| action | | | Le choix de l'homme, choix heureusement non-exclusif, est entre maintenir l'intensité de la lumière ou d'en entretenir le rythme des ombres, entre l'acte net et le mot infidèle, entre le geste, qui lève, et la geste du rêve. Faire pencher la raison du côté du second choix, éduquer l'âme à accepter le premier, comme une contrainte féconde. | | | | |
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| action | | | Il est facile de faire passer l'avoir pour l'être, mais que le faisant évince l'étant aussi magistralement - voici le triomphe stupéfiant des hommes, qui effacent deux mille ans de l'histoire de l'utopie. L'essence du but étant devenue l'aisance. De l'essentiel des origines de nos interrogations étant banni le doute : « Est-ce un Ciel ? ». | | | | |
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| action | | | Deux types de contraintes : pour la hauteur du regard ou pour l'étendue de l'action - Lichtzwang (n'éclairer que ce qui aspire à la lumière) ou Zugzwang (jouer un coup sous pression des règles). | | | | |
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| action | | | Il faut entrer dans l'action avec une triple résignation : 1. l'aléa des actes trahira la pureté des intentions, 2. une part de malice se glissera fatalement dans tout acte, 3. le remords ou la honte t'attraperont à la sortie de tout acte. Une seule certitude, et te voilà un monstre. Ou bien on peut se contenter d'une méta-résignation : aucun principe de la vérité ou du bien ne peut s'identifier avec un acte. | | | | |
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| action | | | Tout but est insipide ou vulgaire, si l'on a la liberté des moyens. Parfois « il vaut mieux avoir moins de désirs que plus de moyens » - St-Augustin - « melius est enim minus egere quam plus habere ». On peut ennoblir un but, si l'on l'atteint par une simple résolution de contraintes, visant et orientant les moyens. Mais « ne perds pas ton temps à chercher des contraintes ; peut-être il n'y en a pas » - Kafka - « verbringe nicht die Zeit mit der Suche nach einem Hindernis ; vielleicht ist keines da » - là où il n'y a pas de contraintes, régnera l'esclavage. | | | | |
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| action | | | La vraie connaissance de soi consiste à savoir creuser dans les motifs de nos gestes jusqu'à en mettre à nu le fond honteux. La difficulté est dans le faire et non pas dans l'être. Celui qui s'ignore et vit de son épiderme, c'est bien l'amoureux : « Il est facile d'être bon, quand on est amoureux » - Pavese - « E facile di essere buono, se sei amoroso ». | | | | |
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| action | | | Ce qui compte, ce n'est pas ce que je fais ni, encore moins, ce qui en est le motif, mais dans quel rayon je vais ranger mon fait. Le tiroir le plus plein devrait porter l'étiquette : Réquisitoires à ta charge. « La lumière des lumières va vers le motif, non vers l'acte ; l'ombre des ombres ne s'attarde que sur l'acte » - Yeats - « The light of lights looks always on the motive, not the deed ; the shadow of shadows on the deed alone ». | | | | |
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| action | | | Tous les salopards nous renvoient aux candides motifs, pour justifier leurs sales actions. « Le motif seul fait le mérite des actions des hommes, et le désintéressement y met la perfection » - La Bruyère. Avec le plus droit des motifs, l'action sera toujours courbe ; n'écoute pas Sénèque : « L'action ne fut guère droite, si le motif ne l'a pas été » - « Actio recta non erit, nisi recta fuerit voluntas ». Les prônes sont pires que les actions ! « La récompense de l'acte dépend de ses intentions » - le Coran. L'action n'a pas d'intérieur, qui aurait pu la sauver, toute sa fécondité est à l'extérieur. L'action est trop franchement naturelle et le motif (et même le quiétif de Schopenhauer) est trop hypocritement artificiel. | | | | |
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| action | | | Le but peut devenir beau, si l'on ne voit pas les moyens pour l'atteindre. La vue des moyens le rend mécanique ! La vraie noblesse est sans moyens ; elle est la paternité des contraintes qu'on s'impose (sibi imperiosus - Horace). « Ce qui est permis est vil » - Pétrone - « Vile est, quod licet » (évidemment, pour Jovi, non bovi). Tout bon problème contient ses solutions, mais ce n'est pas le moteur d'inférences qui en résume la hauteur. | | | | |
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| action | | | Le choix de choses à manipuler, le choix de types de manipulation, le choix de choses à soustraire – c'est ce dernier critère qui a les meilleures chances de traduire mon unicité ; les filtres sont les meilleurs alliés de mes outils, ils déterminent la hauteur de mes transformations, et « tu ne peux vivre que de ce que tu transformes » - Saint Exupéry. | | | | |
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| action | | | La pesanteur pourrait être vécue comme grâce, quand, à coups de contraintes, j'aurai créé une pente à mes inclinations, où je lâcherai la bride à mes abandons et inactions. Et Baudrillard : « S'affranchir de toutes les contraintes est une réaction tellement vitale, qu'il n'y a pas besoin pour cela d'une idée de la liberté » - se trompe lourdement : le choix de contraintes est l'une des meilleures preuves de la liberté ! | | | | |
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| action | | | Les choses sont le but, l'adversaire ou la contrainte. La dernière attitude est seule noble ; la première - le lot de la majorité ; la deuxième fut prônée même par Pyrrhon : « C'est par des actes qu'il faut, jusqu'au bout, lutter contre les choses, ou, à défaut des actes, par la parole ». | | | | |
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| action | | | Le premier adversaire de mon immobilisme est l'inertie, qui devint aujourd'hui synonyme d'action. Le devoir et la contrainte se lisent désormais dans des modes d'emploi, rédigés par les autres. « Le noble : avancer vers ce qu'il s'impose comme devoir et contrainte »*** - Ortega y Gasset - « Nobleza : a trascender hacia lo que se propone como deber y exigencia ». | | | | |
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| action | | | Préférer l'Agir au Faire, l'action à la production, la résolution de contraintes à l'avance vers le but, la liberté des buts à la liberté des moyens. Aristote : « Seul le mouvement, dans lequel le but est immanent, est l'action-praxis ». L'action-poïésis serait le mouvement animé par le rêve, cette contrainte transcendante, un telos intérieur au-dessus du skopos extérieur (cette action vers l'extérieur - Tat nach außen - Nietzsche) ; le malheur est que, au-delà du rêve défait, sévit le bilan, l'action-prohairésis, qui te laissera, le plus souvent, non pas avec une paix d'âme, mais avec une honte. | | | | |
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| action | | | Plus que l'ampleur du but et la précision de la direction vers lui compte la hauteur, à laquelle j'en érige les contraintes, que respectera mon regard en épargnant ainsi l'effort inutile des pieds. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, je suis d'autant plus libre, que mes contraintes sont davantage intérieures et mes nécessités - extérieures. Et non pas l'inverse, qui est signe des esclaves. | | | | |
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| action | | | Les uns cherchent des buts pour valoriser les choses, les autres - des moyens pour qu'elles bougent, moi, je cherche la contrainte, qui les laisserait sans prix ou invariantes. L'extase ou l'homéostase. Les contraintes, c'est la faiblesse créatrice, face à la force destructrice. « La faiblesse qui conserve vaut mieux que la force qui détruit » - J.Joubert. | | | | |
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| action | | | Nous commençons par prendre l'action pour but, mais notre science nous apprend, que le savoir s'y prête mieux. Nous tentons de voir en elle une source, mais notre prescience nous convainc, que l'intuition y suffit. Et notre conscience finit par lui reconnaître le statut de contrainte formelle, que nous surmontons, sans toucher aux origines et fins. On se borne, sans se limiter (Fichte). | | | | |
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| action | | | Cheminement de ma liberté : choisir mon but, choisir mes moyens, choisir mes contraintes - choisir de ne pas les mettre en œuvre, car, entre-temps, l'observateur, en moi, l'emporta sur le dominateur. | | | | |
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| action | | | L'homme s'attache, de plus en plus, à ce qui est dynamique - ses instincts (la part moutonnière) et ses moyens (la part robotique), et se détache de ce qui est immuable - ses buts (la part du rêve). La seule tentative de les réconcilier consiste à les tempérer, par des contraintes, s'appliquant aussi bien au passager qu'à l'intemporel. | | | | |
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| action | | | La noblesse des contraintes est dans leur nature intemporelle, tandis qu'on juge, d'habitude, les fins et les moyens dans un processus d'avancement, à moins qu'on les transforme en contraintes. | | | | |
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| action | | | Une fois au but, le meilleur résumé ne serait pas de se féliciter du choix de bons chemins ou de bons moyens, mais de la qualité des contraintes ; le talent doit si peu à la géographie et aux muscles, qui le flattent, et si beaucoup - aux sacrifices et fidélités, qui le guident et donnent une forme à ses pas et un fond à son regard. | | | | |
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| action | | | Mon esprit et mes jours décrivent les cercles : mystère - problème - solution - mystère et regard - désir - action - réflexion - regard, mais mon âme éternelle ne doit faire escale que dans le mystère et le regard, dans l'intensité et le visage ; le reste ne fera que contribuer à l'éternel retour du même. Mais ce même est hautement sélectif ; ne méritent mon intensité que les choses dignes de mon désir, choses sélectionnées par mes contraintes volontaires. | | | | |
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| action | | | Être soi-même, accorder ses actes à ses pensées - de telles niaiseries nous détournent de la vraie dyade, qui résume notre existence (d'autres pousseraient même jusqu'à l'essence) : faire et se faire, le premier terme n'apportant presque rien au second, et le second prenant ses distances avec le premier. C'est très loin d'une lumineuse liberté quelconque et ressemble davantage à une contrainte obscure mais volontaire : « L'homme se confond avec sa liberté, qui est le néant, qui contraint la réalité-humaine à se faire au lieu d'être » - Sartre - quoique cette réalité (das Dasein) soit à faire ; c'est le soi qui se fait. | | | | |
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| action | | | La sagesse, la performance, la noblesse se chargent, respectivement, d'approfondir les buts, d'amplifier les moyens, de rehausser les contraintes - la force complexe, la force réelle, la force imaginaire. L'une des plus nobles contraintes : pratiquer une faiblesse active et une force passive. | | | | |
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| action | | | Volonté banale : orientée par un but, guidée par un chemin, motivée par des moyens ; volonté en tant que puissance, ou contrainte intérieure, - l'intensité du regard, réduisant au même les buts et les chemins, vécus comme un retour en ton soi. | | | | |
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| action | | | La fonction principale des contraintes n'est pas le choix de chemins ou de buts, mais la qualité du seul pas éloquent, du premier ; au-delà, c'est déjà l'inertie ou l'algorithme. Dans les actions, dont je me détourne, les actions à exécuter et non pas à créer, même le premier pas découle du mouton ou se programme par le robot. | | | | |
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| action | | | Avec de bonnes contraintes, le plus court chemin entre un point de départ et un point d'arrivée sera toujours oblique et finira même par devenir discret, en pointillé, que parcourt un regard, expert en géométrie céleste. Entre deux hauteurs il ne doit pas y avoir de chemin - le meilleur argument pour le pointillé non terrestre. | | | | |
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| action | | | Vivre des tempêtes (de l’espérance) et toucher aux gouffres (du désespoir), sans quitter le rivage, soupirer - « Suave, mari magno… » (Lucrèce). Nietzsche a tort de pousser le philosophe vers le navire en perdition - troquer ses ruines contre une épave ? Pour exposer le meilleur des arts de navigation, le naufrage n'est pas un but suffisant, mais une contrainte nécessaire. « Navigare necesse, vivere non necesse » (Plutarque) - que des Hanséatiques ou internautes s'en accommodent, affaire d'échanges, lucratifs ou ludiques. | | | | |
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| action | | | Sisyphe versait le trop plein de son cœur dans le vide de la vie. Le monde est vide, quand le but perd de son poids ; le cœur est plein, quand les contraintes lointaines emboîtent le pas au but immédiat. La souffrance de Sisyphe est supérieure à celle de Tantale (la souffrance tient en forme l'âme, et « Sisyphe se faisait les muscles » - Valéry), comme la contrainte suivie est supérieure au but poursuivi, pour maintenir notre fringance. | | | | |
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| action | | | C'est la qualité du désir, en intensité et non en sincérité, qui amortit la honte de la nécessaire action, à laquelle je … renonce. « Avec le désir - mille moyens ; sans le désir - mille contraintes ! » - Pierre le Grand - « Есть желание - тысяча способов ; нет желания - тысяча поводов ! ». Pour élever ou entretenir le désir, rien de plus efficace que de bonnes contraintes ; pour le tuer, rien de plus sûr que de mauvais moyens. | | | | |
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| action | | | Ma place dans le monde est donnée par le hasard, pour que je l'élargisse ; il m'appartient d'investir la place au-dessus du monde, pour que j'y maintienne une hauteur. Quitter la première n'est guère signe de liberté, mais, plus souvent, appel du forum. Les autres, entravés de contraintes, se réfugient dans des souterrains ou au milieu des ruines, les seuls lieux visités par l'antagoniste du hasard, le destin. L'homme vraiment libre reconnaît le hasard derrière tout mérite public, et pour lui échapper vit en exilé. | | | | |
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| action | | | Le choix de contraintes témoigne de ton goût et de ton intelligence ; la liberté se prouve le mieux par le refus de poursuivre un but sans noblesse. « Ma liberté sera d'autant plus grande et profonde, que j'imposerai des contraintes plus sévères à mon champ d'action »**** - Stravinsky - « Моя свобода будет тем больше и глубже, чем теснее я ограничу моё поле действия ». | | | | |
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| action | | | Celui qui trouve les moyens, pour agir, est professionnel des buts ; celui qui trouve les raisons, pour ne pas agir, est amateur des contraintes. | | | | |
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| action | | | Quand la main indique le but, le mouton se met en branle, le robot évalue les moyens, le sage érige des contraintes. L'innocent ne quitte pas des yeux la main. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, le but est la satiété ; dans la réflexion - l'appétit. Laisse digérer les sots - déguste et n'avale pas : une saveur avalée n'a plus de goût. | | | | |
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| action | | | Il y a trop d'éléments épiques, résultant d'une ferme résolution, mais une douce irrésolution est une meilleure source des éléments dramatiques - voyez Hamlet. La décision gagne en beauté par une élégante résolution de contraintes, de réserves, mais elle ne gagne tout court qu'en se pliant aux buts minables. | | | | |
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| action | | | Il vaut mieux que je tienne l'accusateur, le but de ma vie, dans l'ignorance des pièces à conviction, des non-assistances aux actes en danger, répudiés par mon rêve. | | | | |
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| action | | | Nos actes constituent le fond et nos rêves – la forme de l’existence. La forme, qui m'attire, est un tamis aux mailles imprévisibles, au point que les graines de la vie retenues constituent un fond promis à la prochaine secousse. « L'existence humaine : l'effort qui se complaît à lui-même » - Ortega y Gasset - « La existencia del hombre : esfuerzo que se complace en sí mismo » - la pose d'un archer, qui se moque de ses cibles. | | | | |
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| action | | | Tous les bons chemins furent déjà indiqués par des autres ; c'est la nature de mes audaces qui formera des contraintes débouchant sur le choix des chemins à ne pas parcourir. | | | | |
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| action | | | Aux sots, leurs chemins semblent lumineux et droits, et ils savent exactement ce qui, par injustice ou hasard, les fait tomber. Au sage, tout chemin est fait de ténèbres et d'obliquités, et il est sûr de son inévitable chute ; c'est la platitude des chemins qui l'aide à y dénicher une pierre d'achoppement, pour ne pas s'y engager. | | | | |
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| action | | | Les choses à ne pas remarquer - les contraintes ; les choses à s'y focaliser - la force ; se détacher des choses - l'intelligence. Le but : se laisser guider par des contraintes, s'appuyer sur la force, baisser pavillon avec l'intelligence. | | | | |
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| action | | | Je suis d'autant plus conscient de mes buts, vrais et profonds, que je comprends mieux que tout acte, vu de la hauteur de mes vraies contraintes, est un lapsus, un acte manqué. Je songerai moins à mon époque et tiendrai davantage à mon épochè. | | | | |
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| action | | | La liberté mécanique : ne pas avoir de contraintes extérieures ; la liberté organique : suivre les contraintes intérieures, formulées par l'âme. Ou bien on est pour le rationnel et le vrai, ou bien – pour le bon ou le beau irrationnels. | | | | |
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| action | | | Dès que j'agis, je devrais taire mes motifs, dont la valeur n'a pas besoin d'actes. Priver mes actes de toute lecture probante ferait sens : j'en multiplierais les arcanes et en démunirais les intentions. | | | | |
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| action | | | L'aviron du Rêve ne peut plus atteindre les mares de la vie fuyante. Cependant, rame ! L'élément naturel du rêve est l'air. Ignorant le but, le rêve est mû par la contrainte. | | | | |
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| action | | | Consciemment ou non, mais tout homme de plume, avant de noircir ses pages, a un but en vue. Les uns se mettent à décrire des chemins épiques qui y mènent, d'autres – à chanter des actions dramatiques, d'autres encore – à exhiber des acteurs ou des ressources. Mais les meilleurs se contentent d'imaginer des contraintes, qui ne nous laisseraient qu'en compagnie d'un seul acteur immobile, dont le mot électif serait et chemin et matière et intensité. | | | | |
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| action | | | Si, dans la bêtise tolstoïenne : « Tu dois avoir un but pour toute la vie, pour une année, pour un jour, pour une minute, tout en sacrifiant les buts inférieurs aux supérieurs » (« Имей цель для всей жизни, для года, для дня, для минуты, жертвуя низшие цели высшим »), je remplace 'but' par 'contrainte', 'sacrifice' par 'fidélité', 'inférieur' par 'hauteur', j'obtiens un conseil beaucoup plus constructif et noble. | | | | |
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| action | | | Pour enjoliver le parcours de sentiers battus, ils veulent voir dans leur chemin – une corde raide, qu'il s'agit de maîtriser. Aucun équilibre mécanique ne résiste à une optique ironique. Le chemin est meilleur, lorsque le regard, mieux que les pieds, le mesure et le marque. En dehors du cirque, l'équilibriste chute le premier. Pour la construction de ta tour d'ivoire, les pierres d'achoppement, les contraintes, s'avèrent plus résistantes que les pierres kilométriques, les jalons des parcours. | | | | |
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| action | | | Que ce soit devant la raison ou bien devant l'âme, on interprète nos actes d'après les mêmes critères : les buts, les moyens, les contraintes. Pour la raison, une justification terre-à-terre est toujours fidèle et immédiate. Mais le jugement de l'âme met ces critères à une telle hauteur, que l'interprétation devient de la traduction libre et arbitraire, pleine d'incohérences et de faux amis. « Nous sommes libres quand nos actes expriment notre personnalité » - Bergson – mais nous avons autant de personnalités que nous avons d'organes d'expression et de perception ; libres pour la raison, nous sommes si souvent esclaves aux yeux de l'âme, comme, d'ailleurs, l'inverse. | | | | |
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| action | | | Deux voies de progrès, dans la littérature, à partir de la banalité discursive de l'action : la voie psychologique – examiner les motifs de l'action, pour en approfondir la vision, et la voie ironique – chercher à rehausser le regard, en trouvant des motifs de l'inaction, au profit du rêve. La première devient, très rapidement, sentier battu ; seule la seconde garde l'éternelle fraîcheur, elle entretient l'attente sans disperser l'attention. | | | | |
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| action | | | Le but de la philosophie aurait dû être d'aider à supporter avec dignité la position couchée - pour rêver (la hauteur). Au lieu de cela, les philosophes nous invitent à rester assis - pour calculer (la profondeur du Lycée !), ou debout - pour bâtir (la largeur du Jardin !) ou en marche - pour connaître (l'étendue du Portique !). À tout orgueilleux, qui pense que la hauteur c'est l'endroit, où il est assis ou, pire, qui y voit sa dignité dans la position debout, il faut conseiller : « Essaye la position couchée, une fois seul ! ». | | | | |
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| action | | | Changer d'avis ou se repentir, en grec, se diraient avec le même mot - métanoïa ; mais le meilleur repentir est d'avoir honte de l'action même, tout en gardant le même regard sur ses motifs et fins. | | | | |
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| action | | | J'observe, chez moi, celui qui produit et celui qui choisit (her-stellen contre vor-stellen), et je penche, sans hésiter, vers le second. Ce qui ouvre la porte au plagiaire et au charlatan, mais interdit d'entrée l'oracle et le turlupin. Produire, c'est remplir les lignes de signes ; choisir, c'est barrer les lignes indignes et éclairer les lignes malignes. | | | | |
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| action | | | S'imposer des contraintes, c'est se trouver un handicap permettant de mieux scruter la distance à ne pas parcourir. | | | | |
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| action | | | Sur quelle face de notre dualité – l'ange et la bête, le rêve et l'acte, le bien voulu et le mal commis - veulent-ils exercer leur catharsis ? La première ne peut être plus pure, et la seconde est vouée à la noirceur. La vraie catharsis se réduit aux contraintes prismatiques, portant sur les axes entiers et irradiant des arcs en ciel de tout faisceau de lumière ou d'ombres. | | | | |
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| action | | | Il vaut mieux ne pas savoir sa place plutôt qu'être contraint à ne pas la céder. Socrate ne s'appelait-il pas atopique ! | | | | |
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| action | | | Dans cette triade : le choix de buts, la recherche de contraintes, l'accès aux moyens, - la liberté ne se manifeste que dans les deux premières tâches : par le goût et par la noblesse ; le choix de moyens, l'intelligence, est un exercice servile. | | | | |
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| action | | | Bien dessiner un but est aussi honorable que se refuser certains moyens ou s'imposer certaines entraves. | | | | |
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| action | | | Celui qui avance davantage par résolution de contraintes que par attirance de buts est plus pointu. Celui qui sait formuler d'excellentes contraintes est plus subtil qu'un visionnaire téléologique. L'art est davantage dans l'imposition de tabous que dans leur violation - cristallisation par la défiance. C'est dans le choix des contraintes que notre visage se manifeste (« pour vivre, on a plus besoin d'avoir devant soi un visage qu'un but »** - Canetti - « mehr als Ziele, braucht man vor sich, um zu leben, ein Gesicht »), comme dans nos types de négation (« dès que j'affirme, je deviens interchangeable » - Cioran). | | | | |
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| action | | | Dès que l'homme s'imagine, qu'il puisse créer comme l'oiseau chante ou vole, il ne produit que de sonores broutilles ou de ternes trajectoires. La création humaine est dans le surpassement de contraintes. | | | | |
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| action | | | La vie est un jeu minable (champ d'expérimentations, théâtre, prison…) - on commence par ce choix de coordonnées et l'on bâtit par-dessus une géométrie. La vie est un miracle ineffable, qu'il faut conter, en chant et musique et non compter, en champs et rubriques ! Être saisi plutôt que saisir, et Einstein n'a raison qu'à moitié : « C'est même le but de toute activité intellectuelle : transformer un 'miracle' en quelque chose qu'on puisse saisir »*** - « Es ist ja das Ziel jeder Tätigkeit des Intellekts, ein 'Wunder' in etwas zu verwandeln, was man begreifen kann ». | | | | |
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| action | | | Après chaque dépôt de bilan, ils s'interrogent : est-ce faute de moyens ? faute de buts ? faute de routes ? J'accumule mes faillites faute à l'étoile, qui convertit en regards tout ce qui aurait pu s'investir en choses. « Si tu ne fais qu'obéir, la faute en est à toi et non à tes étoiles » - Shakespeare - « The fault is not in the stars, but in ourselves, that we are underlings ». | | | | |
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| action | | | Le talent : maîtriser les moyens ; le goût – s'imposer des contraintes ; le génie – atteindre des buts profonds, en employant les vastes moyens, sélectionnés par les hautes contraintes. | | | | |
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| action | | | Le culte de l'avant-dernier pas a des noms malheureusement compromis : avant-décision - hypo-crisie, ou avant-jugement - pré-jugé (l'exemple célèbre est donné par la mort, qui, aux yeux de Dieu, n'est qu'un pré-jugé, Vor-Urteil - Nietzsche). Il ressemble au désir d'Aristote ou Spinoza - vision des fins dépourvue de moyens - mais je l'associe plutôt au repérage de contraintes. Cette recherche débouche souvent sur un autre nom compromis : la scolastique - la noble oisiveté. | | | | |
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| action | | | Entre la liberté de la croissance et la contrainte de l'instinct, le choix se fait, presque à notre insu, par le degré de notre talent : une poursuite désespérée de gains et de progrès, ou bien une intensité et un retour du même. Le talent n'a besoin que d'un goût, c'est à dire d'un instinct d'artiste. | | | | |
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| action | | | Je n'aspire ni au vide ni au trop plein, je n'aime pas la contrainte des frontières accessibles mais infranchissables, je ne veux pas être un récipient, je veux pouvoir prendre la forme de tout ce qui m'entraîne, me plénifier. Plus nous sommes vides des choses qui pèsent ou ancrent, plus pleins sont nos coups d'ailes et plus larges nos horizons. Si tu veux vivre dans les mots, sois mort pour les choses. | | | | |
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| action | | | Qu'est-ce qu'une contrainte intellectuelle ? - ne pas toucher aux objets vulgaires, s'en interdire des commentaires, refuser le sérieux, face à l'indéfinissable, n'en admettre qu'un angle poétique ; ne pas s'étendre sur la nécessité de la contingence peut avoir eu des pourquoi fort différents. | | | | |
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| action | | | Nietzsche arrive bien à ce postulat désabusé : il n'existe pas de moyens nobles pour atteindre un but noble ; mais au lieu de rétrograder le but visible au titre de source illisible, il se met à accepter tous les moyens, y compris ceux qui n'anoblissent guère le but. | | | | |
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| action | | | Le mérite principal des bonnes contraintes n'est pas de me porter plus directement vers un but, mais de créer un vecteur de mon regard, vecteur qui définira et la hauteur et le sens et les moyens de mes voyages. | | | | |
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| action | | | Il y a tant de choses, d'angles de vue, d'idées, dont la seule évocation me plonge déjà dans la banalité et la platitude ; les bonnes contraintes servent à éviter ce piège ; elles sont mon devoir, mais mon valoir se bâtit par mon talent, sachant se servir de ces contraintes. Donc, il ne faut pas s'arrêter à « Un homme ne vaut que par ce qu'il n'a pas fait » - Cioran – et laisser faire l'âme, une fois que l'esprit a fait son travail de filtrage. Ce que je ne pus atteindre est secondaire ; c'est ce que je ne dus ni voulus atteindre, grâce à mes contraintes, qui est plus éloquent. | | | | |
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| action | | | Il faut transférer vers le statut de contraintes ce que d'autres considèrent comme causes, moyens, engrais ou aliments ; contrairement à ceux-ci, la bonne contrainte part des commencements et constitue la tension d'une corde, qui se substitue à l'intérêt pour des cibles. | | | | |
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| action | | | La plupart des routes de l'esprit ont pour impulsion originelle - les buts ; et elles s'avèrent être des chemins battus ou, au moins, conduisent tout droit vers des étables ou casernes. Le chemin virtuel pour un esprit, solidaire de l'âme, passe par des contraintes : « Un seul chemin, pour l'art et pour l'esprit, - ses propres contraintes »** - Volochine - « Для ремесла и духа - единый путь : ограничение себя ». | | | | |
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| action | | | Ne viser que les premières ou les dernières des cibles de l'homme, sans relâcher la corde de ton arc, comme un certain marteau philosophique (Nietzsche) ne visait que les clous, destinés au berceau ou au cercueil de l'homme. La médiocrité des contraintes est pire que la médiocrité des buts. | | | | |
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| action | | | Ce sont les coupures nécessaires de notre devenir qui dévoilent les coutures possibles de notre être ; les profonds changent de but, les hautains changent de contraintes ; mais une fois le résultat profond atteint, on comprend, qu'il aurait pu l'être plus élégamment par un changement de contraintes plutôt que de buts. L'intelligence profonde, la stratégique, cède en attraits à l'intelligence hautaine, la représentative et l'interprétative. | | | | |
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| action | | | Sans contraintes politiques ou économiques, tant d'hommes agissent en esclaves ; l'homme, libre au fond de lui-même, peut garder sa liberté même dans les chaînes. Voilà comment le robot voit la liberté : « La liberté est l'absence de toute contrainte à l'action » - Hobbes - « Liberty is the absence of all the impediments to action ». C'est même un robot du plus bas étage, puisque le robot moderne est capable de résoudre des contraintes. La liberté est dans le mystère des contraintes et non pas dans les solutions des buts. | | | | |
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| action | | | La nature de tes contraintes me renseigne mieux sur ta proximité avec le bien, que l'application laborieuse de règles fussent-elles dictées par les principes en bronze. L'impératif catégorique est une misérable caricature, à côté de l'impératif hypothétique, noble et humble. On est bon par ce qu'on s'interdit de faire et non pas par ce qu'on fait. Aristote, Thomas d'Aquin et Kant nous diront, que les contraintes ne sont que des accidents et ne font pas partie de l'essence des actes, et la question est réglée – on sait comment gagner une bonne conscience. | | | | |
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| action | | | Se sentir flèche pointant une cible inaccessible et chercher à faire de sa vie une tension digne de cette distance à ne jamais parcourir. Exercice des moyens et test des contraintes. « La dignité de l'homme se fonde et tombe avec ceci : il peut se donner des buts inaccessibles » - H.Hesse - « Die Würde des Menschen steht und fällt damit, daß er sich die Ziele im Unerreichbaren setzen kann » - élan et chute - la tragédie d'Icare. | | | | |
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| action | | | Mieux on possède ses moyens, plus on désire être possédé par ses contraintes. | | | | |
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| action | | | Les Grecs distinguaient bien le dynamisme de la verticalité et l'énergie de l'horizontalité : l'élan de l 'âme vers le haut, facilité par les contraintes du corps en bas. | | | | |
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| action | | | Le commencement compte, entre autres, par la surprise et l'espérance, qui, même déçues, génèrent des harmonies et des rythmes. Celui qui sait faire durer cet étonnement et cette attente s'appelle poète ; celui qui se met à vivre des buts, et même du chemin, est voué à devenir machine. | | | | |
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| action | | | Répudier une pensée ou une action est également facile ; on les garde faute de mieux ou grâce à une ignorance étoilée. « Nous ne ferions rien dans ce monde si nous n'étions guidés par des idées fausses » - Fontenelle. Ouverts dans l'action même, les yeux doivent se fermer dans sa justification : « Que de choses il faut ignorer pour agir ! » - Valéry. L'immobilité interne nous traduit plus fidèlement que l'action externe. L'action est manichéenne, la pensée ne doit pas l'être (Malraux et R.Debray). Avec le savoir, on trouvera toujours une contrainte, qui interdira à l'action d'être moyen et but. Refuser les contraintes de la raison, c’est vulgariser les commencements du cœur : « Pour faire du Bien, il faut que le cœur n’écoute plus l’esprit » - Pasternak - « Чтобы сделать добро, нужна некоторая беспринципность сердца ». | | | | |
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| action | | | Leur pensée ne s'enflamme que par l'appât du but, et leur acte ne va pas plus loin que la caresse des moyens - la fidélité, là où sied le sacrifice aux contraintes ; le sacrifice, là où s'impose la fidélité à l'instinct. « Pense en homme d'action, agis en homme de pensée » - Bergson - mauvais programme ! | | | | |
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| action | | | L'ange nous enseigne les commencements et les contraintes, le démon nous pousse vers les buts et les chemins. Tant de balivernes socratiques sont dues à son démon, dictant des contraintes à la place de son ange. | | | | |
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| action | | | Ne voir dans l'action qu'un exercice de nos muscles et de nos pensées (et non pas juste un moyen, pour atteindre un but juste), serait-ce la véritable ascèse ? - ce mot grec signifie exactement – exercice ! | | | | |
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| action | | | L'échelle descendante de la valeur éthique : l'acte, le verbe exprimant l'intention, l'intention non-dite. Dans le premier pas de l'action, le verbe expire ; l'intention s'inspire du dernier, celui qui ne nous appartient pas. « Qui n'a pas rêvé d'un monde, qui, au lieu de commencer avec la parole, débuterait avec les intentions »** - R.Char. | | | | |
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| action | | | Dans la volonté de puissance, le but est le vouloir, l'intensité, et non pas le pouvoir, l'efficacité. Par-dessus – une contrainte implicite : exclure de mes horizons ce qui ne peut pas être muni d'une haute intensité. | | | | |
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| action | | | La volonté de puissance, surtout celle que Nietzsche appelle volonté d'un ordre (Wille ist Befehl), ressemble beaucoup à mes contraintes : l'action extérieure en est exclue, seule est visée l'intensité intérieure, intensité qui est fusion de la volonté et de la puissance, du sentiment et de la raison. Et le soi inconnu serait la hauteur même. « Volonté de puissance : accéder à la hauteur au-dessus de son soi » - Heidegger - « Wille zur Macht heißt : die Ermächtigung in der Überhöhung seiner selbst ». | | | | |
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| action | | | L'art de formulation de contraintes est supérieur à l'artisanat d'avancement vers des buts, le goût est supérieur à la performance, puisque savoir choisir est plus profond et subtil que savoir connaître. | | | | |
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| action | | | Dans chaque action, ma liberté s'éprouve dans : la noblesse des contraintes, le talent des commencements, l'intelligence des parcours, la sagesse des fins. Quoiqu'en pense Platon : « Le dieu tient en mains le commencement, la fin et le milieu de tous les êtres », Dieu en est absent, et la chiquenaude initiale ne laissa aucune trace, aucun écho. En tout cas, au savoir et au savoir-faire ce Dieu délicat semble préférer la noblesse, pour représenter ma liberté. | | | | |
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| action | | | Marcher, c'est ne pas être sûr de l'immobilité de l'essentiel : « Il y a un but, mais pas de chemin ; ce que nous nommons chemin est hésitation » - Kafka - « Es gibt ein Ziel, aber keinen Weg ; was wir Weg nennen, ist Zögern ». Avec un peu d'assurance, on se dit, qu'il y a des contraintes, mais pas de buts ; ce que nous nommons buts est arrogance. | | | | |
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| action | | | L'action du sot est la traduction la plus fidèle de son essence ; l'action du sage reconnaît se devoir au hasard, aux contraintes extérieures, fondamentalement incompatibles avec son essence. « L'action de l'ignorant est sage ; celle du savant est sotte »** - Théophraste. D'ailleurs, les dernières paroles de Théophraste - n'oubliez pas qu'il y a beaucoup de choses inutiles - portaient sur l'importance des contraintes intérieures. | | | | |
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| action | | | Étymologiquement, l'acte, c'est une chose faite, et l'action, c'est la routine bien maîtrisée, visant un but précis. À l'opposé se trouve la création, un talent imprévisible, respectant les contraintes et chantant les commencements. | | | | |
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| action | | | Le premier pas, même le premier pas précédant un geste sensible, est déjà dans le divin. La mystique est peut-être dans le refus de sublimer le sensible temporel (la contrainte) et dans l'art de l'élever vers l'intelligible spatial (le talent). | | | | |
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| action | | | Successivement, je me désintéresse de l'homme de dépassement, de chemin, de destination ; je reste en compagnie de l'homme d'intensité, de métaphore, de contrainte. Dans l'invariant, tout héros est solitaire. | | | | |
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| action | | | En littérature, l'action s'oppose à la reproduction. « Je prends la plume pour l'avenir de ma pensée, non pour son passé. Je parle bien, si je bâtis en même temps que je parle »** - Valéry. Les autres copient le présent des choses. La forme architecturale future du bâti résulte de la résolution de contraintes présentes, tandis que le passé du but n'en donne qu'un fond utilitaire. Dans la conception, charnelle ou poétique, on ne connaît point l'enfant à naître. | | | | |
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| action | | | Pour pouvoir pratiquer le culte des commencements, il faut avoir accompagné beaucoup de mots et d'idées jusqu'à leurs aboutissements. « L’origine est ce qui se pose à la fin » - R.Debray. Et c'est seulement au milieu des finalités en cendre qu'on apprend l'art d'atteindre aux commencements les plus vitaux, l'art qui se réduit, essentiellement, à l'imposition de bonnes contraintes. | | | | |
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| action | | | L'acte et l'action : l'acte fait partie d'un scénario, l'enchaînement d'actes réussis, parcourant tout le scénario, est l'action. L'acte s'accomplit, surtout, par résolution de contraintes, et l'action ne perd jamais de vue – le but. Le culte des commencements, donc, c'est la concentration dans l'acte et la méfiance ou le désintérêt face à l'action. | | | | |
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| action | | | La noblesse d'une activité est question de qualité de ses contraintes. C'est pourquoi la musique, avec ses règles harmoniques, mélodiques, rythmiques, est l'art le plus noble. La mathématique a ses axiomes et sa logique ; la poésie – ses règles de versification. La philosophie aurait dû oublier la vérité et les connaissances, l'existence et l'essence, les idées et même les choses, pour se concentrer sur les souffrances et les langages de l'homme et lui apporter de la consolation et de l'enthousiasme, bref, être plutôt rhétorique que didactique. | | | | |
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| action | | | L'humilité des buts, la neutralité des moyens, l'intérêt des contraintes profondes, la passion des hauts commencements. « Je suis fier de mes obstacles »** - Valéry. | | | | |
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| action | | | L'absence de but décrit aussi bien le mauvais que le bon nihilisme. Le premier, l'absurdiste, le constate et se met à se lamenter et à justifier son cynisme. Le second, le noble, le proclame par un acte de volonté, car l'essentiel de nos élans et de nos visages s'associe à la hauteur de nos commencements et à la noblesse de nos contraintes. | | | | |
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| action | | | Tant que je suis guidé par un but, je ne fais qu’exécuter un algorithme. La créativité, c’est avant tout, la génération de rythmes, motivée par la noblesse des contraintes et inspirée par la hauteur des commencements. « Le propre de la créativité réside dans l’absence de but préalable » - A.Connes. | | | | |
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| action | | | Mon mot, mon acte, ma pensée ne peuvent ni dissimuler ni traduire mon soi inconnu ; seul ce que j'évite (les contraintes), ou ce qui précède mon premier pas peut l'indiquer, vaguement, comme un graphe rappelle un arbre, comme un soupir témoigne d'une âme, comme un testament dévoile une mort. | | | | |
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| action | | | Le but n'est mauvais que lorsqu'il est le seul guide de mes pas insuffisamment sceptiques. Les moyens ne sont bons que lorsqu'ils résultent de la résolution des ardentes contraintes. Où ils cessent d'être des leviers nécessaires en prenant un poids suffisant. Le but, le cadet de mes soucis. | | | | |
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| action | | | Librement on ne peut que rêver, et jamais – faire. On peut mettre du rêve dans l'action, en y apportant de bonnes chaînes ou de bonnes œillères. La noblesse est dans les bonnes contraintes, qui m'évitent le tête-à-tête avec les choses. | | | | |
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| action | | | La liberté la plus haute se manifeste dans des sacrifices ou fidélités oblatives, indéfendables ; mais on ne peut l’atteindre que si l’on s’impose des contraintes filtrantes, cette « indifférence, le plus bas degré de la liberté » - Descartes. | | | | |
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| action | | | La machiavélique Compagnie de Jésus, avec son « La fin justifie les moyens », est trop dans le temps, l'action, la logique, et pas assez dans l'héraldique, tandis que le but peut ne servir qu'à ériger de belles contraintes et à déployer des moyens à ne pas employer. Dans le but, ce qui compte est l'art de sa formulation ; dans les moyens - le parcours raisonné de leur recherche. Je préfère m'en tenir à la noblesse héréditaire du langage, refusée aux gueux de la logique ou aux nobliaux de la mécanique. | | | | |
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| action | | | Le sens de ma vie se laisse mieux deviner par ce que j'évite que par ce que je poursuis : « Tiens au sens des contraintes que tu imposes à ton action » - Marc-Aurèle. | | | | |
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| action | | | Créer des contraintes, c'est créer des forces immobiles, qui, tout en mettant des solutions en marche, nous laissent en compagnie du mystère de la création même. Les bonnes solutions sont donc un problème de contraintes, que le mystère du but-mouvement nous souffle. | | | | |
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| action | | | Tous les raseurs sont sûrs de pouvoir donner à leur vie un but déterminé et voient dans l'absence de ce but une erreur irréparable. Plus un but est claironnant, plus de brigands et d'épiciers s'y souscrivent. Se tromper, être floué, se vautrer dans sa défaite, s'affermir dans sa démission - cette excitation n'est donnée qu'aux sceptiques des buts et aux enthousiastes des contraintes. | | | | |
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| action | | | Mes faiblesses, c’est ce qui m’empêche de mieux m’incruster dans la vie, mais elles peuvent m’aider à plus m’élever par le rêve. « Il faut placer tes buts au-dessus de tes forces » - Pasternak - « Надо ставить себе задачи выше своих сил » - ce qui t’obligera de mobiliser tes hautes faiblesses, au-dessus des forces profondes. | | | | |
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| action | | | C’est grâce à ce que je refuse de voir que mon regard forme mon identité ; la qualité du fait, par la volonté, découle de la quantité du volontairement non-fait. « Tu affirmes ta personnalité en ne faisant pas ceci ou cela » - c’est ce que le daemonion soufflait à Socrate. | | | | |
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| action | | | La liberté intellectuelle est impensable sans les bonnes contraintes que s’impose un esprit, fidèle ou sacrificiel. Donc, dire que l’imagination se déploie dans la liberté (Kant) n’est pas si bête. | | | | |
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| action | | | Une maxime n’est pas une flèche frappant une cible ; elle est une noble contrainte, réduisant ton arsenal aux meilleures flèches et plaçant dans tes plus hauts horizons les plus valables des cibles. La beauté avant la justesse ; le regard avant l’action. | | | | |
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| action | | | Dans cette bêtise socratique : « Qui veut – cherche un moyen, qui ne veut pas – cherche une raison », on relève un tas de malentendus. Ne pas vouloir certaines choses mesquines fait partie des contraintes bienfaisantes ; les moyens assurent des parcours des chemins battus, le talent annonce des commencements inédits ; ce n’est pas chercher, mais vouloir qui y est le verbe central – le désir, il faut l’entretenir dans la hauteur, au lieu de chercher à l’abaisser jusqu’à la réalité. Au lieu de dénoncer la paresse, l’auteur aurait dû se prononcer pour la noblesse. | | | | |
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| action | | | Les difficultés extérieures, que tu surmontes, te permettent de ne pas t’écrouler et de te maintenir - dans la platitude ; les contraintes intérieures, qui excluent de tes horizons ce qui est indigne de ton regard, te donnent une chance de garder la hauteur. | | | | |
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| action | | | Les contraintes rendent le rêve plus pur et la réalité – plus calamiteuse. « Seul un sot triomphe de la vie ; le sage, partout, imagine des contraintes » - E.M.Remarque - « Im Leben gewinnt nur ein Narr. Und der Kluge stellt sich überall nur Hindernisse vor » - c’est pourquoi il déménage au royaume des rêves. | | | | |
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| action | | | Mon goût pour les contraintes (opposées aux parcours et aux buts et décorant les commencements) s’explique, partiellement, par le fait que, chez les Anciens, liberté voulait dire action sans contrainte, d’où peu d’intérêt que je porte aux études sur la liberté. | | | | |
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| action | | | Les finalités, même les plus nobles ou grandioses, sont, en gros, communes à tous. À côté des professionnels des moyens, les fabricants d’avenirs radieux sont des charlatans. Aux deux, je préfère les artistes-amateurs des commencements, les poètes et les philosophes, qui savent faire des moyens et des finalités – des contraintes, pour exclure les banalités. | | | | |
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| action | | | Deux activités, presque opposées, mais portant le même nom – être maître de soi-même : soit formuler des lois rigoureux, auxquelles tu dois obéir, soit ériger de vagues contraintes, qui excluent de ta vision des objets indignes mais visibles, et te laissent en compagnie des objets invisibles et dignes – une discipline mécanique ou un nihilisme organique. | | | | |
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| action | | | Avoir respecté une contrainte est aussi un acte. Autrement dit : « L’acte se divise en une action et en une abstention » - Valéry. | | | | |
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| action | | | Je suis sceptique quant à l’intérêt de la transformation de l’être en faire (et non pas en devenir qui n’est que l’être traversant l’espace-temps). On ne se fabrique pas ; on est complet, achevé, dès sa première enfance. Les valeurs et leurs hiérarchies restent stables ; ce qui évolue, ce sont des contraintes que j’impose à mes choix capitaux. Elles portent d’abord sur les buts à viser ; ensuite – sur les parcours à emprunter ; finalement – sur les commencements à créer. Je devins un éternel débutant. | | | | |
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| action | | | La raison et la liberté choisissent ton action ainsi que ses causes. La liberté découlant de ta raison n’est que raison. La liberté est un vague appel du Bien, elle est ton goût du Beau et tes contraintes du Vrai. Ta raison, ne connaissant que ton intérêt immédiat doit être absente du tribunal du vrai Bien (du Bien divin) ; ta raison entoure de contraintes ta créativité dans le Beau ; ta raison est seul juge du Vrai. À la sentence, totalement vide, de Rousseau : « sous la loi de raison, rien ne se fait sans cause » - tu préféreras celle-ci : grâce à la liberté, tu peux échapper à la raison égoïste et préférer la musique insensée du Bien à son bruit mécanique et trouver ton propre chemin dans les labyrinthes du Beau. Les causes humaines se fabriquent ou s’inventent ; les causes divines enchantent ton soi inconnu. | | | | |
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| action | | | À celui qui vise de grandes choses, avoir échoué dans les petites sert de stimulant ou de bonne contrainte. | | | | |
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| action | | | La plus utile contrainte pour l’esprit évaluateur (refus de l’inessentiel) est dictée par la liberté, dans l’essentiel, de l’âme créatrice. | | | | |
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| action | | | Dans les trois sphères de ton être et de ton devenir, les commencements, les parcours, les buts, interviennent deux forces : ton toi et ton nous. La seconde domine les buts – reconnaissance et suprématie ; la première fixe les commencements – solitude et noblesse ; leur coalition accompagne les parcours – liberté, savoir, intelligence. L’exclusion du collectif étant l’une de tes contraintes, tu te résumeras le mieux en commencements. | | | | |
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| chœur art | | | IRONIE : Le sérieux de l'art est dans la foi en l'authenticité de ses sources, son ironie - dans la résignation devant l'inaccessibilité de ses buts. Le reste n'est que ludique, question de mesures et d'écoute de règles. L'Europe artistique est née dans l'ironie impondérable de bohème et meurt dans le souci pataud de barèmes. | | | | |
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| art | | | L'écriture banale : un amas de choses sous la main dont la plume scrute les frontières. L'écriture doctrinale : un moule imposé au contenu ou aux contours. L'écriture paradoxale : partir des frontières dans le vide, dont on remplit les régions contigües inexplorées. Étreintes, empreintes, contraintes. | | | | |
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| art | | | Le style émerge davantage des facilités évitées que des difficultés vaincues. Aujourd'hui, la chose la plus facile est la négation ; et la meilleure contrainte est peut-être la négation de la négation, la résignation, le divorce définitif entre le nez et la cervelle. | | | | |
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| art | | | L'art n'est qu'une illusion de plus d'une vie justifiée (seul le savoir des sciences mathématisables n'est pas illusion). Cette illusion se dissipe par deux certitudes opposées : la fausse - l'artiste communiquerait avec l'éternité, et la vraie - l'artiste ne vaincrait que les contraintes d'un langage. Et c'est pour entretenir l'illusion ténue, que l'artiste, même l'artiste du souterrain, a besoin du spectateur ou du lecteur. | | | | |
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| art | | | Les moyens de l'art - l'abduction ; le but de l'art - la séduction ; les contraintes de l'art - la traduction. L'artiste est un phénomène de la conductivité. « Au préfixe près, il n'y a de philosophie que de la Duction : la déduction, dans l'aire logico-mathématique ; l'induction, dans le champ expérimental ; la production, dans les domaines de pratique ; la traduction, dans l'espace des textes » - M.Serres. | | | | |
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| art | | | Le débat technique le plus profond, dans l'art, est entre les parts du mécanisme et de l'organisme, entre le concept et le signe, entre le symbole et l'incarnation. Et le but inavouable et haut en est de produire une idole incarnée. | | | | |
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| art | | | L'unité, qu'elle soit dans celui qui représente ou dans le représenté, dans le climat ou dans le paysage, ne naît que par un effet de bord d'une lutte de l'artiste contre le hasard et d'une résignation du penseur de céder à l'intuition. L'unité n'est donc ni un but ni une contrainte, mais un accident du parcours. | | | | |
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| art | | | Qui ne voit dans la littérature qu'un moyen juste pour faire entendre ses idées, prône la clarté et la vérité. Mais celui qui n'y voit qu'un but injustifiable est porté vers divagations et déviations. Terrain vague ou vague terrain. Nimbes et diadèmes, ou limbes sans baptême. | | | | |
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| art | | | Romantisme : repousser le présent avec les moyens les plus modernes - la meilleure recette pour devenir classique à l'époque suivante. Donner au caprice la force d'une nécessité ; enlever à la nécessité sa couche d'ennui suranné. Affaire de don pour de nouveaux langages. | | | | |
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| art | | | La plus forte des contraintes de l'artiste : subordonner la langue au nez - la saveur au goût. | | | | |
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| art | | | L'objet d'une écriture est la création d'un lieu géométrique d'attirance, créé implicitement par un jeu de contraintes à variables. Et la lecture est son dessin par substitutions successives. | | | | |
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| art | | | Je veux peindre l'oiseau, et l'on ne découvre, sur ma toile, qu'une cage. Et je balbutie, avec tous les sots, que le peintre ne doit pas apparaître dans ses tableaux. « Malgré la passion du mouvement, ce que désirais le plus, c’était d’être renfermé dans une cage » - Chagall - « При всей любви к передвижению я всегда больше всего желал сидеть запертым в клетке ». Plus que dans un cachot de l'esprit, c'est dans une tour d'ivoire de l'âme qu'on a besoin de barreaux : « L'âme est le seul oiseau, qui soutienne sa cage » - Hugo. On vit le mieux sa liberté à travers, ou même en-deçà des contraintes : « Il lui semble, que le monde est fait de barreaux, et au-delà de ce monde - aucun autre » - Rilke - « Ihm ist, als ob es tausend Stäbe gäbe, und hinter tausend Stäben keine Welt ». C'est par la délicatesse des barreaux qu'on reconnaît notre parenté avec les volatiles. « La pensée est un oiseau qui, dans la cage des mots, peut déployer ses ailes »* - Gibran - « Thought is a bird, that in a cage of words, may unfold its wings ». | | | | |
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| art | | | Le talent s'accommode aussi bien d'une démarche naturelle que contrainte ; c'est lui-même qui est nature et loi. Toute démarche peut être imitée ; on n'imite pas le talent. Les contrefaçons avortées du contraint remplissent les poubelles ; les copies, de mieux en mieux réussies, du naturel remplissent les étables. | | | | |
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| art | | | Toute âme est poétique, tandis que les cœurs nous divisent en contemplateurs et en acteurs. L'esprit, comme le cœur, peuvent faire des vers, mais l'âme seule est poète. L'art n'est qu'une belle contrainte, que l'esprit respecte et le talent lui donne les moyens ; le cœur, qui s'y plie, bat pour réveiller l'âme de poète. | | | | |
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| art | | | Deux écoles de la littérature française : celle de la liberté ou celle de la contrainte, le XVI-ème licencieux ou le XVII-ème cérémonieux, aboutissant à Rimbaud ou à Valéry. Il faut choisir entre siat et fiat, entre une vie donnée et une vie à donner. L'universalité semblant être dans la liberté, le second courant finira par n'être apprécié que des élites cosmopolites. | | | | |
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| art | | | Ce n'est pas un hasard que les premiers arts furent la poésie et le théâtre : la poésie satisfait le premier besoin de l'âme – la musique dans le regard, dans le mot, dans le geste ; et le théâtre satisfait le premier besoin de l'esprit – créer des scènes abstraites, sur lesquelles se dérouleraient des tragédies ou des comédies, traduisant le dessein du Dramaturge, mettant en jeu le talent des acteurs, l'exubérance du décor, les contraintes spatiales, les ressources verbales et les dénouements finals. Et l'intelligence philosophique débuta par le genre le plus poétique – par l'aphorisme. | | | | |
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| art | | | Type de livre, qui me plaît : débouchant sur déshérence plutôt que source à résonances et encore moins à conséquences. Je veux sentir davantage ce qu'on exclut, que ce qu'on enferme. « Je trouvai chez Nietzsche, non point une incitation, mais bien un empêchement » - Gide. | | | | |
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| art | | | Lorsque je devine quelle contrainte surmonte l'auteur, j'éprouve plus de plaisir, que lorsque je constate, qu'il avança encore vers son but. Le plus noble but, dans l'art, est peut-être de faire ressentir dans la belle maîtrise des contraintes le vrai enjeu aristocratique de l'œuvre. « Écrire, c'est omettre »** - Cioran. | | | | |
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| art | | | Le but de la lecture : découvrir en soi des sources cachées, d'où aurait pu jaillir la lumière. | | | | |
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| art | | | La hauteur, ce sont des contraintes qu'on se donne sur les foyers des ellipses dessinant le réel, des hyperboles tendant vers la perfection, des paraboles se perdant dans un infini sans contours. | | | | |
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| art | | | Chanter le pouvoir de l'art, qui ne fait pas de doute, tout en sachant les limites de mes propres moyens, qui ne sont que doutes. | | | | |
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| art | | | La pensée-éclair, venue de la hauteur, cherche les mêmes débouchées que les fleuves interminables de nos vallées de larmes : « Il faut voir nettement, que le discours pléthorique et le discours laconique ont le même but » - Épicure. Malheureusement, on n'écoute pas le sain constat des postmodernes : ni l'intelligence ni le savoir n'appartiennent plus au genre discursif. Mais la règle de l'économie des moyens est sans exceptions : « Quelle que soit la leçon, la brièveté s'impose » - Horace - « Quidquid praecipies, esto brevis ». | | | | |
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| art | | | Me limiter à la seule voix du mystère vital est une contrainte, dont seul le talent dispense. Mais, dans tous les cas, si ma plume vise le grand, un autre mystère doit émaner de mon opus. La médiocrité, c'est l'exhibition des seuls problèmes ou de leurs solutions. Chez les meilleurs, le mystère de la vie se fusionne avec celui de l'art. | | | | |
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| art | | | Si Dieu te fit cadeau d'un talent, la seule exigence extra-littéraire indispensable, pour en être digne, est la noblesse ; dans la littérature « la noblesse doit être ta première contrainte »** - Iskander - « благородство должно быть в самом замысле ». | | | | |
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| art | | | Ce qui compte, en art, c'est ce qui ébranle la beauté ou le rêve. L'art pour la vie et la vie pour l'art - le but et les moyens. Mais par-dessus tout - la noblesse des contraintes : quand on maîtrise le qui et le quoi, on s'entend avec n'importe quels pourquoi et comment. Et Nietzsche : « Tout comment est bon pour celui qui a, dans la vie, un bon pourquoi » - « Wer ein Wofür im Leben hat, der kann fast jedes Wie ertragen » - ne fait que la moitié du bon chemin. | | | | |
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| art | | | À ne voir que des objets concrets de ce bas monde, on se donne pour but de les élever à la hauteur des généralités ; je ne vois que des abstractions, et je m'impose la contrainte de ne pas les abaisser par trop de concrétude. | | | | |
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| art | | | Le but le plus enviable de l'écriture : qu'à travers ton cerveau on découvre ton visage et lui voue un regard fraternel. À comparer avec « Perdre le visage, écrire n'a pas d'autre but » (G.Deleuze). Ces sots, qui opposent l'interprétation et le manifeste aux protocoles d'expérience et programmes de vie ! Ta Muse - au minois hors commun - devrait être la seule à tenir le miroir. En son absence, on se contentera du lac le plus proche. | | | | |
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| art | | | Si je veux rendre ma caresse - un soupir, un gémissement ou un silence voluptueux – la vigueur est préférable à la douceur, la contrainte - le fouet et les chaînes – au déchaînement. Et A.France : « Caressez longuement votre phrase, et elle finira par sourire » - a de mauvais moyens et buts. | | | | |
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| art | | | Les métaphores primordiales, serrées jusqu'à devenir maximes, doivent former une constellation, que j'appellerai mon étoile. « Penser, c'est être sous la contrainte d'une idée unique, qui, telle une étoile, reste immobile »* - Heidegger - « Denken ist die Einschränkung auf einen Gedanken, der wie ein Stern stehen bleibt ». De sa froide lumière je dois jeter sur la vie - mes ombres chaudes. | | | | |
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| art | | | Le cafouillage le plus servile se forme sous la plume ou le pinceau d'un larbin, qui s'exclame, en jubilant : « Je suis libre ! ». Tant que de nobles chaînes de contraintes ne délimitent pas mon périmètre ; je ne peux pas être artiste, au moins en hauteur. La pensée sans frein n'engendre que de l'inertie. | | | | |
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| art | | | Même les plus obtus des philosophes professionnels (« la tourbe philosophesque » - Rousseau) se doutent bien, que leurs concepts sont dus au hasard, à l'impéritie et à l'inertie, que leurs preuves ne sont que fatras de sentences d'apparence logique (« Les résultats de la «métaphysique» sont et doivent être nuls, plaisir à part » - Valéry), et que le poète, par son jeu de métaphores, atteint le même but avec autant de rigueur et avec plus d'élégance. | | | | |
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| art | | | La hauteur indicible du qui devient intelligible par la profondeur du quoi et lisible - par l'étendue du comment. Les dimensions à ne pas confondre ! « Cette osmose, dans laquelle on n'arrive plus à reconnaître la frontière entre le quoi et le comment » - K.Kraus - « Jenes Ineinander, bei dem die Grenze von Was und Wie nicht mehr feststellbar ist ». Cette intersection - le point zéro de la création ! Quand le quoi et le comment s'attachent, avec un poids égal, aux buts et aux contraintes. | | | | |
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| art | | | L'art est le but, l'âme - le moyen, l'esprit - la contrainte, la vie - la page blanche. | | | | |
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| art | | | Chercher à se débarrasser de son ombre trop grande (Flaubert, Kafka) ou chercher à propager des lumières extérieures (l'ambition des majorités) sont des buts médiocres, surtout comparés avec la belle contrainte - un angle de vue, jouant de la taille des ombres et de l'intensité des lumières, une union du nombre et de l'expression, une coopération du calculateur et du danseur : « L'horloge de lumière : mesurer ce qu'on manifeste, manifester ce qu'on mesure »*** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Une contrainte de l'art : exclure le savoir réticent à la traduction libre en sentir ; une contrainte de la science : négliger le sentir, qui se traduit trop mot-à-mot en savoir. | | | | |
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| art | | | Le but de l'art : rendre une grâce de sentiment par une grâce de lumière. Il se trouve, que le meilleur instrument de cette traduction serait la grâce de mes ombres. | | | | |
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| art | | | Le but et la contrainte : rendre lisible ce qui est saintement invisible, rendre invisible ce qui est trop lisible. | | | | |
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| art | | | Un bel écrit est une partie d'échecs commentée, dont la beauté s'éploie surtout dans des combinaisons imaginaires en dehors de l'échiquier et constitue des contraintes plus que des réalisations. « L'idée est une mise en échec de la vérité » - Ortega y Gasset - « La idea es un jaque a la verdad ». La vie, elle aussi, est plus près de l'échiquier que de la scène : les plus beaux coups-actions ne se déroulent que dans l'imaginaire, impliquent des sacrifices et visent surtout la cible royale. | | | | |
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| art | | | L'écriture de rêve est dans cette triade : avec les contraintes de penseur et les moyens d'artiste peindre les commencements de héros. | | | | |
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| art | | | Si la valeur de ton œuvre est sans comment, sans présence explicite de ton pinceau, on peut être sûr qu'elle fut conçue au nom de la hauteur ; Maître Eckhart se trompe et de type de justification et de dimension : « C'est à partir du fond le plus intime que tu dois opérer toutes tes œuvres, sans «pourquoi» » - « Aus diesem innersten Grunde sollst du alle deine Werke ohne Worumwillen wirken » - le profond dicte des contraintes, des matières premières ; le haut désigne la mélodie, l'édifice, un but musical et vital. | | | | |
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| art | | | Plume à la main, ce qui compte, c'est la profondeur de mon regard sur les fins, l'étendue de l'ironie sur le poids des moyens, la hauteur des contraintes. Bref, je ne serai jamais ni choix ni mouvement. (« Nous sommes choix » - Sartre ; « tout est mouvement » - Héraclite). | | | | |
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| art | | | L'unité aristotélicienne dans l'art : vénérer le début incompréhensible, rêver la fin imprévisible, vibrer entre les deux. Et tout le reste est maculature. | | | | |
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| art | | | La démarche la mieux réussie vers la musicalité d'une œuvre, c'est la démarche bien calculée nietzschéenne : la sélection d'axes intéressants, la création d'une tension entre les extrémités, entre deux langages respectifs également défendables, le refus de faire son choix sur cet axe et donc la confiance aux langages, le maintien de cette intensité comme ressource, contrainte et but de l'art. | | | | |
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| art | | | Les contraintes dans l'art, c'est comme le vent et la flamme : la faible s'éteint, et la forte gagne en intensité. | | | | |
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| art | | | Le commencement - ma blanche main, la fin - ma noire mort ; la création et l'angoisse ; la forme de mes traits et ma toile de fond. Le talent est une bonne palette, indépendante du pinceau et de la toile ; le génie est le sens du tableau, dans lequel le pinceau reste invisible, la toile est bien tendue et qu'on n'y voie, n'y lise, n'y entende que la musique, c'est à dire les contours et couleurs de mon âme. | | | | |
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| art | | | Aphorisme accompagné de citations - on arrive à accorder à ce genre la palme absolue d'excellence au bout de trois humbles reconnaissances : que, dans tout écrit, ne comptent que ses métaphores, et que tout délayage l'affadit, que tout ce qui est intellectuellement intéressant fut déjà exploré par les autres, que les contraintes (miroirs, ennemis, fratries) sont plus nobles que les buts. | | | | |
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| art | | | L'intelligence, dans l'art, c'est la rencontre rare entre un talent et un goût, le goût étant orienté plutôt par un choix des contraintes que des buts ou chemins. Après une judicieuse exclusion de l'aléatoire mécanique, le talent ne produit que du vital artistique. Et Rilke : « l'art n'est qu'un chemin et non pas un but » - « die Kunst ist nur ein Weg, nicht ein Ziel » - s'arrête à mi-chemin, sans enchaîner sur deux négations de plus. | | | | |
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| art | | | La mathématique part d'un but, dont la solution découle de l'harmonie et de l'élégance des définitions nouvelles, de ces contraintes initiatiques ; le commencement de la poésie et de la philosophie se trouve dans des contraintes, c'est à dire dans un sentiment ou dans un goût, pour lesquels un bon regard trouvera toujours des buts harmonieux et élégants. La maxime est un genre, qui cherche un compromis : elle n'est que définitions, mais ne véhicule que le sentiment et le goût. | | | | |
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| art | | | On écrit sous l'impulsion de la logique ou de la musique ; il faut être méfiant du premier courant et essayer de suivre fidèlement le second ; mais les deux se concilient, comme la contrainte se concilie avec le but. « Nostre vie est partie en folie, partie en prudence. Qui n'escrit que regulierement, il en laisse en arriere plus de la moitié » - Montaigne. | | | | |
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| art | | | L'absence de talent artistique se remarque non pas tellement dans le manque de moyens d'expression, qu'en déficience des contraintes : l'élimination de banalités, qui est une tâche du haut goût, est plus dirimante que l'affirmation d'originalité et même de profondeur. | | | | |
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| art | | | Les contraintes, auxquelles doit tenir mon écriture : en largeur - ne pas toucher à ce qui est en-deçà de l'horizon, en profondeur - ne jamais croire avoir touché le fond, en hauteur - ne laisser rien échapper du bouillonnement verbal, tant que la soupape du goût ne le laisse jaillir. | | | | |
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| art | | | Ce qui est poétique naît des contraintes assez intelligibles. La marche, comme la prose, s'ensuivent des moyens et des buts trop visibles. « Pourquoi la danse est-elle belle ? - parce qu'elle n'est pas libre, parce que son sens est dans une contrainte esthétique »** - Zamiatine - « Почему танец красив ? - потому что несвободен, потому что его смысл в эстетической подчинённости ». | | | | |
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| art | | | Le style est affaire du seul talent ; aucun effort ou discipline ne t'en approchent. Mais ses symptômes sont : la hauteur des contraintes, l'ampleur des moyens, la profondeur des valeurs. Il n'est pas dans le développement d'un monde en mouvement, mais dans l'enveloppement d'un mouvement, qui est l'origine d'un monde. Le style des enchaînements n'est qu'une technique artisanale ; le vrai style jaillit des commencements, il est la fidélité à la source nouvelle. | | | | |
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| art | | | Dans une œuvre d'art doivent apparaître mes négations et mes affirmations, résultant de mes contraintes ou de mon goût, ce que mes yeux évitent d'envisager et ce que mon regard perçoit dans les ombres de ma Caverne, des silences et des révélations, des voilements et des dévoilements. C'est aux non-artistes que s'adresse le pragmatique conseil d'Héraclite : « Ne voile ni ne dévoile, mais montre ». | | | | |
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| art | | | On renonce au développement suite aux contraintes que s'impose un bon goût : « La profondeur du sage est dans l'indifférence pour le développement »*** - G.Benn - « Entwicklungsfremdheit ist die Tiefe des Weisen » - ou une bonne obsession : « Ma passion est de parler sans développer. Dès que je me mets à développer la pensée, à laquelle je crois, je cesse de croire au développé »*** - Dostoïevsky - « Страсть моя - говорить без развития. Случись, что я начну развивать мысль, в которую верую, я сам перестаю веровать в излагаемое ». Que le bel instant s'arrête - tel est le désir, que réveille l'art statique. L'art dynamique est une aberration. Le roman est une aberration, et la maxime - le seul héritier légitime de la poésie. | | | | |
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| art | | | L'art se trouve aux endroits, où aucune sueur n'est d'aide. Mais pour soulever un brin d'herbe, il faut autant d'inspiration à l'artiste que de transpiration au terrassier pour aplatir la montagne. | | | | |
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| art | | | On peut tout sentir, sans avoir rien peint ; mais celui qui peint tout, sent mal tout. Pour bien sentir, il faut ne peindre que ce qui réveille les sens ! La contrainte de l’œil résulte en but du regard. | | | | |
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| art | | | Ce qui est intraduisible en musique devrait être exclu de l’écriture : le ressentiment, le souci quotidien de ce siècle, la soif de reconnaissance. Et l’exploit suprême – aller tout droit à l’âme, en contournant l’esprit, complice mais humble. Faire ressentir, que la seule action authentique du cœur, c’est le chant. | | | | |
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| art | | | L'œuvre est souvent un résidu d'un travail de manœuvre. « Le meilleur charpentier est celui qui fait le moins de copeaux » - proverbe allemand - « Das ist nicht der beste Zimmermann, der viel Späne macht ». Les poupées russes seraient peut-être un bel exemple de cette économie. En poésie, hélas, plus il y a de copeaux plus pleine est l'œuvre. | | | | |
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| art | | | L'intelligence, en littérature, consiste à savoir mettre en pratique les contraintes invisibles en tant que les plus purs des moyens, ordonnant la pureté des œuvres. L'autre composante des moyens, les outils, est affaire du talent, qui est au-dessus de l'intelligence. Le talent pur s'appelle génie. | | | | |
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| art | | | Le paradoxe du poète : par ses images, il veut toucher au mystère, or tout mystère est indicible et inexprimable. Donc, la poésie est une forme de folie : dire ce qui est indicible. « Nous représentons l'indicible pureté à partir de la dicible impureté » - Jankelevitch. Ce que tu dis relève des problèmes de l'âme ou des solutions de l'esprit ; le mystère indicible, ce seraient ces invisibles contraintes qui impriment une musique au bruit du dicible. Le mystère serait la musique de la vie, que seule une oreille poétique peut capter et interpréter. | | | | |
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| art | | | Ce n'est pas l'œil, mais le cœur, ce n'est pas l'esprit, mais l'âme, qui dicteront si mon art sera serein ou trouble, musical ou insonore, absolu ou borné. « L'art romantique n'aspire plus à reproduire l'intensité de la vie dans son état de sérénité infinie » - Hegel - « Die romantische Kunst hat die Lebendigkeit des Daseins in seiner unendlichen Stille nicht mehr zu ihrem Ziel ». La vie est une excellente contrainte d'un art humain, mais elle est un piètre but, digne d'un art photographique ou robotique. Quant à l'art classique, il est de l'art romantique si bien maîtrisé, qu'une vie nouvelle en surgit, en rien inférieure à la vie réelle. | | | | |
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| art | | | L'ordre, en poésie, fait partie de ces contraintes, qui doivent rester implicites. Mais chez les raisonneurs, ignorant le vivifiant désordre poétique, l'ordre mécanique est le seul à s'installer dans le mot. « J'aime mieux une poésie sans ordre qu'un ordre sans poésie »* - Pouchkine - « Я более люблю стихи без плана, чем план без стихов ». | | | | |
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| art | | | Le talent enfante nécessairement d'un style, c'est à dire d'une noblesse soutenue par une intelligence, une entente souveraine de la hauteur des causes avec la profondeur des effets, un passage harmonieux des contraintes aux finalités. | | | | |
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| art | | | Dans le choix de ses matériaux, l'écrivain ne peut, malheureusement, pas se contenter de ses rêves et se passer de faits, et donc snober le temps. S'occuper du futur, de toute évidence, relève de notre facette robotique ; il restent le passé étendu, le vertical, et le passé immédiat, l'horizontal, (le présent n'existant que dans notre sensibilité immémoriale), la culture ou la nature, la personnalité ou le mouton. S'écarter du second est l'une des contraintes qu'on doit s'imposer. | | | | |
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| art | | | L'ordre croissant d'importance, dans le travail de plume : les circonstances (lieux et dates), les contraintes (choses et relations à exclure), le talent (fulgurances et abattements). Aujourd'hui, seul le premier aspect survit ; les livres nagent dans une platitude, dont ne débordent que quelques fadaises. Partout - des dates (pas d'appels de l'éternité), les lieux sont publics (ni l'âme ni le cœur), les objets n'ont qu'une pesanteur (pas de grâce), les points de vue sont claniques (ni regards ni états d'âme personnels). | | | | |
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| art | | | Respectivement, le but, les moyens et les contraintes de l'art : mettre en mouvement les meilleures cordes de notre âme, faire ressentir la beauté poétique du monde, imposer au langage la noblesse musicale. La musique est aux commencements, elle est la contrainte, filtrant tout bruit, écartant ce qui est sans poésie, entretenant la tension de nos cordes. | | | | |
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| art | | | Les contraintes dans l'art : les négatives, avant même le commencement, – des filtres ; les positives, juste après le commencement, – des amplifications ou des transformations. Des omissions et des suppléments – Paralipomena et Parerga. | | | | |
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| art | | | La place de la nature dans nos œuvres : pour exhiber une perle, un plongeon dans les profondeurs suffit, mais pour ériger une statue, il faut avoir préféré le marbre à l'argile et l'art d'enlever (Michel-Ange) à celui de lever (Archimède). La nature doit servir davantage de contrainte que de but. | | | | |
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| art | | | L'intensité artistique est plus compatible avec une faiblesse noble qu'avec une basse puissance ; elle vérifierait peut-être cette belle contrainte ; « minimum d'énergie, maximum d'excitation » - Valéry. | | | | |
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| art | | | Le créateur voit ce qu'il croit (rêve) ; le contemplateur croit (comprend) ce qu'il voit. S'ils cohabitent en moi, le second devrait n'offrir que des contraintes, tandis que tout commencement devrait appartenir au premier. « Ce qu'il croyait, il le voyait, au lieu que les autres croient ce qu'ils voient » - Fontenelle. | | | | |
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| art | | | Pour un écrivain, la contrainte la plus utile est le filtrage de l'inessentiel, parmi les objets, les faits, les angles de vue, les tonalités. C'est comme passer par un « creuset : le feu consume tout ce qui n'est pas le pur or » - Fénelon. Et la noble manière, le talent, ne brille de tout son éclat que sur la noble matière. | | | | |
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| art | | | Dans l'écriture, ton soi connu se manifeste dans le quoi affirmatif de ce qu'il aime, fait ou pense ; et ton soi inconnu perce, obscurément, dans le quoi négatif des contraintes, dans le comment du style inconscient, dans le pourquoi de la noblesse innée, dans les où et quand de l'intelligence câblée. | | | | |
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| art | | | Le hasard et la platitude - deux ennemis techniques de l'art, d'où le caractère prophylactique de la volonté de système ou de la volonté de puissance, de la maîtrise des sources ou des langages, - les contraintes de profondeur ou de hauteur visant le but, qui est la musique. | | | | |
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| art | | | L'art en moi - un moyen ; moi dans l'art - un but ; autrui - une contrainte. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, l’intelligence n’est qu’une contrainte, un garde-fous, nous protégeant contre des sottises trop flagrantes ; le vrai talent possède, implicitement, cette intelligence intuitive. « On peut être plus intelligent que son talent et plus talentueux que son intelligence »* - Kouprine - « Есть люди умнее своего таланта и талантливее своего ума » - on tire rarement profit de la première de ces supériorités. | | | | |
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| art | | | Le travail d’artiste – la sculpture – par ajouts (les commencements) et par retraits (les contraintes). | | | | |
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| art | | | L’élan, la beauté, la noblesse surgissent de la forme et non pas de l’idée. Et même si Baudelaire a raison : « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus lumineuse », il vaut mieux contraindre par des idées filtrantes, pour que la forme jaillisse, portant nos ombres ! | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, le Quoi découle des contraintes, le Comment – du talent, le Pourquoi – de la noblesse. Et la facette fondamentale, le Qui, est peut-être, l’harmonie en puissance ou en étendue, de ces trois dimensions. Mais l’absence d’un seul de ces dons condamne à la platitude. | | | | |
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| art | | | Une belle œuvre naît de la hauteur des contraintes, de la profondeur du talent, de l’amplitude de la matière ; cette dernière est composée d’axes entiers : « Le plus bel assemblage se fait à partir des opposés »** - Héraclite. | | | | |
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| art | | | La littérature : tu choisis un sujet noble, dont ton talent déploiera les effets : « J’aime un écrivain qui rapporte beaucoup d’effets à peu de causes » - Vauvenargues – mais le filtrage y est plus important que le développement. | | | | |
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| art | | | En pensant à l'art laconique, on peut dire : qui peut plus, veut ou doit moins et devient aphoriste. C'est beaucoup plus intelligent que le banal : qui peut plus, peut moins (a majori ad minus), digne des journaliers ou avocats. Fuir amplianda, affûter restringenda. | | | | |
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| art | | | La première fonction des contraintes, dans l’art, c’est l’épuration de l’essence, par élimination de l’existence, c’est-à-dire des faits, des événements, des dates, des lieux. Une œuvre d’art doit ne respirer que l’être, atopique, atemporel. | | | | |
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| art | | | Exclure certains objets, tonalités, faits, angles de vue, trop communs ou trop bien explorés, – finit par obliger à ne faire appel qu’à mes propres ressources, ce qui me prédispose à la liberté de création : « Les œuvres à grandes contraintes exigent et engendrent la plus grande liberté d’esprit »**** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Je sais que le contenu de mon écrit ne présente que des questions, tandis que sa forme y apporte aussi des réponses. Si mon soi m’est plus important que le monde, j’imposerais des contraintes draconiennes au contenu et je polirais davantage la forme. | | | | |
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| art | | | La seule liberté d’artiste que j’apprécie est celle qui m’interdise l’engagement dans la sphère du médiocre. Cette liberté résulterait donc des contraintes que je m’impose. | | | | |
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| art | | | Tout ce qui a déjà un nom, des coordonnées et des dates est bon pour un récit, mais se prête mal à la poésie. L’exclure est l’une des contraintes les plus prometteuses d’un art noble, qui est aspiration vers l'atopique et l'atemporel. | | | | |
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| art | | | Comment accédait au feu l’homme des cavernes ? Il lui fallait un savoir, une volonté, une puissance, pour frotter une pierre contre une autre, et, l’air aidant, diriger l’étincelle sur des brindilles. La littérature relève aussi d’une espèce de pyrologie : mon élan est l’étincelle, ma langue est l’air, mes pierres sont les contraintes et ma chaume – les choses évoquées. La chaleur produite est partagée entre le corps, l’esprit et l’âme. | | | | |
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| art | | | L’artiste se sert de trois outils – l’âme, le cœur, l’esprit. L’âme dicte des contraintes à l’esprit dominateur et initiateur ; l’âme dessine des cibles inaccessibles aux élans du cœur survolté et incertain. « L’esprit écrit avec un stylo, le cœur – avec un crayon »** - Nabokov - « Пером пишет ум, карандашом – сердце ». | | | | |
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| art | | | Le poète s’impose des contraintes, portant sur le choix de rythmes, de verbes, d’images essentiels, et de choses et d’événements inessentiels. La beauté naît de beaucoup d’exclusions. « Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu'il n'écrit pas »* - R.Char. | | | | |
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| art | | | Le style est le laconisme, imposé par l’exigence des contraintes, laconisme des commencements, et la plénitude ou la puissance, surgissant de ces sources, tantôt hautes tantôt profondes. | | | | |
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| art | | | Le créateur, c’est la noblesse des contraintes, la liberté du talent, l’originalité du style ; donc, opposer le qui au quoi (les contraintes), au comment (le style), au pourquoi (la noblesse), est absurde. Cette opposition n’a de sens que chez les non-créateurs, chez ceux qui sont dépourvus de quelques-unes de ces trois facettes. | | | | |
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| art | | | Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale. | | | | |
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| art | | | Écrire, c'est réussir à me passer d'enfilades et à faire briller mes perles poétiques dans les yeux de ma Muse nue, de Polymnie, sans même sa couronne de perles rhétoriques. Un but possible de l'écriture laconique : rendre autarcique chaque perle à part et voir dans leurs pénibles assemblages - des colliers d'Harmonie. « Écrire, c'est augmenter d'une perle le sautoir des Muses » - Sartre. | | | | |
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| art | | | Sur leurs pages, ils déversent tant de matière, pour que quelque chose de joli en ressorte, tandis que l’apparition du Beau est due à une contrainte - à une séparation d’avec toute matière. Le Beau ne peut être qu’aérien, pour que son feu ne soit ni éteint par l’eau discursive ni écrasé par le souci terrien. | | | | |
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| art | | | Il faut savoir être aveugle ou sourd, quand ni les choses vues ne se transforment en regard ni le bruit entendu ne s'amplifie jusqu'à la musique – le travail de filtrage, les contraintes. | | | | |
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| art | | | Si un Maître disait, quel aspect abstrait était l’essentiel dans une position échiquéenne donnée, même un joueur médiocre trouverait, certainement, le meilleur coup à jouer. On trouve l’essentiel en éliminant l’inessentiel, donc en appliquant des contraintes. Dans l’art, on devrait s’inspirer de cet exemple, pour s’occuper davantage des contraintes capitales que des moyens et des buts, plus faciles à imaginer. | | | | |
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| art | | | Les contraintes – l’outil de l’esprit ; la noblesse – l’outil de l’âme ; le talent – l’art de l’usage coordonné de ces deux outils, le premier servant à déblayer le fond, le second – à affiner la forme. | | | | |
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| art | | | La lecture des autres m’apprend surtout ce que je ne dois pas faire : je me réjouis d’un bon auteur, mais je devrais éviter toute imitation, pour ne pas devenir épigone, même par inadvertance ; je m’ennuie avec un mauvais auteur, mais il me confirme la justesse de mes contraintes, qui excluent ce que les médiocres exhibent. | | | | |
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| art | | | Un bon écrivain, c’est la rencontre d’une noblesse, d’une intelligence et d’un talent. La noblesse, c’est un goût sélectif et la hauteur du regard ; l’intelligence, c’est la profondeur du savoir et l’exigence des contraintes ; le talent, c’est le ton musical et la grâce du verbe. Un seul de ces dons est absent, et vous risquez d'être Gros-Jean comme les autres. | | | | |
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| art | | | Le talent : l’art de maintenir à la même hauteur le sujet et le style. Une traduction réussie des contraintes et des goûts. | | | | |
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| art | | | Le chemin menant à la naissance de ton regard poétique : tu ne comprends plus, tu n’entends plus, tu ne vois plus – et tu fais appel au goût (les contraintes de l’esprit) et au toucher (la caresse de l’âme). | | | | |
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| art | | | Tout grand art est un art par omission : les contraintes absolutisant les commencements, dissimulant les parcours et relativisant les buts. | | | | |
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| art | | | La noblesse, dans l’art, consiste à donner de la hauteur à ce qui t’entraîne vers un but digne (l’élan vers l’inaccessible) et à ce qui retient tes commencements indignes (la pureté des contraintes). | | | | |
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| art | | | Plus honnêtement on se contraint à ce qui ne s'affadit pas dans le verbal, plus on se dévoue au genre aphoristique. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, trois exigences : la forme (envelopper les commencements), la contrainte (ne pas développer les perles), le fond (échapper au désespoir de l’espace présent, espérer dans l’intemporalité). « De tout, il restera trois choses. La certitude que tout était en train de commencer. La certitude qu'il fallait continuer. La certitude que tout serait interrompu avant d'être terminé »** - Pessõa – ces certitudes devraient s’appeler, respectivement, - intuition, illusion, avertissement. | | | | |
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| art | | | La plus utile contrainte, dans l’art, est d’éviter la platitude : s’appuyer sur la profondeur et viser la hauteur. « Pour l’artiste, la seule chose à ne pas voir est l’évidence »** - O.Wilde - « The only thing that the artist cannot see is the obvious ». | | | | |
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| art | | | La beauté, c’est-à-dire la hauteur, d’une forme artistique doit être durable, c’est-à-dire donner l’envie d’y retourner. Or, en te penchant sur des choses basses, banales ou conformistes, chaque retour à la forme, jadis séduisante, la ternira, fera affleurer l’ennui de ces choses et ressentir la servitude de ton esprit, qui n’aura pas averti à temps ton âme libre. La durée artistique est question des contraintes. | | | | |
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| art | | | En approfondissant ton regard sur n’importe quel objet – que ce soit un cristal, un papillon, un rugbyman – tu finiras par tomber sur des mystères grandioses, incitant ta vénération de la Création ; mais l’écrivain, dans son choix d’objets, doit poser des contraintes sévères et remonter aux genres les plus abstraits, où disparaîtraient les atomes, les yeux, les cervelles et ne resteraient que les états d’âme enchantée. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, le savoir passif (érigeant des contraintes) est plus utile que le savoir actif (dictant des objets et des jugements). Les bonnes contraintes : les sujets épuisés, les répétitions à éviter, les angles de vue indignes. Pour la qualité des commencements, cet épicentre de la hauteur et de la personnalité, le savoir actif ne sert presque à rien. | | | | |
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| art | | | En littérature, l’existence de modèles peut servir de bonne contrainte : leur disparition en poésie ruina cet art ; l’épuisement d’un modèle, comme roman, essai ou critique philosophique, provoqua l’abrutissement des productions devenues anachroniques. L’aphoristique est le seul genre ayant toujours refusé tout modèle. | | | | |
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| art | | | Comment se crée une œuvre pure : la suppression de l’inessentiel (contraintes), les définitions secrètes (la rigueur), le savoir discret (la profondeur ), le ton poétique (la hauteur). | | | | |
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| art | | | Le cycle de vie d’une œuvre d’art : l’âme est émue par un fond vague, le cœur le munit d’ardeur, l’esprit spatial y met des contraintes, le talent fournit des outils – pour que l’âme finisse par en trouver une forme, que l’esprit temporel réduira en cendres. L’auteur est Phénix ; il vit de l’obscurité de la flamme naissante, meurt de la clarté des cendres nées et ressuscite par un retour éternel. | | | | |
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| art | | | Chez un bon écrivain, ce qu’il ne daigne pas toucher est plus important que le choix de ce qu’il tient sous sa coupe, c’est aussi un signe d’un goût aphoristique. « On garde ce qui compte et l’on vire de ce qui encombre » - comme disait R.Debray, en me dédiant Bref, l’un de ses derniers livres, dont je lui avait suggéré le genre. | | | | |
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| art | | | Signes de la liberté d’artiste – la fidélité dogmatique (le goût) et le sacrifice sophistique (le style). Signes des contraintes d’artiste – l’infidélité sophistique (l’ironie) et le sacrifice dogmatique (la noblesse). | | | | |
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| art | | | L’érudition doit servir surtout à ériger des contraintes (des objets à éviter, à ne pas développer) ; ce qui reste digne d’être enveloppé de caresses verbales doit être peint ou mis en musique par le talent. Quand on manque de celui-ci, ni l’érudition ni les connaissances ne sauveraient ton verbiage unidimensionnel. | | | | |
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| art | | | On ne devrait se dévouer à l'art que si l'illusion de créer à partir du point zéro de la sensibilité, est irrésistible. Et, d'ailleurs, ce sont là et les buts et les contraintes de l'art. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n'est jamais dans les buts, ceux-ci sont toujours louables. Il l'est encore moins dans les intentions, celles-ci sont toujours hypocrites. Il est dans la nature des contraintes, que je n'ai même pas besoin de résoudre, pour les accepter. « La grandeur de l'ame n'est pas tant tirer à mont, et tirer avant, comme sçavoir se circonscrire »** - Montaigne. | | | | |
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| bien | | | La certitude de bien faire éloigne de la compréhension, ou plutôt de la sensation de ce que le bien est. La liberté consiste à briser les liens mécaniques entre l'être et le faire. L'oubli du faire, opposé à l'oubli de l'être. Et Socrate ne comprenait rien à la liberté : « La liberté – le pouvoir de faire le bien ; la servitude – les contraintes qui nous en empêchent » - toute la liberté se reconnaît par la noblesse des contraintes qu'on s'impose ! | | | | |
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| bien | | | Dans le monde futur, il n'y aura pas de contraintes morales, chacun consacrera, librement, au moins 7% de ses revenus aux œuvres de charité, ne demandera jamais plus de 3% d'intérêts sur les prêts octroyés à ses enfants et versera des sommes correctes sur le compte de sa mère renvoyée dans un mouroir. Des siècles de l'art on passa au siècle-dollar. | | | | |
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| bien | | | Tantôt il faut se laisser guider par l'origine du premier pas, tantôt par le barycentre des contraintes, tantôt par l'épicentre des buts. Et non par la circonférence de la galerie. | | | | |
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| bien | | | Quand mon âme fait taire tous les motifs, le Bien apparaît comme tentation et même chute (« La tentation est pire que le meurtre » - le Coran). Je me mets à douter de l'origine des ailes, qui cachent ma honte. J'apprendrai à porter mon âme en écharpe. | | | | |
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| bien | | | Une source certaine du mal - la justification de l'acte par le motif ou par la finalité. Pourtant, c'est dans le motif (sub ratione boni, ex integra causa) ou dans la finalité (ad finem) que se trouve la seule possibilité du Bien. Le Bien serait-il pure potentialité, et le mal - son développement toujours intempestif ou défectueux (ex quovis defectu) ? La morale devrait se situer, en entier, avant toute action, qui est amorale dès son déclenchement. | | | | |
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| bien | | | La plus grande liberté, comme le plus grand esclavage, se résument dans une même formule : accomplir la volonté d'un autre et non la mienne propre. Si cette contrainte extérieure m'est imposée par des hommes, plus puissants que moi, je suis esclave. Si elle m'est soufflée par mon propre soi inconnu, par cette voix d'un Bien inné et sacrificiel, je suis homme libre, homme divin. Cette liberté est une merveille irrationnelle, accessible même au dernier des hommes ; la liberté animale, celle du choix d'un acte dans un ensemble des actes possibles, est une merveille rationnelle, accessible même aux fourmis. | | | | |
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| bien | | | Dans un crime, il est difficile de distinguer la part du dessein de celle du hasard. Mais c'est bien le hasard qui se chargea d'ériger la loi, qui réclame la preuve du dessein. | | | | |
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| bien | | | Le vice - se servir de la fontaine du Bien comme de l'eau courante, d'un système d'irrigation ou d'arrosage, y voir un outil ou un moyen ; la vertu - mourir près d'elle, les mains et les genoux pliés, y voir une noble contrainte. | | | | |
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| bien | | | Si la vertu et la raison justifient les buts et les moyens, l'âme s'occupe des contraintes. Elle sacre le but, en ne validant que les moyens nobles. | | | | |
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| bien | | | Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton. | | | | |
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| bien | | | L'action, c'est la trahison de l'intention (qui, toutefois, peut être encore plus pitoyable que l'action). Donc je ne suis pour rien dans le Bien et tout dans le mal. « Pour le Bien, l'action est plus que l'intention ; pour le mal, l'intention est plus que l'action »** - proverbe espagnol - « Para el Bien, la acción es mas que la intención ; en cambio, para el mal, la intención es mas que la acción ». | | | | |
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| bien | | | Dans le beau compte la pureté des fins (l'œuvre), dans le vrai - la pureté des contraintes (la logique), dans le Bien - la pureté des moyens (l'inaction). « Le Bien est transparent, le Mal transparaît » - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | Il existent les libertés mécanique, politique, intellectuelle, morale, mais la liberté tout court, la liberté abstraite, est indéfinissable. Spinoza, voulant cerner celle-ci, ne décrit que la liberté des robots : « J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature, contrainte, celle qui est déterminée par une autre » - « Liberam esse rem dico, quae ex solae suae naturae necessitate existit, et agit ; coaectam autem, quae ab alio determinatur ». Aujourd'hui, tout âne de Buridan apprit à jeter des dés et se proclame libre. La liberté morale est l'acceptation de nobles contraintes : fidélité à la haute faiblesse ou sacrifice de la force profonde, et donc l'accord avec ses passions. Il faut choisir entre le nécessaire des esclaves ou le possible de l'homme libre. | | | | |
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| bien | | | La vertu et la liberté semblent se reposer paradoxalement sur les contraintes : « Qui regarde les contraintes comme la base de la vertu, qu'il tienne pour son devoir de l'affermir d'abord dans son âme » - Socrate – puisque l'esprit, lui, est plutôt indifférent et à la vertu et à la liberté. | | | | |
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| bien | | | Quand je vois, chez moi, le poids décisif de mes contraintes, la plongée exclusive dans mes ombres et le refus du Bien de se fier à mes bras, je suis tout confus de me retrouver à l'opposé de l'auto-épitaphe de A.Blok : « Il fut enfant du Bien et des lumières, et chantre de la liberté ! » - « Он весь - дитя добра и света, он весь - свободы торжество ! ». Pour me livrer aux jeux des ombres, je bâtis mes ruines, ma propre Caverne, pour dire, comme Platon : « Aucun poète n'a encore chanté d'hymne en son honneur ». | | | | |
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| bien | | | Les Idées pour Platon, Dieu pour Spinoza, le Beau et le Bien pour moi-même, ce sont des essences sans existence, des contraintes sublimes sans fins atteignables, l'exercice et la volupté de notre liberté, la musique interne naissant de la lecture mystique des notes indéchiffrables externes. | | | | |
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| bien | | | La faiblesse est l'origine de nos plus beaux sentiments – le Bien, la noblesse, le rêve. La force a pour moteurs – l'envie, le nombre, l'inertie. Des élans angéliques et des instincts bestiaux. De nobles contraintes, de minables moyens. Le talent – se mettre au-delà ou au-dessus des deux. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une voix indéchiffrable, une exigence intraduisible en invitation à agir ou en mode d'emploi. Il laisse des échos dans le brouhaha ou la musique de l'existence, sous forme de honte, de sacrifices ou de fidélités. On ne fait rien en son nom, on ne peut qu'en rougir, sangloter ou prier. Tout le Bien est dans la contrainte et non pas dans le but. Les activistes de l'esprit absolu sont souvent handicapés côté cœur : « Une chose aussi vide que le Bien au nom du Bien, n'a aucune place dans une réalité vivante » - Hegel - « So etwas Leeres, wie das Gute um des Guten willen, hat überhaupt in der lebendigen Wirklichkeit nicht Platz » - ce Bien trouve refuge dans un cœur vivant. | | | | |
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| bien | | | Dans nos parcours vitaux, l'esprit impose des contraintes et pose des jalons, le cœur dispose des commencements et l'âme transpose les horizons en firmaments. « La raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter, le cœur seul nous dit ce qu'il faut faire »* - J.Joubert. | | | | |
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| bien | | | L'appel du Bien et le charme du beau logent et balbutient en moi-même, et l'essai de traduire ces voix en une musique intelligible est mon devoir. Mais nos contemporains se méfient de ce mot de devoir, où ils ne voient qu'une contrainte extérieure. Ce qui est insupportable pour l'homme moderne, qui finit par faire de son droit - le but, qui, sans présenter une grâce, libère de toute contrainte. | | | | |
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| bien | | | L’ange en toi, ce spécialiste et gardien de la pureté, doit s’occuper des contraintes, pour que ton enthousiasme reste dans la seule compagnie du noble. La bête en toi, cet expert dans les débordements, entretiendra la honte devant les éclaboussures des mauvais souvenirs. Avertissement : en voulant chasser la bête, tu risques fort de perdre aussi l’ange ; ils sont inséparables. | | | | |
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| bien | | | Pour comprendre l’essence du Bien, peu importe l’étendue des moyens ou la profondeur des buts ; c’est la hauteur de tes propres contraintes qui en donne une petite idée, et encore. « La valeur d’un homme consiste souvent non pas en ce qu’il peut mais en ce qu’il ne peut pas faire »*** - Tsvétaeva - « Сила человека часто заключается в том, чего он не может сделать, а не в том, что может ». | | | | |
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| bien | | | La honte finale ou les contraintes initiales sont des états d’âme centraux de l’homme d’action ou de l’homme du rêve, de Don Juan ou de Don Quichotte. | | | | |
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| bien | | | La place de la honte définit la tonalité d’un écrivain : Nietzsche fut torturé par la honte, venant de ses déficiences physiologiques et de son amour-propre froissé ; Cioran porta la honte de sa jeunesse d’un abjecte nigaud pro-nazi ; l’absence de toute honte rendit l’intelligence de Valéry - libre de toute contrainte sentimentale, pure et profonde par son contenu intellectuel. La noblesse et le style naissent de la honte, dans la faiblesse ou la bassesse, d’où la grandeur de Nietzsche et l’élégance de Cioran. Valéry émerveille notre esprit ; Nietzsche élève notre cœur ; Cioran caresse notre âme. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n’a quasiment rien à voir avec l’action, mais s’il fallait absolument créer un lien quelconque entre eux, je dirais que l’homme de Bien n’est pas ce qu’il fait, mais ce qu’il ne fait pas, par un choix conscient ; la contrainte y est plus parlante que la détermination. | | | | |
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| introduction cité | | | CITÉ : Il faut reconnaître : mes ruines aristocratiques n'auraient pas de sens sans l'arrogant urbanisme de la cité démocratique. Habitué à habiter des culs-de-sac, je supporte mal la fluidité sans entraves dans les artères aménagées. De ma collection de panneaux de circulation, je n'ai gardé que l'icône vivifiante de l'impasse, de la contrainte, qui fit pâlir toutes les images de la vitesse, du poids et des destinations. De cette école d'éconduite, je retirai le permis de rester à l'écart des voiries. | | | | |
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| cité | | | Je ne peux penser librement que sous un joug. Imposé par des autres - une tyrannie, ou par moi-même - des contraintes. Débarrassé de ses fers, l'homme mourra esclave (c'est du Rousseau revisité). La façon, dont la plupart des hommes parlent de la liberté, est franchement grégaire. | | | | |
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| cité | | | Être libre, au sens banal du mot, c'est ne plus éprouver le besoin de se donner des contraintes. Mais la différence entre les contraintes et les buts est que les premières, non-écrites et individuelles, viennent de l'âme, tandis que les seconds, toujours écrits et communicables, sont dictés par l'esprit. | | | | |
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| cité | | | L'implantation patiente de l'homo oeconomicus et de l'homo communicans fait propager l'honnêteté, la tolérance et la bassesse. Mais toute tentative de cultiver, sous contrainte, la noblesse de masse fait pousser la fourberie et le fanatisme. | | | | |
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| cité | | | La perte du sens du grandiose : les finalités de plus en plus vagues et les moyens, la raison instrumentale, de plus en plus efficaces, le désintérêt pour les commencements. Ces symptômes ont toujours précédé le déferlement de la barbarie. On tenta d'ajouter du lyrisme bleu aux horizons grisâtres ; le résultat - encore plus de gouttes rouges et d'injustice noire. Impasse. Montée inexorable du robot paisible et juste, qui finira par détruire l'homme. | | | | |
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| cité | | | La révolte est dans le motif esthétique, et la révolution - dans l'acte pragmatique. Le plaintif et le caritatif ne se rencontrent jamais, sans s'horrifier mutuellement. Entre le motif et l'acte se faufile l'idée, qui est toujours près du premier, et c'est une bonne révolte que vise R.Debray : « Une révolution, c'est un triomphe de l'idée sur le fait » ; ajoutons que, en matière d'idées, le triomphe côté rue tourne toujours, et très rapidement, en débâcle côté âme. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie : la contrainte de cacher son visage rebelle ; la démocratie : la liberté d'afficher les masques du mouton prônés par l'opinion publique. | | | | |
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| cité | | | Tous les huppés du monde proclament, doctement, que la richesse devrait n'être qu'un moyen, pas un but, mais la vraie égalité n'est que dans les moyens, chacun ayant la liberté de choisir son propre but ! Logique d'hyènes fraternelles ! | | | | |
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| cité | | | Entre la pensée totalitaire (l'Un, la passion, le rêve) et la pensée libre, le choix est libre. Toutefois, le contraire de l'Un n'est pas un multiple libre, mais le hasard d'esclave ; le contraire de la passion n'est pas la raison, mais la mécanique ; le contraire du rêve n'est pas le rythme mais l'algorithme. Leur pensée libre est le grincement du cerveau et le silence de l'âme. | | | | |
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| cité | | | Démarche antique : dépeindre la Cité idéale et fouiller des écueils humains, sociaux, matériels, qui la rendent utopique ou lointaine. Aujourd'hui, le politicien fait de ses actes ce que je fais de mon écriture : une maîtrise loquace des contraintes et un embarras muet devant les buts. Mais ce qui rend vivables les ruines désertes, transforme le chantier en étable. | | | | |
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| cité | | | Des préférences tirées passionnément, sans daigner en apporter des preuves (les preuves du contraire n'étant pas moins rigoureuses), telle est la pensée contrainte. Et puisqu'on reconnaît une pensée noble par l'horreur de son application forcée, apparut le sépulcral totalitarisme de masse, où de bons filtres (contraintes) servirent de monstrueux transformateurs (buts). | | | | |
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| cité | | | L'avant-goût de la liberté le plus enivrant naît dans la révolution ou dans l'aristocratie. Et la gueule de bois, qu'on en retire, est la plus écœurante. Ce n'est pas la liberté, mais, au contraire, des contraintes qu'on aurait dû y ériger. « Je retrouve les mêmes contraintes de la liberté, dans les mondes aristocratique ou révolutionnaire » - Berdiaev - « В мире аристократическом или революционном я натыкаюсь на те же ограничения свободы ». | | | | |
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| cité | | | Curieusement, aux trois types de communauté correspondent les valeurs républicaines françaises : en sélectionnant par les moyens, on fait appel à l'égalité, et l'on se retrouve dans une corporation ; en brandissant les buts, on mobilise des libertés, pour créer une troupe ; en subissant ou en s'imposant des contraintes, dans une chaude fraternité, on se recueille dans un cloître ou dans des ruines. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, prodigue en humiliantes contraintes, il est facile de trouver une cause à défendre, pure comme une perle, dans un écrin hermétique. Mais dans le métier de producteur de perles, on se moque des écrins, qui sont affaire des marchands. Toute contrainte est bonne à prendre, lorsque les buts sont trop beaux pour être vrais. Pour un penseur, la cause politique est créée par l'effet artistique, c'est à dire la vérité des causes ne se défend que par la beauté des effets. | | | | |
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| cité | | | Plus on est libre, plus la création est mécanique. La création organique surgit des contraintes, aussi bien de celles des autres que des tiennes propres. La vaste liberté des cerveaux réduit la hauteur des âmes. | | | | |
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| cité | | | La réalité totalitaire étant plutôt austère, les tyrans, pour préserver leur lieu actuel, bourrent les crânes avec des images idylliques d'un avenir radieux, tandis que « le moment actuel seul occupe les démocraties et les absorbe » - Tocqueville. Mieux est entretenu l'espace, mieux le temps tient ses promesses. Le but clair dérange le démocrate ; la contrainte claire désarme le tyran ; et puisque de bonnes contraintes valent mieux que de bons buts, la démocratie est à préférer. | | | | |
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| cité | | | Le progrès comme but positiviste, l'amour comme principe clérical, l'ordre comme base conservatrice - réunis, ces monstres froids bénissent aujourd'hui leur seule progéniture légitime, le robot. Pour que celui-ci règne, il suffit de choisir la Libre Entreprise pour entremise et la Chambre de Commerce pour juge. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, on veut, démagogiquement, faire accéder chaque homme à la noblesse ; dans une démocratie, on veut, franchement, abolir toute échelle verticale. Seuls des régimes anti-démocratiques tentent, de temps à autre, de traduire leur but en réalité (tandis que la noblesse n'est traduisible en actes qu'en tant que contrainte), ce qui ne provoque que de nouveaux reflux de la bassesse. La démocratie est l'adoucissement de la bassesse, la tyrannie - l'exacerbation de la noblesse. | | | | |
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| cité | | | La nature de la liberté dépend du poids respectif qu’y jouent les contraintes ou les buts. Elle sera, donc, respectivement, aristocratique ou démocratique. | | | | |
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| cité | | | L'égalité, en tant que slogan, est proclamée avec la même ardeur par la tyrannie et par la démocratie ; la liberté la rend virtuelle, et la servitude - humiliante ; la première fait des hommes - des robots ou des loups, la seconde - des moutons ou des ânes. Et on verra des voracités remuantes ou des indigestions puantes. | | | | |
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| cité | | | Le caractère se forge en se frottant contre ce qui ne nous ressemble pas. Une nation libre entourée d'autres nations libres n'aura d'avenir que dans un troupeau. « Une nation n'a de caractère que lorsqu'elle est libre » - G.Staël - un caractère formé par mimétisme, sans aucune contrainte. | | | | |
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| cité | | | La fidélité à une noble faiblesse et le sacrifice d'une force immonde – telles sont les contraintes, qui testent ta liberté intérieure. Quant à l'extérieure : « La liberté n’est rien quand tout le monde est libre » - Corneille. | | | | |
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| cité | | | Sans contraintes, que je m'impose moi-même, – pas de liberté. Quand tout est permis, je vis en esclave. « Plus l'homme est conscient des contraintes, c'est à dire moins il a de liberté intérieure, plus libre est la société, qu'il forme »** - Kontchalovsky - « Чем более человек организован, то есть внутренне несвободен, тем более свободное общество он создает ». | | | | |
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| cité | | | Pour un artiste libre, la tyrannie est une bienfaisante contrainte plutôt qu'un paralysant avilissement. Surtout s'il tient à l'expression secrète de son âme plus qu'à l'impression autorisée sur papier. « Ils ont la liberté de pensée, ils exigent la liberté de parole » - Kierkegaard. | | | | |
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| cité | | | Platon, comme Nietzsche, voient dans la société le milieu naturel, dans lequel doivent s'exercer les tâches les plus nobles d'une aristocratie. Ces tâches n'existèrent jamais. Ne sont aristocratiques que les contraintes. De plus, le milieu aristocratique, c'est la solitude, où la création est portée à maturité, dans la rencontre de l'ironie avec la pitié (le sérieux et la justice s'y opposent). Tout vrai philanthrope est agoraphobe. | | | | |
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| cité | | | Mon mot est libre, s'il exprime ma musique et respecte mes contraintes, en se dégageant des thèmes, faits et urgences de mon temps. On voit partout la liberté de pensée et la liberté de parole s'annihiler par la servilité de mots. | | | | |
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| cité | | | Mes ruines, ma statio la plus dramatique, au-dessus de leurs unde venis ? ou quo vadis ? Elles seraient une espèce de royaume des cieux évangélique, celui qui émerge par la violence. Il est très instructif que, dans la logorrhée phénoménologique, violence s'oppose à discours, comme une parabole s'oppose à la litanie, une forme haute - aux bas-fonds, les ruines - aux casernes. Le totalitarisme philosophique rendait la pensée - moutonnière ; mais plus on introduit de la démocratie dans la pensée, plus robotisée en ressort celle-ci ; seule l'aristocratie la rend personnelle et libre. | | | | |
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| cité | | | Signe du barbare : l'assujettissement anonyme, la démocratie, provoquant le même rejet que l'assujettissement personnalisé, la tyrannie ; la chose vue, la loi, étant la même contrainte que le regard, le visage du tyran. L'homme évolué, lui, est homme de théâtre : accepter le masque pour se passer de visage, se contenter de la scène pour étaler sa vie. | | | | |
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| cité | | | Jadis, le faible voyait dans la chère liberté un moyen pour se rapprocher de l'égalité et d'envisager la fraternité ; aujourd'hui, le fort pratique la liberté, chérie comme un but, en éloignant l'égalité et en se détournant de la fraternité. | | | | |
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| cité | | | Notre époque a autant de grands récits, de grands périls, de grands buts que toutes les autres ; elle manque surtout de grandes contraintes, dont la plus grande est la noblesse. | | | | |
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| cité | | | La haine, l’indignation ou le mépris – tels sont les états d’âme qui nous classent dans les clans politiques – le révolutionnaire, le démocratique, l’aristocratique. La focalisation sur les finalités, les moyens ou les contraintes. Produisant, à l’échelle politico-psychologique, des tyrans (détenteurs de lumières), des esclaves (receveurs de lumière), des rêveurs (émettant des ombres). | | | | |
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| cité | | | Passer de l’oral à l’écrit, de la convention implicite à la loi explicite – est un progrès. Mais renoncer à mes propres contraintes, à mes nolo (je ne veux pas) particuliers, au nom des noli (il ne faut pas) universels, est une régression. | | | | |
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| cité | | | Toucher, dans tes écrits, aux sujets politiques, sociaux, économiques est un signe certain que tu continues, même inconsciemment, de tenir à la reconnaissance publique ; tes contraintes seraient trop lâches. | | | | |
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| doute | | | Chez un maître, et les buts et les contraintes sont ce qui reste invisible dans le résultat. Nietzsche se donne pour but la transformation (Umgestalten), et moi je surveille surtout ma contrainte – éviter, par filtrage, tout ce qu'un autre aurait pu dire à ma place. Mais nos résultats peuvent se mettre à l'unisson, tout en refusant toute amplification ou propagation. | | | | |
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| doute | | | La sagesse et la puissance sont tout de maîtrise des contraintes et très peu de savoir des sources et fins. Déjà, Platon voyait dans l'égocratie, ou la maîtrise de ses propres contraintes (la tempérance), – le plus haut des biens. Parmi les contraintes : la méconnaissance de soi et la maîtrise d'autrui - presque le contraire de Lao Tseu : « Connaître autrui est intelligence ; se connaître est sagesse. Maîtriser autrui est force ; se maîtriser est puissance ». | | | | |
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| doute | | | À quoi dois-je m'attendre, si je mets au centre ce qui m'est le plus énigmatique et impénétrable, moi-même ? - au jeu passionnel des ombres, à la perte de repères, au vertige. Et qu'ils sont sots, ceux qui se disent : « placez-vous au centre, et le vrai, le juste et le paisible vous appelleront » - Emerson - « place yourself in the middle, and you are impelled to truth, to right and contentment ». L'arbre, lui aussi, n'a pas de centre compréhensible, ce qui le rend sacré. | | | | |
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| doute | | | Les contraintes, ou le filtrage, ne devraient pas écarter des objets de mes partitions, mais en écarter des angles de vue, des clefs, qui ne promettent aucune musique. Tout objet, sous un regard électif, peut devenir digne de mes cordes : « Je ne cherche pas la définition. Je tends vers l'infinition »** - G.Braque. | | | | |
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| doute | | | L'intelligence discursive ou l'intelligence métaphorique, la maîtrise des moyens ou la formulation de contraintes, l'ampleur de l'ouïe ou la hauteur du goût ; on comprend la différence entre elles, en remarquant que les meilleurs avocats ne sont pas du tout les meilleurs juges. | | | | |
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| doute | | | C'est l'incompréhension et la perplexité qui rendent la vie désirable. « Donnez un but précis à la vie : elle perd instantanément son attrait » - Cioran. Le sot est plus souvent myope que presbyte : il sait où il va, sans savoir où il est. | | | | |
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| doute | | | Le bon nihiliste est celui qui reconnaît notre incapacité de formuler des buts dignes de la merveille humaine et qui se résigne à n'en ébaucher que des contraintes. Cerner l'impossible (pour des raisons logiques, esthétiques ou éthiques) est plus prometteur, pour la qualité de ta plume, que de tracer le possible. | | | | |
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| doute | | | Une illusion stérile et bête : il y aurait en nous un soi secret, dont la recherche et la fouille constitueraient le sens de notre existence ; le plus souvent, ces gribouilleurs nous assomment avec des platitudes, où ne perce rien de personnel ni d'unique. C'est la forme même de la recherche, même si son objet n'est désigné que par de vastes et vagues contraintes, qui reflète mieux notre soi, qui n'est valable qu'introuvable et ne vaut rien une fois trouvé. | | | | |
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| doute | | | Mes contraintes - les points d'indifférence ; mon but - le centre de gravité intouchable ; entre les deux - tantôt mon Ouvert (Hölderlin, Rilke et Heidegger) tantôt mon Fermé (Valéry) - mes moyens d'artiste : la hauteur et les rythmes de mes circonférences. | | | | |
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| doute | | | Le soi n'est ni un but salutaire ni une contrainte problématique, mais un mystérieux commencement, le point zéro, jamais en contact avec le premier pas. L'idéal : commencer par le soi inconnu, finir par le soi connu. | | | | |
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| doute | | | La mathématique procure tant de joie et de bonheur, à travers l'harmonie qu'on découvre dans des objets … qui n'existent pas. Une leçon à retenir, dans mes choix des éléments, avec lesquels je chercherai à bâtir mes plus ambitieux édifices ; il faudrait peut-être tenter de serrer mes contraintes jusqu'à ce que mes objets trop évidents - murs, toits et fenêtres - s'effacent de la réalité indéfinissable, pour atteindre à une rigueur de rêve, aux ruines et souterrains imaginaires, ces applications biunivoques d'une tour d'ivoire. | | | | |
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| doute | | | Je ne connais pas un seul passage philosophique, qui, pour mon adhésion, mon plaisir ou mon respect, gagnerait quoi que ce soit grâce à l'argumentation, au fol amour de la vérité ou à l'impeccable rigueur. En revanche, combien d'extases devant la solitude d'un balbutiement, d'une honte, d'une métaphore, bref - d'un accord. Le but de la philosophie est la traduction en musique de tout bruit de la vie, montant de mon cœur ou de mon âme. Et non pas son aléatoire et pénible déchiffrage. | | | | |
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| doute | | | Les commencements valent par la qualité des définitions (des objets) et des déterminations (des relations), ce qui ressemble à la formulation de théorèmes. Sans bonnes contraintes, l'amorce est vouée au hasard ou à la routine. Les contraintes sont des déterminations négatives, écartant le secondaire et difforme, pour se focaliser sur l'essentiel et l'élégant. | | | | |
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| doute | | | Dans le livre de notre vie, les doutes et les convictions devraient n'être que d'invisibles contraintes, nous empêchant de nous engager dans des chemins battus (que sont tous les chemins) et dégageant la vue sur notre étoile (qui n'éclaire que notre âme sédentaire). | | | | |
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| doute | | | L'intellectuel est celui qui met le pourquoi avant le comment ; l'artiste fait l'inverse. Mais si, dans mon écrit, le qui se met devant tout quoi, je m'aperçois vite, que tout pourquoi est de trop, et je deviens, ou voudrais devenir, artiste. Le souci du pourquoi prendra forme de contraintes implicites ; le talent du comment constituera la tâche explicite des commencements. | | | | |
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| doute | | | Que je dissimule tous les faits de ma vie, ou bien que j'y obéisse à une sincérité impitoyable, les résultats seront, en tout point, comparables, dès qu'il s'agit d'entendre la vraie musique de mon âme. Et je comprendrai, que savoir éliminer tout bruit des faits et créer autour de mon soi un silence des choses, en est le moyen le plus sûr. | | | | |
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| doute | | | Il y a des pensées, où leur qualité première est la certitude, qu'il s'agit de consolider, - ce sont des pensées sans ailes. Et il y en a d'autres, les verticales, où compte le ton, la hauteur, la noblesse, et où s'éprouvent mes dons d'envols ou de chutes. Les doutes et les certitudes sont des contraintes, la forme et le fond des pensées sont question du choix de la dimension privilégiée. Exclure l'horizontalité serait une bonne contrainte de plus. | | | | |
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| doute | | | L'une des contraintes les plus utiles que s'impose un bel esprit, avant de prendre la plume et faire résonner la musique de son soi inconnu – la saine méfiance devant ses propres forces, devant son soi connu ; les médiocres ont besoin de confiance en soi connu, pour se narrer, en raisonnant. | | | | |
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| doute | | | La jeunesse brille par la naïveté de sa bêtise : tout va de soi. La maturité se ternit par la pinaillerie de son intelligence : le soi va vers tout. L'horizon trop étroit – faute de moyens, le firmament trop bas – faute de contraintes. | | | | |
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| doute | | | C'est l'anonymat de mes clartés ou obscurités qui les rend dignes de mes recherches. Les noms définitifs ne fixent souvent que des clartés pétrifiées ou des obscurités sans essor. On reconnaît une intelligence par sa faculté de manipuler de l'innommé, se décomposant d'après le caprice des concepts et des contraintes. Sortir une chose de l'ordinaire est plus difficile que de la tirer de l'inconnu. | | | | |
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| doute | | | Ils veulent, que la formulation de leurs idées soit claire, mais dont le fond serait incroyable. Un peu d'ironie et d'intelligence balayera toute clarté ; mais il faut beaucoup de maîtrise formelle et de noblesse de ton, pour que le fond soit accepté non pas par un calcul rigoureux, mais par une croyance inconditionnelle, artistique ou intellectuelle. Le sot cherche des idées, comme de nouveaux buts ; le délicat - de nouveaux langages, des contraintes. | | | | |
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| doute | | | Dès que je me dote de bonnes contraintes, mon chemin devient forcément oblique : « Tout est oblique ; rien n'est droit dans notre fichue essence, si ce n'est la franche bassesse » - Shakespeare - « All is oblique ; there's nothing level in our cursed natures, but direct villainy ». Les droits chemins et l'avance vers un but net sont déjà à portée des machines. La vie, jadis organique, devient mécanique. « La vie nous pèse tel un chemin droit sans but » - Lermontov - « И жизнь уж нас томит, как ровный путь без цели » - c'est la droiture qui pose problème, puisqu'elle nous prive de mystères. | | | | |
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| doute | | | Les choses, que j'invoque, sont un moyen pour atteindre trois buts bien différents : en mesurant les choses, prouver la qualité de ma vue ; en les évitant, montrer la noblesse de mes contraintes ; en les combinant, produire de ma musique. « Ce que j'en opine, c'est aussi pour déclarer la mesure de ma veuë, non la mesure des choses »** - Montaigne. Et l'ironie voudra que, dans mon livre, on mesurera les choses de vue au lieu de voir les choses de mesure. | | | | |
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| doute | | | Mon jugement s'obscurcit, à force de vérités et non pas, comme c'est le cas de la majorité, à force d'échecs. Dans ce dernier cas, le jugement, plutôt, se raccourcit. Les belles défaites allongent le parcours des yeux et rendent le but si dramatique et lointain, que toutes ses contraintes se mettent à vibrer. | | | | |
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| doute | | | Le doute fait partie de l'arsenal négateur, donc des contraintes ; être un aristocrate du doute est une position respectable, mais moins haute que la pose de l'artiste, qui vaut davantage par la musique sur l'essentiel que par le silence autour de l'inessentiel. | | | | |
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| doute | | | En promulguant l'absurdité du but, j'élève le moyen à la dignité de vrai but. Et celui-ci ne devrait jamais être absurde. | | | | |
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| doute | | | Nul besoin de liberté, pour rendre le fond, suivre la loi du nécessaire y suffit. C'est pour créer la forme que la liberté est sollicitée, mais le meilleur moyen d'y parvenir est de commencer par bien formuler des contraintes. Le génie - la musique de la seule liberté, ne laissant pas entendre le bruit de la nécessité. Ses outils, ce sont ses contraintes inaudibles. | | | | |
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| doute | | | Comment parvenir aux commencements ? - en comprenant ce qui ne l'est pas, en l'éliminant, - donc, par des contraintes. Une fois la durée ou l'enchaînement interdits, mon soi inconnu n'aura qu'un seul interprète possible - mon génie ; et sans le génie, je ne suis que médiation. | | | | |
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| doute | | | Le piège à éviter : confondre l'obscurité des buts avec celle des moyens : il ne faut pas chanceler parce que l'horizon n'est que mirage. Ou l'autre, beaucoup plus flagrant : tenir à la netteté du but et accepter le relâchement dans le choix des moyens. Au-dessus de tout est le talent, c'est à dire les contraintes qui garantissent « un vers lumineux sur un sujet obscur » - Lucrèce - « quod obscura de re carmina musaeo ». | | | | |
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| doute | | | Les ombres appartiennent à ce qui les projette et à l'écran de projection, donc à la créativité des sources et à la qualité des contraintes. Non pas à la lumière. « L'erreur appartient à la vie, comme les ombres – à la lumière » - E.Jünger - « Die Fehler gehören zum Leben wie der Schatten zum Licht » - l'ombre n'est point un verdict de la lumière, elle en est le seul témoin crédible. | | | | |
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| doute | | | La lumière est commune à tous, je ne me singularise que par mes ombres. La lumière explique, et l'ombre exprime, donc dans : « Toutes les ombres d'un homme expliquent la forme de l'homme et en même temps la caverne, le feu, et la place même de l'homme enchaîné » - Alain – il faut changer de verbe. La caverne et les chaînes sont des contraintes, orientant mes ombres, et le feu en dicte l'intensité. | | | | |
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| doute | | | C'est parce que peu de choses sont nécessaires au délicat, que ses possibles surabondent, et les dégrader au rang des impossibles, c'est à dire améliorer les contraintes, est plus noble que les promouvoir, banalement, en réels, pour avancer vers un but. | | | | |
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| doute | | | Le soi inconnu est un centre, et le soi connu – la circonférence, parcourue par mon regard et calculée d'après ma culture. La culture est un faisceau de rayons, dans lesquels furent entreprises des tentatives, réussies ou échouées, tentatives des autres de capter le beau. La culture est ainsi une excellente contrainte, m'épargnant des sentiers battus, où il n'y a plus rien de grandiose à prospecter. | | | | |
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| doute | | | Le doute est un but minable, mais un moyen efficace. « La foi me fait avancer, et le doute déblaie mon chemin » - Prichvine - « Иду вперёд силой веры, а путь расчищаю сомнением » - et si, de plus, ce chemin était pourvu de bons garde-fous des contraintes, j'éviterais même qu'il devînt sentier battu. | | | | |
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| doute | | | Le visage de ceux qui proclament, doctes, se chercher est, d'habitude, déjà une copie en dur d'un prototype grégaire ; ils cherchent des finalités sur des sentiers battus ; le vrai, le grand, le mystérieux soi ne se manifeste que si l'on fuit son soi visible, sans craindre les impasses, et ne vit que des commencements, des amorces, les pieds en paix et le regard en feu. | | | | |
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| doute | | | Connaître ses contraintes, c'est savoir ce qui est important et ce qui l'est moins. Comme dans une position échiquéenne : même un joueur médiocre trouvera facilement le meilleur coup, si l'on lui signale quel est l'aspect le plus important dans la position courante. Le scientifique ou l'artiste est celui qui sait ne pas patauger dans l'inessentiel, pour s'attaquer tout de suite à l'essentiel, avec des coups conceptuels, verbaux ou musicaux. | | | | |
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| doute | | | Dans le monde de la pensée, on voit très rarement un dialogue fécond ; les commentateurs pratiquent la parlote, en simplifiant ce qui est complexe et en sophistiquant ce qui est banal. Mais pour la qualité des échanges, les formules logiques, auxquelles débouche mécaniquement la vraie compréhension, sont pires que les parlotes. La pensée, comme les bonnes intentions, a le mérite d'ouvrir les portes du doute, tandis que le monde du constat et de l'acte ne fait que les refermer à double tour. | | | | |
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| doute | | | Une reconstruction d'un vide (la déconstruction d'une plénitude '?') semble être un préalable de toute création : l'implicité des buts, la non-exhibition des moyens, le secret des contraintes, la non-inertie des mouvements, l'absence des routes. « Le but ne doit être proclamé que là, où se pratique une évidente imitation » - Heidegger - « Wo der bloße Betrieb des Nachahmens sich vordrängt, dort muß ein Zweck verkündet werden ». | | | | |
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| doute | | | Je fuis le Dit et le Fait, je poursuis le Dire et le Faire. Les premiers sont trop près des solutions, pour les mélanger aux mystères des seconds. « Je sais bien ce que fuis et non pas ce que cherche »* - Montaigne. | | | | |
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| doute | | | La bonne imposture - la création de solitaire entravé ; la mauvaise - le libre dialogue avec le soi inconnu. Wagner, à son insu, traduisit cette amère ironie : « Seul celui qui est en accord avec soi-même est libre » - « Wer ganz seinem Wesen gemäß, vollkommen im Einklang ist, der ist frei ». | | | | |
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| doute | | | Toutes les certitudes sont collectives ; mes contraintes devraient les exclure de ma voix, si je la veux originale ; c'est ainsi que je découvre, que mon fond n'est tapissé ni de mots ni d'idées ni d'images articulés, mais d'un élan indicible vers l'inconnu : « Celui qui vise quelque chose d'infini ignore ce qu'il vise » - F.Schlegel - « Wer etwas Unendliches will, der weiß nicht, was er will ». | | | | |
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| doute | | | Les contraintes éliminant l'inessentiel, on touche à l'être, on aboutit au concentré, à la maxime, au regard ; la poursuite du but me réduit au devenir fluide, à la présence de pinceaux dans mes tableaux, à la fonction seulement visuelle. « Il faut tout d'un coup voir la chose d'un seul regard, et non pas par progrès de raisonnement »** - Pascal. | | | | |
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| doute | | | Deux traitements possibles du bruit que nous recevons du monde : soit nous l'amplifions par nos buts (dans la platitude), soit nous le transformons par la puissance de nos moyens (dans la profondeur du savoir) ou par la noblesse de nos contraintes (dans la hauteur de la musique). Homère : « les dieux savent tout, et nous, nous n'entendons que du bruit » - ne va pas assez loin. | | | | |
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| doute | | | Montrer, c'est faire appel aux contraintes ; démontrer, c'est suivre un parcours. Le parcours, c'est presque tout en mathématique ; les contraintes, c'est presque tout en poésie. Garde celui-là à ton esprit ; impose les secondes à ton âme. L'esprit sait ce qu'il peut narrer ; l'âme se doute bien de ce qu'elle doit chanter. | | | | |
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| doute | | | Au bout de son chemin, l'homme découvre des contraintes, plus éloquentes que les buts, et des regards, plus enthousiasmants que les choses vues. Bien que sa substance se réduise aux relations, le sujet qui regarde rend secondaire l'objet regardé. « L'homme cherche à oublier où le chemin conduit » - Héraclite – pour s'identifier avec son premier pas, accomplis sous le signe des contraintes, créées par lui-même. | | | | |
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| doute | | | Je deviens nihiliste non pas parce que les fins manquent, mais parce que je reconnais leur insignifiance à côté des commencements que j'invente, des contraintes que j'érige et de l'élan qui en résulte. | | | | |
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| doute | | | Les contraintes : un tamis, dans lequel je fais passer mes idées et mes mots. Jouer sur la largeur des mailles, ramasser des rechutes, constater l'agrandissement de ce qui reste à moi. C'est une bonne contrainte horizontale. Son équivalent vertical serait un regard, qui empêche de m'attarder sur des choses basses. | | | | |
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| doute | | | On peut distinguer un créateur d'un imitateur d'après le degré de clarté dans leur vision des buts ou des contraintes : dans les buts - le vague d'un firmament, mystérieux et sacré, ou la netteté des horizons définitifs ; dans les contraintes - la maîtrise de ce qu'on s'impose ou l'inertie dans ce qu'on subit de l'extérieur. | | | | |
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| doute | | | Si, dans le fatras hégélien, la logique reste introuvable, rappelez-vous que, pour ce bavard, elle fut un royaume des ombres, une image de Dieu, un royaume de la pensée pure. Dans ce domaine immaculé et majestueux, sans contraintes des négations, connecteurs, quantificateurs, toute élucubration est régalienne, normative. | | | | |
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| doute | | | À l’échelle macroscopique, le regard est semblable à une prise de mesure, à l’échelle microscopique : une perte d’objectivité, la préférence exclusive d’un angle de vue, écartant, par contraintes volontaires, ce que le goût et le style excluent du champ visible, la volonté imitant la connaissance. | | | | |
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| doute | | | Là où mon regard est absent, toutes mes négations sont fades ; et c’est la première de mes contraintes – ne m’impliquer que dans le divin, dans l’intensité de mon acquiescement. « Que ma seule négation soit de regarder ailleurs ! »*** - Nietzsche - « Wegsehen sei meine einzige Verneinung ! ». La négation n'a de sens qu'en tant que position, tandis que la résignation ne vaut qu'en tant que pose. La résignation a donc plus de ressources en expressivité, comme la négation - de sources d'ennui. Mais, en restant dans l'immédiat, « l'acquiescement éclaire le visage, le refus lui donne la beauté » - R.Char. | | | | |
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| doute | | | Le sens est un bon refuge, en bonne hauteur, qu'on apprécie surtout après le déclenchement des avalanches des apparences, même ironiques. « La vie dans l'apparence comme but » - Nietzsche - « Das Leben im Schein als Ziel » - porterait plus de sens que vivre dans la vérité. Ce but inatteignable fut placé par Kant, le sédentaire de son île de la vérité, dans « un vaste océan, demeure de l'apparence » - « einen weiten Ozean, Sitz des Scheins ». Le sens s'éploie dans la hauteur de ta voile et se dépose, finalement, dans des bouteilles de détresse, coulant au fond de ta vie. | | | | |
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| doute | | | Il faut que tu saches ce que j’écarte, pour apprécier ce que je préserve. | | | | |
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| doute | | | Dans l’élaboration de contraintes intellectuelles, portant sur les objets à retenir ou à rejeter, la sophistique s’occupe des indifférences profondes, et la dogmatique – des différences hautes. Savoir fermer les yeux sur la pesanteur, avoir son propre regard sur la grâce. | | | | |
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| doute | | | Le regard perçant de l’esprit suffit pour trouver de la grandeur dans tout ce qui vient de la Création divine. Ces créatures devraient être presque les seules que viserait le regard créatif de l’âme. Pour le reste, celle-ci devrait s’imposer la contrainte la plus utile – éliminer de son champ de vision les choses n’ayant aucune chance d’être peintes en grand. | | | | |
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| doute | | | L’âme enchantée sollicite l’esprit perspicace ; l’esprit cherche, l’âme trouve ; l’esprit met des contraintes, l’âme y adapte l’harmonie et les rythmes. Le soi inconnu motive l’âme ; le soi connu apporte des outils à l’esprit. | | | | |
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| doute | | | La fidélité à la réalité ou la fidélité aux rêves : pas d’écarts (les mensonges) de l’appareil-photo ou pas de grisaille (la banalité) dans ta peinture, la servilité ou la contrainte, la routine ou la création. | | | | |
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| doute | | | Ce qui n’a pas encore de nom est difficile, inconnu ; tu réveilles ton soi inconnu en montrant une résistance au connu, au facile, c’est une contrainte nécessaire. | | | | |
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| doute | | | On pense comprendre ce que l’autrui dit, pense, fait, mais on ne comprend pas ce qu’on ressent soi-même, sur quoi on s’appuie, quel but on vise, ce qu’on exclut. L’incompréhension de soi ne gêne en rien la compréhension de l’autre. | | | | |
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| doute | | | On vaut, expressément, par son côté dogmatique, par ses Oui particuliers et difficiles ; on pèse, inconsciencieusement, par son côté sophistique, par ses Non, communs et faciles. Mais la valeur se prouve par la négation, par la contrainte, par les poids niés. C’est par la désignation d’une bonne querelle qu’on affirme son soi. L’inquiétude contre la paix, le rêve déraisonnable contre la réalité gorgée de raison, la solitude trouvée contre la fraternité recherchée, la noblesse inutile contre la loi pratique, la haute harmonie contre la profonde absurdité, l’intensité des ombres contre l’indifférence de la lumière, la résignation pour la forme contre la révolte du fond. | | | | |
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| doute | | | Quand un talent inné anime ta plume, tu peux te passer de la lecture des autres. Le but principal de tes incursions livresques devrait être l’établissement de bonnes contraintes : exclure de ton écrit tout ce qui est indigne de ton regard et dont s’avèrent entachées les plumes moins exigeantes. | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, la soit-disant objectivité de jugement est impossible. Plusieurs facteurs s’y opposent, même si l’on en exclut l’ignorance et le mensonge, ces cas marginaux et trop évidents. Il faut, tout d’abord, reconnaître qu’il y a deux situations disjointes, dans lesquelles le degré d’objectivité pourrait s’évaluer – l’émission ou la réception d’avis. Dans l’émission, notre faculté principale contraignante s’appelle dogmatisme (aspect incontournable et universel), donc – pas d’objectivité ; dans la réception, la faculté en question s’appelle sophistique (aspect, inégalement réparti chez les hommes, fonction de culture générale, de maîtrise de la rhétorique), donc - pas d’objectivité non plus. | | | | |
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| doute | | | Dis-moi ce que tu évites, je te dirai ce que tu vises. | | | | |
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| hommes | | | Signe d'âge mûr, l'immersion dans les moyens, l'indétermination des buts. La jeunesse actuelle est la plus mûre, la plus vieille depuis deux mille ans ; elle ne demande que plus de moyens, pour rejoindre le plus vite possible ses crapules d'adultes. Jadis, les mômes marquaient du sceau d'infamie les buts des grands ; aujourd'hui, ce sont les vieux qui sont dégoûtés du cynisme des jeunes. Juventuti veritas ! - clament-ils, doctes, au lieu de veritati juventas ! La jeunesse, c'est la recherche de titres de noblesse ; aujourd'hui, ces vieillards précoces « sont assez mûrs, pour se passer de toute noblesse » - Novalis - « sie sind reif genug, den Adel zu entbehren ». | | | | |
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| hommes | | | Quand on ne sait pas se donner ses propres contraintes, on se cherche des ennemis. Est philosophe celui qui sait se passer d'ennemis ; si mes pour sont universels et s'adressent à l'univers entier, mes contre individuels se tourneront vers les limites que j'aurais dessinées moi-même – le oui stratégique du regard et le non tactique des yeux. | | | | |
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| hommes | | | La science devint l'ennemi numéro un de la culture, dont le but fut jadis de nous relier au passé. La science, jadis Muse des stoïciens, devint mégère ou vache à lait. C'est pourquoi les USA sont à la tête de ce funeste progrès. La science unifia l'Univers et se sépara de la vie ; son univers unifié manque cruellement de variables libres et n'offre au regard que des constantes serviles. | | | | |
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| hommes | | | Pascal a tort de reprocher aux hommes de ne s'occuper que des moyens et de négliger les buts. Ils maîtrisent parfaitement les deux ; il ne leur manque que le goût et la hauteur des contraintes. | | | | |
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| hommes | | | La jeunesse : création de scénarios et algorithmes, dont les étapes les plus cruciales sont exécutées inconsciemment ; la maturité : exécution routinière de toutes les étapes de scénarios câblés. Mémorisation organique, oubli mécanique ; focalisation sur le but, focalisation sur les moyens ; les pointillés décrivant des trajectoires en continu, le continu se décomposant en pointillés. | | | | |
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| hommes | | | C'est dans la peau d'un rebelle, ne ressemblant à personne, que se reconnaît l'homme du troupeau d'aujourd'hui. L'aventure et le danger à portée d'une bourse ou d'un écran. Et que la vision d'Ortega y Gasset est surannée : « La masse, c'est celui qui se sent bien dans sa peau, quand il remarque, qu'il est comme les autres » - « Masa es todo aquel que no se angustia, se siente a saber al sentirse idéntico a los demás ». Il ne le remarque plus… Les autres sont ma contrainte ; dans la vision de l'homme – unicus inter pares – bride l'orgueil de tes buts soi-disant uniques, fuis la banalité des moyens, toujours mitoyens, inter, respecte l'ampleur contraignante de pares. | | | | |
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| hommes | | | Notre génération réalisa un équilibre salutaire, celui entre la vulgarité décroissante de la bêtise et la vulgarité croissante de l'intelligence ; la noblesse peut désormais, la conscience tranquille, fuir les deux camps, sans se compromettre avec aucun. En évitant de se frotter contre le goujat, on s'épargne une haine inutile (odi profanum vulgus et arceo - Horace). | | | | |
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| hommes | | | Je prends dans la rue, au hasard, le premier badaud, je l'autopsie - j'aurai découvert 99% de l'essence de l'homme, de son génome ; pour manifester mon misérable soi, il me reste ce 1%, que, d'ailleurs, je ne délimite bien que si je m'impose des contraintes impitoyables portant sur l'exclusion de ces 99%, pour ne pas faire ce que n'importe qui aurait pu faire à ma place. | | | | |
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| hommes | | | La technique moderne est admirable en tant que moyen, acceptable en tant que but, passable en tant que contrainte, et franchement abominable en tant que contenu de la vie. L'invention de la roue ou de la machine à vapeur ne s'insinuait pas entre la raison et l'âme de l'homme de la rue, mais l'ordinateur lui rend obsolète le conte de fées, obstrue le ciel et l'éloigne du frère. | | | | |
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| hommes | | | Les meilleurs humanistes et les meilleurs artistes sont ceux, chez qui l'appel du bon et l'attrait du beau proviennent de la nature et non pas de la culture, et qui sont, donc, plutôt sources que finalités, plutôt mélodies qu'instruments, plutôt regards qu'yeux, plutôt contraintes que moyens. | | | | |
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| hommes | | | Le nombre de choses, d'idées, d'images accessibles devint si énorme, que par simple hygiène mentale il faut s'imposer des contraintes sous la forme d'oublis, de mépris, d'yeux fermés. C'est à cette condition qu'on peut encore rester créateur. | | | | |
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| hommes | | | La merveille, c'est l'homme ; la liberté n'est qu'un de ses attributs essentiels, mais qui ne mérite pas les hymnes, que lui chantent Berdiaev ou Sartre. La création en est un autre attribut, plutôt accidentel qu'essentiel, mais qui s'oppose plus nettement que la liberté à l'évolution ou à l'inertie mécaniques. La liberté la plus créative, comme la plus libre création, sont dues à la noblesse des contraintes ; la volonté et le talent les fructifiant. | | | | |
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| hommes | | | Ils sont si nombreux, ceux qui arrivent à leurs fins ; rares sont ceux qui partent de bonnes contraintes. | | | | |
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| hommes | | | Les tendances de notre époque : les désirs se grégarisent, et le devoir se personnalise. C'est pourquoi il vaut mieux passer du je veux des buts banals au tu dois des contraintes secrètes, à l'opposé de ce qu'on cherchait à l'époque de Nietzsche. | | | | |
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| hommes | | | En politique, en économie, en art – il n’y a plus de commencements, puisqu’il n’y a plus de bonnes contraintes, qui voueraient nos yeux calculateurs au présent et notre regard rêveur – à l’éternité. L’enchaînement de pas mécaniques, au lieu de l’élan initiatique. Ni valeurs ni ardeurs ni grandeurs – que la pesanteur, que notre époque préféra à ces grâces. « La grandeur réside dans le départ qui oblige »** - R.Char – le valoir dictant le devoir. | | | | |
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| hommes | | | Choisir et s'imposer ses contraintes est plus digne et utile que seulement les connaître. « Est libre qui connaît ses contraintes ; qui se croit libre est esclave de sa folie »** - Grillparzer - « Wer seine Schranken kennt, der ist der Freie ; wer frei sich wähnt, ist seines Wahnes Knecht ». Sacrifice dynamique, plutôt que fidélité statique. « Le comble de la liberté est de se contraindre »** - Valéry. L'homme moderne n'est plus esclave d'une folie tyrannique, mais d'une raison démocratique. Mais la chaîne virtuelle s'avère mille fois plus lourde bien qu'indolore. | | | | |
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| hommes | | | On a tort de reprocher à l'homme moderne l'absence de but. « Faute de but, l'homme devient une cible » - Lacoue-Labarthe. En restant sur les forums, même si je suis surchargé de buts, je serai inévitablement une cible ; hors la cité, l'alternative du but sera la contrainte, et celle de la cible - une corde bien bandée, qui ne décoche aucune flèche. | | | | |
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| hommes | | | On munissait la vie de buts, de moyens, de contraintes, pour lui apporter, respectivement, de la profondeur, de l'ampleur, de la hauteur. La première et la dernière de ces dimensions disparaissent de la géométrie humaine, ce qui voue l'existence des hommes à une seule - à la platitude. | | | | |
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| hommes | | | La machinisation, l'algorithmisation des goûts est paradoxalement tribut au plus ignoble des hasards. J'ignore mes fins, autant les vouer au hasard. Mais je dois être maître de mes contraintes, qui traduisent mon goût. Seul le caprice de l'artiste offre une houle alternative à la déferlante aléatoire à l'origine des destinées. | | | | |
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| hommes | | | Par le nom profané de danger on désigne aujourd'hui les risques mercantiles et par servitude - l'incapacité d'élaborer son propre business plan. Ils appellent liberté la latitude pour se servir soi-même et servitude - la contrainte ou le désir de servir les autres. Cette ironie, les Anciens ne l'auraient pas comprise : « Il vaut mieux une liberté pleine de dangers qu'une servitude tranquille » - proverbe latin - « Potior visa est periculosa libertas quieto servitio ». | | | | |
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| hommes | | | Chercher l'homme, chercher le but, chercher la fonction - l'inexorable profanation de la lanterne de Diogène, se précisant, s'intensifiant, s'amplifiant jusqu'à cacher le vide du ciel, débarrassé de ses étoiles et avec ton étoile éteinte. | | | | |
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| hommes | | | Le bon héritage du passé n'est pas dans le remplissage et la structuration de notre mémoire, mais dans la constitution de bonnes contraintes, qui n'attacheraient notre esprit qu'au ton et à la noblesse, dont le dénominateur commun s'appelle hauteur. La barbarie, c'est de n'en garder que les faits, les savoirs, les systèmes, voués, tous, à la platitude. Le sommet de la barbarie, c'est le robot, ne vivant que de formules : « L'honneur fiche le camp – il en reste la formule, ce qui équivaut la mort » - Dostoïevsky - « Исчезает честь — остается формула чести, что равносильно смерти чести ». | | | | |
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| hommes | | | Le Pourquoi (les buts) du vulgaire se réduisant au Si, le Comment (les moyens) de la bassesse peut s'exercer en vertu d'un code séculaire, tandis que l'éternelle noblesse patauge dans ses inextricables Où et Quand - les contraintes. | | | | |
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| hommes | | | Trois bêtes cohabitent en nous : la biologique, la sociale, l'intellectuelle, produisant des instincts, des contraintes, des libertés. « La liberté existe comme insensibilité aux contraintes » - Valéry. La chute ou l'écartement des deux premières de ces bêtes rendrait la troisième - seul maître à bord et qu'on pourrait peut-être appeler désormais - ange. Mais éliminer la bête biologique, c'est stériliser l'ange ; et sans la bête sociale, toute Annonciation serait sans objet. | | | | |
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| hommes | | | Arrivent de nouveaux barbares, forts de leur intelligence et horribles par leur absence de contraintes. Ils ont la maîtrise des moyens et la certitude des buts, ce qui suffit à l'intelligence calculante, pour ne pas glisser vers l'intelligence méditante. | | | | |
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| hommes | | | Le merveilleusement impossible est sauvé par la fidélité du regard ou par le sacrifice du possible : « Mettre les moyens du possible au service de l'impossible » - R.Debray. Le moyen, ne serait-il pas infidélité latente ? « Soyons réalistes, exigeons l'impossible » - Che Guevara - « Seamos realistas, exijamos lo imposible ». Même des irréalistes poursuivent l’impossible : « Faire le bien et éviter le mal » - Thomas d'Aquin - « Bonum est faciendum et malum vitandum ». | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, le quoi collectif dominateur découle d'un au nom de quoi économique, prédétermine le comment mécanique et le pourquoi cynique et présélectionne, par un algorithme presque infaillible, le qui, exécuteur d'une finalité mercantile impersonnelle. Fini le qui solitaire, maître des contraintes, de la noblesse et du talent, dictant le quoi sélectif, le pourquoi électif, le comment créatif. | | | | |
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| hommes | | | Dans tout homme cohabitent la bête sociale et l’ange individuel, des impuretés consensuelles et une pureté inimitable, des horizons de besoins et des firmaments de contraintes, l’esprit unificateur et l’âme solitaire. | | | | |
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| hommes | | | Tous les hommes sont porteurs d’à peu près le même volume de sentiments, d’événements, de réflexions. La grandeur de l’homme est dans la qualité et le respect des contraintes, que son goût ou sa noblesse imposent à son intérêt pour ces choses. « Tous les grands ne se livraient pas aux seules trouvailles, mais surtout au rejet, au filtrage, à la métamorphose »** - Nietzsche - « Alle Großen waren unermüdlich nicht nur im Erfinden, sondern im Verwerfen, Sichten, Umgestalten ». | | | | |
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| hommes | | | Ta liberté intérieure – appliquer des contraintes : te débarrasser des questions qui courent la rue ; ta liberté extérieure – cultiver l’arbre : composer des réponses aux questions inouïes, que chacun puisse inventer. | | | | |
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| hommes | | | Dans le domaine intellectuel, nos forces sont sensiblement comparables, relèvent du même ordre ; c’est le choix d’objets de leur application, c’est-à-dire les contraintes, qui désignent de vraies élites. En revanche, les faiblesses sont réparties, chez la race humaine, d’une façon très inégale ; il s’agit d’en découvrir des ressources cachées, matériellement inutiles, divines et de fonder la-dessus la noblesse humaine. | | | | |
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| hommes | | | Les sirènes ne disparurent pas, mais on n'a plus d'Odysseus ; les navigateurs n'ont plus besoin de cire, puisque leurs oreilles ne perçoivent plus le chant et ne captent que des chiffres ; personne ne veut plus être lié, puisque les mains n'écoutent plus l'oreille séduisante, mais seulement la cervelle conduisante. Tant de Loreley modernes ne vendent que des circuits sécurisés. J'envie l'oreille et les yeux d'Odysseus, j'admire ses cordes et son mât. Mais ce que j'envie davantage, c'est le regard et la lyre d'Orphée. | | | | |
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| hommes | | | Il y a autant de sots que de sages, qui auraient pu répéter le mot de Platon : « Tant de choses dont je n’ai pas besoin ». Les premiers – à cause de leur inconscience et de leurs besoins primitifs ; les seconds – à cause de leurs contraintes bien conscientes et personnelles. | | | | |
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| hommes | | | Les contraintes à t’imposer : exclure du cercle de tes intérêts et de tes productions ce qui est consensuel, commun, trop transparent ou trop connu, fuir les forums et les foires. Mais ce qui te reste peut être plus vaste que chez les pires des conformistes, et les lieux de tes séjours peuvent être peuplés par tant d’illustres fantômes solitaires du passé. La plus vitale des contraintes - savoir être seul, dans tes rêves et dans tes goûts. | | | | |
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| hommes | | | Tout écrivain, aujourd’hui, pense qu’il doit répandre sur ses pages – de paisibles lumières de son intelligence ou d’excitants éclats de ses sens. Ce qui n’est qu’instrument, il prend pour objectif, et, surtout, il ignore la contrainte principale – la noblesse des objets projetés et la hauteur des écrans. | | | | |
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| hommes | | | Le mépris souverain, pour les dépourvus de noblesse, devint si incorrect, politiquement, qu’il se mua en indignation grégaire. M’interdire celle-ci fut l’une de mes premières contraintes ; en revanche, le mépris m’habita et même s’enrichit avec sa dernière source – la connaissance des grands. « En voyant la plupart des grands, j'ai eu, d'abord, une crainte puérile ; j'ai passé, presque sans milieu, jusqu'au mépris »** - Montesquieu. | | | | |
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| hommes | | | Un intellectuel se reconnaît par ses contraintes, dont la première consiste à se taire sur des sujets irrémédiablement mesquins. Exceptionnellement, un don langagier ou spirituel peut élever même des vétilles à une hauteur insoupçonnée. Ces dons devenant de plus en plus rares, l’intellectuel est condamné à disparaître de l’espace public, car les magnats des média, ses mécènes, finiront par s’apercevoir de la banalité de ses avis sur des matières communes. Ce qu’on ne peut pas chanter, il faut le taire ! | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme créatif est amené à exécuter la tâche de représentation, mais l'approche peut être de trois sortes : pragmatique - fournir des moyens, stratégique - déblayer le chemin vers un but, spirituelle - constituer un réseau de contraintes, deviner dans le sensible le langage de l'intelligible, voir l'étant à travers l'être : « Cette re-présentation de l'étant en vue de son être s'appelle penser » - Heidegger - « Dieses Vor-Stellen des Seiendes hinsichtlich seines Seins ist Denken ». L'être se réduisant à la volonté (Schelling), le monde (schopenhauerien) n'est qu'un interminable penser, ce qui n'est pas glorieux. | | | | |
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| intelligence | | | Est métaphysicien celui qui admet, qu'au-dessus des commencements du sensible et des finalités de l'intelligible règnent les contraintes du réel, appelées, maladroitement, l'Être. Mais dominent les adeptes des sentiers battus, des parcours, des inerties, des routines intermédiaires. À l'être poétique qui fait danser, ils préfèrent le devenir prosaïque qui ne fait que penser. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité a bien le nombre et la grandeur, elle n'a pas de formes ; et la mathématique prend pour moyens les deux premiers, et pour but - la forme ; dans la réalité, on ne trouve ni triangles ni groupes ni continuité, ces fruits d'une libre création formelle de notre cerveau ; la mathématique, face au monde, peut donc servir et d'ontologie et d'art. | | | | |
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| intelligence | | | C'est bien de succomber à l'appel de l'étonnement en voyant la chose comme si c'était la première fois. Il est plus rare et plus noble de la traiter comme si c'était la dernière fois. La primultimité (Jankelevitch) de tout ce qui est merveilleux. L'espérance, c'est l'étonnement en tant que but ; le désespoir, c'est l'étonnement en tant que contrainte. Et Aristote et Kierkegaard, en voyant le début de la philosophie dans, respectivement, l'étonnement d'étonnement et le désespoir de désespérer, ne se contredisent guère. | | | | |
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| intelligence | | | La contrainte, dans l'écrit, est noble, si elle revient à imposer une accommodation des mots en hauteur. Priser ou mépriser, plutôt que peser. « Le secret du grand art réside dans les contraintes, que le goût impose »** - Pavese - « Il segreto del grande arte è negli impedimenti che il gusto impone ». | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, celle des sources et des horizons, est propre de la jeunesse : ne discerner que peu de chemins, mais des chemins vitaux et intuitifs, pour les voyageurs sans bagages (Nietzsche), voltigeant, le cœur léger, au-dessus toute barrière : « Où est ce cœur vainqueur de toute adversité ? »** - Du Bellay. La maturité inclut tant de précautions de voirie débouchant sur la viabilité de la pensée ramifiée, pondérée et sénile ou sur l'intelligence des buts ou des contraintes. | | | | |
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| intelligence | | | La recherche du sens, pour les superficiels, a pour but - le trouver. Pour le subtil - bâtir un beau dialogue, avec soi-même. | | | | |
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| intelligence | | | Philosophe - l'homme, qui a les moyens de croire ce qu'il veut. Les autres - ceux qui vivent de la poursuite de ce qu'ils peuvent, en suivant le conseil ironique de Léonard : « Que celui qui ne peut ce qu'il veut, veuille ce qu'il peut » - « Chi non puo quel che vuol, quel che puo voglia ». | | | | |
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| intelligence | | | On pardonne tout à celui qui a et le talent et la noblesse : Nietzsche n'a aucune intuition du poids capital des contraintes, mais sa belle peinture fait oublier la niaiserie de ses buts (le surhomme), de ses moyens (la réévaluation de toutes les valeurs, la volonté de puissance) et de ses chemins (l'éternel retour). La grandeur des génies est dans leurs commencements, où le devenir présente toutes les caractéristiques de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves. | | | | |
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| intelligence | | | L'imagination n'est qu'une intellection vibrante. Manier les états mentaux (Valéry) ou manier les états d'âme (moi !) relève des mêmes cordes. L'Ange pur, astreint par la pudeur du sentiment ; l'ange impur, contraint par la honte du penser calculateur. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, le résultat n'est compris que si l'on est capable d'en reproduire le chemin. En philosophie, c'est le contraire : pour mieux apprécier le chemin, on doit oublier le résultat. | | | | |
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| intelligence | | | On commence par associer l'intelligence au cheminement, ensuite on l'attache plutôt aux buts, et l'on finit par la voir dans la faculté de substituer à tout chemin - un regard et à tout but - de bonnes contraintes. « Avec tous les chemins sous les yeux, c'est sans chemin que mon regard poursuivit le rien »** - Sophocle. | | | | |
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| intelligence | | | L'être se fonde dans les points, le devenir se forme dans les axes – les contraintes mécaniques ou les commencements organiques – les deux piliers de la création. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence de Valéry : s'intéresser aux conditions de la pensée, se désintéresser de ses conclusions. Puisqu'un bon esprit saura reconstituer le déclenchement des conséquences d'une règle bien conçue. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée attend de la philosophie – de la musique mystique et non pas la clarté logique. Toute cla-r-(-ss-)ification inaugurale est dans un mouvement de rupture, tandis que toute bonne logique ne s'applique qu'au monde monotone. Ce n'est pas le but de la philosophie, mais le contenu de la connaissance qu'on tente de définir ici. La logique a, dans la philosophie, la même place de domestique que la grammaire dans la poésie. Pourtant, cette misérable clarification logique devint le seul objet de la philosophie analytique, qui n'est pas plus passionnante que la comptabilité analytique. | | | | |
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| intelligence | | | Le progrès des représentations : soit on les approfondit (la métaphysique, la quête de l'être de l'étant), soit on les rehausse (le nihilisme, la quête de soi, l'art). Les buts et les contraintes s'y invertissent si facilement ; les métaphores et les concepts s'y muent, mine de rien, les uns dans les autres. D'ailleurs la plupart des concepts ne sont que des métaphores syntaxiques. « Une excitation nerveuse transposée en une image ! La première métaphore » - Nietzsche - « Ein Nervenreiz, übertragen in ein Bild ! Erste Metapher ». | | | | |
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| intelligence | | | Le soi absolu (Kant, Fichte, Hegel) serait une pure liberté, source d'une vaste et profonde philosophie transcendantale ; mon soi inconnu est, avant tout, source de contraintes, pour que mon esprit parte de mon âme, dans un courant poétique, dont le premier souci est de garder la hauteur de source. La rigueur des valeurs face à la vigueur des vecteurs. | | | | |
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| intelligence | | | Toute requête sensée peut se prêter à un approfondissement philosophique ; les motifs, les buts, le vocabulaire peuvent être vus comme de simples contraintes autour de cette requête, langagièrement identique, mais conceptuellement - aux interprétations de plus en plus profondes ; cette vue s'appelle philosophie, regard sur une solution dans la perspective d'un mystère, ou substitution de modèles. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence et le talent - deux clés respectives pour les deux facettes inséparables d'un artiste : ses filtres et sa création, ses dogmes et sa sophistique, sa noblesse et ses idées. | | | | |
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| intelligence | | | Toute activité intellectuelle se réduit à la chronologie que suivent son sujet, son objet et son projet. La mathématique : la définition-objet, l'hypothèse-projet, la démonstration-sujet ; la philosophie : le développement-projet, le vocabulaire-objet, l'école-sujet ; la poésie : le style-objet, le sentiment-projet, la noblesse-sujet. Avec leurs contraintes respectives pré-déterminantes : la logique, l'érudition, le talent. | | | | |
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| intelligence | | | Les modalités logiques - la nécessité, la possibilité, la suffisance - se trouvent au centre des interminables arguties des bavards, tandis que c'est la partie la plus banale des représentations par contraintes. En revanche, les modalités mentales - la volonté, le devoir, la puissance - se raréfient chez les penseurs, tandis que seule la pensée mentale, c'est à dire personnelle et passionnelle, mérite le nom de pensée. L'homme créateur, assoiffé, manie les étiquettes logiques, pour entretenir son ivresse mentale ; l'homme banal, repu et blasé, se lamente de la nécessité du banal et de la banalité du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | Dire qu'on a plus de matière que de force, ou dire l'inverse, est également sans objet ni intérêt ; c'est qu'on ne doit pas appliquer les mêmes outils à ces sources de notre soi : devant la matière, il faut mettre des filtres et munir la force - de transformateurs et d'amplificateurs. | | | | |
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| intelligence | | | Pour atteindre à l'existence, la chose doit nécessairement vérifier toutes les contraintes de l'essence ; l'existence ne peut donc jamais précéder l'essence. C'est l'ambigüité du mot existence - existence comme naissance (ex-sistence, advenir) ou existence comme manifestation (devenir) - qui pousse à affirmer le contraire. | | | | |
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| intelligence | | | Le but de toute philosophie n'est ni de comprendre ni d'amplifier le bruit du monde, mais d'apprendre à en extraire la musique. Et cette musique doit toujours porter la joie, même si, chez les meilleures oreilles, elle perce à travers les larmes. La philosophie est dans la sublimation céleste de ce qui nous attache à la terre. | | | | |
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| intelligence | | | Peut-être les Chinois sont plus intelligents qu'Aristote : ce que celui-ci considère comme buts - le désir de savoir ou le bien final de l'action - les Chinois n'y reconnaissent que des contraintes immanentes, câblées, dont on ne parle plus. Par ailleurs, l'intérêt pseudo-philosophique de la notion de contrainte consiste dans le fait, qu'elle seule permet de cerner la vaseuse notion d'être (ignorée des Chinois) ; c'est, en effet, dans le langage des contraintes, qu'on décrit l'essence de ce qui précède la formulation des buts, la naissance des intentionnalités et même le calcul des moyens ; ainsi, l'être se réduirait aux frontières du possible et du nécessaire, plus qu'au centre suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | Comment appelle-t-on un discours sans définitions clairement perçues ? - bavardage, lorsqu'il s'agit de manier les choses ; philosophie, lorsqu'il est question des idées. Pourtant, de tous les temps, l'incapacité de formuler de bonnes définitions fut vue comme signe d'indigence mentale ; les définitions, paraît-il, tuent le telos/entéléchie/but de la philosophie (ces gardiens de logorrhées, élèves de Husserl, devraient s'appeler phil-a-télistes - ceux qui sont sans le lointain) ; les bonnes définitions sont, en effet, de puissantes contraintes, rendant les buts presque triviaux et sans intérêt propre. | | | | |
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| intelligence | | | Accorder le privilège aux commencements ne veut pas dire, qu'on ne s'occuperait plus ni des développements ni des finalités, mais que même dans ceux-ci on chercherait à reproduire l'instant zéro de la création, ce qui en ferait enveloppements et contraintes, ces hautes traductions de leurs profondeurs ou ampleurs. Les vrais commencements, des fleuves et des esprits, se trouvent en hauteur. « L'intérêt des débuts, c'est de nous montrer nos fins »*** - R.Debray, que la platitude des moyens ne nous permet pas de voir. | | | | |
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| intelligence | | | Le talent, mieux que les autres, touche les cibles, visibles de tous ; le génie vise ce que ne voient pas les autres et le touche, de sa flèche ou de son regard (lorsqu'il économise ses flèches, préférant bander son arc et se moquer de cibles, même invisibles). Le génie chante l'archer : « Je chante l'arme et son homme » - Virgile - « Arma virumque cano » - et non pas « les combats et les héros ». | | | | |
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| intelligence | | | Dès que j'entends un philosophe - qu'il s'appelle Platon, Kant ou Badiou - parler de connaissance comme du but de leurs travaux, je suis sûr de tomber sur des balivernes ; même en tant que moyen, la connaissance ne joue qu'un rôle microscopique dans un écrit profond ; et même le discours le plus pertinent sur la connaissance est prononcé par ceux qui n'en possèdent pas beaucoup. Un bel exemple - Valéry : « Un philosophe est celui qui connaît moins que les autres »**, parce qu'il doute mieux. | | | | |
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| intelligence | | | Sur dix catégories aristotéliciennes - substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, possession, action, passion - on devrait ne garder que trois : substance, relation, action, les autres ne le méritent pas. On devrait y ajouter, en revanche, - règle, événement, fait, attribut (symptôme ou accident), contrainte (support de modalité, pré-règle). Quantité et qualité relèvent des insignifiantes nuances des propriétés d'attribut. Lieu, temps, position sont des attributs particuliers. Possession est une relation particulière, et passion - une substance ou une action particulière. | | | | |
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| intelligence | | | Kant traite les catégories aristotéliciennes de rhapsodies et propose sa propre Table, où apparaissent, en plus, modalité, négation, causalité, mais qui se réduisent, pourtant, aux règles et relations. Tous les deux pensent qu'ils creusent l'être, tandis qu'ils ne font qu'effleurer le travail préliminaire de toute représentation. À ce stade, l'intelligence consiste à se débarrasser des traces de la langue ; celle-ci ne doit apparaître que par-dessus une représentation achevée. | | | | |
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| intelligence | | | Qui accumulait le plus de connaissances et y voyait et les buts et les moyens d'une réflexion ? - Hegel et Husserl. Quel en est le bilan ? - l'ennui et la platitude. Qui se moquait des connaissances ? - Nietzsche et Valéry, qui n'y voyaient que de modestes contraintes. Quelle est le fond de leur œuvre ? - la musique et l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Face aux regards incompatibles sur le monde, il y a trois attitudes possibles : chercher des finalités communes (l'universalité kantienne), imaginer un processus de conciliation (le compromis hégélien), clamer de nobles contraintes, dès le départ (le goût nietzschéen). | | | | |
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| intelligence | | | Le talent n'a pas besoin d'idées ; son outil, c'est le mot expressif, duquel, presque automatiquement, surgira l'impression d'idées ; il ne cherchera donc jamais à exprimer ses idées (lesquelles sont, chez lui, toujours a posteriori ; les idées a priori sont l'apanage des sots : (« Les talents nés trouvent d'instinct le moyen d'arriver à exprimer leurs idées » - Delacroix). L'instinct ne les aide que pour peindre : on imprime, en impliquant ses contraintes ; on n'exprime pas, en expliquant ses fins. Le talent se reconnaît, lorsqu'en ex-primant, d'instinct, son vide, il im-prime, presque malgré lui, des idées inattendues. « L'art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu'à les exprimer » - Bergson. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la résolution de problèmes, une rigidité dans l'imposition de contraintes ne fait que rendre plus élégante la liberté dans la recherche de solutions. « Ferme dans le choix des choses, souple dans leur traitement »** - François d'Assise - « Fortiter in re, suaviter in modo » - pour rendre invisible l'effort, on a, au contraire, besoin de fermeté en traitement. Et la sensation de vie, ou de sa source, naît indépendamment des choses choisies ; des choses évitées sont plus éloquentes. Quand on tient à caresser ou à envelopper plus qu'à adresser ou à développer, être sans frein est pire qu'être sans fins. | | | | |
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| intelligence | | | La création a peu de choses à voir avec la volonté ou la puissance, le talent seul peut y suffire. Pour un talent, vouloir, c'est créer des buts, et pouvoir, c'est créer des contraintes. Le talent, lui-même, devrait se consacrer aux commencements, ou plutôt devrait les sacrer. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin. | | | | |
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| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
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| intelligence | | | Les buts sont des contingences, qu'interprètent les principes immuables ; les contraintes sont des fins, qui ne font qu'un avec les principes. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence est ce qui trace la frontière entre candidature et titulature ; ce sont les contraintes nécessaires, propres à la classe abstraite (substances secondes), dont le respect permet au candidat d'accéder à l'existence (devenir instance ou substance première). | | | | |
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| intelligence | | | Nous pensons n'apprendre quelque chose que dans notre jeunesse, mais ce n'est que beaucoup plus tard que nous apprenons, que désapprendre est plus fructueux. Désapprendre, c'est relâcher les contraintes en hauteur pour approfondir l'espace de liberté. L'ignorance, c'est une contrainte en largeur, un savoir ossifié. | | | | |
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| intelligence | | | Avant de chercher l'intensité de la pensée (ce qui en est le but), il faut lui imposer des contraintes. Un saint filtrage, avant toute amplification. Une fois ce travail de l'esprit accompli, le relais sera passé au vrai créateur, à l'âme. L'esprit prépare l'horizontalité, pour que mieux s'épanouisse la verticalité de l'âme. Les bonnes œillères des yeux profiteront à la pureté du regard. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit philosophique est dans l'art des contraintes : sélectionner les sujets dignes d'approfondissement et d'y poser de bonnes questions ; le non-philosophe nage dans des questions secondaires. Le mathématicien ignore l'essence des concepts mathématiques, le malheureux est médiocre dans la peinture de sa souffrance, l'artiste se perd dans l'origine du beau et le saint ignore la source du bien. Malheureusement, au lieu de se concentrer sur la formulation des questions universelles, le philosophe professionnel nous ennuie avec ses réponses préfabriquées, destinées à un clan de jargonautes. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de philosophes de système : ceux qui le cherchent, en parcourant des yeux l'univers entier, et ceux qui le portent au fond de leur propre regard. Les premiers disposent d'idées, banales a posteriori ou/et farfelues a priori ; leur but, un tableau cohérent du monde, y est au centre. Les seconds s'identifient avec leurs mots, un concentré d'intelligence, de noblesse et de tempérament, un réseau de contraintes, déterminant l'élan de leurs commencements, dans leur propre voix, à travers leur propre visage. L'immense majorité des philosophes titulaires ne maîtrisent aucun système et ne s'occupent que de l'histoire routinière de la philosophie. | | | | |
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| intelligence | | | Le labyrinthe (recherche) se justifie par un but à atteindre, le réseau (communication) fournit des moyens à déployer, l'arbre (regard) brille par ses inconnues unifiables, ces contraintes positives. « Regard ailleurs, mon arbre est prêt à croître » - Rilke - « Ich seh hinaus, und in mir wächst der Baum ». | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ontologique inspire la représentation (la finalité statique), le monde phénoménologique justifie l’interprétation (les moyens dynamiques), le monde axiologique forme les contraintes : les objets ou relations à privilégier ou à exclure, la hauteur minimale des regards ou des mots. | | | | |
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| intelligence | | | Être homme d'une seule idée est toujours un signe d'originalité ; mais être homme d'une seule méta-contrainte est encore plus prometteur - un signe de noblesse. « Il faut former en soi une question, antérieure à toutes les autres, et qui leur demande, à chacune, ce qu'elle vaut » - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Le meilleur usage de la philosophie consiste en peinture de mes états d'âme ; cet exercice exige le choix des axes, autour desquels je développe mes idées ou lesquels j'enveloppe dans mes métaphores ; ce choix correspond à la mise en place des contraintes ; pour moi, ce sont la noblesse, l'arbre, l'intelligence ; pour Nietzsche – le retour éternel, la volonté de puissance, le surhomme. Ce qu'il faut retenir de ces banalités, c'est qu'il ne faille pas exagérer le rôle des contraintes communes, il faut écouter la musique des commencements personnels. | | | | |
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| intelligence | | | Réconciliation du oui nietzschéen avec le non hégélien : le non sévissant surtout dans les contraintes, le oui animant surtout les commencements. Le pourquoi éthique en définira le fond des finalités, et le comment esthétique sacrera la forme du parcours. | | | | |
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| intelligence | | | Les écolâtres appellent la propagation de leurs logorrhées – amplification, ce qui me fait pencher du côté des réductions drastiques, auxquelles conduisent les nobles contraintes. | | | | |
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| intelligence | | | Rien d’accumulatif dans le talent ; ni la connaissance ni la maîtrise ni la compréhension ne l’élèvent. Seules de nouvelles contraintes, plus hautes et plus exigeantes, permettent de garder sa hauteur originelle. Mais à la fin, on restera seul, sans choses, sans hommes, sans demeure habitable. | | | | |
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| intelligence | | | Les quatre étapes du surgissement de mes notes : l’état de l’âme, la musique, les mots, la pensée. Une bonne contrainte : ne jamais commencer par la dernière étape. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois sortes d’intelligence : en tant qu’un outil bien maîtrisé, en tant qu’une virtuosité d’usage de cet outil, en tant qu’un filtre, éliminant les objets, indignes que l’on leur applique cet outil. La force, le talent, le style. | | | | |
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| intelligence | | | Tout bon philosophe est fait de ses commencements, de ses contraintes, de ses mystères ; il est « un homme d’impossibilités, d’inhibitions, un homme d’arrêt »* - Ch.Péguy. | | | | |
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| intelligence | | | Il est plus facile d’exprimer, violemment, ses dégoûts que d’imprimer, dans des mots pacifiques, ses goûts. Il est plus facile de mépriser le superflu que de priser ce qui n’est que possible. Mais dans tous les cas, il faut partir des contraintes, pour faire jouer, ensuite, le tempérament et le talent. | | | | |
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| intelligence | | | Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? - la musique ! - l’harmonie de la matière et la mélodie de la vie, réveillent tantôt mon esprit scientifique, tantôt mon âme poétique. Tant de choses ont été déjà dites la-dessus ; c’est pourquoi mon outil initial, même s’il n’est pas le plus créateur, ce sont les contraintes, me protégeant de la banalité et du plagiat. | | | | |
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| intelligence | | | Les contraintes sont des méta-principes qui réduisent le champ de mes intérêts. Dans ce champ, soit je développe une forêt de principes, soit j’y plante des arbres, des principes solitaires – la fin ou le commencement, la forteresse finale ou la caresse initiale, le discours ou le chant. Aristote est dans la forêt, et Platon – dans l’arbre ; développeur ou enveloppeur, raisonneur ou poète. | | | | |
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| intelligence | | | Par définition, la philosophie ne devrait aborder que des thèmes sur lesquels le consensus est impensable, ce qui aurait dû interdire toute objectivité et ne favoriser qu’un regard personnel, qui ne vaudrait que par sa hauteur, son goût, ses contraintes et son tempérament. La sagesse, le savoir, l’être sont de ces thèmes vagues, mais sur lesquels se déverse la logorrhée professoresque, à la recherche de l’universalité. | | | | |
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| intelligence | | | Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| intelligence | | | Un signe certain du manque de sensibilité et de nobles contraintes est la proclamation : je veux tout savoir, tout aimer, m’intéresser à tout. En philosophie, ce tout mirobolant s’appelle être, l’état fixe d’une matière ou d’une conscience (res extensa ou res cogitans). Pour mieux le situer, on en cherchera un contraire matériel ou un contraire spirituel ; le premier sera soit temporel (le temps, synonyme du devenir, d’Heidegger) soit spatial (le néant, synonyme d'absence, de Sartre) ; le second guide les critiques de Kant, les dons divins qui animent la matière pensante – les sens du Bien, du Beau, du Vrai. | | | | |
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| intelligence | | | La relation de causalité n’est vaine et inutile (Valéry) que lorsqu’elle est vue comme relation unique entre les états ; mais il y a beaucoup de vraies relations du type cause-effet, en fonction du type de cause : agent, action, matière, outil, contrainte, véracite/fausseté d’une proposition, rapports spatio-temporels, syllogisme etc. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir ne doit être ni le point de départ ni l’appui du parcours ; il doit servir d’outil, pour fabriquer des contraintes. Plus une tête est vide, plus elle cherche à se remplir du savoir pour le déverser ensuite. | | | | |
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| intelligence | | | Un commencement ne vaut que par sa hauteur, mais il ne peut la maîtriser que grâce à l’étendue et la profondeur d’un héritage électif. La naissance d’une dynastie se produit par l’élagage et le greffage dans un arbre préexistant. | | | | |
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| platon | | | Le savoir ne consiste pas à mettre la vue dans l'organe, puisqu'il la possède déjà, mais, comme il est mal tourné et regarde ailleurs, il en ménage l'accommodation. | | | | |
| | intelligence | | | Avoir sa propre accommodation, c'est avoir son regard, qui est au-dessus de la vue. L'intelligence suffit, pour l'approfondir, mais pour le rehausser, on a besoin de noblesse. Ne pas se focaliser sur des choses indignes – telle est la fonction des contraintes, que l'âme doit ériger. Quant aux buts, - se tourner du côté des firmaments avec plus d'élan que vers les horizons. | | | | |
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| montaigne m. | | | Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. | | |  | |
| | intelligence | | | Une tête bien faite est celle qui, pour atteindre un but, a besoin d'un minimum de mémoire et de recherches et d'un maximum de subtilité et de vitesse. Équilibre entre fin et frein, entre interprète et organisation. Toutes les têtes, aujourd'hui, sont pleines de vétilles, cohérentes et monolithiques, tandis que ce qui est digne d'y être préservé, ce sont quelques étincelles, images éparses, fragments de monuments. Garder quelques zones vides, pour y recevoir la musique du monde. | | | | |
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| gracián b. | | | No todos los que ven han abierto los ojos, no todos los que miran ven.
De ceux qui voient, il y en a qui n'ont pas ouvert les yeux ; de ceux qui regardent il y en a qui ne voient pas. | | |  | |
| | intelligence | | | Ce qui vaut d'être vu ne se trouve pas toujours du même côté des paupières. Ne possèdent le vrai regard que ceux qui n'ont pas que les yeux pour voir. La qualité de ce qu'on daigne voir dépend si fortement de nos œillères, de nos bonnes contraintes. | | | | |
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| hegel g. | | | Das Philosophieren, das sich nicht zum System konstruiert, ist eine beständige Flucht vor den Beschränkungen, ein Ringen nach Freiheit.
Philosopher, sans former de système, est une fuite devant des contraintes, une lutte pour la liberté. | | | | |
| | intelligence | | | Formuler des contraintes, plutôt que des buts, est signe d'une intelligence supérieure. Plus les contraintes sont fortes, plus à l'aise s'y sent le talent. La paix d'âme, cette liberté acquise, est un réquisit systémique minable. La philosophie, c'est le commencement ; le reste est retour du même. | | | | |
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| hegel g. | | | Dem Ziele der Philosophie ihren Namen der Liebe zum Wissen ablegen zu können und wirklich das Wissen zu sein.
Effacer ce nom d'amour de savoir, collé au but de la philosophie, pour y inscrire un savoir réel. | | | | |
| | intelligence | | | Que tu appelleras savoir absolu, où l'on chercherait en vain du savoir ou de l'absolu (comme dans la Science de la Logique - qui aurait dû s'intituler Logos et Épistémè – Discours et Savoir – Von der Vernunft zum Verstand - on ne trouve ni science ni logique). La philosophie n'a que deux buts : la consolation du mortel, et la démarcation de valeurs entre la réalité, le langage et la représentation. Le savoir est affaire des experts ; le philosophe n'a besoin que d'intelligence et de talent. | | | | |
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| novalis f. | | | Die Philosophie ist eigentlich Heimweh, ein Trieb, überall zu Hause zu sein.
La philosophie est, au fond, une nostalgie, un besoin pulsionnel d'être partout chez soi. | | |   | |
| | intelligence | | | Le philosophe est celui qui n'accepte pas les valeurs des pièces étrangères ; en les réévaluant, il cherche à leur imprimer sa propre effigie. Redécouvrir les modes d'échange, partir du point zéro du regard, point commun des exilés et des philosophes. Voir dans l'émission plus de sens que dans la commission. Valéry, irrité par l'absence, en philosophie, de buts clairement formulés, ne comprit pas que la bonne philosophie est plutôt la contrainte d'avant le premier pas que le but d'après le dernier, frein avant fin. | | | | |
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| renan e. | | | Il m'a fallu les langues sémitiques et la critique allemande pour aboutir aux mêmes conclusions que Gavroche. | | | | |
| | intelligence | | | Les plus belles avancées se réalisent à travers les contraintes respectées, - et tout savoir vaut surtout en tant que contrainte - le tour de passe-passe de l'artiste est dans un bel arrêt sur l'avant-dernier pas, juste avant la conclusion, ce baroud d'honneur. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Die tiefsten Bücher werden immer etwas von dem aphoristischen Charakter haben.
Les livres les plus profonds garderont toujours quelque chose du genre aphoristique. | | | | |
| | intelligence | | | La profondeur perçue résulte des hauteurs conçues. Et les aphorismes sont des hauteurs, qui, contrairement aux profondeurs, ne se touchent pas – le style interrompu (La Bruyère). « L'homme au souffle immensément long, acceptant la contrainte des propos les plus courts » - Canetti - « Ein Mensch von ungeheuer langem Atem, der sich zu kürzesten Sätzen zwingt ». Ce genre vous oblige à dévoiler votre hauteur ; à une bonne hauteur, viser la profondeur peut dispenser de l'atteindre. « L'aphorisme n'a quoi faire de la vérité, mais il doit la survoler » - K.Kraus - « Ein Aphorismus braucht nicht wahr zu sein, aber er soll die Wahrheit überfliegen ». | | | | |
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| nietzsche f. | | | Die Philosophie ist eine Kunst in ihren Zwecken und in ihrer Produktion. Aber das Mittel, die Darstellung in Begriffen, hat sie mit der Wissenschaft gemein.
La philosophie est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science. | | | | |
| | intelligence | | | Les concepts irriguent, avec la même densité, les balivernes et les sagesses ; la science n'a aucun rapport avec la philosophie, qui a pour vocation de munir de musique et nos angoisses et nos savoirs. | | | | |
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| bergson h. | | | L'intelligence, c'est l'art de créer des objets artificiels, surtout des outils pour fabriquer des outils. | | |  | |
| | intelligence | | | C'est encore un moyen rêvé de rester dans l'inutile fécond. « L'intellect saisit facilement les méthodes et outils, mais il est aveugle, face aux buts et valeurs »* - Einstein - « Der Intellekt hat ein scharfes Auge für Methoden und Werkzeuge, aber er ist blind gegen Ziele und Werte ». | | | | |
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| valéry p. | | | L'esprit est absurde par ce qu'il cherche, et grand par ce qu'il trouve. | | |  | |
| | intelligence | | | Il cherche l'idée et ne trouve que le langage. L'idée n'est qu'un projet, les mots sont des objets naissant des contraintes et ne devant pas grand-chose à l'idée. | | | | |
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| valéry p. | | | N'invente pas, quand il suffit de savoir. | | | | |
| | intelligence | | | Le savoir suffit, dans les affaires les plus banales de mon existence sociale. L'invention la plus précieuse ne vise que mes propres productions immatérielles. On invente, lorsque on tient à la qualité de cheminement et de contraintes. | | | | |
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| einstein a. | | | Das Ziel jeder Tätigkeit des Intellekts ist es, ein Wunder in etwas zu verwandeln, was man begreifen kann.
Le but de toute intelligence est de transformer un miracle en quelque chose de compréhensible. | | |  | |
| | intelligence | | | On finit par se contenter de choses comprises et on ne voit plus de miracles. L'intelligence, d'une industrie secondaire de transformation passa au tertiaire, à l'assurance-vie. | | | | |
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| heidegger m. | | | Philosophieren heißt nichts anderes als Anfänger zu sein.
Philosopher ne signifie pas autre chose qu'être aux commencements. | | |   | |
| | intelligence | | | C'est être fasciné par le premier pas, débuter en miracle et dé-buter, détacher du but, l'enchaînement auto-suffisant des pas suivants. Se rebuter devant tout dernier pas imposteur. Confiée aux professionnels, la philosophie devient indiscernable du chamanisme verbal. | | | | |
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| wittgenstein l. | | | Die Tatsachen gehören alle nur zur Aufgabe, nicht zur Lösung.
Les faits appartiennent, tous, au problème et non à la solution. | | | | |
| | intelligence | | | Ils n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre ; ils sont au cœur d'une représentation, par-dessus laquelle se construit un langage, dans lequel se formule le problème, et dont la solution est apportée par une interprétation s'appuyant sur les faits. | | | | |
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| pasternak b. | | | Художественное дарование : видеть так, как все прочие думают, и думать так, как все прочие видят.
Le talent d'un artiste : voir comme les autres pensent et penser comme les autres voient. | | |    | |
| | intelligence | | | Ses pensées doivent être malléables, mais ses vues - avoir la substance irréductible des syllogismes en bronze. Formuler des pensées, éprouver des sentiments, c'est banal ; il faut mettre en forme musicale ses sentiments et éprouver, par des contraintes de plus en plus exigeantes, - le fond de ses pensées. | | | | |
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| weil s. | | | L'intelligence n'a rien à trouver, elle a à déblayer. | | | | |
| | intelligence | | | L'intelligence, en quête de trouvailles, creuse le sol ou scrute le ciel. Elle déblaie les solutions, érige les problèmes, sanctifie les mystères. Pour chaque trésor trouvé et engrangé, elle rédige les titres de propriété, dont profite aussi, hélas, la bêtise. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, c'est un compromis entre la volonté, qui produit, pour l'âme, un but intéressant, l'optimisme, et, d'autre part, la résignation, qui offre, pour l'esprit, d'excellents moyens, le pessimisme. C'est ainsi qu'il faut comprendre le désir et l'intelligence, qui réveilleraient, chez tout capitulard, en parallèle, l'optimiste ou le pessimiste. « Nul besoin de courage, pour écrire un livre, dans un sens pessimiste, mais avec une foi optimiste » - Chestov - « Чтоб писать книги с пессимистическим направлением, но с оптимистической верой, мужества не нужно ». | | | | |
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| ironie | | | Ce que d'autres tiennent pour une constante, l'ironiste le note comme une variable et la soumet à de telles contraintes, que seuls les initiés accèdent à ses valeurs. | | | | |
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| ironie | | | Les uns, les plus sensibles, commencent par un oui ; les autres, les sceptiques et les aigris, - par un non. Mais les deux cèdent du terrain à la race dominante, celle dont le motif, le jeu et l'aboutissement se réduisent aux transactions, où les oui et les non portent le message des griffes et des cervelles et non pas des yeux ni des oreilles. | | | | |
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| ironie | | | On n'est jamais autant naturel ou libre que sous d'implacables contraintes qu'on s'impose. « La force naît de la contrainte et meurt de la liberté » - de Vinci - « La forza nasce nella costrizione e muore nella libertà ». La force inemployée, appelée ironie, serait-elle la liberté intérieure ? « C'est à l'ironie que commence la liberté » - Hugo. Le sérieux n'est pas seulement le premier ennemi du bonheur, il l'est aussi de la vraie liberté, de la liberté ludique. « Le sens de l'ironie est une forte garantie de liberté » - Barrès. | | | | |
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| ironie | | | Trouver une excellente raison de désespérer de l'avenir (des fins de l'homme) devint tâche plus facile et, surtout, plus mécanique que de s'accrocher à une chimère prometteuse - une raison bancale mais suffisante, pour cultiver l'espérance des sources. « Ton but, c'est la source » - K.Kraus - « Ursprung ist das Ziel ». | | | | |
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| ironie | | | La lourdeur : mesurer la hauteur à partir de la platitude du sérieux. Plus prometteuse est la légèreté : partir de la bouffonnerie. Mais aujourd'hui, tout le monde s'arrête à la bouffonnerie, sans aucune épaisseur de la noblesse, sans aucun vecteur de la hauteur. La sage contrainte devint un but minable. Plus de pathos musical ; que le vacarme hystérique. | | | | |
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| ironie | | | Est esthète du pointillé celui qui n'admet pas d'étapes entre ascèse et extase. | | | | |
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| ironie | | | Les pires atteintes viennent des tentations nées en moi-même. La cuirasse de l'âme devrait être tournée vers l'intérieur. | | | | |
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| ironie | | | Ne gaspille pas l'énergie de ton âme dans la réduction de toute chose profonde à rien ; l'esprit critique tout seul suffit, pour que toute profondeur aboutisse tôt ou tard dans la platitude. Le bon nihilisme est créatif : au-dessus de n'importe quel rien, il imaginera de hautes choses. Le nihilisme est dans les commencements ascendants, dans les contraintes, qui se moquent des pieds et se fient aux ailes. | | | | |
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| ironie | | | Quand on choisit pour outil d'application des contraintes – les ciseaux, on redouble ses louanges aux chutes. | | | | |
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| ironie | | | Aller au fond des choses ou ne pas y aller, ce sont deux choix d'égales promesses. Ce qui est beaucoup plus discriminant, c'est de savoir, quel y fut le mot central : aller, le fond ou les choses – l'élan, le but ou les contraintes. | | | | |
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| ironie | | | Il est facile de vivre au-dessus de ses moyens ; vivre au-dessus de ses buts, vivre des contraintes, est plus passionnant. | | | | |
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| ironie | | | Il faut avoir des dons de Kant ou Heidegger, pour briller par son essentialisme ; tandis que même sans talent aucun on se fait remarquer par son existentialisme. La conclusion : défier les moyens essentialistes, se méfier des buts existentialistes - en se fiant aux contraintes, ayant du mordant ironique. | | | | |
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| ironie | | | L'intensité comme but et contrainte : que le premier et le dernier pas se fassent par enchantement. Les sots de tous les temps : partir de l'enchantement et aboutir au désenchantement ; les naïfs font un parcours en sens inverse. La bêtise moderne : partir et finir par désenchantement. | | | | |
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| ironie | | | L’un des effets collatéraux de mes contraintes sur le réel, digne d’être vu, est un reflux d’énergie, pour peindre mes rêves ; ainsi, je pourrais dire que « nous avons de quoi saisir ce qui n’existe pas et de quoi ne pas voir ce qui crève les yeux »*** - Valéry. | | | | |
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| ironie | | | Peu d'intérêt pour le procès ou le jugement. Propension à commencer par une condamnation ou un acquittement. Sans aucune envie d'enchaîner par une exécution ou un oubli d'entraves. | | | | |
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| ironie | | | L'intérêt qu'on porte aux frontières peut viser plusieurs fins : la curiosité de leur franchissement, la chaleur d'une fraternité qu'elles engendrent, le vertige d'un élan vers elles ; la connectivité de l'espace, la clôture dans le temps, l'ouverture vers l'infini. | | | | |
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| ironie | | | Vouloir être sublime (la pose de dandy) ou faire le sublime (la pose héroïque), ces deux ambitions ne réussirent jamais à personne. Seules des contraintes ironiques peuvent être sublimes, contraintes, à travers lesquelles passent et le ridicule et le honteux. Les ruines survivent et aux salons et aux champs de bataille. | | | | |
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| ironie | | | Ils écrivent en puisant dans un puits profond, plein de leurs idées, souvenirs, savoirs, et ce qui s'avère être de l'eau courante, mue par la même pression extérieure. Tandis que la condition nécessaire d'une écriture est la présence d'une haute fontaine, me faisant mourir de soif. La soif inextinguible (insatiabilis satietas de St-Augustin est la plus belle contrainte d'homme de goût. | | | | |
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| ironie | | | Le rasoir d'Ockham ou la raison suffisante de Leibniz feraient partie de mes arsenaux de contraintes, si je pouvais leur trouver une bonne cible victimale. | | | | |
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| ironie | | | Les absences, ce qui fut soigneusement évité - les choses, les angles de vue sur les choses, les idées consensuelles - contribuèrent peut-être davantage à la qualité de ce livre, que ce qui s'y faufila à travers ces mailles des contraintes, pour, de présent, devenir donné - des cadeaux gratuits aux dons précieux. | | | | |
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| ironie | | | Quand on a fait le tour complet de la réalité, de la représentation et du langage, on en aura retiré, respectivement, la noblesse, l'intelligence et le talent, pour en épouser, successivement, le matérialisme, l'idéalisme et le verbalisme ; avec la matière on apprend l'art des contraintes, avec les idées - la technique des buts, avec les mots - le vertige des moyens ; et l'on finit dans l'immobilité et l'invisibilité du talent, que ne trahit que la musique de l'œuvre. | | | | |
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| ironie | | | On met la barre trop bas - on profane son feu sacré, aspiré vers la hauteur ; on la met à la juste hauteur de ses talents - on devient inaudible, sans relief, au milieu des autres voix interchangeables ; enfin, en la plaçant trop haut, on est victime de son vertige, que les autres prendront pour une tempête dans un verre d'eau. La morale : libère-toi de buts, consacre-toi à l'élan et aux contraintes. | | | | |
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| ironie | | | La liberté et la vérité s'installèrent solidement partout ; rien ni personne ne les menace plus. Mais j'entends partout ces cohortes d'écrivailleurs, brûlant de l'envie de libérer l'homme, en lui apportant la vérité ! Par dépit, je proposerais à l'homme une camisole de force, pour contraindre ses bas appétits et les réorienter vers le haut et palpitant rêve, cette distorsion des impassibles vérités. | | | | |
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| ironie | | | Encore des contraintes : toute poésie commence par l'exclusion du bois de mon arbre, de la matière première de ma montagne, de la lumière de ville de mon ciel étoilé. | | | | |
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| ironie | | | Toute la poésie, qu'elle soit verbale ou musicale, doit sa belle liberté aux contraintes. « Il arrive qu'on s'impose des contraintes, pour pouvoir créer librement » - U.Eco - « Occorre crearsi delle costruzioni per potere inventare liberamente ». Plus de lâches libertés on donne à la forme de son premier pas, plus servile sera le fond du dernier. | | | | |
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| ironie | | | Ce qu'on peut comprendre sans enthousiasme ni dégoût ne vaut généralement pas grand-chose. Ce monde sans admiration, bien compris et sans révolte, est le monde d'aujourd'hui. Dans la devise spinoziste (Nil mirari, nil indignari, sed intellegere !) se cache peut-être une ironie, qui rend cette diatribe bien ridicule. Plus que les moyens, c'est le but, acquiescentia animi, une bonne conscience, qui m'y donne de l'urticaire. | | | | |
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| ironie | | | On s'attache d'autant plus à arriver à ses buts qu'on a moins d'allant dans ses contraintes. | | | | |
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| ironie | | | Je prône la contrainte, l'acquiescement, le rêve ; je lève la tête, je vois l'intellectuel lambda – il est libre, rebelle, au contact avec la réalité – je comprends que j'y suis un intrus, un ennemi ou un fantôme. | | | | |
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| ironie | | | Le talent s'entretient par l'exercice routinier (la poursuite de buts aléatoires) et s'exprime dans le défi monumental (la suite de contraintes nécessaires). L'entraînement dans l'utile terrestre, l'entrain dans l'inutile céleste. Sans oublier, que si sur Terre l'ennui se loge souvent dans l'utile, il y grouille dans l'inutile. | | | | |
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| ironie | | | Pour accueillir ce que l'actualité déverse sur eux, ils utilisent la louche, au lieu d'une passoire ; encore une illustration de l'utilité des contraintes et des filtres, dans la formation d'un bon goût. Vouloir tout évaluer, ou tout dévaluer, ou même tout transvaluer, est bête. Le goût électif vaut mieux que l'appétit bourratif. | | | | |
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| ironie | | | Le paradis, et non pas seulement l'enfer, est pavé de bonnes intentions, mais son gardien fut plus crédule. Les motifs des gestes sont toujours plus bas que les semelles, c'est l'ironie des mots qui vise la hauteur des ailes. | | | | |
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| ironie | | | Le premier mérite de l'au-delà est qu'il n'existe pas, ce qui permet au bon créateur de le réinventer, à la place du Démiurge, faiblard ou cachottier. Il y a des malins, des anges, pour qui l'en-deçà et l'au-delà ne forment qu'une grande unité. Ange est le nom qu'on donne à celle des bêtes, qui vit davantage de ses barreaux que de ses terreaux ; elle prouve sa liberté par le respect des contraintes mystérieuses et non pas par la connaissance des buts problématiques ; elle reconnaît ne pas se connaître ; elle devient le soi connu, tout en voulant être le soi inconnu, être messager de ce qui n'existe pas. | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux étant le premier ennemi du bonheur, l’ironie devrait servir de contrainte, de rempart aux assauts du sérieux et d'échappatoire vers le bonheur. | | | | |
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| ironie | | | Les couronnes, les guirlandes, les rondes expliquent le comment, le quand et le où des fêtes ou des deuils communs ; la fleur sans pourquoi, l’étincelle sans durée et l’étoile sans lieux sont le lot des béatitudes ou des nostalgies solitaires. Les finalités qui ancrent ou les contraintes qui élèvent. | | | | |
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| ironie | | | Les contraintes spatiales permettent d’éviter des platitudes ou des cloaques, et les contraintes temporelles font passer le vertige des vitesses et des accélérations – le frein ou la marche-arrière font aimer les impasses : « Il n’est point d’impasse là où l’on peut faire marche-arrière » - S.Lec. | | | | |
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| ironie | | | L'intelligence étant toujours à la recherche de quelques nouveaux reniements, virevoltes ou départs, le sens, ce but se profilant au bout de la vérité, ne peut compter que sur l'inertie de l'ineptie. « La bêtise demeure le refuge du sens » - J.Baudrillard. | | | | |
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| ironie | | | Je ne sais pas si c’est être conservateur ou bien progressiste que de penser, que le peuple a besoin de lumière et de liberté, tandis que l’artiste est fait de ses ombres et de ses propres contraintes. | | | | |
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| ironie | | | Plus que par la puissance de ses moyens, le professionnel – en plomberie, en poésie, au jeu d’échecs – se différencie du dilettante par la hauteur de ses contraintes. | | | | |
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| ironie | | | Il faut inclure l’ironie dans l’arsenal de tes contraintes : préserver quelques idéaux des moqueries de celle-là, car sans idéaux, tu ne peux être que producteur et non pas créateur. | | | | |
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| ironie | | | Si je vous disais, que la contrainte est l’élévation de l’esprit au-dessus des contradictions de la raison, vous auriez parfaitement droit de me traiter de bavard bête, creux et irresponsable. Ce que vous auriez dû penser aussi de celui qui disait : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’esprit » - Hegel - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Tout Hegel est fait de ces formules gratuites, facilement traduites en niaiseries encore plus évidentes. | | | | |
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| ironie | | | Dans le vaste réseau de thèmes philosophiques, le guide le plus utile est celui qui te dirait ce qu’il y faudrait éviter (« Hoc vitabis » - Sénèque). | | | | |
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| ironie | | | Tout philosophe dispose de deux sortes de savoir : la maîtrise de l’histoire de la philosophie, dont l’unique intérêt consiste à éviter le plagiat ou l’épigonat, ce n’est donc qu’une pitoyable contrainte, et la maîtrise d’une science quelconque : l’optique des lentilles, le calcul différentiel ou l’empilage d’herbariums. Pour ton propre message philosophique, ces savoirs ne jouent, pratiquement, aucun rôle, et tout philosophe, donnant des titres majestueux au savoir est un charlatan. | | | | |
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| ironie | | | Mon étoile joue, à peu près, le même rôle que Rossinante pour Don Quichotte – choisir le chemin à prendre et, surtout, à éviter. | | | | |
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| ironie | | | Dans la littérature, le mérite principal des contraintes est de t’empêcher de t’engager dans un chemin ou dans un genre ennuyeux ; mais les égarements sont nombreux, puisque l’avertissement de Voltaire ne s’affiche pas aux carrefours. | | | | |
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| ironie | | | Certains chagrins ne s'expriment qu'à travers des rires ; certaines joies sont le mieux traduites par un mot mélancolique ; c'est ce qui s'appelle ironie - une bonne amplitude et harmonie des opposés. Le refus de tomber dans la platitude expressive, par défaut de moyens, et même l'espoir d'en sortir grandi, par vertu des contraintes. | | | | |
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| ironie | | | L’ironie est l’une des contraintes les plus utiles : elle exclut les extases et les lamentations autour des sujets insignifiants. | | | | |
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| ironie | | | Un problème sans solution entretient une saine curiosité ; un problème sans mystère peut être confié à la machine. L’art aphoristique s’inspire du premier cas et se sert du second comme d’une contrainte ; cet art consiste à concocter des solutions universelles et mystérieuses (des réponses), afin que vous en découvriez ou imaginiez des problèmes individuées (des questions). | | | | |
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| ironie | | | Exposer une copie d’un objet consensuel, dans un langage consensuel, c’est présenter un objet nu ; la pudeur littéraire (une contrainte) devrait t’en interdire l’usage, t’inviter à faire appel à l’ironie. « L'ironie, forme agressive de la pudeur » - G.Thibon. | | | | |
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| ironie | | | Me limitant aux domaines philosophiques et retranchant mes inévitables solécismes, je pense avoir surpassé mes rivaux dans les thèmes suivants : langage, noblesse, intelligence, solitude, bien, souffrance, connaissance, contrainte, commencement, être, liberté, rêve, poésie, philosophie, représentation, vérité, politique, Russie. | | | | |
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| ironie | | | L’érudition est un outil encombrant des pédants et une contrainte libératrice des poètes. | | | | |
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| ironie | | | Ma pratique de la lecture passe par quatre étapes – le contact, la sélection, la séparation, le retour. La première étape – l’indifférence (95%) ou l’étonnement ; la deuxième – ne garder que ce qui étonne ; la troisième - la déception (95%) ou l’admiration ; ne retourner que vers ce (95%) que j’avais admiré. | | | | |
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| ironie | | | Dans le genre discursif, aujourd’hui, domine la platitude linéaire ; et si, exceptionnellement, on tombe, tout de même, sur un nœud, soit on le coupe, pour s’en débarrasser, soit on le dénoue, pour découvrir un sentier battu à éviter. | | | | |
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| mot | | | Pour le mot, l'idée est moins qu'un motif, elle n'est qu'une matière, malléable à souhait. Même l'or ne rachète pas le manque d'alchimie du verbe. | | | | |
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| mot | | | Je ne suis pas du tout fier de venir à cette conclusion : sans les mots il n'y a ni grandeur ni vérité ni émotion (qui, pourtant, sont hors des mots). Mais ne faire que chercher une juste expression de ce qui a déjà une essence ne me réussit jamais. Le mot crée le besoin, érige le but, jalonne des obstacles. Mépriser les mots, c'est glorifier les glandes. | | | | |
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| mot | | | L'étrange confusion, dans les pourquoi français, anglais, russe, italien, entre la raison et le but d'une action. L'allemand (warum, worum) y remédie légèrement, seul l'espagnol (porque, porqué) le tranche. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles pensées ne seraient que des regards (Er-eignis - Er-äugnis - Nietzsche) et non pas des événements (qui, étrangement, nous dévoient vers le de-venir ou vers l'être - со-бытие - le co-être, ou vers leur fusion dans le soi, qui serait un événement d'appropriation : Er-eignis der Er-eignung - Heidegger - un joli jeu de mots, en allemand, et un impossible charabia en français). « Le regard, c'est une flèche visuelle décochée vers l'infini »*** - Ortega y Gasset - « Mirar es disparar la flecha visual al infinito » - c'est l'absence des choses qui fait de l'infini une vraie cible. Dieu même, au moins le Dieu des Grecs, hésite entre le regard (theoro - je vois) et l'action (theo - je cours). | | | | |
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| mot | | | Les plus belles pensées surgissent d’un élagage de branches indignes ; curieusement, ce sens se glissa, aujourd’hui, dans le calcul computationnel, putare remontant à élaguer. | | | | |
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| mot | | | Le langage des contraintes décrit en l'air de belles demeures, c'est en cela qu'il est plus noble que celui d'échafaudage de buts. La vue du but interpelle le calcul, la sensation de la contrainte sollicite l'âme. Les contraintes sont semblables à ces belles combinaisons échiquéennes qu'on ne voit pas sur l'échiquier, mais qu'on devine derrière les coups positionnels joués. | | | | |
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| mot | | | Le langage sert à approfondir la réalité ou à rehausser le rêve ; dans le premier cas, il est outil et il doit disparaître, une fois le but intellectuel atteint ; dans le second cas, il est contrainte et il doit persister, pour être le seul support de l'émotion. Le seul à distinguer nettement ces deux fonctions fut Valéry. | | | | |
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| mot | | | L'irrésistible musique de mon mot – tel devrait être l'entame, et non pas la finale, de mon adresse au monde : mes cordes vocales, les cordes de ma lyre, la corde de mon arc – ma voix, ma sensibilité, ma puissance – le commencement, les moyens, la contrainte – la musique, la noblesse, l'intensité. | | | | |
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| mot | | | Les bavards justifient leurs logorrhées par le souci de précision. S'ils savaient qu'à l'origine précision avait la même acception que concision – couper l'inessentiel pléthorique, pour ne garder que l'essence métaphorique. | | | | |
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| mot | | | Les bizarreries, dans ce livre, de ces trois mots capitaux : source, contrainte, fin - le premier n'y a rien à faire avec le verbe sourdre, ni le deuxième - avec contraindre, ni le troisième - avec finir. Les adjectifs, qui s'y prêteraient le mieux - nécessaire, arbitraire, volontaire. | | | | |
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| mot | | | Les mots sont comme l'éther, vitaux mais inertes. Il faut savoir susciter de violentes tornades ou de doux courants, évoquant de lointaines contrées ou emportant vers de hauts horizons. Il faut y mêler des arômes ou en nourrir une flamme. Et l'art des contraintes consisterait à s'appuyer sur les choses aérostatiques, pour progresser et rendre aérodynamiques les choses dignes d'être caressées. Pour le regard, les poumons peuvent s'avérer plus porteurs que les yeux. « L'évolution d'un homme se réduit aux mots dont il se détourne » - Canetti - « Die Entwicklung eines Menschen besteht aus den Worten, die er sich abgewöhnt ». | | | | |
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| mot | | | Le sens naît d'un dialogue, donc d'un partage. La langue allemande ne s'en trompe pas, voir l'admirable série : Urteil, Vorteil, Mitteilung - jugement, préférence, message - provenant de teilen - partager. La philosophie est la poésie du dialogue. « La philosophie n'est qu'un moyen, pour atteindre ce qu'est la poésie » - F.Schlegel - « Die Philosophie ist nur ein Mittel zu dem, was die Poesie selbst ist ». | | | | |
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| mot | | | La langue a deux composantes : la logique et la tropique ; tout nouveau trope, inéluctablement, rejoint, sous le poids de l'habitude, la première. Avec de telles contraintes, seul un maître peut encore magnétiser par la métaphore estimative au lieu de se neutraliser dans des syllogismes narratifs. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde). | | | | |
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| mot | | | On atteint la hauteur par l'action conjuguée de deux acceptions du verbe tollere (ou aufheben) : soulever et supprimer - par le filtre éliminant le bavardage étranger du bas et par l'amplificateur élevant ton silence familier vers le haut (par ailleurs, ce que le Sauveur fit de nos péchés : tollit peccata mundi - n'est pas si clair). On devrait apprécier le chiffre sacré de 7, puisqu'en allemand il veut dire filtrer (sieben) et en russe - en famille (семью). | | | | |
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| mot | | | Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence. | | | | |
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| mot | | | La fonction cognitive du langage comprend et l'expressive et la communicative (W.Humboldt) : du silence (l'absence de sujet) on peut passer au monologue ou au dialogue, en introduisant le moi ou le toi, la métaphore ou les contraintes. Une tâche particulièrement facile en russe, où ego (его) veut dire lui. | | | | |
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| mot | | | Je lis cette traduction cathédralesque de Spinoza : « La liberté s'oppose à la contrainte et non à la Nécessité » - monumental, beau et faux ; j'échafaude une savante réplique, du genre : la liberté est peut-être une nécessité extérieure ; la contrainte doit être une nécessité intérieure (tout en remarquant, au passage, le gouffre entre nécessité-loi et nécessité-besoin) ; au dernier moment je m'avise, que ce qu'on cherche à traduire est le tout bête : « Deus ex solis suae naturae legibus, & a nemine coactus agit » (« Dieu n'agit que selon les lois de Sa nature, sans que personne ne L'y contraigne ») - mesquin, laid et juste - et m'éclate de honte et de rire… Ce rire tourne au jaune, lorsqu'ils nous apprennent, que le spinozisme est la lumière de la vérité, qui mène de l'angoisse d'une fausse vie à la joie des hommes libres… Un rat de bibliothèques - en sauveur des aigles, des chouettes ou des rossignols ! | | | | |
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| mot | | | Le rasoir d'Ockham dénonce les disserteurs raseurs pléonastiques, avec leurs arsenaux mécaniques, et justifie les déserteurs racés désertiques, avec leur art des mots laconiques. | | | | |
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| mot | | | La vue (theoria), en grec, aboutit à théâtre, théorème ou théorie, en se prenant pour moyen, but ou contrainte et exprimant le jeu, la puissance ou le regard. | | | | |
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| mot | | | Seuls les polyglottes peuvent donner un sens profond au silence : les expressions d'un même sentiment, dans des langues différentes, n'offrant ni intersection ni noyau communs, on se réfugie dans ce vide silencieux, ce réceptacle du vrai soi (serait-ce la khôra platonicienne, cet espace réservé à l'accueil des idées ? ), du soi indicible et intouchable, débarrassé et des mots et des choses : « L'esprit vide d'objets est le but du sage » - Upanishad - je dirais qu'il en est la contrainte. | | | | |
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| mot | | | Un bel écrit s'appuie davantage sur la représentation (où se logent les métaphores et s'éploie l'intelligence) que sur la langue (cette matière première et première contrainte). C'est pourquoi écrire en français est, pour moi, un exercice passionnant : ni des incantations ni des prières ni des exorcismes n'y surgissent jamais tout seules ; je dois rendre les soupirs dans un langage à jouir. | | | | |
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| mot | | | Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même. | | | | |
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| mot | | | On a beau chanter la fonction, c'est à dire l'âme et la pensée, c'est l'organe, c'est à dire le corps et le mot, qui procure la jouissance la plus indubitable. « Le corps est l'organe-obstacle de l'âme, et les mots – l'organe-obstacle de la pensée » - Jankelevitch – en matières divines, le créateur, c'est à dire l'homme de l'imagination et de l'élan, est porté par la contrainte plus loin que par les moyens. | | | | |
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| mot | | | Ni l'intelligence ni le savoir ni la conscience ni la rigueur ne sont pré-conditions d'un discours philosophique ; son unique élément est le langage, qui est à la fois contrainte et ressource ; tout s'y formule en termes d'un vocabulaire et non pas en concepts ; les rares à l'avoir compris : Héraclite, Nietzsche, Heidegger. | | | | |
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| mot | | | On avance par un regard, attiré par le but ou guidé par les contraintes ; pourtant, en grec, le but, skopos, fait penser à la guidance, et la contrainte, systoli, à l'attirance. | | | | |
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| mot | | | La langue de philosophie, c'est le français, comme la langue de poésie, c'est l'allemand. La logomachie française pousse à soigner la ligne sémantique, musicale, du discours ; la logomachie allemande favorise le goût de l'édifice syntaxique structurel. La morphologie indigente du français oblige à créer des concepts avant les mots ; la morphologie allemande invite à créer des mots avant les concepts. Les contraintes vaincues expliquent souvent le succès intellectuel ; c'est pourquoi la meilleure philosophie française est poétique (Pascal ou Valéry) et la meilleure poésie allemande est philosophique (Hölderlin ou Rilke). | | | | |
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| mot | | | L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ? | | | | |
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| mot | | | Grothendieck vient de mourir. Le contact avec lui me fut fort utile : ses quinze mille pages (autant que chez le délicat H.-F.Amiel), griffonnées dans la fébrilité des idées, sans le souci du mot, m'aidèrent à ériger d'excellentes contraintes : me méfier des idées, me réduire à l'ascétisme laconique, caresser le mot – merci, pauvre Alexandre. Un nom me lie à ton souvenir, celui de Cartan : les articles du père, Élie (ami de Valéry), me familiarisèrent avec le français, la perspicacité du fils, Henri, mit Alexandre sur la voie de la mathématique. Je n’aurais peut-être jamais parlé de lui, si ce n’étaient pas quelques parallèles : l’enfance au bagne ou dans un camp de concentration ; orphelins de père, la mort de nos mères joua le même rôle dans le réveil des plumes. Et le français n’était pas notre langue MATERNELLE ! | | | | |
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| mot | | | Une magnifique trifurcation du mot grec dialegesthai, l'art de la parole, aboutissant aux trois concepts, qui perdirent tout rapport entre eux - dialogue, dialecte, dialectique, et qui se retrouvent, miraculeusement, dans la littérature, car une bonne écriture résulte du respect des contraintes formelles universelles (un dialogue), de la maîtrise des moyens langagiers individualisés (un dialecte), de la noblesse du but intellectuel abstrait (une dialectique). | | | | |
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| mot | | | Le parcours d'un créateur - son commencement, ses contraintes, ses moyens, ses buts – tout y est hors langage ; le langage, ce ne sont que des chemins d'accès aux étapes de ce parcours. « Le texte n'est qu'un petit rouage dans une machine extra-textuelle »** - Deleuze. | | | | |
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| mot | | | L'homme vaut par ce qu'il veut, et le créateur - par ce qu'il peut. Plus une langue est libre, plus séduisant et l'usage de cette liberté, pour s'épancher, au détriment de la création pure. D'où le mérite du poète français, surmontant d'horribles contraintes langagières, n'existant pas pour ses confrères latin ou russe. Et c'est pourquoi, chez ces derniers, on découvre si souvent l'homme, tandis que chez le premier on n'a affaire qu'au poète. | | | | |
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| mot | | | Comment le mot devient-il libre ? - en s'interdisant des clichés descriptifs (pour devenir image), en se débarrassant des clichés conceptuels (pour devenir métaphore), - donc, surtout, par ses propres contraintes. L'esprit y suffit : « La trinité – le mot, la liberté, l'esprit » - E.Jünger - « Dreieinig sind das Wort, die Freiheit und der Geist » - et lorsque le talent l'y rejoint, on devient iconoclaste, hérésiarque et néophyte. | | | | |
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| mot | | | Le Français est le seul à oser se méfier des idées et se fier au mot. « Le Français est l'homme et maître du mot. Sa pensée a pour source la langue » - W.Schubart - « Der Franzose ist ein Mensch und Meister des Wortes. Er denkt von der Sprache her ». Tous tentent de rehausser l'émotion : le Français - par le mot - outil - verdict, l'Allemand - par le rêve - but - motifs, le Russe - par la vie - contrainte - repentance. Le motif premier comme la dernière parole méritent la mémoire surtout dans un verdict sans appel, dans des causes entendues. | | | | |
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| mot | | | Pour le sot, c'est à dire un mouton ou un robot, le langage est une collection d'étiquettes ou de protocoles, permettant de beugler ou de communiquer. Pour le créateur, il est un choix d'instruments de musique, fabriqués par et appartenant à toute la nation ; il en sélectionne ceux qui conviennent à son goût, son besoin, ses contraintes. Disposer, pour lui, c'est composer et poser. | | | | |
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| mot | | | Il y a des mots-étiquettes, pour narrer en vue des buts, et des mots-métaphores, pour chanter sous la contrainte. Ce qui est sublime, bouleversant et … inexistant ne se livre qu'aux seconds. La poésie est l'art ardu des contraintes. « Rien ne résiste tant à la représentation par le mot, tout en nous étant le plus nécessaire, que les choses, dont l'existence est indémontrable et improbable » - H.Hesse - « Nichts entzieht sich der Darstellung durch Worte so sehr und nichts ist doch notwendiger, als Dinge, deren Existenz weder beweisbar noch wahrscheinlich ist ». | | | | |
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| mot | | | L'un des antonymes d'algorithme, ce mode d'existence des robots, est l'exercice, c'est à dire des contraintes, l'essence d'un ascète. | | | | |
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| mot | | | La maxime : non seulement un maximum d'expression dans un minimum de mots - « Personne ne dit ce que je dis en moins de mots que moi »* - Gorgias – mais surtout le respect des contraintes : dans le choix des choses méritant mon mot et dans le maintien de la hauteur de mes mots électifs. | | | | |
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| mot | | | L'usage, dans la maîtrise d'une langue, fait partie de ces contraintes qui manquent tant au métèque ; l'écriture est une traduction des intentions en phrases, et la métaphore en est le moyen principal, mais toute métaphore a des éléments dus au seul usage, et aucune invention ex nihilo ne peut s'en passer, sans nuire à la lisibilité. | | | | |
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| mot | | | Une ivresse du regard débouchant sur une glossolalie miraculeuse - tel fut le but insensé de ce livre. Mais le vrai regard, comme le vrai verbe, ne peut naître que dans un dialogue. La langue doit me dévisager et me parler, en anticipant, et m'apporter sa dose de foi et de griserie. La ventriloquence, c'est à dire la création à mon insu, doit avoir sa place, dans la peinture de mes passions. Sans mystifier le cerveau ni démystifier l'âme. Le français resta un grand muet, et dans mon délire, aucun autochtone du pays du rêve ne reconnut son idiome natal. | | | | |
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| mot | | | Au commencement était le verbe ? - non, au commencement étaient les intentions (desseins ponctués), suivies des conjonctions/disjonctions d'énoncés ; le verbe ne vient qu'en troisième position, et le douteux sujet cartésien - quand il s'y trouve, par extraordinaire ! - n'apparaît qu'après. Le Verbe n'est premier qu'en énoncés élémentaires. | | | | |
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| mot | | | En allemand et en russe, la surabondance de moyens morphologiques et rythmiques rend trop facile l'illusion de pensées profondes ou de vaste lyrisme. En français, les contraintes stylistiques excluent du Parnasse les inhabitués des hauts sentiers. On reconnaît l'élite par la place qu'elle accorde aux contraintes. Nietzsche et Pouchkine sont d'heureux exemples de l'application de contraintes à la française aux moyens expressifs de leurs langues maternelles. | | | | |
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| mot | | | Le sens des mots dépend du contexte, c’est-à-dire de la représentation d’un domaine réel. L’ennui, avec les maximes, c’est que la présentation de ce domaine est une tâche ingrate et fastidieuse ; les citations, que j’y glisse, pallient à cette carence anti-poétique. Mais au lieu de servir de source d’autorité, elles ne servent que de jalons pré-langagiers, de contraintes, réduisant le champ de vue de la lecture. | | | | |
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| mot | | | Filtrer est une activité plus noble que transformer ou amplifier. Filtrer, ou sélectionner, est à l’origine du mot éclectique, que j’oppose au mot douteux de système, puisque celui-ci renvoie, le plus souvent, aux systèmes des autres. La personnalité s’affirme plus nettement par ses contraintes que par sa puissance. | | | | |
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| mot | | | En Allemagne ou en Russie, il est facile de passer pour poète ou philosophe, grâce à la langue : une phonétique, une morphologie, un vocabulaire - de grande variété et richesse. En français, il est impossible de tricher : il y faut absolument avoir de la sensibilité poétique, du talent rhétorique, de la noblesse de l’esprit. Une fois de plus : les contraintes y rendent la création plus subtile et le discours – plus laconique. Le français est une langue idéale pour le genre aphoristique. | | | | |
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| mot | | | Au jeu d’échecs, en politique, en littérature la compétence se traduit par une réduction de l’ensemble de conflit (de choix envisageables), ce qui permet de trouver plus vite la meilleure solution. La compétence est donc dans la capacité de distinguer les bons et les mauvais candidats, dans le maniement des contraintes. Cette capacité manque à celui qui écrit dans une langue étrangère ; ses ensembles de conflit sont trop vastes, et le choix du mot se fait souvent par un hasard chancelant. | | | | |
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| mot | | | La langue émerge de notre quotidien terrien ; c’est une contrainte à ne pas négliger. Le talent littéraire consiste à s’inspirer de la hauteur du sensible naissant, à s’étonner de la profondeur de l’intelligible né, à ne pas laisser la pesanteur de la langue amortir ces deux élans vers deux admirables naissances, à garder leur grâce. | | | | |
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| mot | | | La poésie française est condamné à rester de second ordre en Europe pour une raison technique – l’accent tonique en français n’est que syntagmatique et non pas, en plus, comme partout ailleurs, lexical, source d’innombrables combinaisons rythmiques. D’autre part, suivre, verbalement, ces rythmes est si facile, que tant d’Européens se prennent pour poètes, sans avoir le moindre talent poétique ; en France, seul les poètes-nés peuvent briller. | | | | |
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| mot | | | La langue des questions est presque toujours commune ; celles des réponses est presque toujours individuelle. En écriture, les bonnes contraintes doivent écarter ce qui est rebattu, et le bon goût doit se vouer à la seule beauté inimitable. Être davantage dogmatique que sophiste. Plus tu es exigeant, plus tu te rapproches du genre aphoristique. | | | | |
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| mot | | | Les contraintes, que la logique exige de la mathématique, sont de la même nature, que ce que le langage impose à la poésie. Et leur résultat commun – une liberté intérieure, défiant l’inertie et le hasard extérieurs. | | | | |
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| chœur noblesse | | | AMOUR : Tout homme est naturellement porté sur les saloperies, quand il est amoureux. On a besoin d'une hypocrisie nobiliaire, pour leur donner semblant de délicatesses. Aimer est le sentiment le moins aristocratique, car il est le refus de toute contrainte qu'érige, en permanence, tout aristocrate. C'est pourquoi celui-ci ne fait que subir l'amour, tandis que le goujat le guide. | | | | |
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| noblesse | | | L'érection de contraintes a pour but - l'isolation et la protection de mon firmament, que je réussis en rétrécissant mes horizons et en bridant ma curiosité stérilisante. Les contraintes sont de justes répartitions d'indifférences. Aux meilleures inhibitions volontaires - les meilleures impulsions salutaires. | | | | |
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| noblesse | | | Un mode de cohabitation entre une humble liberté et une fière servitude, une liaison, encore plus subtile, entre un génie d'espèce et une passion de genre, une musique des contraintes faisant chanter les moyens et danser les buts - c'est ce qu'on pourrait appeler hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Le rejet a priori des choses est une opération de filtrage par de vagues contraintes, rejet dicté par un préjugé plat ou par un goût de hauteur ; c'est un état de défi, de guerre et d'exaltation. Le rejet a posteriori, dicté par la raison profonde ou plate, en vue d'un but transparent, conduit à un état de paix et de compromis, où poussent progrès et bassesses. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme civilisationnel - le politique, l'économique, le technique - ne peut venir que de l'ignorance tout court, puisque inventer des points zéro y est ridicule, toute création y étant accumulative ; c'est une ignorance étoilée qui justifie le nihilisme culturel - dans l'art ou en philosophie. Trois sortes de nihilisme honorable : l'éthique - le souci des moyens, l'esthétique - la noblesse des contraintes, le mystique - l'obscure vénération des commencements et des fins. Trois sortes de points zéro de la création initiatique. | | | | |
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| noblesse | | | Devant « les flèches du désir vers l'autre rive » - « Pfeile der Sehnsucht nach dem andern Ufer » se voir « un pont et non un but » (« eine Brücke und kein Zweck ») - Nietzsche - c'est toujours de la voirie aménageant l'accès d'étables. À moins que le pont soit l'origine, et non pas un but, des rives. Je préfère un débordement de l'âme me mettant au pied d'un arbre, où je puis bander mon arc, sans décocher de flèches. | | | | |
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| noblesse | | | Exister, c'est trouver des aliments, qui entretiennent mon feu intérieur, sans en altérer la pureté. Vivre de mon feu et exister pour mon feu. Ce qui pourrait servir de contrainte à l'écriture : « La seule préoccupation de la pensée est, que la flamme, qu'elle entretient, brûle du feu le plus ardent et le plus pur » - A.Schweitzer. J'en vis ou je le nourris (le contraire de la salamandre de François Ier : « J'y vis et je l'éteins » - « Nutrisco et extinguo »), la hauteur en assurant la pureté (« Aucune hauteur ne m'arrête » - « Quo non ascendam » du Roi-Soleil). | | | | |
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| noblesse | | | Les plus utiles des contraintes sont les contraintes acoustiques ; ce n'est pas tant par la transformation du bruit du monde que j'en extrais la musique, mais par un filtrage impitoyable ; le reflet fidèle du vrai monde est bien musical, mais ce n'est pas dans un miroir de mon esprit profond, que je le verrais, - je l'entendrais sur les cordes de mon âme hautaine ; dès que je n'écoute le monde qu'à travers l'âme, tout devient musique ; le créateur est celui qui oublie le bruit du monde et porte l'écho de sa musique. | | | | |
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| noblesse | | | L'art des contraintes : me rendre sourd à ce qui pourrait me mettre en route ; me faire aveugle devant ce qui voudrait occuper mon horizon ; détourner mon nez de l'insipide. « L'élimination de l'inessentiel, voilà le secret de l'intensité vitale » - Lao Tseu. C'est aussi la clé d'un bon style. Des liaisons, des développements, des justifications relèvent, la plupart du temps, de l'inessentiel. La grandeur n'est pas dans l'intégrité profonde, mais dans le pointillé hautain : « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires » - Montesquieu. | | | | |
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| noblesse | | | L'aristocratisme consiste à trouver de l'égale noblesse à tous les attributs de l'arbre. Le déséquilibre le ruine. Par exemple : « La noblesse aurait subsisté si elle s'était plus occupée des branches que des racines » - Napoléon. Il ne faudrait pas qu'elle glisse vers le labourage et néglige l'élagage. Nous sommes tous des arbres, et l'arbre aristocratique se distingue des autres non pas à cause d'une généalogie fixe (des thèmes), mais d'une ontologie variable : elle sait introduire des inconnues (des rhèmes) partout - de la profondeur des racines à la hauteur des cimes, de l'ampleur des branches à la densité des ombres. L'aristocratisme : la vénération et la fierté du soi inconnu, source de tout enthousiasme comme de tout désespoir. | | | | |
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| noblesse | | | L'engeance pseudo-pathétique pense, que la vie culmine grâce à la liberté, à la vérité et au courage. Qu'ils sont peu, ceux qui croient, que c'est, au contraire, dans de belles contraintes, dans la résistance aux vérités dégradantes et dans l'angoisse devant le mystère, que s'éploient leurs meilleures facettes. | | | | |
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| noblesse | | | Quand ils parlent de valeurs, le plus souvent, c'est du positivisme ou du négativisme, cohérents et systématiques, débouchant sur l'ennui ou le dogmatisme. Le négativisme devrait n'intervenir qu'en formulation de contraintes, et le positivisme n'apparaître que dans la manifestation du goût. Mais la même intensité, spirituelle ou artistique, devrait en constituer l'axe entier. La condition incontournable, pour l'entretien de cette construction, c'est la conscience et la maîtrise des ressorts poétiques du langage ; maîtrise, refusée à Parménide, Hegel ou Husserl, accordée à Nietzsche, Valery et Heidegger. | | | | |
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| noblesse | | | Le but de la philosophie : donner le courage de continuer à vibrer à l'évocation des causes perdues. | | | | |
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| noblesse | | | Un maître survit aux contraintes des moyens (voir Goethe) et dépérit dans l'ennui des buts ; son soi est mieux visible dans les contraintes projetées que dans les buts atteints. C'est la banale liberté des moyens et la transparence des fins qui tuent toute noblesse. La noblesse commence souvent par la conscience des barreaux de la cage, dans laquelle se tient le soi inconnu et fauve. Chez le sage, c'est à dire chez celui dont le soi vigile valide le soi onirique, cette cage devient Caverne. | | | | |
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| noblesse | | | Avoir son propre soi (le soi connu) n'est pas un fait ou un point de départ, mais un but et une permanente conquête (le soi inconnu n'étant que contraintes et commencements). Face à la dissension avec la raison. Le moi docile est troupeau. « Le moi est plus dans ce qui gouverne que dans ce qui est gouverné » - St-Augustin - « Magis sum ego in eo quod rego, quam in eo quod regor ». | | | | |
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| noblesse | | | Il s'agit non pas de briser les tables des valeurs, qui s'avèrent le plus souvent n'être que valeurs d'échange ou valeurs d'usage, mais de les laisser à leur place, dans le cloaque du quotidien et de l'utile. La vraie valeur, c'est ce qui en restera, après la résolution de cette contrainte. | | | | |
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| noblesse | | | Le vrai élan n'est lié à aucun but palpable. Les déceptions viennent de cette mauvaise association. « La nature n'a pas de but, quoiqu'elle ait la loi » - J.Donne - « Nature hath no goal, though she hath law » - mais c'est la culture, et non pas la nature, qui édicte la bonne loi, faisant du commencement le contenu principal des élans créateurs. | | | | |
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| noblesse | | | Les fonctions principales des contraintes : ne pas dire ce que n'importe qui aurait pu dire à ma place, fuir le nominalisme (« Rien de trop juste ! » - J.Joubert), ne pas toucher aux choses exclusivement prosaïques, ne tendre que vers mes frontières inaccessibles, ne pas laisser les idées se répandre jusqu'à l'inévitable platitude finale, ce qui est propre de la réflexion, qui se propagerait sans contrainte. | | | | |
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| noblesse | | | La belle révolte : se libérer de l'astreignant. La belle résignation : s'imposer le contraignant. | | | | |
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| noblesse | | | Viser la lune, même si je ne la décroche pas et la rate, je me trouverai peut-être parmi les étoiles. Alta pete ! - Vise haut ! | | | | |
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| noblesse | | | Préférer la hauteur des sources à la largeur des estuaires, les contraintes, climatiques ou paysagistes, des rives - au volume et à la profondeur du fleuve. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus belles des contraintes, en positif : poursuivre ce qui peut être tout ; en négatif : fuir ce qui doit être rien. « Pour être tout, ne sois rien en rien » - Jean de la Croix - « Para venir a serlo todo, no quieras ser algo en nada ». | | | | |
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| noblesse | | | La grandeur, que ce soit en profondeur ou en hauteur, se mesure à la qualité des contraintes : « Sur sa route, César se met les Alpes, pour mieux montrer sa grandeur » - J.G.Hamann - « Cäsar wirft sich die Alpen im Wege, um seine Grösse zu zeigen » - comme d'autres, plus nobles, s'inventent des gouffres, pour mieux tenir à la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le jeu vital, les fins et les enjeux deviennent à ce point mesquins, qu'il vaut mieux se pencher davantage sur les contraintes, sur les règles qui tiennent lieu de lois. Quand on a trouvé de belles contraintes musicales, ce n'est plus la marche vers le but, qui entraîne et réjouit le plus, mais la sensation d'un sol se dérobant sous les pieds et d'un ciel bénissant la danse. « Il faudrait danser la pensée » - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | But : garder l'âme haute. Moyens désirés : l'inclémence de la honte, la liberté de l'ironie, la vivacité du mot. Qui veut les moyens voudra le but. « Dans une grande âme tout est grand » - Pascal - y compris la honte. | | | | |
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| noblesse | | | Face à la fragilité des causes premières intellectuelles, trois réactions actives possibles : la trahison - retour au palpable, aux affaires, aux palabres ; la perversion - chant cynique, le désespoir bien pesé ; la fidélité-sacrifice - chant du cygne, l'espérance parée de sa gratuité : « Le sacrifice a en soi sa propre essence et n’a pas besoin de but ou d’utilité » - Heidegger - « Das Opfer hat in sich sein eigenes Wesen und bedarf keiner Ziele und keines Nutzens ». La réaction passive serait de fermer les yeux, face au problème des causes, et de ne vouer son regard qu'au mystère de l'effet : « Les ténèbres de l'âme ont besoin non pas de rayons de soleil, mais du regard sur la nature »* - Lucrèce - « Animi tenebras necessit non radii solis, sed naturae species ». | | | | |
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| noblesse | | | Le fanatisme des contraintes se marie parfaitement avec l'ondoyance des buts. Mais la conviction dans les buts rend trop lâche l'exigence des moyens. Le créateur vétérotestamentaire, en créant d'abord le But et les Moyens (traduits maladroitement dans la Septante par Ciel et Terre), s'avoue ne pas être artiste. | | | | |
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| noblesse | | | Dis-moi comment tu bâtis ta tour d'ivoire, je te dirai pourquoi elle sera une ruine. C'est ce qu'aurait pu vouloir dire Morgenstern : « Montre-moi comment tu bâtis, je te dirai qui tu es » - « Zeige mir, wie du baust, und ich sage dir, wer du bist ». Nous sommes ce que nous trouvons, mais même ce que nous cherchons peut donner une idée de la nature de nos contraintes, qui sont souvent plus éloquentes que nos ressources ou nos finalités. « Dis-moi comment tu cherches, je te dirai ce que tu cherches »*** - Wittgenstein - « Sage mir, wie du suchst, und ich werde dir sagen, was du suchst ». | | | | |
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| noblesse | | | L'intensité que j'appelle de mes vœux, doit couronner l'union du lisible, de l'intelligible, du sensible : profondeur, hauteur, ampleur - beauté, noblesse, bonté. Montaigne, non sans raison, l'appelle volupté : « En la vertu même, le dernier but de notre visée, c'est la volupté »**, tout en réconciliant Épicure avec Zénon de Cittium, dans une perfection aristotélicienne. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que n'importe qui peut dire, il faut le taire ; ce qu'on ne peut que dire, et non pas chanter, il faut le taire ; ce qu'un autre peut chanter, ce n'est pas la peine que je le dise ; ce qui est dit ne peut pas être chanté ; il ne reste au dire qu'un champ de silences ou un commentaire du chant. Et Voltaire : « Ce qui est trop sot pour être dit, on le chante » - aurait pu ou dû mettre vague ou beau, à la place de sot, pour défier Wittgenstein ou laisser Zadig inspirer Zarathoustra : « Chante ! Ne parle plus ! » - « Singe ! Sprich nicht mehr ! ». Le silence est une contrainte, plus qu'un moyen. D'ailleurs, Zarathoustra ne parle pas, il chante ! | | | | |
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| noblesse | | | Des désirs qui me visitent : heureusement, beaucoup d'objectifs ignobles restent dans une réalité sans honte, hors de moi, sans pénétrer mon âme ; heureusement aussi, tout objectif noble reste ancré dans mon âme et ne s'associe avec rien de bassement réel. « Qui atteint tous ses buts, les avait placés trop bas »** - Karajan - « Wer all seine Ziele erreicht, hat sie zu niedrig gewählt ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui est admirable dans l'art des contraintes, c'est que, bien formulées, elles permettent d'aboutir à la merveilleuse compossibilité : donner, simultanément, de la hauteur au mystère, de la profondeur au problème et de l'étendue à la solution. | | | | |
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| noblesse | | | La médiocrité en appelle, tout le temps, à la pureté, à la grandeur et à la liberté, connues et fermées, lui servant de buts ou balances ; le talent, c'est ce qui les fait oublier ou n'en fait que des contraintes, figées et silencieuses, et permet de produire de nouvelles unités de mesure du pur, du grand et du libre - mesures sonores, ouvertes et palpitantes. « La grandeur d'une âme est dans son don de reconnaître une grandeur chez les autres » - Karamzine - « Талант великих душ есть узнавать великое в других людях ». | | | | |
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| noblesse | | | Espérer : ressentir un bénéfique élan vers la hauteur, élan dont on est incapable de désigner la source, la direction, la destination ou la matérialisation. L'espérance n'est qu'une noble contrainte. « Être du bond. Ne pas être du festin, son épilogue »** - R.Char. | | | | |
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| noblesse | | | L'acquiescement radical est propre du soi inconnu ; la négation n'a sa place que parmi les contraintes et les buts du soi connu ; le mystère est dans l'existence même des axes et non pas dans des hiérarchies de leurs points ; l'instinct (liberté et volonté) détermine le oui, le calcul (intérêt ou savoir) dicte les non. | | | | |
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| noblesse | | | L'extase ou la sécheresse, le oui ou le non aux illusions sont des contraintes, que le philosophe se donne, pour ne pas rater ses commencements du jour, dont la forme est faite d'ombres et de rêves. Le sot en fait des buts ou des fonds, lumineux et permanents. « L'esprit le plus parfait est une sèche lumière » - Héraclite, qui peut devenir, le lendemain, des ombres ardentes. « La poésie doit être assez sèche pour mieux flamber » - Paz - « La poesía debe ser un poco seca para que arda bien ». | | | | |
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| noblesse | | | Il serait bête d'énoncer dans mon livre ce que n'importe qui aurait pu faire à ma place ; c'est à cause de cette contrainte volontaire qu'il faut taire certaines choses, dont je me refuse de parler, puisque je ne le dois pas, tout en le pouvant (Wittgenstein s'y méprit de verbe, comme Rivarol : « La raison se compose de vérités qu'il faut dire et de vérités qu'il faut taire » - de sujet et d’objet : il faut mettre contrainte à la place de raison et fait - à la place de vérité). | | | | |
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| noblesse | | | Même la sagesse de la vie peut se formuler en tant que solution - en évaluer le prix, en tant que problème - réfléchir sur sa valeur, en tant que mystère - vibrer de son intensité (Nietzsche, la finalité), de ses vecteurs (R.Debray, les moyens) ou du vertige de sa hauteur (moi, la contrainte). La plupart des sages s'arrêtent à mi-chemin : « Si tu veux, que la vie te sourie, tu dois la doter d'un bon prix » - Goethe à Schopenhauer - « Willst du dich des Lebens freuen, so musst der Welt du Werth verleihen ». | | | | |
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| noblesse | | | Danser dans les chaînes, chanter avec des pierres dans la bouche ? - non, mes contraintes, c'est le refus de la marche, me vouant aux immobilités ou chutes, c'est l'acoustique parfaite de mes ruines, où résonnent mes mots inactuels. | | | | |
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| noblesse | | | Liberté en tant qu'axiome, liberté de représentation, c'est le libre arbitre des moyens créateurs ; liberté prouvée, liberté d'interprétation, ne peut s'affirmer qu'en tant qu'un sacrifice de la force ou une fidélité à la faiblesse, c'est la liberté des contraintes nobles. Enfin, la liberté en tant que but est à la base de la noblesse et de la création. | | | | |
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| noblesse | | | Si la noblesse oblige, la bassesse, elle, dispense. En matière des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Même si le superflu peut faire oublier le nécessaire, ne vivre que du nécessaire réduit l'espace du possible, de ce domaine des créateurs. « Il n'y a pas vertu à mépriser le superflu, mais il y a vertu à mépriser le nécessaire » - Sénèque - « Supervacua contemnere non est virtus, sed cum contempseris necessaria ». Les errements dans le superflu nous font pressentir l'avant-goût du suffisant. Le nécessaire est une contrainte, qui bride la liberté, le suffisant - celle qui réveille la liberté intérieure ou endort la liberté extérieure. | | | | |
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| noblesse | | | Changer de rive est une épreuve, qui ne tracasse pas que le Parisien ; devant les ponts vitaux, la question essentielle est : faut-il le franchir ou le brûler ? C'est même plus important que le choix de chemins, obliques ou droits. Laisser les pavés aux archéologues, aux soixante-huitards ou aux touristes ? Être pessimiste, en bâtissant des murs, ou optimiste, en préférant les ponts : « On bâtit trop de murs et pas assez de ponts » - Newton - « We build too many walls and not enough bridges ». | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes portent sur le devoir, les buts - sur le vouloir, les moyens - sur le pouvoir. Mon valoir est dans leur hiérarchie, et mon savoir y répartira l'être, par exemple : « Vouloir est l'Être originel » - Schelling - « Wollen ist Ursein ». La plus belle démonstration d'un but - une projection de contraintes (les principes) sur les moyens (les faits). | | | | |
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| noblesse | | | Par mes contraintes, je me libère des choses sans importance ; avec celles qui restent, je dois choisir, desquelles je serai le maître et desquelles - l'esclave. Même parmi les passions je trouverai toujours celles, dont il vaut mieux être l'esclave. Et ce sont les meilleures ! Aux médiocres j'appliquerai le conseil d'Épictète : « Maîtrise tes passions, avant qu'elles ne te maîtrisent ». | | | | |
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| noblesse | | | Si « la construction d'une maison est un but et une intention intérieurs » (« Ein Hausbau ist ein innerer Zweck und Absicht » - Hegel), alors des casernes ou salles-machine accueilleront mon œuvre, tout en se présentant comme maisons de l'être. Ma maison aurait dû n'être qu'une contrainte, m'invitant à ne pas trop regarder la terre, à privilégier le ciel et à songer au passé, et l'architecture des ruines s'y prête le mieux. | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux suffisent pour fixer mes buts ; pour poser mes contraintes, j'ai besoin de regards ; les yeux saisissent mes frontières visibles, le regard me fait tendre vers mes limites, qui ne sont pas à moi, il me rend Ouvert. Mon côté animal perçoit un monde clos ; mon côté humain conçoit un monde ouvert. Beaucoup de liberté sur cet axe, pour un créateur inspiré : « De tous ses yeux l'animal perçoit l'Ouvert, sa profondeur se lit sur son visage. Son être est sans regard » - Rilke - « Mit allen Augen sieht die Kreatur das Offene, das im Tiergesicht so tief ist. Sein Sein ist ohne Blick » - la hauteur de cet Ouvert s'écrit par le regard. Ce, que ne voient que les yeux, m'enferme, fait de moi - une bête, dont la frontière devient sa cage. | | | | |
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| noblesse | | | Comment voient-ils le maintien d'un rêve ? - dans la réalisation (les réalistes) ou dans la renonciation (les pessimistes), tandis qu'on devrait l'entretenir par la reformulation de ses buts, de ses moyens ou de ses contraintes ; qui maîtrise le langage, maîtrise la chose. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus coriaces de toutes les valeurs, résistant à ma volonté de les juger par-delà d'elles, sont celles qui viennent des buts. Nietzsche, lui-même, y succombe : « Que veut dire le nihilisme ? - que les valeurs suprêmes se dévalorisent. Que le but fait défaut ; la réponse au 'pourquoi' » - « Was bedeutet Nihilismus ? Daß die obersten Werte sich entwerten. Es fehlt das Ziel ; es fehlt die Antwort auf das 'Warum' ». Dès que le comment et le qui du talent et de la noblesse sont organiquement là, le pourquoi de l'intelligence se manifeste presque mécaniquement. | | | | |
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| noblesse | | | Une tâche aristocratique : maîtriser un navire, dont on ne veut pas connaître le cap, par respect des étoiles. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté : ses commencements jaillissent d'un vouloir pathétique, ses contraintes sont imposées par un devoir éthique, ses moyens se trouvent dans un pouvoir pragmatique, ses fins se résument dans un valoir esthétique ou mystique. Mais ces quatre moments réunis, toute l'intensité du sujet retombe ; la liberté est un bon vecteur, mais une valeur décevante. | | | | |
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| noblesse | | | Être humble avec les buts, ironique avec les moyens et royal avec les contraintes, telle est la forme d'acquiescement à la vie ; et lorsque la contrainte porte sur la même intensité de mon regard (et non pas la multiplication d'objets regardés), elle s'appellera éternel retour : « La pensée d'éternel retour du même est la plus haute formule d'acquiescement » - Nietzsche - « Der Ewige-Wiederkunfts-Gedanke ist die höchste Formel der Bejahung ». | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de mon existence - l'intensité de mon regard, c'est à dire de mon rapport avec la vie, et qui s'atteint surtout grâce aux contraintes que je m'impose : mettre le désir au-dessus de la force (la volonté de puissance), ne pas m'attarder sur les choses, qui changent, entretenir l'excellence du regard (l'éternel retour du même), me mettre au-delà des valeurs, pour être moi-même leur vecteur (la réévaluation de toutes les valeurs) - trois synonymes du plan nietzschéen. Vie, volonté de puissance, art - comme trois hypostases d'une même substance tragique ! | | | | |
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| noblesse | | | Je ne dois attendre la grâce qu'en hauteur, loin des choses. Ce sont donc mes propres contraintes qui en préparent la rencontre. « Le libre arbitre me permet d'accueillir Ta Grâce par l'ampleur ou par la contrainte » - Nicolas de Cuse - « Libera voluntas, per quam possumus aut ampliare aut restringere capacitatem gratiae tuae ». Le libre arbitre peut tracer l'ampleur. La contrainte, elle, se dessine par ma liberté. | | | | |
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| noblesse | | | Qu'est-ce que l'intensité ? - le vouloir sans but, le pouvoir sans objet, le devoir sans moyens, le valoir des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme des commencements - ne pas se hisser sur les épaules des autres ; le nihilisme des contraintes - en être le seul auteur ; le nihilisme des moyens - savoir se servir de ses faiblesses ; le nihilisme du parcours - tenir davantage au regard qu'aux pieds ; le nihilisme des finalités - en reconnaître l'insignifiance. Je pense en être très proche. | | | | |
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| noblesse | | | La fatidique confusion entre le savoir et le désir, qui règne parmi les philosophes : « Je ne désire rien connaître d'autre que Dieu et mon âme » - St-Augustin - « Deum et anima scire cupio, nihil plus » - tu aurais dû admirer l'œuvre de Dieu et mettre en musique ce qu'il y a d'inconnaissable dans ton âme ; tout n'y est que désir comme source et savoir comme contrainte. | | | | |
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| noblesse | | | Les prix, ce sont des moyens ; les valeurs, ce sont des buts ; les vecteurs, ce sont des contraintes. Le soi inconnu se manifeste dans les contraintes : le soi connu formule les buts et forge les moyens. Les plus belles valeurs sont irrationnelles, une valeur rationnelle se réduit à un prix ; une chose irrationnelle, déclarée sans prix, a des chances de s'avérer valeur. | | | | |
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| noblesse | | | Sénèque appelle à admirer l'homme échouant après s'être donné un but en hauteur. En hauteur, on ne peut ériger que des contraintes ; tous les buts, même des plus profonds, finissent par affleurer au milieu des platitudes. Les ruines - le lieu des hauts échecs, calculés ou inventés. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse : l'ardeur et la fraîcheur des commencements, la hauteur et l'ampleur des contraintes, la froideur et la rigueur des moyens. | | | | |
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| noblesse | | | Signe d'une aristocratie d'âme : le langage des contraintes portant sur les actions ou bien sur les pensées est le même. (Chez le goujat, le premier est trop rigoureux et le second - trop veule.) D'où une supputation - l'aristocratie ne serait-elle pas tout simplement une question de compétence (à défaut de performance) langagière ? La compétence est référentielle, la performance - inférentielle. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes filtrantes apportent plus à la qualité de mon regard que les ressources amplifiantes. Contrairement à ce que pense Heine : « Le sage remarque tout ; le sot, sur tout, fait des remarques » - « Ein Kluger bemerkt alles. Ein Dummer macht über alles eine Bemerkung », les remarques, électives et laconiques, valent mieux que les observations, pensives et discursives. | | | | |
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| noblesse | | | L'âme, ambitionnant la profondeur, serait prise pour esprit ; elle risquerait de faire preuve d'une grande naïveté. L'esprit, ne quittant pas la hauteur, ferait soupçonner des envolées de l'âme ; il risquerait de témoigner de l'absence des ailes. D'où l'intérêt de la même contrainte : éviter tout contact avec la platitude ; ainsi l'âme resterait dans son milieu naturel, la hauteur, et l'esprit – dans le sien, la profondeur. | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui blesse mes goûts mystique, esthétique ou éthique, au lieu de nourrir mes dégoûts doit alimenter mes contraintes ; la gymnastique purificatrice des horizons sert à entretenir la force ascensionnelle des firmaments. | | | | |
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| noblesse | | | Être et avoir : je suis passions et faiblesses, contraintes et commencements, talent et noblesse, vouloir et valoir ; j'ai la raison et la force, les buts et les moyens, le savoir et le pouvoir. On ne peut vivre, c'est à dire agir, de mon avoir, mais mon être doit se dédier au rêver, c'est à dire au créer. | | | | |
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| noblesse | | | Le but de l'homme – l'état de grâce ; le moyen – le talent ; la contrainte – l'évitement de la pesanteur. « Délivrer l'homme de son tyran, la pesanteur » - Hugo. La grâce – l'illusion irrésistible d'une hauteur. La bouteille de détresse, au fond de la mer, mon tombeau, contenant mon chant au ciel, mon berceau. | | | | |
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| noblesse | | | L'indifférence est le refus d'attribuer une valeur à ce qui en est indigne ; elle est une conséquence des contraintes qu'on impose à son bon goût éthique, esthétique ou mystique. | | | | |
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| noblesse | | | Le goût s'occupe de mes contraintes ; et le talent – de mes productions. Le premier me fait don de ruines ; le second fait pousser un arbre. Grâce au premier, je vis dans les ruines ; je rêve en arbre, grâce au second. Les ruines – la virginité (pour mon regard) et la grandeur (pour mes yeux) du passé ; l'arbre – la fécondité des racines, des fleurs et des ombres. | | | | |
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| noblesse | | | La vie : le hasard géographique et physiologique en détermine les moyens ; les moyens, à travers le hasard social, en fixent les buts ; enfin, le sens de la vie découle mécaniquement des buts ratés ou réussis. Donc, en dehors du talent et dans ce qui ne dépend que de ma volonté, l'essentiel de ma personnalité ne se concentre ni dans le sens ni dans les buts de la vie, mais dans les contraintes que j'impose à ma vie : que mon cœur soit sceptique aux sirènes de l'action et attentif à l'appel du Bien et donc de l'amour ; que mon âme soit indifférente au bruit et sache en extraire la musique ; que mon esprit soit fidèle à mon âme, en interprétant sa musique. | | | | |
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| noblesse | | | Pour être un ange, il faut : se savoir porteur d'une Bonne Nouvelle et ne combattre que ceux qui défient non pas leurs contemporains mais Dieu – pureté des commencements et pureté des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Dans la tâche gratuite d'exploration de finalités, le sot et le sage se valent ; c'est la sensation de commencements et de contraintes qui les distingue. Ce n'est pas une crise du telos que nous vivons, mais bien celle de l'arkhè. | | | | |
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| noblesse | | | N'importe quel sot se doute bien de ce que peut viser la force et que doit éviter la faiblesse ; seul le sage voit où ne doit pas aller la force et à quoi peut servir la faiblesse. | | | | |
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| noblesse | | | Le poète est anti-parménidien : il crée de l'être à ce qui n'en a pas (le haut rêve) et réduit à néant ce qui est (la basse réalité) – but et contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | L'opposition centrale, dans la vie, est entre le réel et le rêve ; il vaut mieux être plus près du rêve du monde que du moi-même réel ; les appels grandiloquents, qui visent les fières retrouvailles avec moi-même, visent, le plus souvent, le moi réel, le connu, l'inférieur. Mais le soi de rêve est inaccessible comme but et ne se manifeste que dans les contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Le talent est presque un synonyme de la hauteur, mais on peut préparer une ascension vers celle-ci, en éliminant tout ce qui est bas : « Que l'homme contemple la haute majesté de la nature, qu'il éloigne sa vue des objets bas »** - Pascal. | | | | |
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| noblesse | | | Tant d’épigones de Nietzsche partagent ses Non médiocres ; très peu sont capables de s’identifier avec ses Oui grandioses. Les contraintes, dans la création, doivent être invisibles. | | | | |
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| noblesse | | | Mettre la fidélité d’esthète au-dessus du sacrifice d’ascète – la volonté de puissance de l’artiste. | | | | |
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| noblesse | | | Être sage, c’est tenir à la hauteur ; pour le devenir, il faut avoir méprisé et les connaissances et les vérités, quelles qu’en soient la profondeur ou l’étendue. S’être imposé de telles contraintes peut dispenser et du talent et de l’intelligence. | | | | |
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| noblesse | | | Le rêve, flanqué de finalités, perd son mystère ; mais le rêve, livré à la marche, oublie la danse ; il ne peut suivre l’étoile qui danse qu’avec de bonnes œillères des commencements, sentimentaux ou artistiques. « Une œuvre d’art impose des contraintes à la rêverie » - G.Spaeth - « Художественное произведение обуздывает мечтательность ». | | | | |
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| noblesse | | | Le contraire d’élan s’appelle mouvement. L’immobilité est le meilleur cadre, pour réveiller mes élans, et je l’atteins plus sûrement, lorsque la vie des événements ralentit et me laisse du répit. Pour les dépourvus d’ailes, les adeptes de la bougeotte, cette bénie concentration relèverait de l’enlisement. | | | | |
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| noblesse | | | Mes contraintes raréfient les horizons dignes de mon regard ; ma culture m’emporte vers la hauteur et me rend indifférent à la profondeur. C’est pourquoi Lou, si omnivore et si naturelle, resta inaccessible à Nietzsche et à Rilke : « Chargée de mille profondeurs, tu devenais sauvage et vaste » - « Du hattest tausend Tiefen, und wurdest wild und weit ». | | | | |
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| noblesse | | | Là où règne la liberté poétique, domine l’acquiescement et s’occulte la négation. Le premier, explicite et personnel, s’adresse au monde céleste ; le second, implicite et général, évalue le monde terrestre. Le premier se réduit aux commencements ; le second se forme de contraintes. Chez les négateurs déferle une indignation, parfois profonde ; chez le poète se dissimule un mépris, toujours hautain. | | | | |
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| noblesse | | | L’intelligence – pouvoir traduire le sentiment (éprouvé ou visé) en la pensée ; le talent – pouvoir exprimer la pensée de telle sorte, qu’un beau sentiment en naisse. Et la noblesse leur servira de contrainte – renoncer aux pensées en dentelles mais sans hauteur pour l’intelligence et sans couleurs pour le talent. | | | | |
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| noblesse | | | Tout est bas dans la pompeuse volonté de puissance. La noblesse demeure dans la faiblesse de nos meilleurs sentiments et dans les contraintes qu’elle impose à la volonté tous azimuts. « La volonté est tellement libre de sa nature, qu'elle ne peut jamais être contrainte » - Descartes - la liberté est dans la faculté de se donner des contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Les bonnes contraintes apportent de l’intensité à la vie et de la noblesse à l’écriture. « Éviter l’inessentiel, qui t’empêche d’être heureux, - voici le but de ta vie »*** - Tchékhov - « Обойти мелкое, что мешает быть счастливым, — вот цель нашей жизни ». | | | | |
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| noblesse | | | Plus on stérilise un grain, plus il sera compréhensible et sain aux yeux de la postérité. Une gestation ressemble au pourrissement et un beau trépas - à un vilain dépérissement. Le but du grain : s'éloigner de la pierre et du muscle, devenir Sisyphe, le plus masculin des héros en dépit des apparences : Schéhérazade rougissant de son propre récit et devenant Pénélope. Seule la hauteur est masculine, il faut laisser la profondeur - aux viragos et femmelettes. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes que je m’impose, ce n’est que du calcul dépassionné ; elles apportent de la hauteur et de la pureté à mes élans incalculables. L’aura des contraintes ne doit pas exister : « Mes je n’en veux pas sont une vraie passion » - V.Rozanov - « Моё не хочется есть истинная страсть ». | | | | |
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| noblesse | | | Dans ton parcours d’horizons, dignes de ton savoir ou de tes passions, les contraintes, et non pas la quantité des objets convoités, sont déterminantes. La sobre intelligence limite les cibles de ton savoir, le goût ardent élimine le secondaire et te laisse en compagnie de l’essentiel. Celui, dont tous les objets à désirer se valent, n’a ni l’intelligence ni le goût. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes à pratiquer sont celles, où un petit moins conduise à un grand plus, le tout - pour préserver des invariants sacrés. | | | | |
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| noblesse | | | L’évolution, dans la vie, consiste en qualité des contraintes et des renoncements ; ainsi, par exemple, ma loyauté se détache des actes, des pensées, des ambitions, pour ne se vouer qu’à mon étoile, c’est-à-dire à la hauteur et à l’élan vers celle-ci. | | | | |
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| noblesse | | | Le refus de luttes dégradantes – ou d’avance perdues, face à la bassesse triomphante, – est l’une des contraintes que je me suis toujours imposée. « L’esprit contre la force brute, la qualité contre la quantité, sont toujours perdants »** - H.Hesse - « Geist kann gegen Macht, Qualität gegen Quantität, nicht kämpfen ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce n’est pas la longueur de la liste des choses dont tu ne parles pas (N.Chamfort) qui désigne un philosophe, mais la hauteur de l’exigence, qui exclut de ton centre d’intérêts tout ce qui se trouve en-dessous de cette limite. | | | | |
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| noblesse | | | La conscience se réduit à mes trois facettes – le vouloir, le pouvoir, le devoir, dont l’harmonie détermine la quatrième, la finale – le valoir. Les combinaisons binaires, aussi, définissent nos qualités : le vouloir et le pouvoir du devoir – les contraintes ; le vouloir et le devoir du pouvoir – la noblesse ; le pouvoir et le devoir du vouloir – l’intelligence. | | | | |
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| noblesse | | | L’usage de ta liberté ne promet de la grandeur que si tu n’es qu’en compagnie des choses nobles ; mais tu n’arrives à cet état que par des contraintes, qui déblayent tout ce qui est secondaire, insignifiant. « Dans les travaux de l’esprit, à toute règle qu’on s’impose correspond aussitôt une liberté d’autre part »** - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | Depuis tant d’années je me répands en louanges des contraintes, à l’origine de l’élan angélique, et voilà que je tombe sur ce beau résumé de la personnalité valéryenne : « Centre de ressort, de mépris, de pureté »*** - Valéry - ce n’est plus un maître qui me parle, mais un frère ! | | | | |
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| noblesse | | | L’élimination de certains objets, attitudes, intonations, semble être un prélude à toute prise de position (ou, plutôt, de pose) philosophique ; il faut choisir : soit tu procèdes par des contraintes (en gros – mépriser la marche et chercher la danse), soit par des destructions (indignations, dénonciations, emphases sans extase). Le second choix est toujours facile, stérile, pusillanime ; le premier est une promesse de noblesse. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes que tu t’imposes doivent t’isoler de tout ce qui est bas et te permettre de garder de la hauteur. Plus librement tu t’éloignes de la prose de la vie, plus libre sera la poésie de tes rêves. « Moins de droits extérieurs signifie plus d’intérieurs »** - Tsvétaeva - « Чем меньше внешних прав, тем больше внутренних ». | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes sont un prérequis de la noblesse ; c’est pourquoi, celle-ci se manifeste, le plus souvent, dans la musique et dans la poésie. « La gêne fait l’essence et le mérite brillant de la poésie »* - Fontenelle. | | | | |
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| noblesse | | | Le Bien du cœur est réel, et la Beauté de l’âme est imaginaire ; l’écriture est dans l’imaginaire, c’est pourquoi le cœur y doit céder sa place à l’âme. Dans l’ascèse on renonce au luxe ; dans les contraintes on s’astreint au seul luxe. L’illusion divine d’une beauté profonde, le cœur face au monde ; la création humaine d’une haute beauté, dans la solitude de l’âme. | | | | |
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| noblesse | | | Pour apprécier le comment de ce que j’aborde, il faut deviner le pourquoi de ce que j’écarte. | | | | |
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| noblesse | | | Des pensées, inespérées et nobles, apparaissent presque automatiquement sous ta plume, si tu exclus de tes centres d’intérêt tout ce qui est mesquin – dans les contraintes se reconnaît le maître du fond (Goethe). Le talent y ajoute la forme, l’expression. | | | | |
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| chœur proximité | | | SOUFFRANCE : Voir l'indicible mesuré et nommé est une souffrance ; comme supporter les idoles d'ici-bas prétendant venir de là-haut. Souffrir, c'est me tromper de lieu ou d'heure pour rencontrer mon bonheur, qui est toujours à portée de mon immobilité. La douleur lie les êtres et délie les langues, c'est une bonne contrainte, dont la compagnie est plus prometteuse que la vue du but. | | | | |
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| proximité | | | Un autre nom de hauteur est maîtrise du hasard. Le hasard est l'inertie du voisinage. Se méfier même de rencontres altières. Ne communiquer qu'avec l'intouchable. « Que tu aies toujours, dans ton jardin, un arbre interdit, et dans ta vie - quelque chose, que tu t'interdises de toucher »*** - Chesterton - « Always have in your garden a Forbidden tree. Always have in your life something that you may not touch ». | | | | |
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| proximité | | | C'est autour du vide que s'éploient les plus forts vocables : tentation, crainte, recherche (Maître Eckhart), chute (Cioran), rayonnement (le prince de Lumière). Je l'associe au travail, à la veille comme le beau silence opposé au sommeil, mais ami du rêve. Le vide est un silence élaboré, sur le point de recevoir le mot musical. La kénose des contraintes aboutissant à l'apothéose des buts. Le bavardage des autres ne serait-il pas le silence des mots ? « Si la musique fait défaut, il faut se taire »** - A.Blok - « Лучше молчать, если нет музыки » - la meilleure réplique à Wittgenstein. | | | | |
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| proximité | | | Les hommes vils s'unissent par les mêmes moyens, les hommes bas - par les buts communs, les grands - par la nature de leurs contraintes uniques. | | | | |
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| proximité | | | L'homme peut se définir de trois manières, comme on définit des objets mathématiques, par outils ensembliste, algébriste ou topologique : par ses attributs, par ses images ou par ses frontières. Ce qui est mon moi commun, ce qui m'annihile ou constitue mon noyau, ce qui est digne de ma proximité. Mes moyens, mes buts, mes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Aucune trace intelligible de Dieu dans les buts ni dans les moyens. Au commencement était la Contrainte. La création humaine est le but, et la liberté humaine - le moyen. Darwin, faisant de contraintes la cause première de la sélection naturelle, marchait sur les pas de Dieu. | | | | |
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| proximité | | | L'objectif des hautes contraintes est d'éviter la familiarité, cette fausse proximité de ce qui doit nous rester inexistant, cette fausse présence de l'objet ineffable de notre passion. | | | | |
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| proximité | | | Pour Ses créatures, Dieu ne serait ni but ni contrainte, mais - un moyen ; moyen d'aimer, par la foi, cette merveille de vie. St-Augustin m'aurait accusé d'hérésie : « Les bons usent du monde, pour jouir de Dieu ; les mauvais, pour jouir du monde, veulent user de Dieu » - « Boni quippe ad hoc utuntur mundo, ut fruantur Deo ; mali ut fruantur mundo, uti volunt Deo ». Mais dans Sa création, Dieu ne formulait, peut-être, que des contraintes : « La différence est peut-être plus vieille que l'être » - Derrida. | | | | |
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| proximité | | | Dans le modélisé et verbalisé - peu de traces de divin ; n'est vraiment divin que le réel ; dans les premiers on trie, dans le dernier on prie : « Il faut user des moyens humains, comme s'il n'y avait pas de divins, et des divins, comme s'il n'y avait pas d'humains » - Gracián - « Hanse de procurar los medios humanos como si no hubiese divinos, y los divinos como si no hubiese humanos ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu est affaire du lointain ou du prochain ; il ne risque ni de jaillir de la profondeur, ni de descendre de la hauteur ; l'homme ne devrait pas tenter de se mettre sur le même diapason que Dieu, et Heidegger a tort de déclarer l'homme - l'être du lointain (« das Sein der Fernen ») ; l'homme atteint son meilleur - dans la hauteur, cette belle contrainte, tout en s'appuyant sur la profondeur, qui en donne des moyens. | | | | |
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| proximité | | | Malgré des déviations, en sens inverses, que font subir l'art militaire ou la médecine à la durée de notre vie, les buts, que le Créateur lui assigna, y correspondent admirablement : « Notre tâche est aussi grande que notre vie, ce que lui imprime une illusion d'infini » - Kafka - « Daß unsere Aufgabe genauso groß ist wie unser Leben, gibt ihr einen Schein von Unendlichkeit ». C'est l'ouverture de frontières qui en donne le vertige, l'ouverture que créent les bonnes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Dieu, probablement, voyait dans l'homme futur un frère et un créateur, et non pas un mouton et un robot ; mais l'évolution humaine dévia : du dessein-rythme (création orientée-contraintes), elle passa au projets-mythes (orientés-buts), pour sombrer dans l'algorithme (programme orienté-objets). | | | | |
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| proximité | | | La définition spinoziste de Dieu, ens absolute infinitum, paraît être moins absurde, si l'on la lit à la lumière des contraintes et des fins, en voyant dans absolute - détachement ou liberté (par étymologie), et dans infinitum - absence de fins (par abus de négation). | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert, c'est, au-delà d'un désir fini, savoir deviner un désir infini, c'est à dire un désir dont la source devient horizon ou firmament, et dont je me sens infiniment proche, tout en me rendant compte, que je ne la toucherai jamais, même par ma raison ou ma foi. C'est la nature des contraintes, humaines ou divines, qui reconnaîtra la nature du désir. C'est l'insensibilité au second type de contraintes qui fait dire à Heidegger : « L'Ouvert est le Tout de tout ce qui ne connaît pas de contraintes » - « Das Offene ist das Ganze alles dessen, was entschränkt ist ». D'autre part, être sans contraintes (et, donc, Ouvert, pour Heidegger) ne signifie nullement être infini. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu populaire s'avéra être aussi vulnérable que toute belle idée : il serait mort sous les coups de la mesquinerie humaine, grégaire dans les buts, avide de moyens et indifférente aux contraintes. Heureusement, le Dieu des commencements ne s'en mêle guère et se recueille dans sa belle inexistence. | | | | |
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| proximité | | | Les dieux eurent toujours un faible pour des sacrifices ou des actes de bravoure. Le Dieu du toit chuchote : « Comment me surmontes-tu ? », ou bien « À quoi renonces-tu pour moi ? - dit le Dieu du mur » (M.Jacob). Mais une contrainte passive est plus belle qu'une contrainte active, et le mur est plus haut que le toit. | | | | |
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| proximité | | | Tant de savoureuses descriptions du pieux chemin menant au ciel, mais si peu de celles qui le peignent. Il ne reste au Saint-Esprit que l'affichage de quelques contraintes, du genre : Interdit de dépasser la vitesse de lumière ou Vous n'avez pas la priorité devant ceux qui vont en enfer. | | | | |
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| proximité | | | Si je veux passer quelques instants délicieux, en simulation d'une prière berceuse, une provision d'œillères, de bâillons et de bonne cire en est une sage solution. « Durant la prière, il faut faire de grands efforts, pour rendre sourd-muet son esprit » - Nil de Sora - « Подвизайся ум свой во время молитвы соделывать глухим и немым ». C'est ainsi que naît la piété des contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Les simplets se limitent à modéliser les objets, les subtils commencent par les relations. Le Créateur s'y connaissait : « Le nom du Père n'est pas le nom d'une essence ni d'une action, c'est le nom d'une relation » - Grégoire de Nazianze - et le but de notre ancrage à la Création y serait de la rendre transitive : créer l'œuvre, comme le Père procrée le Fils consubstantiel, elle, l'œuvre d'esprit, procéderait de l'âme par le talent - une réplique humaine des relations trinitaires. | | | | |
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| proximité | | | Le commencement, qui ne serait qu'une projection des fins ou le calcul à partir des moyens, ne peut être que profane ; le bon devrait résulter des contraintes divines : « Lorsqu'on installe le commencement à la façon d'une divinité, il est le salut de tout le reste »** - Platon. | | | | |
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| proximité | | | Pour les mystiques (Boehme, Berdiaev), l'homme est l'image, la vie et l'être du Dieu immotivé. Mais l'homme est de plus en plus envahi par les motifs des hommes : au mystère de l'image il préfère la solution par reproduction, à la vie - la mécanique, à l'être - l'avoir. | | | | |
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| proximité | | | La contrainte n'est noble que si elle se fonde sur une foi ; dans ce cas, même le but perd de sa pertinence : « Il ne pouvait plus avoir de but, puisqu'il avait la foi » - Tolstoï - « Он не мог иметь цели, потому что он имел веру ». | | | | |
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| proximité | | | Ils font grand cas du mode d'apparition des choses matérielles ; mais que celles-ci se donnent ou se montrent, se dévoilent ou se révèlent, elles restent au centre des pédants-statisticiens, au lieu de rester à la périphérie de nos regards, orientés, par des contraintes, - vers des songes. Ah que le surgissement des choses inexistantes, ou n'existant qu'en rêve, est plus passionnant ! Le meilleur exemple de la libération du poids des choses – la musique impondérable. | | | | |
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| proximité | | | Créer ou comprendre, ce dilemme semble être parmi les plus cruciaux ; mais la domination numérique de ceux qui ne cherchent qu'à comprendre sur les solitaires qui se contentent de créer montre que ce choix ne se présente presque jamais ; la compréhension n'améliore en rien la création ; la création rend la compréhension - caduque. Et c'est la croyance qui est un commencement profond de la compréhension et une haute contrainte de la création. | | | | |
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| proximité | | | La distance ou le dégagement, par rapport aux idées et actes des autres, est une bonne contrainte, indiquant de beaux chemins à ne pas parcourir (pour ne pas en faire des sentiers battus) ou de belles causes à éviter par mes bras (puisque leurs effets ne peuvent que désespérer). L'élan et ses ressorts doivent se trouver en moi-même, c'est mon soi, ma liberté, mon commencement et ma finalité. | | | | |
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| proximité | | | L'oubli des autres est une bonne contrainte ; l'oubli de soi est un bon moyen : « La création, et non seulement le salut, est ta vocation ; et, en son nom, tu dois parfois oublier et ton soi et ton âme » - Berdiaev - « Человек призван быть творцом, а не только спасаться. И во имя творчества забывать о себе и своей душе ». La création, par rupture, est le plus haut consolateur, quel que soit le créé : un arbre, un enfant, un poème. La routine, en continu, est le premier fossoyeur de l'espérance. | | | | |
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| proximité | | | Entre les yeux et cette page s'insinuent tant de couches ou d'étapes de ma réalité bruyante et envahissante. Un rêve : rendre cette réalité silencieuse, pour qu'on m'entende de très-très loin, pour que la vie surgisse et retentisse après et non pas avant cette page. Mais la réalité y joue un rôle de contrainte utile : elle m'évite une chute dans la familiarité. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est omniprésent : dans l'objet matériel (la réalité), dans ma main qui s'en saisit (le moyen), dans la fonction d'appropriation (le but), dans mon choix d'objets à saisir (la contrainte), dans ma création d'objets (le commencement). Omniprésent pour le regard, absent – pour les yeux. Et tout miracle organique s'éteint dans la débâcle mécanique : les robots proclament mort ce Dieu invisible et visiblement inexistant. | | | | |
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| proximité | | | La répugnance, face aux certains sujets – l’actualité, le combat, la mort - et donc leur exclusion du centre de tes soucis, est la forme la plus efficace des contraintes que tu t’imposes. « Un vieux, dégoûté par la proximité de la mort, représente mal sa saison » - H.Hesse - « Ein Alter, der die Todesnähe hasst, ist kein würdiger Vertreter seiner Stufe ». Il vaut mieux se dédier à l’interprétation de son propre climat, qui devrait rester jeune à tout âge. La mort est un interlocuteur, qui rend inerte et plat tout ce qui est élans et reliefs. | | | | |
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| proximité | | | Ce que je crois est dicté par mon goût, donc par mon âme libre, hors toute aide extérieure. Ce que je ne crois pas est formulé par mon esprit, fabricant de contraintes dans le choix de thèmes publics. C’est pourquoi l’Évangile veut porter secours à l’incrédulité du croyant. | | | | |
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| proximité | | | Ne pas se poser la question : Qui lira ceci ? (Quis leget haec ? - Diderot), mais s’inspirer de la réponse, prétentieuse mais, surtout, contraignante : Je m’adresse à Dieu. | | | | |
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| proximité | | | La proximité de l'autre est un moyen ; le but, c'est s'éloigner de la vie, pour la prendre de haut, à son grand dam. | | | | |
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| proximité | | | La hauteur est ton détachement, ironique et atopique, de la pesanteur terrestre ; elle est escapade plutôt qu’escalade. | | | | |
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| proximité | | | La fraternité est la proximité des âmes sensibles. Et les âmes forment nos personnalités ; les âmes s’imposent des contraintes (comme, dans leurs domaines, les cœurs et les esprits) : en Europe, on se détache de la multitude, en Asie, - de son propre soi ; en Europe, on devient héros narcissique, en Asie – moine collectiviste. La liberté et l’égalité naissent de la fidélité à son soi et des sacrifices au nom d’une compassion pour les autres – seuls les Européens possèdent ces qualités. | | | | |
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| solitude | | | Mieux je protège mes yeux, face à la déferlante des choses, plus pénétrant sera mon regard ; mieux je suis coupé du bruit du monde, plus pure sera ma musique ; l'Homère aveugle et le Beethoven sourd me montrent de beaux exemples des contraintes salvatrices. | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude, pour échapper à la stérilité remuante, il faut se repaître de la méconnaissance de soi (contrainte). Ne pas succomber à la faim de connaissances (moyens) ni à la soif de reconnaissance (but). Être soi-même un arbre : « L'arbre est un produit, dans lequel tout est fin et réciproquement moyen »*** - Kant - « Der Baum ist ein Produkt, in welchem alles Zweck und wechselseitig auch Mittel ist ». | | | | |
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| solitude | | | Quand on lit les définitions du soi énigmatique, qu'en formulent ses austères chercheurs, on découvre le même silence et le même vide que dans les définitions les plus grégaires. Et ils veulent y placer leur tranquillité ! Dans l'intranquillité, au moins, on découvre nécessairement de la musique, qui est peut-être le seul but - irréel ! - de l'existence, dont l'hésychasme extérieur n'est qu'une bienfaisante et chaste contrainte. « L'irréalité inquiétante de la pure humanité » - H.Arendt - « verrückte Irrealität der reinen Menschheit » est, plus souvent, à rechercher qu'à fuir. | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude, ce n'est pas le monde qui me remplit, c'est moi qui donne un sens au monde. Je suis une version de la vie, je me verse dans un gouffre, qui prend ma forme : aversion pour les moyens, interversion des buts, conversion dans les contraintes, inversion des solutions, perversion par le mystère. Le contraire de l'Aquinate : procession, conversion, expansion. | | | | |
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| solitude | | | Il est rare, qu'une simple négation de la bassesse me propulse vers la hauteur ; c'est bien naïf de croire que « la grandeur ne peut être que solitaire, obscure et sans écho » (S.Weil), puisque la netteté et le brouhaha s'associent aux foires actuelles ; la négation est un moyen mécanique, et l'exclusion organique se fait plutôt par contraintes que par moyens. | | | | |
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| solitude | | | Un monde hostile pouvait servir d'écran opaque, où je pourrais projeter mes rêves. Maintenant, dans ce monde indifférent, je suis contraint de les faire revenir au seul regard éteint. | | | | |
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| solitude | | | Traite ton prochain comme un moyen (les stoïciens), comme toi-même (l'évangile), comme une fin en soi (Kant), comme une contrainte (moi). | | | | |
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| solitude | | | Le vouloir témoigne surtout de la physiologie de l'espèce et, donc, se réduit essentiellement au quoi ; le pouvoir traduit le souci du genre et, donc, fait entrevoir le qui. Ceux qui veulent pouvoir sont plus nombreux et banals, que ceux qui peuvent vouloir ; la visée de puissance cède à la puissance de viser, la multiplication de cibles - à la tension de la corde. « On ne découvre le fond de nos pulsions que dans les passions animées par la seule puissance pure »** - Heidegger - « Triebe finden erst ihr Wesen als die von der reinen Macht erfüllten Leidenschaften ». | | | | |
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| solitude | | | Même mes impasses sont munies de panneaux indicateurs, que je n'avais pas mis moi-mêmes. Et d'autres m'aidèrent à m'y égarer. Sans les autres, dans mes buts, je n'érigerais pas de bonnes contraintes. « Qui suit tout le monde fait mal ; qui ne suit personne fait pire » - proverbe serbe. Sur de bonnes vieilles pierres des autres je ferai résonner mes pas non faits. | | | | |
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| solitude | | | La solitude favorise l'expression fragmentaire, dans laquelle manquerait un commencement, un développement ou un achèvement ; la solitude elle-même y est une bonne contrainte. « L'âme isolée n'envisage que des fragments » - Plotin. L'âme grégaire et cohérente subordonne son action aux Codes et modes d'emploi. Le fragment artistique est un écho de l'Un divin, surtout lorsqu'il découle des hauts commencements et vise des fins profondes. | | | | |
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| solitude | | | Rien de moderne dans mes outils, mes buts, mes enthousiasmes. Seulement quelques contraintes : éviter le robot, me méfier des belles idées, fuir l'horizontalité. L'arbre et non pas la forêt – le fond de mes projections ; la formule et non pas le tableau – la forme. Et mes ruines, je ne les entretiens pas, je les érige, telles Modernes Catacombes (R.Debray). Dans les catacombes, s'unissent les solidaires ; dans les ruines, s'unifient les solitaires. | | | | |
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| solitude | | | Ce qui fut la première matière de la vie ou de l'art - couleurs, musique ou arbre - devint de la matière première pour les adeptes de la mécanique. Quand au meublé on préfère les ruines, à la scie radicale - l'unification vitale, on aime l'arbre, qui, à défaut de s'offrir à la vue des autres, me munira de mon propre regard, aux racines profondes et cimes hautes. L'arbre est ma contrainte, plus précieuse que les buts, avec lesquels il finira par s'unifier. | | | | |
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| solitude | | | La lecture des autres ne m’apporta pas grand-chose, mais elle rendit plus exigeantes mes contraintes – éliminer tant de sujets ou angles de vue, voués à la platitude et que les autres épuisèrent. | | | | |
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| solitude | | | Pour la qualité de l’écriture, l’une des contraintes les plus difficiles à respecter, est l’oubli des oreilles des autres et le choix, pour seul destinataire, - de Dieu. Une délicieuse sensation : « Dieu m’entend, c’est à Dieu que je casse les oreilles »* - Sartre – surgit ! | | | | |
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| solitude | | | Les contraintes, que tu t’imposes, te rendent indifférent pour presque tout ce qui agite la scène publique ; tu te mettras à dos tous tes contemporains. La solitude, qui en résulte, sera accompagnée de la haine que te vouera ton entourage. « Quand le monde nous voit dédaigner ce qu’il aime, il nous haïra, nécessairement » - St-Augustin - « Necesse est ut nos oderit mundus, quos cernit nolle quod diligit ». | | | | |
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| solitude | | | Le monde nous fournit les objets de nos actes, de nos rêves, de nos pensées ; mais ces objets passent par deux filtres disjoints – le nous ou le je. Le premier nous déverse autant de choses justes que de choses niaises ; je constate, sans vergogne, que le second, chez moi, est beaucoup plus exigeant, en éliminant tant de flots de niaiseries, qui s’invitent à ma plume, mais sont éconduites par mes contraintes. | | | | |
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| solitude | | | La liberté, face aux influences extérieures, n’est qu’une facile contrainte que je m’impose. J’oscille entre la servitude que m’inflige mon soi inconnu et la maîtrise qu’exerce mon soi connu. | | | | |
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| solitude | | | De toutes les grandeurs humaines, la liberté est celle qui possède le plus grand nombre de demeures (biologie, action, politique, esprit, métier, richesse, contraintes, puissance). Même la sentimentalité en est touchée ; avec des émotions libres, on cherchera, nécessairement, une solitude. | | | | |
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| solitude | | | Les autres, pris comme moyen, font l'enfer de ton existence ; pris comme but, ils te diluent dans un paradis artificiel de la même substance ; pris comme contrainte, ils te laissent au purgatoire de ta pureté essentielle. Le vrai paradis est celui où brille ton étoile, dans ton ciel à toi ; ce que tu dois demander aux autres, c'est que, surtout, ils n'obstruent pas ton étoile et ne vident pas ton ciel. « Cet éteignoir de tout enthousiasme et de toute sensibilité : les autres » - Stendhal. | | | | |
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| solitude | | | Tu découvres des facettes insoupçonnables de la solitude, lorsque tu quittes – ou ils te quittent - le sommeil ou la langue maternelle. « Seul, face-à-face avec les nuits et avec les mots »** - Cioran. Mais cette pesanteur des contraintes matérielles ouvre aux grâces immatérielles : écrire avant l’aube se met à t’approcher du ciel. | | | | |
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| solitude | | | La solitude fait comprendre l’importance des contraintes dans le choix d’objets, dignes de notre regard ; elle nous pousse à chasser l’inessentiel, à privilégier l’ironie et à s’adonner à la mélancolie. | | | | |
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| solitude | | | La solitude involontaire me comble de mystères ; l’échange volontaire avec les autres me vide de mes convictions. La solitude est une bonne contrainte, m’éloignant des questions flagrantes de mon soi connu et me rendant attentif aux réponses énigmatiques de mon soi inconnu. | | | | |
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| solitude | | | L’horizontalité : les contraintes (sociales, langagières, politiques, civilisationnelles) que les communautés, dont je suis issu, m’imposent. La verticalité : les contraintes (éthiques, esthétiques, mystiques) que je m’impose moi-même. Je fais peu de cas des premières (les yeux suffisent pour les résumer) et n’envisage sérieusement que les secondes (formant mon regard). | | | | |
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| solitude | | | Rester libre de l’influence de la multitude, dans mon âme, est l’état si facile à maintenir, que je n’attache pas beaucoup de poids à ma liberté, acquise hors toute lutte ; le fond et la forme de mon écrit sont davantage redevables à une espèce de servitude volontaire que m’imposent mes propres contraintes. | | | | |
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| solitude | | | La philosophie est affaire des solitaires, vibrant de leurs élans ou de leurs angoisses, dans leur vie ou dans leur rêve ; plus elle s’occupe de contrats sociaux, plus mesquine et démagogique elle est. Mais la foule devint seul juge de toutes les productions artistiques (et la philosophie ne peut être qu’un art), ce qui transforme tous les agoraphobes potentiels en agoraphiles réels, sous la pression des verdicts publics impitoyables. | | | | |
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| chœur vérité | | | ART : L'art est plus entaché de gratuites prétentions à la vérité que l'artisanat. Le vrai est mieux à sa place parmi les moyens que parmi les buts. Le vrai inexplicable du premier pas s'appelle mystère. Le vrai des buts s'appelle fanatisme ou algorithme. La foi précède l'art et la machine l'achève. La mauvaise conscience l'alimente, la bonne - l'abandonne. | | | | |
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| chœur vérité | | | IRONIE : La vérité se livre à la mémoire et à l'ironie. Elle y prend la forme d'idole incontournable ou de contrainte pour une nouvelle circulation de croyances. La vérité humaine est celle qui garde de l'attrait après la péremption du langage, dans lequel elle fut mise au monde. L'ironie est l'asile des vérités abandonnées par des grammaires défaillantes. | | | | |
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| vérité | | | La quête de la vérité de modélisation ayant pour but l'adéquation avec la réalité, ou bien la vérité résultant de l'évaluation d'une re-quête dans le contexte d'un modèle. Le charlatanisme ou l'imposture sont aux origines respectives de ses deux vérités, qui s'ignorent. Les moins exigeants des chercheurs de la vérité l'identifient même au simple fait d'être raisonnable : « La vérité du don suffit à annuler le don » - Derrida. | | | | |
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| vérité | | | Vivre et raisonner sans prémisses - mais c'est le plus précieux de nous-mêmes ! Valéry a tort de voir dans les conditions de la pensée le seul moteur d'une écriture noble - les contraintes sont plus près du mystère que les présuppositions. Chasser le fiduciaire de notre vie, c'est tout étiqueter, même ce qui est sans prix : « La vie est un mystère qu'il faut vivre, et non un problème à résoudre »** - Gandhi. | | | | |
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| vérité | | | Dans le vrai, le langage est l'outil, et la représentation – la matière ; dans le beau, c'est l'inverse. Et puisque dans les jugements de valeur doit dominer la matière, le beau surclasse le vrai. L'outil est la maîtrise des buts collectifs, et la matière est la noblesse des contraintes personnelles. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | Le bon créateur se désintéresse de la vérité, car celle-ci n'est jamais dans la création ouverte (quoi qu'en dise Nietzsche : « La vérité n'est que dans la création » - « Nur im Schaffen gibt es Wahrheit »), mais toujours dans le créé figé. La création est dans les contraintes esthétiques ; elle se substitue à la liberté éthique. | | | | |
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| vérité | | | L'homme, à l'apogée de son orgueil, s'exclame : « Je suis libre ! » ; notre Dieu incarné aurait dit : « Je suis la Vérité » - pourtant, il y a peu de concepts plus ternes et banals que la vérité et la liberté ; au moins, leur contraires, le rêve et la contrainte, sont plus féconds et stimulent le talent et non pas la routine. Mais on peut animer ce qui est existe, en végétant, – par son plongeon dans l'inexistant : « La liberté n'existe que dans le royaume des rêves » - Stirner - « Freiheit lebt nur in dem Reich der Träume ». | | | | |
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| vérité | | | Le flair de la vérité et son extraction sont deux métiers, incompatibles en théorie et étrangement solidaires en pratique : l'intuition d'une fin, sans préoccupation de chemins, ou bien la poursuite du plus court chemin vers une fin, dont on ignore la véracité. Aristote, en mauvais théoricien, est pour l'équivalence de ces dons : « Le vrai et ce qui lui ressemble relèvent de la même faculté ». | | | | |
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| vérité | | | En philosophie, toute solidarité entre le vrai et le libre débouche sur un ennui ou sur une platitude ; ce qui me fait soupçonner, que leur fichu être, proclamé vrai par Heidegger et libre par Sartre, soit une Arlésienne sans le moindre appât crédible. Dans le profond, et encore davantage dans le haut, comptent la contrainte (une non-liberté assumée) et la création (un mensonge dans l'ancien et une vérité dans un nouveau langage). | | | | |
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| vérité | | | L'une des plus utiles contraintes est celle qui interdit à mon regard de voir certaines choses, que mes yeux voient. Pouchkine et Nietzsche appellent ce refus - mensonge qui élève ; voir ce que voit tout le monde est certes une vérité, mais elle me rapproche de la platitude. | | | | |
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| vérité | | | Dans la vie spirituelle, la science n'est qu'une contrainte, nous évitant de proférer de trop grosses sottises, mais parler d'elle n'a pas plus d'intérêt que parler du code civil. « Les véritables bonnes logiques ne servent qu'à ceux qui peuvent s'en passer »* - d'Alembert - elles leur servent, pour qu'ils s'en moquent, en compagnie plus aguichante de l'intuition. On est maître d'un bien accessible, si l'on sait s'en passer. On devrait se servir de sa logique, comme on se sert de sa digestion : des boîtes-noires dont on ne voit que des entrées-sorties. | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | La négation constructive fait partie des buts ou des moyens en logique ou des contraintes en art, non-implication trop profonde dans ce qui est hors d'art. Mais si en logique le langage est routinier et non-contradictoire, aux cadences régulières, en art il est initiateur et paradoxal, sa mesure d'authenticité est sa musique. | | | | |
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| vérité | | | Le but est une belle phrase-arbre, habillée d'étincelantes inconnues-idées. Et le chemin, ce sont des mises à nu, de savantes substitutions naissant au bout de nos doigts ingénus et fébriles. « Le tableau est fini, quand il a effacé l'idée »** - G.Braque. | | | | |
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| vérité | | | Avoir besoin d'une vérité, d'une foi, d'une liberté ou les maîtriser - deux cas, qui presque s'excluent ; seul un maître peut se permettre les fastes du cynisme ou le luxe du scepticisme. La plus précieuse des maîtrises - l'art des contraintes, qui entretiennent une distance irréductible entre moi et l'absolu et en chasse toute familiarité. Le cynisme - liberté du goujat ; le scepticisme - liberté de l'indifférent ; l'ironie nihiliste - liberté enthousiaste, naissant des nobles contraintes ! | | | | |
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| vérité | | | Quand ils deviennent stériles en formulation de contraintes, en audace de la création ou en invention de beautés, ils se mettent à proclamer leur attachement à la liberté, à la vérité, à la vie, ces valeurs-fantômes, réceptacles de platitudes. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qu'il y a de métaphysique chez l'homme naît des contraintes : la contrainte de la vérité (Aristote) est à l'origine des questions du philosophe, la contrainte du beau produit des réponses de l'artiste, la contrainte du bien nous entoure du silence de l'homme d'action. | | | | |
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| vérité | | | Pour découvrir, apprécier ou inventer des vérités, la lecture des autres n'apporte rien ; elle est irremplaçable, en revanche, en fabrication de tes propres contraintes ; elle t'apprend à éviter de dire ce que d'autres auraient pu dire à ta place, à ne pas chercher de nouveautés intellectuelles, à bannir le sérieux et à s'appuyer sur l'ironie, à te moquer du fond et à soigner le ton, à ne pas te noyer dans le contenu profond, mais à t'envoler vers la hauteur de la forme. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une chatterie à but hygiénique, la chimère est une hygiène à but orgiaque. | | | | |
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| vérité | | | Rien n'est vrai, je n'approuve rien, rien ne mérite être mon but, rien ne m'enthousiasme - y a-t-il un seul point commun entre ces riens creux et disparates ? - pourtant ils en font un amoncellement accusateur, pour le jeter à la face du nihilisme, qui crée du vrai, érige des contraintes, réveille les consciences. | | | | |
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| vérité | | | Le temps est cette pierre de touche semi-précieuse, qui finit par user les erreurs et polir les vérités. L'erreur (contrainte) est la face tournée vers le joaillier, la vérité (solution) - celle qui s'entend déjà avec l'écrin (langage). Seulement, on change plus souvent de pierre que d'écrin. Seules les vérités éternelles et les erreurs d'aujourd'hui ont à craindre le temps. | | | | |
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| vérité | | | Je passe, inévitablement, par la tentation du sophisme - un jour je me dirai : je prouve tout ce que je veux. Mais deux constats finissent par m'en éloigner : primo, quand à ma conviction s'ajoute mon adhésion, et la réalité, miraculeusement, s'y plie (aléthéia d'Aristote, adaequatio rei et intellectus de St-Augustin et d'Averroès, verum et factum reciprocantur de G.B.Vico, l'harmonie préétablie dans l'âme entre la représentation et l'objet de Leibniz, ce qui est rationnel est réel de Hegel - was ist wirklich ist vernünftig, la parole va à l'être, car elle en vient de Heidegger - das Wort geht zum Sein weil es vom Sein herkommt), le significatif rejoignant le formel ou s'y refusant dans l'irrécusable perplexité de Zénon d'Élée ; secundo, quand je comprends, que le choix des choses à prouver joue le rôle des contraintes, que ne s'imposent que le bon goût et la noblesse. | | | | |
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| vérité | | | Le bon goût, en matière des contraintes, consiste à procéder par refus plutôt que par négation : refuser d'évaluer ce qui est mal formulé ou ce qui référence des objets ou relations sans noblesse - éliminations syntaxique et sémantique, avant tout examen logique. | | | | |
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| vérité | | | Trois types de négation : la syntaxique (portant sur une proposition), la sémantique (portant sur une relation ou un attribut), l'exclusive (la négation-contrainte, spécifiant les angles de vue à exclure). C'est la dernière qui est visée par Spinoza dans sa définition de determinatio negatio est. | | | | |
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| vérité | | | La pensée interprétative naît avec l'intuition de posséder déjà une vérité. Ensuite, on s'appuie sur des faits (vérités postulées), pour formuler des hypothèses (vérités à prouver). La vérité prouvée n'est pas un but non plus, mais un moyen d'accéder au sens, découlant des substitutions dans des hypothèses-propositions-formules. | | | | |
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| vérité | | | Convictions, vérités, doutes sont d’insignifiantes, banales matières premières, à partir desquelles on cisèle son goût : ses contraintes, ses élans, ses contours. | | | | |
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| vérité | | | Les logorrhées spinozistes, hégéliennes, phénoménologiques, proférées pourtant par des personnages érudits, s’expliquent par le non-usage de la contrainte la plus importante qu’aurait dû appliquer tout auteur de discours intellectuels – avant de retenir une assertion, la confronter à ses contraires. S’il se trouve un couple d’opposés, admettant des justifications intellectuelles ou esthétiques comparables, - biffer l’assertion, elle est due au hasard, au caprice, à l’arbitraire ; c’est l’antithèse du bon goût. | | | | |
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| vérité | | | Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’avant-dernier pas dans le cheminement à travers un discours, le dernier étant le sens. La réalité ou la morale n’y servent que de contraintes, d’accotements. | | | | |
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| vérité | | | Contrainte – éviter ce qui, trivialement, est vrai ; astuce – exploiter le fait que ce qui, trivialement, est faux, peut être, subtilement, vrai, mais ce n’est pas une vérité que en retireras mais un nouveau langage. Ce n’est pas la véracité facile mais l’expressivité difficile qui compte. | | | | |
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| vérité | | | La fausseté d’une assertion est une vérité, comme l’inaction est une action. Les deux peuvent servir de bonnes contraintes, pour faire de bons choix. | | | | |
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