| action | | | Toutes les montées et chutes se produisent, aujourd'hui, dans la morne horizontalité. Ni vertige ni illumination. En absence de toute hauteur, les stationnaires tombent. Une chute, même dans une profondeur aplatie, me laissera sans bleus ni azur. Rester couché dans mes ruines, tapies de mes chutes, offre une échappatoire à ce prurit cinétique. Les horizontaux aussi chuteront, mais en pleines étables. | | | | |
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| action | | | L'orfèvrerie de l'inutile est un travail en pure perte. Être utile, c'est être demandé, avoir une promesse, voir un échange possible. Deux détournements de mes talents non réclamés, non fructifiés : les enterrer ou les vouer à une hauteur irrespirable. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, je suis d'autant plus libre, que mes contraintes sont davantage intérieures et mes nécessités - extérieures. Et non pas l'inverse, qui est signe des esclaves. | | | | |
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| action | | | Pour assourdir le remords, qui suivra chacune de mes actions, je dois réduire la liberté, en tant que cause, soit à la nécessité soit au hasard ; pour le choix de l'inaction, j'emprunterai le chemin inverse. | | | | |
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| action | | | Vivre des tempêtes (de l’espérance) et toucher aux gouffres (du désespoir), sans quitter le rivage, soupirer - « Suave, mari magno… » (Lucrèce). Nietzsche a tort de pousser le philosophe vers le navire en perdition - troquer ses ruines contre une épave ? Pour exposer le meilleur des arts de navigation, le naufrage n'est pas un but suffisant, mais une contrainte nécessaire. « Navigare necesse, vivere non necesse » (Plutarque) - que des Hanséatiques ou internautes s'en accommodent, affaire d'échanges, lucratifs ou ludiques. | | | | |
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| action | | | C'est avec les graines du champ de l'impossible qu'il faudrait ensemencer celui du possible. Pour des récoltes immortelles, la génétique modifiée est sans danger. « Ô mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible » - Pindare. Ne pas se laisser envahir par l'ivraie du nécessaire. C'est ainsi que t'avaient lu et mis en exergue, respectivement, Camus et Valéry. La vie, la beauté, le Bien, pour la raison mécanique, la machine, sont impossibles. Regardez, aujourd'hui, les champs du possible, en peinture ou en musique, - les distinguez-vous des décharges publiques ? Et l'écriture, elle aussi, subit chaque jour davantage cet urbanisme lugubre et aculturel, ennemi de la kénose vivifiante. | | | | |
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| action | | | Ce n'est pas dans l'accompli que les êtres d'exception lisent la grandeur, mais dans l'imaginé. Non pas avec leurs yeux, mais avec leur regard. Éventuellement, dans l'imaginé d'après l'accompli, mais dans un langage de hauteur, tout accompli s'inscrivant toujours dans la platitude. Il n'y a pas de grandes actions, il y a de grandes images. | | | | |
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| action | | | Deux raisons déterminent le choix de nos actions : la mécanique – suivre la voix de l'intérêt immédiat et net, et l'organique – prêter attention à l'appel d'un bien, vague et distant. L'inertie du nécessaire ou la liberté du possible. Et la liberté s'avère dans un non au mécanique gravitationnel, suivi d'un oui à l'organique ascensionnel – la liberté est toujours dialectique, elle est une rupture, un saut, une fuite de la continuité. | | | | |
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| action | | | Mieux on voit l'aléatoire de l'action, mieux on reçoit le possible. Mieux on perçoit le possible, mieux on admire le réel. Mieux on conçoit l'imaginaire, mieux on se connaît. | | | | |
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| action | | | Ce qui te conduit vers le péché, ce ne sont ni les erreurs, ni la méchanceté, ni les mensonges, mais la nécessité même de faire des pas, c'est à dire d'accomplir des actions, sur le chemin irréversible, qui s'appelle le temps. Toute vertu est intemporelle. | | | | |
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| action | | | Dans leurs impératifs catégoriques, ils parlent beaucoup trop de fins et de moyens, ils oublient les commencements : il faudrait agir, comme si ton action, dégagée du contingent, pouvait être le premier pas d'un élan devenue nécessaire. Et tout le reste est fioriture. | | | | |
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| action | | | Le sage préfère le mystère à la solution, reconnaît que ses paroles n'épuisent ni la merveille de ses rêves ni celle du monde, ne passe à l'action qu'acculé par l'indifférente nécessité. À comparer avec les matérialistes : « La sagesse a trois applications : choisir de bonnes solutions, parler sans faute, agir comme il faut » - Démocrite. | | | | |
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| action | | | Chercher dans le nécessaire - le désirable (amor fati), que vaut cette morne litanie des stoïciens et nietzschéens à côté de l'éclat du : trouver dans le désirable - le nécessaire (fatum amoris) ! | | | | |
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| action | | | Une bonne ombre traduit l'éclat et le mystère de l'astre, au hasard de mes pérégrinations dans ma caverne ; l'objet qui la projette est, le plus souvent, aléatoire. La parole qui n'est que l'ombre de l'action, devrait se détacher de l'action, pour parler de l'astre. D'ailleurs, à son tour, « action est l'ombre de la contemplation et de la raison » - Plotin. Et celles-ci, à leur tour, ne sont que des miroirs de l'âme. Un beau destin d'homme est peut-être de vivre en projecteur des ombres. Pour le créateur, l'action est secondaire, comme tout ce qui n'est que nécessaire ; la contemplation, même superflue pour l'action, est primordiale. | | | | |
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| action | | | L’homme est cerné, d’un côte, par le possible et, d’un autre côté, par l’impossible ; il est Ouvert du côté de l’impossible et Fermé du côté du possible ; il est donc dans le rêve de l’inatteignable et dans l’action vers une cible à toucher. | | | | |
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| action | | | Autour de nos actions se forment les attitudes éthique, pragmatique, intellectuelle, esthétique, et à chacune d'elles un regard mystique affectera sa place. Il va de soi, que sur tout axe éthique, la pragmatique nous poussera à éradiquer l'extrémité négative ; l'intellect nous fera reconnaître la fatalité ou la nécessité tragique de cette extrémité ; l'esthétique accordera aux deux extrémités le même droit à la présence dans nos tableaux. | | | | |
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| action | | | La vie est faite d'actions et de rêves. Les premières sont interprétées par l'esprit, à travers l'intérêt, la société, le savoir ; les seconds sont représentés par l'âme, à travers les dieux, la musique, la noblesse. L'ivresse, devant mon étoile, ne s'évente pas par l'astronomie. Et Épicure : « Il vaut mieux croire aux fables qu'on raconte sur les dieux, que de s'asservir à la nécessité des physiciens » - est bien bête. | | | | |
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| action | | | La même nécessité d'action se lit dans le conatus spinoziste, la volonté schopenhauerienne ou nietzschéenne, l'élan vital bergsonien. Mais sa nature peut être soit mécanique soit organique : soit développer l'idée par un discours sans vie, soit envelopper le discours du souffle de l'idée. La cohérence discursive du pouvoir ou l'intensité inchoative du vouloir. La puissance de la volonté ou la volonté de puissance. | | | | |
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| action | | | Le but n'est mauvais que lorsqu'il est le seul guide de mes pas insuffisamment sceptiques. Les moyens ne sont bons que lorsqu'ils résultent de la résolution des ardentes contraintes. Où ils cessent d'être des leviers nécessaires en prenant un poids suffisant. Le but, le cadet de mes soucis. | | | | |
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| action | | | Le thème d’action est à l’origine de tant d’inepties savantes, qu’en choisir les plus hilarantes est une tâche facile. Peut-être en matière d’ennui, de banalité, de platitude personne ne dépassera jamais cette illumination hégélienne : « L’action, transportée en existence, se développe dans tous ses aspects d’après ses relations à la nécessité et a des suites diverses » - « Die Handlung, im Dasein versetzt, entwickelt sich nach allen Seiten nach seinem Zusammenhange in der Notwendigkeit und hat mannigfaltige Folgen ». | | | | |
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| action | | | À la source de mon action peut se trouver la nécessité (pas de liberté), le calcul (liberté mécanique), l’arbitraire (caprice ou liberté éthique). | | | | |
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| action | | | La liberté de tout vivant est une victoire de l’esprit, sa sortie du règne de la nécessité matérielle, sortie miraculeuse. | | | | |
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| art | | | Au début on pense, que les livres peuvent apporter des lumières (eux), ensuite on en attend surtout des émotions (nous), enfin, on comprend, que les couleurs (moi-même) sont, en eux, la chose suffisante. Plus on va, moins on voit les autres et plus on s'accommode sur soi-même. Première étape, l'inacceptable, - regarder le monde à travers les livres des autres. La seconde, l'acceptable, - aimer l'art en moi et non pas moi dans l'art. Mais plus on va, moins on voit les autres et plus on s'accommode sur son vrai soi, qui est toujours artiste. | | | | |
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| art | | | Romantisme : repousser le présent avec les moyens les plus modernes - la meilleure recette pour devenir classique à l'époque suivante. Donner au caprice la force d'une nécessité ; enlever à la nécessité sa couche d'ennui suranné. Affaire de don pour de nouveaux langages. | | | | |
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| art | | | Ce qui donne un sens à cette écriture, c'est le lecteur idéal, mon alter ego (ou plutôt mon altus ego), celui qui, en découvrant ce livre, en serait jaloux, avant d'en être séduit. Mais ce sont mes égaux, imaginaires, impossibles, qui me comprendraient et pleureraient ensemble une défaite annoncée, un amour insensé, mais ils ne parviendraient jamais jusqu'à mes yeux. | | | | |
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| art | | | L'art n'est possible que parce qu'il est impossible de faire de sa vie une œuvre ni d'être l'artiste de soi-même. | | | | |
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| art | | | Poète est celui, pour qui les rêves sont plus véridiques que les choses. L'immensité du possible s'éploie devant le poète, là où pour le Terrien n'est possible que ce qui est. Le sûr n'est vrai pour lui qu'improbable ! | | | | |
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| art | | | Ce n'est pas le courage, mais l'obligation de l'artiste : énoncer l'ineffable, chanter l'inaudible, séjourner dans l'inexistant, tenir à l'insaisissable, se fier à l'irréparable, se détourner du prouvé, faire carrière et « sombrer avec le sublime et l'impossible » - Nietzsche - « am Großen und Unmöglichen zu Grunde zu gehen ». L'impossible devenant ma nécessité : « La nécessité, mère de l'art » - Apulée - « Mater artium necessitas ». | | | | |
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| art | | | L'homme de plume est fait du don, du fond et du ton. Sans savoir me prévaloir ni du don de Cioran ni du fond de Valéry, je ne trouve qu'une seule proximité possible : avec le ton de Leopardi. | | | | |
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| art | | | Trois conditions nécessaires, pour que l'éternité prête l'oreille à mon message : il doit être sans lendemain, l'aujourd'hui y doit être absent et l'hier constituer la perspective ou le point zéro de mon écriture. Pour un bon interprète, comme pour un bon créateur, « hier n'est pas encore né » - Mandelstam - « вчерашний день еще не родился ». | | | | |
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| art | | | L'art est possible grâce à ce prodige : ce qui émeut et l'émotion s'ignorent. | | | | |
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| art | | | La naissance d'une œuvre d'art est vécue par l'artiste comme jaillissement immanent d'une liberté, relevant de son soi inconnu, son seul dépositaire, et que l'artiste, ce soi connu, subit. Mais la perception, par le spectateur, d'une œuvre réussie doit être empreinte d'une nécessité presque transcendantale. « La création comme liberté sans transcendance » - Jaspers - « Schaffen als Freiheit ohne Transzendenz », dont l'artiste n'est qu'instrument. Cette dualité entre la hauteur visée et la profondeur atteinte est presque la définition même d'une œuvre d'art. | | | | |
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| art | | | L'art, comme la religion, commence par l'intérêt qu'on porte à ce qui n'existe pas, n'existe déjà plus ou n'a pas encore existé. Même si la vision y compte moins que la création. L'artiste est celui qui ne peut pas vivre sans ce qui n'existe pas. Les yeux, qui en vivent, s'appellent regard. « Il me faut ce qui n'existe pas »** - Hippius - « Мне нужно то, чего нет на свете ». Pour en vivre ou pour le réinventer : « La mission du poète est d'inventer ce qui n'existe pas » - Ortega y Gasset - « La misión del poeta es inventar lo que no existe ». Et Kierkegaard - « Le génie ne désire pas ce qui n'existe pas » - veut faire de l'acteur - un figurant. | | | | |
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| art | | | Le consommateur ayant changé de besoin, le transporteur s'étant acoquiné avec le distributeur, le producteur d'une littérature sans prix voit ses valeurs d'usage et d'échange s'effondrer. Il ne lui reste que la valeur intrinsèque, la dignité incomestible. | | | | |
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| art | | | Toute pensée est un accord entre la nécessité d’un fond et la liberté d’une forme, entre le cerveau et les ailes, entre la profondeur des yeux et la hauteur du regard. La philosophie étant un art et nullement une science, Heidegger : « La parole du penseur est pauvre en images et sans attraits » - « Das Wort des Denkens ist bildarm und ohne Reiz » - y est étrangement unilatéral. | | | | |
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| art | | | Ta facette réelle, où dominent le calcul et la nécessité, reflète, tout de même, le miracle de la Création divine ; sur ta facette immatérielle, merveilleuse mais imaginaire, se gravent ou se peignent ton rêve et ta liberté. « On se peint dans son art mieux que dans sa vie même »*** - Suarès. | | | | |
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| art | | | La maxime ne peut être ni constat, ni verdict, ni nécessité, ni vérité ; elle ne peut exprimer que la musique d’un état d’âme. | | | | |
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| art | | | L’immobilité des commencements sert à résister à l’inertie des parcours. « Mon enthousiasme ne surgit que dans l’élan créateur initial ; tout ‘développement’ est perte d’intensité, sous le signe de la nécessité et non pas de la liberté »**** - Berdiaev - « Только первичный творческий подъём вызывал во мне энтузиазм; „развитие“ - охлаждение, под знаком необходимости, а не свободы ». Toutefois, le premier chaînon de cette chute n’est pas la perte de l’enthousiasme, mais le pâlissement de la beauté. C’est une question de style et non pas de liberté. D’ailleurs, dans les grands commencements il y a plus d’arbitraire noble que de liberté neutre. | | | | |
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| art | | | Tout en maximisant, dans son œuvre, la part du nécessaire, l’artiste sait, que le possible nouveau n'y disparaîtrait jamais complètement. | | | | |
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| art | | | Tout livre d’art doit être codé ou écrit à l’encre sympathique. Tout homme à l’âme vivante possède un décodeur nécessaire, pour entendre la musique de ce livre ; il serait même suffisant, si, en plus, cet homme avait une tête bien faite. | | | | |
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| art | | | La création est un contraire du rêve : celle-là vaut, surtout, par la qualité de ses nets commencements, et celui-ci – par l’inaccessibilité de ses buts vagues. Mais aussi bien les commencements que les buts y servent de lumière, pour projeter nos ombres intellectuelles ou sentimentales. « L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne »** - R.Char – tu y parles du rêve immobile, tandis que la création est l’art du possible animé. | | | | |
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| art | | | L’écriture : l’objet initial – un état d’âme, réel, non langagier, non conceptualisé, ensuite – son reflet, de vagues concepts avec de vagues relations, leurs places vagues dans une représentation naissante, des mots trop précis, trop limités, trop galvaudés, la nécessité de métaphores, qui finissent par peindre un état d’âme aux frontières trop nettes et imprévues, et c’est le chemin d’accès de ce dernier état avec l’état d’âme initial qui déterminera la qualité de ton écriture. | | | | |
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| art | | | Mon soi inconnu ne connaît pas la nécessité ; il est la voix même de la liberté intemporelle, c’est elle qui, soudain, me poussera à écrire. Si tu crois écrire par nécessité, tu n’écouteras que la voix de ton soi connu, adressée au présent, aux autres. Une vague transcendance ou une transparence banale. | | | | |
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| bien | | | La plus grande liberté, comme le plus grand esclavage, se résument dans une même formule : accomplir la volonté d'un autre et non la mienne propre. Si cette contrainte extérieure m'est imposée par des hommes, plus puissants que moi, je suis esclave. Si elle m'est soufflée par mon propre soi inconnu, par cette voix d'un Bien inné et sacrificiel, je suis homme libre, homme divin. Cette liberté est une merveille irrationnelle, accessible même au dernier des hommes ; la liberté animale, celle du choix d'un acte dans un ensemble des actes possibles, est une merveille rationnelle, accessible même aux fourmis. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est essentiel, car il n'a pas de contraire (et Plotin y jongle mal : « il est nécessaire qu'il y ait des maux, s'il faut qu'il y ait quelque chose de contraire au Bien », tout en étant, ailleurs, meilleur logicien que Sartre : « l'être n'a pas de contraire »). Le mal naît du changement de lieu d'exercice, lorsque, au lieu de jaillir au cœur, la source du Bien se met à emporter le bras. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est l'essence de l'homme, entourée d'inévitables accidents, dont le nom est - le Mal. Mais toute définition doit se fonder sur la nécessaire essence et non pas sur la contingence des accidents : « À quoi te sert ta philosophie, si tu t'attardes au mal accidentel » - Shakespeare - « Of your philosophy you make no use, if you give place to accidental evils ». | | | | |
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| bien | | | Trois modes de manifestations métaphysiques chez l'homme : la nécessité, la création, le miracle - l'inéluctable du vrai, l'irrésistible du beau, l'incompréhensible du bon. « La source du Bien est à chercher non pas dans le fixe et l'habituel, mais dans le miracle » - Bakhtine - « Добра надо ждать не от устойчивого и привычного, а от чуда ». | | | | |
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| bien | | | Le Bien est grandiose, puisqu'il n'est, Dieu merci, que possible ; le mal est minable, puisqu'il est, hélas, nécessaire. | | | | |
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| bien | | | Être libre ; échapper à la Nécessité du Vrai et se soumettre à la Volonté du Bon. Mais les hommes préfèrent la nécessité du bon (la règle) et la volonté du vrai (le calcul), et ils proclament, que la volonté et la liberté sont la même chose. | | | | |
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| bien | | | Il existent les libertés mécanique, politique, intellectuelle, morale, mais la liberté tout court, la liberté abstraite, est indéfinissable. Spinoza, voulant cerner celle-ci, ne décrit que la liberté des robots : « J'appelle libre une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature, contrainte, celle qui est déterminée par une autre » - « Liberam esse rem dico, quae ex solae suae naturae necessitate existit, et agit ; coaectam autem, quae ab alio determinatur ». Aujourd'hui, tout âne de Buridan apprit à jeter des dés et se proclame libre. La liberté morale est l'acceptation de nobles contraintes : fidélité à la haute faiblesse ou sacrifice de la force profonde, et donc l'accord avec ses passions. Il faut choisir entre le nécessaire des esclaves ou le possible de l'homme libre. | | | | |
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| bien | | | Il n'y a que deux valeurs métaphysiques - le beau et le Bien, puisqu'ils échappent à toute nécessité ; les aveugles du beau tâtonnent sur l'être, les sourds du Bien se disputent l'avoir. La nécessité commande le vrai ; c'est pourquoi, tout en le découvrant en nous-mêmes, on le retrouve, miraculeusement, hors de nous, la rencontre de la transcendance et de l'immanence. Mais les plus éclopés se vautrent dans la platitude du vrai, qui n'est pas de leur fait et donc dépourvu de beauté profonde et de haute bonté. | | | | |
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| bien | | | Ils voient de l'amour des hommes jusque dans l'électromagnétisme et la vapeur. Les hommes sont aimantés par le champ du possible ; l'homme est électrisé par la charge de l'impossible. Aux hommes la vapeur fait ressentir une poussée dans les bras ; l'homme en sent son cœur enveloppé de brume. | | | | |
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| bien | | | La résignation du sot confirme une propagation du Mal ; la résignation du sage témoigne de l’existence du Bien. Le Bien ne saurait pas être une béate fidélité au continu, comme tout saut ou rupture ne sauraient être signes du Mal. On est dans le Bien, quand on reste fidèle à ce qui fait mal ou sacrifie ce qui se porte bien - la liberté, autre nom de cette pénible, mais vraie, béatitude. | | | | |
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| bien | | | Les motifs de tes actions découlent de la nécessité, celle-ci étant liée à tes intérêts d’esclave ; la liberté est la capacité de surmonter ces motifs. « Tout sacrifice implique un hyper-motif » - Valéry. | | | | |
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| bien | | | La honte, l'obstacle, de l'humble est dans la nécessité même des pas qui le fait rougir et douter ; la conscience tranquille de l'éhonté lui est donnée par la distance même, parcourue dignement et laborieusement. | | | | |
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| bien | | | Il est sain qu’un écrivain ait une morale personnelle, celle qui introduit la honte dans le séjour des sentiments les plus irréfutables. En revanche, il devrait bannir la morale collective – normative, banale, commune. | | | | |
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| bien | | | Tu fais le mal, malgré toi, fatalement, ce qui te rend malheureux ; même en aspirant au bien, tu ne peux pas le faire. Tu ne veux pas rêver du mal ; tu ne peux rêver que du bien, ce qui peut te rendre heureux. La nécessité dominant la possibilité, le malheur moral est plus vivace et prolifique que le bonheur. | | | | |
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| doute | | | Dans un livre, le sot est attiré par l'inconnu, qui s'ajoute au connu, le subtil - par l'imprévu, qui complète le vu, le sage - par l'impossible, qui succède au possible. | | | | |
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| doute | | | La dialectique sophistique favorise les tableaux triadiques ; la dialectique dogmatique leur préfère l'axe, la dualité, dont le soi est le cas le plus flagrant. Et j'y trouve tant d'oppositions mal tranchées : l'inconscient n'est qu'une partie câblée du conscient, l'essence est une précondition nécessaire de l'existence, la transcendance est l'immanence justifiée. Le soi se décompose le mieux entre le vouloir et le pouvoir, entre le rêve et l'action, entre le divin et l'humain, entre la création et la créativité, bref – entre le soi inconnu et le soi connu. | | | | |
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| doute | | | Les facettes des hommes intéressants peuvent être lumineuses ou réfléchissantes. Elles éclairent ou obscurcissent notre vue. N'aurait-on pas franchi un seuil, où les seconds seraient plus nécessaires que les premiers ? | | | | |
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| doute | | | La rigueur ne mène qu'au nécessaire, il faut de la passion, pour accéder au suffisant. | | | | |
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| doute | | | Le sot étend le suffisant, le sage approfondit le nécessaire, le délicat hausse leurs domaines de valeurs respectifs jusqu'à ce qu'ils deviennent de vagues constellations scintillantes. | | | | |
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| doute | | | Dans ma Caverne du nécessaire, la lumière du possible me fait admirer les ombres de l'impossible. À R.Char, l’impossible sert de lanterne ; à Derrida - de matériau : « La seule invention possible, l'invention impossible ». | | | | |
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| doute | | | Deux manières d'amplifier le possible : modifier le modèle - par ajout, suppression, substitution - ou inventer de nouvelles requêtes, représentation ou interrogation. Deux manières de filtrer le nécessaire : conditionner le modèle par des hypothèses topiques et le langage - d'hypostases tropiques. | | | | |
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| doute | | | Soit une chose, C, son implexe, Im, et notre parcours, P, au-dessus de la chose, entre les moments t1 et t2, vécu avec l'intensité In. Héraclite nous dit, que l'égalité, C(t1) = C(t2) est impossible ; Nietzsche nous suggère qu'avec In suffisamment grande, cette égalité est métaphoriquement possible - l'Éternel Retour ; Valéry dit qu'il n'y a pas de choses, que des implexes, qui sont toujours unifiables, Im(t1) = Im(t2), - l'Éternel Présent. | | | | |
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| doute | | | Leurs théories du soupçon ou du déguisement partent de l'hypothèse d'une authenticité possible, dans le verbe ou dans le geste, qui rendraient fidèlement notre moi, habituellement inavouable ou indépistable. Authenticité impossible, car seule l'invention-création (que Valéry appellerait transformation, car toute création est de la traduction, ce qui suppose un original à transformer) est le vrai visage de l'homme, la visagéifiction. La seule vraie différence entre artiste et mouton-robot est dans les deux acceptions du terme de modèle : le second reproduit le modèle courant, le premier en crée une représentation nouvelle. | | | | |
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| doute | | | Toute science a un versant artistique ; mais là où une question n'admet plus qu'une seule réponse, l'art est impossible. Comme, d'ailleurs, la philosophie : « Philosophie, somme de tous les sujets, sur lesquels il est possible de différer d'opinions » - Valéry. La chouette de Minerve, qui ne prenait son envol qu'à la tombée de la nuit, le savait. | | | | |
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| doute | | | Une représentation est une image immobile de la réalité ; pour y introduire le temps, on l'y représente par des moyens d'une logique, lui, qui échappe à toute bonne logique ; une animation, elle aussi, immobile, un mouvement sans l'infini nécessaire. | | | | |
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| doute | | | Les ténèbres, qui, dans la Création, précédèrent la lumière, n'ont rien à voir avec les ténèbres, qui, seules, reflètent et interprètent mon âme. La lumière nécessaire est aux autres, et les ombres possibles sont à moi. Où butiner et où créer ? - même le travail devrait être de la lumière, mais pour mieux rendre mes ombres. On crée parmi les ombres du fond, jetées par la lumière des formes. La raison lumineuse ne suit que la voie de la vérité ; la musique ombrageuse ne suit que la voix du rêve. | | | | |
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| doute | | | J'ai beau m'évertuer en inventant du possible, je n'arrive jamais à la profondeur du nécessaire divin ou à la hauteur de mon propre suffisant. Il faut inventer de l'impossible, pour atteindre à de la grandeur. | | | | |
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| doute | | | C'est dans la hauteur qu'on doute le mieux, les certitudes étant renvoyées vers les profondeurs ou platitudes. Nietzsche se trompe de dimension : « Il faut douter plus profondément » - « Es muß gründlicher gezweifelt werden », mais c'est toujours mieux que de ne pas douter de la plus grande des incertitudes - de notre moi (Descartes). La naissance de la pensée : choisir un bon langage, formuler une bonne négation, viser une bonne hauteur - une belle croyance émergera d'un beau doute. | | | | |
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| doute | | | C'est autour des choses suffisantes - des consolations ou des jeux de langage - que la philosophie doit déployer sa force discursive ou imaginative. Le nécessaire, c'est le domaine de la science. « Le point de départ de la philosophie, c'est la conscience de sa propre faiblesse dans les choses nécessaires »** - Épictète - ce serait sain, si c'était pour chanter des hymnes à la faiblesse ou pour imprimer de l'humilité à son propre discours et pour éviter ainsi, que son point d'arrivée ne soit une auto-suffisance. | | | | |
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| doute | | | Nul besoin de liberté, pour rendre le fond, suivre la loi du nécessaire y suffit. C'est pour créer la forme que la liberté est sollicitée, mais le meilleur moyen d'y parvenir est de commencer par bien formuler des contraintes. Le génie - la musique de la seule liberté, ne laissant pas entendre le bruit de la nécessité. Ses outils, ce sont ses contraintes inaudibles. | | | | |
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| doute | | | Il y a autant d'idées de l'être que d'idées du devenir, exprimées dans un langage de monotonie logique ou dans un langage événementiel, de rupture. Une cohérence ou une déshérence. Décrire, par un libre arbitre, un univers ou en créer, en liberté, un nouveau. Une intelligence ou une audace. L'universalité ou l'exception. Mais la seconde tâche est impensable sans la première. Le meilleur mouvement naît de la maîtrise de l'immobile. | | | | |
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| doute | | | C'est parce que peu de choses sont nécessaires au délicat, que ses possibles surabondent, et les dégrader au rang des impossibles, c'est à dire améliorer les contraintes, est plus noble que les promouvoir, banalement, en réels, pour avancer vers un but. | | | | |
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| doute | | | La bonne foi, censée symboliser la clarté du philosophe, n'a de sens que pour celui qui a un passé à défendre. « Le temps rend clair ce qui fut flou ; il rend flou ce qui fut clair » - Sophocle. Le philosophe est dans l'ouverture vers un présent incertain. Qu'il lui soit donc permis de se servir du flou, pour attirer vers une lumière future possible. Dans la faculté de représenter, rendre possible est plus intelligent que rendre clair (Kant). | | | | |
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| doute | | | Le scientifique explore le nécessaire, le philosophe narre le possible, le poète chante l'impossible. | | | | |
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| doute | | | Aussi bien dans la réalité que dans une représentation, exister peut vouloir dire deux choses : avoir réussi le passage par le filtre essentiel (les cogniticiens) ou se manifester dans des événements (les existentialistes). Dans le premier sens, l'essence précède l'existence, et dans le second, l'existence, à la lumière de l'expérience et de l'apprentissage, peut m'amener à modifier l'essence. | | | | |
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| doute | | | Il est terrible de reconnaître, que là où il n’y a pas de vie, il n’y a que la Nécessité. Il est encore plus terrible d’admettre, que la Nécessité, un jour, tuera la Vie. | | | | |
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| doute | | | Mon soi inconnu communique avec l’ensemble de tous les possibles, hors du temps ; mon soi connu se réduit aux possibles réalisés, à la mémoire, donc au passé, au temps. | | | | |
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| doute | | | Toute la réalité, vue par son éventuel Créateur, est improbable. De ce point de vue, le rêve, en tant que produit d’une imagination et d’une sensibilité, est plus compréhensible non seulement par notre âme mais par notre esprit aussi. | | | | |
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| doute | | | Les plumes sottes suivent les sentiers battus du nécessaire, pour aboutir dans un bazar de l’aléatoire ; les belles partent de l’arbitraire et finissent par bâtir du nécessaire. | | | | |
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| doute | | | Un rêveur : celui chez qui ce qui aurait pu être tient plus de place que ce qui est ou fut. | | | | |
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| doute | | | L’espoir – se nourrir du possible ; l’espérance – entretenir la soif de l’impossible. | | | | |
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| doute | | | Le hasard n’existe que dans le vivant où il est équivalent de la liberté ; la nécessité ne loge que dans l’inerte. Pour décrire, rigoureusement, le mouvement de la matière inerte, on a besoin de trop d’équations ; par économie, on simplifie le modèle jusqu’aux tableaux probabilistes, où, par abus de langage, on désigne par le mot hasard des schémas statistiques approximatifs. | | | | |
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| doute | | | Il est également bête d’absolutiser l’essence (toujours arbitraire) des liens de causalité que de leur refuser l’existence (toujours virtuelle). La cible de ces liens (d’arité imprévisible) est un état, d’objets ou de conscience, tandis que leurs partenaires seraient : des acteurs, des événements, des inerties, des outils, des projets, des ordres, des contraintes. Leur degré d’arbitraire est largement au-dessus de celui des liens tout-parties. | | | | |
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| doute | | | Le passé, d’il y a un milliard ou un millier d’années, d’un mois ou d’une seconde, sombre irrémédiablement dans l’inexistence ; l’avenir de la nécessité est déjà calculé, l’avenir de la liberté est imprévisible. Ce n’est pas nous qui traversons le temps, c’est le temps qui nous traverse. Il ne s’arrêtera que le jour où toutes les étoiles seront définitivement éteintes et les électrons auront marre de tourner autour des noyaux. | | | | |
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| doute | | | La réalité, évidemment, est infiniment plus miraculeuse que mon rêve, mais elle est partagée avec les autres ; mon meilleur rêve reste réservé à ma solitude. Dans la réalité domine la nécessité ; dans le rêve naît la liberté. La profondeur du réel fascine ; la hauteur du rêve me donne des vertiges - le Créateur fut bon designer, mais Il ne s’exerça point en composition musicale. Si Son Commencement était le Verbe, le mien est dans la caresse à résonances | | | | |
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| doute | | | Ce qui n’a pas encore de nom est difficile, inconnu ; tu réveilles ton soi inconnu en montrant une résistance au connu, au facile, c’est une contrainte nécessaire. | | | | |
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| doute | | | On ne peut vivre sans créer, ni créer sans penser, ni penser sans rêver, ni rêver sans s’inspirer, ni s’inspirer sans croire, ni croire sans mystère. Au bout de la vie se dressent des ombres. | | | | |
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| hommes | | | Le sage réduit le nécessaire et se réjouit de l'abondance du possible ; le sot élargit le possible et souffre du manque du nécessaire. Qui renonce au superflu, se libère de l'indispensable. Et si le superflu était ce qui est indispensable, sans qu'on sache à quoi (Cocteau) ? | | | | |
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| hommes | | | Dès qu'on oublie le souci du ventre, on se désintéresse du chantre. Le souci du beau ne concerne plus que ceux qui inventent leurs propres soifs inextinguibles. « Le savoir produisant le bien, qui produisait le beau, tandis que le sacré illuminait toute chose ; voici la nouvelle barbarie : l'explosion scientifique et la ruine de l'homme » - M.Henry. Quand le champ du possible s'élargit, le chant de l'invisible s'assourdit. Jamais le besoin de l'inutile ne fut si moribond. « L'amphore, qui refuse d'aller à la fontaine, mérite la huée des cruches » - Hugo - vous comprenez maintenant l'orgueil de ce récipient exhibant les mêmes performances que la cruche. | | | | |
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| hommes | | | Plus on gagne en avoir, plus on s'imagine qu'on puisse suffire à soi-même, pour être libre devant les autres ; plus on gagne en être, plus on ressent qu'on est nécessaire à soi-même, pour être libre à ses propres yeux. Épicure reste vague : « Le fruit le plus grand de la suffisance à soi-même : la liberté ». | | | | |
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| hommes | | | Le nécessaire de la populace ne cesse de s'élargir ; le superflu aristocratique reste toujours à la même hauteur : « N'accordez à la nature que le nécessaire, et le prix d'homme sera aussi bas que celui des bêtes » - Shakespeare - « Allow not nature more than nature needs, man's life's as cheap as beast's ». | | | | |
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| hommes | | | Seul le commencement est libre et nécessaire, surtout si j'avais bien formulé mes contraintes, ce noble cercle du possible. Des fins, des moyens et des parcours sont dictés par la médiocrité des hasards. L'aléatoire devrait s'arrêter à l'avant-dernier pas, le dernier est déjà dans le superflu, la péroraison, profanant le silence nécessaire. | | | | |
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| hommes | | | Le boutiquier assagi vend le superflu, qui n'est indispensable qu'au poète. Celui-ci achète le nécessaire pour ne pas perdre le superflu. C'est ainsi, en termes d'achat-vente, que se formulent aujourd'hui nos attitudes mentales. | | | | |
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| hommes | | | Le nécessaire fut, jadis, cruel mais juste. Les effets de la suffisance actuelle sont pires : les moutons s'acclimatent dans la jungle. Le loup s'installa, depuis peu, en ville, avec des abattoirs écologiques, les moutons lui chantant la gloire. | | | | |
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| hommes | | | De plus en plus, les hommes se contentent de ce que la rigueur et l'intérêt leur dictent, pour se détourner de ce que l'art procure - de l'admiration et du rêve. Et, doctes, ils se justifient : « L'art est inutile, où suffit la nature » - Gracián - « No es menester arte donde basta naturaleza ». Où manque l'art, la nature est insuffisante. | | | | |
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| hommes | | | Le merveilleusement impossible est sauvé par la fidélité du regard ou par le sacrifice du possible : « Mettre les moyens du possible au service de l'impossible » - R.Debray. Le moyen, ne serait-il pas infidélité latente ? « Soyons réalistes, exigeons l'impossible » - Che Guevara - « Seamos realistas, exijamos lo imposible ». Même des irréalistes poursuivent l’impossible : « Faire le bien et éviter le mal » - Thomas d'Aquin - « Bonum est faciendum et malum vitandum ». | | | | |
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| hommes | | | Nous assistons à l’échange de rôles entre existence et essence. Jadis, on associait à la première - l’objectivation et la liberté, et à la seconde – l’affirmation et la nécessité. Aujourd’hui, l’existence, c’est une objectivation moutonnière et une nécessité robotique, tandis que l’essence devient une affirmation inventée et une liberté créatrice. | | | | |
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| hommes | | | Depuis trois millénaires, dans la littérature s’affichait surtout le superflu, désintéressé et racé ; aujourd’hui, seul le nécessaire, c’est-à-dire utile et vil, qui préoccupe les plumes. La masse se substitua à la race. | | | | |
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| hommes | | | La merveille de l’homme : le beau surgit du nécessaire, quand l’homme développe, par son esprit, le fond divin du monde, et le beau naît aussi du possible, quand, par son âme, l’homme enveloppe ce monde d’une forme humaine, arbitraire et artistique. Et puisque l’harmonie entre le fond et la forme s’appelle style, l’homme est vraiment le style ! | | | | |
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| hommes | | | Les hypostases du soi, ou du quadriparti humain – l’homme, les hommes, le sous-homme, le surhomme – se forment, respectivement, par le hasard biologique, la règle sociale, la routine psychologique, la création artistique. Et lorsqu’on veut dépasser l’homme, on ne précise jamais, laquelle des hypostases en profitera ; le cas le plus rare, mais le plus noble, vise la dernière, mais les deux autres dominent largement cette mutation nécessaire. | | | | |
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| hommes | | | Le nécessaire, mystérieux au départ, est voué à la platitude du commun. « Les Russes ont le droit de regarder la France de haut, car ils respirent dans le possible » - Cioran – ce possible étant mystérieux pour longtemps. | | | | |
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| hommes | | | Tu disposes de trois regards sur le monde : l’éthique, l’esthétique, le pragmatique. Le premier devrait t’amener à vénérer le miracle de l’existence même de ce sens inutile, ‘contre-productif’, destiné à ne pas quitter ton humble cœur, ton cœur soumis. Le deuxième te dote de contemplation de la beauté du monde et de volonté de créer de la beauté toi-même. Enfin, le troisième humilie ta liberté, fait de toi un jouet de la nécessité, un révolté mécanique, brandissant de sots reproches d’absurdité ou d’horreur du monde mal conçu. Les yeux baissés – la profondeur ; les yeux enflammés – la hauteur ; les yeux écarquillés – la platitude. Dieu, rêve, réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Les oppositions, où il y a de la bassesse ou de la hauteur dans les deux termes, sont sans intérêt. Des dyades à n'en pas abuser : être - néant, présence - absence, intérieur - extérieur, vain - sensé, nécessaire - contingent, le même - l'autre. À ne pas perdre de vue : noble - bas, beau - gris, musical - plat. Des monades à éviter : mort, progrès, observation. À rechercher : intensité, merveille, regard. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation, deux activités, manipulant les noumènes par le libre arbitre et par la liberté, dont sont dépourvus les phénomènes, séjour du nécessaire et de l'irréversible. | | | | |
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| intelligence | | | Pourquoi le savoir fait de nous des Faust blasés ? Parce que la joie est dans le jaillissement du plaisir, et lorsque celui-ci se met à découler, on cherchera en vain d'en boucher la source. L'amateur de belles houles du regard se noie dans les mares de l'écho. « C'est quand il n'est pas possible de savoir ce qu'il faut faire qu'une décision est possible » - Derrida - la décision-rythme s'opposant à la décision-algorithme. | | | | |
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| intelligence | | | Les merveilles de ce monde devraient exaucer complètement notre curiosité et notre imagination ; notre souci du possible ne doit pas aller jusqu'à chercher d'autres mondes, mais se limiter aux regards nouveaux sur le mystère absolu et unique, s'offrant à nos yeux et esprits. | | | | |
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| intelligence | | | Jadis, penser voulait dire faire danser le possible ; aujourd'hui, c'est plutôt - faire marcher le suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | Il est possible de déconstruire la totalité des concepts du modèle courant et de rebâtir un modèle entièrement nouveau, mais équivalent à l'ancien, - la plus simple et la plus radicale objection à l'idéalisme platonicien, le côté rhapsodique de la distribution catégoriale, la pluralité des réseaux de repérage. Sans parler d'attribution, où les platoniciens se ridiculisent, en pensant, que chaque objet a un nombre fixe de propriétés. | | | | |
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| intelligence | | | Les particules élémentaires seraient toutes identiques, et donc les substances matérielles seraient totalement définies par les constantes, ces attributs primordiaux, tandis que dans la représentation nous faisons l'inverse – nous définissons une substance, que nous munissons ensuite d'attributs, plus ou moins arbitraires. Donc, soit la détermination divine, absolue et purement quantitative, soit le libre arbitre humain, relatif, qualitatif et multiforme. Et puisque la seconde partie est la seule qui puisse intéresser un philosophe, il faut refuser tout caractère nécessaire à cette panoplie ; même l'essence peut se représenter de multiples façons. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation prend, au début, une forme mathématique ; mais ensuite, on peut s'abstraire de l'original, approfondir l'aspect purement mathématique, pour se rendre compte que, miraculeusement, le modèle se met à représenter l'original avec davantage de rigueur. « La mathématique est l'alphabet, en lequel Dieu a écrit l'Univers » - Galilée - « La matematica è l'alfabeto su cui Dio ha scritto l'Universo ». C'est à se demander si Orphée, Pythagore, Badiou ou A.Connes n'auraient pas raison à voir en mathématique une vraie ontologie, car, sorti des nécessaires genres physiques, chimiques et biologiques, tout possible se réduit à la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | Les modalités logiques - la nécessité, la possibilité, la suffisance - se trouvent au centre des interminables arguties des bavards, tandis que c'est la partie la plus banale des représentations par contraintes. En revanche, les modalités mentales - la volonté, le devoir, la puissance - se raréfient chez les penseurs, tandis que seule la pensée mentale, c'est à dire personnelle et passionnelle, mérite le nom de pensée. L'homme créateur, assoiffé, manie les étiquettes logiques, pour entretenir son ivresse mentale ; l'homme banal, repu et blasé, se lamente de la nécessité du banal et de la banalité du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | Le modèle correspond à un étant ontique, que l'être ontologique valide ; mais les critères de validation suivent soit la nécessité, soit la rigueur, soit l'élégance, soit l'expressivité. De l'algèbre à la poésie. Et toute création passe, inévitablement, par les deux. | | | | |
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| intelligence | | | Pour atteindre à l'existence, la chose doit nécessairement vérifier toutes les contraintes de l'essence ; l'existence ne peut donc jamais précéder l'essence. C'est l'ambigüité du mot existence - existence comme naissance (ex-sistence, advenir) ou existence comme manifestation (devenir) - qui pousse à affirmer le contraire. | | | | |
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| intelligence | | | L'épicurien est peut-être le plus équilibré des hommes : non seulement attribuer le même poids à la nécessité, au hasard et à la liberté humaine, mais savoir les ramener, ironiquement, mais sans conteste, les uns aux autres. | | | | |
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| intelligence | | | Peut-être les Chinois sont plus intelligents qu'Aristote : ce que celui-ci considère comme buts - le désir de savoir ou le bien final de l'action - les Chinois n'y reconnaissent que des contraintes immanentes, câblées, dont on ne parle plus. Par ailleurs, l'intérêt pseudo-philosophique de la notion de contrainte consiste dans le fait, qu'elle seule permet de cerner la vaseuse notion d'être (ignorée des Chinois) ; c'est, en effet, dans le langage des contraintes, qu'on décrit l'essence de ce qui précède la formulation des buts, la naissance des intentionnalités et même le calcul des moyens ; ainsi, l'être se réduirait aux frontières du possible et du nécessaire, plus qu'au centre suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | À première vue, l'étude du possible devrait être plus passionnante que celle du réel ; or, c'est le contraire qui se produit ; il y a quelque chose de décidément merveilleux dans le réel, qu'aucun possible abstrait n'atteint ni surclasse. | | | | |
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| intelligence | | | Pour être complet, on devrait distinguer une bonne demi-douzaine de mondes : le réel, l'hypothétique, le sensible, le représenté, l'interrogé, l'intelligible. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre types d'existence : être, non-être, devenir, non-devenir - puissance, imagination, acte, immobilité. « L'être est le possible ; le non-être le rend intelligible » - Lao Tseu. Qu'est-ce qu'être intelligent ? - élargir (la connaissance), approfondir (le savoir), rehausser (le goût) le domaine du possible pour y choisir sa demeure - tour d'ivoire, souterrain ou ruines. | | | | |
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| intelligence | | | Tout cogniticien finit par admettre, que même l'existence, même celle de mon propre soi, peut être donnée non pas à titre de fait, mais comme résultat d'une déduction. La requête d'existence, comme toute proposition, aboutit soit aux faits soit aux virtualités. D'ailleurs, plus le moi est virtuel, plus il est riche et moins il a besoin de faits sans souffle des lois : « réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits » - Proust. À propos, la dimension temporelle virtualise tout fait. Comme, d'ailleurs, l'artistique, où le créateur est comme les particules élémentaires, créant un champ du possible, plutôt que celui du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence est ce qui trace la frontière entre candidature et titulature ; ce sont les contraintes nécessaires, propres à la classe abstraite (substances secondes), dont le respect permet au candidat d'accéder à l'existence (devenir instance ou substance première). | | | | |
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| intelligence | | | La présence d'un regard philosophique - le nécessaire devenant seulement possible ; la présence d'un regard artistique - le possible se percevant comme uniquement nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, toute entité relève, d'une manière non-exclusive, de ces trois méta-concepts – objet, attribut, valeur. Mais l'entité peut être traitée en tant qu'objet dans une requête, en tant qu'attribut – dans une autre, en tant que valeur – dans une troisième. Et c'est le libre arbitre du concepteur qui distribue ces rôles tangibles et presque jamais nécessaires ; la réalité les ignore. | | | | |
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| intelligence | | | Le bavardage creux autour du néant pourrait gagner en contenu, si on définissait le néant en tant que nécessité minérale, opposée à la liberté du vivant. « La nécessité est ce néant, qui envahit la vie, en la déformant en destin » - Chestov - « Необходимость есть то Ничто, что врывается в жизнь, уродуя ее, как рок ». | | | | |
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| intelligence | | | L’être (le possible de la pré-conscience) est composé de l’essence (le nécessaire de la conscience intellectuelle) et de l’existence (le libre de la conscience morale). | | | | |
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| intelligence | | | Pour décrire le monde, on doit partir du réel, mais pour le comprendre, il faut faire le tour du possible, qui devrait, naïvement, être plus riche. Le possible, comme le réel, n'est intelligible qu'à partir d'un modèle. Mais le possible n'en est qu'une des projections, tandis que le réel en est la clôture. Tout modèle est plus pauvre que le réel, mais il est le seul outil de compréhension. Le réel est grandiose, car il est habité ou hanté par tant de choses impossibles et inexistantes, et que refuse, rationnellement et bêtement, le possible ! | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances synthétiques, arbitraires, constituent la représentation et créent des vérités nouvelles ; les connaissances analytiques, nécessaires et tautologiques, résultent de l’interprétation. La maïeutique et l’herméneutique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde sensible, essentiellement, est un produit direct de l’espèce, il est donc près d’une relative objectivité (un oxymore inévitable). Mais le monde intelligible, c’est-à-dire celui des représentations, est, fondamentalement, subjectif. La seule métaphysique profonde est celle de la subjectivité. Et qu’on laisse une plate psychologie s’occuper de l’objectivité. | | | | |
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| intelligence | | | Il n’y a que deux sortes de nécessité : la mécanique, dans un univers sans vie, et la logique, dans un univers artificiel des faits. Là où apparaît la vie, surgit la liberté. Et qu’il est bête, ce pédant de Spinoza, de définir la liberté comme l’intelligence de la nécessité… | | | | |
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| intelligence | | | Le nombre, le mouvement, les lois logiques sont les seuls concepts objectifs, mais assez éloignés de la réalité. C’est la-dessus que la mathématique bâtit son édifice du nécessaire, auquel obéit, mystérieusement, la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les banalités de la vie, la nécessité occupe une place si énorme, qu’il faut la chasser de ton livre. Le hasard devrait, lui aussi, être une victime, collatérale et bénéfique, de cette purge, puisqu’il n’est qu’une nécessité mal maîtrisée. | | | | |
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| intelligence | | | L’esprit, c’est la liberté, – depuis Hegel on marmonne cette incantation, ampoulée et bête. L’esprit est voué à la Loi, et la Loi, c’est la nécessité et non pas la liberté. La liberté a un sens pour l’âme, immortelle et sacramentelle, et pour un cœur, fidèle ou sacrificiel. | | | | |
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| intelligence | | | J’essaye d’imaginer ce que n’importe quelle civilisation extra-terrestre aurait pu découvrir en biologie, physique ou chimie, et je n’y vois rien. Je réfléchis sur nos sens, et je n’y trouve rien d’absolument nécessaire. En revanche les concepts de nombre naturel, de ligne droite ou de cercle me paraissent être les seuls qu’on partagerait avec n’importe quel être vivant muni d’un esprit, même le plus rudimentaire. Les Américains visèrent trop haut, en envoyant dans le Cosmos des informations sur l’atome d’hydrogène ou sur le mécanisme de la reproduction humaine. | | | | |
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| intelligence | | | La métaphysique de la connaissance ne déboucha que sur l’universel, ce qui est, forcément, un chemin moutonnier. La métaphysique de l’action conduisit à la mécanique, ce qui est l’origine des robots. La seule métaphysique valable est celle du rêve, qui n’est ni généralisable ni programmable et ne peut motiver que les poètes. | | | | |
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| intelligence | | | Le mystère de la matière est le même dans tout l’Univers, même si la nécessité, et non pas la liberté, guide cette matière. La Terre est certainement le seul corps céleste à héberger la vie ; et le second mystère actuel (en occultant celui de l’Origine), c’est cette vie, cette liberté, éclipsant celui du monde matériel. « Nous sommes sur terre pour créer le mystère du monde ; c’est le grand œuvre de la science »** - Valéry - nous, les porteurs du plus grand mystère de l’Univers et, en plus, - les créateurs ! | | | | |
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| intelligence | | | Il est plus facile d’exprimer, violemment, ses dégoûts que d’imprimer, dans des mots pacifiques, ses goûts. Il est plus facile de mépriser le superflu que de priser ce qui n’est que possible. Mais dans tous les cas, il faut partir des contraintes, pour faire jouer, ensuite, le tempérament et le talent. | | | | |
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| intelligence | | | J’apprécie l’intuition de Valéry pour juger du savoir, du langage, de l’intelligence ; mais quand je lis, que pour lui « la mathématique est la science de l’arbitraire », je vois qu’il n’y comprend rien. Il y a des lois implicites, en mathématique, qui encouragent l’élégance et le laconisme des preuves d’une nouvelle assertion. Il est rare qu’on améliore la première version de preuve, mais c’est toujours au profit de ces deux critères qui excluent, presque complètement, l’arbitraire. Même la création de nouveaux objets, en mathématique, bannit l’arbitraire ; c’est pourquoi la mathématique est la vraie ontologie pour tout cerveau rationnel. L’arbitraire des représentations est propre à toutes les sciences, sauf la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
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| intelligence | | | La liberté la plus flagrante des vivants s’observe dans la contingence, dans les choix imprévisibles et incalculables. | | | | |
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| intelligence | | | Puisque la réalité figure dans toute définition de représentations ou de langages, il faut en donner l’esquisse d’une (pseudo-)définition.
1. Cette définition est formulée par un Terrien du XXI-me siècle ; il l’appuie sur son bagage intellectuel, constitué par les phénomènes externes perçus et les noumènes internes conçus.
2. Ce Terrien se trouve sur la planète Terre, faisant partie du système Solaire, l’un des cent milliards de systèmes de la galaxie Voie Lactée, celle-ci figurant parmi les cent milliards d’autres galaxies.
3. Ces agglomérats de matière sont constitués à partir des mêmes éléments, énumérés par la table de Mendeleev ; les particules élémentaires communes existent depuis des millions d'années, mais à l'origine de l'Univers la matière fut organisée autrement.
4. La vie dans l'Univers, fort probablement, n'existe que sur notre planète dans les domaines végétal, animal et humain. La liberté se manifeste dans les deux derniers (en dehors de notre planète règne la nécessité minérale), et l'esprit (attaché mystérieusement au corps et possédant la conscience et la créativité) est propre à l'homme.
5. En résumé, l'Univers, qui est un autre nom de la réalité, est constitué de la matière et des esprits – une banalité proclamée depuis l'Antiquité.
6. La matière est soumise au mouvement ; les étapes successives s'associent au Temps irréversible qui traverse l'Espace contenant la matière. Les esprits étant incorporés dans la matière vivante, ils accompagnent leurs corps dans leur dissolution et s'éteignent.
7. Il est certain qu'un jour toutes les étoiles s'éteindront, les esprits disparaîtront et une matière en décomposition remplira la nuit totale d'un Univers mort.
8. En retournant sur notre planète, nous y voyons quatre mondes : le minéral, le végétal, l'animal, l'humain. La minéralogie, la botanique, la zoologie s'occupent des trois premiers. Le domaine humain se décompose en quatre mondes : le social, le technique, le scientifique, l'artistique ; c'est la seule réalité dont s'occupe la philosophie.
9. À part la réalité, notre existence ne connaît qu'un seul autre objet de réflexion – le rêve. Ce domaine n'est pas éphémère à cause de deux sources d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme : le fait indéniable que le Créateur (de l'Univers ou de la vie ?) ait mis en nous trois sens merveilleux – le Vrai, le Bien, le Beau, et le besoin de créativité que tout homme évolué éprouve. | | | | |
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| intelligence | | | Tout créateur est porté à la philosophie, c’est-à-dire à remplir tous les horizons de l’intelligible, aussi bien à l’intérieur de son métier que les horizons communs des hommes. La mathématique et la musique (et peut-être aussi la religion) touchent tous les périmètres et rendent faibles ou superflus les efforts au-delà du cercle de leurs compétences, d’où la nullité philosophique des génies mathématique ou musical. Pour être bon philosophe, il faut être porteur d’immenses lacunes - des tragédies, des angoisses et des hontes. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité spatio-temporelle ne contient que la matière et les esprits ; le temps traversant l’espace constitue la seule réalité, et ce passage s’appelle le Devenir, ou l’existence. L’Être, ou l’essence, est irréel ; il est l’œuvre des esprits. L’essence est toujours artificielle et abstraite, mais elle est la cause suffisante des phénomènes de l’existence et sert à comprendre ou à justifier celle-ci, qui est réelle et concrète. Au sommet de l’existence se dresse la liberté humaine : à celui de l’essence se devine la nécessité divine. | | | | |
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| ironie | | | Le profond ajoute du nécessaire ; le hautain élève le possible ; l'ironique multiplie le suffisant. | | | | |
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| ironie | | | Le monde minéral obéit à la nécessité ; le monde végétal montre déjà des signes de la liberté ; le monde animal la pratique, et le monde humain la produit. Berdiaev serait le seul à le proclamer clairement : « La liberté est absence de la nécessité » - « Свобода есть беспричинность », tandis que Spinoza : « Un homme libre est celui qui vit uniquement selon les préceptes de la raison » - « Homo liber hoc est qui ex solo rationis dictamine vivit » et Marx : « La liberté est la nécessité comprise » - « Freiheit ist die Einsicht in die Notwendigkeit » réduisent la liberté à une espèce servile de nécessité. | | | | |
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| ironie | | | Souvent, la femme se contente du trop, pour nous rester nécessaire. Pas assez est nécessaire à l'homme, pour qu'il ne soit pas trop suffisant. | | | | |
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| ironie | | | La première qualité d'un château en Espagne n'est pas la quantité de portes ou de fenêtres ; d'ailleurs, dès qu'on le comprend définitivement, ce château se transforme tout naturellement en d'honorables ruines. Ce n'est pas l'avis des touristes : « J'habite le possible, la prose ignore ce faste, plus haut en fenêtres, et en portes - plus vaste » - Dickinson - « I dwell in Possibility, a fairer House than Prose, more numerous of Windows, superior - for Doors ». On voit, que tout y est prévu pour gérer les entrées-sorties et assurer la diffusion la plus large. Il manque peut-être un peu de profondeur, pour atteindre le souterrain, et un peu de hauteur, pour préférer le toit aux fenêtres et saluer les astres immobiles plutôt que le trafic. | | | | |
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| ironie | | | Le talent s'entretient par l'exercice routinier (la poursuite de buts aléatoires) et s'exprime dans le défi monumental (la suite de contraintes nécessaires). L'entraînement dans l'utile terrestre, l'entrain dans l'inutile céleste. Sans oublier, que si sur Terre l'ennui se loge souvent dans l'utile, il y grouille dans l'inutile. | | | | |
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| ironie | | | Devenir utile ne veut pas dire, automatiquement, cesser d'être beau. C'est une fausse irréversibilité ! La sagesse est dans le passage du possible à l'impossible et de l'utile à l'inutile ! L'artisanat fait l'inverse et croit son travail irréversible. | | | | |
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| ironie | | | 99 % des phrases, tirées des œuvres des plus grands philosophes, possèdent cette embêtante qualité – j’aurais honte de les avoir pondues ! La banalité, le hasard, l’insignifiance, l’absurdité, l’inexpressivité les rendent sans intérêt hors de leur contexte. La nécessité, dictée par le genre narratif, de jeter des ponts entre des îlots de pensées, conduit, inévitablement, aux pâles bavardages. Pour juger une œuvre, il faut l’expurger de ces remplissages parasites ; le résidu ne contiendrait que des métaphores, des pensées, des maximes. Après cet assainissement, personne au monde, y compris ceux que j’admire franchement, ne pourrait rivaliser avec moi. | | | | |
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| ironie | | | Chaque fois que je tombe sur les dithyrambes au savoir philosophique professoresque (et même au savoir absolu), je me rends compte de la justesse, dans les mêmes circonstances, de la réaction voltairienne : « Il n’était point nécessaire que nous le sussions ». | | | | |
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| ironie | | | Des représentations, plus que des actes, sont les premières manifestations de la conscience de l’homme. Dans ces représentations, l’homme lui-même (ou le Je) est nécessairement représenté en tant que sujet et, en tant qu’objet, il est le seul, dont les essences dans la représentation et dans la réalité sont concomitantes, identiques – l’existence dans la représentation implique l’existence dans la réalité ! Dans la représentation, Je peut être muni de certaines relations unaires (comme penser, bailler, éternuer). Si l’une des propositions je pense, je baille, j’éternue s’avère vraie, alors Je y doit pré-exister. Donc, le bon cogito devrait se formuler ainsi : si j’ai une représentation, le fait que je suis est acquis et ce n’est pas la peine de prouver, au préalable, que je pense, baille, éternue etc. Ce qui, d’ailleurs, est, le plus souvent, faux, au moins en ce qui concerne le penser. | | | | |
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| ironie | | | Les œuvres des autres sont des auberges espagnoles ; j’y entre avec mon propre mobilier – mon goût, mon regard, mes rêves. J’en sors avec mes meubles ambulants, mieux débarrassés du superflu, mieux stylés, mieux entretenus, mieux détachés des époques et des méridiens. | | | | |
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| mot | | | Pensée possible dans un climat de mots, mots obligatoires dans un paysage de pensée - j'opte pour la première démarche. | | | | |
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| mot | | | Les bizarreries, dans ce livre, de ces trois mots capitaux : source, contrainte, fin - le premier n'y a rien à faire avec le verbe sourdre, ni le deuxième - avec contraindre, ni le troisième - avec finir. Les adjectifs, qui s'y prêteraient le mieux - nécessaire, arbitraire, volontaire. | | | | |
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| mot | | | Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique. | | | | |
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| mot | | | Ces préfixes révélateurs : re-présenter, ex-primer, dé-montrer, pour désigner les trois actions intellectuelles de base : induire, séduire, déduire. Une topique, une tropique, une critique. Fixer le possible, exhiber le suffisant, s'appuyer sur le nécessaire. Une mémoire, une voix, une voie. | | | | |
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| mot | | | Je lis cette traduction cathédralesque de Spinoza : « La liberté s'oppose à la contrainte et non à la Nécessité » - monumental, beau et faux ; j'échafaude une savante réplique, du genre : la liberté est peut-être une nécessité extérieure ; la contrainte doit être une nécessité intérieure (tout en remarquant, au passage, le gouffre entre nécessité-loi et nécessité-besoin) ; au dernier moment je m'avise, que ce qu'on cherche à traduire est le tout bête : « Deus ex solis suae naturae legibus, & a nemine coactus agit » (« Dieu n'agit que selon les lois de Sa nature, sans que personne ne L'y contraigne ») - mesquin, laid et juste - et m'éclate de honte et de rire… Ce rire tourne au jaune, lorsqu'ils nous apprennent, que le spinozisme est la lumière de la vérité, qui mène de l'angoisse d'une fausse vie à la joie des hommes libres… Un rat de bibliothèques - en sauveur des aigles, des chouettes ou des rossignols ! | | | | |
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| mot | | | Arc, en grec, bios, est homonyme de vie ; l'art est possible grâce à sa bonne tension ; les cibles atteintes quittent la vie et rejoignent les archives ! « L'arc : son nom, vie, ce qu'il fait, mort » - Héraclite. On peine à admirer la corde tendue, sans avoir constaté une mort qu'elle ait infligée ; Dieu, serait-Il, Lui-même, à ses heures sombres, un archer et un poète ? - « À la mort d'un homme, un chapitre est retranscrit en un meilleur langage »** - J.Donne - « When one man dies, one chapter is translated into a better language ». | | | | |
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| mot | | | Le rasoir d'Ockham dénonce les disserteurs raseurs pléonastiques, avec leurs arsenaux mécaniques, et justifie les déserteurs racés désertiques, avec leur art des mots laconiques. | | | | |
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| mot | | | Il y a des mots-étiquettes, pour narrer en vue des buts, et des mots-métaphores, pour chanter sous la contrainte. Ce qui est sublime, bouleversant et … inexistant ne se livre qu'aux seconds. La poésie est l'art ardu des contraintes. « Rien ne résiste tant à la représentation par le mot, tout en nous étant le plus nécessaire, que les choses, dont l'existence est indémontrable et improbable » - H.Hesse - « Nichts entzieht sich der Darstellung durch Worte so sehr und nichts ist doch notwendiger, als Dinge, deren Existenz weder beweisbar noch wahrscheinlich ist ». | | | | |
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| mot | | | L'homme perd l'intimité avec le mot, il communique, de plus en plus, par le geste ou par l'image, qui sont les chaînes du milieu, de la médiocrité (le middleware). Le diable nous parle de la fin nécessaire, la femme - d'un autre début possible. « La langue est ennemie de l'homme, ami du diable et de la femme » - proverbe latin - « Lingua est hostis hominum, amicusque diaboli et feminarum ». Un chant funèbre ou un chant de sirène réveillent le goût des mots. | | | | |
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| mot | | | Au-dessus de nos représentations, se forment deux langues : celle de la prose et celle de la poésie. La première est propre au savoir, à la science, à la vérité-finalité au sens scolastique du terme. La seconde se dédie à la beauté, à la philosophie, à la vérité-commencement. Au centre se trouveront soit une représentation validante, soit un langage qui chante. La précision mécanique ou l'imagination organique. Règne de la nécessité ou de la liberté. | | | | |
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| mot | | | La pensée n'est pas nécessairement plus objective que la représentation (Frege) ; elle fait appel aux mystères (la nécessité divine) de la réalité, aux problèmes (le libre arbitre) de la représentation, aux solutions langagières (la liberté stylistique) ; mais, peut-être, ce qui mériterait le nom de pensée ce serait un énoncé, qui spécifie, à la fois, le domaine du réel, se limite à une théorie représentative, et accuse un genre littéraire, - ce ne serait qu'une pensée mécanique, la vivante violentant et le réel et le représenté et l'exprimé. | | | | |
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| mot | | | Quand on prend la nécessité éthique (le devoir, dans la réalité) pour nécessité logique (l’effet inévitable, dans la représentation), on est piètre logicien, piètre linguiste et piètre philosophe, en proclamant, docte : la liberté est une nécessité consciente (Hegel) ou la nécessité est un fruit de la liberté (Berdiaev). | | | | |
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| mot | | | Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique. | | | | |
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| mot | | | À sa naissance, la langue n’était qu’un tas de borborygmes et d’interjections, et Freud : « La parole était à l’origine une merveille, un acte magique » - « Das Wort war ursprünglich ein Zauber, ein magischer Akt » - est complètement à côté de la plaque. Les merveilles et la magie n’apparaissent qu’avec une nécessité formelle et une liberté individuelle, c’est-à-dire avec la culture. | | | | |
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| mot | | | Une langue est un compromis entre la nécessité logique et la liberté d’expression. La rigueur grammaticale et l’expressivité des écarts. Les besoins logique et poétique sont communs à toutes les langues, mais la technique lexicale et syntaxique, ainsi que la psychologie imaginative sont toujours différentes. Toute langue est une merveille. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles images verbales sont inséparables de la langue ; les plus profondes idées en sont indépendantes. Le tableau d’un haut état d’âme en est le compromis. | | | | |
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| mot | | | Les mots trop prolifiques ont la fâcheuse tendance de se développer et de s’entasser dans une forêt. J’arrête leur propagation dès que le premier arbre en ressort ; il prend la forme d’une maxime (nécessairement) et le fond d’une idée (en passant). | | | | |
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| mot | | | L’ivresse, provoquée par leurs mots grandiloquents (toujours contingents), fait tourner la tête des professeurs de philosophie ; leurs esprits excités confondent les mots avec des concepts sobres (mais nécessaires). Pour que vos mots puissent s’aventurer dans la hauteur, il faut vous être entraînés dans la profondeur des concepts. | | | | |
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| chœur noblesse | | | BIEN : L'aristocrate se dépouille du nécessaire, pour faire le bien. Le mufle ne lui accorde que du superflu. L'aristocratisme, c'est l'art de s'écarter du calcul et de savoir pratiquer le sacrifice ou la fidélité, ses seules façons de ne pas se laisser entraîner dans des entreprises du mal. Le mal, c'est l'exécution d'un algorithme au moment, où Dieu éprouve ma liberté. | | | | |
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| noblesse | | | L'aristocratisme n'est possible que si le mépris trouve une forme d'expression qui ne soit pas ridicule. Peut-on imaginer un aristocrate américain ? « Les véritables plébéiens du monde, ce sont les Américains » - Schopenhauer - « Die Amerikaner sind die eigentlichen Plebejer der Welt ». L'avenir appartient à une société sans barrières, à la société horizontale, à la platitude tolérante et aimable. | | | | |
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| noblesse | | | L'histoire de l'Humanité rêveuse - transport de l'impossible dans les sphères du possible. L'histoire de l'Homme-rêveur - l'inverse, la décréation : « faire passer du créé dans l'incréé »** - S.Weil. | | | | |
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| noblesse | | | Jadis glorieux, vivre de l'impossible devint honteux. C'était vivre de l'espérance, c'est à dire d'une promesse de l'impossible. Saisir l'impossible, ou le néant, permet de cerner les frontières du nécessaire, ou de l'être. Plus on rêve l'impossible, mieux on fait le nécessaire. Mieux on saisit le platement possible, plus on est bassement suffisant. | | | | |
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| noblesse | | | « Faire de vertu nécessité » - aurait pu être une devise de la noblesse ; à comparer avec Descartes : « faisons de nécessité vertu », (devenu un proverbe français). « La noblesse consiste à ne pas se laisser dominer par le nécessaire » - Valéry - accorde trop de place au pouvoir au détriment du devoir. Esthétiquement et logiquement, la nécessité des choses peut être vue comme une beauté en soi, mais chez l'homme, l'impératif ne vaut pas grand-chose à côté de l'instinct : « L'instinct, revêtu de noblesse, est la grandeur des hommes » - Euripide. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le jeu vital, les fins et les enjeux deviennent à ce point mesquins, qu'il vaut mieux se pencher davantage sur les contraintes, sur les règles qui tiennent lieu de lois. Quand on a trouvé de belles contraintes musicales, ce n'est plus la marche vers le but, qui entraîne et réjouit le plus, mais la sensation d'un sol se dérobant sous les pieds et d'un ciel bénissant la danse. « Il faudrait danser la pensée » - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | Plus ciblés et volontaires sont mes efforts pour devenir plus grand ou plus noble, moins j'ai de chances de l'être. Pas d'étapes vers la hauteur primordiale, qui ne se donne qu'à la force inemployée. La puissance, aux yeux des Anciens, était surtout appréciée en tant que potentialité, puissant et possible ayant la même origine (l'expression en puissance en est un reliquat). | | | | |
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| noblesse | | | Qu'est-ce que l'imagination ? - la création du possible, au royaume du réel et du nécessaire ; la jouissance ou la souffrance, au sein du possible, d'une intensité supérieure à mes impressions dans le réel ; la vénération de la beauté réelle, au royaume du possible. « Manquer de possible signifie, que tout nous est devenu nécessité et banalité » - Kierkegaard. | | | | |
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| noblesse | | | Même si le superflu peut faire oublier le nécessaire, ne vivre que du nécessaire réduit l'espace du possible, de ce domaine des créateurs. « Il n'y a pas vertu à mépriser le superflu, mais il y a vertu à mépriser le nécessaire » - Sénèque - « Supervacua contemnere non est virtus, sed cum contempseris necessaria ». Les errements dans le superflu nous font pressentir l'avant-goût du suffisant. Le nécessaire est une contrainte, qui bride la liberté, le suffisant - celle qui réveille la liberté intérieure ou endort la liberté extérieure. | | | | |
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| noblesse | | | Le possible bonheur est trop haut, et le nécessaire malheur est trop profond, pour qu'ils se rencontrent. Le bonheur est dans les rendez-vous, que le suffisant fixe à l'impossible. Et que, le plus souvent, on rate, puisqu'on surveille l'heure et non pas l'heur. | | | | |
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| noblesse | | | En hauteur, on se trompe aussi souvent que dans la platitude, sans parler de profondeur, mais, au moins, on y vise une cible noble. « Il vaut mieux garder de la hauteur même si l'on s'y trompe plus souvent, plutôt que tenir à la rassurante platitude »*** - Van Gogh. À l'origine de la bassesse se trouve la sensation de la rectitude possible, entre le dit, le fait et le vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Être noble : comprendre que leur vrai est négligeable, ressentir que ton bien est impossible, se réjouir que notre beau est nécessaire. | | | | |
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| noblesse | | | L’audace et le don déterminent la stature d’un penseur, l’audace d’un devoir de créateur et le don d’un pouvoir de maître, les deux bénis par l’intensité d’un vouloir de rêveur. L’audace suffit pour développer noûs, intellectus, esprit, Vernunft ; mais le don est nécessaire pour tout envelopper par l‘âme. | | | | |
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| noblesse | | | L’univers du rêve a sa propre logique ; l’impossible y est plus présent que le possible, l’inexistant y a plus de place que le suffisant ou le nécessaire. | | | | |
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| noblesse | | | La passion est un élan, qui me fait quitter le monde de la nécessité, de l’intérêt de l’espèce, de l’utile. Le moment idéal, pour prouver ma liberté. C’est de la foi, même si c’est de la mauvaise foi. | | | | |
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| noblesse | | | Être un descendant du passé (la nécessité) ou être un fondateur de l’avenir (le hasard) est également banal. Se dégager du temps est la seule attitude qui donne l’accès à la liberté, à la créativité et à l’originalité. | | | | |
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| noblesse | | | Les idéaux ne disparurent pas, ils devinrent aussi plats que la réalité. La réalité est une perfection, qu'on aborde soit avec un idéal poétique, soit avec un calcul technique, soit avec une offre marchande. Être vulgaire, c'est n'être pesé qu'en mesures de ce jour, qui peuvent être et idéal et calcul et offre. L'ennui, c'est que l'idéal vulgaire se met à se réaliser (« Il faut placer l'idée centrale à une hauteur inaccessible, plus haut que la possibilité de sa réalisation »*** - Dostoïevsky - « основная идея должна быть недосягаемо выше, чем возможность её исполнения »), tandis que la perfection de la réalité échappe de plus en plus aux yeux affairés. « Les Anciens idéalisaient le réel, les modernes réalisent l'idéal » - Stirner - « Jene wollen das Reale idealisieren, diese das Ideale realisieren » - les premiers savaient s'étonner des murs, les seconds savent bétonner les toits. | | | | |
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| noblesse | | | Qu’elle soit active ou contemplative, la vie nous est imposée par la nécessité, le hasard ou le calcul d’intérêts ; nous ne sommes vraiment libres que dans le choix et l’embellissement de nos rêves. | | | | |
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| proximité | | | Quand la précision ne nuit pas à la beauté, on est en présence d'une vérité divine. Mais, en général, ce qui ne peut être que précis est sans intérêt. Toute vérité, qui dure au-delà de tout langage, est divine. Résistance au mot, c'est la définition même de Dieu. L'Intelligence Artificielle, en maîtrisant et l'intelligence et ce qui la rend possible, effacera la hiérarchie plotinienne, qu'il y avait entre : « l'intellect, qui raisonne, et celui qui donne la possibilité de raisonner ». La pensée divine se reconnaît uniquement dans la nécessité ; la vérité, l'éternité et l'infini sont des créations humaines. | | | | |
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| proximité | | | L'homme, qui m'est le plus nécessaire, est celui que je n'arriverais jamais à toucher ni à approcher, l’homme lointain, l’homme des sommets isolés, jamais celui que j’aurais en face. Celui-ci occupera mes yeux ; mais mon regard sera voué à l’homme des firmaments. | | | | |
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| proximité | | | Le même ennui émane des dieux de Descartes, de Leibniz, de Spinoza ; c'est comme si l'on raisonnait sur les triangles les plus libres, ou les plus parfaits, ou les plus nécessaires. | | | | |
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| proximité | | | Dieu se manifeste non pas dans ce que tout est métaphoriquement possible (Chestov), mais dans ce qu'il y ait quelque chose qui soit vraiment nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Dans l'absolu, on ne voit la nécessité ni de lieu ni de durée, ni de cause ni de mesure ; l'Absolu, le vrai, est ce qui leur apporta l'existence ; le petit absolu, l'absolu historial, se réduit à la cause et à la mesure. | | | | |
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| proximité | | | La proximité, si elle n'est pas nécessaire, amène surtout la platitude, avant d'engendrer la haine. Même un profond achèvement, comme une haute promesse, peuvent aboutir à la platitude. La meilleure proximité, pour en vivre, est la proximité impossible. | | | | |
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| proximité | | | Face au besoin de sursauts et à l'incroyance galopante, la sacralité, sereinement, se passe désormais de Dieu. Le saint, c'est à dire un fou de Dieu, fut celui qui, dans le combat contre les démons, croyait le salut possible. Sans malins ni anges, on diabolise des comptables distraits et se gargarise de ses triomphes budgétaires. | | | | |
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| proximité | | | Mieux on comprend le comment du monde, mieux on sent la présence du Qui. « Pour la hauteur, peu importe comment le monde est. Dieu ne se révèle point dans le monde » - Wittgenstein - « Wie die Welt ist, ist für das Höhere vollkommen gleichgültig. Gott offenbart sich nicht in der Welt » - Dieu est dans la possibilité de la hauteur, pour toute parcelle du monde. Le bon pape Benoît XVI, en citant Wittgenstein, tricha : « Dieu se révèle 'dans' le monde » - « Gott offenbart sich 'in' der Welt ». | | | | |
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| proximité | | | Quand ce, que l'esprit conçoit comme infiniment lointain, l'âme perçoit comme infiniment proche, il y a de bonnes chances qu'on soit en présence du divin ; mais les deux avis sont indispensables. « Ne suis-je Dieu que dans la proximité ? Ne le suis-je pas aussi celui du lointain ? » - la Bible. | | | | |
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| proximité | | | Le rêve : croire contre créer ; la pensée : créer contre croire. Je crois en Créateur, sans savoir Le penser. Je peux penser un Créateur, caché hors du temps ou dans la quatrième dimension spatiale, mais je ne peux pas le croire. Dieu est un rêve du gratuit, et la pensée est une création du nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | La bonne philosophie (comme toute poésie) peut se passer de concepts de vérité, de savoir, de nécessité. Les mauvaises, l’académique ou la religieuse, par pédantisme ou fanatisme, en sont surchargées, en abusant de philologie ou de misologie. L’académique, au moins, les loge dans l’esprit libre, critique et initiatique, proche de l’universel ; la religieuse leur trouve l’appui dans l’âme servile, dévouée aux Écritures. La croyance achève le parcours profond du sage ; elle précède l’errance superficielle du sot. | | | | |
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| proximité | | | La seule théodicée sérieuse se réduit à ce constat : la matière et l’esprit, tels que nous les connaissons, sont impossibles. Une géniale et mystérieuse intervention est nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Entre la nécessité, dans le monde matériel, et la liberté, dans le monde du vivant, - aucun objectif commun. Le plus grand miracle de la Création est que la demeure des esprits est matérielle. Le démiurge de la matière et l’Auteur de l’esprit ne se connurent jamais ; le gnosticisme part du nombre, et le vitalisme – du Verbe, de l’Amour, de la Caresse, ces supports de la liberté. | | | | |
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| proximité | | | Qui fut le premier – l’œil ou la lumière, l’oreille ou le son, la dent ou l’aliment, la corde vocale ou l’onde acoustique, l’aile ou l’air, la branchie ou l’eau, le piquant ou l’agresseur ? M’est avis que « nous possédons par miracle ce qui est exigé par nécessité »**** - Valéry. | | | | |
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| proximité | | | De trois domaines possibles de l’existence – réalité, représentation, langage - Dieu n’existe que dans les deux derniers. | | | | |
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| chœur vérité | | | PROXIMITÉ DIVINE : Plus un sot accumule de faits, plus il se sent proche de la vérité. Le sage, en constatant dans la nature un écho de ses vérités, se sent infiniment éloigné de leurs insondables sources. La vérité est possible, car il y a une machine à l'intérieur de notre raison. La seule vérité vivante est celle qui projette de délicieuses ombres sur une vie hors de toute raison. | | | | |
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| vérité | | | Il suffit d'être fort, pour posséder une vérité ; mais il faut mobiliser toutes les ressources de la faiblesse, pour suivre, fasciné et immobile, sa lente mise à nu. Il est nécessaire et suffisant de l'aimer, pour que, du veilleur de ses échéances, je passe au voyeur de ses déchéances, sans la répudier. | | | | |
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| vérité | | | Si le vrai de l'homme ne loge que dans le langage, la vérité de Dieu est la possibilité même du langage, elle en est la méta-grammaire, anti-réflexive. Le langage de Dieu échappe à toute grammaire. C'est ce que voulait dire Tiouttchev : « La pensée articulée est mensonge » - « Мысль изречённая есть ложь ». L'esclave inconscient croit qu'est libre celui qui peut ne pas mentir. La vérité logique (celle qui s'établit dans le contexte d'une représentation) est un mensonge ontologique (puisque l'ontologie du réel n'a pas de langage, et aucune représentation n'est homomorphe à la réalité). | | | | |
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| vérité | | | Le libre arbitre : représenter le possible (créer des faits) en interprétant (en respectant) le nécessaire ; la liberté : interpréter le possible (faire) en représentant (en réévaluant) le nécessaire. | | | | |
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| vérité | | | Si je ne m'intéresse qu'à la vérité, c'est à dire – aux solutions, je ne ferai que de la science. Mais si mon intérêt va jusqu'aux problèmes, c'est à dire au langage, ou, mieux, si je suis chatouillé par le goût des mystères, c'est à dire par la beauté symbolique, je tenterai de me vouer à la poésie ou à la philosophie. Les solutions sont possibles grâce aux systèmes, mais Wittgenstein : « Les systèmes sont exactement ce, sur quoi on ne peut pas parler » - « Die Systeme sind gerade das, wovon man nicht reden kann » - est complètement à côté de la plaque, puisque, au-dessus des systèmes, se bâtit le pouvoir philosophique et le discours poétique. Et l'on est obligé de se taire, si l'on ne maîtrise ni la philosophie ni la poésie. | | | | |
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| vérité | | | Deux moyens, pour atteindre au vrai : exclure des impossibles, réduire des possibles ; ces moyens s'inversent, dès qu'il s'agit du bonheur ; l'ironiste, qui oscille entre la vérité grave et le bonheur fou, s'essaye à repousser le possible vers l'impossible, pour s'extasier devant la nouvelle immensité ou l'intensité de ce qui peut être faux. | | | | |
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| vérité | | | Les philosophes, qui ne voient dans la vérité qu'une vaseuse conformité, ne se rendent pas compte de l'importance des outils et de leur validité ; avant qu'on puisse chercher une adéquation quelconque, on doit disposer d'au moins trois outils : un outil conceptuel de représentation, un outil langagier de formulation de requêtes, un outil logique d'interprétation de requêtes. Sans disposer de ces outils, assurant la cohérence du modèle, personne n'est autorisé à parler de vérité comme correspondance avec le réel. Par contre, là où aucun outil ne semble possible, c'est l'attribution de sens aux résultats d'interprétation de requêtes, la confrontation satisfaisante avec la réalité étant prise par des mal-outillés pour vérité. | | | | |
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| vérité | | | Si l'adéquation avec la réalité était la mesure de la vérité (ce qui est une mauvaise approche), on pourrait dire avec Diogène Laërce : « Le vrai n'est pas plus sûr que le probable ». Le faux est versatile, mais il rend probable le vrai. | | | | |
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| vérité | | | La grandeur d'une vérité se reconnaît par la part du langage qu'elle emmagasina ; nier une vérité, c'est soit rester dans le même langage et donc mentir, soit en changer et atteindre à une vérité plus grande encore. Le contraire d'une vérité peut rester un mensonge bien plat, tributaire de l'ignorance ou du manque d'imagination, mais il peut servir d'introduction à un nouveau langage, dans lequel il serait une vérité nouvelle, plus haute. Il ne s'y agit ni du même espace des faits ni de la même négation : dans la clôture de l'horizontalité, la négation est mécanique, dans l'ouverture de la verticalité, la négation est organique. Tout écart vertical est naissance d'un langage ; tout déni horizontal ne modifie que l'idée. Une petite vérité rend au possible le statut de vrai ; une grande vérité rend organique le possible mécanique. | | | | |
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| vérité | | | Le régime du vrai ne peut être qu'aristocratique (le pouvoir y revenant à ceux qui maîtrisent la représentation et le langage – prérogative des élites) ; dès qu'on veuille adjoindre au vrai le possible, on glisse vers la république (où toute voix a le même poids). Pour gérer le vrai moderne, approximatif et contingent, la royauté est de trop, la loi du marché suffit. L'imagination est la déesse des mensonges annonciateurs, qui ne visitent que des porteurs immaculés de vérités à crucifier. Vu par un vrai annexionniste, l'imagination est toute provinciale, mais elle est caput mundi d'un bel irrédentiste. | | | | |
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| vérité | | | L'impossible synonymie des matérialistes : réel = nécessaire = vrai. Le réel s'applique aux faits de la réalité, le nécessaire - aux faits du modèle, le vrai - aux jugements, formulés dans une langue et évalués dans un modèle. Toute réduction à un monisme quelconque mène vers un charabia linguistique, conceptuel ou logique. Il faut beaucoup de sobriété, pour répondre à la question : « Où réside la vérité, dans la subtilité verbale ou dans la réalité ? »*** - Chestov - « Где правда, в словесной ли мудрости или в действительности ? » - par le premier terme (le verbe étant et le mot et le modèle), ce que savait déjà l'excellent cogniticien Shakespeare : « La vérité devient vraie au bout d'un calcul » - « Truth is truth to the end of reckoning ». | | | | |
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| vérité | | | Deux cas du possible : être déjà vrai, dans la représentation courante (dans le monde représenté), ou, sinon, réussir à réaliser l'hypothèse correspondante (dans un monde hypothétique). | | | | |
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| vérité | | | Voir ou formuler le (vrai du) sens de la matière, de la vie, de l'esprit est une tâche humaine et qui sera bientôt à la portée des machines ; voir le miracle de la possibilité même du sens du bien et du beau, c'est croire en Dieu, s'élever jusqu'aux anges. | | | | |
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| vérité | | | Dans l'abord d'un problème, la sagesse consisterait à ne pas perdre de vue le mystère de son origine et à ne voir dans sa solution qu'une des traductions possibles. La solution ne doit pas faire disparaître le problème ; elle est une réponse et non pas un silence, un sens et non pas la vérité. La solution disparaîtra dans un élégant passage à un nouveau mystère. Le sens ne s'oppose jamais à la vérité et s'exprime dans un tout autre langage. La sagesse consiste à préparer un terrain du dialogue, au cours duquel, en accédant aux vérités, on fait naître le sens. | | | | |
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| vérité | | | Le bon sceptique : tout est possible ; le mauvais - tout est faux. Celui-ci pense qu'en niant il détruit ; celui-là laisse sa chance à toute ruine. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs de vérité possibles de la proposition les hommes sont mortels : 1. faux, car la phrase serait syntaxiquement incorrecte (faute de l'émetteur ou de l'interprète réceptionniste) ; 2. faux, car un homme, nommé Jésus, est immortel, dans la représentation du récepteur ; 3. faux, car l'attribut mortalité de la classe hommes ne vaut pas nécessairement mortel ; 4. faux, car la classe hommes est vide ; 5. vrai, car l'attribut mortalité de tous les éléments représentés de la classe hommes vaut mortel ; 6. vrai, car l'attribut mortalité de la classe hommes vaut nécessairement mortel ; 7. vrai ou faux, car la représentation est contradictoire (défaut des méta-concepts) ou l'interprétation n'est pas rigoureuse. Et aucun cas n'y est absurde. | | | | |
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| vérité | | | La vérité, c'est l'état des yeux indifférents (plongés dans un possible réalisable), et en tant que telle elle s'oppose aussi bien au courage (prônant les yeux enflammés pour un autre possible) qu'à la consolation (le parti pris des yeux fermés, pour rêver, en hauteur, l'impossible). Les yeux paisibles et objectifs conduisent, irrévocablement, au désespoir profond. Vivre de l'impossible – le secret de la consolation. | | | | |
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| vérité | | | La 'logique' puérile de Hegel suppose l'unicité de la négation (die Verzweiung – couper en deux) et fait de son surgissement une nécessité, tandis qu'il y a autant de négations d'un concept qu'il y en a de points ou d'angles de vue sur ce concept, et la négation n'est ni absolue ni nécessaire mais tout bêtement utile, pour focaliser l'attention sur un aspect plutôt que sur un autre. | | | | |
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| vérité | | | Quand on parle de vérité en termes d'adéquation, trois sortes d'opération intellectuelle sous-jacente, et souvent confondues, sont possibles : l'ordre (introduction axiomatique de concepts dans la représentation), la requête (proposition langagière sur les relations entre les concepts), l'intuition (confrontation de propositions, vraies ou fausses, avec la réalité, donation de sens). Il est à noter, que la réalité est absente dans le deuxième cas ; la représentation – dans le troisième ; le langage – dans le premier et le troisième. | | | | |
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| vérité | | | Aller au-delà de la pensée et de la connaissance (Plotin), du beau et du hideux (Baudelaire), du bien et du mal (Nietzsche) ne devient possible que grâce au regard, qui va au-delà du vrai et du faux : au-delà des valeurs on trouve leur rêve prévalent, moitié vrai moitié faux, on y trouve leur fontaine, digne qu'on continue à mourir de soif à côté d'elle. L'appel ou la conscience de l'au-delà, ne seraient-ils pas la définition même de la poésie ? Si la prose est une physique de l'écriture, la poésie en est une métaphysique. | | | | |
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| vérité | | | La véracité possible du contraire de ce que tu affirmes ne doit pas t’effaroucher ; il suffit que tu saches par quelle modification du langage cette possibilité se réalise. | | | | |
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| vérité | | | On enrichit une représentation en essayant d’y insérer de nouveaux faits abstraits - arbitraires, aléatoires ou rigoureux - mais inspirés par la réalité. Mais une fois l’essai réussi, ces faits non-contradictoires deviennent nécessairement vrais. La nécessité est toujours liée à une représentation ; l’absolue nécessité n’existe pas. | | | | |
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| vérité | | | L’emploi courant de la notion de vérité se rapporte soit à une représentation (alors la notion devient concept) soit à la réalité (la vérité n’y serait qu’intuitive). Les concepts de nécessité et de contradiction n’ont de sens que dans le contexte d’une représentation. D’où il faut conclure que la vérité de raison est un concept logique, et la vérité de fait est une notion s’appuyant uniquement sur l’intuition. | | | | |
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| vérité | | | La science – recherche de règles nécessaires dans un océan du possible, au nom de la tyrannique vérité ; l’art – création de règles possibles, ressenties comme nécessaires, au nom de la beauté libre. | | | | |
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