| bien | | | Pour réduire le litige entre le Bien et le mal à une querelle de mots, je dirais qu'elle est dans le rapport entre l'éternel et le perpétuel. | | | | |
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| bien | | | Du bon usage des libertés : la liberté éthique, découverte dans le sens du sacrifice ou de la honte, nous rend fraternels ; la liberté esthétique, sur l'axe du Bien, faisant tourner à la même intensité artistique les valeurs opposées, nous rend créateurs. | | | | |
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| bien | | | Un geste de bien (si un tel geste est possible) est rarement compatible avec l'assurance et la certitude ; il est accompagné, plus souvent qu'une visée franchement maligne, par la confusion et l'hésitation. Le Bien est suspension de notre pouvoir faire. | | | | |
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| bien | | | La révolte du mal contre l'avoir avait engendré l'idylle socialiste ; celle du Bien contre l'être - le souriant humanisme. De nos jours, les accointances du Bien avec l'avoir et du mal avec l'être enfantèrent du monstre froid du libéralisme. | | | | |
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| bien | | | Le Bien simplifie, le mal complexifie. C'est pourquoi il y a plus de diables que d'anges. | | | | |
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| bien | | | Je n'efface pas le mal d'autrui par du Bien. Mais par le mal, j'efface mon propre Bien. Laisse le Bien rêver au fond de ton cœur, et ne le réveille pas, pour le confier aux bras : « On ne peut libérer le Bien, sans libérer le Mal »* - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | Au-delà du Bien et du mal, on tombe sur le bon ou sur le mauvais, ce qui est peut-être plus instructif, mais moins constructif. Pour bâtir les châteaux en Espagne, on a plus besoin de nuages que de briques. | | | | |
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| bien | | | Ils voient la racine du mal dans le mensonge, dans le trucage, dans l'irrationnel. Tandis qu'il envahit le vrai, le translucide, le raisonnable. Le mal est vraiment radical (« das radikal Böse » de Kant, dont on ne voit aucune raison compréhensible - kein begreiflicher Grund ist da), et la racine s'appelle (tout) acte (et le poing nu y est aussi pernicieux que la technique, dans laquelle Heidegger place son mal radical à lui, semblable à Sartre ou aux Orthodoxes, avec leur manque d'être, en tant qu'origine du mal, à rapprocher de l'oubli de l'être). Et aucun péché originel n'en couvre la moindre parcelle ; le seul palliatif étant agir, les yeux et l'âme éteints. | | | | |
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| bien | | | Je veux suivre la vertu, la tolérance, la compassion, ou bien je cède au vice, à la passion, au mépris – on s'aperçoit très vite, que la seconde attitude est plus prometteuse, pour séduire ; les sots finissent par n'exhiber que ces noires valeurs et par avoir honte des couleurs trop transparentes : « Un monstre gai vaut mieux qu'un sentimental ennuyeux » - Voltaire. Le sage prend en charge l'axe entier, sur lequel toute valeur reçoit la même intensité de ses pinceaux. | | | | |
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| bien | | | La préméditation du mal cédant à l'automatisme du bien - les hommes y gagnent, l'homme y perd. | | | | |
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| bien | | | On passe dans le camp du mal, chaque fois qu'on préfère au rêve - un acte : « Les bons sont ceux qui rêvent ce que les méchants font »** - Platon. Nous sortons tous ex-æquo de l'épreuve des actes ; c'est le rêve qui, seul, nous fait pressentir la troublante présence du Bien, au fond de notre moi immobile. | | | | |
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| bien | | | Non seulement le faire, mais déjà le dire, nous expulse du royaume du Bien, pour nous livrer au mal ; le Bien appartient à l'écoute, au silence, à la contemplation ; c'est le Bien qui est condamné à rester secret et à ne relever que du mystère ; penser le contraire est bête : pas de dit sans dédit, pas de fait sans méfaits. | | | | |
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| bien | | | La destruction relève du Bien, car elle innove, donc elle nie. Le maintien et la consolidation sont des mérites du mal, qui préserve ce qui est acquis. La femme serait donc plus près du mal que l'homme. | | | | |
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| bien | | | La bonté est la faiblesse des hommes de cœur, la méchanceté est la force des hommes sans cœur. Préférer l'optimisme de la faiblesse au pessimisme de la force, l'impasse au sentier battu. « Du pessimisme, il y a toujours une issue, de l'optimisme - aucune » - Don-Aminado - « Из пессимизма еще есть выход, из оптимизма - никакого ». | | | | |
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| bien | | | Deux attitudes également inacceptables : coller, avec certitude, des étiquettes du Bien ou du mal sur tout geste ou ne pas croire à l'opposition du Bien et du mal. Agir, c'est labourer ; dormir, c'est libérer. Le besoin de garder secret le Bien n'est que l'aveu de lucidité remarquant une strate du mal dans toute couche retournée du Bien. | | | | |
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| bien | | | Il faut s'en prendre au devenir, à ce passage de la bienveillance divine à la calamité de ses traductions humaines visibles. « Le mal de malveillance, qui est le mal d'initiative humaine, tient à la mauvaise constitution de l'Être » - Jankelevitch – l'être n'y est pour rien, la malveillance, chez les sauvages, fait, visiblement, partie de la nature humaine ; le mal de bienveillance est plus profond et frappe surtout les âmes évoluées et sensibles. | | | | |
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| bien | | | La mathématique ensembliste se prête à merveille au travail de représentation du monde matériel ; pour trouver un parallèle pour le monde des valeurs métaphysiques, la musique semble en être le prolongement le plus évident : rien ne rend mieux nos rapports avec le Bien et le beau, rapports instantanés, que toute continuité condamne au Mal ou à l'inexpressivité. | | | | |
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| bien | | | Le Bien imaginaire est incolore, le mal imaginaire est multicolore. Le Bien réel est inépuisable, le mal réel est creux. Comment être sincère dans une pièce d'imagination ? | | | | |
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| bien | | | La grandeur, dans ce monde, est sans pitié, et la charité - sans grandeur. La sagesse du serpent ne sait plus s'entendre avec la pureté de la colombe. L'homme libre, cet esclave-maître, prit parti pour le mal. « L'homme de bien est libre, même s'il est esclave ; l'homme mauvais est esclave, même s'il est maître » - St-Augustin - « Bonus etiam si serviat, liber est ; malus autem si regnat servus est ». | | | | |
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| bien | | | Aphrodite, touchant la matière, deviendrait un démon ; si tu tiens au beau, au Bien et à l'intelligence, libère-toi des choses et ne t'attache pas à l'action. | | | | |
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| bien | | | Ils pensent, que le mal vient de la faute, tandis qu'il vient beaucoup plus souvent de la certitude d'être immunisé contre elle. L'innocence ou la perfidie produisent le même taux de forfaits (les premiers passant du rêve à l'acte, les seconds dotant l'acte - de rêve). « Justifier à moi-même mes propres actions - dernière infirmité du mal »** - Byron - « To justify my deeds unto myself, the last infirmity of evil ». | | | | |
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| bien | | | Derrière le mal je ne vois aucun visage, tandis que tout Bien cherche à se loger dans un sourire familier. Le diable, c'est l'anonymat des hommes, le diable n'existe donc pas ; Dieu, c'est le désir de confier ma joie aux yeux chers, yeux absorbant mon regard. | | | | |
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| bien | | | La misérable géométrie spinoziste trace un parallélisme entre le Bien et la joie, entre le mal et la tristesse ; mais le plus grand Bien fut toujours accompagné de la plus grande tristesse, pour trois raisons : source mystérieuse, traduction problématique en actes, caractère passager de la solution trouvée. | | | | |
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| bien | | | L'ignorance présente toujours des signes extérieurs du mal (et un intérieur sain et vide), le savoir en porte des tumeurs intérieures (et un extérieur plein et livide). La sottise étouffe la honte, l'intelligence la camoufle. | | | | |
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| bien | | | Nos symboles animaliers du Bien et du mal, agneau ou hyène, sont trop criards et banals. Chez les Hindous, le cygne ou la vache intriguent davantage, le premier interprétant le mal et la seconde incarnant le Bien. | | | | |
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| bien | | | Le mal - tout ce qui m'oblige à lutter (même le doux Jésus m'y invite : « que celui qui n'a point d'épée vende son vêtement et achète une épée », par la voie d'Hermès, de surcroît ! Et que ce décembriste, ami de Pouchkine, y est plus chrétien : « Nos mains cherchèrent l'épée et se trouvèrent chargées de fers » - « К мечам рванулись наши руки, и - лишь оковы обрели ». | | | | |
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| bien | | | Être au-delà du Bien et du Mal paraît - à Nietzsche et à Valéry - être la condition de la liberté. C'est une liberté qui est déjà à portée des meilleures des machines. L'esclavage du rouge au front ne se programme qu'en deçà de l'homme. | | | | |
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| bien | | | Tout le monde veut faire le bien ; et le Mal, ce n'est pas le manque de Bien, c'est une équation impossible entre le Bien inspiré par Dieu et le bien expiré dans l'acte de l'homme. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n'est peut-être que sym-bolique, l'Un platonicien ; c'est dans le multiple, le dia-bolique, que s'incarne le mal. La parabole va au symbolique, l'obole sied au diabolique. C'est pourquoi l'inventeur de nouvelles variables - le créateur d'inconnus de Nietzsche - cherche dans l'unification un rachat ou un équilibre. « L'harmonie est l'unification, la pensée commune de ce qui pense séparément »*** - Pythagore, qui mérite vraiment son titre d'Apollon Hyperboréen ! | | | | |
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| bien | | | Le mal se faufile, se colle à toute tentative de faire le bien, telle une ombre. Et l'on cherchera à se détacher des choses, pour rester pure lumière, pour être le Bien. | | | | |
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| bien | | | Les dogmatiques de tout poil pensent que, en agissant, ils engendrent soit le Bien soit le mal ; la-dessus, ils suivent, étourdiment, le mal-inspiré Platon : « Les bons sont causes du Bien, hors de cause pour tout mal ». On peut être dans le Bien, jamais - le faire. | | | | |
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| bien | | | De l'influence néfaste de la langue sur l'éveil du sens moral : en français, il n'y a pas de mots non ambigus, pour désigner le Bien et le mal. Bien manger et avoir mal aux dents occultent ce que voient si nettement Allemands et Russes. | | | | |
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| bien | | | Le mal éthique, comme la barbarie esthétique, ont pour origine l'application de la facilité de la vérité à la déraison du bon ou au chaos du beau. La préférence du littéral au figuratif. « Le littéral, c'est le barbare »* - Adorno - « Das Barbarische ist das Buchstäbliche ». C'est quand on arrive à vivre de métaphores qu'on devient homme de bien. Le barbare ne perd jamais le contact avec ce qu'il évoque, c'est un homme fermé ; l'homme Ouvert vit de ses limites - que le littoral m'est plus sympathique que le littéral ! | | | | |
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| bien | | | Ils attribuent aux autres la volonté de faire le mal et se bercent de la certitude de ne pas vouloir en faire eux-mêmes. Des âmes malivoles (Rabelais) n'existent pas. Le mal est dans la fusion même du vouloir et du pouvoir (appelée souvent - ô ironie ! - le devoir), et l'ultime chance du Bien étant une barrière étanche entre eux. | | | | |
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| bien | | | Tout choix comporte du Mal ; aucun ne porte le Bien ; tout Bien préexiste au choix, le Mal n’existe qu’a posteriori. | | | | |
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| bien | | | Une source certaine du mal - la justification de l'acte par le motif ou par la finalité. Pourtant, c'est dans le motif (sub ratione boni, ex integra causa) ou dans la finalité (ad finem) que se trouve la seule possibilité du Bien. Le Bien serait-il pure potentialité, et le mal - son développement toujours intempestif ou défectueux (ex quovis defectu) ? La morale devrait se situer, en entier, avant toute action, qui est amorale dès son déclenchement. | | | | |
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| bien | | | Le mal n'est jamais dans une déviation, ni dans l'existence du chemin ni dans ses provenances ou destinations, - mais dans le cheminement même. À moins que le départ réel des pieds ne serve qu'à entretenir l'exil immobile et virtuel de l'âme : « Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls, qui partent pour partir » - Baudelaire. | | | | |
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| bien | | | Je suis à l'œuvre du mal, dès que je me sens débarrassé de la honte. Mais même la conscience d'être en faute, face à l'omniprésence du mal, n'est guère un antidote. Le mal se faufile dans toute œuvre du bien, comme le terrible précède le beau. | | | | |
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| bien | | | Le mal : avoir la liberté de traiter son prochain en créature divine et le traiter en robot ; le Bien : avoir la liberté de traiter son prochain en robot et le traiter en créature divine. | | | | |
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| bien | | | Le vrai appartient à la raison ; le beau réside dans l'âme. Mais nos rapports avec le Bien se forment à travers l'un ou l'autre : « le beau est un enjeu terrible ; pour le gagner, le diable défie Dieu, et l'âme humaine est ce champ de bataille » - Dostoïevsky - « красота страшная вещь, здесь Бог с диаволом борется, а поле битвы - сердца людей ». | | | | |
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| bien | | | Sur la balance du Bien et du mal, la conscience est son point d'appui ; plus elle tend vers le Bien, plus d'effet prend le levier du mal et plus chargée doit être l'extrémité du Bien, pour espérer un équilibre. | | | | |
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| bien | | | Ne s'intéressent au bien des hommes ni ne le recherchent que les régimes tyranniques. Ce qui engendre un mal si cyclopéen, que pratiquer un Bien secret et personnel devient accessible même aux indifférents. | | | | |
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| bien | | | La honte disparut chez nos semblables, avec l'intrusion de la raison dans tous les compartiments de l'âme. Et lorsqu'ils trouvent, qu'il n'y a pas assez de raison dans leurs microscopiques émotions, l'embarras qui les gêne sera appelé par eux - honte. Ils ne comprendront jamais, que ce qui est hors de la raison peut ne pas être contre la raison. Tout homme sensé est hanté par la vague sensation de souillure, de péché sans acte ni expiation, dont il ne décèle aucune origine raisonnable. | | | | |
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| bien | | | En dehors des cas pathologiques, le choix entre le Bien et le mal, avant l'action, ne se pose quasiment jamais. Ce n'est pas le choix, mais la sensibilité au problème même du mal, qui désigne l'homme du bien : savoir déceler, après toute action, le fil du mal qu'elle produisit ou introduisit. Le mal, c'est la manipulation, « le bien, c'est la manifestation » - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Cette sotte fiction : l'âme humaine déchirée entre Dieu et Satan ; le vrai déchirement - trouver satanique toute action s'inspirant de la pensée tournée vers Dieu. Il n'y a pas de Satan, il y a inaccessibilité de Dieu par l'action. Voir le Satan, c'est manquer d'ironie, qui en confirme l'inexistence : « L'ironie est un trait d'esprit, qui dévitalise la réalité du mal » - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est intouchable ; aucune réflexion, et encore moins, aucun acte ne t'en approche. Le mal est fait dans les mêmes proportions par des avertis et par des ignares, par des agités et par des fainéants. Et Arendt a tort : « La triste vérité, c'est que le plus de mal est fait par ceux qui ne se posent jamais la question du Bien ou du mal » - « The sad truth is that most evil is done by people who never make up their minds to be good or evil ». | | | | |
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| bien | | | La sublimation du mal, par le ton de mon verbe, ne le ramène pas au royaume du Bien : la profanation du Bien, par l'action de mes bras, l'entache du mal indélébile. La sublimation est une opération d'esthétique et non pas d'éthique. | | | | |
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| bien | | | Le mal se nourrit de toute action ; le seul moyen de l'épuiser est de ne jamais lever le bras. L'homme est à l'opposé de Méphistophélès (« Une partie de cette force, qui veut toujours le mal, et fait toujours le Bien » - « Ein Teil von jener Kraft, die stets das Böse will und stets das Gute schafft ») - il est l'un irréductible qui, en même temps, veut le Bien et fait le mal. Le faire est le mal, et le désirer est le Bien. | | | | |
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| bien | | | Pour traiter les maladies, dont nous accable le Mal, le Bien tire d'excellents diagnostics, mais il est vague ou réticent dans les remèdes et finit par ne recommander que le repos de nos bras et l'exercice de notre cœur, sans objet, sans trace extérieure. | | | | |
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| bien | | | Plus stoïque est ta sérénité face au mal, plus ironique est ton « angoisse devant le Bien » (Kierkegaard). | | | | |
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| bien | | | L'être débute avec la honte de la faute originelle (« Au fond de l'être de l'étant se trouve la faute » - Jaspers - « Seiendes ist im Grund seines Seins schuldig ») ; versé dans le devenir, il se mute en destin (« Le destin est la vocation du vivant pour la faute » - Benjamin - « Schicksal ist der Schuldzusammenhang des Lebendigen ») ; ce qui me gêne dans le devenir, c'est son innocence (« Unschuld des Werdens » - Nietzsche), puisque « L’innocence est ignorance » - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Être conscient du mal : savoir, que dans tout mon arbre, héraldique, idéel ou gestuel, se niche un serpent ; et je ne sais jamais si, pour me tenter, il me tendra un fruit, une fleur ou une ombre. En l'attendant, que l'espérance s'occupe de mon arbre : « Si ton arbre reste verdoyant dans ton âme, un chant d'oiseau y naîtra peut-être » - proverbe chinois. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est essentiel, car il n'a pas de contraire (et Plotin y jongle mal : « il est nécessaire qu'il y ait des maux, s'il faut qu'il y ait quelque chose de contraire au Bien », tout en étant, ailleurs, meilleur logicien que Sartre : « l'être n'a pas de contraire »). Le mal naît du changement de lieu d'exercice, lorsque, au lieu de jaillir au cœur, la source du Bien se met à emporter le bras. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est faux, s'il est cause ; le mal est vrai, s'il est effet d'une action. Maintenant vous savez ce que veut dire : « Tous les faux biens produisent de vrais maux » - proverbe chinois. | | | | |
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| bien | | | Pourquoi est-il impossible de se débarrasser du mal ? - parce qu'il est impossible d'être juste sans loi ou d'être véridique sans logique. | | | | |
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| bien | | | Réévaluer n'est pas renommer (umwerthen - umnennen de Zarathoustra) ; un nouveau langage est changement de modèle, beaucoup plus que de vocabulaire. La raison accepte facilement la mutation du vrai en faux, par une substitution de langages ; mais le cœur renâcle, lorsqu'on procède de la même manière avec le Bien et le mal. Pourtant, l'analogie est irréfutable. C'est que la raison est plus près du langage temporel et le cœur - de l'interprète intemporel. | | | | |
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| bien | | | Dieu créa l'axe du Bien, sans en fixer ni le point zéro ni l'unité de mesure ; reconnaître l'inquiétante mobilité de ces deux paramètres est signe de la liberté et de la noblesse d'un homme, mais c'est ce qui le prive et de la paix d'âme et de la sérénité d'esprit. Le sot soit encense un Bien absolu soit fustige un mal absolu, tandis que n'est absolue que l'existence de l'axe. Aucun repère n'éloigne définitivement ton acte de la proximité axiale du mal. | | | | |
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| bien | | | Les âmes naïves s'imaginent, que le malheur du monde ne viendrait pas de la force des pires, mais de la faiblesse des meilleurs ; c'est la force même qui est l'origine du mal, et le pire mal se produit, lorsque les meilleurs y accèdent et s'en servent. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n'est jamais dans l'œuvre ; il est irrémédiablement entaché par toute forme de force, que ce soit dans le geste ou dans la pensée. C'est l'âme coupable et non pas l'esprit capable qui colore nos actes, et Hamlet cherche des couleurs du mauvais côté : « il n'existe ni le Bien ni le mal, c'est la pensée qui les crée » - « there is nothing either good or bad, but thinking makes it so ». Le Bien est l'émoi silencieux, pudique, humble et immobile de l'âme, bien que son objet puisse être altier, grandiose et remuant. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une fin de l'homme, mais le mal, ce n'est ni une déviation ni une tentation sur le chemin, c'est le chemin lui-même. Tout cheminement nous fait pencher du côté du mal : « penchant pour le mal, destiné au Bien » - Kant - « Hang zum Bösen, Bestimmung zum Guten ». Le libre arbitre (Willkür) fondu avec des choses vues, c'est le mal ; le regard, moulé par la liberté, c'est le Bien. | | | | |
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| bien | | | L'opposition entre le Bien et le mal (le ressentiment de Dostoïevsky, l'idée empruntée par Nietzsche) est bête, puisque le vrai mal naît de l'incompatibilité entre le muscle et le rêve. La vraie innocence est la vraie honte, puisque, pour atteindre à l'une ou l'autre, il faut aller au-delà du Bien et du mal, dans une même direction. | | | | |
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| bien | | | Ils pensent que le mal vient des créatures du souterrain ; tandis que c'est, au contraire : puisque le mal est omniprésent à tous les étages, l'homme conscient se réfugie dans un souterrain ou se contente d'une ruine. | | | | |
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| bien | | | Le fond de l'homme est fait du Bien ; mais toute tentative de lui donner une forme, c'est à dire d'agir, produit du Mal, qui donc n'est que de la forme. | | | | |
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| bien | | | La vision la plus bête - et la plus répandue ! - du problème du Mal : il y aurait deux antagonistes, Dieu et Satan, qui, dans notre cœur, se livreraient à une lutte (c'est une mélecture de Dostoïevsky) ; je me trompe ou je me laisse séduire par Satan, et voilà que j'œuvre pour lui. Dieu peut se passer de Satan et de luttes ; Il crée notre conscience et nous laisse libres. | | | | |
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| bien | | | La honte précède toute prise de décision (hypo-crisie !) et se mue, à la fin, en conscience trouble, chez l'homme libre et conscient, ou en bonne conscience - chez l'esclave insensible. « La honte est un mouvement de sens opposé à la conscience » - Levinas - conscience psychique ? conscience morale ? C'est la conscience interne, et non pas le fait externe, qui reflète et incarne - je dirais même - crée ! - le Mal. | | | | |
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| bien | | | Si tu n'es ni paralytique ni laideron ni idiot du village, il existe sur Terre au moins un être humain, que tu as rendu malheureux. Comment peut-on vivre sans honte ? Aujourd'hui, on l'étouffe par une anesthésie douteuse du véridique : « Le bonheur, c'est pouvoir dire la vérité, sans faire souffrir personne » - Fellini - « La felicità è poter dire la verità senza far soffrire nessuno ». Jadis, talonné par la honte, on était plus exigeant, comme Socrate ou Tolstoï : « Le bonheur, c'est le plaisir sans remords (repentir) » (« Счастье есть удовольствие без раскаяния »), et l'on vivait malheureux. | | | | |
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| bien | | | Ils ont beau aller au-delà du beau et du hideux (Baudelaire), ou du Bien et du mal (Nietzsche), la bonté et la beauté, inséparables de l'âme, nous rattrapent tous. Les plus obtus, ou les plus rapides, ou les plus sourds, s'imaginent y tomber seulement sur le vrai livide ou sur l'être insipide et se mettent à hurler à la mort de Dieu, tandis que, par cette fission, c'est leur propre vie qui fiche le camp au profit de la seule cervelle. | | | | |
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| bien | | | Le vrai Mal ne sort blanchi d'aucun confessionnal ; le Mal est, par définition, sans rédemption possible ; il est sécrété, chaque fois que l'âme croit avoir entendu une réponse à son interrogation du Bien, ce grand muet, contrairement à ce grand orateur qu'est le Beau. | | | | |
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| bien | | | Les valeurs métaphysiques n'ont pas de négation : le Bien, qui nous travaille, n'a pas besoin d'un Mal, qui n'existe que dans l'acte et jamais - dans le cœur, comme le frisson du Beau dans l'âme n'a rien à voir avec le frisson du dégoût dans les yeux ou dans la raison. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est l'essence de l'homme, entourée d'inévitables accidents, dont le nom est - le Mal. Mais toute définition doit se fonder sur la nécessaire essence et non pas sur la contingence des accidents : « À quoi te sert ta philosophie, si tu t'attardes au mal accidentel » - Shakespeare - « Of your philosophy you make no use, if you give place to accidental evils ». | | | | |
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| bien | | | Le besoin, qu'a un cœur profond d'agir, est une source du mal, au même titre que le besoin, qu'a un haut esprit de nommer, est une source du hasard. On va jusqu'à les confondre : « Le Mal est la volonté de nommer à tout prix » - Badiou. | | | | |
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| bien | | | Le premier sentiment des paléochrétiens fut la repentance (et qui réapparaît chez Luther comme sa première thèse ! « La vie entière d'un croyant doit n'être que repentir » - « Omnem vitam fidelium poenitentiam esse voluit »), métanoïa, - une noble pose ! Car le mal, c'est faire souffrir ; mais il n'est pas de geste, dont ne souffrirait quelqu'un ; donc, le seul moyen de se rapprocher du Bien est la honte primordiale. « Le repentir, un gage troublant, mais précieux, de notre nature plus noble » - Fichte - « Es giebt Reue, ein beunruhigendes, aber doch köstliches Unterpfand unserer edleren Natur ». | | | | |
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| bien | | | L'intelligence sait, qu'il n'existe aucun vaccin contre le mal, que je ferais ; et c'est un silence et non pas un conseil qu'elle attend de mon cœur : « Le dernier mot de l'intelligence est une humble et douloureuse requête à la bonté » - A.Suarès. | | | | |
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| bien | | | Le face-à-face, le Bien contre le mal, n'existe pas ; n'existe que le Bien, qui introduit le mal, chaque fois que mes mains levées au ciel sans réponses tombent et s'occupent de la terre sans questions. | | | | |
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| bien | | | Notre étonnante faculté de rejouer, mentalement, une mélodie, sans qu'aucun bruit ne retentisse ; le mal, c'est comme ce bruit, il n'est pas l'absence de Bien, mais cette onde sonore ravageuse, que produit le Bien renonçant à la musique du rêve et se matérialisant en bruit des actes. | | | | |
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| bien | | | Misérable ! - si tu penses pouvoir choisir entre le Bien et le mal, comme on choisit entre le respect et la violation d'une loi, et que tu prétendes ainsi accéder à la liberté, - tu n'es qu'un esclave d'une raison sans cœur. | | | | |
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| bien | | | Génie du Mal est une élucubration jamais réalisée ; tout génie porte haut son cœur d'humaniste ; la seule hiérarchie verticale, qui ne s'écroule pas sous un regard croisé du vrai, du beau et du Bien, est donc la hiérarchie des talents. Aucun génie que je connaisse ne manque de noblesse ; celle-ci en fait partie intégrante. | | | | |
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| bien | | | Ce qui est tragique, ce n'est pas que le mal triomphe du Bien, mais que tout axe du Bien doit forcément comporter une composante du mal, dès que l'action ou l'intelligence se joignent au sentiment. | | | | |
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| bien | | | Aucune lumière n'éclaire le problème du mal ; on ne peut en mesurer l'ampleur incontournable qu'à l'ombre de ta honte ; n'écoute pas Confucius : « La conscience est la lumière de l'intelligence, pour distinguer le Bien du mal » - la bonne conscience n'est faite que d'ombres ! | | | | |
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| bien | | | L'une des plus grandes énigmes de la Création : le mal métaphysique, le mal moral et le mal physique auraient la même origine. Et là où le linguiste réclamerait trois noms différents, le sage percevrait le souffle du même Verbe. | | | | |
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| bien | | | Pour Nietzsche, au-dessus, ou mieux, au-delà de tous les axes, Bien - mal, puissance - maladie, nihilisme - acquiescement, surhomme - dernier homme, seigneur - esclave, ce qui compte, c'est la mesure dite intensité, la pose, véhémente et incohérente, et non pas une position, sobre et argumentée. Pour se permettre d'être impitoyable et éhonté, par combien de hontes et de pitiés avalées a-t-il dû passer ! Et de même, Platon, avec ses diatribes contre la démocratie et les poètes dans la cité. On ne connaît que trop les positions des philosophes ; on n'en connaît pas assez les poses. De Vinci ou Valéry, apportant à l'art davantage d'intensité, en incluant la science au même axe artistique. Héraclite, chantant l'harmonie d'opposés. | | | | |
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| bien | | | Le Bien se blottit en-deçà de mon cœur, et au-delà - reste invisible ; le Mal, lui, saute aux yeux, chaque fois que je lève un bras ; ceux qui disent que voir le Mal, c'est mal voir (Leibniz), ont un regard trop presbyte. | | | | |
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| bien | | | Il existe un bel et grand mystère du Bien, avec sa jauge, qui s'appelle la Honte, mais il n'y a pas de mystère du Mal. Le mal s'annonce, menaçant, à toute tentative de traduire le mystère du Bien en problème, il s'incarne dans sa traduction en solution. | | | | |
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| bien | | | La liberté humaine est dans le choix d'actes et de mots, censés rendre nos sentiments, qui restent grands muets ou grands absents de la scène vitale ; ni l'amour ni le Bien ne sont connus qu'à travers traductions ; tout langage du Bien, qu'il soit verbal ou gestuel, ne peut être qu'elliptique (réduit à l'action, le mal, lui-même, ne serait qu'« ellipse du Bien » - Plotin). | | | | |
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| bien | | | Le mensonge non suivi d'action peut n'être que songe ; la vérité traduite en action est toujours porteuse de mal ; tandis qu'une sagesse de foire proclame que « le mal est entré dans le monde par le mensonge » - Kant - « das Böse ist von der ersten Lüge in die Welt gekommen ». | | | | |
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| bien | | | Deux genres d'hommes, qui profanent le problème du Bien : ceux qui ne suivent que leur foi et ceux qui n'obéissent qu'à leur raison. Les deux finissent par voir le Bien, qui ne l'est qu'invisible. Le Mal, lui, n'est visible qu'à ceux qui n'ont pas que les yeux pour voir. | | | | |
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| bien | | | Être bon n'est souvent qu'une évidente bêtise des hommes d'esprit, tandis qu'être méchant témoigne parfois de leur esprit ; l'ironie est leur esprit, comme le sérieux est la bêtise des écervelés. | | | | |
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| bien | | | Le sacré n'est pas au-delà du Bien et du mal, il en est la frontière verticale, comme la loi en est la frontière horizontale. Créer du sacré, c'est trouver au Bien une place en hauteur, soulevant de la terre celui qui y élèverait ses yeux, en quête du sacrifice, ou démonisant celui qui y mettrait sa main, porteuse de sacrilèges. | | | | |
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| bien | | | La vie, c’est ce qu’il y a de plus proche ; et le rêve – ce qu’il y a de plus lointain. Le Mal est toujours sous tes pieds, dans tes muscles, en ton cerveau ; et le Bien n’est qu’une cible inaccessible, au-delà des rêves. Et la langue de R.Char a fourchu : « Le mal vient toujours de plus loin qu’on ne croit » - c’est, évidemment, le Bien qui s’y réfugie, intraduisible, immatériel et immatérialisable. | | | | |
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| bien | | | On est face à un vrai arbre et non pas à une structure conceptuelle, botanique ou généalogique, quand on est capable de faire, mentalement ou sentimentalement, le parcours complet entre ses racines et sa cime, ses fleurs et son ombre. « Même l'arbre en fleurs ment, dès l'instant, où l'on le regarde fleurir, sans percevoir l'ombre du Mal » - Adorno - « Noch der Baum, der blüht, lügt in dem Augenblick, in welchem man sein Blühen ohne den Schatten des Entsetzens wahrnimmt ». L'oubli d'un attribut ou d'une saison de l'arbre est source du Mal, et l'ombre est soumise à cette loi aussi bien que les fleurs. La pose la plus favorable pour une vision unificatrice de l'arbre s'appelle, hélas, - immobilité ; et cet angle de vue unificateur s'appelle hauteur ; l'arbre artificiel ainsi unifié étant dédié à la perfection de la réalité. La connexité entre fleur et fruit, racine et sève, cime et ombre, c'est cela, l'arbre. | | | | |
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| bien | | | Tous savent, que sur la voie du mal on n'atteint jamais le Bien ; peu savent que toute voie du Bien mène au mal ; les vraies routes du Bien sont impraticables et ressemblent, en tout point, aux impasses. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est grandiose, puisqu'il n'est, Dieu merci, que possible ; le mal est minable, puisqu'il est, hélas, nécessaire. | | | | |
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| bien | | | Ni l'analogie ni la négation, à partir du Bien, ne nous éclairent sur la nature du mal, mais le déchirement tragique entre le Bien métaphysique, que nous portons dans notre âme, pure et infinie, et l'action, imposteuse et finie, et qui se charge de la traduction impossible de ce Bien inarticulable. | | | | |
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| bien | | | Dans ce que notre sens inné perçoit comme manifestations, ou tableaux, du Bien, l'action proprement dite ne joue que le rôle de pinceau ; un bon regard peut y passer outre, sans nuire à la vérité ou à la complétude de la perception du tableau. Mais le mal, sur le tableau vital, c'est la présence du pinceau lui-même : « Le problème entier du mal bascule dans la sphère de l'acte » - Ricœur. | | | | |
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| bien | | | Dieu plaça en nous un ver du remords et de la honte. Toute la modernité s'efforça de nous en débarrasser, en envahissant nos oreilles de bruits rassurants et endormants. Mais « la bonne conscience est une invention du démon »** - A.Schweitzer. Toute la philosophie de l'Antiquité fut au service du Malin, tandis que « le philosophe doit être la mauvaise conscience de son temps » - Nietzsche - « der Philosoph hat das schlechte Gewissen seiner Zeit zu sein ». Tant que le bon droit n'est qu'écrit, son encre se substitue au sang. Le sang ne charrie que le remords. La bonne conscience est une question de circulation. | | | | |
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| bien | | | Il n'y a que deux espèces qui, face au problème du Mal, gardent une conscience tranquille : les moutons, puisqu'ils vivent dans l'action, et celle-ci, étant collective, n'interpelle pas leur âme individuelle, et les robots, puisqu'ils évoluent selon des algorithmes et ceux-ci, étant infaillibles, n'imaginent plus de bugs spirituels. Le muscle et la cervelle, livrés à eux-mêmes, - deux ennemis du Bien. | | | | |
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| bien | | | La volonté est bonne, quand elle reste dans son enfance appelée désir. Passée à l'acte et déjouée par le hasard, elle s'éloigne du Bien. Et, enfin, même si la volonté humaine est mauvaise, l'homme est visiblement né de la bonne volonté de Dieu (c'est ainsi qu'il faudrait lire la Bible). Dieu éprouve la liberté qu'il donna à l'homme ; mais au lieu de la traduire en larmes, l'homme en fit une arme : « La Bonne Volonté n'existe pas. La volonté est un mal ; elle est l'écrasement des autres ou l'égoïsme » - W.Blake - « There can be no Good Will. Will is always Evil ; it is persecution to others or selfishness ». | | | | |
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| bien | | | La vertu et le vice sont, aujourd'hui, soit des produits vendus sur marchés publics, comme les licences d'apothicaire, soit des ressources d'ascension sociale, comme les diplômes. | | | | |
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| bien | | | Les actions, censées bonnes, sont souvent plus ambigües et troubles que d'évidents vices ou péchés ; Dieu serait donc plutôt bon, et ce serait l'homme qui inventa le Malin. | | | | |
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| bien | | | Le Bien, aujourd'hui, n'est évalué qu'à l'échelle économique ; la plus-value évinça la valeur ; tout activisme cérébral devint préférable à la générosité du cœur ; toutes les crapules disent que « le Mal agissant vaut mieux qu'un Bien passif » - W.Blake - « Active Evil is better than passive Good ». Le Bien, agissant et sûr de son fait, ne peut être qu'un mal. Obnubilé, comme tous les autres, par l'action, vous ne risquez pas d'en avoir la berlue. Et votre idole, l'équanimité du bonze, est honnie par le Bien, porteur d'une conscience trouble. | | | | |
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| bien | | | S'attarder sur ce qui n'existe pas est signe d'une courte cécité ou d'une longue clairvoyance. Voyez les gnostiques, tel Cioran, traquant le Malin, de toute évidence inexistant, et le proclamant Prince du monde et lui dédiant tant de véhémences. Pourtant, seul le Bien indubitable prouve son existence par ta honte et ton désespoir. « Se désespérer de son amour ou de son honneur, c'est la meilleure preuve de leur existence » - Bakounine - « Отчаяние в своей любви и в своём достоинстве служит наилучшим доказательством их присутствия в человеке » - avec le Bien, c'est encore plus flagrant. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est dans le mystère, et tout mal vient de sa profanation par un problème ou de sa trahison par une solution. Le Bien est donc dans l'infini, et le mal - dans des tentatives de le réduire au fini ; Aristote dit exactement le contraire. | | | | |
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| bien | | | Le Mal n'est pas un défaut de l'Être, ni même une propriété du Faire, mais une déchirure incurable entre l'Être, porté vers une vague liberté, et le Faire, net et asservissant. Assumer cette souffrance béante exige beaucoup d’humilité et de résignation, tout le contraire de ces fichus cohérence ou courage que prônent les adeptes de l’action, cette fausse héritière de la pensée. | | | | |
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| bien | | | Dans mes propres violences ou affections, je me sens esclave des premières et maître des secondes ; c'est pourquoi je m'absous si facilement du mal que je commets dans un état passionnel, mais que le mal, qui accompagne une franche tendresse, me taraude et ne fait que gagner en intensité. | | | | |
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| bien | | | On nous a tant attendris avec la mesure du Bien et tant terrorisés avec la démesure du mal, que j'ai fini par vénérer l'impénétrable démesure du Bien, hors toute réalité, et par me désintéresser de la trop transparente et réelle mesure du mal. | | | | |
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| bien | | | En refusant à l'action une traduction fidèle de notre élan vers le Bien, indéniable et irrésistible, nous en libérons notre essence. « La liberté n'a pas à choisir entre le Bien et le mal ; elle annihile le mal, elle le réduit à néant »** - Chestov - « Свобода не выбирает между злом и добром : она истребляет зло, превращает его в ничто ». | | | | |
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| bien | | | Les raseurs éthiques nous parlent d'un penchant à la faute, conduisant l'homme au mal (les plus bêtes, comme Badiou, parlent même de trahison, à travers un simulacre de vérité), et d'un penchant au Bien, le conduisant au salut ; mais le Bien, c'est la sensation de la hauteur, d'un sommet, par rapport auquel tout mouvement nous mènera à une pente, une chute, une déchéance ; et le seul moyen de rester dans le Bien est de rester immobiles, ou, pour lui rester, au moins, fidèles - de revivre sa hauteur comme un souvenir d'un séjour paradisiaque, d'où nous sommes chassés. | | | | |
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| bien | | | Il existent deux approches du Bien et du Mal : une vision profonde ou un haut regard ; la première perçoit la justice et l'action – la liberté et l'égalité, les valeurs des solidaires ; la seconde conçoit la noblesse et le rêve – la fraternité, le vecteur des solitaires. | | | | |
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| bien | | | Ils appellent salut – une paix d'âme, résultant de nos péchés pardonnés ou oubliés, tandis qu'il serait une âme trouble et vibrante, reproduisant la musique de nos rêves immaculés. Le salut, c'est le triomphe de ta musique sur le silence de Dieu et le bruit des hommes. | | | | |
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| bien | | | La beauté n'est pas une lumière, mais déjà une réfraction par le prisme de mon âme ; le retour aux sources n'a pas de sens. Le mal n'est qu'une zone virtuelle du spectre d'une lumière des actes ; avec un prisme exigeant, j'arriverai toujours à l'afficher sur l'écran de mon âme, quel que soit l'acte. | | | | |
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| bien | | | Ils cherchent la consolation dans la banalisation ou la conceptualisation du mal, tandis qu'elle est dans la conscience de la grandeur d'un Bien inarticulable ou d'un beau bien articulé. | | | | |
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| bien | | | Il suffit de ne pas quitter le vrai, pour rester dans le bon, - cette funeste sottise socratique est à l'origine du plus terrible Mal, qui ait jamais frappé le monde, lorsque, au XX-ème siècle, les fanatiques du vrai unique se transformèrent en justiciers. Que le roi Salomon fut plus intelligent, en ne demandant à Dieu que de lui accorder « un cœur attentif, afin de savoir distinguer le Bien d'avec le mal » ! | | | | |
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| bien | | | Ou bien Dieu est assez puissant pour tirer le Bien du mal même (Thomas d'Aquin), ou bien Dieu est si puissant, qu'il peut faire sortir le mal du Bien (St-Augustin). Le mal n'existant pas à l'origine, ni temporelle ni spatiale (même la Chute l'affirme), St-Augustin a doublement raison : toute tentative de traduire le Bien originaire, tapi dans notre cœur, et de le porter à l'extérieur, débouche sur un mal d'action. | | | | |
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| bien | | | Le mal accompagne le faire non pas parce qu'on se trompe ou se laisse dévoyer, mais parce le mal est déjà dans le fâcheux écart qu'on constate toujours entre sentiment et acte (l'acrasie aristotélicienne ou dostoïevskienne, l'impossible maîtrise du soi irrationnel, inconnu), mais aussi parce que l'onde, provoquée par l'acte et propagée par la fatalité, mutile nécessairement quelque être ou quelque sentiment sans défense. | | | | |
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| bien | | | L'homme habite deux demeures, la bestiale et l'angélique ; et le Mal le plus sournois te guette non pas dans la première, celle de la violence, mais dans la seconde, celle de la droiture et de la bonne conscience. Le mal est toujours extérieur, là où s'exercent ton intelligence et ton muscle, mais le sens du mal naît d'un besoin de pureté intérieure. | | | | |
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| bien | | | Je peux être dans le Bien que je sens m'interpeller, au fond de moi-même, - mais je ne peux pas le vivre. La vie est faite d'actes et de rêves, le Malin se tapissant dans les premiers et l'ange m'accompagnant dans les seconds. Les activistes se mettent au service du Malin, lorsqu'ils imaginent que leur bonté puisse combattre le mal ; je devrais ne combattre que l'ange complice, qui me rappellera que tout recours à l'acte me rendra boiteux. | | | | |
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| bien | | | Que peut-on être naturellement ? On peut être naturellement bête, bas, mesquin, mais l'intelligence, la hauteur, la grandeur réclament l'artifice. Je ne vois qu'une seule exception à cette affligeante liste - on ne peut être homme du Bien que naturellement ; toute méchanceté est artificielle. | | | | |
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| bien | | | Le mal n'existe que parce que je suis condamné d'agir, au lieu de prier ou de rêver. Le bien qui agit est un apostat, retournant au mal. « Que ferait ton bien, si le mal n'existait pas ? » - M.Boulgakov - « Что бы делало твоё добро, если бы не существовало зла ? ». | | | | |
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| bien | | | Tous les moralistes voient dans l'oisiveté l'origine de nos maux : « Dans l'inaction, tu apprends à faire du mal » - Caton - mais dans l'action, tu désapprends ce qu'est le Bien. Toutefois, l'homme d'imagination n'est jamais moins en repos qu'en repos. | | | | |
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| bien | | | La chute du prestige de la vertu est une question de statistiques : les occasions de la pratiquer, comme utiliser les pièces d'or, devinrent si rares, que l'organe responsable, l'âme, devint atavique. La noblesse, ne serait-elle pas réduction d'échanges et autarcie des besoins ? Et elle serait sans prix : « La noblesse est la seule vertu » - Juvénal - « Nobilitas est unica virtus ». La pitié, ne serait-elle pas hors usage, puisque l’État s’en charge ? « La pitié est la seule vertu Naturelle »* - Rousseau. | | | | |
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| bien | | | Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton. | | | | |
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| bien | | | La relation entre le Bien et le mal est celle entre l'arc d'Apollon, à la corde bien bandée, et les flèches ou les cibles, qu'Arès ou Hadès lui tendent. | | | | |
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| bien | | | Le sage a la chance de pouvoir ignorer les plus terribles des maux, qui auraient pu annihilier les plus irrésistibles de ses consolations. Les œillères aident qui a un bon regard. « Le mal qu'on connaît est encore le meilleur » - Plaute - « Nota mala res, optima est ». Le mal, qui infeste la rue, est dérisoire, par rapport à celui qu'on subodore aux bouts de ses propres doigts. Au moins, pour la stature du juge, qui s'en chargerait. L'homme de bien se juge pécheur, car son regard intérieur perce son péché. | | | | |
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| bien | | | Ce qui est merveilleux sur la scène du monde, c'est que tout acte de bonté comporte, en même temps, des couleurs du beau et des grandeurs du vrai. « Impossible que cet univers fabuleux ne soit qu'une scène de lutte entre le Bien et le mal. Cette scène est trop large pour ce drame » - R.Feynman - « This marvellous universe can not merely be a stage of struggle for good and evil. The stage is too big for the drama ». L'ampleur du Bien s'y complète par la profondeur du vrai jeu et surtout par la hauteur du beau décor. La vraie merveille, c'est la même intensité du mystère qui y enveloppe et l'espace et le temps. | | | | |
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| bien | | | Nous sommes tous condamnés à agir et, donc, à jouer le jeu du mal. Mais il faut chercher en toi l'homme du bien, qui y assiste et en a honte. Oui, la vie est du théâtre ! Le mal n'est que dans l'acte, mais la vraie nature de l'homme, où s'exprime le Bien, se manifeste dans une dramaturgie invisible. | | | | |
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| bien | | | Les mauvaises causes ne font qu'additionner le crime, tandis que les bonnes le font se multiplier. Les mauvaises s'avèrent souvent être aussi soustracteurs des bonnes actions. Depuis que l'effet se moque de la cause, toutes ses références au Bien et au mal n'ont plus de sens. | | | | |
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| bien | | | Le silence fait du Bien, et le Bien devrait faire, autour de lui, du silence. Le Bien tenté, toujours mâtiné de mal, devrait engendrer la honte. | | | | |
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| bien | | | La vraie culture est dans la redécouverte des traces du péché originel. Dès qu'on s'en sent inentaché, on se couvre de pâtés de barbarie. Mais ce n'est pas dans un passé qu'est placée la grandeur déchue de l'âme, mais dans la hauteur intenable, qu'aucune profondeur ne remplace. Le temps ne rachète pas ce dont nous prive l'espace. On exagère la nocivité du péché originel et n'insiste pas assez sur la monstruosité du péché final - de l'assassinat de la beauté, qui se déroule sous nos yeux. | | | | |
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| bien | | | Être capable du Bien veut dire en être pénétré au point, que j'en garde l'attirance et l'émotion, même en absence de tout acte. Le Bien n'a aucune énergie, il n'a même aucune étoffe, il est impondérable. Le mal se dégage de l'énergie et de l'étoffe mises en scène, tout le Bien n'est que dans les coulisses, où ne pénètre aucun acte. | | | | |
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| bien | | | Le regard sur le mal est double : soit on suit l'histoire de la raison, soit celle du rêve – les actes ou les œuvres de fiction, la réalité ou l'invention. Dans la première, on constate des victoires constantes du mal sur le Bien, mais dans la seconde – triomphe le Bien. L'artiste, serait-il celui qui, à l'enchaînement fatal, le rêve – l'acte et donc le Bien – le mal, ajouterait le deuxième chaînon : le mal – la victoire de Dieu sur le mal ? L'artiste est celui qui crée devant Dieu, surtout devant le Dieu altier, inexistant mais irrésistible ; dans l’élan vers Lui Sénèque voyait : « une vieille maxime : élève-toi jusqu’à Dieu » - « illud vetus præceptum: sequere Deum », que tenta de suivre Casanova. | | | | |
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| bien | | | Le Bien commence où le soi connu et agissant disparaît, au profit du soi inconnu et rêveur ; mais pour l'homme moderne, là où le soi inconnu se met à chanter, le mal se met à parler. | | | | |
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| bien | | | Le pauvre ne cache même pas, qu'il se vautre dans le vice, par nécessité. Le riche se dévoue à l'encensement des vertus. C'est la surface des faits. Tandis que, dans la profondeur des principes, « le vice est caché par la richesse, et la vertu - par la pauvreté » - proverbe grec. | | | | |
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| bien | | | Nos péchés visibles, ponctuels et aléatoires ne sont qu'un reflet du mal invisible, continu et fatal, incrusté en toute matière, que notre esprit découvre et que notre âme, gardienne du Bien, ignore. | | | | |
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| bien | | | L'action, c'est la trahison de l'intention (qui, toutefois, peut être encore plus pitoyable que l'action). Donc je ne suis pour rien dans le Bien et tout dans le mal. « Pour le Bien, l'action est plus que l'intention ; pour le mal, l'intention est plus que l'action »** - proverbe espagnol - « Para el Bien, la acción es mas que la intención ; en cambio, para el mal, la intención es mas que la acción ». | | | | |
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| bien | | | Sur les axes du Bien et du mal, de l'acquiescement et du nihilisme, de l'art et de la vie, la dépolarisation, c'est soit la platitude de l'indifférence, soit l'intensité, égale en artistisme. Des tours, aléatoires et anonymes, ou le retour éternel du même. | | | | |
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| bien | | | La plupart des cyniques, s'imaginant ironiques, ont cette morale de robots : ne faire ni bien ni mal. En effet, le résultat en sera le même, comme lorsque en renonçant à la profondeur et à la hauteur, on se retrouve dans la platitude. Même en dépit de soi, il vaut mieux tendre clairement vers un Bien obscur. | | | | |
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| bien | | | La sainteté a aussi peu à voir avec la hauteur, que le mal - avec la grandeur. Pourtant, c'est bien ainsi qu'on cherche à les peindre. Les plus grands bienfaits émanent aujourd'hui des hommes au service du mal. Et la hauteur se maintient par des soubresauts de la honte. | | | | |
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| bien | | | Il n'existe pas de lutte entre le Bien et le mal ; c'est la lutte qui est le Mal. | | | | |
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| bien | | | La Bible promet une bonne circulation sur les routes planes du bon et des chutes sur les routes tordues du méchant. Je préfère la méchanceté des pierres d'achoppement, qui empêchent l'aplanissement de chemins, droits, obliques ou circulaires. La marche aux panneaux fait oublier la danse aux anneaux. | | | | |
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| bien | | | La liberté spirituelle est une valeur mineure, se réduisant à une banale évaluation de la part du conformisme ; la seule liberté, qui mérite réflexion, est la liberté éthique, le pouvoir de sacrifier son soi connu, ce conducteur du mal, pour rester fidèle à son soi inconnu, à cette source du Bien, être autre (Sartre). La liberté est le pouvoir de rester avec l'intraduisibilité du Bien en actes, qui, toujours, relèvent du mal. | | | | |
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| bien | | | Les métiers en vogue : commissaires de Dieu, juges des Anges, avocats du Diable (Hamlet). La vocation en perte de vitesse : s'attarder sur le banc des accusés (Phèdre). | | | | |
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| bien | | | Tout le monde fuit les cloaques du vice ; le sot finit par bien tomber et s'installer dans l'étable d'un vice voisin, et le sage, même découvrant la caverne de la vertu, continue à songer aux fuites. La vertu est un rêve nomade dans la sédentarité des ruines. | | | | |
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| bien | | | Dans la vie, je commence par clamer, dignement, en homme ordinaire, que je préfère le Bien au mal ; ensuite, fièrement, en poète, je reconnais, que la musique du Bien est au-dessus du Bien ; et je finirai, humblement, en philosophe, par savoir créer de la même musique, à partir du mal, - au-delà de l'axe du Bien et du mal, le beau voisinant avec l'horrible. | | | | |
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| bien | | | L'angoisse et le fanatisme s'associent mieux avec la vertu que le courage et la paix d'âme. Ce sont des scélérats qui disent, que « la vertu est sans peur et la bonté - sans crainte » - Shakespeare - « virtue is bold and goodness never fearful ». Le mal, lui, se fait, le plus souvent, dans la sérénité, justifiée par une raison sans faille et accompli par une main sans crainte. | | | | |
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| bien | | | Dans le beau compte la pureté des fins (l'œuvre), dans le vrai - la pureté des contraintes (la logique), dans le Bien - la pureté des moyens (l'inaction). « Le Bien est transparent, le Mal transparaît » - Baudrillard. | | | | |
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| bien | | | Pourquoi n'y a-t-il ni Gnose de la laideur ni Gnose de la sottise, comme il y a une Gnose du Mal ? La rancune serait-elle plus vivace que la nausée ou le dédain ? | | | | |
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| bien | | | Que tu te sentes cerné par le mal (le gnostique Cioran) ou habité par le Bien (le béat Socrate), ce qui compte, c'est l'élan et la noblesse, et peu importe dans quel sens – même vers un mal à fuir ou à peindre. | | | | |
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| bien | | | Dans tout chemin, un homme de bien lit l'appel du mal. Il voue le Bien à la justice du regard perdu, perclus de doutes. On veut prendre les choses de haut, sans jamais suivre un seul chemin, toujours trop bas. Le malheur, c'est d'être attaché aux choses, quelle que soit leur profondeur ; le bonheur, c'est vivre dans le détachement par la hauteur : « Le bonheur est participation à une vie plus haute » - Plotin. | | | | |
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| bien | | | En agissant au nom du mal, je n'ai que la peur ; en agissant au nom du bien, j'ai, en plus, la honte. | | | | |
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| bien | | | L'action prouve, et ce qui se prouve n'a pas besoin qu'on y croie ; on ne peut croire qu'en beauté ou en mystère. Tolstoï - « Pour croire dans le Bien, il faut se mettre à le faire » - « Чтобы поверить в добро, надо начать делать его » - confond la cause mystérieuse et l'effet qui n'est que véridique. Pour croire dans le Bien, il faut comprendre que toute action pour le Bien dégénère en mal-faisance. | | | | |
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| bien | | | Il faut posséder un sacré don sophistique, pour trouver à l'ombre et à la lumière, au Bien et au mal – une nature identique (Heraclite). La lumière et le Bien sont des principes divins, et l'ombre et le mal - les actions humaines déployées sur ces axes divins ; toute grande création est pénétrée d'ombres et entachée de mal, qui est ombre de la honte. | | | | |
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| bien | | | En l'absence des lois précises, tes actions se soumettaient au jugement soit de ta propre liberté, soit des caprices du prince, du prêtre ou du notable ; la conscience avait, tout le temps, de bonnes raisons de rester trouble ; chacun se sentait pêcheur. Avec la mise en œuvre des normes, le sentiment du péché, inhérent à toute action, disparut, les consciences se calmèrent, d'où une lecture ironique et paradoxale de ce mot de Confucius : « Rares sont ceux qui pêchent par discipline ». | | | | |
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| bien | | | Même à la verticale il n'y a pas de chemin vers le Bien ; et les chemins horizontaux d'action s'incrustent tous dans la platitude et ne conduisent que vers le mal ; je ne peux y intervenir efficacement qu'en repoussant les finalités et en m'attardant sur le seul parcours. « Si la sagesse est impuissante à atteindre le Bien, elle peut au moins allonger le chemin vers le mal » - Iskander - « Если мудрость бессильна творить добро, она удлиняет путь зла ». | | | | |
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| bien | | | Ce qui existe, sans pouvoir être traduit en actes, peut être appelé immortel. « Le mal doit être constamment ressuscité, alors que le Bien, alors que la vertu sont immortels » - Steinbeck - « Evil must constantly respawn, while good, while virtue, is immortal ». L'immortalité des gestes, en revanche, dure d'habitude jusqu'au prochain échec martial, conjugal ou électoral. Des résurrections, sans stigmates ni descentes aux enfers, se pratiquent à coups de code d'accès aux tombes à concessions renouvelables. | | | | |
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| bien | | | Le vrai mal, pour un créateur, est d'ordre esthétique ; ce n'est pas sur l'axe du Bien et du mal (axe du fond) qu'il faut le chercher, mais sur celui du bon et du mauvais (l'axe de la forme). C'est l'une des explications de la généalogie de la morale de Nietzsche. | | | | |
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| bien | | | Tous les vertueux, ceux qui se débarrassèrent de toute violence et de toute ardeur, voient dans les passions une source du mal ou du péché. Tandis que celui qui n'est pas encore absorbé dans la platitude, te donnera un bon conseil : « Tu craindras davantage l'accalmie que le mal ; dans le péché passionné n'est pas le mal, mais la floraison » - Volochine - « Беги не зла, а только угасанья ; и грех, и страсть — цветенье, а не зло ». | | | | |
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| bien | | | L'action est une tentative de donner une forme au besoin ou au désir, qui surgissent d'un fond. Mais le sens du Bien est condamné à rester dans le fond ; sa traduction dans une forme, dans une action morale, s'appellera, fatalement, - le mal. | | | | |
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| bien | | | Les démons solitaires ou les forces du Mal n'existent pas ; c'est la solitude qui nous rend démoniaques, et c'est toute force employée qui est maléfique. Tout démonisme en littérature est une pose, annonçant la solitude et renonçant à la force. | | | | |
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| bien | | | Pour se livrer, conscience en paix, au mal, ils se sentent obligés de pratiquer le bien expiatoire ; ce qui prouve l'origine divine du sens du Bien ! Surtout aujourd'hui, où le mal ressemble irrésistiblement au bien d'antan. Le remords d'un rapace est presque aussi beau que le vice d'une colombe. | | | | |
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| bien | | | La source intarissable du péché : l'inexistence d'actions libres. « Difficile de faire le bien, sans multiplier des sources du mal »* - Ruskin - « It is difficult to do good without multiplying the sources of evil ». | | | | |
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| bien | | | Le choix est entre faire, extérieurement, le Bien, en consolant un malheureux ou en le libérant d’une souffrance, ou être, intérieurement, dans le Bien, par le frisson ou la honte. Plus pur on est, plus radicalement se pose ce choix : « Dans tous les problèmes poignants, il y a le choix seulement entre le Bien surnaturel et le mal » - S.Weil. | | | | |
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| bien | | | Combattre ou tolérer le mal – multiplier le mal qui me ronge ou multiplier le mal qui ronge les autres – face au mal réel, sauver le corps des autres ou condamner ma propre âme à de nouveaux remords. Le Bien est mystérieux, et le défi problématique du mal est sans solution ; le Bien divin n'est bien que sans énergie. « Pitié pour le mauvais, pour sauver le bon »* - Publilius - « Honeste parcas improbo, ut parcas probo ». | | | | |
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| bien | | | La source du beau est cachée, mais beaucoup d'actes en découlent. La source du Bien est cachée, elle aussi, mais, cette fois, aucune voie vers le moindre acte, elle est l'une de ces fontaines intouchables, près desquelles on meurt de soif. « Je te loue, ô Seigneur, de nous avoir refusé l'exacte connaissance du Bien et du mal » - Saadi. Depuis, on gagna beaucoup en exactitude et en puissance, et surtout on changea son réceptacle : le chœur se substitua au cœur. | | | | |
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| bien | | | C'est l'existence même des axes du Bien et du Beau, et non pas des valeurs extrêmes sur eux, qui empêche que ce monde ne se réduise à une platitude sans dimension divine. « Si vraiment Dieu existe, d'où vient le mal ? Mais d'où vient le Bien, s'Il n'existe pas ? » - Boèce - « Si deus est, unde mala ? Bona vero unde, si non est ? ». | | | | |
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| bien | | | Un autre mot-gigogne, qui empêche le Français d'avoir des rapports plus abstraits avec la morale - le mal ; en français, ce mot désigne aussi une douleur, le sens que n'ont ni evil ni Übel ni зло. | | | | |
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| bien | | | Il est trop commun de clamer d'être pour le Bien et contre le mal. L'homme se trouve toujours quelque part au milieu de cet axe. « L'humanité de l'homme, c'est cette différence de tension affective, entre les extrémités de laquelle le cœur est placé » - Ricœur. L'artiste est celui qui, de cette tension, extrait la même intensité en tout point de l'axe. | | | | |
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| bien | | | Non seulement l'homme est innocent originairement (Rousseau), mais il l'est toujours, tant qu'il reste en compagnie de son cœur, sans confier son innocence aux bras. Le Bien est l'innocence du sentiment non traduit en actes ; la mal est le rapprochement entre le sentiment et l'acte. Chez l'homme de caverne, l'acte fut personnel, d'où la persistance de sa honte. Chez l'homme moderne, tout acte est social, d'où sa conscience tranquille. | | | | |
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| bien | | | Tous les prophètes, vétérotestamentaires ou nietzschéens, divisent les hommes en bons et méchants. Mais le contraire du bon n'est pas le méchant, mais l'agissant. Est bon celui qui vénère la voix du Bien, sans en connaître les voies. Est méchant celui qui les confond. | | | | |
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| bien | | | Le Bien et le mal sont des contraintes, la congénitale : l'écoute de la voix divine de l'amour, et la fatale : le suivi de la voie humaine de l'action. Personne n'y échappe. | | | | |
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| bien | | | Le vrai est dans la réponse du langage, et le Bien est dans la question du regard ; la qualité du vrai est dans la profondeur, celle du Bien - dans la hauteur de la (re)quête. Mais pour un modèle donné les réponses sont mutuellement exclusives. La liberté d'en changer fait partie de nos mystères. | | | | |
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| bien | | | Le mal, c'est le refus, par l'esprit, de lectures multiples ; mais même pris à la lettre, il est l'absurde assurance de la lecture phonétique des hiéroglyphes ou idéogrammes, confusion entre l'oreille raisonnante et le cœur résonnant. | | | | |
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| bien | | | Ce siècle est celui des greffes des cœurs en bronze, et au plus tendre âge. De ces cœurs bronzés, à toute collision, ne jaillit désormais qu'une sonorité porteuse de messages en nombre. | | | | |
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| bien | | | Je deviens vraiment sensible au mal, quand je sens un mal sortir, irrévocable, de mes mains agissantes et qui pourtant n'auraient commis aucune faute. | | | | |
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| bien | | | Plus on est bête, plus résolument on veut combattre le mal évident. Plus on est intelligent, plus humblement on se résigne à porter et à vénérer le Bien inconcevable, sans chercher à le faire, recherche illusoire et stérile. | | | | |
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| bien | | | Il n'y a pas de combat entre le Bien et le mal ; c'est le combat qui est le mal. | | | | |
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| bien | | | Si connaître, c'est bâtir une représentation valable, nous connaissons assez précisément le mal et nous ignorons tout du Bien. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n'est pas couleur de rose, mais couleur de sang, du front en flamme ou des yeux en larmes. Le mal est gris, omniprésent, égalisateur. C'est le Bien irréel et non pas le Mal réel qui apporte des couleurs au tableau du monde, et Boehme a tort : « Sans le Mal tout serait incolore, comme un homme sans passions » - « Ohne das Böse wäre alles so farblos, wie ein Mensch ohne Leidenschaften ». | | | | |
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| bien | | | Inévitablement, machinalement, je me tourne vers des actions, fidèles à ma vision du Bien, et chaque fois je constate non seulement un écart entre la chimère initiale et la réalité finale, mais une nette présence du mal dans mes malheureuses traductions. Donc, hélas, le Bien, dès qu'il veut devenir visible, est rejoint par le mal. | | | | |
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| bien | | | Tous nos organes ont leur fonction et leur objet ; il est facile de juger de leur état de marche. Sauf le cœur, cette source de doute sur tout : le bonheur, la douleur, l'honneur. « Là où il n'y a pas de différence entre bonheur et malheur, souffrance ou volupté, là il n'y a pas non plus de différence entre le Bien et le mal » - Feuerbach - « Wo kein Unterschied zwischen Glück und Unglück, zwischen Wohl und Wehe, da ist auch kein Unterschied zwischen Gut und Böse » - au contraire, cette perplexité est un symptôme de présence du Bien dans le cœur. Le mal vient si souvent de la netteté de ces frontières. | | | | |
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| bien | | | Mieux mon cœur ressent l'appel du Bien, moins mon âme confie aux actes l'écho ou la réplique fidèles de ce Bien. Mais plus mon esprit l'examine, plus il est enclin de sceller l'alliance scélérate du bras séculier et du cœur sacré. C'est l'abondance et l'évidence du sens et non pas son vide - « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » - Arendt - « It is in the emptiness of thought that fits the evil » - qui laissent le mal se faufiler dans l'imposture des actes. | | | | |
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| bien | | | L'origine de nos recherches : le comment du vrai, le pourquoi du beau, le quoi du Bien. Contrairement aux deux premières, la dernière reste sans réponse. « On cherche le Bien sans le trouver, et l'on trouve le mal sans le chercher »*** - Démocrite. | | | | |
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| bien | | | Le Bien se reconnaît mieux dans le hasard de mes états d'âme que dans les règles de mon esprit. « Le Bien et le mal c’est l’harmonie du hasard et du Bien » - S.Weil, tout en sachant que le Mal niche dans tout hasard des actes. | | | | |
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| bien | | | Aucun objet matériel n'existe dans la sphère où réside le Bien ; le Bien, cette pure lumière, ne peut donc jeter aucune ombre, sous forme d'actes. Et le Mal est la ténèbre, c'est à dire une ombre ne se référant à aucune lumière. | | | | |
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| bien | | | Personne ne sait faire le Bien ; personne ne peut éviter de faire du Mal, en agissant au nom du Bien. Donc, ce vœu pieux : « Ce n'est celui qui sait faire le Bien qui est bon, mais celui qui ne sait pas faire le Mal » - Klioutchevsky - « Добрый человек не тот, кто умеет делать добро, а тот, кто не умеет делать зла » - est, hélas, irréalisable, ou bien il signifie, que l'homme bon n'existe pas. | | | | |
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| bien | | | Une seule connaissance est condamnée par l'arbre biblique, celle du Bien et du Mal. Le Bien, en effet, semble être le seul affect inconnaissable. Quand on sait, en plus, qu'aucune volonté ne nous en approche, on comprend, que « Le mal est de connaître et de vouloir »* - A.France. | | | | |
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| bien | | | Le cœur, ce réceptacle du Bien, subit - se réjouit ou s'afflige ; il n'a pas de volonté, qui appartient à l'esprit. L'esprit agit, il est, donc, source du Mal. Il ne faut pas les confondre, comme le fait Épictète : « Où est le Bien ? Dans la volonté. Où est le mal ? Dans la volonté ». | | | | |
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| bien | | | Ma vie étant ponctuée par mes débandades, les plus anciennes perdent de leur intensité. D'où des nostalgies du passé, du Bien passé ; ce qui est absurde, le Bien étant atemporel, tandis que le mal s'incruste nettement dans le temps. | | | | |
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| bien | | | Ne vivre que de l'agir, c'est s'identifier avec la fourmi, le mouton ou le robot ; mais vénérer le seul non-agir, c'est vénérer la vache. Le Mal est dans l'identification de l'agir et du rêver ; ni la paix ni la tourmente ne me sauvent du Mal, et ce bouddhiste de Cioran a tort : « Le principe du Mal réside dans l'incapacité au quiétisme ». | | | | |
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| bien | | | Les yeux de l'esprit suffisent, pour constater le Mal ; la révélation profonde du Bien n'est donnée qu'au regard de l'âme, cet outil atavique chez la gent moderne. « Le Bien est plus intéressant que le mal parce qu’il est plus difficile »* - Claudel. | | | | |
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| bien | | | Qui peut confondre un rêve (illuminé par le Bien) avec un acte (hanté par le Mal) ? Une musique impondérable avec la lourdeur des échos ? Donc, leur fichu art de distinguer le Bien du Mal est une fumisterie, consacrant les yeux des hommes et profanant le regard de Dieu. | | | | |
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| bien | | | Le mal n'est jamais ni un sujet ni un objet, il est un immédiat complément d'action voulu par un verbe par trop transitif et pas assez réflexif. | | | | |
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| bien | | | Au pays du Bien il n'y a ni routes ni cartes ni véhicules. Ceux qui les cherchent et y échouent font bonne mine à mauvais jeu : « Nous n'avons ni la force ni les occasions d'exécuter tout le bien et tout le mal que nous projetons » - Vauvenargues. | | | | |
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| bien | | | L'ange tend ma corde, le démon me tend la cible. Le Mal : abandonner l'ange, suivre le démon, finir par n'être qu'une flèche des autres et emprunter aux autres la tension de mes cordes. | | | | |
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| bien | | | La présence du Bien dans mon cœur n'est due ni au hasard ni au calcul, le Bien est une gratuité divine, nullement liée à ses projections dans la pensée ou dans l'acte, où règne le Mal. La Fontaine comprit tout de travers : « Le bien, nous le faisons ; le mal, c’est la Fortune ». | | | | |
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| bien | | | Dès que l'éthique prétend dicter le premier pas de l'esthétique ou de la mystique, l'inquisition ou le réalisme socialiste s'érigent en juges du mystère et du beau. Pas de cheminement dans le Bien, pas de dynamisme, il n'est que dans le recueillement. Et si le mal n'était que dépassement du purement potentiel ? La beauté ou le mystère se révèlent, le Bien se laisse crucifier, sans compter sur l'interprétation de ses stigmates. | | | | |
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| bien | | | L'humanisme, c'est la découverte du Bien et du Mal – Rousseau, Nietzsche, Tolstoï – la morale. Aristote, Platon, Jésus, Spinoza ne parlent que du bon et du mauvais – l'éthique. | | | | |
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| bien | | | Au sujet du Bien et du mal, qui le rasaient passablement, un philosophe professionnel français n'eut d'autre exemple à formuler que : j'ai bien mangé et j'ai mal à la tête. Comment bâtir, en français, une éthique ? | | | | |
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| bien | | | Rien de spirituel à découvrir dans le mal qui frappe de l'extérieur mes intérêts, mes goûts ou mon corps ; le seul mal intéressant est celui qui naît de mes conflits intérieurs : entre le Bien, logé dans mon cœur et l'action qui taraude mon corps. Autant la lutte extérieure, pour prouver mon intelligence ou mon talent, est valorisante, autant la lutte intérieure entre le rêve immobile et le mouvement actif est angoissante et dégradante. « La provocation au combat est l'un des moyens de séduction les plus efficaces du Mal »** - Kafka - « Eines des wirksamsten Verführungsmittel des Bösen ist die Aufforderung zum Kampf » - d'où l'intérêt des capitulations précoces. Mais tenir à la caresse imaginative, même au milieu des rudesses possessives. | | | | |
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| bien | | | Spontanément, on résiste à la tentation et cède au devoir ; artistiquement, on a plus souvent l'envie de faire l'inverse. L'ivresse ? L'inconnu ? La frontière ? - on ne sait jamais d'où vient cette soif de vertiges transgressifs. Au-delà du Bien et du mal, il faut porter la honte et la jouissance. Si dans son fond l'art se nourrit de la culture, sa forme gagne à se rapprocher de la nature. | | | | |
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| bien | | | Nous avons trois principes innés : l'appel du Bien, le goût du Beau, la capacité du Vrai ; de l'imperfection de leur application naissent leurs perversions : le Mal, le Robot, la Bêtise. Curieusement, tous dénoncent la première et la troisième, comme conséquences d'une prédisposition innée, mais ne remarquent pas la véritable mutation humaine, qui découle de la deuxième perversion, la robotisation de nos désirs et de nos actes. | | | | |
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| bien | | | De toutes les vocations humaines l'appel du Bien est le plus irrévocable ; donc, l'adhésion fière au Bien ou l'allégeance orgueilleuse au Mal sont des actes respectivement niais ou hypocrites. « Moralisme et immoralisme me paraissent choses aussi ennuyeuses l'une que l'autre » - Valéry. | | | | |
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| bien | | | Je me solidarise avec le Bien, ou bien je me fais chantre du Mal – trop de naturel dans la position, trop d'artifice dans la pose. Du point de (la) vue d'homme (de mon soi connu), je dois passer à l'axe du regard de surhomme (de mon soi inconnu). Aucun point ne peut être nouveau ; ne vaut (pour l'éternité) que l'axe, que mon regard isole, colore, anime et enterre. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est métaphysique, et le Mal est réel ; toute projection ou justification du Bien, dans la sphère de nos actes, ne peut donc être qu'imaginaire, pour ne pas dire hypocrite. La sensation du Bien ne nous quitte pas même aux moments de la plus plate lucidité, loin de toute action, de tout cataclysme, de toute angoisse. Nietzsche, qui voit dans la peur l'origine et dans le Mal la source du Bien, Nietzsche qui en dénonce l'hypocrisie, montre sa profonde ignorance du sujet. De même les rapports entre la force et la faiblesse, le sain et le maladif, la volupté et la souffrance. Il lui fallait justifier la neutralité de son pinceau dans la peinture des axes entiers – la noble attitude d'artiste, mais trop humaine. | | | | |
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| bien | | | Tout ce qui est rendu possible grâce à la puissance monétaire, que ce soit la charité réglementée ou la vindicte contre des rapaces moins agiles, ne peut être que du vice. Les bonnes et pieuses intentions des riches se trouvent, pourtant, dans cette formule horatienne : « Des sous d'abord, des vertus - après » - « Virtus post nummus ». | | | | |
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| bien | | | Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le Bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire, que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde. | | | | |
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| bien | | | Le Mal se fait en pleine lumière affairée ; c’est le Bien qui se tapit dans les ténèbres impénétrables de notre cœur. | | | | |
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| bien | | | Le Bien se rêve et le mal se fait ; l’arbitraire tyrannique du Bien ou la liberté raisonnable du mal. L’esclavage du mal n’existe pas ; c’est le Bien qui nous y soumet. Oser le Bien immobile, atopique, fantomatique et non pas subir l’inertie du mal, actif, présent, évident. La vraie rédemption : se soumettre à l’esclavage injustifiable du Bien. Toutefois, cette résignation exige plus de volonté de puissance que la détermination de l’orgueil. | | | | |
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| bien | | | L’intellect, face au Bien et à l’action : il aide à vénérer le mystère du premier ; par la solution de la seconde, il ne peut que nous accompagner dans le mal. « Tout le mal que j’ai fait, je l’ai fait par réflexion ; et le peu de bien que j’ai pu faire, je l’ai fait par impulsion »** - Rousseau. Le Bien m’interpelle, mais je ne puis en inoculer une trace dans mes actes que par un réflexe aveugle ; la réflexion ne fait qu’illuminer le mal fait ou à faire. Le Créateur mit en nous l’élan d’une flèche, sans donner la moindre indication des arcs à bander ou des cibles à toucher. | | | | |
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| bien | | | Le Bien est une interpellation angoissée, vrillée dans notre cœur, mais interdite de sortie dans le monde des actes ; le Mal n’est pas la privation d’un bien, il accompagne tout acte, qu’il soit agréable, neutre ou nocif. Le seul antonyme crédible du Bien serait l’indifférence, le cœur éteint. Et puisque l’homme se détourne du rêve (cet aliment du Bien) et se réduit à ses actions, l’hypothèse du mauvais Démiurge (moderne) est assez plausible. | | | | |
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| bien | | | L’esprit est dans le faire et l’âme est dans le vouloir ; et l’on veut faire le Bien et l’on fait le Mal qu’on ne veut pas – on échoue où l’instigateur est l’âme, on réussit où l’acteur est l’esprit. | | | | |
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| bien | | | Les idées, les sentiments, les actes, les sons ont leurs langages, qui traduisent ou représentent leurs modèles respectifs. Mais le Bien n’a pas de langage ; il n’est ni lumière ni chaleur ni force. C’est le Mal qui est langagièrement bien outillé : anti-humaniste dans l’idée, mécanique dans le sentiment, inhérent dans l’acte, sans musique dans ses bruits. | | | | |
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| bien | | | Le monde, c’est la possibilité céleste du Bien et la réalité terrestre du Mal ; mais tout le monde pense le contraire : le Bien se lirait dans les actions, et le Mal ne serait que possible. | | | | |
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| bien | | | Dans l’arbre de vie, l’action se trouve aux racines, d’où la notion de mal radical (Kant et Heidegger), liée à la source du mal – à l’action. Les promesses intenables du Bien s’associent aux fleurs intemporelles et aux cimes atopiques. | | | | |
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| bien | | | L'origine du mal - l'objet de ma bonne action n'est jamais le bon ; et non pas à cause de ma faiblesse ou hypocrisie, mais parce que le Bien est sans objet ; le mal, c'est mon choix de l'objet qui porterait le Bien. Le Bien commence par l'invisibilité du choix initial et l'illumination de la fin. | | | | |
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| bien | | | Le vrai manque, celui qui fait souffrir et à bout duquel aucun calmant, gestuel, intellectuel ou sentimental, ne vient, ce n'est pas le mal, toujours mécanique, toujours causal, mais le Bien même, cette soif que n'assouvit aucun liquide, pas même les larmes. | | | | |
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| bien | | | Celui qui veut l'action, veut-il ses conséquences ? Il n'y aurait pas de transitivité. On fait le mal par fatalité ; la volonté est fatale, comme l'est l'action. Tout homme est incontinent, volontairement ou pas. Volontairement, nul n’est méchant. | | | | |
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| bien | | | Il n’y a que quatre genres d’action, témoignant, respectivement, de la routine (moutonnière ou robotique), de la bêtise (conscience tranquille), de la liberté (humilité consciente), de la férocité (culte de la force, cynisme). La liberté signifierait ici la présence de sacrifices ou de fidélités, dans les motivations, et la bêtise – leur absence, la poursuite de ses intérêts rationnels. En tout cas, le mal est présent dans toutes formes d’action, et le salut (l’innocence) n’est accessible que sola fide. « Un sacrifice de ses intérêts est le besoin d'une âme noble »*** - N.Chamfort. | | | | |
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| bien | | | Deux lectures, radicalement différentes, du Mal, associé à toute action : la première, par la personne qui le subit, directement ou pas, - une claire souffrance, à cause de l’injustice, de l’incompréhension, de la cruauté ; la seconde, par la personne qui le commet, - une vague honte, à cause d’un inévitable décalage entre ce qui se conçoit comme le fond de son penser, et ce que trahit la forme de son agir. Le vrai Mal est dans cette seconde lecture. | | | | |
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| bien | | | Que diriez-vous de celui qui nie le libre arbitre, la finalité, l’ordre moral, l’altruisme, le mal ? Comme moi, vous diriez, évidemment, que c’est un idiot de village, un étudiant renvoyé d’une faculté de logique, Bouvard ou Pécuchet. Pourtant, c’est ce qu’admirerait Nietzsche chez cette araignée qu’est Spinoza ! | | | | |
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| bien | | | La liberté supérieure – dans toute action morale, désavouer la bonne et opter pour la mauvaise conscience. Même le sacrifice de la force ou la fidélité à la faiblesse ne doivent pas me dévier de cette posture (l’âme choisit des poses, l’esprit formule des positions, le cœur se résigne pour la posture). « La différence entre le Bien et le Mal ne consiste que dans la liberté, n’existe que pour la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Le Beau est à l’extérieur de moi, et le Bien – à l’intérieur. Le Mal est dans mes actes et non pas dans mes mots ou idées. Le seul moyen de m’en défaire est de renoncer à agir, devenir une larve, d’où la fatalité de la honte que je porterai quoi qu’il arrive. Et Tolstoï est bien bête : « Le Mal est en nous, on peut l’en extirper » - « Зло только внутри нас, откуда его можно вынуть ». | | | | |
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| bien | | | Le Bien, en tant que le seul résident de notre cœur, est complètement désarmé ; il n’intervient dans des controverses des autres contrées qu’en tant que mercenaire, avec des armes du Mal, comme tous les autres, et il n’y défend nullement ses intérêts propres, puisqu’il n’en a pas. Sans y être le Bon, il y est bon pour quelque choses. | | | | |
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| bien | | | Dans ce monde, la somme des maux n'est plus constante, puisque de plus en plus d'actions se déclenchent par la volonté des machines, que celles-ci soient électroniques ou câblées dans les cerveaux humains. La répartition des maux changea, elle aussi : le mal ne coule plus des mains et des langues, il déborde vers les têtes et les âmes. | | | | |
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| bien | | | Pour que le Mal ne sévisse pas dans nos cœurs, Dieu aurait dû nous priver de la liberté, donc de l’action. Or, le Mal surgit de toute action ; il aurait fallu que Dieu nous privât donc – de la souffrance. | | | | |
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| bien | | | La distinction hésitante du Bien et du Mal provient peut-être de nous-mêmes, mais le sens même du Bien est certainement un don inné, un cadeau miraculeux, incompréhensible, inutile, admirable du Créateur. | | | | |
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| bien | | | Devant l’accumulation monstrueuse du Mal, qu’échafaudent toutes nos actions, on peut faire appel aux trois juges – la raison, les yeux de l’esprit, le regard de l’âme. La première conclut à la liberté déviée de l’homme-scélérat ; les deuxièmes stigmatisent le mauvais démiurge ; le troisième s’émerveille de l’existence même de notre sens du Bien et vénère le Créateur incompréhensible et souvent impuissant. | | | | |
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| bien | | | L’âme est la lumière divine, l’élan ailé, la pureté angélique, l’humilité dans l’action. Créatrice, elle peint des ombres dansantes, à l’opposé de la lourde noirceur, qui surgit de l’extinction des âmes et de la domination des esprits ou de la faiblesse des cœurs. Ce ne sont pas « les noirceurs de l’homme, se livrant, perfidement, à la noirceur des actes » - Soljénitsyne, qui sont à l’origine du Mal, mais le fait, que « le même cœur déborde tantôt d’un mal à l’apogée, tantôt d’un bien auroral » - « сердце то теснимо радостным злом, то рассветающим добром ». | | | | |
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| bien | | | La sagesse banale classe comme bien ce qui procure un plaisir, et comme mal - ce qui provoque une douleur. C'est un cas du postulat de base : n'est vrai que ce qui marche. Pourtant, même les utilitaristes doivent connaître la peine d'amour et la mauvaise joie, à moins que Dieu, juste en répartition des dons de l'esprit et du cœur, prive certains d'entre nous - de l'âme. | | | | |
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| bien | | | Tant de monuments aux bourreaux, tant d’armes étincelantes, tant d’abjects auteurs d’ouvrages sublimes, tant de beaux animaux aux appétits féroces. Mais représenter la Beauté comme combat entre Dieu et le Diable (Dostoïevsky) est idiot, puisque la Beauté (comme la Vérité) est au-delà du Bien et le Mal. | | | | |
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| bien | | | Ils disent, que ce qui, dans la sécurité, t’empêche de te tenir tranquille et de t’y endormir, ce serait le vice. Mais du trop de veille dynamique naissent les pires des vices ; la vertu, elle, naît d'une profonde faiblesse et apparaît dans un haut rêve. Le vice nous envahit par les yeux ouverts et les mains emballées. La vertu accompagne l'immobilité des pieds et la honte dans les yeux. | | | | |
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| bien | | | De méchantes pensées visitent toutes les têtes, mais le Mal ne se manifeste que dans les œuvres ; l’emploi du Bien en tant qu’outil ou règle de conduite amène, inexorablement le Mal. « C’est un mal que de faire un mauvais usage du bien » - St-Augustin - « Malum est male uti bono » - il fallait dire – tout usage ! | | | | |
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| bien | | | Le bien général n’existe pas, il ne peut être que particulier. Tout ce qui se réclame du premier est entaché du mal ; le second te chauffe le cœur, sans savoir se transformer en actes. Donc, garder l’immobilité – et la honte ! - et rester du côté du Bien particulier, c’est renoncer au Mal. Toute chose ayant au-dessus d'elle quelque chose de plus général, tout acte relève du mal ! Le Bien n'existe qu'au singulier supputatif, le mal est dans le pluriel effectif. | | | | |
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| bien | | | La résignation du sot confirme une propagation du Mal ; la résignation du sage témoigne de l’existence du Bien. Le Bien ne saurait pas être une béate fidélité au continu, comme tout saut ou rupture ne sauraient être signes du Mal. On est dans le Bien, quand on reste fidèle à ce qui fait mal ou sacrifie ce qui se porte bien - la liberté, autre nom de cette pénible, mais vraie, béatitude. | | | | |
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| bien | | | Tu participes à une œuvre du Mal chaque fois que l’esprit découvre une discordance entre ton action et l’attente de ton cœur désintéressé ; autrement dit – toujours, en tout lieu, d’une manière permanente et irrécusable. Le seul moyen de pacifier, légèrement, ce conflit irréconciliable, c’est de ne pas cesser de porter ta honte à l’issue de toute intervention de tes bras, et même de ta pensée pratique. | | | | |
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| bien | | | La certitude, injuste, de combattre le Mal calme ta mauvaise – à juste titre – conscience. « Si tu te mets à prendre plaisir à détruire le mal, tu ressembleras terriblement à ce que tu combats » - Hemingway - « When you start taking pleasure in destroying the evil, you are awfully close to the thing you're fighting ». | | | | |
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| bien | | | La noblesse d’un savoir dépend d’une série de facteurs : qui, quoi, pour quoi, au nom de quoi ; le qui peut être cynique, le quoi - prosaïque, le pour quoi – sadique, le au nom de quoi – clanique. Mais ce plouc de Socrate insiste : « Le seul Bien, c’est le savoir ; le seul Mal, c’est l’ignorance ». Et l’Ignorance Étoilée est ignorée par les savants de pacotille. | | | | |
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| bien | | | Seul un artiste, c’est-à-dire celui qui se met au-delà du Bien et du Mal, et donc au-delà de la liberté, peut se permettre des monstruosités du genre : « J’appelle décadent celui qui préconise ce qui n'est pas dans son intérêt » - Nietzsche - « Ich nenne ein Individuum verdorben, wenn es vorzieht, was ihm nachtheilig ist ». Une belle pose d’aristocrate, perclus de rêves, et une vile position de goujat, agissant dans la réalité. | | | | |
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| bien | | | À la justice il faut la force, pour passer à l’acte ; au Bien il faut la faiblesse, pour y renoncer. Mais ce n’est pas l’injustice qui est le Mal, mais la force. « La Justice sans Police est le Mal » - O.Wilde - « When Right is not Might, it is Evil ». | | | | |
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| bien | | | Le Bien, même anémique ou incompréhensible, guérit certaines blessures de l’âme ; le Mal, même inconscient ou aléatoire, ouvre de nouvelles plaies dans l’esprit. « Le mal te pénètre lentement, comme une maladie ; le Bien arrive en courant tel un médecin » - R.W.Emerson - « Evil comes at leisure like the disease ; Good comes in a hurry like the doctor ». | | | | |
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| bien | | | Tu as beau avoir, simultanément, les mains pures, la tête froide, le cœur ardent, ton action sera toujours entachée de traces du Mal. | | | | |
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| bien | | | À la Vérité, qui est profonde, le Bien apporte du mystère divin, et au Beau, qui est haut, - de la noblesse humaine. Mais ni la Vérité ni le Beau, au moment de leur naissance, ne s’y attendent pas, étant au-delà du Bien et du Mal. | | | | |
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| bien | | | Ce n’est pas la bonne mais bien la mauvaise conscience qui nous rapproche davantage de l’ange : St-Augustin, Rousseau, Mozart, A.Rimbaud, Nietzsche, Tolstoï. L’homme content fricote avec le Satan. | | | | |
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| bien | | | Dans les actions, qu’on qualifie de bonnes, la vertu et le vice ont la même probabilité d’en être l’origine. | | | | |
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| bien | | | Le Mal réside dans l’action, et donc dans les choses ; le Bien ne quitte jamais le cœur. Il faut avoir une âme bien perspicace, pour percevoir le Bien dans les choses : « Une âme de bien perce en vilaines choses » - Shakespeare - « There is some soul of goodness in things evil ». | | | | |
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| bien | | | Le Beau et le Vrai t’appartiennent ; tu es libre d’en faire usage. Mais le Bien reste un cadeau de Dieu, qui ne peut pas quitter ton cœur, sans être, inévitablement, souillé par une présence du Mal. « Pour faire le bien, il faut d’abord le posséder » - Aristote. Tous le possèdent, tous tentent de le faire, mais peu s’aperçoivent, que la condition humaine mêlera à la pureté du cœur – l’imperfection du fait dévoyé. Pour aimer le Bien, il faut reconnaître qu’on n’en est pas le maître. | | | | |
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| bien | | | Dans tes actes, le Bien est presque toujours imaginaire ou naïf, et le Mal – réel ou déductible. | | | | |
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| bien | | | Le plaisir suprême est dans la vénération du Bien, de sa lumière et de sa chaleur, inexplicables et inutiles, qui illuminent et font palpiter ton cœur, ce réceptacle du Bien. « Dépêche-toi de faire le bien, sinon tu finiras par prendre plaisir dans le mal » - le Bouddha. Faire, c’est projeter des ombres et gaspiller des ardeurs ; le Beau peut s’en accommoder, mais pas l’hédonique. | | | | |
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| bien | | | Qu’on ait une bonne ou une mauvaise conscience, dès qu’on agit on est entraîné dans l’œuvre du mal. « Jamais on ne fait le mal si pleinement que quand on le fait par [bonne] conscience » - Pascal. | | | | |
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| bien | | | Deux sortes de mal : le mal hypocrite, celui qui veut se faire passer pour le bien ; et le mal franc, celui d’un pseudo-bien actif, comportant, fatalement, une dose du mal. | | | | |
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| bien | | | Pas de mal, sans un bien lointain ; pas de bien, sans un mal proche. | | | | |
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| bien | | | Le Mal se glisse dans toute action ; l’action est un bon moyen pour ne pas penser, y compris au Mal inhérent à cette action. C’est, peut-être, ce que voulait dire Beethoven : « L’action est ce qui permet le mieux de ne pas penser au mal que tu commets » - « Das beste, um an dein Übel nicht zu denken, ist Beschäftigung » - où le mot central n’est pas le Mal, mais penser. | | | | |
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| bien | | | Le Bien réside bien dans notre cœur, mais le Mal n’y pénètre jamais - il est dans nos actes, nos pensées, nos volontés. « Même dans le cœur le plus généreux se tapit un refuge du mal » - Soljénitsyne - « Даже в наидобрейшем сердце - неискоренённый уголок зла » - ce cœur dut s’identifier avec les bras ou la tête agités et oublia sa vocation d’immobile. | | | | |
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| bien | | | Ce n’est pas aux sages mais aux artistes que s’adresse l’appel d’être au-delà du Bien et du Mal ; Dostoïevsky fut près des sages, et Nietzsche – des artistes. | | | | |
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| bien | | | La consolation ne peut venir que d’un rêve ; le Bien en est un, tant qu’il reste dans la cage de ton cœur ; une fois sorti dans le monde des actes, tout en apportant de la gentillesse à quelqu’un, il oubliera, négligera, éloignera, humiliera, blessera quelqu’un d’autre. « Dans un certain sens, le Bien n’est pas une consolation, mais une désolation » - Kafka - « Das Gute ist, in einem gewissen Sinne, trostlos ». | | | | |
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| bien | | | Ta vraie honte est accompagnée d’une certitude que tout ton motif, tout ton acte, toute ta pensée, comportent des germes d’un mal. | | | | |
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| bien | | | L’agir ou le créer ont un parent commun – le pouvoir, mais tout agir est entaché du mal, tandis que tout créer vise – devrait viser – exclusivement le Bien. « Le mal extrême fait partie du Bien extrême, mais celui-ci est dans la création »** - Nietzsche - « Das höchste Böse gehört zur höchsten Güte : diese aber ist die schöpferische ». | | | | |
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| bien | | | Les seules lois éternelles sont dans la mathématique.Toutes les autres sont provisoires. Le seul domaine, qui défie toute loi, c’est l’action, sensée refléter le Bien. Il existent des lois, hors toute morale, qui résument l’intérêt pragmatique de l’homme (struggle for life darwinien) ; elles sont comparables aux lois de la création des fondements du Vrai et de sa démonstration, aux lois, propres aux genres ou écoles du Beau. La liberté morale du Bien est due, intégralement, au hasard apophatique, celui qui ennoblit l’homme, s’écartant de ses intérêts évidents. Curieusement, les absurdistes détestent le hasard : « Si le hasard est roi, voici l’affreuse liberté de l’aveugle » - Camus. Il faut se rappeler aussi, que le rêve, commençant souvent par les yeux fermés, doit son intensité au hasard et non pas aux lois. | | | | |
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| bien | | | Seul un talent peut se mettre, sans s’encanailler, au-delà du Bien et du Mal, mais il est indispensable que le fond de son message soit noble, et la forme - ironique. | | | | |
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| bien | | | L’action dans le réel ou la création dans l’imaginaire sont deux formes du devenir : la première, en-deça du Bien et du Mal, engendre la honte (de l’Être) et la seconde, au-delà du Bien et du Mal, - l’innocence (du Devenir). | | | | |
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| bien | | | Le Bien ne peut être qu’intérieur et le mal est toujours extérieur ; ni le Bien ne peut se trouver dans le mal, ni l’inverse. Le Bien est une belle chimère et le mal n’est que trop réel. | | | | |
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| bien | | | Tu fais le mal, malgré toi, fatalement, ce qui te rend malheureux ; même en aspirant au bien, tu ne peux pas le faire. Tu ne veux pas rêver du mal ; tu ne peux rêver que du bien, ce qui peut te rendre heureux. La nécessité dominant la possibilité, le malheur moral est plus vivace et prolifique que le bonheur. | | | | |
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| bien | | | Tu es condamné d’agir, tout en sachant qu’une dose du Mal s’attachera à toute action ; il est donc rare que tu puisses opter pour l’abstention – et tu ne garderas de tes agissements forcés que le remords. | | | | |
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| bien | | | La non-résistance au Mal est bien une résignation, mais non pas celle du renoncement à l’action, mais celle d’une conscience que toute action, y compris celle de la résistance, comporte une dose du Mal. | | | | |
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| bien | | | Les plus grandes injustices proviennent de la récompense du Bien agissant et de la punition du Mal, incrusté en toute action. Le vrai Bien, c’est la conscience trouble et la méfiance envers ses bras – la honte ; le vrai Mal, c’est la conscience en paix et la confiance en ses bras – le cynisme. L’inaction du premier ne conduit qu’à la régression ; le dynamisme du second amène du progrès. | | | | |
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| bien | | | Toute la morale biblique est apophatique : ce qu’il ne faudrait pas faire est net et bête ; ce qu’il faudrait faire est délétère et salutaire. L’auteur se doutait, peut-être, que toute action est fatalement entachée de mal. | | | | |
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| bien | | | Le mal, c'est le silence de la honte ; c'est pourquoi le vrai contraire du mal, cette grisaille de l'âme, n'est guère le bien rosâtre, mais - la noblesse, qui commence par un rouge au front ! | | | | |
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