| action | | | C'est un paradoxe bien embarrassant : ceux qui se vautrent dans des sentiments vulgaires réussissent mieux dans des actions tout à fait honorables ; les rêveurs succombent facilement à la goujaterie des actes. La vulgarité est dans la fusion de la parole et de son objet. Et la grandeur est peut-être dans leur confusion artistique créée à la faveur de la berlue des yeux, à la dissonance dans les oreilles et à la discorde des mots. | | | | |
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| action | | | Silence ou vacarme, équilibre ou diffusion ? - Confusion des charmes ! - ce qui fera de moi un vrai croisé pratiquant « profusion des armes ET effusion des larmes » - Lulle. | | | | |
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| action | | | Le sens du sacrifice et le rêve sont chassés comme déviations du scénario unique des hommes. « Ce qui disparaît est l'Action, niant le donné, et l'Erreur » - Kojève - sans lesquels l'Homme disparaît des horizons divins, la platitude des hommes fêtant la fin de l'Histoire. | | | | |
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| action | | | Pour dédaigner de marcher, il faut avoir des ailes. Mais si tu as envie de marcher, oublie que tu as les ailes. Et Nietzsche se trompe de chronologie des apprentissages : « Qui veut apprendre un jour à voler doit d'abord apprendre à marcher » - « Wer einst fliegen lernen will, der muß erst stehn lernen ». Comme la prose naquit jadis d'une poésie exténuée, la marche est de la danse perdant de son envol. | | | | |
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| action | | | Ce qui te conduit vers le péché, ce ne sont ni les erreurs, ni la méchanceté, ni les mensonges, mais la nécessité même de faire des pas, c'est à dire d'accomplir des actions, sur le chemin irréversible, qui s'appelle le temps. Toute vertu est intemporelle. | | | | |
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| action | | | Tout vrai idéal est une chimère, et l'on ne peut que la rater. Si l'on pense le contraire, c'est qu'on s'était trompé de cible ; l'idéal est intact, tant que la corde est tendue et la flèche n'est pas décochée. Le pays de Cocagne n'a pas de frontière commune avec l'Arcadie. « Il y a quelque chose de plus triste que de rater ses idéaux : c'est de les avoir réalisés » - Pavese - « C'è una cosa più triste che fallire i propri ideali : esserci riusciti ». | | | | |
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| action | | | L'action s'ensuit d'une inertie intéressée, et la passion – d'un élan désintéressé. Pour ce sot de Spinoza : « Les actions de l'Esprit naissent des seules idées adéquates, mais les passions dépendent des seules idées inadéquates » - « Mentis actiones ex solis ideis adæquatis oriuntur, passiones autem a solis inadæquatis pendent ». Ce sont les idées qui naissent de l'esprit ou des passions et non pas l'inverse. La passion est un attribut d'un esprit se muant en âme (mais Spinoza ne connaît que mens et ignore anima). Et l'adéquation n'a rien d'absolu, mais repose sur la rigueur des représentations et interprétations, où le libre arbitre, et non pas la fichue autonomie, est roi. Un bel esprit se réveille dans les impasses, inquiétantes et initiatiques, et non pas dans de doucettes certitudes intermédiaires. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, ce sont le premier et le dernier pas qui comptent, et ils ne m'appartiennent pas : les circonstances et les buts me sont imposés. Dans la fiction, la place de ces pas est aussi décisive, mais il m'appartient de donner au commencement mon visage, formé par mon soi inconnu, et de remplacer la profondeur des buts par la hauteur des contraintes. Dans la fiction, tout est faux de b à y ; seuls a et z sont vrais ; c'est pourquoi il faut me fier à a, sans m'en imaginer l'auteur, et éluder z, en en laissant au lecteur l'illusion de la découverte. Ce livre est un hymne à a et un clin d'œil à y, à l'avant-dernier pas, où l'erreur est toute chaude et la vérité ne congèle pas encore le rêve. Mais tout cela est obsolète : depuis que l'existence est l'alpha et l'oméga des hommes, l'alphabet de l'essence est en déliquescence. | | | | |
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| action | | | Lesquelles de mes créations donnent une image plus fidèle de mon soi ? - celles des mains ? de l’esprit ? de l’âme ? Les spontanées, les profondes, les hautes ? On vit dans le réel, on rêve dans l’imaginaire ; donc, m’est avis que les premières de ces créations soient les plus authentiques, et Luther : « L’homme devrait se méfier de ce qu’il fait » - « Oportet hominem de suis operibus diffidere » - au jugement de l’esprit, a tort, bien qu’au tribunal de l’âme il ait raison. | | | | |
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| action | | | Tous les raseurs sont sûrs de pouvoir donner à leur vie un but déterminé et voient dans l'absence de ce but une erreur irréparable. Plus un but est claironnant, plus de brigands et d'épiciers s'y souscrivent. Se tromper, être floué, se vautrer dans sa défaite, s'affermir dans sa démission - cette excitation n'est donnée qu'aux sceptiques des buts et aux enthousiastes des contraintes. | | | | |
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| action | | | Au pays du rêve il n’y a pas de routes ; tout mouvement y est chute ou élan ; s’y égarer veut dire perdre le vertige, s’installer dans la platitude ; l’action y contribue. « Agir, c’est s’égarer » - Arendt - « Handeln heißt irren ». | | | | |
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| kraus k. | | | Wer die Taten verspricht, tadelt das Wort und die Tat.
Si ton mot appelle à l'action, tu te trompes et de mot et d'action. | | | | |
| | action | | | Mais si ton action enfante le mot, celui-ci trompe et celle-là est trompée. | | | | |
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| amour | | | Penser avec son cœur et sentir avec son esprit, folie raisonnable et ratiocination tout de cœur - ne serait-ce pas cela, l'âme de la féminité ? Ou de la croyance populaire : « Voici le fruit de l'esprit : amour, paix, bonté, foi, maîtrise de soi » - St-Paul, puisque tout, dans cette liste, ne peut être que fruit d'une folie, d'une résignation ou d'une méprise, et jamais - de l'esprit. | | | | |
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| amour | | | L'amour est une perpétuelle confusion de genres, où le comique des oreilles voisine avec le tragique des yeux : les sens nous poussent à rire et le sens - à pleurer. Le rôle de l'obscurité, des foyers et des entractes (dans l'amour, plus longs que les actes) est aussi à saluer. | | | | |
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| amour | | | L'amitié attend de nous la fidélité, et l'amour - le sacrifice ; quand on les confond, on se trompe ou trompe l'autre. | | | | |
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| amour | | | On se trompe de dimension, de genre ou de langage, quand on voit dans l'amour un vaste problème (une comédie) ou une profonde solution (un mélodrame) - il est un haut mystère (une tragédie). « L'amour doit être une tragédie. Et le plus haut mystère du monde » - Kouprine - « Любовь должна быть трагедией. Величайшей тайной в мире ». | | | | |
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| amour | | | Pour Dieu, Son œuvre et notre prochain, le Chrétien emploie le même verbe - aimer, ce qui est source de perplexité et de confusion. On aurait dû y mettre, respectivement : vénérer, admirer, pardonner. | | | | |
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| amour | | | Une vie sentimentale à deux perd de la profondeur, quand la femme veut définir l'harmonie des fins, et cette vie perd de la hauteur, quand l'homme veut se charger de la mélodie des sources. « L'homme dicte le rythme et l'harmonie ; la mélodie naît dans la femme » - Nietzsche - « Der Mann bestimmt Rythmus und Harmonie ; die Melodie stammt vom Weibe ». L'erreur double les condamne à la platitude. | | | | |
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| ovide | | | Ignoti nulla cupido.
On ne désire pas ce qu'on ne connaît pas. | | | | |
| | amour | | | La cervelle et l'âme ont leurs trésors d'ignorance, dont ils n'échangent jamais les clefs. Mais tout savoir est d'usage commun. St-Augustin : « tu ne peux pas aimer la chose, que tu ignores » - « amare aliquid, nisi notum non potest » - persiste dans la même erreur. Que fait-il de l'ignoré le plus fabuleux, et qui se dit être lui-même Amour, – Dieu ! | | | | |
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| claudel p. | | | La femme sera toujours le danger de tous les paradis. | | |  | |
| | amour | | | Et si le paradis était le moi, pris pour un autre (par analogie avec l'enfer sartrien, qui serait les autres) ? - « Elle ne peut aimer que prise pour une autre »** - Canetti - « Sie kann nur lieben, wenn man sie für eine andere hält ». Et même pour sortir de l'enfer retrouvé, je chercherai la femme, Eurydice plutôt que la femme de Loth, cette parodie éperdue d'un mauvais enfer. | | | | |
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| art | | | Quand je sens, que tout objet peut servir de support pour les épanchements les plus intimes, je touche au mystère de l'art. Et quand j'en fais, machinalement ou naïvement, le centre, je m'aperçois vite de ma méprise. | | | | |
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| art | | | Il y a bien trois catégories d'écrivains : du départ (commencement, genèse), du parcours (structures, devenir), de l'arrivée (être, finalités) - les pensifs, les poussifs, les pontifes. L'impasse ou l'égarement les guettent tous au même degré, mais seuls les premiers en font l'aveu et même leur profession. | | | | |
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| art | | | L'invention en art se fait dans l'espace ; désintégrer les formules de la génération précédente est puéril et vain. Une confusion entre le temps (générations) et l'espace (hauteur ou profondeur). Et c'est en intégrant ce qu'on nie qu'on gagne le droit de parler de formules ! | | | | |
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| art | | | C'est la calme majesté d'esprit qui accompagne et rend mieux le tremblé d'âme. Le tremblé de pinceau le défigure et le trahit. Dante : « Maîtrisant l'art, la main d'artiste tremble » - « L'artista ch'a l'abito de l'arte ha man che trema » - a tort. | | | | |
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| art | | | Ne pas savoir vivre sans écrire - graphomanie ; ne pas savoir écrire sans vivre, c'est-à-dire sans l'envie de rêver, - éthéromanie, nulla linea sine nocte plutôt que « nulla dies sine linea » - Pline l'Ancien. Pessõa : « Mieux vaut écrire que risquer de vivre ; l'écriture est la manière la plus savoureuse d'ignorer la vie » - justifie la graphomanie, qui ignore le ridicule de risquer d'écrire, lorsque aucune saveur vitale n'accompagne la plume. | | | | |
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| art | | | Une sensation rare, étrange et magnifique : écrire pour survivre ! Le contraire est banal. Seulement, tôt ou tard, je comprends, que c'est une illusion du même ordre que la préservation d'espèces vivantes ou l'accumulation d'espèces sonnantes. | | | | |
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| art | | | Nos seuls lecteurs sont la raison et l'oreille. Jamais le cœur, jamais l'âme. L'oreille est plus proche du cœur, la raison - de l'âme. Ne pas se tromper d'interlocuteur, qui ne sera donc qu'un ambassadeur, et qui transmettra, comme il peut, nos notes et nos mémorandums, que dictaient nos cœur et âme. | | | | |
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| art | | | Je reconnais ma faute musicale : avec des cordes en permanence tendues, on risque de ne plus être en accord avec l'harmonie de la vie. Comme J.Joubert, je ne joue que de la harpe éolienne. Il faut savoir détendre ce qui vibrerait faux, mais je désappris à tendre l'oreille aux sons directeurs de l'époque. | | | | |
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| art | | | Si la valeur de ton œuvre est sans comment, sans présence explicite de ton pinceau, on peut être sûr qu'elle fut conçue au nom de la hauteur ; Maître Eckhart se trompe et de type de justification et de dimension : « C'est à partir du fond le plus intime que tu dois opérer toutes tes œuvres, sans «pourquoi» » - « Aus diesem innersten Grunde sollst du alle deine Werke ohne Worumwillen wirken » - le profond dicte des contraintes, des matières premières ; le haut désigne la mélodie, l'édifice, un but musical et vital. | | | | |
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| art | | | Le chant du poète anime le silence du cœur, comme le sens divin remplit le vide de l'esprit. Le chant est aussi éloigné du bruit sensible que le sens - de la représentation intelligible. Et Chateaubriand se trompe de source : « Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter » - la musique naît dans l'âme, qui, chez le poète, est toujours neuve : « Cette 'âme nouvelle' devrait chanter et non pas narrer ! »** - Nietzsche - « Sie hätte singen sollen, diese “neue Seele” - und nicht reden ! ». | | | | |
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| art | | | Un écrivain, qui, par ses mots, vise un sens primordial quelconque, se trompe de métier. La chimie ou la thermodynamique en sont beaucoup plus proches. Ce n'est pas la fouille des profondeurs interprétatives, mais l'appel des hauteurs représentatives, qui est la première raison d'être d'écrivain. Ses recherches sont des effets de bord interprétatifs ; ses trouvailles tiennent lieu des causes premières. | | | | |
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| art | | | La musique de Wagner ne peut pas accompagner naturellement la vie ; elle est une espèce de conte de fées, faussement folklorique et faussement héroïque, juste bonne pour enténébrer une fête de l’Ordre teutonique ou pour illuminer un film américain, anachronique, grandiloquent et gris. | | | | |
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| art | | | L'écrivain devrait ne se demander que rarement si le courant passe avec le lecteur, mais veiller sur les fuites, par lesquelles le courant s'en va. « Un cadeau rêvé pour un bon écrivain : un détecteur de merdier en kit et anti-choc »** - Hemingway - « The most essential gift for a good writer is a built-in shock-proof shit-detector » - tu profitas de mon sous-équipement ! Et si encore on savait se lire comme on lit les autres : « Dans l'art du verbe, le plus difficile est d'être juge de soi-même » - Prichvine - « Самое трудное в деле искусства слова — это сделаться судьёй самого себя ». | | | | |
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| art | | | On trouve de la beauté dans la réalité et dans le langage, tandis que la représentation, le plus souvent, en est dépourvue, le conceptuel n’étant qu’artificiel et rarement artistique. Et Kant : « Un bel objet, c’est une beauté naturelle ; une belle représentation, c’est une beauté d’art » - « Eine Naturschönheit ist ein schönes Ding ; die Kunst-Schönheit ist eine schöne Vorstellung von einem Dinge » - confond représentation et langage. La représentation livre le vrai, le langage – le beau. | | | | |
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| art | | | Toi, en tant qu’un ange, tu dois nourrir ton écriture au même degré qu’en tant qu’une bête. L’erreur serait de ne convoquer qu’une seule de ces facettes. Ce n’est pas la fausseté, qui en résulterait, mais la banalité. « Un homme très particulier est souvent écrivain ordinaire et vice versa »* - Chestov - « Очень оригинальный человек часто бывает банальным писателем и наоборот ». L’originalité d’un homme est dans un déséquilibre entre ses deux facettes ; l’originalité d’un écrivain – dans leur fusion harmonieuse. | | | | |
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| art | | | Le goût de la perfection est un état d’esprit impossible, seule la réalité étant parfaite. Cioran, bêtement, le voyait chez Valéry, en y reconnaissant même un désastre (mais pourquoi ne salues-tu pas le désastre, que les vaincus inscrivent dans leurs bréviaires ?). Dans l’art, ce qui est le proche de la perfection du réel, c’est la musique. Et effectivement, tout goût, indifférent à la musique, mène au journalisme, au présentisme, à la routine. Que la perfection, c'est la réalité, fut connu et de Spinoza (« perfectio est gradus realitatis »), et de Nietzsche (« die Welt ist vollkommen ») et des sages orientaux de l'immanence (le bon chrétien, lui, place la perfection dans la transcendance, que Nietzsche appelle surhomme). Et la nature parfaite d'Aristote est un pléonasme. Musil : « une vie parfaite rendrait l'art inutile » - « das vollkommene Leben wäre das Ende der Kunst » - se trompe également. | | | | |
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| hugo v. | | | Car la poésie est l'étoile, qui mène à Dieu rois et pasteurs. | | | | |
| | art | | | L'étoile désignant le vainqueur, pour que le rimeur ne se trompe pas de timbre ! Et tout cela pour se retrouver nez à nez avec des tyrans et des manants ! Autant rester dans sa propre crèche et en appeler à la résurrection du verbe désintéressé. | | | | |
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| bien | | | Ils pensent, que le mal vient de la faute, tandis qu'il vient beaucoup plus souvent de la certitude d'être immunisé contre elle. L'innocence ou la perfidie produisent le même taux de forfaits (les premiers passant du rêve à l'acte, les seconds dotant l'acte - de rêve). « Justifier à moi-même mes propres actions - dernière infirmité du mal »** - Byron - « To justify my deeds unto myself, the last infirmity of evil ». | | | | |
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| bien | | | Je suis à l'œuvre du mal, dès que je me sens débarrassé de la honte. Mais même la conscience d'être en faute, face à l'omniprésence du mal, n'est guère un antidote. Le mal se faufile dans toute œuvre du bien, comme le terrible précède le beau. | | | | |
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| bien | | | La vision la plus bête - et la plus répandue ! - du problème du Mal : il y aurait deux antagonistes, Dieu et Satan, qui, dans notre cœur, se livreraient à une lutte (c'est une mélecture de Dostoïevsky) ; je me trompe ou je me laisse séduire par Satan, et voilà que j'œuvre pour lui. Dieu peut se passer de Satan et de luttes ; Il crée notre conscience et nous laisse libres. | | | | |
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| bien | | | Deux lamentables artifices, fondés sur une négation mécanique : Baudelaire et Nietzsche, s'imaginant qu'en renonçant au beau ou au bon, on puisse les rejoindre, les réinventer ou les réévaluer au-delà du Bien et du sublime, qui, eux, sont toujours en-deçà de nos épidermes, cervelles et âmes. « J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or » - Baudelaire - mais la boue perce. | | | | |
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| bien | | | Si l'on savait ce que c'est que le Bien, on lui attacherait aisément le devoir de nos contraintes, le pouvoir de nos actes ou le vouloir de nos buts. Mais la vision naïve domine : « Vouloir est de l'homme, vouloir le mal est de la nature corrompue, vouloir le Bien est de grâce » - Calvin. Tu te trompes de verbe : au lieu de vouloir il serait plus juste de parler de pouvoir et devoir. Ce n'est pas le but, mais les contraintes qui nous orientent vers le mal ; non pas le désir, intime et désarmé, mais la puissance du robot ou l'obéissance du mouton. | | | | |
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| bien | | | Avoir appris à bien penser n'aboucha jamais personne avec l'œuvre du bien (d'ailleurs, le Bien n'est que dans la pensée et point dans l'œuvre) ; Pascal voyait dans cet apprentissage un bon principe et non pas une préparation au passage à l'acte, et pour Descartes, la morale ne valait que par provision. Dans le domaine du Bien, le comment de la pensée est moins important que le à quelle hauteur. Le poète pense rarement bien, mais il se trompe à une bonne altitude. Le comptable pense bien, mais dans des exercices de reptation. Le principe de la pensée ne devrait-il pas être de travailler sur la morale ! | | | | |
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| bien | | | Tout le monde fuit les cloaques du vice ; le sot finit par bien tomber et s'installer dans l'étable d'un vice voisin, et le sage, même découvrant la caverne de la vertu, continue à songer aux fuites. La vertu est un rêve nomade dans la sédentarité des ruines. | | | | |
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| bien | | | Je deviens vraiment sensible au mal, quand je sens un mal sortir, irrévocable, de mes mains agissantes et qui pourtant n'auraient commis aucune faute. | | | | |
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| bien | | | Qui peut confondre un rêve (illuminé par le Bien) avec un acte (hanté par le Mal) ? Une musique impondérable avec la lourdeur des échos ? Donc, leur fichu art de distinguer le Bien du Mal est une fumisterie, consacrant les yeux des hommes et profanant le regard de Dieu. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n’est qu’un appel inarticulable, excitant notre cœur, il n’est ni incitation à l’acte ni question à la conscience ; le Mal n’est pas seulement la surdité, face à cet appel, mais aussi des tentatives dogmatiques de répondre, par un geste éthique ou pragmatique, à des questions faussement claires du pseudo-Bien. | | | | |
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| marc aurèle | | | On devrait être bon pour les autres comme le cheval qui court, comme une abeille qui produit du miel, comme la vigne porte le raisin, sans penser aux grappes. | | | | |
| | bien | | | Être donc plutôt exécutant d'un algorithme que porteur d'un rythme. Mesquin et prophétique. Le Bien a une source surnaturelle, qui s'appelle Dieu ; il a un état naturel, qui s'appelle la honte ; mais il n'a pas de traduction naturelle – toute action le dénature. | | | | |
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| cité | | | L'aculturation est plus certaine, quand la culture est placée à côté de la comptabilité plutôt qu'à côté d'une idéologie ou d'une religion. La terreur, l'humiliation ou l'humilité préservent la culture ; la bonne conscience, la dignité intacte ou l'orgueil l'érodent. | | | | |
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| cité | | | Liberté et démocratie : ces mots sont l'ultime recours des boutiquiers, à la recherche du ton véhément. Le libre échange se prête mal au pathétique. | | | | |
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| cité | | | Le sot remuant, pris en pleine violation du code de la route sociale, alléguera la liberté de s'égarer ; mais le sens de la circulation, de nos jours, est si clair, que le seul moyen de s'égarer est de rester immobile. Que ne se permettent que les esclaves du mot libre. Le mot servile s’indigne, le mot libre se résigne. | | | | |
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| cité | | | De la différence entre, jadis, le troupeau chaotique de moutons et la société d'aujourd'hui, ce réseau social de robots : on n'a plus besoin de chiens de garde, qui surveillent, aboient ou mordent, quelques robots de plus suffisent, silencieux, corrects, infaillibles, exécutant un algorithme, écrit dans le même langage que les tâches gestionnaires, productives ou créatives. | | | | |
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| cité | | | L'une des raisons de la paix civile d'aujourd'hui est que ceux qui ont raison l'emportent sur ceux qui ont tort, c'est à dire sur ceux qui battent leur coulpe (« Prie, pour avoir toujours tort à l'égard de Dieu » - Kierkegaard), les blessés, ceux qui se font rééduquer à l'école des forts, le bâillon bien enfoncé sous anesthésie locale. | | | | |
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| cité | | | L'égalité ne peut être qu'un point d'arrivée. Toute tentative de l'imposer, avant qu'on ne soit libre, est vouée à l'échec : « Il dépend des nations, que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté » - Tocqueville – c'est à la liberté de nous conduire à l'égalité. | | | | |
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| cité | | | Les hommes nobles, dans leurs recherches de la hauteur, sont souvent attirés et induits en erreur par l'ampleur des actes des princes de ce monde. À la fin, les défauts des cervelles et des bras de ceux-ci, près des horizons, sont pris pour la trahison du firmament des âmes de ceux-là. Platon, Gracián, Machiavel, R.Debray, dans leurs récits du réel politique, ne nous apprennent rien, leurs chants de l'irréel poétique gardent toute leur rafraîchissante valeur. Ils eurent des rêves, résistant à toute épreuve par l'ingrate et décevante action. | | | | |
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| cité | | | Des professeurs repus, après leurs dîners en ville, lancent leurs révoltes prométhéennes, au nom de l’homme qui souffre, atrocement, des budgets et des impôts injustes. Ils dénoncent la perfidie des modes de scrutin, les promesses du bonheur non-tenues, les erreurs fatidiques dans le calcul du prix de l’essence. Dans leur amère solitude, ils s’offusquent de ce monde absurde, refusant un financement plus décent de leurs postes à durée indéterminée. | | | | |
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| chœur doute | | | VÉRITÉ : Les vérités naissent bien dans la clarté, mais, le plus souvent, elles sont conçues dans de délectables ténèbres. Comme chez les hommes, une vérité mûre et bien assurée cesse d'attirer l'œil expert, qui lui préférera des courbures et tournures plus prometteuses d'erreurs fatales. Ne restent dans le vrai que des eunuques du langage. | | | | |
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| doute | | | L'un des invariants sublimes est le sens et l'intensité du rêve humain. D'Héraclite à R.Char – la même ivresse des visions poétiques. La connaissance balaye les démocraties d'ignorances et d'erreurs, elle ne pénètre jamais dans l'aristocratie des rêves. | | | | |
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| doute | | | L'erreur du mensonge est de ne pas afficher sa date et se croire aussi éternel que la musique. La vérité honnête, en revanche, marque son champ en reconnaissant qu'elle est aussi passagère que les faits. « Je n'ai rien contre le mensonge, mais je déteste l'imprécision » - S.Butler - « I do not mind lying, but I hate inaccuracy ». | | | | |
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| doute | | | Dans notre Ouvert humain, tant de suites de pensées, d'images ou d'émotions, qui tendent vers notre commencement miraculeux ou vers notre fin abyssale, et aboutissant, toutes, aux valeurs-limites hors de nous, inspirant l'amour ou la terreur. Mais, contrairement à ce qu'en pense Hölderlin, ces deux bornes s'ignorent. | | | | |
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| doute | | | Tant de balivernes autour du rôle constructif et bénéfique du doute, nous libérant de la tricherie de nos sens (les exemples misérables du bâton brisé par une surface liquide ou du diamètre apparent du Soleil servant d'uniques illustrations) ; les sens ne nous trompent jamais, puisque chacun est impensable sans la raison, qui transforme, amplifie ou filtre leurs signaux, plus qu'elle ne les corrige. Il n'y a que trois choses, qui comptent dans la qualité du résultat, de notre vision du monde : les connaissances, l'intelligence et le talent - représentation, interprétation, expression. | | | | |
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| doute | | | C'est sur les axes, sur lesquels nous sommes le plus vulnérables, que surgissent surtout nos extravagances et paradoxes, - écoutez ce faiblard de Nietzsche s'égosiller en faveur des forts ; mais ce n'est pas une faute musicale : c'est bien sur l'axe de la force que se concentrent les gammes les plus vastes. | | | | |
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| doute | | | Un esprit grossier vise ce qui peut être précis ; un bel esprit s'intéresse surtout aux « objets, où toute précision est erreur »* - J.Joubert - surtout à l'échelle des mesures communes. Un bel esprit invente ses propres unités et outils de mesurage. Le médiocre se reconnaît par l'ignorance de l'incommensurable et par l'incapacité de créer ses propres balances. Pour manier les métonymies ou jongler avec les métaphores, le talent, c'est à dire l'instinct, maître de la précision implicite, suffit. | | | | |
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| doute | | | La raison devrait n'être qu'un cadre net de mon portrait flottant, tissé d'approximations et d'incertitudes. La raison est dans les mots et les représentations, et mon portrait est de frissons, de couleurs et de mélodies. Si, en me peignant, je suis d'accord avec la raison, c'est mon robot intérieur qui s'exprime. Si, dans mes traits de pinceau, j'ai peur de me tromper, c'est mon mouton extérieur qui me paralyse. | | | | |
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| doute | | | Le mystère n'a pas grand-chose en commun avec l'obscurité. L'obscurité, dans les profondeurs, favorise l'absurde, à la surface - propage l'erreur, en hauteur - engendre le délire. Le mystère, dans ces lieux, stimule l'intelligence, révèle le talent, cultive la noblesse. L'ouverture au mystère prédispose à la liberté. | | | | |
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| doute | | | Se connaître, l'une de ces fumisteries, héritées de l'Antiquité. Pour évaluer mon soi connu – nul besoin d'introspection : les sources de mes goûts et de mes passions sont communes à tous mes contemporains, autant scruter mon voisin plutôt que fouiller, vaguement, dans ma conscience insaisissable. Mais le soi inconnu, par définition, n'est qu'une étincelle divine du génie, qui n'a ni un langage fonctionnel ni un outillage intellectuel ; il m'inspire sans se dévoiler ; si je prétends le connaître, je me trompe de cerveau ou d'yeux. | | | | |
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| doute | | | De doute en doute, comme de clarté en clarté, on peut arriver à une passionnante impasse ; le premier parcours promet plus de hauteur au regard, le second – plus de profondeur aux pas. Mais alterner le doute et la clarté promet surtout de la platitude – il faut choisir son degré de certitudes ou d'errances. Des clartés désirables, fécondées par le doute : des idées lumineuses, des feux d'artifice sans jubilés ni dates. | | | | |
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| doute | | | Les ombres appartiennent à ce qui les projette et à l'écran de projection, donc à la créativité des sources et à la qualité des contraintes. Non pas à la lumière. « L'erreur appartient à la vie, comme les ombres – à la lumière » - E.Jünger - « Die Fehler gehören zum Leben wie der Schatten zum Licht » - l'ombre n'est point un verdict de la lumière, elle en est le seul témoin crédible. | | | | |
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| doute | | | Le visage de ceux qui proclament, doctes, se chercher est, d'habitude, déjà une copie en dur d'un prototype grégaire ; ils cherchent des finalités sur des sentiers battus ; le vrai, le grand, le mystérieux soi ne se manifeste que si l'on fuit son soi visible, sans craindre les impasses, et ne vit que des commencements, des amorces, les pieds en paix et le regard en feu. | | | | |
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| doute | | | Le mystère n'est pas tant dans la difficulté de comprendre que dans la facilité de croire. « Comprendre, c'est polluer l'infini » - Artaud. Celui qui pense, qu'en étendant les bornes de l'esprit, il chasse le mystère, se trompe de gibier. | | | | |
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| doute | | | La liberté est indissociable aussi bien du soi connu que du soi inconnu. Parmi ses innombrables facettes, seule la liberté inconditionnée, comprenant l’éthique et l’esthétique, encadre le soi inconnu, portant une mauvaise conscience et subissant l’appel de la beauté. La liberté banale, commune, conditionnelle, guide le soi connu. Confondre ces deux libertés, réduire le premier soi au second, en faire le Soi Absolu, opposé au monde, est l’erreur commune des philosophes idéalistes allemands. | | | | |
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| doute | | | L’intellect transforme les empreintes analogues de nos sens - en données analogues de notre mémoire. Les premières ne se trompent jamais ; les secondes se trompent toujours. Pourtant, toutes nos connaissances proviennent des secondes, et les premières ne servent qu’à valider les jugements des secondes. Le robot, lui aussi, aura ses sens, mais toutes les données seront déjà, pour lui, des connaissances conceptuelles, en sautant les stades analogue et numérique. | | | | |
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| doute | | | Ma conscience – la maîtrise de la cohérence de mes gestes, de mes mots, de mes idées – c’est le souci de mon soi connu. Mon soi inconnu relève de l’inconscience, orientant mon regard, animant mes états d’âme, me faisant quitter la voie certaine de mon intérêt droit, bref agissant au nom des valeurs incompréhensibles. Le banal, on le comprend ; et l’on ne peut que croire en merveilleux, même incompréhensible : « La plus grave des erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi » - Alain – tout réduire au conscient n’est peut-être pas une erreur, mais c’est une bêtise. | | | | |
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| doute | | | L’erreur la plus impardonnable, c’est de nous dévier de notre tâche divine – rêver et créer, ou de nous vouer à la fonction animale – chasser et dominer. La raison soutient celle-ci, l’âme – celle-là. « La raison nous trompe plus souvent que la nature » - Vauvenargues. La raison pèche par calcul, la nature – par omission. | | | | |
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| doute | | | Tu entames ton parcours vital, chargé de connaissances, certitudes ou doutes communs, mais ton commencement doit être personnel : tes doutes ne seraient que des contraintes, et tes certitudes – une mélodie qui t’accompagnerait, en variations imprévisibles. Les Non collectifs conduisent au ressentiment mesquin ; garde la grandeur du Oui personnel à la merveille du monde. Et n’oublie pas, que parmi les idoles à abattre il y a plus de vérités dégradantes que d’erreurs grossières. | | | | |
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| doute | | | Se tromper sur le réel est signe de la faiblesse d’esprit ; se laisser tromper par le rêve – signe de la force d’âme. L’espérance doit être l’un de ces rêves, trompeurs mais nobles. « L’espérance trompe les plus grandes âmes » - Vauvenargues – mais tu oublies de préciser que c’est par un consentement enthousiaste ! | | | | |
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| doute | | | La chose en soi est un concept totalement objectif ; le sujet humain n’est nullement impliqué dans la formation de son contenu. Seul un esprit tordu et une âme égarée, comme ceux de Schopenhauer, peuvent associer la chose en soi avec la volonté ! | | | | |
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| doute | | | Tout discours se fonde sur une représentation sous-jacente. Or aucune représentation n’est homomorphe à la réalité. Donc, face à la réalité d’un terrain, qu’on soit la-dessus ou cloîtré dans sa mansarde, on est soumis aux approximations au même degré. Je dirais même que là où les rythmes comptent plus que les algorithmes, les erreurs des mansardes sont plus anodines que celles des corps de garde. | | | | |
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| doute | | | Il faut distinguer les illusions qui fourvoient notre esprit et les illusions qui nourrissent notre âme. Elles ne sont que très rarement les mêmes. | | | | |
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| doute | | | Ton intelligence ou ton talent se prouvent par une claire reconnaissance par tes pairs ; ta gloire ou ta grandeur sont toujours dues aux malentendus, entretenus par la masse aveugle. | | | | |
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| cicéron | | | Errare mehercule malo cum Platone, quam cum istis vera sentire.
Ma foi, il vaut mieux se tromper avec Platon qu'avoir raison avec ces hommes. | | | | |
| | doute | | | D'autres, plus naïfs et méprisants, préfèrent rester avec la vérité austère et désincarnée qu'avec l'amitié vivante et joyeuse de Platon. | | | | |
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| st augustin | | | Si fallor, sum.
Je me trompe, donc je suis. | | | | |
| | doute | | | La machine, un jour, maîtrisera tous les chemins de la vérité ; mais elle n’apprendra jamais l'art exaltant de s'égarer. L’artiste sait pimenter de falsification langagière une vérité, abandonnée par le Verbe et confiée à l’algorithme. | | | | |
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| st augustin | | | Errare humanum est, sed in errore perseverare diabolicum.
Se tromper est humain, persister dans l'erreur est diabolique. | | | | |
| | doute | | | « Tout homme peut tomber dans l'erreur, mais il n'y a que l'insensé, qui y persévère » - Cicéron - « Cujusvis hominis est errare ; nullus autem, misi insipientis, in errore perseverare » - non, diabolique, ou plutôt asinique, est ta persistance dans une vérité fixe, si tu ne trouves pas un nouveau langage, qui la rendrait caduque ou bancale : « L'œuvre une fois accomplie, retire-t'en » - Lao Tseu. | | | | |
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| gracián b. | | | Cree mucho el que nunca miente y confía mucho el que nunca engaña.
Bien crédule celui qui ne ment jamais, bien confiant celui qui jamais ne trompe. | | | | |
| | doute | | | Mais il échappe à la solitude, car il est toujours accompagné de ses certitudes. L'homme sensé se sépare de ses avis et n'est même pas suivi de ses mensonges. | | | | |
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| vauvenargues l. | | | Lorsque les réflexions se multiplient, les erreurs et les connaissances augmentent dans la même proportion | | | | |
| | doute | | | Ce qui s'appelle harmonie, une juste répartition de la lumière et des ombres ! | | | | |
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| schiller f. | | | Nur der Irrtum ist das Leben, Und das Wissen ist der Tod.
La vie est dans l’errance, La mort - dans la sapience. | | | | |
| | doute | | | Le vrai se réduit au minéral ; le merveilleux, c'est à dire l'erreur dans un règne minéral, pénètre toute la vie. Celui qui prétend savoir la merveille, la tue. Hadès, ne signifie-t-il pas celui qui sait tout ? On meurt de deux façons : comme une fleur ou un grain (Perséphone). Si l'on veut vivre (la question n'est pas triviale), il faut savoir mourir comme un grain. | | | | |
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| pouchkine a. | | | Обмануть меня не трудно ! Я сам обманываться рад !
Sois bienvenu, toi, qui m'égares ! M'égarer moi-même est ma joie ! | | | | |
| | doute | | | Partout le troupeau devint si compact, que, pour garder une chance de survivre et ne pas étouffer, le rêve préfère s'égarer hors-piste et hors-lumière : on s'y trompe tout autant, mais on y voit mieux son étoile. | | | | |
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| chestov l. | | | Задача философии не в разрешении проблем, а в искусстве изображения жизни с максимумом тайн и проблем.
L'affaire de la philosophie n'est pas dans la résolution de problèmes, mais dans l'art de dépeindre la vie avec un maximum de mystères et de problèmes. | | |    | |
| | doute | | | La transmutation en solutions rapproche de la vie et éloigne du rêve. La confusion entre le rêve et la raison transmue le mystère en fantôme infécond. Seul l'art confirme au philosophe, que c'est toujours la vie qu'il a en ligne de mire. | | | | |
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| char r. | | | On ne bâtit multiformément que sur l'erreur. | | | | |
| | doute | | | Et on y est sûr de bâtir des ruines, où l'armature de la vérité n'est qu'un détail pittoresque. Les vestiges du fond défient l'uniformité de la vérité formelle. | | | | |
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| hommes | | | L'homme-robot, l'homme sans inattendus, l'homme, qui sait ce qu'il veut et ce qu'on attend de lui : « Il n'y a que celui qui sait ce qu'il veut qui se trompe »* - G.Braque. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes d'aujourd'hui s'agitent dans la certitude, se reposent dans le doute, s'oublient dans l'erreur. Je m'agite dans le doute, me repose dans l'erreur, m'oublie dans la certitude. Dieu s'agite dans l'erreur, se repose dans la certitude, s'oublie dans le doute. La certitude, lieu idéal pour faire des sacrifices. Le doute, moment idéal pour être fidèle. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, le nous fut malade, dont profitait le sain moi. Aujourd'hui, le moi avorton est écrasé dans l'étau du nous à la santé mécanique ; plus le second avance, plus le premier recule. Et Chesterton se trompe de pronom (nos échecs au lieu de mes échecs) : « Le monde sera bientôt divisé entre ceux qui expliquent les raisons de notre succès, et ceux, un peu plus intelligents, qui tentent d'expliquer nos échecs » - « The world will very soon be divided into those who still go on explaining our success, and those somewhat more intelligent who are trying to explain our failure ». | | | | |
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| hommes | | | De toutes parts, ils sont cernés par les soucis grégaires, et ils s'imaginent, qu'en tournant le dos aux valeurs en cours (le premier besoin des conformistes), ils s'en émancipent et gagnent en originalité. Ils se trompent de plan : les détours dans la platitude n'apportent jamais le vertige de l'éternel retour à l'aplomb de la vie. | | | | |
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| hommes | | | Avec l’anglicisation du monde, on gagne bien en savoir et en pouvoir ce qu'on y perd en vouloir et, surtout, en valoir. On a le savoir, on n'a plus le désir ; désavoués, Platon qui désire savoir, moi qui sais désirer. Et Borgès se trompe de diagnostic : « Au fil des ans, nous sommes passé du français à l'anglais et de l'anglais - à l'ignorance » - « Con el decurso de los años pasamos del francés al inglés y del inglés a la ignorancia ». | | | | |
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| hommes | | | C’est pour déplorer la raréfaction des musiciens que je m’attarde et m’attriste à la vue des genres humains dominants – le moutonnier et le robotique – ce qui ne m’empêche pas de voir des merveilles partout où le regard ose se plonger dans la profondeur de la Création divine, jusqu’au mystère de la vie. Geindre au sujet d’un monde raté et en déverser le dégoût est une attitude inepte, triviale. | | | | |
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| hommes | | | Tout homme porte en lui un ange lumineux et une ténébreuse bête, et la civilisation est une tentative de rapprocher ces deux hypostases, ce qui résulte en homogénéité moutonnière ou robotique. Le cas le plus passionnant, cas extrême et rare, est celui où l’ange ou la bête domine ; toutefois, dans les deux cas, la chute est au bout du chemin. Dans le premier cas, l’homme, dans sa jeunesse, chante le rêve et la solitude ; dans le second, l’homme compte sur la force et le fanatisme. Au moment de la chute, le premier reste fidèle à son rêve solitaire agonisant, auquel il cherche des consolations ; le second, par un sacrifice, cynique ou désespéré, de sa posture d'antan, éructe des anathèmes au monde raté, dont il fait pourtant partie. | | | | |
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| einstein a. | | | Wir leben in einer Zeit vollkommener Mittel und verworrener Ziele.
La perfection dans les moyens et la confusion dans les buts caractérisent notre époque. | | |    | |
| | hommes | | | Et plus encore - la bassesse des contraintes et l'absence du mystère. C'est ainsi que le comptable, géniteur de la démocratie, polit une civilisation. En revanche, quand le poète proclame que le but est lumineux, le tyran, son héritier, ne lésine plus sur les moyens et nous renvoie à la barbarie. Et le robot l'achèvera : « Le corps, appliquant sa force, pour avancer vers le but, s'appelle machine »* - Kant - « Ein Körper der eine absichtlich bewegende Kraft hat heißt Maschine ». | | | | |
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| cioran é. | | | La crétinisation par la philosophie - phénomène moderne en France. Jusqu'à présent l'Allemagne seule paraissait en avoir le privilège. | | | | |
| | hommes | | | Il est temps d'abolir les cours de philo au lycée et de multiplier les postes de journalistes ou sociologues pour ceux qui se trompent de métier. Introduire des cours de l'inactuel pour ceux qui sont sensibles au vide. | | | | |
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| chœur intelligence | | | CITÉ : L'intelligence est un outil universel, interprétant, avec la même lucidité, les images des cavernes que celles de la cité. La connaissance structurelle d'une fourmilière avancée s'avère, quelquefois, plus profonde et motivante que la connaissance comportementale d'une cigale fourvoyée. À celle-ci on donne rendez-vous en temps de bise. | | | | |
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| intelligence | | | Toute théorie s'articule dans un langage conceptuel de représentation, et elle est sondée par un langage naturel de communication. Le premier n'a presque rien de langagier, le second n'a presque rien de représentatif, et c'est l'imbroglio entre les deux qui est entretenu par les philosophes, attribuant au second des propriétés du premier. | | | | |
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| intelligence | | | La quête du réel élabore le modèle ; la quête du concept aboutit à la référence ; la quête du vrai bâtit l'énoncé. Ne pas se tromper de type de quête ni de genre de son produit. Savoir intervertir leur chronologie ; cacher la main et son pinceau, le pied et sa danse, mais pas le visage. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | La vie de l'homme est la triade : le monde, la représentation et la volonté ; et Schopenhauer se trompe en mettant EST à la place de ET. Vu à travers le langage, où se croisent ces trois branches, et en privilégiant la fonction enveloppante, face à la développante, on aboutit à la belle triade kantienne : « la volonté, le libre arbitre, la maxime »** - « Wille, Willkür, Maxim ». | | | | |
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| intelligence | | | Savoir raisonner en algèbre ou en philosophie paraît être deux dons incompatibles. Le don algébrique est pur, et le don métaphysique est impur ; l'imagination ne sert à rien pour ranger nos hontes, et l'écoute de notre moi ne produit aucun homomorphisme. Le raisonnement métaphysique ne vaut que par la qualité des errements, qu'il incorpore toujours. | | | | |
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| intelligence | | | Sans la totalité de quoi, le pourquoi relève soit de la niaiserie soit de la poésie, selon que je m'appuie, respectivement, sur les donc ou sur les comment. L'intelligence abductive, supérieure, est propre des contemplatifs. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les nietzschéens ont une vision mécaniste de l'éternel retour ; pourtant, le père de cette jolie métaphore (et de cette misérable pensée), se désavoue lui-même, avec cette flagrante bêtise pseudo-mathématique : « Tout processus infini doit être périodique » - Nietzsche - « Ein unendlicher Prozess kann gar nicht anders gedacht werden als periodisch ». Celui qui ignore la théorie des suites devrait être interdit de réévaluer les valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tous les domaines scientifiques ou artistiques, on structure leurs objets par les mêmes paradigmes cognitifs (employés par l’Intelligence Artificielle) et nullement linguistiques. Les structures langagières n’ont rien à voir avec les structures conceptuelles ; les structuralistes qui partent de celles-là, sans se rendre compte de la primauté de celles-ci, sont des charlatans. | | | | |
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| intelligence | | | Aristote et Kant eurent beau avertir les philosophes, que sans une bonne représentation tout discours ne peut être que du verbiage – Spinoza et Hegel tombèrent dans ce piège. Et tout effort interprétatif, sans une base conceptuelle, dégénère en bêtises irresponsables ; et c’est dans ce deuxième piège, qu’ils dégringolèrent. | | | | |
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| intelligence | | | Les plus rigoureuses théories scientifiques ne peuvent s’appuyer que sur les apparences, car les matières minérale, végétale ou animale contiennent d’infinis mystères qu’il s’agit d’élucider, sans l’espoir d’en toucher le fond. Les dénonciations des apparences comme sources d’erreurs ne peuvent être que sottises. Les seuls objets se passant d’apparences sont des objets mathématiques. | | | | |
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| intelligence | | | Le poète synthétique Platon place ses mots (Idées particulières) dans sa représentation (en haut) ; le philosophe analytique Aristote les applique directement à la réalité (en bas) universelle. D’où le malentendu entre l’élève et le maître. L’erreur de tous les deux est de croire en universel et de négliger le particulier. En plus, dans le mot particulier, ils confondent ces deux concepts différents : la relation classe/élément et l’appartenance de représentations aux auteurs différents. | | | | |
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| intelligence | | | Dans les logorrhées philosophiques, je constate un langage et je devine des représentations sous-jacentes – je vois ce qu’on peut. Mais il est rare d’y comprendre ce qu’on doit (proclamer ou éviter) – les contraintes. Mais la lacune la plus impardonnable, c’est le vague de ce qu’on veut – les questions initiales, les motifs, les finalités formulées. | | | | |
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| mallarmé s. | | | Signifier, fonction du numéraire facile et représentatif. | | | | |
| | intelligence | | | Tu vois mal la place du langage. Signifier, c'est interpréter dans un langage, bâti sur une représentation. L'infini du langage et l'infini des interprétations rendent secondaire le rôle de la représentation. | | | | |
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| pessõa f. | | | Je passe ma vie à me demander si je suis profond, sans autre sonde que mon regard. | | | | |
| | intelligence | | | Tu te trompes d'outil : le regard ne sert que pour mesurer la hauteur. Pour la profondeur, suffisent des balances ou des mémoires. | | | | |
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| ironie | | | Le rationaliste : la critique corrigeant l'erreur aboutit à la vérité ; l'ironiste : le mot métaphorique caressant une vérité indicible se rit de tout(e) critique. | | | | |
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| ironie | | | Confusion des genres : la vie est bien une œuvre poétique, que la plupart des hommes perçoivent comme un mode d'emploi. | | | | |
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| ironie | | | Les citations de ce livre ne jouent que des rôles de comparses. De mon banc des accusés, je cite à comparaître ces témoins à charge (Messieurs Teste), qui me rappellent des faits, que je n'ai pas accomplis. « J'avoue être cerné par la menace des fautes, que je n'ai pas commises » - Cocteau. Ce livre n'est pas un cento, bien que J.G.Hamann en ait fait un style respectable. | | | | |
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| ironie | | | Le conflit entre le fond et la forme s'illustre le mieux par le tiraillement entre l'enthousiasme, ce fond de notre âme, et l'ironie, cette forme de notre plume. Mais en en inversant les rôles, on commet une faute de goût, que remarque Pessõa : « L'enthousiasme est une grossièreté ». | | | | |
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| ironie | | | L'erreur irrémissible des profonds consiste à voir dans la pensée un produit fini, tandis que, pour les hautains, elle est de la matière première ; les premiers l'avalent et la digèrent, les seconds la pétrissent et malaxent comme de la pâte molle, pour la soumettre à leur propre feu. | | | | |
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| ironie | | | Comment Socrate, à l'insu de de Maistre, peut-il n'être ni Grec ni Athénien (ce qu'il clame lui-même ! ), mais homme ? - soit par défaut de la représentation (on y aurait omis les genres d'humains d'après la géographie), soit par une vision limitée, en attachant Socrate (en création ou en interprétation) à la classe des hommes. Rien d'étonnant donc, au moins aussi peu que d'être Persan. | | | | |
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| ironie | | | Les hommes calculent en tout ; ils ne devinent que quand ils s'oublient. « Les femmes devinent tout ; elles ne se trompent que quand elles réfléchissent » - A.Karr. | | | | |
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| ironie | | | Il n'est donné à personne de savoir sa vraie pente qu'il faille suivre ; toutefois, la chutante est plus prometteuse que la montante. Si la pente est vraiment à moi, elle ne peut mener que vers l'impasse. Les montées ou descentes des autres ne servent qu'à équilibrer mes errements ou à relativiser mes chutes. | | | | |
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| ironie | | | Le sot optimiste : le progrès des idées justes ; le sot pessimiste : les idées fausses humilient les idées justes. L'ironiste : plus on se moque des idées plus elles redressent leur tête dans une fierté de mots. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie du mot est la dernière poche de résistance de la poésie. Son premier refuge est parmi les vocables : muse, idée, ciel ; le deuxième - en situations : château, combat, solitude ; le troisième - dans les attitudes : obscurité, musicalité, intellectualité. Si, au bout de ces pérégrinations, on ne débarque pas auprès de l'ironie, c'est qu'on s'égara en route. | | | | |
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| ironie | | | Je cherche des défauts, communs à Nietzsche, Valéry et Cioran, et je trouve – l’absence d’ironie et l’orgueilleux parricide. Ce qui m’aida à ne pas tomber dans un épigonat. | | | | |
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| ironie | | | L’ironie est liée souvent à la reconnaissance que tu es prêt à baisser les yeux devant un zoïle fraternel et avouer que tes propres œuvres devraient être traitées à la légère. Celui qui tient absolument au sérieux est un candidat à la posture prophétique ou pseudo-savante. Pas d’ironie chez Aristote, Jésus, Pascal, Kant, Goethe, Dostoïevsky, Tolstoï, Nietzsche, Valéry. C’est un défaut irrécupérable. | | | | |
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| ironie | | | On n’embastille pas Voltaire – s’exclama de Gaulle, pour empêcher l’emprisonnement de Sartre. Pourtant, Voltaire a bien été embastillé pour s’être moqué du Régent, qui se livrait aux beuveries, vicieuses ou incestueuses, en compagnie de Pierre le Grand et de la duchesse du Berry. | | | | |
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| péguy ch. | | | Rien n'est plus vieux que le journal de ce matin, et Homère est toujours jeune. | | |   | |
| | ironie | | | Ne nous trompons pas de critère : Homère est bien vieux et le journal de ce jour ne peut être que de notre temps. Seulement, il y a celui qui cherche ses contemporains dans la rue et celui qui trouve des acteurs de sa vie jusqu'aux arènes de Troie ou en proie aux sirènes. Alexandre le Grand, sur la tombe d'Achille, l'envia : « Heureux garçon, tu eus Homère, pour chanter ta gloire ! ». | | | | |
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| einstein a. | | | If I had only known, I would have become a locksmith.
Si j'avais su, je serais devenu serrurier. | | | | |
| | ironie | | | Au lieu de forcer des portes, de se tromper de clefs, de se trouver, en permanence, face au mur, s'égarer sur le toit ou s'éterniser à la fenêtre. | | | | |
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| mot | | | L'étrange confusion, dans les pourquoi français, anglais, russe, italien, entre la raison et le but d'une action. L'allemand (warum, worum) y remédie légèrement, seul l'espagnol (porque, porqué) le tranche. | | | | |
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| mot | | | Le sens naît d'un dialogue, donc d'un partage. La langue allemande ne s'en trompe pas, voir l'admirable série : Urteil, Vorteil, Mitteilung - jugement, préférence, message - provenant de teilen - partager. La philosophie est la poésie du dialogue. « La philosophie n'est qu'un moyen, pour atteindre ce qu'est la poésie » - F.Schlegel - « Die Philosophie ist nur ein Mittel zu dem, was die Poesie selbst ist ». | | | | |
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| mot | | | Cette erreur irrécupérable de Mallarmé ou de Wittgenstein - la dissociation entre la langue et ses références extérieures, la source du sens soi-disant gisant dans la langue même. Toute image tropique - dépassant la musique et l'usage - naît déjà dans l'interprétation et celle-ci se fait dans le contexte d'un modèle et non pas d'un banal dictionnaire. Référence, vérité, sens, ces concepts de Frege, furent énoncés dans un mauvais ordre, avec de fausses symétries et analogies. | | | | |
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| mot | | | Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être. | | | | |
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| mot | | | Ce qui parle en notre nom peut s’appeler cœur, âme ou esprit ; pour nous rendre justice, notre interlocuteur doit disposer de trois interprètes ; et il soumettra notre discours au jugement, respectivement, du Bien, du Beau, du Vrai et saura sacrifier les deux critères secondaires ; mais on s’y trompe souvent : « Les mouvements du corps et de l’âme, du langage et de la raison, doivent cesser devant la vérité » - Arendt - « The movements of body and soul as well as of speech and reasoning must cease before truth ». | | | | |
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| mot | | | La langue maternelle, c’est une garde-robes tout prête, pour habiller le corps de tes pensées ou de tes sentiments ; tu es en droit de dire, que ma langue me parle – die Sprache spricht (Rilke). Mais écrire dans une langue étrangère, c’est inventer des tissus, mélanger soi-même des couleurs, jouer à l’apprenti-couturier ; tu te tromperas de saison, de mode, de taille ; tu seras égal de l’homme des cavernes, plus solitaire, plus près de Dieu, mais plus loin des hommes. | | | | |
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| mot | | | Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui. | | | | |
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| mot | | | Le défaut d'intelligence le plus irrécupérable est l'ignorance en matière langagière. Ce qui explique beaucoup de faux pas de Platon, de Foucault, de Cioran. Et ce qui met en valeur l'éclat de St-Augustin, de Nietzsche, de Valéry. | | | | |
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| mot | | | Toute la bêtise du tournant linguistique consiste dans l’oubli de la place de la représentation : « Les mots de la langue désignent les objets réels » - Wittgenstein - « Die Wörter der Sprache benennen Gegenstände ». Les mots désignent (ou plutôt référencent) les concepts d’une représentation ; l’objet réel est le même pour tous, le concept ne l’est jamais. | | | | |
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| mot | | | La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité. | | | | |
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| st augustin | | | Non accuso verba quasi vasa lecta, sed vinum erroris, quod in eis nobis propinabatur ab ebriis doctoribus.
Ce n'est pas le mot, ce précieux récipient, que j'accuse, mais le vin de l'erreur que des docteurs ivres nous poussent à boire. | | | | |
| | mot | | | Pour les convives vigilants, l'ivresse du vin (la beauté) est dans la lecture des étiquettes, où réside la vérité (in libello veritas). | | | | |
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| goethe w. | | | Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß nichts von seiner eigenen.
Celui qui ne connaît point de langues étrangères ne connaît rien de la sienne. | | |  | |
| | mot | | | Car il se trompe sur la nature de ses propres émois, ne devine pas la mystérieuse source de beauté et de puissance du langage et ne découvre pas, que la vraie vie d'une langue est ailleurs. Posséder ou savoir ce qu'on possède, la performance ou la compétence, monogame ou polyglotte. Dans le harem des langues s'apprend le corps inimitable de la parole à caresser. | | | | |
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| flaubert g. | | | Le mot est un lointain et faible écho d'une pensée. | | | | |
| | mot | | | Tu t'es trompé de montagne : c'est la pensée vagabonde qui renvoie parfois l'écho d'un mot sonore. Celui qui est en haut garde le son, celui d'en bas - l'avalanche. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur existe en tout : en amour, en vertu, en vérité. Si le salut existe, il ne peut être qu'en la hauteur, quel que soit son milieu d'exercice. La sotériologie naïve, celle des cieux, vise une fausse hauteur, hauteur visible et calculable ; la vision de la vraie étant réservée aux yeux fermés, c'est à dire à l'âme. | | | | |
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| noblesse | | | Pour vivre dans la mesure verticale, il faut une conscience trouble et un désir de rêver. Berbérova nous induit en erreur : « Tout le monde peut vivre selon la mesure verticale, dans une paix d'âme : il suffit de remplir trois conditions – vouloir lire, vouloir penser, vouloir savoir » - « Все люди могут жить по вертикали со спокойной совестью : для этого необходимо три условия - хотеть читать, хотеть думать, хотеть знать » - et puisque ces conditions ne sont pas exclusives, il suffit de méditer sur la place de ses dîners en ville, pour garder la conscience tranquille, à la hauteur de ses lectures de journaux. | | | | |
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| noblesse | | | Le cycle vital : l'écoute stoïque de tout courant de la vie (libido sciendi), le désir de puissance artistique (libido dominandi), l'aristocratique regard, baignant dans la pitié et la honte (libido sentiendi). Nietzsche n'accomplit que la moitié du parcours, prenant trop à la lettre les substantifs, se trompant systématiquement d'adjectif et oubliant le verbe ! | | | | |
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| noblesse | | | Le malentendu avec le ballast du savoir : on se trompe de moyen de transport(s) - ce qui devrait être une montgolfière est pris pour un sous-marin. Au lieu de s'en charger pour atteindre des profondeurs sans vie, on devrait s'en délester pour se laisser entraîner vers une hauteur sans poids. « Le contenu d'une œuvre d'art est un ballast, dont se débarrasse le regard »*** - Benjamin - « Im Kunstwerk ist der Stoff ein Ballast, den die Betrachtung abwirft ». | | | | |
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| noblesse | | | La profondeur et le fiel, c'est le cloaque, où aboutissent ceux qui perdent la hauteur et le ciel. « La hauteur de l'orgueil se mesure à la profondeur du mépris » - Gide - tu te trompes de règle ! La profondeur est continue et la hauteur est en pointillé. | | | | |
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| noblesse | | | Associer à la hauteur la lumière - l'erreur, partagée même par Nietzsche (qui, en plus, associe les ténèbres - à la profondeur, qui est lumière même ! Pline l'Ancien commet la même erreur : « La profondeur des ténèbres, où tu puisses descendre vivant, donne la mesure de la hauteur, que tu puisses espérer d'atteindre »). La vocation de l'illuminé, de l'intérieur, par la hauteur, est d'émettre des ombres, faire de l'obombration de l'esprit au-dessus d'une vie consentante. « Le front chargé des ombres que tu formes, dans l’espoir d’un éclair »** - Valéry. | | | | |
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| noblesse | | | À l'origine de l'axiologie nietzschéenne se trouve cette magnifique remarque de L.Salomé : « À bonne hauteur, ardeur et froideur sont ressenties comme presque identiques »*** - « Auf richtiger Höhe, Brand und Frost fühlen sich fast identisch an ». Tenir à la hauteur, c'est vouer son regard à l'altimètre, s'éloigner des choses, de leurs baromètres (erreur de Nietzsche) et thermomètres (dénoncés par Pétrarque). | | | | |
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| noblesse | | | En hauteur, on se trompe aussi souvent que dans la platitude, sans parler de profondeur, mais, au moins, on y vise une cible noble. « Il vaut mieux garder de la hauteur même si l'on s'y trompe plus souvent, plutôt que tenir à la rassurante platitude »*** - Van Gogh. À l'origine de la bassesse se trouve la sensation de la rectitude possible, entre le dit, le fait et le vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Il faut fuir l’amphigourie des gouffres et des abîmes, comme fausses consolations, et se dire, une fois pour toutes, que toute chute aboutit à la platitude, à un désespoir irrécupérable. C’est la hauteur qui a besoin d’une vraie consolation, sous la forme d’un rêve impondérable. | | | | |
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| noblesse | | | Des Narcisse ratés, à cause de : pas assez d'azur au-dessus de leur âme ou au fond du lac ; la surface du lac troublé par l'agitation du quotidien ; une mare, prise pour un lac. | | | | |
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| noblesse | | | Une maxime doit exprimer l’élan vers l’inaccessible ; l’élan est plus près de l’immobilité des commencements que des distances parcourues. Donc, cette définition : « L’aphorisme n’est qu’un mouvement sans suite » - Musil - « Aphorismus – bloß Bewegung ohne Ergebnis » - est entièrement erronée. | | | | |
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| noblesse | | | Il est plus grave de te tromper de la hauteur de ton regard que de la profondeur de ta vue ; le premier crée le rêve, le second scrute la réalité. | | | | |
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| schiller f. | | | Hinter den großen Höhen, folgt auch der tiefe Fall.
Après la belle hauteur, t'attend la chute profonde. | | | | |
| | noblesse | | | Tu te trompes de chronologie : la hauteur est faite de chutes, un bleu de plus se fond en son azur. Les amateurs de la reptation sont prévenus : en levant leurs yeux, ils baissent leur regard. La bonne hauteur, c'est le vertige, même s'il est dû à la chute. | | | | |
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| proximité | | | Tout ce qui t'est précieux, aime-le de loin. Demande-toi pourquoi tu crois, que les horizons sont sans limites, le ciel est bleu et l'étoile amicale et compréhensive ? Ou bien, je me trompe avec Pessõa : « Voir, c'est être loin » - le délicat s'accommode à tant de distances : de zéro à l'infini, de l'intimité à la justice, de la fusion à la solitude. | | | | |
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| proximité | | | Nos trajectoires célestes se terminent par une chute terrestre, quelles que soient leurs apogées, tangentes ou destinations. Ce n'est pas la crainte des virages qui retient le contemplatif, mais le souci de ne pas perdre de vue son étoile. La droiture me tient éveillé, ductus obliquus dissipe, l'immobilité me berce et envoie des songes. Avec mon étoile placée assez loin, c'est à dire très haut, aucune onde de mes égarements ne la dévierait. | | | | |
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| proximité | | | Pour rencontrer Dieu, tout chemin est mauvais. Pour Le mettre en ma proximité, ma meilleure chance est de m'immobiliser et de m'écouter. Si je crois, que « quand on fait un pas vers Dieu, Il en fait cent vers vous » (M.Jacob), je me trompe soit de chemin soit de personnage. | | | | |
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| proximité | | | Là où toute distance est précise, la vraie proximité, qui est du pur rêve, est impossible. « L'illusion croît avec la distance ; la distance disparaît avec l'illusion » - Don-Aminado - « Расстояние увеличивает иллюзию ; иллюзия уничтожает расстояние » - croît l'illusion-erreur ; disparaît la distance-poids, pour céder à la proximité-ailes, qui ne s'appuie que sur l'illusion. | | | | |
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| proximité | | | Quand je ne demande pas assez à Dieu, Celui-ci refuse la requête et la renvoie au diable, qui aura pitié de moi. Mais en demandant trop à Dieu, je me trompe d'adresse ou de hauteur, et alors, le diable intercepte ma demande et me fait honte. | | | | |
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| proximité | | | La culture se traduit par le respect ou l'intérêt que l'on porte à l'inexistant, par exemple – à Dieu. L'inculture actuelle enterra tant de beaux rêves, en compagnie des folies, des superstitions et des errances. | | | | |
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| proximité | | | La main crée la proximité, et le regard – la distance. Deux erreurs à ne pas commettre : l'orgueil de ta main qui viserait le ciel, la familiarité de ton regard qui se profanerait dans des choses basses. L'heureuse rencontre entre la main et le regard – la caresse : le proche voué au lointain. | | | | |
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| proximité | | | Tant de définitions farfelues de ces termes ‘métaphysiques’ – Grâce et Créateur. Je dirais que la grâce est toute sortie inexpliquée de l’inertie des Lois, et le Créateur est l’auteur anonyme de nos trois hypostases : le Bien mystérieux, le Beau inutile, le Vrai universel. Mais les attribuer à Dieu : « L'âme, le cœur et l'esprit, c'est la trinité qui est dans l'unité de l'homme comme dans l'unité de Dieu » - Hugo – est un anthropomorphisme gratuit. | | | | |
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| proximité | | | Au-delà du réel – la rencontre miraculeuse entre le vrai et le beau dans la mathématique ou la superstition, se moquant du vrai et du beau, pour s’adonner au bien faussement salutaire. Au-delà du beau – la platitude du vrai et l’imposture dans le bien. Au-delà du bien – le haut culte du beau et la profondeur du vrai. | | | | |
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| bible | | | Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. | | | | |
| | proximité | | | On se trompe, lorsqu'on dit, que ce sont, respectivement, le mouvement, le but et le contenu. Il faudrait voir dans le Chemin le contenu, dans la Vérité - le mouvement, dans la Vie - le but ! En tout cas, au parcours je préfère le commencement, à la vérité – le langage, à la vie – le rêve. | | | | |
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| hugo v. | | | Nul saint : l'éternité n'a pas de voisinage. | | | | |
| | proximité | | | Même si ta mathématique est fausse, ta vision des bornes est juste : tout homme sera toujours comme la femme de Loth ou le fils de Noé - au-delà d'un point, ils se retourneront et compromettront leur convergence vers l'infini. La faute irrécupérable : croire avoir touché l'infini, tandis que, dans tout son voisinage, tu en es infiniment éloigné. | | | | |
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| russie | | | Exemple de systématique incompréhension. Les Russes donnent à l'Europe trois mots - intelligentsia, nihiliste, structuraliste. Le premier finit par refléter la place de l'abstraction dans le discours, le deuxième - la place du refus de l'ordre, le troisième - la place de l'ordre dans le chaos. Et dire que pour les Russes, le premier désignait la sensibilité, face à la souffrance d'autrui, le second - la préférence d'un ordre ascétique intérieur au désordre esthétique extérieur, le troisième - la voie spatiale des contraintes, qui suit, dans le temps, la voix des buts ! | | | | |
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| russie | | | Encore une image russe incomprise : l'homme du souterrain, dans lequel l'Européen voit un outsider, einen unbehausten Menschen, un sans-abri (seul Nietzsche comprit le vrai sens), tandis qu'il n'est qu'un composant sur quatre (avec le surhomme, les hommes et l'homme tout court) de tout homme – le sous-homme. | | | | |
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| russie | | | Le rêve russe est hors du temps ; mais puisque, ailleurs, le rêve creva depuis longtemps, aux yeux moutonniers ou robotiques, toute forme d'élucubrations ne peut s'attacher qu'à l'avenir ; d'où cette erreur : « En Russie, on ne songe qu'à l'avenir » - Steinbeck - « In Russia it is always the future that is thought of ». | | | | |
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| russie | | | Je ne suis pas le seul à être seul - consternante confusion du français entre une exception et une solitude, si facilement démêlée chez les autres : only - alone, einzig - einsam, один - одинокий. | | | | |
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| russie | | | Pour accabler quelqu'un, le Français l'accule aux causes (ac-cuser), l'Allemand s'en plaint (an-klagen), le Russe le couvre de fautes (об-винять). | | | | |
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| russie | | | Le Russe ne se soucie guère des grandes libertés civiques, il vit, gravement, des illusions sur des petites libertés sentimentales ; le Français a trop de soucis autour des petites libertés citoyennes, et il est espiègle et lucide dans les grandes libertés frivoles, mondaines ou grivoises. | | | | |
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| russie | | | L’homme de la nature, le Russe place la culture au ciel de ses rêves ; pour l’Européen, la culture s’inscrit dans le cadre de son existence quotidienne. D’où cette stupéfiante et naïve méprise des Russes : « La destruction de la culture se déroule en Russie plus lentement que dans des pays plus civilisés » - V.Arnold - « Уничтожение культуры в России идёт медленнее, чем в более цивилизованных странах ». Avoir la tête au milieu des étoiles permet de ne pas voir les cendres sous ses pieds. | | | | |
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| russie | | | Cinquante pays les plus évolués du monde commirent une faute regrettable, en cherchant à humilier la Russie (et pas tellement son dictateur mafieux, qui ignore la honte). Ils injecteront des milliards pour armer les Petits-Russiens, mais feront, peut-être, une erreur, en livrant des chars germaniques avec la même croix qu’au temps de Barbarossa – aux Tigres et Panthères succéderont les Léopards, et en réveillant le patriotisme grand-russien (succédant à l’apathie et à l’indifférence). Mais l’Occident démocratique ne connaîtra pas ce que connurent Napoléon l’Antichrist et Hitler le Teutonique. | | | | |
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| schopenhauer a. | | | Der eigentliche Fehler der Deutschen ist, daß sie, was vor ihren Füßen liegt, in den Wolken suchen.
L'erreur de l'Allemand est de chercher dans les nues ce qui se trouve sous ses pieds. | | | | |
| | russie | | | L'erreur du Russe est de chercher à donner un coup de pied à tout ce qui se trouve dans les nues. La bêtise décroît selon l'axe : la main, les yeux, le regard. Toutefois, comparez avec des sots trouvant sous leurs pieds, aux lieux de messe, les promesses des cieux. | | | | |
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| wittgenstein l. | | | Rußland : die Leidenschaft verspricht etwas. Unser Gerede dagegen ist kraftlos.
La Russie : la passion promet une force quelconque ; notre baratin n'en promet aucune. | | | | |
| | russie | | | Mais votre erreur est d'avoir imaginé, qu'on puisse tenir cette promesse, tandis qu'elle n'est belle qu'entretenue abstraitement. Tous les économistes te diront : plus on écarte les passions des affaires des hommes, mieux se porte le pouvoir d'achat et même la justice sociale. Et que si, en général, l'âme disparaît des débats, cette péripétie n'est remarquée et elle ne chagrine qu'une partie infinitésimale d'une élite délitée. | | | | |
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| solitude | | | L'art d'être heureux suit l'échelle croissante de mes renoncements à la reconnaissance : par la société, par mes pairs, par les yeux d'une femme. Ces ressources épuisées, il ne me restera que la vraie solitude : ne plus pouvoir renoncer qu'à moi-même (où je devrai faire mentir Sartre : « rien ne peut te sauver de toi-même »), ne plus avoir d'erreurs salutaires, survivant à toute vérité. L'homme du troupeau ne serait que « le désir de reconnaissance » - Hegel - « Bewegung der Anerkennung » - penses-y, si tu veux sauver ton âme : « Rien n'anéantit l'âme aussi sûrement que le désir de plaire » - Gorky - « Ничто не умерщвляет душу так быстро, как жажда нравиться людям ». | | | | |
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| solitude | | | Je me retrouve seul, aux vagues lieux de rendez-vous, et je ne sais plus si c'est la faute des montres, des reliefs ou du climat. Et je ne donne plus de rendez-vous - c'est cela, la solitude. | | | | |
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| solitude | | | Le troupeau m'atteint, avec la même probabilité, des deux côtés de l'épiderme. Sortir de moi-même, pour rejoindre Dieu, seul à seul avec Dieu ou seul avec moi-même. Celui qui compte sur un dialogue avec Dieu se trompe d'interlocuteur ou surestime ses dons d'interprète. Celui qui se résume en monologue surestime ses dons de représentateur. | | | | |
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| solitude | | | Ce n’est pas la boue des autres qui me souille, dès que je me plonge en foule, c’est la sensation et la certitude de ma propre impureté. Je dois me débarrasser de l’illusion la plus pernicieuse, qui associe la solitude à la pureté. La pureté, c’est le dépassement des choses, des actes, des pensées, des mots, de ce qui m’apporte l’intellect, pour vivre la béatitude du cœur ou la hauteur de l’âme. | | | | |
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| solitude | | | Une fois mon livre achevé, de vagues espérances se forment, inévitablement, au sujet de son accueil. Mon amour-propre n’y participe guère, il en est absent ; qu’on me comprenne, m’imagine ou m’aime – toutes ces réactions ne peuvent se fonder que sur des malentendus. Mais savoir, qu’un lecteur, refermant mon livre, se découvrit soudain une âme et se mit à mieux l’écouter, me ferait plaisir. | | | | |
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| solitude | | | On nous terrorise avec les images d’un océan de pensées ou d’une forêt de faits, dans lesquels nous sommes condamnés à nous égarer. Celui qui cultive son arbre unique, suffisamment profond, et ne se préoccupe que de sa propre source, suffisamment haute, il se moque de cette terreur grégaire. | | | | |
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| solitude | | | Les yeux fermés, ton regard te portant au firmament, tu te sens compositeur de mélodies célestes ; mais les autres n’entendent que ton interprétation grinçante et te refusent même un sou terrestre dans ton chapeau, que tu mets trop bas. | | | | |
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| gracián b. | | | Es desgracia habitual en los ineptos la de engañarse al elegir profesión, al elegir amigos y al elegir casa.
Se tromper de métier, d'amis ou de maison est l'infortune ordinaire des sots. | | | | |
| | solitude | | | Cet avertissement eut ses effets : tout gamin ne rêve désormais que de carrières commerciales, au milieu des copains, réfléchis et sédentaires. Projet, qui réussit toujours. | | | | |
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| souffrance | | | Espérance : accorder au miraculeux une place au milieu des terreurs causales, folle échappée hors du temps. Le désespoir est une pose bête : substituer des causes aux emballements. | | | | |
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| souffrance | | | Dans le dilemme du verre moitié-plein moitié-vide, l'optimisme ne consiste pas à se pencher du côté plein, mais à trouver des ressources, mystiques ou éthyliques, du côté vide, à faire un bon choix entre « la volupté du vide et le leurre du plein » - Adorno - « der Lust der Leere und der Lüge der Fülle ». | | | | |
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| souffrance | | | La volupté est l'art sublime de faire sentir la pesanteur profonde et la grâce haute, tout en restant sur la surface. Tandis que je n'arrive pas à imaginer une haute souffrance ; de même je ne peux placer la joie qu'en hauteur, jamais en profondeur. Et Nietzsche : « La volupté est plus profonde que la peine de cœur » - « Lust ist tiefer noch als Herzeleid » - a raison de rester avec une projection imaginaire plutôt qu'avec l'original réel. Ailleurs il est encore plus précis : on peut « classer les hommes d'après la profondeur, que peut atteindre leur souffrance » (« die Rangordnung, wie tief Menschen leiden können »), mais la hauteur de leurs joies les discrimine encore plus nettement. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance nous rappelle l'existence de l'absolu, de ce qui ne subit pas la servile évolution de toutes choses soumises au temps impassible. C'est grâce à elle que l'homme redécouvre ses invariants au milieu de ses facettes de plus en plus robotisées et passagères. Et Tolstoï s'y trompe : « Le monde avance grâce à ceux qui souffrent » - « Мир движется вперёд благодаря тем, кто страдает », en prenant un mouvement intérieur pour mouvement extérieur. Le vrai monde, c'est à dire le beau et le palpitant, est immobile. | | | | |
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| souffrance | | | Autant le sérieux finit par détruire tout bonheur, autant il est à conseiller face à la souffrance. La béatitude, c'est la grâce souriante ; la consolation, c'est la pesanteur ténébreuse. L'ironie protège le bonheur, mais profane la souffrance. Mais l'anti-ironie – proclamer torture ce qui n'est qu'un déplaisir – fait pire ; c'est la lourde maladresse des sceptiques. | | | | |
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| souffrance | | | L'appel de l'innocence atteint toutes les oreilles. On se met à fouiller ses recoins, pour identifier son destinataire, et l'on se trompe, en désignant l'enfance. L'innocence est le refus d'attribuer un bienfait à un quelconque mérite et l'acceptation du malheur immérité, - tout le contraire de l'enfance. | | | | |
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| souffrance | | | L'état normal, ou plutôt désirable, de l'âme est l'inquiétude ou la douleur. L'absence de ces attributs prive l'âme de son essence, mais conforte la détermination de l'esprit. Et Cioran : « Quand l'âme est malade, il est rare que le cerveau soit intact » - voit de fausses contagions. Quand l'âme est bien portante, ce n'est plus l'âme qui tentera de chanter ou de danser. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance : se rendre compte que sur le chemin vers le malheur on n'ait commis aucune erreur. Avoir suivi, scrupuleusement, l'impératif catégorique, évangélique ou kantien, cette fumeuse et naïve loi universelle, même si elle existait, - ne t'immuniserait nullement contre le mal. | | | | |
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| souffrance | | | Les larmes ne sont belles que gratuites, c'est à dire jaillissant d'un cœur, ébloui et vaincu, et non pas couronnant une raison triomphatrice. Pourtant, les yeux de mes contemporains ne sont plus reliés qu'à cette sèche raison. « On oublierait jusqu'à notre âme, si parfois nos yeux ne se mouillaient plus de larmes » - Karamzine - « Мы забыли бы душу свою, если бы из глаз наших слёзы не капали » - le plus souvent il y a méprise : la raison légèrement ébranlée étant prise pour l'âme. | | | | |
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| souffrance | | | Quand l'esprit est en feu, ou l'âme pratique un sang-froid, le chaos mental ou la détresse morale seront au rendez-vous. La beauté, ou le bonheur, naissent de « froids regards de l'esprit et d'exaspérantes observations de l'âme » - Pouchkine - « Ума холодных наблюдений и сердца горестных замет ». Heureusement, on peut compter sur la chaleur intérieure de l'âme et sur l'espérance extérieure de l'esprit, pour que l'âme ait son regard, et l'esprit – ses notes. L'esprit verra au-delà des formules, et l'âme - au-delà des notules. | | | | |
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| souffrance | | | Toute espérance a pour origine la vue des crépuscules envahissant la lumière d’une pensée, d’un sentiment, d’une action. La mauvaise espérance, c’est se persuader de l’imminence des aubes prometteuses. La bonne – quitter le temps, créer des aubes imaginaires, où l’on rêve, et y chanter la grandeur tragique des crépuscules réelles, où l’on vit. | | | | |
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| souffrance | | | Tout homme délicat associe la consolation avec la hauteur et la caresse. La douceur manquant, l’homme, dans sa hauteur fébrile, est pris de vertiges et s’effondre ; dans cette chute, il trouve souvent une fausse consolation – la pensée du suicide (Nietzsche). | | | | |
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| souffrance | | | Derrière l’espérance, telle que je la conçois, il n’y a ni paradis, ni redressement de tête, ni réparation des torts, ni aplatissement des routes – il n’y a qu’un regard, attendri, désespéré, éternel - sur le Bien irréalisable et sur la Beauté incompréhensible – regard qui va s’éteindre, mais dont les ombres de ma création veulent prolonger la bouleversante lumière du Créateur, qui m’avait accompagné dans cette vie terrible mais merveilleuse. Le Non n’exprime que ma rancune terrestre, le Oui témoigne de ma vénération céleste. | | | | |
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| souffrance | | | La vraie tragédie est que tout ce qui est grand perde de l’intensité, de la couleur ou de la reconnaissance, et non pas à cause des malveillances, des hasards ou des fautes, mais par une fatalité temporelle absolue. C’est pourquoi les mauvais tragédiens font périr très jeunes leurs héros malchanceux. | | | | |
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| souffrance | | | Mon vrai désespoir n’est pas la malveillance du sort ou la faiblesse de mes moyens, provoquant ma chute brutale, mais la lente et irrémédiable descente de ce, qui fut, dans la jeunesse de mon rêve, grand, pur, mystérieux et noble, - vers la banalité, l’extinction, l’insignifiance, la grisaille. | | | | |
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| souffrance | | | Nietzsche définit bien la tragédie : « Les regards de ma jeunesse et mes mystères les plus chers, c’est vous qui les massacrèrent »** - « Mordetet ihr doch meiner Jugend Gesichte und liebste Wunder », mais se trompe d’assassin, qui n’est ni Wagner ni Schopenhauer, mais le poids du réel. | | | | |
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| cicéron | | | Patria est ubicumque est bene.
Où l'on est bien, là est la patrie. | | | | |
| | souffrance | | | Et c'est quand on y sera mal qu'on comprendra, qu'on s'était trompé (avec Aristophane ou tel Milton : « our country is where ever we are well off » ou, mieux, Fénelon : « La patrie d'un cochon se trouve partout, où il y a du gland »). La patrie est le pays, qui veut partager ta souffrance, autant dire, que le solitaire est toujours un exilé. Ou Robinson ou un bon dramaturge : « Ubi pater sum, ibi patria » - Nietzsche. Ou un bon interprète : « La patrie n'est pas là où tu habites, mais là où tu es compris » - Morgenstern - « Nicht da ist man daheim wo man seinen Wohnsitz hat, sondern wo man verstanden wird ». Ou un bon spectateur : « où je comprends et suis compris » - Jaspers - « wo ich verstehe und verstanden werde ». Ou un bon sculpteur : « Où je me crée, là est ma patrie »** - Valéry. Ou un bon philosophe : « On est bien, là où l'on n'est pas » - proverbe russe - « Там хорошо, где нас нет ». Ou un ange, enfant du ciel, la patrie de ta voix et l'exil de ta voie. | | | | |
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| borgès j. | | | Mis instrumentos de trabajo son la humillación e la angustia.
Mes outils de travail - la honte et l'angoisse. | | |  | |
| | souffrance | | | C'est le sort de ceux qui fuient reproductions et travail d'équipe. Ceux qui travaillent à la chaîne préfèrent l'âme en paix, pour soi, ou l'esprit de terreur, pour les autres. | | | | |
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| chœur vérité | | | BIEN : L'un de ces beaux mensonges pourchassés par de grises vérités est le bien. J'ai peur qu'il ne se relèvera plus après les coups, que lui administra la démocratie, avec son culte de la responsabilité. Aujourd'hui, on ne doit son malheur qu'à sa propre erreur d'aiguillage ; plus de mains secourables dans des voies sans issue. | | | | |
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| vérité | | | L'homme de position, face à l'homme de pose : le premier clôturera sa vie, en écrivant des Retractationes ou Errata ; le second, avec chaque nouveau livre, ouvrira une vie nouvelle, animée de sacrifices de ses exploits et/ou de fidélités à ses débâcles. | | | | |
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| vérité | | | Discours et sa véracité. Deux étapes, pour l'atteindre : analyse et, si besoin est, exécution. On se plante en analyse parce que : 1. le lexique est bon, mais la syntaxe est mauvaise, 2. la syntaxe est bonne, mais des opérateurs inconnus sont invoqués. On se plante en exécution parce que : 1. des références d'objet n'aboutissent pas aux objets du modèle, 2. la proposition s'évalue à faux. Le domaine de la vérité est donc le langage : une langue plus un modèle. | | | | |
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| vérité | | | Ils appellent errance ou erreur l’inadéquation entre la pensée et l’objet ; ma bourse est vide s’évalue à faux, mais j’y verrais plutôt un heureux événement. | | | | |
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| vérité | | | J'aime mieux l'homme, qui aime soi-même plus qu'il n'aime la vérité : même s'il se trompe d'altimètre, son regard se situe en hauteur ; le pays des vérités est le plat pays, pays des platitudes. | | | | |
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| vérité | | | La vie devrait être vue comme une impossible féerie, un mensonge mélodieux, mais les hommes la réduisent à une vérité sans éclat ni musique. La musique, mieux que tout, nous égare, nous laisse hors des vérités battues, nous rend sédentaires nostalgiques d'une patrie inconnue, c'est ce que veut dire Nietzsche : « Sans la musique la vie serait une errance » - « Ohne Musik wäre das Leben ein Irrtum » (et non pas une erreur ; c'est la musique qui est l'erreur salutaire). | | | | |
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| vérité | | | Trois critères de la vérité totalement disjoints : pendant la création du modèle (le libre arbitre), dans la démonstration des requêtes du modèle (la logique), la confrontation des réponses aux requêtes avec la réalité (le sens). Postulat, preuve, adéquation. Le bon Arthur confond les deux premiers, en dénonçant l'erreur, que toute vérité repose sur une preuve (jede Wahrheit wird durch Beweise mitgetheilt, ce qui est pourtant vrai pour le deuxième critère), et en affirmant, que toute vérité s'appuie sur une vérité indémontrée (jeder Beweis bedarf einer unbewiesenen Wahrheit, ce qui n'est vrai que pour le premier critère). | | | | |
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| vérité | | | Toutes les grandes vérités furent déjà dites ; et en promettre de nouvelles, au bout d'une course, devint charlatanesque. Le seul aboutissement désirable est dorénavant l'enthousiasme initial sauvegardé, c'est à dire préservant une part salvatrice d'utopie, de mensonge. « Il y a des esprits qui vont à l'erreur par toutes les vérités ; il en est de plus heureux qui vont aux grandes vérités par toutes les erreurs » - J.Joubert - les pédants, vivant de moyens communs, et les poètes, vibrant de leurs propres images. | | | | |
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| vérité | | | Aucune chance, aujourd'hui, de traduire quoi que ce soit d'individuel en exhibant des vérités quelconques ; c'est le choix d'erreurs irrésistibles qui en donne une. | | | | |
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| vérité | | | Celui-ci ne narre que des vérités - impossible de ne pas être d'accord avec lui ; son récit n'est que cohérence et suite dans les idées - et je m'y enquiquine à mort ; cet autre est fragmentaire, on ne voit pas où il veut en venir, il se perd et me perd - et, dans sa compagnie, je me sens lucide et fraternel. | | | | |
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| vérité | | | Il est également bête de dénoncer ou de saluer un accord ou un désaccord entre la vie et l'œuvre d'un artiste : comment peut-on mettre côte-à-côte un bruit et une musique ? À moins que l'œuvre se réduise aux tableaux statiques ou cadences mécaniques. | | | | |
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| vérité | | | Il est absurde de dire, que la vérité est dans la chose (tout attribut, y compris la valeur de vérité, s'attache aux concepts et non pas aux choses réelles) ou dans l'adéquation entre le concept et la chose (une adéquation ne pouvant résulter que d'une comparaison, or le réel et sa représentation n'admettent aucune échelle de valeurs commune, ils sont incommensurables). | | | | |
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| vérité | | | Cette permanente bêtise de la gent philosophale, qui voit dans l'erreur le contraire de la vérité (surtout selon la tradition spinoziste), tandis que le seul sens acceptable de ce contraire serait incapacité de prouver, dont l'erreur n'est qu'un infime cas particulier. | | | | |
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| vérité | | | C'est étrange qu'on ne trouve pas d'autres contraires à la vérité que l'erreur ; la vérité est une valeur extra-logique, tandis que l'erreur ne peut être que syntaxique, lexicale, sémantique ou pragmatique. De vérités-erreurs, au sens populaire des termes, on peut dire qu'une vérité (erreur) peut (doit) être vraie ou fausse, selon que celui qui l'a attrapée (commise) a trébuché (s'est trompé) ou non. | | | | |
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| vérité | | | La vérité, qui ne se présenterait aujourd'hui que sous forme artistique, est prise de haut, par ce siècle arithmétique. Et dire, que jadis, présentée sous seule forme mathématique, même l'erreur étais abaissée au rang des platitudes. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de place pour le goût dans la vérité, mais le bon goût consiste à mettre les vérités à leur place. Au demeurant, celui qui y chercherait de la douceur, se tromperait beaucoup plus amèrement. | | | | |
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| vérité | | | La vérité en tant qu'adéquation (Spinoza) ou en tant que dévoilement de l'être (Heidegger), ce sont deux abus de langage, puisque l'adéquation s'établit après la démonstration de la vérité (au sein d'un langage et à partir des requêtes) et le dévoilement n'est qu'un passage vers la représentation, avant toute requête (sans requêtes et sans leurs preuves – point de vérités). | | | | |
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| vérité | | | Les faits sont des vérités premières. L'erreur première est le refus de la seconde vérité, l'inertie, l'incapacité de modifier les faits, l'inaptitude au (re)commencement, aux nouvelles apories vitales. | | | | |
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| vérité | | | Dans les meilleures têtes philosophiques, le privilège des commencements exista de tous temps, mais il s'appuyait souvent sur de mauvaises prémisses : sur l'illusion de représentations univoques (idées ou substances) ou sur celle des interprétations aussi univoques (origines ou causes premières), la vaseuse vérité leur servant de point de mire. Ces démarches sont celles des sciences et non pas de la philosophie, qui devrait se dédier à la beauté, à la liberté, au rêve, toute vérité collatérale n'y étant que métaphorique. Le vrai commencement, c'est une belle et profonde forme, tendue vers la hauteur et refusant toute étendue causale. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités, c'est la sobre assurance des sentiers battus, et la poésie – le délicieux égarement des impasses. Aucune passerelle entre les deux n'est possible ; J.Joubert : « Vous allez à la vérité par la poésie, et j'arrive à la poésie par la vérité » – se trompe de point de départ, de parcours ou de destination. | | | | |
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| vérité | | | La vérité ne présente d'intérêt que parce que les malentendus sont la règle. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qui s'exprime et s'évalue à vrai dans un langage concerne la représentation et seulement par un ricochet – la réalité. La vérité du réel est indicible, au sens propre du mot ; tout ce qui se verbalise ne touche pas au réel, en est un écart. « La vérité n'est jamais autre chose qu'une apparence qui parvient à dominer, donc une erreur » - Heidegger - « Wahrheit ist immer nur zur Herrschaft gekommene Scheinbarkeit, d.h. Irrtum » - la vérité dominante s'appelle doxa. Mais l'erreur, contrairement à ce que tu penses, avec Nietzsche, n'existe que dans les représentations et non pas dans le monde. | | | | |
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| vérité | | | Deux axes, sur lesquels on positionne la vérité : l'opposition stérile entre l'adéquation et l'erreur et l'opposition opératoire entre le succès et l'échec. Il est flagrant, que Nietzsche, tout en employant le vocabulaire de la première, suit partout les conséquences de la seconde vision. La revalorisation de l'échec en est une. | | | | |
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| vérité | | | Deux vérificateurs des constructions scientifiques ou philosophiques : les yeux, c'est à dire la rigueur et la profondeur, ou le regard – la noblesse et la hauteur. La réponse des yeux dit – vrai ou faux ; la réponse du regard – séduisant ou décevant. L'erreur des philosophes est de vouloir être jugés par les yeux, dont le verdict ne peut être que cinglant. Pas de vérité au milieu des seules notions, sans concepts ni objets. | | | | |
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| vérité | | | Opposer vérité à erreur - métier des sots ; vérité à vérité - métier des sages ; beauté à vérité - métier du poète. | | | | |
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| vérité | | | Le temps est cette pierre de touche semi-précieuse, qui finit par user les erreurs et polir les vérités. L'erreur (contrainte) est la face tournée vers le joaillier, la vérité (solution) - celle qui s'entend déjà avec l'écrin (langage). Seulement, on change plus souvent de pierre que d'écrin. Seules les vérités éternelles et les erreurs d'aujourd'hui ont à craindre le temps. | | | | |
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| vérité | | | C'est idiot que d'appeler à aimer la vérité ou à pardonner à l'erreur (Voltaire). Il faut aimer l'éveil de l'erreur, pour pardonner à la vérité ses accès de somnolence. | | | | |
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| vérité | | | Le soi inconnu m'oriente vers l'éthique, l'esthétique et la mystique ; le soi connu ne maîtrise, seul, que le vrai. « La distinction radicale entre l'être extérieur, le vrai, et le sujet intérieur, susceptible d'illusions »** - Levinas. | | | | |
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| vérité | | | Ils veulent se débarrasser des illusions, ne plus vivre dans l'erreur, et ils aboutissent à la morne vérité des machines. Et il n'y a pas de troupeau plus homogène que celui des prétendants à l'originalité. Ce qui devait, d'après le dessein divin, être une créature de rêve, devint robot, à la cervelle infaillible, ou mouton, à la digestion défaillante. | | | | |
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| vérité | | | Comment on échappe à l'ennui mécanique des oui-non : par l'absurde (apagogie syntaxique ou sémantique), par l'indécidable (Gödel !), par le paradoxal (méta-connaissances). Toutes les trois échappatoires ne sont que langagières, accessibles seulement aux maîtres des meilleurs langages. | | | | |
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| vérité | | | Tant qu'on parle de cette fumeuse adéquation des choses et de l'intellect, on peut se permettre la grandiloquence gratuite sur l'universalité de la vérité et sur le particularisme des erreurs. Quand on touche à la vérité sérieuse, celle des logiciens, on voit tout de suite, qu'elle est on ne peut plus particulière (car dépendant de la rigueur de la représentation et du langage associé, de la maîtrise de ce langage, de la rigueur interprétative – bref, tout ce qu'il y a d'individuel). C'est l'erreur qui est universelle, car il est rare qu'on soit en conformité parfaite avec les systèmes des autres, et toute non-conformité y serait jugée comme une erreur. | | | | |
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| vérité | | | Les confirmations et preuves rendent respectables les comptes rendus et les tableaux statistiques ; à la littérature elles apportent surtout de l’ennui. « Rien ne ruine si complètement une bonne littérature qu’un excès de vérités » - M.Twain - « I don’t know anything that mars good literature so completely as too much truth ». | | | | |
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| vérité | | | Les représentations d'un sot sont si décousues et superficielles, qu'il pense pouvoir s'en passer pour ne faire qu'interpréter (l'illusion, partagée par Nietzsche). Les représentations d'un savant sont si profondément câblées, que leur accès est presque imperceptible ; on les explicite à reculons. Dire que la vérité n'existe pas, car on n'aurait aucune représentation, est une sottise, entretenue par un mauvais nihilisme. | | | | |
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| vérité | | | Tant de vénérations imméritées pour la première vérité cartésienne (ego cogito), tandis que, toute vérité étant véhiculée par des phrases d'un langage, les Aïe et les Oh disputent très nettement cette primauté. Les assertions, la souffrance et l’étonnement, – avant les requêtes. En plus, celui qui affirme être res cogitans n’est souvent que res extensa. | | | | |
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| vérité | | | Le doute est géniteur du vrai, mais le fanatisme est frère du beau. Et Léonard : « Le peintre qui ne doute pas progresse peu » - « Quel pittore che non dubita, poco acquista » - confond, certainement, l’artiste avec l’ingénieur. | | | | |
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| vérité | | | L’individualisation se manifeste de deux manières : dans la représentation (les structures syntaxiques – concepts de l’ontologie, ou sémantiques - liens entre concepts) ou dans le style (attachements langagiers aux concepts ou aux liens). Ne méritent notre intérêt que les vérités et erreurs, fondées sur ces deux types d’individualisation ; collectives, elles rejoignent très vite la platitude. | | | | |
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| vérité | | | On vit une vie organique (analogique), comme tous les animaux, et une vie conceptuelle (fondée sur les représentations). Cette dernière est largement la plus présente et donc pleine de visibles contradictions (paradoxes), dues aux changement de représentations (et donc de langages). L’erreur des philosophes est d’appliquer à la vie organique les notions de vérité ou de négation qui n’y ont aucun sens. | | | | |
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| vérité | | | Le contraire de la vérité n’est pas l’erreur, mais la fausseté d’une assertion. Si j’apprends que l’affirmation – Il y a un bandit dans votre chambre est fausse, au lieu de m’effaroucher d’une erreur, je ne pourrais que m’en réjouir. | | | | |
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| vérité | | | Il arrive à tous les grands d’émettre des avis niais sur certains sujets capitaux. Une réfutation élégante peut, néanmoins, déboucher sur un avis juste mais banal. C’est ce danger qui me guette, lorsque je m’en prends aux sottises de ceux que, par ailleurs, je respecte ; en tout cas, j’évite les sujets mesquins, pour écarter davantage le piège. | | | | |
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| vérité | | | Une vérité partagée suppose un langage partagé ; donc, elle est condamnée à la platitude, à l’exclusion de toute noblesse que n’adoube que la poésie, la créatrice de langages individuels. La noblesse collective n’existe pas. La poésie est un vrai contraire de la vérité courante. Et Kierkegaard : « La vérité, c'est ce qui ennoblit » - vit tout de travers. | | | | |
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| vérité | | | Dans toute évaluation d’un discours s’affrontent le locuteur et l’entendeur, avec leurs langages (et donc leurs représentations). Si ce n’est pas le même personnage, les contradictions constatées sont dues à la différence des langages (sans qu’ils soient nécessairement défectueux) ; une adaptation mutuelle de ces langages pourrait éliminer ces contradictions. Mais si l’entendeur est le locuteur lui-même, les contradictions sont dues aux défauts de ses représentations. Un travail sur les représentations – l’ontologie, la cognitique, la linguistique. Rien à voir avec la fumisterie hégélienne : « La contradiction est l’élévation de la raison au-dessus des contraintes de l’entendement » - « Der Widerspruch ist das Erheben der Vernunft über die Beschränkungen des Verstandes ». Il n’y a pas de dimension verticale dans le travail sur les représentations. | | | | |
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| bacon f. | | | No pleasure is comparable to standing upon the vantage ground of truth and to see the errors and tempests, in the vale below.
Ce plaisir incomparable, rester sur un roc imprenable de la vérité et voir les erreurs et tempêtes dans la vallée, sous ses pieds. | | |    | |
| | vérité | | | En levant la tête, tu découvrirais peut-être, qu'un autre plaisir, beaucoup plus ironique, anime celui qui, même au milieu des ruines du beau, t'observe et s'en moque. Platon fut meilleur géologue de la vérité : « La poésie, ce volatile, se nourrit dans la plaine de la vérité et allège l'âme », tout en ignorant qu'aux cimes du beau et dans les gouffres du bon, les nourritures donnent à l'âme - des ailes. | | | | |
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| pascal b. | | | L'erreur n'est pas le contraire de la vérité. Elle est l'oubli de la vérité contraire. | | |    | |
| | vérité | | | Pour oublier, il faut avoir retenu. L'erreur est de trop retenir. La vérité est de ne pas y tenir. « La science la plus indispensable est celle de l'oubli de l'inutile »* - Diogène Laërce. La seule négation opératoire de la vérité est la non-démontrabilité, et G.Braque se montre excellent logicien : « La vérité n'a pas de contraire ». | | | | |
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| diderot d. | | | Un homme montre quelquefois plus de génie dans son erreur qu'un autre dans la découverte d'une vérité. | | | | |
| | vérité | | | C'est la cible qui quelquefois ennoblit le trait. Viser une haute vérité et la rater ou cribler un bas mensonge ? | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Es ist so gewiß als wunderbar, daß Wahrheit und Irrtum aus einer Quelle entstehen ; deswegen man oft dem Irrtum nicht schaden darf, weil man zugleich der Wahrheit schadet.
C'est banal et merveilleux, mais la vérité et l'erreur coulent d'une même source ; c'est pourquoi, souvent, on ne peut pas nuire à l'erreur, sans nuire, en même temps, à la vérité. | | |  | |
| | vérité | | | Cette source s'appelle langage (et non pas sagesses immortelles quelconques), et en me tenant à la routine du verbe, dans des eaux croupissantes, je ne ferais que maintenir en vie des vérités cadavériques. Plus profondément je trouble la source, plus haut sera l'envol de ce qui cesse d'être une erreur, pour créer de nouvelles vérités, auprès d'une nouvelle source. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Schädliche Wahrheit, ich ziehe sie dem nützlichen Irrthum vor. Wahrheit heilet den Schmerz, den sie in uns erregt.
Une vérité nocive ? - je la préfère à une erreur utile. Une vérité guérit la douleur qu'elle provoque. | | |  | |
| | vérité | | | Une erreur de rêve l'entretient ! Vivre sans douleur - le premier but des mornes chercheurs de vérités. La vie est faite d'aspérités et d'effervescences, plus souvent inventées que véridiques. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Das Wahre ist gottähnlich ; es erscheint nicht unmittelbar.
La vérité est comme Dieu : elle ne se montre pas à visage découvert. | | | | |
| | vérité | | | L'homme démasqua ses manigances et s'inventa quelques criardes Apparitions des vérités premières, coulées en lettres de bronze et dépourvues d'esprit. Le vrai, il a bien nos yeux, mais il n'a toutefois pas notre visage. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Der Irrtum wiederholt sich immerfort in der Tat, deshalb muß man das Wahre unermüdlich in Worten wiederholen.
L'erreur se répète, immanquablement, dans l'acte. C'est pourquoi on doit répéter, inlassablement, le vrai en paroles. | | | | |
| | vérité | | | L'erreur se glisse aussi aisément dans la parole. Mais, contrairement aux paroles, bon nombre d'actes sont irréversibles. Toute parole est réfutable ou falsifiable, et c'est là son côté créateur. Le solécisme est stérile puisque irréfutable. | | | | |
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| schopenhauer a. | | | Optimismus ist ein Grundirrtum, der aller Wahrheit den Weg vertritt.
L'optimisme est une erreur fondamentale, qui barre le chemin à toute vérité. | | | | |
| | vérité | | | Le pessimisme a beau jeu de le présenter grand ouvert, mais au bout, c'est toujours la même surprise - un mirage. L'optimisme garantit une arrivée pessimiste, le pessimisme peut rendre le parcours optimiste. Affaire d'un héroïque effort de volonté ou de représentation. « L'optimisme est volonté, alors que le pessimisme est connaissance claire » - Bachelard. | | | | |
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| stendhal | | | Tout malheur ne vient que d'erreurs et tout bonheur nous est procuré par la vérité. | | | | |
| | vérité | | | C'est la hauteur des vagues provoquées par des erreurs ou vérités, qui entretient nos malheurs ou nos bonheurs. L'état normal du réel est la platitude menant aux rivages, celui de l'imaginaire - la tempête, heureuse promesse de naufrages. | | | | |
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| wilde o. | | | A truth ceases to be true when more than one person believes in it.
Une vérité cesse d'être vraie dès que plus d'une personne y croit. | | | | |
| | vérité | | | L'erreur, elle, se pique d'être vraie, dès qu'une multitude y adhère. | | | | |
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| shaw b. | | | The only truth is paradox.
Le paradoxe est la seule vérité. | | | | |
| | vérité | | | Car l'erreur, c'est l'oubli de la vérité contraire, que le paradoxe sauve. Le croisement heureux s'appellera chiasme, cette vérité des philosophes. | | | | |
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| tagore r. | | | Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors. | | |   | |
| | vérité | | | Les erreurs se reçoivent comme invités d'honneur et sont congédiées comme voleurs. Les vérités - tout le contraire ! | | | | |
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| cocteau j. | | | Le poète est un mensonge, qui dit toujours la vérité. | | |  | |
| | vérité | | | « La poésie est la conscience de sa vérité » - Mandelstam - « Поэзия есть сознание своей правоты ». Le poète a toujours raison ( J.Ferrat), ou il a des raisons, que les autres ignorent. « Tout mon pas est mensonge, mais c'est la vérité qui me met en marche »** - Dostoïevsky - « Пусть это лжи, но движет нас правда ». L'art est invention de nouvelles grammaires ; pour qui l'ignore, la nouvelle poésie est une erreur ; pour qui s'en enivre, la vérité est adhésion. Ex vero quod licet ; ex falso quod libet ! Le poète falsifie le mensonge avec tant de liberté et d'autorité, qu'on y adhère. Avoir une conscience de poète, « s'élevant forcenément dans le Rêve, proclamant devant le Rien, qui est la vérité, ses glorieux mensonges » - Mallarmé. Un beau mensonge est une vérité enivrante, un mentir-vrai (Aragon), me mettant en danse, en transe : « Si la vérité ne vous enivre pas, n'en parlez point » - J.Green. Aristote fut le premier à préférer une vérité prosaïque à l'amitié d'un poète - l'une des premières goujateries des raisonneurs. | | | | |
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