| chœur amour | | | BIEN : L'amour est censé, aujourd'hui, faire du bien comme la gymnastique, le code pénal ou les cercles d'anciens combattants. Aimer, c'est oublier la honte, la condition de tout premier pas vers le bien. Donc, aimer, c'est redevenir barbare et laisser un chaos sentimental se substituer à l'ordre moral. Les caresses faisant oublier les rudesses. | | | | |
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| amour | | | Toutes les passions logent assez nettement dans la cervelle avant de contaminer les mains, les pieds ou l'âme. Sauf l'amour. On ne sait jamais quelle cellule en serait frappée en premier. Face à lui, l'épiderme comme le cœur deviennent poreux, se laissent envahir par ses émanations, éruptions, courants, souffles, caresses. La cervelle abdique, l'espoir enfantin se met à bouleverser, le hasard aveugle à prendre l'allure du destin, la belle liberté à perdre ses titres de noblesse, le mystère à portée des grenouilles à auréoler le quotidien. | | | | |
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| amour | | | C'est la caresse, et non pas le regard, qui remplit le mieux l'horizontalité, le lointain se substituant à la proximité, le caressé se détachant du caressant. Quant au regard, son lieu de naissance n'est pas l'horizon, mais le firmament, l'enveloppant motivé par la hauteur, l'enveloppé tenant à la profondeur. | | | | |
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| amour | | | En effet, Dieu est peut-être amour. Je me résigne assez facilement, que tous fassent la sourde oreille face aux mots, soufflés par mon esprit, ou que personne ne soit attiré par la hauteur que je vise, - mais, mon Dieu, comme il est difficile de porter la caresse non sollicitée par personne ! Dieu serait-Il caresse ? La caresse serait-elle Son commencement ? Suivie de ou précédée par l'émotion : « Au commencement était l'émotion » - Céline. Même l'éternel retour est le mieux illustré par les métamorphoses de la caresse, vues par Lucrèce : Vénus-volupté, Vénus-amour, Vénus-paix, Vénus-nature - le monde, au bout de la chaîne, retombant sur la caresse. | | | | |
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| amour | | | Plus que dans l'intelligence, plus que dans le pouvoir, plus que dans l'art du jeu - c'est dans ma faculté de caresser - par la main, le mot ou le regard - que je place mon amour-propre suraigu. Si ma caresse n'est recherchée par personne, rien ne me sauvera de la paralysante honte. | | | | |
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| amour | | | Les miracles de la vie s'éclosent dans la félicité, ses mirages - dans le malheur. Je suis moi-même dans la joie et ne me reconnais plus dans les cauchemars. Pourtant, c'est dans les cauchemars que je manifeste le mieux mon caractère (« comme si je n'avais la vraie sensation de mon moi que lorsque je suis infiniment malheureux » - Kafka - « als bekäme ich das wahre Gefühl meiner Selbst nur wenn ich unerträglich unglücklich bin »). Morale : le meilleur de nous-mêmes ne se montre pas dans la force. Le meilleur ne se prouve par rien. | | | | |
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| amour | | | L'amour peut se refléter sur d'étonnantes facettes. Croire dans ces éclats plus qu'en illuminations ciblées et ombrageuses de la raison. | | | | |
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| amour | | | En poésie, l'assouvissement est plus important que la soif. Avec la femme, c'est l'inverse, mais le déséquilibre est du même ordre. Il y a de l'âme, dans les deux cas, tandis que l'équilibre entre désir et possession est signe de quelque chose sans âme. | | | | |
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| amour | | | Le contraire de l’agir est le caresser ; et l’amour est dans l’art de réduire la sensibilité et la sensualité aux caresses du cœur ou du corps – garder la clarté d’une fin et le vertige d’un commencement. | | | | |
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| amour | | | En mettant à l'origine du péché - l'amour charnel, le christianisme entoura nos caresses d'une aura supplémentaire. Qui apporta le plus à l'urbanisme des idées ? - des entreprises de leur démolition ! | | | | |
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| amour | | | Dans la découverte de l'inattendu, la lumière a une fausse réputation. Pour accéder aux mystères, on a besoin d'obscurité, où se procurent les plus chaudes des caresses. « La caresse ne sait pas ce qu'elle recherche. Elle est faite de l'accroissement de faim »*** - Levinas. | | | | |
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| amour | | | Les plus sensuels de mes désirs ne sont assouvis ni réussis que par des crapules à la délicatesse des pachydermes. L'ascèse doit venir du dégoût plus souvent que de l'enthousiasme. « Le goût est né de mille dégoûts » - Valéry. | | | | |
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| amour | | | Il y a, autour, tant d'esclaves libérés et si peu d'hommes libres acceptant une tyrannie captivante, despotique et douce. | | | | |
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| amour | | | Une tendresse pudiquement retenue a une étrange propension à tourner en un sarcasme cynique. Quel ironique déchiffrera ta bile ? | | | | |
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| amour | | | De tous les désirs, le moins bien articulé quoique le plus vital, est le désir d'être aimé. Et le seul échec irréconciliable est de définitivement ne pas l'être. Le meilleur en nous ne s'articule guère ; on ne peut être aimé que pour la face cachée de notre être. Je suis mon épiderme et ma cervelle ; je NE suis ni mon invention ni mes pulsions. C'est pourquoi il est inepte de dire : « J'aime mieux être haï pour ce que je suis que d'être aimé pour ce que je ne suis pas » - Gide. | | | | |
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| amour | | | Sur dix tentatives de parler de choses tendres, neuf laissent derrière elles la honteuse imperfection, photographique ou langagière, qui m'oblige à ne plus chanter que la fonction et non les exploits des organes (« Non seulement aimer, mais être l'amour » - Angélus - « Wir sollen nicht nur lieben, sondern die Liebe sein »). De même, la pudeur sexuelle se sauve vers l'ambigüe poésie. L'amour est le seul nom, dans lequel s'entendent merveilleusement les trois verbes irréconciliables : l'avoir, l'être, le faire. | | | | |
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| amour | | | Chaque sens, quand il devient despotique, est un imposteur de l'amour : le toucher qui propulse le corps, la vue qu'éblouit une vénusté, l'ouïe qui cède aux tendres sirènes, l'odorat qui invente des parfums artificiels, le goût qui éveille le rapace. L'amour, c'est la fusion inconditionnelle des sens, perdant leurs fonctions premières. | | | | |
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| amour | | | Le vrai regard est comme une caresse - l'art d'attouchement initiatique, tout en surface ; la profondeur, comme une possession, crée un paysage, mais fausse le climat. « Tout vrai regard est un désir »** - Musset. | | | | |
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| amour | | | Aimer : quand, sous mes yeux incrédules, le corps, l'esprit et le cœur de l'être aimé deviennent âme. | | | | |
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| amour | | | Rencontre merveilleuse du désir et de la jouissance, s'arrêtant au seuil infranchissable du manque - le rêve, avec son autre nom : volupté ou mieux Lust ! « Qu'est-ce en somme la rose - que la fête d'un fruit perdu » - Rilke. | | | | |
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| amour | | | Une dose d'horreur peut donner du piquant à l'amour, comme une certaine élégance donne du sel à l'exécration. | | | | |
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| amour | | | On n’atteindra jamais les derniers ressorts de la mystique, mais pour vivre sa vivante projection sur nos sensations rien ne vaut l’érotisme, qu’il serait également bête de ramener aux instincts, à la survie de l’espèce, à la morale, à la religion. | | | | |
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| amour | | | Aimer charnellement le corps et spirituellement l'esprit - est banal et improductif ; il faudrait aimer charnellement l'esprit et spirituellement le corps, ce qui élève et l'esprit et le corps. Surtout si l'on croit, que « entre le pénis et les mathématiques, il n'existe rien ! C'est le vide ! » - Céline. Alterner les hauts et les bas : « Tu es ardent dans le glacial, glacial dans l'ardent » - Cicéron - « In re frigidissima cales, in ferventissima friges ». Entre deux éléments, l'eau et le feu, il faut choisir : « L'esprit n'est pas un récipient à remplir, mais un feu à entretenir »* - Plutarque. | | | | |
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| amour | | | La caresse, ce dénominateur commun entre deux pulsions centrales de l'homme : chercher une maîtresse ou une reconnaissance ; l'orgueil est vaste, la volupté est profonde, mais la caresse, elle, est haute ! | | | | |
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| amour | | | Aimer, c'est la caresse d'une jouissance irréelle ; être aimé, c'est la caresse de l'amour-propre bien réel ; l'amour partagé, c'est la rencontre du songe et du réveil. « Aimer, c'est jouir, tandis que ce n'est pas jouir que d'être aimé » - Aristote. | | | | |
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| amour | | | La bizarrerie du français fait, que le même mot - la honte - s'applique à Ève et à Judas, à la volupté naissante et à un bien à l'agonie ; la honte entretient le besoin d'aimer et le besoin d'être bon ; elle pointe des lieux d'un fragile bonheur : « Le besoin d'aimer - suprême Bien et félicité suprême » - Kierkegaard. | | | | |
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| amour | | | On dirait, que chacun de nos sens, sans exception, fut créé avec la seule fin de tendre vers sa transfiguration extatique par le simple fait d'aimer ; on ne sait même pas lequel en est le mieux marqué. « L'amour est la poésie des sens »* - Balzac. | | | | |
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| amour | | | Se dire, sobrement, qu'aucune possession, en amour, n'est envisageable, et se griser, ensuite, en faisant mystère ou fantôme de ce qu'on aime - le contraire de La Rochefoucauld : « L'amour n'est qu'une envie de posséder ce que l'on aime, après beaucoup de mystères ». | | | | |
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| amour | | | On n'arrive à associer l'idée d'immortalité ni au corps, ni à l'âme, ni à la conscience ; ce qui s'en rapproche le plus, c'est la caresse que je voue à un visage, à un souvenir, à ce qui m'avait muni de regard, aux mains de ma mère, bref à l'absurdité insondable d'un aveugle amour, qui ne dure qu'un moment : « L'immortalité : un instant, pour le génie, une longue vie – pour les médiocres » - Prichvine - « Для гениальных бессмертие - в мгновении, а для обыкновенных - в долготе жизни ». L'immortelle caresse, au-dessus de l'immortalité d'une conscience selon Pythagore, ou Socrate, d'une pensée selon Aristote, d'une foi selon le Christ, d'une création selon l'Artiste. | | | | |
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| amour | | | La tragédie, la trahison, la honte, la caresse perdue, immémoriale, immatérielle, l'amour à perdre la raison, c'est ce qu'on doit éprouver au souvenir de nos parents disparus (pour apprécier le Requiem allemand de Brahms, il faut savoir, qu’il est dédié à la mort de sa mère). Et c'est ce que j'entends chez Mozart : « Dieux de vengeance, entendez-vous le serment d'une mère » (« Hört, Rachegötter, hört der Mutter Schwur » - die Zauberflöte) - ce furent ses dernières paroles ; pensait-il à sa mère ? pensait-il à son père, avec le Commandeur ? derrière les oiseleurs et cocuficateurs s'y profilent le Mal et l'enfer. Tout bon fils finit par se sentir scélérat - Pentiti, scellerato. | | | | |
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| amour | | | Le culte de la caresse, c'est préférer l'appel obscur de la faiblesse à l'obligation criarde de la force, la maîtrise - à la possession, l'invisible - à l'évident. Caresser une peau, une image ou une pensée, c'est maîtriser, en s'abandonnant, en ne se saisissant de rien. | | | | |
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| amour | | | Dans une caresse peu importe son objet - épiderme, amour-propre ou talent - on suspend son vol, on vit de la tension de sa corde et l'on oublie sa cible, on est atteint, comblé par le fragment de ce qui reste incompréhensible, poétique : « Nous ne pouvons recevoir des impulsions de poésie qu'à travers des fragments » - Bachelard. | | | | |
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| amour | | | L'amour est une sacralisation, par un cœur crédule, d'un grandiose sans mérite. L'agenouillement devant l'humain ou le divin, devant la femme ou devant Dieu, la raison désarmée bénissant ma reddition. Loin de l'agapé platonicien (et de sa vérité), proche de la philia chrétienne (et de son humanité), indiscernable de l'éros (et de sa caresse). | | | | |
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| amour | | | L'amour, comme la philosophie, c'est la découverte du potentiel de mes faiblesses et l'art de tout ramener au point zéro soit du sentiment, soit de la réflexion. « D'un fond de faiblesses et de nudités surgit l'amour, et à partir de là - la fécondité » - J.G.Hamann - « Auf Schwächen und Blößen gründet sich die Liebe, und auf diese die Fruchtbarkeit » - l'inertie drape la nudité, la puissance sans volonté abaisse mes faiblesses, seuls les commencements sont féconds. | | | | |
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| amour | | | Dans le regard, il devrait y avoir de la grâce et de la pesanteur, de ce qui est charmant et de ce qui est charmeur, comme dans le regard de femme, qui prolonge ou complète ce que la bouche n'ose pas prononcer. « La femme enrichit la hauteur de la vie et en multiplie la profondeur »*** - Nietzsche - « Durch Frauen werden die Höhepunkte des Lebens bereichert und die Tiefpunkte vermehrt ». Elle voit plus de branches à variables que de constantes racines. Le regard est un interprète, et l'interprétariat, c'est le contraire de l'empreinte. | | | | |
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| amour | | | Si la raison se tait, l'amour devient bavard ; quand celui-ci veut parler, la raison devrait lui dire de se taire. Dès que l'amour parle, ce n'est plus l'amour, hélas, qui parle… Il doit prêter sa voix, pas ses mots (qu'il n'a pas ! ). Son silence, ce sont ses caresses : l’onde, dans le cœur et dans le corps, naissant de l’attouchement immobile. | | | | |
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| amour | | | Moins on habille l'amour, moins il aura froid. Peu de gens savent cet art ludique, le déshabillage. Dénuder l'amour est aussi amusant que désarmer une vérité. Notre regard, c'est l'habit, mais notre nudité apparaît le mieux dans et par l'amour : « L'amour nous révèle dans notre nudité »* - Pavese - « Un amore ci rivela nella nostra nudità ». | | | | |
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| amour | | | La volupté nous conduit au seuil de la chute, et l'esprit en crée la hauteur ou nous munit d'ailes. « La spiritualisation de la sensualité s'appelle amour »** - Nietzsche - « Die Vergeistigung der Sinnlichkeit heißt Liebe ». La spiritualité est créatrice d'images soudaines, indéchiffrables et éclatantes, en sursaut ou en pointillé, dont se nourrit l'ombrageuse sensualité, adepte du continu. | | | | |
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| amour | | | Les plaisirs de l'esprit ou du corps ne sont pas si différents de nature ; il suffit d'observer, que la source des meilleures voluptés, que procurent soit les images fortes soit les mains accortes, est la même - la caresse. Le philosophe doit y être aussi expert que l'amant. Nietzsche, ne voulait-il pas être amant de la vérité même (der Wahrheit Freier) ! | | | | |
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| amour | | | Parmi tous les excès qui rythment mon existence, l'amour est celui qui me met le plus près de mon soi inconnu : je me reconnaîtrai dans l'espérance, dans la caresse, dans la solitude et dans la souffrance, et je les exalterai, tandis que la vie des autres sens ne cesse de les dégrader. | | | | |
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| amour | | | Ni réflexion ni pulsion n'atteignent ni ne délimitent mon soi inconnu ; sa seule manifestation indubitable est l'amour qu'on me porte. « Où est ce moi, s'il n'est ni dans le corps ni dans l'âme ? »* - Pascal - il est ma source profonde, il est le haut firmament de ceux qui m'aiment. | | | | |
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| amour | | | Le beau nom de volonté n'est vraiment grand que lorsque derrière lui on devine aussi bien l'esprit que l'âme, le cœur et le corps, la puissance y étant rejointe par la hauteur, la passion et la caresse. | | | | |
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| amour | | | Un jour, on comprend que la chair, contrairement au corps, est aussi immatérielle que l'âme ; l'âme, dispensatrice des caresses invisibles, la chair, réceptacle des caresses du regard et de la peau. | | | | |
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| amour | | | On sait qu'on aime, tant que toute découverte, chez l'être aimé, ne fait qu'épaissir son mystère, tant que son voile n'est pas percé par les yeux trop ouverts, tant que le meilleur attouchement se produit à l'insu des mains et des cerveaux. Dès que le mystère tourne en problèmes et le souci bavard remplace la caresse indicible, on n'est plus amoureux ; la solution finale n'est pas loin. | | | | |
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| amour | | | L'âme n'est ni éternelle ni porteuse d'une éternité ni même en contact avec une éternité, elle est élan vers l'inexistant atemporel, élan qui est à la fois agentia et amantia (Lulle), ce besoin de caresses sacrées, animant nos meilleurs images, regards ou frissons. Mais puisque cet élan est toujours tourné vers l'au-delà des choses et des idées, on accorde à l'âme, métaphoriquement, un voisinage avec l'éternité. | | | | |
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| amour | | | L'esprit est juge en dernière instance, dans toutes nos controverses intérieures, sauf en amour, où cette prérogative appartient à l'âme. C'est l'âme qui, devant les attaques de l'amour, assure la glorieuse reddition de l'esprit, du corps et du cœur. | | | | |
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| amour | | | Ce qu'on dit de l'amour : « L'âme est le lieu de ses mystères, le corps son Livre Révélé » - J.Donne - « Love mysteries in soules doe grow, but yet the body is his booke » - s'applique aussi à l'art et à la science, qui sondent les mystères du beau et du vrai, mais doivent se contenter de rendre lisible, c'est à dire charnel ou formel, ce qui, au fond, n'est qu'intelligible. Le corps de l'art et de la science s'appelle représentation. Ce que l'oreille entend dans l'Écriture, l'œil devrait graver dans la Table des Lois. | | | | |
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| amour | | | La caresse est à l'âme ce que l'algorithme est à l'esprit, et l'orgie – au corps. La caresse est l'esprit, devenu charnel, ou le corps, devenant spirituel. | | | | |
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| amour | | | Pour devenir dionysiaque, Apollon n'a qu'à adopter la voix d'Éros. | | | | |
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| amour | | | Une complète différence de nature entre ces deux voluptés : la caresse à donner ou la caresse à recevoir, entre mon corps touchant et mon corps touché ; j'extrapole la vie sur l'art, et je trouve un énorme gouffre entre mon âme touchée et mon esprit touchant, ces deux outils du corps : pour interpréter ou pour représenter le monde, et qui, à tour de rôle, se renvoient de la matière à caresser par le verbe. « La volupté recherche les choses belles, sonores, suaves, agréables au goût et au toucher » - St-Augustin - « Voluptas pulchra, canora, suavia, sapida vel gustavi vel tetigi discernitur » - décidément, la caresse est la curiosité et du corps et de l'esprit, et c'est l'âme qui les unit. | | | | |
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| amour | | | Les contraintes mathématiques ou érotiques, bien formulées en problèmes, promettent de l'élégance et dans les solutions algébriques et dans les mystères lubriques. La volupté y est davantage dans la séduction que dans la possession, non dans l'être-là, mais dans le naître des pas qui y mènent. | | | | |
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| amour | | | L'érotisme est peut-être le seul domaine, où tout homme puisse devenir artiste. « Grandeur de l'homme dans sa concupiscence – d'en avoir su tirer un règlement admirable » - Pascal. | | | | |
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| amour | | | Quand les yeux amoureux sont là, fermés ou écarquillés, les caresses envoyées dans la pleine lumière valent les caresses soufflées par l'obscurité. « L'ombre est si belle, où m'attire ta main » - Desbordes-Valmore. Tant que l'amoureux suit la lumière invisible qui l'attire, l'ombre en reproduit les contours recherchés. Quand le cerveau se met à apporter des chandelles, l'ombre devient muette. | | | | |
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| amour | | | L'amour enténèbre le lumineux, couvre de bigarrures l'incolore ; ce goût de paradoxe en fait même un faux-monnayeur, « qui change les gros sous en louis d'or, et qui fait de ses louis des gros sous » - Balzac. Le regard du sot gagne avec de bons yeux ; celui du sage - avec de bonnes paupières. « D'un rustre même Éros fait un poète » - Euripide. | | | | |
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| amour | | | C'est l'amour qui trouve le meilleur emploi pour tous les éléments de mon arbre : « L'amour s'élève jusqu'à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates. Il descendra jusqu'à vos racines et les secouera là où elles s'accrochent à la terre »** - Gibran - « Love ascends to your height and caresses your tenderest branches. Love shall descend to your roots and shake them in their clinging to the earth ». Et il m'apprend à vivre en déraciné, à la nouvelle étoile, sous de nouvelles ombres. Et je comprendrai, que le soi, c'est la hauteur, où naissent des couleurs : « Les ombres rehaussent les couleurs »*** - Leibniz. | | | | |
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| amour | | | Romantique à l'époque de l'amour romantique, la musique est robotique aujourd'hui, où, dans les cœurs des hommes, règne le robot. Ce qui se déroule entre deux amoureux peut être deviné d'après l'époque, dans laquelle ils se plongent : « Le jeu des deux sexes, c'est de la musique pure » - Kontchalovsky - « Игра двух полов — это чистая музыка » - de la pureté troublante ou aseptisante. | | | | |
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| amour | | | L'amour, porté en soi, sans objet ni espérance, n'est que tendresse, se nourrissant d'elle-même. L'amour est un réveil des soifs de l'âme ; la tendresse irrigue le cœur endormi. L'âme est gorgée de soifs inassouvies, auxquelles l'amour invente la fontaine. Avec la tendresse, je suis à la paisible et certaine œuvre du bien ; l'amour me fait découvrir l'intensité vibrante sur tout l'axe du bien et du mal, de la pureté de l'ange au remords de la bête, le grâce à se convertissant facilement en malgré. | | | | |
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| amour | | | Les yeux perçoivent le réel, les regards conçoivent l’idéel. Le regard, porté par le mystère, s’appelle caresse. « La caresse est marche vers l’invisible »* - Levinas. | | | | |
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| amour | | | J'ai tant aimé ce qui est invisible en toi, que, par un débordement de tendresse ou d'imagination, j'ai fini par aimer ton visible. | | | | |
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| amour | | | L'homme laid exhibe sa virilité ; la femme laide cache sa tendresse. Tout homme sensé est conscient de sa laideur, qui est la distorsion entre le regard et le geste. Et quand le mot se charge de concilier la tendresse du regard avec la rudesse du geste, ça s'appelle ironie. | | | | |
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| amour | | | Le désir de devenir, ou même la certitude soudaine d'être - pur, parfait, au sommet de mes dons, de mes soifs, de mes regards, - tels sont les symptômes d'un état amoureux. Les purs découvrent un récipient de leur pureté, et les impurs découvrent la source d'eux-mêmes. « L'imparfait a plus besoin d'amour que le parfait » - Wilde - « It is not the perfect, but the imperfect, who have need of love ». | | | | |
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| amour | | | La désillusion est la terre, comme l'illusion est l'air ; la beauté est l'eau de la fontaine, où ta soif est feu. « C'est en reculant sans cesse que la beauté garde son attrait. Nez-à-nez avec elle, l'amant n'étreint que sa propre désillusion » - Melville - « The beauty's power lies in its ever-receding nature. When the gap is closed, the lover embraces only his own disillusion ». | | | | |
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| amour | | | Il est facile de voir le vrai élément de l'amour - dans le feu de mon désir, dans l'air où se déploient mes ailes, dans la terre qui veut garder des traces de mon passage. Mais l'eau semble être l'élément le plus proche du mystère amoureux, et non pas seulement à cause de la sacrée soif, mais aussi - pour l'immensité de l'illusion qu'elle crée, aussi bien en grâces qu'en pesanteurs : « Le bonheur, c'est l'eau du filet que tu tires » - proverbe russe - « Наше счастье - вода в бредне » - et si, en plus, je pensais au naufrage et aux voiles plus qu'à la criée, je prendrais les profondeurs pour altitudes. | | | | |
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| amour | | | Ce stupéfiant parallèle entre l'écriture et … l'amour : la volupté d'un verbe (désir) naissant, accompagné, va savoir pourquoi, d'une créativité (fécondité) de l'acte d'écrire (d'aimer). | | | | |
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| amour | | | L'amour nous caresse par ce délicieux paradoxe : il fait croire profondément en ce qui aurait mérité le plus haut doute. | | | | |
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| amour | | | Pour ne pas souffrir de la passion pour la femme, Démocrite se crève les yeux, et les Chrétiens veulent que leur âme soit sourde à l'appel de cette voix. Mais la vue et l'ouïe n'y sont peut-être pas les sens les plus troublants, et le toucher, ou son absence, créent davantage de tensions entre la jouissance et la souffrance. Le corps caressé, comme le mot châtié, traduisent mieux notre goût que la vision des contours ou l'écoute des horizons. | | | | |
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| amour | | | Dieu nous munit d'instincts de l'amour, du bien et du beau, sollicitant notre corps, notre cœur ou notre âme ; l'esprit les prend en charge, et pour cela il dispose de deux structures d'accueil - la raison et l'imagination : pour les développer jusqu'à leur insertion dans des algorithmes du réel ou pour les envelopper de rythmes imaginaires et mystérieux ; il faut choisir entre la justesse apaisante et la caresse troublante. | | | | |
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| amour | | | Dieu est Éros ou Caresse, puisque c'est bien la caresse qui se trouve à tous les sommets : du sentiment, du verbe, de la pensée. Dieu est Agapé, puisque de toutes les merveilles de la Création, seul le bien ne trouve aucune matérialisation crédible. Bref, Dieu est Amour. | | | | |
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| amour | | | La passion est un besoin soudain de sacrifier ce qui est fort ou de rester fidèle à ce qui est faible. L'esprit, l'âme ou le corps sont les organes, en général – exclusifs, de ces résistances à l'inertie ambiante. Mais seul l'amour les aligne de front, tous les trois : « L'amour est de toutes les passions la plus forte, parce qu'elle attaque à la fois la tête, le cœur et le corps » - Voltaire. | | | | |
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| amour | | | Le mal dégrossi est toujours dispos, d'aplomb et d'attaque. L'homme délicat est dégoûté non pas des autres, mais émoussé par sa propre incapacité de vivre une tendresse, vraie, non inventée. | | | | |
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| amour | | | Toute caresse, que ce soit par le mot, par le regard ou même par la main, est si facile à profaner : il suffit que le réel fasse irruption dans le domaine, réservé exclusivement au rêve : « Ce monde trop réel est obscène »** - Baudrillard. | | | | |
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| amour | | | La tête peut bien forcer la main à se serrer contre le cœur, frapper le front ou remplir la bouche, elle ne peut pas lui apprendre l'art des caresses. | | | | |
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| amour | | | Dans la mise en place du rendez-vous avec ma Muse, la raison c'est le choix du lieu, de la date, du décor. Mais, en cachette, ce rendez-vous est attendu par mon esprit, mon corps, mon âme – la séduction, la volupté, la jouissance. L'enfant de l'âme s'appelle volupté : Psyché et Hédoné. | | | | |
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| amour | | | Le parallèle est saisissant entre ce que le Verbe apporte à l'esprit et ce que la Caresse procure au corps ; mais le contre-point est encore plus fascinant, lorsque l'esprit s'incline devant la caresse ou le corps s'élance après le verbe. | | | | |
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| amour | | | L'amour est un triomphe de la faiblesse, mais le désir est la force même. La caresse est traduction de la faiblesse, et la possession – inertie de la force. L'amour, ce n'est donc ni se serrer, ni même se parler, mais bien s'écouter, se consumer, ne plus peser, se laisser soulever. | | | | |
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| amour | | | Dante est dans le regard, Béatrice est dans la hauteur. « L'éternel Féminin nous aspire vers le haut » - Goethe - « Das Ewig-Weibliche zieht uns hinan ». Élever son regard devient question de conservation de l'espèce : « Psyché est fécondée par le regard d'Éros » - Salomé. Heureusement, le vrai regard a une bonne source : « L'amour est le regard de l'âme »*** - S.Weil. | | | | |
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| amour | | | Le fond de l'amour se réduit, peut-être, à une biologie ou à une astuce divine, mais la forme la plus sublime de sa manifestation, c'est la caresse ; c'est elle qui relance la flamme, que cherche à souffler toute satisfaction de mes désirs. L'amoureux et le créateur vivent les mêmes affres, la forme sauvant le fond : « Une passion, s'éteignant dans une forme, - voilà ce qu'est la création »*** - Prichvine - « Творчество - это страсть, умирающая в форме ». | | | | |
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| amour | | | L'esprit et l'âme ne sont que deux hypostases (sive animus, sive intellectus – même si Descartes aurait dû y mettre anima et non animus), se muant facilement l'une dans l'autre, en fonction du climat de notre cœur. C'est l'amour, la Chair, la Caresse qui, en revanche, restent irréductibles et couronnent ou complètent notre divinité jusque dans une triade. Le Verbe doit (pro)céder (de) à la Caresse. | | | | |
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| amour | | | Mon écrit part d'un besoin de caresser le mot ou d'être caressé par un regard complice ou fraternel. Comme le corps, il est travaillé par des fantasmes fous ou honteux, mais s'exprimant, allégoriquement, par le cerveau libre ou le muscle servile. | | | | |
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| amour | | | Trois stades dans l'amour : l'absence vécue comme une souffrance, le désir de caresser, l'universalité dans la caresse et dans la souffrance – tout contact – d'épiderme, de regard ou de mots – comportant des caresses ; la facilité, avec laquelle la caresse devient souffrance et la souffrance – caresse. | | | | |
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| amour | | | J'aime ceux qui rapprochent l'homme de la tentation de l'arbre. Ève et Adam, ignorant encore les sirènes volatiles, en compagnie du reptile. Daphné répondant aux assiduités d'Apollon par métamorphose en arbre ; la mère d'Adonis, Myrrha, qui, une fois arbre, produit la myrrhe, dans l'éphémère jardin de son fils. Ce bon Ovide laissant Jupiter transformer le couple d'amoureux, Philémon et Baucis, en deux arbres (la dernière partie de leurs corps, à passer dans le règne végétal, - les yeux ! ). | | | | |
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| amour | | | Le corps, en tant que support de l'âme, ce ne sont ni la physiologie, ni l'âge, ni l'anatomie, ni les nerfs, mais la mémoire des voluptés ou défaillances de nos caresses, au milieu des rêves, des mots, des attouchements. Ceux qui se laissent influencer par les tracas de leur estomac, par la profondeur de leurs larmes, par la hauteur de leur rire, font, d'habitude, pleurer d'ennui. | | | | |
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| amour | | | La distance apporte de la lumière à l'amitié et de l'obscurité à l'amour. Mais le meilleur, et le plus rare, en toi, perd en saveur, à tout afflux de netteté. Cherche donc la compagnie de l'ami et dérobe-toi à l'assiduité de la maîtresse : dans la clarté amicale, réjouis-toi de l'attrait des ombres vacillantes et dans des limbes amoureux, inspire-toi d'une lumière intraitable. | | | | |
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| amour | | | L'art : suggérer, pudiquement, par quelques reliefs, contours ou fragrances, le sens, la charge et la hauteur d'un regard sur ce qui appelle adulation, sacrifice ou possession - tout art est, donc, érotique. Où encore la volupté frôle de si près la honte ? « Mes pensées sont mes catins »* - Diderot. Les intentions du bon Dieu n'y sont pas sans ambigüité non plus : entre être l'Amour ou faire l'amour, Il s'est réservé être et ne nous invita qu'à faire. | | | | |
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| amour | | | Le langage est une création divine, et donc, à son commencement était aussi la Caresse : « La clé de la langue est dans l'affection, et sa pleine séduction n'est maîtrisée que par les tendres »** - Ruskin - « The secret of language is the secret of sympathy and its full charm is possible only to the gentle ». Cette clé (d'accès) est déjà, hélas, câblée dans des langages sans affection des hommes-robots triomphants, ce qui justifie sans doute mon renfermement au milieu des défections, dans mes ruines sésamiques. | | | | |
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| amour | | | La caresse est la première fonction du mot, pour envelopper une idée, illuminer un tableau, élever un état d'âme, embrasser un visage aimé : « Il y a de tendres mots, ceux qui caressent l'âme, les mots-paumes » - Tsvétaeva - « Есть нежные слова, гладящие по сердцу : слова-ладони ». | | | | |
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| amour | | | La rhétorique ou l'imagination classiques, le rêve ou la sensibilité romantiques, le fantasme ou la folie postmodernes - cette dégringolade terminologique reflète fidèlement, pourtant, un progrès vers plus d'authenticité - le don sous-jacent, qu'il s'agisse de la créativité ou du frisson, est de nature érotique. Comme si le corps voulut prendre sa revanche sur l'esprit, la caresse se plaçant au même niveau que le bon et le beau. | | | | |
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| amour | | | Dans le corps, où logent pèle-mêle l'âme, le muscle et la cervelle, aucune étanchéité sûre : on inocule une dose d'algèbre destinée au cerveau, on en retrouve des traces jusque dans notre capacité d'aimer. | | | | |
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| amour | | | Face aux choses hautes, mon mot devient pudique, comme mes caresses - face à la chose charnelle. Mais après le mot, la pudeur redouble, tandis qu'après l'acte elle retombe. La hauteur, dans le premier cas, joue le même rôle que les cloaques du désir, dans le second. | | | | |
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| amour | | | Et l'amour et l'amitié naissent du besoin de caresses, pour amortir ma solitude – caresser les sens, rêvant de clôtures secrètes, ou caresser le sens, tourné vers l'ouverture discrète. Et toute écriture noble vise une amitié ou un amour : j'écris, parce que je veux caresser ou être caressé, mais je dois être seul, pour qu'on ne confonde pas la caresse d'avec la folâtrerie. | | | | |
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| amour | | | Souvent, les anges ou Zeus même ne peuvent plus compter sur leurs conduire ou déduire, seul le séduire leur assurant la maîtrise ou la maîtresse ; ils se déguisent en démons ou en taureaux, à qui tant de choses, interdites au ciel, sont permises sur terre. | | | | |
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| amour | | | L'évolution de l'image de la philosophie : une bergère insouciante se transformant subrepticement en berger rongé par le souci (Heidegger). La volupté cédant à la volonté, le soupir - au devenir, le naître - à l'être, la caresse - à la bassesse. | | | | |
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| amour | | | L'amour fuit les preuves et les développements ; il veut réduire à la forme de maximes caressantes tout le fond écrasant de la vie ; la caresse, que la main lascive ou le verbe furtif m'offrent, c'est une maxime d'un bien suspendu. « Laisse-moi l'aphorisme ; j'attends l'arbre et l'amour »** - Valéry. | | | | |
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| amour | | | Les amis ou les amants de la sagesse - deux familles, presque sans intersection. Je ne fréquente que les seconds : le culte de la caresse, l'ivresse de l'obscurité, le goût pour des contacts téméraires, suivis du refus d'en assumer les conséquences. Mais les amis dominent : en créant des salons et écoles, en traquant, en pleine lumière, la sobre vérité, en s'enorgueillissant d'une cohérence entre leurs dits et leurs faits. Aut factum aut dictum (St-Augustin) est plus intelligent que dictum - factum. | | | | |
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| amour | | | Comment échappe-t-on au monde des évidences ? Le philosophe - par la logique, l'amoureux - par le physique, le poète - par la musique. Ils créent des cadences, des transes, des danses, qui ne sont que des apparences de la vie, des rythmes humains extrapolant les algorithmes divins. « J'existe comme les chiffres de mon rythme » - M.Serres. | | | | |
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| amour | | | L'amour doit être mystique ; seulement érotique, il n'est qu'instinct ; l'amour tout court, c'est le mystique sublimant l'érotique. « Aucune route ne mène de l'amour sensuel à l'amour spirituel, de nombreux chemins mènent du second au premier »** - L.Salomé. La sensualité est la jouissance des sentiers et des pas perdus ; la spiritualité - l'art d'aménager les impasses. | | | | |
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| amour | | | La féminité la plus subtile et attendrissante est dessinée par les plumes les plus volages – Pouchkine, Verlaine, Tolstoï ; chez les prudes et graves, on trouve l'insipidité de la Samaritaine, de la Nouvelle Héloïse, de la Marguerite de Goethe ou de M.Boulgakov. L'authenticité du sensuel est dans la peinture du désir, plus que dans celle de l'objet désiré. | | | | |
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| amour | | | L'amour et la caresse sont des réveils de notre pudeur, le besoin de la nuit, l'impossibilité ou le refus de se manifester au grand jour. | | | | |
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| amour | | | L'axe contrainte - liberté reste assez insignifiant ; à contrainte il faut chercher un opposé, suivant le sens du toucher, et je le verrais dans caresse. Au commencement était peut-être le toucher : la caresse ou la contrainte (die Zucht de Nietzsche). | | | | |
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| amour | | | Dans l'action – aucune trace de Dieu ; dans le vrai, l'homme se passe de Dieu ; dans le beau, il est Son rival. Il reste le Bien, humainement intraduisible et, de toute évidence, - divin ; c'est pourquoi je comprends ceux, pour qui Dieu est Amour, qui est un bien extatique, miraculeusement incarné, la caresse, opposée à la maîtrise. Étant plus près de l'outil que de la fonction, je dirais que Dieu est Caresse, puisque celle-ci traduit l'amour en mystère céleste, au lieu de le réduire en solution terrestre. | | | | |
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| amour | | | Oui, la vie est un rêve, diurne ou nocturne, la raison ou l'érotisme, l'être ou le néant. Et comme toujours, c'est à travers leurs perversions que nous en touchons le fond : l'acte ou la possession, agir ou avoir. On jouit toujours à deux, et l'on jouit le mieux avec un partenaire vécu comme un mystère, et que ne voient pas ceux qui ne s'occupent que de problèmes visibles : « La physique est aux maths ce que faire l'amour est à se masturber » - R.Feynman - « Physics is to math what sex is to masturbation ». | | | | |
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| amour | | | L'une des contraintes les plus subtiles est celle qui, à un rare moment choisi, fait taire la raison, pour laisser la parole à la volupté irrationnelle - verbale, sensuelle ou chimérique. « Pour bien jouir, il serait sage de se priver » - Matisse. | | | | |
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| amour | | | Le sentiment vaut par la part de la noblesse, qui est l'équilibre entre la forme et le fond, entre la profondeur et la hauteur. C'est pourquoi il se traduit le mieux par la caresse d'épidermes ! Là où le Fond domine, le Sentiment est vrai, net et … insignifiant ! Pour se couvrir de beaux voiles, il faudrait que dominât – la forme ! | | | | |
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| amour | | | L'érotisme opposé à la transaction, la caresse – à la possession. Quand on a connu la folle jouissance de caresser un mot, un corps, une idée, on se rit de la sobre satisfaction de maîtriser un sujet, une rigueur ou une puissance. | | | | |
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| amour | | | L'art d'écriture au féminin consiste à mettre derrière les mots un doigt en mouvement. Là où l'homme s'ingénie à mettre une main entière - pour enfermer, serrer, accaparer. « Je n'aurai jamais ma main »* - Rimbaud. | | | | |
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| amour | | | L'épreuve par ses faims est, pour le corps, le pire des surmenages ; l'âme, au contraire, s'en nourrit et y gagne en pugnacité. | | | | |
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| amour | | | Le nom d'amour a servi d'étiquette à tant d'imposteurs : l'or, le sort, le corps - le hasard qu'on calcule. Le hasard, auquel on a cru, s'appelle amour. | | | | |
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| amour | | | La passion de et pour l'inconnu entretient et la science et l'amour ; il faut introduire de nouvelles inconnues dans l'arbre de la connaissance voluptueuse et réveiller, ainsi, des unifications inespérées avec l'arbre de la vie. Stendhal appelle cette magie – cristallisation (des branches recouvertes de nouveaux cristaux) : « opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections ». | | | | |
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| amour | | | Le plus beau compliment que je puisse te faire : je ne connais aucun vaste chemin-solution, menant vers toi ; je ne connais aucun milieu-problème, où nous pourrions nous dévisager profondément ; je ne te connais qu'à travers un élan-mystère, qui nous fait frissonner à une même hauteur, sans que nos mains ou pensées se touchent. | | | | |
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| amour | | | Une honte m'inonde, chaque fois que je trouve trop de douceur dans ma voix ; l'écriture en contre-point du sentiment semble être la plus noble. La rudesse, plus que la mollesse, doit animer la voix d'ange. « Le diable, visant le cœur, n'a pas dans son carquois de flèche plus sure que la voix douce » - Byron - « The devil hath not, in all his quiver's choice, an arrow for the heart like a sweet voice ». Le diable est indifférent ; c'est l'ange qui doit être fanatique. | | | | |
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| amour | | | En matière des voluptés, tous sont interpellés par les mêmes pulsions. C'est la nature d'accès à l'objet du désir qui nous divise en poètes ou en automates. Le poète est ennemi du plus court chemin ; il cherche des voies et des regards obliques ; il est maître de la caresse, qu'il applique avec la même élégance aux mots, aux idées et aux corps. Saoulé par le sang et l'encre secrets, il ne voit pas le temps et l'ancre concrets. | | | | |
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| amour | | | Ils vivent du sens, de ce qui est relativement absolu - la force, la reconnaissance ; il faut vivre des sens, de ce qui est absolument relatif - le bon, le beau, l'aimé. | | | | |
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| amour | | | Le meilleur signe de l'amour n'est ni la force ni le sacrifice ni la fidélité, mais la furtive caresse, portée par un regard, une main, un mot. Sur un axe, allant de la volupté à la consolation. | | | | |
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| amour | | | En français et en russe, la pensée (мысль) est au féminin, elle est en attente du mot, qui la pénètre. En allemand (der Gedanke) et en italien (il pensiero), elle se masculinise en vue d'inséminer le mot efféminé (la parola) ou neutre (das Wort). En tout cas, une relation érotique, hétérosexuelle, entre la passion et la pulsion, entre la source sacrificielle et le fleuve fidèle, entre la création et sa muse, partout, est nette, qu'il s'agisse de la littérature, de la noblesse ou des voluptés charnelles. | | | | |
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| amour | | | Qui rêve le plus intensément d'une folie des sens ? - un maître du sens, un sage. L'érotisme est la folie la plus irréductible et, donc, la force d'esprit en est un adversaire, mais c'est à sa faiblesse consentie qu'appartient d'en résumer les égarements. « L'esprit a besoin de son impuissance pour faire l'amour » - Valéry – joli calembour ! | | | | |
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| amour | | | Le talent, aussi bien artistique qu'érotique, consiste à ne pas suivre le sot conseil d'abandonner la surface et de se plonger, d'entrée de jeu, dans les profondeurs de la chose désirée. Dans toutes les profondeurs je tombe sur de nouvelles surfaces, qu'il s'agit de savoir caresser, avant que la chose n'enfante d'une progéniture, digne de mes ardeurs. Mon imagination est plus prolifique sur la première surface, où mon âme domine encore mon corps. | | | | |
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| amour | | | L'esprit désire la même chose que la femme : concevoir dans l'amour, enfanter sans douleur. Et comme la femme, il succombe à la séduction des badauds et se fait avorter des embryons illégitimes. | | | | |
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| amour | | | L'érotisme est le seul domaine, où l'âme est plus près de la matière que de l'esprit. Et le bel humour de Wilde : « Pour le philosophe, les femmes représentent le triomphe de la matière sur l'esprit, et les hommes – celui de l'esprit sur la morale »** - « Women represent the triumph of matter over mind, men represent the triumph of mind over morals » pourrait passer pour le triomphe de l'âme. | | | | |
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| amour | | | J'aime tellement ta lumière, que je n'attends plus rien de tes ombres. La lumière, irradiée par ta beauté et nourrissant la naissance de mes houles. Les ombres de tes gestes ou de tes paroles. Mais pour boire ta lumière, je me réfugie à l'ombre de mon corps et de mon esprit ; peut-être aimer, c'est ne plus pouvoir, ou vouloir, quitter cette ombre, qui ne vit que tant que tu m'illumines. Et qu'on prend souvent pour l'ombre de l'autre, l'ombre qu'on aura créée et aimée. | | | | |
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| amour | | | L’amour est peut-être le seul sentiment qui atteint les sommets, quel que soit l'organe qui s'y adonne : l'esprit, l'âme ou le corps. Et d'ailleurs, ses plus beaux triomphes s'emportent, lorsque un seul de ses trois alliés fait taire les deux autres. Ainsi l'amour n'y a rien de nécessaire, mais tout lui y est suffisant. | | | | |
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| amour | | | L'amour : un hasard, qui fait fusionner les yeux et les sens, dans un même frisson, un hasard, sur lequel l'esprit ferme les yeux et l'âme ouvre le regard. Dès qu'une loi y touche, l'amour ne sert qu'à renforcer la Distribution du Grand Nombre. L'intuition : un hasard auquel a cru l'âme. Comme la volupté se dévoilant au corps. | | | | |
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| amour | | | Je parviens à imaginer, que je reste moi-même, privé de tous mes sens, sauf le toucher, ce symbole même de la caresse. Et même les autres sens, à leurs sommets respectifs, culminent aux caresses : la beauté – pour les yeux, la musique – pour les oreilles, l'arôme – pour le nez, la saveur – pour la langue. Et l'intelligence – caresse de l'esprit, comme l'amour – caresse de l'âme. | | | | |
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| amour | | | La possession ou la caresse, ce qu’on obtient ou ce dont on rêve, l’esprit dans les profondeurs ou l’âme aux anges, la danse hors espace ou l’espérance hors temps. | | | | |
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| amour | | | L’amour est une étoile, qui munit tes commencements de la hauteur, ton parcours – de la lumière, tes buts – de la tendresse. Mais cette étoile a sa propre orbite : « L’amour n’est pas un but ; il n’est qu’un voyage » - D.H.Lawrence - « Love is not a goal ; it is only a travelling ». | | | | |
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| amour | | | La caresse, comme la prière, a besoin d’une foi, c’est-à-dire des chemins obliques, pour ma main, mon regard ou mon mot. Y manquer de foi réveille une mauvaise conscience. « J’ai honte de ma vivante tendresse – sans la foi »** - Hippius - « Мне стыдно за свою неумирающую нежность – без веры ». | | | | |
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| amour | | | Dieu réserve aux hommes ordinaires son regard courroucé, pour leur inspirer la peur et le remords ; mais Il leur refuse et l’oreille et la bouche. Pour les amoureux et les poètes, Dieu n’est ni sourd ni muet. À l’amoureux Dieu dicte les caresses, au poète - les mélodies. Traduire ce que n’entend personne d’autres est leur métier commun. « Les poètes ne sont que les interprètes des dieux » - Platon. | | | | |
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| amour | | | Une attitude qui, par la volonté bien bête d’être original en tout, répugne à l’instinct charnel (le Nietzsche frustré et le Valéry comblé y succombent), cette attitude ne voit pas qu’on n’est en partage avec les autres que par l’esprit et non pas par le cœur. Et l’ivresse d’un cœur débordant ou d’un corps palpitant est semblable à l’ivresse de l’âme enchantée, à l’écoute d’une musique. L’esprit devrait se taire ou s’éclipser devant toute ivresse incompréhensible ou cachottière. | | | | |
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| amour | | | L’amour n’est compatible ni avec la sédentarité (inemploi des ailes), ni avec le nomadisme (suremploi des pieds) ; il est le chaos des coordonnées et des dates, le commencement, la caresse du regard ou de l’épiderme, par illuminations initiatiques, l’élévation du soi connu vers le soi inconnu. | | | | |
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| amour | | | Que ta maîtresse, ton œuvre, ta limite restent dans un mystérieux lointain – tel paraît être le sens de ton existence créatrice. Mais, pour garder cette sainte distance, une mystérieuse proximité est nécessaire, et elle semble s’appeler – la Caresse, une jouissance sans trace, sans compréhension, sans raison. | | | | |
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| amour | | | Il faudrait réserver le terme d’amour à ses deux éruptions inconditionnelles : l’amour maternel, viscéral, imbu d’esprit de sacrifice aveugle, et l’amour sensuel, à fidélité aveugle, porté à un être du sexe opposé ; ce sont des caresses – par le regard, par le mot, par la main. En revanche, l’amour de Dieu, de vérité ou de patrie devrait être réduit aux choses sacrées : le sacré du lointain, le sacré de l’immédiat, le sacré du proche. L’âme sacralise la Création divine, l’esprit - la création humaine, le cœur – l’émotion de notre venue au monde. | | | | |
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| amour | | | Le cœur amoureux ne devrait pas se détourner du soutien de l’âme ou de l’esprit : « On aime ce qu’on ne saurait ni définir ni nommer » - Bélinsky - « Любят то, чего не умеют ни определить, ни назвать » - l’âme envelopperait ton imagination de l’intensité des caresses, et l’esprit les développerait en mélodies et métaphores. | | | | |
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| amour | | | La hauteur noble, la hauteur à garder, n’est pas dans un lieu à ne pas quitter, elle est dans un élan qu’apportent une âme chevaleresque ou un cœur amoureux, un regard fraternel ou les ailes palpitantes, bref – une amitié de rêve ou un amour de caresses. « L’amitié est l’amour sans ses ailes ! » - Byron - « Friendship is Love without his wings ! ». | | | | |
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| amour | | | L'erreur, remontant à Diogène, fut de chercher à séparer l'âme du corps. Il faut reconnaître, qu'ils ne voient dans le corps que des cadences du hard et non pas des caresses du soft. Le poète procure des jouissances au corps, même par des caresses verbales, musicales ou mentales. L'âme ardente sans le corps n'est qu'une raison froide. | | | | |
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| amour | | | Tout amour se réduit à la caresse, et non seulement l'amour, puisque le seul point commun entre le beau, le bon et le vrai semble être la caresse, qu'éprouvent mes sens esthétique, éthique ou intellectuel. Dieu, visiblement, en fut tellement obsédé, que même ma peau en porte des conséquences. | | | | |
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| amour | | | Derrière toute extase d’artiste ou d’amoureux, il y a toujours, directement ou non, un objet réel associé, auquel il faut porter ta reconnaissance ou ta chaleur. Mais ce n’est pas l’objet aléatoire de ton imitation ou de tes caresses qu’il faille y vénérer, mais la création inspirée de ton âme ou la passion incompréhensible de ton cœur. Pour les sots, évidemment, notre félicité réside « dans la sorte d’objet auquel nous sommes attachés par l’amour » - Spinoza - « in qualitate obiecti, cui adhaeremus amore ». On crée ou l’on aime, dans le Beau mystérieux – au-delà du problème du bien palpable. | | | | |
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| amour | | | La philosophie est un aliment pour le poète ; la poésie est un excitant pour le philosophe. Une volupté peut naître de leur proximité, mais leur progéniture commune risque de porter des stigmates incestueux. | | | | |
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| amour | | | Tu es amoureux, lorsque tout attouchement avec l’être aimé – par le regard, la main, le souvenir, le désir – cesse d’être acte et devient caresse, excitante ou apaisante, voluptueuse ou douce, te précipitant dans l’abîme ou t’élevant dans la hauteur. Tu n’es plus ni les yeux ni le regard, et l’être aimé n’est plus l’objet regardé, c’est toi qui es regardé et aimé par Dieu, qui est Amour. | | | | |
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| amour | | | Dans la vie sensuelle, la vraie imagination est celle qui ne subit pas le diktat de l’habitude. « Heureux, celui qui sait aimer son épouse comme une maîtresse »* - Klioutchevsky - « Счастлив тот, кто может жену любить как любовницу ». | | | | |
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| amour | | | L’amour profond – le désir de caresses ; le haut amour – la caresse par le désir. Le désir attache à la terre, la caresse en détache. | | | | |
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| amour | | | La passion sans sommeil réparateur peut devenir mécanique ; mais si « la tendresse est le repos de la passion » - J.Joubert – ses rêves sont des caresses. | | | | |
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| amour | | | Non seulement l’amour arrête le temps, mais, aussi, il efface l’espace : l’agapé du rapprochement, unie à l’éros de l’éloignement, enfante de philia atopique. | | | | |
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| amour | | | Tout objet que tu touches (au lieu de le saisir ou le posséder), comme tout objet qui te touche (au lieu de t’écraser ou te dominer), peut provoquer ce besoin de caresses, peut-être le premier de tous les besoins qu’un homme de bien cherche. Les mots d’un conte de fées, le beau visage d’une femme inconnue, la pensée qui t’immobilise, l’arbre qui te tend ses fleurs ou ses ombres. | | | | |
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| amour | | | Tu caresses ce qu’une proximité évidente t’offre ; tu aimes ce, vers quoi t’attire un obscur lointain. « Mais c’est, précisément, mon prochain qu’il est impossible d’aimer ; on ne peux aimer que les lointains »*** - Dostoïevsky - « Именно ближних-то и невозможно любить, а разве лишь дальних ». | | | | |
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| amour | | | La caresse provient de la faiblesse ou de l’espérance ; peut-on imaginer une caresse, due à la force ou au désespoir ? | | | | |
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| amour | | | De plus loin vient l’appel de ton amante, plus mystérieux, proche et charnel sera ton désir. « Femme plus lointaine, volupté plus prochaine » - St-Augustin - « Mulier longe, libido prope ». L’amour de loin fut chanté par des troubadours. | | | | |
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| amour | | | Plus un sentiment est profond, mieux appropriée, parmi tous les moyens, est la musique, pour le rendre. L’amour semble être le seul sentiment qui échappe à cette règle ; je parcours les moyens de son expression – tableau, discours, poème, mélodie – et je leur trouve la même puissance et je ne peux trouver de meilleur candidat à l’excellence que leur dénominateur commun – la caresse. | | | | |
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| amour | | | La panoplie des sens : la vue te conduit à former ton propre regard ; l’ouïe te rend intelligent ; le goût forge l’art des contraintes ; l’odorat affine ton intuition ; mais je leur préfère le toucher, car il réveille ta capacité la plus secrète, la plus profonde, la plus universelle – la caresse. | | | | |
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| amour | | | Comme dans tout ce qui bouleverse l’âme ou émeut le cœur, dans l’amour cohabitent le réel et l’irréel ; pour le consolider, l’homme banal développe les facettes réelles, et pour le fêter, l’homme subtil enveloppe de caresses – les irréelles. Et les caresses les plus durables ne se dégagent pas des mains ni même des mots, mais des regards, des phantasmes, des rêves. Et l’on ne sait jamais ce qu’elles enveloppent ; c’est comme la musique, portant un sentiment, invisible et irrésistible. | | | | |
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| amour | | | Le plus grand mystère humain réside dans le bonheur que nous apporte une caresse artistique ou une caresse amoureuse. « Toute caresse, tout regard, toute partie du corps a son mystère, dont le réveil apporte du bonheur à l’initié » - H.Hesse - « Jedes Streicheln, jeder Anblick, jede kleinste Stelle des Körpers hat ihr Geheimnis, das zu wecken dem Wissenden Glück bereitet ». | | | | |
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| amour | | | Être artiste, c’est maîtriser la caresse - par le mot, la mélodie, l’image, le style. C’est presque la même chose que d’être amoureux. « Aimer, c’est avoir du plaisir à voir, toucher, sentir par tous les sens un objet aimable »** - Stendhal. | | | | |
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| amour | | | L’amour semble occuper tous tes horizons, tous tes sommets, tous tes gouffres ; pourtant, sa plus fidèle traduction semble être la caresse, comme si l’objet de ton amour était tout petit et avait besoin de protection. « Le diminutif est invitation aux caresses ; l’amour amenuise l’objet aimé » - Unamuno - « El diminutivo es señal de cariño ; el amor achica la cosa amada ». | | | | |
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| amour | | | Les plus belles qualités du cœur, de l’âme, de l’esprit se réduisent, en fin de compte, à la même chose – à la maîtrise des caresses, qui exprimeront, respectivement, l’amour, la noblesse, le talent – le visage illuminé, le regard mélancolique, la tête haute. « Le visage dévoile la couleur du cœur » - Dante - « Lo viso mostra lo color del coro ». | | | | |
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| amour | | | À l'enfer, avec sa tentation par la révolte, au purgatoire, avec sa tentation par la perfection (Chateaubriand), je préfère mon paradis, avec ma tentation par le désir et la caresse. Ni l'éternité de débandade, ni l'avenir de mascarade, mais le présent de toquade. | | | | |
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| amour | | | Le réel est composé de problèmes et de leurs solutions ; y être fort, c’est savoir les exprimer, et y être faible – d’en être réduit aux balbutiements. Le rêve est le règne des mystères ; y être fort, c’est de s’y perdre, dans une volupté inexprimable, et y être faible – d’en chercher une traduction. L’amour, c’est la puissance irrésistible d’un rêve, naissant d’une faiblesse soudaine du réel. | | | | |
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| amour | | | En amour, comme en poésie, la plus secrète volupté est due aux contraintes rythmiques ou gestuelles. « Le grand mérite de la pudeur est de donner du prix aux caresses »* - Morand. | | | | |
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| amour | | | Le Bien appartient au cœur, comme le corps et ses désirs ; et l’amour est le désir – mystérieux, sensuel ou immatériel. Quand on dit, que le poète est un éternel amoureux, cela veut dire, que son complice, son âme, parcourt le chemin de son cœur. « Le désir est affaire du corps, mais nous sommes, l’un pour l’autre, - des âmes »*** - Tsvétaeva - « Хотеть — это дело тел, a мы друг для друга - души ». | | | | |
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| amour | | | Une femme, amoureuse d’un homme, suit soit son cœur soit son corps soit son âme : la première fait de l’homme un ange, qui finit par s’envoler ailleurs ; la deuxième en fait une bête, qui rampera dans la platitude ; la troisième veut et peut imaginer dans son amoureux un ange des hauteurs ou une bête des profondeurs. | | | | |
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| amour | | | La musique d’un discours n’est pas dans les mots, mais dans les émotions, naissant des rencontres imprévisibles entre ce qui est au-delà des mots. « Le langage de l'amour a une si douce musique qu'on n'est pas exigeant pour les paroles » - A.Karr. | | | | |
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| amour | | | La mathématique, la musique et l’amour sont peut-être les seuls excitants qui nous laissent perplexes, désarmés, face à notre soi inconnu, immatériel. La mathématique – par la stupéfiante harmonie des grandeurs abstraites ; la musique – par l’émotion soudaine, émancipée de l’esprit inutile ; l’amour – par l’élan, naissant d’une attraction irrésistible, injustifiable. | | | | |
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| amour | | | L’amour-arbre meurt de l’absence d’ombres, que projettent les feuilles-caresses ; dans la racine, tout n’est que lumière. « Sans les caresses, l’amour meurt par la racine » - Hugo. | | | | |
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| amour | | | Le mystère est voué à l’inconnu, et seul ton soi inconnu peut y avoir accès. Quelque chose de sacré traîne toujours au voisinage de tout mystère ; c’est pourquoi dévoiler celui-ci relève d’une profanation, comme la caresse érotique est une profanation de la pudeur. « Le mystère ne peut être connu que dans la profanation » - Levinas. | | | | |
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| amour | | | L’amour entre un homme et une femme n’entre pas dans la triade divine de notre conscience – les facettes éthique, esthétique, spirituelle. La première de ces facultés, symbolisée par le cœur, n’est nullement impliquée dans les péripéties d’un amour érotique ; le cœur ne s’occupe que du Bien inexprimable et du Mal inévitable ; l’amour des croyants ou des chercheurs de vérités relève des bas-fonds des faibles d’esprit. Donc, on devrait inventer une quatrième hypostase, porteuse de la fonction érotophore. En plus, le dénominateur commun entre celle-ci et le cœur, l’âme, l’esprit - la caresse – en serait le mieux illustré. | | | | |
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| amour | | | Une caresse est toujours une sortie du droit chemin, une impasse enchanteresse. « La caresse est une contradiction voilée » - Sartre. | | | | |
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| amour | | | L’art de ne pas perdre son amour – le faire vivre dans des domaines séparés : que le cœur aime le cœur, que la bouche aime la bouche, que l’âme aime l’âme. Les (con)fusions apportent à l’amour une clarté mortifère. | | | | |
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| amour | | | La caresse est une invitation à la volupté : charnelle, visuelle, auditive, intellectuelle. | | | | |
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| amour | | | Est intellectuel celui qui préfère l'image à l'idée, l’attouchement à la saisie, l’étonnement à la certitude, la caresse à la possession. Bref, il doit être érotomane ! « Toute vie intellectuelle est la plus subtile floraison, due aux racines érotiques de tout vivant, elle est une sexualité sublimée »** - L.Salomé - « Das gesamte Geistesleben ist ins Feinste umgeformte Blüte aus der großen geschlechtlich bedingten Wurzel alles Daseins, - sublimierte Geschlechtlichkeit ». | | | | |
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| amour | | | La douleur et la caresse semblent être les seules sensations à être partagées, à part égales, entre le corps et l’esprit. Toutes les autres – la mémoire, le muscle, la volonté – ont une demeure unique. | | | | |
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| amour | | | L’amour : à vingt ans – l’obsession, à quarante – la caresse, à soixante – la tendresse, à quatre-vingts – la fidélité. | | | | |
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| amour | | | L’amour, c’est l’art d’échanges de caresses charnelles, verbales, gestuelles, idéelles, folles, mystiques, rationnelles, invisibles. Le contraire de caresse s’appelle raison. | | | | |
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| amour | | | Le mot et l’acte peuvent n’être qu’expressions de la caresse ; la plus subtile des caresses réconcilie les deux, antagonistes dans le réel et complices dans l’idéel. | | | | |
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| amour | | | Nous sommes faits de deux manques : en tant qu’ange – l’amour sans caresses ; en tant que bête – les caresses sans amour. | | | | |
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| amour | | | L’amour est un rêve et, comme tout rêve, il subit son tragique affaissement. L’homme de rêve en cherche la consolation faisant renaître l’émotion ou une caresse d’une nature (sentimentale, verbale, gestuelle, intellectuelle), probablement différente de l’épisode précédent. L’homme de réalité et de calcul, dépourvu de cœur et d’imagination, passe, docilement, de l’amour à l’indifférence. | | | | |
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| amour | | | À l’origine de toute caresse se trouve, évidemment, un fantôme d’amour. Notre soi connu devrait s’en inspirer pour que son fruit, le Devenir, ne soit que des caresses, en réponse à notre soi inconnu, porteur de l’amour et de l’Être. | | | | |
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| amour | | | Ce n'est pas pour ses qualités qu'on s'aime (quoiqu'en pense Pascal) ; ce n'est pas pour ses défauts qu'on se quitte. Dans l'amour, comme dans l'art, c'est la part du malgré, qui est plus éclairante. L'opacité face aux autres rend parfois délicieusement transparent, face à un ami ou à une amante. | | | | |
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| art | | | Les moyens de l'art - l'abduction ; le but de l'art - la séduction ; les contraintes de l'art - la traduction. L'artiste est un phénomène de la conductivité. « Au préfixe près, il n'y a de philosophie que de la Duction : la déduction, dans l'aire logico-mathématique ; l'induction, dans le champ expérimental ; la production, dans les domaines de pratique ; la traduction, dans l'espace des textes » - M.Serres. | | | | |
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| art | | | Toute bonne lecture est de nature érotique : dès que je ne veux que comprendre ce que je recherche, je suis frappé de honte ou d'impuissance. Chez les autres, je me découvre des pulsions de voyeur ou me comporte comme dans un lupanar. « Ta bibliothèque est ton harem » - Emerson - « A man's library is a sort of harem ». Livre comme visée, à l'usage des chasseurs (Artémis précédant Aphrodite et même Athéna), ou livre initiateur du premier pas, protecteur de l'intouchable. | | | | |
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| art | | | L’homme de l’oreille (le frère), l’homme du regard (le créateur), l’homme du goût (le noble), l’homme du flair (le poète), l’homme du toucher (le caressant) me sont plus proches que l’homme-plume (le professionnel) de Flaubert ou de Nabokov. | | | | |
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| art | | | Dans une œuvre d'art, le commencement, c'est la contrainte, imposée par le regard (le soi inconnu) et suivie par le style (le soi connu). Un commencement réussi serait une pure caresse : « ces regards brillants de caresses » - Balzac. | | | | |
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| art | | | La seule nourriture terrestre est la vie, tout écrit ne vaut qu'en tant qu'un excitant (Valéry jugeant Pascal ou Nietzsche). Mais c'est, curieusement, Nietzsche qui considérait comme excitants pernicieux, barbarica, ce qu'est la vraie vie : « erotica, socialistica, pathologica. ». | | | | |
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| art | | | L'âme d'écrivain, le corps de ses écrits, le vêtement de sa pensée : le désir, avoué, de s'habiller et le désir, inavouable, de se déshabiller. | | | | |
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| art | | | Le cadre idéal d'un créateur : sollicité par la beauté, contrôlé par l'ironie, guidé par le goût, motivé par un doigt féminin. | | | | |
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| art | | | Les uns exposent leur vie, les autres leur savoir, d'autres encore leur sexe. Mais le meilleur art, c'est se cacher élégamment, se perdre, s'éluder, faire entendre son mutisme. Se faire regard, parler aux aveugles, qui verraient en te lisant. | | | | |
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| art | | | Dans chaque écrit se reflètent nos sens : l'odorat – perspicacité, le goût – élégance, la vue – horizons, l'ouïe – connaissance, le toucher – caresse. Toutes ces facettes s'inscrivent dans l'ampleur et se rehaussent par le talent. | | | | |
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| art | | | L'écriture devrait servir à maintenir à une hauteur recherchée mes troubles d'âme. Non pour chatouiller ma vanité par des visions de chutes ou d'envolées. Garde ta disponibilité de volatile : « Être léger comme l'oiseau et non comme la plume » - Valéry. Plume à la main, je suis un juge dessaisi ou un accusé par contumace. | | | | |
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| art | | | La liberté est nue, la création est l'habillage. Même si la création-source est libre, la création-fleuve ne peut pas l'être, à moins que celle-ci réussisse à préserver le rythme de celle-là (l'étymologie du mot rythme !). On n'est libre qu'en rêvant, c'est-à-dire en ne désirant pas la mise en forme. La création est l'affectation, la recherche des empreintes de ce qui n'a pas de corps. L'art ignore la liberté connue, il en invente une autre, inconnue, il la crée ; il n'écoute pas, il émet sa musique au milieu du silence : « L'art est appel à la liberté » - Schiller - « Die Kunst ist ein Appell an die Freiheit » - sans être libre lui-même. | | | | |
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| art | | | Dans un contexte littéraire, la musique, c'est surtout la musique symphonique, où s'affirme le compositeur-esprit, brille l'interprète-âme et où nos sens sont des instruments ; et je suggérerais que ce n'est pas l'ouïe qui devrait être le plus sollicités de ces instruments, mais le toucher, la caresse. En dernière instance, ce sont nos sens qui devraient animer nos mots. En poésie, ce mouvement se complète, en s'inversant, et devient : « l'écoute réciproque de l'élan et du mot » - Mandelstam - « соподчиненноcть порыва и текста ». | | | | |
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| art | | | Si je veux rendre ma caresse - un soupir, un gémissement ou un silence voluptueux – la vigueur est préférable à la douceur, la contrainte - le fouet et les chaînes – au déchaînement. Et A.France : « Caressez longuement votre phrase, et elle finira par sourire » - a de mauvais moyens et buts. | | | | |
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| art | | | Plus je me laisse fasciner par le fond, plus étriqué devient mon diapason sur la chaîne : esprit - âme - cœur - corps - habit - le plus souvent, ce seront deux chaînons adjacents qui m'obstrueront le reste. Plus je maîtrise la forme, mieux je me passe des intermédiaires pour ne plus jouer, enfin, que sur le registre : esprit-habit, le reste n'étant que délicatement suggéré. | | | | |
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| art | | | Extraire des harmoniques communes d'une agonie ou d'une onde de tendresse, les unifier en un frisson, où chacun entendra ce qui lui chante - la tâche d'artiste. | | | | |
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| art | | | Le contraire de la caresse, c’est la violence – verbale, musicale ou gestuelle. La caresse est unique, la violence est commune. La violence rend la tragédie de la vie - banale, la caresse lui apporte de la consolation. Quand on découvre la poésie par Shakespeare ou J.Racine, on pense que « la violence, en poésie, est tout » - G.Steiner - « violence is all in poetry ». Quand on comprend Tchékhov, on ne cherche que la caresse. | | | | |
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| art | | | La netteté de la frontière entre la vie et l'art est signe d'artiste ; c'est en la franchissant qu'il devient, respectivement, maître ou esclave ; sa force n'a aucun sens dans la vie, son humilité n'a aucun sens dans l'art. La vie est une épreuve de forces ; l’art n’est qu’une consolation par la beauté. Toute force étant devenue suppôt du désespoir, la consolation ne peut plus compter que sur nos faiblesses – l’amour, la caresse, le sacrifice. | | | | |
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| art | | | L'intensité d'un écrit naît mieux d'une caresse musicale que d'une violence verbale. Ni le jargon ni la doxa ni le savoir ne peuvent atteindre ce qui se concentre dans une mélodie. « En intelligence, comme en poésie, compte non pas le quoi, mais l'intensité » - H.Hesse - « Es kommt beim Denken, ebenso wie beim Dichten, nicht auf das Was an, sondern auf die Intensität ». | | | | |
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| art | | | L’amour de l’art est dans l’abandon conscient de la connaissance, de la profondeur, de la possession et l’adhésion aveugle au rêve, à la hauteur, à la caresse. | | | | |
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| art | | | La musique est le seul art, où tout créateur, quel que soit son talent, ses goûts ou ses ambitions, traduit la noblesse du fond et poursuit la caresse de la forme ; c'est pourquoi la musique est la meilleure métaphore de notre existence et de nos meilleures productions. | | | | |
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| art | | | À l'échelle verticale, l'écriture doit viser et l'esprit (la profondeur) et l'âme (la hauteur). Le besoin d'un écho, d'une reconnaissance hégélienne ou d'une recognition kantienne, nous poursuit : de l'esprit on attend l'étonnement et la fraternité, et de l'âme – une espèce de réciprocité amoureuse. Les eunuques ne le comprennent pas : « L'amour de la gloire, cette dernière infirmité des têtes nobles » - Hume - « Love of fame, the last infirmity of noble minds ». | | | | |
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| art | | | La division des écrivains en myopes et en presbytes n'a pas beaucoup d'intérêt, puisque l'outil principal d'une écriture n'est pas l'œil, mais le regard, qui, plus que des yeux, a besoin des oreilles musicales, du goût électif, du toucher des caresses. Il y a donc ceux qui produisent du bruit et ceux dont émane une musique ; que les premiers soient sourds, cela blesse notre oreille, mais notre goût et notre peau, mobilisés par notre charité, les réduisent tout de suite en muets ou en manchots. | | | | |
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| art | | | Ce qui compte en littérature doit être achevé par la forme et rester en suspens par le fond, pour que le lecteur ne puisse poursuivre, par soi-même, que vers les derniers pas évités du fond et se laisser caresser par les premiers pas de l'auteur. La forme, c'est la maîtrise et la fidélité du premier pas, le côté monologique, la face du soi inconnu ; le dialogue, c'est le fond, la face du soi connu ; l'interprétation inévitable du monologue, du langage au soi inconnu, - en tant que langage dialogique du soi connu (Selbstgespräch - Sprache des Selbsts - Hegel). | | | | |
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| art | | | Il y en a, pour qui écrire, c'est développer, dresser un échafaudage ; ô combien plus brillants sont ceux, pour qui écrire, c'est envelopper, caresser une image ! | | | | |
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| art | | | Savoir bien raisonner n'apporte rien à la qualité de l'écriture. Apprendre à penser, avant de prendre la plume, c'est conseiller au peintre de se soumettre à la géométrie ou à l'amoureux de s'attarder sur l'anatomie. | | | | |
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| art | | | Là où l'écrivain médiocre exhibe l'anatomie, le délicat n'esquisse que la caresse. | | | | |
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| art | | | En témérité des liaisons, le physicien est souvent poète. Le quark, exhibant sa couleur et son arôme ! L'incertitude quantique : je suis onde et je suis matière ! Un chaosmos ! C'est ainsi que je devrais voir ma lumière ou mon livre ! Mieux vibrer à l'évocation d'une onde, plutôt que d'un corpuscule (« poésie, percevoir l'onde plus que le corps »*** - Valéry). | | | | |
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| art | | | Parmi la gent de plume, le nul est motivé par le besoin résolu d'écrire, le médiocre - par le besoin problématique de lutter, le meilleur - par le besoin mystérieux de caresser. Graphomanie, mégalomanie, érotomanie. | | | | |
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| art | | | L'état de la poésie (versification), de la peinture, de la musique modernes est cadavérique ; et le prochain catafalque attend le théâtre (avec l'Anglais), l'architecture (avec le Français), la philosophie (avec l'Allemand). En littérature et dans le spectacle ne survit que la tonalité divertissante et avilissante, pour épater les repus. La raison en est la même : l'extinction de la poésie, en tant qu'état d'âme, en absence des âmes. Ils cherchent à choquer les esprits, tandis que l'art est le désir et le don de caresser les âmes. | | | | |
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| art | | | Les écrivains : ils ont trop de sources communes et trop peu de commencements uniques ; ils creusent dans l'embryologie, sans s'élever à la conception ; ils gèrent la grossesse anonyme et ignorent la caresse intime. | | | | |
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| art | | | L’esprit compose le rêve, que lui dictent les yeux fermés ; l’âme, qui le lit, les yeux ouverts, se fait oreilles, pour entendre la musique, que visait, comateux, le rêve. La possibilité de l’art est dans ces deux paires d’yeux, tantôt naissants tantôt évanescents, découvrant la caresse ou devenant l’ouïe. | | | | |
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| art | | | Le monde est essentiellement visuel ; la photo, l’écran, l’action, c’est ce qui le rend le plus précisément et fidèlement. Je dois en créer une réplique musicale – par le Verbe, qui sera à mon Commencement. Et pour qu’Il soit pénétrant, fertile et désiré, je l’accompagnerais de caresses. | | | | |
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| art | | | Avant de s'imposer, tout nouveau style traverse une zone dangereuse, où la honte et la jouissance se disputent la primauté. La caresse, artistique ou charnelle, c'est une audace qui n'a pas encore vaincu la honte, mais sent déjà l'approche de la jouissance. La caresse, cet équilibre entre la cime qui couronne et la racine qui soupçonne. | | | | |
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| art | | | Il ne suffit pas de renoncer aux grandes pensées et à ta présence dans ton écriture, pour soit pratiquer un art pur soit n'exhiber que des balivernes. En voici trois partisans : Flaubert - aucune métaphore et un métronome phonétique guidant les descriptions de boîtes d’allumettes ; J.Joyce : « Le son justifie les grands mots sur des choses banales » - « Big words for ordinary things on account of the sound » - l’illusion que le son vaut le sens ; Nabokov – un courant gracieux de métaphores et de mélodies sentimentales en tant que caresses de l’oreille. | | | | |
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| art | | | Écrire, c'est réussir à me passer d'enfilades et à faire briller mes perles poétiques dans les yeux de ma Muse nue, de Polymnie, sans même sa couronne de perles rhétoriques. Un but possible de l'écriture laconique : rendre autarcique chaque perle à part et voir dans leurs pénibles assemblages - des colliers d'Harmonie. « Écrire, c'est augmenter d'une perle le sautoir des Muses » - Sartre. | | | | |
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| art | | | Les artistes, qui réussirent le mieux à produire de la majesté et de la puissance, sont ceux qui comprirent que la meilleure école consiste à commencer par maîtriser la caresse, comme l’outil le plus monumental et tranchant, qu’il s’agisse de l’art plastique, verbal ou mélodique. | | | | |
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| art | | | La danse donne l’envie d’élans et de caresses ; la marche se réduit aux chiffres et aux progrès. « La parole ne vaut que par une substitution, elle étiquette ; le chant fait vouloir, il se met à ma place »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | La musique : l’accès émouvant aux objets invisibles. La littérature devrait viser le même effet : rendre grandiose l’accès aux états d’âme, en transformant les objets en relations, et les relations – en objets ; ces transformations sont des caresses verbales. | | | | |
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| art | | | L’inspiration offre le commencement, mais, pour le valider, il faut du travail : une adresse du développement ou une caresse par enveloppement. « Le génie commence les beaux ouvrages ; mais le travail seul les achève » - J.Joubert. | | | | |
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| art | | | Le chemin menant à la naissance de ton regard poétique : tu ne comprends plus, tu n’entends plus, tu ne vois plus – et tu fais appel au goût (les contraintes de l’esprit) et au toucher (la caresse de l’âme). | | | | |
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| art | | | La puissance du fond n’est que la profondeur – je la salue ; mais je me moque de la puissance de la forme, puissance qui n’y est que la lourdeur, elle y est presque le contraire de la hauteur de la caresse, cette essence de la forme. | | | | |
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| art | | | Comme la vraie philosophie, l’art devrait être soit une caresse, apportant une consolation à nos rêves vulnérables, soit une mise en musique de la vie au moyen d’un langage poétique. « L’art n’est pas une puissance, mais une consolation » - Th.Mann - « Die Kunst ist keine Macht, sie ist nur ein Trost ». | | | | |
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| art | | | Le talent littéraire consiste dans l’art de réduire toute expression à la caresse. « On serre toujours contre son sein celui qu'on aime et l'art d'écrire n'est que l'art d'allonger ses bras » - Diderot. | | | | |
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| art | | | La vie objective doit être nostalgique, et l’art subjectif – mélancolique. Le lieu idéal de leur rencontre semble être des ruines. L’art éternel y caresserait la vie temporelle ; la vie de profondeur y exciterait l’art de hauteur. Tout – à la belle étoile. | | | | |
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| art | | | L’amour, c’est la caresse par le regard ; la noblesse, c’est la caresse par la hauteur ; l’intelligence, c’est la caresse par la représentation ; la poésie, c’est la caresse par le verbe. « La poésie est l'essai de représenter ce que tentent d'exprimer les caresses »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, trois exigences : la forme (envelopper les commencements), la contrainte (ne pas développer les perles), le fond (échapper au désespoir de l’espace présent, espérer dans l’intemporalité). « De tout, il restera trois choses. La certitude que tout était en train de commencer. La certitude qu'il fallait continuer. La certitude que tout serait interrompu avant d'être terminé »** - Pessõa – ces certitudes devraient s’appeler, respectivement, - intuition, illusion, avertissement. | | | | |
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| art | | | Si la source de tes réflexions n’est que problématique ou pragmatique, la tonalité mystique peut s’avérer n’être que platitude ou profanation – un sobre développement y aurait suffi. Mais si cette source est mystique, tu dois renoncer au développement et songer à l’enveloppement de tes réflexions par des caresses, verbales ou conceptuelles, se limitant aux préliminaires. | | | | |
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| art | | | Les dieux sont plus souvent querelleurs ou rivaux plutôt qu’alliés ou frères. D’autant plus précieuse est l’alliance entre Apollon et Éros, dans l’amour (la beauté féminine et le désir masculin) et dans l’art (la beauté comme but et l’excitation comme prélude de la création). « L’art est un appétit de l’âme en quête de volupté »*** - A.Suarès - Zeus et Athéna, la volonté et l’intelligence, se fusionnent dans notre esprit qui entretient la soif de l’âme. | | | | |
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| art | | | La notion de caresse peut être trouvée dans tous les arts : la caresse musicale consiste, peut-être, dans les nuances du timbre – neutre, pur, tendre, perçant ; la caresse picturale – dans l’harmonie de la composition ; la caresse littéraire – dans le rythme stylistique ; la caresse poétique – dans la mélodie des vers. Dans tous les cas, la caresse naît de la musique de l’âme. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, ce sont les chemins d’accès aux images, aux idées, aux mélodies qui dessinent les goûts de l’artiste. La caresse est l’un de ces sentiers, sentier oblique, opposé aux droites invasions ou possessions. Je ne veux ni inquiéter ni exciter, je veux caresser l’au-delà des mots. | | | | |
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| art | | | Il est absurde d’opposer LE sentiment à LA raison. Parmi les sentiments il y a ceux qui s’accordent parfaitement avec la raison ; d’autre part, il y tant de sentiments féroces, témoignant de notre origine bestiale et qui forcent l’appel à la raison animale qui coïncide avec les sensations animales. Ce qui mérite le noble nom de sentiment s’appellerait caresse, s’opposant à la possession, à la force, à la droiture, à l’inertie. Nous partageons certaines caresses avec les bêtes : l’instinct maternel, la séduction des femelles, le sens de communauté. L’homme ajoute des caresses spirituelles, verbales, musicales, picturales, architecturales, où, par des écarts avec la norme, se manifeste la personnalité de créateurs. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, le passage du réel au rêve est du même ordre que le passage de la profondeur à la hauteur, de la possession à la caresse, de la marche à la danse, de la parole au chant, de la prose à la poésie. | | | | |
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| art | | | Le sens qui me fait apprécier une écriture d’art – du poème au traité de philosophie - n’est ni l’ouïe ni la vue mais le toucher sublimé, la caresse, inattendue, excitante, évocatrice, grâce à l’esprit qui entretient le silence et les yeux fermés. | | | | |
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| art | | | Ton ouvrage ne doit ni refléter la réalité (qui est surtout un problème), ni traduire une idée (qui n’est qu’une solution), mais caresser un état de ton âme (qui est plus qu’un mystère). | | | | |
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| art | | | L’un des concepts, peut-être le plus protéiforme et mystérieux, est celui de caresse, qui rapproche l’art, l’érotisme et la noblesse – la fusion dans l’indirect, dans le lointain, dans l’extatique, l’élan de l’immobilité. | | | | |
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| art | | | Tout écrit littéraire doit choisir : servir la bassesse d’un intérêt commun ou séduire la délicatesse d’un goût électif. | | | | |
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| art | | | L’érudition doit servir surtout à ériger des contraintes (des objets à éviter, à ne pas développer) ; ce qui reste digne d’être enveloppé de caresses verbales doit être peint ou mis en musique par le talent. Quand on manque de celui-ci, ni l’érudition ni les connaissances ne sauveraient ton verbiage unidimensionnel. | | | | |
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| intelligence | | | Visiblement, le sensible et l’intelligible avaient des commencements différents ; si le premier s’y reposait sur la Caresse, le second, peut-être, découlait du Nombre Naturel. | | | | |
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| intelligence | | | Face à l'information qui déferle, l'homme est singe, perroquet ou rat ; il paraît qu'il y en a même des chacals : « Voici les intellectuels friands de la chair des concepts congelés par l'intelligence artificielle, dénués de toute saveur. Les chacals de l'information et de la communication » - Baudrillard. Comme la plupart des anathèmes, cette sortie est visiblement dictée par l'ignorance (comme mon animadversion résolue, face aux hommes, espèce que, pourtant, j'ignore largement). L'intelligence artificielle n'est qu'une instrumentation et une généralisation de la logique, elle n'affaiblit en rien la saveur d'une chair plus fraîche. La métaphore fait partie de l'information, que les meilleurs des mammifères ou des programmes informatiques savent digérer. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié ! | | | | |
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| intelligence | | | Qu'on soit ignare et superficiel ou bien bardé de savoir et s'immergeant dans des profondeurs, on frôle les mêmes objets, on est chatouillé par les mêmes désirs, on témoigne devant les mêmes juges. Palette, qualité des couleurs, sens des contours - ces disparités-là sont mineures, seul compte l'appel de hauteur, également accessible aux béotiens et aux éprouvés, aux lestes et aux pédants, aux ricaneurs ou aux ombrageux. | | | | |
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| intelligence | | | L'être trop vague et l'avoir trop net sont à l'origine des fondations de leurs pensées. Leurs édifices sont sans charme ni vue sur l'étoile ; leur être mécanique naît du non-avoir tout aussi mécanique. Il faut laisser le devenir, du soupir ou de la prière, animer nos tours d'ivoire, sous-sols et ruines, ces séjours principaux d'une pensée organique. Je suis l'âme et j'ai un corps, le dualisme d'initiation préféré au monisme initial (Spinoza). | | | | |
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| intelligence | | | Pourquoi le savoir fait de nous des Faust blasés ? Parce que la joie est dans le jaillissement du plaisir, et lorsque celui-ci se met à découler, on cherchera en vain d'en boucher la source. L'amateur de belles houles du regard se noie dans les mares de l'écho. « C'est quand il n'est pas possible de savoir ce qu'il faut faire qu'une décision est possible » - Derrida - la décision-rythme s'opposant à la décision-algorithme. | | | | |
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| intelligence | | | Le sceptique est un handicapé : la vie n'aurait ni fin, ni unité, ni être - comment s'entendre avec un aveugle, un sourd, un muet ? Seul le scepticisme passif peut être un tonique ; le scepticisme actif est une infirmité. « Le scepticisme est la volupté des impasses » - Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie - rencontre entre une forme poétique et un fond logique. D'un côté - une imagination intuitive, une adhésion par séduction, tout étant sujet de controverses ; de l'autre - une intuition imaginative, une preuve par raison, tout échappant au doute. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes les équations de la vie, où figure le monde, je peux lui substituer moi-même. Le cogito s'avère équivalent du Deus cogitat ! « L'homme est un monde en miniature » - Boèce - « Homo mundus minor ». Quand je le découvre, je me mets à me moquer de solutions, tout en accompagnant le mystère de merveilleuses inconnues, qui aboutissent à moi. « J'aime mon Dieu : lumière, voix, parfum, aliment, étreinte de l'homme intérieur, qui est en moi »** - St-Augustin - « Amo Deum meum : lucem, vocem, odorem, cibum, amplexum interioris hominis mei ». Surtout, depuis que nous savons que, par la volonté de Dieu, nous ne sommes pas seulement matière, mais aussi onde. Les mêmes forces originaires formèrent et la nature et notre âme. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la réalité il n'y a que nature, aucune trace de structures ; celles-ci n'ont de sens que dans un modèle. Les structuralistes ont aussi peu de chances d'évincer la nature du paysage du monde que les psychanalystes - la tendresse du climat de l'homme. « L'esprit est la nature invisible, la nature est l'esprit visible » - Schelling - « Geist ist unsichtbare Natur, die Natur ist sichtbarer Geist » - d'où l'admiration qu'on porte à un esprit vraiment naturel et la vénération qu'on voue à la nature témoignant d'harmonie et de beauté proprement divines. Qu'est-ce que l'esprit ? - une belle intelligence, telle la matière immuable, défiant le hasard. | | | | |
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| intelligence | | | Le parcours du créateur : se détourner du devenir banal, se tourner vers l'être profond, s'en inspirer pour créer un haut devenir, y reconnaître le retour de l'être éternel. « Le même a produit un être, apparenté à lui-même, et c'est en redevenant cet être que nous fûmes, que nous saisirons le même » - Plotin – c'est le racolage d'un devenir sans charme qui nous menace plus que l'oubli d'un être charmeur. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un écrit de philosophie, la culture philosophique représente un apport négligeable ; l'esprit y est inséparable de la chair ; les horizons n'y attirent qu'à une belle hauteur de tempérament, de style ou d'émotion. La plus belle intelligence est celle qui écoute son âme et affine son goût, au lieu de scruter et confiner sa mémoire. Peu me chaut la supériorité oculaire de Descartes sur Pascal, de Bergson sur Alain, de Sartre sur Valéry, si les seconds surclassent les premiers en qualité de leur sensibilité et de leur regard. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne intelligence est aussi sensible à la caresse qu'un épiderme. Mais l'humanité devint pachydermique : émouvoir ou frapper, une âme ou une tête, se fait à travers calculer. | | | | |
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| intelligence | | | L'âme est inséparable du corps (et donc elle s'annihile avec l'extinction de celui-ci) non pas à cause d'une mémoire matérielle (qui même n'existe probablement pas), mais parce que toute image, toute pensée, tout jugement de l'âme porte, inexorablement, une coloration corporelle, liée aux jouissances, souffrances, espérances, et, en plus, cette coloration est nettement placée dans le temps - tout état d'âme est daté. | | | | |
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| intelligence | | | Pour rendre sacré un objet, il faut priver de tout intérêt sa négation. Aucune négativité dans l'inconscient, l'indicible, l'intouchable ; ils sacrent la conscience, le Verbe, la caresse comme le rêve sacre la vie, sans l'habiter. | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique externe aide à connaître le prix et le bruit des choses, la mathématique interne en apprend la valeur et la musique : « Dans le nombre et dans la figure - le chant et la caresse » - Novalis - « Zahlen und Figuren singen und küssen ». | | | | |
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| intelligence | | | Avec la lanterne vacillante de l'intelligence, ils cherchent le trésor, qui est la vraie vie ; mais le meilleur trésor, c'est notre faculté de jouir des jeux de la lumière et des ombres. « J'ai joué à l'ombre de la jouissance » - Pétrone - « In umbra voluptatis lusi ». Le souci d'alimentation de la lampe nous fait oublier le miracle de notre Caverne vide et de ses belles ombres. L'obscurité est déjà une dyade, la lumière n'étant qu'une monade (Pythagore). | | | | |
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| intelligence | | | Le beau, le goûteux, le caressant n'existent pas sur la rétine, la langue ou la peau ; derrière l'empreinte, le cerveau reconstitue non seulement l'objet stimulant, mais la nature même de l'empreinte et perçoit l'état du stimulé, et l'esprit en résume le sens et en propage des conséquences : « la sensation comme état de conscience et comme conscience d'un état » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | Ni l'ampleur ni le self-control ne prouvent la grandeur d'un cerveau. S'étendre en profondeur, c'est à dire développer, est propre à tout esprit, comme il est propre à toute âme d'envelopper, c'est à dire de caresser en surface, tout en gardant une hauteur, de rêve ou de langage. Mais, pour mieux garder le cap haut, un gouvernail vaut mieux que les ailes, la maîtrise vaut mieux que les horizons. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit, pour concevoir, n'a besoin ni de lumière des idées ni d'ombres des sentiments ; on conçoit d'habitude dans le noir du désir ; c'est à tâtons, en avançant les sens ou les sons des mots, que le talent découvre les plus charmants objets de volupté et de pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes ne voit aucun attribut commun entre nos substances corporelle et spirituelle. Comment veut-il séparer les attributs, attachés à notre vue, à notre ouïe et même à notre toucher ? Tout y est corps et tout y est âme. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la résolution de problèmes, une rigidité dans l'imposition de contraintes ne fait que rendre plus élégante la liberté dans la recherche de solutions. « Ferme dans le choix des choses, souple dans leur traitement »** - François d'Assise - « Fortiter in re, suaviter in modo » - pour rendre invisible l'effort, on a, au contraire, besoin de fermeté en traitement. Et la sensation de vie, ou de sa source, naît indépendamment des choses choisies ; des choses évitées sont plus éloquentes. Quand on tient à caresser ou à envelopper plus qu'à adresser ou à développer, être sans frein est pire qu'être sans fins. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence n'a pas de visage ; elle est à l'esprit ce que les muscles sont au corps - presque inutile en matière des caresses. Les meilleurs des regards ne forment guère un visage, mais le plus beau visage peut être privé de regard. La hauteur - rencontre du regard et du visage. | | | | |
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| intelligence | | | Les axes, qui polluent la scène philosophique, et sur lesquels dominent la grisaille et la stérilité : essence - existence, vérité - apparence, objectif - subjectif, vital - conceptuel. Les deux seuls axes, dont aurait dû s'occuper la philosophie : caresses verbales et musicales, apportant de la consolation à l'homme angoissé, et des réflexions sur le rôle du langage, pour traduire nos frissons ou nos intuitions. | | | | |
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| intelligence | | | Le corps, ce sont des capteurs qui envoient des signaux à l'âme, qui les transforme en jouissances, en souffrances ou en connaissances (dans ce dernier cas, l'âme s'appellera esprit) : signal - caresse/blessure - musique. Leur rapport n'est ni fusion phénoménologique ni séparation bergsonienne, mais cohabitation entre la fontaine et la soif. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, là où l'on n'entend pas de musique (le marteau auriculaire de Nietzsche), il n'y a rien à chercher ; l'âme est l'esprit sachant réduire à l'ouïe tous nos sens, et la philosophie est exactement la fonction, qui réalise cette transformation. Le cœur réduit le même esprit au toucher, à la caresse. La musique, le regard, la caresse semblent être des synonymes, ou des traductions d'un même mot dans des langages divins différents. | | | | |
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| intelligence | | | La métaphore est au centre et de la philosophie et de la poésie ; mais chez le philosophe-prosateur, elle est vêtue et chargée de paillettes conceptuelles ; elle est nue, coquette et sensuelle, chez le poète. | | | | |
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| intelligence | | | On peut ne pas jeter ces étiquettes - Éternité, Être, Réalité - à condition de savoir n'en faire que des axes, qu'on orienterait à sa guise pour y dessiner des figures plus charnelles et nobles. | | | | |
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| intelligence | | | Cosmos et phusis, l'ordre représentatif de l'être et le désordre interprétatif du devenir, Apollon et Dionysos, le passage de la Création divine à la création humaine, la caresse devenant verbe, la vie tournant à l'art. | | | | |
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| intelligence | | | Un merveilleux exemple de l'éternel retour : la sensation et le désir exercent, réciproquement, une influence, l'un sur l'autre, et l'on finit par ne plus comprendre, d'où vient l'excitation, puisque la même intensité est portée par mon regard et ressentie par ma chair. L'extérieur et l'intérieur, le perçu et le conçu se fusionnent dans la volupté. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation fixe la valeur, et la (méta-)interprétation (la validation) formule une valeur de cette valeur. Aucune théorisation de cette validation n'est possible, ce qui justifie le rôle qu'y jouent souvent la noblesse d'âme ou la caresse d'esprit, plutôt qu'une obscure adéquation quelconque avec la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Si, dans ma perception, je privilégie la vue (et la compréhension), j'ai affaire à mon esprit ; et si je privilégie le toucher (et la caresse), le même organe s'appellera âme. Même Descartes, tout en partant de l'esprit, le savait : « Le premier principe est que notre âme existe ». Et quand l’œil de l'esprit se laisse guider par le toucher de l'âme, naît mon regard. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, la raison ne joue pas un rôle plus important qu’en serrurerie ; les connaissances n’apportent pas plus de rigueur au discours philosophique qu’au discours amoureux ; la sagesse ne distingue pas plus un philosophe qu’un comptable. Le philosophe est un talent, né d’une liaison entre un style poétique et une intelligence caressante. | | | | |
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| intelligence | | | Développer ses images ou pensées, c’est chercher à convaincre, - le dernier de mes soucis ; je cherche à les envelopper de caresses, pour réveiller votre sensibilité : une noblesse, un amour, une mélancolie, un enthousiasme, une intelligence rêveuse. Je préfère le rôle d’excitant à celui d’aliment. | | | | |
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| intelligence | | | Les contraintes sont des méta-principes qui réduisent le champ de mes intérêts. Dans ce champ, soit je développe une forêt de principes, soit j’y plante des arbres, des principes solitaires – la fin ou le commencement, la forteresse finale ou la caresse initiale, le discours ou le chant. Aristote est dans la forêt, et Platon – dans l’arbre ; développeur ou enveloppeur, raisonneur ou poète. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit vivifie la forme, personnelle et obscure, et stérilise le fond, commun et clair. Il est ce qui les rend provisoirement solidaires, l'intemporel et le corporel. Le temps use le fond, par ces fêlures l'esprit fuit ; ce qui reste est la lie de l’esprit - la forme, pleine d’ombres et de ténèbres, dont se nourrit le regard. « Le regard est la lie de l'homme » - Benjamin - « Der Blick ist die Neige des Menschen ». | | | | |
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| intelligence | | | Le sentiment s’entendra toujours, implicitement ou explicitement, avec la raison ; le vrai contraire de la raison est la folie. Celle-ci peut être : la mystique (discours philosophique ou religieux sur le mystère de la matière, de la vie, du temps), l’éthique (l’énigme du sacré, du sacrifice, de la fidélité), l’esthétique (le goût et l’émotion face au Beau, l’inspiration, l’imagination), la poétique (la créativité verbale ou musicale), l’érotique (la sensibilité du corps, verbale ou gestuelle). Toutes ces folies se réduisent aux caresses irrationnelles, opposées aux actes rationnels. | | | | |
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| intelligence | | | En le développant on banalise le fond ; en enveloppant de caresses la forme on l'élève. « Rien du fond n’a la suprématie » - Valéry. L’esprit géométrique ou l’esprit de finesse. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n’est pas la pensée qui trace le chemin et fixe le but, mais l’inertie et le sens commun. La pensée ne gît que dans le commencement, sous la forme d’une caresse verbale, intellectuelle ou musicale. | | | | |
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| ironie | | | Nos états d'esprit se traduisent fidèlement par nos prises de positions ; nos états d'âme sont à traduire à partir de nos poses. Caresses bestiales d'amour-propre ou tendresse musicale d'amour. Étrange parallélisme de lectures intellectuelle ou érotique du couple de mots – position-pose. | | | | |
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| ironie | | | L'ironiste est celui qui pratique l'érotique de l'esprit, en inventant des caresses aux idées les plus excitantes. « Aucune sphère des représentations n'échappe à l'interprétation par les désirs sexuels » - Freud - « Es gibt keinen Vorstellungskreis, der sich der Darstellung sexueller Wünsche verweigern würde ». | | | | |
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| ironie | | | Je vécus tant de belles sensations à la lecture de ceux qui ne faisaient qu'effleurer élégamment de beaux sujets – des caresses conçues, des caresses perçues. Quant à ceux qui creusent, forent ou percent, je n'en vis jamais qui m'émouvrait ou m'étonnerait, en exhibant des pierres précieuses ou en laissant jaillir une belle fontaine. | | | | |
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| ironie | | | Et si l'esprit et l'âme n'étaient que nos fantasmes, et si notre intérieur n'était prévu que pour les viscères et muscles ? Et si la caresse de notre peau était la dernière profondeur, qui nous soit accessible ? Même les robots doutent de l'existence d'un intérieur. | | | | |
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| ironie | | | L'éloge de la superficialité : on ennoblit la chose par un attouchement, non par une maîtrise ni par un épuisement. | | | | |
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| ironie | | | Les plumes, qui déversent des flots de réflexions sur la connaissance, sont généralement celles qui n'avaient jamais trempé dans la cornue ni caressé le nombre. | | | | |
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| ironie | | | La particularité de l'homme : animal à la fragilité des pieds sans souliers, du corps sans habit, de l'esprit sans proie clairement désignée. Mais je vois le premier Créateur, qui aurait vu l'homme immobile, nu et se sculptant soi-même. Hélas, le second fut plus rusé et moins artiste. | | | | |
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| ironie | | | Ce sont des pensées à reculons qui sont encore les plus efficaces, pour envisager l'avenir sans trop d'épouvante. Comme, pour plier le monde, rien ne vaut des « pensées à pas de colombes » - Nietzsche - « Gedanken die mit Taubenfüssen kommen », ou même des « illusions berçantes de la colombe » - Kant - « die Taube, die sich in der Illusion wiegt », dont se serait nourri Platon. | | | | |
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| ironie | | | L'avance technologique de l'âme sur le corps ne doit pas dissimuler ce paradoxe fondamental : l'âme n'est qu'un matériel, qui n'est mis pleinement en valeur que par le génie logiciel du corps. | | | | |
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| ironie | | | Éros munit la raison d'ailes, que les rats de bibliothèques déchiquettent en autant de plumes décharnées, pour griffonner des pages asexuées. | | | | |
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| ironie | | | Le Talmud réduit le côté bestial de l'homme à sa physiologie et met en relief ses trois côtés angéliques : avoir de l'intelligence, rester debout et parler hébreu - le contraire de ma vision : savoir écouter son âme, rester couché, respecter les langues mortes, gardiennes de l'éternel silence. | | | | |
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| ironie | | | Où réside la honte ? - dans le corps ou dans l'âme ? - quelle nudité a plus besoin d'être cachée ? « Le corps est l'habit de l'âme ; il en couvre la nudité et la honte » - J.G.Hamann - « Der Leib ist das Kleid der Seele. Er deckt die Blösse und Schande derselben » - la caresse sauvant l'altesse. | | | | |
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| ironie | | | Je me relis et je n'y trouve aucune trace des lieux, où je bouquinais ou bossais ; ni Moscou ni Paris, mais la Méditerranée, elle y est omniprésente, elle qui illuminait les autres, elle qui m'enténébra. Je me fiche de ma cervelle comme de mes muscles ; je veux coucher mon âme en compagnie de mes caresses. | | | | |
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| ironie | | | La surface, ou l'épiderme, permet de visualiser la profondeur ou de caresser la hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Les plus pures des abstractions antiques se trouvaient à l'aise en compagnie des ivrognes, hétaïres ou pâtres ; de quelles ivresses, de quelles voluptés peut se réclamer ce sage moderne, dont les seules quêtes sont : l'Être, l'Un et l'Ego (si enivrants et banals pour un Athénien et si sobres et ampoulés pour un Parisien), sont-ils transcendants ou transcendantaux, immanents ou réels ? - des robots enrayés, des programmes, qui bouclent dans un vide stérile des circuits sans vie. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui sont incapables de broder une vision intellectuelle du monde, veulent l'en protéger en invoquant son manteau sacré, cousu de vie réelle et impénétrable à l'abstraction. Et ils l'habillent en paillettes, ignorants qu'ils sont du fait, que l'univers n'est sacré que nu. Un déshabillage conceptuel et artistique annonce plus de promesses chaudes que leurs habits imperméables. | | | | |
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| ironie | | | La maîtrise de la verticalité : avoir sondé la profondeur, pour donner de l'élan ironique et sacrificiel à mon esprit ; avoir prêté un serment de fidélité à la hauteur, pour que s'y éploie mon âme ; avoir un pied-à-terre dans la superficialité, pour que mon cœur s'y adonne à la caresse des sens. | | | | |
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| ironie | | | Mon arbre est un compromis, ou mieux - une union, ou encore mieux - une unification entre le matérialisme et l'idéalisme : j'admire l'existence même des constantes dans l'univers de la matière et j'admire l'essence même des variables ou des inconnues, dont est capable l'univers de l'esprit. Mais l'admiration, c'est un autre nom pour désigner la caresse, qui est le commencement ou la racine de tout. | | | | |
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| ironie | | | Partout, sur mon corps, peut se loger la poésie : la caresse - poésie des doigts, la danse - poésie du pied, le chant - poésie de la bouche, l'humilité - poésie du cou, le rêve - poésie des yeux, la musique - poésie de la cervelle, le jeu - poésie du sexe, l'ivresse - poésie du palais. | | | | |
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| ironie | | | Le paradoxe doit n'être qu'une maîtresse, qu'on ne doit jamais épouser pour la vie, sinon on s'abêtit dans le ricanement et la grimace (Cioran y succombe). C'est là qu'est la différence entre ceux qui prennent congé de leurs paroles, dès que celles-ci conçurent, et ceux qui épousent leurs idées. Les naïfs, qui croient en paroles vierges, finissent par épouser celles qui n'ont aucun appât. | | | | |
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| ironie | | | Ils prennent trop à la lettre les mots de hauteur ou de profondeur et cherchent à nous proposer des échelles ou des puits, tandis qu'il suffit de nous rappeler le besoin d'ailes ou le besoin d'échos, les deux - à travers des caresses verbales et non pas des messes doctrinales. | | | | |
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| ironie | | | La caresse, pour l'âme, serait la même chose que le mordant - pour l'esprit. | | | | |
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| ironie | | | Pourquoi est-il si facile de rendre notre âme solidaire du cerveau, du visage, des mains, des pieds ou de la peau, et non pas des viscères, de l'aorte ou de la vessie ? L'âme serait-elle vissée aux opérations mécaniques et nullement - aux opérateurs organiques ? Et la peau, avec sa soif de caresses, serait-elle l'élément le plus profond de notre soi ? | | | | |
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| ironie | | | Il vaut mieux chanter en langage géométrique que narrer en langage romantique. « Newton ne verrait, dans la poitrine d'une fille, qu'une courbe, et dans son cœur, n'admirerait que sa valeur volumique » - Kleist - « Newton sah an dem Busen eines Mädchens nichts anderes als eine krumme Linie, und am ihrem Herzen war ihm nichts merkwürdig sein als Kubikinhalt ». | | | | |
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| ironie | | | Les trois hypostases indissociables de ma trinité - la caresse, le regard, la noblesse - semblent représenter le Diable, puisque l'apôtre préféré de Jésus les définit comme concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie. | | | | |
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| ironie | | | C'est dans la poésie que s'épanouit le plus naturellement la noblesse - dans un corps d'esprit sain s'épanouit un sain esprit de corps. « L'esprit sain dans un corps sain » - Juvénal - « Mens sana in corpore sano ». | | | | |
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| ironie | | | L'âme-artiste, amie des mots crus et corvéables, s'évertue à être remise à neuf ; mais l'esprit-artisan me fige, dans ses pensées en béton. Et c'est mon corps, qui n'est pas de marbre mais d'argile, qui en souffre. | | | | |
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| ironie | | | Le silence est si élastique, en volumes et en puissance, qu'on peut y fourrer la bêtise la plus vaste et exigeante. « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » - Vigny. L'un des signes des grands hommes est qu'ils sachent s'appuyer sur leur faiblesse. L'un des mérites de la faiblesse est qu'elle puisse irradier une beauté ou réveiller une force. La grandeur est l'attouchement de la perfection, la faiblesse - sa poursuite. | | | | |
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| ironie | | | Le désir de s'abandonner est le plus violent et le mieux réussi chez ceux qui voient la volupté suprême dans une maîtrise de soi. | | | | |
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| ironie | | | Les plus belles pensées sont au féminin, et j'en apprécie souvent le visage en jetant un coup d’œil discret sur ce qu'elles ont derrière elles. Malgré toute l'excitation malsaine, je pourrais leur garder mon respect, exactement comme avec les femmes. | | | | |
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| ironie | | | Le fond et la forme en littérature : mieux on maîtrise les entrailles, plus on se voue à l'épiderme. Au lieu de finasser en profondeur sur les idées qui avisent, on se met à caresser en hauteur les mots qui grisent. | | | | |
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| ironie | | | Depuis que les sages nous font peur avec leurs vérités mortelles, dont personne n'est jamais mort, mais dont la grimace continue à faire jaser, « les femmes fuient les sages comme des animaux venimeux » - Érasme - « puellae sapientem haud secus ac scorpium horrent fugiunt ». Quand la femme s'en laisse contaminer, elle acquiert la capacité de poser tant de problèmes, tout en perdant celle d'exposer des mystères : « La femme n'est intelligente qu'au détriment de son mystère »*** - Claudel. | | | | |
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| ironie | | | Hostilité pour les fausses proximités : mot-à-mot, face-à-face, pas-à-pas. Prédilection pour leurs contraires : la réinterprétation, l'effacement, le premier pas. Mais on finit par retomber dans le corps-à-corps cynique, le nez-à-nez éthylique, le côte-à-côte idyllique, le bouche-à-bouche utopique, le dos-à-dos ironique. | | | | |
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| ironie | | | Je me sens plus près des fabricants de lunettes que des analystes d'yeux ou des synthétiseurs de la nature. Ad instrumentem, le contraire de ad hoc, et plutôt que ad hominem ou ad rem, qui, après de fugitifs ad laudem et ad libitum, n'aboutissent que trop souvent à ad nauseam, quand ce n'est ad digitum, juste avant d'être envoyé ad patres. Le goût est dans le choix des choses (ab ovo), l'intelligence - dans les outils (ab actu), la hauteur - dans la part de l'homme (ad oculos), quand ce n'est de la femme - ad foeminam. | | | | |
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| ironie | | | Les sots cherchent à convaincre ; les subtils à séduire. Quand le sot se met à séduire, on entend le grincement de roues dentées. Mais lorsque le subtil se convertit en raisonneur, on dirait un rossignol en train de croasser. | | | | |
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| ironie | | | Oui, le viol est peut-être nécessaire, pour faire de beaux enfants à l'Histoire, à l'espérance ou à la littérature, mais la caresse devrait accompagner la rudesse, pour ne pas multiplier des orphelins. | | | | |
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| ironie | | | On ne parle jamais de fenêtres ou de toits, dans des édifices paradisiaques ou infernaux ; mais il y est souvent question de portes : « L'enfer a trois portes, où l'âme se perd : désir, colère, concupiscence » - Bhagavad-Gîtâ. Heureusement, il y a toujours la fenêtre de l'ironie (ad augusta), par laquelle on voit, que les portes plus étroites (per angusta) ne sont pas plus recommandables, bien que la braise y soit moins ardente. | | | | |
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| ironie | | | Mes rapports avec l’écriture ont tout d’une liaison secrète : la caresse et la jouissance la décrivent mieux que la reconnaissance sociale, professionnelle ou fiscale. Je la rencontre aux lieux obscurs et solitaires, où ne rapproche que le lointain, ne règnent que ses caprices, ne brille que mon étoile. | | | | |
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| ironie | | | J’aime cette modestie, hypocrite et ironique, de Nabokov : « Laisse tomber les idées, fais frissonner le bleu, lis avec ta moelle et non avec ton crâne » - « Dismiss ideas, train the freshman to shiver, read with your spine and not with your skull ». Les idées sont un produit collatéral, magiquement surgissant de la musique des mots. Les dangers : plus on s’occupe des bleus, moins on est attentif à l’azur ; la moelle est trop proche de la digestion des insipidités, tandis que le crâne a tout, pour apprécier le goût, l’arôme, le regard, l’écoute, la caresse d’un sourire et le rythme d’un sanglot. | | | | |
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| ironie | | | Dans l’aventure du Château en Espagne, interviennent trois personnages : l’architecte, le châtelain, le mémorialiste – l’esprit, le cœur, l’âme. L’esprit songe aux souterrains, puits, murs, toits, mâchicoulis et douves ; le cœur vit l’éclat des salons, la fête de la salle du trône, la joie des alcôves ; l’âme en voit la ruine terrestre et en reconstitue une chronique céleste. L’épique, le magique, le mélancolique. | | | | |
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| ironie | | | Me montrer par mes actes, me décrire avec mes idées, m’inventer en métaphores – je me demande, laquelle de ces images est la plus authentique ou s'exhibe mon soi le plus complet. Sceptique des actes, neutre avec les idées, je préfère la caresse et l’intensité des métaphores. | | | | |
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| ironie | | | F.Schlegel voit dans la maxime un hérisson, qui n’adresse au monde que ses piquants. Je la verrais plutôt en chat, cherchant et portant des caresses, charnelles ou musicales, au lieu des combats pour la survie du genre. | | | | |
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| ironie | | | On a l’habitude de confier à la bête le souci du corps, et à l’ange – celui de l’esprit. M’est avis, qu’en échangeant les rôles, on gagne en intensité des caresses, charnelles ou spirituelles. | | | | |
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| ironie | | | On peut juger de la monstruosité des abstractions spinozistes ou hégéliennes par cette perle (parodique?) valéryenne : « Dans ce cycle de transformations – la spécialisation, les restrictions et exclusions fonctionnelles, la polarisation, la coordination, la variance d’un système hétérogène, les échanges entre motilité, réflexes ». S’agit-il d’un tracteur qu’on met en marche ? Du remplacement d’un lavabo ? De l’écorchement d’un serpent ? Raté ! - ce sont des spécifications de l’acte sexuel ! | | | | |
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| ironie | | | Le bavard viole l'ineffable ; le laconique caresse l'indicible. | | | | |
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| ironie | | | Le commencement, dans l’écriture, est le contraire de l’enfantement : la caresse en est un aboutissement et non pas un prélude. | | | | |
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| ironie | | | Le remords est un sentiment noble, sauf, peut-être, dans l’érotisme où plus tu es imaginatif, plus triomphalement tu franchis les frontières de la honte. | | | | |
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| ironie | | | La superficialité obscure est le contraire de la platitude transparente. Une existence harmonieuse est dans la cohabitation complice entre la superficialité (caresses verbales, idéelles ou charnelles), la profondeur (érudite, spirituelle, systémique) et la hauteur (poétique, noble, ironique). | | | | |
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| ironie | | | Des voluptés des mots bien-nés naissent, en douleur, des idées naturelles. | | | | |
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| ironie | | | L’écrivain qui voit sa mission dans la traduction des pensées tout prêtes en mots fidèles ne pratique qu’un viol, dont naissent des avortons. Au contraire, l’approche d’artiste se réduit aux caresses, par l’esprit entreprenant, de paroles séduisantes, qui enfantent d’enfants naturels, de pensées imprévues. | | | | |
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| mot | | | L'ambition grisante et impossible – à travers mes mots faire parler mon âme. Les cœurs ne s'y prêtent pas non plus, ils parlent trop haut, et les âmes n'en captent que des échos rabaissés, terre-à-terre, infidèles. À l'état naturel, l'âme est nue ; c'est dans la nuit que son silence nous excite : « Le silence est une nudité de l'âme, qui s'est libérée de la parure des mots » - D.Fernandez - de jour, on ne peut l'admirer que sous cette parure. | | | | |
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| mot | | | Le vrai amoureux de perles ne les voue pas à un collier : « Les nuances se juxtaposent comme les perles : force est de supposer un fil, qui les retiendrait ensemble » - Bergson. Pour mes chères madones c'est cousu de fil blanc ou sympathique ; les gros colliers vont aux chairs des matrones. La caresse de la perle de grâce - à l'esprit, à l'âme, au corps, - ou la richesse de la pesanteur de masse, aux yeux des autres. Les marchands savent, que « les perles ne font pas le collier ; c’est le fil » - Flaubert. | | | | |
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| mot | | | Plus on touche à la prétendue profondeur des idées, plus on aspire à la délicieuse surface des mots. La meilleure possession naît des meilleures caresses, et celles-ci se dévouent plus efficacement à la peau sensible qu'aux fonds insondables. | | | | |
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| mot | | | La poésie devrait se vouer entièrement à ses mots et se moquer de ses idées ; le mot poétique est la musique, « l'idée de la poésie est la prose » - Benjamin - « die Idee der Poesie ist die Prosa » ; la prose, qui suit la musique, même en traînant ses idées, devient poésie. La langue, c'est la logique munie de musique. Le désir excite la poésie, qui enfante l'idée ; le mauvais amant confond effets et causes : « La poésie est une volupté couvrant la pensée » - Vigny. | | | | |
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| mot | | | Les mots devraient faire deviner mon âme comme les caresses, qui sculptent un corps, ou comme le regard, qui cligne à Dieu et dédaigne de s'attarder même sur l'air. Le mot, c'est Orphée, l'idée, c'est Eurydice ; et je sais ce que doit devenir l'idée, une fois que je lui aurai adressé le regard définitif. | | | | |
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| mot | | | J'aime la complétude des maîtres allemands : le même peut passer pour Lebemeister (maître de vie), Lesemeister (maître de lecture), Lügemeister (maître de menterie), Liegemeister (maître de la position couchée). Tout amateur d'éclairs ou d'étincelles sait que le Blitzkrieg réussit le mieux aux spécialistes du Sitzkrieg (rester couché) et du Kitzkrieg (s'adonner aux caresses). | | | | |
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| mot | | | Avec l'idée on épuise les choses, en les saisissant par leur centre. Avec le mot on les caresse en surface. La vraie possession est profonde et basse, la vraie caresse est superficielle et haute. Vertige des armes, vertige des charmes. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | Oui, le mot est un faussaire sur le marché du sentiment, où règne un troc délicieusement indicible. Sa convertibilité, entre fauchés des monnaies stables, permet des échanges déséquilibrés et enrichissants. | | | | |
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| mot | | | L'inspiration démocratise les dictionnaires. Quand un sentiment riche et châtié voisine soudain avec la misère des noms et s'encanaille dans une liaison avec la vulgarité des verbes. | | | | |
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| mot | | | L'amour, le lit, le pain – cette trajectoire étymologique descendante de nos troubles est reproduite sur le plan de l'amitié par l'ami, le camarade, le copain. | | | | |
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| mot | | | Les mots sont comme l'éther, vitaux mais inertes. Il faut savoir susciter de violentes tornades ou de doux courants, évoquant de lointaines contrées ou emportant vers de hauts horizons. Il faut y mêler des arômes ou en nourrir une flamme. Et l'art des contraintes consisterait à s'appuyer sur les choses aérostatiques, pour progresser et rendre aérodynamiques les choses dignes d'être caressées. Pour le regard, les poumons peuvent s'avérer plus porteurs que les yeux. « L'évolution d'un homme se réduit aux mots dont il se détourne » - Canetti - « Die Entwicklung eines Menschen besteht aus den Worten, die er sich abgewöhnt ». | | | | |
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| mot | | | Pauvreté lexicale au service de l'imaginaire : corde, en français, s'appliquant au violon, à l'arc et au suicidaire. Après tout attouchement je peux y étendre mes ailes mouillées. | | | | |
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| mot | | | Une communion de deux âmes, c'est ce qu'ambitionnent mes mots ; et ton âme, ou son regard, est ce que gagnent les yeux de ton esprit, quand il aura finalement compris, que ce que je cherchais à te procurer fut la caresse. | | | | |
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| mot | | | À l'extérieur d'une boutique, je vois, dessiné sur la vitre, le nombre 2013 ; une fois à l'intérieur, je le lis de l'autre côté, je l'épelle – Éros ! | | | | |
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| mot | | | Valéry a de la répugnance pour ce moi impur, moi qualifié, et lui oppose l'ange pur, Dieu sans nom, la femme sans ombre, l'homme sans qualités ou les qualités sans l'homme. Mais il oublie, que tout qualificatif (satellite de syntagme), dans un autre langage, peut aboutir à une pureté conceptuelle (paradigme). | | | | |
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| mot | | | Personne ne rit chez Homère ; l'amour, chez Platon, n'est que charnel ; l'enfer de Dante n'est pas plus effrayant qu'un musée minéralogique (où Dante se serait promené en touriste – Péguy ; « les formes et couleurs de la poésie de Dante sont de nature géologique » - Mandelstam - « Стихи Данта сформированы и расцвечены геологически ») - et l'on en garde le rire homérique, la passion platonique, la vision dantesque. Se méfier des adjectifs, cette cinquième colonne du hasard antonomastique. La traîtrise des noms est moins déroutante, quoique vous chercheriez en vain l'âme dans De l'âme d'Aristote (que, bizarrement, vous trouverez dans Cité de Platon), ou la nature dans Sur la nature de Parménide ou dans De natura de Lucrèce, ou la logique dans la Science de la Logique de Hegel. | | | | |
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| mot | | | En français, l'accent tonique n'est que syntagmatique, tandis que dans d'autres langues il est lexical (Betonung, stress, ударение) ; la mélodie française suit le sens et non pas le mot (mais la saveur des choses est déjà dans le mot). C'est comme si ta main fût récalcitrante à porter et à jouir des caresses, puisque ton propre épiderme ne les aurait jamais connues. | | | | |
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| mot | | | Stratagème de l'écriture : faire oublier, que le mot (verbum oratio) est corps de l'idée intelligible (verbum ratio) et faire croire, qu'il est âme d'une sensibilité indicible. | | | | |
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| mot | | | Pour les uns, penser et écrire sont du même genre ; pour d'autres, le penser-maître déniaise l'écriture-servante ; enfin, pour les meilleurs, l'écriture-Muse inspire le penser-poète. | | | | |
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| mot | | | Avec les mots, hélas, on construit ; mais le discours de rêve aspire à ce qu'on en dise ce qu'on dit d'un arbre - il ne se construit pas, il croît. La tour d'ivoire ou la Tour de Babel : créer ou seulement toucher le ciel. Mes ouvriers mélangent leurs idiomes, mais ils ne font que hanter mon chantier, sans en dicter ni hauteur ni cadences. « Tout être spirituel se bâtit une demeure, et au-delà - un monde, et au-delà encore - un ciel » - Emerson - « Every spirit builds itself a house ; and beyond its house a world ; and beyond its world, a heaven ». | | | | |
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| mot | | | Les rapports entre le mot et la pensée sont du pur érotisme ; le mot est un excitant, qui donne au corps d'une pensée des contours et des profondeurs à caresser ou à explorer. Et K.Kraus s'avoue incompétent : « La langue est la mère et non pas la maîtresse de la pensée » - « Die Sprache ist die Mutter, nicht die Magd der Gedanken ». | | | | |
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| mot | | | Je ne peux vivre dans la langue française, je ne peux que m'y pétrifier, m'y graver. Je lui survis, comme les ruines survivent au Château en Espagne, que personne n'aurait jamais habité. « Ce qui vit dans la langue, vit avec la langue » - K.Kraus - « Was in der Sprache lebt, lebt mit der Sprache » - ma cohabitation, en fantôme visitant sa maîtresse, veut se réduire aux furtives caresses, loin des cuisines et des garde-robes, près d'un toit ouvert sur les étoiles. | | | | |
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| mot | | | Sans idées charmeuses et séduisantes, le mot n'atteindra pas une pénétration. Mais sans le mot viril, tout charme des idées se fane si vite. | | | | |
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| mot | | | La langue apporte autant à la hauteur d'une écriture que le muscle à la profondeur d'une volupté : presque rien, mais c'est par ce rien que tout le reste perce. | | | | |
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| mot | | | Le meilleur habit d'une pensée excitante est transparent ; c'est dans la nudité du mot que le contact avec elle me fait retrouver son sens et perdre ma tête. | | | | |
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| mot | | | La Bible nous invite à négliger la chair, pour la livrer aux concupiscences. En français, il n'est pas clair si ce pour nous invite aux concupiscences ou au mépris de la chair. Et une perversité hygiénique y perce. | | | | |
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| mot | | | On a beau chanter la fonction, c'est à dire l'âme et la pensée, c'est l'organe, c'est à dire le corps et le mot, qui procure la jouissance la plus indubitable. « Le corps est l'organe-obstacle de l'âme, et les mots – l'organe-obstacle de la pensée » - Jankelevitch – en matières divines, le créateur, c'est à dire l'homme de l'imagination et de l'élan, est porté par la contrainte plus loin que par les moyens. | | | | |
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| mot | | | Reflétée par nos sens, la perfection du réel s'appellera, pour l'œil et l'oreille - beauté, et, pour le palais, le nez et le doigt - caresse. La caresse est la beauté incarnée, et puisque le mot est l'incarnation de l'esprit, il devrait aussi être surtout une caresse, tendant vers la beauté. | | | | |
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| mot | | | À partir de temple, de ce qui sépare l'intérieur de l'extérieur, pour créer du sacré, part une jolie bifurcation : vers le noyau profond à caresser, l'intime, et vers l'ampleur du temps, qui nous torture, en se développant, ou nous caresse, en nous enveloppant. | | | | |
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| mot | | | Face à l'âme - deux interprètes, aux rôles assez proches - le corps et la langue. Le corps perçoit et imprime ce que l'âme exprime et conçoit, mais parfois le corps devient dominateur, comme la langue, et ce qui s'appelle caresse, pour le corps, s'appellera poésie, pour la langue. | | | | |
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| mot | | | La langue me fournit un stock d'étiquettes, dont j'enveloppe (mes visions) des choses ; pour que ces étiquettes dépassent les choses et atteignent au noble grade de mots, il faut qu'elles caressent ou blessent. | | | | |
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| mot | | | Dans la félicité des caresses verbales, je ne pense pas souvent à la conception d'enfants, de ces pensées, le plus souvent illégitimes. Mais « tu enfantes de pensées, comme enfante et les porte longtemps la femme » - Prichvine - « мысли рождаются, как живые дети, и их долго вынашивают » - dans la douleur, la difformité et la perte d'appétits. | | | | |
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| mot | | | La parole fut donnée aux vulgaires, pour traduire leur pensée (Talleyrand), aux sages - pour la déguiser (Dante et Machiavel), aux intuitifs - pour la dépister, en passant. Les uns forment, avec la vérité, un couple, les autres s'en réjouissent comme d'une maîtresse, enfin les troisièmes l'approchent en dilettantes et vivent les faveurs des Muses comme promesses de rendez-vous. Convention (la règle), religion (la honte), superstition (l'extase). La poésie est la superstition du mot. | | | | |
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| mot | | | Un curieux parallélisme : l'art et l'érotisme commencent par le désintérêt pour la simple reproduction de la vie. | | | | |
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| mot | | | Grothendieck vient de mourir. Le contact avec lui me fut fort utile : ses quinze mille pages (autant que chez le délicat H.-F.Amiel), griffonnées dans la fébrilité des idées, sans le souci du mot, m'aidèrent à ériger d'excellentes contraintes : me méfier des idées, me réduire à l'ascétisme laconique, caresser le mot – merci, pauvre Alexandre. Un nom me lie à ton souvenir, celui de Cartan : les articles du père, Élie (ami de Valéry), me familiarisèrent avec le français, la perspicacité du fils, Henri, mit Alexandre sur la voie de la mathématique. Je n’aurais peut-être jamais parlé de lui, si ce n’étaient pas quelques parallèles : l’enfance au bagne ou dans un camp de concentration ; orphelins de père, la mort de nos mères joua le même rôle dans le réveil des plumes. Et le français n’était pas notre langue MATERNELLE ! | | | | |
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| mot | | | À cause de sa double origine - sons ou sens - le mot est une espèce de griffon, Minotaure ou sirène. Et sa lecture, elle aussi, peut être double : l'un songera au vol, à la course ou à la nage, et l'autre - à la puissance, à l'appétit ou à la séduction. L'un se tournera vers ce qui s'écrit, l'autre - vers ce qui aurait pu être vécu. | | | | |
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| mot | | | Ni les mots, ni même les caresses, n'arriveront jamais à rendre, fidèlement, le fond de ce qui anime notre soi, chaud, palpitant et inconnu ; mais les mots, et surtout leur forme, peuvent avoir leur propre saveur, dont la fin principale serait de nous détourner du monde extérieur et de nous laisser en tête-à-tête avec le monde intérieur. On dirait, que le chinois l'ignore : « Quand elle passe par notre bouche, la sagesse est fade et sans saveur » - Lao Tseu. | | | | |
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| mot | | | Dans toutes nos langues, la caresse corporelle, en tant qu'une métaphore, se propage partout où l'émotion a sa place : toucher – touchant, (be)rühren – rührend, тронуть — тронут. Il semblerait même, que les bons esprits eux aussi subissent la même contamination : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment toucher à l'intouchable d'une manière touchante » - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est haec, ut scias, quomodo attingitur inattingibile inattingibiliter » - on ne sait pas si l'on y est en présence d'une pensée, d'une maîtresse ou d'un poème. | | | | |
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| mot | | | L'ambigüité du mot possession – jouissance ou appartenance : je suis jouisseur du mot et propriétaire de l'idée. Le mot est plus proche de la chair et de l'âme que l'idée, affectée à la raison et à l'esprit. Je ne possède l'idée que par le mot bien membré. L'intuition dépourvue de mots n'est que désir commun ; or, l'idée vaut surtout par l'extase unique, que je lui imprime. | | | | |
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| mot | | | Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse. | | | | |
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| mot | | | La caresse s'associe avec la nudité - verbale, sentimentale ou anatomique ; Platon, qui ne préconise que deux genres d'entraînement, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, - la musique et la gymnastique, est peut-être le premier à avoir compris qu'au Commencement était la Caresse (gymnos - nudité). | | | | |
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| mot | | | Ni l'idée ni le verbe n'emplissent le premier élan créateur. Au Commencement était quelque chose, qui ne parle pas encore, mais, déjà, console. « 'Au commencement était le Verbe' - un appel à redécouvrir dans ce monde la force créatrice de la raison » - Benoît XVI - « 'Im Anfang war das Wort' - Aufruf dazu, in der Welt die schöpferische Kraft der Vernunft neu zu entdecken » - avant le mot, avant la raison, il y a le désir, caresse à donner ou caresse à recevoir. Le mot lui donne une forme et la raison - un fond. Et la création, c'est l'heureuse rencontre des deux. | | | | |
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| mot | | | Les mots et les concepts habitent deux sphères profondément différentes, avec quelques intersections minimes. Le mot est un habit, et le concept – un mannequin. Le mannequin est le plus séduisant, lorsqu'il est nu. « Méfiez-vous des concepts, chamarrés de mots ; réjouissez-vous des mots, qui mettent en valeur la nudité des concepts »** - Tsvétaeva - « Бойтесь понятий, облекающихся в слова, радуйтесь словам, обнажающим понятия ». | | | | |
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| mot | | | Ce qui nous procure les vertiges et ivresses, réels et profonds, ce sont les drogues et les liqueurs – les idées, solides ou liquides, prometteuses des finalités ; les vertiges et ivresses imaginaires et hautes naissent du regard sur les fleurs et de la lecture des étiquettes, des mots, aériens ou ardents, parlant origines et commencements. | | | | |
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| mot | | | Les pensées naissent tout habillées, comme le corps habille l'âme, les mots habillent les pensées ; on ne vit jamais les secondes sans les premiers. En revanche, les faits nus n'existant plus, les mots n'ont plus rien à y draper. | | | | |
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| mot | | | Quand le rêve l'emporte sur le mot, on préfère la montagne à l'arbre, la hauteur à la vie. Lorsqu'ils s'équilibrent, on trouve de l'arbre à chaque cime : au mont des Oliviers ou à l'Ararat - l'olivier, à l'Olympe ou au Parnasse - le laurier, au Sinaï - le buisson-ardent, au Golgotha - la croix. Quand le mot, seul, triomphe, il fait éclore le rêve - dans le vide : le mont de Sisyphe, l'élévation du mot-pierre à une hauteur, le désintérêt du mot-brique et encore plus du mot-édifice. « La pensée est le labeur de l'intelligence, la rêverie en est la volupté »*** - Hugo. Il faut alterner en nous la veille et le rêve, le philosophe et le poète (Platon). | | | | |
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| mot | | | Ce livre, malgré quelques pulsions réussies, par étouffement ou exhibition, ne peut compter que sur un regard indulgent de frère ; aucune caresse spontanée d'amante ne naîtra, hélas, de son écoute, puisque la musique des images y est trop souvent trahie par le balbutiement incontrôlable des mots infidèles. | | | | |
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| mot | | | Un écrit parfait se conçoit à deux : par un talent, excité par la langue consentante et entreprenante. C'est de la procréation. Et c'est avec un brin de chagrin ironique et frustré que je me dis astreint à une simple création, puisque la langue française reste de marbre, face à mes avances désespérées. | | | | |
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| mot | | | La conception d'une pensée, comme d'un enfant, est souvent due au hasard. La volupté génératrice se joue autour du mot. « Pour que la pensée surgisse, il faut posséder la parole, dans laquelle la pensée germe » - K.Kraus - « Nur der hat einen Gedanken, der das Wort hat, in das der Gedanke hineinwächst ». | | | | |
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| mot | | | Plus je vois comme la langue devient, pour tout le monde, langue de bois, une collection de blocs préfabriqués, plus j'ai envie de voir en elle une maîtresse de l'arbre séducteur. « La langue se livra au rite antique des noces avec l'arbre, sous la douce caresse du vent » - Benjamin - « Die Sprache vollzog die uralte Vermählung mit dem Baum. Ein leiser Wind spielte zur Hochzeit ». | | | | |
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| mot | | | Avec leurs mots, flasques et pleins d'un dynamisme grégaire, ils veulent frapper les imaginations et les esprits. Mais « les mots ne sont pas des coups » - proverbe latin - « verba non sunt verbera ». Pour celui qui ne sent qu'avec son épiderme, les mots ne peuvent pas être des caresses, cette première fonction du mot personnel. | | | | |
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| mot | | | L’émotion (excitation) nous renvoie au mouvement (la terre), Aufregung – à la hauteur (l’air), волнение – à l’onde (l’eau). Pourtant, c’est le feu qui traduirait le mieux leur sens désirable. « Que l’amour soit une mer agitée entre les rivages de vos âmes » - Kh.Gibran - « Let love be a moving sea between the shores of your souls ». Il pourrait être aussi un néant, dont l’ardeur serait entretenue par la caresse des regards, des mains, des paroles. | | | | |
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| mot | | | L’écriture idéale : ne toucher qu’aux choses qui n’ont pas encore de nom, et que tes mots les fassent découvrir par une caresse du toucher ou de l’ouïe, par l’intelligence ou par la musique. Les mots, mettant en valeur la nudité des concepts, plutôt que leurs habits. | | | | |
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| mot | | | Les paroles qui sauvent (la poésie) nous détachent des choses qui plaisent (pourtant, le nom d’Épicure signifie ce qui sauve), , mais les paroles qui plaisent (les caresses) nous attachent aux choses à sauver. Le bon sauveur doit savoir jouer sur les deux registres. | | | | |
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| mot | | | Le poète écoute ses cris et soupirs, d'où naissent des sonorités, couleurs ou mots, au milieu desquels éclosent des métaphores, ouvrant l'accès aux pensées, ces invitées de dernière minute, l'espace d'un matin. À comparer avec les penseurs, se penchant sur leurs pensées-maîtresses, pour les reproduire le plus fidèlement avec des mots moulants et coulants. Penser - l'un de ces verbes-parasites, sur lesquels le cartésien veut bâtir sa santé ! | | | | |
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| mot | | | La langue maternelle est le dernier refuge du solitaire. Pour un écrivain français, en proie à la solitude, la langue française est une douce et caressante consolation ; pour un Allemand ou un Russe, cette consolation est empreinte de mélancolie : « Quand le doute m’étrangle, tu m’es le seul soutien, - langue libre russe » - Tourgueniev - « Во дни сомнений, ты один мне опора, свободный русский язык ». « La langue allemande fut la plus fidèle consolation de ma vie » - H.Hesse - « Die deutsche Sprache ist der treueste Trost meines Lebens gewesen ». | | | | |
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| mot | | | Non seulement les cinq sens humains sont admirables et merveilleux, mais chacun donna lieu à une métaphore associée : le regard, la musique, le goût artistique, le flair, la caresse. Et si le Créateur ne s’inspirait que des métaphores, telles les Idées platoniciennes, et l’œil ou l’oreille ne seraient que leurs matérialisations ? Et ce serait pour cette raison que le Créateur ne mettrait nulle part Son nez ou Sa voix dans les affaires des hommes. | | | | |
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| mot | | | C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix. | | | | |
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| mot | | | La langue n’est qu’un attouchement, une blessure ou une caresse du corps de la pensée qui est la représentation sous-jacente ; elle n’a rien de vivant, tout en réveillant les plus vives des sensations. Pour les ignares : « La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons » - Hegel - « Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte ». La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse. Mais les sens s'éveillent en moi ; les objets et les liens sémantiques entre eux, visés par les sens, sont, la plupart du temps, dans la représentation ; les relations syntaxiques, que j'interroge, relèvent de la logique. Il ne reste au mot qu'envelopper ces élans, ces tentatives d'accès à l'extra-langagier. Dans le mot, nous nous exprimons ; nos pensées naissent et s'impriment hors la langue. | | | | |
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| mot | | | Attendre, saisir, s’approprier une idée aguichante, dépourvue de mots virils, est une posture stérile, n’échappant guère à la platitude. Il faut attendre l’appel d’un mot, c’est-à-dire d’une mélodie, d’une image, d’un élan, d’un état d’âme. Mon soi connu se pavane devant les idées impotentes ; mon soi inconnu caresse les paroles séduisantes. | | | | |
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| mot | | | En français, une belle homogénéité des contenus de nos trois facultés, celles du corps, de l'âme et de l'intelligence : la sensation, le sentiment, l'assentiment. | | | | |
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| mot | | | La pensée loge, évidemment, dans la représentation, mais on n’y atteint qu’après avoir dépouillé un discours de son enveloppe purement verbale. La langue est si riche en effets de style que cet enlèvement, en littérature, peut être une véritable caresse. | | | | |
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| mot | | | Une hauteur (la noblesse), une tonalité (l’ironie), une musique (la poésie) te dictent les mots du commencement ; de l’enchaînement des mots suivants surgissent des idées. Il faut inverser les causes et les effets dans cette analogie sartrienne : « Le désir s'exprime par la caresse comme la pensée par le langage » - vivent les caresses idéo-verbales ! | | | | |
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| mot | | | On peut penser hors langage ; mais seul un discours, caressé par le langage, peut engendrer une pensée. Contenir des germes d’une volupté langagière devrait appartenir à la définition même de la pensée, et Bergson la place Dieu sait où : « La pensée demeure incommensurable avec le langage ». | | | | |
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| mot | | | Il y a de la profanation dans la proximité entre gratuit et grâce, cher et caresse. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours il y a un sens (tourné vers le vrai et compatible avec la réalité) et une expression (visant le beau et reflétant le rêve) – formule ou caresse, calcul ou musique, savoir ou vouloir, déduire ou séduire. | | | | |
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| mot | | | La hauteur musicale, contrairement à la profondeur cervicale, n’a pas besoin de références au réel ; celle-ci est tributaire de la logique et celle-là se fie aux mélodies ; celle-ci développe la genèse des idées et celle-là enveloppe les mots de caresses stylistiques. Les idées finissent toujours dans la platitude du réel ; les mots idéels peuvent garder la hauteur de leur origine. Oui, il faut reconnaître que, pour être messager céleste, il faut placer au commencement - le verbe. | | | | |
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| mot | | | La plupart des choses vivent en concubinage bien fixé avec un mot ; ce sont les moins intéressantes ; elles servent de briques des édifices consensuels. Les plus intéressantes sont des choses, veuves ou vierges des mots : esseulées, cherchant des consolations métaphoriques, ou bien jamais embrassées, avides des caresses adamiques. | | | | |
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| mot | | | Ils connaissent l’idée à chasser, mais sur le chemin ils tombent sur du gibier aléatoire et même interdit aux armes dont ils disposent. La proie non-conforme à leur feu les rend braconniers. Les mots sont des appâts ; plus nutritifs ils sont, plus noble seront les idées-cibles sauvages qui s’y laisseront séduire. L’écriture est affaire des caresses et non pas des prouesses. | | | | |
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| mot | | | Le scientifique laisse l’initiative aux idées, la tâche subalterne de leur description étant dévolue aux mots. L’ambition de l’écrivain (poète, philosophe, penseur) est de tisser des charmes verbaux, au milieu desquels surgissent, presque par inadvertance, des idées. « Quand une fois on a goûté au suc des mots, l'esprit ne peut plus s'en passer. On y boit la pensée »** - J.Joubert. Les pensées finissent par rejoindre le fond commun de l’humanité ; les mots restent attachés à leur auteur. | | | | |
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| mot | | | En littérature, tu progresses par des détachements que tes mots osent, face, successivement, aux idées, sentiments, états d’âme, qui, fatalement, rejoignent, tôt ou tard, le patrimoine commun. L’originalité n’appartient qu’aux mots – la dernière leçon, souvent décourageante, de graphosphère. Le mot réussi est une caresse d’âme qui fait frissonner les esprits et les cœurs. | | | | |
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| mot | | | Le Verbe, muni d’un grand style, peut s’appeler Caresse. Ce qui le suit est moins important ; Il n’est qu’une introduction, un commencement ; au Commencement, donc, doit être une Caresse ! | | | | |
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| noblesse | | | Chez l'homme, ce merveilleux parallélisme entre le matériel et l'immatériel : la mémoire et le muscle accompagnent l'esprit, et ce dernier mue en âme, dès que le corps s'adonne à la caresse ou découvre les joies de la faiblesse. Le corps et la raison sont bicéphales – une tête sobre et une autre - grisée. | | | | |
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| noblesse | | | Un plaisir mystique s'appelle caresse ; jadis, et le corps et l'âme vivaient de ce salutaire mystère : « Le corps attend un supplément d'âme, la mécanique exige une mystique » - Bergson, mais aujourd'hui, la mécanique s'installa partout, où demeurait l'âme, et tout mystère spirituel trouva sa solution robotique. | | | | |
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| noblesse | | | Sauver le corps en niant le corps (les chrétiens), sauver l'esprit en niant l'esprit (les matérialistes) - je ne cherche pas le même effet : en niant la profondeur, je la condamne à la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Ni préserver, ni reproduire, mais toucher. On reproduit en volume : haute poésie, affection fine, ironie large. On touche en surface : souffle de la poésie, affection caressante, ironie volatile. | | | | |
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| noblesse | | | La sensibilité est le sens aigu des frontières. Frontières de la vie, de la poésie, des nations. L'homme insensible est un contrebandier. L'homme sensible est polyglotte, amoureux de sa patrie. Le danger ou l'ignorance des frontières inviolables travaillent le premier ; l'émotion de frontières, le connu caressant, face à l'inconnu blessant, - le second. | | | | |
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| noblesse | | | La montagne, l'arbre, la caresse – la hauteur minérale, végétale, animale – trois métaphores-hypostases de l'âme. | | | | |
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| noblesse | | | Penser que l'essentiel est dans les objets ou jugements sur eux, c'est se condamner à l'accessoire. L'essentiel est dans la position des mains, qui caressent, et surtout dans la hauteur des yeux, qui se confessent. | | | | |
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| noblesse | | | Les heures astrales ou hautes : les premières - pour ériger les écueils, les secondes - pour les surmonter. L'heure astrale : quand la raison me fait honte ou la chair me caresse. L'heure haute : quand, d'un seul coup d'œil, mon âme peut contempler tous les sommets de la vie. La félicité, c'est leur rencontre, que je vis corps et âme. | | | | |
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| noblesse | | | Pour détacher l'âme du corps, l'un a besoin de quelques notes ou de quelques syllabes, l'autre - du meurtre d'un de ces jumeaux siamois, le troisième - de tirer la prise de courant commun, qui les alimente. | | | | |
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| noblesse | | | La jeunesse, c'est un bonheur voué aux yeux ouverts, la caresse aussi réelle que la peau ; la maturité - la béatitude réservée aux yeux fermés, toute caresse naissant et croissant dans l'imaginaire. Odysseus ou Homère. | | | | |
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| noblesse | | | Au début, ils pensent protéger leur âme, en n'offrant aux autres que la vue de leur épiderme. Mais le ballet incessant des chatouilles, déchirures, caresses fait vite oublier l'auteur de toute musique ; on ne caresse pas les cordes de l'âme, on les tend, car la première fonction de la musique est le tragique et non pas le ludique. | | | | |
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| noblesse | | | Baisser les yeux, cherchant des profondeurs, des voluptés ou des hontes, - un excellent moyen pour être propulsé vers la hauteur. L'écriture aurait dû être une œuvre de la chair, où l'oreille et les yeux enflamment alternativement les mains et le cerveau. | | | | |
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| noblesse | | | Dans les profondeurs, il n'y a que très peu de points d'attache ; et en surface ils abondent. D'où l'austérité des profonds et l'exubérance des superficiels. Mais la personnalité n'a qu'une seule dimension probante - la hauteur, et elle accompagne plus naturellement les superficiels que les profonds, elle est plus près de la caresse que du forage. Et J.Benda : « En ce qui regarde l'amour, Descartes, Spinoza, H.Spencer travaillent en profondeur et Stendhal - presque uniquement en surface » - n'y est pas si idiot qu'il en a l'air. La peau n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus profond chez nous (Valéry), mais elle promet une belle hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Deux directions, dans lesquelles je peux abandonner un problème : quand il a perdu son charme, sa virginité, je lui préférerai le mystère de la pudeur ; ou bien je me vouerai au pays des solutions frigides, où aucune excitation poétique n'est de mise. Le chemin de la honte, le chemin de la pitié. | | | | |
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| noblesse | | | Pourquoi les âmes finirent-elles par devenir, comme les cervelles, tièdes, sans frisson ni fièvre ni éclat ? Parce qu'on suivit la recette platonicienne mal comprise : les nourrir. Mais au lieu de ne sélectionner que des aliments immatériels, composés d'élans et d'étonnements, pour en entretenir la pure flamme, on les encombra avec des matières lourdes, lois ou algorithmes, qui y éteignirent toute étincelle. « Étant grossier, tout esprit s'ignore et désire la chair, comme aliment et volupté »** - Boehme - « Ein jeder Geist ist rohe, und kennet sich nicht : nun begehret ein jeder Geist Leib, beides zu einer Speise und Wonne » - c'est dans l'image ou dans la donzelle que l'esprit entretient la belle illusion de soi. | | | | |
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| noblesse | | | Qu'est-ce qu'espérer ? - ne pas étouffer la voix inutile et mystérieuse du bon et du beau. L'espérance est un contact fécond et réciproque entre le cerveau et l'âme ; lorsque le premier néglige la seconde, je suis robot, et lorsque la seconde n'écoute plus le premier, je suis mouton ; dans les deux cas, je désire sans jouir, je suis exploitant du cerveau ou eunuque de l'âme ! | | | | |
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| noblesse | | | Noblesse de l'intelligence, caresse de l'existence, altesse de l'essence - tels seraient les domaines, dans lesquels je plongerais ma réflexion, si l'on me demande, pour qui je me prends, - l'arrogance est la modestie des timides. | | | | |
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| noblesse | | | Le hasard peut suffire pour assouvir une soif précoce ; il faut laisser le fond du petit bonheur-chance prendre la forme d'un grand bonheur-danse ; laisser mûrir sa soif, mûrir en hauteur, pour que seules des sources profondes puissent la satisfaire ; vivre de la soif et rêver des sources. Pour les naïfs : « La première coupe – pour la soif, la deuxième – pour la joie, la troisième – pour la volupté, la quatrième – pour la folie » - Apulée - « Prima creterra ad sitim, pertinet secunda ad hilaritatem, tertia ad voluptatem, quarta ad insaniam ». Celui qui sait entretenir la soif, sans l'assouvir comme dans une étable, souffrira, mais connaîtra la volupté et la folie des sources solitaires. | | | | |
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| noblesse | | | La vie d'un créateur consiste à traduire le visible en lisible, le devenir en l'être, le prochain en lointain ; c'est son talent qui détermine si l'on y entendra un chant ou un compte rendu, si l'on y verra une danse ou une marche, si l'on y sentira une caresse ou une violence. | | | | |
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| noblesse | | | Aussi abstraite que soit n'importe laquelle de mes remarques, je ne parviens jamais à la détacher de mon corps, c'est à dire d'une caresse ou d'une douleur, vrillées au corps de mon discours. Valéry parle d'un corps de l'esprit comme d'une inconnue sur l'arbre intellectuel. L'inhumaine pseudo-ascèse platonicienne : « mourir au corps, pour libérer l'essence et renaître à l'être » - explique l'obsession des Anciens par la minable tranquillité de l'âme, prépare le chemin à l'idée saugrenue de la résurrection, et, surtout, justifie la robotisation actuelle des esprits (esprit de corps). | | | | |
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| noblesse | | | La vulgarité des victoires, c'est l'affichage, en bonne et due forme, des droits acquis. L'imposture, dans la défaite, est une attitude noble, quand le vrai tenant de titres est un éternel absent, le bon Dieu, par exemple, celui qui est soit la caresse soit la consolation, et jamais - la bénédiction. L'ivresse réelle d'une victoire ou l'ivresse inventée d'une chute, la vérité d'une bouteille vidée ou l'imposture d'une bouteille de détresse. | | | | |
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| noblesse | | | L'émotion et l'intelligence sont d'immenses problèmes, que nous dicte le mystère de l'âme et de l'esprit, ces derniers n'étant, peut-être, que deux émanations ou deux langages de ce qu'ils appellent être ; l'être ne serait envisageable qu'à travers l'âme ou l'esprit, qui en seraient des trous (Hegel et Sartre) ou des plis (Spinoza et Heidegger), et que j'appellerais, dans la même veine érotique, - des excitants ou des excités. | | | | |
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| noblesse | | | Le bonheur nihiliste est le désir, détourné des routes et tourné vers la hauteur. C'est ainsi que je dois comprendre les Anciens, voyant le bonheur dans l'étouffement de nos désirs. Il serait plus sage de n'en chercher le chemin qu'à la verticale de mon regard sur la carte du Tendre. La hauteur est une frontière inaccessible d'un Ouvert ; et le nihilisme n'est pas dans la transgression de plates limites, mais dans la vénération de nos plus hautes frontières infranchissables et dans « l'élan vertical dans l'Ouvert » - Rilke - « den Absprung, senkrecht ins Offene ». | | | | |
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| noblesse | | | La fonction noble de l'âme – la sublimation de nos cinq sens : la musique, le flair, le goût, la caresse, le regard. L'esprit se contente du bruit, du calcul, de l'intérêt, de la possession, des yeux. | | | | |
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| noblesse | | | Le désir, ce ne sont peut-être ni les ailes de l'âme ni le plomb dans la chair, mais la hauteur dans son intensité, ou la profondeur dans sa densité. Et la volupté, ce n'est pas assouvir le désir, mais entretenir la soif, pas la convoitise mais la hantise. « Ne convoitant rien, rien ne l'entraîne vers la hauteur, rien ne l'accable jusqu'en profondeur » - Jean de la Croix - « No codiciando nada, nada le fatiga hacia arriba, nada le oprime hacia abajo » - il reste suspendu hors toute coordonnée. | | | | |
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| noblesse | | | Nommer, c'est profaner le sacré ou sacraliser le profane. « Venise me gâte Othello » - A.Suarès. Comparez avec le nom du dieu des Juifs, avec « Que ton NOM soit sanctifié » des Chrétiens ou avec le nom de la rose de Juliette. « La lutte : sans mettre des noms, des corps, des yeux » - R.Debray. Mais pourquoi pas les corps ? Par exemple, la main droite, sachant que les yeux et la main gauche peuvent ignorer ce que fait celle-là ? | | | | |
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| noblesse | | | Dans une perspective horizontale, plus je me rapproche d'une chose, plus je m'éloigne d'une autre ; dans une perspective verticale, plus je m'élève, plus lointaines deviennent toutes les choses, qui finissent par devenir les mêmes, pour mon regard nouveau-né, - tout retour éternel du même est là – tout est question des ailes et de l'intensité du regard. L'indifférence aux choses, l'ironie aux idées et au-delà - la caresse de l'art et la musique de la vie. | | | | |
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| noblesse | | | Être ou devenir, deux facettes de mon moi, l'essence et l'existence. L'être, ce sont mon intelligence et ma noblesse ; le devenir, ce sont mes actions et mon avoir. Il suffit d'avoir du talent, pour que, dans tous ces ingrédients, se manifeste ma création ; et le talent, c'est la prémonition et la maîtrise des caresses, que puissent prodiguer mon corps ou mon âme. Toute belle création est création de caresses – musicales, érotiques, intellectuelles. | | | | |
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| noblesse | | | Toute tentative d'une écriture noble aboutit à la problématique confrontation aristotélicienne entre l'intelligible et le sensible. Privilégier le concept, le système, l'inférence, bref une solution, ou bien la beauté, l'émotion, le goût – bref, un mystère - la caresse. La métaphore est une caresse, comme le sont le paradoxe, la mélodie, le rêve. Tout bon philosophe est chantre de la caresse protéiforme. | | | | |
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| noblesse | | | Les philosophes du paysage ou du climat : les premiers narrent les volumes et les surfaces et font des forêts – les parcs, des impasses personnelles – les routes communes, des horizons – les clôtures ; les seconds éprouvent la caresse des épidermes, l’embrasement des cœurs, la palpitation des âmes - ils trouvent au firmament la place de leur étoile. | | | | |
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| noblesse | | | L’âme m’éblouit avec la lumière de la beauté, le cœur me fait réjouir des ombres de la caresse, le corps m’apprend les ténèbres de la souffrance, et l’esprit unificateur les place sous l’étoile de la noblesse. | | | | |
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| noblesse | | | La vie devrait être une alternance des lointains et des proximités, donc des vertiges et des caresses, une rencontre de l’étoile et de l’arbre. « Quand la nef s’approche, la falaise lointaine se dresse en arbres, là même où le Lointain ne voyait rien »** - F.Pessõa. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme grégaire est condamné à écouter ou à reproduire le bruit du monde ; l'homme sensible est voué à entendre ou à créer de la musique ; le sens du toucher y ajoute le désir de caresser ou de consoler, et ceux de l'odorat et du goût le protègent des platitudes, celui de la vue fixe son esprit en hauteur - le désir de voir du vrai sensible, puisque pour atteindre au vrai intelligible, le cerveau tout seul suffit. | | | | |
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| noblesse | | | Aucune noblesse des hommes, que je croisai dans mon existence d’homme d’action, noblesse héréditaire, intellectuelle, sentimentale, ne dépasse, à mes yeux d’homme de rêve, en pureté, hauteur ou dramatisme, celle de ma mère, ouvrière, dans une usine délabrée, au fin fond de la Sibérie, au sol en terre nue, avec des outils et tâches, réservés aux hommes robustes. Et aucune plainte ; le soir - ses chansons mélancoliques ou la lecture de contes de fées ; la nuit – ses sanglots étouffés, qui me pétrifiaient. De jour – la ruine, la famine, la vermine. Le goût de caresses et de liberté me vint de cette horreur, multipliée par mon statut d’orphelin de père. | | | | |
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| noblesse | | | La puissance et la noblesse ne peuvent irradier que de celui qui s’illumine de ses faiblesses et de ses caresses. | | | | |
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| noblesse | | | Mets à tes Commencements l’élan ou la caresse. Ni des choses immanentes ni des savoirs transcendants, ces objets d’étude prosaïques des scientifiques. Le philosophe et le poète doivent s’occuper du chant du sujet. | | | | |
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| noblesse | | | Vaincre la sensiblerie, au nom de la beauté mystérieuse, te rend artiste ; céder à la sensualité, au nom de la volupté, te rend mystérieusement amoureux. La sagesse suprême – trouver la place du mystère poétique au milieu des problèmes prosaïques. | | | | |
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| noblesse | | | Les hautes abstractions caressent aussi bien nos pensées que nos sentiments ; elles sont de véritables excitants pour une plume alerte. Le culte des bas détails est pratiqué par des plumes d’eunuque. | | | | |
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| noblesse | | | Ton rêve est une étoile d’azur impondérable qui illumine tes caresses et tes élans ; ta réalité est un trou noir et dans sa pesanteur grouillent des calculs et des mesures. Ton regard crée le rêve ; tes yeux sont créés par le réel. | | | | |
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| proximité | | | Dommage que, pour s'adresser à Dieu on ait besoin du langage de la foi. Comme, pour se tourner vers la poésie, - d'en appeler aux mots. Ou, pour montrer l'amour, - de s'abaisser jusqu'aux gestes. | | | | |
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| proximité | | | Aujourd'hui, tous les lointains ont rejoint la proximité du présent. L'art, qui est le présent du passé, se trouve dans une familiarité dégradante avec le futur du présent, qu'est la technique. L'intimité impossible tuera la séduction de l'art et l'artiste séducteur. | | | | |
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| proximité | | | Le regard, c'est la vue, remplie de mon visage, de mon étonnement, de mes caresses, c'est le toucher intuitif guidant le goût réflexif : « La philosophie du regard s'accomplit dans un remplissement tactile de l'intuition » - Derrida. | | | | |
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| proximité | | | Quand la proximité est maintenue par le contact des épidermes, on peut ignorer les plaies du cœur de l'autre. Mais quand s'entrelacent, à une distance infinie, les cœurs, le moindre attouchement par l'autre parle bonheur ou souffrance. Le meilleur usage d'une proximité naissante doit être la sauvegarde de la distance : « Éros, où, dans la proximité de l'autre, est maintenue la distance, dont le pathétique est le fait de cette dualité »*** - Levinas. | | | | |
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| proximité | | | Les hypostases divines chez l'homme : le cœur (pour tendre vers le Bien), l'âme (pour s'émouvoir devant le Beau), l'esprit (pour prospecter le Vrai). Les sens produisent ses hypostases humaines : le regard, le goût, l'intuition, la musique, la caresse. | | | | |
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| proximité | | | Types de proximités, qu'on atteint, ayant ou son propre sol ou son propre ciel : intimité et sympathie, ou bien éros et pathos. | | | | |
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| proximité | | | Tout Dieu officiel étant une idole, le crépuscule de celle-ci annonce la mort de celui-là ; le Dieu des sages est une icône - ils saluent la ténèbre valorisant leur cierge. Idole - fond et corps ; icône - forme et visage. Concept ou image. | | | | |
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| proximité | | | Quel genre littéraire pratiquerait le bon Dieu, s'il Lui fallait paroliser le Verbe ? Je ne Le vois ni en romancier d'Éden, de Sinaï ou de Patmos, ni en psaumier, ni en libertin des Cantiques, ni même en critique de l'Ecclésiaste. Je Le verrais en Job, geignant avec un peu plus d'ironie, au milieu de ses déjections ratées. La honte se glissant par erreur dans la panoplie divine ; l'ontologie se transformant en honto-logie. | | | | |
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| proximité | | | Il suffit, que tu t'adresses non pas à tes collègues mais à Dieu, pour que tu me touches. Cet attouchement devient caresse, s'il se répercute de l'esprit à l'âme. Le talent, c'est l'art de réussir cet heureux glissement. | | | | |
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| proximité | | | L'angoisse, sans disparaître, se met à parler espérance ; le doute, sans perdre l'acuité de son problème, se mue en apaisant mystère, - c'est ainsi que je verrais la grâce. La grâce, c'est la caresse des fins et des commencements, des résignations et des révoltes. Caresse, le contraire de possession ou de maîtrise. Caresse, dans laquelle Socrate ne voyait qu'un compagnon du sensible et de l'intelligible, tandis que les hédonistes (Philèbe), plus sensibles peut-être que lui, tout en étant moins intelligibles, en faisaient un principe. | | | | |
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| proximité | | | L'air, qui est l'élément de la liberté et de la musique, sert d'étape à mon regard sur le ciel. Et le corps, peut-être, est cette terre, à partir de laquelle j’aperçois le mieux le feu divin : « Ainsi l'âme s'unit à l'âme, fût-ce par le chemin du corps » - J.Donne - « Soe soule into the soule may flow, though it to body first repaire ». Comme le mot, cherchant à embrasser mon âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées. | | | | |
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| proximité | | | Ce qu'on prend pour commencements divins - Verbe ou Amour - devient, traduit en notre modeste idiome humain, des fins ultimes - livre ou caresse, auxquels aboutissent la vie et son bonheur. | | | | |
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| proximité | | | La plus glaciale des indifférences s'appelle platitude, et la caresse, à l'opposé de la platitude, est à l'origine de l'amour, de la musique, de la poésie, de la conscience. « Une caresse brise la glace infinie du monde - telle est la leçon merveilleuse du Christ »* - Iskander - « Космический холод мира преодолевается лаской. В этом чудо учения Христа ». Dommage que le Christ se soit arrêté sur le seul premier domaine, à moins que les autres ne soient que des expansions du premier. | | | | |
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| proximité | | | Dieu est peut-être : Verbe - pour l'esprit, Amour - pour le cœur, Musique - pour l'âme et Caresse - pour le corps. Un corps, voué à la déchéance, a plus besoin de consolation que l'âme immuable : « Dieu n'est pas une exigence de l'âme, mais du corps » - R.Debray - l'esprit et l'âme se chargeant d'anesthésies ou d'euthanasies. | | | | |
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| proximité | | | Un athée est souvent un homme châtré, soit de l'intelligence, soit de la sensibilité, soit de l'âme. Ce qui peut rendre sa voix plus pénétrante. La greffe au cerveau ou aux glandes lacrymales, que subit un homme pieux, ayant rencontré Dieu, ne rend plus viriles ni sa pensée ni ses lamentations. Seule la compagnie d'un Dieu inconnu conduit à l'invention, cette seule authenticité humaine. | | | | |
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| proximité | | | Le lieu des sacrifices, c'est la hauteur, le lieu des autels et des gloires, comme la fidélité sied surtout aux profondeurs, aux lieux des défaites et des hontes. Mais les hommes perdirent ce sens des dimensions divines : « Les hommes, pour ces dieux, disposent leurs tisons non point sur des autels, mais dans des trous profonds » - J.Donne - « Men to such Gods, their sacrificing Coles, did not in Altars lay, but pits and holes ». Qu'il s'agisse de souterrains ou de femmes, trop de fenêtres et pas assez de murs laissent refroidir ma flamme. | | | | |
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| proximité | | | Qu'il s'agisse de managers ou de prêtres, on ne séduit plus, on déduit ou conduit. Ni lumières ni ombres - que la grisaille transparente. Pourtant, ils veulent frapper, même si ce n'est plus avec des foudres, mais avec des chiffres, - une conclusion logique de ces néfastes conseils : « Les prédicateurs doivent rechercher non des brillants qui égayent, ni une harmonie qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, une foudre qui brise le cœur » - Bossuet. Sans ces moyens abstraits et artificiels, il ne reste, à l'amateur de ces buts concrets et naturels, qu'à attendre des faveurs de la météorologie. Sans être magnétisé point d'êtres électrisés. | | | | |
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| proximité | | | Tout, dans la matière, dit, qu'au commencement était le Chiffre lisible - lumineux (le Ciel) ou sombre (la Terre). Tout, dans le domaine de l'esprit, dit, qu'au commencement était le Verbe incompréhensible. Un Dieu créateur fort et un Dieu rédempteur faible, pouvaient-ils être la même personne ? S'appelait-Elle - Caresse ? | | | | |
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| proximité | | | L'égale présence divine dans la merveille des choses, dans la vision que l'homme en a, dans le mécanisme des yeux. Mais, pour comprendre le dessein de Dieu, il faut se demander : quel savoir et quelle jouissance sont possibles sans recours aux yeux ? Et l'on constate que la seule science, pouvant se passer d'yeux, est la mathématique et la seule émotion, invitant même à fermer les yeux, réside dans la caresse. Aux commencements étaient le nombre et la caresse. | | | | |
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| proximité | | | On n'admire qu'à distance ; la familiarité révèle les vraies proportions, réveille des envies et des sarcasmes. Le soupir a sa place près des épidermes, pour une âme en pâmoison ; mais l'admiration a besoin d'un esprit concentré, à grandes voiles, que ce soit même avec un souffle coupé. | | | | |
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| proximité | | | Deux âmes, attirées le plus obscurément, l'une vers l'autre, du tréfonds de leurs lointains respectifs, connaissent le mieux la proximité astrale. « Les cœurs les plus proches ne sont pas ceux qui se touchent » - proverbe chinois. | | | | |
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| proximité | | | La proximité avec l'autre, nous la voulons tous. Mais il y a ceux qui tendent vers les volatiles et ceux qui se contentent des reptiles. Ceux qui se croisent de regard et ceux qui engagent les épidermes. « La hauteur ? - je n'en veux pas, c'est la proximité que je veux » - Prichvine - « Не хочу высоты, хочу близости ». | | | | |
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| proximité | | | L'ennui, c'est les dieux qui trônent et les nymphes qui rient. Tandis qu'il nous faut des dieux qui chutent et des nymphes qui pleurent. Installer l'Empyrée dans nos ruines. Mais le comble de l'ennui, c'est ne plus avoir de mythes. | | | | |
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| proximité | | | Le regard s'éloigna de l'œil au même point que le goût - de la langue, la caresse - de la main, le flair - des narines, le sens de l'harmonie - de l'oreille. Je finis par être réduit aux touches des opérateurs sans attouchement des opérandes. | | | | |
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| proximité | | | Nos meilleures attentes – d'amour, de consolation, de caresse, de fraternité – ont toujours quelque chose d'affolant, d'impossible, d'incompréhensible. Elles deviennent prière, lorsque aucune oreille, aucune main, aucun cœur ne s'en aperçoit plus. | | | | |
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| proximité | | | Le meilleur contact est sans attouchement. L'attouchement est meilleur, quand les épidermes s'ignorent. | | | | |
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| proximité | | | Le Verbe, peut-il, doit-il, veut-il devenir Chair ? Ce qui semble être la raison principale, pour rendre vivante ma plume. La Chair s'adonne trop souvent à la Lettre, la pâle incarnation du Verbe. L'Esprit innommable, c'est cela, le Verbe. | | | | |
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| proximité | | | Dans les semailles réelles, comme dans les résurrections virtuelles, le Hindou voit le corps, et le Chrétien – l'esprit ou l'âme. Mais dans l'économie humaine, le grain est de plus en plus remplacé par la conception in vitro, annoncée par des volatiles, tout de corps, sans imposer de croix à leurs élus, aux reptiles au cerveau reproductible. Les résurrections sont réservées aux mots ailés. | | | | |
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| proximité | | | Aux angles de vue sur les commencements divins dans le vivant - au langagier (le Verbe) et à l'organique (la Caresse) – on peut ajouter le mécanique : l'apprentissage (filtrage d'expériences), la formation d'algorithmes (scénarios d'exécution), le passage de la première étape à la seconde, la partie la plus énigmatique, sur-rationnelle, magique, mais visiblement implémentée jusque dans les roses et les moustiques. | | | | |
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| proximité | | | Mettre sur un même plan l'instrument et la fonction – la grammaire et la métaphore, la logique et la pensée, les doigts et la caresse – c'est un anachronisme : le Créateur imagina le sujet, avant de songer aux objets, y compris les instruments. | | | | |
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| proximité | | | Au commencement humain était certainement la caresse, dédiée à l'épiderme, à la frontière, mais les Commencements divins sont quelque part dans les profondeurs de l'intelligence et dans les hauteurs de la noblesse. « Tu fus plus profond que mes profondeurs et plus haut que mes hauteurs » - St-Augustin - « Eras interior intimo meo et superior summo meo ». | | | | |
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| proximité | | | À quel moment le Créateur songea au Bon et au Beau ? Ou à leur dénominateur commun qu'est la Caresse ? Avant ou après avoir établi l'Intelligence du Vrai ? Le Verbe ou l'Action sont déjà des manifestations de l'intelligence. « La première chose, créée par Dieu, est l'intelligence » - le Coran. | | | | |
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| proximité | | | La réalité matérielle n'a rien à envier à la réalité spirituelle en profondeur de sa magie : il n'existe aucune métrique qui quantifierait la distance entre les objets réels et leurs modèles théoriques, le bon sens valide le sens des modèles. Aucune théorie figée n'est pensable : « La seule théorie séduisante est celle dont les concepts reculent à l'infini »* - Baudrillard. La nature reste la séduction absolue. On falsifie ou réfute les modèles, on ne falsifie ni ne réfute le monde. | | | | |
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| proximité | | | Dieu créa des joyaux, l'homme ne crée que des écrins. « La beauté et l'infini veulent n'être admirés que dévêtus » - Hugo – comme le visage humain ou sa source - la face de Dieu. Le beau de la création humaine doit son attrait au drapé du mot, au pli du son, à la bigarrure du pinceau. | | | | |
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| proximité | | | Pour S.Weil, la pesanteur et la grâce s'excluent, pour Mandelstam - se complètent : « Vous renvoyez les mêmes signes, sœurs-jumelles, - la pesanteur, la grâce » - « Сёстры тяжесть и нежность ; одинаковы ваши приметы ». Elles sont parallèles, pour St-Augustin : « Ce que la pesanteur est au corps, la grâce l'est à l'âme » - « Quod enim est pondus in corporibus hoc est charitas in spiritibus ». | | | | |
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| proximité | | | Vue de près, toute chose se banalise ; le poète est créateur de lointains, où son regard s'installe, mais il est chantre de la proximité et de la caresse et non pas « admirateur du lointain » - Aristote. | | | | |
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| proximité | | | Vivre non pas des rencontres, mais des prétextes d'attouchement ou de détachement. Béni soit tout instant, qui nous unit dans une proximité céleste : en chair, en sourire, en spasme. Béni soit tout instant, qui nous désunit dans un lointain terrestre : en pensée, en rêve, en parole. | | | | |
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| proximité | | | Dieu n'émet pas de lumière, ne se manifeste pas par ses ombres. Et Nietzsche : « Quand toutes ces ombres de Dieu cesseront-elles de nous obscurcir ? » - « Wann werden uns alle diese Schatten Gottes nicht mehr verdunkeln ? » - finira par comprendre, que ce n'est pas la vue mais la caresse qui révèle le C(c)réateur, et la caresse est ressentie surtout dans les ténèbres – mystiques, érotiques, artistiques. | | | | |
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| proximité | | | Dans convaincre ou séduire il y a la même volonté d'un contact des épidermes, d'un regard à bout portant. Ne serait-il pas plus noble de se rapprocher par le même fier éloignement des choses, qui méritent qu'on y pose un regard ? « L'éloignement nous rapproche, mais loin de nous »** - Blanchot. | | | | |
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| proximité | | | La main crée la proximité, et le regard – la distance. Deux erreurs à ne pas commettre : l'orgueil de ta main qui viserait le ciel, la familiarité de ton regard qui se profanerait dans des choses basses. L'heureuse rencontre entre la main et le regard – la caresse : le proche voué au lointain. | | | | |
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| proximité | | | De l'âme et du cœur partent les regards superstitieux vers le beau ou vers le bien. Dieu ne peut trouver refuge que dans la perspective de ces regards. Mais c'est à l'esprit de préparer les fondations, faites du connu, de l'inconnu et de l'inconnaissable. | | | | |
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| proximité | | | La caresse fait de la proximité horizontale un lointain vertical, profond pour l’emphase et haut pour l’extase. | | | | |
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| proximité | | | La caresse n’est pas une approche physique, mais un moyen de jouir d’un lointain mystique, érotique ou poétique. | | | | |
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| proximité | | | Entre la nécessité, dans le monde matériel, et la liberté, dans le monde du vivant, - aucun objectif commun. Le plus grand miracle de la Création est que la demeure des esprits est matérielle. Le démiurge de la matière et l’Auteur de l’esprit ne se connurent jamais ; le gnosticisme part du nombre, et le vitalisme – du Verbe, de l’Amour, de la Caresse, ces supports de la liberté. | | | | |
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| proximité | | | L’entretien de ta mémoire te protège contre l’oubli ou le présentisme. C’est le parcours périodique de la mémoire à long terme qui en reconstitue, renouvelle ou réinvente l’essentiel. L’esprit y introduit des évaluations, des causalités et des coordonnées, spatiales ou temporelles ; le cœur y repêche des remords et des hontes ; l’âme imagine la profondeur de tes fidélités ou la hauteur de tes sacrifices et fait fusionner la forme spirituelle avec le fond corporel. Le goût pour la noblesse et la caresse, dans l’idéel courant, se reconnaissant dans la misère et la violence du réel passé. | | | | |
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| proximité | | | L’un des plus beaux miracles de la Création : pour chacun de nos cinq sens il se trouvent des objets qu’on pourrait qualifier de sublimes ! Et si Dieu eut un faible pour le toucher, pour la Caresse ? | | | | |
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| proximité | | | L’œil et la lumière, le son et l’oreille, le miel et le goût, la rose et le nez, le doigt et la caresse – en tout point de la vie le mystère est omniprésent, sans aller jusqu’à la vertigineuse liberté. Je ne parviens pas à imaginer comment un homme intelligent puisse proclamer que la vie n’a point de mystères (Valéry). | | | | |
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| proximité | | | Il fallait être un Artiste génial, pour créer les fleurs, les papillons ou les chats ; il fallait être un Logicien génial, pour rendre si profond notre chemin vers le Vrai ; il fallait être super-sensible à la pitié et à la honte, pour placer dans nos cœurs l’inexprimable sens du Bien. Celui-ci se réduit aux caresses, c’est pourquoi au Commencement était la Caresse. | | | | |
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| proximité | | | Qu'est-ce que le moi ? - le seul point de rencontre entre le plus proche et le plus lointain, le problème à égale distance entre l'évidence du mystère astral et la perplexité de sa solution corporelle. | | | | |
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| souffrance | | | Il y a des heures, où la souffrance est bien venue et des heures, où il faut la mettre à la porte. Elle est pleine d'attraits en tant que fidélité et pleine de vices en tant que sacrifice. Parfois, il faut rendre ce qui caresse, prendre ce qui oppresse. | | | | |
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| souffrance | | | Que vaut le regard, face à une plaie, à une balafre ? - Rehausser le hurlement ? Reconstituer la déchirure ? Au livre-douleur, au livre-cicatrice il faut toujours affecter un livre-regard. « Tels sont les yeux, tel est le corps » - Hippocrate. | | | | |
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| souffrance | | | Le meilleur en nous n'a ni langage ni émetteur ni force - ce terrible constat est source de la vraie souffrance. Ne communiquer avec le ciel qu'avec notre épiderme - et l'esprit et la langue en font partie - à croire que Dieu n'est pas amour verbeux, mais souffrance muette. | | | | |
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| souffrance | | | Les sentiments qui valent la mémoire sont ceux qui munissent la vie soit d'un désespoir lumineux soit d'un espoir impénétrable. « Avoir un goût libidineux pour l'abattement est une promesse de féconde vie intérieure » - Pavese - « Avere un libidinoso gusto dell'abbandono è una premessa di feconda vita interiore ». | | | | |
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| souffrance | | | La valeur d'une chose violente - d'une pensée, d'une femme, d'un enthousiasme - se révèle dans la douceur de ses crépuscules. | | | | |
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| souffrance | | | Les pas - le premier, l'intermédiaire, le dernier - se font sur ces échelles respectives : plaisir-douleur, extase-souffrance, paradis-enfer. Avec l'humilité de la première, cultiver la deuxième en visant la troisième ! | | | | |
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| souffrance | | | Les larmes de la réalité, les armes du modèle, les charmes du langage - la hauteur, la profondeur, l'étendue - la vie complète est un va-et-vient dans ces trois dimensions, ponctué de projections : platitudes de nous, flèches de toi, points de moi. | | | | |
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| souffrance | | | La volupté est l'art sublime de faire sentir la pesanteur profonde et la grâce haute, tout en restant sur la surface. Tandis que je n'arrive pas à imaginer une haute souffrance ; de même je ne peux placer la joie qu'en hauteur, jamais en profondeur. Et Nietzsche : « La volupté est plus profonde que la peine de cœur » - « Lust ist tiefer noch als Herzeleid » - a raison de rester avec une projection imaginaire plutôt qu'avec l'original réel. Ailleurs il est encore plus précis : on peut « classer les hommes d'après la profondeur, que peut atteindre leur souffrance » (« die Rangordnung, wie tief Menschen leiden können »), mais la hauteur de leurs joies les discrimine encore plus nettement. | | | | |
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| souffrance | | | Souffrant des mêmes défauts physiques, professant le même romantisme face à l'histoire, la femme ou l'Antiquité, morts au même jeune âge - quels invraisemblables parallèles entre Byron, Pouchkine et Leopardi ! | | | | |
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| souffrance | | | Contrairement au corps, la santé de l'âme se feint plus par émotion qu'elle ne se prouve par déduction ; ce que n'avait guère compris Épicure : « Il ne faut pas feindre de philosopher, mais réellement philosopher ». | | | | |
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| souffrance | | | La caresse semble être non seulement au commencement de la Création, mais elle en serait même la fin ultime, puisque mes souffrances les plus irrésistibles viennent du manque de caresses pour ma peau, mon visage ou mon esprit ; car ma mère ou ma maîtresse, mon pair ou mon frère, mon collègue ou mon adversaire ne sont pas toujours là pour entretenir mon intranquillité grandiose et glisser vers l'angoisse morose. | | | | |
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| souffrance | | | Plus haut est mon plaisir, plus profonde sera ma souffrance, qu'un équilibre, fatal, incompréhensible et terrible, introduira dans mon existence. Et la disparition de la souffrance noble, chez les hommes, est due à la platitude de leurs joies : « Aux légers plaisirs, légères souffrance ; aux immenses bonheurs, des maux inouïs »* - Balzac. | | | | |
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| souffrance | | | Tant que le plaisir, c'est à dire la caresse, chatouille mes sens ou ma raison, je n'ai pas besoin de philosophie ; aucun discours philosophique ne me rapproche du plaisir, il est anesthésiant plutôt qu'aphrodisiaque ; la philosophie hédoniste est entièrement fumiste. | | | | |
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| souffrance | | | Tout commence par le corps, la-dessus même Platon est d'accord avec Nietzsche. Mais que ce soit une déchirure, une volupté ou un contact mécanique, la première tâche de la philosophie consiste à le transformer en caresse. | | | | |
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| souffrance | | | Les repus, confondant l'âme d'avec le ventre, disent que le cœur et l'âme de la vie, c'est la souffrance. Mais tout fond de la vie, pour un artiste, est le bonheur, et c'est seulement sur l'épiderme - sur les mots opaques - qu'il dépose sa charge de souffrance, qui est l'impossibilité d'être translucide et la certitude, qu'on prend sa vivisection esthétique pour une dissection mystique. | | | | |
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| souffrance | | | Les plus sublimes des voluptés nous visitent grâce aux souffrances annonciatrices traversées : un mal d'amour, un désespoir de solitaire, un amour-propre froissé. Dans quel état se trouverait l'homme, s'il fut privé de douleurs ? - dans une léthargie (Kant) ! | | | | |
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| souffrance | | | Pourquoi la tendresse, cette partie de mon corps et de mon cœur, fait penser aux flammes des offrandes ? Parce qu'elle naît du feu de défaite, dont me marque l'autre partie de mon corps et de mon cœur, partie offerte à la honte. Et puisque la réussite sociale devint une manie universelle, la tendresse, pour la première fois dans l'histoire, disparut de toutes les sphères, où l'esprit eût la chance de se muer en âme. | | | | |
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| souffrance | | | Je me moque de leurs souffrances d'écrivailleurs, la seule que je respecte est la trouille devant le spectre d'ennui s'élevant de mes pages. Souffrir dans les bureaux, « bâiller sur la croix » (Cioran) - deux fléaux modernes. Leur manie : se vautrer dans une souffrance imaginaire au milieu d'une douceur de vivre bien réelle. Et dire que les siècles précédents s'efforçaient à inventer une douceur imaginaire au milieu des souffrances bien réelles ! L'écriture n'est que jouissance, quand on est en possession de son sujet. Même à son impuissance il faut savoir donner un ton pénétrant. | | | | |
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| souffrance | | | Je peux admettre, que le Verbe, telle une forme articulée de la Caresse, était au Commencement, mais, visiblement, il est tout à fait impuissant face à la Fin – aucune production verbale, comparable au Requiem de Mozart, au dernier Trio de Schubert, à la Pathétique de Tchaïkovsky. Et si, au Commencement, nous étions sourds, et même la première Caresse était musicale ? | | | | |
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| souffrance | | | Ces misérables et naïves proclamations des philosophes, voyant dans la passion de connaître le motif de leurs exercices. Je le verrais plutôt dans le désir de caresser : caresser, avec une humble pitié, la souffrance humaine et caresser, dans un style fier, le langage de la découverte du monde. | | | | |
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| souffrance | | | Dans la vie banale, le corps souffre, l'esprit calcule, l'âme dort. Dans la vie haute, l'âme s'adonne à l'émerveillement, l'esprit – à la souffrance, le corps - à la caresse. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance vient soit de l'excès de l'instinct de survie, soit du manque de l'instinct de vie. L'instinct de survie naît du danger et se manifeste par une lutte farouche ; l'instinct de vie loge dans l'amour et dans l'amour-propre, la caresse étant leur besoin commun. Donc, la souffrance - le muscle mobilisé ou l'épiderme non sollicitée. | | | | |
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| souffrance | | | Les deux volets de la bonne philosophie découlent tout droit des deux faces, que la vie nous présente : d'un côté, elle est une collection de nos déconfitures, et de l'autre – un tableau grandiose d'une perfection, qu'il s'agit de peindre ou de mettre en musique. D'où le double souci de caresses ou de langages. | | | | |
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| souffrance | | | L'expérience de la vie réelle, qu'elle soit parsemée de souffrances ou de dîners en ville, n'apporte rien à un écrit artistique ; n'y comptent que le don de plume et l'intelligence. D'ailleurs, les plus troublantes voluptés comme les plus féroces douleurs furent peintes par des rats de bibliothèques (le voluptueux et le tragique, qu'oppose, à tort, Pavese, sont des matériaux d'égale substance). Une raison de plus de ne pas quitter ma tanière ou mes ruines et d'éviter les ateliers ou les forums. | | | | |
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| souffrance | | | Sur son lit de mort, l'homme se retrouve dans l'état, dans lequel il est né : sans cheveux, sans dents et sans rêves, qui lui permirent, à l'âge décent, d'apprécier le goût, la caresse et l'émoi. Et il finira par retomber dans la seule chose, qu'il savait faire à la naissance, - dans les pleurs et gémissements. | | | | |
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| souffrance | | | J'éteins, successivement, mes yeux, mes caresses, mes mots, ma mémoire, ma raison – et je comprends, que ni la consolation ni l'horreur, ni la grâce ni la punition, n'ont plus aucun sens, pour mon être mort. « Et au-delà – ténèbres impénétrables, ou pureté de la face de Dieu » - A.Blok - « Над нами - сумрак неминучий, иль ясность божьего лица » - ni cette lumière ni ces ombres ne seront plus à toi. | | | | |
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| souffrance | | | Notre soi se dépose dans trois domaines : hors de nous, sur notre épiderme, au fond de nous-mêmes. Le premier réceptacle reçoit le vrai (l'universel, la puissance), le deuxième – le beau (la création, la caresse ou la souffrance), le troisième – le bon (l'amour, la noblesse, la honte). | | | | |
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| souffrance | | | La débâcle finale de tout ce qui est grandiose est une telle certitude, qu'au lieu de conduire l'homme vers une vie heureuse, cette ineptie pseudo-philosophique de tous les sots, la philosophie aurait dû chercher à l'accompagner dans le malheur, amorti par la caresse. | | | | |
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| souffrance | | | Tout bon discours philosophique s'écrit dans la nuit troublante et prend, subrepticement, la forme de caresse. Plus l'espérance est extatique, plus douce et furtive doit être la caresse ; c'est ainsi que l'excitation et la béatitude montent, lorsque je descends, sagement, sur cette échelle des promesses : salut, pardon, consolation. De sotériologue et pédagogue devenir paraclète – consolateur. La consolation est la caresse des nobles. Et la bonne philosophie est « souveraine consolatrice des âmes découragées » - Boèce - « summum lassorum solamen animorum ». | | | | |
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| souffrance | | | La plus pure des mélancolies naît de l'enthousiasme : on ne parvient pas à se maintenir à son pic extatique et finit par vivre de sa mémoire, douce, évanescente, enivrante et toujours belle. Une chute amortie en caresses. La mélancolie la moins noble gît dans les déceptions : on s'attendait aux gouffres ou cimes, et l'on se retrouve dans la platitude – l'ennui déguisé en mélancolie. | | | | |
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| souffrance | | | La lumière ne caresse pas celui qui est riche en ombres, elle l'humilie. Les vraies ténèbres ne le paralysent pas, elles le relèvent. Les ténèbres enivrent d'un air de défaite, d'une véracité du vaincu. La lumière produit un état de sobre et faux triomphe. L'hallucinogène se moque du lucifère. | | | | |
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| souffrance | | | La vie heureuse, dont prétend s'occuper une philosophie hédoniste, n'est pas à portée des discours. Si le verbe fut élu, pour y placer une part du divin, la vie humaine alors ne serait faite que pour aboutir à un beau livre (aboutissement verbal, mais qui devrait s'interdire d'aboutir !). Tout autre aboutissement est soit banal (force ou chance) soit épouvantable (beauté ou amour). Le Verbe essaya de s'incarner en un corps (son porte-parole minaudant : « Jouis ! » devant une impuissante d'amour) ou en un livre (le même jouvenceau gouailleur : « Lis ! » sous le nez d'un puissant analphabète) - deux désastres d'une sagesse, infidèle à sa hauteur. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance noble est inconsolable ; c'est pourquoi je me moque de la religion, de la victoire et de l'action. Je ne compte que sur la caresse. | | | | |
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| souffrance | | | La mélancolie et le ressentiment ont la même origine : un manque de caresses ; mais, pour le ressentiment, c'est l'amour-propre qui en éprouve l'aigreur, tandis que, avec la mélancolie, c'est l'âme ou l'épiderme qui en souffrent ; le ressentiment fait haïr le monde, et la mélancolie - l'aimer. | | | | |
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| souffrance | | | Rien de ce qui relève de l'intelligence ne résistera à la maîtrise par la machine : la logique, le langage, le style, la liberté, le hasard, l'invention. Certains états d'âme – la dignité, la résignation, la mélancolie, l'optimisme - pourront également être imités. Je ne vois qu'un seul type de plaisir, la caresse secrète, et un seul type de chagrin, la souffrance dans la joie, qui ne sauraient être machinisés. | | | | |
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| souffrance | | | Quel que soit le sens qu'on donne à opium du peuple - suspension du questionnement, foi ou espérance - même la tête la plus subtile n'échappe pas à ce besoin vital ; son opium sera : la dogmatique, pour calmer son angoisse, la sophistique, pour caresser son amour-propre, l'ironie, pour les alterner. L'angoisse allonge les bras, la requête approfondit les choses, l'espérance rehausse le regard. « En tout cas, l'espérance mène plus loin que l'angoisse » - E.Jünger - « Auf alle Fälle führt die Hoffnung weiter als die Furcht » - ce qui explique l'effet de l'opium des intellectuels (R.Aron). | | | | |
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| souffrance | | | La philosophie apollinienne est impossible, elle doit être dionysiaque, c'est à dire pénétrée d'Éros, et dont elle devrait s'inspirer, pour atténuer nos désespérances ; la volupté est virtuellement plus profonde que tout désespoir réel. | | | | |
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| souffrance | | | Les malaises qui nous guettent, à toute étape vitale spatio-temporelle, sont si pénibles qu'il faut chercher des remèdes de cheval, pour nous étourdir. Les plus désirables s'appellent consolations philosophiques, ces caresses de l'esprit, administrées à un corps ou une âme malades. C'est le mot grec pharmakon qui le rend le mieux : à la fois poison, sorcellerie et charme, neutraliser l'angoisse, valoriser le rêve, embraser le regard. | | | | |
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| souffrance | | | En philosophie, il n'y eut jamais de scission entre le camp du plaisir et celui de la souffrance ; toutes les bonnes écoles portent une part de caresses et une part de tortures, en tant que, respectivement, le souffle des commencements et la musique des fins. | | | | |
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| souffrance | | | L'homme se débat contre la vie, sans la percevoir ni, encore moins, la concevoir. « J'ai beau voir et comprendre la vie, je ne peux la toucher » - Pessõa – mes yeux manquent de regard ou mon toucher est trop loin d'être une caresse. Combattre un ange, plutôt que scruter une bête. Être un ange et en vivre la souffrance, plutôt que « se faire une bête, afin d'étouffer la douleur d'être un humain » - S.Johnson - « to make a beast of himself in order to get rid of the pain of being a man ». | | | | |
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| souffrance | | | Pour l'âme, vivre, c'est vibrer dans l'inquiétude des voluptés et des souffrances, et pour la raison - baigner dans la quiétude d'un gras bonheur. | | | | |
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| souffrance | | | Nul n'a besoin d'incantations philosophiques, pour s'adonner aux plaisirs ou béatitudes, et plus aveuglement on s'y livre mieux ça vaut ; en revanche, c'est l'irrésistible angoisse, qui finit par glisser dans les plus optimistes des âmes et qu'aucune raison n'efface ni ne calme, c'est cette intranquillité qui se tourne vers le sage, pour que celui-ci détourne l'intensité d'une souffrance muette vers une musique caressante, consolante, irrationnelle, grandiose. | | | | |
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| souffrance | | | L'âme romantique, l'éros ou la solitude me font expérimenter des formes pathétiques d'une petite mort, d'une mort théâtrale. Mais ce n'est ni en spectateur ni en acteur ni même en réalisateur que je dois affronter la vraie mort, mais en dramaturge : la beauté de la pièce de la vie me consolant devant la tombée du rideau. | | | | |
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| souffrance | | | Abus de guillemets - symptôme de graphomanie ; abus de points d'interrogation - symptôme de stérilité ; abus de points d'exclamation - symptôme de bêtise. On affirme le mieux son mal incurable par le courage d'un point final, où chacun puisse vivre en suspension : accrocher sa perfusion et tenter sa réanimation, oublier le remède, caresser le récipient roboratif et se moquer de l'excipient rébarbatif. | | | | |
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| souffrance | | | Le travail de l'oubli ou du deuil : chaque époque débusque ou enterre ses disparus : Dieu, l'histoire, le hasard. La pensée réfutée, la femme indifférente, le mot qui échappe devraient être traités en disparus et non en perdus. La mélancolie de la disparition plutôt que la tristesse ou la nostalgie de la perte. | | | | |
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| souffrance | | | Un peu d’esprit suffit pour constater, au bout de tout chemin, - un désespoir. Un bon esprit l’étouffe par l’action ou le cynisme. Un esprit noble découvre son allié charitable, l’âme, porteuse de chimères et souffleuse d’espérances, hors chemins, hors temps, hors désir même, une caresse tout intérieure, c’est-à-dire une chaleur sans ressources et une lumière sans sources. | | | | |
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| souffrance | | | Adoucir les capitulations, par des caresses verbales, plutôt que redonner l’envie de se battre, par des promesses d'idéal, - telle serait la fonction de ma consolation. | | | | |
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| souffrance | | | Tout homme délicat associe la consolation avec la hauteur et la caresse. La douceur manquant, l’homme, dans sa hauteur fébrile, est pris de vertiges et s’effondre ; dans cette chute, il trouve souvent une fausse consolation – la pensée du suicide (Nietzsche). | | | | |
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| souffrance | | | Le salut : une conscience tranquille, une paisible résignation, une lumière sans tache – toute recherche de ces béatitudes ne peut être que sotte. À son opposé – la consolation : la Vérité des glaces et des ombres, dans l’âme trouble, face aux caresses - souvenirs de la chaleur du Bien introuvable ou étincelles tremblantes du Beau réinventé, réanimé. | | | | |
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| souffrance | | | Le désespoir est présent aussi bien dans l’art que dans la vie ; dans l’art on l’ennoblit par un chant, et dans la vie on l’adoucit par la caresse. La caresse extrême – le chant du cygne. | | | | |
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| souffrance | | | Mon soi connu se reconnaît le mieux dans l’enchantement ; les douleurs sont trop communes pour n’éclairer qu’un seul individu. De plus, la douleur frappe l’esprit ou le corps, tandis que l’enchantement caresse l’âme ; et l’âme sait transformer ses douleurs en élans ou rêves. | | | | |
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| souffrance | | | Le Phédon est, peut-être, le plus beau livre sur la consolation, vue comme rencontre de la douleur et du plaisir. Mais pour Socrate les convives sont la mort et la sagesse, tandis que ce devaient être le bonheur évanescent, dont la jeunesse se ranime par un regard, caressant et ressuscitant. | | | | |
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| souffrance | | | Le Commencement d’un rêve (qui n’est pas Verbal) et la Fin d’une vie sont les moments les plus intenses. Je place la caresse (l’espérance) dans le premier ; la seconde (le désespoir) est résumée par ce gémissement évangélique, qui ne sonne tragiquement qu’en allemand : Es ist vollbracht (Bach y apporta un effet musical insurpassable). | | | | |
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| souffrance | | | Les objets de tes désirs sont immatériels et n’offrent à ta sensibilité qu’une enveloppe, une espèce de peau qui ne demande que d’être caressée par tes rêves. Le drame survient lorsque cette peau y devient moins sensible à cause soit de la pesanteur terrestre, qui t’abaisse, soit de la grâce céleste, qui te quitte. C’est ici qu’apparaît le besoin d’une consolation philosophique qui, contrairement à toutes les autres se tourne non pas vers l’avenir mais vers le passé. | | | | |
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| souffrance | | | Par ses caresses, la belle Hélène, la reine, ravit l’âme au premier Faust (celui de Ch.Marlowe), et l’on y découvre une vraie tragédie – l’incapacité soudaine de rêver, d’être artiste. La rustique Marguerite du second Faust (celui de Goethe) lui évite la tragédie, en le vouant à la banalité de l’éternité et du mal réels. | | | | |
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