| action | | | Tant qu'on évalue sa vie à l'échelle de l'action, on est guetté par la déroute finale, vers la platitude. Aucune recherche de profondeurs n'aide à y échapper. Chuter, au moins, vers le haut, dans un vertige de hauteur - telle est l'alternative. La hauteur peut rendre certaines folies – bienfaisantes. La pire des dégringolades, c'est s'apercevoir, docte, sain et sage, qu'on n'avait jamais quitté la platitude, puisque toute profondeur y aboutit. | | | | |
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| action | | | Qu'emporte de nous, le mot, le regard, le geste ? La vie est-elle une traduction libre d'un texte insensé ou la création d'un discours inédit ? Se peut-il que « l'âme n'ait pas de secret, que la conduite ne révèle » - proverbe chinois ? Et si une œuvre n'était créatrice que révélatrice ? Psychologisme transcendantal ! | | | | |
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| action | | | Ouvrir ou découvrir des chemins est une tâche, qui n'est pas sans noblesse ; ce qui m'ennuie, c'est la densité du troupeau qui s'y engouffre et qui en fait un sentier battu de plus. « Des fous creusent des routes, des hommes raisonnables, ensuite, les empruntent » - Dostoïevsky - « Безумцы прокладывают пути, по которым следом пойдут рассудительные » - et ceux qui les creusèrent retournent dans leurs impasses. | | | | |
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| action | | | La philosophie au marteau dionysiaque de Nietzsche (ou le marteau de l'art, chez Marx, défiant le miroir, ou le bistouri de Foucault neutralisant la folie) porte la même innocuité que l'arc d'Apollon, dont on ne fait que bander les cordes, ou la lance de Don Quichotte, qui ne sert qu'à pointer le ciel, tout en ratant les moulins. | | | | |
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| action | | | Le milieu, qui n'existe plus, c'est celui, où perdre une larme, et même perdre la main ou perdre la face, ne débouchait pas automatiquement sur la perte de tout prestige. Le premier symptôme du robot : une concentration permanente du muscle, un garde-fous cérébral neutralisant tout écart lacrymal. | | | | |
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| action | | | Le renoncement honorable à la lutte n'est pas dicté par la peur de perdre, ni même par sa certitude, mais par l'impossibilité de rencontrer un ange ou un démon et par la profusion de moutons et de robots, sur toutes les arènes. Avant de tirer l'épée, pense à la fin d'Ajax : une méprise avec le troupeau surévalué, la honte, la folie, le suicide. Mais ce n'est peut-être qu'à cause du fait qu'il fut le seul héros de l'Iliade à ne pas avoir été assisté par les dieux vengeurs : « Si Dieu veut te perdre, il te rendra d'abord fou » - proverbe latin - « Quem deus vult perdere, dementat prius » - cherche donc la bienveillance des dieux ou la complicité des anges. | | | | |
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| action | | | Le but n'est mauvais que lorsqu'il est le seul guide de mes pas insuffisamment sceptiques. Les moyens ne sont bons que lorsqu'ils résultent de la résolution des ardentes contraintes. Où ils cessent d'être des leviers nécessaires en prenant un poids suffisant. Le but, le cadet de mes soucis. | | | | |
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| action | | | Le courage, dans l’action, est signe d’inconscience, de résignation ou de folie ; l’intelligence, c’est édicter ou respecter la loi, chassant le hasard et le chaos des actes. « Les gens intelligents ne sont pas courageux et les gens courageux ne sont pas intelligents » - de Gaulle. | | | | |
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| amour | | | La possession est un terme qui couvre tout un axe, allant du savoir à la femme : de la plus raisonnable des maîtrises à la plus folle des extases ; Ève en serait un symbole. Et cet axe est parfaitement parallèle à celui de l'homme, allant de l'ange, humble créateur, à la bête, fière et dominatrice. | | | | |
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| amour | | | Au-dessus de l'âme - la passion et le génie. Le génie est le pressentiment de la liberté dans des étendues à perte de vue de l'esclavage. La passion est le choix de l'esclavage, face à une piètre liberté. C'est ainsi qu'on nomme un génie ou une passion bâclés - folie géniale, folle passion. Rien n'amuse tant la hargne du vulgaire qu'un géant tombé ou un saint succombé. | | | | |
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| amour | | | La résignation, pour ne pas être une simple lâcheté, doit être dictée par la noblesse, apaisée et réfléchie. Le contraire de la résignation, c'est l'amour, c'est à dire un mélange de folies et d'élans. « Une résignation, non pas mystique ni détachée, mais une résignation en éveil, consciente et guidée par l'amour, est le seul de nos sentiments, qui ne puisse jamais devenir un faux semblant » - Conrad - « Resignation, not mystic, not detached, but resignation open-eyed, conscious and informed by love, is the only one of our feelings for which it is impossible to become a sham ». Pourquoi cette peur devant ce qui est inventé ? Peu scénique en coulisses - contrairement au dynamisme anti-théâtral - la résignation gagne d'être mise en scène, par la honte et l'absurde. | | | | |
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| amour | | | Penser avec son cœur et sentir avec son esprit, folie raisonnable et ratiocination tout de cœur - ne serait-ce pas cela, l'âme de la féminité ? Ou de la croyance populaire : « Voici le fruit de l'esprit : amour, paix, bonté, foi, maîtrise de soi » - St-Paul, puisque tout, dans cette liste, ne peut être que fruit d'une folie, d'une résignation ou d'une méprise, et jamais - de l'esprit. | | | | |
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| amour | | | L'amour, comme la mort, vit sur la vie. Ils naissent en niant celle-ci, mais, au zénith de leur entente, ils nous poussent à l'aimer. La philosophie de la mort pourrait commencer par les origines de l'amour. La folie de l'amour - « amantes, amentes ! » (Térence) - pourrait se justifier par l'au-delà de la mort. | | | | |
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| amour | | | Le bonheur, c'est la chance de parler à une oreille infiniment lointaine et compréhensive, ce qui se transforme inévitablement en extase, en délire divin, au contraire du à bout portant, qui est à l'origine des petits bonheurs et des grands malheurs. « On est d'autant plus heureux qu'on a davantage de formes de délire » - Érasme - « Quisque felicior, quo pluribus desipit modis ». | | | | |
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| amour | | | Aujourd'hui, ceux qui réussissent leur vie n'aiment pas l'art. « Qui aime l'art ? - celui qui a raté sa vie » - Klioutchevsky - « Искусство любят те, кому не удалась жизнь ». L'homme réussi ne peut même pas savoir ce que c'est que d'aimer, l'amour fou étant le goût des désastres délicieux. L'amour sage, lui, c'est savoir colorer sa vie tantôt de chutes, tantôt d'élans, à l'opposé de la platitude des hommes réussis. | | | | |
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| amour | | | Mon écrit part d'un besoin de caresser le mot ou d'être caressé par un regard complice ou fraternel. Comme le corps, il est travaillé par des fantasmes fous ou honteux, mais s'exprimant, allégoriquement, par le cerveau libre ou le muscle servile. | | | | |
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| amour | | | Dans toutes les sphères de sa vie, l'homme, désormais, fait ses choix, en suivant des algorithmes infaillibles ; l'amour aura été le dernier recoin, où la folie des rythmes imprévisibles trouve encore un refuge, et où le choix incalculable se fasse contre le calcul. « L'amour électif est le seul amour effectif » - Prichvine - « Любовь избирательная и есть настоящая любовь ». À l'opposé du calcul et de la paix d'âme : « L'amour est un bonheur d'enragé » - Cioran. | | | | |
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| amour | | | La raison refuse d'unifier le comment et le pourquoi de l'amour, seule la poésie réussit à les mêler ou fusionner. « Il y a le ferme amour et le fol amour. L'écriture essaie de concilier les deux » - C.Marot. C'est-à-dire la forme ferme et le fond fou. | | | | |
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| amour | | | La rhétorique ou l'imagination classiques, le rêve ou la sensibilité romantiques, le fantasme ou la folie postmodernes - cette dégringolade terminologique reflète fidèlement, pourtant, un progrès vers plus d'authenticité - le don sous-jacent, qu'il s'agisse de la créativité ou du frisson, est de nature érotique. Comme si le corps voulut prendre sa revanche sur l'esprit, la caresse se plaçant au même niveau que le bon et le beau. | | | | |
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| amour | | | L'amour est le seul outil de justice intellectuelle : « Le juste amour fera, par souci de partage, éclairer le niais et aveugler le sage »** - Dryden - « Love works a different way in different minds, the fool it enlightens and the wise it blinds ». Il s'y agit vraiment de la raison la plus triviale, et non pas d'une sagesse quelconque : « L'amour est une sagesse du sot et une folie du sage » - S.Johnson - « Love is the wisdom of the fool and the folly of the wise ». | | | | |
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| amour | | | L'érotisme opposé à la transaction, la caresse – à la possession. Quand on a connu la folle jouissance de caresser un mot, un corps, une idée, on se rit de la sobre satisfaction de maîtriser un sujet, une rigueur ou une puissance. | | | | |
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| amour | | | Celui qui dit, que l'amour est question d'hormones et de glandes, en exhibe la confondante vérité ; mais il devrait, en plus, comprendre, que l'amour n'est grandiose que par les mensonges du cœur fou, auxquels se soumet, ravi, l'esprit le plus sage. | | | | |
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| amour | | | La plus profonde sagesse consiste à comprendre où et quand la raison doit céder à la folie. La folie la plus vaste consiste à écouter et à vénérer la voix du bien. La musique la plus haute de cette voix s'appelle amour. Or, la sagesse aujourd'hui est basse, et la folie - assagie. | | | | |
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| amour | | | Le triomphe de l'homo faber sur l'homo loquax, de la praxis sur la poïesis, de la fabrication sur la création, est dû, hélas, à l'adoption volontaire par le poète de la mesure et du regard des ingénieurs. Les vainqueurs, avec un sérieux, qui fait froid dans le dos, proclament, doctes, qu'il faut « prendre acte de la fin d'un âge des poètes, convoquer les mathèmes, penser l'amour dans sa fonction de vérité » - Badiou - on dirait un robot crachant des conclusions d'un syllogisme ; aucune envie d'enterrer le poète, d'énigmatiser les mathèmes, de chercher du vrai, dans la folie amoureuse. | | | | |
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| amour | | | Qui rêve le plus intensément d'une folie des sens ? - un maître du sens, un sage. L'érotisme est la folie la plus irréductible et, donc, la force d'esprit en est un adversaire, mais c'est à sa faiblesse consentie qu'appartient d'en résumer les égarements. « L'esprit a besoin de son impuissance pour faire l'amour » - Valéry – joli calembour ! | | | | |
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| amour | | | D'Aristote à Leibniz, en passant par Plotin et Spinoza, cette ineptie : le but de la philosophie serait de nous apprendre ce qu'il faut aimer. Celui qui sait, qu'on ne peut aimer que ce qu'on ne connaît pas, s'en rit. L'amour est une espèce mystérieuse du Bien inexplicable ; et la philosophie, cette protectrice des mystères, devrait nous apprendre à nous contenter d'un fol amour, autrement dit – à nous consoler. Non pas à ouvrir, mais à fermer nos yeux. | | | | |
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| amour | | | La fonction la plus noble de l’imagination est de faire parler, ou, mieux, - chanter ou danser – une beauté muette ou immobile. Autour de ce qui est sans charmes, dans les folies révolutionnaires, parlementaires, boursières ou amoureuses, ce n’est pas l’imagination créatrice mais l’excitation agitatrice qui est à l’œuvre. | | | | |
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| amour | | | L’amour et l’art sont les seules activités, où l’ange et la bête, en nous, se fusionnent, se détachent de la réalité et se livrent au rêve. « Le mélange d’amour avec esprit est la boisson la plus enivrante »** - Valéry. | | | | |
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| amour | | | La beauté enivrante se crée par une littérature noble ou par un fol amour : « Un amour aveugle découvre partout une beauté parfaite » - Tchékhov - « Слепая любовь везде находит идеальную красоту ». | | | | |
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| amour | | | La sobre intelligence prosaïse l’amour, l’ivresse folle des actes le poétise. Mais aujourd’hui les ivresses comme les sobriétés sont trop raisonnables. | | | | |
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| amour | | | L’amour : à vingt ans – l’obsession, à quarante – la caresse, à soixante – la tendresse, à quatre-vingts – la fidélité. | | | | |
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| amour | | | L’amour, c’est l’art d’échanges de caresses charnelles, verbales, gestuelles, idéelles, folles, mystiques, rationnelles, invisibles. Le contraire de caresse s’appelle raison. | | | | |
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| art | | | Les incompris résument les critiques, qui les éreintent, à ces belles invectives : trop osé, fou, dérangeant. Des mises à l'index imaginaires leur servent de réels coups de pouce, auprès des libraires. Tandis que leur défaut majeur est peut-être tout simplement le manque de métaphores. | | | | |
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| art | | | Le remplissage est le genre littéraire le plus répandu, et le vidage d'une tête débordant de pensées - la méthode la plus suivie (même Byron succomba à cette niaiserie : « Si je n'écris pas pour vider mon esprit, je deviens fou » - « If I don't write to empty my mind, I go mad »). On aurait dû laisser ce soin au lecteur, en lui tendant un vide vertigineux, aspirant ce qui est, à l'accoutumée, retenu dans des réserves de l'âme. « Viser la plénitude en se vidant »** - G.Steiner - « Evacuation towards fullness » - il faut le faire avant le premier trait de plume ! | | | | |
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| art | | | L'artiste pusillanime, dans sa tour d'ivoire, signe un pacte avec les hommes et en devient bailleur ou locataire. Mais c'est le Faust magnanime, en s'acoquinant avec le diable, qui la transforme en ruines, tout en restant en compagnie de la folle du logis. | | | | |
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| art | | | L'âme et l'esprit sont deux fonctions d'un même organe inconnu ; le romantisme se sert de l'âme comme le classicisme - de l'esprit. Seulement, il ne faut pas pousser trop loin sa fidélité, puisque derrière l'esprit se vautre la raison de reptile et derrière l'âme guette la folie de volatile. La reptation semble l'emporter, en séduction, sur la chute ; le romantisme humaniste s'étiole, et le classicisme conduit vers une culture mécaniste. | | | | |
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| art | | | On écrit sous l'impulsion de la logique ou de la musique ; il faut être méfiant du premier courant et essayer de suivre fidèlement le second ; mais les deux se concilient, comme la contrainte se concilie avec le but. « Nostre vie est partie en folie, partie en prudence. Qui n'escrit que regulierement, il en laisse en arriere plus de la moitié » - Montaigne. | | | | |
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| art | | | Jusqu'aux impressionnistes, n'importe qui pouvait se permettre de juger de la beauté des tableaux des maîtres ; depuis, seuls des marchands et des investisseurs sont convaincus de l'excellence des gribouillis, qui décorent les bureaux des PDG ou les salons des basketteurs ou des avocats. Moi, sale conservateur, je continue à préférer Bouguereau à Renoir. Par respect de la défunte peinture, il faudrait serrer en cabanon tous ces robots-tâcherons de M.Duchamp, Warhol, F.Bacon, P.Soulages, où ils pourraient se livrer à leurs exercices sanitaires, mécaniques et géométriques, loin des caprices poétiques de la liberté. À force de sophistiquer les règles du jeu de fond, ils en oublièrent l'enjeu, qui se trouve à l'opposé - en hauteur de la forme. | | | | |
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| art | | | Le paradoxe du poète : par ses images, il veut toucher au mystère, or tout mystère est indicible et inexprimable. Donc, la poésie est une forme de folie : dire ce qui est indicible. « Nous représentons l'indicible pureté à partir de la dicible impureté » - Jankelevitch. Ce que tu dis relève des problèmes de l'âme ou des solutions de l'esprit ; le mystère indicible, ce seraient ces invisibles contraintes qui impriment une musique au bruit du dicible. Le mystère serait la musique de la vie, que seule une oreille poétique peut capter et interpréter. | | | | |
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| art | | | En littérature, toute proposition est faite d'idées (sens, adéquation, justesse) ET de mots (expression, tempérament, noblesse) ; ces deux facettes sont nécessaires. Ni littérature d'idées seules ni littérature de mots seuls ne peut exister ; la statistique ou la clinique s'en chargent. | | | | |
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| art | | | Partout s'imposa l'écriture sobre et linéaire ; aucune trace de l'ivresse hyperbolique (Chateaubriand et Dostoievsky), parabolique (Voltaire et Nietzsche) ou elliptique (Hugo et Tolstoï). | | | | |
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| art | | | L'art et la réalité : dans la Salle № 6 - bouleversante et lente transfiguration du médecin d'un hôpital psychiatrique, y finissant en camisole de force ; dans la vie réelle de Swift – banalité de son inscription à l'Hôpital pour les Imbéciles, qu'il avait fondé lui-même ! | | | | |
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| art | | | La plupart des ivresses artistiques n’aboutissent qu’à une forme de folie, vite abandonnée ; mais apparaît, parfois, un porteur d’une ivresse dionysiaque et surclasse le sobre courant dominateur apollinien ; la génération suivante finit par maîtriser cette ivresse – voici le cycle : classique – romantique - classique. | | | | |
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| art | | | Du soi inconnu émanent des élans fous, que le soi connu métamorphose en musique rationnelle. « Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison »** - Gide. | | | | |
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| art | | | Il est facile de traduire en folie toute raison, mais la folie devenant raison, c'est le privilège des sages. « Si les vers ont été l'abus de ma jeunesse, les vers seront aussi l'appui de ma vieillesse : s'ils furent ma folie, ils seront ma raison »** - du Bellay. Un magnifique tableau, qui trace, mieux que n'importe quelle réflexion, le chemin de toute création (de vérités, d'émotions, d'images). L'abus de bravades, la surprise réconfortante de sa fécondité, sa conversion en raison d'être. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, tout relève du rêve ; celui qui pense y placer la vie n’y dépose que de mauvais rêves. « Il ne s'agit pas de peindre la vie, mais de rendre la peinture vivante » - Cézanne – cette définition s’applique aussi bien à la photographie qu’à la folie. | | | | |
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| cité | | | Contrairement à ce qu'il dit lui-même, l'homme est de moins en moins fou, car la folie suppose un manque de rêves inaccessibles. L'époque moderne est unique en fabrication de rêves à portée des bourses. | | | | |
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| cité | | | L'émancipation de la femme eut pour conséquences la disparition de tout esprit galant ou chevaleresque chez l'homme et le changement d'organe de communication chez la femme - le cœur brûlant passa le flambeau à la tête calculante. « Les femmes sont faites pour commercer avec nos faiblesses, avec notre folie, mais non avec notre raison »** - Chamfort - la force et le bon sens du boutiquier eurent raison de la faiblesse du poète et du chevalier. | | | | |
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| cité | | | Dans la liberté, le robot voit un mode d'application de la vérité. Cette vérité appliquée s'appelle machine. La vérité univoque résulte de la liberté appliquée. Le premier élan de la liberté vient toujours d'un beau mensonge. La grisaille de la vérité enveloppe ensuite la liberté incolore ignorant le « délire dionysiaque de la vérité » (Hegel - « bacchische Sinnenlust »). | | | | |
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| cité | | | On sait que les meilleurs patriotes peuplent les plus méchants pays. « Le patriotisme, ce dernier refuge des crapules » - S.Johnson - « Patriotism is the last refuge of a scoundrel ». Au pays où il n'y avait pas de liberté, on chantait : « Où encore la liberté imprègne ainsi les hommes » - « где так вольно дышит человек ». Le pays, où il n'y eut jamais de rêves, est appelé « le plus grand des poèmes » - W.Whitman - « The US are the greatest poem ». Les cerveaux cosmopolites vainquirent les cœurs prosélytes. L'amour de ta patrie est l'amour de ton enfance, et si l'horreur de l'âge adulte ne l'attise pas, il tiédit. | | | | |
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| cité | | | L'héroïsme individuel, à ranger à côté de la folie, inaugure souvent une aurore admirable ; l'héroïsme collectif, à l'exemple des fourmis, annonce les crépuscules de son pathos des moutons et ne provoque que de l'ironie. | | | | |
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| cité | | | L'homme oublia le bonheur irresponsable et fou, que la nature lui prépare ; il devint sage et responsable de sa seule fonction sociale, qui le déprave et rend misérable (Rousseau) ; il oublia ce que c'est que la nature. Même la poésie, aujourd'hui, est artificielle ; pourtant, encore tout récemment, « la philosophie ou la poésie furent, face à la vie, des attitudes dictées par la nature » - Chafarévitch - « Философия или поэзия - это модель крестьянского отношения к жизни ». | | | | |
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| cité | | | L'idée communiste m'est d'autant plus sympathique que, depuis l'effondrement de l'URSS, elle fut, sur-le-champ, abandonnée par tous, tandis que l'idée national-socialiste continua à intriguer des rêveurs comme Heidegger, qui apercevait une folle parenté entre américanisme et bolchevisme. Le communisme, contrairement aux autres, n'est pas une voie, mais un regard. Toutefois, la voie est aussi facilement robotisée par les pieds que le regard - moutonnisé par la cervelle. « L'Amérique, l'étable de la liberté, habitée par des goujats de l'égalité » - Heine - « Amerika, der Freiheitsstall, bewohnt von Gleichheitsflegeln ». | | | | |
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| doute | | | Deux sortes d'extase : l'âme, quittant le corps et retrouvant ses vocations d'origine ; le corps, oubliant la sagesse de l'âme et se livrant aux instincts sauvages. La folie, c'est leur rencontre. | | | | |
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| doute | | | Tous nos mondes de fictions ou de rêves se projettent sur ou sont projetés par la réalité, indépendamment du degré de notre franchise, notre imagination ou notre intelligence. Le réel se présente à nous par nos yeux (la beauté), notre esprit (le langage), notre âme (la souffrance), notre cœur (la bonté). Même un fou ne quitte jamais le sol du réel, car il a un langage. | | | | |
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| doute | | | Qu'est-ce qui me plonge dans une folie désirable, différente de celles qui sont à portée de tout le monde ? - c'est le choix d'un bon moment, pour la déclencher, et de bonnes choses, pour en recevoir des empreintes. Le goût et la maîtrise plutôt que le désir et l'abandon. N'y est pas fou qui le veut, mais seulement celui qui le peut. | | | | |
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| doute | | | La vie saine est l'intérêt qu'on porte à la lumière, tout en n'en percevant que des ombres. La perte de cet intérêt s'appelle la folie, un tête-à-tête avec les ombres. | | | | |
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| doute | | | On peut chanter le hasard, comme on chante une loi ; il suffit de ne pas présenter ce qui n'est dû qu'à lui comme résultant d'une grande loi. Avoir chassé le hasard de nos modèles (« éliminer le hasard » - Hegel - « den Zufall zu verbannen ») signifierait, que ceux-ci coïncident en tout point avec la réalité, ce qui est insensé. | | | | |
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| doute | | | Ces deux efforts isolés : ne voir dans la réalité que mystères, ou tenter d'accorder au mystère autant de poids qu'à la réalité, - quand ils ne sont pas coordonnés, le délire te guettera au tournant. « Le monde comme un rêve, le rêve comme un monde » - Novalis - « Die Welt wird Traum, der Traum wird Welt » - la tâche du regard, les yeux ouverts, ou le travail de la hauteur, les yeux fermés. | | | | |
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| doute | | | Le sot veut bâtir de conviction en conviction ; le fou veut déménager de caprice en caprice ; le sage sait plonger les convictions dans les ruines des caprices et loger les caprices dans un château fort des convictions. | | | | |
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| doute | | | Sans l'ironie et le nihilisme, nos certitudes finiraient par éteindre tout regard dans nos yeux. L'art de la conversion ironique, dans lequel Platon voyait le sens de l'allégorie de sa Caverne. La ténèbre de la mort n'embellit ni la lumière de la vie ni les ombres de l'écriture ; elle ne communique qu'avec la folie. | | | | |
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| doute | | | Paradoxalement, c'est la raison et non pas l'âme qui nous convainc plus sûrement de notre propre mystère : « La nature de l'homme est un mystère impénétrable à l'homme même, quand il n'est éclairé que par la raison seule » - d'Alembert. Mais le cœur n'y surajoute que de la folie, et l'âme - que des ombres ; ce qui rend ce mystère - encore plus impénétrable ; il appartient à l'esprit de le peindre, dans un jeu de lumières et d'ombres. | | | | |
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| doute | | | On sauve une idée en l'enveloppant de mots résistant au temps. L'idée éprouvée par l'exposition en foires a peu de chances de rester juste. L'idée juste est l'épouse, les préjugés sont des maîtresses. Mais l'art conjugal consisterait à métamorphoser, aux heures critiques, la maîtresse de la maison, la raison, en folle du logis, l'imagination, cette fonction sans organe (G.Bachelard). | | | | |
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| doute | | | Le grand peut-être rabelaisien est pire que les petites certitudes des grenouilles de bénitier ; le néant absolu, qui t'attend, ne doit pas être entaché de relativisme. Vu en grand, même les certitudes apportent de la saine anxiété à l'allergique du sédentarisme. « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude » - Nietzsche - « Nicht der Zweifel, die Gewissheit ist das, was wahnsinnig macht ». C'est le hasard matérialiste (le fors de Lucrèce) qui ne promet que la certitude d'ennui et d'horreur. | | | | |
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| doute | | | Qu'on suive la sage prudence ou la folle précipitation, qu'on confesse le désespoir profond ou la haute espérance, qu'on s'appuie sur l'épaisseur de son savoir ou l'intensité de son vouloir – aucune incidence sur l'intelligence du créateur ou sur la pertinence du créé, si un talent anime la création. Douter, espérer, savoir – les verbes les plus ambivalents. | | | | |
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| doute | | | La raison ne quitte un homme sensé ni dans ses calculs ni dans ses folies ; le raisonnement est une concentration sur le but et les moyens, le rêve en est une concentration dans l'élan et non dans la maîtrise de nos limites sublimes. Kant s'y égare : « Le rêve est un dépassement fondamental et profond de frontières de la raison humaine » - « Schwärmerei ist eine nach Grundsätzen unternommene Überschreitung der Grenzen der menschlichen Vernunft ». L'homme Fermé croit connaître ses limites, il adopte le ton apocalyptique ; l'homme Ouvert peint sa convergence infinie sur un ton grand seigneur. Promesse ou noblesse des espérances. | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | Tout bel élan est irrationnel ; et si, en plus, il évite la mesquinerie, la bêtise, la folie, - ces attributs de l’horizontalité, il peut être appelé – le rêve, puisque, alors, il ne pourrait tendre que vers la hauteur inaccessible. | | | | |
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| doute | | | Ce qui, dans ses origines ou dans ses effets, se passe du pourquoi relève d’une espèce de folie – la beauté, l’amour, la musique. | | | | |
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| hommes | | | Le délire des professionnels : l'homme n'apparaît qu'au XIX-ème siècle. Justification : la sociologie n'était pas née plus tôt. Et c'est pire encore avec le vice et la psychanalyse. | | | | |
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| hommes | | | L'homme est un miracle si grandiose, que ceux, qui se reconnaissent comme néant, sont fous, privés non seulement d'yeux, mais de raison ; l'humilité devant Dieu est de l'hypocrisie ; il faut être humble devant le projet divin qu'est l'homme. | | | | |
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| hommes | | | Jadis horrifiait la folie des masses, aujourd'hui terrifie leur raison. Leur folie naissait dans la hauteur non-maîtrisée des idées lyriques, pour aboutir dans les gouffres des faits diaboliques. Leur raison ne promet qu'une vaste platitude, celle des idées et celle des faits. | | | | |
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| hommes | | | Le besoin de reconnaissance est vital pour les petites ambitions (pour apporter de la sérénité et de l'assurance, c'est à dire - de la platitude ou de la médiocrité) et mortel - pour les grandes (jusqu'à conduire l'homme à la folie, comme Nietzsche). | | | | |
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| hommes | | | Le rêve abandonna l'avenir (où se placent les fous), se détourna du passé à inventer (où s'attardent les sages) et se figea dans le culte du réel présent (cette demeure des sots) - le progrès égalisateur les rendit indiscernables. | | | | |
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| hommes | | | Ils se lamentent : tout perdrait le sens. Tandis que le vrai drame de ce siècle est que ce fichu sens finit par tout envahir, en étouffant tout songe insensé. | | | | |
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| hommes | | | Il est trop facile et ingrat de trouver de la folie dans la raison populaire ; trouver de la raison dans les folies des sages est et plus agréable et plus ardu. | | | | |
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| hommes | | | C'est le lendemain qui bouche toutes les issues de la demeure des hommes prosaïques et en fait des Fermés ; le poète est un Ouvert, château, ruine ou souterrain, il est dans la convergence, chute ou envol, vers l'infini du temps ou de l'espace, hors de lui, et où il dépose ses horizons et ses firmaments, ses joies et ses hontes, ses folies et sa liberté : « L'être de l'homme porte en lui la folie comme la limite de sa liberté »* - Lacan. | | | | |
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| hommes | | | Qu'il fut imprudent, ce sévère Kant, en dénonçant le pré-kantisme, où auraient régné l'auberge, la taule, le cabanon (Wirthaus, Zuchthaus, Tollhaus), pour nous conduire vers l'actuelle salle-machines ! Là-bas, au moins, le derviche, le brahmane ou le dingue pouvaient se livrer à la danse ; ici, votre robot ou programmeur s'occupe seulement de ce qui marche. | | | | |
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| hommes | | | Il est raisonnable de songer à maîtriser le vrai d'Aristote ou de Kant ; il est ridicule d'espérer d'égaler le bon du Christ ; il est fou de rivaliser avec le beau de Mozart. Le don musical est le plus gratuit et miraculeux de tous, et d'ailleurs, Mozart est le seul des grands compositeurs à ne pas avoir d'héritiers. | | | | |
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| hommes | | | Et la raison et la folie se chargent d'apporter de la pureté dans cet univers inarticulé, chaotique ; il suffit de veiller qu'elle ne soit ni trop aseptisée ni trop fébrile. Quant aux saletés, la raison n'en remarque guère les plus hautes, et la folie en introduit de bien profondes. Dieu nous garde d'étouffer dans une pureté des bureaux ou dans une saleté des cabanons. | | | | |
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| hommes | | | Avec quel soi veulent-ils identifier l'homme ? Pour Fichte : « la fin ultime de l'homme est l'harmonie avec soi-même » (« der Endzweck des Menschen ist die Übereinstimmung mit sich selbst ») ; pour Kant : « être en harmonie avec soi-même, c'est être généralisable » (« die Übereinstimmung mit sich selbst, die Allgemeinheit ») ; et pour Hegel : « il est fou de chercher l'harmonie avec soi-même ou le retour à la nature » (« die Übereinstimmung mit sich selbst, die Wiederkehr zur Natur, ist Wahnsinn »). Le choix serait donc entre une salle-machines, une étable ou un cabanon. | | | | |
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| hommes | | | Choisir et s'imposer ses contraintes est plus digne et utile que seulement les connaître. « Est libre qui connaît ses contraintes ; qui se croit libre est esclave de sa folie »** - Grillparzer - « Wer seine Schranken kennt, der ist der Freie ; wer frei sich wähnt, ist seines Wahnes Knecht ». Sacrifice dynamique, plutôt que fidélité statique. « Le comble de la liberté est de se contraindre »** - Valéry. L'homme moderne n'est plus esclave d'une folie tyrannique, mais d'une raison démocratique. Mais la chaîne virtuelle s'avère mille fois plus lourde bien qu'indolore. | | | | |
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| hommes | | | Ce n'est ni le sous-homme ni le surhomme qui tuera l'homme, mais - les hommes. Et non pas à cause de leurs folies, mais de la folie de l'homme se rebiffant contre la raison des robots et des moutons. | | | | |
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| hommes | | | Le sacré des dieux, le pathos des héros, le délire des solitaires ne peuvent plus porter le message de leurs contemporains, message devenu algorithmique. Le vulgaire bâillonna le héros et apprit aux dieux à parler sa langue. Et regardez le bonheur des peuples, qui se passent de héros, tout en représentant les héros d'antan en innovateurs méritants et en proclamant héros moderne tout gagnant monétaire. Après les langues divine, poétique, sociale, nous ne communiquons plus qu'en quatrième langue, celle des robots. | | | | |
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| hommes | | | Le sage rêve d'être un bon sauvage sachant être fou (mala bestia d'Ortega y Gasset) au bon moment. « Pas de grand génie sans grain de folie » - Sénèque - « Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiae fuit ». Mais il n'y a aucune continuité, qui mènerait de la folie à la sagesse, et W.Blake a tort : « Si le fou persévérait dans sa folie, il rencontrerait la sagesse » - « If the fool would persist in his folly he would become wise ». Il y a temps d'être sobre et temps d'être sensuel - Épicure le comprit mieux que Salomon. | | | | |
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| hommes | | | La barbarie n'est ni manque de raison ni manque de nature, mais manque d'irrationnel et d'inventé (mais voyez l'invention d'une folle barbarie dans le Sacre du Printemps, bouleversant tout homme civilisé). La raison nous renvoie à la nature. | | | | |
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| hommes | | | Depuis trois mille ans, l’art, c’est-à-dire les mythes, les styles, les tempéraments, marquait tous les siècles par ses rêves d’au-delà individualistes, au milieu des horreurs, des folies, des perfidies bien réelles. Aujourd’hui, au milieu de l’honnêteté, de la pruderie, de la tolérance, tous les poètes, philosophes, romanciers m’enquiquinent avec le fait divers ou le jargon clanique, qui animent leurs bavardages anonymes et interchangeables. Aucun nom digne à mettre sur l’épitaphe : je vécus au siècle de …. | | | | |
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| hommes | | | C’est l’engeance lucrative qui proclame le plus bruyamment son attachement à la folie, à l’aventure, au défi. « Sois plutôt un remuant aventureux qu’un sage immobile » - Keats - « Better be imprudent moveables, than prudent fixtures ». Ces gens ignorent que les plus belles choses sont immobiles, comme, d'ailleurs, leurs contemplateurs. | | | | |
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| hommes | | | L’Allemand veut que sa pensée soit noble, le Russe – qu’elle soit folle, le Français – qu’elle soit sûre, l’Anglais – qu’elle soit ironique. Et quel exploit – réunir ces qualités au sein d’une même pensée ! On ne peut trouver ces quatre caractéristiques que chez Nabokov, seulement voilà – chez lui, il n’y a pas de pensées… | | | | |
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| hommes | | | Chez les philosophes et poètes modernes, je trouve beaucoup de folies verbales, mais je n’y décèle aucun rêve musical. Qui, aujourd’hui, comprendrait Rabelais : « Ils sont fous comme poètes et rêveurs comme philosophes » ? | | | | |
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| hommes | | | Tous les Européens, qui se convertissent au bouddhisme, à l’islam ou à l’hindouisme, ont l’air de malades mentaux, sans qu’on puisse reprocher quoi que ce soit aux défauts inhérents de ces religions. Les aborigènes des pays, pratiquant ces religions, doivent penser la même chose de leurs compatriotes se convertissant au christianisme. | | | | |
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| hommes | | | Aux obscurités germaniques, aux apocalypses russes, aux folies anglaises, la littérature française ne peut opposer que la raison de sa lucidité, de son goût du juste milieu, de l’équilibre entre le mot et l’idée. Rien de trop ; ce qui est extrême est insignifiant ; le sens est tout – le culte de la forme n’a pas que des effets heureux. | | | | |
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| hommes | | | La folie, c’est défier la foule et pratiquer un narcissisme ; elle est toujours individuelle ; le mouton ou le robot (ces espèces humaines) n’en sont pas capables. Il faut inverser le mot de Nietzsche : « La folie est rare chez les individus, elle est une règle dans les groupes, partis, nations et époques » - « Bei Individuen ist Wahnsinn selten; aber in Gruppen, Parteien, Nationen und Epochen ist es die Regel ». | | | | |
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| chœur intelligence | | | SOLITUDE : Le sot est évidemment plus exposé à la solitude que le sage. Le malheur de celui-ci est que, même en foule, il se sent solitaire. La solitude de l'insensé naît de l'incompréhension, qui entoure ses faits et visions. La solitude du sage est la certitude, que les autres ne sentent pas ses pulsations. Le plus fort plaisir du sage est qu'on devine et admire ses rythmes et non pas ses algorithmes. | | | | |
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| intelligence | | | Des jeux pseudo-logiques avec des concepts tirés au hasard des soutenances de thèses, en psychologie ou en physiologie, ce charabia insipide de la professoresque clanique, s'attachant, au gré des modes, au rationaliste le plus absolu, au charlatan de Vienne ou au dingue de Turin, mais sans leur talent, dans cette niche logomachique alimentée par Husserl et Heidegger, Sartre et Badiou, où l'on refuse à Pascal, Voltaire ou Valéry le titre de philosophe, que s'arrogent tous ces arides pontifes de faculté Barthes, Foucault, Deleuze, Ricœur, Derrida. Siècle de Dozenten et d'agrégés ! | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'aurait rien écrit avant Nietzsche, Valéry ou Cioran, leur œuvre garderait sa valeur intacte (contrairement à Aristote, Spinoza ou Hegel, dont l'intérêt relatif relève davantage de l'histoire de la philosophie), et sa lecture n'en deviendrait pas plus ardue - à comparer avec les connaissances philosophiques (un oxymoron insensé, puisque Foucault a raison : « Il n'y a pas de philosophie, il n'y a que des philosophes »**, tandis qu'il existe bien l'art et non seulement des artistes, puisque le sens du beau est métaphysique et celui du vrai - mécanique), se réduisant à un vocabulaire emprunté, sans rigueur ni exubérance ni hauteur, et qui seraient indispensables pour une lecture des professionnels. La seule maîtrise, dont une bonne philosophie a besoin, est celle du degré zéro de la création, de la sensibilité et de l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme, sain d'esprit, est physiologiquement incapable, dans son discours, de se détacher de la réalité ; la part de la réalité est la même dans ses calculs et dans ses délires ; donc, on n'a pas du tout besoin de se référer à la réalité pour juger une intelligence. La part du réel, menant à l'idée ou en découlant, ne compte qu'en sciences ; dans l'art, et donc en philosophie, l'idée ne vaut que par ses métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Il n'existe pas de sages attitudes ; la sagesse, c'est une justification, intelligente, requinquante et subtile, justification d'une quelconque attitude ; qu'on soit rebelle ou capitulard, lumineux ou ombrageux, optimiste ou pessimiste, raisonnable ou fou - la sagesse consiste à connaître ou à inventer les pourquoi et les comment d'une attitude, auxquels on adhère. | | | | |
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| intelligence | | | Mieux je comprends le monde, plus banal devient mon désir rationnel et plus vital – mon désir irrationnel. Le pessimisme raisonnable et l'optimisme fou gagnent, simultanément, en crédibilité ; et ils doivent constituer le climat de mon désir, ce paysage de mon âme. | | | | |
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| intelligence | | | Tant d'admiration pour la mathématique, chez ceux qui n'y comprennent goutte. Encenser la grammaire de la connaissance comme si elle était la langue de la vie - quelle idiotie ! Qui fit maintes victimes : « La vie supérieure, c'est la mathématique » - Novalis - « Das höchste Leben ist Mathematik ». Regarder par l'autre bout de la lorgnette n'est pas plus fameux : « la philosophie est l'algèbre de l'histoire » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | Quand l’intelligence ou le goût veulent prendre la forme d’une passion, leurs contenus deviennent de la sophistique ou de la dogmatique. Et le rêve, c’est l’entente entre la profondeur sophistique et la hauteur dogmatique, la puissance ironique de l’âge mûr justifiant l’impuissance lyrique de notre enfance. « La rigueur d’adulte est de la sophistique sur nos folies de jeunesse » - Kant - « Der Mann der Gründlichkeit wird der Sophiste seines Jugendwahns ». | | | | |
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| intelligence | | | Le médiocre cherche le complexe, l'énumération de parties constantes et grossières d'un tout. Le profond oppose le multiplexe (Leibniz) du réel à la pauvreté de l'imaginaire. Le subtil trouve l'implexe (Valéry), un modèle s'ouvrant à l'unification par substitutions de variables délicates. Le fou se déverse dans l'explexe (Rimbaud), où tout n'est qu'opérandes symboliques sans structure d'arbre unificateur. Le robot optimise le simplexe. Ce que je prône, moi, pourrait s'appeler exciplexe - recherche d'une stabilité dans l'excitation. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels. | | | | |
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| ironie | | | Le philosophe s'intéresse aux textes et non pas à la littérature ; il s'ennuie à mort avec le profond et avec l'intelligent ; pour tester sa faculté de débrouillage savant et tropique, il lui faut de l'aléatoire, du décousu, de l'insensé ; c'est ce qui explique la volupté des charognards professoraux à autopsier et à glorifier des déments (ou amens) et des faibles d'esprit, tels que Mallarmé, Trakl, Khlebnikov, Joyce. | | | | |
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| ironie | | | L'attitude de l'expert, du poète, du philosophe, face à la condition humaine peut être comparée à leurs visions respectives d'une position échiquéenne : le premier y verrait des intentions, des intensités, des points de rupture, le deuxième y chercherait des sacrifices à faire, pour terrasser un rival royal, le troisième discourrait sur la contingence de la répartition de cases blanches et noires, sur l'altérité des pions et des dames, sur la précédence de l'existence de l'espace des fous sur l'essence du temps imparti aux cavaliers. | | | | |
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| ironie | | | Pour insulter un homme, on le compare à un animal ou à une machine. Claudel emploie un baudet et un pion, pour parler de Valéry et d'Alain. Pour se permettre cela, il fallut bien que, sur l'échiquier et dans la basse-cour, il leur fût bien supérieur : un vrai fou de Dieu et une vraie vache. (À sa décharge - son mot : « Quoiqu'il soit vilain de ressembler à une vache, ressembler à une machine est beaucoup plus répugnant »**.) | | | | |
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| ironie | | | La subtilité se mesure en nombre de couches d'ironie ou de paradoxes. Plus le fond est profond, plus le mérite est haut : « La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse » - Montaigne. | | | | |
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| ironie | | | Tous habillent leurs pensées. Les habits les plus recherchés sont des feuilles (de laurier, de chêne, de figue) et des plumes (d'oie, d'autruche, d'ange). J'aurais choisi la camisole de force. | | | | |
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| ironie | | | La relation sagesse-folie manque de symétrie : si le Socrate fou est bien Diogène, le Diogène assagi devint directeur commercial ou sous-préfet. | | | | |
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| ironie | | | L’ivresse naturelle (due au flacon) et artificielle (due aux étiquettes) entretiennent une étrange complicité : une fois bourré, pour de bon, tu ressens plus intensément les ivresses verbales, que tu avais déversées, jadis, sur tes pages. | | | | |
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| ironie | | | Tu es saisi d’admiration ou de honte, en repassant tes paroles, proférées aux instants extatiques, narcissiques ou érotiques, - c’est de la folie, folie d’audace et de débordement, à l’opposé de la folie du vide, folie de verbiage et de remplissage qui s’empare des philosophes académiques. | | | | |
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| ironie | | | Dans les exercices philosophiques, le délire est affaire d’ivresse ; et il est préférable au sérieux, conceptuel ou verbal. C’est pourquoi Hegel et Nietzsche (un fou logorrhéique et un fou poétique), de la philosophie allemande, sont plus entraînants que Bergson et Sartre (un bavard et un creux), de la philosophie française. | | | | |
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| chœur mot | | | BIEN : L'un des rares points de rencontre entre l'idée et le mot s'appelle le bien. L'idée y met une alarme, pour l'humanité en rires ; le mot y laisse une larme, pour l'homme en délire. Mais le mot qui prétend, que l'idée perspicace et sociable lui a appris le chemin du bien, s'accroche à elle et ne suit plus son propre destin, qui est celui d'un vagabond solitaire. | | | | |
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| mot | | | La vie, et aussi les mots, peuvent être vécus en longueur, en largeur ou en profondeur. Il suffit de garder les yeux, comme le voulut le Dieu du jour, tournés vers le bas. Quand on les ferme ou les tourne vers le haut, comme le veut le Dieu de la nuit, on vit ou l'on délire en hauteur. Nuit, l'un des rares mots à rester le même dans toutes les langues indo-européennes, comme les noms des chiffres, pour nous rappeler que le Logos signifie eurythmie, équilibre, proportion, mesure, donc – nombre ; la nuit, et non pas le jour, servit d'unité de mesure du temps. | | | | |
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| mot | | | Les mots s'acceptent sans heurts dans un voisinage soit par l'inertie d'usage, soit par un champ d'intuition créé par la langue elle-même, soit enfin par un magnétisme induit par un courant d'auteur. Et je sais, hélas, que sans maîtriser à fond les deux premières de ces forces, je cours le risque de ne pas faire agir la troisième. Je présuppose une charge réceptive dans l'oreille, tandis que c'est l'œil d'autochtone qui coupe tout courant déjà dans la prise de risques insensée par ma bouche. Retentis dans la bouche ou ressentis dans l'oreille, les mots ont des effets souvent opposés - et il est impossible d'effacer la mémoire collective, où se produit l'effet dévastateur idiomatique. | | | | |
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| mot | | | Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects. | | | | |
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| mot | | | On a raison de traiter les adjectifs en valets de chambre ou écuyers, accompagnant leurs chevaliers jusque dans la bataille. D'où le secret de l'écriture chevaleresque de Hemingway, où l'adjectif est presque invisible ! Rares sont les adjectifs qui auraient du panache, justifiant un ralliement ou une poursuite. Et la bataille, c'est le verbe : Nabokov rêvait d'une littérature, où le verbe affronterait l'adjectif. C'est dans la folie que le bon goût lexical se manifeste le mieux : l'intensité de Nietzsche part, presque exclusivement, des beaux noms, élancés vers la hauteur, tandis que chez un Artaud se démènent les adjectifs, nous entraînant dans des abîmes, ses fausses profondeurs. | | | | |
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| mot | | | Les disputes philosophiques les plus passionnantes se déroulent autour des mots et non pas des concepts. Nietzsche voue de belles véhémences au mot nihiliste, avant d'en forger le concept et de s'y reconnaître soi-même. Tant de ses appels pathétiques à être impitoyable (dans les mots), avant d'être terrassé par la pitié (un concept) pour un cheval. | | | | |
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| mot | | | Une ivresse du regard débouchant sur une glossolalie miraculeuse - tel fut le but insensé de ce livre. Mais le vrai regard, comme le vrai verbe, ne peut naître que dans un dialogue. La langue doit me dévisager et me parler, en anticipant, et m'apporter sa dose de foi et de griserie. La ventriloquence, c'est à dire la création à mon insu, doit avoir sa place, dans la peinture de mes passions. Sans mystifier le cerveau ni démystifier l'âme. Le français resta un grand muet, et dans mon délire, aucun autochtone du pays du rêve ne reconnut son idiome natal. | | | | |
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| mot | | | Une illustration de la disparition progressive de toute ivresse dans les affaires des hommes – quoi de plus sobre qu'un symposium ; pourtant le mot, en grec, voulait dire beuverie générale, ce qui est d'ailleurs le titre d'un ouvrage platonicien, qu'on traduit pudiquement par Banquet. | | | | |
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| mot | | | En allemand, le terme pseudo-philosophique d’absolu (das Unbedingte) renvoie au dé-chosifié, à l’inconditionnel. La lourdeur kantienne et le délire hégélien sont passés par là. Nietzsche, qui qualifiait de malade tout ce qui ne se rangeait pas du côté de la force, est trop radical : « L’extase ironique est signe d’une santé ; tout absolu est dans le pathologique » - « Die Spottlust ist ein Anzeichen der Gesundheit : alles Unbedingte gehört in die Pathologie ». | | | | |
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| noblesse | | | Deux sortes d'hommes : ceux qui croient, qu'un geste ou une réflexion expriment leur fond, et ceux qui s'avouent intraduisibles. En langage de l'âme, seul le visage est et la lettre et l'esprit et le tableau. Mais tu ne prouves son authenticité et grandeur qu'en inventant un masque monumental : « La folie des grandeurs est un masque de l'homme, qui se désespère de soi-même »** - Schnitzler - « Größenwahn ist die Maske eines Menschen, der an sich selbst verzweifelt ». Et Nietzsche serait frappé de folie, puisque, un jour, il crut en soi-même : « Accordez-moi la folie, afin que je finisse par croire en moi-même ! » - « Gebt Wahnsinn, daß ich endlich an mich selber glaube ! ». | | | | |
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| noblesse | | | Le hasard peut suffire pour assouvir une soif précoce ; il faut laisser le fond du petit bonheur-chance prendre la forme d'un grand bonheur-danse ; laisser mûrir sa soif, mûrir en hauteur, pour que seules des sources profondes puissent la satisfaire ; vivre de la soif et rêver des sources. Pour les naïfs : « La première coupe – pour la soif, la deuxième – pour la joie, la troisième – pour la volupté, la quatrième – pour la folie » - Apulée - « Prima creterra ad sitim, pertinet secunda ad hilaritatem, tertia ad voluptatem, quarta ad insaniam ». Celui qui sait entretenir la soif, sans l'assouvir comme dans une étable, souffrira, mais connaîtra la volupté et la folie des sources solitaires. | | | | |
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| noblesse | | | Un amoureux de climats ou de paysages humains n'a pas besoin de guides, pour chanter la vie, sans la traverser, perclus dans ses châteaux ou ruines. Ceux qui découvrent le beau, guidés par le vrai, sont des marionnettes : « Ce qui distingue le fou du sage, c'est que le premier est guidé par les passions, le second par la raison » - Érasme - « Quandoquidem hac nota a stulto sapientem discernunt, quod illum affectus, hunc ratio temperat ». Que derrière cette marche assistée se tienne la passion ou la raison, ce qui compte, c'est si elles s'acoquinent avec mon regard ou avec mes pieds, pour éployer les ailes ou alourdir les semelles. Pourvu que la raison du fou ne sois pas la passion du sage. Ni que la semelle allégée ne réduise en allégeance l'aile. Me prendre à la légère ne doit pas être à l'origine de mon haut vol. | | | | |
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| noblesse | | | Avant Cartésius, on ne doutait pas moins, mais on rêvais mieux : « M'est avis qu'après Descartes bien des fous ont choisi d'abjurer le songe »** - Enthoven. Une folie, presque aussi grave, fut d'imaginer, qu'un songe parmi les autres, plutôt vague et gris et sans beauté aucune, puisse être érigé en tant qu'idole de rigueur et d'intelligence. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit sobre ne peut être que négateur. Pour dire oui au monde, on a besoin d’ivresse ou de folie ; l’âme et le cœur en sont porteurs permanents, tandis que l’esprit doit en être contaminé ; ce retournement de la volonté et de la représentation portera le nom de noblesse, complétant ainsi la dyade schopenhauerienne. | | | | |
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| proximité | | | On peut tirer de belles théories des actes insensés du Christ. Tandis qu'on nous demande de mettre en pratique ses vaseuses paroles. | | | | |
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| proximité | | | Tout dieu trouvé est une profanation pour celui qui se dévoue à un dieu recherché. « Tu es sage, si tu cherches la sagesse ; tu es fou, si tu imagines l'avoir trouvée » - le Talmud. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est mort, puisque l'homme apprit la sage parole et désapprit le chant fou : « Dieu serait l'excitation et la terreur de la folie humaine »** - Nietzsche - « der Gott wäre der entzückte und entsetzte Wahn der Menschen ». La poésie, la musique, le rêve ne sont que des folies nous sauvant de la solitude ; Dieu, c'est l'impossibilité de la solitude du chant ; tandis que ni la parole, ni même le cri, ne m'ouvrent plus à l'écoute divine. Non, Dieu du chant, de l'intensité, qui n'est pas la force, ce Dieu n'est pas mort ; s'Il l'était, je serais condamné au soliloque ; une sensation impossible pour tout créateur de mélodies. | | | | |
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| proximité | | | L'entrepreneur ou l'ingénieur est certainement plus près du dessein de Dieu que le poète ou le fou. Question d'intérêt qu'on porte aux appels patents ou aux appels latents, retentis en amont ou en aval des oreilles. | | | | |
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| proximité | | | Nos meilleures attentes – d'amour, de consolation, de caresse, de fraternité – ont toujours quelque chose d'affolant, d'impossible, d'incompréhensible. Elles deviennent prière, lorsque aucune oreille, aucune main, aucun cœur ne s'en aperçoit plus. | | | | |
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| proximité | | | Face au besoin de sursauts et à l'incroyance galopante, la sacralité, sereinement, se passe désormais de Dieu. Le saint, c'est à dire un fou de Dieu, fut celui qui, dans le combat contre les démons, croyait le salut possible. Sans malins ni anges, on diabolise des comptables distraits et se gargarise de ses triomphes budgétaires. | | | | |
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| proximité | | | La culture se traduit par le respect ou l'intérêt que l'on porte à l'inexistant, par exemple – à Dieu. L'inculture actuelle enterra tant de beaux rêves, en compagnie des folies, des superstitions et des errances. | | | | |
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| proximité | | | Au pays des fantômes, tels que prophètes, anges ou messies, la règle du plus court chemin ne marche pas ; tout y est discret et oblique. Pour une fois, la Bible a raison : « Aux yeux de l'insensé, son chemin est droit ». Aux yeux du sensé, le hasard, la fatalité et l'attraction des étoiles dévient tout chemin visible et le transforment en un pointillé lisible. On ne voit pas les mystères de Dieu, on les lit. | | | | |
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| proximité | | | Tout, dans la nature, est une merveille folle ; l’existence de ces mystères impossibles ne peut le devoir qu’à un Créateur fou, mais qui, visiblement, n’existe même pas. On a beau constater que « la nature tout entière nous dit qu'Il existe » - Voltaire, ou proclamer « Il est éperdument ! » - Hugo, Il ne se montra jamais, et nous mourrons, ignorant l’Auteur de nos jours. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est une idole sachant se cacher dans un rite, lequel est placé par l’idolâtre au-dessus du Dieu caché. L'idole est un dieu se méfiant de la crédulité des hommes et se manifestant au grand jour dans des choses. | | | | |
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| proximité | | | Tu ne sais jamais, dans les instants extatiques de ta communion avec le Créateur, s’Il t’est proche ou lointain. Quelque chose de semblable arrive aux amoureux : cette merveille que, dans leur folie décisive, la proximité extrême et l’extrême éloignement se fusionnent, l’illumination et les ténèbres se fraternisent. « Qui peut distinguer les ténèbres de la dernière proximité et du dernier éloignement entre deux êtres ! » - L.Salomé - « Wer ergründet das Dunkel der letzten Nähe und Ferne voreinander ! » - c’est l’illumination alliée qui t’aidera ! | | | | |
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| russie | | | L'esprit traduit bien la force de notre santé, mais nos souffrances et nos faiblesses ne se confessent qu'à notre âme, d'où l'exubérance maladive des lettres russes, dominées par l'âme. L'Européen moyen voit chez un Dostoïevsky une littérature de cabanon, de malades, résignés et fatalistes, à ne pas lire, par hygiène intellectuelle. Le cabanon, appelé ailleurs caverne, terrier, sous-sol ou maison des morts, n'attira jamais ceux qui s'attardent dans des salons, antichambres ou chaires. Débordante de santé, de résistance et de clarté, leur littérature, en général, est tout à fait hygiénique. | | | | |
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| russie | | | Le même potentiel du délire est attribué à chaque nation. L'Allemagne le consacre à la poésie, la France - à la politique, les USA - à la religion. Le délire russe ne contient que … du délire, pseudo-poétique, pseudo-politique, pseudo-religieux. En tout cas, « les plus grands biens, qui nous échoient, sont ceux qui nous viennent par le moyen d'un délire » - Socrate. | | | | |
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| russie | | | La Russie soviétique n'avait ni calculs machiavéliques, ni capacité de berner, ni stratégie expansionniste - ce sont des inventions des Occidentaux pour dramatiser une confrontation, où dupes et victimes n'étaient pas du côté qu'on pense. La Russie n'avait qu'une immense et sénile grisaille des moyens, masquée par la luminosité et la jeunesse des buts affichés. Un délire généreux sortant des têtes débiles. | | | | |
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| russie | | | La douceur chrétienne ruina Rome, la générosité communiste abattit la Russie. « Moscou, comme Rome, c'est du grandiose » - « Moskau sowohl wie Rom sind grandiose Sachen » - la dernière étincelle du cerveau de Nietzsche, le jour même, où la folie l'éteignit définitivement à Turin, en vue d'un cheval fouetté, lui, qui chanta les vertus du fouet et dénonça les méfaits de la pitié ! Cette même image, qui l'enténébra, illumina Raskolnikov. Désormais, l'humanité ne demandera à ses apprentis-sauveurs que le taux d'intérêt ou la marge de profit - le salut est dans la prédominance du lucre. | | | | |
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| russie | | | La pensée s'inscrit, en Allemagne, dans une philosophie, en France - dans une littérature, en Angleterre - dans une politique, en Russie - dans la vie, ce réseau de riens. « En Allemagne on veut la pensée pour la méditer, en France - pour l'exprimer, en Angleterre - pour l'appliquer, en Russie - pour rien »*** - Tchaadaev. L'absence d'œuvres serait la définition même de la folie (Foucault, et l'œuvre de Pouchkine n'était pas encore venue te consoler comme Montaigne - le Tasse), folie dont un oukase te stigmatisa, pour que tu y rejoignisses, malgré toi-même, Swift, Nietzsche, Van Gogh, Artaud. | | | | |
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| russie | | | La pitoyable stupéfaction des hommes de gauche européens - le Pacte Ribbentrop-Molotov ; dans l'affrontement avec les nazis, le Français risquait, au plus, des délais de livraison du Beaujolais Nouveau plus espacés, et le Russe - d'être réduit en esclavage, à l'âge de pierre, sans aucun soin médical, aucune culture, de voir un désert à la place de Saint-Pétersbourg et de Moscou ; tout ce qui retardait l'invasion devait être tenté, sachant, que les démocraties refusent toute coopération avec le Kremlin et qu'après Munich elles font tout, pour que les deux tyrans se saignent mutuellement ; l'idiotie et l'ingratitude de cette folie des Européens - proclamer le Pacte en tant que la cause première de la Guerre ! | | | | |
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| russie | | | C'est en proie à un rêve fou que le Russe sent son vrai soi s'affirmer, et c'est dans la sobriété du quotidien qu'il se sent le plus perdu. Montaigne l'avait bien entrevu : « Ce sont toujours ténèbres cimmériennes. Nous veillons dormants, et veillants dormons »**. | | | | |
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| russie | | | Les vrais Possédés furent toujours des Européens. Le Russe est obsédé par la hantise d'une réalité, qui se substituerait à ses délires et les rendrait caducs. | | | | |
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| russie | | | En venant en France, le Russe veut voir partout des d'Artagnan, ne voit que des consommateurs et se met à se lamenter sur la disparition d'un monde de rêves. Le Français se rend en Russie, pour s'ébahir devant des fous de Dieu, de vodka, de caviar ou de musique tzigane, tombe sur des fonctionnaires véreux et finit par n'y voir que la poubelle du monde. Les lucides des deux camps comprennent que le charme recherché le doit à l'inexistence de l'objet qui les intrigue, ce qui redouble leur sympathie. | | | | |
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| russie | | | La raison pénètre rarement dans les pulsions russes, gorgées d'horreur ou d'exaltation. Mais l'on ne voue le sérieux qu'aux œuvres de raison. « La seule chose à prendre au sérieux, en Russie, c'est la Russie » - Tiouttchev - « В России нет ничего серьёзного, кроме самой России ». Pour tous les pays, on devine ce que le dessein divin leur réserve ; mais l'expérience matérielle russe ne nous apprend rien ; l'énigme de son existence est la seule à retenir notre regard. | | | | |
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| russie | | | La manie du comment, chez les Français, fait qu'il y ait tant de brillants traités sur des balivernes ; l'obsession par le quoi, chez les Allemands, fait qu'on aboutisse, avec eux, dans de grandes profondeurs, pour y vivre une imposante lourdeur. Le Russe, lui, ne quitte pas des yeux - le qui ; le comment et le quoi y sont sacrifiés à l'autel du moi ou du nous, impénétrables, et prenant la forme de confessions, d’utopies, de délires, de déchéances. | | | | |
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| russie | | | Dans les affaires humaines, ce qui ne s’unifie pas avec l’universel ne peut relever que du folklore, de la folie ou de la bêtise. Tout en ignorant le fond de la culture européenne, le Russe est solidaire de ses formes : « L’âme russe est l’un des fragments les plus précieux de l’âme universelle » - S.Zweig - « Die Seele des Russen ist das Kostbarstes Fragment der Weltseele ». | | | | |
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| russie | | | L'attente russe : que, dans la série interminable de gestes rationnels, jaillisse, momentanément, la folie d'un acte, d'un mot, d'un regard. L'attente occidentale : que, dans ce qui paraît être chaotique et mal organisé, la raison introduise enfin, définitivement, de l'ordre, de la norme, de la justification. | | | | |
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| russie | | | La haine, provenant d’un sentiment d’injustice, finira par s’assagir ; la haine, qui n’aurait pour ancêtres que la barbarie, ne peut déboucher que sur une folie meurtrière – tel est le bilan du bolchevisme. « L'aboutissement bolchevique de la cruauté et de la férocité, évoluant vers une folie de la haine universelle » - B.Russell - « The Bolshevik outlook is the outcome of the cruelty and the ferocity, maddened into universal hatred ». | | | | |
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| russie | | | Tant de bonnes occasions, pour s’amuser, en feuilletant l’Histoire européenne. Mais l’histoire russe n’inspire que l’horreur. « Il n’y a pas d’histoire plus ténébreuse, plus terrifiante, plus insensée que l’Histoire russe » - M.Volochine - « Нет истории темней, страшней, безумней, чем история России ». | | | | |
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| russie | | | Dans les Journaux intimes des écrivains français, on apprend surtout le rang, la géographie, la gastronomie des restaurants ; chez les Allemands, on se croirait en pleine séance d’un Conseil scientifique ; les deux clans s’agglutinent en permanence autour de leurs éditeurs. Les diaristes russes se concentrent sur la folie : dans l’éblouissement ou la misère du quotidien, dans les chagrins à noyer ou dans les joies à sacrer. | | | | |
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| russie | | | Le Russe se sent à l’aise dans un état des croyances gratuites et même recherchées. Dostoïevsky admettait, que l’occulte idée d’une mission russe d’harmonisation fraternelle du continent européen était rêve et délire, mais il voulait y croire et en vivre. | | | | |
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| russie | | | Pour les Russes de souche, la perte de l'empire signifiait retour à la vocation sentimentale de leur nation ; mais pour les déracinés ou les orgueilleux, c'était l'ahurissement proche de la folie. La bonne santé des enracinés les empêche de voir tant de mirages inhabitables et laisse inexploitées tant de monumentales et inéluctables défaites, que seule une folie promet. | | | | |
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| russie | | | Février 2022 : il est presque certain, que nous allons assister à une nouvelle révolution russe, à un désastre moral, économique, politique, humain. À la tête de cette malheureuse Russie, où il étouffa tout souffle de la liberté, se trouve un voyou inculte, un homo sovieticus barbare. Il vient de se lancer dans une aventure qui ne peut se terminer que par des amoncellements de cadavres de soldats russes dans les steppes ukrainiennes, le reste rentrant au pays, la queue entre les jambes, et par un terrible écroulement du pays. Pourvu que l’Occident oublieux ne réveille pas l’indomptable ours : « Je connais mille façons de faire sortir l'ours russe de sa tanière, mais pas une seule pour l'y faire rentrer » - Talleyrand. | | | | |
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| russie | | | Cinquante pays les plus évolués du monde commirent une faute regrettable, en cherchant à humilier la Russie (et pas tellement son dictateur mafieux, qui ignore la honte). Ils injecteront des milliards pour armer les Petits-Russiens, mais feront, peut-être, une erreur, en livrant des chars germaniques avec la même croix qu’au temps de Barbarossa – aux Tigres et Panthères succéderont les Léopards, et en réveillant le patriotisme grand-russien (succédant à l’apathie et à l’indifférence). Mais l’Occident démocratique ne connaîtra pas ce que connurent Napoléon l’Antichrist et Hitler le Teutonique. | | | | |
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| solitude | | | La sagesse est dans le langage, et le langage, c'est le dialogue. « C'est folie que de vouloir être sage tout seul » - Bossuet. Même dans un soliloque il faut être deux : une bouche et une oreille. | | | | |
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| solitude | | | Ni le naufrage de Robinson ni la résignation du prince Mychkine ni la folie de Don Quichotte ne donnent le meilleur modèle de solitude. Le pilori se sent chez Defoe, le bagne chez Dostoïevsky, l'esclavage chez Cervantès. La souffrance est bon outil mais mauvaise œuvre. | | | | |
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| solitude | | | Les accès et excès de la non-reconnaissance font tourner ma saine et grandiose humilité en folie des grandeurs douteuses. Hegel a raison, quand il voit dans le désir de reconnaissance un besoin humain majeur. Il appartient à mon regard de former mon reconnaisseur net, monumental ou mesquin, qui finira par déterminer le volume de mon soi tâtonnant. | | | | |
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| solitude | | | Quoi qu'en dise le blasé, la solitude est toujours une absence. Comme la folie, dont je vois trois causes : l'absence d'atelier, l'absence d'outils, l'absence d'œuvre - langage, intelligence, création. | | | | |
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| solitude | | | Si l'on enlève à mon écrit la gangue de l'inertie, des échos, du désir de reconnaissance, ce qui reste, ce serait l'intensité de mon mot solitaire, de cet invariant, qui ne serait pas un prolongement du lourd présent, mais un retour éternel, impondérable, une grâce ou une folie. | | | | |
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| solitude | | | Sur les routes, où serait tombée la graine de la parole divine, ce ne sont plus des oiseaux qui menaceraient la bonne pousse, mais le poids exorbitant de nos transports, comparé avec nos âmes, de plus en plus impondérables, sans état d'ivresse. L'alternative de la circulation est l'arbre, où le fruit est dû autant à la fleur de mon regard qu'à la racine du verbe des autres. | | | | |
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| solitude | | | De château en château, de Bohème en Espagne, - vers les ruines, tel devrait être le parcours d'un regard nomade. Les étapes à éviter, seraient : le forum, la foire, le théâtre. Les meilleurs fondements - le souterrain, le cabanon, la caverne. | | | | |
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| solitude | | | Je ne choisis pas la folie du rêve ; c’est la vie qui m’expulse et me propulse vers les ténèbres plus hospitalières qu’elle. « Laisse-toi t’enivrer, mon âme, s’il ne te reste que l’ivresse » - Pasternak - « Давай безумствовать, сердце моё, если ничего, кроме безумства, нам не осталось ». | | | | |
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| solitude | | | La solitude dans le réel ou dans l’imaginaire : en Russie, tant de folies, de mensonges, d’aberrations n’empêchaient pas mon rêve de se sentir parmi les siens ; en France, une culture délicate, une liberté respectée, une dignité spontanée rendaient ma réalité pleine de sérénité. En Russie – une horrible solitude dans le réel ; en France – une triste solitude dans l’imaginaire. | | | | |
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| souffrance | | | Espérance : accorder au miraculeux une place au milieu des terreurs causales, folle échappée hors du temps. Le désespoir est une pose bête : substituer des causes aux emballements. | | | | |
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| souffrance | | | Les Anciens souffrent de soifs inassouvies et te soutiennent par l'harmonie et la raison ; les modernes digèrent mal leurs dîners en ville et t'accablent de visions d'angoisse et de folie. « Ce qu'il désire s'accomplit par là même que son désir demeure inassouvi » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| souffrance | | | La démence ou la platitude, deux terribles issues pour celui qui se dévoue à la construction. Je cherche à me sauver dans un édifice à épreuve de ces deux fléaux, et je me retrouve prostré dans les ruines hérissées de raison. | | | | |
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| souffrance | | | Le philosophe peut être thérapeute de l'incurable ou analyste de l'inénarrable, il peut nous apprendre à chanter la santé du malheur, à peindre l’invisible, au lieu de réciter une bien-portance insignifiante - voilà de sages contraintes ! Que d'autres se livrent au sot projet de guérir ou de soigner le secondaire, le philosophe doit s'arrêter à la consolation de l'essentiel. | | | | |
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| souffrance | | | Si ce n'étaient pas des contraintes mystérieuses, l'harmonie mystérieuse nous rendrait fous de joie. Les messages en clair, qu'on croit envoyés par bon Dieu, parlent d'une folie heureuse. Mais en temps de doute, le chiffre des contraintes est appliqué aux textes du malheur. L'inévidence des contraintes nous pousse à créer, l'évidence du bonheur ne permet que de procréer. | | | | |
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| souffrance | | | Toutes les souffrances guérissables sont communes et ne méritent pas d'être chantées. « À l'infirmerie aucun ne souffre ni ne gémit bien différemment des autres » - M.Serres. Les poètes cherchent des exceptions : des morgues, où la seule réplique au silence est donnée par la musique, des maisons de fous, où chacun se prend pour Prométhée, ou des maisons de Dieu, où l'Infirmier accorde une audience privée à toute plainte, suffisamment stridente. | | | | |
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| souffrance | | | La meilleure joie, la joie aveugle, apporte toujours de la souffrance ; la meilleure souffrance, la souffrance limpide, apporte toujours une promesse de joie. Un aveugle éclairant un fou ; un fou assagissant un aveugle. On reste ou seulement fou ou seulement aveugle, si l'on suit la ligne de partage de Kafka : « Ils dénient la souffrance, en montrant le soleil ; lui, il dénie le soleil, en montrant la souffrance » - « Manche leugnen den Jammer durch Hinweis auf die Sonne, er leugnet die Sonne durch Hinweis auf den Jammer ». | | | | |
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| souffrance | | | C'est dans la frénésie de la création qu'on comprend le mieux, que « Notre immortalité n'est pas une idée, mais un état d'âme » - Prichvine - « бессмертие не идея, а самочувствие жизни » - sinon le créateur sur le déclin fuirait les bibliothèques, pour s'occuper de ses obsèques, comme tout le monde. | | | | |
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| souffrance | | | Le désespoir est rationnel, net et irréfutable ; l'espérance est folle, vague et fragile. Pour espérer, il faut avoir la foi, c'est à dire l'âme : pour désespérer, il suffit d'avoir de l'esprit. | | | | |
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| souffrance | | | Le matin d'espérance ou le soir désespéré sont les meilleures saisons d'écriture ou de peinture, à cause des ombres ; le problème, c'est de savoir y rester, sans tomber ni dans la folie de la nuit ni dans la banalité du midi, devenir auteur de ses ombres. | | | | |
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| souffrance | | | Les beaux états d'âme sont ceux qui ne peuvent pas durer. D'où mon refus, le désintérêt pour les enchaînements. Le rire prolongé sent le salon, le sanglot entretenu sent le cabanon - « Quand on pleure, seule la première larme est sincère » - Kundera. Le feu s'éteint d'autant plus vite, qu'il fut plus vif ; le génie dédaigne l'éclairage et le chauffage pour mourir sur un bûcher ou dans une étincelle. | | | | |
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| souffrance | | | De la perspective finie de l'esprit au sentiment infini de l'âme : l'horreur n'est pas un agrandissement du chagrin, mais une limite de l'amour ou du beau ; l'espérance n'est pas une sublimation du désir, mais une enveloppe du désespoir ; la création n'est pas un sens du travail conscient, mais une folie ou une foi aveugles. | | | | |
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| souffrance | | | Les chances égales de s'écrouler côté de l'espérance ou côté du désespoir, côté sceptique ou côté dogmatique, côté fraternel ou côté haineux, c'est ce qu'apportent les sommets, la sensation de hauteur, à l'opposé de l'horrible platitude, paisible ou folle : « Au désespoir succède la paix, mais l'espérance rend fou » - Akhmatova - « После отчаяния наступает покой, а от надежды сходят с ума ». Se mettre au-delà de la profondeur, en dehors de l'étendue ; en baissant les yeux, n'oublie pas de les fermer. | | | | |
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| souffrance | | | Dans la partie d'échecs, qui m'oppose à la vie, et dont l'issue fatale, à l'étouffé ou par pression positionnelle, est inéluctable, il faut que j'accorde au rapace d'en face un handicap, pour amortir la honte. Non pas quelques pions-courtisans, fous-hérauts, cavaliers sans panache, tours sans ivoire, dame avec ambitions - mais le roi lui-même. Je me transforme ainsi en inventeur de nouvelles règles, en messager sans maître, en ange. « Dans le théâtre des humains, les places de spectateurs sont réservées à Dieu et à ses anges » - Pythagore. | | | | |
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| souffrance | | | C’est seulement dans le refus de l’implacable raison que se formule une véritable consolation ; elle serait donc due à une forme de folie ; l’alternative est connue – se morfondre dans un véritable désespoir. « Il vaut mieux confier sa vie à la folie, que chercher une poutre pour se pendre » - Érasme - « Satius stultitia vitam exigere, an trabem suspendio quaerere ». | | | | |
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| souffrance | | | L’ivresse – la terre échappe sous mes pieds ; l’angoisse – mes horizons s’effondrent ; le vertige – le firmament accueille mes rêves. Le vertige est peut-être la seule consolation que je puisse apporter à mes pieds égarés et à mes yeux trop lucides. | | | | |
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| souffrance | | | C’est seulement en vue d’une mort imminente qu’on doit faire taire son âme enténébrée, dispensatrice de folles espérances, et laisser agir son esprit lucide, porteur du désespoir final. Et je comprends Don Quichotte, sur son lit de mort, regretter surtout ses lectures de livres de chevalerie et faire graver sur sa tombe ces mots : « Mourir sain d’esprit et vivre fou d’âme »** - Cervantès - « Morir cuerdo y vivir loco ». | | | | |
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| souffrance | | | Dans les tragédies européennes, antiques ou modernes, les victimes adressent aux bourreaux, aux rois, aux ennemis les discours ampoulés, qui ne valent pas celui, humble et fou, que, dans la Cerisaie, Tchékhov adresse à une armoire. | | | | |
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