| action | | | Le miracle de l'homme : la suprématie du désir sur le désiré, de la liberté - sur l'action, de l'immobilité de la source - sur le courant de la création. « L'action, le mot, l'événement ne sont que des représentations ; le chemin de la nostalgie et de la liberté ne se donne jamais à la marche » - H.Broch - « Das Getane und das Gesprochene und Geschehene sind nichts als eine Darbietung ; aber der Weg der Sehnsucht und der Freiheit ist niemals ausschreitbar » - il se donne à la danse, mais il y devient impasse des pieds ou scène du regard. | | | | |
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| action | | | Ayant choisi l'immobilité, on risque de donner sa faveur aux chemins, qui ne mènent nulle part : abîmes, impasses, corniches, ces chemins de traverse, que beaucoup de badauds traversent en touristes. | | | | |
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| action | | | Attendre de l'art, qu'il vous apprenne quelque chose, qu'il vous arme, - étrange obsession des meilleurs, y compris Valéry. Je n'apprends que dans des guides statistico-savants ; une œuvre d'art devrait donner aux inéluctables fuites de soi la fraîcheur des sources, nous démunir de pores ou munir d'a-pories vitales, nous décuirasser, pour rendre la débâcle moins humiliante et plutôt cérémonielle. | | | | |
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| action | | | Qu'on marche ou qu'on s'immobilise - on s'égare toujours. La question est - avec quoi ? Avec les pieds égarés on rate des prodiges, avec l'âme égarée on attrape des vertiges. | | | | |
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| action | | | J'ai beau disposer d'un bon regard, et le lecteur - d'un bon horizon ; c'est mon égarement et sa presbytie qui décideront du sort de mon livre : « Ça marche, demande l'aveugle au paralytique. Comme vous voyez, répond le paralytique » - Lichtenberg - « Wie geht's, sagte ein Blinder zu einem Lahmen. Wie Sie sehen, antwortete der Lahme ». | | | | |
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| action | | | Prier sur mon étoile ou la suivre, tel est le choix vital (à condition préalable de ne pas prendre pour elle - la lumière de la rue). En priant, je suis sûr de m'égarer, mais je sauve mon regard ; en marchant je suis sûr de me retrouver sur des sentiers battus, avec mon regard éteint. | | | | |
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| action | | | L'ennui des chemins est qu'on ne puisse pas danser la-dessus, et le sens de ta vie n'est pas dans la marche, mais dans la danse. C'est dans la déviation (divertissement) des chemins que Pascal voyait le seul remède à nos misères, sans toutefois préciser, que la déviation la plus radicale s'appelle impasse discrète abritant une scène, au milieu des ruines à l'acoustique parfaite. Plus plate est la scène, plus haute est la danse. | | | | |
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| action | | | Ouvrir ou découvrir des chemins est une tâche, qui n'est pas sans noblesse ; ce qui m'ennuie, c'est la densité du troupeau qui s'y engouffre et qui en fait un sentier battu de plus. « Des fous creusent des routes, des hommes raisonnables, ensuite, les empruntent » - Dostoïevsky - « Безумцы прокладывают пути, по которым следом пойдут рассудительные » - et ceux qui les creusèrent retournent dans leurs impasses. | | | | |
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| action | | | Plus je me fie au rêve, plus justifiée est ma pose de Narcisse ; plus je m'identifie avec l'action, plus ravageur est mon doute sur ma valeur. Mes actes sont aux autres, tandis que mes rêves, c'est moi-même. Mais, paradoxalement, le regard du rêve est plus universel que les vues de l'action. | | | | |
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| action | | | Les chemins : on les montre, empreinte ou bâtit – l'envie de marcher, c'est tout ce que cela puisse réveiller ; l'envie de danser, elle, naît plus sûrement de la peinture des impasses. | | | | |
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| action | | | Tous les chemins se valent : fréquentés ou solitaires, droits ou obliques. Ce qui compte, pour le promeneur couché, c'est l'imagination de carrefours labyrinthiques et l'intuition d'impasses enchanteresses. | | | | |
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| action | | | Ils accordent à Dieu un rôle honorable, en se demandant : qui propose et qui dispose, qui s'agite et qui mène ? Plus l'homme pense être mené par Dieu, plus il se fourvoie et plus Celui-ci doit être ennuyé, face à la navrante similarité des sentiers battus, auxquels aboutit toute virée vers les Béatitudes, qu'elle soit dictée par la haute Providence ou par un bas calcul. Les méfiants se contentent de leurs culs-de-sac, aménagés en temples laïcs - en nobles ruines. | | | | |
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| action | | | L'action s'ensuit d'une inertie intéressée, et la passion – d'un élan désintéressé. Pour ce sot de Spinoza : « Les actions de l'Esprit naissent des seules idées adéquates, mais les passions dépendent des seules idées inadéquates » - « Mentis actiones ex solis ideis adæquatis oriuntur, passiones autem a solis inadæquatis pendent ». Ce sont les idées qui naissent de l'esprit ou des passions et non pas l'inverse. La passion est un attribut d'un esprit se muant en âme (mais Spinoza ne connaît que mens et ignore anima). Et l'adéquation n'a rien d'absolu, mais repose sur la rigueur des représentations et interprétations, où le libre arbitre, et non pas la fichue autonomie, est roi. Un bel esprit se réveille dans les impasses, inquiétantes et initiatiques, et non pas dans de doucettes certitudes intermédiaires. | | | | |
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| action | | | Même sans faire appel à nos forces matérielles, même dans les domaines, où ne règne que l'esprit, nous nous manifestons toujours par deux types d'attitudes – actions ou réactions, créativité ou intelligence. La noblesse peut nous accompagner dans les deux cas ; c'est ce que nous subissons ou maîtrisons qui en donnera la mesure. Le paradoxe : l'action naît en nous, où il vaut mieux subir l'obscure loi de notre soi inconnu ; la réaction a son origine extérieure, et nous devons maîtriser nos filtres et nos amplificateurs, c'est à dire notre soi connu, pour préserver notre visage. L'action est notre pose, et la réaction – notre position. | | | | |
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| action | | | Tant de niaiseries autour de la métaphore de chemin, préexistant ou construit en marchant, tandis que ce qui compte, c’est si ton étoile l’illumine et si tes pas forment une danse personnelle ou s’inscrivent dans une marche collective. Les plus lucides des partisans des chemins de l’être, de la vérité, de la connaissance finissent par reconnaître, qu’au pays de la poésie, ces chemins ne mènent nulle part (Heidegger). | | | | |
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| action | | | Tous les sentiers sont déjà battus ; toutes les destinations sont répertoriées par l’époque, le métier, la loi ; pour être original, il ne restent que des sources entièrement nouvelles, blotties au fond des impasses et traçant des trajectoires vers les étoiles ; une fois projetées sur la géographie humaine, ces trajectoires seront aussi banales que les métaphores usées. | | | | |
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| action | | | Pour les robots modernes, l’homme n’est libre ni avant ni après mais pendant l’action. Mais dans l'action, il est le pire des esclaves ! L’homme exerce la liberté avant l'action, sous forme d'un sacrifice de ses idées, qu'il va dramatiquement trahir. Il l'exerce après l'action, sous forme d'une fidélité aux idées, qu'il aura retrouvées, comiquement, comme l'enfant prodigue, égaré dans l'action. | | | | |
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| action | | | Mes commencements ne sont pas des points de départ des chemins communs ; ils sont plutôt des annonces d’impasses. Pas d’avancements possibles ; je ne compte que sur une ascension ; c’est ce qui distingue une maxime d’un aphorisme, la verticalité de l’horizontalité, le désespoir mental de l’espérance astrale. | | | | |
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| action | | | Dire – les débuts plutôt que les buts – est juste et mieux que - chemins avant actions - Wege nicht Werke de Heidegger, car tout bon chemin devient impasse (Holzweg) et toute impasse vaut par son commencement, où la circulation d’idées est la plus dense. | | | | |
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| amour | | | Si l'amour ignore l'heure, c'est qu'il ne devrait connaître qu'un zénith et des ténèbres, sans aucun intermédiaire : « La lumière de l'amour croît ou, constante, luit : qu'il passe son zénith, et déjà c'est la nuit » - J.Donne - « Love is a growing, or full constant light ; and his first minute, after noone, is night ». Le signe paradoxal de cette nuit est trop de netteté dans ce qui ne promettait jadis qu'une belle obscurité. | | | | |
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| amour | | | La raison, c'est le culte de lignes droites ; le sentiment, c'est toujours du pointillé, de la rupture, de l'arrondi. « Les hommes suivent la ligne droite de l'intellect ; les femmes - les courbes de l'émotion » - Joyce - « Men are governed by lines of intellect, women - by curves of emotion ». Les deux risquent de se trouver, au bout du chemin, droit ou oblique, - robot ou mouton, s'ils ne font pas halte dans l'impasse de l'amour. | | | | |
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| amour | | | L'amour enténèbre le lumineux, couvre de bigarrures l'incolore ; ce goût de paradoxe en fait même un faux-monnayeur, « qui change les gros sous en louis d'or, et qui fait de ses louis des gros sous » - Balzac. Le regard du sot gagne avec de bons yeux ; celui du sage - avec de bonnes paupières. « D'un rustre même Éros fait un poète » - Euripide. | | | | |
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| amour | | | L'amour nous caresse par ce délicieux paradoxe : il fait croire profondément en ce qui aurait mérité le plus haut doute. | | | | |
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| amour | | | L'amour doit être mystique ; seulement érotique, il n'est qu'instinct ; l'amour tout court, c'est le mystique sublimant l'érotique. « Aucune route ne mène de l'amour sensuel à l'amour spirituel, de nombreux chemins mènent du second au premier »** - L.Salomé. La sensualité est la jouissance des sentiers et des pas perdus ; la spiritualité - l'art d'aménager les impasses. | | | | |
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| amour | | | Un grand amour ne peut naître que dans une grande solitude, et comme celle-ci n'existe plus, l'amour, dans ce monde de la petitesse, ne peut être que petit. En tout cas, « pour fuir la solitude, l'amour est le moyen le plus sûr » - B.Russell - « love is the principal means of escape from the loneliness ». Il est plutôt un cul-de-sac, où, fuyant la multitude, les amoureux rencontrent deux immobiles solitudes. Tomber amoureux, c'est devenir solitaire ; sans l'amour, les hommes auraient déjà oublié ce qu'est la solitude. | | | | |
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| amour | | | Deux composants d’une grande création : un grand sentiment indubitable, faisant ressentir son Vrai intuitif, et un grand talent, faisant de l’intuition une certitude, grâce à une représentation paradoxale. Ce qui fait de tout poète – un amoureux, et de tout amoureux – un poète. | | | | |
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| amour | | | L’amour détache ton regard des horizons et le voue au firmament, où se retrouvent tous les grands paradoxes de la vie et du rêve : « L’infini enivrant de l’être ! L’extase et la douleur ! La puissance et la fragilité de la vie ! » - Boratynsky - « Пьянящая бескрайность бытия ! Восторг и боль ! Вся мощь и хрупкость жизни ! ». | | | | |
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| amour | | | Une caresse est toujours une sortie du droit chemin, une impasse enchanteresse. « La caresse est une contradiction voilée » - Sartre. | | | | |
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| art | | | L'écriture banale : un amas de choses sous la main dont la plume scrute les frontières. L'écriture doctrinale : un moule imposé au contenu ou aux contours. L'écriture paradoxale : partir des frontières dans le vide, dont on remplit les régions contigües inexplorées. Étreintes, empreintes, contraintes. | | | | |
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| art | | | L'écrit bête évoque des questions à réponse unique ; l'écrit médiocre énumère des réponses plausibles aux questions communes ; le bel écrit se forme dans le style des questions paradoxales, auxquelles chaque lecteur apportera sa réponse enthousiaste ou se taira, indifférent. | | | | |
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| art | | | Quand je ne sais pas grand-chose des notes, qui se veulent sons, il faut chercher des accords paradoxaux, uniques ou iconoclastes. Ou me taire, plutôt que chercher à espérer des mélodies, produites dans un espace, dont je ne maîtrise pas l'acoustique, étant étranger à ses murs et à son sol. Tandis que dans les sous-sols je gémis et sur les toits je soupire. | | | | |
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| art | | | Le style d'un auteur (Nietzsche, Nabokov) permet de reconstituer assez fidèlement non seulement son visage, mais aussi sa biographie, mais les auto-biographies de ceux qui manquent de style (St-Augustin, Rousseau) embrouillent leur visage jusqu'aux paradoxes et mensonges. | | | | |
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| art | | | Il y a des écrivains, qui m'enfoncent dans les impasses ou dans la honte, et je leur balbutie des mots de reconnaissance et de joie. D'autres viennent pour m'aider, me ragaillardir ou me consoler, et je leur renvoie du mépris ou de l'indifférence. | | | | |
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| art | | | Les valeurs particulières circonscrivent la vie, mais les axes entiers charpentent l'art. Il est trop facile de chanter la valeur de Wagner ; lui opposer celle de Bizet est bête, mais le défendre est une tâche si ardue, qu'elle est à l'honneur du talent paradoxal de Nietzsche. Son discours y est à prendre avec ironie et cynisme, sans pédanterie ni sérieux. | | | | |
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| art | | | Les étapes, conduisant au culte de la forme : on jalouse le fond des autres, on prend un vilain plaisir à le réfuter par l'intelligence ou l'ironie, on admire son propre fond, paradoxal et noble, on découvre sa facile réfutabilité, on finit par ne plus parier que sur la forme, solitaire et nihiliste, génératrice de fonds libres. | | | | |
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| art | | | Le naïf écrit en vue de solvuntur objecta (disparaissent les objections) ; le présomptueux - en vue de surgunt objectoris (apparaissent des objecteurs) ; l'ironique - en vue d'étaler, en objecteur confus, ses propres objections. | | | | |
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| art | | | L'impasse est un lieu idéal pour échapper à l'étable, où aboutissent tous les discours académiques sur des sentiers battus. Badiou ne se doutait pas, à quel point il avait raison : « Promotion du fragment, discours en miettes, tout cela argumente en faveur d'une ligne de pensée sophistique et met la philosophie en impasse ». La miette, sous une bonne plume, peut se muer en perle ; vos raisonnements ne peuvent polir ou curer que le circuit intégré ou le tout-à-l'égout. La philosophie est l'art de la métaphore vitale. | | | | |
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| art | | | Il faut provoquer chez le lecteur une activité créatrice, complémentaire, paradoxale, et c’est le genre aphoristique qui s’y prête le mieux. Chez les autres dominent la curiosité, la familiarité, l’amusement, la rencontre avec des objets qu’on avait déjà croisés ailleurs. | | | | |
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| art | | | C’est par l’âme, et non pas par l’esprit, qu’il faut tendre vers le Beau. L’esprit ne conduit que vers les impasses, les désespoirs, l’absurde. C’est pourquoi tant de spirituels se contentent du médiocre, ayant échoué dans la poursuite du Beau. | | | | |
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| art | | | Sur Terre, ce qui est naturel se réduit aux mystères, et ce qui est artificiel se compose de problèmes et de leurs solutions ; cette vision paradoxale doit guider la démarche littéraire et surtout – philosophique. Le renversement de cette vision est signe des médiocrités. | | | | |
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| art | | | Une question très éclairante à poser à tout écrivain : Comment voyez-vous votre place dans la littérature ? Je sais que la mienne se trouve au bout d’une impasse, mais je sais que personne ne pourrait m’y accompagner, puisque j’y communique, en hauteur, avec Celui que tout le monde ignore ou méprise. La-haut, je vis une métamorphose du réel en rêve. | | | | |
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| art | | | Devenir artiste, c’est avoir le courage de t’engager dans une impasse personnelle, sur laquelle la solitude te guide et les buts ne sont là que pour t’exciter par leur inaccessibilité. Les artisticules de masse se déferlent sur les voies communes, en compagnie des agents commerciaux et des garagistes. La confusion fait dire à Cioran : « À mesure que l’art s’enfonce dans l’impasse, les artistes se multiplient ». | | | | |
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| art | | | L’harmonie facile des parcours (vastes et mécaniques) et des finalités (profondes et communes) – les chemins sans impasses et les horizons sans vertiges. L’harmonie difficile des commencements, où se prouve la hauteur de ton valoir : « La pure harmonie entre le vouloir, le devoir et le pouvoir » - O.Spengler - « Die reine Harmonie zwischen Wollen, Müssen und Können ». | | | | |
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| bien | | | La bonté est la faiblesse des hommes de cœur, la méchanceté est la force des hommes sans cœur. Préférer l'optimisme de la faiblesse au pessimisme de la force, l'impasse au sentier battu. « Du pessimisme, il y a toujours une issue, de l'optimisme - aucune » - Don-Aminado - « Из пессимизма еще есть выход, из оптимизма - никакого ». | | | | |
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| bien | | | Tous savent, que sur la voie du mal on n'atteint jamais le Bien ; peu savent que toute voie du Bien mène au mal ; les vraies routes du Bien sont impraticables et ressemblent, en tout point, aux impasses. | | | | |
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| bien | | | En l'absence des lois précises, tes actions se soumettaient au jugement soit de ta propre liberté, soit des caprices du prince, du prêtre ou du notable ; la conscience avait, tout le temps, de bonnes raisons de rester trouble ; chacun se sentait pêcheur. Avec la mise en œuvre des normes, le sentiment du péché, inhérent à toute action, disparut, les consciences se calmèrent, d'où une lecture ironique et paradoxale de ce mot de Confucius : « Rares sont ceux qui pêchent par discipline ». | | | | |
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| bien | | | La hauteur n'héberge qu'une seule valeur apriorique – le Bien. Toutes les autres ont des projections cohérentes sur la réalité profonde ou sur la plate action. « Toute moralité, privée de paradoxes, est basse » - F.Schlegel - « Moralität ohne Sinn für Paradoxie ist gemein » - toute morale, même bardée de paradoxes, est une projection ratée. | | | | |
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| bien | | | De la liberté au second degré : l'homme du Bien introduit le sacrifice de l'intérêt direct dans le paradigme du Bien – sa liberté devient, paradoxalement, - robotique ! | | | | |
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| bien | | | La majorité de ceux qui s'attroupent sur des sentiers battus disent sincèrement que ce qui les y avait amenés est la recherche de leur propre voie. D'où l'intérêt de s'attarder dans des impasses. « Par deserts lieux errants, où n'a chemins, ne voye » - C.Marot. Le mal est tout chemin qu'emprunte le Bien, en quittant son impasse. | | | | |
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| bien | | | Ma gentillesse, ma probité, ma compétence – je me mets à les décrire, en toute authenticité, sans dissimulation aucune, et la sottise de cette opération m'inonde de honte. Non seulement ma conscience découvre des failles morales dans ces vertus empiriques, mais, ce qui s'avère décisif, ma plume trouve des qualités paradoxales dans les valeurs contraires. C'est ainsi que naît la volonté de puissance : l'approfondissement de l'éthique et l'élévation de l'esthétique. | | | | |
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| bien | | | Les moralistes peignent les horizons visibles – les aphorismes, les cibles ; les esthètes immoralistes s'envolent vers le firmament invisible – les maximes, les cordes tendues. | | | | |
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| bien | | | Puisque le Bien n’est traduisible ni en actes ni en théorie, tout artiste devrait se résigner à abandonner toutes les voies, censées mener au Bien, et leur préférer les impasses du Beau. | | | | |
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| bien | | | Appliquer ta liberté, pour te débarrasser de la honte et de la pitié, est un signe presque certain de ta bassesse. Mais il y a des exceptions paradoxales, témoignant, au contraire, d’une hauteur d’âme – c’est le cas de Nietzsche. Seul un grand artiste peut se permettre de sacrifier le Bien terrestre au nom du Beau céleste. | | | | |
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| bien | | | J’exclus la pitié du champ social, où ne peut intervenir efficacement que la raison, tandis que l’implication du cœur dégénère si facilement en sensiblerie stérile et la descente de l’âme sacrifie les hautes impasses de la beauté aux sentiers battus de l’hypocrisie. Ma pitié ne va qu’aux solitaires, avides de fraternité et ne recevant que l’indifférence ; ici, la raison solidaire rejoint le cœur compatissant et l’âme créatrice. | | | | |
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| introduction cité | | | CITÉ : Il faut reconnaître : mes ruines aristocratiques n'auraient pas de sens sans l'arrogant urbanisme de la cité démocratique. Habitué à habiter des culs-de-sac, je supporte mal la fluidité sans entraves dans les artères aménagées. De ma collection de panneaux de circulation, je n'ai gardé que l'icône vivifiante de l'impasse, de la contrainte, qui fit pâlir toutes les images de la vitesse, du poids et des destinations. De cette école d'éconduite, je retirai le permis de rester à l'écart des voiries. | | | | |
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| chœur cité | | | RUSSIE : Pour une fois, je suis d'accord avec la cité démocratique, horrifiée par les forums russes. Des brigands n'hésitant pas à se faire appeler élite. Des imitateurs non-inspirés prétendant à une exclusivité ou exception. Des ours cherchant à gagner du galon en se soumettant à l'âne ou au mouton. La voirie des plus horribles, mais quelle perspective dans les impasses ! | | | | |
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| cité | | | Les hommes les plus terrorisés par l'avènement de la machine dans les affaires humaines sont ceux qui en sont paradoxalement les plus proches, par l'exclusion du cœur de tout débat vital. | | | | |
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| cité | | | L'urgence des rendez-vous de la Justice nous fait oublier les signaux de la Sagesse. On se fait écraser sous les roues de l'Histoire, ou l'on se retrouve dans un cul-de-sac du Progrès ou dans les embouteillages de la Peur. La Justice, c'est l'Égalité de choix de fourrage, la Liberté de sa digestion et la Fraternité entre le Fort et le Faible. | | | | |
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| cité | | | Toute la philosophie allemande d'avant Nietzsche préparait le chemin du robot, et paradoxalement ce sont les pires des robots allemands qui ont choisi pour symbole - Nietzsche ! On reconnaît une noble pensée par les catastrophes que déclencherait sa mise en application. « Néron eût été un grand prince, s'il n'eut été gâté par le galimatias de Sénèque » - Ch.Fourier. | | | | |
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| cité | | | La perte du sens du grandiose : les finalités de plus en plus vagues et les moyens, la raison instrumentale, de plus en plus efficaces, le désintérêt pour les commencements. Ces symptômes ont toujours précédé le déferlement de la barbarie. On tenta d'ajouter du lyrisme bleu aux horizons grisâtres ; le résultat - encore plus de gouttes rouges et d'injustice noire. Impasse. Montée inexorable du robot paisible et juste, qui finira par détruire l'homme. | | | | |
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| cité | | | L'échelle de mes haines va des riches aux forts, en passant par les paisibles ; et chaque fois que je me trouvais, moi-même, dans leur peau respective, ma haine redoublait de violence ; mais, tout en subissant toutes les combinaisons de ces avatars, je ne me connus jamais, à la fois, pauvre, apaisé et faible ; ce bouquet angélique serait réservé au Rédempteur. | | | | |
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| cité | | | Le philosophe, qui chercherait à montrer le chemin aux jeunes héros, devrait éviter toute évocation de flammes éternelles et de salles de gloire et dessiner plutôt des abattoirs, impasses et ruines. L'exaltation du premier pas n'est saine que les yeux baissés. L'exaltation du pas dernier ne peut être que du fanatisme ou de la bêtise. | | | | |
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| cité | | | Des deux côtés de la barricade tu trouves de bons arguments pour prendre un pavé ou une baïonnette ; il vaut mieux tout réduire au problème de circulation : ainsi, tu t'occuperas de chemins viables ou d'impasses vitales. | | | | |
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| cité | | | Le chemin le plus sûr vers l'enfer est tracé par des rêveurs au pouvoir, persuadés de marcher vers le paradis. « Les régimes criminels n'ont pas été façonnés par des criminels, mais par des enthousiastes convaincus d'avoir découvert l'unique voie du paradis » - Kundera. Oui, on la reconnaît aux pavés des bonnes intentions, et l'on sait où elle finit par mener ; quand ils viennent à manquer, on crée des bagnes pour en extraire assez pour que l'avenir paraisse radieux. Le plus sûr lieu, pour sauvegarder nos enthousiasmes, est toujours l'impasse, avec des ruines au fond. Les routes bien balisées conduisent, toutes, aux abattoirs, casernes ou étables. Et les bonnes intentions ne visent plus le seul chemin vers l'enfer, elles décorent aussi les murs et les toits. | | | | |
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| cité | | | On devrait réserver, à son usage personnel, – les utopies, et entretenir, pour un usage collectif, - les mythes. Inverser cette tendance ferait dévoyer, de sa solitude, l'homme et fourvoyer, dans les culs-de-sac, la nation. | | | | |
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| introduction doute | | | DOUTE : La pensée unique fit d'énormes progrès. Elle persuada à tant d'hommes orgueilleux d'avoir leur regard à part, tandis que l'œil du troupeau s'y installa en maître. Le doute, en soi, n'est pas plus recommandable qu'une recette de cuisine ; il n'est bon qu'accompagné des paradoxes, ces couples d'avis se reniant par un simple changement de langage. Il est le contraire du microscope sceptique, il est le macroscope ironique. L'unification des arbres de plus en plus dissemblables - la noble tâche du doute. | | | | |
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| doute | | | Dans l'urbanisme de l'esprit, le doute, contrairement à la foi, s'occuperait de voirie plutôt que d'architecture. Entretenir les impasses, où sont logées des vérités. L'ironie serait au service social : brasser les niaiseries et loger les révélations aux mêmes adresses et sous les mêmes enseignes. | | | | |
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| doute | | | Mon jeu d'ombres est pris, par des yeux délicats, pour lumière. Cette interchangeabilité est une véritable chinoiserie de yin (les ramages et les feuilles de l'arbre) et de yang (le tronc et les branches). Peu m'importe votre lumière aux cimes ; je la développe, ou plutôt je l'enveloppe de mes ombres : je m'adosse à la ferme lumière, pour mieux affronter les ombres dansantes. Et vos ombres radicales ne m'émeuvent que si j'en devine le soleil : « Ceux qui sont hideux au soleil ; ceux qui gagnent à accueillir le froid et l'obscurité » - Canetti - « Menschen die an der Sonne gehässig werden. Menschen, denen Kälte und Finsternis gut tun ». | | | | |
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| doute | | | Joli paradoxe : de la profondeur nous vient la lumière impassible, et la hauteur ne nous envoie que des ombres scintillantes. | | | | |
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| doute | | | N'apprécier que des chemins inaboutis (des Holzwege de Heidegger), à travers une forêt obscure (la selva oscura de Dante), et m'abandonnant au pied de mon arbre, qui sera mon opus, la ruine des chemins et clartés. | | | | |
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| doute | | | Le soi se loge quelque part sous la boîte crânienne, observe la conscience et déclenche des actes ; aucun oracle delphique, aucun cogito, aucun réseau ne neurones ne m'éclaire sur son mystère ; il est la flèche de Zénon, qui, visiblement, vole, mais, pour ma raison, - reste immobile. Aucune solution donc du problème grec de connaissance ni du problème égyptien de vérité (personne ne souleva mon voile), qui nous illuminerait sur le mystère du soi, où le connu et le vrai restent impuissants. | | | | |
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| doute | | | C'est sur les axes, sur lesquels nous sommes le plus vulnérables, que surgissent surtout nos extravagances et paradoxes, - écoutez ce faiblard de Nietzsche s'égosiller en faveur des forts ; mais ce n'est pas une faute musicale : c'est bien sur l'axe de la force que se concentrent les gammes les plus vastes. | | | | |
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| doute | | | Ce qui est passionnant avec les problèmes philosophiques, c'est qu'ils n'admettent de bonnes, c'est à dire profondes, solutions que si l'on les appuie sur de bons, c'est à dire hauts, mystères. Tout parcours, où la solution est un terminus, est aphilosophique ; la philosophie est la culture des impasses, enthousiasmantes et hautes. | | | | |
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| doute | | | Face à mon soi inconnu, les sentiments lui sont plus fidèles que les pensées, la chair - plus que le squelette. La beauté pourrait y mettre un signe d'égalité. Je me retrouve dans les impasses des belles idées, où mes ruines décorent le paysage d’un beau passé. Au pays des sentiments fantomatiques, il n'y a ni routes ni impasses ni mots, mais couleurs, sons et danses, auxquels je dois sacrifier toute marche. | | | | |
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| doute | | | Le sot guette l'attendu, le sage appelle l'inattendu. « Ma plaie pressentie m'est presque indolore » - Pétrarque - « Ma piaga antiveduta assai men duole ». Il veut dire, que l'attendu est stérile, c'est l'inattendu qui met en marche l'imagination et le commentaire. Aux mailles de notre curiosité ne s'arrêtent que des aspérités du paradoxe. | | | | |
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| doute | | | La simplicité est l'expression des prémisses profondes, c'est-à-dire axiomatiques ou paradoxales, où parlent le goût et la liberté. La complexité est l'expression des conclusions peu profondes, c'est-à-dire syllogistiques, où sévissent la nécessité et l'inertie. | | | | |
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| doute | | | De doute en doute, comme de clarté en clarté, on peut arriver à une passionnante impasse ; le premier parcours promet plus de hauteur au regard, le second – plus de profondeur aux pas. Mais alterner le doute et la clarté promet surtout de la platitude – il faut choisir son degré de certitudes ou d'errances. Des clartés désirables, fécondées par le doute : des idées lumineuses, des feux d'artifice sans jubilés ni dates. | | | | |
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| doute | | | Le visage de ceux qui proclament, doctes, se chercher est, d'habitude, déjà une copie en dur d'un prototype grégaire ; ils cherchent des finalités sur des sentiers battus ; le vrai, le grand, le mystérieux soi ne se manifeste que si l'on fuit son soi visible, sans craindre les impasses, et ne vit que des commencements, des amorces, les pieds en paix et le regard en feu. | | | | |
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| doute | | | Les conflits, les contradictions, les incompréhensions surgissent plus souvent entre des représentations d'une même réalité que dans la réalité elle-même. Deux arbres, se dévisageant, se défiant, s'embrassant, et l'issue – soit une dialectique mécanique soit une unification organique. Pour un créateur, ces deux arbres poussent en lui-même et sont source d'enrichissement : dans les cimes on gagne en hauteur, dans les fleurs – en beauté, et dans les racines – en souffrance : « Le désespoir vient du sentiment d'ubiquité ; mais toutes ces valeurs, variées et jadis inconciliables, sont désormais unifiées en moi » - Berbérova - « Отчаяние связано с ощущением раздвоения ; все разнообразные и противоположные черты во мне теперь слиты ». | | | | |
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| doute | | | Tu tentes la profondeur et la rigueur des questions – tu aboutis aux réponses consensuelles, banales, galvaudées. Tu commences par te hisser à la hauteur, à la musique et à l’universalité des réponses – tu découvres qu’une infinité de combinaisons de questions personnelles et paradoxales aurait pu s’unifier avec ces réponses imprévisibles. C’est ainsi que naît le genre aphoristique. | | | | |
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| doute | | | Paradoxe à accepter : vouer le sérieux (et l’indifférence) à ce qui se réduit aux actes responsables et à la clarté définitive ; réserver l’ironie (et l’élan) à ce qui est grand ou noble, mais entaché d’inexistence. | | | | |
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| doute | | | Les impasses individuelles me consolent, les impasses collectivistes me désolent. La philosophie des Lumières communes aboutit toujours aux désenchantements ; la philosophie des ombres personnelles enchante, parfois. | | | | |
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| hommes | | | Ce paradoxe des temps modernes : ce n'est que dans la foule que les hommes parviennent à faire entrevoir ce qui leur reste de personnel, tandis que dans leur solitude perce le goût inavoué de l'omniprésent troupeau. « Dans la maison, où tu écris, retentit un vacarme, comme s'il venait des machines » - K.Kraus - « In dem Zimmer, in dem geschrieben wird, ist der Lärm so laut, als ob er von Maschinen käme ». | | | | |
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| hommes | | | Dans les ampleurs ou profondeurs discursives il n'y a rien de plus intimidant que dans les roues dentées. Au bout, on se trouve dans des étables ou casernes. Vu d'une certaine hauteur, tout discours continu se décompose en pointillés de culs-de-sac et de ruines qu'il s'agit d'entretenir. | | | | |
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| hommes | | | La machinisation, l'algorithmisation des goûts est paradoxalement tribut au plus ignoble des hasards. J'ignore mes fins, autant les vouer au hasard. Mais je dois être maître de mes contraintes, qui traduisent mon goût. Seul le caprice de l'artiste offre une houle alternative à la déferlante aléatoire à l'origine des destinées. | | | | |
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| hommes | | | Joli paradoxe : dans ce siècle anti-musical, dans aucun autre domaine le déferlement mécanique n'est aussi flagrant que dans … la musique, qu'il s'agisse de symphonies ou de chansons des albums. Ce phénomène est semblable à la défense anachronique de la vérité et de la justice (dont la maréchaussée et le fisc s'occupent mieux que les révoltés de métier) et la dénonciation des interdits, des tabous, des persécutions (n'existant que dans des cerveaux fébriles, prétentieux et vides). | | | | |
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| hommes | | | Ils vouent le surhomme à l’avenir et imaginent des chemins ou des ponts qui y mènent, tandis que, de toute évidence, il réside au passé, au milieu des impasses et des ruines, en compagnie du poète-pleureur ; l’avenir appartient au robot, dans son bureau, son hôtel, son aéroport, en compagnie de son banquier, son client, son agent. | | | | |
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| hommes | | | Des troupeaux d’hommes-moutons font avancer leurs produits sur des sentiers battus ; à leur destination, des chaînes d’hommes-robots, en profitent ; l’homme reste immobile dans ses impasses, éclairées par son étoile. | | | | |
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| intelligence | | | On ne peut juger de l'intelligence des hommes que d'après leur manière d'énoncer des banalités. Dans des constructions savantes, le sot est indiscernable du génie. | | | | |
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| intelligence | | | Personne n'est vacciné contre la bêtise : « Il n'y a pas de plus incurables que ceux qui se croient sains » - St-Augustin - « Nemo insanabilior eo, qui sibi sanus videtur ». L'intelligent se sait porteur de virus, mais il éloigne, prudemment et élégamment, son interlocuteur, et ne met pas ses pieds sur ce pont vénitien. | | | | |
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| intelligence | | | Savoir unifier des valeurs de plus en plus éloignées ou discerner une frontière dans ce qui se présente comme jumeaux. Tout branchage identitaire, causal, synthétique ou paradoxal peut s'inscrire dans l'unification des arbres à vastes inconnues. « Un réseau d'arbres s'ouvrant en toute direction »** - U.Eco - « Una rete di alberi che si aprano in ogni direzione ». | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit philosophique est celui qui se forme, à partir de rien, à chaque contact avec l'illisible. Cela produit de la niaiserie ou de l'élégance, de la peinture ou de la poésie, menant vers plus d'étonnement et de grandeur. Tout ce qui est déjà formé relève du lisible et vaut autant qu'un récit de voyage, tandis que la philosophie, c'est le voyage lui-même. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence consiste à transformer en escale ce que d'autres prennent pour terminus, cul-de-sac ou voie impériale ou impraticable. | | | | |
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| intelligence | | | Intelligence inférieure : une mémoire bien organisée, munie de bons moteurs de navigation et d'inférences. Intelligence supérieure : inventer des modes d'organisation, donner le vertige des houles et des syllogismes, sans agiter des rames ni modi, par le regard soulevé par les apories originelles. Profondeur ou hauteur, Descartes ou Pascal, Sartre ou Valéry, Deleuze ou Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Le sceptique est un handicapé : la vie n'aurait ni fin, ni unité, ni être - comment s'entendre avec un aveugle, un sourd, un muet ? Seul le scepticisme passif peut être un tonique ; le scepticisme actif est une infirmité. « Le scepticisme est la volupté des impasses » - Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Pour celui, pour qui le devenir (et non pas l'être) est son élément, la méthode est plus chère que le système, l'inépuisable esthétique du paradoxe - plus chère que l'éthique épuisée de la doxa. « Aucun être à trouver en-dessous de l'action, de l'effet, du devenir » - Nietzsche - « Es gibt kein Sein hinter dem Tun, Wirken, Werden ». En effet, ce qui émane de l'être n'est que le commencement : « L'être pur constitue le commencement » - Hegel - « Das reine Sein macht den Anfang », et c'est aussi lui, l'être, qui conduit le pas dernier, au seuil du sens ; le reste, le parcours, la durée, est palabre humaine et silence divin. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui, paradoxalement, autorise le regard de se détacher des choses vues, sans craindre une chute dans l'inexistant, c'est qu'un lien inconscient conduit des sens au sens, unit le perçu et le mental, sans passer par les yeux. | | | | |
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| intelligence | | | Travail paradoxal sur la pensée : on cherche à la dépouiller de la gangue des sens, mais quand on le réussit, à coups de métaphores, la pensée jaillit comme une pure sensation. Détachée du sol, elle doit rejoindre, dans l'air, sa source platonicienne. | | | | |
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| intelligence | | | Mes yeux parcourent le paysage social commun, mais mon regard crée mon climat intérieur. L'homme du regard : de son œuvre, sans qu'il y songe lui-même, se dégage un système inimitable et complet. L'homme des yeux : son œuvre suit les règles aléatoires, imitées des autres. L'homme créateur de grâces paradoxales sur des axes entiers ou l'homme reproducteur de pesanteurs ponctuelles. « J'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés » - Rousseau. | | | | |
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| intelligence | | | Les intellos nous inondent de questions banales ; mes notules à moi sont anti-intellectuelles : je n’apporte que des réponses paradoxales aux questions que j’escamote et que chacun est libre d’inventer. « Il ne peut pas exister de culture de l’interrogation seule » - Malraux. | | | | |
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| intelligence | | | Paradoxe : plus une pensée est personnelle, plus sa profondeur est universelle. Mais la hauteur universelle n’existe pas ; ne s’y nichent que des pensées solitaires, et la fraternité d’idées n’est pensable qu’en profondeur. | | | | |
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| intelligence | | | Lorsque la pensée n’effleure que des choses ayant déjà un nom, on assiste à la banalité, si cultivée par la gent savante. Le créateur sent l’appel des choses innommées ou innommables, ce qui rapproche son discours d’une musique, parsemée d’impasses et de perplexités. « La pensée erre en quête d’indicible » - Cioran – on ne cherche pas l’indicible, on le ressent, aux instants inspirés. | | | | |
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| intelligence | | | Chercher une pensée saine est bête ; on doit en attendre surtout de la beauté lucide et de la noblesse fière. La fierté devrait la rendre laconique, et la lucidité – ironique, ni bavardage ni gravité. La pensée devrait relever de l'art paradoxal, faisant surgir une sainte vie, dans le souci de nos incurabilités, tandis que la pensée banale nous accable de vils remèdes. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui est profond ne peut ni s’envelopper d’un mot-à-mot délié ni se développer par un nez-à-nez familier ; on ne donne une image verbale, conforme de la profondeur d’une sensation, que par la hauteur d’un regard, perçant et intense. La plus belle création consiste en entretien des axes, vastes et paradoxaux. | | | | |
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| intelligence | | | Le présent n'a pas de durée : au bout d'une seconde après un instant donné, celui-ci appartient déjà à un passé aussi inaccessible que l'instant du big-bang. On peut dire, que le présent est aussi impossible à saisir que le mouvement de flèche de Zénon ou la course d'Achille visant la tortue. | | | | |
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| intelligence | | | Comment se construit la parole humaine ? Pourquoi la compréhension mutuelle est si prodigieusement facile ? L’essentiel d’un discours renvoie à l’habitude, à la mémoire, à l’expérience. Ce ne sont pas des références conceptuelles (comme c’est le cas en IA symbolique), mais la statistique qui guide la génération et l’interprétation du flux langagier. Seule l’intelligence humaine, ce don divin si inégalement distribué, peut reprendre un discours, pour en apporter des justifications. Un paradoxe – l’IA neuronale, conçue d’une manière si primitive et mécanique, est, en fin de compte, parfaitement humaine ! Et si l’intelligence la plus haute commençait, justement, aux points de brisure des données statistiques ? Et l’IA symbolique est tout-à-fait inhumaine. Comme le sont, par leur origine, nos sens du Beau et du Vrai ! | | | | |
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| confucius | | | Trois voies mènent au savoir : la réflexion - la voie la plus noble, l'imitation - la voie la plus facile, l'expérience - la voie la plus amère. | | |  | |
| | intelligence | | | C'est une vision tri-viale de ce qui s'acquiert le mieux hors tout circuit : dans des impasses ou ruines, où la marche n'a pas beaucoup de sens, mais la danse donne un noble et difficile vertige. Que la noblesse y soit amère, l'amertume, au moins, y est noble. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Es ist mit dem Witz wie mit der Musik, je mehr man hört, desto feinere Verhältnisse verlangt man.
Il en est de l'esprit comme de la musique ; plus on l'écoute, plus on exige de subtiles nuances. | | | | |
| | intelligence | | | Le bel esprit est un contrapuntiste multipliant des accords paradoxaux de sentiments et de pensées. « La musique est un intermédiaire entre la vie de l'intelligence et celle du sentiment » - Beethoven - « Musik ist Vermittlung geistigen Lebens zum sinnlichen » - tout en restant au diapason de la profondeur insondable de la première et de la hauteur inaccessible du second. La musique nous apprend, qu'on peut penser sans mots et sentir sans caresse. | | | | |
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| hegel g. | | | Genie ist ein Mensch, der die meisten Gegensätze versöhnt.
L'homme de génie est celui qui réconcilie le plus de contraires. | | |  | |
| | intelligence | | | En nombre de contraires réconciliés l'homme de génie ne dépasse pas n'importe quel badaud. Mais il les aborde simultanément et en langages différents (l’art des paradoxes), tandis que le goujat ânonne toujours dans un même idiome, mais aux moments différents (la non-maîtrise des contradictions). « Le génie, ami des paradoxes, et le hasard, dieu inventeur » - Pouchkine - « Гений, парадоксов друг, и случай, бог изобретатель » - l’heureux hasard des poètes s’appelle inspiration. | | | | |
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| wilde o. | | | I know pretty well that we live in an epoch, when only fools are taken seriously, and I live in terror of not being misunderstood.
Je sais trop que nous vivons dans un siècle, où l'on ne prend au sérieux que les imbéciles, et je vis dans la terreur de ne pas être incompris. | | | | |
| | intelligence | | | Comprendre, c'est prendre au sérieux ; le contraire s'appellerait aimer. Valery, qui vivait entre « la crainte de n'être pas compris et la terreur d'être compris », s'éclairait du même paradoxe. | | | | |
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| chœur ironie | | | DOUTE : En abusant d'ironie, on rend le doute - mécanique et plat. L'ironie devrait gonfler les nuances et atténuer ou percer les grosses murailles. Les certitudes sont d'aussi bons matériaux, à condition d'en bien dessiner la même perspective - l'impasse, où se joignent les plus prometteuses des trajectoires. Aboutir à la clarté et y rester - le privilège des sots vivant du désamour. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, ce n'est pas le renoncement à la perfection, c'est la conscience qu'aucun pas vers elle n'est définitif et qu'à chaque carrefour il y a des chemins, qui ne mènent nulle part, que tout chemin peut être vu comme un cul-de-sac. Je vois dans celui-ci une foi, un refuge et une vocation. Qui cherche s'y retrouve, plus désemparé que jamais ; les autres, qui se contentent de vivre, s'y installent confortablement. Et les ruines reproduisent le destin des culs-de-sac : « L'extase de l'homme est d'ériger un édifice et non pas d'y vivre, ce qu'il laisse aux moutons »*** - Dostoïevsky - « Человек любит созидать здание, а не жить в нём, предоставляя его баранам ». | | | | |
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| ironie | | | Quand on maîtrise le mot pénétrant, face à une pensée dominée, on peut se permettre, au second assaut, de capituler devant elle. Il faudrait la chevaucher deux fois : par-dessus, en affirmatif, et par en-dessous, en négatif. Plus l'affirmatif est profond, plus sa négation est excitante ; plus l'affirmatif est excitant, plus la négation est profonde. En volatile perfide ou en reptile bifide, je m'y insinue en maître et je gagne dans tous les cas. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie de la porte : franchir son pas avec le même entrain, qu'il faille enfoncer une porte ouverte ou qu'on doive se trouver devant une porte condamnée. Savoir les convertir les unes dans les autres, pour continuer à pratiquer le culte du toit ouvert, qui m'offre mon étoile et non pas ma nouvelle cellule, et le culte des murs condamnés, qui me gardent auprès du banc des accusés et non pas des bureaux des robots. | | | | |
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| ironie | | | On peut pardonner à l'infini sa stérilité, lui, au moins, ne mène nulle part. On reconnaît la médiocrité par la longueur et la droiture des chemins, proposés dès la première rencontre. | | | | |
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| ironie | | | La tension de la corde et la pose de l'archer me sont plus sympathiques que le palmarès de cibles touchées. La clef présente le même avantage, face aux serrures ; elle est d'autant plus belle, qu'on ignore les portes qu'elle ouvre. Et l'ouverture y gagne, si la clef s'élit dans un beau concours de circonstances. Quelle fierté que de collectionner des clefs des impasses interdites aux autres ! | | | | |
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| ironie | | | Jadis, pour nous détourner d'un choix sans issue, on brandissait, sous nos yeux, le spectre d'une impasse. Aujourd'hui, c'est dans des impasses que se trouve la seule échappatoire à l'étable, étable, où mènent toutes les grandes routes. Nulle part, en revanche, est une bonne destination : « De nouvelles routes bien tracées, pour aller toujours plus loin nulle part » - Ajar. | | | | |
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| ironie | | | Quand les chemins de la vie seront aplanis, le moindre grain de sable sera vécu comme un écueil. En attendant, fais provision de pierres de Sisyphe. Apprécie ton désensorcellement des panneaux de circulation, ton ironie impraticable, tes gestes en cul-de-sac, ton existence arrêtée sur une piètre route sous couvert de panne de ton essence. | | | | |
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| ironie | | | Le paradoxe ne mérite pas qu'on lui voue un culte. Il est juste une hérésie gymnique (une mise à nu par un gymno-sophisme) servant à remettre d'aplomb une foi essoufflée. | | | | |
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| ironie | | | La rue des Hautes Formes, à Paris, est un cul-de-sac en zigzag. On n'accède à la rue des Artistes que par une espèce d'échelle de Jacob, où tu te frotterais plutôt à un chien oublieux qu'à un ange attentif. Café de la Renaissance, à la sortie d'un cimetière, comme l'impasse de Satan - à l'entrée d'un autre. L'impasse de l'Enfant Jésus menant vers un mouroir. Avertissements. | | | | |
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| ironie | | | Pour un sage, l'ironie est sa vraie patrie, dont il remplit son exil, qui est sa vraie philosophie. F.Schlegel, en inversant les rôles : « la philosophie - la vraie patrie de l'ironie » - « Philosophie - die eigentliche Heimat der Ironie », referme le paradoxe (mais la naturalisation de l'ironie lui fut retirée, depuis que le néfaste droit du sol se substitua au noble droit du sang). L'ironie a une forme philosophique, tandis que la philosophie ne peut avoir qu'un fond ironique. | | | | |
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| ironie | | | L'avance technologique de l'âme sur le corps ne doit pas dissimuler ce paradoxe fondamental : l'âme n'est qu'un matériel, qui n'est mis pleinement en valeur que par le génie logiciel du corps. | | | | |
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| ironie | | | Certains de mes édifices méritent leur titre de ruines non pas à cause de l'architecture, mais de la voirie : tout chemin partant d'eux menant vers le seul lieu digne de nos rendez-vous avec l'arbre, vers nulle part, impasse pour les uns et chantier pour les autres, les meilleurs (Holzwege de Heidegger ?). | | | | |
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| ironie | | | Ce que j'écrivis est chimiquement inerte, physiquement neutre, mathématiquement aporistique. Je ne m'attends ni aux réactions de fusion, ni aux courants de sympathie, ni aux corollaires fraternels. | | | | |
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| ironie | | | La raison de mon affection pour les impasses : toute recherche de la pureté ou de la compassion y aboutit ; n'ouvre de grands chemins que la recherche du lucre. | | | | |
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| ironie | | | Les sots préfèrent le labyrinthe, où domine le chemin ; les savants bâtissent des réseaux, où domine le nœud ; l'ironiste part des nœuds inexistants, ce qui transforme tout chemin en errance, en impasse ou en pointillé, et cette structure finit par présenter tous les traits d'une authentique ruine, à l'espace discret et au temps arrêté. | | | | |
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| ironie | | | Le paradoxe doit n'être qu'une maîtresse, qu'on ne doit jamais épouser pour la vie, sinon on s'abêtit dans le ricanement et la grimace (Cioran y succombe). C'est là qu'est la différence entre ceux qui prennent congé de leurs paroles, dès que celles-ci conçurent, et ceux qui épousent leurs idées. Les naïfs, qui croient en paroles vierges, finissent par épouser celles qui n'ont aucun appât. | | | | |
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| ironie | | | Il n'est donné à personne de savoir sa vraie pente qu'il faille suivre ; toutefois, la chutante est plus prometteuse que la montante. Si la pente est vraiment à moi, elle ne peut mener que vers l'impasse. Les montées ou descentes des autres ne servent qu'à équilibrer mes errements ou à relativiser mes chutes. | | | | |
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| ironie | | | La subtilité se mesure en nombre de couches d'ironie ou de paradoxes. Plus le fond est profond, plus le mérite est haut : « La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse » - Montaigne. | | | | |
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| ironie | | | Les contraintes spatiales permettent d’éviter des platitudes ou des cloaques, et les contraintes temporelles font passer le vertige des vitesses et des accélérations – le frein ou la marche-arrière font aimer les impasses : « Il n’est point d’impasse là où l’on peut faire marche-arrière » - S.Lec. | | | | |
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| ironie | | | Ce qu’il faut reprocher aux philosophes, ce n’est pas de s’arrêter à mi-chemin, mais le fait même de se mettre en marche, au lieu de se contenter de mettre en musique leurs propres commencements. Le développement est de l’inertie commune, et les buts atteints – l’impasse individuelle. | | | | |
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| ironie | | | Ta marche devrait faire non pas ton chemin (qui finirait toujours par rejoindre des sentiers battus), mais le style, le rythme, la musique, le visage ; dans ce dernier cas, ton chemin s’identifierait avec l’impasse, le désert ou la solitude. | | | | |
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| ironie | | | Qu’un lecteur relise sept fois ma maxime, ou que sept lecteurs la lisent une seule fois – les deux cas me sont indifférents ; je préfère que, dans cette maxime, le lecteur perspicace voie une réponse, y devine sept inconnues, face auxquelles il réussisse à bâtir un arbre de questions paradoxales, unifiable avec cette maxime. | | | | |
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| ironie | | | L’extase, le vertige, l’ennui – telle est la voie tragique, dont il faut chercher une déviation, même dans une impasse, et qui s’appellera consolation. | | | | |
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| mot | | | Quel beau paradoxe : le maître du mot, Valéry, est l'auteur des idées les plus profondes ; ceux qui se consacrent entièrement aux idées (Platon, Nietzsche, Heidegger) ne laissent derrière eux que de belles métaphores ! | | | | |
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| mot | | | Tout avis commun, la doxa, peut gagner en intérêt moyennant une bonne traduction en para-doxe. | | | | |
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| mot | | | Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre. | | | | |
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| mot | | | Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés. | | | | |
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| mot | | | Ironie viendrait d'interroger, mais c'est plutôt s'arroger le droit régalien d'élever une interrogation problématique à la dignité d'aporie mystique. Cette élévation fait de l'ironie une espèce d'ignorance, docte ou étoilée. | | | | |
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| mot | | | Deux ambitions taraudent un écrivain ambitieux : être original et échapper à son temps. On dispose d'un outil - son talent, et de deux moyens - les idées (l'intelligence) et les mots (le style). Sans bon outil, toute ambition est risible. Mais avec les moyens, on tombe dans un paradoxe. Dans le domaine des idées, l'innovation est éphémère, puisque leur nombre est fini, épuisé. Quant aux mots, ils portent, fatalement, l'empreinte de leur époque. Heureusement, les rencontres putatives de mots sont infinies, et l'art d'en profiter est la définition même d'un vrai talent. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le ciel, n'y a pas de routes, et il n'y a pas de routes qui mènent au ciel ; de ma vie je dois faire un ciel, même si elle se présente elle-même comme une route (pour laquelle je prends mes impasses) : « La vie est un chemin vers le ciel » - Cicéron - « Vita via est in caelum ». | | | | |
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| noblesse | | | Le spectre de l'impulsion initiale, c'est ce qui distingue un homme intéressant. « Tout s'achève avec mon commencement » - T.S.Eliot - « In my beginning is my end » (ne pas croire les Chrétiens, naïfs ou hypocrites : my end is my beginning). En grec, commencer signifierait commander - volonté de puissance (pour Nietzsche, vouloir, c'est obéir au commencement, plutôt que commander la fin) ! « L'unique joie au monde, c'est de commencer » - Pavese - « ricominciare è l'unica gioia al mondo ». Ensuite, le poète, qui doit être Prince, conserve cette impulsion (« nous ne sommes pas responsables de ce qui naît en nous, mais de ce qui dure »** - Valéry), le philosophe la contrecarre par un angle de vue paradoxal, le pragmatique la rattache à la réalité. La pulsion, l'expulsion, la propulsion. | | | | |
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| noblesse | | | C'est dans des impasses que le trafic d'idées est le plus dense. Mais ne confondons pas la cause avec l'effet : tous les Holzwege (chemins-impasses) ne sont pas des Denkwege (chemins-pensées), mais les derniers débouchent toujours sur les premiers. | | | | |
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| noblesse | | | Je suis absent du fond diurne, cohérent, profond et consensuel, des tableaux du monde, mais je ne peux pas échapper à leurs cadres, communs et reproductibles, j'y suis réduit tantôt au polissage de truismes et tantôt au tissage de paradoxes sachant, que « les paradoxes d'aujourd'hui sont les préjugés de demain » - Proust. | | | | |
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| noblesse | | | Le piège d'un esprit polémiste : démanteler, avec brio, une inanité, le plus souvent imaginaire, et s'en donner de la confiance et de la grandeur. Ne relève de gant sur aucune arène, aucun forum, aucune route ! Les anges n'attendent que dans les impasses et se méfient même de la Lune comme lumière et témoin. | | | | |
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| noblesse | | | Deux beaux profils mythiques disparurent des parcours humains - les anges et les rois, les poètes fastueux et les philosophes majestueux. Les logorrhées fangeuses, où rien ne résonne et tout raisonne. Les voies royales ne mènent plus qu'aux ruines et deviennent impasses nostalgiques. « Il n'y a plus de voies royales en géométrie » - dirait Euclide, en songeant à la philosophie. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que j'ai de meilleur procède de mes faiblesses. Pour un recalé des certitudes, paumé des doutes et nostalgique des défaites, c'est une raison de plus pour m'y attacher. Confucius, n'a-t-il pas mis homme et faiblesse dans le blason de son école, le jou ? À moins que l'oxymore du nom de Lao Tseu, vieil enfant, ne renforce mon goût du paradoxe. | | | | |
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| noblesse | | | Toute tentative d'une écriture noble aboutit à la problématique confrontation aristotélicienne entre l'intelligible et le sensible. Privilégier le concept, le système, l'inférence, bref une solution, ou bien la beauté, l'émotion, le goût – bref, un mystère - la caresse. La métaphore est une caresse, comme le sont le paradoxe, la mélodie, le rêve. Tout bon philosophe est chantre de la caresse protéiforme. | | | | |
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| noblesse | | | Les philosophes du paysage ou du climat : les premiers narrent les volumes et les surfaces et font des forêts – les parcs, des impasses personnelles – les routes communes, des horizons – les clôtures ; les seconds éprouvent la caresse des épidermes, l’embrasement des cœurs, la palpitation des âmes - ils trouvent au firmament la place de leur étoile. | | | | |
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| noblesse | | | Que tu sois randonneur des cimes ou explorateur des gouffres, tu fouleras des sentiers battus, si ton guide s’appelle esprit. L’âme ne promet que des impasses, mais tu y seras toujours pionnier. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est un axiome pour le réaliste, un théorème pour l'optimiste, une aporie pour le pessimiste. Le premier y amène tout, le deuxième y est amené, le troisième lui fait mener une existence anonyme et irréfutable. | | | | |
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| proximité | | | Toute route vers la hauteur est une impasse, ne s'y rencontrent que des regards, porteurs d'une mélodie. Cohérence immobile avec une voix haute, plutôt que co-errance mobile sur une voie sotte. Mais co-naissance du dernier pas plutôt que connaissance du premier. | | | | |
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| proximité | | | St-Augustin et les protestants ont raison : personne ne peut trouver son chemin vers Dieu. Mais Dieu, visiblement, Lui aussi, s'en désintéresse. Il ne restent que des culs-de-sac, les pieds au repos et la position couchée, pour rêver cet abandon insondable. | | | | |
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| proximité | | | J'ai des frontières humaines et des frontières divines ; ces dernières ne m'appartiennent pas et font de moi un Ouvert. Les philosophes y voient de faux paradoxes : « L'individu n'a qu'en lui la fin, vers laquelle il doit tendre, et pourtant il a cette fin en dehors de lui, puisqu'il y tend » - Kierkegaard. | | | | |
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| proximité | | | L'œil des partisans des clartés définitives ne s'accommode qu'à une distance fixe et croit à l'assimilation. Tout nouveau savoir en élargirait la superficie. L'habitué des vies en reliefs paradoxaux possède une accommodation élastique, où la falsification et les vérités éternelles dessinent des courbes en profondeur et en hauteur, sans nous appartenir. | | | | |
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| proximité | | | Dans les affaires des religions officielles, le dernier mot aurait dû appartenir au savant : historien, biologiste, physicien, et non pas aux enfants ou poètes. C'est le savant qui touche au rêve divin, mais c'est pour l'interpréter, dans un modèle scientifique, et c'est le poète qui s'occupe de l'activité divine, mais c'est pour la représenter, dans un modèle artistique. Le plus grand mystère est la rencontre de la Beauté et de la Bonté, dans le dess(e)in divin. | | | | |
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| solitude | | | Il faut choisir entre l'arbre, qui chauffe ton regard, et le bois de chauffage, qui t'obligerait de t'enfoncer dans une forêt, même sur des chemins, qui ne mènent nulle part. Entre la solitude de l'œuvre et la solitude du chemin, je penche pour la première - l'œuvre et non pas le chemin ! (Werke, nicht Wege !) - pour parodier Heidegger - ne serait-ce que pour ne pas quitter mes ruines, cernées par des impasses. | | | | |
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| solitude | | | La solitude me poursuit, je la fuis, et voilà que je me retrouve dans mes ruines, au fond d'une impasse. Ceux qui commencent par fuir le monde rejoignent des sentiers battus, menant aux cellules mentales, dépourvues de vulgomètres. | | | | |
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| solitude | | | Même mes impasses sont munies de panneaux indicateurs, que je n'avais pas mis moi-mêmes. Et d'autres m'aidèrent à m'y égarer. Sans les autres, dans mes buts, je n'érigerais pas de bonnes contraintes. « Qui suit tout le monde fait mal ; qui ne suit personne fait pire » - proverbe serbe. Sur de bonnes vieilles pierres des autres je ferai résonner mes pas non faits. | | | | |
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| solitude | | | Pour exercer ta pitié paradoxale, essaie de voir dans l'homme porteur de multitudes, mécaniques et bénignes, – l'homme dépourvu de solitudes, vitales et incurables. | | | | |
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| solitude | | | Pour, soudain, ne pas te découvrir cerné par la cohue, dans des embouteillages des hommes affairés, au départ individualistes ou solitaires, vérifie, avant tout pas, que ta piste aboutisse bien dans une impasse. Sinon, elle s'avérera très vite sentier battu. | | | | |
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| solitude | | | Le culte de tout chemin, qu'il soit battu ou nouveau, mène à l'étable. L'homme ne se retrouve, ou ne se devine, qu'au fond de ses impasses. Rien de continu en mouvement ne rend notre immobilité discrète. | | | | |
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| solitude | | | Un paradoxe des temps modernes : ceux qui prônent l’originalité intégrale et commencent leurs discours par Moi, je sont les plus grégaires ; tandis que ceux qui cherchent désespéramment un nous, pour se trouver eux-mêmes, restent souvent dans la solitude. | | | | |
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| chœur souffrance | | | BIEN : Il est bien connu qu'avoir souffert ne rend pas plus sensible au bien ; les martyrs connaissent mieux les nuances et les plaisirs du métier de bourreau. Mais on souffre davantage dans la peau de théoricien que dans celle de praticien : dans les impasses pratiques on n'est vu de personne, dans les impasses théoriques on est la risée de soi. | | | | |
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| souffrance | | | La fontaine d'assouvissement impossible est la perpétuation d'une noble contrainte, comme celle d'un but absurde - chez Sisyphe. | | | | |
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| souffrance | | | La ruine, c'est l'aboutissement de la chaîne anti-historique : la tombe, la croix, le caducée - le ver, le vautour, le serpent. Et au bout : la chauve-souris ou la marmotte, les seules qu'on reconnaisse aujourd'hui ex ungue leonem, dans des bestiaires paradoxaux. | | | | |
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| souffrance | | | Que je poursuive une cause extérieure, dans un monde accessible, ou extérieure, dans mon soi inaccessible, le chagrin final me rattrape avec la même certitude. Je ne peux l'atténuer que par l'intensité vitale, au-dessus de toutes les tristesses, intensité que je crée avec un accord musical et paradoxal entre le monde merveilleux et mon soi, également merveilleux. | | | | |
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| souffrance | | | Le bon, le grand, le vrai réveillent des passions compréhensibles et cohérentes, mais le beau nous met dans un état paradoxal : « Le beau provoque la terreur, le vertige et un plaisir mêlé de douleur ; il entraîne loin du bien » - Plotin - le beau appartient au regard, et nous vivons trop de nos yeux sans vertige. Même le plaisir le plus raffiné naît des contraintes : « Il faut rechercher non pas tout le plaisir, mais celui qui vise le beau »* - Démocrite. | | | | |
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| souffrance | | | On élève le niveau du débat en s'adressant au public de plus en plus abstrait. Et l'on s'aperçoit, que tout bon discours débouche sur un soliloque, où une larme prend des contours d'une aporie. « La sagesse aux yeux pleins de larmes » - R.Char. | | | | |
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| souffrance | | | Les paradoxes acérés tendent à laisser de profondes entailles. Cependant, je devrais être coutures plutôt que coupures, rhaps-odie plutôt que par-odie, liaison plutôt que lésion. Les plaies sont de la cervelle, le baume - du cœur. | | | | |
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| souffrance | | | Le philosophe doit être architecte ou musicien, mais sur un registre paradoxal : pour rendre habitables les ruines, où se réfugient nos amours, nos talents et nos espérances, et pour traduire tout bruit du réel dans une musique du conceptuel ou du verbal. En philosophie, tous les édifices et toutes les proses, privés de souffrance et de mélodies, s'écroulent et s'aplatissent, sans laisser ni ruines ni échos. | | | | |
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| souffrance | | | Le pays de la raison et du sentiment est traversé par trois sortes de chemins : ceux du vrai, animés par les destinations, qui, irrémédiablement, porteront le nom de désespoir ; ceux du bien et du beau, vivant des commencements ou des parcours, débouchant sur les ruines ou les impasses, mais accueillant l'espérance. L'espérance – la fragilité du beau ou du bon triomphant de la solidité du vrai. | | | | |
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| souffrance | | | La philosophie, c'est la danse et non pas la marche, la hauteur active et non pas la platitude passive ; elle voue le regard hautain aux ruines et les pas profonds - au souterrain. Même l'austère Hegel voyait en philosophie « une vénérable ruine, que la raison choisit pour demeure » - « eine ehrwürdige Ruine, in der sich der Verstand angesiedelt hat ». | | | | |
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| souffrance | | | Dans la recherche de remèdes à nos maux, le philosophe doit imiter le charlatan ; seulement, celui-ci s'occupe de guérir un mal, qu'un bon médecin aurait pu traiter, tandis que celui-là doit se vouer à l'incurable. « Les hommes me demandent la voie du salut, la parole qui guérit » - Empédocle – et c'est dans une belle impasse que les âmes mortelles se réjouiront de ton impossible et irrésistible salut. | | | | |
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| souffrance | | | Si aucune grâce ne lui entr’ouvre l’accès à l’éternité, l’homme suivra des sentiers battus, avant de sombrer dans l’éternité finale, sans polluer le monde ni l’embêter par ses angoisses. La grâce, c’est le privilège des impasses : « Avant d’être expédié dans l’Éternité, l’homme s’attarde dans l’Impasse » - Don-Aminado - « Прежде чем отправиться в Вечность, человек заходит в Тупик ». | | | | |
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| souffrance | | | Paradoxalement, ceux qui cherchent une paix d’âme ne font que raisonner, dont l’aboutissement – le désespoir – les comble. Ceux qui ont besoin de frissons, les retrouvent dans l’espérance diaphane. | | | | |
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| souffrance | | | À chaque élément du monde – Feu, Air, Terre, Eau (l’ordre est d'Empédocle) – me lie un frère malheureux : Sphinx (avec le goût des cendres), Icare (avec sa chute programmée), Dédale (avec ses impasses), Narcisse (avec une noyade si proche). | | | | |
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| souffrance | | | Tous ceux qui projetaient des chemins du salut, pour l’humanité consentante, finirent dans les affres des impasses. Ils auraient dû se contenter de consolations solitaires, qui résident, toutes, dans tes commencements, dans ton regard immobile sur ton étoile immobile, dans ton élan immobile. | | | | |
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| chœur vérité | | | BIEN : L'un de ces beaux mensonges pourchassés par de grises vérités est le bien. J'ai peur qu'il ne se relèvera plus après les coups, que lui administra la démocratie, avec son culte de la responsabilité. Aujourd'hui, on ne doit son malheur qu'à sa propre erreur d'aiguillage ; plus de mains secourables dans des voies sans issue. | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi le sage aime-t-il défier des vérités ? Serait-il plus sceptique que le sot, face aux preuves ? Non, le sage fait davantage confiance à l'Horloger du vrai, mais il sait, par expérience, que plus on soumet la vérité aux épreuves du paradoxe, plus majestueux est le nouveau langage, dans lequel elle se réincarne et se renomme, dans une espèce de tautologie de rupture. « La législation langagière engendre aussi les premières lois de la vérité »** - Nietzsche - « Die Gesetzgebung der Sprache giebt auch die ersten Gesetze der Wahrheit ». | | | | |
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| vérité | | | Le dogmatique et l'aporétique n'ont aucune raison de se vouer des anathèmes et des hargnes. On n'a même pas besoin d'être ironique, pour savoir être dogmatique, dans un langage et modèle fixes, et être aporétique, dès qu'un nouveau langage ou modèle se mettent à poindre. Le dogmatique s'intéresse aux vérités, l'aporétique - à ce qui les fait naître et périr, l'ironique - à leurs habits. | | | | |
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| vérité | | | La résignation, de tout temps, animait les sages, freinait le progrès et favorisait les tyrans ; la contradiction soulevait la plèbe, promouvait la liberté et rapprochait la justice. Qui, alors, est le vrai sage ? « On a souvent honoré du titre de sage ceux qui n'ont eu d'autre mérite que de contredire leurs contemporains » - d'Alembert - le monde grouille de rebelles et de contradicteurs, porteurs de ressentiments. | | | | |
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| vérité | | | Dans les contradictions d'un sot, avec lui-même, on devine un regard monolithique, mais inconsistant, sur la réalité. Dans les contradictions d'un sage, on découvre un conflit entre des modèles différents (couches, angles ou points de vue), mais se servant des mêmes «interfaces» langagières (et la contradiction gît dans le langage). Le sot est terrorisé par ses contradictions ; le sage s'en réjouit, car il vit, simultanément, la merveilleuse richesse du langage, du modèle et de la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Contradiction et ses apparences : on la constate d'abord dans la langue ; en théorie, la langue est un instrument bâti par-dessus une représentation (et l'on appellera ce couple - langage), mais en pratique, la langue s'en émancipe, de diverses représentations pouvant lui servir de cadre. La contradiction peut donc être surmontée par un recours, ironique et intelligent, aux langages différents ; il n'en restera qu'apparence. Mais le cynisme et la bêtise s'accommodent de la contradiction au sein d'un même langage. L'intelligent est donc celui qui représente mieux et plus. | | | | |
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| vérité | | | La vocation des vérités est de nous faire calculer, froidement ; celles qui nous font pleurer, chaudement, perdirent depuis longtemps leur pouvoir lacrymogène. « Seules nous mènent les vérités, qui nous font pleurer » - Barrès. J.Jaurès te reprochait de ne garder que la cendre de ces vérités et non pas leur flamme. Les plus connues de ces meneuses des pleurs s'appellent, aujourd'hui, taux d'imposition, crédits préférentiels, plans d'urbanisation. Mais il faut reconnaître : aucun rêve, c'est à dire aucun mensonge, ne fait plus pleurer le contribuable ou le consommateur. En particulier, parce qu'on n'aime plus des impasses, ces seuls lieux où circulent encore des rêves gratuits. | | | | |
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| vérité | | | Les doutes m'ouvrent de vastes perspectives de recherche, tandis que « l'évidence de la vérité me met dans l'impasse » - Phèdre. | | | | |
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| vérité | | | Le sot s'éloigne de la vérité, pour rester dans le mensonge, et le sage, pour préparer une vérité nouvelle, et le paradoxe en est un subtil subterfuge. Si la vérité est grande, elle garde sa valeur, et je l'admirerai de loin encore davantage, comme tout ce qui est grand ! Les convictions sont des tentatives, toujours réussies, de serrer, dans mes bras, une vérité paralysée avant d'en essuyer le mépris. Pour parer l'assaut de doxa, rien de plus spontané que des para-doxes. | | | | |
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| vérité | | | L'accession à une vérité est toujours un progrès ; les philosophes font de la recherche de la vérité leur cible centrale ; aucun progrès en pensée philosophique n'est possible - par quelle pirouette sortent-ils de ce cercle vicieux ? | | | | |
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| vérité | | | La négation constructive fait partie des buts ou des moyens en logique ou des contraintes en art, non-implication trop profonde dans ce qui est hors d'art. Mais si en logique le langage est routinier et non-contradictoire, aux cadences régulières, en art il est initiateur et paradoxal, sa mesure d'authenticité est sa musique. | | | | |
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| vérité | | | Les faits sont des vérités premières. L'erreur première est le refus de la seconde vérité, l'inertie, l'incapacité de modifier les faits, l'inaptitude au (re)commencement, aux nouvelles apories vitales. | | | | |
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| vérité | | | Ils n'ont pas tout à fait tort, ceux qui disent que le sentier de la vérité est inaccessible aux sceptiques (ou ironiques). Même aplani, aplati, goudronné, transformé en autoroute gratuite ou en sentier battu, il le reste ! Les ironiques, devant la banale accessibilité de la vérité, se réfugient dans les impasses du rêve. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités, c'est la sobre assurance des sentiers battus, et la poésie – le délicieux égarement des impasses. Aucune passerelle entre les deux n'est possible ; J.Joubert : « Vous allez à la vérité par la poésie, et j'arrive à la poésie par la vérité » – se trompe de point de départ, de parcours ou de destination. | | | | |
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| vérité | | | L'intelligence n'est pas tellement dans la formulation d'hypothèses que dans le courage de reconnaître tout monde comme hypothétique, et dont la thèse se muera en hypothèses. Mais ces souplesse et liberté ne vaudront pas grand-chose sans des mondes catégoriques sous-jacents, solidement bâtis par ton libre arbitre. Mais deux mondes, qu'ils soient hypothétiques ou catégoriques, ce sont deux espaces de vérités - la liberté interprétative vaut bien le libre arbitre représentatif. | | | | |
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| vérité | | | Comment on échappe à l'ennui mécanique des oui-non : par l'absurde (apagogie syntaxique ou sémantique), par l'indécidable (Gödel !), par le paradoxal (méta-connaissances). Toutes les trois échappatoires ne sont que langagières, accessibles seulement aux maîtres des meilleurs langages. | | | | |
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| vérité | | | En n'empruntant que les chemins de la vérité, on est sûr de déboucher au pays du désespoir. Et Schopenhauer : « Pas de consolation dans ma philosophie, car je n'énonce que la vérité » - « Meine Philosophie sei trostlos, weil ich nach der Wahrheit rede » - a raison. Les rêves ne conduisent que vers des impasses, où scintillent les étoiles et les espérances, les hauts arcs en ciel et les noirceurs profondes. La vérité seule ne promet que la plate grisaille. | | | | |
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| vérité | | | La vérité scientifique est une vérité logique, validée par son sens dans la réalité, mais cette validation ne s’appuie que sur le bon sens et l’expérience ; le paradoxe : une métaphore, personnelle, idéelle et rigoureuse, devenant une vérité, collective, pragmatique et improuvable. | | | | |
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| vérité | | | La fin terrible de ton corps, le parcours de ton âme aboutissant dans l’impasse, les résumés de tes yeux profanant les commencements de ton regard, tes extases quittées par l’intensité – tant d’objets de la consolation, que seul le mensonge puisse apporter. « Comme l’amour, comme la mort, la vérité a besoin des voiles du mensonge » - Céline. | | | | |
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| vérité | | | Chez les sages, les paradoxes naissent de la diversité des langages qu’ils maîtrisent, langages souvent incompatibles. Les sages bornés, une fois ces langages épuisés, se détournent des paradoxes, pour se vouer à la recherche de vérités absolues, ce qui un signe de gâtisme. | | | | |
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| vérité | | | On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens. | | | | |
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| vérité | | | Toute l’énergie que tu mets à chercher la vérité, l’absolu (Dieu), le salut, s’en va en pure perte : la recherche de la première se réduit au calcul, le deuxième ne peut qu’être visé, le dernier, calmant ou endormant, tu devrais le remplacer par l’espérance, que tu ne chercheras guère, tu la ressusciteras par des retrouvailles avec tes rêves d’antan. | | | | |
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| vérité | | | Si tu ne suis que la raison, toute perspective te conduira aux ténèbres ; la lumière consolante ne peut venir que de ton regard irrationnel, qui, même dans les impasses, suit ton étoile. Qui n’est qu’illusion. « Sans le mensonge, l’humanité périrait de désespoir et d'ennui » - A.France. | | | | |
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| vérité | | | La véracité possible du contraire de ce que tu affirmes ne doit pas t’effaroucher ; il suffit que tu saches par quelle modification du langage cette possibilité se réalise. | | | | |
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| vérité | | | La nudité de la vérité est à même d’exhiber la vulgarité du réel ; le mensonge est toujours habillé, ce qui lui permet de présenter en majesté même la hauteur du rêve. | | | | |
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| vérité | | | L’aphoristique est un défi à la logique – énoncer des conclusions-réponses, sans avoir formulé des prémisses-questions. Le travail logique est le développement, à partir des conditions ; la création aphoristique est l’enveloppement des effets, dont chacun est libre d’imaginer les causes. Le mode discursif est commun, sur des sentiers battus ; la fantaisie aphoristique est personnelle, même menant aux impasses. | | | | |
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| démocrite | | | La vérité est au fond de l'abîme. | | | | |
| | vérité | | | Elle descend, en effet, du haut (où naît le langage du désir), puis elle prend corps en bas (où l'on accède aux choses). Il vaut mieux laisser mon regard en compagnie du langage, en haut ; sinon je risquerais de confondre eaux stagnantes, cloaques et abîmes : « Si tu persistes à regarder l'abîme, l'abîme finira par regarder à travers toi » - Nietzsche - « Wenn du lange in einen Abgrund blickst, blickt der Abgrund auch in dich hinein » - et je perdrais la hauteur de mon propre regard. | | | | |
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| pascal b. | | | L'erreur n'est pas le contraire de la vérité. Elle est l'oubli de la vérité contraire. | | |    | |
| | vérité | | | Pour oublier, il faut avoir retenu. L'erreur est de trop retenir. La vérité est de ne pas y tenir. « La science la plus indispensable est celle de l'oubli de l'inutile »* - Diogène Laërce. La seule négation opératoire de la vérité est la non-démontrabilité, et G.Braque se montre excellent logicien : « La vérité n'a pas de contraire ». | | | | |
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| wilde o. | | | The well-bred contradict other people. The wise contradict themselves.
Les gens bien élevés contredisent les autres, le sage se contredit soi-même. | | |  | |
| | vérité | | | Le paradoxe du sage se joue entre deux modèles ou deux langages différents, où la compatibilité n'a pas de sens. Le sot se noie au milieu d'un même modèle ou langage. Par une subtile substitution, le sage peut tomber d'accord avec le sot, qui n'est d'accord qu'avec lui-même. | | | | |
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| shaw b. | | | The only truth is paradox.
Le paradoxe est la seule vérité. | | | | |
| | vérité | | | Car l'erreur, c'est l'oubli de la vérité contraire, que le paradoxe sauve. Le croisement heureux s'appellera chiasme, cette vérité des philosophes. | | | | |
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| churchill w. | | | Men occasionally stumble over the truth, but most of them pick themselves up and hurry off as if nothing had happened.
Il arrive aux hommes de trébucher sur une vérité, mais la plupart d'entre eux se relèvent et s'enfuient, comme si rien ne s'était passé. | | | | |
| | vérité | | | La voirie universelle aplatit et rend droites les vérités trébuchantes ; sur d'obliques chemins des vérités mal déblayées, réduits en impasses, on ne rencontre plus que des rêveurs, en position couchée. | | | | |
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| einstein a. | | | If you are out to describe the truth, leave elegance to the tailor.
Si tu es là pour défendre une vérité, laisse l'élégance à ton couturier. | | | | |
| | vérité | | | Ils t'écoutèrent, plus de défilés de mannequins de la vérité. Le robot n'a pas peur d'être hérissé de contradictions, toutes ses fonctions sont dans l'agencement des extrémités. Mais avec l'élégance s'en va aussi la pertinence. | | | | |
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| weil s. | | | Dès qu'on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai. | | |   | |
| | vérité | | | J'aurais toléré quelques délices en compagnie de la vérité conquise, avant de chercher le nouveau langage. Le sens contraire est bien une innovation langagière : syntaxique - des attouchements inattendus de vocables ; sémantique - des ressorts pressentis des rapports paradoxaux ; pragmatique - le libre arbitre des passions. | | | | |
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