| action | | | La liberté n'explique ni n'introduit rien dans nos rapports avec le mal. Le mal est inhérent à toute action ; l'homme le plus vertueux en commet autant qu'un robot, une hyène ou un mouton. C'est comme ces deux personnages de Valéry, l'un calculant tout et l'autre tirant ses choix au hasard - et arrivant au même résultat. Ne prouvent la liberté que des sacrifices ou fidélités irrationnels : « Agir de façon parfaitement rationnelle, ce n'est pas agir librement »** - Aristote. Et c'est encore Valéry qui parle de bassesse rationnelle et de hauteur irrationnelle. | | | | |
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| action | | | Que le fleuve aille vers la mer, est-ce de la trahison ou de la fidélité à sa source ? Les riverains, dans leur vaste platitude, protégés des chutes, ignorant la hauteur et le rythme des sources et ne craignant pas l'ampleur et la grandeur des estuaires, ne font plus de sacrifices sur les rives désacralisées, cachant autels et abattoirs. | | | | |
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| action | | | Les étapes de ma victimisation : l'élan, l'acte, le savoir, la langue, le ton - autant d'immolations, de ruptures et de discontinuités ; je ne serais qu'âne, bouc ou agneau, si je ne vais pas jusqu'au bout de cette chaîne ; et là, on saura si je suis rossignol, coucou, lion ou cygne. | | | | |
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| action | | | En quoi consiste mon bien palpable ? - seul un bien calculable peut s'y réduire, et agir contre ce bien est l'un des rares moyens de prouver notre liberté. Le bon Dieu, à travers son minable serviteur : « Dieu n'est pas offensé par nous, si ce n'est quand nous agissons contre notre propre bien » - « Non enim Deus a nobis offenditur nisi ex eo quod contra nostrum bonum agimus ut dictum est » - fait preuve d'un goût détestable en faveur de la servilité de l'homme. | | | | |
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| action | | | Agir est affaire de traductions successives : du désir en conviction, de la conviction en projet, du projet en moyens, des moyens en actes. Et cette chaîne est une suite de ruptures, aucune traduction n'étant fidèle entre les langages du désir, du discours, de la volonté, du geste, du sens. Si l'on suit le beau, on est infidèle au vrai ; si l'on suit le vrai, on s'éloigne du beau. « La traduction, comme la femme, est infidèle, quand elle est belle, et n'est pas belle, quand elle est fidèle » - Shaw - « Translations are like women : the beautiful ones are not faithful and the faithful ones are not beautiful » (voir aussi Lao Tseu). | | | | |
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| action | | | Jadis, l'action faisait appel à notre force, et le rêve valorisait toutes les ressources de nos faiblesses, l'impur ne se mêlait guère du pur. Aujourd'hui, ils veulent les fusionner : « Vision sans action est un songe, action sans vision est un cauchemar » - proverbe japonais. L'homme, fidèle à la vision et sacrifiant l'action, se réfugie dans des ténèbres. | | | | |
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| action | | | Le sens du sacrifice et le rêve sont chassés comme déviations du scénario unique des hommes. « Ce qui disparaît est l'Action, niant le donné, et l'Erreur » - Kojève - sans lesquels l'Homme disparaît des horizons divins, la platitude des hommes fêtant la fin de l'Histoire. | | | | |
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| action | | | Rien n'est fait aujourd'hui pour le son, le nom d'une chose, tout se fait pour la chose. Y renoncer pour son nom - privilège des poètes. Les autres ignorent le sacrifice et ne connaissent que l'échange. | | | | |
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| action | | | La sainte inquiétude : l'incompréhension de ce que je suis, de mes cordes et de mes flèches. L'inquiétude banale : née du souci de ce qui est à moi, de mes cibles. Les bons titres d'être ou de propriété sont délivrés par un sacrifice désarmant ou par une fidélité désarmée. | | | | |
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| action | | | Le but de l’écriture est le même que celui de l’existence : rester fidèle au rêve, à cet essentiel immuable, et sacrifier l’action, ce secondaire aléatoire. Le changement de soi est un objectif des médiocres ; je veux rester moi-même, c’est-à-dire rester à l’écoute de mon soi inconnu, révélé dans mon enfance et accompagnant tout mon regard sur l’azur, lointain ou haut. | | | | |
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| action | | | Rien de noble ne se confirme par la révolte ou l'action ; la résignation et le sacrifice en sont beaucoup plus proches - les trois frères Karamazov en sont une jolie illustration. Le sacrifice entretient une illusion personnelle, et l'action maintient une illusion collective ; l'action peut être noble avant son déclenchement, jamais - après, ce que ne comprend pas Aristote : « On devient juste, en agissant d'une manière juste, et courageux - en agissant courageusement ». | | | | |
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| action | | | Si, parmi les paramètres d'évaluation de mon action, aucun ne tient compte ni de sacrifices gratuits ni de fidélités aveugles, la valeur morale et ma liberté y sont nulles. Les motifs et la volonté y sont de bons indices, mais de piètres juges. « Les opinions ne m'intéressent que si elles conduisent aux sacrifices » - H.Hesse - « Meinungen interessieren mich nur da, wo sie zu Opfern führen ». | | | | |
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| action | | | La fidélité au désir ou son sacrifice, l'épicurien ou le stoïcien, auraient pu s'équivaloir si, au lieu de s'intéresser à la volonté, c'est à dire à l'inertie ou à la fuite en avant, ils se penchaient sur la puissance, c'est à dire sur l'intensité et son retour éternel ; c'est ainsi que Nietzsche interpréta la misérable idée spinoziste : la béatitude (le conatus) résiderait dans l'augmentation (le progrès, donc, – à l'opposé de l'éternel retour) de la puissance d'agir, tandis que, pour Nietzsche, il s'agit de la puissance de rêver. Comme quoi, les (pseudo-)parentés philosophiques se fondent sur les mots et non pas sur le sens. | | | | |
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| action | | | Pour qu'une page de notre vie s'illumine, il faut, souvent, blanchir une multitude d'autres : par l'oubli, l'ironie, le sacrifice. | | | | |
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| action | | | Le jour le plus redoutable pour les destinées de la liberté sera celui, où l'on réussira à mettre en équations les voies, qui mènent aux sacrifices et fidélités, et à en faire des calculs intéressés et profitables comme pour toutes les autres actions humaines. Ainsi la vision basse des goujats de jadis : « La vie est la liberté s'insérant dans la nécessité et la tournant à son profit » (Bergson) - tournera en aimable réalité. | | | | |
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| action | | | Exercice de dialectique hégélienne : voir le mode d'échange entre hommes triomphant, la transaction, comme une synthèse réussie des deux modes déchus, le sacrifice et la fidélité. Le marketing comme leur prolongement justifié. Le frayage des biens, des mots et des femmes s'effectuant selon la même loi. | | | | |
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| action | | | La liberté s'annonce dans l'audace des passions, se devine dans la créativité des commencements spirituels, mais elle se prouve uniquement dans les sacrifices et fidélités des actions. Il ne faut compter ni sur l'extase ni sur la contemplation, pour saisir la liberté, comme le fait Plotin : « La liberté réside dans l'intelligence, qui se désintéresse de l'action ». | | | | |
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| action | | | L'action, c'est la victoire de la pesanteur, et toute pesanteur est un mal. Et qu'est-ce que la victoire de la grâce ? - un sacrifice, ce qu'aurait dû être « la justice, cette fugitive du camp des vainqueurs » - S.Weil. | | | | |
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| action | | | Leur pensée ne s'enflamme que par l'appât du but, et leur acte ne va pas plus loin que la caresse des moyens - la fidélité, là où sied le sacrifice aux contraintes ; le sacrifice, là où s'impose la fidélité à l'instinct. « Pense en homme d'action, agis en homme de pensée » - Bergson - mauvais programme ! | | | | |
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| action | | | Le bien est l'état de notre cœur, où affleurent aussi nos hontes et nos impuissances. Ni les idées ni, encore moins, les actions ne peuvent s'y associer. « La bonne action, commise pour le salut de ton âme, n'est point bonne » - Berdiaev - « Добрые дела, которые совершаются для спасения собственной души, совсем не добрые » - le salut de ton âme, c'est la fidélité à la musique ; le salut de ton cœur, c'est le sacrifice de l'action (et non pas l'action de sacrifice). | | | | |
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| action | | | Le rêve ne peut pas être innocent, il s'y point toujours un état d'âme extatique, coupable, échappant à toute bonne logique acquittante. On s'en tire mieux avec l'action, qui est si souvent le contraire du rêve : « La vraie vie est l'éternelle innocence de l'agir » - Goethe - « Das wahre Leben ist des Handelns ewige Unschuld » - la vie, moins vraie mais plus musicale, se dédie au rêve. Le rêve est un sacrifice, et tout sacrifice est à ta charge, surtout le sacrifice des idées : « Aimer, voici l'éternelle innocence ; la seule innocence, c'est de ne pas penser » - Pessõa. | | | | |
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| action | | | La liberté la plus haute se manifeste dans des sacrifices ou fidélités oblatives, indéfendables ; mais on ne peut l’atteindre que si l’on s’impose des contraintes filtrantes, cette « indifférence, le plus bas degré de la liberté » - Descartes. | | | | |
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| action | | | La vie est faite d’actions et de rêves, que, respectivement, nous exerçons sur terre ou vouons au ciel ; mais les plus nobles mouvements, de l’esprit ou de l’âme, les fidélités et les sacrifices, y ont des places presque opposées. Sur terre, je cherche la fidélité aux rêves ; le sacrifice des actions m’aide à rester au ciel. La fidélité aux actions ou le sacrifice des rêves nous rendent moutons ou robots. | | | | |
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| action | | | Un Oui enivré - aux commencements personnels, des Non, sobres et sacrificiels, - aux parcours collectifs, un but - comme fidélité à l'élan des commencements. | | | | |
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| action | | | Pour les robots modernes, l’homme n’est libre ni avant ni après mais pendant l’action. Mais dans l'action, il est le pire des esclaves ! L’homme exerce la liberté avant l'action, sous forme d'un sacrifice de ses idées, qu'il va dramatiquement trahir. Il l'exerce après l'action, sous forme d'une fidélité aux idées, qu'il aura retrouvées, comiquement, comme l'enfant prodigue, égaré dans l'action. | | | | |
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| action | | | L’immense majorité de mes actes est fruit de ma servitude ; ma liberté ne doit presque rien à mes actes. Mais lorsque l’acte rare, magiquement, découle de ma liberté, dans un sacrifice pathétique ou dans une fidélité illogique, je vis des instants, comparables, en extase et grandeur, au rêve. | | | | |
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| action | | | Sans posséder le savoir, agir, par inertie, comme les autres – le mouton ; agir selon son savoir, développé en algorithme, - le robot ; agir contre son savoir – l’ange du sacrifice ou la bête de la fidélité – l’homme libre ! | | | | |
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| action | | | La liberté intellectuelle est impensable sans les bonnes contraintes que s’impose un esprit, fidèle ou sacrificiel. Donc, dire que l’imagination se déploie dans la liberté (Kant) n’est pas si bête. | | | | |
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| action | | | Tu ne prouves ta liberté qu’en te vouant à une valeur aux dépens de ton intérêt. | | | | |
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| chœur amour | | | RUSSIE : Quand l'amour oriente mes sens sur les mêmes objets que le bon sens, je reste fidèle à moi-même. Avec la Russie, on se perd, on se surprend, on se dépasse. L'horreur glace le regard, et pourtant le rêve continue à fasciner par tant de fatalité des fins ultimes de l'homme qu'on lit dans cette terre russe plus forte que les hommes. | | | | |
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| amour | | | L'amour paternel, illustré par Abraham et Dieu le Père : laisser égorger son propre fils. Heureusement, on trouve toujours, au dernier moment, un agneau ou une colombe de service, pour qu'on ne laisse pas d'encenser le bon géniteur. | | | | |
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| amour | | | Plus que par l’inertie, les plus beaux sentiments s’entretiennent par des ruptures d’habitudes, par des découvertes de nouveaux angles d’éclairage, par des sacrifices de l’acquis au profit de l’inaccessible. « Il n'y a rien de plus insipide que la patience et le dévouement » - Pouchkine - « Нет ничего безвкуснее долготерпения и самоотверженности ». | | | | |
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| amour | | | L'amour de Platon, l'amour d'Aristote, l'amour du Christ (tendresse, volupté, sacrifice/fidélité - agapé, éros, philia), trois révoltes contre nature, qui, pourtant, constituent l'homme. | | | | |
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| amour | | | Les percées de l'esprit, de l'âme ou du cœur ont le même secret, la même formule : un sacrifice inspirateur suivi d'une fidélité créatrice ; leur dénominateur commun s'appelle amour : l'amour du vrai, l'amour du beau, l'amour du bon. Être libre et savoir se sacrifier seraient-ils synonymes ? - « Plus l'âme se sacrifie sans retour, plus elle est libre »*** - Fénelon. | | | | |
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| amour | | | Je ne connais pas à l'amour de talents de prestidigitateur ou de guérisseur ; il est une divinité païenne, divinité créatrice et nullement salvatrice, aimant le temple vide, l'autel ardent et le sacrifice vital. « Notre amour ne peut se maintenir que par des sacrifices »* - Beethoven - « Kann unsere Liebe anders bestehen als durch Aufopferungen » - la fidélité permet de tenir des promesses, mais c'est le sacrifice qui permet d'entretenir la flamme. | | | | |
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| amour | | | Quand je comprends, que « ce qu'on donne à l'amour est à jamais perdu »** - Desbordes-Valmore - je ne regrette plus ni la lumière ni la flamme sacrificielle, que je dépose sur un autel. Les offrandes amoureuses sont des hécatombes. | | | | |
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| amour | | | L'amitié attend de nous la fidélité, et l'amour - le sacrifice ; quand on les confond, on se trompe ou trompe l'autre. | | | | |
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| amour | | | Au-dessus du sens - le culte de la source perdue du premier mot et la joie de la divination de la finalité du dernier. « Chez la femme, le sens est porté par le dernier mot, chez l'homme - par le premier »*** - L.Salomé. L'homme est musicien d'antan, la femme est Muse de l'instant : le rythme, c'est l'émoi, né à la source et prolongé par le courant créateur ; le commencement, c'est l'émoi sans durée ni coordonnées. Le fleuve cherchant à rester fidèle au sens de sa source - telle fut le sens du rythme antique. | | | | |
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| amour | | | La passion est un besoin soudain de sacrifier ce qui est fort ou de rester fidèle à ce qui est faible. L'esprit, l'âme ou le corps sont les organes, en général – exclusifs, de ces résistances à l'inertie ambiante. Mais seul l'amour les aligne de front, tous les trois : « L'amour est de toutes les passions la plus forte, parce qu'elle attaque à la fois la tête, le cœur et le corps » - Voltaire. | | | | |
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| amour | | | L'amour étant une superstition, on est toujours placé devant les autels. Avec la vraie religion on se sacrifie, avec la fausse - on sacrifie les autres. L'amour est une prière, une oratio ignata ; seule la superstition me fait entendre une réponse déchiffrable. Dans l'art, il vaut mieux en avoir la religion que l'amour. Et d'ailleurs : « L'amour vrai dégoûte de l'art » - Van Gogh. | | | | |
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| amour | | | L'écoute soudaine du soi inconnu est le signe même d'un amoureux, et le poète est un éternel amoureux, puisqu'il est le seul à en imiter la voix. « L'essence de l'amour : le sacrifice de la conscience de son soi et sa redécouverte et maîtrise dans cet oubli même » - Hegel - « Das wahre Wesen der Liebe besteht darin, das Bewußtsein seiner selbst aufzugeben, doch in diesem Vergessen sich erst selber wirklich zu besitzen » - on abandonne son soi connu, pour se fusionner avec l'inconnu. Et puisque la poésie correspond exactement à la même définition, le poète est l'éternel amoureux, sacrifiant ce qu'il possède à la fidélité à ce qui le possède. | | | | |
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| amour | | | L'art : suggérer, pudiquement, par quelques reliefs, contours ou fragrances, le sens, la charge et la hauteur d'un regard sur ce qui appelle adulation, sacrifice ou possession - tout art est, donc, érotique. Où encore la volupté frôle de si près la honte ? « Mes pensées sont mes catins »* - Diderot. Les intentions du bon Dieu n'y sont pas sans ambigüité non plus : entre être l'Amour ou faire l'amour, Il s'est réservé être et ne nous invita qu'à faire. | | | | |
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| amour | | | Un casse-têtes psychologique : si, en plus de mon âme, ma raison même me persuade, qu'il est dans mon intérêt de sacrifier ce qui rapporte ou de rester fidèle à ce qui me ruine, serais-je libre ou amoureux, en suivant cette ligne de conduite ? | | | | |
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| amour | | | L'homme vit de l'esprit, et la femme – du cœur. La secousse, l'élan de leur attirance mutuelle, réduit l'esprit de l'homme au souci du corps ou à la musique de l'âme, tandis que la femme reste fidèle à son cœur immutable. Cette fidélité inconsciente auréole la femme ; l'homme se confirme dans la conscience du sacrifice intérieur. | | | | |
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| amour | | | Le meilleur signe de l'amour n'est ni la force ni le sacrifice ni la fidélité, mais la furtive caresse, portée par un regard, une main, un mot. Sur un axe, allant de la volupté à la consolation. | | | | |
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| amour | | | En français et en russe, la pensée (мысль) est au féminin, elle est en attente du mot, qui la pénètre. En allemand (der Gedanke) et en italien (il pensiero), elle se masculinise en vue d'inséminer le mot efféminé (la parola) ou neutre (das Wort). En tout cas, une relation érotique, hétérosexuelle, entre la passion et la pulsion, entre la source sacrificielle et le fleuve fidèle, entre la création et sa muse, partout, est nette, qu'il s'agisse de la littérature, de la noblesse ou des voluptés charnelles. | | | | |
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| amour | | | On peut sacrifier la vérité au nom du Bien, mais le Bien peut être sacrifié au nom de la Beauté ou de l’amour. Ce que Nietzsche dit de l'amour : « Ce qu’on fait par amour, s’accomplit toujours par-delà le Bien et le mal »** - « Was aus Liebe getan wird, geschieht immer jenseits von Gut und Böse » - s'applique aussi à l'art. | | | | |
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| amour | | | Il faudrait réserver le terme d’amour à ses deux éruptions inconditionnelles : l’amour maternel, viscéral, imbu d’esprit de sacrifice aveugle, et l’amour sensuel, à fidélité aveugle, porté à un être du sexe opposé ; ce sont des caresses – par le regard, par le mot, par la main. En revanche, l’amour de Dieu, de vérité ou de patrie devrait être réduit aux choses sacrées : le sacré du lointain, le sacré de l’immédiat, le sacré du proche. L’âme sacralise la Création divine, l’esprit - la création humaine, le cœur – l’émotion de notre venue au monde. | | | | |
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| amour | | | Pour que son amour dure, l’amoureux devrait prendre l’exemple du mathématicien – apprendre l’art de substitution de variables aux constantes, sacrifier le permanent par fidélité à l’intemporel. Par ailleurs, le poète le comprend déjà : « La poésie est l’inconstance dans la fidélité »* - R.Char. | | | | |
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| amour | | | Aimer, contrairement à toutes les autres passions, c'est aspirer à ce qui n'est absolument pas moi, ne désirer aucun partage, donner sans me déposséder, découvrir les délices d'un éloignement, qui ne m'approche que de moi-même, échanger des messages, dont j'ignore, moi-même, la langue magique. | | | | |
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| amour | | | Quand ils se vantent d’avoir sacrifié l’amour pour la liberté, il est certain, que soit cet amour perdu fut misérable, soit misérable fut la liberté préservée. | | | | |
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| amour | | | La vraie fidélité, le vrai amour, la vraie création commencent lorsque les yeux se ferment sur le réel et les mains s’en détachent ; le regard et le cœur les remplacent, on devient poète, c’est-à-dire un amoureux. | | | | |
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| amour | | | L’amour : à vingt ans – l’obsession, à quarante – la caresse, à soixante – la tendresse, à quatre-vingts – la fidélité. | | | | |
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| art | | | La poésie est le sacrifice du connu, et même de l'inconnu, pour sacrer l'inconnaissable. Mais il faut savoir ériger des autels, maîtriser le feu et, surtout, créer des divinités inexistantes et crédibles. | | | | |
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| art | | | Face aux adeptes du mot unique, qui s'imaginent cambrioleurs devant un coffre-fort, égrenant des chiffres, avant de se saisir du trésor grâce à la combinaison gagnante : je rêve de clefs, dont la beauté me ferait oublier toute serrure (« pouvoir enténébré de la clef » - Celan - « eingedunkelte Schlüsselgewalt »). Vol ou don. | | | | |
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| art | | | Nos rapports avec la vie prennent forme en fonction des trois types de son interprétation : par le cerveau (la science), par les sens (l'instinct), par l'âme (l'art) - la comprendre, la subir, la jouer. La vie semble être un jeu, puisque seul l'art fait durer l'illusion d'une fidélité à la vie. | | | | |
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| art | | | La netteté de la frontière entre la vie et l'art est signe d'artiste ; c'est en la franchissant qu'il devient, respectivement, maître ou esclave ; sa force n'a aucun sens dans la vie, son humilité n'a aucun sens dans l'art. La vie est une épreuve de forces ; l’art n’est qu’une consolation par la beauté. Toute force étant devenue suppôt du désespoir, la consolation ne peut plus compter que sur nos faiblesses – l’amour, la caresse, le sacrifice. | | | | |
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| art | | | Ils s'imaginent, qu'il existe une littérature naturelle, aux mots épousant fidèlement les choses, et une littérature diffractée, ne guettant que l'élusif et le trouble. Cette fidélité béate à un réel dominateur semble ignorer, que les seuls êtres, qui peuplent la littérature, sont des objets à naître, des fantômes demandant surtout, de la part de celui qui crée ce réel docile, - des sacrifices. | | | | |
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| art | | | Le style est affaire du seul talent ; aucun effort ou discipline ne t'en approchent. Mais ses symptômes sont : la hauteur des contraintes, l'ampleur des moyens, la profondeur des valeurs. Il n'est pas dans le développement d'un monde en mouvement, mais dans l'enveloppement d'un mouvement, qui est l'origine d'un monde. Le style des enchaînements n'est qu'une technique artisanale ; le vrai style jaillit des commencements, il est la fidélité à la source nouvelle. | | | | |
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| art | | | Les philosophes professionnels choisissent toujours le mauvais côté du confessionnal : « Le métier littéraire est un éternel sacerdoce » - Carlyle - « Literary men are a perpetual priesthood ». Sois ton propre autel, sur lequel tu alterneras les sacrifices de la vie et les fidélités à l'art. | | | | |
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| art | | | L'artiste peut se permettre de tricher pour le beau, par exemple : « Je me taille une cible d'après l'impact de ma flèche »** - K.Kraus - « Ich schnitze mir den Gegner nach meinem Pfeil zurecht ». Je suis libre non pas parce que je sais que je pense (« L'homme est libre parce qu'il n'est pas soi, mais présence à soi » - Sartre), mais parce que je peux sacrifier pour le bien et mentir pour le beau. Ainsi on aboutit à : « L'artiste trahirait soi-même dans une sorte de sincérité » - Chesterton - « An artist will betray himself by some sort of sincerity ». | | | | |
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| art | | | Les photophores : « La littérature est une lampe du sacrifice, qui se consume pour éclairer » - Proust - ignorent, qu'un livre vaut surtout par la qualité de ses ombres et par leur fidélité à la seule source de lumière non-commune - son étoile. La lumière de salon, de place publique et même de laboratoire - tout quidam peut lui sacrifier son encre : sans belles ombres, la lumière n'est que grisaille, et l'encre - pâté. | | | | |
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| art | | | L'art, c'est une mise en valeur des axes entiers – le Bien et le Mal, la force et la faiblesse, la fidélité et le sacrifice, la fierté et l'humilité, la proximité et le lointain, l'ascension et le déclin. Tandis que la vie, c'est à dire l'instinct et le bon sens, me fait pencher vers une seule extrémité, le choix éthique, avec sa tragédie – l'insignifiance des actes. La tragédie de l'art se traduit par l'ironie, que mérite l'extrémité esthétique violente, et par la pitié, qu'inspire la douce extrémité éthique ; appliquées à doses égales, elles assurent l'intensité du même. | | | | |
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| art | | | La raison tient au bon et au vrai, mais l’âme a le droit de tout sacrifier au beau. Les valeurs particulières de l’être terrestre deviennent les axes entiers pour le devenir céleste, la création. Dans l’art qui veut être la vie même, les axes, détachés du temps, deviennent ellipses, boucles – l’éternel retour. L’art reste le Même. | | | | |
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| art | | | Dans les rapports entre la vie et l’art, on ne peut pas sacrifier l’un au profit de l’autre. Ces rapports ressemblent à la traduction poétique, où le succès consiste en fidélité à l’essentiel par le sacrifice de l’inessentiel. | | | | |
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| art | | | Un livre est bon, si sa lecture t’oblige ou t’amène à renoncer à une partie de ton intelligence du connu profond, pour te laisser envahir par une haute intelligence d’inconnu. | | | | |
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| art | | | Il y a trois sortes d’écrivain : ceux qui sacrifient le Beau personnel au nom du Bien universel ; ceux qui abandonnent ce Bien pour ce Beau ; enfin ceux en cherchent l’équilibre et qui sont donc philosophes. Et c’est le talent qui munit ces deux dimensions de grandeur, de noblesse et de véracité. | | | | |
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| art | | | Que les voies d’artiste soient obliques s’explique non pas par des changements d’avis, mais, au contraire, par la fidélité à son goût métaphorique, ponctuel et non surfacique, et qui reste le même ! Ce goût se traduit par le culte du point zéro de la création, point de départ d’un méta-retour éternel du même. De brèves éruptions, d’une même intensité et du même cratère, et le refus de suivre, machinalement, le parcours de la lave. Les métaphores de forme personnelle, au-dessus des pensées de fond commun. La même essence étoilée traversant le fleuve de l’existence enténébrée. | | | | |
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| art | | | Signes de la liberté d’artiste – la fidélité dogmatique (le goût) et le sacrifice sophistique (le style). Signes des contraintes d’artiste – l’infidélité sophistique (l’ironie) et le sacrifice dogmatique (la noblesse). | | | | |
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| art | | | L’art : plonger dans la profondeur, sans la certitude de remonter avec une perle ; polir la perle trouvée, sans savoir dans quelle couronne elle s’incrusterait ; tresser la couronne, sans savoir quelle tête serait digne de la porter. L’art : savoir sacrifier la vie pour vivre. L’art : cultiver la beauté désintéressée n’ayant pas besoin de se prouver par une application. | | | | |
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| chœur bien | | | SOUFFRANCE : Le mérite principal du Bien n'est pas dans l'évanouissement de la souffrance, mais dans le rehaussement de son lieu. Je souffre moins du mal, qu'un autre m'inflige aveuglement, que du bien, que mon cœur se figure et que ma main défigure. En fait de fidélité, rien n'égale le regard. En fait de sacrifice - le bras tombé. | | | | |
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| chœur bien | | | ACTION : N'importe qui peut faire du bien, il suffit d'être fidèle au poids des habitudes ; pour être bon, il faut un sacrifice, il faut renoncer à peser et à encenser l'action. Le meilleur départ du Bien se trouve sur ton front qu'auréole la honte ; le pire - dans une main traduisant un dessein de la cervelle au repos. L'action est pour le Bien ce que le fard est pour le sourire. | | | | |
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| bien | | | La seule liberté, digne que je m'y appesantisse, est la liberté noble, éthique, et son volume ne dépend nullement de mes convictions ou de mes doutes : il est égal à la part de la raison, que je suis prêt à sacrifier, pour rester dans le Bien, indicible, intraduisible ni en logique ni en actes. | | | | |
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| bien | | | Ne regrette pas de ne pas t'appartenir. Regrette de ne pouvoir te donner. | | | | |
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| bien | | | Les frontières entre l'actuel et le virtuel s'estomperont dans le siècle à venir. Dans un musée, on vous fera voir des idées, des mots ou des images, que cultivaient des siècles bornés par la souffrance, le doute et l'arbre. La transaction et l'interaction évinceront définitivement le vol et le don, le poing et la larme. | | | | |
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| bien | | | Le mal - tout ce qui m'oblige à lutter (même le doux Jésus m'y invite : « que celui qui n'a point d'épée vende son vêtement et achète une épée », par la voie d'Hermès, de surcroît ! Et que ce décembriste, ami de Pouchkine, y est plus chrétien : « Nos mains cherchèrent l'épée et se trouvèrent chargées de fers » - « К мечам рванулись наши руки, и - лишь оковы обрели ». | | | | |
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| bien | | | Le Bien - tout ce qui me rend capable de fidélité ou de sacrifice. Et l'intersection n'est jamais vide. Le sacrifice se prouve par détachement du visible, la fidélité - par attachement à l'invisible. « La vie est un combat entre sacrifice et fidélité, entre reconnaissance du commun et préservation de l'individuel » - H.Hesse - « Das Leben ist ein Kampf zwischen Opfer und Trotz, zwischen Anerkennung der Gemeinschaft und Rettung der Persönlichkeit ». | | | | |
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| bien | | | Les balivernes nietzschéennes sur le surhomme et sur la volonté de puissance proviennent de sa méprise : il prit la recherche de la vérité - effectivement, une manie des sots ! - pour la morale (qui suppose le respect du faible et le sacrifice par le fort). Heidegger, en n'y voyant que la machine, fut plus lucide : « La vérité de l'être revendique le sacrifice de l'homme » - « Die Wahrheit des Seins nimmt das Opfer des Menschen in Anspruch » - de deux concepts cadavériques résulte ou, plutôt, surgit le geste vital, le sacrifice, ce concept vital appelant, en général, au renoncement du geste ou même au suicide en musique : « La mort est la hauteur insurpassable de la vérité de l'être dans le chant du monde » - Heidegger - « Der Tod ist das höchste Gebirg der Wahrheit des Seyns im Gedicht der Welt ». | | | | |
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| bien | | | La plus grande liberté, comme le plus grand esclavage, se résument dans une même formule : accomplir la volonté d'un autre et non la mienne propre. Si cette contrainte extérieure m'est imposée par des hommes, plus puissants que moi, je suis esclave. Si elle m'est soufflée par mon propre soi inconnu, par cette voix d'un Bien inné et sacrificiel, je suis homme libre, homme divin. Cette liberté est une merveille irrationnelle, accessible même au dernier des hommes ; la liberté animale, celle du choix d'un acte dans un ensemble des actes possibles, est une merveille rationnelle, accessible même aux fourmis. | | | | |
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| bien | | | Le suicide serait une question d'incapacité de renouveler ses réserves : « Tant que l'on peut donner, on ne veut pas mourir » (Desbordes-Valmore). Tant que l'on veut prendre, on peut vivre. Tranquillement. En esclave : « On n'a la liberté de tout faire que lorsqu'on a tout perdu » - E.M.Remarque - « Erst nachdem wir alles verloren haben, haben wir die Freiheit alles zu tun ». | | | | |
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| bien | | | Nous avons peut-être deux âmes : une forte et héroïque, sachant faire des sacrifices, et une faible et sainte, osant la fidélité. Elles auraient deux canaux d'échanges : l'ironie face à la force et la pitié pour la faiblesse. Dans la pitié, la noblesse fait que l'âme sacrifie sa force impure à la pure faiblesse. | | | | |
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| bien | | | La honte face au Bien inaccessible, le sacrifice au nom du beau - ce sont nos faiblesses ; tandis que tout usage de notre force est banal et presque mécanique : « L'originel ne peut apparaître que dans la faiblesse »** - Hölderlin - « Das Ursprüngliche kann nur in seiner Schwäche erscheinen ». | | | | |
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| bien | | | La liberté, si importante en éthique, est inutile en esthétique : la grâce ou le donné s'y passent de notre liberté et vont tout droit à l'âme, sans interpeller notre volonté. « La liberté n'est pas de décider, mais d'être décidé » - Enthoven - la liberté est de savoir au nom de quel sacrifice je décide et au nom de quelle fidélité je suis décidé ! | | | | |
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| bien | | | La liberté dans notre métaphysique : le Bien n'est pensable que grâce à la liberté de faire des sacrifices ; le vrai ne se fixe que dans la fidélité au langage, au libre arbitre dans la construction de modèles ; mais le beau n'a aucun rapport avec la liberté, l'art est une liberté en soi. | | | | |
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| bien | | | Inévitablement, l’artiste, fidèle à l’art, se livre à la servitude du cœur, au diktat de l’esprit, aux caprices de l’âme « Dans toutes les sphères, l’homme est tyran, traître ou prisonnier » - Pouchkine - « На всех стихиях человек - тиран, предатель или узник ». | | | | |
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| bien | | | On me juge le mieux, lorsque je me donne ; mais dans ce que je donne, c'est à dire dans mon offrande en tant qu'œuvre, on ne perçoit que la direction vers moi, ou mon soi déjà articulé, jamais mon soi inconnu, celui qui me poussait à me donner - un cercle vicieux, c'est ce que voulaient dire Nietzsche ou Sartre : « On se perd en se donnant »**. | | | | |
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| bien | | | Celui qu'ennuie l'affrontement belliqueux entre convictions et trahisons devient fataliste et/ou nihiliste, qui invente la paix des sacrifices et des fidélités. | | | | |
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| bien | | | Le genre de sacrifices et de fidélités, qui prouve ton attachement au Bien et à la liberté, n'admet aucun principe formel et ne découle d'aucun trait de caractère. C'est pourquoi on sent le sacré et le divin dans le sacrifice. | | | | |
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| bien | | | Dans les questions d'éthique, notre force est neutre, mais nos faiblesses réveillent en nous la voix du Bien, du sacrifice ou de la honte. Du meilleur usage de l'accroissement de nos forces – les diriger à justifier le recours à nos faiblesses ! Mais seul le surhomme peut se sentir fier de sa faiblesse. | | | | |
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| bien | | | Le sacré n'est pas au-delà du Bien et du mal, il en est la frontière verticale, comme la loi en est la frontière horizontale. Créer du sacré, c'est trouver au Bien une place en hauteur, soulevant de la terre celui qui y élèverait ses yeux, en quête du sacrifice, ou démonisant celui qui y mettrait sa main, porteuse de sacrilèges. | | | | |
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| bien | | | Le vice - se servir de la fontaine du Bien comme de l'eau courante, d'un système d'irrigation ou d'arrosage, y voir un outil ou un moyen ; la vertu - mourir près d'elle, les mains et les genoux pliés, y voir une noble contrainte. | | | | |
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| bien | | | Les raseurs éthiques nous parlent d'un penchant à la faute, conduisant l'homme au mal (les plus bêtes, comme Badiou, parlent même de trahison, à travers un simulacre de vérité), et d'un penchant au Bien, le conduisant au salut ; mais le Bien, c'est la sensation de la hauteur, d'un sommet, par rapport auquel tout mouvement nous mènera à une pente, une chute, une déchéance ; et le seul moyen de rester dans le Bien est de rester immobiles, ou, pour lui rester, au moins, fidèles - de revivre sa hauteur comme un souvenir d'un séjour paradisiaque, d'où nous sommes chassés. | | | | |
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| bien | | | La force doit pratiquer l'art du sacrifice, et la faiblesse – oser la fidélité ; le drapeau blanc y sied à la force, et la faiblesse s'y manifeste comme une honorable force sans action. Avec l'action, la force nous coupe du royaume du Bien : « N'est Bien que ce qui est soustrait à la force » - Socrate | | | | |
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| bien | | | La fidélité à ce qui n'est plus que ruines est peut-être un sacrifice de plus, et, dans ce cas, Thomas d'Aquin a presque raison : « Toute œuvre de vertu est dite un sacrifice » - « Omne opus virtutis dicitur esse sacrificium », où il faudrait substituer liberté à la place de vertu. | | | | |
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| bien | | | Seul le christianisme donna ses titres de noblesse au sacrifice, perçu comme abandon de ses clairs intérêts au nom d'un Bien inarticulable. Et Socrate : « Préférer le nuisible à l'utile, peut-il en être de plus funeste pour l'homme ? » - est bien un plébéien, n'arrivant pas à la cheville du Christ. | | | | |
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| bien | | | Le seul Bien, méritant nos frissons, est celui qui implique nos sacrifices et/ou nos fidélités, dans les moments cruciaux de notre existence ; il coïncide donc avec le problème de la liberté éthique, la seule liberté noble. Quant aux autres libertés, c'est une question de dignité ou d'intelligence, et non pas de noblesse. « Dans la vie, tout doit passer par rejet de la tentation de la liberté » - Berdiaev - « Всё в жизни должно пройти через отвержение соблазнов свободы ». | | | | |
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| bien | | | Ne créent ni ne prient que les esclaves. Esclaves d'une passion ou d'une vision. Devenus maîtres, ils se mettent à produire. Œuvres et autels se transforment en lignes de produits. On crée et prie devant le rêve, on produit dans la réalité : « Il n'y a plus de résolution symbolique, par le sacrifice, de l'excédent de la réalité »** - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | La liberté spirituelle est une valeur mineure, se réduisant à une banale évaluation de la part du conformisme ; la seule liberté, qui mérite réflexion, est la liberté éthique, le pouvoir de sacrifier son soi connu, ce conducteur du mal, pour rester fidèle à son soi inconnu, à cette source du Bien, être autre (Sartre). La liberté est le pouvoir de rester avec l'intraduisibilité du Bien en actes, qui, toujours, relèvent du mal. | | | | |
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| bien | | | Les choix évidents de l'égoïsme face aux obscurs choix sacrificiels – tel est le problème de la liberté morale, la plus haute de toutes. Les seconds choix n'étant plausibles et sincères que rarement, la liberté (l'autodétermination morale de Kant) n'est que rarement démontrable. La voix du Bien n'indique jamais la conduite à prendre ; elle nous fait rougir plus certainement qu'agir. | | | | |
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| bien | | | La liberté éthique se découvre dans la résignation de mon soi connu de porter une souffrance sacrificielle, que me souffle mon soi inconnu, source de tous les mystères : du Bien, de la création, de la beauté. « Le retournement du moi en soi, le désintéressement en guise de vie, un soi malgré soi comme possibilité de souffrance »* - Levinas. | | | | |
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| bien | | | Ma liberté éthique est toujours de la violence, faite à mes propres intérêts ; ce qui est l'un des rares cas, où le courage est à saluer : « La liberté est incompatible avec la faiblesse » - Vauvenargues. | | | | |
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| bien | | | Dans l'aurore d'aujourd'hui, j'introduis le crépuscule de la honte d'hier, auréolant la pitié du lendemain. Désir, fidélité et sacrifice, c'est ainsi qu'on reste inentamé à chaque aurore. | | | | |
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| bien | | | Les étapes de la démonstration de ma liberté éthique : le calcul de mon intérêt, la honte que celui-ci m'inflige, son sacrifice, - l’application de la loi morale kantienne. « La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords » - Rostand. | | | | |
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| bien | | | Donner est facile ; ce qui est difficile, c'est garder ma main donnante en-dessous de ma main prenante. | | | | |
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| bien | | | De la liberté au second degré : l'homme du Bien introduit le sacrifice de l'intérêt direct dans le paradigme du Bien – sa liberté devient, paradoxalement, - robotique ! | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une voix indéchiffrable, une exigence intraduisible en invitation à agir ou en mode d'emploi. Il laisse des échos dans le brouhaha ou la musique de l'existence, sous forme de honte, de sacrifices ou de fidélités. On ne fait rien en son nom, on ne peut qu'en rougir, sangloter ou prier. Tout le Bien est dans la contrainte et non pas dans le but. Les activistes de l'esprit absolu sont souvent handicapés côté cœur : « Une chose aussi vide que le Bien au nom du Bien, n'a aucune place dans une réalité vivante » - Hegel - « So etwas Leeres, wie das Gute um des Guten willen, hat überhaupt in der lebendigen Wirklichkeit nicht Platz » - ce Bien trouve refuge dans un cœur vivant. | | | | |
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| bien | | | Ni la solitude ni une fraternité des hommes libres ne prédisposent à la noblesse ; la source de celle-ci, c'est l'écoute de ma voix intérieure du Bien et la conclusion, que le seul écho, extérieur et juste, de cette voix ne peut être rendu que par la musique du beau, et jamais par l'action du vrai. Sacrifice du Bien à vénérer, fidélité au beau à créer. | | | | |
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| bien | | | À quelle époque mettait-on l'esprit chevaleresque au sommet des valeurs éthiques ? - au Moyen-Âge ! Mais le nouveau Moyen-Âge, qu'on vit aujourd'hui, c'est le règne du goujat : « Oubliez la vérité objective et vous rendrez les Terriens plus pragmatiques et libéraux » - Rorty - « To forget about objective Truth would make the world's inhabitants more pragmatic, more liberal » - pour les pragmatiques, ne vaut que ce qui s'achète, tandis que l'absolu, ou la vérité objective, à leurs yeux, c'est la gratuité inconditionnelle des rêves, des passions, des sacrifices. | | | | |
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| bien | | | Une consolation : rester fidèle au Bien inexprimable ; mais le bien, traduit en actes, est inconsolable. | | | | |
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| bien | | | Aucune montée vers la hauteur, à partir du Bien, rien ne peut aller au-delà du Bien, tandis que l'esprit qui sacrifie devient âme, et l'âme qui sacrifie devient cœur ; mais la fidélité au Bien, final et inexprimable, nous retourne à l'esprit initiatique. Rien n'échappe à l'esprit qui connaisse ce retour éternel. | | | | |
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| bien | | | Pour mieux comprendre ce qu'est la liberté, compare la relation entre la masse et l'énergie, en physique, avec celle entre le corps et l'âme, en éthique, - tu verras tout de suite, que dans le second cas aucune fonction continue, aucune causalité directe entre ces substances, ne sont possibles, contrairement au premier cas. La notion de saut, de rupture ou, mieux, de sacrifice, est indispensable, pour juger de ma liberté. | | | | |
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| bien | | | Ma liberté éthique peut être pragmatique ou mystique. Dans le premier cas, le choix libre coïnciderait avec la poursuite de mes intérêts rationnels. Dans le second, le choix impliquerait un sacrifice de ces intérêts. Je ne prouve ma liberté que dans ce second cas. Et que penser de cette liberté : « tu es libre, quand c'est par toi seul que tu es déterminé à agir » (« res libera dicitur quæ a se sola ad agendum determinatur » - Spinoza) ? - mais c'est la définition même du comportement robotique ! Même un robot coopératif est plus humain… | | | | |
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| bien | | | Si mon action découle d'un calcul, elle n'est libre que sur un mode robotique ; la liberté éthique ne peut se confirmer qu'à travers mon sacrifice, où j'immolerais une partie de mes intérêts, peut-être vitaux, où je serais mon propre bourreau. C'est cette liberté qui serait une véritable métaphysique du bourreau (Nietzsche). | | | | |
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| bien | | | Si faire retentir ma musique intérieure est mon premier souci, ce n'est pas du remplissage de la salle que je m'occuperai en premier, mais de son acoustique, c'est à dire d'un vide utile. Si l'œuvre du bien existe, elle serait bien dans la fidélité à la musique et dans le sacrifice des ovations, à l'opposé de : « le Mal revient où le vide est attesté » - Badiou - le vide, c'est le fond, et le Mal, c'est de le laisser informe, le Bien étant la naissance de formes. | | | | |
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| bien | | | Deux sortes de liberté humaine : en mystique – résister à la pesanteur, me fier à la grâce, me maintenir dans la hauteur de mon regard ; en esthétique – rester fidèle à l'audace de mon goût, garder l'intensité des commencements. Mais la liberté vraiment divine s'éploie en éthique – sacrifier la marche de mes actes à la danse de ma pitié et de ma honte. | | | | |
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| bien | | | Deux sortes de liberté : la mécanique, celle de l'âne de Buridan, et l'organique, celle d'un sacrifice de son intérêt social ou physiologique. Un tirage au sort intérieur, facilement transposable à une machine, ou un acte extérieur, à l'intérêt indémontrable, s'appuyant sur l'écoute de la voix mystérieuse du Bien. « Seule la foi peut donner la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | La vie veut me soumettre à la loi éthique, et l'art me conjure à suivre la liberté esthétique. Le choix est entre la honte et la noblesse, entre Tolstoï et Nietzsche, être fidèle à la vie, en l'élargissant à l'art, ou la sacrifier, en la rehaussant par l'art. | | | | |
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| bien | | | Le Bien se rêve et le mal se fait ; l’arbitraire tyrannique du Bien ou la liberté raisonnable du mal. L’esclavage du mal n’existe pas ; c’est le Bien qui nous y soumet. Oser le Bien immobile, atopique, fantomatique et non pas subir l’inertie du mal, actif, présent, évident. La vraie rédemption : se soumettre à l’esclavage injustifiable du Bien. Toutefois, cette résignation exige plus de volonté de puissance que la détermination de l’orgueil. | | | | |
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| bien | | | Le fond de ma liberté est dans l’écoute du Bien, et sa forme se présente en musique de fidélités ou de sacrifices, dont aucune loi, aucune causalité, aucune partition ne prédétermine l’exécution. « L’obéissance à la loi, qu’on s’est prescrite, est liberté » - Rousseau – non, la liberté serait plutôt une révolte inconsciente qu’une obéissance sereine ! | | | | |
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| bien | | | N’importe quel âne (et même celui de Buridan), comme n’importe quel autre animal, peut exercer la liberté du choix, la liberté moutonnière. La seule liberté noble est la liberté du sacrifice, et qui ne peut provenir que de l’âme. La liberté est l’âme. Ceux qui préparent la mutation humaine en robots diront : « L’esprit se réduit à la liberté » - Hegel - « Das Wesen des Geistes ist die Freiheit » - l’esprit est la servitude ! | | | | |
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| bien | | | On ne peut atteindre le Ciel qu’en sacrifiant quelque chose de vital sur la Terre ; mais le Ciel, c’est l’angoisse, la consolation fugitive, la solitude des joies et le silence du Bien. Mais l’obsédé de l’Action trouvera toujours une justification de son ancrage à la Terre : « Au Ciel il n’y a aucune occasion de sacrifice, tout n’y est que calme et volupté » - A.Carpentier - « En el Reino de los Cielos - imposibilidad de sacrificio, reposo y deleite ». Le Ciel s’ouvre, quand je reste seul, débarrassé des autres et même de mon propre soi connu ; l’Enfer sévit sur la Terre des autres. | | | | |
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| bien | | | Il n’y a que quatre genres d’action, témoignant, respectivement, de la routine (moutonnière ou robotique), de la bêtise (conscience tranquille), de la liberté (humilité consciente), de la férocité (culte de la force, cynisme). La liberté signifierait ici la présence de sacrifices ou de fidélités, dans les motivations, et la bêtise – leur absence, la poursuite de ses intérêts rationnels. En tout cas, le mal est présent dans toutes formes d’action, et le salut (l’innocence) n’est accessible que sola fide. « Un sacrifice de ses intérêts est le besoin d'une âme noble »*** - N.Chamfort. | | | | |
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| bien | | | La liberté supérieure – dans toute action morale, désavouer la bonne et opter pour la mauvaise conscience. Même le sacrifice de la force ou la fidélité à la faiblesse ne doivent pas me dévier de cette posture (l’âme choisit des poses, l’esprit formule des positions, le cœur se résigne pour la posture). « La différence entre le Bien et le Mal ne consiste que dans la liberté, n’existe que pour la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Donner, c'est semer au champ de l'esprit ce que je récolte au champ de l'âme, aux saisons intemporelles. « Tout ce qui n'est pas donné est perdu » - proverbe indien. Perdu pour l'éternité, c'est à dire pour l'intemporalité. Le marchandage est une poinçonneuse de l'heure. | | | | |
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| bien | | | Les sacrifices (comme les fidélités) ne sont que des actes, ils ne peuvent pas servir de support à la consolation, qui ne devient crédible qu’en nous renvoyant au rêve. « Dans la fidélité, nous apprenons à n’être jamais consolés » - R.Char – dans l’intemporel, demeure de la consolation, il n’y a ni jamais ni toujours. | | | | |
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| bien | | | Les reflets du Bien, ce sont : la pitié pour le prochain, l’amour pour le lointain, la liberté pour le sacrifice, la honte pour la fidélité. Reflets aléatoires, dans la Caverne immatérielle, sans contact avec la lumière extérieure, de provenance divine. | | | | |
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| bien | | | J’ai beau enguirlander la liberté éthique comme portée par de nobles fidélités ou sacrifices ; en fin de compte, je me rends à l’évidence : comme le Bien lui-même, la liberté ne réalise pas l’idéal, qui reste un pur et lancinant appel, sans aucun écho cohérent ou compatible avec l’exigence de l’appel. La liberté fait jaillir le Bien vers l’intérieur ; mais ses arguments flattent l’esprit, sans convaincre le cœur. En tout cas, « un être libre, c’est un être moral » - E.Renan. | | | | |
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| bien | | | La fidélité à ce qui réussit n’est qu’inertie ; le sacrifice de ce qui échoue n’est que trahison. | | | | |
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| bien | | | Appliquer ta liberté, pour te débarrasser de la honte et de la pitié, est un signe presque certain de ta bassesse. Mais il y a des exceptions paradoxales, témoignant, au contraire, d’une hauteur d’âme – c’est le cas de Nietzsche. Seul un grand artiste peut se permettre de sacrifier le Bien terrestre au nom du Beau céleste. | | | | |
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| bien | | | J’exclus la pitié du champ social, où ne peut intervenir efficacement que la raison, tandis que l’implication du cœur dégénère si facilement en sensiblerie stérile et la descente de l’âme sacrifie les hautes impasses de la beauté aux sentiers battus de l’hypocrisie. Ma pitié ne va qu’aux solitaires, avides de fraternité et ne recevant que l’indifférence ; ici, la raison solidaire rejoint le cœur compatissant et l’âme créatrice. | | | | |
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| bien | | | Ils voient de l'amour des hommes jusque dans l'électromagnétisme et la vapeur. Les hommes sont aimantés par le champ du possible ; l'homme est électrisé par la charge de l'impossible. Aux hommes la vapeur fait ressentir une poussée dans les bras ; l'homme en sent son cœur enveloppé de brume. | | | | |
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| bien | | | La résignation du sot confirme une propagation du Mal ; la résignation du sage témoigne de l’existence du Bien. Le Bien ne saurait pas être une béate fidélité au continu, comme tout saut ou rupture ne sauraient être signes du Mal. On est dans le Bien, quand on reste fidèle à ce qui fait mal ou sacrifie ce qui se porte bien - la liberté, autre nom de cette pénible, mais vraie, béatitude. | | | | |
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| bien | | | Les motifs de tes actions découlent de la nécessité, celle-ci étant liée à tes intérêts d’esclave ; la liberté est la capacité de surmonter ces motifs. « Tout sacrifice implique un hyper-motif » - Valéry. | | | | |
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| bien | | | Il y a une liberté biologique (elle est aussi mystique), qui existe chez tous les êtres vivants, de l’amibe à l’homme ; il y a une liberté pragmatique, qui résulte dans des actes rationnels, au service des intérêts, de ceux de l’individu, de la tribu, de l’espèce ; chez les hommes, il y a une liberté politique, qui exclut le délit d’opinion. Mais seule la liberté éthique peut témoigner de la noblesse de l’individu (presque tout mammifère et même les oiseaux peuvent en avoir) – aller contre ses intérêts, biologiquement justifiés : pouvant se mettre à l’abri - se sacrifier, ou garder une fidélité aux causes perdues. | | | | |
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| bien | | | Sacrifier tes intérêts terrestres apporte un divin sentiment – vivre la liberté de ton cœur, qui, de témoin, devient juge. Tu vivras le même sentiment, en restant fidèle à tes intérêts célestes : « La fidélité t’élève à la hauteur de la jouissance »** - Soljénitsyne - « Есть высокое наслаждение в верности ». | | | | |
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| bien | | | La liberté morale a pour seul but – te hisser, face au Bien caché : sacrifier la jouissance, pour que la souffrance gagne en hauteur, rester fidèle à la souffrance, pour rehausser la jouissance. | | | | |
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| bien | | | La liberté éthique se reconnaît dans deux attitudes : la fidélité à la noble faiblesse et le sacrifice de la force basse. | | | | |
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| bien | | | La fidélité (à tes passions déclinantes) sans sacrifice (de tes intérêts triomphants) est l’inertie ; le sacrifice (de tes intérêts triomphants) sans fidélité (à tes passions déclinantes) est la barbarie. | | | | |
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| bien | | | Les premiers rêves, nés d’un espoir optimiste, en appellent aux sacrifices du secondaire ; les derniers rêves, renaissants dans le pessimisme désespéré, inspirent la fidélité à l’essentiel. | | | | |
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| bien | | | En éthique on sacrifie l’efficacité à la fidélité ; en esthétique on fait l’inverse. | | | | |
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| ovide | | | Video meliora, proboque, deteriora sequor.
Je vois le meilleur, l'approuve et fais le pire. | | | | |
| | bien | | | Le mal se cache dans le Bien, je l'extirpe et le Bien me quitte. J'aurais fait le meilleur, d'autres juges l'auraient condamné, d'autres yeux y auraient vu le pire. Le conflit n'est pas entre ma liberté et la pensée, il est entre mon bras et ma tête. Et il n'est jamais certain, qui, entre les deux, est plus séculier ou plus spirituel. Ce qui est certain, c'est que dès que j'agis, je suis au service de l'acrasie. Le meilleur en moi est peut-être dans la faculté de voir le pire dans ce que d'autres, en moi, saluent. Ni St-Paul, ni J.Racine (« Je ne fais pas le bien que j'aime, et je fais le mal que je hais »), ni Voltaire ne l'ont compris. Le Bien se loge dans le regard. La cervelle est un bon interlocuteur des yeux ou des bras, elle n'en est néanmoins pas un intermédiaire fidèle. C'est à Adam et Ève que nous devons le passage fatal du choix entre bon et meilleur vers celui entre Bien et mal. | | | | |
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| st augustin | | | Fecis quod justum est et delectet te, et liber es.
Là où le plaisir est à faire le bien, là est la liberté. | | | | |
| | bien | | | Là où faire le bien est une souffrance, la liberté manque, la charité publique disparaît et le sacrifice naît. Ah, si le plaisir de faire des sacrifices revenait à l'homme, quelle noble liberté retrouverait-il ! Mais cette lecture, en abyme, au troisième stade, du plaisir finirait par ennoblir son aboutissement, la souffrance. | | | | |
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| thomas d'aquin | | | Ideo essent portae aperiendae, contra verba legis, ut servaretur quam legislator intendit.
Le Bien consiste à transgresser la lettre de la loi, pour rester fidèle à l'esprit de justice. | | |    | |
| | bien | | | C'est peut-être la seule forme d'action qui ait des chances de ne pas nous faire rougir ; toute inertie nous conduit sûrement au mal ; le Bien ne s'ouvre qu'à la liberté transgressante. Le Bien, c'est la préférence donné au fond, au détriment du fondé : « L'être avant l'étant, l'ontologie avant la métaphysique, le même avant l'autre, la liberté avant la justice » - Heidegger - « Der Vorrang des Seins vor dem Seienden, der Ontologie vor der Metaphysik, des Selben vor vor dem Anderen, der Freiheit vor der Gerechtigkeit ». | | | | |
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| montaigne m. | | | Le plus cher est ce qui est donné. | | |   | |
| | bien | | | Le gratuit est sans prix, mais non sans poids ; il peut écraser nos vecteurs jusqu'à la platitude reconnaissante. Ce qui est cher en prix d'échange est rarement cher en valeur des anges. Et les valeurs ailées, on les donne surtout aux choses inexistantes. | | | | |
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| soloviov v. | | | Зло - это перевес низших качеств над высшими, распад единства на части.
Le mal - la qualité supérieure cédant à l'inférieure, le tout s'écroulant en parties. | | |  | |
| | bien | | | Les mouvements inverses en engendrent tout autant. Que ce soient la raison, la conscience ou les bras qui agissent, le mal mental, métaphysique, s'insinue dans toute action, car nous ne savons pas rester dans le réel, cette seule perfection, dont nous portons la nostalgie coupable. Le vrai contraire du mal n'est pas le Bien, mais le sacrifice : la qualité inférieure, notre intérêt matériel, cédant à la qualité supérieure, la noblesse spirituelle. | | | | |
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| gide a. | | | Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. | | |  | |
| | bien | | | Pire - « Ce que tu possèdes te possède »* - Pétrone. Comment donner ce qu'on ne possède pas ? Le savoir-donner est mieux que donner, comme le savoir-faire est mieux que faire. La fidélité à ce qui possède mon âme est plus haute et noble que le sacrifice de ce que je possède en esprit. | | | | |
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| badiou a. | | | La philosophie enseigne, que la pitié n'est pas un affect loyal, ni la victime - ce à partir de quoi nous devons penser. | | | | |
| | bien | | | En effet, à quoi bon la pitié, pour vos réseaux de robots ? À quoi bon le sacrifice, pour vos troupeaux de moutons ? Vos loyautés de circuits imprimés, vos transactions, précédant l'entrée de l'abattoir vous en dispensent. | | | | |
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| cité | | | Ma liberté politique découle de l’écoute collective de la loi ; ma liberté économique – de la consultation de mon compte bancaire ; ma liberté éthique – des lieux de mes sacrifices ; ma liberté esthétique – de l’originalité de mes commencements. | | | | |
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| cité | | | On continue à faire appel à l'agneau sacrificiel et au bouc émissaire, mais on les charge, aujourd'hui, de leurs propres péchés et non pas du sien propre, tout en dépeignant préalablement ces animaux comme bourreaux ou bêtes de proie. Jamais les abattoirs ne présentait une telle correctness. | | | | |
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| cité | | | La vraie question, raciale et politique, n'est pas quelles sont des races inférieures ?, mais bien quelle doit être la liberté du fort et s'il doit sacrifier quoi que ce soit au faible (tout en sachant, que le faible d'aujourd'hui peut devenir le fort de demain) ? | | | | |
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| cité | | | Le monde, qui sacrifie tout pour la liberté, est voué à la seule technique, ma pique à : « le monde, qui sacrifie tout à la technique, est perdu pour la liberté » - G.Bernanos. | | | | |
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| cité | | | Il est certain que Dieu créa la liberté, et que l'esclavage est une invention humaine. Pourtant, Dieu sacrificiel se fit esclave, l'homme infidèle s'imagina libre. | | | | |
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| cité | | | Ce qui m'éloigne de la politique, c'est qu'elle est l'art de rester fidèle à l'invariant et de sacrifier le périmé ; chez moi, c'est l'inverse qui a cours. | | | | |
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| cité | | | Que devient la notion bicéphale de soi, appliquée à une nation ? - le soi connu serait sa civilisation, et le soi inconnu - sa culture. « Renoncer à soi-même est un effort assez vain ; pour se dépasser, mieux vaut s'assumer » (R.Debray), où, implicitement, les deux soi s'affrontent, le renoncement et la fidélité marchant main dans la main. | | | | |
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| cité | | | Il faut réhabiliter le mot révolte, si profané par son emploi massif, vil et payant. Il faudrait l'associer à l'éternel et gratuit retour, ou bien au sacrifice de mes propres intérêts, qui en ferait témoin de ma liberté révolutionnaire : « L'authentique souveraineté est révolte » - G.Bataille. | | | | |
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| cité | | | Les hommes bavèrent tellement à cause des servitudes politiques ou religieuses, qu'ils continuent, par inertie, à attacher à la notion de liberté une importance, qu'elle ne mérite plus. Autant ces deux sortes de liberté sont faciles à définir et à comprendre, autant il est ardu de saisir la liberté spirituelle ou éthique. Qui comprendrait encore ce qu'est le culte des commencements ou la part du sacrifice et de la fidélité dans nos prises de position ou de pose ? | | | | |
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| cité | | | Tout problème social a trois solutions : au nom de moi, au nom de toi, au nom de nous. Les deux premières laissent de la place au mystère, à la fraternité, au sacrifice ; la troisième ouvre la voie royale aux robots que nous deviendrons. | | | | |
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| cité | | | La liberté démocratique : pouvoir profiter pleinement de ses succès, pouvoir abandonner paisiblement ses avis défaillants. La liberté aristocratique : savoir sacrifier les fruits de ses triomphes, savoir rester fidèle au rêve déchu. C'est de cette dernière que parle Berdiaev : « La liberté n'est pas démocratique, elle est aristocratique » - « Свобода не демократична, а аристократична ». | | | | |
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| cité | | | Ce qui prouve, que le sacrifice et la fidélité sont des mouvements innés et divins, c'est le besoin qu'éprouve aujourd'hui le loup de faire des sacrifices, le jour de kermesses ou grand-messes, et le mouton - de rester fidèle au troupeau, tout en proclamant de ne plus en faire partie. L'agneau et le bouc émissaire sont des poses surannées, dont rêvait l'ange, avant de sombrer en elfe robotisé. | | | | |
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| cité | | | La fidélité à une noble faiblesse et le sacrifice d'une force immonde – telles sont les contraintes, qui testent ta liberté intérieure. Quant à l'extérieure : « La liberté n’est rien quand tout le monde est libre » - Corneille. | | | | |
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| cité | | | Le mouton suit ce que veut son instinct sourd ; le robot exécute ce que peut son algorithme monotone ; l'homme libre tâte ce que vaut la voix palpitante du bien. Mais les deux premières espèces prétendent, elles-mêmes, être libres : « Être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut » - Sartre. La liberté ne se mesure qu'à l'échelle verticale du valoir (la noblesse et le talent) ou du devoir (la fidélité et le sacrifice) ; le vouloir (l'instinct ou la violence) et le pouvoir (la force et l'inertie) appartiennent à l'horizontalité. | | | | |
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| cité | | | Être compétitif, telle est la finalité du monde d'aujourd'hui. Enterrer ainsi l'égalité est certes dramatique, mais éteindre, par la même occasion, tout appel de la fraternité est proprement tragique. De toutes les libertés on sacralisa la plus minable, celle d'entreprendre ; on oublia la liberté sacrificielle, celle de se déprendre. | | | | |
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| cité | | | La liberté sort, triomphante, du XX-ème siècle ; les deux grands vaincus – la fidélité à la grandeur et le sacrifice au nom de la justice. La fraternité et l'égalité – disqualifiées à jamais. Désormais, la transaction sera le seul mode d'échange entre les hommes. | | | | |
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| cité | | | La liberté politique prend appui sur la fidélité collective à la Loi rationnelle ; la liberté personnelle – sur le sacrifice intime de ses intérêts rationnels. Aucun point commun entre ces deux phénomènes, tout les oppose. Sauf chez les robots, qui les calculent et les implémentent. « Il n'y a pas deux libertés, une liberté 'civile' et une liberté 'intérieure'. Il n'y a qu'un libre arbitre » - Ricœur. | | | | |
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| cité | | | Impossible de vénérer la liberté dans les plates affaires des hommes. Aucune profondeur casuistique ne l'héberge pas non plus. La liberté ne brille que par les sacrifices héroïques qu'exige la fidélité à la hauteur : « Selon quel critère juge-t-on la liberté ? - d'après l'effort pour préserver la hauteur » - Nietzsche - « Wonach misst sich die Freiheit ? Nach der Mühe oben zu bleiben ». | | | | |
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| cité | | | La chute du communisme explique la disparition de l'humanisme du cercle des sujets intellectuels ; la haute essence de l'homme est sacrifiée à sa basse existence. Et dire, que pour Marx, « le communisme est la vraie solution de la lutte entre existence et essence » - « Kommunismus, die wahre Auflösung des Streits zwischen Existenz und Wesen ». | | | | |
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| cité | | | Tous les régimes, des despotiques aux démocratiques, veulent cultiver nos victoires, d'où leur obsession verbale d'honneur et de gloire. Qui oserait se pencher sur nos débâcles ? Et chanter l'amour, l'humilité, le sacrifice, qui sont des défaites de la raison et le triomphe du cœur insensé ? | | | | |
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| cité | | | Totalitarisme : fixer le prix de la vérité. Démocratie : marchander le prix de la vérité. Aristocratie : offrir ou sacrifier des vérités. | | | | |
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| cité | | | Il s'avère, hélas, qu'au lieu d'abattre le veau d'or, afin d'en extraire du misérable corned-beef, il est plus pratique de l'engraisser pour en faire une vache à lait. Comme il est raisonnable de pousser l'agneau, qui se frotte aux autels, vers le troupeau de moutons le plus proche. Ou le bouc-émissaire - vers la cité, pour que l'air de ton désert reste respirable. | | | | |
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| cité | | | La liberté des Anciens fut plus noble que celle des Modernes, puisque celle-là était sacrificielle et personnelle et celle-ci – artificielle et universelle. | | | | |
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| cité | | | Tout noble choix inclut des fidélités ou sacrifices irrationnels, il serait donc un défi à la nécessité, qui est irréconciliable avec la vraie liberté. La liberté est toujours un acquiescement dans l’invisible et une négation – dans le visible. | | | | |
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| cité | | | La femme sera définitivement émancipée le jour où l’on reconnaîtra, que la force, musculaire, cérébrale ou sociale, n’est pas un attribut décisif, noble, de premier plan. Tandis que la beauté, le mystère, la passion vécue ou inspirée, le goût du sacrifice compris ou de la générosité aveugle, sont des qualités largement plus rares, plus délicates et plus hautes, et dans lesquelles la femme surclasse l’homme. Hélas, nos contemporains se félicitent d’avoir fait de la femme un individu, dès qu’elle devient électrice, contribuable ou détentrice d’un compte en banque. | | | | |
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| cité | | | Dans la monotonie des n+1-èmes pas, on oublie le frisson du premier. Le rêve du dernier est encore plus palpitant, mais le sommeil de l'homme libre est sans rêves. La liberté est la fidélité au commencement, dont on ne garde que le rythme, - un fleuve exauçant les vœux de sa source. | | | | |
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| cité | | | La beauté n’a plus de patrie ; dans ce monde de vérités mercantiles, elle est en exil, un agent de l’étranger, toute connivence avec elle te fait traiter d’hurluberlu, en marge de la société civile. Tandis que H.Hesse voit de la trahison jusque dans un sain patriotisme : « Sacrifier à la patrie l’essence de la vérité est une trahison » - « Den Sinn für die Wahrheit dem Interesse des Vaterlands opfern ist Verrat ». | | | | |
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| cité | | | La liberté, que je respecte le plus, n’est pas celle de l’émancipation, mais celle de la soumission – la soumission, qui rend possibles le sacrifice du fort et la fidélité au faible. | | | | |
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| cité | | | La société robotisée sacrifie le ciel pour sauver la terre ; ce qui est compréhensible, après tant de débâcles des tentatives de sacrifier la terre pour sauver le ciel (le christianisme ou le communisme). | | | | |
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| cité | | | L’homme de l’égalité, en général, n’est pas doué pour la production ; l’homme de la liberté, en général, n’est pas porté sur la répartition. L’État démocratique, en fin de comptes, crée un semblant de fraternité assez équilibrée, en obligeant le premier à rester fidèle à l’idée de la liberté et en forçant le second à sacrifier une partie de sa fortune, au nom de l’égalité. La dictature de l’égalité idéologique amène la misère matérielle de tous ; la dictature de la liberté économique engraisse le fort et humilie le faible. | | | | |
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| doute | | | Tout cheminement d'homme, de nation, d'idée, pour un œil suffisamment perçant ou narquois, peut être vu comme une miraculeuse continuité ou une lamentable suite de volte-face. Sa critique peut tourner facilement soit en apologie soit éreintance. | | | | |
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| doute | | | Parmi les choses, auxquelles l'art réussit à donner une forme, il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de mon être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais - création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « Ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « Das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ». | | | | |
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| doute | | | Mon visage ne se donne ni au discours ni aux couleurs ni à la musique. La première sensation est celle d'un voile, que je cherche à rendre le plus fidèle possible. Du maximum de la fidélité seconde naît le seul décalque crédible - le masque. « C'est lorsqu'il parle en son nom propre que l'homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque, et il se dévoilera »** - Wilde - « Man is least himself when he talks in his own person. Give him a mask, and he will tell you the truth ». | | | | |
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| doute | | | Je sais d'avance, que, quels que soient mes serments de fidélité à l'un des royaumes de la pensée, très rapidement je n'en serais plus un digne sujet, j'en serais même un exilé, marqué de lèse-majesté irrépressibles. C'est là où se trouve la différence entre un ironiste et un sceptique. | | | | |
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| doute | | | Le bon commencement se signale soit par une fidélité à l’irrationnel solitaire, soit par un sacrifice du rationnel commun. Mais ce sont les deux manifestations les plus flagrantes de la liberté ! La liberté serait donc l’une des origines premières de nos véritables débuts. | | | | |
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| doute | | | Fidélité à l'idée déjà nette, tel est le premier besoin d'un esprit philosophique, à la recherche du mot ; celui-ci sera ascétique, neutre, aptère, si telle est l'idée. L'âme poétique a besoin d'autel et non pas d'ex-voto ; des mots immolés, chantants ou psalmodiants, surgit la musique, et dans la haute musique viennent, miraculeusement, s'incarner de profondes idées. Seule la netteté finale peut être grande ; tout début net est nul. | | | | |
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| doute | | | Face à mon soi inconnu, les sentiments lui sont plus fidèles que les pensées, la chair - plus que le squelette. La beauté pourrait y mettre un signe d'égalité. Je me retrouve dans les impasses des belles idées, où mes ruines décorent le paysage d’un beau passé. Au pays des sentiments fantomatiques, il n'y a ni routes ni impasses ni mots, mais couleurs, sons et danses, auxquels je dois sacrifier toute marche. | | | | |
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| doute | | | Tant d'orgueilleux explorateurs s'imaginent cingler vers des terres lointaines, sur des routes inconnues, tout en mesurant leur audace en miles ou en butins. Mais l'homme finit par comprendre, que toute route se convertira en sentier battu, et que la valeur d'un esquif est dans la maîtrise de la profondeur, dans la fidélité à la hauteur, où l'appelle son étoile, et surtout dans le pathos, qu'il confiera à son message de détresse à destination inconnue, sur une verticalité d'azur. | | | | |
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| doute | | | Fidélité à l'inconnu, sacrifice du connu - quand c'est la même chose, on atteint et la sagesse et la noblesse. Les autres vivent de la fidélité au connu et du sacrifice de l'inconnu. | | | | |
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| doute | | | Comprendre, c'est englober l'origine du premier pas, ce point zéro, qui ne s'appuie que sur la croyance, même en mathématique : « Si tu ne crois pas, tu ne comprendras pas » - Anselme - « Nisi credidentis, non intelligentis ». Une fois la compréhension bien balisée, la croyance s'installe, paisiblement, parmi des faits et des logiques : « Tu dois comprendre pour croire » - St-Augustin - « Intellige ut credas ». Les tenants des rigueurs monolithiques sont avec Schopenhauer : « Croire et comprendre sont deux plateaux d'une balance : plus l'une monte plus l'autre descend » - « Glauben und Wissen verhalten sich wie die zwei Schalen einer Waage : in dem Maße, als die eine steigt, sinkt die andere » - c'est la croyance qui grave les mesures et stabilise la balance ! Près des sources, la raison calculante doit devenir raison croyante : « Je dus écarter la raison, pour faire place à la croyance » - Kant - « Ich habe das Denken beiseiteschaffen müssen, um dem Glauben Platz zu machen » - il ne faut même pas laisser vide la place de la raison, il suffit d'y reconnaître son impuissance, ce qui est un geste de lucidité et de courage, apparenté au sacrifice. | | | | |
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| doute | | | Des origines d'obscurité d'un écrit : le manque de maîtrise de l'objet ou de la langue, le jargon et la normativité d'un clan, la fidélité à l'obscurité de l'objet même, l'usage de métaphores. Les deux premières – à bannir, les deux dernières – à cultiver. | | | | |
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| doute | | | Savoir, c’est maîtriser le pourquoi ; croire, c’est se fier au comment. L’espérance, c’est la fidélité à son soi inconnu ; le désespoir, c’est son sacrifice au profit du soi connu. Ils se complètent, pour donner du relief à la vie. | | | | |
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| doute | | | La fidélité à la réalité ou la fidélité aux rêves : pas d’écarts (les mensonges) de l’appareil-photo ou pas de grisaille (la banalité) dans ta peinture, la servilité ou la contrainte, la routine ou la création. | | | | |
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| doute | | | La valeur d’une profondeur ou d’une hauteur est dans la qualité du chemin, respectivement, vers les finalités ou les commencements, dans la clarté des étapes ou dans la fidélité à l’élan. « La plus véritable profondeur est la limpide » - Valéry ; la plus véritable hauteur est l’étoilée. | | | | |
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| hommes | | | Des prêtresses d'Athéna, en pensionnaires consentantes des lupanars d'Hermès. Des sacrificateurs d'Hermès officiant devant des temples d'Athéna. L'intelligence au service de l'économie. | | | | |
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| hommes | | | Retour à la nature peut signifier deux choses diamétralement opposées, puisque, pour les adorateurs du robot, ce qui est le plus prodigieux chez l'homme - le sacrifice et la fidélité - sont contre la nature ! | | | | |
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| hommes | | | Les hommes d'aujourd'hui s'agitent dans la certitude, se reposent dans le doute, s'oublient dans l'erreur. Je m'agite dans le doute, me repose dans l'erreur, m'oublie dans la certitude. Dieu s'agite dans l'erreur, se repose dans la certitude, s'oublie dans le doute. La certitude, lieu idéal pour faire des sacrifices. Le doute, moment idéal pour être fidèle. | | | | |
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| hommes | | | La fin de l'Histoire, c'est aussi la fin de l'âge héroïque : plus de triomphes, que des succès ; plus de sacrifices ni de fidélités, que des calculs ; aucune ressource n'est plus cachée au fond de soi-même, tout se puise dans un thésaurus commun, tous sont des nains dressés sur les épaules des autres nains. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, tous les comptables, intellos ou ingénieurs, obsédés par l'appât du succès, s'efforcent à se dépasser, comme si le soi avait de nettes frontières, que seuls les faiblards n'oseraient franchir ; ils ne s'aperçoivent pas que l'espace réservé à cette compétition s'appelle platitude. En hauteur, on se sacrifie ou reste fidèle - c'est à dire, on capitule - face à son soi inconnu. « Ce n'est qu'en se dépassant que l'homme est pleinement humain » - Jean-Paul II - mais l'homme est tenté d'être, même par intermittences, surhumain, immuable et intraduisible. | | | | |
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| hommes | | | Nous portons en nous les valeurs (innées, spirituelles, métaphysiques, vitales), échappant à la nécessité et au langage, avec la consistance des pures apparences, et chacun de nous s'occupe de les représenter (pour comprendre) ou de les interpréter (pour agir), tandis qu'une traduction (pour rester fidèle) ou un travestissement (pour sacrifier) semblent être des opérations donnant de la réalité à ce qui n'est qu'apparences. | | | | |
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| hommes | | | Choisir et s'imposer ses contraintes est plus digne et utile que seulement les connaître. « Est libre qui connaît ses contraintes ; qui se croit libre est esclave de sa folie »** - Grillparzer - « Wer seine Schranken kennt, der ist der Freie ; wer frei sich wähnt, ist seines Wahnes Knecht ». Sacrifice dynamique, plutôt que fidélité statique. « Le comble de la liberté est de se contraindre »** - Valéry. L'homme moderne n'est plus esclave d'une folie tyrannique, mais d'une raison démocratique. Mais la chaîne virtuelle s'avère mille fois plus lourde bien qu'indolore. | | | | |
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| hommes | | | Ils ont réussi à remplacer les faux besoins par les vrais. Le besoin le plus vrai, celui d'un bon compte en banque, évinça tous les besoins artificiels : ceux du rêve, de la caresse, de la félicité, du sacrifice ou de la fidélité. | | | | |
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| hommes | | | À qui s'appliqueraient ces qualités : la fermeté, la loyauté, l'intégrité ? - je verrais un exécutant de basses œuvres ou un comptable. Mais pour Platon, elles caractérisent la vraie philosophie ! Là, où moi, je m'attendrais à l'élasticité, au goût du sacrifice, à la pensée fragmentaire. | | | | |
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| hommes | | | Quelques derniers soubresauts chez l'homme, juste avant de se muer définitivement en robot : le tiers-mondisme, l'écologie, la charité, vécus comme un succédané de sacrifice. « L'homme n'est homme que par le sacrifice » - Tolstoï - « Человек становится человеком только жертвой ». | | | | |
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| hommes | | | Le merveilleusement impossible est sauvé par la fidélité du regard ou par le sacrifice du possible : « Mettre les moyens du possible au service de l'impossible » - R.Debray. Le moyen, ne serait-il pas infidélité latente ? « Soyons réalistes, exigeons l'impossible » - Che Guevara - « Seamos realistas, exijamos lo imposible ». Même des irréalistes poursuivent l’impossible : « Faire le bien et éviter le mal » - Thomas d'Aquin - « Bonum est faciendum et malum vitandum ». | | | | |
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| hommes | | | Plus je suis disposé à partager le matériel, plus je gagne en hauteur ; avec le spirituel, la tendance s'inverse. | | | | |
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| hommes | | | Le sens de l’existence humaine serait la fidélité à la hiérarchie des trois facettes vitales, hiérarchie que se fixe dès la plus tendre enfance entre agir, comprendre et rêver. Mon hiérarchie à moi fut, par ordre décroissant d’importance, – rêver, comprendre, agir. | | | | |
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| hommes | | | L'arbre du monde perd ses variables (de passions, de rêves, de sacrifices) et se fige dans des constantes collectives (d'intérêts, de sens, d'algorithmes) ; l'arbre organique devient structure mécanique. Dans ce monde robotique pullule la pensée collective et disparaît le sentiment individuel. | | | | |
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| hommes | | | Tout homme porte en lui un ange lumineux et une ténébreuse bête, et la civilisation est une tentative de rapprocher ces deux hypostases, ce qui résulte en homogénéité moutonnière ou robotique. Le cas le plus passionnant, cas extrême et rare, est celui où l’ange ou la bête domine ; toutefois, dans les deux cas, la chute est au bout du chemin. Dans le premier cas, l’homme, dans sa jeunesse, chante le rêve et la solitude ; dans le second, l’homme compte sur la force et le fanatisme. Au moment de la chute, le premier reste fidèle à son rêve solitaire agonisant, auquel il cherche des consolations ; le second, par un sacrifice, cynique ou désespéré, de sa posture d'antan, éructe des anathèmes au monde raté, dont il fait pourtant partie. | | | | |
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| hommes | | | Les sceptiques ou les pusillanimes geignent sur les commencements (le monde raté) ou sur les fins (la mort). Le cas est incurable, lorsque ces deux états d’esprit cohabitent chez un même personnage. On se débarrasse rarement de la seconde calamité, mais la première offre une échappatoire – pour ta création ou tes rêves, invente tes propres commencements, hors le temps, hors les soucis terrestres, commencements tournés vers les limites célestes. Et la fidélité à cet état d’âme constitue l’essence de toute grande consolation. | | | | |
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| hommes | | | Tout en séparant, en toi, l’auteur de l’homme, n’oublie pas que les liens d’héritage, qu’ils entretiennent avec leur jeunesse commune, sont, eux aussi, très différents. L’auteur ne peut que trahir ou dépasser sa jeunesse, tandis que l’homme en a des rapports beaucoup plus complexes : l’oublier, lui rester fidèle, en avoir honte, vivre la tragédie de l’évanouissement de ses rêves. L’auteur crée et l’homme croit. | | | | |
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| hommes | | | La disparition de la notion de sacrifice est l’un des symptômes de la modernité. Cette notion avait un sens, lorsque notre existence s’étalait dans trois dimensions – la vie, le rêve, l’art ; le sacrifice était sensé, si, parmi les survivants, restaient le rêve ou/et l’art ; mais ces deux-là disparurent. On reste fidèle à la seule vie, c’est-à-dire à la réalité de plus en plus plate ; faute de hauteur, le rêve et l’art s’écroulèrent. | | | | |
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| hommes | | | L’homme est une cohabitation de sa facette individuelle, la sensibilité, et de sa facette communautaire, la liberté. La première se manifeste par la faculté de sacrifices, l’écoute du Bien, et par le talent d’artiste, le culte du Beau. La seconde facette est le sens du Vrai, ou d’utile, appliqué à ta tribu. La culture et la civilisation. | | | | |
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| mot | | | On aime une langue pour sa capacité de dévier, de grimacer, de faire mine, de feindre. Plus l'impression d'une fidélité à la vie réelle est forte, plus inexpressive est la langue. Le mot ne t'apprend presque rien sur le réel ; il te donne le goût du rêve. Les mornes réalistes, ignorant ces deux versants de la vie, proclament : « La vie se déploie en actions et non pas en mots » - A.Pope - « Life happens at the level of events, not of words ». | | | | |
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| mot | | | Le français ne sera jamais, hélas, mon complice. Nous sommes tels sages conspirateurs, qui ignorons tout l'un de l'autre, de sorte que toute trahison, sous la torture, ne serait qu'un faux témoignage. | | | | |
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| mot | | | La seule fidélité, avec les mots, est la hauteur scintillante et discrète ; le reste n'est que sacrifices, - à l'usage, à la fatuité, à la fausse droiture | | | | |
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| mot | | | La substitution victimale nous fait entrevoir en toute trag-édie un bouc providentiel et dérisoire. | | | | |
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| mot | | | Dans le cycle antique, mystère - problème - solution, le mystère retrouva son sens originel d'un simple métier. Tout mystagogue devint problem-solver. Rien de cyclique, ni sacrifice ni fidélité ni chutes, - qu'une exécution linéaire de plats algorithmes : la coutume imitant la raison et limitant l'inspiration (« Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration » - Pascal). | | | | |
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| mot | | | La poésie est incompatible avec l'humilité et la compassion, ces valeurs chrétiennes ; elle est fierté et souffrance sacrée, elle est païenne. Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose. | | | | |
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| mot | | | La haute création, la poïesis, sera toujours de la traduction, de la mimesis. Le jardinage divin du mot vivant sera au-dessus de l'artisanat (démiurgie), de la tekhné, de l'idée mécanique. La fidélité chevaleresque au mot vulnérable ou la maîtrise intéressée de l'idée : « Ton chevalier, ton artisan jaloux, te portent leur prière, ma douce langue ! » - Nabokov - « Так молится ремесленник ревнивый и рыцарь твой, родная речь ! » - et que ta prière ne se confonde jamais avec le sermon. | | | | |
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| mot | | | La langue n'est fidèle qu'au modèle, au-dessus duquel elle est bâtie ; face à la réalité, tout langage est ésopique ; et le poète est celui qui contourne le modèle et s'adresse directement à la réalité, en préférant « la vicissitude du tâtonnement à l'éloquence du fait »** - Pasternak - « красноречью факта превратности гаданья », les «faits» faisant partie du modèle. | | | | |
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| mot | | | Non, on ne pense pas en mots, mais en réminiscences d'envies ou répulsions, de possessions ou sacrifices, d'élans ou immobilités, de plaisirs ou inappétances. L'enveloppe verbale vient de notre culture, mais la pensée surgit de notre nature (une pensée décharnée s'appelle idée). « Les mots n'emmaillotent pas la pensée, ils en sont la chair » - G.Spaeth - « Слова - не свивальники мысли, а ее плоть » - une fois verbalisée, la pensée se sépare de son origine charnelle ; seul le mot s'imprègne d'une chair nouvelle. | | | | |
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| mot | | | Ce livre, malgré quelques pulsions réussies, par étouffement ou exhibition, ne peut compter que sur un regard indulgent de frère ; aucune caresse spontanée d'amante ne naîtra, hélas, de son écoute, puisque la musique des images y est trop souvent trahie par le balbutiement incontrôlable des mots infidèles. | | | | |
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| mot | | | Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ». | | | | |
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| mot | | | La fidélité (comme faithful ou la верность russe) renvoie à la foi, tandis que la Treue allemande – à la vérité (le true anglais). Et de la vérité – une belle remontée jusqu’à l’arbre : true – tree (le dérévo – дерево – russe). | | | | |
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| mot | | | Servir Dieu ou la Patrie, signifie, de plus en plus, servir à faire tourner la machine, servir d’outil. De l’esclavage noble ou du haut sacrifice – au bas algorithme. Du grand transitif au petit réflexif. | | | | |
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| mot | | | À chaque verbe modal correspond un axe conceptuel : la fidélité, le sacrifice – au devoir ; la passion, la paix d’âme – au vouloir ; la création, la puissance – au pouvoir ; le commencement, l’inertie – au valoir. | | | | |
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| mot | | | Tant d’ambigüités dans mes mots-clés : valoir – prix ou valeur ? devoir – règle ou sacrifice ? vouloir – viser ou désirer ? pouvoir – force ou talent ? | | | | |
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| mot | | | Je me demande si la disparition du sacré, du hautain, du solennel ne soit due, tout bêtement, à la banalisation du sens de ces mots. Bonheur, angoisse, aventure, passion, sacrifice, beauté, honte… – une liste interminable de défunts vénérables, avec des héritiers minables. | | | | |
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| chœur noblesse | | | CITÉ : Tout homme sensé préconise la démocratie en tant que seul mode de cohabitation vivable dans la cité. L'aristocrate y voit un sacrifice à la pratique ; le goujat - la fidélité à une théorie. L'aristocrate se sent plus proche du républicain, aux valeurs irrationnelles, que du démocrate, aux valeurs calculables. | | | | |
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| chœur noblesse | | | BIEN : L'aristocrate se dépouille du nécessaire, pour faire le bien. Le mufle ne lui accorde que du superflu. L'aristocratisme, c'est l'art de s'écarter du calcul et de savoir pratiquer le sacrifice ou la fidélité, ses seules façons de ne pas se laisser entraîner dans des entreprises du mal. Le mal, c'est l'exécution d'un algorithme au moment, où Dieu éprouve ma liberté. | | | | |
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| noblesse | | | On n'est plus dans une époque donquichottesque, où l'on pouvait se battre pour le noble ; aujourd'hui on ne peut que lui sacrifier quelque chose de vital, devenir déraciné, projeter vers le haut ses ombres profondes. | | | | |
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| noblesse | | | Vivre sans espérance, c'est vivre librement et froidement la sobriété du calcul, projet digne des robots. Vivre de l'espérance, c'est vivre fidèlement dans la tyrannie du rêve, c'est sacrifier, la tête basse et l'âme haute, à la gratuité de nos plus beaux embrasements. L'espérance est un bon moyen de vivre de l'inespéré : « Sans l'espérance, on ne trouvera pas l'inespéré »*** - Héraclite. | | | | |
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| noblesse | | | Comment pratiquer le sacrifice et la fidélité ? - s'inoculer l'infériorité du fort ou la supériorité du faible. Sache que la force infeste ce qui naît dans tes strates inférieures, et la faiblesse assainit ce qui soupire dans tes hauteurs. Le sacrifice est le frère de l'injustice (la fidélité-foi serait la sœur de la justice - Horace - iustitiae soror, incorrupta Fides). | | | | |
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| noblesse | | | Mon camp est celui, où se sont retranchés mes rêves. Je ne puis lui rester fidèle que dans l'obscurité. Les rêves, ces illusions sombres finissant en échec silencieux. Le meilleur bilan de la vie - leur être resté fidèle ; chez les goujats, c'est l'inverse : « Ce qui compte, à la fin, ce n'est pas ce dont nous avions langui, mais ce que nous avons fait ou vécu » - Schnitzler - « Am Ende gilt doch nur, was wir getan und gelebt - und nicht, was wir ersehnt haben ». | | | | |
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| noblesse | | | Être héroïque : savoir sacrifier une force et savoir rester fidèle à une faiblesse. Être toujours fidèle à la force, mépriser toute faiblesse – la devise des goujats. | | | | |
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| noblesse | | | Plus je suis compris, plus j'ai de racines. Mieux je suis senti, plus j'ai d'arômes. Un attachement aux fleurs, quand ni compréhension ni sentiment d'autrui ne m'y poussent, - est beau. Est grandiose une fidélité aux cimes, quand j'ai et compréhension et sentiment. | | | | |
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| noblesse | | | Le sacrifice de l'horizontalité des réussites, la fidélité à la verticalité des chutes du soi connu et des envolées du soi inconnu - deux exercices de liberté, deux manières d'être rebelle. | | | | |
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| noblesse | | | Face à la fragilité des causes premières intellectuelles, trois réactions actives possibles : la trahison - retour au palpable, aux affaires, aux palabres ; la perversion - chant cynique, le désespoir bien pesé ; la fidélité-sacrifice - chant du cygne, l'espérance parée de sa gratuité : « Le sacrifice a en soi sa propre essence et n’a pas besoin de but ou d’utilité » - Heidegger - « Das Opfer hat in sich sein eigenes Wesen und bedarf keiner Ziele und keines Nutzens ». La réaction passive serait de fermer les yeux, face au problème des causes, et de ne vouer son regard qu'au mystère de l'effet : « Les ténèbres de l'âme ont besoin non pas de rayons de soleil, mais du regard sur la nature »* - Lucrèce - « Animi tenebras necessit non radii solis, sed naturae species ». | | | | |
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| noblesse | | | Qu'est-ce que le rêve ? - une prière vers l'inexistant, un élan vers l'inconnu, un attachement à l'impondérable, un détachement de l'évident, un sacrifice des horizons et une fidélité au firmament, une reconnaissance que l'essentiel n'est pas dans le réel, une solitude du bien et une sacralité du beau. | | | | |
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| noblesse | | | Les penseurs (Wittgenstein II, Heidegger II) nous enquiquinent avec des revirements radicaux et profonds de leurs dernières pensées ; les rêveurs (Nietzsche, Cioran) nous enthousiasment avec leur haute fidélité aux premiers émois. Algorithmes des ruptures, rythmes des signatures. | | | | |
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| noblesse | | | Sacrifice et fidélité, les seules preuves de la liberté, n'admettent pourtant pas de règles et sont à l'opposé de l'ennui, qui est l'évidence des choix mécaniques. | | | | |
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| noblesse | | | La plupart du temps, sur des questions vitales, l'âme s'accorde avec l'intelligence ; mais, pour rendre leurs rapports plus vibrants ou plus confiants, des sacrifices mutuels doivent être demandés, de temps en temps : des capitulations de l'âme devant l'intelligence - le pessimisme, ou des capitulations de l'intelligence devant l'âme - l'optimisme ; c'est à ce prix qu'elles se restent fidèles. | | | | |
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| noblesse | | | C'est la profondeur de nos sacrifices qui déterminera la hauteur de notre fidélité. Deux éclatants exemples : Nietzsche et Pasternak, renonçant à la musique, pour atteindre les sommets de la philosophie et de la poésie. | | | | |
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| noblesse | | | Liberté en tant qu'axiome, liberté de représentation, c'est le libre arbitre des moyens créateurs ; liberté prouvée, liberté d'interprétation, ne peut s'affirmer qu'en tant qu'un sacrifice de la force ou une fidélité à la faiblesse, c'est la liberté des contraintes nobles. Enfin, la liberté en tant que but est à la base de la noblesse et de la création. | | | | |
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| noblesse | | | Pour défendre la liberté du Beau, Nietzsche lui sacrifie la valeur du Bien ; par souci de la liberté de l’Esprit, Valéry oublie la valeur du Beau : « La malheureuse valeur esprit ne cesse guère de baisser ». Involontairement, par des justifications psychologiques ou économiques, ils contribuèrent à l’extinction des cœurs et des âmes, et à la domination des esprits pratiques, rigoureux et bas. | | | | |
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| noblesse | | | Le sacrifice et la fidélité sont deux faces d'une même vertu. « Sacrifice, ô toi seul peut-être es la vertu » - Vigny. Complétée par sa seconde face, cette vertu constitue le bonheur même. | | | | |
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| noblesse | | | Je ne me connais aucun progrès, dont je me sentirais fier, mais toute continuité ou fidélité aux premiers émois de l'amour, de la création, de la liberté, bref à mon soi inconnu, non-évolutif, me réjouis. Celui qui vit du soi connu, dit : être libre (être homme, femme, poète) n'est rien, le devenir, c'est le sommet - celui qui, en soi, avant toute lutte, ne portait déjà la liberté, ne découvrira que ses substituts. | | | | |
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| noblesse | | | Changer de rive est une épreuve, qui ne tracasse pas que le Parisien ; devant les ponts vitaux, la question essentielle est : faut-il le franchir ou le brûler ? C'est même plus important que le choix de chemins, obliques ou droits. Laisser les pavés aux archéologues, aux soixante-huitards ou aux touristes ? Être pessimiste, en bâtissant des murs, ou optimiste, en préférant les ponts : « On bâtit trop de murs et pas assez de ponts » - Newton - « We build too many walls and not enough bridges ». | | | | |
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| noblesse | | | Sacrifier mon intérêt sur une échelle de valeurs terrestres, pour en gagner sur une autre, céleste, ou, au moins, beaucoup plus désintéressée sur terre, - c'est cela, le sacrifice noble ! | | | | |
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| noblesse | | | Combler le vide est une banalité, son entretien en état de béatitude est plus prometteur et même vital ! Le vide sacré se forme du déchirement entre le mouvement centripète de l'affirmation et celui, centrifuge, de l'(ab)négation, - « sibi vacare » (Sénèque). « Tous les péchés sont des tentatives de combler le vide. Aimer la vertu signifie supporter le vide »**** - S.Weil. La grâce ne touche qu'une âme désencombrée. | | | | |
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| noblesse | | | Je n'aime pas ces profanations, purement verbales et anti-poétiques, du beau terme de commencement, que sont l'être ou le néant (par l'intermédiaire du devenir fantomatique), ces spectres interchangeables, sur lesquels se gargarisent Hegel et Sartre. Le commencement est un surgissement d'une émotion, d'une image, d'une mélodie, d'un état d'âme qu'aucun développement rationnel n'épouse ni n'explique ; on ne peut lui rester fidèle qu'en poésie d'enveloppement par un mot inspiré, c'est à dire puissant, ironique, créateur et noble. | | | | |
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| noblesse | | | J'ai des vecteurs innés de mon goût et de ma sensibilité, et ils n'ont rien à apprendre, dans mes triomphes ou mes débâcles. Pour ne pas perdre de hauteur, je ne tire aucune leçon de mes chutes. Ceux qui comptent ne tirer de leçons que des chutes des autres, se trompent plus lourdement. Mais les plus irrécupérables, et ils sont la majorité, font de leurs chutes la raison de leurs reptations, pour donner aux illusions perdues ou espoirs déçus des vertus pédagogiques. Plus souvent, on devient plus sage en renonçant à quelque chose. L'appropriation rend la justification plus solide et le regard plus grossier. | | | | |
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| noblesse | | | Au royaume de la pensée, comment s'appellent l'héroïsme et l'amour ? - sacrifice de ce qui marche et fidélité à ce qui danse. | | | | |
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| noblesse | | | La meilleure sensation de plénitude a pour origine des manques vitaux : une émotion ne trouvant pas d'expression, une pureté indissociable de la honte, une noblesse du regard diluée dans l'insignifiance des choses vues. La plénitude, c'est donc l'entente entre la fidélité et le sacrifice : fidélité à la perfection inaccessible et sacrifice de l'imparfait atteint. | | | | |
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| noblesse | | | L’art de mon obscur soi inconnu et la vie de mon esprit transparent : je me rends compte de l’existence du premier, lorsque je lui sacrifie, heureux, le second. C’est l’exact contraire de Hegel, qui sacrifiait son soi à la vie de l’Esprit. | | | | |
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| noblesse | | | Toute âme noble a besoin de faire des sacrifices. Les plus chanceux – Kierkegaard, Nietzsche, S.Weil, Cioran – n’avaient rien à sacrifier aux autres, ce qui les obligeaient à chercher des sacrifices devant eux-mêmes, et ces abandons s’avèrent être les plus féconds pour la qualité de l’écriture. | | | | |
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| noblesse | | | Mettre la fidélité d’esthète au-dessus du sacrifice d’ascète – la volonté de puissance de l’artiste. | | | | |
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| noblesse | | | Je souhaite d’après mes bas intérêts d’esclave ; je désire selon mes hauts songes d’homme libre. Les fidélités ou sacrifices difficiles – telle est la meilleure manifestation de cette liberté. Et Horace : « Qui désire – craint, il ne sera jamais libre » - « Qui cupiet, mutuet, liber non erit umquam » - vise la liberté robotique et non pas éthique. | | | | |
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| noblesse | | | Quand je désespère à trouver une raison quelconque à être fidèle à une noblesse, je me dis, que Mallarmé a peut-être raison et qu'il faut faire « sacrifice d'une vie à toutes les Noblesses ». | | | | |
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| noblesse | | | C’est dans tes commencements que tu mettras ce qui est sacré pour toi – dans ce lieu de tes sacrifices ou fidélités. « Là où jaillit un grand fleuve secret s’érigent les autels »** - Sénèque - « Ex abdito vasti amnis eruptio aras habet ». | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de la vie est déterminé par la division de notre soi en deux domaines – le divin et l’humain, le mystérieux et le créateur, l’éternel et le passager. Et l’art de subordonner, ou même de sacrifier, la seconde facette à la première donne à la vie le sens le plus net. Ce n’est pas la recherche mais la révélation qui conduit à cette découverte. Mais, hélas, ceux qui cherchent le sens de leur vie sont inconscients de la première hypostase. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse dans la vie se prouve par l’art du sacrifice ou de la fidélité ; c’est pourquoi la liberté et l’amour se complètent, puisque la liberté est la maîtrise de ton sacrifice de l’esprit, et l’amour est ta fidélité à ce que souffle le cœur. | | | | |
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| noblesse | | | La fidélité aux rêves évanescents entretient notre espérance ; le sacrifice des actes, profitables dans le réel, prouve notre liberté. | | | | |
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| noblesse | | | Regard sur mon étoile – c’est peut-être le critère le plus fréquent que j’applique à mes fidélités, béatitudes, tragédies, motivations, états d’âme, élans, espérances, admirations. L’idéal – en garder l’intensité, la direction, la fraîcheur. S’en consoler. | | | | |
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| noblesse | | | Jadis, le mystère, personnel et inconscient, d’un sacrifice constituait la trame d’un héros. Aujourd’hui, un acte héroïque n’est qu’une solution banale d’un problème collectif ; le héros « résout plutôt un problème qu’il ne consomme un sacrifice »** - Cioran. | | | | |
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| proximité | | | Ce chapitre doit son titre au pouvoir prochain de Pascal. Cette anti-grâce inefficace interdisant au mystère (la foi, l'amour) de s'interpréter en problème (la prière, le sacrifice), et au problème - de se réduire à la solution (le rite, la fidélité). En plus, ce fut la métaphore centrale de Hölderlin, qui dans la tension proche - lointain voyait les mêmes ressorts que dans péril - salut. | | | | |
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| proximité | | | La volonté robotique : que je veuille ce que je peux ; la volonté moutonnière : que je puisse ce que je veux. La prière dans la fidélité : que je veuille ce que je ne peux pas ; la prière dans le sacrifice : que je puisse ce que je ne veux pas. « La prière est là, où je ne peux pas ; là où je peux, il n'y a pas de prière » - V.Rozanov - « Молитва - где я не могу ; где я могу - нет молитвы ». | | | | |
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| proximité | | | Je pratique la peinture des vitraux des cathédrales ; on ne sait jamais si elle est pour ou contre un bon éclairage, mais elle est toujours près d'un autel. | | | | |
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| proximité | | | Devant l'échiquier de la vie, mon Dieu est une belle combinaison à sacrifices. Le leur est, le plus souvent, - une bévue (Nietzsche). | | | | |
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| proximité | | | Aucune statue conceptuelle, métaphysique, historique ne résiste à l'explosif critique, que pratique ce kamikaze de raison terrorisante. Pour qui ruines est symbole de la déchéance, le constat est clair : Dieu est mort. Mais si les ruines topiques avaient toujours été ton refuge, ton autel et ton confessionnal, aucun tremblement de terre ne ferait chuter ton idole interstellaire. | | | | |
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| proximité | | | L'impensable et l'indicible nous sont plus proches que toute action, tout discours ; paradoxalement, c'est le triomphe suprême du mot, la poésie, qui nous en apporte la certitude ; la poésie serait une voix, qui fasse sentir le silence de Dieu. Sacrifices et fidélités en apportent d'autres preuves. | | | | |
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| proximité | | | Quand le reflux des fidèles, des églises vers des clubs Méditerranée, aura atteint un stade critique, pour ne pas laisser se vider les temples, on retournera vers le culte de Jupiter & Cie, qui, tout d'abord, rejoindra sa version orientale obsolète dans les autels, avant de l'évincer définitivement, sous l'égide d'Hermès, saint patron des marchands, la Croix abandonnant son sens sacrificiel et ne gardant que sa valeur ornementale. | | | | |
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| proximité | | | Se rapprocher de la Nature ou s'en éloigner ? Débat trop vague, puisqu'il y a trois porteurs possibles des déviations (contre l'unicité de l'homme, au-dessus de ses mesures, au-delà de ses valeurs) : le mouton, le robot, l'ange. Le premier profane l'arbre au profit de la forêt ; le deuxième réduit les rythmes aux algorithmes ; le troisième sacrifie le soi connu au soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | La foi grégaire et réglementaire se formait autour de mythes ou de rites : le sacrifice des angoissés ou la fidélité des forcés. Mais la vraie foi devrait venir de l'esprit équilibré et libre, dominant les troubles ou les ténèbres de l'âme. On crée par et dans des ombres, on croit dans la lumière, illuminant simultanément l'âme et l'esprit. « La foi consiste à ne jamais renier dans les ténèbres ce qu'on a entrevu dans la lumière » - G.Thibon - la fidélité dans les ténèbres est aussi belle que le sacrifice dans la lumière. | | | | |
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| proximité | | | Le lieu des sacrifices, c'est la hauteur, le lieu des autels et des gloires, comme la fidélité sied surtout aux profondeurs, aux lieux des défaites et des hontes. Mais les hommes perdirent ce sens des dimensions divines : « Les hommes, pour ces dieux, disposent leurs tisons non point sur des autels, mais dans des trous profonds » - J.Donne - « Men to such Gods, their sacrificing Coles, did not in Altars lay, but pits and holes ». Qu'il s'agisse de souterrains ou de femmes, trop de fenêtres et pas assez de murs laissent refroidir ma flamme. | | | | |
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| proximité | | | Il ne suffit pas de ne rien vendre, il faut encore tout donner, même en enterrant ses talents. L'Évangile, en condamnant ce geste, est minable. J'y suis pour les hérétiques. | | | | |
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| proximité | | | Jadis, au marché aux esclaves, la rédemption pouvait être prise pour une métaphore commerciale ; au marché d'esclaves, aujourd'hui, elle signifie les prix sacrifiés ou la clientèle fidélisée. | | | | |
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| proximité | | | Être croyant, c'est reconnaître et vénérer la miraculeuse harmonie du monde ; la hauteur est l'autel, invisible et même inexistant, vers lequel se tourne mon regard, c'est à dire mes prières. « Seul le firmament est dieu ; Zeus ? - il n'existe même pas » - Socrate. Le disciple de la Grèce fut, en même temps, un disciple du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Le fait religieux est la forme la plus primitive du sacré, déjà le sacrifice lui est supérieur, tout en étant accessible même aux athées. Pour atteindre ce stade, il faut avoir abandonné le parti pris des choses (le premier stade, celui des prix) et s'être hissé par-delà le bien et le mal (le deuxième, celui des valeurs), tout en leur restant fidèle. Le sacrifice déchire les fratries et scelle les fraternités. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu miséricordieux et ironique apprécie la fidélité parmi les ruines et le sacrifice de l'édifice achevé. Les dieux vengeurs claironnent leur préférence pour la justice ou l'équité. | | | | |
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| proximité | | | La règle évangélique de la joue gauche fut, d'après Tolstoï, la seule à ne pas avoir de parallèles vétérotestamentaires. Isaïe : « J'ai tendu les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe » - y apporte un démenti. Les Latins, à deux reprises, firent la nique aux Hébreux et Grecs - les athlètes aux prophètes et les Papes aux popes - en se rasant la barbe ; l'ajout tondu évitant la joue tendue. | | | | |
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| proximité | | | Il faut reconnaître, que le corps n'est que notre surface, notre profondeur étant confiée à l'esprit et la hauteur - à l'âme ; mais toutes les deux, pour se rester fidèles, doivent passer par un sacrifice corporel, tel Dieu le Père et l'Esprit Saint, devant la Croix expiatoire, où expire le Fils. Et la poésie est une imitation de la Passion : « De leur hauteur, les âmes pleurent le corps, qu'elles viennent d'abandonner »** - Tiouttchev - « Души смотрят с высоты на ими брошенное тело ». | | | | |
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| proximité | | | Consentir à la distance (S.Weil) – une très belle attitude, comprenant et le sacrifice d’une volonté envahissante et la fidélité au rêve inaccessible. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n’est pensable qu’en tant qu’une abstraction, sans instanciation possible, - un Grand Inconnu. C’est à Lui que je dois ma liberté (surtout celle des sacrifices) et mon élan (prenant souvent la forme d’une prière musicale). Quant au dieu connu, Heidegger a raison : « L’homme ne peut ni prier ce dieu ni lui faire des sacrifices »* - « Der Mensch kann zu diesem Gott weder beten, noch kann er ihm opfern ». | | | | |
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| proximité | | | Avec mes agonies sur un autel, que je me glorifie d'avoir érigé moi-même, l'ennui de la présence d'un observateur, c'est la conscience qu'il me donne de me trouver dans un abattoir commun, sans aucune issue vers le ciel, qui ricane et ne m'attend guère. Dans le cas le plus noble, où il serait question d'autels et de victimes, même le Spectateur suprême serait de trop. | | | | |
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| proximité | | | L’entretien de ta mémoire te protège contre l’oubli ou le présentisme. C’est le parcours périodique de la mémoire à long terme qui en reconstitue, renouvelle ou réinvente l’essentiel. L’esprit y introduit des évaluations, des causalités et des coordonnées, spatiales ou temporelles ; le cœur y repêche des remords et des hontes ; l’âme imagine la profondeur de tes fidélités ou la hauteur de tes sacrifices et fait fusionner la forme spirituelle avec le fond corporel. Le goût pour la noblesse et la caresse, dans l’idéel courant, se reconnaissant dans la misère et la violence du réel passé. | | | | |
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| proximité | | | La fraternité est la proximité des âmes sensibles. Et les âmes forment nos personnalités ; les âmes s’imposent des contraintes (comme, dans leurs domaines, les cœurs et les esprits) : en Europe, on se détache de la multitude, en Asie, - de son propre soi ; en Europe, on devient héros narcissique, en Asie – moine collectiviste. La liberté et l’égalité naissent de la fidélité à son soi et des sacrifices au nom d’une compassion pour les autres – seuls les Européens possèdent ces qualités. | | | | |
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| souffrance | | | Le désespoir n'est pas un sacrifice à ce que nous aimerions être. Il est, plutôt, le lieu de sacrifice, d'où s'élève le mieux ce qui pèse le plus : notre angoisse ou notre honte. Toutefois, en état exalté, il vaut mieux visiter les ruines que les temples. Dans les ruines, la souffrance aide à révéler le rang des hommes. | | | | |
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| souffrance | | | Il y a des heures, où la souffrance est bien venue et des heures, où il faut la mettre à la porte. Elle est pleine d'attraits en tant que fidélité et pleine de vices en tant que sacrifice. Parfois, il faut rendre ce qui caresse, prendre ce qui oppresse. | | | | |
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| souffrance | | | On voit le monde livré au Déluge, on lui sacrifie de malheureuses colombes et on s'accroche à Apollon ; tandis que c'est Asclépios, Aphrodite ou Athéna qui attendent la fin de mes convulsions, et je leur sacrifierai, en fonction de ma conscience, un coq (Socrate), une chèvre (les Juifs) ou une vache (les Hindous). | | | | |
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| souffrance | | | Tout avis, même le plus extravagant, peut être attribué à une émanation grégaire. L'esprit de suite dans les idées accentue cette tendance. « La pensée libre est sacrifiée pour la suite dans les idées » - Chestov - « Последовательности приносилась в жертву свободная мысль » - puisque la pensée, contrairement à la création, peut être libre. C'est par des vides dans mes pointillés que j'affirme le mieux mon originalité. Ourdir et lier - travail de fourmi ; lui opposer - planer, m'immobiliser, me suspendre au-dessus du point zéro de l'indéveloppable. | | | | |
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| souffrance | | | J'assure l'auréole et la hauteur d'un beau sentiment, si j'en célèbre le deuil, au moment même, où il serait tout près d'atteindre son sommet : « La sagesse, une aide spirituelle au travail de deuil »** - Ricœur - l'aide, qui consiste à transformer en sacrifice rituel ce qui n'est qu'un trépas, programmé, pénible et anonyme. L'avantage cérémoniel des ruines - la facilité d'y installer un autel, sans craindre l'asphyxie. | | | | |
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| souffrance | | | Rester fidèle à moi-même ou me sacrifier ? - mais ces choix reviennent au même, lorsque je reconnais ne pas me connaître ! Alternances de souffrances glauques et de souffrances lumineuses. | | | | |
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| souffrance | | | Le plaisir est bien une fin universelle, mais les épicuriens, hédonistes, utilitaristes n'en faisaient qu'un but, les modernes lui assurèrent des moyens sans limites ; seulement, les hommes oublièrent, que pour être complet, le bonheur a besoin de liberté, qui est contraintes, c'est à dire des sacrifices du facile et des fidélités au difficile. | | | | |
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| souffrance | | | Si je veux devenir fort, je réveillerai en moi un prédateur et je serai obligé de le nourrir. En me déchirant. | | | | |
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| souffrance | | | L'éternel retour de Nietzsche est tragique puisque éphémère ; le einmal, nur einmal (une fois, qu'une fois) de Rilke ou le never more (plus jamais) de Poe sont comiques puisque réels. Le retour à chercher n'est pas celui du jour et de la nuit, du sommeil et de la veille, mais de la réalité et du rêve, ou de la réalité et de la mémoire, la réalité se définissant ensuite par l'intensité entretenue des songes ou des représentations. Ce retour éphémère, ce sacrifice du nouveau, entretient le bonheur éphémère, le seul digne de notre fidélité. | | | | |
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| souffrance | | | À chaque élément - son type de défaitel : chute - pour la terre, sacrifice - pour le feu, pesanteur - pour l'air, noyade - pour l'eau. Les saluts, eux aussi, leur sont propres. Dans l'eau, par exemple, on ne se sauve qu'en s'accrochant à une paille de salut. Ce qui flotte ou pèse - noie. | | | | |
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| souffrance | | | Homme orgueilleux, je sais, que c'est la simplicité qui fait le mieux cicatriser les plaies au-delà des épidermes. Mais je sais aussi, qu'aux yeux des sages la simplicité n'est que bouffonnerie, aux yeux des sots - impuissance, et à mes propres yeux - chute. « Garde pour toi la conscience de ta faiblesse, pleine et éblouissante » - M.Boulgakov - « Сознание своего полного, ослепительного бессилия нужно хранить про себя ». Pense à l'Agneau sacrifié et sanctifié, « la Souffrance et la Faiblesse glorifiées » (Balzac). | | | | |
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| souffrance | | | En quittant la vie, il ne faut pas claquer furieusement la porte, ni même s'accrocher à la fenêtre, pour jeter un dernier regard sur le paradis terrestre, - non, il faut tourner l'âme vers ce toit imaginaire, d'où reste visible l'étoile de ton enfance. L'entretien de tes ruines facilite cette pose de fidélité et de sacrifice. | | | | |
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| souffrance | | | Les seules fibres, dont disposent encore les hommes, ce sont des capteurs numériques, enregistrant des cadences et non pas la musique. Tout ce qui, jadis, fut tragique est vécu sur un mode statistique. Le courage d'une âme, avec sa fidélité à la souffrance et son sacrifice du plaisir, n'est plus de ce monde, comme « la patience d'attendre, le courage de renoncer, l'héroïsme du sacrifice – en tragique croissant » - Jankelevitch. | | | | |
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| souffrance | | | Le talent fascine et ainsi éloigne la pensée de la mort et fait naître l'espérance. « La société, en cultivant le talent, fait sacrifice à l'espérance » - Proudhon. Vous comprenez maintenant pourquoi, aujourd'hui, tous débordent d'un facile et bavard désespoir - la société, dans un courant de fidélisation, mise désormais sur la médiocrité. | | | | |
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| souffrance | | | La consolation rationnelle ne peut être que bêtise, cécité ou lâcheté. La raison cohérente aboutit inévitablement au désespoir et à l'hystérie, face à l'horreur de notre anéantissement. La bonne consolation agit contre la raison, mais s'en sert comme d'un outil : c'est la raison qui nous rend fidèles au Bien mystérieux et intraduisible, et c'est encore la raison qui nous fait sacrifier l'éthique transparente à l'obscure esthétique, - deux sources de consolations. | | | | |
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| souffrance | | | La hauteur est contre-indiquée au bonheur ; elle est une cohabitation d’une souffrance fatale et d’une béatitude inventée, de la honte terrestre et de la fierté céleste, du sacrifice de la lumière et de la fidélité aux ténèbres. Le bonheur, lui, est dans le doux vertige d’ascension. | | | | |
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| souffrance | | | Le sacrifice et la fidélité s'associent presque spontanément avec l'amour ou avec la liberté, mais difficilement – avec la souffrance, qui est plutôt la conscience de leur inutilité. | | | | |
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| souffrance | | | La consolation : constatant une horrible indifférence envahir tes sens, te tourner vers ta jeunesse et ressusciter la fidélité à ses extases ou le sacrifice de ses dégoûts. | | | | |
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| souffrance | | | La grâce est prérogative de la jeunesse ; ensuite, entre en jeu la pesanteur, qui provoque des chutes d’intensité, d’enthousiasme, d’éclats, des pertes de hauteur. S’effondrer dans la platitude terrestre est irréparable ; pour l’éviter, la seule échappatoire, c’est tourner son regard sur le premier séjour de la jeunesse – une hauteur où naissaient des sentiments, des créations, des fidélités. La consolation, c’est retrouver dans ce regard – des échos de ce qui est regardé. | | | | |
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| souffrance | | | La médiocrité et la paix d’âme peuvent durer, mais ce qui est grand chez l’homme – l’intensité d’une passion, la hauteur d’une création, la pureté d’une noblesse – ont une existence courte et ont besoin d’une consolation, pour qu’on leur reste fidèle en puissance. C’est la source même de la vraie tragédie. « Le sens de la tragédie – la brièveté d’une vie héroïque »*** - G.Steiner - « The sense of the tragic : the shortness of heroic life ». L’héroïsme, c’est la fidélité à la hauteur. | | | | |
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| souffrance | | | Aucun raisonnement ne peut soulager le désastre de l’atterrissage de tes rêves ; mais le contraire du raisonnement est la fidélité aléatoire de ton regard sur ton étoile évanouissante. « Les dés te consolent » - Sénèque - « Alea solacium fuit ». | | | | |
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| souffrance | | | L’irréparable dans la vie demande du courage lucide d’abandon ; l’irréparable dans le rêve se redresse par la consolation, par la fidélité aux chimères. | | | | |
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| souffrance | | | Tout homme, sachant s’écouter et reconnaissant s’ignorer, vit, tôt ou tard, cet état de sa conscience : un cœur exsangue, une âme fléchissante face à un esprit toujours serein, prêchant le désespoir. Et sa volonté tenterait cette grande leçon : au cœur - la résignation à porter un gouffre infranchissable entre le motif et l’acte ; à l’âme – la consolation en tant que l’humble fidélité aux premiers élans de sa jeune noblesse ou de sa noble jeunesse. | | | | |
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| vérité | | | L'homme de position, face à l'homme de pose : le premier clôturera sa vie, en écrivant des Retractationes ou Errata ; le second, avec chaque nouveau livre, ouvrira une vie nouvelle, animée de sacrifices de ses exploits et/ou de fidélités à ses débâcles. | | | | |
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| vérité | | | La quête de la vérité de modélisation ayant pour but l'adéquation avec la réalité, ou bien la vérité résultant de l'évaluation d'une re-quête dans le contexte d'un modèle. Le charlatanisme ou l'imposture sont aux origines respectives de ses deux vérités, qui s'ignorent. Les moins exigeants des chercheurs de la vérité l'identifient même au simple fait d'être raisonnable : « La vérité du don suffit à annuler le don » - Derrida. | | | | |
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| vérité | | | Prendre pour vrai, c'est adhérer. L'adhésion liminaire se moque de la compréhension finale. On ne comprend pas ce à quoi on adhère. On s'y fie (« L'être comme lieu de la fidélité » - G.Marcel). On comprend, surtout et mieux, ce qu'on rejette, faute d'être séduit. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est à la première personne, ne se conjugue qu'à l'infinitif, jamais à l'impératif (sauf la vérité syntaxique, celle du libre arbitre et d'apriori), se décline par la volonté du nominatif au nom du datif, pour produire de l'instrumental, n'a pas de genres, réduit le conditionnel à l'indicatif, ne bascule du côté du faux que dans l'impuissance de prouver. | | | | |
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| vérité | | | Même une logique peut frôler la perfection et s'incorporer, ainsi, à la réalité ; elle ne peut engendrer de monstres contre nature. Tout ce qui tend à être parfait a sa place dans la nature, qui est la perfection même ; et la logique, avec son harmonie, y a sa place, même si elle ignore le rythme, cette noble imperfection humaine, au même titre que des sacrifices ou fidélités. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a plus ni maîtres ni esclaves ; une vérité réglementaire est respectée par le marché, que devint la société humaine ; le mensonge n'intéresse plus que l'homme libre, le poète, le marginal. Et qu'on était naïf : « Le mensonge est la religion de l'esclave et du maître ; la vérité est le dieu de l'homme libre » - Gorky - « Ложь - религия рабов и хозяев ; правда - Бог свободного человека ». Quand l'ultime rêve est immolé à l'autel de ce dieu des robots (stade suprême de l'esclave - раб, робот), on se moque de sacrifices et ne vénère que la fidélité au syllogisme. | | | | |
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| vérité | | | L'être et le devenir dans les transcendantaux : dans l'être, le vrai est antinomique du faux, le bien est affaire de noblesse, le beau est jugé par le goût arbitraire ; dans le devenir, de nouveaux langages préparent de nouvelles vérités, le bien se traduit en sacrifices, le beau est affaire de création. Tout cela pour dire, que les prises de position y sont absurdes ; la pose, plus artistique que scientifique ou philosophique, y est plus à sa place. En pertinence, l'intelligence y cède au talent. | | | | |
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| vérité | | | Le beau dans la nature, c'est l'affirmation du vrai divin ; mais le beau artistique s'accompagne toujours de ce qui est rare, nouveau, incohérent avec ce qui le précède, - il détruit le vrai courant. Rester fidèle au Dessein de Dieu ou savoir sacrifier la vérité humaine – philosophe ou artiste ; la production du rare aurait pu s’appeler raréfaction. | | | | |
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| vérité | | | La paix d'âme ou le repos d'esprit sont deux calamités, que favorisent les vérités fixes : « Nous aimons tellement le repos d'esprit, que nous nous arrêtons à tout ce qui a quelque apparence de vérité » - J.Joubert. Vu sous cet angle, le contraire de la vérité serait la beauté ou la noblesse, qui nous promettent des extases, des fidélités ou des sacrifices, éprouvés hors toute raison prouvée. La beauté se montre et ne se démontre pas. La vérité assure les cadences, et la beauté – la musique. | | | | |
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| vérité | | | Ce qui est nouveau est rarement faux ; ce qui est souvent faux est rarement nouveau. Comme fidélité et beauté, mutuellement exclusives, chez les femmes et dans les traductions poétiques. | | | | |
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| vérité | | | L'intelligence se remarque rarement par ses vertus de fidélité aux vérités périmées ; elle est plus convaincante dans ses sacrifices au mensonge naissant (et qui est une vérité nouveau-née). | | | | |
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| vérité | | | Tous comprennent l'utilité du sacrifice de vérités au nom de l'éthique ; très peu sont capables de voir dans le sacrifice d'une vieille vérité – la fidélité à la création de vérités nouvelles, au nom de l'esthétique. Le beau inutile crée un langage, le bon utile se sert de l'ancien. | | | | |
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| vérité | | | Par la fidélité au langage courant, je reste dans la vérité courante ; par le sacrifice du langage courant, j'en crée un langage nouveau, m'ouvrant aux vérités nouvelles. Une curiosité civilisationnelle – en russe, la fidélité à la vérité suppose le sacrifice de tout langage ; en hébreu, vérité et fidélité seraient synonymes. | | | | |
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| vérité | | | L'exemple d'une mauvaise négation sémantique : « Qui suit un autre, il ne suit rien » - Montaigne. Au lieu de nier suivre, tu nies l'autre, ce qui est bête. C'est la fixité du regard et non pas la bougeotte des pieds, qui attrape les meilleures cibles. Le sot, persuadé de se connaître, se suit fidèlement soi-même et se retrouve en étable. | | | | |
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| vérité | | | Tous nos mouvements, de l’extase au calcul, partent du corps ; mais pour devenir intelligible, il doit s’allier avec nos facettes divines. Jadis, il pratiquait la connivence avec le cœur et l’âme, dans le sacrifice ou dans la beauté. Platon : « Les philosophes s’exercent à la séparation de l’âme et du corps » - voulut le détacher de l’âme ; le christianisme l’arracha du cœur ; il ne resta que l’alliance avec l’esprit, pour réduire le corps à l’hygiène et à l’obéissance syllogistique. | | | | |
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| vérité | | | Toute la bonne philosophie consiste à sacrifier de basses vérités à quelque rêve, que ce soit de la poésie, se moquant de preuves, ou de la consolation indéfendable. Seuls des goujats de la robotique peuvent penser, que « le courage de la vérité est la première exigence de la philosophie » - Hegel - « der Mut der Wahrheit ist die erste Bedingung der Philosophie ». | | | | |
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