| art | | | Les moyens de l'art - l'abduction ; le but de l'art - la séduction ; les contraintes de l'art - la traduction. L'artiste est un phénomène de la conductivité. « Au préfixe près, il n'y a de philosophie que de la Duction : la déduction, dans l'aire logico-mathématique ; l'induction, dans le champ expérimental ; la production, dans les domaines de pratique ; la traduction, dans l'espace des textes » - M.Serres. | | | | |
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| art | | | La fin de l'art sonnera le jour, où l'artiste aura compris le au nom de quoi pour confier le comment à l'analyste-programmeur qu'il sera devenu. | | | | |
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| art | | | L'art abductif : ne s'occuper que de la justification musicale, justification bien ramifiée, justification de faits en arbre, et réduire les faits eux-mêmes au rang de feuilles, de variables muettes. Le modus explicandi, ramage le plus profond du modus cognoscendi. Les faits, c'est du bruit, qui ne doit pas défigurer ta musique : « Ne laissez jamais les faits gêner une bonne fiction » - Twain - « Never let the facts get in the way of a good story ». | | | | |
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| art | | | Le nez est le seul organe, le seul sens, qui se passe de justification : du pourquoi de l'œil, du comment de l'esprit, du quoi du bon goût. Mais flairer un tableau de peintre ou se fourrer dans les cordes de musicien serait de l'abus. | | | | |
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| art | | | Ce qui compte, en art, c'est ce qui ébranle la beauté ou le rêve. L'art pour la vie et la vie pour l'art - le but et les moyens. Mais par-dessus tout - la noblesse des contraintes : quand on maîtrise le qui et le quoi, on s'entend avec n'importe quels pourquoi et comment. Et Nietzsche : « Tout comment est bon pour celui qui a, dans la vie, un bon pourquoi » - « Wer ein Wofür im Leben hat, der kann fast jedes Wie ertragen » - ne fait que la moitié du bon chemin. | | | | |
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| art | | | Dans le jugement d'un mot ambitieux, au quoi aléatoire (« vous ne l'auriez pas trouvé »), au pourquoi servile (« vous ne remonteriez pas si loin ») et au comment banal (« vous n'avez pas de bonne panoplie ») on devrait privilégier le qui souverain (« essayez de faire mieux ! »). | | | | |
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| art | | | La hauteur indicible du qui devient intelligible par la profondeur du quoi et lisible - par l'étendue du comment. Les dimensions à ne pas confondre ! « Cette osmose, dans laquelle on n'arrive plus à reconnaître la frontière entre le quoi et le comment » - K.Kraus - « Jenes Ineinander, bei dem die Grenze von Was und Wie nicht mehr feststellbar ist ». Cette intersection - le point zéro de la création ! Quand le quoi et le comment s'attachent, avec un poids égal, aux buts et aux contraintes. | | | | |
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| art | | | Aucune profondeur initiale ne peut me protéger des platitudes du parcours. Mais le haut comment conduit, sans aucune continuité, miraculeusement et discrètement, à un quoi profond, l'un des miracles de l'art, peut-être le seul. | | | | |
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| art | | | Si la valeur de ton œuvre est sans comment, sans présence explicite de ton pinceau, on peut être sûr qu'elle fut conçue au nom de la hauteur ; Maître Eckhart se trompe et de type de justification et de dimension : « C'est à partir du fond le plus intime que tu dois opérer toutes tes œuvres, sans «pourquoi» » - « Aus diesem innersten Grunde sollst du alle deine Werke ohne Worumwillen wirken » - le profond dicte des contraintes, des matières premières ; le haut désigne la mélodie, l'édifice, un but musical et vital. | | | | |
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| art | | | Platon, en reprenant les poèmes de Pythagore et Parménide, les dilue avec de l'ennuyeux bourrage abductif, mais en préserve le fond poétique ; la sobriété critique d'Aristote et Kant prouva, quelle profondeur conceptuelle on peut tirer de la hauteur métaphorique ; enfin, vint Heidegger, poète-philosophe, dont le récitatif de l'oubli de l'être n'est que le lamento de l'oubli de la métaphore. | | | | |
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| art | | | L'intensité d'un écrit naît mieux d'une caresse musicale que d'une violence verbale. Ni le jargon ni la doxa ni le savoir ne peuvent atteindre ce qui se concentre dans une mélodie. « En intelligence, comme en poésie, compte non pas le quoi, mais l'intensité » - H.Hesse - « Es kommt beim Denken, ebenso wie beim Dichten, nicht auf das Was an, sondern auf die Intensität ». | | | | |
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| art | | | Dans la chaîne : l'impression de l'auteur - l'expression - l'impression du lecteur, il faut être lucide sur le contenu des nœuds et sur les ressorts des passages entre eux. Quand on comprend, que nos impressions sont, d'une manière écrasante, communes, interchangeables, reproductibles, on se focalise sur le deuxième nœud et le second passage, on devient créateur, et par la même occasion, - imposteur ; et l'on finit par redéfinir le métier du poète - faire durer la première impression - puisqu'il ne sera plus très clair, de l'impression de qui il s'y agira. | | | | |
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| art | | | Quand le comment porte sur le style et le pourquoi - sur la noblesse, le talent du qui justifiera tout quoi. Mais l'écrivain d'aujourd'hui ne voit dans les comment et pourquoi que des quêtes logiques, ce qui rend moutonniers tous ses où et quand. Ce n'est peut-être pas si saugrenu que de prétendre, que toute littérature est de circonstance ? L'instrument devrait rester invisible, l'époque et lieu - évoqués en beaux fantômes. Des réponses respectables aux où et quand : dans l'âme (et non pas - à Paris), en pleine euphorie (et non pas - à l'heure de grande écoute). | | | | |
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| art | | | La naissance d'un écrit ressemble à la naissance de notre Univers : de sombres conflits entre la matière et la lumière, le quoi et le comment s'annihilant ou se substituant, pour aboutir à une vie : étincelle au milieu des ténèbres ou ténèbres tournées vers la lumière. | | | | |
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| art | | | Dans l'écriture, ton soi connu se manifeste dans le quoi affirmatif de ce qu'il aime, fait ou pense ; et ton soi inconnu perce, obscurément, dans le quoi négatif des contraintes, dans le comment du style inconscient, dans le pourquoi de la noblesse innée, dans les où et quand de l'intelligence câblée. | | | | |
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| art | | | C'est en fonction de la place de la forme et du contenu que l'histoire de l'écriture peut être divisée en trois étapes - la moutonnière, la poétique, la robotique : la domination du contenu (des choses, du quoi), le culte de la forme (des relations, du comment), la règle de production de la forme à partir du contenu (du pourquoi, de la causalité comme forme banale d'un fond, qui se réduit aux lois naturelles ou aux conventions humaines). Tout écrit d'art naissait jadis d'une réflexion abductive, aujourd'hui il veut être déductif, et la machine l'y surclassera. | | | | |
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| art | | | Dans l’écriture, le Quoi découle des contraintes, le Comment – du talent, le Pourquoi – de la noblesse. Et la facette fondamentale, le Qui, est peut-être, l’harmonie en puissance ou en étendue, de ces trois dimensions. Mais l’absence d’un seul de ces dons condamne à la platitude. | | | | |
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| art | | | Le créateur, c’est la noblesse des contraintes, la liberté du talent, l’originalité du style ; donc, opposer le qui au quoi (les contraintes), au comment (le style), au pourquoi (la noblesse), est absurde. Cette opposition n’a de sens que chez les non-créateurs, chez ceux qui sont dépourvus de quelques-unes de ces trois facettes. | | | | |
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| art | | | Dans le comment (le style) de l’artiste, l’intuition individuelle reconstitue le pourquoi (la noblesse) ; du pourquoi (le gain) de l’homme d’action, la rigueur commune déduit le comment (l’algorithme). | | | | |
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| doute | | | Les hommes brillaient grâce aux multiples inconnues, dans lesquelles se devinaient des qui, des quoi, des comment ; à cette génération des X vitaux succéda la génération des Y (des why), engoncée dans des constantes en béton. | | | | |
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| doute | | | La philosophie devrait ne traiter que deux questions : comment l'esprit atteint une profondeur du verbe et pourquoi l'âme aspire à la hauteur consolante. Pas de déductions, que des abductions. Plus près du dogmatisme que du sophisme. Des maximes tranchantes, non des discours flanchants. | | | | |
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| doute | | | L'intellectuel est celui qui met le pourquoi avant le comment ; l'artiste fait l'inverse. Mais si, dans mon écrit, le qui se met devant tout quoi, je m'aperçois vite, que tout pourquoi est de trop, et je deviens, ou voudrais devenir, artiste. Le souci du pourquoi prendra forme de contraintes implicites ; le talent du comment constituera la tâche explicite des commencements. | | | | |
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| doute | | | Pour saluer ce qu'on vit, il ne suffit ni de savoir pourquoi on vit, ni de bâtir le comment de sa vie, ni de bien choisir les où et quand de sa vie, mais il faut bien voir ce qu'on vit - le regard l'y emporte sur le cerveau et les bras. | | | | |
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| doute | | | Est-il meilleure graine pour sortir de la gangue de l'anonymat, que de planter des Où et des Quand ? Leurs concurrents, la vraie ivraie, Toujours et Partout, envahirent tous les sillons. De nos jours, il faut monter très haut, où ne sévissent pas encore des laboureurs journaliers, pour trouver un sol réceptif aux Si et Quand. En attendant le bon laboureur des Comment et des Pourquoi. | | | | |
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| doute | | | L'œil et l'oreille maîtrisent l'image et le bruit, avant que la première lumière ou le premier son ne les atteignent ; de même, la logique est parfaitement opératoire, avant qu'une représentation lui soit soumise. Wittgenstein : « La logique précède le comment et non le quoi » - « Die Logik ist vor dem Wie, nicht vor dem Was » - ne va pas assez loin. Le pourquoi, le au nom de quoi, est aussi pris en compte par la logique, avant que le désir du qui soit connu. L'emploi de la logique est subordonné au qui, puisque celui-ci dispose de son propre quoi. De même le sens, qui est le à quoi bon. | | | | |
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| doute | | | L’universel est sans comment ; le sacré est sans pourquoi ; le noble est sans où et quand ; le banal est sans qui et sans au nom de quoi. | | | | |
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| hommes | | | La science est une charnière entre la civilisation (comment se fabriquent les choses) et la culture (au nom de quoi elles se fabriquent). Avec l'art, elle relève de la culture ; avec la technique - de la civilisation. | | | | |
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| hommes | | | L'évolution des esprits a une force d'inertie, portant beaucoup plus loin que l'évolution des lettres. C'est pourquoi, lorsque je vois les lettres modernes, qui auraient dû s'inspirer du pourquoi des styles, patauger dans le qui primitif et dans le quoi commun, et les esprits, obsédés par le seul angle mécanique, oublier le courant organique, je me dis, que, aujourd'hui, c'est l'esprit qui tue, et c'est la lettre qui, bientôt peut-être, vivifiera. | | | | |
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| hommes | | | Face à la rose, ils appliquent la géométrie ou dénoncent les épines, pour mesurer ou pour s'indigner. Ils auront la rose sans larmes comme la pastèque sans pépins. La rose avec comment se sépare d'avec « la rose sans pourquoi » (Angélus). | | | | |
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| hommes | | | Le Pourquoi (les buts) du vulgaire se réduisant au Si, le Comment (les moyens) de la bassesse peut s'exercer en vertu d'un code séculaire, tandis que l'éternelle noblesse patauge dans ses inextricables Où et Quand - les contraintes. | | | | |
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| hommes | | | Aujourd'hui, le quoi collectif dominateur découle d'un au nom de quoi économique, prédétermine le comment mécanique et le pourquoi cynique et présélectionne, par un algorithme presque infaillible, le qui, exécuteur d'une finalité mercantile impersonnelle. Fini le qui solitaire, maître des contraintes, de la noblesse et du talent, dictant le quoi sélectif, le pourquoi électif, le comment créatif. | | | | |
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| hommes | | | Pour savoir ce que tu es ou ce que tu vaux, voici, dans l’ordre croissant d’intérêt et de pertinence, la liste de critères : ce que tu fais, la profondeur de tes pensées, à quoi tu penses, pourquoi tu lis, où et quand surgissent tes larmes, ce que tu évites, la hauteur de ta solitude, comment tu écris. Seul le dernier désigne la part d’artiste en toi, les autres décrivent l’homme. | | | | |
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| hommes | | | Au conformisme des Oui inconscients (l’action) ou des Non mécaniques (la révolte) s’opposent le Comment du talent, le Pourquoi de l’intelligence, le Au nom de quoi de la noblesse. | | | | |
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| intelligence | | | Trois sortes d'intelligence : l'analytique, s'encanailler dans des pourquoi ; la synthétique, s'enfatuer avec des comment ; la thétique ou la romantique, jongler avec des où et quand (hic et nunc). | | | | |
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| intelligence | | | L'intelligence complète : le choix d'une hauteur juste des choses, l'intensité allégorique des liens, la noblesse des pourquoi, la délicatesse des comment, le hasard heureux des où et quand. | | | | |
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| intelligence | | | On n'admire ni n'aime vraiment la chose que lorsqu'on n'en connaît pas le pourquoi. Même le comment, le geste, n'est qu'antichambre du quoi, au toit constellé, aux murs mouvants, aux fenêtres en trompe-l'œil, aux portes sésamiques. L'œuvre est fortuite, la force sous-jacente captive davantage, ce qui enfante cette force est proprement divin. | | | | |
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| intelligence | | | La rose, l'intelligence, le succès – le mystère, le problème, la solution – se passer du pourquoi, surgir du pourquoi, ignorer le pourquoi. | | | | |
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| intelligence | | | Les pourquoi et comment sont d'inépuisables sources d'ennui, mais le pourquoi des pourquois débouche sur une bonne leçon de liberté et le comment des comments apprend à chanter l'outil, sans s'enrouer ni s'encanailler dans son usage. | | | | |
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| intelligence | | | Les questions sur les fins de l'homme : où est son centre, quand atteint-il ses frontières, de quoi procèdent ses sources ? Mais les réponses s'articulent de plus en plus autour des moyens : pourquoi et comment. De la téléologie renversée. | | | | |
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| intelligence | | | Pour explorer le quoi, qu'on fasse appel à la technique la plus plate ou à l'ontologie la plus profonde, les résultats seront du même niveau. Les choses sont beaucoup plus subtiles avec le pourquoi et le comment, où la métaphysique artistique apporte des images autrement plus passionnantes que la science et l'art. Mais c'est avec la question du qui, que nous voyons le mieux, en quoi, comment et pourquoi le créateur est au-dessus de l'imitateur. | | | | |
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| intelligence | | | Sans la totalité de quoi, le pourquoi relève soit de la niaiserie soit de la poésie, selon que je m'appuie, respectivement, sur les donc ou sur les comment. L'intelligence abductive, supérieure, est propre des contemplatifs. | | | | |
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| intelligence | | | Quand on ne voit en pourquoi qu'une laborieuse remontée aux causes premières et en quoi - un docte attouchement au réel, on peut même renoncer à qui. C'est ainsi qu'ils peignent le sage, qui ressemblerait étrangement au singe qui, comme la rose (Angélus), est sans pourquoi. | | | | |
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| intelligence | | | Il n'existe pas de sages attitudes ; la sagesse, c'est une justification, intelligente, requinquante et subtile, justification d'une quelconque attitude ; qu'on soit rebelle ou capitulard, lumineux ou ombrageux, optimiste ou pessimiste, raisonnable ou fou - la sagesse consiste à connaître ou à inventer les pourquoi et les comment d'une attitude, auxquels on adhère. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie aurait dû être une réécriture en hauteur, à la verticale du qui, du quoi, du pourquoi, du au nom de quoi, que nous désignent les héros, les savants, les artistes. Au lieu de cela, elle fouille des profondeurs trop artificielles ou étale des platitudes trop réelles. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit et l'âme avancent en parallèle : devant l'embryon devenant homme et devant la fleur devenant fruit, l'esprit saisit le comment du devenir et l'âme - le pourquoi de l'être. Le bras armé de l'âme est la création ; le bras armé de l'esprit est l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | Réconciliation du oui nietzschéen avec le non hégélien : le non sévissant surtout dans les contraintes, le oui animant surtout les commencements. Le pourquoi éthique en définira le fond des finalités, et le comment esthétique sacrera la forme du parcours. | | | | |
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| intelligence | | | On révoqua les messagers (les Messagers des étoiles – siderei Nuncii - les Anges), banalisa les messages (les Bonnes Nouvelles) ; on se dévoue aux messageries (les communions de robots). « Où est la sagesse perdue dans le savoir ? Où est le savoir perdu dans les constats ? » - T.S.Eliot - « Where is the wisdom we have lost in knowledge ? Where is the knowledge we have lost in information ? » - le où est bien connu, c'est le qui, le comment et le pourquoi qui sont perdus définitivement. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la résolution magique de nos problèmes quotidiens - aucune trace d’un backward-chaining dans l’emploi de nos connaissances ! Et l’on ne reconstitue notre démarche qu’en remontant la chaîne abductive, justificative. La magie reste entière. « Les connaissances agissent en éclairs ; le discours n’en est qu’un long tonnerre postérieur »*** - Benjamin - « Erkenntnis gibt es nur blitzhaft. Der Text ist der langnachrollende Donner ». Les connaissances sont plutôt une lumière permanente et neutre, dont se sert le discours, composé d’ombres partiales. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence naturelle consiste en puissance démonstrative, établissant la vérité/fausseté des propositions, mais surtout en puissance abductive, associant à une proposition vraie/fausse les réponses aux questions finales suivantes : pour qui, où, quand, comment, pourquoi. L’Intelligence Artificielle (symbolique) commence par l’imitation de ce raisonnement abductif. Mais il ne faut pas exagérer : « Le comment de la vérité est précisément la vérité » - Kierkegaard. | | | | |
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| intelligence | | | La syntaxe abductive se réduit au Où et au Quand, ces demeures de l’Être ; la sémantique abductive consiste en Comment et en Pourquoi, ces outils du Devenir. Le savoir et le style. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard est un don de l'esprit : vivre non pas des choses vues par les yeux, mais de la perception ou de la création de la musique par ton âme, qui est le siège du goût et du style. Avoir son propre regard te prédestine au grand bonheur ou au grand malheur. « Le bonheur est dans le comment et non pas dans le quoi ; il est un talent, et non pas une chose » - H.Hesse - « Das Glück ist ein Wie, kein Was ; ein Talent, kein Objekt » - le malheur, c'est la faiblesse du comment et l'invasion par le quoi. | | | | |
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| intelligence | | | À sa naissance, l’Intelligence Artificielle s’appelait Épistémologie Appliquée et se consacrait à deux tâches – représentation (l’ontologie) et interprétation (la logique, le langage) des connaissances. Il fallait être, à la fois, philosophe, cogniticien, linguiste, logicien, informaticien, pour exercer ce métier. Aujourd’hui, une immense et mécanique fumisterie autour des misérables réseaux de neurones usurpa ce champ humaniste, avec seuls informaticiens ignares qui l’occupèrent. Aucun rapport ni avec l’intelligence abductive (les pourquoi et les comment) ni avec la langue naturelle – un calcul sauvage, avec des big data, se réduisant à la reconnaissance des formes. | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle n’est pas une application de l’intelligence humaine, se réduisant aux calculs de données par fonctions, mais une modélisation de l’intelligence humaine, faisant appel aux connaissances et aux raisonnements. Ce n’est pas le quoi (la complexité des tâches résolues), mais le pourquoi et le comment (la profondeur et l’élégance des représentations, la rigueur et la transparence des interprétations, la délicatesse de la communication en langage naturel), qui distinguent l’informatique de l’épistémologie appliquée (comme aurait pu s’appeler l’Intelligence Artificielle). | | | | |
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| intelligence | | | Les admirables réponses de ChatGPT et DeepSeek reposent sur une démarche bassement mécanique, qu’il est impossible d’associer à une vraie intelligence. Cette démarche consiste à :
1. accéder, sur l’Internet, aux archives électroniques de textes technico-scientifiques, dans toutes les langues principales, et les parcourir
2. s’appuyer sur un modèle méta-linguistique (qui ne dépend pas d’une langue particulière), permettant de fixer des relations de proximité entre entités langagières (mots ou syntagmes)
3. classifier la relation de proximité en différentes structures pseudo-sémantiques et les mémoriser
4. appliquer le même modèle méta-linguistique à l’interprétation de requêtes, y reconnaître les mêmes types de proximité que ceux qui avaient été pré-mémorisés, en constituer un réseau
5. appliquer un modèle de génération de phrases en langue naturelle, en confrontant le réseau de la requête au réseau neuronal pré-mémorisé.
C’est la domination du quoi sur les qui, pourquoi, comment, où, quand. Des calculs bruts, sans aucun raisonnement formel. Mais aucun système d’intelligence artificielle ne peut, pour le moment, rivaliser avec eux en qualité des résultats et en nombre de domaines modélisés. Ces résultats sont satisfaisants dans plus de 90% de questions posées. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances, constituant une représentation, sont de trois genres : structurelles (syntaxiques, sémantiques ou pragmatiques), descriptives (attributs et propriétés), comportementales (règles déductives et événementielles). Les deux derniers s’attachent au premier. Les relations, formant les structures, peuvent être unaires, binaires ou n-aires : 1. l’objet O existe, 2. il existe la relation R entre les objets O1 et O2, 3. les objets O1, O2,…,On, en tant qu’acteurs (agents), constituent la scène Sci, pour le scénario Sco. La future IA aura ce format. Les big data, réseaux de neurones et les modèles du langage ne s’appuient que sur la statistique et la vague notion de proximité constatée, sans le raisonnement abductif (les qui, quoi, pourquoi, comment, où, quand), contenu dans la future IA. | | | | |
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| intelligence | | | Ce n’est pas à la brumeuse causalité que renvoie un pourquoi intéressant, mais à un comment opératoire. Pourquoi X est vrai ? devient comment X est arrivé au statut de vrai ? | | | | |
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| mot | | | L'arbre de philosophie d'amour de Lulle fut condamné à ignorer les cimes et à affaiblir les racines : à côté de vérité - bonté ne pas mettre beauté, à côté de comment - pourquoi omettre qui ne se pardonne ni en profondeur ni en hauteur. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles pensées, par d'insignifiantes substitutions verbales, peuvent être réduites aux platitudes sans vie ni épaisseur ; celui qui parle doit peser et compter plus, que ce qu'il dit : le pourquoi et le comment doivent surclasser le quoi et le quand. | | | | |
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| mot | | | Le summum de l'intelligence artificielle sera atteint, lorsque sera créé un modèle du monde, dans un langage logique universel comprenant un noyau déductif et abductif, avec l'ensemble de ses relations syntaxico - sémantico - pragmatiques, et dont les langues vivantes seraient interfaces. | | | | |
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| mot | | | Dans le mot, il y a toujours une partie de qui, l'écho du soi connu, et une partie qui, la voix du soi inconnu. Les idées ou le style, la rigueur ou le ton, le savoir ou le valoir. | | | | |
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| mot | | | Comment je vois l’évolution de l’écriture : elle commença par le quoi (les choses), continua par le comment (la poésie), enchaîna avec le pourquoi (la philosophie), pour aboutir au qui (le créateur). | | | | |
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| mot | | | Tant de mes perles doivent héberger, par inadvertance, des solécismes clandestins ; et tant de perles attendent, par charité, leur déchiffrement à l’intérieur des solécismes flagrants. Je peux si peu de ce que je veux ; le comment ruine le quoi, mais le pourquoi doit sauver le qui. | | | | |
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| mot | | | Un système de conception (en informatique, dans la science ou en philosophie) relève de l’intelligence (artificielle ou naturelle) s’il dispose de trois volets logiques permettant : l’acquisition de connaissances (création de représentations rigoureuses), l’attachement de structures linguistiques à la représentation, le dialogue en langage naturel (interprétation - passage des éléments du langage aux concepts de la représentation et aux formules logiques, démonstration des formules, dégagement de leur sens, justifications abductives). Par exemple, ChatGPT et DeepSeek ignorent le premier volet, figent le deuxième, cachent tous les mécanismes du troisième. | | | | |
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| noblesse | | | Quatre types de rayonnement : utilitaire, moral, mystique, poétique. Quatre questions abductives : quoi - création, comment - sensibilité, pourquoi - source, où - liberté. Seuls l'ironie ou le regard répondent au au nom de quoi. Dans l'ironie on devine l'âme, dans le regard - l'esprit. Une ironie trop désinvolte devient stérile, un regard trop exigu confond la profondeur avec la hauteur. Peut-être que l'union de l'ironie et du regard s'appelle liberté : « Le au nom de quoi forme l'Un avec la Liberté » - Heidegger - « In eins mit Freiheit ist Umwillen ». | | | | |
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| noblesse | | | La verticalité est le goût des hiérarchies axiales, la préférence donnée à l'absolutisme des comment, par rapport au relativisme des quoi. Soit le qui se projette sur l'infini des exubérances, soit sur la platitude des connaissances. | | | | |
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| noblesse | | | Ce n'est ni la « durée-étendue » (Rousseau) ni l'« intensité-profondeur » (Nietzsche) des grands sentiments qui fait les grands hommes, mais l'intensité de la durée, du devenir, - la hauteur. On est ce qu'on devient, se dit l'homme d'élan ou de plume, tel fut le sens de la vie nietzschéenne, qu'il déforme lui-même dans le paradoxal : « Comment on devient ce qu'on est » - « Wie man wird was man ist » - à moins qu'il y mette simplement le comment au dessus du quoi, ce qui aurait dû donner : comment on est ce qu'on devient. | | | | |
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| noblesse | | | Deux sortes de noblesse : celle du quoi et celle du comment, la grandeur et le style. Aucune grandeur ne rattrape les lacunes de style, mais la force d'un style peut pallier le manque de grandeur. « Scrute le quoi, mais davantage le comment » - Goethe - « Das Was bedenke, mehr bedenke Wie ». | | | | |
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| noblesse | | | Quand je ne suis que comédien, le comment de mon jeu importe plus que le quoi et le combien. C'est le quand et le où de mon metteur en scène (mon talent) et, surtout, le pourquoi du dramaturge (mon génie) qui importent dans la pièce, que j'aurai conçue. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus coriaces de toutes les valeurs, résistant à ma volonté de les juger par-delà d'elles, sont celles qui viennent des buts. Nietzsche, lui-même, y succombe : « Que veut dire le nihilisme ? - que les valeurs suprêmes se dévalorisent. Que le but fait défaut ; la réponse au 'pourquoi' » - « Was bedeutet Nihilismus ? Daß die obersten Werte sich entwerten. Es fehlt das Ziel ; es fehlt die Antwort auf das 'Warum' ». Dès que le comment et le qui du talent et de la noblesse sont organiquement là, le pourquoi de l'intelligence se manifeste presque mécaniquement. | | | | |
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| noblesse | | | Pour apprécier le comment de ce que j’aborde, il faut deviner le pourquoi de ce que j’écarte. | | | | |
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| vérité | | | Bolzano, Husserl, Wittgenstein font grand cas de la proposition : Smith traça un heptagone constructible (comme B.Russell - de celle-ci : Le roi actuel de France est chauve), en y invoquant le sens ou l'absurdité, tandis que la chose est d'une navrante banalité : la proposition s'évalue à faux, et l'abduction en donne la raison : la référence d'objet heptagone constructible n'aboutit à aucun objet, rendant sans objet le reste de l'interprétation (où, à la place de Smith, on aurait pu mettre un ange ou un triangle rond, et à la place de traça - avala ou admira). Plus intéressant serait de se pencher sur des propositions vraies : Smith ne voyagea jamais avec un heptagone constructible ou Aucun roi actuel de France n'est chauve (comme, chez Kojève : √2 n'a pas de muscles). | | | | |
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| vérité | | | B.Russell ne voit pas, que le raisonnement déductif se complète par le raisonnement abductif, ce qui permet d'évaluer à faux aussi bien Le roi actuel de France est chauve, que Le Président actuel de France est chauve. La réponse au pourquoi, dans le premier cas, serait : il n'existe pas d'objet, référencé par le roi actuel de France, et dans le second cas : l'objet le Président actuel de France relève de la classe des humains, pour laquelle chauve est une valeur du domaine pilosité, où sa valeur complémentaire est chevelu, or la valeur de l'attribut pilosité, pour l'objet le Président actuel de France, est chevelu. La même valeur de vérité, deux sens différents. | | | | |
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| vérité | | | Est artiste celui qui a les moyens pour munir d'une même noblesse et d'une même intensité les axes entiers, dont celui de l'acquiescement ou du refus, de la vérité fixe ou de la vérité naissante. « Le Comment adoucit le Non, qui devient ainsi plus caressant qu'un Oui »*** - Jankelevitch – on croirait que la caresse serait au commencement non seulement du bon, mais aussi du beau. | | | | |
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| vérité | | | Le talent n’est pas dans la meilleure maîtrise du beau ou du vrai, mais dans le comment, dans la faculté de les rendre organiques, répugnant au mécanique, émanant de l’imprévisible, mais allant de soi, sans pourquoi. | | | | |
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| vérité | | | Si tu maîtrises le savoir consensuel d’une civilisation, tu possèdes des représentations dures, non-contradictoires et partant de ce savoir essentiel ; chez les autres, dans la plupart des cas, elles sont molles, sans noyau, logiquement sain. L’évolution de tes représentations sera soumise à un contrôle logique ; elle sera arbitraire chez les autres. Tes vérités seront abductivement justifiées ; celles des autres auront le statut des dogmes individués. | | | | |
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| vérité | | | Les superficiels et les vagues voient dans la vérité un objet, ni langagier ni conceptuel, existant depuis la nuit des temps, résistant aux tentatives humaines de s’en emparer et reflétant, avec fidélité et précision, des choses en soi, constituant la réalité. L’homme chercherait à atteindre cette vérité fuyante, pour proclamer sa possession. Presque tous les philosophes partagent cette aberration. La vérité, sans spécifier le de quoi, est une chimère insaisissable ; quant au quoi, il doit être langagier, réductible au conceptuel, et formulé par le qui, muni du comment personnel. | | | | |
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