| action | | | Quand la vie bat son plein, on doit choisir : être recteur de ses départs ou vecteur de son regard, être affairé ou effaré. Mais quand le regard commence à manquer de voix, on doit choisir la voie du départ, comme le firent Rimbaud et Tolstoï. | | | | |
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| action | | | L'action est une traduction libre, ce qui justifie cette cohérence : l'humilité devant ce qui est produit, ma face traduite, la fierté devant ce qui produit, ma face intraduisible. Mais leur dénominateur commun est un regard chaud (et non pas froid, comme le prétend Nietzsche) et qui est la valeur même. | | | | |
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| action | | | La hauteur n'est pas dans la capacité d'indiquer les directions (Schiller ou Nietzsche), mais dans celle de voir nettement les chemins à ne pas parcourir. Tous les chemins se dessinent dans l'horizontalité ; dans la verticalité, il n'y a ni tournants ni pentes, que des élans et des chutes : « Le chemin vers la hauteur et le chemin vers la profondeur sont un »* - Héraclite - et il n'est ni spatial ni même bidimensionnel, mais réduit à un point, où demeurera ton regard. | | | | |
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| action | | | On peut voir dans l'action le déclenchement d'un événement (conclusion d'un syllogisme pratique aristotélicien), ce qui introduira la dimension temporelle (contrairement aux syllogismes théoriques), l'événement exigeant un temps x pour être pris en compte, et conduira à l'existence de deux univers de faits, aux moments t0 et t0 + x. Même cette pseudo-logique justifie le malaise entre les prémisses morales et les conclusions factuelles. Mieux on raisonne, plus nettement monte de l'action (devant la conscience) - le mal. | | | | |
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| action | | | Les valeurs et les désirs relèvent d'un devenir mental, d'un surgissement immédiat, intemporel, opaque et initiatique ; ils s'opposent à l'être factuel de la technique et de l'action, qui sont de la durée médiate et transparente. | | | | |
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| action | | | On peut gagner une fraternité par inaction commune, mais pour gagner une amitié il faut avoir agi, et ce sont des actions basses qu'attend de moi la gent basse, pour m'accepter. Les actions n'ont pas de dimension verticale, et la gent basse est en réalité la gent large. | | | | |
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| action | | | L'héroïsme d'action n'exista jamais. « Il n'y a pas de héros de l'action. Il n'y a de héros que dans le renoncement et la souffrance »** - A.Schweitzer. Renoncer aux choses au profit des images ; souffrir des choses intraduisibles, se réjouir des images qui, intraduisiblement, les traduisent. La prétention de l'héroïsme naît de l'illusion, que l'action puisse traduire le désir. La prétention de la noblesse, qui veut orienter le désir vers des valeurs, est aussi irrecevable : « Les vecteurs avant les valeurs »** - R.Debray. Les désirs sont nos vecteurs ; et une façon, légèrement indécente, de continuer à tenir aux valeurs, dont tout le monde se fout, - c'est la farce. | | | | |
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| action | | | Tu es certainement une médiocrité, si tu ne rêves ni du bien ni de l'héroïsme ni de l'humanisme ; mais tu es un apostat, si, au nom de ces valeurs, tu ne fais qu'agir (le collectif se projetant sur l'affectif). L'action individuelle devrait n'être consacrée qu'à la beauté. | | | | |
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| action | | | Sur quelle face de notre dualité – l'ange et la bête, le rêve et l'acte, le bien voulu et le mal commis - veulent-ils exercer leur catharsis ? La première ne peut être plus pure, et la seconde est vouée à la noirceur. La vraie catharsis se réduit aux contraintes prismatiques, portant sur les axes entiers et irradiant des arcs en ciel de tout faisceau de lumière ou d'ombres. | | | | |
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| action | | | Quatre acteurs agissent en mon nom : devant tout le monde, ce sont les pires de mes interprètes - le sous-homme et les hommes ; sans témoins, se lève, quand elle n'est pas trop atrophiée, l'autre moitié - l'homme et le surhomme. Ma valeur peut rester sans expression devant tout le monde et ne s'exprimer que hors toute estrade. Le valoir, contrairement au devoir, pouvoir et vouloir, est plus dans l'impression que dans l'expression. Les grégaires pensent, que les gestes les plus nobles ou héroïques s'accomplissent devant les témoins. Le plus noble en moi est ce qui n'a pas besoin de témoins, qu'il s'agisse d'actes ou de valeurs, contrairement à ce qui est vulgaire : « Sans spectateurs ni témoins, la richesse perd toute sa valeur » - Plutarque. | | | | |
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| action | | | Réaliser la vie, c'est réussir à donner du prix à ses meilleures sensations, tâche dont seul est capable l'art. Pour être un peu plus précis : donner de la valeur et non pas du prix ; leurs chances se trouvent partout, où n'est pas encore mort l'étonnement, dont la création n'est qu'une variation ; rêver la vie est plus noble que la réaliser. « L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sans lui, nous en douterions » - A.France. | | | | |
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| action | | | Tout réduire à l'intensité et à l'acquiescement des commencements - la définition de l'éternel (commencements) retour (intensité) du même (acquiescement). Et si, en plus, on y vise les valeurs, c'est la définition même du nihilisme, qui est une technique pour se séparer du profane et un art pour produire du sacré. | | | | |
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| action | | | Le mérite principal des bonnes contraintes n'est pas de me porter plus directement vers un but, mais de créer un vecteur de mon regard, vecteur qui définira et la hauteur et le sens et les moyens de mes voyages. | | | | |
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| action | | | Leurs pensées sont orientées vers les valeurs, qui sont trop vraies pour être excitantes ; leurs actions sont orientées vers les vérités, dont la valeur est nulle, hormis la valeur marchande. | | | | |
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| action | | | Aujourd'hui, le danseur et le calculateur (Beaumarchais) exercent le même métier, après l'adhésion du premier aux valeurs du second. La danse devint calcul qui marche. | | | | |
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| action | | | La raison, comme le corps, habite l'espace-temps, et l'action est sa dimension temporelle. Son espace est occupé par ses trois hypostases : l'esprit, l'âme, le cœur – la profondeur du savoir, la hauteur de la beauté, la largeur de la fraternité. Une seule de ces dimensions manque, et voilà qu'apparaît le spectre de la platitude, d'un monde unidimensionnel ou fermé. | | | | |
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| action | | | Je commence par décomposer la valeur d'un homme sur les axes des actes, des pensées, des rêves, et je finis par n'y voir que l'homo faber commun. Même nos rêves portent des stigmates collectifs, sans parler des pensées ou des actes : « Donner une valeur à l'homme d'après les actes les plus hauts est absurde » - Sartre. C'est l'homme créateur, l'homo sacer, l'homme solitaire, ayant reçu du haut un talent sans mérite, bref - un nihiliste doué pour la métaphore, qui prend, à mes yeux, l'allure classieuse d'un vrai héros, créateur du sacré. | | | | |
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| action | | | Autour de nos actions se forment les attitudes éthique, pragmatique, intellectuelle, esthétique, et à chacune d'elles un regard mystique affectera sa place. Il va de soi, que sur tout axe éthique, la pragmatique nous poussera à éradiquer l'extrémité négative ; l'intellect nous fera reconnaître la fatalité ou la nécessité tragique de cette extrémité ; l'esthétique accordera aux deux extrémités le même droit à la présence dans nos tableaux. | | | | |
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| action | | | Très peu d’actes témoignent d’une hauteur d’esprit ; dans tout acte on peut entrevoir une part de bassesse. La hauteur est une dimension, réservée au rêve, dicté par le cœur, ou à l’écriture (de mots ou de notes), soufflée par l’âme. C’est pourquoi les belles paroles de Tsvétaeva : « Tous ceux qui parlent comme moi agissent avec une horrible bassesse ; toux ceux qui agissent comme moi parlent avec une terrible hauteur » - « Все говорящие, как я, поступают ужасно низко, а все поступающие, как я, говорят ужасно высоко » - n’expriment qu’un chaos sentimental, se prêtant bien à la poésie mais non à la pensée. | | | | |
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| action | | | Le parcours d'un homme d'action suit, chronologiquement ou abstraitement : l'esprit, ensuite - le cœur, et enfin - l'âme ; l'esthétique, l'éthique, la mystique ; c'est ainsi que, partant des choses, on traverse les valeurs, pour se retrouver dans le soi inconnu, qu'on appellera intensité, tenseur-vecteur ou hauteur. Les choses, ce sont des objets, des théories, des idéologies ; les valeurs - le bien, le beau, le juste, le libre ; la hauteur (mon terme à moi) - l'essor, le rythme, la noblesse. | | | | |
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| action | | | Mon soi inconnu ignore le langage des idées et l’action des volontés, mais il peut influencer mes échelles de valeurs, en soumettant mon action à ma pensée, et ma pensée – à mon rêve. « L’essence véritable de mon soi n’est pas Je pense, mais J’agis » - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Ich ist nicht das Ich denke, sondern das Ich handle ». J’agis est moutonnier, je pense est robotique ; il ne reste aux rares possesseurs d’un soi inconnu que je rêve angélique ! | | | | |
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| action | | | À bien scruter le fond de ton abîme, tu peux peut-être découvrir aussi la hauteur, la forme et le vertige du ciel, puisque « l'abîme appartient à la hauteur » - Heidegger - « der Abgrund gehört zur Höhe », puisque la hauteur, plus qu'une valeur à garder, est un vecteur à suivre. | | | | |
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| action | | | Je suis sceptique quant à l’intérêt de la transformation de l’être en faire (et non pas en devenir qui n’est que l’être traversant l’espace-temps). On ne se fabrique pas ; on est complet, achevé, dès sa première enfance. Les valeurs et leurs hiérarchies restent stables ; ce qui évolue, ce sont des contraintes que j’impose à mes choix capitaux. Elles portent d’abord sur les buts à viser ; ensuite – sur les parcours à emprunter ; finalement – sur les commencements à créer. Je devins un éternel débutant. | | | | |
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| action | | | L’axe temporel est horizontal - l’axe des actes, l’axe de l’Irrémédiable. Et je suis indifférent à la longueur. Il faut que je me réfugie soit dans une brève profondeur de l’intelligence, soit dans une brève hauteur de la noblesse. | | | | |
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| amour | | | Pour sauver ce qui, en étendue, n'entre pas en unisson avec la vie, il faut tenter d'en emprunter la dimension verticale. C'est ainsi qu'on garde, dans la profondeur, l'espérance, qui est pourtant plus courte que la vie, et entretient, en hauteur, l'amour, qui en est pourtant trop long. | | | | |
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| amour | | | La possession est un terme qui couvre tout un axe, allant du savoir à la femme : de la plus raisonnable des maîtrises à la plus folle des extases ; Ève en serait un symbole. Et cet axe est parfaitement parallèle à celui de l'homme, allant de l'ange, humble créateur, à la bête, fière et dominatrice. | | | | |
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| amour | | | La largesse est la dimension naturelle du cœur, comme la profondeur - celle de l'esprit et la hauteur - celle de l'âme. Il semblerait, que le seul mouvement qui, simultanément, élargisse le cœur, approfondisse l'esprit et rehausse l'âme, ce soient les passions. | | | | |
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| amour | | | Tout élan finit par s'avérer pitoyable, sans pour autant me détacher de la merveille de la vie, sauf l'appel de l'amour ; ou, peut-être, lorsque l'amour même s'écroule sur mon échelle de valeurs, mon suicide serait l'issue la plus juste. « On se supprime, quand l'amour se révèle misère, infirmité » - Pavese - « Ci si uccide perché un amore ci rivela miseria, infermità ». | | | | |
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| amour | | | La dimension temporelle va de pair avec l'horizontalité, jusque dans la platitude ; parier sur la durée, c'est condamner tout séjour dans la hauteur, dont la seule mesure est l'intensité hors temps ; l'amour est une hauteur, et lorsque le temps s'y faufile, l'écroulement est inéluctable ; ce n'est pas de l'inconstance qu'il faut se lamenter, mais de notre incapacité de rester immobiles dans le temps. D'ailleurs, l'autre nom de la hauteur serait - espace libéré du temps. | | | | |
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| amour | | | L'horizontalité socio-économique devint la seule dimension, dans laquelle évoluent les passions des hommes ; la verticalité de la vie s'articule autour de la profondeur de la réalité et de la hauteur du rêve, mais l'homme prosaïque veut abaisser le rêve, en le rapprochant de la réalité, tandis que le poète, c'est à dire l'amoureux, découvre du rêve en tout point réel, autour de l'être aimé, - des sublimations mystérieuses et immédiates. | | | | |
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| amour | | | L'amour est un vecteur et non pas une valeur ; il est le contraire d'une foi, c'est un diktat du cœur déraisonnable et libéré, comme une religion est un diktat de la peur raisonnable. Le cœur croyant, d'habitude, y capitule, au nom des valeurs insidieuses ; c'est la raison méfiante de notaires qui commande les prix à afficher. Toutefois, l'amour est plus près d'un confessionnal que d'un ambon. | | | | |
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| amour | | | On se trompe de dimension, de genre ou de langage, quand on voit dans l'amour un vaste problème (une comédie) ou une profonde solution (un mélodrame) - il est un haut mystère (une tragédie). « L'amour doit être une tragédie. Et le plus haut mystère du monde » - Kouprine - « Любовь должна быть трагедией. Величайшей тайной в мире ». | | | | |
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| amour | | | Chez l'amoureux, la bête devient ange, comme toute profondeur devient hauteur. « Ni les anges, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour » - St-Paul. L'amour - prescience créatrice de volumes infinis dédaignant la science des dimensions. | | | | |
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| amour | | | La poésie - comme les meilleures de ses dérivations : l'art, la noblesse, la philosophie - est une valeur féminine, au moins ne se justifiant que par une présence féminine. L'ignominie des temps modernes vient de la considération des valeurs masculines comme des seules valeurs humaines. | | | | |
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| amour | | | Les moments les plus précieux de la vie, ce sont deux états opposés : soit une focalisation sur une idole, soit une perte de toute échelle de valeur – tout est trouvé ou tout est à chercher. Et c'est ce que t'apporte l'amour : soit il t'électrise, soit il te désaimante. Le courant de l'invisible alimente la tête en vertiges ; les champs de l'impossible désorientent la volonté et lui font perdre son nord. | | | | |
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| amour | | | L'axe contrainte - liberté reste assez insignifiant ; à contrainte il faut chercher un opposé, suivant le sens du toucher, et je le verrais dans caresse. Au commencement était peut-être le toucher : la caresse ou la contrainte (die Zucht de Nietzsche). | | | | |
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| amour | | | Le meilleur signe de l'amour n'est ni la force ni le sacrifice ni la fidélité, mais la furtive caresse, portée par un regard, une main, un mot. Sur un axe, allant de la volupté à la consolation. | | | | |
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| amour | | | Le soi connu nous donne de l'ampleur ; le soi inconnu, lui, se décompose sur l'axe vertical : la profondeur de ce dont nous sommes porteurs et la hauteur de ce vers quoi nous nous sentons portés - nos dons, d'un côté, et nos passions, de l'autre. On nous respecte, ou tombe amoureux de nous, à cause de ce que nous portons - notre talent, notre beauté, notre rayonnement, mais on se sent heureux de vivre à côté de nous - à cause de nos palpitations silencieuses, ou de nos ombres, face à la lumière du bien, du bon, du vrai. | | | | |
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| amour | | | Vivre ensemble – la solution d’un amour pragmatique ; vivre à côté l’un de l’autre – le problème d’un amour serein ; vivre aux extrémités opposées d’un axe infini - l’amour troublant et mystérieux. | | | | |
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| amour | | | Pourquoi les amoureux sont les meilleurs des écrivains ? - parce que l'amour est le plus grand annulateur de tous les parcours du regard ; et le point zéro de l'action, de la réflexion et du sentiment sont les premières conditions d'une écriture originale et noble ; des livres sur des livres, genre florissant chez des rats de bibliothèques, n'ont de valeur qu'anecdotique. | | | | |
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| amour | | | La béatitude d’abandon, le recours à mes faiblesses heureuses – tels sont de bénéfiques effets d’un amour inexplicable, inexpliqué. Je ne comprendrai jamais les chinoiseries : « Être aimé profondément donne de la force, aimer profondément donne du courage » - Lao Tseu – d’autant moins, que je ne vis ni ne rêve l’amour qu’en hauteur. L’axiologie chinoise est déroutante. | | | | |
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| amour | | | L’artiste sent qu’une œuvre gagne en intensité, lorsqu’une proximité s’établit entre la hauteur imaginaire et la profondeur réelle, comme dans le voisinage qu’on invente entre la haute beauté et la profonde horreur. L’amour est le seul axe, où la profondeur des chutes érotiques s’entrelace, se solidarise, en toute franchise, avec la hauteur lyrique, d’où sa grandeur et son mystère. | | | | |
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| art | | | Me sentir tragique et le peindre en comique. Tendre vers le comique et susciter le tragique. Tel est le prix de mon goût des contrastes, se réconciliant sur un même axe, voué à la même intensité. | | | | |
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| art | | | Heidegger, qui voit en poésie « un éveil du regard le plus vaste » - « ein Erwachen des weitesten Blickes », inverse les rôles et se trompe de dimension : c'est un haut regard qui éveille notre fibre poétique ; tout ce qui n'est que vaste prend fin dans la platitude. | | | | |
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| art | | | En littérature, je suis hermétique au souffle de la vie, mis dans des valeurs-solutions d'une narration ou dans la résolution de problèmes métaphysiques. Le seul souffle vital, au milieu des mots, est le souffle de l'art, cette faculté fabulatrice, que je ne vois que sous forme d'équations de la vie. Une équation est un beau mystère, lorsque sa vue seule est déjà suffisante et n'exige aucun développement. L'art déductif. Un soupir se substituant à une obscure variable. L'ennemi de l'art est la constante. | | | | |
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| art | | | Comme l'œil reconstitue une image spatiale à partir d'un tableau peint en deux dimensions, l'esprit, dans un texte, cette matrice spatio-temporelle à quatre dimensions, doit saisir l'intuition des espaces au nombre infini de dimensions, la fascination des points d'origine, de l'étendue des métriques et de la hauteur des projections. | | | | |
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| art | | | Les valeurs sont dans la vie, et l'art est en leur «réécriture» (et non pas en réévaluation) en vecteurs, dans le Umwerthen aller Werthe, où le mot-clé central est aller – de toutes les valeurs sur un axe : du bien au mal, de la négation à l'acquiescement, de la puissance à la faiblesse. | | | | |
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| art | | | L'état, c'est l'harmonie, et la mélodie, c'est le contraste ; la force du talent les unifie, pour produire l'intensité d'une musique, aux origines cachées du plaisir final. Le talent, c'est l'art d'unification : un nœud, une branche, un arbre - tel est le parcours des meilleurs esprits - des points décrits, des extrémités proscrites, des axes entiers, circonscrits par la même intensité. L'unification est une dialectique vivante, qui fait que l'arbre unifié est plus riche que les arbres contrastés. La dialectique réconcilie des constantes, l'unification génère un arbre à variables nouvelles. | | | | |
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| art | | | Sur la division en naturalistes et en artificialistes : il faut séparer le regard de la vue. Le regard, cet outil de l'intelligence, doit être artificier, tandis que la valeur de la vue ne dépend que du talent et de la créativité. Les couleurs et les notes de la panoplie d'artiste n'existent pas dans la nature ; tout naturalisme de la vue n'est qu'un artificialisme (re)connu, prévisible, sans étonnement. | | | | |
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| art | | | Le non-art : une lourde préférence donnée à un choix fortuit. Le premier signe de l'art : ce n'est pas le hasard qui dicte le choix ; le second signe : la même maîtrise aurait permis de défendre un choix contraire. | | | | |
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| art | | | Il faudrait que je pétrisse mes valeurs dans des matériaux si crus, qu'ils ne se figeraient pas si vite, que le Malin lui-même les eût mis dans le creuset infernal du quotidien. L'art est le pétrissement du vase et non son remplissage. | | | | |
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| art | | | Trois axes d'opposition kierkegaardienne, dans l'art : l'éthique, la noblesse s'opposant à la vulgarité (à la correction démocratique) ; l'esthétique, le beau défiant le banal (le vrai du jour) ; le mystique, l'harmonieux fatal évinçant le hasard (sans regard vers l'intemporel). | | | | |
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| art | | | L'écriture est un acte (et non pas un rêve) surveillé par une sensibilité, une mémoire et une intelligence, ce qui le décompose sur ces axes : la hauteur du style, l'étendue de l'ambition, la profondeur de la construction. | | | | |
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| art | | | Dans le genre discursif, les lacunes témoignent du manque de maîtrise, et non pas d'une volonté délibérée d'un inachèvement artistique, comme c'est le cas chez les maximistes, qui fixent le vecteur, évoquent les valeurs, mais laissent au goût du lecteur l'accès aux intensités et aux vertiges. « L'art d'inaboutissement est l'un des plus insoumis à la raison » - Iskander - « Искусство недосказанности – одно из самых неподвластных разуму ». | | | | |
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| art | | | Une fois mon imagination détachée des choses - deux issues plausibles : une chute à cause de la pesanteur, une ascension à cause de la grâce. Je les accompagne de pitié et d'ironie - leurs trajectoires se rejoignent. L'ironie étant égalisation du risible et de l'horrible, on comprend Pouchkine : « Le rire, la pitié et l'horreur, ce sont les trois cordes de notre imagination » - « Смех, жалость и ужас суть три струны нашего воображения ». | | | | |
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| art | | | La hauteur indicible du qui devient intelligible par la profondeur du quoi et lisible - par l'étendue du comment. Les dimensions à ne pas confondre ! « Cette osmose, dans laquelle on n'arrive plus à reconnaître la frontière entre le quoi et le comment » - K.Kraus - « Jenes Ineinander, bei dem die Grenze von Was und Wie nicht mehr feststellbar ist ». Cette intersection - le point zéro de la création ! Quand le quoi et le comment s'attachent, avec un poids égal, aux buts et aux contraintes. | | | | |
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| art | | | Les valeurs particulières circonscrivent la vie, mais les axes entiers charpentent l'art. Il est trop facile de chanter la valeur de Wagner ; lui opposer celle de Bizet est bête, mais le défendre est une tâche si ardue, qu'elle est à l'honneur du talent paradoxal de Nietzsche. Son discours y est à prendre avec ironie et cynisme, sans pédanterie ni sérieux. | | | | |
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| art | | | L'art commence par la création d'un langage, et donc, dans l'ancien, il est mensonge : « L'art est de la magie, débarrassée du mensonge d'être vraie »* - Adorno - « Die Kunst ist Magie, befreit von der Lüge Wahrheit zu sein ». On bricole de la vérité dans l'authentique, on crée du beau dans l'inventé. La vérité aide à vivre, mais la beauté apprend à rêver, bien que Nietzsche pense le contraire. Mais pour celui qui s'identifie avec l'axe entier art - vie, ce n'est qu'un retour du même. | | | | |
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| art | | | La science définit la nature d'une inconnue, qu'elle finit par affecter d'une valeur connue. Le poète fait l'inverse : « Le Poète devient le suprême Savant, car il arrive à l’inconnu »*** - Rimbaud. | | | | |
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| art | | | Si la valeur de ton œuvre est sans comment, sans présence explicite de ton pinceau, on peut être sûr qu'elle fut conçue au nom de la hauteur ; Maître Eckhart se trompe et de type de justification et de dimension : « C'est à partir du fond le plus intime que tu dois opérer toutes tes œuvres, sans «pourquoi» » - « Aus diesem innersten Grunde sollst du alle deine Werke ohne Worumwillen wirken » - le profond dicte des contraintes, des matières premières ; le haut désigne la mélodie, l'édifice, un but musical et vital. | | | | |
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| art | | | L'un des axes, dans lesquels Nietzsche pratique ses retours éternels du même, est art - vie, où l'on finit par comprendre que vivre, c'est vivre en artiste, ce qui munit les deux extrémités d'une même intensité. | | | | |
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| art | | | La démarche la mieux réussie vers la musicalité d'une œuvre, c'est la démarche bien calculée nietzschéenne : la sélection d'axes intéressants, la création d'une tension entre les extrémités, entre deux langages respectifs également défendables, le refus de faire son choix sur cet axe et donc la confiance aux langages, le maintien de cette intensité comme ressource, contrainte et but de l'art. | | | | |
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| art | | | L'explication de la dégénérescence de l'art se trouve quelque part dans les rapports entre l'âme, l'esprit et la réalité. Jadis, une distance salutaire séparait l'artiste du réel ; aujourd'hui, c'est le réel qui envahit toutes les âmes et tous les esprits. L'art a beau continuer à se réclamer de l'âme, mais l'âme elle-même n'est plus qu'un pâle reflet de la réalité. Et lorsqu'on cherche la source ailleurs, on se trompe et de lieu et de dimension : « Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, ô Beauté ? » - Baudelaire - comme si le ciel avait une autre dimension que la hauteur et que posséderait l'abîme ! | | | | |
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| art | | | L'axe originel, qui, chez Nietzsche, se projette sur tous les autres, est celui de vie - art, une égale intensité répartie sur toute son étendue. Donc, ce qu'on appelle communément vital peut être qualifié, au même titre, - d'artistique. C'est surtout palpable aujourd'hui, où la vie est sans art et l'art - sans vie. | | | | |
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| art | | | La philosophie et l'art se séparèrent, puisque la philosophie ne s'occupe que de valeurs, que l'art abandonna, en se tournant du côté des prix : l'écrivain est dorénavant journaliste, le peintre - décorateur, le musicien - accompagnateur, le poète - chamane. | | | | |
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| art | | | Notre soi est toujours un mélange inextricable entre le propre viscéral et le commun mental ; clamer que je ne parle qu'en mon nom propre ou au nom des valeurs universelles n'infirme ni ne confirme rien sur la vraie part de ma voix primordiale dans le message (« Je ne peux écrire qu'à travers moi-même » - Gogol - « Не могу писать мимо себя ») ; on n'a son propre regard à soi que lorsque l'essentiel est dû au talent musical, à la fois de compositeur, d'interprète et de maître d'acoustique, et non pas aux thèmes, instruments, lieux ou forces. | | | | |
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| art | | | La poésie est la traduction du message de Dieu ; le mythe - du message des hommes, donc une traduction de la traduction. La poésie est une chute en déshérence, une supplique lancée à une belle image ou à un bel instant, pour qu'ils s'immobilisent, t'illuminent et t'abandonnent. | | | | |
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| art | | | La prose vaut par son fond, et la poésie - par sa forme ; mais un aphorisme, ce n'est qu'une frontière entre une forme finale et un fond initial ; sa valeur n'est donc accessible qu'à celui qui aime la perfection de la forme et maîtrise la naissance du fond. | | | | |
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| art | | | Le narratif et l'épique, c'est à dire le grégaire, dominent la littérature. « Le style est une dimension verticale et solitaire de la pensée »** - Barthes. Oui, le style est une tentative d'échapper à l'horizontalité commune ; sur l'axe vertical, cohabitent le beau des hauteurs et le bon des profondeurs, fusionnés par le talent. | | | | |
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| art | | | Le style est affaire du seul talent ; aucun effort ou discipline ne t'en approchent. Mais ses symptômes sont : la hauteur des contraintes, l'ampleur des moyens, la profondeur des valeurs. Il n'est pas dans le développement d'un monde en mouvement, mais dans l'enveloppement d'un mouvement, qui est l'origine d'un monde. Le style des enchaînements n'est qu'une technique artisanale ; le vrai style jaillit des commencements, il est la fidélité à la source nouvelle. | | | | |
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| art | | | La valeur inconditionnelle d'une œuvre d'art frappait, jadis, votre âme, et vous parveniez même, parfois, à en dégager des idées pour votre esprit. Aujourd'hui, devant des pinceaux ou plumes aléatoires, il faut s'interroger sur les idées, qui auraient pu guider la raison de l'auteur, pour n'aboutir qu'au prix d'un produit. | | | | |
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| art | | | Si je me crois fort en pensées, puisque j'aurais atteint une hauteur, au-dessus des autres, je dois me tromper de dimension : la hauteur doit donner le vertige de la faiblesse et du rêve. La place des pensées est la profondeur, qui, inexorablement, devient platitude, si, chemin faisant, un mot ailé ne les élève pas en hauteur. | | | | |
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| art | | | La valeur tonale d'un livre dépend de la hauteur, à laquelle interfèrent les regards de l'auteur et du lecteur. | | | | |
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| art | | | Priser ou désirer - deux effets respectifs de nos représentations ou de notre volonté ; l'intelligence et la noblesse forment les valeurs ; les désirs, eux, naissent du tempérament et de la sensibilité ; mais pour produire de la beauté, le talent seul peut suffire ; les valeurs et les passions de l'artiste ne jouent presque aucun rôle, pour la qualité de son œuvre. L'art ne sert qu'à embellir ce qui préexiste déjà en nous. | | | | |
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| art | | | La platitude est un antonyme de l'élégance, elle en est une projection unidimensionnelle, tandis que l'élégance peut être hyperbolique (la poésie), parabolique (la philosophie) ou elliptique (la mystique). | | | | |
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| art | | | C'est la qualité de la preuve - more nobilium, c'est-à-dire la fulgurance, la hauteur ou l'ironie - et non pas la valeur en elle-même, more geometrico, qui est parfois le contenu même de l'art. Que les valeurs se prouvent ou pas, le taux de vulgaires y est le même. | | | | |
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| art | | | Le consommateur ayant changé de besoin, le transporteur s'étant acoquiné avec le distributeur, le producteur d'une littérature sans prix voit ses valeurs d'usage et d'échange s'effondrer. Il ne lui reste que la valeur intrinsèque, la dignité incomestible. | | | | |
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| art | | | L'art est le regard du beau sur ce que lui soufflent ses deux interlocuteurs, la vie et la philosophie, spécialistes du bon et du vrai. L'homme, acteur de la vie, est plutôt un saint, respectueux des dogmes ; l'homme, sujet de la philosophie, est plus près du satyre, osant les limites du mal et du mépris des vérités stagnantes. Le seul moyen de réconcilier l'ampleur du premier et la profondeur du second est de se dresser à une hauteur d'artiste. | | | | |
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| art | | | L'art, c'est une mise en valeur des axes entiers – le Bien et le Mal, la force et la faiblesse, la fidélité et le sacrifice, la fierté et l'humilité, la proximité et le lointain, l'ascension et le déclin. Tandis que la vie, c'est à dire l'instinct et le bon sens, me fait pencher vers une seule extrémité, le choix éthique, avec sa tragédie – l'insignifiance des actes. La tragédie de l'art se traduit par l'ironie, que mérite l'extrémité esthétique violente, et par la pitié, qu'inspire la douce extrémité éthique ; appliquées à doses égales, elles assurent l'intensité du même. | | | | |
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| art | | | Une tâche d'artiste : les axes de valeurs opposées doivent être réduits à l'unité éthique ou esthétique. « Toutes les dualités, dans lesquelles l'esprit avait polarisé la vie, doivent être transférées dans une unité spirituelle » - Hofmannsthal - « Alle Zweiteilungen, in die der Geist das Leben polarisiert hatte, sind in geistige Einheit überzuführen » - le moyen en est - la même intensité sur tout l'axe. | | | | |
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| art | | | Surmonter les axes éthiques – bien-mal, ascension-déclin, force-faiblesse, fierté-humilité, acquiescement-négation, –, sur lesquels toutes valeurs sont différentes, en les enveloppant par un axe esthétique, qui réduit ces valeurs au même (ce qui traduit la volonté de puissance), - telle fut l'origine de la métaphore de l'éternel retour. Mais pauvre Nietzsche prit cette métaphore pour une pensée, qu'il chercha à développer par des chinoiseries lamentables autour des lois physiques ou des cycles, répétitions, anneaux. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, le Quoi découle des contraintes, le Comment – du talent, le Pourquoi – de la noblesse. Et la facette fondamentale, le Qui, est peut-être, l’harmonie en puissance ou en étendue, de ces trois dimensions. Mais l’absence d’un seul de ces dons condamne à la platitude. | | | | |
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| art | | | Une belle œuvre naît de la hauteur des contraintes, de la profondeur du talent, de l’amplitude de la matière ; cette dernière est composée d’axes entiers : « Le plus bel assemblage se fait à partir des opposés »** - Héraclite. | | | | |
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| art | | | Sans une dimension musicale, l’art est impensable. Mais on ne crée jamais la musique (par son esprit) sans porter en son âme, au préalable, une autre musique, inconsciente, intérieure, personnelle. Sans celle-ci, on peut produire des comptes rendus, de la philosophie académique, mais on n’enflammera jamais les âmes. « Le secret de l’écriture réside dans la musique involontaire dans l’âme » - V.Rozanov - « Секрет писательства заключается в невольной музыке в душе ». | | | | |
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| art | | | Il ne faut pas chercher que, au contact avec mes pages, la seule sensation qui s’en dégage soit brûlure ou glaciation ; il faut que je sois axiologue de mon climat, des accalmies aux tempêtes ; quant aux paysages, qui ne sont point mon fort, que le lecteur les reconstitue lui-même. | | | | |
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| art | | | Pour exprimer sa personnalité, une certaine unité, ou fidélité à ses choix vitaux ou artistiques, est nécessaire. L’unité des choses évoquées (tenir à leur prix - le mouton), l’unité des jugements formulés (rester fidèle à une valeur prouvée - le robot), l’unité de l’intensité chantée (maîtriser tout l’axe de valeurs mouvantes – l’artiste). Chez tous, des contradictions de forme sont inévitables ; elles son involontaires et destituantes, chez les deux premiers, volontaires et justifiées - chez le troisième. | | | | |
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| art | | | Rien d’exceptionnel dans le savoir ou dans l’intelligence de Dostoïevsky ou de Nietzsche ; il est ridicule de les comparer sur ces dimensions : « Son [Dostoïevsky] savoir n’était pas moindre que celui de Nietzsche, mais il savait aussi ce que Nietzsche ne savait pas » - Berdiaev - « Oн знaл нe мeньшe, чeм знaл Hицшe, нo oн знaл и тo, чeгo Hицшe нe знaл ». Ils ne sont grands que par la qualité du son et du ton, des mélodies et des intensités. Dostoïevsky connaît l’angoisse du Bien (l’amour, le Christ, la liberté), condamné à rester dans le cœur (le corps), et il la rend par une incessante suffocation. Nietzsche connaît la divinité du Beau (l’âme, la création, l’angélisme), dont la noblesse autocratique exige la subordination tragique des autres fibres, fussent-elles divines. | | | | |
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| art | | | La maxime – la musique et la démesure ; la poésie – la rime et la mesure. La première a une dimension de plus ; elle est de la poésie hyperbolique. | | | | |
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| art | | | Le style naît d’une pénétration du Mystère royal dans la république du Problème et de la Solution. De la Hauteur tri-dimensionnelle, céleste, inaccessible, - dans la platitude des horizons maîtrisés. Tous les regards, aujourd’hui, étant tournés vers le bas commun, il n’y a plus de styles personnels. | | | | |
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| art | | | Le beau se hisse du charme harmonieux du joli à l’élan vertigineux du sublime ; il est dans le devenir créateur, comme le bon intraduisible est dans l’être – la hauteur et la profondeur, l’axe vertical, que complète le vrai horizontal. | | | | |
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| art | | | Deux préliminaires du créateur : avoir maîtrisé les choses et élaboré des valeurs. Deux voies en partent : l’une, terrienne et profonde, de Faust, le sentier battu, l’autre, aquatique, de Narcisse, à la surface d’un lac. « Information sur les objets, formation de valeurs, transformation narcissique en création artistique » - L.Salomé - « Objektbesetzungen, Wertsetzungen, narzißtische Umsetzung ins künstlerische Schaffen ». | | | | |
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| bien | | | Du bon usage des libertés : la liberté éthique, découverte dans le sens du sacrifice ou de la honte, nous rend fraternels ; la liberté esthétique, sur l'axe du Bien, faisant tourner à la même intensité artistique les valeurs opposées, nous rend créateurs. | | | | |
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| bien | | | Je veux suivre la vertu, la tolérance, la compassion, ou bien je cède au vice, à la passion, au mépris – on s'aperçoit très vite, que la seconde attitude est plus prometteuse, pour séduire ; les sots finissent par n'exhiber que ces noires valeurs et par avoir honte des couleurs trop transparentes : « Un monstre gai vaut mieux qu'un sentimental ennuyeux » - Voltaire. Le sage prend en charge l'axe entier, sur lequel toute valeur reçoit la même intensité de ses pinceaux. | | | | |
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| bien | | | La mathématique ensembliste se prête à merveille au travail de représentation du monde matériel ; pour trouver un parallèle pour le monde des valeurs métaphysiques, la musique semble en être le prolongement le plus évident : rien ne rend mieux nos rapports avec le Bien et le beau, rapports instantanés, que toute continuité condamne au Mal ou à l'inexpressivité. | | | | |
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| bien | | | Prendre fait et cause du faible, au nom des valeurs du fort, - telle est l'attitude confortable des intellectuels d'aujourd'hui à indignation facile. Je suis pour le noble, à résignation difficile, et qui est toujours un faible et qui méprise la morale du fort. | | | | |
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| bien | | | L'homme de troupeau, c'est l'homme fort ; la pitié reste l'apanage de l'homme noble en déroute ; les valeurs sans prix ne gagnent rien dans une transvaluation ; l'intelligible est un matériau de l'art plus souple que le sensible - quand on comprend tout cela, on ne garde de Nietzsche que ses métaphores et l'on jette sans regret, à la poubelle, ses pensées. | | | | |
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| bien | | | Aujourd'hui, c'est un robot qui t'accorde l'aumône. Le salut du mendiant suivit le progrès humain : la pitié, la lâcheté, la mécanique. « Au lieu de faire de l'éthique une dimension de la pitié, on en fera la maxime de processus » - Badiou - vos processus impitoyables déterrent des situations et enterrent la pitié. | | | | |
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| bien | | | De l'irréductibilité des sens : dans le Bien, le beau ne doit jouer aucun rôle ; dans le beau, il faut aller au-delà du Bien. La pitié est la valeur extrême du Bien, il faut donc aller même au-delà de la pitié, devenir impitoyable - tel est le message - nullement anti-humaniste ! - de Nietzsche ! Mais la pitié est aussi une des valeurs extrêmes du vrai, « qui nous conduit sur les bords privés de mots, où subsistent seules la pitié, la tendresse et l'amertume »** - Valéry. | | | | |
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| bien | | | Dieu créa l'axe du Bien, sans en fixer ni le point zéro ni l'unité de mesure ; reconnaître l'inquiétante mobilité de ces deux paramètres est signe de la liberté et de la noblesse d'un homme, mais c'est ce qui le prive et de la paix d'âme et de la sérénité d'esprit. Le sot soit encense un Bien absolu soit fustige un mal absolu, tandis que n'est absolue que l'existence de l'axe. Aucun repère n'éloigne définitivement ton acte de la proximité axiale du mal. | | | | |
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| bien | | | Pour être dans le Bien, il suffit de rester en soi-même ; pour faire le bien, il faut se porter au lointain et ne pas en voir les effets. Le Bien n'est question ni d'étendue ni de volume, mais d'une seule dimension - de la hauteur. Moins bas on met la racine du Bien, plus on se fait du bien au sommet de soi-même. | | | | |
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| bien | | | Les valeurs métaphysiques n'ont pas de négation : le Bien, qui nous travaille, n'a pas besoin d'un Mal, qui n'existe que dans l'acte et jamais - dans le cœur, comme le frisson du Beau dans l'âme n'a rien à voir avec le frisson du dégoût dans les yeux ou dans la raison. | | | | |
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| bien | | | Ce qui est tragique, ce n'est pas que le mal triomphe du Bien, mais que tout axe du Bien doit forcément comporter une composante du mal, dès que l'action ou l'intelligence se joignent au sentiment. | | | | |
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| bien | | | Pour Nietzsche, au-dessus, ou mieux, au-delà de tous les axes, Bien - mal, puissance - maladie, nihilisme - acquiescement, surhomme - dernier homme, seigneur - esclave, ce qui compte, c'est la mesure dite intensité, la pose, véhémente et incohérente, et non pas une position, sobre et argumentée. Pour se permettre d'être impitoyable et éhonté, par combien de hontes et de pitiés avalées a-t-il dû passer ! Et de même, Platon, avec ses diatribes contre la démocratie et les poètes dans la cité. On ne connaît que trop les positions des philosophes ; on n'en connaît pas assez les poses. De Vinci ou Valéry, apportant à l'art davantage d'intensité, en incluant la science au même axe artistique. Héraclite, chantant l'harmonie d'opposés. | | | | |
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| bien | | | La morale articulée, servant de justification de nos actes, n'a pas grand-chose à voir avec la morale inarticulée, cette valeur métaphysique, à l'origine de nos péchés, de nos hontes et de nos enfers. On a raison de bannir la première de nos meilleures sources, mais il n'est donné à personne d'endiguer le flux de la seconde, flux né dans des hauteurs inconnues des actes. | | | | |
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| bien | | | Les tentatives de traduire le Bien en mots fidèles échouent aussi lamentablement que de le traduire en actes fidèles. Tout hymne au Bien se transforme en banalités disgracieuses. Si je tiens à la qualité littéraire, je dois renoncer aux valeurs ponctuelles et ne m'attacher qu'à l'axe entier, s'inspirant d'un infini et se projetant vers un autre, tous les deux inaccessibles. | | | | |
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| bien | | | Mesurer, sur les axes métaphysiques du Bien, du beau et du vrai, est une opération assez banale ; c'est le choix d'origines et d'unités de mesure qui est délicat. Sur l'axe du vrai, l'origine est dans l'axiomatique et l'unité - dans l'élégance déductive ; sur l'axe du beau, l'origine est désignée par le libre arbitre du goût et l'unité s'évalue par rapport aux autres artistes ; enfin, sur l'axe du Bien, l'origine coïncide avec le commencement de tout acte et l'unité est dictée par l'intensité de la honte. | | | | |
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| bien | | | On nous a tant attendris avec la mesure du Bien et tant terrorisés avec la démesure du mal, que j'ai fini par vénérer l'impénétrable démesure du Bien, hors toute réalité, et par me désintéresser de la trop transparente et réelle mesure du mal. | | | | |
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| bien | | | Deux axes primordiaux, sur lesquels s'évalue tout homme : force - faiblesse, pureté - impureté, critère social ou critère intime. La bête surgit du premier axe, l'ange se profile dans le second. Mais, pour un créateur, par-dessus ces axes se mettent le talent et la noblesse, dans une unification par intensité. | | | | |
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| bien | | | Il existent deux approches du Bien et du Mal : une vision profonde ou un haut regard ; la première perçoit la justice et l'action – la liberté et l'égalité, les valeurs des solidaires ; la seconde conçoit la noblesse et le rêve – la fraternité, le vecteur des solitaires. | | | | |
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| bien | | | Aucune réaction, active et adéquate, à l'appel du Bien ne nous est possible ; nous sommes condamnés à rester passifs, face à la voix pourtant la plus irrépressible. Ni notre désir ni notre pouvoir ne peuvent s'associer avec le nom de Bien. La volonté de puissance ne s'applique qu'aux valeurs de la vie et de l'art ; elle est le refus de réduire celles-ci aux valeurs morales. Dans l'art, fusionné avec la vie, le Bien a la valeur d'excitant et non pas de nourriture roborative. | | | | |
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| bien | | | La honte apparaît en hauteur chaque fois que je cède à la tentation d'agir au nom d'un Bien profond ; mais c'est peut-être ce qui entretient une intensité sur l'axe primordial pitié-honte et rend la vie plus dense : « Seuls ceux qui se mettent à l'œuvre du Bien vivent pour de bon » - Tolstoï - « Живут лишь те, кто творит добро » - puisque leur pitié aura rejoint leur honte. | | | | |
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| bien | | | Le Bien souverain : pouvoir tenir à l'excellence, c'est à dire, sur l'axe, que je trace moi-même, avoir l'audace de me (dé)vouer à la valeur la plus noble, la plus brillante ou la plus intelligente, à laquelle s'adonnera ma voix, mais me servir de tous les registres de cet axe, pour ma musique ouverte. | | | | |
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| bien | | | Pour illustrer l'ampleur de l'axe du Bien, les exemples hyperboliques valent mieux que les statistiques ; un nietzschéen conséquent, au lieu de s'attarder, comme jadis, sur César Borgia, faute de saints ou de martyrs, choisirait aujourd'hui mère Térésa. | | | | |
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| bien | | | Sur les axes du Bien et du mal, de l'acquiescement et du nihilisme, de l'art et de la vie, la dépolarisation, c'est soit la platitude de l'indifférence, soit l'intensité, égale en artistisme. Des tours, aléatoires et anonymes, ou le retour éternel du même. | | | | |
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| bien | | | Le vrai dans la seule logique, le beau comme objet de l'esthétique, le Bien étudié par l'éthique, tout cela cerne les valeurs, mais ne renseigne pas sur les vecteurs. Il faut, pour cela, se mettre par-delà le domaine lui-même, pour l'observer à partir des frontières, qui ne lui appartiennent pas. | | | | |
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| bien | | | La liberté spirituelle est une valeur mineure, se réduisant à une banale évaluation de la part du conformisme ; la seule liberté, qui mérite réflexion, est la liberté éthique, le pouvoir de sacrifier son soi connu, ce conducteur du mal, pour rester fidèle à son soi inconnu, à cette source du Bien, être autre (Sartre). La liberté est le pouvoir de rester avec l'intraduisibilité du Bien en actes, qui, toujours, relèvent du mal. | | | | |
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| bien | | | Dans la vie, je commence par clamer, dignement, en homme ordinaire, que je préfère le Bien au mal ; ensuite, fièrement, en poète, je reconnais, que la musique du Bien est au-dessus du Bien ; et je finirai, humblement, en philosophe, par savoir créer de la même musique, à partir du mal, - au-delà de l'axe du Bien et du mal, le beau voisinant avec l'horrible. | | | | |
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| bien | | | La liberté est définie par la nature du passage à l'action : ses sources, ses dépassements, sa forme finale. Est libre celui qui, conscient des valeurs mystiques et esthétiques, les traduit en vecteurs éthiques. Et il faut être conscient, que les valeurs éthiques (les fichues vertus) n'existent pas ; ce n'est pas à l'éthique que de dicter nos choix pragmatiques. | | | | |
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| bien | | | Il faut posséder un sacré don sophistique, pour trouver à l'ombre et à la lumière, au Bien et au mal – une nature identique (Heraclite). La lumière et le Bien sont des principes divins, et l'ombre et le mal - les actions humaines déployées sur ces axes divins ; toute grande création est pénétrée d'ombres et entachée de mal, qui est ombre de la honte. | | | | |
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| bien | | | C'est l'existence même des axes du Bien et du Beau, et non pas des valeurs extrêmes sur eux, qui empêche que ce monde ne se réduise à une platitude sans dimension divine. « Si vraiment Dieu existe, d'où vient le mal ? Mais d'où vient le Bien, s'Il n'existe pas ? » - Boèce - « Si deus est, unde mala ? Bona vero unde, si non est ? ». | | | | |
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| bien | | | La hauteur n'héberge qu'une seule valeur apriorique – le Bien. Toutes les autres ont des projections cohérentes sur la réalité profonde ou sur la plate action. « Toute moralité, privée de paradoxes, est basse » - F.Schlegel - « Moralität ohne Sinn für Paradoxie ist gemein » - toute morale, même bardée de paradoxes, est une projection ratée. | | | | |
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| bien | | | Il est trop commun de clamer d'être pour le Bien et contre le mal. L'homme se trouve toujours quelque part au milieu de cet axe. « L'humanité de l'homme, c'est cette différence de tension affective, entre les extrémités de laquelle le cœur est placé » - Ricœur. L'artiste est celui qui, de cette tension, extrait la même intensité en tout point de l'axe. | | | | |
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| bien | | | La philosophie la plus noble n'est ni métaphysique, ni transcendantale, ni ontologique, ni phénoménologique, mais - axiologique. Le seul à l'avoir mis en pratique (sans jamais l'avoir bien formulé) fut Nietzsche : sa réévaluation de toutes les valeurs signifie, en pratique, que, pour un axe donné (sélectionné par notre goût de noblesse), ce ne sont pas nos valeurs privilégiées qui comptent, mais l'intensité égale (éternel retour du même), dont notre talent et notre intelligence sont capables de munir les deux extrémités de cet axe. Le nihilisme, le Bien et le mal, la volonté de puissance fournissent les exemples les plus frappants de cette noblesse insurpassable. | | | | |
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| bien | | | Une valeur éthique, généralisée par un vecteur esthétique, devient un axe intellectuel. Le bon, porté par le beau, vers l'harmonie du vrai. | | | | |
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| bien | | | Ma gentillesse, ma probité, ma compétence – je me mets à les décrire, en toute authenticité, sans dissimulation aucune, et la sottise de cette opération m'inonde de honte. Non seulement ma conscience découvre des failles morales dans ces vertus empiriques, mais, ce qui s'avère décisif, ma plume trouve des qualités paradoxales dans les valeurs contraires. C'est ainsi que naît la volonté de puissance : l'approfondissement de l'éthique et l'élévation de l'esthétique. | | | | |
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| bien | | | Je me solidarise avec le Bien, ou bien je me fais chantre du Mal – trop de naturel dans la position, trop d'artifice dans la pose. Du point de (la) vue d'homme (de mon soi connu), je dois passer à l'axe du regard de surhomme (de mon soi inconnu). Aucun point ne peut être nouveau ; ne vaut (pour l'éternité) que l'axe, que mon regard isole, colore, anime et enterre. | | | | |
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| bien | | | Si les sophistes et Nietzsche effacent la frontière entre le Bien et le mal (die Grenze zwischen Gut und Böse verwischt sich), cela ne veut pas dire, que la vie en soit entachée au même point, mais que, au royaume des actes, cette frontière est impossible à tracer ; mais devant la conscience et devant les mots, cette frontière est chaque fois recréée et redessinée avec netteté, par la sensibilité ou par le talent. Platon et Aristote nous ennuient avec leurs valeurs ou prix fixes, tandis que ce sont des vecteurs à variables (des arbres !) qui décrivent mieux le monde. | | | | |
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| bien | | | La connaissance est ennemie des valeurs métaphysiques : avec elle, le Bien quitte le bien en tant que bien, et le beau cesse d'être beau. En tant que (l'être en tant qu'être…) signifie – hors toute définition, d'une façon permanente et immanente. Pour n'être qu'un bon raisonneur, il suffit de rester dans le modèle courant ; pour être un bon créateur, il faut en sortir, pour en inventer un autre. Si, pour sentir la valeur d'une transcendance, je ne fais qu'en lire le prix avalisé, je n'en participerai pas. L'achèvement complet est un manque, la plénitude définitive est pire qu'un vide. | | | | |
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| bien | | | Tout est dit ; le droit de créer des valeurs est une misère, puisque toutes les valeurs passèrent déjà en revue ; il ne reste que des vecteurs, c'est à dire l'indicible, qui ne vaudra que par son chant ou par sa musique ; aux valeurs marchandes ou marchantes, on ne peut opposer que des vecteurs, qui nous mettent en danse ou nous rendent sans prix. | | | | |
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| bien | | | La vie et l'art – les coordonnées d'une création, la longitude et la latitude d'un corps cosmique, né de l'unification d'une âme et d'un esprit. La vie, c'est le climat de ma latitude ; l'art, c'est la maîtrise de tous les paysages de l'axe longitudinal, d'un pôle à l'autre ; mais les mêmes forces telluriques, les mêmes fonds, le même Soleil, bien que des constellations différentes. Il se trouve, que la longitude du Beau est à l'opposé de celle du Bien, tout en étant son prolongement – à la profondeur de celui-ci correspond la hauteur de celui-là. | | | | |
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| bien | | | Mes vecteurs restent au fond de mon soi inconnu, et mes valeurs se forment par l’activisme extérieur de mon soi connu. Seul le Bien semble sortir de cette dichotomie : « Le fait éthique ne doit rien aux Valeurs » - Levinas. | | | | |
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| bien | | | Se proclamer défenseur de l’extrémité positive d’un axe éthique est banal ; devenir chantre de l’extrémité négative est cynique ; savoir être créateur sur les deux extrémités, c’est être axiologue, être artiste. | | | | |
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| bien | | | La seule étincelle divine, vouée à rester chaleur des sentiments, sans se transformer ni en lumière des actes ni en ombres de la création, c’est le Bien. Et puisque la philosophie est l’art de répartition des ombres et des lumières, la fonder sur l’éthique, sur l’Autre, est une naïveté, du même ordre que la bêtise de ceux qui la réduisent au Vrai, aux connaissances. La philosophie devrait ne partir que du Beau, dont il faut remplir tous les axes vitaux, allant, par exemple, de la comédie de l’essence à la tragédie de l’existence, ou bien des ombres du mot à la lumière de l’idée. | | | | |
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| bien | | | Les vertus sont des sédimentations des pratiques sociales, et la compassion n’est pas une vertu. En fonction de la hauteur de sa plume, l’artiste choisit sur l’axe compassion – indifférence la valeur, qui permette de garder l’intensité maximale de ses propos. L’indifférence soutient l’orgueil, la compassion entretient la fierté. Nietzsche est orgueilleux, et moi, je suis fier. De plus, la pitié pour celui qui est plus brillant que toi, mais qui souffre davantage, demande de l’intelligence, dont manquait notre philologue. | | | | |
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| bien | | | Le Bien, c'est un péager qui, à la frontière entre l'art et la réalité, prélève des taxes sur tout artiste, voulant goûter du réel. D'où les artistes radins, qui refusent de mettre les pieds dans la réalité et logent leurs valeurs au-dela du Bien. « Notre sens du Beau est taxé par la morale » - Nabokov - « Чувство красоты в нас обложено пошлиною нравственности ». | | | | |
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| bien | | | Il n'y a que deux valeurs métaphysiques - le beau et le Bien, puisqu'ils échappent à toute nécessité ; les aveugles du beau tâtonnent sur l'être, les sourds du Bien se disputent l'avoir. La nécessité commande le vrai ; c'est pourquoi, tout en le découvrant en nous-mêmes, on le retrouve, miraculeusement, hors de nous, la rencontre de la transcendance et de l'immanence. Mais les plus éclopés se vautrent dans la platitude du vrai, qui n'est pas de leur fait et donc dépourvu de beauté profonde et de haute bonté. | | | | |
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| bien | | | La vérité consolide la profondeur, la beauté bénit la hauteur, mais le Bien n’a pas de dimension à occuper, il reste un point de départ qui renie tout pas vers le réel. Mais tous ces trois sens sont d’origine divine, contrairement à, disons, la noblesse qui, pour ne pas être trop étroite - a besoin du vrai, et pour ne pas être trop mesquine - a besoin du haut. La noblesse se rapporte au Bien, comme l’intelligence à la Vérité ou le talent à la Beauté – les efforts humains vers les cibles divines. | | | | |
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| cité | | | Les sociétés fermées se projettent sur le firmament voûté ; les sociétés ouvertes - sur les platitudes de l'histoire. Dans les premières on redresse les têtes récalcitrantes - par le bâton ou par la boue sous les pieds. Dans les secondes on les rabaisse - par la carotte et par le vide des cieux. Cette opposition entre le clos et l'ouvert, si banale dans un contexte social (Bergson s'y appliqua), devient passionnante, si l'on l'applique à l'homme seul, et où les dimensions s'inversent : l'homme fermé se vautre dans la platitude, et l'homme ouvert se voue au ciel. | | | | |
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| cité | | | Le socialisme serait hideux, puisqu'il tend vers le moindre mal, au lieu du plus grand bien. Il est beau, votre capitalisme, qui se débarrasse allègrement de toute cette dimension du bien et du mal, pour rester dans la platitude, sans relief, de l'argent. « La foule, où rien ne s'élève ni s'abaisse »* - Tocqueville. | | | | |
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| cité | | | Dans une tyrannie, j'admire et compatis à ceux qui souffrent, les meilleurs, une infime minorité, et ainsi, à mes yeux, la liberté rejoint l'élite des valeurs. Dans une démocratie, les médiocres, la majorité triomphante, m'écœurent, et la liberté dégringole parmi ce qu'il y a de plus vulgaire. La seule ratio essendi de la souffrance reste ta propre faiblesse, qu'aucune ratio cognoscendi ne calme, - l'humiliant verdict démocratique, par négation, interdit aux élans de ta honte ou de ton orgueil tout appui terrestre. | | | | |
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| cité | | | La liberté, tout en étant une notion sans épaisseur, présente tout de même un certain intérêt en tant qu'une intersection assez équilibrée entre le bon, le beau et le vrai. Mais autant les dimensions éthique et esthétique sont assez claires, la dimension intellectuelle est source d'ambigüités : la liberté n'y est pas une franche indépendance, mais la lucidité de ses profonds emprunts et de ses originalités hautes. | | | | |
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| cité | | | Malgré les apparences, les civilisations, précédant la nôtre, étaient plus scientistes. La nôtre est totalement marchande, mais il se trouve, que la science apporte une réelle valeur ajoutée, d'où son actuel prestige, tandis qu'auparavant elle était parfois une valeur tout court. | | | | |
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| cité | | | La modernité - le culte de la version courante, le rejet de conversions. Messageries et communication opposées à messages et communions. Le prix occultant la valeur : « L'ère de la facticité, où il ne s'agit plus de valoir, mais de faire valoir »** - Baudrillard. | | | | |
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| cité | | | Deux excellents somnifères de la vie sociale française - les valeurs républicaines du pauvre et la démocratie libérale du riche : ne pas lorgner sur l'assiette du riche, ne pas se moquer de l'assiette du pauvre. Plus d'esclaves, que des maîtres : heureux dans l'humiliation, heureux dans la domination. « Où tout le monde est maître, tout le monde est esclave » - Bossuet. | | | | |
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| cité | | | Les dernières tentatives d'introduire du sacré dans les affaires des hommes aboutirent à Auschwitz et au Goulag. Depuis, aucune déviation, aucun effondrement, aucune brisure : une consensuelle confirmation ou un paisible rétablissement de la valeur éternelle, du lucre. | | | | |
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| cité | | | La tyrannie et la démocratie visent les mêmes normes, mais la tyrannie en prône l'esprit, c'est à dire les valeurs, tandis que la démocratie se satisfait avec la lettre, les lois. L'esprit couvre autant de saloperies collectives que la lettre - de saloperies personnelles. Comment veux-tu être humilié ? En tant que mouton ou en tant que machine ? | | | | |
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| cité | | | Curieusement, aux trois types de communauté correspondent les valeurs républicaines françaises : en sélectionnant par les moyens, on fait appel à l'égalité, et l'on se retrouve dans une corporation ; en brandissant les buts, on mobilise des libertés, pour créer une troupe ; en subissant ou en s'imposant des contraintes, dans une chaude fraternité, on se recueille dans un cloître ou dans des ruines. | | | | |
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| cité | | | Je suis pour la démocratie et l'égalité, puisque partout, où ces valeurs sont imposées, règnent la grisaille et l'ennui, permettant de mieux apprécier l'éclat et l'enthousiasme de leurs marginaux. | | | | |
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| cité | | | Quand on ne vit que dans une seule dimension, dans la verticalité (tel Nietzsche), toute idée d'égalité apparaît comme profanation de la hauteur ; mais la politique, c'est la pratique de l'horizontalité, et la recherche d'une supériorité dans la platitude devient saugrenue, tandis que celle de l'égalité est signe d'une vraie supériorité éthique et même esthétique. | | | | |
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| cité | | | Dans toutes les sphères humaines, la marchandisation règne sans rival ; l'homme lui-même, sa raison et son esprit, devinrent une foire. Les technocrates et les commerciaux firent perdre au monde et à l'homme leurs deux autres facettes : l'autel et le salon, où vivotaient le sacré mystérieux et la valeur secrète ; il ne lui reste plus que le prix affiché. | | | | |
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| cité | | | Dans toutes les équations vitales, l'homme vaut soit zéro soit l'infini, mais il se confia, entièrement, aux équations sociales, où sa valeur n'est que la valeur par défaut de toute la multitude. Même cette arithmétique est supplantée, de nos jours, par une redoutable algèbre, où d'occultes et interchangeables inconnues masquent toute valeur humaine. | | | | |
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| cité | | | L’universel n’est pas unidimensionnel ; ses versions s’adressent aux moutons, aux robots, aux poètes, et ses valeurs seraient exprimées respectivement, en nombres, en algorithmes, en rêves. Dans la sphère politique, le communisme entraîna dans sa chute toute universalité poétique ; le mouton et le robot s’en réjouirent. | | | | |
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| cité | | | L'inégalité matérielle blesse le regard de l'âme et caresse l’œil de la raison. Aujourd'hui, l'âme, inspiratrice du beau et du bon, s'éteint au profit de la cervelle, dont les yeux ne voient dans l'injustice éthique que sa dimension géométrique. Dans la volonté de justice esthétique, ils ne voient que l'envie économique. Le plus grand avantage de l'égalité matérielle est le surgissement forcé de valeurs autres que marchandes. | | | | |
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| cité | | | Plus un régime s'occupe du problème du bien et du mal, plus il fait du mal et plus l'homme fait du bien. Et plus un régime s'en désintéresse, plus il est à même de faire du bien, et plus l'homme oublie jusqu'à l'existence même de l'axe du bien et du mal. | | | | |
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| cité | | | C'est l'absence de calomnies flagrantes qui rend si fade la véridique liberté. La liberté statufie la vérité, l'esclavage la déifie. La calomnie, par un jeu de contrastes, érige une belle, mais fausse, auréole autour de toute vérité, qu'elle soit grégaire ou rebelle. Calomnier la liberté, c'est lui rendre un service. | | | | |
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| cité | | | Le contraire du robot présentiste, aux yeux toujours écarquillés sur le souci de ce jour, est le révolutionnaire, au regard tourné vers l'inexistant - le regard, bouleversé et compatissant, sur le passé, le regard, fraternel et caressant, sur le futur. « Une révolution est une lutte entre le passé et le futur » - F.Castro - « Una revolución es una lucha entre el pasado y el futuro » - ce n'est pas une lutte mais une complémentarité, pour constituer l'axe révolutionnaire. | | | | |
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| cité | | | Dans les jeux de mots de Heidegger, il y a autant d'intelligence et de rigueur qu'il s'agisse de l'essence de l'Être ou de l'allégeance au maître (Adorno remarque là-dessus, que « l'Être est le Führer ») - comme Platon à Denys le tyran, Boèce au grand Théodoric, Kant à son Dieu des Évangiles, Hegel au roi de Prusse, Sartre à Staline. Tous reconnaîtront l'indigence du second discours, mais le premier continue à séduire le public. En tout sujet, sur lequel il se prononce, le philosophe déploie le même don et prouve la même hauteur. Et Heidegger, en oubliant cette dimension, triche, en justifiant le Führerprinzip (que les nazis copièrent sur les bolcheviks – principe de guide - вождизм) par une détermination plus profonde et par le devoir plus large (la volonté de grandeur débouchant sur le pas cadencé ! - der Wille zur Größe - das Schrittgesetz). Il y rate une occasion de se taire et se comporte en Socrate ou Pyrrhon, qui se seraient mis à écrire. | | | | |
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| cité | | | Un faisceau d'acceptions impossible autour de liberté : une liberté politique, une liberté en tant que le contraire d'un déterminisme, une liberté dimension d'un espace des choix, une liberté comme affirmation d'une indépendance d'esprit. L'un de ces mots voués à la profanation définitive ; comme amour, vérité, bonheur. | | | | |
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| cité | | | Les totalitarismes entraînent les nations dans la dimension verticale, où aucune stabilité n'est possible, et, comble d'ironie, la dégringolade finale fera découvrir toute la platitude de leurs fins ; la démocratie nous installe dans la platitude des commencements, mais apporte la stabilité de l'horizontalité. « Sans un axe vertical, rien de solide à l'horizontale »* - R.Debray – dans la hauteur, les choses sont encore plus instables, mais elle nous donne le vertige, élargit les horizons, tourne nos âmes vers les firmaments. La hauteur n'est pas une dimension de plus, mais un état d'âme, bref, vulnérable, sacré, une espèce de révélation soudaine. | | | | |
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| cité | | | Le péché du pauvre - l'envie et la révolte - s'absout dans l'égalité des goûts. Le péché du riche - le brigandage et la malice - s'estompe dans la liberté d'entreprendre. Et la tentation - vivre en fraternité - n'effleure plus ni les uns ni les autres. « Satan, aujourd'hui, est plus percutant que jadis : il tente par la richesse et non plus par la pauvreté » - A.Pope - « Satan is wiser now than before, and tempts by making rich instead of poor ». Deux troupeaux, les riches et les pauvres, partagent, aujourd'hui, les mêmes valeurs, même s'ils n'ont pas les mêmes moyens. Impossible aujourd'hui de classer les goûts en fonction de la richesse ; le seul déclassé, aujourd'hui, c'est l'exilé des forums. | | | | |
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| cité | | | La première règle du monde entier devint : je suis plus fort - en intelligence, en performances, en héritage - donc, je mangerai mieux ; être plus fort signifiant se vendre mieux sur le marché courant, le prix d'échange étant devenu la seule valeur humaine prise en compte et bannie des contes. | | | | |
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| cité | | | Les expériences vietnamienne, coréenne et allemande prouvèrent, que Marx avait raison : le communisme ne peut réussir dans un seul pays, puisque sa misère économique le désavoue et le condamne ; le communisme n'a que des valeurs absolues ; dans des relatives il perd rapidement pied. Les marxistes doivent attendre, que la générosité et la noblesse s'emparent de l'Amérique, avant de songer à transformer le monde. L'attente sera longue. | | | | |
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| cité | | | La liberté est une valeur des politiciens de droite ; l'égalité préoccupe les politiciens de gauche ; aux non-politiciens il reste la fraternité, la seule valeur non-quantifiable. Une fois le minimum vital, en libertés et égalités atteint, il ne reste à défendre que la liberté d'entreprendre et l'égalité des chances, qui finissent par se confondre. | | | | |
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| cité | | | Dans un régime totalitaire, il y a plus de diversité d'avis que dans une démocratie, puisque l'axe malheur-bonheur est beaucoup plus vaste que l'axe échec-réussite. | | | | |
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| cité | | | Les actes des nazis sont en parfaite concordance avec leurs idéaux : la guerre, la supériorité raciale, l'extermination ou l'asservissement de races inférieures. Mais les actes des staliniens n'ont rien à voir avec l'idéal communiste : la libération par le travail, le bonheur collectif, la fraternité entre les forts et les faibles, les valeurs humanistes, opposées au lucre et à la compétition impitoyable. Tout est franc et honnête chez les premiers ; tout est fourbe et mensonger chez les seconds. L'idéal des premiers n'inspire plus que le dégoût ; celui des seconds – que la pitié. | | | | |
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| cité | | | Il n'y a plus ni anges ni démons, pour les combattre, au nom des valeurs du ciel. Il n'y a plus que des robots-oppresseurs et des robots-opprimés, qui se chamaillent au nom des valeurs robotiques communes. | | | | |
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| cité | | | Pour qu'on puisse parler d'une valeur, il faut que les hommes d'une même tribu aient la-dessus des avis divergents, et que donc l'axe correspondant soit une variable. La liberté, devenue une constante consensuelle, n'est plus une valeur, et que reste, en revanche, l'égalité. | | | | |
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| cité | | | Le communisme est enfant des Lumières (Voltaire, Rousseau, Danton), comme le nazisme est celui de la Renaissance ou du Moyen Âge (la Propagande de Goebbels s'inspira de la propaganda fide de la Curie romaine, comme le modèle de la SS de Himmler, ce Loyola de Hitler, fut l'Ordre des Jésuites, qui fut le modèle originel de tout totalitarisme) ; mais le nihilisme de leurs homme ou ordre nouveaux doit beaucoup aux nouvelles valeurs de Nietzsche. | | | | |
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| cité | | | La révolution ne peut avoir qu’une seule dimension noble – la hauteur. Dans l’étendue et dans la profondeur, l’évolution est plus performante, l’évolution marchande ou l’évolution savante. Mais l’illusion révolutionnaire de maîtrise et de savoir conduit vers la platitude de l’arbitraire et du charlatanisme. Confinée à la seule hauteur, l’idée révolutionnaire n’enivrera que quelques cœurs ardents, rares et purs. | | | | |
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| cité | | | Le volume de ton intelligence sera le même, que tu vives sous une tyrannie ou dans une démocratie. Mais la tyrannie restreint tes horizons, ce qui propulsera ton intelligence vers la hauteur. La démocratie ouvre tellement d’horizons, que tu finiras par oublier la dimension verticale. Sénèque ne voit que la dimension horizontale : « L’intelligence grandit dans la liberté ; elle s’affaisse dans la servitude » - « Crescit licentia spiritus, servitute comminuitur ». | | | | |
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| cité | | | Pour savoir ce qui te dépasse, il faut que tu indiques tes limites. Étant, en même temps, une bête sociale et un ange solitaire, tu as deux groupes de critères selon lesquels tu te places en haut ou en bas d’une échelle de valeurs. Le premier groupe comprend : action, reconnaissance, savoir, héritage tribal – la profondeur en dessinera tes limites et établira une hiérarchie pseudo-fraternelle. Le second : intelligence, noblesse, beauté, goût – la hauteur y accueillera les égaux, les vrais fraternels. Reste ange, ne cherche pas ce qui te dépasse, sois dans l’élan vers tes limites angéliques. | | | | |
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| doute | | | Je préfère les ténèbres à la lumière, car lumière veut dire mouvement, reflet, sens de l'ombre. Seules les ténèbres préservent la valeur de ce qui n'est regardé par personne. Que d'autres pensent, que « L'homme ordinaire projette de l'ombre ; le génie projette la lumière » - G.Steiner - « The ordinary man casts a shadow ; the genius casts light » - tout génie a un stock de belles ombres, que ne voient que ceux qui sont à l'aise dans le noir. « Le génie maîtrise le chaos, seuls les sots tiennent à l'ordre »** - Einstein - « Genies beherrschen das Chaos, nur Dumme halten Ordnung ». | | | | |
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| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
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| doute | | | Se fonder sur le doute ou se livrer aux critiques, est signe d'absence de talent littéraire ou, au moins, de méfiance vis-à-vis de celui-ci ; l'intérêt pour ce genre de productions s'évapore vite. Tout ce qui est durable, sur nos échelles de valeurs intellectuelles, provient de la grandeur des acquiescements. La grandeur y va de pair avec le fait, que les choses, auxquelles j'acquiesce, restent invisibles aux yeux, privés de regard. | | | | |
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| doute | | | On a beau savoir mesurer, c'est la mesure qu'il faut inventer ! « Là où la lucidité règne, l'échelle de valeurs est inutile » - Camus. | | | | |
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| doute | | | Sur les axes essentiels, honte - fierté, force - faiblesse, chaos - ordre, plaisir - douleur, je n'arrive pas à placer les valeurs de mon soi, opération pourtant presque banale, lorsqu'il s'agit des autres ; cette indétermination m'oblige à m'inventer. « Quand je pénètre dans moi, je bute sur le chaud et le froid, la lumière ou l'ombre, l'amour ou la haine » - Hume - « When I enter into myself, I stumble on heat or cold, light or shade, love or hatred » - ce n'est pas dans un bloc de marbre qu'il me faudra sculpter ma statue crédible, mais ex nihilo. | | | | |
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| doute | | | Le sot étend le suffisant, le sage approfondit le nécessaire, le délicat hausse leurs domaines de valeurs respectifs jusqu'à ce qu'ils deviennent de vagues constellations scintillantes. | | | | |
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| doute | | | La puissance a deux domaines d'application : la représentation et l'interprétation. La création ou la réflexion. Chez le créateur, ce n'est pas la monade - volonté de puissance - qui le résume, mais la dyade - la volonté et la puissance - qui constitue un véritable axe de sa personne : la volonté gît au fond du soi inconnu et la puissance forme le soi connu. Dionysos est dans la volonté charnelle, que la puissance spirituelle d'Apollon traduit. | | | | |
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| doute | | | Le libre arbitre a ses merveilleuses lois, qu'il ne nous appartient pas, hélas, d'explorer, mais seulement d'admirer en silence. Pourquoi Loi plutôt que Chaos ? Pourquoi Valeur plutôt que Mesure ? Pourquoi Frisson plutôt que Calcul ? | | | | |
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| doute | | | Le cogito n'est pas une formule logique, mais une équation à variables, dont chacun crée les domaines de valeurs. Toutefois, pour son père misérable, il relevait plutôt de la physiologie que de la logique : « Sentir n'est rien d'autre que penser » - Descartes - « Sentire nihil aliud est quam cogitare » - voilà que le front plissé, que lui prêtent les acolytes, cède tout son prestige - aux glandes ! Pour être sûr d'exister, il suffit donc, par exemple, d'être caressé, ce qui n'est que du bon sens ! René Descartes profana son anagramme – Tendre Caresse ! | | | | |
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| doute | | | Nous sommes tous également impuissants dans la vision du lointain ; c'est seulement en profondeur ou en hauteur que nos regards diffèrent, en gagnant en poids ou en intensité. Et celui qui croit, que « plus on prend de la hauteur et plus on voit loin » (proverbe chinois), se trompe de dimension. | | | | |
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| doute | | | Proclamer illusoires la réalité, la liberté, toutes les valeurs métaphysiques, c'est déclarer la guerre à la raison, la dégrader. Le soupçon intellectuel auquel répugnent les sens ne vaut pas plus que la croyance populaire, que le sens approuve. | | | | |
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| doute | | | Le mauvais nihilisme - juger fausses les valeurs courantes, chercher à les réévaluer ; le bon - reconnaître que la plupart des valeurs proclamées sont justes, mais ne les apprécier que si l'on est capable de les atteindre à partir du point zéro de la création. En quittant le domaine des problèmes et en pénétrant celui des mystères, le nihilisme accomplit le pas suivant : se mettre au-delà des valeurs. | | | | |
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| doute | | | C'est sur les axes, sur lesquels nous sommes le plus vulnérables, que surgissent surtout nos extravagances et paradoxes, - écoutez ce faiblard de Nietzsche s'égosiller en faveur des forts ; mais ce n'est pas une faute musicale : c'est bien sur l'axe de la force que se concentrent les gammes les plus vastes. | | | | |
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| doute | | | Zarathoustra, à midi sans ombres, la lumière étant portée par l'aigle et le serpent - comment s'imaginer le retour de cette aveuglante foi ? - à minuit, où tout n'est qu'ombre dévoilante, un chien hurlant à la lune, - une conversion, grâce au même vecteur, plutôt qu'inversion ou réévaluation des valeurs, le nihilisme extérieur (derrière moi, en-dessous de moi, hors de moi - hinter sich, unter sich, außer sich - Nietzsche) se convertissant en nihilisme intérieur (mon meilleur moi m'est inconnu). | | | | |
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| doute | | | Le soi connu, ce sont nos prix, nos valeurs, nos fonctions ; le soi inconnu, ce sont nos invariants, nos vecteurs en dimensions cachées, nos singularités sans coordonnées, notre noyau toujours annihilé, plus pur que le soi pur. | | | | |
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| doute | | | Il y a des pensées, où leur qualité première est la certitude, qu'il s'agit de consolider, - ce sont des pensées sans ailes. Et il y en a d'autres, les verticales, où compte le ton, la hauteur, la noblesse, et où s'éprouvent mes dons d'envols ou de chutes. Les doutes et les certitudes sont des contraintes, la forme et le fond des pensées sont question du choix de la dimension privilégiée. Exclure l'horizontalité serait une bonne contrainte de plus. | | | | |
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| doute | | | Le nihilisme n'est pas déni de toute valeur, mais tentative de me mettre au-delà de l'axe habituel, sur un méta-niveau, - volonté de volonté, pensée de pensée, puissance de puissance. La valeur y retrouvera ses nouvelles origines et s'orientera d'après le vecteur de mon regard, qui munira d'une même intensité les deux extrémités de l'axe ; donc, pas de positions ponctuelles, que des poses discrètes d'une même tension. | | | | |
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| doute | | | Le bien, la noblesse, le nihilisme, le Christ - ce sont de grands axes, où seule compte l'intensité de mon regard, créateur ou scrutateur, et non pas des oui, faciles et volatiles, ou des non, fébriles et stériles. | | | | |
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| doute | | | Sur les axes vitaux, les uns opposent la bonne extrémité à la mauvaise, les autres y trouvent leur point d'appui ou d'origine, les troisièmes y cherchent des éléments neutres, annulateurs, invariants ; mais les meilleurs laissent sur tout l'axe leur propre empreinte d'intensité égale, ce qui rend tous les points - les mêmes, et fait de toute substitution - un retour, implacable ou éternel. Pour ne pas s'y profaner jusqu'en cynisme, un talent est nécessaire : « Les mauvaises causes exigent du talent ou du tempérament » - Cioran. | | | | |
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| doute | | | Quand on introduit, bêtement, la temporalité dans l'éternel retour, on obtient la platitude du : rien de nouveau sous le soleil ; mais dès qu'on n'y voit que la même intensité sur un axe de valeurs, on comprend, que tout point de cet axe peut être nouveau et servir de commencement ou de soleil. | | | | |
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| doute | | | Sur un axe de valeurs, il y a toujours une extrémité facile, servant de point de départ et de pierre angulaire, et une extrémité difficile, servant de pierre de touche de mon talent. Le retour du même signifie : parcourir l'ensemble de l'axe, munir tous ses points d'une même intensité, constater, au point de départ, qu'il n'est en rien supérieur aux autres, ni éthiquement ni esthétiquement. « En quête du savoir, on finit par arriver au point de départ, qu'on découvre pour la première fois » - T.S.Eliot - « The end of all our exploring will be to arrive where we started and know the place for the first time » - ce sont des symptômes du retour du même, chez celui qui vit non pas des lieux visités, mais de l'intensité du regard sur les pas, premier ou ultime. | | | | |
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| doute | | | Tenir en piètre estime le développement, m'occuper davantage du comment des mots que du pourquoi des idées, m'amuser aux jeux du langage, qui me font épouser des antinomies verbales sans répudier l'unité de mon souffle, - tel est le secret de la plus belle écriture, mais il suppose une maîtrise, une intelligence et un soi puissant, conscient et inconscient à la fois. Sur les axes, qui méritent mon regard, ce qui compte, c'est l'intensité de leurs extrémités et non pas mon choix d'un point privilégié, ma pose musicale et non pas ma position doctrinale. | | | | |
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| doute | | | Encore un bel axe, allant du rêve à la veille, et méritant, tout entier, mon enthousiasme et mon souci : veiller, pour tenir à la lumière des solutions humaines ; rêver, pour entretenir les ombres du mystère divin. | | | | |
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| doute | | | Tous aimeraient donner à leur regard un sens ascensionnel, mais c'est l'inertie gravitationnelle qui le replonge dans la platitude. Réussir à créer l'état d'apesanteur, c'est réussir à munir mon regard de la seule dimension noble, de la hauteur. « Le regard, au-dessus du monde, est le seul, qui saisit le monde » - Wagner - « Der Blick über die Welt hinaus ist der einzige, der die Welt versteht » - bien qu'il s'agisse de chanter et non pas comprendre le monde. « Quand le regard ne suffit pas, la bouche est de peu de secours » - Grillparzer - « Kann der Blick nicht überzeugen, überred't die Lippe nicht » - fais de ta bouche un regard ! | | | | |
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| doute | | | C'est dans la hauteur qu'on doute le mieux, les certitudes étant renvoyées vers les profondeurs ou platitudes. Nietzsche se trompe de dimension : « Il faut douter plus profondément » - « Es muß gründlicher gezweifelt werden », mais c'est toujours mieux que de ne pas douter de la plus grande des incertitudes - de notre moi (Descartes). La naissance de la pensée : choisir un bon langage, formuler une bonne négation, viser une bonne hauteur - une belle croyance émergera d'un beau doute. | | | | |
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| doute | | | Tant d'orgueilleux explorateurs s'imaginent cingler vers des terres lointaines, sur des routes inconnues, tout en mesurant leur audace en miles ou en butins. Mais l'homme finit par comprendre, que toute route se convertira en sentier battu, et que la valeur d'un esquif est dans la maîtrise de la profondeur, dans la fidélité à la hauteur, où l'appelle son étoile, et surtout dans le pathos, qu'il confiera à son message de détresse à destination inconnue, sur une verticalité d'azur. | | | | |
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| doute | | | Sur la plupart des axes moraux, la préférence évidente va à un bout, où règne la gentillesse, le sourire, la bienveillance. Mais quand on a le malheur d'être artiste, on se rend compte, que de grands tableaux peuvent naître de la peinture du bout moins sympathique. On finit par apprécier la même intensité, dont on est capable de munir l'axe entier, mais c'est le chemin partant du bout douteux qui est le plus complexe, exige les moyens les plus subtils. C'est ce qu'on appelle - tout comprendre, c'est à dire reconnaître, qu'un pur fidéisme approuve ou condamne nos jugements d'homme, et l'on s'abandonne au jugement d'artiste. Ne pas aller au bout des choses sur terre est un bon moyen de garder au ciel le rêve. | | | | |
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| doute | | | Nous existons en deux modes : dans l'espace et dans le temps ; un pressentiment ou une angoisse nous poussent à chercher une évasion de cette cage ; et je ne connais qu'un seul scénario réussi : poussé par le goût de la création, porté par le souffle du talent, logé dans la hauteur extra-terrestre ; inutile de préciser, que l'espace psychologique, dans lequel nous vivons, n'a pas de dimension verticale, ou, au moins, ignore le demi-axe céleste. | | | | |
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| doute | | | Parler d'identité, ou même d'écarts, entre le soi connu et le soi inconnu – est absurde, puisqu'ils sont incommensurables, l'un est dans les valeurs et l'autre n'est que les vecteurs. Ou, puisque le mot vecteur a deux acceptions : le premier est dans le vecteur qui porte, et le second – dans celui qui indique la direction ; ce serait le yin-yang chinois. | | | | |
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| doute | | | Deux seules visions du monde méritent notre respect ou notre admiration : la scientifique et la poétique. Trois étapes en déterminent la valeur : la qualité des principes, sur lesquels se bâtit le modèle, la richesse et l'harmonie de la représentation, l'élégance et la complexité des requêtes, auxquelles est soumis le modèle, - la profondeur, l'ampleur, la hauteur. Aucune autre vision n'assure une égale puissance de ces trois dimensions. | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | Ma conscience – la maîtrise de la cohérence de mes gestes, de mes mots, de mes idées – c’est le souci de mon soi connu. Mon soi inconnu relève de l’inconscience, orientant mon regard, animant mes états d’âme, me faisant quitter la voie certaine de mon intérêt droit, bref agissant au nom des valeurs incompréhensibles. Le banal, on le comprend ; et l’on ne peut que croire en merveilleux, même incompréhensible : « La plus grave des erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi » - Alain – tout réduire au conscient n’est peut-être pas une erreur, mais c’est une bêtise. | | | | |
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| doute | | | Destin, prédestination, vocation, fatum – notions ampoulées, galvaudées, vagues et creuses, et qui ne disent pas grand-chose à ma vie ou à mon rêve. Des mots plus modestes – intérêt, désir, passion, goût – me sont plus proches et plus clairs ; et ma vie et mon rêve en sont pénétrés. L’axe : raison – pulsion est inépuisable. | | | | |
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| doute | | | En fermant les yeux sur le mystère de la vie, le monde spatio-temporel réel semble être un cas particulier du paradigme mathématique et donc lui obéir, en tout point. Mais, en mathématique, la métaphore spatio-temporelle admet des interprétations vraiment universelles, puisque l’espace n’y est pas forcément tridimensionnel et le temps peut y être réversible ! Le temps réel est-il discret ou continu ? Peut-on parler de continuité et donc d’infini dans le monde réel ? | | | | |
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| doute | | | Tout écrivain est graveur de mots, mais l’aphoriste ne s’occupe que de l’aspect esthétique des médailles, la frappe finale appartenant au lecteur. L’aphoriste, sur des axes abstraits – enthousiasme-mélancolie, espérance-désespoir, musique-silence -, ne formule que des réponses, auxquelles le lecteur associe ses questions pragmatiques, apportant des dates, des lieux et des mesures. Les bavards nous assomment de questions, facilement développables en myriades de réponses. « Les bonnes questions n’ont aucune réponse » - G.Bateson - « Good questions do not have answers at all » - la question est bonne si elle ne se réduit pas à la logique. | | | | |
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| doute | | | À l’évidence de l’espace correspond l’énigme du temps. Ce que St-Augustin dit du temps : « si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore » - « Si nemo ex me quaerat, scio ; si quaerenti explicare velim, nescio » est vrai pour la matière, comme, pour l’esprit, est énigmatique ce qui se déroule en nous. « Avant Kant nous étions dans le temps, depuis Kant le temps est en nous » - Schopenhauer - « Vor Kant waren wir in der Zeit, seit Kant ist die Zeit in uns ». Et l'espace, lui, n'a-t-il vraiment que trois dimensions, tandis que notre imagination géométrique pourrait facilement en ajouter tant qu'on veut ? Le temps-qui-passe et l'espace ouvert – deux énigmes du réel, défiant le temps-qui-dure et l'espace fermé. | | | | |
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| doute | | | On approfondit sa vue, grâce au savoir des scientifiques et à l’intelligence des philosophes ; on rehausse son regard, grâce à l’imagination et la musique des poètes. Ne pas confondre ces deux dimensions incompatibles ; même axe, deux extrémités opposées. Une vue plus juste ; un regard plus intense. | | | | |
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| hommes | | | La barbarie ou la décadence se valent, et les millionnaires passent facilement de l'une à l'autre : celui qui est obsédé par le prix d'une villa ou celui qui dit, orgueilleusement, pouvoir s'en passer, puisqu'il posséderait d'autres valeurs, relèvent de la même race inférieure des hommes. | | | | |
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| hommes | | | Personne ne lève plus la tête, persuadé que toute hauteur est désormais déserte et le ciel est vidé de toute étoile et de toute idée. Et ils prennent les cloaques sous les pieds pour des valeurs écroulées. Ce n'est pas l'absence de faits ou figures indiscutables qui singularise notre époque, mais bien le désintérêt pour un regard non-mécanique, gratuit mais haut. | | | | |
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| hommes | | | La vie vaut surtout par sa forme, son expression, sa musique ; mais les hommes s'attachent à son fond : au pouvoir, au savoir, au vouloir, dont les valeurs, moutonnières, robotiques ou bestiales, se hissent au-dessus des valeurs vitales, c'est à dire musicales. | | | | |
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| hommes | | | Pendant trois millénaires, nous vivions dans un équilibre entre les valeurs matérielles et immatérielles ; et le progrès global fut une règle (sauf l'épisode des Dark Ages) ; notre époque est la première à se moquer des valeurs spirituelles, tout en triomphant, mieux que jamais, dans tous les domaines matériels. Je ne sais pas si l'oubli des valeurs en déclin est tragique ou comique, puisque la vocation de l'homme semblerait être au progrès, et son rêve le pousserait vers des nostalgies immuables. | | | | |
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| hommes | | | Ni les poètes ni les historiens ni les savants n'expriment aussi nettement l'âme d'un peuple que les philosophes ; écoutez les Américains : « La croissance est la seule valeur morale des hommes. La démocratie est la métaphysique de l'homme commun » - « Growth itself is the only moral end. Democracy is a metaphysics of the common man » - Dewey), « Contrairement à la philosophie continentale, la philosophie américaine se dédie au futur » (Rorty) – le futur, dédié à la croissance du commun… Chez les sages comme chez les sauvages, c'est le goût musical qui discrimine le mieux les hommes : « Le jazz a renversé la valse » - Céline. | | | | |
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| hommes | | | Toutes les valeurs sont lues aujourd'hui sur un même écran, où l'on ne distingue plus : le talent - de son absence, l'intelligence - de la mémoire, le rebelle - de l'esclave. Projeté sur le réel, tout complexe se voit privé de son imaginaire. | | | | |
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| hommes | | | Haïr la grandeur voulait dire, jadis, la jalousie devant la profondeur ou l'inertie devant la hauteur. Mais aujourd'hui la grandeur ne garde qu'une seule dimension – la platitude, et notre époque est tout sourire, face à cette grandeur, sourire complice ou condescendant devant un veinard ou un raté de plus. | | | | |
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| hommes | | | Dans le robot moderne, cohabitent la pré-programmation des prix et le hasard des valeurs ; il est l'héritier direct de l'automaton d'Aristote, qui désignait le hasard, et du juste pécheur des jansénistes marqué par la prédestination. Saturé d'un sens cérébral, ce robot est un non-sens vital. | | | | |
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| hommes | | | La totalité de l'homme intéressant se révèle et se résume dans ces trois attitudes : la pose face à la noblesse, la posture face au mot, la position face aux idées - la hauteur, le style, l'intelligence. Suivant ces axes, j'ai trois complices et alliés : Pascal, selon le premier ; Nietzsche, selon les deux premiers, Valéry, selon le troisième. Dois-je attendre mon Mémorial ? Mon cheval de Turin ? Mon illumination de Gênes ? Dans les deux cas - une rupture douloureuse avec la raison. | | | | |
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| hommes | | | La stature de l'homme, ce ne sont pas ses positions, c'est à dire ses préférences données à certaines valeurs sur les axes vitaux ; sa stature, c'est sa pose, face à ces axes, c'est à dire une même intensité et une même noblesse de son regard, dans ces dimensions capitales : l'horreur absolue de la mort - la merveille absolue de la vie, l'humble voix du bien, dans le cœur, - le fier refus de l'esprit de la traduire en actes, la religion du talent de créateur - la liberté du goût de spectateur, la chaleur du sentiment fraternel - le froid d'une fatale solitude. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui est lamentable, ce n'est pas tellement le fait que tous, aujourd'hui, vivent de l'actualité, mais que les actualités économique, littéraire, judiciaire, scientifique, politique se vivent sur le même ton, selon les mêmes critères, avec la même échelle de valeurs ; l'horizontalité temporelle, c'est à dire l'immense platitude, effaça tout appel de la verticalité spirituelle (aujourd'hui, on professe même des religions horizontales - Camus). Ils veulent abaisser l'homme jusqu'à cette infâme horizontalité, où l'homme retrouverait sa vocation de mouton ou de robot. Ce sinistre projet est en marche ; l'homme, débarrassé de ses rêves, et bercé par la platitude complaisante, est persuadé de se (re)connaître dans le plat robot qu'il devint. | | | | |
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| hommes | | | Nous portons en nous les valeurs (innées, spirituelles, métaphysiques, vitales), échappant à la nécessité et au langage, avec la consistance des pures apparences, et chacun de nous s'occupe de les représenter (pour comprendre) ou de les interpréter (pour agir), tandis qu'une traduction (pour rester fidèle) ou un travestissement (pour sacrifier) semblent être des opérations donnant de la réalité à ce qui n'est qu'apparences. | | | | |
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| hommes | | | Du fait que même les valeurs les plus élevées se dévaluent, les hommes concluent au vulgaire relativisme, à l'universelle platitude comme seul réceptacle et juge de nos exploits et de nos lâchetés. Il leur faut de la croissance, là où un bon nihiliste, devenu vecteur, au-dessus des valeurs évanescentes, vit l'éternel retour du même. | | | | |
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| hommes | | | Dans l'éternel retour du même, le mot-clé est le même ; cette métaphore s'oppose aux idées de changement, changement comme moteur et objectif de mes parcours. Quelle attente je mets dans les retrouvailles avec ce que j'avais déjà croisé ? Où se trouve l'essentiel de mon étonnement ou de mon enthousiasme ? En moi ou dans la chose même ? Qu'est-ce qui résume le lien avec le commencement, avec la première rencontre ? Ce ne serait ni un plus (la croissance des progressistes) ni un moins (le détachement des Orientaux) - en poids, en prix ou en valeur -, mais la même intensité, ou la même hauteur, avec lesquelles je redécouvre cette chose. | | | | |
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| hommes | | | L'origine de la domination robotique, dans les têtes des hommes : l'envie de bâtir des hiérarchies au-dessus du vivant est propre à tous, mais le mouton s'y attache au religieux, au politique, au technique, tandis que l'homme d'esprit - à l'éthique, à l'esthétique, au mystique ; ces valeurs étant fondamentalement irréductibles, on cherche leur au-delà, qui, chez le mouton, prend, inévitablement, l'allure d'un algorithme robotique, et chez l'homme du bien a des chances de déboucher sur un rythme noble. | | | | |
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| hommes | | | L'essence apriorique de la psyché de l'homme comprend trois instincts : le pressentiment du danger, la concentration pour la chasse, l'attente de la caresse ; miraculeusement, ces trois axes se rencontrent et se focalisent dans la femme. | | | | |
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| hommes | | | Pourquoi les valeurs disparaissent-elles, au profit de ce qui est en-deçà ou au-delà d'elles ? Parce que l'homme a le prix, pour lequel il se vend, la valeur, pour laquelle il se donne, et le génie, qui le possède. Qui, encore, se donne ou se veut possédé ? | | | | |
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| hommes | | | Le génie n'est ni un bon usage de règles, ni une invention de nouvelles règles, ni même une création de jeux nouveaux, mais une vision des enjeux, à la verticale des joueurs. Ni choses vues, ni les yeux, ni les prix, ni les valeurs, mais - le regard. | | | | |
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| hommes | | | On ne peut se manifester que par son soi connu et respectable, tandis que le soi inconnu ne peut susciter qu'une vénération presque aveugle. Dans un écrit, pour prouver la valeur de l'auteur, le mépris du soi connu apporte plus que son respect ; l'auteur ne vaut que par son regard vers le soi inconnu. Quand Freud ou Proust parlent de perte de l'estime de soi, qui serait signe d'une décadence définitive, ils visent le soi connu (même camouflé sous un soi inconscient), qui, même sans être haïssable, est banal et universel. Tant de vainqueurs arrogants, aujourd'hui, baignent dans une estime de soi, grégaire et basse. | | | | |
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| hommes | | | Il faut porter en soi une puissance des commencements, dans le regard et dans les valeurs ; ni la révolte ni la négation n'y jouent un rôle important ; un acquiescement nihiliste y est un bon vecteur : « Le fond du nihilisme se trouve dans la nature affirmative d'une libération »** - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Nihilismus liegt in der bejahenden Art einer Befreiung ». | | | | |
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| hommes | | | Chaque époque fait des transferts réciproques entre ces trois sortes d'entités - des prix, des valeurs, des vecteurs, dont les volumes furent de tout temps comparables. Aujourd'hui, ce sont les valeurs qui se dissolvent et fichent le camp au profit des deux autres domaines : vers les prix, par la profanation du sacré tribal, et vers les vecteurs, par la production du sacré mécanique. | | | | |
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| hommes | | | Ils veulent débarrasser l'homme réel de ses défigurations par le travail (Marx), le sexe (Freud), la volonté (Nietzsche) ; mais ce sont exactement les dimensions centrales de sa réalité, l'autre face, l'homme idéel, ne contenant que le rêve, qui est l'homme même, son style vital. | | | | |
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| hommes | | | On munissait la vie de buts, de moyens, de contraintes, pour lui apporter, respectivement, de la profondeur, de l'ampleur, de la hauteur. La première et la dernière de ces dimensions disparaissent de la géométrie humaine, ce qui voue l'existence des hommes à une seule - à la platitude. | | | | |
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| hommes | | | Jadis on vivait des sensations fortes, ensuite on se mit à les simuler, aujourd'hui, où le héros et l'histrion disparurent des scènes, et même des rues, on les produit. Mais sans bon frisson ni bon rideau, ces produits affichent un prix, mais ne représentent aucune valeur. | | | | |
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| hommes | | | Misanthropie-philanthropie - encore une de ces valeurs en tant qu'axe et non pas un point la-dessus ; ceux qui sont philanthropes, sans être rongés par une brûlante misanthropie, ne sont pas crédibles ; mais les misanthropes, qui restent insensibles à toute forme de philanthropie, sont des goujats. | | | | |
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| hommes | | | Le Créateur créa l'esprit, pour qu'il explore les profondeurs, et l'âme, pour qu'elle aspire vers le haut. Souvent, on se trompe de dimension : « Connaître ce qui est plus haut que l'homme, tel est donc l'apanage de l'homme accompli » - Diogène Laërce - et voilà que la raison de cet homme accompli a bien appris ce qui est plus haut que l'homme : le commerce et la force. Aujourd'hui, on est marchand triomphateur ou homme écrasé. Une défaite annoncée, désormais, c'est croire en l'homme comme couronnement de l'univers. | | | | |
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| hommes | | | L'homme complet est à l'aise dans la loi (les problèmes formels) de l'esprit, dans le chaos (les mystères des élans) de l'âme, dans le vide (musical, sans solutions matérielles) du cœur. L'inaptitude au chaos et à la musique pousse les hommes unidimensionnels à introduire partout des lois. | | | | |
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| hommes | | | Jadis, dans l'idéosphère, l'image était une idée métaphorique, se passant de son stade interprétatif ultime, celui du sens ; la graphosphère égalisa l'image et l'idée ; la vidéosphère actuelle se débarrasse de toute métaphore et réduit aussi bien l'image que l'idée - à leur sens. Où elles se retrouvent en compagnie des modes d'emploi et des guides touristiques. Je ressens la puissance de cette machine vidéosphérique dans le sort réservé à ce livre : son inexistence à cause de son invisibilité, de son refus en bloc, refus de sa réalité, de sa valeur, de sa vérité - ce qui me propulse ou m'exile vers ma chère hauteur, où je ne croise ni maisons d'édition ni lecteurs ni caméras. | | | | |
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| hommes | | | Dans la géométrie ou la viabilité des hommes, la hauteur se trouve exclue : la passion, son vaisseau-vecteur, ne voit plus de choses vivantes ou inventées, de terrains où se poser, sans se casser les ailes. Elle reste désincarnée ou postiche des mystères évaporés. | | | | |
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| hommes | | | De toutes parts, ils sont cernés par les soucis grégaires, et ils s'imaginent, qu'en tournant le dos aux valeurs en cours (le premier besoin des conformistes), ils s'en émancipent et gagnent en originalité. Ils se trompent de plan : les détours dans la platitude n'apportent jamais le vertige de l'éternel retour à l'aplomb de la vie. | | | | |
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| hommes | | | L'âme et l'esprit sont deux fonctions d'un même organe, qui tantôt vibre et tantôt calcule. À l'évocation des choses qui n'existent pas, mais réclament une forme, ou au défi des choses raisonnables, qu'il s'agit de maîtriser. Avec la mort des poètes, la première fonction humaine devint presque atavique. Le sobre Socrate l'avait prévu : « Le poète donne une mauvaise orientation à l'âme, en flattant ce qu'il y a en elle de déraisonnable » - désormais les orientations et les trajectoires se calculent, mais ne se chantent plus, dans l'organe unidimensionnel. Une mise en prose, si semblable à une mise en bière. | | | | |
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| hommes | | | Joli paradoxe : dans ce siècle anti-musical, dans aucun autre domaine le déferlement mécanique n'est aussi flagrant que dans … la musique, qu'il s'agisse de symphonies ou de chansons des albums. Ce phénomène est semblable à la défense anachronique de la vérité et de la justice (dont la maréchaussée et le fisc s'occupent mieux que les révoltés de métier) et la dénonciation des interdits, des tabous, des persécutions (n'existant que dans des cerveaux fébriles, prétentieux et vides). | | | | |
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| hommes | | | L'unification d'arbres est une dialectique autrement plus riche que la triste mécanique gordienne ou hégélienne. Tout arbre intellectuel étant bardé de valeurs et de vecteurs, fructifiants et prêts à être fructifiés. Mais les hommes d'hier se contentaient déjà de produits vectoriels, et l'homme d'aujourd'hui – de produits scalaires ; toute la vitalité arborescente est réduite au numéral. | | | | |
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| hommes | | | L'innovation est sur toutes les lèvres ; l'invariance des choses immuables n'intéresse personne. Tous les découvreurs des nouvelles dimensions de l'existence aboutissent dans la platitude. N'oubliez pas que l'oracle de Delphes, ce premier poète, ne faisait que traduire en vers la prose de la Pythie. | | | | |
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| hommes | | | L'imbécile cherche des oppositions fortes, pour s'accrocher à l'extrémité vertueuse d'un axe qu'il ne maîtrise pas. Il n'existerait dans la réalité aucun robot ou mouton, je resterais attaché, avec la même détermination, au rêve de la musique et de la solitude. On n'a pas besoin de Bête, pour apprécier la Belle. | | | | |
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| hommes | | | Le chiffre, qui exprime le poids de nos cervelles, muscles ou désirs, est grosso modo le même pour tous les hommes. La vraie différence, porteuse de valeurs et d'ordres, vient de zéros qu'on accole derrière ce chiffre, zéros, auxquels on est capable de faire converger tout ce qui ne tend pas vers l'infini. | | | | |
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| hommes | | | Il est à la mode, aujourd'hui, de dénigrer les progressistes ; pourtant, dans les valeurs, que les dénigreurs eux-mêmes apprécient le plus - la liberté, la productivité, les droits de l'homme -, le progrès est évident, malgré quelques horribles ratés. En revanche, ils ne voient pas la chute la plus abominable, qui caractérise notre époque – la mort de la poésie, suite à l'extinction des âmes. | | | | |
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| hommes | | | Ce charlatanisme moderne, les sciences humaines, s'intéresse à l'homme en tant qu'animal social, où tout est trivial, transparent, banal. Cet engouement moutonnier nous éloigne de l'homme solitaire : « Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi ; mais pour étudier l'homme, il faut apprendre à porter sa vue au loin » - Rousseau – ce lointain n'existe plus que dans la verticalité, disparue des dimensions modernes. | | | | |
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| hommes | | | La nature de l'homme se manifeste sur les axes horizontal et vertical ; sur le premier, elle consiste à suivre les pulsions, communes à toute l'espèce ; sur le second, la nature profonde s'appellera intelligence, et la nature haute - regard, qui, tous les deux, nous disent, que la vraie nature de l'homme, c'est l'artifice, la création. | | | | |
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| hommes | | | Avec la propagation de l’horizontalité des goûts, des regards, des élans, aucune altérité enthousiasmante n’est plus possible, on est dans l’Un, multiplié à l’infini. Qui comprendrait aujourd’hui Levinas : « Autrui surgit dans la dimension de la hauteur ». | | | | |
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| hommes | | | Les échelles biologique, sociale ou intellectuelle, dans l’évaluation d’un homme, sont totalement disjointes. D’après la première il est miracle ; suivant la deuxième il est mouton ou robot ; selon la troisième il est créateur ou imitateur. Et la formule tolstoïenne : « L’homme est une fraction : le numérateur est ce qu’il est et le dénominateur – ce qu’il en pense » - « Человек есть дробь, у которой числитель есть то, что человек собой представляет, и знаменатель то, что он о себе думает » ne s’applique qu’à la deuxième dimension. Ni divisions ni multiplications, ni l’extrême fierté ni l’extrême humilité, ne peuvent troubler l’identité du créateur avec sa création. | | | | |
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| hommes | | | Ce n’est plus le théâtre, mais le bureau, qui est le paradigme dominant, dans la vie de l’homme. Finis, les personnages, avec des rôles multiples, joués par l’esprit, le corps, le cœur ou l’âme du même homme ; désormais, l’homme est une personne unidimensionnelle (au masque unique), exécutant un algorithme ou suivant les règles, prédéfinis pour sa cervelle ou ses muscles. La seule dramaturgie, aujourd’hui, c’est l’économie. | | | | |
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| hommes | | | Depuis le Haut Moyen-Âge, l’évolution des choses se produisait, à peu près, à la même vitesse. Notre époque n’y a rien d’original. Mais, depuis deux mille ans, les choses projetaient deux sortes d’ombres sur nos idées ou sur nos actes, puisque deux sortes de lumière furent reconnues par tous – notre savoir et notre rêve. C’est dans l’extinction des étoiles et dans l’unicité des ombres pratiques que réside l’originalité de notre temps unidimensionnel. | | | | |
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| hommes | | | Tant que la réalité des hommes restait chaotique, horrible ou incompréhensible, l'intérêt que lui portait un homme d'esprit fut légitime. Mais aujourd'hui, où cette réalité devint unidimensionnelle, robotisée et transparente, on devrait lui tourner le dos et ne peindre que la puissance d'artiste, puissance intériorisée et mise en musique, d'où serait bannie la réalité mécanique et insipide. | | | | |
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| hommes | | | Chez Hugo, des personnalités, humbles et inimitables, parlent et agissent au nom des valeurs universelles nobles ; chez Stendhal, des personnalités pseudo-exceptionnelles s’attachent à l’universel dominant, banal, grégaire et se sentent héros. | | | | |
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| hommes | | | Un intellectuel est celui qui ne s’adresse pas aux personnes concrètes mais aux thèmes ou tonalités abstraites. Il n’a donc personne à convaincre ou influencer ; il ne puise pas ses mots dans le goût du temps, il en cherche ceux qui rendent ses états d’âme ou, au moins, reconstituent un état d’âme artificiel. Même à contre-point ils doivent envelopper ou accompagner la mélodie véridique, qui naît dans notre conscience palpitante. L’intellectuel est celui qui retrouve dans son âme solitaire (et non pas dans son esprit commun) les reflets de tout ce qui compte à l’échelle verticale des valeurs et des talents. Le monde n’est que le cadre de ses tableaux. | | | | |
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| chœur intelligence | | | ACTION : Le sage comprend, qu'opposer l'action à la parole n'a pas plus de sens que de reprocher au bois de chauffage de ne pas avoir tous les attributs de l'arbre. La dimension économique de l'action réduisit la facette éthique à un point presque imperceptible. L'intelligence de l'action est dans la traduction du politique dans le mécanique. | | | | |
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| intelligence | | | La mort me révèle le mystère de l'être, qui donc est bien représenté dans le temps (Heidegger), mais je ne peux l'interpréter que dans l'espace : en le ravalant dans l'étendue de ses idées (Platon), en le dévoilant dans la profondeur de sa vérité (Aristote), en m'envolant vers la hauteur de sa valeur (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | La négation des idées, de cette partie infinitésimale d'un écrit profond, profond par des ombres atteintes, est du chipotage mesquin : on n'y abat que des formules d'un langage, qui n'est pas le tien ; mais la négation des concepts initiaux, formant des sources d'une lumière philosophique projetée sur la poésie des ombres, est féconde - voyez ce virtuose de Heidegger, qui manipule ces quatre axes : être/devenir, être/apparence, être/penser, être/être possible pleins de promesses ! | | | | |
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| intelligence | | | Être intellectuel, c'est savoir projeter toute manifestation de la vie sur les axes des sens, du beau, des idées et des actes. Être artiste et intelligent, c'est de créer l'illusion de la vie en partant d'une seule de ces projections. | | | | |
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| intelligence | | | Penser la pensée, telle est la démarche commune de deux belles têtes, Valéry et Heidegger ; le premier voit la valeur de la pensée dans son venir-au-monde soudain et fatal et, ingrat, se détourne d'elle, une fois qu'elle est fixe ; le second voit dans la pensée (Denken) une gratitude (Danken), qu'il doit à l'être-dans-le-monde. Pour enchaîner, phonétiquement, je dirais, que la pensée ne doit pas panser les plaies, où bat le pouls de la vie. | | | | |
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| intelligence | | | Mot à la mode : refus de systèmes. Mais tout homme, pourvu d'intelligence et de bon goût, aboutit à une unité de ton ou de regard, dans laquelle un œil perçant distinguera toujours un système. Le système : le refus du hasard dans le choix des représentations et la cohérence de l'interprétation avec les paradigmes choisis. Le système, c'est de la structuration de concepts, mais c'est l'orientation de leurs fins ou l'intensité de leurs fondements qui en détermine la valeur. | | | | |
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| intelligence | | | Tout événement a trois valeurs : la symbolique (nos langages), la scientifique (nos représentations), la mystique (nos intelligences et sensibilités). Chacune des trois peut ignorer les deux autres ; seule la philosophie en tente l'équilibre. | | | | |
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| intelligence | | | On pardonne tout à celui qui a et le talent et la noblesse : Nietzsche n'a aucune intuition du poids capital des contraintes, mais sa belle peinture fait oublier la niaiserie de ses buts (le surhomme), de ses moyens (la réévaluation de toutes les valeurs, la volonté de puissance) et de ses chemins (l'éternel retour). La grandeur des génies est dans leurs commencements, où le devenir présente toutes les caractéristiques de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | L'être se fonde dans les points, le devenir se forme dans les axes – les contraintes mécaniques ou les commencements organiques – les deux piliers de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le nihilisme n'est la négation ni de points d'attache (ontologie) ni de valeurs (axiologie), mais la liberté et le talent de leur (ré)invention. | | | | |
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| intelligence | | | Les soupçonneux, Marx et Freud, placent, respectivement, la valeur (la conscience de classe) et le sens (de l'inconscient) avant le discours, ce qui correspondrait plutôt à la focalisation et aux intentions ; les valeurs naissent au cours de l'interprétation (l'axiologie plutôt que l'herméneutique) et le sens est un effet des substitutions. | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle surclasse déjà la philosophie en hénologie (les méta-concepts), en ontologie (les concepts), mais n’apporte rien en axiologie (la dialectique esthétique des valeurs). Le savant sera évincé par la machine, seul l’artiste lui survivra. | | | | |
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| intelligence | | | L'être, c'est la relation primordiale entre attacher (substances, points d'ancrage), décrire (essence, attributs) et évaluer (existence, valeurs). | | | | |
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| intelligence | | | Je ne me suis jamais trouvé dans un espace quadri-dimensionnel ; je ne vois pas pourquoi il n'est pas rationnel de vouloir se déplacer plus vite que la lumière - mes objections à Hegel (was ist vernünftig ist wirklich…). | | | | |
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| intelligence | | | Dans la seule architecture qui me soit accessible, celle des ruines, les idées platoniciennes ou les pulsions nietzschéennes ne sont que styles-édifices, et les circonvolutions apolliniennes ou les fibres dionysiaques - que matériaux de construction. Les ruines, libérées de la vitalité des fondements et de la pesanteur des faîtes, se rient de l'existence réelle et s'adonnent aux valeurs virtuelles. C'est cela, la réévaluation nihiliste, l'exact contraire du platonisme : au lieu des points d'attache préconçus - leur libre conception. | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique est la représentation de la réalité ontologique, parce qu'elle part des concepts d'ordre et de mesure - pour refléter l'espace, et des concepts de transformation et de suite infinie - pour prendre en compte le temps. Deux choses, toutefois, posent problème : les trois dimensions spatiales (tandis que pour la mathématique il peut y en avoir autant qu'on veut) et l'irréversibilité du temps (tandis que pour la mathématique l'accès aux pré-images est tout naturel) - les questions à poser au Créateur ! | | | | |
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| intelligence | | | Le soi absolu (Kant, Fichte, Hegel) serait une pure liberté, source d'une vaste et profonde philosophie transcendantale ; mon soi inconnu est, avant tout, source de contraintes, pour que mon esprit parte de mon âme, dans un courant poétique, dont le premier souci est de garder la hauteur de source. La rigueur des valeurs face à la vigueur des vecteurs. | | | | |
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| intelligence | | | La raison se décompose en trois axes : créateur, artistique, instrumental - la rupture, l'inspiration, l'algorithme. On enlève l'art - on reste dans la platitude ; on manque de créativité - on se retrouve dans la linéarité des robots, dans l'âge de la raison instrumentale. | | | | |
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| intelligence | | | Le désir et la foi en philosophie : la transcendance est le désir de preuves ; l'immanence est la foi, qu'en dernière instance, toute preuve est tautologique. Et l'on finit par comprendre, que seule leur valeur, l'intensité simultanée du désir et de la foi, la hauteur, qui en résume l'essence ; cet état ek-statique s'appelle éternel retour : « le retour à sa source, au suprême désir, au premier don de la nature » - Dante - « lo ritornare a lo suo principio, sommo desiderio, prima da la natura doto ». | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui détermine le degré de mon intelligence, c'est la richesse des structures primordiales, que j'extrais du spectacle du monde : face aux valeurs, qu'en retirent Cioran, Nietzsche, Valéry ? Le premier nous conduit toujours vers un même point extrême, où s'accumulent le dégoût, la négation, la fatigue. Le deuxième cultive des axes, en en munissant tout point d'une même intensité musicale. Enfin, le troisième, le plus intelligent, construit un arbre, plein d'inconnues et de rythmes. | | | | |
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| intelligence | | | L'image de toute quantité se forme dans l'espace - un point sur un axe, ou, mieux, dans le temps - une valeur en tant que limite d'une suite. Mais le sot, prenant un mauvais exemple de Kant, a besoin de cinq objets alignés pour obtenir l'image du nombre cinq. | | | | |
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| intelligence | | | L’œil nous présente un espace à deux dimensions ; l'espace réel en a trois ; l'esprit peut concevoir aisément un espace à quatre ou même à un nombre infini de dimensions, dont le bon Dieu espiègle voulut peut-être nous priver. Mais comment réduire ou généraliser l'axe temporel ? L'énigme du temps, pour l'esprit, est aussi insoluble que l'énigme du bien pour l'âme. Ce qui est le plus fascinant, ce n'est pas le changement, le devenir, de la matière, mais la place, l'être, de l'instant écoulé. Le feu du temps, tout dévorant, tout engloutissant, faisant de toute matière un éternel recommencement, tout régénérant ; Phénix, complice de Chronos, en serait-il la seule image parlante ? Tout instant du passé est même moins que cendre - un vrai néant, un vrai vide, une vraie absence. | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique externe aide à connaître le prix et le bruit des choses, la mathématique interne en apprend la valeur et la musique : « Dans le nombre et dans la figure - le chant et la caresse » - Novalis - « Zahlen und Figuren singen und küssen ». | | | | |
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| intelligence | | | Tous ces penseurs, qui réhabilitent le temps (durée) ou l'espace (profondeur, étendue, largeur), dans la réflexion métaphysique - tandis que la seule dimension spatio-temporelle qui est condamnée unanimement, par le goujat et par le sage, semble être la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a trois sortes de pensée humaine, résultant des dialogues de la raison avec ses interlocuteurs : la raison face à la logique, la raison face aux sens, la raison face aux valeurs métaphysiques. La pensée mathématique, la plus primitive, sera parfaitement modélisée par l'ordinateur ; de bonnes représentations, appuyées par de bons interprètes, y suffiront. Je ne vois pas comment pourrait être imitée par la machine la pensée sensorielle, où l'interprétation foudroyante devance toute représentation (les phénoménologues appellent cette réinterprétation magique – intuition originaire - Urintuition). Mais la pensée métaphysique, aux sources et ressorts du beau et du bon insondables, restera peut-être le dernier bastion de l'homme, face à la déferlante robotique dans les cerveaux humains. | | | | |
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| intelligence | | | Dans un vrai livre de philosophie, on doit faire appel à une haute musique de poète, à un vaste style d'écrivain, à un profond regard de penseur. Nietzsche fut le seul à atteindre à cette harmonie. Mais dès que les hommes imaginèrent, que seule la dernière dimension justifiât le titre de sage, ils proclamèrent, paradoxalement, la préséance du langage, et leur profondeur universitaire, sans nulle forme musicale, se mua aussitôt en platitude. | | | | |
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| intelligence | | | Tout cogniticien finit par admettre, que même l'existence, même celle de mon propre soi, peut être donnée non pas à titre de fait, mais comme résultat d'une déduction. La requête d'existence, comme toute proposition, aboutit soit aux faits soit aux virtualités. D'ailleurs, plus le moi est virtuel, plus il est riche et moins il a besoin de faits sans souffle des lois : « réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits » - Proust. À propos, la dimension temporelle virtualise tout fait. Comme, d'ailleurs, l'artistique, où le créateur est comme les particules élémentaires, créant un champ du possible, plutôt que celui du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | La sagesse, c'est le talent de munir tout avis, tout point sur un axe donné, - d'intensité égale ; ton propre avis en ressortira d'autant plus en relief. « Savoir adopter l'angle de vue de l'avis contraire - telle est la vraie sagesse » - Mendeleev - « Перенестись на точку зрения противоположного мнения - это и есть истинная мудрость » - s’appellerait-elle Yin-Yang ? | | | | |
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| intelligence | | | Les jugements ont deux dimensions – l'horizontale (à laquelle s'accroche la profondeur) et la verticale (tournée vers la hauteur). La première s'appuie sur nos connaissances responsables, et la seconde est dictée par notre goût irresponsable. La première facette est vite épuisée, devenant consensuelle, transparente et insipide. Seule la seconde permet de faire entendre l'appel de notre soi inconnu, ce juge infaillible et inépuisable. Ceux qui perdirent tout contact avec celui-ci, marmonnent, doctes et bêtes : « Rien de plus honteux que d'afficher des affirmations avant les connaissances » - Cicéron - « Nihil turpius quam cognitioni assertionem praecurrere ». | | | | |
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| intelligence | | | Une hiérarchie de valeurs externes s'établit en fonction de la hiérarchie de mes juges internes : à ma raison, à mon esprit, à mon âme, en tant que juges, correspondent le savoir, l'intelligence, le talent des autres. Et c'est ainsi qu'au-dessus du beau savoir de G.Steiner je placerai l'intelligence de Valéry, et le beau talent de Nietzsche - au-dessus de l'intelligence de Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | La pluridimensionnalité phénoménologique (ouf !) : on bichonne l'accomplissement dans la réalité (philosophe), la teneur dans le modèle (savant), la référence dans le langage (poète). Le sens, son dépositaire, sa quête ; trois sphères d'excellence dont le centre est partout et nulle part. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l'esprit, qu'il soit systémique ou aphoristique, cherche à se débarrasser du hasard : le premier, pour chasser le hasard de l'arbre, et le second - celui de la forêt ; le premier s'occupe de continuités, le second - de ruptures ; le premier donne une idée du prix sonnant des surfaces et volumes, le second - une image de la valeur musicale des profondeurs et hauteurs. | | | | |
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| intelligence | | | L'artiste complète le philosophe, en munissant d'intensité et de musique l'être, le savoir et la transcendance, qui se transforment en devenir, intensité et immanence. La honte, cette profondeur de l'être, et l'intensité, cette hauteur du devenir, créent l'axe, sur lequel le surhomme surmonte l'homme. L'isosthénie, dépassant le conflit, l'ataraxie, surpassant l'indifférence, - telles sont les forces anti-sceptiques, à l'origine d'une noble axiologie. | | | | |
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| intelligence | | | Les axes, qui polluent la scène philosophique, et sur lesquels dominent la grisaille et la stérilité : essence - existence, vérité - apparence, objectif - subjectif, vital - conceptuel. Les deux seuls axes, dont aurait dû s'occuper la philosophie : caresses verbales et musicales, apportant de la consolation à l'homme angoissé, et des réflexions sur le rôle du langage, pour traduire nos frissons ou nos intuitions. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une philosophie non-euclidienne, on choisit pour axe la périphérie et non pas le centre du monde ; je deviens ce point merveilleux, que traversent plusieurs trajectoires parallèles à mon horizon axial. « Faire de la philosophie, c'est penser en spirales : on gagne en hauteur et guère en étendue, tout en restant à la même distance du centre du monde » - Schnitzler - « Alles Philosophieren ist nur ein Denken in Spiralen ; wir kommen wohl höher, aber nicht eigentlich weiter, und dem Zentrum der Welt bleiben wir immer gleich fern ». | | | | |
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| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
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| intelligence | | | On peut ne pas jeter ces étiquettes - Éternité, Être, Réalité - à condition de savoir n'en faire que des axes, qu'on orienterait à sa guise pour y dessiner des figures plus charnelles et nobles. | | | | |
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| intelligence | | | Nos actes mentaux portent les marques du temps, du hasard, de la pluralité ; nous sommes tentés d'y voir de l'ascension ou de la force ; mais toutes ces valeurs s'estompent, dominées par des métaphores intemporelles, constituant la seule musique et la seule unité du monde et nous révélant l'éternel retour de l'Un, du Même. L'art de l'unité - la faculté du Même. | | | | |
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| intelligence | | | Qu'est-ce que la valeur d'une pensée ? Sa nouveauté ? Sa place dans l'édifice des systèmes ? Le poids dont on l'affecte ? La qualité de son enveloppe verbale ? Plus on se rapproche de la dernière réponse, plus, donc, on est superficiel, plus cette valeur est artistique, donc, la seule qui survivra aux péripéties temporelles de la science, pour s'inscrire dans l'intemporel des consciences. | | | | |
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| intelligence | | | Tous les nietzschéens ont une vision mécaniste de l'éternel retour ; pourtant, le père de cette jolie métaphore (et de cette misérable pensée), se désavoue lui-même, avec cette flagrante bêtise pseudo-mathématique : « Tout processus infini doit être périodique » - Nietzsche - « Ein unendlicher Prozess kann gar nicht anders gedacht werden als periodisch ». Celui qui ignore la théorie des suites devrait être interdit de réévaluer les valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Et la réalité et le rêve mettent à l'épreuve notre esprit et notre âme ; la réalité offre l'horizontalité, et le rêve – la verticalité. L'idéal est de choisir la seconde dimension, puisque « la hauteur des sentiments est en raison directe de la profondeur de l'intelligence » - Hugo. | | | | |
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| intelligence | | | Un merveilleux exemple de l'éternel retour : la sensation et le désir exercent, réciproquement, une influence, l'un sur l'autre, et l'on finit par ne plus comprendre, d'où vient l'excitation, puisque la même intensité est portée par mon regard et ressentie par ma chair. L'extérieur et l'intérieur, le perçu et le conçu se fusionnent dans la volupté. | | | | |
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| intelligence | | | Mes yeux parcourent le paysage social commun, mais mon regard crée mon climat intérieur. L'homme du regard : de son œuvre, sans qu'il y songe lui-même, se dégage un système inimitable et complet. L'homme des yeux : son œuvre suit les règles aléatoires, imitées des autres. L'homme créateur de grâces paradoxales sur des axes entiers ou l'homme reproducteur de pesanteurs ponctuelles. « J'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés » - Rousseau. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation fixe la valeur, et la (méta-)interprétation (la validation) formule une valeur de cette valeur. Aucune théorisation de cette validation n'est possible, ce qui justifie le rôle qu'y jouent souvent la noblesse d'âme ou la caresse d'esprit, plutôt qu'une obscure adéquation quelconque avec la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde ontologique inspire la représentation (la finalité statique), le monde phénoménologique justifie l’interprétation (les moyens dynamiques), le monde axiologique forme les contraintes : les objets ou relations à privilégier ou à exclure, la hauteur minimale des regards ou des mots. | | | | |
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| intelligence | | | L'éternel retour est un hymne à la puissance créatrice, dont la hauteur artistique et/ou vitale est supérieure à la profondeur mystique et/ou morale. Ni effondrements, ni même réévaluations, comme l'interprètent les professeurs, mais – la création de vecteurs, au-dessus ou au-delà des valeurs. | | | | |
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| intelligence | | | Le meilleur usage de la philosophie consiste en peinture de mes états d'âme ; cet exercice exige le choix des axes, autour desquels je développe mes idées ou lesquels j'enveloppe dans mes métaphores ; ce choix correspond à la mise en place des contraintes ; pour moi, ce sont la noblesse, l'arbre, l'intelligence ; pour Nietzsche – le retour éternel, la volonté de puissance, le surhomme. Ce qu'il faut retenir de ces banalités, c'est qu'il ne faille pas exagérer le rôle des contraintes communes, il faut écouter la musique des commencements personnels. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce qui est dépourvu de la dimension musicale ou ne fait que résumer le bon sens devrait être banni de la philosophie. « À partir de la même impression, l’un forme un chant et l’autre – une théorie analytique » - Valéry - leur analytique part des prémisses communes, pour arriver aux conclusions banales. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intelligent est porté vers la négation, tout en cherchant l'objet de rejet le plus vaste. C'est ainsi que, en partant de tout, on aboutit à la spéculation sur le rien, le zéro, le nul, le néant, l'absence. Une basse mécanique ! Il est plus vivant de procéder par unification, manipuler des arbres avec variables et domaines de valeurs imprévisibles et incalculables, visant une profonde hénologie ou une vaste ontologie. Une optique hautaine ! Voir dans quelqu'un un bel arbre est l'un des plus beaux compliments ! | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | Sur l’axe temporel, il n’existe pas deux points différents, aussi rapprochés soient-ils, dans lesquels un objet resterait identique. La durée n’existe pas pour les objets, elle n’appartient qu’au temps. | | | | |
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| intelligence | | | Trois critères, trois axes qualifient un écrit philosophique : banal/original, bête/intelligent, plat/stylé. Toutes les combinaisons furent possibles dans l’Antiquité. L’écrit nietzschéen est original et stylé ; l’écrit valéryen est original et intelligent ; l’écrit heideggérien est intelligent et stylé. Aujourd’hui, la banalité, la bêtise et la platitude caractérisent et la phénoménologie et la philosophie analytique et la philosophie du langage et la philosophie de l’esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Les convictions sont des valeurs, et parler de la mutation des premières (Dostoïevsky) ou de la réévaluation des secondes (Nietzsche) revient au même, bien que le pouvoir de l’homme du souterrain soit à l’opposé du devoir du surhomme. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne philosophie devrait mettre en relief l’essentiel d’une vie d’homme et s’articuler autour de l’axe réalité – rêve. Ne pas s’attarder sur l’aspect socialo-économique de la réalité ou futuro-idéologique du rêve. Donc, non au vitalisme de fond et au verbalisme de forme. Le réel prenant une coloration tragique, le premier souci de la philosophie devrait être d’y apporter de la consolation. Le rêve, englobant les extases et les connaissances, se matérialise dans des langages, offrant une hauteur d’expression ou une profondeur de compréhension, - l’art ou la science. La place du langage est le thème le plus occulte dans la philosophie académique aussi bien qu’en linguistique. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui est profond ne peut ni s’envelopper d’un mot-à-mot délié ni se développer par un nez-à-nez familier ; on ne donne une image verbale, conforme de la profondeur d’une sensation, que par la hauteur d’un regard, perçant et intense. La plus belle création consiste en entretien des axes, vastes et paradoxaux. | | | | |
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| intelligence | | | Il est facile de définir ce qu’est exister dans une représentation (ou langage), où le temps peut être occulté. Mais l’existence dans la réalité, avec sa dimension temporelle, est indéfinissable ; le mystère du temps, ce néant, dans lequel s’engouffre l’instant courant, reste entier. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, dépourvue de la dimension temporelle, est ce que les professeurs appellent l’Être. « La position d’un pur présent, sans attache, même tangentiel, avec le temps est la merveille de la représentation » - Levinas - c’en est plutôt la lacune. L’introduction du temps fait de la représentation la demeure du Devenir ; l’Être serait l’état de cette représentation mouvante à un moment fixe. | | | | |
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| intelligence | | | L’immanence et la transcendance : la vie et le monde relèvent de la première, la profonde ; l’être – de la seconde, la haute. Mais elles se trouvent sur un même axe, inépuisable, vertical, de la création divine ; elles y sont même inséparables. | | | | |
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| intelligence | | | De plus en plus je crois, que l'abus ontologique du verbe ou du nom d'être (avec leurs translations hypothétiques : vouloir, devoir, pouvoir) est dû au peu de talent dans la projection de verbes plus riches sur des noms manquant de dimensions et démunis de liens. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence aide à évaluer les prix, la noblesse – à rendre intelligibles les valeurs. Et puisque celles-ci sont au-dessus de ceux-là, on peut se passer d’intelligence et se contenter de noblesse, pour ambitionner une hauteur de vues. Quand on n’a ni l’une ni l’autre, on se vautre dans la bassesse et la bêtise, en se moquant de l’intelligence. | | | | |
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| ironie | | | Le cynisme étouffe l'élan, l'ironie le rend plus sacré, car plus éloigné ou isolé de ses sources défendables. Toute bougeotte s'achève en platitudes (prenez à la lettre l'avertissement de Jésus : « Si on vous dit qu'Il est ici, n'y allez pas », car l'essentiel mérite votre immobilité et absence), et le cynisme est mouvement. Souvenez-vous, que c'est l'ironie qui manqua le plus à l'œuvre nietzschéenne : « Le cynisme, la plus grande hauteur accessible sur terre » - « Das höchste, was auf Erden erreicht werden kann, der Cynismus » - sur les cartes psychologiques, toutes les coordonnées d'écoles sont plates ; le relief, et donc la hauteur, s'introduisent par la troisième dimension, créée par le talent, l'ironie et la noblesse | | | | |
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| ironie | | | Ce que d'autres tiennent pour une constante, l'ironiste le note comme une variable et la soumet à de telles contraintes, que seuls les initiés accèdent à ses valeurs. | | | | |
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| ironie | | | L'optimisme ou le pessimisme ne sont que des saisons chez une même personne, qui est un climat. Quand l’espoir veille, le désespoir peut dormir et vice versa. Le froid ou le chaud permanents sont pour des âmes étroites ; ils font oublier la fragilité du feu et de la lumière : « L'optimisme est propre aux âmes d'une seule dimension »** - Lorca - « El optimismo es propio de las almas que tienen una sola dimensión ». | | | | |
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| ironie | | | L'attribution de fins et de mesures est facilitée par l'inattouchement par l'infini. Mais la perspective de l'infini rend toute balance hors usage. Être fabricant de balances, en fin de compte, est le métier de la mémoire et du temps arrêté. Mais des balances pour peser les valeurs et non pas pour mesurer les poids. | | | | |
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| ironie | | | Pseudo-valeurs, refuges des médiocrités : vérité, liberté, authenticité. S'opposant au rêve impossible, à l'esclavage d'une passion, au désespoir autour d'un moi introuvable. | | | | |
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| ironie | | | Il n'y a que ton étoile qui peut te combler aussi bien par une lumière, qui te fait ouvrir les yeux, et par des ténèbres, qui te les font fermer au bon moment. « Cette obscure clarté, qui tombe des étoiles » - Corneille. Rebondissant en obscurité ostentatoire (telles les valeurs somptuaires valéryennes, opposées aux valeurs fiduciaires) et remontant au ciel. L'état d'âme embue l'œil, l'état d'esprit le dissipe et dessèche. « Dieu, ce mot ténébreux, gonflé de clarté » - Hugo. | | | | |
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| ironie | | | Dans la vie, comme en mathématique, le réel se réduit aux valeurs unidimensionnelles, tandis que l'imaginaire invite à forger des vecteurs complexes ; cet imaginaire, qui naît de l'extraction impossible de racines des valeurs négatives, pour aboutir à l'existence nécessaire de solutions des problèmes rationnels. | | | | |
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| ironie | | | Tout homme intelligent passe par la tentation du dogmatisme ou du relativisme ; pour se débarrasser de celui-ci, suffit le talent ; pour maîtriser celui-là, suffit la noblesse ; les deux - armés d'ironie, c'est à dire d'une saine distance. Le fruit de cette fusion, c'est le culte de l'intensité égale sur l'axe des idées et des valeurs : se détacher de l'horizontalité du bruit, pour demeurer dans la verticalité de la musique, devenir vecteur de ce qui tend vers le beau ou le sublime. Cet axe, unifié par la dialectique (Hegel) ou par l'égale intensité (Nietzsche), peut s'arracher à son unique dimension et se généraliser en arbre à inconnues, ouvert à l'unification avec d'autres arbres. | | | | |
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| ironie | | | Parmi les valeurs assurant un succès littéraire, l'intelligence semble être le pivot central, inamovible ; jadis, la réussite, à 90%, étais due au talent, à 9% - à l'intelligence, à 1% - au savoir ; aujourd'hui, cette proportion se renversa, mais l'apport de l'intelligence reste le même. | | | | |
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| ironie | | | Deux cas de figure intéressants dans les rapports entre l'écrivain et son herménaute : ou bien la lecture du second n'apporte rien de plus haut, ou bien la lecture du premier, après celle du second, n'apporte rien de plus profond. La valeur de l'écrivain se mesurerait uniquement en hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Un paradoxe entre noms et verbes, prix/valeur et apprécier/valoriser, peut se voir dans la définition du bon et du mauvais narcissisme : le mauvais valorise, de l'extérieur, le prix de ses copies, et le bon apprécie, de l'intérieur, la valeur de ses créations ; chez le premier, ses productions sont des traces reconnaissables du soi, chez le second - des échos d'un soi inconnaissable. | | | | |
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| ironie | | | Dans ma géométrie spirituelle, les deux dimensions de la platitude s'appellent temps et espace, sujets mystérieux, mais dont l'étude n'a jamais produit de mystères ; sur la troisième dimension naît la dialectique entre le haut et le profond, où aucun mystère n'affleure, on ne peut y compter que sur ses propres vertiges, pour creuser ou pour s'envoler. La bonne dialectique n'est pas une neutralisation, mais une unification. | | | | |
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| ironie | | | Le sérieux, c'est l'impossibilité de falsifier un fait ou un dogme ; il a sa place en sciences, en religion, en amour, en musique ; mais nos facettes, créatrices ou libres, brillent par le contraire du sérieux qui est l'ironie - l'invention de nouveaux langages, par de nouveaux soupirs, grimaces ou rires, qui redressent les valeurs installées dans l'habitude ou la platitude. | | | | |
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| ironie | | | On associe à l'horizontalité deux dimensions, et à la verticalité - une seule, curieux effet de la gravitation et de notre position debout. Notre passé martial place, par analogie, la flèche du temps sur l'axe qui s'étend devant nous, tandis que nos gauche et droite forment la vastitude figée. La bonne verticalité serait celle qui prendrait pour porteur solidaire - la flèche du mouvement devenue immobile ; ainsi, l'horizontalité ne serait plus traitée de platitude, ni la verticalité - de girouette. | | | | |
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| ironie | | | Dans les mentalités horizontales règne le dynamisme, qui assure la stabilité dans la platitude ; la verticalité se maintient grâce à l'immobilité de ce qui est le plus vital, immobilité vécue comme une chute ou une envolée, en fonction du vecteur courant de mon regard. | | | | |
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| ironie | | | La géométrie en philosophie : un vecteur, c'est le sens d'un axe de valeurs plus l'unité de mesure. À comparer avec des savants, non-géomètres de Platon, campés dans une valeur donnée sur un axe, plus des mesures, que tout le monde pourrait prendre à leur place. | | | | |
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| ironie | | | Le dogmatisme - ceci ou cela ; la dialectique - ceci, mais aussi cela ; le relativisme - cela vaut ceci ; l'ironie - cela sert à ceci. L'ironie entretient l'intensité de l'axe tout entier ; les autres s'occupent de ses partitions désaxées. | | | | |
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| ironie | | | Tant d’herméneutes pseudo-ésotériques voient dans l'éternel retour – une fabuleuse répétition dans un temps réel, celui des événements de la vie, tandis qu'il est un avènement, une invention perpétuelle dans un espace artificiel, celui de l'art. Les faits opposés aux valeurs. | | | | |
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| ironie | | | Pour que ta valeur ne te perde pas, cache-toi dans des formules, dont personne ne parviendra à évaluer la valeur à cause des inconnues insolubles. | | | | |
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| ironie | | | Dans la spontanéité, le hasard a plus de place que la nature. Elle n'est donc pas une valeur inconditionnelle et doit subir le même polissage que le maniérisme, la prééminence du calcul devant l'intuition. | | | | |
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| ironie | | | Pour accueillir ce que l'actualité déverse sur eux, ils utilisent la louche, au lieu d'une passoire ; encore une illustration de l'utilité des contraintes et des filtres, dans la formation d'un bon goût. Vouloir tout évaluer, ou tout dévaluer, ou même tout transvaluer, est bête. Le goût électif vaut mieux que l'appétit bourratif. | | | | |
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| ironie | | | La maîtrise des idées n'apporte pas grand-chose à la qualité de mes valeurs, mais elle présente un intérêt purement prophylactique : je m'injecte des avis, de plus en plus empoisonnés ; les idées, tout de suite, m'en immunisent ; et je finis par ne plus m'aliéner le moindre point sur un nouvel axe entier de valeurs – je me dévouerai, libéré d'attachements pesants et unidimensionnels, aux vastes ailes des émotions ou des mots. | | | | |
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| ironie | | | L’amour est complexe, c’est pourquoi il a une part réelle, la temporelle, et une part imaginaire, intemporelle. Quand l’imagination est nulle, on reste en compagnie de la seule réalité unidimensionnelle, de la linéarité décroissante. | | | | |
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| ironie | | | Dans aucun autre domaine la justesse du traduttore traditore ne se manifeste aussi dramatiquement qu’en philosophie. N’importe quel gamin allemand comprendrait le terme heideggérien Unselbstständigkeit – non-autonomie, besoin d’appui ; l’un des pires bavards français, Sartre, le traduit par non-substantialité originelle dans les trois dimensions de la temporalité. Remarquons, en passant, que le pauvre axe temporel (uni-dimensionnel !) y reçoit deux dimensions supplémentaires imméritées. | | | | |
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| ironie | | | Mes valeurs ne doivent presque rien à mon expérience ; mon action n’a que quelques vagues rapports avec mes valeurs. Je porte confortablement mon masque de Janus. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées. | | | | |
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| mot | | | Formé sous l'influence des langues indo-européennes, le regard philosophique européen sur la structure du langage - sujet, verbe, objet - est sans intérêt. Tout langage doit offrir trois types de références : d'objet, d'attribut et de lien entre objets. Les catégories - syntaxique du sujet, lexicale du verbe, sémantique de l'objet - sont purement linguistiques, sans rapport avec le modèle conceptuel. La langue fournit le noyau (verbes, quantificateurs ou connecteurs) de l'axe syntagmatique, l'axe paradigmatique étant alimenté par le modèle. | | | | |
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| mot | | | Les mots et les tableaux. Dans sa coquille, la perle est sans valeur d'échange. Mais le sort du collier n'est pas le plus enviable. Une fois que ton couteau-talent a extrait la perle verbale, ne demande à l'esprit ni le fil, ni l'écrin, ni l'étiquette. L'esprit cultive le multiple, l'âme n'aime que l'un. | | | | |
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| mot | | | Encore une aberration dimensionnelle d'origine teutonne - l'image d'abîme (Abgrund), associée, bêtement, à la recherche de causes premières (Grund). Kant et Nietzsche passèrent par là, pour nous détourner de la hauteur, cette vraie source, qui entretient les meilleures soifs. | | | | |
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| mot | | | La vie se compose d'empreintes et de rêves. L'évoquer dans un langage est également ardu, mais la difficulté de la seconde tâche est qu'il faille s'interdire l'usage de miroirs, tandis que la première est toute de miroirs. L'artisanat de l'axe et l'art du levier. | | | | |
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| mot | | | Je suis embêté d'avouer, qu'une bonne moitié de mes émotions, sur cette terre, est due aux écrits des autres. Pourtant, la vie aurait dû garder toute sa valeur en dehors de tout écrit du passé. Les mots du présent ne sont que de passives étiquettes ; en se tournant vers le passé, ils ont une chance de devenir signes ou symboles ; pour les mots bien magnétisés, on peut dire, que « contrairement à la mathématique, le langage nous conduit vers le passé » - G.Steiner - « language, unlike mathematics, draws backward ». On met longtemps pour comprendre, et d'en être horrifié, que, dans le passé, tout le reste est silence. « Muets sont les tombeaux, survivent seul les mots » - Bounine - « Молчат гробницы - лишь слову жизнь дана ». | | | | |
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| mot | | | J'ai beau me détacher de tous les noms, de tous les courants, - ma recherche de points zéro ne pourra jamais réussir complètement dans le domaine des mots ou des idées, où je suis soumis à mon époque et à ma mémoire ; c'est du point zéro des tons que j'ai le plus de chances de me rapprocher, puisque ce domaine se voue surtout à la hauteur, dimension désertée par d'autres chercheurs d'originalité. | | | | |
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| mot | | | Dans l'écriture, le seul domaine, où le mot n'ait pas besoin de définition, est la poésie. Et, en particulier, la philosophie, qui aurait reconnu, humblement, d'être une des branches poétiques. Partout ailleurs, l'incapacité de définir un mot-concept devrait priver l'auteur du droit d'en disposer. Ainsi, dans la philosophie académique, on devrait bannir les mots : la métaphysique, l'être, le néant, la transcendance, la vérité, le sujet, la conscience. Son malheur, c'est que, une fois cette purge effectuée, il n'en resteraient que des platitudes, ce qui correspondrait à sa juste valeur. | | | | |
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| mot | | | Je m'évertue à projeter la grande triade - la noblesse, l'intelligence, la beauté - sur l'idée platonicienne, sur la valeur nietzschéenne, sur l'être heideggérien - je ne parviens pas à la même harmonie, que me procure le mot. Dans tout ce qui est grand, la forme domine le fond. | | | | |
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| mot | | | Il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'en existe que des métaphores. Toute prétention des Professeurs au contenu indépendant du langage est vaine : « Tout contenu qui est lié à la forme verbale d'un discours n'est pas un contenu philosophique » - Kojève. Mais la valeur des métaphores dépend de la représentation sous-jacente, dans laquelle se retrouvent des concepts, dictés, dans la plupart des cas, par le bon sens et non pas par une science quelconque ; ces concepts sont donc plus près des fantômes intuitifs que des espèces maîtrisées. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | Le Mot, tel un tenseur se réduisant à un vecteur, serait une notion dégénérée, triviale, si « le Tenseur joue dans le domaine du Silence algorithmique un rôle analogue à celui de la Notion dans le Discours » - Kojève. Heureusement, le mot sait recréer ses propres invariants, et par des transformations échappant à toute linéarité des notions. | | | | |
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| mot | | | Tant de malentendus avec des mots tels que ouvert ou vecteur, où l'homme de la rue mêle fâcheusement ses emballages ou ses publicités à la théorie des ensembles ou à la géométrie. Ainsi, mon vecteur ne porte rien sur son dos ni dans ses soutes, mais se contente de définir un axe, contenant des valeurs, qu'il s'agit de chanter, toutes, avec la même intensité. | | | | |
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| mot | | | La sincérité a un sens pour celui, pour qui son fait et son dit sont identiques, c'est à dire inexpressifs. Le créateur poursuit la beauté et se désintéresse de la sincérité. Donc, dans cet adage : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » - proverbe chinois - le premier morceau concerne le sot, et le second - le poète. Qui se croit sincère ne peut pas être élégant. Qui se veut élégant, invente la sincérité des paroles. La sincérité vaut dans ce qui est profond ; l'élégance sied à ce qui est haut. | | | | |
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| mot | | | Dans les merveilleuses structures linguistiques - aucune trace du réel (sauf quelques onomatopées ou reflets de l'axe temporel) ; le conceptuel, à son tour, ne doit presque rien au linguistique ; pourtant, c'est dans ces deux pièges que tombe Heidegger, en suivant un parallèle insensé entre, d'un côté, la sédimentation des infinitifs et des nominatifs débarrassés de déclinaisons et de conjugaisons et, de l'autre, le surgissement de l'être de l'étant. De plus, les flexions ne sont pas une règle pour toutes les langues, et la catégorie de verbe n'est pas absolument indispensable. | | | | |
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| mot | | | Le mot éternel, en philosophie, signifie l’aspect trans-historique, la sortie hors du temps, d’où l’éternel retour nietzschéen, résultant de la métamorphose du devenir, auquel le créateur affecte l’intensité de l’être, le retour égalisant les dates et ennoblissant les lieux. Il ne restera à la dimension temporelle que le culte des commencements, ce culte de la personnalité et de la hauteur, et que Nietzsche appellera volonté de puissance. | | | | |
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| mot | | | À l’origine, consoler voulait dire aplatir, égaliser, tandis que j’aimerais l’associer avec la dimension verticale – dans l’angoisse terrestre, quitter la pesanteur du réel, se fier à la grâce céleste - verbale, picturale ou musicale. | | | | |
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| mot | | | À chaque verbe modal correspond un axe conceptuel : la fidélité, le sacrifice – au devoir ; la passion, la paix d’âme – au vouloir ; la création, la puissance – au pouvoir ; le commencement, l’inertie – au valoir. | | | | |
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| mot | | | C’est la pensée qui doit être au service des mots et non pas l’inverse, elle en serait un vêtement. Plus je mets de la rigueur dans le mot, plus je suis sûr d'habiller un épouvantail ou une figure de géométrie. La haute stature du mot doit être au-dessus de la couture de la pensée, et leur homologie est toujours suspecte. « En l'habillant, la langue dissimule la pensée » - Wittgenstein - « Die Sprache verkleidet den Gedanken » - mais le couturier peut se moquer de mannequins. La valeur des mots séduit la vie ; les pensées en rédigent l'état civil ou en fixent le prix. | | | | |
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| mot | | | Ce que tous les philosophes négligent, c’est le choix explicite des axes conceptuels, sur lesquels ils placent leurs mots fétiches. L’un de ces mots-parasites – la vie. À l’autre bout de l’axe, on devine, chez les soi-disant vitalistes, - la réflexion abstraite, l’érudition, le savoir, tandis que son occupant le plus intéressant est le rêve, ce qui fait de la vie synonyme de la réalité. Ainsi, cet autre terme, la passion, devient archi-flou, puisque, appliqué à la vie, il peut signifier l’obsession par la réussite, et, appliqué au rêve, – l’élan vers la hauteur. « Ce froid regard et nulle vie ; glas des passions inassouvies » - Boratynsky - « Взгляни на лик холодный, в нём жизни нет ; но как былых страстей заметен след ». | | | | |
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| mot | | | Une beauté picturale ou musicale ne peut jamais être rendue par les mots ; mais d’une beauté verbale peuvent émaner et des images harmonieuses et des mélodies bouleversantes ; dans ce cas, en expressivité et profondeur, elle surclasse tous les autres langages. Le verbe est tridimensionnel, tandis que la peinture ne connaît que l’étendue et la musique – la hauteur. | | | | |
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| mot | | | L’inconstance aurait pu signifier – dans l’arbre de tes projections, l’insertion d’inconnues prometteuses à la place des constantes épuisées (pour A.Blok, l’inconstance était le bonheur idéal). Et l’invariant, ce pseudo-synonyme de non-variable, ne devrait pas concerner tes propres valeurs, mais des universaux impersonnels. | | | | |
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| mot | | | Un discours et son interprétation contiennent, respectivement et potentiellement, des valeurs et des significations. La valeur peut se réduire au langage (en poésie, en épanchements passionnels) ; la signification débouche sur le sens (réseaux de concepts). | | | | |
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| chœur noblesse | | | CITÉ : Tout homme sensé préconise la démocratie en tant que seul mode de cohabitation vivable dans la cité. L'aristocrate y voit un sacrifice à la pratique ; le goujat - la fidélité à une théorie. L'aristocrate se sent plus proche du républicain, aux valeurs irrationnelles, que du démocrate, aux valeurs calculables. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur n'est pas une dimension de plus pour remplir notre regard, elle est ce vibrato esthétique, qui se faufile dans la durée, la profondeur, l'étendue, y efface la terne illusion de suite et de continuité et la remplace par le beau rêve aux points lumineux et scintillants. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur est ce qui unifie les choses disparates (la profondeur divise et distancie, en mesures relatives) ; la hauteur dicte des valeurs absolues, en quoi elle est métaphysique : « La métaphysique voit l'être comme unité fondatrice de la hauteur » - Heidegger - « Die Metaphysik denkt das Sein in der begründenden Einheit des Höchsten ». | | | | |
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| noblesse | | | Ne s'intéresser qu'aux vecteurs, orientés par la noblesse, et aux valeurs, réductibles à la dignité, un point de vue de la verticalité, la hauteur, l'axiologie réconciliée avec l'ontologie. | | | | |
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| noblesse | | | La dignité est pour l'esprit (cette âme inférieure) ce que la noblesse est à l'âme (cet esprit supérieur), les yeux du soi connu – au regard du soi inconnu. La dignité aide à garder la tête haute ; la noblesse fait baisser les yeux. L'indifférence ou la honte. L'orgueil ou la fierté. La dignité intégrale, c'est la noblesse des sots intégraux. | | | | |
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| noblesse | | | Quelle niaiserie, ce projet du jeune Nietzsche de transvaluer les valeurs (umwerthen alle Werthe) ! Toutes les bonnes valeurs furent déjà exhumées et exhibées ; il s'agit de les munir de bons vecteurs, aimantés par l'ironie et la noblesse, et de finir par substituer aux flèches – des axes, chargés d'une même intensité – voilà l'éternel retour ! | | | | |
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| noblesse | | | Toute âme d'exception est dans un déséquilibre, étant expression d'une seule des extrémités humaines - l'ampleur, la profondeur, la hauteur ; mais notre esprit a besoin d'équilibre, pour agir et créer ; à l'étranger, on découvre l'illusion d'une dimension complémentaire : « En Italie, Goethe cherche la profondeur des liaisons, Nietzsche - la hauteur des libertés » - S.Zweig - « In Italien, Goethe sucht tiefere Zusammenhänge, Nietzsche - höhere Freiheiten » - même si l'auteur s'y trompe de direction recherchée par ses protagonistes. | | | | |
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| noblesse | | | Trois critères hiérarchiques, pour me reconnaître une âme sœur : la part du rêve ou de l'actualité, l'hymne de la défaite ou l'appel du triomphe, la pitié pour le faible ou l'admiration du fort. Et dans chaque dimension, chaque adhésion, - la hauteur du regard. Le bon goût est l'équilibre de ces trois hauteurs. | | | | |
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| noblesse | | | Sur les axes des valeurs, Aristote cherche des commencements, Kant - des frontières, leurs épigones - leurs points préférés. Mais Nietzsche ennoblit l'axe tout entier, en le munissant d'une même intensité, qui est le fond de notre moi ; cette axiologie s'appelle l'éternel retour du même ; ce qui change en moi n'est pas moi. | | | | |
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| noblesse | | | Quand ils parlent de valeurs, le plus souvent, c'est du positivisme ou du négativisme, cohérents et systématiques, débouchant sur l'ennui ou le dogmatisme. Le négativisme devrait n'intervenir qu'en formulation de contraintes, et le positivisme n'apparaître que dans la manifestation du goût. Mais la même intensité, spirituelle ou artistique, devrait en constituer l'axe entier. La condition incontournable, pour l'entretien de cette construction, c'est la conscience et la maîtrise des ressorts poétiques du langage ; maîtrise, refusée à Parménide, Hegel ou Husserl, accordée à Nietzsche, Valery et Heidegger. | | | | |
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| noblesse | | | Ce qu'on prend pour sonorité d'un personnage n'est souvent qu'acoustique d'une vie bien réglée, mettant en valeur des cordes sans vibration intérieure aucune. | | | | |
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| noblesse | | | La poésie est affaire de l'élite peu partageuse ; la philosophie est de la poésie vulgarisée, à portée des machines ou des ingénieurs et à valeurs à faire partager. « Il existe bien la pensée ou le sermon collectivistes, il n'existe pas de poésie collectiviste »* - H.Hesse - « Es gibt wohl kollektivistische Gedanken und Predigten, aber es gibt keine kollektivistische Dichtung ». | | | | |
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| noblesse | | | Trois dimensions du regard : la verticale, les deux horizontales - l'étendue et la largeur. Il y a plus d'oppositions entre deux sens de chaque alternative qu'entre alternatives. La gauche ou la droite, l'anticipation ou la nostalgie, la profondeur ou la hauteur. Mais la hauteur accompagne plus volontiers la gauche et la nostalgie. | | | | |
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| noblesse | | | Être entier par le regard (syncrétisme de hauteur) et fragmentaire par les choses regardées (éclectisme d'étendues sélectives). Le regard est vecteur apriorique de valeurs, et les choses n'en sont que porteuses apostérioriques. L'intensité du regard est au-dessus de la pénétration métaphysique. « En pensant en termes des valeurs, la métaphysique s'interdit de ne livrer l'être qu'au regard » - Heidegger - « Durch das Wertdenken fesselt sich die Metaphysik in die Unmöglichkeit, das Sein nur in den Blick zu bekommen » - sous un bon regard l'être ne fait pas que marcher, il se met à danser. | | | | |
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| noblesse | | | Il s'agit non pas de briser les tables des valeurs, qui s'avèrent le plus souvent n'être que valeurs d'échange ou valeurs d'usage, mais de les laisser à leur place, dans le cloaque du quotidien et de l'utile. La vraie valeur, c'est ce qui en restera, après la résolution de cette contrainte. | | | | |
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| noblesse | | | C'est la part du rêve ou du talent qui traduit, respectivement, mon vouloir ou mon pouvoir – en valoir. Je suis ce que je veux en rêve, je deviens ce que je peux avec mon talent. Je vaux par l'harmonie entre mon être et mon devenir. | | | | |
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| noblesse | | | Ne pas réduire la hauteur à un problème géométrique, qui la vouerait aux projections, et toute projection sur l'axe des choses (« zu den Sachen selbst » - Husserl) est une chute. La hauteur devrait être affaire de l'oubli de ce qui attire par le poids ou les coordonnées, affaire du regard attiré par l'impondérable. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs, ce sont des points de rencontre entre la réalité et le rêve. Elles ont besoin et d'équilibre et de vertiges - de l'horizontalité du savoir et de la verticalité du valoir. | | | | |
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| noblesse | | | La verticalité est le goût des hiérarchies axiales, la préférence donnée à l'absolutisme des comment, par rapport au relativisme des quoi. Soit le qui se projette sur l'infini des exubérances, soit sur la platitude des connaissances. | | | | |
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| noblesse | | | La fuite face à la vie, vers une mort, qui serait un sommeil sans songes - un mauvais apologiste nécro-mantique voit ainsi le divin Socrate bien somnambulique. La noble attitude humaine serait l'immobilité face à la mort biographique, au milieu des songes sans sommeil, que serait devenue la vie thanatographique en veille. Et Freud n'y voit pas la vraie dimension, la hauteur : « Le rêve éveillé s'étend en largeur, mais aussi dans un lointain profond » - « Der Tagtraum erstreckt sich wie in die Breite, so in die tiefe Weite ». | | | | |
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| noblesse | | | Notre sympathie hésite entre l'homme qui croit, l'homme qui crée et l'homme qui crie : la foi, l'art et la souffrance ; la mystique, l'esthétique et l'éthique. À partir de ces trois dimensions, ou bien on réussit à en faire un espace électif, discret et Ouvert vers l'intemporel - la noblesse, ou bien on les projette sur la continuité, l'irréversibilité et l'ouverture au temps - l'inertie, le conformisme. | | | | |
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| noblesse | | | Plus on s'accroche à la hauteur, plus on tient aux catégories d'être et de valeur ; plus on se consacre aux profondeurs, plus on est tenté par l'avoir et la valeur marchande. | | | | |
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| noblesse | | | La force, le savoir, la noblesse - trois axes, sur lesquels se propage la volonté de puissance. Le bon ordre de leurs étiquettes est à préserver : l'étendue, la profondeur, la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Toutes les valeurs sont désormais ancrées à la terre ; le monde s'est définitivement séparé du ciel ; « es werthet » de Kant et « es weltet » de Heidegger (« on évalue » ou « on ancre ») devinrent synonymes. | | | | |
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| noblesse | | | La rencontre du vrai et du beau produit l'intelligence, celle du beau et du bien - l'amour, celle du bien et du vrai - la foi. Mais le faisceau de ces trois axes crée un seul foyer, à égale distance des origines et des fins, - la noblesse. | | | | |
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| noblesse | | | Ne pas me connaître - pressentir ma valeur et ignorer mon prix. Ce qui m'est propre et ce qui est commun à tous, ce sont deux domaines d'égales ressources et d'égales valeurs. Ceux qui, avec morgue, se cherchent finissent, d'habitude, par tomber sur des banalités, personnelles ou collectives, et par en proclamer la fade paternité. | | | | |
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| noblesse | | | Dans les profondeurs, il n'y a que très peu de points d'attache ; et en surface ils abondent. D'où l'austérité des profonds et l'exubérance des superficiels. Mais la personnalité n'a qu'une seule dimension probante - la hauteur, et elle accompagne plus naturellement les superficiels que les profonds, elle est plus près de la caresse que du forage. Et J.Benda : « En ce qui regarde l'amour, Descartes, Spinoza, H.Spencer travaillent en profondeur et Stendhal - presque uniquement en surface » - n'y est pas si idiot qu'il en a l'air. La peau n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus profond chez nous (Valéry), mais elle promet une belle hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Réussir son rêve ou réussir sa vie, il faut choisir, et il y va du choix de la bonne dimension. L'esprit est plus souvent du côté de la vie vaste et plate, et l'âme voue le rêve - à la hauteur. Et toute tentative de leur trouver un refuge commun dans une profondeur se termine par un lent affleurement à la surface, à la platitude. La chute du haut, au moins, tue et non pas banalise le rêve. | | | | |
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| noblesse | | | Le renversement ou le retournement des valeurs, auxquels m'invitent Baudelaire ou Nietzsche, inévitablement, prendront l'aspect mécanique, comme négations ou changements de signes. Lire les valeurs des autres et les renverser est un travail ingrat et sans grâce ; il faut inventer mes propres unités de mesure, ma propre balance et ma propre lecture des empreintes d'idées et de choses. | | | | |
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| noblesse | | | Cocteau voit l'arbre croître en profondeur : « Gravez votre nom dans un arbre, qui poussera jusqu'au nadir » - c'est une exclusivité de l'arbre - chacun choisit la dimension, à laquelle s'attache son regard ; ce qu'on ne peut pas dire de la lugubre platitude du marbre. | | | | |
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| noblesse | | | Ce qui mérite notre admiration aurait dû renoncer aux évolutions et preuves et se fonder sur la seule intensité métaphorique couronnant l'éternel retour : « On peut réduire toute valeur suscitant une pulsion à une pulsion suscitant une valeur »** - Levinas. | | | | |
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| noblesse | | | L'acquiescement radical est propre du soi inconnu ; la négation n'a sa place que parmi les contraintes et les buts du soi connu ; le mystère est dans l'existence même des axes et non pas dans des hiérarchies de leurs points ; l'instinct (liberté et volonté) détermine le oui, le calcul (intérêt ou savoir) dicte les non. | | | | |
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| noblesse | | | Ce délicat choix entre le sang et le sens, entre la couleur et la valeur, où l'âme me fait pencher en faveur des premiers, et l'esprit me conduit vers les seconds ; et je finis par danser pour les premiers et de penser au nom des seconds, avec la musique pour leur seul dénominateur commun. | | | | |
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| noblesse | | | L’opposition entre le mécanique et l’organique : à la mesure répond la démesure (pour confondre les sages delphiques), des valeurs on arrive à l’axiologie (l’esthétique d’acquiescement dominant l’éthique de négation), aux vecteurs on préfère la hauteur et l’intensité (la noblesse hyperbolique). | | | | |
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| noblesse | | | Même la sagesse de la vie peut se formuler en tant que solution - en évaluer le prix, en tant que problème - réfléchir sur sa valeur, en tant que mystère - vibrer de son intensité (Nietzsche, la finalité), de ses vecteurs (R.Debray, les moyens) ou du vertige de sa hauteur (moi, la contrainte). La plupart des sages s'arrêtent à mi-chemin : « Si tu veux, que la vie te sourie, tu dois la doter d'un bon prix » - Goethe à Schopenhauer - « Willst du dich des Lebens freuen, so musst der Welt du Werth verleihen ». | | | | |
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| noblesse | | | Parmi les choses, je distingue celles qui relèvent soit du prix, soit de la valeur, soit du sacré ; mais la merveille du monde fait que, dans toute chose particulière, percent les mêmes trois dimensions ; il me faut deux types de regard, pour, respectivement, un travail de filtrage et un travail d'amplification ; donc, la formule : ce qui a de la valeur est sans prix, ce qui est sacré ne peut pas être évalué - s'appliquera même à l'intérieur de la chose élue, lorsque je serai en tête-à-tête avec elle, et que mon goût phylogénétique laissera sa place à mon intelligence ontogénétique. | | | | |
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| noblesse | | | Dans la vie, comme en littérature et en philosophie, tout s'articule autour des valeurs : en-dessous - avec des choses-vecteurs, et par-dessus - avec des mots-rythmes. C'est sur cet axe qu'on distingue le hautain du profond. | | | | |
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| noblesse | | | La raison peut mettre le prix aux choses (quoiqu'en pense Pascal) ; et leur valeur, même si c'est l'âme qui l'annonce, c'est bien l'esprit qui la valide. Et non seulement le prix et la valeur, mais au-delà - le tenseur ! L'échec de cette affectation rend certaines choses rares - inestimables. | | | | |
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| noblesse | | | À ceux qui veulent créer l'horizon de tous les horizons je répliquerais, qu'avoir un firmament, rien que pour moi, me comblerait davantage. Question de choix d'axes. | | | | |
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| noblesse | | | Opposer à la banale réévaluation de valeurs - l'entretien de vecteurs (l'orientation géométrique et non pas le portage empirique, la visée, non la pesée), qui orientent les valeurs, vecteurs privilégiant la verticalité. Il ne s'agit pas de substituer aux anciennes valeurs - des nouvelles, ni de changer de lieu, où les valeurs s'ancrent, mais de les projeter sur une belle hauteur, celle, qui permet de reconstituer la tour d'ivoire originelle - au milieu des ruines. | | | | |
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| noblesse | | | L'esprit aristocratique, ce ne sont pas des valeurs tranchantes, mais des vecteurs fléchants : l'orientation, le mouvement, la danse - vers, ou plutôt dans la hauteur ! Les valeurs sont des vecteurs fossilisés, rétrécis, fixes. Les valeurs se devinent d'après des mobiles ; les vecteurs sont mis en mouvement par le style. « Le style est le moyen de recréer le monde, selon les valeurs de l'homme, qui le découvre » - Malraux - ce monde pourrait être vaste, il ne sera jamais haut. | | | | |
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| noblesse | | | Sacrifier mon intérêt sur une échelle de valeurs terrestres, pour en gagner sur une autre, céleste, ou, au moins, beaucoup plus désintéressée sur terre, - c'est cela, le sacrifice noble ! | | | | |
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| noblesse | | | Un Ouvert entretient la convergence vers des valeurs inaccessibles, sans perdre de contact avec l'accessible, c'est son mérite principal. « Les systèmes de valeurs ouverts, dans leur évolution inachevable, présentent une alternance permanente entre l'expérience rationnelle et l'expérience irrationnelle »*** - H.Broch - « Die offenen Wertesysteme, in ihrer endlosen Entwicklung, stellen einen ständlichen Umtausch zwischen einem vernünftigen und einem unvernünftigen Versuch dar » - une belle définition de la frontière de l'Ouvert humain : des points, dont tout voisinage contienne et de l'irrationnel inatteignable et du rationnel maîtrisé ! | | | | |
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| noblesse | | | Les plus coriaces de toutes les valeurs, résistant à ma volonté de les juger par-delà d'elles, sont celles qui viennent des buts. Nietzsche, lui-même, y succombe : « Que veut dire le nihilisme ? - que les valeurs suprêmes se dévalorisent. Que le but fait défaut ; la réponse au 'pourquoi' » - « Was bedeutet Nihilismus ? Daß die obersten Werte sich entwerten. Es fehlt das Ziel ; es fehlt die Antwort auf das 'Warum' ». Dès que le comment et le qui du talent et de la noblesse sont organiquement là, le pourquoi de l'intelligence se manifeste presque mécaniquement. | | | | |
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| noblesse | | | Comme toutes les grandes attitudes, le nihilisme est facile à profaner, dont l'exemple le plus flagrant est la manie de la négation systématique de ce qui est consensuel. Toutefois, l'inverse du nihilisme, c'est l'adhésion mécanique aux valeurs des autres, et là, on n'a même pas besoin d'abus ou d'exagération pour le fuir et chercher ses propres commencements. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme n'est pas un système de valeurs, mais un type d'évaluateur, cherchant à se débarrasser de l'inertie collective de langage, de civilisation, d'habitude, et à se fier à l'élan, créatif et individuel. | | | | |
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| noblesse | | | La liberté : ses commencements jaillissent d'un vouloir pathétique, ses contraintes sont imposées par un devoir éthique, ses moyens se trouvent dans un pouvoir pragmatique, ses fins se résument dans un valoir esthétique ou mystique. Mais ces quatre moments réunis, toute l'intensité du sujet retombe ; la liberté est un bon vecteur, mais une valeur décevante. | | | | |
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| noblesse | | | Le sens de mon existence - l'intensité de mon regard, c'est à dire de mon rapport avec la vie, et qui s'atteint surtout grâce aux contraintes que je m'impose : mettre le désir au-dessus de la force (la volonté de puissance), ne pas m'attarder sur les choses, qui changent, entretenir l'excellence du regard (l'éternel retour du même), me mettre au-delà des valeurs, pour être moi-même leur vecteur (la réévaluation de toutes les valeurs) - trois synonymes du plan nietzschéen. Vie, volonté de puissance, art - comme trois hypostases d'une même substance tragique ! | | | | |
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| noblesse | | | La tour d'ivoire, où l'aristocrate se sent surhomme, dès l'origine, n'était que ruine, où le visitent la mouise ou la honte du sous-homme. L'aristocrate est celui qui est capable de mettre le surhomme et l'homme du sous-sol - sur un même axe, intense sur toute son étendue, ou plutôt sur toute sa hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | La façon la plus noble de présenter les valeurs est d'en peindre le vecteur : l'origine, l'unité de souffle, le sens du regard. Laisse les orgueilleux patauger dans des tournants et les sots - dans des suites d'idées. | | | | |
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| noblesse | | | L'art de la négation : la hauteur s'oppose à la platitude (dont fait partie, tôt ou tard, toute profondeur) et non pas à la bassesse, dont le contraire s'appelle honneur, à valeur douteuse, puisque indéfinissable en dehors de cette pure négativité. | | | | |
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| noblesse | | | Les orgueilleux et les ambitieux s'identifient avec le vouloir et le pouvoir - la volonté de puissance, la finalité ; les purs et les nobles - avec le devoir et le valoir - les valeurs ou les vecteurs de leur soi, la source ; les pires et les plus vilains, incapables de voir les fins et insensibles aux sources, ne voient que des moyens : « Pour profiter des intérêts les plus élevés, investis en savoir » - Franklin - « An investment in knowledge always pays the best interest ». | | | | |
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| noblesse | | | Les prix, ce sont des moyens ; les valeurs, ce sont des buts ; les vecteurs, ce sont des contraintes. Le soi inconnu se manifeste dans les contraintes : le soi connu formule les buts et forge les moyens. Les plus belles valeurs sont irrationnelles, une valeur rationnelle se réduit à un prix ; une chose irrationnelle, déclarée sans prix, a des chances de s'avérer valeur. | | | | |
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| noblesse | | | Aucun renversement de valeurs collectives ne produisit un ennoblissement quelconque des hommes. Il faut inventer ses propres unités de mesure, fabriquer ses propres balances, pour n'évaluer que des choses précieuses et rares. Pour cela, le monastère serait un lieu plus propice que l'étable ou la salle-machines. | | | | |
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| noblesse | | | Dans nos souhaits de détacher l'homme du présentisme, le renvoi à l'Histoire ne sert à rien. Les thèmes éternels, les valeurs invariantes, la grandeur d'âme, ne nichaient pas plus dans les siècles mieux lotis que le nôtre. Les hommes vécurent toujours de la version courante ; il s'agit de les faire rêver de ce qui est invariable. Mais ce besoin d'immobilité se marie mal avec la bougeotte populaire. | | | | |
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| noblesse | | | On crée par relais ou par pulsion. Ou bien on reprend le témoin d'un thème, d'une époque, d'une école, ou bien on éprouve un besoin, imprévisible, bouleversant, connu même des hommes de cavernes, sans s'associer encore aux mots, aux idées, aux images. Ou bien on défend des points de vue, avec des armes communes, ou bien on invente ses propres couleurs, on peint un axe entier, touchant à la profondeur de l'homme et à la hauteur du surhomme. | | | | |
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| noblesse | | | À l'être des cuistres et à l'étant des rustres, l'aristocrate oppose le lustre - des valeurs. Mais nous vivons au siècle des déconstructeurs : se déprendre de la magie des valeurs pour s'adonner à la logomachie des vocables. | | | | |
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| noblesse | | | C'est à travers la musique que je comprends le mieux ce que c'est que l'acquiescement à la vie : que ce soit par la fuite ou par l'affirmation, la musique me fait découvrir la dimension essentielle de la vie - l'appel de sa hauteur, mon vrai séjour, d'où je fus banni, pour des raisons mystérieuses ; ne plus pouvoir y mettre ni mes pieds ni mes yeux m'oblige à inventer mon immobilité et mon regard. | | | | |
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| noblesse | | | L’esprit n’évolue que dans l’horizontalité de la raison et de l’action ; dès qu’il la quitte, pour se vouer à la verticalité, il devient âme, par une rupture et non pas par une marche. On ne va pas vers la hauteur on ne peut qu’y être ; c’est la différence entre le prix et la valeur : « Le prix de l’âme ne consiste pas à aller haut, mais ordonnément » - Montaigne. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs que nous prônons ne divergent pas beaucoup, m’est même avis qu’elles sont presque les mêmes pour tout le monde. Ce sont nos vecteurs et non pas les valeurs qui nous distinguent : un vecteur – un point d’origine de nos regards, le commencement, plus la hauteur de la flèche de nos désirs. | | | | |
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| noblesse | | | C’est l’éternité qui t’attache à la hauteur et non pas ton âge, qui s’occupe de toutes les autres dimensions : « La jeunesse aspire au lointain, la maturité – au large, la vieillesse – au profond » - Don-Aminado - « Молодость стремится вдаль, зрелость – вширь, старость - вглубь ». | | | | |
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| noblesse | | | Plus profondément je me libère de mon soi connu, plus haut sera l'essor, en provenance de mon soi inconnu, dont je deviendrai esclave et/ou amoureux. | | | | |
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| noblesse | | | Pour se permettre le luxe d’une axiologie, Nietzsche possède l’essentiel – le talent et la noblesse. Mais ne maîtrisant pas la hauteur, qui est une fusion de l’ironie et de l’intelligence, il est obligé de faire de la jonglerie de renversement des valeurs ou des perspectives. Seule la hauteur permet une cohabitation harmonieuse et pacifique entre l’éthique et l’esthétique. | | | | |
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| noblesse | | | Qu’est-ce qu’une valeur-vecteur ? - l’origine (point de départ, commencement) et l’unité de mesure (exigence, goût, hauteur). Dans l’Histoire, on n’en manqua jamais, mais désormais la tendance générale place l’origine – au milieu du chemin courant, et la mesure quitte la hauteur, remonte de la profondeur et s’installe dans la platitude. Le bon géomètre est un poète qui trouve en soi-même les commencements et ne mesure que les choses impondérables, n’ayant de poids qu’en hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | Il faut que ton regard possède assez de profondeur, pour te rendre compte du mystère grandiose du monde et pour affirmer ainsi ton acquiescement enthousiaste. Mais ton regard a, également, besoin d’une grande hauteur, pour faire de toi un nihiliste, celui qui crée ses propres commencements. L’acquiescement n’est nullement un dépassement du nihilisme, mais un partenaire sur le même axe de valeurs. | | | | |
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| noblesse | | | La métaphore des quatre éléments doit servir de qualificatif pour nos esprits, nos âmes et nos cœurs ; la combinaison idéale semble être : un cœur ardent, un esprit fluide, une âme aérienne, en vue de la terre, vue du ciel. Après l’extinction des âmes et des cœurs, la tendance de ce siècle robotique semble être la domination de la dimension terrestre dans le seul survivant, l’esprit. | | | | |
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| noblesse | | | Un bon axiologue : la noblesse des commencements (leur hauteur), l’intelligence des finalités (leur profondeur), le talent du parcours (touchant les extrémités des axes). | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs comptent par leur hauteur atemporelle ou par leur poids d’aujourd’hui. Donc, A.Koyré a tort de reprocher à l’ontologie « le divorce total entre le monde des valeurs et le monde des faits » - ils se sont, au contraire, rapprochés, puisqu’ils ne se mesurent plus que par le poids et non par la grâce. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme s'oppose au cynisme : là où celui-ci aide à réévaluer les valeurs des autres, celui-là en invente de ses propres. Acteurs ou dramaturges : les cyniques jouent les pièces, les nihilistes conçoivent les rôles. | | | | |
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| noblesse | | | Le talent artistique n’est peut-être que la présence, consciente ou non, d’une âme créatrice, demeure de la hauteur. Les esprits et les cœurs des hommes atteignent à peu près les mêmes profondeurs, mais sans la dimension céleste, ils sont condamnés à la platitude terrestre. Les idées et les sentiments sont démocratiques ; les états d’âme, mis en musique par le talent, - aristocratiques. Et Pouchkine : « Deux sortes d’absurdité : la première émerge du manque de sentiments et d’idées, pallié par les mots ; la seconde – de leur plénitude et du manque de mots » - « Есть два рода бессмыслицы : одна происходит от недостатка чувств и мыслей, заменяемого словами ; другая — от полноты чувств и мыслей и недостатка слов » - introduit une fausse symétrie : entre la vie servile et le rêve libre il y aura toujours un gouffre. | | | | |
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| noblesse | | | La verticalité du créateur est faite de noblesse et d’imagination ; la noblesse est hauteur et « l’imagination est profondeur » - Hugo. | | | | |
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| introduction proximité | | | PROXIMITÉ DIVINE : L'homme est un miracle ignorant son thaumaturge. Ce qui le sépare de sa naissance ou de sa mort, d'une pierre ou d'un singe, d'une machine ou d'un dieu, donne une métrique vertigineuse, où l'infini brouille les calculs et inverse les valeurs. La foi est un élan, chaud et soudain, vers une sommation, lancinante et certaine. Quant à celui qui ne l'entend pas, soit il est trop loin de soi-même, soit il ne consulte que ses oreilles, tandis que c'est notre âme qui est sollicitée. L'horreur ou le silence du merveilleux empêchent d'en ressentir la présence. | | | | |
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| proximité | | | La raison, c'est l'évaluation dans l'existentiel ou dans l'universel ; la foi, c'est les valeurs dans l'absolu. Et l'intelligence, c'est la conscience que la foi lumineuse précède le premier pas de l'évaluation, et la foi ombrageuse en consacre le dernier. | | | | |
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| proximité | | | Jadis, le choix de repères fut si vaste, que le simple fait de s'exprimer sur une coordonnée donnée créait de la proximité. Aujourd'hui, la dimension socio-économique devint la seule, où les hommes se manifestent. Dans la linéarité ou la platitude toutes les distances se valent ; la vraie proximité n'y est plus. | | | | |
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| proximité | | | Ni au ciel ni sur terre, les existentialistes ne parviennent à lire une échelle quelconque de valeurs et se remettent à l'aveugle action, sous leurs pieds. Ils ne veulent pas admettre, que ce qui est illisible à la raison peut être parfaitement sensible à l'âme et, partant, - intelligible pour un esprit étoilé. Mais, d'autre part, quand l'horreur d'un rapprochement inexorable de l'homme avec la machine me saisit, je ne sais plus quoi répondre à ces soi-disant impératifs esthétique et moral… | | | | |
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| proximité | | | Pour la première fois on chanta une débâcle de la noblesse, clouée au banc des accusés, que fut Sa Croix, avec l'avocat de la défense, le Paraclet, brillamment résigné. Ceux qui prirent Son Nom, Le proclamèrent vainqueur pour rameuter des querelleurs des valeurs positives, qui font gagner. | | | | |
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| proximité | | | Que veut ou que peut l'homme ? - la réponse à ces questions définira ce que l'homme est. Mais le sens de cette réponse se dégagera grâce au regard a priori qu'on porte sur l'homme : est-on face à la machine ou face à un miracle ? Dans le premier cas on en connaîtra le prix, dans le second - la valeur. | | | | |
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| proximité | | | Dieu créa les axes (« Dieu est jour/nuit, satiété/faim »** - Héraclite ; les oppositions héraclitéennes semblent être l'approche du divin la plus sensée de tous les temps), la liberté de l'homme y lit - plus qu'elle ne choisit ! - des valeurs (l'ombre, à laquelle on tient, et la soif, qu'on entretient, désignent les plus libres). La terne dialectique hégélienne profana ce beau culte des axes, que reprit Nietzsche, avec vie-art, bien-mal, nihilisme-acquiescement, chute-élan, puissance-résignation. | | | | |
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| proximité | | | La vie, réelle ou inventée, peut avoir du charme en versions linéaire ou plate ; mais si je veux donner du volume à la vie surgissant de mes mots, il me faudra de l'étendue des images, de la profondeur des idées, de la hauteur de l'âme ; une seule dimension me manquera, et je dégringolerai dans la platitude. | | | | |
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| proximité | | | La valeur d'un homme résulte d'une pondération de leurs trois dimensions - largeur, profondeur, hauteur. Avec d'autres coefficients, tant de nains parmi les vastes ; tant de grands chez les étroits. | | | | |
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| proximité | | | Quand le reflux des fidèles, des églises vers des clubs Méditerranée, aura atteint un stade critique, pour ne pas laisser se vider les temples, on retournera vers le culte de Jupiter & Cie, qui, tout d'abord, rejoindra sa version orientale obsolète dans les autels, avant de l'évincer définitivement, sous l'égide d'Hermès, saint patron des marchands, la Croix abandonnant son sens sacrificiel et ne gardant que sa valeur ornementale. | | | | |
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| proximité | | | La proximité, dont je parle ici, n'est pas d'ordre géométrique mais musical : un accord des cœurs (rendu si bien par созвучие - Einklang), une concorde atteinte en hauteur, cette dimension que ne foulent ni les pieds ni les idées ni les cousinages, - une vague et lointaine fraternité, où se côtoient dieux, anges et ermites. | | | | |
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| proximité | | | L'espérance est là non pas pour que disparaisse l'angoisse, mais pour que, sur un axe commun, la distance entre elles soit la plus grande et la tension - la plus forte ; si bien que cet axe serait une des cordes, sur lesquelles s'exercera ma musique ; et d'ailleurs, l'angoisse travaille en parallèle : elle rend l'espérance plus haute, comme l'espérance la rend plus profonde. | | | | |
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| proximité | | | Se rapprocher de la Nature ou s'en éloigner ? Débat trop vague, puisqu'il y a trois porteurs possibles des déviations (contre l'unicité de l'homme, au-dessus de ses mesures, au-delà de ses valeurs) : le mouton, le robot, l'ange. Le premier profane l'arbre au profit de la forêt ; le deuxième réduit les rythmes aux algorithmes ; le troisième sacrifie le soi connu au soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | On ne sait ni dans combien de dimensions il faut fourrer Dieu ni quelle en doit être la figure géométrique préférable. Et l'on magouille avec des rayons et fait passer pour des volumes ce qui n'est que des surfaces tarabiscotées. « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part » - Nicolas de Cuse - « Deus est sphaera infinita, cujus centrum est ubique, circumferentia nusquam ». C'est ainsi que le diable en profite, se place au centre de la dispute de ce jour (journalisme) et finit par tisser partout ses toiles de circonférences. | | | | |
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| proximité | | | L'esprit, l'instinct, le sentiment font de nous un Ouvert, aspiré ou fasciné infiniment par nos frontières asymptotiques ; la raison et l'expérience mettent à notre disposition nos frontières, par un effort fini. Nous sommes ouverts dans notre dimension verticale, et clos - dans l'horizontale ; donc, l'Ouvert de Rilke, s'étendant entre Terre et Ciel, est plus pur que celui de Heidegger, qui introduit dans son quadriparti (Geviert) une dimension inutile, Mortel-Immortel, si proche d'une plate clôture. Le Dieu transcendantal est absent de notre dimension verticale ; Il ne fait que clore nos horizons. | | | | |
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| proximité | | | Une légende bien naïve, que même Nietzsche entretenait : jadis, il aurait existé des valeurs suprêmes, témoignant de la présence divine dans les affaires des hommes, et qui auraient sombré, suite aux réévaluations nihilistes, et le vide ainsi créé justifierait le constat de mort de Dieu. Ces valeurs n'existèrent jamais. Ce qui est beaucoup plus dramatique, c'est que les vecteurs disparurent, ces porteurs d'élans et d'enthousiasmes, de tours d'ivoire, de temples et de ruines. | | | | |
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| proximité | | | Tout homme, consciemment ou non, voit quelque chose de merveilleux dans l'ordre du monde. Les nuances de ces pressentiments sont innombrables, et les termes exclusifs de croyant ou d'athée n'en désignent que deux extrémités, vides d'adeptes et de sens intéressant. « Entre Dieu est ou Dieu n'est pas, s'étend un champ immense, que traverse tout vrai sage » - Tchékhov - « Между «есть бог» и «нет бога» лежит громадное поле, которое проходит с большим трудом истинный мудрец » - seulement ce n'est pas un champ des existences à traverser, mais un chant de l'essence à composer. | | | | |
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| proximité | | | Le lieu des sacrifices, c'est la hauteur, le lieu des autels et des gloires, comme la fidélité sied surtout aux profondeurs, aux lieux des défaites et des hontes. Mais les hommes perdirent ce sens des dimensions divines : « Les hommes, pour ces dieux, disposent leurs tisons non point sur des autels, mais dans des trous profonds » - J.Donne - « Men to such Gods, their sacrificing Coles, did not in Altars lay, but pits and holes ». Qu'il s'agisse de souterrains ou de femmes, trop de fenêtres et pas assez de murs laissent refroidir ma flamme. | | | | |
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| proximité | | | La Chambre de Commerce et l'Église nous proposent le même avenir : « Nous voulons, que les valeurs fondamentales du christianisme et les valeurs libérales dominantes dans le monde puissent se féconder mutuellement » - Jean-Paul II - « Vogliamo che i valori fondamentali del cristianesimo e i valori liberali dominanti nel mondo d'oggi possano incontrarsi e fecondarsi ». De cette union, consommée par la voie contre nature, naquit l'enfant appelé des vœux de ses hideux parents, le robot, respectueux de l'Église et de la Bourse. | | | | |
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| proximité | | | Une valeur (éthique, esthétique ou mystique) est un axe, et un vecteur y est une intensité, un goût, un sens ; ce n'est pas la préférence donnée à un point (position) qui compte, mais la conception de la limite (pose) : l'essor qui naît d'un mouvement, imaginaire et infini, vers une limite incompréhensible, limite que choisit la liberté d'un créateur Ouvert - créer, c'est s'attacher au vertige de la convergence et non pas à la limite même. La valeur-prix est question d'yeux, la valeur-axe - celle de regard. | | | | |
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| proximité | | | De la géométrie divine : au sommet du vivant, Dieu créa la raison humaine, pour qu'elle scrute Ses solutions-horizons. Ensuite, une troisième dimension surgit : Dieu crée l'esprit, pour explorer la profondeur de Ses problèmes, et l'âme - pour s'émouvoir de la hauteur de Ses mystères. Mais il est possible, qu'il existe non seulement un sur-homme, mais aussi un sur-Dieu, pour qui la création de cet espace humain fut un seul et même acte. | | | | |
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| proximité | | | L'origine du nihilisme : un jour on comprend, que les valeurs suprêmes sont indéfendables ; le cynique les range parmi la valetaille de la doxa, le sentimental cherche à reconstituer leur proximité en traçant, à leurs horizons, de vagues frontières, l'ironique les voue au firmament, vide de dieux, ou au lac de Narcisse. Ces valeurs absolues doivent garder leur statut de mystère, que ne préserve aucun problème relativiste de noyaux ou de frontières. | | | | |
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| proximité | | | L'esprit devrait choisir une orientation, qui rende la matière la moins pesante. Les fausses dimensions sont l'étendue, la largeur et la profondeur. Il n'y a que la hauteur, qui donne des chances de prendre la matière de haut. Une fois débarrassés de la pesanteur, nous rendons synonymes hauteur et grâce. | | | | |
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| proximité | | | L'étoile est l'un de ces rares objets, dont on ne mesurait, jadis, que la hauteur : « C'est l’astre, guidant des barques errantes : ignorant sa valeur, on connaît sa hauteur »** - Shakespeare - « It is the star to every wand'ring bark, whose worth's unknown although his height be taken ». Aujourd'hui, on ne s'y intéresse que pour mesurer des distances. | | | | |
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| proximité | | | Le fait religieux est la forme la plus primitive du sacré, déjà le sacrifice lui est supérieur, tout en étant accessible même aux athées. Pour atteindre ce stade, il faut avoir abandonné le parti pris des choses (le premier stade, celui des prix) et s'être hissé par-delà le bien et le mal (le deuxième, celui des valeurs), tout en leur restant fidèle. Le sacrifice déchire les fratries et scelle les fraternités. | | | | |
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| proximité | | | Science de mon salut - conscience de ma chute, encore l'un de ces axes, qui méritent, que je ne m'y accroche pas à une seule valeur, mais que je le munisse d'une même intensité. Le souci du salut mène à l'activisme, à la création, à la réinvention du sacré ; l'ivresse de la chute conduit au nihilisme, à la révolte, à l'angoisse. Les réunir, dans un même regard, - le triomphe de l'humain sur le divin ! | | | | |
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| proximité | | | Je commence par chanter la force, le bien, la beauté ; porté par ma plume et ma noblesse, je touche aux autres cordes, plus étonnantes et délicates – la faiblesse, le mal, l'horreur – et je comprends, que mon chant est plus important que la chose chantée, que l'élargissement de gammes est plus porteur que l'approfondissement de thèmes, que la hauteur de ma voix assure la même intensité de mes fibres au-dessus de tout axe de valeurs. Au pays de mes pensées païennes, je dois être missionnaire, pour les convertir en une foi des rêves ; c'est le retour à la pureté initiale (le retour nietzschéen, die Wieder-Kehre, est une tentative de conversion !). | | | | |
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| proximité | | | Le virage vers le voisinage de l'être (Heidegger) signifierait-il l'abandon du voisinage fini de l'étant pour le voisinage infini de l'être ? Se mettre au-delà d'une valeur, et non pas en-deçà d'un intervalle ? On s'approche de l'étant ; on tend vers l'être, sans s'en approcher. | | | | |
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| proximité | | | La réalité matérielle n'a rien à envier à la réalité spirituelle en profondeur de sa magie : il n'existe aucune métrique qui quantifierait la distance entre les objets réels et leurs modèles théoriques, le bon sens valide le sens des modèles. Aucune théorie figée n'est pensable : « La seule théorie séduisante est celle dont les concepts reculent à l'infini »* - Baudrillard. La nature reste la séduction absolue. On falsifie ou réfute les modèles, on ne falsifie ni ne réfute le monde. | | | | |
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| proximité | | | En étendue et en profondeur, l'homme moderne traque l'infini de plus en plus près ; le savoir et l'intelligence franchissent toujours de nouvelles limites. La dimension, abandonnée, écroulée, improductive, est la hauteur ; il ne reste plus d'hommes nobles, ouverts à l'appel du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Que perd-on dans la projection d'un objet 3D sur un plan, sur une platitude donc ? - la profondeur et la hauteur ! Que perd le Dieu, au moins quadri-dimensionnel, en Se projetant sur notre univers 3D ? - Sa divinité, ce qui reste lisible n'étant que de la religion, plutôt plate. | | | | |
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| proximité | | | Le rêve : croire contre créer ; la pensée : créer contre croire. Je crois en Créateur, sans savoir Le penser. Je peux penser un Créateur, caché hors du temps ou dans la quatrième dimension spatiale, mais je ne peux pas le croire. Dieu est un rêve du gratuit, et la pensée est une création du nécessaire. | | | | |
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| proximité | | | Tu lèves, orgueilleusement, la tête – tu vois plus nettement la profondeur pesante de la terre ; tu baisses, humblement, les yeux – et s’ouvre devant toi la hauteur impondérable du ciel. L’ouïe semble mieux se prêter à la mesure des dimensions de l’existence. | | | | |
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| solitude | | | Lorsque la tête du repu orgueilleux est complètement remplie de valeurs communes, il se met à clamer de ne pas avoir besoin d'avis des autres. Avec ses valeurs non-partageables, il ne reste que le solitaire à chercher, humblement, une oreille d'autrui. | | | | |
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| solitude | | | La solitude s'épaissit par l'indifférence qu'on porte aux valeurs des autres, autant que par le scepticisme qu'on voue aux siennes propres. | | | | |
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| solitude | | | L'effet, que produit sur moi la solitude, dépend surtout de ma vision de son architecture : cachot opposé à lumière, bagne opposé à liberté, exil opposé à patrie, ce sont de mauvais axes, le meilleur en est - les ruines gardant le souvenir de la tour d'ivoire qu'elles furent jadis. | | | | |
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| solitude | | | On s'expose d'autant plus volontiers dans des vitrines de la vie que le vide des arrière-boutiques du cœur est plus béant. Ne laisse, dans tes devantures, que les prix, cache les valeurs, ces guenilles ou robes d'apparat, dont la place est aux combles du cœur et aux réserves de la tête. | | | | |
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| solitude | | | La solitude gagne en valeur, si l'on l'acquiert au prix de sa liberté ; mais la liberté se déprécie, si l'on l'achète au prix de sa solitude. C'est dans la solitude que je me réjouis de ma meilleure liberté. | | | | |
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| solitude | | | La forêt moderne finit par se désolidariser d'avec l'arbre et de s'identifier avec le sol commun, dont ses racines font désormais partie ; la dimension verticale perdit l'appel des hautes cimes. | | | | |
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| solitude | | | Le souci de la maison de l'être leur est étranger ; ils peuplent leurs plats écrits d'habitants sédentaires et interchangeables, au lieu de soigner le choix de bons matériaux, de bonnes verticalités, de bonnes ombres. « Les symboles - les éléments (feu, eau, vent, terre), les dimensions (hauteur et profondeur), les aspects (lumière et ténèbre) – sont la création d'une œuvre singulière, se confondant avec la métaphore vive » - Ricœur – cette demeure solitaire, à tour de rôle tour d'ivoire ou ruines, accueillera mes rêves de nomade. | | | | |
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| solitude | | | Pour t'enorgueillir de l'étendue de ton savoir ou t'enivrer de la profondeur de ton intelligence, la présence de l'Autre est nécessaire ; seule la hauteur de ton regard n'a besoin de personne, pour t'émouvoir. Toutefois, même ici, il se trouvent des nécessiteux, nostalgiques des foires : « L'Autre montre un visage, ouvre la dimension de la hauteur, c'est à dire déborde infiniment la mesure de la connaissance » - Levinas. | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude s'effectue un renversement de valeurs : le bonheur et la vertu, de fades et ridicules, deviennent lumineux et enthousiasmants ; c'est dans la multitude que « le vice est pittoresque et la vertu - grisâtre » - V.Rozanov - « порок живописен, а добродетель тускла ». | | | | |
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| solitude | | | J'ai mon soi séculaire, temporel, connu et mon soi divin, intemporel, inconnu. Le premier communique avec le monde, et le monde veut que je partage ses soucis et ses valeurs ; le second porte de vagues échos de l'univers et me souffle le sens de ses vecteurs. Est nihiliste celui qui dit fermement son non aux échelles séculaires, tout en offrant son oui à l'envol du second. Condamné à la solitude dans le monde transparent, il est entouré d'un univers étoilé. | | | | |
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| solitude | | | L'un des avantages de la solitude est que je ne remplisse pas de vétilles trop visibles nos vides communs et que je les peuple de fantômes – voilà ce que m'apporte le désert, contrairement à la forêt. Ce vide n'est pas moins béant dans la multitude, mais je n'y fourre que des choses ou des valeurs. Le vide du solitaire est conçu pour être peuplé de voix de Dieu ou d'autres spectres, en musique ou en mystique, non en mécanique ou en axiologie. Privé de la compagnie des hommes, le solitaire finit par se dire, que « l'amour des fantômes a plus de hauteur que celui des hommes »* - Nietzsche - « höher als die Liebe zu Menschen ist die Liebe zu Gespenstern », mais ce fantôme ne sera que la quintessence de l'homme réel - le surhomme imaginaire. | | | | |
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| solitude | | | Être nihiliste, c'est vouer la naissance de mes valeurs ou de mes points d'attache - à une solitude radicale, dans laquelle se forgent le mieux les points zéro de mes attachements ou détachements ; refuser, par un travail de déracinement, de me maintenir sur les épaules des géants. « Le surhomme ? - le sous-homme, sur les épaules de l'homme » - Iskander - « Кто сверхчеловек ? Недочеловек, верхом на человеке ». | | | | |
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| solitude | | | Pour sentir le vrai miracle de la vie, il faut être plongé, sans retour, dans une noire solitude et s'être rendu définitivement à la certitude de l'absence de tout dieu, qui donnerait un sens à tant de vide autour de ton corps, de ton cœur, de ton âme. Pour juger de la valeur de la vie, faut-il frôler, sur le même axe, un point tendant vers la mort ? | | | | |
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| solitude | | | Danger de la solitude : l'âme devient largement ouverte, et dans ces béances, des choses sans valeur peuvent s'engouffrer plus facilement que lorsque je suis dans la multitude ; je devrais profiter de cette ouverture pour m'en vider. « Rien n'est plus vide qu'une âme encombrée » - G.Thibon. | | | | |
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| solitude | | | Mes joies ou mes pleurs ont des valeurs et des vecteurs : j'apprécie les premières au milieu des hommes, je suis transporté par les seconds dans la solitude. « Seul, je pleure et je ris, je suis amer de ne connaître ni d'aimer les hommes » - Bounine - « Горько мне, что один я радуюсь и плачу и не знаю, не люблю людей ». Mais c'est dans les plus peuplés lieux, où se donnent rendez-vous la force et la paix d'âme, que je devrais déverser ma bile. Les meilleurs des liquides se réservent pour les plus déserts lieux. Pour souffrir ou écrire. | | | | |
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| solitude | | | La valeur de l'homme serait son cri (son prix - Hobbes !), qui ne serait même pas une question, mais un soupir ou murmure mi-muets. Au cri le penseur préfère le silence : « tout être, qui pense ton univers, fait monter un hymne de silence » - Grégoire de Nazianze. Que de réponses, en revanche, se réfèrent à la parole de Dieu, chez les sourds ! « C'est le silence de Dieu, qui divinise le cri de l'homme »**** - G.Thibon. | | | | |
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| solitude | | | En l'absence de lecteurs, une bonne raison de continuer à écrire : avoir imaginé un axe de valeurs, un critère, une exigence, selon lesquels on n'est point raté, et plutôt – brillant. L'extrême fierté y rejoignant l'humilité extrême. | | | | |
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| solitude | | | Abandonnant un pessimiste, abandonné par un optimiste, l’axiologue Nietzsche se retrouve seul. Sur le même axe d’acquiescement, je fus toujours et je reste seul ; mon Schopenhauer et mon Wagner s’incarnèrent dans une même personne, optimiste à ses débuts et pessimiste sur la fin, qui préserva ma solitude non pas par abandon advenu mais par distance entretenue. Sans cette solitude je n’aurais pas pu écrire des livres, dont je peux, aujourd’hui, dire qu’« Il n’existe nulle part des livres d’une espèce plus fière et plus raffinée » - Nietzsche - « Es gibt durchaus keine stolzere und raffiniertere Art von Büchern ». Seulement, à la place de force et cynisme déclamatoires je mets la faiblesse fière et le nihilisme raffiné. | | | | |
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| solitude | | | L’ange ou/et la bête ne me quittent jamais : de jour, c’est la bête triomphante qui justifie mes actes ; le soir, elle transmet sa honte à l’ange encore lointain ; de nuit, l’ange me rappelle l’existence de mon étoile ; enfin, le matin, mon heure préférée, la chute de l’ange rejoint l’angoisse de la bête – l’axe le plus vaste d’un verbe auroral. | | | | |
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| chœur souffrance | | | NOBLESSE : Le simple mortel se courbe, sous le poids d'une souffrance. Seul l'aristocrate lui trouve du contrepoids pour rester droit. L'aristocratisme est la possession d'un axe immobile, antisymétrique, autour duquel on dispose les blessures et les joies, sans se pencher, lâchement, d'un côté ou de l'autre. Et puisque les joies des autres deviennent sourdes, ta souffrance sera muette. | | | | |
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| souffrance | | | Ce n'est pas la valeur comprise de la vie qui engendre la peur. C'est l'existence même de cette peur tenace qui suggère le prix d'une vie incomprise. | | | | |
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| souffrance | | | La valeur d'une chose violente - d'une pensée, d'une femme, d'un enthousiasme - se révèle dans la douceur de ses crépuscules. | | | | |
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| souffrance | | | Les larmes de la réalité, les armes du modèle, les charmes du langage - la hauteur, la profondeur, l'étendue - la vie complète est un va-et-vient dans ces trois dimensions, ponctué de projections : platitudes de nous, flèches de toi, points de moi. | | | | |
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| souffrance | | | Ne pas m'attacher aux courants et changements, mais, au contraire, chercher les points ou noyaux immuables, - cette noble pose a un terrible inconvénient : la vie gagne énormément en valeur, et je serai terrorisé par la mort comme n'importe quel sot. La consolation de Lucrèce : « Aucun plaisir nouveau ne naîtra de l'allongement de la vie » - « Nec nova vivendo procuditur ulla voluptas » - ne me convaincra plus. | | | | |
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| souffrance | | | La hauteur, qualité permettant de moduler, dans une même mélodie, l'emballement le plus haut d'avec la plus profonde tristesse. Les autres dimensions apportent de l'amplitude humaine, mais diluent l'intensité divine. | | | | |
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| souffrance | | | Il ne faut pas voir dans l'espérance un moyen pour calmer mon angoisse ; toutes les deux forment un même axe, comme le nihilisme le fait avec l'acquiescement, un axe qui vaut par la hauteur, à laquelle je le hisse, et par l'intensité que j'y entretiens. | | | | |
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| souffrance | | | Plus haut montent mes dégoûts et mes souffrances, plus facilement j'accorde un Oui altier à la vie, puisque tous les axes de valeurs sont horizontaux ; ne sont verticaux que mon goût et mon regard, c'est à dire mon talent et ma création. | | | | |
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| souffrance | | | Contrairement à ce que gémissent, en minaudant, les souffreteux, la souffrance ne nous soulève guère, elle nous écrase, humilie ou abrutit. « L'axe de l'agir-pâtir recoupe perpendiculairement l'axe soi-autrui » - Ricœur – ce recoupement se produit généralement dans la platitude. C'est l'axe montant du soi connu vers le soi inconnu qui est le seul à promettre de la verticalité. | | | | |
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| souffrance | | | Encore un axe, méritant une même intensité du regard, - étonnement - désespoir (l'espérance, elle, a un autre contraire - le cynisme, et c'en est un autre axe, moins philosophique et plus fiduciaire). Plus profondément on se désespère, plus hautement on s'étonne. « Tant que l'homme s'étonne, il ne s'approche pas du mystère de l'être. On n'atteint les limites de l'existant que par le désespoir » - Chestov - « Пока человек удивляется – он еще не коснулся тайны бытия. Только отчаяние подводит его к пределам сущего » - et l'être et l'existant pataugeant dans la platitude, on doit accorder à l'étonnement et au désespoir le droit de garder leur profondeur et leur hauteur, ces limites qui hébergent les mystères. | | | | |
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| souffrance | | | Pour un poète, l'enfer c'est : le monde perçu comme un bruit mécanique, en absence de musique organique ; le bon et le beau, jugés d'après la sourde pesanteur des actes et des prix et non pas des valeurs et des grâces. | | | | |
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| souffrance | | | La vie s'éploie dans la marche et dans la danse, dans le bruit et dans la musique, dans l'action et dans le rêve, dans l'accumulation et dans la création, dans l'avoir et dans l'être. La pensée de la vie peut servir de consolation face à la mort ; les sots ont besoin des premiers semi-axes, et les sages – des seconds. | | | | |
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| souffrance | | | Dans une perspective, toujours possible, tout n'est que mon triomphe, et dans une autre - que mes défaites. Orgueil et niaiserie ou bien fierté et panache - choisis ! « Dans l'échec, vivre l'être » - Jaspers - « Im Scheitern das Sein zu erfahren », ou dans le succès, vivre le devenir. « Tout compte fait, tout n'est que naufrage »** - Pétrone - « Si bene calculum ponas, ubique naufragium est », mais je renonce au calcul, et tout peut prendre une valeur triomphale. | | | | |
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| souffrance | | | De jour, toute tour d'ivoire est profanée par la visite des badauds, voisins ou plombiers ; de nuit, les ruines sont indiscernables des déchetteries ; ma demeure doit changer d'architecture aux crépuscules et aurores, si je veux la hanter et non pas habiter ; la hantise suit l'axe de l'espérance : espérer, au milieu des ombres de la Tour, et désespérer, dans la lumière des Ruines. | | | | |
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| souffrance | | | La jeunesse – un désespoir, net et plat, et une foi en progrès (sur un axe de valeurs, nouvelles avancées des bonnes extrémités, face aux mauvaises) ; la maturité – une espérance, vague et noble, et une maîtrise de l'éternel retour du même (l'art, devenant vie, voue la même intensité aux axes entiers). La vaste éthique cédant le pas à l'esthétique profonde et à la haute mystique. | | | | |
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| souffrance | | | Spinoza et Leibniz se rangent du côté du bonheur et de la joie, Schopenhauer et Kierkegaard – du côté de la souffrance et du désespoir, Heidegger et Cioran – du côté de l’ennui et de l’extase, mais seul Nietzsche parvient à joindre ces deux bouts, que couronne l'intensité de la vie et de l'art, l'éthique cédant place à l'esthétique. Le fond de la vie est bien animé par le bien, mais c'est le beau qui en crée la forme - l'art. | | | | |
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| souffrance | | | La tragédie ne peut pas se dérouler en-dehors de l'éthique, mais son advenue, à partir des faits ou des idées neutres, à la métaphore vivifiante, se réalise grâce à l'acceptation, par l'esthétique, – de la présence déprimante de valeurs horribles sur l'axe du beau. « Où tu dis oui à l'horrible comme antithèse indispensable mais inhérente du beau, là est la tragédie » - Heidegger - « Tragödie ist dort, wo das Furchtbare als der zum Schönen gehörige innere Gegensatz bejaht wird ». | | | | |
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| souffrance | | | Accepter les deux extrémités, antagonistes pour non-artistes, sur un axe vital, les proclamer les mêmes, est un privilège des artistes. Et c'est l'origine tragique de l'idée d'éternel retour, de cette sagesse de la nostalgie (douleur du retour) des violents et des doux, à l'opposé de la nostalgie de la sagesse, que pratiquent les aigris. | | | | |
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| souffrance | | | Les hommes passionnés, ne trouvant pas assez de reliefs dans la platitude ambiante, se reconnaissent dans l’élan ou la chute des rêves, dans le vertige ou dans la souffrance. Le philosophe est celui qui sait en créer un axe continu. « Vivre sera la passion, au sens religieux »** - Sartre. | | | | |
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| souffrance | | | Je n’appellerais pas consolation les paroles de réconfort, au moment où la perte est déjà consommée. C’est l’affaiblissement de ma sensibilité, face au Beau se ternissant, au Bien se taisant, au Vrai se banalisant qui rend urgente une consolation. Cette éphémère consolation me placerait aux extrémités inaccessibles - à la hauteur de la création ou à la profondeur du créé. La consolation – la vivacité de l’élan, même en absence de cibles et d’armes. | | | | |
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| souffrance | | | Le plus grand mérite de Nietzsche est de nous avoir convaincus, que le bonheur peut cohabiter avec le malheur : dans la nature, dans la vie, dans l'art, puisque l'homme entier est dans les axes et non pas dans les valeurs. | | | | |
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| souffrance | | | Le mérite principal de Dostoïevsky est d'avoir compris, que ce n'est pas une valeur, singulière, univoque et indubitable, qui distingue un homme, mais tout un axe équivoque, dont cette valeur n'est qu'un cas particulier : de chute à salut, d'espérance à désespoir, d'ange à bête. Mais le seul à avoir compris et mis en pratique ce terrible et authentique constat fut Nietzsche. La perplexité et la honte de Dostoïevsky et la noblesse et le style de Nietzsche, la conscience et le talent, mais la même place de la souffrance et de l'art, chez tous les deux. | | | | |
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| souffrance | | | Plus le spectacle du monde, perçu par tes yeux, est joyeux, plus mélancolique est la musique dont ton regard accompagne ce spectacle. Le Beau voisine avec l’horrible, et le joyeux – avec le mélancolique. D’où le devoir de l’artiste d’être homme de l’axe et non pas de la valeur. | | | | |
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| souffrance | | | L’une des sagesses de la vie : savoir maintenir continu l’axe qui va de la sensation la plus forte, la douleur, à la plus faible, l’espérance. | | | | |
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| souffrance | | | Sur l’axe vertical, tout séjour aux extrémités s’achève dans une débandade : toute profondeur finira par affleurer, lentement, à la platitude ; toute hauteur finira par te précipiter dans une chute, dont le seul bénéfice notable est le vertige de la vitesse ; la première te permettra de garder ton orgueil, la seconde – de garder l’espérance. | | | | |
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| vérité | | | La vie a sa profondeur - la mort, et sa hauteur - l'amour. Aucune vérité ne pénètre dans cette dimension insaisissable. « La vérité est triple, comme triple est la mesure : de l'homme, de l'amour, de la mort » - Hippius - « Тройная правда - и тройной порог. О человеке. Любви. И Смерти » - ce qui permet de vivre en trompe-l'œil, permanent et créateur. | | | | |
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| vérité | | | Ni la vérité ni la liberté ne sont des valeurs absolues ou primordiales, mais des dérivées partielles de l'intelligence ou de la noblesse. | | | | |
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| vérité | | | Dans les labyrinthes de l'écriture, plus on est sot, plus on s'imagine chercheur de vérités ; tandis que les horizons, avec des prix affichés, n'y comptent guère, et c'est le firmament du talent qui en détermine la valeur. « Autant peut faire le sot, celuy qui dit vray, que celuy qui dit faux : car nous sommes sur la maniere, non sur la matiere du dire »* - Montaigne. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (aléthéia) doit, en effet, être arrachée à la réalité (représentation, requête, interprétation, sens - les étapes d'arrachement : conceptuelle, langagière, logique, métaphysique) : « La vérité est arrachement en mode de dévoilement » - Heidegger - « Wahrheit bedeutet das einer Verborgenheit Abgerungene » ; seulement, je ne vois pas de place pour dissimulation ou voiles : aucun jeu de dés de la part du Créateur. Ce n'est pas un dévoilement, mais une unification d'arbres, c'est à dire une substitution d'inconnues réciproques (qui ne sont jamais des voiles, mais des places vides) par des valeurs, qui est le pas décisif vers le surgissement de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | Je me fiche de vérités (que n'importe qui peut exhiber), il me faut des maximes. Ils se fichent de maximes (de leurs style et ton), il leur faut des vérités : « Il vaut mieux trouver du vrai, même dans des vétilles, plutôt que discutailler sur des maximes, sans aboutir à la vérité » - Galilée - « Io stimo più il trovar un vero, benché di cosa leggiera, che 'l disputar delle massime, senza conseguir verità ». Voilà ce qui explique la prolifération de vétilles, dans vos valeurs et calculs, et l'extinction de la maxime comme genre désintéressé et aristocratique. | | | | |
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| vérité | | | Le sophiste déclare, en passant, que toute vérité n'est qu'une valeur parmi d'autres ; le dogmatique s'accroche à la valeur comme si elle était la seule vérité. Seul l'ironiste dispose de beaux domaines de valeurs pour les vérités inestimables. | | | | |
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| vérité | | | Quand ils deviennent stériles en formulation de contraintes, en audace de la création ou en invention de beautés, ils se mettent à proclamer leur attachement à la liberté, à la vérité, à la vie, ces valeurs-fantômes, réceptacles de platitudes. | | | | |
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| vérité | | | Tout ce qui touche à la manipulation de vérités rentre dans la dimension horizontale ; on ne rend pas une chose - haute, en la prenant de haut ; ce dont ne profite que ton regard. | | | | |
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| vérité | | | Le mot n'est presque pour rien, dans le surgissement de la vérité. Et c'est émettre un double charabia que de dire : « C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité »** - Lacan - puisque non seulement la vérité se creuse dans la représentation et non dans le réel, mais le mot, en dehors de l'expression, n'a d'autres dimensions que la grammaticale (règles) et l'instrumentale (étiquette) ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel, dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens. | | | | |
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| vérité | | | Est artiste celui qui a les moyens pour munir d'une même noblesse et d'une même intensité les axes entiers, dont celui de l'acquiescement ou du refus, de la vérité fixe ou de la vérité naissante. « Le Comment adoucit le Non, qui devient ainsi plus caressant qu'un Oui »*** - Jankelevitch – on croirait que la caresse serait au commencement non seulement du bon, mais aussi du beau. | | | | |
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| vérité | | | Si une proposition, à part sa valeur de vérité, est dépourvu de toute valeur esthétique et éthique, elle est un axiome, un constat, un théorème, elle ne mérite pas le titre de pensée, quelle que soit sa profondeur ou son importance. « Les catégories de la pensée ne sont pas le vrai et le faux, mais le noble et le vil, le haut et le bas »** - Deleuze. | | | | |
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| vérité | | | Deux axes, sur lesquels on positionne la vérité : l'opposition stérile entre l'adéquation et l'erreur et l'opposition opératoire entre le succès et l'échec. Il est flagrant, que Nietzsche, tout en employant le vocabulaire de la première, suit partout les conséquences de la seconde vision. La revalorisation de l'échec en est une. | | | | |
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| vérité | | | Les valeurs se présentent au sein d'une représentation, et toute représentation sérieuse est intérieurement cohérente ; donc toute valeur y est vraie, par définition (la véracité se prouve à l'intérieur de la représentation) ; c'est la validation de la représentation qui tranche définitivement si la valeur doit être vraie ou fausse au-delà de cette représentation. | | | | |
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| vérité | | | Aller au-delà de la pensée et de la connaissance (Plotin), du beau et du hideux (Baudelaire), du bien et du mal (Nietzsche) ne devient possible que grâce au regard, qui va au-delà du vrai et du faux : au-delà des valeurs on trouve leur rêve prévalent, moitié vrai moitié faux, on y trouve leur fontaine, digne qu'on continue à mourir de soif à côté d'elle. L'appel ou la conscience de l'au-delà, ne seraient-ils pas la définition même de la poésie ? Si la prose est une physique de l'écriture, la poésie en est une métaphysique. | | | | |
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| vérité | | | Le physicien étudie la matière dans notre espace tridimensionnel et notre temps irréversible. Le mathématicien, par son intuition spatio-temporelle, imagine des objets artificiels (grandeurs, structures, transformations), obéissant aux concepts de métrique, d’ordre, de limite. Le physicien doit constater (et non pas prouver, car aucune théorie de validation n’existe) l’adéquation de sa représentation avec la réalité. Le mathématicien peut ignorer cette adéquation, puisque même si la réalité est conforme (non-contradictoire) avec ses résultats, cela ne prouve pas que la mathématique est la véritable ontologie du monde. Mais la théorie de la représentation (avec le langage, y compris la logique) est la même en physique et en mathématique ; le terme de vérité doit donc être réservé au langage et interdit aux intuitions de l’adéquation. | | | | |
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| vérité | | | Que de bavardages pseudo-philosophiques, pour savoir si la question de la vérité est de nature généalogique, ontologique ou axiologique ! Cette question appartient entièrement au langage (avec la représentation associée) et à son interprète logique. Toute l’Antiquité le comprenait, et c’est par l’élimination de la représentation (et donc du langage, au profit de la langue) que le tournant, appelé, paradoxalement, linguistique, occulta un problème limpide. | | | | |
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| vérité | | | Les logorrhées spinozistes, hégéliennes, phénoménologiques, proférées pourtant par des personnages érudits, s’expliquent par le non-usage de la contrainte la plus importante qu’aurait dû appliquer tout auteur de discours intellectuels – avant de retenir une assertion, la confronter à ses contraires. S’il se trouve un couple d’opposés, admettant des justifications intellectuelles ou esthétiques comparables, - biffer l’assertion, elle est due au hasard, au caprice, à l’arbitraire ; c’est l’antithèse du bon goût. | | | | |
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