| amour | | | Ni l'art ni le savoir ni la puissance n'arrivent à libérer la vie de son accompagnement d'absurdité ou d'angoisse. Même le livre, qui réunit ces trois grandes illusions, finit par se lézarder ou s'écrouler. Seul l'amour réussit à préserver un semblant de consolation ou satisfaction. Ç'aurait dû être une grande victoire du Christianisme sur l'Antiquité. Mais seules les défaites apportent de la durée à ce qui est noble. | | | | |
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| amour | | | L'enfer a ses cercles écarlates, le paradis - ses spirales rosâtres, avec des chutes, qui me rappellent mes sources - péchés ou béatitudes. Dans la perspective ironique, les deux ne sont qu'un royaume des morts, où Odysseus, Orphée, Sisyphe et peut-être Jésus furent de bons guides. Et les vrais retours sont dans le vertige, hors la platitude résurrectionnelle. | | | | |
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| amour | | | En mettant à l'origine du péché - l'amour charnel, le christianisme entoura nos caresses d'une aura supplémentaire. Qui apporta le plus à l'urbanisme des idées ? - des entreprises de leur démolition ! | | | | |
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| amour | | | L'amour est une sainte simplicité ou une hérésie sans défense ; en bûcher ou en iconostase, il est tantôt Phénix et cendre, et tantôt épines et larme ; une mort et une résurrection, prises pour une maladie. | | | | |
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| amour | | | L'amour de Platon, l'amour d'Aristote, l'amour du Christ (tendresse, volupté, sacrifice/fidélité - agapé, éros, philia), trois révoltes contre nature, qui, pourtant, constituent l'homme. | | | | |
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| amour | | | On n'arrive à associer l'idée d'immortalité ni au corps, ni à l'âme, ni à la conscience ; ce qui s'en rapproche le plus, c'est la caresse que je voue à un visage, à un souvenir, à ce qui m'avait muni de regard, aux mains de ma mère, bref à l'absurdité insondable d'un aveugle amour, qui ne dure qu'un moment : « L'immortalité : un instant, pour le génie, une longue vie – pour les médiocres » - Prichvine - « Для гениальных бессмертие - в мгновении, а для обыкновенных - в долготе жизни ». L'immortelle caresse, au-dessus de l'immortalité d'une conscience selon Pythagore, ou Socrate, d'une pensée selon Aristote, d'une foi selon le Christ, d'une création selon l'Artiste. | | | | |
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| amour | | | Encore de l'abus de la négation : je suis invité, explicitement, à aimer mes ennemis, mais les ennemis de Dieu ne bénéficient pas de la même faveur écrite ; et puisque tout dévot a la manie de proclamer ennemi de Dieu toute tête qui ne lui revient pas, il détestera, en toute quiétude, tout ce qui lui paraît détestable. | | | | |
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| amour | | | L'amour est une sacralisation, par un cœur crédule, d'un grandiose sans mérite. L'agenouillement devant l'humain ou le divin, devant la femme ou devant Dieu, la raison désarmée bénissant ma reddition. Loin de l'agapé platonicien (et de sa vérité), proche de la philia chrétienne (et de son humanité), indiscernable de l'éros (et de sa caresse). | | | | |
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| amour | | | Pour ne pas souffrir de la passion pour la femme, Démocrite se crève les yeux, et les Chrétiens veulent que leur âme soit sourde à l'appel de cette voix. Mais la vue et l'ouïe n'y sont peut-être pas les sens les plus troublants, et le toucher, ou son absence, créent davantage de tensions entre la jouissance et la souffrance. Le corps caressé, comme le mot châtié, traduisent mieux notre goût que la vision des contours ou l'écoute des horizons. | | | | |
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| amour | | | L'esprit et l'âme ne sont que deux hypostases (sive animus, sive intellectus – même si Descartes aurait dû y mettre anima et non animus), se muant facilement l'une dans l'autre, en fonction du climat de notre cœur. C'est l'amour, la Chair, la Caresse qui, en revanche, restent irréductibles et couronnent ou complètent notre divinité jusque dans une triade. Le Verbe doit (pro)céder (de) à la Caresse. | | | | |
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| amour | | | Tout le monde sait, que Dieu est Amour. Peu ont l'honnêteté de reconnaître, qu'Il est aussi Souffrance et Obscurité. « La vie du Christ est du début à la fin un amour malheureux » - Chestov - « Жизнь Христа есть одна непрерывная, неудачная любовь ». | | | | |
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| amour | | | Pour Dieu, Son œuvre et notre prochain, le Chrétien emploie le même verbe - aimer, ce qui est source de perplexité et de confusion. On aurait dû y mettre, respectivement : vénérer, admirer, pardonner. | | | | |
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| amour | | | Dans chaque homme on trouve la triade chrétienne : le Père - le soi inconnu, le Fils - le soi connu, l'Esprit Saint - l'amour. La dernière hypostase se justifie par le fait, que l'amour est le seul sentiment humain, qui n'appartienne ni à l'ampleur de l'espèce ni à la profondeur de l'individualité, et nous voue à la hauteur des béatitudes, des prières et des souffrances. | | | | |
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| amour | | | Le mariage est une tentative de fusionner les trois hypostases grecques de l’amour – agapé, éros, philia - la sensibilité, l’adoration, l’imagination. Et sa ruine la plus fréquente résulte du manque d’imagination, comme l’abandon par l’Esprit-Saint nous sépare et du Père et du Fils. | | | | |
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| amour | | | Le cœur et l'ancre forment la croix camarguaise – les trois vertus théologales réunies (comme dans les seuls prénoms féminins proprement russes - Вера, Надежда, Любовь). La croix et l'encre sont pour nous, et nous ne partagerions avec le Christ que le cœur, puisque Lui, d'après Thomas d'Aquin, Il n'eut ni foi ni espérance, mais le seul amour. L'éventail évangélique y ajoute Verbe et Vérité, la grisaille spinoziste - Nature, Substance, Attributs. Les plus rusés se contentent de synonymes aussi inexistants que Dieu lui-même, par exemple - Être. | | | | |
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| amour | | | Ta place dans la vie terrestre dépend, évidemment, de tes forces, que tu arrives à déployer ; mais la place de l’amour céleste dans ton cœur dépend de la capacité de tes faiblesses à déployer leurs ailes redressées. Quand le Dieu biblique t’invite à L’aimer de toutes tes forces, Il s’adresse à l’homme du réel et non pas à l’homme du rêve. | | | | |
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| cité | | | Convertir ou subvertir, à l'époque, où il traînaient encore quelques idées non éprouvées par l'acte, est remplacé aujourd'hui, par divertir. Même invertir n'y échappe pas. La contestation ou la fondation d'églises doivent être divertissantes. | | | | |
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| cité | | | L'égalité démocratique est du même ordre d'aberrance que la tordue égalité entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. La Loi vétéro-testamentaire sert de base à votre liberté, et votre fraternité se réduit à la sacro-sainte Djihad de tous contre tous. | | | | |
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| cité | | | Le Christ proclame la priorité du spirituel sur le matériel. Le Christ prône l'égalité matérielle. Le Christ veut se pencher sur le faible. Comment ne pas reprocher à Son Église de ne pas avoir mis en pratique ces visées communistes ? « Les Chrétiens auraient dû réaliser la vérité communiste, et alors le mensonge communiste n'aurait pas triomphé »** - Berdiaev - « Христиане должны были осуществить правду коммунизма, и тогда не восторжествовала бы ложь коммунизма ». | | | | |
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| cité | | | Le triomphe du christianisme est dû surtout à l'efficacité de son message moral – il donne de l'espoir aux Spartacus et modère les appétits des Crassus. « La religion chrétienne élève le peuple à l'intérieur et abaisse le superbe à l'extérieur » - Pascal. | | | | |
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| cité | | | Si le Christ, de la vision populaire, revenait sur terre, ce ne serait ni en lépreux (Flaubert) ni en gêneur du Grand Inquisiteur (Dostoïevsky), mais en robuste syndicaliste, descendant d'avion, braillant devant les caméras, dénonçant le repu, le matin, et attaquant le homard, le soir. | | | | |
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| cité | | | Le Pape Benoît XVI abdique. Quel bilan lui dressent les hommes ? Sa vision de la procession de l'Esprit-Saint ? De la compatibilité de la raison et de la foi ? De la honte d'être riche ? Non, ils ne parlent que des galipettes de quelques prélats concupiscents ou des scoops d'un clerc sur des irrégularités, commises par des banques vaticanes. Après la politique et la poésie, voilà la foi réglementaire qui se soumet intégralement à la jugeote journalistique. | | | | |
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| cité | | | L'échelle de mes haines va des riches aux forts, en passant par les paisibles ; et chaque fois que je me trouvais, moi-même, dans leur peau respective, ma haine redoublait de violence ; mais, tout en subissant toutes les combinaisons de ces avatars, je ne me connus jamais, à la fois, pauvre, apaisé et faible ; ce bouquet angélique serait réservé au Rédempteur. | | | | |
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| cité | | | Étrange mutisme du Livre sur les droits de l'homme (les devoirs gastronomiques, rituels et hiérarchiques y prévalent). Ou, contrairement à ce qui est résolument moderne et écologiquement correct, pas un mot n'y affleure sur les droits de nos frères, les animaux ; à part quelques remarques dédaigneuses sur les colombes, porcs, ânes, agneaux, boucs et coqs, aucune sympathie divine pour les rossignols, dauphins ou renards. | | | | |
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| cité | | | L'arbre gagna beaucoup en prestige, le jour où il fut transformé en gibet. C'était, au moins, pour accompagner un dernier pas. Encore dans la Croix, l'arbre servit de matière première. Aujourd'hui, des matières artificielles et impérissables se substituèrent à l'arbre vivant des agonies ; il devint élément intermédiaire des forêts anonymes. | | | | |
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| cité | | | Comment s’appelle une fraternité, érigée contre la liberté et l’égalité ? - l’abjecte servilité ! Toute la démagogie dostoïevskienne s’y réduisait : « Le christianisme catholique n’enfanta que du socialisme ; le nôtre donnera vie à la fraternité » - « Из католического христианства вырос один социализм; из нашего вырастет братство » - les deux prônant l’inégalité, aucune franche fraternité n’y est possible, mais les premiers réussirent une liberté sociale, et les seconds – une liberté individuelle. | | | | |
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| cité | | | On relut l'Évangile à la lumière du lucre, colla aux verbes forcenés quelques adjectifs calmants, et nous voilà au milieu des bêtes policées et robotisées, des moutons ayant perfectionné l'art de piétiner sans douleur ni peine. « On ne peut pas régir le monde d'après les Évangiles, ce serait déchaîner les bêtes sauvages » - Luther - « Man kann die Welt nicht nach dem Evangelium regieren ; denn das hieße die wilden Tiere losbinden ». | | | | |
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| cité | | | Leur sordide liberté fait marcher les salles-machine, elle ne fait pas danser nos fibres patriotiques, qui, jadis, trouvaient écho dans les chaumières et dans les châteaux. « Fini le patriotisme : argent libre, amour libre, église laïque libre, dans un État laïc libre » - Joyce - « No more patriotism. Free money, free love and a free lay church in a free lay state ». Dans votre laïcité robotique, les programmes et projets remplacèrent les prières. | | | | |
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| cité | | | Comment s'appelle Diogène fuyant la cité, n'ayant plus de tonneau à agiter, pour s'aligner sur la foule, Diogène avec une pierre, que devint sa lanterne ? - Sisyphe ! Et Socrate réconcilié avec l'arbre : « Qu'ai-je à faire avec l'arbre ? je n'ai à faire qu'aux hommes de la cité » - et s'incarnant dans le Christ. | | | | |
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| cité | | | Au cosmopolitisme stoïco-chrétien et à l'internationalisme socialo-communiste succéda le globalisme des marchands. À la prière et au chant succéda le hurlement des traders et le silence des machines. | | | | |
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| cité | | | Librement et fraternellement, accepter l'égalité matérielle – telle devrait être le premier principe d'une société européenne, c'est à dire, à la fois, chrétienne, communiste et aristocratique. | | | | |
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| cité | | | Deux rebelles, ayant fini sur une croix, Spartacus et Jésus, sont à l'origine de deux mythes opposés : celui de l'éternel Retour de l'homme libre et de la Résurrection de l'esclave. Que Zarathoustra et Manès du dire-oui, de l'acquiescement et de l'immobilité me sont plus proches ! | | | | |
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| cité | | | Les affects et les affaires : contrairement aux premiers, on ne règle pas ces dernières en chantant ou en dansant, mais en parlant et en marchant. Et quand on nous invite : laissez parler votre cœur ou danser votre âme, on peut être certain, que la voix sous-jacente est totalitaire. Ou chrétienne : « Au fond, le christianisme est bolchevisme » - Heidegger - « Das Christentum ist in der Tat bolschewistisch ». | | | | |
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| cité | | | Après les paradis du passé : l'idylle de l'Arcadie (Homère), les règnes de Cronos (Hésiode) ou de Chronos (Platon), vinrent les paradis du futur : les îles Fortunées (Pindare), l'au-delà chrétien (la Bible), l'avenir radieux communiste. Que le romantisme, ce paradis du présent, est plus solide ! Le bonheur, c'est l'élan vers l'inexistant, créé et embelli par moi-même. | | | | |
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| cité | | | Le cosmopolitisme est une belle idée française. Mais quand on s'aperçoit, que dans les actes son seul dénominateur commun s'appelle élargissement des portes des églises, on a envie de se réfugier à l'ombre du clocher le plus proche. | | | | |
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| cité | | | La démocratie n’a rien à voir avec la profondeur du savoir ou avec la hauteur du valoir ; sa meilleure assise, c’est la platitude – se fier aux yeux calculateurs, se méfier des regards adorateurs. L’exemple de l'horreur communiste l’illustre bien : « Le communisme est descendant du christianisme, de la hauteur du regard sur l’homme »** - Dostoïevsky - « Коммунизм произошёл из христианства, из высокого воззрения на человека ». | | | | |
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| cité | | | Ils pensent, que le chemin le plus sûr vers la liberté, c'est l'ordre, et que la servitude est au bout du désordre. En cela, les caporaux et les poètes sont du même côté : l'Église sans Dieu vaut mieux que Dieu sans l'Église. Toutefois, l'ordre n'en est que le père adoptif, la justice, la mère, ayant péché avec l'humanisme, récemment décédé et marquant ainsi l'exorde d'un nouveau Moyen Âge. | | | | |
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| cité | | | Une civilisation se compose de trois mondes – les actes, les idées, les rêves. Le dernier est hétérogène, il n’est accessible qu’aux solitaires ; les deux premiers réunissent des solidaires – des compagnons ou complices – ces deux mondes furent, le plus souvent, en lutte entre eux. L’Antiquité ignorait le dernier des mondes et réussissait à faire cohabiter les deux premiers. Le Christianisme introduisit un monde des rêves, qui vivotait jusqu’à la Renaissance. Mais le monde des actes dominait jusqu’au siècle des Lumières, où les idées commencèrent à rivaliser avec les actes et tinrent une place d’honneur jusqu’à l’écroulement du communisme. Aujourd’hui, le monde des rêves est mort ; les deux autres fusionnèrent, faute d’idées non testées par les actes. | | | | |
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| cité | | | Auréoler les grandeurs du passé, se débarrasser des promesses de l’avenir, se hisser au-dessus du présent – c’est ainsi que tu devrais affronter l’épreuve par le temps. Dans la cité, la grandeur n’a plus la cote ; les promesses (d’une éternité chrétienne ou d’un horizon radieux communiste) se sont évaporées ; tous se vautrent dans un présent sans rêve ni noblesse. | | | | |
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| cité | | | L’Histoire est une suite chaotique d’événements imprévisibles ; aucun oraculat rationnel ne se réalisa. De pitoyables tentatives d’y déceler quelques lois - les galimatias, hégélien (sur la prédétermination historique d’avant et d’après l’avènement du Christ) ou marxiste (sur le caractère absolu de la lutte de classes), - s’évaporèrent. Néanmoins, la robotisation des hommes, suivie de celle des civilisations, aboutira, un jour, à l’élaboration d’algorithmes infaillibles, déterminant les parcours des machines désanimées que deviendront les acteurs de l’Histoire. Pourvu qu’un feu nucléaire n’éteigne pas tout signe de vie sur notre planète infortunée. | | | | |
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| hommes | | | Les six Juifs, dans un stupéfiant ordre chronologique, topologique et anatomique, montraient aux hommes la source absolue de leurs troubles : Moïse - les cieux, Salomon - la tête, Jésus - le cœur, Marx - le ventre, Freud - le sexe. Vint le dernier, Einstein, pour prouver que tout est relatif… | | | | |
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| hommes | | | La parole des hommes devint si insignifiante et monotone que le show - à l'écran, au stade et même à l'église - évince partout le sermon ou la harangue. Dans le mot de Lope de Vega : « Laissez le tact, le goût, l'odorat et la vue ; prêtez l'ouïe à la foi » - « Ni la Vista, ni el Gusto, ni el Tacto, ni el olfato tienen éxito alguno ; el oído se vuelve a la fe » on doit, aujourd'hui, intervertir la vue et l'ouïe. | | | | |
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| hommes | | | Prouver, que l'homme est un ange et une harmonie (moi, avec l'homme Jésus) ou bien un monstre et un chaos (Pascal, de l'homme sans Seigneur Jésus-Christ) - sont deux tâches d'une même facilité. | | | | |
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| hommes | | | Le rôle subordonné du temps, chez les vrais sages, d'où des ressemblances apparentes de leurs images, pourtant purement spatiales ; c'est ainsi qu'on proclame Platon avant Tertullien - inventeur de la Sainte Trinité, et décèle, chez lui-même, des traits des brahmanes, des fakirs ou des mages. | | | | |
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| hommes | | | Il est raisonnable de songer à maîtriser le vrai d'Aristote ou de Kant ; il est ridicule d'espérer d'égaler le bon du Christ ; il est fou de rivaliser avec le beau de Mozart. Le don musical est le plus gratuit et miraculeux de tous, et d'ailleurs, Mozart est le seul des grands compositeurs à ne pas avoir d'héritiers. | | | | |
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| hommes | | | Comment voit-on, sous l'angle gastronomique, les commencements et les fins du Seigneur ? - à Sa Noël française, s'associent les huîtres, le foie gras, le champagne, la dinde ; la Pâque russe Le glorifie à travers les œufs, les blini, les zakouski, l'oie. Pour adoucir les indigestions, on inventa les jeûnes. | | | | |
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| hommes | | | Comment interprètent-ils l'égalité des chances ? Si, à l'arrivée, je n'ai pas traduit mes talents initiaux en un compte en banque respectable, je serais voué aux ténèbres et géhennes, en suivant le jugement sans appel de notre Sauveur-boursicotier : Qu'as-tu fait de ton talent ? | | | | |
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| hommes | | | Moi, fils de la Terre, en oubliant le Père je me prive, le plus souvent, de l'Esprit. Hors cette Trinité, même laïque, et où je ne suis qu'interprète, il n'y a que troupeau, celui des auteurs-robots, ceux qui ne rendent compte qu'à la raison. Pour bâtir un pont, la raison suffit, pour bâtir une vie on devrait rendre quelques comptes à la conscience, l'éternelle oubliée des raisonneurs. | | | | |
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| hommes | | | Pour couper court à leur obsession de l'authentique, il suffit de rappeler, que les plus belles leçons de noblesse et de sagesse, le socratisme et le christianisme, furent mises par Platon et les évangélistes dans la bouche de deux personnages, qui, probablement, n'ont rien à avoir avec les deux hommes réels, Socrate et Jésus. | | | | |
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| hommes | | | Notre époque est peut-être la première, où il soit permis de douter de l'inaliénabilité du rêve onirique. Une fonction d'âme désactivée par ce contrôleur de cerveau à cause du peu d'appels. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la longueur des mots tentait de rattraper ce qui manquait aux orateurs en profondeur des idées. De nos jours, c'est surtout la largeur des marchés ou des portes d'églises qui est convoitée. La hauteur du regard, dans les forums, devint inaudible et invendable et se réfugia dans les ruines. | | | | |
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| hommes | | | Une énigme : même le coupe-gorges, même l'ingénieur, même le journaliste saoule son môme avec des contes de fées et non avec le contenu de son journal. Autrefois, le besoin du merveilleux s'éteignait vers 25 ans, de nos jours, à 5 ans, on sait, que le père Noël est un produit de grande distribution comme un ordinateur ou une assurance. | | | | |
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| hommes | | | La noblesse du regard sur le monde consiste en capacité de discerner les mystères de la vie, de voir avant tout la beauté de la matière divine et la bonté de la manière humaine. Les vérités, surtout les vérités non-scientifiques, n'y apportent pas grand-chose. Les goujats, hors la science, mais le front plissé, s'imaginent détenteurs de titres de noblesse ruminante : « L'attachement à la pensée, dans son opposition à la vie, est le propre d'hommes d'exception, disons d'une aristocratie » - J.Benda. Le Verbe, qui ne se fait pas chair, est condamné à n'être que minéralogique ou grammatical. | | | | |
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| hommes | | | Dans la Sainte Trinité, chaque personne semble pouvoir se passer de ses deux collègues, sans la moindre gêne ; la sainte trinité humaine – l’esprit, l’âme, le cœur – possède la même indépendance, à en juger d’après la congélation des cœurs et l’extinction des âmes, - l’esprit robotique survivant, proclamé éternel (Hegel et Husserl), n’est saisi d’aucune angoisse existentielle. | | | | |
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| hommes | | | Dans les leçons d’Histoire on suivait jadis les pas de la musique : dans les poèmes, dans les passions. Aujourd’hui, on suit l’histoire des circuits commerciaux ou des avancées technologiques. Dans la mémoire des hommes, Watt finira par supplanter Homère, et la route de la soie – le chemin de Golgotha. Le Temps ne connaît plus que les horizons, il oublia les firmaments. | | | | |
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| hommes | | | L'art a définitivement renoncé à son statut sacré et s'est soumis à la loi profane. L'économie tout-puissante profana les couleurs, mélodies et pensées ; le performant évinça le compétent ; le visuel se moqua de l'invisible ; le verdict statistique se substitua aux jurys artistiques ; la rue remplaça la scène. Mais, moyennant ces greffes, prothèses et outillages, la survie est assurée, même si l'identité du personnage le place désormais dans la famille des artisans, robots ou domestiques. Et qui parle de résurrection ou d'insurrection ne songe ni aux croix ni aux barricades, mais aux investisseurs audacieux. | | | | |
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| hommes | | | La seule véritable philosophie est chrétienne et européenne, puisqu'elle est la seule à savoir mettre au centre la pitié et le langage. | | | | |
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| hommes | | | Tous les Européens, qui se convertissent au bouddhisme, à l’islam ou à l’hindouisme, ont l’air de malades mentaux, sans qu’on puisse reprocher quoi que ce soit aux défauts inhérents de ces religions. Les aborigènes des pays, pratiquant ces religions, doivent penser la même chose de leurs compatriotes se convertissant au christianisme. | | | | |
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| hommes | | | L’homme-novateur surgissait du surpassement de la barbarie, du paganisme, du christianisme, de l’esclavage, de l’inégalité, de l’idéologie, du fanatisme ; mais aujourd’hui – quel élan peut provenir de la défense du mouton dominé ou du rejet du robot dominant ? Toutes les lettres s’alignent ici sur les chiffres. | | | | |
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| ironie | | | Le cynisme étouffe l'élan, l'ironie le rend plus sacré, car plus éloigné ou isolé de ses sources défendables. Toute bougeotte s'achève en platitudes (prenez à la lettre l'avertissement de Jésus : « Si on vous dit qu'Il est ici, n'y allez pas », car l'essentiel mérite votre immobilité et absence), et le cynisme est mouvement. Souvenez-vous, que c'est l'ironie qui manqua le plus à l'œuvre nietzschéenne : « Le cynisme, la plus grande hauteur accessible sur terre » - « Das höchste, was auf Erden erreicht werden kann, der Cynismus » - sur les cartes psychologiques, toutes les coordonnées d'écoles sont plates ; le relief, et donc la hauteur, s'introduisent par la troisième dimension, créée par le talent, l'ironie et la noblesse | | | | |
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| ironie | | | Sans création on n'aurait pas eu le Père libre, sans péché - le Fils libérateur, sans intelligence - l'Esprit libertaire. La figure géométrique de notre dévotion en eût été bouleversée, la Sainte Trinité plane s'écroulant en un Saint Binôme linéaire. Encore un coup sacrificateur dans la chair divine - et nous voilà dans une Monade désaxée, dépourvue de flèches directrices, un point anonyme d'un pointillé spatio-temporel. | | | | |
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| ironie | | | Cheminement des grands, vu à travers l'alphabet : ω - φ - Socrate, α - ω - le Christ, ψ - α - Freud. Il n'y en a qu'Un, qui a l'air de connaître l'Aleph et sa place. | | | | |
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| ironie | | | Où est l'écho, et où est l'original ? - la bonne Nature ou la nôtre ? Il me semble qu'à notre intelligence répond une émotion du Père-joueur, et à nos émotions - une complicité de l'Esprit ironique. | | | | |
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| ironie | | | Il ne suffit pas de prouver, que le Père céleste est un père Ubu ; il faut que ton verbe soit moins absurde que Son Fils. | | | | |
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| ironie | | | La honte des acolytes renégats aura assuré la gloire posthume à Socrate et Jésus : Platon et Xénophon, ainsi que les Apôtres, s'enfuient au moment du drame final de leur maître. | | | | |
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| ironie | | | L'hostie blafarde fait oublier le cramoisi du sang ; la communion par le pain (de ce jour) au lieu de la communion par le vin (faisant oublier ce jour) ; le solide social évinçant le liquide vital. | | | | |
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| ironie | | | Ton travail de conception doit garder toute sa valeur, quel que soit son aboutissement, son dernier pas (à ne pas faire !) : une Nativité miraculeuse, un avortement précoce ou une bâtardise démasquée. | | | | |
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| ironie | | | Je regrette, que l'habit ne fasse plus le moine. Souvenez-vous du premier objet, que les contemporains de Socrate ou de Jésus se disputèrent à la mort de ceux-ci ? - c'était leur chlamyde. Leurs verbes, en revanche, ne sont que des résurrections collatérales. | | | | |
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| ironie | | | La gravité désolante du christianisme est due au choix du lien de parenté divine le moins passionnel - Père-Fils. De combien de folâtres et ironiques adeptes supplémentaires pourrait s'enorgueillir l'Église, si ses Pères s'étaient penchés, par exemple, sur le lien Belle-Mère - Bru ! Entre la nature et notre âme ! | | | | |
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| ironie | | | On connaît beaucoup moins la lascivité de Sabaoth que celle de Zeus, puisque celui-là faisait appel à l'engeance volatile, pour s'y identifier, voire pour s'y hypostasier ; et si Héraclès doit sa puissance à l'interminable nuit, que Zeus s'offrit pour cocufier Amphitryon, Jésus doit la sienne à la nuit des temps, qui s'abattit sur l'Europe pour un millénaire. | | | | |
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| ironie | | | Que peut vouloir dire « au nom du Père… », si, par définition, on ignore le nom de l'Intéressé ? En toute rigueur, on aurait dû psalmodier : « par référence au Père… ». Tous savent, que c'est l'inexistant qui se prête le mieux aux métaphores et ellipses. | | | | |
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| ironie | | | Les trois hypostases indissociables de ma trinité - la caresse, le regard, la noblesse - semblent représenter le Diable, puisque l'apôtre préféré de Jésus les définit comme concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie. | | | | |
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| ironie | | | Et si, au lieu d'une promesse, on lisait un avertissement, dans ces mots de Jésus : « Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif »** - et que vaut un homme sans soif ? - ni pipette ni tripette. Et si Jésus voulait être la fameuse fontaine, près de laquelle je meure de soif ? | | | | |
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| ironie | | | Les Olympiens se livrent au stupre avec des titanesses ou gonzesses, mais l'on hésita longtemps, pour reconnaître aux anges la possession de l'outillage, nécessaire pour de tels exploits ; heureusement, une nuit printanière, près de Nazareth, vint l'Archange Gabriel, pour dissiper ce doute, en rendant heureuse, peut-être, une seule vierge, et mettre dans l'embarras l'impotent Joseph. Pour le Divin Enfant, quel patronyme est le plus plausible ? - Joséphovitch, Santospiritovitch, Sabaothovitch, Gabriélovitch ? | | | | |
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| ironie | | | Les seuls mérites de Descartes : un affaiblissement du jésuitisme, la géométrie analytique, l’invention des symboles +, -, =… | | | | |
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| ironie | | | Les quatre maximes morales cartésiennes : être catholique sans excès, ferme dans ses actions, s’adaptant à l’ordre du monde, marchant de la meilleure façon. Ni le cheval ni le Pape ne sauraient se réclamer d’une telle grandeur ou pureté d’âme. | | | | |
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| ironie | | | Je comprends qu’on puisse aimer les anges et les saints : les premiers – pour la blancheur de leur plumage et la réussite de leurs visitations galantes de femmes mariées ; les seconds – pour leurs nimbes et leurs carrières fulgurantes dans la hiérarchie ecclésiale. Mais comment peut-on aimer Dieu ? - pour la sagesse derrière sa barbe de père ? pour sa douceur en hypostase colombienne ? pour sa désobéissance en tant que fils ? pour ses omniscience, omniprésence, omnipotence ? On en sait trop, et l’on ne peut aimer que ce qu’on ignore. | | | | |
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| ironie | | | Dans ma galerie de personnages, il y a beaucoup de progénitures des aristocrates, des bourgeois, des notables, des artisans, et très peu de descendants des prêtres : C.Borgia eut pour père un Pape ; Van Gogh, A.Schweitzer, L.Carroll, R.W.Emerson, L.Euler, Nietzsche, J.Swedenborg, A.Tennyson – un pasteur ; Cioran, I.Pavlov, E.Zamiatine – un pope. | | | | |
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| mot | | | L'antique Chaos païen et le Commencement évangélique - l'Idée, le Substantif, et le Mot, le Verbe. Le jalon et le souffle. On est chrétien, peut-être, quand on reconnaît, que le Mot sauveur est à l'origine des idées païennes ; mot inchoatif, face à l'idée terminative. L'éternel - par le commencement ; le commencement - dans l'éternel. | | | | |
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| mot | | | Déchristianisation des lieux et des événements : enfer - embouteillage, paradis - défiscalisation, purgatoire - concours, immaculé - au casier judiciaire vierge, révélation - marchandise, baptême - prise de fonctions, sermon - brimade d'écolier, Transfiguration - nouvel emploi, Croix - ennuis du métier, résurrection - recapitalisation, stigmates - résurgences de l'humain chez le robot, Ascension - réussite, Apocalypse - krach. | | | | |
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| mot | | | On ne me lira jamais comme je veux, comme si les mots venaient d'être inventés. Pourtant c'est bien ainsi qu'on est tenté d'écrire. Forcer l'oubli des trajectoires connues des mots, les vouer à la destinée des hapax et solipsismes, esquisser des pointillés, qui en feraient pressentir envolées ou chutes. Le verbe créateur ne connaît pas de continuité, tandis que « la nature ne fait pas de bonds » - Leibniz - « natura non fecit saltus » - on ignorait encore les quantas atomiques et les mutations génétiques - que des bonds en discontinu ! La hauteur n'habite que le verbe ; il faut se méfier jusque du ciel : « Sur terre - des arcs brisés ; au ciel - des cercles parfaits » - R.Browning - « On the earth - the broken arcs ; in the heaven - the perfect round ». Et saluer le Christ : « Le ciel et la terre passeront, mais non pas mon verbe ». | | | | |
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| mot | | | Le mot décrié de tous temps - vanité, dévouement aux choses vaines et éphémères, il m'est sympathique, vu que tout ce que l'homme garde désormais à portée de ses mains crochues relève des choses vulgairement réelles, pesantes, à rendement garanti. Et ma sympathie pour les sages, penchés, déconfits, au-dessus d'un rêve agonisant, gagne quelques longueurs à cause de leur condamnation par le vainqueur : « Le Seigneur connaît les pensées des sages ; Il sait qu'elles sont vaines » - l'Évangile. En plus, la vanité va souvent de pair avec l'élan, puisque l'Ecclésiaste met la poursuite de vent sur le même plan que la vanité, et auxquelles se réduit le tout ; il finira certainement par acquiescer au monde entier, devenir pan-théiste ou holiste, laissant les idolâtres avec la relativité des choses. | | | | |
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| mot | | | Les notions minéralogiques de matière, de logique ou de patrie remontent, étrangement, à la Sainte Famille : Mère, Logos et père. | | | | |
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| mot | | | Le Logos est bien un Verbe des langues latines et non pas un mot (Word, Wort, Слово) des langues germaniques et slaves. Le verbe détermine l'essence grammaticale, la rection articulée, tandis que le mot n'en est qu'un membre désarticulé. Dieu inventa une grammaire de la création ; l'homme en produit des prières, des chants ou des modes d'emploi. | | | | |
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| mot | | | Tous les beaux temps et modes du Verbe divin finissent par ne plus se conjuguer qu'au passif. Tous les beaux noms de la jeunesse finissent par ne plus se décliner au vocatif emphatique et succombent à un instrumental bien plat. | | | | |
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| mot | | | L'Esprit Saint procède-t-il du Père et du Fils ou par le Fils (filioque) ? Une question de transitivité verbale, à l'origine du schisme Rome-Constantinople ! Une malencontreuse substantivation du pronom négatif - sans Lui fut fait le Rien - provoqua le malheur Cathare ! | | | | |
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| mot | | | La poésie est incompatible avec l'humilité et la compassion, ces valeurs chrétiennes ; elle est fierté et souffrance sacrée, elle est païenne. Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose. | | | | |
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| mot | | | Précautions à prendre avec l'ondoyance syncrétique : on n'y sait jamais, avec qui on veut s'entendre, - avec les crétins chrétiens ou avec les Crétois menteurs. | | | | |
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| mot | | | Éviter cette sottise évangélique - le mot serait un grain s'épanouissant en fonction du sol récepteur ; la semence est un leurre, ton mot doit être un arbre, enraciné dans le souvenir des hommes de ta race, portant des fleurs à offrir, dessinant des cimes à donner le vertige. Que les moutons, les pourceaux et les chiens trouvent un autre prétexte, pour s'y arrêter ne devrait pas te préoccuper. | | | | |
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| mot | | | Avoir son visage, sa propre personnalité s'opposerait au port de masque. Pourtant, personne, de per-sonare, ne fut qu'un masque du rituel étrusque, pour célébrer Per-séphone ! Ses héritiers païens en portaient un nouveau à chaque occasion guerrière, frivole ou ludique. Et même le Dieu chrétien, en porte trois ! | | | | |
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| mot | | | On atteint la hauteur par l'action conjuguée de deux acceptions du verbe tollere (ou aufheben) : soulever et supprimer - par le filtre éliminant le bavardage étranger du bas et par l'amplificateur élevant ton silence familier vers le haut (par ailleurs, ce que le Sauveur fit de nos péchés : tollit peccata mundi - n'est pas si clair). On devrait apprécier le chiffre sacré de 7, puisqu'en allemand il veut dire filtrer (sieben) et en russe - en famille (семью). | | | | |
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| mot | | | J'écoute le maître du son, Dionysos, mais c'est le maître du mot, Apollon, qui jugera ma copie - ne pas penser aux notes ! Penser au Maître du Verbe stigmatisé, au Crucifié ! | | | | |
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| mot | | | La Bible nous invite à négliger la chair, pour la livrer aux concupiscences. En français, il n'est pas clair si ce pour nous invite aux concupiscences ou au mépris de la chair. Et une perversité hygiénique y perce. | | | | |
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| mot | | | Rôle néfaste que peut jouer la grammaire : la transitivité du verbe taire (tandis qu'il est intransitif en allemand, schweigen über, et en russe, молчать о) fait du silence de Wittgenstein une cachotterie ou une dissimulation, tandis qu'il s'y agit d'une impuissance ou d'un recueillement ; peut-on taire un heptagone constructible ? - la transitivité suppose l'existence, ce que ne fait pas l'intransitivité. Le Filioque n'est pas très loin. Par ailleurs, il ne serait qu'une pure chinoiserie : « Le premier engendra le second ; les deux produisirent le troisième ; et les trois firent toutes choses. L'incompréhensibilité de cette Trinité vient de son Unité » - Lao Tseu. | | | | |
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| mot | | | Dans le langage, il y a une partie magique, qui créa l'homme, et une partie mécanique, que l'homme créa. Il faudrait revoir ce qu'on entend par commencement, en glorifiant le Verbe. | | | | |
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| mot | | | Pour ranimer les mots, sans relief ni mélodie ni élan ni allusion, on devrait se rappeler que parole vient de parabole ; le Christ en savait quelque chose. | | | | |
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| mot | | | La langue est un outil, qui ressemble étonnamment à la substance immatérielle, divine, de l’homme. Elle contient, nécessairement, une logique, ce qui correspond au travail de l’esprit. Elle permet une créativité individuelle, apportant du plaisir esthétique, ce que l’âme aspire à goûter ou à produire. Elle est particulièrement merveilleuse dans ses tentatives de rendre les humbles vibrations de la conscience morale, ce qui comble le besoin du cœur. Malheureusement, on n’a pas encore de nom, pour désigner cet organe, qui, d’ailleurs, peut se passer de langue, pour penser, créer ou aimer ; il reste unique, tout en disposant de ses trois hypostases. Les Chrétiens auraient dû se servir de cet argument, dans leurs théodicées. | | | | |
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| noblesse | | | L'interminable série de défaites de la noblesse par plagiats-perversions : Héraclite voue la philosophie au discours poétique, et Parménide l'encanaille dans une logique bancale ; Pythagore cultive une lumineuse mystique du nombre, et les éléatiques récoltent une casuistique des ombres ; Lao Tseu place le tao dans une inaction altière, et Confucius l'embrigade dans de bas rites ; Platon hisse l'idée lyrique hors du sol, et Aristote la souille par un enracinement empirique ; le cynique prône le mépris hautain, et le stoïcien bassement l'arraisonne ; les murs de Jésus ne convainquent personne, mais les portes des églises rameutent ; la mystique d'une Déité de Maître Eckhart sombre dans le charlatanisme de l'Unité de Nicolas de Cuse ; Kant trouve, pour le savoir divin, un refuge dans la transcendance, et Hegel le réduit à l'état de caserne dialectique ; Nietzsche s'ouvre à l'ivresse des sens, et Heidegger l'évente dans la sobriété de l'être et de l'essence. | | | | |
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| noblesse | | | Sauver le corps en niant le corps (les chrétiens), sauver l'esprit en niant l'esprit (les matérialistes) - je ne cherche pas le même effet : en niant la profondeur, je la condamne à la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Le Christ, la morale, le nihilisme ne sont pas des cibles de Nietzsche, mais des extrémités des cordes tendues, sur lesquelles s'exerce son intensité musicale ; il n'est ni négateur (comme les sots) ni dialecticien (comme les pédants), mais musicien. | | | | |
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| noblesse | | | Dionysos fêté élégamment rejoint Apollon ; la primauté de la vie enveloppée de belles métaphores est indiscernable de l'idéalisme ; la volonté de puissance auréolée d'humiliantes défaites égalise le ressentiment et l'acquiescement ; l'Antéchrist, à l'âme haute, tend la main au Christ, à la tête basse, - quel nihiliste parfait est Nietzsche ! Et lui-même, dans des moments de lucidité, ne reconnaissait-il pas, que le nihilisme était un mode de pensée divin (eine göttliche Denkweise) ? « La métaphysique de Nietzsche est le nihilisme même » - Heidegger - « Nietzsche’s Metaphysik ist eigentlicher Nihilismus ». | | | | |
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| noblesse | | | Le spectre de l'impulsion initiale, c'est ce qui distingue un homme intéressant. « Tout s'achève avec mon commencement » - T.S.Eliot - « In my beginning is my end » (ne pas croire les Chrétiens, naïfs ou hypocrites : my end is my beginning). En grec, commencer signifierait commander - volonté de puissance (pour Nietzsche, vouloir, c'est obéir au commencement, plutôt que commander la fin) ! « L'unique joie au monde, c'est de commencer » - Pavese - « ricominciare è l'unica gioia al mondo ». Ensuite, le poète, qui doit être Prince, conserve cette impulsion (« nous ne sommes pas responsables de ce qui naît en nous, mais de ce qui dure »** - Valéry), le philosophe la contrecarre par un angle de vue paradoxal, le pragmatique la rattache à la réalité. La pulsion, l'expulsion, la propulsion. | | | | |
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| noblesse | | | Plus réduite est la multitude, contre laquelle je tempête, plus fière sera ma pose de colérique. Commencer par fulminer contre une élite, et bientôt mon arc n'aura plus besoin de flèches. Pointer une cible brillante plutôt que canonner un monstre excessivement mat. Comme Valéry pestant contre Pascal, ou Cioran - contre Valéry (ou Nietzsche - mal avalant son ressentiment face à Socrate, au Christ ou à Wagner). | | | | |
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| noblesse | | | Mon âme a pour père mon soi inconnu et pour fiancé – le créateur en moi. Mais elle restera vierge, mieux à sa place près de ma croix ou de mes ascensions que de mes prêches ou de mes miracles. | | | | |
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| noblesse | | | La Multiplication dans l'étendue, la Transfiguration dans la profondeur, l'Épiphanie dans la hauteur - la géométrie terrestre y est fausse, la géométrie céleste - juste. L'autre, trop paternel ou trop lointain, ou « l'épiphanie dans la mesure de la proximité de l'un par l'autre » - Levinas. | | | | |
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| noblesse | | | Toute l'Antiquité est un tribut au troupeau. Même la lanterne de Diogène n'éclaire pas le bon côté de l'épiderme (deux expériences à tenter : obscurcir la lanterne ou ne faire attention qu'à ses ombres agoraphobes) ; elle se moque de l'homme platonicien inexistant, au lieu de dénoncer l'existence, même au fond des tonneaux, des hommes agoraphores. Le culte de la barbe au détriment de l'enfance. La préférence de la pierre à l'arbre, du grenier à la cave. La mort comme événement et non pas état d'âme. Aucune intuition de la prière. Ce qu'il y a de vraiment profond, dans nos âmes d'Européens, nous le devons davantage au Christ qu'à Périclès. Comment s'appelle Athènes sans Jérusalem ? - ou Rome sans Athènes ? - les USA. | | | | |
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| noblesse | | | Le mot central, aujourd'hui, le mot, autour duquel s'éploient des prières, des mots d'ordre et des coups bas, c'est la réussite, la notion barbare et antichrétienne. Mais aussi très ambigüe, puisqu'un homme du rêve dit avoir réussi sa vie, si ses rêves étaient restés suspendus au-dessus de sa tête, sans jamais s'abaisser jusqu'à ses pieds ; la réussite du barbare - avoir mis la main basse sur tout ce qui paraît haut à ses appétits bien bas. | | | | |
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| noblesse | | | Le stoïcisme est un courage après, l'humilité est un courage avant. Le dernier m'est plus sympathique. « L'attitude stoïque est à l'opposé de l'humilité chrétienne » - T.S.Eliot - « Stoical attitude is the opposite of Christian humility ». Mais, puisque désormais seul le pendant mécanique compte, qui ne demande ni courage d'homme ni même lâcheté de mouton, la paix d'âme robotique suffit, pour garder la tête haute. | | | | |
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| noblesse | | | Cheminements de réconciliation entre l'Antiquité et le Christianisme : de la grandeur d'âme on s'élève à l'humilité ; de l'humilité on tombe dans la grandeur d'âme. Réversibilité. Changement de verbe : la fierté de ce qu'on est, l'humilité devant ce qu'on dit, la honte de ce qu'on fait. L'humilité née du sentiment de sa petitesse est niaiserie ; il faut être assez grand pour toucher à la haute humilité. | | | | |
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| noblesse | | | Le fanatisme des contraintes se marie parfaitement avec l'ondoyance des buts. Mais la conviction dans les buts rend trop lâche l'exigence des moyens. Le créateur vétérotestamentaire, en créant d'abord le But et les Moyens (traduits maladroitement dans la Septante par Ciel et Terre), s'avoue ne pas être artiste. | | | | |
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| noblesse | | | Le vrai maître : il m'introduit dans sa tour d'ivoire, je finis par l'en expulser, je la réduis en ruines et je le vis comme une initiation. Les faux maîtres ne font que créer un mode de recrutement. Écoute Jésus répéter le mot de Socrate : « Là où je vais, personne ne pourra me suivre ». | | | | |
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| noblesse | | | Le gracieux chevalier français fut surclassé par l'archer lourdaud anglais. Le cordage détrôna le plumage. Et le rouage s'ensuivit, depuis : « ce cavalier français, qui partit d'un si bon pas » (Péguy - de Descartes). | | | | |
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| noblesse | | | On avait essayé de chasser l'infâme commerce du Portique païen, du Temple judaïque, de la Cour chrétienne ; la Porte close, il est revenu par la Fenêtre de la liberté. Le naturel se donne tout simplement à la bassesse ; il est rare, et donc - beau ! - chez les nobles, chez qui le style est ce qu'il y a de plus naturel. | | | | |
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| noblesse | | | Derrière toute beauté, immédiatement, je sens la présence d'une noblesse, que ce soit un papillon sous mes yeux ou un poème devant mes oreilles. « L'art n'a de valeur que s'il apporte de la noblesse à la vie » - Gandhi. La même auréole couronne l'intelligence formant le vrai ou la pitié répondant à l'appel du bien, mais la noblesse y reste le fond commun. Trois hypostases – esthétique, mystique et éthique - du Dieu trinitaire, avec trois langages créateurs, c'est à dire déviant, métamorphosant, surgissant dans un silence des origines. | | | | |
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| noblesse | | | Nommer, c'est profaner le sacré ou sacraliser le profane. « Venise me gâte Othello » - A.Suarès. Comparez avec le nom du dieu des Juifs, avec « Que ton NOM soit sanctifié » des Chrétiens ou avec le nom de la rose de Juliette. « La lutte : sans mettre des noms, des corps, des yeux » - R.Debray. Mais pourquoi pas les corps ? Par exemple, la main droite, sachant que les yeux et la main gauche peuvent ignorer ce que fait celle-là ? | | | | |
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| noblesse | | | La sainte trinité de ma conscience : découvrant la Loi, elle s'appellera Esprit ; bouleversée par le Mystère, elle se muera en Âme ; frappée par l'Amour, elle se concentrera dans le Cœur. Le beau monothéisme : croire que ces trois hypostases ne se séparent jamais. | | | | |
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| noblesse | | | L'esprit s'entiche d'idéaux collectifs, l'âme forge son idéal individuel. Les premiers sont en ruines : l'idéal esthétique antique, l'idéal mystique chrétien, l'idéal éthique communiste ; les âmes dépassionnées devinrent stériles et n'enfantent d'aucun idéal ; l'homme moderne hurle au vide, au déclin, à la barbarie, tandis qu'il aurait dû se repentir de l'extinction volontaire de sa propre âme ; mais sa robotisation semble irréversible. | | | | |
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| noblesse | | | La proclamation de l’aristocratie du rêve et son opposition à la démocratie du réel sont à l’origine de la philosophie poétique ; on trouve sa naissance dans ce bel aveu ; Mon royaume n’est pas de ce monde ! Mais notre république est dans ce monde ! | | | | |
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| proximité | | | La géométrie euclidienne, la philosophie socratique et la foi johannique se reconnaissant la même origine dans le Logos pythagoricien - le Nombre. Qui a ses superstitions, par exemple les sept jours de la Création, les sept Sages, les sept notes, les sept couleurs de Newton : « Dieu créa tout à partir du nombre » - « Numero Deus omnia condidit ». | | | | |
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| proximité | | | Un bon auteur cache ses meilleures sources : la beauté des Évangiles tient, en partie, au fait qu'on n'y trouve pas une seule allusion à la Beauté. | | | | |
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| proximité | | | On peut tirer de belles théories des actes insensés du Christ. Tandis qu'on nous demande de mettre en pratique ses vaseuses paroles. | | | | |
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| proximité | | | Le fond historique du Verbe minaudant dans le sermon de la Montagne, ce sont les actes du sicaire sanguinaire, du prétendant dynastique sans scrupule, du scribe-moine faussaire. Heureusement, l'écriture est sainte non pas par Inspiration Divine, mais par inspiration tout intérieure. | | | | |
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| proximité | | | Le Christianisme moyenâgeux fut le plus fidèle au message du Maître. Les mièvreries ultérieures éteignent un fanatisme exotique et ombrageux et font jaillir une clarté pateline et insipide. | | | | |
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| proximité | | | Entre l'esprit et la lettre, ces langages divins, s'insère le concept, cette invention humaine. On peut comparer ces trois langages interprétatifs, dans l'exemple des trois regards sur les Saintes Écritures : l'esprit elliptique des Juifs, la lettre hyperbolique des Musulmans, le concept parabolique des Chrétiens. Et puisque le progrès n'est jamais divin (Dieu se plaçant du côté de l'immuable), les Chrétiens sont les seuls à progresser. | | | | |
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| proximité | | | Un mystique prend les Écritures comme un vocabulaire, rien de plus. Un Maître Eckhart, aujourd'hui, exaucerait sa verve même en épiloguant sur le mode d'emploi d'une imprimante laser. Seuls nos philosophes modernes fouillent leurs propres déjections argotiques comme explication unique du monde. L'unité originelle du monde inspira tant de voix originales ; aujourd'hui, où toutes les nuances du passé sont accessibles, la monotonie des voix consensuelles et reproductibles est effrayante, elle dévore du différent, pour nous inonder du même. | | | | |
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| proximité | | | Pour le fuyard des rigueurs scientifiques et le persécuté par l'imaginaire philosophique ou physiologique, la prière poétique reste l'ultime refuge, l'ultime séjour, renouvelable par la police céleste, avant l'expulsion vers le végétal ou le minéral. « La foi chrétienne est le refuge dans la plus haute détresse » - Wittgenstein - « The Christian faith is a man's refuge in the ultimate torment ». | | | | |
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| proximité | | | Pour prier Dieu, il leur faut bâtir une église, donc, agir, renoncer à la prière, mais l'action, c'est le diable, la transaction. « Où Dieu bâtit une église, le diable y ajoute une taverne » - proverbe allemand - « Wo Gott eine Kirche baut, baut der Teufel eine Schenke daneben ». Parce que ce qui aurait dû n'être que quatre murs d'un homme libre et solitaire se transforme en foire d'esclaves. « À voir comment ils croient en Dieu donne envie de croire en Diable » - Klioutchevsky - « Смотря, как они веруют в Бога, хочется уверовать в чёрта », d'autant plus que le diable, semble-t-il, a ses propres anges, que le Sauveur voue, toutefois, à l'enfer comme le diable lui-même. | | | | |
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| proximité | | | S'il avait été honnête, le Christianisme aurait dû faire bien comprendre au faible et à l'humilié, que même dans l'au-delà c'est toujours Hermès et non pas Dieu-Amour qui distribue la manne, car il y aura bien les premiers et les derniers. « Rare est la vérité sur terre, plus rare encore - aux cieux » - Pouchkine - « Нет правды на земле, но правды нет и выше ». | | | | |
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| proximité | | | En fait de théologie, le catholicisme sent le droit romain et l'orthodoxie - le sophisme grec ; c'est pourquoi l'orthodoxie m'est plus sympathique. Ce ne fut peut-être pas un hasard, que Bacchus se réduisît au flacon et Dionysos - à l'ivresse sans orphisme, qu'Hermès finît par s'associer au plus noble des métiers, la traduction de messages, l'herméneutique, tandis qu'Hermès - au plus vil, le commerce, le (argent) médiateur (medius currens). Hermétique, plutôt que mercantile. L'uni-vers latin - le di-vers rabaissé ; le cosmos grec - l'ornement rehaussé. | | | | |
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| proximité | | | La foi catholique est la religion des mains, la foi orthodoxe - celle du visage. Les mains jointes, dans un retable, ne renient ni le poing ni la chaîne. L'icône invite un regard ou une larme, chauds, recueillis et hypocrites. | | | | |
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| proximité | | | La beauté et la cohérence des images, chez les mystiques chrétiens, dégringolent affreusement dès qu'ils les démétaphorisent et les hypostasient du côté de la Palestine. | | | | |
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| proximité | | | On a beau admettre, que les Évangiles doivent leur origine à la machination des scribes au service de Constantin et d'Hélène, leur herméneutique ne perd presque rien de ses chamarrures passionnantes dans la perplexité de l'Histoire légèrement violentée. La philologie, l'histoire et la mythologie y agissent en comparses, en se relayant et en s'entraidant. | | | | |
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| proximité | | | Brandir la vérité autour d'un événement (l'Incarnation, la Résurrection), d'une idée (la Création, le salut, la présence divine), d'une écriture (l'inspiration) - mais ce ne sont que des images, dont les seules déductions (par défaut !) sont des rites verbaux, gestuels ou sociaux. Toute atteinte à la vérité ne peut être que grammaticale et ne mérite pas ton panache. Le Verbe ne connaît pas de grammaire, donc Il ne connaît pas de valeurs de vérité. À propos, le nom de Dieu fuirait même la morphologie lexicale ! | | | | |
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| proximité | | | Le christianisme initial prônait la repentance, l'ascèse, la haine de l'argent. Aujourd'hui, il s'entend parfaitement avec des valeurs contraires. « L'argent, verbe du diable, par lequel il a tout créé dans le monde, comme Dieu crée par le vrai verbe » - Luther - « Geld ist des Teufels Wort, wodurch er in der Welt alles erschafft, so wie Gott durch das wahre Wort schafft ». À part quelques préfixes de pacotille, le verbe de Dieu préconise visiblement la même rection. | | | | |
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| proximité | | | Dans toutes les objurgations vers la vertu, de Socrate à Rousseau, Kant ou Tolstoï, on sent tout de suite une désespérante inanité, une banalité mécanique. Que le message de Jésus, nous convaincant de nos péchés inexpiables et nous appelant à la repentance, c'est à dire à la honte, avant même de reconnaître nos fautes, réelles ou imaginaires, est plus juste et honnête ! | | | | |
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| proximité | | | Deux choses, surtout, me rendent le personnage de Jésus sympathique : sa hargne contre le marchand et le riche - le Seigneur renvoie le riche les mains vides - et l'état d'exil - le Fils de Dieu n'a où poser la tête - qu'il crée presque artificiellement et où il se complaît. (Que ce soient les attitudes de racketteur ou de brigand - tout regard poétique est une faute juridique !) | | | | |
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| proximité | | | Si Jésus, au lieu de chasser les marchands du temple, avait réussi dans le commerce de tapis, ou s'il avait été analphabète, au lieu d'affronter le Sanhédrin et les procurateurs romains, ou si les cheveux de femme avaient servi non pas pour essuyer ses pieds, mais pour sa promotion sociale, aurais-tu pu l'aimer ? La plupart des croyants auraient répondu, hélas, par l'affirmative. | | | | |
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| proximité | | | Le travail de déracinement de St-Paul : « enraciné et fondé dans l'amour », je dois connaître « la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur », avant de reconnaître l'amour du Christ « échappant à toute connaissance ». | | | | |
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| proximité | | | L'âme catholique s'embrase pour la hauteur du Christ extériorisé et vit l'ascension ; le cœur orthodoxe embrasse la profondeur du Christ intériorisé et le rejoint dans la descente aux enfers ; la raison protestante suit l'étendue du Christ palpable et s'y immobilise. | | | | |
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| proximité | | | Je ne peux respecter une foi que si son symbole est intouchable. Par exemple, le Chrétien élevant la Croix si haut qu'elle en devient invisible et donc impalpable. Et non pas celui qui l'enfouit dans des profondeurs en laissant sous le nez ses mots - et ces choses ! - navrants et trop vraisemblables de Roi, Nazareth ou Juif. | | | | |
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| proximité | | | Être à l'écoute de ce monde, vivre avec son temps - des devises des Chrétiens d'aujourd'hui, qui oublièrent, que le monde entier gît au pouvoir de son prince, le Mauvais. | | | | |
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| proximité | | | Et si le prologue johannique devait se lire : Au commencement était la Proportion ? L'obscur Logos s'illuminant dans le nombre translucide ? La mathématique, de gardienne des entrées académiques, devenant gardienne de la demeure ontologique de l'être. | | | | |
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| proximité | | | Pour la première fois on chanta une débâcle de la noblesse, clouée au banc des accusés, que fut Sa Croix, avec l'avocat de la défense, le Paraclet, brillamment résigné. Ceux qui prirent Son Nom, Le proclamèrent vainqueur pour rameuter des querelleurs des valeurs positives, qui font gagner. | | | | |
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| proximité | | | Piètre Dieu, ou piètre amour, chez les bouddhistes : « On ne peut connaître Dieu qu'en l'aimant » (et St-Paul n'en est pas loin non plus). Un dieu connu ou un amour du connu ne peuvent être qu'insignifiants. Il faut aimer pour renaître et non pas pour connaître. Mais si se connaître, c'est entendre l'appel de son soi inconnu, aimer, ce serait se munir d'une bonne ouïe. | | | | |
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| proximité | | | La chance unique du christianisme - la fusion entre un Dieu juif et un Dieu grec, entre un étant, qui chante et résonne, et un être, qui alimente et raisonne, entre celui qui hésite, dans la douleur du bien, et celui qui crée, dans la certitude du beau. C'est Dionysos qui souffla au Christ sa plus belle leçon : « L'œuvre essentielle du Christianisme, c'est d'avoir révélé que la vie la plus misérable peut, par la hauteur de son intensité, acquérir une estimable richesse »*** - Nietzsche - « Wenn das Christentum etwas Wesentliches getan hat, es war die Entdeckung, daß das elendeste Leben reich und unschätzbar werden kann durch eine Temperatur-Erhöhung ». | | | | |
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| proximité | | | Le plus grandiose, dans le dessein divin, est que les miracles de la matière, de l'esprit et de l'âme sont du même degré ; on hésiterait d'en dresser la préséance (ce que tenta, sans conviction, Kant : « Le monde est un animal, mais son âme n'en est pas Dieu » - « Die Welt ist ein Tier : aber die Seele desselben ist nicht Gott »). | | | | |
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| proximité | | | Le Sauveur promit de se joindre à toute réunion de deux à trois fidèles, convoquée en Son nom ; se refuserait-Il à tout attroupement ? Et le solitaire, adorateur de l'innommable, ne mérite-t-il jamais une sainte Visitation ? | | | | |
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| proximité | | | Sur la surface néo-testamentaire affleurent les noms de Sinaï, de Rome ou de Jérusalem, venus des profondeurs de l'Histoire ; mais un bon regard y perçoit beaucoup plus nettement la hauteur conceptuelle et naturelle d'Athènes ou de l'Himalaya. | | | | |
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| proximité | | | Le Dieu de Spinoza, à l'infinité d'attributs, est aussi loufoque que le Dieu s'incarnant dans un fils de charpentier ou s'identifiant avec un marchand de tapis. Le Dieu inconnu, le seul, qui mérite nos louanges, est celui qui, premièrement, déposa en nous les germes du vrai, du bon et du beau et, deuxièmement, pour les percevoir, nous munit d'un cerveau, d'un cœur et d'une âme. « Dieu se connaît mieux en restant inconnu »** - St-Augustin - « Deus scitur melius nesciendo ». | | | | |
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| proximité | | | J'ai presque de la tendresse pour la religion chrétienne, puisqu'elle est, en Europe, le dernier refuge de la poésie. Celle-ci est, en effet, chassée de la philosophie, de la littérature, de l'amour humain et de l'amour divin. La poésie est un état de suspension ambigüe entre les abstractions mystiques et les rites mécaniques, ces deux extrêmes, dans lesquels se vautrent les autres religions. | | | | |
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| proximité | | | La plus glaciale des indifférences s'appelle platitude, et la caresse, à l'opposé de la platitude, est à l'origine de l'amour, de la musique, de la poésie, de la conscience. « Une caresse brise la glace infinie du monde - telle est la leçon merveilleuse du Christ »* - Iskander - « Космический холод мира преодолевается лаской. В этом чудо учения Христа ». Dommage que le Christ se soit arrêté sur le seul premier domaine, à moins que les autres ne soient que des expansions du premier. | | | | |
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| proximité | | | Quand le reflux des fidèles, des églises vers des clubs Méditerranée, aura atteint un stade critique, pour ne pas laisser se vider les temples, on retournera vers le culte de Jupiter & Cie, qui, tout d'abord, rejoindra sa version orientale obsolète dans les autels, avant de l'évincer définitivement, sous l'égide d'Hermès, saint patron des marchands, la Croix abandonnant son sens sacrificiel et ne gardant que sa valeur ornementale. | | | | |
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| proximité | | | On attribue au Christ son attachement exclusif à la hauteur, mais la fréquentation préalable des profondeurs infernales y est pour quelque chose. Ses successeurs se préoccupent surtout de l'étendue des anathèmes (anathème signifiait jadis – une mise en hauteur) et de la largeur des portes des églises. L'appel du large au plus creux des cieux. | | | | |
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| proximité | | | Les catholiques et les musulmans (contrairement aux orthodoxes et protestants) placent entre le paradis des sens et l'enfer du sens le Purgatoire d'essence. Il faudrait placer cet intermédiaire créateur non pas dans le temps conciliateur, mais dans l'espace réversible : savoir vivre tantôt dans un enfer résonnant d'espérances paradisiaques, tantôt dans un paradis tragiquement désespérant. | | | | |
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| proximité | | | Je crois plus en larmes versées au théâtre qu'à l'église. L'ennui de l'habitude des larmes théâtrales est qu'elles nous désapprennent à en verser de véridiques. Leçon à tirer : pratiquer la prière - une pose théâtrale entre quatre murs. | | | | |
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| proximité | | | On nourrit tant d'espoirs, en admirant les toits et les murs des églises, mais c'est la largeur de leurs portes qui en déterminera le désespoir final. « L'avenir appartient à l'Église, qui aura les portes les plus larges » - A.Karr - et où l'on condamne les portes de secours. De l'autel à l'hôtel. | | | | |
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| proximité | | | L'artiste peut se permettre des mensonges iconoclastes à peindre ; le peuple aurait besoin de mensonges idolâtriques, transmis par des fripons ; quand on voit les résultats minables des prêches antichrétiens, contre la dévotion ou contre la morale, de Voltaire ou de Nietzsche, on a envie de remobiliser l'Inquisition et de rehausser les bûchers, puisque tout feu est désormais éteint, et y règne un terre-à-terre asphyxiant. | | | | |
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| proximité | | | Le mérite principal de l'Évangile est d'avoir chanté (plutôt que narré) la défaite (et non pas un triomphe dissimulé, comme le présentèrent, plus tard, les clercs). « C'est quand on est vaincu qu'on devient chrétien » - Hemingway - « It is in defeat that we become Christian ». Quand on est vainqueur, l'épreuve est encore plus subtile : prouver d'être chrétien, en y décelant une défaite cachée et profonde. | | | | |
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| proximité | | | De tous les regards sur le Christ, celui qui paraît être le plus sincère est le regard plein de pitié – Bach ou Tolstoï. | | | | |
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| proximité | | | Partout, dans les cités, sévit le robot ; l'homme, cette symbiose d'une bête et d'un ange, ne resurgît que dans un désert. Même le Sauveur y fut tenté, entouré de bêtes et servi par les anges, mais tenant au vouloir de rachat. Le robot ne tente que par le pouvoir d'achat. | | | | |
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| proximité | | | Les tenants d'un idéal collectif chrétien poussent tout agneau errant vers le troupeau assagi. Mais ces hérétiques assurent la vitalité de cet idéal, qui n'est qu'une hérésie d'une chimère encore plus haute. | | | | |
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| proximité | | | Il est trop facile de voir dans le Sauveur quelqu'un qui se soucie des lépreux et sauve de lapidation des pécheresses ; pour être plus vigilant, il faut savoir imaginer le Malin verser des mannes ou multiplier des poissons. « Nous doit aussi souvenir, que Satan a ses miracles » - Calvin. Avec Dieu, le Satan fait partie d'un même cirque, où le dompteur est toujours mieux vu que le prestidigitateur. Heureusement, il y a aussi des clowns, des clercs, pour ne pas prendre tout cela au sérieux. | | | | |
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| proximité | | | La Chambre de Commerce et l'Église nous proposent le même avenir : « Nous voulons, que les valeurs fondamentales du christianisme et les valeurs libérales dominantes dans le monde puissent se féconder mutuellement » - Jean-Paul II - « Vogliamo che i valori fondamentali del cristianesimo e i valori liberali dominanti nel mondo d'oggi possano incontrarsi e fecondarsi ». De cette union, consommée par la voie contre nature, naquit l'enfant appelé des vœux de ses hideux parents, le robot, respectueux de l'Église et de la Bourse. | | | | |
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| proximité | | | Les simplets se limitent à modéliser les objets, les subtils commencent par les relations. Le Créateur s'y connaissait : « Le nom du Père n'est pas le nom d'une essence ni d'une action, c'est le nom d'une relation » - Grégoire de Nazianze - et le but de notre ancrage à la Création y serait de la rendre transitive : créer l'œuvre, comme le Père procrée le Fils consubstantiel, elle, l'œuvre d'esprit, procéderait de l'âme par le talent - une réplique humaine des relations trinitaires. | | | | |
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| proximité | | | Le Seigneur est très incertain, quant à la puissance de Sa lumière, qui nous accueillerait dans l'au-delà : tant de ténèbres traversent le Jugement Dernier, et le Mahométan serait reçu par des vierges sans souillure - dans des ombres délicieuses. D'autre part, à quoi bon les yeux là où régnera le regard ? | | | | |
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| proximité | | | Mon soi inconnu est assez éloigné de l'en-soi hégélien (qui s'exprime, tandis que le soi inconnu ne fait qu'imprimer), mais il est assez proche du Dieu le Père, surtout dans ses rapports avec le Fils, ce soi connu, engendré par une voie non naturelle, et qui ne cherche qu'à traduire la volonté du Père ; pour observer leurs relations impénétrables, on aurait besoin d'un esprit, sain ou Saint. | | | | |
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| proximité | | | Aucun fil - matériel, factuel, spirituel - ne nous relie plus aux sources des religions actuelles. Un Éthiopien, aujourd'hui, est, sans contredit, plus près du Chrétien originel que nous. Nos théologiens ne peuvent être que poètes, de gré ou de force, doués ou débiles - la théologie de la grammaire. Et tout sérieux dogmatique est ridicule - la grammaire de la théologie. « Dieu n'a pas de religions » - Gandhi. | | | | |
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| proximité | | | Tout, dans la matière, dit, qu'au commencement était le Chiffre lisible - lumineux (le Ciel) ou sombre (la Terre). Tout, dans le domaine de l'esprit, dit, qu'au commencement était le Verbe incompréhensible. Un Dieu créateur fort et un Dieu rédempteur faible, pouvaient-ils être la même personne ? S'appelait-Elle - Caresse ? | | | | |
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| proximité | | | L'uniformité de pensée populaire, est-elle une précondition ou une conséquence du développement de la démocratie et de la religion ? Le rétrécissement des circonvolutions allait de pair avec l'élargissement des portes des églises ; aujourd'hui, il accompagne plutôt la sacralisation des portes des banques. | | | | |
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| proximité | | | Le nihilisme : me méfier de l'inertie, chercher le rythme, le point zéro, la source ou l'origine de mes sentiments et pensées. C'est la facette divine de l'homme, la facette purement humaine se trouvant dans l'enchaînement, la suite, l'accroissement du temporel, au détriment de l'éternel. La définition médiévale du nihilisme, qui en affuble ceux qui pensent, que l'hypostase humaine du Christ n'est rien, me paraît être étonnamment percutante. | | | | |
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| proximité | | | La sévérité de l'avertissement aux premiers d'aujourd'hui (qui se verraient derniers le jour du pointage divin) se voit adoucie par le retournement du Seigneur lui-même, qui veut être et l'alpha et l'oméga, en même temps. L'homme se sentit piégé par cette prétention et se mit à lire avant-dernier, ce qui lui permit d'aligner des tas de vraiment derniers pas consignés dans les Codes de l'Église. Dans tous les cas, le culte de la récompense est visiblement maintenu dans l'au-delà, toute tentation égalitaire renvoyant l'hérétique tout droit dans l'enfer. | | | | |
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| proximité | | | Il y a, effectivement, trois personnes, trois hypostases chrétiennes, dans chacun de nous : homme d'action (provenant du Père), homme de rêve (apparenté à l'Esprit Saint), homme du verbe (mêlé au sang du Fils). Celui qui a trouvé la Terre, Celui qui trouve dans les étoiles, Celui qui cherche les meilleures orbites. Et il semblerait que le Prophète, lui aussi, dans ces exercices, intégrât trois substances : il serait un ange, un miroir de son âme et un roi. L'objet de nos recherches, serait-ce le Graal, c'est à dire le Sang Royal ? | | | | |
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| proximité | | | Les trois hypostases chrétiennes sont étrangement peu solidaires entre elles et semblent même s'ignorer complètement. On peut dire la même chose de la trinité humaine : l'intelligence, la création, la noblesse, qui vivent en toute indépendance les unes des autres. En imaginer l'unité est un exploit des théologiens ou des poètes ; « Celui qui connaît, celui qui crée, celui qui aime, c'est tout Un »* - Nietzsche - « Der Erkennende, der Schaffende, der Liebende sind Eins ». Qu'est-ce qu'un homme ? - sa foi ! Le surhomme est l'homme trinitaire. | | | | |
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| proximité | | | Il ne suffit pas de ne rien vendre, il faut encore tout donner, même en enterrant ses talents. L'Évangile, en condamnant ce geste, est minable. J'y suis pour les hérétiques. | | | | |
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| proximité | | | Ceux qui osent le dernier pas ou le dernier mot sont des fermés, en proie à la vulgarité du matérialisme ou du dogmatisme : « Il existe une ultime décision ! Tout ne reste pas ouvert ! » - Benoît XVI - « Es gibt eine letzte Entscheidung ! Es bleibt nicht alles offen ! » - une infaillibilité à portée de tout expert comptable ! | | | | |
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| proximité | | | Le bon Chrétien devrait être humble non pas parce qu'il serait indigne de la grandeur de Dieu, mais parce que la grandeur, c'est à dire la force, est indigne. | | | | |
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| proximité | | | Très belle division du travail entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint : la grâce, l'amour et la communion ! On s'en rend surtout compte, en les comparant avec la pesanteur, l'indifférence et l'oubli de toute fraternité, qui glacent notre époque. | | | | |
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| proximité | | | La grâce catholique ou orthodoxe se lit dans la création humaine ; la grâce protestante accompagne le caprice divin. Et puisque plus haute est la grâce, plus basse est la pesanteur, les protestants, si souvent, présentent une rare lourdeur. Mais les protestants ont raison de se moquer de nos actions comme stimulateurs de grâces divines : nous serions si misérables, si seules nos actions exprimaient ce que nous valons. Et non pas la libre grâce de Dieu ou de notre création ; la grâce suit nos âmes et non pas nos bras. | | | | |
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| proximité | | | Face à nos faiblesses (les angoisses, les hontes, les perplexités) – les combattre ou leur compatir ? - pour avoir choisi la seconde attitude, le christianisme mérite d'être proclamé la religion la plus noble. Le bonheur mécanique du goujat, qui aurait gagné en forces, ou le malheur en larmes du noble, qui aurait gagné en souffrances sublimées ou partagées. | | | | |
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| proximité | | | Pour les ratés de tous les temps, les anarchistes, le Christ serait leur seul confrère qui réussît. Crachats, épines, gifles, clous - je ne vois que des débâcles. Ceux qui réussissent, ce sont toujours des rois, des bergers, des pasteurs. Les agneaux échouent. | | | | |
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| proximité | | | Le bien, la faiblesse, le nihilisme – tant de fausses cibles pour le regard nietzschéen, tandis que celui-ci n'y fait qu'exercer la puissance de ses cordes et la rigueur de son arc, sans vraiment lâcher de flèches. L'ultime adversaire-frère – le Christ, ouvrant les bras à Dionysos et Socrate. D’ailleurs, son vrai adversaire, ce fut non pas le Christ, mais le protestantisme, sacrifiant l’esthétique au dépens de l’éthique, tandis que Nietzsche faisait le contraire. | | | | |
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| proximité | | | Le Verbe, peut-il, doit-il, veut-il devenir Chair ? Ce qui semble être la raison principale, pour rendre vivante ma plume. La Chair s'adonne trop souvent à la Lettre, la pâle incarnation du Verbe. L'Esprit innommable, c'est cela, le Verbe. | | | | |
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| proximité | | | L'imposture de notre soi connu, avec ses solutions, qui se substitueraient au mystère de notre soi inconnu, est du même ordre que celle de St-Paul, démystifiant, dévoilant le Dieu inconnu devant l'Aréopage. | | | | |
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| proximité | | | L'évolution du christianisme : d'abord - l'essentiel se déroule au ciel, ensuite - moitié au ciel moitié sur terre, enfin - sur terre. De nos jours, la chute du prestige du ciel y trouve une explication. | | | | |
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| proximité | | | Notre Dieu, qui ne nous guette plus que près du cimetière, tira une Croix sur tout ce qui fut ludique ou gastronomique. Les cirques et les temples sont aujourd'hui privés de la divine présence ; les hiérophantes cumulent leur herméneutique aux champs de courses. | | | | |
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| proximité | | | Les fondateurs d'Églises : ses Pères - l'orthodoxie, Charlemagne - le catholicisme, Luther - le protestantisme ; recel de faux, faux, usage de faux - tout est prévu pour la rétractation et le verdict. Et chaque fois huit siècles séparent ces croires à former, comme huit siècles séparent les pensers du formé : Aristote, St-Augustin, Thomas d'Aquin, Wittgenstein. La prochaine étape serait donc un nouveau croire. Mais croire, en absence des âmes, est-ce encore croire ? Thomas d'Aquin comptait onze passions ; quatre siècles plus tard, Descartes n'en voyait plus que six ; encore quatre siècles, et bientôt nous n'en serons qu'à zéro. | | | | |
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| proximité | | | L'homme peut être vu en tant qu'une personne morale, un mammifère, un moyen de transport ; ce sont des angles de vue différents (des faces représentatives de Hobbes) sur le même objet. Il faut interpréter de la même manière les trois personnes, ou hypostases, du Dieu chrétien. | | | | |
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| proximité | | | Le judaïsme est sophistique et l'islam – dogmatique ; le grand mérite du christianisme est une saine symbiose de ces deux facettes : rendre humble l'intelligence, rendre hautaine l'ironie. | | | | |
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| proximité | | | L'arbre du Bien et du Mal devint symbole de la religion chrétienne. La bestiole, qui s'y niche et pullule, est toujours aussi absorbée par la cueillette. Et la vraie croix est de supporter tant de fruits insipides et aseptisés. | | | | |
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| proximité | | | Au commencement était le couple l'Amour - la Haine (Empédocle), la Monade (Pythagore ou Leibniz), l'Apparence (Pyrrhon), l'Idée (Platon), le Verbe (le Christ), l'Action (Thomas l'Aquinate, Goethe, après avoir opté pour le Sens et la Force, Valéry, avant de lui préférer l’Étrange, Proudhon), la Violence ou la Lutte (Pascal ou Darwin), le Soupçon (Marx et sa Classe, Freud et sa Perversion, Nietzsche et sa Musique, Berdiaev et sa Liberté), la Donation (Gegebenheit de Heidegger), l'Étrange (à partir des fantômes et spectres : « Shakespeare genuit Marx, Marx genuit Valéry » - Derrida). Chacun au commencement de sa discipline : l'Idée (le Nombre, la Monade, la Force) - pour représenter le mystère, le Verbe (l'Amour, le Sens, la Donation) - pour formuler les problèmes, l'Action (la Haine, la Lutte, le Soupçon) - pour tester les solutions, la Perversion et l'Étrange - pour confondre ou embellir les passages de l'un à l'autre de ces trois niveaux. | | | | |
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| proximité | | | Le mûrissement en sagesses et en extases : le sacré se détache de Jérusalem et s'attache à Athènes. Où un dieu clame son existence, raisonne la routine du troupeau ; là, où le Dieu inexistant anime les esprits et élève les âmes, résonne la voix de l'homme, créateur et fraternel. | | | | |
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| proximité | | | La croix camarguaise me fait penser, que l'amour n'est qu'un point intermédiaire, pour que la Croix devienne ancre : « La Croix grandie devient Ancre » - J.Donne - « Crosses grow anchors ». Destiné à quelqu'un, qui est voué au naufrage, c'est un geste de compassion. Ne pas décourager avec une simple pierre, oser d’être captieux avec le symbole de l'espérance accroché à ton cou. La Croix faisant entrevoir un parachute serait autrement plus vacharde. | | | | |
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| proximité | | | Il faut reconnaître, que le corps n'est que notre surface, notre profondeur étant confiée à l'esprit et la hauteur - à l'âme ; mais toutes les deux, pour se rester fidèles, doivent passer par un sacrifice corporel, tel Dieu le Père et l'Esprit Saint, devant la Croix expiatoire, où expire le Fils. Et la poésie est une imitation de la Passion : « De leur hauteur, les âmes pleurent le corps, qu'elles viennent d'abandonner »** - Tiouttchev - « Души смотрят с высоты на ими брошенное тело ». | | | | |
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| proximité | | | Les premières apparitions du Christ, dans les statuaires des Empereurs Romains, s’effectuaient en compagnie d’Apollon, d’Abraham, d’Orphée ; lui, si étranger à la beauté apollinienne, au nationalisme abrahamique, au chant orphique, il aurait souhaité ne se fraterniser qu’avec Dionysos et Socrate, avec l’ivresse et la résignation, en y apportant, en plus, l’angoisse. | | | | |
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| proximité | | | Les premiers protestants (Luther, Th.Müntzer) conçurent la vision la plus intellectuelle de la foi : elle serait l’unification de deux arbres – de l’Ancien et du Nouveau Testaments - avec le troisième, celui du croyant lui-même ! Seulement ils n’évaluèrent ni les différences des lieux de ces variables (racines, troncs, branches, fleurs, fruits, cimes, ombres) ni le nombre de variables qu’exigerait une unification féconde ; l’arbre unifié comporterait davantage de variables que ses sources et n’apporterait donc rien de significativement nouveau. | | | | |
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| proximité | | | Ramener à la physique ou à la biologie l'éternel retour et le surhomme, c'est comme confier à la science politique ou à l'astronomie la justification du Royaume des Cieux. | | | | |
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| proximité | | | Ce que je crois est dicté par mon goût, donc par mon âme libre, hors toute aide extérieure. Ce que je ne crois pas est formulé par mon esprit, fabricant de contraintes dans le choix de thèmes publics. C’est pourquoi l’Évangile veut porter secours à l’incrédulité du croyant. | | | | |
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| proximité | | | Tant de tributs à la beauté, à l’intelligence, à l’art, chez les dieux grecs ; et l’indifférence des ploucs évangéliques pour ces signes divins des humains évolués. En revanche, chez les chrétiens, - une première reconnaissance du Bien en tant que le mystère le plus divin. Une humble faiblesse, opposée à la force orgueilleuse. | | | | |
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| proximité | | | Je pensais être le seul à avoir lu et admiré les magnifiques interprétations des Évangiles par Tolstoï. Quels ne furent ma surprise et mon plaisir, quand j'apprendrai, par B.Russell, que, dans une librairie galicienne, ce livre sera le seul à survivre aux bombardements de la Grande Guerre et y sera découvert par Wittgenstein, qui en sera profondément bouleversé. | | | | |
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| proximité | | | Dans la création se manifeste, étonnamment, la Trinité du Dieu chrétien : le talent, la noblesse, l’intelligence, correspondant à Dieu le Père, son Fils, l’Esprit Saint. La suite numérique humaine alignerait la solitude, l’amour, la création. Et pour aller jusqu’au chiffre 6, on peut songer au sang que firent couler la croix et les étoiles à 5 ou 6 branches. | | | | |
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| proximité | | | Les profils successifs du chrétien : persécuté, persécuteur, créateur de dogmes, barbare, gardien de mémoire, corrompu, inquisiteur, ridiculisé, marginalisé, socialisé (en compagnie des Restaurants du cœur et des Médecins sans frontières). Une religion d’esclaves s’éteint dans une société sans esclaves. La place du dieu chrétien est prise par les Syndicats. | | | | |
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| bible | | | Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. | | | | |
| | proximité | | | On se trompe, lorsqu'on dit, que ce sont, respectivement, le mouvement, le but et le contenu. Il faudrait voir dans le Chemin le contenu, dans la Vérité - le mouvement, dans la Vie - le but ! En tout cas, au parcours je préfère le commencement, à la vérité – le langage, à la vie – le rêve. | | | | |
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| bible | | | Ceux qui ne me cherchaient pas, M'ont trouvé. Je Me suis révélé à ceux qui ne s'interrogeaient pas sur Moi. | | | | |
| | proximité | | | Donc, Tu peux et veux tromper, et rien ne justifie mieux notre liberté. | | | | |
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| st paul | | | Ni la hauteur, ni la profondeur ne peuvent nous séparer de l'amour du Christ | | |   | |
| | proximité | | | Pour aimer, il faut être seul : dans la profondeur d'un souterrain ou à la hauteur d'un ermitage (temple et temps ne proviendraient-ils pas du verbe couper ! ). Au lieu de cela, aujourd'hui, on invite les ouailles à élargir les portes des églises et à oublier la porte étroite prônée par Jésus. | | | | |
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| pascal b. | | | La nature des hommes est déchue de Dieu ; elle marque partout un Dieu perdu, et dans l'homme, et hors de l'homme. | | | | |
| | proximité | | | Ce serait un piètre paradis, celui où l'homme n'éprouverait plus ni la honte, au fond de lui, ni l'émoi, devant la beauté, hors de lui. Dieu n'est pas mort tant que ni le rouge au front ni l'azur dans l'âme ne te quittent. | | | | |
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| diderot d. | | | Le Dieu des chrétiens est un père, qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants. | | | | |
| | proximité | | | Il favorisa le danger et le hasard, nous poussa vers le jeu et la femme. | | | | |
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| maistre j. | | | Le Christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants. | | | | |
| | proximité | | | De nos jours, des savants prêchent, des ignorants croient. Retour au paganisme, les dieux ne se manifestant que par des jetons de présence dans des conseils d'administration. | | | | |
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| chateaubriand f.r. | | | Le christianisme est la pensée de la liberté humaine et de l'égalité sociale. | | | | |
| | proximité | | | Aujourd'hui on lit : liberté de s'enrichir et égalité des chances ; les milliardaires sont reconnaissants au Christ, et ils vénèrent Son Père. On invitait l'esclave à engraisser le César ; on y resta fidèle. | | | | |
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| hölderlin f. | | | Vater, so nah so fern, so sublim und verwandt.
Ô Père, aussi proche que lointain, si sublime et si familier. | | |  | |
| | proximité | | | L'éloignement sublime, vécu comme une proximité toute familière, ne serait-ce signe que l'Esprit fécondât l'âme ? Cette rencontre des extrêmes, ne serait-ce l'éternel retour du même Fils, même prodigue ? | | | | |
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| dostoïevsky f. | | | Если Христос не правда, то уж лучше я буду вне правд, со Христом.
Si le Christ n'est pas la vérité, être plutôt hors de la vérité, avec le Christ. | | | | |
| | proximité | | | Pourtant, le Christ dit « Je suis la Vérité… » et Maître Eckhart est plus circonspect : « Si Dieu se détourne de la vérité, je l’abandonne et reste avec la vérité » - « Möchte Gott sich vor der Wahrheit kehren, ich wollte mich an die Wahrheit halten und Gott lassen ». La métaphore au-dessus de la formule logique : « Je refuse d'être Aristote si c'était pour me séparer du Christ » - Abélard - « Nolo esse Aristoteles ut secludar a Christo ». Ceux qui abandonnent leur ami, pour une vérité, deviennent peut-être des Aristote, mais ils n'auront connu ni le vrai amour ni la vraie amitié. Peu sont capables de faire confiance à l'inexistant, donc de croire, sans le profaner en l'introduisant dans l'existant : « Celui qui prétend aimer le christianisme plus que la Vérité, finira par aimer sa secte et, ensuite, par aimer soi-même plus que tout le reste » - Coleridge - « He who begins by loving Christianity more than Truth, will proceed by loving his sect and end in loving himself better than all ». | | | | |
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| twain m. | | | A man is accepted into a church for what he believes and he is turned out for what he knows.
Un homme est admis dans une Église parce qu'il croit et il en est chassé parce qu'il sait. | | | | |
| | proximité | | | Avec l'élargissement considérable des portes des églises, c'est le contraire qui se produit aujourd'hui : les certitudes rendent pieux et le doute amène des anathèmes. Les hérésies finirent par forcer les portes, que seule l'Inquisition aurait pu préserver étroites ; qui ne le comprend pas dit : « Toute hérésie cherche à rendre l'Église moins large » - Chesterton - « Every heresy is an effort to narrow the Church ». | | | | |
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| claudel p. | | | Dieu n'est pas infini (la Trinité), Il est inépuisable. | | | | |
| | proximité | | | On gagne le prix du Saint-Esprit en ne s'arrêtant pas sur la solution du Fiston et en revenant au mystère du Géniteur. Il faut, qu'on Le vide sans cesse, pour ne pas s'apercevoir du peu de ressources qu'Il a à un moment donné. | | | | |
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| ortega y gasset j. | | | La desesperación : el romano, el griego, el judío vive en la ansiedad de no reconocerle un sentido total a la vida.
Le Grec, le Romain, le Juif vécurent en cette forme radicale de la vie, qu'est le désespoir. | | | | |
| | proximité | | | Tandis que le christianisme moderne serait de l'averroïsme aristotélisé, sans états d'âme. | | | | |
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| thibon g. | | | Dieu et le diable nous font la même promesse ; la seule différence est qu'ils ne visent pas la même altitude. | | |    | |
| | proximité | | | Tant et si bien Dieu tient parfois la promesse du diable et le diable renie la promesse de Dieu, sans que je m'aperçoive de la supercherie. Dieu prônerait l'action et le diable - sa récompense ; même en inversant leurs rôles, l'alternative protestante - ne pas prendre en considération tes bonnes œuvres, mais le Dieu du boniment - ne nous éclaire en rien. | | | | |
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| char r. | | | Les dieux ne meurent que d'être parmi nous. | | | | |
| | proximité | | | Quand on connaît ses saints, ce n'est plus ses saints qu'on honorera. Dieu est mort, car nous l'avons vu. « En disant 'Dieu existe', on le perd » - Chestov - « Сказавший : 'Бог существует' - теряет Бога ». Dans les nues ou sous les toits, notre pensée l'atteint et par-là, le piétine. Il faut confier Dieu aux mots, le reléguer dans les formules. La vitalité de Dieu se mesure en nombre de mystères vénérés : les Anciens admettaient tout mystère, pour s'adresser à Dieu ; les Chrétiens n'en gardèrent qu'un seul ; les modernes les exclurent, tous, pour conclure, que Dieu est mort. | | | | |
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| char r. | | | La perte du croyant, c'est de rencontrer son Église. | | | | |
| | proximité | | | Sa superstition perdra une plate attache, mais sa foi pourrait gagner en hauts détachements. Je ne gâche pas le régal du foie gras, en rencontrant une oie entière. Il ne faut pas confondre l'Être (le soi inconnu) avec sa maison, qui est le Langage (le soi connu). Tout chemin est un sentier battu, s'il mène à l'étable ; laisse à tes impasses le soin de ton credo nocturne (« troupeau d'étoiles vagabondes » - Du Bellay). | | | | |
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| cioran é. | | | Je méprise le chrétien parce qu'il est capable d'aimer ses semblables de près. Pour redécouvrir l'homme, il me faudrait un Sahara. | | | | |
| | proximité | | | De près on ne touche qu'à la gangue (les mains), au gang (l'oreille), au gag (le cerveau). On n'aime que par le regard accommodé aux mirages. | | | | |
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| russie | | | L'Europe : l'histoire d'un combat - entre l'Antiquité et le Christianisme - où l'on prend parti du vainqueur, de l'Antiquité. La Russie : le même combat, entre deux fantômes, portant les mêmes noms, mais plutôt absents de ses latitudes, où l'on se range du côté du vaincu, du Christianisme. | | | | |
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| russie | | | Le Christ de Tolstoï est personnel ; il ne promet à ton front redressé qu’un rouge ardent, de honte ou de repentance. Le Christ de Dostoïevsky est national ; il invite ton front serein, avec ceux de tes compatriotes, à se prosterner devant de froids autels communs. | | | | |
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| russie | | | L'ironie au royaume du goujat, le millénarisme du peuple théophore : la prophétie d'une fraternité en Christ se mue en complicité avec l'Antéchrist. L'appel à une liberté dans la douleur se traduit en recherche d'un bonheur sans liberté. L'impossibilité de construire une société chrétienne sans le Christ. L'absence de théodicées abstraites dans l'orthodoxie russe, qui voit la seule démonstration de l'existence divine dans la palpitation du cœur humain, à l'évocation de la merveille de la vie. | | | | |
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| russie | | | Sur les fonts baptismaux d'un rêve, l'eau tourna rapidement au sang, qu'on jeta, horrifié, et l'enfant avec. La prochaine fois, le Christ se tournera vers un pays aux rites laïcisés et aux liquides lymphatiques, la Russie en loques mendiant sur le parvis. | | | | |
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| russie | | | L'Occident fête davantage Noël, pour saluer la promesse d'une vie de rêve ; la Russie s'accroche à Pâques, au vague souvenir d'un rêve de la vie. Le compromis, dont l'exemple nous fut donné par le protagoniste lui-même : faire de sa vie une rencontre entre la Crèche et la Croix. | | | | |
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| russie | | | Deux tentatives d'imposer un diktat de l'humanisme réel, christianisme ou communisme, au nom du salut de l'homme et son assimilation avec l'ange, se soldèrent par l'écroulement de deux immenses empires, Rome et la Russie. Les droits de l'homme, en l'envisageant comme un robot, amènent la stabilité des marchés, communs et diaboliques. | | | | |
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| russie | | | Rome est tombée à cause des repentance, pitié et honte chrétiennes, plus que de la férocité des Barbares. La Russie succombe à la générosité du communisme, héritier naturel du christianisme et bâtard stoïcien, plutôt qu'à la tyrannie d'une pensée unique. La renaissance et le progrès ne s'associent qu'avec le triomphe du marchand, impénitent, éhonté et impitoyable. | | | | |
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| russie | | | Un héritier de Pouchkine ou Tolstoï se sent, aujourd'hui, étranger à Moscou, comme celui de Gilgamesh à Babylone, celui de Ptolémée à Alexandrie, celui de Jésus à Jérusalem, celui de Sénèque à Rome, celui de Constantin à Istanbul. De nos jours, les voix des grands ne peuvent résonner naturellement qu'à Paris, avant qu'il n'en reste qu'une mémoire, gravée quelque part à New York ou Salt Lake City. | | | | |
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| russie | | | Le Christ, dans la perception européenne, est une figure fondamentalement apollinienne ; chez les Russes, il est hautement dionysiaque. Le Christ russe, pitoyable, en compagnie du Grand Inquisiteur, ou le Christ, assisté de Torquemada, frère d'Héraclès (Hölderlin), ou prêtant son âme à César (le surhomme de Nietzsche). | | | | |
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| russie | | | La douceur chrétienne ruina Rome, la générosité communiste abattit la Russie. « Moscou, comme Rome, c'est du grandiose » - « Moskau sowohl wie Rom sind grandiose Sachen » - la dernière étincelle du cerveau de Nietzsche, le jour même, où la folie l'éteignit définitivement à Turin, en vue d'un cheval fouetté, lui, qui chanta les vertus du fouet et dénonça les méfaits de la pitié ! Cette même image, qui l'enténébra, illumina Raskolnikov. Désormais, l'humanité ne demandera à ses apprentis-sauveurs que le taux d'intérêt ou la marge de profit - le salut est dans la prédominance du lucre. | | | | |
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| russie | | | La philosophie russe est la seule à être vraiment chrétienne, puisqu'elle est gorgée d'anxiété, d'angoisse et de repentance : la profondeur d'une pitié et la hauteur d'une ironie s'y rencontrent chaleureusement, au milieu des ruines, là où en Occident sévit la froide gravité des audaces et des constructions. | | | | |
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| russie | | | Se civiliser, c'est se débarrasser du péché originel et de la honte. Les péchés du Russe sont si cuisants, qu'il lui faut des dieux cléments, sachant fermer les yeux sur le réel et se contenter de l'idéel. « Le pouvoir soviétique se maintient grâce au platonisme du peuple russe. » - Lossev - « Советская власть держится благодаря платоническим воззрениям русского народа ». Tout autre peuple européen, soumis à une expérience marxiste, se nourrirait du Capital ; les Russes sortent tout droit de la République. L'idée reçue voit dans le Russe un vétéro-Chrétien, tandis qu'il est un païen, un platonicien invétéré. | | | | |
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| russie | | | Les vices et les vertus des nations changent si facilement de signe, il suffit de leur adjoindre quelques compléments de lieu ou de temps. Après l'énumération cinglante : « L'Anglais cherche le profit, le Français - la gloire, l'Allemand - le pouvoir, le Russe - le sacrifice » - W.Schubart - « Der Engländer will Beute, der Franzose Ruhm, der Deutsche Macht, der Russe das Opfer » - pensez au profit en usine, à la gloire au salon, au pouvoir en église, au sacrifice en caserne, et vous rabibocherez tout le monde. | | | | |
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| russie | | | Veut-on vivre dans l'entente avec le monde ou dans le défi - le type de civilisation dépend de la réponse. « L'homme harmonieux - les Grecs homériques, les Chinois, les chrétiens gothiques. L'homme héroïque - les Romains, les Germains et Latins. L'homme ascétique - les Hindous, les Grecs néo-platoniciens. L'homme messianique - les premiers chrétiens, la plupart des Slaves. L'harmonie avec le monde, la domination du monde, la fuite devant le monde, la sacralisation du monde » - W.Schubart - « Der harmonische Mensch - die homerischen Griechen, die Chinesen, die Christen der Gothik. Der heroische Mensch - das antike Rom, Romanen und Germanen. Der asketische Mensch - die Inder und neuplatonische Griechen. Der messianische Mensch - die ersten Christen und die meisten Slaven. Welt-Einklang, Welt-Herrschaft, Welt-Flucht, Welt-Heiligung ». Peut-on sacraliser par l'harmonie, par la puissance ou par la fuite ? Oui, quand je suis un Ouvert, et ma musique, mon génie ou mon regard proviennent de ma profondeur divine et sont tournés vers ma hauteur humaine. | | | | |
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| russie | | | Dans aucun autre pays le gouffre entre la vérité de raison et la vérité de cœur n'est aussi infranchissable qu'en Russie. Et puisqu'en Europe le Christ apporte plutôt la première que la seconde, on pouvait dire : « Avec mon 'Art de trouver la Vérité nous allons évangéliser les Tartares » - Lulle. Cette engeance aurait été plus attentive à ton Art d'aimer et même à ton Arbre de science. Surtout si tu étais venu trois siècles plus tôt, lorsque la Vérité évangélique les séduisit pour de bon. | | | | |
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| russie | | | Partout la liberté, pour devenir forte, se pare d'habits légaux. Sauf en Russie : « L'âme russe est forte, puisqu'elle va nue ; et libre, puisqu'elle s'éprend de servir » - Saint-John Perse. La nudité d'esclave acquit un certain prestige, dans une province romaine, il y a deux mille ans. Aujourd'hui, ce serait une atteinte à l'ordre public. | | | | |
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| russie | | | De plus en plus souvent on entend chez les catholiques, que la foi ne s'oppose en rien à la raison. Que doit penser le Russe, pour qui : « Nul mètre usuel ne la mesure, nulle raison ne la conçoit. La Russie a une stature, qui ne se livre qu'à la foi » - Tiouttchev - « Умом Россию не понять, аршином общим не измерить. У ней особенная стать ! в Россию можно только верить » ? Elle tente bien de se livrer au bon sens, mais les sens tout court nous en rebutent (l'ouïe - à cause des silences de ses faibles, l'odorat - gêné par les miasmes de ses forts, le goût - frappé par sa grossièreté générale). Suremploi de l'arbre : le gourdin, la croix, l'icône. | | | | |
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| russie | | | Écrits à la même époque (et redécouverts, aussi, à une même époque), le Cantar de mío Cid, la Chanson de Roland, le Nibelungenlied et le Dit de l'Ost d'Igor (Слово о полку Игореве), présentent d'étonnantes ressemblances factuelles, mais surtout psychologiques, les héros se baignant dans leurs défaites ; l'ère carolingienne fut peut-être le dernier moment d'une Europe chrétienne, acceptant, fièrement, la chute. Avec la Divina Commedia commence la littérature moderne des héros, triomphateurs du Mal. | | | | |
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| russie | | | D'étranges généalogies inversées entre la rusticité et la foi : du paganus, paysan, est venu le païen, mais du chrétien est né крестьянин (chrestianine), le paysan ! Et, pour honorer la Croix, le village, деревня, remonte à l'Arbre, дерево. | | | | |
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| russie | | | L'Évangile inspire les grands romanciers russes ; le Code Civil joue le même rôle chez les romanciers européens. Dans les vérités des premiers on sent les stigmates ; des doutes des seconds on déduit la juridiction du sanhédrin. | | | | |
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| russie | | | Dans le Notre-Père, le Français et l'Anglais parlent d'offenses à pardonner, tandis que l'Allemand et le Russe - de dettes (Schuld, долг) ; curieusement, offense ou dette sont à l'origine étymologique du même mot - péché (sin, Sünde, грех). | | | | |
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| russie | | | La neige fut ma patrie (je souris en lisant : « voici la neige, malheur à celui qui n'a pas de patrie » - Nietzsche - « bald wird es schnein, weh dem, der keine Heimat hat »). Ensuite, j'occupai ma vie à inventer des patries, pour donner corps à la sensation d'exil, qui ne me quitte jamais. Comme j'invente des églises ou des tribunaux, où ma honte trouve enfin un confessionnal ou un banc des accusés. Un besoin vital de mystère : « Le rêve d'exilé russe s'enveloppe de sa patrie, comme d'un mystère » - Nabokov - « Изгнанника сон, как тайной, Россией окружён ». | | | | |
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| russie | | | Dans les traductions occidentales de l’Évangile, Jésus brandit la menace du feu qu’il apporte aux hommes, mais il ne mettrait pas à l’exécution cette fausse menace, puisque le même feu sévit déjà sur terre. La traduction russe, en revanche, est plus menaçante : Jésus souhaite, que son feu à lui éclate le plus rapidement. | | | | |
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| russie | | | D’une manière inexplicable, et peut-être complètement aléatoire, les deux thèmes principaux d’une bonne philosophie – la consolation et le langage – correspondent aux deux traits nationaux russes les plus saillants et touchant davantage le moujik que l’aristocrate ou l’intellectuel. Le besoin de consolation perce dans leurs appels à la pitié, à la compassion et surtout dans la vision du Christ-Paraclet, du Consolateur, plus que du Sauveur, comme dans l’Occident. Enfin, la richesse phonétique, morphologique, syntaxique du russe munit cette langue d’une liberté phénoménale. Le discours dans les langues romano-germaniques renvoie, immédiatement, aux représentations conceptuelles sous-jacentes, tandis que le discours russe traduit, avant tout, les états d’âme, le degré d’ironie ou de perplexité, l’intensité des désirs ou des espérances. Et c’est la raison principale du succès de la littérature russe. | | | | |
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