| action | | | Je finis par m'accrocher à l'arbre en abandonnant la Croix, à cause de son chemin de Croix, tandis que le regard suffit pour vénérer l'arbre. | | | | |
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| action | | | La seule chose qu'on attend aujourd'hui de l'intelligence, c'est qu'elle permette d'améliorer le pouvoir d'achat : « Marche avec des sandales jusqu'à ce que la sagesse te procure des souliers » - Avicenne - voilà encore une invitation à accéder à la propriété, c'est à dire à devenir voleur comme tout le monde, et qu'il s'agisse de souliers, de bottes ou de pantoufles, - qu'à cela ne tienne ! « Il vaut mieux marcher pieds nus que voler des pantoufles » - Che Guevara - « Es mejor caminar descalzo, que robando zapatillas » - plutôt - danse pieds nus, jusqu'à ce que, sur une voie aérienne, des ailes procurent à ton regard la sensation de sagesse. | | | | |
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| action | | | Le rêve – une pensée, qui illumina mon âme, sans se propager jusqu'à mes bras. « La pensée, qui ne passerait pas à l'action, s'éteindra d'elle-même » - Dostoïevsky - « погаснет мысль не трудящаяся » - oui, mais elle laisserait briller dans le noir, peut-être, quelques étoiles. Mêlée à l'action, elle éclairerait des routes ou pâturages, mais me désintéresserait du ciel. La vie, n'est-elle pas des souvenirs, ceux des étincelles ou des comètes ? | | | | |
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| action | | | Ayant choisi l'immobilité, on risque de donner sa faveur aux chemins, qui ne mènent nulle part : abîmes, impasses, corniches, ces chemins de traverse, que beaucoup de badauds traversent en touristes. | | | | |
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| action | | | Les voies, qui mènent le plus loin un bon regard, sont les voies impénétrables. | | | | |
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| action | | | Les actions sont des tumeurs de l'espace, comme le bon sens est une tumeur du temps. Ce sont les échecs de parcours, il faut les laisser crever, mourir de leur propre mort. Les échecs de départ, échecs fondateurs (Sartre), ou les échecs d'arrivée, échecs d'implexe (Valéry), les seuls à pouvoir servir de leçons et donner la mesure à l'étendue ou à la durée de mon exaspération. | | | | |
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| action | | | La hauteur n'est pas dans la capacité d'indiquer les directions (Schiller ou Nietzsche), mais dans celle de voir nettement les chemins à ne pas parcourir. Tous les chemins se dessinent dans l'horizontalité ; dans la verticalité, il n'y a ni tournants ni pentes, que des élans et des chutes : « Le chemin vers la hauteur et le chemin vers la profondeur sont un »* - Héraclite - et il n'est ni spatial ni même bidimensionnel, mais réduit à un point, où demeurera ton regard. | | | | |
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| action | | | Apprendre à faire, apprendre en faisant, désapprendre sans faire - cheminement de celui qui est sensible à la création et au langage. | | | | |
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| action | | | Attendre de l'art, qu'il vous apprenne quelque chose, qu'il vous arme, - étrange obsession des meilleurs, y compris Valéry. Je n'apprends que dans des guides statistico-savants ; une œuvre d'art devrait donner aux inéluctables fuites de soi la fraîcheur des sources, nous démunir de pores ou munir d'a-pories vitales, nous décuirasser, pour rendre la débâcle moins humiliante et plutôt cérémonielle. | | | | |
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| action | | | Par l'implacable loi de l'éternel retour, tout chemin s'achèvera en cercle. Gagner en hauteur, par un jeu en spirale, est un espoir niais. La hauteur commence par le courage de n'emprunter aucun chemin. Ou bien le chemin n'est que cheminement et le jeu du retour consiste à savoir traduire toute étape, même la finale, en point zéro d'un parcours inentamé. Se fuir est souvent le plus court chemin pour se retrouver : on court sans arrêt, pour arriver à ce qu'on fuit. | | | | |
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| action | | | Prier sur mon étoile ou la suivre, tel est le choix vital (à condition préalable de ne pas prendre pour elle - la lumière de la rue). En priant, je suis sûr de m'égarer, mais je sauve mon regard ; en marchant je suis sûr de me retrouver sur des sentiers battus, avec mon regard éteint. | | | | |
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| action | | | L'ennui des chemins est qu'on ne puisse pas danser la-dessus, et le sens de ta vie n'est pas dans la marche, mais dans la danse. C'est dans la déviation (divertissement) des chemins que Pascal voyait le seul remède à nos misères, sans toutefois préciser, que la déviation la plus radicale s'appelle impasse discrète abritant une scène, au milieu des ruines à l'acoustique parfaite. Plus plate est la scène, plus haute est la danse. | | | | |
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| action | | | Au lieu de narrer la prose du monde, chanter sa poésie. Se désintéresser de la marche, viser la danse ; avoir besoin de scène et non pas de chemins. Ceux-ci finissent toujours par devenir sentiers battus, même si ta marche est la création même de ton propre chemin. « La route se construit en marchant » - Machado - « Se hace camino al andar » (Sénèque aurait dit la même chose : « Viam supervadet vadens », et Montaigne s’inspirait de ce vers virgilien : « C’est en marchant qu’on gagne en force » - « Viresque acquierit eundo »). Don Quichotte, ne disait-il pas, que « le chemin est plus précieux que l'auberge » - « el camino es más importante que la posada » ? Appliqué à la création, l'adage reste souvent le même : l'œuvre, c'est le chemin. | | | | |
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| action | | | Le faire te rapprochant du connaître, le connaître du faire - telle est la cadence de l'homme d'action. La trajectoire ne dépasse pas la représentation, comme la représentation ne garantit pas la trajectoire. Toute marche mène à l'avoir, si aucune étoile de l'être ne bénit ton pas. Préférer au chemin - ses coordonnées ? - « Rien n'aura eu lieu que le lieu excepté peut-être une constellation » - Mallarmé. | | | | |
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| action | | | L'âme place des panneaux indicateurs, avec des distances à ne pas parcourir et avec des frontières à ne pas franchir. C'est l'esprit, c'est à dire le regard, qui les interprète, la volonté étant au volant. « L'esprit sert à tout, mais il ne mène à rien » - Talleyrand. | | | | |
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| action | | | Le commencement, même privé de buts, est un vecteur : « Le chemin naît parce qu'on le fait » - Kafka - « Wege entstehen dadurch, daß man sie geht ». Et même avec des buts sobres atteints, je garderai surtout l'ivresse du parcours : « Ce qui reste d'une pensée, c'est le chemin » - Heidegger - « Was in einem Gedanke übrigbleibt ist der Weg ». Marcher précède le chemin, même Sartre le savait : « L'existence précède l'essence ». Je remplace l'être par le devenir, et je dis : « Dans l'ordre de l'existence, la façon de cheminer est le chemin lui-même ; c'est le cheminement qui nous fait être » - Kierkegaard. | | | | |
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| action | | | Près du but, l'artiste vit le vide ou l'impuissance d'une déconcentration ; le vrai bonheur l'accueille dans l'extase des commencements ou dans le vertige du parcours : « Malheur à toute forme de culture, qui indique l'aboutissement, au lieu de faire notre bonheur sur le chemin elle-même » - Goethe - « Wehe jeder Art von Bildung, welche uns auf das Ende hinweist, anstatt uns auf dem Wege selbst zu beglücken » - le chemin des meilleurs est le commencement même. | | | | |
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| action | | | Quand je suis sûr de mon chemin, je redoute le trouble et le frisson, qui peuvent me jeter hors de mes ornières. Mais quand le frisson même est mon chemin, je fuirai le continu de la voie, pour me livrer aux pointillés de la voix. La volonté musicale peut se passer de chemin banal, ouvert à toute volonté. Mais là où il y a une représentation, on n'a pas besoin de chemins, ou plus précisément - de pieds, on se contente d'ailes. | | | | |
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| action | | | La musique en mouvement ne peut conduire qu'en caserne ou en cimetière ; c'est la musique de l'immobilité, n'ayant besoin d'aucun chemin, qui m'approche de ce qui m'est infiniment cher et lointain. Aucun silence ne peut la remplacer : « Le chemin vers tout ce qui est grand passe par le silence » - Nietzsche - « Der Weg zu allem Großen geht durch die Stille ». | | | | |
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| action | | | Cheminement de ma liberté : choisir mon but, choisir mes moyens, choisir mes contraintes - choisir de ne pas les mettre en œuvre, car, entre-temps, l'observateur, en moi, l'emporta sur le dominateur. | | | | |
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| action | | | Une fois au but, le meilleur résumé ne serait pas de se féliciter du choix de bons chemins ou de bons moyens, mais de la qualité des contraintes ; le talent doit si peu à la géographie et aux muscles, qui le flattent, et si beaucoup - aux sacrifices et fidélités, qui le guident et donnent une forme à ses pas et un fond à son regard. | | | | |
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| action | | | Volonté banale : orientée par un but, guidée par un chemin, motivée par des moyens ; volonté en tant que puissance, ou contrainte intérieure, - l'intensité du regard, réduisant au même les buts et les chemins, vécus comme un retour en ton soi. | | | | |
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| action | | | La fonction principale des contraintes n'est pas le choix de chemins ou de buts, mais la qualité du seul pas éloquent, du premier ; au-delà, c'est déjà l'inertie ou l'algorithme. Dans les actions, dont je me détourne, les actions à exécuter et non pas à créer, même le premier pas découle du mouton ou se programme par le robot. | | | | |
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| action | | | Avec de bonnes contraintes, le plus court chemin entre un point de départ et un point d'arrivée sera toujours oblique et finira même par devenir discret, en pointillé, que parcourt un regard, expert en géométrie céleste. Entre deux hauteurs il ne doit pas y avoir de chemin - le meilleur argument pour le pointillé non terrestre. | | | | |
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| action | | | La marche, que j'aille trop loin ou juste ce qu'il faut, m'apporte de la certitude et m'apprend des limites de l'accessible ; la danse m'enivre de vertiges et me fait découvrir des limites inaccessibles. Savoir que « seul celui qui tente d'aller trop loin peut, éventuellement, découvrir jusqu'où l'on peut aller » - T.S.Eliot - « only those who risk going too far can possibly find out how far one can go ». Quand je sais, que tout ce remue-ménage n'a d'autre finalité qu'aménagement d'étables, je me moque des bornes et j'évite des cornes. L'important, ce n'est pas découvrir, mais couvrir, couvrir d'auréole, d'écran, de brume. Mais pour cela, il vaut mieux rester loin des routes. | | | | |
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| action | | | Tracer des routes peut être une tentative d'échapper à l'étendue de la platitude, mais aucune signalisation ne les empêche de devenir sentiers battus. On se trompe de dimension : à une bonne hauteur, tout souci de périmètres ou de surfaces se calme par une anodine homothétie ou par une translation du regard. | | | | |
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| action | | | Quand la main indique le but, le mouton se met en branle, le robot évalue les moyens, le sage érige des contraintes. L'innocent ne quitte pas des yeux la main. | | | | |
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| action | | | Un emballement, peut-il être d'origine divine ? La paix d'âme, peut-elle être soufflée par le diable ? « Dieu donne le gouvernail, mais le diable donne les voiles » - proverbe russe - « Бог руль даёт, а чёрт - паруса ». Dans cette régate, je me sens plus proche de la bête. Encalminé, j'attends mon étoile et un bon vent, Dieu ne prêtant attention qu'aux droits chemins et aux boussoles. | | | | |
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| action | | | Ouvrir ou découvrir des chemins est une tâche, qui n'est pas sans noblesse ; ce qui m'ennuie, c'est la densité du troupeau qui s'y engouffre et qui en fait un sentier battu de plus. « Des fous creusent des routes, des hommes raisonnables, ensuite, les empruntent » - Dostoïevsky - « Безумцы прокладывают пути, по которым следом пойдут рассудительные » - et ceux qui les creusèrent retournent dans leurs impasses. | | | | |
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| action | | | Tous les bons chemins furent déjà indiqués par des autres ; c'est la nature de mes audaces qui formera des contraintes débouchant sur le choix des chemins à ne pas parcourir. | | | | |
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| action | | | Aux sots, leurs chemins semblent lumineux et droits, et ils savent exactement ce qui, par injustice ou hasard, les fait tomber. Au sage, tout chemin est fait de ténèbres et d'obliquités, et il est sûr de son inévitable chute ; c'est la platitude des chemins qui l'aide à y dénicher une pierre d'achoppement, pour ne pas s'y engager. | | | | |
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| action | | | Le choix de chemin est un vote des pieds contre les ailes, qui ne connaissent que l'élan : « Rien qu'un élan ou un vol : planer ou désirer - sinon, sur tous les chemins, ne t'attend que ta perte » - A.Blok - « Только порыв и полёт, лети и рвись, иначе - на всех путях гибель ». L'action ne vaut que par l'élan, qui nous pousse à nous quitter, le temps d'une faiblesse : « Tout n'est qu'effort et rythme. Élan sans but ! Terrible est l'instant, où disparaît l'élan » - Bounine - « Всё ритм и бег. Бесцельное стремленье ! Но страшен миг, когда стремленья нет ». | | | | |
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| action | | | Consciemment ou non, mais tout homme de plume, avant de noircir ses pages, a un but en vue. Les uns se mettent à décrire des chemins épiques qui y mènent, d'autres – à chanter des actions dramatiques, d'autres encore – à exhiber des acteurs ou des ressources. Mais les meilleurs se contentent d'imaginer des contraintes, qui ne nous laisseraient qu'en compagnie d'un seul acteur immobile, dont le mot électif serait et chemin et matière et intensité. | | | | |
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| action | | | Ma vie se résume en deux destinées : la première est tracée par mon action et mon esprit, et la seconde – par mon âme et ma création. Tout homme sensible finit par comprendre, que les pas sur la première voie n'apportent rien de significatif à la qualité de la seconde. Mais aucun progrès ne m'attend sur la voie éternelle, la seconde ; je n'y vivrai que le retour du même, car le talent de mes compositions, l'intensité de mes couleurs, la noblesse de mon regard sont trois dons du ciel non évolutifs. | | | | |
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| action | | | Pour enjoliver le parcours de sentiers battus, ils veulent voir dans leur chemin – une corde raide, qu'il s'agit de maîtriser. Aucun équilibre mécanique ne résiste à une optique ironique. Le chemin est meilleur, lorsque le regard, mieux que les pieds, le mesure et le marque. En dehors du cirque, l'équilibriste chute le premier. Pour la construction de ta tour d'ivoire, les pierres d'achoppement, les contraintes, s'avèrent plus résistantes que les pierres kilométriques, les jalons des parcours. | | | | |
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| action | | | Même dans la religion, ce culte des genoux pliés et des mains ne s'occupant que de nos visages ou de nos cœurs, le chemin peut remplacer l’œuvre : « Ça ne sert à rien de marcher partout pour prêcher, à moins que la marche soit un prêche » - François d'Assise. Toutes les positions furent tentées pour attirer des ouailles : dansant ou courant (David), assis ou debout (le Christ). Mais on ne trouva rien de meilleur que la position couchée, pour s'écouter soi-même en tant que chemin et s'imaginer voyageur : « Le chemin appelant des voyageurs » - St-Augustin - « Via viatores quaerit ». | | | | |
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| action | | | Deux voies de progrès, dans la littérature, à partir de la banalité discursive de l'action : la voie psychologique – examiner les motifs de l'action, pour en approfondir la vision, et la voie ironique – chercher à rehausser le regard, en trouvant des motifs de l'inaction, au profit du rêve. La première devient, très rapidement, sentier battu ; seule la seconde garde l'éternelle fraîcheur, elle entretient l'attente sans disperser l'attention. | | | | |
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| action | | | Ce qui te conduit vers le péché, ce ne sont ni les erreurs, ni la méchanceté, ni les mensonges, mais la nécessité même de faire des pas, c'est à dire d'accomplir des actions, sur le chemin irréversible, qui s'appelle le temps. Toute vertu est intemporelle. | | | | |
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| action | | | Tous ceux qui, tout en marchant sur un chemin, prétendent suivre leur étoile ou leur démon, se retrouvent dans une étable. | | | | |
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| action | | | Le goujat, une fois installé dans sa confortable réussite matérielle, se met à se plaindre de la malveillance des jaloux, qui empruntaient le même chemin, sans succès. Il ne reconnaîtra jamais, que l'ennui, ce ne sont pas les obstacles, mais le chemin lui-même (médiocre et rampant - Beaumarchais). Celui qui mène vers la défaite n'est pas plus reluisant, mais le troupeau et sa puanteur y sont moins denses. « La reptation du médiocre mène plus loin que le vol du talent » - Schiller - « Die kriechende Mittelmäßigkeit kommt weiter als das geflügelte Talent » - pour celui qui vise la hauteur, ce lointain est risiblement plat. | | | | |
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| action | | | Après chaque dépôt de bilan, ils s'interrogent : est-ce faute de moyens ? faute de buts ? faute de routes ? J'accumule mes faillites faute à l'étoile, qui convertit en regards tout ce qui aurait pu s'investir en choses. « Si tu ne fais qu'obéir, la faute en est à toi et non à tes étoiles » - Shakespeare - « The fault is not in the stars, but in ourselves, that we are underlings ». | | | | |
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| action | | | Tout succès aujourd'hui ancre si sûrement les destinées (les belles situations ! ), que l'on ne peut plus atteindre la hauteur que de chute en chute. Gravir, c'est se soumettre au succès ; s'élancer, c'est le prendre de haut. Qui goûta au vertige des chutes met à la verticale tout sentier, qu'il soit battu ou plat. | | | | |
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| action | | | La plupart des routes de l'esprit ont pour impulsion originelle - les buts ; et elles s'avèrent être des chemins battus ou, au moins, conduisent tout droit vers des étables ou casernes. Le chemin virtuel pour un esprit, solidaire de l'âme, passe par des contraintes : « Un seul chemin, pour l'art et pour l'esprit, - ses propres contraintes »** - Volochine - « Для ремесла и духа - единый путь : ограничение себя ». | | | | |
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| action | | | À l'homme du chemin (les positions prises, les connaissances apprises – la profondeur), à l'homme de la marche (la puissance, la volonté - l'ampleur) j'oppose l'homme de la danse (le goût, la noblesse – la hauteur). | | | | |
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| action | | | Tant d'efforts pour indiquer la voie, pour garder le cap, pour déployer des voilures, tandis qu'il s'agit d'avoir son propre souffle et d'admirer les astres du fond de son immobilité. « N'aller nulle part, faire venir » - Rabelais - « Noli ire, fac venire ». | | | | |
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| action | | | Il faudrait rendre la route si difficile, qu'elle ne soit accessible qu'au regard sur mon étoile. On connaît les promesses et les fins des boulevards ou sentiers lumineux : « La route, qui mène à la misère, est plane » - Hesiode - … et droite. Mais, en choisissant la cahoteuse et sinueuse, je m'éloigne bien de la misère, sans m'approcher du bien-être béni des étoiles. | | | | |
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| action | | | Disposer de routes peut même dispenser de cheminement et calmer le prurit d'inquiétude : « Il n'y a pas de chemin vers la paix ; la paix, c'est le chemin » - le Bouddha. Et le tao chinois n'est qu'une voie, un commencement actif et un mouvement passif, les deux se passant de logos des fins, un concept à mi-chemin entre l'être et le devenir. Et Jésus ne connaît pas d'autres chemins que Lui-même. « Faire, c'est se faire » - Valéry. | | | | |
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| action | | | Les chemins : on les montre, empreinte ou bâtit – l'envie de marcher, c'est tout ce que cela puisse réveiller ; l'envie de danser, elle, naît plus sûrement de la peinture des impasses. | | | | |
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| action | | | Tous les chemins se valent : fréquentés ou solitaires, droits ou obliques. Ce qui compte, pour le promeneur couché, c'est l'imagination de carrefours labyrinthiques et l'intuition d'impasses enchanteresses. | | | | |
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| action | | | Le commencement compte, entre autres, par la surprise et l'espérance, qui, même déçues, génèrent des harmonies et des rythmes. Celui qui sait faire durer cet étonnement et cette attente s'appelle poète ; celui qui se met à vivre des buts, et même du chemin, est voué à devenir machine. | | | | |
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| action | | | Quand, sur les chemins de l'action, de la contemplation ou du calcul, je suspends mes pas, pour n'entendre que l'appel du bon, du beau ou du vrai, appel obscur, troublant et irrésistible, je donnerai à cette écoute immobile, faute de mieux, - le nom ironique de chemin vers soi. | | | | |
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| action | | | L'ange nous enseigne les commencements et les contraintes, le démon nous pousse vers les buts et les chemins. Tant de balivernes socratiques sont dues à son démon, dictant des contraintes à la place de son ange. | | | | |
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| action | | | L'art de formulation de contraintes est supérieur à l'artisanat d'avancement vers des buts, le goût est supérieur à la performance, puisque savoir choisir est plus profond et subtil que savoir connaître. | | | | |
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| action | | | Le soi, avec lequel s'identifie mon action, ne peut être qu'un pantin. L'homme libre « choisit non de coïncider avec soi, mais d'être à distance de soi »** - Sartre – mais il ne lui appartient pas de choisir la distance céleste, que seules les ailes peuvent mesurer. Les pieds sont avides de routes terrestres, sur lesquelles « la solution, le salut, c'est de coïncider avec soi » - Ortega y Gasset - « la salvación es volver a coincidir consigo mismo ». Mais le salut de l'âme est dans le mystère de l'immobilité et de l'ignorance étoilée d'un soi inconnu et inconnaissable. | | | | |
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| action | | | Dans chaque action, ma liberté s'éprouve dans : la noblesse des contraintes, le talent des commencements, l'intelligence des parcours, la sagesse des fins. Quoiqu'en pense Platon : « Le dieu tient en mains le commencement, la fin et le milieu de tous les êtres », Dieu en est absent, et la chiquenaude initiale ne laissa aucune trace, aucun écho. En tout cas, au savoir et au savoir-faire ce Dieu délicat semble préférer la noblesse, pour représenter ma liberté. | | | | |
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| action | | | Marcher, c'est ne pas être sûr de l'immobilité de l'essentiel : « Il y a un but, mais pas de chemin ; ce que nous nommons chemin est hésitation » - Kafka - « Es gibt ein Ziel, aber keinen Weg ; was wir Weg nennen, ist Zögern ». Avec un peu d'assurance, on se dit, qu'il y a des contraintes, mais pas de buts ; ce que nous nommons buts est arrogance. | | | | |
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| action | | | L'an-archie – l'incapacité de trouver des commencements et d'y tenir, la joie naïve de s'adonner au chaos des pas intermédiaires, le désintérêt pour la hauteur des premiers et la profondeur des derniers. Le principe d'absence de principes est des plus misérables. | | | | |
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| action | | | Successivement, je me désintéresse de l'homme de dépassement, de chemin, de destination ; je reste en compagnie de l'homme d'intensité, de métaphore, de contrainte. Dans l'invariant, tout héros est solitaire. | | | | |
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| action | | | La vie se résume en actes, pensées et rêves : le hasard (des parcours), l’art (des finalités), le départ (des élans). | | | | |
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| action | | | Ils conseillent de ne revenir que si le chemin s'avéra mauvais, mais ce conseil n'est pas moins valable pour un bon chemin : reviens, pour comprendre, que le seul chemin enviable est celui, où le premier pas appartienne à quelqu'un de plus grand que toi, et que tu n'en es digne que si tu dédaignes les pas intermédiaires pour en anticiper le dernier. | | | | |
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| action | | | Je subis le hasard de mon réel, je maîtrise la loi de mon imaginaire ; de leur rencontre, le réel gagne en profondeur désespérante, et l'imaginaire se réfugie davantage dans une hauteur éphémère. S'ils s'évitaient, il y aurait moins d'étincelles de percussion, mais plus de clarté, pour le premier, et plus d'obscurité, pour le second : on verrait mieux soit son chemin soit son étoile. | | | | |
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| action | | | La hauteur du ciel s'offre à tous, mais son appel est perçu de deux manières : soit il fait chercher des chemins et met en marche nos pieds et nos calculs, soit il se transforme en élan et réveille nos ailes et nos âmes. Et Goethe : « Du ciel, en passant par le monde, vers l'enfer » - « Vom Himmel durch die Welt zur Hölle » - parle d'un enfer collectif. Nietzsche voit un ciel et un enfer personnels : « Le sentier vers mon propre ciel passe toujours par la volupté de mon propre enfer » - « Der Pfad zum eigenen Himmel geht immer durch die Wollust der eigenen Hölle », tandis que le ciel, ou Dieu, est toujours commun pour les hommes fraternels. N'est personnel que l'élan, mais il exclut tout chemin. | | | | |
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| action | | | Tant de niaiseries autour de la métaphore de chemin, préexistant ou construit en marchant, tandis que ce qui compte, c’est si ton étoile l’illumine et si tes pas forment une danse personnelle ou s’inscrivent dans une marche collective. Les plus lucides des partisans des chemins de l’être, de la vérité, de la connaissance finissent par reconnaître, qu’au pays de la poésie, ces chemins ne mènent nulle part (Heidegger). | | | | |
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| action | | | L’effet bienfaisant de disposer – ou mieux – de les créer ! - des buts inaccessibles : tu renonces aux parcours et te concentres dans l’élan, dans le commencement, fidèle à l’étoile, créatrice ou inspiratrice de ces buts. | | | | |
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| action | | | Qu'il s'agisse du nihilisme de l'action (l'Antiquité), du dogme (le Moyen Âge), de la pensée (la modernité), c'est toujours le souci primordial du commencement, la réserve ou le doute face aux buts et le mépris pour le parcours. | | | | |
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| action | | | Tous les sentiers sont déjà battus ; toutes les destinations sont répertoriées par l’époque, le métier, la loi ; pour être original, il ne restent que des sources entièrement nouvelles, blotties au fond des impasses et traçant des trajectoires vers les étoiles ; une fois projetées sur la géographie humaine, ces trajectoires seront aussi banales que les métaphores usées. | | | | |
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| action | | | Au pays du rêve il n’y a pas de routes ; tout mouvement y est chute ou élan ; s’y égarer veut dire perdre le vertige, s’installer dans la platitude ; l’action y contribue. « Agir, c’est s’égarer » - Arendt - « Handeln heißt irren ». | | | | |
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| action | | | Aucun chemin ne mène au rêve ; aucun progrès ne s’y produit ; le rêve n’est qu’un élan vers l’inaccessible immobile. Et quand on s’émerveille « du rêve condensé en fait », on finira, avec amertume, par y voir le passage « de l’inaccessible à l’état de chemin battu » - Hugo. | | | | |
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| action | | | Ce ne sont plus les chemins qui portent l’action de l’homme, mais des chaînes de production ou de distribution. Mais même dans les chemins, je n’apprécie que leurs points de départ, le seul séjour vivable des rêves, surtout s’ils visent la hauteur. « Je veux prendre mon chemin à la hauteur des astres »*** - Pythagore. | | | | |
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| action | | | Dans cette bêtise socratique : « Qui veut – cherche un moyen, qui ne veut pas – cherche une raison », on relève un tas de malentendus. Ne pas vouloir certaines choses mesquines fait partie des contraintes bienfaisantes ; les moyens assurent des parcours des chemins battus, le talent annonce des commencements inédits ; ce n’est pas chercher, mais vouloir qui y est le verbe central – le désir, il faut l’entretenir dans la hauteur, au lieu de chercher à l’abaisser jusqu’à la réalité. Au lieu de dénoncer la paresse, l’auteur aurait dû se prononcer pour la noblesse. | | | | |
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| action | | | Le terme de moyen a de multiples acceptions : moyens de formuler, stratégiquement, une action, moyens de fixer le commencement, d’assurer le parcours, de finaliser l’action. Puisque mon intérêt s’arrête aux commencements, les moyens y consistent à privilégier l’enveloppement par la forme au développement du fond et à suggérer des inconnues dont on pourrait munir l’arbre des fins, unifiable avec l’arbre du commencement. | | | | |
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| action | | | Ta sensibilité est indissociable des faits réels qui parsemèrent ta vie, mais pour la qualité de ta création ils ne jouent aucun rôle. C’est à peu près la même chose avec l’étude de l’Histoire : elle enrichit tes vocabulaires, mais n’apporte rien à l’efficacité, à la responsabilité ou à la sagesse de tes actions, y compris de tes créations. Les seuls personnages du passé, qui restent vivants dans le présent, sont ceux qui tentaient d’entamer un dialogue avec l’éternité. Le rêve, et non pas la réalité, guident les plus belles pensées et les plus belles plumes. | | | | |
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| action | | | Dans l’action, dans laquelle se croisent les faits et les idées, il y a trois sortes d’acteur : les exécutants, les créateurs, les eschatologues ; les premiers, maîtres des outils, savent ce qu’ils doivent faire, les deuxièmes, dessinateurs des parcours, peuvent expliquer comment il faut le faire, les troisièmes, visionnaires des commencements et calculateurs des finalités, veulent justifier pourquoi il faut le faire. | | | | |
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| action | | | Mes commencements ne sont pas des points de départ des chemins communs ; ils sont plutôt des annonces d’impasses. Pas d’avancements possibles ; je ne compte que sur une ascension ; c’est ce qui distingue une maxime d’un aphorisme, la verticalité de l’horizontalité, le désespoir mental de l’espérance astrale. | | | | |
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| action | | | Comme la marche fait le chemin, la flèche, décochée vers l’inconnu ouvert, crée sa cible, ton défi de solitaire, comme le chemin ne menant nulle part. « Toute flèche, que tu envoies, est accompagnée de la cible, partie en même temps et étant, sans doute, le troupeau caché » - Celan - « Jeden Pfeil, den du losschickst, begleitet das mitgeschossene Ziel ins unbeirrbar geheime Gewühl ». | | | | |
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| action | | | La pensée antique fut atemporelle, elle se tournait vers les commencements – principes ou éléments – sans se soucier des fins, consciente de l'inertie et du hasard des parcours. Le christianisme eut la mauvaise idée de nous projeter vers l'au-delà - salut final ou piété de parcours ; l'avenir radieux des communistes reprit la même eschatologie déviante ; dans les deux cas – l'endormissement par de fausses certitudes, l'hostilité face au doute et à l'ironie. | | | | |
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| action | | | À tout moment de la vie, où l'on tente de tirer un bilan, provisoire ou définitif, il faut se dire, qu'on avait fait fausse route, quels que soient les distances, les sens ou les frontières, qu'on auraient suivis ou négligés. Il est encore plus facile de se convaincre, qu'on avait gardé de bonnes ruines, qui n'ont pas d'âge et dont le seul mérite est de te mettre hors temps. Rien de bon dans les parcours factuels ; le bon n'a qu'une demeure idéelle. | | | | |
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| action | | | L’incertitude entache le commencement, la routine – le milieu, la banalité – la fin. Heureux celui qui sache vivre dans l’incertain ! « C'est le commencement qui est le pire, puis le milieu puis la fin ; à la fin, c'est la fin qui est le pire »* - S.Beckett. | | | | |
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| action | | | Tu ne peux pas échapper à ce cheminement parallèle, dans le réel et dans l’imaginaire, vers le désespoir et vers l’espérance. Mais il faut tenter d’éviter trop de chevauchements entre ces deux domaines, pour ne pas « contempler l’édition raisonnable de l’halluciné que l’on a été »*** - Cioran. | | | | |
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| action | | | La notion de recherche a un sens stratégique et un autre, tactique. Le premier : ayant sous les yeux un but précis, choisir un point de départ et trouver un chemin vers le but. Le second : ayant, en point de mire, l’une des trois étapes stratégiques - le but, le chemin, le commencement – chercher, pour cette étape stratégique, son but, son chemin ou son commencement tactiques. Préconisant le commencement, c’est-à-dire la hauteur, je dois, néanmoins, en trouver la finalité, le parcours, la source. Le profond part des fins, le superficiel – des chemins ; les premières sont communes, et les seconds – mécaniques. | | | | |
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| action | | | En littérature, c’est la hauteur assumée des commencements – en noblesse, en intelligence, en imagination – qui compte et non pas les distances parcourues, fussent-elles conquises les yeux fermés (et même ignorants, comme ceux de Hegel : « Jamais on ne va plus loin que lorsqu’on ne sait plus où l’on va » - « Man geht nie weiter, als wenn man nicht mehr weiß, wohin man geht ». | | | | |
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| action | | | Les centres d’intérêt d’un créateur se forment par la focalisation de ses innovations sur l’échelle temporelle : depuis longtemps on épuisa les ressources tactiques (changement de parcours) et stratégiques (changement de buts). Il ne restent que des inventions de nouveaux principes de départ (changement de commencements). Les derniers à l’avoir compris sont Nietzsche et Valéry. | | | | |
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| action | | | Ta position (vision des finalités) révèle ton clan, ta posture (maîtrise du parcours) – ton métier, ta pose (naissance du regard) – ta volonté. « Tout est dans la pose » - Chestov - « Поза - это всё ». | | | | |
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| action | | | Je suis sceptique quant à l’intérêt de la transformation de l’être en faire (et non pas en devenir qui n’est que l’être traversant l’espace-temps). On ne se fabrique pas ; on est complet, achevé, dès sa première enfance. Les valeurs et leurs hiérarchies restent stables ; ce qui évolue, ce sont des contraintes que j’impose à mes choix capitaux. Elles portent d’abord sur les buts à viser ; ensuite – sur les parcours à emprunter ; finalement – sur les commencements à créer. Je devins un éternel débutant. | | | | |
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| action | | | Dire – les débuts plutôt que les buts – est juste et mieux que - chemins avant actions - Wege nicht Werke de Heidegger, car tout bon chemin devient impasse (Holzweg) et toute impasse vaut par son commencement, où la circulation d’idées est la plus dense. | | | | |
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| action | | | La raison et la liberté choisissent ton action ainsi que ses causes. La liberté découlant de ta raison n’est que raison. La liberté est un vague appel du Bien, elle est ton goût du Beau et tes contraintes du Vrai. Ta raison, ne connaissant que ton intérêt immédiat doit être absente du tribunal du vrai Bien (du Bien divin) ; ta raison entoure de contraintes ta créativité dans le Beau ; ta raison est seul juge du Vrai. À la sentence, totalement vide, de Rousseau : « sous la loi de raison, rien ne se fait sans cause » - tu préféreras celle-ci : grâce à la liberté, tu peux échapper à la raison égoïste et préférer la musique insensée du Bien à son bruit mécanique et trouver ton propre chemin dans les labyrinthes du Beau. Les causes humaines se fabriquent ou s’inventent ; les causes divines enchantent ton soi inconnu. | | | | |
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| action | | | Le désir vise l’état des choses ou des idées, et l’espérance – celui de l’âme ; le premier réclame l’action, et la seconde – le rêve. Toute action comportant une part du Mal, le chemin, partant du désir, conduit vers le désespoir ; tout rêve étant un appel d’un Bien intraduisible et inaccessible ne peut vivre que d’intensité immatérielle. | | | | |
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| action | | | Que vaut-il mieux : être marcheur sans destination ou destination sans marche ? Dans les deux cas, les yeux restent fermés : se vouer à l’intensité de l’effort ou regarder le scintillement de son étoile - je vote pour le second choix. | | | | |
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| action | | | Dans les trois sphères de ton être et de ton devenir, les commencements, les parcours, les buts, interviennent deux forces : ton toi et ton nous. La seconde domine les buts – reconnaissance et suprématie ; la première fixe les commencements – solitude et noblesse ; leur coalition accompagne les parcours – liberté, savoir, intelligence. L’exclusion du collectif étant l’une de tes contraintes, tu te résumeras le mieux en commencements. | | | | |
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| action | | | Des anges ou des démons peuplent mes hauteurs, en fonction de mes chemins et de mes regards, de mes joies et de mes chagrins. Plus terrienne est mon eudémonique, plus démoniaque est la coloration de mon ciel. | | | | |
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| art | | | Il y a bien trois catégories d'écrivains : du départ (commencement, genèse), du parcours (structures, devenir), de l'arrivée (être, finalités) - les pensifs, les poussifs, les pontifes. L'impasse ou l'égarement les guettent tous au même degré, mais seuls les premiers en font l'aveu et même leur profession. | | | | |
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| art | | | Tous les plumitifs clament leur inappartenance à tout courant. Quand on a de bonnes voiles et, surtout, quand on a son propre souffle, on devrait se désintéresser du courant lui-même. Et le meilleur navigateur n'a pas besoin de déployer sa voile ni même gaspiller, trop près du sol, son souffle. Son plus beau désir de voyage est dans la suspension à l'aplomb des voies impénétrables. | | | | |
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| art | | | Le livre est plus perdu et plus aveugle que ton soi indicible. À celui-ci de le guider vers des sentiers, où poussent des images et s'entraînent des pas. | | | | |
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| art | | | Ce qui compte, en art, c'est ce qui ébranle la beauté ou le rêve. L'art pour la vie et la vie pour l'art - le but et les moyens. Mais par-dessus tout - la noblesse des contraintes : quand on maîtrise le qui et le quoi, on s'entend avec n'importe quels pourquoi et comment. Et Nietzsche : « Tout comment est bon pour celui qui a, dans la vie, un bon pourquoi » - « Wer ein Wofür im Leben hat, der kann fast jedes Wie ertragen » - ne fait que la moitié du bon chemin. | | | | |
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| art | | | Un chemin d'accès devient métaphore, par la substitution aux mots - des objets de la représentation. Une opération que certains identifient avec la philosophie : « La philosophie est effacement du signifiant et désir de l'être dans son éclat » - Derrida - la métaphore serait l'éclat de l'être ! D'autres accès ne seraient que des axiomes. Je finirais par me reconnaître phénoménologue (Dieu m'en garde !) : « Pensée phénoménologique ? Quand une idée n'arrive pas à se séparer des voies qui y mènent » - Levinas. | | | | |
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| art | | | Aucune profondeur initiale ne peut me protéger des platitudes du parcours. Mais le haut comment conduit, sans aucune continuité, miraculeusement et discrètement, à un quoi profond, l'un des miracles de l'art, peut-être le seul. | | | | |
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| art | | | Préférer l'étincelle à l'éclairage public, la perle – aux colliers, l'inspiration – à la respiration -, telle est la pose poétique : danser, ne pas s'abaisser jusqu'à la marche, chanter, sans tomber dans le récit, rompre, plutôt qu'enchaîner. « Le poète ne doit pas traverser au pas un intervalle qu'il peut franchir d'un saut » - J.Joubert. | | | | |
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| art | | | L'intelligence, dans l'art, c'est la rencontre rare entre un talent et un goût, le goût étant orienté plutôt par un choix des contraintes que des buts ou chemins. Après une judicieuse exclusion de l'aléatoire mécanique, le talent ne produit que du vital artistique. Et Rilke : « l'art n'est qu'un chemin et non pas un but » - « die Kunst ist nur ein Weg, nicht ein Ziel » - s'arrête à mi-chemin, sans enchaîner sur deux négations de plus. | | | | |
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| art | | | Le ressort de la poésie et de la musique : le plaisir y naît non pas de l'excès des concepts problématiques, mais de la trajectoire mystérieuse de leurs accès ; la résignation de ne pas aller jusqu'au bout, de s'arrêter en chemin et de vivre le vertige d'un lien, qui fait oublier les objets liés. | | | | |
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| art | | | Le langage du réel et un langage d'art renvoient aux objets incommensurables ; on ne copie jamais un objet réel, on ne peut copier que d'autres objets artificiels ; ces reproductions privent l'objet copié de statut d'objet d'art ; les métaphores meurent comme meurent les mots. Dans l'art, comme dans la science, on construit des chemins d'accès (artificiels) aux objets réels ; ces chemins sont l'origine des métaphores ; le regard, c'est un chemin d'accès au réel sans intermédiaires. | | | | |
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| art | | | Savoir bien raisonner n'apporte rien à la qualité de l'écriture. Apprendre à penser, avant de prendre la plume, c'est conseiller au peintre de se soumettre à la géométrie ou à l'amoureux de s'attarder sur l'anatomie. | | | | |
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| art | | | Le talent, c'est à dire mon valoir, et non pas mon ample pouvoir ni le profond savoir ni même mon intense vouloir, qui doit être l'essence, c'est à dire la forme de mon opus. « L'art n'est rien d'autre que de ne faire apparaître que le talent » - Griboïedov - « Искусство в том только и состоит, чтоб подделываться под дарование ». En revanche, la technique doit y être cachée : « Dans un art admirable l'art lui-même est caché »*** - Ovide - « Ars adeo latet arte sua ». C'est l'incapacité de chevaucher Pégase qui pousse la piétaille à s'engager sur les chemins battus du vrai, du juste ou du complet. Avec l'artiste, ce n'est pas la bouche sereine qui parle, mais l'âme incertaine : « Chez l'artiste, l'art ferme sa bouche d'homme » - Pasternak - « в искусстве человеку зажат рот ». | | | | |
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| art | | | Qu'on montre, ou seulement évoque, un objet, on ne fait qu'en dessiner un chemin d'accès, dicté par l'habitude ou bien par la créativité. Reconnaissance ou surprise, assurance ou émotion, empreinte ou métaphore. Toute évocation ne garantit pas le second terme de l'alternative. « Il y a deux façons d'exprimer les choses ; l'une est de les montrer brutalement, l'autre de les évoquer avec art » - Matisse - la brutalité, c'est la routine. | | | | |
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| art | | | Le romantisme nous fait quitter la vie, il invente un chemin, qu'emprunte ensuite le classicisme pour nous faire rentrer dans la réalité – l'éternel retour de la même création. « Le romantisme nous évite des collisions avec la réalité et contribue à la préservation de l'optimisme » - Chestov - « Романтизм оберегает людей от столкновения с действительностью и способствует сохранению прекраснодушия ». | | | | |
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| art | | | Tout trope est la découverte d’un chemin d’accès délicat et insoupçonné aux objets, même aux objets sans importance. Ce chemin suit des relations rares ou nouvelles. « Trouver le lien invisible entre objets, voilà le génie » - Nabokov - « Genius is finding the invisible link between things ». L’Intelligence Artificielle finira, un jour, par nous éblouir par des métaphores inouïes. | | | | |
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| art | | | Et la vie et l’art se décomposent sur trois axes : l’intelligence, le talent, la noblesse, en visant, respectivement, les finalités, les parcours, les commencements. Et Valéry, tenant surtout au talent, reproche au siècle ses raccourcis : « La vie moderne nous offre tous les moyens courts d’arriver au but sans avoir à faire le chemin »** - au lieu de s’horrifier de la disparition de commencements dans l’imaginaire moderne. La noblesse réside dans l’âme, l’organe délaissé par ce siècle. | | | | |
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| art | | | L’immobilité des commencements sert à résister à l’inertie des parcours. « Mon enthousiasme ne surgit que dans l’élan créateur initial ; tout ‘développement’ est perte d’intensité, sous le signe de la nécessité et non pas de la liberté »**** - Berdiaev - « Только первичный творческий подъём вызывал во мне энтузиазм; „развитие“ - охлаждение, под знаком необходимости, а не свободы ». Toutefois, le premier chaînon de cette chute n’est pas la perte de l’enthousiasme, mais le pâlissement de la beauté. C’est une question de style et non pas de liberté. D’ailleurs, dans les grands commencements il y a plus d’arbitraire noble que de liberté neutre. | | | | |
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| art | | | Le pire des holismes littéraires est le bourrage raisonneur, en largeur (complétude, liaisons). « Le secret d'ennuyer, c'est de vouloir tout dire » - Voltaire. Il faut savoir s'arrêter en profondeur - laisser le lecteur s'appesantir sur le dernier pas, qu'on ne fait pas soi-même. « Quand on n'a pas de talent, on dit tout. L'homme de talent choisit et se contient »* - Quintilien - « Indocti dicunt omnia. Doctis est electio et modus ». Ou bien on cherche à conter, à tout dire par algorithme ; ou bien à chanter, viser tout en rythmes. Démuni de poésie, on en cherche des ersatz totaux dans l'action, la vérité, la liberté. Du tout au rien ou du rien au tout - les itinéraires de ceux qui ne visent pas le ciel. Les meilleurs sont dans l'éternel retour sur le soi-même imaginaire, retour fait de commencements d'intensité égale. | | | | |
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| art | | | Je m’ennuie avec les narrateurs des routes, des sentiers, des plages, des déserts, bref – avec les avaleurs de kilomètres, en étendue, en profondeur et même en hauteur. Je leur préfère les hommes d’idées ou de rêves, qui sont leurs seuls chemins, réels ou imaginaires. | | | | |
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| art | | | Il est facile de traduire en folie toute raison, mais la folie devenant raison, c'est le privilège des sages. « Si les vers ont été l'abus de ma jeunesse, les vers seront aussi l'appui de ma vieillesse : s'ils furent ma folie, ils seront ma raison »** - du Bellay. Un magnifique tableau, qui trace, mieux que n'importe quelle réflexion, le chemin de toute création (de vérités, d'émotions, d'images). L'abus de bravades, la surprise réconfortante de sa fécondité, sa conversion en raison d'être. | | | | |
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| art | | | L’inspiration détermine la hauteur des commencements, l’inertie cerne l’étendue des parcours, le besoin de fermeture et de solidité dicte les fins. Et puisque je ne veux pas subir de poussées mécaniques extérieures et veux être un Ouvert et un chantre des faiblesses, je serai l’homme des commencements, tout pas développeur faisant perdre de la hauteur initiale. Je serai donc à l’écoute de mon soi inconnu, source des inspirations. | | | | |
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| art | | | Le parcours, conduisant à l’émerveillement devant une belle écriture : ses mots, ses métaphores, ses pensées, tes requêtes, les unifications, ton illumination. Une seule de ces étapes manque, et la merveille finale, rapidement, se dissipera ; le viscéral ne sera que squelettique. | | | | |
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| art | | | Il y a des écrivains qui pensent, orgueilleusement, posséder des idées si importantes, qu’elles doivent être aussitôt énoncées ; il y en a d’autres qui, fièrement, déclarent en être possédés – les pédants ou les minaudants. Dans l’art, les idées n’inspirent ni les hauts départs ni les profondes arrivées ; elles naissent, par hasard ou par inadvertance, dans les parcours, à l’insu du marcheur, ou plutôt du danseur ; elles illuminent les chemins ; mais n’apportent presque rien aux élans, toujours obscurs. | | | | |
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| art | | | Dans ton écrit, tu as beau ne viser que des fleurs (des états d’âme), il en surgira, immanquablement, un arbre d’esprit, structuré par des idées, qui approfondissent les racines et étendent des ramages. Mais la beauté de l’ensemble doit consister en qualité d’accès aux fleurs, c’est-à-dire – dans le style. | | | | |
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| art | | | Le chemin menant à la naissance de ton regard poétique : tu ne comprends plus, tu n’entends plus, tu ne vois plus – et tu fais appel au goût (les contraintes de l’esprit) et au toucher (la caresse de l’âme). | | | | |
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| art | | | Ce n’est pas son opinion sur les objets qu’expose l’aphoriste ; il imagine surtout des chemins d’accès, originaux, nobles ou vertigineux, à ces objets ; l’opinion, elle-même, peut bien être banale. C’est ce que retiennent les mauvais lecteurs. | | | | |
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| art | | | Les armes du style : l’étendue des écarts langagiers subtiles, la profondeur des métaphores conceptuelles, la hauteur des chemins d’accès aux objets de rêve. | | | | |
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| art | | | Depuis que la science fit le tour complet de ses postulats initiaux et n’évolue que par l’inertie, le seul domaine intellectuel, où un commencement puisse compter plus que les chemins et les buts, reste l’art. Mais pour apprécier la hauteur des commencements il faut avoir maîtrisé la profondeur des finalités ou l’étendue des parcours de ses prédécesseurs. | | | | |
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| art | | | Les genres discursif ou aphoristique – le jugement le plus pertinent partirait de la nature de l’arbre en tant que symbole de toute écriture. Dans le premier cas, on part d’un arbre prédéfini, réel ou intellectuel, dont on parcourt le cheminement, temporel ou spatial. Dans le second, la réalité spatio-temporelle est presque absente, on annonce la naissance de l’arbre personnel, en n’y exhibant que des fleurs qu’on munit d’indices vers le passé des racines sacrées et l’avenir des souches vermoulues. Le devenir mécanique ou le devenir organique. | | | | |
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| art | | | Quant tu pratiques le culte du commencement, chaque fois tu renonces aux appuis sur tes propres paroles précédentes, mais le culte du parcours discursif te livre à l’inertie : « L’écrivain : ça se répète ou ça se contredit »** - Cioran. | | | | |
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| art | | | Les plus fastidieux des écrits littéraires visent une lecture unique, tandis les choses intéressantes devraient admettre des chemins d’accès multiples, grâce aux variables dont l’auteur aurait muni l’arbre de son discours. « Le charme de l’art réside dans la quantité de manières de voir la même chose » - Valéry. | | | | |
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| art | | | Poétiser, c’est augmenter le nombre de sens (de chemins d’accès) de tes productions (qui sont des arbres) par l’introduction d’inconnues (variables). Plus tu progresses dans cette direction, plus tu t’approches de la musique, qui est un arrangement de seules inconnues (les constantes ne jouant qu’un rôle instrumental), faisant naître dans chaque écouteur le sens, propre à sa sensibilité et à ses attentes. | | | | |
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| art | | | L’écriture : l’objet initial – un état d’âme, réel, non langagier, non conceptualisé, ensuite – son reflet, de vagues concepts avec de vagues relations, leurs places vagues dans une représentation naissante, des mots trop précis, trop limités, trop galvaudés, la nécessité de métaphores, qui finissent par peindre un état d’âme aux frontières trop nettes et imprévues, et c’est le chemin d’accès de ce dernier état avec l’état d’âme initial qui déterminera la qualité de ton écriture. | | | | |
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| art | | | Devenir artiste, c’est avoir le courage de t’engager dans une impasse personnelle, sur laquelle la solitude te guide et les buts ne sont là que pour t’exciter par leur inaccessibilité. Les artisticules de masse se déferlent sur les voies communes, en compagnie des agents commerciaux et des garagistes. La confusion fait dire à Cioran : « À mesure que l’art s’enfonce dans l’impasse, les artistes se multiplient ». | | | | |
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| art | | | L’harmonie facile des parcours (vastes et mécaniques) et des finalités (profondes et communes) – les chemins sans impasses et les horizons sans vertiges. L’harmonie difficile des commencements, où se prouve la hauteur de ton valoir : « La pure harmonie entre le vouloir, le devoir et le pouvoir » - O.Spengler - « Die reine Harmonie zwischen Wollen, Müssen und Können ». | | | | |
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| art | | | Les caps : on peut en être excellent dessinateur ou timonier, on restera dans l’horizontalité. La perfection gît dans la verticale du démarrage. « La poursuite des perfectionnements exclut la recherche de la perfection »*** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, ce sont les chemins d’accès aux images, aux idées, aux mélodies qui dessinent les goûts de l’artiste. La caresse est l’un de ces sentiers, sentier oblique, opposé aux droites invasions ou possessions. Je ne veux ni inquiéter ni exciter, je veux caresser l’au-delà des mots. | | | | |
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| art | | | Que les voies d’artiste soient obliques s’explique non pas par des changements d’avis, mais, au contraire, par la fidélité à son goût métaphorique, ponctuel et non surfacique, et qui reste le même ! Ce goût se traduit par le culte du point zéro de la création, point de départ d’un méta-retour éternel du même. De brèves éruptions, d’une même intensité et du même cratère, et le refus de suivre, machinalement, le parcours de la lave. Les métaphores de forme personnelle, au-dessus des pensées de fond commun. La même essence étoilée traversant le fleuve de l’existence enténébrée. | | | | |
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| art | | | L’inspiration ne me dicte ni mots ni idées ni images, elle suscite l’aspiration vers mon étoile. Mon corps récepteur transmet cet élan à mon esprit, relais d’excitations, qui mue en mon âme, émettrice de mon regard, que mon talent, artisan du style, traduit en métaphores. Ce chemin, pour ne pas dégénérer en sentier battu, s’arrête à la hauteur d’un commencement individué, ainsi il évite de devenir de l’étendue ou de la profondeur communes. | | | | |
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| art | | | En négligent la finalité, l’artiste reste sans pourquoi ; en occultant le où et le quand, il renonce aux parcours ; et le qui libre et le quoi arbitraire, se limitent aux commencements. « L’art a un Parce que supérieur à tous les Pourquoi »** - Hugo. | | | | |
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| art | | | Le philosophe décompose l’être et son essence, et le poète compose le devenir dans son innocence. Cibles réelles, pour les yeux ; cibles imaginaires, créées par le regard. Armurier ou archer. Le bon archer se moque de la difficulté des cibles et de la continuité du vol ; il se reconnaît dans l’intensité de sa corde. Le commencement est son devenir ; il devient aphoriste des réponses, invitant les activistes à fabriquer leurs propres questions, poursuites et gibecières. | | | | |
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| art | | | La création artistique doit être toujours au-delà du Bien, puisque celui-ci est intraduisible en actes (gestuels ou plastiques) ; les commencements doivent s’inspirer du Beau, et les finalités reconstruites par le Vrai. | | | | |
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| doute | | | Tout cheminement d'homme, de nation, d'idée, pour un œil suffisamment perçant ou narquois, peut être vu comme une miraculeuse continuité ou une lamentable suite de volte-face. Sa critique peut tourner facilement soit en apologie soit éreintance. | | | | |
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| doute | | | Dans l'urbanisme de l'esprit, le doute, contrairement à la foi, s'occuperait de voirie plutôt que d'architecture. Entretenir les impasses, où sont logées des vérités. L'ironie serait au service social : brasser les niaiseries et loger les révélations aux mêmes adresses et sous les mêmes enseignes. | | | | |
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| doute | | | Moi, en chevalier errant ? Ou mon étoile en astre errant ? Sur un chemin - mes pas errants ? Non, dans mes ruines, laisser l'errance à mon regard, fidèle à mes abattements ou enthousiasmes. | | | | |
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| doute | | | Comment sauver du ridicule les sages delphiques ? - en reconnaissant l'équivalence de ces trois étapes : connais-toi toi-même - lis la vie toi-même et en toi-même - traduis ce que tu y entends. À la sortie, même si je ne m'y reconnais plus, ce serait le seul soi authentique, celui de la docte ignorance, opposée au savoir indocte. Se ipsam cognoscere devint la sotte devise de Hegel et de Marx. Le soi connu est misérable ; c'est le soi inconnu qui est notre trésor, pour l'observateur et non pas pour le marcheur : « Aller au bout de soi-même est une stratégie de pauvres »** - Baudrillard. | | | | |
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| doute | | | Le mauvais nihilisme - juger fausses les valeurs courantes, chercher à les réévaluer ; le bon - reconnaître que la plupart des valeurs proclamées sont justes, mais ne les apprécier que si l'on est capable de les atteindre à partir du point zéro de la création. En quittant le domaine des problèmes et en pénétrant celui des mystères, le nihilisme accomplit le pas suivant : se mettre au-delà des valeurs. | | | | |
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| doute | | | L'acquiescement au monde n'est pas sa compréhension suivie d'une approbation, mais, presque au contraire, son incompréhension, profonde et émerveillée, suivie d'une tragique résignation de son haut parcours. | | | | |
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| doute | | | Dans le livre de notre vie, les doutes et les convictions devraient n'être que d'invisibles contraintes, nous empêchant de nous engager dans des chemins battus (que sont tous les chemins) et dégageant la vue sur notre étoile (qui n'éclaire que notre âme sédentaire). | | | | |
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| doute | | | Le soi connu n'est qu'une projection du soi inconnu ; celui-là, le Fermé, il a, pour frontière accessible, - l'horizon, dont on cherchera des approches ; le soi inconnu, cet Ouvert, a, pour frontière, - le firmament inaccessible, qui donne des ailes. | | | | |
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| doute | | | Ce qui est passionnant avec les problèmes philosophiques, c'est qu'ils n'admettent de bonnes, c'est à dire profondes, solutions que si l'on les appuie sur de bons, c'est à dire hauts, mystères. Tout parcours, où la solution est un terminus, est aphilosophique ; la philosophie est la culture des impasses, enthousiasmantes et hautes. | | | | |
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| doute | | | Peu importe si je vise l'extérieur ou l'intérieur, peu importe si je suis le chemin des pieds ou des yeux, ce qui compte, c'est la part du mystère qui accompagne mon regard, c'est ainsi que je corrigerais Novalis, nous invitant à vénérer : « le chemin mystérieux vers l'intérieur » - « den geheimnisvollen Weg nach innen ». | | | | |
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| doute | | | L'absurde a bonne presse chez les bavards, surtout depuis qu'on perdit tout sens du mystère. Choisir le mystère seul est aussi choisir l'absurde. Le vrai choix est double : le premier porte sur la forme de notre trajectoire - un cycle de l'éternel retour (mystère, problème, solution, mystère) ou une ligne droite (le savoir, la maîtrise, l'avoir) ; le second - la place (récurrente ou fuyante) du mystère dans la trajectoire. Se vouer à l'inaccessible, c'est accepter son mécompte dans l'accessible ; « ce n'est qu'en tentant l'absurde qu'on devient capable de dominer l'impossible » - Unamuno - « solo el que intenta lo absurdo es capaz de conquistar lo imposible ». | | | | |
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| doute | | | Face à mon soi inconnu, les sentiments lui sont plus fidèles que les pensées, la chair - plus que le squelette. La beauté pourrait y mettre un signe d'égalité. Je me retrouve dans les impasses des belles idées, où mes ruines décorent le paysage d’un beau passé. Au pays des sentiments fantomatiques, il n'y a ni routes ni impasses ni mots, mais couleurs, sons et danses, auxquels je dois sacrifier toute marche. | | | | |
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| doute | | | Les deux yeux, prenant appui par le cerveau, produisent une seule vue ; associés à l'esprit - une seule voie ; alliés aux deux oreilles - une seule vie ; fusionnés avec l'âme - une seule voix. | | | | |
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| doute | | | Dans les voiries morales, tout est réglementé, et il n'y a plus de chemins obliques ; même les voies des mensonges suivent des sentiers battus. Pourtant, les vrais sentiments se manifestent le mieux sur des voies obscures. Le sentiment ne devrait être visible qu'à son sommet, et tous les sentiers, qui y mènent, sont obliques. Mais qui lève encore la tête ? | | | | |
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| doute | | | Personne n'est capable de tout croire ou de douter de tout, ce ne sont que des slogans. S'éloigner de tout ne te rapproche pas de l'essentiel ; sur les cartes de l'absolu, les mesures sont absentes. Le de omnibus dubitandum et le omnibus credendum - deux chemins, qui nous éloignent de notre patrie immobile - du rêve. | | | | |
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| doute | | | Ce qui rend les yeux plus sages que les oreilles, est peut-être d'avoir des paupières. Pour réhabiliter les demeures de la nuit et multiplier des parcours au-dessus des toits, au lieu de recevoir des échos des murs et des fenêtres dans des édifices insonorisés du jour. | | | | |
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| doute | | | Quelle que soit la trajectoire d'une pensée, elle doit finir par toucher terre, et c'est la qualité de mes ailes qui en déterminera la hauteur et le vertige. En tout cas, toute belle pensée exclut la continuité de la marche ; elle est portée par son vol extra-terrestre ; elle porte au connu un message de l'inconnu. « La valeur d'une pensée se mesure à sa distance par rapport à la continuité du connu » - Adorno - « Der Wert eines Gedankens miβt sich an seiner Distanz von der Kontinuität des Bekannten ». | | | | |
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| doute | | | Dès que je me dote de bonnes contraintes, mon chemin devient forcément oblique : « Tout est oblique ; rien n'est droit dans notre fichue essence, si ce n'est la franche bassesse » - Shakespeare - « All is oblique ; there's nothing level in our cursed natures, but direct villainy ». Les droits chemins et l'avance vers un but net sont déjà à portée des machines. La vie, jadis organique, devient mécanique. « La vie nous pèse tel un chemin droit sans but » - Lermontov - « И жизнь уж нас томит, как ровный путь без цели » - c'est la droiture qui pose problème, puisqu'elle nous prive de mystères. | | | | |
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| doute | | | Tant d'orgueilleux explorateurs s'imaginent cingler vers des terres lointaines, sur des routes inconnues, tout en mesurant leur audace en miles ou en butins. Mais l'homme finit par comprendre, que toute route se convertira en sentier battu, et que la valeur d'un esquif est dans la maîtrise de la profondeur, dans la fidélité à la hauteur, où l'appelle son étoile, et surtout dans le pathos, qu'il confiera à son message de détresse à destination inconnue, sur une verticalité d'azur. | | | | |
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| doute | | | Le doute est un but minable, mais un moyen efficace. « La foi me fait avancer, et le doute déblaie mon chemin » - Prichvine - « Иду вперёд силой веры, а путь расчищаю сомнением » - et si, de plus, ce chemin était pourvu de bons garde-fous des contraintes, j'éviterais même qu'il devînt sentier battu. | | | | |
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| doute | | | Les sentiers battus sont perçus comme des accès directs aux choses, tandis qu'on voit en toute métaphore - une obliquité. Mais on doit munir les détours, temporels et créateurs, - de la haute intensité du retour éternel du même, pour que l'accès soit vécu plus profondément que la chose même. | | | | |
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| doute | | | Une reconstruction d'un vide (la déconstruction d'une plénitude '?') semble être un préalable de toute création : l'implicité des buts, la non-exhibition des moyens, le secret des contraintes, la non-inertie des mouvements, l'absence des routes. « Le but ne doit être proclamé que là, où se pratique une évidente imitation » - Heidegger - « Wo der bloße Betrieb des Nachahmens sich vordrängt, dort muß ein Zweck verkündet werden ». | | | | |
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| doute | | | Montrer, c'est faire appel aux contraintes ; démontrer, c'est suivre un parcours. Le parcours, c'est presque tout en mathématique ; les contraintes, c'est presque tout en poésie. Garde celui-là à ton esprit ; impose les secondes à ton âme. L'esprit sait ce qu'il peut narrer ; l'âme se doute bien de ce qu'elle doit chanter. | | | | |
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| doute | | | Pour connaître, il faut ouvrir les yeux ; et pour sentir, il faut les fermer : déchoir ou se corrompre, ou bien promettre des ailes aux rêves et des bosses au réveil. Ce qui est déchéance sous un arbre peut être révélation sur une montagne. C'est le chemin qui se corrompt et non pas les yeux qui le scrutent. Dissocier les yeux des pieds, c'est le problème ! | | | | |
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| doute | | | La science crée des représentations objectives et fidèles de la réalité ; la vie pratique déclare droits et vrais les plus courts chemins entre le représenté et le réel ; l'art introduit ses métriques subjectives. « Lorsqu'on vise ce qui est important, les détours sont nécessaires » - Platon – dans l'art, c'est la qualité des détours qui détermine l'importance de la visée. | | | | |
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| doute | | | On ne peut poursuivre le visible qu’en profondeur ; là, soit je me contente de le maîtriser ou de le posséder, pour retourner ensuite à la surface de la vie, à la platitude donc, soit j’en vis l’attouchement ou l’illumination, qui me propulseront vers la hauteur, où me rencontre l’invisible, - parcours humain, parcours divin. | | | | |
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| doute | | | Le cheminement du soi connu au soi inconnu : grattez le penser, vous trouverez, en-dessous, le croire ; répétez avec le croire, vous tomberez sur le sentir ; un dernier grattage, et vous restez avec le vouloir – la volonté de jouissance, ou de puissance, de la pensée, de la foi, du sentiment. Du soi connu, clair et distinct, du Fermé donc, vous arriverez au soi inconnu, obscur et sans limites, – à l’Ouvert. | | | | |
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| doute | | | L’écoute de mon essence, c’est-à-dire de mon soi inconnu, permet de reconstituer l’arbre de mon existence - le parcours de mon soi connu - de la graine à la souche - et de pouvoir « me considérer comme un arbre »* - Montaigne - et me peindre ! | | | | |
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| doute | | | On est un mystique complet, si l’on voit dans le monde un triple mystère : qu’il soit, comment est-il ? pourquoi est-il ? - la vérité, la vie, le chemin. Curieusement, le Christ, proclamant être tout cela, incarne ce mysticisme ! Wittgenstein, lui, n’est mystique qu’au petit tiers : « Ce n’est pas comment est le monde, qui est la mystique, mais qu’il soit » - « Nicht wie die Welt ist, ist das Mystische, sondern daß sie ist ». | | | | |
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| doute | | | Quand je me trouve au milieu d’un parcours, le cheminement et les finalités se calculent ou se devinent sans peine. Mais le commencement reste une énigme, que ce soit l’amour, le Big-Bang ou la pensée. « Pour toute chose, le mystère de son commencement reste insoluble » - Darwin - « The mystery of the beginning of all things is insoluble by us ». | | | | |
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| doute | | | Tu entames ton parcours vital, chargé de connaissances, certitudes ou doutes communs, mais ton commencement doit être personnel : tes doutes ne seraient que des contraintes, et tes certitudes – une mélodie qui t’accompagnerait, en variations imprévisibles. Les Non collectifs conduisent au ressentiment mesquin ; garde la grandeur du Oui personnel à la merveille du monde. Et n’oublie pas, que parmi les idoles à abattre il y a plus de vérités dégradantes que d’erreurs grossières. | | | | |
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| doute | | | Pour appuyer sa vision de l'éternel retour, Nietzsche voit un sablier, qu'on retournerait après chaque tour temporel. Moi, je prendrais un cadran solaire, méprisant la lumière, jouant de mes ombres, devenant altimètre. J'y effacerais les chiffres et éliminerais les aiguilles, pour lire la haute musique de mon espace intérieur au lieu du bruit profond du temps extérieur. La musique n'a pas besoin de sable, elle s'éploie dans le temps, tout en étant ambassadrice de l'éternité. Donc, ni sablier ni marteau, mais la lyre, comme le dit ailleurs l'auteur lui-même. | | | | |
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| doute | | | La valeur d’un style auroral est dans les chemins d’accès au passé et non pas dans les panneaux indicateurs vers l’avenir : « Apollon ne révèle pas, ne dissimule pas, mais il indique »* - Héraclite. Trajectoires hyperboliques ou elliptiques. | | | | |
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| doute | | | En philosophie, tous les chemins vers la lumière sont battus, ternes, décousus ; ce qui vaut, pour notre dynamisme et nos élans, c’est la recherche de l’origine de nos ombres. | | | | |
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| doute | | | Où placer l’Étrange valéryen ? - les finalités sont presque toujours explicites, pas de place pour l’Étrange ; avec un peu de perspicacité et d’astuces, les sinuosités des parcours se déchiffrent aisément, l’Étrange se banalise ; il reste le commencement, ce grand hébergeur de l’Étrange, cet équivalent de la Hauteur, à partir de laquelle, tout le reste n’est qu’inertie descendante. | | | | |
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| doute | | | En préparant ses propres commencements, le nihiliste occulte les autres. Le sceptique substitue le but des autres par le sien propre, mais le parcours vers ce but a de fortes chances d’être le même que chez les autres ; quant aux commencements, le sceptique aura la même objectivité, pour ne pas dire banalité, que les autres. | | | | |
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| doute | | | Tu n’es toi-même que dans le commencement, puisque le parcours est mécanique et la cible – commune. Valéry est aussi intraitable : « Le commencement est délicat, la suite – étroite et la fin – toujours fausse »**. | | | | |
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| doute | | | La compréhension conduit rarement à l’étonnement ; l’étonnement est la voie la plus certaine vers la compréhension. Pour connaître quelqu’un il faut comprendre ses convictions ; pour l’admirer il vaut mieux être étonné de ses caprices. | | | | |
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| doute | | | Le doute est une technique banale et commune, pour avancer vers des certitudes ; il est très rarement l’expression d’une démarche originale et profonde. « Le doute des modernes est un dogme ; il est le credo des niais » - A.Suarès. Ce sont nos assertions qui témoignent mieux de nos goûts et de nos dégoûts. | | | | |
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| doute | | | L’inspiration, c’est-à-dire un état d’âme ou une question sans paroles, motivent l’aphoriste ; sa maxime ne sera qu’une réponse, contenant une instigation, une invitation à inventer des questions qui y mènent (la déconstruction derridienne). | | | | |
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| doute | | | La valeur d’une profondeur ou d’une hauteur est dans la qualité du chemin, respectivement, vers les finalités ou les commencements, dans la clarté des étapes ou dans la fidélité à l’élan. « La plus véritable profondeur est la limpide » - Valéry ; la plus véritable hauteur est l’étoilée. | | | | |
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| doute | | | Aucun chemin ne mène à l’âme ; son accès est réservé au seul soi inconnu, imprévisible et in-intellectuel, ni concret ni abstrait – un souffle de Dieu ; et cet accès se passe de langage et d’esprit. « L’esprit abstrait trouve l’accès à l’âme » - Kandinsky - « Der abstrakte Geist findet einen Zugang zur Seele » - c’est confondre la cause et l’effet, l’inspiration et l’expiration. Tout esprit est abstrait ; dès qu’il devient vibrant, il se mue en âme. | | | | |
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| hommes | | | Celui qui « marche droit devant soi » se doute rarement d'être entouré de ses semblables et prend la croupe du mouton, qui le précède (chameau, lion ou agneau - même défilé !), pour sa sphère d'excellence. Et ils s'encouragent : croire serait de donner à ses pas la cadence divine. | | | | |
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| hommes | | | L'homme réel, la cible électrisante ; l'homme potentiel, le magnétisme des flèches et la tension des cordes ; l'homme virtuel, mécanique ou électronique, sans vie des flèches ni mort des cibles. La fin qui recule, le début qui spécule, le milieu qui calcule. | | | | |
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| hommes | | | Le progrès des moyens de transport(s) est à l'origine de la déroute du volatile face au reptile ; tous naissent avec des ailes (Gorky ignore la bonne phylogenèse : « Comment volerais-tu, toi, né à ramper ? » - « Рождённый ползать, летать не может ! »), mais à toutes les destinations on affecta la reptation comme seul déplacement écologiquement inoffensif et économiquement agressif. Même au firmament on est (trans)porté, aujourd'hui, par la voie commune, les yeux ouverts. | | | | |
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| hommes | | | Le dessein divin plaça dans notre enfance les traits les plus humains : hurler de surprise, pleurer de désespoir, rire à gorge déployée, jouer pour ne pas voir la vie, transformer les percepts et affects en concepts - partout le commencement, la découverte du vertige initiatique du regard et du sentiment. Mais l'adulte suivit le sentier moutonnier et le circuit robotique - le morne enchaînement, dans un rôle banal et interchangeable. Ce n'est pas seulement l'enfance qu'on trahit, mais aussi bien Dieu lui-même. | | | | |
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| hommes | | | Le sujet des querelles publiques n'a plus d'importance, dans les deux sens du mot sujet : l'individu représente fidèlement le troupeau et le thème n'est éclairé que par l'actualité et l'utilité. L'homme en est absent, et les hommes reproduisent le même trajet, réalisent le même projet que n'importe quel homo oeconomicus, ce rejet de l'homme. | | | | |
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| hommes | | | Le monde : je le suis - il me fuit ; je le fuis - il me suit. Et je comprends, pourquoi j'aboutis dans des puits sans fuite ou au milieu des ruines sans suite. Qu'il s'agisse d'hommes, de gloire ou de femme. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, la querelle du voyage opposait la voile à l'ancre, pour que voguât ou se calmât notre cœur. Aujourd'hui, c'est une question du container, des tarifs, des horaires. Les transports de l'âme assurés de bon port. | | | | |
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| hommes | | | Face au ciel, à quoi penses-tu – à la voie, à la vue, à la vie ? À l'ampleur, à la profondeur, à la hauteur ? Au mouvement, au regard, à l'intensité ? Aux galaxies, à la lumière, à ton étoile ? Et tu finiras par préférer à la pensée – les ailes. | | | | |
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| hommes | | | Tout parcours humain aboutit à la défaite finale ; armer le croisé, c’est rendre sa chute future plus humiliante et plus irrécupérable ; il faut désarmer son bras, pour que son espérance s’affirme et se renforce dans l’impondérable pacifié. « Pascal nous donne souvent plutôt le contraire d’armes » - Valery. | | | | |
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| hommes | | | Impossible d'échapper au mouvement, mais je peux en choisir le commanditaire : les pieds, les yeux ouverts, les yeux fermés. Trois pays d'altitudes différentes, trois circuits de complexités incomparables. Connaître les routes des autres est aussi important que savoir faire les pas soi-même. Les idées provoquent le prurit des pieds, servent de bornes garde-fous pour le cerveau, dessinent les virages de l'âme. | | | | |
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| hommes | | | L’homme se manifeste sur trois plans : l’être, le paraître, le connaître. Tant qu’il garde une sobriété mécanique, il remplit ces plans, respectivement, d’actions, de reconnaissances, de mémoire. En mode organique, en pulsions donc, ces plans vivent du Bien profond initiatique, du haut Beau intermédiaire, du vaste Vrai final - la honte, le bonheur, le désespoir. | | | | |
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| hommes | | | Ils vouent le surhomme à l’avenir et imaginent des chemins ou des ponts qui y mènent, tandis que, de toute évidence, il réside au passé, au milieu des impasses et des ruines, en compagnie du poète-pleureur ; l’avenir appartient au robot, dans son bureau, son hôtel, son aéroport, en compagnie de son banquier, son client, son agent. | | | | |
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| hommes | | | Il y a un nombre fini de chemins pour les pieds ; peu importe lequel tu en empruntes, pourvu que, au lieu d’y marcher, tu y danses. Et il y a un nombre infini de chemins pour ton propre regard, et que trace ta création ; ne pas emprunter les chemins des autres, y est capital. « Il y a des gens si pleins de sens commun, qu’il ne leur en reste pas le moindre écart, pour leur sens propre »** - Unamuno - « Hay personas que están tan llenas de sentido común que no les queda la más mínima grieta para su propio sentido ». | | | | |
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| hommes | | | Dans ce monde, il y a de pus en plus de justice et de vérité ; c’est la poésie qui s’en va. « Hors de la poésie, entre notre regard et le champ parcouru, le monde est nul » - R.Char. Le regard, toujours recommencé, est tout, et tout parcours est nul ! | | | | |
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| hommes | | | Des troupeaux d’hommes-moutons font avancer leurs produits sur des sentiers battus ; à leur destination, des chaînes d’hommes-robots, en profitent ; l’homme reste immobile dans ses impasses, éclairées par son étoile. | | | | |
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| hommes | | | Quand l’Intelligence Artificielle, implémentée dans un ordinateur et reproduisant une démarche conceptuelle, expose une pensée, on devrait admirer la profondeur de ce cheminement humain et la virtuosité du concepteur, au lieu de redouter une concurrence ou de déprécier sa propre pensée, dont la valeur réside, principalement, dans la hauteur divine plutôt que dans la profondeur saturnine. | | | | |
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| hommes | | | L’Histoire de l’Humanité, comme l’histoire d’un homme, ne sont que des écheveaux des hasards. Le chemin, déterminant la marche, ou la marche, créant le chemin, sont des démarches de même niveau d’insignifiance. J’aurais plus de sympathie pour la foi de Don Quichotte, qui pensait, que c’était à son cheval de choisir la voie la plus juste vers ses aventures. | | | | |
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| hommes | | | Tout homme porte en lui un ange lumineux et une ténébreuse bête, et la civilisation est une tentative de rapprocher ces deux hypostases, ce qui résulte en homogénéité moutonnière ou robotique. Le cas le plus passionnant, cas extrême et rare, est celui où l’ange ou la bête domine ; toutefois, dans les deux cas, la chute est au bout du chemin. Dans le premier cas, l’homme, dans sa jeunesse, chante le rêve et la solitude ; dans le second, l’homme compte sur la force et le fanatisme. Au moment de la chute, le premier reste fidèle à son rêve solitaire agonisant, auquel il cherche des consolations ; le second, par un sacrifice, cynique ou désespéré, de sa posture d'antan, éructe des anathèmes au monde raté, dont il fait pourtant partie. | | | | |
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| hommes | | | L’âme est ce qui dirige ton regard sur ton étoile ; l’extinction des âmes, aujourd’hui, s’explique par la tyrannie du sens, que seul l’esprit trace et en fait des sentiers battus, même pour les aveugles. « Quand on a son bon sens, il est inutile de frapper aux portes de la poésie »** - Platon. | | | | |
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| hommes | | | L’autochtone vit dans l’enchaînement des pas, hérités de sa tribu ; le métèque, instinctivement ou consciemment, est obligé de réinventer les pas premiers et, donc, de s’identifier avec les commencements. C’est vrai aussi bien pour les actions que pour les idées ou les émotions. L’approfondissement du réel ou le rehaussement de l’idéel. | | | | |
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| intelligence | | | On peut définir une chose par sa forme, par son lieu ou par un chemin qui y mène - ce qui en fixe le volume ou le prix. Ou bien on la définit par allusion à sa source ce qui en donne la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Est métaphysicien celui qui admet, qu'au-dessus des commencements du sensible et des finalités de l'intelligible règnent les contraintes du réel, appelées, maladroitement, l'Être. Mais dominent les adeptes des sentiers battus, des parcours, des inerties, des routines intermédiaires. À l'être poétique qui fait danser, ils préfèrent le devenir prosaïque qui ne fait que penser. | | | | |
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| intelligence | | | Ignorer la représentation, le langage et l'interprétation (et ne s'occuper que de descriptions), telle semble être la démarche phénoménologique. Pourtant, ses trois éléments de base – les réductions, l'intuition catégoriale et la formation de chemins d'accès aux objets, en relèvent : les réductions ne sont que des explicitations d'objets, de catégories et de sujets – tâches interprétatives ; les représentations validées (entre autres, celles de catégories-classes) se câblent et sont visées par nos intuitions ; la fonction dynamique du langage consiste, justement, à former des chemins d'accès à travers les catégories, les mécanismes logiques, les valeurs d'attributs ou de liens. | | | | |
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| intelligence | | | Aller au fond des choses, ce n'est ni intelligent ni rare. L'intelligence, c'est l'art de se servir de formes pour reconstruire un fond plausible, de manier des idées et états et non des choses. Toujours est-il, que la majorité n'atteint pas le fond, trouvant assez de pitance à mi-parcours. | | | | |
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| intelligence | | | Des vulgarisations de la poésie : la foi - des signes des choses sont des choses ; la philosophie - la raison des choses est leur seul intérêt ; l'art - le chemin vers le divin passe par des choses. La poésie - ne pas s'attarder sur la chose visible ou intelligible, se faire regard lisible. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, celle des sources et des horizons, est propre de la jeunesse : ne discerner que peu de chemins, mais des chemins vitaux et intuitifs, pour les voyageurs sans bagages (Nietzsche), voltigeant, le cœur léger, au-dessus toute barrière : « Où est ce cœur vainqueur de toute adversité ? »** - Du Bellay. La maturité inclut tant de précautions de voirie débouchant sur la viabilité de la pensée ramifiée, pondérée et sénile ou sur l'intelligence des buts ou des contraintes. | | | | |
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| intelligence | | | La voie de l'ivresse-sagesse : partir des faits, les résumer en idées ; affermi en idées, oser le mot ; espérer, qu'une main sensible cueillerait, sur ma page noircie, une fleur. La voie de la sobriété-banalité : oublier la merveille de la fleur, savoir se passer de mots, se désintéresser des idées, ne plus sentir le pouls des faits. | | | | |
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| intelligence | | | La règle du plus court chemin est bonne ; seulement celui-ci n'est pas plan, mais suit une surface, que chacun dessine en fonction des courbures de son esprit. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence consiste à transformer en escale ce que d'autres prennent pour terminus, cul-de-sac ou voie impériale ou impraticable. | | | | |
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| intelligence | | | Connaît-on un seul penseur, que la logique aristotélicienne, la méthode cartésienne ou la dialectique hégélienne aurait aidé à bâtir son propre édifice (différent de casernes) ? Ce n'est ni le cheminement, ni l'accès aux chemins, ni le choix de bifurcations qui détermine nos exploits, mais le don pour la danse, faisant mépriser la marche, la hauteur d'âme surclassant la profondeur d'esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse. | | | | |
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| intelligence | | | Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation ! | | | | |
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| intelligence | | | Sur les chemins des passions comme sur ceux de la connaissance, à tout tournant, il y a deux types d'attitudes : le sacrifice ou la fidélité. Pour les ancrer à la réalité, on imagine les lieux de la fidélité et les instants du sacrifice. Ce que sous-tend la fidélité s'appellera - sur ce parcours - l'être immuable, et ce qui a la malchance de passer par le sacrifice sera voué - provisoirement - au néant. fluide « Ce qui est n'évolue pas ; ce qui évolue n'est pas » - Nietzsche - « Was ist, wird nicht ; was wird, ist nicht ». Dans un langage moins hypocrite on les appelait jadis Dieu ou Satan. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, le résultat n'est compris que si l'on est capable d'en reproduire le chemin. En philosophie, c'est le contraire : pour mieux apprécier le chemin, on doit oublier le résultat. | | | | |
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| intelligence | | | On commence par associer l'intelligence au cheminement, ensuite on l'attache plutôt aux buts, et l'on finit par la voir dans la faculté de substituer à tout chemin - un regard et à tout but - de bonnes contraintes. « Avec tous les chemins sous les yeux, c'est sans chemin que mon regard poursuivit le rien »** - Sophocle. | | | | |
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| intelligence | | | D'où viennent les partisans de l'Un ou du multiple ? - de la perte du droit chemin (Sommo Poeta). Ou bien je me sens au milieu de la vie, dans une forêt obscure (les multiplicateurs dantesques, explorant girons et cercles), ou bien je suis subjugué par la source ou l'issue de la vie et me consacre à la verticalité et l'immobilité de l'arbre unique, qui me fera oublier « la forêt trompeuse de cette vie » - Dante - « la selva erronea di questa vita ». | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les bonnes têtes finissent par admettre, que le cheminement : l'être, le paraître, l'apparence - est un progrès (« l'être est une fiction vide » - Héraclite ; « le monde des apparences est le seul, le monde vrai est une affabulation » - Nietzsche - « die scheinbare Welt ist die einzige : die wahre Welt ist nur hinzugelogen »). Mais, dans la plupart des cas, il est trop tard : une authenticité de robot ou de macchabée les empêche de se reconnaître dans l'invention. | | | | |
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| intelligence | | | Difficile d'être complet, dans la défense des commencements, si l'on n'avait pas suivi ce cheminement préalable : les choses, les idées, les principes, les commencements. C'est pourquoi Valéry est plus complet que Nietzsche. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, il n'existe pas de sentier battu : la philosophie est un cheminement en terrain inconnu, une quête de serpent ; l'intelligence - la queue de renard, qui efface les traces striées. Pas de sillons à usage multiple ; tout retour y est donc primordial, vierge, éternel. | | | | |
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| intelligence | | | Plus vaste est la chose niée, plus bête est la négation. Cioran, rejetant le monde non pas depuis 1920, mais depuis Adam, tombe dans le piège. La négativité sans emploi (G.Bataille) paraît être une saine perspective. Je ne nie que le jour sous mes yeux, me voilà déjà en route pour les étoiles. Ou sur les voies apophatique ou apagogique vers le Dieu inconnu, se dérobant sous les noms de l'Un ou de l'Être. | | | | |
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| intelligence | | | Sur la voie de la pensée, le premier jalon est presque toujours un intérêt soit pour un objet soit pour une relation (et des associations d'images ne viennent qu'après la fixation de l'intensité du désir). Plus on est intelligent, plus souvent la relation se présente avant l'objet, l'opérateur avant l'opérande. | | | | |
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| intelligence | | | La transcendance s'associe avec tout Ouvert, dont l'essence serait capable d'une projection par l'infini, et tendrait vers une valeur aux frontières, dans cette clôture inaccessible de l'Ouvert transcendé. « Tu ne trouverais pas les limites de l'âme, même en parcourant toutes les routes » - Héraclite - et si l'on les trouve, on ne serait plus chez soi. | | | | |
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| intelligence | | | L'éternel retour égalise les parcours, mais pour être une source, il faut être porteur d'une intensité unificatrice. Pas de première fois, dans un devenir partout intense. Le recommencement - un nouveau point zéro de la création. La source du premier pas se cache et se fait vénérer. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon résultat d’une recherche est soit une découverte (aboutissement d’un chemin), soit une invention (renvoi aux nouveaux commencements). Selon leur objet, il y aurait trois sortes de recherches – la recherche de la réalité (les sciences dures), la recherche de la représentation (la mathématique), la recherche du langage (la poésie). Les découvertes se font surtout dans la première ; les deux dernières devraient viser surtout des inventions. La philosophie serait une tentative d’unifier ces trois regards sur la condition humaine. | | | | |
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| intelligence | | | Ils voient un gouffre entre ces deux types de notre conscience du monde : qu'il est composé de choses objectives (res extensa) ou bien de phénomènes subjectifs (l'intentionnalité). Tandis que non seulement leurs résultats sont identiques, mais le travail même de notre conscience, dans les deux cas, suit les mêmes chemins, pour constituer nos connaissances. Comme le monisme ou le dualisme sont parfaitement compatibles et parallèles. | | | | |
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| intelligence | | | Le cœur est dogmatique (et c'est lui qui inspire le premier pas), l'esprit est sophistique (le pas second vient de lui), l'âme est dialectique et créatrice (elle entoure les pas – de frontières et donne à ces pas – des chemins et des limites). La crise moderne vient de l'hibernation des cœurs et de l'extinction des âmes, ce qui fait de nous des robots, ne vivant que de l'enchaînement des pas mécaniques. | | | | |
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| intelligence | | | Ils pensent, que l'opiniâtreté, le choix de bonnes pistes et le bon souffle peuvent les soustraire, un jour, à l'attraction du sensible et les propulser dans les orbites purement et hautement métaphysiques. Mais au détour de tout chemin ils découvrent l'Éternel Retour du Même (la découverte de l'être dans un intense devenir), et ils se mettent à se lamenter. On ne garde ses vertiges et enthousiasmes initiaux que si l'on avait suivi, du regard, son étoile, même du fond de son immobilisme. | | | | |
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| intelligence | | | Une esthétique calculable et jetable, telle est la réplique du technicien à la grogne du poète : « Un monde par essence esthétique va cesser d'obéir à des prescriptions esthétiques, telle est la barbarie de la science »** - M.Henry. Elle est au gouvernail d'un navire, à la navigation préprogrammée. Apprends à ne pas compter sur les voiles empruntées, mais sur ton propre souffle, même si tu étais condamné à garder ton immobilité au fond d'une cale, où t'ont abandonné tes ex-compagnons de route. | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens du je pense : je spécifie (référence, signale, indique, montre, nomme) mes chemins d’accès aux objets. Le sens du je suis : je suis un objet (ma matière), auquel s’attache un sujet (mon esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu’il y a de plus beau et enviable dans l’enfance, c’est que l’enfant vive dans le naissant et non pas dans le né. C’est pourquoi être artiste, c’est savoir redevenir enfant, en ne peignant que les commencements, en occultant les parcours et en ignorant les finalités. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | Le fond d’une écriture, c’est son but. Quant à la forme, elle se présente sous deux aspects : son commencement langagier et le chemin d’accès au but, chemin, à la fois conceptuel et métaphorique, extra-langagier. Quelles que soient les arguties des porteurs de lumières, les buts ne peuvent être que collectifs. Les projeteurs d’ombres se concentrent sur la forme, qui fait naître beaucoup plus d’idées originales que le but. | | | | |
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| intelligence | | | La qualité d’un discours intellectuel est dans le chemin d’accès aux objets, celle d’un discours poétique – dans le chemin d’accès aux relations, dans l’intensité d’images naissantes. | | | | |
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| intelligence | | | C’est la mathématique qui illustre clairement les trois sortes d’intelligence : la définition d’objets intéressants (l’art des commencements), la formulation d’hypothèses sur les propriétés de ces objets (l’imagination des finalités), la démonstration d’hypothèses (la science des parcours logiques). Ce qui est clair, aujourd’hui, c’est que la meilleure maîtrise des deux dernières tâches passera bientôt à la machine, ce qui justifie le goût des commencements chez les meilleures têtes littéraires. Commencer par le commencement signifie deux choses : que le commencement n’est qu’à toi et que les parcours et les finalités sont affaire des manœuvres. | | | | |
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| intelligence | | | Le savoir ne doit être ni le point de départ ni l’appui du parcours ; il doit servir d’outil, pour fabriquer des contraintes. Plus une tête est vide, plus elle cherche à se remplir du savoir pour le déverser ensuite. | | | | |
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| intelligence | | | Les sphères, dans lesquelles la philosophie peut évoluer – les commencements, les parcours, les finalités. Les seules finalités, dignes d’une plume originale, sont la douce mélancolie ou l’ardente admiration ; le savoir, la vérité, l’actualité devraient en être exclus. Les parcours peuvent être continus ou discrets ; les deux peuvent se justifier, si tu possèdes le talent et le style ; si tu reconnais, comme les meilleures des têtes, que la rupture est l’élément fractal nécessaire, pour saisir les objets essentiels, tu aborderas la démarche discrète. Enfin, les plus ambitieuses des plumes, se concentrent sur les commencements, la seule sphère où l’originalité a encore son verbe à dire. Et puisque la partie élémentaire de tout discours philosophique est la métaphore, le commencement en est la quintessence, prenant la forme d’un vers ou d’un aphorisme. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne vois aucun intérêt de développer (en profondeur ou en étendue) les réflexions d’un philosophe quelconque ; je n’éprouve que le besoin d’envelopper mes propres états d’âme (qui, en gros, sont communs à tous les introspectifs) – en hauteur d’un style, d’un ton, d’une noblesse. La seule philosophie, digne d’admiration ou de respect, est celle qui parte de zéro, pour proclamer ses commencements, tout en se moquant de ses parcours ou finalités que pourraient suivre les esprits, mais qui laisseraient imperturbables les âmes. Le savoir et la vérité ne sont point des sujets philosophiques. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n’est pas la pensée qui trace le chemin et fixe le but, mais l’inertie et le sens commun. La pensée ne gît que dans le commencement, sous la forme d’une caresse verbale, intellectuelle ou musicale. | | | | |
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| ironie | | | La rêverie est une question de voirie. Le rêveur n'entretient que les routes désignées par clair de lune. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, ce n'est pas le renoncement à la perfection, c'est la conscience qu'aucun pas vers elle n'est définitif et qu'à chaque carrefour il y a des chemins, qui ne mènent nulle part, que tout chemin peut être vu comme un cul-de-sac. Je vois dans celui-ci une foi, un refuge et une vocation. Qui cherche s'y retrouve, plus désemparé que jamais ; les autres, qui se contentent de vivre, s'y installent confortablement. Et les ruines reproduisent le destin des culs-de-sac : « L'extase de l'homme est d'ériger un édifice et non pas d'y vivre, ce qu'il laisse aux moutons »*** - Dostoïevsky - « Человек любит созидать здание, а не жить в нём, предоставляя его баранам ». | | | | |
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| ironie | | | On peut pardonner à l'infini sa stérilité, lui, au moins, ne mène nulle part. On reconnaît la médiocrité par la longueur et la droiture des chemins, proposés dès la première rencontre. | | | | |
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| ironie | | | Jadis, pour nous détourner d'un choix sans issue, on brandissait, sous nos yeux, le spectre d'une impasse. Aujourd'hui, c'est dans des impasses que se trouve la seule échappatoire à l'étable, étable, où mènent toutes les grandes routes. Nulle part, en revanche, est une bonne destination : « De nouvelles routes bien tracées, pour aller toujours plus loin nulle part » - Ajar. | | | | |
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| ironie | | | Tant de mûrissement dans les parcours et finalités maîtrisés, avant de se dédier exclusivement aux commencements, c'est à dire de devenir jeune. | | | | |
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| ironie | | | Nous suivons tous la voie de la raison. Les uns le font avec leurs pieds, sabots, écailles ; d'autres - avec leurs doigts, baguettes, longue-vue ; enfin, les meilleurs, - avec leur regard, absent et présent, plein tantôt d'admiration tantôt de dérision. Ne pas l'ériger en voie de salut, si ne l'éclaire pas ton étoile. | | | | |
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| ironie | | | Pour être écrasé par le pessimisme, il suffit de suivre jusqu'au bout n'importe quel chemin droit ; pour s'envoler vers l'optimisme, il faut emprunter ou inventer des voies obliques. | | | | |
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| ironie | | | Deux sentiers opposés attirent et mènent aux sommets de la vie : la poésie et l'ironie. Une fois au-delà des nuages, surchargé de vertiges, on est prêt à redescendre dans l'abîme. Déboussolé, on dévale par l'autre versant : dans l'ironie qui désaimante, dans la poésie qui électrise. On se vide. | | | | |
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| ironie | | | Quand les chemins de la vie seront aplanis, le moindre grain de sable sera vécu comme un écueil. En attendant, fais provision de pierres de Sisyphe. Apprécie ton désensorcellement des panneaux de circulation, ton ironie impraticable, tes gestes en cul-de-sac, ton existence arrêtée sur une piètre route sous couvert de panne de ton essence. | | | | |
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| ironie | | | Cheminement des grands, vu à travers l'alphabet : ω - φ - Socrate, α - ω - le Christ, ψ - α - Freud. Il n'y en a qu'Un, qui a l'air de connaître l'Aleph et sa place. | | | | |
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| ironie | | | Même la pseudo-négation de la torsade de Moebius plaide pour la platitude finale de tout parcours spatial. | | | | |
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| ironie | | | Je dénigre tout chemin, car toutes les constantes universelles - vitesse, gravitation, quantum d'action - s'y donnent rendez-vous. Je leur oppose mes variables inexistentielles de la complémentarité, décorant l'arbre déchu de la causalité. | | | | |
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| ironie | | | Plus un système cohérent est élevé, et mieux il se traduit sur un mode lacunaire. Rien ne doit relier les sommets d'un relief hautain ! « Dans les hauteurs, le chemin le plus court va d'un sommet à l'autre : les aphorismes doivent être des sommets » - Nietzsche - « Im Gebirge ist der nächste Weg von Gipfel zu Gipfel : Sprüche sollen Gipfel sein ». | | | | |
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| ironie | | | Certains de mes édifices méritent leur titre de ruines non pas à cause de l'architecture, mais de la voirie : tout chemin partant d'eux menant vers le seul lieu digne de nos rendez-vous avec l'arbre, vers nulle part, impasse pour les uns et chantier pour les autres, les meilleurs (Holzwege de Heidegger ?). | | | | |
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| ironie | | | La solution de l'être est dans un projet, son problème - dans un objet, son mystère - dans un sujet : du plus facile au plus ardu. Mais on ne trouve le meilleur que s'étant perdu : « se vouer au mystère, c'est se mettre sur le chemin de l'errance » - Heidegger - « die Entschlossenheit zum Geheimnis ist unterwegs in die Irre », ou ayant renoncé aux objets : « ce mysticisme sans objet, qui est en moi » - Valéry - il voulait dire est le moi. | | | | |
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| ironie | | | Tous mes naufrages sont de la pure invention, puisque je n'emprunte aucune route maritime, n'ai pas de marchandises d'échange, manque d'esquif et ne vois aucune bonne houle au-dessus des profondeurs racoleuses. | | | | |
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| ironie | | | Des chemins, dont les pieds du goujat éprouvent le prurit, il y en a hors de toute poussière, pierraille ou bitume ; mais le mode de déplacement, sur ceux-ci, n'est point la marche, mais la danse, le vol ou la chute : le voyage est bon, « pourvu que ce soit hors du monde »** - Baudelaire. | | | | |
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| ironie | | | L'intensité comme but et contrainte : que le premier et le dernier pas se fassent par enchantement. Les sots de tous les temps : partir de l'enchantement et aboutir au désenchantement ; les naïfs font un parcours en sens inverse. La bêtise moderne : partir et finir par désenchantement. | | | | |
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| ironie | | | La dérive d'une Bouteille à la Mer, est-ce un chemin ? Est-ce encore l'écho d'un beau naufrage ou déjà l'annonce d'une piteuse épave ? | | | | |
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| ironie | | | La raison de mon affection pour les impasses : toute recherche de la pureté ou de la compassion y aboutit ; n'ouvre de grands chemins que la recherche du lucre. | | | | |
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| ironie | | | Les sots préfèrent le labyrinthe, où domine le chemin ; les savants bâtissent des réseaux, où domine le nœud ; l'ironiste part des nœuds inexistants, ce qui transforme tout chemin en errance, en impasse ou en pointillé, et cette structure finit par présenter tous les traits d'une authentique ruine, à l'espace discret et au temps arrêté. | | | | |
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| ironie | | | Il n'y a pas de chemins droits, pour monter au Parnasse, surtout si l'on m'observe de la Montagne Oblique, l'Hélicon. Guidé par les Muses, Apollon devient Dionysos. | | | | |
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| ironie | | | Chez les absurdistes, on remarque surtout qu'ils ne sont guère doués pour le sublime. Les farcesques, en revanche, souvent débordent de ce don oblique. On accède à la farce par une voie absurde, et donc humoristique, ou par une voie sublime, et elle s'appellera ironie. | | | | |
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| ironie | | | Le bonheur de ma traversée de la vie, c'est l'ivresse et, donc, la fête. La fête de la fin de voyage, fête de l'esprit ; ou la fête du commencement, du départ, fête de l'âme. L'ivresse sur la route même ne promet que des accidents. | | | | |
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| ironie | | | Le chemin vers soi-même est aussi bête que le chemin contre soi-même ; la docte introspection comme la confession indocte ne valent pas grand-chose là où règne l'invention - le regard initiatique sur le soi inconnu, les yeux fermés sur le soi connu. | | | | |
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| ironie | | | Aux heures sans étoile, je suis condamné à ne voir que des trajectoires, à devenir philosophiste. | | | | |
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| ironie | | | Aller tout droit, tourner en rond, prendre le contre-pied des autres sont des synonymes. Quand on l'a compris, on se débarrasse d'une grosse part de sa suffisance remuante. N'arpente plus les routes des niais ni ne charpente ton doute casanier - reste vagabond immobile parcourant du seul regard tes vastes ruines. | | | | |
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| ironie | | | Les points de chute se trouvent, d'habitude, dans la platitude ; la fausse fierté de te dire, que là où s'élèvent des monts majestueux s'ouvrent aussi des précipices, ne doit pas t'illusionner. La montagne ou l'arbre, le vertige ou la fleur, la lumière ou l'ombre. Le danger est dans le refus des ailes ou dans le poids des semelles (la grâce ou la pesanteur ascensionnelles - S.Weil). La chute sous un arbre peut être plus ample que dans un précipice. Et plus instructive. Ce qui attire vers la montagne, c'est son peu de routes. | | | | |
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| ironie | | | L'intelligence est plus proche du pêcheur que du chasseur ; l'eau trouble et l'art de bien orienter sa ligne de faîtes sont souvent de meilleurs atouts qu'une faim à calmer. Les oiseaux de proie ou les limiers n'intimident que des rats (de bibliothèques) ou le petit gibier. | | | | |
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| ironie | | | Les ruines sont une conversion, et non pas une démolition, de la tour d'ivoire, afin de me débarrasser des yeux indiscrets et des chemins battus, convergeant vers mes trésors. « La conversion refait ce que la perversion défait » - Jankelevitch. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie est la reconnaissance, que tout chemin, menant de la profondeur de l'intelligence à la hauteur de la noblesse, doit traverser l'épaisse platitude de la bêtise. Son absence, c'est croire, qu'on y est toujours intelligent ou déjà noble. | | | | |
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| ironie | | | J'entamai ce livre dans la joie d'un chaos prometteur et évanescent ; je l'achève dans la gêne d'un système bâti malgré moi, système redoutable et définitif. Je n'eus aucune velléité d'ordre ; ma volonté de puissance put se passer de volonté de système. J'eus beau ne pas suivre un chemin - un chemin me suivit. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie du mot est la dernière poche de résistance de la poésie. Son premier refuge est parmi les vocables : muse, idée, ciel ; le deuxième - en situations : château, combat, solitude ; le troisième - dans les attitudes : obscurité, musicalité, intellectualité. Si, au bout de ces pérégrinations, on ne débarque pas auprès de l'ironie, c'est qu'on s'égara en route. | | | | |
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| ironie | | | La montagne, l'édifice ou la route, ces rivaux de la pierre, dont s'occupe Sisyphe. Il ne trébuche pas sur la montagne, n'a pas d'ambition pour des édifices, s'écarte des routes. Les bleus, laissés par des pierres de touche ou d'achoppement, l'ont conduit au pied de l'arbre, ou mieux, à sa hauteur, d'où il admire l'azur des montagnes, des horizons, des cieux. | | | | |
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| ironie | | | Légiférer pour les autres, c’est spécifier le chemin entre le banc des accusés et le pénitentiaire ; légiférer pour soi-même, c’est inventer des circonstances consolantes au séjour dans ces lieux incontournables. Pour la première tâche il suffit d’être maître ; pour la seconde il faut être créateur. | | | | |
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| ironie | | | Pour les uns, les conditions a priori de la sensibilité sont l'espace et le temps ; pour les autres - les structures et la logique ; pour les derniers en date, et les plus nombreux, - le moule et les voies bien tracées. Les pédants, les peintres, les pantins. | | | | |
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| ironie | | | L'obsession par l'avant, est si commune, qu'on saluerait machinalement la démarche d'écrevisse : « Le cheminement qui recule, seul, nous mène de l'avant » - Heidegger - « Der Weg zurück führt uns sogar erst vorwärts ». Mais l'attitude de marmotte m'est plus chère : couchée, pour ne pas avancer vers l'arrière, seule direction, où il y ait encore des promesses. | | | | |
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| ironie | | | Ce qu’il faut reprocher aux philosophes, ce n’est pas de s’arrêter à mi-chemin, mais le fait même de se mettre en marche, au lieu de se contenter de mettre en musique leurs propres commencements. Le développement est de l’inertie commune, et les buts atteints – l’impasse individuelle. | | | | |
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| ironie | | | J.Joubert dit que, comme Montaigne, il se sent impropre au discours continu. Nous en sommes, en réalité, tous capables ; seulement, certains sont horrifiés par un ennui, qui, inévitablement, s’en dégage, et d’autres s’en accommodent, en ne quittant des yeux que la majesté des nœuds et en restant insensibles à la misère des arêtes. | | | | |
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| ironie | | | Ta marche devrait faire non pas ton chemin (qui finirait toujours par rejoindre des sentiers battus), mais le style, le rythme, la musique, le visage ; dans ce dernier cas, ton chemin s’identifierait avec l’impasse, le désert ou la solitude. | | | | |
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| ironie | | | Mon étoile joue, à peu près, le même rôle que Rossinante pour Don Quichotte – choisir le chemin à prendre et, surtout, à éviter. | | | | |
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| ironie | | | L’extase, le vertige, l’ennui – telle est la voie tragique, dont il faut chercher une déviation, même dans une impasse, et qui s’appellera consolation. | | | | |
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| ironie | | | Dans la littérature, le mérite principal des contraintes est de t’empêcher de t’engager dans un chemin ou dans un genre ennuyeux ; mais les égarements sont nombreux, puisque l’avertissement de Voltaire ne s’affiche pas aux carrefours. | | | | |
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| ironie | | | La banalité des exercices philologiques du jeune Nietzsche lui inspira une sainte horreur du genre discursif – il se voua au culte des commencements non-développables, puisqu’il aima l’éternité, qui est la négligence du temps, celui qui accompagne tous les parcours cohérents. La métaphore de retour éternel résume cet état d’âme et aurait pu s’appeler commencements hors précédents ou maximes, toujours recommencées ! L’auteur n’est fidèle qu’à lui-même ; c’est, donc, un retour du même, et aucune apocatastase n’y est visée. | | | | |
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| ironie | | | Les buts inconnus émeuvent la jeunesse ; les parcours bien connus banalisent l’âge mûr ; les commencements inconnaissables ennoblissent la vieillesse. Aux extrémités – deux rêves, portant la honte du milieu. | | | | |
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| ironie | | | Difficiles d’accès, accès unique, mes notes permettent des parcours faciles et des finalités multiples. Rappelons, que le style est l’art de rendre original l’accès aux idées, aux images, aux états d’âme. L’objet, c’est le chemin qui y conduit. | | | | |
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| ironie | | | Toutes les voies qui mènent au désespoir sont des sentiers battus, elles constituent le sort commun des hommes. C’est pourquoi la perte des illusions n’est nullement tragique, mais traîtresse ou vaudevillesque ; leur affaiblissement involontaire, en revanche, est une vraie tragédie. Heureusement, un vrai esprit tragique sait faire revenir l’espérance, ce rêve qui évite le glissement vers le désespoir et rend la tragédie – heureuse. | | | | |
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| ironie | | | Mes trajectoires sont elliptiques : tout point y peut se passer de ceux qui le précèdent et être un commencement. Pour les tenants des parcours linéaires : « Il n’y a pas de commencement. J’ai été engendré, et depuis, c’est l’appartenance » - Gary. | | | | |
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| ironie | | | Dans le genre discursif, aujourd’hui, domine la platitude linéaire ; et si, exceptionnellement, on tombe, tout de même, sur un nœud, soit on le coupe, pour s’en débarrasser, soit on le dénoue, pour découvrir un sentier battu à éviter. | | | | |
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| chœur mot | | | BIEN : L'un des rares points de rencontre entre l'idée et le mot s'appelle le bien. L'idée y met une alarme, pour l'humanité en rires ; le mot y laisse une larme, pour l'homme en délire. Mais le mot qui prétend, que l'idée perspicace et sociable lui a appris le chemin du bien, s'accroche à elle et ne suit plus son propre destin, qui est celui d'un vagabond solitaire. | | | | |
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| mot | | | Quand une pensée prétend pouvoir se passer de plume, elle ne s'envolera jamais. La plume est la marche même, la plupart des pensées n'étant que des cannes. | | | | |
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| mot | | | Les mots aux trajectoires trop bien calculées peuvent donner l'impression d'un vol de chauve-souris, d'un vol au radar. Tandis que je cherche de vastes survols ou amorces de piqués. Le mot est plus proche d'un oiseau de proie, à l'œil hautain, visant le gibier à une distance vertigineuse. | | | | |
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| mot | | | De l'enthousiasme du cœur à celui des mots, le cheminement est hasardeux et vacillant. Une paix d'âme, par contre, se traduit immanquablement dans la prompte impassibilité des mots. | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval). | | | | |
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| mot | | | Dans l'esprit s'entrechoquent des images, dans l'intellect - des représentations (idoles), dans la langue - des signes. Chez tout le monde - trois voies vers Dieu ; chez les créateurs - trois voix à partir de Dieu. Le mot, au sens noble, est un habile et haut réseau de signes, s'inspirant des images ou représentations profondes ou s'y adressant. | | | | |
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| mot | | | Par mes caprices et lubies, je fais plier les langues étrangères, d’une manière irresponsable ; mais la mienne, par ses caprices, ses us et coutumes, fait plier mes audaces, me décourage et me remet en droit chemin, moi, l’amateur des obliques. | | | | |
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| mot | | | La position couchée est une méthode, comme une route l'est pour les autres, mais elle en est une méta-route (hodos - route en grec). | | | | |
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| mot | | | C'est par des échos communs des sources lointaines qu'on se rapproche, sans se heurter. Écrire, c'est être accompagné de mon Virgile, que je conduis. Con-duire, c'est tra-duire ; dé-duire, c'est intro-duire. | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | La vivacité d'un discours est fonction d'audace des hypothèses et de pittoresque des chemins d'accès aux objets ; le calme n'y a pas beaucoup de place, il sied plutôt à la représentation qu'à la donation de sens. « Aux turbulences des hypothèses nous préférons une calme énumération de faits du langage » - Wittgenstein - « Statt der turbulenten Mutmaßungen wollen wir ruhige Erwägungen der sprachlichen Tatsachen » - comme si les faits du langage étaient libres de la formulation d'hypothèses turbulentes ! | | | | |
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| mot | | | Ces préfixes révélateurs : re-présenter, ex-primer, dé-montrer, pour désigner les trois actions intellectuelles de base : induire, séduire, déduire. Une topique, une tropique, une critique. Fixer le possible, exhiber le suffisant, s'appuyer sur le nécessaire. Une mémoire, une voix, une voie. | | | | |
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| mot | | | Dire remonte à montrer-indiquer (sagen-zeigen, с-казать) : plus on oublie la voie à suivre, mieux on trouve la voix à chanter ! | | | | |
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| mot | | | Ni les objets ni les mots n'ont d'âme. Pour qu'on découvre une âme dans un discours, il faut que les mots peignent un beau chemin d'accès, dont le parcours, jusqu'aux objets, fasse naître une musique hors la langue. | | | | |
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| mot | | | Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses. | | | | |
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| mot | | | Face à un modèle du monde, la fonction première de la langue, comme d'une interface graphique en informatique, est la fonction instrumentale ; mais la langue, comme le graphisme, dispose de ses propres ressources d'expressivité, et quand elle y place son message principal, elle devient art et rend secondaires et le savoir et l'intelligence ; l'essentiel n'y sera plus l'accès aux objets, mais l'harmonie du parcours. | | | | |
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| mot | | | Le parcours d'un créateur - son commencement, ses contraintes, ses moyens, ses buts – tout y est hors langage ; le langage, ce ne sont que des chemins d'accès aux étapes de ce parcours. « Le texte n'est qu'un petit rouage dans une machine extra-textuelle »** - Deleuze. | | | | |
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| mot | | | Le mot lancé au ciel ignore les routes et peut se perdre à tout instant. « Poésie, ô danger des mots à la dérive »* - Aragon. C'est le danger des bouteilles jetées à la mer : les courants, les profondeurs, les prédateurs, le trop peu d'hermétisme. Les mots bien repérés s'érigent en phares, idées lumineuses. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation. | | | | |
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| mot | | | Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse. | | | | |
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| mot | | | On peut munir d'ailes - les mots, et non les idées, qui se rangent toujours dans des profondeurs ou dans des platitudes. Donc, ne compatissons pas aux volatiles ratés : « La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain » - J.Green - sa comédie, c'est que plus il suit le volatile et plus le reptile trace sa trajectoire. Donne à ta pensée du plomb de l'ironie et cultive chez les mots - des ailes de l'illusoire. | | | | |
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| mot | | | La hiérarchie ascendante des stades de puissance du mot : étiquette, image, sensation – fait, tableau, musique. Ce qui est grave, ce n'est pas qu'on ne trouve chez Sartre aucun salaud, ne sente pas la proximité d'un enfer, n'éprouve aucune nausée, mais que leurs représentations n'ébauchent même pas un chemin qui conduirait à ces sensations, on reste dans les étiquettes désincarnées. Et ni profondeur de l'être ni hauteur du devenir n'apportent d'épaisseur à la platitude de sa logorrhée sur le néant. | | | | |
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| mot | | | Le mot émet surtout des sons et des images, et la pensée veut irradier la lumière et éclairer les ombres ; le mot est dans l'intonation des métaphores, et la pensée - dans l'indication des sémaphores. | | | | |
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| mot | | | Joli palmarès du mot si anodin, déroute : essuyer une déconfiture, être décontenancé, changer de route. Quand on parvient à en faire trois synonymes, on vit mieux le difficile triomphe de l'immobilité - otium cum dignitate. | | | | |
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| mot | | | Pourquoi ce qui constitue un arbre ou un livre porte le même nom – les feuilles ? Ça m’arrange : mes livres, pleins de mots connus, sont destinés à créer des arbres d’images d’inconnues. « Mes livres sont des feuilles, tombées au hasard sur la route de ma vie » - Chateaubriand – ce n’est pas sur la route de ma vie, que tombent les miennes, mais sur les constellations de mes rêves. | | | | |
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| mot | | | Ceux qui ne voient que la réalité et le langage et ignorent (ce qui est) la représentation admirent la sentence : tout objet est identique à lui-même. Il est clair que le sens de cette affirmation (comme de toute autre) est formel et non pas réel, mais rien de formel ne peut se passer d’une représentation, dans laquelle l’accès à l’objet (au concept) admet une infinité de références langagières, et le chemin d’accès fait partie du sens. Donc, tout en accédant au même objet formel (et à son ‘original’ réel), le sens qu’on attribuera à cet objet serait différent, pour les accès différents. Strictement parlant, en visant le même objet de la représentation (et de la réalité), mais avec deux chemins d’accès différents, nous obtenons deux objets différents. | | | | |
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| mot | | | La fierté énergique couronne la fin atteinte ; l’orgueil statique encourage le culte du commencement ; la persévérance dynamique assure la cohérence du parcours. Je subis plus souvent les deux premiers, ce qui m’expose à l’hybris plus qu’au kairos. | | | | |
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| mot | | | Ne pas avoir de fin – deux acceptions possibles de cette expression : le chemin, que je suis, se prolonge infiniment, ou bien – je me passe de chemins et me contente de commencements. Le choix de la seconde version donne une des lectures les plus intéressantes de l’éternel retour. | | | | |
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| mot | | | On se dégage, par substitutions, de la forme langagière d’un discours, pour créer un chemin d’accès au fond ; plus que le fond lui-même, c’est la qualité de ce chemin qui en détermine la qualité. Les mots ne sont qu’instruments, c’est le chemin qui est le produit. | | | | |
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| mot | | | On n’apprécie un mot que si l’on devine la représentation sous-jacente et se régale du chemin d’accès original aux concepts impliqués. « Ce qui n’existe que moyennant un NOM n’est guère qu’un NOM » - Valéry. | | | | |
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| mot | | | En littérature, l’originalité se prouve par des changements de langage, par l’introduction de nouveaux axiomes, par des commencements législatifs donc. Les ordinaires déversent des parcours, des événements. « L’art ancien donnait des lois. Le moderne donne des faits »** - Valéry. | | | | |
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| mot | | | Méta voulant dire, en grec, aussi bien après qu’au milieu, l’aphoriste pourrait s’appeler hypo-crite (commenceur, décideur, précédant le jugement des autres), et son lecteur – méta-crite (s’occupant à reconstituer la lumière des parcours et des finalités à partir de l’étincelle de l’incitateur). | | | | |
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| mot | | | Ils connaissent l’idée à chasser, mais sur le chemin ils tombent sur du gibier aléatoire et même interdit aux armes dont ils disposent. La proie non-conforme à leur feu les rend braconniers. Les mots sont des appâts ; plus nutritifs ils sont, plus noble seront les idées-cibles sauvages qui s’y laisseront séduire. L’écriture est affaire des caresses et non pas des prouesses. | | | | |
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| chœur noblesse | | | RUSSIE : Quoi qu'en dise l'Histoire, la pensée en Russie fut exceptionnellement aristocratique. Dans aucun autre pays, les itinéraires des actes et des visions ne s'éloignèrent à ce point. Partout ailleurs, les visions s'embourbèrent en sinuosités stériles et les actes empruntèrent un chemin droit, fangeux et fécond vers l'utilitaire. | | | | |
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| noblesse | | | L'art des contraintes : me rendre sourd à ce qui pourrait me mettre en route ; me faire aveugle devant ce qui voudrait occuper mon horizon ; détourner mon nez de l'insipide. « L'élimination de l'inessentiel, voilà le secret de l'intensité vitale » - Lao Tseu. C'est aussi la clé d'un bon style. Des liaisons, des développements, des justifications relèvent, la plupart du temps, de l'inessentiel. La grandeur n'est pas dans l'intégrité profonde, mais dans le pointillé hautain : « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires » - Montesquieu. | | | | |
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| noblesse | | | L'étoile doit éclairer mon âme et non pas le chemin. L'étoile se donne au regard et non pas au cheminement ni même aux coups d'ailes. Tout chemin mène à l'étable (fourmilière, meute, troupeau, phalanstère). N'écoute pas Novalis : « Le chemin du mystère te conduit vers toi-même » - « Nach innen geht der geheimnisvolle Weg », à moins que je m'y assoupisse pour rêver ; écoute Emerson : « Attelle ton char à une étoile » - « Hitch your wagon to a star » et laisse Pégase inventer le chemin même. De nos jours, on laissa tomber l'étoile, on accroche sa charrette aux millionnaires. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le ciel, n'y a pas de routes, et il n'y a pas de routes qui mènent au ciel ; de ma vie je dois faire un ciel, même si elle se présente elle-même comme une route (pour laquelle je prends mes impasses) : « La vie est un chemin vers le ciel » - Cicéron - « Vita via est in caelum ». | | | | |
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| noblesse | | | Pour se donner du panache, ils désignent leur adversaire sous des traits sinistres d'ennemi de la vérité et de la justice. Le mien est l'homme paisible suivant la voie du vrai, du juste et même du beau. Au pays du Tendre, ce n'est pas la voirie, mais l'astronomie qui devrait assurer la meilleure communication. Cyrano, assommé par un laquais, tendant son panache à l'étoile et ne voulant d'autre appui que dans des arbres. | | | | |
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| noblesse | | | Sur Terre n'est libre peut-être que mon premier pas, les suivants ne m'appartiennent pas, ou moi, je ne leur appartiens plus. Mais le regard posé sur mon étoile est toujours libre. Et les meilleurs chemins se tracent dans le ciel, à la lumière de mon étoile. | | | | |
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| noblesse | | | Un vide, que ce soit un vide d'images ou un vide d'idées, est aussitôt rempli par la réalité, qui est la perfection et qui est sans idées ou images. Être parfait, c'est chercher une proximité asymptotique avec la réalité, être le regard, fasciné par une rencontre impossible. Le chemin, du Savoir à la Croyance, va en s'élevant, et pourtant c'est ainsi qu'on retrouve la réalité. | | | | |
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| noblesse | | | En tenant à la hauteur conquise, oublie les chemins, qui t'y propulsèrent. Tiens à l'architecture de ton édifice éphémère, non aux pavés ni pierres, même angulaires. | | | | |
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| noblesse | | | C'est dans des impasses que le trafic d'idées est le plus dense. Mais ne confondons pas la cause avec l'effet : tous les Holzwege (chemins-impasses) ne sont pas des Denkwege (chemins-pensées), mais les derniers débouchent toujours sur les premiers. | | | | |
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| noblesse | | | Le piège d'un esprit polémiste : démanteler, avec brio, une inanité, le plus souvent imaginaire, et s'en donner de la confiance et de la grandeur. Ne relève de gant sur aucune arène, aucun forum, aucune route ! Les anges n'attendent que dans les impasses et se méfient même de la Lune comme lumière et témoin. | | | | |
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| noblesse | | | Est à hauteur d'arbre ce que l'homme embrasse du regard. Les échelles et les routes l'amènent à la platitude d'étables. | | | | |
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| noblesse | | | La grandeur, que ce soit en profondeur ou en hauteur, se mesure à la qualité des contraintes : « Sur sa route, César se met les Alpes, pour mieux montrer sa grandeur » - J.G.Hamann - « Cäsar wirft sich die Alpen im Wege, um seine Grösse zu zeigen » - comme d'autres, plus nobles, s'inventent des gouffres, pour mieux tenir à la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Aujourd'hui, on ne trouve de grands que parmi les ratés. Plus les réussites éclairent mon chemin, plus grand est le soupçon, que ce que je foule soit un sentier battu et ce qui m'attend au bout soit une étable. Et dans : « Plutôt tout rater que ne pas faire partie des plus grands » - Keats - « I would sooner fail than not be among the greatest » - il faudrait remplacer 'rater' par 'réussir'. | | | | |
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| noblesse | | | Pour me perdre dans les nues, peu importe si je rampe ou si je cours sur la terre. L'essentiel est de ne pas faire de chemin sans clair de lune. | | | | |
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| noblesse | | | Ruines, loques, capitulations - toit trop fréquenté, hermine trop exclusive, panache trop blanc. Mais de bonnes notions d'architecture, de haute couture et de Vie sacre. | | | | |
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| noblesse | | | Deux directions, dans lesquelles je peux abandonner un problème : quand il a perdu son charme, sa virginité, je lui préférerai le mystère de la pudeur ; ou bien je me vouerai au pays des solutions frigides, où aucune excitation poétique n'est de mise. Le chemin de la honte, le chemin de la pitié. | | | | |
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| noblesse | | | Le séjour durable de la sagesse s'appelle ruines, où ne mène aucun chemin. Ceux qui réussissent à traîner leur sagesse sur des sentiers battus prennent l'étable, où ils aboutissent, - pour un palais : « Le chemin de l'excès mène au château de la sagesse » - W.Blake - « The road of excess leads to the palace of wisdom » - une illusion d'optique routière et architecturale te fait ennoblir une étable aménagée. L'excès de vitesse, de puissance ou de charge te fera condamner par la maréchaussée ; le déroutage du sage n'est enregistré que par le Juge suprême. | | | | |
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| noblesse | | | Le rêve est dans son élan initial, dans son départ, mais toute arrivée est dans la réalité, où tout mouvement n'est que géométrique, toute hauteur vite réduite à la platitude, toute solitude souillée par la présence des autres. « Je voulais les attacher en haut, les mener à la réalité par des songes » - Chateaubriand - qui manque de regard manquera aussi de hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Changer de rive est une épreuve, qui ne tracasse pas que le Parisien ; devant les ponts vitaux, la question essentielle est : faut-il le franchir ou le brûler ? C'est même plus important que le choix de chemins, obliques ou droits. Laisser les pavés aux archéologues, aux soixante-huitards ou aux touristes ? Être pessimiste, en bâtissant des murs, ou optimiste, en préférant les ponts : « On bâtit trop de murs et pas assez de ponts » - Newton - « We build too many walls and not enough bridges ». | | | | |
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| noblesse | | | Deux beaux profils mythiques disparurent des parcours humains - les anges et les rois, les poètes fastueux et les philosophes majestueux. Les logorrhées fangeuses, où rien ne résonne et tout raisonne. Les voies royales ne mènent plus qu'aux ruines et deviennent impasses nostalgiques. « Il n'y a plus de voies royales en géométrie » - dirait Euclide, en songeant à la philosophie. | | | | |
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| noblesse | | | Si je ne suis que ce qui se trouve entre l'horizon et moi-même, j'aboutirai probablement à la platitude ; dans les gouffres tombent, d'habitude, ceux qui suivent leur étoile. « La hauteur, d'habitude, voisine avec l'abîme »* - Pline le Jeune - « Altis plerumque adjacent abrupta ». Et en plus, je serai couvert de bleus et bosses, car tout chemin, même éclairé par mon étoile, est parsemé de pierres d'achoppement. J'aurais dû rester dans le seul lieu, où mon étoile se sente chez elle, - dans mes ruines. | | | | |
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| noblesse | | | C'est sur des sentiers battus qu'on rencontre ceux qui s'égosillent le plus sur les périls de leur chemin unique, réservé aux immenses trublions qu'ils sont : « Des voies obliques, mal entretenues, sont les voies du Génie » - W.Blake - « the crooked roads without improvement are roads of Genius ». Ce n'est pas l'aménagement de virages qui motive le Génie, mais l'arrangement de mirages. Qu'on parcourt des yeux sans recours aux pneus. | | | | |
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| noblesse | | | Il n'y a plus de chemins secrets, menant vers des trésors ou des illuminations ; je ne dois compter que sur mon étoile, que je suivrai, les yeux fermés, du fond de mes ruines. Ne crois pas trop les prétentieux : « Heureux qui va par une route inconnue à la sagesse humaine, et sans toucher de pied à terre » - Fénelon - la sagesse est une affaire terrestre, accessible même aux misérables, qui s'attroupent sur des sentiers battus, sans toucher de regard au ciel. Le sage est celui qui a la plus vaste collection de plaies, mais qui les lèche mieux que les autres. « Parmi les sages, pas un qui ne soit heureux » - Cicéron - « Neque sapientum non beatus ». | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme des commencements - ne pas se hisser sur les épaules des autres ; le nihilisme des contraintes - en être le seul auteur ; le nihilisme des moyens - savoir se servir de ses faiblesses ; le nihilisme du parcours - tenir davantage au regard qu'aux pieds ; le nihilisme des finalités - en reconnaître l'insignifiance. Je pense en être très proche. | | | | |
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| noblesse | | | Le bonheur nihiliste est le désir, détourné des routes et tourné vers la hauteur. C'est ainsi que je dois comprendre les Anciens, voyant le bonheur dans l'étouffement de nos désirs. Il serait plus sage de n'en chercher le chemin qu'à la verticale de mon regard sur la carte du Tendre. La hauteur est une frontière inaccessible d'un Ouvert ; et le nihilisme n'est pas dans la transgression de plates limites, mais dans la vénération de nos plus hautes frontières infranchissables et dans « l'élan vertical dans l'Ouvert » - Rilke - « den Absprung, senkrecht ins Offene ». | | | | |
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| noblesse | | | Un amoureux de climats ou de paysages humains n'a pas besoin de guides, pour chanter la vie, sans la traverser, perclus dans ses châteaux ou ruines. Ceux qui découvrent le beau, guidés par le vrai, sont des marionnettes : « Ce qui distingue le fou du sage, c'est que le premier est guidé par les passions, le second par la raison » - Érasme - « Quandoquidem hac nota a stulto sapientem discernunt, quod illum affectus, hunc ratio temperat ». Que derrière cette marche assistée se tienne la passion ou la raison, ce qui compte, c'est si elles s'acoquinent avec mon regard ou avec mes pieds, pour éployer les ailes ou alourdir les semelles. Pourvu que la raison du fou ne sois pas la passion du sage. Ni que la semelle allégée ne réduise en allégeance l'aile. Me prendre à la légère ne doit pas être à l'origine de mon haut vol. | | | | |
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| noblesse | | | Ma préférence va plus souvent aux ruines, au détriment des chemins, puisque j'ai deux locataires à héberger : le sentiment sédentaire et la pensée nomade, un aveugle et un boiteux, le premier accédant tout de même au regard, le second - à l'humilité. Séparés, ils se prennent pour voyant ou métronome. Je les laisse ensemble : le sentiment-maître apportant des images, la pensée-servante - un contact avec la réalité. L'imaginaire d'Homère, le réel de Byron - se fraternisent. « Dans le domaine du sentiment, le réel ne se distingue pas de l'imaginaire » - Gide. | | | | |
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| noblesse | | | La seule beauté au ciel, c'est mon étoile. Tout ce qu'elle illumine sur terre se met à danser, au milieu de ce qui marche ou rampe. « Comme la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel ! »* - Loyola - « ¡ Qué vil me parece la tierra, cuando contemplo el cielo ! ». Et le chemin n'est pas long : « Dieu est au ciel, et le ciel est en toi »** - Boehme - « Gott ist im Himmel, und der Himmel ist im Menschen ». | | | | |
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| noblesse | | | Toutes les profondeurs communiquent entre elles ; on peut y trouver des sentiers battus, comme dans des platitudes. D'où l'avantage des hauteurs : « Allant toujours de hauteur en hauteur, mon discours ne suivra aucune route »*** - Empédocle. Je risque d'ignorer beaucoup de profondeurs labyrinthiques, mais j'évite tant de platitudes sans danger. | | | | |
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| noblesse | | | Ils cherchent leur voie, dans le labyrinthe des écoles ou des styles, tandis qu'il s'agit de se débarrasser de routes, de se mettre en hauteur, de chercher sa voix, qui est cette même perspective, devenu regard. Ne pas creuser - en temps de déluge de messages, la colombe est plus éloquente que la taupe. | | | | |
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| noblesse | | | Dans la hauteur, loin de la terre, nous ne parcourons les chemins que de nos yeux nomades. « Nos pères furent sédentaires. Nos fils le seront davantage, car ils n'auront, pour se déplacer, que la terre » - P.Morand. Ne nous laissons pas emporter par des vents racoleurs : « Les vents, qui soufflent dans les hauteurs, changent sans cesse » - Pindare. | | | | |
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| noblesse | | | En gros, les hommes vivent et pensent, suivant les mêmes chemins et perspectives ; ce qui les distingue, c'est la matière de leurs maux et la manière de leur mots – leurs angoisses et leurs styles – leur face poétique et, donc, philosophique. Voir en philosophie un art de vivre ou de penser est également sot. Aucun philosophe ne vécut admirablement, aucun philosophe professionnel ne produisit de belles ou nobles pensées, comparables avec celles des poètes. | | | | |
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| noblesse | | | Sur la voie (la logique ou la dialectique) ou sur ses bretelles (les méthodes), que ma raison marchante compte, que mon étoile dansante conte ! | | | | |
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| noblesse | | | Les philosophes du paysage ou du climat : les premiers narrent les volumes et les surfaces et font des forêts – les parcs, des impasses personnelles – les routes communes, des horizons – les clôtures ; les seconds éprouvent la caresse des épidermes, l’embrasement des cœurs, la palpitation des âmes - ils trouvent au firmament la place de leur étoile. | | | | |
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| noblesse | | | Peut-être c’est à l’échelle du plaisir qu’il faut mesurer l’élévation de la pensée : de la satisfaction dans la profondeur, vers le bonheur de l’ampleur, à l’extase en hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Qu’est-ce qu’une valeur-vecteur ? - l’origine (point de départ, commencement) et l’unité de mesure (exigence, goût, hauteur). Dans l’Histoire, on n’en manqua jamais, mais désormais la tendance générale place l’origine – au milieu du chemin courant, et la mesure quitte la hauteur, remonte de la profondeur et s’installe dans la platitude. Le bon géomètre est un poète qui trouve en soi-même les commencements et ne mesure que les choses impondérables, n’ayant de poids qu’en hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Que tu sois randonneur des cimes ou explorateur des gouffres, tu fouleras des sentiers battus, si ton guide s’appelle esprit. L’âme ne promet que des impasses, mais tu y seras toujours pionnier. | | | | |
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| noblesse | | | La finitude banalise les chemins et les buts ; seul le commencement peut être infini, en s’identifiant à l’élan vers l’inaccessible. | | | | |
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| noblesse | | | Se faire référencer par des corrélats secrets plutôt que par ses noms ou libellés directs - un besoin aristocratique, l’incognito. Chemin d'accès discret, c'est ce qui est propre aux ruines et aux tours d'ivoire. Plus on est connu, moins on a de chances de garder la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | L’élan est un regard intense sur ce que ton étoile désigne au pays de l’inexistant, en absence de tout chemin, tracé par les autres. « Jamais la passion ne touche à ses limites »** - Platon. | | | | |
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| noblesse | | | Avec mes chemins obliques, mes sophismes suivis de leurs réfutations, mes angoisses, j’aurais pris pour une définition de la bassesse ces mots de Sénèque : « Heureux celui qui ne chancelle jamais, est toujours d’accord avec lui-même, et attend sa dernière heure sans trembler » - « hominis bonum est, non vacillare, constare sibi, et finem vitae intrepidus expectare » - et qui, aux yeux de l’auteur, dépeignent la magnanimité ! | | | | |
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| noblesse | | | La vie se réduit aux choix entre élans et chemins ; l’absence de choix signifie soit la solitude soit la platitude. L’appel du Bien, le chant du Beau, la musique du noble, le silence des étoiles – tant d’objets de tes élans vers l’Inconnu ; les chemins ne mènent que vers le connu, même s’il s’agit de ton propre soi connu. | | | | |
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| noblesse | | | Pour juger de nos entreprises artistiques, on dispose de trois termes ambigus - prix, succès, valeur ; ils s’appliquent aussi bien aux finalités (le cas commun) qu’aux parcours (le cas banal) et aux commencements (le cas rare). Je réserverais le premier - au succès final, le deuxième – à l’horizontalité du moment courant, et le troisième – à la verticalité atemporelle du début. | | | | |
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| noblesse | | | Le chemin partagé, son éclairage, le sens de nos pas communs, la proximité de nos racines – non, ce n’est pas ici que je reconnais mon frère ; c’est la hauteur de nos étoiles, déterminant l’intensité de nos regards, qui établit ma fraternité. Une fraternité se passant de père et ne partageant que la possession-maîtrise du ciel. | | | | |
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| noblesse | | | L’élan d’un commencement, audacieux et personnel, est évincé, aujourd’hui, soit par le tableau d’une fin, précise et moutonnière, soit par l’algorithme d’un parcours, inertiel et robotique. | | | | |
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| chœur proximité | | | NOBLESSE : Ne pas profaner un appel astral, en le transcrivant en idiomes de l'homme, est une tâche aristocratique. Les dates et les noms de lieu éclaboussent la merveille. C'est d'une hauteur aristocratique qu'on voue le même respect à l'horizon et à l'herbe sous ses pieds, sans songer ni aux routes ni aux fenaisons. | | | | |
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| proximité | | | Nos rapports avec Dieu sont question de métrique, d'attirance, de proximité : il y a ceux qui l'auraient entendu ou atteint, ceux qui tendent vers lui ou le suivent comme guide et, enfin, ceux qui ne lui reconnaissent ni voix, ni poids, ni doigt, mais vénèrent son œuvre, hors tout temple, toute route, tout horizon. | | | | |
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| proximité | | | C'est par le chemin de l'immanence que l'Asiatique approche de Dieu, tandis que l'Européen l'attend sur les sentiers de la transcendance. La lumière versée vers l'intérieur, l'immobilité, l'exercice du regard ; ou vers l'extérieur, la création, l'exercice de l'esprit. De leur rencontre fortuite, hors des méridiens, naît l'ego poétique ou phénoménologique (l'immanence de la transcendance des Chinois ou « la transcendance - caractère d'être immanent, qui se constitue à l'intérieur de l'ego » - Husserl - « Transzendenz ist ein immanenter, innerhalb des ego sich konstituierender Seinscharakter »). | | | | |
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| proximité | | | Le chemin de croix n'est pas droit. Tandis qu'aux yeux du sot tout chemin avouable et, surtout, le sien est droit. | | | | |
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| proximité | | | Toute route vers la hauteur est une impasse, ne s'y rencontrent que des regards, porteurs d'une mélodie. Cohérence immobile avec une voix haute, plutôt que co-errance mobile sur une voie sotte. Mais co-naissance du dernier pas plutôt que connaissance du premier. | | | | |
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| proximité | | | St-Augustin et les protestants ont raison : personne ne peut trouver son chemin vers Dieu. Mais Dieu, visiblement, Lui aussi, s'en désintéresse. Il ne restent que des culs-de-sac, les pieds au repos et la position couchée, pour rêver cet abandon insondable. | | | | |
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| proximité | | | Nos trajectoires célestes se terminent par une chute terrestre, quelles que soient leurs apogées, tangentes ou destinations. Ce n'est pas la crainte des virages qui retient le contemplatif, mais le souci de ne pas perdre de vue son étoile. La droiture me tient éveillé, ductus obliquus dissipe, l'immobilité me berce et envoie des songes. Avec mon étoile placée assez loin, c'est à dire très haut, aucune onde de mes égarements ne la dévierait. | | | | |
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| proximité | | | Dès que je me sens touché par le salut, s'ouvre aussitôt, béant, le chemin de ma perte ; mais si j'accepte la perte comme mon destin, je sens l'attouchement du salut - c'est cela peut-être l'impossible répétition, l'éternel retour, l'incertain purgatoire. | | | | |
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| proximité | | | Pour rencontrer Dieu, tout chemin est mauvais. Pour Le mettre en ma proximité, ma meilleure chance est de m'immobiliser et de m'écouter. Si je crois, que « quand on fait un pas vers Dieu, Il en fait cent vers vous » (M.Jacob), je me trompe soit de chemin soit de personnage. | | | | |
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| proximité | | | La voie intellectuelle vers Dieu : là où il y a l'Œil, il doit y avoir la Lumière. Et ce que je crée, étrangement, en est des ombres. | | | | |
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| proximité | | | Tenant à mon éloignement de tout réseau routier, dans mes ruines intemporelles, je m'intéresse moins à ceux qui, en regardant en avant, ouvrent des chemins, qu'à ceux qui, en regardant en arrière, remontent aux origines des chemins et en inventent leurs premiers pas. | | | | |
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| proximité | | | L'air, qui est l'élément de la liberté et de la musique, sert d'étape à mon regard sur le ciel. Et le corps, peut-être, est cette terre, à partir de laquelle j’aperçois le mieux le feu divin : « Ainsi l'âme s'unit à l'âme, fût-ce par le chemin du corps » - J.Donne - « Soe soule into the soule may flow, though it to body first repaire ». Comme le mot, cherchant à embrasser mon âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées. | | | | |
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| proximité | | | Tant de savoureuses descriptions du pieux chemin menant au ciel, mais si peu de celles qui le peignent. Il ne reste au Saint-Esprit que l'affichage de quelques contraintes, du genre : Interdit de dépasser la vitesse de lumière ou Vous n'avez pas la priorité devant ceux qui vont en enfer. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est autant dans les opérations que dans les opérandes, et pour en apprécier des invariants et noyaux, c'est à dire la hauteur et la profondeur, on n'a pas besoin d'être un bon géomètre - un bon altimètre de l'âme ou une bonne sonde de l'esprit suffisent. Le chemin, qui mène à Dieu, est fait de métaphores et de théorèmes ; il est inaccessible aux non-poètes et aux non-mathématiciens. Et la mathématique ne serait que la poésie des idées logiques (Einstein : « die Mathematik ist die Lyrik der logischen Gedanken »). | | | | |
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| proximité | | | Je suis toujours à une même distance, distance infinie, de mon soi inconnu. Et il n'existe pas de chemins qui m'y mènent. Ne compte pas même sur la solitude : « La solitude est le chemin, choisi par le destin, pour te conduire à toi-même » - H.Hesse - « Einsamkeit ist der Weg, auf dem das Schicksal den Menschen zu sich selber führen will » - la solitude ne m'apprend que la futilité de mon soi connu. Chez les solitaires de profession, on continue de n’entendre que le bruit des forums affairés ; être seul, c’est ne s’exprimer qu’en musique mélancolique d’un désert découvert. | | | | |
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| proximité | | | Dieu ne créa que le mouvement, mais les hommes Le prennent pour un agent de voirie - « que mes chemins soient droits ! » ou pour un chauffeur - « ralentis pour éloigner la destination finale » ou pour un gendarme - « comment peux-Tu tolérer ça ? ». | | | | |
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| proximité | | | Si la raison cède à la foi, c'est la raison et non pas la foi qui doit en donner la raison. La foi n'accompagne que les commencements et les fins (où la raison est impuissante), tandis que tous les parcours doivent être guidés par la raison. | | | | |
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| proximité | | | Tant qu'une idole - Dieu, le salut, l'immortalité, le sens de la vie - se tenait debout, l'image consolante d'un progrès, d'un rapprochement, d'une victoire te permettait de t'accrocher au mouvement ou à la route. Mais une fois que l'inéluctable se produisit, et ton idole gît en ruines, la question la plus vitale, aux crépuscules de la vie, devient : que mettre à sa place ? Plusieurs solutions, également éphémères : proclamer ton soi inconnu en tant qu'un nouveau Dieu, t'étourdir dans le culte d'une création ou te griser dans le vertige d'une intensité. Et te rendre compte, que cultiver ton jardin ou éduquer tes élèves relève de la même anesthésiante niaiserie. | | | | |
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| proximité | | | La musique, et non pas la vérité, nous conduit à Dieu. Je soupçonne, que la vérité de Dieu est dans la musique. Et si l'on s'égare aujourd'hui, c'est que tous les chemins en sont dépourvus et ne sont tracés que par la vérité des hommes. | | | | |
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| proximité | | | La distance ou le dégagement, par rapport aux idées et actes des autres, est une bonne contrainte, indiquant de beaux chemins à ne pas parcourir (pour ne pas en faire des sentiers battus) ou de belles causes à éviter par mes bras (puisque leurs effets ne peuvent que désespérer). L'élan et ses ressorts doivent se trouver en moi-même, c'est mon soi, ma liberté, mon commencement et ma finalité. | | | | |
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| proximité | | | La vie, c'est la recherche de chemins : vers le savoir, la survie, la création, le plaisir. Et le bon Dieu se contenta de définir un méta-chemin, la logique, et de spécifier les objets de nos désirs, toujours à la manière d'un mathématicien ou d'un rêveur. | | | | |
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| proximité | | | Que ton rythme soit : un pas de la conscience t'éloignant de l'être, un pas de l'être te rapprochant de la conscience. Les meilleurs parcours se font sur une corde raide, hors toute arène. | | | | |
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| proximité | | | Au pays des fantômes, tels que prophètes, anges ou messies, la règle du plus court chemin ne marche pas ; tout y est discret et oblique. Pour une fois, la Bible a raison : « Aux yeux de l'insensé, son chemin est droit ». Aux yeux du sensé, le hasard, la fatalité et l'attraction des étoiles dévient tout chemin visible et le transforment en un pointillé lisible. On ne voit pas les mystères de Dieu, on les lit. | | | | |
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| proximité | | | Il est plus facile de retourner chez les autres que de se retrouver avec soi-même. « Qui fuit les siens a long chemin » - Pétrone - « Longe fugit quisquis suos fugit » - puisqu'il n'y a rien de plus lointain que mon soi inconnu, mon étoile. | | | | |
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| proximité | | | Être un Ouvert : ne s’attacher ni aux frontières ni aux parcours, mais à l’élan, au commencement, au regard sur l’inaccessible. L’intensité atopique, opposée à la vitesse et aux lieux. | | | | |
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| proximité | | | Les chemins, qui m’attirent le plus, sont ceux où je ne mettrais jamais les pieds, car ils se perdent dans le lointain et conduisent aux cibles inaccessibles. Mais rien que le regard fidèle sur eux apporte deux résultats paradoxaux : l’ennoblissement de la faiblesse de l’esprit et l’humble force de l’âme. | | | | |
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| proximité | | | Le Créateur voulut que le monde des choses fût aussi merveilleux que le monde des idées. Par conséquence, il y a autant de chemins intéressants des choses aux idées (l’intellection) que des idées aux choses (la médiologie de R.Debray). | | | | |
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| proximité | | | Il est propre des Dieux de s’affirmer par des commencements injustifiables, avec des feuilles de route banales ou des horizons communs. Nietzsche fut le seul à suivre cette voie. Hegel est dans les parcours : l’Absolu, le Savoir, l’Histoire, dans lesquels il tente de deviner des lois, qui ne sont, chez lui, que des Arlésiennes. Cioran ne vit que de finalités : le dégoût, la chute, le suicide ; ça peut exalter des ‘incompris’, ça laisse froid celui qui veut créer sa propre foi ardente. | | | | |
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| proximité | | | Il fallait être un Artiste génial, pour créer les fleurs, les papillons ou les chats ; il fallait être un Logicien génial, pour rendre si profond notre chemin vers le Vrai ; il fallait être super-sensible à la pitié et à la honte, pour placer dans nos cœurs l’inexprimable sens du Bien. Celui-ci se réduit aux caresses, c’est pourquoi au Commencement était la Caresse. | | | | |
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| solitude | | | Fuga mundi, la fuite devant la vie (Rimbaud ou Tolstoï), c'est peu. Je dois m'attraper, c'est-à-dire jouer au chasseur et au gibier, simultanément. Celui qui fuit a un chemin, celui qui poursuit - une centaine ; vivre tantôt la fatalité, tantôt l'exemption ou l'épreuve du choix. Savoir boucher les échappatoires, pour que l'espoir de retour soit mince en permettant d'aller d'autant plus loin. | | | | |
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| solitude | | | Je sais, que mes ruines sont un fétu de paille comme tout autre outil de salut, mais, contrairement à d'autres genres de naufrage, je n'invente ici ni profondeurs menaçantes, ni courants hostiles, ni voies d'eau imprévues, ni fautes d'astrolabes ; j'en suis le concepteur, le geôlier, l'évadé, le croque-morts. | | | | |
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| solitude | | | Quand ton exaltation te porte à croire entendre une vox Dei, dis-toi que ce n'est qu'une vox populi - tu retrouveras vite le béni silence de tes dialogues inentamés, où naissent et le sentiment et la pensée : la pensée est un soliloque de l'âme sur le chemin vers elle-même (Platon). L'âme est muette ; c'est dans des impasses de la raison que je la comprends le mieux ; un moyen, incertain mais indicatif, pour que mon esprit en soit son porte-parole, est de ne pas me laisser envahir par le bruit de mon siècle. L'esprit, détourné des choses, et si c'était l'âme même ? | | | | |
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| solitude | | | Sortir de soi par la grande porte donnant sur une voie publique ? - à cette platitude je préfère les hautes ruines de soi, que je puisse quitter par la fenêtre, aux heures de désespoir, ou par le toit, aux heures astrales d'espérance (grâce à l'espérance, Haydn fut capable d'écrire un miserere en allegro !), ou par la dégringolade dans mon souterrain, quand le temps se brise. | | | | |
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| solitude | | | Pour vaincre, le talent profond n'a pas besoin de solitude ; pour convaincre, la haute solitude a besoin de talent. Combien de sots cherchent la solitude pour y emmener, au bout de leurs semelles, - le troupeau informe et plat, ses horizons et ses routes. | | | | |
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| solitude | | | Ce qui est embêtant avec l'écriture, c'est qu'elle crée l'illusion d'un chemin partant de mes ruines nihilistes, coupées du reste du monde, ou bien celle d'un édifice habitable au-dessus de mon souterrain déraciné ; mais peut-être ce ne sont que des métaphores : « Le chemin vers ces «lieux» sans chemins, sous-sol de nos lieux empiriques »** - Levinas. Le déracinement en profondeur fait pousser le nihilisme de hauteur. | | | | |
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| solitude | | | Se trouver, pour les hommes, signifie, le plus souvent, trouver l'endroit le plus propice et performant, au sein d'un rouage collectif. Ceux qui se doutent de l'existence d'un soi inconnu et inimitable, se tournent vers son mirage et se retrouvent plus seuls que jamais. « Si je devais retrouver le chemin vers moi-même, il faudrait que je me résignasse à l'horreur de la solitude » - G.Mahler - « Sollte ich wieder zu meinem Selbst den Weg finden, so muß ich mich den Schrecknissen der Einsamkeit ausliefern ». Cette résignation est un état d'âme, qui résiste aux mots, mais se donne aux meilleures notes. Quel écrivain peut y être plus convaincant que toi et Beethoven ? Ou Tchaïkovsky : « Le destin est irrésistible ; il ne te reste que la résignation et une stérile angoisse » - « Фатум непобедим ; остаётся смириться и бесплодно тосковать ». | | | | |
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| solitude | | | Les meneurs et les menés sont aujourd'hui d'égale quiétude d'âme. Fini le temps, où « l'on allait d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire » - Corneille. Ici, on savait, que le chemin fût imprévisible ; là, on se désintéressait de toute droiture. À l'avant, je donne mes mots pionniers, à l'arrière - je marche dans les ornières des idées, creusées par les autres. Dans les deux cas, je ne suivrai plus mon étoile, mais le souci commun. | | | | |
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| solitude | | | On ne sait jamais d'où vient notre vocation : d'une voie tracée par des autres, ou d'une écoute solitaire de certaines voix. Ne te moque donc pas de ce stratagème de coquin : « Il n'y aura œuvre si vile ni sordide, laquelle ne reluise devant Dieu, moyennant qu'en icelle nous servions à notre vocation » - Calvin - où tout honnête homme a des leçons à tirer. | | | | |
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| solitude | | | Mon feu ou mes lumières sont, à quelques degrés près, les mêmes que chez la plupart de mes semblables. Seules mes ombres me distinguent des autres, mais elles sont projetées, surtout, vers l'intérieur et n'intriguent donc personne. « On a beau porter dans son âme un feu ardent ; il se peut, que personne n'éprouve l'envie de venir s'y chauffer. Les passants verront juste de la fumée et passeront, sans s'arrêter » - Van Gogh. Quand j'aurai débarrassé mon intérieur de futilités impures, aucune fumée ne profanera mon feu, qui, de mes ruines, bâties à l'écart de tout chemin, pourra tendre vers mon étoile, à travers mon toit percé. | | | | |
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| solitude | | | Sur les routes, où serait tombée la graine de la parole divine, ce ne sont plus des oiseaux qui menaceraient la bonne pousse, mais le poids exorbitant de nos transports, comparé avec nos âmes, de plus en plus impondérables, sans état d'ivresse. L'alternative de la circulation est l'arbre, où le fruit est dû autant à la fleur de mon regard qu'à la racine du verbe des autres. | | | | |
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| solitude | | | Même mes impasses sont munies de panneaux indicateurs, que je n'avais pas mis moi-mêmes. Et d'autres m'aidèrent à m'y égarer. Sans les autres, dans mes buts, je n'érigerais pas de bonnes contraintes. « Qui suit tout le monde fait mal ; qui ne suit personne fait pire » - proverbe serbe. Sur de bonnes vieilles pierres des autres je ferai résonner mes pas non faits. | | | | |
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| solitude | | | Un bon livre, c'est la naissance d'un arbre solitaire, avec ses racines héritées, ses propres fleurs et ses ombres accueillantes ; il promet une musique d'unification, de communion, de fraternité ; son regard me fait fermer les yeux. Un mauvais livre reproduit le bruit de la forêt commune, ses mesures mécaniques ; il me promène sur des sentiers battus, en tant que touriste, badaud ou voyeur. | | | | |
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| solitude | | | La jeunesse : l'enracinement dans une culture, l'engagement dans des actions. La maturité : le déracinement, l'arbre quittant la forêt et abandonnant les racines pour s'identifier avec les cimes ; le dégagement, se détacher des buts, se libérer des choses, se consacrer aux chemins d'accès initiatiques, aux commencements. | | | | |
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| solitude | | | Je ne connus pas de routes révélatrices, menant aux illuminations d’adultes de Damas, Tolbiac, Gênes, Sils-Maria ; la seule douce lumière, qui m’accompagna dans tous mes sentiers-impasses, provenait des contes de fées, que, lorsque j’avais cinq ans, me lisait ma mère. Ses yeux bleus, pleins de fatigue, d’amour et de larmes, m’ouvrirent les chemins ne menant nulle part, où je décidai de demeurer, tant que je pouvais garder mes yeux fermés, l’azur de mon regard rejoignant celui du rêve. | | | | |
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| solitude | | | L’espérance, c’est un espoir de solitaire : personne ne doit en indiquer la direction, obstruer les horizons, se mêler des chemins et des moyens et, surtout, habiter le firmament. L’espérance, c’est la nuit de l’esprit et l’illumination de l’âme. | | | | |
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| solitude | | | Presque tout est commun dans l’imagination de finalités ou de parcours, à laquelle se livrent, respectivement, les absurdistes et les pédants. Seuls les nihilistes, avec leur imagination de commencements sauvent l’intellect de la routine des commentaires des autres. Mais les beaux commencements ne naissent que dans la solitude ; affronter celle-ci est presque toujours une malchance pour l’esprit et une chance pour l’âme. | | | | |
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| solitude | | | Il n’y a plus de frontières entre la foule et l’élite officielle ; la seconde est de plus en plus émanation, complice et symbole de la première. Il n’y a plus de solitaires, plus de poètes. « Poète, fuis la gloire populaire ; et que la liberté te guide où tu vivras tout seul » - Pouchkine - « Поэт! не дорожи любовию народной. Живи один. Дорогою свободной иди ». | | | | |
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| solitude | | | Se perdre ou se trouver sont de creuses péripéties des adeptes de parcours ou de buts communs, même poursuivis dans la solitude. Celui qui se contente des commencements, dictés par son soi inconnu, s’identifie avec la musique, composée par son soi connu, – créateur et création – l’âme et l’esprit, qui n’ont rien à perdre ni rien à trouver, puisqu’ils restent hors-temps. | | | | |
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| solitude | | | Le culte de tout chemin, qu'il soit battu ou nouveau, mène à l'étable. L'homme ne se retrouve, ou ne se devine, qu'au fond de ses impasses. Rien de continu en mouvement ne rend notre immobilité discrète. | | | | |
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| solitude | | | Je ne veux – ni ne peux – laisser des empreintes de mes pas sur les chemins communs ou des reflets de mon visage dans les fontaines communales ; je veux rester, immobile, au-dessus de mon lac narcissique. | | | | |
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| souffrance | | | Le désespoir d'ici-bas et l'optimisme de là-haut proviennent de la même source. Et, dans une vie stagnante, je peux deviner le reflet de mon étoile. Le regard doit appartenir à l'étoile, ni au chemin ni même aux ruines ; qu'ils soient inondés de désespoir et d'ombres, mon regard doit porter le souvenir d'une lumière, même éteinte. L'optimisme est la certitude d'être moins malheureux qu'on ne croit. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance inspirait le jeune ; aujourd'hui, elle est absente même de l'âge adulte. Bientôt, les hommes n'élèveront le cœur que juste avant d'expirer. Mais auront-ils encore le cœur ? C'est le seul organe, qu'aucune anesthésie, cérébrale ou chimique, ne pacifie. Et sans cette lancinante douleur, nos plus beaux élans restent sans voix (sans voie ?). De ce chagrin crucial, le chemin mène droit vers la vertu : « Calamitas virtutis occasio » - Sénèque. | | | | |
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| souffrance | | | Quand je suis moi-même un climat, j'accueille comme miens les calamités et sinistres, dont m'accable une aveugle saison : « Tout ce que m'apportent tes saisons est pour moi fruit, ô Nature » - Marc-Aurèle. Être moi-même nature, que n'éclaire ni ne tente aucun chemin : « La nature que nous sommes s'assombrit, car nous n'avions aucun chemin »** - Nietzsche - « Die Natur, die wir sind, verfinsterte sich - denn wir hatten keinen Weg » - que mon dynamisme s'affirme dans mon art de préserver mon immobilité, pleine de belles ombres d'une lumière inconnue. | | | | |
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| souffrance | | | L'angoisse mène certainement plus loin que l'espérance, mais l'espérance te maintient à une plus grande hauteur. | | | | |
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| souffrance | | | Le pays de la raison et du sentiment est traversé par trois sortes de chemins : ceux du vrai, animés par les destinations, qui, irrémédiablement, porteront le nom de désespoir ; ceux du bien et du beau, vivant des commencements ou des parcours, débouchant sur les ruines ou les impasses, mais accueillant l'espérance. L'espérance – la fragilité du beau ou du bon triomphant de la solidité du vrai. | | | | |
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| souffrance | | | À part la philosophie du langage, toute philosophie, surtout celle de nos douleurs, devrait s'occuper de ce qui nous console, que ce soit dans un chemin ou dans une position couchée. Mais il n'existe ni chemin ni impasse, qui nous rendraient automatiquement sensibles au message philosophique. « Il faut supprimer la philosophie pour retrouver le chemin, qui mène à elle » - G.Bataille. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance : se rendre compte que sur le chemin vers le malheur on n'ait commis aucune erreur. Avoir suivi, scrupuleusement, l'impératif catégorique, évangélique ou kantien, cette fumeuse et naïve loi universelle, même si elle existait, - ne t'immuniserait nullement contre le mal. | | | | |
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| souffrance | | | L'horreur croisera le chemin de tout activisme : dans les gouffres de la pensée, dans la platitude de l'action, dans l'envolée du rêve – la désespérance, l'ennui, la chute. Le dernier itinéraire est, évidemment, le plus désirable. Mets donc la pensée à sa place - par l'ironie, rabats le caquet à l'action – par la contrainte. | | | | |
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| souffrance | | | L'espérance, c'est un vertige consolant sur un chemin qui ne mène nulle part, ou, mieux, un chemin d'accès aux choses impossibles et inexistantes, sans lesquelles tout est voué au désespoir. « S'il n'espère l'inespérable, il ne le découvrira pas, étant inexplorable et sans chemin d'accès » - Héraclite. | | | | |
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| souffrance | | | Le commerce, la technique, la voirie, la médecine, la police, la science, la vanité interceptent et étouffent mille angoisses, qui travaillaient le sauvage et lui faisaient dresser les cheveux ou les griffes. Et je me mets à attendre ma propre mort comme date-limite d'un produit périssable. « Encore un peu, et une mort bien à toi sera aussi rare qu'une vie bien à toi »* - Rilke - « Eine Weile noch, und ein eigener Tod wird ebenso selten sein wie ein eigenes Leben ». | | | | |
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| souffrance | | | L'exil, c'est l'entretien de la sensation du voyage permanent, sans routes ni jalons ; et Descartes dit quelque part, qu'on ne réfléchit qu'en villégiature - ambulandi cogitatio - (Kant et Hegel se contentant d'une marche, et Nietzsche prêchant l'immobilité de l'éternel retour, ce contraire de toute bougeotte). Quel dommage que le Moi sédentaire du je suis ne soit connu des autres que par l'erratique non-moi du je pense ! | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance me rend plus sensible au vague appel du Bien ; mes mots-échos, au début nus et naïfs, se mettent à rechercher des habits de la Beauté. C'est ainsi que se produit la fusion entre la vie et l'art, dont le Bien restera la victime muette d'un triomphe de la Beauté, préparé par une souffrance. Ce chemin fut parcouru par Hölderlin, Dostoïevsky et Nietzsche. | | | | |
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| souffrance | | | Un peu d’esprit suffit pour constater, au bout de tout chemin, - un désespoir. Un bon esprit l’étouffe par l’action ou le cynisme. Un esprit noble découvre son allié charitable, l’âme, porteuse de chimères et souffleuse d’espérances, hors chemins, hors temps, hors désir même, une caresse tout intérieure, c’est-à-dire une chaleur sans ressources et une lumière sans sources. | | | | |
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| souffrance | | | La sensibilité poétique nous fait réfléchir sur l'invariant absolu de notre existence – la trajectoire tragique de tous nos beaux élans, qu'ils soient sentimentaux, intellectuels ou artistiques. Sur tous les chemins, arrive un instant, quand aucune volonté, aucun courage, aucune action ne parviennent plus à nous libérer de l'écrasante sensation d'écroulement, épuisement, exténuation, aplatissement. Ce qui est le plus dramatique, dans ces cas, c'est que l'esprit comprenne et approuve cet abattement, lui trouvant d'irréfutables raisons. Nous ne pouvons y compter que sur l'âme – tâtonnante, irrationnelle, capitularde – mais noble. Sans lever les yeux, elle nous fera redresser le regard. Sans réfuter le désespoir présent et passé, elle nous inonde d'espérances … intemporelles. Le vrai ne portant plus que la pesanteur, c'est au Bien intraduisible et au Beau incompréhensible de nous apporter la grâce. | | | | |
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| souffrance | | | Plus on sait, plus on désespère ; mieux on ignore, mieux on espère. Connaissances des parcours ou contraintes des commencements. | | | | |
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| souffrance | | | La pitié et la consolation adéquates ne peuvent s’adresser qu’à toi-même ; puisque tu ne sauras jamais la véritable source des chagrins des autres. Ni les amoureux ni les amis n’ont jamais les mêmes chemins, menant à la douleur ou au désespoir. | | | | |
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| souffrance | | | La douleur, tôt ou tard, nous frappera, tous. Il faut être idiot, pour suivre la direction, préconisée par Aristote : « Non le plaisir, mais l’absence de douleur, que doit chercher le sage ». La voie épicurienne est plus sensée, mais je leur préférerais, à toutes les deux, des sentiers non-battus, menant au rêve, même si, au bout, m’attend une impasse. On ne se console d’une douleur réelle ni ne devient esclave des plaisirs communs que par un regard sur le rêve non-éteint. | | | | |
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| souffrance | | | L’esprit borné suit la voie rationnelle, et, au bout, parvient, inexorablement, à un désespoir ; l’âme ouverte écoute un appel irrationnel, source de rêves et de tragédies, et s’ingénie d’en garder une espérance. Vu sous cet angle, le vrai contraire du désespoir n’est pas l’espérance éphémère mais la tragédie palpable. « Un esprit délié répugne à la tragédie et à l’apothéose » - Cioran – un tel esprit serait plutôt animalier que délié ; un esprit noble apprécierait aussi bien la finitude elliptique que l’infini hyperbolique ! | | | | |
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| souffrance | | | Tout compte fait et malgré beaucoup d’objections valables, le progrès en philosophie est possible. La meilleure preuve en est sa pénétration par une haute poésie et par une profonde souffrance, ce qui fut ignoré dans l’Antiquité et timidement annoncé par quelques balbutiements à l’ère classique. Le bavardage abscons, autour de la vérité et du savoir, finit par ennuyer ceux qui prônaient la musique, lyrique ou tragique, du langage. | | | | |
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| souffrance | | | Tous ceux qui projetaient des chemins du salut, pour l’humanité consentante, finirent dans les affres des impasses. Ils auraient dû se contenter de consolations solitaires, qui résident, toutes, dans tes commencements, dans ton regard immobile sur ton étoile immobile, dans ton élan immobile. | | | | |
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| vérité | | | Échapper aux bouchons du présent, s'engager sur une voie d'accès d'un avenir, jeter un coup d'œil prophylactique sur un rétroviseur du passé - telles sont les leçons enseignées à l'école de la vérité. À l'école de l'ironie, on n'apprend que la conduite, sur des voies impénétrables et en état d'ivresse, d'un regard vagabond entraîné par l'attraction des étoiles. | | | | |
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| vérité | | | Le flair de la vérité et son extraction sont deux métiers, incompatibles en théorie et étrangement solidaires en pratique : l'intuition d'une fin, sans préoccupation de chemins, ou bien la poursuite du plus court chemin vers une fin, dont on ignore la véracité. Aristote, en mauvais théoricien, est pour l'équivalence de ces dons : « Le vrai et ce qui lui ressemble relèvent de la même faculté ». | | | | |
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| vérité | | | La vocation des vérités est de nous faire calculer, froidement ; celles qui nous font pleurer, chaudement, perdirent depuis longtemps leur pouvoir lacrymogène. « Seules nous mènent les vérités, qui nous font pleurer » - Barrès. J.Jaurès te reprochait de ne garder que la cendre de ces vérités et non pas leur flamme. Les plus connues de ces meneuses des pleurs s'appellent, aujourd'hui, taux d'imposition, crédits préférentiels, plans d'urbanisation. Mais il faut reconnaître : aucun rêve, c'est à dire aucun mensonge, ne fait plus pleurer le contribuable ou le consommateur. En particulier, parce qu'on n'aime plus des impasses, ces seuls lieux où circulent encore des rêves gratuits. | | | | |
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| vérité | | | La vérité n'est pas seulement une pierre de touche des mensonges courants, mais ce parangon peut se transformer en pierre d'achoppement pour des vérités anciennes, et l'ancien mensonge, accédant au titre de vérité dans un nouveau langage, en sera peut-être la pierre angulaire. | | | | |
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| vérité | | | Le but est une belle phrase-arbre, habillée d'étincelantes inconnues-idées. Et le chemin, ce sont des mises à nu, de savantes substitutions naissant au bout de nos doigts ingénus et fébriles. « Le tableau est fini, quand il a effacé l'idée »** - G.Braque. | | | | |
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| vérité | | | Ils n'ont pas tout à fait tort, ceux qui disent que le sentier de la vérité est inaccessible aux sceptiques (ou ironiques). Même aplani, aplati, goudronné, transformé en autoroute gratuite ou en sentier battu, il le reste ! Les ironiques, devant la banale accessibilité de la vérité, se réfugient dans les impasses du rêve. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de dévoilement ne convient pas du tout pour désigner le processus d'accès à la vérité ; les variables unifiées, ces jalons élémentaires du cheminement vers la vérité, ne sont nullement voilées, elles sont parfaitement transparentes. C'est plutôt la musique qui se dévoile : elle met en pleine lumière même les obscurités les plus impénétrables. | | | | |
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| vérité | | | Les vérités, c'est la sobre assurance des sentiers battus, et la poésie – le délicieux égarement des impasses. Aucune passerelle entre les deux n'est possible ; J.Joubert : « Vous allez à la vérité par la poésie, et j'arrive à la poésie par la vérité » – se trompe de point de départ, de parcours ou de destination. | | | | |
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| vérité | | | Trois voies royales d'accès au vrai : le langage, la représentation, l'interprétation. Quand on n'emprunte qu'une seule voie, la vérité, au bout, ne serait que désincarnée, muette ou mécanique. Et peu importe la largeur et l'importance de cette voie, sa force : « Le vrai n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les forts » - Heidegger - « Das Wahre ist nicht für jedermann, sondern nur für die Starken ». Bénie soit la Faiblesse, qui nous attire encore vers le Beau et attache au Bien ; le Vrai ne palpite plus et peut être laissé en pâture aux forts de ce jour, au milieu des machines. | | | | |
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| vérité | | | Gradations de l'intelligence : voir le vrai dans une chose visible, dans un mot lisible, dans un mouvement (désir) risible. Chaque fois, on gagne, respectivement, en profondeur, en hauteur, en ironie. Tout cheminement inverse, le plus répandu aujourd'hui, est le glissement vers la bêtise, c'est-à-dire vers l'intelligence des robots. | | | | |
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| vérité | | | Vivre dans un monde du vrai ou du faux, dans un monde sans métaphores, est rassurant mais plat. « La métaphore me désespère de la littérature » - Kafka - « Die Metapher läßt mich am Schreiben verzweifeln » - mais c'est comme avec le beau de Valéry – il est aussi ce qui procure la plus haute des espérances ! La hauteur s'appuyant sur la profondeur. Ce n'est pas l'accès lui-même à l'objet qui valorise celui-ci, mais le chemin d'accès. La métaphore, c'est la délicatesse du chemin. | | | | |
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| vérité | | | En fin de compte, la vérité se réduit au chemin d'accès aux objets, sur lesquels elle porte, et le terme de dévoilement (aléthéia) le reflète bien. Ce qui voile ce processus, ce sont deux couches, la langagière et la conceptuelle, qui s'entreposent entre l'interprète et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | La vérité du fait n'est qu'une escale ; un effet, c'est le voyageur qui en fait une trajectoire et un itinéraire, une cause, pour arriver au bon port, la vérité du jugement. | | | | |
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| vérité | | | N'importe qui connaît ce sage et plat conseil : « Avant toute chose : soit vrai à toi-même » - Shakespeare - « This above all : to thine own self be true ». On en abuse, pour garder sa fichue ligne droite. Savoir se lover en pointillés, se falsifier, pour dénicher un nouvel égarement, est plus urgent pour qui se cherche. | | | | |
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| vérité | | | En n'empruntant que les chemins de la vérité, on est sûr de déboucher au pays du désespoir. Et Schopenhauer : « Pas de consolation dans ma philosophie, car je n'énonce que la vérité » - « Meine Philosophie sei trostlos, weil ich nach der Wahrheit rede » - a raison. Les rêves ne conduisent que vers des impasses, où scintillent les étoiles et les espérances, les hauts arcs en ciel et les noirceurs profondes. La vérité seule ne promet que la plate grisaille. | | | | |
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| vérité | | | Ils opposent la voie de la vérité à la voie de la doxa, tandis que celle-ci aboutit, dans la plupart des cas, à des vérités consensuelles et communes. Les deux ignorent les déviations langagières, sans panneaux indicateurs. Et dans les deux cas, leurs voies deviennent toujours sentiers battus. | | | | |
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| vérité | | | Sur la voie monotone de l'être s'établissent des vérités tautologiques ; sur la voie du devenir, la monotonie est brisée par un nouveau langage, prometteur des vérités imprévisibles. | | | | |
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| vérité | | | Le rêve, c'est ce qui échappe à toute enveloppe verbale et, donc, ce qui se moque de vérité ; les chemins du rêve se dressent dans la verticalité des élans, toute vérité s'incrustant dans l'horizontalité des faits. « La voie de la vérité, c'est une corde, tendue non pas vers la hauteur, mais juste au-dessus de la platitude » - Kafka - « Der wahre Weg geht über ein Seil, das nicht in der Höhe gespannt ist, sondern knapp über dem Boden ». Planer ou trébucher. | | | | |
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| vérité | | | Suivre, avec tout le monde, le chemin des vérités bien tracées est le moyen le plus sûr de me trouver sur des sentiers battus, menant vers de vastes platitudes. Mais devenant Narcisse, j'oublie les vérités nées des autres et reste en compagnie de mes propres vérités naissantes, sans craindre que « quand nous nous tournons vers nous-mêmes, nous nous détournons de la vérité » - Bachelard. | | | | |
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| vérité | | | La fin terrible de ton corps, le parcours de ton âme aboutissant dans l’impasse, les résumés de tes yeux profanant les commencements de ton regard, tes extases quittées par l’intensité – tant d’objets de la consolation, que seul le mensonge puisse apporter. « Comme l’amour, comme la mort, la vérité a besoin des voiles du mensonge » - Céline. | | | | |
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| vérité | | | La modestie et l’intelligence accompagnent, main dans la main, cette bénéfique évolution : prouver le vrai, narrer le réel, chanter le rêve. Mais il faut porter en soi un savant, un philosophe ou un poète, pour réussir ce parcours, avec un nombre décroissant de compagnons ou d’entendeurs. | | | | |
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| vérité | | | Hanté ou guidé par la beauté, tu dévieras certainement de la voie de la vérité et même glisseras quelques contre-vérités, au nom de l’harmonie du tout. Meurtrier du juste provisoire, tu sacreras l’injuste éternel. « Qu'il est facile de tuer une vérité ; mais un mensonge, bien tourné, est immortel » - M.Twain - « A truth is not hard to kill, and a lie, told well, is immortal ». La vérité n'a pas de lignée descendante, elle n'enfante pas de langage ; le mensonge, lui, en donne naissance à un, celui où il se transforme en vérité. | | | | |
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| vérité | | | Les chemins croisés de la réalité et du rêve : la première – réalité, représentation, langage, requête, vérité ; le second – rêve, interprétation, émotion, langage. Une source hindouiste, remontant à Upanishad, constate l’incompatibilité de ces chemins : « La vérité ne rêve jamais », comme le rêve, lui, est déjà au-delà de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est l’avant-dernier pas dans le cheminement à travers un discours, le dernier étant le sens. La réalité ou la morale n’y servent que de contraintes, d’accotements. | | | | |
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| vérité | | | L’aphoristique est un défi à la logique – énoncer des conclusions-réponses, sans avoir formulé des prémisses-questions. Le travail logique est le développement, à partir des conditions ; la création aphoristique est l’enveloppement des effets, dont chacun est libre d’imaginer les causes. Le mode discursif est commun, sur des sentiers battus ; la fantaisie aphoristique est personnelle, même menant aux impasses. | | | | |
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| vérité | | | Tu peux visiter la maison de la vérité en tant que pèlerin (frapper à la porte, chercher une récompense après de longs chemins parcourus), en tant que voleur (casser la fenêtre, pour se saisir des bijoux des autres), en tant qu’Annonciateur (descendre des étoiles, à travers le toit troué, pour y laisser de sa semence). | | | | |
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