ou Fields développent autour de l'essence divine est d'un ridicule accompli et lamentable, tandis que l'intelligence divine est enveloppée par tout bel élan poétique, gratuit, incompréhensible et noble. | | | | |
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| proximité | | | L'infini des théologiens m'est hermétique ; celui des mathématiciens est beaucoup plus suggestif quant à la nature du divin : il n'est ni naturel ni rationnel ; quoi que je verse en lui, il reste inchangé ; il annihile toute quantité, qui veuille se diviser par lui ; tendre vers lui veut dire que, tôt ou tard, on doive tourner le dos à tout jalon fini. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui ne laisse pas de traces ne peut pas avoir d'attributs ; ni le comparatif ni le superlatif n'y ont de place ; l'omniscient avec l'infinité d'attributs (Spinoza) ou le meilleur que mon âme (Pascal) ne qualifient que le néant. | | | | |
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| proximité | | | Le monde visible crée chez les hommes trois sortes d'arbre : le matérialiste, figé et sans inconnues, l'ignare, aux maigres ramages et aux inconnues aléatoires, l'ouvert, plaçant de subtiles variables dans les meilleures extrémités - pas d'unifications, des unifications chaotiques, des unifications enrichissantes. « Notre vie consiste à unifier la partie visible avec un Être d'en-haut » - J.G.Hamann - « Unser Leben besteht in einer Vereinigung des sichtbaren Theils mit einem höheren Wesen ». | | | | |
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| proximité | | | Les pitoyables et pâles tentatives d'imaginer un extra-terrestre, un griffon ou une buisson ardente, qu'on n'aurait jamais vu : le vivant imaginaire est inaccessible à la libre création humaine ; on ne peut créer que sous de belles contraintes divines : « Ce n'est pas d'autres mondes que nous avons besoin, mais d'un miroir » - Tarkovsky - « Нам не нужно других миров, нам нужно зеркало ». | | | | |
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| proximité | | | Le génie : l’admiration se passant de toute compréhension ou même persuadée de l’incompréhension. Ainsi, Dieu est bien mort en tant qu’Objet admirable et en tant qu’Idée comprise, Il n’est que Génie. | | | | |
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| proximité | | | Face à l'idée de sa propre mort, tout homme lucide, non berné ni bercé par une minable superstition, devrait passer sa vie à hurler sur la lune, les cheveux dressés, le cerveau en feu, les yeux fixés sur son tombeau. Pourtant, il se comporte, comme si une immortalité l'attendait au bout du chemin ; le Créateur mit en lui un irrésistible et bel instinct. « Nous ressentons, au fond de nous-mêmes, notre éternité » - Spinoza - « Sentimus experimurque nos aeternos esse ». Et ils continuent à se croire au théâtre : « Mon âme, il faut partir » - les dernières paroles de Descartes, de celui qui, pourtant, disait : « Il est certain, que mon âme peut exister sans mon corps ! ». | | | | |
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| proximité | | | L'air, qui est l'élément de la liberté et de la musique, sert d'étape à mon regard sur le ciel. Et le corps, peut-être, est cette terre, à partir de laquelle j’aperçois le mieux le feu divin : « Ainsi l'âme s'unit à l'âme, fût-ce par le chemin du corps » - J.Donne - « Soe soule into the soule may flow, though it to body first repaire ». Comme le mot, cherchant à embrasser mon âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées. | | | | |
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| proximité | | | Même dans nos plus grandes œuvres, nous, les humains, nous laissons inéluctablement des traces de nos échafaudages, de nos pinceaux ou de nos dictionnaires ; le miracle du Créateur est de se contenter d'insuffler l'être et de ne laisser la moindre trace ni de Ses mains ni de Son cerveau (où l'on pourrait, sans ridicule, élever nos temples et nos prières). | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu de Spinoza, à l'infinité d'attributs, est aussi loufoque que le Dieu s'incarnant dans un fils de charpentier ou s'identifiant avec un marchand de tapis. Le Dieu inconnu, le seul, qui mérite nos louanges, est celui qui, premièrement, déposa en nous les germes du vrai, du bon et du beau et, deuxièmement, pour les percevoir, nous munit d'un cerveau, d'un cœur et d'une âme. « Dieu se connaît mieux en restant inconnu »** - St-Augustin - « Deus scitur melius nesciendo ». | | | | |
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| proximité | | | Narcisse, qui serait incapable de s'adresser aux dieux, ni en croisant le regard d'Apollon ni en s'élevant à la hauteur de Dionysos (ces deux interlocuteurs réveillent notre soi inconnu), donc sans talent ni intensité, ne serait qu'un sot auto-satisfait, se contentant de son soi connu. L'esprit doit préserver imperturbable la surface réfléchissante, et l'âme – percer la profondeur houleuse. | | | | |
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| proximité | | | Ce qu'on prend pour commencements divins - Verbe ou Amour - devient, traduit en notre modeste idiome humain, des fins ultimes - livre ou caresse, auxquels aboutissent la vie et son bonheur. | | | | |
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| proximité | | | Tous les dieux sont de faux dieux, mais l'homme écrit autour d'eux tant de ces contes de fées pour adultes - de mythes, qui nous apprennent, et nous persuadent, que la vraie vie est imaginaire. | | | | |
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| proximité | | | Aujourd'hui, on vient vers Dieu, comme on adhère à une association des consommateurs ou à un parti politique : pour être assisté ou élu. Plus de solitaires aux portes de l'église : « Aucune excursion guidée ne mène à Dieu ; ne le rejoignent que des voyageurs solitaires » - Nabokov - « К Богу приходят не экскурсии с гидом, а одинокие путешественники ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être : Verbe - pour l'esprit, Amour - pour le cœur, Musique - pour l'âme et Caresse - pour le corps. Un corps, voué à la déchéance, a plus besoin de consolation que l'âme immuable : « Dieu n'est pas une exigence de l'âme, mais du corps » - R.Debray - l'esprit et l'âme se chargeant d'anesthésies ou d'euthanasies. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être Amour, mais on ne veut pas aimer l'invisible ; Dieu est peut-être Vérité, mais on ne doit pas connaître l'indicible ; Dieu est peut-être Création, mais on ne peut pas avoir Sa liberté. D'après St-Augustin : « Le sage est celui qui imite, qui connaît, qui aime Dieu » - « Dei imitatorem cognitorem amatorem esse sapientem », la sagesse n'est pas pour nous. | | | | |
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| proximité | | | Quand le reflux des fidèles, des églises vers des clubs Méditerranée, aura atteint un stade critique, pour ne pas laisser se vider les temples, on retournera vers le culte de Jupiter & Cie, qui, tout d'abord, rejoindra sa version orientale obsolète dans les autels, avant de l'évincer définitivement, sous l'égide d'Hermès, saint patron des marchands, la Croix abandonnant son sens sacrificiel et ne gardant que sa valeur ornementale. | | | | |
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| proximité | | | Il y a une raison profonde de la convergence inéluctable de tout vivant vers les seuls deux modèles équilibrés - le mouton et le robot ; le Verbe créateur est, en réalité, un programme divin d'apprentissage, fondé sur la répétition, l'habitude, l'adaptation, le réflexe et la résilience, et aboutissant à un algorithme. Tout, de l'algèbre à l'amour, obéit à ce génial stratagème, la différence relevant surtout de l'ordre d'(in)conscience accompagnant nos gestes. | | | | |
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| proximité | | | Le même ennui émane des dieux de Descartes, de Leibniz, de Spinoza ; c'est comme si l'on raisonnait sur les triangles les plus libres, ou les plus parfaits, ou les plus nécessaires. | | | | |
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| proximité | | | L'athée pieux s'appelle agnostique ; l'agnostique, qui ne fait que penser, devient athée ; l'agnostique intelligent et sensible devient nihiliste. Le nihiliste s'attache à ce qui n'existe pas - une attitude poétique ; l'athée nie ce qui n'existe pas, ce qui est bien plat. | | | | |
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| proximité | | | L'agnostique est celui qui, dans l'admirable harmonie de la matière et de l'esprit, voit un beau mystère, un dessein divin, ayant préconçu l'Idée avant sa réalisation. D'ailleurs, c'est le seul sens intéressant qu'on pourrait donner aux idées platoniciennes. | | | | |
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| proximité | | | Il est facile de donner un sens à l'affirmation « Dieu n'existe pas », mais quel sens peut avoir « Dieu existe » ? - « Tout est permis » ou « Je suis innocent », dirait-on, au choix, dans le premier cas ; dans le second, on reste sans voix, sans logique, sans sources, ne pouvant compter que sur une imagination gratuite, c'est à dire la meilleure. Que serions-nous devenus, sans ce qui n'existe pas… « L'absence de Dieu est plus divine que Dieu » - Sartre. | | | | |
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| proximité | | | Un athée est souvent un homme châtré, soit de l'intelligence, soit de la sensibilité, soit de l'âme. Ce qui peut rendre sa voix plus pénétrante. La greffe au cerveau ou aux glandes lacrymales, que subit un homme pieux, ayant rencontré Dieu, ne rend plus viriles ni sa pensée ni ses lamentations. Seule la compagnie d'un Dieu inconnu conduit à l'invention, cette seule authenticité humaine. | | | | |
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| proximité | | | Pour amortir le choc écrasant de nos misères rationnelles, le Créateur imagina une consolation irrationnelle – la création humaine. Mais quels en sont les vrais raisons, motifs, moteurs ? Deux réponses sont les plus répandues - pour le salut de mon âme ou pour accomplir une mission confiée par autrui, par l'au-delà, par devoir. La première est futile, symptôme de graphomanie, mais la seconde n'est pas plus glorieuse, non plus, puisqu'elle suppose une mimésis, à la place d'une poïésis. | | | | |
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| proximité | | | La prière : ne pas savoir qui en est le destinataire, ne pas maîtriser sa langue, ne pas être capable d'expliquer ses mystères, ne pas pouvoir me débarrasser d'angoisses et de douleurs, ne pas savoir qui parle en moi - et de cet état d'âme apophatique doit surgir l'affirmation la plus authentique. La prière devrait exprimer non pas mes remerciements, mais mon admiration d’une œuvre que je comprendrai jamais. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est affaire du lointain ou du prochain ; il ne risque ni de jaillir de la profondeur, ni de descendre de la hauteur ; l'homme ne devrait pas tenter de se mettre sur le même diapason que Dieu, et Heidegger a tort de déclarer l'homme - l'être du lointain (« das Sein der Fernen ») ; l'homme atteint son meilleur - dans la hauteur, cette belle contrainte, tout en s'appuyant sur la profondeur, qui en donne des moyens. | | | | |
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| proximité | | | Malgré des déviations, en sens inverses, que font subir l'art militaire ou la médecine à la durée de notre vie, les buts, que le Créateur lui assigna, y correspondent admirablement : « Notre tâche est aussi grande que notre vie, ce que lui imprime une illusion d'infini » - Kafka - « Daß unsere Aufgabe genauso groß ist wie unser Leben, gibt ihr einen Schein von Unendlichkeit ». C'est l'ouverture de frontières qui en donne le vertige, l'ouverture que créent les bonnes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Ne pas être athée : ne pas pouvoir imaginer que la simple application des lois physiques, chimiques et biologiques puisse aboutir à l'apparition de l'œil, de l'oreille, de la langue, du cerveau. Ne pas être croyant : rejeter toute idée que le Créateur ait pu se manifester quelque part, dans l'Histoire de la Terre, sous quelque forme que ce soit. Ces deux négations sont à la base de la raison de désespérer et de la raison tout court, celle qui nous parle d'espérance. Si je réussis ces deux gageures, j'aurai droit à l'inscription panthéonique de Voltaire : « Il combattit les athées et les fanatiques ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu, probablement, voyait dans l'homme futur un frère et un créateur, et non pas un mouton et un robot ; mais l'évolution humaine dévia : du dessein-rythme (création orientée-contraintes), elle passa au projets-mythes (orientés-buts), pour sombrer dans l'algorithme (programme orienté-objets). | | | | |
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| proximité | | | Pour les fils de prêtres, Nietzsche ou Cioran, la mort de Dieu est aussi grave qu'un mal de mer dont souffrirait un fils de marin, mais dont devraient se moquer ceux qui tiennent à la terre ou aux cieux fermes. | | | | |
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| proximité | | | L'idée de Dieu vient de deux sources : de l'admiration devant Son œuvre et de la réflexion sur les proximités ; la seconde est à l'origine de toutes les métaphores, et il est possible, que le Verbe évangélique n'était, en réalité, qu'une métaphore. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est le plus terrien de nos fantômes ; il n'habita jamais nos temples ni nos châteaux ; s'en débarrasser n'enlève au monde aucun mystère et n'accable les hommes d'aucune nouvelle permission. Et que les étables s'en trouvent transformées en salles-machine, ce n'est pas ton problème. | | | | |
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| proximité | | | Exister, c'est m'attacher ou me manifester, être un problème ou une solution. Et il est clair que le mystère, quel que soit ce qu'il enveloppe, moi-même ou bon Dieu, n'existe pas. Mais vénérer cet inexistant, c'est se vouer à la hauteur, à partir de laquelle les deux premières hypostases doivent être perçues comme chutes. Dès que mes yeux les fixent, mon regard perd de la hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Le Seigneur, a-t-Il une main, dont sortent toutes choses parfaites ; il paraît que la main de l'homme les profane ou déprave, toutes. Dommage qu'on ne prête pas à Dieu une paire d'ailes. Dieu serait à l'aise en chirurgie (œuvre des mains, chiromancie), mais malhabile en thérapie (thaumaturgie du regard ailé). | | | | |
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| proximité | | | La plupart du temps, je vis, inconscient du miracle qu'est la vie. Mais dès que j'y songe, je suis inondé d'une grâce, qui dépasse en intensité et en puissance tout ce que je maîtrise. Même un incroyant y ressentira une proximité divine. « Connaître Dieu et vivre, mais c'est tout un » - Tolstoï - « Знать Бога и жить — одно и то же ». | | | | |
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| proximité | | | La définition spinoziste de Dieu, ens absolute infinitum, paraît être moins absurde, si l'on la lit à la lumière des contraintes et des fins, en voyant dans absolute - détachement ou liberté (par étymologie), et dans infinitum - absence de fins (par abus de négation). | | | | |
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| proximité | | | On ne sait ni dans combien de dimensions il faut fourrer Dieu ni quelle en doit être la figure géométrique préférable. Et l'on magouille avec des rayons et fait passer pour des volumes ce qui n'est que des surfaces tarabiscotées. « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part » - Nicolas de Cuse - « Deus est sphaera infinita, cujus centrum est ubique, circumferentia nusquam ». C'est ainsi que le diable en profite, se place au centre de la dispute de ce jour (journalisme) et finit par tisser partout ses toiles de circonférences. | | | | |
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| proximité | | | Maître Eckhart est plus constructif que Nicolas de Cuse : « Dieu est une sphère intelligible infinie, dont le centre coïncide avec sa circonférence » - « Deus est sphaera intellectualis infinita, cuius centrum est ubique cum circumferentia ». Mauvais géomètres, confondant la sphère-surface d'avec le cercle-circonférence ! Mais quelle jolie métaphore, autorisant la lecture cusaine monadique du cercle, puisque, en négligeant les coordonnées du centre, on en fait l'Un (ou Dieu), au rayonnement indéfini ou variable ! | | | | |
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| proximité | | | Quand j'entends que Dieu est un être suprêmement intelligent (Descartes) ou un étant absolument infini (Spinoza), je suis tenté de trahir mon goût du superlatif, pour m'accrocher au positif, à portée d'un cœur naïf et d'un esprit humble. | | | | |
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| proximité | | | Face au monde, l'homme traverse trois étapes : l'apprentissage, la familiarité, l'angoisse - loin du monde et s'en approchant, fusionné avec le monde et le maîtrisant, étranger au monde et le maudissant ou le vénérant - de loin. Curieusement, les rapports avec Dieu suivent un cheminement en sens inverse. La leçon ? - en tout, éviter la familiarité, qui est oubli d'algorithmes ou de rythmes. | | | | |
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| proximité | | | L'esprit, l'instinct, le sentiment font de nous un Ouvert, aspiré ou fasciné infiniment par nos frontières asymptotiques ; la raison et l'expérience mettent à notre disposition nos frontières, par un effort fini. Nous sommes ouverts dans notre dimension verticale, et clos - dans l'horizontale ; donc, l'Ouvert de Rilke, s'étendant entre Terre et Ciel, est plus pur que celui de Heidegger, qui introduit dans son quadriparti (Geviert) une dimension inutile, Mortel-Immortel, si proche d'une plate clôture. Le Dieu transcendantal est absent de notre dimension verticale ; Il ne fait que clore nos horizons. | | | | |
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| proximité | | | Toute représentation est fermée, et le réel est ouvert ; mais l'homme, intuitivement, cherche des clôtures à tout système, et c'est ainsi qu'il produit l'idée de Dieu comme d'une clôture du réel. | | | | |
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| proximité | | | Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu populaire s'avéra être aussi vulnérable que toute belle idée : il serait mort sous les coups de la mesquinerie humaine, grégaire dans les buts, avide de moyens et indifférente aux contraintes. Heureusement, le Dieu des commencements ne s'en mêle guère et se recueille dans sa belle inexistence. | | | | |
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| proximité | | | La nature est divine, mais Dieu n'est certainement pas naturel - telle peut être la réplique à nos contemporains, pour qui le monde n'est ni divin ni naturel, mais exclusivement - mécanique ; ce qui, à son tour, est à l'opposé de deus sive natura (Spinoza – l'Horloger confondu avec Son horloge) et de aut deus aut natura (Feuerbach – aime l'horloge ou l'Horloger). Jadis, le poète discourait sur les merveilles de la nature, et l'on aboutissait tout naturellement à Dieu ; aujourd'hui, le robot discourt de Dieu comme s'il s'agissait des faits de la nature. | | | | |
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| proximité | | | Dieu se manifeste non pas dans ce que tout est métaphoriquement possible (Chestov), mais dans ce qu'il y ait quelque chose qui soit vraiment nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Dieu brille surtout par des constantes universelles, physiques, chimiques ou biologiques, et l'homme - par des variables, intellectuelles, artistiques ou sentimentales, qu'il met dans ses requêtes, et qui sont prêtes à s'unifier avec l'arbre divin ou avec celui des autres humains. | | | | |
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| proximité | | | Dieu ne se montre pas, ne montre rien et même me cache à moi-même. Mais le crédule continuera à prier : « Montre-moi moi-même à moi-même » - « Me ipsum mihi indica ». | | | | |
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| proximité | | | Tout homme, consciemment ou non, voit quelque chose de merveilleux dans l'ordre du monde. Les nuances de ces pressentiments sont innombrables, et les termes exclusifs de croyant ou d'athée n'en désignent que deux extrémités, vides d'adeptes et de sens intéressant. « Entre Dieu est ou Dieu n'est pas, s'étend un champ immense, que traverse tout vrai sage » - Tchékhov - « Между «есть бог» и «нет бога» лежит громадное поле, которое проходит с большим трудом истинный мудрец » - seulement ce n'est pas un champ des existences à traverser, mais un chant de l'essence à composer. | | | | |
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| proximité | | | Pourquoi, en même temps que les idoles, s'enténèbrent, s'éclipsent ou même meurent les Dieux ? Parce qu'on désapprit à faire de beaux rêves en plein midi ; et les nuits et les crépuscules disparurent des cadrans humains. | | | | |
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| proximité | | | Tout paléontologue, tout physicien, tout constructeur d'ordinateurs, tout biologiste, tout cogniticien, s'il est honnête, devrait reconnaître que l'homme - avec son anatomie, sa métaphysique, son métabolisme, son esprit - est impossible. L'impossible, est-ce la définition même de l'œuvre de Dieu ? | | | | |
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| proximité | | | Dans trois sphères l'homme vit des débordements d'images, ne trouvant pas assez de justifications dans le réel : le bien, la souffrance, le rêve ; c'est, peut-être, l'origine principale de l'image de Dieu qu'il se forgea : l'amour, la consolation, le mystère. | | | | |
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| proximité | | | Je touche à la création, quand je me débarrasse des choses et fais un désert autour de ma plume ; je touche au Créateur, dès que la moindre chose terrestre, sauf le désert, s'intercale entre Lui et moi ; ne pas voir le Créateur dans le créé est de la myopie. | | | | |
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| proximité | | | Le lieu des sacrifices, c'est la hauteur, le lieu des autels et des gloires, comme la fidélité sied surtout aux profondeurs, aux lieux des défaites et des hontes. Mais les hommes perdirent ce sens des dimensions divines : « Les hommes, pour ces dieux, disposent leurs tisons non point sur des autels, mais dans des trous profonds » - J.Donne - « Men to such Gods, their sacrificing Coles, did not in Altars lay, but pits and holes ». Qu'il s'agisse de souterrains ou de femmes, trop de fenêtres et pas assez de murs laissent refroidir ma flamme. | | | | |
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| proximité | | | Que, pour toute émanation de la matière, le Créateur nous ait pourvu de capteurs est proprement prodigieux. « Que l'œil puisse s'être formé par la sélection naturelle, voilà une hypothèse absurde au plus haut point »* - Darwin - « To suppose that the eye could have been formed by natural selection, seems absurd in the highest degree ». Mais qui, de matière, de fonction et d'organe, fut le premier à mûrir dans le Dessein divin ? En tout cas, l'accord entre nos organes et la réalité est si total, tout en étant miraculeux, que l'Être et le Paraître seraient des synonymes. | | | | |
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| proximité | | | Pour juger une œuvre d'art, il serait illusoire de la mettre à côté d'un objet créé par Dieu, un arbre ou un papillon, et d'évaluer la distance qui l'en sépare. La création ex nihilo est inaccessible à l'homme ; dans le meilleur des cas, je me vouerai aux commencements, mais l'origine restera hors de ma portée. Trois mesures ascendantes sont à la disposition de mon œil : la géométrie (intelligence), la mécanique (raison), l'âme (mystère) ; et c'est mon regard, si j'en suis capable, qui me rendra humble et fier, face au génie divin. « Je suis dans le commencement, mais l'arbre, c'est Toi »** - Rilke - « Ich bin das Beginnende, du aber bist der Baum » - un commencement poétique aussi est un arbre, et s'il a assez d'inconnues, il pourrait s'unifier avec l'arbre divin. | | | | |
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| proximité | | | La Face de Dieu serait présente, où que vous vous tourniez. Mais c'est également l'ambition des polices secrètes et de la marketplace, bien que ce ne soit pas leurs faces, mais, respectivement, leur œil ou leurs dents qu'ils veulent faufiler, pour tempérer nos agissements. | | | | |
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| proximité | | | Il est trop facile de voir dans le Sauveur quelqu'un qui se soucie des lépreux et sauve de lapidation des pécheresses ; pour être plus vigilant, il faut savoir imaginer le Malin verser des mannes ou multiplier des poissons. « Nous doit aussi souvenir, que Satan a ses miracles » - Calvin. Avec Dieu, le Satan fait partie d'un même cirque, où le dompteur est toujours mieux vu que le prestidigitateur. Heureusement, il y a aussi des clowns, des clercs, pour ne pas prendre tout cela au sérieux. | | | | |
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| proximité | | | Les dieux eurent toujours un faible pour des sacrifices ou des actes de bravoure. Le Dieu du toit chuchote : « Comment me surmontes-tu ? », ou bien « À quoi renonces-tu pour moi ? - dit le Dieu du mur » (M.Jacob). Mais une contrainte passive est plus belle qu'une contrainte active, et le mur est plus haut que le toit. | | | | |
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| proximité | | | Que ce soit une chaise ou le Dieu Créateur, pour en parler nous passons par des concepts, dont la technicité est la même. Donc, dire que « les concepts créent les idoles de Dieu, le saisissement seul pressent quelque chose ou plutôt quelqu'un » - Grégoire de Nysse - c'est tout réduire à l'idolâtrie. Les bonnes prémonitions se recoupant étrangement avec les concepts, le Dieu paroxystique et le Dieu mécanique, l'image et la parole, sont une seule et même chose, ou idole. | | | | |
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| proximité | | | Selon les témoignages bibliques, le Dieu monothéiste aurait les narines, les oreilles, le tube digestif, les yeux, les pieds, les doigts ; Il s'accorde l'exclusivité en matière de vérités et de bontés, mais, au moins en paroles, se désintéresse de la beauté. Pourtant, Son œuvre en regorge ! Ceux qui croient Le connaître ne communiquent avec Lui qu'en esprit ; ceux qui ne croient pas en Son existence possède souvent une âme, le seul outil qui nous mette en contact avec le beau. Le vrai créateur est créateur de dieux cachottiers ou inexistants. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui mériterait le nom de divin, à part Dieu lui-même, vit dans ton âme, sans liens compréhensibles avec la raison, les noms, les connaissances, privé, donc, de réalité, de langage, de représentation. « À jamais - innommable, à jamais - inconnu, à jamais - irreprésenté, et cependant - vécu dans l'âme »*** - D.H.Lawrence - « Forever nameless, forever unknown, forever unrepresented, yet forever felt in the soul ». Les uns verront ainsi leur Dieu, les autres - leur meilleur soi. | | | | |
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| proximité | | | Inventer le jour, une fois créés les astres, devait être une tâche divine assez banale, mais inventer la nuit, avant même qu'on sache ce qu'elle est, mérite toute notre admiration. « Dieu est la nuit sans nuit, le jour sans jour, l'avant-regard » - Jabès - Dieu serait aussi non seulement dans l'axiome, mais aussi dans le théorème, dans l'après-vu ! | | | | |
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| proximité | | | La volonté du Créateur est double : pour mesurer le visible, le compas suffit ; pour sonder l'invisible, le géomètre doit céder sa place au poète. Malheureusement, ceux qui pensent avoir cerné la volonté divine ne maîtrisent ni l'algorithme du géomètre, ni le rythme du poète. | | | | |
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| proximité | | | Face à l'absence gênante de soutiens divins, on finit par ne plus Lui demander, qu'Il ne nous laisse pas tomber. La position couchée, préconisée par les plus solides de Ses lévites, est le plus à même d'apporter à cette prière - la louange, le désaveu ou le démenti. | | | | |
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| proximité | | | Les hommes ont tort de croire Dostoïevsky : comme quoi le Grand Inquisiteur laisserait recrucifier l'imprudent Jésus, redescendu sur Terre. Dans l'autre camp, ils sont encore plus bêtes : « Si Dieu existait, il faudrait Le supprimer » - Bakounine - « Если бы Бог существовал, то было бы необходимо Его уничтожить ». En gros, c'est ce que fait la démocratie : la liberté est cet infortuné bébé, qu'on jette avec l'eau du bain, ou, au moins, qui au lieu de devenir pur devient aseptisé ou stérile. Toute tyrannie commence par proclamation d'un nouveau Dieu, fier de sa boue ou de ses stigmates. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est hérité par le sot, inventé par le théologien, soupçonné par le scientifique - le parcours, le commencement, la fin. « Pour un croyant, Dieu est le premier pas de ses méditations, pour un savant - le dernier »* - Planck - « Für den gläubigen Menschen steht Gott am Anfang, für den Wissenschaftler am Ende aller seiner Überlegungen ». Soit Dieu agit dans la platitude ; soit Il veille dans la hauteur ; soit il se montre en profondeur. | | | | |
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| proximité | | | Le Seigneur est très incertain, quant à la puissance de Sa lumière, qui nous accueillerait dans l'au-delà : tant de ténèbres traversent le Jugement Dernier, et le Mahométan serait reçu par des vierges sans souillure - dans des ombres délicieuses. D'autre part, à quoi bon les yeux là où régnera le regard ? | | | | |
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| proximité | | | Rien de lisible chez moi n'émane de mon soi inconnu ; je ne fais que recevoir, par lui, de l'inspiration intelligible et vivre une aspiration sensible vers lui. Tant que je me sens porteur de ce mystère, je ne dirai pas que Dieu est mort. | | | | |
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| proximité | | | Perdre la sensation du lointain ou du proche infinis, c'est ainsi qu'on peut définir la mort de Dieu et/ou du soi inconnu, chez l'homme impie et robotisé. « Si tu te débarrasses de grands lointains, tout te sera également éloigné et également proche, dans un monde sans distances »** - Heidegger - « Durch das Beseitigen der grossen Entfernungen steht alles gleich fern und gleich nahe, ohne Abstand ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu est autant dans les opérations que dans les opérandes, et pour en apprécier des invariants et noyaux, c'est à dire la hauteur et la profondeur, on n'a pas besoin d'être un bon géomètre - un bon altimètre de l'âme ou une bonne sonde de l'esprit suffisent. Le chemin, qui mène à Dieu, est fait de métaphores et de théorèmes ; il est inaccessible aux non-poètes et aux non-mathématiciens. Et la mathématique ne serait que la poésie des idées logiques (Einstein : « die Mathematik ist die Lyrik der logischen Gedanken »). | | | | |
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| proximité | | | La pose d'hérésiarque est trop facile ; plus digne est d'agir en évangéliste. C'est pourquoi Nietzsche est, évidemment, largement supérieur à Cioran. Mais celui-ci, avec ses remèdes de cheval contre toute illusion, nous procure une des plus belles des illusions : celle de pouvoir se passer d'écurie et de harnais et de se contenter de ruades. | | | | |
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| proximité | | | Ils passent un marché avec Dieu, pour qu'Il ferme les yeux sur leurs sales affaires : dans le pensé, dans le dit, dans le fait. Partout y règne le marchandage. Et le Maître semble tenir l'économie en grand respect et même en assurer le Ministère. | | | | |
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| proximité | | | La fin de tout culte divin : s'apercevoir que son gardien, dès l'origine, fut un athée. | | | | |
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| proximité | | | Les dieux des hommes marchent, parlent, raisonnent ; les dieux des pies doivent voler, jacasser, être portés sur le larcin. | | | | |
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| proximité | | | Si au commencement divin était le Verbe (penser ou faire), au commencement humain devrait être l'adverbe, répondant aux questions de comment (peindre) et de pourquoi (chanter), « initiative imitative, un commencement relatif, qui est la réédition du commencement absolu » - Jankelevitch. Même si l'adverbe s'attache au Verbe, l'intensité de cette attache est affaire du sujet, c'est à dire du talent. | | | | |
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| proximité | | | L'entrepreneur ou l'ingénieur est certainement plus près du dessein de Dieu que le poète ou le fou. Question d'intérêt qu'on porte aux appels patents ou aux appels latents, retentis en amont ou en aval des oreilles. | | | | |
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| proximité | | | Dieu ne créa que le mouvement, mais les hommes Le prennent pour un agent de voirie - « que mes chemins soient droits ! » ou pour un chauffeur - « ralentis pour éloigner la destination finale » ou pour un gendarme - « comment peux-Tu tolérer ça ? ». | | | | |
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| proximité | | | Il paraît que le Seigneur, tout en répugnant à devenir chef de cuisine, chauffagiste ou lampiste, déambule au milieu des casseroles, chaudières ou lampes, préférant se faire bouillir, congeler ou électrocuter. L'Arbre de la connaissance y gagne en largeur, la Croix y perd en hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Le commencement, qui ne serait qu'une projection des fins ou le calcul à partir des moyens, ne peut être que profane ; le bon devrait résulter des contraintes divines : « Lorsqu'on installe le commencement à la façon d'une divinité, il est le salut de tout le reste »** - Platon. | | | | |
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| proximité | | | Je ne conçois qu'un Dieu de repos ; les bras révèrent le Dieu de repas et de repus, et la raison - Celui du trépas. | | | | |
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| proximité | | | L'égale présence divine dans la merveille des choses, dans la vision que l'homme en a, dans le mécanisme des yeux. Mais, pour comprendre le dessein de Dieu, il faut se demander : quel savoir et quelle jouissance sont possibles sans recours aux yeux ? Et l'on constate que la seule science, pouvant se passer d'yeux, est la mathématique et la seule émotion, invitant même à fermer les yeux, réside dans la caresse. Aux commencements étaient le nombre et la caresse. | | | | |
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| proximité | | | De la géométrie divine : au sommet du vivant, Dieu créa la raison humaine, pour qu'elle scrute Ses solutions-horizons. Ensuite, une troisième dimension surgit : Dieu crée l'esprit, pour explorer la profondeur de Ses problèmes, et l'âme - pour s'émouvoir de la hauteur de Ses mystères. Mais il est possible, qu'il existe non seulement un sur-homme, mais aussi un sur-Dieu, pour qui la création de cet espace humain fut un seul et même acte. | | | | |
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| proximité | | | Dans l'évolution de ces cadeaux divins, esprit et âme, l'homme imita Dieu, en créant le langage, qui comble l'esprit, et en devenant sensible à la musique, ce qui ravit l'âme. | | | | |
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| proximité | | | Une bonne gymnastique, pour entretenir ta liberté : avoir le culot de dire non à Dieu et oui aux hommes. C'est tout ce qu'attendent les inquisiteurs des hommes ! Le poète hérétique dit oui à Dieu et non aux hommes ! Mais le vrai poète est homme de foi. | | | | |
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| proximité | | | Je ne comprends pas pourquoi on refuse au Seigneur toute division et toute ténèbre ; pourtant, tout Verbe est division comme toute création. Quant aux ténèbres, il fut un temps, où il fallait craindre la nuit, aujourd'hui, c'est le jour qui effraie davantage. | | | | |
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| proximité | | | Ils pensent rencontrer Dieu en montant sur l'échelle de la grandeur (Anselme) ou de la perfection (Descartes) ; une meilleure chance ne consisterait-elle pas à se rendre compte qu'en les montant ou en les descendant on tombe, partout, sur le même degré d'émerveillement ? | | | | |
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| proximité | | | Pour les mystiques (Boehme, Berdiaev), l'homme est l'image, la vie et l'être du Dieu immotivé. Mais l'homme est de plus en plus envahi par les motifs des hommes : au mystère de l'image il préfère la solution par reproduction, à la vie - la mécanique, à l'être - l'avoir. | | | | |
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| proximité | | | Accepter la vacuité de Dieu est un geste d'esprit aussi noble que le regard, que ton âme jette dans le trop-plein de Dieu, qui, en retour, illumine ton vide. | | | | |
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| proximité | | | L'homme chercha toujours à ressembler à Dieu, qu'Il soit barbu, couronné ou ailé : avec le temps, le sage hirsute céda la place au contrit tondu, avant de se vouer au spirituel bien coiffé – on calcule plus qu'on n'aime ou qu'on ne réfléchisse. L'Esprit Saint, jadis prompt en Visitations nocturnes et ami des volatiles, s'exhibe en plein jour, auréolé de calculs, et en s'acoquinant avec des reptiles. | | | | |
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| proximité | | | Le nom que je voudrais donner au monde idéal - la soif inassouvie de Dieu. Le nom promis par mon époque - la Satiété Générale. Le monde sans fin calmante, le monde sans faim alarmante. | | | | |
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| proximité | | | La meilleure des théodicées : qu'on cherche l'esprit au-dedans ou au-dehors, on produit les mêmes images. | | | | |
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| proximité | | | L’intuition du divin et la consolation humaine – leurs rôles ressemblent beaucoup : l’esprit, avec de bonnes raisons, proclame la mort de Dieu et la nature illusoire de toute consolation dans le réel ; mais l’âme aspire au grand Inexistant et s’enivre d’une consolation désincarnée, atemporelle, atopique. | | | | |
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| proximité | | | Mon soi inconnu est un messager de Dieu, sensé me rappeler la présence des sens divins dans mon inconscience ; il adresse sa lumière à mon soi connu, qui en projette des ombres sur ma conscience. | | | | |
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| proximité | | | À ma triade d'athée et d'amateur : créateur - outil - œuvre, correspond la trinité biblique : Dieu - lumière - illuminé, ou le savant triptyque grec : logos - être - étant. C'est pourquoi je me sens concerné, lorsqu'ils parlent de chute de l'être ou de vacillement de lumière, bien que je préfère parler de montée vers le créateur, maître des ombres. | | | | |
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| proximité | | | La puissance, la connaissance, l'amour sont des attributs anthropologiques ; Dieu n'est envisageable qu'en tant que Créateur, sans le moindre attribut (comme l'être), contrairement au néant, qui est déjà dans la représentation, avec sa notion d'existence, inapplicable ni à Dieu ni à l'être ontologiques, à ne pas confondre avec leurs homologues représentationnels. On connaît donc le néant mieux que Dieu et l'être. | | | | |
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| proximité | | | J'ai de la sympathie pour ce crucifié oublié, Manès, nous divisant en néophytes et parfaits (et que Socrate unifiait en parfaits initiés !). Mais contrairement à la Gnose, je préfère l'émotion théiste du néophyte, reconnaissant le Dieu créateur, au savoir athée du parfait, en contact avec Dieu le Vrai. | | | | |
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| proximité | | | L'une des métaphores les plus immédiates de l'Ouvert humain est le Ciel, vu comme la limite de la Terre (en plus, ils seraient créés au même moment par l'Ensembliste universel !). Je deviens un Ouvert le jour, où à l'appel de l'horizon je préférerai l'élan vers le firmament. | | | | |
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| proximité | | | Faire d'un Fermé humain un Ouvert divin, c'est à dire dessiner des limites, qui ne nous appartiennent pas, mais qui nous appellent et nous interpellent, c'est créer du sacré. Tout sacré est une création humaine, qui nous tourne vers l'inaccessible extatique. | | | | |
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| proximité | | | Mon soi connu, c'est mon temps, mon corps, mes fraternités ; mais on ne s'approche de Dieu qu'en se détachant du temporel, du corporel, du multiple (Maître Eckhart) ; ce Dieu ressemblerait à Âtman védantique ou à mon soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | L'immobilité se justifie mieux que l'agitation, puisque le monde est plein de signes de Dieu, tandis qu'on n'en aperçut jamais le moindre signal. | | | | |
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| proximité | | | Comment on vide mal le ciel : le matérialiste, qui y loge le hasard ; le prêtre, qui y met un barbu, un illuminé ou un vagabond ; un philosophe, qui en expulse les fantômes, pour y laisser des syllogismes. Le bon vide est celui où résonne la musique harmonieuse et divine de l'inexistant. | | | | |
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| proximité | | | Trois sortes d'appel à Dieu : des demandes, des quêtes, des prières. On demande des solutions, on est en quête de problèmes, on prie pour que le mystère persiste – le pouvoir, le savoir, le vouloir – et ces trois voix sont incompatibles. | | | | |
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| proximité | | | Aucune trace de Dieu dans la réalité matérielle, spatio-temporelle. Dans la sphère spirituelle, l'idée de Dieu surgit, appuyée par l'intelligence et la sensibilité, mais on ne peut la placer qu'à une telle hauteur, à laquelle Dieu ne peut qu'être invisible, inaccessible, indéductible et donc – inexistant. Comme Ses mystères – le Bien, l'amour, la noblesse, la beauté, dont on ne peut que rêver. | | | | |
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| proximité | | | Quel sens donner à la prière ? - Dieu, c'est mon âme, et mon âme n'est ni la chose désirée ni le désir même, elle est l'étonnement, l'admiration, la vibration, l'extase, bref - la musique. Prier, c'est donc tenter de lire des partitions divines ou de créer mes propres partitions, si un don divin m'est octroyé. Ce don se manifeste par la voix intelligible de mon soi inconnu et seulement sensible. Souviens-toi, que prier, en hébreu, veut dire juger son propre soi. | | | | |
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| proximité | | | Quand je ne demande pas assez à Dieu, Celui-ci refuse la requête et la renvoie au diable, qui aura pitié de moi. Mais en demandant trop à Dieu, je me trompe d'adresse ou de hauteur, et alors, le diable intercepte ma demande et me fait honte. | | | | |
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| proximité | | | Trois niveaux de l'expérience de l'absence de Dieu : la banale – le constat, que, depuis que la vie existe, Dieu n'est jamais intervenu dans les affaires des hommes ; la philosophique – la compréhension, que la nature est néanmoins divine ; la poétique – la redécouverte ou la création du sacré dans les sentiments et les pensées des hommes. | | | | |
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| proximité | | | Le bon Chrétien devrait être humble non pas parce qu'il serait indigne de la grandeur de Dieu, mais parce que la grandeur, c'est à dire la force, est indigne. | | | | |
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| proximité | | | Plus ma descente vers le point zéro des idées prend l'allure d'une chute, plus de chances aura mon mot à se retrouver en hauteur ; le bon Dieu créa ce beau réflexe, qui me fait pousser des ailes, lorsque je perds le contact avec le terre-à-terre. Et la hauteur, c'est la sensation des ailes, même au fond d'un puits. | | | | |
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| proximité | | | Face au besoin de sursauts et à l'incroyance galopante, la sacralité, sereinement, se passe désormais de Dieu. Le saint, c'est à dire un fou de Dieu, fut celui qui, dans le combat contre les démons, croyait le salut possible. Sans malins ni anges, on diabolise des comptables distraits et se gargarise de ses triomphes budgétaires. | | | | |
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| proximité | | | La grâce catholique ou orthodoxe se lit dans la création humaine ; la grâce protestante accompagne le caprice divin. Et puisque plus haute est la grâce, plus basse est la pesanteur, les protestants, si souvent, présentent une rare lourdeur. Mais les protestants ont raison de se moquer de nos actions comme stimulateurs de grâces divines : nous serions si misérables, si seules nos actions exprimaient ce que nous valons. Et non pas la libre grâce de Dieu ou de notre création ; la grâce suit nos âmes et non pas nos bras. | | | | |
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| proximité | | | L'être, c'est à dire le dessein divin dans l'homme, c'est le regard dans le vu, la liberté dans l'action, le don dans le donné, source et donation du sens. | | | | |
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| proximité | | | Seul un esprit fort est capable de vénérer le mystère divin du vivant, pour embrasser, éventuellement, une foi en Créateur inconnu ; l'esprit faible se vautre dans l'incertitude des problèmes humains, pour épouser une foi superstitieuse en un Dieu connu. Chez celui-ci, « tous les vices ne viennent que de l'incertitude et de la faiblesse » - Descartes ; chez celui-là, ce sont les sources de ses vertus. | | | | |
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| proximité | | | Dieu, c'est l'affaire d'homme, tandis que le diable serait l'homme d'affaires de Dieu. Mais aujourd'hui Dieu est vénéré tel homme d'affaires. | | | | |
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| proximité | | | Pour les uns Dieu fut un surveillant, et pour les autres – un collègue. Sa mort, pour les premiers, signifia, que tout se valût, noblesse et bassesse, bêtise et intelligence, bruit et musique, et pour les seconds – que leur propre exigence redoublât, face à leur création, désormais ne pouvant plus se remettre à une grâce céleste. La mort de Dieu clarifia nos appartenances claniques – au troupeau ou à la solitude. | | | | |
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| proximité | | | Servir ensemble et Dieu et le diable fut toujours une banalité. Servir, c'est agir, et toute action te mène tout droit vers le diable. L'action, ce sont des empreintes, et Dieu n'aime que mouvements sans traces. | | | | |
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| proximité | | | Au lieu de cette bêtise : tu es responsable devant les hommes, puisque tu es libre, il faut se dire : tu es libre, puisque tu es responsable devant Dieu. | | | | |
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| proximité | | | On déshonore Dieu, en le traquant dans les écrits ou les temples ; on L'honore, en vénérant Ses étoiles et Ses fleurs. | | | | |
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| proximité | | | Être croyant, c'est reconnaître et vénérer la miraculeuse harmonie du monde ; la hauteur est l'autel, invisible et même inexistant, vers lequel se tourne mon regard, c'est à dire mes prières. « Seul le firmament est dieu ; Zeus ? - il n'existe même pas » - Socrate. Le disciple de la Grèce fut, en même temps, un disciple du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Rien de sacré n'a jamais été remarqué dans le réel ; le sacré est réservé au domaine des fantasmes. Même le Pater Noster ne demande pas de sanctifier Dieu lui-même, mais seulement son nom. D'ailleurs, son ciel devrait se lire – hauteur : Dieu ne nous apparaît que si notre regard monte à la verticale, de la profondeur de la Terre au plus haut des cieux. Et puisque tout regard finit par retomber, en même temps que nos ailes, tout sacré est périssable. | | | | |
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| proximité | | | Ceux qui pensaient, que Dieu marchait toujours en ligne droite, ne pouvaient pas encore savoir, que la pesanteur doit dévier la lumière et la grâce peut dispenser de continuité et bénir le pointillé. La pesanteur, c'est une loi lisible ; la grâce est Loi invisible. St-Paul les distingua bien dans Agar et Sara, dans une liberté en chair, d'un esprit fortuit, et un esclavage cher, de l'Esprit gratuit. | | | | |
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| proximité | | | Dieu ne se soucierait que de ceux qui Lui ressemblent. Pourquoi s'étonner alors qu'Il abandonne l'homme de la Croix ? Ce Dieu, apparemment sabreur à ses débuts, est aujourd'hui, de son métier, manager ou comptable. Mais ce n'est rien, comparé avec ce qu'Il sera demain - un Dieu-machine : deus ex machina devenant deus in machina. | | | | |
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| proximité | | | Plus que ma propre pose, la hauteur est la position de mon interlocuteur anonyme idéal, puisque la communication avec l'ampleur démocratique ou avec la profondeur scientifique dégénère rapidement en démagogie ou en technologie, tandis que je me sens plus près de la théologie. D'ailleurs, l'idée d'inventer Dieu et ses anges, pour peupler ma hauteur désertique, est un bon stratagème rhétorique. | | | | |
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| proximité | | | Ils pensent, en effet, que Dieu ne fait qu'écouter, observer, toucher. Ils ne L'imaginent pas en train de lire. Écrire, serait-ce donc ne pas espérer un écho ? Une raison de plus pour se saisir de plume. « Écrire pour soi, c'est ainsi qu'on arrive aux autres » - Ionesco. | | | | |
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| proximité | | | Il faut reconnaître, que l'esclave, ou le serviteur de Dieu, a plus besoin de sacré que l'homme libre. « Voulant rendre les hommes libres, il les rend sacrilèges »** - St-Augustin - « Dum vult facere liberos, fecit sacrileges ». | | | | |
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| proximité | | | Tant qu'une idole - Dieu, le salut, l'immortalité, le sens de la vie - se tenait debout, l'image consolante d'un progrès, d'un rapprochement, d'une victoire te permettait de t'accrocher au mouvement ou à la route. Mais une fois que l'inéluctable se produisit, et ton idole gît en ruines, la question la plus vitale, aux crépuscules de la vie, devient : que mettre à sa place ? Plusieurs solutions, également éphémères : proclamer ton soi inconnu en tant qu'un nouveau Dieu, t'étourdir dans le culte d'une création ou te griser dans le vertige d'une intensité. Et te rendre compte, que cultiver ton jardin ou éduquer tes élèves relève de la même anesthésiante niaiserie. | | | | |
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| proximité | | | L'Hindou regarde avec les mêmes yeux et Dieu et la vache. Toutefois, dans la vue, il y a l'œil (moi), la chose vue (l'autre) et le regard (Dieu) ; il suffit de s'y accommoder, pour ne devenir que regard, même devant une vache non sacrée. | | | | |
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| proximité | | | La consolation n'est pas dans la conscience réelle que Dieu se soucie de nos misères terrestres, mais dans celle, éphémère, que notre participation à l’œuvre du beau ou du bon justifie ou soulage nos angoisses célestes. | | | | |
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| proximité | | | Imagine que tout le baratin biblique est définitivement expurgé de toute trace de surnaturel. Quels nouveaux dieux, quels nouveaux miracles, quelle nouvelle théodicée se fabriquerait l'homme moderne ? En termes de champ, de polarité, d'antimatière… Quelle chance que nos dieux furent concoctés par des sauvages ! Tant de poètes, de musiciens et de peintres y répondirent. Aujourd'hui, les seules réactions viendraient des laboratoires d'astrophysique. | | | | |
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| proximité | | | La splendeur, telle serait la finalité commune de la Création divine et de la création humaine – la splendeur du réel et la splendeur du simulacre – le vrai exhibant, en passant, le beau, le beau enfantant du vrai inespéré. | | | | |
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| proximité | | | Il ne suffit pas de parler devant Dieu ; encore faut-il qu'on parle à soi-même, comme Hamlet, comme Pascal, comme Valéry. Et c'est ce qui manque à Cioran, qui se tourne tout le temps vers les autres, tout en se lamentant d’être obligé de s’adresser aux mortels. Même le destinataire de Nietzsche, le surhomme, n'est qu'une seule facette de soi, portant la puissance et méprisant la faiblesse. Mais ce qui est vulnérable en nous est plus noble. | | | | |
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| proximité | | | La hauteur est une affaire exclusive de l'homme créateur ; aucun mystère, ni Dieu ni le destin, ne la préfigurent, elle est la prérogative du soi connu, de sa force. Le soi inconnu, le mystique, l'intouchable et le divin, tapit nos profondeurs et fonde nos croyances : « Le soi, invisible, touchant, dans sa profondeur, Dieu – voici la foi » - Kierkegaard. | | | | |
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| proximité | | | Aux angles de vue sur les commencements divins dans le vivant - au langagier (le Verbe) et à l'organique (la Caresse) – on peut ajouter le mécanique : l'apprentissage (filtrage d'expériences), la formation d'algorithmes (scénarios d'exécution), le passage de la première étape à la seconde, la partie la plus énigmatique, sur-rationnelle, magique, mais visiblement implémentée jusque dans les roses et les moustiques. | | | | |
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| proximité | | | La musique, et non pas la vérité, nous conduit à Dieu. Je soupçonne, que la vérité de Dieu est dans la musique. Et si l'on s'égare aujourd'hui, c'est que tous les chemins en sont dépourvus et ne sont tracés que par la vérité des hommes. | | | | |
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| proximité | | | Mieux on comprend le comment du monde, mieux on sent la présence du Qui. « Pour la hauteur, peu importe comment le monde est. Dieu ne se révèle point dans le monde » - Wittgenstein - « Wie die Welt ist, ist für das Höhere vollkommen gleichgültig. Gott offenbart sich nicht in der Welt » - Dieu est dans la possibilité de la hauteur, pour toute parcelle du monde. Le bon pape Benoît XVI, en citant Wittgenstein, tricha : « Dieu se révèle 'dans' le monde » - « Gott offenbart sich 'in' der Welt ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un admirable cachottier : non seulement il munit l'homme d'un esprit, formulant des problèmes et inventant des solutions, mais Il imagina la transformation de cet esprit en âme, moyennant une ascension à une hauteur, où règnent des mystères. | | | | |
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| proximité | | | La culture se traduit par le respect ou l'intérêt que l'on porte à l'inexistant, par exemple – à Dieu. L'inculture actuelle enterra tant de beaux rêves, en compagnie des folies, des superstitions et des errances. | | | | |
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| proximité | | | Nous sommes tous bornés ; à qui les bornes les plus significatives appartiennent-elles (à moi-même, aux autres, à Dieu) ? - là est la question. Comment j'y converge ? Avec quelle intensité ? Je suis vraiment un Ouvert, quand je suis maître de mon approche de mes limites divines, intouchables. | | | | |
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| proximité | | | Si Dieu est un Verbe, quelle serait la place lexicale de l'homme ? J'ai beau pencher du côté d'un pronom personnel, d'un déterminant, d'une négation, il semblerait, que cette place fût beaucoup plus modeste ; « L'homme doit être ad-verbe, être près du Verbe » - Maître Eckhart - « Der Mensch soll, beim Wort ein „Beiwort“ sein ». On préfère généralement des particules de subordination ou des pronoms possessifs, pour amadouer l'Analyseur pragmatique. | | | | |
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| proximité | | | Le mathématicien est particulièrement sensible au sacré, puisque les objets de ses réflexions n'existent pas dans la réalité ; il se trouve dans l'état, dans lequel devait être plongé le Créateur, avant que la première définition ne fuse de Son Verbe. | | | | |
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| proximité | | | La vie, c'est la recherche de chemins : vers le savoir, la survie, la création, le plaisir. Et le bon Dieu se contenta de définir un méta-chemin, la logique, et de spécifier les objets de nos désirs, toujours à la manière d'un mathématicien ou d'un rêveur. | | | | |
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| proximité | | | Impossible de douter d'un dessein divin, en admirant l'invraisemblable rose : « La rose est sans pourquoi » - Angélus - « Die Ros' ist ohn' Warum ». Elle fait entrevoir le goût du Dieu artiste : « La rose, la vraie, serait-elle l'apothéose d'un Dieu qu'on ne verra jamais » - Borgès - « La rosa verdadera puede ser el júbilo de un dios que no veremos ». Ou du Dieu souffrant : « La rose, dans laquelle le Verbe divin se fit chair » - Dante - « La rosa in che il verbo divino carne si fece ». | | | | |
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| proximité | | | Même sans Dieu, ils continuent, présomptueusement, à chercher le salut, au lieu de ne créer, humblement, que des consolations, face à un tel vide terrifiant. Le carillon trompeur des commencements, vers un Dieu inconnu, plutôt que le glas certain des fins certaines, qu'un Dieu connu te prépara. | | | | |
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| proximité | | | Comment se débarrasser de la hantise des profondeurs, pour n'en garder que le vertige ? - en vidant la mer (ce qui, pour Nietzsche, équivaut la mort de Dieu), ce qui classe parmi l'inconnu ce qui eut la prétention d'être inconnaissable ; les gouffres dénudés nous rendent plus honnêtes que la face faussement prometteuse ou mystérieuse (et que Valéry appellerait toit tranquille cachant l'altitude) ; ainsi, la hauteur sera la seule issue vers l'inaccessible, vers le rêve. « La terre, déçue par la profondeur, préserve les germes de la hauteur »** - Ovide - « Tellus seducta ab alto retinebat semina caeli ». | | | | |
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| proximité | | | Ce ne sont jamais les mêmes fibres qui vibrent devant la beauté incréée de la nature ou devant la beauté créée par la culture. Aucune trace du pinceau ou du Verbe du Créateur, dans le premier cas ; une perfection muette, devant laquelle l'esprit devient âme. Dans le second cas, l'âme s'émeut de la voix d'une âme sœur ; l'âme devient écho d'une musique, que l'esprit interprète. | | | | |
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| proximité | | | Le miracle de la rétine, le miracle de la circonvolution, le miracle de la communication entre elles – aucun paléontologue, aucun évolutionniste, aucun biologiste ne peut ébranler ma sensation de divinité de l'Opticien et de l'Ordonnateur. | | | | |
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| proximité | | | La vraie humilité apporte la sensation d'une vraie hauteur, celle que fréquentent sinon le bon Dieu, au moins ses anges, elle est l'art de s'abaisser sans descendre. « Dieu n'est pas affaire de théologie, ni de philosophie, ni de savoir, ni de hauteur, mais peut-être d'humilité » - Kierkegaard. Se cacher en profondeur est son autre refuge, où elle est racine de tant d'arbres divins. Rester invisible des hommes, dans les souterrains, et être berceau du regard profond sur la hauteur. | | | | |
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| proximité | | | L'imposture de notre soi connu, avec ses solutions, qui se substitueraient au mystère de notre soi inconnu, est du même ordre que celle de St-Paul, démystifiant, dévoilant le Dieu inconnu devant l'Aréopage. | | | | |
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| proximité | | | L'esprit profond voit le Concepteur et le Penseur ; l'âme haute sent le Créateur et le Consolateur ; mais la raison plate ne fait qu'exécuter, machinalement, des algorithmes, elle n'a plus besoin ni d'esprit ni d'âme. Et puisqu'on vit la dictature de la raison, Dieu est proclamé mort. | | | | |
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| proximité | | | Mettre sur un même plan l'instrument et la fonction – la grammaire et la métaphore, la logique et la pensée, les doigts et la caresse – c'est un anachronisme : le Créateur imagina le sujet, avant de songer aux objets, y compris les instruments. | | | | |
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| proximité | | | C'est une entreprise vaine du poème que de défier l'immortalité ou la souveraineté divines et de croire peser plus que l'airain. L'airain se fait creux, sous le suffrage de l'espace ; la souveraineté est soumise aux droits des dieux, ce suffrage dans le temps. | | | | |
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| proximité | | | Ton soi connu mesure les distances, ton soi inconnu crée les proximités. La mesure rassure, la création émeut. « La proximité n'est pas un état, un repos, mais une inquiétude, un non-lieu » - Levinas. La vraie proximité est divine ; on ignore la source et la finalité de son attirance. | | | | |
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| proximité | | | Au commencement humain était certainement la caresse, dédiée à l'épiderme, à la frontière, mais les Commencements divins sont quelque part dans les profondeurs de l'intelligence et dans les hauteurs de la noblesse. « Tu fus plus profond que mes profondeurs et plus haut que mes hauteurs » - St-Augustin - « Eras interior intimo meo et superior summo meo ». | | | | |
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| proximité | | | Je ne sais pas si Dieu ou mon soi inconnu ont un esprit ; ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont pas de visage ; et c'est ce qui les rend parfaits destinataires de mon écrit, car au lieu des affirmations, il parlera requêtes – arbres ouverts à l'unification suprême. « La question du penseur est la question de l'élève » - Levinas. | | | | |
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| proximité | | | J'ai des frontières humaines et des frontières divines ; ces dernières ne m'appartiennent pas et font de moi un Ouvert. Les philosophes y voient de faux paradoxes : « L'individu n'a qu'en lui la fin, vers laquelle il doit tendre, et pourtant il a cette fin en dehors de lui, puisqu'il y tend » - Kierkegaard. | | | | |
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| proximité | | | Parmi les spectacles de la vie, je reconnais le dramaturge divin par une présence implacable d'un souffleur, se moquant de mes récitations et se solidarisant de mes improvisations. | | | | |
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| proximité | | | Par sa croyance en miracles surnaturels, le bouseux voit un Dieu, vengeur et clownesque, surveillant nos péchés ; le sage, en réfléchissant sur les miracles naturels, imagine un Dieu, miséricordieux et artiste, éveillant nos vertus. | | | | |
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| proximité | | | Ma foi en Créateur ne peut prétendre à une dignité que si je reconnais humblement ne L'avoir jamais perçu ni par mes sens ni par mon intelligence. Par ailleurs, le bonheur a les mêmes raisons d'être : il n'est vrai que lorsque je ne le vois pas. | | | | |
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| proximité | | | À quel moment le Créateur songea au Bon et au Beau ? Ou à leur dénominateur commun qu'est la Caresse ? Avant ou après avoir établi l'Intelligence du Vrai ? Le Verbe ou l'Action sont déjà des manifestations de l'intelligence. « La première chose, créée par Dieu, est l'intelligence » - le Coran. | | | | |
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| proximité | | | Aucune intuition ne peut nous fournir la moindre image de la force divine, à l'origine de la vie. Mais la création artistique a certainement plus d'homologies avec la Création que la science, car le beau et le bien sont plus viscéralement chevillés à la vie que la vérité et le savoir. | | | | |
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| proximité | | | Visiblement, Dieu s'exclut du domaine de l'action (où règne la liberté, vraie et vulgaire, celle du muscle et du calcul), pour n'habiter que celui du Bien (dont seul le cœur est le réceptacle et l'interprète libre) et pour consacrer l'homme à celui du Beau (que l'âme libre peuple de ses images divines). Dieu est cette triple liberté. | | | | |
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| proximité | | | Ne profane pas ton esprit avec ce qui existe - « Comment vivre sans inconnu devant soi ? » - R.Char. On pense, que même l'action devrait se vouer aux fantômes : « La justice n'existe pas, c'est pourquoi il faut la faire » - Alain. Seuls ceux qui acceptent le pari risqué socratique ou pascalien, ont le droit d'aimer Dieu, qui, probablement, n'existe pas. | | | | |
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| proximité | | | Les regards, dont je parle, ne sont pas mes regards ; je me sens regardé, ce qui me métamorphose ; je deviens théâtral, bien que ce soit par une serrure et non point de la loge royale, que le Spectateur m'épie. La pantomime devient mon art. Ce n'est pas du « courage de l'aigle qu'aucun Dieu ne regarde » - Nietzsche - « Adler-Mut, dem kein Gott mehr zusieht », mais de l'angoisse de la chauve-souris, dans sa Caverne soudainement animée, où elle prendrait ses parois pour un bon miroir : « Je me sens regardé, ce qui est le sens second et plus profond du narcissisme » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| proximité | | | Soit je m'adresse à mes semblables, et ma voix devient humble et ferme, soit je n'ai qu'un seul destinataire, Dieu, et ma voix doit être tremblante et fière. Montaigne, qui ne s'adresse qu'à son entourage et ignore l'écoute divine, a, dans son audience, raison : « C'est faire le sot, que parler toujours bandé ». | | | | |
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| proximité | | | Que perd-on dans la projection d'un objet 3D sur un plan, sur une platitude donc ? - la profondeur et la hauteur ! Que perd le Dieu, au moins quadri-dimensionnel, en Se projetant sur notre univers 3D ? - Sa divinité, ce qui reste lisible n'étant que de la religion, plutôt plate. | | | | |
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| proximité | | | L'activisme actuel du diable étouffe toute présence de Dieu. Et dire que c'était de l'oisiveté de Dieu que naissait le diable lui-même (Nietzsche). | | | | |
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| proximité | | | Aimer son soi inconnu, sans le connaître, comme aimer Dieu sans Dieu, sont de bonnes définitions d'un philosophe ou d'un agnostique. | | | | |
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| proximité | | | Y a-t-il, dans le monde, quelque chose qui ne serait pas de nature divine ? Alors, si l'étude de la nature de Dieu lui-même a pour but l'admiration et non pas la connaissance, on devrait savoir tout admirer. Ce qui différencie Dieu de son œuvre ou de Ses créatures, c'est que Sa nature et Son artifice sont également divins. | | | | |
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| proximité | | | Dieu créa des joyaux, l'homme ne crée que des écrins. « La beauté et l'infini veulent n'être admirés que dévêtus » - Hugo – comme le visage humain ou sa source - la face de Dieu. Le beau de la création humaine doit son attrait au drapé du mot, au pli du son, à la bigarrure du pinceau. | | | | |
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| proximité | | | Pour se tourner vers nos origines divines, le cœur entend la voix du Bien, l'âme entend la musique du beau, l'esprit entend les cadences du vrai, et l'on s'adresse au Créateur, respectivement, en langage des mystères, des problèmes ou des solutions. | | | | |
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| proximité | | | On sait tout du comment de la création humaine, on ne sait rien de celui de la Création divine. On ne peut mettre du mystère que dans le pourquoi ; tandis que la beauté du Mystère divin est sans pourquoi. | | | | |
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| proximité | | | Les hommes valent par la qualité de leurs inexistants vitaux : les primitifs n'y placent qu'un seul objet – Dieu, et les délicats le peuplent de rêves aussi éphémères mais plus consolants. L'homme recherche « des choses absentes les secours qu’il n’obtient pas des présentes » - Pascal. | | | | |
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| proximité | | | Dieu, protège-moi de ces deux terribles certitudes, que je ne supporterais pas : que Tu es ou que tu n'es pas ! | | | | |
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| proximité | | | Dieu est omniprésent : dans l'objet matériel (la réalité), dans ma main qui s'en saisit (le moyen), dans la fonction d'appropriation (le but), dans mon choix d'objets à saisir (la contrainte), dans ma création d'objets (le commencement). Omniprésent pour le regard, absent – pour les yeux. Et tout miracle organique s'éteint dans la débâcle mécanique : les robots proclament mort ce Dieu invisible et visiblement inexistant. | | | | |
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| proximité | | | Devant l'œuvre du Créateur : mon âme reconnaissante et ma raison pardonnante. | | | | |
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| proximité | | | Seul un Créateur génial aurait pu imaginer cette époustouflante coordination entre les organes du vivant et les signaux qu'ils reçoivent de la matière ! Notre sens du beau, réagissant à la beauté incarnée des choses, en est l'exemple le plus éblouissant ! La bêtise des platoniciens (les Formes, indépendantes de l'homme, préexistent) et des phénoménologues (l'homme ne découvre la beauté qu'au contact avec le beau). | | | | |
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| proximité | | | Notre vie se projette sur deux plans – le mécanique et le divin : l'efficacité ou le Bien, la norme ou la loi, l'utile ou le beau, la solution ou le mystère, l'ampleur ou la hauteur, la production ou la création, l'événement ou l'invariant, l'inertie ou le commencement. Le triomphe de la mécanique fut appelé mort de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n'a pas de limites ; Il est dans l'existence même de limites : pour la matière, pour mon rêve, pour la voix du Bien, pour l'émotion du beau, pour la puissance du vrai. | | | | |
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| proximité | | | Tant d'incantations sur le Dieu-Bonté ou le Dieu-Vérité, c'est à dire sur un inexistant merveilleux ou sur un existant fade, tandis que c'est au Dieu-Beauté qu'un artiste devrait adresser ses prières et ses discours. Parler devant le Bon engendre du faux ; parler devant le Vrai conduit à l'ennui ; il faut parler devant le Beau, ressenti comme Dieu. D'après La Bruyère, Aristote l'aurait compris, en confondant les noms d'Euphraste (beau discours) et de Théophraste (discours divin). | | | | |
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| proximité | | | Quand ce, que l'esprit conçoit comme infiniment lointain, l'âme perçoit comme infiniment proche, il y a de bonnes chances qu'on soit en présence du divin ; mais les deux avis sont indispensables. « Ne suis-je Dieu que dans la proximité ? Ne le suis-je pas aussi celui du lointain ? » - la Bible. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n'émet pas de lumière, ne se manifeste pas par ses ombres. Et Nietzsche : « Quand toutes ces ombres de Dieu cesseront-elles de nous obscurcir ? » - « Wann werden uns alle diese Schatten Gottes nicht mehr verdunkeln ? » - finira par comprendre, que ce n'est pas la vue mais la caresse qui révèle le C(c)réateur, et la caresse est ressentie surtout dans les ténèbres – mystiques, érotiques, artistiques. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n'est certainement pas une lumière, il est plutôt les ténèbres mêmes, inentamées et inscrutables ; toute lumière est dans ton esprit. Mais la propager est futile, puisqu'elle est la même dans toutes les têtes. Il te restent les ombres de ton âme, que tu chercheras à rapprocher des ombres divines, pour clore le cycle de la création. | | | | |
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| proximité | | | Le mûrissement en sagesses et en extases : le sacré se détache de Jérusalem et s'attache à Athènes. Où un dieu clame son existence, raisonne la routine du troupeau ; là, où le Dieu inexistant anime les esprits et élève les âmes, résonne la voix de l'homme, créateur et fraternel. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu miséricordieux et ironique apprécie la fidélité parmi les ruines et le sacrifice de l'édifice achevé. Les dieux vengeurs claironnent leur préférence pour la justice ou l'équité. | | | | |
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| proximité | | | Le cœur et l'âme peuvent vivre le mystère, ils ne peuvent pas le comprendre. Seul l'esprit en est capable. Pourtant, pour adhérer au plus grand des mystères, à Dieu, le croyant exclut l'esprit et ne compte que sur l'âme. Celui qui est le plus près de Dieu est peut-être l'incroyant, dont l'esprit émerveillé scrute son âme et y découvre un mystère à la hauteur de l'univers tout entier. Plus que paisible amour du bon ou irrépressible désir du vrai, Dieu est reconnaissance exaltée du beau. | | | | |
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| proximité | | | La prière, c'est l'étincelle d'une lumière sans retour, l'étincelle, qui possède le don d'approfondir le regard, quand il est suffisamment embué. « Mon unique prière appelle l'approfondissement ; lui seul peut me conduire de nouveau vers Dieu » - Morgenstern - « Mein einziges Gebet ist das um Vertiefung. Durch sie allein kann ich wieder zu Gott gelangen ». En hauteur, il n'y a que des idoles, dont se repaît le poète et s'inspire le philosophe. | | | | |
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| proximité | | | En écrivant, je m'adresse toujours à mon interlocuteur virtuel, et ma tonalité dépendra de la distance qui m'en sépare. La morne impersonnalité des écrits académiques ou claniques s'explique par le choix des collègues comme confesseurs ou juges. Invite plutôt le Créateur ou Ses anges (dont mon propre soi inconnu) à se pencher sur mes pages, et je pratiquerai sans doute le ton grand seigneur. | | | | |
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| proximité | | | Le rêve : croire contre créer ; la pensée : créer contre croire. Je crois en Créateur, sans savoir Le penser. Je peux penser un Créateur, caché hors du temps ou dans la quatrième dimension spatiale, mais je ne peux pas le croire. Dieu est un rêve du gratuit, et la pensée est une création du nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Dans le vivant, l'insondable miracle du rapport entre fonction et organe (les sens, entre autres), où aucune évolution sensée n'explique rien, où cause et effet s'interposent d'une manière inextricable. Pas d'organe sans fonction. Mais des fonctions sans organe actif, le bien, par exemple, avec le cœur en tant qu'organe passif. Des fonctions avec deux organes, actif et passif, comme le beau, celui qu'on conçoit et celui qu'on perçoit. L'algorithme divin y est impénétrable. | | | | |
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| proximité | | | On voit dans l'homme (ou dans le vivant) la meilleure preuve de l'existence de Dieu, et l'on a raison. Mais arrivent les hommes - pour Le traîner dans l'église, le surhomme - pour se substituer à Lui et, surtout, le sous-homme - pour Le placer dans le troupeau ou la machine. Les dieux présents sont sans intérêt : « Seule l'absence divine aide » - Hölderlin - « Gottes Fehl hilft ». | | | | |
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| proximité | | | Céleste ou Très-Haut, telles sont les épithètes dont on affuble Dieu, jamais – terrestre ou profond. L'âme serait préférée à l'esprit, le rêve ou la douleur – à la connaissance. Mais les sots continuent leurs doctes litanies : « Dieux aiment la profondeur et non le tumulte de l'âme » - Wordsworth - « The Gods approve the depth and not the tumult of the soul ». | | | | |
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| proximité | | | La superstition ou la profanation, telles sont les conséquences du glissement de la notion de Dieu de la troisième à, respectivement, la deuxième (Il m’écoute) ou la première (je crée comme Lui) personne. | | | | |
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| proximité | | | Une fois éliminé de mes horizons, que devient le contingent, le passager, ce qui n'est dicté que par les lieux et les dates ? - une foi panthéiste, nihiliste, une pensée pure, gardant toute sa valeur dans toutes les coordonnées spatio-temporelles. Pour rejoindre le royaume du même ou pour y retourner. | | | | |
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| proximité | | | Pour savoir si j'ai un bon Dieu, face à moi, il faudrait savoir si c'est malgré ou grâce à la longue distance qui m'en sépare, qu'Il demeure si proche de moi. Les trois métriques - celles du cerveau, du cœur et de l'âme - s'éploient rarement en parallèle. | | | | |
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| proximité | | | Dieu se comporte en artiste : ses œuvres parlent, Lui, Il reste taciturne. | | | | |
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| proximité | | | Le miracle de la sensation et de la pensée humaines est si inconcevable hors dessein d’un Créateur, qu’il, ce miracle, les place résolument hors de la réalité, et tout créateur devrait donc se tourner vers ce Créateur irréel, s’adresser seul vers le Seul (Plotin) et non pas vers ses semblables, porter l’étonnement infini et non pas les soucis de ce jour. | | | | |
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| proximité | | | En écrivant, je m’adresse aux oreilles impossibles, qui ne sont ni de mes complices ni de mes pairs, mais cette écoute me motive, me rassérène et m’intimide. À celui qui me lira amoureusement, je tends, fébrilement, aussi bien la lumière de mon esprit que les ténèbres de mon âme. Et, fatalement, je me rends compte, que le seul lecteur ainsi visé, inconsciemment, c’est Dieu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée »** - la Bible. | | | | |
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| proximité | | | Il faut reconnaître, que le corps n'est que notre surface, notre profondeur étant confiée à l'esprit et la hauteur - à l'âme ; mais toutes les deux, pour se rester fidèles, doivent passer par un sacrifice corporel, tel Dieu le Père et l'Esprit Saint, devant la Croix expiatoire, où expire le Fils. Et la poésie est une imitation de la Passion : « De leur hauteur, les âmes pleurent le corps, qu'elles viennent d'abandonner »** - Tiouttchev - « Души смотрят с высоты на ими брошенное тело ». | | | | |
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| proximité | | | Oui, l’écrit d’artiste doit s’adresser à Dieu, mais s’il est rédigé en tant que lettre ouverte, sans encryptage de style, il sera classé, par la Chancellerie céleste, dans la rubrique de faits divers et non pas de confessions, de partitions ou de testaments. | | | | |
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| proximité | | | Ni les vues de l’esprit ni le toucher de l’âme ne rapproche ni n’éloignent de Dieu ; Dieu est affaire du flair du cœur ; ne vivre que du présent fait perdre le goût de l’éternel. « Il n’y a pas de plus grand obstacle à l’encontre de Dieu que l’odeur du temps » - Maître Eckhart - « Es gibt kein größeres Hindernis für Gott als der Geruch der Zeit ». | | | | |
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| proximité | | | Si l’on n’entend pas Dieu, ce n’est pas parce qu’Il parlerait à voix trop basse, mais parce que Sa langue est trop haute pour ceux qui ne connaissent que les vocables de leur soi connu et ignorent la musique de leur soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Tous les mystères de Dieu se logent dans la profondeur de la matière et de l’esprit ; il ne sert à rien de Le chercher, et encore moins de Le trouver, en hauteur. « La curiosité et l’insensibilité au mystère se manifestent là où il faut baisser les yeux » - Levinas. | | | | |
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| proximité | | | Ma conscience, c’est ma surface, ou ma frontière. À partir d’elle, je peux soit me livrer à l’introspection de ma profondeur divine, soit me vouer à la hauteur de la création humaine. l’Être ou le Devenir, et ma conscience inaccessible me rend Ouvert dans les deux directions. Mais je dois munir ce Devenir d’assez de mystère et d’intensité, pour le rendre digne de mon Être. Me sentir dans un même milieu, en franchissant la frontière – le plus haut bonheur ! | | | | |
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| proximité | | | Tout dans la nature divine, c’est-à-dire dans la matière et dans l’esprit, est très compliqué et littéralement inépuisable en mystères. La culture humaine est la tentative d’imiter le Créateur, elle ne peut donc être que compliquée ; l’homme blasé se tourne vers le simple, qu’il proclame sa nature, et qui s’avère toujours être tout simplement bête. | | | | |
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| proximité | | | La volonté de puissance est une pulsion que n’éprouvent que les scientifiques et les artistes, puisque leur regard est tourné vers l’absolu, vers ce Dieu, Créateur de notre esprit curieux et de notre âme inapaisée ; la volonté divine sous-jacente serait l’asile de leur créativité, tandis que chez les autres, « la volonté de Dieu est l’asile de l’ignorance » - Spinoza - « Dei voluntatem, hoc est, ignorantiae asylum ». | | | | |
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| proximité | | | Mes actes, créatifs ou contemplatifs, maîtrisent, ou au moins sont en accord avec les voix du vrai ou du beau, que j’entends au fond de mon soi connu. Mais la voix du Bien, au fond de mon soi inconnu, reste sans écho ou constate d’irréconciliables dissonances. Mais, dans tous ces cas, la limite, vers laquelle converge mon enthousiasme, ne peut avoir qu’une origine divine. « Il faut chercher ce qui est au-dessus de la pitié et du Bien - il faut chercher Dieu » - Chestov - « Нужно искать того, что выше сострадания, выше добра. Нужно искать Бога » - on sait, que ces recherches sont vaines, il suffit donc de vénérer cette limite introuvable. | | | | |
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| proximité | | | Tant qu’un Dieu connu auréolait les hauteurs, où Il invitait l’homme, celles-ci ne pouvaient être qu’humaines. Mais depuis que ce Dieu est mort, l’homme doit se surmonter, pour créer une hauteur divine, où son Dieu, inconnu et même inexistant, ne serait que son propre soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | La création ex nihilo est réservée à Dieu ; la nôtre ne peut être que de la traduction. « La vie terrestre n’est qu’une terne traduction de l’original divin » - Nabokov - « Earthly life is a murky translation from the divine original » - heureusement il existe aussi une vie céleste, une vie de rêve, qui est une traduction poétique ! | | | | |
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| proximité | | | Quel Dieu est mort ? - celui de l’Histoire de notre planète, depuis qu’est démentie toute trace présumée de Son passage sur Terre. Dieu ne se montra jamais, ne laissa aucune parole, n’exhiba aucune preuve de Son existence. Il nous laissa orphelins, au milieu de sa Création grandiose et incompréhensible. La vénération de celle-ci est le seul moyen de nous en montrer dignes ; quand on a le talent de savoir verbaliser notre ébahissement, on l’appellera prière. | | | | |
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| proximité | | | La bonne philosophie (comme toute poésie) peut se passer de concepts de vérité, de savoir, de nécessité. Les mauvaises, l’académique ou la religieuse, par pédantisme ou fanatisme, en sont surchargées, en abusant de philologie ou de misologie. L’académique, au moins, les loge dans l’esprit libre, critique et initiatique, proche de l’universel ; la religieuse leur trouve l’appui dans l’âme servile, dévouée aux Écritures. La croyance achève le parcours profond du sage ; elle précède l’errance superficielle du sot. | | | | |
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| proximité | | | La prière – ni intercession, ni pétition, ni contemplation, mais la musique d’une âme solitaire, en émoi devant la beauté et la tragédie du vivant. | | | | |
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| proximité | | | L’inexistence du dieu himalayen, sinaïque, galiléen ou saoudien compromet la mystique superstitieuse, mais ne favorise aucune mystique sérieuse. En revanche, l’inexistence du Dieu philosophique est la meilleure source de la vraie mystique, celle qui s’articule autour de la honte, de la beauté, du langage, c’est-à-dire autour de la Trinité, sacrée car incompréhensible, – le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
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| proximité | | | La mort de Dieu est un effet du progrès social : depuis que la charité, la correction politique, la transparence bancaire ridiculisèrent l’énigme du Bien sois-disant divin, toute perplexité humaine se dissipa et rejoignit une conscience tranquille ; depuis que les enchères et les subventions publiques valorisèrent l’art, le goût, jadis gratuit, du Beau se plaça à côté de tout autre lucre. Quant à la troisième facette divine, celle du Vrai, elle se contente de ne plus communiquer qu’avec la machine, extérieure ou intérieure à l’homme. L’intérieur humain devenant aussi mécanique que son extérieur, et Dieu étant une affaire intérieure sentimentale, l’inexistence avérée de Celui-ci ni n’inquiète ni n’interroge. | | | | |
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| proximité | | | Nous connaissons plus d’attributs d’une licorne que d’attributs de Dieu ; pourtant les âmes pieuses affirment voir une infinité de ceux-ci, sans savoir en exhiber un seul qui ne serait ni ridicule ni anthropomorphe. Et l’élargissement de nos connaissances de la licorne ou de Dieu relève du même phénomène, de la même rigueur, de la même portée, de la même réalité. Néanmoins, ce monde est bien plein d’horloges, et nous devons en admirer l’Horloger, même inexistant, et continuer à vénérer le miracle des horloges. | | | | |
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| proximité | | | La foi, c’est l’écoute de mon âme, c’est la vénération émerveillée du miracle de la vie ; cette foi prodigue ma seule consolation crédible. En revanche, tout renvoi, par une raison dévoyée, aux promesses, aux preuves, aux croyances dogmatiques ne fait qu’étouffer ma sensibilité. La vraie consolation est le triomphe de l’âme sur la raison, le triomphe du Beau incompréhensible sur le Vrai bien compris. « La religion, en tant que source de consolation, est un obstacle à la véritable foi » - S.Weil. | | | | |
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| proximité | | | Tu terrorises mon pitoyable savoir du divin, en l’exposant aux yeux omniscients de Dieu, tandis que je me réjouis de la musique de mon verbe vacillant, s’adressant à Ses oreilles. « Que dire de Dieu ? - rien. Que dire à Dieu ? - tout »*** - Tsvétaeva - « Что мы можем сказать о Боге? Ничего. Что мы можем сказать Богу? Всё ». | | | | |
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| proximité | | | La pensée sans Dieu connaissable peut être divine ; la pensée avec Dieu connu ne peut être qu’humaine. | | | | |
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| proximité | | | La consolation la plus bête et la plus servile est celle qu’on chercherait dans une religion, fondée sur un dieu connu. En revanche, le Dieu inconnu, se foutant de Ses collègues patentés, ce Dieu créateur de merveilles, matérielles et spirituelles, ce Dieu mérite bien nos enthousiasmes et nos vénérations, qui sont un seuil de la consolation. | | | | |
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| proximité | | | On m’invite à adorer Dieu en vérité et en esprit. Ma première réaction – la perplexité, puisque n’adorent que le cœur ou l’âme, et, en plus, la vérité et l’esprit sont des attributs régaliens du logicien et non pas de l’artiste. Mais, en second lieu, j’admets que la merveille du Bien et du Beau ne pouvait être conçue que par un Esprit adorable. | | | | |
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| proximité | | | Les espérances, focalisées sur des finalités, sont, le plus souvent, sottes, d’où mon engouement pour les commencements, irresponsables, éphémères, mais divins. On le voit même avec les éléments : le feu nous réduit en cendres, l’air nous érode, l’eau nous pourrit et la terre nous ensevelit, mais, au commencement, le feu nous enthousiasme, l’air nous emporte, l’eau nous sert de miroir, la terre nous éblouit. Mais « Neptune noya plus de monde qu’il n’en sauva » - Érasme - « Neptunus plurus extinguit quam servat ». Il faut vénérer l’étincelle divine, placée en nous, et non pas les dieux inconnus eux-mêmes ; le salut, s’il existe, ne s’inscrit point dans le réel de demain, il est dans l’idéel d’hier. | | | | |
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| proximité | | | Le Bien et le Beau, ces cordes, biologiquement inutiles et irrationnelles, furent placées par le Créateur dans mon cœur et mon âme en tant que supports de la consolation divine, face à la tragédie de la vie et à l’horreur de la mort. La consolation humaine, se logeant dans l’action et non pas dans le rêve, m’éloigne de la hauteur et me replonge dans la platitude. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu connu étouffe le désespoir, le Dieu inconnu anime l’espérance. | | | | |
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| proximité | | | La seule théodicée sérieuse se réduit à ce constat : la matière et l’esprit, tels que nous les connaissons, sont impossibles. Une géniale et mystérieuse intervention est nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Les premières apparitions du Christ, dans les statuaires des Empereurs Romains, s’effectuaient en compagnie d’Apollon, d’Abraham, d’Orphée ; lui, si étranger à la beauté apollinienne, au nationalisme abrahamique, au chant orphique, il aurait souhaité ne se fraterniser qu’avec Dionysos et Socrate, avec l’ivresse et la résignation, en y apportant, en plus, l’angoisse. | | | | |
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| proximité | | | Dire que Dieu est la Nature (Spinoza) est aussi idiot, que dire que l’horloger est l’horloge. Dieu créa cette nature merveilleuse, couronnée par la vie ; Dieu mit dans l’homme trois sublimes facultés – le cœur, l’âme, l’esprit ; mais si le Bien reste une étincelle divine, réchauffant notre cœur mais intraduisible en actes, la Beauté et la Vérité (l’art et la science) sont des œuvres entièrement humaines. L’art est affaire de sensibilité et de génie ; la science est affaire de représentation et de langage. Dieu, apparemment, n’a pas besoin de ces attributs ; par ailleurs, tous les attributs, qu’on lui prête, sont anthropomorphes ; Dieu n’est pas seulement muet, mais nu et peut-être inexistant. | | | | |
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| proximité | | | La divinité du Créateur, la divinité du créé – natura naturans, natura naturata – nous n’avons aucune idée du premier, le bavardage spinoziste sur la substance ou les attributs de Dieu est totalement ridicule ; il ne nous reste que l’admiration, la vénération, le culte, la foi – face à la mystérieuse harmonie de la matière et de l’esprit créés. | | | | |
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| proximité | | | Pour croire en l’au-delà, l’angoisse (nourrie par la faiblesse) suffit ; pour avoir une foi en l’en-deça, il faut surtout de l’intelligence (complétant la connaissance). Du premier de ces croyants se déverseront d’innombrables NON à l’existence humaine ; le second se résumera dans un OUI à l’essence divine du monde. | | | | |
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| proximité | | | Croire en Dieu connu, en Europe, ce fut entretenir fanatisme, hypocrisie, lyrisme, mais ce sont, très exactement, les piliers de l’art occidental ! L’annonciation de la mort de Dieu accélérera donc la mort de l’art ; à l’artiste, palpitant au milieu de ses hyperboles et paraboles, succédera le robot elliptique, rationnel, honnête, sans états d’âme. | | | | |
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| proximité | | | Le monde matériel, grandiose et mystérieux, suit, visiblement, un beau calcul divin, numérique et logique. Mais aujourd'hui, je ne vois que les hommes, obsédés par le calcul mesquin, et le Dieu officiel, affichant ses préférences de gestionnaire. | | | | |
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| proximité | | | Dieu se fiche de nos regards sur Lui ; pourtant toutes les religions, surnaturelles ou laïques, commencent par dénoncer des hérésies et pourchasser les déviationnistes. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un génial dramaturge ; Il n’est ni acteur ni spectateur ni salle de spectacle ni éclairagiste ni décor ni bâtisseur de salles de spectacle. La langue, dans laquelle il rédigea son chef-d’œuvre, est oubliée, morte ; on se contente de ses reconstitutions actualisées. On invente des témoignages oraux ou oculaires, on Lui attribue des qualités humaines, ce qui fait de Lui rival de l’État, des idéologies, de l’Histoire, dont les idolâtres proclament, de temps en temps, Sa mort. | | | | |
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| proximité | | | L’homme a une hypostase humaine, son soi connu, et une autre, divine, son soi inconnu ; et la mort de Dieu signifie l’oubli de la seconde et l’idolâtrie autour de la première. L’homme, orphelin de maître céleste déchu, sera adopté par le maître terrestre crochu et finira par devenir robot lui-même. | | | | |
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| proximité | | | La profondeur est humaine et la hauteur – divine. La bête souffrante, en nous, fait découvrir d’obscurs abîmes ; l’ange consolateur nous ouvre des sommets lumineux et inhabitables. En revanche, les aigles et les pieuvres évoluent dans la platitude des instincts. Dieu de la vie et Dieu de l’homme sont, visiblement, deux personnages différents. | | | | |
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| proximité | | | Celui qui ne croit pas en l’inexistant ne sera jamais consolé. « On naît avec les hommes, on meurt, inconsolés, parmi les dieux » - R.Char. | | | | |
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| proximité | | | Peut-être il y eut deux Créateurs : le premier créa la matière, et le second s’occupa de l’esprit, pour donner naissance à la vie et au rêve, à l’eau et à l’air. « Entre le feu et la terre, Dieu plaça l’eau et l’air »** - Platon. | | | | |
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| proximité | | | Dieu : les craintifs l’auscultent, les créatifs le sculptent. | | | | |
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| proximité | | | Tout ce que je sais s’ensuit de mes représentations. Il est impossible de bâtir une représentation sérieuse, dans le contexte de laquelle je dirais : « Je sais que dieu X existe ». En revanche, un nombre illimité de représentations sensées, qui confirmeraient que « Je sais que dieu X n’existe pas ». Facile de modéliser une licorne ; impossible de fourguer dieu X dans un modèle non-fantaisiste du réel et même de l’imaginaire. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n’est pensable qu’en tant qu’une abstraction, sans instanciation possible, - un Grand Inconnu. C’est à Lui que je dois ma liberté (surtout celle des sacrifices) et mon élan (prenant souvent la forme d’une prière musicale). Quant au dieu connu, Heidegger a raison : « L’homme ne peut ni prier ce dieu ni lui faire des sacrifices »* - « Der Mensch kann zu diesem Gott weder beten, noch kann er ihm opfern ». | | | | |
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| proximité | | | Tout ce qui est humain est aussi divin ; seul le degré d’évidence de la pénétration divine diffère d’un universal à l’autre. La facette touchée est aussi différente : le Vrai est plutôt humain, il enténèbre mon esprit ; le Beau de la création, divine ou humaine, illumine mon âme ; le Bien est entièrement divin, il console mon cœur. | | | | |
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| proximité | | | L’évolution du christianisme : l’âge de la Loi – un Dieu garde-chiourme ; l’âge de la Grâce – un Dieu tourmenté ; l’âge de la Liberté – un Dieu mort. Père Inquisiteur, Fils Expiateur, Esprit expiré. | | | | |
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| proximité | | | Dans le créé, naturel et merveilleux, – aucune trace des mains du Créateur (ni de ses yeux ni de ses outils), et l’on finit par n’y voir que de la mécanique, faute à nos yeux trop superficiels et, surtout, aux religions, qui poussent à chercher le merveilleux dans le fumeux surnaturel. | | | | |
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| proximité | | | La certitude de porter Dieu en nous-mêmes, se brise sur notre incapacité d’en décrire la merveille. Cette incompatibilité ressemble à la honte : « Au fond de nous, les doux, se tapit la honte de Dieu » - Z.Hippius - « Мы, — тихие, — в себе стыдимся Бога ». | | | | |
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| proximité | | | Avec mes agonies sur un autel, que je me glorifie d'avoir érigé moi-même, l'ennui de la présence d'un observateur, c'est la conscience qu'il me donne de me trouver dans un abattoir commun, sans aucune issue vers le ciel, qui ricane et ne m'attend guère. Dans le cas le plus noble, où il serait question d'autels et de victimes, même le Spectateur suprême serait de trop. | | | | |
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| proximité | | | Le plus difficile, dans la belle littérature, est de ne s’adresser qu’à une lumière atopique, atemporelle, que j’appelle Dieu. La grisaille menace même les meilleurs, s’ils s’adressent surtout à leurs contemporains, c’est la facilité. « Une difficulté est une lumière. Une difficulté insurmontable est un soleil »* - Valéry. Une belle œuvre est faite d’ombres du connu et d’élans vers l’inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Rien d’humain ne dépasse le Vrai, le Beau, le Bien, qui sont des créations divines ; et chercher toute forme de mystère au-delà de ces trois hypostases signifie chercher Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Toutes nos créations sont humaines, sauf la musique et la mathématique, qui sont divines. La mort de Dieu est annoncée par la dégénérescence de la musique et par l’évolution de l’Intelligence Artificielle, qui rendra superflu le métier de mathématicien. Et il paraît (G.Steiner) que Dieu s’adresse à Lui-même, en chantant en langage algébrique ! | | | | |
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| proximité | | | Tout philosophe doit trancher : l’homme est une nullité ou une divinité, une machine ou un ange. Aujourd’hui, la première réponse domine outrageusement, surtout depuis que Dieu est proclamé mort. Plus Dieu est moqué, abandonné, solitaire, agonisant, plus ardemment je cherche Sa compagnie, hors réalité – dans le rêve. | | | | |
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| proximité | | | La foi doit s’appuyer sur des miracles, que tes yeux froids, et non pas ton regard ardent, constatent. Toute forme du vivant, comme tout fond de l’esprit, sont de pures merveilles, qui doivent faire plier tes genoux et élever ton regard. Ce n’est pas la vue de l’Homme, marchant sur un lac, qui doit te sauver de l’enfoncement dans le marais terrestre, mais la hauteur céleste, dont tu ne détaches pas tes yeux. | | | | |
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| proximité | | | J’écoute ceux qui ont trouvé le sens de la vie – la dévotion, l’absurdité, la recherche de soi – une misère ! Et même si, en approfondissant ce sujet, on se penchait sur les trois mystères dont nous a doté le Créateur – le Bien, le Beau, le Vrai, le résultat serait très décevant : le sens des deux premiers est inaccessible, et le sens du Vrai est trop transparent, accessible même aux machines. À l’opposé du sens à chercher se trouve le rêve à créer. | | | | |
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| proximité | | | L’un des usages les plus répandus de la liberté de l’homme consiste à employer des dons divins à des fins, indignes du Créateur. « Donne-moi ce qui est digne de Toi, et non pas ce qui est digne de moi »** - Saadi – une bien belle prière ! | | | | |
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| proximité | | | Nous portons en nous une métrique objective, selon laquelle nous sont lointains – le savoir, la femme, Dieu, et nous sont proches – la poésie, le bien, la noblesse. L'ignominie de notre temps est que le lointain soit désormais conçu comme familier et transparent, et que le proche ne soit plus perçu du tout par notre regard myope. Un monde sans lointains, un monde avec familiarité mécanique, sans proximité organique. | | | | |
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| proximité | | | Bach humanise le divin, Mozart divinise l’humain, mais Beethoven a la même répugnance pour Dieu et pour l’homme, l’éloignement de l’Un et de l’autre – la barbarie. Sublime, mais barbarie tout de même. Depuis Apologie de la Barbarie de Cioran, ce genre abjecte est définitivement compromis ; j’en convainquis un autre habitant de la rue de l’Odéon, qui envisageait une Apologie de l’Union Soviétique. | | | | |
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| proximité | | | Les dieux vivent comme vivent les roses – l’espace d’une floraison (qu’elle se mesure en matinées ou millénaires). Le chêne est enterré dans la souche, l’amour – dans la routine, la création – dans la production, le Beau – dans l’utile, le divin – dans le robotique. Tout bon croyant se transforme en Narcisse, admirant son sosie, superficiel et profond, - Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Dieu, Lui aussi, a peut-être un cœur, une âme, un esprit. Être divin consisterait à te rapprocher de l’une de ces hypostases – l’amoureux, le poète, le penseur. Tenter de les embrasser, toutes les trois à la fois, serait tenter d’être philosophe. | | | | |
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| proximité | | | Tout, dans la nature, est une merveille folle ; l’existence de ces mystères impossibles ne peut le devoir qu’à un Créateur fou, mais qui, visiblement, n’existe même pas. On a beau constater que « la nature tout entière nous dit qu'Il existe » - Voltaire, ou proclamer « Il est éperdument ! » - Hugo, Il ne se montra jamais, et nous mourrons, ignorant l’Auteur de nos jours. | | | | |
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| proximité | | | C’est avec la même profondeur que se manifeste la présence du Dieu-Créateur dans les mystères de la matière, du temps, de la vie, de la liberté. Aucun recoin de la réalité n’échappe au merveilleux. Inventer un langage de ce merveilleux muet est la tâche de tout créateur humain. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est jaloux de la hauteur humaine ; la sienne lui sert pour cacher son inexistence. « Si tu t’accroches à la hauteur de l’aigle, si tu t’attardes au milieu des étoiles, je t’en arracherai, dit le Seigneur » - la Bible. | | | | |
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| proximité | | | En cherchant l’essence de Dieu, tu n’arrives à imaginer ni ses yeux ni sa cervelle ni son allure ; en revanche, une intuition de ses oreilles, bien que vague et abstraite, se forme dès que tu ambitionnes une création artistique. Étranger aux mots, Il ne serait sensible qu’aux mélodies, aux échos de son Verbe languissant. Tout art ne vaut peut-être que dans la mesure où y perce une musique. « La musique, c’est un dialogue avec Dieu » - Mravinsky - « Музыка - это разговор с Богом » - c’est un monologue de l’âme, allant tout droit au cœur, sans passer par le cerveau. À défaut des mots ou des notes, même les actes devraient pouvoir s’interpréter, par des initiés, comme une partition. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui t’est le plus précieux – l’élan, le rêve, la femme, la foi – laisse-les au lointain, inaccessible à l’âme et inexistant pour l’esprit. « Je suis Dieu de près, dit le Seigneur, et non plus Dieu de loin » - la Bible – ton existence factice T’a perdu. | | | | |
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| proximité | | | Dans ce monde, créé par Dieu, il y a assez de fatalités horribles, pour justifier une révolte ou comprendre une résignation ; mais le regard le plus profond sur Dieu doit aboutir à la plus haute admiration de Son œuvre. | | | | |
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| proximité | | | Ce que je regrette le plus dans la mort de Dieu, c’est que, désormais, le ciel devint identique de la terre, le Mystère chuta au niveau des problèmes, mon intérêt coïncida avec mon étoile, le Bien s’incrusta dans des Codes, le Beau suivit la demande du marché. | | | | |
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| proximité | | | La religion est un mystère pour les démagogues (qui ne veulent pas y voir de problèmes), un problème pour les pédagogues (puisqu’ils se moquent de solutions), une solution pour les nigauds (qui ignorent le ridicule des mystères et la gravité des problèmes). | | | | |
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| proximité | | | Les réponses forment le message aphoristique comme elles forment le message religieux ; mais les secondes sont liées aux questions naïves et universelles, tandis que les premières laissent la liberté de choix de faisceaux de questions personnelles et profondes – des impositions serviles ou des unifications subtiles. | | | | |
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| proximité | | | Tant de tributs à la beauté, à l’intelligence, à l’art, chez les dieux grecs ; et l’indifférence des ploucs évangéliques pour ces signes divins des humains évolués. En revanche, chez les chrétiens, - une première reconnaissance du Bien en tant que le mystère le plus divin. Une humble faiblesse, opposée à la force orgueilleuse. | | | | |
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| proximité | | | Si une vraie foi avait dû exister, elle se serait fondé sur ce qu’on reçoit (d’une révélation, d’une rencontre avec leur Dieu, des témoignages irréfutables) et non pas sur ce qu’on donne (aux rites, aux dogmes, à la hiérarchie cléricale). Or, je vois nettement ce que les soi-disant croyants donnent, je ne vois pas du tout ce qu’ils reçoivent. | | | | |
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| proximité | | | L’esprit n’aurait pas pu imaginer la réalité (même la plus simple, la matérielle), s’il ne l’avait pas vue. Plus qu’invraisemblable, la réalité est impossible, pour un esprit impartial. « Inintelligible, ininventable par l’esprit, et – cependant visible ; le dieu ne peut être que dans cette direction »** - Valéry. Et cette direction est encore plus flagrante, si, au-delà de la matière, nous poussons jusqu’au Vrai, au Beau, au Bien. | | | | |
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| proximité | | | La troisième hypostase du Dieu des Chrétiens porte un nom, dû à un malentendu linguistique ; sa fausse unité, Esprit, correspond aux trois hypostases humaines – cœur, âme, esprit. | | | | |
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| proximité | | | Dans toutes les requêtes sur les mystères du monde, Dieu n’apparaît qu’en tant qu’un fantôme, une espèce de variable muette, dont les substitutions restent aussi impénétrables, surchargées d’inconnus, pour le requêteur, assemblant des interrogations elliptiques. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur a muni ce monde d’autant de rigueur, pour notre esprit, que de mystères, pour notre âme. La pensée humaine ne dévoile pas Dieu plus que le rêve humain. Dieu ne prête pas plus l’oreille aux calculs qu’aux chants, aux rires et aux larmes de l’homme. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est une idole sachant se cacher dans un rite, lequel est placé par l’idolâtre au-dessus du Dieu caché. L'idole est un dieu se méfiant de la crédulité des hommes et se manifestant au grand jour dans des choses. | | | | |
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| proximité | | | L’infini : soit c’est une limite intellectuelle inaccessible, vers laquelle on peut, doit ou sait tendre – c’est l’élan vital ou le Dieu inconnu ; soit c’est un mot fourre-tout, accueillant toutes les énormités métaphysiques que la raison refuse d’envelopper ou de développer. | | | | |
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| proximité | | | La sagesse humaine consiste à sentir, derrière toutes les affaires et raisons terrestres, - une source ou un dessein céleste. | | | | |
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| proximité | | | Dieu existe dans le monde physique au même titre que l’infini – dans le monde mathématique : on imagine un processus (une suite de valeurs) infini (cet infini est encore intuitivement clair) ; ensuite, pour la limite non-finie de cette suite on définit le concept de voisinage ; ce voisinage sera toujours infini (en tant que valeur) et ne laissera, en dehors de lui, qu’un nombre fini d’éléments de la suite ; si aucune frontière fini ne peut briser cette règle, on dira que la limite est infinie. En s’approchant de Dieu, on laisse toujours derrière soi un nombre fini d’étapes de compréhension, et entre nous et Lui la distance sera toujours infinie. Ce qui distingue le fini de l’infini, c’est la notion de voisinage. | | | | |
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| proximité | | | Dans la musique, la beauté (Mozart) se substitue à Dieu, la grandeur (Beethoven) Le rend inutile, la passion (Bach) en traduit la noblesse. « La vénération, dans la musique, témoigne de l’omniprésence de la grâce divine »* - Bach - « Bei einer andächtigen Musik ist allezeit Gott mit seiner Gnaden Gegenwart ». | | | | |
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| proximité | | | Chez Bach - aucune trace d’un Dieu tout-puissant, je n’entends qu’un hymne à la solitude humaine. L’omniscience divine est incompatible avec la musique de Mozart, il crée une divinité de l’émotion pure. En fin de compte, la tonalité sûre et triomphante de Beethoven est plus proche des croyances populaires en Dieu tonnant et rassurant. | | | | |
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| proximité | | | Avec la même perplexité et devant le même autel, tu dois vénérer le mystère des deux grands absents - Dieu et ton soi inconnu. Et, à tous les deux, tu dois adresser un acquiescement inconditionnel, toute négation ne faisant que t’abaisser. | | | | |
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| proximité | | | La croyance a sa place partout, dans le réel ; dans l’imaginaire, seul Dieu devrait en être exempt – Le croire est pire que Le comprendre – Il est le grand Inconnu absent. | | | | |
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| proximité | | | La hauteur ne correspond ni à l’espace ni au temps ; elle est peut-être aussi inexistante que Dieu ; mais la première apporte de la noblesse comme le Second – du Mystère. | | | | |
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| proximité | | | Faire cohabiter un désespoir réel et une consolation imaginaire est un privilège des rêveurs ; le désespoir est humain et la consolation est divine. « Ceux qui pensent croire en Dieu, sans le désespoir dans la consolation, ne croient qu’en idée de Dieu, non en Dieu Lui-même » - Unamuno - « Los que, sin la desesperación en el consuelo, creen creer en Dios, no creen sino en la idea de Dios, mas no en Dios mismo ». Dieu n’est qu’une idée, comme l’est la vraie consolation ; c’est l’incapacité de projeter l’idée magique sur la réalité tragique qui nous prive de noblesse. | | | | |
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| proximité | | | Le visage humain est l’appel le plus immédiat à croire en Créateur. Le sourire au visage, sa grimace, son accablement, son mutisme même nous signalent la présence d’un grand Étranger, l’auteur des élans de nos cœurs et des envolées de nos pensées. Dieu est dans un grandiose éloignement, vécu comme une ardente proximité. | | | | |
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| proximité | | | Que le Créateur ait mis l’essence divine dans notre cœur, plutôt que dans notre âme ou notre esprit, se prouve par le fait, que les bêtes sont capables de création et sont pourvus de raison, mais elles ignorent la larme et le rire. | | | | |
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| proximité | | | Les croyants disent, qu’en se tournant vers un Dieu consolateur connu, ils en furent, un jour, illuminés ; les agnostiques sont illuminés par le mystère de l’homme et se mettent à vénérer un Dieu créateur inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Plus on creuse l’inimaginable harmonie de la matière inerte et l’impossible phénomène de vie, plus on est convaincu de la pré-existence d’un plan, d’un dessein, d’un divin algorithme. L’Univers est une solution d’un mystère, dont nous ne connaîtrons jamais le Créateur. « L’Univers est l’expression d’une volonté inconnue »*** - Tsiolkovsky - « Вселенная есть выражение неизвестной воли ». | | | | |
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| proximité | | | On ne peut formuler aucune idée sérieuse, sans parler de dogmes, au sujet de Dieu ou d’une déité quelconque, bien que l’Univers et la vie soient, de toute évidence, des œuvres divines ; le Créateur restera à jamais un Grand Inconnu. | | | | |
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| proximité | | | L’arbre sans variables, qu’il soit littéraire, sentimental ou métaphysique, est stérile, dogmatique et équivaut à un tas de branches mortes, reliées par des ficelles. Comment ne pas penser à l’arbre métaphysique de Descartes, ayant pour but principal – une preuve de l’existence de Dieu ! | | | | |
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| proximité | | | Voir des miracles jusque dans la matière inerte, sans parler du plus mystérieux des miracles, la vie, – tel est le regard du poète sur le monde, il en est, intuitivement, amoureux, excité. Le philosophe, qui, devant le monde, doit être poète, est mû par la vénération, par la foi, par l’étonnement. Quant au Créateur, le poète prie, en mélodies verbales ou spirituelles, devant Ses créatures ; le philosophe hisse Sa création dans les hautes sphères de la pensée. Ils sont religieux tous les deux, mais loin de tout temple, érigé par des hommes. | | | | |
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| proximité | | | Partout notre regard perçoit le divin, mais jamais il ne perçoit Dieu. Et toute tentative de le concevoir, étant, inévitablement, un mensonge, est vouée à l’échec. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est affaire de l’esprit, qui est le seul à pousser le savoir jusqu’aux miracles de la Création. Quand l’âme ou le cœur s’en mêlent, ils nous rendent fanatiques ou éberlués ; ils ne connaissent que la solitude, impensable en tant que séjour de Dieu et dont nous tire l’esprit communicateur. | | | | |
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| proximité | | | Toutes les tares de ce monde : tu devrais en réduire l’importance à celle d’un fait divers ; tes dégoûts terrestres ne devraient pas entacher la pureté de tes admirations et vénérations que tu voues à la création céleste, aussi bien divine qu’humaine. Celui qui vit de mystères ne devrait pas s’attarder dans des solutions. | | | | |
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| proximité | | | Il y a des choses qui portent la beauté de la Création divine, et il y a des concepts que savent manipuler des ploucs ou des machines. Donc, manier certains concepts terrestres peut être plus bête que de contempler certaines choses célestes. | | | | |
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| proximité | | | En tant que lumière, Dieu est bien définitivement mort ; Il est de plus en plus vivant, en tant qu’ombres de la matière et des esprits. | | | | |
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| proximité | | | Tout animal est un témoignage de son origine divine, puisque il est porteur d’une vie, rationnellement impossible ; mais c’est seulement la conscience, qui nous rend, nous les hommes, des Dieux-Créatures créées par le Dieu-Créateur, - la conscience du monde, de la vie, et surtout – du Bien, du Beau et du Vrai, la conscience d’être une bête d’action et un ange de création. | | | | |
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| proximité | | | Les dieux antiques rivalisent de puissance brutale ; le Christ est le premier à chanter l’hymne de l’impuissance noble. Le déshonneur traditionnelle de la force ; l’honneur révolutionnaire de la faiblesse. | | | | |
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| proximité | | | Cioran communique avec des écrivains et piétons, Valéry – avec des philosophes et scientifiques, Nietzsche – avec Dieu. Mais leurs discours sont si individués qu’on aurait pu interchanger leurs interlocuteurs, sans qu’on s’en aperçoive. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur a muni la Nature de miracles, que l’homme est totalement incapable de produire. Seul un artisticule niais peut viser l’imitation de la Nature. Il faut suivre l’appel inarticulé de son propre soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Ne pas se poser la question : Qui lira ceci ? (Quis leget haec ? - Diderot), mais s’inspirer de la réponse, prétentieuse mais, surtout, contraignante : Je m’adresse à Dieu. | | | | |
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| proximité | | | La croyance ne peut être justifiée que par la reconnaissance des mystères ; ceux-ci peuvent être soit hérités des générations passées en tant que superstitions religieuses ou idéologiques, soit constatés par une intelligence personnelle et profonde. Dans le premier cas, la croyance se substitue, bêtement, à la réalité ; dans le second, elle complète, harmonieusement, la réalité par le rêve, celui d’un monde impossible, cet exploit inexplicable d’un Créateur génial et cachottier. | | | | |
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| proximité | | | Adresser ton écrit à tes collègues est la même profanation qu’envoyer ta prière à un jury ; d’ailleurs, l’écrit, plus que la prière, devrait se vouer à l’ouïe de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | Savoir ou croire, la lumière ou les ombres, la science ou l’art – le premier membre de ces dyades contient, évidemment, infiniment plus d’intelligence, de rigueur, de sérieux. La seule lumière, dont se sert l’homme, créateur et artiste, provient de sa raison (même si celle-ci ne fait que refléter une lumière reçue d’ailleurs) ; son âme la projette sous la forme des belles ombres. Renoncer à la raison, comme le réclament les religions révélées, c’est nous condamner aux ténèbres. | | | | |
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| proximité | | | Il est certain que la première bestiole monocellulaire contenait déjà l’algorithme qui menait au miracle de nos cinq sens physiologiques, d’épines des roses ou du hérisson, de coloration des fleurs et des papillons. Aucune théorie évolutionniste n’apporte la moindre explication de tous ces miracles. Aucun modèle statistico-biologique ne peut étaler l’évolution réelle sur l’échelle de ces quelques misérables milliards d’années. Et je ne parle même pas de nos trois facultés divines – le Bien, le Beau, le Vrai, vrillées dans notre conscience d’une façon fascinante et inexplicable. | | | | |
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| proximité | | | On peut s’étonner du Vrai, admirer le Beau, mais on ne peut aimer que le Bon. Et il semblerait que seul Dieu fût bon (on voit les fruits mystérieux de Ses actes, tandis que tous nos actes sont transparents et entachés du Mal). Donc l’appel du Christ de haïr (je soupçonne que le vrai sens fut – ne pas aimer !) nos proches (notre corps, donc) et même notre propre âme (porteuse du Beau) n’est pas si cruel que ça. L’amour, en particulier celui de nos mères – dans les deux sens ! - est divin, donc il n’est pas exclu par cet impératif, à première vue trop catégorique. | | | | |
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| proximité | | | Te dire que Dieu te contemple et même se dirige vers toi est plus sensé qu’imaginer que tu Le vois et t’en rapproches. | | | | |
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| proximité | | | Être déiste : vénérer l’œuvre, belle, merveilleuse et mystérieuse, et tout ignorer de son Créateur, artiste inconnu. | | | | |
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| proximité | | | On se rapproche des autres par des valeurs communes, tandis que mes appels à la fraternité partent de mes vecteurs personnels. Mais l’élan individuel, contrairement aux mythes nationaux, est incompatible avec le sacré qui est toujours collectif ; on ne peut l’imaginer sans lieu ni date. Alors je l’invente à l’échelle de notre planète, sans frontières, sans l’Histoire. Heureusement, la Terre est bourrée de mythes de la Création divine. | | | | |
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| proximité | | | En tout point de notre planète, sans même parler des êtres vivants, on trouve des preuves d’une provenance ou d’un dessein divins, mais on ne trouve aucun indice du Cachottier, auteur de ces merveilles. « Nulle part, tu ne vois le Créateur, mais tu vois partout des créations divines » - F.Schlegel - « Gott erblicken wir nicht, aber überall erblicken wir Göttliches ». | | | | |
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| proximité | | | Tout ce qui est à la portée de tes sens ou de ton esprit finit par revêtir le grade de paisible évidence ; seul le lointain dans ton regard – sur Dieu, l’amour, le mystère – préserve tes extases indéfendables. Et Socrate a la vue terre-à-terre : « Le vent renforce la flamme, et la proximité - l’attraction ». | | | | |
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| proximité | | | La gravitation, dans le réel, est aussi mystérieuse, et donc divine, que la beauté, dans le rêve. La pesanteur et la grâce sont l’œuvre d’un même Créateur tout-puissant et omni-absent. | | | | |
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| proximité | | | Tant de définitions farfelues de ces termes ‘métaphysiques’ – Grâce et Créateur. Je dirais que la grâce est toute sortie inexpliquée de l’inertie des Lois, et le Créateur est l’auteur anonyme de nos trois hypostases : le Bien mystérieux, le Beau inutile, le Vrai universel. Mais les attribuer à Dieu : « L'âme, le cœur et l'esprit, c'est la trinité qui est dans l'unité de l'homme comme dans l'unité de Dieu » - Hugo – est un anthropomorphisme gratuit. | | | | |
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| proximité | | | La hauteur du regard est doublement bénéfique – elle égalise tous les actes sans créateur et divinise toute créature et toute création. « Bénie soit l’âme qui s’élance vers la hauteur, pour percevoir toute chose dans sa divinité » - Maître Eckhart - « Selig ist die Seele, die sich hinüberschwingt, um alle Dinge in der bloßen Gottheit zu empfangen ». | | | | |
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| proximité | | | Les vrais croyants ne s’agglutinent pas et restent solitaires dans leurs vénérations et admirations devant l’œuvre du Créateur, inconnu et inconnaissable, génial dans le Vrai, sensible au Beau, mystérieux dans le Bien. Mais ces croyants sont entourés par deux clans de superstitieux : ceux qui pensent que Celui-la descendait, un jour, sur l’Olympe, Jérusalem ou l’Himalaya, et ceux qui réduisent les miracles de l’Univers aux collisions de particules élémentaires. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur a muni notre conscience de ses trois facettes proprement divines – l’esprit, pour croître dans le vrai, l’âme, pour créer dans le beau, le cœur, pour croire dans le bon. Le vrai nous approfondit, le beau nous élève, le bon … - le bon, après le désenchantement fatal de sa traduction en actes, cherche, fébrilement, à remplir le vide ainsi créé – c’est ainsi que naît le sacré - religieux, tribal ou mystérieux. | | | | |
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| proximité | | | Ni le doute ni les certitudes n’apportent quoi que ce soit à l’appréhension du divin. Seuls les yeux éberlués, enivrés, face aux innombrables miracles de la Création, alimentent le sobre esprit, qui s’avoue impuissant, pour remonter aux origines du monde. Et c’est l’âme enthousiaste qui prend la relève, pour s’étonner, vénérer, admirer le Dessein incompréhensible. | | | | |
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| proximité | | | Le dieu de Spinoza (que celui-ci, imperturbable, ne vénère même pas) est aussi loufoque que celui qui serait descendu, un jour, sur Terre, pour être entouré, ensuite, d’une vénération absurde et sincère. Le Dieu est dans le miracle réel de l’Univers et non pas dans la pseudo-logique ou dans la foi fanatique, toutes les deux imaginaires. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur voulut que le monde des choses fût aussi merveilleux que le monde des idées. Par conséquence, il y a autant de chemins intéressants des choses aux idées (l’intellection) que des idées aux choses (la médiologie de R.Debray). | | | | |
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| proximité | | | Nos sens esthétique et éthique portent, sans doute, quelques microscopiques traces d’une évolution naturelle, mais la beauté et l’harmonie fabuleuses de la matière, inerte et vivante, et la sensibilité inexplicable des esprits témoignent d’un prodigieux Dessein divin. Plus qu’un ingénieur, le Créateur fut un poète ! « Ce que nous appelons nature est un poème énigmatique, au sein d’une merveilleuse écriture »*** - Schelling - « Was wir Natur nennen, ist ein Gedicht, das in geheimer wunderbarer Schrift verschlossen liegt ». | | | | |
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| proximité | | | L’esprit divin introduit la perfection en pénétrant les univers minéral (les pierres précieuses), végétal (la rose), animal (le papillon). L’esprit mathématique humain (re)découvre cette grâce en formalisant l’universel ; l’esprit musical humain la (re)crée en se focalisant dans le particulier. Ces talents, conscients dans le premier cas et inconscients – dans le second, s’appellent génies. | | | | |
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| proximité | | | Nous pouvons toujours améliorer nos pourquoi et nos pour quoi, mais nous n’atteindrons jamais leurs limites, qui appartiennent au Créateur. | | | | |
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| proximité | | | La matière existe dans l’espace-temps, et les esprits – dans les représentations. Les esprits ne sont connus que par leurs traductions en actes, actes physiques (qui rejoignent la matière) ou langagiers (qui peuvent rester dans la sphère spirituelle). Je ne peux juger l’esprit des autres que par ses traductions ; je ne ressens le contact viscéral, conscient, qu’avec mon propre esprit que j’appellerai mon soi inconnu. Celui-ci est une œuvre divine, et, en tant que source de mon inspiration, il se trouve en voisinage immédiat avec Dieu, mon seul interlocuteur. Je m’adresse à mon semblable, au voisin de mon soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Comprendre le monde (et mon soi qui en fait partie) est une tâche scientifique, rationnelle, l’intelligence des représentations ; comprendre que le monde et mon soi sont des merveilles inconcevables est un élan irrationnel de la Foi en Créateur-magicien. Aujourd’hui, les philosophes ignares (car toujours hors toute science) s’occupent de la première activité, sans posséder l’intelligence requise (le bavardage sur les connaissances et la vérité leur suffit). Les têtes sensibles aux mystères de l’Univers s’inclinent, humblement, devant ce Dieu inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Entre la nécessité, dans le monde matériel, et la liberté, dans le monde du vivant, - aucun objectif commun. Le plus grand miracle de la Création est que la demeure des esprits est matérielle. Le démiurge de la matière et l’Auteur de l’esprit ne se connurent jamais ; le gnosticisme part du nombre, et le vitalisme – du Verbe, de l’Amour, de la Caresse, ces supports de la liberté. | | | | |
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| proximité | | | La vraie introspection n’est ni verbale, ni idéelle, ni imaginative, mais mystique et n’envisage que ton soi inconnu. C’est la seule voie au bout de laquelle tu te rends compte de la présence émouvante du Créateur. « Lorsque je m’éveille à moi-même, je sens se déployer en moi la vie la plus splendide, et que je me sens un avec la divinité »*** - Plotin. | | | | |
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| proximité | | | Pour les croyants, Dieu voit, entend, juge, pardonne, punit, récompense, souffre, se réjouit, s’approche, s’éloigne, aime, déteste, marche, prévoit, se montre, se cache, promet, s’impatiente… Des milliers de verbes non-crucifiés se pressent dans ce commencement paisible. | | | | |
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| proximité | | | Tu ne sais jamais, dans les instants extatiques de ta communion avec le Créateur, s’Il t’est proche ou lointain. Quelque chose de semblable arrive aux amoureux : cette merveille que, dans leur folie décisive, la proximité extrême et l’extrême éloignement se fusionnent, l’illumination et les ténèbres se fraternisent. « Qui peut distinguer les ténèbres de la dernière proximité et du dernier éloignement entre deux êtres ! » - L.Salomé - « Wer ergründet das Dunkel der letzten Nähe und Ferne voreinander ! » - c’est l’illumination alliée qui t’aidera ! | | | | |
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| proximité | | | Dieu : Son inexistence, au sens humain de la matière et de l’esprit, est évidente ; mais Son essence, se traduisant dans nos sens divins du Bien, du Beau et du Vrai, doit être reconnue, pour donner à notre vie spirituelle un sens immatériel. « Être seul et sans dieux, c’est elle, c’est bien la mort » - Hölderlin - « Allein zu sein und ohne Götter, das ist er, ist der Tod ». Reconnaître dans notre soi inconnu le représentant de Dieu sauve notre solitude. | | | | |
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| proximité | | | Qui fut le premier – l’œil ou la lumière, l’oreille ou le son, la dent ou l’aliment, la corde vocale ou l’onde acoustique, l’aile ou l’air, la branchie ou l’eau, le piquant ou l’agresseur ? M’est avis que « nous possédons par miracle ce qui est exigé par nécessité »**** - Valéry. | | | | |
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| proximité | | | Face aux merveilles de l’Univers, l’absence d’un Dieu lumineux se compense dans l’obscur orphelinat de ton soi inconnu ; celui-ci est héroïque et créateur (la hauteur du surhomme de Nietzsche) ou bien condamné à la souffrance et la honte (la profondeur de l’homme du souterrain de Dostoïevsky). | | | | |
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| proximité | | | Il est propre des Dieux de s’affirmer par des commencements injustifiables, avec des feuilles de route banales ou des horizons communs. Nietzsche fut le seul à suivre cette voie. Hegel est dans les parcours : l’Absolu, le Savoir, l’Histoire, dans lesquels il tente de deviner des lois, qui ne sont, chez lui, que des Arlésiennes. Cioran ne vit que de finalités : le dégoût, la chute, le suicide ; ça peut exalter des ‘incompris’, ça laisse froid celui qui veut créer sa propre foi ardente. | | | | |
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| proximité | | | Croire en Créateur, c’est savoir que le parfum de la rose n’appartient pas à nos sens, mais à elle-même. | | | | |
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| proximité | | | Il faut être sourd devant les mélodies et aveugle devant l’harmonie de la Création, pour s’abaisser aux imprécations contre les injustices et les déséquilibres du monde social. | | | | |
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| proximité | | | Dans la création se manifeste, étonnamment, la Trinité du Dieu chrétien : le talent, la noblesse, l’intelligence, correspondant à Dieu le Père, son Fils, l’Esprit Saint. La suite numérique humaine alignerait la solitude, l’amour, la création. Et pour aller jusqu’au chiffre 6, on peut songer au sang que firent couler la croix et les étoiles à 5 ou 6 branches. | | | | |
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| proximité | | | L’un des plus beaux miracles de la Création : pour chacun de nos cinq sens il se trouvent des objets qu’on pourrait qualifier de sublimes ! Et si Dieu eut un faible pour le toucher, pour la Caresse ? | | | | |
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| proximité | | | Devant mon soi inconnu, je suis le plus pieux des incroyants. | | | | |
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| proximité | | | Les lois morales n’existent pas ; n’existe que le Mystère du sens moral, mystère à la mesure du ciel, étoilé et vide – tous les deux annoncent et cachent le Créateur. « Visiblement, Dieu n’est pas, la loi morale - si » - Manine - « Моральный закон существует. Бога, видимо, нет ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu exista, à l’instant de la Création (avant que n’apparaissent le temps et l’espace) ; Il ne vécut donc jamais et donc Il n’est pas mort. Inexistant au présent, Il nous chagrine par Son absence, puisque Ses créatures restent sans pourquoi. | | | | |
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| proximité | | | De trois domaines possibles de l’existence – réalité, représentation, langage - Dieu n’existe que dans les deux derniers. | | | | |
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| proximité | | | Notre soi inconnu est comme Dieu, aussi magique, immatériel, cachottier. Et je finis par les confondre, même si l’un est créé par l’Autre. « Le vrai Dieu est en intime union avec le moi »*** - Valéry. | | | | |
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| proximité | | | Tous les livres sacrés débordent de logorrhées sur le bien et la vérité ; aucune trace du beau. Rien d’étonnant, puisque leurs auteurs s’adressaient aux marchands de tapis, aux chameliers, aux sherpas ou se réfugiaient dans des puits. D’autre part, même le dieu Pan ne laissa aucun hymne à l’arbre, et la déesse Aphrodite ne s’intéressa jamais aux roses ni aux papillons. Tant de guerriers et aucun poète ! | | | | |
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| proximité | | | Avec les progrès de la démocratie et de la protection sociale, l’homme libre n’eut plus besoin de Dieu et le proclama mort. Dieu-protecteur, Dieu-consolateur, Dieu-amour disparurent des horizons, sans provoquer la moindre secousse dans les âmes débarrassés de mystères. Mais, fuyant l’ennui des hommes-robots et se réfugiant au milieu des rêveurs, enthousiastes dans l’âme, Dieu-créateur est toujours en vie, Il ne fit que se coucher, dépité. | | | | |
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| proximité | | | Les profils successifs du chrétien : persécuté, persécuteur, créateur de dogmes, barbare, gardien de mémoire, corrompu, inquisiteur, ridiculisé, marginalisé, socialisé (en compagnie des Restaurants du cœur et des Médecins sans frontières). Une religion d’esclaves s’éteint dans une société sans esclaves. La place du dieu chrétien est prise par les Syndicats. | | | | |
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| proximité | | | Dans la création humaine, l’œuvre dépasse le créateur ; dans la Création divine, j’admire davantage le génie du Créateur que l’admirable harmonie du Créé, de la Nature. D’où mon scepticisme face à la déification de la nature par Spinoza ou Schelling. Dieu parle, la nature est silencieuse. | | | | |
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| proximité | | | Ton soi connu a trois canaux qui peuvent orienter ton écoute de ton soi inconnu – le cœur du Bien, l’esprit du Vrai, l’âme du Beau. Le premier inquiète, le deuxième rassure, le troisième élève. « Le corps humain surgit d’une matière vivante qui préexistait, mais le Créateur immédiat de son âme est Dieu » - Jean-Paul II – où il faut ajouter à l’âme – le cœur et l’esprit. | | | | |
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| proximité | | | L’âme est la maison de la verticalité – de la hauteur poétique à la profondeur philosophique. Nietzsche pensait l’avoir visitée, puisqu’il avait lu, à l’entrée, l’adresse – l’Âme du monde. Il l’a trouvée complètement vide, ce qui prouvait sa désertion par l’Habitant des Hauts Cieux, le Dieu. Et il proclama Celui-là – mort. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âmes, puisque tout gît désormais dans la platitude, aussi bien le devoir du vouloir que le pouvoir du savoir. Il faut quitter la banalité du réel (les ruines) et se vouer à la créativité du rêve (rehaussée par le Créateur inventé). | | | | |
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| proximité | | | Je fuis les croyants à cause de la bêtise de leur regard ; je fuis les athées à cause de la bêtise de leurs yeux. Souvent, les premiers ont du cœur, et les seconds - de l’esprit. Aux deux manque l’âme. | | | | |
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| proximité | | | Les cinq sens humains sont vrillés dans la matière, le corps d’homme ; les trois sens divins – le Bien, le Beau, le Vrai – animent son esprit, sachant se métamorphoser en cœur ou en âme. | | | | |
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| proximité | | | L’objectivité est la prérogative de Dieu, celui qui créa l’Univers, dans lequel le Vrai s’incarne dans la matière et s’offre à l’esprit humain pour examen, tandis que le Bien et le Beau inondent le cœur et l’âme humains. Notre conscience vit dans deux mondes objectifs, universels : le premier - les problèmes et les solutions mathématiques ; le second - les beautés et les mystères de la nature. Aucune subjectivité ne peut se passer d’une référence à l’un de ces mondes objectifs ; le monde subjectif, ainsi créé, ne peut être qu’inerte, stérile, sans métaphore, sans vie. L’artiste abstrait est un tâcheron mécanique. La beauté du monde qui nous entoure ne sera jamais dépassée par la beauté dont notre création entourerait les échos de ce monde. | | | | |
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| proximité | | | Volontairement ou non, la tâche d’artiste consiste à mettre au même diapason son âme et son esprit. Or, l’image qui se devine dans mon soi inconnu possède deux facettes, l’une humaine, orientant mon esprit, l’autre divine, excitant mon âme. Le devoir d’artiste est d’adresser son message à une personne, virtuelle ou réelle ; ne voyant aucun visage réel, je me tourne vers le virtuel, que j’appellerais mon soi inconnu ou Dieu. | | | | |
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