| art | | | Vu d'en bas, la poésie, c'est l'imposture d'une perspective sans mouvements latéraux et d'une hauteur dédaignant le volume. Semblable à la lecture de l'Histoire, à l'horizontale d'une destinée individuelle. En tout cas, « la poésie est plus haute que l'Histoire, car la première peint le général, tandis que la seconde narre le particulier » - Aristote. Mais ce qui compte, c'est que la poésie brille par la qualité de la peinture et non pas par la généralité ; et l'Histoire est fade à cause du genre narratif lui-même et non pas à cause des particularismes. | | | | |
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| art | | | Trois races d'écrivain-éponge : ceux qui s'adressent aux contemporains (solution temporelle), aux pairs (problème spatial), à soi-même (mystère vital). Le message universel ne naît que chez les derniers : Nietzsche, Valéry, Cioran. Et leurs morts, étrangement espacées chaque fois d'un demi-siècle précis… | | | | |
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| art | | | On comprend ce qu'est un bon écrivain, en confrontant les plaisirs comparables à la lecture de Nietzsche ou de Valéry : le premier écrit avec son corps, sans se soucier du mental ; le second occulte le corps et ne fait que sonder les états mentaux, mais j'y retrouve le même homme, hors tout cadre temporel ou spatial, l'homme seul, résumant tout l'univers. | | | | |
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| art | | | « L'universalité et l'éternité se manifestent le mieux dans la poésie » - qui l'a dit ? - un rimailleur en manque de lecteurs ? - non, le plus fort cerveau de tous les temps, paraît-il (« le maître de ceux qui savent » - Dante - « il maestro di color che sanno », ce que d'autres contestent : « le pire des sophistes, exécrable jouet des mots » - F.Bacon - « pessimus sophista, verborum vile ludibrium ») - Aristote ! Mais dès que le poète penche pour la preuve, au détriment de la musique, il devient aussi borné et impermanent que l'historien. | | | | |
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| art | | | Deux écoles de la littérature française : celle de la liberté ou celle de la contrainte, le XVI-ème licencieux ou le XVII-ème cérémonieux, aboutissant à Rimbaud ou à Valéry. Il faut choisir entre siat et fiat, entre une vie donnée et une vie à donner. L'universalité semblant être dans la liberté, le second courant finira par n'être apprécié que des élites cosmopolites. | | | | |
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| art | | | Dans les sciences, l’universel se forme dans la profondeur ; dans l’art, il choisit plus souvent la hauteur. « Chez certains poètes, l’universel est affaire de la hauteur intérieure »* - G.Steiner - « In some poets, universality is a matter of intrinsic height ». | | | | |
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| art | | | Notre soi est toujours un mélange inextricable entre le propre viscéral et le commun mental ; clamer que je ne parle qu'en mon nom propre ou au nom des valeurs universelles n'infirme ni ne confirme rien sur la vraie part de ma voix primordiale dans le message (« Je ne peux écrire qu'à travers moi-même » - Gogol - « Не могу писать мимо себя ») ; on n'a son propre regard à soi que lorsque l'essentiel est dû au talent musical, à la fois de compositeur, d'interprète et de maître d'acoustique, et non pas aux thèmes, instruments, lieux ou forces. | | | | |
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| art | | | Les philosophes insensibles à la poésie (les légions de professeurs), ou les poètes impuissants en prose (comme Baudelaire, Rimbaud ou Mallarmé) font douter de l'universalité de leur don. Les poètes complets mettent de la poésie en tout, y compris dans la prose : Shakespeare, Goethe, Pouchkine, Lermontov, Hugo, Rilke, Valéry, Pasternak. La poésie comme genre ayant sombré, la poésie comme tonalité discursive ne peut plus se pratiquer qu'en philosophie. | | | | |
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| art | | | Le soi connu et le soi inconnu forment nos frontières : le premier s'occupe de nos clôtures et le second - de nos ouvertures. Nos limites accessibles, critiques, sont dessinées par la science ; de ce côté-ci nous sommes clos. Mais tout le contenu de l'art est dans l'élan vers nos limites inaccessibles ; l'art est ce qui nous donne la sensation d'être Ouverts, puisque son élan naît aux sources même du beau, et ses limites sont hors de notre emprise et nous font rêver. « Une œuvre universelle : ayant montré les limites de ses lieu et époque, - montrer, sans limites, ce qui dépasse le lieu et l'époque » - Tsvétaeva - « Мировая вещь : предельно явив свой край и век - беспредельно являет всё, что не-край и не-век ». | | | | |
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| art | | | Dans les écrits savants modernes, les auteurs ne se rendent pas compte, que n'importe quel de leurs collègues aurait pu écrire leurs chinoiseries et que le choix de leurs concepts et de relations entre eux n'est que le hasard des traditions académiques. Prenez, par exemple, ceci : « La division est la structure fondamentale de l'univers tragique » - Barthes - une excellente ineptie cartésienne, pour qu'on s'amuse au jeu de substitutions ! Dans le désordre, substituez à division - multiplication, soustraction, addition, à structure - descriptif, comportement, à fondamentale - auxiliaire, superflue, à univers - recoin, cuisine, à tragique - comique, épique - tout est aussi valable et sot ! De Gargantua à Phèdre, tout y passe. | | | | |
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| art | | | Jadis, on conseillait à l'auteur de n'apparaître nulle part dans son œuvre ; aujourd'hui, l'auteur veut être partout. Et, en plus, oubliant sa vocation d'instigateur de révoltes, il veille, de plus en plus fidèlement, sur la paix des marchands. Et, tel un gendarme, il ne voit dans l'ordre qu'un moyen d'assurer une circulation d'idées fluide. | | | | |
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| art | | | Mon soi connu, par ses problèmes et ses solutions, communique aisément avec d'autres hommes, mais il serait naïf de lui prêter plus d'universalité qu'à mon soi inconnu, caché dans son mystère. Le premier est dans l'invention de langages, et le second – dans la pureté indicible. « Une parole intime, où il n'y a point d'effets ni de stratagèmes, ne peut pas ne pas être universelle »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Dans l'art, le bon nihilisme aide à former des commencements indépendants, mais les non du parcours sont toujours anti-artistiques et mesquins. Ces non promettent le progrès, le combat, la victoire, mais ils abaissent le regard. Le oui universel, que l'art adresse à la vie, c'est l'unification, ou la conversion, tout arbre de requêtes devenant le même ; le temps perd de son importance et passe le flambeau à l'éternité ; le retour nietzschéen, c'est la conversion, accomplie par le oui. | | | | |
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| art | | | Le devenir, méritant un regard philosophique, est soit matériel (avec, en perspective, l’extinction des étoiles et la décomposition des atomes) soit artistique (avec la création de la musique des mots, des images, des idées) – le désespoir concret, face à la consolation abstraite. Entre les deux – l’être, mû et expliqué par des unifications. L’abstrait n’est ni transcendant ni immanent, que cherchent à opposer les nigauds. « L'Abstrait n'explique rien ; il n'y a pas d'universaux, pas d'objet ; il n'y a que des processus d'unification » - Deleuze – du pur galimatias, puisque dans l’unification d’arbres, tout est abstrait, et les branches unifiées sont composées d’objets. Et les vrais universaux, que porte tout homme, suite à la Création divine, sont au nombre de trois : le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
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| art | | | Tous les artistes sont amenés à adhérer à ce qui se fait et à renoncer à ce qu’ils voulaient faire. Seulement, dans le vouloir faire, ce qui compte c’est le vouloir et non pas le faire. Il faut rester fidèle au vouloir, au désir, à l’élan, et non pas au produit. D'ailleurs, le produit, qui ne porterait plus les traces de ton vouloir individuel viscéral, ne relèverait que du factuel banal, et ne serait pas digne de ta paternité. | | | | |
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| art | | | Il doit y avoir des ondes, invisibles et inaudibles, ondes des émotions potentielles, et qui traversent notre conscience, sans en être perçues ; l’art est cet outil décodeur, qui traduit ces ondes en musique particulière plutôt qu’en bruit universel. | | | | |
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| art | | | L’un des buts de l’écriture est d’occulter le comparatif et rester en compagnie du seul superlatif. En exclure tes contemporains est une prévention pédagogique à recommander. Soli Deo auribus – aurait pu être ma devise (plagiée de Bach : Soli Deo gloria). Quand ton seul auditeur, interlocuteur muet, est un absolu inexistant, appelé Dieu, tu deviens bon Narcisse : « L’âme de philosophe contemple sa propre contemplation »** - Dante - « L’anima filosofante contempla il suo contemplare medesimo ». | | | | |
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| art | | | Tout livre est un arbre, qui peut être jugé soit en tant que fontaine soit en tant qu’éponge, donc – par le particulier ou par l’universel. Dans le premier cas compteront les racines, les fleurs, les fruits ; dans le second – les cimes, les branchages, les ombres. Et puisque l’unification avec d’autres arbres est la première fonction de tout arbre, c’est la présence de variables et de vecteurs de ses élans qui détermine sa valeur. D’où la grandeur de Dostoïevsky et de Nietzsche. | | | | |
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| art | | | Je pratique l’écriture des réponses (celle des questions est toujours entachée de banalités), mais leurs sources ne sont pas des questions (que chacun est libre d’inventer), mais l’excitation, un état d’âme suffisamment rare, mais universel ; la réponse, elle, est toujours personnelle. | | | | |
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| art | | | En écriture, le premier signe de l’originalité, c’est bien l’intensité. Mais elle ne sert à rien sans l’intelligence, t’ancrant dans l’universel, et sans la noblesse, ce souffle de l’individuel. | | | | |
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| art | | | Des états d’âme, des objets composites, des illuminations sont souvent informes, dépourvus de noms ; ce sont les objectifs les plus intéressants d’une écriture elliptique, qui est peut-être la plus noble. L’écriture hyperbolique peut te faire t’enliser dans un maniérisme intenable ; l’écriture parabolique peut conduire à un relativisme aplatissant. | | | | |
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| art | | | La musique est l’art le plus universel ; elle met dans un état extatique aussi bien les foules, sur les champs de bataille ou dans les stades, qu’un solitaire, entre ses quatre murs. « On dit bien que la musique est la langue des anges » - Carlyle - « Music is well said to be the speech of angels » - c’est le talent du compositeur qui traduit l’appel solitaire ou collectif, entendu soit par l’ange soit par la bête. | | | | |
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| art | | | Il y a trois sortes d’écrivain : ceux qui sacrifient le Beau personnel au nom du Bien universel ; ceux qui abandonnent ce Bien pour ce Beau ; enfin ceux en cherchent l’équilibre et qui sont donc philosophes. Et c’est le talent qui munit ces deux dimensions de grandeur, de noblesse et de véracité. | | | | |
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| art | | | Le genre aphoristique est le seul genre cosmopolite ; les âmes sont nationales, mais l’esprit est universel. « L’idiome d’une race, dont l’apogée d’esprit est la maxime »*** - J.Joyce - « The tongue of a race the acme of whose mentality is the maxim ». | | | | |
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| doute | | | La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| doute | | | La bonne lumière est donnée à tout le monde ; c'est le choix des choses et surtout des écrans - forme et fond ! - qui nous classe parmi les créateurs, initiateurs des jeux des ombres. | | | | |
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| doute | | | L'âme, c'est la pression sous la membrane de mon regard ou sous l'épiderme de mes gestes, l'appréhension. L'esprit, c'est la compréhension, l'universalité de l'im-pression de lumière. Le cœur, c'est l'incompréhension, l'existence de l'ex-pression des ombres. L'âme éclectique est condamnée à osciller entre l'impressionnisme et l'expressionnisme. | | | | |
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| doute | | | Signes de grandeur d'une écriture : la cohabitation du mépris et de la compassion, de la force et de la faiblesse, de l'espérance et du désespoir, de la fraternité et de la solitude, de la fierté et de l'humilité. Les deux poses antagonistes s'adressent aux objets différents, aux moments différents de l'âme, en langages différents - c'est le contraire du relativisme, qui les met sur le même plan, au même moment ou avec la même indifférence. | | | | |
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| doute | | | Tant d'auteurs de belles sagesses, incompréhensibles et irréproductibles, mais je ne connais aucun, qui formulerait une sagesse universelle. Dévaluer une prétention à celle-ci, c'est déjà un point de rencontre. Mais c'est la surévaluation des bêtises régionales, qui empêche un juste taux de change. | | | | |
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| doute | | | Est-il meilleure graine pour sortir de la gangue de l'anonymat, que de planter des Où et des Quand ? Leurs concurrents, la vraie ivraie, Toujours et Partout, envahirent tous les sillons. De nos jours, il faut monter très haut, où ne sévissent pas encore des laboureurs journaliers, pour trouver un sol réceptif aux Si et Quand. En attendant le bon laboureur des Comment et des Pourquoi. | | | | |
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| doute | | | Le grand peut-être rabelaisien est pire que les petites certitudes des grenouilles de bénitier ; le néant absolu, qui t'attend, ne doit pas être entaché de relativisme. Vu en grand, même les certitudes apportent de la saine anxiété à l'allergique du sédentarisme. « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude » - Nietzsche - « Nicht der Zweifel, die Gewissheit ist das, was wahnsinnig macht ». C'est le hasard matérialiste (le fors de Lucrèce) qui ne promet que la certitude d'ennui et d'horreur. | | | | |
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| doute | | | Ce livre contribue à démolir le dernier universal linguistique, celui qui verrait systématiquement le blanc vainqueur du noir, la lumière - préférée aux ténèbres. Tous les propagateurs de lumières tapageuses se plaignent d'être mal compris (problème de messagerie ! ), tandis que les auteurs ténébreux se félicitent d'avoir seulement provoqué un écho silencieux (mystère des messages ! ) | | | | |
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| doute | | | Ils appellent nihilisme la proclamation que ni Dieu ni la morale ni le bon sens ne contrôlent plus la pensée, et qu’il faille se soumettre à l’absurdité de l’existence. La source de ma pensée et de ma musique est mon soi inconnu, qui me souffle le sens exaltant de ma vie ; et l’écoute de ce souffle me remplace toute recherche du divin extérieur ou d’un Bien normalisé. Mon Vrai rejoindrait l’universel, mais mon Beau ne traduirait que ce souffle unique. Voilà le nihilisme qui me rendit à moi-même. | | | | |
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| doute | | | Les circuits intégrés silencieux remplacèrent, dans nos cerveaux, des roues dentées grinçantes ou des fibres gémissantes. « Je n'approuve que ceux qui cherchent en gémissant » - Pascal. Gémir, c'est admettre, humblement ou fièrement, en musique, que ton soi arbitraire veut s’émanciper de la raison nécessaire. | | | | |
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| doute | | | Les mystères sont universels et éternels, et les secrets sont individuels et passagers ; les secrets se dévoilent par le bon sens, et les mystères se chantent par l’art. D’où la bêtise de Proust, qui veut que l’art soit le seul révélateur de l’éternel secret de chacun. | | | | |
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| doute | | | En mathématique, on part du défini ; en musique, on vise l’infini. En mathématique, on prouve ; en musique, on éprouve. En mathématique, on est universel ; en musique, on est individuel. | | | | |
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| doute | | | Le Bien humain est une lumière ; le Vrai universel, ce sont des objets, presque aléatoires, dont le Beau créateur arrange des ombres sur l’épiderme de notre conscience, avide de caresses. | | | | |
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| doute | | | La philosophie peut suivre la raison ou l’âme. La raison étant largement universelle, la première de ces philosophies est commune, se résume et se consomme facilement. Mais les âmes sont, toutes, différentes ; et la seconde des philosophies est essentiellement personnelle et se réduit souvent à la peinture des états d’âme incomparables. La première ignore l’âme ; la seconde méprise la raison. | | | | |
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| doute | | | Tu tentes la profondeur et la rigueur des questions – tu aboutis aux réponses consensuelles, banales, galvaudées. Tu commences par te hisser à la hauteur, à la musique et à l’universalité des réponses – tu découvres qu’une infinité de combinaisons de questions personnelles et paradoxales aurait pu s’unifier avec ces réponses imprévisibles. C’est ainsi que naît le genre aphoristique. | | | | |
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| doute | | | Chronologiquement, notre vie traverse trois étapes, en fonction du rôle qu’y joue le doute : l’introduction, la contemplation, la création – une croyance en ordre universel, des images du chaos ambiant troublant, une invention d’un ordre particulier, personnel, harmonieux, divin. | | | | |
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| doute | | | Une vision du monde s’appuie sur le connu, l’inconnu, l’inconnaissable. Chez l’homme de la rue, elle se réduit à l’inconnu ; chez le scientifique, démuni d’âme, - au connu. Mais tout ce qui est universellement connu, fixe, est commun ; et la vision du monde ne vaut que par sa facette personnelle. La part de l’inconnu ne traduit que notre ignorance, tandis que l’inconnaissable, reconnu comme tel même par les scientifiques, est le seul support valable d’une vision, à la fois poétique et philosophique. | | | | |
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| doute | | | En fermant les yeux sur le mystère de la vie, le monde spatio-temporel réel semble être un cas particulier du paradigme mathématique et donc lui obéir, en tout point. Mais, en mathématique, la métaphore spatio-temporelle admet des interprétations vraiment universelles, puisque l’espace n’y est pas forcément tridimensionnel et le temps peut y être réversible ! Le temps réel est-il discret ou continu ? Peut-on parler de continuité et donc d’infini dans le monde réel ? | | | | |
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| doute | | | Aucune logique n’explique les valeurs des constantes universelles, ce sont des caprices impénétrables du Créateur. Ne sont divins que Ses caprices avec les trois universaux – le Bien, le Beau, le Vrai – la honte, l’émotion, l’intelligence. | | | | |
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| doute | | | L’arbitraire est bêtise, si tu le fais passer pour universel ; il est légitime, si tu y affirmes ton goût insoumis ou tes états d’âme innommables. | | | | |
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| doute | | | L’universel est sans comment ; le sacré est sans pourquoi ; le noble est sans où et quand ; le banal est sans qui et sans au nom de quoi. | | | | |
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| doute | | | La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel. | | | | |
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| doute | | | Le sens des notions philosophiques d’outil, d’agent, de matière, de ressource varie, en fonction des représentations réalisées, ce qui prive la causalité d’universalité, lui refuse le statut de concept et la réduit à celui de vague notion. Contrairement aux concepts d’espèce-genre, de composition, de succession, de rapports spatiaux etc. Et Spinoza est, comme presque toujours, bien bête : « Le vrai savoir est le savoir par causes » - « Vere scire est scire per causas ». | | | | |
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| doute | | | La lecture des meilleurs poètes et sages m’apprend la domination de la forme sur le fond. Et pourtant mon arrogant nihilisme part de la supériorité mesurée de mon fond, dans l’incertitude ressentie de sa bonne traduction dans la forme. Le bon nihilisme doit être humble. Se contenter de dire que, pour bien connaître l’humanité universelle rien ne vaut un plongeon dans sa propre introspection. | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, la soit-disant objectivité de jugement est impossible. Plusieurs facteurs s’y opposent, même si l’on en exclut l’ignorance et le mensonge, ces cas marginaux et trop évidents. Il faut, tout d’abord, reconnaître qu’il y a deux situations disjointes, dans lesquelles le degré d’objectivité pourrait s’évaluer – l’émission ou la réception d’avis. Dans l’émission, notre faculté principale contraignante s’appelle dogmatisme (aspect incontournable et universel), donc – pas d’objectivité ; dans la réception, la faculté en question s’appelle sophistique (aspect, inégalement réparti chez les hommes, fonction de culture générale, de maîtrise de la rhétorique), donc - pas d’objectivité non plus. | | | | |
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| hommes | | | Quand on ne sait pas se donner ses propres contraintes, on se cherche des ennemis. Est philosophe celui qui sait se passer d'ennemis ; si mes pour sont universels et s'adressent à l'univers entier, mes contre individuels se tourneront vers les limites que j'aurais dessinées moi-même – le oui stratégique du regard et le non tactique des yeux. | | | | |
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| hommes | | | Comment se forme l'universalité moderne : tous les critères sont ramenés à l'économie, tous les résultats sont numérisés et munis de coefficient de réussite, la moyenne est calculée et proclamée universelle et désirable. La vraie universalité est métaphysique, qualitative, au-dessus des statistiques ; elle est la hauteur du mystère divin, dont le monde est le vaste problème et l'homme – la profonde solution. | | | | |
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| hommes | | | La plupart des hommes agissent d'ores et déjà en kantiens pratiques : leurs actions peuvent s'ériger en législation universelle, telles les trois lois de la robotique d'I.Asimov. | | | | |
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| hommes | | | Les seuls métèques à l'échelle planétaire, les Juifs, exilés ou errants, clament l'universel. Mais au lieu de chercher une patrie éphémère et exaltante du côté des nues, des horizons ou des catacombes - donc, dans la hauteur, le souffle ou la honte - ils la trouvent sur un sol solide et anonyme : dans le savoir, les droits de l'homme, les polémiques d'écoles. « L'univers entier est la patrie des âmes hautes » - Démocrite. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui devint frustrant pour les imposteurs, c'est que désormais tout talent sollicité réussisse presque automatiquement. Les unités de mesure du talent devinrent universelles, depuis que la couleur et la hauteur en sont exclues. On ne sait plus quoi faire de ses cordes, quand le seul instrument écouté est le tambour forain. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes d'aujourd'hui sortent, tous, de l'Antiquité ; le panem et circenses engendra, respectivement, l'homme pragmatique et l'homme ludique. L'action soumise aux règles universelles et le jeu ne visant que l'enjeu lucratif - ces deux espèces finirent pas se fondre, en ensevelissant l'homme pathétique et l'homme du sacré. | | | | |
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| hommes | | | L'existence des hommes se réduit de plus en plus à une simple présence (Kierkegaard). Bientôt on pourra se passer du quantificateur existentiel, pour se fier à l'infaillible universel. | | | | |
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| hommes | | | Deux objets des recherches humaines : des nouveautés universelles ou des permanences particulières – la Vita Nuova de Dante ou la Vita solitaria de Pétrarque. | | | | |
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| hommes | | | Du fait que même les valeurs les plus élevées se dévaluent, les hommes concluent au vulgaire relativisme, à l'universelle platitude comme seul réceptacle et juge de nos exploits et de nos lâchetés. Il leur faut de la croissance, là où un bon nihiliste, devenu vecteur, au-dessus des valeurs évanescentes, vit l'éternel retour du même. | | | | |
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| hommes | | | Plus le Français aime son pays, plus il se rapproche de l'universel ; l'Allemand, au contraire, se recroqueville sur son provincialisme. Napoléon chercha à exporter l'idéal libertaire dans le monde entier ; Hitler voulait laisser les Français avec leurs chamailleries parlementaires et les Russes - avec leurs commissaires. « Le patriotisme du Français fait que son cœur s'étende sous l'effet d'une chaleur ; celui de l'Allemand rétrécit son cœur, comme une peau transie » - Heine - « Der Patriotismus des Franzosen besteht darin, daß sein Herz durch die Wärme sich ausdehnt ; der Patriotismus des Deutschen besteht darin, daß sein Herz enger wird, wie Leder in der Kälte ». | | | | |
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| hommes | | | On ne peut se manifester que par son soi connu et respectable, tandis que le soi inconnu ne peut susciter qu'une vénération presque aveugle. Dans un écrit, pour prouver la valeur de l'auteur, le mépris du soi connu apporte plus que son respect ; l'auteur ne vaut que par son regard vers le soi inconnu. Quand Freud ou Proust parlent de perte de l'estime de soi, qui serait signe d'une décadence définitive, ils visent le soi connu (même camouflé sous un soi inconscient), qui, même sans être haïssable, est banal et universel. Tant de vainqueurs arrogants, aujourd'hui, baignent dans une estime de soi, grégaire et basse. | | | | |
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| hommes | | | De tous les temps, on savait, que tout système de pensée était réfutable (falsifiable), mais, pour garder quelques repères et éviter un relativisme général, mesquin et chaotique, certains hommes bénéficiaient d'un statut de presque intouchables, de micro-sacrés (on n'embastille pas Voltaire), les hostilités se déroulant autour, et non pas face à ces idoles tolérées. Aujourd'hui, toute autorité, morale ou intellectuelle, disparut ; la guerre de tous contre tous, le rabaissement immédiat de toute voix ambitieuse, l'agitation dans des mares et l'oubli des océans. | | | | |
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| hommes | | | Plus je pense par et pour moi-même, plus je suis universel. Mais nos contemporains pensent par et pour les autres. Toutes les voix semblent faire partie d'une chorale. | | | | |
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| hommes | | | Deux sortes de valeurs – rationnelles et irrationnelles, exprimant la vie d'une forêt civilisationnelle ou imprimant l'art d'un arbre culturel. Il faut munir les premières d'un maximum de constantes, d'invariants universels ; il faut y saluer le métissage et l'internationalisme. Dans les secondes il faut introduire un maximum d'inconnues ; l'unification de celles-ci crée des frontières, des fraternités et des patriotismes. | | | | |
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| hommes | | | Dans leur regard sur le devenir, que ce soit au passé ou au futur, les hommes privilégient ce qui évolue, change, disparaît ; l’obsession primitive par le changement devint universelle. L’œil sensible, au contraire, s’adonne à chercher surtout des invariants, et la création artistique, qui s’en inspire, aboutit à la reconnaissance du retour éternel du même dans tout ce qui est digne d’être immortalisé, c’est-à-dire peint ou chanté. | | | | |
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| hommes | | | Une civilisation des messageries, égalisant tous les messages, - notre époque, le relativisme intégral. Seules y comptent les étiquettes digitalisées. | | | | |
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| hommes | | | En quoi le poète et le mathématicien se distinguent des autres hommes ? Surtout, dans le fait, que les mots de ceux-ci visent directement la platitude des choses, tandis que les symboles de ceux-là s’attachent aux représentations, où règnent la séduction ou la déduction, la hauteur ou la profondeur, la liberté du particulier ou l’harmonie de l’universel, le rythme d’une âme ou la mélodie d’un esprit. L’éternité sidérale écoute les créateurs ; le présent banal accueille les producteurs. | | | | |
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| hommes | | | Chez Hugo, des personnalités, humbles et inimitables, parlent et agissent au nom des valeurs universelles nobles ; chez Stendhal, des personnalités pseudo-exceptionnelles s’attachent à l’universel dominant, banal, grégaire et se sentent héros. | | | | |
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| hommes | | | Pour toute représentation (telle que je la définis dans ce livre), l’arbre est la particule élémentaire, universelle, irréductible. Toutes les nuances de la réalité du vivant trouvent dans l’arbre une fonction adéquate. « En tant qu'image de la vie rien ne dépasse l'arbre. Je ne cesserai jamais de penser - devant lui et à lui » - Morgenstern - « Nichts ist für mich mehr Abbild des Lebens als der Baum. Vor ihm würde ich täglich nachdenken, vor ihm und über ihn ».Penser en lui, en cette langue aux ramages métaphoriques et variables, est s'unifier avec le monde, pour gagner en hauteur et en ombres. | | | | |
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| hommes | | | L’esprit cherche l’universalité, l’âme – la proximité, le cœur – la fusion. | | | | |
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| hommes | | | De la table des grandeurs ascendantes – prix-valeur-noblesse – il ne reste, de nos jours, que le prix, qui, moutonnier, cherche à se faire passer pour valeur universelle ou noblesse personnelle. | | | | |
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| hommes | | | L’état du couple beauté-joliesse dépend de celui du couple utilité-mercantilisme. Jadis, la joliesse était presque invisible, et la beauté s’entendait bien avec l’utilité, puisque le beau était utile à l’élite, qui dictait les goûts les plus exigeants. Aujourd’hui, disparaît la beauté, et la joliesse arrange le mercantilisme universel, qui domine le goût de la foule, qui prit la place de l’élite. | | | | |
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| hommes | | | Ton âme invente des hauteurs, invisibles aux autres ; ton esprit s’émerveille devant l’universel, dont tu ne partages la place avec personne. Ceux qui sont inaptes à ces deux tâches essentielles, se lamentent sur l’absence de sommets et de lois. | | | | |
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| chœur intelligence | | | CITÉ : L'intelligence est un outil universel, interprétant, avec la même lucidité, les images des cavernes que celles de la cité. La connaissance structurelle d'une fourmilière avancée s'avère, quelquefois, plus profonde et motivante que la connaissance comportementale d'une cigale fourvoyée. À celle-ci on donne rendez-vous en temps de bise. | | | | |
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| intelligence | | | Est plus intelligent celui qui, dans deux objets, voit plus de dissemblances et plus de ressemblances. L'ironie égalise, la curiosité multiplie. L'intelligence est une curiosité ironique. « Le sens unifie partout, les sens dissocient partout » - Schiller - « Der Sinn vereinigt überall, der Verstand scheidet überall ». | | | | |
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| intelligence | | | Matérialiste : l'homme qui vit dans un univers à l'abandon. Idéaliste : l'homme qui abandonne la vie pour l'univers. La franchise faite règle, l'insincérité faite instinct (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être excessivement perspicace pour voir, que le mythe (discours sans références) rencontre, au sommet, le logos (discours référencé). La réaction intelligente eût été de se rire du logos et de s'adonner au mythe. Mais c'est la réaction bête qui l'emporte : surcharger le logos et laisser s'échapper le mythe. L'inexistentialisme ailé céda à l'existentialisme zélé. | | | | |
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| intelligence | | | Il existent trois corporations, qui se méprisent mutuellement : celles qui voient l'essence de la vie dans, respectivement, l'esthétique, la mystique ou la mathématique. Mais à quelle fière et universelle humilité atteint-on, quand on accepte l'idée qu'elles soient la même et unique chose ! | | | | |
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| intelligence | | | Chez ceux qui réfléchissent sur la vie, le vrai conflit n'est pas entre ceux qui croient à une unité du monde et ceux qui en proclament la multiplicité selon la liberté chaotique de chacun. Il oppose plutôt ceux qui voient et vénèrent l'inaccessible beauté du monde, leur servant d'asymptote, et ceux qui ne tournent leurs yeux que du côté de leurs cerveaux. | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre a bien une ambition philosophique : primo, je voudrais qu'un cœur noble (donc, angoissé) y trouvât de la consolation dans mon affirmation de la gratuité divine du bon et du bien ; secundo, je voudrais qu'un esprit noble (donc, universel) y trouvât de l'intelligence humaine, qui est dans la maîtrise des frontières entre la réalité, la représentation et le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme d'existence s'applique aussi bien à la réalité qu'à la représentation, tandis que celui d'essence n'est pensable que dans les représentations. Il est pratiquement impossible de trouver deux humains, ayant des représentations identiques d'une même réalité ; l'usage des mêmes noms ne peut pas cacher la différence fondamentale des objets modélisés et, partant, de leurs essences. N'est donc possible aucune prétention des essences d'être des structures universelles ; Platon est trop obnubilé par le monde fantomatique des idées, et Husserl - par celui de la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la vie de l'esprit comme en arithmétique : le rationnel a beau être partout dense dans le réel, l'irrationnel est présent, discrètement, sur tout intervalle de la réalité, contrairement au naturel. Le réel, serait-il une mauvaise projection du complexe renonçant à l'imaginaire ? | | | | |
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| intelligence | | | Le lieu des plus belles pensées n'est pas dans l'universel (Alain), mais bien dans l'inexistentiel. Qui constate l'existence, dans l'Histoire, d'un Dieu universel en donne une bien vilaine image ; mais comment ne pas justifier l'intérêt pour un Heidegger, puisqu'il est tout flamme pour un être inexistant, ce qui nous conduit vers l'universel. | | | | |
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| intelligence | | | L'individu Socrate modélisé (une instance de modèle ou une monade) n'a pas plus de réalité que les universaux, et ceux-ci sont plus que des mots-étiquettes, ils sont des concepts. Les médiévaux (Abélard) formaient mal leurs triades et n'alignaient jamais la plus pertinente : réalité - modèle - discours. | | | | |
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| intelligence | | | Schopenhauer veut dire que le monde peut être vécu comme un paysage ou comme un climat : soit on le peint dans une représentation (création, savoir, intelligence), soit on s'y peint soi-même (passion, noblesse, musique) ; c'est le recours à la profondeur universelle ou à la hauteur personnelle qui permet de ne pas s'écrouler dans une platitude commune. | | | | |
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| intelligence | | | Être indisponible aux appels de l'accessoire et … y répondre. Être disponible aux appels de l'essentiel et ne pas y répondre, retourner la question, jouer sur ses variables, invariants, indéterminations, négations. | | | | |
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| intelligence | | | La science commence et finit dans la réalité, matérielle ou humaine. Au milieu - la mécanique universelle. La philosophie commence et finit dans la poésie. Au milieu - l'homme existentiel. « La poésie est le début et la fin de la philosophie »**** - Hölderlin - « Die Dichtung ist der Anfang und das Ende der Philosophie ». Mais la philosophie des débuts et des fins est plus réelle que la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | De l'origine de la place imméritée de la causalité. Valéry exagère : « La conception de 'cause' est la perdition de toute bonne représentation ». Le noyau dur de la représentation se charge de l'être, la représentation du devenir (ou de l'agir) se greffant la-dessus (la jointure entre ces deux facettes, c'est la modélisation de l'advenue de l'être à l'existence, suivant les lois physiques, chimiques, organiques). Dans le modèle du devenir apparaissent les sujets, les projets, les objets, impliqués dans les changements d'états et associés aux fonctions de : conception, commandement, exécution, outil, matière, et chacun de ces éléments, par un libre arbitre du modeleur, peut être déclaré cause. Cause sans fonction n'a pas de sens, mais c'est ce que font les adeptes du caractère universel de la causalité. | | | | |
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| intelligence | | | La métaphore ailée surclasse largement les syllogismes boiteux – en pertinence, en honnêteté, en noblesse. Et ceci pas tellement à cause des dons ou intelligences supérieurs des artistes, mais pour des raisons profondes et rationnelles : le soi inconnu, ce foyer de nos angoisses, de nos curiosités ou de nos créations, échappe à toutes les descriptions savantes et ne peut être abordé que par des métaphores poétiques. Toutefois, l'infâme relativisme moderne met les scientistes et les artistes sous la même enseigne, celle de la platitude et de l'indifférence des colloques, manuels ou recueils critiques. | | | | |
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| intelligence | | | Sans interprétation, et donc sans idées, l’existence n’a aucun sens ; mais toute idée se formule et s’interprète dans le cadre des représentations, qui, presque toujours, sont personnelles et non pas universelles. Même si Platon, globalement, est plus raisonnable que Sartre, ses Idées ne pré-existent pas, elles se créent, par invention de représentations ou adaptation d’interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Face aux regards incompatibles sur le monde, il y a trois attitudes possibles : chercher des finalités communes (l'universalité kantienne), imaginer un processus de conciliation (le compromis hégélien), clamer de nobles contraintes, dès le départ (le goût nietzschéen). | | | | |
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| intelligence | | | Tout le galimatias spinoziste autour des substances absolues et immuables est mis à nu par cet aveu, désarmant et ridiculisant : « La substance ou - ce qui est le même - ses attributs avec leurs valeurs » - « Substantias sive quod idem est earum attributa earumque affectiones », puisque les attributs (comme la plupart des substances) sont de libres constructions de nos modélisations arbitraires et non pas un contenu authentique du réel (sauf peut-être un nombre très réduit de constantes universelles). Quand on ne peut pas s'élever aux effets de soi, on s'étend en causes de soi. Causa sui est la réalité, qui dicte et valide nos représentations ; c'est ce que Heidegger nomme être. L'appeler Dieu est prendre une création pour un créateur. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui, paradoxalement, autorise le regard de se détacher des choses vues, sans craindre une chute dans l'inexistant, c'est qu'un lien inconscient conduit des sens au sens, unit le perçu et le mental, sans passer par les yeux. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les connaissances, être unifiables signifie pouvoir s'égaler dans une forme commune de langage : le langage de l'individu est diffus, celui de la science - incisif, celui de la philosophie - global. « La connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la science, le savoir parfaitement unifié ; la philosophie, le savoir complètement unifié » - H.Spencer - « Knowledge of the lowest kind is ununified knowledge ; science is partially unified knowledge ; and philosophy is completely unified knowledge ». | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, toute entité relève, d'une manière non-exclusive, de ces trois méta-concepts – objet, attribut, valeur. Mais l'entité peut être traitée en tant qu'objet dans une requête, en tant qu'attribut – dans une autre, en tant que valeur – dans une troisième. Et c'est le libre arbitre du concepteur qui distribue ces rôles tangibles et presque jamais nécessaires ; la réalité les ignore. | | | | |
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| intelligence | | | Ayant compris le particulier, l'esprit y lit un fond universel ; l'âme, ayant admiré l'universel, en crée une forme particulière. | | | | |
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| intelligence | | | La seule fonction logique et universelle du verbe indo-européen être consiste en opération de (tentative de) l'unification (entre deux arbres de références) – 'le maître de Platon est le mari de Xanthippe'. Le fait de signifier avoir une valeur d'attribut ('Socrate est sage' - copule) ou se trouver à, dans le temps ('Socrate était avant Platon') ou dans l'espace ('Socrate est à Athènes'), n'est ni logique ni universel mais langagier. Le bavardage pseudo-philosophique autour de l'être se réduit à celui, technique, sur l'identité. | | | | |
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| intelligence | | | On a d'excellents instruments de mesure, pour apprécier ce qui n'existe pas, et les unités de mesure, qu'on y invente, ne sont pas inférieures aux mesurages du réel. Mais n'exagérons pas : « Pour exister, il suffit d'être mesurable » - Planck - « Was man messen kann, das existiert auch » - l'inexistant émeut l'âme et meut l'esprit, sans prendre corps. | | | | |
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| intelligence | | | En visant les aboutissements de la vie, la philosophie se retrouve sur des sentiers battus ; en se limitant aux parcours, elle ne porte que la technicité de l’art ; seule la hauteur des commencements lui confère un statut de noble consolatrice, nous attirant vers les firmaments et nous libérant du prurit des horizons communs, le natif l’emportant sur le votif. L’art personnel rejoignant la vie universelle. | | | | |
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| intelligence | | | Paradoxe : plus une pensée est personnelle, plus sa profondeur est universelle. Mais la hauteur universelle n’existe pas ; ne s’y nichent que des pensées solitaires, et la fraternité d’idées n’est pensable qu’en profondeur. | | | | |
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| intelligence | | | L’immense majorité des genres et des espèces que nous manipulons (à part quelques constantes dans la matière) proviennent des représentations arbitraires, dictées, le plus souvent, par une langue, et ils ne peuvent donc prétendre à aucune universalité. Les seuls universaux divins, ce sont l’aiguillon du Bien, l’illumination du Beau, l’étincelle du Vrai. | | | | |
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| intelligence | | | L’essence appartient à la représentation (structures arbitraires : catégories, classes, relations) comme l’existence – à l’interprétation (logiques universelles). Dans les deux cas, il est possible d’ériger, par-dessus, un système, mais on a plus de chances de prouver son originalité en représentation qu’en interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | À part quelques nuances, provenant des constantes physiques universelles, l’espace-temps ne dépend pratiquement pas de représentations particulières, tandis que la causalité ne repose que sur celles-ci. Dans le domaine spatio-temporel, scientifique, la philosophie ne peut être que charlatanesque, et dans le domaine causal – que primitive, puisqu’elle ignore ce qu’est la représentation cognitive. | | | | |
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| intelligence | | | Connaissance absolue, valeurs éternelles, esprit universel (on peut y intervertir les adjectifs au hasard) – ces ternes épouvantails, plantés par Descartes, Kant, Hegel, Husserl, font peut-être fuir des corbeaux ou des rongeurs du jour, mais ils ne servent que de perchoir, aux volatiles de la nuit, dont les yeux sont tournés du côté des étoiles, pour adorer la merveille inconnaissable, les vecteurs intemporels, la musique existentielle. | | | | |
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| intelligence | | | La science est faite d’avis, qui ont l’ambition d’être universels, ou, au moins, susceptibles de former un large consensus. De plus, les objets de ces avis, ou les angles de vue sur ces objets, appartiennent aux catégories, réservées à une seule des sciences. Rien de comparable en philosophie, où l’avis ne traduit qu’une personnalité unique, mais ses objets sont communs à tous les hommes du bon sens. Aucune objectivité pérenne ; une subjectivité improuvable, des caprices de tempérament, de style, de lyrisme. « Jamais la philosophie ne pourra être évaluée à l’aune d’une science » - Heidegger - « Philosophie kann nie am Maßstab der Idee der Wissenschaft gemessen werden ». Enfin, les connaissances, si capitales en science, ne jouent qu’un rôle secondaire en philosophie, qui est affaire d’audace intellectuelle et littéraire. | | | | |
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| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde sensible, essentiellement, est un produit direct de l’espèce, il est donc près d’une relative objectivité (un oxymore inévitable). Mais le monde intelligible, c’est-à-dire celui des représentations, est, fondamentalement, subjectif. La seule métaphysique profonde est celle de la subjectivité. Et qu’on laisse une plate psychologie s’occuper de l’objectivité. | | | | |
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| intelligence | | | Qu’est-ce qui justifie, en philosophie, l’appel au genre discursif ? - la poursuite, avec un progrès illusoire, d’une vérité à démontrer ; la prétention de ne négliger aucun des horizons envisageables ; la volonté de constituer un tableau exhaustif et monumental. La vérité, le savoir, la belle universalité – critères, réservés à la science et à l’art et complètement étrangers à la bonne philosophie, qui est toujours inchoative et subjective. Seul l’aphorisme vérifie ces exigences, y ajoutant la beauté de l’expression. Intelligenti pauca. | | | | |
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| intelligence | | | Notre soi, ce sont des gestes et pensées, portant sur les choses plus ou moins universelles. Celles-ci, dans ma perception, sont développées par le soi des autres, qui est donc un Multiple, un soi-système ; elles sont enveloppées par mon soi, qui est l’Un, un soi-point. | | | | |
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| intelligence | | | La métaphysique de la connaissance ne déboucha que sur l’universel, ce qui est, forcément, un chemin moutonnier. La métaphysique de l’action conduisit à la mécanique, ce qui est l’origine des robots. La seule métaphysique valable est celle du rêve, qui n’est ni généralisable ni programmable et ne peut motiver que les poètes. | | | | |
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| intelligence | | | L’ajout, la juxtaposition, la multiplication, la généralisation sont des opérations banales des épigones ; le créateur produit un arbre à inconnues, ouvert à l’unification avec celui du Jardinier, qui, tout en maîtrisant les constantes universelles, met son originalité dans les variables particulières. | | | | |
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| intelligence | | | Tout est particulier dans ce qu’on rêve ; tout est général dans ce qu’on voit. « Les grands ne voient que du général » - Karamzine - « Великие люди видят только общее » - c’est une qualité générale (propre même aux sots) et non pas particulière (réservée aux puissants) ; rêver est une qualité rare, très particulière. | | | | |
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| intelligence | | | La nature universelle, ontologique, de la mathématique, se confirme par tout ce que conçoit l’homme ; comme en mathématique, l’homme n’a besoin que d’axiomes (pour planter ses goûts irréfutables) et de logique (pour savoir prouver, en créant des langages adaptés). | | | | |
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| intelligence | | | L’existence de constantes universelles est un mystère inconcevable, qui ne peut être dû qu’à un arbitraire divin ; toute explication reviendrait à un jeu de dés sous-jacent, quoi qu’en pense Einstein. « La complexité de l’Espace suggère l’illusion d’un libre arbitre d’un Être conscient » - Tsiolkovsky - « Сложность Космоса граничит с иллюзией свободной воли сознательных существ ». | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d’érudition : la profonde – la maîtrise des solutions d’un métier ; la vaste – la curiosité pour les problèmes du savoir ; la haute – le regard sur le mystère de la vie. Dans l’Histoire, un seul personnage les possédait, toutes, – Einstein. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les productions de l’âme, la mémoire ne sert à rien ; seule la tête, en gros commune à tous, en profite, pour consolider son métier et affaiblir son originalité. « J'aime mieux forger mon âme que la meubler » - Montaigne - et l’originalité en est le meilleur forgeron. | | | | |
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| intelligence | | | L’arbitraire intervient nécessairement dans toute représentation suffisamment riche ; les catégories philosophiques font partie des représentations et portent donc une dose d’arbitraire. Impossible de trouver deux représentations (deux sujets), ayant exactement les mêmes jeux de catégories. Aucune absolutisation n’en est donc possible. Ni Aristote ni Kant n’en ont l’exclusivité. | | | | |
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| intelligence | | | Être, c’est s’exprimer universellement ; exister, c’est agir particulièrement. « Exister, c’est être distinct » - J.Benda. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA. | | | | |
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| intelligence | | | Tes questions dévoilent l’universalité et la profondeur de ton esprit ; tes réponses – l’originalité et la hauteur de ton âme. | | | | |
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| intelligence | | | La science : formuler une vaste question, à laquelle on cherche des réponses rigoureuses et leurs interprétations. La philosophie (comme tout art) : formuler une haute réponse, pour laquelle on cherche des questions élégantes, s’appuyant sur une représentation profonde. Tôt ou tard, la première tâche sera prise en charge par des robots ; l’art est en train de dégénérer à cause du dépérissement des âmes ; il reste la philosophie, car son outil, l’esprit, a une bonne mémoire, capable de ressusciter l’âme et de redevenir ainsi un art à part entière. L’universalité de la recherche de solutions sera remplacée par la particularité de la recherche de mystères. | | | | |
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| intelligence | | | Le poète synthétique Platon place ses mots (Idées particulières) dans sa représentation (en haut) ; le philosophe analytique Aristote les applique directement à la réalité (en bas) universelle. D’où le malentendu entre l’élève et le maître. L’erreur de tous les deux est de croire en universel et de négliger le particulier. En plus, dans le mot particulier, ils confondent ces deux concepts différents : la relation classe/élément et l’appartenance de représentations aux auteurs différents. | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion philosophique peut être atemporelle ou atopique, se focaliser sur l’être ou donner un sens au devenir, chercher l’universel ou exprimer le particulier, partir de la pensée ou tendre vers le rêve. La première attitude nous fait pencher sur l’immobile, sur l’abstraction, sur le langage ; la seconde – sur les commencements, sur l’énigme du passé et du présent, sur l’extinction de nos élans, sur la tragédie et la consolation. | | | | |
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| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
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| intelligence | | | La science développe avec des yeux universels, l’art enveloppe avec un regard particulier. Mais la grande mathématique est présente dans les deux, explicitement ou implicitement. « Tout dispositif poétique repose sur un fait mathématique enveloppé »** - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Par définition, la philosophie ne devrait aborder que des thèmes sur lesquels le consensus est impensable, ce qui aurait dû interdire toute objectivité et ne favoriser qu’un regard personnel, qui ne vaudrait que par sa hauteur, son goût, ses contraintes et son tempérament. La sagesse, le savoir, l’être sont de ces thèmes vagues, mais sur lesquels se déverse la logorrhée professoresque, à la recherche de l’universalité. | | | | |
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| intelligence | | | Tout créateur est porté à la philosophie, c’est-à-dire à remplir tous les horizons de l’intelligible, aussi bien à l’intérieur de son métier que les horizons communs des hommes. La mathématique et la musique (et peut-être aussi la religion) touchent tous les périmètres et rendent faibles ou superflus les efforts au-delà du cercle de leurs compétences, d’où la nullité philosophique des génies mathématique ou musical. Pour être bon philosophe, il faut être porteur d’immenses lacunes - des tragédies, des angoisses et des hontes. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation se réfère à la réalité, c’est-à-dire à la matière (les lois universelles, les espèces minérales, végétales, animales, humaines, les sciences appliquées) ou à l’esprit (l’éthique, l’esthétique, les rêves, la mathématique). | | | | |
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| intelligence | | | La réalité spatio-temporelle ne contient que la matière et les esprits ; le temps traversant l’espace constitue la seule réalité, et ce passage s’appelle le Devenir, ou l’existence. L’Être, ou l’essence, est irréel ; il est l’œuvre des esprits. L’essence est toujours artificielle et abstraite, mais elle est la cause suffisante des phénomènes de l’existence et sert à comprendre ou à justifier celle-ci, qui est réelle et concrète. Au sommet de l’existence se dresse la liberté humaine : à celui de l’essence se devine la nécessité divine. | | | | |
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| intelligence | | | Le nombre et ses relations, ainsi que leurs propriétés, furent généralisés en tant de concepts abstraits et gardant le même degré d’harmonie, d’élégance et d’émerveillement que tout artiste devrait s’imprégner de ce seul savoir universel, même n’allant pas plus loin que l’arithmétique ou la géométrie. | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique est universelle et impérissable, parce qu’elle n’a rien du réel, courant ou potentiel, y compris rien de vivant. | | | | |
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| ironie | | | Le souci des hommes de paraître originaux et rebelles est si commun, qu'ils en devinrent parfaitement interchangeables et inoffensifs. « L'homme s'épanouit : toujours plus intelligent, douillet, médiocre, indifférent » - Nietzsche - « Es geht ins Klügere, Behaglichere, Mittelmäßigere, Gleichgültigere - der Mensch wird immer „besser“ ». Il sait où loge son soi et ignore la demeure de son âme. Je me sens de plus en plus seul à penser comme tout le monde et à sentir comme un ahuri ! | | | | |
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| ironie | | | Je dénigre tout chemin, car toutes les constantes universelles - vitesse, gravitation, quantum d'action - s'y donnent rendez-vous. Je leur oppose mes variables inexistentielles de la complémentarité, décorant l'arbre déchu de la causalité. | | | | |
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| ironie | | | Quand on évalue l'ennui de ne trouver autour de soi que ce qui existe, ou, pire, l'horreur d'être cerné uniquement par ce qui cogite, on reconnaît à Descartes l'immense mérite d'un dualisme vivifiant, se moquant et de la logique et de l'Histoire. Avec lui, enfin, on peut penser l'inexistant et exister sans penser. Et en bon mathématicien, contrairement à Nicolas de Cuse ou à Spinoza, il n'abandonne pas l'homme aux seuls réalité ou langage, mais le force à passer par la représentation. | | | | |
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| ironie | | | Vu mon goût de ruptures et de capitulations, rien d'étonnant, que je suive à l'endroit la règle ; sauter pour mieux reculer, que tout le monde applique à l'envers. | | | | |
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| ironie | | | Seuls les poètes et les … logiciens voient dans l'inexistence d'objets ou de faits une grande et belle source de leurs (é)preuves. Les autres se contentent de l'inexistence divine. | | | | |
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| ironie | | | Tout homme intelligent passe par la tentation du dogmatisme ou du relativisme ; pour se débarrasser de celui-ci, suffit le talent ; pour maîtriser celui-là, suffit la noblesse ; les deux - armés d'ironie, c'est à dire d'une saine distance. Le fruit de cette fusion, c'est le culte de l'intensité égale sur l'axe des idées et des valeurs : se détacher de l'horizontalité du bruit, pour demeurer dans la verticalité de la musique, devenir vecteur de ce qui tend vers le beau ou le sublime. Cet axe, unifié par la dialectique (Hegel) ou par l'égale intensité (Nietzsche), peut s'arracher à son unique dimension et se généraliser en arbre à inconnues, ouvert à l'unification avec d'autres arbres. | | | | |
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| ironie | | | Le voyage à partir du rien vers l'être, en s'arrêtant sur les étapes de l'étant, s'appelle le devenir. Telle est l'abyssale philosophie de Parménide, Hegel, Sartre, Heidegger. Certains s'apercevront, à la fin, que l'être n'est rien d'autre que le rien du départ ; d'autres, encore plus perspicaces et courageux, appelleront cette bourde gênante - éternel retour du même, se détourneront de toute négation, pour prôner l'acquiescement universel. | | | | |
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| ironie | | | Le dogmatisme - ceci ou cela ; la dialectique - ceci, mais aussi cela ; le relativisme - cela vaut ceci ; l'ironie - cela sert à ceci. L'ironie entretient l'intensité de l'axe tout entier ; les autres s'occupent de ses partitions désaxées. | | | | |
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| ironie | | | Au lieu de patauger dans l'essence de la profondeur (das Wesen des Grundes - Heidegger), dont la plate existence me barbe, je plane dans l'inexistence de la hauteur, son universalité me suffit. | | | | |
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| ironie | | | Le philosophe et les éléments : il veut liquéfier ou solidifier la chose, soit pour la rendre protéiforme et universelle, soit pour prouver sa puissance et sa rigueur. Tandis qu'elle aurait besoin de feu, pour son intensité, et d'air, pour sa hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Plus tu es exceptionnel, plus tu a de droits de représenter et d’interpréter l’universel. | | | | |
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| ironie | | | Il y a, de nos jours, tellement de lumières, universelles mais immobiles, qu’il devient de plus en plus difficile d’en jeter une ombre frissonnante. Les lumières individuelles, en revanche, s’agitent, sans éclat ni noblesse, et regrettent les époques de l’obscurantisme et de la goujaterie, où elles auraient gagné la reconnaissance des ignares. | | | | |
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| ironie | | | Un problème sans solution entretient une saine curiosité ; un problème sans mystère peut être confié à la machine. L’art aphoristique s’inspire du premier cas et se sert du second comme d’une contrainte ; cet art consiste à concocter des solutions universelles et mystérieuses (des réponses), afin que vous en découvriez ou imaginiez des problèmes individuées (des questions). | | | | |
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| ironie | | | Mon orgueil d’algébriste est chatouillé par cet aveu de Valéry : « Ce qu’ont fait les hommes de plus admirable est peut-être l’algèbre ». Mais il gâche tout mon plaisir en en évoquant les aspects soi-disant les plus précieux – les nombres et l’observation de la nature – et je comprends que le compliment est irrecevable, puisque ni les nombres ni l’observation ni, encore moins, la nature n’y jouent un rôle quelconque. L’algèbre est la science qui, à la fois, est la plus éloignée de nos quantités et perceptions et traduit l’intelligence la plus universelle et pure, au-delà de l’humain. | | | | |
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| ironie | | | Chez les philosophes professionnels, tant de verbiages, ampoulés et creux, au sujet du tout et du rien, tandis que, en logique, les quantificateurs universel et existentiel réduisent ces vagues notions en concepts rigoureux et banals. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | Dans un écrit de fiction philosophique, il y a toujours deux facettes : des idées ou des mots, l'universel ou le personnel, le savoir ou l'auteur. Deux types de faiblesse de ma plume : lorsque les idées datent – manque d'attachement, ou date l'auteur – trop d'attachement. | | | | |
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| mot | | | Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue. | | | | |
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| mot | | | Le génie tiendrait d'engendrement, de genre et de généralité : l'acte, l'état, la portée. | | | | |
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| mot | | | Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias. | | | | |
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| mot | | | Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets. | | | | |
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| mot | | | Je ne vois ni des universaux linguistiques, ni des dispositions linguistiques innées (innate capacities), dont parle Chomsky ; je ne vois que des universaux mentaux (structures, objets, relations) ou logiques (connecteurs, quantificateurs, négation, déterminants) ; eux seuls expliquent l'apprentissage fulgurant de langues, par des mômes (le mental évoluant parallèlement au langagier), et dont sont incapables les adultes (dont le mental est déjà soudé au langagier). | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent. | | | | |
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| mot | | | À la base de toutes les langues se trouve une grande banalité … ignorée de tous les linguistes : les mots (sons ou morphèmes) ne servent qu'à référencer les objets et les relations. À partir de là - l'histoire forme les grammaires, et les enfants l'apprennent avec une facilité prodigieuse, parce que la référence d'objet ou de relation est un méta-concept inné, a priori, et ce rapport est la seule méta-grammaire universelle que l'apprentissage universel instrumentalise. Les linguistes suivent le chemin inverse ; ce qui est sensé pour une machine est erroné pour l'homme. Des universaux linguistiques (Chomsky) n'existent pas. | | | | |
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| mot | | | Une magnifique trifurcation du mot grec dialegesthai, l'art de la parole, aboutissant aux trois concepts, qui perdirent tout rapport entre eux - dialogue, dialecte, dialectique, et qui se retrouvent, miraculeusement, dans la littérature, car une bonne écriture résulte du respect des contraintes formelles universelles (un dialogue), de la maîtrise des moyens langagiers individualisés (un dialecte), de la noblesse du but intellectuel abstrait (une dialectique). | | | | |
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| mot | | | Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés. | | | | |
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| mot | | | Quand je lis le linguiste borné ou le philosophe vague, je comprends qu'il est impossible de savoir ce qu'est la langue, si l'on ne sait pas ce qu'est la raison, et qu'il est impossible de savoir ce qu'est la raison, si l'on ne sait pas ce qu'est la langue. Il manque, respectivement, un bon quantificateur universel ou un bon quantificateur existentiel. | | | | |
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| mot | | | Le regard philosophique sur la langue commence par un constat pré-langagier : avant qu'une phrase ne soit formée, tout homme focalise son attention, et en particulier ces désirs modaux, sur les objets de ses représentations. Seulement, ensuite intervient la grammaire. Et représenter veut dire tracer les frontières : « La grammaire n'est que la partie universelle de l'art de séparer et d'unir » - F.Schlegel - « Die Grammatik ist nur der philosophische Teil der universellen Scheidungs- und Verbindungskunst ». | | | | |
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| mot | | | Tout spécialiste en Intelligence Artificielle sait, qu'au-dessus d'une représentation il n'y a pas un seul, mais bien deux langages : langage d'une pure logique, proche des langages de programmation (prédicats déduisant des classes d'objets, des liens sémantiques, des valeurs d'attributs), et langage (pseudo-)naturel (tournures de phrases, associées aux relations). Tout n'est que rigueur dans le premier ; le second admet des tropes, des styles, des ambigüités. Mais toute grammaire naturelle s'inspire de la grammaire artificielle, pure, universelle et logique (structures profonde et surfacique de Chomsky). | | | | |
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| mot | | | Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation). | | | | |
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| mot | | | Les références (d’objets et de relations) et les implémentations du paradigme logique (la négation, les connecteurs, les quantificateurs) constituent une méta-grammaire (que Chomsky appelle grammaire universelle), à laquelle sont soumises toutes les langues naturelles. | | | | |
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| mot | | | La grammaire spécifie les moyens syntaxiques de produire les références légitimes d’objets – c’est tout ! C’est cette notion de référence d’objets qui est commune à toutes les langues et qui est le véritable pivot langagier de la communication, et qui permet une compréhension foudroyante et satisfaisante des discours, même uniques, originaux, jamais produits au passé. Mais cette compréhension est toujours particulière, jamais universelle, ce qui suppose des représentations individuées et dévalue toute la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | Dans les expressions De l’eau !, Va-t’en !, Au secours !, Magnifique !, (Wasser! Fort! Hilfe! Schön!), L.Wittgenstein ne voit pas de références d’objets. Pourtant, de toute évidence, elles y sont ; il suffit de comprendre, qu’entre le langage et la réalité existent des représentations, et qu’au-dessus de la grammaire existent des interprètes logiques, maîtrisant des références implicites d’objets de la représentation. Les représentations sont individuelles, tandis que les philosophes analytiques sont obsédés par le sens universel des mots et par le caractère absolu de la grammaire. | | | | |
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| mot | | | Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières. | | | | |
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| mot | | | Par ses représentations, l’Intelligence Artificielle crée une espèce de Langage Universel, auquel peuvent s’attacher des langues naturelles. Celles-ci n’ont rien à voir avec les lois de la Nature, tandis que Celui-là les complète. C’est de Celui-là que parle Chomsky : « La langue est quelque chose du genre de flocon de neige, prenant sa forme selon les lois de la nature » - « Language is something like a snowflake, assuming its particular form by virtue of laws of nature ». | | | | |
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| mot | | | Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle. | | | | |
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| mot | | | Il y a le monde de la Loi et le monde de la Beauté ; la mathématique universelle aide à comprendre le premier et la littérature individuelle chante le second. Il y a une concordance merveilleuse entre le libre arbitre mathématique et l’objectivité du monde ; mais aucune alliance ne peut subsister entre la liberté du mot et la nécessité du monde. Dans ce dernier cas, on abandonna le chant au profit du récit ; mais dans le genre discursif le journaliste est en train de surclasser Homère ; tandis que les alliances avec des dieux se raréfient, et les voyages lointains n'apportent que des améliorations à la technique de tissage. Toute belle Hélène devint patiente Pénélope. | | | | |
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| mot | | | L’inconstance aurait pu signifier – dans l’arbre de tes projections, l’insertion d’inconnues prometteuses à la place des constantes épuisées (pour A.Blok, l’inconstance était le bonheur idéal). Et l’invariant, ce pseudo-synonyme de non-variable, ne devrait pas concerner tes propres valeurs, mais des universaux impersonnels. | | | | |
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| mot | | | Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours. | | | | |
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| mot | | | Tout discours a autant de sens que de lecteurs. La philosophie analytique se disqualifie par sa pitoyable tentative d’atteindre au sens universel d’un discours, en contournant les représentations individuées. | | | | |
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| mot | | | La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle. | | | | |
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| mot | | | Une langue doit disposer de deux grammaires – l’interne (générative ou autre) et l’externe (représentative). D’une phrase, c’est-à-dire d’une suite de sons (peut-être accompagnée de gestes), la première grammaire extrait une suite chronologique d’entités élémentaires (équivalents de nos mots) et en établit la correction. Dans cette suite correcte, la seconde grammaire (une méta-grammaire) reconnaît des références d’objets (noms, relations, qualificatifs, négations, connecteurs et quantificateurs logiques, coordonnées spatio-temporelles). Le sens de la phrase est un concept subjectif, dépendant de représentations que tout individu possède ; ce sens est établi par un interprète universel extra-langagier (une méta-grammaire, un démonstrateur), grâce aux substitutions des références par des objets de la représentation, débouchant à un réseau. Rien d’universel (propre à toutes les langues) dans les grammaires ; tout est universel dans le démonstrateur. La logique est innée, tout le reste est acquis. | | | | |
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| noblesse | | | L'érection de contraintes a pour but - l'isolation et la protection de mon firmament, que je réussis en rétrécissant mes horizons et en bridant ma curiosité stérilisante. Les contraintes sont de justes répartitions d'indifférences. Aux meilleures inhibitions volontaires - les meilleures impulsions salutaires. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme s'oppose à la routine de l'évolution, mais la révolution de la négation totale ou universelle lui est encore plus étrangère : l'insupportable bavardage autour du néant, de l'absence de sens, de la transvaluation, du vide substantiel est signe d'une indigence imaginative ; le nihilisme en est la richesse et la fraîcheur. | | | | |
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| noblesse | | | Le rhizome opposé à l'arbre, l'identification avec le sol nourricier - à l'appel du vide et des couleurs, l'enracinement - au déracinement, la banalité - à la hauteur, le discursif - à l'évaluatif - tel est le visage défraîchi du postmodernisme. Détourné du rêve, prônant l'horizontalité intégrale, misérable avec ses idées, se vautrant dans des mots ampoulés, il puise toutes ses niaiseries dans un réel net, malléable à merci et envahissant. Juger sans critères, en absence de l'universel - ils ne comprennent pas, que le libre arbitre de la représentation touche toujours à l'universel (au sens du quantificateur logique) et qu'il n'est donné à personne, au stade de l'interprétation libre, d'échapper aux critères logiques, éthiques ou esthétiques. | | | | |
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| noblesse | | | Être concerné par toutes les choses, c'est le credo de ces touche-à-tout de Rimbaud, Hofmannsthal, Mallarmé, Keats, Kafka, A.Breton ; ils n'ont pas de filtres, que des amplificateurs ou transformateurs leur assurant une hygiène de l'ennui (Baudelaire). Le travail filtrant : approche, attouchement, vibration - éliminer, maîtriser, vivre. Celui qui a un regard vibrant a rarement des yeux vibrionnants, contrairement à ceux qui pratiquent un « nomadisme intellectuel : les yeux, qui partout se nourrissent » - Emerson - « the intellectual nomadism : the eyes which everywhere feed themselves ». Je préfère les ascètes et les esthètes : « J'ai un goût sans prétention : les meilleurs me suffisent » - Wilde - « I have a modest taste : the best of the best is enough for me ». | | | | |
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| noblesse | | | S'attaquer surtout au non-existant : après la naissance du rêve ou la mort de Dieu - chercher à donner vie au regard. | | | | |
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| noblesse | | | Constat désabusé : toute tentative de réduire la source d'enthousiasme au feu (le geste), à la terre (la mémoire), à l'eau (la vie) - échoue. Il ne reste, pour tout ce qui se veut ailé, que son élément naturel - l'air (le rêve), pour être porté non pas comme la lumière, mais comme le son. « L'élément de la parole est l'air, le médium vital le plus spirituel et le plus universel » - Feuerbach - « Das Element des Wortes ist die Luft, das spirituellste und allgemeinste Lebensmedium ». L'air, symbole de la verticalité, représenté, dans l'Antiquité, par une ligne verticale, les autres éléments étant réduits à la plate géométrie de carré, de zigzag et de spirale ; l'air de la hauteur, l'air tonique (eine Luft der Höhe, eine starke Luft - Nietzsche). | | | | |
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| noblesse | | | La verticalité est le goût des hiérarchies axiales, la préférence donnée à l'absolutisme des comment, par rapport au relativisme des quoi. Soit le qui se projette sur l'infini des exubérances, soit sur la platitude des connaissances. | | | | |
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| noblesse | | | En universalité, le chant l'emporte sur la danse comme la parole sur la marche. La danse ne peut être que jeune, tandis qu'on imagine le chant même chez un agonisant. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'édifice de mon âme, seuls les soubassements doivent garder leurs attaches spatiales, que je refuserai aux fenêtres et aux toits ; ainsi je me retrouverai dans des ruines nihilistes - privées d'attaches temporelles ; débarrassé de l'irréversible devenir, j'y vivrai un éternel retour de l'être atemporel, à l'opposé du Nietzsche simple, pour qui, c'est la réminiscence du devenir qui rend éternel le retour (mais c'est l'un de ces opposés que le Nietzsche complexe aime épouser avec tant d'égalisante intensité – retour du même !). On est séduit par ce « pathos universel de l'illusoire réminiscence » - Jankelevitch. Et moins je vois les attaches banales, mieux je m'attache à la grande distance. | | | | |
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| noblesse | | | Le langage des profondeurs spirituelles est largement universel ; mais la hauteur musicale de chaque homme a son propre langage. En compagnie de Valéry, je vis une fraternité admiratrice ; en celle de Nietzsche, je frôle le fratricide de complices. | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui, en moi, a besoin d'être armé est la face la plus basse ; la face noble ne demande que d'être désarmée, pour ne pas être tenté par un ressentiment particulier et pour me vouer à l'acquiescement universel. Aimer l'arc et la corde, mépriser les flèches. | | | | |
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| noblesse | | | Tous les murs sont dans l'horizontalité ; le particulier transi, qui songe à atteindre le chaud universel en saccageant ses murs, se trouve dans la même platitude. La fraternité se gagne en hauteur, où il faut placer ses limites et ses frontières ; celles-ci ne se donnent ni aux pieds ni aux yeux, elles existent pour embraser nos regards. | | | | |
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| noblesse | | | L’originalité dans la profondeur n’est qu’universalité, c’est-à-dire le savoir et l’intelligence. « L’originalité, pour moi, c’est l’intériorité, la profondeur du cœur et de l’esprit » - Hölderlin - « Mir ist Originalität Innigkeit, Tiefe des Herzens und des Geistes ». Mais toutes les profondeurs finissent dans l’extériorité. La seule originalité atemporelle se trouve en hauteur, dans le talent et la noblesse. | | | | |
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| noblesse | | | Il n’y a pas beaucoup de grandes choses dans le monde ; je n’en connais qu’une seule – le rêve, avec plusieurs façons de se manifester : l’amour, la musique, l’admiration. Il n’y a pas de balance universelle, pour évaluer cette grandeur ; se résigner à s’occuper du petit, car presque invisible, et laisser le grand, soi-disant trop voyant, aux autres, est une aberration, visuelle et intellectuelle. | | | | |
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| noblesse | | | Aux termes d’être (réalité absolue, universelle) et de vie (réalité vécue, individuelle), je préfère celui de rêve, en opposition à toute réalité, - l’attraction par le mystère de nos meilleurs élans et de leurs cibles. | | | | |
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| proximité | | | La raison, c'est l'évaluation dans l'existentiel ou dans l'universel ; la foi, c'est les valeurs dans l'absolu. Et l'intelligence, c'est la conscience que la foi lumineuse précède le premier pas de l'évaluation, et la foi ombrageuse en consacre le dernier. | | | | |
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| proximité | | | La cadence de mon horloge ne peut qu'être universelle, mais je ne suis pas obligé d'être à l'heure avec mon temps. Savoir choisir ses contemporains est le privilège de tout horloger en puissance. | | | | |
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| proximité | | | Pour prier Dieu, il leur faut bâtir une église, donc, agir, renoncer à la prière, mais l'action, c'est le diable, la transaction. « Où Dieu bâtit une église, le diable y ajoute une taverne » - proverbe allemand - « Wo Gott eine Kirche baut, baut der Teufel eine Schenke daneben ». Parce que ce qui aurait dû n'être que quatre murs d'un homme libre et solitaire se transforme en foire d'esclaves. « À voir comment ils croient en Dieu donne envie de croire en Diable » - Klioutchevsky - « Смотря, как они веруют в Бога, хочется уверовать в чёрта », d'autant plus que le diable, semble-t-il, a ses propres anges, que le Sauveur voue, toutefois, à l'enfer comme le diable lui-même. | | | | |
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| proximité | | | En fait de théologie, le catholicisme sent le droit romain et l'orthodoxie - le sophisme grec ; c'est pourquoi l'orthodoxie m'est plus sympathique. Ce ne fut peut-être pas un hasard, que Bacchus se réduisît au flacon et Dionysos - à l'ivresse sans orphisme, qu'Hermès finît par s'associer au plus noble des métiers, la traduction de messages, l'herméneutique, tandis qu'Hermès - au plus vil, le commerce, le (argent) médiateur (medius currens). Hermétique, plutôt que mercantile. L'uni-vers latin - le di-vers rabaissé ; le cosmos grec - l'ornement rehaussé. | | | | |
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| proximité | | | Immortel, omniscient, omniprésent, tout-puissant, aimant tout le monde - ce que l'homme ne peut pas être, il l'attache à Dieu, au lieu d'en faire un étranger merveilleux, sans attributs lisibles et se foutant de nos misères. Mais le plus lamentable, c'est encore de Le rendre égal de l'homme : « Agir, sans suivre la raison, est étranger à l'essence divine » - Benoît XVI - « Nicht vernunftgemäß handeln ist dem Wesen Gottes zuwider ». Même le bon Dieu serait condamné à devenir machine comme les autres… « Il n'y a pas de contradiction entre les vérités révélées et les vérités de raison » - Averroès. | | | | |
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| proximité | | | Le sacré et le fanatisme : la ligne de partage passerait par l'humilité du premier, par la résignation que ce qu'on vénère est indémontrable, et que la conviction est indéfendable ; le fanatisme part d'une conviction orgueilleuse, qui découlerait des arguments, auxquels les autres restent sourds, parce que infidèles ; le sacré est une coupure dans l'universel, pour l'admirer dans l'intimité des frontières ainsi créées ; le fanatisme est une tentative d'incarner l'universel, d'en être le centre. | | | | |
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| proximité | | | Maître Eckhart est plus constructif que Nicolas de Cuse : « Dieu est une sphère intelligible infinie, dont le centre coïncide avec sa circonférence » - « Deus est sphaera intellectualis infinita, cuius centrum est ubique cum circumferentia ». Mauvais géomètres, confondant la sphère-surface d'avec le cercle-circonférence ! Mais quelle jolie métaphore, autorisant la lecture cusaine monadique du cercle, puisque, en négligeant les coordonnées du centre, on en fait l'Un (ou Dieu), au rayonnement indéfini ou variable ! | | | | |
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| proximité | | | La bonne philosophie (comme toute poésie) peut se passer de concepts de vérité, de savoir, de nécessité. Les mauvaises, l’académique ou la religieuse, par pédantisme ou fanatisme, en sont surchargées, en abusant de philologie ou de misologie. L’académique, au moins, les loge dans l’esprit libre, critique et initiatique, proche de l’universel ; la religieuse leur trouve l’appui dans l’âme servile, dévouée aux Écritures. La croyance achève le parcours profond du sage ; elle précède l’errance superficielle du sot. | | | | |
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| proximité | | | Les réponses forment le message aphoristique comme elles forment le message religieux ; mais les secondes sont liées aux questions naïves et universelles, tandis que les premières laissent la liberté de choix de faisceaux de questions personnelles et profondes – des impositions serviles ou des unifications subtiles. | | | | |
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| proximité | | | Tant de définitions farfelues de ces termes ‘métaphysiques’ – Grâce et Créateur. Je dirais que la grâce est toute sortie inexpliquée de l’inertie des Lois, et le Créateur est l’auteur anonyme de nos trois hypostases : le Bien mystérieux, le Beau inutile, le Vrai universel. Mais les attribuer à Dieu : « L'âme, le cœur et l'esprit, c'est la trinité qui est dans l'unité de l'homme comme dans l'unité de Dieu » - Hugo – est un anthropomorphisme gratuit. | | | | |
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| proximité | | | L’esprit divin introduit la perfection en pénétrant les univers minéral (les pierres précieuses), végétal (la rose), animal (le papillon). L’esprit mathématique humain (re)découvre cette grâce en formalisant l’universel ; l’esprit musical humain la (re)crée en se focalisant dans le particulier. Ces talents, conscients dans le premier cas et inconscients – dans le second, s’appellent génies. | | | | |
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| proximité | | | L’objectivité est la prérogative de Dieu, celui qui créa l’Univers, dans lequel le Vrai s’incarne dans la matière et s’offre à l’esprit humain pour examen, tandis que le Bien et le Beau inondent le cœur et l’âme humains. Notre conscience vit dans deux mondes objectifs, universels : le premier - les problèmes et les solutions mathématiques ; le second - les beautés et les mystères de la nature. Aucune subjectivité ne peut se passer d’une référence à l’un de ces mondes objectifs ; le monde subjectif, ainsi créé, ne peut être qu’inerte, stérile, sans métaphore, sans vie. L’artiste abstrait est un tâcheron mécanique. La beauté du monde qui nous entoure ne sera jamais dépassée par la beauté dont notre création entourerait les échos de ce monde. | | | | |
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| russie | | | L'intelligentsia européenne : se soucier du bonheur universel ; l'intelligentsia russe - se lamenter sur le malheur particulier. La première cherche à amender le Code fiscal, la seconde - à essuyer une larme. La première voit la contradiction la plus dramatique dans l'incompatibilité entre l'universel et le particulier, la seconde - dans l'incommensurabilité entre le rêve et l'acte. | | | | |
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| russie | | | Ce pays tire tout ce qu'il y a d'inhumain dans les esprits d'Asie et d'Europe, tandis que ce qu'il y a d'universel, chez ceux-ci, n'est apprécié que par ses marginaux. L'intransigeance et l'étroitesse asiatiques, la rapacité et la grisaille européennes. L'affectation européenne et le vide asiatique. | | | | |
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| russie | | | On ne peut être attiré par la Russie qu'avec les yeux d'enfant ; dès qu'on creuse ou abrase, et même dès qu'on gratte, on tombe sur la sombre profondeur du Tartare ; de bonnes raisons d'aimer la Russie se trouvent, toutes, en hauteur déracinée. « Derrière les raisons enfantines de m'installer en Russie, se trouvent des profondes » - Wittgenstein - « Behind all my childish reasons to settle in Russia, there are deep ones » - tu n'aurais pas dû abandonner le regard d'enfant pour ouvrir les yeux d'adulte. | | | | |
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| russie | | | Partout, avec du savoir acquis s'affine la délicatesse des sentiments. La seule exception - la Russie, où plus sauvage est l'homme plus il y a de chances de lui trouver de la subtilité du cœur. | | | | |
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| russie | | | Les pires défauts du Russe se retournent contre lui-même ; les défauts de l'Européen se dressent contre les autres. Les qualités du Russe s'adressent à l'humanité entière ; les qualités de l'Européen le servent d'abord lui-même. | | | | |
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| russie | | | Comment on s'attribue l'exclusive : le Sonderweg (voie à part) de la philosophie allemande, l'exception culturelle française, la загадочность (énigme) de l'âme russe. Et, paradoxalement, leurs horizons s'appellent : le Weltgeist (âme du monde), l'universel, la всеотзывчивость (ouverture à autrui). | | | | |
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| russie | | | Que je suis reconnaissant à la sérénité des lumières universelles européennes, qui me permirent de jeter sur ces pages tant d’ombres russes, scintillantes et solitaires. « La solitude : un océan d’ombres couvre cette Sibérie » - A.Suarès. | | | | |
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| russie | | | Pour qualifier une attitude face au pouvoir, seuls les Russes continuent encore à employer le verbe aimer (aimer le Tsar, le Petit Père des peuples, le Président). « Contrairement à l'intelligentsia, l'intellectuel peut aussi bien aimer que ne pas aimer le pouvoir en place » - Kontchalovsky - « Отличие интеллигентства от интеллектуала : интеллектуал может любить свою власть, а может и не любить ». On ne peut aimer ou haïr un Code, un mode d'emploi, une réglementation, on les rédige, contrôle, applique. Mais le Russe veut partout mettre de l'âme, ce qui la rend universelle et introuvable. | | | | |
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| russie | | | Quand les horizons sont bouchés, l'universel prend facilement la forme du clocher le plus proche. C'est ainsi qu'il faut voir la prétention russe à l'universalité. La fuite devant les actes se faisant passer pour l'ouverture d'esprit et faisant tarir la fécondité de l'âme. | | | | |
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| russie | | | Pour comprendre la vocation russe, il faut la chercher en hauteur. « Pouchkine comprit le peuple russe en profondeur et en ampleur » - Dostoïevsky - « Пушкин понял русский народ в глубине и обширности » - tu te trompes de dimensions : la hauteur russe, qui est totalement européenne, ne fut comprise que par deux belles sensibilités – par Pouchkine et par Nabokov. Ces deux-là sont les seuls ironistes russes, se moquant des pensées en prose, tout en en exhibant des flopées poétiques. | | | | |
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| russie | | | Pour deviner les rapports de l'Européen avec la connaissance, il suffit d'examiner son verbe-fétiche : under-stand (humilité), ver-stehen (pénétration), com-prendre (universalité), по-нять (hauteur). | | | | |
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| russie | | | Tout particularisme n'est qu'incapacité d'accéder à un langage plus vaste. La vraie opposition, dans le débat intellectuel, n'est pas entre l'universel et le particulier, mais entre l'universel palpitant et l'universel mécanique. Le Grec et le Français penchent pour la mécanique, et l'harmonie finale est au rendez-vous. L'Allemand et le Russe tendent vers la palpitation, et de terribles déchirures aboutissent au gauchissement de leurs édifices. Pour que la maison commune soit agréable à vivre, il ne faut ni monter au plafond, ni taper de la tête contre les murs, ni s'extasier devant des ruines laraires : en communauté, il faut garder la paix moutonnière ou robotique. | | | | |
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| russie | | | L'esprit universel français (Montesquieu), le cœur sacré des peuples (Hölderlin - heiliges Herz der Völker), l'âme vaste du Russe (Dostoïevsky - размах русской души), - on s'y trompe d'adjectif : l'esprit doit être vaste, le cœur - universel, et l'âme - sacrée. | | | | |
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| russie | | | L’homme en général est un concept creux ; l’universalisme a tellement de facettes. Le Français voit l'homme en train de réfléchir, l’Allemand – à calculer, le Russe – à souffrir (il porte le génie de l’art de souffrir). Et puisque, quelle que soit la trajectoire humaine, au bout nous attend la souffrance, le Russe est peut-être l’homme le plus universel. « Pourquoi les plus brillants des Européens cherchaient en Russie de la consolation, de l’espérance, de l’âme ? Serait-ce à cause de cette réponse russe, qui porte sur l’homme en général ? »* - V.Soloviov - « Почему умнейшие из европейцев искали утешения, надежды и души в России? Не потому ль, что русский ответ касается человека в целом? ». | | | | |
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| russie | | | Dans les affaires humaines, ce qui ne s’unifie pas avec l’universel ne peut relever que du folklore, de la folie ou de la bêtise. Tout en ignorant le fond de la culture européenne, le Russe est solidaire de ses formes : « L’âme russe est l’un des fragments les plus précieux de l’âme universelle » - S.Zweig - « Die Seele des Russen ist das Kostbarstes Fragment der Weltseele ». | | | | |
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| russie | | | La haine, provenant d’un sentiment d’injustice, finira par s’assagir ; la haine, qui n’aurait pour ancêtres que la barbarie, ne peut déboucher que sur une folie meurtrière – tel est le bilan du bolchevisme. « L'aboutissement bolchevique de la cruauté et de la férocité, évoluant vers une folie de la haine universelle » - B.Russell - « The Bolshevik outlook is the outcome of the cruelty and the ferocity, maddened into universal hatred ». | | | | |
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| russie | | | La mentalité tyrannique, grégaire, pénètre toutes les couches sociales russes, de l’État - à l’entreprise, à l’école, à la famille : l’oligarque suit ses caprices, l’enseignant – la propagande officielle, le père de famille – son statut envié de despote. Et même l’Église : au lieu d’un esprit individualiste, celle-ci prône l’esprit collectiviste, soit disant universel (sobornost’ – ‘соборность’). Aux yeux des Russes, la liberté est un fantôme étranger, un spectre menaçant qui rôde, pour semer des troubles. | | | | |
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| russie | | | Trois tribus me prirent pour sien, car je fus admiratif devant l’esprit universel français, soulevé par le cœur solitaire allemand, ému par l’âme fraternelle russe. | | | | |
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| solitude | | | Pour être premier, il est nécessaire d'être seul ; mais être seul ne suffit pas pour être premier. À l'article près, c'est du Lucien : « Si c'est le premier, il n'est pas le seul. Si c'est le seul, il n'est pas le premier »**. La virginité de l'absolu. Le sot emmène dans sa solitude la banalité de l'universel ; le sage s'y débarrasse de ce qui n'est pas unique : « La solitude n'apprend pas à être seul, mais le seul » - Cioran. | | | | |
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| solitude | | | La vraie négation est le regard ailleurs. Faire toujours le contraire est aussi du mimétisme. Etiam si omnes, ego non (St-Pierre, avant de trahir Jésus, ou Louis XIII, pendant qu'il se pliait comme tout le monde devant Richelieu) - Tous peut-être, mais pas moi - une manière naïve de rejoindre le troupeau, dont le beuglement couvre le chant du coq. | | | | |
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| solitude | | | L'artiste médiocre retrouve le lecteur (spectateur, auditeur) médiocre dans leur désir commun de scandaliser ou d'être scandalisé. Le conformisme le plus vaste se forme aujourd'hui autour des non, scandés en chœur. Le oui solitaire, existentiel ou universel, perdit tout prestige auprès des moutons indignés. | | | | |
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| solitude | | | Quand je suis avec les autres, je ne suis qu'une pièce d'un monde mécanique. Une fois seul, je découvre un monde organique, et en plus, il sera tout entier en moi et à moi ; ce n'est même pas la peine de le peupler, il est plein d'échos fidèles d'un monde perdu. | | | | |
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| solitude | | | Même mes impasses sont munies de panneaux indicateurs, que je n'avais pas mis moi-mêmes. Et d'autres m'aidèrent à m'y égarer. Sans les autres, dans mes buts, je n'érigerais pas de bonnes contraintes. « Qui suit tout le monde fait mal ; qui ne suit personne fait pire » - proverbe serbe. Sur de bonnes vieilles pierres des autres je ferai résonner mes pas non faits. | | | | |
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| solitude | | | L'espèce se résume bien dans ce que j'appelle mon soi connu, humain, universel et intelligible. La découverte de son soi inconnu, personnel, mystérieux, sensible, est l'une des origines les plus profondes de la solitude. « Plus les deux soi s'unissent, plus ce soi conjugué se sépare de tous les autres hommes » - Kierkegaard. | | | | |
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| solitude | | | La fraternité est affaire des solitaires ; c'est la rencontre, au fond d'eux-mêmes, d'une nature et d'une culture qui dessine les frontières du sacré fédérateur. Tout le contraire d'un troupeau : imitation de l'extérieur, solidarité intéressée, nature tribale et culture provinciale. Je lis tant d'humanité universelle dans le regard d'un narcissique doué ; tandis que les yeux d'un grégaire, cherchant à embrasser, emphatiquement, l'universel, ne reflètent que son auge. | | | | |
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| solitude | | | Ceux qui veulent se singulariser se donnent rendez-vous au même endroit, auprès des mêmes objets et constituent une cohue homogène ; ce qui dégage une place désertique, où les hommes d'exception peuvent se vouer à l'universel solitaire. | | | | |
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| solitude | | | En multitude, on calcule le droit universel ; en solitude, on rêve du devoir personnel. Les Grecs furent plus solitaires que les Romains. | | | | |
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| solitude | | | Le regard personnel sur les valeurs universelles – telle est la mince consolation de la solitude. D’autres en font même la seule condition d’une vie intense : « Sans vues universelles et sans regards ouverts sur le monde la vie individuelle ne peut exister » - Hölderlin - « Ohne Allgemeinsinn und offnen Blick in die Welt kann das individuelle Leben nicht bestehen ». | | | | |
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| solitude | | | Je lis, chez les philosophes-raseurs, une prétention à l’universalité, mais je n’y vois que de l’arbitraire, consensuel et banal ; je pars de l’arbitraire de mes états d’âme, mais j’y découvre, chaque fois, de l’universel insoupçonné. Dans l’univers entier, ceux-là ne perçoivent que de l’arbitraire commun ; de mon arbitraire spontané naît une universalité divine imprévisible, j'en suis davantage imitateur que créateur. | | | | |
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| solitude | | | Le narcissisme, ce n’est ni se prendre pour supérieur ni trouver sa personne seule digne de regard. Il est un sobre constat, accessible à tout plouc, que pour comprendre ou peindre les hommes, une introspection suffit, - pas la peine de fréquenter ou examiner les foules ou élites. Dans ce genre descriptif, tout modèle est déjà en toi ; tu proclames l’universel en acclamant ton particulier. En plus, que l’homme soit un miracle, tu le sais spontanément, sur ta propre vie, sans analyse ni réflexion, nécessaires dans le regard sur les autres. | | | | |
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| solitude | | | La matière principale des poètes et des philosophes, ce sont leurs états d’âme. Le simple mortel se nourrit de faits spatiaux et d’événements temporels. Le rêve universel et la vie courante. | | | | |
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| solitude | | | Il faut être à l’extérieur du monde, pour bien le peindre ; les tableaux les plus universaux proviennent des pinceaux reclus dans la solitude. | | | | |
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| solitude | | | Le narcissisme consiste à trouver tous les aspects de l’Être universel, en se limitant, en toute lucidité, à l’introspection de son propre Soi singulier (mon soi inconnu), ce qui réfute toutes les proclamations de la Fin de l’Histoire ou de l’Oubli de l’Être. | | | | |
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| solitude | | | Inscrire ma sensibilité de solitaire dans l’intelligible universel ; ne pas décrire mon intelligible commun par le sensible solidaire. Emprunter l’esprit des autres pour faire aimer mes états d’âme. | | | | |
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| chœur vérité | | | ACTION : Tout mode d'emploi est une vérité agissante. Je les préfère gisantes ou grisantes. Cependant, seule l'action rend la vérité vraiment miraculeuse, car, universelle, découverte au milieu des abstractions, sur une page, elle trouve un étrange écho existentiel, au milieu des choses, auxquelles elle n'avait jamais songé. | | | | |
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| vérité | | | On ne s'approche de la vérité qu'en s'éloignant de soi-même, c'est-à-dire en renonçant à être dans un point, pour être partout. Une pan-topie à la rescousse d'une u-topie. Toute perspective est une invitation au faux ; la fermeture des horizons est condition du vrai. | | | | |
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| vérité | | | Tant de sophismes n'auraient jamais vu le jour, si la manipulation de la négation n'avait pas été si malaisée : Platon, incapable de nier une relation ternaire (par ex., ressemblance dans son Parménide) ; Shakespeare (« Nothing is but what is not »), ne distinguant l'universel d'avec l'existentiel ; Kant se ridiculisant avec froid et obscur en tant que des négations de chaud et de lumineux ; Hegel, confondant la complémentaire et la négation (tout comme Jankelevitch : « La négation exprime une altérité, mais non point un néant ») ; Le plus lucide est peut-être Sartre, faisant de variables rien et personne des instances de néant. | | | | |
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| vérité | | | La vie est suite continue d'événements ; l'événement est ce qui modifie une base de faits ; la seule bonne logique est monotone, hors du temps, sans événements, - vous comprenez maintenant, pourquoi toute vérité est squelettique. Le temps est incompréhensible, puisque comprendre, c'est suivre une bonne logique. « C'est dans la rétroaction de l'événement que se constitue l'universalité d'une vérité ; l'intervention est le nœud de toute théorie du temps » - Badiou - il en est même l'aporie. | | | | |
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| vérité | | | La même naïveté, chez les candides et chez les écolâtres : le sens de l'existence serait de rester fidèle à quelques convictions acquises de haute lutte : « Il faut trouver une Idée vraie et ne jamais céder sur ses conséquences » - Badiou. Ils ne comprennent pas que : - les idées, en dehors de la science, ne valent rien sans métaphores ni élan (la chose n'y est vraie que si elle est belle ou bonne), - l'opiniâtreté est ridicule là où l'on cède à la musique, - le beau et le bon tirent non pas vers des déductions, mais vers des séductions. Toutefois, sans la hauteur, le dogmatisme et le relativisme se valent. | | | | |
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| vérité | | | Quand un niais dit : la Terre est ronde ou l'équation d'Einstein est juste, dit-il la vérité ? Le sujet doit être présent dans la définition de la vérité ; plus je suis ignare, plus les faits avérés sont pour moi des hypothèses gratuites plutôt que des vérités universelles. | | | | |
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| vérité | | | Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines. | | | | |
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| vérité | | | Son soi connu, le véridique, ressemble tellement au soi de son prochain, que Narcisse, à la recherche de son visage, se réfugie dans son soi inconnu, l'inexistentiel. « Ce qui a été cru par tous, et toujours et partout, a toutes les chances d'être faux. Il n'y a d'universel que ce qui est suffisamment grossier pour l'être »** - Valéry. Le raffinage d'une vérité universelle est un exercice grossier. Ce paradoxe : l'ennui des concepts dans l'universel ; leur caractère vital dans l'individuel. Plus que la vérité elle-même, c'est notre œil, notre sens du langage, qui s'infléchissent. | | | | |
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| vérité | | | Des attitudes, avec la bêtise décroissante, face à la vérité : elle me possède (Marx : « La vérité est universelle, elle me possède, je ne la possède pas » - « Die Wahrheit ist allgemein, sie hat mich, ich habe sie nicht »), je la cherche, je la possède, je la prouve, je la constate, je la crée (Marx : « La vérité : propriété des propositions de s'accorder avec les choses de la représentation » - « Die Wahrheit : Eigenschaft der Aussagen, mit dem widergespiegelten Sachverhalt übereinzustimmen »). | | | | |
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| vérité | | | Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai, le beau, le bon sont trois motifs exhaustifs et incontournables, pour remplir tout regard philosophique universel. Mais leurs matières, leurs sources, leurs valeurs sont incommensurables entre elles ; c'est pourquoi l'aspect systémique, chez un philosophe, est des plus secondaires, aucun trafic substantiel n'existant aux frontières. L'usage le plus juste consisterait à vouer le bon et le beau – à la recherche de consolations, et le vrai – à l'étude du langage. | | | | |
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| vérité | | | Le discours philosophique ne peut porter que sur les thèmes, où le consensus est impensable. Donc, par une simple modification du langage, une proposition vraie y peut être transformée en fausse. Et ils continuent à traquer la vérité dans leurs discours abscons. La vérité, en philosophie, est un attribut, un qualificatif local, sans aucune portée globale ; on devrait y rester avec les objets intelligibles, ou, mieux, avec le sujet sensible. | | | | |
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| vérité | | | Dans le monde de la nécessité, les vérités universelles s’imposent à l’homme. Dans le monde de la liberté, c’est l’homme qui crée ses vérités personnelles. | | | | |
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| vérité | | | Pour porter aux nues Spinoza et Hegel, il faut être : ignare en logique, obsédé par le mot savoir, insensible au style, entraîné vers le bavardage ou la graphomanie. Pour aimer Nietzsche et Valéry, il faut tenir à la noblesse, à l’intelligence, à la poésie. Poursuite, hors langage, des occultes vérités pseudo-universelles ; ou création de langages, pour exprimer des vérités lumineuses individuelles. | | | | |
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| vérité | | | Moi, non-astronome, je n’ignore pas la distance entre la Terre et la Lune, mais ce n’est pas une connaissance, ce n’est qu’une croyance, puisque je suis incapable de le prouver. La connaissance sort des preuves et non pas de l’ignorance, comme la lumière ne sort pas des ténèbres, mais des propriétés universelles de la matière. | | | | |
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| vérité | | | Dès qu’une vérité devient objective, elle s’implante dans le champ des banalités. | | | | |
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| vérité | | | Pour justifier ses représentations et preuves, la mathématique n’a pas de comptes à rendre à la réalité ; les objets qu’elle manipule n’ont pas de modèles dans la réalité ; elle les fabrique elle-même, dans un esprit universel, peu anthropomorphique. Toutes les vérités mathématiques sont éternelles. | | | | |
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| vérité | | | La logique mathématique est universelle et les représentations sont individuelles. Ces dernières (munies d’un mécanisme interprétatif) ne sont qu’un pâle reflet de la première, mais leurs notions centrales (et non pas les concepts) y sont les mêmes : les faits axiomatiques, les formules langagières, les déductions. Dans le premier cas, toute modification de la base axiomatique est contrôlée par la logique même ; tandis que dans le second, domine le libre arbitre. Dans les deux cas, on parle de vérités (axiomatiques ou déduites). L’usage de ce terme, pour signifier un accord (adaequatio) avec la réalité est abusif. | | | | |
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| vérité | | | Tous les philosophes, de Platon à Heidegger, appliquent la notion de vérité aux choses et aux actes des hommes et considèrent le résultat comme universel. Or, seuls les jugements, propositionnels et non pas intuitifs, jugements énoncés et prouvés par un homme, peuvent recevoir cette valeur, valeur personnelle. La réalité y est absente. | | | | |
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| vérité | | | La source de mes actes est soit mon soi inconnu singulier (alors il s’agit d’actes de création), soit mon soi connu social (alors il s’agit d’actes d’obéissance). Mais l’usage applique le même terme de vérité aux résultats réussis de ces deux démarches : la vérité comme satisfaction (de la traduction intérieure de mon essence), ou la vérité comme adéquation entre l’acte visé et l’acte accompli (la manifestation extérieure de mon existence). « En inventant, je dis la vérité ; en disant la vérité, je trompe » - L.Reisner - « Сочиняя, говорю правду, и обманываю, говоря правду » - avec la vérité des autres, tu trompes ta vérité singulière. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme possède un système implicite de validation de ses connaissances ; peu d’hommes procèdent à la vérification de la non-contradiction des représentations, nées de cette validation. C’est la part du savoir, logiquement cohérent, qui désigne une intelligence représentative. La valeur de la vérité d’une même proposition n’est donc pas la même chez un savant ou chez un ignare. Toutes les vérités sont personnelles, découlent des représentations personnelles, même si leurs valeurs logiques sont nulles ; aucune vérité n’est objective ou universelle (sauf en mathématique). | | | | |
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| vérité | | | On peut juger de l’intelligence des hommes par le choix du qualificatif gnoséologique qu’ils attachent au concept de vérité : universelle (les plus bêtes), nationale (les plus banals), personnelle (les plus lucides). | | | | |
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