| introduction action | | | ACTION : Jadis, l'action servait à l'homme ayant quelque chose à cacher ; elle s'auréolait des intentions vagues, gratuites ou inavouables. Aujourd'hui, agir, c'est exécuter un morceau d'algorithme, qui résume toute une vie traduite en calculs. L'initiative, les interruptions, ne sont plus qu'illusions d'optique ; toute brisure, toute réfraction, étant efficacement modulées par une conscience, toujours égale, ou par la machine socio-économique, machine, qui façonne désormais le contenu des gestes de l'homme. | | | | |
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| chœur action | | | BIEN : On n'est pas perdu pour le bien, tant qu'on a la conscience en éveil. L'action crée une telle illusion de notre droit au sommeil des justes, que seul un rêve cauchemardesque nous rend aux frissons de la position couchée. Le bien ne naît que la nuit, quand le rouge au front, les bleus de l'âme et le gris du geste se confondent en une bigarrure inextricable et pudique. | | | | |
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| action | | | Le stratagème d'aboulique : fouiller dans les significations du problème au lieu d'en tâter la solution. Le stratagème de radoteur : renversé par un juste problème, se réfugier dans un faux mystère. « On met son honneur non pas dans l'inaction, mais dans le mystère »* - Shakespeare - « Their best conscience is not to leave't undone, but keep't unknown ». | | | | |
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| action | | | Les actions sont des effets, dont les mots sont des causes. L'attitude à rechercher : cause gagnée, effets perdus. Pour défendre une bonne cause suffit la conscience ; pour une mauvaise suffit la science ; réunir les deux pour chanter ou pleurer les effets. | | | | |
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| action | | | Nous commençons par prendre l'action pour but, mais notre science nous apprend, que le savoir s'y prête mieux. Nous tentons de voir en elle une source, mais notre prescience nous convainc, que l'intuition y suffit. Et notre conscience finit par lui reconnaître le statut de contrainte formelle, que nous surmontons, sans toucher aux origines et fins. On se borne, sans se limiter (Fichte). | | | | |
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| action | | | Le sentiment a sa dynamique interne, pour arrêter le temps, se fondre dans l'être, et son énergie externe, pour mettre en mouvement l'espace, se diluer dans le devenir. Compatibles, mais non interchangeables. Sauf peut-être pour les robots : « Ce qui existe dans la conscience sous forme de sentiment peut se transformer en un équivalent de mouvement mécanique » - H.Spencer - « what exists in consciousness under the form of feeling is transformable into an equivalent of mechanical motion ». | | | | |
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| action | | | La conscience tranquille est possible, tant que mon action se déroule face à autrui ; mais quand j'agis face à Dieu, je suis condamné à la plainte de David : « contre Toi, et Toi seul, j'ai péché ». | | | | |
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| action | | | On peut voir dans l'action le déclenchement d'un événement (conclusion d'un syllogisme pratique aristotélicien), ce qui introduira la dimension temporelle (contrairement aux syllogismes théoriques), l'événement exigeant un temps x pour être pris en compte, et conduira à l'existence de deux univers de faits, aux moments t0 et t0 + x. Même cette pseudo-logique justifie le malaise entre les prémisses morales et les conclusions factuelles. Mieux on raisonne, plus nettement monte de l'action (devant la conscience) - le mal. | | | | |
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| action | | | Le mal n'est pas dans le contenu de mes actes, mais dans la nature de l'écho qu'en reçoit mon âme ; cet écho sonne honte ou remords plus souvent que bonne conscience. Les mouvements du vouloir (les passions, le goût, la noblesse) et du faire (le progrès, l'intelligence, le courage) ne croisent pas l'axe du bien sous le même angle. Toute bien-veillance a dans son voisinage une mal-faisance. | | | | |
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| action | | | Le cycle complet, c'est : agir, rugir, rougir, mais peu de gens, les veinards, parviennent au troisième stade et, ainsi, gardent une bonne conscience. Toute action blesse quelque chose ou quelqu'un : « La victimisation endeuille la gloire de l'action » - Ricœur. | | | | |
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| action | | | Placer son idéal si haut, qu'il devienne inatteignable, - une inconscience heureuse, et que Hegel traite de conscience malheureuse. | | | | |
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| action | | | On communique avec le bien par deux canaux : par l'action, qui cherche à nous procurer une paix d'âme, ou par la conscience, dans les deux acceptions du terme : la conscience intellectuelle, qui vénère la source mystérieuse du bien et constate l'impossibilité de la faire couler jusque dans nos mains, et la conscience morale, qui nous laisse dans l'inquiétude et la honte. | | | | |
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| action | | | Les hommes à conscience éveillée furent jadis, en même temps, parmi les plus actifs et entreprenants. Aujourd'hui, l'humanité se divise nettement en coupables et en capables, presque sans intersection. | | | | |
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| action | | | Le seul moyen, aujourd'hui, de sauver l'homme serait de le rendre faible. Toute force, vécue comme une ivresse, désormais, mène vers une bonne conscience et, donc, est source d'ignominies. À leur ébriété lucide de repus de la manne monétaire, je préfère une ivresse éperdue des assoiffés près d'une bonne fontaine. Les orgueilleux se prennent pour Alexandre le Grand : « ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, me nourrit » - sans prendre ses risques, ou pour des matadors des arènes minables : « lo que no mata, engorda » - proverbe espagnol - « ce qui ne tue pas alimente ». | | | | |
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| action | | | La nature de tes contraintes me renseigne mieux sur ta proximité avec le bien, que l'application laborieuse de règles fussent-elles dictées par les principes en bronze. L'impératif catégorique est une misérable caricature, à côté de l'impératif hypothétique, noble et humble. On est bon par ce qu'on s'interdit de faire et non pas par ce qu'on fait. Aristote, Thomas d'Aquin et Kant nous diront, que les contraintes ne sont que des accidents et ne font pas partie de l'essence des actes, et la question est réglée – on sait comment gagner une bonne conscience. | | | | |
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| action | | | Ce que les hommes font, est de plus en plus inattaquable. Ce qu'ils pensent et ce qu'ils sentent est de plus en plus morbide. Mécanique des gestes, mécanique des cœurs. La synthèse : le vivant plaqué sur du mécanique (l'analyse de Bergson voyait le contraire). Et c'est précisément ce caractère mécanique qui accorde les actes et les pensées et qui est à l'origine du fléau de ce siècle - le pullulement des consciences tranquilles. « Votre esprit est emprisonné dans votre bonne conscience »*** - Nietzsche - « Ihr Geist ist eingefangen in ihr gutes Gewissen ». La recta ratio et la recta conscientia vont rarement de pair, quoiqu'en pense Cicéron. | | | | |
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| action | | | La conscience ne me dit ni ce que je dois penser ni ce que je dois faire, elle me convainc, par son trouble, son exaltation et son angoisse, qu'il existent, en moi, des voix, intraduisibles ni en mots ni en actes, et dont mon cœur est le témoin et mon esprit – le juge. | | | | |
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| action | | | Depuis que « l'acte ne colle pas à l'homme » - Upanishad - on inventa une colle universelle, l'argent, et on perdit le dissolvant, la bonne mauvaise conscience. | | | | |
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| action | | | Tout homme, doué de conscience dans les deux sens de ce mot, arrive à trouver de l'indignité dans toute action ; si, en plus, l'homme est bête, il se met à chercher à l'action une source ou un ressort, sous forme d'une idée indigne ; c'est ce que fait, maladroitement, Dostoïevsky, chez qui des idées loufoques et superficielles accompagnent des états d'âme tout à fait véridiques et profonds, et surtout, présentés d'une grande hauteur de vue ; c'est pourquoi Dostoïevsky est sage, sans être intelligent. | | | | |
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| action | | | Le motif de mon action peut être pragmatique, éthique ou mystique, pour tester ma compétence, ma probité ou ma noblesse – ma science, ma conscience ou ma liberté. | | | | |
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| action | | | Tout réveil de la conscience commence par nos sens, dont les signaux sont captés, tout d’abord, par l’âme et non pas par l’esprit, avec ses pensées ou ses actes (du mouton cartésien au robot hégélien). Schelling résume cette funeste bassesse mécanique : « Le seul concept immédiat est celui de l’activité » - « Das Handeln ist der einzige unmittelbare Begriff ». | | | | |
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| introduction bien | | | BIEN : Devant les assauts méthodiques de la machine, le Bien, avec le beau et le mystère, fait partie des derniers bastions. On ne peut plus, hélas, claironner en les déclarant inexpugnables ou imprenables. Un travail de sape introduit dans nos châteaux assiégés des hérauts de charité proclamant la conscience en paix, des mercenaires de la joliesse dressant des étendards mercantiles, des messagers pseudo-mystérieux porteurs d'images cryptiques à usage mécanique. | | | | |
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| chœur bien | | | PROXIMITÉ DIVINE : Le synonyme du Bien est la honte. C'est en rougissant aux mêmes lieux ou instants que je reconnais mon proche. Aux hommes à bonne conscience, au front plissé et au cœur en bronze, la proximité est question de topologie monétaire et tribale. Plus l'étranger m'est proche, plus proche je suis du Bien. En me reconnaissant dans les lépreux, je me rapproche de la santé. | | | | |
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| bien | | | L'explication de la paix d'âme du salaud d'aujourd'hui : contrairement aux époques précédentes, il ne voit plus les bleus, plaies et bosses de ses victimes. Le bâton pesait sur la conscience beaucoup plus que le papier et les cartes de crédit. « La conscience tranquille nuit à la santé de l'âme »* (Euripide) et finit par l'étouffer. Et sans l'âme, c'est à dire sans conscience, ils vivent en torpeur, sans connaître la honte : « Les blessures de la conscience ne se cicatrisent jamais » - Publilius - « Cicatrix conscientiae pro vulnere est ». | | | | |
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| bien | | | Le double miracle, éthique et esthétique, de la conscience : le Bien inexprimable et l'Intelligence qui s'exprime. | | | | |
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| bien | | | Ma mauvaise conscience ne vient pas d'une méchanceté commise, provoquant des regrets et me plongeant dans un repentir. Elle vient plus souvent du Bien qui m'habite, de mes bons motifs, de mon action anodine et, finalement, d'une cuisante sensation d'un gouffre entre la musique de mon Bien et le mutisme de mes actes. | | | | |
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| bien | | | L'effroi, le jour où je me dirai : il ne reste plus un SEUL beau livre, que je n'aurais pas encore lu ; et la conscience, jusqu'à présent étouffée par la bonne lecture, qui se remettra à me tarauder de plus belle. « De bons livres plus une conscience en paix, voilà la vie idéale » - Twain - « Good books and sleepy conscience : this is the ideal life ». | | | | |
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| bien | | | Au-dessus du Bien et de la liberté de le choisir (« Dieu n'a point fait l'homme droit, mais capable d'être droit » - St-Augustin - « nec Deus fecerit rectum hominem ; sed qui rectus posset esse ») est la miraculeuse faculté d'y prêter attention, faculté, qui s'appelle conscience. | | | | |
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| bien | | | Sur la balance du Bien et du mal, la conscience est son point d'appui ; plus elle tend vers le Bien, plus d'effet prend le levier du mal et plus chargée doit être l'extrémité du Bien, pour espérer un équilibre. | | | | |
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| bien | | | La vision la plus bête - et la plus répandue ! - du problème du Mal : il y aurait deux antagonistes, Dieu et Satan, qui, dans notre cœur, se livreraient à une lutte (c'est une mélecture de Dostoïevsky) ; je me trompe ou je me laisse séduire par Satan, et voilà que j'œuvre pour lui. Dieu peut se passer de Satan et de luttes ; Il crée notre conscience et nous laisse libres. | | | | |
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| bien | | | La honte précède toute prise de décision (hypo-crisie !) et se mue, à la fin, en conscience trouble, chez l'homme libre et conscient, ou en bonne conscience - chez l'esclave insensible. « La honte est un mouvement de sens opposé à la conscience » - Levinas - conscience psychique ? conscience morale ? C'est la conscience interne, et non pas le fait externe, qui reflète et incarne - je dirais même - crée ! - le Mal. | | | | |
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| bien | | | Aucune lumière n'éclaire le problème du mal ; on ne peut en mesurer l'ampleur incontournable qu'à l'ombre de ta honte ; n'écoute pas Confucius : « La conscience est la lumière de l'intelligence, pour distinguer le Bien du mal » - la bonne conscience n'est faite que d'ombres ! | | | | |
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| bien | | | Tant que j'habite la réalité, c'est à dire l'action, la mauvaise conscience me suit ; on ne peut la calmer qu'en plongeant dans le rêve : « Je sais que je suis enchanté ; cela suffit, pour garder ma conscience en paix » - Cervantès - « Yo sé que voy encantado, y esto me basta para la seguridad de mi conciencia ». | | | | |
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| bien | | | Le premier calmant des troubles de la conscience est l'action, avec ses illusions sur le droit (consistant en connaissance des lois et des codes) et la puissance (se réduisant de plus en plus à l'appui sur un bouton). « Que nos bras forts soient notre conscience »** - Shakespeare - « Our strong arms be our conscience » - la cécité des muscles se compléta par la surdité des cœurs et le mutisme des âmes. | | | | |
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| bien | | | La mauvaise conscience est une excellente conscience ! C'est celle qui s'élève en nous, pour nous accuser, même sans citer de faits. Ce qu'ils appellent bonne conscience est, en fait, une très mauvaise conscience, car elle les prive de toute honte. « Conscience en paix - meilleur oreiller » - proverbe allemand - « Ein gutes Gewissen ist das beste Ruhekissen ». | | | | |
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| bien | | | Dieu plaça en nous un ver du remords et de la honte. Toute la modernité s'efforça de nous en débarrasser, en envahissant nos oreilles de bruits rassurants et endormants. Mais « la bonne conscience est une invention du démon »** - A.Schweitzer. Toute la philosophie de l'Antiquité fut au service du Malin, tandis que « le philosophe doit être la mauvaise conscience de son temps » - Nietzsche - « der Philosoph hat das schlechte Gewissen seiner Zeit zu sein ». Tant que le bon droit n'est qu'écrit, son encre se substitue au sang. Le sang ne charrie que le remords. La bonne conscience est une question de circulation. | | | | |
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| bien | | | Il n'y a que deux espèces qui, face au problème du Mal, gardent une conscience tranquille : les moutons, puisqu'ils vivent dans l'action, et celle-ci, étant collective, n'interpelle pas leur âme individuelle, et les robots, puisqu'ils évoluent selon des algorithmes et ceux-ci, étant infaillibles, n'imaginent plus de bugs spirituels. Le muscle et la cervelle, livrés à eux-mêmes, - deux ennemis du Bien. | | | | |
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| bien | | | Le Bien, aujourd'hui, n'est évalué qu'à l'échelle économique ; la plus-value évinça la valeur ; tout activisme cérébral devint préférable à la générosité du cœur ; toutes les crapules disent que « le Mal agissant vaut mieux qu'un Bien passif » - W.Blake - « Active Evil is better than passive Good ». Le Bien, agissant et sûr de son fait, ne peut être qu'un mal. Obnubilé, comme tous les autres, par l'action, vous ne risquez pas d'en avoir la berlue. Et votre idole, l'équanimité du bonze, est honnie par le Bien, porteur d'une conscience trouble. | | | | |
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| bien | | | La liberté, dans les affaires de l'amour ou du Bien, ne sert à rien ; dans les deux cas on subit un profond esclavage, qui nous fait rêver de hauteur ; dans l'amour, on devient regard, pour voir dans l'objet adoré toute la beauté du monde, et dans le Bien, on devient ouïe, pour écouter sa conscience silencieuse et désorientée. | | | | |
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| bien | | | Ils cherchent la consolation dans la banalisation ou la conceptualisation du mal, tandis qu'elle est dans la conscience de la grandeur d'un Bien inarticulable ou d'un beau bien articulé. | | | | |
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| bien | | | La paix d'âme devint une épidémie, tempérée par l'indignation réglementaire. La résignation et la honte quittèrent les hommes d'aplomb et sans péché. Tous les écrivains prient sur la science, aucun n'interpelle les consciences. « Les bons écrivains sont les remords de l'humanité » - Feuerbach - « Die echten Schriftsteller sind Gewissensbisse der Menschheit ». La bonne écriture part de l'aveu honteux, que nos rêves ne se laissent reproduire ni en un geste ni en un acte ni même en un mot, qui est cependant leur ultime chance. La mauvaise littérature se dévoue à l'enterrement du rêve et à la proclamation des droits de l'acte. | | | | |
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| bien | | | L'homme habite deux demeures, la bestiale et l'angélique ; et le Mal le plus sournois te guette non pas dans la première, celle de la violence, mais dans la seconde, celle de la droiture et de la bonne conscience. Le mal est toujours extérieur, là où s'exercent ton intelligence et ton muscle, mais le sens du mal naît d'un besoin de pureté intérieure. | | | | |
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| bien | | | Jadis, la honte visitait tous les puissants, et ils s'en débarrassaient à coups d'aumône à quelques artistes ou laboureurs de passage. Aujourd'hui, la conscience tranquille s'achète gratis ; il suffit de ne pas contrevenir aux Codes fiscal et pénal, pour se considérer homme de bien ; sans être bons, ils font le Bien, en payant, honnêtement, leurs impôts. « Il est impossible d'être, en même temps, riche et bon » - Platon. | | | | |
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| bien | | | Dans notre goût du beau, on sent une chiquenaude divine, mais le Bien intraduisible ne témoigne que de Son souffle. « La conscience est la présence de Dieu dans l'homme »** - Swedenborg. Cette parousie intérieure troublante s'accommode bien avec une apostasie extérieure calmante. Dieu s'absentant de temps à autre, les hommes en profitent, pour peupler leurs doutes avec une idole sachant illuminer, d'une pâle lumière, les plus ténébreuses et crépusculaires de leurs impétuosités. | | | | |
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| bien | | | Aujourd'hui, la valeur des personnes se calcule en surface. La même platitude mesure la science sans conscience et l'ignorance avec arrogance, en absence des âmes hautes et de hontes profondes. « La profondeur de ta honte détermine la hauteur de ta personne »* - Iskander - « Глубина стыда определяет высоту человеческой личности ». | | | | |
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| bien | | | L'incertitude morale étant rivée à nos actes, il est plus honnête de faire de notre conscience un compagnon d'infortune, plutôt qu'une pure inspiratrice. « Il a fait de sa conscience non pas guide mais complice » - Disraeli - « He made his conscience not his guide but his accomplice ». C'est un signe de grande sagesse ! Nous sommes, solidairement, ce qu'est pour nous notre conscience ; nous faisons avec elle équipe, team, Mannschaft, selección, squadra, commando. On se prend pour guide, quand elle est chef, duce, Führer, caudillo, vojd, leader, conducator, timonier… La meilleure place, pour toi et pour ta conscience, est le banc des accusés. | | | | |
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| bien | | | Les mots, bizarrement et peut-être hypocritement, affermissent la vertu plus que ne l'amoindrissent les actions. Contre le viol de mon âme, par ce maraudeur d'acte, il n'existe pas de contraceptif ; et je serai obligé de porter à terme cet avorton de mauvaise conscience et de le garder ma vie durant. En se mettant à concevoir in vitro, l'âme perd sa virginité. | | | | |
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| bien | | | L’état de ma conscience, état et naturel et culturel, doit être trouble, plein de mélancolies, de regrets, de résignations, de hontes. C’est pourquoi leurs fichues vertus, censées, par définition, apporter une conscience tranquille, ne m’inspirent ni envie ni sympathie. | | | | |
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| bien | | | Paradoxalement, le Bien inabouti est une des plus riches sources de consolation pour une âme ou une conscience trouble : « Consolation surnaturelle des bons mouvements avortés »* - Jankelevitch. | | | | |
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| bien | | | Écouter la voix autoritaire de sa conscience ou son silence perplexe ? Ce qui vaut pour l'action vaut, curieusement, pour la réflexion. | | | | |
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| bien | | | Ils sont tellement habitués à voir dans un discours soit une démonstration soit une invitation à agir, qu'ils l'opposent au silence, qui serait le seul support du Bien : « La conscience parle sur le mode angoissant du silence » - Heidegger - « Das Gewissen spricht im unheimlichen Modus des Schweigens » - à moins qu'on y vise la honte ou la pitié, qui sont parmi nos sentiments les plus irrésistibles et silencieux. | | | | |
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| bien | | | Les hommes libres se débarrassèrent de la honte, considérée comme une forme d'esclavage. Plus ma conscience est tranquille, plus esclave je suis de mes actes, mais l'homme vraiment libre en porte sur lui, en permanence, la honte. | | | | |
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| bien | | | Le soi connu forme une conscience du monde, fondée sur l'esprit ; le soi inconnu forme une conscience du monde, fondée sur l'âme. Le rêve est cette conscience du réel, détachée de nos bras et de nos pensées, et tournée vers le Bien et le beau irresponsables. Mais « la conscience du rêve est la négation du rêve » - Jankelevitch – si cette conscience nage dans le vrai affairé, au lieu du bon ou du beau immobiles. | | | | |
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| bien | | | En l'absence des lois précises, tes actions se soumettaient au jugement soit de ta propre liberté, soit des caprices du prince, du prêtre ou du notable ; la conscience avait, tout le temps, de bonnes raisons de rester trouble ; chacun se sentait pêcheur. Avec la mise en œuvre des normes, le sentiment du péché, inhérent à toute action, disparut, les consciences se calmèrent, d'où une lecture ironique et paradoxale de ce mot de Confucius : « Rares sont ceux qui pêchent par discipline ». | | | | |
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| bien | | | Immortel, éternel – impossible d'employer ces mots au sérieux. En tant que métaphores, ils pourraient s'appliquer à ce qui, indubitablement, se loge dans notre conscience, tout en restant intraduisible dans un langage rationnel, celui des actes, des pensées, des lois. Le vrai trouve une matérialisation évidente dans le savoir, le beau se transmue dans une création artistique, mais le Bien reste la seule certitude n'admettant aucun transfert vers le temporel. | | | | |
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| bien | | | Le sens de la vie : garder, à l'esprit et dans l'âme, la conscience de cette flamme divine, au fond de ton soi inconnu, flamme inextinguible qui s'appelle le Bien, et créer, par ton soi connu, deux traductions de ce message originaire cryptique : l'esprit formant des discours vrais, l'âme forgeant ou se délectant des belles images ; ces traductions sont la connaissance et le rêve. | | | | |
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| bien | | | Pour se livrer, conscience en paix, au mal, ils se sentent obligés de pratiquer le bien expiatoire ; ce qui prouve l'origine divine du sens du Bien ! Surtout aujourd'hui, où le mal ressemble irrésistiblement au bien d'antan. Le remords d'un rapace est presque aussi beau que le vice d'une colombe. | | | | |
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| bien | | | La honte est la meilleure conscience, comme nous le dicte la nature ; la reconnaissance est la meilleure connaissance, comme nous l'apprend la culture. Peut-être on peut même pousser jusqu'à en faire un cercle : « La honte est, par nature, reconnaissance » - Sartre. | | | | |
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| bien | | | Non seulement l'homme est innocent originairement (Rousseau), mais il l'est toujours, tant qu'il reste en compagnie de son cœur, sans confier son innocence aux bras. Le Bien est l'innocence du sentiment non traduit en actes ; la mal est le rapprochement entre le sentiment et l'acte. Chez l'homme de caverne, l'acte fut personnel, d'où la persistance de sa honte. Chez l'homme moderne, tout acte est social, d'où sa conscience tranquille. | | | | |
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| bien | | | Ils sont tellement habitués à se laver les mains, qu'ils oublient d'avoir une sale conscience. | | | | |
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| bien | | | L'intellectuel doit réunir un goût d'esthète, une conscience de moraliste, une rigueur de scientifique. Il est philosophe, s'il met le Bien au-dessus du beau et du vrai. Il est poète, s'il peut tout sacrifier au beau. Il est rat de bibliothèques, si son vrai s'érige en juge unique du bon et du beau. Il est bête, si, dans un discours concret, il n'établit pas la hiérarchie applicable de ses trois hypostases. | | | | |
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| bien | | | L'âme est pleine de flèches et de vecteurs, pour mes goûts, mes élans, mes préjugés ; mais le cœur n'a que quelques points indéfinis, témoins d'un Bien immatériel, intraduisible ; à la hauteur d'âme et à la profondeur de cœur, l'esprit apporte des horizons des idées et des actes. « La conscience est la ligne droite, la vie est le tourbillon » - Hugo. Dans la conscience, le Français voit l'esprit, l'Allemand – le cœur, le Russe – l'âme. Tous les tourbillons, aujourd'hui, se calmèrent dans une platitude. | | | | |
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| bien | | | L'étroitesse de la gamme du doute explique la prolifération des consciences tranquilles. Le soi connu, le terrestre, se calme en s'interrogeant : mes réalisations, m'approchent-elles de mes ambitions ? Le soi inconnu, le céleste, est déchiré par le dilemme : suis-je un dieu ou une canaille ? | | | | |
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| bien | | | Ma gentillesse, ma probité, ma compétence – je me mets à les décrire, en toute authenticité, sans dissimulation aucune, et la sottise de cette opération m'inonde de honte. Non seulement ma conscience découvre des failles morales dans ces vertus empiriques, mais, ce qui s'avère décisif, ma plume trouve des qualités paradoxales dans les valeurs contraires. C'est ainsi que naît la volonté de puissance : l'approfondissement de l'éthique et l'élévation de l'esthétique. | | | | |
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| bien | | | Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le Bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire, que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n’est qu’un appel inarticulable, excitant notre cœur, il n’est ni incitation à l’acte ni question à la conscience ; le Mal n’est pas seulement la surdité, face à cet appel, mais aussi des tentatives dogmatiques de répondre, par un geste éthique ou pragmatique, à des questions faussement claires du pseudo-Bien. | | | | |
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| bien | | | L’appel du Bien oriente le choix, mais le choix n’est jamais le Bien. Le choix caressera ma dignité, calmera ma conscience, flattera ma fierté, mais il ne sera jamais ni porte-parole ni porte-acte du Bien. Le Bien est la lumière invisible qui n’admet aucune ombre visible. | | | | |
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| bien | | | Le Bien n’est ni moyen, ni voie, ni but ; il est une étincelle, un appel illisible, troublant ma conscience, rendant humble mon esprit, et pudique – mon âme. | | | | |
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| bien | | | Il n’y a que quatre genres d’action, témoignant, respectivement, de la routine (moutonnière ou robotique), de la bêtise (conscience tranquille), de la liberté (humilité consciente), de la férocité (culte de la force, cynisme). La liberté signifierait ici la présence de sacrifices ou de fidélités, dans les motivations, et la bêtise – leur absence, la poursuite de ses intérêts rationnels. En tout cas, le mal est présent dans toutes formes d’action, et le salut (l’innocence) n’est accessible que sola fide. « Un sacrifice de ses intérêts est le besoin d'une âme noble »*** - N.Chamfort. | | | | |
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| bien | | | La liberté banale se manifeste dans tous nos actes, pensées, résolutions ; mais la liberté la plus noble et la plus mystérieuse consiste, en toute conscience, à s’opposer à la raison. Et je sais, que notre sage siècle pense, que ne sont libres que ceux qui « se font guider par la raison » - Spinoza - « sola ducitur ratione ». Toutefois, traitée par l’ironie, cette sentence peut devenir juste. Qui est exclu de cette coterie ? - les serviteurs de Dieu, les esclaves de l'amour, les bateliers de l'art. Qui y reste ? - les robots que devinrent nos contemporains, repus de liberté. | | | | |
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| bien | | | La liberté supérieure – dans toute action morale, désavouer la bonne et opter pour la mauvaise conscience. Même le sacrifice de la force ou la fidélité à la faiblesse ne doivent pas me dévier de cette posture (l’âme choisit des poses, l’esprit formule des positions, le cœur se résigne pour la posture). « La différence entre le Bien et le Mal ne consiste que dans la liberté, n’existe que pour la liberté »* - Kierkegaard. | | | | |
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| bien | | | Le savoir est presque tout dans le Vrai, n’est qu’un vocabulaire dans le Beau, n’est rien du tout dans le Bien. L’idée du vrai est la logique, l’idée du Beau est l’esthétique, l’Idée du Bien est la mystique (l’éthique n’en est que tentative d’application, toujours ratée). Platon : « L’Idée du Bien est la plus haute des connaissances » - confond la connaissance avec la conscience. | | | | |
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| bien | | | Les éhontés ont rarement une mauvaise conscience ; celle-ci accable surtout les innocents. | | | | |
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| bien | | | Le poète n’exclut pas le Bien de ses horizons ; seulement, le Bien se terre dans la profondeur de notre conscience passive, tandis que la poésie a pour but – ne pas quitter la hauteur de sa créativité enivrée ; de la hauteur du Beau, toutes les passions terrestres semblent se valoir. « La poésie est au-dessus de la morale » - Pouchkine - « Поэзия выше нравственности ». | | | | |
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| bien | | | Dans notre conscience, il n’y a rien de plus vivant que le sens du Bien, qui trouble notre cœur, sans lui donner la moindre indication des chemins ou des finalités, que ce Bien devrait adopter. Il est souhaitable peut-être, que les bras de l’homme d’action tâtonnent, en les prospectant ; mais l’homme du rêve n’a rien à y trouver, et le créateur encore moins. « Si le grain ne meurt… » - Goethe - « Stirb und werde ». - désigne la résignation de ne pas savoir traduire la voix du Bien en chant du Beau, et que Nietzsche place au-delà du Bien, en cherchant à munir le devenir créateur - de l’intensité de l’Être immuable. | | | | |
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| bien | | | Jadis, chacun s’écoutait, une conscience intérieure était la seule voix audible et inquiétante, un épais silence couvrait le monde extérieur. Rarement, ce silence se brisait par quelques rugissements, pleurs ou acclamations. Désormais, ton ouïe est envahie en permanence par un brouhaha collectif, auquel tu mêles ta misérable voix, en quête d’échos ou de reconnaissance. « La conscience est une voix intérieure qui nous avertit que peut-être quelqu’un nous observe » - Mencken - « Conscience is the inner voice that warns us somebody may be looking » - les consciences s’endormirent, car on n’écoute plus que la voix de la masse et en reproduit l’inconscience. | | | | |
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| bien | | | Une conscience trouble et la mélancolie sont compatibles avec un bonheur noble. Mais tous les Sages pensent le contraire : « Deux genres d’état d’âme heureux : une bonne conscience ou un cœur toujours joyeux » - Kant - « Es gibt zweierlei Art von glücklicher Gemütsverfassung: das gute Gewissen, das stets fröhliche Herz ». | | | | |
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| bien | | | Les plus grandes injustices proviennent de la récompense du Bien agissant et de la punition du Mal, incrusté en toute action. Le vrai Bien, c’est la conscience trouble et la méfiance envers ses bras – la honte ; le vrai Mal, c’est la conscience en paix et la confiance en ses bras – le cynisme. L’inaction du premier ne conduit qu’à la régression ; le dynamisme du second amène du progrès. | | | | |
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| montaigne m. | | | Nous ne sommes pas si misérables comme nous sommes vils. | | | | |
| | bien | | | Aujourd'hui, l'homme ne se sent ni misérable ni vil ; il n'a plus rien à apprendre dans tes leçons de honte. L'homme à conscience tranquille ne peut qu'être vil. « Il eut la conscience pure. Jamais utilisée » - S.Lec. | | | | |
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| spinoza b. | | | Nulla actio bona aut mala est, sed una eademque actio jam bona jam mala est.
Aucune action n'est bonne ou mauvaise, mais une seule et même action est tantôt bonne, tantôt mauvaise. | | | | |
| | bien | | | Cette nuance est pire que le gros trait initial : faire d'un dogmatique - un cynique. Dans l'action, la conscience, ce Bien inapplicable, impuissant, immobile et intemporel, percevra le mal inhérent à tout bras et à tout pas. Être bon, c’est écouter la voix du Bien divin et rester immobile ; être bon à quelque chose, c’est écouter la voix de son époque et d’y répondre, en agissant. | | | | |
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| rousseau j.-j. | | | Dieu m'a donné la conscience, pour aimer le Bien, la raison - pour le connaître, la liberté - pour le choisir. | | |  | |
| | bien | | | On n'aurait pas dû mêler la raison de ce qui ne la regarde guère ; et la liberté, dans le choix de ce qui n'a ni corps ni règle ni hauteur, ne peut aider qu'un mouton, pour le débarrasser de la conscience, ou un robot, pour qu'il ait une conscience tranquille. | | | | |
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| tolstoï l. | | | Истинное счастье человека - быть полезным и иметь спокойную совесть.
Le vrai bonheur de l'homme - être utile et garder la conscience tranquille. | | | | |
| | bien | | | Ce sont, très exactement, les deux cibles les plus désirées et fatalement ratées par celui qui vise un haut bonheur ! Et que l'auteur, à propos, ne sut jamais atteindre. | | | | |
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| baudelaire ch. | | | Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés, À qui notre cœur sert de cible ? | | | | |
| | bien | | | Les bonnes consciences, servant d'antidote aux cœurs en bronze, se moquent du poison, et les carquois mêmes du remords sont vides, du remords pacifié et désarmé. | | | | |
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| soloviov v. | | | Зло - это перевес низших качеств над высшими, распад единства на части.
Le mal - la qualité supérieure cédant à l'inférieure, le tout s'écroulant en parties. | | |  | |
| | bien | | | Les mouvements inverses en engendrent tout autant. Que ce soient la raison, la conscience ou les bras qui agissent, le mal mental, métaphysique, s'insinue dans toute action, car nous ne savons pas rester dans le réel, cette seule perfection, dont nous portons la nostalgie coupable. Le vrai contraire du mal n'est pas le Bien, mais le sacrifice : la qualité inférieure, notre intérêt matériel, cédant à la qualité supérieure, la noblesse spirituelle. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Je stumpfer das Auge, desto weiter reicht das Gute ! Daher die ewige Heiterkeit des Volkes und der Rinder ! Daher die Düsterkeit und der dem schlechten Gewissen verwandte Gram der Denker !
Plus grossier est l'œil, plus facile est le contentement ! D'où l'éternelle pétulance du troupeau. D'où la tristesse et cet air ombrageux, proche d'une mauvaise conscience, - du penseur. | | | | |
| | bien | | | La bonne conscience est donnée en prime à tout gagnant de la vie. D'où la lubie du penseur : s'introduire auprès des perdants, pour satisfaire son avidité de neurasthénies, sa volupté de l'échec et sa volonté de capitulation, pour ranimer sa bile dans une écriture du désastre (Blanchot). « Allègre en tristesse, triste en allégresse » - G.Bruno - « In tristitia hilaris, in hilaritate tristis ». L'ignorance étoilée ou « que le penseur rie » - Martial - « ride si sapis ». | | | | |
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| rozanov v. | | | Никакой человек не заслуживает похвалы, всякий человек заслуживает лишь жалости.
Aucun homme ne mérite la louange, tout homme ne mérite que la pitié. | | |   | |
| | bien | | | « Pour les uns - une pitié, qui naît de tendresse, pour les autres - une pitié, qui naît de mépris » - Pascal. La louange cajole, la pitié offense la bonne conscience de l'homme libre, qui finit par ne plus mériter même une bastonnade. Comment fouetter un robot ? Être libre, c'est être sans passions. L'esclave de toute passion, lui, s'auto-flagelle. | | | | |
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| einstein a. | | | Moralisches Handeln allein kann dem Leben Würde verleihen.
Seule l'action morale peut munir la vie - de la dignité. | | | | |
| | bien | | | Cette dignité se mesurera en galons et t'apportera une bonne conscience. Je préfère que la vie s'apprécie en frissons et en douleur éternelle, que réveille le rêve moral, sans appui des bras. Être « un pouls blessé, qui pressent l'au-delà »** - Lorca - « un pulso herido que presiente el más allá ». | | | | |
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| jankelevitch v. | | | La bonne conscience est une forme honteuse de la misère. | | |  | |
| | bien | | | C'est grâce à sa misère du cœur que tout prédateur monétaire se vautre dans sa paix d'âme. L'esprit calculateur de suffisances évinça l'esprit réveilleur de consciences. | | | | |
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| cioran é. | | | Ce besoin de remords, qui précède le mal, que dis-je ! qui le crée. | | | | |
| | bien | | | Ce n'est pas un besoin imaginé, mais un appel réel et irrésistible. La bonne conscience suit les traces du Bien, sans savoir qu'il ne s'incarne jamais en actes. | | | | |
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| cioran é. | | | Les sources d'un écrivain, ce sont ses hontes ; celui qui n'en découvre pas en soi, ou s'y dérobe, est voué au plagiat ou à la critique. | | |   | |
| | bien | | | La bonne conscience, c'est le sentiment de faire un n + 1-ème pas, renvoyant la balle au n-ème ; la honte, c'est la conscience malheureuse du premier pas, où règne l'irresponsabilité des sources. Qui ne sait pas jaillir se fait courant. | | | | |
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| cité | | | Cheminement de la défaite : l'homme qui rêve cède à l'homme qui vote, l'homme qui vote à l'homme qui consomme, l'homme qui consomme à l'homme à bonne conscience. Au-delà, il n'y a rien de plus féroce. | | | | |
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| cité | | | Une tyrannie apporte de l'intensité humiliante à l'âme noble et de l'intensité triomphante à l'âme basse : elle plonge la conscience de toutes les deux dans une obscurité. La démocratie, en rendant toutes les deux homogènes, cupides, calculatrices et transparentes, les aplatit et dévitalise. | | | | |
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| cité | | | Le plus grand acquis de la liberté est la conscience sereine. Jamais, au pays des tyrans, on n'empruntait le chemin de la bassesse avec une telle paix d'âme. | | | | |
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| cité | | | L'aculturation est plus certaine, quand la culture est placée à côté de la comptabilité plutôt qu'à côté d'une idéologie ou d'une religion. La terreur, l'humiliation ou l'humilité préservent la culture ; la bonne conscience, la dignité intacte ou l'orgueil l'érodent. | | | | |
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| cité | | | L'étrange parallèle entre l'Allemagne et la Russie : une multitude de voix, jeunes et rebelles, jaillirent au lendemain des cataclysmes de la Grande Guerre, un silence de mort suivit l'écroulement du nazisme et du stalinisme. La vitalité de la résignation n'existe plus ; l'horreur ou la honte de la conscience morale se transforment en une paisible, orgueilleuse et stérile conscience mentale. | | | | |
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| cité | | | Malraux vit juste, en prédisant au XXI-ème siècle un mainstream religieux (avec les dieux réintégrés), mais il ne pouvait pas se douter de sa vraie raison – la désintégration des poètes, la sécularisation des penseurs, la perte de vocation des martyrs. Le rouge au front, on se jettera dans les bras du Pape, du Dalaï-Lama, de l'Ayatollah, en fuyant le seul occupant de la scène publique - le marchand. Ou, tout au contraire, on congédiera les héritiers de Sabaoth, du Bouddha et de Lao Tseu, pour adhérer, conscience en paix, au seul dieu qui ait réussi, à l'Hermès des marchands. La seconde issue est plus probable. | | | | |
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| cité | | | La justice sociale se réduirait à deux actions : la séparation de deux types d'argent, servant à huiler la machine économique ou à remplir nos assiettes, - et l'égalité totale dans la distribution de la deuxième ressource. Dans cette optique - rien à reprocher au capital, à la globalisation, à la concurrence ; toute gloire serait immatérielle, toute souffrance matérielle - fraternellement partagée ; toute élite sécrétant le mépris, conscience tranquille, tout goujat privé de raison d'investir les rues ; l'ennui de la majorité gueulante, la paix bénie d'une minorité chantante. | | | | |
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| cité | | | De tout temps, on se doutait bien, que « la propriété, c'est le vol »* (Proudhon), mais les consciences des riches sont aujourd'hui en paix, puisque la loi écrite dédouane désormais toutes leurs saloperies, et la loi morale est morte, suite, d'ailleurs, aux mêmes symptômes que l'agonie de l'art : faute de mécènes à conscience trouble. | | | | |
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| cité | | | C'est la science, celle des Encyclopédistes ou des marxistes, et non pas la conscience, qui conduisait aux révolutions. Avec, au sommet des sciences, la science dite politique, aucune émeute ne menace plus nos rues. Et toutes les consciences nagent dans un apaisement douceâtre, - assoupies, baillantes. Au dîner, la révolution meublera la conversation, pour pimenter de bobards le palais des repus. | | | | |
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| cité | | | Le révolutionnaire voudrait, que tout faible pût compter sur la solidarité du fort. « Pour que, si, tombé, tu cries : Camarade ! - la Terre entière se penche sur toi » - Maïakovsky - « Чтоб вся на первый крик : - Товарищ ! - оборачивалась земля ». Mais aujourd'hui, où l'indifférence ne gêne en rien le fonctionnement de l'homme robotisé, celui-ci rejoint le cimetière avec la même paix d'âme que son bureau. Le problème se simplifia, depuis que l'homme devint mouton raisonneur ou robot raisonnant. Et il existeront des préposés aux défaillances, pour que la Terre, en toute bonne conscience, puisse continuer à vaquer à ses saloperies, sans tourner la tête. Qui encore peut dire que « autrui n'apparaît pas au nominatif, mais au vocatif » - Levinas ? | | | | |
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| cité | | | La lutte des classes avait un sens pathétique et mobilisateur, à l'époque où le faible fut muet et désorienté, et son porte-parole fut un homme fort à conscience indignée. Mais aujourd'hui, il n'y a que deux classes : les riches et les pauvres, tous verbeux, bruyants et responsables. Les premiers - techniciens, commerçants, gestionnaires - sont singulièrement solidaires autour de la notion consensuelle de méritocratie, tandis que les pauvres - artistes, analphabètes, incapables, ratés - n'ont rien en commun et même se méprisent mutuellement. Heureuse cécité, heureux mutisme ne reviendront plus jamais, pour une nouvelle émancipation, dont personne ne veut. | | | | |
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| cité | | | Il y a deux seuls moyens d'éradiquer la misère : éliminer les millionnaires (recette jamais expérimentée) ou faire de l'indigence le lot de tous (recette bolchevique) - consciences enfin réveillées ou consciences abruties. Mais tous préfèrent l'entretenir, par l'indifférence ou par la bienfaisance. « Le but de la charité n'est pas d'en faire, mais de faire, qu'il n'y ait plus personne, qui en aurait besoin »* - Klioutchevsky - « Цель благотворительности не в том, чтобы благотворить, а в том, чтобы некому было благотворить ». | | | | |
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| cité | | | La loi complaisante fit de la méritocratie, ce fléau social, un fléau personnel, puisque tous les riches pensent, désormais, avoir mérité leur fortune. Toutes les crapules vous apprennent, que la dignité est dans la conscience de mériter les honneurs et non pas dans leur possession. Jadis plutôt militaires, les honneurs sont, aujourd'hui, monétaires. La meilleure conscience est celle de toujours mériter le fouet. L'honneur de la vie est la vie sans honneurs. | | | | |
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| cité | | | Trois objets de nos convoitises, dans une société : une aumône, un vol, un salaire, et, respectivement, nous nous y apitoyons, appâtons, pâtissons. Le progrès, c'est le rapprochement de ces trois rôles, et son résultat le plus patent - les consciences tranquilles. | | | | |
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| cité | | | Ce n'est pas tant le nombre de voleurs, qui augmente avec le nombre de lois, que le nombre de volés en puissance, puisque la loi légitime la propriété, et la propriété, c'est le vol. Où y a-t-il plus de vol : chez ceux qui prirent ou chez ceux qui veulent reprendre ? Ceux qui, jadis, tremblaient pour leur fortune et gardaient une conscience trouble, vivent, aujourd'hui, en paix d'âme et de bourse, grâce aux indulgences légiférées. La justice écrite réprime celui qui veut voler le volé. La justice non-écrite s'évapora, puisqu'elle s'adresse à l'organe atavique des hommes, à l'âme. | | | | |
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| cité | | | Nous nous débarrassons, de plus en plus, de drapeaux et de cocardes. Les enseignes immaculées des marchands leur succédèrent, en apaisant nos inappétences et nos consciences. Le drapeau souillé, au moins, avait le mérite de nous rappeler l'existence d'une honte à boire. | | | | |
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| cité | | | Les conservateurs pensent que la dépravation des mœurs est conséquence de la diffusion des lumières (ce qu'en pensent les hommes du progrès est pire). Le dépistage de la corruption est affaire du nez. L'odorat étant le sens le plus affecté par le progrès des sociétés aseptisées, la corruption des têtes passe à l'as aussi subrepticement que la lèpre des âmes. C'est dans des ténèbres extérieures du doute que l'homme s'élève à la lumière de sa conscience. | | | | |
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| cité | | | Il fallut vivre les affreuses ténèbres du XX-ème siècle, pourtant nées des Lumières du XVIII-ème, pour assister à la fin d'une époque, qui dura deux siècles et demis, de Voltaire à Sartre, de Radichtchev à Soljénitsyne, de Goethe à H.Böll, ces hommes, qui portaient en eux toute la douloureuse conscience de l'humanité, et dont la parole portait quelque chose de surhumain. Aujourd'hui, il ne nous restent que des écologistes, des tiers-mondistes, des ardents défenseurs de la croissance ou des farouches adversaires de la discipline budgétaire. | | | | |
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| cité | | | Ceux qui dénoncent le plus fort la nocivité des idéologies, en matière des libertés, prônent, en toute conscience tranquille, l'idéologie méritocratique de l'abjecte inégalité. Autant le mouton veut l'égalité des goûts, autant le robot veut l'inégalité des menus. L'homme y perd et en science et en conscience. | | | | |
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| cité | | | Dans cette société sévit l'arbitraire, et dans celle-ci apaise la loi. L'homme, avec la même présence de vertus et de vices, vit d'inquiétude et de honte, dans le premier cas, ou bien se repaît de conscience tranquille, dans le second. Un malheur moutonnier, un bonheur robotique. Le E.Jünger centenaire, avec ses dernières paroles : « Ma lecture approfondie de Dostoïevsky me rendit susceptible aux rêves inquiets » - « Meine intensive Dostojewski-Lektüre macht mich für unruhige Träume anfällig » - découvrit la saine inquiétude. | | | | |
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| cité | | | Le conformisme est un mouvement opposé à la fraternité : réduire, inconsciemment, le moi au nous statistique ; créer, en toute conscience, du nous - un moi viscéral, qui sera ce noyau fraternel, à l'origine du soi connu. | | | | |
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| cité | | | L'intellectuel européen rêve d'un mouvement social, qui incarnerait ses idées. Et il pense servir la vérité. L'idée n'est intellectuelle que si elle renonce à son incarnation et se contente de réveiller des consciences. L'ingénieur ou l'épicier servent certainement mieux la vérité que l'intellectuel. L'intellectuel est celui qui est sensible à la hauteur des vérités et aux roueries des mensonges : « Nous, entachés de poésie, maraudons de chétifs mensonges sur des ruines »** - Chateaubriand - comment s'appelle le mensonge des véridiques ruines ? - château en Espagne ! | | | | |
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| cité | | | L'arbitraire des tyrans, dans une société totalitaire, fait trembler tout déviationniste, qu'il soit politique ou moral ; on y est souvent placé devant sa conscience trouble, à tort ou à raison. Dans une démocratie, seule la loi écrite restreint l'homme, d'où la prolifération de consciences en paix chez les crapules morales. L'oubli du péché originaire, inhérent à tout acte, éloigne du Bien. | | | | |
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| cité | | | Voir la souffrance des pauvres et garder sa conscience sans trouble est trahir sa vocation au métier de bourreau. Pour ennoblir ces penchants patibulaires, on inventa des fumeuses théories des victimes prédestinées. | | | | |
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| cité | | | La multiplication du nombre de consciences tranquilles est le trait psychologique le plus original de notre époque ; l'équivalence, ressentie entre le respect du droit écrit et le sentiment d'innocence, en est l'origine. Jadis, pour se prendre pour savetier ou prince (Locke), il suffisait de consulter son corps ; l'âme de tous penchait du côté du savetier, puisque l'abus et la mauvaise conscience furent le lot de tous. Depuis l'abolition de tout privilège princier, on ne reconnaît plus que les catégories de citoyen et de contribuable, qui font de nous robots sans âme. | | | | |
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| cité | | | Rien de nouveau, de nos jours, dans la domination de l’économique sur le politique. Ce qui est vraiment nouveau, c’est la disparition de la honte chez le possédant. L’inégalité est si nettement justifiée, protégée et codifiée, qu’aucun remords ne trouble plus la bonne conscience du fort ; et le faible s’imagine sur les gradins, devant une arène où il admire les gladiateurs d’industrie croiser leurs business-plans. Disparaît l’âme, celle des révoltés et celle des révoltants. L’époque n’a plus besoin de héros ; tout élan héroïque est immédiatement ridiculisé ou étouffé par le Code Pénal et l’ironie des journalistes. | | | | |
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| cité | | | La seule liberté, non-innée et dont on est conscient, est la liberté politique. La liberté d’action nous est commune avec des amibes ; la liberté d’artiste est dans son talent. La plus noble des libertés, la liberté éthique, est mise dans notre cœur et ne doit rien à l’expérience ; la conscience du Bien est la liberté éthique même. Spinoza, comme toujours, embrouille les choses : « Si les hommes naissaient libres, ils n’auraient aucune notion du bien et du mal » - « Si homines liberi nascentur, nullum boni et mali formarent conceptum ». | | | | |
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| cité | | | Aujourd’hui, le pauvre a le droit de vote et la liberté d’expression, ce qui endort la conscience paisible du riche. Attendri, il dit : « La justice sociale a pour fondement la dignité et non pas l’égalité » - Berdiaev - « Социальная правда основана на достоинстве, а не на равенстве ». | | | | |
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| doute | | | Il est bon, que la foule se vautre dans des certitudes ; l'émeute naît du doute ; rien de moins dangereux qu'agglutination de bonnes consciences. | | | | |
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| doute | | | Non seulement l'invisible domine dans notre conscience et dans notre vision du monde, mais il est aussi plus permanent et profond que le visible. Il résume la merveille inconcevable, indescriptible de la vie ; et ils veulent nous impressionner avec leur description de la grisaille des phénomènes. Ni le bon ni le beau ni même le vrai n'habitent le phénomène ; ils sont la prérogative de notre conscience, qui, saine, ne dévie jamais de l'objectivité des phénomènes, sans même garder un contact avec eux. | | | | |
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| doute | | | La conscience exhibe plus d'obscurités, que l'inconscience n'en dévoile de clartés. | | | | |
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| doute | | | Dans le monde, il n'y a que de l'ordre, projeté partiellement dans notre conscience, qui, essentiellement, est vouée au chaos. Et puisque toute écriture est un va-et-vient entre le monde et la conscience, il est plus bête de se refuser au système que de le chercher. Il est également bête de chaotiser le monde et d'harmoniser, à outrance, la conscience. | | | | |
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| doute | | | La conscience de mon soi inconnu - me munir du regard, que je mettrai au-dessus et des choses perçues et des idées conçues (je pourrai l'appeler, comme Nietzsche – mon univers inconnu interne – unbekannte Welt in mir). La conscience de mon soi connu - me voir, bossu ou déçu. | | | | |
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| doute | | | Le soi est si loin de ce qui se montre, se dit ou se fait, que ce soit par les autres ou par moi-même, que le désir d'être soi-même - le fondement de la bonne conscience - est une aberration des sots. À moins qu'être soit ce qui subsiste, quand je ferme mes yeux, pour créer un écran, et ma bouche, pour laisser parler ma plume, et quand je laisse tomber mes bras, pour jouir des images insaisissables. | | | | |
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| doute | | | Que puis-je savoir de mon soi, à part le sum découlant de cogito me cogitare ? La conscience contient si peu de conscience de soi. Il y a ceux qui se vantent de se connaître (et composent des panégyriques de la connaissance de soi - Grothendieck) et ceux qui s'inventent. La présentation est chaude, vague et muette, la représentation - froide, nette et éloquente. | | | | |
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| doute | | | Les charlatans psychanalytiques appellent la mathématique science sans conscience (Lacan) et comparent leur inconscient avec l'essence de la mathématique ; cette analogie, paradoxalement, est assez juste, puisque le mathématicien crée sa matière sans aucune référence au réel et constate, a posteriori, que la réalité se plie à ses modèles à lui. La curiosité verbale consiste ici en lecture du mot de conscience au sens non-rabelaisien. | | | | |
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| doute | | | La conscience de l'esprit humble rend vitale l'existence, dans l'âme, d'une source d'hésitation et d'inquiétude, d'un punctum pruriens, de cette « intranquillité, qui ne se laisse pas calmer par un regard sceptique ou critique »*** - Schopenhauer - « Unruhe, die sich weder durch Skepticismus noch durch Kriticismus beschwichtigen läßt ». La conviction est le sommeil d'une conscience sans rêves. | | | | |
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| doute | | | Le mot et le regard sont d'autant plus grands, que même des muets et des aveugles pourraient les maîtriser : « L'aveugle garde le regard comme le muet la parole - l'un et l'autre dépositaires de l'invisible, de l'indicible - gardiens infirmes du rien »* - Jabès. La part de l'œil, de la bouche ou de l'oreille - dans le regard, le mot ou le son - est presque insignifiante à côté de ce qu'apportent l'âme, le visage ou la cervelle. L'infirmité de la conscience - manquer de doigt vengeur, se sentir près d'un banc des accusés. | | | | |
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| doute | | | Si l'âme produit nos extases (mystères) et l'esprit forge nos goûts (problèmes), c'est la raison qui formule nos convictions (solutions). La conscience intervient bien dans ce travail : chez un sage, cette conscience, trouble, ne touche qu'aux mystères et aux problèmes ; chez un sot, une conscience en paix le conduit aux solutions. | | | | |
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| doute | | | La liberté est indissociable aussi bien du soi connu que du soi inconnu. Parmi ses innombrables facettes, seule la liberté inconditionnée, comprenant l’éthique et l’esthétique, encadre le soi inconnu, portant une mauvaise conscience et subissant l’appel de la beauté. La liberté banale, commune, conditionnelle, guide le soi connu. Confondre ces deux libertés, réduire le premier soi au second, en faire le Soi Absolu, opposé au monde, est l’erreur commune des philosophes idéalistes allemands. | | | | |
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| doute | | | En informatique avancée, il y a des systèmes fondés soit sur la croyance soit sur le savoir (le second n’étant pas toujours supérieur à la première). Aujourd’hui triomphent les premiers, la croyance consistant à prendre, sans discernement, tous les ouvrages des autres humains et à en résumer le contenu par une traduction neuronale. Par définition, ils ne parviendront jamais à se prévaloir de leur propre conscience, qui est la faculté d’appuyer ses avis sur son propre savoir. L’avenir appartient aux seconds, qui finiront par avoir une conscience, même dans les deux sens du mot. | | | | |
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| doute | | | Si tu attrapes une inquiétude d’âme ou si une honte remue ta conscience, tu te rendras ouvert à la joie d’une espérance salvatrice et d’une hauteur de ton regard futur, ; mais tes yeux seraient voués à la triste bassesse, si tu savoures ta paix d’âme ou te vautres dans une assurance béate. | | | | |
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| doute | | | Rares sont les hommes qui s’entendent grâce aux représentations compatibles ; chez la plupart des humains, cette compréhension est due, tout bêtement, aux apprentissages similaires, bref – à la statistique, exactement comme les réseaux neuronaux, qui créent des proximités entre tokens, en parcourant des big data. L’IA symbolique était vraiment artificielle et pouvait prétendre à l’intelligence ; l’IA neuronale n’est ni intelligente (mais performante) ni artificielle (elle n’est qu’une copie de l’humaine). La moyenne intellectuelle, en fonction du nombre de personnes sélectionnées : insignifiante pour dix ; très approximative pour dix millions ; très satisfaisante pour dix milliards – voici la clé du succès des performants, face aux intelligents ! | | | | |
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| doute | | | Le soi inconnu s’insinue dans l’âme de ceux qui en ont une, mais sa présence est ignorée par ceux qui n’écoutent que ce qui a déjà trouvé une forme en tant que mots, images ou idées. Or, le soi inconnu n’exprime que l’élan et, encore plus vaguement, l’étoile visée, - une corde tendue mais aucune cible visible. Son attente s’éveille souvent par la conscience des états d’âme inexprimables et la confiance à sa source, mystérieuse, immatérielle, excitante. « Pour moi, le moi connu est trop petit » - Maïakovsky - « 'Я' для меня малó ». | | | | |
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| doute | | | On vaut, expressément, par son côté dogmatique, par ses Oui particuliers et difficiles ; on pèse, inconsciencieusement, par son côté sophistique, par ses Non, communs et faciles. Mais la valeur se prouve par la négation, par la contrainte, par les poids niés. C’est par la désignation d’une bonne querelle qu’on affirme son soi. L’inquiétude contre la paix, le rêve déraisonnable contre la réalité gorgée de raison, la solitude trouvée contre la fraternité recherchée, la noblesse inutile contre la loi pratique, la haute harmonie contre la profonde absurdité, l’intensité des ombres contre l’indifférence de la lumière, la résignation pour la forme contre la révolte du fond. | | | | |
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| doute | | | Les récits autobiographiques les plus photographiques, les plus véridiques, les plus honnêtes, écrits avec une conscience en paix sont les plus ennuyeux. Tout écrit est une réinvention verticale d’une existence horizontale. Si la hauteur n’est pas ton milieu naturel, tu es condamné à rester dans la platitude, que tu sois héros ou génie. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu s’exprime à travers ton devoir-conscience (attaché à l’étendue que foulent tes pieds) et ton pouvoir-connaissance (formé dans la profondeur de ton esprit). Ton soi inconnu est responsable de ton vouloir-passion (stimulé par la hauteur de ton âme). Ce sont trois dimensions de ton valoir-noblesse – l’action, la réflexion, l’élan. Le choix capital, dans ton existence (la première dimension), est le choix du lieu de ton essence (les deux dernières dimensions) – puiser dans la profondeur inépuisable ou tendre vers la hauteur inaccessible. Le dernier choix est propre des poètes et des bons philosophes. | | | | |
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| hommes | | | La ruine des âmes est, aujourd'hui, si vaste, que même en ajoutant la haute conscience à la science profonde, on reste dans une platitude. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes ont une conscience tranquille, mais ils n'ont pas de conscience, ils ont une paix d'âme, mais ils n'ont pas d'âme, ils prennent à cœur leur force, mais ils n'ont pas de cœur, que la force. | | | | |
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| hommes | | | Notre génération réalisa un équilibre salutaire, celui entre la vulgarité décroissante de la bêtise et la vulgarité croissante de l'intelligence ; la noblesse peut désormais, la conscience tranquille, fuir les deux camps, sans se compromettre avec aucun. En évitant de se frotter contre le goujat, on s'épargne une haine inutile (odi profanum vulgus et arceo - Horace). | | | | |
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| hommes | | | Science sans conscience, technique et art sans beauté, homme vautré dans le seul vrai, c'est ainsi que s'annoncent les crépuscules du sacré. | | | | |
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| hommes | | | À la pointe de la science, jadis, se trouvaient des poètes, philosophes, mathématiciens, physiciens, biologistes, qui furent, en même temps de véritables encyclopédistes et humanistes, pratiquant la science avec conscience ; quand j'entends l'élite savante de nos jours, les informaticiens, ces misérables robots sans âme, à la réflexion binaire, aux horizons de techniciens des platitudes, je plains leurs ancêtres, d'Homère à Einstein, pour une telle descendance indigne. | | | | |
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| hommes | | | Moi, fils de la Terre, en oubliant le Père je me prive, le plus souvent, de l'Esprit. Hors cette Trinité, même laïque, et où je ne suis qu'interprète, il n'y a que troupeau, celui des auteurs-robots, ceux qui ne rendent compte qu'à la raison. Pour bâtir un pont, la raison suffit, pour bâtir une vie on devrait rendre quelques comptes à la conscience, l'éternelle oubliée des raisonneurs. | | | | |
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| hommes | | | L'esprit de la science est dans ses constantes, son âme - dans ses inconnues, son corps - dans ses unifications avec l'arbre philosophique. « L'âme de la science a besoin d'un corps » - Mendeleev - « Душе науки нужно тело ». Tant que ce corps réclamait des caresses - par l'élégance, par l'amour, par la volupté - la science laissait son esprit se muer en âme. Mais depuis que la science se pratique sans conscience, non seulement elle perdit son âme, mais même son esprit devint une espèce de calculatrice dans un corps électronique. Pourtant, on pensait jadis, que « rien ne nous est plus présent que notre âme » - St-Augustin - « nihil sibi ipsi praesentius quam anima ». | | | | |
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| hommes | | | Le nombre, l'atome et l'ADN sont plus près du dessein divin que le prix, le matériau ou l'élevage ; c'est pourquoi la science, plus souvent que la technique, devrait interpeller l'âme. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » - Rabelais. De nos jours, plus répandu est le vice inverse : quand la conscience ne s’appuie que sur la science, sur le progrès technique, l’âme, c’est-à-dire le soi particulier, finit par se fusionner avec l’esprit commun. L’extinction moderne des âmes y a son origine. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la science était au service de la cruauté : « Nous, avec notre science sans cœur, voici que nous croupissons dans la chair et le sang » - St-Augustin - « Nos cum doctrinis nostris sine corde, ecce ubi volutamur in carne et sanguine » - aujourd'hui, elle apporte une paix d'âme et l'oubli de la chair. On ne sait plus où s'arrête la science et commence la conscience, ou bien comment elles se complètent : « La science n'est pas seulement le savoir, mais aussi la conscience, savoir comment s'en servir à bon escient » - Klioutchevsky - « Наука есть не только знание, но и сознание, уменье пользоваться знанием как следует ». | | | | |
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| hommes | | | Notre époque : la science ignorant la conscience (hypertrophie des esprits et déperdition des âmes), la disparition des commencements personnels au profit des enchaînements collectifs, les prises mécaniques de décisions vitales. « On touche au noir matin de la matière, au triomphe de l’automate, à la barbarie savante »* - A.Suarès. | | | | |
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| hommes | | | Le progrès, c'est la réduction de plus en plus de nos activités à l'inertie, la diminution du nombre de ceux qui seraient capables d'initier de vrais commencements. Plus près on est des origines, plus susceptible on est d'éprouver la honte ; les bonnes consciences résultent de la routine des pas intermédiaires. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui m'obstruent le plus la vue de la vie ne sont ni crétins ni menteurs, mais d'honnêtes diseurs d'honnêtes et d'encombrantes vérités. C'est à se demander si le réveil des consciences ne viendrait des imbéciles. | | | | |
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| ironie | | | Il est honteux de ne pas savoir ancrer ou héberger mon rêve à l'abri de l'espace et du temps, et de le plonger dans les où et les quand. Il faut flanquer mon rêve crépusculaire des pourquoi nobles et des comment artistiques, mais lui laisser la mauvaise conscience de sans-abri et ne pas le priver d'insomnie. | | | | |
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| ironie | | | L'un des rôles de la philosophie est d'endormir, de bercer les consciences, pour qu'elles rêvent au lieu de calculer. Être guérisseur (Platon), thérapeute (« La philosophie est le remède de la douleur » - Cicéron - « Doloris medicina est philosophia »), chirurgien (Épicure, dont la philosophie promet « la santé de l'âme ») ou assureur (« primum non docere ») est également charlatanesque, le mal de vivre - et de penser - étant incurable, surtout chez les inimitables, qui ne peuvent pas profiter de la règle moutonnière - similia similibus curantur. « La consolation philosophique d'un Boèce installe en l'homme non pas tant la joie que l'anesthésie et la résignation »** - Jankelevitch - la résignation durable nous console mieux que la joie furtive. La résignation dans le réel amène parfois la maîtrise dans l’idéel, comme le dit le grand amateur de Boèce, l’hypocrite Casanova : « Mon seul plaisir était celui de me repaître de projets chimériques ». | | | | |
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| ironie | | | Même la faiblesse, même le désespoir, même le vide peuvent être vécus avec intensité - la leçon centrale de Nietzsche (déjà amorcée par Platon : « Le plus beau des liens est celui qui rend au plus haut degré un soi-même et les termes liés ») ; la volonté de puissance ne vise que l'intensité de la vie. L'intensité de l'inconscience - source de toute poésie ; l'intensité de la conscience - critère de la liberté (Bergson). | | | | |
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| ironie | | | Dans une écriture honnête, il faut accepter une fusion entre le sous-homme du souterrain dostoïevskien et le surhomme de la montagne nietzschéenne, entre une canaille au fond et un ange de la forme. Mais notre voix ne peut être qu'unique : « Rendre la voix polyphonique de notre conscience par une seule voix »** - G.Steiner - « Dramatizing through a single voice the many-tongued chaos of human consciousness » - ce sera la voix de l'une des deux autres de nos hypostases : celle de l'homme ou celle des hommes. | | | | |
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| ironie | | | Dénoncer la tyrannie de la raison est aussi ridicule que s'acharner contre la grammaire, que même le poète respecte. La raison est la grammaire inconsciente d'une conscience poétique. | | | | |
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| ironie | | | Il est certain que les profondeurs du savoir recèlent quelque chose de solide, y croire et s'appuyer la-dessus est sain ; la hauteur du regard naît d'un vide saint et aérien, où rien d'aptère ne saurait se maintenir. Mais la verticalité donne le vertige ; la platitude rassure et calme les consciences aux ailes rognées. | | | | |
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| ironie | | | Ce qu'on peut comprendre sans enthousiasme ni dégoût ne vaut généralement pas grand-chose. Ce monde sans admiration, bien compris et sans révolte, est le monde d'aujourd'hui. Dans la devise spinoziste (Nil mirari, nil indignari, sed intellegere !) se cache peut-être une ironie, qui rend cette diatribe bien ridicule. Plus que les moyens, c'est le but, acquiescentia animi, une bonne conscience, qui m'y donne de l'urticaire. | | | | |
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| ironie | | | De temps en temps, je suis rattrapé par une honte d'avoir dénigré Hegel ou Husserl, canonisés par toutes les chaires de philosophie du monde. Et moi, ne trouvant dans Science de la Logique ou Logique formelle que des inanités pseudo-logiques et logorrhéiques. Mais j'ouvre au hasard ces torchons et, immanquablement, je tombe sur des perles : « Tout jugement qui contredit un autre jugement est exclu » - Husserl - « Jedes widersprechende Urteil ist durch das Urteil, dem es widerspricht, ausgeschlossen » - et ma conscience trouble retrouve sa sérénité et ses ricanements. | | | | |
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| ironie | | | Plus ta conscience est trouble, inexplicablement, plus ton rêve gagne en pureté, en intensité et en crédibilité. Avec la vie, ce contraire du rêve, c’est l’inverse : « Une conscience endormie – voilà la vie idéale »* - M.Twain - « A sleepy conscience: this is the ideal life ». | | | | |
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| ironie | | | En dehors de la mathématique, l’infini est l’effet d’une perspective métaphorique réussie et la vérité – l’acquiescement d’une conscience critique endormie. | | | | |
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| ironie | | | Des représentations, plus que des actes, sont les premières manifestations de la conscience de l’homme. Dans ces représentations, l’homme lui-même (ou le Je) est nécessairement représenté en tant que sujet et, en tant qu’objet, il est le seul, dont les essences dans la représentation et dans la réalité sont concomitantes, identiques – l’existence dans la représentation implique l’existence dans la réalité ! Dans la représentation, Je peut être muni de certaines relations unaires (comme penser, bailler, éternuer). Si l’une des propositions je pense, je baille, j’éternue s’avère vraie, alors Je y doit pré-exister. Donc, le bon cogito devrait se formuler ainsi : si j’ai une représentation, le fait que je suis est acquis et ce n’est pas la peine de prouver, au préalable, que je pense, baille, éternue etc. Ce qui, d’ailleurs, est, le plus souvent, faux, au moins en ce qui concerne le penser. | | | | |
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| mot | | | Ces balivernes : le Sujet n'existerait pas en dehors de l'intentionnalité, il n'existeraient que des Objets déséquilibrés par le Verbe. La conscience est faite surtout d'intensité, musicale et picturale, et la musique et l'image peuvent se passer d'objets. | | | | |
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| mot | | | La passion primesautière disparaissant des entreprises des hommes, l'étymologie de pro-jet (Ent-wurf, на-бросок) devient de plus en plus incompréhensible. Mais la Entworfenheit (ouverture au monde ou, mieux, disponibilité) heideggérienne paraît être un bon terme, pour désigner la première fonction du langage - traduire l'élan de la conscience en une structure ou en un chemin d'accès des choses. | | | | |
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| mot | | | Solitude, chez les Latins, signifiait désert, celui que tu créais toi-même ou celui qu'on t'imposait. « Où ils font un désert, ils disent qu'ils apportent la paix » - Tacite - « Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant ». Il ne s'agissait pas toujours de terre brûlée, mais de conscience en paix, acquiescentia animi. La paix en deçà des paupières, le cœur bronzé et le front sans trace de rouge. | | | | |
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| mot | | | Quel est le degré de mon arrogance, si je me prends pour un Dieu ? Les réponses varient, selon les traductions de St-Paul : je m'en saisis (something to be grasped), j'en fais mon butin (proie à s'approprier), je commets un larcin (Raub, хищение). D'où le degré de la paix de ma conscience. | | | | |
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| mot | | | Le mot conscience - une étrange cohabitation, en français, du sens psychique ou intellectuel (être conscient de, l'idée de l'idée) et du sens moral (avoir la conscience trouble, la honte de l'acte), le premier gardant des liens avec le savoir, le second en étant à l'opposé. L'allemand et le russe les séparent nettement : Bewußtsein - Gewissen, сознание - совесть. Jankelevitch juge même nécessaire une vaste étude, pour prouver, que ce mot a deux sens disjoints. D'autre part, on est d'autant plus intelligent qu'on trouve des points de rencontre des choses d'autant plus éloignés : « J'ai conscience de ma propre ignorance, c'est le point, où la honte se confond avec la clairvoyance » - Socrate. | | | | |
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| mot | | | L’IA, peut-elle avoir une conscience, s’interrogent les observateurs, sans se soucier du gouffre entre deux acceptions du mot conscience en français. L’IA symbolique a déjà une conscience intellectuelle beaucoup plus profonde que l’homme, car elle s’appuie sur la représentation et le savoir, tandis que l’homme, le plus souvent, s’arrête au langage et aux croyances. Enfin, la conscience morale de l’homme se manifeste sous deux formes : le contenu objectif de ses actes externes et le contenu subjectif de ses émotions internes. Le premier aspect est facilement modélisable, mais le second échappe au langage et même à la raison - l’IA y sera amenée aux simulacres. | | | | |
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| mot | | | Ces innombrables états d’âme, qui traversent ma conscience, mais qui n’admettent aucune étiquette verbale exhaustive ou définitive, - existent-ils ? Ou bien faut-il les classer à côté des autres grands inexistants – Dieu, le Bien, le mystère ? « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas » - Nabokov - « То, что не названо, - не существует ». | | | | |
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| mot | | | Les objets, qu'ils soient petits ou grands, s'égalisent dans cette infâme horizontalité, due à la même logorrhée, qui les dilue. « Peu de paroles suffisent au sage, même pour un vaste objet » - Pindare. Le mot laconique du sage fait deviner le sujet parlant, quel que soit son objet ; le mot, toujours trop long, du sot exhibe et l'objet et le projet, au sujet muet. C'est de la bêtise ou de la … science sans conscience : « Dans la pensée scientifique, la médiation de l'objet par le sujet prend toujours la forme du projet » - Bachelard. | | | | |
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| mot | | | La langue est un outil, qui ressemble étonnamment à la substance immatérielle, divine, de l’homme. Elle contient, nécessairement, une logique, ce qui correspond au travail de l’esprit. Elle permet une créativité individuelle, apportant du plaisir esthétique, ce que l’âme aspire à goûter ou à produire. Elle est particulièrement merveilleuse dans ses tentatives de rendre les humbles vibrations de la conscience morale, ce qui comble le besoin du cœur. Malheureusement, on n’a pas encore de nom, pour désigner cet organe, qui, d’ailleurs, peut se passer de langue, pour penser, créer ou aimer ; il reste unique, tout en disposant de ses trois hypostases. Les Chrétiens auraient dû se servir de cet argument, dans leurs théodicées. | | | | |
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| mot | | | La virgule - « Dieu, ou la Nature » (au lieu de « Deus Naturaque » - G.Bruno ou « Deus sive Natura » - Spinoza) – permettrait de distinguer la disjonction d'identité de la disjonction d'alternative - « la raison ou la conscience » (« ratio vel conscientia » - Thomas d'Aquin). Malheureusement, Thomas d'Aquin visait plutôt « la raison, ou la conscience », puisqu'il ignorait la conscience morale. | | | | |
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| mot | | | La conscience (c’est-à-dire la sensibilité et l’intuition) n’est pas langagière ; donc, ce qu’on écrit et ce qu’on ressent sont incomparables, incompatibles ; la pauvreté ou la richesse de l’un n’ont aucune influence sur les qualités de l’autre. | | | | |
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| mot | | | Un discours se réduit aux phrases ; les phrases – aux propositions ; les propositions – aux syntagmes ; les syntagmes – aux faits. Ce travail grammatical s’achève par un travail conceptuel - démontrer les faits. Deux cas de figure se présentent : soit le fait est câblé en tant que postulat (la Terre est plate, chez l’un, ou la la Terre est ronde, chez l’autre), soit il se déduit (le fait la Terre est ronde est prouvé par une démonstration logique, s’appuyant sur des faits plus élémentaires, jusqu’aux faits câblés, tandis que la Terre est plate reste un axiome gratuit). La vraie conscience et le vrai savoir se reconnaissent dans la prédominance des faits déduits sur les faits câblés. Tout ce qui est câblé n’est que croyance. | | | | |
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| mot | | | Le locuteur, le son et le contexte, qui déterminent le mot, ne résument pas la chose réelle visée ; ils donnent des indices pour interpréter ce mot ; la chose se reflète, le plus fidèlement, dans un modèle extra-langagier, formé dans notre conscience ; ce modèle est notre seul vrai savoir et il peut se passer de mots. Bref, entre le mot (la création intuitive) et la chose (la création divine) s’interpose le modèle (la création consciente). Le mot est dans le Vouloir (d’une interprétation), et la chose – dans le Savoir (d’une représentation). | | | | |
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| mot | | | On reconnaît un esprit subtil par le nombre d’hapax qu’on trouve dans son discours ; pour les états d’âme, qu’il s’agit de traduire, il n’existe pas de mots justes. | | | | |
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| proximité | | | Je peux comprendre l'homme des cavernes, à conscience apeurée, ou l'homme-tyran, à conscience trouble, ayant besoin d'en appeler aux dieux vengeurs ou rédempteurs, mais je ne trouve pas d'explication de la bondieuserie de la Yankaille, à conscience en béton et au savoir irréfutable. | | | | |
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| proximité | | | La plus glaciale des indifférences s'appelle platitude, et la caresse, à l'opposé de la platitude, est à l'origine de l'amour, de la musique, de la poésie, de la conscience. « Une caresse brise la glace infinie du monde - telle est la leçon merveilleuse du Christ »* - Iskander - « Космический холод мира преодолевается лаской. В этом чудо учения Христа ». Dommage que le Christ se soit arrêté sur le seul premier domaine, à moins que les autres ne soient que des expansions du premier. | | | | |
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| proximité | | | Il y a une raison profonde de la convergence inéluctable de tout vivant vers les seuls deux modèles équilibrés - le mouton et le robot ; le Verbe créateur est, en réalité, un programme divin d'apprentissage, fondé sur la répétition, l'habitude, l'adaptation, le réflexe et la résilience, et aboutissant à un algorithme. Tout, de l'algèbre à l'amour, obéit à ce génial stratagème, la différence relevant surtout de l'ordre d'(in)conscience accompagnant nos gestes. | | | | |
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| proximité | | | La consolation n'est pas dans la conscience réelle que Dieu se soucie de nos misères terrestres, mais dans celle, éphémère, que notre participation à l’œuvre du beau ou du bon justifie ou soulage nos angoisses célestes. | | | | |
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| proximité | | | Science de mon salut - conscience de ma chute, encore l'un de ces axes, qui méritent, que je ne m'y accroche pas à une seule valeur, mais que je le munisse d'une même intensité. Le souci du salut mène à l'activisme, à la création, à la réinvention du sacré ; l'ivresse de la chute conduit au nihilisme, à la révolte, à l'angoisse. Les réunir, dans un même regard, - le triomphe de l'humain sur le divin ! | | | | |
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| proximité | | | Que ton rythme soit : un pas de la conscience t'éloignant de l'être, un pas de l'être te rapprochant de la conscience. Les meilleurs parcours se font sur une corde raide, hors toute arène. | | | | |
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| proximité | | | Ma conscience, c’est ma surface, ou ma frontière. À partir d’elle, je peux soit me livrer à l’introspection de ma profondeur divine, soit me vouer à la hauteur de la création humaine. l’Être ou le Devenir, et ma conscience inaccessible me rend Ouvert dans les deux directions. Mais je dois munir ce Devenir d’assez de mystère et d’intensité, pour le rendre digne de mon Être. Me sentir dans un même milieu, en franchissant la frontière – le plus haut bonheur ! | | | | |
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| proximité | | | La mort de Dieu est un effet du progrès social : depuis que la charité, la correction politique, la transparence bancaire ridiculisèrent l’énigme du Bien sois-disant divin, toute perplexité humaine se dissipa et rejoignit une conscience tranquille ; depuis que les enchères et les subventions publiques valorisèrent l’art, le goût, jadis gratuit, du Beau se plaça à côté de tout autre lucre. Quant à la troisième facette divine, celle du Vrai, elle se contente de ne plus communiquer qu’avec la machine, extérieure ou intérieure à l’homme. L’intérieur humain devenant aussi mécanique que son extérieur, et Dieu étant une affaire intérieure sentimentale, l’inexistence avérée de Celui-ci ni n’inquiète ni n’interroge. | | | | |
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| proximité | | | Avec mes agonies sur un autel, que je me glorifie d'avoir érigé moi-même, l'ennui de la présence d'un observateur, c'est la conscience qu'il me donne de me trouver dans un abattoir commun, sans aucune issue vers le ciel, qui ricane et ne m'attend guère. Dans le cas le plus noble, où il serait question d'autels et de victimes, même le Spectateur suprême serait de trop. | | | | |
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| proximité | | | L’objectivité est la prérogative de Dieu, celui qui créa l’Univers, dans lequel le Vrai s’incarne dans la matière et s’offre à l’esprit humain pour examen, tandis que le Bien et le Beau inondent le cœur et l’âme humains. Notre conscience vit dans deux mondes objectifs, universels : le premier - les problèmes et les solutions mathématiques ; le second - les beautés et les mystères de la nature. Aucune subjectivité ne peut se passer d’une référence à l’un de ces mondes objectifs ; le monde subjectif, ainsi créé, ne peut être qu’inerte, stérile, sans métaphore, sans vie. L’artiste abstrait est un tâcheron mécanique. La beauté du monde qui nous entoure ne sera jamais dépassée par la beauté dont notre création entourerait les échos de ce monde. | | | | |
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| russie | | | La vie est un prétoire. Le Russe se sent coupable devant ses juges, il se comporte en filou, fanfaron, cachottier, sans avoir rien à se reprocher. L'Européen, avec du poids et force paroles bien assénées expose ses rodomontades, la conscience en paix. Pour celui-ci, le non-lieu est une certitude psychologique. Jamais le Russe ne s'entendit avec ses défenseurs. Pire, il y vit toujours des complices de ceux qui le tyrannisent ! | | | | |
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| russie | | | Plus on est doué, en Russie, plus on est écorché. La conscience trouble est ici signe d'une grande personnalité. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel russe est né d'une larme compatissante. Son homonyme européen - des débats autour des faits divers. La pitié de Radichtchev pour le paysan miséreux, ou l'implication de Voltaire dans la révision de procédures judiciaires. Tenir la conscience en éveil ou susciter un écho journalistique. Être attiré par le tragi-comique ou par le curieux. | | | | |
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| russie | | | Il semble, en effet, qu'il n'y ait que deux peuples aimés de Dieu : le peuple juif et le peuple russe. Le premier, pour en être élu ; le second, pour en être abandonné. Ce qui les différencie, c'est que les uns exhibent leurs remords et les autres les avalent. « Les Juifs ont inventé la conscience » - Hitler - « Das Gewissen ist eine jüdische Erfindung ». Dieu abandonne Celui qui est sur la Croix et accompagne ceux qui suivent une bonne Étoile. « La Russie, ce point zéro de l'Histoire, non élue, mais abandonnée de Dieu » - Tchaadaev. | | | | |
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| russie | | | La bonne conscience génère une qualité, que ne connut jamais le Russe - la spontanéité naturelle. Des efforts titanesques et un résultat mitigé, une paresse infâme et une puissante originalité. « Une mauvaise conscience peut rendre la vie intéressante » - Kierkegaard. | | | | |
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| russie | | | L'absence du sentiment du droit, chez les Russes, est un vide du même ordre que « l'un des inconvénients du caractère français, l'absence du sentiment du devoir » (Delacroix). Et c'est dans leurs vides respectifs qu'ils font évoluer leurs génies, remplis du sentiment contraire. Comparez avec ceux, d'outre-Atlantique, qui ont les deux et où dorment, à la fois, et la conscience et l'élan. | | | | |
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| russie | | | Même dans des transactions modernes, le Russe alterne le vol et le don, comme jadis - dans ses sacrifices ou ses fidélités. Il a besoin de voler, pour exhiber sa force, et de donner, pour calmer sa conscience. | | | | |
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| russie | | | Les chutes, au moins, permettent de se lamenter sur le sort d'une verticalité instable, mais la mort pétrifie nos cerveaux et nos mots, dans une horizontalité de morgue - tel est mon regard sur la Russie du XXI-ème siècle, où l'on chercherait en vain la moindre trace de la conscience de Tolstoï, de la pénétration de Dostoïevsky, de la grâce de Pouchkine. Aucune trace, non plus, du moujik, du boyard ou du pope, tels que les siècles précédents les connurent. Le sens du grandiose - dans le sourire, la grimace ou la honte - abandonna cette contrée, sans pasteurs ni chantres, où sévit le charlatan. | | | | |
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| russie | | | Plus il y a de consciences troubles, chez les princes de ce monde, mieux se porte l'art, que les mécènes favorisent mieux que les ministères. L'immense pillage, auquel se livrèrent récemment les oligarques russes, rendit leur sommeil fragile, ce qui promet, en Russie, une prochaine résurgence des talents bien payés, en attendant que la Loi, et donc la paix d'âme, ne fasse retourner ces sponsors au seul lucre. | | | | |
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| russie | | | Quel impardonnable cocktail d'acceptions que le mot rêve - Traum - dream ! Mettre sous un même vocable ce qui nous hante, inconscients, dans nos sommeils, et ce qu'anime notre conscience, rivale du cerveau ! Le russe les sépare très nettement : сон - мечта. Interprétation de rêves-сны - de la voyance, de l'artisanat ; interprétation de rêves-мечты - le contenu même de l'art, de nos meilleures visions ! En tout cas, le verbe rêver ne se conjugue plus qu'au passé (au chapitre Rêve, chez les non-rêveurs Freud ou Valéry, - aucune trace d'un rêve au présent). Le nom de Morphée – faiseur de formes ! - nous rappelle, que le bon sommeil est créateur de rêves, dans les deux acceptions du mot ! | | | | |
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| russie | | | Devant l'horreur de l'extérieur bien réel, le Russe tente de se réfugier dans un intérieur fantomatique. Mais où passe la frontière entre l'intérieur et l'extérieur ? Par la conscience (dans les deux acceptions du mot) : la conscience des motifs et la conscience de la honte. Je suis libre, quand c'est la conscience et non pas la science qui détermine mon choix, en dépassant mon soi (Sartre veut faire de la liberté une conscience de soi, et Bergson croit la voir en pouvoir de tourner autour de soi - en-deçà de soi il n'y a qu'esclavage ! | | | | |
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| russie | | | Pour appartenir à l'intelligentsia russe, il faut errer dans les impasses de la conscience-honte ; pour être intellectuel européen, il faut ne pas dévier de la conscience-lucidité. | | | | |
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| russie | | | La tragédie à l’européenne : l’horreur devant la cruauté des actes ; la tragédie à la russe : la souffrance, détachée de tout acte, la conscience languissante d’une fatalité, qui engloutit tout souvenir de nos rêves. La première, même trempée dans un style emphatique, apitoie surtout l’homme de la rue ; la seconde, même exposée humblement, convainc n’importe qui, du moujik à l’aristocrate, en passant par le poète. C’est pourquoi le plus grand tragédien de tous les temps s’appelle Tchékhov. | | | | |
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| russie | | | Le même mot français conscience correspond aux essences, souvent diamétralement opposées, des génies tolstoïen et dostoïevskien, avec la conscience morale, à valeurs fixes, pour le premier, et la conscience psychologique, axiologique, de l’autre. L’appel de la conscience invite toujours à explorer les profondeurs, des finalités, des parcours, mais rend inapte à la hauteur des commencements. | | | | |
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| russie | | | L'homme à conscience blessée voit la culpabilité dans les causes ; l'homme à honneur froissé - dans les effets. La paresse de la conscience engendre les robots ; la paresse de l'honneur - les esclaves. Le Russe, conscient de ses devoirs manqués, est prompt à dire : je suis en-dessous de tous. L'Européen, conscient de ses droits acquis, dit, plus souvent : je ne suis pas inférieur aux autres. | | | | |
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| russie | | | La foi ou l’athéisme se pratiquent, en Russie, sur le même mode : renoncer à sa propre liberté et la confier à un courant collectif, représenté par un pope, par le Parti, par un Guide. La fidélité à ces puissances calme la honte et rend la conscience tranquille. La liberté comme l’amour devraient être un désir personnel et non pas une inertie collective. Les incapables d’individualisme humaniste le déclarent égoïsme. « Ce n’est ni de sermons ni de prière qu’a besoin la Russie, mais du réveil du sens de la dignité humaine » - Bélinsky - « России нужны не проповеди, не молитвы, а пробуждение в народе чувства человеческого достоинства ». | | | | |
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