| action | | | On se trouve en hauteur, sans le moindre effort ; pour atteindre la profondeur, il faut y plonger. Ceux qui s'y décident finissent par surnager, pour, ensuite, continuer à ramper. Ces espèces ont rarement assez de souffle, pour être aspirées vers la hauteur. Celle-ci n'est pas dans les nues, elle est dans le détachement de tout lieu. | | | | |
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| action | | | Le seul moyen, aujourd'hui, de sauver l'homme serait de le rendre faible. Toute force, vécue comme une ivresse, désormais, mène vers une bonne conscience et, donc, est source d'ignominies. À leur ébriété lucide de repus de la manne monétaire, je préfère une ivresse éperdue des assoiffés près d'une bonne fontaine. Les orgueilleux se prennent pour Alexandre le Grand : « ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, me nourrit » - sans prendre ses risques, ou pour des matadors des arènes minables : « lo que no mata, engorda » - proverbe espagnol - « ce qui ne tue pas alimente ». | | | | |
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| action | | | La position couchée et une belle soif semblent être attachées à la hauteur, qu'il s'agit d'imaginer plutôt qu'escalader. Entre le haut ciel et la terre basse, il n'y a que la table et le lit qui sont à la bonne hauteur. Le genialis lectus accueille les pensifs et les lascifs et favorise les fulgurances géniales ou génitales. | | | | |
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| action | | | Ni la marche, ni même l’escalade ne nous approchent de la hauteur. Nous ne pouvons ni progresser vers elle ni, a fortiori, l’atteindre ; nous ne pouvons que tendre vers elle, par l’élan d’un regard immobile ; elle est dans la soif et non pas dans son assouvissement. | | | | |
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| action | | | Je ne cherche pas à assouvir, mais à réveiller et à entretenir de bonnes soifs. Non pas à nourrir, mais à exciter de bons goûts. | | | | |
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| action | | | Avec le temps, le travail des yeux parcourt un cycle : dans ton enfance ils boivent le monde, ensuite ils le voient ; un jour, ils deviennent regard, qui recrée le monde, ensuite il se dévoue à en entretenir la soif. Les yeux finissent par s’attacher à l’esprit créateur, comme les oreilles – à se solidariser avec l’âme musicale. Le cœur, lui, reste toujours solitaire. | | | | |
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| action | | | Les mystères, les problèmes, les solutions ont leurs soifs respectives : les premiers les entretiennent, les deuxièmes les maîtrisent, les troisièmes les assouvissent - la noblesse, l'intelligence, la consommation. | | | | |
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| wilde o. | | | Action is the last resource of those who know not how to dream.
L'action est la dernière ressource de ceux qui ne savent pas comment rêver. | | |   | |
| | action | | | L'essentiel n'est pas dans le comment, ni même dans le pourquoi ; c'est la fonction, l'organe même du rêve atavique, qui cessa de se manifester. Le rêve, qui fut jadis la première source pour assouvir la soif d'inaction. Dans les fontaines de la vie, l'action est souci des canalisations, rien de plus : « Du fond des infinies soifs, l'action finie ne fait jaillir que de faibles fontaines » - Rilke - « Aus unendlichen Sehnsüchten steigen endliche Taten wie schwache Fontänen ». | | | | |
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| amour | | | En poésie, l'assouvissement est plus important que la soif. Avec la femme, c'est l'inverse, mais le déséquilibre est du même ordre. Il y a de l'âme, dans les deux cas, tandis que l'équilibre entre désir et possession est signe de quelque chose sans âme. | | | | |
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| amour | | | Dans la découverte de l'inattendu, la lumière a une fausse réputation. Pour accéder aux mystères, on a besoin d'obscurité, où se procurent les plus chaudes des caresses. « La caresse ne sait pas ce qu'elle recherche. Elle est faite de l'accroissement de faim »*** - Levinas. | | | | |
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| amour | | | Surproduction de bile à usage interne, surproduction d'amour à destination externe, leur non-sollicitation, leurs coupes respectives pleines, leur mélange inutilisable, pour ulcérer les douceâtres ou étancher les soifs des doux et ne pouvant servir que d'encre sympathique. | | | | |
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| amour | | | On se dégrise en assouvissant ses soifs ; seules la forme et les étiquettes des bouteilles, le regard et l'écriture, nous tiennent encore en vertiges, nous enivrent sans vin. | | | | |
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| amour | | | L'amour, c'est la soif artificielle naissant à la vue d'une fontaine artificielle, prête à jaillir, et qu'on découvre dans les yeux, dans la voix, dans la peau de l'être aimé. Entretenir la soif auprès de la fontaine, le premier souci de l'amoureux : la « soif s'étanche en un manque plus vaste » - Melville - « thirst is slaked in larger dearth ». | | | | |
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| amour | | | Ils pensent que l'amour meurt de soif, à cause de notre inaptitude à remplir ses fontaines. Mais c'est plutôt à cause de nos soucis pour des sources indignes, où nous assouvissons de mauvaises soifs. L'amour vit mieux, lorsqu'on sait mourir auprès de sa fontaine première, créée pour entretenir la bonne soif. | | | | |
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| amour | | | La soif de l'amour élève et redresse ; la soif de la vie abaisse ou humilie. La vie ténébreuse de l'amour éclaire l'artiste ; l'amour béat de la vie l'éteint. | | | | |
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| amour | | | Des nectars ou élixirs, accompagnés d'amuse-gueule, telle devrait être la seule nourriture de l'amour ; dès que, de gourmand il devient gourmet, il revit une santé et ne s'aperçoit même pas de la mort du vertige ; cette mort est la perte du goût. Dès que la langue de l'amour s'intéresse de trop près au goût des aliments, ceux-ci deviennent insipides. Les yeux et les oreilles sont les meilleures gardes du palais de l'amour. « La faim assaisonne le mets » - Cicéron - « Cibi condimentum fames est ». | | | | |
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| amour | | | L'amour, porté en soi, sans objet ni espérance, n'est que tendresse, se nourrissant d'elle-même. L'amour est un réveil des soifs de l'âme ; la tendresse irrigue le cœur endormi. L'âme est gorgée de soifs inassouvies, auxquelles l'amour invente la fontaine. Avec la tendresse, je suis à la paisible et certaine œuvre du bien ; l'amour me fait découvrir l'intensité vibrante sur tout l'axe du bien et du mal, de la pureté de l'ange au remords de la bête, le grâce à se convertissant facilement en malgré. | | | | |
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| amour | | | Le désir de devenir, ou même la certitude soudaine d'être - pur, parfait, au sommet de mes dons, de mes soifs, de mes regards, - tels sont les symptômes d'un état amoureux. Les purs découvrent un récipient de leur pureté, et les impurs découvrent la source d'eux-mêmes. « L'imparfait a plus besoin d'amour que le parfait » - Wilde - « It is not the perfect, but the imperfect, who have need of love ». | | | | |
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| amour | | | La liberté subit le même renversement que l'intelligence, chez l'amoureux : « L'amour est ce qui réduit en esclavage les hommes libres et apporte aux esclaves la liberté » - Lulle. Aux uns il donne la fontaine et la chaîne, aux autres - l'eau courante et l'hygiène, aux meilleurs - la soif, dont ils meurent. | | | | |
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| amour | | | La désillusion est la terre, comme l'illusion est l'air ; la beauté est l'eau de la fontaine, où ta soif est feu. « C'est en reculant sans cesse que la beauté garde son attrait. Nez-à-nez avec elle, l'amant n'étreint que sa propre désillusion » - Melville - « The beauty's power lies in its ever-receding nature. When the gap is closed, the lover embraces only his own disillusion ». | | | | |
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| amour | | | Il est facile de voir le vrai élément de l'amour - dans le feu de mon désir, dans l'air où se déploient mes ailes, dans la terre qui veut garder des traces de mon passage. Mais l'eau semble être l'élément le plus proche du mystère amoureux, et non pas seulement à cause de la sacrée soif, mais aussi - pour l'immensité de l'illusion qu'elle crée, aussi bien en grâces qu'en pesanteurs : « Le bonheur, c'est l'eau du filet que tu tires » - proverbe russe - « Наше счастье - вода в бредне » - et si, en plus, je pensais au naufrage et aux voiles plus qu'à la criée, je prendrais les profondeurs pour altitudes. | | | | |
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| amour | | | L'épreuve par ses faims est, pour le corps, le pire des surmenages ; l'âme, au contraire, s'en nourrit et y gagne en pugnacité. | | | | |
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| amour | | | Comment tombes-tu amoureux ? - tu as une soif de fauve et un talent de peintre, tu veux peindre un portrait et le fauve te dicte, à l’avance, le genre, les couleurs, les nuances secrètes ; survient un visage, et c’est ta soif, portée par ton talent, qui réinvente ce visage, que tu aimeras, aussi bien dans le réel du fauve que dans le rêve du peintre. | | | | |
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| amour | | | Tant que tu es capable d’entretenir de bonnes soifs ou de bonnes faims, tu auras de quoi nourrir ton amour. Les repus aiment dans la réplétion : « Impossible d’aimer bien, si l’on n’a pas bien mangé » - V.Woolf - « One cannot love well, if they have not eaten well ». | | | | |
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| amour | | | Tout ce qui ne s’appuie que sur la force peut être épuisé ; ne rend inépuisable que la foi en sainte faiblesse ; l’amour en est une, il vit de la soif inassouvissable. | | | | |
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| amour | | | Chez un violent, le désir réveille l’appétit sauvage (la volonté de satisfaire sa voracité dominatrice), et chez un doux – la pitié (la perfection, la source, restant attirante mais inaccessible à ses soifs). C’est à celui-ci que pensait Schopenhauer : « Tout pur et vrai amour n’est que pitié » - « Alle wahre und reine Liebe ist Mitleid ». | | | | |
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| sénèque a. | | | Ne unum quidem nimis amavit qui plus quam unum amare non potuit.
Celui qui n'a pu aimer plus d'une personne n'en a point aimé du tout. | | | | |
| | amour | | | Ce sont ceux qui confient les trajectoires de leur amour aux pieds, aux cerveaux ou aux bras, au lieu des cœurs, des yeux ou des rêves. L'amour fixe, comme l'idée fixe, ne vaut rien ; l'amour est soif, qui n'est bonne que près de sa source. | | | | |
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| balzac h. | | | Malheur en amour, comme dans les arts, à celui qui dit tout. | | |  | |
| | amour | | | Les meilleures sources des mots et des remous se cachent. Les dévoiler réduit le mot et l'amour à leur contraire, au constat ; paradoxalement, c'est en les voilant qu'on leur reste fidèle ; la poésie et l'amour sont des fleuves, dont la raison d'être est d'entretenir la pulsation de leurs sources, le rythme. Aimer, c'est inventer la voix de la fontaine originelle. Gâcher une invention amoureuse est de l'expliquer aux non-amoureux. | | | | |
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| lermontov m. | | | Любовь, как огонь, - без пищи гаснет.
S'il n'est pas alimenté, l'amour, comme le feu, s'éteint. | | | | |
| | amour | | | Il faut au feu - des aliments purs ; des matières indignes montent la fumée, et nous empêchent de renaître des cendres. D'autre part, il faudrait s'inspirer d'un autre élément, de l'eau : l'amour est une soif, dont on meurt, à la fois heureux et malheureux, près de la fontaine des sources. D'après Aphrodite et Narcisse, l'amour et la beauté sont anadyomènes. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Liebe lebt von Worten und stirbt an Thaten.
L'amour vit de mots et meurt d'actes. | | |    | |
| | amour | | | La piètre littérature - faire finir en mots et non pas en mélodie ; la piètre vie - faire vivre d'actes et non pas de rêves ; la piètre philosophie - agir, verbalement, au milieu des problèmes et ne pas écouter le mystère lointain : « La philosophie vit de problèmes, comme l'homme - de nourritures » - Novalis - « Die Philosophie lebt von Problemen, wie der Mensch - von Speisen » - la musique, le rêve, le mystère - les premières victimes des soifs assouvies. | | | | |
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| saint exupéry a. | | | Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. | | | | |
| | amour | | | Ce qui revient au même. Aimer, c'est se retrouver, sans échelle ni marches, à la même hauteur. D'autres - Camus et Aragon - croient même qu'aimer c'est vieillir ou dormir ensemble. Moins les regards lointains se croisent, plus épais et enivrant est le mystère de l'attraction. Le mirage de l'absence - se regarder à travers une soif. Avec l'amour, c'est comme avec l'esprit : « La direction de notre esprit est plus importante que ses progrès »** - J.Joubert. | | | | |
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| weil s. | | | Aimer purement, c'est consentir à la distance. | | |    | |
| | amour | | | Aimer de l’âme, c’est se toucher par deux lointains. Aimer de la chair, c’est la possession ou l’abandon, c’est la proximité se faisant fusion. L’intensité de l'amour croit avec la distance des âmes, et entretenir cette pure soif est plus désirable que d’assouvir celle, sombre, des corps. | | | | |
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| art | | | Trois types d'écrivain-fontaine : ceux qui épluchent leur mémoire, ceux qui relatent un paysage, ceux qui répandent leur climat. Inventaire, invention, initiation. | | | | |
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| art | | | Ce qui est bancal et bête, dans une métaphore ou dans une pensée, cherche son salut dans le développement ; mais ce qui est déjà plein - y perd. « L'image gagne toujours à ne pas être développée »** - Aragon - la pensée, en dernière instance, y gagne aussi. Et c'est l'émotion première qui en est victime, puisqu'elle n'est vivante que près de sa source, à laquelle on ne peut être fidèle qu'en mourant de soif. | | | | |
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| art | | | Ne peut être poétique que ce qui ne peut être possédé, c'est-à-dire échangé. Poésie - manque de monnaie d'échange, don ou vol. Me tout donner, c'est me priver de ma soif vitale. Posséder, jouer sur des vases communicants ; ne rien posséder, s'occuper d'un vase vide en matériaux crus. | | | | |
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| art | | | Les buts de l'art : donner de l'ivresse à une forme sensée ou donner de la forme à une ivresse des sens. « Ce qu'on lit doit non seulement étancher une soif, mais enivrer »*** - St-Augustin - « Non solum sapit, quod legis, sed etiam inebriat ». | | | | |
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| art | | | Deux ambitions, dans l'art, le plus souvent opposées : étancher les soifs ou les entretenir, produire du contenu ou du contenant, polir des objets sensibles ou créer des outils intelligibles. | | | | |
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| art | | | Quand, par une exigence croissante, on presse le discours des bavards, on reste, dans le meilleur des cas, avec quelques misérables gouttes de leurs sueurs de rats de dictionnaires ; l'idéal d'écriture : quelle que soit la pression, donner, par l'expression minimale, l'impression d'une source, qui coule indépendamment de toute soif. L'idéal : l'expression haute et l'impression profonde ; mais ne pas oublier que le haut firmament ne doit pas faire perdre de vue l'horizon, et que l'impression profonde peut être produite même par la platitude. | | | | |
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| art | | | Ils veulent, par leurs livres, assouvir notre soif, tandis que je ne cherche qu’à la maintenir. Tout bon livre est une proclamation d’une soif. | | | | |
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| art | | | Le médiocre cherchera de l'inspiration dans ses expériences, ses savoirs, ses émotions. Le grand sait, que la seule fontaine, près de laquelle expire le poète et respire l'art, s'appelle imagination. « Le seul bien, qui puisse combler un artiste, vient de son imagination » - Pasternak - « Художнику неоткуда ждать добра, кроме как от своего воображенья ». | | | | |
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| art | | | En affrontant la vie, il est souhaitable que mon seul adversaire soit un ange, mais dans l'effort artistique, il est vain de chercher un divin duelliste. Comment défier une parade de fleurs ? Même à une fleur, on peut s'intéresser en géomètre, en papillon ou en jardinier. Être attiré par une même soif de lumière et de couleurs ou compter ses pétales. | | | | |
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| art | | | Les livres modernes sont une espèce de tout-à-l’égout ; aucune illusion d'un puits, ni même de l'eau courante. Le bon lecteur est reconnu par la longueur de sa corde, permettant de puiser dans les livres profonds. Ou bien qu’il soit comme Narcisse, ne se transformant en bonne Samaritaine, que lorsque, comme le Bouddha, il est coincé dans le puits. | | | | |
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| art | | | De quelle hauteur contemples-tu la vie ? - telle aurait dû être la première question à poser à l'artiste. Toute profondeur n'est que minérale ! « Ce qui importe par-dessus tout dans une œuvre d'art, c'est la profondeur vitale, de laquelle elle a pu jaillir » - Joyce - « The supreme question about a work of art is out of how deep a life does it spring ». N'est vitale que la soif, que la hauteur de ta fontaine est capable d'entretenir. Les meilleurs créent cette fontaine, près de laquelle ils vivent leur meilleure soif. « La perfection d'une méta-forme, cette alchimie lyrique, qui n'étanche jamais la soif de ses créateurs »** - Pasternak - « Совершенство сверхформы, алхимизм лирики, никогда не утоляющий главной жажды его создателей ». | | | | |
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| art | | | Ce qui est intraduisible en musique devrait être exclu de l’écriture : le ressentiment, le souci quotidien de ce siècle, la soif de reconnaissance. Et l’exploit suprême – aller tout droit à l’âme, en contournant l’esprit, complice mais humble. Faire ressentir, que la seule action authentique du cœur, c’est le chant. | | | | |
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| art | | | Chez l'amateur d'art, se trouve une faim universelle, ainsi que des goûts dictés par l'époque. Seule la première est digne de nos plumes. C'est ton livre qui devrait être imprégné d'une faim nouvelle, qui réveillerait l'appétit de l'oreille, même chez les repus de l'œil. | | | | |
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| art | | | Ni l'idée, ni le sentiment, ni l'image ne sont le véritable fond d'une œuvre d'art, mais la soif du beau qu'éprouve le créateur. « La volonté ne découvre que la source de la soif, elle n'est que la soif même »** - Boehme - « Der Wille findet nichts als nur die Eigenschaft des Hungers, welche er selber ist ». | | | | |
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| art | | | La tragédie doit transiter par la mélancolie, par cette soif, née du conflit entre le vouloir lyrique, le devoir empirique et le valoir aristocratique. C'est pourquoi les comédies tragiques, vécues par les personnages de Tchékhov, sont au-dessus des tragédies comiques, que jouent les repus du pouvoir (Job, Andromaque ou Hamlet) et les repus du savoir (Faust ou Manfred). | | | | |
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| art | | | Les bons écrivains sont de deux sortes – des aliments et des excitants : les premiers m’apportent de la vie, et les seconds me transportent au royaume du rêve ; les premiers développent des problèmes communs, les seconds m’enveloppent de mystères individuels ; mon soi connu se nourrit des premiers, mon soi inconnu garde ses soifs, grâce aux seconds. | | | | |
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| art | | | Il faut savoir tirer de bons corollaires du théorème de l'amorphisme de Musil : « Si nous essayons d'abstraire de nous-mêmes ce qui n'est que convention inhérente à l'époque, il reste quelque chose de tout à fait amorphe »** - « Versuchen wir von uns abzuziehen, was zeitbedingtes Convenu ist, so bleibt etwas ganz ungestaltetes ». L'une de ces conventions, prêtées au moi formé par l'époque, est sa basse soif de reconnaissance : « L'art est une recherche souffrante du moi avide de triomphe » - A.Suarès. | | | | |
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| art | | | Les dieux sont plus souvent querelleurs ou rivaux plutôt qu’alliés ou frères. D’autant plus précieuse est l’alliance entre Apollon et Éros, dans l’amour (la beauté féminine et le désir masculin) et dans l’art (la beauté comme but et l’excitation comme prélude de la création). « L’art est un appétit de l’âme en quête de volupté »*** - A.Suarès - Zeus et Athéna, la volonté et l’intelligence, se fusionnent dans notre esprit qui entretient la soif de l’âme. | | | | |
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| art | | | Tout écrit s’adresse à notre goût et comporte une calorimétrie des idées nutritives et la jouissance des mots épicés, un aliment ou un excitant. J’offre des fruits exotiques et non pas des plats préfabriqués. | | | | |
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| flaubert g. | | | Nous avons trop de choses et pas assez de formes. | | | | |
| | art | | | Cette phrase coupa net mon intérêt pour ta cervelle, trop prompte à peindre les boîtes d'allumettes. Avec de la hauteur, le nombre de choses, méritant qu'on leur dédie une forme, devient infime. Le premier jaillissement de la forme est dans un caprice sonore, pictural ou intellectuel, et très rarement dans la chose même. Près de la fontaine, la meilleure soif naît de la hauteur de la forme ; peu en importe le fond. Même les pensées n'en sont qu'un composant minéral et non pas vital. « L'écriture est un pis-aller : je n'ai pas encore trouvé un autre moyen de me débarrasser de mes pensées » - Nietzsche - « Schreiben ist eine Nothdurft : ich habe bisher noch kein anderes Mittel gefunden, meine Gedanken los zu werden » - tes pensées servirent d'engrais, à travers lesquels poussèrent tes belles hontes. | | | | |
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| pasternak b. | | | Искусство губка, а не фонтан.
L'art, c'est une éponge et non pas une fontaine. | | | | |
| | art | | | La porosité côté tête prépare le jaillissement côté âme : « Les champs ont assez bu » - Virgile - « Sat prata biberunt ». Un savoir bien serré prépare un pouvoir bien acéré. | | | | |
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| bien | | | Si je devais associer le Bien avec un élément, je choisirais la terre, cachottière et immobile ; l'air soulève, et le Bien est sans ailes ; l'eau coule, et le Bien est hors le temps ; enfin, le feu doit être alimenté, et le Bien est auto-suffisant. Gibran en fait un drôle de gourmet : « quand le Bien a faim, il cherche des aliments jusqu'aux sombres souterrains, et quand il a soif, il l'étanche même avec des eaux stagnantes » - « when good is hungry it seeks food even in dark caves, and when it thirsts it drinks even of dead waters ». | | | | |
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| bien | | | Le vice - se servir de la fontaine du Bien comme de l'eau courante, d'un système d'irrigation ou d'arrosage, y voir un outil ou un moyen ; la vertu - mourir près d'elle, les mains et les genoux pliés, y voir une noble contrainte. | | | | |
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| bien | | | Cerné par le propriétaire repu, je ne peux plus exercer la prophylaxie biblique : « partage ton pain avec celui qui a faim, recueille dans ta maison le malheureux sans asile » - pourquoi m'étonner que je devins robot ! | | | | |
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| bien | | | Le vrai manque, celui qui fait souffrir et à bout duquel aucun calmant, gestuel, intellectuel ou sentimental, ne vient, ce n'est pas le mal, toujours mécanique, toujours causal, mais le Bien même, cette soif que n'assouvit aucun liquide, pas même les larmes. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Wenn die Menschen plötzlich tugendhaft würden, so müßten viele Tausende verhungern.
Si les hommes soudain devenaient vertueux, ils déclencheraient une grande famine. | | |   | |
| | bien | | | La vertu s'efforçant à entretenir de bonnes soifs, le vice - à contenir un maximum d'aliments, la compétition est pipée d'avance. | | | | |
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| weil s. | | | L'homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C'est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur. | | |  | |
| | bien | | | Les sources divines, celles, auprès desquelles on meurt de soif, et qui portent les noms de bon, de beau et de vrai. | | | | |
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| cité | | | Le chaos d'une âme barbare et l'harmonie d'une âme poétique, se sentent offensés par la règle démocratique. Le démocrate de raison met dans le même panier la barbarie et la poésie ; par exemple, il pense que les plus grandes calamités du siècle dernier ont pour origine une barbarie - la soif de pouvoir, l'intolérance, la brutalité – tandis que ce fut bien une poésie - la grandeur, le déni de la force marchande, la vision eschatologique de l'homme. | | | | |
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| cité | | | Derrière la justice des hommes se devine toujours la soif de vengeance, derrière le culte du mérite - le commerce. Préférer au tumulte du semi-lucre - le culte du simulacre. Chercher Venise par temps sec. | | | | |
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| cité | | | Humainement, je salue l'avènement du règne du dernier homme - il réduit le nombre de faibles ; je déplore l'attitude du premier : sa soumission aux goûts du dernier et sa recherche de reconnaissance par ce dernier. Le maître défait enviant l'esclave victorieux - pitoyable ! Dès qu'apparaît cette exécrable soif de reconnaissance, il n'y a plus de maîtres, on dit même (Kojève et Fukuyama), qu'il n'y a plus d'Histoire, puisque l'égalité des chances calme toutes les ambitions. | | | | |
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| cité | | | La démocratie, c'est une méta-loi, la règle, qui définit ce que devrait être la loi. Cette règle, aujourd'hui, - assouvir la faim minimale du faible - n'est qu'une méta-oppression. La bonne méta-règle devrait être : ne pas engraisser, mais engrâcer la force. « Une société qui n'aurait plus pitié pour ses faibles, deviendrait robotique » - Dostoïevsky - « Когда общество перестанет жалеть слабых, оно очерствеет ». | | | | |
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| cité | | | Le hurlement fut digne et haut, lorsqu'il s'agissait de la faim, de la liberté ou des privilèges de naissance ou de fortune, mais aujourd'hui toute grogne de ras-le-bol retentit au minable ras des pâquerettes. | | | | |
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| cité | | | Pour ceux qui découvrent un isoloir, il étanche leur soif de liberté ; pour les habitués, il n'est qu'une vespasienne. C'est par la hauteur des murs autour de ton besoin qu'on reconnaît l'urgence de le satisfaire. | | | | |
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| cité | | | Quand on appelle l'incendie, on se contente d'éclairage. Quand on se contente d'étincelle, on est promis à la nuit. Comme l'eau courante éloigne le déluge et rend obsolètes la fontaine et la soif. | | | | |
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| cité | | | Les soifs, dont mourait notre âme, devinrent soifs, dont vit l'économie. Mais il est inepte de dénoncer le plaisir de la possession matérielle : « L'exécrable soif de l'or » - Virgile - « Auri sacra fames » ou « la misérable passion de richesses » - Ovide - « amor sceleratus habendi », sans comprendre, qu'avec l'égalité matérielle, ce désir est aussi dépassionné que la santé ou le bon appétit. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Два на миру у меня врага, два близнеца: голод голодных - и сытость сытых!
Dans ce monde, deux ennemis, deux jumeaux : la faim des affamés – et la satiété des rassasiés ! | | | | |
| | cité | | | La honte de soi, et le dégoût des autres – deux regards sur le soi, trop fort ou trop faible. | | | | |
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| churchill w. | | | Democracy is the worst form of government except all those that have been tried from time to time.
La démocratie est le pire des régimes, sauf tous ceux qu'on a tentés par ailleurs. | | |  | |
| | cité | | | L'union de boutiquiers, autre nom de démocratie, remplit les vitrines et vide nos arrière-boutiques ; l'union de poètes, berceau de toute tyrannie, baisse tous les rideaux et exacerbe toutes les soifs dans les coulisses. Mais sur la scène : choisir librement les paroles du troupeau le plus dense ou être contraint à suivre le souffleur intraitable. | | | | |
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| levinas e. | | | La faim d'autrui réveille les hommes de leur assoupissement de repus et les dégrise de leur suffisance. | | | | |
| | cité | | | Les repus sont en éveil et houspillent le songeur pour son insuffisance. | | | | |
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| doute | | | Dans l'écriture, la fausse clarté est plus bête que la vraie obscurité. Il ne faut pas rendre la chose plus nette que ne la voit mon regard. La bonne écriture part d'une soif ; et la clarté est la voix du repu : ce qui est bien digéré s'exprimerait en termes clairs. L'honnêteté et la netteté ne sont que de pâles lumières, ne valant pas grand-chose sans un beau jeu de mes ombres dans un Ouvert ; si j'échoue à les incorporer à ma pensée, celle-ci ne sera que claire, c'est à dire fermée. | | | | |
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| doute | | | M'être familiarisé avec toutes les meilleures plumes du monde tua en moi le lecteur ; aucune chance que je tombe encore sur un auteur à la hauteur de Nietzsche, à l'intelligence de Valéry, à l'ironie de Cioran. La source livresque s'est définitivement tarie. De bonnes soifs ne peuvent dorénavant jaillir que de moi-même. | | | | |
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| doute | | | Aux trois éléments - eau, terre, air - sont associés trois courants vitaux : la fontaine, les racines d'un arbre, le souffle - le souterrain, le terre-à-terre, le hautain - la philosophie, le savoir, la poésie ; ils brillent, culminent et se poétisent grâce à la pureté et à l'intensité, ces courants du feu, du génie. La métamorphose de Phénix nous rendra la fontaine, l'arbre et le souffle. | | | | |
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| doute | | | Le feu et l'amertume sont à l'origine des soifs les plus poignantes. Le chaud désir de vertiges et la lie amère œuvrent pour la même cause. « Qui boit le vin boive la lie » - Aristophane. Au fond de toute clarté s'ouvre le goût d'une nouvelle pénombre. La sédimentation ridiculisant l'alimentation. La fringale d'azur et d'éther montent aux yeux, quand la grisaille et l'insipidité alourdissent la cervelle. Boire la lie aide à mieux mourir de soif. | | | | |
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| doute | | | Une âme vit de ses soifs à ne pas assouvir et de ses vides à ne pas remplir. « Il y a dans toute âme vivante un vide et une profonde soif » - Koestler - « There is a vacancy in every living soul, a deep thirst in all of us ». Seules les âmes mortes débordent de certitudes, mais leur satiété est peu profonde. | | | | |
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| doute | | | Les commencements et les fins : la fontaine, les canalisations, l'eau courante - mystère, problème, solution - pureté, filtre, désinfection - commencement, calcul, consommation. « Le mystère est dans le pur jaillissement » - Hölderlin - « Ein Rätsel ist Reinentsprungenes ». | | | | |
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| doute | | | Le papillon et la fleur sont de beaux symboles des commencements, ne promettant aucune beauté durable, aucun fruit, entretenant la soif, pour le lendemain, réel ou imaginaire. « Le fruit est pour l'homme, mais la fleur est pour Dieu » - Claudel. | | | | |
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| doute | | | L’espoir – se nourrir du possible ; l’espérance – entretenir la soif de l’impossible. | | | | |
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| doute | | | Les faux croyants comptent atteindre le savoir, en partant du croire ; les vrais savants trouvent le croire au bout de leur savoir. La foi est l’espérance, et toute espérance consiste à entretenir une noble soif. Très déçu par Jésus : « Si tu crois en moi, tu n’auras jamais soif ». | | | | |
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| introduction hommes | | | HOMMES : Les hommes ont tenté toutes les formes de cohabitation : meute, bande, volée, clan, club, caste, pub, secte. Leur préférence alla finalement à troupeau, car marcher, bêler et paître résument mieux leurs besoins que les ailes, les mots, les rites et les soifs. Le berger, aujourd'hui, n'est ni prêtre ni roi ni peuple, c'est un mouton comme tous les autres : le même regard vers le bas, le même goût pour l'ivraie, la même quiétude d'âme faute de brebis égarées. Le mouton individualiste et égoïste s'appellera robot. | | | | |
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| hommes | | | L'origine de la dévitalisation des hommes - la perte de la sensation d'arbre. Ils poussent, telles branches préprogrammées, interchangeables, mesquines mais bien assises, au milieu desquelles ne sont plus accessibles ni majesté du tronc ni grandeur des racines ni intuition des cimes ni joie des fleurs ni volonté des graines. « Reconnais ton essence, pleine de soif de l'être, reconnais-la dans le mystère d'un arbre fort »** - Schopenhauer - « Erkenne dein vom Durst nach Daseyn so erfülltes Wesen, erkenne es in der geheimen Kraft des Baumes ». | | | | |
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| hommes | | | La soif de reconnaissance, captatio benevolentiae, frappant la foule entière ; le mépris que même le rustaud apprend à sécréter ; la pose d'incompris, de maudit ou de marginal adoptée par les émules de la machine ou de l'étable - telle est l'originalité de notre époque, époque la plus grégaire de toutes. | | | | |
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| hommes | | | L'angoisse des échéances de l'avoir les empêche de suivre la joyeuse « déchéance de l'être » - Heidegger - « Verfallenheit des Daseins ». Qui, même, peut être mise en musique (« L'être est dans le chant » - Rilke - « Gesang ist Dasein »). Mais leur esprit n'attise que la soif de la puissance ; chez les poètes, « c'est dans le chant que souffle leur esprit »** - Hölderlin - « im Liede wehet ihr Geist ». | | | | |
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| hommes | | | Dès qu'on oublie le souci du ventre, on se désintéresse du chantre. Le souci du beau ne concerne plus que ceux qui inventent leurs propres soifs inextinguibles. « Le savoir produisant le bien, qui produisait le beau, tandis que le sacré illuminait toute chose ; voici la nouvelle barbarie : l'explosion scientifique et la ruine de l'homme » - M.Henry. Quand le champ du possible s'élargit, le chant de l'invisible s'assourdit. Jamais le besoin de l'inutile ne fut si moribond. « L'amphore, qui refuse d'aller à la fontaine, mérite la huée des cruches » - Hugo - vous comprenez maintenant l'orgueil de ce récipient exhibant les mêmes performances que la cruche. | | | | |
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| hommes | | | Le parcours de l'homme moderne : de la soif vers le manque. Au lieu d'un vide de sage ou d'une plénitude de poète - un comblage de robot. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est fait pour vivre de sa soif, de l'éprouver par sa liberté, en vouant son regard aux bons cieux ; au lieu de cela, il se vautre dans la servitude de l'eau courante, fixe de ses yeux rassasiés le robinet ou le bouton le plus proche et oublie la hauteur de l'étoile. Qui encore verrait dans l'homme – un dieu tombé qui se souvient des cieux (Lamartine) ? | | | | |
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| hommes | | | Le nécessaire fut, jadis, cruel mais juste. Les effets de la suffisance actuelle sont pires : les moutons s'acclimatent dans la jungle. Le loup s'installa, depuis peu, en ville, avec des abattoirs écologiques, les moutons lui chantant la gloire. | | | | |
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| hommes | | | Les nourritures terrestres se refusent à ses appétits – voilà les tracas essentiels de l’homme de la terre. Les nourritures célestes sont à portée de mon élan immobile – voilà la consolation d’un homme du ciel. | | | | |
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| chesterton g.k. | | | Civilization has run on ahead of the soul of man, and is producing faster than he can think.
La civilisation est en avance sur l'âme de l'homme, et elle produit plus vite qu'il ne peut penser. | | | | |
| | hommes | | | Le faire et le penser marchent main dans la main depuis belle lurette, mais la pauvre âme se mêle peu des tours de bras ou d'horizons. Ses soifs sont indépendantes de l'évolution des bas appétits ; ce qui compte en elle, ce n'est pas sa vitesse, mais ses accélérations ; que faire, si dans le programme de robotisation, adopté par l'homme, aucune fonction ne lui est assignée, d'où son dépérissement. | | | | |
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| debray r. | | | La France est un revenez-y d'écumes et de fontaines, de cascades et d'avens, une façon de s'y prendre avec les robinets, les regards des filles et le temps qui passe. | | | | |
| | hommes | | | La patrie n'est pas ce qu'on aime, elle est ce qu'on aime, sans savoir pourquoi. | | | | |
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| intelligence | | | Pour mes appétits banals, le seul plat de résistance c'est le fade esprit, le même sur tous les méridiens. Mais mes soifs inextinguibles ne s'entretiennent que par les seuls épices poussant dans mon climat austère - le cœur frileux et l'âme photophobe. | | | | |
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| intelligence | | | Le corps, ce sont des capteurs qui envoient des signaux à l'âme, qui les transforme en jouissances, en souffrances ou en connaissances (dans ce dernier cas, l'âme s'appellera esprit) : signal - caresse/blessure - musique. Leur rapport n'est ni fusion phénoménologique ni séparation bergsonienne, mais cohabitation entre la fontaine et la soif. | | | | |
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| ironie | | | Le meilleur goût loge aux oreilles et aux yeux, plutôt qu'à la bouche ; une bonne soif s'entretient plutôt avec de l'amer ou de l'aigre qu'avec du sucré ou du salé. Le sel ou la douceur doivent faire partie du plat lui-même, du bon écrit, plutôt que des assaisonnements, des verbiages. | | | | |
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| ironie | | | Je fabrique l'outil, le ciseau, ensuite je fabrique la chose, la cuillière, entre-temps, le plat, la vie, se refroidit. Mais le souci des outils, d'éloquence ou de salut, entretint de bonnes faims, aux Banquets des portiques, et de bonnes soifs, à la Cène de Gethsémani. Voilà pourquoi on meurt près des fontaines. | | | | |
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| ironie | | | Même l'adorateur d'un seul de ces éléments - air, terre, eau, feu - dispose de tant de modes de défaillance : étouffer ou exhaler la pestilence, se déraciner ou s'enterrer, se noyer ou mourir de soif, se consumer ou éteindre sa flamme. | | | | |
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| ironie | | | « Je meurs de soif auprès de la fontaine » - récite le rebelle d'aujourd'hui, et il s'en prend au plombier (à l'idéologie technicienne), qui nous amène de l'eau courante. Au lieu de fustiger ceux qui ignorent la vraie soif ou préfèrent la douche à la fontaine. | | | | |
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| ironie | | | Les meilleures pages de philosophie et de poésie perdent de leur beauté et force, quand on les développe ou justifie. « S'il faut expliquer la chose, il ne faut pas l'expliquer »** - Hippius - « Если надо объяснять, то не надо объяснять ». L'expliqué est ce qu'on peut passer outre : « Il n'est en art qu'une chose qui vaille : celle qu'on ne peut expliquer » - G.Braque. Sous une belle forme, on peut toujours découvrir un bon fond, mais il vaut mieux ne pas l'exhiber. « Ce qui a besoin d'être démontré ne vaut pas grand-chose »** - Nietzsche - « Was sich erst beweisen lassen muß, ist wenig werth ». | | | | |
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| ironie | | | Dis-moi dans quel état tu te laisses aller - l'ivresse ? la lucidité ? le désespoir ? - je te dirai ce que valent tes productions. L'ironie paraît être l'état rêvé des meilleurs. Une soif entretenue, une ivresse appelée de ses vœux - le contraire d'Aristote : « Nous devons quitter la vie comme un banquet - ni assoiffés ni ivres ». | | | | |
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| ironie | | | C'est en cédant à la tentation de l'inertie qu'on tombe souvent sur la source des élans inédits. Du désintérêt pour la nouveauté jaillissent soudain des soifs intemporelles. | | | | |
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| ironie | | | Quel meilleur ami des quatre éléments que l'arbre puis-je trouver ? - fils de la terre, avec la soif de l'eau, tendu vers l'air et se livrant au feu. | | | | |
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| ironie | | | Tôt où tard, tout homme lucide fait ces deux terribles découvertes, touchant au Temps et à l'Espace : l'Histoire n'a aucun mystère à nous livrer ; l'univers n'a pas de capitale, où pulserait la fontaine, que cherche tout créateur ; de toute province perdue peut jaillir un premier jet de la création. Et l'on arrête ses recherches temporelles et se plonge dans ses trouvailles hors espace. | | | | |
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| ironie | | | Lorsque, en cherchant la paille dans l'œil de mon prochain, j'entends que, n'étant pas autochtone de souche, je devrais chercher la poutre dans mon propre œil, je m'insurge contre ces deux ruines de l'arbre, dont je n'assume l'avenir que sous forme des cendres. Mourir, ni par le temps ni par la main des hommes, mais d'une fusion-unification entre l'air des mots, le feu de l'âme et cette terre française, qui me met près de ses meilleures fontaines, dont l'eau me reste intouchable. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui affichaient le plus grand mépris face à la foule, furent de ceux qui éprouvaient la plus grande soif de gloire auprès d'elle. Plus fréquemment et ironiquement je lui dis oui, mieux je me désintéresse de ses jugements. | | | | |
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| ironie | | | Si tu as soif d'une vie intense, ne cherche pas le vin, mais un naufrage et une bouteille vide, à laquelle tu confieras les tempêtes sous ton crâne. Mais si ce n'est pas la vie, mais la soif qui te préoccupe, crée une fontaine imaginaire, faite à seule fin d'entretenir ta soif. | | | | |
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| ironie | | | Ils écrivent en puisant dans un puits profond, plein de leurs idées, souvenirs, savoirs, et ce qui s'avère être de l'eau courante, mue par la même pression extérieure. Tandis que la condition nécessaire d'une écriture est la présence d'une haute fontaine, me faisant mourir de soif. La soif inextinguible (insatiabilis satietas de St-Augustin est la plus belle contrainte d'homme de goût. | | | | |
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| ironie | | | Pourquoi est-il si facile de rendre notre âme solidaire du cerveau, du visage, des mains, des pieds ou de la peau, et non pas des viscères, de l'aorte ou de la vessie ? L'âme serait-elle vissée aux opérations mécaniques et nullement - aux opérateurs organiques ? Et la peau, avec sa soif de caresses, serait-elle l'élément le plus profond de notre soi ? | | | | |
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| ironie | | | Avoir, c'est avaler ; être, c'est mâcher ; rêver, c'est savourer son propre goût et créer ses propres soifs. | | | | |
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| ironie | | | L'intelligence est plus proche du pêcheur que du chasseur ; l'eau trouble et l'art de bien orienter sa ligne de faîtes sont souvent de meilleurs atouts qu'une faim à calmer. Les oiseaux de proie ou les limiers n'intimident que des rats (de bibliothèques) ou le petit gibier. | | | | |
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| ironie | | | Et si, au lieu d'une promesse, on lisait un avertissement, dans ces mots de Jésus : « Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif »** - et que vaut un homme sans soif ? - ni pipette ni tripette. Et si Jésus voulait être la fameuse fontaine, près de laquelle je meure de soif ? | | | | |
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| ironie | | | Pour accueillir ce que l'actualité déverse sur eux, ils utilisent la louche, au lieu d'une passoire ; encore une illustration de l'utilité des contraintes et des filtres, dans la formation d'un bon goût. Vouloir tout évaluer, ou tout dévaluer, ou même tout transvaluer, est bête. Le goût électif vaut mieux que l'appétit bourratif. | | | | |
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| ironie | | | L'une des meilleures intelligences consiste à préserver le plus longtemps possible l'état de promesse, à entretenir la soif indicible, au lieu de tenir la parole donnée. Les mots en donnent un bon moyen. Avec la bêtise, tout est beaucoup plus simple : la satiété des yeux et l'avidité des idées. L'intelligence - l'attente, la soif, l'étonnement. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui, dans un livre, cherchent du pain et du vin, en ressortent blasés et sobres. Je n’offre qu’une soif à entretenir et une ivresse, née de la lecture des étiquettes. | | | | |
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| ironie | | | À force de répéter que l'homme est un arbre, je finis par voir dans la femme une pomme et un serpent, réveillant non pas une curiosité pour le savoir mais une soif de l'inconnu. | | | | |
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| ironie | | | Par ton écriture tu pensais entretenir, chez ton lecteur, une soif, que tu imaginais éternelle. Or tes contemporains demandent des nourritures modernes, dont la valeur énergétique se trouve quelque part entre la gazette, la baisse des impôts, des likes des réseaux sociaux et un séjour aux Seychelles. | | | | |
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| ironie | | | Le bon sacré ne dure qu’une saison d’âme – un printemps d’espérance ou un hiver de croyance – la soif des ardents. Le mauvais garde sa longévité grâce aux auréoles, nimbes ou casques, dont il couvre les caboches vides, - la nourriture des tièdes. | | | | |
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| ironie | | | Je suis trop occupé à entretenir ma soif, pour me nourrir des autres. Les sources sont à moi ; les autres me fournissent des barrages et des rives. | | | | |
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| chœur mot | | | CITÉ : J'ai beau inventer des idiomes, tout mot est un mot de la tribu, mûri dans la cité. J'ai beau exclure tout partage idéal, c'est le portage verbal qui me traînera sur le forum, où le bourreau repu démocratique marquera du fer rouge mes soifs aristocratiques et insérera ma fontaine dans le tout-à-l'égout communautaire charriant des verbes usés. | | | | |
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| mot | | | Quand des savants de la connaissance, que sont Claudel, G.Marcel ou Ricœur, produisent leur jeu de mots gynécologique de co-naissance, j'ai envie d'enchaîner, sur le même thème hygiénique, par con-aisances. | | | | |
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| mot | | | En français, le débordement, en tant que mode d'expression, m'est interdit ; je dois me contenter de la fontaine. Des ambitieux parent la leur d'écriteaux alarmants ou rassurants, Poison ou Eau potable, je ne promets qu'une bonne soif près de la fontaine. | | | | |
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| mot | | | Le Verbe est la source, dont on ignore le lieu de naissance, et dont peuvent, hélas, se passer nos misérables paroles, grâce aux progrès de l'eau courante de la Cité. Qui meurt encore de soif auprès de la bonne fontaine ? Que les sots repus proclament tarie, tout en s'affairant auprès de leurs robinets mécaniques. Les hommes perdirent leur éternelle jeunesse, cadeau de Prométhée, car l'âne, qui la transportait, ne put résister à la soif, près de cette fontaine ; la jeunesse fut donné au serpent, gardien de la fontaine, et les hommes finirent par se rapprocher de l'âne. L'eau et le feu ne réussissent pas bien aux hommes : les abattus s'accrochent à la terre, et les enthousiastes - à l'air. | | | | |
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| mot | | | Encore une aberration dimensionnelle d'origine teutonne - l'image d'abîme (Abgrund), associée, bêtement, à la recherche de causes premières (Grund). Kant et Nietzsche passèrent par là, pour nous détourner de la hauteur, cette vraie source, qui entretient les meilleures soifs. | | | | |
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| noblesse | | | Exister, c'est trouver des aliments, qui entretiennent mon feu intérieur, sans en altérer la pureté. Vivre de mon feu et exister pour mon feu. Ce qui pourrait servir de contrainte à l'écriture : « La seule préoccupation de la pensée est, que la flamme, qu'elle entretient, brûle du feu le plus ardent et le plus pur » - A.Schweitzer. J'en vis ou je le nourris (le contraire de la salamandre de François Ier : « J'y vis et je l'éteins » - « Nutrisco et extinguo »), la hauteur en assurant la pureté (« Aucune hauteur ne m'arrête » - « Quo non ascendam » du Roi-Soleil). | | | | |
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| noblesse | | | Les hommes se divisent en plébéiens, pédants et artistes. Le plébéien prend la vie, sans la transformer. Le pédant cherche une étiquette pour tout ce qui se révèle, il formalise. L'artiste erre dans la réalité, il en forme une autre, imprévisible et trépidante. Le plébéien est dans l'espace, dans ce qui est commun à de nombreuses générations. Il est l'incarnation du genre humain. Le pédant est mû par le temps, par ce qui est irréversible et contingent. Il est le fait du genre humain. L'artiste est libre, il est l'âme ou le rêve du genre humain. Le plébéien vit, car il ne sait rien faire d'autre. Ayant assez vécu, le pédant se met à beaucoup de choses n'entrant pas dans la vie réelle. L'artiste veut insuffler la vie dans ce qui l'émeut. Le premier a peur de la vie, le deuxième en est rassasié, le troisième en a toujours soif. | | | | |
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| noblesse | | | La soif de nouveau agite surtout les médiocres ; elle s’assouvit rapidement chez un bel esprit, qui alors s’occupe à entretenir une soif de l’immuable, de l’invariant, de ce qu’on pourrait appeler éternel. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus fraternels incitants, c’est R.Debray qui me les offrit ; les plus savoureux des aliments, c'est chez Valery que j'en déguste ; les plus flamboyants des excitants, c'est Nietzsche qui m'en charge ; mais ce sont mon goût et mes appétits qui les commandent ou décommandent à ma table ; et je reste, volontairement, sur ma faim, cet état béni de mon corps et de mon âme. | | | | |
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| noblesse | | | La bêtise principale des Anciens, y compris des épicuriens, consiste à vouloir étouffer les désirs ; ils n'en voient qu'une fin - leur satisfaction, tandis qu'il en existe une autre, plus noble, - leur entretien, à l'état d'un feu pur, comme cette fontaine est pure, près de laquelle on meurt de soif. Il ne s'agit pas de tromper sa faim, mais de l'entretenir. « Je n'aime pas les poèmes de la nourriture, mais les poèmes de la faim »*** - Artaud. Qui suit encore ce bel et subtil conseil de Pythagore : « Ton cœur de vains désirs ne se repaîtra plus » ? - il les entretiendra à distance ! Le désir, qui n'est pas vain, est avidité. | | | | |
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| noblesse | | | Le hasard peut suffire pour assouvir une soif précoce ; il faut laisser le fond du petit bonheur-chance prendre la forme d'un grand bonheur-danse ; laisser mûrir sa soif, mûrir en hauteur, pour que seules des sources profondes puissent la satisfaire ; vivre de la soif et rêver des sources. Pour les naïfs : « La première coupe – pour la soif, la deuxième – pour la joie, la troisième – pour la volupté, la quatrième – pour la folie » - Apulée - « Prima creterra ad sitim, pertinet secunda ad hilaritatem, tertia ad voluptatem, quarta ad insaniam ». Celui qui sait entretenir la soif, sans l'assouvir comme dans une étable, souffrira, mais connaîtra la volupté et la folie des sources solitaires. | | | | |
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| noblesse | | | Pour eux, le problème de la soif se réduit à l'état de la robinetterie, comme le mystère du désir - au manque, à l'absence, au néant, et ils brandissent leurs solutions sanitaires ou métaphysiques, pour te calmer. Qu'est-ce que le désir ? - un feu, qui ne demande au monde que d'être un aliment pur, pour l'entretenir et ne pas trop l'encombrer de cendres ou de fumées. | | | | |
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| noblesse | | | Le désir, ce ne sont peut-être ni les ailes de l'âme ni le plomb dans la chair, mais la hauteur dans son intensité, ou la profondeur dans sa densité. Et la volupté, ce n'est pas assouvir le désir, mais entretenir la soif, pas la convoitise mais la hantise. « Ne convoitant rien, rien ne l'entraîne vers la hauteur, rien ne l'accable jusqu'en profondeur » - Jean de la Croix - « No codiciando nada, nada le fatiga hacia arriba, nada le oprime hacia abajo » - il reste suspendu hors toute coordonnée. | | | | |
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| noblesse | | | La culture : entretenir les soifs du cœur (le Bien) et de l'âme (le Beau), une fois assouvi l'appétit de l'esprit (le Vrai) avec les aliments des meilleures des œuvres humaines. | | | | |
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| noblesse | | | On traverse les passions, les souffrances, les illuminations ; on adresse à leur source, à son soi inconnu, les vœux de reconnaissance et de vénération ; on comprend que le sens de l'existence est d'entretenir cette soif profonde et cette haute musique. Et l'on tombe sur les crétins, pour qui « la fin suprême de l'homme : connaître d'une manière adéquate et soi-même, et toutes les choses » - Spinoza - « finis ultimus : se resque omnes adæquate concipiendum ». De ces crétins est né le robot moderne, ignorant et la soif et la musique. | | | | |
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| noblesse | | | Face à une belle soif de notre âme, la raison peut jouer deux rôles : nous aider à l’assouvir ou bien à l’entretenir. Alors on pourra dire : « C’est une excellente chose que l’appétit obéisse à la raison » - Cicéron - « Illud praestantissimum est, appetitum obtemperare rationi ». | | | | |
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| noblesse | | | Plus que de pouvoir assouvir ton désir, tu dois chercher à en entretenir la soif ; ces deux facultés ne cohabitent pas souvent. « Le ciel fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut » - Chateaubriand. | | | | |
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| noblesse | | | Dans ton attitude, face à l’existence, le choix capital se trouve entre ta soif et son assouvissement, entre ton désir et son objet, entre ton élan et sa cible. Se détacher du second terme est la clé de ton espérance. « Tout entier, je suis dans mon désir, dans mon élan, c’est mon élément, mon bonheur »** - Scriabine - « Я весь желанье, весь порыв - моя стихия, моё счастье » | | | | |
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| noblesse | | | Tes désirs de l’inaccessible : en entretenir l’intensité ou la soif pourrait découler d’une longue impatience (Valéry). | | | | |
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| noblesse | | | L’espérance est dans le maintien de la soif ; la réalité, en la désaltérant, s’y oppose. | | | | |
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| st augustin | | | Funde, ut implearis.
Vide-toi, pour que tu puisses être rempli. | | |  | |
| | noblesse | | | Sois tantôt éponge et tantôt fontaine ; mes pores, noyau, foyer et source étant ma soif. Dieu est dans la soif, non dans le breuvage. Je ne trouve pas Dieu à travers mes plénitudes, mais je ne me fais pas trop d'illusions sur ce qui remplira mon vide ; Jean de la Croix est trop crédule : « Les biens de Dieu ne peuvent entrer que dans un cœur vide et solitaire. L'âme doit se vider, pour que Dieu remplisse le vide » - « Los bienes de Dios no caben sino en corazón vacío y solitario. El alma debe vaciarse del ego para ser llenada por Dios ». | | | | |
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| sartre j.-p. | | | Qu'est-ce qu'exister ? Se boire sans soif. | | | | |
| | noblesse | | | Ce qui nous distingue des bêtes. Mais être, c'est chanter les soifs, sans boire, ce qui distingue l'aristocrate assoiffé - des repus. On n'a pas soif de soi-même, quand on est rassasié par ailleurs. Le mode d'emploi de la vie : Bien agiter et … ne pas boire, préserver la soif. | | | | |
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| debray r. | | | Seul un mirage met le ciel à portée de la main. | | | | |
| | noblesse | | | La main, qui le tentera, sera happée par des caravanes affairées ; c'est les yeux qui s'en rempliront pour porter plus loin la soif originelle. | | | | |
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| proximité | | | Dieu créa les axes (« Dieu est jour/nuit, satiété/faim »** - Héraclite ; les oppositions héraclitéennes semblent être l'approche du divin la plus sensée de tous les temps), la liberté de l'homme y lit - plus qu'elle ne choisit ! - des valeurs (l'ombre, à laquelle on tient, et la soif, qu'on entretient, désignent les plus libres). La terne dialectique hégélienne profana ce beau culte des axes, que reprit Nietzsche, avec vie-art, bien-mal, nihilisme-acquiescement, chute-élan, puissance-résignation. | | | | |
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| proximité | | | Le nom que je voudrais donner au monde idéal - la soif inassouvie de Dieu. Le nom promis par mon époque - la Satiété Générale. Le monde sans fin calmante, le monde sans faim alarmante. | | | | |
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| proximité | | | Rien ne dépasse l'arbre en évocations métaphoriques : je plonge dans ses racines pour peindre ses cimes, je me nourris de sa sève pour en chanter les fleurs, j'en attise la soif de lumière, à l'ombre de ses ramages. « Dans l'arbre règnent terre et ciel, divins et mortels » - Heidegger - « Im Baum wallen Erde und Himmel, die Göttlichen und die Sterblichen » - bien que, chez les hommes, les choses se simplifient : le trépas divin s'annonce par tous et partout, la mortalité humaine ne tracasse pas plus que l'usure des transistors, la voix du ciel devient inaudible - il ne reste aux hommes que l'unité de l'Un, de la pauvre terre, c'est à dire de la platitude. | | | | |
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| jean de la croix | | | En esta noche oscura de la vida, qué bien sé yo por fe la fonte frida, aunque es de noche.
En cette nuit obscure de la vie, la foi me dit où est la source fraîche, bien que de nuit. | | |  | |
| | proximité | | | De jour, je n'ai que l'entretien crédule de l'eau courante ; de nuit j'entretiens ma soif incrédule, auprès de la fontaine invisible. | | | | |
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| russie | | | L'Occident a le culte de la volonté, l'Orient - de la contingence. Les Russes ne voient dans la volonté que de la contingence incarnée, et dans la contingence ils n'apprécient que la part de la volonté. « Cette abondance n'est que manque ; cette soif de tout n'est qu'incapacité de se contraindre » - Hofmannsthal - « Dieser Überreichtum ist eigentlich Mangel ; dieses Alleswollen nichts als die hilflose Unfähigkeit sich zu beschränken ». | | | | |
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| russie | | | Les Russes sont obsédés par le récit de leurs soifs ; on finit par ne plus comprendre, s'ils veulent de bonnes canalisations ou un bon déluge. | | | | |
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| russie | | | Des archéologues, poètes ou critiques d'art allemands sillonnent la Grèce, la France ou l'Italie et imitent la pureté, la grandeur ou la beauté, vues, comprises et digérées ; des rêveurs russes imitent les mirages des autres, sans leurs soifs, sans leurs transports, sans leurs cartes ; voilà pourquoi la culture russe est plus originale. Parce que plus inventée. | | | | |
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| russie | | | Pour le Russe, l'Apocalypse, c'est le commencement que redoute sa sainte paresse ; et le salut, c'est un Messie qui s'attarderait près de lui, par soif, pitié ou inadvertance. La grandeur des commencements perdit toute son aura, et la pitié est confiée, comme partout ailleurs, aux services municipaux. | | | | |
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| russie | | | Ce que j'entreverrais, en me penchant sur l'intensité, ce serait un vide ou une soif qu'on éprouve près d'un bon puits ou d'une bonne fontaine ; pourtant, ses équivalents allemand et russe me conduisent dans un sens opposé : Fülle/Überfülle - plénitude/débordement, насыщенность/сыт - ne plus avoir faim. | | | | |
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| russie | | | Les poètes européens connurent des illuminations personnelles, les russes - des vertiges dictés par l'époque : la liberté (l'Âge d'Or), l'art (l'Âge d'Argent), la faim (l'Âge du Fer), l'ennui (l'Âge de la maculature). | | | | |
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| voltaire f.-m. | | | Avec plus d'innocence ils consument leur vie, que le peuple de Mars. | | |  | |
| | russie | | | Et c'est assis sur de vastes bancs des accusés que ce peuple de Dionysos festoie. « Ce qu'on prend pour peines sévères sont souvent des grâces cachées » - Wilde - « What seems to us bitter trials are often blessings in disguise » - consumer ou consommer, question d'aliments, d'appétits et de besoin de feu. | | | | |
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| chœur solitude | | | PROXIMITÉ DIVINE : Les hommes paraissent être à portée de la main tendue du solitaire, mais de cette proximité il ne garde sur ses paumes que des tas de cailloux au lieu de la monnaie promise. Et c'est ainsi que je me mets à apprécier l'éloignement astral, le seul à ne pas repousser ma soif d'échanges. Et c'est ainsi, aussi, que je comprends, que toute voix meurt avant d'atteindre une haute oreille. | | | | |
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| solitude | | | Les repus, matériellement, fuient le monde, pour mieux digérer ; les assoiffés, sentimentalement, sont expulsés du monde, pour entretenir leurs soifs. | | | | |
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| solitude | | | Prêcher pour l'esprit, aujourd'hui, c'est prêcher aux foules. Comme pour le bon vin ou la bonne chère. Les bons sentiments, eux, se prêchent dans le désert. Où l'on a faim. | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude, pour échapper à la stérilité remuante, il faut se repaître de la méconnaissance de soi (contrainte). Ne pas succomber à la faim de connaissances (moyens) ni à la soif de reconnaissance (but). Être soi-même un arbre : « L'arbre est un produit, dans lequel tout est fin et réciproquement moyen »*** - Kant - « Der Baum ist ein Produkt, in welchem alles Zweck und wechselseitig auch Mittel ist ». | | | | |
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| solitude | | | Le bonheur, c'est l'autre, c'est la caresse ou la reconnaissance. « Toute joie de l'âme se réduit à la soif de gloire » - Hobbes - « Animi autem voluptas omnis, ad gloriam refertur ». L'un des contraires du bonheur s'appelle la noblesse : bâtir une fontaine inaccessible pour son âme assoiffée. | | | | |
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| solitude | | | Le mirage est ma destination ; le désert - le milieu qui le promet ; l'oasis - l'arrêt, où boire n'est qu'alimentaire et élémentaire et où ne doivent pas s'échanger les cargaisons ou fardeaux sans prix. Nietzsche se trompe de lieu et d'instant - et de gravité ! - des profanations : « La vie est une source de volupté, mais où la canaille vient boire, toutes les fontaines sont empoisonnées » - « Das Leben ist ein Born der Lust, aber wo das Gesindel mittrinkt, sind alle Brunnen vergiftet ». | | | | |
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| solitude | | | Toute coulée de mots, même des plus inclassables, est destinée, en général, à se jeter dans un courant plus vaste, pour se dissoudre enfin dans un océan, où se rencontrent le tout-à-l'égout, les larmes et les encres ; la prédestination de mes mots serait semblable à ces torrents sahariens, qui finissent par se perdre au milieu d'un désert, ayant juste le temps de témoigner de la hauteur de leur naissance et de ma dernière soif. | | | | |
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| solitude | | | Je transmets les vues de mon esprit ou j'émets les états de mon âme – je formule mes positions, mes appels, ou je forme ma pose, mon visage – une soif profonde de fraternité ou une haute fontaine, où je suis condamné à rester seul, à mourir seul. | | | | |
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| solitude | | | Le mot désert a plus d'acceptions divergentes que l'arbre ; la lamentation sur le vide croissant, vide désertique d'idées, d'intelligence ou d'idéaux, est la lecture la plus courante et bête. Le désert décroît. Surtout à cause de l'incapacité de voir ou de provoquer des mirages et de la rationalisation et de la collectivisation des caravanes solitaires de rêves. « Malheur à celui qui porte en soi des déserts » - Nietzsche - « Weh dem, der Wüsten birgt », car il mourra de soif, faute d'oasis. | | | | |
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| solitude | | | Je suis reconnaissant à l’Internet, pour un surplus de solitude qu’il m’apporta : il mit les bibliothèques et les musées du monde entre mes quatre murs, en me mettant en compagnie des hommes imaginaires et en m’évitant de croiser les hommes réels. Ceux-ci y cherchent la foule, qui alimenterait leur petit amour-propre ; moi, j’y trouve un moyen de plus, pour entretenir mes soifs et appuyer mes amours. | | | | |
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| schopenhauer a. | | | Wer die Einsamkeit nicht liebt, der liebt auch nicht die Freiheit.
Qui n'aime pas la solitude, n'aime pas la liberté non plus. | | |  | |
| | solitude | | | Je hais la solitude, j'exècre votre liberté, qui ne remarque que la force brute, la seule qui puisse faire aimer la solitude. Il faut mobiliser toutes les ressources de notre faiblesse, pour vivre de la soif, près d'une bonne fontaine. La soif assouvie, tous se lamentent de solitude, tout en se gobergeant dans leurs dîners en ville. | | | | |
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| suarès a. | | | Tout ce qu'on dit de soi est un poème. | | |   | |
| | solitude | | | Ce qui explique l'origine de l'extinction de la poésie : on ne parle plus que des autres ! Ou, peut-être, le courant de soi changea de lit, en évitant désormais l'âme et en n'irriguant que la cervelle. Ce censeur-interprète filtre tout sel poétique et ne livre aux soifs médiocres que des procès-verbaux insipides, à destination des misérables, qui connaissent leur soi numérique et ignorent leur soi onirique. Le soi inconnu – l'inspirateur de tout poème, même du poème du monde. | | | | |
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| souffrance | | | La fontaine d'assouvissement impossible est la perpétuation d'une noble contrainte, comme celle d'un but absurde - chez Sisyphe. | | | | |
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| souffrance | | | Quand la sève de la vie est accessible, la sueur s'absorbe, l'encre se solidifie, la larme tarit, le sang enivre, celui des autres. Seul le poète connaît la lancinante soif près de la fontaine ; Tantale, qui, au lieu de s'abaisser par le geste, s'élèverait par le regard ; la fontaine de Siloë, n'a-t-elle pas rendu le regard aux yeux éteints ? L'obscur désir, face à la claire fontaine, ou comme le dirait Freud - la libido, est le nom de cette soif. | | | | |
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| souffrance | | | L'évolution de la passion, devant la fontaine : du besoin naturel - à la soif réelle, jusqu'au sentiment complexe, évolution appréciée même des géomètres : « Trois passions commandèrent ma vie : le besoin d'aimer, la soif de la connaissance, la pitié des souffrances du genre humain » - B.Russell - « Three passions have governed my life : the longings for love, the search for knowledge, and pity for the suffering of humankind ». | | | | |
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| souffrance | | | Orphelin fugueur, plus d'une fois je faillis, comme bon nombre de mes congénères, crever de faim, de froid ou de la main des bagnards ou brigands, au milieu desquels je suis né. Mais au ton grinçant que prirent mes paroles aujourd'hui, cette époque ne contribua pas au centième de ce que je découvris bien plus tard : la tiédeur des repus respectueux de l'ordre public. | | | | |
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| souffrance | | | Dans le bonheur, tout se réduit à sa source, qui, dans le meilleur des cas, est merveilleusement cachée. Le sot la trouble rapidement, le sage en fait une fontaine inaccessible pour entretenir ses soifs. On invente son amour à partir de la soif, dont il est la seule source. Dans la souffrance, peu importe la source ; le sot la voit dans autrui, à qui il voue sa bile, le sage - dans les effets de sa propre fragilité et il tourne son aigreur contre soi-même. | | | | |
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| souffrance | | | Les Anciens souffrent de soifs inassouvies et te soutiennent par l'harmonie et la raison ; les modernes digèrent mal leurs dîners en ville et t'accablent de visions d'angoisse et de folie. « Ce qu'il désire s'accomplit par là même que son désir demeure inassouvi » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| souffrance | | | La contrainte gustative : éviter l'insipide pour préserver le goût pour le doux. La prophylaxie - « Plus tu goûtes de l'amer, plus violente est ta soif du doux » - Gorky - « Чем больше человек вкусил горького, тем свирепее жаждет он сладкого » - est également à conseiller. | | | | |
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| souffrance | | | Une douleur évaluée par un barbare américain ou une soif hurlée par un repu européen, penses-y, pour qu'un regard plus pur que le tien ne voie dans tes noirceurs qu'une grisaille passablement lisible. | | | | |
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| souffrance | | | Un jour je m'aperçois, que l'oreille a trop de place dans ma soif éthique de pureté ; je découvre, que la soif optique est plus inextinguible, et je m'écroule auprès de la fontaine du regard, fontaine devenue ruine, fontaine réveillant une soif mortelle et un besoin de survie, à travers des mots ou des notes. | | | | |
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| souffrance | | | La pensée doit introniser le langage et ennoblir l’espérance. « Une idée ne vaut que par l’espoir, qu’elle excite »* - Valéry. L’excitation est une soif de l’âme, soif maintenue auprès de la fontaine de l’esprit. | | | | |
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| souffrance | | | La vraie soif naît du goût de la lie ou du dégoût de la vie, surtout chez les turbulents du bocal. La meilleure - de son avant-goût dès les premières gorgées, dans un verre trop plein. « Celui qui laisse toute coupe moitié vide ne veut pas admettre, que toute chose a sa lie et son fiel »*** - Nietzsche - « Personen, welche jedes Glas halbausgetrunken stehen lassen, wollen nicht zugeben, daß jedes Ding in der Welt seine Neige und Hefe habe ». | | | | |
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| souffrance | | | Sur le registre sentimental, le liquide domine : on déverse du fiel, on verse du sang, on écrit à l'encre bleue, on est submergé de larmes. La digestion cérébrale se contente du solide. Dans le liquide narcissique ne se retrouvent que la soif animale, la flottaison verbale et l'ivresse sentimentale - « par son propre reflet éclairées »*** - Rilke. « Dans l'eau tu ne vois que ton visage, dans le vin tu lis le cœur d'autrui » - Sophocle. Mais en mélangeant les deux, tu oublieras et le cœur, qui chavire, et le visage noyé ; Plutarque tomba dans le piège : « Un homme, qui craint de s'enivrer, ne jette pas son vin, il le mélange ». | | | | |
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| souffrance | | | Gagner en savoir - gagner en douleurs ; aux uns, le savoir est un mode d'emploi, aux autres - un pourvoyeur d'entrées des dictionnaires ou de couleurs des palettes. Pour peindre des béatitudes, la pauvreté des ressources n'est pas un handicap ; c'est pourquoi l'artiste déploie ses dons surtout en peinture des désastres. En plus, le savoir nous apprend, qu'aucun Créateur ne nous surveille et que seule notre propre création nous mette en contact avec l'éternité ; ceux qui ont besoin de maîtres ou de guides, en éprouvent une douleur à part à reproduire. En tout cas, le savoir n'est pas l'ivresse, mais une coupe, n'est pas une fontaine, qui réveillerait nos meilleures soifs : « La soif de savoir est donnée par Dieu à l'homme pour le mettre sur le gril » - la Bible - le savoir peut élargir ou approfondir mes plaies, il n'est pour rien dans la hauteur et l'intensité de ma flamme. | | | | |
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| souffrance | | | C’est une soif affaiblie, et non pas un manque de fontaines, qui a besoin de consolation. Ce n’est pas l’esprit, creusant des gouffres, qui te rendra l’espérance, mais l’âme, dégageant ton étoile des nuages qui l’occultaient. « Dans la réflexion se trouve une source inépuisable de consolations » - Novalis - « Nachdenken enthält eine unendliche Quelle von Trost » - qui, rapidement, s’avéreront insipides, tandis que la consolation est retour du goût de vie ou de rêve. | | | | |
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| souffrance | | | Le rêve, en entretenant tes meilleures soifs, fait entrevoir l’espérance ; la réalité, en prétendant assouvir tes désirs, ne fait qu’intensifier ton désespoir. R.Char est trop optimiste : « Le réel quelquefois désaltère l’espérance ; c’est pourquoi l’espérance survit ». | | | | |
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| souffrance | | | Toute souffrance appelle l’espérance ; et celle-ci peut renaître par l’entremise de l’un des éléments : l’eau de Tantale pour entretenir ta soif, le feu de Prométhée pour l’intensité de ta flamme, la terre d’Antée pour ton appui face au ciel ; l’air d’Orphée pour te rapprocher de ton étoile. | | | | |
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| souffrance | | | Le désir dans le réel s’appelle espoir, le désir dans l’idéel s’appelle espérance. Les espoirs sont là pour être exaucés et finissent, inexorablement, par déception et désespoir. Les espérances sont là pour entretenir nos soifs inextinguibles et notre besoin d’ombres, et la soif aide à continuer à chercher au ciel la lumière complice de notre étoile. | | | | |
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| flaubert g. | | | On ne meurt pas de malheur, on en vit, ça engraisse. | | |  | |
| | souffrance | | | Engraisse et vivifie les vocabulaires. Voyez, par contre, le bonheur ou l'hilarité végéter dans l'aridité des lexiques, à côté de la vitalité de « la tristesse : un appétit qu'aucun malheur ne rassasie » - Cioran. Le malheur est cette fontaine, souvent imaginaire, près de laquelle on adore mourir de soif. | | | | |
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| pessõa f. | | | Ceux qui souffrent véritablement ne se rassemblent pas en troupeau. | | |    | |
| | souffrance | | | Même s'ils le désiraient, à leur hauteur on ne trouverait pas assez d'herbe. La souffrance est un désert sourd, où les prophètes muets crèvent. C'est dans l'écriture qu'on trouve une oasis, avec une source, près de laquelle mourir de soif est le moins dégradant. Quand on n'est pas une île, inondée de larmes, on est un désert des yeux secs. | | | | |
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| thibon g. | | | La difficulté de trouver l'aliment grandit en fonction de la pureté de la faim. | | |     | |
| | souffrance | | | Plus la faim est pure, plus l'appétit réveillé est féroce. Nourris ton fauve dans une cage de l'ironie. Le pur est bon pour la réflexion et catastrophique pour l'action : « Le but - imaginer une vie pure »* - Hegel - « Reines Leben zu denken ist die Aufgabe » - ce n'est qu'une contrainte, le but étant d'entretenir la pureté de l'inaction. | | | | |
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| thibon g. | | | Là, où jadis je voulais boire, je n'aspire qu'à me noyer. | | |   | |
| | souffrance | | | On boit dans les yeux de sa bien-aimée ou dans le livre de son semblable. En s'y noyant, on continue d'en boire. Mais on n'est repêchable que si l'on en avait touché le fond. Le désir de boire fut plutôt un souci pour entretenir ta soif. | | | | |
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| thibon g. | | | L'âme, à la différence du corps, se nourrit de sa faim. | | |  | |
| | souffrance | | | Un jour, on dévoilera la supercherie : dans les bosses, dues à ses rencontres avec la vie, l'âme cache des provisions secrètes. | | | | |
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| paz o. | | | Cada herida es una fuente.
Chaque blessure est source. | | |   | |
| | souffrance | | | C'est près de ces fontaines qu'on entretient les meilleures soifs. | | | | |
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| vérité | | | La vérité : le puits, sa profondeur, la longueur de ta corde, le volume de notre seau. Je reste plus volontiers en compagnie de votre soif, de ma noyade, de la hauteur de notre chute, bref - du mensonge. | | | | |
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| vérité | | | Leur vérité est un mannequin sans vie, qu'ils cherchent à habiller de leurs accoutrements conceptuels ; il s'agit de bâtir un puits, du fond duquel surgirait une vérité nue et séduisante, le puits se transformant en cette fontaine, prometteuse d'éternelles soifs. | | | | |
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| vérité | | | Dans de bons puits ou fontaines, un bon chercheur trouve une nouvelle soif ; la vérité n'y est même pas un breuvage, elle reste avec les tuyaux ou les seaux. « La vérité n'est pas dans le puits, elle est toujours sur la surface » - Poe - « Truth is not in a well, she is invariably superficial ». La bonne fontaine est une fraîche profondeur, une noble intelligence, dont naît une hauteur chaude, une noblesse intelligente. | | | | |
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| vérité | | | Le faux surprenant m'affuble d'ailes, le vrai routinier ricane de mes bosses. Ce n'est pas le poids soulevé qui fait le mérite principal des ailes. Mais c'est bien dans les bosses que nous déposons nos ultimes soifs. | | | | |
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| vérité | | | Une fois séduits par la vérité nue, tirée de son puits, ils l'y replongeaient, pour retrouver leur nouveau souffle langagier. L'ambition de la vérité étant d'ensorceler, c'est dans les ténèbres qu'elle puise le plus de fraîcheur et de profondeur, en préservant quelques chances d'y passer pour un séduisant mensonge. Aujourd'hui, les puits et les fontaines sont bouchés, devenant purement décoratifs, à cause de l'extinction de bonnes soifs ; la vérité, même nue, n'est plus excitante qu'un mannequin de vitrine. | | | | |
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| vérité | | | On a maille à partir avec la définition de la vérité : pour l'arbitre nous prenons tantôt la logique, tantôt le bon Dieu, tantôt notre sincérité. En logique, la vérité se réduit au langage ; la vérité divine est ce qui entretient la soif d'éternité ; la vérité-droiture est le courage d'affronter le constat dormitif. Il faudrait se tenir à la vérité romanesque et au romantique mensonge. | | | | |
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| vérité | | | Aller au-delà de la pensée et de la connaissance (Plotin), du beau et du hideux (Baudelaire), du bien et du mal (Nietzsche) ne devient possible que grâce au regard, qui va au-delà du vrai et du faux : au-delà des valeurs on trouve leur rêve prévalent, moitié vrai moitié faux, on y trouve leur fontaine, digne qu'on continue à mourir de soif à côté d'elle. L'appel ou la conscience de l'au-delà, ne seraient-ils pas la définition même de la poésie ? Si la prose est une physique de l'écriture, la poésie en est une métaphysique. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une heureuse unification d'un regard interrogateur, plein d'inconnues, avec une branche d'arbre affirmatif. Mais le résultat, un ramage élargi, n'appartient plus à l'arbre. Je pourras m'en servir, pour consolider ses racines, pour réorienter ses cimes ou pour intensifier le flux de sa sève. Les requêtes sont des aliments, insensibles aux vérités, c'est la faim qui les met en valeur ! Les vérités repues ne laissent que des pousses stériles. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’un de ces thèmes creux, favorisant un langage ampoulé mais dépersonnalisé. Le premier geste des chercheurs de vérités d'esclave est d’adopter une langue de bois commune, académique ou populacière. Il ne sert à rien de les encourager : « Quand tu as soif de vérité, laisse éclater ta langue » - Publilius - « Licentiam des linguae, cum verum petas » - puisque, ayant toute honte bue, ils sont sans soif. | | | | |
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| vérité | | | Garder la soif, en tant que désir primordial, est le premier souci de l’homme sensible. Deux entités opposées, la vérité (discours qui se démontre et vise le savoir) et la métaphore (discours indémontrable, visant la beauté), contribuent, à parts égales, à l’entretien de cette soif. | | | | |
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| renard j. | | | La vérité que j'ai tirée de mon puits ne peut pas se dépêtrer de sa chaîne. | | | | |
| | vérité | | | Cette chaîne est langagière, et la soif aspire aux métaphores, hiatus des mots empêtrés. Mais qui meurt de soif près d'une fontaine déchaînée ? | | | | |
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