| chœur action | | | RUSSIE : Vue souvent comme l'incarnation de la paresse, la Russie fiévreuse s'égosille pourtant à appeler ses enfants à l'action. La voix s'enroue, et l'on se remet à la recherche de nouveaux sauveteurs ou guérisseurs. La tête sous l'eau, comment les mains peuvent-elles arriver à faire surnager un corps attiré par des fonds ? | | | | |
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| action | | | Visiblement, au commencement était la grammaire, donc la phrase et non pas un mot hors-la-loi. Il n'y a pas de passage harmonieux et libre du mot créé à la phrase créatrice, mais d'une grammaire on aboutit à la création libre. | | | | |
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| action | | | Silence ou vacarme, équilibre ou diffusion ? - Confusion des charmes ! - ce qui fera de moi un vrai croisé pratiquant « profusion des armes ET effusion des larmes » - Lulle. | | | | |
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| action | | | L'action intellectuelle consiste à munir l'arbre du dire (écrire, chanter, peindre) et l'arbre du faire (passer du côté de la vie) d'inconnues, c'est-à-dire respectivement, de variables a priori (hauteur, goût, émotion) et de variables a posteriori (profondeur, intensité, durée) et à tenter de les unifier. Quand on constate, que l'harmonie de l'arbre unifié ne doit presque rien au faire, on se voue à l'invention et se moque de l'authenticité. | | | | |
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| action | | | L'âme place des panneaux indicateurs, avec des distances à ne pas parcourir et avec des frontières à ne pas franchir. C'est l'esprit, c'est à dire le regard, qui les interprète, la volonté étant au volant. « L'esprit sert à tout, mais il ne mène à rien » - Talleyrand. | | | | |
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| action | | | Recours à la force est toujours rejeté par la sagesse, comme instrument toujours pipé, comme condition toujours sine qua si quand même, la force réduit aux gémonies ce qui ne progresse pas, c'est-à-dire ce qui est éternel. « Cet état d'extrême simplicité où, sans notre action, nos besoins harmonisent avec nos forces » - Hölderlin - « Ein Zustand der höchsten Einfalt, wo unsere Bedürfnisse, ohne unser Zutun, mit unseren Kräften gegenseitig zusammenstimmen ». | | | | |
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| action | | | Le sot dominateur prête beaucoup de cohérence à ses actes et en conteste chez les autres ; le sot incompris en accorde aux autres et s'efforce d'en atteindre pour soi-même. L'ironiste - sot ou sage - fut jadis intégralement fataliste, mais les progrès de la mécanique - mécanique, le seul porteur de la cohérence - chez l'homme calculable et déductible, firent de son cœur un bon dépositaire de syllogismes. | | | | |
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| action | | | La naïveté de Dostoïevsky : les hommes, dans la suite de leurs actions, incarnent des idées. La lucidité de Tolstoï : les hommes, dans le chaos de leurs actes, se précipitent, honteux, derrière des idées fuyantes. Chez Tolstoï, au tournant - un somnambulisme, un regard vers le ciel ; chez Dostoïevsky - un psychologisme, un magisme ou un syllogisme. | | | | |
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| action | | | Notre action : une merveille d'organisation, une merveille de performance, une merveille de liberté et une horreur pour l'âme pure, avec son chaud chaos impuissant et intraduisible, s'abandonnant à la servitude de l'amour ou de la création. | | | | |
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| action | | | En interrogeant mon soi, hérissé de mouvements intraduisibles ni en actes ni en paroles, et en cherchant, désespérément, d'y mettre de l'ordre, je finis par préférer le terme organique de fidélité, au terme mécanique de cohérence. La tentative la plus probante, c'est l'écriture d'un livre, duquel, inexorablement, surgiront des images ou des sentiments, loin d'être des empreintes du réel. Et que dire des actes, qui ne sont que des écritures ratées ? Seuls ceux qui ne créent pas sont cohérents avec eux-mêmes. Le créateur est fidèle à sa création. | | | | |
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| action | | | L'indifférence dans des bas-fonds est plus utile qu'un engagement dans des hauteurs. Le danger est de s'engluer, s'empêtrer dans les nuances de là-bas, tout en tendant vers la grande unité de là-haut. La neutralité des pieds est une position aristocratique, non-affiliée. | | | | |
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| action | | | L'an-archie – l'incapacité de trouver des commencements et d'y tenir, la joie naïve de s'adonner au chaos des pas intermédiaires, le désintérêt pour la hauteur des premiers et la profondeur des derniers. Le principe d'absence de principes est des plus misérables. | | | | |
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| action | | | L’homme libre traduit des actions chaotiques en ses pensées harmonieuses ; l’esclave tente de traduire ses lourdes pensées en son action inertielle. | | | | |
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| chœur amour | | | BIEN : L'amour est censé, aujourd'hui, faire du bien comme la gymnastique, le code pénal ou les cercles d'anciens combattants. Aimer, c'est oublier la honte, la condition de tout premier pas vers le bien. Donc, aimer, c'est redevenir barbare et laisser un chaos sentimental se substituer à l'ordre moral. Les caresses faisant oublier les rudesses. | | | | |
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| amour | | | En poésie, l'assouvissement est plus important que la soif. Avec la femme, c'est l'inverse, mais le déséquilibre est du même ordre. Il y a de l'âme, dans les deux cas, tandis que l'équilibre entre désir et possession est signe de quelque chose sans âme. | | | | |
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| amour | | | Si un bonheur s'apprête à habiter des hauteurs, n'oublie pas, qu'il n'y a, là-haut, que disharmonie, silence et avalanches. | | | | |
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| amour | | | Tout amoureux veut inventer un langage d'amour inouï et remonte ainsi aux délires primordiaux. « Le langage de l'amour pour celui qui n'aime pas est un langage barbare » - St-Bernard - « Lingua amoris ei qui non amat barbara est ». Il l'est aussi pour l'amoureux ; mais aimer, c'est aimer à lire le chaos primordial et intraduisible. Vivre sans amour, c'est exiger le mot-à-mot de toute éruption ou irruption étrangère. | | | | |
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| amour | | | L'amour est un vecteur et non pas une valeur ; il est le contraire d'une foi, c'est un diktat du cœur déraisonnable et libéré, comme une religion est un diktat de la peur raisonnable. Le cœur croyant, d'habitude, y capitule, au nom des valeurs insidieuses ; c'est la raison méfiante de notaires qui commande les prix à afficher. Toutefois, l'amour est plus près d'un confessionnal que d'un ambon. | | | | |
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| amour | | | L'érotisme est peut-être le seul domaine, où tout homme puisse devenir artiste. « Grandeur de l'homme dans sa concupiscence – d'en avoir su tirer un règlement admirable » - Pascal. | | | | |
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| amour | | | Le talent imite le réel ; le génie s'en sert, pour recréer ce qui est aussi parfait que le réel. Il faut du génie, pour unir ce qui s'exclut ; le talent suffit, pour désunir ce qui se fusionne. Briller est féminin, brûler est masculin - le génie, c'est savoir être sa propre Muse, être Narcisse. | | | | |
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| amour | | | L'horreur de cette époque, traquant le sens et se séparant des sens. On vivait jadis de l'émotion des idées ; ils ne vivent plus des émotions, mais de l'idée des émotions. Cet éloignement à l'horizontale de l'esprit ne te sort pas de la platitude. Seule la verticale de l'âme permet de vivre pleinement l'harmonie d'un désordre et l'ordre d'une beauté. | | | | |
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| amour | | | L’amour n’est compatible ni avec la sédentarité (inemploi des ailes), ni avec le nomadisme (suremploi des pieds) ; il est le chaos des coordonnées et des dates, le commencement, la caresse du regard ou de l’épiderme, par illuminations initiatiques, l’élévation du soi connu vers le soi inconnu. | | | | |
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| amour | | | Il y a de plus en plus d’ordre et de moins en moins – d’amour ; et ainsi ils veulent atteindre les sommets d’une civilisation en paix, protégées contre toute passion. « L’ordre sans amour conduit à la bassesse » - Lao Tseu. | | | | |
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| pythagore | | | Il y a un principe bon, qui a créé l'ordre, la lumière et l'homme. Il y a un principe mauvais, qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme. | | | | |
| | amour | | | Dans la première triade perce le robot menaçant, dans la seconde se devine la liberté plus menaçante encore. Hésiode, pour qui « au commencement était le Chaos », placerait-il, contrairement au Dieu unique, la création de la femme avant celle de l'homme ? | | | | |
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| publilius s. | | | Animo imperato ne tibi animus imperet.
Domine tes passions, pour qu'elles ne te dominent pas. | | | | |
| | amour | | | Plus les passions me déséquilibrent, plus l'harmonie y trouve d'échos. Plus je domine les passions fécondes, plus je m'aperçois de l'incurie inféconde du reste. | | | | |
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| schlegel f. | | | Die echte Ironie ist Ironie der Liebe.
La véritable ironie est l'ironie de l'amour. | | | | |
| | amour | | | Le contraire de l'amour, ici, est le calcul, rejoignant, sans souci, une visée sans honte et un geste sans doute. L'amour, c'est l'impasse ou la rupture. Et le comprendre et s'y résigner s'appelle ironie. | | | | |
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| art | | | Nous avons deux types de cordes : pour produire notre propre harmonie ou pour réagir, en écho, aux mélodies des autres. Les premières se logent plus près des yeux, les secondes - de l'oreille. On ne peut devenir artiste que si l'on sait s'ausculter. Si l'on sait transformer un regard en un son. Si l'on est auteur : « Tout fourmille de commentaires ; d'auteurs, il en est grand'cherté » - Montaigne. | | | | |
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| art | | | L'art de l'éternel est dans la musique, l'objet central d'une bonne philosophie, qui ne peut être que poétique : « Seul le philosophe est poète »* - Nietzsche - « Nur der Philosoph ist Dichter ». Par un malentendu terminologique, pauvre Platon, cet authentique poète, n'entendant goutte à la mathématique, n'invitait à l'Académie que des géomètres, (ceux qui savent évaluer les choses terrestres). Lui, qui n'offrait aux hommes que des mythes, s'en prend à ses confrères : « Je mets au défi les passionnés de la poésie de montrer, qu'elle est non seulement réjouissante, mais aussi bénéfique à la vie humaine ordonnée » - Platon. Mais peut-être le chaos et le spleen sont les seuls éléments, dans lesquels la poésie ne se noie pas. | | | | |
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| art | | | Mon écriture est matinale : le soleil de la raison eut juste le temps de faire briller la rosée du rêve ; je ne veux pas assister à son évaporation ; je laisse tomber ma plume à côté de la rose. | | | | |
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| art | | | Hygiène intellectuelle en littérature : expurger le discours de toute la gangue du savoir parasitaire et froid, non-porteur ni de saveurs ni de chaleurs nouvelles. | | | | |
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| art | | | L'harmonie inarticulée (la voix divine marmonnant ses théories), le chaos pré-articulé (l'obscure justification de mes modèles), l'harmonie articulée (l'impertinence d'un art imposteur, aspiré vers la théorie par-dessus les modèles) - l'art est l'hymne froid au chaos chaud au moyen d'une harmonie chaude et incompréhensible. | | | | |
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| art | | | Trois dons majeurs d'écrivain - un tempérament, une hauteur, une ironie - que possèdent, séparément et sans partage, trois maîtres français : Bloy, Valéry, Cioran (en Allemagne, la morgue et le nihilisme de Schopenhauer et le port altier de Nietzsche ; en Russie, depuis l'espiègle Pouchkine, ironie est synonyme de légèreté). Sans atteindre les sommets de chacun, dans sa spécialité, ce livre aimerait en présenter l'équilibre. | | | | |
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| art | | | Quand on perd pied, dans un livre, on a, au mieux, la panique, pas le vertige. Il faut que le livre, qui emmène dans des éléments nouveaux, donne des moyens d'un nouvel équilibre ou d'une nouvelle respiration (fixer des vertiges - Rimbaud). | | | | |
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| art | | | Le talent est le don, qui consiste à produire une harmonie, que la vie ne confirme qu'a posteriori. Chercher la confirmation de la vie a priori - signe d'un travail mécanique, sans génie. | | | | |
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| art | | | Un étrange avantage des poètes d'aujourd'hui : l'insensabilité à la honte - ne pas penser, qu'au lieu de s'attendrir, on peut éclater de rire, à la lecture de leur chaos, chaos verbal, sentimental et mental. | | | | |
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| art | | | La part du hasard, chez l'artiste moderne, devint si énorme, qu'il m'est plus étranger que le chroniqueur, contre lequel, naïvement, je peste. Le hasard peut être maîtrisé par l'intelligence ou harmonisé par l'intuition qui, dans l'alphabet artistique, se situent juste après la hauteur. | | | | |
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| art | | | Quand je ne sais pas grand-chose des notes, qui se veulent sons, il faut chercher des accords paradoxaux, uniques ou iconoclastes. Ou me taire, plutôt que chercher à espérer des mélodies, produites dans un espace, dont je ne maîtrise pas l'acoustique, étant étranger à ses murs et à son sol. Tandis que dans les sous-sols je gémis et sur les toits je soupire. | | | | |
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| art | | | La hauteur du regard d'un écrivain, c'est le désir de contenir la résonance entre les murailles, dans les limites du goût. Au-dessus - la sensibilité, en-dessous - la compréhension. Et le goût est la complicité harmonieuse entre les deux. | | | | |
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| art | | | L'harmonie est une chose insaisissable, et l'on le comprend sur l'exemple des types de versification nationaux. Leur niaiserie formelle est du même ordre que la niaiserie de fond des tanka ou haïku. La longueur des syllabes grecques, la métronomie de l'allemand ou du russe, l'orthographe dans le choix de rimes françaises. De concert avec le sonore, on devrait rimer pour l'olfactif, mais surtout pas pour le visuel. | | | | |
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| art | | | L'harmonie et le rythme maîtrisés, l'écrivain-goujat n'accorde qu'une attention secondaire au choix des objets et liens du discours - l'insensibilité à la hauteur. J'évite tout objet, que je ne parvienne pas à faire danser ou chanter. | | | | |
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| art | | | Je reconnais ma faute musicale : avec des cordes en permanence tendues, on risque de ne plus être en accord avec l'harmonie de la vie. Comme J.Joubert, je ne joue que de la harpe éolienne. Il faut savoir détendre ce qui vibrerait faux, mais je désappris à tendre l'oreille aux sons directeurs de l'époque. | | | | |
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| art | | | Tout art est dans l'effort de se démarquer du hasard, et ce n'est pas pour rejoindre une objectivité quelconque, sans aléa, mais un rythme implacable, où une belle loi doit se deviner derrière tout jet de dés. | | | | |
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| art | | | L'écriture, hélas, est mouvement ; mais, heureusement, deux courants y sont possibles : une avancée vers la différe(a)nce (espace/temps) avec le passager ou bien un retour éternel de l'Identique (chaldéen ou nietzschéen). | | | | |
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| art | | | Trois axes d'opposition kierkegaardienne, dans l'art : l'éthique, la noblesse s'opposant à la vulgarité (à la correction démocratique) ; l'esthétique, le beau défiant le banal (le vrai du jour) ; le mystique, l'harmonieux fatal évinçant le hasard (sans regard vers l'intemporel). | | | | |
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| art | | | La profondeur d'une harmonie se reconnaissant dans la hauteur d'une mélodie - l'art réussi ; le monde, dans lequel je vis, s'unifiant avec le monde, qui vit en moi - toute la littérature est là : soit mon âme accueille une mélodie et je lui cherche des mots d'esprit, soit mon esprit subit le poids des mots et je cherche une mélodie qui les porte jusqu'à mon âme. | | | | |
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| art | | | Flaubert et Nabokov : l'ironie, plutôt verbale que tonale, et la poursuite de mots ou périodes justes pour narrer les faits. Le bon Dieu (ou le diable) est, pour eux, dans le détail, et ils déversent ce détail verbal, le faisant passer pour du style. Le style, c'est l'art d'élimination ascétique plus que d'échafaudage décoratif de platitudes. Que valent les litanies, trop claires, à l'éclairage sans ombres, sans l'intelligence intuitive, vibrante et par à-coups, sans ce ton, laconique et hautain, servant à chanter les rêves obscurs ? | | | | |
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| art | | | Le poète n'est pas enfant de l'harmonie, c'est l'harmonie qui naît du poète ! L'harmonie du scientifique a pour porteuse la perfection de la réalité, à laquelle il réussit à donner une interprétation ; l'harmonie du poète - l'appel de l'irréel, qu'il munit de musique. | | | | |
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| art | | | Le secret d'une grande littérature : créer le plus grand écart entre l'auteur et son rêve, et en vivre l'harmonie (Pouchkine ou Goethe) ou le conflit (Cervantès ou Cioran). | | | | |
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| art | | | L'unité aristotélicienne dans l'art : vénérer le début incompréhensible, rêver la fin imprévisible, vibrer entre les deux. Et tout le reste est maculature. | | | | |
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| art | | | Jadis, on conseillait à l'auteur de n'apparaître nulle part dans son œuvre ; aujourd'hui, l'auteur veut être partout. Et, en plus, oubliant sa vocation d'instigateur de révoltes, il veille, de plus en plus fidèlement, sur la paix des marchands. Et, tel un gendarme, il ne voit dans l'ordre qu'un moyen d'assurer une circulation d'idées fluide. | | | | |
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| art | | | Je ne vois aucune échelle, sur laquelle un artiste pourrait rivaliser avec le Créateur du monde. D'ailleurs, tout grand artiste commence par inventer ses propres mesures, indépendantes du monde. Il est musicien, face à l'Auteur de l'harmonie. Il n'est ni transcripteur ni amplificateur, mais créateur des échelles, c'est à dire - du regard. | | | | |
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| art | | | L'ordre, en poésie, fait partie de ces contraintes, qui doivent rester implicites. Mais chez les raisonneurs, ignorant le vivifiant désordre poétique, l'ordre mécanique est le seul à s'installer dans le mot. « J'aime mieux une poésie sans ordre qu'un ordre sans poésie »* - Pouchkine - « Я более люблю стихи без плана, чем план без стихов ». | | | | |
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| art | | | Il y a plus de chances de placer de la beauté artistique dans un désordre organique que dans un ordre mécanique. Nos délices ne vont ni à l'ordre ni au désordre, elles vont à la beauté, qui les anime. « L'ordre est le plaisir de la raison ; mais le désordre est le délice de l'imagination » - Claudel. | | | | |
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| art | | | Une œuvre, qu’elle soit méthodique ou chaotique, n’atteint à l’originalité qu’a posteriori ; inutile de la chercher a priori. | | | | |
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| thomas d'aquin | | | Ad pulcritudinem tria requiruntur, integritas, consonantia, claritas.
Pour la beauté, il faut trois choses : l'unité, l'harmonie, l'éclat. | | | | |
| | art | | | C'est en hauteur du talent - nascuntur poetae ! - que ces exilés du monde géométrique se rencontrent. Prenant du volume, ils perdent de l'altitude. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n'est peut-être que sym-bolique, l'Un platonicien ; c'est dans le multiple, le dia-bolique, que s'incarne le mal. La parabole va au symbolique, l'obole sied au diabolique. C'est pourquoi l'inventeur de nouvelles variables - le créateur d'inconnus de Nietzsche - cherche dans l'unification un rachat ou un équilibre. « L'harmonie est l'unification, la pensée commune de ce qui pense séparément »*** - Pythagore, qui mérite vraiment son titre d'Apollon Hyperboréen ! | | | | |
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| bien | | | Le mal éthique, comme la barbarie esthétique, ont pour origine l'application de la facilité de la vérité à la déraison du bon ou au chaos du beau. La préférence du littéral au figuratif. « Le littéral, c'est le barbare »* - Adorno - « Das Barbarische ist das Buchstäbliche ». C'est quand on arrive à vivre de métaphores qu'on devient homme de bien. Le barbare ne perd jamais le contact avec ce qu'il évoque, c'est un homme fermé ; l'homme Ouvert vit de ses limites - que le littoral m'est plus sympathique que le littéral ! | | | | |
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| bien | | | Sur la balance du Bien et du mal, la conscience est son point d'appui ; plus elle tend vers le Bien, plus d'effet prend le levier du mal et plus chargée doit être l'extrémité du Bien, pour espérer un équilibre. | | | | |
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| bien | | | Pour eux, l'éthique apparaît au moment d'un passage à l'acte net (que ce soit d'après des règles ou anarchiquement), tandis qu'elle ne s'évalue que dans un tête-à-tête trouble avec le sentiment (ou le rêve) du Bien. | | | | |
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| cité | | | La Russie est trop pleine d'une vie sans forme ; je me réjouis chaque fois qu'elle se tourne vers les autres pour se manifester. La France brille par un vide vital, que ne façonnent que les délicats ; je me récrie plus que le Français souchien contre ses emprunts au communisme russe, à l'ordre allemand ou à la puissance américaine. | | | | |
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| cité | | | En fait de PNB et de libertés, aucune noble révolte ne fit jamais rien avancer ; le moteur du progrès fut toujours le paisible salaud, profiteur de l'ordre établi. | | | | |
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| cité | | | La mécanique des rapports humains évinça partout le chaos originel, ce chaud milieu, où je puisse encore respirer. Nietzsche a tout vu de travers : « la civilisation n'est qu'une mince pellicule au-dessus d'un chaos brûlant » - « Kultur ist nur ein dünnes Apfelhäutchen über einem glühenden Chaos ». | | | | |
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| cité | | | En paroles, le Français appelle de ses vœux le chaos et lance un non orgueilleux au monde, mais en pratique il est obnubilé par la logique, tempérée par un oui harmonieux. L'Allemand, en paroles, veut découvrir de l'ordre partout dans le monde, auquel il adresse un oui humble ou héroïque, mais en pratique il se permet tant d'écarts comportementaux, dictés par un non de poète. Le non est dans le langage, et l'idée - dans la pensée. Le chaos survit aux mots, mais succombe aux concepts. Vénérer l'ordre, c'est renoncer au mot final et chercher l'idée minimale. | | | | |
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| cité | | | Au chaos, menaçant le cycle historique, la théocratie oppose l'action de grâces, l'aristocratie - l'action d'éclat, la démocratie - l'action en Bourse. | | | | |
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| cité | | | L'esclave dans l'âme profite de la liberté, pour choisir sereinement et sans pression aucune son statut de domestique : « Les hommes ne sont pas des esclaves ; ce sont des domestiques volontaires » - A.Karr. Le plus écœurant, dans ce volontariat, est que les mérites des maîtres se mesurent à l'échelle de la valetaille. D'où cette harmonie sans fracture aucune. | | | | |
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| cité | | | Le progrès comme but positiviste, l'amour comme principe clérical, l'ordre comme base conservatrice - réunis, ces monstres froids bénissent aujourd'hui leur seule progéniture légitime, le robot. Pour que celui-ci règne, il suffit de choisir la Libre Entreprise pour entremise et la Chambre de Commerce pour juge. | | | | |
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| cité | | | Le rebelle n'est pas celui qui propose un nouvel ordre - l'appel à l'acte initiateur vient le plus souvent d'un troupeau momentanément protestataire - mais celui qui refuse de respecter les ternes ordres ou désordres. | | | | |
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| cité | | | Le caprice solitaire et la qualité salutaire, ces signes de la verticalité, disparurent, face au culte solidaire de l'organisation horizontale et de la quantité. | | | | |
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| cité | | | De la différence entre, jadis, le troupeau chaotique de moutons et la société d'aujourd'hui, ce réseau social de robots : on n'a plus besoin de chiens de garde, qui surveillent, aboient ou mordent, quelques robots de plus suffisent, silencieux, corrects, infaillibles, exécutant un algorithme, écrit dans le même langage que les tâches gestionnaires, productives ou créatives. | | | | |
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| cité | | | Méfie-toi de l'équilibre dans la vie provenant soit de l'acceptation d'une volonté surhumaine, de la reconnaissance donc de l'assujettissement, soit de l'excitation des droits. Soit je confie ma liberté à une idole infaillible, soit je la profane par ses prétentions et ses certitudes. Cherche de belles servitudes et ne crois pas que « la liberté fut le plus grand don que Dieu fit en créant » - Dante - « la libertà, lo maggior don che Dio fesse creando ». | | | | |
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| cité | | | La révolution naît du conflit entre l’ordre théorique de la Loi et le désordre pratique de la réalité, conflit se terminant par l’effritement de la Loi et le réveil des bas instincts. « Toute révolution est une époque transitoire d’ensauvagement » - F.Schlegel - « Jede Revolution ist eine vorübergehende Epoche der Verwilderung ». | | | | |
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| cité | | | Ils pensent, que le chemin le plus sûr vers la liberté, c'est l'ordre, et que la servitude est au bout du désordre. En cela, les caporaux et les poètes sont du même côté : l'Église sans Dieu vaut mieux que Dieu sans l'Église. Toutefois, l'ordre n'en est que le père adoptif, la justice, la mère, ayant péché avec l'humanisme, récemment décédé et marquant ainsi l'exorde d'un nouveau Moyen Âge. | | | | |
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| platon | | | Un seul et unique chemin conduit au salut public, à savoir l'égale répartition des biens. | | |    | |
| | cité | | | On peut appuyer cette espérance par un fait religieux : « Le marxisme est une religion du salut collectif de l'humanité » - Berdiaev - « Марксизм - это религия коллективного спасения человечества ». L'appel de fraternité gémit quelque par dans notre âme bicéphale, intime et tribale. Hardiment, j'y préconise un chaud chaos du bien. Le salut public - ou plutôt son ordre froid ! - se reconnut dans le culte du mérite, euphémisme né dans le troupeau ; dans la jungle ancienne il s'appelait privilèges. Valéry : « L'idée que la vertu doit être récompensée ruine toute vertu »***. | | | | |
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| stendhal | | | J'ai assez vécu pour savoir, que différence engendre haine. | | | | |
| | cité | | | Quand la haine du faible est compensée par la honte du fort, l'équilibre est possible. Penser différemment n'est plus menace pour personne. Chacun est sûr de faire exception et jamais le consensus n'était si vaste et spontané. La haine honteuse se transforma en riante paix d'âme. | | | | |
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| malraux a. | | | L'Amérique n'est pas une menace pour notre culture, le communisme - oui. | | | | |
| | cité | | | Notre culture se formait dans une harmonieuse sensation du temps. Le communisme la révère par sa chimère de l'avenir radieux (et ne laissant derrière lui qu'un sombre passé), mais l'Amérique l'efface par sa grossièreté toute spatiale, cet « éternel présent de l'humanité » (Kojève), rendu réel par l'argent qui abaisse et non pas par l'émotion qui élève. Ce n'est pas la culture mondaine que l'Amérique menace, mais la nature humaine. | | | | |
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| soljenitsyne a. | | | Революции уничтожают только современных им носителей зла, само же зло берут себе в наследство.
Les révolutions n'éliminent que les porteurs contemporains du mal, tout en étant héritières du mal lui-même. | | | | |
| | cité | | | Si toute action engendre le mal, la violence, l'arbitraire ou le caprice de l'action sont le mal lui-même, qu'on s'en prenne aux principes, aux règles ou à leurs nuances. | | | | |
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| doute | | | Le sot accorde au palpable la force d'une loi et ne voit, dans l'abstrait, que de la contingence. L'intellectuel fait le contraire. | | | | |
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| doute | | | La clarté vaut mieux que le chaos dans tout récit de faits divers, c'est-à-dire 95 % de la littérature. Mais la clarté est signe de bêtise dans tout message à écouter au clair de lune. Il est plus difficile de s'écarter des cadences logiques que des cadences mécaniques. | | | | |
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| doute | | | Je préfère les ténèbres à la lumière, car lumière veut dire mouvement, reflet, sens de l'ombre. Seules les ténèbres préservent la valeur de ce qui n'est regardé par personne. Que d'autres pensent, que « L'homme ordinaire projette de l'ombre ; le génie projette la lumière » - G.Steiner - « The ordinary man casts a shadow ; the genius casts light » - tout génie a un stock de belles ombres, que ne voient que ceux qui sont à l'aise dans le noir. « Le génie maîtrise le chaos, seuls les sots tiennent à l'ordre »** - Einstein - « Genies beherrschen das Chaos, nur Dumme halten Ordnung ». | | | | |
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| doute | | | L'ordre, c'est l'idée du monde, le désordre, c'est le monde des idées, la « branloire pérenne » (Montaigne). La vie est un équilibre précaire entre ces deux univers, équilibre rompu tantôt par le savoir synchrone, le système, tantôt par le savoir diachronique, l'ironie. | | | | |
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| doute | | | L'homme subtil vénère, en hauteur, l'ordre et surmonte, en profondeur, le désordre. Le deuxième cas, pour l'homme intelligent, est beaucoup plus fréquent, et on peut dire, que la vraie anthropologie est avant tout une entropo-logie. Par un essor-hauteur de l'âme on surmonte l'homme plus sûrement que par son élargissement-distance (Nietzsche - « Distanz-Erweiterung innerhalb der Seele »). | | | | |
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| doute | | | Projetée hors de nous-mêmes, la lumière impose un ordre sédentaire auquel répugnent le cœur migrateur, l'âme vagabonde, l'esprit nomade. L'adresse ou les coordonnées définitives ne sont utiles que si j'attends une réponse de quelqu'un d'autre que moi-même, phénomène rare. | | | | |
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| doute | | | Prendre, à tous les coups, parti du chaos, face au système, est puéril ; il faut les défier, tous les deux, le premier avec du génie, à la recherche d'une nouvelle harmonie, le second avec de la passion, pour provoquer une nouvelle secousse. Frayer avec le génie, tout en fréquentant la passion, s'appelle avoir de la hauteur dans sa vie sentimentale. | | | | |
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| doute | | | Dans le monde, il n'y a que de l'ordre, projeté partiellement dans notre conscience, qui, essentiellement, est vouée au chaos. Et puisque toute écriture est un va-et-vient entre le monde et la conscience, il est plus bête de se refuser au système que de le chercher. Il est également bête de chaotiser le monde et d'harmoniser, à outrance, la conscience. | | | | |
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| doute | | | La même exigence doit dicter les seuils de clarté ou d'obscurité, au-delà desquels l'objet quitte le domaine de l'art. Seuls les grands osent l'harmonie du clair, mais l'harmonie de l'obscur est plus chaude. | | | | |
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| doute | | | Sur les axes essentiels, honte - fierté, force - faiblesse, chaos - ordre, plaisir - douleur, je n'arrive pas à placer les valeurs de mon soi, opération pourtant presque banale, lorsqu'il s'agit des autres ; cette indétermination m'oblige à m'inventer. « Quand je pénètre dans moi, je bute sur le chaud et le froid, la lumière ou l'ombre, l'amour ou la haine » - Hume - « When I enter into myself, I stumble on heat or cold, light or shade, love or hatred » - ce n'est pas dans un bloc de marbre qu'il me faudra sculpter ma statue crédible, mais ex nihilo. | | | | |
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| doute | | | Créer de l'ordre, dans les limites d'un langage fixé, est une banalité. Y introduire du désordre, pour créer un nouveau langage, est une chose rare. | | | | |
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| doute | | | Il n'y a rien de connu qu'on ne pourrait pas rendre, derechef, encore plus caché ou secret. Le contraire, évangélique, est bon pour intimider le désordre du menteur, mais non pour intimer l'ordre au mentor. | | | | |
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| doute | | | Aucune sophistique ne pallie le mauvais goût ; mais le bon goût conduit toujours à une sophistique extérieure, en délicat équilibre avec la dogmatique intérieure. Le dogmatique est celui qui enflamme son esprit des croyances ; « le sophiste est celui qui purifie son âme des opinions » - Platon. | | | | |
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| doute | | | Le libre arbitre a ses merveilleuses lois, qu'il ne nous appartient pas, hélas, d'explorer, mais seulement d'admirer en silence. Pourquoi Loi plutôt que Chaos ? Pourquoi Valeur plutôt que Mesure ? Pourquoi Frisson plutôt que Calcul ? | | | | |
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| doute | | | On commence par trouver la beauté dans les choses vues ; ensuite, on s'imagine qu'elle réside dans nos yeux ; et dans le meilleur des cas, on finit par reconnaître une miraculeuse concordance entre la beauté conçue et la beauté perçue. L'expression de cette harmonie s'appelle regard. | | | | |
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| doute | | | On peut chanter le hasard, comme on chante une loi ; il suffit de ne pas présenter ce qui n'est dû qu'à lui comme résultant d'une grande loi. Avoir chassé le hasard de nos modèles (« éliminer le hasard » - Hegel - « den Zufall zu verbannen ») signifierait, que ceux-ci coïncident en tout point avec la réalité, ce qui est insensé. | | | | |
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| doute | | | Il vaut mieux créer du chaos avec des idées claires plutôt qu'un ordre plat avec des idées vagues. | | | | |
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| doute | | | La matière se mettrait à voir, une fois tombée en déséquilibre ; le chaos de l'irréversible non seulement allongerait l'onde, mais rehausserait le regard. Il suffirait d'être élémentaire, comme une particule ou comme un amoureux, pour transcender son voisinage. | | | | |
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| doute | | | Les plus obtus des hommes prétendent, que nos désirs sont aussi prédéterminés par des causes, que les orbites des astres. À voir les orbites interchangeables de nos contemporains, on est tenté de donner raison à cette ineptie. | | | | |
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| doute | | | Ils s'enorgueillissent de la coïncidence entre leurs dits et leurs faits, mais « c'est être bien borné que de penser une chose et d'en dire - la même ! » - Guénine - « Какая это ограниченность - думать одно, а говорить - то же самое ! ». Dire, et découvrir par la même qu'on pense, est plus précieux et rare. | | | | |
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| doute | | | Le chaos mental, dans les grands édifices, hébergeant l'intelligible, provient des portes trop larges, des murs trop bas ou des fenêtres trop étroites. Les ruines, elles, sont tournées vers le sensible, à l'ordre astral, au chaos restant à interpréter. | | | | |
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| doute | | | Le hasard est un ordre, qui n'est pas encore formalisé, ou demande trop d'efforts à efficacité trop réduite. Ou notre faculté de nous passer d'un ordre de formules et de nous adonner à un désordre d'images. | | | | |
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| doute | | | Une grande illusion : opposer une feuille morte, détachée de l'arbre et en proie aux courants, - à l'étoile, n'obéissant qu'à une loi profonde (H.Hesse). Toute trajectoire peut se calculer comme une orbite ; c'est la haute immobilité qui reste seule incalculable. | | | | |
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| doute | | | Pas de place au hasard, tout n'est que hasard, le hasard des choses et la loi du regard – les points de vue de la profondeur, de la platitude, de la hauteur. | | | | |
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| doute | | | Signe de sottise : l'accord systématique avec soi-même. L'accord chaotique l'est davantage. Il faut que l'accord naisse dans le mot, effleure la chose et meure dans l'idée. Le soi se dilue dans le mot en soi, dans l'idée en soi (Platon) dans la chose en soi (Kant). | | | | |
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| doute | | | Il ne s'agit pas de préférer, systématiquement, le chaos au système ; tout est question de la musique qui puisse en naître, et le chaos en offre davantage de sources et de ressources. Néanmoins, certains systèmes profonds sont plus riches en reliefs et en mélodies que les chaos superficiels. | | | | |
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| doute | | | Le monde se présente à nous comme un chaos de sons et de sens ; seule une fine oreille peut y déceler des messages musicaux, permettant à un philosophe d'en esquisser le fond et à un poète – de reconstituer une nouvelle harmonie de sons et de sens. « Celui qui, à travers le brouhaha, entendit une phrase entière et la mit en mots est un génie » - A.Blok - « Гениален тот, кто сквозь ветер расслышал целую фразу, сложил слова ». | | | | |
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| doute | | | L'histoire des hommes ou des idées : plus nettement on y voit le hasard, plus résolument on le chasse de son œuvre. Ceux qui, au contraire, y décèlent une loi, vouent, généralement, au hasard leur œuvre. | | | | |
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| doute | | | Ils veulent tout réduire à ce qui leur paraît être connu : au Moi et au Monde - vouloir et pouvoir. Je ne suis attiré que par deux monumentales inconnues : Soi et X - souffle divin et substitutions harmonieuses. | | | | |
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| doute | | | La punition du trop d’ordre, c’est la robotisation ; quand on en connaît l’horreur, on accepte que, pour l’opinion publique, la hubris, le désordre, ne serait punie que par la némésis, la justice. | | | | |
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| doute | | | Le sage voit l’ordre du tout et se résigne au désordre de la partie. Le médiocre (et Leibniz !) voit le désordre de la partie, qu’il projette sur le tout (Leibniz y cherchera de l’ordre). | | | | |
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| doute | | | Aucun discours ne peut rendre fidèlement nos états d’âme, puisque ceux-ci sont toujours vagues et n’ont pas de noms. Une image nette a plus de chances n’être qu’une imposture, tandis qu’une image vague peut avoir le mérite de comporter la même dose d’incertitude que l’original. « Le tableau du chaos n’est pas la même chose qu’un tableau chaotique » - Benjamin - « Die Schilderung des Verwirrten ist nicht dasselbe wie eine verwirrte Schilderung ». | | | | |
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| doute | | | Dans la réflexion sur les faits, ce n’est pas l’absence de causes qui est intéressante et prometteuse, mais l’arbitraire individué de leur représentation. | | | | |
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| doute | | | Chronologiquement, notre vie traverse trois étapes, en fonction du rôle qu’y joue le doute : l’introduction, la contemplation, la création – une croyance en ordre universel, des images du chaos ambiant troublant, une invention d’un ordre particulier, personnel, harmonieux, divin. | | | | |
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| doute | | | Dans la composition et l’évolution de la matière il y a des lois proprement sidérantes ; et la vraie question métaphysique est : pourquoi y a-t-il l’ordre plutôt que le désordre ? | | | | |
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| doute | | | Pour le médiocre, l’ordre appartient au grand et le chaos – au petit ; l’homme subtil voit le chaos dans le grand et l’ordre – dans le petit. | | | | |
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| doute | | | Ce sont des mouvements collectifs - toujours chaotiques ou imprévisibles ! - qui portent au pinacle ou enterrent des idées (ou leurs créateurs). On peut mettre en équations le chaos minéral, le chaos social (technique, culturel ou idéologique) échappera toujours à une schématisation vérifiable. | | | | |
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| doute | | | Savoir introduire, consciencieusement, une part du chaos, dans l’édifice des lois, et s’en réjouir, est la meilleure preuve que tu restes jeune. | | | | |
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| pascal b. | | | Deux excès, exclure la raison, n'admettre que la raison. | | | | |
| | doute | | | C'est comme l'ordre et/ou le désordre. L'un trace des frontières, l'autre est dans l'empiétement. Tout débordement devrait être suivi par l'envie de nouvelles frontières, non pas pour le contenir, mais pour élever les prochaines précipitations. | | | | |
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| diderot d. | | | L'incrédulité est quelquefois le vice d'un sot, et la crédulité - le défaut d'un homme d'esprit. | | | | |
| | doute | | | La crédulité devrait s'adresser à l'incroyable harmonie, au-dessus et dans nous-mêmes, et l'incrédulité - à ce qui traîne sous nos pieds. | | | | |
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| vauvenargues l. | | | Lorsque les réflexions se multiplient, les erreurs et les connaissances augmentent dans la même proportion | | | | |
| | doute | | | Ce qui s'appelle harmonie, une juste répartition de la lumière et des ombres ! | | | | |
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| wilde o. | | | For where actual life is surrendered to chaos one might nevertheless forge a certain logic of imagination.
Si la vie réelle s'adonne au chaos, tentons, au moins, de munir d'une certaine logique notre imagination. | | |  | |
| | doute | | | La logique s'incruste tout seule dans les théorèmes et dans les poèmes ; elle est la grammaire de la vie, dont ne se soucie guère le sage. C'est le bon usage du chaos qui désigne l'artiste. Extraire du bruit – la musique. Faire du fait imposé - une libre contrainte. La logique la plus élégante procède par résolution de contraintes. | | | | |
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| valéry p. | | | Deux dangers : l'ordre et le désordre. | | |  | |
| | doute | | | Puisque plus j'écoute l'un, plus je subis l'autre. Comme avec le savoir et le non-savoir. Il faut leur imposer mon jeu et mes dangers, en alternance. Ne pas oublier que l’ordre impératif vient de l’esprit et le désordre émotif – de l’âme ; une vie complète a besoin de tous les deux, comme la musique faisant appel aux aigües et aux graves. | | | | |
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| rilke r.-m. | | | In den Tiefen wird alles Gesetz.
Dans les profondeurs, tout devient loi. | | |  | |
| | doute | | | Dans la hauteur, tout est liberté ! Et l'art est dans le paradoxe : la profondeur de la liberté nourrissant la hauteur de la loi ! Paradoxe, et non pas dialectique, qui est le lot des platitudes ; la verticalité ne connaît pas de dialectique. | | | | |
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| cioran é. | | | La malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme des idées précises qu'il avance. | | |   | |
| | doute | | | Si je suis incapable de troubler ma clarté, je suis en proie à une acribie ou à une graphomanie, je suis honnête, mais bête ; faire croire à ma translucidité, c'est manquer ou de couleurs ou d'honnêteté ou d'intelligence. L'artiste est dans le commencement, et celui-ci n'a pas de normes. Deux architectures accueillent, tant bien que mal, mon honnêteté en mal de suites dans les idées : une tour d'ivoire, hors cartes, ou une ruine, hors calendriers. La précision bien venue, celle de la mélodie ou du relief, n'est pas dans l'idée, mais dans le ton, qui est frontière d'un langage. Quand ce ton est plat ou neutre on peut être sûr d'être devant un saint, un sot ou une fripouille. | | | | |
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| hommes | | | La même antienne, deux fois séculaire, de Balzac à Cioran : l'échec retentissant d'un monde à la dérive, bouleversant toute la tribu. Moi, je vois le paisible succès d'un monde sur-ordonné, étouffant l'élan de tout solitaire. Par ailleurs, toute dérive, aujourd'hui, se calcule comme toute autre trajectoire en continu. | | | | |
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| hommes | | | Toute harmonie se réduit aux nombres, mais aux nombres câblés qu'excluent les alphabets de l'âme tâtonnante. L'horreur de notre époque est que le nombre crève la vue et que l'âme se munisse de capteurs froids et infaillibles. Le plasticien évalue la nature ; la machine porte le verdict au rêve. Et l'homme se machinise, ses rêves naissent dans son cerveau en veille et non pas dans une nuit astrale. Les cœurs, ces organes ataviques : « La civilisation occidentale remplit le cerveau de connaissances, sans chercher à remplir le cœur - de compassion » - Dalaï-Lama. | | | | |
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| hommes | | | Dans mes ruines, j'affermis mon acquiescement à la merveille de la vie ; comme eux, dans leurs bureaux, étayant leurs révoltes contre la discordance du monde. Je vois un paradis en ce monde, mais les hommes n'y sont plus ; pour y être, il faut être né en hauteur ; la bassesse se fondit avec la profondeur, où se vautrent les hommes. | | | | |
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| hommes | | | L'homme ordinaire est soumis au temps : le souci du succès local le conduit, inexorablement, à l'échec global ; l'homme d'exception est hors du temps : il vit toute vicissitude locale comme un échec, mais sous le signe immuable du triomphe global. « Il arrive que ce qui est désordre dans la partie est ordre dans le tout » - Leibniz. | | | | |
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| hommes | | | Prouver, que l'homme est un ange et une harmonie (moi, avec l'homme Jésus) ou bien un monstre et un chaos (Pascal, de l'homme sans Seigneur Jésus-Christ) - sont deux tâches d'une même facilité. | | | | |
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| hommes | | | Et la raison et la folie se chargent d'apporter de la pureté dans cet univers inarticulé, chaotique ; il suffit de veiller qu'elle ne soit ni trop aseptisée ni trop fébrile. Quant aux saletés, la raison n'en remarque guère les plus hautes, et la folie en introduit de bien profondes. Dieu nous garde d'étouffer dans une pureté des bureaux ou dans une saleté des cabanons. | | | | |
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| hommes | | | L'homme complet est à l'aise dans la loi (les problèmes formels) de l'esprit, dans le chaos (les mystères des élans) de l'âme, dans le vide (musical, sans solutions matérielles) du cœur. L'inaptitude au chaos et à la musique pousse les hommes unidimensionnels à introduire partout des lois. | | | | |
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| hommes | | | L'intellectuel est à l'aise dans les principes et maladroit - dans leur application. Chez les autres, c'est le contraire : « La règle reconnaître, l'exécutant haïr, - c'est abhorrer le traître, et flatter le trahir »* - Dryden - « T'abhor the makers, and their laws approve, is to hate traitors and the treason love ». Le sot ne parvient pas à lire la règle, il n'en voit que des applications. Le sage se désintéresse des applications et ne sonde que le langage des règles. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes sont nés pour observer, établir, entretenir ou admirer l'ordre du monde. Le regard, la création, l'extase ayant fui ce monde, il ne reste aux hommes que la tâche d'entretien, où ils seront bientôt remplacés par des machines. | | | | |
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| hommes | | | Le chiffre, qui exprime le poids de nos cervelles, muscles ou désirs, est grosso modo le même pour tous les hommes. La vraie différence, porteuse de valeurs et d'ordres, vient de zéros qu'on accole derrière ce chiffre, zéros, auxquels on est capable de faire converger tout ce qui ne tend pas vers l'infini. | | | | |
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| hommes | | | La culture, c'est la lucidité de la vision des enjeux ; la civilisation, c'est la discipline du suivi des règles ; Wittgenstein, en voyant dans la culture un fanatique tenant à l'Observance (Ordensregel - règle monastique), les confond. | | | | |
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| hommes | | | Tant de voix grégaires pestent contre la décomposition, la putréfaction, la dégénérescence du monde, là où je ne vois que trop d’ordre, de raison, de sens, de justice et même d’intelligence. Il ne manque à cette perfection mécanique qu’un peu d’âme. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, au chaos de l'horrible quotidien, l'artiste répondait par un ordre des idées éternelles ou des images de l'au-delà ; aujourd'hui, avec un ordre infaillible, régnant dans un quotidien soporifique, l'artiste se doit de rappeler le chaos primordial des âmes éteintes. | | | | |
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| hugo v. | | | Au-dessus de l'équilibre, il y a l'harmonie ; au-dessus de la balance il y a la lyre. | | | | |
| | hommes | | | Je reste seul avec cette recette et je deviens poète ; je la porte aux autres et je deviens cynique ou démagogue. Un jour, il faudra choisir entre solitude musicale ou multitude sépulcrale : « On finira par avoir assez du cynisme, et on voudra vivre musicalement » - Van Gogh - le cynisme, lui, peut être musical, c'est le bruit mécanique, équilibré et cadencé, qui étouffera la musique. | | | | |
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| renan e. | | | L'homme est désespéré de faire partie d'un monde infini, où il compte pour zéro. | | | | |
| | hommes | | | Tout autre chiffre est pire. Il n'y a que zéro, qui refuse une multiplication mécanique et prêche un ordre nouveau. | | | | |
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| heidegger m. | | | Im planetarischen Imperialismus des technisch organisierten Menschen erreicht der Subjektivismus des Menschen seine höchste Spitze, von der er sich in die Ebene der organisierten Gleichförmigkeit niederlassen wird.
Dans l'impérialisme planétaire de l'homme organisé par la machine, le subjectivisme atteint sa hauteur sublime, pour se laisser glisser vers la platitude de l'uniformité organisée. | | | | |
| | hommes | | | Un peu de sain collectivisme lui aurait appris, qu'il n'est guère seul, en haut, sur son altier plateau, mais bien bas, au milieu d'un entier troupeau. | | | | |
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| intelligence | | | Ce que j'appelle monde conceptuel est un vécu, ordinairement chaotique, qu'une sollicitation langagière anime, organise, focalise pour résoudre le problème, que dégage du discours notre machine logique. Toute théorie et tout modèle logent dans ce monde bercé par le désordre. Le langage, lui, ne contient ni théories ni esprit. | | | | |
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| intelligence | | | La compréhension de l'autre commence par deviner la part du hasard et de la règle. Dans l'étranger, on prend souvent l'un pour l'autre. Chez soi-même, le sage ne voit que le hasard et le sot - que la règle. Mais le sage sent, que derrière son hasard se profile une immense règle, tandis que le sot ne croit qu'en piètres règles. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence divine se manifeste dans l'existence de valeurs par défaut. L'intelligence humaine - dans la capacité de rester cohérent avec celles-ci. | | | | |
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| intelligence | | | Matérialiste : l'homme qui vit dans un univers à l'abandon. Idéaliste : l'homme qui abandonne la vie pour l'univers. La franchise faite règle, l'insincérité faite instinct (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie française s'inspire des oppositions inintéressantes, p.ex. : ordre - désordre (Descartes), le tout fait - le se faisant (Bergson), l'être - le néant (Sartre, ou l'avoir de G.Marcel). Le contraire intéressant d'ordre est gratuité, celui de tout fait - provisoirement dit, celui d'être - la personne. | | | | |
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| intelligence | | | Chez ceux qui réfléchissent sur la vie, le vrai conflit n'est pas entre ceux qui croient à une unité du monde et ceux qui en proclament la multiplicité selon la liberté chaotique de chacun. Il oppose plutôt ceux qui voient et vénèrent l'inaccessible beauté du monde, leur servant d'asymptote, et ceux qui ne tournent leurs yeux que du côté de leurs cerveaux. | | | | |
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| intelligence | | | La primauté du regard, c'est la résignation à l'impossibilité de l'équilibre, ni même de l'entente, entre le moi observé et le moi qui s'observe (ce no man's land de la conscience ressemblerait au néant de Sartre), l'oubli du moi et la poursuite de l'acte d'observation guidé par le mot équidistant. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié ! | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | Les pensées à rejeter : quand le contraire a le même poids. La pensée doit être dans un flagrant déséquilibre, laissant dans le camp adverse le plus faible de ses pieds. | | | | |
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| intelligence | | | Le connaissable est dans les questions et les modèles, non dans la réalité modélisée. L'harmonie saisissante avec ce que confirment les yeux et oreilles ne devrait pas nous empêcher de déclencher périodiquement notre zoom mental, pour constater que l'inconnaissable n'en devint que plus vaste. | | | | |
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| intelligence | | | Personne ne peut choisir de couper les ponts avec la réalité, puisque personne n'est autorisé de s'y rendre. On ne communique avec elle qu'à travers un langage sans miroirs ni traduction automatique. La réalité aide à forger un lexique : noms de choses, verbes de liaison, déterminants paraboliques. Mais l'essentiel du message est dans cette belle et féerique liberté de mise en voisinage, engendrant des rythmes et harmonies, qui perdureraient dans mille substitutions lexicales. | | | | |
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| intelligence | | | Pour énoncer quelque chose de sensé sur un objet réel, deux choses sont nécessaires : sa place (dans un modèle) et son nom (dans un discours), ce qui inévitablement crée trois contextes irréductibles : la réalité, le modèle et le discours. Le monde n'est la représentation ET la volonté (Maine de Biran, Novalis ou Schopenhauer) que pour ceux qui maîtrisent ET la représentation conceptuelle ET la volonté psycho-linguistique. La science et l'art sont des flagrants déséquilibres de cette triade. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu'on appelle le proprement sensible n'est accessible qu'aux biologistes et nullement aux philosophes, puisque le grand interprète, le cerveau (ou plutôt sa partie muette, câblée), ne laisse pas un seul instant notre corps avec ses empreintes. Aucune rationalité à ce stade, seuls des réflexes, aucune réflexion – les données des sens sommairement rangées. Le cerveau (sa partie structurée, dynamique) y met de l'ordre, en débouchant sur l'intelligible, sur la représentation, que Kant veut associer au sensible, à cette brumeuse esthétique transcendantale, où les sensations se présentent, sans être représentées, se donnent sans parler. | | | | |
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| intelligence | | | Le sceptique est un handicapé : la vie n'aurait ni fin, ni unité, ni être - comment s'entendre avec un aveugle, un sourd, un muet ? Seul le scepticisme passif peut être un tonique ; le scepticisme actif est une infirmité. « Le scepticisme est la volupté des impasses » - Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie - rencontre entre une forme poétique et un fond logique. D'un côté - une imagination intuitive, une adhésion par séduction, tout étant sujet de controverses ; de l'autre - une intuition imaginative, une preuve par raison, tout échappant au doute. | | | | |
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| intelligence | | | Les grands viennent de nulle part et nous communiquent le vertige et la jouissance de la hauteur, gratuite et vécue sans effort. Sortent, ensuite, des rats de bibliothèques, des ronds-de-cuir, fignolant, pinaillant, finassant, creusant, tarabiscotant, approfondissant, marmonnant des litanies au travail et à la rigueur. La hauteur, contrairement à la profondeur, n'a pas d'épaisseur, et toute graduelle pénétration ne peut mener qu'à la platitude, comme celle de G.Bernanos : « Il est beau de s'élever au-dessus de la fierté. Encore faut-il l'atteindre ». | | | | |
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| intelligence | | | Toute belle pensée se reconnaît par l'équivalence de son fond et de son élan, le premier - dans l'ordre des représentations, le second - dans le désordre des interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | Si l'esprit n'intervenait pas dans le travail de l'œil, celui-ci n'exhiberait que des points sans poids ni relief. La vraie vue est une violence faite à l'espace. De même, la culture est une violence faite au temps. L'harmonie cotonneuse avec son temps s'appelle troupeau, quand ce n'est machine. | | | | |
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| intelligence | | | Tout cogniticien finit par admettre, que même l'existence, même celle de mon propre soi, peut être donnée non pas à titre de fait, mais comme résultat d'une déduction. La requête d'existence, comme toute proposition, aboutit soit aux faits soit aux virtualités. D'ailleurs, plus le moi est virtuel, plus il est riche et moins il a besoin de faits sans souffle des lois : « réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits » - Proust. À propos, la dimension temporelle virtualise tout fait. Comme, d'ailleurs, l'artistique, où le créateur est comme les particules élémentaires, créant un champ du possible, plutôt que celui du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique est dans le flair des variables, qu'elle introduit dans tout arbre interrogatif. Là où un naïf ne lit que des constantes ou un superficiel ne décèle que des variables explicites, l'intelligent devine des variables muettes et, par un jeu de réécriture, crée de nouveaux langages de requêtes. « Sans esprit on ne voit que des bribes, avec un peu d'esprit - la règle, avec beaucoup d'esprit - l'exception »*** - Grillparzer - « Der Ungebildete sieht überall nur ein einzelnes, der Halbgebildete die Regel, der Gebildete die Ausnahme ». | | | | |
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| intelligence | | | Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre. | | | | |
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| intelligence | | | Nos actes mentaux portent les marques du temps, du hasard, de la pluralité ; nous sommes tentés d'y voir de l'ascension ou de la force ; mais toutes ces valeurs s'estompent, dominées par des métaphores intemporelles, constituant la seule musique et la seule unité du monde et nous révélant l'éternel retour de l'Un, du Même. L'art de l'unité - la faculté du Même. | | | | |
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| intelligence | | | Un franc sot rejoint le délicat dans la reconnaissance de l'harmonie entre la nature et la raison (là où le pseudo-savant voit un gouffre). Pour le sot, c'est la chose la plus évidente, et pour le délicat - la plus miraculeuse. « Le plus incompréhensible dans l'Univers est, que nous le puissions comprendre » - Einstein - « Das Unverständlichste am Universum ist, daß wir es verstehen können ». | | | | |
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| intelligence | | | Cosmos et phusis, l'ordre représentatif de l'être et le désordre interprétatif du devenir, Apollon et Dionysos, le passage de la Création divine à la création humaine, la caresse devenant verbe, la vie tournant à l'art. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique on retrouve les notions, réelles mais vagues, d’espace-temps métamorphosées en concepts rigoureux : les espaces de dimension arbitraire (jusqu’à l’infini) et l’ordre et la grandeur unidimensionnels (ou bidimensionnels, si l’on ajoute l’imaginaire au réel). | | | | |
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| montaigne m. | | | Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. | | |  | |
| | intelligence | | | Une tête bien faite est celle qui, pour atteindre un but, a besoin d'un minimum de mémoire et de recherches et d'un maximum de subtilité et de vitesse. Équilibre entre fin et frein, entre interprète et organisation. Toutes les têtes, aujourd'hui, sont pleines de vétilles, cohérentes et monolithiques, tandis que ce qui est digne d'y être préservé, ce sont quelques étincelles, images éparses, fragments de monuments. Garder quelques zones vides, pour y recevoir la musique du monde. | | | | |
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| spinoza b. | | | Ordo et connectio idearum idem est ac ordo et connectio rerum.
L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses. | | | | |
| | intelligence | | | L'une de ces inepties dont grouille le spinozisme ! Ici – une assimilation, aussi absurde que la désassimilation entre le corps et l'âme. Dans la réalité, il n'y a que des choses ; dans la représentation, il y a des objets et des relations ; dans le langage, ce porte-parole des idées, les connexions sont de nature langagière ou représentative – rien à avoir avec les choses réelles. Et le corps, qui jouit ou souffre, peut déterminer l'âme à penser, et l'âme, qui évalue ou s'élève, peut déterminer le corps à bouger – contrairement à ce qu'édicte ce charlatan du Nord. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie du désordre et de l'ordre : plus je respecte l'un, plus je succombe à l'autre. | | | | |
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| ironie | | | Jamais je ne me sens plus près d'une harmonie vitale que lorsque je vis en désaccord avec la vie. | | | | |
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| ironie | | | Écrire sachant que je n'ai aucun secret à livrer ; vivre sachant que ma passion ne sera portée par aucun génie ; agir sachant que mon désordre ne cache aucun ordre. Ironie. | | | | |
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| ironie | | | Oui, on peut mettre de l'âme jusque dans la phonétique, si la raison commande de beaux accords entre râles, soupirs ou borborygmes. | | | | |
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| ironie | | | Tout ce qui est sérieux peut être projeté sur le paradigme du théâtre. La projection réussit, si l'on n'a pas envie de courir dans les coulisses ni de chercher à vilipender un public trop distrait. Manipulation du rideau, décor en harmonie avec le son ou le verbe, éclairage de la scène, - autant de métiers de spectacle, qui échappent aux récitations peu déclamatoires du réel. | | | | |
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| ironie | | | De la modernité de ma démarche : je prône la discrétion catastrophique (R.Thom) ou l'irréversibilité chaotique (I.Prigogine) - dans la trajectoire du regard, dans l'onde de l'émotion, dans le champ de l'intuition. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui me soutinrent le mieux sont ceux qui placèrent un zéro là où, naïvement, je m'efforçais à attacher des chiffres significatifs. C'est avec des zéros bien ciblés qu'on change le mieux l'ordre des choses impermanentes. | | | | |
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| ironie | | | Le rêve de toute fourmi littéraire est qu'on prenne ses labyrinthes, chaotiques, anodins et accumulatifs, pour toiles architecturales d'araignée, pleines de menaces. | | | | |
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| ironie | | | L'harmonie entre le monde, dans lequel je vis et le monde, qui vit en moi, est préétablie ; nul besoin d'un génie quelconque, pour la créer. Le génie vit du second de ces mondes et ne découvre le premier qu'à travers la merveille des échos ou correspondances non-calculés et irrésistibles. | | | | |
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| ironie | | | Je me sens plus près des fabricants de lunettes que des analystes d'yeux ou des synthétiseurs de la nature. Ad instrumentem, le contraire de ad hoc, et plutôt que ad hominem ou ad rem, qui, après de fugitifs ad laudem et ad libitum, n'aboutissent que trop souvent à ad nauseam, quand ce n'est ad digitum, juste avant d'être envoyé ad patres. Le goût est dans le choix des choses (ab ovo), l'intelligence - dans les outils (ab actu), la hauteur - dans la part de l'homme (ad oculos), quand ce n'est de la femme - ad foeminam. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie est justifiée par la reconnaissance, que, sous un regard de plus en plus exigeant, la réalité nous échappe à l'infini et aucune certitude finie ne résiste à une quête serrée. « L'ironie est une conscience nette d'un chaos se projetant vers l'infini » - F.Schlegel - « Ironie ist klares Bewußtsein des unendlich vollen Chaos ». L'intelligence est notre épuisable faculté d'harmoniser le chaos. Une fois aux frontières d'un chaos maîtrisé, elle arrive soit au vide de l'attendu, soit à l'ennui de l'entendu ; en se débarrassant du ballast ou de la platitude du sérieux, elle s'accroche à l'ironie, prometteuse de hauteurs et d'apesanteurs. C'est ton étoile qui te remplit de chaos ; celui qui a besoin du chaos, pour enfanter de son étoile (Nietzsche), finira en fausses couches. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, c'est la politesse du sens de l'harmonie : mesurer l'outrance, contenir le débordement, enraciner les envolées, rendre mélancoliques mes fureurs. | | | | |
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| ironie | | | J'entamai ce livre dans la joie d'un chaos prometteur et évanescent ; je l'achève dans la gêne d'un système bâti malgré moi, système redoutable et définitif. Je n'eus aucune velléité d'ordre ; ma volonté de puissance put se passer de volonté de système. J'eus beau ne pas suivre un chemin - un chemin me suivit. | | | | |
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| ironie | | | Sous le soleil, on voit un équilibre : le cochon marchant vers la boue, et l’homme – vers l’abattoir. Mais, par mauvais temps, se produit un déséquilibe : « Il pleuvait si dru, que les cochons furent propres et les hommes crottés » - Lichtenberg - « Es regnete so stark, daß alle Schweine rein und alle Menschen dreckig wurden ». | | | | |
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| ironie | | | Plus harmonieuse est ta berceuse - une espérance passive, plus mouvementé sera ton rêve - un désespoir actif. Un beau chant vespéral doit précéder un beau regard nocturne. | | | | |
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| valéry p. | | | Philosopher en vers, c'est vouloir jouer aux échecs selon les règles du jeu de dame. | | | | |
| | ironie | | | La philosophie est le seul combat, où tous les coups sont permis à condition d'en expliquer le pourquoi. Et si la poésie apporte, en plus, le comment, on surclasse les échecs en harmonie et le jeu de dame en géométrie. | | | | |
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| mot | | | L'antique Chaos païen et le Commencement évangélique - l'Idée, le Substantif, et le Mot, le Verbe. Le jalon et le souffle. On est chrétien, peut-être, quand on reconnaît, que le Mot sauveur est à l'origine des idées païennes ; mot inchoatif, face à l'idée terminative. L'éternel - par le commencement ; le commencement - dans l'éternel. | | | | |
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| mot | | | Le russe et l'allemand sont pleins de mouvement, leurs phrases sont hérissées de protubérances vers l'extérieur. Ce n'est pas bon pour l'aphoriste qui veut isoler ses gemmes. Mais celles-ci doivent être animées par une harmonie dynamique et maîtrisée à l'intérieur. Et c'est ce qui manque à l'anglais. La belle pensée n'est indépendante et noble qu'en français. | | | | |
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| mot | | | Ces balivernes : le Sujet n'existerait pas en dehors de l'intentionnalité, il n'existeraient que des Objets déséquilibrés par le Verbe. La conscience est faite surtout d'intensité, musicale et picturale, et la musique et l'image peuvent se passer d'objets. | | | | |
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| mot | | | Tentatives de pléonasmes : puissance potentielle, volonté velléitaire, anomalie anormale, vertu virtuelle, événement éventuel, matière immature. | | | | |
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| mot | | | Prôner l'an-archie des choses, pas de prééminences, et la pan-archie des rêves, que des éminences. Vivre de l'éternel retour (ressasser) de l'autre verbe palindrome français - rêver ! | | | | |
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| mot | | | Incroyable homogénéité orthographique, en anglais, pour les mots se trouvant à l'origine de toute philosophie, les mots en wh : who, what, when, where, why. Seul how échappe à la règle ; mais on applique une permutation à who, à la fois littérale et psychique, le premier devenant le dernier, et l'on obtient how. | | | | |
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| mot | | | L'expressivité a deux sources : l'ordre conceptuel et le désordre langagier. La vie en soi de l'écriture est dans l'équilibre entre les deux ; la stérilité - dans l'oubli de l'une des deux. La pensée est un moyen d'expression (structure en surface) ; l'expression est une contrainte de la pensée (structure profonde). | | | | |
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| mot | | | La fantaisie, maintenue par l'harmonie et guidée par la fantasmagorie, - une fantas-harmonie. | | | | |
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| mot | | | Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias. | | | | |
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| mot | | | Pourquoi ordre, en français, veut dire aussi bien un bon rangement, qu'une consigne ? Tant d'ordres furent donnés pour ne créer que du désordre chez l'adversaire ! Et qu'entend un Français dans volonté comme ordre, de Nietzsche ? | | | | |
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| mot | | | La parole fut donnée aux vulgaires, pour traduire leur pensée (Talleyrand), aux sages - pour la déguiser (Dante et Machiavel), aux intuitifs - pour la dépister, en passant. Les uns forment, avec la vérité, un couple, les autres s'en réjouissent comme d'une maîtresse, enfin les troisièmes l'approchent en dilettantes et vivent les faveurs des Muses comme promesses de rendez-vous. Convention (la règle), religion (la honte), superstition (l'extase). La poésie est la superstition du mot. | | | | |
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| mot | | | La langue offre ses services et à l'esprit et à l'âme. La première facette réduit le sens du discours – à la rigueur des représentations. La seconde – à l'expressivité des interprétations. L'oubli de la première favorise l'ignorance ou engendre le chaos, l'oubli de la seconde rend la langue – superflue, facilement remplaçable par la machine. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | Peu de choses réunissent en elles, simultanément, autant de force et d'impuissance que le mot. « Je connais la force des mots. Du vent, semble-t-il, et… l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse » - Maïakovsky - « Я знаю силу слов. Глядится пустяком, но человек душой губами костяком ». Ils sont bien des instruments à vent et, pour plus d'harmonie, ils se font accompagner de quelques cordes des pensées. La bouche et les doigts, qui s'adressent à l'œil et à l'oreille. | | | | |
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| mot | | | Les adjectifs traduisent la faiblesse des noms et l'indifférence face aux verbes ; mais la poésie étant le chant de la faiblesse, par un verbe partial, les adjectifs y sont les bienvenus. Sans eux, on peut, en effet, brosser, à grands traits, un arbre inéradicable (verbes-nœuds, noms-branches). Mais d'autres y chercheront des fleurs. Le verbe est l'âme, le nom - la raison, l'adjectif - le cœur. Pouchkine est dans l'harmonie de tous les trois, Lermontov est le verbe, Blok - l'adjectif, Pasternak - le nom. | | | | |
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| mot | | | Joli palmarès du mot si anodin, déroute : essuyer une déconfiture, être décontenancé, changer de route. Quand on parvient à en faire trois synonymes, on vit mieux le difficile triomphe de l'immobilité - otium cum dignitate. | | | | |
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| bible | | | La langue du sage est dans son cœur ; le cœur du sot est dans sa bouche. | | | | |
| | mot | | | Se parler ou parler aux autres - deux arts différents : sonder les sources ou prospecter les fins. Est sage celui qui maîtrise ces deux langues, sans se tromper de grammaire. Mais le soi, auquel je parle, est double : le connu et l'inconnu, chacun ayant sa propre langue. Parler au premier, c'est comme parler aux autres, c'est la langue de la raison. Jadis, on ne parlait qu'au second, et c'était la langue de l'âme. Avec l'extinction des âmes, le langage unique, le langage algorithmique, devint le seul outil d'introspection ou de requêtes des hommes robotisés. La bouche du sage écoute la raison ; le cœur du sot y est sourd. | | | | |
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| valéry p. | | | La nécessité de ces objets verbaux, qui sont Idées, Lois, Être, est seulement formelle. | | |  | |
| | mot | | | Ce juste verdict priverait de pain tant de nécessiteux professeurs. Une remarque, toutefois : les Lois ne sont pas des objets verbaux, elles gouvernent le modèle pré-langagier. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Слово - передача голоса, отнюдь не мысли, умысла.
Le mot traduit une voix et non pas une idée ni un projet. | | |    | |
| | mot | | | Il sait traduire tous les trois, et c'est précisément leur équilibre, autour du mot, qui prouve la maîtrise et la primauté du sujet. | | | | |
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| cioran é. | | | L'illusion, c'est croire aux mots. Cesser d'en être dupe, c'est le réveil, la connaissance. | | |  | |
| | mot | | | Être dupe des mots, c'est croire, avec les professeurs, qu'énoncer, c'est représenter. Le mot n'est qu'un outil de dialogue. La connaissance, c'est ce qui précède l'assaisonnement du mot et ce qui s'extrait après sa digestion ; elle n'en est pas rivale. Trois sortes radicalement différentes de confiance au mot : admettre qu'il s'inspire d'un beau modèle, admirer son harmonie intrinsèque, fabriquer une interprétation de son message. Le savoir, l'art, le savoir-faire. Connaissance des choses vues, connaissance de la vue, connaissance de lunettes. | | | | |
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| noblesse | | | L'échange est un mode de communication dans la platitude ; la hauteur est refuge des choses incommensurables et impondérables, refuge du chaos originel, où chaque élément peut se passer des autres : « Entre les astres ne sera cours régulier quiconque. Tous seront en désarroi. De terre ne sera faite eau ; l’eau en air ne sera transmuée ; de l’air ne sera fait feu ; le feu n’échauffera la terre » - Rabelais. | | | | |
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| noblesse | | | L'arbitraire d'une belle âme force l'admiration ; l'arbitraire d'une âme basse m'en inspire l'horreur. L'ordre peut être beau même chez la crapule ; le désordre, l'ataxie, ne séduit que chez le poète. La beauté ne s'hérite pas, hélas ; ne s'hérite que l'arbitraire, qui finit par s'inscrire dans les règles des sots. | | | | |
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| noblesse | | | Tous, aujourd'hui, ne s'occupent que de faire marcher les rouages d'une vie commune ; ils oublièrent la danse, qui ne naît qu'au fond de nous-mêmes, puisqu'ils n'écoutent que le forum. Seuls les poètes se désolent, « quand on n'a plus assez de musique en soi pour faire danser la vie… » - Céline. Tant et si bien que le danseur se mue en calculateur. Nous aurions dû habituer la vie à notre cacophonie dès le plus jeune âge. « Il faut porter un chaos en soi, d'où peut émerger une étoile qui danse »* - Nietzsche - « Man muss noch Chaos in sich haben, um einen tanzenden Stern gebären zu können ». La danse est à la marche ce que le chant est à la parole ou la poésie à la prose ou encore l'écriture en hauteur à l'écriture en longueur. Le bruit de fond, face à la musique, de pure forme. | | | | |
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| noblesse | | | Dieu fit qu'une cohabitation pacifique entre l'action et le rêve fût continue, comme entre le jour et la nuit. Il ne faut ni éteindre l'astre ni s'exposer à lui en permanence. « La vie est un rêve, c'est le réveil qui nous tue » - V.Woolf - « Life is a dream. 'Tis waking that kills us ». Vos rêves nocturnes sont si bien connectés au calcul diurne, qu'aucun éclair des aubes ne menace plus vos vies rechargeables. « Vivre, c'est bien, rêver, c'est mieux, le mieux de tout, c'est de réveiller » - Machado - « Si es bueno vivir, todavía es mejor soñar y, lo mejor de todo, despertar ». Et l'écriture serait un « rêve guidé » (« sueño dirigido »). « Les lois secrètes gouvernent le rêve » - Borgès - « las secretas leyes rigen el sueño ». | | | | |
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| noblesse | | | Vivre dans une servitude essentielle est signe d'un homme d'exception. Non pas parce que « homme noble aspire à une loi » (Goethe), mais parce que la loi noble ne s'inspire que du rêve et ne respire plus au sein des actes. Dis-moi à quelle noble servitude tu te soumets, je te dirais de quelle vulgaire liberté - de, pour ou dans - tu peux te passer. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit n’évolue que dans l’horizontalité de la raison et de l’action ; dès qu’il la quitte, pour se vouer à la verticalité, il devient âme, par une rupture et non pas par une marche. On ne va pas vers la hauteur on ne peut qu’y être ; c’est la différence entre le prix et la valeur : « Le prix de l’âme ne consiste pas à aller haut, mais ordonnément » - Montaigne. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que vaut ton âme, seul ton esprit est capable d’exprimer ; il ne soufflera ni là où il veut ni là où il peut mais là où il sait et doit, sur ordre de ton âme, détentrice de la volonté et du pouvoir. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Высоты, как равенства, нет. Только как главенство.
La hauteur, en tant qu'égalité, n'existe pas. Elle n'est que primauté. | | | | |
| | noblesse | | | Elle est oubli des équivalences, refus des symétries, césure des transitivités, absence d'ordre, projection sur la réflexivité. Création de mesures de l'incommensurable. Désintérêt pour le comparatif orgueilleux, refuge dans l'humble superlatif. En hauteur, il n'y a pas d'égalité de constantes, mais des unifications d'arbres. | | | | |
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| proximité | | | Il est dans la nature du vivant de hurler de douleur à la lune. L'oreille n'a que faire avec ces messages, mais son inertie nous pousse à la tendre vers le chaos du firmament et à relever de faux échos. C'est cela, la foi - le miracle d'une réponse dans un vide certain. | | | | |
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| proximité | | | La mise à distance comme art de l'équilibre et de l'harmonie, traduction de l'éternel retour du même. « Le Même n'est pas l'indifférence dans l'égalité, mais l'unique dans la différence et la proximité cachée dans l'éloigné » - Arendt - « Das Selbe ist nicht das Einerlei des Gleichen, sondern das Einzige im Verschiedenen und das verborgene Nahe im Fremden ». | | | | |
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| proximité | | | Les choses n'ont de l'importance que dans la mesure, où elles me rapprochent ou m'éloignent d'avec moi-même. Le meilleur service que les choses peuvent me rendre est de joindre les contradictions béantes à l'intérieur ou de briser l'harmonie consensuelle et fallacieuse à l'extérieur. | | | | |
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| proximité | | | Il ne faut pas trop pencher du côté de ce qu'on aime. Le bel équilibre consiste à faire évanouir ta proximité vers une hauteur, où ne trébuchent ni gestes ni mots. | | | | |
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| proximité | | | Le regard, c'est ce qui met en contact harmonieux mon âme tâtonnante et le monde, deux fantômes, s'ignorant à une distance vertigineuse. L'œil erre, la chose fuit, mais quand l'accommodation réussit, naît le regard. Comme chez les pacifiques Kant (la philosophie serait un champ de bataille - der Kampfplatz) et Hegel (qui serait l'issue du combat et le combat lui-même - das Kampfende und der Kampf selbst), les combattants étant leur esprit et l'énigme du monde. Quand on est intelligent, on aboutit à une paix universelle, à un acquiescement au monde, qui s'avère être équivalent à ton âme. On exprime le mieux son âme, en se tournant vers les étoiles ou en se mesurant à l'univers entier. | | | | |
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| proximité | | | Avec leurs dieux jaloux et railleurs, les Anciens profitaient d'une nonchalance gratuite et d'un déséquilibre porteur. Avec notre bon Dieu, nous sommes livrés à une chère gravité et à un équilibre ruineux. | | | | |
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| proximité | | | La foi, comme tout ce qui est grand, peut être vécue sur les trois niveaux : le mystère de la création, le problème de la mort, la solution d'une religion - l'admiration, l'angoisse, l'ordre - choisis donc entre l'enthousiasme, la paralysie ou l'ennui. | | | | |
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| proximité | | | Qu'il s'agisse de managers ou de prêtres, on ne séduit plus, on déduit ou conduit. Ni lumières ni ombres - que la grisaille transparente. Pourtant, ils veulent frapper, même si ce n'est plus avec des foudres, mais avec des chiffres, - une conclusion logique de ces néfastes conseils : « Les prédicateurs doivent rechercher non des brillants qui égayent, ni une harmonie qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, une foudre qui brise le cœur » - Bossuet. Sans ces moyens abstraits et artificiels, il ne reste, à l'amateur de ces buts concrets et naturels, qu'à attendre des faveurs de la météorologie. Sans être magnétisé point d'êtres électrisés. | | | | |
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| proximité | | | Les trois hypostases chrétiennes sont étrangement peu solidaires entre elles et semblent même s'ignorer complètement. On peut dire la même chose de la trinité humaine : l'intelligence, la création, la noblesse, qui vivent en toute indépendance les unes des autres. En imaginer l'unité est un exploit des théologiens ou des poètes ; « Celui qui connaît, celui qui crée, celui qui aime, c'est tout Un »* - Nietzsche - « Der Erkennende, der Schaffende, der Liebende sind Eins ». Qu'est-ce qu'un homme ? - sa foi ! Le surhomme est l'homme trinitaire. | | | | |
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| proximité | | | Pour les ratés de tous les temps, les anarchistes, le Christ serait leur seul confrère qui réussît. Crachats, épines, gifles, clous - je ne vois que des débâcles. Ceux qui réussissent, ce sont toujours des rois, des bergers, des pasteurs. Les agneaux échouent. | | | | |
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| proximité | | | Vain est tout ce qui ne mette pas d'accord nos deux soi, le connu et l'inconnu. Cent fois plus vain - ce qui nous y mette d'accord… Deux surfaces du ruban de Moebius : le lointain et le proche y changent si étrangement d'ordre. | | | | |
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| spinoza b. | | | Quo magis res singulares intelligimus eo magis Deum intelligimus.
Plus nous comprenons les choses singulières, plus nous comprenons Dieu. | | | | |
| | proximité | | | Même la singularité s'inscrit dans quelque généralité divine. Toute création est manipulation de classes, et Dieu n'y échappe pas. | | | | |
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| valéry p. | | | Le Moi est l'acte de passage de l'extranéité d'une demande à l'extranéité d'une réponse. Il se fait équinégation. | | |    | |
| | proximité | | | Il est encore davantage dans l'intranéité des inconnues de la question et de l'interprétation de leurs substitutions dans la réponse, en quoi il est équidistance et équilibre. | | | | |
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| jaspers k. | | | Ein bewiesener Gott wäre kein Gott, sondern bloß eine Sache in der Welt.
Un Dieu prouvé ne serait pas Dieu, il ne serait qu'une chose dans le monde. | | | | |
| | proximité | | | Dieu est la possibilité des preuves et l'obéissance des choses aux lois prouvées. | | | | |
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| russie | | | Pour voir du Chaos, il faut de bonnes oreilles ; pour le faire parler - de bons yeux. Quand on invertit, benoîtement, les rôles, on n'obtient que du désordre. Les moments à guetter : l'ordre s'avérant harmonie (l'esprit français reflété par Valéry), le désordre se sublimant en chaos (l'âme russe, vue par Dostoïevsky). | | | | |
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| russie | | | Exemple de systématique incompréhension. Les Russes donnent à l'Europe trois mots - intelligentsia, nihiliste, structuraliste. Le premier finit par refléter la place de l'abstraction dans le discours, le deuxième - la place du refus de l'ordre, le troisième - la place de l'ordre dans le chaos. Et dire que pour les Russes, le premier désignait la sensibilité, face à la souffrance d'autrui, le second - la préférence d'un ordre ascétique intérieur au désordre esthétique extérieur, le troisième - la voie spatiale des contraintes, qui suit, dans le temps, la voix des buts ! | | | | |
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| russie | | | Une culture a deux fondements possibles - le confort de ma civilisation et le disconfort de mon âme. La douillette civilisation occidentale calma les troubles d'âme et dicte désormais chez elle toutes les aspirations culturelles. L'horrible civilisation russe ne sert que de décor apocalyptique, sur le fond duquel se jouent des tragédies des âmes déracinées. | | | | |
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| russie | | | Tout ce qui vient du troupeau est, en Russie, abject et bien intentionné. En Europe - harmonieux et impersonnel. « S'il fallait remercier le Russe pour quelque chose, ce serait pour ses intentions » - Gogol - « Русского человека надо благодарить за намерения ». | | | | |
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| russie | | | Une révolution est faite du mot, du geste et de l'idée. Dans la Révolution bolchevique, le mot fut bien russe, le geste - asiatique, l'idée - européenne. Mais ces trois volets ne se rencontrent, harmonieusement, que chez un comptable ou chez un fanatique. Ce que le Russe ne sera jamais. | | | | |
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| russie | | | La verticalité n'est pas la dimension préférée des Russes ; les sous-hommes et les surhommes ne font pas parties des catégories préconisées par ceux qui voient en tout homme une pénible cohabitation de la bête (la chair), de l'homme même (l'âme) et de l'ange (l'esprit), sur la même terre, vaste et chaotique. Rien d'étonnant, que celui qui n'entre pas dans la dyade pascalienne, c'est à dire n'est ni ange ni bête, n'interpelle que l'âme. | | | | |
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| russie | | | Veut-on vivre dans l'entente avec le monde ou dans le défi - le type de civilisation dépend de la réponse. « L'homme harmonieux - les Grecs homériques, les Chinois, les chrétiens gothiques. L'homme héroïque - les Romains, les Germains et Latins. L'homme ascétique - les Hindous, les Grecs néo-platoniciens. L'homme messianique - les premiers chrétiens, la plupart des Slaves. L'harmonie avec le monde, la domination du monde, la fuite devant le monde, la sacralisation du monde » - W.Schubart - « Der harmonische Mensch - die homerischen Griechen, die Chinesen, die Christen der Gothik. Der heroische Mensch - das antike Rom, Romanen und Germanen. Der asketische Mensch - die Inder und neuplatonische Griechen. Der messianische Mensch - die ersten Christen und die meisten Slaven. Welt-Einklang, Welt-Herrschaft, Welt-Flucht, Welt-Heiligung ». Peut-on sacraliser par l'harmonie, par la puissance ou par la fuite ? Oui, quand je suis un Ouvert, et ma musique, mon génie ou mon regard proviennent de ma profondeur divine et sont tournés vers ma hauteur humaine. | | | | |
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| russie | | | La démocratie fonctionne, à condition que la responsabilité accompagne la liberté ; la Russie actuelle oscillant entre les deux, on y vit soit une incurie inextricable (la liberté sans responsabilité) soit un régime byzantin (la responsabilité sans liberté). | | | | |
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| russie | | | Le Russe n'est pas un homme prométhéen ; il est apocalyptique, johannique, sentant au fond de lui-même une harmonie, ce qui le rend très tolérant pour ses propres méfaits et sa paresse. Remarquez que le péché capital de paresse infâme est traduit en russe par la romantique mélancolie (уныние), deux interprétations extrêmes de l'acédie grecque (Thomas d'Aquin ou Loyola) - du je-m'en-foutisme. | | | | |
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| russie | | | Partout la liberté, pour devenir forte, se pare d'habits légaux. Sauf en Russie : « L'âme russe est forte, puisqu'elle va nue ; et libre, puisqu'elle s'éprend de servir » - Saint-John Perse. La nudité d'esclave acquit un certain prestige, dans une province romaine, il y a deux mille ans. Aujourd'hui, ce serait une atteinte à l'ordre public. | | | | |
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| russie | | | Les Russes sont d'autant plus enclins à distinguer deux réalités, l'historique et la musicale, que la première, chez eux, est remplie d'un grondement, chaotique et terrifiant. C'est pourquoi les plus sensibles des Russes, Pouchkine et Tchékhov, ne sont que de la musique, le premier – sur une note optimiste, et le second – sur une note pessimiste. | | | | |
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| russie | | | L'actualité, aujourd'hui, occupe la totalité des horizons humains ; tout est consacré au jour, et la nuit des temps n'attire plus grand-monde. Curieusement, actualité se dit en russe - haine du jour : « Je porte au siècle la haine du jour » - Maïakovsky - « Я веку злобу дня несу ». Il serait plus subtil de porter au jour l'amour du siècle. | | | | |
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| russie | | | Dans les péripéties de toutes les histoires nationales européennes, on devine une espèce de plan intelligent, formulé comme un destin particulier et bien calculé par une chancellerie céleste. Sur ce fond, le chaos diabolique russe est flagrant : « La Russie est un jeu de la nature et non pas de la raison » - Dostoïevsky - « Россия есть игра природы, а не ума ». Et le Russe voit dans sa nature un chagrin étouffant, un silence pesant, une hauteur glacée (K.Balmont). | | | | |
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| russie | | | En aucune autre langue on ne traduit si bien l'état d'âme qu'en russe. L'allemand est bien doté pour le maintien d'un souffle poétique, l'anglais - pour l'ironie distante, le français - pour l'harmonie délicate, claire et inexplicable. | | | | |
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| russie | | | Tout particularisme n'est qu'incapacité d'accéder à un langage plus vaste. La vraie opposition, dans le débat intellectuel, n'est pas entre l'universel et le particulier, mais entre l'universel palpitant et l'universel mécanique. Le Grec et le Français penchent pour la mécanique, et l'harmonie finale est au rendez-vous. L'Allemand et le Russe tendent vers la palpitation, et de terribles déchirures aboutissent au gauchissement de leurs édifices. Pour que la maison commune soit agréable à vivre, il ne faut ni monter au plafond, ni taper de la tête contre les murs, ni s'extasier devant des ruines laraires : en communauté, il faut garder la paix moutonnière ou robotique. | | | | |
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| russie | | | En Russie, ce qui est individuel (les passions, les caprices) devient social (l'arbitraire, la corruption) ; en Europe, ce qui est social (la loi, la tolérance) devient individuel (la robotisation, le conformisme). | | | | |
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| russie | | | L'Allemand se fascine par le primordial - sa langue lui tend le préfixe originel de Ur (d'où Ur-Wort - logos) ; le Russe déborde sur l'achèvement - et sa langue l'y invite avec le préfixe infini de до (d'où до-бро - le bien) ; le Français tient à l'harmonie du milieu - peu de préfixes y opposent quelques timides aspérités, vite maîtrisées par l'aplatissante morphologie. | | | | |
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| russie | | | L'attente russe : que, dans la série interminable de gestes rationnels, jaillisse, momentanément, la folie d'un acte, d'un mot, d'un regard. L'attente occidentale : que, dans ce qui paraît être chaotique et mal organisé, la raison introduise enfin, définitivement, de l'ordre, de la norme, de la justification. | | | | |
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| russie | | | En Europe, la présence de l’État se traduit par l’obligation de respecter les codes fiscal, pénal, civil, routier ; en Russie – par l’ennui de subir l’arbitraire véreux des fonctionnaires et des polices. | | | | |
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| russie | | | L’ordre : pour un Français – la Loi universelle, pour un Allemand – la discipline individuelle, pour un Russe – l’arbitraire du Chef. « Essayez de laisser libres nos mains – très rapidement, nous demanderons de nouveau des fers » - Dostoïevsky - « Попробуйте развязать нам руки, и мы тотчас же опять попросимся в ярмо ». | | | | |
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| gide a. | | | Nous, Français, nous nous dessinons nous-mêmes selon un idéal balzacien. Les personnages de Dostoïevsky, sans aucun souci de demeurer conséquents avec eux-mêmes, cèdent à toutes les contradictions. | | | | |
| | russie | | | À quoi voulons-nous rester fidèles ? - à la longueur d'onde d'une raison infaillible ou à la hauteur incertaine d'une âme ? Que pouvons-nous sacrifier ? - un chaud chaos ou un ordre froid ? | | | | |
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| kafka f. | | | Die unendliche Anziehungskraft Rußlands. Nichts erfaßt das, verlöscht vielmehr alles.
Infini pouvoir d'attraction de la Russie. Rien ne peut saisir cela, tout l'efface au contraire. | | | | |
| | russie | | | Ce qui ressemble à l'horreur inconcevable d'un trou noir, avec son attraction fatale et son silence sidéral. La démesure s'accumule dans des lieux, où règne l'immense pesanteur. La mesure, elle, relie des astres gracieux, porteurs de lumière. | | | | |
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| solitude | | | Une illusion - fonder mon équilibre sur la tension créée par une paire : moi, d'un côté, et un ami, une maîtresse, un livre. Rien de crédible en dehors des triades : moi, une insondable source (voix, oreille, œil, dessein), dont je suis un écho et, enfin, une âme des fins, un esprit, qui préserve mes échos à une belle hauteur. L'origine de la solitude est triadique ; la solitude respectable, ou le désespoir irrévérencieux, - l'absence irremplaçable de l'un de ces trois sommets : la solitude d'un soi perdu, la solitude du silence des sources, la solitude de la perte des ailes. Et quand un deuxième sommet vient à manquer, sonne l'heure d'une solitude honteuse, ou plutôt hébétude irrémédiable. La solitude binaire, elle, n'est souvent que grégaire : manque de berger ou de moutons. | | | | |
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| solitude | | | Le cercle de la solitude est mal dessiné dans : « sans lignage, sans loi, sans foyer » (Homère). Je me connais une nette parenté, au passé ; je reconnais un haut ordre, au présent ; je me prépare au grand séjour au futur. La solitude est l'impossibilité de les réunir au même lieu, au même moment. | | | | |
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| solitude | | | Nous ne sommes pas dans un labyrinthe de solitude (Paz), mais bien dans un réseau de solitudes. C'est le type et la hauteur des liens qui nous importent et non pas la géométrie des pas. Ce n'est pas d'un fil d'Ariane que nous avons besoin, mais d'un altimètre. Ce n'est pas un Minotaure menaçant qui nous guette, mais un troupeau beuglant. | | | | |
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| solitude | | | Dans la maison de l'être, quels sont les obstacles ? Le plancher - pour ma stabilité, la porte - pour mon mouvement, les murs - pour ma solitude, le souterrain - pour ma honte, le toit - pour mon rêve. Les obstacles franchis, il ne me resteront que des ruines, bien à moi, et où l'être et le devenir se voient à la hauteur de mon étoile, dont la lumière, nommé langage, se reconnaît aux ombres du Verbe, sans domicile fixe. Le propre des ruines est d'être toujours les mêmes, d'accueillir les ombres du langage, d'être la demeure de l'être : « Éternellement se bâtit la même maison de l'être » - Nietzsche - « Ewig baut sich das gleiche Haus des Seins ». | | | | |
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| solitude | | | Ce qui aide la bonne voix à ne pas se fondre en chorales, c'est la conscience que ni les oreilles ni les bras des autres ne m'accueilleront, mais ma propre solitude, dont ce sera un retour au bercail. « Mes solitudes sont où j'arrive, mes solitudes sont d'où je pars » - Lope de Vega - « A mis soledades voy, de mis soledades vengo ». De ces efforts, centripète et centrifuge, naît un équilibre, précaire et salutaire, - l'immobilité des souterrains ou des ruines. | | | | |
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| solitude | | | À étudier l'homme, de l'extérieur, je m'ennuie, - pure perte de temps et fatale dissipation de tout lyrisme. Tout ce qu'il imprime dans l'extérieur - ses actes, ses choses et ses idées – il l'exprime mieux à travers son intérieur – ses désirs, son ton, ses mots. Sinon Robinson, au moins Adam peut exprimer toute la nature humaine et tout son génie, sans la moindre présence de choses ou d'assemblées de sages. Le plus barbant des partis est le parti pris des choses. La chose est un support mécanique, un bruit des raccords ; le mot, c'est un corps organique, une musique des accords. De l'entrée de Jésus dans Jérusalem, on peut oublier l'âne, le mûrier et les palmiers, mais on devrait garder en mémoire les larmes du Rédempteur. | | | | |
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| solitude | | | En tâtonnant dans les fondements, il faut choisir entre l’Histoire écrite et le Chaos originel – fouiller les origines ou créer ses propres commencements ; le temps et les causes objectifs, opposés à l’espace et à la liberté inventés. | | | | |
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| paz o. | | | El hombre, inventor de ideas y de artefactos, creador de poemas y de leyes, es un incesante creador de ruinas.
L'homme d'idées et de machines, auteur de poèmes et de lois, est un inlassable créateur de ruines. | | |   | |
| | solitude | | | Où, enfin, ne l'encombreront ni lois ni machines ni idées. Et où le poème lui offrira un toit, pour admirer les étoiles. Et que le créateur de ruines, à partir de n'importe quelle demeure, chaumière ou château, m'est plus cher que celui que « le Seigneur nourrira dans le désert et appellera le restaurateur des demeures en ruines » - la Bible - la paix restaurée ou l'inquiétude des ruines, pour les touristes ou pour les ironistes. | | | | |
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| souffrance | | | Submergé de bonheur, on perd l'image de Dieu ; accablé d'une souffrance, comme illuminé par une beauté, on assiste à l'émergence d'un Dieu en majesté. Pourtant, d'après les hommes : « Le bonheur et la beauté découlent l'un de l'autre » - Shaw - « Happiness and beauty are by-products ». Dieu, qui est peut-être dans une étrange rencontre du beau et de l'horrible (« fair is foul and foul is fair » - Shakespeare, en lecture traumatologique et non pas météorologique), pour la bonne raison, que la douleur et l'harmonie n'appartiennent à personne. Un masque étincelant de l'art, sur le visage horrible de la vie – telle serait la destinée d'artiste. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance est incohérence. Je cherche à combler le désaccord par un mot musical. La plaie, en général, n'en ressort que plus béante, mais les autres ne retiennent que la nouvelle mélodie. Laquelle pourra dire : « tu m'inondes, comme le sang - une blessure fraîche » - G.Benn - « du füllst mich an wie Blut die frische Wunde ». | | | | |
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| souffrance | | | Les Anciens souffrent de soifs inassouvies et te soutiennent par l'harmonie et la raison ; les modernes digèrent mal leurs dîners en ville et t'accablent de visions d'angoisse et de folie. « Ce qu'il désire s'accomplit par là même que son désir demeure inassouvi » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| souffrance | | | Plus profonde est notre quête de connaissance, de certitude, d'ordre du monde, plus haut nous apparaîtra son silence final. La meilleure intelligence ne mène qu'à un meilleur effroi. | | | | |
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| souffrance | | | Une double négation dans les définitions : le bonheur, c'est l'absence du malheur ; et le malheur, c'est l'absence de la musique dans ton écoute du monde, son silence froid ou son bruit chaotique. | | | | |
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| souffrance | | | Toute vie est une histoire de chutes : de l'extase (passion, poésie), vers l'enthousiasme (bonheur, harmonie) et vers l'ataraxie (équilibre, création). Par le travail implacable de la raison, toute justification d'une hauteur acquise s'érode et s'effondre. Et le but de la philosophie devrait être d'inventer de nouvelles raisons de s'immobiliser à la hauteur courante, de ne pas s'agiter. Plotin, Nietzsche, Cioran - pour la marche la plus haute, non-numérotée ; Épicure, Pascal, Dostoïevsky - pour l'avant-dernière ; Platon, Tolstoï, Valéry - pour la dernière. | | | | |
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| souffrance | | | Toute philosophie qui prend pour cible l'ignorance, l'injustice, le désordre, le mensonge, la violence, et les trouve insupportables, ne peut être que bête. La philosophie doit ne viser que l'un des beaux mystères : la souffrance à soulager ou la métaphore à comprendre. | | | | |
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| souffrance | | | Est philosophe celui qui sait se mettre au diapason de l'œuvre de la mort. « La philosophie est une méditation de la mort » - Érasme - « Philosophia meditatio mortis continua est », comme la musique. À l'opposé se tient le poète, celui qui s'accorde avec la vie. Est sage celui qui sait se servir de l'un comme du contrepoint de l'autre. | | | | |
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| souffrance | | | Pour un habitué des bancs des accusés, l'acquittement lui fait retrouver de bons repères et, ce faisant, se perdre. La noblesse d'âme fond à la lumière libre. Faut-il s'exercer à la peine capitale ? « La mort est la fin d'une prison obscure, pour les nobles âmes » - Pétrarque - « La morte è fin d'una pregione oscura al'anime nòbili ». Toi-même, tu sus réconcilier la liberté douillette d'une tour d'ivoire avec l'inconfort d'une caverne, puisque, pour l'inscription sur ta propre tombe, tu hésitas entre Magnus Poeta et Philosophicus. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance la plus haute, et donc (quoique) détachée de la matière, je la vois dans le monde imaginaire, où règnent les caprices de l'âme ; les repus placent leurs jérémiades dans le récit de leur vie, censée être réelle, et où gémit leur corps ou, dans le meilleur des cas, leur esprit. Mes souffrances réelles tapissent ma vie, mais témoignent du chaos, du hasard, de la déspiritualisation, ne méritant aucun réquisitoire artistique. Je ne verserai pas mes déboires réels dans le ciboire virtuel de mes prières. | | | | |
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| souffrance | | | Avec cette vision stupide de la tragédie : « Le cas particulier d’injustice, réfutant la domination de l’ordre » - G.Steiner - « The individual instance of injustice that infirms the general pretence of order » - on est, hélas, d’accord avec tous les tragédiens européens, mais contre l’art noble. Heureusement il y eut Tchékhov : « La démonstration socratique de l’unité finale entre les drames tragique et comique est définitivement abandonnée. La preuve en est l’art de Tchékhov » - G.Steiner - « The Socratic demonstration of the ultimate unity of tragic and comic drama is forever lost. But the proof is in the art of Chekhov ». Il n’y a pas de preuves, chez Tchékhov, il n’y a que la langueur solitaire d’un rêve agonisant. | | | | |
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| souffrance | | | Vivre rien que de ton regard, sans recours aux objets, sur lesquels il se poserait, et qui sont, en soi, toujours gris ou fortuits. Rêver des belles couleurs, qui se valent dans le noir, - pour produire du chaos sentimental ou de la musique d'auteur. | | | | |
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| byron g. | | | Sorrow is Knowledge… The tree of Knowledge is not that of Life.
Le savoir est dans la douleur, mais son arbre n'est pas celui de la vie. | | | | |
| | souffrance | | | Eschyle ne le voyait pas autrement : « Par la souffrance - la connaissance, telle est la loi souveraine », tandis que Prométhée aurait inversé l'effet et la cause, tout comme l'Ecclésiaste et G.Bruno : « Qui accroît le savoir, accroît la douleur » - « Chi accresce il sapere aumenta il dolore ». La sotte espérance socratique de « pouvoir guérir par la connaissance l'éternelle blessure de l'existence » - « durch das Erkennen die ewige Wunde des Daseins heilen zu können » fut dénoncée par Nietzsche. | | | | |
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| schopenhauer a. | | | Jedes einzelne Unglück erscheint zwar als eine Ausnahme ; aber das Unglück überhaupt ist die Regel.
Chaque malheur particulier semble être une exception, mais le malheur général est la règle. | | | | |
| | souffrance | | | Tandis qu'un bonheur particulier semble être prévu par une règle divine, mais le bonheur universel, prédit par Marx, est ubuesque. L'uniformité du bonheur (par exemple, du bonheur familial, pour Tolstoï), face au malheur protéiforme, si docile sous la plume des acariâtres. Un bonheur – trouver une forme heureuse – au fond malheureux. | | | | |
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| musset a. | | | Fille de la douleur, Harmonie. | | | | |
| | souffrance | | | L'harmonie est la tension, dans le désir, entre sa voix et son regard. Quand j'ai ma propre voix, cette harmonie ne peut être que douloureuse : ma voix résonne vers l'intérieur, tandis que le regard est ce qui m'est le plus éloigné, d'où la déchirure. | | | | |
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| proust m. | | | Les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus. | | | | |
| | souffrance | | | La coquetterie moderne consiste à déclarer la vie un enfer, parce qu'on a déjà tout trouvé. Est paradis ce qui fait naître le désir ; désirer, c'est chercher ; l'art d'une vraie recherche est dans la volonté de lâcher prise, de perdre - perdre la certitude, l'innocence, l'équilibre. | | | | |
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| vérité | | | Pourquoi le sage aime-t-il défier des vérités ? Serait-il plus sceptique que le sot, face aux preuves ? Non, le sage fait davantage confiance à l'Horloger du vrai, mais il sait, par expérience, que plus on soumet la vérité aux épreuves du paradoxe, plus majestueux est le nouveau langage, dans lequel elle se réincarne et se renomme, dans une espèce de tautologie de rupture. « La législation langagière engendre aussi les premières lois de la vérité »** - Nietzsche - « Die Gesetzgebung der Sprache giebt auch die ersten Gesetze der Wahrheit ». | | | | |
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| vérité | | | Trois supports possibles, pour buriner l'image du vrai : la chose, le rapport entre le rêve et la chose, le rêve - d'où les trois interprétations : la règle de robot, le rite de fanatique, le chant de poète. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | La vérité : fille du temps (« veritas filia temporis » - F.Bacon) ? de l'espace (la Loi) ? du langage (le Verbe) ? | | | | |
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| vérité | | | L'innéité est faite du chaud chaos du bien et du beau, que scrute, recueilli, un esprit inarticulé. C'est le vrai, toujours articulé, qui marque l'extériorité sans aucune attribution thermique. Dire : « la vérité est intériorité » (Kierkegaard), c'est s'avouer incompétent en mystères. | | | | |
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| vérité | | | Ils « ont la mauvaise habitude de nommer Vérité - ce qui devrait se nommer Conformité, Identité, Accord » - ceci est vrai pour tous, sauf pour les logiciens, auxquels, pourtant, étrangement, Valéry attribue cette méprise. | | | | |
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| vérité | | | Les médiocres sont fiers de pouvoir garder à l'esprit deux idées contraires, sans perdre la face. Puisque ces vérités sont formulées, chez eux, dans un seul et même langage, cette cohabitation paisible dévoile un sot. Le sage, comme Dieu, a plusieurs demeures, c'est à dire plusieurs langages, et il a des moyens d'entretenir des contradictions comme on entretient des maîtresses, qui s'ignorent. | | | | |
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| vérité | | | La vérité passe dans l'ordre de la bêtise, quand de l'imprévu de sa naissance elle fait une destinée ou une immortalité. La bêtise, contrairement à la bonne vérité, n'étonne pas, parce qu'elle est éternelle. Mais le meilleur étonnement, celui de l'amoureux, par exemple, est hors intelligence : « La bêtise, c'est d'être surpris » - Barthes - vous comprenez maintenant pourquoi le sage court d'après la bêtise et l'amoureux, ravi, l'attrape ! | | | | |
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| vérité | | | La cohérence du discours ou l'adéquation avec la chose modelée n'ont rien à voir avec la vérité. Dans l'évaluation du discours, en vue d'en établir la vérité, on fait abstraction de la chose. Le sujet n'est qu'un évaluateur qui, bien au-delà de la cohérence, cherche surtout des substitutions de variables imbriquées dans le discours, variables, qui enveloppent nos vagues à(de) l'âme : il faut « se faire une trop haute idée de ses sensations, pour s'attacher à les rendre cohérentes »** - Enthoven - le plus parfait et chaud chaos intérieur peut, en effet, être représenté par un ordre parfait des chiffres. | | | | |
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| vérité | | | La vérité ne présente d'intérêt que parce que les malentendus sont la règle. | | | | |
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| vérité | | | Plus on tente de s'éloigner du réel, pour instituer nos systèmes de vérités, plus sidérant est le constat qu'on le frise partout. Notre libre arbitre doit suivre de bonnes lois, c'est l'obéissance aux recettes qui est source de toute chienlit inextricable. | | | | |
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| vérité | | | Je passe, inévitablement, par la tentation du sophisme - un jour je me dirai : je prouve tout ce que je veux. Mais deux constats finissent par m'en éloigner : primo, quand à ma conviction s'ajoute mon adhésion, et la réalité, miraculeusement, s'y plie (aléthéia d'Aristote, adaequatio rei et intellectus de St-Augustin et d'Averroès, verum et factum reciprocantur de G.B.Vico, l'harmonie préétablie dans l'âme entre la représentation et l'objet de Leibniz, ce qui est rationnel est réel de Hegel - was ist wirklich ist vernünftig, la parole va à l'être, car elle en vient de Heidegger - das Wort geht zum Sein weil es vom Sein herkommt), le significatif rejoignant le formel ou s'y refusant dans l'irrécusable perplexité de Zénon d'Élée ; secundo, quand je comprends, que le choix des choses à prouver joue le rôle des contraintes, que ne s'imposent que le bon goût et la noblesse. | | | | |
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| vérité | | | Quand on n'a que les yeux pour voir, on n'exhibe que les choses vues, alourdies de leurs pesantes vérités. Les vérités aériennes entourent le rêve, porté par le regard. « Dans tout bon discours, le premier mouvement doit être dans le regard et non dans la démonstration » - Épicure. L'élan du premier pas, au point zéro de l'intelligence et du goût, est donné par l'intuition de l'âme. C'est l'un de ces miracles, qui s'attardent au-dessus des berceaux plus souvent qu'au-dessus des tombes. | | | | |
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| vérité | | | Les plaisirs non entachés de clarté sont les plus vifs, c'est pourquoi je dois abandonner fréquemment les vérités trop racoleuses et transparentes, en perdant, provisoirement, mon orientation. La répudiation d'un vieux savoir m'ouvre à une nouvelle jouissance. | | | | |
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| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
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| dostoïevsky f. | | | Истина - тускло-прозаическая и обыкновенная. Чтобы сделать её редкой, нужно от неё отворачиваться.
La vérité est trop ennuyeuse et prosaïque, trop habituelle. Il faut la fuir, pour en faire une rareté. | | |    | |
| | vérité | | | Les plus belles choses (femme, harmonie, vérité) se conquièrent par la fuite devant une intimité menaçante. « Est beau ce qui est rare » - Valéry. | | | | |
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| wilde o. | | | The well-bred contradict other people. The wise contradict themselves.
Les gens bien élevés contredisent les autres, le sage se contredit soi-même. | | |  | |
| | vérité | | | Le paradoxe du sage se joue entre deux modèles ou deux langages différents, où la compatibilité n'a pas de sens. Le sot se noie au milieu d'un même modèle ou langage. Par une subtile substitution, le sage peut tomber d'accord avec le sot, qui n'est d'accord qu'avec lui-même. | | | | |
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| einstein a. | | | Insofern sich die Sätze der Mathematik auf die Wirklichkeit beziehen, sind sie nicht sicher, und insofern sie sicher sind, beziehen sie sich nicht auf die Wirklichkeit.
Tant qu'une loi mathématique se réfère à la réalité elle n'est pas sûre, et quand elle est sûre elle ne s'applique pas à la réalité. | | |     | |
| | vérité | | | Une loi a un nombre fini de variables, or le réel, contrairement au symbolique et par définition, est ce qui, n'importe où et n'importe quand, peut faire émerger de nouvelles variables. Le réel est un rebelle, le symbole est une idole. | | | | |
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| benjamin w. | | | Die Wahrheit will jäh aus der Selbstversunkenheit gescheucht und sei es von Krawall, sei's von Musik, sei es von Hilferufen aufgeschreckt sein.
La vérité, dans son abandon, veut être soudain bouleversée et terrifiée : par rugissement, musique ou appel au secours. | | | | |
| | vérité | | | La vérité n'a qu'une grammaire, dans un coin obscur du cerveau. L'harmonie, acoustique ou salutaire, se procure par la faute appelée rêve. Toute vérité fixe devient plante d'un herbier (comme le deviennent les métaphores usées), dont on doit se détourner (Valery) ; les sots pensent le contraire : « Le plus grand outrage que l'on puisse faire à la vérité est de la connaître et, en même temps, de l'abandonner » - Bossuet. | | | | |
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