| action | | | Quitter le monde tel qu'on l'a trouvé, monde des choses. Vivre dans le monde où il ne se passe rien (« poems make nothing happen » - W.Auden). Ne pas chercher à transformer ni à transvaluer ; je sais que même les tentatives de traduire le « en soi et pour soi » en « en moi et pour moi » finissent par me faire envahir par le temps et par les lieux, dont est libre le soi inconnu, immobile et insituable, au-dessus des objets et des sujets, de l'essence et de l'existence. | | | | |
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| action | | | Il est facile de faire passer l'avoir pour l'être, mais que le faisant évince l'étant aussi magistralement - voici le triomphe stupéfiant des hommes, qui effacent deux mille ans de l'histoire de l'utopie. L'essence du but étant devenue l'aisance. De l'essentiel des origines de nos interrogations étant banni le doute : « Est-ce un Ciel ? ». | | | | |
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| action | | | L'acte esthétique est dans le mot ou la note, il est inactuel. L'acte éthique n'a de sens que par des traces. D'où l'exil de l'artiste au-delà du bien et du mal, dans l'essence, dans la permanence de l'être, ce point crucial de l'éternel retour, car « l'Un-Bien est au-delà de l'essence » - Platon. | | | | |
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| action | | | L'être éloigne le néant, le connaître l'approfondit, le faire le camoufle. On y reconnaîtrait la main créatrice, triadique et cachottière de Dieu, puisque « l'être de Dieu ou le savoir de Dieu, c'est la même chose » - Hegel - « das Sein Gottes und das Wissen Gottes ist eins ». | | | | |
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| action | | | Entre l'être et le connaître, le faire. Être, c'est végéter, vivre dans des réponses. Connaître, c'est partir, glaner des métaphores et métamorphoses comme de belles interrogations, qui s'énoncent, s'écoutent, s'admirent sans espoir de retour dans l'univers, qui les enfanta. Faire, c'est se renier, laisser la cervelle ou la main assoupies interpréter les songes d'une âme en éveil. « Le monde, c'est la douceur du rêve de vivre et l'amertume de l'acte de vivre »** - Héraclite. | | | | |
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| action | | | La lumière cynique de l'être projetant de belles ombres du faire - Pythagore ou Diogène ; la lumière héroïque du faire invoquant d'humbles ombres de l'être - R.Debray ou S.Weil ; les ombres honteuses du faire se désolidarisant des ombres piteuses de l'être - Rousseau ou Tolstoï. Trois manières de prouver sa noblesse : esthétique, mystique, éthique - faire briller, brûler, être brillant. | | | | |
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| action | | | Le souci heideggérien semble être un bon compromis entre l'action et le rêve - l'intensité d'une corde tendue, face aux cibles de l'action et aux flèches du rêve, l'être se résumant mieux dans la puissance que dans le sens ou dans les sens. | | | | |
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| action | | | Je ne suis que cordes (mon être), mais on ne me connaît que d'après mes flèches et mes orchestrations (mon étant). Or je ne suis jamais descendu dans les arènes ni fosses - comment m'entendre avec les existentialistes ? | | | | |
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| action | | | L’action, ou la production, est en-dessous de l’être, elle en est l’oubli ; la création, ou le devenir, est au-dessus de l’être, de cet être divin, dont elle est l’image humaine. | | | | |
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| action | | | Dans toute action se croisent le pouvoir éloigné et le pouvoir prochain (Pascal), la grâce et l'outil, le regard et les yeux. Les deux sont voués à la peinture de la vie ; le second dessine l'horizon, le premier colore le firmament. Ab posse ad esse, et non pas l'inverse. | | | | |
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| action | | | Le faire te rapprochant du connaître, le connaître du faire - telle est la cadence de l'homme d'action. La trajectoire ne dépasse pas la représentation, comme la représentation ne garantit pas la trajectoire. Toute marche mène à l'avoir, si aucune étoile de l'être ne bénit ton pas. Préférer au chemin - ses coordonnées ? - « Rien n'aura eu lieu que le lieu excepté peut-être une constellation » - Mallarmé. | | | | |
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| action | | | Le commencement, même privé de buts, est un vecteur : « Le chemin naît parce qu'on le fait » - Kafka - « Wege entstehen dadurch, daß man sie geht ». Et même avec des buts sobres atteints, je garderai surtout l'ivresse du parcours : « Ce qui reste d'une pensée, c'est le chemin » - Heidegger - « Was in einem Gedanke übrigbleibt ist der Weg ». Marcher précède le chemin, même Sartre le savait : « L'existence précède l'essence ». Je remplace l'être par le devenir, et je dis : « Dans l'ordre de l'existence, la façon de cheminer est le chemin lui-même ; c'est le cheminement qui nous fait être » - Kierkegaard. | | | | |
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| action | | | Le sentiment a sa dynamique interne, pour arrêter le temps, se fondre dans l'être, et son énergie externe, pour mettre en mouvement l'espace, se diluer dans le devenir. Compatibles, mais non interchangeables. Sauf peut-être pour les robots : « Ce qui existe dans la conscience sous forme de sentiment peut se transformer en un équivalent de mouvement mécanique » - H.Spencer - « what exists in consciousness under the form of feeling is transformable into an equivalent of mechanical motion ». | | | | |
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| action | | | Ce n'est pas parce que l'action ne puisse rien changer à l'essence des choses qu'il faut la dédaigner, mais parce qu'elle coupe le contact avec toute immutabilité. | | | | |
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| action | | | La liberté est hésitation et hasard ; c'est pourquoi mon acte, mon sentiment, ma pensée ne sont pas moi, mais de moi. Le moi mystérieux ne se réduit à rien de connu ; il est ce que l'inspiration est pour le poète. Il est la source de la création, qu'on pourrait appeler méta-savoir : « Le savoir se confond avec la poésie du soi absolu » - Schelling - « Die Wissenschaft löst sich in der Poesie des absoluten Selbst ». | | | | |
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| action | | | Toute action a un sens dans le temps (elle s'y appellera acte) et en a un autre - hors du temps ; on les attache à l'être ou au devenir, à la vie ou à la mort, au salut ou à l'absurde. Et puisque l'art est tentative d'insuffler de la vie, d'apporter de l'oubli ou de la consolation, il doit faire oublier le temps. | | | | |
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| action | | | Horrible et absurde, avec de telles épithètes le sot affuble et accable la vie, pour justifier les miasmes de son action ; le sage applique les mêmes – aux prémisses de la beauté et du rêve, pour rendre encore plus mystérieux son enthousiasme et son admiration. La vie de l'esprit, la vie sociale, est trop pleine de sens et de transparence ; la vie de l'âme, la vie artistique, offre un vide béni, où doit retentir la musique, insensée et impénétrable. | | | | |
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| action | | | Je n'ai aucune répugnance à l'action ; je me contente de constater son intégral mutisme : elle ne traduit presque rien de ce qui, en nous, vaut d'être dévoilé. « Tout ce que vous faites trouve un sens dans ce que vous êtes » - Jean-Paul II - et puisque vous êtes condamnés à ignorer ce que vous êtes, ce sens est une chimère sans intérêt. | | | | |
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| action | | | Trois clans philosophiques, en fonction du réceptacle prévu pour l'être : la réflexion (Heidegger), l'action (Sartre), le rêve (Nietzsche). | | | | |
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| action | | | Les grands projets que forme un homme : c'est la femme qui les lui inspire, c'est la femme qui l'en empêche. C'est pourquoi elle était plus proche du rêve : beau sujet que vous chantiez au lieu de mettre vos projets en chantier. Le calcul est naturel ; la femme et la poésie sont invention même ; le goût du paraître et le dégoût pour l'être ; Baudelaire (« la femme est abominable parce que naturelle ») ne le comprit pas. | | | | |
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| action | | | Je voudrais réhabiliter la méta-action, l'action sur la volonté, visant la puissance, le commandement et la maîtrise de noumènes, inexistants et mystérieux, et professant une certaine indifférence face aux phénomènes, problématiques et criards. | | | | |
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| action | | | Être soi-même, accorder ses actes à ses pensées - de telles niaiseries nous détournent de la vraie dyade, qui résume notre existence (d'autres pousseraient même jusqu'à l'essence) : faire et se faire, le premier terme n'apportant presque rien au second, et le second prenant ses distances avec le premier. C'est très loin d'une lumineuse liberté quelconque et ressemble davantage à une contrainte obscure mais volontaire : « L'homme se confond avec sa liberté, qui est le néant, qui contraint la réalité-humaine à se faire au lieu d'être » - Sartre - quoique cette réalité (das Dasein) soit à faire ; c'est le soi qui se fait. | | | | |
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| action | | | Aucun accord crédible n'existe entre l'être philosophique, le connaître scientifique et le vouloir idéologique ; et le plus souvent, lorsqu'on proclamait le contraire, c'était l'avoir économique qui jouait aux imposteurs. Une telle orchestration ne peut relever que de la cacophonie, puisque agir ne peut être que du bruit. | | | | |
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| action | | | Je remarque assez tôt, que la noblesse de mon regard me visite presque automatiquement, dès que j'exclus du cercle des choses capitales - l'action et le succès. Mais je finirai par comprendre, que c'est aussi la prémisse obligatoire de la pensée tout court, de la pensée nécessairement noble : « L'effort poético-spirituel, pour la maîtrise du verbe de l'être, se déroule au-delà de combats et d'armistices, hors toute réussite ou déroute, sans prêter attention à la gloire ou au bruit » - Heidegger - « Der dichterisch-denkerische Kampf um das Wort des Seins spielt jenseits von Krieg und Frieden, außerhalb von Erfolg und Niederlage, nie berührt von Ruhm und Lärm ». | | | | |
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| action | | | Les valeurs et les désirs relèvent d'un devenir mental, d'un surgissement immédiat, intemporel, opaque et initiatique ; ils s'opposent à l'être factuel de la technique et de l'action, qui sont de la durée médiate et transparente. | | | | |
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| action | | | Pour le soi inconnu, être veut dire demeurer, et pour le soi connu - faire ; l'impossibilité d'une traduction fidèle de l'un vers l'autre (« la nausée, l'impossibilité d'être ce que l'on est » - Levinas), est à l'origine de nos tragédies ou de nos hontes. | | | | |
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| action | | | L'acte, c'est le déclenchement d'un événement qui modifie un univers, l'acte traduit une volonté ; son contraire, c'est la requête d'un univers immuable et de sa représentation. « L'Acte est zéro d'être, l'Être est zéro d'Acte »*** - Jankelevitch - je ne suis pas ce que je fais, je ne fais pas ce que je suis ! | | | | |
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| action | | | Un rêve, hélas, inaccessible : vivre ce que je suis – je vis un devenir, qui n'est jamais fidèle à l'être inspirateur. Mais la fausse réalité : je suis ce que je vis – est pire, puisque mes gestes et mes mots cherchent l'ampleur ou la profondeur, tandis que mon être ne quitte jamais la hauteur. La vie se fige, oublie ou perd son élan - un vivant instantané sans un créant éternel. | | | | |
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| action | | | L'agir est pardonnable ou respectable, si je reconnais d'en ignorer les ressorts et les portées. « Je ferai dans l'ignorance de ce que je fais, de qui je suis, d'où je suis, de si je suis »*** - S.Beckett. Cette ignorance peut être étoilée, même si j'élargis le cercle au-delà de l'agir, pour englober le penser, l'écrire, l'aimer. Et je finirai par me dire que notre soi inconnu est au centre de tout ce qui est sacré, mais sa circonférence ne se dessine nulle part. | | | | |
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| action | | | L'action est masculine, et l'oisiveté serait féminine, puisque, en position debout, on est tenté par le diable, mais, en position couchée, on tente le diable. La tentation divine consiste à produire ce qui existe, dans l'oisiveté de ce qui n'existe pas. | | | | |
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| action | | | Le rêve se crée et l'action se fait ; et l'homme est sa création et non pas sa production. Mais depuis Hegel, Malraux et Sartre on pense que l'homme est ce qu'il fait. Dans ce monde robotisé, l'homme noble se manifeste au premier chef par ce qu'il ne fait pas - pour ne pas profaner son rêve. | | | | |
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| action | | | L'inertie prosaïque de l'action s'oppose à ces deux mystères : la créativité des commencements et le tragique de la mort. « À tout commencement préside un miracle » - H.Hesse - « Jedem Anfang wohnt ein Zauber inne ». La liberté du premier pas nous illumine ; mais le dernier restera obscur. « Les hommes ne sont pas nés pour la mort, mais pour le commencement »*** - Arendt - « Men are not born in order to die but to begin ». Vivre des commencements, nunc coepi !, c'est avoir son regard, c'est à dire être sensible au miraculeux omniprésent. « Comme enchanté, l'être se dérobe ; en mille lieux il n'est que commencement »** - Rilke - « Noch ist uns das Dasein verzaubert : an hundert Stellen ist es noch Ursprung ». | | | | |
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| action | | | Ni la sagesse ni la grâce ne se trouvent à l'origine de l'appel d'agir. Celle-ci est si ténébreuse, que l'homo sapientis trouvera toujours quelque disgrâce dans nos mobiles. Plus nous sommes conscients de notre vide, mieux nous sommes capables d'y puiser de la grâce en homo nobilis. Et l'on devient homo credens. | | | | |
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| action | | | Mieux on range le savoir à l'intérieur, moins on est tenté d'exercer son pouvoir à l'extérieur. Un pouvoir inconscient résolu devrait découler d'un devoir conscient absolu. Et le devoir, c'est la rupture de l'équilibre entre options également défendables, c'est un défi, lancé au savoir impartial, la paralysie d'un pouvoir, fondé sur le seul savoir. D'après St-Augustin, être, savoir et vouloir (« esse, nosse, velle ») sont inséparables et constituent la vraie vie. Avoir, devoir et pouvoir en constitueraient l'inventée. | | | | |
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| action | | | L'existence, c'est ton action (ou l'inaction, le rêve), et l'essence, c'est ta capacité de sentir et de penser. De tous les temps, la bonne précédence fut accordée à la seconde, ce que résume le cogito cartésien. Il fallut attendre Marx, avec son action collective, ou Sartre, avec son rêve individuel, pour proclamer l'inverse. « Il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu, pour la concevoir » - Sartre – mais c'est refuser le mystère, puisqu'on n'en voit pas la solution ! | | | | |
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| action | | | Avoir rougi sur la scène des actes, sous les yeux moqueurs du rêve, à défaut de nous rendre acteurs, nous colle à la peau la marque d'une théâtralité, indélébile ni dans l'être ni dans le paraître. | | | | |
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| action | | | L'être (humain) est ce qui ne se traduit fidèlement ni par l'action ni par la pensée ni par le mot. La musique (verbale, conceptuelle, plastique), cette manifestation du devenir, en reflète mieux le cœur. Tout homme de plume doit être d'abord un musicien : « Un écrivain doit exprimer ce qu'il est et non ce qu'il pense »** - Cioran. | | | | |
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| action | | | Ils ne savent pas ce qu'ils font reproche-t-on même à ceux qui savent, que ce qu'ils font n'est pas ce qu'ils disent. Aujourd'hui, chacun sait ce qu'il fait - le pardon devint plus problématique. Le physicien n'a plus besoin de Bergson ou Heidegger, pour savoir ce qu'est le temps ; le logicien se rit de la logique hégélienne, comme le mathématicien - du néant de Sartre ou de Badiou. Le philosophe se retrouve quelque part entre l'instituteur et le journaliste. | | | | |
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| action | | | Je suis mon soi inconnu (ce qui produit mes songes), je deviens mon soi connu (ce que mon talent produit). Impossible de devenir ce que je suis, mais je peux être ce que je deviens. Ce que je deviens est déjà déchiffré ; ce que je suis est intraduisible en actes. | | | | |
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| action | | | Le verbe laisser aurait dû se ranger du côté des capitulards ; au lieu de cela, il favorise la bougeotte des courants triomphateurs : laissez-faire, laissez-aller, laissez-passer ; même le laissez-être eckhartien (Gelassenheit) est entraîné dans l'activisme existentialiste. | | | | |
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| action | | | Quand je vois l'homme d'action, l'homme de compétence ou l'homme de performance (fabrication, représentation, interprétation) - patauger, impuissant, en compagnie du mot, je suis presque prêt à acquiescer à l'exagération de Heidegger : « Seul l'être en puissance du mot confère l'être aux choses » - « Das verfügbare Wort erst verleiht dem Ding das Sein ». | | | | |
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| action | | | Ce sont les coupures nécessaires de notre devenir qui dévoilent les coutures possibles de notre être ; les profonds changent de but, les hautains changent de contraintes ; mais une fois le résultat profond atteint, on comprend, qu'il aurait pu l'être plus élégamment par un changement de contraintes plutôt que de buts. L'intelligence profonde, la stratégique, cède en attraits à l'intelligence hautaine, la représentative et l'interprétative. | | | | |
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| action | | | Je suis avec autrui, quand je réfléchis ou agis ; je ne suis avec moi qu'en écrivant, en verbifiant ma substance. | | | | |
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| action | | | Là où règne la pensée, l'aristocrate est le plus tolérant et crédule, car, dans l'intelligible, il n'y a pas de matières, indignes d'un outil noble (dans le sensible, le rapport s'inverse). « Il n'y a pas de sentiment moins aristocratique que l'incrédulité » - Talleyrand. L'aristocratisme se manifeste dans le regard ironique sur le passage à l'acte. Pour le plouc, passage à l'acte est passage à l'existence. | | | | |
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| action | | | Disposer de routes peut même dispenser de cheminement et calmer le prurit d'inquiétude : « Il n'y a pas de chemin vers la paix ; la paix, c'est le chemin » - le Bouddha. Et le tao chinois n'est qu'une voie, un commencement actif et un mouvement passif, les deux se passant de logos des fins, un concept à mi-chemin entre l'être et le devenir. Et Jésus ne connaît pas d'autres chemins que Lui-même. « Faire, c'est se faire » - Valéry. | | | | |
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| action | | | La nature de tes contraintes me renseigne mieux sur ta proximité avec le bien, que l'application laborieuse de règles fussent-elles dictées par les principes en bronze. L'impératif catégorique est une misérable caricature, à côté de l'impératif hypothétique, noble et humble. On est bon par ce qu'on s'interdit de faire et non pas par ce qu'on fait. Aristote, Thomas d'Aquin et Kant nous diront, que les contraintes ne sont que des accidents et ne font pas partie de l'essence des actes, et la question est réglée – on sait comment gagner une bonne conscience. | | | | |
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| action | | | Poésie, travail en grec. (Regardez ces jargonautes modernes aigrefins s'extasier devant la formule soi-disant platonicienne : « Tout ce qui mène du non-être à l'être est de la poésie » ! La visibilité ! Même la Dichtung allemande peut s'entendre comme condensation.) Verdict contre la fainéantise, réhabilitation du travail. Et si tout le reste n'était qu'extraction de mensonges, usinage d'illusions, service rendu au diable, diffusion de contrefaçons… | | | | |
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| action | | | L'existence est ce que je suis obligé de faire, et l'essence est ce qui m'oblige à être. Je réussis toujours sur la seconde facette ; j'échoue toujours sur la première : « L'existence est le récif, sur lequel la pensée pure fait naufrage » - Kierkegaard – la pensée est une amphibie, qui est à l'aise même au fond de mon existence naufragée. | | | | |
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| action | | | Ce n'est pas parce qu'on jeta un regard profond sur la vraie essence des choses, qu'on répugne à agir sur elles, mais parce qu'un haut regard dédaigne de s'arrêter sur les choses, pour ne pas profaner le beau rêve ou le rêve du bien. | | | | |
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| action | | | Difficile d'imaginer l'être, qui serait hors l'espace et le temps. Pourtant, c'est ce que visent, sous des angles différents, le scientifique, le poète et le penseur. À l'instar des dieux, ils agissent dans l'être ; c'est l'homme banal qui n'agit que dans le devenir, que seul le créateur sait munir d'une consistance de l'être. À l'opposé se trouve l'action, ni savante ni poétique ni spirituelle. « Si les dieux sont parfaits, pourquoi ont-ils besoin d'agir ? » - Épicure. | | | | |
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| action | | | La liberté est beaucoup plus dans l'écoute passive de mon être éthique que dans le regard actif sur mon faire pratique. | | | | |
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| action | | | Les plus belles pensées sont immobiles, elles s'identifient à l'être intemporel ; les pensées mobiles servent à justifier le devenir de l'action. « Il faut des mobiles de l'activité, qui échappent aux pensées, donc aux relations : des idoles » - S.Weil. La pensée figée prend irrémédiablement l'allure d'idole, car elle abandonne les relations au profit des objets. | | | | |
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| action | | | L'action du sot est la traduction la plus fidèle de son essence ; l'action du sage reconnaît se devoir au hasard, aux contraintes extérieures, fondamentalement incompatibles avec son essence. « L'action de l'ignorant est sage ; celle du savant est sotte »** - Théophraste. D'ailleurs, les dernières paroles de Théophraste - n'oubliez pas qu'il y a beaucoup de choses inutiles - portaient sur l'importance des contraintes intérieures. | | | | |
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| action | | | Le pessimisme passif, c'est l'oubli de l'être ; le pessimisme actif, c'est l'oubli des autres : le refus de la vérité (aléthéia) des autres et le refus de sa propre léthargie. L'oubli, pour les hellénistes, est le contraire de la vérité. | | | | |
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| action | | | La noblesse d'une activité est question de qualité de ses contraintes. C'est pourquoi la musique, avec ses règles harmoniques, mélodiques, rythmiques, est l'art le plus noble. La mathématique a ses axiomes et sa logique ; la poésie – ses règles de versification. La philosophie aurait dû oublier la vérité et les connaissances, l'existence et l'essence, les idées et même les choses, pour se concentrer sur les souffrances et les langages de l'homme et lui apporter de la consolation et de l'enthousiasme, bref, être plutôt rhétorique que didactique. | | | | |
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| action | | | Le créateur, souvent, est à l'opposé de l'homme d'action ; au second on dit (de Pythagore à Nietzsche) : deviens ce que tu es ; au premier – sois ce que tu deviens. | | | | |
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| action | | | Notre époque : le triomphe de l'existence en acte sur l'essence en rêves. | | | | |
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| action | | | Dans l'action, ce sont le premier et le dernier pas qui comptent, et ils ne m'appartiennent pas : les circonstances et les buts me sont imposés. Dans la fiction, la place de ces pas est aussi décisive, mais il m'appartient de donner au commencement mon visage, formé par mon soi inconnu, et de remplacer la profondeur des buts par la hauteur des contraintes. Dans la fiction, tout est faux de b à y ; seuls a et z sont vrais ; c'est pourquoi il faut me fier à a, sans m'en imaginer l'auteur, et éluder z, en en laissant au lecteur l'illusion de la découverte. Ce livre est un hymne à a et un clin d'œil à y, à l'avant-dernier pas, où l'erreur est toute chaude et la vérité ne congèle pas encore le rêve. Mais tout cela est obsolète : depuis que l'existence est l'alpha et l'oméga des hommes, l'alphabet de l'essence est en déliquescence. | | | | |
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| action | | | L’action, à l’instar de la pensée, gagne en pureté, lorsque son essence est dans le commencement ; agir et commencer s’expriment par le même verbe grec archein. Comme parole et esprit se rencontrent dans logein. Agir ou penser - comme prendre initiative. | | | | |
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| action | | | Le thème d’action est à l’origine de tant d’inepties savantes, qu’en choisir les plus hilarantes est une tâche facile. Peut-être en matière d’ennui, de banalité, de platitude personne ne dépassera jamais cette illumination hégélienne : « L’action, transportée en existence, se développe dans tous ses aspects d’après ses relations à la nécessité et a des suites diverses » - « Die Handlung, im Dasein versetzt, entwickelt sich nach allen Seiten nach seinem Zusammenhange in der Notwendigkeit und hat mannigfaltige Folgen ». | | | | |
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| action | | | Tant de niaiseries autour de la métaphore de chemin, préexistant ou construit en marchant, tandis que ce qui compte, c’est si ton étoile l’illumine et si tes pas forment une danse personnelle ou s’inscrivent dans une marche collective. Les plus lucides des partisans des chemins de l’être, de la vérité, de la connaissance finissent par reconnaître, qu’au pays de la poésie, ces chemins ne mènent nulle part (Heidegger). | | | | |
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| action | | | L’existence, c’est le hasard, et l’essence – le destin. Il est bête de voir dans le hasard l’accomplissement du destin. Le destin est invisible, il ne quitte jamais notre âme ; l’esprit dévoile le hasard, le robot s’en débarrasse et transforme le destin en algorithme. « La vie de celui qui agit robotiquement est essence sans existence » - A.Carpentier - « Quien actúa de modo automático es esencia sin existencia ». | | | | |
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| action | | | Mon tribut à la phénoménologie : toutes mes facettes peuvent se réduire aux relations binaires : l’être – moi et mon Créateur ; le devenir – moi et ma création ; le faire – moi et l’époque ; l’avoir – moi et la chose. Je dois tenir à la seule facette, où agit mon soi inconnu, - au devenir. | | | | |
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| action | | | Mon soi inconnu ignore le langage des idées et l’action des volontés, mais il peut influencer mes échelles de valeurs, en soumettant mon action à ma pensée, et ma pensée – à mon rêve. « L’essence véritable de mon soi n’est pas Je pense, mais J’agis » - Heidegger - « Das eigentliche Wesen des Ich ist nicht das Ich denke, sondern das Ich handle ». J’agis est moutonnier, je pense est robotique ; il ne reste aux rares possesseurs d’un soi inconnu que je rêve angélique ! | | | | |
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| action | | | L’Agir s’étend de l’Inertie à la Création, de la Routine à la Liberté ; il s’insère entre la Pensée et l’Être, entre l’essence subjective et l’essence objective ; il est l’existence, une justification intuitive de la validité de la Pensée et de la compréhension de l’Être. | | | | |
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| action | | | Dans volonté de puissance, on pourrait prendre puissance au sens aristotélicien, comme complément d’acte. Je n'existe que dans l'acte, je ne suis qu'en puissance. « L'existence est à l'essence, comme l'acte est à la puissance » - Thomas d'Aquin - « Essentiam actualem ab existentia, tamquam realem potentiam ab actu ». La compétence préférée à la performance. | | | | |
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| action | | | La sagesse, selon Aristote, est dans l’habitude et non dans l’acte. Mais qu'est-ce que l'aphoristique ? - une écriture, qui tente d'éviter l'habitude, pour devenir acte pur, sagesse immaculée, conception sans pénétration. Le soi inconnu se devine dans la continuité inexplicable de l'être, mais se traduit dans les césures évidentes du faire. Dans le langage monotone et disert d'une loi et dans la logique événementielle de rupture de son application. | | | | |
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| action | | | Ce qui existe peut servir de matériau, d’outil, d’obstacle, de convoitise ; mais ce qui n’existe pas élève les rêves et approfondit les pensées. | | | | |
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| action | | | Ce n’est pas toi qui es maître des circonstances, routinières ou aléatoires, qui constitue ton existence ; tu en es, le plus souvent, esclave. « Nous guidons les affaires en leurs commencements, mais par après, ce sont elles qui nous guident »** - Montaigne. Vivre surtout des commencements est un privilège des créateurs. | | | | |
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| action | | | Le mouvement – des bras, des pieds, de la cervelle – est le sort commun de l’espèce spatio-temporelle ; l’immobilité, dont je parle, est d’ordre exclusivement intellectuel – faire rentrer mon rêve dans un seul point, celui d’un commencement. « Toutes les affaires des hommes se ressemblent au point d’où elles partent ; nées du néant, elles retombent dans le néant » - Bias – le néant est l’éternel retour du commencement. | | | | |
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| action | | | Je creuse mes actes – ils ne reflètent que ce que je ne suis pas. Je relis mes écrits – ils sculptent ce que je serai. Mais ce que je suis, je l’ignore ; c’est pourquoi je m’aime. | | | | |
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| action | | | Vivre, c’est faire ; rêver, c’est admirer. Un être noble, c’est l’admirateur de l’œuvre divine lumineuse ; un devenir créateur, c’est l’action de consolation de l’existence humaine, pleine d’ombres. | | | | |
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| action | | | La création dans le vrai n’est qu’une action humaine routinière ; la création dans le beau est un devenir s’inspirant du divin, du soi inconnu, un devenir cherchant l’intensité de l’être. Et Maître Eckhart ne s’insurge que contre la première : « Ne songe pas à fonder ton salut sur une action ! L’homme doit le fonder sur un être » - « Denke nicht, dein Heil zu setzen auf ein Tun ! Man muss es setzen auf ein Sein ». | | | | |
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| action | | | Tu vaux par ce que tu es et par ce que tu fais. Ce que tu es se décompose en ton soi inconnu, l’inspirateur, le représentant de Dieu dans ton âme, et en ton soi connu, la volonté et le talent de ton esprit, avec tes connaissances et tes goûts. Ce que tu fais se divise en création, scientifique (l’esprit) ou artistique (l’âme), et en actions sociales, pour t’incruster dans la société et pour survivre. L’essence et l’existence, le virtuel et le réel. | | | | |
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| action | | | Dans la société, faire le Bien, c’est s’appliquer à suivre, consciencieusement, une filière normative, d’utilité publique – tâche à portée des robots. Dans la solitude, on cherche à être bon, sans chercher à appliquer cet état à la pratique. « L’homme vit souvent avec lui-même, et il a besoin de vertu ; il vit avec les autres, et il a besoin d’honneur » - N.Chamfort. | | | | |
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| action | | | Le résumé intellectuel de tout acte se réduit aux abstractions, celles-ci s’appuyant sur des postulats-axiomes, ces derniers, pour se rapprocher d’une bonne philosophie, s’inspirant des merveilles divines – le Vrai, le Bien, le Beau – ou de la merveille de tout vivant, la liberté. Mais le bavardage académique tourne autour de l’Être (un fantôme, vivotant entre la réalité et la représentation) et des connaissances (des effets des raisonnements au-dessus de la représentation, celle-ci étant recouverte d’une couche langagière). Les doigts d’une main suffisent, pour énumérer tous les bons philosophes, ensevelis par des hordes d’ignares. | | | | |
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| action | | | Je suis sceptique quant à l’intérêt de la transformation de l’être en faire (et non pas en devenir qui n’est que l’être traversant l’espace-temps). On ne se fabrique pas ; on est complet, achevé, dès sa première enfance. Les valeurs et leurs hiérarchies restent stables ; ce qui évolue, ce sont des contraintes que j’impose à mes choix capitaux. Elles portent d’abord sur les buts à viser ; ensuite – sur les parcours à emprunter ; finalement – sur les commencements à créer. Je devins un éternel débutant. | | | | |
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| action | | | Dans le réel comptent surtout les intérêts pragmatiques ; il est donc facile de savoir si, dans ce domaine, tes actions vont contre ou pour ce que tu es. Et, d’ailleurs, la présence des contres témoignerait de ta noblesse. Mais si tu places ton milieu d’existence dans le rêve, et non pas dans le réel, l’opposition, ci-dessus, n’a aucun sens. | | | | |
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| action | | | Agir ou apprendre, telles sont des lectures possibles de l’être. Si être est ce que je manifeste par mon action, il vaut mieux ne pas être (pour mon âme) ce que je suis (pour mon esprit). Si être est ce que je réussis à savoir en profondeur, il faut que je puisse munir mon devenir, mon valoir, mon devoir, mon vouloir, mon pouvoir, de l’intensité de l’être, pour prétendre à la hauteur. | | | | |
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| action | | | Dans les trois sphères de ton être et de ton devenir, les commencements, les parcours, les buts, interviennent deux forces : ton toi et ton nous. La seconde domine les buts – reconnaissance et suprématie ; la première fixe les commencements – solitude et noblesse ; leur coalition accompagne les parcours – liberté, savoir, intelligence. L’exclusion du collectif étant l’une de tes contraintes, tu te résumeras le mieux en commencements. | | | | |
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| doute | | | Sans ce qui existe, l'imagination serait sans poids ; sans ce qui n'existe pas, la vie serait sans ailes. | | | | |
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| doute | | | La plupart des choses vécues vaguement, dans notre âme, se décantent et se fixent à force des formalisations et des attributions de sens ; mais, au bout de ce cycle, les meilleures d'entre elles, ne gagnent que davantage de mystère, et l'on assiste à l'éternel retour du même, à la fusion entre le naïf, le formel et l'évanescent, entre le poids, la valeur et le souffle. Sans qu'on sache, si c'est notre bonheur ou notre misère : « L'âme vit la hauteur et la profondeur non pas comme ravissement ou accablement, mais comme permanent retour, sans avoir quitté son être propre »*** - H.Broch - « Das Oben und das Unten werden von der Seele weder als Beglückung noch als Beschwerden empfindet, aber als die ständige Wiederkehr innerhalb ihres eigenen Seins ». | | | | |
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| doute | | | La dialectique sophistique favorise les tableaux triadiques ; la dialectique dogmatique leur préfère l'axe, la dualité, dont le soi est le cas le plus flagrant. Et j'y trouve tant d'oppositions mal tranchées : l'inconscient n'est qu'une partie câblée du conscient, l'essence est une précondition nécessaire de l'existence, la transcendance est l'immanence justifiée. Le soi se décompose le mieux entre le vouloir et le pouvoir, entre le rêve et l'action, entre le divin et l'humain, entre la création et la créativité, bref – entre le soi inconnu et le soi connu. | | | | |
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| doute | | | Parmi les choses, auxquelles l'art réussit à donner une forme, il y a toujours plus de sujets de négation que d'acquiescement, d'excentricité que d'authenticité. L'image de mon être est dans la forme évasive du vase et très peu dans son contenu compréhensible. Donc, ni métamorphose (perfectionnement, sacrifice, développement) ni préservation (authenticité, sincérité, fidélité), mais - création (forme, enveloppement, modelage). C'est ainsi qu'il faut comprendre Canetti : « Ce qui est sans forme ne peut se métamorphoser » - « Das Gestaltlose kann sich nicht verwandeln ». | | | | |
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| doute | | | Le soi est si loin de ce qui se montre, se dit ou se fait, que ce soit par les autres ou par moi-même, que le désir d'être soi-même - le fondement de la bonne conscience - est une aberration des sots. À moins qu'être soit ce qui subsiste, quand je ferme mes yeux, pour créer un écran, et ma bouche, pour laisser parler ma plume, et quand je laisse tomber mes bras, pour jouir des images insaisissables. | | | | |
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| doute | | | Se connaître signifierait unité du sujet et de l'objet, projet digne des robots. On peut comprendre ce que fait et même ce qu'est mon soi connu ; l'essence de mon soi inconnu me restera toujours incompréhensible, sans être un objet, il me souffle des projets. Ce qui est proche devient si vite muet : « Je ne me connais pas, et Dieu m'en garde » - Goethe - « Ich kenne mich auch nicht, und Gott soll mich auch davor behüten ». L'autoscopie ne sert à rien, seule l'autoécoute est utile dans la recherche de ta meilleure source, celle de la musique. | | | | |
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| doute | | | Dans l'essentiel, toute recherche de fondements, d'ancrages ontologiques ou affectifs, aboutit au noble néant des ruines, sans dates ni noms, intemporelles et innommables, où l'on frissonne, admire et rêve. Dans l'inessentiel, on a le choix entre l'étable et la salle-machines, où l'on rumine. | | | | |
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| doute | | | Sophistes, cyniques et sceptiques sont de mauvais nihilistes : indifférents, calculateurs ou apophatiques, là où le nihiliste est enthousiaste, créatif et confiant, - dans la fabrication libre de ses propres points d'attache ontologiques. Mais les pires des profanateurs du nihilisme sont ceux qui couvrent de ce beau nom une égalisation loufoque entre l'être et le néant. | | | | |
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| doute | | | Il faut que ce soient deux grands vides qui se cognent, pour que l'écho porte loin et fasse sonner le néant. Le poète est calculateur et bâtisseur de vides. | | | | |
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| doute | | | Avec un bon auteur : autant de lectures que de lecteurs. C'est Nietzsche, lui encore, qui s'y fait remarquer ; le surhomme et l'éternel retour en sont les plus beaux exemples ; même Heidegger y fait appel, grossièrement, à l'histoire, à l'évolution des hommes ou à la méta-géométrie (retour à soi-même, la mêmeté comme l'être idéel, contrôlant le tout-étant), au lieu d'y voir l'intensité entretenue comme la seule justification de notre intérêt pour les choses. | | | | |
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| doute | | | Le soi n'est ni dans les réponses, ni dans le questionnement, ni dans le parcours de la question à la réponse, ni dans le silence ; si, après ces quatre négations, je me sens authentique, je me trompe de voies ou de voix. Notre essence restera soit hypothétique soit utopique soit mythique ; seule l'existence est authentique, c'est pourquoi il faut la mépriser, ou, au moins, négliger, pour vivre le vertige de l'essence inconnue. | | | | |
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| doute | | | Les étapes d'approfondissement, aboutissant à l'illusion du soi : je n'affirme pas ce que je suis ; je ne suis pas ce que j'affirme ; le Je et le Moi sont identiques et également inapprochables. Et si « être un homme, c'est savoir distinguer son Je et son Moi » (S.Weil), l'homme est un fieffé illusionniste ! | | | | |
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| doute | | | Peut-être que le plus beau rêve ne s'oppose guère à la réalité, mais est la sensation du monde tel qu'il est, et donc de l'inconnaissable et de l'intouchable, et non pas de tel qu'il se fait, du paru et connu. | | | | |
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| doute | | | Après de multiples plongeons dans le flux des choses, Héraclite se désole de l'inégalité du flux, et Nietzsche se console de l'égalité des choses. Il serait plus instructif de changer d'élément : à la nage préférer le vol ; d'une bonne hauteur tout flux et toute chose, c'est à dire tout être et tout devenir, prendraient de beaux contours de l'éternité. | | | | |
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| doute | | | Vivre de commencements signifie s'adonner à la pureté du présent, que la révélation du passé munit d'intelligence et de profondeur, c'est à dire de moyens, et la néantisation par le futur - d'ironie et de hauteur, c'est à dire de contraintes. Le contraire des laborieux poursuivants de buts : « Pour un créateur, ce n'est jamais la source qui compte, mais uniquement jusqu'où il est allé » - S.Zweig - « Nie entscheidet beim schöpferischen Menschen von wo er ausgegangen ist, sondern einzig wohin und wie weit er gelangt ist ». | | | | |
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| doute | | | Plus les hommes veulent exhiber ce qu'ils sont, plus insignifiants ils paraissent. On signifie par son pouvoir d'invention d'un soi introuvable. | | | | |
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| doute | | | L'être est fusion de la matière (représentation) et de la musique (expression), de la loi et de la liberté, de la dogmatique et de la sophistique, du connaître et du paraître. L'extinction de la seconde composante, de celle, où l'on veut briller ou prier, nous ramène aux robots ou moutons, qui ne peuvent que narrer ou parer. | | | | |
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| doute | | | L'être, que reniflent les creux, est ce que représente la chose sans notre œil et sans lumière : « O Soleil ! Toi, sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont » - E.Rostand. Les ombres de notre regard seraient à déplorer encore davantage. D'ailleurs, le regard est davantage une humble répartition d'ombres qu'une orgueilleuse projection de lumières ; la lumière, c'est du je peux ! , et les ombres - du je veux ! | | | | |
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| doute | | | L'authenticité peut être définie comme l'appropriation de notre essence articulée ou attribuée, c'est à dire d'un reflet misérable d'un mystère lumineux, indicible et inclassable. | | | | |
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| doute | | | Le passage monotone du n-ème au n + 1-ème pas, l'échéance de l'authenticité (Sartre) ; la chute, après l'appel, sans espoir, de la source du point zéro, la déchéance de l'inauthenticité (Heidegger - Verfallen des Uneigentlichen) - deux échappatoires à la hauteur du point final. | | | | |
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| doute | | | Dans la connaissance de l'objet réel, on ne s'appuie que sur sa représentation, c'est à dire une substance avec ses attributions quantifiées, et l'on oublie son image analogique, qui est une véritable source de la représentation et une donnée immédiate de l'objet, appelée, par des bavards, - être. | | | | |
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| doute | | | Entre la perception d'un objet et la mise en mémoire transitoire de son image - aucun traitement conceptuel peut ne se produire ; mais que mémorise-t-on, au juste ? - grande énigme de la mémoire ; à chaque sens correspondrait un type de stockage, mais sans représentation conceptuelle ! Un vrac cru et sans substance. | | | | |
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| doute | | | Tout le charabia des patauds-jargonautes, adulés par la professoresque parasitant la-dessus, est de cet acabit : « N'est vraiment réel que ce qui existe en soi et pour soi d'une existence vraie et réelle » - Hegel - « Wahrhaft wirklich ist nur das Anundfürsichseiende, das erst wahrhaft wirklich ist ». N'est vraiment bête que ce qui est sot en soi d'une bêtise sotte et nigaude. | | | | |
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| doute | | | On devient son soi connu, on est son soi inconnu. Une belle et inaccessible ambition : rendre la hauteur du devenir - digne de la profondeur de l'être. Mais l'expiration ne saurait jamais être asymptote de l'inspiration. | | | | |
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| doute | | | L'une des justifications de la notion bancale d'être serait qu'elle nous amène à ce qui n'existe pas. En plus, elle serait un compromis pathétique entre la profondeur et la hauteur, l'être s'accomplissant dans : « l'acquiescement le plus haut et le plus ouvert à sa propre ruine » - Heidegger (« das höchste Jasagen segnet seinen Untergang ») - les meilleures des ruines s'érigeant en hauteur, Nietzsche y découvrant la compagnie de Cioran. | | | | |
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| doute | | | Les commencements valent par la qualité des définitions (des objets) et des déterminations (des relations), ce qui ressemble à la formulation de théorèmes. Sans bonnes contraintes, l'amorce est vouée au hasard ou à la routine. Les contraintes sont des déterminations négatives, écartant le secondaire et difforme, pour se focaliser sur l'essentiel et l'élégant. | | | | |
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| doute | | | Ton bonheur le plus pur est dû à ce qui n’existe pas, mais dont le rêve entretient ton élan. « L’homme vraiment heureux est celui qui réfléchit non seulement sur ce qui est, mais aussi sur ce qui n’est pas » - Tchékhov - « Истинно счастливый человек думает не только о том, что есть, но даже о том, чего нет ». | | | | |
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| doute | | | La valeur ontologique de la mathématique n'a rien à voir avec ses démonstrations ou preuves, c'est à dire des ramages, elle est dans ses racines, des principes : avec l'algèbre - les propriétés des opérations, avec l'analyse - le processus comme voie d'accès à l'infini, avec la géométrie - la mesure, la distance ; ces trois volets couvrent complètement la réalité : ses invariants, ses mouvements, ses proximités. | | | | |
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| doute | | | Quelle autre démonstration d'une existence hors espace-temps que le moi, se révélant dans cette coordination miraculeuse entre les sens, le cerveau, les muscles, la conscience métaphysique ! Tous accessibles à tout moment et en toute circonstance, dans un parallélisme et une unité inconcevables ! | | | | |
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| doute | | | Ce n'est pas un fumeux néant qui nous menace, à l'extinction de la dernière illusion, mais un trop plein d'une réalité transparente. À moins que la réalité soit synonyme du néant, comme semble le penser Pascal : « Les premiers principes naissent du néant ». Ce néant sourcier nous aide à retrouver dans des illusions perdues non plus un breuvage, mais un flacon, aux étiquettes enivrantes, flacon que nous remplirons de messages de détresse et en vivrons. | | | | |
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| doute | | | Être un Ouvert, c'est savoir qu'on ne sait pas ce qu'on veut le plus ; l'identité du vouloir et du savoir abstraits, dans l'Ouvert de l'Être, proclamée par Heidegger, nous rend Fermés dans l'Étant. | | | | |
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| doute | | | Il y a des affirmations, qui ne valent rien si elles ne sont pas appuyées sur un délicat pourquoi ; mais les meilleures d'entre elles sont celles que tout pourquoi, même un superbe, profane. Les plus belles choses, comme la rose d'Angélus, sont sans pourquoi. « Dans le mystère d'un jeu sans pourquoi se déploie le destin de l'être en tant qu'une hauteur et une profondeur extrêmes »** - Heidegger - « Im Geheimnis des Spiels ohne Warum ereignet sich das Seingeschick als das Höchste und Tiefste ». | | | | |
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| doute | | | Le soi connu se fait, même au-delà de l'existant ; le soi inconnu est, même dans l'inexistant. Parménide serait choqué, Heidegger peut-être pas. | | | | |
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| doute | | | À Heidegger, pour savoir ce qu'est l'être, il faut savoir ce que le soi inconnu est (« nur wenn ich weiß, wer ich bin, kann ich wissen, was sein heißt ») ; la résignation à l'ignorance de soi sacralise nos désirs, la seconde ignorance sacralise doublement notre intelligence. | | | | |
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| doute | | | Dès que tu crois être en communication directe avec ton meilleur soi, le soi inconnu, pense au mot augustinien : « Si tu le comprends, ce n'est pas Dieu » - « Si enim comprehendis, non est Deus » - laisse les meilleures voix à leur miraculeuse inexistence. | | | | |
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| doute | | | L'évolution et l'éclair - telle est la trajectoire du soi connu ; des invariants et des ombres - tels sont des signes du soi inconnu. « J'ai conscience d'un soi identique, face à la diversité des représentations, que mon regard saisit » - Kant - « Ich bin mir des identischen Selbst bewußt, in Ansehung des Mannigfaltigen der mir in einer Anschauung gegebenen Vorstellungen » - ce soi identique et immuable est le seul à nous parler directement d'un certain être des choses. « Le problème est : dissocier en soi l'œil et le regard, séparer le moi authentique de cet autre qui pose » - Jankelevitch - je ne suis pas sûr, que notre acteur nous soit plus étranger que notre spectateur. | | | | |
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| doute | | | Avoir ou être, ces deux vacuités reflètent assez bien la frontière entre le soi connu et le soi inconnu : on est, sans posséder son meilleur soi. Je deviens. Et je maîtrise ce moi connu, qui connaît, doute et évolue. Mais je ne peux pas approcher l'immuable, le crédule et le créatif, qui est mon moi inconnu. | | | | |
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| doute | | | Le soi connu est au soi inconnu ce que le devenir électif est à l'être effectif - une forme temporelle d'un contenu intemporel ; l'être justifie et bénit, mais ne se laisse pas appréhender. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux sujets en moi : le soi inconnu - le spontané, l'esclave de l'interprétation inconsciente, et le soi connu – le réfléchi, le maître de la représentation. L'herméneute constant, proche de l'être, et l'ontologue évolutif et variable, se fixant dans l'étant. | | | | |
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| doute | | | Pour connaître mon soi connu, il suffit de vouer à son image mes yeux ou mon esprit. Je ne peux pas connaître mon soi inconnu, je peux l'aimer, grâce à l'image, qu'en renvoie mon regard, c'est à dire mon âme. C'est, peut-être, l'objet tant convoité par Narcisse et qui l'empêche d'être immortel. Ne sont immortels que le désamour et l'imitation. La créature, la création, le créateur sont tous voués à néant. | | | | |
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| doute | | | Incapables de munir le monde d'un sens, les plus bêtes des nihilistes le proclament absurde et se vautrent dans le dévoilement du néant. Tandis que tant de lectures, c'est à dire d'interprétations, au sens musical, se présentent à celui qui possède son propre regard et maîtrise les gammes de l'intelligence (le langage créé et les requêtes bien formulées, à l'origine du sens, que je donne plutôt que je ne le lis). Les plus sots n'entendent même pas le bruit des choses et s'effraient de leur silence. Ce n'est pas le sens qui manque à ce monde, mais bien la musique. | | | | |
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| doute | | | La transcendance, l'écran cachant le premier et les derniers pas, est l'opération inverse de la descendance, le culte de la succession de pas. Plus on s'émerveille de l'absurdité de la recherche, plus on est pertinent dans l'interprétation des trouvailles. « La vraie connaissance consiste à comprendre que ce qui est cherché transcende la connaissance » - Grégoire de Nysse. | | | | |
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| doute | | | Il y a deux types de raseurs de plume : qui narrent respectivement ce que font les terrestres ou ce que feraient les extra-terrestres - les moutons ou les robots. Pourtant, il y a tant de belles choses humaines qui n'existent pas. « J'écris au sujet de ce que je n'ai ni vu, ni éprouvé, ni appris d'autrui, et en outre de ce qui n'existe en aucune façon et ne peut absolument pas exister »*** - Lucien. Enfin quelqu'un, qui veut, qu'on aperçoive, lise ou devine son visage mystérieux (le regard - je suis ! - intemporel), plutôt que les choses vues (varia a me cogitantur - que de choses je comprends ! - a posteriori), problématiques ou résolues (cogito - je comprends ! - a priori) ! | | | | |
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| doute | | | La partie visible de l'être est suffisamment explorée par nos représentations (seuls les parasites universitaires continuent à y fouiller et à y nager) ; il faudrait ne s'occuper que de sa partie invisible, qui aurait pour contenu - l'intensité, et pour forme - la métaphore. En revanche, se tourner vers le devenir, s'appesantir sur le temps, ne promet rien de nouveau ni d'original ; la philosophie est une réflexion sur l'intemporel, sur l'invariant, sur le langagier et, surtout aujourd'hui, - sur l'invisible. | | | | |
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| doute | | | Une fois exprimé, le sentiment n'est ni vrai ni faux, mais là où l'adulte robotisé applique une nomenclature du sens l'enfant accepte une maculature des sens. L'enfant est celui qui ignore totalement ce qu'il est ; appréciez alors la double ironie d'Héraclite : « Nous ne sommes jamais plus près de notre moi que lorsque nous retrouvons la gravité des jeux des enfants ». | | | | |
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| doute | | | L'existence de lois de la nature démunit de son aura tout subjectivisme transcendantal : qu'on se fie, intégralement, à ses sens ou qu'on s'en méfie, on aboutit aux mêmes modèles. Celui qui doute de l'existence de corps célestes, d'atomes ou d'espèces, bâtit des châteaux de cartes phénoménologiques ; celui qui n'en doute guère, envoie des vaisseaux inter-planétaires, maîtrise la matière et l'énergie et doute de soi-même. | | | | |
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| doute | | | L'ontique unifiée avec l'optique s'appellerait regard, bien au-dessus des choses vues ou des choses crues. Le croire donne du rythme au vocabulaire du savoir, mais ils sont indépendants. Ne crois pas que « plus on voit, moins on croit » - proverbe italien - « chi più sa, meno crede ». | | | | |
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| doute | | | Quand on se connaît, on vit dans la solution connue ; quand on se cherche - dans le problème du soi inconnu ; quand on s'invente - dans le mystère du soi inconnaissable. « On n'est ridicule que lorsqu'on ne veut pas être ce qu'on n'est pas »* - Leopardi - « Le persone non sono ridicole se non quando non vogliono essere ciò che non sono ». | | | | |
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| doute | | | Se moquer des oracles delphiques, de « Deviens ce que tu es » - Pythagore et Pindare, de « Sei was du bist » de F.Schlegel, de « Werde was du bist » de Nietzsche - s'inventer en toute occasion (entwerden) - « se piper soi-même » (Pascal). Sois ce que tu deviens (ce que fait de toi ta plume) ! | | | | |
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| doute | | | En philosophie, il y a des hautains du commencement, des profonds de la finalité, des plats du parcours – privilégiant le naître, l'être ou le (ap)paraître. Le concevoir du cogito, le fonder du sum, le propager du ergo. | | | | |
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| doute | | | Oui, il n'y a, dans le monde, ni couleurs ni sons, mais seulement des ondes ; pourtant, nos récepteurs, captant ces ondes, nous bouleversent par des tableaux et des mélodies ; la réalité passive enjoint de la mimesis à notre idéalité active. Le besoin de couleurs, dans notre esprit, dans l'homo faber ou l'homo pictor, réveille le souci de l'être, au-delà de l'espace ; le besoin de sons provient de l'âme, du devenir intemporel, de l'homo sacer ou l'homo poeticus ; l'art ou la science, dans le premier cas, la foi ou la philosophie - dans le second. | | | | |
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| doute | | | Depuis Spinoza, le mode géométrique fut essayé soit pour s'amuser avec son intelligence (Wittgenstein), soit pour amuser les autres avec sa bêtise, par exemple : « J'entends par littérature, non un corps ou une suite d'œuvres, mais le graphe des traces » - Barthes - elle n'est non plus ni groupe commutatif ni anneau associatif ni idéal distributif. Au lieu d'énoncer des inepties en analyse discrète, tu aurais dû exercer tes douteuses lumières en synthèses concrètes. Cette définition me rappelle une autre intrusion ébahissante, non pas dans l'algèbre, cette fois, mais dans la théorie des ensembles, d'un ontologue déchaîné : « L'ensemble vide est le nom propre de l'être en tant qu'être » - le nom commun de cet être en tant que néant (un jargon que partagent Hegel et Sartre) étant - l'ânerie, dont se moquent les logiciens et les mathématiciens. | | | | |
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| doute | | | Réduits à l'homme, l'être heideggérien est mon soi inconnu, et son étant – mon soi connu ; et c'est Héraclite qui nous met d'accord : ce qui fait apparaître, c'est à dire la nature ou l'être, aime à se voiler. | | | | |
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| doute | | | Le soi, c'est l'être et la liberté, et le moi, c'est l'étant et la solitude ; ce sont, peut-être, le soi inconnu qui t'inonde de lumière, et le soi connu qui n'émet que des ombres. | | | | |
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| doute | | | Notre patrie est peut-être la lumière, mais seul l'exil nous rend conscients de notre essence, qui est ombres. | | | | |
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| doute | | | Pour connaître son essence, il faut se quitter, ce qui est impossible. L'existence se constate, et l'essence s'invente. « Étant dedans, je le vois en existence, non en essence » - Barthes. | | | | |
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| doute | | | Il y a autant d'idées de l'être que d'idées du devenir, exprimées dans un langage de monotonie logique ou dans un langage événementiel, de rupture. Une cohérence ou une déshérence. Décrire, par un libre arbitre, un univers ou en créer, en liberté, un nouveau. Une intelligence ou une audace. L'universalité ou l'exception. Mais la seconde tâche est impensable sans la première. Le meilleur mouvement naît de la maîtrise de l'immobile. | | | | |
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| doute | | | Être ou paraître – cette paire est encore un candidat à la synonymie avec mon soi duel, l'inconnu et le connu : m'abandonner au premier et maîtriser le second ; ne pas chercher, comme les philosophes, à y inverser les verbes. | | | | |
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| doute | | | C'est par l'art d'accueillir, de fonder et de former le hasard qu'on reconnaît le sage. Tandis que des parvenus d'aujourd'hui on peut dire, qu'ils « sont sortis premiers d'un concours de circonstances » - Claudel. Ce qui dirime le sage du médiocre, c'est aussi le contenu de leurs intérêts supérieurs ; pour le premier, ils sont dans le haut devenir et dans le profond être, et pour le second - dans le plat avoir. | | | | |
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| doute | | | Dans le domaine social, nos choix personnels perdirent tout relief dramatique, pour se réduire à une plate mécanique. L'évidence de notre devenir quotidien nous cache l'être éternel. « Le réel est caché par le voile sournois de la transparence »* - Enthoven. | | | | |
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| doute | | | Connaître ses contraintes, c'est savoir ce qui est important et ce qui l'est moins. Comme dans une position échiquéenne : même un joueur médiocre trouvera facilement le meilleur coup, si l'on lui signale quel est l'aspect le plus important dans la position courante. Le scientifique ou l'artiste est celui qui sait ne pas patauger dans l'inessentiel, pour s'attaquer tout de suite à l'essentiel, avec des coups conceptuels, verbaux ou musicaux. | | | | |
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| doute | | | Le grand peut-être rabelaisien est pire que les petites certitudes des grenouilles de bénitier ; le néant absolu, qui t'attend, ne doit pas être entaché de relativisme. Vu en grand, même les certitudes apportent de la saine anxiété à l'allergique du sédentarisme. « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude » - Nietzsche - « Nicht der Zweifel, die Gewissheit ist das, was wahnsinnig macht ». C'est le hasard matérialiste (le fors de Lucrèce) qui ne promet que la certitude d'ennui et d'horreur. | | | | |
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| doute | | | Le doute fécond est soit purement langagier - inventer de nouvelles requêtes, soit purement conceptuel - modifier un modèle. Puisque nous ne savons de la réalité que ce que nos modèles réussis nous apprirent, tout le radotage sur l'indubitabilité de l'existence est sottise. Le savoir des choses et le savoir sur les choses sont la même chose (que Wittgenstein m'excuse…) ; la traduction du cogito n'est plus : de connaissances à l'être (la verticalité de la pensée, fondant l'horizontalité de l'existence), mais connaître, c'est être (puisque l'horizontalité, pour ne pas dire platitude, les résume, désormais, tous les deux) ; connaître, sur un mode non-géométrique, c'est créer le modèle, l'habiller par un langage, formuler des hypothèses, les interpréter, donner un sens aux résultats. | | | | |
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| doute | | | Tout mon soi connu est dans le devenir, dans l’action ou la création ; c’est ainsi qu’il esquisse ou atteint l’être qui n’est autre chose que mon soi inconnu. « Vis-à-vis de soi-même, l’homme se fait inconnu. Il agit sur son être »*** - Valéry. | | | | |
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| doute | | | L'âme n'a pas de secrets ; elle peut avoir des mystères. Plus mon geste tente de les dévoiler, plus je doute de leur existence. | | | | |
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| doute | | | La volonté de l'éternel retour est une réaction au néant des finalités, proclamé par le mauvais, le téléonomique, nihilisme, mais elle se réalise dans le néant des commencements, ce bon nihilisme, cette recherche de l'impulsion initiale et initiatique, puisque la vraie source détermine le rythme ou l'intensité du fleuve anti-héraclitéen. « Le fleuve se reverse toujours en lui-même ; et toujours vous entrez dans le même fleuve, vous, les mêmes » - Nietzsche - « Der Fluß fließt immer wieder in sich zurück ; und immer wieder steigt ihr in den gleichen Fluß, als die Gleichen ». | | | | |
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| doute | | | Les contraintes éliminant l'inessentiel, on touche à l'être, on aboutit au concentré, à la maxime, au regard ; la poursuite du but me réduit au devenir fluide, à la présence de pinceaux dans mes tableaux, à la fonction seulement visuelle. « Il faut tout d'un coup voir la chose d'un seul regard, et non pas par progrès de raisonnement »** - Pascal. | | | | |
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| doute | | | Au bout de son chemin, l'homme découvre des contraintes, plus éloquentes que les buts, et des regards, plus enthousiasmants que les choses vues. Bien que sa substance se réduise aux relations, le sujet qui regarde rend secondaire l'objet regardé. « L'homme cherche à oublier où le chemin conduit » - Héraclite – pour s'identifier avec son premier pas, accomplis sous le signe des contraintes, créées par lui-même. | | | | |
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| doute | | | Aussi bien dans la réalité que dans une représentation, exister peut vouloir dire deux choses : avoir réussi le passage par le filtre essentiel (les cogniticiens) ou se manifester dans des événements (les existentialistes). Dans le premier sens, l'essence précède l'existence, et dans le second, l'existence, à la lumière de l'expérience et de l'apprentissage, peut m'amener à modifier l'essence. | | | | |
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| doute | | | Jadis, on pensait, que la vie était si compliquée, qu'elle ne saurait se réduire à ce qui se passait dans sa grotte, sa hutte, son château ou son atelier, et l'on se berçait de mille illusions sur les dieux, les mythes, les visions. « La vie est dans l'illusion - heureux celui qui s'illusionne de la manière la plus plaisante » - Karamzine - « Жизнь есть обман - счастлив тот, кто обманывается приятнейшим образом ». Depuis, la vie changea de demeure secondaire : elle est désormais dans le fait - on ne compte plus les illusions indicibles, étouffées par le chiffre. | | | | |
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| doute | | | Rien de valable ne fut bâti sur la négation, la contradiction, la lutte, l'inconscience. Les ontologues du non-être ou du néant, ou bien Hegel, Marx et Freud, lorsqu'ils abordent ces avortons de sujets, sont des charlatans. En Allemagne, Marx accroche sa fumisterie de la lutte des classes à la morne dialectique hégélienne ; Koyré et Kojève, ces métèques en quête d'originalité, érigent à Hegel un piédestal en France ; la décadence et la vulgarité plongent les blasés dans des cloaques psychanalytiques. Sans un oui, divin et aporétique, pas de non, convaincant et humain. | | | | |
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| doute | | | Nous vivons au milieu des changements permanents de modèles et de langages, mais le sens (donné par nous et non pas par Dieu) en résulte après une confrontation avec l'immuable réalité (ou l'être). On a beau tourner autour du passager, on retourne toujours à l'éternel. « L'être, dénué de sens et de fins, sans aboutissement dans un néant, c'est l'éternel retour » - Nietzsche - « Das Dasein, ohne Sinn und Ziel, ohne ein Finale ins Nichts : die ewige Wiederkehr ». | | | | |
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| doute | | | Être ou devenir ce que je suis : dans le premier cas, je ne fais qu’écouter mes sens et en vivre la merveille ou la béatitude ; dans le second, j’écoute la voix de mon soi inconnu, m’invitant à créer de l’invisible, de l’ineffable, de l’impossible. Donc, le contraire du sois ce que tu es, ce n’est ni dissimulation ni imposture, mais la création, c’est-à-dire le deviens ce que tu es. | | | | |
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| doute | | | Ces va et vient, ces rapprochements et éloignements, ces reniements et acquiescements, ces fraternités et adversités, qui se déroulent entre ce que mon soi inconnu veut et ce que mon soi connu peut. Le talent permet d’en créer des axes continus, sur lesquels s’exerce l’éternel retour, grâce à la même intensité, artistique et vitale. Et c’est ce que Valéry reproche à Nietzsche : « Sa folie est de confondre ce qu’il est avec ce qui peut s’écrire ». | | | | |
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| doute | | | Mes mots et mes actes admettent deux interprétations – dans le contexte temporel où se compose le discours objectif de mon soi connu, ou bien dans le contexte spatial où se joue la musique subjective de mon soi inconnu, bref dans le devenir ou dans l’être. Mais qui entendra « ce moi obscur, incapable de s’objectiver en esprit, âme, cœur » - H.F.Amiel ? | | | | |
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| doute | | | L’être – le mystère de la création divine ; le devenir – le mystère de la création humaine. Imprimer dans l’agir, intellectuel ou artistique, la musique du Beau et le rêve du Bien, c’est d’en tapir le fond, la forme étant l’assertion d’un Vrai irréfutable. | | | | |
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| doute | | | L’écoute de mon essence, c’est-à-dire de mon soi inconnu, permet de reconstituer l’arbre de mon existence - le parcours de mon soi connu - de la graine à la souche - et de pouvoir « me considérer comme un arbre »* - Montaigne - et me peindre ! | | | | |
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| doute | | | J’aime les fantômes qui me servent de points de mire à la verticale, et vers lesquels converge mon regard. Mais les fantômes horizontaux – la vérité, l’être, la liberté – se livrent, banalement, aux yeux peu exigeants, impassibles, et ne m’excitent guère. | | | | |
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| doute | | | La partie créative de la vie est dans les va-et-vient entre la réalité et ses représentations ; l’esprit scientifique est dans la recherche d’une adéquation entre ces séjours, et plus convaincante est celle-ci, plus grand est le talent. L’âme d’artiste est dans l’affirmation d’autonomie des représentations, et la distance, ainsi créée, maintenue, maîtrisée, reflète le même talent ; c’est celui-ci qui est le même, dans l’éternel retour nietzschéen, il est le contenu créatif du devenir – la répétition de la différence, plutôt que celle de l’identité. | | | | |
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| doute | | | Deux clans d’égale niaiserie : les absurdistes – la contingence est une nécessité à acclamer, et les rebelles – la nécessité est une contingence à abattre. La même jonglerie verbale qu’avec l’être et le non-être de leurs ancêtres. | | | | |
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| doute | | | Il y a un devenir naturel, fatal et dévastateur, et un devenir humain, créateur et intense. Le scientifique perçoit dans le premier des manifestations de l’Être quasi-éternel, qu’il modélise, objectivement, - la science est ontologique. L’artiste poétise, subjectivement, cet Être, pour constituer le flux de son devenir esthétique – l’art est poétique. Et puisque toute ontologie se réduit aux nombres, « pour faciliter la conversion de l’âme du Devenir au vrai Être, rien ne vaut la contemplation de la nature des nombres » - Platon. L’âme ainsi convertie s’appellera esprit. | | | | |
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| doute | | | J’oublie, qu’à côté de la réalité (le savoir pragmatique) et du rêve (le vouloir romantique), il existe un troisième séjour de nos lubies – l’idéologie (le pouvoir politique). Ainsi, après la logorrhée scolastique sur l’Un, l’Être, Dieu, l’omniscience, l’omnipotence, la vérité – la banalité cartésienne ou les finasseries spinozistes sont perçues comme presque anti-chambres du réel ou du rêvé. Hegel nous replonge dans le délire. | | | | |
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| doute | | | Les phénoménologues (et les existentialistes) pensent que l’essence de l’amour, de la vérité et du goût pour le Beau ne se forme qu’au contact avec un visage charmant, un paysage ou un puzzle logique. C’est le contraire qui est plus plausible : l’existence de ces manifestations n’est possible que grâce à une essence innée. « C’est la Nature elle-même qui imprime dans l’âme les vérités intellectuelles, qui, bien que stimulées par les objets, n’en sont pas guidées » - Chomsky - « Intellectual truths are imprinted on the soul by the dictates of Nature itself and, though stimulated by objects, are not conveyed by them ». Mais que deviendrait l’œil en absence de lumière ? | | | | |
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| doute | | | Vivent les êtres fermés, ceux qui contiennent leurs propres limites d'abnégation ! Mais vivent aussi les êtres ouverts, ceux qui restent fidèles aux limites inaccessibles ! « Seule la négation de l'être peut être sans limites et l'infini en arrive, en substance, à s'identifier avec le néant » - Leopardi - « Solamente la negazione dell'essere, il niente, possa essere senza limiti, e che l'infinito venga in sostanza a esser lo stesso che il nulla ». | | | | |
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| doute | | | Le oui grandiose coïncide avec l'essence du monde ; pour que, sur ma toile, on en voie les couleurs et les images, j'y prépare le fond avec quelques non insignifiants. | | | | |
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| doute | | | Être soi-même s’adresse à mon soi connu. Le soi inconnu n’a pas de langage à lui, et il ne peut donc se manifester ni par l’acte ni par la pensée ni par le style, il n’est qu’une source de mes valeurs éthiques et esthétiques. Mais à tout ce qu’il souffle peut se substituer la routine du soi connu ; l’être originaire et original, chez la plupart des hommes, est évincé par l’étant social et passager. L’essence de l’être est globalement irreprésentable ; sa partie représentée s’appelle l’étant. Donc, le bon slogan serait – écoute ton être ! « Ton épanouissement – la représentation de ton essence, en suivant le commandement : soi toi-même » - H.Hesse - « Deine Entfaltung – die Darstellung des eigenen Wesens nach dem Gebot : Sei Du Selbst » - dans les Commandements, il faut passer du verbe au nom. | | | | |
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| doute | | | On se maintient en hauteur grâce à l’apesanteur vague de l’essentiel. Les profonds et les superficiels s’efforcent de transformer le vague dans le précis ; les hautains s’appuient sur le précis profond, pour créer du haut vague. Vertige de planer, face au prestige de glaner. | | | | |
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| doute | | | Comme la chiromancie ne dit pas grand-chose sur l’essence de l’homme d’action, la logomancie ne mène pas loin dans l’être d’un homme d’écrit. La première a besoin d’une interprétation fantaisiste ; la seconde – d’une représentation idéaliste. | | | | |
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| doute | | | Ce qui est le plus important pour toi – Dieu, l’amour, le rêve, la création, le Bien, la noblesse – n’existe pas, puisque exister, c’est d’avoir un nom univoque. Or, ces mots ne couvrent qu’une partie infinitésimale de ce que tu éprouves à leur évocation. Presque toutes les autres choses sont déjà pleinement nommées et donc existent ou vivotent. | | | | |
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| doute | | | Pour les autres, je suis ce que je parais ; pour moi-même, je parais ce que je ne suis pas. | | | | |
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| doute | | | Peut-être, l’ange et la bête ne sont pas nos deux facettes intérieures, mais deux genres de gardiens extérieurs de notre âme, et le but de notre existence serait de nous confier à un ange. Si l’on rate cette gageure, c’est, fatalement, la bête, c’est-à-dire le daemonion socratique, qui prendrait sa place. Et ce serait pour toute la vie, soit celle de nos actes soit celle de nos idées. Serions-nous un jouet de cette fatalité céleste ? | | | | |
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| doute | | | Il m’arrive, comme à tout le monde, de regretter les gestes, les paroles, les réflexions non-osés et même d’y voir l’essence de ma vie, mais, très rapidement, je me ravise du surcroît de honte, qu’ils m’auraient infligé. Le bleu de la pitié est plus facile à porter que le rouge de la honte. | | | | |
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| doute | | | Mon soi connu assume mes idées ; mon soi inconnu assume mon être. Parménide : « Le soi c'est de penser, de même que d'être » - veut les fusionner, ce qui est impossible. | | | | |
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| doute | | | Le soi inconnu ne se transforme pas en soi connu (à la façon de l’être-pour-soi se mutant en l’être-en-soi hégélien ou sartrien) et il n’a pas besoin pour cela d’un soi des autres. Le soi inconnu est une source mystérieuse, ne quittant jamais la hauteur, constituant l’élan et son intensité ; le soi connu les traduit en jaillissement d’images, dans le commencement, gorgé de musique et d’idées, fidèle à la hauteur génitrice. | | | | |
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| doute | | | Les yeux creusent et formulent l’Être ; le regard s’élève et forme le Devenir. « Je m’étais fait un regard » - Valéry. | | | | |
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| doute | | | L’apparence est la projection d’un objet (matériel ou idéel) sur nos sens ; il est toujours possible d’imaginer un langage, dans lequel l’existence de l’objet-source (dans une représentation associée) est indubitable. Il ne faut pas opposer l’apparence à la vérité. | | | | |
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| doute | | | Il est louable d’inviter dans sa couche des chimères ; encore faut-il qu’elles soient séduisantes. Or, je ne vois aucun charme à tourner et retourner celles qui s'appellent absolu, Être, savoir, vérité. Ce sont des garces sans appâts qui se donnent à tout badaud bavard. | | | | |
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| doute | | | Paradoxe à accepter : vouer le sérieux (et l’indifférence) à ce qui se réduit aux actes responsables et à la clarté définitive ; réserver l’ironie (et l’élan) à ce qui est grand ou noble, mais entaché d’inexistence. | | | | |
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| doute | | | Si le doute sur le sens d’une notion philosophique ne provoque aucune réflexion fructueuse, il faut jeter cette notion au rebut ou, au moins, en ricaner. Les victimes potentielles : l’être, les connaissances, la vérité. Par ailleurs, qui en doute ? Le doute y serait aussi ridicule que l’usage de ces avortons dans les proclamations de foi. | | | | |
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| doute | | | L’impulsion qui va de ton soi inconnu au soi connu s’appellera inspiration ; mais le regard inverse, du soi connu comblé à l’obscur soi inconnu, est protéiforme – curiosité, reconnaissance, admiration. « Être soi-même à l’excès, voilà l’artiste » - A.Suarès – quand l’excès se mesure à la verticale et s’y perd ! Si le soi connu est un Devenir créateur, le soi inconnu serait l’Être inspirateur ! | | | | |
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| doute | | | Il est également bête d’absolutiser l’essence (toujours arbitraire) des liens de causalité que de leur refuser l’existence (toujours virtuelle). La cible de ces liens (d’arité imprévisible) est un état, d’objets ou de conscience, tandis que leurs partenaires seraient : des acteurs, des événements, des inerties, des outils, des projets, des ordres, des contraintes. Leur degré d’arbitraire est largement au-dessus de celui des liens tout-parties. | | | | |
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| doute | | | Le passé, d’il y a un milliard ou un millier d’années, d’un mois ou d’une seconde, sombre irrémédiablement dans l’inexistence ; l’avenir de la nécessité est déjà calculé, l’avenir de la liberté est imprévisible. Ce n’est pas nous qui traversons le temps, c’est le temps qui nous traverse. Il ne s’arrêtera que le jour où toutes les étoiles seront définitivement éteintes et les électrons auront marre de tourner autour des noyaux. | | | | |
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| doute | | | Avec quel personnage t’identifies-tu davantage - avec ce que tu es (tes actes) ou avec ce que tu vises (tes élans) ? Deux faces de ton soi : le soi connu du comparatif compétiteur ou le soi inconnu du superlatif inspirateur. Le commun ou le grand, l’ordinaire ou le sacré. La connaissance fraternelle du soi connu et sa reconnaissance libre de la grâce du soi inconnu sont à l’origine du sacré (qui est toujours collectif et libre). | | | | |
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| doute | | | Les phénomènes de notre vie sont à variation si lente, qu’ils dissimulent le temps ravageur, font oublier le devenir et créent un faux culte de l’être. | | | | |
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| doute | | | La seule réalité, immuable et irréversible, c’est le Temps, traversant l’espace-matière. La matière et les esprits se métamorphosent continuellement par ce flux implacable. Dire que l’Être n’est que le Néant n’est pas dénué de sens ; la vraie réalité, c’est le Devenir. | | | | |
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| doute | | | Tant de réponses à la question d’apparence banale – que suis-je ? Les autres proclament : ce que je fais, sais, pense, veux, peux, dois. Moi, je dis : ce que je vaux. Et je vaux surtout par mes états d’âme, que m’inspire mon soi inconnu et dans lesquels il n’y a ni action ni langage ni idées, ces composants de l’être des autres, provenant de leur soi connu. Ce que je suis est fait par et de l’Inconnu. | | | | |
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| doute | | | Le passé a existé, l’avenir existera, mais le présent, en tant que l’instant qui traverse l’univers, n’existe même pas, ou plutôt il est à la fois l’existence du néant et l’essence de l’éternité : dans le premier vivent les existentialistes, dans la seconde rêvent les essentialistes. | | | | |
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| doute | | | Les récits autobiographiques les plus photographiques, les plus véridiques, les plus honnêtes, écrits avec une conscience en paix sont les plus ennuyeux. Tout écrit est une réinvention verticale d’une existence horizontale. Si la hauteur n’est pas ton milieu naturel, tu es condamné à rester dans la platitude, que tu sois héros ou génie. | | | | |
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| doute | | | Ton soi connu s’exprime à travers ton devoir-conscience (attaché à l’étendue que foulent tes pieds) et ton pouvoir-connaissance (formé dans la profondeur de ton esprit). Ton soi inconnu est responsable de ton vouloir-passion (stimulé par la hauteur de ton âme). Ce sont trois dimensions de ton valoir-noblesse – l’action, la réflexion, l’élan. Le choix capital, dans ton existence (la première dimension), est le choix du lieu de ton essence (les deux dernières dimensions) – puiser dans la profondeur inépuisable ou tendre vers la hauteur inaccessible. Le dernier choix est propre des poètes et des bons philosophes. | | | | |
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| doute | | | Les matérialistes et les existentialistes : tu dois faire pour être ; les idéalistes et les essentialistes : ce que tu fais fut découle de ce que tu es. Dans l’être, les premiers voient l’absurdité et les seconds - l’intensité ; l’intensité du devenir n’est qu’un reflet de l’être. | | | | |
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| intelligence | | | C'est Heidegger qui sentit mieux que quiconque la nature triadique de notre regard sur le monde : le mystère poétique de l'être, le problème philosophique de l'étant, la solution temporelle et technique de l'être-là. Évidemment, à la place de ce mot trop galvaudé d'être il faudrait mettre un autre, de la famille de réel ou parfait. | | | | |
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| intelligence | | | Pour illustrer le sens de sa Aufhebung, Hegel prend l'exemple d'un bouton, devenant fleur et finissant en fruit. Cette opération est un cas particulier de la substitution : le même objet (instance ou substance première), changeant de modèle d'attache (modèle ou substance seconde). Le passage instantané d'un être à un autre, comme celui du néant à l'être, sont, pour Hegel, des commencements impossibles (Unmöglichkeit des Anfangs) ; il aurait dû s'appuyer sur un arbre et non pas sur un être équivalant un néant. | | | | |
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| intelligence | | | Les connaissances aprioriques sont surtout des méta-connaissances : les (pré-)notions de modèle et instance (les substances aristotéliciennes), leur structure hiérarchique ; les relations entre substances ; les propriétés des objets et relations. Le plus curieux, c'est que ces trois domaines couvrent assez précisément les trois branches mathématiques – la théorie des ensembles, l'analyse fonctionnelle, l'algèbre. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme créatif est amené à exécuter la tâche de représentation, mais l'approche peut être de trois sortes : pragmatique - fournir des moyens, stratégique - déblayer le chemin vers un but, spirituelle - constituer un réseau de contraintes, deviner dans le sensible le langage de l'intelligible, voir l'étant à travers l'être : « Cette re-présentation de l'étant en vue de son être s'appelle penser » - Heidegger - « Dieses Vor-Stellen des Seiendes hinsichtlich seines Seins ist Denken ». L'être se réduisant à la volonté (Schelling), le monde (schopenhauerien) n'est qu'un interminable penser, ce qui n'est pas glorieux. | | | | |
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| intelligence | | | Le sot imagine, que la réalité est plus accessible que les idées. Mais toute idée n'est qu'une tentative de se rapprocher de la réalité, qui ne se laisse jamais toucher. La réalité est ce qui résiste à toute métaphore. « L'homme est en même temps dans la réalité énigmatique et dans le monde clair des idées » - Ortega y Gasset - « El ser humano, situado a la vez en la realidad enigmática y en el claro mundo de las ideas ». L'Auteur de cette réalité échappe à tout attachement essentiel : « Dieu, le vrai, qui sans fin ne pense qu'à se détacher » - Artaud. | | | | |
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| intelligence | | | La mort me révèle le mystère de l'être, qui donc est bien représenté dans le temps (Heidegger), mais je ne peux l'interpréter que dans l'espace : en le ravalant dans l'étendue de ses idées (Platon), en le dévoilant dans la profondeur de sa vérité (Aristote), en m'envolant vers la hauteur de sa valeur (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | Exister, c'est peut-être échapper à toute représentation. Et comme celle-ci, tôt ou tard, me rattrape, exister, c'est savoir me métamorphoser, me métaphoriser, me métastaser. | | | | |
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| intelligence | | | L'ennui de l'être (Parménide), de la pensée (Descartes), de l'analyse (Kant) ; l'élan du poème (Héraclite), de la passion (Pascal), de la noblesse (Nietzsche) - l'anti-philosophie (Lacan) méprisant le verbiage et retrouvant le Verbe. | | | | |
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| intelligence | | | L'idée n'est pas une donnée, qui désigne, mais une requête, qui interroge ; elle est davantage dans le modèle que dans le langage ; l'essence du mot n'existe pas, n'existe que sa fonction désignatrice ; ce n'est pas aux symboles qu'elle renvoie, mais aux objets du modèle. | | | | |
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| intelligence | | | La dernière étape du raffinement conceptuel d'une représentation, pour la rapprocher au plus près de la réalité, s'appelle objet ou relation mathématiques. Et puisque la philosophie est une projection de nos réflexions sur la réalité, son ontologie doit se réduire à la mathématique. « La mathématique est pour la philosophie est ce que la musique est pour la poésie » - F.Schlegel - « Die Mathematik verhält sich zur Philosophie, wie die Musik zur Poesie ». | | | | |
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| intelligence | | | La sagesse, c'est l'art de confier à l'âme la tâche de relever les plus grands défis de la condition humaine : l'individualité, la fraternité, la souffrance, la poésie, la passion, la noblesse, la création, le langage. À son opposé – l'esprit moutonnier ou/et robotique. Aujourd'hui, la technique, l'économie, la science, la philosophie cathédralesque sont des ennemies de la sagesse, puisqu'elles se vouent au secondaire : à l'utilité, à la vérité, à l'être, à la puissance. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie française s'inspire des oppositions inintéressantes, p.ex. : ordre - désordre (Descartes), le tout fait - le se faisant (Bergson), l'être - le néant (Sartre, ou l'avoir de G.Marcel). Le contraire intéressant d'ordre est gratuité, celui de tout fait - provisoirement dit, celui d'être - la personne. | | | | |
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| intelligence | | | La part de mystère accordée à la vie ou à notre regard, tel est le meilleur critère de toute philosophie. La vie mortelle et le regard mortel - l'immanence. La vie mortelle et le regard immortel - la transcendance. La vie immortelle et le regard mortel - le matérialisme. La vie mortelle et le regard immortel - l'idéalisme. À chacun – son chatoiement sur la facette immortelle qu'il adopte. Et c'est pourquoi l'Asiate immanent nous laisse sans voix, nous, qui rêvons du chant et de l'entente fraternelle entre Castor et Pollux. | | | | |
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| intelligence | | | Il ne faut pas être excessivement perspicace pour voir, que le mythe (discours sans références) rencontre, au sommet, le logos (discours référencé). La réaction intelligente eût été de se rire du logos et de s'adonner au mythe. Mais c'est la réaction bête qui l'emporte : surcharger le logos et laisser s'échapper le mythe. L'inexistentialisme ailé céda à l'existentialisme zélé. | | | | |
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| intelligence | | | Il existent trois corporations, qui se méprisent mutuellement : celles qui voient l'essence de la vie dans, respectivement, l'esthétique, la mystique ou la mathématique. Mais à quelle fière et universelle humilité atteint-on, quand on accepte l'idée qu'elles soient la même et unique chose ! | | | | |
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| intelligence | | | Est métaphysicien celui qui admet, qu'au-dessus des commencements du sensible et des finalités de l'intelligible règnent les contraintes du réel, appelées, maladroitement, l'Être. Mais dominent les adeptes des sentiers battus, des parcours, des inerties, des routines intermédiaires. À l'être poétique qui fait danser, ils préfèrent le devenir prosaïque qui ne fait que penser. | | | | |
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| intelligence | | | C'est bien la lourdeur et non pas la légèreté qui est insoutenable dans cet être substantivé, se vautrant dans l'existence et se gonflant d'essence. Pour que son glacis, dans le morne paysage philosophique, ne soit pas seulement verbal, on devrait y planter aussi quelques adjectifs chétifs, comme transcendantal, l'Un, le Multiple, le Même. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité a bien le nombre et la grandeur, elle n'a pas de formes ; et la mathématique prend pour moyens les deux premiers, et pour but - la forme ; dans la réalité, on ne trouve ni triangles ni groupes ni continuité, ces fruits d'une libre création formelle de notre cerveau ; la mathématique, face au monde, peut donc servir et d'ontologie et d'art. | | | | |
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| intelligence | | | Physique et métaphysique, c'est à dire la réalité et son sens, sont synonymes, et leur nom commun pourrait s'appeler - l'être, ce point de mire et de référence de toute représentation, sans jamais constituer avec elle un homomorphisme. | | | | |
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| intelligence | | | Le cartésien nage et avance dans les concepts, sans toucher leur fond, qui s'appelle l'être. Le nouveau Moyen Âge nous attache à l'être sans promesse ferme de nous apprendre à nager. Le manque de faire-savoir ou de savoir-faire. | | | | |
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| intelligence | | | Les oppositions, où il y a de la bassesse ou de la hauteur dans les deux termes, sont sans intérêt. Des dyades à n'en pas abuser : être - néant, présence - absence, intérieur - extérieur, vain - sensé, nécessaire - contingent, le même - l'autre. À ne pas perdre de vue : noble - bas, beau - gris, musical - plat. Des monades à éviter : mort, progrès, observation. À rechercher : intensité, merveille, regard. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence est tout d'instinct cachant ses points de repères et même les oubliant, tant leur câblage est profond (substitution de procédures explicites par déclarations symboliques, appropriation de l'avoir se muant en l'être). Mais se méfier des réflexes, qui n'ont pour origine que le manque d'horizons. | | | | |
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| intelligence | | | Le penser en général n'a presque aucun sens ; il a trois sens différents dans les trois sphères irréductibles : la représentation, l'interprétation, la validation, où penser fait, respectivement, appel à la compétence, à la rigueur, à l'imagination, donc à nos facettes philosophique, scientifique ou poétique. Pour prouver que je suis, il suffit de constater que je pense, mais pour savoir ce que je suis, je dois préciser que je pense en tant que. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme d'existence s'applique aussi bien à la réalité qu'à la représentation, tandis que celui d'essence n'est pensable que dans les représentations. Il est pratiquement impossible de trouver deux humains, ayant des représentations identiques d'une même réalité ; l'usage des mêmes noms ne peut pas cacher la différence fondamentale des objets modélisés et, partant, de leurs essences. N'est donc possible aucune prétention des essences d'être des structures universelles ; Platon est trop obnubilé par le monde fantomatique des idées, et Husserl - par celui de la réalité. | | | | |
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| intelligence | | | La négation des idées, de cette partie infinitésimale d'un écrit profond, profond par des ombres atteintes, est du chipotage mesquin : on n'y abat que des formules d'un langage, qui n'est pas le tien ; mais la négation des concepts initiaux, formant des sources d'une lumière philosophique projetée sur la poésie des ombres, est féconde - voyez ce virtuose de Heidegger, qui manipule ces quatre axes : être/devenir, être/apparence, être/penser, être/être possible pleins de promesses ! | | | | |
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| intelligence | | | Les acrobaties verbales dont les creux font leur miel : rien n'est tout (polyphonistes), rien n'est pas tout (anti-néantistes), tout est rien (nihilistes), tout n'est rien (fragmentaires), tout n'est pas rien (monistes). On peut même bâtir un étage de plus : « Ce qui ne m'est pas tout, ne m'est rien » - Hölderlin - « Was ist mir nicht Alles, ist mir Nichts ». C'est un autre poète, qui s'avère être meilleur logicien : « Rien n'est rien » (tout est quelque chose), bien que rien n'est pas rien soit encore plus subtil : même l'absence de certaines choses peut servir à éclairer la présence des autres. Pour aggraver ces insipidités, tout en pensant de les épicer, certains y fourrent du vrai : Le Vrai est le Tout (Das Wahre ist das Ganze - Hegel) ou Le Tout est le non-Vrai (Das Ganze ist nicht das Wahre - Adorno). | | | | |
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| intelligence | | | Deux discours nihilistes, bravoure des vaincus et absurdité des abstentionnistes, proviennent de la problématique de l'existence, puisque ne pas exister peut avoir deux origines : avoir échoué à s'attacher à un modèle et ne pas l'avoir tenté. « Dire l'individu, c'est utiliser le quantificateur existentiel » - M.Serres - comme pour dire le modèle, on passe par le quantificateur universel, accompagné de spécifications de l'essence. Et que faire de l'existence métaphysique ? - comment vient à l'existence le beau ? Pourquoi le bon existe-t-il avant l'acte, et jamais - après ? Où et quand l'expression est autant persuasive que les choses ? - La meilleure imagination ne cherche même pas les choses : partir d'une sensation, la condenser en une image, l'envelopper de mots, redécouvrir la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Une bonne négation sémantique peut sauver du ridicule même le plus minable des concepts. Prenez être et parcourez cette échelle de ses négations : non-être (niais), néant (plat), temps (attributif, non conceptuel) et, enfin, devenir (processus de modification de l’être). | | | | |
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| intelligence | | | On a beau compiler toutes les leçons du devoir être (la morale), du vouloir être (le désir), du pouvoir être (la volonté), on arrive inéluctablement à la conclusion, qu'on continue à ne même pas effleurer l'être. La seule orbite onto-distante autour de celui-ci paraît être empruntée par la poésie. Les autres sont trop elliptiques, pour qu'on puisse pressentir le bon foyer. | | | | |
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| intelligence | | | Rien de conceptuel ne peut être profond ou rigoureux, si sa seule expression et justification se réduit à la langue ; ce qui condamne et la dogmatique de l'être (les grammaires indo-européennes) et la sophistique du devenir (la poésie européenne). Et quoi qu'en pensent les cartésiens, en philosophie domine la dialectique osée et non pas la logique rusée. | | | | |
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| intelligence | | | La primauté du regard, c'est la résignation à l'impossibilité de l'équilibre, ni même de l'entente, entre le moi observé et le moi qui s'observe (ce no man's land de la conscience ressemblerait au néant de Sartre), l'oubli du moi et la poursuite de l'acte d'observation guidé par le mot équidistant. | | | | |
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| intelligence | | | Si tout premier signal du cœur est le meilleur (le génie du cœur), avec les productions de l'esprit (la passion savante) il faut attendre systématiquement un second signal pour s'entendre. Tant et si bien que je pense de Descartes, je veux de Nietzsche, je dois de Tolstoï, je puis de Valéry, je suis de Heidegger - leurs premiers signaux - gagnent en intérêt, si l'on a la patience d'écouter leurs successeurs, qui ne sont jamais produits par la même fibre. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le résumé latent ou le refuge de toutes les réponses. Mais « sa maison serait le langage » - Heidegger - « die Sprache ist das Haus des Seins » (il est instructif et comique de comparer avec Hegel : « La langue est l'être-là du soi » - « Die Sprache ist das Dasein des Selbsts » - des chiasmes à n'en plus finir…), langage, qui n'est que l'art des questions !? Et l'on ne peut interroger que des modèles, c'est à dire des représentations de l'être-là. Leur misérable être est un sédentaire, à demeure dans un asile pour verbes abusés ; vivent les ruines du devenir, de ce vagabond sans toit ni loi, touchant, dans ses souterrains, au Verbe pur et crucifié ! | | | | |
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| intelligence | | | « Les philosophes et les poètes d'origine possèdent la Maison, mais restent des errants sans atelier ni maison »** - R.Char - ruines, le nom que prend la Maison ainsi possédée et qui cesse d'être habitable. Ce qui réside légalement dans le langage porte un nom beaucoup moins ectoplasmique - la vérité cadavérique, réceptacle du désoubli de l'Être. Les ruines, cette vénérable demeure, hantée par le rêve et la caresse, où l'on héberge les invariants de tout mouvement (Goethe, n'y voyant aucune tour debout, ne reconnut pas les ruines discrètes). L'être n'habite que la réalité, il est la chose, qui est source des objets de la représentation et cible des mots du langage. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée, le désir, le langage sont le contenu du cycle vital, dans lequel alternent les structures temporelles et spatiales : le vécu dans le devenir, la représentation dans l'être, le désir dans la représentation, le langage dans le désir, l'interprétation dans l'être, le sens dans le devenir. La vraie dualité n'est pas entre le physique et le métaphysique, mais entre le temps et l'espace. | | | | |
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| intelligence | | | La fin de l'intellectuel a les mêmes causes que celles du guérisseur ou du devin : l'expert s'intéressant à l'être, au savoir, au langage, à la liberté et arrivant aux conclusions plus pertinentes que l'intuition décousue du commentateur oisif et charlatan. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est savoir représenter (mémoriser) les triades objet – attribut – valeur et les interpréter (tirer des conséquences). Visiblement, beaucoup d'animaux pensent (ce que leur déniait Descartes) et donc - sont. | | | | |
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| intelligence | | | Les questions philosophiques sont des pierres précieuses brutes ; les philosophes académiques rôdent autour, en se demandant ce qu'est leur non-être, quel est le degré de leur contingence, comment leur perception par le sujet affecte l'inter-subjectivité etc. - il en fait un misérable concept sans éclat ; un poète les taille par son style, les sertit dans un écrin d'intelligence, les fait briller dans une lumière verbale – il en fait un bijou. | | | | |
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| intelligence | | | Si, à gauche et à droite de l'opérateur indo-européen être, se trouvent deux références respectives d'objets, et si la proposition associée s'évalue à vrai, on arrive, par unification d'arbres, à cette misérable identité, qui donnait tant de mal et faisait plisser tant de fronts, à commencer par celui de Wittgenstein (« l'identité est le diable en personne, et la négation - l'enfer » - « die Identität ist der Teufel selbst und die Verneinung die Hölle »). C'est la portée des quantificateurs existentiels qui pose problème, mais c'est une tâche de représentation et non pas de logique. L'ahurissement des philosophes, face à l'existence ou à l'identité, à commencer par Wittgenstein lui-même, s'explique par leur incapacité de distinguer entre trois domaines, où ces notions ont un sens : la réalité, la représentation, la logique. | | | | |
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| intelligence | | | Nous ne connaissons de l'actuel que ce que le virtuel nous permet de maîtriser. L'existence ne se saisit qu'à travers l'essence. Comment peut-on être matérialiste ou existentialiste ? | | | | |
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| intelligence | | | Trois choses à ne pas confondre : la représentation (structures, attributions, règles), la compréhension (degré de perfection, dialogue), la réalité (entéléchie, mystère, ontologie). | | | | |
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| intelligence | | | Le cycle de vie d'une substance : la dénomination (langue), la déclaration (technique), l'insertion (événement), l'héritage (structures), l'habillement (essence - symptômes - accidents - attributs - liens - rôles - propriétés), la résolution de problèmes (logique). | | | | |
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| intelligence | | | Le regard parfait est celui qui maîtrise le poids de la profondeur et se laisse entraîner par la hauteur impondérable. La solution du devenir et le mystère de l'être. « Le devenir ou l'être : gagner en poids ou en perdre » - Celan - « Schwerer werden, leichter sein ». | | | | |
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| intelligence | | | Penser la pensée, telle est la démarche commune de deux belles têtes, Valéry et Heidegger ; le premier voit la valeur de la pensée dans son venir-au-monde soudain et fatal et, ingrat, se détourne d'elle, une fois qu'elle est fixe ; le second voit dans la pensée (Denken) une gratitude (Danken), qu'il doit à l'être-dans-le-monde. Pour enchaîner, phonétiquement, je dirais, que la pensée ne doit pas panser les plaies, où bat le pouls de la vie. | | | | |
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| intelligence | | | Sentimentalement, la philosophie révolutionnaire du devenir m'est plus proche que le conservatisme de la vision de l'être. Mais le devenir de la première est si frustrant et morne, que je me rabats sur le joyeux et inépuisable être du second. Toutefois, dans les deux cas, il y a une saine part de résignation, dont manque le faire. Je suis capitulard, avec Socrate : « Croire le Logos présent ; céder au Logos qui arrive » - que le devenir soit porté par son commencement, que le bateau de Thésée garde son être, que la chose soit portée par le mot, le fond - par la forme. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que nous connaissons de la réalité provient de nos représentations ; l'appel à la réduction phénoménologique est creux, puisque il est impossible de s'abstraire du réel plus que nous ne le faisons déjà. Mais l'appel à la réduction eidétique est encore plus irrecevable, puisque l'essence pure des phénomènes s'ensuit immédiatement des concepts, formés dans la représentation. La phénoménologie, comme la philosophie analytique, sont deux charlatanismes, fondés sur l'inattention à l’interprétation ou à la représentation, ces univers médiateurs, qui se logent entre la réalité et, respectivement, la conscience ou le langage. | | | | |
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| intelligence | | | Je veux - une flèche, je pense - un réseau, je rêve - un regard. Mais ce regard a besoin de flèches, qui ne volent pas, au-dessus d'un beau réseau. Donc, l'existence à la Valéry est plus convaincante que celle de Nietzsche ou de Descartes. | | | | |
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| intelligence | | | On ne connaît la réalité qu'à travers la représentation, mais la représentation ne relève du savoir que si on lui trouve un sens dans la réalité. « L'être est inconnu s'il ne rencontre pas l'apparaître, et l'apparaître est sans pouvoir s'il ne rencontre pas l'être » - Gorgias. | | | | |
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| intelligence | | | Le cogito veut dire que, dans un discours sensé, devant tout verbe il faut placer je pense que… : je pense que je respire, je pense que je vois, je pense que je mens, je pense que je pense. Cartésius n'ajoute rien au Philosophe : « Avoir conscience que nous pensons est avoir conscience, que nous existons ». Comme le penser et l'être de Parménide, ou comme peser et devenir ! - mens et mensura, ou « l'intellection est le premier être » - Plotin. Cette obsession par un verbe impersonnel, même flanqué d'un sujet transcendantal, leur désapprend l'usage du pronom à la première personne, qui, seul, substitue aux choses et gestes - le regard. | | | | |
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| intelligence | | | Lulle a raison : « J'existe, donc je suis en être ». Il est facile d'être ce qu'on voit ; il est beaucoup plus subtil de voir ce qu'on est. Le Dieu de Maître Eckhart : « Dieu ne pense pas parce qu'il est, mais il est parce qu'il pense » - « Deus non intelligit quia est, sed est quia intelligit » - est étrangement cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | On aurait dû avoir au moins cinq verbes différents à la place du penser du cogito : penser dans l'organique (communiquer, faussement, avec le réel, sans passer par un modèle), penser dans le conceptuel (créer des modèles, en apparence arbitraires), penser dans le linguistique (formuler des requêtes du modèle), penser dans l'interprétatif (analyser la requête dans le contexte d'un modèle), penser dans le pragmatique (tirer des conclusions des résultats de la requête). Le premier et le dernier intermèdes, pris naïvement pour solutions, sont plutôt de véritables mystères de la liberté. Au milieu il n'y a que résolution de problèmes, l'obsession, par laquelle se justifient l'inversion robotique : « Je suis, donc je pense » ou ironique : « Je suis donc, je pense ». | | | | |
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| intelligence | | | L'inconscient, une frivolité viennoise ; la déconstruction, une blague belge ; le néant, en transit en Suisse, le désespoir, patenté à Elseneur - l'intelligence, que de bêtises se pratiquent en ton nom ! | | | | |
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| intelligence | | | Une règle, qui ne se dément que très rarement : chez ceux qui pratiquent le genre «L'être est, le non-être n'est pas», on peut prendre l'inverse de toutes leurs affirmations, sans nuire à la misérable rigueur du reste. Encore plus amusant est de passer de la négation à la substitution : penser est la substance du principe, substantiver est le principe de la pensée, le principe est la substance de la pensée ; l'amusement au second degré consiste à trouver du sens dans chaque combinaison. | | | | |
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| intelligence | | | Un philosophe serait celui qui porte un haut regard sur la condition humaine et prouve, que l'homme est irréductible au robot. Mais les professionnels, qui accaparèrent ce titre, ne s'occupent que de la facette humaine robotisable : la détermination, l'être, l'inconscient. Le diplômé de cardiologie, qui se proclame meilleur spécialiste du cœur humain que le poète ! | | | | |
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| intelligence | | | La pensée n'est que légèrement teintée par la langue. Ceux qui réduisent celle-là à celle-ci ne voient que la requête, tandis que sa première impulsion, le désir, est déjà hors la langue (le poète veut maintenir l'impulsion initiale par l'arbitraire du mot, le logicien - en tracer la trajectoire par l'idée sans brisure). La pensée est un arbre virtuel, mais inentamé, qu'habille la langue et qu'interprète, par substitutions de variables, notre machine conceptuelle, qui n'est langagière que d'apparence. Enfin, c'est la machine pragmatique qui, en tirant des conséquences de l'examen des substitutions, donne un sens à tout. Le néant, le monologue, l'exécution, le dialogue, le néant - le cycle de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | L'être trop vague et l'avoir trop net sont à l'origine des fondations de leurs pensées. Leurs édifices sont sans charme ni vue sur l'étoile ; leur être mécanique naît du non-avoir tout aussi mécanique. Il faut laisser le devenir, du soupir ou de la prière, animer nos tours d'ivoire, sous-sols et ruines, ces séjours principaux d'une pensée organique. Je suis l'âme et j'ai un corps, le dualisme d'initiation préféré au monisme initial (Spinoza). | | | | |
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| intelligence | | | Aux philosophies de l'être (le fond, le silence) ou du connaître (la forme, le bruit) je préfère celle du naître (la hauteur des commencements, l'intensité de la musique). | | | | |
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| intelligence | | | Le concept central, dans notre machine extra-langagière, est l'identité (l'Un, la durée, avec ses débordements phénoménologiques : se manifester, communiquer, ou épistémologiques : savoir, penser, ou ontologiques : être, exister). Aucune langue ne le couvre - on ne peut philosopher que grâce aux lacunes du verbe être. Curieusement, le français, avec même - tandis qu'on a same et self, derselbe et selbst, тот же et сам - ne distingue pas l'identité des objets aux références différentes (mêmeté) de l'identité avec l'acteur d'un scénario (ipséité). | | | | |
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| intelligence | | | On pardonne tout à celui qui a et le talent et la noblesse : Nietzsche n'a aucune intuition du poids capital des contraintes, mais sa belle peinture fait oublier la niaiserie de ses buts (le surhomme), de ses moyens (la réévaluation de toutes les valeurs, la volonté de puissance) et de ses chemins (l'éternel retour). La grandeur des génies est dans leurs commencements, où le devenir présente toutes les caractéristiques de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence a trois interprétations différentes : dans la réalité - matière ou vie ; dans le modèle - points d'attache et connaissances utilisables ; dans le discours - accès aux connaissances et aux objets (Bemächtigung der Dinge - Nietzsche). Mais entre ces trois sujets en nous - le physique, le mathématique et le poétique - il y a un mystérieux accord. La mécanique quantique et la théorie des nombres exhibent une troublante ressemblance de leurs modèles, nés des soucis totalement disjoints. | | | | |
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| intelligence | | | Il existe toujours un méta-niveau conceptuel (l'Idée des idées platonicienne), vu duquel toute substance peut être réduite à un attribut. Le descriptif résumant et même se substituant au déductif. | | | | |
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| intelligence | | | Le sceptique est un handicapé : la vie n'aurait ni fin, ni unité, ni être - comment s'entendre avec un aveugle, un sourd, un muet ? Seul le scepticisme passif peut être un tonique ; le scepticisme actif est une infirmité. « Le scepticisme est la volupté des impasses » - Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Étonnant parallèle entre les termes d'Aristote : première ou seconde substance, substrats comme substances attribuées, essence et accidents, et les notions, que manipule aujourd'hui tout informaticien : instanciation et parenté, instance et modèle, attribution par défaut et attribution événementielle. Aristote et Kant sont les pères de l'informatique avancée avant la lettre. | | | | |
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| intelligence | | | Le lieu des plus belles pensées n'est pas dans l'universel (Alain), mais bien dans l'inexistentiel. Qui constate l'existence, dans l'Histoire, d'un Dieu universel en donne une bien vilaine image ; mais comment ne pas justifier l'intérêt pour un Heidegger, puisqu'il est tout flamme pour un être inexistant, ce qui nous conduit vers l'universel. | | | | |
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| intelligence | | | Se fendre de quelques centaines de pages de « Le non de l'être s'aliène le néant et se projette sur l'étant » ou « l'effectuation rétentionnelle de l'impressionnalité perce le flux héraclitéen », dans la lignée de Gorgias ou Parménide, Anselme ou Husserl, enfanter d'une narration haletante du dernier fait divers impliquant des journalistes - les seuls moyens, aujourd'hui, de prouver qu'on n'a pas peur de la stérilité verbale. | | | | |
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| intelligence | | | D'après Heidegger, il y aurait plusieurs façons d'être : en paysage (Vorhandensein), en climat (Dasein ou Mitsein), en outils (Zuhandensein), en phénomène (In-die-Welt-geworfen-sein), en mouton (Miteinandersein), en robot (Am-Werk-Sein), en possibilité (Sein-zum-Tode). Juste de quoi s'occuper dans son jardin, à court de préfixes greffeurs, mais les épigones éberlués en ont créé toute une forêt conceptuelle animée par un nouveau Verbe. Un jeu morphologique élevé au grade d'édifice phénoménologique. | | | | |
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| intelligence | | | Plus que dans les philosophes pinailleurs, on trouve les concepts de Parménide et d'Aristote dans l'informatique : l'être, ou les deux catégories de substance, est un modèle ou une instance ; l'étant (extension dénotée) - une substance réussie ; l'étant en tant que tel - l'origine (réelle) de l'étant ; l'essence (intension connotée) - la substance attribuée, la copule ; l'accident (le symptôme) - instance attribuée à titre individuel. | | | | |
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| intelligence | | | Couler ou jaillir : nos contemporains ne s'intéressent qu'à l'écoulement de l'étant (des choses, des idées, des faits) à travers l'espace, tandis que les meilleures têtes préparent le jaillissement de l'être de la fontaine du temps : « Nous nous enquérons de l'interpénétration de l'être et du temps et de ce qui en jaillit » - Heidegger - « Wir fragen nach der inneren Zusammengehörigkeit des Seins und der Zeit und nach dem, was daraus entspringt ». | | | | |
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| intelligence | | | Ils ont épuisé l'idée de Divinité et trouvant le moi trop transparent se sont rabattus sur l'occulte Être, moins humain et légèrement moins sot que l'Existence, et dont le moi serait le Berger. L'homme serait l'être à venir et à se réduire à l'histoire, l'auteur serait mort et l'univers se refléterait dans la langue, l'ontologie effacerait la métaphysique. Des sources du nouvel anti-humanisme. | | | | |
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| intelligence | | | L'informatique maîtrise les notions d'objet, de relation, d'attribut, de contrainte, épuisant entièrement la métaphysique aristotélicienne des substances, des essences, des existences, des accidents ; l'informatique dispose d'outils de représentation sujet-objet et de logiques souples, qui n'ont rien à envier à la philosophie transcendantale kantienne. En philosophie, il est temps d'enterrer la plate métaphysique et la logorrhée transcendantale ou phénoménologique, pour se consacrer à la hauteur des consolations de l'homme et à la profondeur de ses langages. Oublier les coutures des preuves, se pencher sur les coupures des épreuves. | | | | |
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| intelligence | | | Une image mentale peut avoir nettement fixé une chose, mais pour l'évoquer (viser, référencer, y accéder) on doit bâtir un chemin conceptuel ou linguistique, qui résume la connaissance (compétence) ou la maîtrise (performance) de la chose. Vision sans les yeux, lecture sans le texte jaillissent de l'âme à une profondeur, qu'aucun intellect ni aucune langue n'atteignent jamais. Le plus grand mystère de Dieu : l'esprit connaît l'essence avant d'évoquer la moindre représentation ! | | | | |
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| intelligence | | | Sur les chemins des passions comme sur ceux de la connaissance, à tout tournant, il y a deux types d'attitudes : le sacrifice ou la fidélité. Pour les ancrer à la réalité, on imagine les lieux de la fidélité et les instants du sacrifice. Ce que sous-tend la fidélité s'appellera - sur ce parcours - l'être immuable, et ce qui a la malchance de passer par le sacrifice sera voué - provisoirement - au néant. fluide « Ce qui est n'évolue pas ; ce qui évolue n'est pas » - Nietzsche - « Was ist, wird nicht ; was wird, ist nicht ». Dans un langage moins hypocrite on les appelait jadis Dieu ou Satan. | | | | |
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| intelligence | | | Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ». | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les représentations résident dans l'horizontalité ; elles ne peuvent même pas être comparées à l'être sous-jacent, dont la maison s'appelle profondeur : « Aucune des représentations n'épuise l'Être vertical et toutes atteignent l'Être sauvage » - Merleau-Ponty. | | | | |
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| intelligence | | | Pour celui, pour qui le devenir (et non pas l'être) est son élément, la méthode est plus chère que le système, l'inépuisable esthétique du paradoxe - plus chère que l'éthique épuisée de la doxa. « Aucun être à trouver en-dessous de l'action, de l'effet, du devenir » - Nietzsche - « Es gibt kein Sein hinter dem Tun, Wirken, Werden ». En effet, ce qui émane de l'être n'est que le commencement : « L'être pur constitue le commencement » - Hegel - « Das reine Sein macht den Anfang », et c'est aussi lui, l'être, qui conduit le pas dernier, au seuil du sens ; le reste, le parcours, la durée, est palabre humaine et silence divin. | | | | |
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| intelligence | | | La création et la sagesse, ce sont deux sommets des deux univers, dans lesquels évoluent notre esprit et notre âme : le langagier et l'indicible, le haut devenir et l'être profond, l'art et la science, le beau et le vrai, d'un côté, la philosophie, le bien, - de l'autre, ce qui s'incruste dans le temps et ce qui explore l'intemporel. La rencontre des deux s'appelle génie. | | | | |
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| intelligence | | | La poésie - présenter et infra-interpréter ; la philosophie - représenter et ultra-interpréter. La poésie est un retour discret, inventé, par bonds, pour que le temps vibre (pour que « l'esprit retourne sur ses circuits » - l'Ecclésiaste) ; la philosophie - un retour cyclique en continu, l'Éternel Retour, pour que le temps s'arrête ou se métamorphose en l'être. | | | | |
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| intelligence | | | Le dévoilement est le procédé des imposteurs-prophètes et le voilement - celui des imposteurs-poètes. Héraclite : « l'être aime à se voiler » - est avec ceux-ci (comme Heidegger : « l'être aime se rendre invisible » - « das Sein liebt es, sich zu verbergen ») ; « l'avoir aime à se dévoiler » - la devise des premiers, des vainqueurs. | | | | |
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| intelligence | | | En dehors du savoir, on ne peut parler de l'être que sous forme de prières ou poèmes, car l'être ne nous est accessible que par le savoir. Le savoir est l'être modélisé. Le philosophe dissertant sur l'être, et qui ne serait ni prêtre ni poète - est en proie à la logorrhée. « Prier est dans la religion ce que penser est dans la philosophie » - Novalis - « Beten ist in der Religion, was Denken in der Philosophie ist ». | | | | |
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| intelligence | | | Ce n'est pas l'idée-concept de Platon qui existe, c'est la méta-idée (modèle, archétype, figure) qui pré-existe. « Les concepts renvoient, eux-mêmes, à une compréhension non-conceptuelle » - Deleuze. | | | | |
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| intelligence | | | Tout peut être réduit au statut d'attribut (d'un méta-objet), même l'existence, même la substance, même la relation. Et donc être déduit ! - n'en déplaise à Anselme, Descartes ou Kant. Ou aux bavards : « Exister, c'est être là, simplement ; on ne peut jamais déduire les existants » - Sartre. C'est sur le évidemment que trébuchent le plus souvent les bons mathématiciens ; les mauvais raisonneurs trébuchent sur le simplement. | | | | |
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| intelligence | | | À côté de l'inépuisable métaphore d'unification d'arbres (pressentie par Valéry à travers les concepts d'implexe, variable, substitution et outillée par des linguistes et cogniticiens sous forme de graphes acycliques), la logorrhée, antique, médiévale ou moderne, sur L'un et multiple, le même et autre, est dérisoire. Les banales relations mathématiques d'équivalence et d'ordre sont déjà plus intéressantes. | | | | |
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| intelligence | | | L'Être est le Devenir modélisé. La catégorie d'existence ne s'applique qu'au modèle et donc elle se constate, se démontre ou se déduit. L'existence est bien un attribut (n'en déplaise à Kant ou Gilson !), mais attribut non pas de l'objet lui-même, mais de son méta-objet (modèle d'attache). | | | | |
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| intelligence | | | Le sensible : ce que je vois, entends, sens, goûte, touche ; l'intelligible : le regard, la mélodie, l'arôme, le goût, la forme. L'homme des sens, le trivial, est dans le premier ; l'homme de l'essence, l'intellectuel, - dans le second ; celui qui les relie, l'homme du sens, est le métaphysicien ou le poète. | | | | |
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| intelligence | | | Le parcours du créateur : se détourner du devenir banal, se tourner vers l'être profond, s'en inspirer pour créer un haut devenir, y reconnaître le retour de l'être éternel. « Le même a produit un être, apparenté à lui-même, et c'est en redevenant cet être que nous fûmes, que nous saisirons le même » - Plotin – c'est le racolage d'un devenir sans charme qui nous menace plus que l'oubli d'un être charmeur. | | | | |
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| intelligence | | | Nous sommes opérations - l'être - et devenons opérandes - le Temps. « Nous sommes exposant ou facteur » - H.Hesse - « Man ist Exponent oder Faktor » - qui peuvent être des constantes (ce qui fait de nous - des robots) ou des variables (ce qui fait de nous - des fonctions). | | | | |
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| intelligence | | | D'où viennent les partisans de l'Un ou du multiple ? - de la perte du droit chemin (Sommo Poeta). Ou bien je me sens au milieu de la vie, dans une forêt obscure (les multiplicateurs dantesques, explorant girons et cercles), ou bien je suis subjugué par la source ou l'issue de la vie et me consacre à la verticalité et l'immobilité de l'arbre unique, qui me fera oublier « la forêt trompeuse de cette vie » - Dante - « la selva erronea di questa vita ». | | | | |
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| intelligence | | | L'être se fonde dans les points, le devenir se forme dans les axes – les contraintes mécaniques ou les commencements organiques – les deux piliers de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Par complémentarité, on voit dans l'esprit l'opposé de la réalité, dans la liberté - celui de l'algorithme, dans l'être - celui du devenir. Mais ce n'est qu'une astuce verbale, conceptuelle ou réelle, qui détermine ta façon d'être borné. | | | | |
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| intelligence | | | On référence un objet surtout par ses attributs-liens. Quand ceux-ci sont syntaxiques, on y accède par substance ; quand ils sont sémantiques - par essence. Ce qui relève de la représentation et de l'interprétation, donc - des solutions et des problèmes. Mais même dans les hautes sphères mystérieuses, les méthodes d'accès dénotent les initiés : « La plus haute sagesse consiste à savoir comment on accède à l'inaccessible »** - Nicolas de Cuse - « Summa sapientia est, ut scias quomodo attingitur inattingibiliter ». | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les bonnes têtes finissent par admettre, que le cheminement : l'être, le paraître, l'apparence - est un progrès (« l'être est une fiction vide » - Héraclite ; « le monde des apparences est le seul, le monde vrai est une affabulation » - Nietzsche - « die scheinbare Welt ist die einzige : die wahre Welt ist nur hinzugelogen »). Mais, dans la plupart des cas, il est trop tard : une authenticité de robot ou de macchabée les empêche de se reconnaître dans l'invention. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est une création de modèles artificiels, tandis que l'apparence est une empreinte réelle, sur ma rétine ou au bout de ma langue. L'apparence est sur les parois de la Caverne, la représentation - dans le cerveau de son habitant. La représentation vise l'être, mais ne communique avec lui qu'à travers ses apparences. Le bon titre du livre de Schopenhauer serait - Le monde comme apparence et action, puisque, en plus, celle-ci vise non pas la volonté, qui est une vraie création filtrante, mais le geste transformateur. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est la maîtrise des substances, et la volonté est le reflet des apparences - telle est la banalité pragmatique ; mais pour Schopenhauer, c'est l'inverse : la volonté serait une substance transcendantale et la représentation - une apparence transcendantale. Ces avortons d'adjectifs faussent tant de généalogies. | | | | |
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| intelligence | | | Spinoza et Leibniz confondent, tout le temps, la représentation avec l'expression, en voyant dans les attributs (ou la monade finie) expression de la substance (de la monade infinie) et non pas représentation ; l'expression n'est qu'un mode d'accès langagier au déjà représenté. | | | | |
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| intelligence | | | La chose en soi : l'origine de la partie commune de toutes ses représentations sensées. La représentation transcendante validant des représentations transcendantales. Le noumène, derrière tout phénomène. | | | | |
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| intelligence | | | Pratiquer l'éternel retour : savoir prendre tout état de l'être permanent pictural pour le point zéro du devenir instantané musical. Retour au donné par détour de l'acquis. Festival, sans péché ni Dieu, se substituant au carnaval idolâtre de « a vitio of recirculation » (Joyce) ou de « circulus vitiosus deus » (Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | L’Intelligence Artificielle surclasse déjà la philosophie en hénologie (les méta-concepts), en ontologie (les concepts), mais n’apporte rien en axiologie (la dialectique esthétique des valeurs). Le savant sera évincé par la machine, seul l’artiste lui survivra. | | | | |
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| intelligence | | | Être indisponible aux appels de l'accessoire et … y répondre. Être disponible aux appels de l'essentiel et ne pas y répondre, retourner la question, jouer sur ses variables, invariants, indéterminations, négations. | | | | |
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| intelligence | | | L'être, c'est la relation primordiale entre attacher (substances, points d'ancrage), décrire (essence, attributs) et évaluer (existence, valeurs). | | | | |
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| intelligence | | | Aucune part du réel ne se livre homomorphiquement à la représentation. Dire que l'être est ce qui échappe à la représentation (Heidegger) est une tautologie. L'être est ce qui inspire et valide la représentation et en fin de compte ne serait que le réel lui-même perçu ou conçu par son interprète. | | | | |
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| intelligence | | | L'étant représente et le fond et la forme : le fond est l'étant, qui rend l'essence des choses, « la forme est l'étant, qui donne l'être aux choses » - Lulle (Heidegger, à tort, attribue cette prérogative de la forme - au langage ; son être est le fond et son étant - le fondé). | | | | |
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| intelligence | | | Une représentation s'accrédite d'après le sens, qu'on dégage des résultats de ses requêtes. Ce sens est dicté soit par la transcendance, ce qui va au-delà de toute représentation, soit par l'immanence, ce qui précède toute représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Les Grecs sont visuels ; le regard est une faculté aussi intellectuelle que visuelle ; Platon voit les Idées ; leur existence s'établit au-delà des yeux. | | | | |
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| intelligence | | | Et l'être et le connaître se forment exclusivement autour de la représentation, et adopter la voie cartésienne - du connaître à l'être, ou bien celle de Leibniz - de l'être au connaître, nous laisse dans les mêmes bornes ou ornières. L'élégance et le goût se reconnaissent surtout en interprétation et en expression. L'intelligence statique, celle du libre arbitre, face à l'intelligence dynamique, celle de la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | Chez les impuissants de la métaphore ontologique, l'existence, l'expérience, l'empirisme - des philosophies concrètes - deviennent les seuls accès à l'être. Pas de savoir au-delà de l'expérience. De ternes rubriques de statisticiens remplacent de beaux cantiques de métaphysiciens. | | | | |
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| intelligence | | | La différence principale entre le monde réel et le monde de la représentation n'est pas l'absence de modèles indubitables, dans la réalité, mais la présence, dans la représentation, d'objets, qui ne sont pas, l'altérité. Plus cette partie est insigne, plus on est poète, créateur de mensonges délibérés et féconds, d'autres ne mentant que par plats calculs ou par inadvertance. | | | | |
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| intelligence | | | L'attouchement (l'excitation de nos sens par l'appel des choses) et l'élan (le désir de l'âme visant les objets) précèdent la pensée (au sens moderne et non cartésien du mot – l'orientation de l'esprit) et se présentent mieux en tant que certitudes premières. | | | | |
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| intelligence | | | La pensée est concevable sans langage des mots (parmi concevoir, affirmer, vouloir, imaginer, sentir, ces types de pensée cartésiens, seul affirmer réclamerait, éventuellement, le mot), mais elle ne peut pas se passer d'images ; et ceux qui définissent l'être comme ce qui se pense sans images ne savent pas ce qu'ils disent. Même le douteux synonyme pseudo-mathématique de l'être, l'ensemble vide, se présente à notre imagination comme équivalent d'un élément neutre pour l'opération d'union des ensembles (comme le zéro arithmétique), et la neutralité est une image parfaitement rationnelle. | | | | |
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| intelligence | | | Les substances secondes sont créées, à partir des choses sensibles et de leurs prénotions, par une induction arbitraire ; ces substances secondes, par une instanciation maîtrisée, donnent lieu aux choses intelligibles (substances premières, instances). Unum ex multis ou unum ante multa. D'où l'ambigüité du terme de modèle. | | | | |
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| intelligence | | | Quelle misère, ne s'intéresser qu'aux phénomènes, auxquels se réduise l'être et aux noumènes, où se projette l'essence ! Les Grecs, comme la théologie chrétienne, se penchaient plutôt sur les passions, qu'une divinité docile interprétait ou rendait sacrées. Les phénomènes et noumènes sont des traces muettes, des traductions aléatoires, des passions, dont on ne maîtrisera jamais la langue. | | | | |
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| intelligence | | | Le progrès des représentations : soit on les approfondit (la métaphysique, la quête de l'être de l'étant), soit on les rehausse (le nihilisme, la quête de soi, l'art). Les buts et les contraintes s'y invertissent si facilement ; les métaphores et les concepts s'y muent, mine de rien, les uns dans les autres. D'ailleurs la plupart des concepts ne sont que des métaphores syntaxiques. « Une excitation nerveuse transposée en une image ! La première métaphore » - Nietzsche - « Ein Nervenreiz, übertragen in ein Bild ! Erste Metapher ». | | | | |
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| intelligence | | | L'être est ce qui dicte, guide et valide la représentation ; l'Un est la force ou la grammaire unissante ou unifiante, qui rend la représentation intelligible aux autres - l'ontologie et l'hénologie, qui se tendent la main. | | | | |
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| intelligence | | | La mathématique est la représentation de la réalité ontologique, parce qu'elle part des concepts d'ordre et de mesure - pour refléter l'espace, et des concepts de transformation et de suite infinie - pour prendre en compte le temps. Deux choses, toutefois, posent problème : les trois dimensions spatiales (tandis que pour la mathématique il peut y en avoir autant qu'on veut) et l'irréversibilité du temps (tandis que pour la mathématique l'accès aux pré-images est tout naturel) - les questions à poser au Créateur ! | | | | |
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| intelligence | | | Les particules élémentaires seraient toutes identiques, et donc les substances matérielles seraient totalement définies par les constantes, ces attributs primordiaux, tandis que dans la représentation nous faisons l'inverse – nous définissons une substance, que nous munissons ensuite d'attributs, plus ou moins arbitraires. Donc, soit la détermination divine, absolue et purement quantitative, soit le libre arbitre humain, relatif, qualitatif et multiforme. Et puisque la seconde partie est la seule qui puisse intéresser un philosophe, il faut refuser tout caractère nécessaire à cette panoplie ; même l'essence peut se représenter de multiples façons. | | | | |
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| intelligence | | | Toute représentation prend, au début, une forme mathématique ; mais ensuite, on peut s'abstraire de l'original, approfondir l'aspect purement mathématique, pour se rendre compte que, miraculeusement, le modèle se met à représenter l'original avec davantage de rigueur. « La mathématique est l'alphabet, en lequel Dieu a écrit l'Univers » - Galilée - « La matematica è l'alfabeto su cui Dio ha scritto l'Universo ». C'est à se demander si Orphée, Pythagore, Badiou ou A.Connes n'auraient pas raison à voir en mathématique une vraie ontologie, car, sorti des nécessaires genres physiques, chimiques et biologiques, tout possible se réduit à la mathématique. | | | | |
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| intelligence | | | L'espace, le temps, le langage - à ces trois attributs de notre existence correspondent, très précisément, les trois branches de la mathématique : la géométrie, l'analyse, l'algèbre. Le parallèle est si profond, que je serais tenté de l'attribuer au Très Haut. | | | | |
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| intelligence | | | Oui, la mathématique est le meilleur candidat pour servir d'ontologie ; des synthèses philosophiques devraient davantage s'inspirer de l'analyse mathématique, qui, entre autres, fournit le concept d'infini (et même bâtit une hiérarchie de cardinalités infinies), tout à fait opératoire et élégant face aux puériles et bancales notions de l'être ou de l'Un, pour « affirmer la priorité de l'idée de l'infini par rapport à l'idée de l'être et par rapport à l'ontologie »** - Levinas. | | | | |
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| intelligence | | | De l'origine de la place imméritée de la causalité. Valéry exagère : « La conception de 'cause' est la perdition de toute bonne représentation ». Le noyau dur de la représentation se charge de l'être, la représentation du devenir (ou de l'agir) se greffant la-dessus (la jointure entre ces deux facettes, c'est la modélisation de l'advenue de l'être à l'existence, suivant les lois physiques, chimiques, organiques). Dans le modèle du devenir apparaissent les sujets, les projets, les objets, impliqués dans les changements d'états et associés aux fonctions de : conception, commandement, exécution, outil, matière, et chacun de ces éléments, par un libre arbitre du modeleur, peut être déclaré cause. Cause sans fonction n'a pas de sens, mais c'est ce que font les adeptes du caractère universel de la causalité. | | | | |
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| intelligence | | | Le désir et la foi en philosophie : la transcendance est le désir de preuves ; l'immanence est la foi, qu'en dernière instance, toute preuve est tautologique. Et l'on finit par comprendre, que seule leur valeur, l'intensité simultanée du désir et de la foi, la hauteur, qui en résume l'essence ; cet état ek-statique s'appelle éternel retour : « le retour à sa source, au suprême désir, au premier don de la nature » - Dante - « lo ritornare a lo suo principio, sommo desiderio, prima da la natura doto ». | | | | |
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| intelligence | | | Plus vaste est la chose niée, plus bête est la négation. Cioran, rejetant le monde non pas depuis 1920, mais depuis Adam, tombe dans le piège. La négativité sans emploi (G.Bataille) paraît être une saine perspective. Je ne nie que le jour sous mes yeux, me voilà déjà en route pour les étoiles. Ou sur les voies apophatique ou apagogique vers le Dieu inconnu, se dérobant sous les noms de l'Un ou de l'Être. | | | | |
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| intelligence | | | Le modèle correspond à un étant ontique, que l'être ontologique valide ; mais les critères de validation suivent soit la nécessité, soit la rigueur, soit l'élégance, soit l'expressivité. De l'algèbre à la poésie. Et toute création passe, inévitablement, par les deux. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est l'une des frontières de la volonté, comme l'être surgissant en toute section du devenir. La représentation est une traduction du monde, en deux modes possibles - reproduction ou création ; et c'est le soi, et non pas le monde, qui se réduit à la volonté et à la représentation, c'est à dire au travail du libre arbitre, la liberté étant réservée à notre âme, animée par le frisson intraduisible. | | | | |
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| intelligence | | | L'être est ce qui préside aux mystères de la naissance et de la mort, mais on le perçoit, définit et juge dans la Caverne du devenir (ou du dévoilement, auquel se réduirait toute vérité) : « Nous n'avons pas de communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir » - Montaigne. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation et l'interprétation sont, potentiellement, deux moyens pour exercer une volonté de puissance ; la représentation ne peut gagner qu'en profondeur, tandis que l'interprétation a une issue vers la hauteur, l'intensité métaphorique. Le progrès linéaire, face à l'éternel retour ; celui-ci s'avère supérieur au sens, cet autre fruit de l'interprétation. L'éternel retour est la réfutation de l'authenticité de l'être et l'affirmation d'un devenir inventé. | | | | |
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| intelligence | | | Pour atteindre à l'existence, la chose doit nécessairement vérifier toutes les contraintes de l'essence ; l'existence ne peut donc jamais précéder l'essence. C'est l'ambigüité du mot existence - existence comme naissance (ex-sistence, advenir) ou existence comme manifestation (devenir) - qui pousse à affirmer le contraire. | | | | |
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| intelligence | | | Les termes préférés des philosophes de profession - l'être, l'essence, l'existence, la durée (comme le savoir apriorique : les substances, la causalité, la finalité, les liens spatio-temporels) - appartiennent surtout au méta-langage et seulement d'une manière exotique au langage lui-même. La manipulation des concepts méta-langagiers ne peut être qu'austère et pauvre, et les traiter rhétoriquement, comme s'ils étaient dans le langage n'est qu'un abus. | | | | |
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| intelligence | | | Pour explorer le quoi, qu'on fasse appel à la technique la plus plate ou à l'ontologie la plus profonde, les résultats seront du même niveau. Les choses sont beaucoup plus subtiles avec le pourquoi et le comment, où la métaphysique artistique apporte des images autrement plus passionnantes que la science et l'art. Mais c'est avec la question du qui, que nous voyons le mieux, en quoi, comment et pourquoi le créateur est au-dessus de l'imitateur. | | | | |
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| intelligence | | | Hegel assigne à la philosophie la tâche d'interpréter le monde, Marx - de le changer, Aristote - de le représenter : le sens, le devenir, l'être. Le relatif de l'absolu, l'absolu du relatif, l'absolu. Mais, en tout cas, c'est la musique et l'intensité du langage, c'est à dire le regard, qui feront, que ce monde est bien à moi. Par ailleurs, l'intensité nietzschéenne n'est pas la force, comme on le croit bêtement, mais exactement - la musique ! Comme sa force consiste à savoir s'appuyer sur sa noble faiblesse. | | | | |
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| intelligence | | | Mon regard sur le monde doit choisir entre deux sources de la vision : l'homme vibrant et chantant ou l'être cadavérique et silencieux ; mais la vue peinte peut être grise dans le premier cas et bigarrée - dans le second. Et je finirai par comprendre, que le talent est le regard même. | | | | |
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| intelligence | | | Peut-être les Chinois sont plus intelligents qu'Aristote : ce que celui-ci considère comme buts - le désir de savoir ou le bien final de l'action - les Chinois n'y reconnaissent que des contraintes immanentes, câblées, dont on ne parle plus. Par ailleurs, l'intérêt pseudo-philosophique de la notion de contrainte consiste dans le fait, qu'elle seule permet de cerner la vaseuse notion d'être (ignorée des Chinois) ; c'est, en effet, dans le langage des contraintes, qu'on décrit l'essence de ce qui précède la formulation des buts, la naissance des intentionnalités et même le calcul des moyens ; ainsi, l'être se réduirait aux frontières du possible et du nécessaire, plus qu'au centre suffisant. | | | | |
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| intelligence | | | Tout honnête homme doit reconnaître, que les notions antiques d'être, de vrai, de l'Un, de savoir n'apportèrent rien d'intéressant au discours philosophique, et que le Chinois, avec son intérêt pour le rythme, pour les relations nettes entre entités vagues, fut un philosophe plus profond que le Grec. Toutefois, l'éternel détour des choses est plus radical, mais moins subtil et poétique que l'éternel retour des relations. | | | | |
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| intelligence | | | La modélisation conceptuelle est un projet, dont le sujet est l'Être immémorial et l'objet - l'Un mémorisé ; vu sous cet angle, on ne parle plus d'oubli, et Heidegger se réconcilie avec Platon. | | | | |
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| intelligence | | | Deux grands mérites doivent être reconnus à Descartes : n'avoir que le mépris pour le substantif être (qui fut pour lui synonyme de perfection et identique à réalité) et ne pas avoir mêlé sa culture mathématique au débat philosophique. L'ontologie est du pur verbalisme comme l'est l'appel à une pseudo-mathématique des ignares tels que Nicolas de Cuse, Spinoza, Badiou. | | | | |
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| intelligence | | | Le fond et le fondé (das Sein und das Seiende, der Grund und das Gegründete - Heidegger) : le fondé (les modèles) n'a pas une, mais deux sources - la nécessité du fond (la réalité) et le libre arbitre du fondateur (l'homme) ; le fond, en plus, servira à l'homme comme référence du sens (das Begründende), pour confirmer ou infirmer la modélisation. | | | | |
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| intelligence | | | Comme le signe d'égalité, '=', en mathématique, le verbe indo-européen être est employé pour désigner des relations différentes, dont les principales sont l'identité (y compris l’instanciation comme cas particulier) et la copule (impliquant des valeurs d'attribut). Dans le cas de l'identité, le domaine d'évaluation comprend toutes les substances représentées (au sens aristotélicien), ce qui résout complètement le problème d'existence. | | | | |
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| intelligence | | | Pour un objet, l'essence est sa définition, et l'existence - sa manifestation ; par bêtise ou paresse, on peut ne pas disposer de définitions et voir en manifestations la seule source de nos conceptions ; mais, avec la sagesse, on commence à mépriser l'existence-effet et à se consacrer à l'essence-cause des choses, qui n'existent pas. | | | | |
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| intelligence | | | La rétine est là, avant que la première lumière ne pénètre notre œil ; le goût est là, avant que la première friandise n'effleure notre palais ; de même, la relation avec l'Autre est là, avant que la première fraternité ou la première animosité ne naissent ; l'intentionnalité est une fumisterie ; avant tout jugement, le juge est déjà en nous ; l'étant hérite tout de l'être, sauf les accidents. « Le visage a un sens, non pas par ses relations, mais à partir de lui-même »* - Levinas. | | | | |
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| intelligence | | | Trois stades de notre compréhension du réel, le sensible, le mental, le conceptuel, avec une stupéfiante harmonie des passages de l'un à l'autre, de traces à images et concepts : pureté des empreintes, pureté interprétative, pureté représentative ; entre eux, circule le sens ou l'être, tout justifiant, tout guidant, tout mystifiant. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens, tel que l'entendent les philosophes, est le sens d'un discours ; il résulte d'un éternel retour, dont la dernière boucle, boucle ontique, implique le langage, l'interprétation logique, les sens et le bon sens ; elle s'appuie sur la boucle ontologique, la confrontation entre l'être et l'étant, et sur la boucle théorétique, la représentation de l'étant par des concepts. Le sens sert à confirmer ou à infirmer notre travail théorétique. | | | | |
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| intelligence | | | Pour peindre, j'ai besoin d'une toile et d'un chevalet ; donc pour juger de mon don pictural, il suffit d'étudier mon intentionnalité, face aux industries du textile et du meuble - c'est ainsi que raisonnent les phénoménologues. « La canaille philosophique : dire que le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre » - Lacan, tandis qu'il traduit le soi, que dis-je, qu'il le crée, fécondé par l'Être. L'homme peut porter l'amour, au fond de soi-même, sans avoir jamais rencontré d'êtres aimables ; l'homme est ouvert à l'émotion esthétique ou éthique, dans un milieu, où n'affleuraient jamais que la laideur et le mal. La Rochefoucauld fut mauvais métaphysicien : « II y a des gens, qui n'auraient jamais été amoureux, s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour ». | | | | |
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| intelligence | | | Pour valider nos représentations, nous les soumettons aux requêtes et essayons d'interpréter le résultat en vue de sa confrontation avec le réel ; mais il n'existe pas de modèle du sens, de modèle net rendant cette confrontation rigoureuse, puisque le réel n'a pas de mesures ; pourtant, le sens naît de cette énigmatique confrontation. | | | | |
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| intelligence | | | Il y a bien une philosophie du fond (autour de l'être, présent en réalité, en représentation, en langage) et une philosophie de la forme (autour du devenir, traduisant la création divine ou humaine). Plus d'intensité comporte la création, moins d'importance préservent les choses invoquées. Et lorsque la même intensité couvre de vastes ensembles de choses, on parle d'éternel retour, qui est oubli des choses et fusion avec le flux créateur. Le retour est antonyme d'approfondissement, de progrès, de négation ; il est la voix d'acquiescement au monde. | | | | |
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| intelligence | | | L’œil nous présente un espace à deux dimensions ; l'espace réel en a trois ; l'esprit peut concevoir aisément un espace à quatre ou même à un nombre infini de dimensions, dont le bon Dieu espiègle voulut peut-être nous priver. Mais comment réduire ou généraliser l'axe temporel ? L'énigme du temps, pour l'esprit, est aussi insoluble que l'énigme du bien pour l'âme. Ce qui est le plus fascinant, ce n'est pas le changement, le devenir, de la matière, mais la place, l'être, de l'instant écoulé. Le feu du temps, tout dévorant, tout engloutissant, faisant de toute matière un éternel recommencement, tout régénérant ; Phénix, complice de Chronos, en serait-il la seule image parlante ? Tout instant du passé est même moins que cendre - un vrai néant, un vrai vide, une vraie absence. | | | | |
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| intelligence | | | Le thème de retour est joué par Nietzsche et par Heidegger : le premier veut échapper à l'espace dans l'égale intensité du devenir vital, le second veut échapper au temps dans le déplacement du regard, de l'étant intelligible vers l'être suprasensible. La hauteur de regard semble être leur dénominateur commun ; en privilégiant la hauteur, on prône la musique, et en se concentrant sur le regard, on se condamne à la profondeur. L'être, par rapport au devenir, est ce que le moi inconnu est au moi connu, le regard - à la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | C'est la représentation, respectivement syntaxique ou sémantique, qui répond à la question ontique : Qui est l'homme ? ou à la question essentielle : Qu'est-ce que l'homme ? La seconde est impensable sans la première ; aucun oubli de l'être n'est possible, ni techniquement ni en principe ; il n'a qu'une «justification» morphologique - il serait le Léthé de l'aléthéia. | | | | |
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| intelligence | | | Le mathématicien sait que les triangles n'existent pas dans la réalité, mais qu'ils sont des objets de ses représentations (Parménide, Platon ou Heidegger les auraient vus jusque dans l'être fantomatique), des créations de leur libre arbitre, qui, miraculeusement, ne sont jamais désavouées par la réalité. Mais l'homme de la rue, tel Voltaire, pense le contraire : « Il y a des carrés, mais il n'y a point d'être général, qui s'appelle ainsi ». Des objets mathématiques tapissent tout le fond de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | C'est à partir de la capacité de mes mots ou de mes notes d'envelopper un devenir fugace, qu'on pourra développer la musique de l'être instantané : « Je ne peins pas l'estre, je peins le passage »** - Montaigne. L’intensité est dans le devenir et non pas dans l’être (comme pensait Nietzsche). | | | | |
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| intelligence | | | On modélise ou extrapole l'être, dont on se sent maître ; devant le devenir on garde le soupir ou la perplexité. Et puisque l'étonnement ou l'incompréhension sont le premier moteur du philosophe, le Zénon du mystère du mouvement, donc de l'interprétation, est plus profond que le Platon du problème des idées, de la représentation. | | | | |
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| intelligence | | | Soucis de l'être, précis du devenir, telles sont deux faces d'une vie intellectuelle (Parménide, complété par Héraclite) : réceptacle du libre arbitre - du savoir, du pouvoir, du goût, ou spectacle de la liberté - de l'intelligence, de la puissance, du langage. Création ou créativité. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la proposition Je pense, la variable Je (en français elle est explicite, en latin, espagnol ou italien elle est implicite) devra s'unifier avant le prédicat penser (et même avant les prédicats souffrir, craindre ou désirer, beaucoup plus près de l'essence que penser), et donc la question de son existence se posera avant qu'on s'occupe de penser. Je s'unifiant avec une instance d'être humain, muni du prédicat penser, il serait donc plus raisonnable de dire : je suis, donc je pense. Ce qui paraît naïf est pourtant plus que raisonnable. Toutefois, ici, il s'agit de représentations fixes, ce que n'est pas le cas chez Descartes, qui cherche des représentations à fixer. | | | | |
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| intelligence | | | L'intérêt du verbe être est tout de syntaxe, contrairement à avoir - tout de pragmatique. Tandis que seule la sémantique des autres, tel penser, qui mérite de fouler vos arènes. Là où, pour abattre des idoles, l'arrogante négation ne suffit plus, on fait appel à la subordination pusillanime : l'homme propose, que Dieu dispose - c'est ainsi, que, perdu dans le continu, toujours infléchi par des autres, en pli ou en labyrinthe, l'homme veut sacrer ses pointillés par la voirie céleste. | | | | |
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| intelligence | | | La chose, peut-elle être pour moi, sans que j'en sois observateur ? Penser, c'est savoir naviguer dans une structure conceptuelle ou dans une logique résolutionnelle ; être, c'est plutôt inspirer - la créativité - la première et adhérer - le miracle - à la seconde. N'empêche que l'un des plus grands miracles de la création consiste en ceci : contrairement à ce que croient les modernes, le penser ne se valide pas par l'être, mais par notre machine logique intérieure (la certitude intuitive de Descartes ou les jugements synthétiques a priori de Kant), - pourtant il n'entre jamais en contradiction avec l'être ! | | | | |
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| intelligence | | | L'éternel retour égalise les parcours, mais pour être une source, il faut être porteur d'une intensité unificatrice. Pas de première fois, dans un devenir partout intense. Le recommencement - un nouveau point zéro de la création. La source du premier pas se cache et se fait vénérer. | | | | |
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| intelligence | | | Aucun philosophe n'est capable de dire clairement ce que c'est que de penser ou d'être. Et tant de bavardage autour de la formule parménidienne : « Même chose se donne à penser et à être » (que d’autres proposent de traduire par : « Le soi est fait aussi du percevoir que de l’être », ce qui a l’air beaucoup plus sensé, mettant le devenir à côté de l’être). On ne peut penser que ce qui est représenté, mais des choses non représentées peuvent être. Les bons scolastiques, contrairement à nos contemporains, voyaient qu'entre être-là et existence, d'un côté, et être et essence, de l'autre, il y avait la représentation, le modèle des substances, le seul substrat du penser et le support de l'existence (Aristote, réduisant l'être à la substance, reste plus lucide qu'Avicenne ou Heidegger). « L'existence sépare la pensée et l'être » - Kierkegaard. | | | | |
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| intelligence | | | Non seulement mes sensations sont communes au genre humain tout entier, mais elles n'entrent jamais en contradiction avec la réalité des choses ; le bon sens ne fait que ratifier les données des sens ; la connaissance représentée est donc en contact direct, même inconscient, avec le réel. La gnoséologie contient peut-être l'ontologie, mais l'observation ouverte, évidemment, est plus vaste que la connaissance fermée. Les modèles ont beau se ressembler, les langages divergents créent des copies-requêtes non-unifiables. | | | | |
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| intelligence | | | Ce paradoxe : la libre création, par sa forme, relève du devenir, tandis que la description servile s'inscrit dans l'être ; mais le contenu de la création est un hymne à l'être, tandis que celui de la description reproduit le bruit du devenir. Cette porosité entre l'être et le devenir ressemble étrangement à celle entre les nombres ordinaux et cardinaux (ou entre l'infini ordinal, valeur-limite spatiale, et l'infini cardinal, processus temporel) et pousse à admettre une haute mystique ontologique du nombre. | | | | |
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| intelligence | | | Quatre types d'existence : être, non-être, devenir, non-devenir - puissance, imagination, acte, immobilité. « L'être est le possible ; le non-être le rend intelligible » - Lao Tseu. Qu'est-ce qu'être intelligent ? - élargir (la connaissance), approfondir (le savoir), rehausser (le goût) le domaine du possible pour y choisir sa demeure - tour d'ivoire, souterrain ou ruines. | | | | |
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| intelligence | | | D'une proposition démontrée on peut dégager sa signification dans la représentation associée (par unification d'arbres) et son sens dans la réalité représentée (par confrontation entre objets modélisés et leur être réel, immanent, inarticulé) ; la première tâche est triviale, la seconde - délicate et non-formalisable. | | | | |
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| intelligence | | | Si un candidat à l'existence ne vérifie pas les contraintes, dictées par l'essence, il n'existera pas – la réfutation technique des existentialistes. | | | | |
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| intelligence | | | Le regard n'aurait pas de sens sans les choses vues - telle est l'aberration inaugurale de la phénoménologie. La plus haute essence humaine se manifeste en ce qui n'existe même pas : l'ascète aime son Dieu ou son idéal bien désincarnés, l'esthète palpite à l'évocation de ses fantômes de beauté, le nihiliste se passionne pour les idées ou sentiments, qui, pourtant, se réduisent au néant. Même en Intelligence Artificielle, l'essence idéaliste précède l'existence matérialiste. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le bavardage sur la préséance de l'existence ou de l'essence se clarifie complètement, si l'on est capable de distinguer ces trois questions : X existe-t-il ? Est-ce que X est Y ? Qu'est-ce que X ? - dont les réponses affirmatives constateront : une existence hors toute essence, une existence découlant de l'essence, une essence impliquant l'existence. | | | | |
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| intelligence | | | Tout cogniticien finit par admettre, que même l'existence, même celle de mon propre soi, peut être donnée non pas à titre de fait, mais comme résultat d'une déduction. La requête d'existence, comme toute proposition, aboutit soit aux faits soit aux virtualités. D'ailleurs, plus le moi est virtuel, plus il est riche et moins il a besoin de faits sans souffle des lois : « réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits » - Proust. À propos, la dimension temporelle virtualise tout fait. Comme, d'ailleurs, l'artistique, où le créateur est comme les particules élémentaires, créant un champ du possible, plutôt que celui du nécessaire. | | | | |
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| intelligence | | | L'être heideggérien n'est qu'une redite de la chose en soi kantienne. Cernée asymptotiquement par nos sens et notre raison, elle défie les limites de la seconde et tient en haleine les premiers ; et ce sont, d'ailleurs, les sujets principaux de ces deux auteurs - la merveille de nos lois internes et la merveille de nos appels externes. | | | | |
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| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'une pose (posture/position) philosophique, le premier réflexe est d'en imaginer le contraire ; c'est ainsi que l'on comprend l'insignifiance d'un regard, qui aurait pour centre l'être, la matière, la vérité, la liberté, et l'on finit par reconnaître que l'opposition la plus intéressante est entre la poésie et la prose, la consolation et la conviction, la musique et le bruit, l'abstrait et le concret, le commencement et le résultat, l'élégance artificialiste et le naturalisme béat ; et cette opposition est symbolisée le mieux par le sophisme et le cynisme. Platon, Pascal, Nietzsche, face à Diogène, Hume, Husserl. Curieusement, les seconds triomphent en pratique, tandis qu'en paroles sont proclamés vainqueurs - les premiers. | | | | |
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| intelligence | | | Ce qu'Aristote dit de la représentation (les substances) et Platon - de l'interprétation (les idées) ne porte que sur les étants, dont l'être (Heidegger) servira à valider la représentation et à orienter l'interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | Sans interprétation, et donc sans idées, l’existence n’a aucun sens ; mais toute idée se formule et s’interprète dans le cadre des représentations, qui, presque toujours, sont personnelles et non pas universelles. Même si Platon, globalement, est plus raisonnable que Sartre, ses Idées ne pré-existent pas, elles se créent, par invention de représentations ou adaptation d’interprétations. | | | | |
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| intelligence | | | L'être, c'est ce fond de la réalité, matérielle ou mentale, qui joue trois rôles dans trois domaines disjoints : il guide la représentation, inspire les requêtes, sert de référence pour valider la représentation. Et son maître s'appellerait le moi transcendantal, celui qui défie toute science ; il est le complément intellectuel de son homologue artistique, du moi inconnu. | | | | |
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| intelligence | | | L'arbre en synchronie – l'être ; l'arbre en diachronie – le devenir. Le même nombre de belles métaphores, dans ces deux images. | | | | |
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| intelligence | | | La vie de la pensée est circonscrite par le modèle spatial, l'être, et le modèle temporel, le devenir : « L'être éternel sans naissance et le devenir qui n'est jamais » - Platon – le premier, d'après toi, existe, et le second – non, ce qui rend celui-ci attractif, en tant qu'outil du bon créateur, l'être étant sa matière première. | | | | |
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| intelligence | | | Sur dix catégories aristotéliciennes - substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, possession, action, passion - on devrait ne garder que trois : substance, relation, action, les autres ne le méritent pas. On devrait y ajouter, en revanche, - règle, événement, fait, attribut (symptôme ou accident), contrainte (support de modalité, pré-règle). Quantité et qualité relèvent des insignifiantes nuances des propriétés d'attribut. Lieu, temps, position sont des attributs particuliers. Possession est une relation particulière, et passion - une substance ou une action particulière. | | | | |
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| intelligence | | | Kant traite les catégories aristotéliciennes de rhapsodies et propose sa propre Table, où apparaissent, en plus, modalité, négation, causalité, mais qui se réduisent, pourtant, aux règles et relations. Tous les deux pensent qu'ils creusent l'être, tandis qu'ils ne font qu'effleurer le travail préliminaire de toute représentation. À ce stade, l'intelligence consiste à se débarrasser des traces de la langue ; celle-ci ne doit apparaître que par-dessus une représentation achevée. | | | | |
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| intelligence | | | Le bon Dieu ayant fait de la mathématique le fond de la réalité, la liberté du mathématicien ne débouche pas sur un chaos surréaliste, mais sur une harmonie avec le réel docile. Au fond de la mathématique se trouve la liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La valeur de Platon et de Heidegger se situe hors de la philosophie – dans l'élégance des métaphores ou dans l'amusement philologique. Les philosophes cathédralesques, dépourvus de ces qualités littéraires, sont ridicules dans leur lourd plaidoyer de l'idée platonicienne ou de l'être heideggérien, dans lesquels l'imagination poétique doit dominer largement toute gnoséologie et toute ontologie. | | | | |
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| intelligence | | | Curieusement, c'est dans Sein und Zeit qu'on sent le néant de l'être, et c'est dans Être et Néant que l'être est coupé en trois parties incohérentes par le temps ; nos bons pères auraient dû échanger leurs titres. Les deux ne servent qu'à rendre intelligibles, sans être lisibles, des inepties savantes, telles que : être ce qu'on n'est pas ou ne pas être ce qu'on est ; il suffit d'y glisser une négation oublieuse de l'être ou un passé avec un avenir, se réverbérant dans le présent, berger de l'être. | | | | |
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| intelligence | | | Penser, c'est représenter, être, c'est communiquer, vivre, c'est interpréter - le résumé le plus bref et le plus exact du cogito cartésien. | | | | |
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| intelligence | | | Quand, pour une substance, les valeurs de certains de ses attributs sont ou deviennent fixes et invariables, on inclura ces attributs dans son essence, sinon ils restent accidents. Mais l'origine de cette fixité peut être ontologique ou accidentelle. Aristote ne semble pas avoir remarqué ce caractère mouvant des accidents. | | | | |
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| intelligence | | | Après avoir répertorié les substances, les dieux et les natures (l'Antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance), la philosophie se décida, au XIX-ème siècle, à s'intéresser à la vie en tant que mystère et non pas problème ou solution. La philosophie aurait dû ne s'occuper que de ce qui n'est pas maîtrisable par le concept et abandonner le discours devenu verbiage ou répertoriage. La vie se sépare du langage fixe (décrivant l'inertie du mouvement), mais entretient des rapports secrets avec l'art mobile (chantant l'immobilité de l'invariant), jusqu'à se fondre avec lui : être artiste, c'est être vitaliste. | | | | |
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| intelligence | | | Newton ne fait pas taire Zénon d'Élée ; le principe d'indétermination de Heisenberg est trop anti-intuitif pour réconcilier, psychologiquement, le mouvement et la position ; la convergence, support de la continuité, ne désamorce pas notre perplexité devant l'énigme du mouvement et du temps ; l'esprit est impuissant de rationaliser les premiers pas du bon sens. | | | | |
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| intelligence | | | Le véritable fond de la création n'est ni mon ambition, ni mon savoir, ni même mon talent, mais mon soi inconnu, cette passerelle invisible, qui lie mon esprit à l'âme du monde, âme que d'autres appellent être : - ce qui exige création et audace - et si cet appel devient inaudible, c'est que je devins un misérable étant, connaissant l'inertie et ignorant la création. | | | | |
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| intelligence | | | Dans la saisie des choses, est philosophe celui qui glisse sur la géométrie et donne la priorité à l'algèbre et à l'analyse : l'instrumentalité et les fonctions, avant ce qui est là ou ce qui est donné. Heidegger ne voit autour de lui que des géomètres, et il appelle cette calamité - l'oubli de l'être (une pique à l’oubli de l’Idée platonicien), et que Nietzsche attribuait à la fatigue. | | | | |
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| intelligence | | | Toute matière, qui ne se réduise pas au nombre, est nulle ; la partie de l'esprit, irréductible au nombre, s'appelle âme. « Le nombre est la caractéristique primordiale de l'être en soi, c'est à dire de l'union de l'Un et du Multiple ; le nombre, c'est la structure, le rythme et la symétrie des choses, c'est à dire, selon les pré-socratiques, - leur âme » - A.Lossev - « Число является начальной характеристикой бытия в себе, т.е. единораздельности ; число - структура, ритм и симметрия вещей, т.е., с досократовской точки зрения, - их душа ». Cette ontologie pythagoricienne ennoblit le nombre, comme l'illimité ennoblit la limite. | | | | |
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| intelligence | | | Tout le galimatias spinoziste autour des substances absolues et immuables est mis à nu par cet aveu, désarmant et ridiculisant : « La substance ou - ce qui est le même - ses attributs avec leurs valeurs » - « Substantias sive quod idem est earum attributa earumque affectiones », puisque les attributs (comme la plupart des substances) sont de libres constructions de nos modélisations arbitraires et non pas un contenu authentique du réel (sauf peut-être un nombre très réduit de constantes universelles). Quand on ne peut pas s'élever aux effets de soi, on s'étend en causes de soi. Causa sui est la réalité, qui dicte et valide nos représentations ; c'est ce que Heidegger nomme être. L'appeler Dieu est prendre une création pour un créateur. | | | | |
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| intelligence | | | Descartes ne voit aucun attribut commun entre nos substances corporelle et spirituelle. Comment veut-il séparer les attributs, attachés à notre vue, à notre ouïe et même à notre toucher ? Tout y est corps et tout y est âme. | | | | |
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| intelligence | | | La vraie intelligence, ce ne sont pas les connaissances, mais les manières de réveil et méthodes d'accès aux connaissances (non pas les idées, mais les efforts vers les idées). Chez le naïf, ce sont les sens qui convainquent de l'existence des objets ; chez l'intelligent - la raison. Ce qui est encore plus flagrant, c'est que le naïf cherche la bonne règle dans un ensemble trop vaste, tandis que l'intelligent sait surtout réduire l'ensemble de conflit. | | | | |
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| intelligence | | | Les tentatives d'unifier l'essence et le sens n'aboutissent qu'au contresens : « Il suffirait de détacher une Chose de son hic et nunc pour pouvoir la manier comme si elle était une Notion » - Kojève. L'essence est ce qui admettra toujours quelques variables de plus (étant partie de la réalité) par rapport à un modèle, dans le seul contexte duquel naît le sens, toujours fini. La possibilité même du détachement est mise en cause par des affiliés de l'être : « Il n'a pas été et il ne sera pas, il est maintenant » - Parménide. | | | | |
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| intelligence | | | L'artiste complète le philosophe, en munissant d'intensité et de musique l'être, le savoir et la transcendance, qui se transforment en devenir, intensité et immanence. La honte, cette profondeur de l'être, et l'intensité, cette hauteur du devenir, créent l'axe, sur lequel le surhomme surmonte l'homme. L'isosthénie, dépassant le conflit, l'ataraxie, surpassant l'indifférence, - telles sont les forces anti-sceptiques, à l'origine d'une noble axiologie. | | | | |
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| intelligence | | | On pourrait appeler être d'une chose la différence (mathématique) entre sa réalité et sa représentation. « L'être n'est ni couleur, ni matière, ni idée, ni âme, ni Dieu ; il est la pure Hauteur »* - A.Lossev - « Бытие не есть ни цвет, ни материя, ни идея, ни душа, ни дух, ни бог. Оно есть чистое 'сверх' ». Ni l'ampleur ni la profondeur ne peuvent apporter ce que, seule, prodigue la hauteur : la bénédiction, la justification, le sens ; elle est presque la seule à inspirer la prière, le rêve et l'enthousiasme. | | | | |
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| intelligence | | | L’Orthodoxie creuse les questions sur l’être de l’être et de l’existence de l’existence et trouve des réponses beaucoup plus intéressantes et nettes que de vaseuses définitions de Heidegger. | | | | |
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| intelligence | | | Les axes, qui polluent la scène philosophique, et sur lesquels dominent la grisaille et la stérilité : essence - existence, vérité - apparence, objectif - subjectif, vital - conceptuel. Les deux seuls axes, dont aurait dû s'occuper la philosophie : caresses verbales et musicales, apportant de la consolation à l'homme angoissé, et des réflexions sur le rôle du langage, pour traduire nos frissons ou nos intuitions. | | | | |
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| intelligence | | | Dans tout verbe indo-européen se trouve un procédé d'unification ou de substitution, mais être, c'est surtout les contraintes qui réduisent le champ de substitutions possibles. « Être, c'est s'unir ; être, c'est être uni ; être, c'est unir » - Teilhard de Chardin. | | | | |
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| intelligence | | | Les rapports entre la valeur langagière 'blanc' et l'instance (élément) 'blancheur' de la classe 'couleur' sont d'une totale banalité (les substances, c'est à dire les instances et les classes, n'étant pas langagières mais conceptuelles). Il fallut toute l'équilibristique sophistique de Heidegger, pour l'embrouiller dans les oppositions amphigouriques ridicules : étant - être, présent - présence (anwesend – anwesen). Des foules de bavards imitèrent cette logorrhée parménidienne, creuse et disgracieuse. | | | | |
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| intelligence | | | D'un côté - la linéarité du devenir, le fleuve phénoménal, le progrès, l'algorithme, l'apprentissage, le but, autrui, ou bien - l'éternel retour de l'être, la source nouménale, l'intensité, le rythme, le commencement, la contrainte, le soi - telles sont les lignes de partage entre ceux qui peuvent raisonner et ceux qui veulent résonner. On connaît le prix profond des premiers et la haute valeur des seconds. | | | | |
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| intelligence | | | Comparé avec la rigueur, la cohérence et même l'élégance des solutions qu'apporte l'Intelligence Artificielle, pourtant la moins profonde de toutes les formes d'intelligence, le bavardage phénoménologique autour de l'intuition catégoriale, de la conscience de soi et de la chose, de la réduction-épochè, de l'essence, de la vérité n'est que des balbutiements décousus, enfantins et prétentieux. L'ignorance des représentations (les philosophes analytiques) ou le pur verbiage autour de celles-ci (les phénoménologues) sont deux fléaux modernes. | | | | |
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| intelligence | | | Chercher des points de départ (l'Être), des centres (l'essence), des contours (la substance), des étapes (l'état) sont les affaires de la machine calculante. La machine palpitante, en nous, se contente de trouver des sommets de l'excellence, la hauteur. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit et l'âme avancent en parallèle : devant l'embryon devenant homme et devant la fleur devenant fruit, l'esprit saisit le comment du devenir et l'âme - le pourquoi de l'être. Le bras armé de l'âme est la création ; le bras armé de l'esprit est l'intelligence. | | | | |
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| intelligence | | | L'essence est ce qui trace la frontière entre candidature et titulature ; ce sont les contraintes nécessaires, propres à la classe abstraite (substances secondes), dont le respect permet au candidat d'accéder à l'existence (devenir instance ou substance première). | | | | |
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| intelligence | | | L'erreur des phénoménologues : confondre les relations d'instanciation et d'appartenance. Une relation instanciée, tout en ayant droit aux accidents propres, garde la même essence que la relation abstraite elle-même, tandis qu'un élément acquiert, normalement, une nature différente de l'ensemble. L'objet, qui détient le savoir de la relation, s'appellera sujet. | | | | |
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| intelligence | | | Représenter, c'est modéliser soit des objets matériels, soit des abstractions (relations, attributs, quantités, qualités). Mais la technique représentative y est la même. Pour refléter cette unité et souligner l'inépuisable, inatteignable et merveilleuse richesse des objets, on évoque la vague notion d'être, englobant les deux sphères du représenté. L'être au-delà de la représentation, c'est l'invisible du visible. | | | | |
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| intelligence | | | Les faits sont des attributs des objets virtuels et non pas des phénomènes réels. Tout fait résulte de liens, syntaxiques ou sémantiques, dont est dépourvu le monde et qui constituent l'ossature du modèle conceptuel du monde. Les choses, elles, remplissent tout ce qui est inorganisé, et en particulier la réalité. On vient à l'existence topique par une substance (un fait imputable à un lien syntaxique instancié) ; Maître Eckhart refuse, à tort, l'être aux liens : « L'amour, contrairement à la connaissance, unit dans l'action, non dans l'être » - « Im Gegensatz zum Wissen, vereint die Liebe im Wirken, nicht im Sein ». | | | | |
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| intelligence | | | La pensée accomplie est surtout spatiale, même si l'interprétation de son enveloppe langagière est plutôt temporelle. Donc, la former en décrivant les choses (leur existence dans le temps) est plus bête que la créer en interrogeant ma conscience (où réside déjà l'essence des choses, au sein d'une représentation spatiale). C'est la qualité des requêtes qui détermine le rang de la pensée. | | | | |
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| intelligence | | | L'exigence non-faiblissante dans l'ampleur des solutions, dans la profondeur des problèmes, dans la hauteur des mystères – telle pourrait être la tâche philosophique. « Rendre l'être plus difficile à saisir, telle est la vraie vocation de la philosophie » - Heidegger - « Erschwerung des Seins ist der echte Leistungssinn der Philosophie ». | | | | |
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| intelligence | | | On peut ne pas jeter ces étiquettes - Éternité, Être, Réalité - à condition de savoir n'en faire que des axes, qu'on orienterait à sa guise pour y dessiner des figures plus charnelles et nobles. | | | | |
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| intelligence | | | Les structures sont une prérogative de la représentation ; même le langage ne les exhibe que dans sa grammaire, qui est sa représentation. L'inconscient des psychanalystes n'en possède pas non plus. Le Moyen Âge obtus s'y tint, lui aussi, - le discours intérieur. L'être, dont l'inconscient fait partie, est inarticulé. La structure rend l'être compréhensible ; l'être fait entrevoir l'illusion de vie dans la structure. | | | | |
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| intelligence | | | Toute phrase peut être interprétée soit comme une requête (de l'être) soit comme une assertion (du devenir) – avènement ou événement, pensée en continu ou pensée de rupture. La science est dans le premier mouvement, et l'art – dans le second. « L'art suprême de la représentation ramène toute pensée au devenir » - Nietzsche - « Die vollendete Kunst der Darstellung weist alles Denken an das Werden ab ». | | | | |
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| intelligence | | | Au sens aristotélicien du mot, une substance (première ou seconde) est un méta-concept de la représentation et nullement de la réalité ; donc, les fastidieux débats, pour savoir si quelque chose (sujet, conscience, espèce) est une substance ou non, sont totalement sots, puisque tout ce qui est représenté l'est et tout ce qui est réel ne l'est pas, par définition. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, associée à un sujet, offre trois facettes : la descriptive, la structurelle, la comportementale - l'essence ; l'interprétation, elle aussi associée à un sujet, se fait toujours dans le contexte des deux premières, avec les moyens de la troisième et avec les interprètes langagiers (syntaxique, sémantique, pragmatique) et logiques (déductions et gestions d'événements) – l'existence. On devine qui précède qui. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l'imaginaire on maîtrise l'être et cafouille dans le devenir ; dans le réel, c'est l'inverse. La réflexion de Valéry fut plus réaliste que poétique : « Ce qui est clair comme passage est obscur comme séjour »***. | | | | |
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| intelligence | | | La philosophie de l'être ou du devenir : l'ontologie orientée-objets ou la phénoménologie orientée-opération – ce clivage est bien illustré par l'Intelligence Artificielle (ou l'épistémologie appliquée), opposée à l'informatique traditionnelle, l'apparition de méta-outils, identiques pour toute substance, les paradigmes de théâtre et de scénario évinçant celui d'opération, tout sujet disposant de son propre modèle de l'univers, la coexistence de modèles incompatibles, la transcendance contrôlant l'immanence. | | | | |
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| intelligence | | | L'esprit représente la marche de mon soi connu ; l'âme interprète la danse de mon soi inconnu. L'esprit est en contact permanent avec le monde ; l'âme ne quitte jamais ma propre conscience, façonnée par l'esprit et résumant l'essence du monde. L'interprétation est le dernier chaînon dans mes échanges avec l'essentiel (où la danse et le chant dominent) ; donc l'intentionnalité ou le souci, que d'autres placent près des choses, ne devraient pas quitter mon âme. Dans le secondaire, même l'esprit est inutile, le réflexe ou l'inertie suffisent. La phénoménologie de l'esprit ne s'occupe que du secondaire. La nature de l'esprit devrait céder à la culture de l'âme. | | | | |
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| intelligence | | | Pour Nietzsche, l'Être est une interprétation (métaphysique, donc méprisable), pour Heidegger – une représentation (ontologique, donc vénérable), pour moi - une réalité (prosaïque, mais incontournable, pour valider nos représentations et donner un sens à nos interprétations). | | | | |
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| intelligence | | | Le senti se rapporte à la réalité, mais le dit s'interprète exclusivement dans une représentation ; on ne peut strictement rien dire sur la réalité, ni sur les agglomérats d'atomes (minéraux, végétaux, animaux) ni sur les propriétés d'esprit (beauté, douleur, sens). Ce sont des choses en soi : « La chose en soi n'a que l'être » - Valéry. | | | | |
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| intelligence | | | Pour un philosophe, l'être, le devenir, le faire sont des synonymes ; mais à toute la platitude de l'être heideggérien on peut substituer la hauteur du devenir nietzschéen ou la profondeur du faire valéryen. | | | | |
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| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
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| intelligence | | | La seule fonction logique et universelle du verbe indo-européen être consiste en opération de (tentative de) l'unification (entre deux arbres de références) – 'le maître de Platon est le mari de Xanthippe'. Le fait de signifier avoir une valeur d'attribut ('Socrate est sage' - copule) ou se trouver à, dans le temps ('Socrate était avant Platon') ou dans l'espace ('Socrate est à Athènes'), n'est ni logique ni universel mais langagier. Le bavardage pseudo-philosophique autour de l'être se réduit à celui, technique, sur l'identité. | | | | |
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| intelligence | | | L’être et le devenir logent dans la réalité ; pour les penser, on dispose de deux paradigmes cognitifs, la représentation et l’interprétation, et d’un outil de communication, le langage. Le penser n’est pas moins présent dans le devenir que dans l’être ; c’est pourquoi Parménide a tort, en proclamant l’identité de l’être et du penser. | | | | |
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| intelligence | | | Le vrai savoir ne peut provenir que d'une représentation, et il s'appuie sur la pensée de l'être, avant d'engendrer celle du devenir ; penser, c'est traverser la représentation en ces étapes : sujet, sensations, objets, relations, mémoire, désir, références conceptuelles, et ensuite verbales, d'objets et de relations, phrases grammaticales, leur interprétation, sens de la vérité établie. Vu sous cet angle, ni Aristote ni St-Augustin ni Descartes ni Kant ni Husserl ne savent ce qu'est penser. Lever les yeux au ciel et froncer les sourcils, c'est le seul sens plausible qu'ils donnent à cette activité non-élémentaire. | | | | |
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| intelligence | | | Ni Platon ni l'Aquinate ni Heidegger ni Sartre ne formulent de concepts ontologiques opératoires - que des intuitions poétiques ou théologiques. Que Aristote est si rigoureux avec ergo saute surtout aux yeux, quand on constate, que ni Descartes ne se donne la peine de définir ce qu'est cogito ni Heidegger - ce qu'est sum. La liaison entre la réflexion et l'ontologie est affaire des métaphores. | | | | |
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| intelligence | | | Ils pensent, que l'opiniâtreté, le choix de bonnes pistes et le bon souffle peuvent les soustraire, un jour, à l'attraction du sensible et les propulser dans les orbites purement et hautement métaphysiques. Mais au détour de tout chemin ils découvrent l'Éternel Retour du Même (la découverte de l'être dans un intense devenir), et ils se mettent à se lamenter. On ne garde ses vertiges et enthousiasmes initiaux que si l'on avait suivi, du regard, son étoile, même du fond de son immobilisme. | | | | |
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| intelligence | | | Le beau concept poético-mathématique d'Ouvert est très ambigu : ce qui, au sens de l'élan, est ouvert est souvent fermé, au sens de l'être. Par exemple, je suis ouvert en verticalité, au sens de l'élan (je ne maîtrise pas, j'ignore la limite qui m'attire), mais j'y suis fermé, au sens de l'être (rien ni personne ne peut posséder ce qui me limite, j'en suis propriétaire inconscient). | | | | |
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| intelligence | | | Les systèmes charlatanesques se reconnaissent par la domination des constantes, tandis qu’un modèle scientifique réfutable contient assez de variables, pour s’unifier avec d’autres modèles. Et le résultat de ses unifications correspond à notre connaissance de l’être : « L’unification et l’Être ont le même sens » - Hegel - « Vereinigung und Sein sind gleichbedeutend ». | | | | |
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| intelligence | | | Que les substances soient minéralogiques, métaphysiques ou sociales, leur modélisation fera appel aux mêmes concepts et s’appuiera sur la même logique ; la cognitique, plus que la mathématique, assure les mêmes mécanismes ontologiques. Descartes le comprenait mieux qu’Aristote. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme, qui, dans ses réflexions, réussit à se débarrasser des deux thèmes parasites que sont la connaissance et l’être, devient, presque mécaniquement, philosophe. Le bavardage sur l’être profane la plus belle faculté du langage – le laconisme dans la noblesse ; l’obsession par les connaissances fantomatiques dévie notre générosité de sa fonction première – consoler les inconsolables. | | | | |
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| intelligence | | | Avoir mon propre regard : maîtriser le fond ou l’essence de la chose, avant d’en juger ou d’en créer des formes ou des surfaces. | | | | |
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| intelligence | | | De l’objectivité de l’être et de l’action, surgit la subjectivité de l’essence et de l’existence, et c’est notre regard créateur qui, à partir de la première, génère des représentations, et, à partir de la seconde, forme des interprétations ; l’intelligence et la noblesse y sont des vecteurs, et le talent – le maître. Quatre étages de la création. | | | | |
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| intelligence | | | Pour constater l’existence des autres, j’ai besoin d’une représentation ; pour ma propre existence, une interprétation, pré-conceptuelle et pré-langagière, suffit. Et c’est l’origine même du cogito. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les activités (intellectuelles, pragmatiques ou sentimentales) se réduisent soit à la représentation soit à l’interprétation. La volonté les accompagne, toutes les deux, dictée, respectivement, par la connaissance, l’intelligence, la curiosité ou par l’intérêt, le goût, le style. Nietzsche appelle cette volonté (de puissance) – réinterprétation (ou retour éternel). Il veut donner à ce devenir (propre de l’interprétation) l’intensité de l’être (propre de la représentation). Plus économe en concepts, Nietzsche est plus complet en éléments dynamiques et créateurs que A.Schopenhauer. | | | | |
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| intelligence | | | Le réel et la représentation (dans le jargon, la chose en soi et son noumène), le fond (presque) éternel et la forme provisoire, la seconde résumant l’état courant du savoir du premier, - on est dans l’être spatial ; cet état évolue, suite aux phénomènes, ces manifestations du réel, provoquant des adaptations de la représentation, - on est dans le devenir temporel. | | | | |
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| intelligence | | | Ces chimères – ego, je, moi, sujet, conscience, être-là, mêmeté, ipséité ; aucun discours sérieux autour d’elles ne fut ni cohérent, ni étonnant, ni éclairant ; seules des métaphores pourraient en dessiner des frontières ; mais il ne reste plus de poètes chez la gent philosophale. Mon couple de soi, le connu et l’inconnu, cherche à y pallier, en mettant la créativité artistique au-dessus du travail académique. | | | | |
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| intelligence | | | Dans une représentation, l’existence résulte de l’une des deux opérations : la définition (d’un nouveau concept) et l’instanciation (d’un concept existant) ; les deux se réduisent à un attachement – à un méta-concept ou à un concept – et à une attribution (structurelle, descriptive, comportementale), qui est aussi une forme d’attachement. Toute connaissance est de l’attachement, comme toute liberté est du détachement. | | | | |
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| intelligence | | | Trois raseurs partent de l'être pour lui opposer l'essence, le temps ou le néant (l'identité avec le bien de Platon ou avec l'intelligence de Plotin fut moins ridicule). L'être est peut-être le règne des représentations, l'essence - le problème des symptômes, le temps - la solution des signes, le néant - le mystère des images. | | | | |
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| intelligence | | | Nos sens constatent l’existence des choses réelles, notre esprit définit les conditions de l’existence des choses représentées. L’esprit cherche à en dégager l’essence, qui est un méta-concept, réservé à la représentation. Dans la représentation, l’existence suppose une vérification réussie par l’essence conceptualisée. Dans la réalité, seule l’existence des instances (premières substances) a un sens ; dans la représentation, existent les deux substances, la seconde (des classes) et la première (des éléments). Tout le charabia philosophique autour de ce thème est dû à l’indistinction entre le réel et le représenté. | | | | |
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| intelligence | | | Dès que les philosophes se mêlent de la vérité, de la liberté ou de l’être, ils sont bêtes, raseurs ou bavards, puisque pour parler de vérité il faut comprendre la place du langage, pour juger la liberté il faut la lier à la noblesse, pour voir l’intérêt de l’être il faut de l’intelligence représentative et interprétative. Mais ces trois conditions leur sont inaccessibles. | | | | |
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| intelligence | | | L’essence appartient à la représentation (structures arbitraires : catégories, classes, relations) comme l’existence – à l’interprétation (logiques universelles). Dans les deux cas, il est possible d’ériger, par-dessus, un système, mais on a plus de chances de prouver son originalité en représentation qu’en interprétation. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité divine est dans les objets de l’espace-temps ; reflétée par l’homme, elle devient une double réalité humaine : l’être - cette pure abstraction (mais ne déviant en rien de la réalité divine), et le devenir - une fatalité mécanique ou une création libre. « Le devenir est aussi mécanique que l’être » - Chestov - « Динамика так же механистична, как и статика ». Pour échapper à la mécanique, le style, d’après Nietzsche, doit munir le devenir créateur – de l’intensité de l’être. | | | | |
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| intelligence | | | Si ma plume est plus près de mon âme que de mon esprit, je soignerai mieux la forme (l’essence de mes rêves) que le contenu (l’existence de mes actes). C’est pourquoi l’existentialisme est, le plus souvent, lamentable. Un bon psycho-logue peut se permettre d’être misologue. | | | | |
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| intelligence | | | L'être de l'étant - l'une de ces expressions creuses, que pourtant Heidegger déclare équivalente au retour éternel du même, en voyant dans le même - l'immuable et l'indicible être (Schelling y aurait parlé d'identique, Hegel - d'absolu et mon soi inconnu ne serait pas très loin), et dans le retour éternel - des cycles incessants du devenir ne manifestant que de l'étant. Moi, je vois dans le même - l'intensité, qui n'a grand-chose ni de l'être marmoréen, ni du fugitif devenir ; elle se veut éternellement la même. L'être de l'étant - son seul bon sens se traduirait par le banal : derrière ce phénomène, quelle est la loi ? Mais ils continueront à vous terroriser, en enchaînant - c'est la néantisation du néant (Nichtung des Nichts) ou l'audace (das Wagnis) ou l'être-là (das Dasein)… | | | | |
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| intelligence | | | L’être (le possible de la pré-conscience) est composé de l’essence (le nécessaire de la conscience intellectuelle) et de l’existence (le libre de la conscience morale). | | | | |
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| intelligence | | | Me pencher sur l’essence, c’est rendre plus profond mon savoir ; me vouer à l’existence, c’est rendre plus haute ma liberté. Mais cette profondeur et cette hauteur ne peuvent pas se passer l’une de l’autre, au risque d’affleurer ou s’écrouler en platitude, ce qui arrive aux purs essentialistes ou aux purs existentialistes. | | | | |
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| intelligence | | | Au sujet de la connaissance (d'un domaine du réel), trois banalités, bien connues depuis 2500 ans : aucune représentation ne peut être parfaite, le même domaine admet au moins autant de représentations qu'il y de sujets, une représentation est (in)validée sous le feu croisé d'expériences sur le réel ou de requêtes de la représentation elle-même. Oublier l'être, c'est oublier le réel, c'est à dire oublier soit l'expérience soit les requêtes. | | | | |
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| intelligence | | | En Intelligence Artificielle, la prise en compte du temps conduit au polymorphisme dynamique – une instance peut changer de nom ou de modèles d’attache – limpide et opératoire. À comparer avec la science de la logique des hégéliens : « Le bourgeon est réfuté par la fleur, dans celle-ci, le fruit voit un faux être de la plante » - « Die Knospe wird von der Blüte widerlegt, die Frucht erklärt, die Blüte sei ein falsches Dasein der Pflanze » - tout, dans cette logique, n’est qu’une souche stérile. | | | | |
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| intelligence | | | On doit définir la philosophie non pas sur un seul registre, mais sur trois : ses commencements – mon soi, universel et narcissique, non soumis à l’Histoire ; ses parcours – mon talent, mon savoir, mes goûts ; ses finalités – ma consolation, mon tribut au langage. Elle doit donc être haute (donc personnelle, noble, stylée) et profonde (donc ouverte, intelligente, exaltée). Aucune place à y accorder aux catégories des rats de bibliothèques - la vérité, l’être, la liberté, la science. La philosophie est un art poétique. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’on se réfère à la réalité, on tourne autour de l’être ; tant qu’on reste au sein des représentations, on fait appel à l’Un, à l’unification ; tant qu’on tient à la vérité, on est plongé dans le langage. On est philosophe, lorsqu’on se rend compte, à quel moment on franchit les frontières entre ces trois sphères de l’intellect. | | | | |
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| intelligence | | | Tout homme intelligent est porté vers la négation, tout en cherchant l'objet de rejet le plus vaste. C'est ainsi que, en partant de tout, on aboutit à la spéculation sur le rien, le zéro, le nul, le néant, l'absence. Une basse mécanique ! Il est plus vivant de procéder par unification, manipuler des arbres avec variables et domaines de valeurs imprévisibles et incalculables, visant une profonde hénologie ou une vaste ontologie. Une optique hautaine ! Voir dans quelqu'un un bel arbre est l'un des plus beaux compliments ! | | | | |
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| intelligence | | | Transcendance ou immanence, dehors ou dedans, être ou étant, nature ou histoire, essence ou existence - aucune métaphore intéressante n'est jamais sortie ni de leur dialectique ni de leur opposition. Ce débat ne put jamais attirer que des rats de bibliothèques. Et comme ce bon vieux Voltaire a, une fois de plus, raison : « L'idée de l'être en général - j'ai soupçonné, qu'il n'était point nécessaire, que nous le sussions »** ! | | | | |
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| intelligence | | | Les charlatans du tournant linguistique (y compris Wittgenstein) et les bavards phénoménologiques (y compris Heidegger) méprisent la représentation, la réduisant à la vulgaire technique. Ils ne comprennent pas, que tout souci de l’être et tout langage sont impensables hors d’une représentation, et que le péquenaud ou le savant y font autant appel, seules la profondeur et la rigueur les distinguent. L’ontologie n’est qu’une partie modeste de la représentation, et le langage n’est qu’une grammaire créée par-dessus une représentation. La vraie porteuse du sens et le vrai garant de l’interprétation est la représentation. Schopenhauer fut plus intelligent. | | | | |
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| intelligence | | | Tant qu’un philosophe possède un style, un tempérament, une noblesse, peu importe s’il puise son inspiration dans la contemplation ou dans l’existence. Ce ne sont d’ailleurs que de misérables étiquettes. | | | | |
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| intelligence | | | Dans le modèle - donc, dans le savoir - tout n'est que relation ; dans la réalité - donc, dans l'être - se trouve ce qui dicte le choix de types et de valeurs des relations. Perception, intellection, conception - le cheminement vers la relation, l'inverse de celui du sens. | | | | |
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| intelligence | | | La géométrie – occulter le temps, l’analyse – occulter l’espace, la topologie – réussir leur cohabitation. Ce tableau comparatif est un parallèle des rapports philosophiques entre l’être et le devenir ; un processus créateur peut prendre l’intensité ontologique. La substantivation des verbes en est un autre parallèle. | | | | |
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| intelligence | | | Le terme d’objet aurait dû être réservé à la représentation (et être exclu de la réalité), où cet objet s’inscrit dans des structures syntaxiques et sémantiques, possède des attributs et propriétés, son cycle de vie étant gouverné par des règles et par son essence. Mais cet objet doit correspondre à un conglomérat d’atomes ou à une image (existante ou pas) dans la réalité humaine (das Dasein), et ce qu’on pourrait nommer chose en soi. Sans cette notion, il serait difficile de rendre compte du fait, qu’aucun objet ne puisse être équivalent (adéquat) à la chose. Mais on ne connaît la chose que représentée en objet. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation est la fonction centrale de l’esprit et de l’âme : la représentation objective de la Création divine par celui-là, et la représentation subjective de notre création humaine par celle-ci. Et la vie est la palpitation devant l’être de la première et l’enthousiasme dans le devenir de la seconde. Quand on assez doué, pour munir ce devenir de l’intensité de l’être, on peut dire avec Nietzsche : « L‘Être – la seule représentation que nous en avons est vivre » - « Das Sein – wir haben keine andere Vorstellung davon als leben ». | | | | |
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| intelligence | | | J’ai une conscience, ce qui témoigne de l’existence de l’esprit ; mes sens me convainquent de l’existence de la matière. Ces deux seules existences sont placées dans l’espace-temps ; elles ne se prouvent pas, elles s’enregistrent. Tout le reste : Dieu, astres, lumière, vitesse, oreille, route, beauté, village, force, vérité, montagne, amour, langue ne peuvent exister ou ne pas exister que dans le modèle correspondant, que mon esprit (re)construit. Ces existences sont soumises aux preuves, mais non pas dans l’absolu, mais dans le cadre des représentations particulières. | | | | |
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| intelligence | | | Les représentations n’arriveront jamais à rendre la totalité de l’être, c’est-à-dire de la réalité ; l’être gardera donc toujours des secrets inaccessibles, irreflétables, inarticulables. Tandis que le devenir, c’est-à-dire la création, peut s’attaquer soit à l’énigme à résoudre soit au mystère à chanter. | | | | |
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| intelligence | | | Seuls les impacts sur nos sens sont immédiats ; il n’existe pas de connaissances immédiates, que l’orgueilleux philosophe accorde à la populace, en s’affublant lui-même de connaissances métaphysiques, transcendantales, ontologiques ; celles-ci sont présentes, et au même degré, chez n’importe quel bouseux, qui les traduit dans une praxis visible, tandis que l’écolâtre les enveloppe d’une poïesis illisible. La bonne philosophie est morte à cause de ces innombrables chaires de philosophie, d’où sortent des zozos, se distançant des moutons illettrés, pour devenir eux-mêmes des robots programmés. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la logorrhée phénoménologique, vide de fond et insipide de forme, sur l’homme, l’être et la vérité, peut être exprimée dans un sobre vocabulaire d’Intelligence Artificielle, faisant part à la réalité, à la représentation et au langage. | | | | |
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| intelligence | | | L’équivalence entre l’être et le penser, si elle existe, s’éploie, simultanément, sur trois niveaux, en fonction du degré de ma conscience et de la présence de ma liberté : mon soi organique (synapses, neurones, charges électriques – l’inertie, la conscience absente, l’algorithme préétabli), mon soi des sens (la conscience câblée, interprétant mes sensations, la réaction), mon soi de l’intellect (la conscience libre, le langage, l’action) – trois équivalences possibles, mais qui ne se ressemblent pas du tout entre elles. | | | | |
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| intelligence | | | Toute philosophie, fondée sur les substances, le bon Dieu, les connaissances, la vérité ou l’Histoire, est nulle. Ce qui renvoie à la poubelle 95 % de la production philosophesque. | | | | |
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| intelligence | | | Dans l’espace, abstrait et figé, s’incruste l’être ; dans le temps, incompréhensible et limité, se déroule le devenir. L’espace nous effraie et le temps nous tue – d’où la recherche de consolations, pour nos actes trop nets et nos rêves trop diaphanes. L’espace réveille notre intelligence et le temps peaufine notre talent – d’où le besoin de couleurs et de mélodies, le souci du langage. Toutes les bonnes raisons de faire de la bonne philosophie sont là. | | | | |
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| intelligence | | | Les classifications catégorielles (reflétant l’être) sont la syntaxe cognitive, les classifications énergétiques (en vue de la puissance, de l’acte, du devenir) en sont la sémantique : poïesis – praxis, le savoir – le vouloir. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce que Fichte, Schelling, Hegel disent de l’esprit, de la liberté, de l’acte, de la volonté, du savoir, de l’absolu, de l’infini, de l’éternel, - tout n’est qu’un épais galimatias, dont la lecture apaisante ne saurait être recommandée que dans les maisons de fous. Entre Leibniz et Marx – aucune étincelle vivante d’une bonne philosophie en Allemagne. | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, les définitions sont assez rigoureuses, pour les libérer de la nécessité d’une négation (omnis determinatio negatio est). Mais le fatras philosophique rend cette négation indispensable. C’est ainsi que la représentation éclaire la réalité, le devenir – l’être, l’essence – l’existence, le mot – le concept ou la chose. | | | | |
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| intelligence | | | Aucune théorie (représentation) ne peut couvrir la totalité d’un domaine de la réalité (de sa matière et de ses esprits, bref – de l’Être) ; toute pensée se formule dans le contexte d’une représentation (explicite ou implicite) ; donc, la pensée ne peut jamais coïncider avec l’Être (Parménide ou Hegel), elle n’en est qu’un microscopique et approximatif reflet. | | | | |
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| intelligence | | | La Volonté schopénhauerienne et la volonté de puissance nietzschéenne n’ont pas grand-chose à voir avec le vouloir, elles se concentrent plutôt dans le valoir : ce que valent (ou sont) les choses (en soi) ou ce que vaut un (sur)homme. | | | | |
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| intelligence | | | Oublier l’Être signifierait qu’il existe un savoir qu’on néglige au profit d’un autre (celui des étants). Mais tout notre savoir découle des représentations ; or, les facettes de l’Être, restant inaccessibles, sont hors toute représentation, c’est-à-dire hors tout savoir, - un cercle vicieux. | | | | |
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| intelligence | | | Le sens du je pense : je spécifie (référence, signale, indique, montre, nomme) mes chemins d’accès aux objets. Le sens du je suis : je suis un objet (ma matière), auquel s’attache un sujet (mon esprit). | | | | |
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| intelligence | | | Exister dans la réalité ou dans la représentation : avoir franchi l’épreuve de l’essence ; celle-ci est spécifiée, pour la réalité - par le Créateur, et pour la représentation – par l’homme-concepteur. L’avènement de l’existence est précédé par la spécification de l’essence. | | | | |
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| intelligence | | | L’être se rapporte à la réalité, l’essence – à la représentation, l’existence – aux deux. En modélisant l’être, dans l’essence, on déclare (la possibilité) des relations abstraites entre objets abstraits (même en absence de tout objet concret) ; dans l’existence (ontique ou ontologique), ces relations s’établissent entre objets concrets. Ces banalités cognitives suffisent, pour rendre toute phénoménologie – inepte. L’essence précède l’existence. | | | | |
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| intelligence | | | La syntaxe abductive se réduit au Où et au Quand, ces demeures de l’Être ; la sémantique abductive consiste en Comment et en Pourquoi, ces outils du Devenir. Le savoir et le style. | | | | |
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| intelligence | | | Parmi les liens sémantiques, les plus vagues et protéiformes, plutôt pragmatiques que sémantiques, sont la causalité et la composition ; pourtant, ce sont ces vétilles que choisit Spinoza, pour définir l’essence de la Substance - ridicule ! Et Kant, en voyant dans la causalité une relation a priori, n’est guère plus brillant. | | | | |
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| intelligence | | | Toute la philosophie, visant le savoir, l’être, la vérité, la liberté, est finie, morte et doit être ensevelie, avec plus de ricanements que de contritions. Et vive la jeunesse de l’Intelligence Artificielle, qui, sur ces sujets, toujours à l’état vierge, formulera des avis autrement plus profonds, élégants et opératoires. Comme le roman se substitua aux commérages oraux. L’IA partagera avec la philosophie la réflexion sur le langage et ne laissera aux philosophes que l’exclusivité de la recherche de consolations, à cause de nos rêves agonisants. | | | | |
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| intelligence | | | Encenser une image, abattre une statue – bons exercices artisanaux d’entraînement, mais mauvais en tant que l’essence d’un art. | | | | |
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| intelligence | | | Tout objet (l’Univers, l’esprit, la boîte d’allumettes, le roi Dagobert) a un double contenu : l’objet en soi (avec ses zones d’ombres ou de mystères) et son modèle théorique courant, qu’on appellera Être, l’image du Parfait. Le temps, en permanence, modifie les deux : objectivement – le premier (tant qu’il ne soit pas annihilé), subjectivement – le second (qu’on appellera Devenir). L’Être est donc aussi éphémère, et même inexistant, que le présent, le maintenant, ce moment-ci. | | | | |
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| intelligence | | | Rien de mystérieux dans ces notions des rats de bibliothèques – l’Être ou le Néant (« Les notions de Néant et d'Être, c'est infiniment plus précis que la notion de Leben » - Merleau-Ponty) ; la vie, elle, est un mystère, qu'aucune précision ne profane. Dans la vie, palpite et crée l'homme, avec ses passions et ses langages. Le néant et l'être, ce sont des baudruches, des fourre-tout, où les bavards mettent pèle-mêle tout ce qui échappe à la maîtrise courante, et qu'il ne faut pas oublier et dont il faut se soucier. Mais il faut reconnaître un talent littéraire aux deux tenants les plus conséquents de ces charabias – Heidegger et Sartre. | | | | |
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| intelligence | | | La conscience est formée par ce que tu peux émettre et par ce que tu peux percevoir. Leur intersection n’est pas vide, mais leur différence symétrique en constitue l’essentiel. Chez les sots domine la perception, et chez les sages – l’émission. | | | | |
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| intelligence | | | Peu importe la différence entre le corps et la pensée des autres ; mais te penser est la pré-condition première de la conscience de ton soi, de ton fichu être donc. | | | | |
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| intelligence | | | La notion de néant n'a d'intérêt que lorsqu'une requête infructueuse d'existence peut, sous d'autres conditions, aboutir à l'existence d'objets. Et ces nouvelles conditions de néantisation peuvent être dues à : un autre instant dans le temps, une adaptation du modèle (face à la réalité), une modification du langage (face au modèle). Le Néant général, qui ne serait pas lié à une requête donnée, est un concept creux et vide - l'idée même de néant est un néant d'idées. | | | | |
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| intelligence | | | Nietzsche est le premier philosophe à comprendre, que la philosophie des questions nouvelles est révolue. Dans ce qui présente un intérêt pour la philosophie, tout a été interrogé. La philosophie moderne ne peut être faite que de réponses (aux questions non posées), c’est-à-dire de maximes, auxquelles tout lecteur construirait un arbre de questions, s’unifiant avec la réponse. Après Nietzsche, toutes les nouveautés interrogatives sur l’être, le savoir, la vérité, la liberté ne sont que du bavardage. | | | | |
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| intelligence | | | Le galimatias de Hegel reprend celui de Parménide ou de Plotin. La proximité, phonétique et lexicale, entre l’Un et l’Être, en grec, ou entre Sein et Eins, en allemand, est la seule source évidente de leurs logorrhées. Ils ont, tous, profané les notions platoniciennes de Bien et d’Idée, ouvertes aux interprétations innombrables. | | | | |
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| intelligence | | | L’existence de constantes universelles est un mystère inconcevable, qui ne peut être dû qu’à un arbitraire divin ; toute explication reviendrait à un jeu de dés sous-jacent, quoi qu’en pense Einstein. « La complexité de l’Espace suggère l’illusion d’un libre arbitre d’un Être conscient » - Tsiolkovsky - « Сложность Космоса граничит с иллюзией свободной воли сознательных существ ». | | | | |
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| intelligence | | | La cécité et la misère de la philosophie académique se révèlent dans ces deux exemples : elle ne voit de mystère ni dans la matière ni dans l’esprit ; elle n’entoure de mystères que ce qui est banal, trivial, plat – le non-être, le néant, le rien, l’ensemble vide (le seul apport philosophique au thème d’existence aurait dû être l’objet et la thérapeutique de la consolation). Et, comble d’imposture, cette philosophie le fait dans le culte d’un savoir, qu’elle ne possède jamais (comme le vouloir et le pouvoir – non plus). Arythmie des mots, anémie des concepts. | | | | |
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| intelligence | | | Le discours philosophique, pratiqué par deux clans opposés, peut soit viser une objectivité soit partir d’une subjectivité. Le premier clan, avec le plus grand sérieux, déverse du galimatias autour du savoir, de l’être, de la rigueur, galimatias rarement tempéré par un style. Le second, clairsemé et plutôt ironique, s’inspire de la solitude, de la souffrance, de la créativité langagière d’un homme. La quantité, évidemment, est du côté du premier clan, mais l’intelligence est un avatar, qualitatif et presque exclusif, du second. | | | | |
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| intelligence | | | Il est facile de définir ce qu’est exister dans une représentation (ou langage), où le temps peut être occulté. Mais l’existence dans la réalité, avec sa dimension temporelle, est indéfinissable ; le mystère du temps, ce néant, dans lequel s’engouffre l’instant courant, reste entier. | | | | |
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| intelligence | | | Être, c’est s’exprimer universellement ; exister, c’est agir particulièrement. « Exister, c’est être distinct » - J.Benda. | | | | |
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| intelligence | | | L’objet (dont le sujet est un cas particulier) et la relation (unaire, binaire etc.) entre objets, avec leurs attributs et propriétés, sont les seuls concepts d’une représentation, cet unique support de tout savoir, et tous les deux sont impensables sans liens avec d’autres objets et relations. Donc, le fantomatique savoir absolu, opposé au savoir relatif, et avec son impossible indépendance, est impossible. L’Être, étant indéfinissable dans la réalité (où règne la chose en soi), ne peut loger, provisoirement, que dans la représentation, où il sera toujours relatif. | | | | |
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| intelligence | | | Aussi merveilleux qu’ils soient, ni nos sens ni notre raison n’arriveront jamais à atteindre la profondeur mystérieuse de l’essence du monde. D’où, peut-être, par dépit, l’attirance qu’exerce sur nous la hauteur de notre propre soi inconnu. | | | | |
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| intelligence | | | N’est parfait que le réel divin, c’est-à-dire l’être ; aucune création humaine, c’est-à-dire un devenir, ne peut l’atteindre. « La perfection ne peut pas provenir d’un devenir » - Nietzsche - « Das Vollkommene soll nicht geworden sein ». | | | | |
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| intelligence | | | Deux verbes parasites – être et exister – excitent la curiosité stérile des apprentis-philosophes et leur font formuler des requêtes absurdes des objets fantomatiques. Je me suis suffisamment expliqué sur être, prenons exister. En oubliant la polysémie et l’usage métaphorique, en oubliant la réalité et le langage comme domaines d’existence à part la représentation, que signifie dans celle-ci la phrase blanc existe ? Wittgenstein se serait lancé dans ses innombrables Sprachspiele (jeux de langage), qui n’apporteraient rien de constructif. L'objet blanc est - 1. une classe (blancheur), dont des sous-classes seraient blanc foncé, blanc clair etc. 2. un élément de la classe couleur, 3. une valeur de l’attribut couleur, 4. un attribut, dont des valeurs seraient blanc foncé, blanc clair etc. | | | | |
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| intelligence | | | L’ennui m’étouffe dans les miasmes pseudo-philosophiques, lourds et monotones, autour de la vérité, du savoir, des substances ; une saine respiration philosophique n’est possible que dans un langage poétique enveloppant des rêves impossibles. | | | | |
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| intelligence | | | La continuité de ton essence se maintient par la mémoire – pour ton esprit, par le goût – pour ton âme, par la honte – pour ton cœur. Le plus fragile – ou mobile -, c’est l’esprit. | | | | |
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| intelligence | | | Ton essence, c’est-à-dire le fond ou la source de tes pensées et de tes sentiments, restera à jamais indéfinissable. Les ténèbres conviennent mieux à rendre son état que la lumière. Les médiocres se souhaitent la plénitude et la clarté ; le créateur cherche un vide au royaume des sons, des images ou des idées, pour le remplir par la nouveauté de sa propre musique. Musique qui n’est jamais claire, de même que l’amour ou l’inspiration. | | | | |
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| intelligence | | | L’éternel retour nietzschéen, ce sont les retrouvailles avec le même rêve. Rêve fuyant, donc il s’y agit bien d’une consolation. Ce n’est pas à la réalité (l’être figé) que s’applique sa volonté de puissance, mais à la représentation (le devenir créateur), d’où son souci permanent du langage. Depuis Héraclite, Nietzsche est le dernier vrai philosophe. | | | | |
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| intelligence | | | La représentation, dépourvue de la dimension temporelle, est ce que les professeurs appellent l’Être. « La position d’un pur présent, sans attache, même tangentiel, avec le temps est la merveille de la représentation » - Levinas - c’en est plutôt la lacune. L’introduction du temps fait de la représentation la demeure du Devenir ; l’Être serait l’état de cette représentation mouvante à un moment fixe. | | | | |
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| intelligence | | | On croit voir l’espace, puisque la mémoire retient surtout les objets (et beaucoup moins les relations entre les objets) ; mais avec chaque seconde successive, l’objet perçu n’est plus le même. Il serait donc plus juste de dire que nous voyons le temps ! | | | | |
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| intelligence | | | L’immanence et la transcendance : la vie et le monde relèvent de la première, la profonde ; l’être – de la seconde, la haute. Mais elles se trouvent sur un même axe, inépuisable, vertical, de la création divine ; elles y sont même inséparables. | | | | |
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| intelligence | | | Ce spectre philosophique, à peine audible, l’Être, se prête bien aux chants du rêve ; il est cacophonique ou grinçant dans les incantations de la raison. « L’être est une merveille ; ni rêve est-il ni veille » - Boratynsky - « Бытие - ни сон оно, ни бденье ». | | | | |
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| intelligence | | | La nature : les sciences appliquées s’occupent de ses problèmes ; la philosophie devrait ne s’intéresser qu’à ses mystères. Dans les sciences, la mathématique sert de fondement ontologique explicite, et en philosophie – implicite. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence n’est pas dans l’arbitraire des compositions et décompositions (Bergson), elle est dans la décomposition de l’Un et dans la composition du Multiple. | | | | |
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| intelligence | | | Dans ta vie il y a deux activités principales (et peut-être même uniques) – la représentation-conception et l’interprétation-création. Cette dichotomie est la seule à rendre le terme d’être utilisable, puisque son contraire, le devenir, te renvoie à la création. L’être est dans la conception, et le devenir – dans la création. | | | | |
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| intelligence | | | Le rien existe en tant qu’un ensemble vide ; le quelque chose existe en tant qu’une variable de la formule logique, à laquelle se réduit tout discours. L’existence logico-mathématique ou l’existence logico-langagière. Démocrite le pressentait. | | | | |
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| intelligence | | | Jamais personne ne confondit la chose perçue avec la chose en soi ; la seule remarque à retenir de l’image de la Caverne platonicienne est que l’homme-maître (et non pas un prisonnier) peut intensifier ou rediriger la flamme, projetant des ombres de plus en plus congruentes avec la chose en soi inaccessible. | | | | |
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| intelligence | | | Toutes les idées, aussi bien mesquines que sublimes, ont besoin de points d’attache verbaux, au sens vague ou protéiforme, que l’auteur fixerait en les attachant à ses représentations. C’est l’une des justifications de l’appel à ces avortons de notions comme être-exister-substance, métaphysique-transcendance-immanence, savoir-soi-conscience etc., une autre justification étant leur usage métaphorique et non pseudo-théorique. | | | | |
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| intelligence | | | De plus en plus je crois, que l'abus ontologique du verbe ou du nom d'être (avec leurs translations hypothétiques : vouloir, devoir, pouvoir) est dû au peu de talent dans la projection de verbes plus riches sur des noms manquant de dimensions et démunis de liens. | | | | |
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| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
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| intelligence | | | La réflexion philosophique peut être atemporelle ou atopique, se focaliser sur l’être ou donner un sens au devenir, chercher l’universel ou exprimer le particulier, partir de la pensée ou tendre vers le rêve. La première attitude nous fait pencher sur l’immobile, sur l’abstraction, sur le langage ; la seconde – sur les commencements, sur l’énigme du passé et du présent, sur l’extinction de nos élans, sur la tragédie et la consolation. | | | | |
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| intelligence | | | Par définition, la philosophie ne devrait aborder que des thèmes sur lesquels le consensus est impensable, ce qui aurait dû interdire toute objectivité et ne favoriser qu’un regard personnel, qui ne vaudrait que par sa hauteur, son goût, ses contraintes et son tempérament. La sagesse, le savoir, l’être sont de ces thèmes vagues, mais sur lesquels se déverse la logorrhée professoresque, à la recherche de l’universalité. | | | | |
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| intelligence | | | Le taux (très élevé !) de bavards est le même dans les deux catégories principales de philosophes : ceux qui s’occupent de fantômes divins ou ceux qui se contentent de banalités humaines. Chez les premiers on discourt sur le Vrai (sans maîtriser la logique), sur le Bien (en supposant une impossible causalité entre l’appel divin du cœur et l’imperfection des actes humains), sur le Beau (sans être artistes-nés eux-mêmes). Chez les seconds on s’égosille sur la Liberté (une vague notion allant du geste arbitraire, dont est capable tout être vivant, à l’indépendance d’un créateur), sur l’Être (un fantôme linguistique humain), sur la Connaissance (sans voir les rapports profonds entre la réalité et la représentation). | | | | |
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| intelligence | | | Dans un système de représentation des connaissances, à visées philosophiques, la notion d’ensemble et de ses éléments est une projection du concept correspondant mathématique, et cette notion y est centrale. L’ensemble porte l’essence, les éléments s’individualisent par leur existence. Les propriétés non-contradictoires de l’ensemble constituent son essence ; dans l’élément, ces propriétés prennent des valeurs légales qui résument son existence. C’est un abus de langage que de parler d’essence de l’élément ou d’existence de l’ensemble. L’essence est figée, l’existence est évolutive. | | | | |
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| intelligence | | | Deux sortes de concepts sont manipulées par les créateurs : l’immobile (l’Être) et le mobile (le Devenir), ce qui trace une vague frontière entre deux clans – les platoniciens (Heidegger) ou les héraclitéens (Nietzsche), la géométrie ou la musique. « La mathématique assiste l’âme dans sa conversion du Devenir vers l’authentique Être » - Platon. Les plus belles idées s’exprimant mieux par le Devenir (le style), Héraclite se réconcilie avec Platon. | | | | |
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| intelligence | | | Un signe certain du manque de sensibilité et de nobles contraintes est la proclamation : je veux tout savoir, tout aimer, m’intéresser à tout. En philosophie, ce tout mirobolant s’appelle être, l’état fixe d’une matière ou d’une conscience (res extensa ou res cogitans). Pour mieux le situer, on en cherchera un contraire matériel ou un contraire spirituel ; le premier sera soit temporel (le temps, synonyme du devenir, d’Heidegger) soit spatial (le néant, synonyme d'absence, de Sartre) ; le second guide les critiques de Kant, les dons divins qui animent la matière pensante – les sens du Bien, du Beau, du Vrai. | | | | |
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| intelligence | | | L’intelligence, aussi bien scientifique que poétique, s’attarde sur les espèces plus que sur les genres, sur les ensembles plus que sur les éléments. C’est pourquoi les empiristes, utilitaristes, pragmatistes, existentialistes sont irrévocablement bêtes. L’existence, rationnelle et vitale, découle de l’essence ; l’inexistant rêvé est affaire de la poésie (qui se doit d’être un peu bête) ou de la solitude (qui fuit la raison grégaire). | | | | |
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| intelligence | | | En mathématique, contrairement aux autres sciences, on ne modélise pas les choses en soi, en créant des objets d’étude ; ceux-ci y sont identiques à celles-là. La mathématique est une rationalité objective, mais il se trouve que les rationalités subjectives, aussi bien dans la matière que dans les esprits, s’y plient, ce qui fait de la mathématique une véritable ontologie de l’Univers. C’est dans l’irrationnel – l’art ou l’émotion, l’âme ou le cœur – que l’homme se dégage de la nécessité et proclame sa liberté. | | | | |
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| intelligence | | | La réalité spatio-temporelle ne contient que la matière et les esprits ; le temps traversant l’espace constitue la seule réalité, et ce passage s’appelle le Devenir, ou l’existence. L’Être, ou l’essence, est irréel ; il est l’œuvre des esprits. L’essence est toujours artificielle et abstraite, mais elle est la cause suffisante des phénomènes de l’existence et sert à comprendre ou à justifier celle-ci, qui est réelle et concrète. Au sommet de l’existence se dresse la liberté humaine : à celui de l’essence se devine la nécessité divine. | | | | |
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| chœur ironie | | | BIEN : L'ironie est l'optimisme actif du méchant et le pessimisme passif de l'homme de bien. L'ironie est un flagrant déséquilibre entre faire et être. Dans le faire on est aveugle, dans l'être on est sourd. L'ironiste est aussi prompt de rougir de ses tentatives cafouilleuses de générosité que de ses inattaquables raisons cyniques pour rester immobile. | | | | |
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| ironie | | | Ce sont bien des attributs du néant - mystère, hauteur, résignation - qui remplissent le mieux mon vide exigeant. | | | | |
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| ironie | | | Comme tout ce qui est chimérique, il faut te présenter en trois modes : par-devant, par-derrière et au milieu (l'Un, l'Être et la Volonté des Anciens). Mais contrairement à la vraie Chimère, il faut être serpent par-devant, chèvre par-derrière et lion au milieu. Sage et sifflant, en approche ; défait et bêlant, une fois éloigné ; emballé et rugissant, dans l'immobilité effrénée de soi-même. | | | | |
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| ironie | | | Quand les chemins de la vie seront aplanis, le moindre grain de sable sera vécu comme un écueil. En attendant, fais provision de pierres de Sisyphe. Apprécie ton désensorcellement des panneaux de circulation, ton ironie impraticable, tes gestes en cul-de-sac, ton existence arrêtée sur une piètre route sous couvert de panne de ton essence. | | | | |
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| ironie | | | Il est honteux de ne pas savoir ancrer ou héberger mon rêve à l'abri de l'espace et du temps, et de le plonger dans les où et les quand. Il faut flanquer mon rêve crépusculaire des pourquoi nobles et des comment artistiques, mais lui laisser la mauvaise conscience de sans-abri et ne pas le priver d'insomnie. | | | | |
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| ironie | | | Tout dénouement se terminant dans le néant (Nietzsche), il faudrait éviter toute continuité des nœuds et se réfugier, discrètement, dans le pointillé de l'être. | | | | |
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| ironie | | | C'est bien rendre le fond de l'existence que de proclamer : Vivons heureux en attendant la mort ! (P.Desproges) - ou, même mieux, car tourné vers le passé : par-dessus les tombeaux, en avant ! Un sacerdoce, une fortune ou une écriture n'agissent que sur la forme. | | | | |
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| ironie | | | Cheminement des grands, vu à travers l'alphabet : ω - φ - Socrate, α - ω - le Christ, ψ - α - Freud. Il n'y en a qu'Un, qui a l'air de connaître l'Aleph et sa place. | | | | |
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| ironie | | | L'existant s'enfonce irréparablement dans un silence ou un vacarme, mais l'inexistant se prête trop facilement à être mis en musique. Se servir de mélodies, pour animer des silences ou échapper au vacarme. | | | | |
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| ironie | | | Je découvre ma caverne - je touche à la profondeur ; j'en fais des ruines - je deviens accessible à la hauteur. « Ton essence vraie n'est pas cachée au fond de toi, elle est placée infiniment au-dessus de toi »**** - Nietzsche - « Dein wahres Wesen liegt nicht tief verborgen in dir, sondern unermesslich hoch über dir ». | | | | |
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| ironie | | | Tout ce qui monte, en continu (une prière, un appel, une révolte), est voué à la chute dans le néant, sans illumination aucune. Pour atteindre une hauteur honorable, mon élan doit se tourner vers l'intérieur et projeter au ciel mes ombres discrètes. | | | | |
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| ironie | | | L'abus de négation : « Je pense, donc je n'existe pas » est concevable, quoique « Je ne pense pas, donc j'existe » soit plus que douteux. | | | | |
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| ironie | | | Le fragment a une chance de rendre l'être entier, la dissertation n'en a aucune. Il n'existe pas de passages continus entre la marche et la danse, la parole et le chant, entre la prose et la poésie. | | | | |
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| ironie | | | Quand on évalue l'ennui de ne trouver autour de soi que ce qui existe, ou, pire, l'horreur d'être cerné uniquement par ce qui cogite, on reconnaît à Descartes l'immense mérite d'un dualisme vivifiant, se moquant et de la logique et de l'Histoire. Avec lui, enfin, on peut penser l'inexistant et exister sans penser. Et en bon mathématicien, contrairement à Nicolas de Cuse ou à Spinoza, il n'abandonne pas l'homme aux seuls réalité ou langage, mais le force à passer par la représentation. | | | | |
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| ironie | | | On est tellement habitué à conspuer le paraître, qu'on oublie, que c'est pourtant le seul moyen de faire entrevoir l'être, le créatif non le reproductif. L'authenticité traduit l'espèce, l'apparence exprime le genre. « Pour vouloir paraître, il te faut un sacré être » - Beethoven - « Man muß was sein, wenn man was scheinen will ». Ce qu'on est ne se livre ni à l'apparence ni à la bona fide, donc « il faudrait être tel que l'on paraît » - Shakespeare - « Men should be what they seem ». | | | | |
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| ironie | | | C'est en fuyant la sensation d'assiégé - « environné de néant » (Sartre) ou « cerné par l'être » - Heidegger - « besessen vom Sein » - que je me trouve au milieu de mes ruines, obsidionales de l'intérieur. | | | | |
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| ironie | | | La solution de l'être est dans un projet, son problème - dans un objet, son mystère - dans un sujet : du plus facile au plus ardu. Mais on ne trouve le meilleur que s'étant perdu : « se vouer au mystère, c'est se mettre sur le chemin de l'errance » - Heidegger - « die Entschlossenheit zum Geheimnis ist unterwegs in die Irre », ou ayant renoncé aux objets : « ce mysticisme sans objet, qui est en moi » - Valéry - il voulait dire est le moi. | | | | |
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| ironie | | | L'avantage de tenir aux points zéro : on tendra vers l'infini par une simple inversion de son néant originel, tandis que les intermédiaires, les médiats, les nains sur les épaules des géants s'efforcent à convertir le fini en infini. | | | | |
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| ironie | | | C'est par la faculté de s'inventer qu'on prouve le mieux l'existence d'un soi-même … intéressant. « Vivre, ce n'est pas se trouver ; vivre, c'est s'inventer » - Shaw - « Life isn't about finding yourself. Life is about creating yourself ». | | | | |
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| ironie | | | Seuls les poètes et les … logiciens voient dans l'inexistence d'objets ou de faits une grande et belle source de leurs (é)preuves. Les autres se contentent de l'inexistence divine. | | | | |
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| ironie | | | On est un Ouvert, lorsque son intérieur coïncide avec son soi - encore de l'ontologie mathématique. | | | | |
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| ironie | | | Une seule de ces sentences est pondue par un écolâtre de philosophie : « la logique est le monde de l'être-là », « l'être-là est la logique du monde », « le monde est l'être-là de la logique » - si tu arrives à défendre toutes les trois, comme l'auteur, ou, comme moi, - à t'en moquer, tu te débarrasses de toute timidité, face à la terreur des logorrhéisants. Si tu trouves cet exercice amusant, voici, en prime, un autre : « L'essence de l'être-là se loge dans l'existence » - « Das Wesen des Daseins liegt in seiner Existenz », en y substituant, de plus, à se loge : se tient debout, à quatre pattes ou assis (en catégorie supérieure d'ahuris, on substituera, ensuite, l'être à l'existence, pour continuer à s'ek-stasier). | | | | |
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| ironie | | | L'infini renaît en absence du fini, et devient un pur être - qu'en dites-vous ? - du charabia ? - oui, vous avez raison. Et que penser de son reflet spéculaire pascalien : « Le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant » ? | | | | |
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| ironie | | | Il faut avoir des dons de Kant ou Heidegger, pour briller par son essentialisme ; tandis que même sans talent aucun on se fait remarquer par son existentialisme. La conclusion : défier les moyens essentialistes, se méfier des buts existentialistes - en se fiant aux contraintes, ayant du mordant ironique. | | | | |
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| ironie | | | Le fond de l'homme est tapi de mathématique : je ne peux expliquer la manie de collectionneurs que par la notion d'ensemble qui, câblée, les travaille de l'intérieur ; de même, chez ceux qui préfèrent l'opération aux opérandes, je devine souvent un corps, un groupe ou un anneau tout algébriques. | | | | |
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| ironie | | | Ce n'est pas le caractère passager des choses qui justifie l'ironie de leur approche, mais l'absence absolue de miroirs, dans nos palettes, et la contingence de nos pinceaux. Et Sartre : « Dans l'ironie, l'homme crée un objet, qui n'a d'autre être que son néant » - ne veut pas y voir un modèle parmi d'autres, qui ne sont néant que face à l'existence. | | | | |
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| ironie | | | Un seul des verbes - être, vivre, écrire - peut s'allier à la sagesse : on est plus souvent faible que sage, on vit au hasard de l'insignifiance, seul l'écrit peut parfois damer le pion au hasard et à la faiblesse, et encore… | | | | |
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| ironie | | | Les plus pures des abstractions antiques se trouvaient à l'aise en compagnie des ivrognes, hétaïres ou pâtres ; de quelles ivresses, de quelles voluptés peut se réclamer ce sage moderne, dont les seules quêtes sont : l'Être, l'Un et l'Ego (si enivrants et banals pour un Athénien et si sobres et ampoulés pour un Parisien), sont-ils transcendants ou transcendantaux, immanents ou réels ? - des robots enrayés, des programmes, qui bouclent dans un vide stérile des circuits sans vie. | | | | |
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| ironie | | | Les sons et les couleurs entrent dans ma conscience, sans que le moi le réclame ou y intervienne ; c'est le moi qui doit y être (en)traîné, et son apparition, comme à l'intérieur de la conscience, marque le début du Je réflexif. | | | | |
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| ironie | | | Chose, objet, substance, essence, existence, étant, être, l'Un, Dieu - quand je réussis à les traiter, tous, comme des objets, je peux proclamer la mort de Dieu comme l'aboutissement de l'éternel retour du Même, étalé en mille facettes : « Dans l'infini - l'éternel retour du même ; au ciel, le multiple devient l'Un, le système » - Goethe - « Wenn im Unendlichen dasselbe sich wiederholend ewig fließt, das tausendfältige Gewölbe sich kräftig ineinander schließt ». Semper alternum des commencements extérieurs n'est possible que grâce à semper idem des naissances intérieures. | | | | |
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| ironie | | | Le voyage à partir du rien vers l'être, en s'arrêtant sur les étapes de l'étant, s'appelle le devenir. Telle est l'abyssale philosophie de Parménide, Hegel, Sartre, Heidegger. Certains s'apercevront, à la fin, que l'être n'est rien d'autre que le rien du départ ; d'autres, encore plus perspicaces et courageux, appelleront cette bourde gênante - éternel retour du même, se détourneront de toute négation, pour prôner l'acquiescement universel. | | | | |
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| ironie | | | Je pense, donc je puis, donc je suis, donc je fuis - le parcours du capitulard. | | | | |
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| ironie | | | L'oubli de l'être est une paraphrase de la mort de Dieu, et pour ces deux carences, les remèdes respectifs, le souci et l'intensité, sont des synonymes. Curieusement, même leur demeure serait la même - le langage ! Mais tous les deux ne sont peut-être que l'incapacité d'y lire un retour éternel du Même. | | | | |
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| ironie | | | La capacité de s'étendre, que les sages associent à la profondeur de l'esprit, convient beaucoup mieux à la vaste platitude. Et si la hauteur s'éprouvait par un rétrécissement extrême, on l'apparenterait au néant. | | | | |
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| ironie | | | Je veux chanter, en poète, l'esprit ou l'amour, la vie ou l'âme, et voilà qu'un zoïle bienveillant devine, que ce ne sont que des représentations de l'être (ou, pour paraître plus savant - de l'ousia), - me voilà proclamé métaphysicien, et mon chant promu ratiocination. | | | | |
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| ironie | | | Toute mise en place d'une représentation doit respecter la rigueur et la cohérence d'un méta-paradigme apriorique, contenant certaines notions de base, telles que : graphe orienté acyclique de concepts, réseau sémantique, scénario, sujet, essence, événement, et que tout informaticien moderne maîtrise sans peine. Mais quand les pédants ou les bavards, Aristote et Kant y compris, tâtonnent autour de ce sujet, cela donne un verbiage amphigourique, appelé métaphysique. Le cogniticien s'appuie sur une grammaire, et le métaphysicien – sur des vœux pieux. | | | | |
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| ironie | | | Créer sa fortune, la gérer, s'ennuyer et s'intéresser à l'histoire de l'art, perdre sa fortune - de ces quatre modes d'existence, il n'en reste qu'un seul, où l'intérêt pour l'art ne compromet la fortune plus que le zèle commercial ou l'effort artisanal. « La misère, couveuse de tout art » - Apulée - « Paupertas omnium artium repertrix ». | | | | |
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| ironie | | | S'absenter de ce qui est - le privilège de l'ironiste ; s'y incruster - l'insolence du sceptique ; s'y faire invisible - l'astuce du cynique. Brûler de ce qui n'est plus ou ce qui ne sera jamais, en savoir remplir le vide. | | | | |
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| ironie | | | Trois sujets, trois sources inépuisables d'ennui et de niaiserie - la vérité, la liberté, l'être. Mais si je peux opposer à la vérité et à la liberté leurs contraires plus aguichants, le rêve et la contrainte, les innombrables antonymes de l'être - le devenir, l'avoir, le paraître, le néant, la contingence - irradient la même grisaille. Et le superlatif n'y est pas plus brillant que le négatif ou le comparatif : « L'Être est ce qu'il y a de plus vide, de plus général, de plus net, de plus usité, de plus sûr, de plus oublié, de plus exprimé » - Heidegger - « Das Sein ist das Leerste, das Allgemeinste, das Verständlichste, das Gerbräuchste, das Verläßlichste, das Vergessenste, das Gesagteste ». | | | | |
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| ironie | | | Un Valaque, lecteur béat de Vies de Saintes, admirateur attendri de la profondeur et du néant de la duchesse de Chaulnes, résume ses abscondités par la phrase sirupeuse de la marquise du Deffand : Rien de plus insensé que de demander à une prière d’avoir de l’élégance. N’empêche qu’il fut le meilleur styliste français du XX-me siècle. | | | | |
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| ironie | | | Qui, aujourd'hui, est philosophe universitaire ? - c'est celui qui, sans vergogne, alignera des centaines de pages charabiques, partant de Le non-être (néant, rien, ensemble vide, inexistant) n'est pas ou de Penser, c'est penser à quelque chose (à Dieu, au bonheur, à la liberté), et développant ces avortons par ce qui aurait pu les précéder ou s'en ensuivre. On tire, au hasard ou en suivant la routine séculaire, des mots dans un sac, avec une douzaine de verbes et une douzaine de substantifs. Dans la logorrhée ainsi produite, toute négation s'accole et s'insère sans aucune résistance ; l'interchangeabilité verbale et conceptuelle y est un jeu d'enfant. | | | | |
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| ironie | | | Mon âme s'émeut, donc mon esprit devient - c'est ainsi que Pascal et Nietzsche répliqueraient au cogito, et où les verbes seraient aussi diserts que les noms, les pronoms et les conjonctions, plus éloquents que penser et être. | | | | |
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| ironie | | | L'attitude de l'expert, du poète, du philosophe, face à la condition humaine peut être comparée à leurs visions respectives d'une position échiquéenne : le premier y verrait des intentions, des intensités, des points de rupture, le deuxième y chercherait des sacrifices à faire, pour terrasser un rival royal, le troisième discourrait sur la contingence de la répartition de cases blanches et noires, sur l'altérité des pions et des dames, sur la précédence de l'existence de l'espace des fous sur l'essence du temps imparti aux cavaliers. | | | | |
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| ironie | | | Pour faire parler l'être, suffit l'intelligence ; pour faire chanter le devenir, il faut du talent. | | | | |
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| ironie | | | Avoir, c'est avaler ; être, c'est mâcher ; rêver, c'est savourer son propre goût et créer ses propres soifs. | | | | |
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| ironie | | | Quand on m'apprend, que la conscience a pour structure constitutive – la transcendance (Sartre), je me dis, qu'au même titre le miaulement (facticité) est comportement processif durant la rossée du chat (l'acte de néantisation). | | | | |
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| ironie | | | Comment rencontre-t-on le mystère ? - je lui tombe dessus, ou j'en suis saisi, ou il se révèle à moi – toute recherche, en revanche, y est stérile ou risible. Si je ne fais que le chercher, voilà ce que risquent d'être mes trouvailles : « L'hominité de l'homme, le fait de la quiddité humaine, est une ipséité, et partant – un mystère » - Jankelevitch – c'est tout comme : « la limacité de la limace, l'effet de l'essence limacique, est une accidentalité, et, à l'arrivée, - une blague ». | | | | |
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| ironie | | | Les lumières se ressemblent ; les ombres, leur intensité et leurs danses, donnent leur propre mesure. On crée dans l'ombre d'un acquiescement, toujours recommencé, mais éternel ; la lumière du changement éclaire la routine d'un pas intermédiaire. Le devenir invariant et digne, l'être affairé et contingent. « Plus ça change, plus c'est la même chose » - A.Karr. | | | | |
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| ironie | | | Enfin, je viens de trouver l'exemple insurpassable d'un creux pseudo-philosophique monumental. Ce qui le rend particulièrement savoureux, c'est qu'il est pondu par le grand Aristote : « L'être et l'un sont, en vérité, plus substances que le principe, les éléments et la cause ». Sept termes que vous pouvez inter-changer impunément dans n'importe quel ordre, sans aucun outrage au sens primordial, brillant par son absence. Et, pour pimenter cet exercice, se rappeler, que pour ce penseur toute cause est un principe, tout principe est une vérité et tout être est une substance. Une forêt de quantificateurs fantomatiques, sans aucun arbre, aucune chose. | | | | |
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| ironie | | | Même les cartésiens trahissent leur maître : ils ne disent plus 'je = je suis', mais 'je = j'ai'. | | | | |
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| ironie | | | Au lieu de patauger dans l'essence de la profondeur (das Wesen des Grundes - Heidegger), dont la plate existence me barbe, je plane dans l'inexistence de la hauteur, son universalité me suffit. | | | | |
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| ironie | | | Plus léger est un thème de philosophie académique, plus lourd est son traitement. Mais parfois l'inverse est encore plus flagrant : face à la lourdeur de l'être philosophique, j'en comprends l'insoutenable légèreté. | | | | |
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| ironie | | | Les thèmes abordés sont les mêmes chez tous les philosophes. Ce qui distingue ceux-ci, c'est la répartition de ces thèmes par type d'approche ; il y a trois approches possibles : le sérieux, l'ironie et l'exercice de talent littéraire. Le sérieux ne méritent que la souffrance et le langage ; l'ironie doit dominer, pour aborder la sagesse, le savoir, la vérité, l'être ; enfin, pour manifester nos goûts dogmatiques ou nos dons sophistiques, nous chanterons la poésie, la liberté, la fraternité, la grandeur. Le sérieux doit être vaste, l'ironie – profonde, le milieux des exercices doit se situer en hauteur. | | | | |
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| ironie | | | Depuis Socrate, les Sages ne réfléchissaient plus que sur la dignité de rester dans le Bien et dans le Vrai, en maniant les fèves, syllogismes ou furoncles. Pourtant, les enjeux philosophiques majeurs furent formulés par les présocratiques, Héraclite et Parménide : la poésie laconique et bariolée ou la morne logorrhée sur l'être, la vérité, le savoir. | | | | |
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| ironie | | | Une bien comique opposition spéculaire entre l’insouciance du devenir (sorgloses 'ich werde') hégélien et le souci de l'être heideggérien. L'innocence du devenir nietzschéen, ayant atteint l'intensité de l'être, serait leur unification. | | | | |
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| ironie | | | Si je devais choisir, comme tout le monde, un contraire ou un complément à l'être (comme devenir, temps, avoir, néant, destin, événement, étant), je prendrais la représentation, qui, pour l’œil, semble recouvrir l'ensemble de l'être, mais pour l'esprit, en laisse une infinité d'aspects irreprésentables ou insondables. | | | | |
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| ironie | | | On a beau chercher le meilleur remède pour se débarrasser du souci de l'être de l'étant, rien ne vaut la néantisation de l'en soi pour soi. | | | | |
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| ironie | | | Le premier mérite de l'au-delà est qu'il n'existe pas, ce qui permet au bon créateur de le réinventer, à la place du Démiurge, faiblard ou cachottier. Il y a des malins, des anges, pour qui l'en-deçà et l'au-delà ne forment qu'une grande unité. Ange est le nom qu'on donne à celle des bêtes, qui vit davantage de ses barreaux que de ses terreaux ; elle prouve sa liberté par le respect des contraintes mystérieuses et non pas par la connaissance des buts problématiques ; elle reconnaît ne pas se connaître ; elle devient le soi connu, tout en voulant être le soi inconnu, être messager de ce qui n'existe pas. | | | | |
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| ironie | | | Même pour me mêler à la plate discussion sur la différence entre l’être, le devenir et l’avoir, il vaut mieux choisir pour leur sujet et l’objet – mon propre soi. Je suis mon soi inconnu ; je possède mon soi connu ; le seul devenir, digne d’être remarqué, est ma création, l’être que mon soi connu produit, sur l’instigation implicite de mon soi inconnu. | | | | |
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| ironie | | | Aucune définition opératoire du monde, de la substance, de la liberté, de Dieu n’est possible. Et pourtant, tant de raseurs dissertent sur l’indécidabilité des antinomies kantiennes… | | | | |
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| ironie | | | Un conseil aux thésards en philosophie : pour diluer la logorrhée, par trop nauséabonde, sur l’être, ensevelir l’objet des quolibets sous un titre multi-étagé comme De la résolution de quelques apories dans la justification de la mise en place de la base de l’édifice de l’être. | | | | |
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| ironie | | | Du charme et de l’harmonie des syntagmes, comprenant un nom, un adjectif, un numéral : arrivés à croire en éternelle présence de la Trinité ou à percer l’infinie essence des dyades, vous admettrez plus facilement l’absolue transcendance de l’Un. Un joli exercice pour un programme informatique, qui générerait à la chaîne ce genre de sagesse. | | | | |
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| ironie | | | L’absolu est : le tout, le vrai, l’être ? Vous pouvez intervertir dans tous les sens ces quatre facettes de la sagesse académique, en y glissant, en plus, le savoir et l’esprit, vous seriez toujours approuvé par Hegel. | | | | |
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| ironie | | | Seule la maîtrise des métaphores ou de la logique peuvent justifier la logorrhée philosophesque sur la vérité, les connaissances, l’être. Si de la sagesse spinoziste ou hégélienne, on élimine ses trois sujets austères ou stériles, les misérables lambeaux restants ne seraient sauvés par aucune métaphore. | | | | |
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| ironie | | | Le devenir ne s'absorbe pas dans l'algorithme ou dans le noyau, il ne se soumet pas à la métonymie, il est le vassal hautain de la déduction – ma savante réplique à ceci : « L'être ne se diffuse pas dans le rythme et dans l'image, il ne règne pas sur la métaphore, il est le souverain nul de l'inférence » - A.Badiou. À vous de juger où l'esprit doit rire ou pleurer. Et de pardonner à la platitude ce qu'on ne pardonne pas à la profondeur. | | | | |
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| ironie | | | Si l’on vous dit, que « pour un être qui est acte, la langue possède une expression adéquate - … » - Schelling - « für dieses Wesen, das Actus ist, hat die Sprache einen treffenden Ausdruck - … » - devineriez-vous quelle est cette expression ? Une massue ? Un poing ? Un muscle ? - eh bien, non, ils y fourrent – l’âme ! Les traducteurs mal inspirés d’Aristote passèrent par là. | | | | |
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| ironie | | | Dans mes ruines peu fréquentables, j'ai beau faire un pied de nez à tous ces bâtisseurs d'édifices du savoir ou de maisons de l'être - j'ai honte devant celui qui refuse les murs, comme toute construction viabilisée, et vit dans un Ouvert, aux sommets d'une sensibilité (Nietzsche) ou d'une intelligence (Valéry), ou bien devant celui qui, dès qu'il voit une pierre, veut l'attacher à son cou (Cioran). C'est le culte d'un Chaos – sentimental, mental ou verbal ; chaos voulant dire un Grand Ouvert, celui qui était au Commencement (Hésiode) ! | | | | |
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| ironie | | | Au lieu d’évaluer la grandeur et la profondeur de l’existence terrestre de l’homme, il vaudrait mieux chanter l’humilité et la hauteur de son essence céleste. | | | | |
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| ironie | | | Dans les contes de fées, on étale des princes, des sorcières, des contrées bienheureuses, des hommes se transformant en crapauds, en ours, en chats, et l’on bâtit la-dessus des récits qui nous invitent à rêver. Il y a un parallèle assez net avec la philosophie académique, avec ses lourds borborygmes, d’où émergent des chimères de substance, d’être, de vérité, d’altérité, de savoir, de déconstruction, de néant, de liberté, d’existence, de pensée, de dualité. « Dans la philosophie moderne, certains débats tordus ressemblent aux légendes sur les dieux de la poésie ancienne »** - F.Schlegel - « Manche verwickelte Streitfragen der modernen Philosophie sind wie die Sagen und Götter der alten Poesie » - aujourd’hui, il n’y a plus ni légendes ni dieux ni poésie – qu’un bavardage cryptique ou décousu. | | | | |
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| ironie | | | Indifférent dans le réel, ambitieux dans le rêve – l’attitude idéale, pour affronter l’existence. À l’essence - le talent et la noblesse suffisent. | | | | |
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| ironie | | | Je dois l'essentiel de moi-même à ce qui est contre moi, ce qui me freine ou m'arrête : l'étoile qui m'aveugle, le vent qui m'étouffe, l'arbre qui m'écrase. Ce qui est avec moi décore mon âtre, mais rapetisse mon être. Aie le courage d'appeler tes Furies, ex-Érinyes infernales, - Euménides paradisiaques - les Bienveillantes. | | | | |
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| ironie | | | Qu’est-ce que le rêve ? - seuls les poètes le savent ; le support – la musique. Qu’est-ce que le savoir, la vérité ? - seuls les cogniticiens le savent ; le support – la représentation. Qu’est-ce qu’être ? - seuls les bavards le savent ; le support – la logorrhée. | | | | |
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| ironie | | | L’Être et le Devenir – l’inventaire et l’invention. | | | | |
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| ironie | | | Me limitant aux domaines philosophiques et retranchant mes inévitables solécismes, je pense avoir surpassé mes rivaux dans les thèmes suivants : langage, noblesse, intelligence, solitude, bien, souffrance, connaissance, contrainte, commencement, être, liberté, rêve, poésie, philosophie, représentation, vérité, politique, Russie. | | | | |
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| ironie | | | Un cambrioleur, en constatant qu’aucun gardien ne protège une banque, y découvre donc un néant qui peut bien engendrer de l’être, un butin, en l’occurrence ; il ridiculise, du coup, tous les ontologues charlatans depuis Parménide. | | | | |
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| ironie | | | Chez les philosophes professionnels, tant de verbiages, ampoulés et creux, au sujet du tout et du rien, tandis que, en logique, les quantificateurs universel et existentiel réduisent ces vagues notions en concepts rigoureux et banals. | | | | |
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| ironie | | | Il n’est donné à personne de se détacher, matériellement, de ce qui est dans la réalité ; il n’est donné qu’aux très rares de s’attacher, intellectuellement, à ce qui n’y est pas, c’est-à-dire au rêve. | | | | |
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| ironie | | | Des représentations, plus que des actes, sont les premières manifestations de la conscience de l’homme. Dans ces représentations, l’homme lui-même (ou le Je) est nécessairement représenté en tant que sujet et, en tant qu’objet, il est le seul, dont les essences dans la représentation et dans la réalité sont concomitantes, identiques – l’existence dans la représentation implique l’existence dans la réalité ! Dans la représentation, Je peut être muni de certaines relations unaires (comme penser, bailler, éternuer). Si l’une des propositions je pense, je baille, j’éternue s’avère vraie, alors Je y doit pré-exister. Donc, le bon cogito devrait se formuler ainsi : si j’ai une représentation, le fait que je suis est acquis et ce n’est pas la peine de prouver, au préalable, que je pense, baille, éternue etc. Ce qui, d’ailleurs, est, le plus souvent, faux, au moins en ce qui concerne le penser. | | | | |
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| ironie | | | En philosophie, privilégier l’existentiel, c’est rater l’essentiel. | | | | |
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| mot | | | Une de ces choses que nous cachent la grammaire et l'usage banal : le mot n'est pas un reflet de la vie, il est une vie à part, aussi proche de l'essentiel, peut-être, que le regard. Comme de theoria on aboutit au regard, de logos on se condense dans le mot. Non sans déchirement, puisqu'il y a toujours « un conflit entre le regard, cette métaphore centrale de la vérité philosophique, et la langue »* - H.Arendt - « die Unverträglichkeit zwischen der Anschauung - der Leitmetapher der philosophischen Wahrheit - und der Sprache ». | | | | |
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| mot | | | Le mot, dans ce livre, s'oppose tantôt à l'action sur les choses, tantôt au reflet prévisible des choses, tantôt au discours au niveau des choses. Il y perd, respectivement, en étendue, en précision et en pertinence, en ne gagnant qu'en hauteur. Ce qui est peut-être la première fonction du langage : « La langue apporte aux représentations une plus haute existence »** - Hegel - « Die Sprache gibt den Vorstellungen ein höheres Dasein ». | | | | |
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| mot | | | Le rapport entre l'idée et le mot est celui entre eidos et eikon, entre représentation et expression, entre idole et icône, entre langage parlé et langage parlant. Platon, en donnant sa préférence à eidos au détriment d'eikon, nous voue aux idoles. Mais Heidegger, n'accordant de manifestation à son fantomatique être qu'en tant qu'un devenir-mot (« Wortwerden des Seins » ou « Offenbarung des Seins durch das Wort » - « révélation de l'être à travers le mot »), charge le mot d'un faix ou d'un fait impossibles ; à moins que ce fantôme ne soit qu'une ivresse qu'on provoque rien qu'en manipulant des étiquettes. | | | | |
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| mot | | | Je ne suis pas du tout fier de venir à cette conclusion : sans les mots il n'y a ni grandeur ni vérité ni émotion (qui, pourtant, sont hors des mots). Mais ne faire que chercher une juste expression de ce qui a déjà une essence ne me réussit jamais. Le mot crée le besoin, érige le but, jalonne des obstacles. Mépriser les mots, c'est glorifier les glandes. | | | | |
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| mot | | | La totalité du langage se réduit aux formules logiques et aux références d'objets et relations (de l'un et du multiple ; la grammaire universelle engendrant une langue interne). Pas de quoi fouetter un chat. Mais, tel un musicien, je l'interprète, face à mon univers silencieux, et mon âme, en chef d'orchestre ou en casserole attachée à mon corps, fait entendre une mélodie ou un grincement, un soupir ou un bâillement. « En langage poétique, le signe acquiert une valeur à part, créant une espèce d'accompagnement du signifié » - R.Jakobson - « In poetic language, the sign takes on an autonomous value and creates a sort of accompaniment to the signified », et comme dans un opéra, la musique libre l'emporte souvent sur le livret imposé. « Même l'interprétation et l'emploi des mots suppose une création libre » - Chomsky - « Even the interpretation and use of words involves a process of free creation ». | | | | |
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| mot | | | En dessinant, produire du chant - tâche du mot à portée seulement des meilleurs interprètes ; la langue est là, pour « porter le sens et le chant » - Hölderlin - « deuten und singen ». Les mots substitués aux taches et sons, pour générer un arbre unificateur - « échange pur autour de son essence » - « um das eigne Sein rein eingetauscht », comme l'appelle Rilke. La naissance de cet arbre est fascinante, puisque la loi de son espace est dictée par le caprice de son temps : « Tout signe linguistique se positionne sur deux axes : celui de la simultanéité et celui de la succession » - R.Jakobson - « Every linguistic sign is located on two axes : the axis of simultaneity and that of succession » - notre interprète linguistique débrouille tant de voisinages imprévisibles et de renversements de chronologie (dus aux précédences des opérateurs linguistiques), avant de former des racines, des ramages et des canopées. | | | | |
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| mot | | | Les plus belles pensées ne seraient que des regards (Er-eignis - Er-äugnis - Nietzsche) et non pas des événements (qui, étrangement, nous dévoient vers le de-venir ou vers l'être - со-бытие - le co-être, ou vers leur fusion dans le soi, qui serait un événement d'appropriation : Er-eignis der Er-eignung - Heidegger - un joli jeu de mots, en allemand, et un impossible charabia en français). « Le regard, c'est une flèche visuelle décochée vers l'infini »*** - Ortega y Gasset - « Mirar es disparar la flecha visual al infinito » - c'est l'absence des choses qui fait de l'infini une vraie cible. Dieu même, au moins le Dieu des Grecs, hésite entre le regard (theoro - je vois) et l'action (theo - je cours). | | | | |
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| mot | | | Ceux qui calculent les fréquences des voyelles, la place des pronoms ou la longueur des périodes n'ont rien à voir avec mon intérêt pour le langage. La vraie passion du langage commence par la reconnaissance de la merveille de son absurdité, de l'immensité, qui le sépare de la réalité, de l'émoi, qui se fie à lui, et de l'émoi, qui y naît. C'est l'existence, incontournable, mais presque translucide, de modèles, entre le langage et la réalité, qui est la vraie relation, qui lie le mot à l'être, et que ne voit pas Protagoras : « Le langage est séparé de toute relation à l'être ». Les sophistes abusent de la liberté du langage, qui s'adapte au libre arbitre du modèle ; mais les idéalistes font pire : le modèle serait préétabli, asservi et adopté par la réalité. | | | | |
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| mot | | | Les bavards justifient leurs logorrhées par le souci de précision. S'ils savaient qu'à l'origine précision avait la même acception que concision – couper l'inessentiel pléthorique, pour ne garder que l'essence métaphorique. | | | | |
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| mot | | | Jolie ambigüité dans cette jolie phrase - je suis fait de ce qui m'échappe : ou bien ce qu'il y a d'inconnu ou d'incompréhensible en moi est mon propre soi (le soi inconnu), ou bien ce qui rend mon essence est ce que, à mon corps défendant, je réussis à articuler. | | | | |
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| mot | | | La licorne n'existe pas : dans la langue, cela voudrait dire, que l'étiquette licorne n'est associée à aucun concept du modèle ; dans le modèle - que le concept licorne n'a pas été modélisé (mais il aurait pu l'être, pour exister au même titre que vache) ; dans la réalité - qu'aucun genre d'être vivant (corps organique) portant ce nom n'existe (et n'aurait pas pu exister). Hegel et Sartre (ou, avant eux, - Parménide et Platon) nagent au milieu de leurs avortons de termes - non-être, néant, négation, exister - qu'ils sont incapables de définir et se contentent d'un verbiage borborygmique et difforme. | | | | |
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| mot | | | L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables. | | | | |
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| mot | | | La représentation, elle aussi, dispose de son propre langage, mais qui a, vis-à-vis de la langue naturelle, à peu près le même statut qu'un langage de programmation, surtout lorsque celui-ci est fondé sur la logique et est orienté-objets. Les requêtes, formulées dans ce langage artificiel, seraient l'équivalent des idées platoniciennes, indépendantes des mots et classées par type de fonction, de prédicat, d'événement, de substance. | | | | |
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| mot | | | L'être, c'est-à-dire l'âme invisible, est destiné au regard, c'est-à-dire à la prière et au rêve. Mais ils en firent l'objet culte de leurs syllogismes bancals, où le tragique se banalise et la logique s'enlise. | | | | |
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| mot | | | Trois mots-parasites - liberté, désir, être - prolifèrent sur le bel arbre du rêve ascendant et de la sève descendante et en cachent et occultent la vue, arbre que le philosophe aurait dû défendre avec autant de conviction, que le chante, avec foi, le poète. | | | | |
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| mot | | | Les mots sans frontières nettes auraient dus être réservés à la poésie et interdits aux graphomanes ; tel le logos, permettant aux bavards grecs de nous enquiquiner avec la fichue équivalence de l'être, du penser et du dire. | | | | |
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| mot | | | De l’importance des verbes : dans la vie, je suis un corps et j’ai un supplément d’âme ; dans l’art, j’ai un corps, mais je suis une âme. | | | | |
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| mot | | | Mes révérences à l'arbre : au hêtre suprême, au chêne de ma cellule, au bouleau harassant, au saule prénatal. | | | | |
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| mot | | | Rien d'étonnant dans la vision de la poésie comme d'une charrue (Mandelstam) : la poïésis voulant dire labeur, labourage de sillons (versus - vers). La vie étant la terre (le premier humus) retournée par l'homme (le humus second). On retrouve de beaux parallèles avec l'être et la pensée : « La pensée trace des sillons dans le champ de l'être » - Heidegger - « Das Denken zieht Furchen in den Acker des Seins ». Toutefois, l'être et la pensée ne sont que déchéances de la vie et de la poésie. | | | | |
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| mot | | | Heidegger chercha le fond commun de tous les emplois du verbe être, de l'ontologique au copulatif, et prétendit l'avoir trouvé en l'existence. Or ce fond est complètement vide. Qu'on en juge, en faisant des intersections soi-même : 0. Socrate est avant toute représentation, 1. le méta-concept (classe ou relation) est, 2. l'homme est, 3. Socrate est une méta-instance, 4. Socrate est, 5. l'homme est un mammifère, 6. Socrate est un homme, 7. la calvitie est à Socrate, 8. Xanthippe est à Socrate, 9. la toge est à Socrate, 10. l'idée est à Socrate, 11. le chien est un ami de l'homme, 12. Socrate est mon ami, 13. l'homme est mortel, 14. Socrate est mortel, 15. l'homme est bête, 16. Socrate est intelligent, 17. la taille de Socrate est de 4 coudées, 18. la proie de l'aigle est un ami de l'homme, 19. Socrate est un nom propre etc. Tous les verbes ont autant de droits à supposer une existence d'objets que cet avorton d'être. Référencer la relation genre/espèce, classe/instance, l'attribution, la possession, l'appartenance, l'évaluation d'attributs, l'unification d'objets - c'est un abus de suremploi. | | | | |
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| mot | | | Comment le noumène perturbe le phénomène ? - captation par des sondes ou captivation par des ondes. Une lame de fond, une âme de forme. | | | | |
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| mot | | | Pour faire avaler leur charabia cacographique, les philosophes évoquent la science, les théories, le langage, tandis que je soupçonne l'essentiel de ces choses indigestes être dû aux mauvaises traductions du grec en latin. Que l'aphasie pyrrhonienne nous manque, pour nous moquer du mot être flexible à volonté ! | | | | |
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| mot | | | Les chemins d'accès à l'objet sont très loin du réel, de l'être et même de la représentation ; ils sont un phénomène stylistique, mettant à l'épreuve nos goûts et nos interprètes mentaux, ils reflètent le regard du sujet. Dire que « l'accès à l'objet fait partie de l'être de l'objet » (Levinas), c'est reconnaître la misère de la vision phénoménologique du langage, vision ignorant le regard. | | | | |
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| mot | | | Exemple d'un éternel retour : la vérité de Dieu se muant subrepticement en dévoilement de l'être (aléthéia - éclaircie - vérité). Pitoyable est le dévoilement qui se voile ; on devrait ne cacher que les contraintes et non pas l'être. | | | | |
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| mot | | | Tout mot, renvoyant à un concept, aurait dû être accompagné d'une liste de concepts antonymes, pour que nos interprétations soient sensées (l'affirmation ne valant que par ce qu'elle nie…) ou efficaces. Dressez cette liste interminable, pour penser et être, et vous vous rendrez compte du creux béant du cogito. Et la notion de différance de Derrida y est la bien-venue, elle serait « un tissu de différences », à la base d'un discours bien bâti. | | | | |
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| mot | | | L'orthographe, créatrice de belles pensées : mettez l'accent grave dans le ou de : « Il est libre ou il n'est pas » ! « Le bonheur est là où tu n'es pas »** - Schubert - « Dort, wo du nicht bist, da ist das Glück ». | | | | |
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| mot | | | Aucun moyen de te singulariser dans l'être ; il reste « le mot, pour te multiplier dans le néant » (Valéry). | | | | |
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| mot | | | En grec, la mystique de l'Un se greffe, le plus naturellement du monde, sur la branche poétique, à la métaphysique de l'Être, le verbe être (estin) y provenant du nombre un (l'article indéfini s'en mêlant majestueusement, cela débouche sur le bronze fêlé canonique du : « Ce qui n'est pas un être n'est pas non plus un être » - Leibniz ; les Allemands devinrent facilement friands de ce calembour, car une innocente substitution de lettres fait de Eins - Sein ; le nom du Dieu hyperboréen, Odin, signifie l'Un, en russe - один). À comparer avec la mystique du nombre cinq, grâce à son voisinage phonétique : penta - panta. | | | | |
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| mot | | | L'intuition gréco-latine, tout en ignorant le nombre zéro, nous a composé quelques hosannas lyriques au néant. Semblablement, l'imagerie allemande du devenir doit beaucoup à l'emploi auxiliaire de ce verbe. Dieu est dans l'opération et non pas dans les opérandes, et donc son devenir est son être - et le retour éternel de Nietzsche est le devenir, avec la même ambition. | | | | |
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| mot | | | Une très curieuse coïncidence entre mes deux tâches philosophiques centrales – la consolation de l'homme et la réflexion sur le langage – et deux sortes de l'être heideggérien – le souci de l'être-pour-la-mort (Sein-zum-Tode) et le dévoilement de l'être hébergé par le langage (Haus des Seins). | | | | |
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| mot | | | Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique. | | | | |
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| mot | | | Tout philosophe devrait s'interdire l'usage ontologique du verbe être (que le Stagirite ne daigna même pas mettre à côté des trois monstres : avoir, agir, pâtir, et que Lulle négligea dans ses neuvaines ; l'ontologie occidentale existe « à cause de la forme du langage indo-européen »* - Valéry). Inexistant en chinois et en japonais, fantomatique en russe, amputé de sa fonction copulative en arabe (wjd), ambivalent en espagnol et italien (l'essentiel ser-essere et l'accidentel estar-stare), envahissant en grec et allemand, il est un moyen immédiat de dépistage de la logorrhée. | | | | |
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| mot | | | Le verbe être dans l'intelligence artificielle (ou épistémologie appliquée) : il peut être syntaxique - par dérivation ou instanciation, sémantique - par attribution ou liaison, pragmatique - par rection verbale associée aux liens. L'être ontologique s'ensuit d'un attachement syntaxique réussi. Tout cela est parfaitement opératoire, à comparer avec le délire verbal sur ce sujet chez les penseurs, qui en torturent les modes, temps et aspects. | | | | |
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| mot | | | Être et exister – deux verbes perfides, aux innombrables acceptions. Même dans le cas le plus simple, celui des rapports entre l'essence et l'existence, des ambivalences pullulent : être en tant qu'avoir réussi à passer à l'existence ou être ceci ou cela (des accidents), exister en tant qu'instance (objet) ou exister en tant que manifestation (action) ? En combinant ces acceptions (quatre combinaisons), on peut arriver soit à l'équivalence soit à la précédence de l'un des protagonistes – essence ou existence – sur l'autre. Le problème est du pur verbalisme. | | | | |
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| mot | | | Trois domaines, dans lesquels se définit l'existence : dans la réalité, l'essence, ce sont des contraintes que vérifient les objets, – déjà existants ! - et l'existence, ce sont les pourquoi et comment, accompagnant les vicissitudes des objets ; dans la représentation, l'essence, ce sont des contraintes que doivent vérifier les candidats à l'existence, et l'existence, c'est le constat de la réussite des candidatures ; dans le langage, l'existence, c'est la présence dans un vocabulaire, accompagnée d'une définition de son essence. | | | | |
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| mot | | | Où peuvent se trouver - si elles existent ! - ces fichues idées platoniciennes ? Dans la réalité ? Dans le modèle ? - Non, presque exclusivement (sauf quelques constantes eidétiques - en physique, en chimie, en biologie) - dans le langage ! C'est à dire dans un outil de critique et non pas de topique. Ni représentation, ni interprétation, mais requête. « Le passage de la vie dans le langage constitue les Idées »** - Deleuze. Les universaux, en revanche, ne sont ni dans la réalité (universalia ante res - le réalisme platonicien), ni dans le langage (le nominalisme médiéval), mais bien dans le modèle (universalia in rebus - les impressions de l'âme aristotéliciennes). Quand on comprend, que non seulement les relations, mais aussi les propriétés et les attributs peuvent être représentés en tant que classes, toute discussion sur le lieu de leur existence devient superflue. | | | | |
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| mot | | | L'écriture – une cohabitation, conflictuelle et forcée, entre la mimesis du mot-étiquette, collé à l'être commun, et le logos du mot-image, émanant du devenir personnel. | | | | |
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| mot | | | Le français est une langue de l'être, l'allemand et le russe – celles du devenir. Pourtant il y a plus de Parménide allemands ou russes qu'en France, où l'on préfère, à juste titre, Héraclite. | | | | |
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| mot | | | Le sobre partisan de l'objectivité dénonce l'ivresse du subjectif ; mais il ne voit pas que, tous les deux, ils aboutissent aux mêmes modèles, et que la seule chose, qui les distingue, c'est le langage catégorique du premier et le langage métaphorique du second. L'oubli ironique de l'Être intouchable n'a aucune influence sur l'édifice de l'Étant ; c'est le langage qui en fait caserne ou ruines, étable ou souterrain, langage, qui serait (l'architecture de) la demeure de l'Être (Heidegger). | | | | |
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| mot | | | La chose et le mot (avec le concept, qui se glisse entre les deux) sont deux facettes de l'étant ; et l'oubli de l'être (celui qui est source de tout), dont s'indigne Heidegger (ou, avant lui, Bakhtine : « La philosophie première, celle qui porte non pas sur les phénomènes de culture, mais sur l'être, tomba dans l'oubli » - « Первая философия - учение не о культурном творчестве, но о бытии - забыта »), cet oubli consiste à n'être respectivement que pragmatique ou poète, être obsédé par le poids des choses ou par la musique des mots, être guidé par l'intérêt ou par le vertige. | | | | |
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| mot | | | Pour les Grecs et pour Heidegger, une affirmation devient vraie, lorsqu'elle se débarrasse de voiles, qui la cachaient, d'où le dévoilement (aléthéia - Unverborgenheit) ; l'un des contraires populaires de caché (renfermé), c'est l'ouvert, d'où la perplexité d'un mathématicien, qui découvre l'Ouvert heideggérien, se détournant des limites et convergeant facilement aussi bien vers l'apophatique vérité que vers l'arrogant Être (partant de offen – ouvert et tombant sur Offenbarung – révélation ou dévoilement). Cet Ouvert promet une sortie des ténèbres vers la lumière, tandis que celui de Rilke, au contraire, nous conduit d'une lumière facile au bord de la nuit et du rêve. Le mot dé-claration aurait pu signifier un mouvement, opposé à aléthéia : priver une chose de sa clarté. | | | | |
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| mot | | | En matière des premiers gestes divins, l'opposition la plus fréquente est entre ceux qui penchent pour le verbe ou pour le nom, donc pour la relation ou pour l'objet. La relation semblerait être au commencement, l'algèbre l'y emporte sur l'analyse. Tout algébriste ou linguiste t'y suivrait, seul le poète sait convertir toute relation en chose pour ne réserver la primauté qu'à la hauteur du verbe-relation ou du nom-chose. Scruter les choses est stérile ; c'est le regard sur leurs relations syntaxiques - l'instanciation-appartenance (substance première, ou le suppôt) ou la dérivation-inclusion (substance seconde, ou le modèle) - qui les vivifie. | | | | |
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| mot | | | Les mots parasites à manier avec méfiance : existence, vide, vérité, liberté. Rien de commun entre existence conceptuelle et existence réelle, entre vide mathématique et vide ontologique, entre vérité logique et vérité philosophique, entre liberté de concevoir et liberté d'agir. | | | | |
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| mot | | | La philosophie anglo-saxonne, grâce à la distinction entre to be et being, évita la pollution, qui sévit en grec, en allemand, en français, à partir de ce verbe parasite et trop facilement substantivé, être. Imaginez le flot de thèses nouvelles, si Hamlet avait marmonné : être ou néant ? Ceux qui consacrent leurs meilleurs doutes non pas aux fins, mais aux commencements, feraient gémir leurs mots : naître ou ne pas naître. | | | | |
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| mot | | | L'intelligence la plus profonde consiste à savoir naviguer au milieu des modèles, sans me laisser dominer par des courants langagiers ; ce sont ces courants, dans lesquels se noient la plupart des jargonautes ontologiques. Mais l'intelligence la plus haute est dans l'art des voiles sachant se servir du souffle de la langue, maîtriser le cap orphique de moi-même et lire les cartes de mes modèles stellaires. | | | | |
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| mot | | | Le singulier, dans l'expression zéro cheval (ou, mieux : zéro mal, zéro amour malheureuX), me met toujours dans un étrange embarras (on a bien : zero horses, null Pferde, ноль коней) - on sent, que le nombre zéro est une invention tardive, à laquelle les Français associèrent ce qui n'est guère numérique dans le discours sur l'Un ou sur Dieu, discours, qui aboutit à leur presque inexistence, à zéro. Pourtant, la règle platonicienne ou plotinienne – ce qui n'est pas l'Un est multiple – mauvaise en métaphysique, devrait être bonne, une fois appliquée à la grammaire. À rapprocher du nombre anti-grammatical mais intuitif de l'anglais : police come, the US is, ou, en russe, de l'incroyable singulier : 21 конь (21 chevaux), ou de l'invraisemblable pluriel du numéral un - один - одни (одни часы)) ! Le cas qui m'intrigue - le nombre -1 : au singulier ou au pluriel ? Minus one degrees ? Moins un maux ? En plus, il faut faire attention aux parenthèses : zero apples minus (one apple) leaves (minus one) apples ! | | | | |
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| mot | | | Nommer la chose, c'est la sortir de son néant inarticulé. Mais le meilleur de nous-mêmes reste toujours dans l'indicible ; il faut chercher à être quelque chose en rien (bien que cette recherche soit déconseillée par Jean de la Croix). | | | | |
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| mot | | | L'être substantivé, l'être substantif (l'étant), l'être substance (l'essence) sont des charabias, de mornes idiomes, dont se repaissent les idiots de villages philosophiques, à écart égal des cités affairées et des cimes dépeuplées, faisant honte et à la vie et à l'intelligence. Car tout s'y réduit au mystère du temps, et aucune représentation philosophique du temps absolu ne peut compléter ou rivaliser avec la relativité physique ; depuis St-Augustin, la perplexité reste la même. | | | | |
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| mot | | | Le poète entend, tout d'abord, le mot, avant de chercher le concept ; l'homme ordinaire voit d'abord le concept, avant de trouver le mot. La musique du devenir ou le tableau de l'être. | | | | |
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| mot | | | Le langage est donné à l'homme, pour qu'il chante ce qu'il est. Au lieu de cela, il narre ce qu'il fait, ce qu'il voit ou ce qu'il opine. | | | | |
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| mot | | | Les choses les plus prometteuses n'ont pas de nom ; mais avant le nom naît l'image, qui naît avant le désir, qui naît avant l'idée, qui naît avant le concept, qui naît avant le mot ; et ce parcours, en lui-même, porte beaucoup plus de richesse et d'essence que le mot final ; et Celan : « Les choses n'adviennent à l'être que dans le mot » - « Im Wort werden und sind erst die Dinge » - y est trop cavalier. | | | | |
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| mot | | | Le langage est la demeure de notre esprit. Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; j'y introduis une image, une mélodie, un climat - je retrouve des échos et saisons imprévisibles. Dans le langage on se rencontre, on se retrouve. Mais ma texture intérieure doit être en harmonie avec mon architecture extérieure ; les meilleurs styles sont - château en Espagne, tour d'ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L'univocité de l'être signifie, que l'être est Voix » - Badiou - comme, sans doute, il est Vers, puisqu'il est universel. Pour d'autres, il n'est que Silence, traduisible en musique par l'esprit devenu âme. « Le langage est séparé de toute relation à l'Être » - Gorgias. | | | | |
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| mot | | | Trois sortes d'absurdité d'une phrase : syntaxique, sémantique, pragmatique - la phrase est agrammaticale (n'est pas une proposition) ; dans le contexte d'un scénario sont référencés des acteurs relevant des classes impossibles pour la scène (et aucun trope n'y palliant) ; des (valeurs d')attributs, incompatibles avec l'essence, sont invoqué(e)s (généralisation d'oxymores). | | | | |
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| mot | | | Que Platon confonde souvent la représentation (concepts) avec les quêtes du représenté (idées) se voit dans l'usage indifférencié, qu'il fait de eidos (aspect ou forme) et idea (regard ou fond). Les concepts existent dans le modèle, et les idées - dans le langage ; mais ni les uns ni les autres - dans la réalité. Mais est-ce que la phusis grecque est notre réalité ? Pour Heidegger, elle fut l'être, et l'idée - son interprétation, ce qui est plein de bon sens. | | | | |
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| mot | | | Celui qui lut « Les Mots » et « Zur Grammatik und Etymologie des Wortes "sein" », peut laisser tomber « Être et Néant » et « Sein und Zeit », qui ne sont qu'étalage et verbiage de ce qui fut exposé, complètement et honnêtement, dans les aveux d'un débutant en littérature et d'un débutant en philologie. | | | | |
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| mot | | | Rôle néfaste que peut jouer la grammaire : la transitivité du verbe taire (tandis qu'il est intransitif en allemand, schweigen über, et en russe, молчать о) fait du silence de Wittgenstein une cachotterie ou une dissimulation, tandis qu'il s'y agit d'une impuissance ou d'un recueillement ; peut-on taire un heptagone constructible ? - la transitivité suppose l'existence, ce que ne fait pas l'intransitivité. Le Filioque n'est pas très loin. Par ailleurs, il ne serait qu'une pure chinoiserie : « Le premier engendra le second ; les deux produisirent le troisième ; et les trois firent toutes choses. L'incompréhensibilité de cette Trinité vient de son Unité » - Lao Tseu. | | | | |
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| mot | | | Mes ruines des mots sont un compromis entre deux regards diamétralement opposés sur la langue : celui de Heidegger, qui y voit une maison hantée par le mystère de l'être, et celui de Valéry, qui en fait un fantôme fugitif, disparaissant dans le devenir du sens. Évidemment, Valéry est beaucoup plus intelligent et pertinent, mais il n'avait aucun soi à loger, le souci, que je partage avec Heidegger. | | | | |
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| mot | | | L'être philosophique doit rester à l'infinitif, c'est à dire à l'indéfini et intemporel, et s'opposer à il était, il est, il sera, attachés à l'étant ; est-ce l'origine de Sein und Zeit ? Le culte de l'éternel présent (non fixe et qui ne peut pas être fixé), de ce qui n'est pas encore maintenant ou de ce qui n'est déjà plus maintenant, le devenir mystérieux, serait-il l'être de l'être ? | | | | |
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| mot | | | Pour pallier au suremploi du verbe être, les Allemands ressortirent le vieux wesen, avec le sens - préserver le fond, opposé à manifester la forme, que traduit sein, ce qui donne le cocasse : « L'être se renferme dans le fond, l'étant s'ouvre dans la forme »** - Heidegger - « Das Sein west, das Seiende ist ». | | | | |
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| mot | | | L'un des noms les plus ambitieux est celui de Jéhovah, formé du verbe être, au futur, au présent et au passé : sera – étant – été. | | | | |
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| mot | | | Que doit comprendre un Français, lorsqu'on lui parle de survenue de l'être ou d'arrivée de l'étant heideggériens ? Un rire ironique et franc serait compréhensible. Tandis que la bonne traduction serait : le transfert (Überkommnis) du nouménal dans la parution (Ankunft) du phénoménal - banal, connu depuis Platon, formalisé par Kant. | | | | |
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| mot | | | La modeste métaphore de point zéro (de la réflexion, de l'écriture, de la volonté) couvre totalement tous ces avortons de concept : le non (des non-rebelles), la négativité (des non-cogniticiens), la négation (des non-logiciens), le néant (des non-poètes), le vide (des non-mathématiciens). | | | | |
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| mot | | | L'inextricable confusion des acceptions du mot vide : le vide physique des Chinois (ne pas s'encombrer), le vide psychique des bouddhistes (ne pas s'attacher), le vide (pseudo-)mathématique des ontologues (la passerelle entre l'être et l'étant). Toutes ces mesquineries ne valent rien à côté d'un vide sacré, censé ne recevoir qu'une voix divine (la musique, au-dessus du Verbe et de la Relation). C'est dans le vide que se croisent trois voies mystiques de Plotin – la purgative, l'illuminative, l'unitive. | | | | |
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| mot | | | Ces innombrables états d’âme, qui traversent ma conscience, mais qui n’admettent aucune étiquette verbale exhaustive ou définitive, - existent-ils ? Ou bien faut-il les classer à côté des autres grands inexistants – Dieu, le Bien, le mystère ? « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas » - Nabokov - « То, что не названо, - не существует ». | | | | |
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| mot | | | Deux sens du mot signifier : soit une finalité - former un arbre de signes, soit une source - renvoyer à l'origine inarticulable. Et c'est dans le sens respectif qu'on dira, que le soi connu est ce qu'il signifie, et que le soi inconnu signifie ce qu'il est. | | | | |
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| mot | | | Dans l'écriture, le seul domaine, où le mot n'ait pas besoin de définition, est la poésie. Et, en particulier, la philosophie, qui aurait reconnu, humblement, d'être une des branches poétiques. Partout ailleurs, l'incapacité de définir un mot-concept devrait priver l'auteur du droit d'en disposer. Ainsi, dans la philosophie académique, on devrait bannir les mots : la métaphysique, l'être, le néant, la transcendance, la vérité, le sujet, la conscience. Son malheur, c'est que, une fois cette purge effectuée, il n'en resteraient que des platitudes, ce qui correspondrait à sa juste valeur. | | | | |
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| mot | | | Quel est le contraire de la Maison de l'être, fonction censée revenir au langage ? - peut-être le cheminement, pourtant symbole du devenir. Le langage assure les deux, étant un pont entre le réel et une représentation (sans doute, la réalité seule est plus à même d'héberger l'être : le langage est fermé, limité dans l'espace-temps, et la réalité est ouverte, dans la représentation-interprétation). Le premier ressort du langage, ou son intentionnalité, ce sont bien les désirs, la liberté de nos choix dans le réel, bref - l'être irreprésentable, mais son message n'est intelligible que dans le cadre d'une représentation ; tourné vers l'être, il n'avance qu'au milieu des modèles. Le langage est un lieu de rencontre entre le réel, le modèle et la liberté ; s'il doit servir de maison, le style architectural est décisif, pour juger du goût de son locataire. L'évolution irréversible semble être : la Caverne, la Tour d'ivoire, les ruines, le sous-sol, la caserne, l'étable, la salle-machines. | | | | |
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| mot | | | Il existe bien un parallèle profond entre l'interprétation de l'être du monde et l'interprétation d'un discours, intelligent et original : dans les deux cas, on peut, techniquement, faire abstraction du créateur et reconstruire son propre arbre de connaissances ; mais les créateurs ont leur propre arbre, mystique ou artistique, présent derrière tout phénomène et tout mot, avec tant de belles inconnues, qui n'appellent qu'à être unifiées avec des branches interprétatives ; donc, pas de belles interprétations sans grandes représentations ; le monde ne peut pas se réduire à son interprétation, comme le veut Nietzsche. | | | | |
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| mot | | | Dès que le mot est maîtrisé, des idées accourent, naissantes, non invitées, soudaines, surprenantes. Au-delà des mots et des idées, les écolâtres voient leur idole verbale - l'être. Si celui-ci existe, il ne serait certainement pas mieux rendu par des idées en bronze que par des brisures des mots. Et je n'ai jamais vu « la pensée de l'être se muer en être de la pensée » - Levinas - à moins que l'être de la pensée à naître soit le mot bien né. | | | | |
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| mot | | | Trois avortons de concepts : le non-être, le rien, le néant, nés de l'incapacité de manier la négation, la complémentarité ou l'ensemble vide. La joie des bavards, joie encore plus irresponsable que celle de l'être affirmatif. | | | | |
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| mot | | | Trois pseudo-concepts, trois parasites, nous viennent d'un modeste mot aristotélicien d'ousia (nous renvoyant aux espèces ou aux instances, dans la réalité), traduit substance par Boèce, essence - par St-Augustin et être - par Heidegger. Mais c'est le dernier qui est sans doute le plus près de l'original, puisque les substances et les essences appartiennent surtout à la représentation, tandis que, même fantomatique, l'être a partie liée avec la réalité. | | | | |
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| mot | | | Quand, dans les constructions du verbe, on admire la sacristie du vrai, s'agenouille devant l'autel du beau et épie le confessionnal du bon, on peut conclure que le langage est le temple de l'être. | | | | |
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| mot | | | Deux points de vue sur le langage, bien que diamétralement opposés, sont niais au même point. L'aberration de Wittgenstein : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde » - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - l'essence du langage étant sa grammaire, totalement indépendante du monde. La bêtise, à trois étages, de Barthes : « En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage) » - 1. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie, pour les établir) ; 2. le réel n'est pas pluridimensionnel, mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; 3. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage, qui ne représente rien du tout (il ne représente pas, il présente la chose ! | | | | |
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| mot | | | La trajectoire du logos - de l'unification des arbres (rassembleur solidaire) à l'entendement d'un seul (le Verbe salutaire) ; elle est, en elle-même, un arbre, vaste et complet. La trajectoire de l'être, de Parménide à Heidegger, - une platitude continue, avec des dérivées mortes, des rhizomes rampants. | | | | |
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| mot | | | Dans la tuyauterie humaine circulent des syllogismes et du sang. Le premier circuit rehausse le verbe, le second - le regard. Si je n'irrigue pas assez le premier, le second tarira dans une inexpressivité hébétée. Et être, c'est savoir traduire le regard en verbe et animer le verbe par la présence d'un regard. | | | | |
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| mot | | | La mathématique n'est pas le langage principal de la nature, elle n'en est que l'ontologie, c'est à dire le casting des rôles. Mais son dramaturge avait également pensé au langage des décors et à celui du jeu des interprètes, au fond de la scène et à la hauteur du paradis. Le langage, c'est la forme ; quant au fond, c'est toujours la même clé - Deus ex machina. | | | | |
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| mot | | | Dans une langue, comme en mathématique, il y a très peu de constantes, notées toujours par les mêmes symboles (mots) ; c'est pourquoi tout bon et honnête philosophe devrait introduire ses écrits, comme le fait tout mathématicien (Soit X désigne…) : soit Penser, Être, Idée désignent… Toutes ces tentatives ayant lamentablement échoué, on est obligé de lire en toute philosophie, même dans la bonne, - des exercices poétiques, ratés ou réussis. | | | | |
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| mot | | | Le langage comme forme est inépuisable, informalisable ; le langage comme substance est presque entièrement décrit par la grammaire. Le conceptuel et le réel l'animent et le statufient ; le formel l'abîme et le pétrifie. | | | | |
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| mot | | | Les rapports des choses avec les mots sont multiples et allégoriques, puisqu'ils sont, tous, entachés de représentations, par lesquelles transitent les mots. Un cogniticien le comprend, pas un grammairien ; il est idiot de chercher le seul mot, pour dire, qualifier ou animer une chose ; cette vision est celle qui vise à éliminer le pronom à la première personne du singulier - une vision de robots, encouragée par des doctes : « L'un des modes de représentation les plus erronés est l'usage du mot 'moi' » - Wittgenstein - « Eine der am meisten irreführenden Darstellungsweisen unserer Sprache ist der Gebrauch des Wortes 'ich' ». | | | | |
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| mot | | | Ils opposent la parole intempestive au temps : la première empêcherait l'action, que ne ferait qu'effacer la seconde. Mais la langue crée tout ce qui n'existe pas, et le temps ne crée même pas ce qui existe. Au lieu de tuer le temps, la langue doit le ressusciter. | | | | |
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| mot | | | Le langage (moins la sonorité et la gesticulation) nous plonge totalement dans un modèle, sans aucun débordement sur la réalité ; dire que « le langage est émergence claire-obscure de l'être » - Heidegger - « die Sprache ist eine lichtend-verbergende Ankunft des Seins » est reconnaître le néant de l'être. À moins que la réalité soit réceptacle de l'étant, l'être ne faisant que résumer le fond avéré du modèle… | | | | |
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| mot | | | Pour sculpter mon regard, je prends le bloc de mon être, j'en élimine mes actes, pour n'en laisser que mes mots et ma voix (« verba et voces » - Horace, si loin de la devise américaine : « acta non verba » !). En paraphrasant S.Beckett, je dirais, que mon style se dégagera des réponses à ces questions en marbre : Où irais-je, si je devais aller ? Que serais-je, si je voulais être ? Que dirais-je, si je pouvais avoir une voix ? | | | | |
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| mot | | | Dans les merveilleuses structures linguistiques - aucune trace du réel (sauf quelques onomatopées ou reflets de l'axe temporel) ; le conceptuel, à son tour, ne doit presque rien au linguistique ; pourtant, c'est dans ces deux pièges que tombe Heidegger, en suivant un parallèle insensé entre, d'un côté, la sédimentation des infinitifs et des nominatifs débarrassés de déclinaisons et de conjugaisons et, de l'autre, le surgissement de l'être de l'étant. De plus, les flexions ne sont pas une règle pour toutes les langues, et la catégorie de verbe n'est pas absolument indispensable. | | | | |
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| mot | | | Réalité, modèle, langage - trois espèces aux fécondations croisées imprévisibles. L'une des plus stupéfiantes est l'aventure entre ontos (chose du modèle) et logos (mot du langage) engendrant onto-logie (être de la réalité). | | | | |
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| mot | | | Le sens n'est jamais dans la chose ni dans le mot ; il naît d'une confrontation triadique entre l'auteur d'une question, son interprète et un maître du réel. Tout dialogue est l'attribution de sens, et sans dialogue point de sens, même dans des choses, qui prétendent en avoir. L'erreur est de donner un sens préalable aux choses (la liberté d'une donation de sens, au lieu du libre arbitre d'une conception) ou aux mots : « Les philosophes cherchent aux mots un sens et supposent au langage une sorte de substance «existentielle» »** - Valéry. À preuve, voyez, par exemple, la croisade de Heidegger, pour déconstruire la métaphysique et faire ressusciter une authentique ontologie, et qui se réduit, en tant que justification et contenu, à la morne grammaire du verbe indo-européen être. | | | | |
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| mot | | | Quand on n'a plus d'essor pour entraîner des verbes, lourds de promesses, on finit par poursuivre le plus vaniteux, le plus flotteur, le plus dégonflé des verbes - être. « Déification du verbe être, voilà la moitié de la philosophie »*** - Valéry. C'est même pire : il s'agit de la déification de la copule. Et ils s'imaginent, en plus, que leur idole est monothéiste, tandis que c'est un monstre, avec une douzaine d'hypostases mécaniques, l'une plus raseuse que l'autre… | | | | |
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| mot | | | Intuitivement, il est clair qu'on ne peut explorer ou exprimer la réalité qu'à travers des structures et des logiques. Mais quand les philosophes (surtout analytiques) sont assez aveugles, pour ne pas voir la place de la représentation dans une épistémologie, il ne leur reste, comme matériau, que la langue. D'où ces aberrations invraisemblables : « L'essence s'exprime dans la grammaire » - Wittgenstein - « Das Wesen ist in der Grammatik ausgesprochen ». Cette misérable grammaire, qui n'est qu'un habillage structurel au-dessus d'une logique et qui n'entre en aucun contact avec l'essence des choses (que seul effleure le lexique) ! Le sens (et l’essence) d’une phrase résulte des substituions des mots par des concepts de la représentation. | | | | |
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| mot | | | La hiérarchie ascendante des stades de puissance du mot : étiquette, image, sensation – fait, tableau, musique. Ce qui est grave, ce n'est pas qu'on ne trouve chez Sartre aucun salaud, ne sente pas la proximité d'un enfer, n'éprouve aucune nausée, mais que leurs représentations n'ébauchent même pas un chemin qui conduirait à ces sensations, on reste dans les étiquettes désincarnées. Et ni profondeur de l'être ni hauteur du devenir n'apportent d'épaisseur à la platitude de sa logorrhée sur le néant. | | | | |
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| mot | | | Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir. « J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte » - Ricœur. | | | | |
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| mot | | | La compréhension des thèses d'un auteur se détermine par le choix de leurs négations (ou antonymes). Prenez, par exemple, Nietzsche, le contraire de danser ou vibrer - maîtriser, de l'Éternel Retour - le gain en maîtrise, du surhomme - le maître de soi. N'oublions pas, que les sept péchés capitaux ne sont pas des négations des sept vertus. Et qu'en grec, la vérité (aléthéia ou amen) serait opposée à l'oubli ou au commencement, et exister (ek-sister) - à rester en soi-même. | | | | |
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| mot | | | Un discours convoque des mots et évoque des choses, mais le fond, visé par ces formes, ce sont des états de l'âme. Le vrai mystère, ce n'est peut-être pas l'être, seulement problématique, mais les états de l'âme. « Les états de l'âme entretiennent un rapport significatif, mimétique et direct avec l'être »* - Aristote. | | | | |
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| mot | | | Quelle heureuse rencontre de sens, dans Lichtung - la clairière ! - la lumière-clarté se trouvant au milieu, ou mieux - à la lisière de l'être heideggérien, et qui symbolise si bien un Ouvert, bien que sa maison ou sa forêt y gagneraient, en se métamorphosant en ruines ou en arbre ! | | | | |
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| mot | | | Le mot éternel, en philosophie, signifie l’aspect trans-historique, la sortie hors du temps, d’où l’éternel retour nietzschéen, résultant de la métamorphose du devenir, auquel le créateur affecte l’intensité de l’être, le retour égalisant les dates et ennoblissant les lieux. Il ne restera à la dimension temporelle que le culte des commencements, ce culte de la personnalité et de la hauteur, et que Nietzsche appellera volonté de puissance. | | | | |
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| mot | | | La confusion entre l’être-existence (relation unaire) et l’être-identité (relation binaire) est bien illustrée par Gorgias, pour confondre Parménide : « Le non-être est le non-être ». | | | | |
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| mot | | | La pensée vise l’éternité, la langue appartient à son siècle, le souci se contamine par le quotidien. Mais, enfin, surgit l’état d’âme, ne débordant guère d’un instant fugitif, et finit par faire oublier le temps et régner l’être. Le point, dont part tout vecteur de l’âme. Et l’on comprend que l’être intemporel n’est point équivalent au néant, mais qu’il est le meilleur interprète de l’éternité. Celle-ci n’est jamais un séjour, mais un point de mire ou d’aspiration. | | | | |
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| mot | | | Pour juger si une abstraction vaut une passion, le chinois paraît être un test étonnamment efficace : non seulement on n'y trouve pas être, mais vérité, vérité, bonheur brillent fièrement par leur absence. Un bon philosophe commence par tracer une frontière entre ce qui n’est que langagier et ce qui appartient à la philosophie. | | | | |
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| mot | | | L’art de la traduction se prouve le mieux dans le rendu des métaphores. « La foudre engendre l’Univers » - Héraclite, je traduis par « Au Commencement était le Feu », et Heidegger y lit : « L’être de la lumière produit le devenir (la venue-à-l’être dans l’éclaircie) de l’Univers ». | | | | |
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| mot | | | Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique. | | | | |
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| mot | | | Le nom est l'épiderme des choses. L'arôme est sur les épidermes des asphodèles et des nénuphars. En dessous, presque tout est insipide. Le nom est promesse (« Nomen est omen » - Plaute). Ce que « nous nommons rose sous un tout autre nom sentirait aussi bon » - Shakespeare - « we call a rose, by any other name would smell as sweet ». Aimer la rose, rose absente de tous les bouquets (Mallarmé contre Ronsard), chassée du jardin (« l'être-rouge de la rose est absent du jardin »** - Heidegger - « das Rotsein der Rose steht im Garten nicht »), mais aussi de son propre nom (U.Eco). | | | | |
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| mot | | | Le sort comique du mot absolu, dans la philosophie européenne (ein Kabinettstück für Philosophieprofessoren - Schopenhauer). Pauvre Dieu spinoziste, enseveli sous une double couche d’absurdités – substance absolue. Pauvre savoir absolu Kant, réduit à ce qui est inconditionnel (inexistant dans la représentation, ce seul support de tout savoir), au savoir apriorique, dont la formule 5 + 7 = 12 exprime la quintessence. C’est de la misère, mais avec Hegel ce sera de l’indigence. | | | | |
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| mot | | | Prenez le syntagme : X agit comme Y et devient Z. Secouez le chapeau contenant les mots : l’Un, l’étant, l’être, la substance, tirez-en trois, au hasard, et introduisez-les, toujours au hasard, dans les béances du syntagme consentant. Parmi les parménidiens, antiques ou modernes, vous en trouverez certainement au moins un qui ait énoncé la sagesse, découverte de cette manière. | | | | |
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| mot | | | La véritable virilité de la logique se manifeste non pas dans la mathématique (B.Russell), mais bien dans la langue. Toutes les langues naturelles comprennent (contiennent) une logique formelle, mais se définissent au-dessus des représentations de la réalité et s'y attachent. Matière et esprit constituent la réalité. La mathématique est la seule science qui puise ses représentations presque exclusivement dans l’esprit, mais la matière, négligée ou méprisée, se plie à la mathématique, ce qui permet de considérer celle-ci comme la vraie ontologie de la réalité. | | | | |
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| mot | | | Aucun philosophe ne formula quelque chose de sensé au sujet de ces mots triviaux - néant, vide, rien. Le vide physique (l’absence de matière) ne présentant aucun intérêt en philosophie, on ne peut interpréter le terme de vide qu’au sens mathématique – l’absence d’existence ; il est donc un synonyme du mot néant. Quant au mot rien, dans un discours il n’est qu’une variable, signalant toujours la même absence d’existence. Bref, le terme net d’ensemble vide couvre ces trois mots vagues. | | | | |
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| mot | | | Dans un discours, ce qui compte, ce ne sont pas tellement les vaches réelles que les modèles et instances de vache, ces concepts (les êtres en puissance ou en acte), que Platon appelle idées, et auxquels il accorde, curieusement, plus de réalité qu'à la réalité elle-même ; mais ces idées ne nous sont pas données a priori, mais sont créées par le discoureur et où une solide dose de libre arbitre est évidente ; la précédence des idées est une chimère. | | | | |
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| mot | | | Pour se permettre l’ambition d’être homme de l’Être, il faut posséder le talent d’homme de lettres. | | | | |
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| mot | | | La langue est la maison de mes requêtes ; la représentation est la maison de mon savoir ; la réalité est la maison de l’Être. Tout l’Être n’est que réponses ; l’enfermer dans la langue, vouée aux questions, est un anthropomorphisme ; le réduire à la représentation, c’est tourner le dos à l’infini divin, pour ne rester qu’avec le fini humain. | | | | |
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| mot | | | Habitude vient de habere ; dommage que essai, qui s'oppose à habitude, ne vienne pas de esse ! La parenté avec habiter (comme celle de Gewohnheit - avec wohnen) est étrange : l'avoir en demeure s'appellerait-il - l'être ? Et l'être de l'homme est si souvent confondu avec le vulgaire habitus. | | | | |
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| mot | | | Aucune mystique intéressante ne peut se trouver derrière ces mots trop banals de rien, néant, non-être ; ils devraient être réservés à la logique ou à la grammaire rudimentaires et nullement à la philosophie. | | | | |
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| mot | | | Jamais deux personnes ne partagent le même graphe ontologique, et donc jamais les mêmes mots ne recouvrent chez eux le même sens. C’est ce qui justifie la créativité morphologique et conceptuelle de Heidegger. | | | | |
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| mot | | | On aurait dû avoir trois mots différents à la place du verbe exister, appliqué à la réalité, au modèle et au discours. Dans la réalité, comme nous le savons depuis Descartes, n'existent que des combinaisons d'atomes, res extensa (instances des classes physiques, chimiques et biologiques), et des manifestations de l'esprit, res cogitans (sujets qui créent, représentent et interprètent). La phusis et le logos, un couple, où le genre en dit long sur le rôle du géniteur respectif, et dont les définitions ne vont pas au-delà de : « What is mind ? No matter. What is matter ? Never mind. ». Dans le modèle existent des objets ; dans le discours existent des références d'objets renvoyant, par substitutions, aux objets du modèle. | | | | |
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| mot | | | L’abêtissement de la philosophie par le piteux tournant linguistique prouve que les Anciens furent plus profonds, en mettant l’ontologie, et donc la représentation, au centre de leur attention. Cet abêtissement frappa le vieux Wittgenstein, qui, jeune, adopta une démarche ontologique, proche de celle d’Aristote, mais, vieux, sombra dans une lamentable anthropologie des jeux de langage, jeux si appréciés par les plus bêtes des Anglo-Saxons. | | | | |
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| mot | | | La substance d'un concept ne peut être saisie sans claires indications de ses contraires intéressants. Que vaut cet avorton d'être, si pour ses contraires on nous exhibe un fantomatique non-être (engendré par des eunuques de la négation), un aptère devenir (qui n'est que l'être lui-même, muni d'une échelle temporelle), un insaisissable néant (pas plus riche qu'un ensemble vide) ? | | | | |
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| mot | | | En matière des niaiseries à nier, les assertions sont beaucoup plus vulnérables et instructives que les concepts. Tout Spinoza, tout Hegel, peuvent être ridiculisés de cette manière. La plupart des moralistes aussi. La possibilité, qui me manque, de réfuter que Dieu est, me cache son inexistence, est-ce plus absurde et bête que « L’impossibilité où je suis de prouver que Dieu n’est pas me découvre son existence » - La Bruyère ? | | | | |
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| mot | | | Les linguistes cherchent la source de la sémantique dans de vaseux sens lexicaux du signifiant, tandis que cette source est ailleurs et elle est double : les relations dans la représentation non-langagière (liens sémantiques – spatio-temporelles, causaux, mais aussi liens syntaxiques – références des substances) et le style dans la langue (les tropes). | | | | |
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| mot | | | Le langage apporte à la représentation des consonances, des ambigüités, des tropes, des passerelles communicatives ; il n’apporte rien à l’Être, quel que soit le sens qu’on attribue à cet avorton indo-européen. L’Être est, tout entier, dans le réel, que cherche, timidement, à imiter une représentation. La partie modélisable de ce réel s’appellera être-là. | | | | |
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| mot | | | On s'intéresse à la chose, ou, pire, à ses noms, cela donne de la prose, de ces creuses nébuleuses d'essence, substance, être, étant, état, présence. On se penche sur les relations entre les choses, cela mène à la poésie, aux constellations solidaires et assonantes avec ton étoile. | | | | |
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| mot | | | Dans la réalité existent des choses concrètes (matérielles ou spirituelles) ; dans la représentation – des objets abstraits. Tous les philosophes confondent ces deux notions, surtout lorsqu’il s’agit d’existence ou de liberté. La même mésaventure arrive aux notions de sujet, d’événement, d’action, de mouvement. | | | | |
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| mot | | | La syntaxe d’une langue est surtout universelle ; la syntaxe d’une représentation est souvent individuée. Logique ou ontologie. Merveille instrumentale ou merveille conceptuelle. | | | | |
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| noblesse | | | Mépriser l'avoir et le paraître et parier sur l'être est puéril ; d'autant plus que les sublimations de ces deux adversaires bien pâlichons s'appellent le devenir et le rêver ; le premier, mû par un talent, s'identifie avec la création, et le second, inspiré par une noblesse, t'installe dans la hauteur. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur est ce qui unifie les choses disparates (la profondeur divise et distancie, en mesures relatives) ; la hauteur dicte des valeurs absolues, en quoi elle est métaphysique : « La métaphysique voit l'être comme unité fondatrice de la hauteur » - Heidegger - « Die Metaphysik denkt das Sein in der begründenden Einheit des Höchsten ». | | | | |
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| noblesse | | | Ne s'intéresser qu'aux vecteurs, orientés par la noblesse, et aux valeurs, réductibles à la dignité, un point de vue de la verticalité, la hauteur, l'axiologie réconciliée avec l'ontologie. | | | | |
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| noblesse | | | Toute philosophie des profondeurs sape ou consolide les choses, même les choses, auxquelles nous n'avons pas d'accès, même les choses ne souffrant la présence ni d'observateurs ni d'architectes. Heureusement, la hauteur, elle, n'est pas un lieu (« aucun lieu au-dessus du plus haut » - Sénèque - « ultra summum non est locus »), mais un angle de vue, un regard sans présence, n'ayant pas besoin de coordonnées pour évaluer les choses. « En toute chose, ce que j'en attendais ne fut pas son essence, mais sa palpitation extérieure » - Pasternak - « Я во всём искал не сущности, а посторонней остроты ». | | | | |
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| noblesse | | | L'interminable série de défaites de la noblesse par plagiats-perversions : Héraclite voue la philosophie au discours poétique, et Parménide l'encanaille dans une logique bancale ; Pythagore cultive une lumineuse mystique du nombre, et les éléatiques récoltent une casuistique des ombres ; Lao Tseu place le tao dans une inaction altière, et Confucius l'embrigade dans de bas rites ; Platon hisse l'idée lyrique hors du sol, et Aristote la souille par un enracinement empirique ; le cynique prône le mépris hautain, et le stoïcien bassement l'arraisonne ; les murs de Jésus ne convainquent personne, mais les portes des églises rameutent ; la mystique d'une Déité de Maître Eckhart sombre dans le charlatanisme de l'Unité de Nicolas de Cuse ; Kant trouve, pour le savoir divin, un refuge dans la transcendance, et Hegel le réduit à l'état de caserne dialectique ; Nietzsche s'ouvre à l'ivresse des sens, et Heidegger l'évente dans la sobriété de l'être et de l'essence. | | | | |
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| noblesse | | | Exister, c'est trouver des aliments, qui entretiennent mon feu intérieur, sans en altérer la pureté. Vivre de mon feu et exister pour mon feu. Ce qui pourrait servir de contrainte à l'écriture : « La seule préoccupation de la pensée est, que la flamme, qu'elle entretient, brûle du feu le plus ardent et le plus pur » - A.Schweitzer. J'en vis ou je le nourris (le contraire de la salamandre de François Ier : « J'y vis et je l'éteins » - « Nutrisco et extinguo »), la hauteur en assurant la pureté (« Aucune hauteur ne m'arrête » - « Quo non ascendam » du Roi-Soleil). | | | | |
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| noblesse | | | Trois niveaux de nihilisme : l'ontologique - nier l'être des choses réelles (les platoniciens), le fiduciaire - croire, que tout créateur doit partir de ses propres modèles de la réalité (les Russes), l’herméneutique - exclure tout lien entre le réel et le représenté (les phénoménologues) ; Nietzsche condamne le premier et le troisième, mais il est, lui-même, nihiliste, dans le deuxième sens, le russe. | | | | |
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| noblesse | | | Le nihilisme s'oppose à la routine de l'évolution, mais la révolution de la négation totale ou universelle lui est encore plus étrangère : l'insupportable bavardage autour du néant, de l'absence de sens, de la transvaluation, du vide substantiel est signe d'une indigence imaginative ; le nihilisme en est la richesse et la fraîcheur. | | | | |
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| noblesse | | | Choisir soi-même ses pierres d'achoppement, c'est l'art de ne pas faire un dernier pas, l'art de s'arrêter sur le plus beau des avant-derniers et laisser le point d'orgue à l'interprète divin. On ne finit pas ce qui est beau, on l'abandonne. Tout devenir réussi rejoindra immanquablement l'être, mais le poète ne s'y attardera pas. « En poésie on n'habite que le lieu qu'on quitte »* - R.Char. Le poète vibre du chercher, mais l'exhibe par le trouver : « La poésie est la trouvaille verbale de l'être » - Heidegger - « Das Dichten ist ein sagendes Finden des Seins ». | | | | |
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| noblesse | | | Sub speciae aeternitatis ne naissent que des ennemis de l'éternité. Celle-ci ne fraie qu'avec l'au-delà de l'être (l'Idée du Bien) de Platon, l'extase de Plotin ou de St-Augustin, la profession de Pascal, le bon plaisir de Dostoïevsky, l'au-delà du bien et du mal (l'intensité du Beau) de Nietzsche. Bref, sub speciae absentiae. | | | | |
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| noblesse | | | Il est facile de proclamer grand ou inexistant n'importe quoi ; c'est ce qui est grand et inexistant qui mérite notre vénération - Dieu et le bien, le beau et l'amour. Ce sont des arbres, comme tout le reste, mais arbres privés de racines à nourrir ; la terre et l'eau leur manquent, ce qui les voue à l'air et au feu. C'est cette splendide inexistence déracinée, aérienne ou flamboyante, qui élève mon regard, surtout aux moments, où mes yeux sont baissés. | | | | |
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| noblesse | | | L'avoir a honte de mon savoir, l'être est fier de mes spectres. Fantômes savants et sagacité fantomatique - cures de mon orgueil et de mon défaitisme. | | | | |
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| noblesse | | | Jadis glorieux, vivre de l'impossible devint honteux. C'était vivre de l'espérance, c'est à dire d'une promesse de l'impossible. Saisir l'impossible, ou le néant, permet de cerner les frontières du nécessaire, ou de l'être. Plus on rêve l'impossible, mieux on fait le nécessaire. Mieux on saisit le platement possible, plus on est bassement suffisant. | | | | |
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| noblesse | | | Penser que l'essentiel est dans les objets ou jugements sur eux, c'est se condamner à l'accessoire. L'essentiel est dans la position des mains, qui caressent, et surtout dans la hauteur des yeux, qui se confessent. | | | | |
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| noblesse | | | Être entier par le regard (syncrétisme de hauteur) et fragmentaire par les choses regardées (éclectisme d'étendues sélectives). Le regard est vecteur apriorique de valeurs, et les choses n'en sont que porteuses apostérioriques. L'intensité du regard est au-dessus de la pénétration métaphysique. « En pensant en termes des valeurs, la métaphysique s'interdit de ne livrer l'être qu'au regard » - Heidegger - « Durch das Wertdenken fesselt sich die Metaphysik in die Unmöglichkeit, das Sein nur in den Blick zu bekommen » - sous un bon regard l'être ne fait pas que marcher, il se met à danser. | | | | |
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| noblesse | | | Le néant fut l'ultime refuge des attributs, qu'on avait tenté d'attacher à Dieu, à l'amour, à l'art. On appela cette tentative désespérée - l'absurde ou l'existentialisme. Sans point d'attache crédible, ces attributs n'ont qu'à se substantiver et à ne se lier qu'avec des conjonctions décharnées. | | | | |
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| noblesse | | | Il n'y a rien à explorer, poétiquement, dans ce que nous devrions ou, encore moins, pourrions être. La seule recherche, visant des réactions concrètes, serait ce que nous voudrions ne pas être. | | | | |
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| noblesse | | | Ma vie, c'est la trouvaille de Tout par quelque chose qui est moi. Pour les autres : « La vie est une quête, par un Rien, d'après quelque chose » - Morgenstern - « Das Leben ist die Suche des Nichts nach dem Etwas ». | | | | |
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| noblesse | | | C'est la part du rêve ou du talent qui traduit, respectivement, mon vouloir ou mon pouvoir – en valoir. Je suis ce que je veux en rêve, je deviens ce que je peux avec mon talent. Je vaux par l'harmonie entre mon être et mon devenir. | | | | |
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| noblesse | | | Le destin se présente en loques, c'est le hasard qui se pavane en robes d'apparat ; et le bon goût consiste à anoblir les haillons du premier et à se moquer des paillotes du second. Tenir à l'être éphémère au détriment d'un devenir historique : au flux du devenir résiste l'être latent. Ou bien ne voir dans les deux qu'un aspect vestimentaire, sans rapport avec la nudité de mon être, dont aucune couture ne cache les coupures. « Sur les guenilles usées du chantre, la gloire n'est que du rapiéçage voyant » - Pouchkine - « Слава - яркая заплата на ветхом рубище певца ». | | | | |
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| noblesse | | | L'ordre du progrès dans l'art du mépris pour : ceux qui font, ceux qui font savoir, ceux qui savent faire, ceux qui savent. Et l'on finit par ne se fier qu'à ceux qui rêvent, sans passer par ces verbes parasites : être, avoir, faire, savoir, devoir, pouvoir… | | | | |
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| noblesse | | | Plus on s'accroche à la hauteur, plus on tient aux catégories d'être et de valeur ; plus on se consacre aux profondeurs, plus on est tenté par l'avoir et la valeur marchande. | | | | |
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| noblesse | | | Les plus belles des contraintes, en positif : poursuivre ce qui peut être tout ; en négatif : fuir ce qui doit être rien. « Pour être tout, ne sois rien en rien » - Jean de la Croix - « Para venir a serlo todo, no quieras ser algo en nada ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce n'est ni la « durée-étendue » (Rousseau) ni l'« intensité-profondeur » (Nietzsche) des grands sentiments qui fait les grands hommes, mais l'intensité de la durée, du devenir, - la hauteur. On est ce qu'on devient, se dit l'homme d'élan ou de plume, tel fut le sens de la vie nietzschéenne, qu'il déforme lui-même dans le paradoxal : « Comment on devient ce qu'on est » - « Wie man wird was man ist » - à moins qu'il y mette simplement le comment au dessus du quoi, ce qui aurait dû donner : comment on est ce qu'on devient. | | | | |
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| noblesse | | | Face à la fragilité des causes premières intellectuelles, trois réactions actives possibles : la trahison - retour au palpable, aux affaires, aux palabres ; la perversion - chant cynique, le désespoir bien pesé ; la fidélité-sacrifice - chant du cygne, l'espérance parée de sa gratuité : « Le sacrifice a en soi sa propre essence et n’a pas besoin de but ou d’utilité » - Heidegger - « Das Opfer hat in sich sein eigenes Wesen und bedarf keiner Ziele und keines Nutzens ». La réaction passive serait de fermer les yeux, face au problème des causes, et de ne vouer son regard qu'au mystère de l'effet : « Les ténèbres de l'âme ont besoin non pas de rayons de soleil, mais du regard sur la nature »* - Lucrèce - « Animi tenebras necessit non radii solis, sed naturae species ». | | | | |
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| noblesse | | | Ni mon être (qui prend appui sur la profondeur de mon intelligence), ni mon devenir (qui rayonne à partir de l'ampleur de mon savoir) ne m'accompagnent là où est aspiré mon âme (qui ne vaut que par la hauteur de mon souffle, de ma noblesse) ; la hauteur est non-lieu de mon crime d'être né, suite à ma fuite devant le monde sans danger : « Il ne suffit pas de venir au monde pour être né » - R.Gary. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'Éternel Retour je ne vois pas de cycles ; j'y vois, par contre, l'extase hautaine qui, intemporellement, seule épuise l'essence de la chose, qu'aucun mouvement, circulaire, linéaire ou chaotique, aucun approfondissement ni élargissement n'enrichit ni n'éclaire. La chose reste la même, face à toute bougeotte, et ne se résume que dans l'intensité du regard initiatique ; l'intensité non-noble est propre des passions aujourd'hui dominantes : la Bourse, le flirt, la gazette. Mais tenir à la permanence de l'intensité, c'est aussi chercher à mourir debout, contrairement aux autres : « Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès »** - Pascal. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'édifice de mon âme, seuls les soubassements doivent garder leurs attaches spatiales, que je refuserai aux fenêtres et aux toits ; ainsi je me retrouverai dans des ruines nihilistes - privées d'attaches temporelles ; débarrassé de l'irréversible devenir, j'y vivrai un éternel retour de l'être atemporel, à l'opposé du Nietzsche simple, pour qui, c'est la réminiscence du devenir qui rend éternel le retour (mais c'est l'un de ces opposés que le Nietzsche complexe aime épouser avec tant d'égalisante intensité – retour du même !). On est séduit par ce « pathos universel de l'illusoire réminiscence » - Jankelevitch. Et moins je vois les attaches banales, mieux je m'attache à la grande distance. | | | | |
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| noblesse | | | Je parcours mon soi illimité, à la recherche de son essence, je m'arrête aux suites de : je pense, j'agis, j'innove, je suis ému, je maîtrise - pour converger, finalement, vers leur limite commune - je crée. Mais pour qu'elle présente un intérêt, il faut qu'elle ne m'appartienne pas, il faut donc que j'aie un talent, que je sois un Ouvert. Le monde même reste un Ouvert, grâce à la création (Heidegger - « Das Werk hält das Offene der Welt offen ». | | | | |
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| noblesse | | | Le sage est pessimiste des fins et optimiste des commencements ; et pour assurer un fond joyeux de son existence, il tient à donner à son essence une forme toujours initiatique. | | | | |
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| noblesse | | | On admire le mieux le paysage, quand on est pourvu d'un immuable climat : « Soit que nous nous élevions jusque dans les cieux, soit que nous descendions jusque dans les abîmes, nous ne sortons point de nous-mêmes » - Condillac. Les autres répètent, avec Heidegger, qu'ils « se tiennent toujours hors d'eux-mêmes, auprès de l'Être » - « 'Ich bin' ist immer jenseits des Seins, neben dem Sein als ständiger Anwesung » - qu'on soit dans le processus ou dans la frontière, qu'on soit Ouvert ou Fermé, qu'on soit regard ou énergie, on ne démord pas de son soi inconnu, ce gardien de l'être. | | | | |
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| noblesse | | | Aucune de mes frontières, en étendue et en profondeur, ne m'appartient, j'y suis un Ouvert ; c'est en hauteur que je n'ai rien à atte(i)ndre, qui ne soit à moi ; Heidegger, dans son oubli de la hauteur, confond horizons et firmaments : « L'horizon n'est nullement rapporté au regard, mais signifie la clôture » - « Aber Horizont ist gar nicht auf Blicken bezogen, sondern besagt den Umschluß » ; quand l'horizon se réduit au temps, qui rend compréhensible l'être, on néglige le firmament, qui est l'espace, demeure ou ruines, du devenir. | | | | |
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| noblesse | | | Noblesse de l'intelligence, caresse de l'existence, altesse de l'essence - tels seraient les domaines, dans lesquels je plongerais ma réflexion, si l'on me demande, pour qui je me prends, - l'arrogance est la modestie des timides. | | | | |
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| noblesse | | | L'essence du monde se réduit au fond mathématique et à la forme musicale ; et, respectivement, il n'y a que ces deux seules sortes de génie humain, maîtrisant la mystique soit du nombre soit de la mélodie, de l'être ou du devenir ; dans d'autres domaines, il ne peut y avoir que des talents. | | | | |
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| noblesse | | | La vie d'un créateur consiste à traduire le visible en lisible, le devenir en l'être, le prochain en lointain ; c'est son talent qui détermine si l'on y entendra un chant ou un compte rendu, si l'on y verra une danse ou une marche, si l'on y sentira une caresse ou une violence. | | | | |
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| noblesse | | | Pour eux, le problème de la soif se réduit à l'état de la robinetterie, comme le mystère du désir - au manque, à l'absence, au néant, et ils brandissent leurs solutions sanitaires ou métaphysiques, pour te calmer. Qu'est-ce que le désir ? - un feu, qui ne demande au monde que d'être un aliment pur, pour l'entretenir et ne pas trop l'encombrer de cendres ou de fumées. | | | | |
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| noblesse | | | Tant d'héritiers de l'Être (Parménide), du Nombre (Pythagore), de l'Idée (Platon), de la Substance (Aristote), du Doute (Pyrrhon) ; ce qui tomba en déshérence, c'est la Passion (Épicure, comme tous les autres Anciens). | | | | |
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| noblesse | | | L'être et l'étant : le premier - la nuit des rêves, à la lumière de mon étoile ; le second - le jour des veilles, dans les ombres de la terre. | | | | |
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| noblesse | | | La bouche parle du hier du sentiment ; la plume - du lendemain de la pensée ; le cœur - de son aujourd'hui débordant. « Donner du temps au temps, pour que le vase déborde » - Machado - « Demos tiempo al tiempo ; para que el vaso rebose ». Se pencher sur le sens de la dernière goutte (le devenir causal), sur la plénitude du vase (l'être parfait), sur sa forme (l'éternel retour du même). | | | | |
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| noblesse | | | Aussi abstraite que soit n'importe laquelle de mes remarques, je ne parviens jamais à la détacher de mon corps, c'est à dire d'une caresse ou d'une douleur, vrillées au corps de mon discours. Valéry parle d'un corps de l'esprit comme d'une inconnue sur l'arbre intellectuel. L'inhumaine pseudo-ascèse platonicienne : « mourir au corps, pour libérer l'essence et renaître à l'être » - explique l'obsession des Anciens par la minable tranquillité de l'âme, prépare le chemin à l'idée saugrenue de la résurrection, et, surtout, justifie la robotisation actuelle des esprits (esprit de corps). | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes portent sur le devoir, les buts - sur le vouloir, les moyens - sur le pouvoir. Mon valoir est dans leur hiérarchie, et mon savoir y répartira l'être, par exemple : « Vouloir est l'Être originel » - Schelling - « Wollen ist Ursein ». La plus belle démonstration d'un but - une projection de contraintes (les principes) sur les moyens (les faits). | | | | |
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| noblesse | | | La plus haute création n'est pas celle qui peint ce qui aurait pu ou dû être, mais ce qui est ; le vouloir ou le devoir devraient se mettre au service du pouvoir, c'est à dire du talent, artistique ou scientifique, qui est l'interprète le plus fidèle du valoir intellectuel. | | | | |
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| noblesse | | | L'existence de ce que désigne le pronom à la première personne réduit les verbes essentiels (relationnels) au statut d'étiquettes et met les objets à leur vrai place, celle des humbles compléments. L'existentialisme et la phénoménologie sont de mauvaises grammaires, aux précédences pipées. | | | | |
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| noblesse | | | L'émotion et l'intelligence sont d'immenses problèmes, que nous dicte le mystère de l'âme et de l'esprit, ces derniers n'étant, peut-être, que deux émanations ou deux langages de ce qu'ils appellent être ; l'être ne serait envisageable qu'à travers l'âme ou l'esprit, qui en seraient des trous (Hegel et Sartre) ou des plis (Spinoza et Heidegger), et que j'appellerais, dans la même veine érotique, - des excitants ou des excités. | | | | |
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| noblesse | | | La hauteur n'est pas un stade ultime d'un passage réitéré de moins à plus haut, mais un état d'âme intemporel, qui est essence même d'un esprit noble. | | | | |
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| noblesse | | | Si « la construction d'une maison est un but et une intention intérieurs » (« Ein Hausbau ist ein innerer Zweck und Absicht » - Hegel), alors des casernes ou salles-machine accueilleront mon œuvre, tout en se présentant comme maisons de l'être. Ma maison aurait dû n'être qu'une contrainte, m'invitant à ne pas trop regarder la terre, à privilégier le ciel et à songer au passé, et l'architecture des ruines s'y prête le mieux. | | | | |
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| noblesse | | | Les yeux suffisent pour fixer mes buts ; pour poser mes contraintes, j'ai besoin de regards ; les yeux saisissent mes frontières visibles, le regard me fait tendre vers mes limites, qui ne sont pas à moi, il me rend Ouvert. Mon côté animal perçoit un monde clos ; mon côté humain conçoit un monde ouvert. Beaucoup de liberté sur cet axe, pour un créateur inspiré : « De tous ses yeux l'animal perçoit l'Ouvert, sa profondeur se lit sur son visage. Son être est sans regard » - Rilke - « Mit allen Augen sieht die Kreatur das Offene, das im Tiergesicht so tief ist. Sein Sein ist ohne Blick » - la hauteur de cet Ouvert s'écrit par le regard. Ce, que ne voient que les yeux, m'enferme, fait de moi - une bête, dont la frontière devient sa cage. | | | | |
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| noblesse | | | L'homme est pourvu de si merveilleux capteurs du réel, que son monde intérieur reflète fidèlement, et en tout point, malgré l'effet de la Caverne, - le monde extérieur. Partir du sujet (le vitalisme) ou bien de l'objet (la phénoménologie) promet les mêmes tableaux, les mêmes profondeurs, la même architecture. Ce n'est qu'en hauteur que cet équilibre se rompt et qu'on gagne, en s'accrochant à l'homme. L'exemple flagrant en est l'interprétation de l'éternel retour du Même. Dans ce même, Heidegger voit l'immuable Être extérieur, et moi, j'y vois l'intensité tout intérieure, l'excellence, l'extase du superlatif et non pas la paix ou la certitude du positif, et encore moins la platitude du comparatif (l'attitude de la majorité, dictée par le goût du changement). | | | | |
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| noblesse | | | Je n'aime pas ces profanations, purement verbales et anti-poétiques, du beau terme de commencement, que sont l'être ou le néant (par l'intermédiaire du devenir fantomatique), ces spectres interchangeables, sur lesquels se gargarisent Hegel et Sartre. Le commencement est un surgissement d'une émotion, d'une image, d'une mélodie, d'un état d'âme qu'aucun développement rationnel n'épouse ni n'explique ; on ne peut lui rester fidèle qu'en poésie d'enveloppement par un mot inspiré, c'est à dire puissant, ironique, créateur et noble. | | | | |
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| noblesse | | | Quand on a une vie intérieure suffisamment intense, tout événement extérieur se vit comme un insignifiant retour du même, puisqu'il ne modifie pas l'essentiel. Ce qu'un démon hurla à Nietzsche comme un incipit tragique et banal, un ange me chanta comme un sufficit ironique et musical. Mais ce retour est éternel, puisqu'il ne concerne que des démons ou des anges, ignorant le temps et s'entourant de l'être. À moins que ce soit le même personnage, puisque le démon, qui étend son acquiescement jusqu'à sa propre chute fatale, redevient ange. | | | | |
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| noblesse | | | Aristocrate vulgaire ou prolétaire vulgaire : ne valoir que par son ascendance généalogique ou sa descendance biologique (proles - progéniture). On doit être, en soi, un arbre ontologique entier, prêt à s'unifier, mais réticent aux forêts. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'arbre se réunissent les quatre éléments : « De la racine de ses origines, l'âme humaine tend, à travers l'humus de l'être, vers son étoile, portant vers la hauteur son obscure source dédiée à Neptune et Vulcain, portant vers la profondeur son but limpide dédié à Apollon, s'étendant en branches tel un arbre »*** - H.Broch - « Des Menschen Seele reicht aus ihren Wurzelabgründen im Humus des Seins zum Sternenrund, aufwärtstragend ihren poseidonisch-vulkanisch finsteren Ursprung, abwärtstragend das Durchsichtige ihres apollinischen Zieles, baumgleich sich verzweigend » - quel magnifique itinéraire - de la terre de ta vie, de l'eau de Neptune, du feu de Vulcain, de l'air d'Apollon - vers l'arbre de ta création ! Ce qui rappelle la quadruple oraison funèbre, que tu dédias à l'agonie de Virgile : à l'eau d'arrivée, au feu de chute, à la terre d'espérance, à l'éther d'enfance. | | | | |
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| noblesse | | | Rien n'est sacré d'avance, on le devient. Le sacré, c'est un bruit de la vie, devenu musique par une intervention poétique. Ce sacré élitiste devient universel, lorsque le poète est doublé d'un penseur, pour non seulement nommer le sacré (Heidegger), mais y déceler de l'essence de la vie. | | | | |
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| noblesse | | | Le sacré : une hauteur émotive, sublime, impondérable et répétitive, qu'aucune épreuve par la pesanteur du plat ou du profond ne fasse chuter. Ce qui me fait fermer les yeux, pour rêver ou pour cacher les larmes. Une déraison d'être, larmoyante et grandiose. | | | | |
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| noblesse | | | La philosophie devrait donner envie de rire, dans les coulisses, de la forme comique de l'existence de l'homme et de pleurer face au fond tragique de son essence. Mais les raseurs professionnels (« Denker von Gewerbe » - Kant) nous donnent envie de bâiller sur la platitude statistique de la substance ; la comédie leur paraît sérieusement indigne et la tragédie - ridiculement insigne. | | | | |
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| noblesse | | | Dans un monde, où règnent la violence et l'injustice, trouver un objet de refus ou de déni nourrit le sens du sublime, mais dans nos sociétés apaisées et transparentes nier devint avatar des niais. Le domaine de la négation est si vaste, que des myriades de choses niaises et sublimes y voisinent, sans se gêner mutuellement. Le signe d'acquiescement indique aujourd'hui plus sûrement sinon l'être au moins l'étant du sublime. | | | | |
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| noblesse | | | Être et avoir : je suis passions et faiblesses, contraintes et commencements, talent et noblesse, vouloir et valoir ; j'ai la raison et la force, les buts et les moyens, le savoir et le pouvoir. On ne peut vivre, c'est à dire agir, de mon avoir, mais mon être doit se dédier au rêver, c'est à dire au créer. | | | | |
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| noblesse | | | La profondeur de mon regard permet de toucher aux choses essentielles de l'être, son ampleur – d'interpeller les relations essentielles du devenir, sa hauteur – de faire entendre ma propre voix, visant l'intensité et la noblesse. Le bouquet complet s'appelle grand regard (der große Blick de Nietzsche). | | | | |
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| noblesse | | | Les plus beaux désirs naissent non pas d'un manque dans le réel, mais d'un débordement dans l'imaginaire, non pas de la pesanteur de l'avoir terrestre, mais de la grâce de l'être céleste, non pas d'un prurit aux pieds, mais d'un élan des ailes. | | | | |
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| noblesse | | | L'âme est musicale, et le souci d'acoustique la rend alliée de certains vides ; l'esprit ne tolère pas le vide ; si je ne le remplis pas par une culture, c'est à dire d'un souci d'excellence, il sera envahi par le fait divers, ennemi du souci de l'être, de cette cura esse, qu'on retrouve dans pro-cureur et curé, se souciant de nos esprits ou de nos âmes et nous procurant des bancs des accusés ou des confessionnaux. | | | | |
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| noblesse | | | Être ou devenir, deux facettes de mon moi, l'essence et l'existence. L'être, ce sont mon intelligence et ma noblesse ; le devenir, ce sont mes actions et mon avoir. Il suffit d'avoir du talent, pour que, dans tous ces ingrédients, se manifeste ma création ; et le talent, c'est la prémonition et la maîtrise des caresses, que puissent prodiguer mon corps ou mon âme. Toute belle création est création de caresses – musicales, érotiques, intellectuelles. | | | | |
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| noblesse | | | Le poète est anti-parménidien : il crée de l'être à ce qui n'en a pas (le haut rêve) et réduit à néant ce qui est (la basse réalité) – but et contraintes. | | | | |
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| noblesse | | | Tu es ce que sont tes commencements. À la fin, tout - tes pensées, tes actes, tes rêves - ne seront que ruine. Veux-tu l'être, comme t'y invite Nietzsche : « À la fin tu seras ce que tu es » - « Du bist am Ende, was du bist » ? La seule chose qui comptera à la fin, c'est la consolation, mais qui ne peut provenir que de l'Autre, celui qui te sortira de l'enfer. | | | | |
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| noblesse | | | À l'être des cuistres et à l'étant des rustres, l'aristocrate oppose le lustre - des valeurs. Mais nous vivons au siècle des déconstructeurs : se déprendre de la magie des valeurs pour s'adonner à la logomachie des vocables. | | | | |
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| noblesse | | | On ne peut pas préférer, en toute circonstance, l'immobilité au mouvement, ou vice versa : il y a musique de l'être et musique du devenir ; la puissance ou la beauté de l'une se répercute systématiquement sur l'harmonie ou le ton de l'autre ; comme le Bach de l'être, le Beethoven du devenir ou le Mozart des deux - sont complets, tous les trois, dans leurs éléments. | | | | |
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| noblesse | | | Le terme d'être, presque entièrement vide, est tout de même utile, pour désigner ce point médian entre la pensée et le rêve, ou entre la raison et l'âme. Le problème est dans l'entente impossible entre l'en-deçà de l'être, qui est vivre (où l'on vit selon son muscle), et son au-delà, qui est rêver (où l'on est selon son âme). | | | | |
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| noblesse | | | Le surhomme se moque de ses muscles, de ses pensées, de son avoir et même de son être, il est dans un devenir artistique, dans une beauté naissante et non pas dans une vérité déclinante ; il est, donc, un grand consolateur de l'homme solitaire et désespéré. Et son langage vaut par sa musique haute plus que par son message profond. L'art et le langage forment la vie et ont pour dénominateur commun – l'intensité. Ainsi, Nietzsche mérite le titre de seul philosophe complet de l'histoire. | | | | |
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| noblesse | | | Fonder ma vie sur le savoir est certes bête, mais la redresser par le rien n’est guère plus glorieux. Il faut orienter ma vie par le rêve, cette ignorance étoilée, que m’inspire mon soi inconnu. | | | | |
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| noblesse | | | Mes yeux peuvent se contenter de la réalité, mais mon regard, sollicité par mon rêve, cherche à lui échapper. La réalité est fondée sur les profondeurs communes ; son apparence est accessible à mes yeux ; mais son sens et ses limites ne s’ouvrent qu’à mon regard. Tous les horizons sont fermés ; il me faut l’Ouvert du firmament, où j’aimerais placer mon élan, se matérialisant dans un devenir créateur. | | | | |
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| noblesse | | | Le mode énumératif, en épluchant des catégories ou en échafaudant des faits, résulte en même ennui, celui de tout discours, savant mais dépourvu de beauté, sur l’essence ou l’existence ; seuls la noblesse et le style sont capables de donner de la hauteur à l’essence et de l’ironie à l’existence, pour échapper à la banalité, à l’inertie, au hasard. | | | | |
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| noblesse | | | Être sage, c’est tenir à la hauteur ; pour le devenir, il faut avoir méprisé et les connaissances et les vérités, quelles qu’en soient la profondeur ou l’étendue. S’être imposé de telles contraintes peut dispenser et du talent et de l’intelligence. | | | | |
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| noblesse | | | La ligne de partage intellectuelle la plus marquée est celle qui oppose la hauteur à la profondeur, Héraclite à Parménide, le devenir à l'être, Nietzsche à Heidegger, l'arbre, qui fleurit, à l'arbre, qui se ramifie, l'intensité à la densité. Les meilleurs des héraclitéens maîtrisent tout ce que Parménide a à dire ; l'inverse est rarement vrai. | | | | |
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| noblesse | | | Les valeurs comptent par leur hauteur atemporelle ou par leur poids d’aujourd’hui. Donc, A.Koyré a tort de reprocher à l’ontologie « le divorce total entre le monde des valeurs et le monde des faits » - ils se sont, au contraire, rapprochés, puisqu’ils ne se mesurent plus que par le poids et non par la grâce. | | | | |
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| noblesse | | | Là où ce n’est pas l’essence mais la nuance qui compte, on est dans le commun, dans le comparatif, tandis que c’est dans le sublime, dans le superlatif, que s’exprime une âme originale. Le Français mise trop sur la nuance, tandis que l’Allemand vise surtout l’essence. | | | | |
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| noblesse | | | Les contraintes sont un prérequis de la noblesse ; c’est pourquoi, celle-ci se manifeste, le plus souvent, dans la musique et dans la poésie. « La gêne fait l’essence et le mérite brillant de la poésie »* - Fontenelle. | | | | |
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| noblesse | | | Rêve de puissance est un oxymore ; le rêve ne peut naître que de ta résignation à détacher de la terre tes élans aériens, donc naître de ta faiblesse, de ton impondérabilité. La maîtrise, de ton existence ou de ton art, consiste en coopération mutuelle entre la profondeur du savoir et la hauteur du vouloir. | | | | |
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| noblesse | | | Aux termes d’être (réalité absolue, universelle) et de vie (réalité vécue, individuelle), je préfère celui de rêve, en opposition à toute réalité, - l’attraction par le mystère de nos meilleurs élans et de leurs cibles. | | | | |
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