| action | | | L'intellect devrait entretenir une liaison hygiénique avec la passion, tout en tenant à son vœu de célibat : se marier, pour lui, signifiant passer de la convoitise à l'acte. Un grand esprit tient à s'ignorer ; tandis que l'événement l'oblige à s'épouser. | | | | |
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| action | | | L'être éloigne le néant, le connaître l'approfondit, le faire le camoufle. On y reconnaîtrait la main créatrice, triadique et cachottière de Dieu, puisque « l'être de Dieu ou le savoir de Dieu, c'est la même chose » - Hegel - « das Sein Gottes und das Wissen Gottes ist eins ». | | | | |
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| action | | | La performance dans l'action est, le plus souvent, signe de l'incompétence en mots. En matières vulgaires, la performance aboutit au début de la compétence. En science et en art, c'est le contraire qui se produit. Le mot est un des rarissimes matériaux, où la compétence se traduise immédiatement en performance. La parole, elle, est plus proche de l'acte que du mot. C'est pour cela qu'elle est désolante : « La parole est une voie certaine vers le plat et l'insipide » - H.Hesse - « Reden ist der sichere Weg dazu, alles seicht und öde zu machen ». | | | | |
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| action | | | Entre l'être et le connaître, le faire. Être, c'est végéter, vivre dans des réponses. Connaître, c'est partir, glaner des métaphores et métamorphoses comme de belles interrogations, qui s'énoncent, s'écoutent, s'admirent sans espoir de retour dans l'univers, qui les enfanta. Faire, c'est se renier, laisser la cervelle ou la main assoupies interpréter les songes d'une âme en éveil. « Le monde, c'est la douceur du rêve de vivre et l'amertume de l'acte de vivre »** - Héraclite. | | | | |
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| action | | | La connaissance et l'action avancent désormais, main dans la main. Le particulier prend appui, de plus en plus, sur l'universel. Le casse-tête de l'intellectuel : trouver une vue d'esprit que n'enregistrerait pas d'emblée le service de brevets industriels. | | | | |
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| action | | | Le mobile de l'action est comme l'étymologie du mot - plus intéressant que la chose, mais sans aucun droit discriminatoire. « L'énergie, qui n'est fournie par aucun mobile, est seule bonne »* - S.Weil. Comparez les dernières paroles du Christ et de Mahomet : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » et « Que la malédiction d'Allah soit sur les juifs et chrétiens, car ils ont établi… ». | | | | |
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| action | | | L'action est une charnière entre les démarches essentialiste et existentialiste. La première : remplir l'espace avec le savoir, le sens, l'action ; la seconde : traverser le temps avec l'action, l'émotion, la souffrance. Hélas, de nos jours, c'est le sens qui s'imposa et l'émotion qui s'éclipsa. | | | | |
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| action | | | L'ignorance conduit au vrai rêve (aux yeux ouverts) et au vrai amour (aux yeux fermés). Mais quand les mains, ou, pire, le cerveau, prennent la relève des yeux, tout bon sauvage s'avère sauvage tout court. Morale : l'ignorance n'est étoilée que de nuit, le savoir n'est brillant que de jour. | | | | |
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| action | | | Apprendre à faire, apprendre en faisant, désapprendre sans faire - cheminement de celui qui est sensible à la création et au langage. | | | | |
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| action | | | Attendre de l'art, qu'il vous apprenne quelque chose, qu'il vous arme, - étrange obsession des meilleurs, y compris Valéry. Je n'apprends que dans des guides statistico-savants ; une œuvre d'art devrait donner aux inéluctables fuites de soi la fraîcheur des sources, nous démunir de pores ou munir d'a-pories vitales, nous décuirasser, pour rendre la débâcle moins humiliante et plutôt cérémonielle. | | | | |
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| action | | | Peser l'homme en fonction de ce qu'il veut (Nietzsche, l'acte-intensité), de ce qu'il peut (Valéry, l'acte-compétence), de ce qu'il doit (Tolstoï, Tagore, les francs-maçons, l'acte-performance) - je le réduirais à ce qu'il vaut dans l'art de fabrication de balances et de l'inaction. | | | | |
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| action | | | Le faire te rapprochant du connaître, le connaître du faire - telle est la cadence de l'homme d'action. La trajectoire ne dépasse pas la représentation, comme la représentation ne garantit pas la trajectoire. Toute marche mène à l'avoir, si aucune étoile de l'être ne bénit ton pas. Préférer au chemin - ses coordonnées ? - « Rien n'aura eu lieu que le lieu excepté peut-être une constellation » - Mallarmé. | | | | |
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| action | | | Nous commençons par prendre l'action pour but, mais notre science nous apprend, que le savoir s'y prête mieux. Nous tentons de voir en elle une source, mais notre prescience nous convainc, que l'intuition y suffit. Et notre conscience finit par lui reconnaître le statut de contrainte formelle, que nous surmontons, sans toucher aux origines et fins. On se borne, sans se limiter (Fichte). | | | | |
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| action | | | La liberté est hésitation et hasard ; c'est pourquoi mon acte, mon sentiment, ma pensée ne sont pas moi, mais de moi. Le moi mystérieux ne se réduit à rien de connu ; il est ce que l'inspiration est pour le poète. Il est la source de la création, qu'on pourrait appeler méta-savoir : « Le savoir se confond avec la poésie du soi absolu » - Schelling - « Die Wissenschaft löst sich in der Poesie des absoluten Selbst ». | | | | |
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| action | | | La sagesse, la performance, la noblesse se chargent, respectivement, d'approfondir les buts, d'amplifier les moyens, de rehausser les contraintes - la force complexe, la force réelle, la force imaginaire. L'une des plus nobles contraintes : pratiquer une faiblesse active et une force passive. | | | | |
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| action | | | Aucun accord crédible n'existe entre l'être philosophique, le connaître scientifique et le vouloir idéologique ; et le plus souvent, lorsqu'on proclamait le contraire, c'était l'avoir économique qui jouait aux imposteurs. Une telle orchestration ne peut relever que de la cacophonie, puisque agir ne peut être que du bruit. | | | | |
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| action | | | Les étapes de ma victimisation : l'élan, l'acte, le savoir, la langue, le ton - autant d'immolations, de ruptures et de discontinuités ; je ne serais qu'âne, bouc ou agneau, si je ne vais pas jusqu'au bout de cette chaîne ; et là, on saura si je suis rossignol, coucou, lion ou cygne. | | | | |
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| action | | | L'homme Nietzsche n'a rien à voir avec la puissance, comme l'homme Valéry - avec l'action ; mais, pour tous les deux, savoir est synonyme de vouloir, d'où un remarquable parallèle entre la volonté de puissance et le savoir-faire, qu'ils choisirent pour leurs emblèmes respectifs. | | | | |
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| action | | | Dans l'édifice de mon soi, la volonté a le choix entre : agir, en sortant par la porte ; connaître, en se fixant à la fenêtre ; geindre, en cognant la tête contre les murs ; rêver, en perçant le toit, par le regard ou par le temps. Si, en plus, j'ai du talent, le monde, autour de mon château en Espagne ou de mes ruines, s'enrichira de belles représentations - me voilà schopenhauerien. | | | | |
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| action | | | Savoir faire se réduit, de plus en plus, au savoir gérer et perd, de plus en plus, en performances face au savoir vendre. Quand on sait faire, ça ne finit plus par se faire savoir, il faut, en plus, savoir se vendre. Le message doit désormais s'adapte aux messageries et non pas l'inverse. Le format impose la forme. Les fonts colorant le fond. Le fuseau des Parques à l'écoute du réseau des marques. | | | | |
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| action | | | Savoir faire ou savoir ce qu'on fait, la performance et la compétence. On connaît l'indulgence évangélique pour ceux qui ne savent pas ce qu'ils font. Mais l'artiste qui veut savoir faire, veut surtout savoir ce qu'il fait. « Je fais toujours ce que je ne sais pas faire, pour apprendre à le faire » - Picasso. | | | | |
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| action | | | Dès que je sais faire quelque chose, la perspective d'une nouvelle inertie me terrifie - j'abandonne et la chose et la piste. Être créateur, plutôt qu'ingénieur. Le premier change de langage et par là désapprend le Fait ; le second change de sujet et oublie le Faire. Savoir faire, c'est maîtriser une syntaxe. | | | | |
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| action | | | Ce savoir précieux - l'art de s'abreuver à une bonne source et de se verser tout de suite dans un bon océan, sans ramer, sans craindre de s'arrêter et de reculer, puisque derrière il n'y a que la source. | | | | |
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| action | | | C'est un don rare que de savoir faire en paroles ; ce qui est banal, en revanche, ce sont des faits qui restent désespérément muets. L'hypo-crite (celui qui s'arrête avant-décision ! - n'oublions pas, que décider voulait dire couper la gorge ! ) est à réhabiliter (Pascal en ébaucha une authentique théorie) ! | | | | |
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| action | | | Il vaut mieux que je tienne l'accusateur, le but de ma vie, dans l'ignorance des pièces à conviction, des non-assistances aux actes en danger, répudiés par mon rêve. | | | | |
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| action | | | Toutes les tâches, où l'on sait ce qu'on fait, seront un jour confiées à la machine. Heureusement, il nous resteront des taches, où l'on ne sait pas ce qu'on tait. | | | | |
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| action | | | Celui qui croit ce qu'il dit et qui fait ce qu'il croit n'est le plus souvent qu'un sot. Croire, c'est bannir le hasard, mais le mot n'est fait que du hasard. On ne fait que ce qu'on maîtrise, et l'on ne maîtrise jamais ce qu'on croit. Le sot croit qu'il sait, le sage sait qu'il croit. « Il n'y a de mythe pur que le savoir pur de tout mythe » - M.Serres. | | | | |
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| action | | | Pour viser le savoir, l'action ou l'espérance, Kant préconise, respectivement, la puissance, le devoir et l'audace. Plus percutante est la gymnastique quotidienne de Pythagore : « En quoi ai-je failli ? Qu'ai-je fait ? Qu'ai-je omis de mes devoirs ? ». Et, en plus, elle est plus inaccessible aux machines. | | | | |
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| action | | | Deux traductions du savoir : en émission (action pour soi-même) ou en transmission (enseignement aux autres). La première suppose, que savoir, c'est comprendre, tandis que la seconde, plus fidèle à l'original, vise la compréhension future. « Les hommes commencent par enseigner avant de comprendre » - Pétrarque - « Prius incipiunt homines docere quam discere ». | | | | |
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| action | | | La sagesse consiste en ce triple savoir : savoir ce que je fais (toujours en surface), savoir ce que je peux (en profondeur et en maîtrise), savoir ce que je veux (en hauteur des rêves). | | | | |
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| action | | | Mieux on range le savoir à l'intérieur, moins on est tenté d'exercer son pouvoir à l'extérieur. Un pouvoir inconscient résolu devrait découler d'un devoir conscient absolu. Et le devoir, c'est la rupture de l'équilibre entre options également défendables, c'est un défi, lancé au savoir impartial, la paralysie d'un pouvoir, fondé sur le seul savoir. D'après St-Augustin, être, savoir et vouloir (« esse, nosse, velle ») sont inséparables et constituent la vraie vie. Avoir, devoir et pouvoir en constitueraient l'inventée. | | | | |
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| action | | | La compétence peut servir dans deux actions opposées : enraciner profondément par la performance pragmatique ou déraciner en hauteur par la puissance ironique. La performance, naguère, n'était qu'un effet de la compétence ; aujourd'hui, elle en est la cause : pour le malheur de l'intelligence, il faut maintenant être compétent pour être performant. Et les déracinés à cause d'incompétence sont aussi ennuyeux que les enracinés suite aux performances. | | | | |
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| action | | | Tant d'enthousiastes rêvaient du jour, où la vérité serait la force, où le savoir se traduirait immédiatement en pouvoir. Ce jour est venu. On pourrait continuer à tenir à la beauté du mot, on serait sans doute horrifié de la complicité du savoir et du pouvoir. « On paye cher l'accès au pouvoir : le pouvoir abêtit » - Nietzsche - « Es zahlt sich teuer, zur Macht zu kommen : die Macht verdummt » - mais encore davantage abêtit le savoir moderne. Quand la force était la vérité, quels beaux mensonges chérissions-nous ! | | | | |
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| action | | | Dans une action, ce qui mérite d'être examiné est, paradoxalement et exactement, ce qui est son stricte opposé – la réflexion théorétique et l'expression poétique (gnosis et poïesis). | | | | |
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| action | | | Le but de la philosophie aurait dû être d'aider à supporter avec dignité la position couchée - pour rêver (la hauteur). Au lieu de cela, les philosophes nous invitent à rester assis - pour calculer (la profondeur du Lycée !), ou debout - pour bâtir (la largeur du Jardin !) ou en marche - pour connaître (l'étendue du Portique !). À tout orgueilleux, qui pense que la hauteur c'est l'endroit, où il est assis ou, pire, qui y voit sa dignité dans la position debout, il faut conseiller : « Essaye la position couchée, une fois seul ! ». | | | | |
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| action | | | Ils veulent se connaître en s'agitant et s'affairant, tandis que toute action est démultiplication, et l'unité du soi n'est qu'un regard sur le Bien ou son désir : « Le désir du Bien, qui est désir de soi, conduit jusqu'à l'unité, c'est à dire à soi-même »** - Plotin. | | | | |
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| action | | | Dans ma jeunesse, j'ignore mon corps et je pense connaître mon âme ; dans ma vieillesse, je ne connaîtrai, hélas, que trop bien, mon corps, mais, heureusement, je ne comprendrai plus les sources de mon âme. Et l'on se réjouit le mieux de ce qu'on ignore, et l'on agit selon ce qu'on connaît. | | | | |
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| action | | | Ils ne savent pas ce qu'ils font reproche-t-on même à ceux qui savent, que ce qu'ils font n'est pas ce qu'ils disent. Aujourd'hui, chacun sait ce qu'il fait - le pardon devint plus problématique. Le physicien n'a plus besoin de Bergson ou Heidegger, pour savoir ce qu'est le temps ; le logicien se rit de la logique hégélienne, comme le mathématicien - du néant de Sartre ou de Badiou. Le philosophe se retrouve quelque part entre l'instituteur et le journaliste. | | | | |
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| action | | | Quand je vois l'homme d'action, l'homme de compétence ou l'homme de performance (fabrication, représentation, interprétation) - patauger, impuissant, en compagnie du mot, je suis presque prêt à acquiescer à l'exagération de Heidegger : « Seul l'être en puissance du mot confère l'être aux choses » - « Das verfügbare Wort erst verleiht dem Ding das Sein ». | | | | |
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| action | | | Il vaut mieux ne pas savoir sa place plutôt qu'être contraint à ne pas la céder. Socrate ne s'appelait-il pas atopique ! | | | | |
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| action | | | Compétence - savoir ce qui est important ; performance - savoir peindre ou résoudre ce qui est important. Quand l'origine de la première et la fin de la seconde se touchent, on est un homme complet. | | | | |
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| action | | | L'intelligence de la performance est la maîtrise de ce qui est en deçà des frontières. L'intelligence de la compétence - de ce qui est au-delà et, surtout, au-dessus. | | | | |
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| action | | | Les produits de nos mains deviennent parties de la réalité, mais l'essence des fruits de notre esprit reste dans nos représentations. Pour nos mains, la réalité formule des cahiers des charges, supervise les finitions, réceptionne l'édifice habitable. Nous demeurons dans le réel. La démarche est la même avec l'esprit, mais le savoir, qu'échafaude la représentation, s'attache à celle-ci, sans contact immédiat avec la réalité ; il se formule dans un langage, et tout langage est bâti au-dessus d'un modèle, sans avoir de sens absolu. Dans Je sais que je ne sais rien socratique, le premier verbe concerne la représentation, et le second - la réalité. | | | | |
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| action | | | Être performatif ou informatif, c'est tout ce que savent faire ceux qui ne maîtrisent pas la forme. Des entremetteurs, des émetteurs - et pas des commetteurs. | | | | |
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| action | | | Nous ne connaissons presque aucun principe métaphysique, qui aurait présidé à la création de choses ; l'hédonisme devant les choses continue d'être plus fort que l'enthousiasme devant l'éclairage des principes. Pourtant, « tout principe créateur est toujours supérieur à la chose créée » - Plotin. | | | | |
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| action | | | À l'homme du chemin (les positions prises, les connaissances apprises – la profondeur), à l'homme de la marche (la puissance, la volonté - l'ampleur) j'oppose l'homme de la danse (le goût, la noblesse – la hauteur). | | | | |
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| action | | | Tout passage à la compréhension ou à l'acte, se déroulant sans aucun arrêt intermédiaire à une représentation, est une manifestation du savoir absolu. | | | | |
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| action | | | La raison, comme le corps, habite l'espace-temps, et l'action est sa dimension temporelle. Son espace est occupé par ses trois hypostases : l'esprit, l'âme, le cœur – la profondeur du savoir, la hauteur de la beauté, la largeur de la fraternité. Une seule de ces dimensions manque, et voilà qu'apparaît le spectre de la platitude, d'un monde unidimensionnel ou fermé. | | | | |
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| action | | | Répudier une pensée ou une action est également facile ; on les garde faute de mieux ou grâce à une ignorance étoilée. « Nous ne ferions rien dans ce monde si nous n'étions guidés par des idées fausses » - Fontenelle. Ouverts dans l'action même, les yeux doivent se fermer dans sa justification : « Que de choses il faut ignorer pour agir ! » - Valéry. L'immobilité interne nous traduit plus fidèlement que l'action externe. L'action est manichéenne, la pensée ne doit pas l'être (Malraux et R.Debray). Avec le savoir, on trouvera toujours une contrainte, qui interdira à l'action d'être moyen et but. Refuser les contraintes de la raison, c’est vulgariser les commencements du cœur : « Pour faire du Bien, il faut que le cœur n’écoute plus l’esprit » - Pasternak - « Чтобы сделать добро, нужна некоторая беспринципность сердца ». | | | | |
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| action | | | Aucune étoile ne m'invite vers l'action ; cette cible est dictée par la seule raison. Quand je vois ce qu'une ignorance étoilée apporte à ma culture, je suis gêné de me trouver à l'opposé, sur tous les points, de la triade socratique – la nature, le savoir, l'action -, censée caractériser l'homme parfait. | | | | |
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| action | | | Ce qui est relativement banal chez l'homme - ses forces, son savoir ou sa logique - se laissent traduire en langages communs de gestes ou de mots et y sont pris pour son vrai visage ; mais tout ce qu'il a de merveilleux - l'éthique, l'esthétique, le mystique - ne se livre qu'au talent exceptionnel, qui est l'art de fabriquer et d'animer des masques. Actum, ce qui est fait, opposé à actus, ce qui se fait. Œuvre de Dieu ou mon œuvre à moi, que ne distingue pas St-Augustin : « Je ne suis pas mon ouvrage » - « Non ipsa nos fecimus ». Le visage du génie humain se dévoile non pas dans un Je inaccessible, mais dans un jeu. | | | | |
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| action | | | L'art de formulation de contraintes est supérieur à l'artisanat d'avancement vers des buts, le goût est supérieur à la performance, puisque savoir choisir est plus profond et subtil que savoir connaître. | | | | |
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| action | | | Le soi, avec lequel s'identifie mon action, ne peut être qu'un pantin. L'homme libre « choisit non de coïncider avec soi, mais d'être à distance de soi »** - Sartre – mais il ne lui appartient pas de choisir la distance céleste, que seules les ailes peuvent mesurer. Les pieds sont avides de routes terrestres, sur lesquelles « la solution, le salut, c'est de coïncider avec soi » - Ortega y Gasset - « la salvación es volver a coincidir consigo mismo ». Mais le salut de l'âme est dans le mystère de l'immobilité et de l'ignorance étoilée d'un soi inconnu et inconnaissable. | | | | |
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| action | | | Dans chaque action, ma liberté s'éprouve dans : la noblesse des contraintes, le talent des commencements, l'intelligence des parcours, la sagesse des fins. Quoiqu'en pense Platon : « Le dieu tient en mains le commencement, la fin et le milieu de tous les êtres », Dieu en est absent, et la chiquenaude initiale ne laissa aucune trace, aucun écho. En tout cas, au savoir et au savoir-faire ce Dieu délicat semble préférer la noblesse, pour représenter ma liberté. | | | | |
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| action | | | L’Action relève du Savoir, du Devoir, du Vouloir et du Pouvoir, mais n’a presque rien à voir avec le Valoir. Tout le contraire de la noblesse et de la solitude ! | | | | |
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| action | | | Tout savoir factuel et déductif sera bientôt câblé, il sera à portée de tout concierge, avec l'ordinateur incrusté dans sa montre. Le vrai casse-tête sera le contrôle du savoir dynamique : qui aura le droit de déclencher des avalanches événementielles ? Le poète, ayant cessé d'être passeur de mots, se retrouvera dans l'emploi nouveau de codeur de mots de passe et de dépoussiéreur de touches. | | | | |
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| action | | | C'est par l'effort qu'on élargit les horizons et approfondit le savoir, mais la hauteur, elle, se donne au ravissement et se refuse à l'ascension. | | | | |
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| action | | | La noblesse d'une activité est question de qualité de ses contraintes. C'est pourquoi la musique, avec ses règles harmoniques, mélodiques, rythmiques, est l'art le plus noble. La mathématique a ses axiomes et sa logique ; la poésie – ses règles de versification. La philosophie aurait dû oublier la vérité et les connaissances, l'existence et l'essence, les idées et même les choses, pour se concentrer sur les souffrances et les langages de l'homme et lui apporter de la consolation et de l'enthousiasme, bref, être plutôt rhétorique que didactique. | | | | |
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| action | | | La valeur d'un discours est dans la qualité de son passage au non-verbal, à ce que Valéry appelle acte ; celui-ci peut avoir deux origines : la profondeur de la représentation sous-jacente (le savoir) et la hauteur de l'interprétation haute (l'imagination). Mais la philosophie académique, c'est de la traduction du verbal en verbal ; sans aboutissement à l'acte non-langagier, au logos, tout discours n'est que de la logorrhée. | | | | |
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| action | | | La vie est faite d'actions et de rêves. Les premières sont interprétées par l'esprit, à travers l'intérêt, la société, le savoir ; les seconds sont représentés par l'âme, à travers les dieux, la musique, la noblesse. L'ivresse, devant mon étoile, ne s'évente pas par l'astronomie. Et Épicure : « Il vaut mieux croire aux fables qu'on raconte sur les dieux, que de s'asservir à la nécessité des physiciens » - est bien bête. | | | | |
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| action | | | Le motif de mon action peut être pragmatique, éthique ou mystique, pour tester ma compétence, ma probité ou ma noblesse – ma science, ma conscience ou ma liberté. | | | | |
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| action | | | Tant de niaiseries autour de la métaphore de chemin, préexistant ou construit en marchant, tandis que ce qui compte, c’est si ton étoile l’illumine et si tes pas forment une danse personnelle ou s’inscrivent dans une marche collective. Les plus lucides des partisans des chemins de l’être, de la vérité, de la connaissance finissent par reconnaître, qu’au pays de la poésie, ces chemins ne mènent nulle part (Heidegger). | | | | |
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| action | | | Les commencements les plus hauts, ceux du vouloir sentimental et du pouvoir intellectuel, naissent chez ceux qui ont atteint la profondeur du savoir et du devoir. « L'homme qui est arrivé au terme ne fait que commencer » - la Bible. | | | | |
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| action | | | Jadis, l’acte fut directement associé au vouloir ; la modernité le réduit en savoir et au pouvoir ; la volonté devint moutonnière ou, pire, robotique. Aucune métaphysique de l’acte n’est plus possible. Il faut enterrer Descartes et Kant et ressortir Nietzsche. | | | | |
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| action | | | Dans volonté de puissance, on pourrait prendre puissance au sens aristotélicien, comme complément d’acte. Je n'existe que dans l'acte, je ne suis qu'en puissance. « L'existence est à l'essence, comme l'acte est à la puissance » - Thomas d'Aquin - « Essentiam actualem ab existentia, tamquam realem potentiam ab actu ». La compétence préférée à la performance. | | | | |
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| action | | | Sans posséder le savoir, agir, par inertie, comme les autres – le mouton ; agir selon son savoir, développé en algorithme, - le robot ; agir contre son savoir – l’ange du sacrifice ou la bête de la fidélité – l’homme libre ! | | | | |
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| action | | | Dans l’action, dans laquelle se croisent les faits et les idées, il y a trois sortes d’acteur : les exécutants, les créateurs, les eschatologues ; les premiers, maîtres des outils, savent ce qu’ils doivent faire, les deuxièmes, dessinateurs des parcours, peuvent expliquer comment il faut le faire, les troisièmes, visionnaires des commencements et calculateurs des finalités, veulent justifier pourquoi il faut le faire. | | | | |
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| action | | | Avoir un regard de philosophe ne signifie pas, qu'on doive choisir entre le ciel ou la terre (entre le Socrate de Platon ou celui de Xénophon), mais qu'on puisse agir et connaître sur un mode terrestre et vénérer et rêver sur un mode céleste. | | | | |
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| action | | | Tu vaux par ce que tu es et par ce que tu fais. Ce que tu es se décompose en ton soi inconnu, l’inspirateur, le représentant de Dieu dans ton âme, et en ton soi connu, la volonté et le talent de ton esprit, avec tes connaissances et tes goûts. Ce que tu fais se divise en création, scientifique (l’esprit) ou artistique (l’âme), et en actions sociales, pour t’incruster dans la société et pour survivre. L’essence et l’existence, le virtuel et le réel. | | | | |
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| action | | | En littérature, c’est la hauteur assumée des commencements – en noblesse, en intelligence, en imagination – qui compte et non pas les distances parcourues, fussent-elles conquises les yeux fermés (et même ignorants, comme ceux de Hegel : « Jamais on ne va plus loin que lorsqu’on ne sait plus où l’on va » - « Man geht nie weiter, als wenn man nicht mehr weiß, wohin man geht ». | | | | |
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| action | | | Le résumé intellectuel de tout acte se réduit aux abstractions, celles-ci s’appuyant sur des postulats-axiomes, ces derniers, pour se rapprocher d’une bonne philosophie, s’inspirant des merveilles divines – le Vrai, le Bien, le Beau – ou de la merveille de tout vivant, la liberté. Mais le bavardage académique tourne autour de l’Être (un fantôme, vivotant entre la réalité et la représentation) et des connaissances (des effets des raisonnements au-dessus de la représentation, celle-ci étant recouverte d’une couche langagière). Les doigts d’une main suffisent, pour énumérer tous les bons philosophes, ensevelis par des hordes d’ignares. | | | | |
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| action | | | Agir ou apprendre, telles sont des lectures possibles de l’être. Si être est ce que je manifeste par mon action, il vaut mieux ne pas être (pour mon âme) ce que je suis (pour mon esprit). Si être est ce que je réussis à savoir en profondeur, il faut que je puisse munir mon devenir, mon valoir, mon devoir, mon vouloir, mon pouvoir, de l’intensité de l’être, pour prétendre à la hauteur. | | | | |
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| action | | | Dans les trois sphères de ton être et de ton devenir, les commencements, les parcours, les buts, interviennent deux forces : ton toi et ton nous. La seconde domine les buts – reconnaissance et suprématie ; la première fixe les commencements – solitude et noblesse ; leur coalition accompagne les parcours – liberté, savoir, intelligence. L’exclusion du collectif étant l’une de tes contraintes, tu te résumeras le mieux en commencements. | | | | |
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| art | | | La culture n'est ni l'art ni l'éthique. Elle est la maîtrise, ou au moins la curiosité, du connaissable dans la vie et la vénération, ou au moins la reconnaissance, de son inconnaissable. | | | | |
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| art | | | « L'universalité et l'éternité se manifestent le mieux dans la poésie » - qui l'a dit ? - un rimailleur en manque de lecteurs ? - non, le plus fort cerveau de tous les temps, paraît-il (« le maître de ceux qui savent » - Dante - « il maestro di color che sanno », ce que d'autres contestent : « le pire des sophistes, exécrable jouet des mots » - F.Bacon - « pessimus sophista, verborum vile ludibrium ») - Aristote ! Mais dès que le poète penche pour la preuve, au détriment de la musique, il devient aussi borné et impermanent que l'historien. | | | | |
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| art | | | Je prône une littérature déplacée, dans trois sens du terme : éloignée des foyers fréquentés, malséante à l'endroit de sa parution, n'ayant de coordonnées lisibles ni dans le temps ni dans l'espace. Être bien placé est le contraire de ne pas connaître sa place, ici-bas, de prendre de la hauteur, de « hausser le temps » (Rabelais). Être une personne déplacée ! | | | | |
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| art | | | Tout travail littéraire est érection d'un temple, autour de ton image, que tu aimerais vénérer. Les apports des autres sont de deux types : fournir des matériaux impérissables ou démolir d'autres idoles. La dernière catégorie est la plus rare, et son rôle est capital ; ma reconnaissance va à Nietzsche, à Valéry, à Cioran, les seuls à savoir renverser les épouvantails du savoir et des écoles. Je me construis autour de leurs questions : Pourquoi je suis le mieux sculpté ? Où mes miracles sont-ils le plus inattendus ? Comment prier au milieu des ruines ? | | | | |
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| art | | | Hygiène intellectuelle en littérature : expurger le discours de toute la gangue du savoir parasitaire et froid, non-porteur ni de saveurs ni de chaleurs nouvelles. | | | | |
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| art | | | L'art abductif : ne s'occuper que de la justification musicale, justification bien ramifiée, justification de faits en arbre, et réduire les faits eux-mêmes au rang de feuilles, de variables muettes. Le modus explicandi, ramage le plus profond du modus cognoscendi. Les faits, c'est du bruit, qui ne doit pas défigurer ta musique : « Ne laissez jamais les faits gêner une bonne fiction » - Twain - « Never let the facts get in the way of a good story ». | | | | |
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| art | | | Pour l'écriture, la maîtrise des dictionnaires est une facette de second ordre. Le savoir n'est qu'un dictionnaire de plus, au même titre que l'Histoire ou la mythologie. L'intelligence peut les transformer en thésaurus, mais seul le bon goût les remet à leur place, où ils deviennent des arbres translucides pour la vision de forêts. | | | | |
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| art | | | La pensée-éclair, venue de la hauteur, cherche les mêmes débouchées que les fleuves interminables de nos vallées de larmes : « Il faut voir nettement, que le discours pléthorique et le discours laconique ont le même but » - Épicure. Malheureusement, on n'écoute pas le sain constat des postmodernes : ni l'intelligence ni le savoir n'appartiennent plus au genre discursif. Mais la règle de l'économie des moyens est sans exceptions : « Quelle que soit la leçon, la brièveté s'impose » - Horace - « Quidquid praecipies, esto brevis ». | | | | |
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| art | | | Toute pensée prend, spontanément, une forme géométrique. Ce qui explique la possibilité de l'art abstrait (la géométrie dépasse rarement le stade d'esquisse !) et de ce pullulement de productions savantes nageant dans l'autoréférence. | | | | |
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| art | | | L'intelligence, dans l'écriture, est plutôt une chauve-souris qu'une chouette ; elle permet d'éviter les objets trop tangibles dans la nuit de ce siècle et de s'attacher, tête en bas, aux refuges caverneux. Le savoir, dont se targuent les chouettes, ne sert qu'à terroriser des rongeurs de jour. | | | | |
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| art | | | Les uns exposent leur vie, les autres leur savoir, d'autres encore leur sexe. Mais le meilleur art, c'est se cacher élégamment, se perdre, s'éluder, faire entendre son mutisme. Se faire regard, parler aux aveugles, qui verraient en te lisant. | | | | |
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| art | | | Je me méfie de ceux qui proposent des murailles du savoir, des portes du paradis (ou de l'enfer), des fenêtres sur la vie et, plus que de tous les autres, de ceux qui vous tendent des clefs d'un système. Mais je me fie à ceux qui livrent, clefs en main, des châteaux en Espagne ou des Tours d'ivoire. | | | | |
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| art | | | Dans chaque écrit se reflètent nos sens : l'odorat – perspicacité, le goût – élégance, la vue – horizons, l'ouïe – connaissance, le toucher – caresse. Toutes ces facettes s'inscrivent dans l'ampleur et se rehaussent par le talent. | | | | |
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| art | | | Tant de pseudo-poètes, cherchant auprès de l'algèbre un viatique à leur poétique inexistante, tant de lamentables pseudo-romanciers, à la plume grisâtre, mobilisant l'ontologie ou la phénoménologie, pour étaler leur prétendue intelligence. | | | | |
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| art | | | Un bon lecteur parle rarement de lectures indigestes, car, avant de les ingurgiter, il les filtre avec son regard (l'heure), son nez (le goût), ses mains (le poids). Les indélicats méritent d'avouer, que « connaître, ce n'est plus manger, c'est vomir » - Sartre. | | | | |
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| art | | | Les buts de l'art : donner de l'ivresse à une forme sensée ou donner de la forme à une ivresse des sens. « Ce qu'on lit doit non seulement étancher une soif, mais enivrer »*** - St-Augustin - « Non solum sapit, quod legis, sed etiam inebriat ». | | | | |
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| art | | | Chez un créateur cohabitent deux personnages – l'homme et l'artiste. Ce qu'il faudrait retenir de l'homme, ce ne sont pas ses expériences – le savoir et les preuves, mais ses dogmes - le goût et le tempérament. Et l'art, c'est la sophistique de l'artiste au service des dogmes de l'homme. | | | | |
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| art | | | Une contrainte de l'art : exclure le savoir réticent à la traduction libre en sentir ; une contrainte de la science : négliger le sentir, qui se traduit trop mot-à-mot en savoir. | | | | |
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| art | | | La science définit la nature d'une inconnue, qu'elle finit par affecter d'une valeur connue. Le poète fait l'inverse : « Le Poète devient le suprême Savant, car il arrive à l’inconnu »*** - Rimbaud. | | | | |
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| art | | | Peu importe si les avis d'un artiste sont minoritaires ou majoritaires, tournés vers le passé ou abandonnés au futur, exhibent une ouverture d'esprit ou une clôture d'horizons, traduisent un savoir ou s'abîment dans une ignorance, s'adonnent à une reptation optimiste ou à une danse pessimiste, exhalent la bonté ou filtrent la haine ; le seul critère, qui placera son œuvre dans une bonne case, c'est à dire dans une élite ou dans une étable, - c'est la qualité de ses images. | | | | |
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| art | | | Comme la science, l'art peut être appliqué ou fondamental, mais si la passion du pur savoir survit bel et bien, même au milieu des robots, la passion de la pure forme est étouffée par l'invasion des moutons, à moins que ce soit par le choix de mauvaises altitudes. | | | | |
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| art | | | L'intensité d'un écrit naît mieux d'une caresse musicale que d'une violence verbale. Ni le jargon ni la doxa ni le savoir ne peuvent atteindre ce qui se concentre dans une mélodie. « En intelligence, comme en poésie, compte non pas le quoi, mais l'intensité » - H.Hesse - « Es kommt beim Denken, ebenso wie beim Dichten, nicht auf das Was an, sondern auf die Intensität ». | | | | |
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| art | | | L’amour de l’art est dans l’abandon conscient de la connaissance, de la profondeur, de la possession et l’adhésion aveugle au rêve, à la hauteur, à la caresse. | | | | |
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| art | | | Le talent est apollinien ou pythagoricien, et le génie est dionysiaque ou orphique. Le talent : une démarche, guidée par le savoir et le vouloir. Le génie : une danse, rythmée par le pouvoir et exprimant le valoir. | | | | |
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| art | | | Les profonds et les médiocres s'attachent au fond (les connaissances, la cohérence, la justice) : les profonds - pour le maîtriser, les médiocres - à cause de son prestige, les deux - parce qu'ils gardent la tête haute ; les hautains, dans leur âme profonde, s'accrochent à la forme (la musique, le ton, la noblesse). Le vrai commun asservit les têtes ; le beau unique rend libres les âmes ; le bon est à portée des cerveaux et des bras des premiers, il ne quitte pas l'étoile des seconds. Les positions doctrinaires, face au fond, ne traduisent plus rien de personnel ; seule la pose musicale d'esthète ou d'ascète, face à la forme, peut faire entrevoir une promesse d'originalité. | | | | |
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| art | | | Tant de livres, qui enseignent ou renseignent, et si peu - qui saignent. En se détournant des astres, on creuse jusqu'à atteindre une platitude finale ; en se penchant sur nos plaies, on découvre, dans nos émotions saturniennes, la hauteur initiale. | | | | |
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| art | | | Qu'on soit philosophe, scientifique ou artiste, la création est au-dessus de la volonté et de la connaissance ; l'artiste, qui le sent intuitivement, est toujours au-dessus des autres. | | | | |
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| art | | | La justification de la maxime comme d'une illustration précise de la pensée de l'éternel retour, surgissant de la chaîne : l'être (la création divine, le savoir, l'intelligence), le devenir (la création humaine, le mouvement, la vie), l'intensité vitale (le seul dénominateur commun entre le héros, l'artiste et le bel esprit), le commencement résumant la finalité et coïncidant avec elle, ce que reprend le symbole de l'éternel retour du même et dont la maxime est la miniature. Un commencement, dont toute suite pensable ne serait que du retour du même, de ce qui est prégnant ou déjà exprimé dans le commencement, - la définition même de la maxime. | | | | |
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| art | | | Le médiocre cherchera de l'inspiration dans ses expériences, ses savoirs, ses émotions. Le grand sait, que la seule fontaine, près de laquelle expire le poète et respire l'art, s'appelle imagination. « Le seul bien, qui puisse combler un artiste, vient de son imagination » - Pasternak - « Художнику неоткуда ждать добра, кроме как от своего воображенья ». | | | | |
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| art | | | Pour un créateur, le savoir, l'expérience et même l'intelligence ne sont que des dictionnaires ou des gammes, dont il se servira pour produire sa musique. Et, paraît-il, même « la nature n'est qu'un dictionnaire » - Delacroix. Elle est plutôt un code, un thésaurus, un dictionnaire si bien organisé et animé, qu'il peut s'ériger en juge. Pour délibérer avec elle, je serai tantôt un procureur et tantôt un habitué du banc des accusés. | | | | |
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| art | | | Pour briller en plomberie, en astronomie, en chirurgie, ce qui compte, avant tout, ce sont les connaissances. Mais leurs apports à la beauté d'un livre sont quasi nuls, à côté de sa musique et de son intensité, du tempérament et du goût de son auteur. Le culte du savoir est né dans les faibles cerveaux des zoïles, plutôt que chez les écrivains eux-mêmes. | | | | |
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| art | | | Le talent, c'est à dire mon valoir, et non pas mon ample pouvoir ni le profond savoir ni même mon intense vouloir, qui doit être l'essence, c'est à dire la forme de mon opus. « L'art n'est rien d'autre que de ne faire apparaître que le talent » - Griboïedov - « Искусство в том только и состоит, чтоб подделываться под дарование ». En revanche, la technique doit y être cachée : « Dans un art admirable l'art lui-même est caché »*** - Ovide - « Ars adeo latet arte sua ». C'est l'incapacité de chevaucher Pégase qui pousse la piétaille à s'engager sur les chemins battus du vrai, du juste ou du complet. Avec l'artiste, ce n'est pas la bouche sereine qui parle, mais l'âme incertaine : « Chez l'artiste, l'art ferme sa bouche d'homme » - Pasternak - « в искусстве человеку зажат рот ». | | | | |
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| art | | | Leurs livres sentent les média, les bistros ou les bibliothèques, tandis que je ne m'intéresse qu'aux manuscrits trouvés dans une bouteille (MS. found in a Bottle - Poe). | | | | |
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| art | | | L'évolution vers une belle écriture : je commence par décrire ce que je ressens, ensuite je transcris ce que je sais, et je finis par inscrire mes mots dans une musique soufflée par mon rêve, loin de mes sentiments et réflexions antérieurs – mon mot deviendra compositeur et non seulement instrument ou interprète. Et je rougirai si je disais un jour, comme Nabokov, que je connaissais plus de choses, que je ne saurais exprimer par des mots. | | | | |
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| art | | | Depuis un siècle et demi, le problème de la culture n'est pas dans sa fonction, mais dans son organe ; partout, où régnait l'âme individuelle, s'érige, en seul juge, l'esprit collectif. Valéry voit le mal dans le peu d'esprit critique : « La libre coexistence des principes de vie et de connaissance les plus opposés », tandis qu'il est dans le peu d'âme aristocratique. | | | | |
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| art | | | La poésie ramène ses objets à la perception musicale, comme la philosophie – à la conception réelle ; la science n'y a aucune place. « Entre science et philosophie il y a quelque chose du rapport, que je vois entre musique et poésie » - Valéry – vous, qui voyiez dans la science un pouvoir et non pas un savoir, vous y déployez un regard d'artiste, au lieu d'employer les yeux de scientifique. | | | | |
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| art | | | Comment accédait au feu l’homme des cavernes ? Il lui fallait un savoir, une volonté, une puissance, pour frotter une pierre contre une autre, et, l’air aidant, diriger l’étincelle sur des brindilles. La littérature relève aussi d’une espèce de pyrologie : mon élan est l’étincelle, ma langue est l’air, mes pierres sont les contraintes et ma chaume – les choses évoquées. La chaleur produite est partagée entre le corps, l’esprit et l’âme. | | | | |
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| art | | | Les yeux et le regard (captant ce qui échappe aux yeux), la logique ou le miracle, m’apprennent ce qu’est la vie. L’artiste qui n’a que les yeux a raison de ne pas mettre la vie au cœur de son ouvrage. | | | | |
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| art | | | Seul le poète se doute de l’existence des firmaments ; les horizons ou les profondeurs s’offrent aux autres doués ; le non-touché par la grâce est condamné à la platitude, c’est-à-dire à la réalité. La grâce est dans le langage ; le savoir - dans la représentation, ou dans l’apparence ; l’inertie – dans la réalité. « L’artiste place l’apparence plus haut que la réalité » - Nietzsche - « Der Künstler schätzt den Schein höher als die Realität » - mais le poète va encore plus haut. Mais – trois mystères : celui de la matière, celui de l’intelligence, celui de la musique. | | | | |
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| art | | | Les philosophes-poètes savent munir le devenir de mélodies et l’être – de couleurs et de formes. Chez les prosateurs, l’être est grisâtre et le devenir – silencieux ou cacophonique. | | | | |
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| art | | | La première source de l’ennui, dans la littérature et la philosophie, ce sont la banalité du style et la vulgarité du langage ; la seconde – les tristes litanies sur le savoir et la vérité. L’écrivain, et donc le philosophe, doit être poète et chanter l’extase des beautés nées ou des consolations naissantes, ou, à défaut, - « la vérité des passions et la vraisemblance des sentiments » - Pouchkine - « истину страстей и правдоподобие чувствований ». | | | | |
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| art | | | Rien d’exceptionnel dans le savoir ou dans l’intelligence de Dostoïevsky ou de Nietzsche ; il est ridicule de les comparer sur ces dimensions : « Son [Dostoïevsky] savoir n’était pas moindre que celui de Nietzsche, mais il savait aussi ce que Nietzsche ne savait pas » - Berdiaev - « Oн знaл нe мeньшe, чeм знaл Hицшe, нo oн знaл и тo, чeгo Hицшe нe знaл ». Ils ne sont grands que par la qualité du son et du ton, des mélodies et des intensités. Dostoïevsky connaît l’angoisse du Bien (l’amour, le Christ, la liberté), condamné à rester dans le cœur (le corps), et il la rend par une incessante suffocation. Nietzsche connaît la divinité du Beau (l’âme, la création, l’angélisme), dont la noblesse autocratique exige la subordination tragique des autres fibres, fussent-elles divines. | | | | |
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| art | | | Le monde se conçoit par les yeux et par le regard, par le savoir et par la création. Tout art est une espèce de regard qu’on projette sur le monde des yeux. | | | | |
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| art | | | Tous les professeurs de philosophie possèdent plus de connaissances sur l’histoire de la philosophie que Nietzsche. Mais la bonne philosophie ne s’occupant que de nos consolations ou de notre langage, le savoir y a une place insignifiante ; la qualité de l’expression, l’atout principal de Nietzsche, y est l’élément central. On console avec le chant et non pas avec un discours ; la fonction poétique du langage est plus subtile que la fonction didactique. | | | | |
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| art | | | L’ordinateur n’a pas à s’excuser auprès de Gutenberg, à cause de la chute du prestige et de la diffusion du livre. Le problème est ailleurs : il y a, aujourd’hui, autant de talents qu’aux toutes autres époques, et même peut-être autant de désirs de bonnes lectures ; ce qui disparut, c’est l’originalité, la musique, la noblesse – bref, l’âme, aussi bien chez l’écrivant que chez le lisant. Là où jadis s’éployait le rêve, une raison pseudo-révoltée, pseudo-savante, pseudo-exceptionnelle remplit les pages monotones, robotiques, tournées vers l’actuel et ignorant l’éternel. | | | | |
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| art | | | Pour les médiocres, être près du réel signifie répéter les mots, que la majorité des savants eut déjà trouvés, pour le qualifier ; on gagne en objectivité, en perdant en subjectivité ; on a d’autant plus de valeur, qu’on s’éloigne davantage de ce réel.« L’artiste ne supporte aucune réalité » - Nietzsche - « Ein Künstler hält keine Wirklichkeit aus ». | | | | |
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| art | | | Un livre est bon, si sa lecture t’oblige ou t’amène à renoncer à une partie de ton intelligence du connu profond, pour te laisser envahir par une haute intelligence d’inconnu. | | | | |
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| art | | | Créer des événements ou en être témoin ? - la littérature ou l’Histoire (étymologiquement, histoire remonte à témoignage). Soigner la forme imaginaire des réquisitoires ou plaidoiries, ou bien tenir au fond véridique des témoignages ? Réveiller le vouloir, faire naître le devoir, affirmer le valoir, faire preuve du pouvoir, hic et nunc, ou bien compléter le savoir du passé ? Les historiens antiques furent poètes et non pas chroniqueurs. | | | | |
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| art | | | Le Public d’un artiste : dans l’Antiquité – les poètes et les philosophes ; à la Renaissance ou à l’époque classique – les connaisseurs ou la Cour ; aux temps modernes – la gazette et le réseau social. De plus en plus vulgaire, de plus en plus grégaire. | | | | |
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| art | | | Ta maxime, comme la musique, n’apporte que des réponses, auxquelles les autres peuvent (doivent ou savent) chercher des questions adéquates. « En écoutant la musique, j’entends des réponses, j’ai l’impression qu’il n’y ait aucune question »** - G.Mahler - « Wenn ich Musik höre, höre ich Antworten und empfinde, daß es keine Fragen sind ». | | | | |
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| art | | | On ne trouve de vrais rêveurs que chez Héraclite et Platon, Goethe et Byron, Dostoïevsky et Nietzsche ; tous les autres, avant, pendant ou après ceux-là, y compris leurs épigones, ne peignent que des bavards réalistes ou des pédants abstractionnistes. | | | | |
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| art | | | N’importe qui peut ne faire de son écrit qu’un étalage de questions. Mais l’écriture, qui consisterait, essentiellement, de réponses, ne vaut que si l’on réussit à trouver à celles-ci des questions intéressantes ou, au moins, cohérentes. Aux réponses : âme immortelle, savoir absolu, connaissances a priori il n’y a aucune question qui exciterait notre curiosité ou notre goût du subtile – ce sont des morts-nés. | | | | |
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| art | | | Un bon écrivain, c’est la rencontre d’une noblesse, d’une intelligence et d’un talent. La noblesse, c’est un goût sélectif et la hauteur du regard ; l’intelligence, c’est la profondeur du savoir et l’exigence des contraintes ; le talent, c’est le ton musical et la grâce du verbe. Un seul de ces dons est absent, et vous risquez d'être Gros-Jean comme les autres. | | | | |
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| art | | | Tant de livres, aujourd’hui, à nous apprendre à agir, à réfléchir, à connaître – et aucun pour nous faire rêver. Quelle amère ironie dans ces paroles de G.Bachelard : « Les livres sont nos vrais maîtres à rêver ! ». | | | | |
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| art | | | Dans l’art, le savoir passif (érigeant des contraintes) est plus utile que le savoir actif (dictant des objets et des jugements). Les bonnes contraintes : les sujets épuisés, les répétitions à éviter, les angles de vue indignes. Pour la qualité des commencements, cet épicentre de la hauteur et de la personnalité, le savoir actif ne sert presque à rien. | | | | |
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| art | | | Deux préliminaires du créateur : avoir maîtrisé les choses et élaboré des valeurs. Deux voies en partent : l’une, terrienne et profonde, de Faust, le sentier battu, l’autre, aquatique, de Narcisse, à la surface d’un lac. « Information sur les objets, formation de valeurs, transformation narcissique en création artistique » - L.Salomé - « Objektbesetzungen, Wertsetzungen, narzißtische Umsetzung ins künstlerische Schaffen ». | | | | |
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| art | | | Comment se crée une œuvre pure : la suppression de l’inessentiel (contraintes), les définitions secrètes (la rigueur), le savoir discret (la profondeur ), le ton poétique (la hauteur). | | | | |
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| art | | | L’érudition doit servir surtout à ériger des contraintes (des objets à éviter, à ne pas développer) ; ce qui reste digne d’être enveloppé de caresses verbales doit être peint ou mis en musique par le talent. Quand on manque de celui-ci, ni l’érudition ni les connaissances ne sauveraient ton verbiage unidimensionnel. | | | | |
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| doute | | | Le vrai savoir sert à affiner la qualité et l'épaisseur du doute, seuls ses aristocrates (Cioran ?) en font leur pierre de touche. Une bonne pierre d'achoppement convient mieux pour façonner le doute qu'un « mol oreiller » (Montaigne). | | | | |
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| doute | | | Chez l'homme du savoir, les tendances de la raison façonnent celles du sentiment : la primauté de la largeur de vues, par exemple, se traduit par la part de l'étendue des émotions. Chez l'homme du cœur, c'est la forme de son savoir qui n'est qu'une translation de ses sentiments : un haut regard provenant d'une haute houle. | | | | |
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| doute | | | Une conviction sans connaissance est aussi creuse qu'une croyance née du seul savoir. Penser le non-cru ou croire le non-pensé relève, en définitive, du même don. | | | | |
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| doute | | | L'ordre, c'est l'idée du monde, le désordre, c'est le monde des idées, la « branloire pérenne » (Montaigne). La vie est un équilibre précaire entre ces deux univers, équilibre rompu tantôt par le savoir synchrone, le système, tantôt par le savoir diachronique, l'ironie. | | | | |
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| doute | | | Aucun beau mystère n'est né de mon savoir, mais celui-ci aide à me débarrasser des avortons et à régulariser des bâtards. C'est en pelotant mon ignardise que j'assure la descendance du rêve volage. | | | | |
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| doute | | | Tous les métiers sont bons, pour élever des cités radieuses, inondées de lumières : des contre-maîtres du savoir, des géomètres des émotions, des charpentiers de l'art. Mais pour concevoir de nobles ruines des ombres il faut des orfèvres, des virtuoses du vide, des artistes de la vie. | | | | |
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| doute | | | On me dit : ne parle que de ce que tu sais. Mais je ne sais que ce dont je parle (ce que je viens de dire, non ce que je vais dire). C'est par ma manière d'aborder l'inconnu qu'on me reconnaît : « Pour cacher aux autres les limites de ton savoir, rien de plus sûr que de ne pas les franchir » - Leopardi - « Il più certo modo di celare agli altri i confini del proprio sapere, è di non trapassarli ». | | | | |
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| doute | | | Nos limites jouent deux rôles : déclencher nos élans ou mesurer nos forces. Dans le second cas (Odysseus ou Hegel), le soi connu se dépasse et augmente le volume de son savoir. Dans le premier (Orphée ou Rilke) – l'appel de notre soi inconnu nous fascine, inaccessible, et sacre notre regard immobile sur notre étoile. | | | | |
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| doute | | | Tous, d’une manière ou d’une autre, veulent connaître la vie. Mais le consommateur envisage la vie comme une solution, le penseur – comme un problème, le poète – comme un mystère. Et puisque nous portons en nous, tous, un peu de ces trois personnages, nous apprenons à agir, à créer, à rêver. L’absence d’une seule de ces facettes compromet gravement la qualité de l’ensemble. | | | | |
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| doute | | | Ignorer ce que nous savons est une bonne astuce de créateur d'idiomes, qui finit par n'apprécier que le savoir de ce que nous ignorons. | | | | |
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| doute | | | Que je feigne tout ignorer de l'être de la chose (épochè) ou bien que je m'arroge le droit de la connaître au fond, ma description de cette chose est question de mon intelligence et de mon talent et non pas de mon attitude phénoménologique ou dogmatique. La méthode philosophique n'existe pas, elle ne peut être que scientifique, et une philosophie scientifique est une invention des nigauds. | | | | |
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| doute | | | La conscience de mon soi inconnu - me munir du regard, que je mettrai au-dessus et des choses perçues et des idées conçues (je pourrai l'appeler, comme Nietzsche – mon univers inconnu interne – unbekannte Welt in mir). La conscience de mon soi connu - me voir, bossu ou déçu. | | | | |
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| doute | | | Ils savent ce qu'ils disent, sans le savoir chanter ; je m'efforce de chanter, sans savoir ce que j'en dis. De nos jours, il faudrait inverser l'adage : « Où est l'esprit, là est le chant » - proverbe latin - « Ubi spiritus est cantus est ». Leur visée - être cacique des caciques ; j'ambitionne le genre du cantique des cantiques. | | | | |
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| doute | | | Étranges étiquettes - « inutile et incertain » - que Pascal attribue à Descartes, tandis que celui-ci n'est justement qu'utile et certain. Comme ce lourdaud de Spinoza bourré de connaissances pratiques et traité par Voltaire de « subtil et creux ». | | | | |
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| doute | | | La lumière pragmatique inonde le quotidien des hommes, qui vivent de plus en plus dans l'illusion d'un milieu sans ombres. D'où la chute de l'art et de la philosophie, qui ne vivent que des ombres. « Au fond de chacun, il y a son noyau inconnu, masse d'ombre, qui joue le moi et le dieu »*** - Valéry. Dieu voulut, à l'opposé de Nietzsche, que ce noyau fût fait de faiblesses (« Kern voll Schwäche »*** - Rilke !) ; dans l'inconnu de la volonté de puissance il y a autant de sources d'ennui que dans le connu de nos défaites : « L'inconnu passe pour grandiose » - Tacite - « Ignotum pro magnifico est ». | | | | |
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| doute | | | J'aime cette indétermination d'échelle de la profondeur-hauteur de Zarathoustra, du savoir-pouvoir des Cahiers de Valéry, du jouir-vomir de Cioran. Cette lecture fait de vous fabricant de balances, inventeur d'altimètres ou de tortures. | | | | |
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| doute | | | Ils cherchent ce qui est indubitable et ils appellent cette recherche – le doute ! Le doute est une ignorance créatrice. | | | | |
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| doute | | | C'est par le choix des lieux, dignes qu'on s'y perde, qu'on reconnaît le mieux son âme-sœur. Là où l'on se connaît, règne la logique tribale, artisanale ou minérale. « Se connaître est la démangeaison des imbéciles » - Bernanos. On ne connaît que ce qu'on partage : « Se connaître, c'est fatalement prendre sur soi le point de vue d'autrui » - Sartre. | | | | |
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| doute | | | Il n'y a rien de connu qu'on ne pourrait pas rendre, derechef, encore plus caché ou secret. Le contraire, évangélique, est bon pour intimider le désordre du menteur, mais non pour intimer l'ordre au mentor. | | | | |
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| doute | | | Il y a en moi ce que je crois et connais, et ce dont je me méfie et ignore. Je m'évertue à ne parler à autrui qu'au nom de la seconde facette, la première étant commune à tous. Savoir l'esprit de l'homme empêche de le connaître côté âme. Mais il faut croire en son ignorance de soi ; c'est ce que voulait dire Lao Tseu : « Si tu ne crois pas en toi-même, personne ne te croira ». | | | | |
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| doute | | | Mieux je me peins - plus je m'ignore et mieux je me comprends. Et je comprends, que les autres ne me connaissent que d'après caricatures. | | | | |
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| doute | | | L'art de douter d'un savoir est plus délicat que l'art de le maîtriser. « Si tu veux m'apprendre quelque chose, apprends-moi, en même temps, à en douter » - Ortega y Gasset - « Siempre que enseñes, enseña a la vez a dudar de lo que enseñas ». | | | | |
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| doute | | | Ce n'est pas en connaissance, mais en appétence de soi, qu'il faut progresser : il faut se vouloir à défaut de se connaître. Se connaître voudrait dire maîtriser la tension de ses cordes (« il faut se connaître, pour régler sa vie » - Pascal), mais, pour interpréter une belle mélodie, d'autres dons sont plus vitaux. | | | | |
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| doute | | | La sagesse et la puissance sont tout de maîtrise des contraintes et très peu de savoir des sources et fins. Déjà, Platon voyait dans l'égocratie, ou la maîtrise de ses propres contraintes (la tempérance), – le plus haut des biens. Parmi les contraintes : la méconnaissance de soi et la maîtrise d'autrui - presque le contraire de Lao Tseu : « Connaître autrui est intelligence ; se connaître est sagesse. Maîtriser autrui est force ; se maîtriser est puissance ». | | | | |
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| doute | | | Se connaître signifierait unité du sujet et de l'objet, projet digne des robots. On peut comprendre ce que fait et même ce qu'est mon soi connu ; l'essence de mon soi inconnu me restera toujours incompréhensible, sans être un objet, il me souffle des projets. Ce qui est proche devient si vite muet : « Je ne me connais pas, et Dieu m'en garde » - Goethe - « Ich kenne mich auch nicht, und Gott soll mich auch davor behüten ». L'autoscopie ne sert à rien, seule l'autoécoute est utile dans la recherche de ta meilleure source, celle de la musique. | | | | |
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| doute | | | L'ambition suprême de ma réflexion, face à l'insondabilité et l'ineffabilité de mon moi : être une belle ombre d'une lumière inaccessible, ombre projetée en hauteur. Je plains ces piteux connaisseurs ou maîtres de leurs soi-mêmes transcendantaux ou immanents, se vautrant dans leurs profondeurs viabilisées : « L'objectif suprême de ton évolution : devenir maître de ton soi transcendantal, être le soi de ton soi » - Novalis - « Die höchste Aufgabe der Bildung ist, sich seines transzendentalen Selbst zu bemächtigen, das Ich seines Ichs zu sein ». Quand je suis dans la forme, je ne peux être que dans le nous dialogique, du côté des ombres. | | | | |
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| doute | | | Dans l'exposé de ce qui est connu, tous les hommes atteignent des statures comparables ; c'est dans le style de nos attouchements de l'inconnaissable, que notre vraie valeur s'affirme. Et Wittgenstein : « Moins tu te connais et te comprends, moins grand tu es » - « The less somebody knows & understands himself the less great he is », n'y est bête qu'au second degré. | | | | |
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| doute | | | Ce qu'on connaît est presque sans importance pour la qualité de notre écriture ; c'est dans la docte ignorance que se manifestent le mieux nos frissons et nos recherches : « Qui questionne et s'étonne a le sentiment de l'ignorance »** - Aristote. Elle accompagne l'étonnement jusqu'à sa chute dans une certitude passagère. La docte ignorance est l'aboutissement glorieux de la science (où elle s'appellera savoir indocte) et le début lamentable de la philosophie (où elle s'appellera fidélité à la nature). | | | | |
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| doute | | | Les représentations conceptuelles ne sont jamais homomorphes ; une infinité de structures et d'opérations de la réalité échappera toujours à nos modèles humains. Mais puisque les seuls modèles parfaits sont des modèles mathématiques, le réel, c'est à dire la perfection même, serait une réalisation de la mathématique, celle-ci étant ainsi l'ontologie même. Au commencement et de la représentation et de l'objet est le Nombre, la seule raison de leur concordance. | | | | |
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| doute | | | Quel sens mettre dans la dissimulation de celui qui, sans être cryptomaniaque, avoue ne pas se connaître ? Le même gâchis que l'authenticité des sots. | | | | |
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| doute | | | Nous connaître, c'est connaître notre âme, mais celle-ci est exposée au souffle d'un esprit supérieur, dont tout contact nous est interdit, - celui qui dit se connaître ne connaît que ses glandes. Ou, au mieux, ses muscles : « Ce que je connais de moi-même est ce qui prend part à l'action » - Bergson - c'est à dire une misérable surface de ma face invisible dont la profondeur m'est interdite et que seule réinvente la hauteur de mon âme. | | | | |
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| doute | | | Que puis-je savoir de mon soi, à part le sum découlant de cogito me cogitare ? La conscience contient si peu de conscience de soi. Il y a ceux qui se vantent de se connaître (et composent des panégyriques de la connaissance de soi - Grothendieck) et ceux qui s'inventent. La présentation est chaude, vague et muette, la représentation - froide, nette et éloquente. | | | | |
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| doute | | | L'ignorabimus correspond à la partie de l'ignoramus, à ces choses, qui n'admettent pas de représentation : ni par objet ni par relation ni par prédicat. Et Kant et Gödel nous apportent des preuves interprétatives de leur existence. | | | | |
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| doute | | | Je ne connais pas un seul philosophe, dont le calibre gagnerait quoi que ce soit à s'appuyer sur un système. Le poids intégral d'une vraie sagesse réside exclusivement dans ses métaphores. « Le trésor tout entier du savoir et du bonheur humains n'est fait que d'images »*** - J.G.Hamann - « In Bildern besteht der ganze Schatz menschlicher Erkenntnis und Glückseligkeit ». | | | | |
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| doute | | | Je ne vois aucun trait net de ces fichues limites kantiennes, qui borneraient notre raison. Ce qui est pire, c'est que Kant ne se pose même pas la question capitale : à qui appartiennent ces limites ? À nous ou au monde ? Sommes-nous ouverts ou clos ? | | | | |
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| doute | | | L'espérance rationnelle ne peut être que sophistique, comme le désespoir irrationnel veut être cynique ; c'est pourquoi mon espérance doit être irrationnelle et mon désespoir - rationnel. Il faut savoir donner tort à Platon, face aux sophistes, et à Descartes - face aux scolastes. | | | | |
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| doute | | | Être homme du savoir voulait dire, jadis, être fasciné par les mystères de l'univers, de la vie et de l'homme ; aujourd'hui - connaître l'adresse URL du manuel d'autorité, sur des problèmes et solutions de ce jour. | | | | |
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| doute | | | Se méconnaître, c'est, en permanence, faire que le Même soit autre, exotique, ce qui entretient l'intensité des sensations et constitue le retour du Même. Trouver de l'inexistant à partir de la méconnaissance de soi, plutôt que chercher la connaissance ou la reconnaissance de ou par ce qui existe ou pèse. | | | | |
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| doute | | | Comment sauver du ridicule les sages delphiques ? - en reconnaissant l'équivalence de ces trois étapes : connais-toi toi-même - lis la vie toi-même et en toi-même - traduis ce que tu y entends. À la sortie, même si je ne m'y reconnais plus, ce serait le seul soi authentique, celui de la docte ignorance, opposée au savoir indocte. Se ipsam cognoscere devint la sotte devise de Hegel et de Marx. Le soi connu est misérable ; c'est le soi inconnu qui est notre trésor, pour l'observateur et non pas pour le marcheur : « Aller au bout de soi-même est une stratégie de pauvres »** - Baudrillard. | | | | |
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| doute | | | Plus profond est mon nouveau savoir, plus haut sera le siège de mon nouveau doute. | | | | |
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| doute | | | Pas de déclaustration possible de la Caverne, elle n'a pas d'issues ; on peut seulement la transformer en sobre et misérable lanterne, s'imaginant plus puissante que nos ombres, ou en glorieuse taverne, où danseront nos ombres enivrantes. | | | | |
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| doute | | | La foi en soi - une double aberration qui, curieusement, s'avère être plus acceptable que la connaissance de soi, où, systématiquement, on se trompe soit de connaissance soit de soi. Comme quoi une double négation de la raison est parfois presque de la raison. | | | | |
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| doute | | | Du cycle l'admiration - l'inquisition - l'ignorance (Montaigne) faire une simultanéité, tel est le but de l'éternel retour. | | | | |
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| doute | | | Deux notions creuses, aux trajectoires semblables ou parallèles, - le hasard et le destin. Censées apporter du mystère à ce qui n'est qu'ignorance et faiblesse. Le scientifique les formalise en tant que lois, et le poète les reformule en métaphores. | | | | |
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| doute | | | L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons, qui ne peuvent que narrer ou parer. | | | | |
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| doute | | | Dans la connaissance de l'objet réel, on ne s'appuie que sur sa représentation, c'est à dire une substance avec ses attributions quantifiées, et l'on oublie son image analogique, qui est une véritable source de la représentation et une donnée immédiate de l'objet, appelée, par des bavards, - être. | | | | |
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| doute | | | Partir de soi, aller vers soi - deux errances, de banalité égale, et ayant pour origine l'idée d'un soi connu ou connaissable, et aboutissant, logiquement, dans des étables. Le seul soi crédible est le soi sculpté, hors tout chemin, dans des ruines d'un soi immémorial, et exposé non pas au musée ou en librairie, mais au fond de mon souterrain ironique, où je place ma tour d'ivoire. | | | | |
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| doute | | | Le pur savoir se moque d'expériences et de vécus ; la mathématique s'en passe et ne s'appuie que sur l'esprit pur, comme notre Dieu ; elle a donc le droit de « prétendre à une proximité privilégiée avec Dieu »* - Lichtenberg - « Anspruch auf eine nähere Verwandtschaft mit Gott machen » - et comme le bon Dieu cachottier elle laisse le souci du sens – aux philosophes ! | | | | |
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| doute | | | La lumière est faite pour être comprise et maîtrisée ; et l'ombre – pour admirer son jeu ou s'y réfugier. Tenir à ce savoir et à ce plaisir, pour approfondir l'une et rehausser l'autre, ne pas inverser les rôles, pour ne pas tomber dans la platitude. | | | | |
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| doute | | | Les copies et les certitudes finissent par nous ennuyer, tous ; le besoin de métaphores est propre à toute l'humanité : les uns trouvent leur source dans la vie, d'autres - dans le savoir, d'autres encore - dans l'esprit, mais tous s'alignent de plus en plus sur le goût machiniste américain : « Même les métaphores, chez les Américains, sont mécaniques » - Rimbaud. | | | | |
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| doute | | | Me connaître ou ne connaître que ce qui est à moi, c'est la même chose. Mon soi inconnu est inconnaissable. | | | | |
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| doute | | | La meilleure création ne dépend nullement d'une réceptivité particulière - une découverte, qui balaie toutes les balivernes sur l'intentionnalité et fait de la Caverne ma vraie demeure et de ses ombres - le contenu même de mon savoir ; la vraie sensibilité n'a pas besoin d'objets ; mon acoustique est ma musique. | | | | |
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| doute | | | Il y a, chez l'homme, un désir naturel - repousser ou mieux dessiner les frontières de ce qu'il peut savoir, et un désir artificiel - survoler ou vénérer ce qu'il ne peut pas savoir ; lorsque les deux cohabitent, on est face à un philosophe : « Dans quelle mesure l'essentiel reste inconnaissable, le penseur ne le sait que grâce à son savoir » - Heidegger - « Kraft seines Wissens erst weiß der Denker, inwiefern er Wesentliches nicht wissen kann ». | | | | |
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| doute | | | Me connaître, c'est comprendre l'instrument, dont je suis appelé à jouer : grosse caisse ou violon, harpe ou triangle ; mais cette connaissance n'existe guère pour l'homme-orchestre, l'homme-compositeur ou l'homme-silence, qui sont condamnés à se réinventer, en se vidant avant tout premier son. C'est la musique du monde qui se jouera en, de ou par moi. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert, c'est savoir qu'on ne sait pas ce qu'on veut le plus ; l'identité du vouloir et du savoir abstraits, dans l'Ouvert de l'Être, proclamée par Heidegger, nous rend Fermés dans l'Étant. | | | | |
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| doute | | | Tout discours philosophique, que son auteur le veuille ou pas, ne peut être sérieusement interprété qu'en tant qu'un poème. D'où l'ennui de Parménide et l'émotion d'Héraclite. Viser la connaissance, c'est déjà adhérer au clan des raseurs jargonautes. Surtout parce que la connaissance philosophique n'exista jamais. En plus, sans le talent poétique, c'est se condamner à être imitateur ou acolyte. Avec le talent, tout langage devient musique, et tout objet devient étoile. | | | | |
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| doute | | | Tant de balivernes autour du rôle constructif et bénéfique du doute, nous libérant de la tricherie de nos sens (les exemples misérables du bâton brisé par une surface liquide ou du diamètre apparent du Soleil servant d'uniques illustrations) ; les sens ne nous trompent jamais, puisque chacun est impensable sans la raison, qui transforme, amplifie ou filtre leurs signaux, plus qu'elle ne les corrige. Il n'y a que trois choses, qui comptent dans la qualité du résultat, de notre vision du monde : les connaissances, l'intelligence et le talent - représentation, interprétation, expression. | | | | |
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| doute | | | Les hommes, c'est à dire les sujets, s'inscrivent dans mon modèle, comme moi-même, j'en fais partie ; modéliser un homme, c'est donner la mesure de son valoir en reflétant l'univers modélisé dans ses savoir, vouloir et devoir, face à cet univers ; strictement parlant, l'univers n'existe que reflété ainsi, il est toujours hypothétique. | | | | |
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| doute | | | Pour saluer ce qu'on vit, il ne suffit ni de savoir pourquoi on vit, ni de bâtir le comment de sa vie, ni de bien choisir les où et quand de sa vie, mais il faut bien voir ce qu'on vit - le regard l'y emporte sur le cerveau et les bras. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux sortes d'intuition objective : la projection métaphorique de connaissances sur un nouveau domaine ou l'interprétation implicite d'un savoir câblé, n'affleurant pas sur la surface consciente. Elle est donc rationnelle et relationnelle, et non pas immédiate ou immanente. | | | | |
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| doute | | | Reconnaître, que j'ignore mon soi, rend ma création plus mystérieuse, mon humilité - plus profonde et ma liberté - plus haute, puisqu'elle est plus sujette à s'abaisser sous l'autorité d'une connaissance que de s'aplatir sous le diktat d'une ignorance. | | | | |
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| doute | | | Les empreintes de tous mes sens doivent se projeter sur un fond perceptif commun ; je l'appelai regard, mais il aurait pu être une généralisation du goût, du flair, de la caresse, de l'intelligence (et même du droit, pour faire de moi un magistrat sans juridiction - Montaigne) ; le bien en détermine l'ampleur, et le talent en dessine la verticalité - le vrai du savoir profond et le beau du haut sentir. | | | | |
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| doute | | | À Heidegger, pour savoir ce qu'est l'être, il faut savoir ce que le soi inconnu est (« nur wenn ich weiß, wer ich bin, kann ich wissen, was sein heißt ») ; la résignation à l'ignorance de soi sacralise nos désirs, la seconde ignorance sacralise doublement notre intelligence. | | | | |
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| doute | | | Est charlatan celui qui, d'une hypothèse parmi d'autres, fait un principe unique ; des charlatans notoires, pris en grippe par Nabokov - Spinoza, Marx, Freud (charlatans du soupçon), ou par Schopenhauer - Schelling, Hegel (plumpe Scharlatane, tandis que sa propre lourdeur fut du même acabit). | | | | |
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| doute | | | On ne peut progresser vers l'inconnaissable que par l'inconnu ; tandis que seul le connu nous rapproche de l'inconnu ; ce qui justifie le prestige des mystiques et l'opprobre des charlatans. | | | | |
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| doute | | | Sur un axe de valeurs, il y a toujours une extrémité facile, servant de point de départ et de pierre angulaire, et une extrémité difficile, servant de pierre de touche de mon talent. Le retour du même signifie : parcourir l'ensemble de l'axe, munir tous ses points d'une même intensité, constater, au point de départ, qu'il n'est en rien supérieur aux autres, ni éthiquement ni esthétiquement. « En quête du savoir, on finit par arriver au point de départ, qu'on découvre pour la première fois » - T.S.Eliot - « The end of all our exploring will be to arrive where we started and know the place for the first time » - ce sont des symptômes du retour du même, chez celui qui vit non pas des lieux visités, mais de l'intensité du regard sur les pas, premier ou ultime. | | | | |
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| doute | | | Le cycle du savoir : on représente ce qu'on croit savoir ; dans la représentation, on apprend ; l'apprentissage améliore ou augmente le savoir. Le savoir dynamique est question aussi de désapprentissage. | | | | |
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| doute | | | Celui-là tâtonne, s'égare, se perd, mais de ses paroles monte une musique, qui fascine jusqu'à mon esprit ; celui-ci exhibe des choses indubitables, appelle des procédés irréfutables, expose une probité à toute épreuve, et je l'accueille dans un silence d'âme, sans que sa moindre fibre ne se mette en mouvement. Toutefois, ceux qui savent le mieux, se perdent le mieux. | | | | |
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| doute | | | Être sage dans ce qu'on sait n'est que de l'intelligence ; la vraie sagesse est l'art et la manière de vénérer ce qu'on ne saura jamais, c'est à dire le mystère de la création divine, mystère omniprésent pour celui qui est pourvu du regard créateur et noble. | | | | |
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| doute | | | Dans les écrits des sots, ce qui saute aux yeux, c'est leur obsession par les mots, portant sur le savoir, la rigueur, la profondeur ; de cette manie des mots guindés naît l'illusion d'un discours bien réfléchi. On vise ces pédants, quand on dit, que « l'habitude d'un raisonnement logique tue l'imagination » - Chestov - « привычка к логическому мышлению убивает фантазию ». L'imagination, c'est un regard tourné vers la hauteur. | | | | |
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| doute | | | La transcendance, l'écran cachant le premier et les derniers pas, est l'opération inverse de la descendance, le culte de la succession de pas. Plus on s'émerveille de l'absurdité de la recherche, plus on est pertinent dans l'interprétation des trouvailles. « La vraie connaissance consiste à comprendre que ce qui est cherché transcende la connaissance » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| doute | | | Ils voient dans le mythe de la Caverne - l'apologie de la lumière, tandis qu'il me dit, que le jeu des ombres est mon seul original, une traduction d'un texte divin, dont je ne maîtriserai jamais la grammaire. « Nous sommes une ombre profonde, laissez-nous en paix, les ignares » - G.Bruno - « Umbra profunda sumus, ne nos vexetis inepti ». | | | | |
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| doute | | | Tous ceux qui font de la connaissance de soi - enfer de l'esprit, purgatoire de l'âme ou paradis du cœur – sont bêtes. Le soi est miraculeusement identique au monde d'ici-bas, dont l'essentiel nous restera à jamais inconnaissable. | | | | |
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| doute | | | Les yeux, indissociables de la cervelle, pénètrent et déchiffrent tout paysage des choses. Le regard, en revanche, pactisant avec l'âme, crée un climat des images, qui se démarque des choses et s'ouvre aux rêves. | | | | |
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| doute | | | L'imagination sert surtout à créer de nouvelles variables sur un arbre de la connaissance. « Au royaume de l'imagination, l'inconnu est tout-puissant » - Napoléon - il en est seulement le signe, dont la première qualité n'est pas la puissance mais l'ouverture à l'unification, la souplesse. C'est la richesse des substitutions interprétatives qui témoigne de la puissance ! | | | | |
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| doute | | | Le sage sait qu'il ne sait qu'en disant - c'est pourquoi il ne peut pas dire ce qu'il sait déjà. Le sot ne sait pas ce qu'il dit - c'est pourquoi il ne dit que ce qu'il sait. | | | | |
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| doute | | | Le savoir, plus que l'ignorance, peut nous plonger dans une nuit sans espoir et mal lunée, si nos lumières artificielles nous remplacent et lune et étoiles. On a une petite chance de tomber sur l'esprit dans la nuit ; en trouver dans les sciences de l'esprit - on n'en a aucune. | | | | |
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| doute | | | L'ontique unifiée avec l'optique s'appellerait regard, bien au-dessus des choses vues ou des choses crues. Le croire donne du rythme au vocabulaire du savoir, mais ils sont indépendants. Ne crois pas que « plus on voit, moins on croit » - proverbe italien - « chi più sa, meno crede ». | | | | |
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| doute | | | Chacun de nous est dans sa Caverne ; ce qui nous distingue, c'est la part du non-savoir que nous réservons au contenu de nos images. Les plus bêtes sont ceux qui s'imaginent, qu'il suffise de sortir de cette Caverne, pour atteindre au savoir manquant. « En d'aveugles ténèbres entrent ceux qui se vouent au non-savoir ; en des ténèbres encore plus noires - ceux qui du savoir se contentent »*** - Upanishad. | | | | |
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| doute | | | Se connaître, l'une de ces fumisteries, héritées de l'Antiquité. Pour évaluer mon soi connu – nul besoin d'introspection : les sources de mes goûts et de mes passions sont communes à tous mes contemporains, autant scruter mon voisin plutôt que fouiller, vaguement, dans ma conscience insaisissable. Mais le soi inconnu, par définition, n'est qu'une étincelle divine du génie, qui n'a ni un langage fonctionnel ni un outillage intellectuel ; il m'inspire sans se dévoiler ; si je prétends le connaître, je me trompe de cerveau ou d'yeux. | | | | |
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| doute | | | On n'use pas sa vue, si l'on trouve avec les yeux fermés. La recherche, elle, ne fait que l'aiguiser, pour mieux cerner sa nouvelle ignorance. Les trouvailles sont des ruptures du temps, favorisant les naissances de nouveaux langages, qui consolident ou peignent ces trouvailles. | | | | |
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| doute | | | De Delphes à Königsberg, tant de soucis pour la connaissance de ses limites ou pour les limites de ses connaissances, tandis qu'il aurait mieux valu maintenir l'élan vers ses limites inaccessibles, rester un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Quand on se connaît, on vit dans la solution connue ; quand on se cherche - dans le problème du soi inconnu ; quand on s'invente - dans le mystère du soi inconnaissable. « On n'est ridicule que lorsqu'on ne veut pas être ce qu'on n'est pas »* - Leopardi - « Le persone non sono ridicole se non quando non vogliono essere ciò che non sono ». | | | | |
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| doute | | | Être jeune : continuer à ne pas se connaître, à ne pas vouloir se ressembler, à entretenir l'ubiquité entre le regard et le geste : « Seul le creux se connaît »* - Wilde - « Only the shallow know themselves » - mais les creux seraient en nombre : « À tous les hommes il est accordé de se connaître » - Héraclite - ce don des sots s'est vu, apparemment, quelques refus. | | | | |
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| doute | | | Vouloir se connaître est une illusion, mais vouloir être reconnu est une bêtise. « Veux-tu être connu de tous ? tâche d'abord de ne connaître personne » - Sénèque - « Vis omnibus esse notus ? prius effice, ut neminem noveris ». Trouve le bonheur dans les étincelles de ton soi inconnu ; ne compte pas sur les bluettes de ton soi connu. « Être heureux, c'est pouvoir se voir sans horreur » - Benjamin - « Glücklich sein heißt ohne Schrecken seiner selbst innewerden können ». | | | | |
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| doute | | | Connaître (c'est-à-dire représenter) est ambition de l'artisan. C'est savoir (c'est-à-dire se sentir porteur des idées non-représentées) qui est désir du sage et de l'artiste ! Donc, chercher à faire connaître aux hommes ce qu'ils savent, c'est enguirlander l'artisanat (la transpiration) et non pas l'art (l'inspiration). | | | | |
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| doute | | | Pour que je me tourne du côté de mon soi inconnu, il y a une technique facile : reporter l'admiration des organes – y compris de mon esprit, y compris de mon âme – sur leurs fonctions. C'est ici que j'ai la sensation de faire partie de ce qui, tout en étant moi, est plus grand que moi – l'unification enrichissante, mystifiante, rehaussante. La hauteur d'une admiration est ce que la profondeur est à la connaissance – un contact, ou son illusion, d'avec l'au-delà. | | | | |
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| doute | | | Le savoir se vulgarisant, il devint facile et tentant, pour l'homme réaliste et orgueilleux, de n'émettre que de la lumière. Mais cette tendance nous fait trop souvent oublier, que nous sommes enfants de la nuit, où naissaient nos rêves. « L'homme est un dérivé de la nuit »** - Hugo. | | | | |
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| doute | | | Les visages, les actes, les pensées des autres m'apprennent presque tout sur ce qu'est mon soi connu ; ils ne m'apprennent presque rien sur mon soi inconnu. Et même moi-même, j'ai beau interroger ce dernier, je n'entendrai jamais de réponses intelligibles ; il se réduit aux questions, dans un langage musical, qui surgissent au fond du silence de mon âme, pour la bouleverser et s'évanouir. « Troublé par le mystère, ton esprit, en se cherchant, se fuit » - Schelling - « Der Geist, der, wunderbar getäuscht, sich selber suchend, sich selber flieht ». | | | | |
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| doute | | | Ton cœur et ton âme créent l’illusion, que ton univers intérieur et l’univers extérieur soient homomorphes, et que tu retrouves dans celui-là tout ce que celui-ci te cèle. Mais ton esprit, qui maîtrise tous tes récepteurs, et qui sait projeter leurs données sur les sources originaires, ton esprit sait, que toi, avec ton univers, tu es confiné dans une cage, au-delà de laquelle aucun de tes capteurs n’a de prise. La cage est ta sobre réalité ; et son au-delà n’est que ton rêve enivrant. | | | | |
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| doute | | | La scolastique, la superstition, l'ignorance – pour moi, l'homme du XXI-me siècle, est-ce un adversaire valable ? C'est ridicule. Pourtant, le seul mérite de Descartes, de Spinoza, de Hegel fut de s'élever contre ces sottises. Doit-on les admirer aujourd'hui, pour cela ? Ce serait un anachronisme. | | | | |
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| doute | | | Tsvétaeva - un don organique total, aucune adaptation au mécanique. Quelqu'un, qui croît et se sculpte, comme un arbre ou un Narcisse, ce qui est mieux que grandir ou se construire : « Tsvétaeva ne se maîtrisait pas, ne se construisait pas, elle ne se connaissait même pas et cultivait cette ignorance » - Berbérova - « Цветаева не владела собой, не строила себя, даже не знала себя и культивировала это незнание » - voilà encore de l'ignorance étoilée ! Si les autres ne vivent que de leur soi connu et maîtrisé et ignorent leur soi inconnu et sacré, c'est qu'ils s'éloignent de l'ange et s'approchent du robot. | | | | |
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| doute | | | Le doute fécond est soit purement langagier - inventer de nouvelles requêtes, soit purement conceptuel - modifier un modèle. Puisque nous ne savons de la réalité que ce que nos modèles réussis nous apprirent, tout le radotage sur l'indubitabilité de l'existence est sottise. Le savoir des choses et le savoir sur les choses sont la même chose (que Wittgenstein m'excuse…) ; la traduction du cogito n'est plus : de connaissances à l'être (la verticalité de la pensée, fondant l'horizontalité de l'existence), mais connaître, c'est être (puisque l'horizontalité, pour ne pas dire platitude, les résume, désormais, tous les deux) ; connaître, sur un mode non-géométrique, c'est créer le modèle, l'habiller par un langage, formuler des hypothèses, les interpréter, donner un sens aux résultats. | | | | |
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| doute | | | Qu'on suive la sage prudence ou la folle précipitation, qu'on confesse le désespoir profond ou la haute espérance, qu'on s'appuie sur l'épaisseur de son savoir ou l'intensité de son vouloir – aucune incidence sur l'intelligence du créateur ou sur la pertinence du créé, si un talent anime la création. Douter, espérer, savoir – les verbes les plus ambivalents. | | | | |
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| doute | | | Quels que soient mon savoir ou ma rigueur, le hasard se faufilera inévitablement dans mes images ou mes idées, que je ne dois jamais prendre trop au sérieux ; l'auto-dérision ironique est un moyen de respecter mon soi inarticulable, mais refusant tout hasard. | | | | |
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| doute | | | Notre vrai soi est un grand muet, comme Dieu ou la réalité ; être d'accord avec soi-même est une ânerie impossible. Mieux on s'interroge, moins on se comprend. « L'homme est un inconnu pour lui-même, et il ne sait jamais ce qu'il est capable de produire sous une provocation neuve » (volé chez St Augustin) - Claudel. | | | | |
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| doute | | | Deux traitements possibles du bruit que nous recevons du monde : soit nous l'amplifions par nos buts (dans la platitude), soit nous le transformons par la puissance de nos moyens (dans la profondeur du savoir) ou par la noblesse de nos contraintes (dans la hauteur de la musique). Homère : « les dieux savent tout, et nous, nous n'entendons que du bruit » - ne va pas assez loin. | | | | |
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| doute | | | Que nous scrutions un livre d'histoire, notre savoir ou notre mémoire, exposé en mots, tout fait subit les écarts, dus à notre style, notre imagination, notre ironie ou nos filtres. Donc, opposer les faits aux abstractions n'a pas beaucoup de sens, puisque l'ennemi du fait ne peut être que quelque chose d'insignifiant ou idiot, dans le genre du mensonge, des élucubrations ou de l'ignorance. Et lorsqu'on n'a pas d'adversaire de taille, on n'a pas de valeur propre non plus. Donc, arrêtons de glorifier les faits (et les choses) et préoccupons-nous des images (et des mots). | | | | |
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| doute | | | Plus de savoir, de rigueur, de précision, de généralité, de maîtrise – telle est la vision, commune et médiocre, de la création. Son contraire s'appelle éternel retour du même, qui n'est nullement une loi universelle, mais un constat particulier, quand on a affaire à un grand : le retour est dans la noblesse, l'éternité – dans l'indépendance du temps, le même – dans l'intensité infaillible. | | | | |
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| doute | | | Le travail suffit pour atteindre ou allumer une lumière ; pour animer des ombres il faut, en plus, du talent. | | | | |
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| doute | | | Seul un homme éclairé a le droit d'émettre des ombres personnelles. La lucidité de l'ignorance encourage l'émission de communes lumières. | | | | |
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| doute | | | Nous vivons trois manières de percevoir le monde : la découverte, la maîtrise, le regard ; et il n'y a pas de chronologie unique préétablie, les étapes peuvent s'intervertir, se chevaucher ou même coexister. En mode découverte, tout miracle est vécu comme une banalité ; en mode maîtrise, toute banalité est réduite à une autre banalité ; en mode regard, toute banalité est vécue comme un miracle. | | | | |
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| doute | | | Le savoir a deux stades : la représentation (le libre arbitre d'une synthèse) et le sens (la liberté de donation de sens à l'analyse de la représentation). Platon ne respecte pas la règle ockhamienne : de ses quatre facteurs – le nom, la définition, la représentation, la science – le premier n'est qu'une étiquette, collée à une représentation, et la définition fait partie de la représentation. | | | | |
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| doute | | | Le cheminement du soi connu au soi inconnu : grattez le penser, vous trouverez, en-dessous, le croire ; répétez avec le croire, vous tomberez sur le sentir ; un dernier grattage, et vous restez avec le vouloir – la volonté de jouissance, ou de puissance, de la pensée, de la foi, du sentiment. Du soi connu, clair et distinct, du Fermé donc, vous arriverez au soi inconnu, obscur et sans limites, – à l’Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Entre deux partitions de ma mémoire dynamique – les connaissances et les ignorances – se produisent de permanents transferts, des transvasements, un banal – de l’ignorance à la connaissance, et un subtil – de la connaissance à l’ignorance ; le premier enrichit mes moyens, le second me fait découvrir la joie des (re)commencements dans une ignorance étoilée. | | | | |
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| doute | | | Les meilleures manifestations de mon soi inconnu sont imprévisibles ; je ne suis sûr de rester moi-même que dans le plat, l’évident, le consensuel. Les pseudo-connaisseurs disent : « Le sage est toujours fidèle à lui-même » - Sextus Empiricus. | | | | |
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| doute | | | On ne peut connaître ni soi-même ni ses limites ; on ne peut que croire en un soi divin, soi inconnu, et l’on peut éprouver l’élan vers ses limites inaccessibles ; dans les deux cas, on perd sa paix d’âme, fondée sur la connaissance, et l’on vit de son « cor inquietum » (St-Augustin). | | | | |
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| doute | | | Le parcours du médiocre : la croyance, le doute, le savoir. Le parcours du sage : le savoir, le doute, la croyance. | | | | |
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| doute | | | La matière, la vie, le moi sont inséparables et se trouvent fusionnés dans ma conscience – mon corps-esprit qui sait, mon cœur qui sent, mon âme qui crée, et qui occupent le même centre de mes soucis. Y placer une seule de ces parties-substances est absurde, puisque l’absence des autres parties priverait de sens le tout. | | | | |
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| doute | | | Le rêve est un chant, né de l’attirance de mon âme pour l’inaccessible ; ce qui est accessible à mes sens constitue la réalité. La représentation du rêve s’appelle l’art ; la représentation de la réalité s’appelle le savoir, dont le contenu le plus rigoureux s’appelle la science. Dans tous les cas, la représentation relève entièrement de l’intelligible et non pas du sensible comme le pensent Aristote et Kant : « Un jeu aveugle des représentations, c’est-à-dire moins qu’un rêve » - « Ein blindes Spiel der Vorstellungen, d. h. weniger als ein Traum ». | | | | |
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| doute | | | Pour notre bon sens, et même pour notre imagination aussi bien de la matière que de l’esprit, les dernières certitudes atomiques ou cosmogoniques restent totalement incompréhensibles, mystiques. Seule l’implacable mathématique nous conduit à ces stupéfiantes et incontournables conclusions. L’esprit de l’intelligible s’incline, mais l’esprit du sensible garde toute sa perplexité. La Création, ce devenir divin, commence et se termine dans infinitésimal, où se confondent le continu et le discret. | | | | |
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| doute | | | À l’échelle macroscopique, le regard est semblable à une prise de mesure, à l’échelle microscopique : une perte d’objectivité, la préférence exclusive d’un angle de vue, écartant, par contraintes volontaires, ce que le goût et le style excluent du champ visible, la volonté imitant la connaissance. | | | | |
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| doute | | | J’oublie, qu’à côté de la réalité (le savoir pragmatique) et du rêve (le vouloir romantique), il existe un troisième séjour de nos lubies – l’idéologie (le pouvoir politique). Ainsi, après la logorrhée scolastique sur l’Un, l’Être, Dieu, l’omniscience, l’omnipotence, la vérité – la banalité cartésienne ou les finasseries spinozistes sont perçues comme presque anti-chambres du réel ou du rêvé. Hegel nous replonge dans le délire. | | | | |
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| doute | | | L’intellect transforme les empreintes analogues de nos sens - en données analogues de notre mémoire. Les premières ne se trompent jamais ; les secondes se trompent toujours. Pourtant, toutes nos connaissances proviennent des secondes, et les premières ne servent qu’à valider les jugements des secondes. Le robot, lui aussi, aura ses sens, mais toutes les données seront déjà, pour lui, des connaissances conceptuelles, en sautant les stades analogue et numérique. | | | | |
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| doute | | | Les questions bardées de variables – c’est à elles que se donnent les plus belles des réponses. La bêtise, c’est de profaner ces questions, en y remplaçant les variables divines par des constantes humaines. « La plus grande ignorance est de ne savoir, quelles questions ne se doivent poser » - Valéry. Tant qu'on pratique un langage à variables on n'est pas perdu. Mais c'est lui qui se perd avec l'ignorance. | | | | |
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| doute | | | Le savoir, assurant tes performances (à défaut des compétences) devint si commun, que les différences avec les esprits des autres cessèrent d’être capitales. En revanche, le gouffre entre tes soi connu et soi inconnu reste aussi infranchissable. « Il se trouve autant de différence de nous à nous-mêmes, que de nous à autrui » - Montaigne. Ici, c'est le géomètre qui mesure les distances, en unités d'empathie (Einfühlung) ; là-bas - l'ignorant que nous n'avouons pas être, devant autrui, pour préserver notre narcissisme ou notre sympathie pour notre soi inconnu. | | | | |
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| doute | | | Le seul prix du savoir est son acquisition, à l'aide d'un emprunt à la croyance, en monnaie, certes, inconvertible. « Ce qu'on croit fait tout le prix de ce qu'on sait » - A.Suarès. Irréfutable en monosyllabiques ! | | | | |
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| doute | | | Une évidence : le mystère de notre origine et de notre finalité restera à jamais voilé ; nous n’avons aucune clé rationnelle, aucun sésame n’y prêtera main forte ; toute tentative de le rationaliser est de la superstition ou du charlatanisme. Mais on constate, hélas, qu’ils sont peu, ceux qui persistent à ne pas connaître l’inconnaissable, comme diraient Platon ou Aristote. | | | | |
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| doute | | | La logique, déduisant des vérités mathématiques, ou le langage, évaluant les vagues certitudes jugementales, n’ont rien en commun. Mais même d’excellents géomètres les confondent : « Il est aisé de montrer que l’athée-géomètre ne peut rien savoir avec certitude » - Descartes - mais il omit d’en exhiber la démonstration. | | | | |
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| doute | | | Toutes les vérités, que la connaissance objective, c’est-à-dire la science, t’apporte, appartiennent à l’espèce et ne contribue presque en rien au contenu de ta personnalité. On ne forge celle-ci qu’avec nos goûts et notre foi indémontrables. « L’homme est ce qu’il croit »* - Tchékhov - « Человек — это то, во что он верит ». | | | | |
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| doute | | | L’esprit ébloui ferme les yeux et se réjouit du regard pénétrant de l’âme ; les yeux ouverts de l’esprit éclairé arrachent au doute ce qui devra appartenir au savoir. Le premier est plutôt créateur, le second – producteur. | | | | |
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| doute | | | Non seulement la manie de comprendre occulte souvent la joie de savoir, mais la manie de savoir étouffe le bonheur de rêver. | | | | |
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| doute | | | Tout, pour être vu, lu, entendu, a besoin de lumière. Ma propre lumière suffit, pour ma danse et mon rêve, mais on « peut marcher ou agir à la lumière d’autrui »** - J.Joubert. | | | | |
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| doute | | | Se connaître est peut-être reconnaître, qu’au-dessus de mon soi connu plane mon soi inconnu. Au-dessus de l’intelligence et du langage se cache la source du Bien et du Beau, qui inspire mais ne s’exprime pas. | | | | |
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| doute | | | Je vaux par le doute qui me rend fort et par les certitudes qui me font aimer certaines faiblesses. La sagesse, c'est à dire l'union du talent et du goût, consiste à voir la place du croire ou du savoir. | | | | |
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| doute | | | Tu ne peux désirer que ce qui est mystérieux, donc ce que tu ne connais pas ; le connu, tu peux le toucher ; l’inconnu, tu le caresses. Ceux qui ne furent jamais approchés par le mystère disent : « Tu ne désires pas ce que tu ignores » - Hegel - « Man begehrt das nicht, was man nicht kennt ». | | | | |
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| doute | | | La plus profonde admiration d’un effet s’ensuit de l’ignorance de la cause originaire, divine et inconnaissable ; la connaissance des causes naturelles intermédiaires n’y change rien, bien que celle-ci soit le contenu même de toute science. Mais s’arrêter à ces causes et ne pas les projeter aux sources divines ne peut conduire qu’à une admiration banale, à la maîtrise d’un modèle humain. | | | | |
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| doute | | | Se connaître - mon scepticisme, face à ce but, n’ayant ni fond ni forme, ni début ni sens, s’explique par l’analogie avec le principe d’indétermination de la physique quantique : mieux je perçois mon soi connu, moins bien je conçois grâce à mon soi inconnu. | | | | |
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| doute | | | Chronologiquement, notre vie traverse trois étapes, en fonction du rôle qu’y joue le doute : l’introduction, la contemplation, la création – une croyance en ordre universel, des images du chaos ambiant troublant, une invention d’un ordre particulier, personnel, harmonieux, divin. | | | | |
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| doute | | | Savoir, sentir, rêver qu’on vit est plus qu’un plaisir (Aristote), ce sont trois mystères - de l’esprit, du cœur, de l’âme. | | | | |
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| doute | | | Les éclaireurs, face aux ombrageux : d’une époque à l’autre, les lumières du savoir changent, mais les ombres du valoir gardent leurs fières et libres empreintes. « Déplorables époques que celles où chaque homme marche à la lumière de sa lampe » - Joubert – j’aime mieux l’homme, dont les ombres dansent ! | | | | |
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| doute | | | La chose en soi est un concept totalement objectif ; le sujet humain n’est nullement impliqué dans la formation de son contenu. Seul un esprit tordu et une âme égarée, comme ceux de Schopenhauer, peuvent associer la chose en soi avec la volonté ! | | | | |
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| doute | | | Toute source de lumière, tel le soleil du réel, et qui serait au-dessus de ton rêve ne projetterait que des ombres terre-à-terre ; l’artiste, et peut-être même le philosophe, veulent dédier leurs ombres à leur étoile, vers la hauteur ; forcés, ils ne trouvent la juste lumière que dans la profondeur d’un savoir théorique et d’une intuition mystique. Projection de bas en haut. | | | | |
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| doute | | | En mathématique, on approfondit la connaissance en inventant (en généralisant) de nouvelles espèces d’objets, de relations ou de valeurs. L’arrêt de cet approfondissement, surtout dans d’autres sciences, s’appelle résignation ou clarté ; la clarté est ennemi du progrès de la connaissance. | | | | |
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| doute | | | Dans tous ses compartiments, le monde est saturé de mystères ; face à ces Créations, celui qui est incapable de vénérations ou d’admirations doit, au moins, éprouver un vif étonnement. Les absurdistes, se contentant de maudire ce monde, dénué de sens, ont, parfois, de l’âme, mais ils sont certainement faibles d’esprit. | | | | |
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| doute | | | Savoir, c’est maîtriser le pourquoi ; croire, c’est se fier au comment. L’espérance, c’est la fidélité à son soi inconnu ; le désespoir, c’est son sacrifice au profit du soi connu. Ils se complètent, pour donner du relief à la vie. | | | | |
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| doute | | | Une vision du monde s’appuie sur le connu, l’inconnu, l’inconnaissable. Chez l’homme de la rue, elle se réduit à l’inconnu ; chez le scientifique, démuni d’âme, - au connu. Mais tout ce qui est universellement connu, fixe, est commun ; et la vision du monde ne vaut que par sa facette personnelle. La part de l’inconnu ne traduit que notre ignorance, tandis que l’inconnaissable, reconnu comme tel même par les scientifiques, est le seul support valable d’une vision, à la fois poétique et philosophique. | | | | |
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| doute | | | Tout discours se fonde sur une représentation sous-jacente. Or aucune représentation n’est homomorphe à la réalité. Donc, face à la réalité d’un terrain, qu’on soit la-dessus ou cloîtré dans sa mansarde, on est soumis aux approximations au même degré. Je dirais même que là où les rythmes comptent plus que les algorithmes, les erreurs des mansardes sont plus anodines que celles des corps de garde. | | | | |
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| doute | | | On n’atteindra jamais la chose en soi ; l’existence d’une faille entre elle et l’état de nos connaissances entretient notre sens ou notre goût du mystère. C’est comme la convergence certaine d’une suite, en mathématique, vers une valeur fini, mais – en infini nombre d’étapes. L’élément fractal élémentaire, visiblement, n’existerait pas. Et ceci est aussi vrai pour les particules élémentaires, que pour nos pensées ou nos extases, afin que vivent notre admiration et notre enthousiasme face à cette œuvre divine. | | | | |
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| doute | | | Pour être sincère (ou cachottier), il faut déjà se connaître ; c’est pourquoi la sincérité ou la dissimulation ont un tel prestige chez les imbéciles. | | | | |
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| doute | | | Les certitudes sont des dogmes, découlant des représentations, savantes ou naïves ; les convictions – des suites, des interprétations indémontrables d’un goût. Dogmatisme ou sophisme, la volonté d’affirmer ou le désir de divaguer. | | | | |
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| doute | | | On ne sait que ce qu’on sait prouver (et non pas faire, comme le pense Valéry). Savoir n’est pas produire par un acte réel, mais unifier des arbres abstraits – le représentatif et l’interprétatif. | | | | |
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| doute | | | En paléontologie, on remonterait à la première apparition de tous les organes biologiques - des archétypes (holotypes, paratypes). Je me demande si l’on connaît les époques où apparurent le doigt, l’œil, l’oreille, le cerveau. Je me convertis, tout de suite, au matérialisme vulgaire si les biologistes le savent. | | | | |
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| doute | | | Le talent – déborder de belles formes auxquelles se livrent, tout seules, des trouvailles imprévisibles ; la médiocrité - déborder de contenus difformes, être forcé à donner à ses errances le rang de recherche, donner à celle-ci pour objet – des banalités comme le savoir, la vérité, la liberté, ces refuges des bavards. | | | | |
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| doute | | | À l’évidence de l’espace correspond l’énigme du temps. Ce que St-Augustin dit du temps : « si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore » - « Si nemo ex me quaerat, scio ; si quaerenti explicare velim, nescio » est vrai pour la matière, comme, pour l’esprit, est énigmatique ce qui se déroule en nous. « Avant Kant nous étions dans le temps, depuis Kant le temps est en nous » - Schopenhauer - « Vor Kant waren wir in der Zeit, seit Kant ist die Zeit in uns ». Et l'espace, lui, n'a-t-il vraiment que trois dimensions, tandis que notre imagination géométrique pourrait facilement en ajouter tant qu'on veut ? Le temps-qui-passe et l'espace ouvert – deux énigmes du réel, défiant le temps-qui-dure et l'espace fermé. | | | | |
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| doute | | | J’exagère un peu moins que Valéry, pour désigner notre soi mystérieux ; pour Valéry, il est inconnaissable et pour moi - seulement inconnu. On ne connaît qu’à travers des représentations ; les relations en sont l’un des paradigmes. Or, des relations du soi inconnu avec le soi connu peuvent être définies en tant qu’influences, échos ou inspirations, ce qui met le premier dans le domaine du connaissable, bien qu’arbitraire. | | | | |
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| doute | | | Dans nos rêves, élans et passions nous croyons plus que nous ne sachions ; le pire des doutes est celui qui veuille substituer la certitude à la croyance. | | | | |
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| doute | | | Il est louable d’inviter dans sa couche des chimères ; encore faut-il qu’elles soient séduisantes. Or, je ne vois aucun charme à tourner et retourner celles qui s'appellent absolu, Être, savoir, vérité. Ce sont des garces sans appâts qui se donnent à tout badaud bavard. | | | | |
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| doute | | | La croyance la plus haute est formulée par un esprit, en bout de course vers l’origine du savoir. Le savoir le plus profond est adoubé par une âme, bouleversée par l’harmonie divine du monde. | | | | |
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| doute | | | On approfondit sa vue, grâce au savoir des scientifiques et à l’intelligence des philosophes ; on rehausse son regard, grâce à l’imagination et la musique des poètes. Ne pas confondre ces deux dimensions incompatibles ; même axe, deux extrémités opposées. Une vue plus juste ; un regard plus intense. | | | | |
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| doute | | | Dans le te connaître, il faut distinguer le connaître ton soi connu – ton savoir, ton goût, tes ambitions – et le connaître ton soi inconnu – les sources de tes désirs, l’intensité de ton regard, le sens de ta musique. Une tâche triviale et une tâche impossible. | | | | |
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| doute | | | La représentation de connaissances nouvelles réside en assertions à inscrire dans la représentation déjà existante ; la non-contradiction en est la seule contrainte. L’interprétation de connaissances existantes consiste à formuler une requête et à tenter de la démontrer ; la grammaire (logique, syntaxe, sémantique, substitutions) y est le guide. L’Être surgit de la première activité (concepts et relations) ; le Néant est un fait collatéral de la seconde (absence d’objets vérifiant certaines conditions). Aucun parallélisme, aucune identité, aucune comparaison ne sont possibles entre ces deux vagues notions. Qu’est-ce qu’un bonbon ? ou Combien de bonbons dans ce vase vide ? - il est insensé de chercher quelque chose de comparable entre ces deux formules. | | | | |
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| doute | | | La découverte du merveilleux est l’étape ultime de scrutation en continu du naturel ; le surnaturel est une rupture dans le savoir, un saut vers l’illogique, vers ce qui est impossible aussi bien pour l’esprit que pour l’expérience. | | | | |
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| doute | | | Si le doute sur le sens d’une notion philosophique ne provoque aucune réflexion fructueuse, il faut jeter cette notion au rebut ou, au moins, en ricaner. Les victimes potentielles : l’être, les connaissances, la vérité. Par ailleurs, qui en doute ? Le doute y serait aussi ridicule que l’usage de ces avortons dans les proclamations de foi. | | | | |
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| doute | | | L’ineptie très répandue – une fusion définitive entre le sujet et l’objet. Pour un narcissique, l’objet, c’est son soi connu, avec son savoir, sa sensibilité, sa créativité ; le sujet, c’est son soi inconnu, sans langage, sans mémoire, sans idées. Le concepteur et l’inspirateur. | | | | |
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| doute | | | La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel. | | | | |
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| doute | | | Il faut s’appuyer sur le connu, pour mieux tendre vers l’inconnu. Avancer vers la hauteur de l’avenir inconnu à reculons, en scrutant l'étendue du passé connu. | | | | |
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| doute | | | Avec quel personnage t’identifies-tu davantage - avec ce que tu es (tes actes) ou avec ce que tu vises (tes élans) ? Deux faces de ton soi : le soi connu du comparatif compétiteur ou le soi inconnu du superlatif inspirateur. Le commun ou le grand, l’ordinaire ou le sacré. La connaissance fraternelle du soi connu et sa reconnaissance libre de la grâce du soi inconnu sont à l’origine du sacré (qui est toujours collectif et libre). | | | | |
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| doute | | | Méditer – chercher à atteindre des dernières limites d’un savoir problématique, là où commence un croire mystique, là où le langage commence à se détacher de la représentation et en prend la relève. | | | | |
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| doute | | | Le sens des notions philosophiques d’outil, d’agent, de matière, de ressource varie, en fonction des représentations réalisées, ce qui prive la causalité d’universalité, lui refuse le statut de concept et la réduit à celui de vague notion. Contrairement aux concepts d’espèce-genre, de composition, de succession, de rapports spatiaux etc. Et Spinoza est, comme presque toujours, bien bête : « Le vrai savoir est le savoir par causes » - « Vere scire est scire per causas ». | | | | |
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| doute | | | Ils avancent, pas à pas, vers plus de lumière savante. Une fois devenus maîtres, ils comprennent que la lumière, même la plus profonde, est commune, partagée avec la foule et sa platitude. Immobiles, les créateurs d’ombres ne quittent pas leur hauteur ; des étincelles de leur soi inconnu inimitable leur suffisent. | | | | |
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| doute | | | La certitude qu’un Créateur est à l’origine du monde ressemble à la certitude de l’existence de mon soi inconnu, sans corps, sans volonté, sans langage. « Le soi est regardé comme inconnu et comme certain »*** - Valéry. | | | | |
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| doute | | | Notre mémoire est une base de connaissances, dont certaines tombent dans l’oubli, provisoire ou définitif, et ne sont accessibles qu’au soi inconscient, qui sait donc plus que le soi conscient. | | | | |
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| doute | | | Croire peut correspondre à une grande indigence mentale ainsi qu’à une grande lucidité intellectuelle. Il est lamentable de croire à tout ce qui est surnaturel – aux dates, aux lieux et au sens d’événements dont l’authenticité est douteuse. Il est sage de croire à la différence entre ce qui est inconnu et ce qui est inconnaissable ; un jour on pensera, peut-être, ce qu’on ne faisait que croire, mais l’inconnaissable restera toujours inconnu, cru, tout en restant compatible avec le dernier degré de nos connaissances. | | | | |
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| doute | | | L’homme, qui doit être le premier à reconnaître le miracle de l’esprit humain, est le chercheur en (vraie) Intelligence Artificielle qui aurait compris l’énormité des tâches de représentation (structures, qualificatifs, comportement) et d’interprétation (langage naturel, logique, tropismes) de connaissances. En attendant, la mouche est infiniment plus intelligente que n’importe quel système de gestion des connaissances. | | | | |
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| doute | | | Le savoir complet provient d’une claire représentation (scire per signa de G.Berkeley) ; la vague causalité (scire per causas de Spinoza) ne produit qu’un savoir partiel. | | | | |
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| doute | | | Dans notre cerveau, certaines notions cognitives sont innées : spatio-temporelles, logiques, ensemblistes, numériques, algébriques, mais on n’y trouve aucune trace de nos connaissances grammaticales. La grammaire se forme par l’usage, partant des méthodes de référence d’objets et de relations entre ceux-ci. D’infinies subtilités phonétiques et gestuelles précèdent la naissance de ces méthodes. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu est prêt à sculpter aussi bien ce que tu prises (l’ange te le souffle) que ce que tu méprises (la bête t’y invite) – et ce soi le peut. D’où l’intérêt de deviner si ton soi inconnu le veut ou non. C’est un devoir de ton âme et un savoir de ton esprit. | | | | |
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| doute | | | Les faux croyants comptent atteindre le savoir, en partant du croire ; les vrais savants trouvent le croire au bout de leur savoir. La foi est l’espérance, et toute espérance consiste à entretenir une noble soif. Très déçu par Jésus : « Si tu crois en moi, tu n’auras jamais soif ». | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, l’immense majorité de nos affirmations sont crues (le libre arbitre des représentations subjectives) et non pas pensées (prouvées grâce aux représentations objectives). Wittgenstein est étrangement bête : « On ne peut pas dire ce qu'on ne peut pas penser » - « Wir können nicht sagen, was wir nicht denken können ». | | | | |
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| doute | | | On trouve des merveilles non seulement partout dans la matière et dans les esprits, mais aussi dans les lois qui régissent leur fonctionnement et l’évolution. L’intuition du poète partage cette vue avec le savoir du scientifique ; le fruit de cette fusion aurait dû s’appeler philosophie. N’étant ni poètes ni scientifiques, les professeurs de philosophie marmonnent des inepties sur le vital ou sur le rigoureux. | | | | |
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| doute | | | En création littéraire comptent trois qualités – l’inspiration, la maîtrise, l’ambition. La troisième est commune ; la deuxième – mécanique ; seule la première est mystérieuse et personnelle, en elle se révèle ton soi inconnu, en elle ton âme accède au savoir non-verbal. Ton soi connu, réduit aux mots non-mystérieux, « ignore beaucoup de ce que sait son âme » - Gogol - « многого не знает из того, что знает душа её ». | | | | |
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| doute | | | Connaître, c’est représenter ; tous disposent de représentations individuelles du monde ; donc, tous connaissent le monde. Seul la qualité des représentations les distingue. | | | | |
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| doute | | | Une clarté, même une clarté profonde, est condamnée à affleurer à la platitude du savoir commun. C’est pourquoi je préfère mon obscurité trouvée à une clarté recherchée par tous. | | | | |
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| doute | | | Tant de réponses à la question d’apparence banale – que suis-je ? Les autres proclament : ce que je fais, sais, pense, veux, peux, dois. Moi, je dis : ce que je vaux. Et je vaux surtout par mes états d’âme, que m’inspire mon soi inconnu et dans lesquels il n’y a ni action ni langage ni idées, ces composants de l’être des autres, provenant de leur soi connu. Ce que je suis est fait par et de l’Inconnu. | | | | |
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| doute | | | En informatique avancée, il y a des systèmes fondés soit sur la croyance soit sur le savoir (le second n’étant pas toujours supérieur à la première). Aujourd’hui triomphent les premiers, la croyance consistant à prendre, sans discernement, tous les ouvrages des autres humains et à en résumer le contenu par une traduction neuronale. Par définition, ils ne parviendront jamais à se prévaloir de leur propre conscience, qui est la faculté d’appuyer ses avis sur son propre savoir. L’avenir appartient aux seconds, qui finiront par avoir une conscience, même dans les deux sens du mot. | | | | |
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| doute | | | Si tu te penches intensément sur le thème le plus intime de ton soi – sur les états de ton âme - tu finis par comprendre qu’ils sont faits, essentiellement, de silences – ni le son, ni l’image, ni le mot, ni l’idée ne s’associe avec eux. Tu ne les traduis pas ; de leur obscure profondeur tu essaies d’extraire ta propre lumineuse hauteur ; tu leur chantes des hymnes comme on adresse des prières aux dieux inconnus et sourds. Ton esprit est esclave de ton réel ; ton âme est libre créatrice de ton rêve. | | | | |
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| doute | | | Celui qui dit se connaître soi-même ne sait pas qu’il ne sait rien. | | | | |
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| doute | | | Tu réussis à connaître un objet et tu échoues à en connaître un autre ; le second mérité davantage ton respect. C’est pourquoi le narcissisme est une pose juste : sans te connaître, tu te réinventes en tes reflets. | | | | |
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| doute | | | La connaissance ou la fraternité sont les seules sources honorables de la lumière, apportant des idées profondes ou de hauts sentiments. Mais quand on est saturé de savoir et privé d’amitié, on ne se manifeste que par ses ombres, et la beauté des ombres individuelles l’emporte sur la vérité de la lumière commune. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu s’exprime à travers ton devoir-conscience (attaché à l’étendue que foulent tes pieds) et ton pouvoir-connaissance (formé dans la profondeur de ton esprit). Ton soi inconnu est responsable de ton vouloir-passion (stimulé par la hauteur de ton âme). Ce sont trois dimensions de ton valoir-noblesse – l’action, la réflexion, l’élan. Le choix capital, dans ton existence (la première dimension), est le choix du lieu de ton essence (les deux dernières dimensions) – puiser dans la profondeur inépuisable ou tendre vers la hauteur inaccessible. Le dernier choix est propre des poètes et des bons philosophes. | | | | |
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| doute | | | En dehors de la mathématique, la soit-disant objectivité de jugement est impossible. Plusieurs facteurs s’y opposent, même si l’on en exclut l’ignorance et le mensonge, ces cas marginaux et trop évidents. Il faut, tout d’abord, reconnaître qu’il y a deux situations disjointes, dans lesquelles le degré d’objectivité pourrait s’évaluer – l’émission ou la réception d’avis. Dans l’émission, notre faculté principale contraignante s’appelle dogmatisme (aspect incontournable et universel), donc – pas d’objectivité ; dans la réception, la faculté en question s’appelle sophistique (aspect, inégalement réparti chez les hommes, fonction de culture générale, de maîtrise de la rhétorique), donc - pas d’objectivité non plus. | | | | |
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| chœur hommes | | | VÉRITÉ : Quand un sage s'intéresse à la vérité, cela produit des confessions cafouilleuses ou des testaments injustes. Chez les hommes, la vérité ne se conçoit qu'en codes et modes d'emploi. Pour les hommes, le contraire de la vérité trouvée, c'est l'ignorance ; pour le sage - la vérité recherchée. Laisser les vérités enracinées enterrer leurs morts, les ressusciter par le langage. | | | | |
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| hommes | | | Le problème n'est pas que les hommes ne sachent rien ou ne soient rien, mais que ce qu'ils savent et ce qu'ils sont se réduise aux algorithmes. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est un miracle grandiose, et lui inculquer qu'il n'est rien, qu'il n'est même pas dieu, comme le dit l'une des interprétations de la sottise delphique, est une profanation. Et si l'homme doit être humble et honteux, c'est parce que ce miracle ne se traduise ni en actes ni en pensées ni en images. | | | | |
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| hommes | | | L'éviction successive de la poésie de toutes les sphères de l'intelligence. Aux origines, il suffisait au Poète de pratiquer l'interprétatif - les dieux, l'Histoire - (le scribe attitré le supplanta, avantageusement) ; ensuite, le Poète se reclassa dans le représentatif - les idées et les justifications - (l'érudit reçu ou admis le ridiculisa) ; hier, le Poète se réfugia dans le discursif - les images et les sons - (mais les bonnes oreilles se firent rares et l'image synthétique contenta les autres). Aujourd'hui, rien d'étonnant que le Poète s'accroche au non-figuratif, où l'on le confonde avec l'idiot du village. | | | | |
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| hommes | | | Les seuls métèques à l'échelle planétaire, les Juifs, exilés ou errants, clament l'universel. Mais au lieu de chercher une patrie éphémère et exaltante du côté des nues, des horizons ou des catacombes - donc, dans la hauteur, le souffle ou la honte - ils la trouvent sur un sol solide et anonyme : dans le savoir, les droits de l'homme, les polémiques d'écoles. « L'univers entier est la patrie des âmes hautes » - Démocrite. | | | | |
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| hommes | | | Toute harmonie se réduit aux nombres, mais aux nombres câblés qu'excluent les alphabets de l'âme tâtonnante. L'horreur de notre époque est que le nombre crève la vue et que l'âme se munisse de capteurs froids et infaillibles. Le plasticien évalue la nature ; la machine porte le verdict au rêve. Et l'homme se machinise, ses rêves naissent dans son cerveau en veille et non pas dans une nuit astrale. Les cœurs, ces organes ataviques : « La civilisation occidentale remplit le cerveau de connaissances, sans chercher à remplir le cœur - de compassion » - Dalaï-Lama. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, ce fut la maîtrise de la culture du passé qui donnait la stature d’un sage. Aujourd’hui, les réussites les plus assourdissantes incombent aux présentistes ignares. « Les hommes – idolâtres du présent et de la réussite ! » - Pouchkine - « О люди! Жрецы минутного, поклонники успеха! ». | | | | |
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| hommes | | | L'homme-robot, l'homme sans inattendus, l'homme, qui sait ce qu'il veut et ce qu'on attend de lui : « Il n'y a que celui qui sait ce qu'il veut qui se trompe »* - G.Braque. | | | | |
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| hommes | | | L'antihéros, l'homme n'élisant d'adversaires qu'au fond de soi-même. Le surhomme de Nietzsche en est un bel exemple, qu'un fâcheux malentendu classa parmi les héros (César Borgia, chez les blasés du pouvoir, a la même place que Hamlet, chez les blasés du devoir, Don Quichotte, chez les blasés du vouloir, et Faust, chez les blasés du savoir). | | | | |
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| hommes | | | Le sage réduit le nécessaire et se réjouit de l'abondance du possible ; le sot élargit le possible et souffre du manque du nécessaire. Qui renonce au superflu, se libère de l'indispensable. Et si le superflu était ce qui est indispensable, sans qu'on sache à quoi (Cocteau) ? | | | | |
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| hommes | | | La vie vaut surtout par sa forme, son expression, sa musique ; mais les hommes s'attachent à son fond : au pouvoir, au savoir, au vouloir, dont les valeurs, moutonnières, robotiques ou bestiales, se hissent au-dessus des valeurs vitales, c'est à dire musicales. | | | | |
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| hommes | | | L'insignifiance de notre époque n'est due ni à la tyrannie des sciences ni au dépérissement des arts, mais aux hommes en rupture de tout contact avec la noblesse, avec ses deux arbres unificateurs morts : la poésie et la passion. « L'homme n'est grand que guidé par la passion » - Disraeli - « Man is only great when he acts from passion ». L'horreur de ces hommes, c'est qu'ils crurent se connaître et maîtriser leur soi terrestre, tandis que les hommes célestes sont en difficulté à s'entendre avec eux-mêmes. | | | | |
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| hommes | | | Une maxime, c'est ce qui articule le sens du monde sans être réductible à un algorithme. « La part la plus vaste et précieuse de nos connaissances se résume en aphorismes ; et ce qu'il y a de grand et de meilleur, chez l'homme, n'est que l'aphorisme » - Coleridge - « The largest and worthiest portion of our knowledge consists of aphorisms : and the greatest and best of men is but an aphorism ». Le mouton se désintéressant du sens de l'existence, et le robot ne suivant que des règles, n'apprécieront jamais l'aphorisme. La maxime serait une maladie mondaine (La Rochefoucauld). | | | | |
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| hommes | | | Les mauvaises révoltes : celle de l'étendue - les hommes manqueraient de savoir ou d'ouvertures, ou celle de la profondeur - la vérité ou la justice manqueraient aux hommes. La bonne révolte est celle de la hauteur - l'oubli, par les hommes, des astres et des rêves. | | | | |
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| hommes | | | Signes extérieurs de la robotisation des hommes : la dissociation entre compétence, intelligence et performance - subtilitas intelligendi, subtilitas explicandi, subtilitas applicandi. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, avoir le courage de ne pas être au courant de certaines évidences sociales est souvent le seul moyen d'échapper à la contamination par le conformisme ; comment ne pas ricaner devant le suranné : sapere aude ! En plus, ce siècle d'inerties oublie, que la devise complète fut : sapere aude, incipe ! Le goût des commencements et des finalités s'efface, au profit des mornes parcours robotiques. | | | | |
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| hommes | | | La supériorité en profondeur du savoir, en ampleur de l'action ou de la liberté n'est pas une supériorité noble ; elle ne peut l'être qu'en hauteur du regard : « Il faut être supérieur à l'humanité par sa hauteur d'âme »** - Nietzsche - « Man muß der Menschheit überlegen sein durch Höhe der Seele ». | | | | |
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| hommes | | | Ni les poètes ni les historiens ni les savants n'expriment aussi nettement l'âme d'un peuple que les philosophes ; écoutez les Américains : « La croissance est la seule valeur morale des hommes. La démocratie est la métaphysique de l'homme commun » - « Growth itself is the only moral end. Democracy is a metaphysics of the common man » - Dewey), « Contrairement à la philosophie continentale, la philosophie américaine se dédie au futur » (Rorty) – le futur, dédié à la croissance du commun… Chez les sages comme chez les sauvages, c'est le goût musical qui discrimine le mieux les hommes : « Le jazz a renversé la valse » - Céline. | | | | |
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| hommes | | | Ce n'est ni la déchéance, ni la pourriture, ni la décrépitude qui amènent le déclin de la culture (Baudelaire, Arendt, Benjamin), mais au contraire, l'excès de santé stérile, la rigueur et la robustesse, la facilité de produire des images cohérentes, facilité performante, qui n'a plus besoin ni de talent ni d'audace ni de compétence. | | | | |
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| hommes | | | Est anti-humaniste celui qui ne mise que sur la force ; est humaniste celui qui a pitié de la faiblesse d'autrui et honte de sa propre force ; le respect du seul savoir, qui augmente la force, ou le respect du savoir sans forces. « C'est à en rire ou à en pleurer de voir tant de savoir rester sans force sur la vie des hommes » (Kierkegaard) - tu ne comprends donc pas que la beauté de la vie est due plus à l'inconnaissable qu'au connu, à l'intensité qu'à la force. « Tout ce que nous ignorons, nous le connaissons grâce aux rêves des savants-poètes » - Vernadsky - « Всё, что мы не знаем, мы знаем благодаря мечтам учёных-поэтов ». | | | | |
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| hommes | | | D'Empédocle à Sartre, des légendes accompagnaient l'écrit des maîtres à penser ; aujourd'hui, les écrits des philosophes ne font qu'illustrer les faits divers des maîtres à se lancer en tant que produits qu'ils devinrent. La bêtise socratique se généralisa aujourd'hui : ne pas comprendre, que dans la chaîne – parler, penser, écrire – l'ampleur du tempérament, la profondeur du savoir, la hauteur du talent – les deux premières étapes sont presque inutiles, pour résumer une intelligence. | | | | |
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| hommes | | | Toutes les époques barbares, dont la nôtre, se définissent par l'attachement à la civilisation (qu'elle soit éclairée ou sombre) au détriment de la culture. La culture s'adonne au beau du pouvoir artistique, au bon d'un vouloir lyrique, au noble d'un valoir spirituel ; la civilisation, elle, ne connaît que le vrai du savoir robotique ou de l'ignorance moutonnière. | | | | |
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| hommes | | | La vague suggère la profondeur ou la hauteur, tandis que la vogue témoigne de la tendance gagnante, l'horizontale ; souvent, c'est entre ces deux choix qu'hésite l'homme. Vos vagues myopes, toujours dans le sens de la vogue de l'étable, en entretiennent l'insubmersibilité. À cognition défaillante - termitière déferlante. | | | | |
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| hommes | | | À 25 ans, on maîtrise toutes les connaissances vitales ; le reste de l'âge adulte n'est qu'une accumulation, une adaptation, une reformulation ; pourtant, la gent professoresque et sénile continue à réduire la vie à l'acquisition de connaissances. La vie est une collection de palettes et de vocabulaires, d'où doit sortir la musique vitale, sentimentale - verbale ou picturale. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui distingue les temps modernes, c'est la rareté des occasions, où l'on pourrait exhiber ses hontes. L'esprit de l'époque veut, qu'on soit en perpétuelle ascension, tandis qu'on se reconnaît mieux dans ses chutes : « La connaissance de soi est une descente aux enfers »** - J.G.Hamann - « Höllenfahrt der Selbsterkenntnis ». | | | | |
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| hommes | | | C'est là où l'on se perd qu'on a les meilleures chances de se trouver. Se connaître, paraît-il, c'est connaître son néant (Pascal) ou son horreur (Bossuet) : « Quelque accident fait-il, que je rentre en moi-même : je suis gros Jean comme devant » - La Fontaine. Le néant serait ce qui ne se donne qu'à l'intuition intellectuelle (Fichte), le Moi par exemple ; l'intuition empirique se chargeant du reste, du non-moi. | | | | |
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| hommes | | | La robotisation des hommes n'est pas dans la préférence du conceptuel, au détriment du métaphorique. Les vrais concepts sont d'origine extra-langagière. Le robot n'emploie que des métaphores figées, consensuelles, à travers lesquelles l'accès aux objets est immédiat, mécanique, sans aucun accompagnement musical, sans aucune danse de mots enchanteurs, sans aucune inconnue sur l'arbre du savoir. | | | | |
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| hommes | | | Quand je lis les propres réflexions de ceux, qui voient la place de la pensée valéryenne dans un album pour filles, j'y tombe sur un ennui, épais et plat, qui paralyserait et poétesses et duchesses et concierges. Même Sartre est comique, lorsqu'il parle de l'ignorance de Valéry (ce qui est aussi statistiquement juste et intellectuellement bête que de trouver, que Dieu n'est pas un artiste). Comment leur faire comprendre, que ce n'est pas le savoir, mais le savoir du savoir, le temps hors du temps, idea ideæ, qui est signe d'un esprit supérieur ? Leurs réponses aux questions des autres sont incolores ; aucune envie de répondre à leurs questions grisâtres. Je ne sais même pas, si Sartre est un peu intelligent ou non. | | | | |
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| hommes | | | Fini le temps des maîtres d'élégance ou de flamboyance ; aujourd'hui, même un expert en cervelle est un vulgaire cordonnier, au goût très bas. « Pas plus haut que le soulier, cordonnier ! » - Pline l'Ancien - « Sutor, ne supra crepidam ! ». La fabrication d'ailes est un ministère, pas un métier, quand l'ascension n'est que rituelle. | | | | |
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| hommes | | | Gagner en savoir, au lieu de rendre les hommes plus ouverts aux saveurs et aux douleurs, les rend insipides et imperturbables. On finit par regretter leurs aigreurs et amertumes de jadis. | | | | |
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| hommes | | | Imaginez Platon, se cramponnant à sa cire et à son stylet et brocardant l'infamie technocratique des inventeurs du papier (comme Chateaubriand et Vigny maudissant la locomotive à vapeur) - c'est pourtant ce que font nos intellectuels geignards et aigris, face à la joyeuse avancée du gai savoir des ordinateurs. L'affreux Gestell de Heidegger n'est pas en salle-machine, il s'incruste dans vos circuits mentaux sans courant de rêve ! Le triomphe du robot, chez les hommes, n'est ni extérieur ni technique, mais intérieur et psychique. Moi, charlatan de mon étoile, dois-je m'effaroucher, puisqu'on se met à explorer les astres ? | | | | |
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| hommes | | | Faire table rase du passé n'est pas la vraie barbarie ; la vraie, c'est ne vivre que dans le temps, ne pas s'apercevoir de l'intemporel, traversant les époques, les langues, les savoirs. | | | | |
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| hommes | | | La modernité : sans nous faire rêver, la philosophie nous endort avec ses litanies sur le savoir et la vérité ; la science ne nous rappelle plus que la beauté et la vie finissent par s’éteindre. « Échec de la philosophie et de l’art tragique, échec au seul profit de la science-action » - R.Char. | | | | |
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| hommes | | | Sans bûcher, de temps en temps, la bibliothèque devient aussi ennuyeuse ou pernicieuse que le diplôme sans livres. Surtout, s'il n'y a aucun autre moyen d'inviter l'homme à chercher sa propre beauté ou, au moins, la vérité des autres. On brûlait déjà des bibliothèques, à cause d'un seul Livre, contenant toutes leurs valeurs. Je me méfie des valeurs, qu'on transvase ; elles devraient naître et mourir entre les mêmes couvertures. | | | | |
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| hommes | | | Le bon héritage du passé n'est pas dans le remplissage et la structuration de notre mémoire, mais dans la constitution de bonnes contraintes, qui n'attacheraient notre esprit qu'au ton et à la noblesse, dont le dénominateur commun s'appelle hauteur. La barbarie, c'est de n'en garder que les faits, les savoirs, les systèmes, voués, tous, à la platitude. Le sommet de la barbarie, c'est le robot, ne vivant que de formules : « L'honneur fiche le camp – il en reste la formule, ce qui équivaut la mort » - Dostoïevsky - « Исчезает честь — остается формула чести, что равносильно смерти чести ». | | | | |
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| hommes | | | Des intelligents, des savants, des justes, des inventifs, des heureux – aucune époque n'en disposait autant que la nôtre. Une seule catégorie dégringola, celle de rêveurs, à cause du dépérissement de leur organe, l'âme. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, on fustigeait l'ignorance et s'apitoyait sur l'esprit malmené. Mais l'ignorance ne se mêle plus des controverses spirituelles. Et aujourd'hui, l'esprit, ragaillardi, ricane sur son adversaire moderne écrasé - l'âme. L'ignorance étoilée, qui accompagnait jadis le rêve, s'éteignit ; partout se propage la pâle lumière artificielle d'un savoir aptère. | | | | |
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| hommes | | | La philosophie avait une chance de survivre à la robotisation des hommes, en restant, comme jadis, du côté du soft, avec des fonctions plutôt qu'avec des organes. Mais elle tenta de placer sa compétence du côté de la rigueur du hard ; la prétention d'être organe la dévalorisa, faute de performances. Ainsi, le soft perdit sa dernière interface lyrique, désormais seule la raison calculante l'exécute. | | | | |
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| hommes | | | Les mêmes climatiseurs donnent vie aujourd'hui aux porcheries et aux bibliothèques ; le porteur de raison n'a plus aucune raison de toiser le porteur de jambon. « Celui qui partage le savoir avec ceux qui en sont indignes suspend des perles au cou des porcs » - le Coran. | | | | |
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| hommes | | | Mon soi inconnu, c’est mon intuition éthique, esthétique ou mystique ; mon soi connu, c’est mon talent particulier et mon savoir commun. Suivre mon soi signifie valoriser mon intuition grâce à mon talent. Mais pour le médiocre cela signifie exhiber son savoir, dont la banalité, courante ou future, lui échappe. | | | | |
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| hommes | | | L’homme se manifeste sur trois plans : l’être, le paraître, le connaître. Tant qu’il garde une sobriété mécanique, il remplit ces plans, respectivement, d’actions, de reconnaissances, de mémoire. En mode organique, en pulsions donc, ces plans vivent du Bien profond initiatique, du haut Beau intermédiaire, du vaste Vrai final - la honte, le bonheur, le désespoir. | | | | |
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| hommes | | | Avec l’anglicisation du monde, on gagne bien en savoir et en pouvoir ce qu'on y perd en vouloir et, surtout, en valoir. On a le savoir, on n'a plus le désir ; désavoués, Platon qui désire savoir, moi qui sais désirer. Et Borgès se trompe de diagnostic : « Au fil des ans, nous sommes passé du français à l'anglais et de l'anglais - à l'ignorance » - « Con el decurso de los años pasamos del francés al inglés y del inglés a la ignorancia ». | | | | |
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| hommes | | | Dans l’homme, il y a cinq sujets : le rêvant, l’agissant, l’imitant, le calculant, le connaissant, qui, dans l’Histoire, forment des alliances, pour dominer : le règne de la culture, c’est l’alliance du rêvant et du connaissant ; celui de la civilisation - l’alliance du calculant et de l’agissant. L’imitant en assure l’entente et la puissance. | | | | |
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| hommes | | | L’homme, à partir d’un lien syntaxique imposé (sa naissance, résumant son essence, avec des organes innés du Bien, du Beau, du Vrai), devient créateur de liens sémantiques, répartis entre le vouloir, le pouvoir, le devoir, le savoir. Cette création s’appelle existence. L’existence, en accord avec l’essence, forme les seuls deux sujets, dignes d’une spéculation philosophique, – le besoin de consolation (ou le goût de la caresse, les deux - opposés à la possession) et la richesse (opposée à l’algorithme) du langage. | | | | |
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| hommes | | | Le sujet (moral ou juridique) est un objet, muni d’un vouloir, d’un pouvoir, d’un devoir, d’un savoir. Toutes ces compétences se transfèrent, inéluctablement, vers les machines, et le robot, bientôt, recevra le grade de sujet. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, pour bien penser on pouvait se passer de savoir ; aujourd’hui, pour bien savoir il faut renoncer à penser. | | | | |
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| hommes | | | La Culture consiste à décrire (par la science) ou à chanter (par la poésie) la Nature. Deux erreurs à éviter : un scientifique, sans belle voix, tentant de chanter ; un poète, sans bonnes connaissances, tentant de décrire. | | | | |
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| hommes | | | L'art a définitivement renoncé à son statut sacré et s'est soumis à la loi profane. L'économie tout-puissante profana les couleurs, mélodies et pensées ; le performant évinça le compétent ; le visuel se moqua de l'invisible ; le verdict statistique se substitua aux jurys artistiques ; la rue remplaça la scène. Mais, moyennant ces greffes, prothèses et outillages, la survie est assurée, même si l'identité du personnage le place désormais dans la famille des artisans, robots ou domestiques. Et qui parle de résurrection ou d'insurrection ne songe ni aux croix ni aux barricades, mais aux investisseurs audacieux. | | | | |
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| hommes | | | Notre époque : la science ignorant la conscience (hypertrophie des esprits et déperdition des âmes), la disparition des commencements personnels au profit des enchaînements collectifs, les prises mécaniques de décisions vitales. « On touche au noir matin de la matière, au triomphe de l’automate, à la barbarie savante »* - A.Suarès. | | | | |
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| hommes | | | Depuis le Haut Moyen-Âge, l’évolution des choses se produisait, à peu près, à la même vitesse. Notre époque n’y a rien d’original. Mais, depuis deux mille ans, les choses projetaient deux sortes d’ombres sur nos idées ou sur nos actes, puisque deux sortes de lumière furent reconnues par tous – notre savoir et notre rêve. C’est dans l’extinction des étoiles et dans l’unicité des ombres pratiques que réside l’originalité de notre temps unidimensionnel. | | | | |
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| hommes | | | La robotisation des âmes n'a rien à voir avec une mathématisation des savoirs. Peintres et géomètres sont frappés aujourd'hui par la même inculture et au même degré. | | | | |
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| hommes | | | Le savoir moderne se réduit de plus en plus à de belles images. Mais l'image moderne se voue de plus en plus à un morne savoir. | | | | |
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| hommes | | | Pour s'acquitter de leurs tâches, ingrates mais parfois complexes, les esclaves devaient apprendre quelques rudiments théoriques ; aujourd’hui, le maniement des boutons de nos machines pourra rendre inutile tout savoir abstrait. « Le règne des ordinateurs permet de remplacer les esclaves éduqués par des esclaves ignares » - V.Arnold - « Компьютерная революция позволяет заменить образованных рабов невежественными ». | | | | |
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| hommes | | | Jadis, le savoir s’associait surtout avec le valoir de son porteur ; la réalité d’aujourd’hui – bien que connue dans l’Antiquité en tant que métaphore -, est que le savoir se réduit au pouvoir sur les autres. | | | | |
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| hommes | | | Les étapes de notre évolution : croire, connaître, comprendre – divin, humain, robotique. | | | | |
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| hommes | | | Nous vivons trois vies : la naturelle, la savante, la romantique ; mais le merveilleux est présent dans toutes les trois. Dans la routine de la première, ce merveilleux se vit par le cœur ; dans la profondeur de la deuxième, il se prouve par l’esprit ; dans la hauteur de la troisième, il se crée par l’âme. | | | | |
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| hommes | | | Que la machine rende si facile la tâche de comprendre, je ne peux qu’en féliciter les hommes. Mais qu’elle se mette à les guider sur la voie d’invention est autrement plus inquiétant. Potentiellement. Même en philosophie, les hommes sont toujours obsédés par la manie de comprendre et perdent le génie d’inventer. | | | | |
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| hommes | | | Dans sa première jeunesse, on exhibe ce qu’on sait (pas grand-chose, en réalité), ensuite, on s’épanche sur ce qu’on pense (le plus souvent – des platitudes), enfin, on se contente de narrer ce qu’on éprouve (mais il est trop tard, pour s’en émouvoir). Pourtant, l’inverse aurait été si raisonnable. Et utile aussi bien pour le savoir final que pour le valoir initial. | | | | |
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| hommes | | | Le Français est élégant sur la surface, il s’amuse ; l’Allemand est lourd dans la profondeur abstruse. La légèreté est plus abordable à un esprit élégant qu’à un lourdaud savant, ce qui favorise l’usage des ailes et la découverte de la hauteur. L’esprit se sacre par une gloire mythique, mais exaltante ; l’âme se souille par une réelle, mais ennuyeuse, pureté. | | | | |
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| hommes | | | Dans les affaires humaines, est petit ce qui manque, à la fois, de profondeur (le savoir et l’intelligence) et de hauteur (la noblesse et le talent). Que tu sois haineux ou débonnaire, l’orgueil est ton auto-satisfaction béate d’avoir brillé dans les petites choses. Théophraste rend le sujet trop simple : « L’orgueil est un mépris de tout, sauf de soi-même ». La fierté est ton humble bonheur de n’avoir touché - surtout par le ton et le style originaux - qu’aux grandes choses. | | | | |
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| hommes | | | Jadis l’Europe avait une âme ; c’est l’agonie de cette Europe-là que je pleure. L’Europe de l’esprit, c’est-à-dire du savoir et de l’intelligence, se porte bien, malgré quelques jérémiades des intellectuels du siècle dernier. | | | | |
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| hommes | | | Strictement parlant, tout homme est cohabitation d’un scientifique et d’un artiste. Le premier représente le monde et raisonne la-dessus ; le second s’exprime par le chant et la danse. La réalité et les rêves, la vérité et la beauté. L’essentiel : les pensées, et même les croyances, appartiennent aux représentations et non pas au réel ; le sens esthétique est un cadeau de Dieu. Seul le corps est dans le réel ; l’âme est toujours ailleurs. | | | | |
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| hommes | | | Le fond de la vie est déterminé par sa fin ; sa forme découle de ses commencements. Le fond est, donc, inéluctablement, tragique, et la forme – métaphorique. Ce qui fait de la consolation et du langage – thèmes centraux de toute bonne philosophie. Les connaissances, les vérités, les libertés n’y sont que des moyens et non pas des buts. | | | | |
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| hommes | | | Tout Américain est un robot infaillible dans son domaine de compétence et un mouton risible partout ailleurs. | | | | |
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| hommes | | | Les adeptes de la raison triomphante voient dans la noosphère (le milieu du savoir accumulé) l’héritière des éléments inertes (géosphère, atmosphère, pyrosphère, hydrosphère) ; ceux de l’âme humiliée – dans la pneumosphère, que prôneront les marchands de pneus. | | | | |
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| hommes | | | Je cherche la définition la plus précise et laconique de l’humain qui serait mon exact antipode, et je suis déçu de ne trouver que ceci : quelqu’un qui ne voit pas le merveilleux, logé en tout point, en tout objet sur notre planète, et qui donc ne s’en extasie pas, obsédé par l’absurdité et le désespoir. C’est que la liste de ces objets est infinie, et nos savoirs et nos élans sont finis. Au lieu d’une définition, je n'ai produit qu’un axiome. | | | | |
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| hommes | | | Tu dois admettre, à l’avance, que l’humanité, sous quelque forme qu’elle se présente - société, horde ou foule – est capable de toutes les horreurs, dont nous abreuve suffisamment l’Histoire. Donc, toute déception, face aux hommes, déception suivie d’indignations, de mépris, de suicides ou de haines, cette déception est une ignorance et une sottise des esprits faibles ou potentiellement grégaires. | | | | |
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| hommes | | | Le Français est réaliste, l’Allemand et le Russe – rêveurs. Ceux-ci visent le fond, celui-là – la forme. Ceux-ci pêchent leurs images dans un tiroir profond, où s’entassent l’absolu de l’âme ou l’éternel du cœur ; celui-là se borne à ce qui prit la forme de connu, prouvé, réussi, dans la hauteur de l’esprit. Seul le Français sait que tous les fonds furent déjà explorés et il se concentre sur l’invention des formes. | | | | |
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| hommes | | | Le misanthrope n’aime pas ce qu’il connaît (les hommes), il aime ce qu’il ne connaît pas (lui-même). Les paysages objectifs l’ennuient, c’est le climat subjectif qui le passionne. | | | | |
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| hommes | | | Jamais la créativité humaine ne s'exerçait à une telle échelle, jamais la tolérance n'adoucissait à ce point les mœurs, jamais le savoir ne jouissait d'un tel prestige - et pourtant votre siècle est des plus barbares, car tous ces choix se font par une raison en bronze, en absence des cœurs brisés. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances aprioriques sont surtout des méta-connaissances : les (pré-)notions de modèle et instance (les substances aristotéliciennes), leur structure hiérarchique ; les relations entre substances ; les propriétés des objets et relations. Le plus curieux, c'est que ces trois domaines couvrent assez précisément les trois branches mathématiques – la théorie des ensembles, l'analyse fonctionnelle, l'algèbre. | | | | |
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| intelligence | | | Les matérialistes modernes sont bêtes, et les idéalistes – ennuyeux ; pour se moquer du bon Dieu ou pour rehausser des métaphores, il faut du talent d'esthète ou du tempérament de poète, tandis que nos contemporains ne portent qu'un savoir fossilisé et un style protocolaire. | | | | |
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| intelligence | | | On est d'autant plus intelligent, qu'on sait moins ce qu'on veut et qu'on sait plus ce qu'on peut. Pour faire ce qu'on peut, il faut du génie ; pour faire ce qu'on veut, le talent suffit. Pourtant, le talent, c'est le pouvoir ; le génie - le vouloir : « Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien » - Valéry. La volonté et la maîtrise devraient nous pousser vers ce que nous ne pouvons pas savoir. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique d'unification se complète par l'intelligence synthétique d'imagination : se trouver avec des choses, des idées ou des états d'âme, qui ne s'étaient encore jamais croisés, et créer un arbre, dont ils seraient des branches : « Dans la poésie philosophique, le savoir scientifique et le savoir artistique deviennent ramages d'un même arbre » - H.Broch - « In philosophischer Dichtung werden wissenschaftliche und künstlerische Erkenntnisse zu Zweigen eines einzigen Stammes ». | | | | |
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| intelligence | | | La culture est plus proche du hasard du corps que de la logique de l’esprit ; elle résulte d’un talent, ce don gratuit du ciel, et d’un savoir, bien digéré et transformé en une matière, musculaire ou cérébrale, pour ce talent. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de la distance entre le modèle et la réalité modélisée, on a besoin d'une espèce de méta-modèle, capable de comparer les valeurs numériques ou modales du modèle avec les phénomènes réels ; une métrique pragmatique ou épistémologique autorisant l'attribution du sens aux propositions sur le modèle. La signification, contrairement au sens, n'est qu'une lecture de faits à l'intérieur du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard, en littérature, c'est l'élégance du passage du mot à la vie, sans trop s'attarder au modèle. Se barricader dans le modèle est la tare du scientifique borné. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir, c'est mettre à sa hauteur. Au-dessus de quoi, là est la question. Peu de compagnons y acceptent le vide, appelé point zéro de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le cartésien nage et avance dans les concepts, sans toucher leur fond, qui s'appelle l'être. Le nouveau Moyen Âge nous attache à l'être sans promesse ferme de nous apprendre à nager. Le manque de faire-savoir ou de savoir-faire. | | | | |
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| intelligence | | | Toute vraie intelligence est soudaine et déracinée, c'est la bêtise qui est préparation graduelle et enracinement servile. C'est pourquoi le mot, qui est toujours soudain, a plus de chances d'être intelligent que l'idée. « L'amour lie le soudain d'une rencontre au fait, que la Beauté n'est ni logos (le discours) ni l'épisthémé (le savoir) »* - Platon. | | | | |
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| intelligence | | | Un, deux, trois - toute l'algèbre du goût est là : un, le repli ou la tautologie - l'art pour l'art, le savoir pour le savoir ; deux, la fuite ou le combat - échapper à l'acte ou défier le mot ; les triades - le pour de la mémoire, le contre de la machine, les deux dans un langage émergeant de l'âme. La part du monocorde, du binaire, du trivial. | | | | |
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| intelligence | | | Le penser en général n'a presque aucun sens ; il a trois sens différents dans les trois sphères irréductibles : la représentation, l'interprétation, la validation, où penser fait, respectivement, appel à la compétence, à la rigueur, à l'imagination, donc à nos facettes philosophique, scientifique ou poétique. Pour prouver que je suis, il suffit de constater que je pense, mais pour savoir ce que je suis, je dois préciser que je pense en tant que. | | | | |
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| intelligence | | | Face à l'information qui déferle, l'homme est singe, perroquet ou rat ; il paraît qu'il y en a même des chacals : « Voici les intellectuels friands de la chair des concepts congelés par l'intelligence artificielle, dénués de toute saveur. Les chacals de l'information et de la communication » - Baudrillard. Comme la plupart des anathèmes, cette sortie est visiblement dictée par l'ignorance (comme mon animadversion résolue, face aux hommes, espèce que, pourtant, j'ignore largement). L'intelligence artificielle n'est qu'une instrumentation et une généralisation de la logique, elle n'affaiblit en rien la saveur d'une chair plus fraîche. La métaphore fait partie de l'information, que les meilleurs des mammifères ou des programmes informatiques savent digérer. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation poïétique ou l'interprétation hylique, deux activités gouvernées par l'intelligence. Représenter, c'est modeler un squelette, le munir de chair et lui apprendre à agir. Interpréter, c'est l'art de mener un dialogue : reconnaître le type d'interpellation, y déceler des connotations des objets ou des rapports, accéder aux connaissances pertinentes, recevoir des substitutions des inconnues et savoir s'arrêter pour tendre de nouveau l'oreille. Le seul domaine, où l'homme ne sera jamais dépassé par la machine, est le poids qu'on accorde aux inconnues choisies. | | | | |
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| intelligence | | | Trois modes de pénétration d'un objet, qu'il soit métaphysique, paysager ou scientifique : par l'étendue de mon savoir, par la profondeur de mon interprétation, par la hauteur de mon regard. Avec le dernier, aucun objet n'oppose aucune résistance ni opacité ; seule ma lame ou mes ombres déterminent le degré de pénétration. Les deux premiers sont banals, même si les nigauds s'imaginent en détenir l'exclusivité. | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | Un savoir bien digéré ne produit que de viriles, ironiques et hautes métaphores. « Il ne faut pas attacher le sçavoir à l'âme, il l'y faut incorporer » - Montaigne. Baudelaire aurait pu être un Nietzsche français (tandis que Proust n'en avait aucune chance, n'ayant ni le talent ni la noblesse ni le savoir), si ses boutades étaient rehaussées d'un peu plus d'ironie distante ; celui-ci choisit le bien du Crucifié pour contrainte négative, tandis que celui-là se ridiculisa avec le beau à nier. Le français pousserait à prendre parti, ce qui expliquerait l'échec des tentations nietzschéennes de Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'on soit ignare et superficiel ou bien bardé de savoir et s'immergeant dans des profondeurs, on frôle les mêmes objets, on est chatouillé par les mêmes désirs, on témoigne devant les mêmes juges. Palette, qualité des couleurs, sens des contours - ces disparités-là sont mineures, seul compte l'appel de hauteur, également accessible aux béotiens et aux éprouvés, aux lestes et aux pédants, aux ricaneurs ou aux ombrageux. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie est le seul domaine, où, d'après leur vision du monde et même d'après leur savoir, ceux qui se sentent contemporains peuvent être séparés par des millénaires. | | | | |
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| intelligence | | | La science est ce qui pourra, tôt ou tard, être confié à la machine ; la science commence par une représentation et se termine par une attribution de sens aux requêtes et interprétations ; cette chronologie est à portée des algorithmes. Mais en dehors de la science, le plus grand mystère de la connaissance, ce sont nos représentations ne surgissant qu'a posteriori, ad hoc, pour ne faire qu'appuyer ce qui est déjà mûr dans une conscience interprétative. Tout est mystère chez l'homme : le libre arbitre des représentations, le caprice dans la formulation de requêtes, leur interprétation foudroyante, la méta-intelligence dans l'articulation du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Le génie est une exception, qui confirme cette règle, bien décourageante pour les ignares visant la génialité : plus d'information mène à plus de savoir, plus de savoir - à plus de sagesse. | | | | |
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| intelligence | | | On ne connaît la réalité qu'à travers la représentation, mais la représentation ne relève du savoir que si on lui trouve un sens dans la réalité. « L'être est inconnu s'il ne rencontre pas l'apparaître, et l'apparaître est sans pouvoir s'il ne rencontre pas l'être » - Gorgias. | | | | |
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| intelligence | | | Pour une plume d'écrivain, le seul apport du savoir est le nombre d'images sémantiquement correctes. La belle qualité, elle, surgit avec presque d'autant de probabilité dans une tête scrutant le ciel que dévorant un manuel. | | | | |
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| intelligence | | | Le concept central, dans notre machine extra-langagière, est l'identité (l'Un, la durée, avec ses débordements phénoménologiques : se manifester, communiquer, ou épistémologiques : savoir, penser, ou ontologiques : être, exister). Aucune langue ne le couvre - on ne peut philosopher que grâce aux lacunes du verbe être. Curieusement, le français, avec même - tandis qu'on a same et self, derselbe et selbst, тот же et сам - ne distingue pas l'identité des objets aux références différentes (mêmeté) de l'identité avec l'acteur d'un scénario (ipséité). | | | | |
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| intelligence | | | Pourquoi le savoir fait de nous des Faust blasés ? Parce que la joie est dans le jaillissement du plaisir, et lorsque celui-ci se met à découler, on cherchera en vain d'en boucher la source. L'amateur de belles houles du regard se noie dans les mares de l'écho. « C'est quand il n'est pas possible de savoir ce qu'il faut faire qu'une décision est possible » - Derrida - la décision-rythme s'opposant à la décision-algorithme. | | | | |
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| intelligence | | | Le ratage le plus irrémissible, celui dans l'art de la docte ignorance (où excellèrent Socrate, Pétrarque, Nicolas de Cuse, Cervantès, Valéry, G.Thibon, Cioran) : « une savante ignorance, instruite par l'Esprit de Dieu, qui soutient notre faiblesse » - St-Augustin - « docta ignorantia, sed docta spiritu Dei qui adiuvat infirmitatem nostram ». Au genre ridicule, la gnose livra plus d'échantillons que la crédulité. | | | | |
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| intelligence | | | Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation ! | | | | |
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| intelligence | | | Sur les chemins des passions comme sur ceux de la connaissance, à tout tournant, il y a deux types d'attitudes : le sacrifice ou la fidélité. Pour les ancrer à la réalité, on imagine les lieux de la fidélité et les instants du sacrifice. Ce que sous-tend la fidélité s'appellera - sur ce parcours - l'être immuable, et ce qui a la malchance de passer par le sacrifice sera voué - provisoirement - au néant. fluide « Ce qui est n'évolue pas ; ce qui évolue n'est pas » - Nietzsche - « Was ist, wird nicht ; was wird, ist nicht ». Dans un langage moins hypocrite on les appelait jadis Dieu ou Satan. | | | | |
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| intelligence | | | Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ». | | | | |
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| intelligence | | | Les lacunes du savoir, les caprices du vouloir, les hasards du pouvoir, c'est ce qui guide la plume de l'homme incomplet ; le résultat est le contraire d'un système, que l'homme complet, surpris agréablement lui-même, découvre dans ses productions. Le premier, convoiteux et envieux, accuse le second des effets soi-disant mécaniques, qui ne sont en réalité, que les causes organiques d'une unité et d'une ampleur. | | | | |
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| intelligence | | | En dehors du savoir, on ne peut parler de l'être que sous forme de prières ou poèmes, car l'être ne nous est accessible que par le savoir. Le savoir est l'être modélisé. Le philosophe dissertant sur l'être, et qui ne serait ni prêtre ni poète - est en proie à la logorrhée. « Prier est dans la religion ce que penser est dans la philosophie » - Novalis - « Beten ist in der Religion, was Denken in der Philosophie ist ». | | | | |
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| intelligence | | | On prouve son intelligence, quand on apprend à naviguer entre le langage, la théorie (modèle) et la réalité. Mais on n'atteint la sagesse que quand on se contente d'admirer des figures du langage au-dessus des modèles formels, se désintéresse du savoir (contenu du modèle instancié) et se détourne de la réalité (qui, de toute façon, ne fait que confirmer ce que souffle le modèle). | | | | |
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| intelligence | | | Le combat des verbes, chez Schopenhauer (le vouloir contre le savoir) ou chez Nietzsche (le pouvoir contre le devoir) ne fait que substituer des idoles. En revanche, le combat des noms (la représentation contre l'interprétation ou la noblesse contre la faiblesse) produit des unifications fécondes. | | | | |
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| intelligence | | | On commence par associer l'intelligence au cheminement, ensuite on l'attache plutôt aux buts, et l'on finit par la voir dans la faculté de substituer à tout chemin - un regard et à tout but - de bonnes contraintes. « Avec tous les chemins sous les yeux, c'est sans chemin que mon regard poursuivit le rien »** - Sophocle. | | | | |
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| intelligence | | | Dominer en savoir conduit rarement à dominer en idées, comme dominer en idées – à dominer en mots. Mais cette dernière domination finit par se désintéresser des deux premières ; celles-ci y sont rejointes par l'intuition et l'imagination. | | | | |
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| intelligence | | | La meilleure preuve de l'existence de la pensée non-langagière : la performance (sélection et déclenchement de bonnes règles) se passant de compétence (justification du choix de règles) ou la précédant. À l'autre bout de la chaîne intellectuelle : la reconnaissance, que penser et exprimer sa pensée sont deux dons bien distincts. La mathématique en est marquée au même point que la poésie : « Exprimer une grande idée, c’est une chose aussi délicate que sa conception même » - Grothendieck, mais je sais, que tu vises, hélas, l'appartenance et non pas la factorisation. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître un concept peut signifier trois choses : en connaître la définition (l'homme de bon sens), connaître les résultats déduits de sa définition (le scientifique), en connaître tout (le philosophe) ; c'est le philosophe qui y paraît le plus bête. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche et Freud : belles métaphores et idées quelconques. Mais les épigones s'accrochent à leurs idées, sans savoir produire leurs métaphores - science professorale, tout le contraire du gai savoir. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne vois que trois choses ne dépassant pas le stade de l'intuition exclusivement intellectuelle : Dieu, l'esprit et le Moi. D'où mon scepticisme face à la religion, au savoir et à l'authenticité. | | | | |
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| intelligence | | | Schopenhauer veut dire que le monde peut être vécu comme un paysage ou comme un climat : soit on le peint dans une représentation (création, savoir, intelligence), soit on s'y peint soi-même (passion, noblesse, musique) ; c'est le recours à la profondeur universelle ou à la hauteur personnelle qui permet de ne pas s'écrouler dans une platitude commune. | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle surclasse déjà la philosophie en hénologie (les méta-concepts), en ontologie (les concepts), mais n’apporte rien en axiologie (la dialectique esthétique des valeurs). Le savant sera évincé par la machine, seul l’artiste lui survivra. | | | | |
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| intelligence | | | Les Orientaux poussent le goût des sacrifices jusqu'à vouloir sacrifier des connaissances. Mais comment les effacent-ils ? Et à quelle ignorance les sacrifient-ils, à la terrestre ou à l'étoilée ? La connaissance n'est qu'une forme géométrique d'un langage pictural ; elle calcule la trajectoire et l'âge de mon étoile, mais c'est moi qui en reçois la lumière intemporelle, c'est moi qui en revis la naissance. | | | | |
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| intelligence | | | Que devient une image, une fois détachée des sens et attachée à la connaissance ? Elle devient arbre, celui qui est omniprésent dans ce livre. | | | | |
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| intelligence | | | Chez les impuissants de la métaphore ontologique, l'existence, l'expérience, l'empirisme - des philosophies concrètes - deviennent les seuls accès à l'être. Pas de savoir au-delà de l'expérience. De ternes rubriques de statisticiens remplacent de beaux cantiques de métaphysiciens. | | | | |
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| intelligence | | | L'enfance, c'est la création de l'arbre primordial du savoir et de la sensation ; la maturité, c'est l'unification du flux vicissitudinal avec ton arbre existant et résumant ton passé ; d'où l'image et le prestige singuliers qu'a l'enfance. D'où l'importance de ta faculté de revenir au point zéro du regard, ou, au moins, des yeux. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée attend de la philosophie – de la musique mystique et non pas la clarté logique. Toute cla-r-(-ss-)ification inaugurale est dans un mouvement de rupture, tandis que toute bonne logique ne s'applique qu'au monde monotone. Ce n'est pas le but de la philosophie, mais le contenu de la connaissance qu'on tente de définir ici. La logique a, dans la philosophie, la même place de domestique que la grammaire dans la poésie. Pourtant, cette misérable clarification logique devint le seul objet de la philosophie analytique, qui n'est pas plus passionnante que la comptabilité analytique. | | | | |
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| intelligence | | | Le (non-)savoir socratique a trois significations : le libre arbitre des représentations (phantasia), l'infini des requêtes erotima, la versatilité des interprétations exegesis. La topique, la poétique, la critique. | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, c'est l'art de passer des informations (valeurs) aux connaissances (structures et règles) ; c'est donc essentiellement la maîtrise de la représentation, tandis que l'intelligence naturelle est toute d'interprétation, et c'est pourquoi aucun progrès en IA n'apporte quoi que ce soit à notre intelligence tout court. Rien de plus bête que les programmes des échecs, des moteurs de recherche ou des robots ; l'intelligence, aussi bien naturelle qu'artificielle, c'est de la compétence et non de la performance. | | | | |
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| intelligence | | | Ni la réflexion ni le savoir ne sont à l'origine des écrits les plus admirables, ni même des plus profonds. Ce qui compte, c'est la faculté d'inflexion, qui oriente le regard vers la hauteur. La réflexion sert surtout à ériger de bonnes contraintes, et la plupart des connaissances ne font qu'appesantir la droiture, c'est-à-dire la platitude. Le goût et le talent les rehaussent ou expriment l'essentiel. | | | | |
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| intelligence | | | Plus vaste est la chose niée, plus bête est la négation. Cioran, rejetant le monde non pas depuis 1920, mais depuis Adam, tombe dans le piège. La négativité sans emploi (G.Bataille) paraît être une saine perspective. Je ne nie que le jour sous mes yeux, me voilà déjà en route pour les étoiles. Ou sur les voies apophatique ou apagogique vers le Dieu inconnu, se dérobant sous les noms de l'Un ou de l'Être. | | | | |
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| intelligence | | | Câblage de connaissances, par notre machine interprétative, est une notion ignorée des philosophes et bien connue des informaticiens. Ce que ceux-là appellent connaissance intuitive est, le plus souvent, une connaissance câblée si profondément, en langage-machine, que son accès se ressent comme immédiat et même a priori. Et la dichotomie kantienne : « toutes nos représentations sont soit intuitions, soit concepts » - « alle unsere Vorstellung ist entweder Anschauung oder Begriff » - y est sans fondement. | | | | |
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| intelligence | | | La logique et les structures, ces deux types de connaissances intervenant aussi bien en représentation qu'en interprétation ; mais, face à la réalité, la logique est nécessaire, tandis que les structures sont contingentes (sauf certaines structures a priori) ; on observe, que la réalité se plie à la logique et que nos modèles structurels sont asymptotes de la réalité ; c'est tout cela qui permet de parler d'une réalité objective, malgré la relativité de nos sens, que, d'ailleurs, aucun malin génie, visiblement, ne dévie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de connaissances complet, il doit y avoir un plan objectif - la logique et des structures, et un plan subjectif - des modèles des sujets, avec leur savoir (doutes, intuitions, expériences) et leurs modalités (vouloir, devoir, pouvoir). Les propositions bien formées n'apparaissent qu'après l'élimination (par l'interprétation extra-logique) de sujets. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne tête ignore la source de son savoir, et celui-ci se réduit aux beaux commencements (« Avoir compris signifie la fin » - Nietzsche - « Das Begreifen ist ein Ende ») ; les rats de bibliothèques brandissent leur savoir livresque, qui ne peut être qu'accumulatif et cadavérique : « Un homme intéressant tient de la nature son grand savoir ; ceux qui ne savent que pour avoir appris croassent dans leur bavardage intarissable »* - Pindare. | | | | |
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| intelligence | | | Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une vraie philosophie, c'est à dire salutaire ou spirituelle, le savoir ne joue qu'un rôle purement décoratif, le maintien d'illusions, qui consolent ou séduisent, étant la fonction principale du philosophe. Aristote, qui traite la sophistique de sapience illusoire, ne se doutait pas, à quel point l'ironie renverse son docte jugement. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes préférés des philosophes de profession - l'être, l'essence, l'existence, la durée (comme le savoir apriorique : les substances, la causalité, la finalité, les liens spatio-temporels) - appartiennent surtout au méta-langage et seulement d'une manière exotique au langage lui-même. La manipulation des concepts méta-langagiers ne peut être qu'austère et pauvre, et les traiter rhétoriquement, comme s'ils étaient dans le langage n'est qu'un abus. | | | | |
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| intelligence | | | Face au problème, le sens du mystère y ajoute du vénérable esprit philosophique, le sens de la solution - du vérifiable esprit pratique. « Quel libre penseur se contente de son 'savoir' ? Et pour qui la philosophie cesserait d'être un mystère ? »* - Husserl - « Welchem Selbstdenker hat jemals sein 'Wissen' genügt, für welchen hat die Philosophie aufgehört Rätsel zu sein ? ». | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'aurait rien écrit avant Nietzsche, Valéry ou Cioran, leur œuvre garderait sa valeur intacte (contrairement à Aristote, Spinoza ou Hegel, dont l'intérêt relatif relève davantage de l'histoire de la philosophie), et sa lecture n'en deviendrait pas plus ardue - à comparer avec les connaissances philosophiques (un oxymoron insensé, puisque Foucault a raison : « Il n'y a pas de philosophie, il n'y a que des philosophes »**, tandis qu'il existe bien l'art et non seulement des artistes, puisque le sens du beau est métaphysique et celui du vrai - mécanique), se réduisant à un vocabulaire emprunté, sans rigueur ni exubérance ni hauteur, et qui seraient indispensables pour une lecture des professionnels. La seule maîtrise, dont une bonne philosophie a besoin, est celle du degré zéro de la création, de la sensibilité et de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Peut-être les Chinois sont plus intelligents qu'Aristote : ce que celui-ci considère comme buts - le désir de savoir ou le bien final de l'action - les Chinois n'y reconnaissent que des contraintes immanentes, câblées, dont on ne parle plus. Par ailleurs, l'intérêt pseudo-philosophique de la notion de contrainte consiste dans le fait, qu'elle seule permet de cerner la vaseuse notion d'être (ignorée des Chinois) ; c'est, en effet, dans le langage des contraintes, qu'on décrit l'essence de ce qui précède la formulation des buts, la naissance des intentionnalités et même le calcul des moyens ; ainsi, l'être se réduirait aux frontières du possible et du nécessaire, plus qu'au centre suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | Tout honnête homme doit reconnaître, que les notions antiques d'être, de vrai, de l'Un, de savoir n'apportèrent rien d'intéressant au discours philosophique, et que le Chinois, avec son intérêt pour le rythme, pour les relations nettes entre entités vagues, fut un philosophe plus profond que le Grec. Toutefois, l'éternel détour des choses est plus radical, mais moins subtil et poétique que l'éternel retour des relations. | | | | |
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| intelligence | | | La joie la plus vertigineuse, comme la frustration la plus dévastatrice, viennent du fait, que ni l'intelligence ni le savoir ni le tempérament ni le goût n'apportent rien de décisif au triomphe final du talent. Comment définir le talent ? - le jet inné d'images irrésistibles et le refus inné d'imiter ! L'homme sans talent est jouet des mimétismes. « Un lion qui copie un lion devient un singe » - Hugo. | | | | |
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| intelligence | | | Après la lecture des philosophes, prônant et exhibant des pensées, vérités, savoirs, un irrépressible ennui m'écrase ; je demande de l'air, c'est à dire de la musique : « Inutile que la musique fasse penser » - Debussy. | | | | |
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| intelligence | | | L'exemple le plus stupéfiant d'une perception absolue – le visage. Avant même qu'apparaissent des attributs – expression des yeux, forme de la bouche, degré d'assurance – on le connaît ! Son insondable nudité, se passant de tout habillage. | | | | |
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| intelligence | | | Les derniers secrets de la matière sont … spirituels ; les clameurs, senteurs, couleurs, saveurs se livrent aux nombres et aux déductions ; l'onde cohabite avec l'atome ; l'espace devient encore plus mystérieux que le temps. Aujourd'hui l'esprit puise l'essentiel de ses connaissances non plus dans l'expérience, mais dans le raisonnement. | | | | |
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| intelligence | | | Les étapes ascendantes du mûrissement d'une bonne tête : penser, se regarder penser, savoir se regarder penser - la mécanique, l'intelligence, la connaissance ; une fois ce minimum vital atteint, il faut le mettre sur le métier à trois navettes : pouvoir, vouloir, devoir - le talent, l'intensité, la morale - l'esprit, l'âme, le cœur. | | | | |
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| intelligence | | | Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard, c'est à dire le visage, est ce qui déborde, dépasse ou vivifie un savoir objectif et une ignorance subjective, tout en en restant solidaire ; il en serait l'unité de l'unification (die Einheit des Einigens - Hölderlin), une puissance au service d'une faiblesse, l'intelligence soumise à la musique. | | | | |
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| intelligence | | | Leur savoir, anonyme, pesant et inodore, infecte nos fleurs et rabaisse nos cimes. Le bon savoir doit être solidaire de mon arbre, planté par mon soi inconnu : « Connaître, c'est s'éclater vers ce qui n'est pas soi, là-bas près de l'arbre » - Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | Si la jeunesse savait, elle en pleurerait ; si la vieillesse pouvait, elle en rirait. Et non pas, comme c'est le cas, l'inverse. « Tant que tu es jeune, toutes tes pensées vont à l'amour ; après, tout ton amour va aux pensées »** - Einstein - « Solange man jung ist, gehören alle Gedanken der Liebe ; später gehört alle Liebe den Gedanken ». On est jeune, quand on sait tout (« Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir » - Wilde - « I am not young enough to know everything »). L'ignorance est le lot de la savante vieillesse : « Ne cherche pas à tout savoir, si tu ne veux pas tout ignorer » - Démocrite. | | | | |
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| intelligence | | | Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ». | | | | |
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| intelligence | | | Quelle est la part du connaître, dans une intelligence de choix ? - négligeable et, dans la majorité des cas, remplaçable par l'intuition ou l'imagination ! Les connaissances intelligibles, dont se gargarisent les rats de bibliothèques, se réduisent au jargon des publications académiques, c'est à dire claniques, noyées dans la routine d'un pur verbalisme. | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre types d'existence : être, non-être, devenir, non-devenir - puissance, imagination, acte, immobilité. « L'être est le possible ; le non-être le rend intelligible » - Lao Tseu. Qu'est-ce qu'être intelligent ? - élargir (la connaissance), approfondir (le savoir), rehausser (le goût) le domaine du possible pour y choisir sa demeure - tour d'ivoire, souterrain ou ruines. | | | | |
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| intelligence | | | Mieux je comprends le monde, plus banal devient mon désir rationnel et plus vital – mon désir irrationnel. Le pessimisme raisonnable et l'optimisme fou gagnent, simultanément, en crédibilité ; et ils doivent constituer le climat de mon désir, ce paysage de mon âme. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que j'entends un philosophe - qu'il s'appelle Platon, Kant ou Badiou - parler de connaissance comme du but de leurs travaux, je suis sûr de tomber sur des balivernes ; même en tant que moyen, la connaissance ne joue qu'un rôle microscopique dans un écrit profond ; et même le discours le plus pertinent sur la connaissance est prononcé par ceux qui n'en possèdent pas beaucoup. Un bel exemple - Valéry : « Un philosophe est celui qui connaît moins que les autres »**, parce qu'il doute mieux. | | | | |
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| intelligence | | | 99 % du savoir philosophique moderne se trouvent déjà chez les Anciens ; 99 % du savoir antique ne vaut pas un clou ; et ils continuent à se gargariser de leur savoir de sages ! Le vrai philosophe est celui qui, dans philo-sophie, voit le philia-amour (désir, passion, intensité) avant le sophia-savoir (mémoire, lectures, vocabulaires). | | | | |
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| intelligence | | | Les jugements ont deux dimensions – l'horizontale (à laquelle s'accroche la profondeur) et la verticale (tournée vers la hauteur). La première s'appuie sur nos connaissances responsables, et la seconde est dictée par notre goût irresponsable. La première facette est vite épuisée, devenant consensuelle, transparente et insipide. Seule la seconde permet de faire entendre l'appel de notre soi inconnu, ce juge infaillible et inépuisable. Ceux qui perdirent tout contact avec celui-ci, marmonnent, doctes et bêtes : « Rien de plus honteux que d'afficher des affirmations avant les connaissances » - Cicéron - « Nihil turpius quam cognitioni assertionem praecurrere ». | | | | |
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| intelligence | | | La valeur de Platon et de Heidegger se situe hors de la philosophie – dans l'élégance des métaphores ou dans l'amusement philologique. Les philosophes cathédralesques, dépourvus de ces qualités littéraires, sont ridicules dans leur lourd plaidoyer de l'idée platonicienne ou de l'être heideggérien, dans lesquels l'imagination poétique doit dominer largement toute gnoséologie et toute ontologie. | | | | |
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| intelligence | | | Qui accumulait le plus de connaissances et y voyait et les buts et les moyens d'une réflexion ? - Hegel et Husserl. Quel en est le bilan ? - l'ennui et la platitude. Qui se moquait des connaissances ? - Nietzsche et Valéry, qui n'y voyaient que de modestes contraintes. Quelle est le fond de leur œuvre ? - la musique et l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître veut dire fixer, représenter dans un modèle. La qualité de cette connaissance dépend de la rigueur et de l'universalité du méta-modèle (un informaticien l'appellerait gestionnaire de bases de connaissances), qui assiste le modeleur, ainsi que de l'imagination, et non seulement de la compétence, de ce modeleur. Être fabricant d'outils, servant à fabriquer d'autres outils, - l'un des métiers qui auraient dû être confiés aux philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | La différence entre le savoir et l'intelligence : le premier permet de représenter la pensée sous la forme d'un arbre foisonnant, bien ancré et ramifié, en accord avec sa forêt ; la seconde se manifeste surtout par des valeurs inconnues, placées dans l'arbre solitaire, pour en appeler à l'unification avec le monde : « Le Principe distribue la vie dans l'arbre tout entier sans s'y répandre » - Plotin. | | | | |
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| intelligence | | | Une hiérarchie de valeurs externes s'établit en fonction de la hiérarchie de mes juges internes : à ma raison, à mon esprit, à mon âme, en tant que juges, correspondent le savoir, l'intelligence, le talent des autres. Et c'est ainsi qu'au-dessus du beau savoir de G.Steiner je placerai l'intelligence de Valéry, et le beau talent de Nietzsche - au-dessus de l'intelligence de Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie spiritualité est à l'opposé des connaissances ; elle est l'art d'écouter ton âme et d'en reproduire la musique, et non pas l'artisanat de fouiller ta mémoire et d'en présenter un compte-rendu. « Depuis la Renaissance, l'anti-spiritualité engloutit l'homme, qui ne s'occupe désormais que des problèmes matériels, dont celui de la connaissance » - Tarkovsky - « Начиная с Возрождения, проблема познания относится к материальным проблемам - бездуховность поглотила мужчин ». | | | | |
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| intelligence | | | L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité. | | | | |
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| intelligence | | | On oublia la jouissance d'une admiration gratuite, qu'il s'agisse d'un talent d'autrui ou du miracle de ta propre conscience. C'est à la faiblesse ou à l'ignorance qu'on attribue ces égarements, bien que le savoir et la force s'y prêtent avec beaucoup plus d'aplomb et surtout avec aussi peu de bonnes raisons. Celui qui admire son visage (Narcisse) admire rarement sa mémoire. | | | | |
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| intelligence | | | La pluridimensionnalité phénoménologique (ouf !) : on bichonne l'accomplissement dans la réalité (philosophe), la teneur dans le modèle (savant), la référence dans le langage (poète). Le sens, son dépositaire, sa quête ; trois sphères d'excellence dont le centre est partout et nulle part. | | | | |
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| intelligence | | | Le véritable fond de la création n'est ni mon ambition, ni mon savoir, ni même mon talent, mais mon soi inconnu, cette passerelle invisible, qui lie mon esprit à l'âme du monde, âme que d'autres appellent être : - ce qui exige création et audace - et si cet appel devient inaudible, c'est que je devins un misérable étant, connaissant l'inertie et ignorant la création. | | | | |
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| intelligence | | | En intelligence démonstrative on agit en expert de robotique (modus cogitandi) ; en intelligence justificative - en expert d'autorité (modus explanandi). La méta-intelligence, c'est la connaissance des sources d'autorité (modus conoscendi). | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, ce ne sont pas les connaissances, mais les manières de réveil et méthodes d'accès aux connaissances (non pas les idées, mais les efforts vers les idées). Chez le naïf, ce sont les sens qui convainquent de l'existence des objets ; chez l'intelligent - la raison. Ce qui est encore plus flagrant, c'est que le naïf cherche la bonne règle dans un ensemble trop vaste, tandis que l'intelligent sait surtout réduire l'ensemble de conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Que je réfléchisse sur le désagrément d'une piqûre d'abeille, ou sur l'origine de mon angoisse, ou sur le fondement de mes connaissances, je mets en œuvre le même cerveau, je m'appuie sur les mêmes expériences et la même logique, la part de l'abstrait est la même. Terroriser les gens avec des méditations transcendantales, opposées aux méditations empiriques ou psychologiques, est une fumisterie des rats de chaires universitaires. Le moi transcendantal, le moi sensoriel, le moi psychique est le seul et le même personnage, qui, une fois passé à l'action, devient le moi connu ; resté au stade de puissance il s'incarne dans le moi inconnu. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les connaissances, être unifiables signifie pouvoir s'égaler dans une forme commune de langage : le langage de l'individu est diffus, celui de la science - incisif, celui de la philosophie - global. « La connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la science, le savoir parfaitement unifié ; la philosophie, le savoir complètement unifié » - H.Spencer - « Knowledge of the lowest kind is ununified knowledge ; science is partially unified knowledge ; and philosophy is completely unified knowledge ». | | | | |
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| intelligence | | | Le sage sait, que la vraie création est celle d'un langage, dans lequel les réponses soient contenues dans la question. C'est un don beaucoup plus rare que ceux de poser de bonnes questions ou d'apporter de justes réponses. Affaire d'interprètes et de substitutions. La réponse crée une entente mécanique avec la question, mais encore davantage - une attente organique d'un langage, où elle n'en serait plus ; et Blanchot force le trait : « La réponse est le malheur de la question » - elle est son propre malheur ! | | | | |
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| intelligence | | | L'Intelligence Artificielle, comme la métaphysique, créent des outils, des structures d'accueil des connaissances. Mais en IA la rigueur des bases de connaissances s'applique à l'outil lui-même, elle est donc réflexive, tandis qu'en métaphysique toute intelligence n'est que discursive. En plus, l'outil doit s'appuyer sur la logique universelle apriorique (inaccessible aux métaphysiciens) et non pas sur le libre arbitre, réservé aux représentations. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir des mathématiciens ne les aide en rien dans leurs lourdes tentatives de jeter un coup d’œil philosophique sur leur propre discipline. L'ignorance des meilleurs philosophes ne les empêche pas d'avoir des intuitions profondes sur la mathématique. Mais les meilleurs mathématiciens avouent ne pas saisir le discours philosophique, tandis que les philosophes médiocres prétendent posséder de vastes savoirs. Les métaphores de l'harmonie s'entendent rarement avec les métaphores de la mélodie. | | | | |
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| intelligence | | | L'apport des connaissances est insignifiant en profondeur de notre discours, inexistant en sa hauteur. Elles ne peuvent donner que de la largeur aux métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Nous pensons n'apprendre quelque chose que dans notre jeunesse, mais ce n'est que beaucoup plus tard que nous apprenons, que désapprendre est plus fructueux. Désapprendre, c'est relâcher les contraintes en hauteur pour approfondir l'espace de liberté. L'ignorance, c'est une contrainte en largeur, un savoir ossifié. | | | | |
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| intelligence | | | Ils voient un gouffre entre ces deux types de notre conscience du monde : qu'il est composé de choses objectives (res extensa) ou bien de phénomènes subjectifs (l'intentionnalité). Tandis que non seulement leurs résultats sont identiques, mais le travail même de notre conscience, dans les deux cas, suit les mêmes chemins, pour constituer nos connaissances. Comme le monisme ou le dualisme sont parfaitement compatibles et parallèles. | | | | |
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| intelligence | | | Les faits sont des attributs des objets virtuels et non pas des phénomènes réels. Tout fait résulte de liens, syntaxiques ou sémantiques, dont est dépourvu le monde et qui constituent l'ossature du modèle conceptuel du monde. Les choses, elles, remplissent tout ce qui est inorganisé, et en particulier la réalité. On vient à l'existence topique par une substance (un fait imputable à un lien syntaxique instancié) ; Maître Eckhart refuse, à tort, l'être aux liens : « L'amour, contrairement à la connaissance, unit dans l'action, non dans l'être » - « Im Gegensatz zum Wissen, vereint die Liebe im Wirken, nicht im Sein ». | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d'intelligence : représentative (conceptuelle), constructive (technique), interprétative (stratégique). Elles se doublent d'une épreuve langagière : le méta-langage des concepts, l'accès et la maîtrise de bons outils, la faculté de changer de langage. Ce sont des épistémologues, des experts et des décideurs. | | | | |
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| intelligence | | | La causalité ne faisait pas partie des connaissances aprioriques ; chacun la modélisait d'après les bornes de son intellect et du savoir du siècle ; mais dans ses supports - matières, outils, opérations, acteurs - le consensus, dû à la science et à la robotisation des acteurs, est proche, où, au lieu d'être une relation sémantique complexe, la causalité relèvera de la banale syntaxe. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les passages cognitifs : chose – concept (engagé) – mot – proposition – vérité – concepts (dégagés) – sens, toutes les étapes intérieures ne sont que transitoires, pourtant toute la rigueur s'y trouve, contrairement au premier (libre arbitre de la représentation) et le dernier (liberté de l'interprétation), et c'est bien dans ces deux-là que réside la plus subtile de nos intelligences. | | | | |
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| intelligence | | | Il n'y a aucune différence notable entre les démarches subjective ou objective ; on déploie le même savoir et la même personnalité, en exhibant les états de son âme qu'en pérorant sur l'esprit absolu. La véritable différence oppose ceux qui suivent l'inertie du troupeau à ceux qui partent de leurs propres commencements de solitaires ; le talent peut sauver les premiers, les seconds comptent sur leur génie (au sens humble, comme le génie pontifical ou informatique). Tout ce que l'esprit universel peut concevoir est déjà préconçu dans l'âme individuelle. | | | | |
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| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire. | | | | |
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| intelligence | | | Dire je sais que je sais est faire preuve de l'intelligence, si l'on comprend, que le savoir interne touche à la réalité et le savoir externe - au modèle. Et puisque savoir rebâtir son modèle à partir du point zéro est un don de sage, le je sais que je ne sais rien socratique dit la même chose ! Toutefois, plus précis serait : je ne sais plus que je sais. L'exact contraire de cette sobre sagesse serait cette bête ivresse : je ne crois en rien, ce qui équivaudrait : je sais tout, puisque notre maîtrise des connaissances n'a que deux valeurs possibles – savoir ou croire. Plus on connaît, moins on sait. | | | | |
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| intelligence | | | Les adeptes du tournant linguistique (les soi-disant philosophes analytiques) croient, que tout savoir résulte de l'analyse du langage. Or tout savoir se résume dans les deux seules tâches : la représentation (où le langage est quasi absent) et l'interprétation (où le langage disparaît dès la traduction des énoncés en propositions ; le reste appartient à la logique ou au bon sens : la démonstration, des substitutions puisées dans la représentation, la donation de sens). Jamais, depuis la nuit des temps, on n'entendit chez les sages une pareille aberration ; il fallut attendre les Américains. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui irrite nos philosophes, c'est que les informaticiens primitifs les dépouillent de leur vocabulaire, alambiqué et filandreux, pour le rendre robuste et opératoire. Les philosophes professionnels prétendent détenir un savoir de la vie, supérieur au savoir de la nature. Ils auraient dû se consacrer à leur vrai métier, celui des frontières, par exemple entre le savoir et le non-savoir, entre le connaissable et l'inconnaissable. On ne peut opposer au savoir que la poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour le haut regard, capable de scruter la profondeur, le mystère est omniprésent en toute demeure de l'esprit, qu'elle soit château ou ruines. Mais ceux qui, dans leur tiède platitude, ne voient que des casernes des solutions ou ceux qui, dans leur froide profondeur, ne s'identifient qu'avec des salles-machines des problèmes, ne reconnaissent ni châteaux ni ruines et traitent le mystère, qui leur reste inaccessible, – d'asile de l'ignorance. | | | | |
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| intelligence | | | Comparée à l'idée ou à la valeur, la métaphore a une durée de vie décuplée, avant de sombrer, comme tout le reste, dans la banalité ; c’est pourquoi les commencements doivent partir des métaphores vivantes et non pas des abstractions ; l’héritage culturel de mes ancêtres m’oblige à pratiquer un nihilisme filtrant, éliminatoire, pour écarter tout ce qui fut déjà tenté et devint commun. Avoir bien préparé ma défaite future aura fait partie de mon succès présent. | | | | |
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| intelligence | | | Tout philosophe, ayant abordé les concepts de bon, de beau, de vrai, produit, nécessairement, un système, ce qui, en soi, ne présente aucun exploit rare. Ce n’est ni la rigueur ni le savoir ni l’ampleur qui en constituent le mérite, mais la capacité de chaque idée, dans les cercles idéels, de servir de commencement, de point de départ d’une partition musicale. Certains appellent cette capacité – l’éternel retour du même (système). | | | | |
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| intelligence | | | Les systèmes charlatanesques se reconnaissent par la domination des constantes, tandis qu’un modèle scientifique réfutable contient assez de variables, pour s’unifier avec d’autres modèles. Et le résultat de ses unifications correspond à notre connaissance de l’être : « L’unification et l’Être ont le même sens » - Hegel - « Vereinigung und Sein sind gleichbedeutend ». | | | | |
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| intelligence | | | Rien d’accumulatif dans le talent ; ni la connaissance ni la maîtrise ni la compréhension ne l’élèvent. Seules de nouvelles contraintes, plus hautes et plus exigeantes, permettent de garder sa hauteur originelle. Mais à la fin, on restera seul, sans choses, sans hommes, sans demeure habitable. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme, qui, dans ses réflexions, réussit à se débarrasser des deux thèmes parasites que sont la connaissance et l’être, devient, presque mécaniquement, philosophe. Le bavardage sur l’être profane la plus belle faculté du langage – le laconisme dans la noblesse ; l’obsession par les connaissances fantomatiques dévie notre générosité de sa fonction première – consoler les inconsolables. | | | | |
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| intelligence | | | D’après leur fond et leurs origines, les connaissances sont soit syntaxiques soit sémantiques. Les réseaux, ou leurs structures d’accueil, sont, en partie, communes, mais les premières résultent des intuitions innées (aprioriques) et des réflexions abstraites, tandis que les secondes s’acquièrent par l’expérience, par la découverte de nouveaux scénarios, personnalisant des acteurs, formalisant des actions et introduisant des causalités. | | | | |
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| intelligence | | | La connaissance approfondit les choses, sans les élever ; mais l’attachement aux choses nous abaisse ; et puisque la hauteur est notre première patrie, la présence pesante des choses nous entraîne vers la platitude. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Le réel et la représentation (dans le jargon, la chose en soi et son noumène), le fond (presque) éternel et la forme provisoire, la seconde résumant l’état courant du savoir du premier, - on est dans l’être spatial ; cet état évolue, suite aux phénomènes, ces manifestations du réel, provoquant des adaptations de la représentation, - on est dans le devenir temporel. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, l’existence résulte de l’une des deux opérations : la définition (d’un nouveau concept) et l’instanciation (d’un concept existant) ; les deux se réduisent à un attachement – à un méta-concept ou à un concept – et à une attribution (structurelle, descriptive, comportementale), qui est aussi une forme d’attachement. Toute connaissance est de l’attachement, comme toute liberté est du détachement. | | | | |
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| intelligence | | | Un philosophe devrait s’occuper non pas de données ou de connaissances, mais d’illuminations. Quand je tombe sur un livre d’un professeur de philosophie, d’abord je me réjouis – enfin quelqu’un, resté en dehors du commerce et de l’informatique, mais, au bout de quelques pages, je me rends compte que l’auteur ne propose qu’un système de gestion de bases de données de plus. Un langage de comptabilité ou de programmation lui aurait suffi. La cause de la disparition de la philosophie des affaires des hommes ne sera pas la solution de ses problèmes, mais l’extinction des mystères dans les cerveaux sans âme. | | | | |
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| intelligence | | | La création est une production, que ne déterminent ni mon intelligence ni ma volonté ni mon savoir ni mon intérêt ; son déclencheur ou sa source s’appelle soi inconnu : « Le Moi est invariant, origine » - Valéry | | | | |
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| intelligence | | | Le monde (celui de l’homme, celui que les Allemands appellent Dasein), ce monde est la représentation et l’interprétation. La volonté schopenhauerienne correspond à la représentation du sujet (et de son savoir) en tant que faisceau de modalités – vouloir, pouvoir, devoir – et doit être incorporée à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée ajoute de l’inconnu à une représentation ; la poésie découvre de l’inattendu dans une interprétation. Et la philosophie, qui est leur fusion, devrait en faire un système, qu’un informaticien austère appellerait système de gestion de bases de connaissances ; la pensée y pencherait sur la consolation, et la poésie s’y affirmerait en tant que triomphe du langage libre. | | | | |
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| intelligence | | | Me pencher sur l’essence, c’est rendre plus profond mon savoir ; me vouer à l’existence, c’est rendre plus haute ma liberté. Mais cette profondeur et cette hauteur ne peuvent pas se passer l’une de l’autre, au risque d’affleurer ou s’écrouler en platitude, ce qui arrive aux purs essentialistes ou aux purs existentialistes. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes de connaissances acquises : spécifier l'objet à mesurer, donner l'unité de mesure, définir la procédure de mesurage. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | À part quelques nuances, provenant des constantes physiques universelles, l’espace-temps ne dépend pratiquement pas de représentations particulières, tandis que la causalité ne repose que sur celles-ci. Dans le domaine spatio-temporel, scientifique, la philosophie ne peut être que charlatanesque, et dans le domaine causal – que primitive, puisqu’elle ignore ce qu’est la représentation cognitive. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, la raison ne joue pas un rôle plus important qu’en serrurerie ; les connaissances n’apportent pas plus de rigueur au discours philosophique qu’au discours amoureux ; la sagesse ne distingue pas plus un philosophe qu’un comptable. Le philosophe est un talent, né d’une liaison entre un style poétique et une intelligence caressante. | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Connaissance absolue, valeurs éternelles, esprit universel (on peut y intervertir les adjectifs au hasard) – ces ternes épouvantails, plantés par Descartes, Kant, Hegel, Husserl, font peut-être fuir des corbeaux ou des rongeurs du jour, mais ils ne servent que de perchoir, aux volatiles de la nuit, dont les yeux sont tournés du côté des étoiles, pour adorer la merveille inconnaissable, les vecteurs intemporels, la musique existentielle. | | | | |
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| intelligence | | | On révoqua les messagers (les Messagers des étoiles – siderei Nuncii - les Anges), banalisa les messages (les Bonnes Nouvelles) ; on se dévoue aux messageries (les communions de robots). « Où est la sagesse perdue dans le savoir ? Où est le savoir perdu dans les constats ? » - T.S.Eliot - « Where is the wisdom we have lost in knowledge ? Where is the knowledge we have lost in information ? » - le où est bien connu, c'est le qui, le comment et le pourquoi qui sont perdus définitivement. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la résolution magique de nos problèmes quotidiens - aucune trace d’un backward-chaining dans l’emploi de nos connaissances ! Et l’on ne reconstitue notre démarche qu’en remontant la chaîne abductive, justificative. La magie reste entière. « Les connaissances agissent en éclairs ; le discours n’en est qu’un long tonnerre postérieur »*** - Benjamin - « Erkenntnis gibt es nur blitzhaft. Der Text ist der langnachrollende Donner ». Les connaissances sont plutôt une lumière permanente et neutre, dont se sert le discours, composé d’ombres partiales. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, être littérairement nul ne signifie pas nécessairement être bête. L’intelligence kantienne est incontestable ; sa vision de la raison est exhaustive, lumineuse, nous rapprochant de l’œuvre divine dans sa totalité. Mais que penser des premières certitudes cartésiennes, de la méthode géométrique spinoziste, du savoir absolu hégélien ? La nouveauté de leurs vocabulaires séduisit les contemporains, inhabitués à tant de liberté, mais situant mal les signes d’intelligence et ignares en logique. Aujourd’hui, force est de constater que ces auteurs sont des ânes. | | | | |
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| intelligence | | | Seuls les impacts sur nos sens sont immédiats ; il n’existe pas de connaissances immédiates, que l’orgueilleux philosophe accorde à la populace, en s’affublant lui-même de connaissances métaphysiques, transcendantales, ontologiques ; celles-ci sont présentes, et au même degré, chez n’importe quel bouseux, qui les traduit dans une praxis visible, tandis que l’écolâtre les enveloppe d’une poïesis illisible. La bonne philosophie est morte à cause de ces innombrables chaires de philosophie, d’où sortent des zozos, se distançant des moutons illettrés, pour devenir eux-mêmes des robots programmés. | | | | |
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| intelligence | | | Mes connaissances et mes passions peuvent se résumer par un arbre, que ma curiosité ou mon ouverture d’esprit munissent de variables. Si je ne porte que des constantes, des certitudes, je ne serais jamais fructifié par un arbre complice, venant du monde extérieur. Je ne grandis que grâce à mes inconnues. | | | | |
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| intelligence | | | Toute philosophie, fondée sur les substances, le bon Dieu, les connaissances, la vérité ou l’Histoire, est nulle. Ce qui renvoie à la poubelle 95 % de la production philosophesque. | | | | |
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| intelligence | | | Les classifications catégorielles (reflétant l’être) sont la syntaxe cognitive, les classifications énergétiques (en vue de la puissance, de l’acte, du devenir) en sont la sémantique : poïesis – praxis, le savoir – le vouloir. | | | | |
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| intelligence | | | Pour le scientifique, la syntaxe de son langage est rigoureuse, et la sémantique – plutôt intuitive ; pour le philosophe, c’est l’inverse : son vouloir est net, et son savoir - vague. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tous les domaines scientifiques ou artistiques, on structure leurs objets par les mêmes paradigmes cognitifs (employés par l’Intelligence Artificielle) et nullement linguistiques. Les structures langagières n’ont rien à voir avec les structures conceptuelles ; les structuralistes qui partent de celles-là, sans se rendre compte de la primauté de celles-ci, sont des charlatans. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances synthétiques, arbitraires, constituent la représentation et créent des vérités nouvelles ; les connaissances analytiques, nécessaires et tautologiques, résultent de l’interprétation. La maïeutique et l’herméneutique. | | | | |
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| intelligence | | | Oublier l’Être signifierait qu’il existe un savoir qu’on néglige au profit d’un autre (celui des étants). Mais tout notre savoir découle des représentations ; or, les facettes de l’Être, restant inaccessibles, sont hors toute représentation, c’est-à-dire hors tout savoir, - un cercle vicieux. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens du je pense : je spécifie (référence, signale, indique, montre, nomme) mes chemins d’accès aux objets. Le sens du je suis : je suis un objet (ma matière), auquel s’attache un sujet (mon esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Le raisonnement n’est élégant et conclusif qu’en mathématique ; dans toutes les sciences, y compris en mathématique, la profondeur des connaissances et la hauteur de l’intelligence sont atteintes surtout par la qualité des représentations. Ne portent aux nues le raisonnement que les charlatans philosophaux, s’inspirant du rustique Socrate. | | | | |
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| intelligence | | | Là où il y a la mémoire (le savoir), le mouvement voulu (la liberté), la force (les moyens), l’ingestion (le but) – il y a la pensée. Tant de choses évidentes, avant le cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Au fond de toute réalité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, perce le mystère, insondable, incompréhensible, impossible. Nous bâtissons, la-dessus, de savants problèmes et sommes heureux de leur trouver quelques misérables solutions, qui constituent tout notre savoir ; mais ce qui échappe au savoir reste largement dominant. Le connu ne se nourrit que de minuscules portions arrachées à l’inconnu. « Le sens évolue par l’évolution de l’insensé » - Nabokov - « Эволюция смысла является эволюцией бессмыслицы ». | | | | |
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| intelligence | | | Exister dans la réalité ou dans la représentation : avoir franchi l’épreuve de l’essence ; celle-ci est spécifiée, pour la réalité - par le Créateur, et pour la représentation – par l’homme-concepteur. L’avènement de l’existence est précédé par la spécification de l’essence. | | | | |
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| intelligence | | | En épistémologie, il y a deux courants – le scientifique et le philosophique. Le second sert à nourrir des bavardages infinis autour des descriptions et des notions ; le premier se focalise sur les concepts. Tout scientifique dispose de bases de connaissances, organisées autour des concepts ; un concept est défini par les structures, dans lesquelles il s’inscrit, par des liens, des attributs, des propriétés, des valeurs, des règles déductives ou comportementales. Connaître une chose, c’est la représenter en tant que concept. | | | | |
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| intelligence | | | Pour échapper au blocage du trilemme d’Agrippa (ou de Münchhausen), on dispose, en Intelligence Artificielle, d’un méta-niveau conceptuel, où sont (pré-)modélisés les méta-concepts (de la future base de connaissances), garantissant la non-contradiction des connaissances à modéliser. Il y a donc deux types de justification des propositions vraies (y compris des faits) : la validation par le méta-niveau et la démonstration par les connaissances modélisées. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes les sciences, y compris en mathématique, il existent des affirmations, sur lesquelles il y aurait des avis divergents. Mais dans toutes les sciences existe un noyau, sur lequel tous les avis convergent. Et la philosophie n’est nullement une science non pas à cause de l’absence de la rigueur, mais puisqu’elle ne peut exhiber AUCUNE affirmation consensuelle. Et cette circonstance est plutôt positive, puisque, ainsi, la philosophie est une lice exceptionnelle, sur laquelle peuvent s’affronter, en même temps, les intelligences, les connaissances, les talents, les tempéraments, les ambitions, les libertés. | | | | |
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| intelligence | | | La syntaxe abductive se réduit au Où et au Quand, ces demeures de l’Être ; la sémantique abductive consiste en Comment et en Pourquoi, ces outils du Devenir. Le savoir et le style. | | | | |
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| intelligence | | | L’apport principal à l’Intelligence Artificielle provient de la philosophie et non pas de la logique, de l’informatique ou de la neuroscience. À son tour, l’IA apporta, ou rendit, à la philosophie l’importance de la représentation conceptuelle dans le savoir et dans le langage, que les logiciens, y compris Russell et G.Frege, oublièrent ou réduisirent aux humeurs, images fugitives, sensations. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants. | | | | |
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| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde sensible, essentiellement, est un produit direct de l’espèce, il est donc près d’une relative objectivité (un oxymore inévitable). Mais le monde intelligible, c’est-à-dire celui des représentations, est, fondamentalement, subjectif. La seule métaphysique profonde est celle de la subjectivité. Et qu’on laisse une plate psychologie s’occuper de l’objectivité. | | | | |
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| intelligence | | | Qu’est-ce qui justifie, en philosophie, l’appel au genre discursif ? - la poursuite, avec un progrès illusoire, d’une vérité à démontrer ; la prétention de ne négliger aucun des horizons envisageables ; la volonté de constituer un tableau exhaustif et monumental. La vérité, le savoir, la belle universalité – critères, réservés à la science et à l’art et complètement étrangers à la bonne philosophie, qui est toujours inchoative et subjective. Seul l’aphorisme vérifie ces exigences, y ajoutant la beauté de l’expression. Intelligenti pauca. | | | | |
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| intelligence | | | En matières intellectuelles, toute ta noblesse (le valoir) et toute ta conscience morale (le devoir) se réduisent à tes élans (le vouloir), tandis que toute ton intelligence et tout ton savoir se réduisent à ton talent (le pouvoir). Comment ne pas comprendre la volonté de puissance (vouloir pouvoir ou pouvoir vouloir) comme l’essence de toute création ! | | | | |
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| intelligence | | | L’oraculat et le savoir, comme buts, ternissent la poésie. Et puisque tout philosophe académique professe leur culte, il n’y a pas de poètes parmi les sages prophétiques ou géométriques, et donc – pas de bons philosophes. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir et l’intelligence tapissent la profondeur (et prennent la forme du bon sens ou du sens pratique – dans la platitude finale) ; dans la hauteur (sans contact avec la platitude), règnent le Bien inexprimable et le Beau à exprimer. | | | | |
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| intelligence | | | Ni l’amour ni la sagesse – philo-sophie – ne se préoccupent des connaissances, des pensées, des vérités. Sur ces notions protéiformes l’avis de tout homme de la rue pèse autant que celui d’un professeur de philosophie. Pourtant, la production académique déverse d’innombrables traités sur ces sujets sur-galvaudés et banals. | | | | |
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| intelligence | | | La belle intelligence consiste à créer une hauteur de l’intuition – ou même des instincts – à partir de la profondeur de nos pensées ou de nos sensations. L’intelligence banale traduit l’intuition vague en savoir certain. Ce qui craint la forme fixe (la liberté, le génie) s'abaisse volontiers, jusqu'à un seul point, point zéro de la création, pour laisser s'exercer une lumineuse dictature, dont on n'est qu'instrument ravi, producteur d'ombres. Un bon instinct est une étincelle de l'intelligence câblée. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche est le premier philosophe à comprendre, que la philosophie des questions nouvelles est révolue. Dans ce qui présente un intérêt pour la philosophie, tout a été interrogé. La philosophie moderne ne peut être faite que de réponses (aux questions non posées), c’est-à-dire de maximes, auxquelles tout lecteur construirait un arbre de questions, s’unifiant avec la réponse. Après Nietzsche, toutes les nouveautés interrogatives sur l’être, le savoir, la vérité, la liberté ne sont que du bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître une chose (matérielle ou spirituelle), c’est d’en avoir bâti un modèle, une représentation. La raison qui ignore les raisons du cœur ou de l’esprit est paresseuse, indifférente ou bête. | | | | |
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| intelligence | | | Le nombre est le seul concept objectif, c’est-à-dire pouvant se passer de représentations qui sont toujours subjectives. La seule pensée non-subjective est la pensée mathématique. Tous les autres concepts, qu’ils s’appellent extases ou connaissances, se réduisent aux nombres, à travers des représentations. | | | | |
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| intelligence | | | L’origine de la profondeur : démonstration du fond, maîtrise des connaissances, ou bien – forme vaseuse, limites fuyantes. La première a des chances d’être couronnée d’une hauteur ; la seconde est vouée à la platitude. | | | | |
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| intelligence | | | En faisant abstraction des aspects anthropologiques (sujet, langue, intuition), les connaissances se résument en deux catégories atomiques : les triades (les monades et dyades s’y réduisent) et les scénarios (procédures, réflexes, méthodes). | | | | |
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| intelligence | | | La métaphysique de la connaissance ne déboucha que sur l’universel, ce qui est, forcément, un chemin moutonnier. La métaphysique de l’action conduisit à la mécanique, ce qui est l’origine des robots. La seule métaphysique valable est celle du rêve, qui n’est ni généralisable ni programmable et ne peut motiver que les poètes. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la métaphysique se réduit aux trois cadeaux divins, harmonieusement liés à nos sens : l’ouïe vague du Bien, le goût intuitif du Beau, la vue certaine du Vrai ; ce sont les seules connaissances a priori, ou plutôt des outils de la connaissance. | | | | |
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| intelligence | | | La nature universelle, ontologique, de la mathématique, se confirme par tout ce que conçoit l’homme ; comme en mathématique, l’homme n’a besoin que d’axiomes (pour planter ses goûts irréfutables) et de logique (pour savoir prouver, en créant des langages adaptés). | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d’érudition : la profonde – la maîtrise des solutions d’un métier ; la vaste – la curiosité pour les problèmes du savoir ; la haute – le regard sur le mystère de la vie. Dans l’Histoire, un seul personnage les possédait, toutes, – Einstein. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les productions de l’âme, la mémoire ne sert à rien ; seule la tête, en gros commune à tous, en profite, pour consolider son métier et affaiblir son originalité. « J'aime mieux forger mon âme que la meubler » - Montaigne - et l’originalité en est le meilleur forgeron. | | | | |
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| intelligence | | | La perception du réel débouche sur la conception de l’idéel (sauf en mathématique, où l’idéel précède le réel) ; les concepts se trouvent déjà du côté de la représentation, qui est le fond de tout savoir ; la représentation et la connaissance se trouvent, donc, dans le même camp. Mais tous les philosophes confondent la représentation avec la perception et la séparent du savoir. | | | | |
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| intelligence | | | L’analyse et la synthèse son présentes dans toutes les entreprises de l’intelligence ; une dichotomie mieux discriminante distinguerait entre l’acquisition de connaissances (où la synthèse occupe le premier plan) et l’exploitation de connaissances (dominée par l’analyse). Leurs cheminements sont presque inverses : dans le premier cas – le regard (la personne), l’idée (la généralité), la représentation (la création) ; dans le second – la pensée (le désir), la représentation (l’appui), le regard (l'interprétation). | | | | |
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| intelligence | | | La cécité et la misère de la philosophie académique se révèlent dans ces deux exemples : elle ne voit de mystère ni dans la matière ni dans l’esprit ; elle n’entoure de mystères que ce qui est banal, trivial, plat – le non-être, le néant, le rien, l’ensemble vide (le seul apport philosophique au thème d’existence aurait dû être l’objet et la thérapeutique de la consolation). Et, comble d’imposture, cette philosophie le fait dans le culte d’un savoir, qu’elle ne possède jamais (comme le vouloir et le pouvoir – non plus). Arythmie des mots, anémie des concepts. | | | | |
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| intelligence | | | Le discours philosophique, pratiqué par deux clans opposés, peut soit viser une objectivité soit partir d’une subjectivité. Le premier clan, avec le plus grand sérieux, déverse du galimatias autour du savoir, de l’être, de la rigueur, galimatias rarement tempéré par un style. Le second, clairsemé et plutôt ironique, s’inspire de la solitude, de la souffrance, de la créativité langagière d’un homme. La quantité, évidemment, est du côté du premier clan, mais l’intelligence est un avatar, qualitatif et presque exclusif, du second. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation de l’avenir, comme toute interprétation du passé, sont empreintes d’un arbitraire insoluble, que ne sauvent ni les connaissances ni l’imagination. La vie et le rêve sont tributaires du présent : la vie en est traversée et le rêve le fuit, pour atteindre l’atemporel. | | | | |
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| intelligence | | | L’objet (dont le sujet est un cas particulier) et la relation (unaire, binaire etc.) entre objets, avec leurs attributs et propriétés, sont les seuls concepts d’une représentation, cet unique support de tout savoir, et tous les deux sont impensables sans liens avec d’autres objets et relations. Donc, le fantomatique savoir absolu, opposé au savoir relatif, et avec son impossible indépendance, est impossible. L’Être, étant indéfinissable dans la réalité (où règne la chose en soi), ne peut loger, provisoirement, que dans la représentation, où il sera toujours relatif. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA. | | | | |
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| intelligence | | | L’ennui m’étouffe dans les miasmes pseudo-philosophiques, lourds et monotones, autour de la vérité, du savoir, des substances ; une saine respiration philosophique n’est possible que dans un langage poétique enveloppant des rêves impossibles. | | | | |
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| intelligence | | | Un discours, pour prétendre au grade d’un parfait galimatias, doit posséder plusieurs caractéristiques : l’idée centrale banale ou bête, l’indistinction permanente entre le mot et le concept, des relations aléatoires, impossibles, apoétiques entre concepts, des références bancales à vérité, connaissances, liberté, réalité, la manie de dénoncer et de combler des lacunes chez les autres, l’insensibilité aux rêves, qu’on profane par illusions, apparences, incertitudes, riens. | | | | |
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| intelligence | | | Comme dans toute démarche littéraire, la philosophie est un viatique, dans lequel doivent s’entendre et coopérer l’homme et l’auteur, c’est-à-dire une voix de noblesse et un style d’intelligence. La noblesse philosophique se réduit à une forme de confessions, dont les versants les plus éloquents sont la honte et la tragédie, avec un dénominateur commun appelé consolation. L’intelligence philosophique commence par la reconnaissance qu’entre le langage et la réalité il existe une sphère de l’esprit, réceptrice de nos originalités, de nos idées, de nos savoirs, de nos imaginations ; cette sphère n’est ni langagière ni réelle, elle s’appelle représentation, grâce à laquelle sont possibles aussi bien la science que la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le chaos des philosophes autour du concept de connaissances est dû au fait qu’ils l’attachent à la réalité, tandis qu’il appartient entièrement à la représentation. On ne connaît pas la réalité, on en a des impacts des sens ou des intuitions non-langagières. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les philosophes cathédralesques, le monde est un objet d’exploration par la connaissance et la vérité ; aucun de ces rats de bibliothèques ne sait ce qu’est la connaissance ou la vérité. Pour les non-philosophes, le monde est soit évident soit absurde. Pour les vrais philosophes, le monde est, avant toute tentative d’interprétation, - un mystère céleste, vénéré par un mystère terrestre, l’homme, possédé par des souffrances et possédant des langages. | | | | |
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| intelligence | | | Connaître ce qu’est la connaissance ; désirer que le désir se maintienne – deux belles tâches d’intelligence ou de noblesse, dans lesquelles auraient pu se retrouver les bons philosophes, en réconciliant la vie et le rêve. Au lieu de cela, la gent philosophesque s’attelle à désirer la connaissance (une platitude, une tâche à la portée des ploucs) ou connaître le désir (une pédanterie, une tâche des rats de bibliothèques). | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les idées, aussi bien mesquines que sublimes, ont besoin de points d’attache verbaux, au sens vague ou protéiforme, que l’auteur fixerait en les attachant à ses représentations. C’est l’une des justifications de l’appel à ces avortons de notions comme être-exister-substance, métaphysique-transcendance-immanence, savoir-soi-conscience etc., une autre justification étant leur usage métaphorique et non pseudo-théorique. | | | | |
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| intelligence | | | J’ai lu les définitions de l’intelligence, formulées par des mathématiciens, cogniticiens, philosophes, linguistes, et je constate que c’est un poète qui les surclasse, tous, – le grand Valéry ! Lui qui n’appartint à aucune de ces castes, mais dont l'intuition multipolaire dépasse en justesse les savoirs étriqués des professionnels. | | | | |
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| intelligence | | | J’apprécie l’intuition de Valéry pour juger du savoir, du langage, de l’intelligence ; mais quand je lis, que pour lui « la mathématique est la science de l’arbitraire », je vois qu’il n’y comprend rien. Il y a des lois implicites, en mathématique, qui encouragent l’élégance et le laconisme des preuves d’une nouvelle assertion. Il est rare qu’on améliore la première version de preuve, mais c’est toujours au profit de ces deux critères qui excluent, presque complètement, l’arbitraire. Même la création de nouveaux objets, en mathématique, bannit l’arbitraire ; c’est pourquoi la mathématique est la vraie ontologie pour tout cerveau rationnel. L’arbitraire des représentations est propre à toutes les sciences, sauf la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence dans l’art : la maîtrise de synthèse ou d’analyse – une platitude ; la rigueur de représentation (ton savoir) ou d’interprétation (ta virtuosité) – une profondeur ; l’art de passer des idées (de tes élans) aux mots (coups de pinceaux ou notes) ou des mots (des autres) aux idées (tes métaphores) – la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Par définition, la philosophie ne devrait aborder que des thèmes sur lesquels le consensus est impensable, ce qui aurait dû interdire toute objectivité et ne favoriser qu’un regard personnel, qui ne vaudrait que par sa hauteur, son goût, ses contraintes et son tempérament. La sagesse, le savoir, l’être sont de ces thèmes vagues, mais sur lesquels se déverse la logorrhée professoresque, à la recherche de l’universalité. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence peut se passer du savoir ; l’esprit peut se passer de l’intelligence. L’esprit se reconnaît une fois que, dans un discours, on a éliminé les faits perçus et la logique conçue, ce patrimoine commun. L’arbitraire d’une représentation profonde et la liberté d’une haute interprétation – voilà ce qu’est l’esprit dans sa demeure, la verticalité. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation, qu’elle soit savante ou rudimentaire, est composée de concepts ; ils sont soumis à la logique chez le scientifique ; ils ne sont que des matériaux de verbiage chez les discursifs – romanciers (madeleines ou boîtes d’allumettes) ou philosophes académiques (vérités ou connaissances) ; chez le plouc, ils sont indiscernables des mots. Le poète leur assigne le rôle d’un fond auxiliaire (un mythe que chacun reconstitue à sa guise), pour mieux ressortir une forme verbale – la pesanteur au service de la grâce. | | | | |
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| intelligence | | | La science est la profondeur des représentations, la hauteur des hypothèses, bâties ci-dessus, et l’étendue des liaisons logiques entre ses objets. L’Histoire a beau échafauder des représentations imposantes, formuler des hypothèses grandioses – elle est incapable, par définition, à élaborer des suites logiques crédibles entre ses événements, un amas de hasards imprévisibles. À part la curiosité, elle ne peut réveiller aucune prémonition des faits à venir. | | | | |
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| intelligence | | | Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation). | | | | |
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| intelligence | | | La liberté la plus flagrante des vivants s’observe dans la contingence, dans les choix imprévisibles et incalculables. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée est la suite de quatre étapes : un état d’âme (inspiré par notre soi inconnu), un discours (culture langagière de notre soi connu), des substitutions de mots par concepts (intelligence et connaissances de notre soi connu), un sens (réseaux de concepts – à communiquer). | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | La vision intuitive de la réalité est largement consensuelle ; tout homme veut ramener cette vision aux connaissances individuelles, dont les entités élémentaires s’appelleraient concepts.
1. L’organisation (structurelle, descriptive, comportementale) de ces concepts constitue une représentation.
2. Un concept (dans une représentation) est un reflet incomplet des choses en soi (en réalité).
3. Cette démarche, intuitive aussi bien chez les concierges que chez les scientifiques, devint opératoire chez les cogniticiens (fondateurs de l’Intelligence Artificielle) : on y imite le comportement humain à travers la représentation et l’interprétation des connaissances.
4. Aucun philosophe n’accéda à ce sens de la représentation. Les tableaux catégoriels d’Aristote et de Kant amorçaient une bonne direction, mais leurs adeptes y virent une objectivité tandis qu’une subjectivité évidente est à leur origine.
5. Un malentendu, déplorable mais partagé par presque tous les philosophes, voit dans le langage le traducteur des connaissances, tandis que la couche langagière ne fais que se superposer à la couche représentationnelle, la seule porteuse du savoir.
6. Deux activités - l’acquisition des connaissances (complétant la représentation) et leur interprétation (par l’intermédiaire du langage) – mettent en évidence le rôle capital de la logique : elle assure la cohérence de la représentation et elle fait partie intégrante de toute langue naturelle. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
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| intelligence | | | Ni les philosophes ni les linguistes ne sont capables de désigner précisément la place du langage dans nos discours.
1. Les linguistes n’ont qu’une vision interne du langage, se limitant à en formaliser la grammaire (la phonétique, l’alphabet, la morphologie, le lexique, la syntaxe).
2. Les philosophes voient dans le langage l’émetteur et le récepteur des connaissances. Or ces fonctions relèvent de la représentation.
3. L’usage forme les concepts ; pour les besoins de communication, on attache aux concepts (des tournures) des mots.
4. Le sens d’un discours se réduit aux réseaux de concepts ; les sens des mots résultent de l’examen des concepts auxquels ces mots s’attachent. Le sens du mot n’existe pas.
5. Toute phrase peut être convertie en formule logique, et la logique (du premier ordre) fait partie de toutes les langues (y compris des langues indo-européennes). Le sens d’une phrase résulte des substitutions des mots de la formule logique par des concepts.
6. La logique, à l’intérieur d’une langue, est enrichie par des idiomes et des tropes, dont la modélisation peut faire partie de la représentation sous-jacente. Même le style peut être pris en compte par la représentation.
7. L’ambigüité ou la polysémie des mots est un phénomène modélisable dans des représentations rigoureuses.
8. Dans l’interprétation d’un discours, le cadre social ou psychologique du locuteur peut livrer certaines contraintes, réduisant le domaine du conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| intelligence | | | Socrate est un homme ! - un ordre, une assertion, une tentative d’introduire un nouveau fait axiomatique non-contradictoire dans la représentation courante, le seul genre rationnel de jugements synthétiques. Est-ce que Socrate est un homme ? - une proposition analytique, une requête de véracité de la proposition dans le contexte d’une représentation fixe. Représentation (création) ou interprétation (jugement) de connaissances. | | | | |
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| intelligence | | | Si fort, et même exceptionnel, dans sa vision du langage, du soi, de l’affectivité, Valéry est si impuissant, dans son incompréhension totale de la philosophie et de la mathématique. Là, surpassant les docti, et ici, se plaçant, hélas, parmi les indocti. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de représentation des connaissances, à visées philosophiques, la notion d’ensemble et de ses éléments est une projection du concept correspondant mathématique, et cette notion y est centrale. L’ensemble porte l’essence, les éléments s’individualisent par leur existence. Les propriétés non-contradictoires de l’ensemble constituent son essence ; dans l’élément, ces propriétés prennent des valeurs légales qui résument son existence. C’est un abus de langage que de parler d’essence de l’élément ou d’existence de l’ensemble. L’essence est figée, l’existence est évolutive. | | | | |
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| intelligence | | | Trois types d’intelligence : celle du savoir théorique, celle du pouvoir pratique, celle du vouloir poétique. On constate aujourd’hui la mort clinique de la dernière et le triomphe robotique de la première. | | | | |
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| intelligence | | | L’écroulement de l’Intelligence Artificielle, dans les années 90 du siècle dernier, est dû au conflit intellectuel entre les philosophes (focalisés sur la représentation) et les logiciens (misant sur l’interprétation). Les premiers manquaient de rigueur et les seconds – de profondeur. La réconciliation et l’essor, au XXI-me siècle, sont venus grâce à la conscience du rôle que joue la communication en langage naturel : les philosophes ont compris que la logique fait partie de tout langage naturel, et les logiciens ont compris que le langage naturel n’est qu’une projection de son vocabulaire et de sa grammaire sur des concepts bien structurés. Curieusement, cette entente fut réalisée par des informaticiens (avec leurs big data), qui nagent et en philosophie et en logique… | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle). | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à :
1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir
2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes)
3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser
4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau
5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé.
C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées. | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Entre la réalité (le validateur) et l’intelligence humaine (les hypothèses à valider), s’interposent le langage explicite (immédiat) et la représentation implicite (postérieure). Le langage peut avoir trois sources : la représentation elle-même (l’expérience des hommes ou le fruit d’une IA symbolique), la grammaire (l’application de la linguistique classique), l’entraînement par la digestion d’une grande masse de documents humains (l’IA neuronale). Dans le dernier cas, il n’y a pas d’intelligence ; on ne peut juger l’IA neuronale que selon ses performances : le pouvoir s’y substitue au savoir. La représentation y est également absente, comme dans la philosophie analytique, source de tant de platitudes (philosophies du langage ou de l’esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Un étrange parallèle se dessine entre les ambitions de la philosophie analytique du siècle dernier et les résultats de l’IA neuronale. La première prétendait pouvoir extraire un sens unique de tout discours, celui-ci étant le seul objet d’étude (toute représentation étant exclue). Une prétention, évidemment, absurde, puisque le sens dépend des connaissances et des attentes de l’émetteur et du récepteur du discours, ce qui donnait à celui-ci autant de sens qu’il y aurait de personnages putatifs aux deux extrémités de la chaîne. Mais voilà que l’IA neuronale affronte le discours aux milliards de textes, ingurgités par l’apprentissage, pour en sortir le sens moyen statistique. Or, il se trouve que cette misérable (car sans aucune trace d’intelligence) moyenne est presque toujours satisfaisante, sans être ni vraie ni fausse ! Une idée, intellectuellement absurde, confirmée et soutenue par une méthode mécanique ! | | | | |
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| intelligence | | | Ce que mes yeux m’apportent des autres (de leur savoir, de leurs actes, de leur intelligence) s’appelle connaissance ; ce que mon regard m’apprend de moi-même (de mon esprit, de mon cœur, de mon âme) s’appelle conscience. L’IA neuronale n’a ni la connaissance objective ni la conscience individuelle ; elle reproduit les performances, statistiquement moyennes, résumant les expériences linguistiques des millions de livres, d’articles, de rapports, disponibles sur la Toile. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a, pratiquement, que des professionnels, auteurs, sur la Toile, des articles mathématiques ; en revanche, on y trouve beaucoup de parties d’échecs, joués par des joueurs médiocres. Cette évidence explique pourquoi l’IA statistique est si forte en mathématique et nulle aux échecs. La philosophie est un cas intermédiaire : l’IA neuronale dépasse tous les professeurs en résumés de toutes les écoles académiques, mais sa créativité et ses audaces sont lamentables. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’IA neuronale il n’y a pas d’intelligence (mais que de l’apprentissage statistique, sans le concept de vérité, source de toute intelligence), et même cet apprentissage n’est pas artificiel (mais, mécaniquement, humain). En revanche, l’IA symbolique constitue le fond d’une véritable intelligence, et elle est entièrement artificielle, comme l’est la logique. L’expérience initiale, chaotique, expérience des sons, des mots, des formes, sert à l’apprentissage humain exactement de la même manière que le parcours dynamique de milliards de documents, traînant sur l’Internet, par les chatbots neuronaux. L’habitude, la moyenne statistique, jouent un rôle beaucoup plus important que la logique formelle dans l’élocution et dans la compréhension par l’homme et par les réseaux neuronaux. | | | | |
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| intelligence | | | Ce sont les modèles linguistiques révolutionnaires qui justifient le triomphe (provisoire) de l’IA neuronale. Dans l’IA symbolique, l’interprétation des phrases suivait plutôt un cycle spatial, en tenant compte des priorités (essentiellement spatiales et non pas temporelles) des opérateurs. En plus, l’apparition de termes ou tournures, inconnus de la base de connaissances, bloquait l’analyse. Dans l’IA neuronale, l’interprétation est temporelle, séquentielle, avec un mécanisme, découlant de la pratique humaine, celui de la probabilité de surgissement d’un terme n+1, après la suite de n termes précédents. C’est ce phénomène psychologique d’attente, et non pas la transformation de la phrase entière en une formule logique, qui explique la facilité, avec laquelle les hommes s’entendent entre eux. Mais si, chez l’homme, l’apprentissage se contente d’une poignée d’expériences, les réseaux neuronaux s’appuient sur des milliards de documents qui traînent sur la Toile – le génie face à la statistique. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes analytique (évaluation) ou synthétique (jugement), dans le contexte des connaissances : au stade d’acquisition de celles-ci (à partir de la réalité), les jugements sont synthétiques ; au stade d’interprétation (à partir du langage), les évaluations sont analytiques. Un bon sens naïf suffit pour le comprendre. | | | | |
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| intelligence | | | Kant créa une grande confusion entre jugements analytiques et synthétiques. L’existence de classes, de liens entre elles, de leurs attributs et de propriétés de ces abstractions, cette existence même fait partie des connaissances synthétiques. Elles résument ce que l’auteur de ces représentations fixe. Le corps a un volume, un poids, il exerce une influence sur des corps voisins, il a des coordonnées spatiales et il évolue dans le temps - jugements synthétiques. Mais ce qu’une sous-classe hérite de ses sur-classes est déjà analytique : un mammifère est mortel car tout être vivant l’est. Les jugements analytiques s’appliquent surtout aux éléments de ces classes. Jean pèse X kg, il est marié à Marie, hier il était à Paris - ces propositions peuvent être vraies ou fausses. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir ne doit être ni le point de départ ni l’appui du parcours ; il doit servir d’outil, pour fabriquer des contraintes. Plus une tête est vide, plus elle cherche à se remplir du savoir pour le déverser ensuite. | | | | |
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| intelligence | | | Le nombre et ses relations, ainsi que leurs propriétés, furent généralisés en tant de concepts abstraits et gardant le même degré d’harmonie, d’élégance et d’émerveillement que tout artiste devrait s’imprégner de ce seul savoir universel, même n’allant pas plus loin que l’arithmétique ou la géométrie. | | | | |
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| intelligence | | | Les sphères, dans lesquelles la philosophie peut évoluer – les commencements, les parcours, les finalités. Les seules finalités, dignes d’une plume originale, sont la douce mélancolie ou l’ardente admiration ; le savoir, la vérité, l’actualité devraient en être exclus. Les parcours peuvent être continus ou discrets ; les deux peuvent se justifier, si tu possèdes le talent et le style ; si tu reconnais, comme les meilleures des têtes, que la rupture est l’élément fractal nécessaire, pour saisir les objets essentiels, tu aborderas la démarche discrète. Enfin, les plus ambitieuses des plumes, se concentrent sur les commencements, la seule sphère où l’originalité a encore son verbe à dire. Et puisque la partie élémentaire de tout discours philosophique est la métaphore, le commencement en est la quintessence, prenant la forme d’un vers ou d’un aphorisme. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne vois aucun intérêt de développer (en profondeur ou en étendue) les réflexions d’un philosophe quelconque ; je n’éprouve que le besoin d’envelopper mes propres états d’âme (qui, en gros, sont communs à tous les introspectifs) – en hauteur d’un style, d’un ton, d’une noblesse. La seule philosophie, digne d’admiration ou de respect, est celle qui parte de zéro, pour proclamer ses commencements, tout en se moquant de ses parcours ou finalités que pourraient suivre les esprits, mais qui laisseraient imperturbables les âmes. Le savoir et la vérité ne sont point des sujets philosophiques. | | | | |
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| ironie | | | Progrès du savoir : après Astrologie à la portée des duchesses on écrira Comptabilité à la portée des poètes. Le syllogisme poétique éteignant le dernier astre. | | | | |
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| ironie | | | Je vécus tant de belles sensations à la lecture de ceux qui ne faisaient qu'effleurer élégamment de beaux sujets – des caresses conçues, des caresses perçues. Quant à ceux qui creusent, forent ou percent, je n'en vis jamais qui m'émouvrait ou m'étonnerait, en exhibant des pierres précieuses ou en laissant jaillir une belle fontaine. | | | | |
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| ironie | | | La propension à m'étonner ne vaut rien si, dans moi-même, il n'y a rien d'étonnant. Imite St-Augustin : « Je suis devenu énigme à moi-même » - « Factus eram ipse mihi magna quaestio ». | | | | |
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| ironie | | | Parmi la gent philosophale, l'une des oppositions les plus flagrantes est celle entre la source et le fondement (le Grund de Heidegger), le choix des commencements - partir d'une hauteur (et la source se trouve toujours plus haut que tous nos courants) ou bien bâtir sur une profondeur (qui ne traduit souvent que la gravitation tout mécanique). On meurt de soif de vouloir, près d'une haute fontaine, ou l'on nourrit ses bas appétits de savoir. | | | | |
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| ironie | | | En littérature se vouant aux rêves, comme en informatique manipulant les connaissances, il y a deux clans : ceux qui les interprètent et ceux qui les représentent. D'habiles charlatans et d'inspirés visionnaires. De bons vicaires pratiquant de piètres herméneutiques, de bons herménautes n'accédant à aucun vicariat. Des homélies ou des hommes élus. | | | | |
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| ironie | | | L'apologie de l'ignorance et de l'impuissance : la jeunesse, ignorant les prémisses de la vie, parvient aux conclusions justes et exaltantes ; la vieillesse, inapte désormais à déclencher les conclusions, en maîtrise, parfaitement et amèrement, les profondes prémisses. | | | | |
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| ironie | | | Si un avis pathétique sait résister à la démolition en règle par l'ironie, sa négation a souvent les mêmes assises, mais ce genre d'édifice est rarissime dans l'architecture foncièrement manichéenne du savoir, au tiers exclu. | | | | |
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| ironie | | | Quelle que soit la hauteur des citations, dans ce livre, je tente d’y ajouter quelques marches de plus vers le haut. Ce n’est pas en chien reconnaissant, de bas en haut, que je dévisage les auteurs, mais en chat connaisseur – de haut en bas. | | | | |
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| ironie | | | Les plumes, qui déversent des flots de réflexions sur la connaissance, sont généralement celles qui n'avaient jamais trempé dans la cornue ni caressé le nombre. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie est la pudeur des délicats. Elle dévie la verve de toute cible indigne, elle retire le jugement tranchant du monde du paisible savoir et le plonge dans l'univers du frisson caché. | | | | |
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| ironie | | | La médiologie concerne le savoir, qui, lui, se transmet et s'hérite, mais non la sagesse. Celle-ci, normalement constituée, meurt en croix, quand ce n'est en couches ou au fond d'un puits. Mais, contrairement à l'ignorance, elle encourage les visites de ses cimetières, où se côtoient fantômes et ressuscités. | | | | |
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| ironie | | | Ce livre est un argument involontaire en faveur de l'obscurantisme : les chapitres le mieux réussis sont ceux, où je suis le moins compétent. | | | | |
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| ironie | | | La chute actuelle du prestige des philosophes n'est pas due à l'affaiblissement de leurs compétences, mais à l'inutilité de leur savoir, dans la poursuite du seul but qui reste aux hommes – réussir une carrière. | | | | |
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| ironie | | | Ce qu'il y a de plus facile à réfuter, ce sont les rêves ; c'est pourquoi, les rats de bibliothèques, en acquérant des connaissances, gagnent en sobriété et en ennui. Mais pour l'amoureux de l'ivresse des sens, plus de savoir signifie plus d'amplitude des métaphores ; la danse des joies et chagrins est d'autant plus riche de nuances et d'audaces. | | | | |
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| ironie | | | Toute prétention à la nouveauté aboutit à l'une de ces deux questions : qui n'as-tu pas lu ? ou qui as-tu pillé ?« Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? »* - St-Paul. Être fidèle à l'immuable appel du Même est plus prometteur et personnel que sacrifier à la tradition de la rupture (Paz). | | | | |
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| ironie | | | L'ignorance étoilée est souvent le dernier recours, pour ne pas laisser le savoir éteindre le scintillement de ta dernière espérance. L'étoile étant le contraire de jovialité, la poésie, paradoxalement, est, à la fois, l'ignorance étoilée hyperboréenne et le gai saber méridional ! | | | | |
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| ironie | | | Le scepticisme se fonde sur la raison ; le savoir, la rigueur, l'irréfutabilité l'auréolent. Il est moins robotique que le stoïcisme et moins moutonnier que le cynisme. Il est donc l'adversaire de choix pour la noblesse, qui prône l'illusion poétique qui sauve, le vertige romantique qui élève, le sacrifice gratuit qui sanctifie. | | | | |
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| ironie | | | Deux lectures du perfide et ironique impératif de Delphes, « Connais-toi toi-même » : les sots en arrivent à la jubilation niaise, faussement réflexive - « Je me suis retrouvé », les sages - à la mélancolie passive du « Je suis perdu ». | | | | |
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| ironie | | | Le mauvais pessimiste découvre un ver dans la pomme et décrète l'évacuation du paradis ; le bon optimiste vit, enthousiaste, même dans l'enfer, en y cultivant l'arbre du savoir - le pommier. | | | | |
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| ironie | | | Pour savoir que les choses connues ne sont pas grand-chose, il faut en avoir connu énormément. | | | | |
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| ironie | | | Je me relis et je n'y trouve aucune trace des lieux, où je bouquinais ou bossais ; ni Moscou ni Paris, mais la Méditerranée, elle y est omniprésente, elle qui illuminait les autres, elle qui m'enténébra. Je me fiche de ma cervelle comme de mes muscles ; je veux coucher mon âme en compagnie de mes caresses. | | | | |
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| ironie | | | Parmi les valeurs assurant un succès littéraire, l'intelligence semble être le pivot central, inamovible ; jadis, la réussite, à 90%, étais due au talent, à 9% - à l'intelligence, à 1% - au savoir ; aujourd'hui, cette proportion se renversa, mais l'apport de l'intelligence reste le même. | | | | |
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| ironie | | | Quelques questions anthropomorphiques, au sujet de Dieu : main de Dieu - combien de doigts ? Dieu est omniscient - où est Sa mémoire centrale ? dans la moelle épinière ou dans l'hémisphère cérébrale gauche ? Dieu récompensera le vertueux - par un chèque ? payement en nature ? Dieu est en colère - tape-t-Il du pied ? bave-t-Il ? Dieu reconnaîtra les siens - à l'odorat, au goût, au toucher ? par reconnaissance des formes ? | | | | |
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| ironie | | | Il faut nous méfier de l'ivresse, qui accompagne nos incursions dans l'inexistant : la bêtise et la banalité l'innervent même plus que le réel même ; l'imaginaire doit compléter le réel, sans se substituer à lui ; sans la profondeur du savoir et la hauteur du valoir, les deux risquent de ne former qu'une vaste platitude. | | | | |
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| ironie | | | De l'importance de la culture générale dans les affaires publiques ou privées : Hitler pouvait refuser le privilège de fournisseur attitré de chambres à gaz à celui qui n'était pas assez sensible à la peinture ou à la musique ; Staline pouvait accorder deux voire trois années de sursis à un poète, qui saurait la différence entre un Ossète et un Géorgien, mais destiné à recevoir une balle dans la nuque. Congédier son domestique, pour avoir violenté Vaugelas (Molière), est un abus de la même lignée. | | | | |
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| ironie | | | Vouloir rester incompris est aussi bête que ne compter que sur ce qui est à comprendre ; les mélodies de l'inconnu s'écrivent entre les lignes, et elles valent plus que les lignes du connu. | | | | |
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| ironie | | | Toute mise en place d'une représentation doit respecter la rigueur et la cohérence d'un méta-paradigme apriorique, contenant certaines notions de base, telles que : graphe orienté acyclique de concepts, réseau sémantique, scénario, sujet, essence, événement, et que tout informaticien moderne maîtrise sans peine. Mais quand les pédants ou les bavards, Aristote et Kant y compris, tâtonnent autour de ce sujet, cela donne un verbiage amphigourique, appelé métaphysique. Le cogniticien s'appuie sur une grammaire, et le métaphysicien – sur des vœux pieux. | | | | |
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| ironie | | | L'un des bienfaits de l'Internet : il devint dérisoire de se gargariser des connaissances accumulées dans notre mémoire de rats de bibliothèques ; tout môme les retrouve en quelques clics. Dans les chefs-d’œuvre du passé, rien de significatif ne le doit à ces fichues connaissances ; désormais on ne peut compter que sur le talent. Hélas, les connaissances se multiplient, les talents se raréfient. | | | | |
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| ironie | | | Après avoir chanté les doigts de sa muse, la rose et les astres, le poète déclarerait que ce fut la maîtrise de l'anatomie, de la botanique et de l'astronomie, qui rendit son métier possible - c'est exactement ainsi que se présentent les philosophes, avec leurs pitoyables invocations de la logique, de la science, du savoir. | | | | |
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| ironie | | | Ils écrivent en puisant dans un puits profond, plein de leurs idées, souvenirs, savoirs, et ce qui s'avère être de l'eau courante, mue par la même pression extérieure. Tandis que la condition nécessaire d'une écriture est la présence d'une haute fontaine, me faisant mourir de soif. La soif inextinguible (insatiabilis satietas de St-Augustin est la plus belle contrainte d'homme de goût. | | | | |
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| ironie | | | Chez Nietzsche, Valéry, Cioran, il y a une espèce d'obsession, maladroite et mal-orientée, pour le fond – la force, la connaissance, la fébrilité - où ils s'avèrent assez médiocres, tout en étant brillants dans les exacts contraires, se résumant dans la forme : l'acquiescement résigné, l'intelligence intuitive, le style équilibré. Les défauts de notre esprit, favorisent-ils les qualités opposées de notre âme ? | | | | |
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| ironie | | | Le ton d'une maxime doit être tel, comme si le savoir n'y jouait aucun rôle, mais que l'auteur savait tout. « Ses Fragments, ses Regards, ses Précis, - qu'y a-t-il de net ? Et tout et rien. Il saurait tout » - Griboïedov - « Его Отрывок, Взгляд и Нечто, об чём бишь нечто ? обо всём. Всё знает ». Il est vrai, que sans musique intérieure un fragment sec, plus qu'un cloaque narratif, donne prise au spectre de l'ennui. N'empêche que ce genre exhibe un taux de raseurs inférieur à tous les autres. Tant de rééditions augmentées, mais verra-t-on un jour « une édition revue et diminuée » - Wiazemsky - « издание исправленное и убавленное ? ». | | | | |
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| ironie | | | Le savoir apporte de la joie à l'esprit et de la douleur à l'âme ; et ce n'est pas par additions ou soustractions qu'on en crée l'équilibre, mais par factorisations, cet art d'effacer ou d'introduire des différences. | | | | |
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| ironie | | | La maîtrise littéraire est à l'opposé de la maîtrise échiquéenne. Dans la seconde, comptent les connaissances des débuts, l'intuition au milieu du jeu, la technique des fins de parties. Dans la première, il est plus important de s'appuyer sur l'intuition des commencements, la technique des mots intermédiaires, les connaissances des fins de vie. | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux, c'est la lutte politique et l'approfondissement du savoir, et l'une des tâches de l'ironie consiste à nous en débarrasser. « Ironie ! Vraie liberté, c'est toi, qui me délivres de l'ambition du pouvoir, du pédantisme de la science, de l'adoration de moi-même » - Proudhon. Toutefois l'ironie dédie le vertige et le savoir à la vénération de l'inconnu, dont le premier s'appelle soi. | | | | |
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| ironie | | | L'ignorance, c'est la constance. Mais l'addition de constantes, même de savantes, ne produit aucune formule et cache la constante même. C'est pourquoi un sot connaissant est plus sot qu'un sot ignorant. | | | | |
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| ironie | | | Nous sommes tous condamnés à nous adonner à l'acrobatie avec des signes ; la connaissance met des tapis sous nos pieds pour amortir les chutes, mais l'ironie fait mieux, elle suspend la gravitation et nous arrête en plein vol. | | | | |
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| ironie | | | Les thèmes abordés sont les mêmes chez tous les philosophes. Ce qui distingue ceux-ci, c'est la répartition de ces thèmes par type d'approche ; il y a trois approches possibles : le sérieux, l'ironie et l'exercice de talent littéraire. Le sérieux ne méritent que la souffrance et le langage ; l'ironie doit dominer, pour aborder la sagesse, le savoir, la vérité, l'être ; enfin, pour manifester nos goûts dogmatiques ou nos dons sophistiques, nous chanterons la poésie, la liberté, la fraternité, la grandeur. Le sérieux doit être vaste, l'ironie – profonde, le milieux des exercices doit se situer en hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Depuis Socrate, les Sages ne réfléchissaient plus que sur la dignité de rester dans le Bien et dans le Vrai, en maniant les fèves, syllogismes ou furoncles. Pourtant, les enjeux philosophiques majeurs furent formulés par les présocratiques, Héraclite et Parménide : la poésie laconique et bariolée ou la morne logorrhée sur l'être, la vérité, le savoir. | | | | |
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| ironie | | | Ils pensent que le philosophe est un homme, qui crée des concepts, formule des questions, nous comble de ses réponses, soupèse des savoirs ou déchiffre des théories, tandis que c'est surtout celui qui, en toute circonstance, peut (doit ou veut) nous faire rire ou pleurer, au choix, au lieu de calculer ou de nous morfondre. | | | | |
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| ironie | | | Pour les uns, les conditions a priori de la sensibilité sont l'espace et le temps ; pour les autres - les structures et la logique ; pour les derniers en date, et les plus nombreux, - le moule et les voies bien tracées. Les pédants, les peintres, les pantins. | | | | |
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| ironie | | | Je ne connais ni n’aime la chose que par ses apparences ; l’odeur, la couleur, la dureté le sont. En revanche, les caprices des électrons et la sociabilité des molécules constituent la chose en soi, sans mériter ni ma musique ni mon pinceau ni mon flair. | | | | |
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| ironie | | | Le snobisme ou le maniérisme ont besoin de beaucoup d’intelligence, pour ne pas s’étaler dans une niaise platitude ; mais l’intelligence, sans une petite dose de snobisme de matière ou de maniérisme de ton, risque fort de se retrouver dans une platitude savante. | | | | |
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| ironie | | | Connaître, transformer ou aimer son destin sont des niaiseries du même ordre, puisque tout destin est un fatras mécanique de hasards. Et amor fati signifie plutôt acquiescement et indifférence qu’amour. | | | | |
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| ironie | | | L’absolu est : le tout, le vrai, l’être ? Vous pouvez intervertir dans tous les sens ces quatre facettes de la sagesse académique, en y glissant, en plus, le savoir et l’esprit, vous seriez toujours approuvé par Hegel. | | | | |
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| ironie | | | Seule la maîtrise des métaphores ou de la logique peuvent justifier la logorrhée philosophesque sur la vérité, les connaissances, l’être. Si de la sagesse spinoziste ou hégélienne, on élimine ses trois sujets austères ou stériles, les misérables lambeaux restants ne seraient sauvés par aucune métaphore. | | | | |
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| ironie | | | Derrière la rigolade permanente de l'homme du commun se devine un permanent sérieux, cet effet d'une sombre ignorance ; sous le sérieux permanent de l'homme d'esprit se lit une permanente rigolade, cet effet d'un gai savoir. | | | | |
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| ironie | | | Pour connaître, il faut représenter – cette sagesse est connue de tout plombier, mais Kant la proclame principe transcendantal et en donne la définition en dix lignes galimatieuses. | | | | |
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| ironie | | | À force de répéter que l'homme est un arbre, je finis par voir dans la femme une pomme et un serpent, réveillant non pas une curiosité pour le savoir mais une soif de l'inconnu. | | | | |
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| ironie | | | Dans mes ruines peu fréquentables, j'ai beau faire un pied de nez à tous ces bâtisseurs d'édifices du savoir ou de maisons de l'être - j'ai honte devant celui qui refuse les murs, comme toute construction viabilisée, et vit dans un Ouvert, aux sommets d'une sensibilité (Nietzsche) ou d'une intelligence (Valéry), ou bien devant celui qui, dès qu'il voit une pierre, veut l'attacher à son cou (Cioran). C'est le culte d'un Chaos – sentimental, mental ou verbal ; chaos voulant dire un Grand Ouvert, celui qui était au Commencement (Hésiode) ! | | | | |
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| ironie | | | Je salue les triomphes du savoir utile, et même profond, de notre siècle. Et je m’étonne des geignements des hommes des Lumières : « On n’a jamais chargé l’esprit des hommes d’autant de connaissances inutiles et superficielles » - Vauvenargues – mais parmi celles-ci il y avait de bien hautes, que l’esprit transmettait à l’âme, car, contrairement à notre époque, il y avait encore des âmes et des hauteurs. | | | | |
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| ironie | | | Notre richesse est dans l’élan vers l’inconnu ; tout savoir appauvrit. | | | | |
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| ironie | | | L’ange est conscient de ses sabots, mais il ne se sert que de ses ailes. | | | | |
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| ironie | | | Il y a, de nos jours, tellement de lumières, universelles mais immobiles, qu’il devient de plus en plus difficile d’en jeter une ombre frissonnante. Les lumières individuelles, en revanche, s’agitent, sans éclat ni noblesse, et regrettent les époques de l’obscurantisme et de la goujaterie, où elles auraient gagné la reconnaissance des ignares. | | | | |
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| ironie | | | Dans les profondeurs, tout - les connaissances, les idées, les intelligences - finit par être partagé par une communauté. Si tu veux être unique ou inimitable, cherche une bonne hauteur des rêves, des noblesses, des élans. | | | | |
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| ironie | | | Tout philosophe dispose de deux sortes de savoir : la maîtrise de l’histoire de la philosophie, dont l’unique intérêt consiste à éviter le plagiat ou l’épigonat, ce n’est donc qu’une pitoyable contrainte, et la maîtrise d’une science quelconque : l’optique des lentilles, le calcul différentiel ou l’empilage d’herbariums. Pour ton propre message philosophique, ces savoirs ne jouent, pratiquement, aucun rôle, et tout philosophe, donnant des titres majestueux au savoir est un charlatan. | | | | |
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| ironie | | | Dans une banalité – la différence entre l’apparence et la chose en soi – on voit le mérite principal de la philosophie kantienne. Mais sans le reconnaître, aucune science appliquée n’aurait été possible ; et l’objectif de ces sciences est de rapprocher, de plus en plus, les modèles-théories des apparences - de la chose en soi. La même ineptie frappe la méthode transcendantale, les connaissances a priori, l’impératif catégorique – c’est plat, commun, trivial. Le seul mérite de Kant est d’avoir répertorié et creusé les dons divins, dont est doté l’homme. | | | | |
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| ironie | | | Dans les contes de fées, on étale des princes, des sorcières, des contrées bienheureuses, des hommes se transformant en crapauds, en ours, en chats, et l’on bâtit la-dessus des récits qui nous invitent à rêver. Il y a un parallèle assez net avec la philosophie académique, avec ses lourds borborygmes, d’où émergent des chimères de substance, d’être, de vérité, d’altérité, de savoir, de déconstruction, de néant, de liberté, d’existence, de pensée, de dualité. « Dans la philosophie moderne, certains débats tordus ressemblent aux légendes sur les dieux de la poésie ancienne »** - F.Schlegel - « Manche verwickelte Streitfragen der modernen Philosophie sind wie die Sagen und Götter der alten Poesie » - aujourd’hui, il n’y a plus ni légendes ni dieux ni poésie – qu’un bavardage cryptique ou décousu. | | | | |
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| ironie | | | Je comprends qu’on puisse aimer les anges et les saints : les premiers – pour la blancheur de leur plumage et la réussite de leurs visitations galantes de femmes mariées ; les seconds – pour leurs nimbes et leurs carrières fulgurantes dans la hiérarchie ecclésiale. Mais comment peut-on aimer Dieu ? - pour la sagesse derrière sa barbe de père ? pour sa douceur en hypostase colombienne ? pour sa désobéissance en tant que fils ? pour ses omniscience, omniprésence, omnipotence ? On en sait trop, et l’on ne peut aimer que ce qu’on ignore. | | | | |
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| ironie | | | Il était gênant, jadis, de parler de ton corps (on ne le connaissait que trop bien) ; aujourd’hui, il est encore plus gênant de parler de ton âme (devenue une grande inconnue). | | | | |
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| ironie | | | Chez les philosophes, je ne tiens en haute estime ni le savoir d’architecte ni l’habileté de maçon ; je leur préfère le métier de consolateur de ruines. | | | | |
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| ironie | | | De cet objet nous ne savons pas tout – par ce constat de concierge, tout est dit, pour définir la chose en soi… | | | | |
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| ironie | | | L’ignorance est l’explication la plus plausible du bonheur ; regardez les jouissances de l’enfant naïf et la tête maussade du vieux, chargée de connaissances. | | | | |
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| ironie | | | Je tente le jargon sociologique moderne : la communication – le partage arbitraire des informations entre personnes morales, entre contemporains ; la transmission – le don légitime des avoirs accaparés ou des savoirs avérés – aux héritiers futurs. | | | | |
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| ironie | | | Chaque fois que je tombe sur les dithyrambes au savoir philosophique professoresque (et même au savoir absolu), je me rends compte de la justesse, dans les mêmes circonstances, de la réaction voltairienne : « Il n’était point nécessaire que nous le sussions ». | | | | |
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| ironie | | | Si quelqu’un aime vraiment la vérité, on peut être sûr qu’il ne sait pas ce qu’est la vérité, puisqu’on ne peut aimer que ce qu’on ignore. Et comme tout vrai amoureux, il est évidemment un sot. | | | | |
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| ironie | | | Qu’est-ce que le rêve ? - seuls les poètes le savent ; le support – la musique. Qu’est-ce que le savoir, la vérité ? - seuls les cogniticiens le savent ; le support – la représentation. Qu’est-ce qu’être ? - seuls les bavards le savent ; le support – la logorrhée. | | | | |
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| ironie | | | Jadis, le feu fut le symbole de la connaissance (Prométhée) ; aujourd’hui, c’est le papier du CV, avec les nombres d’articles ou monographies de l’impétrant. | | | | |
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| ironie | | | La superficialité obscure est le contraire de la platitude transparente. Une existence harmonieuse est dans la cohabitation complice entre la superficialité (caresses verbales, idéelles ou charnelles), la profondeur (érudite, spirituelle, systémique) et la hauteur (poétique, noble, ironique). | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux ne sied qu’au savoir ; il faut l’évincer, systématiquement, par le frivole, dans la sphère du vouloir. | | | | |
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| ironie | | | Me limitant aux domaines philosophiques et retranchant mes inévitables solécismes, je pense avoir surpassé mes rivaux dans les thèmes suivants : langage, noblesse, intelligence, solitude, bien, souffrance, connaissance, contrainte, commencement, être, liberté, rêve, poésie, philosophie, représentation, vérité, politique, Russie. | | | | |
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| ironie | | | Mieux on connaît les hommes, moins on les aime. Et non pas à cause de leurs défauts, mais parce qu’on n’aime que ce qu’on ne connaît pas. | | | | |
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| ironie | | | Je ne connais pas un seul auteur intelligent qui se moquerait de l’intelligence en lui opposant la vie, la passion, le rêve (toutes ces choses sont plus éclatantes chez un intelligent que chez un plouc de plume). Les sots visent la non-connaissance de soi, en adoptant les positions sociales, grégaires ; l’intelligent la possède, en tombe amoureux et se réjouit de sa pose narcissique. | | | | |
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| ironie | | | Je lis la définition académique de la cognition. La liste de thèmes, qu’elle aborde, comprend : la mémoire, le langage, le raisonnement, l'apprentissage, l'intelligence, la résolution de problèmes… Aucune mention de la représentation ! Pourtant, sans représentation, aucun sens sérieux ne peut être donné à ces termes. | | | | |
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| ironie | | | L’érudition est un outil encombrant des pédants et une contrainte libératrice des poètes. | | | | |
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| ironie | | | Une grande légèreté favorise la descente dans les profondeurs. Le poids du savoir permet un élan vers la hauteur. | | | | |
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| mot | | | Heidegger entretient notre intérêt pour l'être grâce aux enveloppements morphologiques ou poétiques autour de ce mot, tandis que l'ennui des Antiques ou des Modernes provient du développement de l'idée. Les raseurs ramènent l'être au devoir-être, au pouvoir-être, au vouloir-être, au savoir-être, tandis que, plus que l'éthique du devoir, plus que la volonté du vouloir, plus que la puissance du pouvoir, plus que la profondeur du savoir, c'est le talent, c'est à dire le haut valoir seul, qui justifie nos illuminations ou nos élucubrations. | | | | |
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| mot | | | Pour nous nourrir de mots, le talent fait appel aux deux ressources de goût – l'intelligence du solide et la noblesse du liquide. Le solide est évident, et le liquide est fantaisiste. Le mot délicat sera suspendu entre la profondeur et la hauteur, entre la pesanteur et la grâce, entre le savoir et le valoir. Et le talent n'y a pas besoin d'un ordre chronologique : « Donne du poids au mot, avant de lui donner le souffle » - Shakespeare - « Weighest thy words, before thou givest them breath ». | | | | |
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| mot | | | Le langage, en mode routinier, n'est qu'un code d'accès, et très rarement, en mode-rupture, - une courroie de création. L'esprit possède et les langages et les modèles, et le premier critère de sa qualité est le contenu de ses modèles, auxquels renvoie un langage. C'est une question de goût et d'intelligence - avec quoi peupler ses modèles dynamiques : avec des fantômes ou avec des bases de connaissances, avec des déductions ou avec des faits. Le sot croit « créer en nommant » (Proust), l'artiste nomme en créant. | | | | |
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| mot | | | Le mot n'est signe ni de la chose ni du concept. Le mot est volonté de désigner la chose, volonté, qui ne débouche sur la chose qu'en transitant par le concept (et le concept, non plus, n'en déplaise à Aristote, n'est pas signe des choses ; le concept est la connaissance même de la chose). Le mot n'est ni similitude ni représentation, mais symbole évocateur, excitant, référençant, focalisant. Le mot est une forme travaillée par un désir de fond. | | | | |
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| mot | | | Quand des savants de la connaissance, que sont Claudel, G.Marcel ou Ricœur, produisent leur jeu de mots gynécologique de co-naissance, j'ai envie d'enchaîner, sur le même thème hygiénique, par con-aisances. | | | | |
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| mot | | | Phénomène, un mot étrange, dont les significations chez Platon, Sextus Empiricus, Kant, Hegel ou Husserl sont complètement différentes. Il faudrait le rapprocher de fantaisie, d'imagination et donc de représentation. Tout connaître par la représentation ou, bien au contraire, par la (ré)interprétation – deux démarches également défendables. | | | | |
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| mot | | | Dans un écrit de fiction philosophique, il y a toujours deux facettes : des idées ou des mots, l'universel ou le personnel, le savoir ou l'auteur. Deux types de faiblesse de ma plume : lorsque les idées datent – manque d'attachement, ou date l'auteur – trop d'attachement. | | | | |
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| mot | | | La connaissance des mots ne conduit guère à la connaissance des choses (quoiqu'en pense Platon), mais elle sert à formuler de bonnes requêtes au sujet des choses connues. | | | | |
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| mot | | | Le sens d'un mot (à part les mots grammaticaux) est une chose banale : c'est une étiquette attachée à un objet ou à une relation du modèle. Rien à ajouter, tout cratylisme est niais. En revanche, le sens d'une requête est une chose bien délicate : l'analyse syntaxique, la génération d'un arbre sémantique dans le modèle (d'une réponse à la requête), la confrontation pragmatique de cet arbre avec la réalité modélisée, débouchant sur le savoir ou sur l'action. | | | | |
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| mot | | | Plus une orthographe s’éloigne des sons et embrasse, servilement, l’étymologie ou la syntaxe, plus elle est prise, par les ignares, pour un signe de culture et plus elle se rapproche de la bêtise et de l’absurdité. En trois jours on apprend l’orthographe italienne, en trois ans - la française. | | | | |
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| mot | | | De l'orthographe : le savoir approfondi s'honore d'un point final ; la connaissance rehaussée prend un point d'exclamation ; « l'élargissement du savoir débouche sur un point d'interrogation » - H.Hesse - « die Vermehrung des Wissens endet mit Fragezeichen ». On sait ce qui plie ce point d'interrogation, plutôt plat, en point d'exclamation, plutôt élancé : « C'est en hauteur que le savoir doit déployer son défi, auquel se dévoile toute la puissance de l'être-caché de l'étant » - Heidegger - « Das Wissen muß seinen höchsten Trotz entfalten, für den die ganze Macht der Verborgenheit des Seienden aufsteht ». | | | | |
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| mot | | | Nos organes des sens sont si miraculeusement bien adaptés pour saisir la réalité, que, chez les Grecs, les mots penser, déceler, savoir, percevoir, connaître sont de parfaits synonymes. Les pédants, qu'ils soient philologues ou philosophes, ne le comprennent pas et érigent d'infinies arguties autour des nuances, inexistantes chez les Anciens. | | | | |
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| mot | | | La langue a un double rapport : à l'art et au savoir, d'où ses deux manifestations - le style et la quête. Elle est active et créatrice, sur la première facette, passive et subordonnée - sur la seconde. La représentation, implicite ou fantomatique, fait que la langue touche au réel toujours à travers le voile des concepts ou images, qui, à leur tour, en attendent l'écho : « La connaissance pressent la langue, comme la langue se souvient de la connaissance »** - Hölderlin - « Wie die Erkenntniß die Sprache ahndet, so erinnert sich die Sprache der Erkenntniß ». | | | | |
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| mot | | | Il manque au français le mot Erkenntnis, qu'on traduit, faute de mieux, par connaissance, tandis qu'il s'y agit de quelque chose, qui est, à la fois, le processus et le résultat d'un acte primordial : le passage d'un inconnu vers le domaine du connu, au moyen d'une unification d'arbres (requête vs représentation), qui précède le concept même d'égalité, sans parler de celui de choses égales. Ce n'est pas l'égalité qui est câblée en nous, mais le mécanisme d'unification. | | | | |
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| mot | | | Les mots exprimant la modalité (par laquelle un sujet formule sa vision des objets – hypothèses, intentions, mémoire, connaissances), sans avoir un sens sémantique propre, ont un méta-sens, sous forme de mondes hypothétiques, éventuellement incompatibles avec les mondes avérés ou validés. | | | | |
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| mot | | | Les résultats en algèbre ou en analyse auraient gardé exactement la même valeur, si nous n'avions pas adoptés les notations de Newton, Leibniz ou Gauss. De même, notre connaissance du monde ne perdrait rien, si l'on renonçait à l'emploi d'une langue quelconque. Donc, parler comme Heidegger ou Wittgenstein, que les limites de notre univers coïncident avec celles de notre langue, est une sottise. | | | | |
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| mot | | | Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours. | | | | |
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| mot | | | Le sage aurait dû être le contraire d'insipide - plein de saveur ! Savoir aurait dû signifier – avoir du goût ! | | | | |
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| mot | | | Le nombre de liens, dont est conscient un animal, est très limité : la parenté, la nourriture, le jeu, la proie, le prédateur ; ce qui freine le développement de langages. L’homme est créé en tant qu’inventeur de liens, ce qui conduit à l’enrichissement du lexique et de la syntaxe, tandis que, chez l’animal, cet enrichissement s’arrête à la phonétique et à la gesticulation. | | | | |
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| mot | | | Tout ce que voit un sot a déjà un nom ; le sot est privé de regard. La vue, c'est la connaissance, le regard, c'est la reconnaissance. Le regard est la vision des choses innommées : « Voir ce qui n'a pas encore de nom, bien qu'offert à tous les yeux »** - Nietzsche - « Etwas sehen, das noch keinen Namen trägt, ob es gleich vor Aller Augen liegt ». | | | | |
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| mot | | | Le mot est dans le faire ; il n'est presque pour rien dans le connaître (sauf pour le menu fretin de professeurs de philosophie) ; il est un arbre (de quête ou de communication) et non pas le sol. Mais le connaître grec correspond à notre faire ; c'est ainsi qu'il faut comprendre Platon : « Celui qui connaît les noms, connaît les choses ». Celui qui crée dans le mot, poète ou philosophe, sait que, une fois la plume en main, il ne sait plus rien et, à la fin, n'en saura pas davantage. | | | | |
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| mot | | | Ni l'intelligence ni le savoir ni la conscience ni la rigueur ne sont pré-conditions d'un discours philosophique ; son unique élément est le langage, qui est à la fois contrainte et ressource ; tout s'y formule en termes d'un vocabulaire et non pas en concepts ; les rares à l'avoir compris : Héraclite, Nietzsche, Heidegger. | | | | |
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| mot | | | Le doute français se rapproche bizarrement des certitudes : douter - se douter, à moins que ce soit l'effet d'une double négation : s'obliger à douter aboutissant à se raidir. Ou bien, ce qui est encore plus subtil, ce serait le choix d'objet du doute qui métamorphoserait ce verbe : « Je doute de ce que je sais, je me doute du reste » - Lacoue-Labarthe. | | | | |
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| mot | | | On bâille ferme, lorsque le philosophe ne parle que de philosophie, ou le philologue - que de philologie ; c'est l'intérêt ou la volonté que le philosophe tourne vers la forme langagière ou le philologue - vers le fond conceptuel, qui sont plus prometteurs. Ce qui est curieux, c'est que l'incompétence ne gêne en rien les philologues (Nietzsche, Heidegger) et ridiculise - les philosophes (Wittgenstein, Foucault). | | | | |
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| mot | | | Tout discours est un arbre avec deux ramifications principales : l'intelligence et le lyrisme, le savoir et le valoir. On l'évalue par unification avec un autre arbre – de l'interlocuteur, du lecteur, de l'observateur. Plus de branches nouvelles présente l'arbre unifié, plus intéressante est la rencontre. Entre Européens, on gagne surtout en richesse dans le second ramage. Mais, en revanche, celui-ci reste stérile dans le croisement avec le Chinois, son lyrisme nous étant inaccessible, inunifiable. Il reste, dans ce cas, de pénibles reconstructions des feuilles pragmatiques. La fraternité ne peut germer que dans l'irrationnel. | | | | |
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| mot | | | Dans l'arbre de la connaissance, quelle est la place du langage ? - fournir un ramage harmonieux, faire éclore des fleurs et couler la sève (« Je presserais mes idées, pour en extraire la sève » - Dante - « Io premerei di mio concetto il suco »), donner un sens à la cime - mais je ne vois sa place ni dans le tronc ni dans les racines : « Le sensible et l'intelligible, en tant que troncs de la connaissance, émergent d'une même racine, racine inconnue » - J.G.Hamann - « Sinnlichkeit und Verstand als zwei Stämme der Erkenntnis entspringen aus einer gemeinen, aber unbekannten Wurzel » - et elle n'est certainement ni langagière ni conceptuelle, mais purement mentale. | | | | |
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| mot | | | L'agaçante capacité protéiforme du verbe faire – de l'action au constat, de la création au bilan. Pour moi, le soi inconnu est fait ; il est à faire, pour Valéry : « C'est ce que je porte d'inconnu à moi-même qui me fait moi »*** - je le traduirais par : ce qui devient connu quitte mon vrai soi. | | | | |
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| mot | | | Le mot conscience - une étrange cohabitation, en français, du sens psychique ou intellectuel (être conscient de, l'idée de l'idée) et du sens moral (avoir la conscience trouble, la honte de l'acte), le premier gardant des liens avec le savoir, le second en étant à l'opposé. L'allemand et le russe les séparent nettement : Bewußtsein - Gewissen, сознание - совесть. Jankelevitch juge même nécessaire une vaste étude, pour prouver, que ce mot a deux sens disjoints. D'autre part, on est d'autant plus intelligent qu'on trouve des points de rencontre des choses d'autant plus éloignés : « J'ai conscience de ma propre ignorance, c'est le point, où la honte se confond avec la clairvoyance » - Socrate. | | | | |
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| mot | | | L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres. | | | | |
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| mot | | | L'obscurité qui entoure le sexe et la langue des anges est plus éclairante que la rigueur de la grammaire et des scénarios du robot. Connaître intuitivement ou abstraitement est plus excitant que de formuler des propositions correctes. | | | | |
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| mot | | | M.Burgin, mon camarade de promotion universitaire, un excellent mathématicien et que je croisais souvent dans les couloirs de la Bibliothèque des Littératures étrangères, est mort. Juste avant de mourir, dans sa villa californienne, il chercha à me joindre, pour parler de notre jeunesse et pour discuter de son pavé de mille pages, The Theory of Knowledge (150$!). Trop tard. Son ouvrage se disqualifie par l’incompréhension de la place du langage dans notre arsenal intellectuel. Les linguistes ignorent la représentation, les logiciens ignorent le langage – d’où leurs logorrhées réciproques lacunaires. | | | | |
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| mot | | | Dans le mot, il y a toujours une partie de qui, l'écho du soi connu, et une partie qui, la voix du soi inconnu. Les idées ou le style, la rigueur ou le ton, le savoir ou le valoir. | | | | |
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| mot | | | Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés. | | | | |
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| mot | | | Quand je lis le linguiste borné ou le philosophe vague, je comprends qu'il est impossible de savoir ce qu'est la langue, si l'on ne sait pas ce qu'est la raison, et qu'il est impossible de savoir ce qu'est la raison, si l'on ne sait pas ce qu'est la langue. Il manque, respectivement, un bon quantificateur universel ou un bon quantificateur existentiel. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | Le discours est une suite, linéaire et temporelle, de signes ; il n'est qu'une modulation des réseaux conceptuels, sous-jacents et spatiaux ; une langue ne contient pas de connaissances du monde, elle ne fait qu'aider à les résumer ou à les interroger. | | | | |
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| mot | | | Sur le terme de philosophe : celui qui sait, c'est le scientifique, atteignant la profondeur ; celui qui aime, c'est le poète, porté vers la hauteur ; le philosophe tente de combiner ces deux dons. Jadis, la poésie fut reine des arts et le savoir fut à portée de tout homme curieux – et le philosophe fut le poète du savoir ; mais depuis que la poésie est morte et le savoir – inaccessible au simple mortel, le philosophe professionnel est condamné à la platitude ou à la redite. | | | | |
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| mot | | | J'aime les allées verbales, où s'unifient les réseaux des soupirs gnomiques. « Grand arbre du langage peuplé de maximes et murmurant dans les quinconces du savoir, où le désir encore va chanter »** - Saint-John Perse. Quel genre verbal résiste encore à l'invasion des forêts ? - la maxime ! | | | | |
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| mot | | | Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ». | | | | |
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| mot | | | La majorité des philosophes pensent que « ce qui caractérise tout savoir humain est qu'il est lié à la langue » - F.Schlegel - « das charakteristische Kennzeichen alles menschlichen Wissens, daß es an die Sprache gebunden ist ». Ils se trompent de sens de cette liaison : ce n'est pas le savoir qui est lié à la langue, c'est la langue qui se colle, qui se met par-dessus le savoir. Le savoir est assertif, la langue - interrogative. « La langue, porteuse d'opinions et non pas de savoir »** - Nietzsche - « Die Sprache will nur eine doxa, keine épistémé tragen ». | | | | |
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| mot | | | Reconnaissance comme gratitude, reconnaissance comme effort de la mémoire - deux acceptions, éthique ou mentale. Préférer la reconnaissance à la connaissance serait signe d'une fatuité d'ignare ou d'une humilité de savant. | | | | |
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| mot | | | Décrire l'usage d'un clou ou le goût d'un fromage relève des mêmes ressources représentationnelles et langagières que pour décrire l'émoi d'une âme, écoutant une sonate, ou la peine d'un cœur, saisi par une compassion. La distance entre un discours et la réalité correspondante est toujours du même ordre. Il est donc bête d'affirmer, que « les propositions ne peuvent rien exprimer de Supérieur » - Wittgenstein - « Sätze können nichts Höheres ausdrücken », puisque dans l'Inférieur, elles n'ont pas plus de compétences. | | | | |
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| mot | | | Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - « Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation. | | | | |
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| mot | | | Ironie viendrait d'interroger, mais c'est plutôt s'arroger le droit régalien d'élever une interrogation problématique à la dignité d'aporie mystique. Cette élévation fait de l'ironie une espèce d'ignorance, docte ou étoilée. | | | | |
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| mot | | | Deux genres de maîtrise d’une langue : en tant qu’une couche au-dessus d’une représentation (fonction instrumentale – l’intelligence, le savoir) et en tant qu’une harmonie entre le son et le sens (fonction créatrice – la musique, la poésie). C’est dans ce sens qu’il faut comprendre Nabokov : « Toute grande littérature a pour demeure la langue et non pas les idées » - « Всякая великая литература - это феномен языка, а не идей ». Le philosophe doit maîtriser ces deux fonctions, c’est pourquoi Nabokov fut poète et nullement philosophe. | | | | |
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| mot | | | Il n’existe aucun élément formalisable de la soi-disant grammaire universelle (Chomsky), dont la maîtrise prétendument innée accompagnerait l’apprentissage de n’importe quelle langue. Ce qui est vraiment inné, c’est le besoin universel des aspects (extra-langagiers !) suivants : références d’objets, références de relations, structures logiques (quantificateurs, connecteurs, négations), modalités (liées au sujet qui veut, sait, peut, doit, suppose). L’apprentissage consiste à établir les passerelles entre ces aspects (innés dans le personnage) et la grammaire (héritée par la nation). | | | | |
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| mot | | | Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique. | | | | |
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| mot | | | Dans le discours sur les connaissances, la question centrale est la distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est langagier ; on n'a pas besoin d'une vaste culture philosophique, et encore moins d'une culture linguistique, pour en juger ; seul un poète, doué d'une intuition philosophique et de quelque savoir technique, peut en dresser un tableau intéressant. À l'opposé, ni Kant, ni Hegel, ni Nietzsche, ni Wittgenstein, ni Heidegger n'eurent jamais une intuition linguistique valable, pour formuler une théorie complète des connaissances, sans parler des Anciens, chez qui, la-dessus, on ne lit que des balbutiements. Seul le grand Valéry fut lucide, avec ses états mentaux et sa vision des substitutions. | | | | |
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| mot | | | Le sort comique du mot absolu, dans la philosophie européenne (ein Kabinettstück für Philosophieprofessoren - Schopenhauer). Pauvre Dieu spinoziste, enseveli sous une double couche d’absurdités – substance absolue. Pauvre savoir absolu Kant, réduit à ce qui est inconditionnel (inexistant dans la représentation, ce seul support de tout savoir), au savoir apriorique, dont la formule 5 + 7 = 12 exprime la quintessence. C’est de la misère, mais avec Hegel ce sera de l’indigence. | | | | |
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| mot | | | Deux clans occultent la vision objective de la langue – les linguistes et les psychanalystes, réduisant la langue soit à une grammaire, soit à l’inconscient. La correction grammaticale d’une phrase est un sujet si banal, si mécanique, si empreint d’une seule communauté linguistique, qu’elle ne nous renseigne pas du tout sur les vraies fonctions de la langue, fonctions instrumentale, cognitive, épistémologique. Les psychanalystes (J.Lacan ou M.Foucault), c’est pire. Ils s’imaginent que l’inconscient reproduit les structures linguistiques, ce qui est une pure aberration, puisque ces structures sont propres à une langue particulière, tandis que l’inconscient est universel. Pour comprendre ce qu’est la langue, rien ne vaut l’Intelligence Artificielle qui commence par représenter les structures conceptuelles (concepts et relations entre eux), auxquelles s’attacheraient les structures langagières. | | | | |
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| mot | | | Chacun de nous dispose de deux couches de représentations : celles de surface (la terre est ronde) et celles de fond (je suis capable de prouver que la terre est ronde). Comment entendons-nous le discours d’autrui ? On a beau partager une même grammaire, nos représentations sont toujours différentes – en profondeur ! Le plus souvent, la compréhension n’est que superficielle. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise de la philosophie analytique se bâtit au-dessus d’une vision naïve du mot, ou, plus précisément de son sens. Inconscients de la place de la représentation et imaginant que celle-ci se fabrique par le langage lui-même, ces philosophes croient que le sens du mot est connu d’après la définition d’un vocabulaire, et qu’il n’admette des variations que diachroniquement. Ils ne comprennent pas que l’aspect synchronique est beaucoup plus important, et que les différences de sens, chez les acteurs différents, ont de multiples raisons : différences des représentations, des savoirs, des logiques. Aucune analyse du langage ne peut se substituer à la métaphysique représentative. | | | | |
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| mot | | | Les tenants du tournant linguistique en philosophie comprirent bien le rôle de la réflexion sur le langage : « Les problèmes philosophiques peuvent être résolus par une réforme du langage » - R.Rorty - « Philosophical problems can be solved by reforming language ». - mais ils ne comprirent pas, que cette réflexion est, en soi, un problème philosophique, qui n’en résout aucun autre (parmi ceux que l’école échafauda, d’Aristote à Heidegger). Le fondement de cette réflexion devait consister dans la reconnaissance du rôle intermédiaire du langage entre la représentation et la réalité, que les pragmatiques ignorent, comme ils ignorent le côté poétique et du langage (le style) et de la philosophie (la consolation comme son second objet principal). | | | | |
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| mot | | | La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain. | | | | |
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| mot | | | Ce que tes mots peuvent exprimer est infiniment plus vaste, riche et enthousiasmant que tout ce que tu sais. Si, orgueilleux, tu déclares posséder un savoir, refusant toute traduction en mots, alors où bien tu n’es pas maître du mot ou bien ton savoir n’a ni contenu ni frontières ni vecteurs. Ou bien tu te moques de ton lecteur : « Je sais plus que ce que je sais exprimer avec les mots » - Nabokov - « Я знаю больше, чем могу выразить словами ». Plus vaste que le mot n’est que le rêve. | | | | |
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| mot | | | Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle. | | | | |
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| mot | | | Il suffit d’un peu de connaissances communes pour manier les idées profondes ; il faut un talent extraordinaire pour manier les mots, adressés à la hauteur. | | | | |
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| mot | | | Ce que tous les philosophes négligent, c’est le choix explicite des axes conceptuels, sur lesquels ils placent leurs mots fétiches. L’un de ces mots-parasites – la vie. À l’autre bout de l’axe, on devine, chez les soi-disant vitalistes, - la réflexion abstraite, l’érudition, le savoir, tandis que son occupant le plus intéressant est le rêve, ce qui fait de la vie synonyme de la réalité. Ainsi, cet autre terme, la passion, devient archi-flou, puisque, appliqué à la vie, il peut signifier l’obsession par la réussite, et, appliqué au rêve, – l’élan vers la hauteur. « Ce froid regard et nulle vie ; glas des passions inassouvies » - Boratynsky - « Взгляни на лик холодный, в нём жизни нет ; но как былых страстей заметен след ». | | | | |
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| mot | | | L’imagination exprimée est limitée par le langage, tandis que le savoir est illimité, car il existe la chose en soi inatteignable (Einstein, charmé par un lyrisme naturel, pensait le contraire). | | | | |
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| mot | | | Qui maîtrise le langage, c’est-à-dire la rigueur de la représentation et l’expressivité de la langue, - maîtrise la vérité. Et Saint Exupéry a raison : « La connaissance : ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent » - le langage cohérent s’appelle représentation, la langue n’y ajoute que des métaphores. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire. | | | | |
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| mot | | | Pour propager les lumières et guider l’action, la connaissance des concepts suffit ; pour peindre les ombres et embellir le rêve, il faut la maîtrise des mots. Dit autrement, « le langage est l'ombre des actions » - Plutarque. | | | | |
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| mot | | | Tout discours respecte la grammaire de sa langue et tente de référencer le monde ; les choses de deux sortes constituent le monde - la matière et les esprits ; le discours référence donc des choses ; l’ensemble des connaissances préalables du locuteur sur ces choses s’appelle représentation ; les choses, reflétées dans cette représentation, s’appellent objets. Les choses matérielles sont des conglomérats d’atomes dans l’espace et sont traversées par le temps. Les choses spirituelles, soumises au temps, sont de plusieurs sortes : les sujets (propriétaires des représentations) ; les propriétés des autres choses (matérielles ou spirituelles) ; les états dans l’espace et les processus dans le temps ; les mécanismes de traduction grammaticale des concepts logiques (connecteurs, quantificateurs, négations, implications). Ce schéma est propre de toutes les langues naturelles ; ici commence l’interprétation – la synthèse grammaticale, la substitution d’éléments langagiers par concepts, la réduction aux formules logiques, la démonstration, la donation de sens. | | | | |
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| mot | | | Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième. | | | | |
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| mot | | | Le mot représentation, dans les philosophies platonicienne, aristotélicienne ou kantienne, désigne la maison du savoir, un domaine monumental de nos échanges avec le monde ; mais, malheureusement, ce mot est entaché de traces de physiologie, théâtralité, diplomatie, automorphismes algébriques ou apparences, qui occultent son sens originel et engendrent des monstres telle la philosophie analytique. | | | | |
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| mot | | | Les structures grammaticales d’une langue ne peuvent ressembler que de très loin aux structures de la représentation. Et celles-ci sont beaucoup plus proches de la réalité que celles-là. Sans la représentation, une grammaire est incapable d’engendrer du sens dans un discours (un faux espoir de la philosophie analytique), et sans le sens aucun savoir n’est possible. | | | | |
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| mot | | | Deux fonctions du langage : narrer le connu, chanter l'inconnu. Se fusionner avec un fond ou être une forme libre. | | | | |
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| mot | | | Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance. | | | | |
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| mot | | | Dans nos langues indo-européennes, à tout verbe correspondent des relations abstraites (unaires, binaires, ternaires etc.), à tout nom commun – des abstractions. Tous, du garagiste à l’algébriste, emploient, dans leurs discours, le même nombre d’abstractions ; seulement, pour le garagiste tout mot renvoie directement à la réalité, tandis que l’algébriste n’y voit qu’un attachement aux concepts d’une représentation. La compréhension du garagiste se réduit aux mots ; celle de l’algébriste – aux concepts. Le premier ne voit que le pouvoir ; le second y ajoute le savoir. | | | | |
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| mot | | | La langue n’a pas de frontières, elle est infinie, même si sa phonétique, son lexique, ses règles, son modèle logique sont finis. En revanche, la représentation, à laquelle s’accroche la langue, est finie. Et mon monde (Wittgenstein) et mon savoir sont délimités par mes représentations. | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| proximité | | | La foi, c'est la muraille. Le savoir, c'est l'arme. L'ironie, c'est l'armistice avec l'étranger. La vie, c'est le sentiment d'assiégé transformé en chant de cloîtré. On ne les trouve durablement ensemble qu'en solitude. Les plus beaux exercices sont de nature monastique : « La mathématique, c'est la liberté de cloître, face à la vie » - Chafarévitch - « Математика - свобода от жизни - в монастыре ». | | | | |
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| proximité | | | Toute route vers la hauteur est une impasse, ne s'y rencontrent que des regards, porteurs d'une mélodie. Cohérence immobile avec une voix haute, plutôt que co-errance mobile sur une voie sotte. Mais co-naissance du dernier pas plutôt que connaissance du premier. | | | | |
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| proximité | | | Si Jésus, au lieu de chasser les marchands du temple, avait réussi dans le commerce de tapis, ou s'il avait été analphabète, au lieu d'affronter le Sanhédrin et les procurateurs romains, ou si les cheveux de femme avaient servi non pas pour essuyer ses pieds, mais pour sa promotion sociale, aurais-tu pu l'aimer ? La plupart des croyants auraient répondu, hélas, par l'affirmative. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être le seul concept inexistant qui s'impose, avec la même irrésistible évidence, aussi bien en moi-même qu'en-dehors. Et je me mets à Le chercher à l'extérieur, en m'appuyant sur mon intérieur. « Personne ne Te peut chercher, qui ne T'ait déjà trouvé. Tu veux être trouvé pour être cherché » - St-Bernard. Mais dès que je crois L'avoir trouvé, je me mets à Lui chercher des noms et des masques, au lieu de continuer à m'adresser à Lui à la cantonade. Il est une Face innommable, omniprésente et absente, qu'animent mes yeux et mes oreilles. « Voir Dieu, c'est la mort ; Le deviner, c'est la vie »*** - Morgenstern - « Gott schauen ist Tod ; Gott erraten ist Leben ». Ni le regard ni l'imagination ne Le dévoilent ; c'est le voile miraculeux qui témoigne de Son évidence indicible ou inconnaissable : « Des dieux, je ne suis en mesure de savoir ni qu'ils sont ni qu'ils ne sont pas » - Protagoras. | | | | |
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| proximité | | | Je ne veux pas dévoiler les choses destinées à rester près de mon âme ; l'envie de les connaître annonce la séparation. | | | | |
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| proximité | | | Puisqu'on n'aime que ce qu'on ignore, l'amour de Dieu n'est pas si niais que ça ; et si l'on y ajoute la honte étrange, qui nous étreint, on commence à apprécier la dichotomie augustinienne : « L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste » - « Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet, amor sui usque ad contemptum Dei ; cœlestem vero, amor Dei usque ad contemptum sui ». Chez celui qui s'ignore, les deux termes s'équivalent, et la cité, dont on ne saurait plus percer l'origine, terrestre ou céleste, prendra la fière allure des ruines. | | | | |
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| proximité | | | Il faut beaucoup de sang-froid et de calme pour embrasser, pour de bon, une foi ; l'excitation ne favorise que la connaissance. Et Chateaubriand : « J'ai pleuré et j'ai cru » - est certainement tombé sur des balivernes. | | | | |
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| proximité | | | Piètre Dieu, ou piètre amour, chez les bouddhistes : « On ne peut connaître Dieu qu'en l'aimant » (et St-Paul n'en est pas loin non plus). Un dieu connu ou un amour du connu ne peuvent être qu'insignifiants. Il faut aimer pour renaître et non pas pour connaître. Mais si se connaître, c'est entendre l'appel de son soi inconnu, aimer, ce serait se munir d'une bonne ouïe. | | | | |
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| proximité | | | Un blasphème contre un Dieu connu peut être une louange de Dieu, le Vrai ; mais toute louange absolue du Dieu connu est un blasphème de l'Inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Les étapes vers la méconnaissance définitive de son soi : on commence par l'identifier avec nos actes, ensuite on lui attribue nos idées, dans un dernier sursaut de chercheur opiniâtre, on laisse nos passions le représenter. Et l'on finit pas se résigner : entre le soi et n'importe quoi d'autre, il est toujours possible de percevoir d'infinis interstices. | | | | |
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| proximité | | | Je peux comprendre l'homme des cavernes, à conscience apeurée, ou l'homme-tyran, à conscience trouble, ayant besoin d'en appeler aux dieux vengeurs ou rédempteurs, mais je ne trouve pas d'explication de la bondieuserie de la Yankaille, à conscience en béton et au savoir irréfutable. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être Amour, mais on ne veut pas aimer l'invisible ; Dieu est peut-être Vérité, mais on ne doit pas connaître l'indicible ; Dieu est peut-être Création, mais on ne peut pas avoir Sa liberté. D'après St-Augustin : « Le sage est celui qui imite, qui connaît, qui aime Dieu » - « Dei imitatorem cognitorem amatorem esse sapientem », la sagesse n'est pas pour nous. | | | | |
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| proximité | | | En nous, qu'est-ce qui est le plus proche du réel : l'action ? le savoir ? le discours ? la musique ? - on pense s'approcher de la réponse, en progressant sur cette échelle, mais l'on finit par constater toujours le même gouffre et par reconnaître, que c'est le regard qui est le seul candidat crédible : « Qu'y a-t-il de plus réel qu'un regard ? » - M.Henry. | | | | |
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| proximité | | | La musicalité de l'existence gagne de l'extrémisme des positions horizontales - politiques, esthétiques, sentimentales - mais dans la verticalité, au contraire, il lui faudrait davantage de dialectique, de complémentarité : plus haute est mon espérance, de plus profonds désespoirs je pourrai m'accommoder ; plus profond est mon savoir, plus audacieuses seront les hauteurs de ma foi ou de mon rêve. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui mériterait le nom de divin, à part Dieu lui-même, vit dans ton âme, sans liens compréhensibles avec la raison, les noms, les connaissances, privé, donc, de réalité, de langage, de représentation. « À jamais - innommable, à jamais - inconnu, à jamais - irreprésenté, et cependant - vécu dans l'âme »*** - D.H.Lawrence - « Forever nameless, forever unknown, forever unrepresented, yet forever felt in the soul ». Les uns verront ainsi leur Dieu, les autres - leur meilleur soi. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est autant dans les opérations que dans les opérandes, et pour en apprécier des invariants et noyaux, c'est à dire la hauteur et la profondeur, on n'a pas besoin d'être un bon géomètre - un bon altimètre de l'âme ou une bonne sonde de l'esprit suffisent. Le chemin, qui mène à Dieu, est fait de métaphores et de théorèmes ; il est inaccessible aux non-poètes et aux non-mathématiciens. Et la mathématique ne serait que la poésie des idées logiques (Einstein : « die Mathematik ist die Lyrik der logischen Gedanken »). | | | | |
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| proximité | | | Il paraît que le Seigneur, tout en répugnant à devenir chef de cuisine, chauffagiste ou lampiste, déambule au milieu des casseroles, chaudières ou lampes, préférant se faire bouillir, congeler ou électrocuter. L'Arbre de la connaissance y gagne en largeur, la Croix y perd en hauteur. | | | | |
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| proximité | | | La puissance, la connaissance, l'amour sont des attributs anthropologiques ; Dieu n'est envisageable qu'en tant que Créateur, sans le moindre attribut (comme l'être), contrairement au néant, qui est déjà dans la représentation, avec sa notion d'existence, inapplicable ni à Dieu ni à l'être ontologiques, à ne pas confondre avec leurs homologues représentationnels. On connaît donc le néant mieux que Dieu et l'être. | | | | |
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| proximité | | | Trois sortes d'appel à Dieu : des demandes, des quêtes, des prières. On demande des solutions, on est en quête de problèmes, on prie pour que le mystère persiste – le pouvoir, le savoir, le vouloir – et ces trois voix sont incompatibles. | | | | |
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| proximité | | | Le meilleur contact est sans attouchement. L'attouchement est meilleur, quand les épidermes s'ignorent. | | | | |
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| proximité | | | En dehors des manuels, la seule profondeur respectable est celle de ma propre épaisseur, quel que soit le fond, sur lequel elle se pose. Mais l'homme moderne, qui veut passer pour profond, échafaude un savoir consensuel, au-dessus duquel ne s'étale que sa platitude. La hauteur, en revanche, est une attitude, qui égalise les points de départ (bien que les vrais départs soient rares) et ne tient qu'à la distance incompressible entre soi et les choses, basses ou hautes. « La distance, âme du beau »* - Lao Tseu. | | | | |
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| proximité | | | Créer ou comprendre, ce dilemme semble être parmi les plus cruciaux ; mais la domination numérique de ceux qui ne cherchent qu'à comprendre sur les solitaires qui se contentent de créer montre que ce choix ne se présente presque jamais ; la compréhension n'améliore en rien la création ; la création rend la compréhension - caduque. Et c'est la croyance qui est un commencement profond de la compréhension et une haute contrainte de la création. | | | | |
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| proximité | | | Le mystère – une perplexité et une admiration, que la connaissance ne réfute pas et que la foi, peut-être provisoire, bénit. De notre regard sur la vie, il faudrait bannir la religion et garder la foi et le mystère. Pourtant, Nietzsche et Tolstoï formulent une religion sans foi ni mystères. L'aigle et la colombe manquent de dons de la chouette. Mais à la religion de la tête ou à la religion du cœur il faut préférer, au moins, la religion de l'âme, la poésie. | | | | |
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| proximité | | | La vie, c'est la recherche de chemins : vers le savoir, la survie, la création, le plaisir. Et le bon Dieu se contenta de définir un méta-chemin, la logique, et de spécifier les objets de nos désirs, toujours à la manière d'un mathématicien ou d'un rêveur. | | | | |
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| proximité | | | La vraie humilité apporte la sensation d'une vraie hauteur, celle que fréquentent sinon le bon Dieu, au moins ses anges, elle est l'art de s'abaisser sans descendre. « Dieu n'est pas affaire de théologie, ni de philosophie, ni de savoir, ni de hauteur, mais peut-être d'humilité » - Kierkegaard. Se cacher en profondeur est son autre refuge, où elle est racine de tant d'arbres divins. Rester invisible des hommes, dans les souterrains, et être berceau du regard profond sur la hauteur. | | | | |
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| proximité | | | L'œil des partisans des clartés définitives ne s'accommode qu'à une distance fixe et croit à l'assimilation. Tout nouveau savoir en élargirait la superficie. L'habitué des vies en reliefs paradoxaux possède une accommodation élastique, où la falsification et les vérités éternelles dessinent des courbes en profondeur et en hauteur, sans nous appartenir. | | | | |
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| proximité | | | Aucune intuition ne peut nous fournir la moindre image de la force divine, à l'origine de la vie. Mais la création artistique a certainement plus d'homologies avec la Création que la science, car le beau et le bien sont plus viscéralement chevillés à la vie que la vérité et le savoir. | | | | |
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| proximité | | | La foi a bien sa place à elle, et lorsque elle s'installe dans celle que lui cède, magnanime, le savoir (Kant), elle n'est pas à sa place. | | | | |
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| proximité | | | En étendue et en profondeur, l'homme moderne traque l'infini de plus en plus près ; le savoir et l'intelligence franchissent toujours de nouvelles limites. La dimension, abandonnée, écroulée, improductive, est la hauteur ; il ne reste plus d'hommes nobles, ouverts à l'appel du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Aimer son soi inconnu, sans le connaître, comme aimer Dieu sans Dieu, sont de bonnes définitions d'un philosophe ou d'un agnostique. | | | | |
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| proximité | | | On se rapproche par l'intérêt qu'on porte aux mêmes objets ; on se fraternise par l'intensité et la noblesse de relations entre objets. Nietzsche tombe sur la volonté et la puissance, chez Schopenhauer et Spinoza, mais la volonté du premier se forge dans le ressentiment (et non pas dans l'acquiescement nietzschéen), et la puissance du second s'attache à un esprit du savoir (et non pas sur l'âme du valoir nietzschéen). Et Nietzsche finit par se détacher de ses faux ancêtres (comme Valéry – de Descartes, avec sa méthode). | | | | |
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| proximité | | | Céleste ou Très-Haut, telles sont les épithètes dont on affuble Dieu, jamais – terrestre ou profond. L'âme serait préférée à l'esprit, le rêve ou la douleur – à la connaissance. Mais les sots continuent leurs doctes litanies : « Dieux aiment la profondeur et non le tumulte de l'âme » - Wordsworth - « The Gods approve the depth and not the tumult of the soul ». | | | | |
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| proximité | | | Ils placent leur idéal dans une de ces niches exclusives : devoir, vouloir, pouvoir, savoir, avec des outils évidents, pour l’atteindre. Le rêveur le remet à l’étoile du valoir ; à cette hauteur – ni action, ni progrès, ni proximité possibles. | | | | |
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| proximité | | | La volonté de puissance est une pulsion que n’éprouvent que les scientifiques et les artistes, puisque leur regard est tourné vers l’absolu, vers ce Dieu, Créateur de notre esprit curieux et de notre âme inapaisée ; la volonté divine sous-jacente serait l’asile de leur créativité, tandis que chez les autres, « la volonté de Dieu est l’asile de l’ignorance » - Spinoza - « Dei voluntatem, hoc est, ignorantiae asylum ». | | | | |
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| proximité | | | La bonne philosophie (comme toute poésie) peut se passer de concepts de vérité, de savoir, de nécessité. Les mauvaises, l’académique ou la religieuse, par pédantisme ou fanatisme, en sont surchargées, en abusant de philologie ou de misologie. L’académique, au moins, les loge dans l’esprit libre, critique et initiatique, proche de l’universel ; la religieuse leur trouve l’appui dans l’âme servile, dévouée aux Écritures. La croyance achève le parcours profond du sage ; elle précède l’errance superficielle du sot. | | | | |
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| proximité | | | La source de l’esprit ou l’aboutissement du savoir sur la matière – tels sont les plus profonds mystères du monde, face auxquels l’intellect se remet à la hauteur de l’incontournable croire ; c’est sa force et non pas sa faiblesse, à moins qu’il renonce à toute mystique, pour rejoindre la platitude du seul faire. L’intellect n’est jamais vaincu par la foi, qu’elle soit réglementaire ou intuitive. | | | | |
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| proximité | | | Nous connaissons plus d’attributs d’une licorne que d’attributs de Dieu ; pourtant les âmes pieuses affirment voir une infinité de ceux-ci, sans savoir en exhiber un seul qui ne serait ni ridicule ni anthropomorphe. Et l’élargissement de nos connaissances de la licorne ou de Dieu relève du même phénomène, de la même rigueur, de la même portée, de la même réalité. Néanmoins, ce monde est bien plein d’horloges, et nous devons en admirer l’Horloger, même inexistant, et continuer à vénérer le miracle des horloges. | | | | |
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| proximité | | | La foi, c’est l’écoute de mon âme, c’est la vénération émerveillée du miracle de la vie ; cette foi prodigue ma seule consolation crédible. En revanche, tout renvoi, par une raison dévoyée, aux promesses, aux preuves, aux croyances dogmatiques ne fait qu’étouffer ma sensibilité. La vraie consolation est le triomphe de l’âme sur la raison, le triomphe du Beau incompréhensible sur le Vrai bien compris. « La religion, en tant que source de consolation, est un obstacle à la véritable foi » - S.Weil. | | | | |
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| proximité | | | Tu terrorises mon pitoyable savoir du divin, en l’exposant aux yeux omniscients de Dieu, tandis que je me réjouis de la musique de mon verbe vacillant, s’adressant à Ses oreilles. « Que dire de Dieu ? - rien. Que dire à Dieu ? - tout »*** - Tsvétaeva - « Что мы можем сказать о Боге? Ничего. Что мы можем сказать Богу? Всё ». | | | | |
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| proximité | | | La seule théodicée sérieuse se réduit à ce constat : la matière et l’esprit, tels que nous les connaissons, sont impossibles. Une géniale et mystérieuse intervention est nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Pour croire en l’au-delà, l’angoisse (nourrie par la faiblesse) suffit ; pour avoir une foi en l’en-deça, il faut surtout de l’intelligence (complétant la connaissance). Du premier de ces croyants se déverseront d’innombrables NON à l’existence humaine ; le second se résumera dans un OUI à l’essence divine du monde. | | | | |
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| proximité | | | Nous portons en nous une métrique objective, selon laquelle nous sont lointains – le savoir, la femme, Dieu, et nous sont proches – la poésie, le bien, la noblesse. L'ignominie de notre temps est que le lointain soit désormais conçu comme familier et transparent, et que le proche ne soit plus perçu du tout par notre regard myope. Un monde sans lointains, un monde avec familiarité mécanique, sans proximité organique. | | | | |
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| proximité | | | Chez Bach - aucune trace d’un Dieu tout-puissant, je n’entends qu’un hymne à la solitude humaine. L’omniscience divine est incompatible avec la musique de Mozart, il crée une divinité de l’émotion pure. En fin de compte, la tonalité sûre et triomphante de Beethoven est plus proche des croyances populaires en Dieu tonnant et rassurant. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est affaire de l’esprit, qui est le seul à pousser le savoir jusqu’aux miracles de la Création. Quand l’âme ou le cœur s’en mêlent, ils nous rendent fanatiques ou éberlués ; ils ne connaissent que la solitude, impensable en tant que séjour de Dieu et dont nous tire l’esprit communicateur. | | | | |
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| proximité | | | Savoir ou croire, la lumière ou les ombres, la science ou l’art – le premier membre de ces dyades contient, évidemment, infiniment plus d’intelligence, de rigueur, de sérieux. La seule lumière, dont se sert l’homme, créateur et artiste, provient de sa raison (même si celle-ci ne fait que refléter une lumière reçue d’ailleurs) ; son âme la projette sous la forme des belles ombres. Renoncer à la raison, comme le réclament les religions révélées, c’est nous condamner aux ténèbres. | | | | |
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| proximité | | | Il est certain que la première bestiole monocellulaire contenait déjà l’algorithme qui menait au miracle de nos cinq sens physiologiques, d’épines des roses ou du hérisson, de coloration des fleurs et des papillons. Aucune théorie évolutionniste n’apporte la moindre explication de tous ces miracles. Aucun modèle statistico-biologique ne peut étaler l’évolution réelle sur l’échelle de ces quelques misérables milliards d’années. Et je ne parle même pas de nos trois facultés divines – le Bien, le Beau, le Vrai, vrillées dans notre conscience d’une façon fascinante et inexplicable. | | | | |
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| proximité | | | Nous pouvons toujours améliorer nos pourquoi et nos pour quoi, mais nous n’atteindrons jamais leurs limites, qui appartiennent au Créateur. | | | | |
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| proximité | | | Comprendre le monde (et mon soi qui en fait partie) est une tâche scientifique, rationnelle, l’intelligence des représentations ; comprendre que le monde et mon soi sont des merveilles inconcevables est un élan irrationnel de la Foi en Créateur-magicien. Aujourd’hui, les philosophes ignares (car toujours hors toute science) s’occupent de la première activité, sans posséder l’intelligence requise (le bavardage sur les connaissances et la vérité leur suffit). Les têtes sensibles aux mystères de l’Univers s’inclinent, humblement, devant ce Dieu inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Entre la nécessité, dans le monde matériel, et la liberté, dans le monde du vivant, - aucun objectif commun. Le plus grand miracle de la Création est que la demeure des esprits est matérielle. Le démiurge de la matière et l’Auteur de l’esprit ne se connurent jamais ; le gnosticisme part du nombre, et le vitalisme – du Verbe, de l’Amour, de la Caresse, ces supports de la liberté. | | | | |
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| proximité | | | Il est propre des Dieux de s’affirmer par des commencements injustifiables, avec des feuilles de route banales ou des horizons communs. Nietzsche fut le seul à suivre cette voie. Hegel est dans les parcours : l’Absolu, le Savoir, l’Histoire, dans lesquels il tente de deviner des lois, qui ne sont, chez lui, que des Arlésiennes. Cioran ne vit que de finalités : le dégoût, la chute, le suicide ; ça peut exalter des ‘incompris’, ça laisse froid celui qui veut créer sa propre foi ardente. | | | | |
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| proximité | | | Les enthousiastes et les croyants ont le même besoin de vénérer, l’en-deça pour les premiers, et l’au-delà – pour les seconds. Les premiers finissent par être déçus par le savoir, l’intelligence, la noblesse des auteurs autrefois vénérés ; il ne leur restera que le respect du style et de l’ironie. Les seconds se transforment en grenouilles de bénitiers ou en adeptes des sectes asiatiques. | | | | |
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| proximité | | | Dans les affaires des religions officielles, le dernier mot aurait dû appartenir au savant : historien, biologiste, physicien, et non pas aux enfants ou poètes. C'est le savant qui touche au rêve divin, mais c'est pour l'interpréter, dans un modèle scientifique, et c'est le poète qui s'occupe de l'activité divine, mais c'est pour la représenter, dans un modèle artistique. Le plus grand mystère est la rencontre de la Beauté et de la Bonté, dans le dess(e)in divin. | | | | |
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| proximité | | | L’âme est la maison de la verticalité – de la hauteur poétique à la profondeur philosophique. Nietzsche pensait l’avoir visitée, puisqu’il avait lu, à l’entrée, l’adresse – l’Âme du monde. Il l’a trouvée complètement vide, ce qui prouvait sa désertion par l’Habitant des Hauts Cieux, le Dieu. Et il proclama Celui-là – mort. Aujourd’hui, il n’y a plus d’âmes, puisque tout gît désormais dans la platitude, aussi bien le devoir du vouloir que le pouvoir du savoir. Il faut quitter la banalité du réel (les ruines) et se vouer à la créativité du rêve (rehaussée par le Créateur inventé). | | | | |
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| vérité | | | Il y a deux sortes de vérité : musicale et verbale. L'art et la science, c'est le dosage, la bonne entente entre les deux. L'artisanat et la technique, c'est l'ignorance de l'une des deux. | | | | |
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| vérité | | | Spinoza : un délirant se donnant l'air savant ; Heidegger : un savant cherchant l'air délirant. Le premier prétend, naïvement, prouver des vérités éternelles ; le second, lucide, invente sa propre notion de vérité, valable dans une seule maison de l'être, son langage. Le sérieux d'un jargon mal maîtrisé ou les jeux d'un langage à créer. | | | | |
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| vérité | | | Soit on réduit la philosophie à la logique en en attendant des solutions-vérités, soit au savoir, prometteur de problèmes-langages, soit, enfin, à la poésie, où l'on se contente de mystères-styles. Sens pratique, sens intellectuel, sens poétique : « Le poète est un homme, qui a gardé le sens du mystère »* - J.Green. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | La philosophie peut prétendre aux facettes esthétique, éthique, mystique, mais nullement - à la véridique. Mieux, la connaissance philosophique n'existe pas, bien que la philosophie de la connaissance soit vaste et féconde. La vérité naît entre le langage et le modèle, tandis que la philosophie est dédiée à la relation entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | L'inévitable purification de la philosophie : on lui retire toute prétention à la vérité, on se moque de son savoir et encore davantage - de son savoir des savoirs, on s'ennuie dans son langage - il ne reste comme objet d'une vraie philosophie que la terreur ou l'enthousiasme de l'homme seul, et qu'un clochard aujourd'hui aborde plus pertinemment que les écolâtres. | | | | |
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| vérité | | | Ce n'est pas la connaissance qui s'attache à la vérité, c'est la vérité qui découle de la connaissance. | | | | |
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| vérité | | | Face à la vérité, deux attitudes intenables : la philosophie analytique, qui ne voit que le langage et néglige la représentation (dont elle charge le langage même, absolument inadapté pour assumer cette tâche), et la phénoménologie, qui ne voit pas le langage et réduit tout à la connaissance (qu'elle voit comme résultat d'un dévoilement surmontant l'ignorance, opération, qui ne débouche que sur des faits, entre lesquels et la vérité s'inscrira le langage). | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance passe par ces étapes : représentation, requête, interprétation, donation de sens. Sans la première étape, on ne formule que du délire, et toute représentation doit contenir des faits, qui sont des vérités premières. Les révoltes contre les faits sont de l’enfantillage : « Les faits ne font pas partie des conditions d’accès à la vérité » - Chestov - « Факты не являются условием познания истины ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité dans le savoir n'est qu'intelligible ; la vérité dans l'être n'est que sensible ; pourtant, c'est la seconde qui dicte et le choix de représentations et la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | Ni le soi inconnu ni l'être ineffable n'ont rien à gagner des vérités, qui ne manient que des connaissances. « Formuler la vérité, c'est accroître la connaissance de soi, afin que l'âme y reconnaisse la croissance de l'être dans l'univers » - H.Broch - « Die Wahrheitsäußerung, damit die Seele sich das, was dem Ich durch die Selbsterkenntnis zugewachsen ist, wiedererkenne als Seins-Zuwachs im All ». Plus profondément on connaît l'univers, plus haute est la foi dans le soi inconnu, qui est l'âme de l'univers. | | | | |
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| vérité | | | Le faux qui ne s'ensuive, à ses origines, de l'émergence d'aucun nouveau langage, est voué à tomber dans les rubriques de la bêtise ou de l'ignorance. Sinon, il peut devenir un moment liminaire d'un vrai nouveau. | | | | |
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| vérité | | | Tout savoir s'inscrit dans un processus logique ; c'est le savoir-faire qui se passe souvent de représentation et nous renvoie aux obscures intuitions ; ce serait le véritable savoir vivant, aux prises avec les abstractions, et il est en dehors et non pas au-dessus du savoir le vrai. La négation - n'être vrai que par ce qu'on nie. | | | | |
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| vérité | | | Les difficultés de logique se surmontent même par des ignares de logique ; le milieu naturel de la vraie pensée, ce n'est ni la rigueur ni la connaissance, ce sont nos ténèbres : ce n'est pas une clarté qu'elle apporte – elle rend superflue toute lumière. Une pensée altière laisse la logique à ses laquais-calculateurs, elle garde son altitude. La logique ignore l'altimètre et n'offre que des garde-fous, pour que je ne dégringole pas dans la vallée des platitudes. Ailleurs, elle cache le ciel, pour qu'on ne se découvre pas des ailes. | | | | |
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| vérité | | | Le cycle de la connaissance est toujours le même, pour tout le monde. Mais l'étape, où surgit la notion de vérité, est différente, pour les experts de culture différente. Pour les logiciens, la seule vérité rigoureuse loge dans le langage, au milieu de la chaîne gnoséologique ; pour les philosophes, leur vaseuse vérité-adéquation se trouve au début et à la fin de cette chaîne, qu'on pourrait schématiser ainsi : la réalité – la vérité de l'être – la représentation – le langage – l'interprétation de requêtes – la vérité des requêtes – la donation de sens – la vérité de l'étant la réalité. Le langage se bâtit sur les connaissances (et non pas l'inverse), et la vérité (et non pas l'être) l'a pour demeure. | | | | |
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| vérité | | | Le réel est vrai, pour celui qui contemple, et le vrai est réel, pour celui qui réfléchit. Le vrai, lui aussi, comme le réel, relève de l'imaginaire. On ne crée, c'est-à-dire on ne fait naître le premier pas d'un savoir ou d'une preuve, que dans l'imaginaire. Dans le réel, on implémente. | | | | |
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| vérité | | | Rien d'élégant ne sort de ces tentatives logiciennes de répartir la vérité entre la réalité et le langage et d'ignorer le modèle. « À l'être en soi correspondent les vérités en soi, et à celles-ci, - des énoncés fixes et univoques » - Husserl - « Dem An-sich-Sein entsprechen die Wahrheiten an sich, und diesen - fixierte und eindeutige Aussagen ». Il y a des vérités absolues, propres à la matière et à l'esprit, des «vérités» arbitraires, nées de la liberté du concepteur, et enfin, des vérités «univoques» naissant de l'évaluation des énoncés dans le contexte d'un modèle. Que la foi ou la compétence s'occupent des deux premières, seule la dernière devrait être prise au sérieux par un cogniticien. | | | | |
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| vérité | | | Semblables à la femme, une vérité nue ou une vérité parée ne réveillent ni les mêmes désirs, ni les mêmes facultés : la première sollicite en nous la bête (de savoir, de possession, d'instinct), et la seconde – l'ange (de création, de style, de noblesse). | | | | |
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| vérité | | | Quand un niais dit : la Terre est ronde ou l'équation d'Einstein est juste, dit-il la vérité ? Le sujet doit être présent dans la définition de la vérité ; plus je suis ignare, plus les faits avérés sont pour moi des hypothèses gratuites plutôt que des vérités universelles. | | | | |
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| vérité | | | Se soucier du vrai, c'est se soucier du soi connu : « Si je connais ma relation à moi-même, je l'appelle vérité » - Goethe - « Kenne ich mein Verhältnis zu mir selbst, so heiß ich's Wahrheit ». Là où commence la foi, initiatrice et invérifiable, gît mon soi inconnu, dont je ne vois aucune relation traçable. | | | | |
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| vérité | | | Dans l'évaluation de valeurs de vérité, je sous-estime la part de la vie. Le langage n'est pas tout ; dans les références d'objets et de relations, la vie - c'est-à-dire le savoir, la rigueur et la droiture de l'homme - intervient et peut bouleverser toute interprétation logico-linguistique. Et la post-vérité psycho-linguistique peut être plus révélatrice que la pré-vérité logique ; et ce passage fait partie de la naissance du sens. | | | | |
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| vérité | | | À la place de l'âme, qui fut la seule source de l'amour, ils ont un capteur d'intérêts matériels ; à la place de l'esprit, qui fut le seul producteur de vérités, ils ont une calculatrice ; et ils disent aimer la vérité. Quand j'aime, je suis incapable d'en nommer l'objet ; et quand je maîtrise l'objet, je ne peux pas l'aimer – on n'aime que ce qu'on ne peut ou ne veut pas connaître. | | | | |
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| vérité | | | En passant du monde apparent au monde vrai, je ne gagne ni en ampleur ni en profondeur ni en précision. Seul compte le monde qu'inventent mon regard et mon verbe, c'est à dire la hauteur et la musique. Les vérités, comme les apparences, sont réparties également parmi sots et sages, parmi savants et ignares. | | | | |
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| vérité | | | L'enquête, la requête, la conquête - la représentation (mentale), l'interprétation (langagière), la donation de sens (réel) - l'intuition, la logique, le bon sens - le libre arbitre, la rigueur, la liberté - le savoir, la vérité, la science - trois sphères, où comptent, respectivement, l'ampleur, la profondeur, la hauteur. | | | | |
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| vérité | | | Jadis, l'ignorance protégeait contre l'inquiétude, et de doux mensonges berçaient notre félicité. De nos jours, les consciences tranquilles sont préservées mieux grâce au savoir, et la félicité béate - grâce à la vérité arrogante, plutôt qu'au timide mensonge. L'ignorance est incapacité de nouvelles unifications bouleversantes, incapacité due à la perception du connu comme d'une constante, l'intelligence consistant à savoir toujours y déceler quelques troublantes variables. Plus de constantes, plus d'ennui et de tranquillité. | | | | |
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| vérité | | | Pour un nul en astronomie, la vérité de la proposition la Terre tourne autour du Soleil est une misérable vérité, établie misérablement dans une représentation misérable. La vérité appartient donc au langage : à la profondeur des représentations et à la rigueur des interprétations. Et la référence à la réalité ne se justifie que chez les compétents. | | | | |
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| vérité | | | Si l'intuition (l'usage des connaissances aprioriques ou câblées) vise des objets justes, c'est à dire se trouvant bien dans une représentation et vérifiant les propriétés pressenties, elle ne génère pas pour autant une vérité, elle en prépare des prémisses. Pas de vérités sans références langagières d'objets, sans formes prédicatives de relations. | | | | |
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| vérité | | | Ce qui sépare la civilisation et la culture, c'est la place de la vérité agissante : la première est mue par le savoir et l'efficacité, et la seconde - par le valoir et le rêve. | | | | |
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| vérité | | | Les réserves de naïveté du sage furent plus vastes et plus sonores que les dépôts du savoir du robot, qui va lui succéder. La vérité de Dieu se manifestait mieux dans l'insu de l'artiste que dans l'omniscience du pédant. Et l'art est un rappel, que le manifeste traduit le révélé. | | | | |
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| vérité | | | L'exemple d'une mauvaise négation sémantique : « Qui suit un autre, il ne suit rien » - Montaigne. Au lieu de nier suivre, tu nies l'autre, ce qui est bête. C'est la fixité du regard et non pas la bougeotte des pieds, qui attrape les meilleures cibles. Le sot, persuadé de se connaître, se suit fidèlement soi-même et se retrouve en étable. | | | | |
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| vérité | | | Tant que l'ignorance et le doute, divers et variés, ravageaient les hommes, leurs vérités furent souvent différentes. Avec le savoir consensuel, presque toutes les vérités devinrent aujourd'hui communes et même triviales. Et même les mensonges, jadis personnels ou poétiques, sont maintenant prosaïques et collectifs : « Si, au moins, leurs mensonges étaient à eux-mêmes » - Dostoïevsky - « Хоть бы врали-то они по-своему ». | | | | |
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| vérité | | | On ne connaît la chose réelle que par et à travers ses représentations individuelles. N'importe quel plouc a parfaitement le droit de prétendre à en détenir des connaissances et des vérités, quels que soient ses concepts bancals ou son langage primitif. La chose en soi n'est prise au sérieux que par les sots. | | | | |
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| vérité | | | Non seulement la vérité n'est nullement un sujet philosophique, mais sa notion y est lamentablement vague. L'opposition la plus intéressante y est entre l'usage, routinier et nominatif, et l'exception, créative et métaphorique. Et non pas entre vérité ou mensonge, savoir ou ignorance, franchise ou dissimulation, cohérence ou délire. | | | | |
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| vérité | | | Le sage est celui qui sait la nature de la croyance et qui croit en culture de la vérité. Il sait où il faut savoir et où il faut croire. | | | | |
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| vérité | | | Tant que l'ignorance et le mensonge infestaient et corrompaient les esprits, je pouvais voir dans la vérité un allié ; mais depuis qu'elle, en allié de l'esprit, rend inutiles les âmes, j'éprouve de la sympathie pour une ignorance étoilée et un mensonge enivrant. | | | | |
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| vérité | | | Face à la fidélité et la poursuite, ampoulées et graves, de la vérité, le seul contraire intéressant n’est ni le mensonge ni l’ignorance mais bien la musique, cet unique langage qui n’a que faire de la vérité, car ses messages vont tout droit à l’âme, sans s’attarder dans l’esprit. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est impensable sans preuves logiques ; aucune preuve ne fut jamais apportée par les philosophes. Et ils continuent leurs incantations à cette Arlésienne, totalement absente de tous les ouvrages philosophiques. Le deuxième spectre, à bannir de la philosophie, est le fantomatique savoir, dont seraient pleins leurs traités de bavards et d'ignares. | | | | |
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| vérité | | | Les plaisirs non entachés de clarté sont les plus vifs, c'est pourquoi je dois abandonner fréquemment les vérités trop racoleuses et transparentes, en perdant, provisoirement, mon orientation. La répudiation d'un vieux savoir m'ouvre à une nouvelle jouissance. | | | | |
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| vérité | | | Il y a les yeux qui reflètent et enregistrent – les yeux corporels – le savoir. Et il y a les yeux qui dictent et imposent – les yeux spirituels – le regard. Des vérités découvertes ou des vérités créées. | | | | |
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| vérité | | | Aller au-delà de la pensée et de la connaissance (Plotin), du beau et du hideux (Baudelaire), du bien et du mal (Nietzsche) ne devient possible que grâce au regard, qui va au-delà du vrai et du faux : au-delà des valeurs on trouve leur rêve prévalent, moitié vrai moitié faux, on y trouve leur fontaine, digne qu'on continue à mourir de soif à côté d'elle. L'appel ou la conscience de l'au-delà, ne seraient-ils pas la définition même de la poésie ? Si la prose est une physique de l'écriture, la poésie en est une métaphysique. | | | | |
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| vérité | | | Pour porter aux nues Spinoza et Hegel, il faut être : ignare en logique, obsédé par le mot savoir, insensible au style, entraîné vers le bavardage ou la graphomanie. Pour aimer Nietzsche et Valéry, il faut tenir à la noblesse, à l’intelligence, à la poésie. Poursuite, hors langage, des occultes vérités pseudo-universelles ; ou création de langages, pour exprimer des vérités lumineuses individuelles. | | | | |
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| vérité | | | L’apparence s’oppose au savoir ou la dissimulation – à la découverte ; les deux n’ont rien à voir avec la vérité (la manie de tous les philosophes) ; la vérité n’est qu’une étiquette au-dessus d’une proposition et dont la valeur opposée vaut faux. Ce faux peut être syntaxique (phrase syntaxiquement incorrecte), sémantique (l’affirmation, syntaxiquement correcte, ne peut pas être prouvée), pragmatique (le bon sens refuse d’accepter la véracité et exige une révision de la représentation). | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est ni dans la correspondance (critère externe, discours face à la réalité) ni dans la cohérence (critère interne, représentation non-contradictoire). Toutes nos connaissances proviennent des représentations (théories, systèmes, connaissances aprioriques) ; la correspondance à la réalité n’a presque aucun sens. La cohérence peut être effectuée dans des représentations, en flagrante incompatibilité avec notre vision intuitive de la réalité. Ces deux croyances sont, pourtant, dominantes. | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance, transférée dans une représentation, devient un fait, une vérité câblée, atomique ; c’est la vérité qui se prouve, en s’appuyant sur les connaissances et non pas l’inverse : « Les connaissances doivent être définies en termes de la vérité et non vice versa » - B.Russell - « Knowledge must be defined in terms of truth, not vice versa ». - ni les logiciens ni les linguistes n’arrivent jamais à la hauteur des cogniticiens. | | | | |
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| vérité | | | La vie est pleine de mystères du Bien et de problèmes du Beau ; pour trouver son bonheur lumineux, en leur compagnie, il faudrait se détourner des solutions du Vrai, qui, le plus souvent, nous plongent dans un sombre désespoir. « Le bonheur est dans l’ignorance du vrai » - Leopardi - « La felicità consiste nell'ignoranza del vero ». | | | | |
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| vérité | | | La vérité part non pas de la non-vérité (les Grecs, Hegel, Heidegger), mais de l’ignorance ; elle ne s’en arrache pas, elle s’y substitue, paisiblement, monotonement (comme dirait un logicien). | | | | |
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| vérité | | | Toute connaissance provient des représentations ; toute représentation est subjective ; dans la réalité courante, on appelle, abusivement, objectif ce qui n’est que provisoirement consensuel, dans des représentations communes. Et les finasseries kantiennes : « Être vrai est la propriété objective du savoir, tandis que tenir pour vrai est subjectif, c’est le jugement, tenu pour vrai, suite à une représentation par un sujet particulier » - « Wahrheit ist die objective Eigenschaft der Erkenntnis ; das Urteil, wodurch etwas als wahr vorgestellt wird, die Beziehung auf ein besonderes Subjekt, ist subjectiv, das Fürwahrhalten » - montrent, que la vérité est un concept inaccessible aux philosophes. | | | | |
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| vérité | | | Moi, non-astronome, je n’ignore pas la distance entre la Terre et la Lune, mais ce n’est pas une connaissance, ce n’est qu’une croyance, puisque je suis incapable de le prouver. La connaissance sort des preuves et non pas de l’ignorance, comme la lumière ne sort pas des ténèbres, mais des propriétés universelles de la matière. | | | | |
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| vérité | | | La modestie et l’intelligence accompagnent, main dans la main, cette bénéfique évolution : prouver le vrai, narrer le réel, chanter le rêve. Mais il faut porter en soi un savant, un philosophe ou un poète, pour réussir ce parcours, avec un nombre décroissant de compagnons ou d’entendeurs. | | | | |
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| vérité | | | Ce qui, en littérature, dévalorise la vérité est que les bonnes vérités ne doivent leur valeur qu’au savoir, une part mineure du valoir en art. Toutes les vérités qu’on brandit dans l’art sont de mauvaises vérités, c’est-à-dire indémontrables. | | | | |
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| vérité | | | Le plaisir, qu’un jugement te procure, est dû davantage à l’angle de vue qu’à sa véracité ; le premier promet des vertiges, la seconde – de l’équilibre. | | | | |
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| vérité | | | Garder la soif, en tant que désir primordial, est le premier souci de l’homme sensible. Deux entités opposées, la vérité (discours qui se démontre et vise le savoir) et la métaphore (discours indémontrable, visant la beauté), contribuent, à parts égales, à l’entretien de cette soif. | | | | |
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| vérité | | | Le regard est créateur de représentations, donc - de modifications du langage, donc – de nouvelles vérités. « Le regard est le noyau de tout savoir, et toute nouvelle vérité en est l’exploitation »* - Schopenhauer - « Der Kern jeder Erkenntnis ist eine Anschauung ; auch ist jede neue Wahrheit die Ausbeute aus einer solchen ». | | | | |
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| vérité | | | Les logorrhées spinozistes, hégéliennes, phénoménologiques, proférées pourtant par des personnages érudits, s’expliquent par le non-usage de la contrainte la plus importante qu’aurait dû appliquer tout auteur de discours intellectuels – avant de retenir une assertion, la confronter à ses contraires. S’il se trouve un couple d’opposés, admettant des justifications intellectuelles ou esthétiques comparables, - biffer l’assertion, elle est due au hasard, au caprice, à l’arbitraire ; c’est l’antithèse du bon goût. | | | | |
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| vérité | | | Dans le réel, juge la raison ana-logique, guidée par le regard créateur ; dans la représentation, due essentiellement aux yeux contemplateurs, juge un interprète logique. Dans le premier s’incarne le savoir et le goût ; dans la seconde se désincarnent le langage et la vérité. Mais sans la puissance, profonde et prouvée, dans celle-ci – pas de hautes jouissances, éprouvées dans celui-là. | | | | |
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| vérité | | | Si, pour être appréciée, une pensée doit être comprise, elle saura enrichir le savoir (et s’appellera vérité), elle pourra appauvrir le vouloir (et s’appellera prose). | | | | |
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| vérité | | | Si tu maîtrises le savoir consensuel d’une civilisation, tu possèdes des représentations dures, non-contradictoires et partant de ce savoir essentiel ; chez les autres, dans la plupart des cas, elles sont molles, sans noyau, logiquement sain. L’évolution de tes représentations sera soumise à un contrôle logique ; elle sera arbitraire chez les autres. Tes vérités seront abductivement justifiées ; celles des autres auront le statut des dogmes individués. | | | | |
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| vérité | | | Tout homme possède un système implicite de validation de ses connaissances ; peu d’hommes procèdent à la vérification de la non-contradiction des représentations, nées de cette validation. C’est la part du savoir, logiquement cohérent, qui désigne une intelligence représentative. La valeur de la vérité d’une même proposition n’est donc pas la même chez un savant ou chez un ignare. Toutes les vérités sont personnelles, découlent des représentations personnelles, même si leurs valeurs logiques sont nulles ; aucune vérité n’est objective ou universelle (sauf en mathématique). | | | | |
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| vérité | | | En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques. | | | | |
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| vérité | | | Les métamorphoses du savoir : de la vérité déclarée à la vérité prouvée - un pouvoir consolidé, de la vérité prouvée à la vérité déclarée – un vouloir osé. La loi de savant ou le caprice de rêvant. Le devoir, scientifique et dogmatique, ou le valoir, lyrique et sophistique. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de vérité, en fonction de la rigueur de son interprétation, admet des acceptions éthique, psychologique ou logique. Les uns (les plus naïfs) l’opposent au mensonge ou à l’ignorance ; les autres (les scientifiques) confrontent l’idéel au réel et en constatent l’adéquation (psychologique) ; enfin, les troisièmes (les logiciens) n’y voient qu’une propriété des propositions (où les valeurs vrai/faux auraient pu être remplacées par 1/0), auxquelles se réduisent toutes les phrases d’une langue naturelle ou toutes les assertions d’un langage scientifique. | | | | |
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