| action | | | L'action contribue aussi peu à la qualité de la pensée que l'oralité à l'écriture. L'inverse est encore plus flagrant : « Nos pensées sont à nous, mais non pas leurs conséquences » - Shakespeare - « Our thoughts are ours, their ends none of our own ». | | | | |
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| action | | | On n'est responsable que de ce qu'on ose ne pas faire. Dis-moi à quoi tu ne fais pas attention, je dirai qui tu es (Ortega y Gasset disait le contraire, sans trop d'intérêt). | | | | |
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| action | | | Dans l'inaction, la liberté s'oppose à l'inertie, comme, dans l'action, le libre arbitre s'oppose à l'indifférence. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, je suis d'autant plus libre, que mes contraintes sont davantage intérieures et mes nécessités - extérieures. Et non pas l'inverse, qui est signe des esclaves. | | | | |
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| action | | | Dans toute action se croisent le pouvoir éloigné et le pouvoir prochain (Pascal), la grâce et l'outil, le regard et les yeux. Les deux sont voués à la peinture de la vie ; le second dessine l'horizon, le premier colore le firmament. Ab posse ad esse, et non pas l'inverse. | | | | |
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| action | | | L'ivresse d'intensité ou l'ivresse de mouvement, le plus souvent, s'opposent ; la première est l'apothéose de nos sens, obscurs et chauds, la seconde - la chute dans le sens de la vie, clair et froid. Être stylite du sentiment et gyrovague des idées serait un compromis. | | | | |
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| action | | | La vie, contrairement au théâtre, est faite davantage de musique que d'enchaînement des actes ; un bon dramaturge inverse les places de l'orchestre et de la scène, dans son espace vital. Et quand, au lieu de l'action (dramatos) narrative se met à percer l'être humain (demos) musical, le métier de dramaturge se rapproche de celui de démiurge, la musique hiératique - du langage démotique. | | | | |
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| action | | | L'acte, c'est le déclenchement d'un événement qui modifie un univers, l'acte traduit une volonté ; son contraire, c'est la requête d'un univers immuable et de sa représentation. « L'Acte est zéro d'être, l'Être est zéro d'Acte »*** - Jankelevitch - je ne suis pas ce que je fais, je ne fais pas ce que je suis ! | | | | |
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| action | | | Ce qui me conforte dans mon goût des phrases sans action, c'est la détermination de tous les autres de suivre l'action sans phrases. | | | | |
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| action | | | L'idéal, par définition, est ce qui ne peut pas devenir réel ; parler de sa réalisation est un oxymore. « L'idéal a l'étrange propriété de tourner vers son contraire dès qu'on le réalise » - Musil - « Ideale haben die merkwürdige Eigenschaft, in ihr Gegenteil umzuschlagen, sobald man sie verwirklicht » - au bout de cette réalisation - une déception et non pas un renversement d'idéaux. Ou bien c'est la banale impossibilité de comparer l'idéal avec ses ombres réelles. Il faut maîtriser un méta-idéal : un langage de défense de tout idéal contre le prurit des actes commis en son nom. | | | | |
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| action | | | Le contraire d'inspiration n'est pas travail, mais calcul. L'inspiré ne transpire pas moins que le calculateur, mais ce n'est pas sa cervelle qui appesantit et chauffe les gouttes. | | | | |
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| action | | | Dans une action, ce qui mérite d'être examiné est, paradoxalement et exactement, ce qui est son stricte opposé – la réflexion théorétique et l'expression poétique (gnosis et poïesis). | | | | |
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| action | | | L'écrit est toujours une caresse ou un adoucissement : dans l'immense majorité des cas - caresse d'un amour-propre ou d'une futilité, et très rarement - adoucissement d'une honte ou d'un mal, réels ou imaginaires. Le mot est le contraire de l'acte, ou un remède de l'acte, acte, qui ne peut être que blessure. | | | | |
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| action | | | Curieux chiasme diachronique des termes dynamique et énergie : aujourd'hui, le premier s'associe au réel (cadres dynamiques), et le second – au potentiel (énergie dormante ou accumulée), tandis que chez Aristote, ce fut l'inverse : le premier était en puissance, et le second – en acte. | | | | |
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| action | | | Celui qui avance davantage par résolution de contraintes que par attirance de buts est plus pointu. Celui qui sait formuler d'excellentes contraintes est plus subtil qu'un visionnaire téléologique. L'art est davantage dans l'imposition de tabous que dans leur violation - cristallisation par la défiance. C'est dans le choix des contraintes que notre visage se manifeste (« pour vivre, on a plus besoin d'avoir devant soi un visage qu'un but »** - Canetti - « mehr als Ziele, braucht man vor sich, um zu leben, ein Gesicht »), comme dans nos types de négation (« dès que j'affirme, je deviens interchangeable » - Cioran). | | | | |
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| action | | | Aucune étoile ne m'invite vers l'action ; cette cible est dictée par la seule raison. Quand je vois ce qu'une ignorance étoilée apporte à ma culture, je suis gêné de me trouver à l'opposé, sur tous les points, de la triade socratique – la nature, le savoir, l'action -, censée caractériser l'homme parfait. | | | | |
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| action | | | Mes actions font appel à ma force ou à ma musique, à l'arc ou à la lyre. Je tends le mieux les cordes d'arc - dans une attitude malgré ou contre. La lyre se tourne vers le oui fraternel, elle n'a pas grand-chose à gagner avec des ennemis : « L'ennemi, lui aussi, fait vibrer ta corde sensible. Pour qu'elle casse »* - S.Lec. Tandis qu'avec l'arc « nos vrais ennemis sont silencieux »* - Valéry – pour nous faire relâcher nos cordes désœuvrées. | | | | |
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| action | | | L’Action relève du Savoir, du Devoir, du Vouloir et du Pouvoir, mais n’a presque rien à voir avec le Valoir. Tout le contraire de la noblesse et de la solitude ! | | | | |
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| action | | | Dans l'action, c'est la part de mon regard qui en détermine la liberté et la noblesse. Les phénoménologues ne veulent pas accorder au regard son rôle déterminant ; d'après eux, toute la nature de ma visée est dictée par et comprise dans la chose visée ; heureusement, l'un de leurs adeptes finirait par adopter l'attitude contraire, beaucoup plus vivante : « Farouchement résolu, mais je ne sais pas à quoi » - Jaspers de Heidegger - « Unheimlich entschlossen, weiß aber nicht wozu ». | | | | |
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| action | | | L'action et l'otium - les formes de vie du marchand ou du poète ; mais leurs fonds se retrouvent dans les rejets : la nég-ation ou le neg-otium. | | | | |
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| action | | | L’opposé le plus précis de l’action serait peut-être la foi. Et alors, je me rends compte, que voir le Mal surgir derrière toute action, comme je le fais, n’est qu’une reprise de l’adage de St-Paul : « Tout ce qui ne vient pas de la foi est péché ». | | | | |
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| action | | | Un Oui enivré - aux commencements personnels, des Non, sobres et sacrificiels, - aux parcours collectifs, un but - comme fidélité à l'élan des commencements. | | | | |
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| action | | | Au lieu de transformer une action en une pensée ou en un état d’âme, les sots cherchent une transformation inverse : une pensée profonde en une action féconde. Les pensées naissent dans un désert ; l'action s'éploie en plénitude foraine sans mirages ; pour chanter le vide, il vaut mieux être pris de vertiges. | | | | |
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| action | | | C’est grâce à ce que je refuse de voir que mon regard forme mon identité ; la qualité du fait, par la volonté, découle de la quantité du volontairement non-fait. « Tu affirmes ta personnalité en ne faisant pas ceci ou cela » - c’est ce que le daemonion soufflait à Socrate. | | | | |
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| action | | | Le câblage des représentations, dans un cerveau humain, est une opération encore plus mystérieuse que la gestion de la mémoire. L’intelligence n’y est pas un pré-réquisit nécessaire. En revanche expliciter ces représentations, pour justifier tes assertions n’appartient qu’à l’intelligence. Valéry appelle ces justifications – actes, et dont le contraire seraient une intuition, pure ou naïve, ou des actes de perroquet. | | | | |
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| action | | | Ils sont si peu de proclamer la noblesse de la faiblesse dans le réel et de la force dans le rêve ; tous sont pour la force combattante dans le réel, tous ignorent le rêve, intraduisible en actes. | | | | |
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| action | | | L’enthousiasme permet de vivre de nos belles faiblesses ; c’est le contraire de la banalité renanienne : « Les doctrines désespérées produisent un grand éveil des forces humaines ». | | | | |
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| action | | | Les actes réveillent en moi un négateur ; mon acquiescement repose sur des rêves, où je cultive mon espérance atemporelle, incompatible avec l’espoir du futur. L’espérance cohabite avec la honte et même s’en nourrit. | | | | |
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| action | | | Je creuse mes actes – ils ne reflètent que ce que je ne suis pas. Je relis mes écrits – ils sculptent ce que je serai. Mais ce que je suis, je l’ignore ; c’est pourquoi je m’aime. | | | | |
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| action | | | Les actes ou les mots : « Circé transformait les héros en porcs, moi – les porcs en héros » - Tsvétaeva - « Цирцея обращала героев в свиней, я — свиней в героев » - les bras, outil du mal, ou le cœur, refuge du Bien. | | | | |
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| action | | | L’action de la pensée : je prends les plus belles des pensées et je vois que leurs traductions en action conduisirent aux pires des abominations. La pensée de l’action : toute réflexion profonde sur le sens de l’action aboutit à la répudiation de celle-ci et à la volonté de rester immobile. L’action s’identifiant le plus souvent avec la vie, et le contraire de la vie s’appelant rêve, j’arrive à l’hypothèse que l’objet le plus gratifiant de la pensée devrait être le merveilleux, l’inexplicable, l’écho de la profondeur des racines dans la hauteur des cimes. | | | | |
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| action | | | Le rêve est nourri, en permanence, par la vie, tout en en étant l’opposé. Et la volonté, qui a ses racines dans la vie et ses floraisons – dans le rêve, cette volonté naît d’un trop plein, plutôt que d’un manque (Schopenhauer, S.Freud) ; deux flux en découlent – le désir ou l’action. | | | | |
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| action | | | Les seules de tes actions qui me prouvent quelque chose, ce sont celles qui vont contre ton intérêt biologique et font croire à ta liberté. Mais ce que tu dis est sans ambigüité et mérite plus de ma confiance. Les sots pensent le contraire : « N’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font » - Bergson - et tu préfères la banalité d’Achille à l’intelligence de Zénon d'Élée… | | | | |
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| action | | | Dans le réel comptent surtout les intérêts pragmatiques ; il est donc facile de savoir si, dans ce domaine, tes actions vont contre ou pour ce que tu es. Et, d’ailleurs, la présence des contres témoignerait de ta noblesse. Mais si tu places ton milieu d’existence dans le rêve, et non pas dans le réel, l’opposition, ci-dessus, n’a aucun sens. | | | | |
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| art | | | Le style émerge davantage des facilités évitées que des difficultés vaincues. Aujourd'hui, la chose la plus facile est la négation ; et la meilleure contrainte est peut-être la négation de la négation, la résignation, le divorce définitif entre le nez et la cervelle. | | | | |
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| art | | | Je prône une littérature déplacée, dans trois sens du terme : éloignée des foyers fréquentés, malséante à l'endroit de sa parution, n'ayant de coordonnées lisibles ni dans le temps ni dans l'espace. Être bien placé est le contraire de ne pas connaître sa place, ici-bas, de prendre de la hauteur, de « hausser le temps » (Rabelais). Être une personne déplacée ! | | | | |
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| art | | | Le romantique crée un nouveau lecteur ; le classique en profite pour le combler. Le non romantique, hautement fervent, se traduit facilement en un oui classique, profondément altier. On n'est jamais classique, on le devient. On ne devient jamais romantique, on l'est. | | | | |
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| art | | | Imiter, c'est orienter son regard dans la direction de l'original. Le goût de l'immobilité peut pousser à regarder en sens inverse : les deux mouvements s'annulent et une délicieuse immobilité peut s'ensuivre. | | | | |
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| art | | | Les valeurs sont dans la vie, et l'art est en leur «réécriture» (et non pas en réévaluation) en vecteurs, dans le Umwerthen aller Werthe, où le mot-clé central est aller – de toutes les valeurs sur un axe : du bien au mal, de la négation à l'acquiescement, de la puissance à la faiblesse. | | | | |
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| art | | | L'état, c'est l'harmonie, et la mélodie, c'est le contraste ; la force du talent les unifie, pour produire l'intensité d'une musique, aux origines cachées du plaisir final. Le talent, c'est l'art d'unification : un nœud, une branche, un arbre - tel est le parcours des meilleurs esprits - des points décrits, des extrémités proscrites, des axes entiers, circonscrits par la même intensité. L'unification est une dialectique vivante, qui fait que l'arbre unifié est plus riche que les arbres contrastés. La dialectique réconcilie des constantes, l'unification génère un arbre à variables nouvelles. | | | | |
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| art | | | Le contraire de la poésie, c'est l'intimité, la familiarité, la sensation d'un lieu à soi. C'est pourquoi la poésie est l'exil, la migration, l'errance. Et les ruines sont une solution du problème de la Tour d'ivoire bâtie par le mystère des sans-abri. | | | | |
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| art | | | Le non-art : une lourde préférence donnée à un choix fortuit. Le premier signe de l'art : ce n'est pas le hasard qui dicte le choix ; le second signe : la même maîtrise aurait permis de défendre un choix contraire. | | | | |
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| art | | | La négation, dans l'art, ne vaut que dans la mesure, où elle ne se réduit pas à la chose niée. Les négateurs sans beaucoup d'intérêt : Hugo, Dickens, Dostoïevsky. Les vrais : Leopardi, Tolstoï, Cioran. | | | | |
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| art | | | Toute beauté a besoin de miroir. Non spéculaire, toute belle chose en soi ne dépasse pas le grade d'idole, de poids ou d'outil. Le miroir minimal - une négation. Toutefois, ce qui nous émeut le plus dans une beauté ne figurera jamais sur un tableau ni dans une formule ; elle est annonciatrice du merveilleux : « La beauté devient la preuve visible des miracles » - Dante - « La bellezza diviene argomento visibile dei miracoli ». | | | | |
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| art | | | Ruptures de stock des mots, déficits du style, pénuries de la négation, surproduction de la grandeur - en littérature comme dans la vie, on s'enraye, on frôle la faillite, on est liquidé par des huissiers compatissants, te suggérant de te recycler en journaliste ou en comptable. | | | | |
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| art | | | Les pharaons et les saints s'immortalisent dans notre désir de réécrire leurs funérailles ; le contraire de la création iconoclaste, c'est l'entretien de momies ou d'icônes, pour fêter les mortels. | | | | |
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| art | | | L'écriture est une savante reconstitution d'une tour d'ivoire, à partir des ruines ; une envolée des mots pour freiner la chute des sons ; un poids salutaire pour l'équilibriste indécis de la corde raide ; l'assentiment du regard en dépit du ressentiment des larmes : « Voué au regard, adoubé pour la Tour, ce monde me plaît »* - Goethe - « Zum Schauen bestellt, dem Thurme geschworen, gefällt mir die Welt ». | | | | |
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| art | | | Se rendre compte de l'ineptie de tout système apriorique, c'est renoncer à la synthèse dialectique, laisser polyphonique toute partition ; l'art, dans lequel ne réussissent que les plus forts : Shakespeare, Dostoïevsky, Nietzsche. | | | | |
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| art | | | La poésie est la traduction du message de Dieu ; le mythe - du message des hommes, donc une traduction de la traduction. La poésie est une chute en déshérence, une supplique lancée à une belle image ou à un bel instant, pour qu'ils s'immobilisent, t'illuminent et t'abandonnent. | | | | |
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| art | | | Dans une œuvre d'art doivent apparaître mes négations et mes affirmations, résultant de mes contraintes ou de mon goût, ce que mes yeux évitent d'envisager et ce que mon regard perçoit dans les ombres de ma Caverne, des silences et des révélations, des voilements et des dévoilements. C'est aux non-artistes que s'adresse le pragmatique conseil d'Héraclite : « Ne voile ni ne dévoile, mais montre ». | | | | |
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| art | | | Une tâche d'artiste : les axes de valeurs opposées doivent être réduits à l'unité éthique ou esthétique. « Toutes les dualités, dans lesquelles l'esprit avait polarisé la vie, doivent être transférées dans une unité spirituelle » - Hofmannsthal - « Alle Zweiteilungen, in die der Geist das Leben polarisiert hatte, sind in geistige Einheit überzuführen » - le moyen en est - la même intensité sur tout l'axe. | | | | |
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| art | | | Mieux on maîtrise les contraires et les multiples, plus on tient à l'intensité du même. | | | | |
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| art | | | L'écriture doit être un rêve, mais la vie, qui y perce, ne doit pas l'être, car le rêve à l'intérieur d'un rêve, par une espèce de double négation, serait atrocement réel. | | | | |
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| art | | | Tout écrit est fait d'un fond (les faits) et d'une forme (les métaphores). Vu la disparition des métaphores (suite à l'extinction des âmes) et la bonne santé des faits (avec la tyrannie de la raison), on acquiescerait, ironiquement, à la bêtise de Ronsard : « La matière demeure et la forme se perd ». | | | | |
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| art | | | Surmonter les axes éthiques – bien-mal, ascension-déclin, force-faiblesse, fierté-humilité, acquiescement-négation, –, sur lesquels toutes valeurs sont différentes, en les enveloppant par un axe esthétique, qui réduit ces valeurs au même (ce qui traduit la volonté de puissance), - telle fut l'origine de la métaphore de l'éternel retour. Mais pauvre Nietzsche prit cette métaphore pour une pensée, qu'il chercha à développer par des chinoiseries lamentables autour des lois physiques ou des cycles, répétitions, anneaux. | | | | |
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| art | | | Dans l'art, le bon nihilisme aide à former des commencements indépendants, mais les non du parcours sont toujours anti-artistiques et mesquins. Ces non promettent le progrès, le combat, la victoire, mais ils abaissent le regard. Le oui universel, que l'art adresse à la vie, c'est l'unification, ou la conversion, tout arbre de requêtes devenant le même ; le temps perd de son importance et passe le flambeau à l'éternité ; le retour nietzschéen, c'est la conversion, accomplie par le oui. | | | | |
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| art | | | Dans l'écriture, ton soi connu se manifeste dans le quoi affirmatif de ce qu'il aime, fait ou pense ; et ton soi inconnu perce, obscurément, dans le quoi négatif des contraintes, dans le comment du style inconscient, dans le pourquoi de la noblesse innée, dans les où et quand de l'intelligence câblée. | | | | |
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| art | | | Ils opposent le Je créateur au Vous, ce qui les jette dans le Nous, aussi commun et grégaire. Le Je ne doit pas compter sur la négation ; il doit être motivé par un Tu inspirateur, fraternel ou amoureux, pour mettre le Je enthousiaste face à l’oreille la plus complice, celle de Dieu. | | | | |
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| art | | | Une belle œuvre naît de la hauteur des contraintes, de la profondeur du talent, de l’amplitude de la matière ; cette dernière est composée d’axes entiers : « Le plus bel assemblage se fait à partir des opposés »** - Héraclite. | | | | |
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| art | | | Dieu serait ou cachottier ou bien amuseur public : « La nature nous cèle le meilleur, afin que nous ayons recours à l'art » - B.Gracián - « Déjanos comúnmente a lo mejor la naturaleza, acojámonos al arte ». Il faut choisir son angle de vue sur les desseins du Créateur ludique. Ce qui est certain, c'est que l'art de la nature et la nature de l'art n'ont pas grand-chose à apprendre l'un sur, ou à, l'autre. L'art est à l'opposé de la nature ; il est l'instrument de la culture, pour créer des ouvertures de l'homme sur le monde. | | | | |
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| art | | | Pour exprimer sa personnalité, une certaine unité, ou fidélité à ses choix vitaux ou artistiques, est nécessaire. L’unité des choses évoquées (tenir à leur prix - le mouton), l’unité des jugements formulés (rester fidèle à une valeur prouvée - le robot), l’unité de l’intensité chantée (maîtriser tout l’axe de valeurs mouvantes – l’artiste). Chez tous, des contradictions de forme sont inévitables ; elles son involontaires et destituantes, chez les deux premiers, volontaires et justifiées - chez le troisième. | | | | |
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| art | | | Dans l’approche de l’art, on doit partir soit de la vie soit du rêve, et ces deux angles d’attaque s’excluent, mutuellement. Nietzsche penche pour la vie, et moi – pour le rêve. La jouissance biologique serait, pour Nietzsche, l’essence même des valeurs esthétiques ; et pour moi, ce serait la caresse mélancolique. Sous toutes ses formes, le vitalisme est signe de la pauvreté – spirituelle, créatrice ou imaginative. | | | | |
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| art | | | Si tu n’écris qu’en tant qu’un Exclu, tu adresseras à la foule le Non ampoulé et des gémissements faciles. Il faut que tu découvres en toi aussi un Élu, et tu vivras alors la nécessité de te tourner vers le grand Interlocuteur inexistant, Dieu, auquel tu consacreras ton Oui, humble et enthousiaste. | | | | |
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| art | | | La lecture des autres m’apprend surtout ce que je ne dois pas faire : je me réjouis d’un bon auteur, mais je devrais éviter toute imitation, pour ne pas devenir épigone, même par inadvertance ; je m’ennuie avec un mauvais auteur, mais il me confirme la justesse de mes contraintes, qui excluent ce que les médiocres exhibent. | | | | |
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| art | | | C’est la crédibilité égale de leurs contraires qui prouve la médiocrité des poses ou des pensées. La médiocrité des négations, en revanche, est souvent signe d’intelligence, d’élégance et de noblesse. La beauté poétique ou intellectuelle se repose sur un flagrant déséquilibre - qui est en même temps une fermeté - entre ce qui s’affirme et son opposé. « Le poète est l’homme de la stabilité unilatérale »** - R.Char. | | | | |
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| art | | | Le talent n’a sa place que dans un livre idéal : le style en est le contenant, et la noblesse – le contenu. Inverser les rôles, c’est rendre le livre – maniéré ; l’inertie y remplace le talent. Maître ou esclave. | | | | |
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| art | | | La littérature et la philosophie ont les mêmes exigences de forme – la virtuosité langagière – et de contenu – la consolation dans l’affaissement de nos rêves. Leur contraire, la science, codifie le langage et, dans la plupart des cas, elle est sans conscience morale. | | | | |
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| bien | | | Non seulement le faire, mais déjà le dire, nous expulse du royaume du Bien, pour nous livrer au mal ; le Bien appartient à l'écoute, au silence, à la contemplation ; c'est le Bien qui est condamné à rester secret et à ne relever que du mystère ; penser le contraire est bête : pas de dit sans dédit, pas de fait sans méfaits. | | | | |
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| bien | | | On s'aperçoit un jour, que tout ce qui est perfectible en l'homme n'est que secondaire. Et que l'essentiel est incorrigible, irréparable et immuable. On abandonne, avec regret, Tolstoï et se joint, à son corps défendant, à Dostoïevsky. On oublie la révolte bruyante, pour vivre de l'acquiescement musical. | | | | |
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| bien | | | Le monde sans haine, sans ombres, sans négation, exclurait l'amour qui, tout en unifiant les choses, a besoin d'inconnues, tandis que « si la haine n'était pas dans le monde, toutes les choses n'en feraient qu'une » - Empédocle. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est essentiel, car il n'a pas de contraire (et Plotin y jongle mal : « il est nécessaire qu'il y ait des maux, s'il faut qu'il y ait quelque chose de contraire au Bien », tout en étant, ailleurs, meilleur logicien que Sartre : « l'être n'a pas de contraire »). Le mal naît du changement de lieu d'exercice, lorsque, au lieu de jaillir au cœur, la source du Bien se met à emporter le bras. | | | | |
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| bien | | | Ils pensent que le mal vient des créatures du souterrain ; tandis que c'est, au contraire : puisque le mal est omniprésent à tous les étages, l'homme conscient se réfugie dans un souterrain ou se contente d'une ruine. | | | | |
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| bien | | | Les valeurs métaphysiques n'ont pas de négation : le Bien, qui nous travaille, n'a pas besoin d'un Mal, qui n'existe que dans l'acte et jamais - dans le cœur, comme le frisson du Beau dans l'âme n'a rien à voir avec le frisson du dégoût dans les yeux ou dans la raison. | | | | |
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| bien | | | Deux lamentables artifices, fondés sur une négation mécanique : Baudelaire et Nietzsche, s'imaginant qu'en renonçant au beau ou au bon, on puisse les rejoindre, les réinventer ou les réévaluer au-delà du Bien et du sublime, qui, eux, sont toujours en-deçà de nos épidermes, cervelles et âmes. « J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or » - Baudelaire - mais la boue perce. | | | | |
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| bien | | | Pour Nietzsche, au-dessus, ou mieux, au-delà de tous les axes, Bien - mal, puissance - maladie, nihilisme - acquiescement, surhomme - dernier homme, seigneur - esclave, ce qui compte, c'est la mesure dite intensité, la pose, véhémente et incohérente, et non pas une position, sobre et argumentée. Pour se permettre d'être impitoyable et éhonté, par combien de hontes et de pitiés avalées a-t-il dû passer ! Et de même, Platon, avec ses diatribes contre la démocratie et les poètes dans la cité. On ne connaît que trop les positions des philosophes ; on n'en connaît pas assez les poses. De Vinci ou Valéry, apportant à l'art davantage d'intensité, en incluant la science au même axe artistique. Héraclite, chantant l'harmonie d'opposés. | | | | |
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| bien | | | Ni l'analogie ni la négation, à partir du Bien, ne nous éclairent sur la nature du mal, mais le déchirement tragique entre le Bien métaphysique, que nous portons dans notre âme, pure et infinie, et l'action, imposteuse et finie, et qui se charge de la traduction impossible de ce Bien inarticulable. | | | | |
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| bien | | | La démocratie est dans la négation : l'énumération exhaustive d'actes passibles de peines publiques ; la tyrannie, c'est l'affirmation - du bonheur, de la grandeur, de la justice. À réfléchir, pour ceux qui voient le mal dans la négation ; non pas pour renier la démocratie, mais pour se résigner à vivre dans le mal et pour se méfier du bien, qui ne se contente pas d'affirmer, mais passe à l'acte. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est dans le mystère, et tout mal vient de sa profanation par un problème ou de sa trahison par une solution. Le Bien est donc dans l'infini, et le mal - dans des tentatives de le réduire au fini ; Aristote dit exactement le contraire. | | | | |
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| bien | | | On fit de l'indifférence une vertu, relevant du vrai amour. Dans cette équivoque se reconnaissent de minables acteurs et d'immenses observateurs, l'abject s'abouchant avec la sainteté par le choix du centre d'indifférence, à partir duquel l'éternel Oui est aussi accessible que l'éternel Non (everlasting Yea and Nay - Carlyle). | | | | |
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| bien | | | Ne meubler ton habitat, les ruines, que d'un banc des accusés, où se morfondrait ton incurable honte - tout le contraire du surhomme, pour qui la culpabilité est un symptôme de dégénérescence, et être bien-portant - le comble des béatitudes ; sur ces deux points, ce brave homme est indiscernable du dernier des goujats. C'est curieux que la bassesse cherche la compagnie des aigles, tandis que la hauteur se réclame des chauve-souris. | | | | |
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| bien | | | Le soi connu forme une conscience du monde, fondée sur l'esprit ; le soi inconnu forme une conscience du monde, fondée sur l'âme. Le rêve est cette conscience du réel, détachée de nos bras et de nos pensées, et tournée vers le Bien et le beau irresponsables. Mais « la conscience du rêve est la négation du rêve » - Jankelevitch – si cette conscience nage dans le vrai affairé, au lieu du bon ou du beau immobiles. | | | | |
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| bien | | | Tous les prophètes, vétérotestamentaires ou nietzschéens, divisent les hommes en bons et méchants. Mais le contraire du bon n'est pas le méchant, mais l'agissant. Est bon celui qui vénère la voix du Bien, sans en connaître les voies. Est méchant celui qui les confond. | | | | |
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| bien | | | Être pathétique et avoir honte du pathos, être fort et chanter la faiblesse, être pour un acquiescement monumental et vouer au monde un refus viscéral - quand on arrive à surmonter, éthiquement, ces oppositions, on arrivera à profiter, esthétiquement, de leurs tensions réciproques. | | | | |
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| bien | | | Ma gentillesse, ma probité, ma compétence – je me mets à les décrire, en toute authenticité, sans dissimulation aucune, et la sottise de cette opération m'inonde de honte. Non seulement ma conscience découvre des failles morales dans ces vertus empiriques, mais, ce qui s'avère décisif, ma plume trouve des qualités paradoxales dans les valeurs contraires. C'est ainsi que naît la volonté de puissance : l'approfondissement de l'éthique et l'élévation de l'esthétique. | | | | |
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| bien | | | Le terme de devoir est trop galvaudé, pour s’appliquer en tout au Bien ; pourtant il serait le seul à s’opposer assez nettement à la poursuite de ses intérêts calculables. C’est ce que fait Kant : « Devoir ! ô toi, nom grand et sublime ! Pas de place, en toi, à l’arbitraire flatteur ! Où gît ta pure source ? Où trouver les racines de ta noble ascendance ? » - « Pflicht ! du erhabener großer Name, der du nichts Beliebiges, was Einschmeichelung bei sich führt, in dir fassest, welcher ist dein würdiger Ursprung ? Wo findet man die Wurzeln deiner edlen Abkunft ? », sans oser employer le mot Paternel de Bien. | | | | |
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| bien | | | Se proclamer défenseur de l’extrémité positive d’un axe éthique est banal ; devenir chantre de l’extrémité négative est cynique ; savoir être créateur sur les deux extrémités, c’est être axiologue, être artiste. | | | | |
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| bien | | | Ceux qui, blessés par la vie égalisatrice, applatissante, portent la honte, placent dans l’aristocratie du rêve leur volonté de puissance, qui est à l’opposé et de la vertu et de la force, qui n’ont de sens que dans le réel. « En réalité la misère altère, oblitère les vertus, qui sont filles de force et filles de santé » - Péguy. | | | | |
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| bien | | | Je pensais que le mépris excluait toute pitié et qu’être gai c’était céder aux choses douceâtres ; mais voilà que N.Chamfort m’apprend que le mépris, c’est de l’indulgence et que la gaîté, c’est du sarcasme. En matières contradictoires, les suicidaires sont souvent plus lucides que les consolateurs. | | | | |
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| bien | | | Le bas égoïsme – suivre, en tout point, son intérêt immédiat. Ce n’est pas l’altruisme, dont je suis incapable de définir le contenu si vague et ambigu, qui est le contraire de l’égoïsme, mais bien la liberté. Les apologistes de la bassesse pensent le contraire : « Suivre son soi, c’est cela la liberté » - Hegel - « Freiheit ist bei sich selbst zu sein ». | | | | |
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| bien | | | L’agir ou le créer ont un parent commun – le pouvoir, mais tout agir est entaché du mal, tandis que tout créer vise – devrait viser – exclusivement le Bien. « Le mal extrême fait partie du Bien extrême, mais celui-ci est dans la création »** - Nietzsche - « Das höchste Böse gehört zur höchsten Güte : diese aber ist die schöpferische ». | | | | |
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| bien | | | Les seules lois éternelles sont dans la mathématique.Toutes les autres sont provisoires. Le seul domaine, qui défie toute loi, c’est l’action, sensée refléter le Bien. Il existent des lois, hors toute morale, qui résument l’intérêt pragmatique de l’homme (struggle for life darwinien) ; elles sont comparables aux lois de la création des fondements du Vrai et de sa démonstration, aux lois, propres aux genres ou écoles du Beau. La liberté morale du Bien est due, intégralement, au hasard apophatique, celui qui ennoblit l’homme, s’écartant de ses intérêts évidents. Curieusement, les absurdistes détestent le hasard : « Si le hasard est roi, voici l’affreuse liberté de l’aveugle » - Camus. Il faut se rappeler aussi, que le rêve, commençant souvent par les yeux fermés, doit son intensité au hasard et non pas aux lois. | | | | |
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| bien | | | Toute la morale biblique est apophatique : ce qu’il ne faudrait pas faire est net et bête ; ce qu’il faudrait faire est délétère et salutaire. L’auteur se doutait, peut-être, que toute action est fatalement entachée de mal. | | | | |
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| bien | | | Aucune action ne peut être une fidèle traduction du Bien inné ; l’inaction a plus de chances de préserver la pureté du Bien originel. | | | | |
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| bien | | | Le mal, c'est le silence de la honte ; c'est pourquoi le vrai contraire du mal, cette grisaille de l'âme, n'est guère le bien rosâtre, mais - la noblesse, qui commence par un rouge au front ! | | | | |
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| cité | | | Les Anciens croyaient en Déclin, les Modernes - en Progrès. Déclinent les meilleurs et progressent les pires, il n'y a pas de contradiction. | | | | |
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| cité | | | La confrérie des intellos européens ne suscite pas plus d'inquiétude que le syndicat d'épiciers (le charlatanesque Nolain, auréolé de quatre excommunications, le rocambolesque Th.More, béatifié et par le Vatican et par le Kremlin, sont jalousés pour leurs nimbes, qu'on refuse au conformisme montanien). Il faut admettre que ce sont bien les meilleurs qui régentent la Cité - un très fâcheux constat pour un fustigeur de métier ou de tempérament. Ceux qui vivent du ressentiment de nains sont rarement capables d'un acquiescement de géants. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, j'admire et compatis à ceux qui souffrent, les meilleurs, une infime minorité, et ainsi, à mes yeux, la liberté rejoint l'élite des valeurs. Dans une démocratie, les médiocres, la majorité triomphante, m'écœurent, et la liberté dégringole parmi ce qu'il y a de plus vulgaire. La seule ratio essendi de la souffrance reste ta propre faiblesse, qu'aucune ratio cognoscendi ne calme, - l'humiliant verdict démocratique, par négation, interdit aux élans de ta honte ou de ton orgueil tout appui terrestre. | | | | |
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| cité | | | La négation, jadis nimbée d'audace et d'originalité, devint vulgaire, dans une société tolérante. Les seules astuces logiques du rebelle restent : la traduction en variables de tout terme terminal et l'évaluation dans l'inexistentiel de ce qui tendait vers l'universel. | | | | |
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| cité | | | Entre la pensée totalitaire (l'Un, la passion, le rêve) et la pensée libre, le choix est libre. Toutefois, le contraire de l'Un n'est pas un multiple libre, mais le hasard d'esclave ; le contraire de la passion n'est pas la raison, mais la mécanique ; le contraire du rêve n'est pas le rythme mais l'algorithme. Leur pensée libre est le grincement du cerveau et le silence de l'âme. | | | | |
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| cité | | | Des préférences tirées passionnément, sans daigner en apporter des preuves (les preuves du contraire n'étant pas moins rigoureuses), telle est la pensée contrainte. Et puisqu'on reconnaît une pensée noble par l'horreur de son application forcée, apparut le sépulcral totalitarisme de masse, où de bons filtres (contraintes) servirent de monstrueux transformateurs (buts). | | | | |
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| cité | | | Le contraire de liberté s'appelle passion ; il n'y a pas de liberté spirituelle - qui est toute de passion - la seule liberté respectable est la liberté politique. Le rêve silencieux, cette source de toute passion asservissante, est étouffé par le calcul libérateur et bavard. Lu à la porte d'une chambre d'hôtel ce magnifique écriteau, adressé aux femmes de ménage et exprimant une énigmatique et profonde sagesse : « Le rêve achevé, la voiX est libre » ! | | | | |
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| cité | | | La facilité du Non, à une société, asservie par une monumentale tyrannie, élève, artificiellement, l'âme ; la difficulté du Oui, à une société, dépassionnée par une démocratie mesquine, abaisse, fatalement, l'esprit. Mais, en politique, c'est à l'esprit de mener le bal, et la marche horizontale y évincera la danse verticale. | | | | |
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| cité | | | En paroles, le Français appelle de ses vœux le chaos et lance un non orgueilleux au monde, mais en pratique il est obnubilé par la logique, tempérée par un oui harmonieux. L'Allemand, en paroles, veut découvrir de l'ordre partout dans le monde, auquel il adresse un oui humble ou héroïque, mais en pratique il se permet tant d'écarts comportementaux, dictés par un non de poète. Le non est dans le langage, et l'idée - dans la pensée. Le chaos survit aux mots, mais succombe aux concepts. Vénérer l'ordre, c'est renoncer au mot final et chercher l'idée minimale. | | | | |
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| cité | | | Leur misérable révolte naît de l'incompréhension de la déraison conduisant à l'injustice. C'est tout le contraire de la mienne ; trop de raison froide, trop de justice mécanique, crevant les yeux sans larmes. | | | | |
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| cité | | | La répartition de mes Oui et Non au monde : je dois réserver mes Oui au mystère divin, que je devine dans le monde tel qu'il est ; les Non devraient naître des imperfections humaines : les Non de ma noblesse formulant les problèmes du monde tel qu'il aurait dû être, et les Non de mon intelligence allant aux solutions pour le monde tel qu'il aurait pu être. | | | | |
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| cité | | | La vraie tolérance : plus que le respect de l'avis d'autrui, le refus d'avoir son propre avis sur les choses sans noblesse, qui sont majorité. Meilleurs seront mes préjugés, moins de choses j'aurai envie de juger. | | | | |
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| cité | | | La liberté politique prend appui sur la fidélité collective à la Loi rationnelle ; la liberté personnelle – sur le sacrifice intime de ses intérêts rationnels. Aucun point commun entre ces deux phénomènes, tout les oppose. Sauf chez les robots, qui les calculent et les implémentent. « Il n'y a pas deux libertés, une liberté 'civile' et une liberté 'intérieure'. Il n'y a qu'un libre arbitre » - Ricœur. | | | | |
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| cité | | | On instaure une démocratie grâce à l'héroïsme du non, que jettent les hommes à la face d'une tyrannie ; la démocratie se maintient grâce à la bassesse du non, que lui opposent les moutons repus et les robots trapus. Dans une société démocratique, le oui est propre des moines, des clochards et d'autres solitaires. | | | | |
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| cité | | | Ceux qui vivent dans une servitude volontaire ne savent pas ce qu’est la liberté : « Aucune servitude n’est plus honteuse que celle qui est volontaire »** - Sénèque - « Nulla servitus turpior est, quam voluntaria ». Donc, le thème central en politique ne doit pas être l’opposition liberté-servilité, mais projet noble – projet bas, et puisque toutes les tentatives d’introduire le projet noble aboutirent aux horreurs, il faut préconiser la domination de la bassesse dans les affaires collectives. | | | | |
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| cité | | | Ce n’est pas la révolte, facile et collective, contre le secondaire qui est au centre du nihilisme, mais l’acquiescement, difficile et personnel, à l’universel. | | | | |
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| cité | | | Tout noble choix inclut des fidélités ou sacrifices irrationnels, il serait donc un défi à la nécessité, qui est irréconciliable avec la vraie liberté. La liberté est toujours un acquiescement dans l’invisible et une négation – dans le visible. | | | | |
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| cité | | | Jadis, face à une tyrannie, le Oui fut servile et le Non – héroïque ; aujourd’hui, face à la liberté, le Non est grégaire et le Oui - noble. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, on commence par proclamer une grandiloquente et fausse unité, pour aboutir à une explosion des conflits diviseurs, - une union a priori et une division a posteriori. Dans une démocratie, on s’excite par des divergences mesquines sur un sujet mineur, ce qui fonde, provisoirement, deux camps opposés mais soudés à l’intérieur, pour cohabiter pacifiquement, - une division a priori et une union a posteriori. | | | | |
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| cité | | | Dans les négations et rébellions, sous le libéralisme moderne, il y a plus de servilité et de conformisme que, sous la servitude d’antan, - dans les professions de foi ou de soumission. Jadis, la liberté sociale consistait à faire un choix rebelle ; aujourd’hui – à s’abstenir. | | | | |
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| cité | | | Un régime totalitaire : la glorification grotesque des siens, la méfiance ou la haine maladive des autres. Un régime démocratique : un regard critique sur soi, curieux – sur autrui. Une balance pipée ou contrôlée. | | | | |
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| introduction doute | | | DOUTE : La pensée unique fit d'énormes progrès. Elle persuada à tant d'hommes orgueilleux d'avoir leur regard à part, tandis que l'œil du troupeau s'y installa en maître. Le doute, en soi, n'est pas plus recommandable qu'une recette de cuisine ; il n'est bon qu'accompagné des paradoxes, ces couples d'avis se reniant par un simple changement de langage. Il est le contraire du microscope sceptique, il est le macroscope ironique. L'unification des arbres de plus en plus dissemblables - la noble tâche du doute. | | | | |
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| doute | | | Le grand Oui symphonique résulte d'une multitude de petits Non rhapsodiques. | | | | |
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| doute | | | Nier une absurdité peut apporter de la lumière aux autres, jamais à moi-même. L'absurdité de la chose niée se traduit en mesquinerie de la négation. Ne méritent d'être niées que des choses sensées. | | | | |
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| doute | | | Se fonder sur le doute ou se livrer aux critiques, est signe d'absence de talent littéraire ou, au moins, de méfiance vis-à-vis de celui-ci ; l'intérêt pour ce genre de productions s'évapore vite. Tout ce qui est durable, sur nos échelles de valeurs intellectuelles, provient de la grandeur des acquiescements. La grandeur y va de pair avec le fait, que les choses, auxquelles j'acquiesce, restent invisibles aux yeux, privés de regard. | | | | |
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| doute | | | La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| doute | | | Le mauvais nihilisme - ne pas être capable de croire ; le bon - être capable de ne plus croire. | | | | |
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| doute | | | Pour sortir du temps, la négation est aussi stérile que l'acquiescement. La bonne voie est la hauteur de l'éternel retour, à rebours du progrès et du doute ; elle est la vie aux frontières et non pas leur franchissement. Même Lao Tseu se fait contaminer par la bougeotte : « Sortir, c'est vivre ; entrer, c'est mourir ». | | | | |
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| doute | | | Ils savent ce qu'ils disent, sans le savoir chanter ; je m'efforce de chanter, sans savoir ce que j'en dis. De nos jours, il faudrait inverser l'adage : « Où est l'esprit, là est le chant » - proverbe latin - « Ubi spiritus est cantus est ». Leur visée - être cacique des caciques ; j'ambitionne le genre du cantique des cantiques. | | | | |
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| doute | | | Il n'y a rien de connu qu'on ne pourrait pas rendre, derechef, encore plus caché ou secret. Le contraire, évangélique, est bon pour intimider le désordre du menteur, mais non pour intimer l'ordre au mentor. | | | | |
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| doute | | | Parmi les choses, auxquelles l'art réussit à donner une forme, il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de mon être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais - création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « Ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « Das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ». | | | | |
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| doute | | | Le sage compromis entre moi et autrui serait l'ubiquité : « Tout homme est deux hommes et le véritable est l'autre » - Borgès - « Todo hombre es dos hombres y el verdadero es el otro », ou l'ignorance étoilée : « Je me suis toujours été un autre » - R.Gary. Même la généalogie du soi connu s'écrit sur les deux volets du diptyque : l'enfant de l'époque et l'enfant inactuel, c'est le second qui se trouve plus souvent du côté du meilleur soi, de l'inconnu. | | | | |
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| doute | | | Ils n'ont que le vague et le font passer pour le sentiment ; je n'ai que le sentiment et je ne le rends que par des ombres, ombres le contraire du vague. | | | | |
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| doute | | | Nihiliste n'est pas celui qui veut nier mécaniquement, mais celui qui peut affirmer organiquement, c'est à dire en partant de soi-même, sans s'appuyer sur les autres. Il vaut par la qualité des points zéro de ses Oui. | | | | |
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| doute | | | Le soi n'est ni dans les réponses, ni dans le questionnement, ni dans le parcours de la question à la réponse, ni dans le silence ; si, après ces quatre négations, je me sens authentique, je me trompe de voies ou de voix. Notre essence restera soit hypothétique soit utopique soit mythique ; seule l'existence est authentique, c'est pourquoi il faut la mépriser, ou, au moins, négliger, pour vivre le vertige de l'essence inconnue. | | | | |
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| doute | | | Abandonner le certain pour l'incertain est bête (même si le mouton fait l'inverse) ; transformer l'incertain en certain est à portée des machines ; c'est la découverte de l'incertain dans le certain qui est l'apanage de l'homme lucide. | | | | |
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| doute | | | La foi en soi - une double aberration qui, curieusement, s'avère être plus acceptable que la connaissance de soi, où, systématiquement, on se trompe soit de connaissance soit de soi. Comme quoi une double négation de la raison est parfois presque de la raison. | | | | |
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| doute | | | Vivre de commencements signifie s'adonner à la pureté du présent, que la révélation du passé munit d'intelligence et de profondeur, c'est à dire de moyens, et la néantisation par le futur - d'ironie et de hauteur, c'est à dire de contraintes. Le contraire des laborieux poursuivants de buts : « Pour un créateur, ce n'est jamais la source qui compte, mais uniquement jusqu'où il est allé » - S.Zweig - « Nie entscheidet beim schöpferischen Menschen von wo er ausgegangen ist, sondern einzig wohin und wie weit er gelangt ist ». | | | | |
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| doute | | | Qu'est-ce qu'être un mystique ? - être un Ouvert, savoir imaginer un processus infini, qui me mette, virtuellement, à mes frontières, savoir les montrer, sans les toucher ni les dire : « Le sentiment des frontières du monde, voilà ce qui est mystique »* - Wittgenstein - « Das Gefühl der Welt als begrenztes Ganzes ist das mystische ». Le contraire d'un mystique est un Fermé : l'un robotisé ou le multiple moutonnier – un sérail sans mystère. | | | | |
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| doute | | | Le contraire du regard n'est pas la croyance (Nietzsche - Schauen - Glauben), mais les choses vues (maîtrisées, stockées, pesées) ; la part de croyance est la même chez ceux qui possèdent leur propre regard et intensité que chez ceux qui se remettent à la vision et à la mesure communes. | | | | |
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| doute | | | Que les livres d'aujourd'hui soient dépourvus de musique, cela ne trouble aucun spécialiste ; en revanche, ils sont tous absorbés par deux recherches également banales, sans intérêt et anti-artistiques : celle de la cohérence, pour vanter, ou celle des contradictions, pour débiner. | | | | |
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| doute | | | Il est facile de donner un sens à toute négation ; l'affirmation, elle, même de lieux communs, est plus ardue et moins gratuite, mais elle ne vaut que par ce qu'elle nie (Spinoza ou Hegel). « Omnis determinatio negatio est ». | | | | |
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| doute | | | Signes de grandeur d'une écriture : la cohabitation du mépris et de la compassion, de la force et de la faiblesse, de l'espérance et du désespoir, de la fraternité et de la solitude, de la fierté et de l'humilité. Les deux poses antagonistes s'adressent aux objets différents, aux moments différents de l'âme, en langages différents - c'est le contraire du relativisme, qui les met sur le même plan, au même moment ou avec la même indifférence. | | | | |
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| doute | | | C'est sur les axes, sur lesquels nous sommes le plus vulnérables, que surgissent surtout nos extravagances et paradoxes, - écoutez ce faiblard de Nietzsche s'égosiller en faveur des forts ; mais ce n'est pas une faute musicale : c'est bien sur l'axe de la force que se concentrent les gammes les plus vastes. | | | | |
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| doute | | | À l'échelle verticale, la vie de l'esprit, comme celle de l'âme, est fonction de la profondeur du doute sur ce qui existe (la négation ou le nihilisme) et de la hauteur des certitudes sur ce qui n'existe pas (la foi ou l'acquiescement). Le doute doit être plein d'ironie et les certitudes - pleines de tendresse. | | | | |
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| doute | | | La négation est le lot des esprits faibles ; elle est une épigonie au signe opposé – la même importance accordée aux avis des autres. Le bon nihiliste méprise la négation ; il prône le oui à sa propre audace de fonder ses propres origines à la pensée, au sentiment, au regard. | | | | |
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| doute | | | La raison fournit un système de notation ou de signes ; elle n'a pas de voix propre. Les négations de la raison, que sont le charlatanisme, la superstition ou le fanatisme, prétendent émettre une voix inouïe, appuyée sur des signes inaudibles. Mais la poésie applique les notes de la raison, pour produire de la musique, qui est au-dessus de toute voix. | | | | |
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| doute | | | Le nihilisme n'est pas déni de toute valeur, mais tentative de me mettre au-delà de l'axe habituel, sur un méta-niveau, - volonté de volonté, pensée de pensée, puissance de puissance. La valeur y retrouvera ses nouvelles origines et s'orientera d'après le vecteur de mon regard, qui munira d'une même intensité les deux extrémités de l'axe ; donc, pas de positions ponctuelles, que des poses discrètes d'une même tension. | | | | |
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| doute | | | La tension entre les contraires ne devrait pas se résoudre dans un relâchement dialectique quelconque, mais dans une bonne raideur d'une corde, sur laquelle je pourrais jouer ma meilleure musique. La musique naît des inconnues, dont est chargé mon arbre requêteur. L'unification d'arbres promet de nouveaux reliefs, tandis que la synthèse (Aufhebung) est source de platitudes. | | | | |
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| doute | | | Sur les axes vitaux, les uns opposent la bonne extrémité à la mauvaise, les autres y trouvent leur point d'appui ou d'origine, les troisièmes y cherchent des éléments neutres, annulateurs, invariants ; mais les meilleurs laissent sur tout l'axe leur propre empreinte d'intensité égale, ce qui rend tous les points - les mêmes, et fait de toute substitution - un retour, implacable ou éternel. Pour ne pas s'y profaner jusqu'en cynisme, un talent est nécessaire : « Les mauvaises causes exigent du talent ou du tempérament » - Cioran. | | | | |
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| doute | | | Tenir en piètre estime le développement, m'occuper davantage du comment des mots que du pourquoi des idées, m'amuser aux jeux du langage, qui me font épouser des antinomies verbales sans répudier l'unité de mon souffle, - tel est le secret de la plus belle écriture, mais il suppose une maîtrise, une intelligence et un soi puissant, conscient et inconscient à la fois. Sur les axes, qui méritent mon regard, ce qui compte, c'est l'intensité de leurs extrémités et non pas mon choix d'un point privilégié, ma pose musicale et non pas ma position doctrinale. | | | | |
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| doute | | | L'esprit qui perçoit, et l'esprit qui conçoit, sont libres et indépendants, ce qui est à l'origine de tant de contradictions humaines internes. Ces contradictions vivantes vont de pair avec le vivant mystère. Non seulement les plus vivants des discours de l'homme sont irrationnels (et la contradiction ne peut surgir que du rationnel), mais le mystère même de l'homme est en amont de tout langage. Tout ce qui est vie est mystère. Et plus que la contradiction, c'est la stupéfiante harmonie entre l'esprit de l'homme et la nature du monde, qui est le plus grand mystère. Depuis que l'homme se muta en robot, il n'est qu'une morte cohérence et, à ce titre, - une solution morte. | | | | |
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| doute | | | On sauve une idée en l'enveloppant de mots résistant au temps. L'idée éprouvée par l'exposition en foires a peu de chances de rester juste. L'idée juste est l'épouse, les préjugés sont des maîtresses. Mais l'art conjugal consisterait à métamorphoser, aux heures critiques, la maîtresse de la maison, la raison, en folle du logis, l'imagination, cette fonction sans organe (G.Bachelard). | | | | |
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| doute | | | Ce misérable schéma hégélien : le progrès de l'esprit, la dialectique comme moteur de ce progrès, la contradiction comme matière première de cette dialectique. Et que, à côté de cette grisaille (la minable grisaille - Nietzsche - bei Hegel das nichtswürdigste Grau), l'éternel retour nietzschéen est beau ! - s'attacher à l'invariant vital, qui est le seul à être noble, atteindre sa hauteur artistique, finir par un acquiescement majestueux à cette vie divine, revue, repensée, tragique, unifiée avec l'art ! Une ridicule et orgueilleuse prétention à la scientificité et une fière et humble identification avec l'art. | | | | |
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| doute | | | La transcendance, l'écran cachant le premier et les derniers pas, est l'opération inverse de la descendance, le culte de la succession de pas. Plus on s'émerveille de l'absurdité de la recherche, plus on est pertinent dans l'interprétation des trouvailles. « La vraie connaissance consiste à comprendre que ce qui est cherché transcende la connaissance » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| doute | | | Le regard, c'est mon visage, muni de ma voix et laissant un écho sur les choses. Le haut regard est celui qui, par une concentration inverse, permet de reconstituer, avec ses traits épars, - un visage. | | | | |
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| doute | | | C'est dans la hauteur qu'on doute le mieux, les certitudes étant renvoyées vers les profondeurs ou platitudes. Nietzsche se trompe de dimension : « Il faut douter plus profondément » - « Es muß gründlicher gezweifelt werden », mais c'est toujours mieux que de ne pas douter de la plus grande des incertitudes - de notre moi (Descartes). La naissance de la pensée : choisir un bon langage, formuler une bonne négation, viser une bonne hauteur - une belle croyance émergera d'un beau doute. | | | | |
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| doute | | | Le sage laisse intact le mystère (au lieu de le percer), esquive tout combat-solution (au lieu de le relever) et se contente de déchiffrer les étiquettes des béatitudes problématiques et enivrantes (au lieu de savourer le contenu). | | | | |
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| doute | | | L'ontique unifiée avec l'optique s'appellerait regard, bien au-dessus des choses vues ou des choses crues. Le croire donne du rythme au vocabulaire du savoir, mais ils sont indépendants. Ne crois pas que « plus on voit, moins on croit » - proverbe italien - « chi più sa, meno crede ». | | | | |
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| doute | | | Au théâtre de la vie, notre curiosité ou notre espérance nous poussent à imaginer des merveilles dans les revers inaccessibles des rideaux enroulés ; mais, une fois les scènes et les coulisses parcourues, nous aurons appris à prendre l'endroit, comme si nous touchions, en même temps, à l'envers ; nous pousserons le poulailler jusqu'aux premières loges - le théâtre nous apprend la complémentarité mieux que la logique. | | | | |
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| doute | | | Le séjour rêvé est celui, où le tout cohabite avec son contraire. C'est pourquoi la réalité, avec l'arrogance de sa pensée unique et se moquant du rêve antinomique et indéfendable, m'est insupportable. | | | | |
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| doute | | | J'ignore le sens de la vie, mais la vie n'est que de perpétuelles naissances du sens : le désir (le mystère de son orientation ou focalisation), la conception (le problème de la prière, des références, de la négation), la délivrance (la solution dans la vérité, les substitutions). | | | | |
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| doute | | | Le doute fait partie de l'arsenal négateur, donc des contraintes ; être un aristocrate du doute est une position respectable, mais moins haute que la pose de l'artiste, qui vaut davantage par la musique sur l'essentiel que par le silence autour de l'inessentiel. | | | | |
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| doute | | | Plus de savoir, de rigueur, de précision, de généralité, de maîtrise – telle est la vision, commune et médiocre, de la création. Son contraire s'appelle éternel retour du même, qui n'est nullement une loi universelle, mais un constat particulier, quand on a affaire à un grand : le retour est dans la noblesse, l'éternité – dans l'indépendance du temps, le même – dans l'intensité infaillible. | | | | |
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| doute | | | Rien de valable ne fut bâti sur la négation, la contradiction, la lutte, l'inconscience. Les ontologues du non-être ou du néant, ou bien Hegel, Marx et Freud, lorsqu'ils abordent ces avortons de sujets, sont des charlatans. En Allemagne, Marx accroche sa fumisterie de la lutte des classes à la morne dialectique hégélienne ; Koyré et Kojève, ces métèques en quête d'originalité, érigent à Hegel un piédestal en France ; la décadence et la vulgarité plongent les blasés dans des cloaques psychanalytiques. Sans un oui, divin et aporétique, pas de non, convaincant et humain. | | | | |
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| doute | | | Être ou devenir ce que je suis : dans le premier cas, je ne fais qu’écouter mes sens et en vivre la merveille ou la béatitude ; dans le second, j’écoute la voix de mon soi inconnu, m’invitant à créer de l’invisible, de l’ineffable, de l’impossible. Donc, le contraire du sois ce que tu es, ce n’est ni dissimulation ni imposture, mais la création, c’est-à-dire le deviens ce que tu es. | | | | |
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| doute | | | Malgré tant de véhémentes proclamations en faveur du doute, le camp de douteurs n’existe pas ; tous les hommes ont le même taux de doutes et de certitudes. Le vrai contraire du doute niant est le goût acquiesçant et qui engendre nos propres commencements, sans trop tenir à réfuter les avis des autres, cette minable fonction du doute. | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | Si, dans le fatras hégélien, la logique reste introuvable, rappelez-vous que, pour ce bavard, elle fut un royaume des ombres, une image de Dieu, un royaume de la pensée pure. Dans ce domaine immaculé et majestueux, sans contraintes des négations, connecteurs, quantificateurs, toute élucubration est régalienne, normative. | | | | |
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| doute | | | Tout le sens de la création humaine consiste à surmonter les horreurs, les grisailles, les énigmes, qui percent en toute création divine, et à finir par un OUI douloureux, extatique, fantasmagorique à cette œuvre grandiose et mystérieuse. Le NON de mon soi connu se narre ; le OUI de mon soi inconnu se chante. L’éternel retour est le passage de la narration au chant. | | | | |
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| doute | | | Là où mon regard est absent, toutes mes négations sont fades ; et c’est la première de mes contraintes – ne m’impliquer que dans le divin, dans l’intensité de mon acquiescement. « Que ma seule négation soit de regarder ailleurs ! »*** - Nietzsche - « Wegsehen sei meine einzige Verneinung ! ». La négation n'a de sens qu'en tant que position, tandis que la résignation ne vaut qu'en tant que pose. La résignation a donc plus de ressources en expressivité, comme la négation - de sources d'ennui. Mais, en restant dans l'immédiat, « l'acquiescement éclaire le visage, le refus lui donne la beauté » - R.Char. | | | | |
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| doute | | | Vivent les êtres fermés, ceux qui contiennent leurs propres limites d'abnégation ! Mais vivent aussi les êtres ouverts, ceux qui restent fidèles aux limites inaccessibles ! « Seule la négation de l'être peut être sans limites et l'infini en arrive, en substance, à s'identifier avec le néant » - Leopardi - « Solamente la negazione dell'essere, il niente, possa essere senza limiti, e che l'infinito venga in sostanza a esser lo stesso che il nulla ». | | | | |
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| doute | | | La facilité du Non (le plus souvent mesquin, bien que s’appuyant sur le Vrai et refusant des solutions des autres) et l’épuisement de ses ressources intellectuelles me poussent vers le Oui. Mais le Oui béat est aussi mesquin et commun que le Non ; pour que mon Oui devienne majestueux, il faut, surtout, que je sois pénétré par le Bien mystérieux personnel et bouleversé par le Beau problématique universel, le tout porté par mon talent, par mon soi inconnu. | | | | |
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| doute | | | Le oui grandiose coïncide avec l'essence du monde ; pour que, sur ma toile, on en voie les couleurs et les images, j'y prépare le fond avec quelques non insignifiants. | | | | |
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| doute | | | Il n'y a rien à réfuter chez un Spinoza - c'est du verbiage gratuit, prétentieux et creux ; mais essayez de réfuter Nietzsche ! - c'est toujours passionnant et exige une grande rigueur ; pourtant, c'est lui qui se moquait le plus des rigoristes, comme Platon - des poètes ; mais c'est bien chez ces deux-là qu'on trouve de la rigueur et de la poésie. | | | | |
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| doute | | | Le même monde peut être vu comme mécanique ou comme divin, défectueux ou parfait, méritant un Non mesquin ou un Oui grandiose. On peut être intelligent dans le premier ; dans le second on peut, en plus, être noble. Le mécanique appelle au combat ; le divin suscite la vénération. Tout combat peut être couronné de gains et de succès ; la vénération ne promet que consolation et création. Tout combat finira dans la platitude ; la vénération peut nous maintenir en hauteur. | | | | |
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| doute | | | Et la réalité et le rêve sont dépourvus de pensées et de musique ; c’est l’esprit et l’âme qui les conçoivent ; mais où se trouve leur source ? Dans le réel ou l’imaginaire ? ou bien seraient-elles, elles-mêmes, la source du réel et de l’imaginaire ? Les adeptes de la première attitude, les réalistes, brodent à partir de ce que voient leurs yeux ou entendent leurs oreilles, et visent des finalités profondes. Les seconds, les rêveurs, partent de leur regard intérieur, jamais en contradiction avec les yeux et oreilles, mais créant ses propres hauts commencements. | | | | |
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| doute | | | Avec presque tous les philosophes, il est très facile de défendre les points de vue diamétralement opposés à ceux des auteurs (ce qui, en soi, n’est pas un défaut mais une preuve de l’origine poétique de toute philosophie, même à l’insu de certains philosophes eux-mêmes, des non-poètes). La sophistique peut et même doit accompagner la dogmatique. | | | | |
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| doute | | | L’apparence, c’est ce que produit ton esprit ; et le fond, c’est ce qu’éprouve ton âme. Cioran a l’apparence de maladie et le fond de santé, bien qu’il affirme exactement le contraire ! | | | | |
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| doute | | | Il faut distinguer les illusions qui fourvoient notre esprit et les illusions qui nourrissent notre âme. Elles ne sont que très rarement les mêmes. | | | | |
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| doute | | | La liberté du vivant se prouve par l’introduction du hasard dans les actions, par opposition aux lois inviolables de la matière inerte. Les philosophes robotisés veulent tout réduire aux lois que le vivant dépasse : « Abandonne le hasard, si tu veux faire de la philosophie » - Hegel - « Die Zufälligkeit muss man mit dem Eintritt in die Philosophie aufgeben ». | | | | |
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| doute | | | Tous les douteurs sont des artisans impassibles ; l’artiste déclame et proclame, avec passion, les dogmes de son tempérament et de son goût. « Je suis l’instant, portant sa lumière à l’éternité… Je suis un Oui… Je suis l’extase… » - Scriabine - « Я миг, освещающий вечность... Я утверждение... Я экстаз » - profite, plutôt, de toute lumière commune pour projeter tes ombres uniques. | | | | |
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| doute | | | La sagesse est la faculté de maintenir l’étonnement, pieux et éclairé, devant le mystère qu’on entrevoit dans la matière et dans les esprits. Le mot même de philosophie (et non pas caté-sophie) désigne l’élan, vers la sagesse, plutôt que sa possession, - l’exacte contraire de la science. La philosophie, sans abandonner la vénération du mystère, le réduit à l’état d’un admirable problème ; la science part déjà du problème et se contente de sa solution. La philosophie vise l’inconnaissable, et la science – l’inconnu. La qualité philosophique se mesure par la hauteur de sa poésie ; la qualité scientifique – par l’adéquation des représentations avec la réalité. La (bonne) philosophie est l’expression des états d’âme personnels ; la science cherche un consensus universel. | | | | |
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| doute | | | L’espérance (que le rêve renaisse) et l’acquiescement (à la vie mystérieuse) sont les prémisses d’un nihilisme, intime et optimiste. Chez les révoltés, grégaires et absurdistes, « le nihilisme est la volonté de désespérer et nier » - Camus. | | | | |
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| doute | | | On vaut, expressément, par son côté dogmatique, par ses Oui particuliers et difficiles ; on pèse, inconsciencieusement, par son côté sophistique, par ses Non, communs et faciles. Mais la valeur se prouve par la négation, par la contrainte, par les poids niés. C’est par la désignation d’une bonne querelle qu’on affirme son soi. L’inquiétude contre la paix, le rêve déraisonnable contre la réalité gorgée de raison, la solitude trouvée contre la fraternité recherchée, la noblesse inutile contre la loi pratique, la haute harmonie contre la profonde absurdité, l’intensité des ombres contre l’indifférence de la lumière, la résignation pour la forme contre la révolte du fond. | | | | |
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| doute | | | Les matérialistes et les existentialistes : tu dois faire pour être ; les idéalistes et les essentialistes : ce que tu fais fut découle de ce que tu es. Dans l’être, les premiers voient l’absurdité et les seconds - l’intensité ; l’intensité du devenir n’est qu’un reflet de l’être. | | | | |
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| chœur hommes | | | VÉRITÉ : Quand un sage s'intéresse à la vérité, cela produit des confessions cafouilleuses ou des testaments injustes. Chez les hommes, la vérité ne se conçoit qu'en codes et modes d'emploi. Pour les hommes, le contraire de la vérité trouvée, c'est l'ignorance ; pour le sage - la vérité recherchée. Laisser les vérités enracinées enterrer leurs morts, les ressusciter par le langage. | | | | |
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| hommes | | | On peut être, à la fois, dionysiaque face à l'homme (Nietzsche), nihiliste face aux hommes (Schopenhauer), idéaliste face au sous-homme (Tolstoï), ironiste face au surhomme (Cioran). Nul besoin de la Aufhebung hégélienne, pour réconcilier ces quatre facettes d'un même regard. | | | | |
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| hommes | | | Mon écriture crée mon auditoire (et non pas - l'inverse !), potentiellement le plus vaste puisque s'élevant des ruines immémoriales. L'homme moderne a besoin des toits, pour savourer ses faits divers à l'abri des étoiles. | | | | |
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| hommes | | | L'Ouest ou l'Est : on est dans le phénoménal ou dans le cérémonial, dans le mythe du moi ou dans le rite du nous (le moi se formant davantage par ce qu'on émet que par ce qu'on subit et le nous ayant la tendance inverse), on se sculpte ou on s'occulte, on se taille un soi à connaître ou l'on se taille en laissant un vide d'un soi inconnu. | | | | |
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| hommes | | | Plus je m'intéresse à l'universel, plus de relief personnel acquiert ma voix ; plus ils veulent être différents des autres, plus vaste est le troupeau que forment ces originaux, interchangeables et plats. | | | | |
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| hommes | | | Le discrédit de la dialectique hégélienne est un effet collatéral, et presque seulement verbal, de la manie des hommes de prôner en tout une positivité jubilatoire ; l'innocente négation de Hegel (fond et forme des définitions) ayant été prise pour une tache gênante (sur la grisaille des preuves). La logique de race, victime d'une sociologie de masse. | | | | |
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| hommes | | | La matière et l'esprit sont deux modèles nullement antagonistes ; aux hommes, on devrait tenir le langage matériel de l'égalité et à soi-même - le langage spirituel de la liberté. Le drame est que l'homme moderne fait l'inverse. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, on plaçait un idéal dans le futur, pour charger le présent d'un devenir et munir le passé - d'un nouvel être, appelé Histoire. Vu sous cet angle, l'Histoire est bien finie. Tout s'arrête, désormais, à la représentation. La vision inverse est toujours sotte : « Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres » - Tocqueville. Rendez-moi mon passé, où gît mon avenir radieux ! | | | | |
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| hommes | | | Pour dominer des esclaves, un autre esclave suffit ; on n'est maître qu'au milieu des maîtres. | | | | |
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| hommes | | | La foule se forme sur une négation ou un rejet, l'élite - sur un accord ou un projet. | | | | |
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| hommes | | | L'intellectuel européen se définit comme manipulateur de concepts ; il ne comprend pas que le dernier plouc en manie autant que lui ; c'est la proximité avec le bon, le beau et le vrai, qui devrait en discriminer, la proximité, qui viendrait de l'écoute et non pas de l'acte ; qui a une bonne écoute, a un bon écrit ; l'écrire est le défi du faire et le contraire du dire. | | | | |
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| hommes | | | Le talent, par définition, aurait dû être le don de sa propre voix, dont l'unicité se ferait entendre aussi bien dans des affirmations que dans des négations. Et l'absence de talent se fait remarquer par la terreur de l'interchangeabilité, qui poursuit l'homme ambitieux, celui qui tente d'affirmer paisiblement, et qui finit par sombrer dans la négation véhémente, dont le conformisme devint symbole même de notre époque. | | | | |
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| hommes | | | Il faut porter en soi une puissance des commencements, dans le regard et dans les valeurs ; ni la révolte ni la négation n'y jouent un rôle important ; un acquiescement nihiliste y est un bon vecteur : « Le fond du nihilisme se trouve dans la nature affirmative d'une libération »** - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Nihilismus liegt in der bejahenden Art einer Befreiung ». | | | | |
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| hommes | | | Ils se vautrent dans leurs doutes, communs et réglementaires, et entendent dans toute voix, solitaire, désespérée et acquiescente, des certitudes arrogantes et insupportables. | | | | |
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| hommes | | | Joli paradoxe : dans ce siècle anti-musical, dans aucun autre domaine le déferlement mécanique n'est aussi flagrant que dans … la musique, qu'il s'agisse de symphonies ou de chansons des albums. Ce phénomène est semblable à la défense anachronique de la vérité et de la justice (dont la maréchaussée et le fisc s'occupent mieux que les révoltés de métier) et la dénonciation des interdits, des tabous, des persécutions (n'existant que dans des cerveaux fébriles, prétentieux et vides). | | | | |
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| hommes | | | Le barbare moderne est presque le contraire de l'ancien sauvage. Ne rêvent que les sauvages (ou ceux qui en héritent, ce qui explique le néant lyrique des Américains), et la barbarie d'aujourd'hui peut être définie comme absence de songes. Et de vrai bonheur : « Les machines sont les seules femmes que les Américains savent rendre heureuses » - Morand. | | | | |
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| hommes | | | Comment reconnaissait-on un homme extraordinaire ? - par la hauteur de son enthousiasme, par l'ampleur de sa vue du passé, par la profondeur de son goût du beau. Comparez avec l'homme à succès aujourd'hui : s'indigner, se croire au tournant de l'Histoire, être ardent défenseur du vrai – mais c'est la définition même de la médiocrité ! | | | | |
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| hommes | | | L'imbécile cherche des oppositions fortes, pour s'accrocher à l'extrémité vertueuse d'un axe qu'il ne maîtrise pas. Il n'existerait dans la réalité aucun robot ou mouton, je resterais attaché, avec la même détermination, au rêve de la musique et de la solitude. On n'a pas besoin de Bête, pour apprécier la Belle. | | | | |
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| hommes | | | L'intellectuel est celui qui sait justifier ses grands Oui et qui a honte de ses petits Non. | | | | |
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| hommes | | | On peut diviser les hommes en deux catégories opposées, en fonction de la lecture qu'ils font de cet adage : l'homme est un sujet à créer. Les uns y verront l'homme qui reste à construire, et les autres – l'homme donné qui crée. L'être malléable ou le devenir créateur, les inconnues dans l'homme, s'insérant dans un réseau anonyme, ou les inconnues de l'homme, ouvrant son arbre à l'unification avec l'univers. | | | | |
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| hommes | | | Plus je suis disposé à partager le matériel, plus je gagne en hauteur ; avec le spirituel, la tendance s'inverse. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes commencèrent par concevoir des finalités, ensuite ils apprirent à spécifier des outils, des matières, des fonctions, des acteurs, bref des algorithmes permettant d’avancer vers ces finalités. Mieux rodés sont ces algorithmes, moins on a besoin de se souvenir des finalités. « La vie se construit, comme les nouvelles technologies, elle-même algorithmique et sans finalité » - M.Serres. Les artistes sont adversaires des algorithmes ; ils se consacrent aux commencements. | | | | |
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| hommes | | | Face à ce monde, le non emphatique est trop commun et le oui serein – trop bête ; le non serein est juste et le oui emphatique – noble ! | | | | |
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| hommes | | | Sur la hiérarchie des thèmes, qui cadrent notre vie : dans neuf cas sur dix, le conformisme est justifié. Il reste le cas, où il est question des commencements individuels, de la solitude, du rêve, du goût ; et c’est la-dessus que se fonde l’exact opposé du conformisme – le nihilisme, qui est le narcissisme de l’aristocrate ou du créateur. Mais un nihilisme systématique est pire qu’un conformisme autocritique. | | | | |
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| hommes | | | Le regard sur ce qui reste le même, se présente comme un retour (tout ramener au commencement individuel, ce qui témoigne de notre nomadisme européen) ou une oscillation-alternance (égaliser les oppositions d’apparence, une chinoiserie routinière, moutonnière et sédentaire). | | | | |
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| hommes | | | Les jeux du XXI-me siècle sont d’un atroce sérieux, nous plongeant encore davantage dans la grisaille de la réalité. « Le contraire du jeu n’est pas le sérieux, mais la réalité » - Freud - « Der Gegensatz zu Spiel ist nicht Ernst, sondern - Wirklichkeit ». | | | | |
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| hommes | | | La bête humaine, ayant perdu son confrère complémentaire, l’ange, devient robot, naturellement intelligent. Mais l’inverse est peut-être pire : « En expulsant de nous la bête, nous restons des anges châtrés »*** - H.Hesse - « Ohne das Tier in uns sind wir kastrierte Engel ». | | | | |
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| hommes | | | La cohabitation de l’ange et de la bête, chez l’homme, est l’un des thèmes éthiques et psychologiques les plus délicats. Dostoïevsky, l’un des écrivains les plus lourdauds par sa plume et incurablement sot par sa tête, jouit d’un prestige démesuré, grâce à cette découverte : que l’ange peut se comporter parfois comme la bête. | | | | |
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| hommes | | | Ta personne se forme en trois étapes : constituer une conception du monde (ses mystères, problèmes et solutions) ; y sélectionner les objets les plus dignes de ton admiration ; vouer à cet essentiel du monde un noble acquiescement. Il n’y a pas de place ici à une lutte entre le personnel et le collectif. Toute lutte contre le collectif, pour défendre ton personnel, te rendra servile. Dans ta liberté il doit y avoir plus de vénération que de négation. | | | | |
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| hommes | | | Le langage (et donc les pensées) et les actions sont d’origine collective ; il est naïf de s’y imaginer dans une orgueilleuse solitude. « Je n’ai rien à voir avec ce système, rien même pour m’y opposer » - W.Whitman - « I have nothing to do with this system, not even enough to oppose myself to it ». On ne peut s’y opposer que par le rêve, dont est dépourvue ta nation. Tous tes compatriotes réclament une originalité, et nulle part on ne trouve autant de conformistes. Ailleurs, ce rebelle proclamait ce système - le plus grand des poèmes ! | | | | |
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| hommes | | | Les hommes se divisent en ceux qui veulent choisir sur terre et en ceux qui se sentent choisis par le ciel. | | | | |
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| hommes | | | Ils restent non-reconnus, ils voient quelque chose de lépreux dans la rue, ils sont témoins d’une perfidie ou d’une sottise – et ils se mettent à geindre de leurs déceptions. Il me suffit de poser mon regard sur une rose, un papillon, une belle fille, pour que notre planète soit vue comme un paradis, parfait et mystérieux. Le Bien et le Beau cohabitent avec ma propre misère ; et son entente avec le Vrai est plutôt un contraire d’une déception, ce mot méprisable. | | | | |
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| hommes | | | Face au monde – rejet, indifférence, étonnement – des malades, des moutons/robots, des anges. | | | | |
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| hommes | | | Un intellectuel est celui qui ne s’adresse pas aux personnes concrètes mais aux thèmes ou tonalités abstraites. Il n’a donc personne à convaincre ou influencer ; il ne puise pas ses mots dans le goût du temps, il en cherche ceux qui rendent ses états d’âme ou, au moins, reconstituent un état d’âme artificiel. Même à contre-point ils doivent envelopper ou accompagner la mélodie véridique, qui naît dans notre conscience palpitante. L’intellectuel est celui qui retrouve dans son âme solitaire (et non pas dans son esprit commun) les reflets de tout ce qui compte à l’échelle verticale des valeurs et des talents. Le monde n’est que le cadre de ses tableaux. | | | | |
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| hommes | | | Je cherche la définition la plus précise et laconique de l’humain qui serait mon exact antipode, et je suis déçu de ne trouver que ceci : quelqu’un qui ne voit pas le merveilleux, logé en tout point, en tout objet sur notre planète, et qui donc ne s’en extasie pas, obsédé par l’absurdité et le désespoir. C’est que la liste de ces objets est infinie, et nos savoirs et nos élans sont finis. Au lieu d’une définition, je n'ai produit qu’un axiome. | | | | |
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| hommes | | | Tenir, mécaniquement, à l’avis, diamétralement opposé à celui de la foule, et y voir un titre de gloire et d’originalité est doublement bête. La foule ne formule ses avis que sur les sujets minables qui ne méritent pas que tu te donnes la peine d’en avoir ton avis propre. Deuxièmement, sur ces sujets, la foule a, le plus souvent, un avis, statistiquement juste. | | | | |
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| hommes | | | Au conformisme des Oui inconscients (l’action) ou des Non mécaniques (la révolte) s’opposent le Comment du talent, le Pourquoi de l’intelligence, le Au nom de quoi de la noblesse. | | | | |
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| hommes | | | La pseudo-culture américaine, mécanique, anti-romantique, repose sur une vraie civilisation américaine, réaliste, efficace, calculatrice, mercantile. Le monde entier, ayant plébiscité cette civilisation robotique, importe, en même temps, cette culture de masses robotisées. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n'est pas la négation qui est le mouvement le plus prometteur d'une pensée, mais la réduction (élévation ?) de constantes au rang d'inconnues (ce que d'autres qualifient, à tort, de négation ou de dénégation). Dans le meilleur des cas, cette inconnue prendra la structure d'arbre à unifier. On n'a pas besoin d'un dérèglement des sens, le bon sens suffit : « Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens » - Rimbaud. | | | | |
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| intelligence | | | La sagesse, c'est l'art de confier à l'âme la tâche de relever les plus grands défis de la condition humaine : l'individualité, la fraternité, la souffrance, la poésie, la passion, la noblesse, la création, le langage. À son opposé – l'esprit moutonnier ou/et robotique. Aujourd'hui, la technique, l'économie, la science, la philosophie cathédralesque sont des ennemies de la sagesse, puisqu'elles se vouent au secondaire : à l'utilité, à la vérité, à l'être, à la puissance. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie française s'inspire des oppositions inintéressantes, p.ex. : ordre - désordre (Descartes), le tout fait - le se faisant (Bergson), l'être - le néant (Sartre, ou l'avoir de G.Marcel). Le contraire intéressant d'ordre est gratuité, celui de tout fait - provisoirement dit, celui d'être - la personne. | | | | |
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| intelligence | | | En logique du premier ordre, les propositions peuvent comprendre des variables, et, donc, A et non A peuvent être vraies, toutes les deux, mais avec des valeurs différentes de variables ; les non-logiciens ne peuvent pas le comprendre. Quant à la logique du deuxième ordre, où les variables peuvent s'évaluer même dans des ensembles des prédicats, la négation devient étrange, même pour les logiciens. | | | | |
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| intelligence | | | La négation des idées, de cette partie infinitésimale d'un écrit profond, profond par des ombres atteintes, est du chipotage mesquin : on n'y abat que des formules d'un langage, qui n'est pas le tien ; mais la négation des concepts initiaux, formant des sources d'une lumière philosophique projetée sur la poésie des ombres, est féconde - voyez ce virtuose de Heidegger, qui manipule ces quatre axes : être/devenir, être/apparence, être/penser, être/être possible pleins de promesses ! | | | | |
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| intelligence | | | Les acrobaties verbales dont les creux font leur miel : rien n'est tout (polyphonistes), rien n'est pas tout (anti-néantistes), tout est rien (nihilistes), tout n'est rien (fragmentaires), tout n'est pas rien (monistes). On peut même bâtir un étage de plus : « Ce qui ne m'est pas tout, ne m'est rien » - Hölderlin - « Was ist mir nicht Alles, ist mir Nichts ». C'est un autre poète, qui s'avère être meilleur logicien : « Rien n'est rien » (tout est quelque chose), bien que rien n'est pas rien soit encore plus subtil : même l'absence de certaines choses peut servir à éclairer la présence des autres. Pour aggraver ces insipidités, tout en pensant de les épicer, certains y fourrent du vrai : Le Vrai est le Tout (Das Wahre ist das Ganze - Hegel) ou Le Tout est le non-Vrai (Das Ganze ist nicht das Wahre - Adorno). | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne négation sémantique peut sauver du ridicule même le plus minable des concepts. Prenez être et parcourez cette échelle de ses négations : non-être (niais), néant (plat), temps (attributif, non conceptuel) et, enfin, devenir (processus de modification de l’être). | | | | |
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| intelligence | | | L'idée est un arbre. Je m'occupe de ses racines en la plongeant dans le sol des concepts. J'en éprouve les cimes en modulant mes intentions. J'en consolide le tronc par la sève du style. J'en condense les ramages par des pousses de la négation. J'en démultiplie les feuilles par de vastes tropes. J'en pressens des fruits dans des substitutions successives. J'en altère la saison par une métamorphose du langage. Et moi, j'en suis le climat. | | | | |
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| intelligence | | | Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique. | | | | |
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| intelligence | | | Les pensées à rejeter : quand le contraire a le même poids. La pensée doit être dans un flagrant déséquilibre, laissant dans le camp adverse le plus faible de ses pieds. | | | | |
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| intelligence | | | La misère de la dialectique hégélienne : il ne s'agit pas, le plus souvent, d'opposer une thèse à une antithèse, mais d'opposer deux (ou plus) thèses, difficilement compatibles ; et ce n'est pas une piètre et mécanique synthèse, qui doit couronner cet exercice bien plat, mais la recherche de langages, qui valideraient ou invalideraient les thèses de départ respectives, ou, mieux, les unifierait dans un arbre, touchant à la profondeur et élancé vers la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Une fois qu'on a éliminé des interprétations fautives, dues à l'ignorance, il doit rester un champ infini pour des interprétations diverses et contradictoires, venues de la créativité et de la liberté, l'admettre, c'est être un Ouvert. « Au commencement était l'Ouvert » - Hésiode. | | | | |
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| intelligence | | | Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse. | | | | |
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| intelligence | | | Tout fond logique peut se réduire à une forme métaphorique. Mieux, toute belle métaphore aboutit, mystérieusement, à un fond sérieux et inespéré. Les Muses seraient-elles les meilleurs experts en physique et métaphysique ? Le sens du beau fut-il donné pour atteindre au sens du vrai ? Le sens naît de la mélodie et non l'inverse : « Le son devrait sembler écho du sens » - A.Pope - « The sound must seem an echo to the sense ». | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence se montre supérieure à la force dans la mesure, où elle prouve, que le déclaratif l'emporte sur le procédural (l'inverse s'appelle barbarie). Toute intelligence opératoire devrait se consacrer à la réduction de procédures en pures déclarations. L'outil de cette conversion s'appelle interprète de paradigmes. | | | | |
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| intelligence | | | Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ». | | | | |
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| intelligence | | | Le défaut d'ampleur du don littéraire se trahit dans de fades énumérations en séries ou versions ; le manque de profondeur se reconnaît dans le maniement hésitant de négations et réversions ; mais le vraiment irrécupérable se manifeste dans l'incapacité de hauteur en identités et conversions. | | | | |
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| intelligence | | | Le nihilisme n'est la négation ni de points d'attache (ontologie) ni de valeurs (axiologie), mais la liberté et le talent de leur (ré)invention. | | | | |
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| intelligence | | | L'épreuve par l'étendue de la chose même - la monstration, par la profondeur du concept - la démonstration, par la hauteur du regard - la métaphore. En se mesurant à l'ennui, à la routine, au langage. Wittgenstein : « Ce que représente le solipsisme, ne peut pas se dire, mais se montrer » - « Was der Solipsismus meint, läßt sich nicht sagen, sondern es zeigt sich » - oublie le troisième terme de l'alternative, le verbe peindre (et qui s'inscrit tout naturellement dans la négation de « worüber man nicht sprechen kann »). | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche et Freud : belles métaphores et idées quelconques. Mais les épigones s'accrochent à leurs idées, sans savoir produire leurs métaphores - science professorale, tout le contraire du gai savoir. | | | | |
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| intelligence | | | Être indisponible aux appels de l'accessoire et … y répondre. Être disponible aux appels de l'essentiel et ne pas y répondre, retourner la question, jouer sur ses variables, invariants, indéterminations, négations. | | | | |
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| intelligence | | | Je contiens en moi un homme du regard (sensibilité, tempérament, goût) et un homme des preuves (imagination, intuition, puissance). Entre les deux - la corde raide de l'intelligence. J'en garde l'équilibre, en maintenant le premier par l'amplification et en entretenant le second par le filtrage, et non pas l'inverse, qui rendrait le regard - fuyant et la preuve - envahissante. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la seule architecture qui me soit accessible, celle des ruines, les idées platoniciennes ou les pulsions nietzschéennes ne sont que styles-édifices, et les circonvolutions apolliniennes ou les fibres dionysiaques - que matériaux de construction. Les ruines, libérées de la vitalité des fondements et de la pesanteur des faîtes, se rient de l'existence réelle et s'adonnent aux valeurs virtuelles. C'est cela, la réévaluation nihiliste, l'exact contraire du platonisme : au lieu des points d'attache préconçus - leur libre conception. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'un discours abstrait, il existent deux tests infaillibles, l'un logique et l'autre conceptuel : l'épreuve par la négation et l'épreuve par le concret. Si la négation produit un message également défendable, c'est que l'affirmation était sans intérêt. La substitution des concepts par des instances peut : ne rien apporter (le meilleur des cas), confirmer, réfuter, abaisser (le pire, c'est le cas de la majorité des discours philosophiques académiques). | | | | |
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| intelligence | | | Plus vaste est la chose niée, plus bête est la négation. Cioran, rejetant le monde non pas depuis 1920, mais depuis Adam, tombe dans le piège. La négativité sans emploi (G.Bataille) paraît être une saine perspective. Je ne nie que le jour sous mes yeux, me voilà déjà en route pour les étoiles. Ou sur les voies apophatique ou apagogique vers le Dieu inconnu, se dérobant sous les noms de l'Un ou de l'Être. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu'on reste dans le cadre d'un modèle fixe, on subit une causalité, propre à ce modèle ; le contraire de la causalité s'appelle liberté, cette rupture avec des enchaînements programmés d'événements et la création de nouvelles hypothèses (la liberté comme pure négativité - Hegel). Le libre arbitre, lui, n'est que du hasard maîtrisé. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie doit procéder dans le sens inverse du bon sens : analyser le tout et synthétiser le détail. | | | | |
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| intelligence | | | Pour rendre sacré un objet, il faut priver de tout intérêt sa négation. Aucune négativité dans l'inconscient, l'indicible, l'intouchable ; ils sacrent la conscience, le Verbe, la caresse comme le rêve sacre la vie, sans l'habiter. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
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| intelligence | | | C'est la représentation, respectivement syntaxique ou sémantique, qui répond à la question ontique : Qui est l'homme ? ou à la question essentielle : Qu'est-ce que l'homme ? La seconde est impensable sans la première ; aucun oubli de l'être n'est possible, ni techniquement ni en principe ; il n'a qu'une «justification» morphologique - il serait le Léthé de l'aléthéia. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'est capable de dire clairement ce que c'est que de penser ou d'être. Et tant de bavardage autour de la formule parménidienne : « Même chose se donne à penser et à être » (que d’autres proposent de traduire par : « Le soi est fait aussi du percevoir que de l’être », ce qui a l’air beaucoup plus sensé, mettant le devenir à côté de l’être). On ne peut penser que ce qui est représenté, mais des choses non représentées peuvent être. Les bons scolastiques, contrairement à nos contemporains, voyaient qu'entre être-là et existence, d'un côté, et être et essence, de l'autre, il y avait la représentation, le modèle des substances, le seul substrat du penser et le support de l'existence (Aristote, réduisant l'être à la substance, reste plus lucide qu'Avicenne ou Heidegger). « L'existence sépare la pensée et l'être » - Kierkegaard. | | | | |
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| intelligence | | | Se permettre des écarts, par rapport à la langue, à la représentation, à l'interprétation, - tel est le privilège de l'intelligence ; si, en plus, à la faveur de ces écarts, naît un nouveau langage, rigoureux ou harmonieux, c'est de la sagesse. « L'intelligence connaît les secrets de la vie ; la sagesse sait vivre à rebours de cette connaissance »** - Iskander - « Умный знает, как устроена жизнь. Мудрый же умудряется жить вопреки этому знанию ». | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'une pose (posture/position) philosophique, le premier réflexe est d'en imaginer le contraire ; c'est ainsi que l'on comprend l'insignifiance d'un regard, qui aurait pour centre l'être, la matière, la vérité, la liberté, et l'on finit par reconnaître que l'opposition la plus intéressante est entre la poésie et la prose, la consolation et la conviction, la musique et le bruit, l'abstrait et le concret, le commencement et le résultat, l'élégance artificialiste et le naturalisme béat ; et cette opposition est symbolisée le mieux par le sophisme et le cynisme. Platon, Pascal, Nietzsche, face à Diogène, Hume, Husserl. Curieusement, les seconds triomphent en pratique, tandis qu'en paroles sont proclamés vainqueurs - les premiers. | | | | |
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| intelligence | | | Curieusement, c'est dans Sein und Zeit qu'on sent le néant de l'être, et c'est dans Être et Néant que l'être est coupé en trois parties incohérentes par le temps ; nos bons pères auraient dû échanger leurs titres. Les deux ne servent qu'à rendre intelligibles, sans être lisibles, des inepties savantes, telles que : être ce qu'on n'est pas ou ne pas être ce qu'on est ; il suffit d'y glisser une négation oublieuse de l'être ou un passé avec un avenir, se réverbérant dans le présent, berger de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | L'homme borné est celui qui, même en se sentant à l'aise dans un domaine, ne maîtrise pas l'art de franchissement de bornes. Le philosophe est son exact opposé : même en pataugeant dans tous les domaines du savoir, il place sa maîtrise aux frontières entre bruit et musique, puissance et faiblesse, espérance et désespoir, vrai et faux, langage et réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'a jamais su manipuler la négation ; la synthèse des contradictions est une niaiserie, que doit remplacer l'universelle unification d'arbres. La perception du discours des autres en est une illustration probante, permettant de mettre en évidence deux autres classes de sots herménautes - des commentateurs sans personnalité et des présomptueux sans perspicacité. Les premiers ne font que reproduire l'arbre de l'auteur ; les seconds pensent que cet arbre ne contient que ce que le lecteur y met. La dialectique de l'arbre doit être dialogique. | | | | |
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| intelligence | | | La pseudo-négation d'une pseudo-négation ne te rapproche pas de l'affirmation, contrairement à une vraie négation. La réfutation de sottises, pour ne pas être sottise elle-même, doit être aussi rigoureuse que celle d'hypothèses sensées. Euclide a tort : « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve ». | | | | |
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| intelligence | | | Élaborer ses propres formes et vivre de et en elles - telle est la fonction de mes représentations. Et il paraît, que « la seule chose, qui m'appartient en propre, est l'usage des représentations » - Épictète - tandis que même bien des sages prétendent détenir en propre l'interprétation, qui n'appartient qu'à l'espèce. N'est à moi que ce qui échappe au temps ; le contraire de Sénèque : « Seul le temps est à nous » - « Tantum tempus est nostrum ». | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui n'est pas poétique ne peut pas être philosophique - une bonne illustration de l'équation : determinatio = negatio. | | | | |
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| intelligence | | | Les rapports entre la valeur langagière 'blanc' et l'instance (élément) 'blancheur' de la classe 'couleur' sont d'une totale banalité (les substances, c'est à dire les instances et les classes, n'étant pas langagières mais conceptuelles). Il fallut toute l'équilibristique sophistique de Heidegger, pour l'embrouiller dans les oppositions amphigouriques ridicules : étant - être, présent - présence (anwesend – anwesen). Des foules de bavards imitèrent cette logorrhée parménidienne, creuse et disgracieuse. | | | | |
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| intelligence | | | On hurle à la mort du réel, étouffé par l'avancée des abstractions numériques. Mais la faute en est à vos abstractions analogiques, qui sont plus pâles que les nombres. Nombres incarnés, qui sont le réel. C'est le réel qui triomphe, aujourd'hui, plus que jamais, mais les vieillards, ne s'y reconnaissant plus, le prennent pour abstractions. D'ailleurs, le contraire du réel n'est ni abstrait ni virtuel, mais le musical, dédié au rêve. L'abstrait sans rêve ne fait que conforter le réel. | | | | |
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| intelligence | | | Vivre, c'est agir et narrer, et rêver, c'est chanter et s'étonner, ce sont deux antinomies. Et la philosophie n'a aucune chance d'être une science de vie – le bon sens s'en occupe mieux – elle peut, en revanche, rehausser le chant et approfondir l'étonnement. Il faut vivre une sagesse savante et terrienne, et rêver dans une ignorance étoilée. | | | | |
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| intelligence | | | Seuls des principes injustifiables, sans causes premières, mériteraient le beau nom de commencement – l'exact opposé des causes finales, cette fumisterie des bavards, incapables de le beau laconisme initiatique. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les antinomies intéressantes naissent non pas dans les choses en soi (Kant et Hegel), mais dans des glissements de langage (modifications de modèles ou de tropes) ; et ce n'est pas une réconciliation dialectique (impossible dans le cadre d'un même langage) qui résout le conflit, mais l'unification d'arbres langagiers ou leur refus de s'unifier ou de faire partie d'une même forêt. C'est la richesse des langages et non pas la pauvreté des logiques qui est à l'origine des antinomies. | | | | |
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| intelligence | | | Il n'y a que deux étants : l'homme et le monde, l'œil et la lumière ; comment, de la création de la lumière, passer à la conception de l'œil ? - parfois, devant la merveille du regard, je me dis, que le génie divin devait procéder en sens inverse. | | | | |
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| intelligence | | | Réconciliation du oui nietzschéen avec le non hégélien : le non sévissant surtout dans les contraintes, le oui animant surtout les commencements. Le pourquoi éthique en définira le fond des finalités, et le comment esthétique sacrera la forme du parcours. | | | | |
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| intelligence | | | En Intelligence Artificielle, la prise en compte du temps conduit au polymorphisme dynamique – une instance peut changer de nom ou de modèles d’attache – limpide et opératoire. À comparer avec la science de la logique des hégéliens : « Le bourgeon est réfuté par la fleur, dans celle-ci, le fruit voit un faux être de la plante » - « Die Knospe wird von der Blüte widerlegt, die Frucht erklärt, die Blüte sei ein falsches Dasein der Pflanze » - tout, dans cette logique, n’est qu’une souche stérile. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intelligent est porté vers la négation, tout en cherchant l'objet de rejet le plus vaste. C'est ainsi que, en partant de tout, on aboutit à la spéculation sur le rien, le zéro, le nul, le néant, l'absence. Une basse mécanique ! Il est plus vivant de procéder par unification, manipuler des arbres avec variables et domaines de valeurs imprévisibles et incalculables, visant une profonde hénologie ou une vaste ontologie. Une optique hautaine ! Voir dans quelqu'un un bel arbre est l'un des plus beaux compliments ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Les convictions sont des valeurs, et parler de la mutation des premières (Dostoïevsky) ou de la réévaluation des secondes (Nietzsche) revient au même, bien que le pouvoir de l’homme du souterrain soit à l’opposé du devoir du surhomme. | | | | |
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| intelligence | | | Que devient un théorème prouvé ? - une loi ; le mathématicien légifère et l’esprit s’y soumet. Une maxime bien ciselée énonce une loi, adressée à quelques cœurs ou âmes, qui acceptent sa forme musicale, sans nécessairement, adhérer à son fond moral. Le contraire de légiférer, c’est proliférer l’arbitraire, le hasard, le bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | L’imagination a deux contraires – la routine et la matière. C’est pourquoi elle est plus près de la faiblesse que de la force, ce qui en fait nourricière des rêves : « La faiblesse a toujours vécu d'imagination » - R.Gary. | | | | |
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| intelligence | | | Ne pas s’arrêter à poser des questions n’est ni intelligent ni bête. C'est la part des images, des inconnues et des négations, formant la question, qui est plus importante que le simple prurit érotétique. | | | | |
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| intelligence | | | Chercher une pensée saine est bête ; on doit en attendre surtout de la beauté lucide et de la noblesse fière. La fierté devrait la rendre laconique, et la lucidité – ironique, ni bavardage ni gravité. La pensée devrait relever de l'art paradoxal, faisant surgir une sainte vie, dans le souci de nos incurabilités, tandis que la pensée banale nous accable de vils remèdes. | | | | |
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| intelligence | | | Le dialogue peut être dogmatique ou sophistique. Je préfère le premier, car il fait voir les goûts, les tempéraments, les poses ; le second, pour ne pas être du pur bavardage, doit savoir défendre des positions contradictoires. Tableaux ou esquisses. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation (conceptuelle) relève d’un sujet (une personne, une communauté consensuelle) ; cette dépendance est reflétée par la volonté schopenhauerienne. Mais à sa dyade manquent deux éléments – une méta-logique (assurant que la représentation, pour le même sujet, est non-contradictoire) et un langage (se plaquant sur la représentation). Quant au contenu d’une représentation, Schopenhauer, comme, avant lui, Aristote et Kant, reste dans le flou de la vague causalité, qui est une relation protéiforme et banale, sans rien d’universel. Quelles connaissances représente-t-on ? - les structurelles (classes/éléments, réseaux sémantiques, scènes d’acteurs), les descriptives (attributs, propriétés de concepts, dont des aspects langagiers, lexicaux et syntaxiques), les comportementales (règles déductives et événementielles, scénarios). C’est la démarche de l’IA. | | | | |
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| intelligence | | | Dans ta vie il y a deux activités principales (et peut-être même uniques) – la représentation-conception et l’interprétation-création. Cette dichotomie est la seule à rendre le terme d’être utilisable, puisque son contraire, le devenir, te renvoie à la création. L’être est dans la conception, et le devenir – dans la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels. | | | | |
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| intelligence | | | Les fibres littéraires sont à l’opposé des fibres musicales ; les premières entonnent une mélodie, avant de tomber par hasard sur des idées ; chez les secondes, c’est le contraire : « Si tu as une pensée, ton style doit s’y adapter » - Prokofiev - « Если есть мысль, то стиль повинуется мысли » - tu devrais t’adapter aux rythmes sûrs, plutôt qu’aux pensées bancales. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | On a beau admirer la profonde épistémologie des systèmes d’une vraie Intelligence Artificielle : le graphe de la relation espèce/genre, le réseau sémantique, la fusion de bases des connaissances, la logique (y compris la négation), la communication en langue naturelle, la gestion de la synonymie, l’attention aux tropes, métonymies, le noyau cognitif universel, indépendant des langues particulières, le concept de workflow, la différenciation entre assertions, hypothèses, suggestions. Ce ne sont que d’élégants outils, pour que les humains constituent leurs propres bases de connaissances ! Quant aux résultats, les misérables réseaux neuronaux, qui ne manipulent que les entités lexicales et une seule relation entre elles, la proximité, ils surclassent, aujourd’hui, tout ce que ces outils d’IA offrent, potentiellement. La croyance statistique de masses écrase le savoir scientifique de race. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui se formule à partir de concepts, abstraits ou spatio-temporels, n’est pas de la pensée, mais de la routine. La pensée naît au milieu de choses vagues : sensations, conscience, désir, opposition, empathie, honte, enthousiasme, angoisse, ni conceptualisées ni verbalisées. Une espèce de mélodie, de puissance naissante, de timbre, de hauteur se fie aux mots approximatifs qui forment une réalité avec de vagues rapports avec tes états d’âme initiaux. Dans cette réalité artificielle percent des idées ; une fois reliées, elles résultent en pensées. | | | | |
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| ironie | | | Quand on maîtrise le mot pénétrant, face à une pensée dominée, on peut se permettre, au second assaut, de capituler devant elle. Il faudrait la chevaucher deux fois : par-dessus, en affirmatif, et par en-dessous, en négatif. Plus l'affirmatif est profond, plus sa négation est excitante ; plus l'affirmatif est excitant, plus la négation est profonde. En volatile perfide ou en reptile bifide, je m'y insinue en maître et je gagne dans tous les cas. | | | | |
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| ironie | | | L'intelligence est, avant tout, un verre qui grossit (Lichtenberg), l'ironie - un verre qui rapetisse. Mais, une fois les yeux clos, le résultat, pour l'âme, s'inverse. | | | | |
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| ironie | | | Si un avis pathétique sait résister à la démolition en règle par l'ironie, sa négation a souvent les mêmes assises, mais ce genre d'édifice est rarissime dans l'architecture foncièrement manichéenne du savoir, au tiers exclu. | | | | |
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| ironie | | | Malhonnête, pour nos contemporains, est le contraire d'honnête. Pour un intellectuel, ce contraire est poète. | | | | |
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| ironie | | | Ce qui est fascinant dans l'arbre abstrait, c'est que, après de subtiles substitutions, on puisse placer ses racines ou ses fleurs dans n'importe laquelle de ses parties, comme ses ombres ou ses fruits. « L'âme sèche est excellente, avec son feu toujours vivant » - Bhagavad-Gîtâ. Et l'on parierait, que les fruits à admirer y précèdent les fleurs à goûter. Comme mon étoile, que je vois dans une profondeur, et qui me permet de projeter mes ombres - vers le haut, que n'habitent que des rêves ; tout le contraire de l'étoile-pensée de Nietzsche, répandant sa lumière sur chacun, vers en-bas (« zu jedermann hinunterleuchten »). | | | | |
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| ironie | | | L'ironie du dramaturge : être euphémique dans le genre tragique, être emphatique dans le genre comique. Ceux qui se prennent au sérieux font, banalement, l'inverse. | | | | |
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| ironie | | | Même la pseudo-négation de la torsade de Moebius plaide pour la platitude finale de tout parcours spatial. | | | | |
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| ironie | | | Pour un homme de plume, la compagnie des princes est préférable à celle des bombistes ou des mendiants, et ceci pour une raison technique : le langage d'acquiescement est au-dessus de celui des déplorations. | | | | |
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| ironie | | | La paix d'âme est un objectif minable, indigne d'un vrai ironique, qui est anti-irénique. « La paix d'âme est une vilenie d'âme »** - Tolstoï - « спокойствие - душевная подлость ». Elle stérilise non seulement l'âme, mais aussi l'esprit : « … telle une vague nostalgie … la philosophie est le contraire de toute tranquillité »* - Heidegger - « … als Heimweh nach … Philosophie ist das Gegenteil aller Beruhigung ». Le sage antique, en affirmant le contraire, rejoint le sot moderne. « L'esprit est inquiétude ; l'inquiétude est la vraie attitude face à la vie » - Kierkegaard. | | | | |
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| ironie | | | L'abus de négation : « Je pense, donc je n'existe pas » est concevable, quoique « Je ne pense pas, donc j'existe » soit plus que douteux. | | | | |
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| ironie | | | La poésie, en elle-même, est ex-plication de ce qui n'existe pas (l'im-plication dans ce qui existe étant anti-poétique) ; la soif de l'inexistant pousse les plus naïfs à le chercher dans la négation : « nier ce qui est, expliquer ce qui n'est pas » - Poe - « deny what is, and explain what is not ». | | | | |
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| ironie | | | Dis-moi dans quel état tu te laisses aller - l'ivresse ? la lucidité ? le désespoir ? - je te dirai ce que valent tes productions. L'ironie paraît être l'état rêvé des meilleurs. Une soif entretenue, une ivresse appelée de ses vœux - le contraire d'Aristote : « Nous devons quitter la vie comme un banquet - ni assoiffés ni ivres ». | | | | |
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| ironie | | | Le technicien ne fait que multiplier le nombre de genres, tandis que le mathématicien et l'artiste s'intéressent aussi, et avec la même délicatesse, à la réduction du nombre d'espèces. « Le progrès organique est un changement d'homogène en hétérogène » - H.Spencer - « The organic progress consists in a change from the homogeneous to the heterogeneous » - l'artiste s'adonne plus souvent à l'éternel retour qu'au progrès, qu'il soit mécanique ou organique. Le technicien marque les jalons du progrès, l'artiste en marque l'axe entier, pour rester dans le pathogène. | | | | |
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| ironie | | | L'ignorance étoilée est souvent le dernier recours, pour ne pas laisser le savoir éteindre le scintillement de ta dernière espérance. L'étoile étant le contraire de jovialité, la poésie, paradoxalement, est, à la fois, l'ignorance étoilée hyperboréenne et le gai saber méridional ! | | | | |
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| ironie | | | Le fond est trop paisible ; la profondeur - trop soumise aux courants du jour ; il ne reste que la surface, où la hauteur puisse vivre sa houle et sa nuit étoilée. | | | | |
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| ironie | | | Les langages des bilans de la vie les plus répandus sont arithmétique : additions, soustractions, multiplications - ou logique : connecteurs, négations, quantifications. Il devrait plutôt être purement orthographique - place des points de suspension, d'interrogation, d'exclamation, choix de majuscules, élégance des traits d'union, calligraphie des aveux. | | | | |
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| ironie | | | Le Talmud réduit le côté bestial de l'homme à sa physiologie et met en relief ses trois côtés angéliques : avoir de l'intelligence, rester debout et parler hébreu - le contraire de ma vision : savoir écouter son âme, rester couché, respecter les langues mortes, gardiennes de l'éternel silence. | | | | |
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| ironie | | | L'image la plus gratifiante est le contraire d'une image classique, inaltérable, c'est celle qui donne l'envie de l'envisager sous de nouveaux points de vue. L'ironie, le refus de chercher l'inaltérable dans les concepts ou dans les mots, l'inaltérable qui n'honore que le grandiose inexistant. | | | | |
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| ironie | | | De l'abus de négation de la négation : Nietzsche n'a ni l'ironie ni la gaieté, mais il proclame partir de l'ironie (le mot, en tout cas, signifiant, à l'origine, requête), voit sa négation dans le sérieux, nie celui-ci, pour tomber sur la gaieté, dont il croît inonder le public incrédule. « On ne peut guère rester sérieusement avec soi-même ; c'est parce qu'on est frivole qu'on ne se pend pas » - Voltaire. | | | | |
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| ironie | | | L'infini renaît en absence du fini, et devient un pur être - qu'en dites-vous ? - du charabia ? - oui, vous avez raison. Et que penser de son reflet spéculaire pascalien : « Le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant » ? | | | | |
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| ironie | | | J'ai de la sympathie pour la trouvaille variable des mensonges furtifs, puisque ainsi, par une négation toute mécanique, on fait un pied de nez à la recherche constante de la vérité éternelle. | | | | |
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| ironie | | | La négation mécanique aide à me débarrasser de la terreur devant les pédants : prenez la bêtise raisonnable – le mensonge d'une conscience indépendante est une conscience libre – et comparez-la avec la bêtise savante - « La vérité de la conscience indépendante est la conscience servile » - Hegel - « Die Wahrheit des selbständigen Bewußtseins ist das knechtische Bewußtsein ». Le maître vaut par ses mensonges, devenus vérités à la génération suivante ; l'esclave vaut par la mémoire des vérités courantes. L'indépendance d'esprit est dans le sacrifice (de ce qui ne dépend plus que des autres), plutôt que dans la fidélité (à ce qui ne dépend que de moi). | | | | |
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| ironie | | | Les citations de ce livre sont un tribut à l'intentionnalité et, en même temps, sa réfutation : tant de mes métaphores gagnent (en clarté) à être encadrées par un arbre structurel (des substances ou relations) et par un arbre logique (des fraternités, négations ou antonymes) ; mais l'unification avec d'autres arbres aurait tout autant gardé l'essence du mien. | | | | |
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| ironie | | | Le voyage à partir du rien vers l'être, en s'arrêtant sur les étapes de l'étant, s'appelle le devenir. Telle est l'abyssale philosophie de Parménide, Hegel, Sartre, Heidegger. Certains s'apercevront, à la fin, que l'être n'est rien d'autre que le rien du départ ; d'autres, encore plus perspicaces et courageux, appelleront cette bourde gênante - éternel retour du même, se détourneront de toute négation, pour prôner l'acquiescement universel. | | | | |
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| ironie | | | Peut-on être, en même temps, immunisé contre le pessimisme et allergique au désespoir, être optimiste à l'occasion et rejeter l'espérance inodore ? L'espérance est affaire des poumons : désespérer en respirant, espérer en soupirant - à l'inverse de Cicéron : « tant que je respire j'espère » - « Dum spiro, spero » et d'Anselme : « désespérer en soupirant, respirer en espérant »*** - « desperem suspirando, respirem sperando ». | | | | |
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| ironie | | | Pourquoi opposer la communication dans l'espace à la transmission dans le temps (R.Debray), puisque non seulement on peut communiquer à travers les temps et transmettre à travers l'espace, mais les meilleurs de ces contacts se font hors temps et hors espace, soit en profondeur, soit en hauteur ? Et même si « l'intrication temporelle est supérieure à l'étalement spatial, le non commutatif est supérieur à la symétrie »* - Badiou, le oui distributif est supérieur à la réflexivité. | | | | |
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| ironie | | | Trois sujets, trois sources inépuisables d'ennui et de niaiserie - la vérité, la liberté, l'être. Mais si je peux opposer à la vérité et à la liberté leurs contraires plus aguichants, le rêve et la contrainte, les innombrables antonymes de l'être - le devenir, l'avoir, le paraître, le néant, la contingence - irradient la même grisaille. Et le superlatif n'y est pas plus brillant que le négatif ou le comparatif : « L'Être est ce qu'il y a de plus vide, de plus général, de plus net, de plus usité, de plus sûr, de plus oublié, de plus exprimé » - Heidegger - « Das Sein ist das Leerste, das Allgemeinste, das Verständlichste, das Gerbräuchste, das Verläßlichste, das Vergessenste, das Gesagteste ». | | | | |
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| ironie | | | Chez Nietzsche, Valéry, Cioran, il y a une espèce d'obsession, maladroite et mal-orientée, pour le fond – la force, la connaissance, la fébrilité - où ils s'avèrent assez médiocres, tout en étant brillants dans les exacts contraires, se résumant dans la forme : l'acquiescement résigné, l'intelligence intuitive, le style équilibré. Les défauts de notre esprit, favorisent-ils les qualités opposées de notre âme ? | | | | |
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| ironie | | | Le besoin d'élargir la gamme musicale pousse l'enthousiaste Cioran vers les notes lugubres et le négateur Nietzsche – vers les notes acquiescentes : tandis que le musicien de l'intérieur Valéry reste fidèle à son élégance primordiale. Tout est inventé chez les premiers et authentique – chez le dernier. | | | | |
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| ironie | | | Qui, aujourd'hui, est philosophe universitaire ? - c'est celui qui, sans vergogne, alignera des centaines de pages charabiques, partant de Le non-être (néant, rien, ensemble vide, inexistant) n'est pas ou de Penser, c'est penser à quelque chose (à Dieu, au bonheur, à la liberté), et développant ces avortons par ce qui aurait pu les précéder ou s'en ensuivre. On tire, au hasard ou en suivant la routine séculaire, des mots dans un sac, avec une douzaine de verbes et une douzaine de substantifs. Dans la logorrhée ainsi produite, toute négation s'accole et s'insère sans aucune résistance ; l'interchangeabilité verbale et conceptuelle y est un jeu d'enfant. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, la musique et la métaphore semblent être des synonymes, lorsqu'on y voit le contraire du sérieux dans, respectivement, la vie, la pensée et l'art, et ce synonyme, bizarrement, s'articule autour du jeu. | | | | |
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| ironie | | | Les idées, qui triomphent dans les faits, se ternissent plus vite que celles, dont l'éclat n'a pas besoin de reflets visibles. L'étrange densité de belles idées qui s'avérèrent catastrophiques. Il existe même une solidarité des idées, permettant de cohabiter avec leurs indéboulonnables mais fraternels contraires. | | | | |
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| ironie | | | Le dogmatisme - ceci ou cela ; la dialectique - ceci, mais aussi cela ; le relativisme - cela vaut ceci ; l'ironie - cela sert à ceci. L'ironie entretient l'intensité de l'axe tout entier ; les autres s'occupent de ses partitions désaxées. | | | | |
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| ironie | | | L'amitié naît du partage des pleurs et des rires, c'est à dire de l'intelligence et de l'ironie. L'animosité, à l'inverse, se manifeste dans un chiasme moqueur : « Il faut démolir le sérieux de nos opposants par le rire, et leur rire – par le sérieux » - Gorgias. Trop de pédanterie ou de pitreries dans le sérieux torpillant le sérieux ou dans la blague à l'assaut de la blague. | | | | |
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| ironie | | | Ils écrivent paisiblement au salon, en compagnie des dieux du foyer, protégé contre les caprices du ciel. Que peuvent-ils comprendre d'une écriture, née dans des ruines, désarmée et vulnérable, face à son étoile, sans connaître de lieu à soi ? Ses dieux l'y abandonnent, et l'inquiétude remplit son exil. | | | | |
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| ironie | | | La hauteur joue le rôle décisif dans l'acquiescement, que j'adresse au monde, acquiescement hautain. Toutes les déchirures et conciliations sont égalisées et surpassées par une judicieuse mise en hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Quand on ne voit dans la révolte que le reflet de la chose niée, vite on trouve celle-là dérisoire et surannée. Le conformisme a toujours l'échappatoire de l'ironie. La meilleure révolte est dans la mise de barrières ou dans la prise de hauteur. | | | | |
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| ironie | | | La rareté augmente le prix, et le progrès - de l'homogène à l'hétérogène – les fait flamber, tandis que l'ironie - de l'hétérogène à l'homogène - déprécie les marchandises en les mettant sur le même rayon. Les choses les plus rares sont sans prix. La noblesse, par exemple. Et, en plus, ce qui est rare pour l’esprit profond est beau pour l’âme hautaine (Valéry) ; l’inverse : « Tout ce qui est sublime est aussi difficile que rare » - Spinoza - « Omnia praeclara tam difficilia quam rara sunt » serait aussi vrai. Le respect du rare serait signe de la culture : « L’humanité ne grandit que par la vénération du rare » - Nietzsche - « Verehrung des Seltenen, durch die allein die Menschheit wachse ». | | | | |
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| ironie | | | Les jargonautes définissent l'ironie comme une négativité infinie absolue (Kierkegaard), tandis qu'une positivité finie relative, y conviendrait tout autant. L'ironie est effacement de frontières entre le grave et le léger, entre le tout et la partie, entre le oui et le non. | | | | |
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| ironie | | | Je prône la contrainte, l'acquiescement, le rêve ; je lève la tête, je vois l'intellectuel lambda – il est libre, rebelle, au contact avec la réalité – je comprends que j'y suis un intrus, un ennemi ou un fantôme. | | | | |
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| ironie | | | Je me sens plus près des fabricants de lunettes que des analystes d'yeux ou des synthétiseurs de la nature. Ad instrumentem, le contraire de ad hoc, et plutôt que ad hominem ou ad rem, qui, après de fugitifs ad laudem et ad libitum, n'aboutissent que trop souvent à ad nauseam, quand ce n'est ad digitum, juste avant d'être envoyé ad patres. Le goût est dans le choix des choses (ab ovo), l'intelligence - dans les outils (ab actu), la hauteur - dans la part de l'homme (ad oculos), quand ce n'est de la femme - ad foeminam. | | | | |
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| ironie | | | Pourquoi l'homme Nietzsche est si mesquin et malheureux ? - parce qu'il lui manque l'ironie, ce contraire du sérieux et du grave (dans la vie et dans l'art), et la pitié, ce compagnon du Bien (dans la vie). Ignorant ces deux élans, il les opposait ; pour lui, l'ironie de Voltaire et la pitié de Rousseau furent incompatibles. | | | | |
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| ironie | | | Ma force réclame la négation, et ma faiblesse déclame mon acquiescement. J'adhère à la plus intelligente. | | | | |
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| ironie | | | La différence, spirituelle ou stylistique, entre l'acquiescement ou la négation, face au monde : on chante le oui au mystère de la vie, on récite le non à sa solution. | | | | |
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| ironie | | | Une bien comique opposition spéculaire entre l’insouciance du devenir (sorgloses 'ich werde') hégélien et le souci de l'être heideggérien. L'innocence du devenir nietzschéen, ayant atteint l'intensité de l'être, serait leur unification. | | | | |
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| ironie | | | Si je devais choisir, comme tout le monde, un contraire ou un complément à l'être (comme devenir, temps, avoir, néant, destin, événement, étant), je prendrais la représentation, qui, pour l’œil, semble recouvrir l'ensemble de l'être, mais pour l'esprit, en laisse une infinité d'aspects irreprésentables ou insondables. | | | | |
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| ironie | | | On a beau chercher le meilleur remède pour se débarrasser du souci de l'être de l'étant, rien ne vaut la néantisation de l'en soi pour soi. | | | | |
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| ironie | | | Devenir utile ne veut pas dire, automatiquement, cesser d'être beau. C'est une fausse irréversibilité ! La sagesse est dans le passage du possible à l'impossible et de l'utile à l'inutile ! L'artisanat fait l'inverse et croit son travail irréversible. | | | | |
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| ironie | | | L’ironie permet de banaliser tant de choses d’apparence tragique ; je le remarque, puisque tous les révoltés d’aujourd’hui, graves et prétentieux, sont obsédés par rendre tragiques tant de choses banales. | | | | |
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| ironie | | | L’ironie est la meilleure dialectique ; elle permet de rester dans l’acquiescement moqueur, sans s’encanailler dans la négation, sans pinailler dans une synthèse, toujours ou lourde ou plate. | | | | |
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| ironie | | | En traitant d’absurdes la plupart de grands ouvrages philosophiques, il faut se rappeler que l’absurdité, étymologiquement, ne fut pas l’absence de sens mais l’absence de musique. Chez Kant, l’abondance de sens et le vide musical – la banalité des jugements. Chez Hegel, le sens arbitraire (toute transformation par négation, complémentarité, inversion de sujet et d’objets laissant le discours amphigourique au même degré de tangence), la prétention à la musique avec une oreille de sourd. Chez Heidegger, le sens noyé dans l’absurdité morphologique, mais une bonne imagination apportera un sens insoupçonné par l’auteur lui-même, puisque la musique y est réelle. | | | | |
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| ironie | | | Aucune définition opératoire du monde, de la substance, de la liberté, de Dieu n’est possible. Et pourtant, tant de raseurs dissertent sur l’indécidabilité des antinomies kantiennes… | | | | |
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| ironie | | | Un conseil aux thésards en philosophie : pour diluer la logorrhée, par trop nauséabonde, sur l’être, ensevelir l’objet des quolibets sous un titre multi-étagé comme De la résolution de quelques apories dans la justification de la mise en place de la base de l’édifice de l’être. | | | | |
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| ironie | | | Plus ta conscience est trouble, inexplicablement, plus ton rêve gagne en pureté, en intensité et en crédibilité. Avec la vie, ce contraire du rêve, c’est l’inverse : « Une conscience endormie – voilà la vie idéale »* - M.Twain - « A sleepy conscience: this is the ideal life ». | | | | |
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| ironie | | | Si je vous disais, que la contrainte est l’élévation de l’esprit au-dessus des contradictions de la raison, vous auriez parfaitement droit de me traiter de bavard bête, creux et irresponsable. Ce que vous auriez dû penser aussi de celui qui disait : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’esprit » - Hegel - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Tout Hegel est fait de ces formules gratuites, facilement traduites en niaiseries encore plus évidentes. | | | | |
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| ironie | | | Chez celui qui ne se sert que d’un seul langage, de celui du troupeau, la contradiction est signe de bêtise. Mais chez un créateur de langages, les prétendues contradictions ne témoignent que d’une richesse langagière. Prenez Nabokov - à un endroit il dit : « L’écrivain est mort, quand il se met à se préoccuper des questions telles que : qu’est-ce que l’art ? ou en quoi consiste le devoir de l’écrivain ? » - « Писатель погиб, когда его начинают занимать такие вопросы, как что такое искусство ? и в чём долг писателя ? », mais ailleurs, nous lisons chez lui : « Le devoir de l’écrivain est de porter une flamme dans son regard » - « Долг писателя - огонёк в писательских глазах » et « L’art pur apporte plus de bien qu’une bienfaisance décousue » - « Чистое искусство принесёт больше пользы, чем бестолковая благотворительность ». | | | | |
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| ironie | | | La méthode cioranique : pondez une phrase, aléatoire et creuse, par exemple : Le plat regard sur nos joies nous maintient en état de spectateurs apaisés. Introduisez-y quelques négations, emphases, angoisses et vous obtiendrez : L’exploration intellectuelle de nos paniques nous transforme en acteurs ahuris. Comment Gallimard pourrait-il résister à ces tours de passe-passe ? Cette méthode infaillible s’applique aussi bien aux contes de fées qu’aux comptes-rendus, pour finir par décorer les murs des chambres funéraires. | | | | |
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| ironie | | | Certains chagrins ne s'expriment qu'à travers des rires ; certaines joies sont le mieux traduites par un mot mélancolique ; c'est ce qui s'appelle ironie - une bonne amplitude et harmonie des opposés. Le refus de tomber dans la platitude expressive, par défaut de moyens, et même l'espoir d'en sortir grandi, par vertu des contraintes. | | | | |
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| ironie | | | Si être éveillé veut dire ne plus faire de rêves, c’est l’un des états les plus vils, dignes des robots. | | | | |
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| ironie | | | Négation musicale ou seulement bruyante : l’ironie est une négation élégante ; la vocifération est une négation grossière. | | | | |
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| ironie | | | Aux superficiels on oppose les profonds, mais aux profonds il faut opposer les hautains. | | | | |
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| ironie | | | La négativité psycho-sociale de Cioran ou de J.Baudrillard, par son contenu, débouche, presque toujours, à un galimatias ampoulé et décousu, mais elle apporte un appui juste à la critique de la philosophie ou de l’art officiels. Mais une bonne critique est toujours ironique et enthousiaste, deux qualités, disparues depuis un siècle. | | | | |
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| ironie | | | Dans leur jeunesse, les philosophes académiques agitent des idées nouvelles (en réalité – des banalités ou des plagiats), dans leur vieillesse, ils balbutient que tout n’est que vanité (l’aveu implicite d’une honte). Chez les bons philosophes, la chronologie des ambitions s’inverse. | | | | |
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| ironie | | | Le rejet du monde s’appuie sur les évidences – la mort, les injustices, la facilité du dégoût. L’acceptation du monde est rare chez les imbéciles et fréquente chez ceux qui ont leur propre regard et leur propre goût ; les premiers se vautrent dans leur propre platitude apaisée, les seconds sondent la profondeur terrestre mystérieuse à partir de leur hauteur céleste houleuse. | | | | |
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| ironie | | | En restant au sein d’un même langage, on se répète, fatalement ; en s’en détachant, on se contredit, librement. Ni parcours ni fins ne sont jamais originaux ; ne le sont que les commencements ; c’est pourquoi l’écrivain le plus individué et libre, c’est l’aphoriste. | | | | |
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| ironie | | | L’Histoire est une collection d’anecdotes tellement volumineuse et décousue que n’importe quelle bassesse y trouvera sa justification, n’importe quelles incohérences y cohabiteront. Les sots y décèleront même une dialectique. | | | | |
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| ironie | | | Ne pas avoir de lecteurs est une très mauvaise raison pour m’en enorgueillir (comme le font, pourtant, Diderot ou J.G.Hamann – quis leget haec ?). Il faut m’assurer que mes paroles, placées en tel lieu de l’esprit, vues sous un tel angle de l’âme et fondées sur de tels critères du cœur – elles sont insurpassables ! Mais votre esprit est la foire ; votre âme est atavique ; votre cœur est flasque. J’écris de l’âme à l’âme, de l’âme-élan à l’âme-sœur, dans un univers sans lieux visibles ni dates lisibles. | | | | |
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| mot | | | Le mot a toujours en vue ce qui le nie. L'idée, c'est une solide frontière avec l'idée contraire. Le mot est donc dans le regard, l'idée - dans les mesures : distances, surfaces, volumes. | | | | |
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| mot | | | Quatre merveilleuses machines, qui donnent naissance à la compréhension du discours : la syntaxique (intentions, types de coordination, ellipses, synecdoques), la logique (négation, quantification, évaluation, connexion), la sémantique (typologies de liens, métonymies, qualification, accès aux objets), la pragmatique (métaphores, goût, conjoncture). La merveille est dans leur coopération, en parallèle, et dans leur contact permanent avec le modèle conceptuel, qui les valide et prépare l'émergence du sens. « Pour atteindre le sens entier du discours il faut atteindre le sens du modèle de la réalité »** - Searle - « Any complete account of speech requires an account of how the mind relates to reality ». | | | | |
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| mot | | | La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme. | | | | |
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| mot | | | Dans l'esprit se déroulent des métaphores de l'illumination, indexées de désir, sans noms ni verbes, ne relevant d'aucune langue et pointant sur des objets, liens, variables (nomena nescio), valeurs de vérité. La langue le transforme en références (d'objets et de liens) et en formules logiques. Elle y introduit le temps, joue avec des qualificatifs, la négation, l'ellipse, bref avec ce qui n'apporte presque rien à la pensée. | | | | |
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| mot | | | Quand on comprend, que le verbe être peut remplacer tous les autres verbes et que des variables peuvent se substituer à tous les noms, on se met à pratiquer la logique - les quantificateurs et la négation, la poésie - la liberté dans le choix des variables et des adjectifs, ou la philosophie - en alternant les points d'interrogation et d'exclamation. | | | | |
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| mot | | | Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien. | | | | |
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| mot | | | Mes litanies de la hauteur devraient peut-être s'appeler acméistes (acmé - apogée) ou météoro-logiques (météoron - hauteur). Pasternak parlait de « la hauteur résistant à la vicissitude de la rue ». Et son contraire s'appellerait - acrophobie, phobie de la hauteur. | | | | |
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| mot | | | Suivre ses idées - création autodestructrice, à portée de tout ingénieur ; obéir aux mots - création autocréatrice, réservée aux ivrognes et aux poètes. Dès que la musique des mots est trouvée, leur sens vient tout seul, sous forme d'idées. L'inverse, « Occupe-toi du sens, les sons s'occuperont d'eux-mêmes » - L.Carroll - « Take care of the sense and the sounds will take care of themselves » - est inepte. | | | | |
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| mot | | | Le déclin devrait signifier perte de la hauteur et effondrement dans la platitude, dévitalisation du vouloir du rêve et la robotisation de la volonté de puissance – le contraire de la vision nietzschéenne. | | | | |
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| mot | | | L'Esprit Saint procède-t-il du Père et du Fils ou par le Fils (filioque) ? Une question de transitivité verbale, à l'origine du schisme Rome-Constantinople ! Une malencontreuse substantivation du pronom négatif - sans Lui fut fait le Rien - provoqua le malheur Cathare ! | | | | |
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| mot | | | Ils se disent submergés par des idées se refusant au verbe. Cas clinique des sots incurables. Je n'ai jamais vu le cas contraire : « Il se prépara un grand vocabulaire - et attendit toute sa vie une idée » (N.Barney). | | | | |
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| mot | | | Dans l'espace verbal, l'éternel retour est une réfutation de Flaubert et de Nabokov et de leur façon finale et parfaite de décrire un porte-allumettes ou de développer logiquement le thème des allumettes - après - gloire et éternité - Valéry. En polissant mon verbe, par le paradoxe, l'ironie, la négation, je finis par me retrouver avec le message initial, le vitalisme se jouant du verbalisme. Et Kant se retrouve, lui aussi, du côté des peintres de porte-allumettes : « Dans l'art, il ne s'agit pas de représentation d'une belle chose, mais de la belle représentation d'une chose » - « Im Kunstschönen handelt es sich nicht um eine Darstellung von einem schönen Ding, sondern um eine schöne Darstellung von einem Ding » - celui qui représente est rarement un peintre. | | | | |
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| mot | | | Tout mot, renvoyant à un concept, aurait dû être accompagné d'une liste de concepts antonymes, pour que nos interprétations soient sensées (l'affirmation ne valant que par ce qu'elle nie…) ou efficaces. Dressez cette liste interminable, pour penser et être, et vous vous rendrez compte du creux béant du cogito. Et la notion de différance de Derrida y est la bien-venue, elle serait « un tissu de différences », à la base d'un discours bien bâti. | | | | |
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| mot | | | Les hommes pensent, que les objets sont définis par des mots, tandis que c'est le contraire qui est vrai, aussi bien en poésie qu'en mathématique : les mots se définissent par les, ou mieux - s'attachent aux - objets. | | | | |
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| mot | | | Il n'y a que deux types de véritable négation : non X (où X est référence de valeur, d'objet ou de relation) et il est faux que X (où X est une proposition) ; ce qui se traduit par : être différent de X et il est impossible de prouver que X. Le français est plein de fausses négations (qu'on appelle syntaxiques - restrictives ou qualificatives) : ne … que, ne … point, ne … guère, ne pas + inf., nullement, aucunement. Et lorsque le temps s'en mêle, ça donne des curiosités comme : « Les Russes ne seront jamais vraiment policés, parce qu'ils l'ont été trop tôt » - Rousseau. | | | | |
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| mot | | | Pour les Grecs et pour Heidegger, une affirmation devient vraie, lorsqu'elle se débarrasse de voiles, qui la cachaient, d'où le dévoilement (aléthéia - Unverborgenheit) ; l'un des contraires populaires de caché (renfermé), c'est l'ouvert, d'où la perplexité d'un mathématicien, qui découvre l'Ouvert heideggérien, se détournant des limites et convergeant facilement aussi bien vers l'apophatique vérité que vers l'arrogant Être (partant de offen – ouvert et tombant sur Offenbarung – révélation ou dévoilement). Cet Ouvert promet une sortie des ténèbres vers la lumière, tandis que celui de Rilke, au contraire, nous conduit d'une lumière facile au bord de la nuit et du rêve. Le mot dé-claration aurait pu signifier un mouvement, opposé à aléthéia : priver une chose de sa clarté. | | | | |
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| mot | | | Plus vaste est la platitude niée, plus haut est l'horizon qu'on vise ; c'est pourquoi l'Allemand, s'attaquant à toute une contrée (les Philistins) est plus hautain que le Français avec son bourg (le bourgeois) ou le Russe avec sa ville (мещанин). | | | | |
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| mot | | | Dans les tâches intellectuelles, le mot a deux fonctions radicalement divergentes : exprimer la forme-style ou rendre le fond-pensée. La mémoire ne garde que la seconde facette ; l'absorption de la première ne laisse que le plaisir. Dans le résumé du fond, il ne doit plus rester de mots, tout doit être traduit en concepts ; la survivance des mots y serait signe d'un discours creux, verbeux. Avec la plus belle des formes, c'est l'inverse qui se produit : ne reste que le mot élevé au grade d'image. | | | | |
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| mot | | | Strictement parlant, les seuls mots du vocabulaire à avoir un sens (indépendamment de la représentation sous-jacente) sont les mots auxiliaires de la logique (les concepts logiques sont les mêmes pour toutes les langues, mais leurs traductions portent des traces grammaticales et morphologiques de chaque langue particulière). Ces mots reflètent les négations, les quantificateurs, les déterminants, les connecteurs, les modalités. Chaque langue a, en plus, une hiérarchie spatio-temporelle implicite de ces constantes méta-logiques, sous forme des priorités dans l'analyse et la transformation des phrases en propositions (distribution de parenthèses). | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, la compréhension d'une phrase doit aboutir à l'accès aux objets ; le processus de cet accès s'appelle interprétation (s'appuyant sur une grammaire) ; dans les langues indo-européennes, la priorité chronologique, après les connecteurs logiques et la négation syntaxique, est donnée aux verbes, mais il doit exister des langues, où c'est le nom ou la préposition, qui jouent ce rôle, ce qui serait, respectivement, plus pragmatique ou plus abstrait. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens. | | | | |
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| mot | | | Essai de définition de contraires : le contraire de retour s'appellerait changement, celui d'éternel - fermé, celui de même - grossi ; c'est avec de telles contraintes qu'on trouve la meilleure interprétation de l'éternel retour du même. | | | | |
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| mot | | | Le sage aurait dû être le contraire d'insipide - plein de saveur ! Savoir aurait dû signifier – avoir du goût ! | | | | |
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| mot | | | Trois moyens, pour pouvoir parler d'une chose en étendue, en profondeur, en hauteur : en donner une définition, l'évoquer par une métaphore, la circonscrire par des antonymes ; et l'on aura pour interlocuteur respectif un homme intelligent, un philosophe, un rêveur. | | | | |
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| mot | | | Le doute français se rapproche bizarrement des certitudes : douter - se douter, à moins que ce soit l'effet d'une double négation : s'obliger à douter aboutissant à se raidir. Ou bien, ce qui est encore plus subtil, ce serait le choix d'objet du doute qui métamorphoserait ce verbe : « Je doute de ce que je sais, je me doute du reste » - Lacoue-Labarthe. | | | | |
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| mot | | | Je ne vois ni des universaux linguistiques, ni des dispositions linguistiques innées (innate capacities), dont parle Chomsky ; je ne vois que des universaux mentaux (structures, objets, relations) ou logiques (connecteurs, quantificateurs, négation, déterminants) ; eux seuls expliquent l'apprentissage fulgurant de langues, par des mômes (le mental évoluant parallèlement au langagier), et dont sont incapables les adultes (dont le mental est déjà soudé au langagier). | | | | |
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| mot | | | La modeste métaphore de point zéro (de la réflexion, de l'écriture, de la volonté) couvre totalement tous ces avortons de concept : le non (des non-rebelles), la négativité (des non-cogniticiens), la négation (des non-logiciens), le néant (des non-poètes), le vide (des non-mathématiciens). | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent. | | | | |
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| mot | | | Tant de fronts froncés au-dessus du savoir ou de l'esprit absolus, tandis que, pour les Germaniques, écrasés par l'érudition hégélienne, ce mot signifierait tout bêtement absous, résolu, réconcilié, suite à la brumeuse résolution dialectique, débouchant, Dieu sait pourquoi, sur une perfection. La même fortune (pour)suivit les mots universel, aliéné, essentiel. D'ailleurs, la dialectique, qui ne se rend pas compte, que la plupart des contradictions se réduisent au choix de langages et non pas à la logique, est bancale, comme le sont des concepts qui lui sont attachés. | | | | |
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| mot | | | Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes. | | | | |
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| mot | | | Trois avortons de concepts : le non-être, le rien, le néant, nés de l'incapacité de manier la négation, la complémentarité ou l'ensemble vide. La joie des bavards, joie encore plus irresponsable que celle de l'être affirmatif. | | | | |
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| mot | | | Dieu le juste, ou la Nature maligne, munirent l'homme de bons outils, pour affronter le monde, aussi bien en représentation - les notions aprioriques d'espace-temps, qu'en interprétation - la logique. Je soupçonne, que les seuls éléments grammaticaux, présents dans toutes les langues du monde, soient de nature logique : connecteurs, déterminants, négations, quantificateurs. Ces deux outils (que de savants jargonautes appellent, respectivement, grammaire de transcendance ou grammaire d'immanence) ne s'opposent absolument pas, mais se complètent. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique. | | | | |
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| mot | | | Au stade pré-langagier, dans la pensée se cristallisent les sujets et les objets (leurs chemins d'accès), les modalités (devoir, vouloir, pouvoir), la logique (les connecteurs, les quantificateurs, la négation) ; l'enveloppe langagière se forme comme résultat de deux mouvements opposés : de la pensée encore inarticulée et de la langue déjà accueillante. « L'essence du langage : une pensée reçue du dehors » - Levinas – ce dehors concerne la langue et non pas le sujet, les phénoménologues et les philosophes analytiques obtus ne le comprendront jamais. | | | | |
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| mot | | | Le sophiste, c'est celui qui est fasciné par la merveille qu'est la langue (et son sous-ensemble qu'est la logique) ; son contraire s'appelle réaliste : une morne exhibition de faits inarticulés. Que Diogène (« solvitur ambulando ») est bête devant Zénon (« vole et ne vole pas ») ! | | | | |
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| mot | | | Chaque fois que le sage change d'éclairage, d'ambition, d'état d'âme, il change de langage ; ses contradictions apparentes ne remettent pas en question le statut de ses langages. Le sot s'imagine porteur d'un même langage, et toutes ses contradictions s'y logent. | | | | |
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| mot | | | La compréhension des thèses d'un auteur se détermine par le choix de leurs négations (ou antonymes). Prenez, par exemple, Nietzsche, le contraire de danser ou vibrer - maîtriser, de l'Éternel Retour - le gain en maîtrise, du surhomme - le maître de soi. N'oublions pas, que les sept péchés capitaux ne sont pas des négations des sept vertus. Et qu'en grec, la vérité (aléthéia ou amen) serait opposée à l'oubli ou au commencement, et exister (ek-sister) - à rester en soi-même. | | | | |
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| mot | | | Le mot peut être vu sous deux angles : linguistique et instrumental. Dans le premier cas, il fait partie d'un vocabulaire, sans aucun autre élément de structuration que la morphologie et la syntaxe. Dans le second cas, il est étiquette d'un concept, faisant partie d'un vaste réseau sémantique. Dans le premier cas, le vocabulaire comprend des unités lexicales, prenant en compte la logique : les déterminants, les connecteurs, la négation, les quantificateurs. Dans le second cas, parmi les mots figurent des variables, des méta-concepts : les classes, les liens syntaxiques, les attributs, les passerelles tropiques ; certains verbes, être, avoir, verbes modaux, reflètent la sémantique du sujet ou des liens pré-câblés. Cette vision, parfaitement bien comprise par St-Augustin, est complètement ignorée par nos contemporains. | | | | |
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| mot | | | La confusion entre l’être-existence (relation unaire) et l’être-identité (relation binaire) est bien illustrée par Gorgias, pour confondre Parménide : « Le non-être est le non-être ». | | | | |
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| mot | | | Un test infaillible (le shit-detector de Hemingway), pour constater qu'on est en face d'une logorrhée aigüe : passer à la négation, syntaxique ou sémantique, des sentences - si le degré de crédibilité de la négation est le même que celui de l'affirmation, la pestilence est certaine. Appliqué, avec succès, à beaucoup d'écrits de phénoménologues ou d'autres écolâtres ; un résultat résolument négatif avec Heidegger ou Valéry. | | | | |
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| mot | | | La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration. | | | | |
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| mot | | | Pour que le vertige du commencement soit libéré de la sobriété des fins, il fait détacher début du but. | | | | |
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| mot | | | Les références (d’objets et de relations) et les implémentations du paradigme logique (la négation, les connecteurs, les quantificateurs) constituent une méta-grammaire (que Chomsky appelle grammaire universelle), à laquelle sont soumises toutes les langues naturelles. | | | | |
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| mot | | | Une proposition en langue naturelle est définie par cinq éléments : l’émetteur-récepteur (sujets de représentation et d’interprétation), la formule logique sous-jacente (connecteurs, négations, quantificateurs), les mots auxiliaires (typologie de phrases, modalités, degrés de certitude), la mémoire du contexte (acteurs, objets courants), les références d’objets (formulées par l’émetteur, interprétées par le récepteur). La proposition est une idée langagière, et le monde des idées est, évidemment, infiniment plus riche que le monde des objets. Pour ce lourdaud de Spinoza, ils sont équivalents. | | | | |
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| mot | | | Surprenante – et juste ! - opposition, que Kant crée entre la raison pure et la raison pratique. Et Feuerbach, en l’appliquant au regard, la rend encore plus propre : « Le regard pratique est un sale regard » - « Die praktische Anschauung ist eine schmutzige Anschauung ». | | | | |
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| mot | | | Habitude vient de habere ; dommage que essai, qui s'oppose à habitude, ne vienne pas de esse ! La parenté avec habiter (comme celle de Gewohnheit - avec wohnen) est étrange : l'avoir en demeure s'appellerait-il - l'être ? Et l'être de l'homme est si souvent confondu avec le vulgaire habitus. | | | | |
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| mot | | | Chez l’homme, il n’existe pas de compétence linguistique innée. Deux choses sont innées : la volonté (de désigner les relations entre objets et de les évaluer) et la logique (connecteurs, négation, quantificateurs, temporalité). La communauté sociale linguistique ne fait que les projeter sur une grammaire, bâtie au-dessus de cette volonté individuée et de cette logique universelle. | | | | |
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| mot | | | À leur disjonction je rêve ou je veille, j’oppose ma conjonction je rêve où je veille. | | | | |
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| mot | | | Le relief du français fait ressortir les concepts avant les relations, l'anglais fait l'inverse, l'allemand et le russe entourent les deux d'une même indétermination. Le nombre de concepts dépassant, de loin, celui de relations, le français se prête mieux aux œuvres de l’esprit, mais en moindre mesure à celles de l’âme. | | | | |
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| mot | | | L’analyse de toute phrase correcte en langue naturelle aboutit à une formule logique. Dans les phrases suffisamment complexes on trouve presque toujours des variables implicites, aux valeurs indéterminées et donc, au départ, vagues. Aucun logicien, sans parler de linguistes, n’est capable de traiter rigoureusement la négation (syntaxique et sémantique), puisque même dans les cas simples la pré-existence d’une représentation conceptuelle est indispensable, ce qui échappe à ces scientifiques. Pourtant, l’un des plus célèbres affirme : « En logique, il ne peut pas y avoir quelque chose de vague » - Wittgenstein - « Eine Vagheit in der Logik kann es nicht geben ». | | | | |
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| mot | | | Le seul moyen, honnête et franc, de faire cohabiter, au sein d’un même langage, des avis contradictoires est de les munir, tous, d’ardeurs ou de palpitations comparables. | | | | |
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| mot | | | De l’embarras, créé par la polysémie du mot, on peut sortir soit d’une manière primitive, en pointant des objets de son voisinage, soit d’une manière subtile, en en formulant une des négations possibles. Dans un discours, souvent, l’absurdité de la négation prouve l’absurdité de l’assertion. | | | | |
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| mot | | | Le mot liberté a tant d’acceptions, qu’il est champion toutes catégories en volume des bavardages hétéroclites, qui ne se donnent même pas la peine d’en définir l’antonyme. | | | | |
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| mot | | | Deux profanations verbales : en vociférant Je ne suis pas d’accord avec ce monde, ils parlent de négation ; en proclamant Le monde est absurde, ils se prennent pour nihilistes. | | | | |
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| mot | | | La plus noble fonction du langage est de produire des contradictions ou harmonies nouvelles, afin de réconcilier ou de faire se rencontrer l'esprit avec l'âme. Ses fonctions barbares nous laissent en compagnie d'un esprit robotique ou d'une âme moutonnière. | | | | |
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| mot | | | La substance d'un concept ne peut être saisie sans claires indications de ses contraires intéressants. Que vaut cet avorton d'être, si pour ses contraires on nous exhibe un fantomatique non-être (engendré par des eunuques de la négation), un aptère devenir (qui n'est que l'être lui-même, muni d'une échelle temporelle), un insaisissable néant (pas plus riche qu'un ensemble vide) ? | | | | |
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| mot | | | En matière des niaiseries à nier, les assertions sont beaucoup plus vulnérables et instructives que les concepts. Tout Spinoza, tout Hegel, peuvent être ridiculisés de cette manière. La plupart des moralistes aussi. La possibilité, qui me manque, de réfuter que Dieu est, me cache son inexistence, est-ce plus absurde et bête que « L’impossibilité où je suis de prouver que Dieu n’est pas me découvre son existence » - La Bruyère ? | | | | |
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| mot | | | L’homme est d’autant plus intelligent et subtil qu’il maîtrise davantage de types de représentation de la réalité ou des abstractions. À toute représentation se superpose un langage, et les langages constituent les dimensions d’un homme. Le pitoyable homme unidimensionnel de H.Marcuse ou de Chomsky explique l’abject conformisme, résultant, pourtant, de la pratique du great refusal ; cet homme grégaire se réduit à la seule dimension sociale. Le solitaire, pluridimensionnel et créateur, est dans l’acquiescement au monde vertigineux, où règne la Loi divine et non pas la loi écrite. | | | | |
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| mot | | | Les syntagmes d’un langage naturel indo-européen : qui, quoi, comment, où, quand, pourquoi. Ils peuvent être négatifs, être précédés par des prépositions (cas grammaticaux), comprendre des inconnues (après le renvoi à la représentation sous-jacente). Leur syntaxe s’articule sur deux niveaux : l’enchaînement correct de syntagmes et les structures correctes internes à chaque syntagme. | | | | |
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| mot | | | Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours. | | | | |
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| mot | | | L’entité élémentaire d’une phrase, c’est la référence d’objets, mais on n’y accède qu’après avoir reconstitué l’ossature logique de cette phrase à partir des règles grammaticales, tenant compte des aspects phonétiques, lexicaux, syntaxiques et associées aux concepts logiques extra-langagiers – les connecteurs, les quantificateurs, les négations, les implications. Cette dernière démarche est propre de toutes les langues, ce qui échappe à tous les linguistes et à tous les philosophes, incapables de percevoir les rapports entre la langue (le mot ou un équivalent), la représentation (l’objet) et la réalité (la chose). | | | | |
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| mot | | | Le mot réalité a, au moins, deux sens presque opposés : le mystère de la Création divine (l’impossibilité, l’harmonie, la beauté) et la solution de l’action humaine (la transparence, la prévisibilité, le contraire du rêve). « Qu’y a-t-il de plus fantastique et inattendu que la réalité ? » - Dostoïevsky - « Что может быть фантастичнее и неожиданнее действительности ? ». | | | | |
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| mot | | | En IA, les objets d’une représentation peuvent ne pas dépendre d’une langue naturelle particulière et être utilisables par toutes les langues. Pour interpréter une phrase langagière, on substitue les objets aux parties du discours (mots ou équivalents), et son sens serait donné par un réseau d’objets (dans le cas où la proposition s’évalue à faux, ce réseau traduirait la raison structurelle de l’échec des substitutions). Pour traduire ce réseau, il faudrait des substitutions en sens inverse – passer des objets aux parties du discours ; ce paradigme s’appuierait sur un modèle du langage, si répandus aujourd’hui. | | | | |
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| mot | | | Contrairement aux mots vérité ou liberté, où le vague règne, le mot vie, a des antonymes assez nets, pour ne pas se tromper d’acception. Trois d’entre eux, les plus pertinents, correspondraient aux trois angles de vue, pratiqués, respectivement, par un biologiste, un cogniticien, un poète – matière inerte, raison, rêve. Face à matière inerte, la vie est un miracle de la Création. Opposée à raison, la vie exhibe des émotions, des états d’âme, des intuitions, des instincts. Avec rêve, la vie complète la double sphère de notre existence et se réduit aux actions. | | | | |
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| noblesse | | | En hauteur on domine sans nier ; la négation n'est qu'un prolongement de la platitude. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme, ce n'est pas la sotte manie de nier, mais la force et l'art de se passer des affirmations des autres, pour en bâtir ses propres. | | | | |
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| noblesse | | | Pour donner à mon oui une belle stature, il ne suffit pas d'avoir réfuté les non du factuel banal, résidant dans la platitude. Les non, dignes d'être combattus, sont ancrés profondément dans le factuel savant ; les grands oui sont déracinés et sont hébergés dans la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Exister, c'est trouver des aliments, qui entretiennent mon feu intérieur, sans en altérer la pureté. Vivre de mon feu et exister pour mon feu. Ce qui pourrait servir de contrainte à l'écriture : « La seule préoccupation de la pensée est, que la flamme, qu'elle entretient, brûle du feu le plus ardent et le plus pur » - A.Schweitzer. J'en vis ou je le nourris (le contraire de la salamandre de François Ier : « J'y vis et je l'éteins » - « Nutrisco et extinguo »), la hauteur en assurant la pureté (« Aucune hauteur ne m'arrête » - « Quo non ascendam » du Roi-Soleil). | | | | |
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| noblesse | | | Quand la vie est trop pleine de réel, le rêve est ressenti comme son contraire ; entre les yeux et le regard, je pencherai pour le dernier, qui ausculte l'invisible : « L'homme vit dans ce qu'il voit, mais il ne voit que ce qu'il songe »*** - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | L'engeance pseudo-pathétique pense, que la vie culmine grâce à la liberté, à la vérité et au courage. Qu'ils sont peu, ceux qui croient, que c'est, au contraire, dans de belles contraintes, dans la résistance aux vérités dégradantes et dans l'angoisse devant le mystère, que s'éploient leurs meilleures facettes. | | | | |
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| noblesse | | | Quand ils parlent de valeurs, le plus souvent, c'est du positivisme ou du négativisme, cohérents et systématiques, débouchant sur l'ennui ou le dogmatisme. Le négativisme devrait n'intervenir qu'en formulation de contraintes, et le positivisme n'apparaître que dans la manifestation du goût. Mais la même intensité, spirituelle ou artistique, devrait en constituer l'axe entier. La condition incontournable, pour l'entretien de cette construction, c'est la conscience et la maîtrise des ressorts poétiques du langage ; maîtrise, refusée à Parménide, Hegel ou Husserl, accordée à Nietzsche, Valery et Heidegger. | | | | |
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| noblesse | | | Ne vit vraiment en nous que ce que nous ne savons pas développer. Camera obscura. Le contraire du goût métaphorique s'appelle lumière herméneutique, effaçant l'impact originel. | | | | |
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| noblesse | | | Puisque tout est pur aux purs (St-Paul), ceux-ci n'ont jamais peur de se souiller. C'est le contraire de la hauteur qui est un tamis et un filtre, une peur vigilante. Il faut se sentir impur, sans même voir ses impuretés, ne fût-ce que pour comprendre, que Dieu a plus que les yeux. | | | | |
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| noblesse | | | L'horizontalité du gazon face à la verticalité de l'arbre. Paysage béni pour pique-niques, moutons et golfeurs ou climat à imaginer pour toutes les saisons d'un arbre - il faut choisir. « Le Français pense trop en termes d'arbre, le contraire de l'herbe, qui pousse par le milieu, c'est le problème anglais » - Deleuze. | | | | |
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| noblesse | | | Ce que j'ignore prépare ce que je dois, mais ce que je vois ne devrait pas effacer ce que je veux. C'est le contraire du : « L'homme peut ce qu'il doit » - Fichte - « Der Mensch kann was er soll ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce n'est pas le rôle du rêve que de me consoler par l'oubli - la vie, à mon réveil, m'affligera d'autant plus durement. Il faut rêver en éveil (« l'espoir, c'est le rêve de l'homme en éveil »* - Aristote) et ne chercher de consolations qu'auprès d'une vie endormie. Rêver pour dissoudre le visible dans le lisible, le contraire de « Ceux qui rêvent de jour sont conscients de tant de choses échappant à ceux qui ne rêvent que la nuit » - Poe - « Those who dream by day are cognizant of many things that escape those who dream only at night ». | | | | |
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| noblesse | | | Le regard naît avec la trouvaille de son propre souffle. Que ce soit dans la lumière d'une imagination, lux rationis, ou dans les ténèbres d'une sensibilité, tenebrae fidei. Le contraire de regard s'appelle inertie. « La vie noble s'oppose toujours à la vie par inertie »*** - Ortega y Gasset - « La vida noble queda contrapuesta a la vida inerte ». | | | | |
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| noblesse | | | Le nihiliste, qu'il faudrait dénoncer, est celui d'un arc lâche, intraduisible en lyre, de l'indifférence pour une intensité suffisante, de l'égalitarisme dans le choix de cibles et de distances. | | | | |
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| noblesse | | | En phylogenèse, la pureté précède la hauteur (Mozart et Beethoven, Pouchkine et Dostoïevsky, Schopenhauer et Nietzsche, Mallarmé et Valéry) ; en ontogenèse - plus fréquent est l'inverse. | | | | |
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| noblesse | | | Peu m'importe, quelles négations ou proclamations je lis sur ton bouclier ; je ne peux deviner ton véritable défi que par ta manière de te désarmer et de te taire, devant la vie et devant l'esprit. Que tes ailes te servent de panache et te portent loin des lieux, marqués par les armes, à l'opposé d'Achille : « Achille, divin preux, sent que ses armes le portent ; il croit avoir des ailes » - Homère. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme extatique : pas de table rase ni de nouveautés à tout prix, mais la recherche de ce qui est invariant ou intemporel, dans les vicissitudes courantes. | | | | |
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| noblesse | | | Le renversement ou le retournement des valeurs, auxquels m'invitent Baudelaire ou Nietzsche, inévitablement, prendront l'aspect mécanique, comme négations ou changements de signes. Lire les valeurs des autres et les renverser est un travail ingrat et sans grâce ; il faut inventer mes propres unités de mesure, ma propre balance et ma propre lecture des empreintes d'idées et de choses. | | | | |
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| noblesse | | | L'acquiescement radical est propre du soi inconnu ; la négation n'a sa place que parmi les contraintes et les buts du soi connu ; le mystère est dans l'existence même des axes et non pas dans des hiérarchies de leurs points ; l'instinct (liberté et volonté) détermine le oui, le calcul (intérêt ou savoir) dicte les non. | | | | |
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| noblesse | | | L’opposition entre le mécanique et l’organique : à la mesure répond la démesure (pour confondre les sages delphiques), des valeurs on arrive à l’axiologie (l’esthétique d’acquiescement dominant l’éthique de négation), aux vecteurs on préfère la hauteur et l’intensité (la noblesse hyperbolique). | | | | |
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| noblesse | | | La raison et la noblesse sont, le plus souvent, adversaires. La fin de la raison, c’est le désespoir ; le commencement de la noblesse, c’est l’espérance. « Le commencement de la philosophie n’est pas l’étonnement, mais le désespoir » - Chestov - « Начало философии не удивление, а отчаяние ». Maintenir l’étonnement, c’est maintenir l’espérance. | | | | |
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| noblesse | | | La contemplation me fait gagner de la largeur ; la réflexion me conduit à la profondeur ; mais je ne découvre la hauteur qu’en écoutant la musique de mes rêves – le contraire de : Tourgueniev : « Si ton but est la hauteur, tu ne dois plus penser à toi-même » - « Кто стремится к высокой цели, уже не должен думать о себе ». | | | | |
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| noblesse | | | L'optimisme naturel est l'apanage du repu ; c'est pourquoi je dois l'inventer. Le pessimisme superficiel accable les grands ; c'est pourquoi je dois en faire un haut choix libre. | | | | |
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| noblesse | | | Avoir dit non au bon ne rend pas plus convaincant mon oui au meilleur. La négation aide à comprendre, mais ne fait que nuire au bon goût. Par contre, ne répondre qu'aux meilleures questions est une bonne prophylaxie. Ne procéder aux substitutions que dans des requêtes riches de variables ! On devrait réserver les oui et non au médiocre pour accueillir le meilleur avec les ah et les oh. | | | | |
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| noblesse | | | Il y a trois sortes de thèmes, abordables par un intellectuel : ceux, où 90% des hommes sont dans le vrai - on pratique le paradoxe, en s'y opposant, ou le conformisme, en y adhérant ; ceux, où 90% sont dans le faux - le conflit est entre la bêtise et l'intelligence, l'ignorance et le savoir, la platitude et la profondeur ; enfin, dans le troisième domaine, un homme de palinodies, un homme d'esprit et de virtuosité, trouvera toujours de bons arguments pour soutenir soit l'un soit l'autre des avis contraires - le choix serait question de goût, de passions, de hauteur du regard. Le premier domaine accueille la majorité des cerveaux et des plumes ; l'arbitre du deuxième est le scientifique ; tandis que le troisième est le seul, où devraient agir le cœur du poète ou l'âme du philosophe. Postures, positions, poses. | | | | |
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| noblesse | | | Le oui superlatif est le défi lancé au non comparatif, Dionysos triomphant et d'Hermès et d'Apollon. | | | | |
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| noblesse | | | Combler le vide est une banalité, son entretien en état de béatitude est plus prometteur et même vital ! Le vide sacré se forme du déchirement entre le mouvement centripète de l'affirmation et celui, centrifuge, de l'(ab)négation, - « sibi vacare » (Sénèque). « Tous les péchés sont des tentatives de combler le vide. Aimer la vertu signifie supporter le vide »**** - S.Weil. La grâce ne touche qu'une âme désencombrée. | | | | |
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| noblesse | | | Comme toutes les grandes attitudes, le nihilisme est facile à profaner, dont l'exemple le plus flagrant est la manie de la négation systématique de ce qui est consensuel. Toutefois, l'inverse du nihilisme, c'est l'adhésion mécanique aux valeurs des autres, et là, on n'a même pas besoin d'abus ou d'exagération pour le fuir et chercher ses propres commencements. | | | | |
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| noblesse | | | L'art de la négation : la hauteur s'oppose à la platitude (dont fait partie, tôt ou tard, toute profondeur) et non pas à la bassesse, dont le contraire s'appelle honneur, à valeur douteuse, puisque indéfinissable en dehors de cette pure négativité. | | | | |
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| noblesse | | | Quand on a une vie intérieure suffisamment intense, tout événement extérieur se vit comme un insignifiant retour du même, puisqu'il ne modifie pas l'essentiel. Ce qu'un démon hurla à Nietzsche comme un incipit tragique et banal, un ange me chanta comme un sufficit ironique et musical. Mais ce retour est éternel, puisqu'il ne concerne que des démons ou des anges, ignorant le temps et s'entourant de l'être. À moins que ce soit le même personnage, puisque le démon, qui étend son acquiescement jusqu'à sa propre chute fatale, redevient ange. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse : un oui passionnel à la forme du monde infini et incompréhensible, un non rationnel au fond du monde compris et borné. | | | | |
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| noblesse | | | Dans un monde, où règnent la violence et l'injustice, trouver un objet de refus ou de déni nourrit le sens du sublime, mais dans nos sociétés apaisées et transparentes nier devint avatar des niais. Le domaine de la négation est si vaste, que des myriades de choses niaises et sublimes y voisinent, sans se gêner mutuellement. Le signe d'acquiescement indique aujourd'hui plus sûrement sinon l'être au moins l'étant du sublime. | | | | |
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| noblesse | | | Menant une vie matérielle des smicards, je peux, impunément, porter aux nues l'âme aristocratique ; si j'avais eu accès aux aises des titulaires de chaires, de filiales commerciales ou industrielles, j'aurais été peut-être attiré par la jérémiade en faveur de l'esprit des lumpen. | | | | |
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| noblesse | | | La noblesse n'a pas besoin de négations, pour se réveiller ; un nouvel et monumental acquiescement y est plus propice. « Tout ce qui est noble a l'air de dormir, avant d'être défié par une contradiction » - Goethe - « Alles Edle scheint zu schlafen, bis es durch Widerspruch herausgefordert wird ». La noblesse a le courage ou la sagesse de ne pas abandonner la position couchée, dans laquelle non seulement on rêve, mais aussi accueille l'amour et la mort. | | | | |
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| noblesse | | | Nietzsche prône la guerre – ni de races ni de classes ni de masses – mais la guerre de faces, à l'intérieur de l'homme seul et acquiescent, dont la face à défendre, ou plutôt à sauver, s'appelle surhomme, la seule face divine et immortelle. Les trois autres faces – l'homme, les hommes, le sous-homme – constituent mon soi connu mortel, muni d'auto-défenses suffisantes. | | | | |
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| noblesse | | | C'est la musique et non pas la force de nos désirs qui nous distingue ; le malheur du noble, c'est pouvoir encore, mais déjà ne plus vouloir. Chez les médiocres, parmi lesquels se place Pascal, c'est l'inverse : « C'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui, en moi, a besoin d'être armé est la face la plus basse ; la face noble ne demande que d'être désarmée, pour ne pas être tenté par un ressentiment particulier et pour me vouer à l'acquiescement universel. Aimer l'arc et la corde, mépriser les flèches. | | | | |
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| noblesse | | | La négation comme moyen, central et explicite, ne vaut pas grand-chose ; mais en tant que contrainte, inchoative et implicite, comme refus d'aborder les choses basses, elle peut être noble. « Ma véritable valeur gît dans mes refus » - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | La meilleure sensation de plénitude a pour origine des manques vitaux : une émotion ne trouvant pas d'expression, une pureté indissociable de la honte, une noblesse du regard diluée dans l'insignifiance des choses vues. La plénitude, c'est donc l'entente entre la fidélité et le sacrifice : fidélité à la perfection inaccessible et sacrifice de l'imparfait atteint. | | | | |
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| noblesse | | | Le regard intellectuel sur la vie peut commencer par un non éthique ou un oui esthétique ; le premier ne peut être que partiel, le second est universel. Le diseur du non est un homme du progrès, donc de l'ennui ; le diseur du oui est un homme du même, de ce qui retourne, éternellement. Mauvais négateur ou bon nihiliste. | | | | |
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| noblesse | | | L'opposition centrale, dans la vie, est entre le réel et le rêve ; il vaut mieux être plus près du rêve du monde que du moi-même réel ; les appels grandiloquents, qui visent les fières retrouvailles avec moi-même, visent, le plus souvent, le moi réel, le connu, l'inférieur. Mais le soi de rêve est inaccessible comme but et ne se manifeste que dans les contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | C'est à travers la musique que je comprends le mieux ce que c'est que l'acquiescement à la vie : que ce soit par la fuite ou par l'affirmation, la musique me fait découvrir la dimension essentielle de la vie - l'appel de sa hauteur, mon vrai séjour, d'où je fus banni, pour des raisons mystérieuses ; ne plus pouvoir y mettre ni mes pieds ni mes yeux m'oblige à inventer mon immobilité et mon regard. | | | | |
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| noblesse | | | Tant d’épigones de Nietzsche partagent ses Non médiocres ; très peu sont capables de s’identifier avec ses Oui grandioses. Les contraintes, dans la création, doivent être invisibles. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit sobre ne peut être que négateur. Pour dire oui au monde, on a besoin d’ivresse ou de folie ; l’âme et le cœur en sont porteurs permanents, tandis que l’esprit doit en être contaminé ; ce retournement de la volonté et de la représentation portera le nom de noblesse, complétant ainsi la dyade schopenhauerienne. | | | | |
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| noblesse | | | Le contraire d’élan s’appelle mouvement. L’immobilité est le meilleur cadre, pour réveiller mes élans, et je l’atteins plus sûrement, lorsque la vie des événements ralentit et me laisse du répit. Pour les dépourvus d’ailes, les adeptes de la bougeotte, cette bénie concentration relèverait de l’enlisement. | | | | |
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| noblesse | | | Là où règne la liberté poétique, domine l’acquiescement et s’occulte la négation. Le premier, explicite et personnel, s’adresse au monde céleste ; le second, implicite et général, évalue le monde terrestre. Le premier se réduit aux commencements ; le second se forme de contraintes. Chez les négateurs déferle une indignation, parfois profonde ; chez le poète se dissimule un mépris, toujours hautain. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs empruntées, comme le refus des valeurs, rapprochent l’homme du robot ; c’est pourquoi le nihilisme, en tant que volonté de ne partir que de ses propres valeurs, en est l’opposé. Mais Heidegger : « Le nihilisme complet doit supprimer le lieu même des valeurs » - « Der vollständige Nihilismus muß die Wertslelle selbst beseitigen » - en fait des synonymes. Pour échapper au conformisme, le lieu des valeurs individuelles doit être plus près du ciel que de la terre. | | | | |
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| noblesse | | | La vie inscrit tout dans la durée ; son contraire, le rêve, n’a de sens que dans un instant, dans une étincelle, dans une immobilité. Et puisque les états les plus nobles de notre âme – le bonheur, l’extase, le déchirement, l’espérance – ne peuvent pas durer, le besoin de rêve fit appel au livre, son guide le plus fidèle. | | | | |
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| noblesse | | | La ligne de partage intellectuelle la plus marquée est celle qui oppose la hauteur à la profondeur, Héraclite à Parménide, le devenir à l'être, Nietzsche à Heidegger, l'arbre, qui fleurit, à l'arbre, qui se ramifie, l'intensité à la densité. Les meilleurs des héraclitéens maîtrisent tout ce que Parménide a à dire ; l'inverse est rarement vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Des avantages de la hauteur : non seulement le Oui à la merveille du monde y résonne plus majestueusement, mais les Non mesquins n’y ont pas de place. Dans la hauteur il n’y a pas d’adversaires proches – que des frères lointains. « Il faut affronter l’ennemi - horizontalement »** - R.Char. | | | | |
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| noblesse | | | La négation ne se justifie que dans l’inessentiel ; dans l’essentiel, qui est mystérieux, grandiose, beau ou tragique, doit régner l’acquiescement, la vénération, l’extase ; une fois à genoux, on n’apprécie que l’immobile, l’invariant, l’inconnaissable – le même, celui qui vit l’éternel retour. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes que je m’impose, ce n’est que du calcul dépassionné ; elles apportent de la hauteur et de la pureté à mes élans incalculables. L’aura des contraintes ne doit pas exister : « Mes je n’en veux pas sont une vraie passion » - V.Rozanov - « Моё не хочется есть истинная страсть ». | | | | |
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| noblesse | | | Les petits Oui et Non naissent du comparatif, égoïste ou conformiste, social ou médical ; les grands – du superlatif, scientifique ou artistique. Le grand Non découle de la profondeur, où règne l’esprit, désespéré par le gouffre qui sépare l’absolue merveille du monde de l’horreur absolue de notre propre mort. Le grand Oui plane dans la hauteur, où s’arrête le temps et s’épanouit l’âme, contemplative ou créative, s’identifiant avec ce qui est éternel – le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Moins tu réfléchis sur la mort, plus noble sera l’intranquillité – désirable ! - de ton âme. Et laisse les chercheurs de la paix d’âme penser dans le sens contraire : « Personne ne peut avoir l’âme tranquille sans méditer sur la mort » - Cicéron - « Sine mortis meditatione tranquillo animo esse nemo potest ». | | | | |
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| noblesse | | | Nietzsche déteste la platitude discursive, et pour lui trouver un inverse, il plonge dans la ‘profondeur vitale’ et en ressort son fichu instinct, qui est une construction artificielle, mécanique, l’inverse naturel étant la hauteur du rêve. | | | | |
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| noblesse | | | Plus que de pouvoir assouvir ton désir, tu dois chercher à en entretenir la soif ; ces deux facultés ne cohabitent pas souvent. « Le ciel fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut » - Chateaubriand. | | | | |
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| noblesse | | | Le malheur de l’homme ordinaire – ses idées entrant en contradiction avec la réalité ; le bonheur de l’homme extraordinaire – la fidélité à ses rêves, nés en dehors de toute réalité. | | | | |
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| noblesse | | | L’espérance est dans le maintien de la soif ; la réalité, en la désaltérant, s’y oppose. | | | | |
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| souffrance | | | Le compétent n'exhibant pas de performances, c'est la source la plus répandue de souffrances non-physiques. De ce point de vue, elle est le contraire de la conscience tranquille, qui est le contentement de ses performances en absence d'une vraie compétence. | | | | |
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| souffrance | | | L'art de la négation : les uns voient le refus d'une espérance insuffisante dans le désespoir et y chutent ; les autres lui opposent l'espérance des délicats et rehaussent leur regard. L'optimisme des sots décourage, le pessimisme des sages vivifie. | | | | |
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| souffrance | | | La tristesse visite également et le sot et le délicat, quand ils se trouvent seuls ; c'est en présence d'autrui que ton hardiesse des ténèbres se prouve. Le contraire de : « La vraie douleur, c'est la douleur sans témoins » - Martial - « Ille dolet vere, qui sine teste dolet ». | | | | |
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| souffrance | | | Nous passons la première moitié de notre vie à nous débarrasser de quelques bêtises pesantes et à faire pencher la balance en faveur de l'intelligence. Mais dans la deuxième moitié, on fait l'inverse, avec un étonnement centuple et débouchant soit sur un sombre désespoir soit sur une joyeuse ironie. | | | | |
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| souffrance | | | Le plaisir est une sensation aussi mystérieuse que la souffrance (sans en être la négation), mais dont on ne tire que des images bien pâles. Serait-ce à cause de la faible amplitude de l'échelle plaisir-répugnance, comparée avec celle de souffrance-paix ? | | | | |
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| souffrance | | | Qu'est-ce qu'espérer ? - te rendre compte qu'aucune raison ne justifie ton enthousiasme et persister à t'enthousiasmer. Parier sur l'inexistant. « Pour être désespéré, il faut avoir espéré l'impossible » - Valéry - on reconnaît une belle espérance par son entente avec un beau désespoir. | | | | |
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| souffrance | | | C'est la difficulté de défendre un oui monumental au monde, qui le rend sacré ; il est si facile de dénigrer, de geindre, d'appeler la mort ou le Dieu vengeur, de se vautrer dans l'absurde et d'étouffer dans le désespoir ; que vivent l'espérance, l'étonnement et la joie des couleurs, des mélodies, de la pitié et de la noblesse ! | | | | |
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| souffrance | | | Est surhomme celui, dont l'acquiescement à la vie n'est altéré par aucune souffrance et dont le sentiment n'est entaché d'aucun ressentiment. | | | | |
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| souffrance | | | L'appel de l'innocence atteint toutes les oreilles. On se met à fouiller ses recoins, pour identifier son destinataire, et l'on se trompe, en désignant l'enfance. L'innocence est le refus d'attribuer un bienfait à un quelconque mérite et l'acceptation du malheur immérité, - tout le contraire de l'enfance. | | | | |
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| souffrance | | | Il ne faut pas voir dans l'espérance un moyen pour calmer mon angoisse ; toutes les deux forment un même axe, comme le nihilisme le fait avec l'acquiescement, un axe qui vaut par la hauteur, à laquelle je le hisse, et par l'intensité que j'y entretiens. | | | | |
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| souffrance | | | Le tragique : une noblesse intérieure vivante ne trouvant pas (ou plus) d'écho, d'expression ou d'interprétation dans le réel ou l'imaginaire extérieurs, même artificiels. Sans conflit, sans annihilation, sans contradiction – la fatalité d'une frontière infranchissable. Le tragique naît des constats et non pas des négations. | | | | |
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| souffrance | | | La meilleure joie, la joie aveugle, apporte toujours de la souffrance ; la meilleure souffrance, la souffrance limpide, apporte toujours une promesse de joie. Un aveugle éclairant un fou ; un fou assagissant un aveugle. On reste ou seulement fou ou seulement aveugle, si l'on suit la ligne de partage de Kafka : « Ils dénient la souffrance, en montrant le soleil ; lui, il dénie le soleil, en montrant la souffrance » - « Manche leugnen den Jammer durch Hinweis auf die Sonne, er leugnet die Sonne durch Hinweis auf den Jammer ». | | | | |
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| souffrance | | | Notre souffrance a le mérite de libérer notre acquiescement au monde - du soupçon de l'hypocrisie ou de l'insensibilité. | | | | |
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| souffrance | | | On vaut par la douceur mélancolique de nos lamentations et par la violence hymnique de nos acquiescements. | | | | |
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| souffrance | | | Il n'y a rien qui vibre, dans la résignation antique ; et sa dignité est trop drapée soit dans une raison sans déchirure, soit dans les trous de son manteau. On sent une construction bâtie par et sur la négation : contre la panique, l'hystérie, la lamentation. Une bonne résignation doit accompagner une bonne espérance. L'art : créer une acoustique, où le gémissement atteindrait la hauteur et l'intensité d'outre-tombe, d'une majesté intime et lointaine. Pas de mausolées ni arcs de triomphes, ces lieux de silence et de refus, mais des châteaux en Espagne, ces lieux d'échos, de survivances et de rencontres. | | | | |
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| souffrance | | | Une double négation dans les définitions : le bonheur, c'est l'absence du malheur ; et le malheur, c'est l'absence de la musique dans ton écoute du monde, son silence froid ou son bruit chaotique. | | | | |
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| souffrance | | | Parmi nos misères, comme parmi nos béatitudes, se trouvent des bizarreries inexplicables, échappant à toute causalité, échouant à exhiber leurs véritables sources. Ainsi l'angoisse, comme l'amour, opposés à la peur ou à l'amitié, nous surprennent, sans être précédés par aucun signe lisible ou intelligible. Certains appellent cette absence de cause – le néant : « L'objet de l'angoisse se présente comme un néant » - Heidegger - « Das Nichts stellt sich als das Wovor der Angst heraus ». | | | | |
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| souffrance | | | La pitié, le plus noble des sentiments, le contraire de l'amour, la lucidité d'une défaite face au fantôme aptère des triomphes, la révérence l'emportant sur la référence, la foi en une merveille inexprimable face à la connaissance d'une fibre traduite en sons ou même en rythmes. | | | | |
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| souffrance | | | Des rapports étranges entre le sentiment et son idée : l'intelligible projette sa coloration qualitative sur le sensible, les sentiments reçoivent des étiquettes de souffrance ou de volupté, de positif ou de négatif, de désirable ou d'indésirable, tandis que, à part la douleur physique, les sentiments se valent, sur la palette du vivant. Aucun rapport logique ne peut exister entre le sentiment et sa représentation idéelle, contrairement à ce que suppose Valéry : « Les plus importantes pensées sont celles qui contredisent nos sentiments » - une pensée ne peut contredire qu'une autre pensée. | | | | |
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| souffrance | | | Le stoïcisme ne veut pas voir dans la solitude et la souffrance – des misères atroces, comme le voit le nihilisme. Le nier, c'est pratiquer un optimisme tragique ; l'admettre – une tragédie optimiste. C'est le qualificatif qui signale si tu dis non ou oui à la vie insupportable ; le nom n'indique que la tonalité. La basse lutte ou la haute consolation. | | | | |
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| souffrance | | | La tragédie ne peut pas se dérouler en-dehors de l'éthique, mais son advenue, à partir des faits ou des idées neutres, à la métaphore vivifiante, se réalise grâce à l'acceptation, par l'esthétique, – de la présence déprimante de valeurs horribles sur l'axe du beau. « Où tu dis oui à l'horrible comme antithèse indispensable mais inhérente du beau, là est la tragédie » - Heidegger - « Tragödie ist dort, wo das Furchtbare als der zum Schönen gehörige innere Gegensatz bejaht wird ». | | | | |
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| souffrance | | | La réconciliation hégélienne, fondée sur la négation à surmonter, est totalement bête, puisque les contraires ne s'unifient jamais non seulement dans le monde spirituel, mais même dans le monde matériel. Toute idée est un arbre ; s'il est ouvert à l'échange dans un monde fraternel, il s'unifiera avec un arbre-frère, et l'arbre résultant s'offrirait aux inconnues nouvelles et aux nouvelles unifications ; s'il est au milieu d'un désert, il faudrait lui chercher une consolation qui adoucirait son agonie. | | | | |
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| souffrance | | | Celui qui n’a pas besoin de consolation est mouton ou robot. Comme l’est celui qui ne vibre pas à la vue de la beauté divine de notre planète. « Une consolation, venant de l’harmonie du monde, m’indigne » - Berdiaev - « Утешения мировой гармонии вызывали во мне возмущение ». L’indignation, comme toute négation, est la forme la plus banale du conformisme moderne. | | | | |
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| souffrance | | | Derrière l’espérance, telle que je la conçois, il n’y a ni paradis, ni redressement de tête, ni réparation des torts, ni aplatissement des routes – il n’y a qu’un regard, attendri, désespéré, éternel - sur le Bien irréalisable et sur la Beauté incompréhensible – regard qui va s’éteindre, mais dont les ombres de ma création veulent prolonger la bouleversante lumière du Créateur, qui m’avait accompagné dans cette vie terrible mais merveilleuse. Le Non n’exprime que ma rancune terrestre, le Oui témoigne de ma vénération céleste. | | | | |
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| souffrance | | | D’innombrables horreurs, dans la nature ou dans la morale, et qu’on peut énumérer sans peine et à l’infini, résultent dans deux attitudes types : soit on s’effarouche et maudit la Création divine et l’on est homme du ressentiment, soit on trouve une consolation dans la création humaine, où le Beau s’émancipe du Bon et résume en soi l’essence du monde et l’on est homme de l’acquiescement. | | | | |
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| souffrance | | | En gros, c’est entre l’ange et la bête, au sein d’un même personnage, que se déroulent les vraies tragédies. Opposer les bons aux méchants, les sots aux brillants, les libres aux serviles est une démarche anti-artistique. « Des caractères antinomiques, ce n’est pas de l’art, c’est un ressort vulgaire des tragédies françaises » - Pouchkine - « Противуположности характеров - вовсе не искусство, но пошлая пружина французских трагедий ». | | | | |
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| souffrance | | | Le mufle : je lui présente ce qui, en moi, est vulnérable, il ne met même plus de doigts dans mes plaies, il me laisse sur ma croix, aux soins du service de nettoyage social. Le noble : dans le vulnérable, il devinera et me montrera de l'invulnérable. Tant d'espérance pour les organes de mon anatomie mentale devenus talons d'Achille. | | | | |
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| souffrance | | | Le mérite principal de Dostoïevsky est d'avoir compris, que ce n'est pas une valeur, singulière, univoque et indubitable, qui distingue un homme, mais tout un axe équivoque, dont cette valeur n'est qu'un cas particulier : de chute à salut, d'espérance à désespoir, d'ange à bête. Mais le seul à avoir compris et mis en pratique ce terrible et authentique constat fut Nietzsche. La perplexité et la honte de Dostoïevsky et la noblesse et le style de Nietzsche, la conscience et le talent, mais la même place de la souffrance et de l'art, chez tous les deux. | | | | |
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| souffrance | | | Pour comprendre le pourquoi est plus éloquent que le comment ; pour sentir, c’est l’inverse. Ah pourquoi Jésus, au lieu de l’interrogation : Pourquoi m’as Tu abandonné ? n’employa pas l’exclamation : Comment m’abandonnes Tu ! | | | | |
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| souffrance | | | Aucun raisonnement ne peut soulager le désastre de l’atterrissage de tes rêves ; mais le contraire du raisonnement est la fidélité aléatoire de ton regard sur ton étoile évanouissante. « Les dés te consolent » - Sénèque - « Alea solacium fuit ». | | | | |
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| souffrance | | | L’esprit borné suit la voie rationnelle, et, au bout, parvient, inexorablement, à un désespoir ; l’âme ouverte écoute un appel irrationnel, source de rêves et de tragédies, et s’ingénie d’en garder une espérance. Vu sous cet angle, le vrai contraire du désespoir n’est pas l’espérance éphémère mais la tragédie palpable. « Un esprit délié répugne à la tragédie et à l’apothéose » - Cioran – un tel esprit serait plutôt animalier que délié ; un esprit noble apprécierait aussi bien la finitude elliptique que l’infini hyperbolique ! | | | | |
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| souffrance | | | Ma mélancolie des commencements est le contraire exact de leur mélancolie de la fin du monde. | | | | |
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| souffrance | | | Le contraire de la consolation, c’est l’indifférence, le contentement de ton paisible état, l’oubli que tu as besoin d’être consolé. L’inquiétude pour un rêve évanescent doit t’accompagner dans toute paix d’âme. | | | | |
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| souffrance | | | La ligne de partage la plus profonde sépare les rêveurs des hommes d’action, et c’est la nature de leurs angoisses qui en témoigne le plus éloquemment : les actifs narrent le sens tragique de la vie, les rêveurs chantent le sens tragique du rêve. | | | | |
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| souffrance | | | On a tort d’opposer l’espérance au désespoir : celui-ci gémit dans le réel, celle-là chante dans le rêve. Deux interprètes, si souvent à l’opposé l’un de l’autre, – l’esprit et l’âme. | | | | |
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| vérité | | | La vérité vaut par la capacité de produire son contraire et d'en démontrer l'intérêt. Le souffle de la négation donne du volume aux vérités emballées. Sans cela, elles sont des platitudes ou des tautologies, paralysées ou dégénérées, d'une véracité vivante. | | | | |
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| vérité | | | La vérité se dégage de l'interrogation, dans un langage provisoire, des modèles furtifs de la réalité. Ni l'éternité ni l'infini, ces attributs de la seule réalité, n'accompagnent ni bénissent cette naissance. Toute vérité est un enfant bien légitime de ses parents, langage et théorie, sans Annonciations du Verbe ni Visitations par l'Esprit Saint. Bien que Milton pense le contraire : « La vérité ne vient au monde qu'en bâtard » - « Truth never comes into the world but like a bastard ». La mathématique semble en être la marraine. | | | | |
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| vérité | | | On ne voit aucune raison, pour que la matière suive la loi, que la raison dicte. Pourtant, c'est ce qui se passe. Le sceptique, qui voit des contradictions jusque dans l'être, par là-même se disqualifie. Les contraires ne cohabitent que dans des modèles ou langages différents, dans des savoirs à la différence symétrique non-vide. Et Héraclite : « les contraires se font équilibre dans l'esprit, parce qu'ils se font équilibre dans la réalité » - semble ne pas comprendre, que l'esprit n'est pas seulement exploitant, mais aussi fabricant de modèles, la synchronie ne se confondant pas avec la diachronie. | | | | |
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| vérité | | | Tant de sophismes n'auraient jamais vu le jour, si la manipulation de la négation n'avait pas été si malaisée : Platon, incapable de nier une relation ternaire (par ex., ressemblance dans son Parménide) ; Shakespeare (« Nothing is but what is not »), ne distinguant l'universel d'avec l'existentiel ; Kant se ridiculisant avec froid et obscur en tant que des négations de chaud et de lumineux ; Hegel, confondant la complémentaire et la négation (tout comme Jankelevitch : « La négation exprime une altérité, mais non point un néant ») ; Le plus lucide est peut-être Sartre, faisant de variables rien et personne des instances de néant. | | | | |
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| vérité | | | La chimère pseudo-philosophique de néant n'a rien à voir avec le nihilisme : le néant n'est qu'absence d'éléments d'une recherche, il est un résultat vide, une finalité sans contenu, mais compatible avec la vérité tandis qu'un bon nihilisme est tout entier dans la trouvaille initiatique de nouveaux commencements, en contradiction avec l'inertie des autres. | | | | |
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| vérité | | | On ne peut strictement rien dire de ce qui n'est attaché à (ou exclu) des concepts. Ni en affirmation ni en négation. Pourtant c'est ce que font les explorateurs de l'être. Kierkegaard s'y égare également : « Si vous me collez des étiquettes, vous me niez » - nier l'être, c'est patauger dans le néant encore plus vaseux. | | | | |
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| vérité | | | La résignation, de tout temps, animait les sages, freinait le progrès et favorisait les tyrans ; la contradiction soulevait la plèbe, promouvait la liberté et rapprochait la justice. Qui, alors, est le vrai sage ? « On a souvent honoré du titre de sage ceux qui n'ont eu d'autre mérite que de contredire leurs contemporains » - d'Alembert - le monde grouille de rebelles et de contradicteurs, porteurs de ressentiments. | | | | |
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| vérité | | | Le camp de l'acquiescement universel est désespérément vide. Dans l'éternité et dans les espaces infinis il y a assez de mystères, pour ne pas les profaner par l'intérêt, porté aux problèmes de son temps. Contredire est mécanique, la vérité des contemporains est mécanique, la négation du mécanique est mécanique ; ne seraient organiques que le mépris ou l'enthousiasme. | | | | |
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| vérité | | | Dans les contradictions d'un sot, avec lui-même, on devine un regard monolithique, mais inconsistant, sur la réalité. Dans les contradictions d'un sage, on découvre un conflit entre des modèles différents (couches, angles ou points de vue), mais se servant des mêmes «interfaces» langagières (et la contradiction gît dans le langage). Le sot est terrorisé par ses contradictions ; le sage s'en réjouit, car il vit, simultanément, la merveilleuse richesse du langage, du modèle et de la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Contradiction et ses apparences : on la constate d'abord dans la langue ; en théorie, la langue est un instrument bâti par-dessus une représentation (et l'on appellera ce couple - langage), mais en pratique, la langue s'en émancipe, de diverses représentations pouvant lui servir de cadre. La contradiction peut donc être surmontée par un recours, ironique et intelligent, aux langages différents ; il n'en restera qu'apparence. Mais le cynisme et la bêtise s'accommodent de la contradiction au sein d'un même langage. L'intelligent est donc celui qui représente mieux et plus. | | | | |
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| vérité | | | Au sein de quelles structures s'intéresse-t-on aux contradictions ? Celui qui les déplore dans le langage même est creux ou bête ; leur réduction à la représentation est lucide mais mécanique ; c'est au milieu de nos états d'âme, enfin, que se trouvent des contradictions mystérieuses et organiques. Bavardage, cognitique, tragédie. | | | | |
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| vérité | | | Tous, tôt ou tard, s'aperçoivent du gouffre qui, inévitablement, se creuse entre la merveille de la réalité et la merveille du langage, entre le dit et le fait ; mais les niais en veulent la cohérence et finissent par faire la louange du silence de Mélisande, porteur de la vérité ; la vérité du monde se chante, la vérité du langage se formule ; leurs merveilles - se (re)créent, en dépit des lois et des contradictions. | | | | |
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| vérité | | | Les médiocres sont fiers de pouvoir garder à l'esprit deux idées contraires, sans perdre la face. Puisque ces vérités sont formulées, chez eux, dans un seul et même langage, cette cohabitation paisible dévoile un sot. Le sage, comme Dieu, a plusieurs demeures, c'est à dire plusieurs langages, et il a des moyens d'entretenir des contradictions comme on entretient des maîtresses, qui s'ignorent. | | | | |
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| vérité | | | Cette permanente bêtise de la gent philosophale, qui voit dans l'erreur le contraire de la vérité (surtout selon la tradition spinoziste), tandis que le seul sens acceptable de ce contraire serait incapacité de prouver, dont l'erreur n'est qu'un infime cas particulier. | | | | |
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| vérité | | | Dans un langage courant fermé, le sceptique prétend voir le vrai et son contraire ; l'anti-sceptique voit comment changer de langage, pour rendre le vrai courant faux et son contraire - vrai. | | | | |
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| vérité | | | Bolzano, Husserl, Wittgenstein font grand cas de la proposition : Smith traça un heptagone constructible (comme B.Russell - de celle-ci : Le roi actuel de France est chauve), en y invoquant le sens ou l'absurdité, tandis que la chose est d'une navrante banalité : la proposition s'évalue à faux, et l'abduction en donne la raison : la référence d'objet heptagone constructible n'aboutit à aucun objet, rendant sans objet le reste de l'interprétation (où, à la place de Smith, on aurait pu mettre un ange ou un triangle rond, et à la place de traça - avala ou admira). Plus intéressant serait de se pencher sur des propositions vraies : Smith ne voyagea jamais avec un heptagone constructible ou Aucun roi actuel de France n'est chauve (comme, chez Kojève : √2 n'a pas de muscles). | | | | |
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| vérité | | | B.Russell ne voit pas, que le raisonnement déductif se complète par le raisonnement abductif, ce qui permet d'évaluer à faux aussi bien Le roi actuel de France est chauve, que Le Président actuel de France est chauve. La réponse au pourquoi, dans le premier cas, serait : il n'existe pas d'objet, référencé par le roi actuel de France, et dans le second cas : l'objet le Président actuel de France relève de la classe des humains, pour laquelle chauve est une valeur du domaine pilosité, où sa valeur complémentaire est chevelu, or la valeur de l'attribut pilosité, pour l'objet le Président actuel de France, est chevelu. La même valeur de vérité, deux sens différents. | | | | |
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| vérité | | | Dans ce qui est vécu par le sot comme contradiction dans les idées réelles, le sage voit, le plus souvent, un conflit des langages virtuels. Le sot passe sa vie à combattre ces fichues contradictions, tandis que le sage joue avec l'invention, la recréation ou l'imagination des langages, dans lesquels sera vrai ce qu'il aura voulu et pu. | | | | |
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| vérité | | | Le sain souci de nier, avant d'affirmer, semble être une obsession grecque : le non-être mettant en valeur l'être de Parménide, la vérité (aléthéia) émergeant de l'oubli (Léthé) de Platon, la liberté s'opposant à la raison d'Aristote. | | | | |
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| vérité | | | L'univers de Nietzsche se moque du réel, il est habité de fantômes : Dieu, la Grèce, le nihilisme, la puissance, la vérité, la philosophie y sont des fantômes – (ré)inventés à chaque retour de l'intense devenir. Tant d'apparentes contradictions, tandis qu'il s'y agit chaque fois de changements de langage. | | | | |
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| vérité | | | La grandeur d'une vérité se reconnaît par la part du langage qu'elle emmagasina ; nier une vérité, c'est soit rester dans le même langage et donc mentir, soit en changer et atteindre à une vérité plus grande encore. Le contraire d'une vérité peut rester un mensonge bien plat, tributaire de l'ignorance ou du manque d'imagination, mais il peut servir d'introduction à un nouveau langage, dans lequel il serait une vérité nouvelle, plus haute. Il ne s'y agit ni du même espace des faits ni de la même négation : dans la clôture de l'horizontalité, la négation est mécanique, dans l'ouverture de la verticalité, la négation est organique. Tout écart vertical est naissance d'un langage ; tout déni horizontal ne modifie que l'idée. Une petite vérité rend au possible le statut de vrai ; une grande vérité rend organique le possible mécanique. | | | | |
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| vérité | | | L'une des joies du maître du mot est d'avoir constaté, chez soi-même, deux propositions contradictoires et de chercher deux langages, dans lesquels chacune est vraie. Le naïf dit : « Mieux vaudrait me servir d'une lyre dissonante que de me contredire » - Gorgias. On comprend d'où viennent vos monumentales cacophonies, mais on se fiche de vos misérables contradictions, dues à la sottise de votre langage unique et commun. Le vrai sage est un inventeur de langages d'art et un musicien d'une vie, dans laquelle même les contradictions ont leur partition harmonieuse. | | | | |
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| vérité | | | Pour Heidegger, la Vérité, l'Être, l'Ouvert sont des synonymes ; leur source commune grecque veut opposer le voilement au dévoilement, tandis que dans leur acception moderne il n'y a rien d'apophatique. En plus, notre philosophe ne comprend pas grand-chose à la vérité logique, à l'être morphologique, à l'ouvert mathématique. Une bouillie conceptuelle, mais quelle créativité ! | | | | |
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| vérité | | | Écrire pour que le vrai ne le soit plus est une ambition minable (le seul but de l'écriture étant le beau), mais c'est un effet corrélatif incontournable de toute création : qu'on innove un langage ou qu'on produise de nouveaux modèles, la négation surgira, pour redessiner les nouvelles frontières du vrai, tout en dessinant la nouvelle source du beau. Mais faire le contraire, c'est à dire nier ce qui se nie soi-même, est plus naïf voire plus stérile. | | | | |
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| vérité | | | Ils stigmatisent la vie sans vérité ; personne ne se plaint de vérités sans vie. | | | | |
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| vérité | | | Tout savoir s'inscrit dans un processus logique ; c'est le savoir-faire qui se passe souvent de représentation et nous renvoie aux obscures intuitions ; ce serait le véritable savoir vivant, aux prises avec les abstractions, et il est en dehors et non pas au-dessus du savoir le vrai. La négation - n'être vrai que par ce qu'on nie. | | | | |
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| vérité | | | Ceux qui réclament le plus fort le droit de se renier sont généralement incapables de formuler à quel nouveau contraire ils veulent se vouer. Seule la qualité de la négation donne le droit de se contredire. Et cette qualité se mesure en unités curatives : contraria contrariis curantur. | | | | |
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| vérité | | | C'est en soumettant un discours à l'épreuve par négation qu'on reconnaît un profond, un superficiel ou un hautain. La rigueur du premier rendrait la négation impossible ; la verbosité du deuxième admet la véracité simultanée de l'affirmation et de sa négation ; enfin, chez le troisième, la proposition niée serait sans noblesse. Je sais maintenant si je dois chercher le vrai, le bon ou le beau. | | | | |
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| vérité | | | La négation constructive fait partie des buts ou des moyens en logique ou des contraintes en art, non-implication trop profonde dans ce qui est hors d'art. Mais si en logique le langage est routinier et non-contradictoire, aux cadences régulières, en art il est initiateur et paradoxal, sa mesure d'authenticité est sa musique. | | | | |
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| vérité | | | Ce n'est pas le défaut de preuves qui nous pousse à imposer ou à intimer, mais la vulgarité des preuves. Le contraire est plus banal : chercher à prouver à défaut d'intimer, de s'imposer ou de faire adhérer. | | | | |
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| vérité | | | Cynique : accepter le laid car vrai ; nihiliste : refuser le vrai car laid ; sceptique : refuser le beau car non vrai ; ironique : accepter le faux car beau. Mais le plus bête est le réaliste, qui appelle à être vrai, même si l'on est laid. Même si l'on prend la magie du réel pour la vérité, la laideur vient du nous, le je étant la beauté même : les choses vues ou faites, face au regard qui crée. | | | | |
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| vérité | | | Voltaire, contrairement à tous les philosophes titulaires, devait se douter de la différence entre la négation sémantique et la négation syntaxique : « Les deux contraires peuvent être faux. Un bœuf vole au sud avec des ailes, un bœuf vole au nord sans ailes ». Plus subtil serait : ce qu'une bestiole différente du bœuf fait au nord avec autre chose que ses ailes, n'est pas voler ni dérober. Par exemple, un homme au nord donne avec ses mains. | | | | |
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| vérité | | | Deux manières d'interpréter la phrase : Brutus ne tua pas César - ou bien : il est faux, que Brutus tuât César (négation syntaxique), ou bien : la relation ne pas tuer existe entre Brutus et César (négation sémantique). Si l'un des deux objets n'existait pas dans la représentation sous-jacente, la première évaluation aboutirait à vrai, et la seconde – à faux. | | | | |
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| vérité | | | La vérité appartient au langage (langue, avec sa logique syntaxique, plus représentation, avec sa logique sémantique) ; son contraire, intuitif ou purement langagier, pourrait appartenir à un autre langage et y être non moins vrai ; et les langages ne sont que des traductions différentes de la même réalité. « Vérité signifie traduction et valeur de traduction ; réalité signifie l'intraduit – le texte original même »** - Valéry. Pour l'enrichissement de vérités, les heurts frontaliers sont plus prometteurs que les barrières langagières ou douanières. Savoir manier la vérité, c'est savoir franchir les frontières des langages. | | | | |
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| vérité | | | Voir dans l'accès à la vérité un dévoilement de ce qui aurait été dissimulé ou oublié est aussi abscons que voir dans le négoce (neg-otium) un refus du farniente. Les vérités se construisent, comme se construisent les fortunes. | | | | |
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| vérité | | | Pour ne pas aboutir à la platitude elliptique, l'affirmative élancée devrait s'achever en trajectoires hyperboliques ou paraboliques ; l'éternel retour s'effectue à l'infini, les axes, par un effet d'abnégation, se substituant aux foyers. | | | | |
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| vérité | | | Les natures basses endossent la contradiction avec autant de désinvolture que les natures élevées. La différence se trouve ailleurs. La contradiction appartient au langage bâti au-dessus d'un modèle. Le sot vit des contradictions au sein d'un même langage ou modèle, lâches et flous. Le subtil est celui qui est capable de créer des modèles multiples et de construire des langages à rigueurs variables ; ses contradictions se logent dans des univers incompatibles, mais intérieurement cohérents. | | | | |
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| vérité | | | Est artiste celui qui a les moyens pour munir d'une même noblesse et d'une même intensité les axes entiers, dont celui de l'acquiescement ou du refus, de la vérité fixe ou de la vérité naissante. « Le Comment adoucit le Non, qui devient ainsi plus caressant qu'un Oui »*** - Jankelevitch – on croirait que la caresse serait au commencement non seulement du bon, mais aussi du beau. | | | | |
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| vérité | | | Deux axes, sur lesquels on positionne la vérité : l'opposition stérile entre l'adéquation et l'erreur et l'opposition opératoire entre le succès et l'échec. Il est flagrant, que Nietzsche, tout en employant le vocabulaire de la première, suit partout les conséquences de la seconde vision. La revalorisation de l'échec en est une. | | | | |
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| vérité | | | Rien n'est vrai, je n'approuve rien, rien ne mérite être mon but, rien ne m'enthousiasme - y a-t-il un seul point commun entre ces riens creux et disparates ? - pourtant ils en font un amoncellement accusateur, pour le jeter à la face du nihilisme, qui crée du vrai, érige des contraintes, réveille les consciences. | | | | |
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| vérité | | | Gradations de l'intelligence : voir le vrai dans une chose visible, dans un mot lisible, dans un mouvement (désir) risible. Chaque fois, on gagne, respectivement, en profondeur, en hauteur, en ironie. Tout cheminement inverse, le plus répandu aujourd'hui, est le glissement vers la bêtise, c'est-à-dire vers l'intelligence des robots. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques. | | | | |
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| vérité | | | Le bon goût, en matière des contraintes, consiste à procéder par refus plutôt que par négation : refuser d'évaluer ce qui est mal formulé ou ce qui référence des objets ou relations sans noblesse - éliminations syntaxique et sémantique, avant tout examen logique. | | | | |
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| vérité | | | Par la négation, ce qui est imparfait, mesquin, secondaire progresse ; mais le grandiose, le divin, le noble vit d'un acquiescement enthousiaste et inconditionnel ; ainsi s'opposent le progrès mécanique (la dialectique banale) et l'éternel retour organique (la dialectique tonale). | | | | |
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| vérité | | | Deux manières de voir les contradictions, chez le même auteur : les lui jeter à la figure, chercher une dialectique ou évoquer une évolution, ou bien les prendre pour métaphores, ne retenir que les joies ou les angoisses de leur naissance, se détourner de ce qui se fixe en fin de parcours, les traiter en tant que deux arbres et ne pas chercher leur forêt commune. | | | | |
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| vérité | | | Trois types de négation : la syntaxique (portant sur une proposition), la sémantique (portant sur une relation ou un attribut), l'exclusive (la négation-contrainte, spécifiant les angles de vue à exclure). C'est la dernière qui est visée par Spinoza dans sa définition de determinatio negatio est. | | | | |
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| vérité | | | L'idée pré-langagière est une requête, mais sa mise en mots dépend de l'angle de vue et elle peut prendre la forme assertive. Changer d'angle de vue peut aboutir au reniement langagier de la première assertion, d'où l'impression d'une contradiction. C'est la netteté de nos angles de vue, la bonne hiérarchie entre vérité, langage et intelligence, qui nous rendent crédibles et non pas une cohérence dans l'absolu ou avec la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Il semblerait (Freud) que, dans l'inconscient, il n'y ait pas de négation ; serait-il le désir n'atteignant pas la volonté ? Que garde-t-il de la logique ? - les connecteurs ? les implications ? - puisque la volonté commence par eux. Ce qui est amusant, c'est que, machinalement, on associe l'inconscient avec le travail de sape du diable, or, d'après de bons logiciens (Wittgenstein), la négation serait l'enfer (et l'identité - le diable en personne ! ). | | | | |
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| vérité | | | Ce n'est pas dans le retour d'un oméga vers un alpha qu'est la négation musicale, mais dans la révision vocalique de l'alphabet, où ne sera plus consonne qui veut. | | | | |
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| vérité | | | Aucun geste consolateur final en vue, se dit le matérialiste, en se mettant à hurler au désespoir. Le beau mystère du monde me fait oublier l'absurdité ou l'horreur des problèmes et des solutions dans ce monde, se dit l'idéaliste, cet « Inconsolé, à la Tour abolie » (G.de Nerval), et s'enivre d'espérance que sa seule Étoile ressuscite, espérance qui est à l'opposé de la lucidité : « L'espoir, qui émerge de la réalité, tout en la niant, est la seule manifestation de la vérité » - Adorno - « Hoffnung ist, wie sie der Wirklichkeit sich entringt, indem sie diese negiert, die einzige Gestalt, in der Wahrheit erscheint » - la vérité est toujours une solution, tandis que toute espérance niche dans des mystères. | | | | |
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| vérité | | | Comment on échappe à l'ennui mécanique des oui-non : par l'absurde (apagogie syntaxique ou sémantique), par l'indécidable (Gödel !), par le paradoxal (méta-connaissances). Toutes les trois échappatoires ne sont que langagières, accessibles seulement aux maîtres des meilleurs langages. | | | | |
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| vérité | | | Créer de nouvelles vérités dans un ancien langage est une tâche devenue, de nos jours, triviale. Jouer avec les quantificateurs, connecteurs, négations, sans avoir changé les règles du jeu, est de la routine et non pas de la pensée. « Penser, c'est dire non » - Alain – le misérable porte au pinacle une opération syntaxique banale. Même si l'on nie soi-même, c'est toujours de l'inertie. | | | | |
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| vérité | | | Dans la sphère intellectuelle, ce qui compte, ce ne sont pas tellement nos acquiescements ou refus, que nos exaltations des beaux mensonges et nos mépris des basses vérités. | | | | |
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| vérité | | | L'exemple d'une mauvaise négation sémantique : « Qui suit un autre, il ne suit rien » - Montaigne. Au lieu de nier suivre, tu nies l'autre, ce qui est bête. C'est la fixité du regard et non pas la bougeotte des pieds, qui attrape les meilleures cibles. Le sot, persuadé de se connaître, se suit fidèlement soi-même et se retrouve en étable. | | | | |
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| vérité | | | Les défaites, faussement approfondies, les triomphes, faussement rehaussées, - tel est le fond de toute nostalgie. Mais le contraire, c'est la platitude du vrai réel. | | | | |
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| vérité | | | Les modèles scientifiques sont satisfaisants, et donc consensuels, dans 99 % des cas. Le reste est réservé à quelques audacieux, pour chatouiller Euclide, Newton ou Lamarck. En philosophie, la proportion est inverse, d'où la création permanente de nouveaux langages, ces réceptacles de vérités. Le scientifique peut se permettre cette approximation : la vérité est une, ce qui est interdit au philosophe. | | | | |
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| vérité | | | La nullité rationnelle de la logorrhée prosaïque sur l'être, chez Hegel, Sartre, Levinas, s'établit facilement, en soumettant leurs discours à l'épreuve par la négation : systématiquement le contraire de leurs formules a autant de (non-)sens que l'affirmative. Avec les poètes, ce test ne marche pas : aucun sens sérieux ne se dégage de la négation de Parmenide, de Nietzsche ou de Heidegger, et dont la valeur irrationnelle réside dans le langage, le ton et le talent. | | | | |
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| vérité | | | Non seulement la vérité n'est nullement un sujet philosophique, mais sa notion y est lamentablement vague. L'opposition la plus intéressante y est entre l'usage, routinier et nominatif, et l'exception, créative et métaphorique. Et non pas entre vérité ou mensonge, savoir ou ignorance, franchise ou dissimulation, cohérence ou délire. | | | | |
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| vérité | | | Pour le langage commun, je suis en permanence dans le faux (dans ces écarts, qui sont à l'origine de mon propre langage). Si je me moque des autres, cette moquerie concerne la rectitude et la certitude de leur marche vers un vrai sans éclat. Bref, je suis l'exact opposé de l'homme d'esprit, tel que le voit Chamfort : « Il est dans le vrai, et rit des faux pas de ceux qui marchent à tâtons dans le faux ». | | | | |
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| vérité | | | La proposition il est faux que le roi actuel de France est chauve s'évalue à vrai ; la proposition le roi actuel de France n'est pas chauve – à faux – la différence entre la négation syntaxique (par échec) et la négation sémantique (par preuve). | | | | |
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| vérité | | | La plupart de nos négations sont de nature collective ; les dénonciations des apparences, des iniquités, des souffrances, aussi fondées soient-elles, sont autant de banalités reproductibles à l'infini. Nous sommes personnalisés par nos acquiescements ; nous sommes esclaves dans nos Non et maîtres de nos Oui. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'a rien de vivant ; elle ne naît pas, elle se construit et se démontre. Le contraire du Bien, qu'aucun acte ne bâtit ni ne prouve. Ce n'est pas l'opposition entre un bon et un mauvais actes qui permet de comprendre la nature du Bien, mais celle entre tout acte mécanique et le rêve vivant. Les sots enthousiastes ou les sobres réalistes illustrent mieux, par contraste, ce que sont la vérité et le Bien que les menteurs et les tortionnaires. | | | | |
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| vérité | | | La 'logique' puérile de Hegel suppose l'unicité de la négation (die Verzweiung – couper en deux) et fait de son surgissement une nécessité, tandis qu'il y a autant de négations d'un concept qu'il y en a de points ou d'angles de vue sur ce concept, et la négation n'est ni absolue ni nécessaire mais tout bêtement utile, pour focaliser l'attention sur un aspect plutôt que sur un autre. | | | | |
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| vérité | | | On n'a pas de définition satisfaisante du faux. Le vrai se prouve par une démonstration, mais le faux se constate par l'impossibilité d'une démonstration. Les définitions apophatiques sont toujours louches. Prouver l'impossibilité d'une proposition est une élégance ; constater l'impossibilité d'une démonstration est une carence. | | | | |
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| vérité | | | Face à la fidélité et la poursuite, ampoulées et graves, de la vérité, le seul contraire intéressant n’est ni le mensonge ni l’ignorance mais bien la musique, cet unique langage qui n’a que faire de la vérité, car ses messages vont tout droit à l’âme, sans s’attarder dans l’esprit. | | | | |
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| vérité | | | L’apparence s’oppose au savoir ou la dissimulation – à la découverte ; les deux n’ont rien à voir avec la vérité (la manie de tous les philosophes) ; la vérité n’est qu’une étiquette au-dessus d’une proposition et dont la valeur opposée vaut faux. Ce faux peut être syntaxique (phrase syntaxiquement incorrecte), sémantique (l’affirmation, syntaxiquement correcte, ne peut pas être prouvée), pragmatique (le bon sens refuse d’accepter la véracité et exige une révision de la représentation). | | | | |
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| vérité | | | La vérité n’est ni dans la correspondance (critère externe, discours face à la réalité) ni dans la cohérence (critère interne, représentation non-contradictoire). Toutes nos connaissances proviennent des représentations (théories, systèmes, connaissances aprioriques) ; la correspondance à la réalité n’a presque aucun sens. La cohérence peut être effectuée dans des représentations, en flagrante incompatibilité avec notre vision intuitive de la réalité. Ces deux croyances sont, pourtant, dominantes. | | | | |
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| vérité | | | La vérité part non pas de la non-vérité (les Grecs, Hegel, Heidegger), mais de l’ignorance ; elle ne s’en arrache pas, elle s’y substitue, paisiblement, monotonement (comme dirait un logicien). | | | | |
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| vérité | | | La liste des niaiseries, commençant par post- (après le meurtre de Dieu , de la culture, de l’homme), vient de s’allonger avec post-vérité. Mais ce n’est pas la hauteur du rêve qu’ils opposent à la vérité des profondeurs, mais la platitude des hasards, des caprices, des élucubrations des hommes-robots. | | | | |
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| vérité | | | La sévérité des codes civiques fit passer aux hommes toute envie d’exprimer des non-vérités, parmi lesquelles se trouvaient des rêves, de folles imaginations ou passions. Victimes collatérales. « Aucun art de formuler des non-vérités ne pallie l’incapacité de dire la vérité » - Pasternak - « Неумение сказать правду не покрыть уменьем говорить неправду ». J’aime le chant ; et aucun diseur de vérités n’est chanteur. | | | | |
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| vérité | | | Tout oui définitif est anti-artistique. La négation aristocratique est une falsification de mon propre oui et non de celui des autres. Ce n'est pas un rejet, mais une réévaluation, réinterprétation, relecture, métamorphose de tout plan en bande de Moebius. Le contraire du oui n'est pas la mutinerie du non mais la révolte du langage. Le rejet en tant que projet est minable, comme l'est le sujet en tant que rejet ; la révolte et le révolté, honneur des rues, déshonneur des ruines. | | | | |
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| vérité | | | Même si l’on classe souvent les statistiques parmi les sacrés mensonges, on y trouve beaucoup plus de vérités que dans les sciences de la logique des professeurs de philosophie. Le culte de la vérité philosophique, cette Arlésienne des innombrables savantes logorrhées, est risible à titres multiples : par l’absence de vérités intéressantes, par les définitions abracadabrantes de la vérité (adéquation…), par l’incapacité d’indiquer des antonymes de la vérité, par l’inculture en logique et en linguistique. | | | | |
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| vérité | | | Une partie de mes contradictions est due à mes quadruples états d’esprit : le matinal (le créateur), le diurne (le réaliste), le vespéral (le pessimiste), le nocturne (le rêveur). | | | | |
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| vérité | | | Tous les philosophes, honnêtes mais bêtes, se lamentent ou se glorifient des contradictions, qui parsèment leurs ouvrages. Et presque personne ne se doute de la vraie nature de ce phénomène, banal et commun, - le changement de langage, c’est-à-dire, avant tout, de représentations, qui modifie l’espace de vérités, ce qui est une activité permanente et inéluctable, n’ayant rien à voir avec l’honnêteté et la rigueur personnelles. | | | | |
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| vérité | | | La nature des contradictions, en philosophie, dépend d’une sorte de stabilité de la démarche dans l’écriture : la stabilité de la marche relève de la mécanique ; celle de la danse – de l’esthétique ; celle du vol – de la mystique. Les contradictions, dans le premier cas, sont signe de la bêtise ; dans le deuxième – de la maîtrise des langages ; dans le troisième – de la musique contrapuntique. | | | | |
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| vérité | | | Les contradictions, apparaissant sous une même lumière, témoignent d’une bêtise ; mais les contradictions, en tant qu’ombres, incompatibles mais surgissant sous des lumières différentes, peuvent cohabiter au sein d’un même écrit, sans se gêner mutuellement. Même mon étoile n’émet ni toujours la même lumière ni toujours dans la même direction. | | | | |
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| vérité | | | L’assertion et sa négation : en poésie et dans les sciences, la première exclut la seconde, par le diktat de la musique ou de la logique ; dans la littérature médiocre, elles se valent ; dans la grande, la première domine la seconde, tout en acceptant qu’avec une autre expression trouvée, la seconde prenne sa revanche sur la première. | | | | |
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| vérité | | | On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens. | | | | |
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| vérité | | | L’inertie (ou même la cohérence) est un danger pour tout écrivain. On l’évite soit par une solution spéculaire, en se reniant par une rétractation mécanique, soit en changeant de source de lumière, tout en restant fidèle à l’intensité de ses ombres. | | | | |
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| vérité | | | La négation d’un état des choses réelles est ce qu’il y a de plus simple et, souvent, niais ; la négation des relations entre des concepts d’une représentation est ce qu’il y a de plus compliqué, mais, souvent, intelligent. | | | | |
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| vérité | | | Le contraire de la vérité n’est pas l’erreur, mais la fausseté d’une assertion. Si j’apprends que l’affirmation – Il y a un bandit dans votre chambre est fausse, au lieu de m’effaroucher d’une erreur, je ne pourrais que m’en réjouir. | | | | |
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| vérité | | | Il arrive à tous les grands d’émettre des avis niais sur certains sujets capitaux. Une réfutation élégante peut, néanmoins, déboucher sur un avis juste mais banal. C’est ce danger qui me guette, lorsque je m’en prends aux sottises de ceux que, par ailleurs, je respecte ; en tout cas, j’évite les sujets mesquins, pour écarter davantage le piège. | | | | |
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| vérité | | | Les logorrhées spinozistes, hégéliennes, phénoménologiques, proférées pourtant par des personnages érudits, s’expliquent par le non-usage de la contrainte la plus importante qu’aurait dû appliquer tout auteur de discours intellectuels – avant de retenir une assertion, la confronter à ses contraires. S’il se trouve un couple d’opposés, admettant des justifications intellectuelles ou esthétiques comparables, - biffer l’assertion, elle est due au hasard, au caprice, à l’arbitraire ; c’est l’antithèse du bon goût. | | | | |
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| vérité | | | Une vérité partagée suppose un langage partagé ; donc, elle est condamnée à la platitude, à l’exclusion de toute noblesse que n’adoube que la poésie, la créatrice de langages individuels. La noblesse collective n’existe pas. La poésie est un vrai contraire de la vérité courante. Et Kierkegaard : « La vérité, c'est ce qui ennoblit » - vit tout de travers. | | | | |
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| vérité | | | Il n’existe pas de vérités immuables ; même à l’intérieur d’un langage, une assertion peut être vraie ou fausse, en fonction des locuteurs ou de l’échelle temporelle. Quant au mensonge, il est une notion extra-langagière, morale ou fantaisiste, avec peu d’intérêt pour le problème de la vérité rigoureuse. | | | | |
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| vérité | | | Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations. | | | | |
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| vérité | | | Pour éprouver le néant, comme disent les écolâtres, il faut passer par la négation. Pour définir la négation, il faut être, à la fois, logicien (la négation syntaxique) et linguiste (qui y ajoute la négation sémantique). Or aucun philosophe académique ne fut l’un ou l’autre. De Hegel à Sartre (en y incluant leurs critiques, tout aussi universitaires) – qu’un galimatias balbutiant. Même leur fichu être, pourtant une notion intuitivement plus abordable et sensée servir de point de départ de la négation (ce qui est totalement absurde), est un SDF, fourré quelque part entre la réalité et la représentation. | | | | |
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| vérité | | | L’inaction ou le silence sont aussi des moyens de donner son avis que l’action et le discours. Et Confucius : « Le silence est ton vrai ami qui ne trahit jamais » - ne manie pas la négation mieux que les Européens. | | | | |
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| vérité | | | Le libre arbitre nous dicte les faits indubitables à insérer dans notre modèle du monde, mais les vérités ne sont ni créées ni découvertes, elles ne peuvent être que prouvées ou réfutées. | | | | |
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| vérité | | | La fausseté d’une assertion est une vérité, comme l’inaction est une action. Les deux peuvent servir de bonnes contraintes, pour faire de bons choix. | | | | |
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| vérité | | | On enrichit une représentation en essayant d’y insérer de nouveaux faits abstraits - arbitraires, aléatoires ou rigoureux - mais inspirés par la réalité. Mais une fois l’essai réussi, ces faits non-contradictoires deviennent nécessairement vrais. La nécessité est toujours liée à une représentation ; l’absolue nécessité n’existe pas. | | | | |
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| vérité | | | L’emploi courant de la notion de vérité se rapporte soit à une représentation (alors la notion devient concept) soit à la réalité (la vérité n’y serait qu’intuitive). Les concepts de nécessité et de contradiction n’ont de sens que dans le contexte d’une représentation. D’où il faut conclure que la vérité de raison est un concept logique, et la vérité de fait est une notion s’appuyant uniquement sur l’intuition. | | | | |
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| vérité | | | Chez les grands, ce n’est pas l’évolution dans le temps (version I, version II…) qui explique leurs contradictions, mais le changement (hors toute chronologie) de représentations (et, donc, de langage). Les justifications discursives sont des sources d’ennui ; les allusions inchoatives dans une maxime sont beaucoup plus prometteuses. Ainsi, la lecture d’un ouvrage aphoristique implique la prémonition de la représentation sous-jacente. | | | | |
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| vérité | | | Les contradictions à l’intérieur d’un même langage prouvent ma bêtise. L’un des symptômes d’une contradiction est l’étonnement ; la plupart de mes notes provoquent mon propre étonnement ; mais je sais que les contradictions sous-jacentes se justifient par changement de langage. L’intelligence est dans la maîtrise des langages incompatibles mais intéressants. | | | | |
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| vérité | | | La vérité contraire est une expression impossible ; seul une négation syntaxique (découlant d’une grammaire et ne remontant pas jusqu’à la représentation) peut être formulée. Avec une représentation donnée, la négation d’une expression vraie ne peut être que fausse. Le philosophe (qui serait, en même temps, un logicien) est celui qui sait passer d’une représentation à l’autre, pour modifier la véracité des mêmes expressions langagières. | | | | |
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| vérité | | | Si tu maîtrises le savoir consensuel d’une civilisation, tu possèdes des représentations dures, non-contradictoires et partant de ce savoir essentiel ; chez les autres, dans la plupart des cas, elles sont molles, sans noyau, logiquement sain. L’évolution de tes représentations sera soumise à un contrôle logique ; elle sera arbitraire chez les autres. Tes vérités seront abductivement justifiées ; celles des autres auront le statut des dogmes individués. | | | | |
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| vérité | | | Tu peux te permettre des incohérences langagières, si tu pars des représentations différentes, dont les contextes correspondants rendent vraies les propositions contradictoires – l’intelligence représentative rejoignant l’intelligence interprétative. | | | | |
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| vérité | | | En Intelligence Artificielle, le terme de logique est utilisé dans deux sens : une logique cognitive – pour assurer que la représentation reste non-contradictoire, et une vraie logique (mathématique) – pour prouver la véracité (ou la fausseté) d’une proposition. | | | | |
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| vérité | | | Les contradictions apparentes peuvent être réconciliées et fusionnées dans la profondeur d’une vérité grégaire, mais, projetées vers la hauteur des sommets solitaires, elles garderaient toute leur particularité. | | | | |
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| vérité | | | L’aphoristique est un défi à la logique – énoncer des conclusions-réponses, sans avoir formulé des prémisses-questions. Le travail logique est le développement, à partir des conditions ; la création aphoristique est l’enveloppement des effets, dont chacun est libre d’imaginer les causes. Le mode discursif est commun, sur des sentiers battus ; la fantaisie aphoristique est personnelle, même menant aux impasses. | | | | |
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| vérité | | | En dehors de l’infini mathématique (donc, échappant au regard de Gödel), le vrai et le démontrable sont de parfaits synonymes. Et le contraire du vrai n’est donc pas l’obscur faux, mais le limpide indémontrable. Toutefois, la démonstration (ou son échec) dépend du sujet-évaluateur, de ses représentations, de son interprète langagier et de ses outils logiques. | | | | |
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| vérité | | | Les métamorphoses du savoir : de la vérité déclarée à la vérité prouvée - un pouvoir consolidé, de la vérité prouvée à la vérité déclarée – un vouloir osé. La loi de savant ou le caprice de rêvant. Le devoir, scientifique et dogmatique, ou le valoir, lyrique et sophistique. | | | | |
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