| amour | | | L'amour s'associe bien aux trois symboles de la vie : au désert, à cause de ses mirages et de ses solitudes ; à l'arbre, à cause de ses saisons et de ses climats ; et surtout, à la montagne, à cause de ses paysages et de ses vertiges. | | | | |
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| amour | | | Toute rencontre de deux êtres peut se réduire à la métaphore de l'unification d'arbres : pour les esprits, l'entente se ferait par les racines, pour les âmes – par les fleurs, pour les cœurs – par les cimes. Aux hommes de science on ne demandera pas « le degré d'amour, avec lequel ils regardent leurs arbres » - Dostoïevsky - « степени любви, с которою они смотрели на деревья », puisque le scientifique lève rarement son regard, familier surtout des feuilles de ce jour. | | | | |
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| amour | | | Pour porter des fruits il faut quitter la saison des fleurs. C'est aussi vrai que la parabole du grain qui meurt. Ne pas confondre le grain et la paille. Le feu, qui se propage, ou le feu d'artifice d'une naissance. | | | | |
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| amour | | | Pour faire de leur compagne un ange, les uns s'attellent à cultiver un paradis, les autres s'y faufilent en tant que serpents, les troisièmes se contentent d'y entretenir un arbre. Les actifs, les lascifs, les créatifs. Mais c'est le prix des pommes qui détermine aujourd'hui les choix de l'ange et le mute définitivement en bête, à côté des spéculatifs. | | | | |
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| amour | | | Dans le regard, il devrait y avoir de la grâce et de la pesanteur, de ce qui est charmant et de ce qui est charmeur, comme dans le regard de femme, qui prolonge ou complète ce que la bouche n'ose pas prononcer. « La femme enrichit la hauteur de la vie et en multiplie la profondeur »*** - Nietzsche - « Durch Frauen werden die Höhepunkte des Lebens bereichert und die Tiefpunkte vermehrt ». Elle voit plus de branches à variables que de constantes racines. Le regard est un interprète, et l'interprétariat, c'est le contraire de l'empreinte. | | | | |
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| amour | | | C'est l'amour qui trouve le meilleur emploi pour tous les éléments de mon arbre : « L'amour s'élève jusqu'à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates. Il descendra jusqu'à vos racines et les secouera là où elles s'accrochent à la terre »** - Gibran - « Love ascends to your height and caresses your tenderest branches. Love shall descend to your roots and shake them in their clinging to the earth ». Et il m'apprend à vivre en déraciné, à la nouvelle étoile, sous de nouvelles ombres. Et je comprendrai, que le soi, c'est la hauteur, où naissent des couleurs : « Les ombres rehaussent les couleurs »*** - Leibniz. | | | | |
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| amour | | | Connaître, c'est reconnaître - aimez ce que vous ne connaissez pas. Aimer, c'est découvrir un arbre, où tout n'est qu'inconnu ; il s'unifie aussi bien avec le monde qu'avec le vide. L'amour qu'on nous porte, plus que la création que nous portons, est reconnaissance de notre soi inconnu, non cultivé, inarticulable, naturel – Hegel ne disait pas autre chose. | | | | |
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| amour | | | Si, en effet, l'amour nous munit d'une vertu unitive (virtus unitiva), c'est sous la forme d'unification d’inconnues, dont il enguirlande l'arbre de vie. | | | | |
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| amour | | | Il y a tant de manières de s'unifier, en arbres, avec des idées, des hommes, des images - par des racines, des ramages ou des ombres. Mais seul l'amour crée en nous des inconnues en tout point des deux arbres, qui devraient rester infiniment loin l'un de l'autre. « Si mes paroles sont en résonance avec toi, c'est que nous ne sommes que deux branches d'un même arbre » - Yeats - « If what I say resonates with you, it is merely because we are both branches on the same tree ». | | | | |
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| amour | | | J'aime ceux qui rapprochent l'homme de la tentation de l'arbre. Ève et Adam, ignorant encore les sirènes volatiles, en compagnie du reptile. Daphné répondant aux assiduités d'Apollon par métamorphose en arbre ; la mère d'Adonis, Myrrha, qui, une fois arbre, produit la myrrhe, dans l'éphémère jardin de son fils. Ce bon Ovide laissant Jupiter transformer le couple d'amoureux, Philémon et Baucis, en deux arbres (la dernière partie de leurs corps, à passer dans le règne végétal, - les yeux ! ). | | | | |
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| amour | | | Aux amoureux, il vaut mieux être deux arbres à part, aux branches chargées d'inconnues, et vivre la naissance fusionnelle d'une mélodie unifiée, harmonisée. Et garder, chacun, sa solitude, dans un élan vers la même cime : « dans une fuite, où être deux ne signifie que double solitude » - Musil - « eine Flucht, auf der das Zuzweiensein nur eine verdoppelte Einsamkeit bedeutet ». | | | | |
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| amour | | | Ceux qui cherchent la vérité sont, généralement, encore plus raseurs que ceux qui se gargarisent de l'avoir trouvée. Les deux en sont, probablement, des amis, mais je leur préfère des amants ! Ceux qui sont à l'origine d'un langage, langage de requêtes, de regards, de soupirs, de perplexités, d'où surgit la vérité auréolée de substitutions des belles et mystérieuses inconnues. La possession, fût-elle furtive, hypothétique et inavouable, donne du piquant à la recherche. | | | | |
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| amour | | | Le savoir, la sagesse, la poésie - la pomme, le serpent, l'arbre. Ah, pourquoi Ève, au lieu de mordre dans la pomme, n'a pas apprivoisé le serpent, ni n'est tombée amoureuse de l'arbre ! | | | | |
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| amour | | | Ce que je dénigre sous le nom de calcul et l'oppose à la danse n'est qu'un cas particulier, dégénéré, certes, de l'unification d'arbres. Là où l'amoureux réinvente des palpitations de feuilles d'inconnues ou des ramages ou ombrages, invisibles aux autres, le calculateur ne fait qu'appliquer des formules du sens commun aux nœuds, bâtis en dur par les autres. L'homme, incapable de s'unifier avec l'inconnu de l'amour, s'appelle robot. | | | | |
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| amour | | | L'amour fuit les preuves et les développements ; il veut réduire à la forme de maximes caressantes tout le fond écrasant de la vie ; la caresse, que la main lascive ou le verbe furtif m'offrent, c'est une maxime d'un bien suspendu. « Laisse-moi l'aphorisme ; j'attends l'arbre et l'amour »** - Valéry. | | | | |
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| amour | | | La passion de et pour l'inconnu entretient et la science et l'amour ; il faut introduire de nouvelles inconnues dans l'arbre de la connaissance voluptueuse et réveiller, ainsi, des unifications inespérées avec l'arbre de la vie. Stendhal appelle cette magie – cristallisation (des branches recouvertes de nouveaux cristaux) : « opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections ». | | | | |
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| amour | | | Ils saluent l'amour, comme le chômeur – un job providentiel ; se libérer de la solitude ou de l'oisiveté et gagner du confort. L'amour est la découverte d'une solitude unifiable avec une autre solitude. | | | | |
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| amour | | | Toute création humaine – de théorèmes, d’arbres, de poèmes – part d’un besoin divin, et Aphrodite, plus nettement qu'Hermès, pousse mon âme ou mes mains vers une rupture avec l’inertie du monde mécanique. Mais pour être complet, c’est-à-dire universel à l’échelle divine, je dois compléter mon jury céleste par Athéna et Apollon, en flanquant l’amour d’intelligence et de beauté. Et je m’adresserai à Zeus, maître des foudres critiques et amateur des volontés de puissance. | | | | |
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| amour | | | Pour que son amour dure, l’amoureux devrait prendre l’exemple du mathématicien – apprendre l’art de substitution de variables aux constantes, sacrifier le permanent par fidélité à l’intemporel. Par ailleurs, le poète le comprend déjà : « La poésie est l’inconstance dans la fidélité »* - R.Char. | | | | |
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| amour | | | Le Bien est la branche la plus incompréhensible de l’arbre qu’est l’homme, et, sur cette branche, la plus miraculeuse des fleurs s’appelle amour. « Grands sont les mystères de la vie humaine, mais le plus énigmatique en est l’amour » - Tourgueniev - « Тайны человеческой жизни велики, а любовь – самая недоступная из этих тайн ». | | | | |
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| amour | | | Tout objet que tu touches (au lieu de le saisir ou le posséder), comme tout objet qui te touche (au lieu de t’écraser ou te dominer), peut provoquer ce besoin de caresses, peut-être le premier de tous les besoins qu’un homme de bien cherche. Les mots d’un conte de fées, le beau visage d’une femme inconnue, la pensée qui t’immobilise, l’arbre qui te tend ses fleurs ou ses ombres. | | | | |
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| amour | | | Oui, comme tout au monde, l’amour est un arbre, dont le premier don, cette fois-ci, ce sont ses ombres, dans lesquelles se love la volupté. L’austère Valery apprécie surtout ses racines : « L’amour croît comme une plante, et ce qu’on en voit, à savoir les feuilles et les fleurs et les fruits et la tige, n’est rien sans ce que l’on ne voit pas, les racines ». Pourquoi croître là où il s’agit de s’ébattre ? Ne pas voir est bon pour rêver ; voir est préférable pour se river. | | | | |
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| amour | | | La comparaison la plus féconde, en logique ou en amourettes, est celle qui débouche sur une unification : naissance d'un arbre avec plus de ramages ou d'ombres et plus de promesses de fleurs ou de sèves. Et peu importe si c'est l'arbre requêteur ou l'arbre interpréteur qui apporte plus de nœuds ou d'ombres. Celui qui aime plus, qui a plus d'inconnues dans son arbre. | | | | |
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| amour | | | Deux amants sont deux arbres, se touchant par leurs fleurs, partageant leurs fruits et leurs ombres ; il n’y a pas d’unification possible, quoi qu’en pensent les éducateurs des robots : « L’amour est la conscience de ma fusion avec un autre être » - Hegel - « Liebe heißt das Bewußtsein meiner Einheit mit einem anderen ». | | | | |
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| amour | | | L’amour-arbre meurt de l’absence d’ombres, que projettent les feuilles-caresses ; dans la racine, tout n’est que lumière. « Sans les caresses, l’amour meurt par la racine » - Hugo. | | | | |
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| amour | | | Comme avec tout état d’âme ou de cœur, on peut associer à l’amour un arbre ; celui-ci serait l’arbre le plus chargé d’inconnues, ce qui le rend le plus unifiable de tous : « L'amour est la suppression de la distance ; il est, dans son essence, unification, identification, fusion » - H.-F.Amiel – mais aucun des amoureux ne se reconnaîtrait dans l’arbre unifié. | | | | |
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| amour | | | Est intellectuel celui qui préfère l'image à l'idée, l’attouchement à la saisie, l’étonnement à la certitude, la caresse à la possession. Bref, il doit être érotomane ! « Toute vie intellectuelle est la plus subtile floraison, due aux racines érotiques de tout vivant, elle est une sexualité sublimée »** - L.Salomé - « Das gesamte Geistesleben ist ins Feinste umgeformte Blüte aus der großen geschlechtlich bedingten Wurzel alles Daseins, - sublimierte Geschlechtlichkeit ». | | | | |
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| art | | | Tout l'art est dans le parcours (imaginaire) du grain à l'arbre. J'ai beau n'évoquer que des rameaux, des fleurs ou des ombres, on doit pouvoir remonter au grain et deviner l'arbre. L'art classique, c'est se concentrer aux extrémités ; l'art romantique, c'est se réfugier dans les ramages. La sensation d'éternité, le sentiment qu'il me reste peu de temps à vivre. | | | | |
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| art | | | Les signes les plus faciles à manipuler en littérature sont le plus et le moins et le plus difficile - l'égalité, ou l'unification d'arbres, ou l'anagramme conceptuelle, l'art de substitution de feuilles ou de branches. Jardin ou forêt opposés à l'arbre. | | | | |
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| art | | | Tous ces chercheurs de l'intact et du neuf finissent par reproduire, à leur insu, des branches banales d'un arbre littéraire. Sans l'humilité des racines aveugles et irrésistibles, sans le vertige des faîtes vulnérables et inféconds - la littérature n'a pas plus de sens que l'agriculture. | | | | |
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| art | | | L'artiste est celui qui s'inspire de belles choses pour créer de belles représentations. Mais on ne parvient jamais à représenter les belles choses, et les belles représentations ne renvoient qu'aux choses imprévues. L'art accompli, c'est l'homme imaginaire moins les choses réelles (F.Bacon fut un mauvais arithméticien : « l'art est l'homme ajouté à la nature » - « ars, homo additus naturae »), l'art acosmique. Et l'interprétation n'y serait pas de l'addition, mais de l'unification d'arbres. | | | | |
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| art | | | Sur le dernier pas, laissé aux lecteurs : je leur tends un rameau, qu'ils en fassent un oiseau, un arbre ou une saison. Mais il y a toujours le risque, qu'on le prenne pour un déchet, un outil ou une arme. Le regard qui croie et s'éploie, face aux yeux qui croient et se ploient. | | | | |
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| art | | | La naïveté fatale de Cioran - mettre dans le dernier pas l'essence de ses boutades. Et en plus, son dernier pas est toujours une constante, une chute ; cette monotonie géométrique est épargnée aux adeptes des commencements elliptiques, chargés de variables et aux trajectoires imprévisibles, que chacun retrace, en fonction de ses tangentes, suicidaires ou jouissives. | | | | |
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| art | | | En littérature, je suis hermétique au souffle de la vie, mis dans des valeurs-solutions d'une narration ou dans la résolution de problèmes métaphysiques. Le seul souffle vital, au milieu des mots, est le souffle de l'art, cette faculté fabulatrice, que je ne vois que sous forme d'équations de la vie. Une équation est un beau mystère, lorsque sa vue seule est déjà suffisante et n'exige aucun développement. L'art déductif. Un soupir se substituant à une obscure variable. L'ennemi de l'art est la constante. | | | | |
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| art | | | Difficile de reproduire la vie mieux que par l'image d'un arbre. Le récit, le plus souvent, me met déjà au milieu d'une bruyante forêt, cachant les soucis de l'arbre solitaire, tandis qu'une formule de deux lignes ne peut se vouer qu'à un arbre fier et silencieux. | | | | |
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| art | | | L'objet d'une écriture est la création d'un lieu géométrique d'attirance, créé implicitement par un jeu de contraintes à variables. Et la lecture est son dessin par substitutions successives. | | | | |
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| art | | | Le peintre dessine l'arbre ; le musicien en fait sentir les saisons, les joies et râles ; l'écrivain y découvre la vitalité des racines et l'éphémère des fleurs. L'artiste est dans la rencontre avec l'arbre ; les autres - dans l'évasion. « Si la poésie ne pousse pas aussi naturellement que les feuilles sur un arbre, elle ferait mieux de ne pas surgir du tout » - Keats - « If Poetry comes not as naturally as the Leaves to a tree it had better not come at all ». | | | | |
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| art | | | L'art abductif : ne s'occuper que de la justification musicale, justification bien ramifiée, justification de faits en arbre, et réduire les faits eux-mêmes au rang de feuilles, de variables muettes. Le modus explicandi, ramage le plus profond du modus cognoscendi. Les faits, c'est du bruit, qui ne doit pas défigurer ta musique : « Ne laissez jamais les faits gêner une bonne fiction » - Twain - « Never let the facts get in the way of a good story ». | | | | |
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| art | | | L'écriture : à partir d'une fleur faire penser au paysage d'un bouquet, au climat d'un arbre ou ni à l'un ni à l'autre (Mallarmé). Dans le dernier cas, la fleur reste en papier. | | | | |
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| art | | | L'attente d'un écho, où deux hauteurs se renvoient des messages, m'interdit l'écriture inimitable. Mais l'écho doit tirer son volume des hautes substitutions de mes variables. | | | | |
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| art | | | L'état, c'est l'harmonie, et la mélodie, c'est le contraste ; la force du talent les unifie, pour produire l'intensité d'une musique, aux origines cachées du plaisir final. Le talent, c'est l'art d'unification : un nœud, une branche, un arbre - tel est le parcours des meilleurs esprits - des points décrits, des extrémités proscrites, des axes entiers, circonscrits par la même intensité. L'unification est une dialectique vivante, qui fait que l'arbre unifié est plus riche que les arbres contrastés. La dialectique réconcilie des constantes, l'unification génère un arbre à variables nouvelles. | | | | |
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| art | | | Pour l'écriture, la maîtrise des dictionnaires est une facette de second ordre. Le savoir n'est qu'un dictionnaire de plus, au même titre que l'Histoire ou la mythologie. L'intelligence peut les transformer en thésaurus, mais seul le bon goût les remet à leur place, où ils deviennent des arbres translucides pour la vision de forêts. | | | | |
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| art | | | Le récit, ce sont de laborieuses substitutions, par des constantes transparentes, de variables-feuilles sur un arbre, qui n'est beau qu'avec ses frondaisons ombrageuses d'inconnues. | | | | |
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| art | | | Tout grand écrit naît d'une ivresse, ivresse des choses, des idées, des mots ; mais le plus grand secret consiste à savoir s'enfiévrer de soi-même. Ce beau conseil d'Horace : « tu ne planteras aucun arbre austère avant la vigne sacrée » - « nullam sacra vite prius severis arborem » ! | | | | |
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| art | | | Artiste est celui qui inverse la hiérarchie habituelle des hypostases de notre soi inconnu ; elle devient – idée, icône, idole, image – en privilégiant la couleur haute face à la rigueur profonde, l'arbre musical - aux structures silencieuses. | | | | |
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| art | | | Les poètes ne poussent que dans un sol stérile. Les fleurs des hauteurs se ressemblent davantage entre elles qu'avec des fleurs des vallées respectives. Le poète est celui qui peut se passer de racines. Ses pousses sont fleurs et ses feuilles - sève. | | | | |
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| art | | | Signe de présence d'idées dans une image, qui trouva son mot : elle ne se fige guère et reste presque crue, prête à servir de matière première pour un nouvel étonnement, nouvel arbre de désir : « De la semence de l'étonnement naît l'arbre de la raison, lequel produit des fruits capables d'étonner » - Nicolas de Cuse - « De semine admirationis arbor exoritur rationalis, quae fructus parit admirationi similes ». Le doute perd de hauteur : jadis, la présence réelle suggérait un corps derrière des images (l'Eucharistie) ; aujourd'hui, on doute des images, qui se trouveraient derrière des mots trop plats. | | | | |
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| art | | | Faire de l'art profond et de la vie haute - des alliés et même les unifier ; l'arbre ainsi construit s'appellerait - la création. Quand on n'en est pas capable, on voit dans l'art un mercenaire du rêve, ou, pire, on dit, que la vie, c'est « l'extinction du rêve par la réalité »** - Gogol - « разрушение мечты действительностью ». | | | | |
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| art | | | La différence entre l'art et la science : l'art arrache, à son contemplateur, des oui et des non, que la science impose. Mais les signes d'adhésion ou de rejet, en l'art, sont précédés d'interjections ah, oh, eh, sont suivis de prometteurs points de suspension et surtout, sont accompagnés de riches substitutions des variables implicites, profondes ou hautes. | | | | |
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| art | | | Un chemin d'accès devient métaphore, par la substitution aux mots - des objets de la représentation. Une opération que certains identifient avec la philosophie : « La philosophie est effacement du signifiant et désir de l'être dans son éclat » - Derrida - la métaphore serait l'éclat de l'être ! D'autres accès ne seraient que des axiomes. Je finirais par me reconnaître phénoménologue (Dieu m'en garde !) : « Pensée phénoménologique ? Quand une idée n'arrive pas à se séparer des voies qui y mènent » - Levinas. | | | | |
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| art | | | La fleur et le fruit, dans la vie, ne se rencontrent jamais ; la science trace la voie de la fleur au fruit ; l'art, sur la voie du fruit, nous conduit à la fleur. | | | | |
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| art | | | L'écriture, c'est la culture de l'arbre complet, l'ouverture à l'unification dans toutes ses parties. La lecture, c'est la puissance d'unification (die Macht der Vereinigung) - Hegel. | | | | |
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| art | | | La poursuite d'une beauté doit aboutir au recueillement auprès d'un arbre : telle est la leçon d'Apollon vénérant le laurier surgi à l'endroit, où la terre engloutit Daphné. « La beauté donne le bonheur non pas à celui qui la possède, mais à celui qui la peut vénérer »*** - H.Hesse - « Schönheit beglückt nicht den, der sie besitzt, sondern den, der sie anbeten kann ». | | | | |
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| art | | | Naissance du style sec : le sang ou la larme pressent, prêts à se répandre sur ma page ; leur fermentation trop rapide risquerait de faire oublier le goût de leurs sources ; je finis par me dédier à l'arbre, conservateur de sources illisibles, conducteur de sèves invisibles. | | | | |
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| art | | | L'art consiste en ceci : dans mes vouloir, devoir, pouvoir - qui présupposent toujours une dualité - virtualiser leur objet, ne parler qu'au nom du valoir, devenir monologue de l'arbre (même Valéry n'en préconise que le Dialogue !), d'un arbre à variables, ouvert au dialogue, futur et virtuel, avec un arbre interprétatif. | | | | |
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| art | | | Une fois sorti de l'ennui et de l'absurde du descriptif, tout bon créateur se tourne, successivement, vers la transformation, ses invariants, ses noyaux. Le sommet de l'art : réduire au noyau tout ce qui était transformable. Progrès des opérations : additionner, multiplier, annihiler ; progrès des opérandes : désigner, exprimer, substituer. « Méprise le savoir dont l'œuvre finale périsse avec son opérateur » - de Vinci - « Fuggi quello studio del quale la risultante opera more coll'operante d'essa ». | | | | |
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| art | | | Tout écrit est composé de trois parties : d'un noyau banal et reproductible, d'un remplissage vrai et insipide, d'une gangue fausse et prégnante. Ne pas donner l'envie de secouer ton arbre pour mettre à nu son noyau commun ; se fondre avec la gangue. | | | | |
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| art | | | Le mode énumératif, le plus répandu de nos jours au royaume des lettres, a sa place dans la résolution de problèmes, mais seulement après deux étapes préliminaires, exigeant beaucoup plus d'ingénuité : l'élaboration d'une riche requête et la recherche de substitutions inattendues. Quand on ne maîtrise ni langage ni modèle, on est condamné à vivre du seul contact avec le monde. | | | | |
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| art | | | La science définit la nature d'une inconnue, qu'elle finit par affecter d'une valeur connue. Le poète fait l'inverse : « Le Poète devient le suprême Savant, car il arrive à l’inconnu »*** - Rimbaud. | | | | |
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| art | | | Mon arbre n'est fait ni pour l'appétit, ni pour l'ombre, ni même pour les yeux, il est fait pour le regard, qui, lui aussi, est un arbre, capable de s'unifier avec le mien, pour gagner en ramages, en hauteur ou en ombres. | | | | |
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| art | | | Qu'on soit adepte du fragment ou du système, sa création se réduit toujours à un arbre, et l'ennui des systèmes est dans la sécheresse des branches surchargées de constantes, là où le fragmentaire verdit de ses variables vitales, pénétrant les racines, s'élevant jusqu'à la cime, animant les ramages et embellissant les fleurs. La langue systématique se construit ; l'arbre fragmentaire croît. | | | | |
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| art | | | De mon écrit doit surgir une vie, sous forme d'un arbre ou d'un animal imprévisible ; mais je sais, que les mots ne bâtissent que des structures et ne présentent que des bêtes domptées ; je dois donc préparer le terrain d'un dialogue avec l'arbre requêteur, hors des forêts et des zoos, débouchant sur une unification vivifiante des inconnues en cages et d'un regard libérateur. | | | | |
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| art | | | Dans l'art, on fait appel au microscope ou au ralenti, au macroscope et à la syncope, tandis que la vie ignore ces libres et variables effets d'échelle et de rythme, étant mystérieusement attachée à son absolutisme, à son arbitraire et à ses constantes. | | | | |
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| art | | | Puisque le littérateur d'aujourd'hui s'adresse soit aux moutons soit aux robots, son écriture est soit discursive soit intentionnelle - trop d'ennui ou trop de mécanique ; la noblesse solitaire et l'intelligence solidaire s'adressent à l'arbre et se moquent de la forêt. | | | | |
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| art | | | Sur l'arbre de la poésie, l'apport littéraire de Rousseau est plutôt d'ordre lacrymal que végétal, mais cette branche fut à hauteur d'homme, et le choix de la hauteur y est peut-être plus vital. La plus grande dispute, de tous les temps, fut la hauteur, à laquelle doit se hisser l'homme, pour échapper à la largeur des coteries des hommes. | | | | |
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| art | | | Tout écrit se réduit à un arbre, mais seul le style va encore plus loin et fais de l'arbre un être vivant, dans lequel on reconnaîtra une main qui caresse, des pieds qui mesurent la terre, une digestion saine, les yeux qui deviennent regard, l'ouïe qui se tourne vers les hommes, le goût qui recherche de la délicatesse, le flair qui devine le danger et la joie, le cœur qui s'élargit et l'âme qui s'élève. Et tant d'éclopés, ou de constructions mécaniques, là où le style manque. | | | | |
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| art | | | Les plus enthousiasmants des écrits sortent de tant de mortifications de l'amour-propre, de luttes dégradantes avec le mot résistant et coriace, de la honte devant tant de déchets. La honte avalée purifie tant de mots, maculés de doute. Maint souvenir des ruines pittoresques ne sait plus s'il remonte à l'architecture d'Augias ou bien à son fumier. Tant de sol déracinant et méconnaissable, tant de firmaments étriqués ou clos, pour nous faire croire, que « le poème éclot telle étoile ou rose » - Tsvétaeva - « стихи растут, как звёзды или розы ». Le génie est un arbre solitaire, qui ne doit rien aux forêts ou champs, où le hasard l'avait fait pousser. Et ce navrement de Malraux avec son « Le génie est inséparable de ce dont il naît » ! | | | | |
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| art | | | Dans les écrits savants modernes, les auteurs ne se rendent pas compte, que n'importe quel de leurs collègues aurait pu écrire leurs chinoiseries et que le choix de leurs concepts et de relations entre eux n'est que le hasard des traditions académiques. Prenez, par exemple, ceci : « La division est la structure fondamentale de l'univers tragique » - Barthes - une excellente ineptie cartésienne, pour qu'on s'amuse au jeu de substitutions ! Dans le désordre, substituez à division - multiplication, soustraction, addition, à structure - descriptif, comportement, à fondamentale - auxiliaire, superflue, à univers - recoin, cuisine, à tragique - comique, épique - tout est aussi valable et sot ! De Gargantua à Phèdre, tout y passe. | | | | |
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| art | | | Le livre est un compromis entre l'oiseau, ayant trouvé refuge dans l'arbre, et l'arbre, qu'il voudrait être ou chanter. En quoi se métamorphose cet arbre hanté, devenu et la cage et la hauteur ? - en ruines ? | | | | |
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| art | | | Une bonne écriture commence par le déracinement d'une pesanteur héritée, pour planter une nouvelle dynastie de style. L'enracinement se fera par mon dialogue avec mes prédécesseurs : « La lecture rend l'homme complet, le dialogue - prêt, et l'écriture - précis » - F.Bacon - « Reading maketh a full man, conference a ready man, and writing an exact man », mais l'achèvement et le couronnement ne doivent venir que de ma propre voix. | | | | |
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| art | | | La nature est déjà une perfection, avec laquelle aucun art ne peut rivaliser ; celui-ci a, pour domaine, - l'imaginaire, et pour langage - des images. On ne complète pas la perfection d'un arbre réel par la beauté d'un arbre artificiel. Ce n'est pas d'une frontière imparfaite, mais d'un point zéro que doit partir une œuvre d'art. Tout homme porte en lui un écho de l'acte créateur, du rythme primordial, et l'artiste n'est que celui qui en a, en plus, le souffle et le talent. | | | | |
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| art | | | La technique artistique, c'est l'insertion de nouvelles inconnues dans un portrait ou dans un arbre. Ces inconnues sont des voiles. L’œuvre, complètement dévoilée, ne peut être que squelettique. Comme le lecteur sans ses propres inconnues, se substituant aux variables de l'auteur, n'est que consommateur. « L'art est un dialogue, que nous avons toujours effectué avec l'inconnu » - Malraux. | | | | |
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| art | | | La platitude des écrits émerge, chez les triviaux, à cause de l'équivalence entre ce qu'ils ont, ce qu'ils font et ce qu'ils sont, ces trois registres étant chez eux transparents et contenant des constantes communes. Et c'est de l'impossibilité de cette équivalence, chez les subtils, que surgit leur arbre dramatique, dont toutes les branches sont chargées d'inconnues individuelles. | | | | |
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| art | | | Par inertie, on continue à s'intéresser à l'art, en fonction des ventes aux enchères, de la fréquentation payante des musées, de la décoration des salles de réunion ou de l'industrie éditoriale, tandis qu'on sent que les œuvres d'art sont déjà « de beaux fruits, détachés de l'arbre »* - Hegel - « vom Baume gebrochene schöne Früchte » - l'arbre du beau est mort, partout règne la forêt du vrai. | | | | |
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| art | | | Dans l'art, le bon nihilisme aide à former des commencements indépendants, mais les non du parcours sont toujours anti-artistiques et mesquins. Ces non promettent le progrès, le combat, la victoire, mais ils abaissent le regard. Le oui universel, que l'art adresse à la vie, c'est l'unification, ou la conversion, tout arbre de requêtes devenant le même ; le temps perd de son importance et passe le flambeau à l'éternité ; le retour nietzschéen, c'est la conversion, accomplie par le oui. | | | | |
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| art | | | L’origine de la créativité littéraire : les étiquettes langagières, attachées aux objets (abstraits ou concrets) cessent d’être des constantes et deviennent variables ; c’est le degré de liberté du poète. | | | | |
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| art | | | Le devenir, méritant un regard philosophique, est soit matériel (avec, en perspective, l’extinction des étoiles et la décomposition des atomes) soit artistique (avec la création de la musique des mots, des images, des idées) – le désespoir concret, face à la consolation abstraite. Entre les deux – l’être, mû et expliqué par des unifications. L’abstrait n’est ni transcendant ni immanent, que cherchent à opposer les nigauds. « L'Abstrait n'explique rien ; il n'y a pas d'universaux, pas d'objet ; il n'y a que des processus d'unification » - Deleuze – du pur galimatias, puisque dans l’unification d’arbres, tout est abstrait, et les branches unifiées sont composées d’objets. Et les vrais universaux, que porte tout homme, suite à la Création divine, sont au nombre de trois : le Bien, le Beau, le Vrai. | | | | |
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| art | | | Avant de s'imposer, tout nouveau style traverse une zone dangereuse, où la honte et la jouissance se disputent la primauté. La caresse, artistique ou charnelle, c'est une audace qui n'a pas encore vaincu la honte, mais sent déjà l'approche de la jouissance. La caresse, cet équilibre entre la cime qui couronne et la racine qui soupçonne. | | | | |
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| art | | | Le commencement d’un livre serait aussi un arbre, dont les racines et les fleurs sont des jardins secrets de l’auteur, et dont les seules variables seraient placés dans sa cime, pour attendre des unifications improbables avec des regards d’autrui. Pasternak : « Un vrai livre n’a pas de première page ; il naît Dieu sait où, il bouleverse la jungle vierge et soudain parle le langage de toute la canopée » - « Ни у какой истинной книги нет первой страницы ; она зарождается бог весть где, и катится, будя заповедные дебри и вдруг заговаривает всеми вершинами сразу » - vit une forêt là où il n’y avait qu’un arbre. | | | | |
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| art | | | Tout livre est un arbre, qui peut être jugé soit en tant que fontaine soit en tant qu’éponge, donc – par le particulier ou par l’universel. Dans le premier cas compteront les racines, les fleurs, les fruits ; dans le second – les cimes, les branchages, les ombres. Et puisque l’unification avec d’autres arbres est la première fonction de tout arbre, c’est la présence de variables et de vecteurs de ses élans qui détermine sa valeur. D’où la grandeur de Dostoïevsky et de Nietzsche. | | | | |
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| art | | | Le genre aphoristique exige une profusion de variables, dans l’arbre de l’écrit, pour rendre féconde sa lecture. « Une œuvre est solide, quand elle résiste aux substitutions, qu’un lecteur rebelle tente de faire subir à ses parties »**** - Valéry. Quand on ne substitue que les constantes, il n’y a ni dialogue ni enrichissement ni fraternité. | | | | |
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| art | | | Dans l’art, l’intelligence, c’est la structure solide d’un arbre, grâce à laquelle tu peux chanter les fleurs, te régaler des fruits, te réfugier dans une belle ombre, vibrer à l’appel des cimes. « La pensée doit être cachée dans les vers comme la vertu nutritive dans un fruit »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | La musicalité d’une écriture s’évalue grâce à la présence des inconnues dans ses arbres ; par l’unification avec d’autres arbres (interprétatifs), on peut en changer la mélodie, le timbre, le mode. Sans inconnues, on est condamné au bruit, bien arrangé ou platement chaotique. | | | | |
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| art | | | La danse donne l’envie d’élans et de caresses ; la marche se réduit aux chiffres et aux progrès. « La parole ne vaut que par une substitution, elle étiquette ; le chant fait vouloir, il se met à ma place »** - Valéry. | | | | |
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| art | | | Ton œuvre est creuse, si elle ne vaut que par ce qu’on y voit ; c’est la part de l’invisible qui est décisive, et non pas par une dissimulation quelconque, mais par l’indispensable présence d’inconnues dans ton arbre. Et cette invisibilité peut concerner l’esprit – jeu intellectuel, l’âme – jeu poétique, le cœur – jeu sentimental. | | | | |
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| art | | | Que le sens et la forme d’un discours poétique soient fictifs et arbitraires ne me gêne pas ; ce qui compte, dans ce cas, c’est ma capacité de construire un arbre interprétatif, dont l’unification avec ce genre de poème engendrerait quelques fleurs, fruits, ombres ou remous musicaux dans le feuillage. En cas d’échec, soit je suis à court d’imagination, soit le poème est nul. | | | | |
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| art | | | Toute écriture consiste à bâtir un arbre ; pour la clarté de sa hauteur, de sa forme et surtout de sa vitalité, on doit faire appel à l’obscurité non seulement des racines, mais aussi des fleurs, des fruits et des ombres, l’obscurité résidant dans l’introduction de variables, qui ne cherchent qu’à s’unifier avec un arbre interrogatif, ce vrai destinataire du message. Les procédés qui aident dans cette tâche – l’élagage et le greffage. | | | | |
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| art | | | Le plus souvent, mes maximes naissent du pressentiment d’une relation, dont on ignore encore les objets liés, comme les vers émergent des rencontres aléatoires de quelques assonances ou rimes. Donc, dans les deux cas, le premier jet est dans le connu, tandis que l’art est dans la distribution des inconnues dans l’arbre à bâtir. | | | | |
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| art | | | Le parcours, conduisant à l’émerveillement devant une belle écriture : ses mots, ses métaphores, ses pensées, tes requêtes, les unifications, ton illumination. Une seule de ces étapes manque, et la merveille finale, rapidement, se dissipera ; le viscéral ne sera que squelettique. | | | | |
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| art | | | La racine d’un arbre d’art doit comporter des solutions du Vrai, des problèmes du Beau, des mystères du Bien, et sa finalité devrait être des fleurs ou des fruits ou des ombres. | | | | |
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| art | | | L'arbre d'écriture vaut surtout par ses cimes, ses fleurs et ses ombres, mais l'essentiel de ses variables se concentre dans ses racines, prêtes à s'unifier avec l'arbre de lecture. Si celui-ci vient de la forêt de Pan ou, pire, du jardin d'Adonis, on ne doit pas s'étonner si l'arbre unifié manque de vie, de fruits et de ramages. | | | | |
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| art | | | Dans ton écrit, tu as beau ne viser que des fleurs (des états d’âme), il en surgira, immanquablement, un arbre d’esprit, structuré par des idées, qui approfondissent les racines et étendent des ramages. Mais la beauté de l’ensemble doit consister en qualité d’accès aux fleurs, c’est-à-dire – dans le style. | | | | |
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| art | | | L’art fait verdoyer le rêve, pour se sauver de la sécheresse de la vie ; la science résume la vie dans un arbre, chargé d’inconnues vivantes. Quand on ignore la technique d'unification d'arbres, on s'horrifie pour rien : « L’art est l’arbre de la vie ; la science – l’arbre de la mort » - W.Blake - « Art is the Tree of Life, Science is the Tree of Death ». | | | | |
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| art | | | Le genre discursif : le lecteur reconstitue l’arbre narratif de l’auteur, arbre dépourvu d’inconnues. Le genre aphoristique : l’arbre représentatif de l’auteur s’unifie avec l’arbre interprétatif du lecteur (les deux pouvant être de profondeur ou de hauteur comparables), en générant un troisième arbre, toujours plein de variables. | | | | |
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| art | | | Les genres discursif ou aphoristique – le jugement le plus pertinent partirait de la nature de l’arbre en tant que symbole de toute écriture. Dans le premier cas, on part d’un arbre prédéfini, réel ou intellectuel, dont on parcourt le cheminement, temporel ou spatial. Dans le second, la réalité spatio-temporelle est presque absente, on annonce la naissance de l’arbre personnel, en n’y exhibant que des fleurs qu’on munit d’indices vers le passé des racines sacrées et l’avenir des souches vermoulues. Le devenir mécanique ou le devenir organique. | | | | |
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| art | | | Deux branches constituent l’arbre de l’art : celle qui est poussée par l’enthousiasme et celle qu’alimente un désenchantement. Dans la première dominent les malheureux ; les blasés pullulent sur la seconde. | | | | |
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| art | | | Évidemment, l’unité entre une chose réelle et son reflet dans l’art est impossible ; la première flotte dans le chaos (ou l’harmonie, ici ce sont des synonymes) d’une Création magique, divine, et la seconde est fruit de nos pauvres représentations humaines. C’est avec la chose représentée qu’il faut comparer les objets artistiques ; les deux se réduisent aux arbres à variables, et leur unité consiste en possibilité d’une unification de ces arbres. | | | | |
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| art | | | Les plus fastidieux des écrits littéraires visent une lecture unique, tandis les choses intéressantes devraient admettre des chemins d’accès multiples, grâce aux variables dont l’auteur aurait muni l’arbre de son discours. « Le charme de l’art réside dans la quantité de manières de voir la même chose » - Valéry. | | | | |
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| art | | | Poétiser, c’est augmenter le nombre de sens (de chemins d’accès) de tes productions (qui sont des arbres) par l’introduction d’inconnues (variables). Plus tu progresses dans cette direction, plus tu t’approches de la musique, qui est un arrangement de seules inconnues (les constantes ne jouant qu’un rôle instrumental), faisant naître dans chaque écouteur le sens, propre à sa sensibilité et à ses attentes. | | | | |
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| introduction doute | | | DOUTE : La pensée unique fit d'énormes progrès. Elle persuada à tant d'hommes orgueilleux d'avoir leur regard à part, tandis que l'œil du troupeau s'y installa en maître. Le doute, en soi, n'est pas plus recommandable qu'une recette de cuisine ; il n'est bon qu'accompagné des paradoxes, ces couples d'avis se reniant par un simple changement de langage. Il est le contraire du microscope sceptique, il est le macroscope ironique. L'unification des arbres de plus en plus dissemblables - la noble tâche du doute. | | | | |
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| doute | | | Je poussais mes racines dans des profondeurs – et je n'y vécus aucune rencontre ; j'étendais mes ramages – personne ne vint cueillir leurs fleurs ni se réfugier dans leurs ombres ; c'est l'une des raisons, pour lesquelles mes meilleures inconnues s'incrustent désormais dans mes cimes. | | | | |
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| doute | | | Le philosophe est artisan des réinterprétations ; toute pensée, absurde dans l'interprétation courante, admettrait un sens intéressant, moyennant réinvention de modèles ou de langages. « Je ne sais comment il ne se peut rien dire de si absurde, qui n'ait été avancé par quelque philosophe » - Cicéron - « Nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum ». Le grain est absurde ; est sensé l'arbre, qui en naît. De même, le jugement (défini par Kant comme représentation de la représentation - Darstellung der Darstellung), comparé au regard. | | | | |
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| doute | | | Chose suspecte est la clarté qui dure, l'impuissance de trouver des mots de plus haute volée que ceux qui, plus tôt, nous avaient soulevés ou bercés. D'où l'intérêt des noms à variables, à multiples substitutions possibles. | | | | |
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| doute | | | Les hommes brillaient grâce aux multiples inconnues, dans lesquelles se devinaient des qui, des quoi, des comment ; à cette génération des X vitaux succéda la génération des Y (des why), engoncée dans des constantes en béton. | | | | |
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| doute | | | Plus on appuie sur la touche unique d'un système, plus on frappe à côté de la vie. « L'homme du système ne veut plus avouer à son esprit qu'il vit, que, tel un arbre, il aspire à l'ampleur autour de lui » - Nietzsche - « Der Systematiker will seinem Geiste nicht mehr zugestehen, daß er lebt, daß er wie ein Baum, in Breite um sich greift ». Cette perte d'ampleur vivifiante est due au manque de hauteur palpitante | | | | |
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| doute | | | La précision est primordiale, quand la requête est de forme : Que vaut (pourquoi, comment, quand, où) X ? Mais l'intelligence, c'est la spécification de X : modèles (substances), qualificatifs, négation, quantification, liens entre objets, tournures verbales. La présence d'inconnues, dictée par une intuition ou une foi, peut être plus féconde qu'une mécanique précision en résolution. | | | | |
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| doute | | | Tant de mes lumières mesquines doivent être éteintes, pour que je puisse me livrer, ravi, aux ombres projetées par mon seul astre, mon anti-étoile. « Égaliser les lumières, unifier les ombres »*** - Lao Tseu - on s'approfondit dans l'Un, on se rehausse dans l'unification d'arbres. | | | | |
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| doute | | | Mon jeu d'ombres est pris, par des yeux délicats, pour lumière. Cette interchangeabilité est une véritable chinoiserie de yin (les ramages et les feuilles de l'arbre) et de yang (le tronc et les branches). Peu m'importe votre lumière aux cimes ; je la développe, ou plutôt je l'enveloppe de mes ombres : je m'adosse à la ferme lumière, pour mieux affronter les ombres dansantes. Et vos ombres radicales ne m'émeuvent que si j'en devine le soleil : « Ceux qui sont hideux au soleil ; ceux qui gagnent à accueillir le froid et l'obscurité » - Canetti - « Menschen die an der Sonne gehässig werden. Menschen, denen Kälte und Finsternis gut tun ». | | | | |
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| doute | | | En quelle saison veux-tu unifier ton arbre ? Veux-tu privilégier la fleur, le fruit ou le bois de chauffage ? La lumière de sa cime, l'ombre de ses ramages, la ténèbre de ses racines ? Ce qui est visible, ce qui est lisible, ce qui est intelligible ? « Les principes philosophiques sont les racines de notre pensée et de notre volonté ; c'est pourquoi ils ne doivent pas s'exposer à la vive lumière »** - Nietzsche - « Philosophische Grundanschauungen sind die Wurzeln unseres Denkens und Wollens : deshalb sollen sie nicht ans grelle Licht gezogen werden » - cette préférence de la hauteur ne nous rend pas moins profonds, mais moins bavards. | | | | |
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| doute | | | De la chose en soi, nous ne percevons, évidemment, qu'une partie, délimitée par nos sens, articulée par notre esprit, résumée par nos représentations et confirmée par nos interprétations. Il n'y a pas de commune mesure entre les choses réelles, leurs modèles et leurs perceptions ; ni coïncidences ni unifications ni comparaisons n'y sont possibles - les ponts entre ces mondes sont jetés par l'esprit arbitrairement, sans aucune règle clairement formulée, et à travers la représentation et la donation de sens. | | | | |
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| doute | | | À quoi dois-je m'attendre, si je mets au centre ce qui m'est le plus énigmatique et impénétrable, moi-même ? - au jeu passionnel des ombres, à la perte de repères, au vertige. Et qu'ils sont sots, ceux qui se disent : « placez-vous au centre, et le vrai, le juste et le paisible vous appelleront » - Emerson - « place yourself in the middle, and you are impelled to truth, to right and contentment ». L'arbre, lui aussi, n'a pas de centre compréhensible, ce qui le rend sacré. | | | | |
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| doute | | | Soit une chose, C, son implexe, Im, et notre parcours, P, au-dessus de la chose, entre les moments t1 et t2, vécu avec l'intensité In. Héraclite nous dit, que l'égalité, C(t1) = C(t2) est impossible ; Nietzsche nous suggère qu'avec In suffisamment grande, cette égalité est métaphoriquement possible - l'Éternel Retour ; Valéry dit qu'il n'y a pas de choses, que des implexes, qui sont toujours unifiables, Im(t1) = Im(t2), - l'Éternel Présent. | | | | |
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| doute | | | Le cogito n'est pas une formule logique, mais une équation à variables, dont chacun crée les domaines de valeurs. Toutefois, pour son père misérable, il relevait plutôt de la physiologie que de la logique : « Sentir n'est rien d'autre que penser » - Descartes - « Sentire nihil aliud est quam cogitare » - voilà que le front plissé, que lui prêtent les acolytes, cède tout son prestige - aux glandes ! Pour être sûr d'exister, il suffit donc, par exemple, d'être caressé, ce qui n'est que du bon sens ! René Descartes profana son anagramme – Tendre Caresse ! | | | | |
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| doute | | | Les mêmes profondeurs visitent tous les hommes, mais c'est le talent, c'est à dire la hauteur, qui détermine si les tentatives de les rendre resteront platitudes ou se solidariseront avec des envolées. La hauteur ne peut être qu'inventée ; la platitude est bien réelle. « C'est l'excès de la signification suggérée, c'est le fait de transformer le courant sous-terrain en un courant de surface, qui nous abaisse jusqu'à la prose »** - Poe - « It is the excess of the suggested meaning - it is the rendering the upper instead of the under current of theme, which turns into prose ». | | | | |
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| doute | | | Aux trois éléments - eau, terre, air - sont associés trois courants vitaux : la fontaine, les racines d'un arbre, le souffle - le souterrain, le terre-à-terre, le hautain - la philosophie, le savoir, la poésie ; ils brillent, culminent et se poétisent grâce à la pureté et à l'intensité, ces courants du feu, du génie. La métamorphose de Phénix nous rendra la fontaine, l'arbre et le souffle. | | | | |
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| doute | | | N'apprécier que des chemins inaboutis (des Holzwege de Heidegger), à travers une forêt obscure (la selva oscura de Dante), et m'abandonnant au pied de mon arbre, qui sera mon opus, la ruine des chemins et clartés. | | | | |
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| doute | | | Même la lumière n'est recherchée aujourd'hui que pour une navigation en toute sécurité : « L'ombre d'un arbre exprime aussi l'azimut et la hauteur du soleil » - Alain - n'importe quelle poubelle aurait rendu le même service ! Mais l'arbre représente le mieux le zénith incertain et la hauteur angoissée de mes ombres. « J'aime l'homme incertain de ses fins, comme l'est l'arbre » - R.Char. | | | | |
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| doute | | | La valeur ontologique de la mathématique n'a rien à voir avec ses démonstrations ou preuves, c'est à dire des ramages, elle est dans ses racines, des principes : avec l'algèbre - les propriétés des opérations, avec l'analyse - le processus comme voie d'accès à l'infini, avec la géométrie - la mesure, la distance ; ces trois volets couvrent complètement la réalité : ses invariants, ses mouvements, ses proximités. | | | | |
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| doute | | | Quand, à partir d'une image, je suis capable de la projeter sur les horizons, de la sublimer en hauteur, de l'ancrer aux sources profondes, on appellera ce genre de lecture - unification d'arbres. | | | | |
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| doute | | | La tension entre les contraires ne devrait pas se résoudre dans un relâchement dialectique quelconque, mais dans une bonne raideur d'une corde, sur laquelle je pourrais jouer ma meilleure musique. La musique naît des inconnues, dont est chargé mon arbre requêteur. L'unification d'arbres promet de nouveaux reliefs, tandis que la synthèse (Aufhebung) est source de platitudes. | | | | |
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| doute | | | Les branches apportent l'ombre, qui me sépare de la forêt et fait de moi - un arbre. C'est la cime qui est la seule réalité, irradiant la lumière et animant le rêve. « Dans les racines - la lumière des branches ; dans les branches - le rêve des racines » - V.Ivanov - « И корни - свет ветвей, а ветви - сон корней ». | | | | |
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| doute | | | Ce que nous pensons d'un arbre n'est pas une de ses ombres, c'est aussi un autre arbre. Avec une bonne lumière, l'ombre dessine le tableau, et l'arbre tend les pinceaux. Chez un bon peintre, on ne voit plus de traces de pinceau. Mais l'arbre émergeant du tableau fait oublier les ombres. | | | | |
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| doute | | | Nietzsche et Heidegger sèment des inconnues à profusion, unifiables avec l'art ou avec la vie, – un vrai régal pour tout herméneute. Mais quel sens peut avoir un commentaire sur tous ces Foucault, Deleuze, Derrida, Ricœur, où il n'y a que des constantes ? - écrits sur écrits sur écrits. | | | | |
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| doute | | | Tout bon arbre est chargé d'inconnues, ouvertes à de fécondes unifications. Les inconnues se créent mieux, par élimination de constantes, qui s'y décantent. | | | | |
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| doute | | | En aucun cas le processus ne peut être équivalent au résultat (Wittgenstein) : le premier se résume dans une structure temporelle, et le second – dans une structure (arbre, graphe) spatiale. La notion d'infini, par exemple, n'est pensable qu'en tant qu'un processus, et celle de fait ne s'inscrit que dans un résultat. | | | | |
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| doute | | | Chez le sage, le besoin d'unification d'arbres va de pair avec la liberté d'introduction de nouvelles inconnues. « Laisser quelque chose en suspens, c'est un devoir, une victoire sur un autre besoin, le désir de tout unifier »*** - L.Salomé - « Etwas in der Schwebe lassen ist eine Pflicht : - Sieg über das Nebenbedürfnis, alles unter Einen Hut zu bringen ». Et l'on reconnaît le type d'homme d'après les lieux, où il est prodigue en variables - en racines, en feuilles ou en fleurs en suspens. | | | | |
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| doute | | | Le progrès du sot va toujours de la racine aux extrémités des branches, de ce qui est caché vers ce qui est dénudé. « Le développement de l'esprit est un progrès de l'indéfini au défini » - H.Spencer - « The development of mind must ever be from the undefined to the clearly defined ». L'élagage, le taillage profond et les hautes greffes, le lié devenant libre - un développement plus prometteur des floraisons inattendues. | | | | |
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| doute | | | Les doutes des sages viennent des réponses sans question ; la plupart des certitudes des sots proviennent des questions sans réponses. La question, dans laquelle il n'y a pas de variables ou l'on échoue à les y introduire, ne mérite généralement pas qu'on y réponde. Pour le reste, si je ne suis pas capable de répondre, c'est à dire de substituer aux variables - de belles valeurs, alors mes doctes certitudes, même négatives, ne valent pas un seul des doutes enthousiastes, nés d'une unification d'arbres. Les certitudes sont des frontières, mais le doute, c'est un Ouvert, ne mordant pas sur la frontière. | | | | |
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| doute | | | L'imagination sert surtout à créer de nouvelles variables sur un arbre de la connaissance. « Au royaume de l'imagination, l'inconnu est tout-puissant » - Napoléon - il en est seulement le signe, dont la première qualité n'est pas la puissance mais l'ouverture à l'unification, la souplesse. C'est la richesse des substitutions interprétatives qui témoigne de la puissance ! | | | | |
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| doute | | | On ne sait pas qui, dans un discours, abuse davantage de constantes : le locuteur ou l'interprète, mais le bon style, ou le bon goût, accrochent des variables à toutes les branches-équations de l'arbre de la création, et leurs substitutions en créent un second, plus profond, plus haut et mieux ramifié que l'initial. Plus original est un discours, de plus d'inconnues et de substitutions aura besoin son auditeur. | | | | |
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| doute | | | On ne peut pas voir à la fois l'arbre et sa forêt : les arbres uniques empêchent de voir la forêt commune et vice versa. Leurs accommodations s'excluent. | | | | |
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| doute | | | J'ignore le sens de la vie, mais la vie n'est que de perpétuelles naissances du sens : le désir (le mystère de son orientation ou focalisation), la conception (le problème de la prière, des références, de la négation), la délivrance (la solution dans la vérité, les substitutions). | | | | |
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| doute | | | Une grande illusion : opposer une feuille morte, détachée de l'arbre et en proie aux courants, - à l'étoile, n'obéissant qu'à une loi profonde (H.Hesse). Toute trajectoire peut se calculer comme une orbite ; c'est la haute immobilité qui reste seule incalculable. | | | | |
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| doute | | | On reconnaît un philosophe par la profondeur de ses questions, aux réponses illisibles ; le poète se fait remarquer par la hauteur de ses réponses, aux questions invisibles ; quand un seul homme porte en soi ces deux profils, son discours devient un arbre, visible et lisible, vivant ; isolés, ils n'exhibent, le plus souvent, qu'une minéralité des gouffres ou des montagnes. | | | | |
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| doute | | | Le regard : dans l'unification avec l'arbre du monde, la faculté de continuer à garder des feuilles inconnues, ouvertes à de nouvelles fusions ; l'inconnu renaissant s'appellerait l'infini. Ce bel appel aux philosophes : « Dégage l'inconnue ! » de J.Joubert ! | | | | |
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| doute | | | Pour que je me tourne du côté de mon soi inconnu, il y a une technique facile : reporter l'admiration des organes – y compris de mon esprit, y compris de mon âme – sur leurs fonctions. C'est ici que j'ai la sensation de faire partie de ce qui, tout en étant moi, est plus grand que moi – l'unification enrichissante, mystifiante, rehaussante. La hauteur d'une admiration est ce que la profondeur est à la connaissance – un contact, ou son illusion, d'avec l'au-delà. | | | | |
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| doute | | | L'homme du labyrinthe cherche son Ariane, pour lui apporter une solution et une issue ; l'homme de l'arbre appelle son Eurydice, pour lui rappeler le mystère du regard et du commencement. | | | | |
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| doute | | | Les conflits, les contradictions, les incompréhensions surgissent plus souvent entre des représentations d'une même réalité que dans la réalité elle-même. Deux arbres, se dévisageant, se défiant, s'embrassant, et l'issue – soit une dialectique mécanique soit une unification organique. Pour un créateur, ces deux arbres poussent en lui-même et sont source d'enrichissement : dans les cimes on gagne en hauteur, dans les fleurs – en beauté, et dans les racines – en souffrance : « Le désespoir vient du sentiment d'ubiquité ; mais toutes ces valeurs, variées et jadis inconciliables, sont désormais unifiées en moi » - Berbérova - « Отчаяние связано с ощущением раздвоения ; все разнообразные и противоположные черты во мне теперь слиты ». | | | | |
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| doute | | | Tout bel enfant, en philosophie, se réclame d'une naissance miraculeuse ; ce qui les distingue, c'est le métier présumé de leur père – un scientifique (Hegel) ou un poète (Nietzsche). Des enfants de la vierge réflexion (Jungfraukinder der Speculation – J.G.Hamann) ou des enfants de l'avenir (Kinder der Zukunft – Nietzsche). Des arbres, à généalogie établie ou à établir. | | | | |
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| doute | | | Tsvétaeva - un don organique total, aucune adaptation au mécanique. Quelqu'un, qui croît et se sculpte, comme un arbre ou un Narcisse, ce qui est mieux que grandir ou se construire : « Tsvétaeva ne se maîtrisait pas, ne se construisait pas, elle ne se connaissait même pas et cultivait cette ignorance » - Berbérova - « Цветаева не владела собой, не строила себя, даже не знала себя и культивировала это незнание » - voilà encore de l'ignorance étoilée ! Si les autres ne vivent que de leur soi connu et maîtrisé et ignorent leur soi inconnu et sacré, c'est qu'ils s'éloignent de l'ange et s'approchent du robot. | | | | |
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| doute | | | Ils veulent tout réduire à ce qui leur paraît être connu : au Moi et au Monde - vouloir et pouvoir. Je ne suis attiré que par deux monumentales inconnues : Soi et X - souffle divin et substitutions harmonieuses. | | | | |
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| doute | | | Dans l'art, créer, c'est introduire de nouvelles inconnues dans son message, c'est donc un travail des ombres : « Deviens un arbre, pour répandre alentour de ton ombre le plus de musique possible » - M.Serres. | | | | |
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| doute | | | Nous sommes face à la même réalité, nous disposons du même vocabulaire, de la même logique, de la même intelligence, mais les uns veulent en rendre le bruit, le plus fidèlement possible, et les autres cherchent à en extraire la musique sous-jacente, pleine d'inconnues. Les uns produisent un tableau figé, où tout est constant et commun, et les autres s'expriment en arbre, qui croît, s'entrelace avec mes propres branches ouvertes, annonce une vie nouvelle, unifiée, imprévisible. | | | | |
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| doute | | | Là où, dans l'arbre de ses réflexions, le sage se contente de placer une inconnue, qu'il fait danser à la lumière de son étoile, le sot se complaît à proposer des fils conducteurs, et la médiocrité s'enorgueillit à tisser, lourdement, des nœuds gordiens triviaux. | | | | |
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| doute | | | Deux sortes d'inconnues, que le philosophe doit mettre dans l'arbre de son discours : celles que contient la vie et celles qu'entretient l'art. On reconnaît les grands par l'insertion de leurs inconnues non seulement dans des feuilles, mais aussi dans des racines, des troncs et des ombres. Héraclite le tente, Nietzsche le réussit, Heidegger en abuse. | | | | |
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| doute | | | L'arbre, que j'aimerais créer, n'aurait pas ses racines dans ce siècle ; celui-ci ne saurait se deviner que d'après des feuilles d'inconnues et des fruits périmés ; à l'éternité j'adresserais les fleurs, les cimes et les ombres. | | | | |
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| doute | | | L'intentionnalité est la construction de l'arbre linguo-conceptuel d'accès à l'objet visé : un simple nœud-nom, dans le cas le plus flagrant, une forêt-réseau logico-sémantique, dans le cas le plus embrouillé. | | | | |
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| doute | | | Pour connaître, il faut ouvrir les yeux ; et pour sentir, il faut les fermer : déchoir ou se corrompre, ou bien promettre des ailes aux rêves et des bosses au réveil. Ce qui est déchéance sous un arbre peut être révélation sur une montagne. C'est le chemin qui se corrompt et non pas les yeux qui le scrutent. Dissocier les yeux des pieds, c'est le problème ! | | | | |
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| doute | | | L’écoute de mon essence, c’est-à-dire de mon soi inconnu, permet de reconstituer l’arbre de mon existence - le parcours de mon soi connu - de la graine à la souche - et de pouvoir « me considérer comme un arbre »* - Montaigne - et me peindre ! | | | | |
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| doute | | | Le soi connu a ses racines – la représentation, le langage, la pensée ; le soi inconnu a sa canopée – le valoir (le talent), le devoir (l’éthique), le vouloir (la noblesse). | | | | |
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| doute | | | L’unification de deux arbres intellectuels, grâce aux substitutions de variables, grandit tous les deux. Les plus belles des inconnues naissent dans la poésie, dans des métaphores. « L’arbre est le poème de la Croissance »*** - Valéry. | | | | |
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| doute | | | Les inconnues de mon arbre : en munir les feuilles de nouveaux ramages, les racines d’une nouvelle profondeur, ses cimes d’un nouvel élan. Rendre cet arbre - ouvert à l'unification avec le monde en attente de mes échos. « De haute lumière s’illuminent les arbres et jettent des ombres d’échos » - G.Benn - « Ein hohes Licht umströmt die alten Bäume und schafft im Schatten sich ein Widerspiel ». | | | | |
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| doute | | | La certitude traverse trois étapes : le libre arbitre de la représentation (dans le contexte de la réalité à modéliser), la logique de l'interprétation (au sein du modèle), la liberté de la validation intuitive (par la confrontation des résultats logiques avec la réalité modélisée). Créer un arbre artificiel, le parcourir, l'insérer dans une forêt existante, à la frontière entre l'idéel et le réel. | | | | |
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| doute | | | Tu tentes la profondeur et la rigueur des questions – tu aboutis aux réponses consensuelles, banales, galvaudées. Tu commences par te hisser à la hauteur, à la musique et à l’universalité des réponses – tu découvres qu’une infinité de combinaisons de questions personnelles et paradoxales aurait pu s’unifier avec ces réponses imprévisibles. C’est ainsi que naît le genre aphoristique. | | | | |
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| doute | | | Dans tout discours, il y a une part dogmatique – des assertions sans preuve – et une part sophistique – des inconnues, insérées, afin qu’elles invitent des unifications avec des regards ou requêtes des autres. « Il y a un flair mathématique, qui subodore dans une question les bonnes variables »** - Valéry. Je dirais que c’est un flair intellectuel, propre et aux poètes et aux philosophes, c’est-à-dire aux tenants de la forme, tandis que la logique des variables n’est liée qu’au fond, à la représentation. | | | | |
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| doute | | | Le discours, dépourvu d’inconnues, ne fait qu’exposer un sens ; celui, qui en contient, veut le recevoir. Toute la poésie est là. Et la bonne philosophie aussi. | | | | |
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| doute | | | Ton arbre vaudra non pas à cause de ses racines terriennes, de ses prolongements aériens, de son arrosage céleste ou de sa sève nourricière, ni même parce qu'il finira dans un feu sacré, mais grâce à la qualité des inconnues dont tu l'auras parsemé et, ainsi, rendu Ouvert. | | | | |
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| doute | | | On ne sait que ce qu’on sait prouver (et non pas faire, comme le pense Valéry). Savoir n’est pas produire par un acte réel, mais unifier des arbres abstraits – le représentatif et l’interprétatif. | | | | |
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| doute | | | La pensée ne peut être définitive que dans un langage figé. Et puisque toute vraie création est élaboration d’un nouveau langage, elle doit comporter des inconnues que chacun est libre d’unifier avec ses propres constantes ou, mieux, avec ses arbres à variables. La sensation du vague est un symptôme d’une pensée réelle. | | | | |
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| doute | | | Semblable en cela à Dieu, ton soi inconnu, ne possédant aucun langage, est incapable de dialogue, ou, tout au plus, te gratifiant d’un « entretien du moi avec soi, de telle manière que le moi finisse par être résorbé dans l’autre »*** - Cioran - l’unification d’un arbre problématique avec un arbre mystérieux ! | | | | |
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| doute | | | Toute pensée, tout sentiment, toute action peuvent être représentés sous la forme d’un arbre, et l’unification de deux arbres est une belle métaphore d’une union, d’une compréhension, d’un approfondissement mutuel. Mais pour unifier les racines et les branches, il faut qu’elles soient pourvues d’inconnues. | | | | |
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| doute | | | Ton soi inconnu t’insuffle un état d’âme, un arbre de questions où ne figurent ni mots ni idées ni notes, que des variables. Et ton soi connu les unifie avec ses fleurs ou fruits interprétatifs, pour générer un arbre musical de réponses. L’inspiration de R.Char fut déjà plus développée : « Aucun oiseau n’a le cœur de chanter dans un buisson de questions ». | | | | |
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| doute | | | Ce n’est pas l’usage excessif de tropes qui justifie l’attachement de la philosophie à l’arbre poétique, mais la part, négligeable, de la rigueur, la confiance, inconsciente et béate, en clarté des mots et peu d’intérêt pour la définition de concepts. | | | | |
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| doute | | | Rien ne peut se comparer à mon soi inconnu et qui serait si proche et si lointain, si intime et si inaccessible, si complice et si versatile. Là-dessus, Grothendieck est d’accord avec moi : « Le soi - la belle inconnue, riche de mystère, à la fois proche et lointaine, qui à la fois se dérobe et appelle »**. | | | | |
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| doute | | | Toute poésie contient une dose de mystique ; la philosophie, celle qui s’attache à l’arbre poétique, doit donc, elle aussi, en être pénétrée. « Le commencement dionysiaque de la mystique doit accompagner le commencement apollinien de la philosophie » - Berdiaev - « Дионисическое начало мистики необходимо сочетать с аполлоническим началом философии » - la mystérieuse hauteur de l’élan rejoignant la belle profondeur des cibles. | | | | |
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| hommes | | | Les études plantent en nous un arbre du savoir, mais toutes les étapes de mûrissement, de ramification et de floraison sont désormais mécanisées, la commercialisation des fruits restant le seul souci permanent visible. | | | | |
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| hommes | | | La science devint l'ennemi numéro un de la culture, dont le but fut jadis de nous relier au passé. La science, jadis Muse des stoïciens, devint mégère ou vache à lait. C'est pourquoi les USA sont à la tête de ce funeste progrès. La science unifia l'Univers et se sépara de la vie ; son univers unifié manque cruellement de variables libres et n'offre au regard que des constantes serviles. | | | | |
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| hommes | | | Résolument moderne - ils pensent que c'est très intelligent, signe de supériorité et de maturité. Hommes d'une saison, d'une seule prise d'images, d'une section plane, hommes des empreintes. L'homme du climat est irrésolument, problématiquement - ou, mieux, mystérieusement - passéiste, car au passé sont toutes les saisons de l'arbre qu'il veut être. « Revenez aux Anciens, et ce sera du progrès » - Verdi - « Tornate all'antico e sarà un progresso » - nos Virgile ne lisent plus Homère et deviennent journalistes. | | | | |
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| hommes | | | La même, et étrange, intonation, faite du mot distant, se reflétant dans lui-même et effleurant à peine la vie, se retrouve chez cette sorte de métèques que sont Casanova, Pouchkine, Nietzsche, Valéry, Nabokov, Cioran. Ne pas être sûr de ses racines ou de ses paysages aide à cultiver le climat de son propre arbre. | | | | |
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| hommes | | | Le beau concept d'arbre subit des outrages des temps modernes : il se mue facilement en un graphe ; son parcours suit des stratégies programmables - profondeur ou largeur d'abord (la hauteur nous vouant aux cercles vicieux et étant laissée aux vent et ciel improductifs) ; la généalogie (des paysages) surclasse la météorologie, l'attente de saisons nouvelles (des climats). | | | | |
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| hommes | | | L'arbre est d'autant plus grand, qu'il porte plus de variables, pour s'unifier avec le monde ; dans le refus du grand arbre de pousser, Zarathoustra voyait le signe avant-coureur des pires calamités du monde. Mais il a mal vu le remède : apporter des solutions à toutes les énigmes ou verser de la lumière de midi sur toutes les ombres - quel outrage au mystère et à la nuit ! Toutefois, y échappent les ombres les plus intenses, les plus courtes, à travers lesquelles je pourrais encore voir mon étoile danser. | | | | |
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| hommes | | | Le culte de l'arbre naît avec cette découverte, qu'aucune racine ne puisse être naturelle. Le déracinement seul permet de n'être abattu ni par la chute de fleurs ni par la brisure des branchages et de continuer à croire en l'appel désespéré des cimes, à partir desquelles on se met à bâtir un arbre artificiel, au cours d'un dialogue : « J'avais besoin d'un poumon, m'a dit l'arbre : alors, ma sève est devenue feuille. Puis, ma feuille est tombée ; et mon fruit contient toute ma pensée sur la vie »** - Gide. Un autre destin de la feuille : devenir inconnue, pour s'unifier avec d'autres arbres : « Comme est la nature des feuilles, telle est celle des hommes » - Homère. | | | | |
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| hommes | | | Plus de liens viscéraux, en dur, en chair et en os, que des liens calculés, déduits, virtuels. Le métier de Gordias s'informatise, tout nœud s'incruste dans un réseau sémantique, dont l'interprète rejeta la hache et ne fait qu'appliquer des règles, pour qu'aucun gémissement ne mette en branle la paix associative et transitive. | | | | |
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| hommes | | | Tout prototype de structure, tout archétype d'objet aboutit, chez l'homme moderne, à un stéréotype de comportement. L'homme comme machina ex Dei. | | | | |
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| hommes | | | La terre est certainement un paradis, affaire de jardin ou d'île, d'arbre ou de désert. Des parcs et des archipels surgit l'enfer. Même en suivant le conseil du Bouddha : « Fais une île de toi-même », n'oublie pas de préciser si c'est pour y narrer tes périples, y redécouvrir des connaissances ou y chanter ton naufrage, au pied d'un arbre que tu devins. | | | | |
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| hommes | | | Des mythes de l'arbre, chez les hommes. Le figuier, l'arbre primordial des Mésopotamiens, l'arbre paradisiaque de la Genèse, l'arbre cosmique du Bouddha. Adonis issu de l'arbre à myrrhe. Le sycomore de la Dame des Pharaons. Le pêcher des Chinois en tant que le cinquième élément. Le mûrier maudit par Jésus. Le bouleau au seuil de Walhalla et chez les chamanes sibériens. | | | | |
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| hommes | | | Les hommes à venir seront nettement plus minables que ceux d'hier ; et tu continues à écrire, pour être lu par des générations futures ? Cruelle et indéfendable ironie ! Plante ton plus bel arbre, mais sache qu'il ne sera peut-être apprécié que par des chiens errants. | | | | |
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| hommes | | | L'origine de la dévitalisation des hommes - la perte de la sensation d'arbre. Ils poussent, telles branches préprogrammées, interchangeables, mesquines mais bien assises, au milieu desquelles ne sont plus accessibles ni majesté du tronc ni grandeur des racines ni intuition des cimes ni joie des fleurs ni volonté des graines. « Reconnais ton essence, pleine de soif de l'être, reconnais-la dans le mystère d'un arbre fort »** - Schopenhauer - « Erkenne dein vom Durst nach Daseyn so erfülltes Wesen, erkenne es in der geheimen Kraft des Baumes ». | | | | |
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| hommes | | | Tout homme, du bouseux au mielleux, éprouve un mystérieux besoin de laisser derrière lui une trace vivante : un enfant, un arbre, un blason, un livre. Tout compte fait, il s'y agit toujours de mon arbre généalogique, dressé pour éterniser mes commencements. Révolte organique contre résignation mécanique. | | | | |
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| hommes | | | Vivre, s'insinuer dans le monde, être regard ; ou vivre, se laisser remplir par le monde, être arbre ; on en trouve l'équilibre dans un regard à hauteur d'arbre. « L'homme se présente face à l'arbre, et l'arbre se le représente »** - Heidegger - « Wir stellen uns einem Baum gegenüber, und der Baum stellt sich uns vor ». Pour penser la pensée ou représenter la représentation, l'arbre est incontournable. | | | | |
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| hommes | | | L'insignifiance de notre époque n'est due ni à la tyrannie des sciences ni au dépérissement des arts, mais aux hommes en rupture de tout contact avec la noblesse, avec ses deux arbres unificateurs morts : la poésie et la passion. « L'homme n'est grand que guidé par la passion » - Disraeli - « Man is only great when he acts from passion ». L'horreur de ces hommes, c'est qu'ils crurent se connaître et maîtriser leur soi terrestre, tandis que les hommes célestes sont en difficulté à s'entendre avec eux-mêmes. | | | | |
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| hommes | | | Aucune parenté avec l'avenir, qui m'est totalement étranger ; en revanche, des pousses nouvelles permanentes sur l'arbre généalogique du passé. À l'opposé du banal : « Veillons davantage que nous soyons pères de notre avenir qu'enfants de notre passé » - Unamuno - « Miremos más que somos padres de nuestro porvenir que no hijos de nuestro pasado ». Tant que le passé ne cesse de renaître, on se résigne si facilement que l'avenir ne naisse jamais. | | | | |
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| hommes | | | Ceux qui se désespèrent de l'absurdité du sens de la vie ne sont sensibles qu'aux deux niveaux de l'admiration : celui de la chose créée (désirée, conçue, possédée) et celui du processus de la création. Mon espérance est exclusivement liée au troisième niveau, celui de la fonction même. Elle est cet arbre, ne se réduisant ni aux fruits ni aux fleurs, surmontant et le vivifiant déracinement et l'appel des cimes et la densité des ombres. Elle est la hauteur, qui est fonction de l'âme ; elle est le regard, qui est fonction de l'esprit ; elle est l'amour, qui est fonction du cœur. « Le malheur, c'est l'absence de fonction » - Kierkegaard. | | | | |
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| hommes | | | À quoi doit-on reconnaître et apprécier mon arbre ? - aux fruits ? aux fleurs ? aux ramages ? aux racines ? aux ombres ? - à la présence, partout, d'inconnues, ouvertes sur l'unification avec d'autres arbres, donnant lieu aux arbres plus vastes que le mien ! | | | | |
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| hommes | | | Comment l'arbre se réduit-il lamentablement aux seules propriétés de la forêt ? - par un mauvais mode d'unification avec d'autres arbres : l'alignement, la taille, le parasitage, dans un plat silence des cimes, au lieu d'irruptions de questions profondes ou d'éruptions de hautes réponses. | | | | |
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| hommes | | | La modernité - culte de l'horizontalité, du rhizome banalisé opposé à l'arbre (Deleuze). La parenté des profonds avec les reptiles est plus évidente que l'imposture des hautains enviant les volatiles. L'arbre, avec ses branches aristocratiques, est un vecteur de la hauteur. | | | | |
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| hommes | | | Il n'y a aucune raison de pester contre la modernité, puisqu'elle se serait éloignée de la Nature ; le bon Dieu ayant créé la vache, l'arbre et la rivière, prouve, par là même, que l'homme d'aujourd'hui est plus près du dessein divin que l'homme préhistorique. Mais un bug se serait glissé dans le programme thuriféraire, car le cerveau, contre toute attente, l'emporta sur le ventre, en privant ainsi le mouton de la victoire finale, pour offrir le podium au robot. | | | | |
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| hommes | | | Deux erreurs des hommes : celle du mouton - vouloir faire partie d'une forêt ou même être soi-même une forêt, ou celle du robot - ne se prendre que pour une branche d'arbre. « La sottise, c'est qu'une branche se prenne pour un arbre entier » - Boehme - « Was Thorheit ists, daß der Zweig will ein eigener Baum seyn » - l'homme, qui ne retrouve pas en soi tous les attributs de l'arbre, est voué à ne rester qu'une souche. | | | | |
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| hommes | | | L'amitié est une heureuse unification de deux arbres, privilégiant les extrémités : le mystère des racines et le rêve des cimes. « L'amitié est un arbre protecteur » - Coleridge - « Friendship is a sheltering tree » - la meilleure protection d'un arbre est son ouverture, c'est à dire la présence de variables, appelant à l'unification avec d'autres arbres et refusant la forêt. | | | | |
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| hommes | | | Tant de lamentations sur le pourrissement de cette terre ou sur le vide de ce ciel, tandis que, sur terre, je devrais songer davantage à l'eau qui irriguerait mon arbre déraciné, et, dans l'air, je devrais chercher l'étincelle d'un feu. Évolution ou révolution, dans les affaires d'un homme, contrairement à celles des hommes, c'est le second choix qui est le plus fécond. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui est divinement vivant, en nous, est ce qui est fixe, unique et irréproductible. Pour communiquer avec les autres, nous avons besoin de variables unifiables, qui s'appellent principes, et que nous pouvons placer partout, dans notre arbre. Mais ils ne sont pas la sève de la vie, mais seulement notre ouverture au monde : « Les principes généraux sont aux faits ce que la racine et la sève de l'arbre sont aux feuilles » - Coleridge - « General principles are to the facts as the root and sap of a tree are to its leaves ». | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, on voit les hommes qui poussent leurs racines dans les dernières profondeurs, les hommes qui bâtissent des troncs indestructibles, les hommes qui garnissent des branches bien touffues, les hommes qui charment l'œil avec leurs fleurs bien écloses, les hommes qui comblent avec leurs fruits généreux - on ne voit plus d'arbres ! Mais le pire des hommes est celui qui sent la forêt, sans posséder les attributs de l'arbre. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, ce n'est pas la forêt qui est l'ennemi de l'arbre, mais la machine, qui se substitue aussi bien à la forêt qu'à l'arbre lui-même. L'arbre, réduit en circuit informationnel, n'a aucune chance de se transformer en une forêt fraternelle. La forêt anonyme cache les arbres solitaires. | | | | |
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| hommes | | | La robotisation des hommes n'est pas dans la préférence du conceptuel, au détriment du métaphorique. Les vrais concepts sont d'origine extra-langagière. Le robot n'emploie que des métaphores figées, consensuelles, à travers lesquelles l'accès aux objets est immédiat, mécanique, sans aucun accompagnement musical, sans aucune danse de mots enchanteurs, sans aucune inconnue sur l'arbre du savoir. | | | | |
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| hommes | | | Enfants des mythes, enfants de l'Histoire, nous voilà orphelins de Dieu, orphelins du rêve ; et dans notre arbre généalogique croît et s'approche de nos branches le robot impassible et prolifique. | | | | |
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| hommes | | | Si je me soucie de mon propre arbre autant que de la forêt humaine, je mettrai à côté de la Haine du reproductif - ma Honte productive, et c'est sur cet axe que je composerai la musique de mes fureurs. Pour l'un des philosophes les moins musicaux, Spinoza, la haine et le remords furent les deux ennemis fondamentaux du genre humain. J'avoue y succomber, avec mon odium humani generis, et je vous laisse avec votre indifférence et votre paix d'âme. Le remords, si bien senti par Baudelaire, est une forme accidentelle, dont la honte est le fond primordial. | | | | |
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| hommes | | | Pour les meilleures oreilles, l'écoute de la terre fait entendre la musique de l'arbre, dans laquelle ta voix s'unifie avec le chœur majestueux du monde. « Les rameaux d’un même arbre me montrent le chemin vers le tronc. J’ai aimé m’attarder aux branches, au tronc et aux racines, pour sentir à travers l’écorce le flux de la sève » - Grothendieck. | | | | |
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| hommes | | | L'esprit de la science est dans ses constantes, son âme - dans ses inconnues, son corps - dans ses unifications avec l'arbre philosophique. « L'âme de la science a besoin d'un corps » - Mendeleev - « Душе науки нужно тело ». Tant que ce corps réclamait des caresses - par l'élégance, par l'amour, par la volupté - la science laissait son esprit se muer en âme. Mais depuis que la science se pratique sans conscience, non seulement elle perdit son âme, mais même son esprit devint une espèce de calculatrice dans un corps électronique. Pourtant, on pensait jadis, que « rien ne nous est plus présent que notre âme » - St-Augustin - « nihil sibi ipsi praesentius quam anima ». | | | | |
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| hommes | | | L'unification d'arbres est une dialectique autrement plus riche que la triste mécanique gordienne ou hégélienne. Tout arbre intellectuel étant bardé de valeurs et de vecteurs, fructifiants et prêts à être fructifiés. Mais les hommes d'hier se contentaient déjà de produits vectoriels, et l'homme d'aujourd'hui – de produits scalaires ; toute la vitalité arborescente est réduite au numéral. | | | | |
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| hommes | | | On peut diviser les hommes en deux catégories opposées, en fonction de la lecture qu'ils font de cet adage : l'homme est un sujet à créer. Les uns y verront l'homme qui reste à construire, et les autres – l'homme donné qui crée. L'être malléable ou le devenir créateur, les inconnues dans l'homme, s'insérant dans un réseau anonyme, ou les inconnues de l'homme, ouvrant son arbre à l'unification avec l'univers. | | | | |
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| hommes | | | Deux sortes de valeurs – rationnelles et irrationnelles, exprimant la vie d'une forêt civilisationnelle ou imprimant l'art d'un arbre culturel. Il faut munir les premières d'un maximum de constantes, d'invariants universels ; il faut y saluer le métissage et l'internationalisme. Dans les secondes il faut introduire un maximum d'inconnues ; l'unification de celles-ci crée des frontières, des fraternités et des patriotismes. | | | | |
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| hommes | | | Je ne veux pas n'être qu'une feuille d'un arbre, qu'il soit intellectuel, national ou fraternel. « J'ai besoin qu'on garde à mon arbre la culture qui lui permit de me porter si haut, moi faible petite feuille » - Barrès. Mon arbre résulte d'une unification avec des arbres proches, mais mes inconnues, je peux et dois les garder aussi bien dans les racines que dans les ombres. | | | | |
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| hommes | | | Comment appeler ce qui reste de mes connaissances, si j’y retranche tout ce qui ne relève que du présent ? - l’être ? - ou bien l’Absolu, celui qui « est le plus noble, l’unification avec le présent étant la plus vile et abjecte » - Hegel - « das Edelste ist, wenn die Vereinigung mit der Zeit unedel und niederträchtig wäre » ? | | | | |
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| hommes | | | Décadence de l’arbre : les radicaux ignorant les racines, les juteux dont n’émane aucune sève, les florissants dédaignant les fleurs, les fructueux se contentant de fruits mécaniques, les ombrageux incapables de projeter de belles ombres. | | | | |
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| hommes | | | Une nation, comme un homme, est un arbre et non pas une forêt. C’est une unification des arbres individuels, et non pas leur union, qui forme l’arbre national, riche en feuilles d’inconnues. | | | | |
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| hommes | | | L’homme civilisé tient solennellement à la différence entre le turbot et le hareng, le fauteuil Louis XIII et la chaise Ikea, le jardin à la française ou à l’anglaise. L’homme cultivé, souvent affamé, souvent couché, souvent tenant à un seul arbre, - les égalise ironiquement. | | | | |
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| hommes | | | L'arbre du monde perd ses variables (de passions, de rêves, de sacrifices) et se fige dans des constantes collectives (d'intérêts, de sens, d'algorithmes) ; l'arbre organique devient structure mécanique. Dans ce monde robotique pullule la pensée collective et disparaît le sentiment individuel. | | | | |
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| hommes | | | Non seulement le hard informatique dépasse déjà notre cerveau en puissance et en intelligence du calcul (le parallélisme d'exécution des arbres décisionnels, dont nous sommes incapables), mais le soft, lui aussi, commence à nous humilier et en profondeur des représentations et en rigueur des interprétations. Ah, si cette infériorité pouvait nous détourner de la voie de robotisation, dans laquelle nous sommes pitoyablement engagés, et nous remettre à notre vocation première – la poésie ! | | | | |
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| hommes | | | Pour toute représentation (telle que je la définis dans ce livre), l’arbre est la particule élémentaire, universelle, irréductible. Toutes les nuances de la réalité du vivant trouvent dans l’arbre une fonction adéquate. « En tant qu'image de la vie rien ne dépasse l'arbre. Je ne cesserai jamais de penser - devant lui et à lui » - Morgenstern - « Nichts ist für mich mehr Abbild des Lebens als der Baum. Vor ihm würde ich täglich nachdenken, vor ihm und über ihn ».Penser en lui, en cette langue aux ramages métaphoriques et variables, est s'unifier avec le monde, pour gagner en hauteur et en ombres. | | | | |
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| hommes | | | Ta liberté intérieure – appliquer des contraintes : te débarrasser des questions qui courent la rue ; ta liberté extérieure – cultiver l’arbre : composer des réponses aux questions inouïes, que chacun puisse inventer. | | | | |
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| hommes | | | Ce qui désigne ta patrie, ce ne sont ni les coordonnées de tes racines, ni les couleurs de tes fleurs, ni la saveur de tes fruits, mais les objets, qui reçoivent l’intensité de tes ombres, et s’en réjouissent – fantômes, états d’âme, rêves. | | | | |
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| hommes | | | L’enracinement permet de vivre, naturellement, dans une civilisation ; le déracinement permet de rêver, artificiellement, dans une culture. Mon déracinement, en Russie, me plaça dans une hauteur, à partir de laquelle aucun enracinement ne fut plus possible. Je devins artificiel en tout, prenant les canopées pour mes racines. | | | | |
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| hommes | | | Tout se laisse se représenter en tant qu’arbre (ou graphe), tout, y compris les hommes (ce fut, d’ailleurs, la vision de Descartes). Tant d'unifications possibles, qu'il s'agisse de racines (la fraternité), de fleurs (la poésie), d'ombres (la philosophie), de cimes (la liberté). | | | | |
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| hommes | | | L’évolution organique d’une culture : la sacralisation des racines immémoriales et la création de nouveaux branchages, fleurs, fruits ou ombres. Les greffes américaines mécaniques aux racines européennes expliquent les crépuscules de nos arbres. « Quand je vois pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs »** - G.Thibon. | | | | |
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| hommes | | | Le génie national, lui aussi, est un arbre, dont tout attribut, de la sève aux ombres, est représenté. Ce n’est pas l’excès mais l’harmonie qui décrit les meilleurs ; mais celui qui tient à la hauteur ne retient que les sommets : « Chez les Allemands, le plus remarquable est leur jugement ; l’excellence des cimes est propre des Italiens ; les fleurs se reconnaissent dans le goût. La France est la maison du goût » - Kant - « Das vorzüglichste bei den Deutschen ist die Urteilskraft. Am meisten schießt das Genie in die Krone in Italien. In die Blüte schießt das Genie bei dem Geschmacke. Frankreich ist der Sitz des Geschmacks ». | | | | |
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| hommes | | | Que l’homme ne soit plus enraciné dans la transmission (Heidegger ou R.Debray) me préoccupe moins que ce que la communication de cet homme manque de fleurs, de cimes et d’ombres. Par ailleurs, une bonne imagination sait convertir l’image du temps en espace et vice versa. | | | | |
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| hommes | | | Les nations sont des arbres, et elles peuvent enthousiasmer ou repousser par toute partie de leurs saisons ou de leur corps ; certains ne valent que par leurs fruits ou leurs ombres ou leurs nids. L'arbre français, dans ce qu'il a d'attrayant, est des plus complets ; c'est pourquoi moi, plus que les Français de souche ou les Français de branches, j'apprécie le Français de l'arbre entier : des racines, des sèves, des fleurs, des ramages, des élagages et des greffes. | | | | |
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| chœur intelligence | | | ACTION : Le sage comprend, qu'opposer l'action à la parole n'a pas plus de sens que de reprocher au bois de chauffage de ne pas avoir tous les attributs de l'arbre. La dimension économique de l'action réduisit la facette éthique à un point presque imperceptible. L'intelligence de l'action est dans la traduction du politique dans le mécanique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour illustrer le sens de sa Aufhebung, Hegel prend l'exemple d'un bouton, devenant fleur et finissant en fruit. Cette opération est un cas particulier de la substitution : le même objet (instance ou substance première), changeant de modèle d'attache (modèle ou substance seconde). Le passage instantané d'un être à un autre, comme celui du néant à l'être, sont, pour Hegel, des commencements impossibles (Unmöglichkeit des Anfangs) ; il aurait dû s'appuyer sur un arbre et non pas sur un être équivalant un néant. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n'est pas la négation qui est le mouvement le plus prometteur d'une pensée, mais la réduction (élévation ?) de constantes au rang d'inconnues (ce que d'autres qualifient, à tort, de négation ou de dénégation). Dans le meilleur des cas, cette inconnue prendra la structure d'arbre à unifier. On n'a pas besoin d'un dérèglement des sens, le bon sens suffit : « Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens » - Rimbaud. | | | | |
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| intelligence | | | Trois niveaux de discours : énoncer, poser, formuler - se désintéresser de la réponse, la laisser au lecteur, la mettre dans la question même, sous forme de belles inconnues. Athlète, ascète, esthète. | | | | |
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| intelligence | | | Toute compréhension est destruction (des inconnues, des ellipses). C'est pourquoi l'intelligent est entouré de ruines. « Ton obligation - renouvellement des ruines »*** - Goethe - « Der Mensch muß wieder ruiniert werden ». | | | | |
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| intelligence | | | Est plus intelligent celui qui, dans deux objets, voit plus de dissemblances et plus de ressemblances. L'ironie égalise, la curiosité multiplie. L'intelligence est une curiosité ironique. « Le sens unifie partout, les sens dissocient partout » - Schiller - « Der Sinn vereinigt überall, der Verstand scheidet überall ». | | | | |
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| intelligence | | | Savoir unifier des valeurs de plus en plus éloignées ou discerner une frontière dans ce qui se présente comme jumeaux. Tout branchage identitaire, causal, synthétique ou paradoxal peut s'inscrire dans l'unification des arbres à vastes inconnues. « Un réseau d'arbres s'ouvrant en toute direction »** - U.Eco - « Una rete di alberi che si aprano in ogni direzione ». | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique d'unification se complète par l'intelligence synthétique d'imagination : se trouver avec des choses, des idées ou des états d'âme, qui ne s'étaient encore jamais croisés, et créer un arbre, dont ils seraient des branches : « Dans la poésie philosophique, le savoir scientifique et le savoir artistique deviennent ramages d'un même arbre » - H.Broch - « In philosophischer Dichtung werden wissenschaftliche und künstlerische Erkenntnisse zu Zweigen eines einzigen Stammes ». | | | | |
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| intelligence | | | Que les pensées, qui me croisent, soient de ces pèlerins étrangers, enfants trouvés, dans lesquels, soudain, je découvre une généalogie commune. | | | | |
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| intelligence | | | En logique du premier ordre, les propositions peuvent comprendre des variables, et, donc, A et non A peuvent être vraies, toutes les deux, mais avec des valeurs différentes de variables ; les non-logiciens ne peuvent pas le comprendre. Quant à la logique du deuxième ordre, où les variables peuvent s'évaluer même dans des ensembles des prédicats, la négation devient étrange, même pour les logiciens. | | | | |
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| intelligence | | | Les oppositions, où il y a de la bassesse ou de la hauteur dans les deux termes, sont sans intérêt. Des dyades à n'en pas abuser : être - néant, présence - absence, intérieur - extérieur, vain - sensé, nécessaire - contingent, le même - l'autre. À ne pas perdre de vue : noble - bas, beau - gris, musical - plat. Des monades à éviter : mort, progrès, observation. À rechercher : intensité, merveille, regard. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est cultiver l'arbre. Écrire ou rêver, c'est ne s'occuper que de ramages ou de fleurs. Laisser des branches ouvertes vers un azur unificateur. | | | | |
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| intelligence | | | La montagne, c'est l'arbre des ascètes de l'image. Que peut-on en tirer ? - le poids, l'ascension, la hauteur, la solitude, la pureté. L'espoir d'approcher de la source de mes ombres. La mer, c'est l'arbre des bâtisseurs, réceptacle du possible (Valéry) - le rapprochement du firmament et de l'horizon, la sensation des amarres lâchées et du havre visé, la vision de l'épave et de la bouteille de détresse, la profondeur parlant l'horrible et promettant le beau. L'espérance qu'aux estuaires de ma création on reconnaîtra le rythme de mes sources. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation poïétique ou l'interprétation hylique, deux activités gouvernées par l'intelligence. Représenter, c'est modeler un squelette, le munir de chair et lui apprendre à agir. Interpréter, c'est l'art de mener un dialogue : reconnaître le type d'interpellation, y déceler des connotations des objets ou des rapports, accéder aux connaissances pertinentes, recevoir des substitutions des inconnues et savoir s'arrêter pour tendre de nouveau l'oreille. Le seul domaine, où l'homme ne sera jamais dépassé par la machine, est le poids qu'on accorde aux inconnues choisies. | | | | |
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| intelligence | | | Mon culte de l'arbre : le créer en ramages indéterminés, où les autres se contentent d'une constante (les sots) ou d'une variable (les sages). L'unifier par l'intelligence, l'animer par l'admiration. La surdétermination, l'ennui d'un arbre sans feuilles-variables. La dendrologie, science à créer. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée est un arbre. Je m'occupe de ses racines en la plongeant dans le sol des concepts. J'en éprouve les cimes en modulant mes intentions. J'en consolide le tronc par la sève du style. J'en condense les ramages par des pousses de la négation. J'en démultiplie les feuilles par de vastes tropes. J'en pressens des fruits dans des substitutions successives. J'en altère la saison par une métamorphose du langage. Et moi, j'en suis le climat. | | | | |
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| intelligence | | | Deux types de franchissement de frontières à maîtriser : entre la réalité et la représentation (d'abord - vers le concept, ensuite – vers le sens), entre la représentation et le langage (d'abord – vers l'expression, ensuite – vers l'unification) | | | | |
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| intelligence | | | Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique. | | | | |
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| intelligence | | | Le labyrinthe a un centre et des issues prévues ; je lui préfère le réseau, où tout nœud peut servir de centre et où toute issue s'ouvre sur une nouvelle navigation. Et quand je le projette sur l'art, à la lumière de la vie, j'obtiens un arbre. | | | | |
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| intelligence | | | La misère de la dialectique hégélienne : il ne s'agit pas, le plus souvent, d'opposer une thèse à une antithèse, mais d'opposer deux (ou plus) thèses, difficilement compatibles ; et ce n'est pas une piètre et mécanique synthèse, qui doit couronner cet exercice bien plat, mais la recherche de langages, qui valideraient ou invalideraient les thèses de départ respectives, ou, mieux, les unifierait dans un arbre, touchant à la profondeur et élancé vers la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Une fois qu'on a éliminé des interprétations fautives, dues à l'ignorance, il doit rester un champ infini pour des interprétations diverses et contradictoires, venues de la créativité et de la liberté, l'admettre, c'est être un Ouvert. « Au commencement était l'Ouvert » - Hésiode. | | | | |
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| intelligence | | | Je suis pour la dialectique de la chaîne ouverte, du pointillé. La synthèse, qui ne froisse pas mon goût des thèses parcellaires, est une synthèse ironique, jouant sur la substitution ludique de langages, tandis que toute synthèse logique est source d'un mortel ennui. | | | | |
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| intelligence | | | Personne ne peut choisir de couper les ponts avec la réalité, puisque personne n'est autorisé de s'y rendre. On ne communique avec elle qu'à travers un langage sans miroirs ni traduction automatique. La réalité aide à forger un lexique : noms de choses, verbes de liaison, déterminants paraboliques. Mais l'essentiel du message est dans cette belle et féerique liberté de mise en voisinage, engendrant des rythmes et harmonies, qui perdureraient dans mille substitutions lexicales. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | Toute œuvre philosophique consiste à formuler un problème insoluble, lui trouver un sol de concepts fécond et faire pousser là-dessus un arbre alimenté de la sève des métaphores. Mais le non-philosophe y voit un édifice, bâti sur un socle des solutions et approchant du ciel des mystères. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, toute idée a deux facettes : métaphore et requête. La deuxième sert à soutenir des thèses ; la première - à soutenir nos enthousiasmes. La première aide à créer un confort de nos ruines, la seconde - à meubler les raouts sybarites. La Caverne ou le Banquet, l'Arbre ou la Cène. | | | | |
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| intelligence | | | Dans toutes les équations de la vie, où figure le monde, je peux lui substituer moi-même. Le cogito s'avère équivalent du Deus cogitat ! « L'homme est un monde en miniature » - Boèce - « Homo mundus minor ». Quand je le découvre, je me mets à me moquer de solutions, tout en accompagnant le mystère de merveilleuses inconnues, qui aboutissent à moi. « J'aime mon Dieu : lumière, voix, parfum, aliment, étreinte de l'homme intérieur, qui est en moi »** - St-Augustin - « Amo Deum meum : lucem, vocem, odorem, cibum, amplexum interioris hominis mei ». Surtout, depuis que nous savons que, par la volonté de Dieu, nous ne sommes pas seulement matière, mais aussi onde. Les mêmes forces originaires formèrent et la nature et notre âme. | | | | |
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| intelligence | | | Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ». | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe est celui qui revient toujours, en dernière instance, à la réalité. Le scientifique peut l'oublier, plongé dans ses modèles. L'artiste en reconstruit une autre, au moyen des langages. Mais le philosophe parvient toujours à glisser de nouvelles variables dans tout modèle, pour le rapprocher de la réalité, et à imaginer de nouveaux objets de substitution dans un discours d'artiste. | | | | |
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| intelligence | | | Les parallèles entre le monde réel et le monde de la pensée sont si mystérieusement complets, qu'il doit y avoir une analogie parfaite entre la métaphore et une beauté réelle quelconque, de la famille de l'arbre. Mais entre elles, il y a un étrange vide, qu'anime la foi ou remplit la religion : « Toute la clef des religions, c'est ce vide effrayant qui se trouve derrière les métaphores »** - Alain. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens du progrès de mon intelligence : l'étendue de la réponse, la profondeur de la question, la hauteur, à laquelle j'ose mon silence. Le silence est ce bel arbre, où s'unifient, indigentes, les questions et réponses. Les réponses finissent par approfondir et consolider mon soi connu ; la source des questions renvoie à la hauteur invariante de mon soi inconnu et en assure l'éternel retour. | | | | |
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| intelligence | | | À côté de l'inépuisable métaphore d'unification d'arbres (pressentie par Valéry à travers les concepts d'implexe, variable, substitution et outillée par des linguistes et cogniticiens sous forme de graphes acycliques), la logorrhée, antique, médiévale ou moderne, sur L'un et multiple, le même et autre, est dérisoire. Les banales relations mathématiques d'équivalence et d'ordre sont déjà plus intéressantes. | | | | |
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| intelligence | | | Le combat des verbes, chez Schopenhauer (le vouloir contre le savoir) ou chez Nietzsche (le pouvoir contre le devoir) ne fait que substituer des idoles. En revanche, le combat des noms (la représentation contre l'interprétation ou la noblesse contre la faiblesse) produit des unifications fécondes. | | | | |
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| intelligence | | | Nous sommes opérations - l'être - et devenons opérandes - le Temps. « Nous sommes exposant ou facteur » - H.Hesse - « Man ist Exponent oder Faktor » - qui peuvent être des constantes (ce qui fait de nous - des robots) ou des variables (ce qui fait de nous - des fonctions). | | | | |
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| intelligence | | | Une philosophie complète reprendrait toutes les métaphores de l'arbre (« la formule de la vie s'applique aussi bien à l'arbre » - Nietzsche - « muß die Formel [des Lebens] so gut vom Baum gelten » ; « la poésie est création d'un arbre virtuel de références » - Valéry). Mais les partielles, et dominatrices, se consacrent à l'enracinement, à la ramification ou à la cueillette. | | | | |
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| intelligence | | | D'où viennent les partisans de l'Un ou du multiple ? - de la perte du droit chemin (Sommo Poeta). Ou bien je me sens au milieu de la vie, dans une forêt obscure (les multiplicateurs dantesques, explorant girons et cercles), ou bien je suis subjugué par la source ou l'issue de la vie et me consacre à la verticalité et l'immobilité de l'arbre unique, qui me fera oublier « la forêt trompeuse de cette vie » - Dante - « la selva erronea di questa vita ». | | | | |
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| intelligence | | | Regard - les variables d'observateur dominant les constantes des choses. | | | | |
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| intelligence | | | Périsse la forêt profonde, pourvu que mon arbre garde sa hauteur ! | | | | |
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| intelligence | | | Les soupçonneux, Marx et Freud, placent, respectivement, la valeur (la conscience de classe) et le sens (de l'inconscient) avant le discours, ce qui correspondrait plutôt à la focalisation et aux intentions ; les valeurs naissent au cours de l'interprétation (l'axiologie plutôt que l'herméneutique) et le sens est un effet des substitutions. | | | | |
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| intelligence | | | Être indisponible aux appels de l'accessoire et … y répondre. Être disponible aux appels de l'essentiel et ne pas y répondre, retourner la question, jouer sur ses variables, invariants, indéterminations, négations. | | | | |
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| intelligence | | | Les tenants des racines, les radicaux, et les habitués des cimes, les rêveurs, s'envoient des anathèmes de froid académisme ou de chaude barbarie. Ils auraient dû comprendre, que toute création aboutit à un arbre complet, et que seuls des arbres unifiables, quel que soit leur parcours, méritent notre intérêt. | | | | |
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| intelligence | | | L'herménaute, dans une suite finie et mécanique d'unifications d'arbres, n'a pas besoin de ciel ; le métaphysicien se contente du ciel infini, pour admirer la naissance et la mort des racines, des fleurs et des cimes. | | | | |
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| intelligence | | | Que devient une image, une fois détachée des sens et attachée à la connaissance ? Elle devient arbre, celui qui est omniprésent dans ce livre. | | | | |
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| intelligence | | | L'enfance, c'est la création de l'arbre primordial du savoir et de la sensation ; la maturité, c'est l'unification du flux vicissitudinal avec ton arbre existant et résumant ton passé ; d'où l'image et le prestige singuliers qu'a l'enfance. D'où l'importance de ta faculté de revenir au point zéro du regard, ou, au moins, des yeux. | | | | |
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| intelligence | | | Le monde n'est la totalité ni des faits ni des choses (Wittgenstein), mais de l'énergie (corpusculaire, ondulatoire ou spirituelle), en mouvement et en métamorphose. C'est le modèle du monde qui est construit autour des faits et des règles. Et la pensée n'est pas une image logique des faits (Wittgenstein : « Das logische Bild der Tatsache ist der Gedanke ») ; ce n'est pas en langage de représentation, mais en celui de requêtes qu'elle se formule, avant d'être soumise à la logique, qui fournit des substitutions et préfigure le sens. | | | | |
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| intelligence | | | Ce livre est fait d'abord de définitions ; deux choses sont attendues de celui qui voudra en goûter : placer ces définitions au milieu des autres faits et faire jouer son interprète, c'est à dire, essentiellement, son goût, pour aboutir à un arbre unifié, plus riche et verdoyant de variables que son arbre initial des requêtes. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie s'occupe des choses, qui n'admettent pas de système, ou, au moins, où aucun progrès systématique n'est significatif. Aucun système ne pourra jamais rendre la signification d'un regard, d'un style, d'un état d'âme, d'une forme de vie. Aucun système n'est capable d'apporter à la philosophie ce que lui apportent les métaphores. L'aphorisme est un arbre de métaphores ; l'attrait d'une même hauteur et le souci d'un même regard, la pensée unifiante, en font un système en aphorismes. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'un discours abstrait, il existent deux tests infaillibles, l'un logique et l'autre conceptuel : l'épreuve par la négation et l'épreuve par le concret. Si la négation produit un message également défendable, c'est que l'affirmation était sans intérêt. La substitution des concepts par des instances peut : ne rien apporter (le meilleur des cas), confirmer, réfuter, abaisser (le pire, c'est le cas de la majorité des discours philosophiques académiques). | | | | |
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| intelligence | | | Chez tout homme, la raison s'exerce sur trois facettes : la scientifique, l'artistique, la philosophique. Le libre arbitre de la tâche représentative pré-langagière, la liberté dans la verbalisation d'arbres, les contraintes spéculatives d'unification d'arbres conceptuels. Les kantiens n'attribuent à la raison que la troisième tâche : la faculté unificatrice de l'entendement. « Comprendre, c’est, avant tout, unifier » - Camus. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qui détermine le degré de mon intelligence, c'est la richesse des structures primordiales, que j'extrais du spectacle du monde : face aux valeurs, qu'en retirent Cioran, Nietzsche, Valéry ? Le premier nous conduit toujours vers un même point extrême, où s'accumulent le dégoût, la négation, la fatigue. Le deuxième cultive des axes, en en munissant tout point d'une même intensité musicale. Enfin, le troisième, le plus intelligent, construit un arbre, plein d'inconnues et de rythmes. | | | | |
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| intelligence | | | Au-delà d'une certaine profondeur, aucun courant de vie n'alimenterait plus mes racines. « Le méchant arbre compte sur des racines profondes » - Ovide - « Mala radices altius arbor agit ». En toute saison, écoute la hauteur de tes cimes, où l'appel de la lumière déterminera l'intensité de tes ombres. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit est un arbre vivant aux feuilles toujours recommencées, riches en inconnues, qui n'appellent qu'à s'unifier avec l'univers en quête. « Vous devez respecter la sagesse et non pas un objet tel qu'un arbre » - Bouddha - mais la sagesse dépourvue de variables devient chose, tandis que le propre de l'arbre est de s'offrir à l'unification avec ses frères pour devenir vie. | | | | |
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| intelligence | | | Tout peut être réduit aux structures, même l'interprétation logique, dont le résultat n'est qu'une unification de l'arbre requêteur avec la représentation. « Tout raisonnement se transforme en une espèce de représentation » - Goethe - « Alles Raisonnement verwandelt sich in eine Art von Darstellung ». La seule logique, qui intéresse Hegel, est la logique spéculative (oxymoron, puisque toute logique est interprétative), qui n'est chez lui que de la représentation structurelle, surtout catégorielle. | | | | |
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| intelligence | | | Il est absurde d'opposer la souveraineté du Je à l'héritage des structures de l'espèce. Le sujet, sa liberté et son originalité, s'affirment surtout dans le regard sur les structures, qu'elles soient à lui ou à tout le monde. | | | | |
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| intelligence | | | Tout niveau d'abstraction a ses notions de racine, de feuille, de fruit et d'ombre ; toute forêt peut être vue comme un arbre ; tant que cette métamorphose reste féconde, il vaut mieux ne pas redescendre au niveau inférieur : « L'essentiel - un regard, qui embrasse une forêt, plutôt que de s’attarder sur des arbres » - Grothendieck. | | | | |
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| intelligence | | | Ils se disent trop savants pour s'obliger à revenir à zéro - c'est cela, science sans conscience -, tout début, ironique et philosophique, étant retour au degré zéro de la lecture du monde. Le fleuve-vie, toujours recommencé, d'Héraclite, en est une belle image, pour aboutir, sans quitter le rivage, à l'éternel retour ; l'arbre eût été encore plus éloquent, puisqu'il incorporerait des ramages déjà fixes, se hérisserait de nouvelles inconnues, aux feuilles, racines ou cimes, et en appellerait de vivifiantes unifications. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée a priori aboutit à la représentation, l'idée a posteriori résume le sens ; l'idée tout court est un arbre requêteur, devant la réalité ou devant la représentation : le libre arbitre, la liberté, le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard, c'est à dire le visage, est ce qui déborde, dépasse ou vivifie un savoir objectif et une ignorance subjective, tout en en restant solidaire ; il en serait l'unité de l'unification (die Einheit des Einigens - Hölderlin), une puissance au service d'une faiblesse, l'intelligence soumise à la musique. | | | | |
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| intelligence | | | Une vie d'homme est un arbre, et toute tentative de la résumer en un système philosophique, c'est réduire le chant de cette vie à une langue de bois ou réduire sa solitude primordiale à la monotonie d'une forêt. D'ailleurs, ces fichus systèmes sont, la plupart du temps, plutôt le fruit des pauvres imaginations des scoliastes que des philosophes eux-mêmes. Sauf quelques incorrigibles, tels Spinoza ou Hegel, que Schopenhauer qualifiait, à juste titre, de barbouilleurs logorrhéiques – Zusammenschmierer der Wortgefechte. Les meilleurs ne font qu'illuminer les profondeurs humaines par de hautes étincelles des métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la proposition Je pense, la variable Je (en français elle est explicite, en latin, espagnol ou italien elle est implicite) devra s'unifier avant le prédicat penser (et même avant les prédicats souffrir, craindre ou désirer, beaucoup plus près de l'essence que penser), et donc la question de son existence se posera avant qu'on s'occupe de penser. Je s'unifiant avec une instance d'être humain, muni du prédicat penser, il serait donc plus raisonnable de dire : je suis, donc je pense. Ce qui paraît naïf est pourtant plus que raisonnable. Toutefois, ici, il s'agit de représentations fixes, ce que n'est pas le cas chez Descartes, qui cherche des représentations à fixer. | | | | |
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| intelligence | | | Leur savoir, anonyme, pesant et inodore, infecte nos fleurs et rabaisse nos cimes. Le bon savoir doit être solidaire de mon arbre, planté par mon soi inconnu : « Connaître, c'est s'éclater vers ce qui n'est pas soi, là-bas près de l'arbre » - Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'est capable de dire clairement ce que c'est que de penser ou d'être. Et tant de bavardage autour de la formule parménidienne : « Même chose se donne à penser et à être » (que d’autres proposent de traduire par : « Le soi est fait aussi du percevoir que de l’être », ce qui a l’air beaucoup plus sensé, mettant le devenir à côté de l’être). On ne peut penser que ce qui est représenté, mais des choses non représentées peuvent être. Les bons scolastiques, contrairement à nos contemporains, voyaient qu'entre être-là et existence, d'un côté, et être et essence, de l'autre, il y avait la représentation, le modèle des substances, le seul substrat du penser et le support de l'existence (Aristote, réduisant l'être à la substance, reste plus lucide qu'Avicenne ou Heidegger). « L'existence sépare la pensée et l'être » - Kierkegaard. | | | | |
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| intelligence | | | D'une proposition démontrée on peut dégager sa signification dans la représentation associée (par unification d'arbres) et son sens dans la réalité représentée (par confrontation entre objets modélisés et leur être réel, immanent, inarticulé) ; la première tâche est triviale, la seconde - délicate et non-formalisable. | | | | |
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| intelligence | | | L'arbre en synchronie – l'être ; l'arbre en diachronie – le devenir. Le même nombre de belles métaphores, dans ces deux images. | | | | |
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| intelligence | | | La différence entre le savoir et l'intelligence : le premier permet de représenter la pensée sous la forme d'un arbre foisonnant, bien ancré et ramifié, en accord avec sa forêt ; la seconde se manifeste surtout par des valeurs inconnues, placées dans l'arbre solitaire, pour en appeler à l'unification avec le monde : « Le Principe distribue la vie dans l'arbre tout entier sans s'y répandre » - Plotin. | | | | |
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| intelligence | | | Un beau mystère - le passage de la perception à la conception ; l'impact sur nos sens ne dure que quelques instants, et ensuite, qui en prend la garde et la forme ? - la répétition et le stockage en mémoire ? l'interprétation par substitution de variables réelles par des valeurs mentales ? Et l'essentiel de nos réactions s'adressera déjà à l'arbre unifié fixe et non pas à l'arbre originel chargé d'inconnues. « Les sensations sont échangées contre des représentations, ou des décisions, ou des actes »** - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Le rat de bibliothèques évinça, chez la gent philosophique, et le rossignol et l'aigle et même la chouette. La mort, chez eux, n'est qu'un fâcheux épisode ; le langage, pour eux, ne sert qu'à transmettre des informations. De gris jargonautes, ignorant l'arbre vert de la vie et l'azur de la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | Le poète produit des métaphores en tant que graines, pousses, bourgeons, boutons ou pétales, dont le philosophe arrange un arbre complet. La philosophie ne serait qu'un « essai d'unification des métaphores »** - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Le sage, avant d'insérer son arbre intellectuel dans un paysage, en crée le climat. Un sot qui ne voit que des paysages ne voit donc pas le même arbre qu'un sage - au sot il échappera le feu, qui complète la terre et l'air. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'a jamais su manipuler la négation ; la synthèse des contradictions est une niaiserie, que doit remplacer l'universelle unification d'arbres. La perception du discours des autres en est une illustration probante, permettant de mettre en évidence deux autres classes de sots herménautes - des commentateurs sans personnalité et des présomptueux sans perspicacité. Les premiers ne font que reproduire l'arbre de l'auteur ; les seconds pensent que cet arbre ne contient que ce que le lecteur y met. La dialectique de l'arbre doit être dialogique. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l'esprit, qu'il soit systémique ou aphoristique, cherche à se débarrasser du hasard : le premier, pour chasser le hasard de l'arbre, et le second - celui de la forêt ; le premier s'occupe de continuités, le second - de ruptures ; le premier donne une idée du prix sonnant des surfaces et volumes, le second - une image de la valeur musicale des profondeurs et hauteurs. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon résultat d’une recherche est soit une découverte (aboutissement d’un chemin), soit une invention (renvoi aux nouveaux commencements). Selon leur objet, il y aurait trois sortes de recherches – la recherche de la réalité (les sciences dures), la recherche de la représentation (la mathématique), la recherche du langage (la poésie). Les découvertes se font surtout dans la première ; les deux dernières devraient viser surtout des inventions. La philosophie serait une tentative d’unifier ces trois regards sur la condition humaine. | | | | |
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| intelligence | | | Avant de s'insérer dans des réseaux intentionnels, l'homme est déjà une monade, un arbre autonome, mais avec des variables prêtes, miraculeusement, à s'unifier avec le monde. C'est cette ouverture apriorique qui pousse les rats de bibliothèques à faire de l'homme un pantin des choses. | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence analytique est dans le flair des variables, qu'elle introduit dans tout arbre interrogatif. Là où un naïf ne lit que des constantes ou un superficiel ne décèle que des variables explicites, l'intelligent devine des variables muettes et, par un jeu de réécriture, crée de nouveaux langages de requêtes. « Sans esprit on ne voit que des bribes, avec un peu d'esprit - la règle, avec beaucoup d'esprit - l'exception »*** - Grillparzer - « Der Ungebildete sieht überall nur ein einzelnes, der Halbgebildete die Regel, der Gebildete die Ausnahme ». | | | | |
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| intelligence | | | Les tentatives d'unifier l'essence et le sens n'aboutissent qu'au contresens : « Il suffirait de détacher une Chose de son hic et nunc pour pouvoir la manier comme si elle était une Notion » - Kojève. L'essence est ce qui admettra toujours quelques variables de plus (étant partie de la réalité) par rapport à un modèle, dans le seul contexte duquel naît le sens, toujours fini. La possibilité même du détachement est mise en cause par des affiliés de l'être : « Il n'a pas été et il ne sera pas, il est maintenant » - Parménide. | | | | |
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| intelligence | | | Pour les connaissances, être unifiables signifie pouvoir s'égaler dans une forme commune de langage : le langage de l'individu est diffus, celui de la science - incisif, celui de la philosophie - global. « La connaissance de l'espèce la plus humble est le savoir non unifié ; la science, le savoir parfaitement unifié ; la philosophie, le savoir complètement unifié » - H.Spencer - « Knowledge of the lowest kind is ununified knowledge ; science is partially unified knowledge ; and philosophy is completely unified knowledge ». | | | | |
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| intelligence | | | La mesquinerie : s'attarder dans la solution, en tentant de l'appliquer à de nouveaux problèmes. La grandeur : se désintéresser de la solution au profit d'un nouveau mystère ! « Tout problème profane un mystère ; à son tour le problème est profané par sa solution »**** - Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne pensée est un vaste climat, au retour éternel, - où s'enracine, se ramifie, fleurit et se fructifie la vie. « Les vraies pensées évoluent comme un arbre et non comme un nuage »** - Ruskin - « The change of all true opinions is that of a tree not of a cloud ». Le contraire serait une courte saison ou un étroit paysage. | | | | |
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| intelligence | | | Contrairement à l'intelligence artificielle, notre cerveau ne contient pas de représentations, câblées, une fois pour toutes, par la voie conceptuelle ou langagière ; il les reconstitue à chaque interprétation d'un discours ou d'un fait, pour en comprendre, justifier ou générer le sens. Que ce soit la mathématique ou la poésie, qui en est le contexte, cet effort suit la même démarche ; si l'arbre interprétatif ne diffère pratiquement pas de l'arbre affirmatif, on est plus près de la mathématique, et s'il est presque nouveau, on est en présence de la poésie. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit et l'âme avancent en parallèle : devant l'embryon devenant homme et devant la fleur devenant fruit, l'esprit saisit le comment du devenir et l'âme - le pourquoi de l'être. Le bras armé de l'âme est la création ; le bras armé de l'esprit est l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Trois langages, trois grammaires, trois discours : les mots, les concepts, les images, ou la communication, la représentation, l'interprétation. La merveille de l'homme et le défi de la machine - les fusionner en passant harmonieusement de l'un à l'autre. | | | | |
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| intelligence | | | Le philosophe avait sa place au milieu des visionnaires mythiques ou poétiques, mais les philosophes modernes s'apparentent davantage aux sous-préfets, journalistes ou entomologistes, jusqu'au cou soit dans leur logorrhée verbale, soit dans la morne réalité végétale ou sociale. La vision minable de Descartes : « la philosophie est un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches sont toutes les autres sciences » - s'imposa. | | | | |
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| intelligence | | | Ils veulent fuir le sol mouvant, pour bâtir sur le roc (Descartes), tandis qu'il s'agit de planter leur arbre. Si mon édifice doit être non seulement promouvant, mais aussi émouvant, je pourrais pratiquer tout type de sol, sans trahir l'architecte. « Avec Descartes, nous pouvons, comme le navigateur après un long périple sur la mer démontée, crier terre » - Heidegger - « Mit Descartes, können wir, wie der Schiffer nach langer Umherfahrt auf der ungestümen See, Land rufen ». Ce périple a, pour seul contenu valable, la houle et, pour seule issue, - le naufrage, qu'il s'agît de chanter et de confier ce chant à la dernière bouteille. Au chant de l'air et du feu, Descartes veut substituer le récit de la terre et de l'eau. | | | | |
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| intelligence | | | Les structures sont une prérogative de la représentation ; même le langage ne les exhibe que dans sa grammaire, qui est sa représentation. L'inconscient des psychanalystes n'en possède pas non plus. Le Moyen Âge obtus s'y tint, lui aussi, - le discours intérieur. L'être, dont l'inconscient fait partie, est inarticulé. La structure rend l'être compréhensible ; l'être fait entrevoir l'illusion de vie dans la structure. | | | | |
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| intelligence | | | Le labyrinthe (recherche) se justifie par un but à atteindre, le réseau (communication) fournit des moyens à déployer, l'arbre (regard) brille par ses inconnues unifiables, ces contraintes positives. « Regard ailleurs, mon arbre est prêt à croître » - Rilke - « Ich seh hinaus, und in mir wächst der Baum ». | | | | |
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| intelligence | | | Le pédant s'identifie avec les racines, le marchand – avec le tronc, le sage – avec les feuilles, le rêveur – avec les fleurs, le consommateur – avec les fruits, le poète – avec l'ombre, mais le philosophe doit viser l'arbre tout entier. « La puissance, qui devait aller aux fleurs, se partage aujourd'hui entre les feuilles et le tronc » - Nietzsche - « Die Kraft, die eigentlich der Blüthe zukommen soll, bleibt jetzt an Blätter und Stamm vertheilt ». Le vrai ennui, c'est que le tronc ne pense qu'au bois et oublie la sève, et que les feuilles soient surchargées de constantes et manquent d'inconnues. | | | | |
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| intelligence | | | Le meilleur usage de la philosophie consiste en peinture de mes états d'âme ; cet exercice exige le choix des axes, autour desquels je développe mes idées ou lesquels j'enveloppe dans mes métaphores ; ce choix correspond à la mise en place des contraintes ; pour moi, ce sont la noblesse, l'arbre, l'intelligence ; pour Nietzsche – le retour éternel, la volonté de puissance, le surhomme. Ce qu'il faut retenir de ces banalités, c'est qu'il ne faille pas exagérer le rôle des contraintes communes, il faut écouter la musique des commencements personnels. | | | | |
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| intelligence | | | Ceux qui s'imaginent installés dans la profondeur maîtrisée se lamentent sur l'impossibilité de faire passer toute la portée de leur insondables idées ; ceux qui ne font que suivre du regard la hauteur inaccessible, gardent pour soi l'impulsion initiale, le rythme des premiers sons ou images, comptent davantage sur les ailes que sur le cerveau du spectateur ; si ton œuvre est un arbre vivant, il trouvera toujours de bonnes substitutions virtuelles, c'est à dire compréhensions ; et peu importe de quoi l'arbre nouveau s'enrichisse - de feuilles, de racines ou d'ombres. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les antinomies intéressantes naissent non pas dans les choses en soi (Kant et Hegel), mais dans des glissements de langage (modifications de modèles ou de tropes) ; et ce n'est pas une réconciliation dialectique (impossible dans le cadre d'un même langage) qui résout le conflit, mais l'unification d'arbres langagiers ou leur refus de s'unifier ou de faire partie d'une même forêt. C'est la richesse des langages et non pas la pauvreté des logiques qui est à l'origine des antinomies. | | | | |
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| intelligence | | | Ils pensent (Descartes), que vivre sans philosophie, c'est avoir les yeux fermés. Ils oublient, que les yeux fermés, c'est aussi une condition, pour produire de la bonne philosophie, celle qui a besoin de rêves plus que de syllogismes. Les yeux ouverts, tous se valent, tous deviennent calculateurs interchangeables ; on ne devient danseur unique que les yeux fermés, pour recevoir l'élan. Et la philosophie, ce n'est pas ton insertion dans une forêt, c'est l'apparition ou la création de ton arbre. | | | | |
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| intelligence | | | Face aux systèmes profonds, la hauteur du regard apporte une autorité de transformer des constantes en variables, ce qui permettra d’unifier des systèmes, auparavant incompatibles. | | | | |
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| intelligence | | | Les systèmes charlatanesques se reconnaissent par la domination des constantes, tandis qu’un modèle scientifique réfutable contient assez de variables, pour s’unifier avec d’autres modèles. Et le résultat de ses unifications correspond à notre connaissance de l’être : « L’unification et l’Être ont le même sens » - Hegel - « Vereinigung und Sein sind gleichbedeutend ». | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intelligent est porté vers la négation, tout en cherchant l'objet de rejet le plus vaste. C'est ainsi que, en partant de tout, on aboutit à la spéculation sur le rien, le zéro, le nul, le néant, l'absence. Une basse mécanique ! Il est plus vivant de procéder par unification, manipuler des arbres avec variables et domaines de valeurs imprévisibles et incalculables, visant une profonde hénologie ou une vaste ontologie. Une optique hautaine ! Voir dans quelqu'un un bel arbre est l'un des plus beaux compliments ! | | | | |
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| intelligence | | | Le médiocre cherche le complexe, l'énumération de parties constantes et grossières d'un tout. Le profond oppose le multiplexe (Leibniz) du réel à la pauvreté de l'imaginaire. Le subtil trouve l'implexe (Valéry), un modèle s'ouvrant à l'unification par substitutions de variables délicates. Le fou se déverse dans l'explexe (Rimbaud), où tout n'est qu'opérandes symboliques sans structure d'arbre unificateur. Le robot optimise le simplexe. Ce que je prône, moi, pourrait s'appeler exciplexe - recherche d'une stabilité dans l'excitation. | | | | |
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| intelligence | | | Mes connaissances et mes passions peuvent se résumer par un arbre, que ma curiosité ou mon ouverture d’esprit munissent de variables. Si je ne porte que des constantes, des certitudes, je ne serais jamais fructifié par un arbre complice, venant du monde extérieur. Je ne grandis que grâce à mes inconnues. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, on ne résout pas de problèmes ; cette tâche est transférée, de plus en plus, à la machine. Mais, comme le scientifique, le philosophe, lui aussi, bâtit un arbre, résumant un problème ; un arbre est d’autant plus scientifique qu’il contienne davantage de constantes (et donc de solutions) et d’autant plus philosophique, qu’il y supporte davantage de variables (et donc de chances d’unification). | | | | |
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| intelligence | | | Ne pas s’arrêter à poser des questions n’est ni intelligent ni bête. C'est la part des images, des inconnues et des négations, formant la question, qui est plus importante que le simple prurit érotétique. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche est le premier philosophe à comprendre, que la philosophie des questions nouvelles est révolue. Dans ce qui présente un intérêt pour la philosophie, tout a été interrogé. La philosophie moderne ne peut être faite que de réponses (aux questions non posées), c’est-à-dire de maximes, auxquelles tout lecteur construirait un arbre de questions, s’unifiant avec la réponse. Après Nietzsche, toutes les nouveautés interrogatives sur l’être, le savoir, la vérité, la liberté ne sont que du bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | Est philosophe celui qui est capable de munir de variables tout aspect de l’arbre de sa pensée ; il est égal à lui même, tout en pouvant s’unifier avec une pléthore de regards des autres, regards qui sont aussi des arbres. | | | | |
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| intelligence | | | Le problème ne vit que dans son langage, tandis que la solution consiste en substitutions, hors du langage, dans un modèle. On peut continuer à chanter une chanson même sans les oreilles, auxquelles elle fut destinée. | | | | |
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| intelligence | | | Plus que la vie profonde de l'esprit, c'est la vie haute de l'âme qui l'assure la descendance philosophique : « La philosophie doit garder la ligne de faîte de l'âme, donc la fécondité de tout ce qui est grand »** - Nietzsche - « Die Philosophie soll den geistigen Höhenzug festhalten ; damit die Fruchtbarkeit alles Großen » - la fécondité de créateur d'arbres, aux feuilles variables, ouvertes à l'unification. Un arbre est grand, quand tout autre arbre, unifié avec lui, en sort grandi. Même avec un agonisant cloué à ses branches. | | | | |
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| intelligence | | | Que les inconnues, dans les rameaux de mon arbre, admettent d’innombrables substitutions ne peut que me réjouir, sans jeter d’ombre sur mon originalité ; original doit être mon arbre, en entier, dans sa formule, qui ne doit pas tolérer d’unifications par seules constantes ; ne jamais accepter de dire littéralement ce qu’un autre aurait pu dire. | | | | |
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| intelligence | | | L’ajout, la juxtaposition, la multiplication, la généralisation sont des opérations banales des épigones ; le créateur produit un arbre à inconnues, ouvert à l’unification avec celui du Jardinier, qui, tout en maîtrisant les constantes universelles, met son originalité dans les variables particulières. | | | | |
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| intelligence | | | L’introduction de variables dans notre discours, que je prône aussi bien pour l’intelligence que pour la poésie, a une importance, comparable à l’introduction de la variable cosmologique dans la théorie relativiste : un univers figé qui s’avère être en expansion permanente, pour s’étendre aux limites du concevable. Le poète et le philosophe, eux aussi, devraient penser davantage aux limites dynamiques qu’aux constats statiques. | | | | |
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| intelligence | | | Partout où l’on peut, on enfante d’un arbre – spirituel, scientifique, poétique. La volonté, intelligente ou créatrice, arrive au même résultat : « Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir » - Matisse. | | | | |
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| intelligence | | | Je ne connais pas d'autre symbole, qui serait également propre à cerner les images ou à expliciter les concepts, que l'arbre. Il est immobilité et mouvement, loi et liberté, nombre et tableau. L'art de l'arbre est le climat de l'âme, comme la vie de la montagne est le paysage de l'esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Toute question est un arbre, dont le contexte, c’est-à-dire la représentation et le but, ne te sont que vaguement signalés ; ta réponse est aussi un arbre, unifié avec l’arbre de question, mais dans le contexte de ta représentation. L’intelligence interprétative est dans l’art d’accéder aux domaines de valeurs des variables, contenues dans la question. | | | | |
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| intelligence | | | L’arbre offre tous les éléments nécessaires pour que leur métaphorisation reflète le rêve, celui-ci se réduisant au laconisme d’une maxime. C’est au rêve et non pas à la vie que pensait Valéry : « Le fragment se fait un individu complet ; il se fait des feuilles, une tige, des racines, tout ce qu’il faut pour vivre »**. | | | | |
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| intelligence | | | L’art de ranimer les rêves et les mots – tel est le sens de la gaya scienza de Nietzsche : « Une philosophie pleine de fleurs, science gaie autant que sublime » - J.Joubert – la science n’y est qu’un art et les fleurs y font partie d’un arbre majestueux, de racines à canopée. | | | | |
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| intelligence | | | Les contraintes sont des méta-principes qui réduisent le champ de mes intérêts. Dans ce champ, soit je développe une forêt de principes, soit j’y plante des arbres, des principes solitaires – la fin ou le commencement, la forteresse finale ou la caresse initiale, le discours ou le chant. Aristote est dans la forêt, et Platon – dans l’arbre ; développeur ou enveloppeur, raisonneur ou poète. | | | | |
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| intelligence | | | Qu’on soit un plouc ou un savant, les transformations de variables en constantes ou vice versa sont d’une même fréquence. Ce qui distingue le sage, c’est l’insertion harmonieuse de ces constantes ou variables dans un arbre intellectuel. | | | | |
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| intelligence | | | L’opération langagière de donation de sens et l’opération mathématique de démonstration d’une assertion se ressemblent ; appliqué à ces deux domaines, le terme métaphorique d’arbre correspondrait aux structures infiniment plus complexes (avec des relations logiques, ensemblistes, combinatoires etc.). La formule abstraite commune, pour la formulation d’un problème, serait : A1 = A2, où l’opérateur ‘=’ s’appellerait unification (généralisation de l’égalité et de l’identité) et A1, A2 seraient références des objets et des relations (références qu’on appellerait, par convention, - arbres). La représentation (base de faits ou de connaissances) servirait de support factuel de l’unification. C’est trivial, mais didactiquement utile. | | | | |
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| intelligence | | | Notre perception du monde se fonde sur trois domaines – la réalité (choses et esprits), la représentation (concepts et structures), le langage (grammaire et rhétorique). Une intelligence de penseur et un talent de poète sont nécessaires, pour en dresser un tableau convaincant, ou plutôt séduisant. Pour réaliser cette tâche, la compréhension de la place du langage est la condition sine qua non, puisque la seule communication universelle est le langage. Aucun philosophe n’y est parvenu. N’y brille que le grand Valéry, avec ses notions géniales d’arbre (graphe, réseau), auquel se réduit tout discours, de substitution (des concepts et tropes – aux mots), d’élimination de l’aspect purement verbal (pour accéder à la signification et au sens). | | | | |
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| intelligence | | | Ceux qui s’installent à demeure dans l’histoire aménagée de la philosophie sont perdus pour la philosophie, qui est l’art de pousser ses propres racines et l’aspiration de ses propres cimes. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
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| intelligence | | | Penser est banal, exprimer sa pensée est mécanique ! Préparer un terrain langagier ou conceptuel, dont surgirait une pensée – un arbre ignorant mon labourage et mes semailles ! | | | | |
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| intelligence | | | Un commencement ne vaut que par sa hauteur, mais il ne peut la maîtriser que grâce à l’étendue et la profondeur d’un héritage électif. La naissance d’une dynastie se produit par l’élagage et le greffage dans un arbre préexistant. | | | | |
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| ironie | | | Tout moraliste devrait se féliciter des progrès de la mécanique dans les cœurs humains - ils communiquent de plus en plus en formules, dans une espèce de jeu des perles de verre (H.Hesse - das Glasperlenspiel). Le malheur, c'est qu'il n'y ait guère que des constantes et point d'inconnues. | | | | |
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| ironie | | | Ce que d'autres tiennent pour une constante, l'ironiste le note comme une variable et la soumet à de telles contraintes, que seuls les initiés accèdent à ses valeurs. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie de l'arbre : même le plus consommé symbole de la création pâtit de la proximité d'un chien. Il peut se consoler - sa rivale, la montagne, a ses nuages : « L'ironie sentimentale : un chien hurlant à la lune, tout en pissant sur une tombe » - K.Kraus - « Sentimentale Ironie ist ein Hund, der den Mond anbellt, dieweil er auf Gräber pißt ». Il arrive même aux bons cerveaux de s'exprimer par vessies interposées : Sartre sur la tombe de Chateaubriand ; où peut-on lire encore ces pathétiques suppliques, gravées sur les tombes antiques : « Sacer est locus ; extra meiite » ? Par temps de déluges ou naufrages, il est plus urgent de lâcher des colombes que de cracher sur des tombes… | | | | |
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| ironie | | | La chute la plus profonde attend l'arbre le plus haut. Il t'aura donné le vertige de ses jeunes saisons, il t'en donne un autre, l'ultime, auprès de ses racines, ses ruines, - « la chute de l'humble n'est pas profonde »** - Publilius - « Humilis nec alte cadere potest » - il faut chercher des chutes vers le ciel, que te promettent l'humilité et la honte. | | | | |
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| ironie | | | Sois petit à leurs yeux, par la discrétion de ton ombre ou par l'éloignement. La force, aussi, est un mauvais compagnon sur la route du beau. La force n'est utile que pour le secondaire, les racines par exemple. Le déracinement, c'est la trompeuse et prometteuse faiblesse des nœuds variables, où de bons greffeurs reconstitueront des arbres unifiés. | | | | |
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| ironie | | | Ce qui est fascinant dans l'arbre abstrait, c'est que, après de subtiles substitutions, on puisse placer ses racines ou ses fleurs dans n'importe laquelle de ses parties, comme ses ombres ou ses fruits. « L'âme sèche est excellente, avec son feu toujours vivant » - Bhagavad-Gîtâ. Et l'on parierait, que les fruits à admirer y précèdent les fleurs à goûter. Comme mon étoile, que je vois dans une profondeur, et qui me permet de projeter mes ombres - vers le haut, que n'habitent que des rêves ; tout le contraire de l'étoile-pensée de Nietzsche, répandant sa lumière sur chacun, vers en-bas (« zu jedermann hinunterleuchten »). | | | | |
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| ironie | | | L'arbre serait un méta-élément (Bachelard), la véritable quintessence, dont descendrait l'homme se séparant du singe : en étendue de la terre, en profondeur de l'eau, en hauteur du feu et de l'air. | | | | |
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| ironie | | | La mer n'est pas mon élément naturel, d'où ma phobie de la profondeur, toujours compassée. Pourtant, l'homme de la mer, le solitaire, n'a rien à apprendre de l'homme de la forêt, du grégaire. Du Waldgänger (ermite de la forêt), je devins Baumsänger (chantre de l'arbre). Enfant de la forêt, je devins idolâtre de l'arbre ironique, surtout grâce aux veillées transfiguratives dans la hauteur de la Montagne comique (Nabokov). | | | | |
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| ironie | | | Le singe élit l'arbre, le vautour se tapit dans la montagne, le scorpion infeste le désert - avant de t'installer dans le paysage de ton choix, pense aux travaux de viabilité : terre brûlée ou table rase. | | | | |
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| ironie | | | Mon nihilisme est tout végétal et saisonnier : dans l'arbre de vie, je ne conteste aux hommes que la place qu'ils accordent au fruit. Mon hibernation tombe sur la seule saison, où ils sont eux-mêmes, la maturité. | | | | |
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| ironie | | | Je dénigre tout chemin, car toutes les constantes universelles - vitesse, gravitation, quantum d'action - s'y donnent rendez-vous. Je leur oppose mes variables inexistentielles de la complémentarité, décorant l'arbre déchu de la causalité. | | | | |
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| ironie | | | Je ne touchais aux arbres - de connaissance, de vie, de création - qu'une fois sorti de ma forêt natale, qui me cachait tout arbre. | | | | |
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| ironie | | | Dans la vie comme dans l'algèbre : pour connaître tes racines, transforme ton bric-à-brac d'inconnues disparates en une équation annihilante et, par substitutions impitoyables, arrive jusqu'aux solutions en arbre moqueur, qui te fera comprendre, que dans la vie non-mécanique il n'y a pas de solutions (au moins, dans l'intelligible : « La solution du mystère de la vie se trouve hors de l'espace et du temps » - Wittgenstein - « Die Lösung des Rätsels des Lebens liegt ausserhalb von Raum und Zeit »), il n'y a que des mystères. | | | | |
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| ironie | | | Le cadre de vie sain de l'arbre : la lumière de l'ironie et l'ombre de la honte, la hauteur des cimes et l'épaisseur du feuillage. Le malheur du Bouddha, c'est de n'être illuminé qu'au pied d'un arbre et non pas à sa hauteur, où il faut peut-être être crucifié et avoir bu tant de hontes, avant de pouvoir se targuer de titre de sage. | | | | |
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| ironie | | | Le cœur à hauteur d'arbre - la devise d'une école d'arts martiaux extrême-orientale ; quand je survole toute l'étendue de mes capitulations, j'atterris à cette défaite supplémentaire : tout porte à croire que le regard ne se réduise pas au cœur. Mais c'est à la lueur du drapeau blanc que s'illuminent les guerriers de l'ombre. | | | | |
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| ironie | | | Certains de mes édifices méritent leur titre de ruines non pas à cause de l'architecture, mais de la voirie : tout chemin partant d'eux menant vers le seul lieu digne de nos rendez-vous avec l'arbre, vers nulle part, impasse pour les uns et chantier pour les autres, les meilleurs (Holzwege de Heidegger ?). | | | | |
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| ironie | | | La tour de Hölderlin : trois vues temporelles, par trois fenêtres, - la source, la vie, la chute ; la tour de Montaigne : trois niveaux spatiaux - la vie, le rêve, la création ; la tour de V.Ivanov : trois castes – le bourgeois, l’aristocrate, l’artiste ; la tour de Rilke : trois hauteurs – la montagne, l’arbre, l’ivresse. | | | | |
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| ironie | | | La généalogie du regard est aussi une raison valable de l'intérêt qu'on porte à l'arbre. Seulement, sa vraie physionomie naît d'un réseau et non d'un arbre. | | | | |
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| ironie | | | J'oublie souvent la vocation de l'arbre de recevoir dans ses branches des volatiles, qui pourraient concevoir la bonne idée d'y chanter. Dans tous les cas, ils devraient être de la même famille : « On ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique » - M.Jacob. D'autres arbres ne sont que des réseaux, dépourvus de fleurs de ma noblesse héréditaire. | | | | |
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| ironie | | | Sotte attitude : se croire au ciel et prodiguer conseils à la terre. La hauteur est dans la posture de l'arbre : « Arbres, éternels efforts de la terre, pour parler au ciel » - Tagore. | | | | |
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| ironie | | | Le bonnet phrygien, ce symbole collectiviste, servit à Midas, pour cacher l'effet fâcheux de son jugement : préférer la flûte de Pan, cet habitué des forêts, à la lyre d'Apollon, vouée à l'arbre, au laurier. Voilà où mène la profanation du Pactole : désormais, tout ce que touchent les midassiens, même l'aurifère, se transforme en numéraire. | | | | |
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| ironie | | | Ruines et arbre - deux meilleurs dépositaires de nos créations : « France, je remplis de ton nom les antres et les bois » - Du Bellay. | | | | |
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| ironie | | | Dénoncer les mensonges du monde, c'est si bête et utile ; chanter sa perfection - profond et si illusoire ; s'inscrire en faux apporte des fruits, circonscrire le beau - des ombres et des fleurs. | | | | |
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| ironie | | | Le mauvais pessimiste découvre un ver dans la pomme et décrète l'évacuation du paradis ; le bon optimiste vit, enthousiaste, même dans l'enfer, en y cultivant l'arbre du savoir - le pommier. | | | | |
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| ironie | | | Quel meilleur ami des quatre éléments que l'arbre puis-je trouver ? - fils de la terre, avec la soif de l'eau, tendu vers l'air et se livrant au feu. | | | | |
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| ironie | | | Je tends mon arbre de quête et je m'attends à ce qu'un arbre lecteur s'unifie avec lui, dans une fusion foisonnante ; mais, la page tournée, mon arbre chute, et je ne dois pas m'offusquer, si tout un chacun, sans arbre interprétatif à lui, se serve du mien comme d'un vulgaire bois de chauffage ou d'allumage. « L'arbre une fois abattu, en prend du bois qui veut »** - Érasme - « Arbore deiecta, ligna quivis colligit ». | | | | |
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| ironie | | | Tout homme intelligent passe par la tentation du dogmatisme ou du relativisme ; pour se débarrasser de celui-ci, suffit le talent ; pour maîtriser celui-là, suffit la noblesse ; les deux - armés d'ironie, c'est à dire d'une saine distance. Le fruit de cette fusion, c'est le culte de l'intensité égale sur l'axe des idées et des valeurs : se détacher de l'horizontalité du bruit, pour demeurer dans la verticalité de la musique, devenir vecteur de ce qui tend vers le beau ou le sublime. Cet axe, unifié par la dialectique (Hegel) ou par l'égale intensité (Nietzsche), peut s'arracher à son unique dimension et se généraliser en arbre à inconnues, ouvert à l'unification avec d'autres arbres. | | | | |
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| ironie | | | Lorsque, en cherchant la paille dans l'œil de mon prochain, j'entends que, n'étant pas autochtone de souche, je devrais chercher la poutre dans mon propre œil, je m'insurge contre ces deux ruines de l'arbre, dont je n'assume l'avenir que sous forme des cendres. Mourir, ni par le temps ni par la main des hommes, mais d'une fusion-unification entre l'air des mots, le feu de l'âme et cette terre française, qui me met près de ses meilleures fontaines, dont l'eau me reste intouchable. | | | | |
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| ironie | | | Les citations de ce livre sont un tribut à l'intentionnalité et, en même temps, sa réfutation : tant de mes métaphores gagnent (en clarté) à être encadrées par un arbre structurel (des substances ou relations) et par un arbre logique (des fraternités, négations ou antonymes) ; mais l'unification avec d'autres arbres aurait tout autant gardé l'essence du mien. | | | | |
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| ironie | | | Dans ma géométrie spirituelle, les deux dimensions de la platitude s'appellent temps et espace, sujets mystérieux, mais dont l'étude n'a jamais produit de mystères ; sur la troisième dimension naît la dialectique entre le haut et le profond, où aucun mystère n'affleure, on ne peut y compter que sur ses propres vertiges, pour creuser ou pour s'envoler. La bonne dialectique n'est pas une neutralisation, mais une unification. | | | | |
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| ironie | | | L'analyse mathématique débute avec des suites – l'arbitraire du premier pas plus la règle du passage du pas n au pas n + 1 - le contraire d'une analyse intellectuelle, où une haute Loi dicte le premier pas et tout enchaînement est méprisé. Dans un groupe algébrique, on sait apprécier l'élément zéro et l'élément neutre, les bases d'une pensée associative, comme en philosophie. « La vraie pensée est une pensée de gens, qui ont quitté la série pour être des groupes » - Sartre - à cette pensée des opérandes, il manqueraient des opérations, pour constituer un arbre. | | | | |
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| ironie | | | Le sage représente le monde, le poète l'interprète, le journalier le modifie ; Platon se moque de Marx, Nietzsche ne le remarque guère ; tant d'invariants réels ou d'unifications imaginaires nous laissent devant le même arbre. | | | | |
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| ironie | | | Mon arbre est un compromis, ou mieux - une union, ou encore mieux - une unification entre le matérialisme et l'idéalisme : j'admire l'existence même des constantes dans l'univers de la matière et j'admire l'essence même des variables ou des inconnues, dont est capable l'univers de l'esprit. Mais l'admiration, c'est un autre nom pour désigner la caresse, qui est le commencement ou la racine de tout. | | | | |
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| ironie | | | Lue au second degré, la définition anglo-saxonne : n'est vrai que ce qui marche – est une bonne incitation, pour que mes pensées ou gestes dansent, s'ils ne veulent pas rester dans ce milieu insipide de l'apathique vérité. Et que l'arbre poétique s'occupe davantage des ombres que des fruits, en prolongement ironique de Goethe : « N'est vrai que ce qui est fécond » - « Was fruchtbar ist, allein ist wahr ». | | | | |
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| ironie | | | Dans la peinture des commencements, l'arbre originel ouvre plus d’horizons que la source, mais la source apporte la hauteur ; une haute généalogie laisse cohabiter l'archéologie et la téléologie. | | | | |
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| ironie | | | La mathématique à la rescousse de l'immobile ou de l'invariant : en algèbre - des éléments neutres, en analyse - la notion de convergence, en géométrie - l'égalité, ou la mêmeté, représentées le mieux par l'unification d'arbres. | | | | |
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| ironie | | | Il est bien qu'on prenne un auteur pour un arbre, mais il faut le prendre en tant que climat et non pas comme enchaînement de saisons, aboutissant, inexorablement, à la pourriture et à la souche. Si j'ai plus besoin de vitamines que de hauteur ou d'ombres, de profondeur ou de fleurs, je serai rapidement déçu. Il aurait mieux valu que je restasse avec une forêt, plutôt qu'avec un arbre. On reconnaît les grands par la préférence qu'ils accordent à la floraison, plutôt qu'à la cueillette. | | | | |
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| ironie | | | Jadis, le sage plaçait son ambition dans la graine qu'il plantait, ou dans les fruits qu'il offrait, ou, à la limite, dans l'ombre qu'il projetait ; mais aujourd'hui, il ne dispose que des greffes : commentaires des commentaires, reflets de ce que, même sans lui, tout le monde voit, empreintes des actes. Il n'y a plus d'arbres littéraires, puisqu'il n'y a plus de climats libres, que des serres serviles. | | | | |
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| ironie | | | Pour que ta valeur ne te perde pas, cache-toi dans des formules, dont personne ne parviendra à évaluer la valeur à cause des inconnues insolubles. | | | | |
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| ironie | | | Encore des contraintes : toute poésie commence par l'exclusion du bois de mon arbre, de la matière première de ma montagne, de la lumière de ville de mon ciel étoilé. | | | | |
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| ironie | | | Les points de chute se trouvent, d'habitude, dans la platitude ; la fausse fierté de te dire, que là où s'élèvent des monts majestueux s'ouvrent aussi des précipices, ne doit pas t'illusionner. La montagne ou l'arbre, le vertige ou la fleur, la lumière ou l'ombre. Le danger est dans le refus des ailes ou dans le poids des semelles (la grâce ou la pesanteur ascensionnelles - S.Weil). La chute sous un arbre peut être plus ample que dans un précipice. Et plus instructive. Ce qui attire vers la montagne, c'est son peu de routes. | | | | |
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| ironie | | | Du meilleur usage de mon trésor d'incertitudes : avec cette collection d'inconnues je décorerai mon arbre de nativité, en souvenir des visitations fécondes de l'esprit, suivies d'enfantements heureux de l'âme, pleine de grâce. La maxime est cet arbre sauveur, tendant ses rameaux de pitié et de honte, à unifier avec le monde naissant. | | | | |
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| ironie | | | Je m'agrippe à l'arbre, me prenant pour un rossignol ; j'ouvre les yeux, m'observe et me découvre caméléon qui, ailleurs, serait trop visible ; je referme les yeux et me flagorne de n'être qu'une chauve-souris ou une chouette ; j’entends les rossignols modernes croasser. | | | | |
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| ironie | | | Enfin, je viens de trouver l'exemple insurpassable d'un creux pseudo-philosophique monumental. Ce qui le rend particulièrement savoureux, c'est qu'il est pondu par le grand Aristote : « L'être et l'un sont, en vérité, plus substances que le principe, les éléments et la cause ». Sept termes que vous pouvez inter-changer impunément dans n'importe quel ordre, sans aucun outrage au sens primordial, brillant par son absence. Et, pour pimenter cet exercice, se rappeler, que pour ce penseur toute cause est un principe, tout principe est une vérité et tout être est une substance. Une forêt de quantificateurs fantomatiques, sans aucun arbre, aucune chose. | | | | |
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| ironie | | | Étant partisan des commencements, je vois de travers l'image de la souche, qui est la fin de l'arbre ; pourtant, faire souche est un acte de débutant, ne visant pas encore la finalité – faire mouche. | | | | |
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| ironie | | | Une bien comique opposition spéculaire entre l’insouciance du devenir (sorgloses 'ich werde') hégélien et le souci de l'être heideggérien. L'innocence du devenir nietzschéen, ayant atteint l'intensité de l'être, serait leur unification. | | | | |
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| ironie | | | La montagne, l'édifice ou la route, ces rivaux de la pierre, dont s'occupe Sisyphe. Il ne trébuche pas sur la montagne, n'a pas d'ambition pour des édifices, s'écarte des routes. Les bleus, laissés par des pierres de touche ou d'achoppement, l'ont conduit au pied de l'arbre, ou mieux, à sa hauteur, d'où il admire l'azur des montagnes, des horizons, des cieux. | | | | |
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| ironie | | | Le malade se fiche des résurrections, il ne songe qu’à la guérison. La résurrection est épreuve de l'arbre ; on en peut créer le climat jusque dans un grabat, en glorifiant l'incurable. | | | | |
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| ironie | | | Comme tous les bons arbres, le mien doit être, de temps à autre, élagué. Je reconnais les branches mortes par leurs étiquettes : toujours, partout, jamais, nulle part, tous, nul, personne, aucun… | | | | |
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| ironie | | | À force de répéter que l'homme est un arbre, je finis par voir dans la femme une pomme et un serpent, réveillant non pas une curiosité pour le savoir mais une soif de l'inconnu. | | | | |
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| ironie | | | La médiocrité a besoin de chênes, de lauriers, de figuiers ; le talent se contente de l’arbre. | | | | |
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| ironie | | | Le sot a mille fois plus de questions que le sage n’en a de réponses. L’aphoriste, qui ne formule que des réponses, tient compte de cette proportion, mais étant humble, il propose à tous, y compris aux sots, de trouver leurs propres questions, auxquelles ferait écho sa réponse. L’unification de celles-là avec celle-ci, unification de deux arbres, est le mode de lecture le plus subtil et le seul qui justifie le genre aphoristique. | | | | |
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| ironie | | | Qu’un lecteur relise sept fois ma maxime, ou que sept lecteurs la lisent une seule fois – les deux cas me sont indifférents ; je préfère que, dans cette maxime, le lecteur perspicace voie une réponse, y devine sept inconnues, face auxquelles il réussisse à bâtir un arbre de questions paradoxales, unifiable avec cette maxime. | | | | |
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| ironie | | | Dans la peinture des commencements, l'arbre originel ouvre plus d’horizons que la source, mais la source apporte la hauteur ; une haute généalogie laisse cohabiter l'archéologie et la téléologie. | | | | |
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| ironie | | | Sur le détachement : un bienfait – l’arbre se détachant de la forêt ; une tragédie – l’arbre, dont se détachent les fleurs. | | | | |
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| ironie | | | Je dois l'essentiel de moi-même à ce qui est contre moi, ce qui me freine ou m'arrête : l'étoile qui m'aveugle, le vent qui m'étouffe, l'arbre qui m'écrase. Ce qui est avec moi décore mon âtre, mais rapetisse mon être. Aie le courage d'appeler tes Furies, ex-Érinyes infernales, - Euménides paradisiaques - les Bienveillantes. | | | | |
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| ironie | | | Mes notules sont des réponses qu’autrui ne peut pas compléter. Mais en revanche, un homme curieux, sachant adapter ses propres questions ouvertes à ma réponse fermée, sera mon co-auteur, avec nos deux arbres unifiables. | | | | |
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| ironie | | | La mathématique cherche à inclure tout arbre dans une forêt ; la vraie philosophie est toujours individualiste et ne s’intéresse qu’à l’arbre. Virant vers celle-ci, je ne pouvais pas m’entendre avec Grothendieck. | | | | |
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| ironie | | | Ceux qui prétendent avoir trouvé le sens de la vie sont moins bêtes et moins nombreux que ceux qui sont persuadés que la vie n’en a aucun. L’arbre, le papillon, l’ours – ont-ils un sens ? | | | | |
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| mot | | | Sans m'être enraciné dans le français, j'en réclamai des fleurs ; ce que se permit ma compatriote, comtesse de Ségur, m'était interdit. L'arbre français me répondit par le silence de ses ramages ; je dus lui inventer un souffle, pour que mes feuilles bruissent. « Dans une langue d’emprunt, les mots existent non en vous mais hors de vous »*** - Cioran. Sans entendre la musique à ses nœuds, accords des mots justes, je dus confier mon visage aux couleurs de ses mots troubles, juchés près de la cime ; mais je n'envie pas ceux qui, à l'inverse, peuvent dire : « Je ne suis que parole, il me faut un visage » - Jabès. Je vise l'octopus profond, c'est l'occiput superficiel qui émerge. Je dois me résigner à n'être connu que par l'extérieur, puisque « l'intérieur de l'homme se révèle par la musique de sa parole » - Boehme - « das Innerliche arbeitet stets zur Offenbarung durch den Schall des Worts ». | | | | |
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| mot | | | Dans ma langue maternelle, les mots résultent de deux courants opposés, mais équilibrés : je l'écoute et je la fais parler. « L'arbre, au lieu de se dissoudre en représentations, peut me parler et susciter une réponse » - Levinas. Une langue étrangère est souvent, hélas, muette, et je la mets sous question et je cherche à faire passer ses aveux pour spontanés et sincères. Comment m'enraciner dans une langue, qui ne connaît pas mon enfance ? - et sous une torture verbale puis-je espérer une éclosion florale ? | | | | |
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| mot | | | En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées. | | | | |
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| mot | | | La langue de bois, la façon la plus directe de faire oublier, que l'homme est un arbre ; elle n'en fait qu'un ensemble de nœuds mécaniques et d'arêtes creuses. | | | | |
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| mot | | | Il s'agit de coller les mots à la vie imaginaire (la vie réelle étant vouée à recevoir nos maux). Il est plus fécond d'en envelopper un lien plutôt qu'une chose. Le lien, à ses extrémités, est bardé d'inconnues ; la chose est trop liée à son essence, à son noyau constant, sans perspective de belles substitutions. Le mot est un nom, associé non pas à la chose, mais à sa représentation, à son concept donc. Les mots eux-mêmes ne sont pas des liens, mais des aliments de notre appétit d'images et d'émotions ; tout lien est dans le modèle. | | | | |
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| mot | | | La langue et la représentation du monde : la langue influe sur l'organisation du modèle conceptuel (qui est le seul à représenter le monde !). Aux hiérarchies de nature linguistique d'une langue peuvent correspondre des hiérarchies psychiques d'une autre. Ce qui se réduit au structurel ici peut n'être que descriptif ou déductif la-bas. On peut avoir un nœud unique dans un modèle à la place d'un beau branchage dans un autre. Mais tous les arbres possèdent les mêmes cryptotypes, de la racine aux fleurs. | | | | |
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| mot | | | Tous savent, aujourd'hui, ce que veut dire CBS (sauf quelques mathématiciens, qui y subodoreraient l'inégalité de Cauchy-Bouniakovski-H.Schwarz) ; j'y lis : civilisé-barbare-sauvage - les trois rameaux de l'amour de Ch.Fourier, amour, qui serait un arbre, que toute autorité s'efforcerait d'ébrancher ; notre phalanstérien, en abusant de constantes et en négligeant les variables, privait cet arbre des qualités des Hydres à têtes multiples, sans parler de Phénix. Toutefois, n'oublions pas que l'idylle des phalanstères et l'entretien des arbres décoratifs furent imaginés à l'exemple du Palais-Royal, avec ses boutiques et ses allées, épatant le prolétaire jaloux. | | | | |
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| mot | | | Le cheminement de l'interprétation moderne d'un mot : une lettre (un son), un mot, une référence (de lien ou de modèle), un réseau, une relation de ce réseau avec un autre, l'intention, la preuve de la relation, les substitutions dans la preuve, le sens des substitutions, l'action s'inspirant du sens. On retire les deux dernières étapes - on est dans le langage intellectuel (antique) ; on en retire les deux premiers - on est dans le langage angélique (médiéval). | | | | |
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| mot | | | Trois mots-parasites - liberté, désir, être - prolifèrent sur le bel arbre du rêve ascendant et de la sève descendante et en cachent et occultent la vue, arbre que le philosophe aurait dû défendre avec autant de conviction, que le chante, avec foi, le poète. | | | | |
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| mot | | | Quand on comprend, que le verbe être peut remplacer tous les autres verbes et que des variables peuvent se substituer à tous les noms, on se met à pratiquer la logique - les quantificateurs et la négation, la poésie - la liberté dans le choix des variables et des adjectifs, ou la philosophie - en alternant les points d'interrogation et d'exclamation. | | | | |
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| mot | | | L'étymologie populaire fait remonter matière à un tronc d'arbre - une raison de plus pour se méfier du matérialisme, puisque, parmi les grands attributs de l'arbre sacré, le tronc ne peut rivaliser ni avec la solution des fruits, ni avec le problème des racines, ni avec le mystère des fleurs, des cimes et des ombres. | | | | |
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| mot | | | Si, par mon discours, je cherche à représenter l'arbre entier, statique et sans inconnues, je n'aboutirai qu'à un organigramme, aux nœuds et flèches sans vie. Il suffit que j'enracine, vaguement, une seule fleur ou affleures, pudiquement, une seule racine, pour qu'une imagination puisse reconstituer la vitalité entière de l'arbre. On reconnaît l'homme par la place qu'il accorde à ses inconnues ; la plupart se vouent aux ramages : « L'homme se construit dans l'espace comme un branchage » - Saint Exupéry. | | | | |
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| mot | | | Toute parole est un arbre ; mais non unifiée avec d'autres arbres, elle reste souche ; et restant sans écho, elle ne deviendra jamais un verbe, qui est un arbre ouvert, verdoyant d'inconnues tournées vers l'unification. Même le sacré devient ouvert, lorsque ton arbre s'ouvre à la vie : « Le sacré reste Fermé, si l'Ouvert de l'être n'est pas proche de l'homme » - Heidegger - « Das Heilige bleibt verschlossen, wenn nicht das Offene des Seins dem Menschen nahe ist ». | | | | |
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| mot | | | Mes révérences à l'arbre : au hêtre suprême, au chêne de ma cellule, au bouleau harassant, au saule prénatal. | | | | |
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| mot | | | Le langage s'adresse au discontinu et la vie est continue ; l'art est une vie en pointillé. Et la « continuité première de l'éden » (Mallarmé) y tourne en brisures infernales. Mais l'éden est fait d'un seul arbre, dont les brisures unifiables me sont plus chères que les brisées d'une forêt unifiée des autres. | | | | |
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| mot | | | Tout énoncé a l'ambition de tourner en arbre. L'arbre de l'esprit-requêteur va s'unifier avec l'arbre de l'esprit-interprète. Les cas stériles : l'arbre de départ sans variables, cas minéralogique, ou l'arbre d'arrivée n'ayant pas gagné en ramages, cas prosaïque. Le mot, c'est une pensée se reconnaissant dans un arbre vivant, cas poétique. Il devient regard à hauteur d'arbre, lorsque à l'arrivée on se trouve avec plus de variables qu'au départ. « Comment ne pas vivre au sommet de la synthèse, quand l'air du monde fait parler et l'arbre et l'homme ? »** - Bachelard. | | | | |
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| mot | | | Dans l'émergence d'un nouveau concept, les mots ne sont presque pour rien. Le concept doit sa détermination à la place dans un arbre (graphe) conceptuel, à ses liens sémantiques avec d'autres concepts, à ses attributs, aux rôles qu'il pourrait jouer dans des scénarios impliquant d'autres concepts. Magnifique prémonition de Valéry : « Au lieu de concept, on peut former une Scène »*, réalisée en Intelligence Artificielle ! Les mots ne servent que de mode d'accès plus ou moins paraphrastique aux objets. Dire que les concepts proviennent du langage et non pas de la science (Benjamin) est une pitoyable ânerie ! | | | | |
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| mot | | | Avec les mots, hélas, on construit ; mais le discours de rêve aspire à ce qu'on en dise ce qu'on dit d'un arbre - il ne se construit pas, il croît. La tour d'ivoire ou la Tour de Babel : créer ou seulement toucher le ciel. Mes ouvriers mélangent leurs idiomes, mais ils ne font que hanter mon chantier, sans en dicter ni hauteur ni cadences. « Tout être spirituel se bâtit une demeure, et au-delà - un monde, et au-delà encore - un ciel » - Emerson - « Every spirit builds itself a house ; and beyond its house a world ; and beyond its world, a heaven ». | | | | |
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| mot | | | Heidegger chercha le fond commun de tous les emplois du verbe être, de l'ontologique au copulatif, et prétendit l'avoir trouvé en l'existence. Or ce fond est complètement vide. Qu'on en juge, en faisant des intersections soi-même : 0. Socrate est avant toute représentation, 1. le méta-concept (classe ou relation) est, 2. l'homme est, 3. Socrate est une méta-instance, 4. Socrate est, 5. l'homme est un mammifère, 6. Socrate est un homme, 7. la calvitie est à Socrate, 8. Xanthippe est à Socrate, 9. la toge est à Socrate, 10. l'idée est à Socrate, 11. le chien est un ami de l'homme, 12. Socrate est mon ami, 13. l'homme est mortel, 14. Socrate est mortel, 15. l'homme est bête, 16. Socrate est intelligent, 17. la taille de Socrate est de 4 coudées, 18. la proie de l'aigle est un ami de l'homme, 19. Socrate est un nom propre etc. Tous les verbes ont autant de droits à supposer une existence d'objets que cet avorton d'être. Référencer la relation genre/espèce, classe/instance, l'attribution, la possession, l'appartenance, l'évaluation d'attributs, l'unification d'objets - c'est un abus de suremploi. | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | Le langage n'est qu'une machine au service du désir : celui d'accéder (souci, focalisation, soupçon, intentionnalité) aux choses (les pragmata visées par des pathèmata) et celui de les évaluer (substitutions, hypothèses, modalités, valeurs de vérité). | | | | |
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| mot | | | L'unité sémantique première n'est ni le mot ni la proposition (Frege et Wittgenstein), mais la référence d'objet, de valeur ou de relation, qu'il s'agit d'unifier avec la représentation. | | | | |
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| mot | | | Éviter cette sottise évangélique - le mot serait un grain s'épanouissant en fonction du sol récepteur ; la semence est un leurre, ton mot doit être un arbre, enraciné dans le souvenir des hommes de ta race, portant des fleurs à offrir, dessinant des cimes à donner le vertige. Que les moutons, les pourceaux et les chiens trouvent un autre prétexte, pour s'y arrêter ne devrait pas te préoccuper. | | | | |
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| mot | | | L'arbre de philosophie d'amour de Lulle fut condamné à ignorer les cimes et à affaiblir les racines : à côté de vérité - bonté ne pas mettre beauté, à côté de comment - pourquoi omettre qui ne se pardonne ni en profondeur ni en hauteur. | | | | |
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| mot | | | Le sens d'un mot (à part les mots grammaticaux) est une chose banale : c'est une étiquette attachée à un objet ou à une relation du modèle. Rien à ajouter, tout cratylisme est niais. En revanche, le sens d'une requête est une chose bien délicate : l'analyse syntaxique, la génération d'un arbre sémantique dans le modèle (d'une réponse à la requête), la confrontation pragmatique de cet arbre avec la réalité modélisée, débouchant sur le savoir ou sur l'action. | | | | |
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| mot | | | L'analyse d'une phrase passe par trois types de structures irréductibles : la syntaxe de la langue (test de la grammaticalité), les réseaux de la représentation (unification d'arbres), l'arbre unifié (sens à donner). Le linguiste voit la première, le logicien - la deuxième, le cogniticien - la troisième. Seul le philosophe se penche sur toutes les trois. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles pensées, par d'insignifiantes substitutions verbales, peuvent être réduites aux platitudes sans vie ni épaisseur ; celui qui parle doit peser et compter plus, que ce qu'il dit : le pourquoi et le comment doivent surclasser le quoi et le quand. | | | | |
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| mot | | | Les mots forment un chemin ; son parcours, l'accès aux objets, l'image d'un réseau, qui est idée, - sont affaire du voyageur, de l'interprète, du lecteur. Les mots d'auteur sont souvenirs des aventures des choses. | | | | |
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| mot | | | Il manque au français le mot Erkenntnis, qu'on traduit, faute de mieux, par connaissance, tandis qu'il s'y agit de quelque chose, qui est, à la fois, le processus et le résultat d'un acte primordial : le passage d'un inconnu vers le domaine du connu, au moyen d'une unification d'arbres (requête vs représentation), qui précède le concept même d'égalité, sans parler de celui de choses égales. Ce n'est pas l'égalité qui est câblée en nous, mais le mécanisme d'unification. | | | | |
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| mot | | | Dans les langues indo-européennes, l'analyse d'une proposition suit les étapes suivantes : 1. type d'énoncé (ordre ou requête, ruptures événementielles ou monotonie), 2. arbre de connecteurs logiques, 3. verbes (liens sémantiques, arités, rections, locutions, négations), 4. références d'objets (liens, négations, qualificatifs) - ce qui aboutit à un arbre non-langagier, une formule logique, commune à toutes les langues. Le reste n'est que la démonstration, l'unification avec la représentation conceptuelle de l'interlocuteur, livrant la signification et préparant la donation du sens. | | | | |
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| mot | | | Après l'interprétation d'un discours intellectuel, tout mot doit disparaître, pour laisser la place à un arbre conceptuel ; l'inverse se produit avec un discours poétique, où doit disparaître toute interprétation, pour ne laisser que la musique des mots : « Le dernier pas de toute interprétation consiste à disparaître devant la pure présence du poème »* - Heidegger - « Der letzte Schritt jeder Auslegung besteht darin, vor dem reinen Dastehen des Gedichtes zu verschwinden ». | | | | |
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| mot | | | Le discours, ou la pensée, se forme en deux étapes, la pré-langagière et la langagière. La première : désirer, se focaliser, se tendre – et comme résultat : voir les objets et les relations. La seconde : référencer les objets et les relations, formuler la proposition et comme résultat : montrer l'arbre conceptuel. L'échelle expressive du référencer va du nommer au chanter. L'échelle intellectuelle du formuler comprend les structures et les logiques, une simulation temporelle des tableaux spatiaux. | | | | |
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| mot | | | Apprendre une langue, c'est maîtriser le passage du langage mental (universel) au langage verbal (particulier) - la création d'un arbre de signes à partir d'un réseau de concepts. Dans l'interprétation de discours, le parcours est inverse : l'unification des arbres requêteur (formule logique) et analyseur (émergeant d'une représentation), débouchant sur une signification - un réseau d'objets. | | | | |
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| mot | | | Les combats d'idées, non arbitrés par des mots désarmés, unificateurs ou consolateurs, sont toujours sources de grisailles et de mesquineries. Les mots sont des arbres ou des flèches ; les idées – des forêts ou des cibles. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est un arbre avec deux ramifications principales : l'intelligence et le lyrisme, le savoir et le valoir. On l'évalue par unification avec un autre arbre – de l'interlocuteur, du lecteur, de l'observateur. Plus de branches nouvelles présente l'arbre unifié, plus intéressante est la rencontre. Entre Européens, on gagne surtout en richesse dans le second ramage. Mais, en revanche, celui-ci reste stérile dans le croisement avec le Chinois, son lyrisme nous étant inaccessible, inunifiable. Il reste, dans ce cas, de pénibles reconstructions des feuilles pragmatiques. La fraternité ne peut germer que dans l'irrationnel. | | | | |
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| mot | | | Dans l'arbre de la connaissance, quelle est la place du langage ? - fournir un ramage harmonieux, faire éclore des fleurs et couler la sève (« Je presserais mes idées, pour en extraire la sève » - Dante - « Io premerei di mio concetto il suco »), donner un sens à la cime - mais je ne vois sa place ni dans le tronc ni dans les racines : « Le sensible et l'intelligible, en tant que troncs de la connaissance, émergent d'une même racine, racine inconnue » - J.G.Hamann - « Sinnlichkeit und Verstand als zwei Stämme der Erkenntnis entspringen aus einer gemeinen, aber unbekannten Wurzel » - et elle n'est certainement ni langagière ni conceptuelle, mais purement mentale. | | | | |
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| mot | | | Dans l'écriture, la pratique des commencements est très tangente, leur perception étant fonction du climat et des saisons, propres au lecteur : ce qui est ton grain sera perçu par les plus bêtes comme un choix du chemin, sur lequel il tomba ; par les médiocres – comme un net jalon d'un parcours ; par les sages – comme déjà un arbre, tendant partout ses inconnues, que les sages savent unifier. | | | | |
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| mot | | | L'inextricable confusion des acceptions du mot vide : le vide physique des Chinois (ne pas s'encombrer), le vide psychique des bouddhistes (ne pas s'attacher), le vide (pseudo-)mathématique des ontologues (la passerelle entre l'être et l'étant). Toutes ces mesquineries ne valent rien à côté d'un vide sacré, censé ne recevoir qu'une voix divine (la musique, au-dessus du Verbe et de la Relation). C'est dans le vide que se croisent trois voies mystiques de Plotin – la purgative, l'illuminative, l'unitive. | | | | |
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| mot | | | Deux sens du mot signifier : soit une finalité - former un arbre de signes, soit une source - renvoyer à l'origine inarticulable. Et c'est dans le sens respectif qu'on dira, que le soi connu est ce qu'il signifie, et que le soi inconnu signifie ce qu'il est. | | | | |
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| mot | | | L'esprit, c'est l'invocation d'objets et de relations, c'est à dire de concepts pré-langagiers ; les mots y sont des contraintes du même ordre que la rime ou le syllabisme - pour la poésie ; mais les belles contraintes sont à l'origine d'une belle liberté : « Toute parole est déracinement. L'esprit est libre dans la lettre et il est enchaîné dans la racine » - Levinas - un arbre, pour être à moi, doit-il pousser dans un exil, du désert ou de la montagne, de la solitude ou de la hauteur ? | | | | |
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| mot | | | Dans toutes les langues, un énoncé est un arbre, une formule logique, dont les nœuds sont des références d'objets ou de relations ; toutes les langues doivent incorporer la logique, et ce sont les moyens d'y insérer : des quantificateurs, des connecteurs, des déterminants, des négations et d'en fixer des priorités - qui les distinguent. | | | | |
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| mot | | | La pensée est spatiale (une structure, réseau ou arbre), et l'énoncé (élocution ou écriture) est temporel. Pourtant, il faut savoir passer de l'un à l'autre ; c'est l'objet d'une méta-grammaire, traduisant des structures (communes pour tous les hommes) en suites de références (dont l'ordre dépend de la grammaire d'une langue particulière et du style d'un homme particulier) et vice versa ; ces méta-grammaires permettent de classifier toutes les langues du monde. Un jour, on inventera une langue artificielle spatiale, un espéranto conceptuel, où l'on ne lira plus de gauche à droite, ni de haut en bas, mais où l'on se mettra tout de suite à interpréter les idées, en choisissant soi-même le début et le parcours de sa recherche. | | | | |
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| mot | | | Le sage est celui qui pose des équations avec le plus grand nombre d'inconnues et avec les plus vastes domaines de leurs valeurs. Pour le sot, le mot est une constante, pour le sage - une vaste variable. Poétiser, c'est imaginer des relations impossibles entre variables imaginaires. Penser, c'est indiquer des classes de solutions. | | | | |
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| mot | | | Tout discours est la (re)consitution d'accès aux objets et aux relations ; les mots y sont des nœuds ou des arêtes, formant un réseau ou un arbre : les premiers donnent à cet arbre de l'épaisseur, et les secondes - de la hauteur, la profondeur étant déterminée par l'intelligence pré-langagière de la représentation ou par l'intelligence extra-langagière de l'interprétation. | | | | |
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| mot | | | Un mot (lexical), ce sont des flèches ou des panneaux indicateurs, nous renvoyant vers des concepts ; le voisinage avec d'autres mots permet de sélectionner ou de focaliser les chemins d'accès aux concepts ; le parcours engendre un arbre, dans lequel les uns ne verront qu'une structure, d'autres l'unifieront avec leurs propres ramages, d'autres enfin y entendront du chant. C'est le chemin qui dira, s'il s'agit d'une maîtrise ou d'une caresse. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | La maîtrise des lois du monde ou la maîtrise des mots - laquelle est plus utile, pour évaluer ou goûter le monde ? Quand on lit la langue de bois des mathématiciens, des physiciens, des biologistes, des musiciens, leurs lourdes tentatives d'abstraction ou d'animation, on comprend, que la seconde maîtrise est plus essentielle. Le poète, et donc le philosophe, sans maîtriser le fait, ce nœud isolé, cette branche définitive, en peint, en devine et en recrée l'arbre ouvert et vivant. | | | | |
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| mot | | | La phrase conçue ou la phrase perçue – l'expression ou la compréhension. La traduction de désirs en références et l'enchaînement linéaire de celles-ci ; ou la réduction de références aux objets, l'unification de l'arbre supposé du locuteur avec l'arbre explicite de l'entendeur, le sens étant résumé dans l'arbre unifié. Deux processus très différents, deux types de pensée, en émission ou en réception. | | | | |
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| mot | | | Plus le mot est riche, plein et ouvert, plus il ressemble à un arbre et non pas seulement aux matériaux de construction, ombrages ou fruits. « Le mot juste est un bon arbre - ses racines sont fermes, ses branches touchent au ciel, il porte des fruits en toute saison d'après la volonté de Dieu »** - le Coran. Si, en plus, des inconnues se faufilaient dans cet arbre, on pourrait l'unifier avec un autre, pour un beau dialogue, et les racines se trouveraient unifiées avec les fruits de l'autre, et les branches - d'avec des cimes. Et dans l'arbre unifié, le dernier serait le premier. | | | | |
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| mot | | | La trajectoire du logos - de l'unification des arbres (rassembleur solidaire) à l'entendement d'un seul (le Verbe salutaire) ; elle est, en elle-même, un arbre, vaste et complet. La trajectoire de l'être, de Parménide à Heidegger, - une platitude continue, avec des dérivées mortes, des rhizomes rampants. | | | | |
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| mot | | | Le discours est une suite, linéaire et temporelle, de signes ; il n'est qu'une modulation des réseaux conceptuels, sous-jacents et spatiaux ; une langue ne contient pas de connaissances du monde, elle ne fait qu'aider à les résumer ou à les interroger. | | | | |
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| mot | | | Dans les meilleurs arbres ne parlent que les fleurs, porteuses du sens, prêtant leur langage aux racines, ramages et sèves, qui ne sont que des sens. Mais la musique de l'arbre a besoin de tous ses attributs. Les mots ne poussent qu'avec les fleurs : « Les racines parlent et les paroles veulent pousser » - Jabès. | | | | |
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| mot | | | La bonne écriture, c'est bien la maîtrise simultanée des saisons du mot, convainquant davantage par une sensation de climat que par une précision de paysage. Mais seul un porteur de son propre climat, aux latitudes et hauteurs ouvertes, peut s'en rendre compte, dans un arbre unifié. L'arbre des mots apporte aussi des fruits de l'esprit. | | | | |
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| mot | | | Les éléments du langage qui préexistent, avant toute représentation : les noms d'objets uniques et consensuels dans les sciences, les connecteurs, la négation, les quantificateurs, l'interprète syntaxique transformant l'arbre temporel de la phrase en arbre spatial logique, les relations d'appartenance, d'inclusion, de composition, les relations spatio-temporelles, causales, la modalité, les variables pour désigner des objets ou relations elliptiques, le mécanisme rhétorique de tropes, le sujet concepteur ou percepteur. Et tout ceci - quelle que soit la famille linguistique. | | | | |
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| mot | | | La pensée est un arbre à variables, l'énoncé en est un mouvement, l'interprétation est le suivi du mouvement, aboutissant à l'arbre unifié. | | | | |
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| mot | | | Les adjectifs traduisent la faiblesse des noms et l'indifférence face aux verbes ; mais la poésie étant le chant de la faiblesse, par un verbe partial, les adjectifs y sont les bienvenus. Sans eux, on peut, en effet, brosser, à grands traits, un arbre inéradicable (verbes-nœuds, noms-branches). Mais d'autres y chercheront des fleurs. Le verbe est l'âme, le nom - la raison, l'adjectif - le cœur. Pouchkine est dans l'harmonie de tous les trois, Lermontov est le verbe, Blok - l'adjectif, Pasternak - le nom. | | | | |
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| mot | | | Les mots, c'est un champ magnétique d'attirances, avec des flèches et des arcs, avec lesquels tu pourras dessiner un monde de cibles. Les idées, c'est un répertoire de cibles touchées. « Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C'est le monde des mots qui crée le monde des choses » - Lacan. Tout mot est une requête ou un ordre, et c'est la perspective allégorique du regard sur les choses qui en détermine l'épaisseur et surtout la hauteur. Le meilleur créateur se reconnaît par ses requêtes ! De la sédimentation de discours (Husserl) ne naît que l'arbre sémantique et non pas les choses pragmatiques. | | | | |
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| mot | | | Le vrai mot donne la sensation d'un arbre indivis, avec ses racines et cimes, son climat et ses saisons. Le fruit d'un tel mot, d'une maxime, est la présence de la vie, même si le sens en reste vague. « Les mots sont comme des feuilles : l'arbre, qui en exhibe trop, est pauvre en fruits de la raison » - A.Pope - « Words are like Leaves ; and where they most abound, much Fruit of Sense beneath is rarely found ». | | | | |
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| mot | | | J'aime les allées verbales, où s'unifient les réseaux des soupirs gnomiques. « Grand arbre du langage peuplé de maximes et murmurant dans les quinconces du savoir, où le désir encore va chanter »** - Saint-John Perse. Quel genre verbal résiste encore à l'invasion des forêts ? - la maxime ! | | | | |
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| mot | | | La feuille de papier, en fonction de la saison de mes humeurs, peut être un sol fécond, la pierraille, le sable, le chemin battu, où de la graine de mon esprit germent les fruits de mon âme. De moi, laboureur, on ne réclamera qu'un climat et une vie en arbre. | | | | |
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| mot | | | Dans les discours philosophiques, même en dehors des problèmes lexicaux, le mot sens prend au moins trois significations : refléter un réel vague par la clarté des concepts (le passage de la réalité à la représentation), interroger les concepts (le double passage du langage à l'unification dans la représentation), interpréter l'unification conceptuelle dans un contexte réel (le passage des propositions unifiées à la réalité). Mais personne ne se donne la peine de distinguer ces trois cas, et une logorrhée inconsistante en découle. | | | | |
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| mot | | | Une phrase est, à la fois, une construction langagière, soumise à une analyse linguistique temporelle, et une proposition logique, à laquelle on applique une interprétation spatiale : une chronologie presque linéaire et une synchronie en arbres. Deux procédés radicalement différents, ce qui illustre le caractère indépendant et profond du langage : il n'est pas fait pour traitement d'informations, mais pour exprimer la créativité, organique, initiatique, gratuite. Les tâches représentative et interprétative sont essentiellement non-langagières. D'après Descartes, il serait même possible d'exister sans langage, puisque le vrai sens du cogito est bien : je représente (cogito = percipio), donc je suis. D'ailleurs, pour lui, toute pensée n'est que représentative, et donc - pré-langagière. | | | | |
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| mot | | | Quand la pensée n'est qu'une structure, la géométrie suffit pour la représenter. Mais lorsqu'elle est un arbre, il faut m'unir à elle par mes propres racines ou ombres, qui poussent ou s'intensifient en mots. N'éclosent que les mots. « J'assiste à l'éclosion de ma pensée » - Rimbaud - réduite au feuillage des mots. La pensée est la fête de l'arbre des mots. Chez l'auteur du Dit d'Igor - la coulée des pensées dessinait un arbre (растекашется мыслию по древу). | | | | |
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| mot | | | Dans la représentation, les images ne sont que des attributs d'objets, comme, d'ailleurs, les noms. C'est l'objet lui-même (faisant partie d'un réseau spatial) qui est la première cible du désir, débouchant sur la pensée (prenant la forme d'un réseau temporel). La première grammaire de la pensée ne serait donc ni iconique ni onomastique ni pragmatique, mais thymique. | | | | |
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| mot | | | Quand le rêve l'emporte sur le mot, on préfère la montagne à l'arbre, la hauteur à la vie. Lorsqu'ils s'équilibrent, on trouve de l'arbre à chaque cime : au mont des Oliviers ou à l'Ararat - l'olivier, à l'Olympe ou au Parnasse - le laurier, au Sinaï - le buisson-ardent, au Golgotha - la croix. Quand le mot, seul, triomphe, il fait éclore le rêve - dans le vide : le mont de Sisyphe, l'élévation du mot-pierre à une hauteur, le désintérêt du mot-brique et encore plus du mot-édifice. « La pensée est le labeur de l'intelligence, la rêverie en est la volupté »*** - Hugo. Il faut alterner en nous la veille et le rêve, le philosophe et le poète (Platon). | | | | |
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| mot | | | L'idée est une formule raidie ; le mot - une formule préservant quelques inconnues. L'idée est squelettique ; le mot lui apporte des articulations et fonctions imprévisibles, ouvertes aux unifications. | | | | |
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| mot | | | Plus je vois comme la langue devient, pour tout le monde, langue de bois, une collection de blocs préfabriqués, plus j'ai envie de voir en elle une maîtresse de l'arbre séducteur. « La langue se livra au rite antique des noces avec l'arbre, sous la douce caresse du vent » - Benjamin - « Die Sprache vollzog die uralte Vermählung mit dem Baum. Ein leiser Wind spielte zur Hochzeit ». | | | | |
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| mot | | | Le langage, en tant que domaine, n'est pas plus énigmatique que la mécanique ; toutes leurs faces sont accessibles. En tant qu'instrument, il est une interface entre le modèle et l'homme, pour mieux appréhender la réalité. Les sommets et les gouffres, mathématiques ou poétiques, appartiennent au modèle ; le langage y apporte de la musique, qui ignore la profondeur et n'exprime que la hauteur. La partie commune et à la musique et à l'algèbre ne peut être que de l'algèbre, c'est à dire de la grammaire. Le langage est un outil d'entretien de l'arbre, pour manier les paraboles du grain, les hyperboles des floraisons, les ellipses des ramages. | | | | |
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| mot | | | Un bon écrit est un arbre équilibré ; certains mots y seront le sol, la racine ou l'ombre. La littérature serait-elle un art paysagiste qui, par des mots feuillus, reconstituerait un climat ? C'est plutôt mon climat qui produit d'inconvenantes déclinaisons de mots, que je n'avais jamais entrevues. | | | | |
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| mot | | | Quelle heureuse rencontre de sens, dans Lichtung - la clairière ! - la lumière-clarté se trouvant au milieu, ou mieux - à la lisière de l'être heideggérien, et qui symbolise si bien un Ouvert, bien que sa maison ou sa forêt y gagneraient, en se métamorphosant en ruines ou en arbre ! | | | | |
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| mot | | | La fidélité (comme faithful ou la верность russe) renvoie à la foi, tandis que la Treue allemande – à la vérité (le true anglais). Et de la vérité – une belle remontée jusqu’à l’arbre : true – tree (le dérévo – дерево – russe). | | | | |
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| mot | | | La crainte de Dieu n’est qu’un doute en Dieu (Il est ou Il n’est pas), puisque douter (deux choix) est lié à redouter. Les Russes sont étonnamment sages, faisant se voisiner doute et avis (сомнение et мнение), les Allemands – pathétiques, faisant découler désespérance (Verzweiflung) de doute (Zweifel), les Indiens – optimistes, avec nirvana, appelant tes deux soi (le connu et l’inconnu) à s’unifier. | | | | |
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| mot | | | Le terme de sens, par rapport à une phrase, s’emploie dans trois sens différents : dans le langage lui-même – l’arbre grammatical, la formule logique, fixant l’ordre des relations référencées ; dans la représentation sous-jacente – l’arbre conceptuel, les faits, résumant le succès de l’évaluation de la formule logique ; dans la réalité – l’arbre unifié, le degré de congruence des faits avec la matière objective et la logique. | | | | |
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| mot | | | Dans le discours sur les connaissances, la question centrale est la distinction entre ce qui est conceptuel et ce qui est langagier ; on n'a pas besoin d'une vaste culture philosophique, et encore moins d'une culture linguistique, pour en juger ; seul un poète, doué d'une intuition philosophique et de quelque savoir technique, peut en dresser un tableau intéressant. À l'opposé, ni Kant, ni Hegel, ni Nietzsche, ni Wittgenstein, ni Heidegger n'eurent jamais une intuition linguistique valable, pour formuler une théorie complète des connaissances, sans parler des Anciens, chez qui, la-dessus, on ne lit que des balbutiements. Seul le grand Valéry fut lucide, avec ses états mentaux et sa vision des substitutions. | | | | |
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| mot | | | Aucun philosophe ne formula quelque chose de sensé au sujet de ces mots triviaux - néant, vide, rien. Le vide physique (l’absence de matière) ne présentant aucun intérêt en philosophie, on ne peut interpréter le terme de vide qu’au sens mathématique – l’absence d’existence ; il est donc un synonyme du mot néant. Quant au mot rien, dans un discours il n’est qu’une variable, signalant toujours la même absence d’existence. Bref, le terme net d’ensemble vide couvre ces trois mots vagues. | | | | |
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| mot | | | La pensée, exprimée sans talent, c’est-à-dire sans musique des mots, reste une morne et grinçante arborescence ; le talent se moque des pensées et fait s’épanouir l’arbre des mots, où chantent fleurs, sèves et ombres, et de son parcours naît, insoupçonnée, la pensée. « Les tournures brillantes, mais sans pensées, ne servent à rien » - Pouchkine - « Без мыслей блестящие выражения ни к чему не служат » - les pensées, comme les racines, doivent être cachées. | | | | |
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| mot | | | Dans la réflexion sur le langage, il y a trois domaines : une partie syntaxique – la grammaire ; une partie sémantique, comprenant deux thèmes centraux : le sujet (porteur de la représentation, celle-ci servant de contexte pour le discours du sujet) et les référents (les objets, visés par le discours) ; une partie pragmatique – l’interprétation du discours par un second sujet, la communication. La grammaire est un aspect trivial, presque mécanique. La représentation est le chapitre principal, central, décisif. L’interprétation est la partie la plus délicate, puisqu’elle implique la confrontation de deux représentations, en vue de leur unification cogniticienne. | | | | |
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| mot | | | Toute phrase référence un réseau d’objets, que, métaphoriquement, j’appelle arbre. « Les mots sont des nœuds d’un réseau, que nous projetons sur le monde »** - Morgenstern - « Die Worte sind Knoten eines Netzes, das wir über die Welt werfen ». Seulement, avant de joindre le monde et acquérir un sens, ce réseau, ou ce filet, attrape des poissons d’une représentation ; sans réussite de cette pêche – pas de sens, pas d’écho du monde. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, qu’il soit intellectuel, poétique ou philosophique, on peut substituer indéfiniment les mots par d’autres mots, sans aucune perte fatale – fiduciaire, musicale ou rationnelle. Parler de l’impossibilité d’enlever un seul mot, sans détruire toute l’harmonie d’un texte, est de la niaiserie. Mais pour le comprendre, il faut voir dans le discours un arbre vivant, arbre à inconnues, et non pas une formule figée - logique ou sonore. | | | | |
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| mot | | | Ce n’est pas aux mots que s’opposent, d’une manière intéressante, les choses, mais aux relations. Les médiocres déballent des choses, les sages partent des relations, laissant beaucoup d’inconnues fertiles dans les références des choses. Les relations créent un arbre, les objets ne forment que des tas, des ensembles, des ramassis. | | | | |
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| mot | | | Pourquoi ce qui constitue un arbre ou un livre porte le même nom – les feuilles ? Ça m’arrange : mes livres, pleins de mots connus, sont destinés à créer des arbres d’images d’inconnues. « Mes livres sont des feuilles, tombées au hasard sur la route de ma vie » - Chateaubriand – ce n’est pas sur la route de ma vie, que tombent les miennes, mais sur les constellations de mes rêves. | | | | |
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| mot | | | Les mots, tels des diamants, sur le collier d’une pensée – ainsi on orne un cou ; l'esprit s'orne mieux de perles isolées, pour que le regard suive non pas le fil, ni même le cou, mais la perfection d'une forme sortie de l'éternité. La vraie perle fuit le fil, comme un vrai arbre se désolidarise de la forêt. | | | | |
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| mot | | | On aurait dû avoir trois mots différents à la place du verbe exister, appliqué à la réalité, au modèle et au discours. Dans la réalité, comme nous le savons depuis Descartes, n'existent que des combinaisons d'atomes, res extensa (instances des classes physiques, chimiques et biologiques), et des manifestations de l'esprit, res cogitans (sujets qui créent, représentent et interprètent). La phusis et le logos, un couple, où le genre en dit long sur le rôle du géniteur respectif, et dont les définitions ne vont pas au-delà de : « What is mind ? No matter. What is matter ? Never mind. ». Dans le modèle existent des objets ; dans le discours existent des références d'objets renvoyant, par substitutions, aux objets du modèle. | | | | |
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| mot | | | La grammaire et ses mots se projettent sur la représentation et ses concepts, et donc le discours - sur la logique. Chaque phrase se convertit en formule logique, en arbre, dont l’évaluation consistera soit en beauté (des chemins d’accès aux objets - l’art), soit en vérité (de la requête – la science). « Les mots sont les pierres d’achoppement sur la voie de la vérité » - S.Butler - « Words are the stumbling-blocks in the way of truth » - les mots sont les panneaux-indicateurs, conduisant au but – la jouissance ou la vérité. | | | | |
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| mot | | | Toutes les sciences se dégagent, de plus en plus, du langage commun et forment leurs langages spécifiques. Dans leur contexte, tout discours peut être réduit par des concepts scientifiques, se substituant aux termes langagiers, à des formules purement logiques. Mais la philosophie, qui n’est qu’un art, se remet entièrement, au langage commun ; il n’existe aucun concept proprement philosophique ; la philosophie est là où aucun consensus n’est possible, elle ne manipule que des notions. | | | | |
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| mot | | | On se dégage, par substitutions, de la forme langagière d’un discours, pour créer un chemin d’accès au fond ; plus que le fond lui-même, c’est la qualité de ce chemin qui en détermine la qualité. Les mots ne sont qu’instruments, c’est le chemin qui est le produit. | | | | |
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| mot | | | L’inconstance aurait pu signifier – dans l’arbre de tes projections, l’insertion d’inconnues prometteuses à la place des constantes épuisées (pour A.Blok, l’inconstance était le bonheur idéal). Et l’invariant, ce pseudo-synonyme de non-variable, ne devrait pas concerner tes propres valeurs, mais des universaux impersonnels. | | | | |
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| mot | | | Dans les débats intellectuels, la compétence la plus rare, c’est la compréhension de la place du langage (l’intermédiaire entre la réalité et la représentation). Le seul à l’avoir bien compris, c’est Valéry. N’ayant rien compris à la philosophie, à la logique, à la mathématique, il eut quelques illuminations intuitives, en évoquant la place des définitions, l’unification d’arbres, les substitutions de mots par des concepts, les implexes. | | | | |
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| mot | | | Deux sortes d’intelligence : l’une fondée sur les concepts (l’intelligence scientifique) et l’autre - sur les notions (l’intelligence intuitive). Dans les deux cas – la place modeste, voire négligeable, du langage, qui disparaît suite aux substitutions par des concepts/notions. Un contraste saisissant avec le verbiage philosophique, où l’on s’embourbe dans les mots, non-transformables en concepts/notions. L’élégance des mots, refusant toute rationalisation, est réservée aux poètes. | | | | |
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| mot | | | Une phrase, syntaxiquement correcte, s’appelle proposition. Une proposition se convertit en formule logique. À part des éléments lexicaux relevant de la logique, une formule logique comprend des références d’objets et de relations entre objets. Ces références sont analysées, procédant par substitutions des mots par des concepts d’une représentation, propre à l’interprète (humain ou artificiel). L’échec de ces substitutions (tenant compte d’éventuelles négations) signifie la fausseté de la proposition dont le sens est - l’impossibilité (contextuelle) de la satisfaire. Le succès de ces substitutions résulte en réseaux d’objets (de la représentation). Ces réseaux sont le véritable sens de la proposition. Le sens n’est donc pas dans le langage mais dans la représentation, donc – il n’est pas universel mais particulier, propre à un sujet. Pour certains sujets, les phrases Dieu existe ou J’ai vu un carré rond peuvent avoir un sens. Remarquez que la réalité ne figure même pas dans ce discours. | | | | |
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| mot | | | L’arbre syntaxique des grammairiens génératifs est une grosse bêtise ; les structures grammaticales n’apportant pas grand-chose à la compréhension du discours. Prenons la phrase de Chomsky : Colourless green ideas sleep furiously. Il en dégage un arbre avec des groupes nominaux ou verbaux, avec des substantifs, adjectifs et verbes – ce qui n’aurait aucun sens dans les langues non-indo-européennes ! Seul la correction syntaxique compte et non pas une structure langagière. L’analyse cognitive y trouverait une référence d’objet (R1 = X ideas), avec propriétés (X = colourless, green), et une relation unaire de cette référence (R2 = R1 sleep Y), avec propriété (Y = furiously). Ce schéma est valable pour toutes les langues naturelles. Par substitution des mots (ideas, sleep) par concepts (non-langagiers) d’une représentation, on arriverait à un réseau, convertissable en formule logique à démontrer, en substituant les concepts par des objets de la représentation. Ce réseau représenterait un sens de la phrase. | | | | |
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| noblesse | | | On n'est plus dans une époque donquichottesque, où l'on pouvait se battre pour le noble ; aujourd'hui on ne peut que lui sacrifier quelque chose de vital, devenir déraciné, projeter vers le haut ses ombres profondes. | | | | |
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| noblesse | | | Devant « les flèches du désir vers l'autre rive » - « Pfeile der Sehnsucht nach dem andern Ufer » se voir « un pont et non un but » (« eine Brücke und kein Zweck ») - Nietzsche - c'est toujours de la voirie aménageant l'accès d'étables. À moins que le pont soit l'origine, et non pas un but, des rives. Je préfère un débordement de l'âme me mettant au pied d'un arbre, où je puis bander mon arc, sans décocher de flèches. | | | | |
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| noblesse | | | Trois saisons d'ébranchage de l'arbre de la noblesse : je jette au feu, successivement, les branches des gestes, des mots, des pensées (la plus coriace !). L'arbre devient, pour les autres, invisible, et pour moi - indicible. Et je consacre ma vie à le rendre lisible, digne du Jardinier jaloux. | | | | |
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| noblesse | | | L'aristocratisme consiste à trouver de l'égale noblesse à tous les attributs de l'arbre. Le déséquilibre le ruine. Par exemple : « La noblesse aurait subsisté si elle s'était plus occupée des branches que des racines » - Napoléon. Il ne faudrait pas qu'elle glisse vers le labourage et néglige l'élagage. Nous sommes tous des arbres, et l'arbre aristocratique se distingue des autres non pas à cause d'une généalogie fixe (des thèmes), mais d'une ontologie variable : elle sait introduire des inconnues (des rhèmes) partout - de la profondeur des racines à la hauteur des cimes, de l'ampleur des branches à la densité des ombres. L'aristocratisme : la vénération et la fierté du soi inconnu, source de tout enthousiasme comme de tout désespoir. | | | | |
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| noblesse | | | Désirer, c'est avoir une requête à soumettre. Le sot, qui imagine, que les mots représentent le monde, trouve son désir plein. Le désir du sage est vide, et il ne cherche qu'à être rempli par l'interprète le plus inspiré. Remplir, c'est substituer aux inconnues - des représentations d'au-delà des mots. Si l'on manque d'inconnues, si l'on ne cherche pas à s'unifier avec le monde, même imaginaire, on méritera le mot de Lermontov : « L'homme le plus vide est celui qui n'est rempli que de soi » - « Тот самый пустой человек, кто наполнен собою », à moins que ce vide artificiel ne serve que pour y accueillir une musique ou une voix de Dieu. Le dernier homme est rempli des échos des autres. | | | | |
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| noblesse | | | Pour se donner du panache, ils désignent leur adversaire sous des traits sinistres d'ennemi de la vérité et de la justice. Le mien est l'homme paisible suivant la voie du vrai, du juste et même du beau. Au pays du Tendre, ce n'est pas la voirie, mais l'astronomie qui devrait assurer la meilleure communication. Cyrano, assommé par un laquais, tendant son panache à l'étoile et ne voulant d'autre appui que dans des arbres. | | | | |
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| noblesse | | | Je suis l'homme de la forêt ; l'arbre est omniprésent sur mes blasons ; il me rendit indépendant des forêts, des parcs et des jardins. Il paraît que les arbres enseigneront ce que qu’on n’apprend d'aucun maître. La montagne des anachorètes, les horizons des marins se prêtent mal à l'héraldique. | | | | |
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| noblesse | | | Le jardin, concurrent de l'arbre et de la montagne ? Éden, Adonis, Priape, Épicure, Gethsémani : liens de tentation, de jeunesse, de débordement, d'abandon, de doute ; gouttes de sève, de myrrhe, de sperme, d'encre, de sang. | | | | |
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| noblesse | | | Les racines du ciel sont moins risibles que ses cimes, mais ne me procure la sensation céleste que l'arbre, qui est la hauteur unique de ce qui est profond et de ce qui est aérien. La raison séminale. Qui encore « a autant besoin du ciel que de la terre » - Rivarol, même sans « se connaître misérable » (Pascal) ? Heidegger n'aimant pas lever les yeux, ne voit qu'une seule source de l'arbre : « Quel élément, caché dans le fond et le sol, commande les racines porteuses et nourricières de l'arbre ? » - « Welches Element durchwaltet, in Grund und Boden verborgen, die tragenden und nährenden Wurzeln des Baumes ? ». | | | | |
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| noblesse | | | Le surhomme a la même généalogie en amont que l'homme grégaire (celui-là serait un ruminant comme les autres, mais sachant digérer le malheur). En aval, le second est beaucoup plus prolifique. Le bleu du ciel se dilue dans le temps comme le bleu des yeux et du sang. Ce même doux azur, qui comme le dit quelque part Hölderlin, baigne et le bel arbre et la pure ogive, qu'on n'admire simultanément qu'en ruines, cet édifice, dans lequel se réfugie le faible. | | | | |
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| noblesse | | | Le rhizome opposé à l'arbre, l'identification avec le sol nourricier - à l'appel du vide et des couleurs, l'enracinement - au déracinement, la banalité - à la hauteur, le discursif - à l'évaluatif - tel est le visage défraîchi du postmodernisme. Détourné du rêve, prônant l'horizontalité intégrale, misérable avec ses idées, se vautrant dans des mots ampoulés, il puise toutes ses niaiseries dans un réel net, malléable à merci et envahissant. Juger sans critères, en absence de l'universel - ils ne comprennent pas, que le libre arbitre de la représentation touche toujours à l'universel (au sens du quantificateur logique) et qu'il n'est donné à personne, au stade de l'interprétation libre, d'échapper aux critères logiques, éthiques ou esthétiques. | | | | |
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| noblesse | | | Le surhomme et l'homme nouveau sont possibles, quand on accorde trop de sens aux fondations. Ne pas tomber dans le piège, ne pas introniser le sous-homme, le héraut des fenêtres ubuesques. La reconstruction comme la déconstruction (Aufbau ou Abbau), présentées comme architectures de salut, n'aboutissent jamais à la seule construction viable - aux ruines. Le surhomme est l'homme surmonté, le sous-homme est l'homme abaissé, l'homme nouveau est l'homme mort, les hommes sont l'homme grégaire, l'arbre disparu dans la forêt. | | | | |
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| noblesse | | | Il est facile de proclamer grand ou inexistant n'importe quoi ; c'est ce qui est grand et inexistant qui mérite notre vénération - Dieu et le bien, le beau et l'amour. Ce sont des arbres, comme tout le reste, mais arbres privés de racines à nourrir ; la terre et l'eau leur manquent, ce qui les voue à l'air et au feu. C'est cette splendide inexistence déracinée, aérienne ou flamboyante, qui élève mon regard, surtout aux moments, où mes yeux sont baissés. | | | | |
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| noblesse | | | Plus je suis compris, plus j'ai de racines. Mieux je suis senti, plus j'ai d'arômes. Un attachement aux fleurs, quand ni compréhension ni sentiment d'autrui ne m'y poussent, - est beau. Est grandiose une fidélité aux cimes, quand j'ai et compréhension et sentiment. | | | | |
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| noblesse | | | L'horizontalité du gazon face à la verticalité de l'arbre. Paysage béni pour pique-niques, moutons et golfeurs ou climat à imaginer pour toutes les saisons d'un arbre - il faut choisir. « Le Français pense trop en termes d'arbre, le contraire de l'herbe, qui pousse par le milieu, c'est le problème anglais » - Deleuze. | | | | |
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| noblesse | | | La montagne, l'arbre, la caresse – la hauteur minérale, végétale, animale – trois métaphores-hypostases de l'âme. | | | | |
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| noblesse | | | Toute l'Antiquité est un tribut au troupeau. Même la lanterne de Diogène n'éclaire pas le bon côté de l'épiderme (deux expériences à tenter : obscurcir la lanterne ou ne faire attention qu'à ses ombres agoraphobes) ; elle se moque de l'homme platonicien inexistant, au lieu de dénoncer l'existence, même au fond des tonneaux, des hommes agoraphores. Le culte de la barbe au détriment de l'enfance. La préférence de la pierre à l'arbre, du grenier à la cave. La mort comme événement et non pas état d'âme. Aucune intuition de la prière. Ce qu'il y a de vraiment profond, dans nos âmes d'Européens, nous le devons davantage au Christ qu'à Périclès. Comment s'appelle Athènes sans Jérusalem ? - ou Rome sans Athènes ? - les USA. | | | | |
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| noblesse | | | Il n'est donné à personne de disposer de la plénitude de tous les attributs d'un arbre, mais qu'on souffre de déracinement ou de manque de sève, il est loisible de pallier aux nœuds défectueux par un placement judicieux de variables. Car le but d'une vie ou d'une création est une unification avec les arbres interrogateurs, plus vivants, à certains endroits, que le tien. Unification du divers dans l'être, comme dirait un néo-kantien. | | | | |
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| noblesse | | | Aux hommes de la forêt, du désert, de la mer, de l'ascension, - je préfère l'homme de l'arbre, du mirage, de la bouteille, des crêtes. | | | | |
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| noblesse | | | Aucune chose, en elle-même, n'est en-dessous d'une exigence de hauteur ; c'est le regard qu'on y porte qui en dessine la dignité. Le regard est un arbre interrogateur, et lorsqu'il ne comprend plus aucune inconnue, la chose disparaît et s'identifie à cet arbre, devenu arbre interprétatif. La poésie, c'est la permanence des inconnues ; elle est le dernier recours, pour avoir une nostalgie des choses mêmes. | | | | |
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| noblesse | | | Est à hauteur d'arbre ce que l'homme embrasse du regard. Les échelles et les routes l'amènent à la platitude d'étables. | | | | |
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| noblesse | | | Ils attendent, que l'arbre soit tombé pour en mesurer la hauteur en unités de leurs platitudes ou profondeurs. L'arbre n'a de hauteur qu'en touchant au ciel. | | | | |
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| noblesse | | | Un miracle de notre interprète câblé ; dans l'expression des yeux se lit le portrait de l'âme ! Curieusement, sa musique, elle aussi, se concentre dans le regard, qui se laisse entendre. « Ô hauteur sans escales ! Ô chant d'Orphée ! Ô son à hauteur d'arbre ! » - Rilke - « O reine Übersteigung ! O Orpheus singt ! O hoher Baum im Ohr ! ». Un regard à hauteur d'arbre, une musique montant de notre Caverne intérieure… | | | | |
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| noblesse | | | L'intensité est cette force unifiante, qui fait vénérer, dans l'arbre, avec l'égale ouverture, - les rameaux, les fleurs, les fruits, les racines et les cimes, ainsi que toutes ses saisons ; l'utilitarisme est le nom de l'un des adversaires de l'intensité : « Ne sois pas tenté par la science des Grecs ; elle donne des fleurs, mais point de fruits » - le Talmud. | | | | |
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| noblesse | | | Moi en tant qu'arbre, je n'ai rien à partager dans les vagues frissons de ma cime, mais dans mes racines immobiles, je ne peux pas me passer de nourritures, communes avec mon espèce. Mais, en bas, évite les potins au sujet de ce qui s'ourdit en haut : « Ce qui se hisse en hauteur, se rapetisse en profondeur »** - Morgenstern - « Was droben in den Wipfeln rauscht, das wird hier unten ausgetauscht ». | | | | |
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| noblesse | | | Je prouve à la Terre passagère l'existence de mes racines par l'élan de ma cime vers le ciel éternel. En passant du végétal à l'architectural, je saurai qu'en me détachant de la Terre, je ne sauverai mes ailes déployées que par un toit entrouvert de mes ruines. Méfie-toi des murs, mures-en les fenêtres : « Que le meilleur de toi ne s'arrache pas à la Terre pour casser tes ailes contre les murs de l'éternel » - Nietzsche - « Lasst ihre Tugend nicht davon fliegen vom Irdischen und mit den Flügeln gegen ewige Wände schlagen ». | | | | |
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| noblesse | | | Les feuilles, frémissant de leurs inconnues, donnent de l'élan à l'arbre, qui cherche à s'unifier avec le monde ; quand elles sont en hauteur, elles deviennent des ailes, - l'arbre retrouve la montagne. « Les hommes sont semblables aux feuilles des arbres » - Homère. | | | | |
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| noblesse | | | La présence des autres, dans ce livre, n'est que l'air des métaphores, que battent mes ailes ; la hauteur et le souffle n'en sont qu'à moi. D'ailleurs, on ne devrait écrire qu'avec la sensation d'être le seul chasseur de métaphores, sous un ciel vide. « Le texte est une forêt, où chasse le lecteur. Un bruissement au sous-bois, tiens - une pensée ; un gibier timide, une citation - à mettre au tableau de chasse » - Benjamin - « Der Text ist ein Wald, in dem der Leser der Jäger ist. Knistern im Unterholz - der Gedanke, das scheue Wild, das Zitat - ein Stück aus dem tableau » - je ne cultive pas de textes, et donc pas de forêts, mais je tends tant d'arbres, chacun avec des ombres qu'il ne partage pas avec d'autres arbres, et ils ne se trouvent ni sous un même soleil ni à la même heure de la nuit. Si tu n'y entends que du bruit, tes oreilles ne sont pas faites pour mes canopées, puisque j'y avais mis de la musique. | | | | |
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| noblesse | | | Même l’humanité, dans son évolution, peut être vue comme un arbre. Des grands et des petits contribuent à la solidité des racines, à l’utilité des fruits, à la défense contre des espèces nuisibles. « On reconnaît dans le génie le fruit le plus noble de l’arbre de l’humanité » - H.Hesse - « Das Genie ist als edelste Frucht am Baum der Menschheit anerkannt » - m’est avis, que les génies ne se logent que dans les fleurs, puisque le génie est plus près du tragique que du gastronomique. | | | | |
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| noblesse | | | Cocteau voit l'arbre croître en profondeur : « Gravez votre nom dans un arbre, qui poussera jusqu'au nadir » - c'est une exclusivité de l'arbre - chacun choisit la dimension, à laquelle s'attache son regard ; ce qu'on ne peut pas dire de la lugubre platitude du marbre. | | | | |
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| noblesse | | | Mes ruines ne sauraient décorer un paysage ; elles font partie d'un climat, elles sont reconstitution de l'arbre à partir d'une croix ou d'un mât, d'une bibliothèque ou d'une charpente, qui sont, tous, ruine de l'arbre. | | | | |
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| noblesse | | | D'après Sartre, on accède au monde par le regard. Mais il le place, à l'instar de Platon ou de Heidegger, en profondeur et non en hauteur, et il l'adresse au groupe et non à l'arbre. | | | | |
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| noblesse | | | De la musique on attend soit de la pureté soit de la grandeur ; le génie crée dans la pureté d'une hauteur acquise sans effort, et l'intelligence crée grâce à la tension entre une grande profondeur, gagnée par le cerveau, et une hauteur que sacre l'âme. Montagne ou arbre. Immobilité intemporelle ou croissance simultanée dans les deux sens, par les racines ou vers les cimes. | | | | |
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| noblesse | | | Aussi abstraite que soit n'importe laquelle de mes remarques, je ne parviens jamais à la détacher de mon corps, c'est à dire d'une caresse ou d'une douleur, vrillées au corps de mon discours. Valéry parle d'un corps de l'esprit comme d'une inconnue sur l'arbre intellectuel. L'inhumaine pseudo-ascèse platonicienne : « mourir au corps, pour libérer l'essence et renaître à l'être » - explique l'obsession des Anciens par la minable tranquillité de l'âme, prépare le chemin à l'idée saugrenue de la résurrection, et, surtout, justifie la robotisation actuelle des esprits (esprit de corps). | | | | |
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| noblesse | | | La vie réelle se trouve entre le trop haut et le trop bas, entre l'impossible et le jetable ; pour la voir, je dois regarder devant moi-même, à hauteur d'hommes, et non pas à hauteur d'arbres, où abondent les feuilles mortes ou l'appel des astres ; la vie irréelle est là, imprévisible. Ma vie est la feuille et l'écorce ; ma mort, c'est le fruit. « La base intellectuelle de mon esthétique est la Philosophie de l’Irréalité »** - O.Wilde. | | | | |
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| noblesse | | | Si je suis un arbre, je porterai avec dignité la boue des racines, la cendre des fleurs, la chute des feuilles, le courant d'air des cimes. « La noblesse est en courage, non en ramage » - proverbe allemand - « Adel sitzt im Gemüte, nicht im Geblüte ». Et avant qu'il devienne matériau de construction, je me serai unifié avec un autre arbre, gardant quelques inconnues. | | | | |
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| noblesse | | | La culture est davantage dans la hauteur des vues que dans la profondeur de l'ouïe, dans la beauté des fleurs que dans la vérité des racines. Mais Protagoras a raison : « La culture n'éclôt dans l'âme que si elle descend aux racines ». | | | | |
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| noblesse | | | Avoir dit non au bon ne rend pas plus convaincant mon oui au meilleur. La négation aide à comprendre, mais ne fait que nuire au bon goût. Par contre, ne répondre qu'aux meilleures questions est une bonne prophylaxie. Ne procéder aux substitutions que dans des requêtes riches de variables ! On devrait réserver les oui et non au médiocre pour accueillir le meilleur avec les ah et les oh. | | | | |
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| noblesse | | | Un penchant sympathique de ceux qui connurent l'exil : ils apprennent à inventer des patries imaginaires, placées dans des endroits imprévisibles : « Le ciel est ma patrie et la contemplation des astres - ma mission » - Anaxagore - ce qui s'appelle exil étoilé. De ce regard doit naître l'arbre, comme cet arbrisseau torturé, qui surgit de la Nuit étoilée de Van Gogh. | | | | |
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| noblesse | | | Aristocrate vulgaire ou prolétaire vulgaire : ne valoir que par son ascendance généalogique ou sa descendance biologique (proles - progéniture). On doit être, en soi, un arbre ontologique entier, prêt à s'unifier, mais réticent aux forêts. | | | | |
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| noblesse | | | Les ascendances et les descendances généalogiques d'un arbre ne sont pas les meilleurs de ses attributs. Il vaut mieux le mettre hors temps. « Plus ancienne est ta noblesse, plus ridé est ton arbre » - proverbe allemand - « Je älter der Adel, je morscher der Baum » - la noblesse se mesure par mon propre altimètre ; elle est notée en intensité de mes propres instants et non pas en années des autres. | | | | |
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| noblesse | | | Par quoi veux-je m'unir aux autres ? Où puis-je croître ? Quand aurai-je le droit aux ombres ? Comment vivre sans bouger ? Pourquoi la couleur ? - si je commence à me poser ces questions, c'est que peut-être je suis prêt à devenir un arbre. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'arbre se réunissent les quatre éléments : « De la racine de ses origines, l'âme humaine tend, à travers l'humus de l'être, vers son étoile, portant vers la hauteur son obscure source dédiée à Neptune et Vulcain, portant vers la profondeur son but limpide dédié à Apollon, s'étendant en branches tel un arbre »*** - H.Broch - « Des Menschen Seele reicht aus ihren Wurzelabgründen im Humus des Seins zum Sternenrund, aufwärtstragend ihren poseidonisch-vulkanisch finsteren Ursprung, abwärtstragend das Durchsichtige ihres apollinischen Zieles, baumgleich sich verzweigend » - quel magnifique itinéraire - de la terre de ta vie, de l'eau de Neptune, du feu de Vulcain, de l'air d'Apollon - vers l'arbre de ta création ! Ce qui rappelle la quadruple oraison funèbre, que tu dédias à l'agonie de Virgile : à l'eau d'arrivée, au feu de chute, à la terre d'espérance, à l'éther d'enfance. | | | | |
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| noblesse | | | L'innocence, c'est la vie en mystère ; y retomber, c'est surmonter le péché des solutions. « Faudrait-il encore une fois goûter au fruit de l'arbre de la connaissance pour retomber en état d'innocence ? » - Kleist - « Müssten wir wieder vom Baum der Erkenntnis essen, um in den Stand der Unschuld zurückzufallen ? » - une belle intuition ! Le palais peut être le même, ce sont les dents qu'il faut changer. | | | | |
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| noblesse | | | Aux heures printanières, « loin d'épuiser une matière, on n'en doit prendre que la fleur » - La Fontaine. En d'autres saisons, on fera appel aux racines, aux cimes, aux branches. Et l'on finira par épouser l'arbre ou par convoler vers la montagne, où la fleur n'a pas besoin de beaucoup de matière. | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux ouverts pour mieux maîtriser les choses, ou les yeux fermés pour mieux s'abandonner au rêve. Le regard sur ou le regard de ; le premier consolide l'esprit, le second illumine le visage ; la racine ou la cime de ma personnalité, de mon arbre. « La majesté du visage sans regard » - Enthoven – sans le premier, oui, mais avec le second ! « Arbre – la verticale la plus insolente, majesté de verticale » - Levinas. | | | | |
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| noblesse | | | Laisse tes racines et tes fruits épouser la terre ; laisse tes fleurs et tes ombres avoir pour amant – le ciel. | | | | |
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| noblesse | | | Le goût s'occupe de mes contraintes ; et le talent – de mes productions. Le premier me fait don de ruines ; le second fait pousser un arbre. Grâce au premier, je vis dans les ruines ; je rêve en arbre, grâce au second. Les ruines – la virginité (pour mon regard) et la grandeur (pour mes yeux) du passé ; l'arbre – la fécondité des racines, des fleurs et des ombres. | | | | |
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| noblesse | | | Celui qui se cherche cherche un père ; celui qui s'est trouvé cherche un frère ; celui qui est ironique avec son soi connu prodigue et pathétique avec son soi inconnu prodige invente son arbre généalogique descendant. | | | | |
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| noblesse | | | Si l'âme de mon commencement esquissé et l'esprit de la fin extrapolée sont ressentis comme les mêmes organes ou interprètes, j'ai réussi ma conception : la graine conduit à l'arbre, la hauteur dévoile la profondeur, l'amour explique la vie. | | | | |
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| noblesse | | | Une feuille, que ce soit en botanique ou en cognitique, est insertion d'une nouvelle variable dans l'arbre géniteur. En matières humaines, la génétique a le même caractère : l'homme, qui n'émet que des constantes, n'exprime que sa facette commune, appelée les hommes. Pour se rapprocher de la facette surhomme, il doit devenir créateur de variables : « Le commencement de l'homme est le même que celui d'une feuille » - Homère. | | | | |
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| noblesse | | | La pesanteur m’attache à la terre ; la grâce me fait tendre vers le ciel. Celui qui en assure le mieux l’équilibre, c’est l’arbre : « L’arbre est enraciné dans le ciel » - S.Weil. | | | | |
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| noblesse | | | Le christianisme voit trois voies vers la perfection – la purification, l’illumination, l’unification. L’adepte de l’arbre, je ne prône que la dernière cible, puisque, ange au fond de moi-même, je ne cherche aucune pureté extérieure, et porteur d’ombres initiatiques, je n’aspire à aucune lumière définitive. | | | | |
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| noblesse | | | En quoi les ruines sont préférables aux casernes et bureaux ? - parce que l'arbre peut y pousser (« l'amour est comme un arbre, il continue souvent de verdoyer sur un cœur en ruines » - Hugo). De plus, la vue de mon étoile, à travers un toit percé, met les ruines au-dessus même de la tour d'ivoire. | | | | |
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| noblesse | | | Quand tu clames ta grandeur ou marmonnes ta petitesse, tu te retrouveras au juste milieu, aux allures d’une platitude. C’est une franche et audacieuse unification entre l’humilité de ta grandeur et la fierté de ta petitesse que tu maintiendras les chances de garder de la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | L’âme m’éblouit avec la lumière de la beauté, le cœur me fait réjouir des ombres de la caresse, le corps m’apprend les ténèbres de la souffrance, et l’esprit unificateur les place sous l’étoile de la noblesse. | | | | |
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| noblesse | | | L’arbre généalogique de l’aristocrate pousse non pas dans le temps commun, mais dans l’espace, qu’il ne partage avec personne, et dans son arbre, toute racine, tout nœud, toute fleur et toute cime ne sont que commencements individuels. « L’aristocratie ne peut surgir que des commencements » - Berdiaev - « Аристократизм может быть лишь изначальным ». | | | | |
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| noblesse | | | La vie devrait être une alternance des lointains et des proximités, donc des vertiges et des caresses, une rencontre de l’étoile et de l’arbre. « Quand la nef s’approche, la falaise lointaine se dresse en arbres, là même où le Lointain ne voyait rien »** - F.Pessõa. | | | | |
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| noblesse | | | La vie et le rêve, à travers les éléments : la vie est possible grâce à l’eau, l’être de la vie s’éploie sur terre et son devenir se forge par le feu ; le rêve tend vers l’air, et chez les Chinois, l’air est remplacé par l’arbre. | | | | |
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| noblesse | | | La vie est un arbre, dans lequel, à tout instant, les couleurs, les profondeurs, les arômes se fanent en permanence. Le rafraîchissement, artificiel mais vital, provient des greffes de la consolation. « Sur quels arbres poussent les fruits étranges de la consolation ? »** - Rilke - « An welchen Bäumen reifen die fremdartigen Früchte der Tröstung? ». | | | | |
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| noblesse | | | La ligne de partage intellectuelle la plus marquée est celle qui oppose la hauteur à la profondeur, Héraclite à Parménide, le devenir à l'être, Nietzsche à Heidegger, l'arbre, qui fleurit, à l'arbre, qui se ramifie, l'intensité à la densité. Les meilleurs des héraclitéens maîtrisent tout ce que Parménide a à dire ; l'inverse est rarement vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Je me fiche de l'aristocratie du comportement (un troupeau réduit), j'estime celle de l'emportement, celle qui secoue ou crée des arbres généalogiques, qui n'offrent au troupeau ni fruits ni abri ni ombrages. | | | | |
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| noblesse | | | En vraie grandeur, l'arbre s'opposerait au temple ou au musée, et non pas à la pierre ou à la montagne. | | | | |
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| proximité | | | La contigüité se ressent dans les régions des racines, des branches, des fleurs ou des cimes. Les racines, c'est la négation ; les branches - la puissance ; les fleurs - l'exubérance ; les cimes - la hauteur. Chaque contigüité a son charme, sa vulnérabilité, son mystère. C'est le mystère qui devrait être le plus recherché. | | | | |
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| proximité | | | Un autre nom de hauteur est maîtrise du hasard. Le hasard est l'inertie du voisinage. Se méfier même de rencontres altières. Ne communiquer qu'avec l'intouchable. « Que tu aies toujours, dans ton jardin, un arbre interdit, et dans ta vie - quelque chose, que tu t'interdises de toucher »*** - Chesterton - « Always have in your garden a Forbidden tree. Always have in your life something that you may not touch ». | | | | |
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| proximité | | | Moins de faits et de verbes clairs à partager entre nous deux, plus indiciblement nous nous partageons. Les amoureux vivent de substitutions d'obscures inconnues par de lumineux arbres qui : « peuvent nouer leurs ramures et leurs racines pour s'élever et s'approfondir ensemble, pour ciel et terre »**** - Valéry. | | | | |
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| proximité | | | L'espérance, c'est la merveille de cette attente cyclique, inespérée (« Espérant contre toute espérance » - St-Paul), comblée et inexplicable : l'appel d'une fleur, la formation d'un bouquet, la métamorphose en l'arbre, le don de la fleur… | | | | |
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| proximité | | | Le couple, qui ne me séduit guère, Tristan et Iseut, à la recherche d'une fusion. La plus belle proximité est celle de deux arbres inunifiables : je te tends une fleur, tu la mets à ta cime ; je t'entrelace dans mes racines, tu me tends ton fruit… | | | | |
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| proximité | | | Une racine faible commande la fleur, la forte - lui obéit. Des engrais malodorants de l'effort apportent parfois l'arôme d'une floraison effleurée. La fleur est dans le quoi absolu ; sa sagesse et sa raison sont dans le pourquoi relatif des racines et des abeilles. | | | | |
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| proximité | | | Laquelle de mes images est la plus proche de moi ? Celle de mon livre ou celle de ma vie ? Mon arbre ou ma forêt ? Le césar se reconnaissait-il mieux sur son effigie ou dans son fils ? Se reproduire ou se simuler : « Je n'ai jamais été que le simulacre de moi-même » - Pessõa - le moi étant un inconnu sacré, dont on ignore le lieu et la date du sacre, il vaut quelques rites d'artiste ou mythes de théiste. « Je suis encore très loin de moi, mais je veux le devenir ! » - G.Benn - « Ich bin mir noch sehr fern. Aber ich will Ich werden ! ». | | | | |
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| proximité | | | Le monothéisme est un adieu à la forêt, où retentit la panique du grand Pan, et la proclamation du culte de l'Arbre serein, depuis l'Arbre comique de la tentation jusqu'à l'Arbre dramatique de l'expiation. | | | | |
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| proximité | | | Le monde visible crée chez les hommes trois sortes d'arbre : le matérialiste, figé et sans inconnues, l'ignare, aux maigres ramages et aux inconnues aléatoires, l'ouvert, plaçant de subtiles variables dans les meilleures extrémités - pas d'unifications, des unifications chaotiques, des unifications enrichissantes. « Notre vie consiste à unifier la partie visible avec un Être d'en-haut » - J.G.Hamann - « Unser Leben besteht in einer Vereinigung des sichtbaren Theils mit einem höheren Wesen ». | | | | |
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| proximité | | | Se rapprocher de la Nature ou s'en éloigner ? Débat trop vague, puisqu'il y a trois porteurs possibles des déviations (contre l'unicité de l'homme, au-dessus de ses mesures, au-delà de ses valeurs) : le mouton, le robot, l'ange. Le premier profane l'arbre au profit de la forêt ; le deuxième réduit les rythmes aux algorithmes ; le troisième sacrifie le soi connu au soi inconnu. | | | | |
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| proximité | | | Techniquement, la religion se maintient surtout grâce au langage d'outre-tombe qu'emploient les prédicateurs. Et puisque le besoin d'absolu par les moyens du langage, est le souci commun du poète et du philosophe, ils se placent, eux aussi, sur le terrain des croyants. « Si vous essayez d'unifier la poésie et la philosophie, vous n'obtiendrez rien d'autre que la religion » - F.Schlegel - « Versuchet ihr Poesie und Philosophie zu verbinden, und ihr werdet nichts anders erhalten als Religion ». | | | | |
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| proximité | | | Dieu brille surtout par des constantes universelles, physiques, chimiques ou biologiques, et l'homme - par des variables, intellectuelles, artistiques ou sentimentales, qu'il met dans ses requêtes, et qui sont prêtes à s'unifier avec l'arbre divin ou avec celui des autres humains. | | | | |
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| proximité | | | Ne cherche pas Dieu dans ton cœur (qui peut, heureusement, être vide !). « Cœur humain, temple des idoles » - Bossuet. Dieu n'est même pas dans la vie. N'en déplaise aux âmes sensibles, on ne peut L'apercevoir que dans de bons livres, remplis uniquement de commencements : « Livre, qui pousse de tous les côtés à la fois. C'est un arbre »* - J.Renard. | | | | |
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| proximité | | | Pour juger une œuvre d'art, il serait illusoire de la mettre à côté d'un objet créé par Dieu, un arbre ou un papillon, et d'évaluer la distance qui l'en sépare. La création ex nihilo est inaccessible à l'homme ; dans le meilleur des cas, je me vouerai aux commencements, mais l'origine restera hors de ma portée. Trois mesures ascendantes sont à la disposition de mon œil : la géométrie (intelligence), la mécanique (raison), l'âme (mystère) ; et c'est mon regard, si j'en suis capable, qui me rendra humble et fier, face au génie divin. « Je suis dans le commencement, mais l'arbre, c'est Toi »** - Rilke - « Ich bin das Beginnende, du aber bist der Baum » - un commencement poétique aussi est un arbre, et s'il a assez d'inconnues, il pourrait s'unifier avec l'arbre divin. | | | | |
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| proximité | | | Ils s'acharnent à creuser le fond des choses et ils finissent par oublier que « toutes choses ont leurs racines au ciel »** - proverbe chinois. En les cherchant en terre, ils apprennent que « un des sûrs moyens de tuer un arbre est d'en faire voir les racines »*** - J.Joubert. Un pas au-delà des cimes, et je tombe miraculeusement sur les racines ou, mieux, je rencontre « le fruit final de l'arbre, dont nous sommes des feuilles » - Rilke - « die endliche Frucht eines Baumes, dessen Blätter wir sind ». | | | | |
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| proximité | | | Il paraît que le Seigneur, tout en répugnant à devenir chef de cuisine, chauffagiste ou lampiste, déambule au milieu des casseroles, chaudières ou lampes, préférant se faire bouillir, congeler ou électrocuter. L'Arbre de la connaissance y gagne en largeur, la Croix y perd en hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Rien ne dépasse l'arbre en évocations métaphoriques : je plonge dans ses racines pour peindre ses cimes, je me nourris de sa sève pour en chanter les fleurs, j'en attise la soif de lumière, à l'ombre de ses ramages. « Dans l'arbre règnent terre et ciel, divins et mortels » - Heidegger - « Im Baum wallen Erde und Himmel, die Göttlichen und die Sterblichen » - bien que, chez les hommes, les choses se simplifient : le trépas divin s'annonce par tous et partout, la mortalité humaine ne tracasse pas plus que l'usure des transistors, la voix du ciel devient inaudible - il ne reste aux hommes que l'unité de l'Un, de la pauvre terre, c'est à dire de la platitude. | | | | |
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| proximité | | | La vraie humilité apporte la sensation d'une vraie hauteur, celle que fréquentent sinon le bon Dieu, au moins ses anges, elle est l'art de s'abaisser sans descendre. « Dieu n'est pas affaire de théologie, ni de philosophie, ni de savoir, ni de hauteur, mais peut-être d'humilité » - Kierkegaard. Se cacher en profondeur est son autre refuge, où elle est racine de tant d'arbres divins. Rester invisible des hommes, dans les souterrains, et être berceau du regard profond sur la hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Je ne sais pas si Dieu ou mon soi inconnu ont un esprit ; ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont pas de visage ; et c'est ce qui les rend parfaits destinataires de mon écrit, car au lieu des affirmations, il parlera requêtes – arbres ouverts à l'unification suprême. « La question du penseur est la question de l'élève » - Levinas. | | | | |
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| proximité | | | L'arbre du Bien et du Mal devint symbole de la religion chrétienne. La bestiole, qui s'y niche et pullule, est toujours aussi absorbée par la cueillette. Et la vraie croix est de supporter tant de fruits insipides et aseptisés. | | | | |
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| proximité | | | Les premiers protestants (Luther, Th.Müntzer) conçurent la vision la plus intellectuelle de la foi : elle serait l’unification de deux arbres – de l’Ancien et du Nouveau Testaments - avec le troisième, celui du croyant lui-même ! Seulement ils n’évaluèrent ni les différences des lieux de ces variables (racines, troncs, branches, fleurs, fruits, cimes, ombres) ni le nombre de variables qu’exigerait une unification féconde ; l’arbre unifié comporterait davantage de variables que ses sources et n’apporterait donc rien de significativement nouveau. | | | | |
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| proximité | | | Les réponses forment le message aphoristique comme elles forment le message religieux ; mais les secondes sont liées aux questions naïves et universelles, tandis que les premières laissent la liberté de choix de faisceaux de questions personnelles et profondes – des impositions serviles ou des unifications subtiles. | | | | |
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| proximité | | | Dans toutes les requêtes sur les mystères du monde, Dieu n’apparaît qu’en tant qu’un fantôme, une espèce de variable muette, dont les substitutions restent aussi impénétrables, surchargées d’inconnus, pour le requêteur, assemblant des interrogations elliptiques. | | | | |
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| proximité | | | L’arbre sans variables, qu’il soit littéraire, sentimental ou métaphysique, est stérile, dogmatique et équivaut à un tas de branches mortes, reliées par des ficelles. Comment ne pas penser à l’arbre métaphysique de Descartes, ayant pour but principal – une preuve de l’existence de Dieu ! | | | | |
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| proximité | | | Tous les livres sacrés débordent de logorrhées sur le bien et la vérité ; aucune trace du beau. Rien d’étonnant, puisque leurs auteurs s’adressaient aux marchands de tapis, aux chameliers, aux sherpas ou se réfugiaient dans des puits. D’autre part, même le dieu Pan ne laissa aucun hymne à l’arbre, et la déesse Aphrodite ne s’intéressa jamais aux roses ni aux papillons. Tant de guerriers et aucun poète ! | | | | |
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| solitude | | | Je peux être seul sur terre, où je pense et agis, devant le ciel, où je rêve ou prie, dans un souterrain, où je doute ou me confesse. Mes compagnons y sont l'épaule des hommes, le scintillement des astres, le soupir des murs. La vraie solitude : les étoiles, qui s'éteignent, ou les échos, qui se meurent, ou les feuilles, qui se vident. « Que ton arbre soit plein de feuilles, et ton ciel - plein d'étoiles » - Ovide - « Quid folia arboribus, quid pleno sidera caelo ». | | | | |
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| solitude | | | Je veux, que les lieux de communion avec autrui soient une espèce d'inconnues. Et quand autrui l'unifie avec des noms et des dates, je m'en détourne. Je suis prêt à tout partager à condition de m'arrêter à l'unification la plus intangible possible. | | | | |
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| solitude | | | Comment définir le désert ? - l'absence des arbres ? L'impossibilité d'une unification vivifiante, la réduction de tout message au soliloque, l'illusion d'une oasis salvatrice au bout d'un regard, d'une plume, d'un silence. | | | | |
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| solitude | | | Solitude du regard : l'ironie trop haute. Solitude de la hauteur : le souffle trop coupé. Solitude de l'arbre : le climat tantôt trop vernal, tantôt trop automnal, avant l'éclosion de fleurs ou après l'heure des fruits. | | | | |
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| solitude | | | L'épreuve de l'île déserte est utile ; encore faut-il savoir, si j'y deviendrai Robinson, singe ou arbre : l'action, la nature ou le regard. Mais dans le meilleur des cas je deviens île. | | | | |
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| solitude | | | Celui qui se sent héritier de la culture reproduit, banalement, l'arbre ancestral, doté d'insignifiantes greffes. Dans ma déshérence, je donne naissance et vie à tout élément de mon propre arbre, quitte à unifier quelques racines, rameaux ou fleurs avec autrui. Mais toutes ses ombres ne sont qu'à moi. | | | | |
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| solitude | | | Celui qui n'a jamais perdu la moindre racine, ne croit qu'en fruits et est incapable de comprendre le miracle des fleurs. | | | | |
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| solitude | | | L'exil : pas de sève fraîche provenant d'un sol natal. Et c'est bien dans cet état-là qu'on s'imagine de beaux arbres, ce qui est le contenu même de l'art ! | | | | |
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| solitude | | | Sur l'origine citadine et théâtrale de l'anachorèse : on applaudit au tonneau de Diogène et au souterrain de Pythagore, parce qu'ils se trouvent au centre de la cité (et le brave Socrate passe le plus clair de son temps près de l'Agora) – la solitude publique aura un grand avenir ! Le dramaturge devrait ne consulter que le démiurge et savoir recréer l'illusion de la vie, même dans une Caverne de Platon ou, au moins, dans une cabane de Démocrite. Dans l'ordre croissant des idoles de F.Bacon, la caverne précède le théâtre : « tribu, caverne, foire, théâtre » - « Tribe, Cave, Market-Place, Theater ». Même Zarathoustra trahit sa montagne et son arbre, pour s’introduire en forêt et en ville, pour prêcher le surhomme. | | | | |
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| solitude | | | Chercher à échapper à la solitude, c'est fuir la pensée de la mort. Tous les moyens sont bons : avoir le pouvoir de dresser des échafauds, de m'absorber dans des prières, d'écrire un livre, de me fondre dans de beaux yeux, de donner naissance à un arbre ou à une fortune. C'est la perspective la plus égalisatrice, la plus lucide et la plus désespérante. D'où l'intérêt de m'imposer moi-même mon propre et irrévocable exil. Toute échappatoire ne menant que vers moi-même. | | | | |
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| solitude | | | La solitude et l'arbre : elle n'aide ni à le planter, ni à le faire verdoyer, fleurir, fructifier, elle ne m'apprend qu'à en apprécier l'ombre. | | | | |
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| solitude | | | Une vie complète : à l'enseigne de la honte, de la pitié et de l'enthousiasme, inspirés par la noblesse et articulés par l'intelligence. Mais c'est, aujourd'hui, la meilleure recette de la mort complète, de la solitude finale, puisque je deviens arbre cinéraire, étranger pour la forêt laraire : « La forêt ne pleure jamais un arbre mort » - proverbe russe - « Лес по дереву не плачет ». | | | | |
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| solitude | | | Tout compte fait, l'habitat écologiquement le mieux conçu, ce sont les ruines. Qui encore peut inviter l'arbre pour se transpercer, la fleur - pour se colorer, le serpent - pour préserver la fraîcheur ? | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude, pour échapper à la stérilité remuante, il faut se repaître de la méconnaissance de soi (contrainte). Ne pas succomber à la faim de connaissances (moyens) ni à la soif de reconnaissance (but). Être soi-même un arbre : « L'arbre est un produit, dans lequel tout est fin et réciproquement moyen »*** - Kant - « Der Baum ist ein Produkt, in welchem alles Zweck und wechselseitig auch Mittel ist ». | | | | |
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| solitude | | | Doit-on surmonter ou élever sa croix ? Ou les deux à la fois ? La réduire à un arbre, celui qui est au-dessus et hors de toute forêt. | | | | |
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| solitude | | | Pour l'enraciné, défeuiller ou défleurir sont des péripéties saisonnières ; ils ne gardent leur pathos intemporel que pour le déraciné, qui se sent, soudain, dessouché. | | | | |
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| solitude | | | Ils ont raison : tout déracinement est barbare. Mais il nous donne une chance d'être libérés de la basse pesanteur ; aucun enracinement, en revanche, ne se fait dans la hauteur (quoiqu'en pense Platon) ; il se fait en étendue, pour ne pas dire - en platitude : « L'enracinement est le besoin le plus méconnu de l'âme » - S.Weil. Dans la dialectique de la croissance et de la pesanteur, Valéry voyait la grâce de l'arbre. | | | | |
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| solitude | | | L'arbre est la ruine de la forêt ; il est la négation, point par point, de « patrie, asile, berceau, nid et tombe qu'est la forêt » - H.Hesse - « Der Wald war Heimat, Schutzort, Wiege, Nest und Grab » ; il est exil, vulnérabilité, bâtardise, chute et renaissance. | | | | |
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| solitude | | | La voix de l'arbre est profanée par la forêt, dont la nymphe avait pour nom - Écho. L'écho trompeur « Adest ! », à la question « Ecquis adest ? » du crédule Narcisse (« Y a-t-il quelqu'un ? » - « Quelqu'un ! ») le priva de sa salutaire solitude. | | | | |
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| solitude | | | Seule la hauteur préserve la musicalité de la solitude ; toutes les tentatives de l'approfondir ou de l'élargir n'aboutissent qu'au bruit : lorsque je cherche à transformer la solitude d'une île déserte en celle de la mer, la solitude de l'arbre - en celle de la forêt, la solitude des ruines - en celle d'un château en Espagne. | | | | |
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| solitude | | | Ce qu'il y a de vivant en moi a besoin d'attouchement par autrui, pour se maintenir en vie ou pour en entretenir l'illusion ; la solitude est ce qui m'apprend que je porte, dans mes bras, des enfants morts, et qu'il est horrible de continuer à les caresser. « La solitude est une tempête de silence, qui nous arrache toutes nos branches mortes »** - Gibran - « Solitude is a silent storm that breaks down all our dead branches ». | | | | |
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| solitude | | | La forêt moderne finit par se désolidariser d'avec l'arbre et de s'identifier avec le sol commun, dont ses racines font désormais partie ; la dimension verticale perdit l'appel des hautes cimes. | | | | |
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| solitude | | | Il faut choisir entre l'arbre, qui chauffe ton regard, et le bois de chauffage, qui t'obligerait de t'enfoncer dans une forêt, même sur des chemins, qui ne mènent nulle part. Entre la solitude de l'œuvre et la solitude du chemin, je penche pour la première - l'œuvre et non pas le chemin ! (Werke, nicht Wege !) - pour parodier Heidegger - ne serait-ce que pour ne pas quitter mes ruines, cernées par des impasses. | | | | |
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| solitude | | | À défaut d'être un être vivant, avec un corps, une tête et des pieds, un milieu et des extrémités (Platon), le discours doit être un arbre, pour nous parler de climats et de saisons, arbre à une hauteur, qui appelle la solitude et pousse vers l'ironie. Et sa lecture suppose un métabolisme du milieu, la fermeté et la maîtrise des extrémités, la sensibilité du corps et l'arbre requêteur dans la tête, prêt à s'unifier avec l'arbre discoureur. | | | | |
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| solitude | | | Le déracinement semble être la catastrophe de l'arbre la plus irréversible, mais aussi la plus stimulante, pour le réinventer ailleurs, dans ses cimes, sèves ou ombres ; d'étranges recherches généalogiques peuvent également résulter de ce bannissement : « Rentré chez toi, par un ban sans lieu, en lieu de rencontre des dispersés » - Celan - « Heimgekehrt in den unheimlichen Bannstrahl, der die Verstreuten versammelt ». | | | | |
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| solitude | | | La différence entre monologue et soliloque : le premier n'appelle aucune unification avec autrui et ne se transforme jamais en dialogue ; le second est un arbre chargé de points d'interrogation, c'est à dire d'inconnues, ouvertes pour se fusionner avec d'autres arbres. | | | | |
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| solitude | | | La musique me rend exilé de tous les pays, mais la poésie, tel un arbre, m'accueille, et je parviens, à travers ses arômes ou ses ombres, à embrasser son sol, même si je m'égare dans ses racines et m'embrouille dans ses voiles. La poésie est patrie des déracinés et terre promise des désancrés. | | | | |
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| solitude | | | Le devenir ne m'ouvre pas à l'avenir ; le monde entama sa descente vers la platitude finale, où je ne me veux aucune place. Mes aboutissements, comme mes commencements, mon énergie, comme mes ressources, sont installés dans le passé, où je trouve et de bonnes oreilles et de vraies unifications et de beaux enterrements ; mon devenir ressemble étrangement à mon être. | | | | |
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| solitude | | | Un solitaire est celui qui de toute rencontre avec le monde retient une nouvelle unification de son arbre unique et primordial, avec des cimes rehaussées, racines approfondies ou ombres intensifiées ; l'homme du troupeau s'en retrouve dans une forêt encore plus épaisse et vaste. | | | | |
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| solitude | | | Je peux peindre soit la forêt soit l'arbre, et je peux même ignorer quelle est l'origine de mes couleurs, dans l'espèce ou dans le genre, mais je dois peindre a cappella, ma voix doit toujours être celle de l'arbre non accompagné. « Nul homme n'est une île, tout homme a son continent » - J.Donne - « No man is an island, every man is a part of the main » - mais dans ta bouteille de détresse je veux découvrir un chant insulaire, une féerie, et non pas un récit protocolaire d'une scierie. | | | | |
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| solitude | | | Dans le déracinement, ce n'est pas l'absence de racines qui est visée, mais le détachement d'un sol trop bas, commun et lourd. L'exil doit imprégner jusqu'à mes cimes. | | | | |
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| solitude | | | Il faut élaguer ta vie comme l'arbre de courte venue : elle en perdra en hauteur visible, on la verra de moins loin, mais elle gagnera en profondeur des racines, en ampleur des ombres, en nouvelles hauteurs ouvertes vers le ciel. Mais pas trop de zèle, pour ne pas arriver à la ruine de l'arbre, à une souche. | | | | |
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| solitude | | | On reconnaît un grand esprit par la facilité de rapporter ses discours à une poignée d'idées, voire à une seule. Heidegger n'a pas tort : « Le penseur né est prédestiné à se limiter à une seule idée » - « Die gezeichneten Denker sind bestimmt, einen einzigen Gedanken zu denken ». Ou bien les idées se rangent en troupeau, ce danger des fleurs, de l'edelweiss du mot isolé ou du lys d'un pur bouquet. Ou bien elles se transcendent pour donner vie à une seule idée générique. « Sur un même arbre ne poussent jamais deux sortes de fleurs » - proverbe chinois. | | | | |
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| solitude | | | J'hésite entre vivre comme un arbre solitaire ou comme une forêt fraternelle. Il faut que mon arbre ait beaucoup d'inconnues, tendues vers l'unification avec ses frères. L'ennui, c'est l'immensité du désert, qui me sépare du frère le plus proche. Deux éléments me lient à la forêt - l'eau et la terre -, mais je suis arbre en vertu des deux autres - l'air de ma liberté et le feu de mes immolations ou sacrifices. | | | | |
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| solitude | | | Mon écrit est un arbre-réponse, mais l'une des jouissances consiste à en reconstituer l'arbre-requêteur, avec un maximum d'inconnues. Et la solitude a cet avantage d'élaguer celui-ci, en en enlevant les constantes les plus communes et en le décorant de mes propres variables : « La solitude, c'est la mise à nu de toutes les réponses et la mise en clarté de tous les chagrins » - Berbérova - « Одиночество - обнажение всех ответов и разрешение всех скорбей ». | | | | |
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| solitude | | | Une raison de plus pour m'attacher à l'image de l'arbre : je voudrais, qu'on me découvrît comme un arbre inconnu, hors toute forêt, sans conception traçable (comme chez les éléments physiques ou espèces d'insectes), avec la certitude des racines, l'angoisse des cimes, l'espérance des fleurs, la fraîcheur des ramages, la résignation de finir, un bon matin, en feu de cheminée ou en bûcher de Phénix. | | | | |
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| solitude | | | La solitude aide les cimes à ne pas oublier le ciel, et les racines - à rester en contact avec l'essentiel. Mais le reste de ton arbre en pâtit… | | | | |
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| solitude | | | Les musiques et les esprits de deux solitudes, s’entre-pénétrant et s'unifiant – voilà une belle image d'arbres : Ce sont la musique et l'esprit qui munissent l'arbre monologique de variables dialogiques, pour qu'il puisse s'unir avec un regard ou un visage, c'est à dire avec un autre arbre. Une analogie érotique nous mènerait même jusqu'à l'accouplement (Paarung) husserlien comme symbole de l'unification heureuse. | | | | |
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| solitude | | | Sur les routes, où serait tombée la graine de la parole divine, ce ne sont plus des oiseaux qui menaceraient la bonne pousse, mais le poids exorbitant de nos transports, comparé avec nos âmes, de plus en plus impondérables, sans état d'ivresse. L'alternative de la circulation est l'arbre, où le fruit est dû autant à la fleur de mon regard qu'à la racine du verbe des autres. | | | | |
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| solitude | | | Un bon livre, c'est la naissance d'un arbre solitaire, avec ses racines héritées, ses propres fleurs et ses ombres accueillantes ; il promet une musique d'unification, de communion, de fraternité ; son regard me fait fermer les yeux. Un mauvais livre reproduit le bruit de la forêt commune, ses mesures mécaniques ; il me promène sur des sentiers battus, en tant que touriste, badaud ou voyeur. | | | | |
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| solitude | | | Ce que j'aimerais adresser au monde est un arbre, de requêtes, de prières ou de doutes, arbre plein d'inconnues. Celles-ci se lient aux valeurs communes, si je suis immergé en multitude ; j'y perds en mystère et gagne en transparence. « La forêt, vue de près, est un mystère déchiffré : l'arbre devient plus intéressant à mesure que la pensée s'y abîme »** - Kierkegaard. | | | | |
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| solitude | | | Aujourd'hui, même dans les sous-sols et les cavernes (de Dostoïevsky et de Platon) s'installe le souci des casernes ou des salles-machine. Il reste le ciel, qui n'est jamais collectif, et où j'ai encore une chance d'avoir ma cellule ou mon étoile bien à moi. Mais, pour y accéder, je dois prouver ma parenté avec les astres. Le malheur du solitaire est qu'il est « étranger sur terre et dans le ciel » - Lermontov - « чужд всему - земле и небесам ». La solitude, c'est aussi le dépérissement de mon arbre généalogique. | | | | |
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| solitude | | | Rien de moderne dans mes outils, mes buts, mes enthousiasmes. Seulement quelques contraintes : éviter le robot, me méfier des belles idées, fuir l'horizontalité. L'arbre et non pas la forêt – le fond de mes projections ; la formule et non pas le tableau – la forme. Et mes ruines, je ne les entretiens pas, je les érige, telles Modernes Catacombes (R.Debray). Dans les catacombes, s'unissent les solidaires ; dans les ruines, s'unifient les solitaires. | | | | |
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| solitude | | | Plus on est conscient de l'Éden solitaire de notre âme, plus impénétrable et captivante devient la jungle tribale de notre esprit. « Dans nos jardins, se préparent des forêts » - R.Char. L'âme contemple et engendre l'arbre, l'esprit l'unifie, propage et relie. | | | | |
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| solitude | | | La gamme complète de la solitude céleste comprend trois registres, associés aux trois métaphores terrestres : la forêt, la montagne, la mer – des regards à hauteur d'arbre, des regards de gouffres, des regards entre l'étoile et la bouteille de détresse, au fond des vagues, – des vagabonds, des anachorètes, des chantres. Trois paysages différents, que mes saisons musicales doivent savoir harmoniser. | | | | |
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| solitude | | | Le monde de mon enfance n'était pas fait par l'homme ; y régnaient l'arbre et l'ours. Les manifestations humaines n'y furent que l'horreur et la hideur. « Ce sont des ours façonnés qui me font regretter les ours bruts » - Custine. Appartenir à ce monde énigmatique me remplissait d'une joie diurne, humble et pieuse. Depuis, je vis dans un monde, fait exclusivement par l'homme civilisé, au goût irréprochable, dans la transparence et la gentillesse ; l'arbre y céda sa place à la forêt et, ensuite, au parc ; l'orgueil et l'incroyance s'insinuent dans mes intranquillités mécaniques, pour mieux souligner mon inappartenance à ce monde. | | | | |
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| solitude | | | L'entente résulte d'une unification réussie. Les hommes s'entendent si bien à cause de l'identité banale de leurs arbres, partout chargés de constantes, même ex radice et ex summitate. L'unification féconde a lieu lorsque deux arbres très différents comportent des inconnues aux lieux les plus vitaux, tels que les fleurs ou les ombres. Et la solitude est le meilleur fabricant de variables. | | | | |
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| solitude | | | Ce qui fut la première matière de la vie ou de l'art - couleurs, musique ou arbre - devint de la matière première pour les adeptes de la mécanique. Quand au meublé on préfère les ruines, à la scie radicale - l'unification vitale, on aime l'arbre, qui, à défaut de s'offrir à la vue des autres, me munira de mon propre regard, aux racines profondes et cimes hautes. L'arbre est ma contrainte, plus précieuse que les buts, avec lesquels il finira par s'unifier. | | | | |
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| solitude | | | Plus je m'égare dans la forêt, plus je ressemble à un arbre, qui cherche son salut, en se faufilant vers le ciel. | | | | |
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| solitude | | | On peut s'unifier avec le monde par tous les éléments de l'arbre, il suffit de savoir placer ses propres inconnues aux feuilles, fleurs ou cimes. Être seulement déraciné ne te prive pas de cette joie, contrairement à ce que pense Berbérova : « Le déracinement est un malheur de l'homme, pas assez mûr pour s'unifier avec le monde » - « Отщепенство есть несчастье человека, не дозревшего до умения слиться с миром ». | | | | |
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| solitude | | | Le mot désert a plus d'acceptions divergentes que l'arbre ; la lamentation sur le vide croissant, vide désertique d'idées, d'intelligence ou d'idéaux, est la lecture la plus courante et bête. Le désert décroît. Surtout à cause de l'incapacité de voir ou de provoquer des mirages et de la rationalisation et de la collectivisation des caravanes solitaires de rêves. « Malheur à celui qui porte en soi des déserts » - Nietzsche - « Weh dem, der Wüsten birgt », car il mourra de soif, faute d'oasis. | | | | |
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| solitude | | | La jeunesse : l'enracinement dans une culture, l'engagement dans des actions. La maturité : le déracinement, l'arbre quittant la forêt et abandonnant les racines pour s'identifier avec les cimes ; le dégagement, se détacher des buts, se libérer des choses, se consacrer aux chemins d'accès initiatiques, aux commencements. | | | | |
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| solitude | | | Mon enfance : de vrais châteaux de glace et une forêt, transformée en océan par des eaux printanières, avec des atolls d'arbres, avec, à leurs pieds, quelques lièvres ou primevères, sauvés et cueillis dans une barque. Aujourd'hui : des châteaux en Espagne, châteaux de grâce, et un arbre, secoué par le frimas automnal, au milieu des singes, nageant mieux que moi, et des bouquets aux fleurs absentes. Je ne peux plus compter que sur mon étoile : « Du paradis, il nous restent trois choses : l'étoile, la fleur et l'enfance » - Dante - « Tre cose ci sono rimaste del paradiso : le stelle, i fiori e i bambini ». | | | | |
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| solitude | | | Dans la solitude, derrière les barreaux de sa cage, tu peux charger ton arbre d’inconnues, tournées vers ton désert et non pas vers le jardin des autres ; et tes fleurs doivent fuir tous les bouquets. Évite les cellules collectives : « Tantôt la fleur, tantôt le jardinier, et jamais seul au train caravanier » - Mandelstam - « Я и садовник, я же и цветок, в темнице мира я не одинок ». | | | | |
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| solitude | | | On nous terrorise avec les images d’un océan de pensées ou d’une forêt de faits, dans lesquels nous sommes condamnés à nous égarer. Celui qui cultive son arbre unique, suffisamment profond, et ne se préoccupe que de sa propre source, suffisamment haute, il se moque de cette terreur grégaire. | | | | |
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| solitude | | | Pourquoi vénérer un arbre solitaire ? - pour l’épreuve par le vent, pour la profondeur de ses racines, pour la sève dans ses branches et dans ses fruits, pour l’exubérance de ses fleurs, pour l’ombre qu’il offre aux martyres de la lumière, pour la hauteur de ses canopées mouvantes. Enfin, il possède aussi sa belle capacité d’unification avec ses confrères, ce qui engendre de ténébreuses forêts, refuges des solitaires, comme le sont les montagnes immobiles et la mer agitée. | | | | |
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| solitude | | | Tant de choses se partagent : les mots, les idées, les goûts, puisqu’on peut les transformer en arbres à variables, ouverts aux unifications. Mais la solitude ne se partage pas ; elle se hérisse de constantes irremplaçables, irreproductibles, irréconciliables. L’idéal : deux solitudes, créant une troisième que celles-là nourrissent. | | | | |
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| solitude | | | Dans le futur, tu n’es qu’une souche inerte, dans un noir sans la moindre étincelle ; dans le présent, tu es partie interchangeable d’une forêt monolithique ; dans le passé tu peux être auteur de racines, de fleurs, de sèves d’un arbre ou d’une forêt, peuplant tes souvenirs ; être hors du temps, c’est t’occuper de canopées, d’élans, de rêves. | | | | |
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| solitude | | | Ta solitude, en tant qu’un état d’âme, ressemble à la foi chrétienne, puisqu’elle se présente en vague trinité : un arbre, tendant ses inconnues aux forêts indifférentes ; un désert, dont tu es le seul à voir les mirages ; une montagne, dont la hauteur égalise les choses, les images, les pensées. Le mystère, le problème, la solution – ces hypostases, sachant inverser leurs rôles. | | | | |
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| solitude | | | Le cœur est un grand muet dans le domaine des actes ; l’esprit est un grand sourd dans le domaine des émotions ; seule l’âme, dans le domaine de l’art, peut exprimer ses états, qui peuvent être communs : « La forêt est un état d’âme » - Bachelard – ou personnels, où ils ne sont qu’un arbre solitaire. | | | | |
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| solitude | | | Ils veulent se présenter comme arbres à part, avec leurs propres racines, ramages, sèves, fleurs et fruits, mais leur langue de bois ne me fait sentir que l’agitation affairée d’une forêt homogène, avant son abattage. | | | | |
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| solitude | | | C’est par un souffle d’inspirations que tu communiqueras avec l’arbre de vie solitaire ; évite d’être « interlocuteur des arbres et du vent » - Hugo – qui sont toujours communs. | | | | |
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| solitude | | | Dans aucun pays je n’ai planté mes racines ; mais il y en a eu trois, où je me réfugiais dans leurs canopées. | | | | |
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| souffrance | | | L'épais désespoir est plus fécond que la fine espérance, mais évite de le mettre en lumière et sers-t'en comme d'une racine cachée, amenant de la vie aux branches joyeuses de ton arbre : « Une vitalité du désespoir, une racine vivace, qui nourrit ces branches » - Byron - « A very life in our dispair, a quick root which feeds these branches ». | | | | |
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| souffrance | | | L'arbre dépourvu de feuilles à unifier devient symbole de la mort : « Cet arbre sombre, le cyprès, portant le deuil de ce qu'il ombrage » - Byron - « The cypress droops to death, dark tree, the only constant mourner » - mais, ayant perdu en étendue et même en profondeur, il reste symbole de la hauteur, où s'unifient des cimes et non plus des feuilles. | | | | |
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| souffrance | | | Arrivé au stade extatique de tout ce qui est beau ou grand, on a des raisons d'égale justesse pour se dire bienheureux ou bien prêt à se pendre, question de goût ou de style ; Cioran vote pour la seconde issue, la plus facile, Nietzsche - pour la première, plus ardue, et moi, je n'exclus ni l'une ni l'autre, j'en cherche des unifications. Encore faut-il savoir atteindre une extase. | | | | |
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| souffrance | | | La science s'occupe de ce qui admet des solutions ; c'est autour de la langue et de la souffrance que se concentrent des problèmes, où toute solution reste illusoire et provisoire ; et ce sont ces deux domaines qui se livrent à la bonne philosophie, délivrant des métaphores et des consolations. Ce n'est pas le vrai que la philosophie y trouve, mais le bon et le beau. Ceux qui ne le comprennent pas diront avec Galilée : « Je préfère trouver le vrai d'une petite chose, plutôt que disserter des grands systèmes sans fondement » - « Preferisco trovare il vero di una cosa minima che dissertare dei massimi sistemi senza fondamenti » - les grandes choses valent par leurs cimes, les petites se contentent des racines. | | | | |
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| souffrance | | | Les plus impressionnants des triomphes ne se font pas à l'ombre des épées, mais en clarté des massues ; regardez Héraclès et Zarathoustra, profanateurs de l'arbre, que sanctifièrent les défaites du Christ et de Manès. Aimer l'arbre, où l'on expire : « J'aimais ma mort, j'aimais ma faiblesse » - St-Augustin - « Amavi perire, amavi defectum meum ». | | | | |
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| souffrance | | | L'arbre a partie liée avec la défaite : voyez Poséidon, dieu titulaire de l'arbre, protecteur de la malheureuse Troie, parquant sa descendance en Atlantide, engloutie dans l'oubli des hommes. | | | | |
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| souffrance | | | L'arbre de douleur, plus que la montagne ou le ciel, fait comprendre la verticalité : avec la douleur aux racines et le bonheur aux fleurs, on a les yeux orientés vers la hauteur. | | | | |
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| souffrance | | | La consolation, que je cherche, n’est pas dans la vie. Elle n’est même pas dans l’arbre de vie, avec son grain, ses fleurs et ses fruits – elle est avec ses ombres - la mémoire atemporelle, le rêve, l’élan des ailes pliées. | | | | |
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| souffrance | | | Toute philosophie qui parte de la mort acceptée (de la tienne ou de celle des autres) est une philosophie des robots. Comme la philosophie des moutons mûrit à partir de la paix d'âme. L'horreur de l'esprit et l'intranquillité de l'âme sont les préconditions d'une haute philosophie, qui est réconciliation ou unification : dans la consolation qu'elle apporte à un corps qui souffre ou dans la musique qu'elle crée entre réalité, concepts et langage. | | | | |
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| souffrance | | | La tragédie, comme l’entendent tous les écrivains d’avant Tchékhov, est celle de l’arbre, qu’abattent des hommes impitoyables. Mais la vraie tragédie est celle de la floraison de cet arbre. « Le pressentiment tragique, qu’au pic de la floraison, il ne se produira aucune nouvelle et noble croissance »** - H.Hesse - « Die traurigmachende Ahnung, daß in einer Hochblüte ein edles Wachstum sich nicht erneut » - la noble fleur, perdant, fatalement, sa première noblesse. | | | | |
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| souffrance | | | L'enthousiasme peut aller de pair avec l'avis le plus désespéré, que j'aie du monde (« Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre » - Camus), car la meilleure source de mes élans peut se trouver tout entière en moi-même, à l'intérieur de mon regard. Quel enthousiaste de la chose funèbre que Cioran ! Comme le furent Pascal et Kierkegaard. L'espérance ou la désespérance ne brillent qu'aux cimes ! Et sont vouées à la platitude dès qu'elles visent la profondeur. La philosophie devrait se consacrer à donner le goût des cimes, tout en touchant aux profondeurs avec ses racines. | | | | |
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| souffrance | | | L'exil, c'est l'arbre me résumant, devenu déficient. Dans le cas de défaillance le plus fécond, je suis un déraciné de cimes. « Dell'albero che vive della cima »** - Dante. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance rend plus sensible aux fleurs qu'aux légumes : « la rose solitaire que plante le désespoir » - Byron - « a single rose, planted by Despair ». La rose solitaire, pour laquelle on ne peut pas mourir (Saint Exupéry). La rose à bonne mémoire (qui « n'a jamais vu la mort d'un jardinier ») de Fontenelle. La rose est un jardin, où se cachent les arbres, « l'espace d'un matin » - Malherbe. Pour ne pas avancer la tristesse du soir, « cueillez, la belle, des roses » - Virgile - « collige, virgo, rosas »… | | | | |
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| souffrance | | | Je vois mon écriture comme abri d'un rêve agonisant ; j'aboutis à l'architecture des ruines comme seul cadre pas trop étouffant ; et, en fin de parcours, j'apprends, que même les ruines pourront être reluquées comme une marchandise. Comme le devinrent la montagne et l'arbre, après la tour d'ivoire. | | | | |
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| souffrance | | | Même dans la mort il faut imiter l'arbre : mourir debout (« stantem mori » - Suétone), et continuer à projeter des ombres, à tendre vers le ciel et à s'accrocher aux racines. | | | | |
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| souffrance | | | La maturité : ma chaude sève traitée en engrais ; mes feuilles mortes ramassées avec des ordures ; mes racines dévorées par des pourceaux ; ma dure écorce livrée aux termites. Pour mûrir, il faut durcir ou pourrir. Mes fruits surgissant aux endroits, inconnus de mes fleurs. | | | | |
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| souffrance | | | La noblesse d'un esprit se reconnaît par la présence et l'intensité, dans son regard ou dans ses actes, de l'axe, allant de l'évidence du désespoir à la difficulté de l'espérance. Les faibles s'égarent dans la forêt désespérante, et les forts se retrouvent dans l'arbre consolateur. L'intelligence justifie la présence, et le talent apporte l'intensité. | | | | |
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| souffrance | | | J'étouffe en ce monde, car dans ses souterrains ne se cache plus aucune vraie souffrance et sur ses toits ne retentit plus aucune vraie prière. J'étouffe au milieu de leurs fenêtres et portes, alcôves et salles-machines. La vraie souffrance, je ne la dois qu'à moi-même : « Les épines que j'ai cueillies sont celles de l'arbre que j'ai planté »* - Byron - « The thorns which I have reap'd are of the tree I planted ». | | | | |
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| souffrance | | | Les mêmes angoisses guettent tout mortel ; chacun cherche sa consolation, en fonction de ses talents, de son intelligence, de la hauteur de son regard. Fonctionnellement, le créateur n'y est pas très différent de celui qui plante un arbre ou une progéniture. Tous réussissent leurs débuts, tous échouent au final. Ne te fais pas trop d'illusions la-dessus : « La création, voilà ce qui délivre de la souffrance et rend la vie - légère » - Nietzsche - « Schaffen - das ist die große Erlösung vom Leiden, und des Lebens Leichtwerden ». On est créateur, si l'on s'occupe de l'arbre entier de la vie : de ses racines, de ses fleurs et de ses ombres, en y plaçant des inconnues, sources des lumières initiales et des ténèbres finales. | | | | |
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| souffrance | | | L'arbre de vie, réduit aux seuls tronc, branches et sève (Lulle), est juste bon pour représenter un tout-à-l'égout. Que faire des fleurs et surtout des feuilles mortes ? Le corail de Darwin n'en rendait pas compte, en tirant vers la profondeur ce dont la raison pourtant fut dans la hauteur. L'arbre du savoir ne mène qu'aux vastes forums ou à la forêt profonde ; j'aime surtout l'arbre de l'homme solitaire, à hauteur de ses ruines. « Dans l'arbre de vie tout n'est que douleur » - K.Léontiev - « Всё болит у древа жизни ». | | | | |
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| souffrance | | | L'intérêt thérapeutique de l'arbre : si je perds ma fleur, je donnerais vie à ma souffrance muette, en m'attachant aux racines ou aux cimes, témoins de mes couleurs. | | | | |
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| souffrance | | | La vie est brève et fluide, la mort est éternelle et constante. L'arbre de vie, qui perdrait toutes ses variables, rejoindrait le royaume de la mort. Il faut être spinoziste, c'est à dire un sot, pour croire, que « notre Béatitude ou notre Liberté consiste dans l'Amour constant et éternel » - « nostra beatitudo seu libertas consistit in constanti et æterno erga Deum amore » | | | | |
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| souffrance | | | La réconciliation hégélienne, fondée sur la négation à surmonter, est totalement bête, puisque les contraires ne s'unifient jamais non seulement dans le monde spirituel, mais même dans le monde matériel. Toute idée est un arbre ; s'il est ouvert à l'échange dans un monde fraternel, il s'unifiera avec un arbre-frère, et l'arbre résultant s'offrirait aux inconnues nouvelles et aux nouvelles unifications ; s'il est au milieu d'un désert, il faudrait lui chercher une consolation qui adoucirait son agonie. | | | | |
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| souffrance | | | Je me distingue par le bonheur que je crée, plus que par le malheur que je subis. Il faut donc m’attarder plus sur mes chants que sur mes pleurs. Les seules souffrances, qui méritent ma consolation, sont presque imaginaires, puisqu’elles se produisent entre une réalité unifiante et une sensibilité inimitable, et où la seconde finit par succomber. Le bonheur est une consolation, triomphante et éphémère. | | | | |
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| souffrance | | | D'un naïf, on cherche à arracher un sourire, et d'un artiste - une larme. Dans les deux cas - l'accroissement d'ambigüités ou d'inconnues de ton arbre. Quand on manie de belles variables, on peut s'attendre à de belles substitutions. Ceux qui ne manient que les constantes, les '+' et les '-', ne méritent ni rires ni pleurs. | | | | |
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| souffrance | | | Une belle mélancolie accompagne plus souvent les fleurs qui montent que les feuilles qui tombent. | | | | |
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| souffrance | | | L’arbre de vie dans ton imaginaire tragique : dans la jeunesse – une cécité face à tes racines, une floraison dans ton intérieur, les fruits poussant à l’extérieur et consommés pour entretenir la vie réelle et obscurcir des souvenirs de tes fleurs, de tes rêves éphémères. La consolation : devant tes yeux fermés – résurrection des pétales. | | | | |
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| souffrance | | | Seuls les plus obtus des philosophes, les spinozistes, promettent de la joie, qui consisterait en connaissances. Dans l'insipide jungle moderne, l'Ecclésiaste bureautisé déracina toute libido sciendi, toujours solitaire, tandis que le nom même d'Ecclésiaste désigne celui qui prêche à la foule. On a beau placer son Golgotha au milieu du jardin d'Éden, - la croix ou le pommier - c'est la rencontre des crânes et le divorce des désirs. Dans l'arbre du rêve, le savoir est ce qui en soude les branches ; la douleur - ce qui amène la sève et colorie les fleurs. Tout ce qui n'est pas tenté par la hauteur d'arbre est teinté de platitude. | | | | |
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| vérité | | | Il y a tant de remontées mécaniques, vers des crêtes des vérités bien balisées, que je préfère vivre mon vertige au pied de l'arbre chargé de rêves hors pistes. | | | | |
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| vérité | | | La distance entre le vrai et le faux peut se mesurer en unités lexicales, syntaxiques, sémantiques ou pragmatiques. Plus on la réduit à la lettre (au lexique donc), plus on a de l'esprit. Une vérité est belle, lorsqu'elle résiste aux substitutions congruentes, radicales et délicates, de ses termes. Gödel montra une belle différence entre ce qui est sémantiquement vrai et ce qui est syntaxiquement démontrable, tandis qu'en Intelligence Artificielle les deux sont équivalents. | | | | |
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| vérité | | | Le mot idée renvoie soit à la requête (intentions, hypothèses, références), soit à la réponse (constat de substitutions et de liens). Entre ces deux lieux de pensée incommensurables se glisse la vérité, précédant le second et succédant au premier. | | | | |
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| vérité | | | Qu'est-ce qu'une idée ? Une requête syntaxiquement correcte dans un langage ; son analyse sémantique dans le contexte d'un modèle ; sa valeur de vérité ; des substitutions (objets) de ses variables ; des images et des désirs, qui s'en forment dans le locuteur, se tournant vers la réalité modélisée. Il n'y a aucune place à cette fumeuse adéquation de l'idée et de la chose. Aucun isomorphisme n'est pensable entre le langage et le modèle, ou entre le modèle et la réalité. | | | | |
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| vérité | | | Tant de sophismes n'auraient jamais vu le jour, si la manipulation de la négation n'avait pas été si malaisée : Platon, incapable de nier une relation ternaire (par ex., ressemblance dans son Parménide) ; Shakespeare (« Nothing is but what is not »), ne distinguant l'universel d'avec l'existentiel ; Kant se ridiculisant avec froid et obscur en tant que des négations de chaud et de lumineux ; Hegel, confondant la complémentaire et la négation (tout comme Jankelevitch : « La négation exprime une altérité, mais non point un néant ») ; Le plus lucide est peut-être Sartre, faisant de variables rien et personne des instances de néant. | | | | |
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| vérité | | | C'est seulement aux questions sans intérêt, où règnent le pensif et le constatif, qu'on ne peut répondre que par un oui ou un non. Plus la question appelle de substitutions, plus le oui et le non s'équilibrent, dans leurs chances d'emporter la mise. L'esprit ironique consiste à donner un coup de pouce au perdant. | | | | |
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| vérité | | | Le vrai est toujours logé dans un univers clos, et la création est modification de l'univers, donc – défi explicite au vrai ancien et naissance implicite du vrai nouveau. Le vrai, contrairement au beau, ne demande ni volonté ni intelligence internes ; il est produit collatéral et secondaire d'une volonté de la création externe. « Volonté du vrai - c'est l'impuissance dans la volonté de créer »*** - Nietzsche - « Wille zur Wahrheit - die Ohnmacht im Willen zur Schaffung ». Le créateur produit des images, qui forment un arbre requêteur, et que l'observateur unifie avec son propre monde, l'unification devenue possible grâce à l'adaptation au nouveau langage et à la vérité établie, fugitivement et mécaniquement, de la proposition. | | | | |
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| vérité | | | Toute requête est un jugement d'un sujet, celui-ci ayant sa représentation du contexte. Cette requête est transformée en proposition par le sujet-interprète, ayant lui aussi une représentation du même contexte. Si les sujets mêmes figurent dans les représentations, l'acte de croyance devient acte de vérité ; on n'a besoin d'aucune théorie du jugement, la logique suffit. Le sujet est une constellation de mondes hypothétiques, absorbant des arbres apophantiques. | | | | |
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| vérité | | | Comment naissent des vérités sur la réalité ? Toute vérité (préalable) résulte d'une démonstration de propositions ; toute proposition est formulée en un langage ; tout langage se construit au-dessus d'un modèle ; tout modèle se fonde sur le libre arbitre des concepts modélisés ; toute démonstration engendre des substitutions ; le sens des substitutions résulte de la confrontation avec la réalité ; l'analyse du sens valide le modèle (ou l'invalide, en obligeant à le revoir) et permet de proclamer la vérité du modèle en tant que vérité de la réalité. Il n'est pas un seul exemple de vérité réelle immédiate. | | | | |
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| vérité | | | La vérité (aléthéia) doit, en effet, être arrachée à la réalité (représentation, requête, interprétation, sens - les étapes d'arrachement : conceptuelle, langagière, logique, métaphysique) : « La vérité est arrachement en mode de dévoilement » - Heidegger - « Wahrheit bedeutet das einer Verborgenheit Abgerungene » ; seulement, je ne vois pas de place pour dissimulation ou voiles : aucun jeu de dés de la part du Créateur. Ce n'est pas un dévoilement, mais une unification d'arbres, c'est à dire une substitution d'inconnues réciproques (qui ne sont jamais des voiles, mais des places vides) par des valeurs, qui est le pas décisif vers le surgissement de la vérité. | | | | |
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| vérité | | | La signification (d'une référence, d'une phrase, d'un énoncé) est l'unification de l'arbre de la requête avec l'arbre interprétatif ; dans le cas le plus simple, la signification naît de la substitution des variables par des constantes (l'ami de l'inventeur de la relativité devenant l'ami d'Einstein ou même Planck). | | | | |
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| vérité | | | L'artiste s'attaque aux « X serait vrai ? ! » résistants et les cisèle avec le goût aigu des « Est-ce beau ? ». Le sot traîne des « X est beau ! » malléables et les fige et dévitalise avec un « Est-ce vrai ? » banal et sans tranchant. | | | | |
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| vérité | | | Même l'arbre pousserait en suivant des syllogismes (Hegel). « Il n'y a que Dieu qui sache comment le syllogisme s'exécute en nous » - Diderot. Même le Verbe se laisse définir par une grammaire (générative, transformationnelle ou de ré-Écriture !). C'est pourquoi je dédaigne l'arbre des saisons, pour me réfugier dans l'arbre du climat. | | | | |
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| vérité | | | Le champ des vérités se crée par le langage, c'est à dire par des concepts ou par des mots, tous les deux ne quittant pas des yeux la réalité, où n'est présente que l'indicible et inconcevable vérité de Dieu. Donc, il est trivial de dire, que « la vérité aussi s'invente » - Machado - « también la verdad se inventa ». - elle est toujours une invention de notre esprit. Et elle s'écroule (dans un nouveau langage) aussi naturellement que le mensonge (dans le langage courant). Il suffit de la secouer avec quelques nouvelles variables endiablées. | | | | |
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| vérité | | | Les étapes de la dévaluation des vérités : très vite, je ne vibre plus à l'évocation des vérités immortelles des autres, de celles qui sont ou de celles qui se donnent ; ensuite, je m'ennuie avec mes propres vérités mortelles, avec celles que je conçois ou avec celles que je crée. Aux certitudes et aux finalités des réseaux je préférerai mon arbre d'incertitudes et de commencements. | | | | |
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| vérité | | | Le but est une belle phrase-arbre, habillée d'étincelantes inconnues-idées. Et le chemin, ce sont des mises à nu, de savantes substitutions naissant au bout de nos doigts ingénus et fébriles. « Le tableau est fini, quand il a effacé l'idée »** - G.Braque. | | | | |
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| vérité | | | L'herméneutique cherche à unifier deux textes, c'est à dire deux arbres, par substitutions ; le résultat, ce n'est pas une équivalence, mais un enrichissement, par ramifications, de chacun des arbres. Dans le meilleur des cas, ton arbre s'unifie avec celui de ton pair, ton adversaire ou ton maître, pour aboutir à une vérité plus haute. | | | | |
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| vérité | | | Tous les combats sont infâmes, y compris ceux, où l'on exhibe des vérités ou des idées, pour lesquelles on veuille vivre ou mourir. Des troupeaux et des machines les trouvent encore plus sûrement, et ce, sans appel aux emphases, sabres ou angoisses. Bien qu'une noble mort soit plus fréquente qu'une vie noble, mourir pour une idée est encore plus niais que mourir pour une oie ou pour une loi. La vie ne doit aboutir qu'à un arbre ; la mort est déjà une souche. | | | | |
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| vérité | | | Le mensonge prometteur commence par une entorse au langage courant et par une annonce des grammaires nouvelles ; c'est à moi d'en fabriquer le discours fondateur : enraciner le nouveau verbe et traduire la promesse des fleurs en fruits, les deux - éphémères dans le temps et impérissables dans l'espace. | | | | |
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| vérité | | | Le terme de dévoilement ne convient pas du tout pour désigner le processus d'accès à la vérité ; les variables unifiées, ces jalons élémentaires du cheminement vers la vérité, ne sont nullement voilées, elles sont parfaitement transparentes. C'est plutôt la musique qui se dévoile : elle met en pleine lumière même les obscurités les plus impénétrables. | | | | |
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| vérité | | | Toute sagesse devrait être d'ordre cynique : ne pas se laisser envahir par la vérité, toujours laisser quelques échappatoires mystiques aux fantômes ironiques. L'homme de l'arbre, l'homme du climat savent, à la lumière du jour, transformer le fantôme en saisonnier zélé de la vérité diurne. | | | | |
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| vérité | | | Ce qui a le plus de valeur, en nous, échappe à toute évaluation logique. Comme une formule mathématique, dont la beauté ne se réduit pas aux preuves, et dans laquelle de beaux symboles font entrevoir de nobles inconnues. | | | | |
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| vérité | | | La parole, c'est à dire la requête, porte notre liberté, cette synthèse du talent, du goût et du tempérament ; la vérité en ressort, mais appuyée davantage par le libre arbitre de la représentation sous-jacente, elle est donc une conformation d'engagement ; la liberté reste auréolée de son dégagement, elle se traduit en musique et non pas en vérités. Quand la parole amène une révision du langage, on dit : « On accède à la vérité dans et par la liberté » - Berdiaev - « Истина познается в свободе и через свободу ». | | | | |
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| vérité | | | La cohérence du discours ou l'adéquation avec la chose modelée n'ont rien à voir avec la vérité. Dans l'évaluation du discours, en vue d'en établir la vérité, on fait abstraction de la chose. Le sujet n'est qu'un évaluateur qui, bien au-delà de la cohérence, cherche surtout des substitutions de variables imbriquées dans le discours, variables, qui enveloppent nos vagues à(de) l'âme : il faut « se faire une trop haute idée de ses sensations, pour s'attacher à les rendre cohérentes »** - Enthoven - le plus parfait et chaud chaos intérieur peut, en effet, être représenté par un ordre parfait des chiffres. | | | | |
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| vérité | | | La représentation n'est validée que par une logique des apparences (la Scheinlogik kantienne) : la non-contradiction, les contraintes des liens syntaxiques. L'interprétation, en revanche, n'est qu'une application de la logique formelle au monde fermé d'une représentation fixe : l'analyseur linguistique, l'accès aux objets et relations par substitutions, la démonstration de la véracité, la formulation du sens. | | | | |
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| vérité | | | Il y a des vérités-racines et des vérités-greffes. Les premières sont si loin des fleurs qu'on serait tenté de les mépriser. Les secondes sont si artificielles qu'on ne croit pas à leur reproduction. | | | | |
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| vérité | | | Jadis, l'ignorance protégeait contre l'inquiétude, et de doux mensonges berçaient notre félicité. De nos jours, les consciences tranquilles sont préservées mieux grâce au savoir, et la félicité béate - grâce à la vérité arrogante, plutôt qu'au timide mensonge. L'ignorance est incapacité de nouvelles unifications bouleversantes, incapacité due à la perception du connu comme d'une constante, l'intelligence consistant à savoir toujours y déceler quelques troublantes variables. Plus de constantes, plus d'ennui et de tranquillité. | | | | |
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| vérité | | | Il n'y a pas de contradiction entre ceux qui disent qu'on crée, formule, découvre ou ancre la vérité. On la crée en modifiant le modèle (le libre arbitre conceptuel), on la formule dans un langage bâti au-dessus du modèle (l'attachement langagier), on la découvre par un interprète du langage dans le contexte du modèle (la logique de l'unification d'arbres), on l'ancre à la réalité en la confrontant avec le monde modélisé (l'intelligence du sens). Le concept, la métaphore et le sens sont illogiques. | | | | |
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| vérité | | | Pour un philosophe pratique, qu'est-ce que la logique ? - une représentation, un langage de requêtes, bâti là-dessus, et un interprète, qui établit la véracité de requêtes, en unifiant l'arbre-requêteur. L'être, si galvaudé par les Anciens, ainsi que par Hegel et Heidegger, n'y a pas de place, ni sous forme d'Idées immuables, ni de dialectique sujet-objet, ni de souci métaphysique. L'être est le contenu immanent du réel modélisé, servant de justification de représentations et de donation de sens (transcendant, par une gratuite bénédiction - Segnen sinnt !) aux vérités (toujours évaluées dans le contexte représentation-discours). | | | | |
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| vérité | | | Tout énoncé vit trois stades : la question (mots, références), la réponse (valeurs de vérité, substitutions), le sens (confrontations avec la réalité). Si la vraie signification réside dans le premier, le discours est poétique, si elle est dans le deuxième - le discours est scientifique, et si c'est le troisième - applicatif. Et ce qui les traverse, leur invariant, est proprement l'idée, qui n'est donc ni exclusivement dans le mot (les idéationnistes), ni dans le contenu (les phénoménologues), ni dans le sens (les pragmatiques). | | | | |
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| vérité | | | Deux manières de voir les contradictions, chez le même auteur : les lui jeter à la figure, chercher une dialectique ou évoquer une évolution, ou bien les prendre pour métaphores, ne retenir que les joies ou les angoisses de leur naissance, se détourner de ce qui se fixe en fin de parcours, les traiter en tant que deux arbres et ne pas chercher leur forêt commune. | | | | |
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| vérité | | | Adæquatio rei et intellectus ne mérite pas le nom de vérité, c'est un constat intuitif, résultant de cette chaîne rigoureuse : une proposition, sa correction syntaxique, sa démonstration, les substitutions en réseau, la signification de ce réseau, et d'une confrontation du sens dégagé avec la réalité modélisée. Et cette confrontation échappe à toute formalisation ; notre liberté s'y réduit à la contemplation jugementale extra-conceptuelle. La satisfaction confirme (elle est là, la vérité du sens accepté) et l'insatisfaction infirme (la vérité inacceptable de la proposition) notre représentation. | | | | |
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| vérité | | | Aucune trace d'une vraie science ou d'une vraie logique dans la Science de la Logique. Et la logique transcendantale kantienne (ou husserlienne) brille par le même creux alogique, facilement comblé par des logiques modales ou floues, au-dessus des réseaux sémantiques, ces généralisations de l'arbre syntaxique. | | | | |
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| vérité | | | Ils cherchent l'habitat de la vérité et le trouvent soit en-dehors de l'homme (la transcendance) soit dans l'homme lui-même (l'immanence), tandis qu'elle n'est qu'une étiquette, une plaque urbaine, sur tout habitat viabilisé, dans lequel se transforme l'arbre vivant de nos curiosités. Mais une bonne adresse ne garantit jamais un bon message. | | | | |
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| vérité | | | La pensée interprétative naît avec l'intuition de posséder déjà une vérité. Ensuite, on s'appuie sur des faits (vérités postulées), pour formuler des hypothèses (vérités à prouver). La vérité prouvée n'est pas un but non plus, mais un moyen d'accéder au sens, découlant des substitutions dans des hypothèses-propositions-formules. | | | | |
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| vérité | | | La vérité est une heureuse unification d'un regard interrogateur, plein d'inconnues, avec une branche d'arbre affirmatif. Mais le résultat, un ramage élargi, n'appartient plus à l'arbre. Je pourras m'en servir, pour consolider ses racines, pour réorienter ses cimes ou pour intensifier le flux de sa sève. Les requêtes sont des aliments, insensibles aux vérités, c'est la faim qui les met en valeur ! Les vérités repues ne laissent que des pousses stériles. | | | | |
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| vérité | | | Ce que, dans l’interprétation d’un discours, les hégéliens ou phénoménologues appellent apparaître, correspond à substituer aux références langagières - des objets ou des relations de la représentation. La réussite (l’échec) finale de ces substitutions est marquée par un symbole abstrait, extra-langagier, extra-représentationnel, de vérité (fausseté). Mais ils répètent cette bêtise : « Toute vérité, pour ne pas rester abstraction pure, doit apparaître » - Hegel - « Alle Wahrheit muß erscheinen, um nicht eine leere Abstraktion zu sein ». | | | | |
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| vérité | | | Le sens que les philosophes mettent dans la définition de la vérité en tant que adaequatio rei et intellectus est soit absurde soit trivial. Passons sur intellectus, qui peut être soit personnel soit collectif, mais le terme ambigu de rei dévalorise toute la formule : soit il nous renvoie à la réalité qui n’admet aucune unification avec une représentation d’intellectus, soit il nous plonge directement dans une représentation, et dans ce cas l’unification est triviale, puisque c’est intellectus, lui-même, qui l’a produit. On aurait dû parler de choses en réalité et d’objets en représentation. | | | | |
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| vérité | | | La pensée d’un objet, ou, dans le jargon des charlatans (non-grecs), la noèse d’un noème, c’est ainsi que ceux-ci voient la naissance d’une vérité, sans évoquer ni un langage ni une logique ni une représentation. Un objet, pris séparément, ne peut être interrogé que sur son existence ; seules de bien piètres vérités peuvent en sortir. La pensée est une requête langagière (assertion ou interrogation), portant sur les relations entre objets, dans le contexte d’une représentation ; la pensée est donc un arbre cherchant des unifications et aboutissant au sens. | | | | |
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| vérité | | | N’est vrai que ce qui se prouve (on n’est pas dans l’infini gödélien) ; l’outil des preuves est un interprète, correspondant au genre de logique disponible ; l’action de l’interprète consiste à appliquer au fond cognitif (la représentation) la forme langagière (la proposition, un arbre interrogatif à variables) ; le résultat – la véracité/fausseté, à laquelle est associé un réseau d’objets (de la représentation), résultant des substitutions des variables de l’arbre. | | | | |
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| vérité | | | La vérité d’une proposition s’établit par une succession d’actes d’unification des mots avec des concepts. Valéry : « La marque de la vérité est la réussite des actes »** - complète Aristote et surclasse tous les philosophes du langage. | | | | |
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