| cité | | | Le rêve de l'intellectuel européen - qu'on le déclare dangereux, qu'on cherche à le mettre au pas, qu'on le marque du sceau d'infamie, qu'on l'embastille, qu'on le déclare honni et ennemi public. Et il envie B.Russell, dont l’œuvre fut déclarée par la Cour Suprême américaine : lubrique, salace, libidineuse, lascive, érotomane, aphrodisiaque, irrévérencieuse, dépourvue de toute fibre morale (lecherous, salacious, libidinous, lustful, erotomaniac, aphrodisiac, irreverent, bereft of moral fibre). | | | | |
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| cité | | | Les chars russes à Prague ne discréditent pas l'idée communiste, les conseillers américains à Santiago discréditent l'idée libérale. La première réside dans un mouvement du cœur, la seconde dans un mouvement des bras. | | | | |
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| cité | | | La Russie est trop pleine d'une vie sans forme ; je me réjouis chaque fois qu'elle se tourne vers les autres pour se manifester. La France brille par un vide vital, que ne façonnent que les délicats ; je me récrie plus que le Français souchien contre ses emprunts au communisme russe, à l'ordre allemand ou à la puissance américaine. | | | | |
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| cité | | | Dans la tradition européenne, le goût des élites dictait le prix de la chose culturelle. La démocratie finit par élever la jugeote de l'homme moyen au grade du juge suprême. Et c'est ainsi que l'hégémonie aculturée américaine naît plutôt à Paris qu'à New York. | | | | |
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| cité | | | Mon sens de l'universalité : je suis sur ma planète, quand je suis avec un poète de Moscou, avec un étudiant de Marbourg, avec un félibre de Provence, avec un pope d'Athos, avec un lazzarone de Naples, avec une guapa d'Estrémadure. Plus je monte vers Bruxelles, Hong Kong ou New York, plus je me sens extraterrestre. | | | | |
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| cité | | | Que les figures du professeur et de l'écrivain caracolent sur l'avant-scène dans la dramaturgie de la République des caciques, ou que la Démocratie des comics mette dans le limelight le journaliste et le businessman, c'est la même success-story. D'autant plus qu'aujourd'hui le professeur a la gesticulation du businessman et l'écrivain - la diction du journaliste. Seule une mise en scène aristocratique peut encore donner du panache au seul rôle ne se pliant pas aux exigences du box-office, à celui du vaincu, du loser. | | | | |
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| cité | | | De l'importance des sources d'une civilisation : toutes les abstractions européennes remontent à une culture vécue ; toutes les normes du vécu américain remontent aux abstractions fondatrices. On se retrouve auprès de ses sources ; c'est pourquoi le robot est un état naturel outre-Atlantique. | | | | |
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| cité | | | L'anarchiste américain est indiscernable d'avec n'importe quel businessman : « Si les structures des hiérarchies et du pouvoir ne peuvent pas se justifier, elles doivent être démantelées » - Chomsky - « If the structures of hierarchy and authority can't justify themselves, they should be dismantled ». La seule configuration, se prêtant à ce misérable scénario, c'est une faillite économique, tandis que tout succès comptable ou électoral, en tant que justification, protège contre les foudres anarchiques, puisque, pour l'Américain, n'est vrai que ce qui marche. | | | | |
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| cité | | | Face à la détermination du State Department et du Pentagone, l'Européen se lamente, qu'aucune voix forte et commune ne retentisse de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais la voix européenne, jadis, se réduisait à l'âme, au frisson des cordes éthique, esthétique et mystique. Elles ne vibrent plus ; et dans le brouhaha monocorde économique, qui seul atteint aujourd'hui les oreilles, seule compte l'intensité boursière. | | | | |
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| cité | | | Maintien d'équilibre du corps européen : la menace russe provoqua une excroissance, côté cervelle, - un organe de l'intérêt commun ; l'amitié américaine réduisit à l'état atavique d'apesanteur l'organe superflu - l'âme. | | | | |
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| cité | | | Les clivages culturels opposent les hommes avec beaucoup plus de virulence que les différences matérielles. Les écarts verticaux de culture exacerbèrent les révolutions française et russe ; l'horizontale culture de masse américaine désarme la lutte de classes et le sentiment de race, pour réduire la vie à la négociation de places. | | | | |
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| cité | | | De misérables cornichons, comme Popper et Hayek, plus américains que les Américains, voient dans l'écroulement du communisme réel une raison suffisante pour ne prier que sur la libre entreprise, la technologie, l'égalité des chances. Et ils ont raison, dans leur temple - l'immense et silencieuse salle-machines, où calculent et s'agitent des robots libres au cœur éteint. Et moi, j'aurais tort, si je voulais propager mes idées de fraternité charnelle et d'égalité des assiettes en dehors de mon club de gentlemen. | | | | |
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| cité | | | Qu'est-ce qui nous attend, quand la norme américaine de l'égalité des sexes se sera définitivement installée dans les mœurs ? - comme outre-Atlantique, il ne restera plus ni sirènes, ni déesses, ni reines, ni vestales, ni ménades - que des consommatrices, des collaboratrices et des contributrices. | | | | |
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| cité | | | L'essence de l'Occident s'évapore inexorablement ; elle est condamnée à se muer en insipide américanisme. Les USA reproduisent la trajectoire de la Rome affairée, comme l'URSS - celle du Carthage erratique. Toutes les deux méprisées par la Grèce, le seul Occident, qui mérite un franc respect. | | | | |
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| cité | | | On sait que les meilleurs patriotes peuplent les plus méchants pays. « Le patriotisme, ce dernier refuge des crapules » - S.Johnson - « Patriotism is the last refuge of a scoundrel ». Au pays où il n'y avait pas de liberté, on chantait : « Où encore la liberté imprègne ainsi les hommes » - « где так вольно дышит человек ». Le pays, où il n'y eut jamais de rêves, est appelé « le plus grand des poèmes » - W.Whitman - « The US are the greatest poem ». Les cerveaux cosmopolites vainquirent les cœurs prosélytes. L'amour de ta patrie est l'amour de ton enfance, et si l'horreur de l'âge adulte ne l'attise pas, il tiédit. | | | | |
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| cité | | | Type de rebelle, dans un style type, vu par un intellectuel type (Sollers) : « Il aime Louis XV, exècre Napoléon. Il ne veut connaître que l'Allemagne maritime. Rien de plus loin de lui que la Russie. En revanche, New York lui plaît, la Chine l'intrigue. La Californie lui envie son arrière-pays. Il est sec, secret, lucide. Farouchement individualiste, il déserte volontiers les collectivités. Bref, ce sera toujours un frondeur ». Que les tyrans tremblent devant cet émeutier ! - vous avez compris, il s'agit des marchands de vin de la ville de Bordeaux. La ligne du goût coïncidant avec celle de la réussite commerciale. | | | | |
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| cité | | | Le terme de démocratie ne s'associe plus ni avec le pouvoir ni avec le peuple. La démocratie, aujourd'hui, est un mécanisme, servant à assurer un développement économique sans heurts, dans des cycles électoraux. En revanche, le terme de république renvoie toujours à une cause collective, en dehors de l'économie et même de la politique ; il est assez organique et devrait être prioritaire face à la démocratie. Curieusement, en Amérique l'interprétation de ces deux termes est presque diamétralement inverse. | | | | |
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| cité | | | L'Histoire allemande - le soldat et ses exploits, la russe - le policier, l'anglaise - l'ingénieur, la française - l'homme d'État, l'italienne - le financier, l'espagnole - le courtisan, l'américaine - l'entrepreneur. Et l'on veut faire de l'Histoire une école de sagesse et y perçoit même une philosophie ! Dans ces enchevêtrements de faits, qui, d'ailleurs, furent encore plus aléatoires et fastidieux jadis qu'aujourd'hui. | | | | |
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| cité | | | Les esprits sont des libres entreprises ; les âmes exercent une tyrannie aristocratique. D'où l'extinction de celles-ci et la prolifération de ceux-là. Plus de rêveurs, esclaves de leurs âmes ; que des ruminants libres, négociant avec leurs esprits. « Rien ne m'est plus étranger que toute cette engeance, européenne et américaine, de libres penseurs » - Nietzsche - « Nichts ist mir unverwandter als die ganze europäische und amerikanische Species von libres penseurs ». | | | | |
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| cité | | | Les expériences vietnamienne, coréenne et allemande prouvèrent, que Marx avait raison : le communisme ne peut réussir dans un seul pays, puisque sa misère économique le désavoue et le condamne ; le communisme n'a que des valeurs absolues ; dans des relatives il perd rapidement pied. Les marxistes doivent attendre, que la générosité et la noblesse s'emparent de l'Amérique, avant de songer à transformer le monde. L'attente sera longue. | | | | |
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| cité | | | Les USA - le meilleur accoucheur de la liberté extérieure et le meilleur fossoyeur de la liberté intérieure. | | | | |
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| cité | | | L'idée communiste m'est d'autant plus sympathique que, depuis l'effondrement de l'URSS, elle fut, sur-le-champ, abandonnée par tous, tandis que l'idée national-socialiste continua à intriguer des rêveurs comme Heidegger, qui apercevait une folle parenté entre américanisme et bolchevisme. Le communisme, contrairement aux autres, n'est pas une voie, mais un regard. Toutefois, la voie est aussi facilement robotisée par les pieds que le regard - moutonnisé par la cervelle. « L'Amérique, l'étable de la liberté, habitée par des goujats de l'égalité » - Heine - « Amerika, der Freiheitsstall, bewohnt von Gleichheitsflegeln ». | | | | |
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| cité | | | Tant que le progrès socialo-économique se déroulait dans des pays de culture, il ne gênait en rien l’épanouissement de cette culture. Passé aux barbares américains ou chinois, il finira par tuer toute culture. | | | | |
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| cité | | | En Amérique, une compétition, assez sportive bien que féroce, sert d’ascenseur social ; en Europe, c’est le hasard tribal, clanique, monétaire ou diplomique, qui place aux postes bien rémunérés des ploucs, prenant de haut les ratés sociaux, se moquant de leur inaction, de leur absence du terrain, de leur manque d’initiatives. Les échelles différentes, mais les discours – identiques. | | | | |
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| cité | | | La seule interprétation intéressante de la Fin de l’Histoire est géographique : la civilisation naît en Orient et se propage vers l’Occident, pour se terminer dans la barbarie de la culture américaine. | | | | |
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| cité | | | Il faut beaucoup de siècles, pour qu’une grande nation élabore des valeurs culturelles qui lui sont propres - du lyrisme des chansons à la solennité du sacré. Le multiculturalisme, qui défigura l’Amérique et ravage l’Europe, finit, inévitablement, par l’affaissement de ces valeurs et par le règne exclusif de l’argent, cette seule valeur commune. | | | | |
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| cité | | | Plus longue est l’Histoire d’une nation, moins de confirmation exigent ses mythes. L’Histoire des jeunes nations, comme l’Amérique, est transparente et vérifiable, elle ne laisse pas beaucoup de place aux mythes. « La piètre mémoire des nations immortalise les légendes » - S.Lec. | | | | |
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| cité | | | Deux voyous sont à la tête de la Russie et des USA ; tous les deux qualifient de démocratique leur régime. Heidegger l’avait prévu : « Le grand-fascisme à venir se nomme, en Amérique et en Russie, démocratie » - « Der kommende Großfaschismus nennt sich in Amerika und Rußland Demokratie ». | | | | |
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| hommes | | | La science devint l'ennemi numéro un de la culture, dont le but fut jadis de nous relier au passé. La science, jadis Muse des stoïciens, devint mégère ou vache à lait. C'est pourquoi les USA sont à la tête de ce funeste progrès. La science unifia l'Univers et se sépara de la vie ; son univers unifié manque cruellement de variables libres et n'offre au regard que des constantes serviles. | | | | |
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| hommes | | | Quand la culture européenne aura définitivement crevé, de désintérêt et sous les coups des barbares robotisés, on procédera à sa reconstitution à partir des musées et bibliothèques américains, et l'on l'appellera Renaissance américaine ou New Revival. Dante ou Cioran, réanimés à Harvard ou Palo Alto ! La nature humaine retrouvée, l'homme controuvé - banni… L'humanité savante vivant sous le slogan : More Wisdom in Less Time ! | | | | |
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| hommes | | | Ce déluge du kitsch pictural, musical, intellectuel, architectural, qui déferle sur l'Europe, à partir des USA, finira par transformer tous nos musées, étables, bistrots, églises, châteaux - en bureaux, en salles-machine, où le calcul silencieux se substituera aux chants, prières et extases. | | | | |
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| hommes | | | Les fugues font naître des poètes ; les fuites sont affaires des journalistes et des plombiers. Ce qu'aime un Américain, qui est toujours journaliste, ce sont de bons produits bien étanches : « L'ennui n'est pas un produit fini. Il faut l'avoir traversé tel un filtre, avant qu'un net produit émerge » - Fitzgerald - « Boredom is not an end product. You've got to go through boredom, as through a filter, before the clear product emerges ». | | | | |
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| hommes | | | L'âme d'une véritable culture est dans la culture d'une âme inventée. (« L'Américain réel est plutôt sympathique ; c'est l'idéal A(a)méricain qui est moche » - Chesterton - « The real American is all right ; it is the ideal American who is all wrong »). Plus on s'attarde sur ce qu'on voit - plus on est barbare. | | | | |
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| hommes | | | Se remplir, le plus rapidement, les poches, en appliquant exactement la même rigueur commerciale à la vente de pétrole, de chansons ou de logiciels - telle fut, de tous les temps, l'aspiration de la pire des racailles. Aujourd'hui, cette ambition se nimbe du titre prestigieux de rêve américain, et il semblerait que ce soit le dernier qui reste dans ce monde désenchanté. C'est pourquoi tout marchand acquiesce, avec conviction : « Le rêve est au centre de l'existence humaine » - Chesterton - « The centre of every man's existence is a dream ». | | | | |
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| hommes | | | Les hommes se divisent nettement en deux catégories : ceux de l'accumulation, du progrès, de la nouveauté - sans retour possible, et ceux de l'invariant, de l'intemporel, de l'immobile - au retour éternel. Un être dans le temps, un devenir hors du temps. Vitesse ou intensité. L'Europe éternelle, nostalgique de son passé, ou l'Amérique de la version courante jetable. | | | | |
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| hommes | | | Quand le robot nippon ou yankee et le mouton batave ou helvète resteront les seules espèces humaines sur Terre, l'homo poeticus, empaillé dans leurs Muséums, sera exhibé en compagnie des singes paresseux, se livrant aux rêves improductifs. | | | | |
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| hommes | | | Ni les poètes ni les historiens ni les savants n'expriment aussi nettement l'âme d'un peuple que les philosophes ; écoutez les Américains : « La croissance est la seule valeur morale des hommes. La démocratie est la métaphysique de l'homme commun » - « Growth itself is the only moral end. Democracy is a metaphysics of the common man » - Dewey), « Contrairement à la philosophie continentale, la philosophie américaine se dédie au futur » (Rorty) – le futur, dédié à la croissance du commun… Chez les sages comme chez les sauvages, c'est le goût musical qui discrimine le mieux les hommes : « Le jazz a renversé la valse » - Céline. | | | | |
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| hommes | | | L'homme de talent n'a pas besoin de modes d'emploi, pour entretenir sa passion et briller en tant que manager ou violoniste ; la civilisation américaine, qui finira par devenir universelle, s'adresse aux incapables, incapables de flamme et de cervelle, pour assurer leur réussite en permettant : au manager - de gérer sa comptabilité et au violoniste - sa carrière. | | | | |
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| hommes | | | La pire des choses, qui attend l'Europe, c'est l'entente finale entre Américains et Chinois, entre un idéal minable et l'absence d'idéal, entre la triste incompréhension américaine, face à la culture européenne, et, ces temps derniers, la stupéfiante pénétration chinoise de l'opéra italien, de la dramaturgie russe, de la philosophie allemande, du roman français, pénétration mécanique. La détresse d'une ardeur vivante, dominée par une froide technique, c'est ce que nous allons vivre. | | | | |
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| hommes | | | Deux abominables classifications des hommes débouchant sur le même résultat : le nivellement chinois des hommes anonymes et le culte américain des numéros un, en vitesse d'appui sur la gâchette, en virtuosité du jeu sur la guitare, en taux du retour sur investissement - l'ennui d'une horizontalité, à perte de vue, où le premier et le dernier restent indiscernables. | | | | |
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| hommes | | | En Californie, Oracle avale Sun, l'économie du logiciel commence à dominer celle du matériel - l'un des symboles étonnamment précis de l'évolution parallèle de l'homme lui-même : de la matérialité du mouton à la logique robotique. | | | | |
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| hommes | | | La dinde terre-à-terre américaine est à comparer avec ses confrères des trois autres éléments : La Mouette, l'Oiseau de Feu, Le Lac des Cygnes. « Je regrette que l'aigle ait été choisi pour symbole de notre pays. Le dindon est un oiseau beaucoup plus digne » - Franklin - « I wish the Eagle had not been chosen the representative of our country, the Turkey is a much more respectable bird ». Aujourd'hui, si l'homme suivait ses nouveaux penchants artificiels, il ne resterait plus d'autres symboles vivants que moutons, fourmis et perroquets. | | | | |
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| hommes | | | L'Asie s'engouffrait par la fenêtre de mon isba natale ; l'Europe s'invitait sur les pages de mes livres ; depuis que je ne suis plus en Russie, deux continents s'ajoutèrent à mes cartes : en Allemagne je découvris l'Amérique et en France - l'Afrique. | | | | |
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| hommes | | | Devenir Américain : l'hymne, la compétitivité, l'arrogance – n'importe qui peut relever se défi. Devenir Français : l'élégance, la chanson, l'ironie – on comprend et les réticences et les déroutes et l'hostilité du tout-venant. | | | | |
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| hommes | | | Tout est fade et mécanique, chez la nation la plus puissante, intelligente et riche du monde. Le culte de la mécanique s'empare de la planète ; et la prétention hégémonique, bientôt, sera justifiée et irréfragable, secondée par la tradition chinoise privilégiant la fadeur face à la saveur. | | | | |
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| hommes | | | La technique, c'est la raison et la lumière, mais, pour la pratiquer, l'homme est amené à renoncer à son visage et à son regard. La transcendance grise est la plus perfide. « L'époque marquée par une intelligence technique, l'argent et le regard voué aux choses, c'est l'américanisme dénué de toute âme »** - O.Spengler - « Ära, geprägt durch technische Intelligenz, Geld und den Blick für Tatsachen, ein vollkommen seelenloser Amerikanismus ». | | | | |
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| hommes | | | De l'importance de la chronologie des rêves et des réalités : les mythes, gorgés d'art et de vie, préparaient le règne de la raison européenne ; la raison américaine marchande engendra des mythes mécaniques – causes et effets. | | | | |
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| hommes | | | Le sujet culturel, dominé par le projet commercial, telle est l’américanisation de la France. « Si jamais la France s’américanise, sa fleur raffinée périra sans retour » - H.F.Amiel. | | | | |
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| hommes | | | En Europe, les châteaux devaient éblouir par la magnificence et l'élégance, les librairies étaient censées promouvoir la noblesse et l'intelligence, les laboratoires témoignaient de la profondeur et de la grandeur. Une fierté en émanait. Aujourd'hui, ces sites sont au service exclusif du lucre, en compagnie des bourses, usines et music-halls. Plus aucun idéal à défendre ; un complexe d'infériorité face aux centres de recherches américains, aux usines chinoises. Et pas de grande politique, sans un grand idéal. L'horizontalité, collective et nette, adoptée par la société, humilie l'Européen, habitué de la verticalité, individuelle et vague. | | | | |
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| hommes | | | La société civile n'existe qu'en Europe ; en Amérique, je ne vois qu'une foule : sanglotant devant un prédicateur ou rugissant devant des basketteurs, rigolant en charity party ou s'émouvant devant un movie sur les monstres, les avocats, les gangsters, les marines ; aucune verticalité, une vaste platitude, comprenant le Met, le Princeton et Pasadena. | | | | |
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| hommes | | | Le barbare moderne est presque le contraire de l'ancien sauvage. Ne rêvent que les sauvages (ou ceux qui en héritent, ce qui explique le néant lyrique des Américains), et la barbarie d'aujourd'hui peut être définie comme absence de songes. Et de vrai bonheur : « Les machines sont les seules femmes que les Américains savent rendre heureuses » - Morand. | | | | |
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| hommes | | | La civilisation est horizontale et la culture – verticale ; la première gomme, la seconde dessine des frontières. Ce que Tocqueville dit de l'Amérique : « Une foule d'hommes semblables, se procurant de vulgaires plaisirs » - s'applique aussi à l'Europe ; seulement ces conformismes et vulgarités y ont beaucoup plus de nuances. | | | | |
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| hommes | | | Défiée par l’Asie moutonnière, contaminée par l’Amérique robotique, l’Europe perd son essence, qui fut son âme ; cette âme en agonie, mais écœurée par ces deux monstres d’inculture, cette âme se mue en esprit calculateur. | | | | |
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| hommes | | | Je reconnais notre espèce commune chez les Pygmées, les Tchouktches ou Touaregs, mais la seule nation où il ne reste plus presque rien d’humain, ce sont les Yankees robotisés : « Yankiser, c’est singer l’homme, quand on est automate » - A.Suarès. | | | | |
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| hommes | | | Réfugié à Stanford, un philosophe français, pour prouver la suprématie de la culture américaine sur la barbarie française, cite l'organisation des services de chariots dans les aéroports, le comportement des automobilistes aux carrefours, le règlement d'achats aux caisses de supermarchés. Et le Citations' Index est aussi probant. Le nom du barbare moderne est connu - robot. | | | | |
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| hommes | | | Entre deux guerres mondiales, quels débats passionnés, entre intellectuels, pour savoir laquelle des deux grandes cultures, la française ou la germanique, allait périr, pour que triomphe l’autre. On connaît le résultat : la pitoyable culture américaine de robots dévitalisa l’Europe occidentale, et l’horrible civilisation russe d’esclaves souilla l’Europe orientale. | | | | |
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| hommes | | | Dans la forêt sibérienne, au métro moscovite, sur les boulevards parisiens, sur les routes européennes ou américaines - je me sens le même, je porte le même regard, et mes yeux n’en sont que des témoins passifs. | | | | |
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| hommes | | | Toute innovation, aujourd’hui, est inertielle, un pas de plus, un enchaînement, le contraire du commencement. D’ailleurs, la devise des Américains, ces innovateurs insatiables, - Annuit coeptis (tirée de Virgile) – qu’ils traduisent – Favoriser l’entreprise – devrait signifier – On salue le commencement ! | | | | |
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| hommes | | | Même un anarchiste américain n’émet que des réflexions mécaniques et se rapproche du robot. Écoutez Chomsky : « La vie intellectuelle française – clinquante, obscène, infantile et ridicule » - « French intellectual life - meretricious, obscene, infantile and ridiculous ». Toutes ces épithètes stigmatisantes s’appliquent, au moins, aux hommes et non pas aux robots ternes, prudes, cohérents et sérieux. Et, par ailleurs, ces qualités-ci caractérisent bien le seul message que les Américains sont capables d’émettre. | | | | |
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| hommes | | | La fadeur et la grisaille sino-américaine ont quelques adeptes européens : « Tant qu’on n’a pas peint un gris, on n’est pas un peintre » - Cézanne. « Les extases de la grisaille : un rap mystique, une tiède dérive, une indifférence créatrice » - Sloterdijk - « Die grauen Ekstasen : Mystischer Rap, laue Drift, schöpferische Indifferenz ». Heureusement, la résistance exista toujours : « L’ennemi de toute peinture est le gris » - Delacroix - on aurait pu dire – de tout art. Plus que par les yeux, l’azur est perçu par les âmes, qui se font rares. | | | | |
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| hommes | | | L’américanisation rampante noya toutes les racines romantiques et intellectuelles en Europe ; je me sens seul à m’attacher à Pouchkine en Russie, à Rilke en Allemagne, à Valéry en France. « Dans tout citoyen d'aujourd'hui gît un métèque futur » - Cioran. | | | | |
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| hommes | | | Tout Américain est un robot infaillible dans son domaine de compétence et un mouton risible partout ailleurs. | | | | |
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| hommes | | | Le romantisme et son support, l’âme, sont les premières victimes de l’américanisation de l’Europe. S.Weil le savait, mais qui, aujourd’hui, l’écouterait ? | | | | |
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| hommes | | | L’évolution organique d’une culture : la sacralisation des racines immémoriales et la création de nouveaux branchages, fleurs, fruits ou ombres. Les greffes américaines mécaniques aux racines européennes expliquent les crépuscules de nos arbres. « Quand je vois pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs »** - G.Thibon. | | | | |
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| hommes | | | Les Normaliens et les notables de Sciences-Po tiennent des langages éminemment différents ; la culture littéraire ou scientifique écrase la nature du lucre ou du fonctionnariat. En revanche, le Hollywood et le Stanford abordent les mêmes sujets, sous le même angle, avec les mêmes perspectives. La verticalité et l’horizontalité. | | | | |
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| hommes | | | La pseudo-culture américaine, mécanique, anti-romantique, repose sur une vraie civilisation américaine, réaliste, efficace, calculatrice, mercantile. Le monde entier, ayant plébiscité cette civilisation robotique, importe, en même temps, cette culture de masses robotisées. | | | | |
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| hommes | | | Après les Écoles d’Athènes, de Florence, de Paris, écoles philosophiques, esthétiques, intellectuelles, on en est arrivé à l’école mécanique de la Silicon Valley. | | | | |
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| russie | | | Je découvre un doux lyrisme du dernier Prix Nobel de Littérature (!), B.Dylan : J'appris la haine des Russes ; heureusement on a la bombe, pour les réduire en poussière chimique, c'est ce qu'on fera, sans se poser de questions, puisque Dieu est de notre côté - I’ve learned to hate Russians. We got weapons of the chemical dust. Fire them we must. You never ask questions, when God’s on your side. Dieu Mercure, armé de réponses, face au Christ, avec ses questions désarmantes. | | | | |
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| russie | | | Le même potentiel du délire est attribué à chaque nation. L'Allemagne le consacre à la poésie, la France - à la politique, les USA - à la religion. Le délire russe ne contient que … du délire, pseudo-poétique, pseudo-politique, pseudo-religieux. En tout cas, « les plus grands biens, qui nous échoient, sont ceux qui nous viennent par le moyen d'un délire » - Socrate. | | | | |
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| russie | | | Pour présenter un livre, le Français citera son éditeur, l'Allemand - le libraire, l'Américain - le type de couverture, le Suisse – le nombre prévu d’heures de lecture, le Russe - le genre de larme ou de rire qu'il chercherait à partager. | | | | |
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| russie | | | Un héritier de Pouchkine ou Tolstoï se sent, aujourd'hui, étranger à Moscou, comme celui de Gilgamesh à Babylone, celui de Ptolémée à Alexandrie, celui de Jésus à Jérusalem, celui de Sénèque à Rome, celui de Constantin à Istanbul. De nos jours, les voix des grands ne peuvent résonner naturellement qu'à Paris, avant qu'il n'en reste qu'une mémoire, gravée quelque part à New York ou Salt Lake City. | | | | |
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| russie | | | Cernée par toutes les grandes civilisations du monde - l'Europe, le monde musulman, la Chine, le Japon, les USA - la Russie perdit toutes les batailles. L'Europe l'emporta en beauté, l'Islam en volonté, la Chine en dynamisme, le Japon en équilibre, les USA en puissance. Tout sera perdu, quand ses prime-ballerine, échéphiles, mathématiciens ou violonistes seront surclassés par quelques nouveaux tigres asiatiques ou latinos. Elle restera avec ce qui fut son origine - avec ses contes de fées. | | | | |
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| russie | | | L'horreur de l'URSS aida à maintenir le statut de la culture par l'illogisme, l'irrationalité, le discours historique, les passions. « Plus les passions qu'un peuple peut se permettre sont grandes et terribles, plus sa culture est haute »** - Nietzsche - « Je furchtbarer und größer die Leidenschaften sind, die ein Volk sich gestatten kann, umso höher steht seine Cultur ». L'horreur des USA est dans l'inculture d'un savoir rationnel hors toute Histoire. | | | | |
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| russie | | | L'Américain veut chercher le fond de la solution, l'Allemand - le fond du problème, le Russe - le fond du mystère. Le Français se contente - et il a raison - d'en trouver la plus belle forme. « Les Russes ignorent la joie de la forme » - Berdiaev - « Русские не знают радости формы ». | | | | |
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| russie | | | Quand la barbarie russe rencontre la barbarie américaine, l'esprit sans la lettre ou la lettre sans l'esprit, - on dirait un ours robotisé ou un robot au fond d'une tanière. | | | | |
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| russie | | | Un grossier robot et un grossier mouton, le vieil Américain et le nouveau Russe, profanèrent, respectivement, ces deux jolis mots : romantique et aristocratique ; le premier dit romantique - pour dire : tiens, ça sort de l'algorithme ; le second dit aristocratique - pour dire : seul un millionnaire peut se le permettre. | | | | |
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| russie | | | L'Europe vécut la seconde moitié du XX-ème siècle sous le slogan : keeping America in Europe, Russia - out, and Germany - down ; le demi-siècle à venir tiendra à keeping Russia in Europe, America - out, and Germany - up. | | | | |
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| russie | | | De son passage à Paris, l'Américain retiendra le nom de l'hôtel, où il a eu un dîner d'affaires, l'Allemand - les horaires des trains, qui conduisent à Euro-Disney, le Russe - le nom de celui qui s'était suicidé à l'endroit le plus proche. | | | | |
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| russie | | | L'absence du sentiment du droit, chez les Russes, est un vide du même ordre que « l'un des inconvénients du caractère français, l'absence du sentiment du devoir » (Delacroix). Et c'est dans leurs vides respectifs qu'ils font évoluer leurs génies, remplis du sentiment contraire. Comparez avec ceux, d'outre-Atlantique, qui ont les deux et où dorment, à la fois, et la conscience et l'élan. | | | | |
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| russie | | | La conscience nationale russe reproduit les pérégrinations et fluctuations phéniciennes entre trois continents ; on ravit de belles princesses pour subir des invasions, on envoie des éléphants pour affronter des légions. Les Américains font de même avec l'héritage romain, en le personnifiant dans l'image dominante de manager. Les Allemands furent les plus imaginatifs, en réinventant tant de nouvelles Hellades germanisées par pléiades de poètes et de philosophes. | | | | |
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| russie | | | Pour être porté aux nues par sa nation, l'Américain doit gagner, l'Allemand - souffrir, le Français - briller, l'Italien - chanter, le Russe - tomber. | | | | |
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| russie | | | La sidérante médiocrité des libres plumes russes, au XXI-ème siècle ! L'oubli total du grand héritage : « Hier encore, la littérature russe, c'étaient des Pouchkine et Tolstoï, et maintenant, il ne restent que des 'maudits Mongols' » - Bounine - « В русской литературе ещё вчера были Пушкины, Толстые, а теперь почти одни 'проклятые монголы' » - bien qu'aujourd'hui ils soient plutôt Américains. « Le seul avenir de la littérature russe est son passé » - Zamiatine - « У русской литературы одно только будущее - её прошлое ». | | | | |
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| russie | | | La plus infâme des ingratitudes européennes, face à l'holocauste russe de la Seconde Guerre Mondiale : une nation, martyrisée par un régime sanguinaire, traînant une noire misère, est envahie par l'armée la plus puissante et la mieux équipée du monde, ayant pour but la colonisation et la réduction en esclavage des Slaves et pour moyens - l'extermination physique, l'éradication de toute culture ; tout un peuple se sent meurtri et défié, se bat farouchement pour sa dignité et sa survie, perd 25 millions d'âmes et finit, triomphateur, à Berlin ; toute l'Europe, en 1945, voit dans le Russe son sauveur, méritant l'admiration et la reconnaissance éternelle. Aujourd'hui, tout est oublié : ce sont deux sordides dictatures qui se seraient alors chamaillées entre elles, pour le plus grand bien de la démocratie américaine, le seul vainqueur de cette confrontation entre le Bien et le Mal ; et le Russe aurait été du mauvais côté… | | | | |
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| russie | | | L'heure est à l'horizontalité ; les firmaments et les sous-sols restent en dehors des progrès de la robotisation. Le monde sera américain et chinois - ou rien. Le Russe, avec ses extrêmes verticaux, sera laissé au bord de la route, dans une impasse de plus. « En Russie, il n'y a pas de médiocrités : soit ce sont des génies solitaires, soit d'innombrables vauriens »* - Klioutchevsky - « В России нет средних талантов, а есть одинокие гении и миллионы никуда не годных людей ». | | | | |
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| russie | | | La réussite sociale : pour un Américain - partir les poches vides et arriver millionnaire ; pour un Français - troquer sa guinguette provinciale contre dîners en ville parisiens ; pour un Russe - de tourmenté devenir tourmenteur. | | | | |
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| russie | | | Un aristocrate français, éconduit par sa compagne, ex-princesse russe, se perd dans d'obscures raisons, que la volage évoque. Y flairant des mystères de l'âme russe, il me demande de l'éclairer la-dessus ; je lui suggère un terrain neutre, on monte une expédition dans des caves californiennes ; au bout de 48 heures, il comprend, que ce n'est pas l'esprit d'aventurier du Far West, qui lui manquait, mais l'ivresse d'âme orientale. | | | | |
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| russie | | | Ces Yankoïdes, exilées à Passy ou Montparnasse, pratiquant leur aristocratie parmi marchands de tableaux, cultivant le Bel Esprit dans des restaurants, s'épanouissant aux courses à Enghien et en escapades sur la Riviera, elles me font penser à deux grandes exilées russes, A.Akhmatova et M.Tsvétaeva, ne se liant, en France, qu'avec d'autres exilés, A.Modigliani ou Rilke. Mais le badaud s'extasie sur toutes ces G.Stein, N.Barney, A.Nin, repues et insignifiantes. Et leurs homologues masculins, E.Pound, Fitzgerald, Hemingway, furent, eux aussi, de répugnants bourgeois, entreprenants et snobs. | | | | |
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| russie | | | Des métèques-clochards, comme Celan ou Cioran, sont de rares promoteurs des poètes et philosophes russes ; le marketing triomphal de leurs homologues américains est assuré par des hordes de professeurs des Business Schools. | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel européen écrit des romans, ses homologues américain et russe se vouent à la physique. « Cinq Européens sur dix sont des intellectuels. Ce genre d'intellectuels non intégré n'existe pas aux USA ni en URSS » - Moravia - « Cinque Europei su dieci sono degli intellettuali. Questo genere di intellettuali non integrati non esiste negli Usa e nell’Urss ». Il est vrai qu'à la place de ce vaste troupeau, on trouve des cohortes de robots, en Amérique, et des hordes de falots, en Russie. | | | | |
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| russie | | | Entre un message dionysiaque transmis par un messager hideux et barbare et un message sobre d'un souriant adorateur de Hermès, l'hésitation aura été brève : « L'Europe sera républicaine ou cosaque » - Napoléon. L'Europe sera républicaine, c'est-à-dire américaine. « Exit la Russie, et voilà que nous sommes tous Américains ! » - R.Debray. Qui écoute encore Nietzsche : « Il faut absolument, que nous allions main dans la main avec la Russie. Pas d'avenir avec l'Amérique » - « Wir brauchen ein unbedingtes Zusammengehen mit Rußland. Keine amerikanische Zukunft ». | | | | |
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| russie | | | L'Européen et l'Américain peuvent dire, qu'ils ont un ordre politico-économique qu'ils voulaient, ce que ne peuvent dire ni le Russe (où les voix sont trop violentes) ni l'Indien (où les voix sont trop vagues) ni le Chinois (où les voix sont trop apeurées). Les premiers ont l'air de connaître leur destin, les seconds l'ignorent. Les uns gagnent en programmation, d'autres en pérégrinations. Seule une machine peut connaître son destin. | | | | |
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| russie | | | L'admirable civilisation américaine porte à bout de bras la misérable culture américaine ; la misérable civilisation russe enterre l'admirable culture russe. | | | | |
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| russie | | | L'Europe invente des problèmes, l'Amérique fabrique des solutions, la Russie reste fidèle aux mystères. La facilité du mystère – on ne le développe pas, on l'enveloppe ; il séduit, il ne déduit pas ; il brandit le pouvoir, sans l'appuyer par le savoir. | | | | |
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| russie | | | L'arrogance américaine, comme, jadis, l'ambition française ou le nationalisme allemand, cherche à abattre la Russie, par des sanctions économiques ou en soudoyant des marionnettes environnantes. Je ne sais pas ce qu'on devrait leur conseiller : mieux étudier l'histoire de Napoléon et d'Hitler ou bien la géographie : « On ne soumet point une nation dont le pôle est la dernière forteresse » - Chateaubriand. À l'autre pôle - la culture, celle de Pouchkine, Tchaïkovsky, Tolstoï. | | | | |
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| russie | | | On s'occupe toujours trop de sa famille : l'Italien de sa sœur, l'Allemand de ses descendants, l'Américain de ses ancêtres, le Russe s'interroge sur son vrai frère et le Français sur son vrai père. | | | | |
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| russie | | | La perception de notre dépendance des autres en dit long de notre liberté ; on dépend avant (ab-hängen), sur (to depend on) ou après (за-висеть ) la chose ; d'où les rapports avec la liberté : abstraits pour l'Allemand, familiers pour l'Américain, serviles pour le Russe. | | | | |
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| russie | | | L'anglicisation de termes continentaux est généralement un pas de plus vers la robotisation finale : le superman triomphateur évinçant le surhomme défait, le self-made man millionnaire se mettant à la place de l'aut-hentique vagabond (tandis qu'en russe, à l'opposé, authentique - подлинный - vient de avoué sous le fouet…, le maniérisme contrefait étant le sort de ceux, qui ne savent quoi faire de la liberté). C'est le robot qui crée et croit le plus naturellement, et en toute circonstance. | | | | |
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| russie | | | Aux intellectuels russes, la liberté coupa le souffle et les ailes ; seraient-ils, la-dessus, proches de leur peuple ? - « Le troupeau ne sait quoi faire des bienfaits de la liberté » - Pouchkine - « К чему стадам дары свободы ». Toutefois, quand on voit la nullité artistique de l'Allemagne américanisée d'aujourd'hui, on comprend, que même ceux qui savent quoi en faire plongent dans une grisaille, grossière et insipide, s'ils laissent la mécanique envahir l'organique. | | | | |
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| russie | | | L'Histoire russe s'étend sur quatre continents ; pour certains, ses chapitres asiatique et américain restent sans Histoire du tout : « Jetons dehors la Sibérie ; nous n'avons rien à partager avec elle, car elle se trouve hors de l'Histoire » - Hegel - « Sibirien ist wegzuschneiden. Sie geht uns überhaupt nichts an, weil sie außerhalb der Geschichte liegt ». Ces paroles d'un misérable petit-bourgeois firent pleurer le grand Dostoïevsky dans son bagne sibérien, car, à ses yeux, elles signifiaient la mort du dieu européen, la mort d'une véritable liberté. Il est vrai, que dans mon bagne à moi, où Dostoïevsky se maria, aucun esprit absolu ne m'apparut, seules y apparaissaient des âmes. Mais ce n'est pas aux Hegel d'écrire l'Histoire des âmes. « La tenace raison d'être était tournée vers la Sibérie des Exilés, vers la Poésie, Exil et Terre de la Fierté de l'Homme » - Celan. | | | | |
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| russie | | | La robotisation des sourires à l'américaine et de la courtoisie à la française n'atteignit pas encore les Russes, ce qui leur permet de rester renfrognés et malpolis, comme dans un troupeau ou dans une meute. | | | | |
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| russie | | | Perspective horrible : naître aux USA, en Suisse ou en Irak, et ignorer la honte, honte qui, hors la Russie, n'a de sens qu'en Allemagne, en France, en Italie, honte d'un beau destin, impossible et inénarrable. | | | | |
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| russie | | | Que serait le grand Américain, sans hôtels, aéroports, garden-parties et drogues ? Que serait le Français moyen, sans fait divers, amendements législatifs, restaurants et invectives ? Que serait le moujik, sans rudesse, ivresse, paresse, vitesse ? | | | | |
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| russie | | | L'intellectuel russe parle de son peuple, l'allemand - de ses poètes, l'américain - de son gouvernement, le français - de soi-même. Peu importe le ton - compati ou maugréant. | | | | |
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| russie | | | Pour une nation, incapable de gérer les libertés politiques, l'américanisation signifie africanisation. C'est ce qui se produit actuellement en Russie, où les modèles sociaux, économiques et civilisationnels américains règnent sans partage, malgré la rhétorique propagandiste hostile, tandis que la culture européenne disparaît à vue d’œil. Jadis, l'ombre d'une Asie grossière planait sur les destins russes ; aujourd'hui, c'est plutôt l'Afrique, humiliée et stérile, qui partage la misère de la civilisation russe. | | | | |
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| russie | | | Il n'y a pas de citoyens, en Russie ; en Amérique, il n'y a pas de poètes. Pourtant, les poètes russes sont invités à être, avant tout, de bons citoyens - pour jeter l'anathème sur le régime précédent et chanter des louanges du courant. Et le contribuable américain est incité à devenir chantre - de la liberté d'entreprendre. | | | | |
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| russie | | | La musique de l’homme de culture devenant inaudible, le brouhaha de l’homme de nature, en Russie actuelle, simplifie sa conversion vers les cadences américanisées aculturantes, c’est-à-dire vers la robotisation. « Russes et Chinois ne sont que des Américains encore pauvres » - Kojève – la conversion du mouton, toutefois, s’avère plus spontanée et réussie que celle de l’homme. | | | | |
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| russie | | | Comment devient-on milliardaire ? Aux USA – par l’agressivité et la spéculation, en Chine – par le travail et la fidélité au Parti, en Europe – par la gestion et la concurrence, en Inde – par la caste, en Russie – par le vol et le pot de vin. | | | | |
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| russie | | | Mes écrits et la France : l’indifférence moutonnière du monde éditorial. L’indifférence totale, ce qui est, toutefois, plus facile à porter que le ricanement sélectif, mais plus difficile à accepter que l’indifférence robotique des Russes américanisés. « Ici, je suis de trop ; là-bas, je suis impossible. Ici, on ne me publie pas ; là-bas, on ne me laisserait pas écrire » - Tsvétaeva - « Здесь я не нужна, там — невозможна. Здесь меня не печатают, там - не дадут писать ». | | | | |
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| russie | | | Le point de vue est la station finale des pérégrinations des yeux ; le regard est le point de départ d’un élan vers une étoile. « Aux USA on échange des arguments, en Allemagne – que des points de vue » - Sloterdijk - « In den USA werden Argumente ausgetauscht, in Deutschland nur Standpunkte » - les deux visent les choses ; en Russie on n’échange que des regards sur les fantômes – anges ou monstres. | | | | |
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| russie | | | Les Russes ne retrouvent l’instinct de la liberté et de la dignité que devant l’envahisseur étranger - les serfs analphabètes, du temps de Napoléon, ou les ex-pensionnaires du Goulag, face à Hitler. Et les Américains devraient s’intéresser un peu à l’Histoire, pour ne pas commettre l’irréparable. « Les Russes, on dirait des hommes bornés, insolents, même sots, mais on ne peut que prier pour celui qui s’attaquerait à eux » - Churchill - « Russians may seem narrow-minded, impudent, or even stupid people, but one can only pray for those who are against them ». | | | | |
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| russie | | | Quand je vois la production mécanique des misérables artisticules américains, je me dis que G.Steiner n’a pas si tort : « Une créativité de tout premier ordre, une véritable avancée de l’esprit, se produisit dans le climat oppressant de Russie » - « Creation of absolutely the first rank, the motion of the spirit, has taken place in the oppressive climate of Russia ». | | | | |
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| russie | | | Pour défier l'Amérique, la Russie soviétique dénichait ses propres inventeurs de la machine à vapeur, de l'avion ou de l'ampoule électrique ; les Français, dépités par la domination de la philosophie classique allemande, déterrèrent la momie de Descartes. | | | | |
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| russie | | | Quelques mois de séjour, en Amérique ou en Russie, suffirent à A.Tocqueville et au marquis de Custine, pour avoir des révélations, intuitives et irréfutables, sur la nature vicieuse d’une démocratie ou d’une tyrannie, pratiquées par des robots ou des esclaves. | | | | |
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| russie | | | Les bolcheviks n’avaient besoin ni de robots ni de moutons, pour diriger la Russie ; les hommes ne furent, pour eux, qu’un matériau inerte, pour des expériences patibulaires, terrorisantes. Et Heidegger attribue à la Russie : « Le premier pas, et le pas décisif, vers la mécanisation absolue de l‘espèce humaine, a été accompli par le socialisme soviétique » - « Den ersten und entscheidenden Schritt zur unbedingten Motorisierung des Menschentums hat der sowjetische Sozialismus vollzogen » - ce qui appartient, de plein droit, aux Américains. | | | | |
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| russie | | | L’obsession par des versions courantes, en tout - en civilisation ou en culture, - fit perdre le sens de la longueur de la mémoire collective, la perte, dont ne se rendent compte que les esprits perçants et bien éduqués. L’Européen tire sa généalogie des Sumériens, en passant par les Égyptiens et les Phéniciens, - sept mille ans ; le Chinois a un horizon de trois mille ans, le Russe atteint mil deux cents ans, et l’Américain – cinq siècles. | | | | |
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| russie | | | La Russie a ce point commun avec l’Amérique – elle est de plus en plus spatiale, au détriment du temporel. « L’Europe, c’est le temps. L’Amérique, c’est l’espace » - R.Debray. Le temps, c’est la culture ; l’espace, c’est la nature ou la caricature. | | | | |
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| russie | | | Deux courants, l’un économique et l’autre politique, décrivent, respectivement, la normalisation et la chute russes. Le premier est une américanisation – progrès de la civilisation (hôtels, restaurants, imprimerie, oligarques) et la banalisation de la culture (primat des journalistes et économistes, platitude littéraire et théâtrale). Le second est une mongolisation – tyrannie, brutalité, violence, arbitraire. | | | | |
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| russie | | | L’aigle dominateur est présent dans les littératures française, allemande, russe, qui, respectivement, se vouent à la peinture du plumage, à l’étude du squelette ou à la portée des ailes. Chez les Américains, il est indiscernable de la dinde. | | | | |
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