| art | | | Les yeux des hommes sont en permanence ouverts, en quête de conquêtes. Quelle idiotie que d'écrire, au contact des choses, pour que nos yeux s'ouvrent davantage ! L'écriture noble, écriture au contact de l'âme, devrait donner l'envie de les fermer. | | | | |
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| art | | | L'écriture, c'est la culture de l'arbre complet, l'ouverture à l'unification dans toutes ses parties. La lecture, c'est la puissance d'unification (die Macht der Vereinigung) - Hegel. | | | | |
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| art | | | L'art consiste en ceci : dans mes vouloir, devoir, pouvoir - qui présupposent toujours une dualité - virtualiser leur objet, ne parler qu'au nom du valoir, devenir monologue de l'arbre (même Valéry n'en préconise que le Dialogue !), d'un arbre à variables, ouvert au dialogue, futur et virtuel, avec un arbre interprétatif. | | | | |
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| art | | | Peu importe si les avis d'un artiste sont minoritaires ou majoritaires, tournés vers le passé ou abandonnés au futur, exhibent une ouverture d'esprit ou une clôture d'horizons, traduisent un savoir ou s'abîment dans une ignorance, s'adonnent à une reptation optimiste ou à une danse pessimiste, exhalent la bonté ou filtrent la haine ; le seul critère, qui placera son œuvre dans une bonne case, c'est à dire dans une élite ou dans une étable, - c'est la qualité de ses images. | | | | |
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| art | | | La prose intégrale, c'est à dire la pratique exclusive du Fermé conceptuel, n'existe pas ; la poésie, cette voix de l'Ouvert, est le vrai souffle d'une grande prose, et elle perce toute clôture prosaïque. | | | | |
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| art | | | La représentation crée un Fermé, l'interprétation y reste, tandis que l'art est dans l'aspiration d'un Ouvert créé : « Une aspiration fermée dans le cadre d'une interprétation, voici ce qu'est l'art » - B.Croce - « Un'aspirazione chiusa nel giro di una interpretazione, ecco l'arte » - qu'un tableau ait besoin de cadre, notre regard peut l'ignorer. | | | | |
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| art | | | Le soi connu et le soi inconnu forment nos frontières : le premier s'occupe de nos clôtures et le second - de nos ouvertures. Nos limites accessibles, critiques, sont dessinées par la science ; de ce côté-ci nous sommes clos. Mais tout le contenu de l'art est dans l'élan vers nos limites inaccessibles ; l'art est ce qui nous donne la sensation d'être Ouverts, puisque son élan naît aux sources même du beau, et ses limites sont hors de notre emprise et nous font rêver. « Une œuvre universelle : ayant montré les limites de ses lieu et époque, - montrer, sans limites, ce qui dépasse le lieu et l'époque » - Tsvétaeva - « Мировая вещь : предельно явив свой край и век - беспредельно являет всё, что не-край и не-век ». | | | | |
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| art | | | La prose vise le fini, elle est le parcours, la clôture de nos frontières. La poésie vise l'infini, mais elle n'est que dans le passage à la limite, dans l'élan asymptotique au sein d'un Ouvert. | | | | |
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| art | | | Dieu serait ou cachottier ou bien amuseur public : « La nature nous cèle le meilleur, afin que nous ayons recours à l'art » - B.Gracián - « Déjanos comúnmente a lo mejor la naturaleza, acojámonos al arte ». Il faut choisir son angle de vue sur les desseins du Créateur ludique. Ce qui est certain, c'est que l'art de la nature et la nature de l'art n'ont pas grand-chose à apprendre l'un sur, ou à, l'autre. L'art est à l'opposé de la nature ; il est l'instrument de la culture, pour créer des ouvertures de l'homme sur le monde. | | | | |
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| art | | | L’inspiration détermine la hauteur des commencements, l’inertie cerne l’étendue des parcours, le besoin de fermeture et de solidité dicte les fins. Et puisque je ne veux pas subir de poussées mécaniques extérieures et veux être un Ouvert et un chantre des faiblesses, je serai l’homme des commencements, tout pas développeur faisant perdre de la hauteur initiale. Je serai donc à l’écoute de mon soi inconnu, source des inspirations. | | | | |
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| art | | | Un aphorisme (ad horizontem) devient maxime s’il est laconique et fermé dans l’horizontalité, ouvert et illimité dans la verticalité, c’est-à-dire s’il sent la terre et la sève de la profondeur fermé, le feu et l’air de la hauteur ouverte. | | | | |
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| cité | | | Les sociétés fermées se projettent sur le firmament voûté ; les sociétés ouvertes - sur les platitudes de l'histoire. Dans les premières on redresse les têtes récalcitrantes - par le bâton ou par la boue sous les pieds. Dans les secondes on les rabaisse - par la carotte et par le vide des cieux. Cette opposition entre le clos et l'ouvert, si banale dans un contexte social (Bergson s'y appliqua), devient passionnante, si l'on l'applique à l'homme seul, et où les dimensions s'inversent : l'homme fermé se vautre dans la platitude, et l'homme ouvert se voue au ciel. | | | | |
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| cité | | | Dictature du cœur ou dictature du muscle, tout les oppose en leitmotive, tout les confond en finales. On devrait n'en garder que les ouvertures, vivace, cantabile. Laisser à la dictature de l'argent tous les développements, ma non troppo. Laisser en vibrati le cœur et le muscle contents, avant que l'argent comptant ne décoche la flèche finale en moderato ; disparaître au moment même, où s'allume ta lampe d'Aladin : « L'argent comptant est la lampe d'Aladin » - Byron - « Ready money is Aladdin's lamp ». | | | | |
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| cité | | | Je peste contre le régime le plus juste, le plus efficace, le plus ouvert, mais sous lequel on se demande : qui rêve encore aux heures grasses ? Quelque chose d'essentiel manque d'aliments. L'âme ne se nourrirait-elle que de la misère d'un corps ou d'un cerveau en proie aux monstres ? Face aux robots, elle s'étiole et s'affadit. | | | | |
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| cité | | | La concurrence ouverte et loyale du capitalisme conduit à une permanente auto-destruction, source de progrès ; l'auto-suggestion socialiste est une forme de panglossisme, qui crée l'illusion d'être tout près d'un état idéal, ce qui en fait un conservatisme menant tout droit à la stagnation ; la conclusion : il faut souhaiter à l'économie le plus de capitalisme et à la politique - le plus de socialisme possible, séparer la production de la répartition. | | | | |
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| cité | | | Créer des cités, c'est créer des frontières ; tout être ouvert, muni d'imagination et d'émotions, tend vers ses limites, qui ne lui appartiennent pas, et, en même temps, dessinent ou édifient les remparts d'une polis, la tour de l'ange, la Cité de Dieu ou les ruines du surhomme. | | | | |
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| cité | | | Le beau concept d'Ouvert est profané par leur fichue société ouverte : l'élan individuel vers nos limites inaccessibles, remplacé par la morne compétition des rampants grégaires. | | | | |
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| cité | | | Pour qu'on puisse manier rigoureusement une logique, le système doit être fermé. C'est pourquoi le nazisme et le bolchevisme possédaient la vérité et la grandeur internes (innere Wahrheit und Größe - Heidegger, la musique de A.Blok, la vérité-force de Maiakovsky et Tsvétaeva), tandis que la démocratie, ce système ouvert, en est dépourvue, étant renvoyée à la transparence, la justice et l'efficacité externes. | | | | |
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| cité | | | Dans son regard sur les affaires de la Cité, un homme ouvert doit réunir en soi un économiste, un moraliste et un artiste, savoir admettre, respectivement, le primat du Vrai, du Bien ou du Beau. | | | | |
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| doute | | | L'une des fonctions de notre soi inconnu consiste à nous rendre ouverts, c'est à dire donner un sens à notre élan vers nos frontières inaccessibles : « Aucune autre contrainte ne pèse sur le soi, sauf celle de poser les limites, qu'il peut pousser jusqu'à l'infini »** - Fichte - « Das Ich steht unter keiner anderen Bedingung, als unter der, daß es Grenzen setzen muß, die es in die Unendlichkeit hinaus erweitern kann ». | | | | |
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| doute | | | Dans l'écriture, la fausse clarté est plus bête que la vraie obscurité. Il ne faut pas rendre la chose plus nette que ne la voit mon regard. La bonne écriture part d'une soif ; et la clarté est la voix du repu : ce qui est bien digéré s'exprimerait en termes clairs. L'honnêteté et la netteté ne sont que de pâles lumières, ne valant pas grand-chose sans un beau jeu de mes ombres dans un Ouvert ; si j'échoue à les incorporer à ma pensée, celle-ci ne sera que claire, c'est à dire fermée. | | | | |
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| doute | | | Dans notre Ouvert humain, tant de suites de pensées, d'images ou d'émotions, qui tendent vers notre commencement miraculeux ou vers notre fin abyssale, et aboutissant, toutes, aux valeurs-limites hors de nous, inspirant l'amour ou la terreur. Mais, contrairement à ce qu'en pense Hölderlin, ces deux bornes s'ignorent. | | | | |
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| doute | | | Ces deux efforts isolés : ne voir dans la réalité que mystères, ou tenter d'accorder au mystère autant de poids qu'à la réalité, - quand ils ne sont pas coordonnés, le délire te guettera au tournant. « Le monde comme un rêve, le rêve comme un monde » - Novalis - « Die Welt wird Traum, der Traum wird Welt » - la tâche du regard, les yeux ouverts, ou le travail de la hauteur, les yeux fermés. | | | | |
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| doute | | | Je ne vois aucun trait net de ces fichues limites kantiennes, qui borneraient notre raison. Ce qui est pire, c'est que Kant ne se pose même pas la question capitale : à qui appartiennent ces limites ? À nous ou au monde ? Sommes-nous ouverts ou clos ? | | | | |
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| doute | | | Mes contraintes - les points d'indifférence ; mon but - le centre de gravité intouchable ; entre les deux - tantôt mon Ouvert (Hölderlin, Rilke et Heidegger) tantôt mon Fermé (Valéry) - mes moyens d'artiste : la hauteur et les rythmes de mes circonférences. | | | | |
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| doute | | | Qu'est-ce qu'être un mystique ? - être un Ouvert, savoir imaginer un processus infini, qui me mette, virtuellement, à mes frontières, savoir les montrer, sans les toucher ni les dire : « Le sentiment des frontières du monde, voilà ce qui est mystique »* - Wittgenstein - « Das Gefühl der Welt als begrenztes Ganzes ist das mystische ». Le contraire d'un mystique est un Fermé : l'un robotisé ou le multiple moutonnier – un sérail sans mystère. | | | | |
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| doute | | | L'une des justifications de la notion bancale d'être serait qu'elle nous amène à ce qui n'existe pas. En plus, elle serait un compromis pathétique entre la profondeur et la hauteur, l'être s'accomplissant dans : « l'acquiescement le plus haut et le plus ouvert à sa propre ruine » - Heidegger (« das höchste Jasagen segnet seinen Untergang ») - les meilleures des ruines s'érigeant en hauteur, Nietzsche y découvrant la compagnie de Cioran. | | | | |
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| doute | | | Le moi connu est fermé, il a besoin de clôture, sous les yeux ou sous les pieds, pour se retrouver entre proches ; le moi inconnu est ouvert, il a besoin d'horizons, pour continuer à converger vers le lointain inaccessible, et de firmaments, pour ne pas perdre de vue son étoile. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert, c'est savoir qu'on ne sait pas ce qu'on veut le plus ; l'identité du vouloir et du savoir abstraits, dans l'Ouvert de l'Être, proclamée par Heidegger, nous rend Fermés dans l'Étant. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu n'est qu'une projection du soi inconnu ; celui-là, le Fermé, il a, pour frontière accessible, - l'horizon, dont on cherchera des approches ; le soi inconnu, cet Ouvert, a, pour frontière, - le firmament inaccessible, qui donne des ailes. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert : vivre de l'élan vers la limite ; vivre à la limite ou vivre aux points déterminés, tendant vers la limite, sont deux attitudes des Fermés. Et je comprends Valéry, sceptique avec les seconds (Montaigne ou Pascal) et enthousiaste avec les premiers (Descartes ou Nietzsche). | | | | |
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| doute | | | Ce qui doit être Ouvert en nous, c'est notre désir, plutôt que notre regard, dont les frontières, verbales ou mentales, sont condamnées à nous appartenir. Et, au lieu d'y propager les lumières des autres, il vaut mieux y porter ses propres ombres. Corrections à apporter à Hölderlin : « Être une lumière ouverte, pour le regard ouvert » - « Dem offenen Blick offen der Leuchtende sein ». | | | | |
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| doute | | | Il y a un mysticisme d'impuissance, partant de l'indétermination des limites, et un mysticisme de puissance, que j'appellerais nihiliste, et qui consiste à me reconnaître Ouvert et à tendre, malgré tout et en deçà du soi inconnu, vers mes frontières, qui ne m'appartiennent pas, mais savoir, que, au-delà, le monde est fermé, pouvoir m'y basculer et atteindre ce qui, pour le soi inconnu, fut étranger, divin ou simplement inaccessible. | | | | |
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| doute | | | Tout bon arbre est chargé d'inconnues, ouvertes à de fécondes unifications. Les inconnues se créent mieux, par élimination de constantes, qui s'y décantent. | | | | |
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| doute | | | Les doutes des sages viennent des réponses sans question ; la plupart des certitudes des sots proviennent des questions sans réponses. La question, dans laquelle il n'y a pas de variables ou l'on échoue à les y introduire, ne mérite généralement pas qu'on y réponde. Pour le reste, si je ne suis pas capable de répondre, c'est à dire de substituer aux variables - de belles valeurs, alors mes doctes certitudes, même négatives, ne valent pas un seul des doutes enthousiastes, nés d'une unification d'arbres. Les certitudes sont des frontières, mais le doute, c'est un Ouvert, ne mordant pas sur la frontière. | | | | |
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| doute | | | Le mystère n'a pas grand-chose en commun avec l'obscurité. L'obscurité, dans les profondeurs, favorise l'absurde, à la surface - propage l'erreur, en hauteur - engendre le délire. Le mystère, dans ces lieux, stimule l'intelligence, révèle le talent, cultive la noblesse. L'ouverture au mystère prédispose à la liberté. | | | | |
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| doute | | | De Delphes à Königsberg, tant de soucis pour la connaissance de ses limites ou pour les limites de ses connaissances, tandis qu'il aurait mieux valu maintenir l'élan vers ses limites inaccessibles, rester un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Notre soi inconnu étant notre limite inaccessible, le soi connu devrait renoncer à tout achèvement et ne s'occuper que des commencements et des élans vers les limites, être un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Toute mystique commence par la reconnaissance de certaines de mes limites, qui ne m'appartiennent pas, la reconnaissance donc, que je suis un Ouvert (Wittgenstein ne dit pas autre chose). La mystique s'achève en donnant un sens ou une forme à cette belle et injustifiable convergence. | | | | |
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| doute | | | La philosophie est pourvoyeuse de fausses et salutaires espérances : « La métaphysique leurre l'esprit humain d'espérances toujours inassouvies, jamais atteintes » - Kant - « Die Metaphysik hält den menschlichen Verstand mit niemals erlöschenden, aber nie erfüllten Hoffnungen hin » - la métaphysique représente donc un Ouvert, toute religion formant une Clôture. | | | | |
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| doute | | | Dans la conception du monde de l'homme ouvert, le sens et la musique se complètent. L'homme fermé, lui, non seulement ne perçoit pas la présence de la musique, mais aussi se lamente de l'absence du sens. Son vide ne sert à rien, ni comme un profond réceptacle des algorithmes ni comme une haute acoustique pour les rythmes. | | | | |
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| doute | | | La bonne foi, censée symboliser la clarté du philosophe, n'a de sens que pour celui qui a un passé à défendre. « Le temps rend clair ce qui fut flou ; il rend flou ce qui fut clair » - Sophocle. Le philosophe est dans l'ouverture vers un présent incertain. Qu'il lui soit donc permis de se servir du flou, pour attirer vers une lumière future possible. Dans la faculté de représenter, rendre possible est plus intelligent que rendre clair (Kant). | | | | |
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| doute | | | La raison ne quitte un homme sensé ni dans ses calculs ni dans ses folies ; le raisonnement est une concentration sur le but et les moyens, le rêve en est une concentration dans l'élan et non dans la maîtrise de nos limites sublimes. Kant s'y égare : « Le rêve est un dépassement fondamental et profond de frontières de la raison humaine » - « Schwärmerei ist eine nach Grundsätzen unternommene Überschreitung der Grenzen der menschlichen Vernunft ». L'homme Fermé croit connaître ses limites, il adopte le ton apocalyptique ; l'homme Ouvert peint sa convergence infinie sur un ton grand seigneur. Promesse ou noblesse des espérances. | | | | |
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| doute | | | Nous sommes face à la même réalité, nous disposons du même vocabulaire, de la même logique, de la même intelligence, mais les uns veulent en rendre le bruit, le plus fidèlement possible, et les autres cherchent à en extraire la musique sous-jacente, pleine d'inconnues. Les uns produisent un tableau figé, où tout est constant et commun, et les autres s'expriment en arbre, qui croît, s'entrelace avec mes propres branches ouvertes, annonce une vie nouvelle, unifiée, imprévisible. | | | | |
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| doute | | | Le cheminement du soi connu au soi inconnu : grattez le penser, vous trouverez, en-dessous, le croire ; répétez avec le croire, vous tomberez sur le sentir ; un dernier grattage, et vous restez avec le vouloir – la volonté de jouissance, ou de puissance, de la pensée, de la foi, du sentiment. Du soi connu, clair et distinct, du Fermé donc, vous arriverez au soi inconnu, obscur et sans limites, – à l’Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Le temps est un casse-tête plus coriace que l’espace, puisque celui-ci se découvre (patet) et celui-là se couvre (latet). | | | | |
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| doute | | | Vivent les êtres fermés, ceux qui contiennent leurs propres limites d'abnégation ! Mais vivent aussi les êtres ouverts, ceux qui restent fidèles aux limites inaccessibles ! « Seule la négation de l'être peut être sans limites et l'infini en arrive, en substance, à s'identifier avec le néant » - Leopardi - « Solamente la negazione dell'essere, il niente, possa essere senza limiti, e che l'infinito venga in sostanza a esser lo stesso che il nulla ». | | | | |
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| doute | | | Les inconnues de mon arbre : en munir les feuilles de nouveaux ramages, les racines d’une nouvelle profondeur, ses cimes d’un nouvel élan. Rendre cet arbre - ouvert à l'unification avec le monde en attente de mes échos. « De haute lumière s’illuminent les arbres et jettent des ombres d’échos » - G.Benn - « Ein hohes Licht umströmt die alten Bäume und schafft im Schatten sich ein Widerspiel ». | | | | |
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| doute | | | Réfléchir, agir, gémir – je soupèse leurs poids, pour mesurer mon soi inconnu et je trouve une valeur proche de zéro. Leurs leviers se situent trop près des autres, de l’espèce, du temps qui court ou de l’espace qui se fige. Le seul élan, qui me projette dans une bonne direction, provient du rêve inaccessible, naissant et mourant en moi-même, transformé dans un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Ton arbre vaudra non pas à cause de ses racines terriennes, de ses prolongements aériens, de son arrosage céleste ou de sa sève nourricière, ni même parce qu'il finira dans un feu sacré, mais grâce à la qualité des inconnues dont tu l'auras parsemé et, ainsi, rendu Ouvert. | | | | |
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| doute | | | L’ouverture d’esprit – accepter tout ce qui est proche de tes yeux ; l’ouverture d’âme – ne t’attacher qu’au lointain, être un Ouvert. | | | | |
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| doute | | | À l’évidence de l’espace correspond l’énigme du temps. Ce que St-Augustin dit du temps : « si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore » - « Si nemo ex me quaerat, scio ; si quaerenti explicare velim, nescio » est vrai pour la matière, comme, pour l’esprit, est énigmatique ce qui se déroule en nous. « Avant Kant nous étions dans le temps, depuis Kant le temps est en nous » - Schopenhauer - « Vor Kant waren wir in der Zeit, seit Kant ist die Zeit in uns ». Et l'espace, lui, n'a-t-il vraiment que trois dimensions, tandis que notre imagination géométrique pourrait facilement en ajouter tant qu'on veut ? Le temps-qui-passe et l'espace ouvert – deux énigmes du réel, défiant le temps-qui-dure et l'espace fermé. | | | | |
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| doute | | | L’aphoristique est le seul genre littéraire Ouvert, les autres sont fermés puisqu’ils se réalisent par épuisement de leur sujet. Une maxime est une étincelle que le lecteur est libre de transformer en lumière de son esprit ou en ombres de son âme. | | | | |
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| doute | | | Face à tes limites, laisses-y jouer ta force périphérique, réduis-les à ton élan inabouti, fais-y de toi un Ouvert. Quant à ton noyau dur, tu t’y appuieras pour tout commencement, qui sera toujours un recommencement, un retour du même. Ton noyau, c’est l’inséparable fusion du fond et de la forme, en vue de servir de source. | | | | |
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| doute | | | La foi peut être aveugle (la religion), charlatanesque (le progressisme révolutionnaire ou l’apocalyptisme réactionnaire), poétique (quitter la réalité, pour se réfugier dans un rêve). Les deux premières prônent l’esprit rigide et fermé, la dernière adore les productions de l’âme ouverte. | | | | |
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| hommes | | | Les mauvaises révoltes : celle de l'étendue - les hommes manqueraient de savoir ou d'ouvertures, ou celle de la profondeur - la vérité ou la justice manqueraient aux hommes. La bonne révolte est celle de la hauteur - l'oubli, par les hommes, des astres et des rêves. | | | | |
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| hommes | | | À quoi doit-on reconnaître et apprécier mon arbre ? - aux fruits ? aux fleurs ? aux ramages ? aux racines ? aux ombres ? - à la présence, partout, d'inconnues, ouvertes sur l'unification avec d'autres arbres, donnant lieu aux arbres plus vastes que le mien ! | | | | |
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| hommes | | | Le progrès des moyens de transport(s) est à l'origine de la déroute du volatile face au reptile ; tous naissent avec des ailes (Gorky ignore la bonne phylogenèse : « Comment volerais-tu, toi, né à ramper ? » - « Рождённый ползать, летать не может ! »), mais à toutes les destinations on affecta la reptation comme seul déplacement écologiquement inoffensif et économiquement agressif. Même au firmament on est (trans)porté, aujourd'hui, par la voie commune, les yeux ouverts. | | | | |
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| hommes | | | C'est par le volume, que l'homme occupe sur la scène publique, qu'on en détermine aujourd'hui la grandeur ; et il y en a des formules de plus en plus infaillibles. La vraie grandeur se réfugie dans un élan vers un Ouvert vertical, inconnu des géomètres, échappant aux mesures du fini. | | | | |
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| hommes | | | C'est le lendemain qui bouche toutes les issues de la demeure des hommes prosaïques et en fait des Fermés ; le poète est un Ouvert, château, ruine ou souterrain, il est dans la convergence, chute ou envol, vers l'infini du temps ou de l'espace, hors de lui, et où il dépose ses horizons et ses firmaments, ses joies et ses hontes, ses folies et sa liberté : « L'être de l'homme porte en lui la folie comme la limite de sa liberté »* - Lacan. | | | | |
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| hommes | | | L'amitié est une heureuse unification de deux arbres, privilégiant les extrémités : le mystère des racines et le rêve des cimes. « L'amitié est un arbre protecteur » - Coleridge - « Friendship is a sheltering tree » - la meilleure protection d'un arbre est son ouverture, c'est à dire la présence de variables, appelant à l'unification avec d'autres arbres et refusant la forêt. | | | | |
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| hommes | | | Le monde germanique eut toujours le culte de la force, se justifiant par l'ampleur d'un cœur en bronze ; le monde slave tint à la bonté, nous interpellant de la hauteur d'une âme languissante ; le monde latin s'épanouit dans la beauté, gisant dans la profondeur d'un esprit créateur. Mais c'est le premier culte qui l'emporte aujourd'hui, accompagné de la certitude de notre finitude : « Notre nature se compose de sa faiblesse et de ses forces, de son étendue et de ses limites »*** - J.Joubert – heureux vieux temps, où l'homme, ouvert et faible, vivait de son aspiration vers ses limites ! | | | | |
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| hommes | | | La richesse serait fortement souhaitable, mais, hélas, « la pauvreté n'ôte de noblesse à personne, la richesse oui »* - Boccace - « la povertà non toglie gentilezza ad alcuno, ma si avere », car la bassesse ne se manifeste qu'en actes, et le pauvre n'a pas de moyens d'agir. La noblesse s'exprime en rêves, et le riche a toujours les yeux ouverts. Seule l'inaction a des chances de nous rendre libres, quoi qu'en pense Alexandre le Grand : « Rien de plus servile que le luxe, rien de plus royal que le travail ». | | | | |
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| hommes | | | L'homme est cerné de toute part par des images communes ; il ne peut être ouvert que vers la hauteur, où il peut encore vivre son soi inconnu, source de ses propres images : « Son regard ne scrutait plus l'étendue, mais s'évanouissait dans l'Ouvert »** - Rilke - « Sein Blick war nicht mehr vorwärts gerichtet und verdünnte sich im Offenen ». | | | | |
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| hommes | | | Des fleurs et des hommes émanent des arômes et des œuvres. Les premiers ne sont grands qu'Ouverts ; les seconds devraient être clos. Est-ce cela qu'a à l'esprit le le Coran : « Les femmes et les parfums sont subtils, aussi faut-il les bien enfermer » ? Et l'on s'exciterait de la lecture d'étiquettes, sur des flacons poussiéreux ? Faire sauter ou consolider les bouchons, lorsque un besoin d'arômes me chatouille ? Chercher à lire le message, à l'intérieur de la bouteille, ou l'expédier en cave, à l'extérieur des châteaux ? | | | | |
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| hommes | | | Impossible d'échapper au mouvement, mais je peux en choisir le commanditaire : les pieds, les yeux ouverts, les yeux fermés. Trois pays d'altitudes différentes, trois circuits de complexités incomparables. Connaître les routes des autres est aussi important que savoir faire les pas soi-même. Les idées provoquent le prurit des pieds, servent de bornes garde-fous pour le cerveau, dessinent les virages de l'âme. | | | | |
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| hommes | | | Ce qu'est l'humanité, je le sais essentiellement d'après la mémoire collective, et c'est rationnel, fermé, fini. Ce qui palpite en moi, en revanche, est irrationnel, ouvert, infini, et je l'appelle – le soi inconnu. Ma misère serait, que ma vie ne reflète que l'humanité transparente, sans la moindre étincelle de mon obscur soi. Seneque est encore plus catégorique : « Ô quelle vile chose que l'homme, s'il ne s'élève au-dessus de l'humanité ! » - « O quam contempta res est homo, nisi supra humana surrexit ! ». | | | | |
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| hommes | | | Il est propre de l'homme de tendre vers des limites : les uns sont dans la créativité des commencements, des points zéro, des contraintes qui déterminent la nature de la convergence ; d'autres sont dans la routine des pas intermédiaires ; enfin, d'autres encore sont dans la limite même, tel Cioran, y plaçant son soi inconnu et ainsi restant un Ouvert : « Je suis la limite des tensions ». | | | | |
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| hommes | | | Désormais, tout mouvement de l'homme le met immédiatement au contact des choses ; c'est pourquoi il ne peut plus être un Ouvert, qui va vers l'éternité comme y vont les sources (Rilke). L'homme ouvert vit de l'élan des sources, dans l'ombre de son étoile ; l'inertie porte l'homme fermé, coupé des sources, vers ses propres frontières, trop nettes, car éclairées à la lumière commune. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est cultiver l'arbre. Écrire ou rêver, c'est ne s'occuper que de ramages ou de fleurs. Laisser des branches ouvertes vers un azur unificateur. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit, évidemment, voit plus que les yeux et entend mieux que l'oreille. L'âme, elle aussi, est reliée aux yeux et oreilles, mais par des filtres grinçants et impitoyables, non par des conducteurs ondoyants. Les yeux fermés, mieux que l'esprit ouvert, font, que des choses continuent à mériter d'être contemplées. Je t'entendrai, si tu réussis à peindre ton regard. « Parle, pour que je te voie » - Socrate - est plus douteux. | | | | |
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| intelligence | | | Une fois qu'on a éliminé des interprétations fautives, dues à l'ignorance, il doit rester un champ infini pour des interprétations diverses et contradictoires, venues de la créativité et de la liberté, l'admettre, c'est être un Ouvert. « Au commencement était l'Ouvert » - Hésiode. | | | | |
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| intelligence | | | Je suis pour la dialectique de la chaîne ouverte, du pointillé. La synthèse, qui ne froisse pas mon goût des thèses parcellaires, est une synthèse ironique, jouant sur la substitution ludique de langages, tandis que toute synthèse logique est source d'un mortel ennui. | | | | |
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| intelligence | | | Oui, il est possible de briller par la continuité de son système, par le style de ses transitions, par la connexion de ses étendues ou l'ouverture de ses frontières ; mais l'imagination s'y vide rapidement, l'intuition y devient vite superflue et le tempérament - inutile. Rien d'excitant n'en peut plus être attendu, après Aristote, Descartes et Kant, que les impuissants de la métaphore vivifiante continuent à imiter pâlement. Le cerveau s'acquitta de sa mission géométrique exhaustive auprès de l'esprit ; celui-ci ne peut plus espérer de la nourriture que de la musique de l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne connais pas un seul mathème, qui aurait été compris par un philosophe ; pourtant ils sont nombreux à le revendiquer ; en revanche, tous les schèmes philosophiques valables se réduisent aux poèmes. Le nombre, l'infini, la continuité, l'élément neutre ou nul, l'ouvert, l'équivalence, la mesure – aucun philosophe ne comprit jamais le sens de ces mathèmes. | | | | |
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| intelligence | | | Pour peindre, j'ai besoin d'une toile et d'un chevalet ; donc pour juger de mon don pictural, il suffit d'étudier mon intentionnalité, face aux industries du textile et du meuble - c'est ainsi que raisonnent les phénoménologues. « La canaille philosophique : dire que le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre » - Lacan, tandis qu'il traduit le soi, que dis-je, qu'il le crée, fécondé par l'Être. L'homme peut porter l'amour, au fond de soi-même, sans avoir jamais rencontré d'êtres aimables ; l'homme est ouvert à l'émotion esthétique ou éthique, dans un milieu, où n'affleuraient jamais que la laideur et le mal. La Rochefoucauld fut mauvais métaphysicien : « II y a des gens, qui n'auraient jamais été amoureux, s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour ». | | | | |
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| intelligence | | | Le libre arbitre est à la liberté ce que les yeux sont au regard ; l'arbitraire s'exerce dans le contexte d'une représentation ouverte, in itinere, work in progress, et consiste à créer des événements conceptuels ; la liberté s'éprouve dans un monde monotone et fermé et consiste à donner un sens à une idée, soit en l'interprétant, soit en la traduisant dans la réalité. Plus notre regard se réduit au travail de nos yeux, plus notre liberté n'est que du libre arbitre. | | | | |
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| intelligence | | | La transcendance s'associe avec tout Ouvert, dont l'essence serait capable d'une projection par l'infini, et tendrait vers une valeur aux frontières, dans cette clôture inaccessible de l'Ouvert transcendé. « Tu ne trouverais pas les limites de l'âme, même en parcourant toutes les routes » - Héraclite - et si l'on les trouve, on ne serait plus chez soi. | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables. | | | | |
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| intelligence | | | Une définition (détermination) n'est pas un traçage de frontières (Grenzziehung de Hegel), mais une règle, qui détermine si un objet relève ou pas (negatio de Spinoza) du concept. La notion de frontière n'apparaît qu'avec une topologie et une continuité (facultatives), qui distingueront, en passant, entre l'Ouvert et le Clos. | | | | |
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| intelligence | | | Avant de s'insérer dans des réseaux intentionnels, l'homme est déjà une monade, un arbre autonome, mais avec des variables prêtes, miraculeusement, à s'unifier avec le monde. C'est cette ouverture apriorique qui pousse les rats de bibliothèques à faire de l'homme un pantin des choses. | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe prend acte des réponses des scientifiques et des poètes, mais reformule leurs questions, trop étroites, avec les premiers, et trop vagues, avec les seconds ; la profondeur des objets interrogés et la hauteur du regard interrogeant indiquent si la question est philosophique ; et l'ouverture des réponses esquissées en déterminera le degré d'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Le beau concept poético-mathématique d'Ouvert est très ambigu : ce qui, au sens de l'élan, est ouvert est souvent fermé, au sens de l'être. Par exemple, je suis ouvert en verticalité, au sens de l'élan (je ne maîtrise pas, j'ignore la limite qui m'attire), mais j'y suis fermé, au sens de l'être (rien ni personne ne peut posséder ce qui me limite, j'en suis propriétaire inconscient). | | | | |
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| intelligence | | | Ils pensent (Descartes), que vivre sans philosophie, c'est avoir les yeux fermés. Ils oublient, que les yeux fermés, c'est aussi une condition, pour produire de la bonne philosophie, celle qui a besoin de rêves plus que de syllogismes. Les yeux ouverts, tous se valent, tous deviennent calculateurs interchangeables ; on ne devient danseur unique que les yeux fermés, pour recevoir l'élan. Et la philosophie, ce n'est pas ton insertion dans une forêt, c'est l'apparition ou la création de ton arbre. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a pas de contact entre le soi connu et le soi inconnu ; leur frontière commune n’appartient à aucun des deux ; les deux sont Ouverts. Le soi inconnu, l’âme, s’adresse à l’autre ; l’esprit, le soi connu, y tend. Le sens de la vie est dans cette convergence infinie. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie de la porte : franchir son pas avec le même entrain, qu'il faille enfoncer une porte ouverte ou qu'on doive se trouver devant une porte condamnée. Savoir les convertir les unes dans les autres, pour continuer à pratiquer le culte du toit ouvert, qui m'offre mon étoile et non pas ma nouvelle cellule, et le culte des murs condamnés, qui me gardent auprès du banc des accusés et non pas des bureaux des robots. | | | | |
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| ironie | | | La tension de la corde et la pose de l'archer me sont plus sympathiques que le palmarès de cibles touchées. La clef présente le même avantage, face aux serrures ; elle est d'autant plus belle, qu'on ignore les portes qu'elle ouvre. Et l'ouverture y gagne, si la clef s'élit dans un beau concours de circonstances. Quelle fierté que de collectionner des clefs des impasses interdites aux autres ! | | | | |
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| ironie | | | Ni le courage ni la sagesse n'aident à mépriser la mort ; l'ennui d'une vie bâclée suffit à ceux qui vécurent en robots et se découvrent hommes ; même les testaments se rédigent aujourd'hui dans le style des cahiers des charges. Leur corps, d'un coup, n'est plus une salle-machines, mais une ruine, sur les murailles de laquelle rôde la reddition ; s'y ennuyer, c'est y vivre d'ouvertures stériles, sans exil ami ni siège ennemi. | | | | |
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| ironie | | | Aux outrages, que font subir les philosophes égarés aux notions mathématiques d'ensembles ouverts ou vides, ou d'incomplétude gödelienne, peut s'ajouter la logique du second ordre, que ces derniers dédaignent, en la traitant de secondaire. Parfois je pense que l'inscription, à l'entrée de l'Académie platonicienne, n'était pas si bête que ça, mais à géomètre il faudrait y ajouter – linguiste et pleureuse. | | | | |
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| ironie | | | On est un Ouvert, lorsque son intérieur coïncide avec son soi - encore de l'ontologie mathématique. | | | | |
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| ironie | | | Pour mériter notre attention, tout livre doit former un idéal. Un algébriste rappellerait, que cet idéal se définit au sein d'un anneau de l'éternel retour ou d'un corps ouvert à toute manipulation, tandis qu'on nous assomme de sous-représentations de certains groupes par trop associatifs et pas assez réflexifs. | | | | |
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| ironie | | | L'intérêt qu'on porte aux frontières peut viser plusieurs fins : la curiosité de leur franchissement, la chaleur d'une fraternité qu'elles engendrent, le vertige d'un élan vers elles ; la connectivité de l'espace, la clôture dans le temps, l'ouverture vers l'infini. | | | | |
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| ironie | | | Mes ruines sont un compromis entre une église et un tombeau, où s'entremêlent l'ouvert du ciel et le fermé de la terre, le dehors des appelés et le dedans des élus, la verticalité des voûtes et l'horizontalité des racines, le ver du doute et le ver certain. | | | | |
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| ironie | | | Un magnifique exemple de naissance de métaphores vibrantes à partir d'un impassible concept : l'Ouvert est une chose qui coïncide avec son intérieur - une sobre définition mathématique, qui, transposée au domaine spirituel, redessine les frontières et les limites de nos aspirations ou de nos espérances : tout point, où le moi n'est plus seul, ou s'arrête, sans continuer à me toucher, ne m'appartient pas ! De même : le Clos - la différence entre la chose et son intérieur appartient à la chose. Toute limite de mes élans, toute frontière de mon identification, m'appartiennent - le refus de la transcendance. | | | | |
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| ironie | | | Existe-t-il des béatitudes, les yeux ouverts ? - on suppose, que les yeux dessillés ne fournissent leurs découvertes qu'à la cervelle, comme les yeux fermés, prélude de la naissance du regard, ne partageraient leurs rêves qu'avec l'âme. Une haute ironie consisterait à intervertir ces interlocuteurs, pour découvrir le calcul des larmes et l'éblouissement des chiffres. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie marque des points d'arrêt à l'expansion de l'intelligence, elle en fait un Ouvert, pour que les limites de l'intelligence, hors d'elle, la rendent plus humble. L'ironie n'est pas de l'intelligence, elle en est une contrainte provisoire : « Il faut nous abestir… ». | | | | |
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| ironie | | | L'ouvert physique et l'ouvert topologique - aucune ressemblance ; et l'on observe, chez les poètes et les philosophes, que les plus perspicaces, comme toujours, sont, inconsciemment, plus près du concept mathématique que de l'image mécanique. Pour les pauvres d'imagination, l'Ouvert est tout bêtement … pénétrable (même pour Heidegger : « L'Ouvert laisse se pénétrer » - « Das Offene läßt ein ») ; pour les subtils, il est la condition tragique (Nietzsche et Rilke) de l'intensité de nos irréductibles élans. L'Ouvert est ce qui est dans la limite inaccessible, ce qui ne peut ou ne doit pas se connaître : « Ce que Nietzsche est et fit, demeure ouvert » - Jaspers - « Was Nietzsche ist und tat, bleibt offen ». | | | | |
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| ironie | | | Le cercle ne cesse d’être vicieux, c’est-à-dire fermé et plat, qu’en découvrant la hauteur, en devenant ouvert, en se métamorphosant en spirale. Sous les coupes discrètes de l'ironie, la spirale peut être vécue comme un pointillé ou une constellation des points lumineux et libres, aspirés par la hauteur. | | | | |
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| ironie | | | En se penchant sur la valeur d’un homme, on parle beaucoup de ses racines et de sa puissance. J’aimerais rester cet Un, fermé aux multiplications et additions, mais ouvert à l’extraction de racines ou à l’élévation à la puissance qui me laissent intact dans l’Un inchangé. | | | | |
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| ironie | | | Dans mes ruines peu fréquentables, j'ai beau faire un pied de nez à tous ces bâtisseurs d'édifices du savoir ou de maisons de l'être - j'ai honte devant celui qui refuse les murs, comme toute construction viabilisée, et vit dans un Ouvert, aux sommets d'une sensibilité (Nietzsche) ou d'une intelligence (Valéry), ou bien devant celui qui, dès qu'il voit une pierre, veut l'attacher à son cou (Cioran). C'est le culte d'un Chaos – sentimental, mental ou verbal ; chaos voulant dire un Grand Ouvert, celui qui était au Commencement (Hésiode) ! | | | | |
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| ironie | | | Mes notules sont des réponses qu’autrui ne peut pas compléter. Mais en revanche, un homme curieux, sachant adapter ses propres questions ouvertes à ma réponse fermée, sera mon co-auteur, avec nos deux arbres unifiables. | | | | |
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| mot | | | La passion primesautière disparaissant des entreprises des hommes, l'étymologie de pro-jet (Ent-wurf, на-бросок) devient de plus en plus incompréhensible. Mais la Entworfenheit (ouverture au monde ou, mieux, disponibilité) heideggérienne paraît être un bon terme, pour désigner la première fonction du langage - traduire l'élan de la conscience en une structure ou en un chemin d'accès des choses. | | | | |
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| mot | | | Toute parole est un arbre ; mais non unifiée avec d'autres arbres, elle reste souche ; et restant sans écho, elle ne deviendra jamais un verbe, qui est un arbre ouvert, verdoyant d'inconnues tournées vers l'unification. Même le sacré devient ouvert, lorsque ton arbre s'ouvre à la vie : « Le sacré reste Fermé, si l'Ouvert de l'être n'est pas proche de l'homme » - Heidegger - « Das Heilige bleibt verschlossen, wenn nicht das Offene des Seins dem Menschen nahe ist ». | | | | |
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| mot | | | Trois vues du langage, à partir : de la réalité, du modèle, de la langue. La première, pragmatique (sciences humaines) - la plus vaste et vague ; la deuxième, conceptuelle (mathématique) - la plus haute et ouverte ; la troisième, fonctionnelle (linguistique) - la plus profonde et fermée. | | | | |
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| mot | | | Je ne peux vivre dans la langue française, je ne peux que m'y pétrifier, m'y graver. Je lui survis, comme les ruines survivent au Château en Espagne, que personne n'aurait jamais habité. « Ce qui vit dans la langue, vit avec la langue » - K.Kraus - « Was in der Sprache lebt, lebt mit der Sprache » - ma cohabitation, en fantôme visitant sa maîtresse, veut se réduire aux furtives caresses, loin des cuisines et des garde-robes, près d'un toit ouvert sur les étoiles. | | | | |
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| mot | | | Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique. | | | | |
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| mot | | | Pour les Grecs et pour Heidegger, une affirmation devient vraie, lorsqu'elle se débarrasse de voiles, qui la cachaient, d'où le dévoilement (aléthéia - Unverborgenheit) ; l'un des contraires populaires de caché (renfermé), c'est l'ouvert, d'où la perplexité d'un mathématicien, qui découvre l'Ouvert heideggérien, se détournant des limites et convergeant facilement aussi bien vers l'apophatique vérité que vers l'arrogant Être (partant de offen – ouvert et tombant sur Offenbarung – révélation ou dévoilement). Cet Ouvert promet une sortie des ténèbres vers la lumière, tandis que celui de Rilke, au contraire, nous conduit d'une lumière facile au bord de la nuit et du rêve. Le mot dé-claration aurait pu signifier un mouvement, opposé à aléthéia : priver une chose de sa clarté. | | | | |
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| mot | | | L'Ouvert, en allemand (das Offene), signifiait jadis (par exemple, pour Hölderlin) - une libre nature, une hauteur montagnarde ; avec Rilke, le mot prit un sens mystique de l'appel des sources ; Heidegger lui donna une tournure topologique, avec le désir des frontières infinies ; enfin, Celan : « L'Ouvert est un domaine sans frontières, où l'homme se libère de lui-même » - « Das Offene ist der grenzenlose Bereich menschlicher Selbstbefreiung » - confond ce qui est sans frontières (l'infini) avec ce qui n'inclut pas ses propres frontières (l'ouvert mathématique ou lyrique que retinrent les commentateurs français). Chez Heidegger, la confusion avec le verbe ouvrir fait de l'Ouvert une espèce d'aléthéia - des mises en lumière de ce qui aurait été dissimulé. | | | | |
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| mot | | | Être un Ouvert, c'est être ouvert à l'appel de ton étoile, vivre de révélations, plutôt que d'annonciations : révélation - enlever le voile, Offenbarung - rendre ouvert, откровение - se débarrasser du toit. Reconnaître que nos limites mystérieuses sont intouchables et, pourtant, vivre de l'aspiration vers elles, c'est aussi - avoir son propre regard, qui n'est que l'ouverture, faite non pas pour être investie, mais pour investir le monde. Notre intérieur strict n'est qu'un problème de vision, et notre extérieur - une solution visible. | | | | |
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| mot | | | L'homme intéressant est un Ouvert, tendant vers ses limites inaccessibles ; le médiocre s'accroche à sa coquille ; d'où cette curiosité - le Français, l'Allemand, le Russe s'imaginent, que les mots douillet, heimlich, уютно sont intraduisibles en d'autres langues. | | | | |
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| mot | | | Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes. | | | | |
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| mot | | | La maîtrise des lois du monde ou la maîtrise des mots - laquelle est plus utile, pour évaluer ou goûter le monde ? Quand on lit la langue de bois des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des musiciens, leurs lourdes tentatives d'abstraction ou d'animation, on comprend, que la seconde maîtrise est plus essentielle. Le poète, et donc le philosophe, sans maîtriser le fait, ce nœud isolé, cette branche définitive, en peint, en devine et en recrée l'arbre ouvert et vivant. | | | | |
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| mot | | | La bonne écriture, c'est bien la maîtrise simultanée des saisons du mot, convainquant davantage par une sensation de climat que par une précision de paysage. Mais seul un porteur de son propre climat, aux latitudes et hauteurs ouvertes, peut s'en rendre compte, dans un arbre unifié. L'arbre des mots apporte aussi des fruits de l'esprit. | | | | |
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| mot | | | Tant de malentendus avec des mots tels que ouvert ou vecteur, où l'homme de la rue mêle fâcheusement ses emballages ou ses publicités à la théorie des ensembles ou à la géométrie. Ainsi, mon vecteur ne porte rien sur son dos ni dans ses soutes, mais se contente de définir un axe, contenant des valeurs, qu'il s'agit de chanter, toutes, avec la même intensité. | | | | |
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| mot | | | Platon et Aristote placent les idées soit dans le réel ici-bas soit dans le représenté la-haut, tandis que leur place est dans le langagier intermédiaire. « Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature » - Platon. Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter des ombres, à l'intérieur de notre Caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est d'abord dans le monde fermé des représentations que le mot nous renvoie, avant de se décanter dans le monde ouvert des idées. Les objets eux-mêmes restent en dehors de la Caverne, pour mieux orienter notre lumière ou pour intensifier nos ombres. | | | | |
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| mot | | | L'idée est une formule raidie ; le mot - une formule préservant quelques inconnues. L'idée est squelettique ; le mot lui apporte des articulations et fonctions imprévisibles, ouvertes aux unifications. | | | | |
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| mot | | | Quelle heureuse rencontre de sens, dans Lichtung - la clairière ! - la lumière-clarté se trouvant au milieu, ou mieux - à la lisière de l'être heideggérien, et qui symbolise si bien un Ouvert, bien que sa maison ou sa forêt y gagneraient, en se métamorphosant en ruines ou en arbre ! | | | | |
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| mot | | | Ce n'est pas le mot, c'est à dire l'expression et la connotation, mais bien l'idée, c'est à dire la définition et la dénotation, qui nomme les choses et, ainsi, crée une clôture, l'attraction pour mes prochains immédiats, elle me limite par l'illusion de mon soi connu ; le mot, le juste, lui, m'invite à l'ouverture, au lointain inaccessible, il me maintient dans la certitude, que mon meilleur soi reste inconnu. | | | | |
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| chœur noblesse | | | ART : Si un art n'est pas aristocratique, il n'est qu'utilitaire. On en décorera des palais, mais on n'en embellira pas des chaumières. La Caverne est une galerie d'art aristocratique : c'est par l'ombre qu'un objet jette sur l'âme ouverte sur la vie qu'on en reconnaît l'étendue et l'éclat - de l'art vital. Le plein air et le néon ne valorisent que le minéral. | | | | |
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| noblesse | | | La sensibilité est le sens aigu des frontières. Frontières de la vie, de la poésie, des nations. L'homme insensible est un contrebandier. L'homme sensible est polyglotte, amoureux de sa patrie. Le danger ou l'ignorance des frontières inviolables travaillent le premier ; l'émotion de frontières, le connu caressant, face à l'inconnu blessant, - le second. | | | | |
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| noblesse | | | Deux cultes opposés, celui du centre et celui du premier pas. Le centre dont tout s'éclaire et rayonne ; le premier pas naissant dans une troublante obscurité. Le centre, le problème de l'équilibre et de la paix. Le premier pas, le mystère des ruptures et de l'inquiétude, l'attirance de mes frontières inaccessibles, l'acceptation d'être un Ouvert. Mon soi inconnu hante mes limites ; son hypostase articulée investit mon centre. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse du regard, ce n'est ni l'étendue entre-ouverte de l'avenir, ni même la profondeur entrevue du passé, mais bien la hauteur entretenue d'un présent, débarrassé de ses soucis terrestres. À l'échelle temporelle, il est semblable à l'instant de Zarathoustra (der Augenblick - regard des yeux), dont l'éternité enveloppe les chemins du passé et de l'avenir. À l'échelle spatiale, le regard, c'est l'enveloppement ludique de choses, rendant leur développement pragmatique - superflu. | | | | |
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| noblesse | | | Notre sympathie hésite entre l'homme qui croit, l'homme qui crée et l'homme qui crie : la foi, l'art et la souffrance ; la mystique, l'esthétique et l'éthique. À partir de ces trois dimensions, ou bien on réussit à en faire un espace électif, discret et Ouvert vers l'intemporel - la noblesse, ou bien on les projette sur la continuité, l'irréversibilité et l'ouverture au temps - l'inertie, le conformisme. | | | | |
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| noblesse | | | L'intensité est cette force unifiante, qui fait vénérer, dans l'arbre, avec l'égale ouverture, - les rameaux, les fleurs, les fruits, les racines et les cimes, ainsi que toutes ses saisons ; l'utilitarisme est le nom de l'un des adversaires de l'intensité : « Ne sois pas tenté par la science des Grecs ; elle donne des fleurs, mais point de fruits » - le Talmud. | | | | |
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| noblesse | | | Je prouve à la Terre passagère l'existence de mes racines par l'élan de ma cime vers le ciel éternel. En passant du végétal à l'architectural, je saurai qu'en me détachant de la Terre, je ne sauverai mes ailes déployées que par un toit entrouvert de mes ruines. Méfie-toi des murs, mures-en les fenêtres : « Que le meilleur de toi ne s'arrache pas à la Terre pour casser tes ailes contre les murs de l'éternel » - Nietzsche - « Lasst ihre Tugend nicht davon fliegen vom Irdischen und mit den Flügeln gegen ewige Wände schlagen ». | | | | |
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| noblesse | | | Je parcours mon soi illimité, à la recherche de son essence, je m'arrête aux suites de : je pense, j'agis, j'innove, je suis ému, je maîtrise - pour converger, finalement, vers leur limite commune - je crée. Mais pour qu'elle présente un intérêt, il faut qu'elle ne m'appartienne pas, il faut donc que j'aie un talent, que je sois un Ouvert. Le monde même reste un Ouvert, grâce à la création (Heidegger - « Das Werk hält das Offene der Welt offen ». | | | | |
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| noblesse | | | Le but de l'existence : sur cette terre, bâtir la demeure pour mon âme, qui y descendit Dieu sait d'où. « Amener l'âme à se sentir chez elle dans son exil » - S.Weil. Et puisque mon âme me conjure à suivre mon étoile, l'architecture des ruines, au toit percé et ouvert au ciel, paraît être la mieux adaptée. Mais sur papier, ces ruines seront dessinées sous forme d'une tour d'ivoire, aux vastes souterrains. | | | | |
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| noblesse | | | La médiocrité en appelle, tout le temps, à la pureté, à la grandeur et à la liberté, connues et fermées, lui servant de buts ou balances ; le talent, c'est ce qui les fait oublier ou n'en fait que des contraintes, figées et silencieuses, et permet de produire de nouvelles unités de mesure du pur, du grand et du libre - mesures sonores, ouvertes et palpitantes. « La grandeur d'une âme est dans son don de reconnaître une grandeur chez les autres » - Karamzine - « Талант великих душ есть узнавать великое в других людях ». | | | | |
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| noblesse | | | On admire le mieux le paysage, quand on est pourvu d'un immuable climat : « Soit que nous nous élevions jusque dans les cieux, soit que nous descendions jusque dans les abîmes, nous ne sortons point de nous-mêmes » - Condillac. Les autres répètent, avec Heidegger, qu'ils « se tiennent toujours hors d'eux-mêmes, auprès de l'Être » - « 'Ich bin' ist immer jenseits des Seins, neben dem Sein als ständiger Anwesung » - qu'on soit dans le processus ou dans la frontière, qu'on soit Ouvert ou Fermé, qu'on soit regard ou énergie, on ne démord pas de son soi inconnu, ce gardien de l'être. | | | | |
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| noblesse | | | Aucune de mes frontières, en étendue et en profondeur, ne m'appartient, j'y suis un Ouvert ; c'est en hauteur que je n'ai rien à atte(i)ndre, qui ne soit à moi ; Heidegger, dans son oubli de la hauteur, confond horizons et firmaments : « L'horizon n'est nullement rapporté au regard, mais signifie la clôture » - « Aber Horizont ist gar nicht auf Blicken bezogen, sondern besagt den Umschluß » ; quand l'horizon se réduit au temps, qui rend compréhensible l'être, on néglige le firmament, qui est l'espace, demeure ou ruines, du devenir. | | | | |
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| noblesse | | | Le dépassement, nietzschéen ou populaire, en tant que mode de propulsion vers le surhomme ou le superman, est une démarche des Fermés : en-deçà de la frontière, on peut espérer une fraternité artificielle, et au-delà - une plate satisfaction de la volonté de puissance. Ô combien plus noble est l'homme Ouvert, qui se fiche des dépassements, et vit de l'intensité de l'élan, l'attirant vers sa limite, qui ne lui appartient pas ! Chez les Fermés, tout passage à la limite les laisse avec et en eux-mêmes. Une définition d'Ouvert, mathématiquement rigoureuse, se trouve chez un poète : « Sans cesse un désir, vers ce qui n'est point lié, s'élance »** - Hölderlin - « Immer ins Ungebundene gehet eine Sehnsucht ». | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse des commencements est dans leur hauteur, la noblesse des fins est dans leur ouverture, la noblesse du parcours est dans l'intensité. | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux suffisent pour fixer mes buts ; pour poser mes contraintes, j'ai besoin de regards ; les yeux saisissent mes frontières visibles, le regard me fait tendre vers mes limites, qui ne sont pas à moi, il me rend Ouvert. Mon côté animal perçoit un monde clos ; mon côté humain conçoit un monde ouvert. Beaucoup de liberté sur cet axe, pour un créateur inspiré : « De tous ses yeux l'animal perçoit l'Ouvert, sa profondeur se lit sur son visage. Son être est sans regard » - Rilke - « Mit allen Augen sieht die Kreatur das Offene, das im Tiergesicht so tief ist. Sein Sein ist ohne Blick » - la hauteur de cet Ouvert s'écrit par le regard. Ce, que ne voient que les yeux, m'enferme, fait de moi - une bête, dont la frontière devient sa cage. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme, tel que la Providence l'a conçu, est un Ouvert, c'est à dire il peut tendre vers l'infini inatteignable, sans se quitter. Et cette sublime convergence signifiait la présence divine. Mais l'homme moderne devint un Clos et proclama la mort de Dieu ; tout en lui n'est désormais que fini : « La finitude de l'homme est devenu sa fin »** - Foucault. | | | | |
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| noblesse | | | Un Ouvert entretient la convergence vers des valeurs inaccessibles, sans perdre de contact avec l'accessible, c'est son mérite principal. « Les systèmes de valeurs ouverts, dans leur évolution inachevable, présentent une alternance permanente entre l'expérience rationnelle et l'expérience irrationnelle »*** - H.Broch - « Die offenen Wertesysteme, in ihrer endlosen Entwicklung, stellen einen ständlichen Umtausch zwischen einem vernünftigen und einem unvernünftigen Versuch dar » - une belle définition de la frontière de l'Ouvert humain : des points, dont tout voisinage contienne et de l'irrationnel inatteignable et du rationnel maîtrisé ! | | | | |
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| noblesse | | | Le bonheur nihiliste est le désir, détourné des routes et tourné vers la hauteur. C'est ainsi que je dois comprendre les Anciens, voyant le bonheur dans l'étouffement de nos désirs. Il serait plus sage de n'en chercher le chemin qu'à la verticale de mon regard sur la carte du Tendre. La hauteur est une frontière inaccessible d'un Ouvert ; et le nihilisme n'est pas dans la transgression de plates limites, mais dans la vénération de nos plus hautes frontières infranchissables et dans « l'élan vertical dans l'Ouvert » - Rilke - « den Absprung, senkrecht ins Offene ». | | | | |
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| noblesse | | | Les uns traversent la vie comme un désert, qu'ils peuplent d'oasis et animent de mirages ; d'autres - comme un réseau routier, avec un itinéraire préprogrammé. « Il faut se dépêcher de se gaver de rêves pour traverser la vie » - Céline. La vie a horreur du vide, surtout de celui que créent les plus beaux rêves, et je pourrai baguenauder et même danser, à cœur ouvert, en n'invitant que les dieux à me remplir. « La vie est plus ardue à traverser qu'un champ » - proverbe russe - « Жизнь прожить - не поле перейти ». | | | | |
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| noblesse | | | Cultiver le rêve, c'est être un Ouvert, accepter de tendre vers de belles et lumineuses limites, qui ne m'appartiennent pas, sont au-delà de mon soi connu et me fascinent. « La limite : être encore immanent, mais indiquer déjà une transcendance » - Jaspers - « Die Grenze : noch immanent zu sein und schon auf Transzendenz zu weisen ». La transcendance : une hauteur, me concernant profondément, tout en m'étant inaccessible ; mon soi inconnu y réside. | | | | |
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| noblesse | | | De par ses visées, l'homme est un Fermé côté esprit et un Ouvert côté âme ; le premier ne tend que vers l'accessible, la seconde aspire à l'inaccessible. Le premier à le remarquer fut Héraclite : « Tu n'atteindrais pas les limites de l'âme, même en parcourant toutes les routes »**. | | | | |
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| noblesse | | | Se surmonter, ce serait se détacher de tout ce qui est accessible, même en profondeur, et se donner des limites, en hauteur, et dont l’appel ne ferait qu’entretenir un élan, sans l’espoir de l’assouvir. Celui qui outrepasse ses limites les avait mal choisies, il est un Fermé ; l’homme du rêve est un Ouvert. | | | | |
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| noblesse | | | Le plus souvent, le grand est ennemi du haut. « Ne pas être cerné par le plus grand, mais se verser dans le plus petit » - « Non coerceri maximo, contineri tamen a minimo » - cette épitaphe de Loyola pourrait servir de définition de la maxime, le genre le plus compatible avec la hauteur. Plus laconique est notre appui sur la terre, plus vaste est notre ouverture sur le ciel. | | | | |
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| noblesse | | | Mes yeux peuvent se contenter de la réalité, mais mon regard, sollicité par mon rêve, cherche à lui échapper. La réalité est fondée sur les profondeurs communes ; son apparence est accessible à mes yeux ; mais son sens et ses limites ne s’ouvrent qu’à mon regard. Tous les horizons sont fermés ; il me faut l’Ouvert du firmament, où j’aimerais placer mon élan, se matérialisant dans un devenir créateur. | | | | |
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| noblesse | | | À l’ouverture d’esprit au secret, pour être dévoilement (Heidegger), je préfère l’ouverture d’âme au mystère, pour devenir élan. | | | | |
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| noblesse | | | La transcendance, même la plus bête, est une invitation à découvrir la verticalité ; l’immanence, même la plus brillante, est une condamnation à l’horizontalité. Il faudrait chercher de la hauteur dans la première et de l’élan – dans la seconde ; mais c’est se faire un Ouvert ! | | | | |
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| confucius | | | La noblesse adresse ses exigences à soi-même, la bassesse - aux autres. | | | | |
| | noblesse | | | Les autres ayant envahi tous les soi-mêmes, tous les buts, les moyens et même les contraintes devinrent interchangeables. Le soi ne se voit pas avec les seuls yeux, qui rendent les hommes - fermés. Avoir un soi-même à soi, c'est avoir un regard, qui est frontière d'un Ouvert. | | | | |
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| kafka f. | | | An das Unzerstörbare in sich glauben und nicht zu ihm streben.
Croire dans l'indestructible en nous, sans chercher à l'atteindre. | | | | |
| | noblesse | | | Le chercher, sans l'espoir de l'atteindre, serait pourtant une bonne preuve d'être un Ouvert ! Mais se séparer, stoïque ou cynique, d'avec le destructible, car « s'il y a de l'indestructible, toute destruction peut être une purification » - Jünger - « Wenn es etwas Unzerstörbares gibt, kann jede Zerstörung eine Reinigung sein ». | | | | |
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| heidegger m. | | | Von allem Gewagten kann am ehesten dasjenige dem Offenen gehören, was seinem eigenen Wesen nach benommen ist, so dass es, in solcher Benommenheit, nie etwas anstrebt, was ihm entgegenstehen könnte.
De toutes les audaces, celle qui, surtout, exprime l'Ouvert est l'audace prise de vertige dans sa nature même, et qui fait que tu ne tends que vers ce qui ne peut t'appartenir. | | |    | |
| | noblesse | | | Tu eus une illumination à la Valéry, en voyant dans l'Ouvert - synonyme de l'Être : les représentations ne font que tendre vers les frontières de l'Être, sans pouvoir les atteindre ; toute représentation est une clôture, qu'on n'ouvre que par le sens - une autre fonction de l'Être. L'ouverture crée l'extase : être un Fermé, c'est connaître, toucher et posséder les limites de ses meilleurs désirs, qui restent finis, c'est à dire sans vertiges. | | | | |
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| saint exupéry | | | Fruits et racines ont même commune mesure, qui est l'arbre. | | |    | |
| | noblesse | | | Capable de mesurer aussi fleurs, sèves et cimes. L'arbre, en nous, est ce qui nous rend ouverts à l'unification avec le monde. | | | | |
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| proximité | | | Pour prier Dieu, il leur faut bâtir une église, donc, agir, renoncer à la prière, mais l'action, c'est le diable, la transaction. « Où Dieu bâtit une église, le diable y ajoute une taverne » - proverbe allemand - « Wo Gott eine Kirche baut, baut der Teufel eine Schenke daneben ». Parce que ce qui aurait dû n'être que quatre murs d'un homme libre et solitaire se transforme en foire d'esclaves. « À voir comment ils croient en Dieu donne envie de croire en Diable » - Klioutchevsky - « Смотря, как они веруют в Бога, хочется уверовать в чёрта », d'autant plus que le diable, semble-t-il, a ses propres anges, que le Sauveur voue, toutefois, à l'enfer comme le diable lui-même. | | | | |
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| proximité | | | L'homme et ses frontières : il est un espace, fermé à l'horizontale et ouvert à la verticale. Toutes ses bonnes limites - lorsqu'on tend vers un soi ascendant ou transcendant - se trouvent hors de lui. « Toutes mes frontières me fuient » - Rilke - « Alle meine Grenzen haben Eile » - mais moi, je suis dans l'élan vers mes frontières. Être un Ouvert, c'est vivre de la hauteur, de l'être : « L'être est la frontière du devenir » - F.Schlegel - « Das Sein ist die Grenze des Werdens ». Le Chinois, qui pourtant ignore l'Être et vit presque exclusivement dans l'horizontalité, pousse jusqu'à voir dans la Clôture (non-communication) la source de tout Mal. | | | | |
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| proximité | | | Avec l'image de limite, on pense soit à une frontière soit à une proximité ; ce qui, chez un Ouvert, crée des fraternités ou fait vivre, simultanément et dans un élan irrationnel, - le lointain appelant, haut et divin, et le proche appelé, profond et humain. | | | | |
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| proximité | | | Le monde visible crée chez les hommes trois sortes d'arbre : le matérialiste, figé et sans inconnues, l'ignare, aux maigres ramages et aux inconnues aléatoires, l'ouvert, plaçant de subtiles variables dans les meilleures extrémités - pas d'unifications, des unifications chaotiques, des unifications enrichissantes. « Notre vie consiste à unifier la partie visible avec un Être d'en-haut » - J.G.Hamann - « Unser Leben besteht in einer Vereinigung des sichtbaren Theils mit einem höheren Wesen ». | | | | |
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| proximité | | | Malgré des déviations, en sens inverses, que font subir l'art militaire ou la médecine à la durée de notre vie, les buts, que le Créateur lui assigna, y correspondent admirablement : « Notre tâche est aussi grande que notre vie, ce que lui imprime une illusion d'infini » - Kafka - « Daß unsere Aufgabe genauso groß ist wie unser Leben, gibt ihr einen Schein von Unendlichkeit ». C'est l'ouverture de frontières qui en donne le vertige, l'ouverture que créent les bonnes contraintes. | | | | |
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| proximité | | | Une vision devient sacrée, lorsque ses frontières dépassent le temps, et elle devient un Ouvert, pour un homme solitaire. Mais les hommes ne cherchent que la sacralité des arches fermées et des temples bondés. | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert, c'est, au-delà d'un désir fini, savoir deviner un désir infini, c'est à dire un désir dont la source devient horizon ou firmament, et dont je me sens infiniment proche, tout en me rendant compte, que je ne la toucherai jamais, même par ma raison ou ma foi. C'est la nature des contraintes, humaines ou divines, qui reconnaîtra la nature du désir. C'est l'insensibilité au second type de contraintes qui fait dire à Heidegger : « L'Ouvert est le Tout de tout ce qui ne connaît pas de contraintes » - « Das Offene ist das Ganze alles dessen, was entschränkt ist ». D'autre part, être sans contraintes (et, donc, Ouvert, pour Heidegger) ne signifie nullement être infini. | | | | |
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| proximité | | | Ne pas avoir épuisé tous les possibles ne signifie pas être un Ouvert ; avoir l'impossible pour limite, irrésistible et inaccessible, est une pose qui y prédispose davantage. | | | | |
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| proximité | | | L'esprit, l'instinct, le sentiment font de nous un Ouvert, aspiré ou fasciné infiniment par nos frontières asymptotiques ; la raison et l'expérience mettent à notre disposition nos frontières, par un effort fini. Nous sommes ouverts dans notre dimension verticale, et clos - dans l'horizontale ; donc, l'Ouvert de Rilke, s'étendant entre Terre et Ciel, est plus pur que celui de Heidegger, qui introduit dans son quadriparti (Geviert) une dimension inutile, Mortel-Immortel, si proche d'une plate clôture. Le Dieu transcendantal est absent de notre dimension verticale ; Il ne fait que clore nos horizons. | | | | |
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| proximité | | | Toute représentation est fermée, et le réel est ouvert ; mais l'homme, intuitivement, cherche des clôtures à tout système, et c'est ainsi qu'il produit l'idée de Dieu comme d'une clôture du réel. | | | | |
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| proximité | | | Les vrais commencements consistent surtout dans l'élan vers une limite humaine inaccessible, indicible, inévaluable ; être ouvert, c'est être homme des commencements, être celui qui comprend, que tous les pas suivants n'apportent rien à l'élan initial et ne nous rapprochent pas radicalement de nos limites. « Surface limite externe – et lois internes »* - Valéry – belle définition d'un Ouvert, dont l'élan interne vise son horizon, inatteignable et beau ! | | | | |
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| proximité | | | Topologiquement banal et psychologiquement subtil : un point fait partie de mes frontières, si ma présence se manifeste dans chacun de ses voisinages. L'absence de frontières fera que je ne serai ni clos ni ouvert ; rien à voir avec l'ouverture comme pénétrabilité ou indétermination comme le voient des poètes. Comment qualifier un Ouvert noble ? - mon aspiration vers mes limites inaccessibles. Les yeux s'approprient les limites, le regard les éloigne. | | | | |
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| proximité | | | Les ailes sont sur notre surface ; le plomb, l'acier et surtout l'or se déposent aux fonds. Les surfaces se tournent vers l'infini, tandis que tout fond finit dans la platitude. Nous sommes des Ouverts sur l'infini, mais qui n'est pas à nous. C'est du côté du ciel que « nous sommes pigmentés d'infini » - R.Char. | | | | |
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| proximité | | | Face au monde fermé, se trouve l'homme-Ouvert, qui tend vers ses limites, qui ne lui appartiennent pas ; et il connaît d'autant mieux le centre, qu'il devine ou dessine mieux ses frontières. « Le monde est fermé, centré et nécessairement de nature convergente » - Teilhard de Chardin - bien que la clôture n'implique pas la convergence. | | | | |
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| proximité | | | Les stades de mon regard sur l'infini : l'élan, l'étonnement, la définition. Les trois doivent cohabiter, et, pour rester un Ouvert (sur l'infini), tu ne peux pas te passer de ce regard : « La vie de l'homme s'exprime dans la relation du fini à l'infini » - Bounine - « Жизнь человека выражается в отношении конечного к бесконечному ». | | | | |
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| proximité | | | L'une des métaphores les plus immédiates de l'Ouvert humain est le Ciel, vu comme la limite de la Terre (en plus, ils seraient créés au même moment par l'Ensembliste universel !). Je deviens un Ouvert le jour, où à l'appel de l'horizon je préférerai l'élan vers le firmament. | | | | |
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| proximité | | | Faire d'un Fermé humain un Ouvert divin, c'est à dire dessiner des limites, qui ne nous appartiennent pas, mais qui nous appellent et nous interpellent, c'est créer du sacré. Tout sacré est une création humaine, qui nous tourne vers l'inaccessible extatique. | | | | |
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| proximité | | | Mon soi inconnu ne m'appartient pas, tout en inspirant le goût et la création de mon soi connu. Celui-ci est dans l'élan vers les limites soufflées par celui-là, qui, penché sur le monde, serait ces limites mêmes : « Le soi philosophique, c'est le sujet métaphysique, frontière, et non partie, du monde »** - Wittgenstein - « Das philosophische Ich ist das metaphysische Subjekt, die Grenze - nicht ein Teil der Welt » - ce soi ouvert serait donc le soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Notre cerveau n'est à l'aise que dans des univers clos ; l'Ouvert est affaire de l'âme. Une main fermée sur sa prise, ou une main tendue vers l'imprenable. Garder sous sa main ou à portée de sa main – Vorhandenheit ou Zuhandenheit (Heidegger) – une proximité stabilisatrice spatio-temporelle ou une proximité artificielle de l'élan. | | | | |
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| proximité | | | L'absence de limite, la non-convergence donc, est prise souvent pour définition d'un homme Ouvert, tandis que c'est, le plus souvent, l'inappartenance de points-limites à cet Ouvert. | | | | |
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| proximité | | | Ceux qui osent le dernier pas ou le dernier mot sont des fermés, en proie à la vulgarité du matérialisme ou du dogmatisme : « Il existe une ultime décision ! Tout ne reste pas ouvert ! » - Benoît XVI - « Es gibt eine letzte Entscheidung ! Es bleibt nicht alles offen ! » - une infaillibilité à portée de tout expert comptable ! | | | | |
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| proximité | | | Je n'aime pas les frontières, qui servent pour délimiter des enclos, ou même des cloîtres, et dont la clôture me rendrait, mécaniquement, frère des autres renfermés. La frontière désirable est celle qui, inaccessible, m'attire et fait de moi un Ouvert, suivant des yeux de l'âme, et non pas des pieds de la raison, mes propres limites, dessinées par quelqu'un de plus haut que moi. | | | | |
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| proximité | | | Nous sommes tous bornés ; à qui les bornes les plus significatives appartiennent-elles (à moi-même, aux autres, à Dieu) ? - là est la question. Comment j'y converge ? Avec quelle intensité ? Je suis vraiment un Ouvert, quand je suis maître de mon approche de mes limites divines, intouchables. | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert signifie : dans le temps – vivre dans un élan, asymptotique, infini, toujours recommencé ; dans l'espace – me rendre compte de mes meilleures limites, fascinantes mais ne m'appartenant pas. | | | | |
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| proximité | | | Dans le médiocre, je maîtrise mes limites, je suis un Fermé, j'y suis engagé ; dans le grand, je dois rester un Ouvert, vénérer mes limites, à jamais inaccessibles, dont je me dégage, tout en gardant l'élan vers elles. | | | | |
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| proximité | | | Je ne sais pas si Dieu ou mon soi inconnu ont un esprit ; ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont pas de visage ; et c'est ce qui les rend parfaits destinataires de mon écrit, car au lieu des affirmations, il parlera requêtes – arbres ouverts à l'unification suprême. « La question du penseur est la question de l'élève » - Levinas. | | | | |
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| proximité | | | J'ai des frontières humaines et des frontières divines ; ces dernières ne m'appartiennent pas et font de moi un Ouvert. Les philosophes y voient de faux paradoxes : « L'individu n'a qu'en lui la fin, vers laquelle il doit tendre, et pourtant il a cette fin en dehors de lui, puisqu'il y tend » - Kierkegaard. | | | | |
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| proximité | | | Le rêve ne peut s'adresser qu'à une hauteur inaccessible ; traditionnellement, on appelle cette hauteur – ciel ; le ciel est, donc, notre Ouvert, et peut-être le seul. | | | | |
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| proximité | | | En étendue et en profondeur, l'homme moderne traque l'infini de plus en plus près ; le savoir et l'intelligence franchissent toujours de nouvelles limites. La dimension, abandonnée, écroulée, improductive, est la hauteur ; il ne reste plus d'hommes nobles, ouverts à l'appel du ciel. | | | | |
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| proximité | | | La poésie est l'art d'entretenir la sensation du lointain, même dans la vie la plus proche. Mais cette sensation est, tout entière, dans l'élan initial. Le poète est un Ouvert, fasciné par ses limites intouchables. « Je suis resté poète jusqu'aux limites les plus lointaines » - Nietzsche - « Ich bin Dichter bis zu jeder Grenze geblieben ». | | | | |
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| proximité | | | Ma conscience, c’est ma surface, ou ma frontière. À partir d’elle, je peux soit me livrer à l’introspection de ma profondeur divine, soit me vouer à la hauteur de la création humaine. l’Être ou le Devenir, et ma conscience inaccessible me rend Ouvert dans les deux directions. Mais je dois munir ce Devenir d’assez de mystère et d’intensité, pour le rendre digne de mon Être. Me sentir dans un même milieu, en franchissant la frontière – le plus haut bonheur ! | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert : ne s’attacher ni aux frontières ni aux parcours, mais à l’élan, au commencement, au regard sur l’inaccessible. L’intensité atopique, opposée à la vitesse et aux lieux. | | | | |
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| russie | | | Ne sachant trouver de support, ferme ou fermé, ni sur la terre ni dans le ciel, le Russe en invente des substituts ouverts : le sous-sol au contact de la terre et les ruines tournées vers le ciel. | | | | |
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| russie | | | Qui se souvient encore des joutes russes avec la profondeur européenne libre, avec la tendresse asiatique raffinée ? Qui redécouvrira ce que personne n'avait : l'âme vaste et ouverte, sibylline aux Européens à comportement trop évident, intolérable aux Asiates cachottiers et impulsifs ? | | | | |
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| russie | | | Comment on s'attribue l'exclusive : le Sonderweg (voie à part) de la philosophie allemande, l'exception culturelle française, la загадочность (énigme) de l'âme russe. Et, paradoxalement, leurs horizons s'appellent : le Weltgeist (âme du monde), l'universel, la всеотзывчивость (ouverture à autrui). | | | | |
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| russie | | | Le Russe est un Ouvert, puisqu'il n'a aucun contact avec ses limites : « Cette pensée lointaine, sans bornes, où s'incarnera-t-elle, si ce n'est en toi, ô Russie, qui ignores les bornes ! » - Gogol - « Русь ! … Здесь ли, в тебе ли не родиться беспредельной мысли, когда ты сама без конца ? ». Perplexe devant le premier pas et fascinée par le dernier, - les seuls pas lointains, pas des sources et de l'au-delà des horizons - tu répugnes aux empreintes immédiates et ignores les pas intermédiaires. | | | | |
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| russie | | | Quand les horizons sont bouchés, l'universel prend facilement la forme du clocher le plus proche. C'est ainsi qu'il faut voir la prétention russe à l'universalité. La fuite devant les actes se faisant passer pour l'ouverture d'esprit et faisant tarir la fécondité de l'âme. | | | | |
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| russie | | | Révolte ou fatalisme, deux enjolivures cachant, le plus souvent, un honneur de boutiquier ou une paresse de larbin. Devant la réalité, la révolte, c'est l'identification avec un seul possible, le rejet d'un possible au profit d'un autre ; le fatalisme, c'est l'ouverture devant l'immensité du possible. La révolte ne m'est sympathique qu'esthétique, le fatalisme n'est honnête que de tête. La meilleure révolte est dans les yeux fermés, le meilleur fatalisme - dans les yeux lucides. | | | | |
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| russie | | | Le monde, qui ne te chante plus, est un monde sans merveille ni magie - désenchantement = Entzauberung = разочарование. | | | | |
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| russie | | | Le Français est plus ondoyant et ouvert, face à l'ambigüité (de amphi - arrondi), que l'Allemand (Zwei-deutigkeit) ou le Russe (дву-смысленность), aux oppositions désignées trop nettement par une fausse dualité. | | | | |
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| russie | | | L’âme du soi connu, c’est de la sensiblerie et de l’ouverture au présent ; l’âme du soi inconnu n’est donnée qu’aux créateurs et poètes, elle n’est ouverte qu’à l’infini, elle se détache du temps qui court. La première, l’évidente, c’est l’âme russe ; la seconde, secrète, est celle, dont parle Pouchkine : « Avec de l’âme et du talent, me faire naître en Russie – quelle diablerie ! » - « Чёрт догадал меня родиться в России с душою и с талантом! ». | | | | |
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| solitude | | | Les ruines, c'est toute construction à toit ouvert, prévue non pas pour un séjour, mais pour une hantise ; même un puits ou un pont peuvent l'être : « Vivre, c'est dresser des ponts au-dessus des fleuves, qui n'existent plus » - G.Benn - « Leben ist Brücken schlagen über Ströme die vergehen ». Hantologie serait le nom, donné par Derrida à ce respect de spectres. | | | | |
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| solitude | | | La solitude, ce n'est pas l'isolement, c'est trop d'ouvertures stériles. | | | | |
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| solitude | | | Ce que je gagne en hauteur, je le perds en largeur. J'ai beau être ouvert, en altitude, à tout ce qui plane ; sur terre, je me recroqueville au moindre contact avec tout ce qui rampe, y compris avec mes propres gestes. | | | | |
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| solitude | | | Je suis seul au sein d'un tout ouvert, que je choisis moi-même. Comment puis-je me plaindre, si le mien est condamné d'avance à être le plus désert lieu ? | | | | |
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| solitude | | | La différence entre monologue et soliloque : le premier n'appelle aucune unification avec autrui et ne se transforme jamais en dialogue ; le second est un arbre chargé de points d'interrogation, c'est à dire d'inconnues, ouvertes pour se fusionner avec d'autres arbres. | | | | |
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| solitude | | | Il faut élaguer ta vie comme l'arbre de courte venue : elle en perdra en hauteur visible, on la verra de moins loin, mais elle gagnera en profondeur des racines, en ampleur des ombres, en nouvelles hauteurs ouvertes vers le ciel. Mais pas trop de zèle, pour ne pas arriver à la ruine de l'arbre, à une souche. | | | | |
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| solitude | | | Danger de la solitude : l'âme devient largement ouverte, et dans ces béances, des choses sans valeur peuvent s'engouffrer plus facilement que lorsque je suis dans la multitude ; je devrais profiter de cette ouverture pour m'en vider. « Rien n'est plus vide qu'une âme encombrée » - G.Thibon. | | | | |
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| solitude | | | Si mon écrit s'adresse aux autres, j'y suis surtout un géomètre, un Fermé, aux frontières familières ; je deviens mystique dès que je parle à moi-même, je deviens un Ouvert, puisque je ne me connais que par mon élan vers mes frontières infinies. Être mystique, c'est suivre l'attirance de mon âme vers ce monde silencieux, la demeure de mon soi inconnu, ce soi qui ne se révèle à moi-même que par une musique naissante, et que cherchera à interpréter mon esprit. | | | | |
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| solitude | | | Si, en moi-même, je ne renouvelle pas un vide, je me laisserai encombrer de vétilles, que deviennent toutes les choses périssables, dont ma propre image. Le vide bien aménagé me rend ouvert ; la promiscuité, au milieu des habitudes, rend claustrophobe. | | | | |
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| solitude | | | L'homme du sous-sol gémit un non au sol, qui l'écrase et le renferme ; l'homme des ruines chante le oui au ciel ouvert, qui le libère. | | | | |
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| solitude | | | L'ouverture au monde, dont se gargarisent les grégaires, ne me rendra pas un Ouvert, car je suis un Ouvert grâce à mes propres frontières, cibles ou limites, et qui ne sont ouvertes qu'en-deçà de mon soi. | | | | |
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| solitude | | | Le regard personnel sur les valeurs universelles – telle est la mince consolation de la solitude. D’autres en font même la seule condition d’une vie intense : « Sans vues universelles et sans regards ouverts sur le monde la vie individuelle ne peut exister » - Hölderlin - « Ohne Allgemeinsinn und offnen Blick in die Welt kann das individuelle Leben nicht bestehen ». | | | | |
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| solitude | | | L’ange muet fraternise avec mon soi inconnu, cachottier et divin ; la bête bavarde s’insinue dans mon soi connu, ouvert et humain. Pourtant, l’amoureux et l’artiste, dans leurs rêves, écoutent l’ange, et dans leurs réalités, se soumettent à la bête. « Il n'y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon » - A.Gide. | | | | |
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| souffrance | | | Comment me débarrasser du désespoir ? - vivre dans un Ouvert et ne me passionner que pour les perspectives se perdant hors de cet Ouvert. Tout ce qui débouche sur un monde clos est source d'ennui. Cet Ouvert est plus près du Fermé de Valéry que de l'Ouvert révélé (entborgen - aléthéia - illatence) de Heidegger. La passion est fusion, désirée, impossible et imaginaire, de mon élan et de mes limites : « Quand la forme vitale, créée par l'union naturelle de l'illimité et de la limite, vient à se détruire, cette destruction est souffrance ; et le retour à son essence constitue le plaisir »** - Platon. | | | | |
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| souffrance | | | Quand je suis ouvert, au même degré, à la honte et à l'ironie, je réconcilie facilement le regard sur le chagrin comme sentiment valorisant, impavide et haut et le point de vue de Montaigne : « La tristesse est nuisible, couarde et basse ». | | | | |
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| souffrance | | | C'est la nature de mes ouvertures au monde, qui détermine le genre de la souffrance, qui, inévitablement, s'en ensuit. L'avantage des ruines, par rapport aux forteresses, phalanges ou immeubles, est que les ouvertures les plus dramatiques – par la porte ou la fenêtre, l'action ou la contemplation – me sont interdites ; il ne me restent que le toit imaginaire ou un souterrain réel, pour prier mon étoile ou avaler mes remords. Les résurrections ne se produisent pas dans les platitudes collectives, mais aux cieux vides ou dans les tombeaux vidés. | | | | |
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| souffrance | | | Je prends toutes les manifestations de mon âme – la souffrance, la beauté, l'amour, le mystère, le rêve – et j'arrive à cette merveilleuse et terrible certitude – impossible de les séparer de mon corps ! La perspective de l'extinction de mon âme, après l'appui sur l'interrupteur de ma rate, - et je ne connaîtrai d'autre immortalité que celle d'un instant d'abandon, d'yeux fermés et de désirs ouverts. | | | | |
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| souffrance | | | La source et le commencement sont deux milieux différents ; la paix de mon soi inconnu gît dans mes sources, et l'intranquillité de mon soi connu préside à tout commencement créateur. L'unité primordiale, sans langage, sans représentation, sans frontières, règne dans les sources ; le déchirement, le déracinement, l'ouverture accompagnent toute éruption des commencements. « Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs » - La Rochefoucauld – et si mon vrai soi, le soi inconnu, invérifiable, était ailleurs ? - comme la vraie vie. | | | | |
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| souffrance | | | La sagesse, c'est s'esbigner avec l'élégance, face au regard droit de la mort, à l'opposé de la familiarité ou de l'hystérie. L'impossibilité d'un équilibre debout, les yeux ouverts. Le ridicule d'une concentration horizontale, la bouche bée, l'attrait d'un éclatement vertical, les ailes pliées (mystère signifierait - bouche fermée). La sagesse est davantage dans un front baissé que dans un front plissé. | | | | |
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| souffrance | | | Dans un courant d'air ironique, mon cachot entendrait les sanglots se transformer en éternuements. Ne laisse pas ouvertes tes portes, si tu t'installes face au toit ouvert, pour garder intacte l'étincelle de ton étoile. | | | | |
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| souffrance | | | Le malheur est réparti, chez les hommes, plus ou moins équitablement. C'est la capacité de le supporter qui nous distingue. Ce sont ses ombres sublimées qui définissent notre ouverture au bonheur et la hauteur, à laquelle le désespoir et l'espérance peuvent cohabiter. | | | | |
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| souffrance | | | L'art relève le défi des certitudes, que bercent mon enfance, ma patrie, mes expériences. « L'art et l'exil combattent le sort » - Hugo. Il faut s'exiler, ne fût-ce que dans l'art, pour rêver d'une lumière d'au-delà des horizons et ne voir ses propres ombres qu'aux frontières. L'enracinement fermé est canular félon, le déracinement ouvert - défi fécond. | | | | |
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| souffrance | | | Les commencements dévoilent tes élans, et les fins exhibent tes adieux ; le seul compromis possible entre eux serait un chant du cygne – nouveauté terrestre, ouverture céleste, frisson funeste ; le commencement comme porte de sortie, la fin comme porte d’entrée. | | | | |
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| souffrance | | | L’esprit borné suit la voie rationnelle, et, au bout, parvient, inexorablement, à un désespoir ; l’âme ouverte écoute un appel irrationnel, source de rêves et de tragédies, et s’ingénie d’en garder une espérance. Vu sous cet angle, le vrai contraire du désespoir n’est pas l’espérance éphémère mais la tragédie palpable. « Un esprit délié répugne à la tragédie et à l’apothéose » - Cioran – un tel esprit serait plutôt animalier que délié ; un esprit noble apprécierait aussi bien la finitude elliptique que l’infini hyperbolique ! | | | | |
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| vérité | | | Le bon créateur se désintéresse de la vérité, car celle-ci n'est jamais dans la création ouverte (quoi qu'en dise Nietzsche : « La vérité n'est que dans la création » - « Nur im Schaffen gibt es Wahrheit »), mais toujours dans le créé figé. La création est dans les contraintes esthétiques ; elle se substitue à la liberté éthique. | | | | |
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| vérité | | | La seule vérité crédible s'articule dans un univers fermé et immobile ; toute ouverture vers l'événement efface l'ancien langage et l'ancienne vérité, et nous ouvre, entre autres, à la beauté : « L'art est un devenir et advenir de la vérité »*** - Heidegger - « Die Kunst ist ein Werden und Geschehen der Wahrheit » ; le beau advient, le bon reste immobile. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est question de nos horizons, comme la noblesse ne se lit que sur notre échelle verticale, où se situe le grand Ouvert de l'homme. L'horizon, lui aussi, peut être ouvert ou fermé – mais dans les deux cas, la vérité évolue dans la platitude, son cadre normal. Toutefois, la fermeture, comme la monotonie, y paraissent être presque obligatoires, pour éviter des dérives événementielles. | | | | |
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| vérité | | | La grandeur d'une vérité se reconnaît par la part du langage qu'elle emmagasina ; nier une vérité, c'est soit rester dans le même langage et donc mentir, soit en changer et atteindre à une vérité plus grande encore. Le contraire d'une vérité peut rester un mensonge bien plat, tributaire de l'ignorance ou du manque d'imagination, mais il peut servir d'introduction à un nouveau langage, dans lequel il serait une vérité nouvelle, plus haute. Il ne s'y agit ni du même espace des faits ni de la même négation : dans la clôture de l'horizontalité, la négation est mécanique, dans l'ouverture de la verticalité, la négation est organique. Tout écart vertical est naissance d'un langage ; tout déni horizontal ne modifie que l'idée. Une petite vérité rend au possible le statut de vrai ; une grande vérité rend organique le possible mécanique. | | | | |
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| vérité | | | L'enthousiasme, la vénération, le vertige sont irrationnels, donc en-dehors du domaine de la vérité, et pourtant ce sont les meilleurs signes d'une vie triomphante. « La vérité finit toujours par triompher dans la vie, mais souvent une vie n'y suffit pas » - Eisenstein - « В жизни правда всегда торжествует, но жизни часто не хватает ». Une vie d'action est brève, elle bâtit des murs et des toits. Longue et intemporelle est une vie d'âme ; ouverte aux étoiles, elle ignore les toits ; au clair de lune, tant de chutes ne sont que des étoiles filantes du désir. | | | | |
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| vérité | | | Pour Heidegger, la Vérité, l'Être, l'Ouvert sont des synonymes ; leur source commune grecque veut opposer le voilement au dévoilement, tandis que dans leur acception moderne il n'y a rien d'apophatique. En plus, notre philosophe ne comprend pas grand-chose à la vérité logique, à l'être morphologique, à l'ouvert mathématique. Une bouillie conceptuelle, mais quelle créativité ! | | | | |
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| vérité | | | Le sot n'a rien contre la vérité, puisqu'il ne comprend ni son origine ni sa justification ni les moyens de la falsifier. Le sage s'en sert comme d'un outil ou la dépasse, en inventant de nouveaux langages, où elle ne serait plus valable. Le sage est un Ouvert à ce qui n'est pas lui, le sot est fermé, il s'arrête à ses limites, qui sont bien à lui et bien étroites. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai, en tant qu'un des universaux médiévaux, coïncide avec le réel, avec le parfait, avec le pré-créé. Curieusement, c'est par des dyades, plutôt que par des triades, qu'on les perce le mieux : le bien, avec ses facettes de pitié et de justice, le beau, avec celles de création et de jouissance, le vrai, avec celles de représentation et d'interprétation, - le cœur, l'âme, l'esprit. Nous sommes des Ouverts, sur la première facette, et des Fermés – sur la seconde. Être un Ouvert, c'est accorder à l'inconnu la valeur de nos limites inaccessibles : le bien, net, mais intraduisible en langage des actes ; le beau, inspiré par un obscur idéal et répugnant aux choses mêmes ; le vrai, constatant la merveille de l'horloge et nous faisant nous agenouiller devant l'Horloger inconnu. Tout créateur finit par s'identifier avec ses facettes ouvertes. | | | | |
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| vérité | | | Plutôt que de développer mes mirages, je devrais songer à l'enveloppement par images. C'est face au firmament que je dois être un grand Ouvert, à la poursuite du Beau et du Bon, blottis à mes frontières inaccessibles. | | | | |
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| vérité | | | La vérité mécanique s'énonce toujours dans un univers fermé, mais il faut être un grand Ouvert, pour proclamer des vérités vivantes. L'homme ouvert sait, que la vérité sort des mots et non pas des choses. L'ouverture est aussi utile à l'esprit, pour dire le vrai, qu'au cœur, pour dire le bon ou à l'âme, pour dire le beau. | | | | |
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