| préface | | | Héraclite me soufflait : « Voilà quelqu’un qui, en se plongeant dans mon flux, ne pense qu’aux entrées et méprise la nage et la navigation ». St-Augustin comprit ce que veut ma maîtrise : « Son esprit commande que son âme veuille » - « Imperat animus suus, ut velit anima sua ». Montaigne fut mon bon lecteur : « En voulant se transformer en bête, il se transforma en ange ». Pascal saisit le jeu de mes fibres : « Son intelligence sait céder au sentiment ». Ma recherche de consolations fut bien résumée par Voltaire : « Dans le rêve il trouve son bonheur, en échappant à la réalité ». Mon ami Nietzsche vit bien la place de mes trésors : « Au commencement il sera ce qu’il est » - « Er ist am Anfang, was er ist ». Et pour apprécier mon chant de la faiblesse, il faut être Heidegger : « Le Bien n'est pas pour tout le monde, mais seulement pour les faibles » - « Das Gute ist nicht für jedermann, sondern nur für die Schwachen ». Le regard de ma compagne, M.Tsvétaeva, me suivit dans les éléments opposés : « Il est Phénix ou Narcisse : il chante dans le feu et s’admire dans l’eau » - « Птица-Феникс он, в огне поёт, в воде в себя влюбляется ». Cioran m'écrivit : « Comment se hasarder encore à une œuvre en partant de l'âme ? Et puis, il y a le ton. Le vôtre - j'en ai peur - sera du genre noble, entaché de mesure et d'élégance ». Curieusement, votre voisin d'en face, de l'autre côté de la rue de l'Odéon, me mettait en garde dans les mêmes termes. Mais les deux furent généreux avec moi ; celui-ci – en introduisant fraternellement ce livre, celui-là – en me laissant de la place, où je peux défier ses appréhensions, en dédiant, à titre posthume, mes soubresauts aux plus défaites des « hautes turpitudes ». | | | | |
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| action | | | Les actes d'homme sont les branches les plus proches de la terre. Pour que l'arbre ait forme et hauteur, souvent, il vaut mieux l'élaguer par le bas. | | | | |
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| action | | | Gymnastique de l'interprétariat : lire la misère et la nudité apparente des choses comme tentatives de traduction d'un texte riche et soigné, tentatives ayant fait long feu, et dont j'accueille les cendres. « Un rapport continu des choses avec l'infini et avec l'homme, une vie indéterminée et vague, le tout en relation avec les élans de l'âme » - Leopardi - « Un rapporto continuo delle cose coll'infinito e coll'uomo, una vita indefinibile e vaga, il tutto in relazione cogli slanci dell'animo ». | | | | |
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| action | | | Dans ce qui est aérien, le souffle coupé promet de plus beaux voyages que les poumons pleins. Dans le liquide, il vaut mieux être amer qu'acide ou aigre, pour se verser dans la vie. Dans le solide, - moussu ou rouillé qu'usé, pour atteindre un noyau sec et décapant. | | | | |
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| action | | | Pourquoi la voile est-elle au-dessus des rames ? Parce que le souffle n'entraîne que la haute voilure. En ramant, on goutte du front, en levant la voile - des yeux. | | | | |
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| action | | | L'ardeur : dans l'action elle devient combustible commun, dans la contemplation - ta lumière, dans le rêve - la musique, ton ombre. | | | | |
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| action | | | L'art résulte du larcin, que commit Prométhée auprès des dieux coopératifs : Athéna et Héphaïstos, s'occupant, respectivement, de l'intelligence et de l'action ; mais ce n'est ni la cervelle ni le bras qui résument la création divine, mais bien le feu ; les hommes perdirent la forme ardente et ne gardèrent qu'un fond tiède de raison et d'efficacité. « Sans le feu, la connaissance de l'art est impossible » - Protagoras. | | | | |
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| action | | | L'obligation d'avancer mon esquif me poussera à m'intéresser aux étoiles et même réveillera l'angoisse des profondeurs. Qui rame ne voit pas le fond - c'est la sueur qui obstrue la vue. Ce seront les larmes, si je ne fais que scruter le ciel. Ou le sang, si je n'aspire qu'au fond. Le fond paraît net surtout aux aveugles de naissance. | | | | |
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| action | | | J'évaluerais l'archer non pas en traces et en grammes, mais en grâce et en flamme ; pour la première gloire, il faut décocher des traits, être Achille, pour la seconde - s'enticher de ses propres traits, être Narcisse. Tenir à la lumière des autres ou être sa propre ombre. « Tire tes flèches, et tu deviendras une lumière pour les hommes » - Homère. Janus du jour, Janus de la nuit – ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. | | | | |
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| action | | | Le souffle sert, quand on parle voiles, non rames, gouttes dans les yeux, non sur le front. | | | | |
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| action | | | L'aviron du Rêve ne peut plus atteindre les mares de la vie fuyante. Cependant, rame ! L'élément naturel du rêve est l'air. Ignorant le but, le rêve est mû par la contrainte. | | | | |
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| action | | | Le contraire d'inspiration n'est pas travail, mais calcul. L'inspiré ne transpire pas moins que le calculateur, mais ce n'est pas sa cervelle qui appesantit et chauffe les gouttes. | | | | |
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| action | | | La force se prouve par l'action ; celle-ci devrait donc s'occuper de racines, sans se mêler de fleurs et encore moins – de cimes. L'esprit est l'adorateur principal de la force : « L'inaction sape la vigueur de l'esprit » - de Vinci - « L'inazione sciupa l'intelletto ». La vigueur provenant essentiellement de la terre et l'esprit gagnant surtout par sa profondeur, on n'est pas prêt à opter pour l'action, si l'on est muni d'ailes. | | | | |
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| action | | | L'action du sot est la traduction la plus fidèle de son essence ; l'action du sage reconnaît se devoir au hasard, aux contraintes extérieures, fondamentalement incompatibles avec son essence. « L'action de l'ignorant est sage ; celle du savant est sotte »** - Théophraste. D'ailleurs, les dernières paroles de Théophraste - n'oubliez pas qu'il y a beaucoup de choses inutiles - portaient sur l'importance des contraintes intérieures. | | | | |
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| action | | | Tout ce qui s'achève n'est plus de la vie, mais de l'inertie. La vie est dans le toupet du premier pas, dans un sens, que l'inertie ignore. « Ici, sur terre, tout ne fait que commencer et rien ne s'achève »** - Dostoïevsky - « Здесь, на земле, всё начинается и ничего не кончается ». Finis coronat opus - un adage, bon tout juste pour la mécanique. | | | | |
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| action | | | La position couchée et une belle soif semblent être attachées à la hauteur, qu'il s'agit d'imaginer plutôt qu'escalader. Entre le haut ciel et la terre basse, il n'y a que la table et le lit qui sont à la bonne hauteur. Le genialis lectus accueille les pensifs et les lascifs et favorise les fulgurances géniales ou génitales. | | | | |
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| action | | | Avec l'arc, cette arme à air, on peut briller, sans décocher de flèches, rien qu'en bandant sa corde. Avec l'arme à feu, on ne dit rien de ses muscles, si l'on ne la charge qu'avec des cartouches à blanc. Sachant ces dangers, les sots modernes se vouent aux armes terre-à-terre ou à liquéfaction. | | | | |
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| action | | | Forger ou pétrir ? Écrémer ou approfondir ? Faire fondre le bronze des jours, par le feu de ton âme ? Ou bien ne toucher qu'à l'argile de l'imagination ? | | | | |
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| action | | | Depuis Héraclite, le temps est associé à l’élément liquide ; il est en notre pouvoir de le représenter comme un lac limpide (pour nous refléter), un puits (pour l’homme de la profondeur), un océan (pour l’homme de l’étendue), un déluge (pour l’homme de la hauteur), une source (pour l’homme du rêve), un canal (pour l’homme de l’action). Se jeter dans cet élément a tant de significations divergentes. | | | | |
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| confucius | | | L'homme intelligent aime l'eau, et l'homme honorable - les montagnes. L'homme intelligent se donne du mouvement ; l'homme honorable demeure immobile. | | | | |
| | action | | | À une bonne hauteur, le mouvement est indiscernable de l'immobilité. La montagne me rapproche des sources, des commencements ; là, dans la rencontre entre l'eau, la terre et l'air, solidaires et versatiles, naît le culte prométhéen de l'arbre, solitaire et immobile, voué au feu réinventé. | | | | |
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| sophocle | | | Le ciel n'aide jamais l'homme qui agit. | | |  | |
| | action | | | Mais l'homme, qui n'agit pas, aide le ciel. À ne pas s'écrouler par terre. Si ses yeux l'emportent sur ses oreilles, dans la recherche des points d'attache ; la terre est bavarde et le ciel - silencieux. « Le ciel est le pain quotidien des yeux » - Emerson - « The sky is the daily bread of the eyes » - si mes yeux n'alimentent que ma tête, je maîtriserai bien les distances terrestres, mais ne connaîtrai pas la proximité céleste, cette prérogative du regard de l'âme. | | | | |
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| voltaire f.-m. | | | L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas. | | | | |
| | action | | | L'action est toujours du côté des pierres qui roulent, ce qui pousse les porteurs d'un feu intérieur à s'accrocher à l'inaction, même sous la forme de l'action absurde et symbolique de Sisyphe, qui ne fait que caresser les pierres (G.Bachelard) : que tes yeux se baissent ; que ton regard reste tendu vers le haut. | | | | |
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| lichtenberg g. | | | Wenn man etwas in die Luft bauen will, so sind es immer besser Schlösser als Kartenhäuser.
Si tu veux bâtir dans l'air, que ce soient châteaux en Espagne plutôt que châteaux de cartes. | | |  | |
| | action | | | Dans les premiers, on apprend le métier moins noble et plus durable, l'art de bâtir sur du sable. Plumages et images sont faits pour les jeux perdus. | | | | |
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| tagore r. | | | La terre s'agrippe à l'arbre pour ses services rendus, le ciel ne lui demande rien en retour. | | |  | |
| | action | | | C'est pourtant au ciel que l'arbre adresse ses fleurs et promet ses cimes. La terre et le ciel sont muets, c'est l'arbre qui parle. Ou celui qui le prie comme Xerxès de Haendel. | | | | |
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| amour | | | Pour porter des fruits il faut quitter la saison des fleurs. C'est aussi vrai que la parabole du grain qui meurt. Ne pas confondre le grain et la paille. Le feu, qui se propage, ou le feu d'artifice d'une naissance. | | | | |
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| amour | | | Le volume du bonheur promis est le même pour tous. La platitude ou la bassesse des joies permettent de s'agripper à la vaste terre. Ces joies sont larges et molles et amortissent les écueils, qui menacent nos pieds. Mais si des ailes sont données à la joie, les pieds quitteront la terre, et la vie aptère s'éloignera avec tout le fardeau des désirs déracinés. « Être né avec des ailes est le meilleur des dons de la terre » - Aristophane. | | | | |
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| amour | | | L'amour est une sainte simplicité ou une hérésie sans défense ; en bûcher ou en iconostase, il est tantôt Phénix et cendre, et tantôt épines et larme ; une mort et une résurrection, prises pour une maladie. | | | | |
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| amour | | | Surproduction de bile à usage interne, surproduction d'amour à destination externe, leur non-sollicitation, leurs coupes respectives pleines, leur mélange inutilisable, pour ulcérer les douceâtres ou étancher les soifs des doux et ne pouvant servir que d'encre sympathique. | | | | |
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| amour | | | Aimer charnellement le corps et spirituellement l'esprit - est banal et improductif ; il faudrait aimer charnellement l'esprit et spirituellement le corps, ce qui élève et l'esprit et le corps. Surtout si l'on croit, que « entre le pénis et les mathématiques, il n'existe rien ! C'est le vide ! » - Céline. Alterner les hauts et les bas : « Tu es ardent dans le glacial, glacial dans l'ardent » - Cicéron - « In re frigidissima cales, in ferventissima friges ». Entre deux éléments, l'eau et le feu, il faut choisir : « L'esprit n'est pas un récipient à remplir, mais un feu à entretenir »* - Plutarque. | | | | |
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| amour | | | J'aime, tant que je garde l'image de l'être aimé - dans un lointain hors de ma vue, et si cet être s'approche trop près, je risque d'en perdre l'image véritable. Je devrais aimer par des coups d'ailes, sans mettre le pied ou les yeux sur terre. | | | | |
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| amour | | | La langue perdue, comme une femme perdue, ne pourront être retrouvées qu'en étrangères. Tous finissent en exilés du pays de l'amour, du paysage, du mot ; seul le pays des robots naturalise ces naufragés, avec la femme et la langue à maîtriser et non plus à aimer. | | | | |
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| amour | | | L'amour, c'est la soif artificielle naissant à la vue d'une fontaine artificielle, prête à jaillir, et qu'on découvre dans les yeux, dans la voix, dans la peau de l'être aimé. Entretenir la soif auprès de la fontaine, le premier souci de l'amoureux : la « soif s'étanche en un manque plus vaste » - Melville - « thirst is slaked in larger dearth ». | | | | |
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| amour | | | Le regard de l'homme amoureux lui fait découvrir la hauteur et les ailes, et les yeux de la femme amoureuse y créent une profondeur et un souffle. « Des anges et de l'air la pureté première, de l'homme et de la femme ainsi l'amour diffère » - J.Donne - « As is twixt Aire and Angells puritie, ‘twixt womens love, and mens, will ever bee ». On n'approche le sublime qu'en se faisant invisible, en s'absentant ou en rougissant. Il n'y a pas d'ascension, l'air n'y est propice qu'aux chutes. La pureté est la faculté de voir, les yeux fermés. Les larmes sont à l'origine de la première pureté ; au bout de la seconde, se tient la honte. | | | | |
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| amour | | | Le meilleur feu – sentimental, littéraire, héroïque - engendre non pas la lumière, qui est anonyme, mais de belles ombres, comme dans la caverne platonicienne, avec un seul spectateur. L’éclat vaut mieux que la flamme : briller est vain, brûler est peu. Il n'y a que deux perfections : la réalité et le génie. Dans la première - tant de lumière et de froide immobilité ; dans la seconde - tant d'envies de projeter des ombres et d'entretenir le feu montant au ciel. | | | | |
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| amour | | | C'est l'amour qui trouve le meilleur emploi pour tous les éléments de mon arbre : « L'amour s'élève jusqu'à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates. Il descendra jusqu'à vos racines et les secouera là où elles s'accrochent à la terre »** - Gibran - « Love ascends to your height and caresses your tenderest branches. Love shall descend to your roots and shake them in their clinging to the earth ». Et il m'apprend à vivre en déraciné, à la nouvelle étoile, sous de nouvelles ombres. Et je comprendrai, que le soi, c'est la hauteur, où naissent des couleurs : « Les ombres rehaussent les couleurs »*** - Leibniz. | | | | |
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| amour | | | La liberté subit le même renversement que l'intelligence, chez l'amoureux : « L'amour est ce qui réduit en esclavage les hommes libres et apporte aux esclaves la liberté » - Lulle. Aux uns il donne la fontaine et la chaîne, aux autres - l'eau courante et l'hygiène, aux meilleurs - la soif, dont ils meurent. | | | | |
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| amour | | | La désillusion est la terre, comme l'illusion est l'air ; la beauté est l'eau de la fontaine, où ta soif est feu. « C'est en reculant sans cesse que la beauté garde son attrait. Nez-à-nez avec elle, l'amant n'étreint que sa propre désillusion » - Melville - « The beauty's power lies in its ever-receding nature. When the gap is closed, the lover embraces only his own disillusion ». | | | | |
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| amour | | | Il est facile de voir le vrai élément de l'amour - dans le feu de mon désir, dans l'air où se déploient mes ailes, dans la terre qui veut garder des traces de mon passage. Mais l'eau semble être l'élément le plus proche du mystère amoureux, et non pas seulement à cause de la sacrée soif, mais aussi - pour l'immensité de l'illusion qu'elle crée, aussi bien en grâces qu'en pesanteurs : « Le bonheur, c'est l'eau du filet que tu tires » - proverbe russe - « Наше счастье - вода в бредне » - et si, en plus, je pensais au naufrage et aux voiles plus qu'à la criée, je prendrais les profondeurs pour altitudes. | | | | |
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| amour | | | Sous les pieds, on perd la terre ; dans la poitrine, on a son souffle coupé ; dans les yeux de l'autre, on se noie. C'est plus authentique que : « L'amour n'est pas un feu, l'amour est de l'air. Sans l'amour on étouffe » - V.Rozanov - « Любовь вовсе не огонь, любовь - воздух. Без нее - нет дыхания ». | | | | |
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| amour | | | Par le développement du solide on crée des alliances ; dans l'enveloppement par l'aérien on réveille le sacré, un amour par exemple. | | | | |
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| amour | | | Encore sur les quatre éléments du Temps. Seul l'élément liquide parle amour et naissance avec Aphrodite ; les autres ne présentent que des drames : le feu avec Prométhée, la terre avec Antée, l'air avec Icare. | | | | |
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| amour | | | En matière des voluptés, tous sont interpellés par les mêmes pulsions. C'est la nature d'accès à l'objet du désir qui nous divise en poètes ou en automates. Le poète est ennemi du plus court chemin ; il cherche des voies et des regards obliques ; il est maître de la caresse, qu'il applique avec la même élégance aux mots, aux idées et aux corps. Saoulé par le sang et l'encre secrets, il ne voit pas le temps et l'ancre concrets. | | | | |
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| amour | | | La larme est facile chez l'amoureux. On crut, que c'était une affaire de fuites et se tourna vers des serres, des tuyauteries et des imperméables, au lieu de la transformer en sang ou encre. | | | | |
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| amour | | | L'amour est à sa place dans la jungle des sentiments ou dans le désert des pensées. Mais, à force de chercher une domestication ou un apprivoisement, ce qui aurait dû être un aigle, ou au moins une chouette, s'avère poule ou dindon. On ne peut pas asservir le ciel - aux besoins de la terre ; en se fiant au ciel, on se libère. Descendu sur terre, le volatile rebelle se mue en reptile modèle. | | | | |
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| pétrarque | | | Chi può dir cosi egli arde é in piccol fuoco.
Celui qui peut dire de quel feu il brûle, ne brûle que d'un petit feu. | | | | |
| | amour | | | Montaigne : « Toutes passions qui se laissent gouster et digerer ne sont que mediocres » et Shakespeare : « L'amour qu'on peut compter ne vaut plus rien »* - « There is beggary in the love that can be reckoned » - t'ont plagié. J'aime, tant que j'ignore et le souffle et l'aliment, qui entretiennent mon feu. À la source pure, c'est à dire sans fond, - le feu sans tache. | | | | |
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| goethe j.-w. | | | Himmelhoch jauchzend, zu Tode betrübt ; Glücklich allein ist die Seele die liebt.
Dans la larme sans fond, dans le chant jusqu'aux cieux - Ne connaît le bonheur que le cœur amoureux. | | | | |
| | amour | | | Aimer, ce serait fuir la terre surchargée de mots trop plats ou lourds ; aimer, ce serait briser le silence, sec et neutre, des régions surpeuplées, en jubilant ou en sanglotant. | | | | |
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| lermontov m. | | | Любовь, как огонь, - без пищи гаснет.
S'il n'est pas alimenté, l'amour, comme le feu, s'éteint. | | | | |
| | amour | | | Il faut au feu - des aliments purs ; des matières indignes montent la fumée, et nous empêchent de renaître des cendres. D'autre part, il faudrait s'inspirer d'un autre élément, de l'eau : l'amour est une soif, dont on meurt, à la fois heureux et malheureux, près de la fontaine des sources. D'après Aphrodite et Narcisse, l'amour et la beauté sont anadyomènes. | | | | |
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| einstein a. | | | Am Anfang gehören alle Gedanken der Liebe. Später gehört alle Liebe den Gedanken.
Au commencement, toutes les pensées sont vouées à l'amour. Plus tard, tout l'amour est voué aux pensées. | | | | |
| | amour | | | Au commencement, la pensée ce sont les yeux enflammés ; vers la fin, l'amour c'est le regard sans flamme. Plus on pense, moins on aime. Mais mieux on pense, mieux on aime. Dans l'amour, comme dans la vie, memento initii vaut mieux que memento finis. | | | | |
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| thibon g. | | | La volupté, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, soit du côté du néant, soit du côté de l'infini. | | |   | |
| | amour | | | Et quand, en plus, le vase est majestueusement vide - quelle sonorité ! À faire pâlir tous les silences. | | | | |
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| art | | | Écrire - avec les moyens d'une fièvre faire aimer le feu caché : « Zeus t'a caché ta vie, le jour où il se vit dupé par Prométhée ; il te cacha le feu » - Hésiode. | | | | |
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| art | | | L'homme-éponge : une lente et continuelle aspiration, suivie d'une longue expiration ; l'homme-écho : nulle expiration sans la compagnie d'une aspiration. Mais c'est seulement l'homme-poète, l'homme d'inspiration, qui fait sentir le souffle. | | | | |
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| art | | | Tant de livres annoncent, dès la première page, soit de la noirceur soit des arcs-en-ciel. Et combien ne laissent, derrière la dernière page, qu'une grisaille rapidement dissipée. L'artiste est celui qui, devant sa toile, tente de ne pas brandir sa palette. À l'écriture suffisent une tempête du bocal ou de l'encrier : « un verre d'eau aurait les mêmes passions que l'océan » - Hugo. Pour le regard, c'est aussi simple : « Un rond d'azur suffit pour voir passer les astres » - E.Rostand. Quand le sang ou l'encre vous manqueront, vous vous tournerez, pusillanimes, vers l'univers entier : « Que le cratère de Vésuve soit mon encrier » - Melville - « Give me Vesuvius crater for an inkstand ». | | | | |
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| art | | | Faute de flamme intemporelle, d'intensité et d'air, ils n'exhibent que de minables objets, à leur minable lumière : « L'ardeur qui dure devient lumière » - Proust - l'ardeur qui dure est une fadeur. Une bonne flamme n'est qu'étincelle, elle devrait s'allumer dans le mot, s'éteindre dans la note, se refléter dans le marbre. Ne laisser ni la couleur, ni la froideur, ni le goût, ni la réalité des cendres. « Transmettre la flamme et non vénérer les cendres »** - G.Mahler - « Weitergabe des Feuers und nicht die Anbetung der Asche ». Pour ceux qui à la passion préfèrent la réflexion, l’inverse semble acceptable : « La cendre ne parvient qu'à me prouver la flamme » - Hugo. | | | | |
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| art | | | La sainte sueur devrait transsuder dans l'écrit, celle d'une défaite annoncée, d'un front baissé, non celle d'une lutte avec un mot racorni, furtif et railleur. | | | | |
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| art | | | La poésie est le sacrifice du connu, et même de l'inconnu, pour sacrer l'inconnaissable. Mais il faut savoir ériger des autels, maîtriser le feu et, surtout, créer des divinités inexistantes et crédibles. | | | | |
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| art | | | Quand on perd pied, dans un livre, on a, au mieux, la panique, pas le vertige. Il faut que le livre, qui emmène dans des éléments nouveaux, donne des moyens d'un nouvel équilibre ou d'une nouvelle respiration (fixer des vertiges - Rimbaud). | | | | |
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| art | | | L'élément, fait pour accueillir la musique, semble être l'air : Mozart - la hauteur, Beethoven - l'ascension, Tchaïkovsky - la chute, Verdi - le chant. Dans l'air on danse. Wagner est dans l'eau, on y nage, à moins de savoir marcher dessus, pour témoigner de mythes ou de miracles. Stravinsky est dans le feu, qui consume et me coupe la respiration, et Rachmaninov - en terre, qui me fait chavirer ou chialer, moi, le déraciné. | | | | |
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| art | | | On ne doit écrire qu'étant submergé. Il vaut mieux l'être par un vague besoin de forme que par la certitude d'un fond net. La forme est en haut, et le fond – en bas. Toutes les profondeurs furent déjà explorées et réduites aux chiffres ; la musique ne peut naître que de la hauteur, de l'arrachement à la terre et par la montée aux cieux, en suivant un Gradus ad Parnassum : « En montant - écrire, et en écrivant - monter »** - St-Augustin - « Proficiendo scribunt, et scribendo proficiunt ». | | | | |
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| art | | | Styles descriptif ou aphoristique : flamme maintenue au petit feu ou feu sans flamme. La flammèche enflamme, le feu attire. La force du scandale, l'impuissance de la tentation. | | | | |
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| art | | | Écrire, c'est mordre à son propre appât et répandre, ce faisant, son fiel, élixir, sang, poison, baume, antidote, sueur, larme. Refus du solide, identification avec le liquide. | | | | |
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| art | | | Je n'aime ni fragments ni miettes ; mes mots ne font pas partie d'un tout, qui aurait pu ou dû être narré en récit continu. Quand on n'a pas d'éclairs, comme Héraclite ou Cioran, on dessine des nuages, on fait du bourrage. On n'a rien à déchirer, quand on tisse en l'air. Mais j'aime une alvéole fractale, un motif en pointillé, qui tapisserait une surface projetée vers l'infini. | | | | |
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| art | | | La montre, l'échelle et le zoom comme seuls outils de lecture moderne. Quand on n'a que l'intensité pour outil d'écriture, on ne compte, chez le lecteur, que sur le regard nu. Le feu, cet autre nom de l'intensité, fut le seul élément, que le bon Dieu biblique cachottier aurait escamoté à l'homme (« Il créa le ciel et la terre, et Son esprit planait au-dessus des eaux » - et le feu, alors ?), avant que Prométhée ne relève le défi divin. | | | | |
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| art | | | Les quatre éléments offrent à la poésie ses quatre facettes : la poésie de la terre - le mythe, la poésie de l'eau - le naufrage, la poésie du feu - le romantisme, la poésie de l'air - la musique. | | | | |
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| art | | | Naissance du style sec : le sang ou la larme pressent, prêts à se répandre sur ma page ; leur fermentation trop rapide risquerait de faire oublier le goût de leurs sources ; je finis par me dédier à l'arbre, conservateur de sources illisibles, conducteur de sèves invisibles. | | | | |
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| art | | | Tout ce que redresse la langue est voué à l'étendue ou à la profondeur de la terre, telle une idole, mais il relève de moi de la munir d'un regard vers la hauteur. | | | | |
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| art | | | Quand, par une exigence croissante, on presse le discours des bavards, on reste, dans le meilleur des cas, avec quelques misérables gouttes de leurs sueurs de rats de dictionnaires ; l'idéal d'écriture : quelle que soit la pression, donner, par l'expression minimale, l'impression d'une source, qui coule indépendamment de toute soif. L'idéal : l'expression haute et l'impression profonde ; mais ne pas oublier que le haut firmament ne doit pas faire perdre de vue l'horizon, et que l'impression profonde peut être produite même par la platitude. | | | | |
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| art | | | La beauté se concentre sur la hauteur, ne fait qu'effleurer la profondeur et est absente de l'ampleur ; c'est pourquoi elle est teintée d'azur, fuit le noir et ignore le gris. L'ardeur, à l'origine de la rencontre au sommet entre la hauteur et la couleur… « Plus ton regard gagne en hauteur, plus ample est l'ardeur, qui s'y alimente »** - Dante - « Onde la vision crescer convene, crescer l'ardor che di quella s'accende ». | | | | |
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| art | | | L'intelligence sert à vénérer les idées préexistantes, à accoucher les naissantes et à enterrer les vieillissantes. L'éther, le sang et même le marbre y sont assurés par l'art : « Toute pensée peut se loger, pour un bon artiste, dans un bloc difforme de marbre » - Michel-Ange - « Non ha l'ottimo artista alcun concetto, ch'un marmo solo in se non circonscriva ». | | | | |
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| art | | | Tout liquide se canalise ; dans le livre d'aujourd'hui, qui fait couler tant de salive, de larmes ou d'encre, on ne sent plus que l'égout rectiligne aseptisé. | | | | |
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| art | | | L'art naît de mon refus de copier la lumière des autres et de la volonté de créer des ombres, provenant de mon propre astre. Le choix de ce qui les projette est d'importance secondaire, mais l'air autour doit être pur, d'où l'attirance de l'altitude. | | | | |
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| art | | | Maîtriser le feu (Prométhée) ou le chanter (Orphée) ? - dans les deux cas, on finit mal : soit on vous dévore, soit vous vous dévorez par votre propre feu : « Être dévoré par les flammes, pour expier la faute de n’avoir pas su les dompter » - Hölderlin - « Von den Flammen verzehrt, büsst er sie, die er nicht zu bändigen vermochte ». | | | | |
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| art | | | Travail du rêve libre (versifié) dans les éléments : allitérations du solide, assonances du liquide, rimes de l'aérien, paronymes de l'ardent. | | | | |
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| art | | | Sur leurs pages, ils déversent tant de matière, pour que quelque chose de joli en ressorte, tandis que l’apparition du Beau est due à une contrainte - à une séparation d’avec toute matière. Le Beau ne peut être qu’aérien, pour que son feu ne soit ni éteint par l’eau discursive ni écrasé par le souci terrien. | | | | |
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| art | | | Deux préliminaires du créateur : avoir maîtrisé les choses et élaboré des valeurs. Deux voies en partent : l’une, terrienne et profonde, de Faust, le sentier battu, l’autre, aquatique, de Narcisse, à la surface d’un lac. « Information sur les objets, formation de valeurs, transformation narcissique en création artistique » - L.Salomé - « Objektbesetzungen, Wertsetzungen, narzißtische Umsetzung ins künstlerische Schaffen ». | | | | |
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| art | | | Un aphorisme (ad horizontem) devient maxime s’il est laconique et fermé dans l’horizontalité, ouvert et illimité dans la verticalité, c’est-à-dire s’il sent la terre et la sève de la profondeur fermé, le feu et l’air de la hauteur ouverte. | | | | |
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| rimbaud a. | | | Le poète épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. | | | | |
| | art | | | Du feu et de l'eau, de la terre et de l'air, il arrive à la cinquième essence, la quintessence de tout, l'homme ! | | | | |
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| rimbaud a. | | | Le poète est voleur de feu. | | | | |
| | art | | | Il est plus près du Trismégiste que de Prométhée, du mystère hermétique que du problème prométhéen. Ce sont ses verbes ardents qui font penser au feu volé. Il est plus attiré par la lumière, pour mieux projeter ses ombres. | | | | |
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| pasternak b. | | | Если Лермонтов писал кровью, Гоголь - слезами, Толстой - краской, Салтыков-Щедрин - желчью, то Достоевский писал чернилами. Профессиональность его прозы.
Lermontov écrivait avec du sang, Gogol avec des larmes, Tolstoï avec de la peinture, Saltykov avec de la bile, Dostoïevsky, lui, écrivait avec de l'encre. Le professionnalisme de sa prose. | | |   | |
| | art | | | Les mots ailés, plus fidèlement que les tripes, portent nos larmes et maintiennent le discours au stade d'un livre vivant, d'une belle urne, d'un durable écho. « Le sang de mon esprit, c'est ma langue » - Unamuno - « La sangre de mi espíritu es mi lengua ». La littérature moderne s'écrit exclusivement avec du solide. L'avantage de tout liquide est de savoir épouser la forme des plus beaux récipients : livre, urne, écho. | | | | |
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| pasternak b. | | | Искусство губка, а не фонтан.
L'art, c'est une éponge et non pas une fontaine. | | | | |
| | art | | | La porosité côté tête prépare le jaillissement côté âme : « Les champs ont assez bu » - Virgile - « Sat prata biberunt ». Un savoir bien serré prépare un pouvoir bien acéré. | | | | |
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| blanchot m. | | | Le poème est un voile, qui rend visible le feu. | | |  | |
| | art | | | Cette obscure clarté, amie du bon regard ! Ce fond inaudible, d'où jaillit la mélodie. La vie serait un feu, dont la musique est un voile. Sans ce voile, le feu n'est que brûlure. Grâce à ses ombres, le poème en fait deviner aussi une lumière. | | | | |
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| bien | | | La vraie pitié est indissociable du sentiment de sa propre honte ; sans celle-ci, celle-là n'est que de la sensiblerie. Dans l'action, la honte est de la juste pudeur, et dans la réflexion - de la justice pudique ; et puisque les deux seuls dons, que Zeus voulut répartir équitablement parmi les hommes, furent la justice et la pudeur, la honte est primordiale, pour que le feu humain de Prométhée ait une coloration divine. « La vertu supérieure n'est pas vertueuse, la vertu inférieure ne quitte pas la vertu »** - Lao Tseu. | | | | |
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| bien | | | Impossible de mettre les ailes au service de nos exercices de reptation terrestre. Sur Terre, l'aile pèse et freine ; dans l'air, étouffe la gravitation. | | | | |
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| bien | | | Si je devais associer le Bien avec un élément, je choisirais la terre, cachottière et immobile ; l'air soulève, et le Bien est sans ailes ; l'eau coule, et le Bien est hors le temps ; enfin, le feu doit être alimenté, et le Bien est auto-suffisant. Gibran en fait un drôle de gourmet : « quand le Bien a faim, il cherche des aliments jusqu'aux sombres souterrains, et quand il a soif, il l'étanche même avec des eaux stagnantes » - « when good is hungry it seeks food even in dark caves, and when it thirsts it drinks even of dead waters ». | | | | |
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| bien | | | Les passions sont le sel, dans l'océan impétueux de nos drames ; les vertus bonifient les eaux douces de nos banalités. Une fois à terre, laisse les passions animer les mirages ; tandis qu'il y a toujours tant de déserts en toi, qui n'attendent que quelques gouttes vertueuses, pour montrer de nouveau des signes de vie. | | | | |
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| sénèque | | | Sapiens succurret alienis lacrimis, non accedet.
Le sage séchera les larmes des autres, mais il n'y mêlera pas les siennes. | | | | |
| | bien | | | Il vaut mieux, en effet, que mes larmes continuent à ne couler que vers mon cœur assoiffé d'un Bien impossible. Ce qui me ronge éthiquement n'est traduisible qu'esthétiquement ; les gestes traducteurs peuvent être nobles, c'est à dire beaux, ils ne peuvent pas être bons. Et que mon encre soit sang et non pas larmes ; le sang concentre le talent, les larmes le diluent. | | | | |
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| tolstoï l. | | | Чем выше эстетическое наслаждение, тем более неудовлетворёнными оно нас оставляет.
Plus la jouissance esthétique est élevée, plus elle nous laisse insatisfaits. | | | | |
| | bien | | | La jouissance éthique, au contraire, est trop prompte à nous contenter, ce qui la rend suspecte. La satisfaction nous fait perdre de la hauteur et nous ramène sur terre. Le mot sait biaiser avec le sol, le geste s'y ancre. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Es ist mit dem Menschen wie mit dem Baume. Je mehr er hinauf in die Höhe und Helle will, umso stärker streben seine Wurzeln erdwärts, abwärts, ins Dunkle, Tiefe - ins Böse.
Avec l'homme c'est comme avec l'arbre : plus il aspire à la hauteur et à la lumière, plus fort est l'appel de ses racines vers la terre, vers le ténébreux et profond, vers le mal. | | |    | |
| | bien | | | Et comme avec l'arbre, sa hauteur se mesure par ses appétits : le fruit, la fleur ou le climat. Je ne crois pas à la légende d'un mal se tapissant dans des profondeurs ; le mal est dans la platitude ou l'étendue de l'action ; les racines, qui en seraient contaminées, ne sont que rhizomes surfaciques, parasitaires ou rapaces. | | | | |
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| bachelard g. | | | Dans une âme, où le Bien s'accentue, la hauteur prend une richesse telle, qu'elle accepte toutes les métaphores de la profondeur. | | |   | |
| | bien | | | Le Bien, sans bonne assise en terre, est peut-être le seul à communiquer avec la hauteur. | | | | |
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| cité | | | Aucune tyrannie ne réussit jamais à constituer une meute aussi impitoyable et solidaire que le troupeau démocratique. La meute pourchasse ce qui bouge et laisse en paix ce qui s'immobilise ; le troupeau piétine ce qui cherche à se détacher de la terre. « Une fois dans la meute, que tu aboies ou non, il faudra bien que tu frétilles » - Tchékhov - « Попал в стаю, лай не лай, а хвостом виляй ». Et asinus asinum fricat… « Pour être membre honorable du troupeau, il faut que tu sois déjà mouton toi-même »** - Einstein - « Um ein tadelloses Mitglied einer Schafherde sein zu können, muß man vor allem selbst ein Schaf sein ». | | | | |
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| cité | | | Les bûchers disparurent, mais la sainte simplicité se répand. Les candidats au martyre dénoncent le feu, tandis que c'est le paisible geste du passant qui nous marque au fer rouge. | | | | |
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| cité | | | La caserne se fait rare, nul n'est plus enrégimenté. Le troupeau quitta la rue et s'installa dans la cervelle, où il se reproduit mieux que jamais : la cinquième colonne dans la quintessence de l'univers. | | | | |
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| cité | | | La sottise des drames économiques : tu tombes, tu te casses le cou et tu maudis la loi de la gravitation au lieu de regretter la dureté de la terre. | | | | |
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| cité | | | C'est la sueur des fronts des esclaves, esclaves des sillons ou esclaves d'une feuille blanche, et non pas le sang des hommes libres, qui fut la semence de la liberté ; les martyrs n'engendrent que des tyrannies. Le sang, engrais ou lubrifiant, il ne se mêle plus au ruissellement de larmes, ni de sueur, ni d'encre. En version clonage transgénique, la liberté se contente d'arrosage artificiel. | | | | |
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| cité | | | La malchance de la fraternité, c'est que tout progrès en connaissances la rend plus inutile. « Nous avons appris à voler comme les oiseaux, à nager comme les poissons, mais nous avons désappris l'art si simple de vivre comme des frères » - Luther - « Wir haben gelernt, wie die Vögel zu fliegen, wie die Fische zu schwimmen ; doch wir haben die einfache Kunst verlernt, wie Brüder zu leben ». Le troisième élément, la terre, nous a aussi rapprochés des reptiles et des moutons. C'est le quatrième, le feu des astres amoureux, qui nous abandonne, dans notre tiédeur fétide. | | | | |
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| cité | | | Quand on appelle l'incendie, on se contente d'éclairage. Quand on se contente d'étincelle, on est promis à la nuit. Comme l'eau courante éloigne le déluge et rend obsolètes la fontaine et la soif. | | | | |
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| cité | | | Sur l'arène sociale, tout combat est utile, même s'il est infâme ; mais s'y battre pour l'inutile aérien est plus bête que se résigner face à l'utile terrestre. | | | | |
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| cité | | | Il s'avère, hélas, qu'au lieu d'abattre le veau d'or, afin d'en extraire du misérable corned-beef, il est plus pratique de l'engraisser pour en faire une vache à lait. Comme il est raisonnable de pousser l'agneau, qui se frotte aux autels, vers le troupeau de moutons le plus proche. Ou le bouc-émissaire - vers la cité, pour que l'air de ton désert reste respirable. | | | | |
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| cité | | | Un bon révolutionnaire serait un énergumène au cœur brûlant, tête froide et mains propres (Dzerjinsky) ; je présente tous les traits d'un contre-révolutionnaire : j'aime le cœur en paix, la tête en feu et les mains confuses s'agrippant au banc des accusées. | | | | |
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| cité | | | La fraternité n’est ni dans l’être ni, encore moins, dans le faire, mais dans le devenir, c’est-à-dire dans la créativité, dans la hauteur des rêves, dans la part du feu qui, nourri de l’air céleste, quitte la terre, trop imbue de sang et de sueur. | | | | |
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| chamfort n. | | | En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. | | | | |
| | cité | | | Les sonneurs de tocsin en eurent assez, se reconvertirent en pompiers vigilants et disciplinés et se moquent désormais des étincelles. En absence de sinistres de l'âme, on s'ennuie avec les tocsins de l'esprit. | | | | |
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| doute | | | Une mise à sac des vieilles certitudes n'est féconde que si l'on réussit à en préserver des ruines excentriques, habitables par un doute nostalgique. Car terre brûlée est pire que terre bétonnée. | | | | |
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| doute | | | Abondance de lumière, sans qu'aucun feu ne l'entretienne - l'une de ses inventions, qui forment le futur robot. Abondance d'espace, abondance d'espoir, abondance d'esprit - qui ne sont ni pour nous ni à nous ni en nous, nous, les ombres chaudes, ignorant notre lumière. | | | | |
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| doute | | | Les mêmes profondeurs visitent tous les hommes, mais c'est le talent, c'est à dire la hauteur, qui détermine si les tentatives de les rendre resteront platitudes ou se solidariseront avec des envolées. La hauteur ne peut être qu'inventée ; la platitude est bien réelle. « C'est l'excès de la signification suggérée, c'est le fait de transformer le courant sous-terrain en un courant de surface, qui nous abaisse jusqu'à la prose »** - Poe - « It is the excess of the suggested meaning - it is the rendering the upper instead of the under current of theme, which turns into prose ». | | | | |
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| doute | | | Aux trois éléments - eau, terre, air - sont associés trois courants vitaux : la fontaine, les racines d'un arbre, le souffle - le souterrain, le terre-à-terre, le hautain - la philosophie, le savoir, la poésie ; ils brillent, culminent et se poétisent grâce à la pureté et à l'intensité, ces courants du feu, du génie. La métamorphose de Phénix nous rendra la fontaine, l'arbre et le souffle. | | | | |
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| doute | | | Ceux qui vivent en ruines et vouent leur feu au ciel, peuvent se permettre de dédaigner la lumière domestique, puisque leur premier souci est la qualité des aliments, qui entretiennent la pureté de leur flamme, sans enfumer leur toit inexistant. Celui qui ne voue pas son feu à son étoile « n'illumine pas sa maison, il l'enfume » - Abélard - « Cum ignem accenderet, domum suam fumo implebat, non luce illustrabat ». | | | | |
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| doute | | | Après de multiples plongeons dans le flux des choses, Héraclite se désole de l'inégalité du flux, et Nietzsche se console de l'égalité des choses. Il serait plus instructif de changer d'élément : à la nage préférer le vol ; d'une bonne hauteur tout flux et toute chose, c'est à dire tout être et tout devenir, prendraient de beaux contours de l'éternité. | | | | |
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| doute | | | L'éternel retour est retour dans ma Caverne, est reconnaissance, que la découverte d'une lumière naturelle n'apporte rien de plus, et que retourner à la source artificielle, à mon propre feu, - n'est ni faiblesse ni bêtise ni honte. | | | | |
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| doute | | | Le feu et l'amertume sont à l'origine des soifs les plus poignantes. Le chaud désir de vertiges et la lie amère œuvrent pour la même cause. « Qui boit le vin boive la lie » - Aristophane. Au fond de toute clarté s'ouvre le goût d'une nouvelle pénombre. La sédimentation ridiculisant l'alimentation. La fringale d'azur et d'éther montent aux yeux, quand la grisaille et l'insipidité alourdissent la cervelle. Boire la lie aide à mieux mourir de soif. | | | | |
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| doute | | | L'allumage de chandelles peut être une offense à l'obscurité. Savoir la saluer, sans l'aide du feu ou des lunettes, est le privilège de ceux qui n'ont pas que les yeux pour voir. | | | | |
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| doute | | | L'esprit lucide, à l'appétit fade, pêche, en eau transparente. L'âme indécise crie famine et se noie en eau trouble, gain du pêcheur, le mot. | | | | |
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| doute | | | Je m'intéresse à tout, dit le philosophe allemand ; je m'en fous de tout, lui rétorque le philosophe français. Les deux ne manquent ni de buts ni de moyens, ils manquent de bonnes contraintes. L'attitude anti-philosophique, c'est le sentiment de terre ferme dans nos modèles du monde. Lâcher prise, c'est une première allusion au réveil d'une vraie réflexion. Mais il faut avoir bien possédé par l'esprit ce que j'envisage d'abandonner par mon âme. L'esprit philosophique, c'est un fort cerveau cédant le pas à une âme ironique. | | | | |
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| doute | | | Le feu obscur monte, et l’eau claire descend ; l’air de hauteur doit craindre la clarté et la terre de profondeur – l’obscurité, pour ne pas se trouver en platitude. | | | | |
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| doute | | | Ton arbre vaudra non pas à cause de ses racines terriennes, de ses prolongements aériens, de son arrosage céleste ou de sa sève nourricière, ni même parce qu'il finira dans un feu sacré, mais grâce à la qualité des inconnues dont tu l'auras parsemé et, ainsi, rendu Ouvert. | | | | |
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| doute | | | Les rapports de mon soi inconnu avec mon soi connu sont du même ordre que ceux entre la nature vivante céleste et les quatre éléments terrestres – la terre, l’air, le feu et l’air. L’animation, l’inspiration, l’épanouissement. Le mystère du dessein et le problème de l’incarnation. Providence et acte. Énergie immatérielle et dynamisme matériel. | | | | |
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| st augustin | | | Surgunt indocti et rapiunt caelum.
Des non-savants surgissent et accaparent le ciel. | | |   | |
| | doute | | | Quand on voit avec quelle avidité les docti, c'est-à-dire la majorité d'aujourd'hui, s'accrochent à la terre, on comprend, qu'il n'y ait pas foule aux marches du ciel, pour gêner les indocti. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Das Publikum verwechselt leicht den, welcher im Trüben fischt, mit dem, welcher aus der Tiefe schöpft.
Le public confond facilement celui qui pêche en eau trouble avec celui qui puise en eau profonde. | | |   | |
| | doute | | | L'essentiel est de surnager, en tenant la poésie hors de l'eau, tout en gardant le souffle coupé. | | | | |
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| tagore r. | | | Où les routes sont tracées, je perds mon chemin ; le sentier est caché par les ailes des oiseaux, le feu des étoiles - par les fleurs. | | |    | |
| | doute | | | Demande-toi ce qui te mit en marche. Ah, si ce fut la bienveillance de mon étoile ! Sur la route, dessinée par mon regard et parcourue par mon rêve, je n'aurais besoin que de mon propre feu et de mes propres ailes. Toutes les routes, que creusent les bras, foulent les pieds ou évalue la raison, tournent vite en sentiers battus. | | | | |
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| hommes | | | Je ne choisis pas la cause des naufragés pour les renflouer. Les seuls vaincus dont je partage les mouises, sont bâtisseurs de ruines, de châteaux en Espagne. Châtelains sans château me sont plus chers que navigateurs sans voile. « Les bâtisseurs de ruines, seuls sur cette terre, sont au bord de l'homme et plient au ras du sol des palais sans cervelle »*** - Éluard. | | | | |
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| hommes | | | Deux lignées d'hommes, remontant à Prométhée ou à Orphée, au feu ou à l'air - la technique ou la musique, servir l'esprit ou s'asservir à l'âme. | | | | |
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| hommes | | | Le feu est mon commencement, la terre est ma contrainte ; mes moyens sont dans le liquide, où je peux alterner d'être éponge ou fontaine, et dans l'aérien, où mon propre souffle doit faire vibrer mes propres fibres. Mais l'homme moderne est en plastique étanche, et, dépourvu de souffle, il abuse d'instruments à vent. | | | | |
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| hommes | | | Des mythes de l'arbre, chez les hommes. Le figuier, l'arbre primordial des Mésopotamiens, l'arbre paradisiaque de la Genèse, l'arbre cosmique du Bouddha. Adonis issu de l'arbre à myrrhe. Le sycomore de la Dame des Pharaons. Le pêcher des Chinois en tant que le cinquième élément. Le mûrier maudit par Jésus. Le bouleau au seuil de Walhalla et chez les chamanes sibériens. | | | | |
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| hommes | | | À Venise on oublie que la terre existe ; à Paris on oublie qu'existe le ciel. | | | | |
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| hommes | | | Les sans-abri et les chômeurs sont les derniers à vouloir encore scruter le ciel ; tous les autres ne font que fouiller la terre. | | | | |
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| hommes | | | Tant de lamentations sur le pourrissement de cette terre ou sur le vide de ce ciel, tandis que, sur terre, je devrais songer davantage à l'eau qui irriguerait mon arbre déraciné, et, dans l'air, je devrais chercher l'étincelle d'un feu. Évolution ou révolution, dans les affaires d'un homme, contrairement à celles des hommes, c'est le second choix qui est le plus fécond. | | | | |
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| hommes | | | Chez les hommes, la seule traduction de la supériorité, ce sont des multiplications ou des additions : « Les signes + et x de la Banque soutiennent avec le signe sacré de la Croix un obscur combat bourré de salpêtre et de cierges éteints » - Lorca - « Los signos + y X de la Banca sostenían con la sagrada señal de la Cruz un combate oscuro, lleno por dentro de salitre y cirios apagados ». On sait aujourd'hui retraiter le salpêtre en encens, et les cierges, chargés d'argent, résistent aux courants d'air dévitalisés. Aucune multiplication ne sauvera un nul, qui ne vaudra que par ce qu'on ajoute. | | | | |
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| hommes | | | La dinde terre-à-terre américaine est à comparer avec ses confrères des trois autres éléments : La Mouette, l'Oiseau de Feu, Le Lac des Cygnes. « Je regrette que l'aigle ait été choisi pour symbole de notre pays. Le dindon est un oiseau beaucoup plus digne » - Franklin - « I wish the Eagle had not been chosen the representative of our country, the Turkey is a much more respectable bird ». Aujourd'hui, si l'homme suivait ses nouveaux penchants artificiels, il ne resterait plus d'autres symboles vivants que moutons, fourmis et perroquets. | | | | |
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| hommes | | | Le nationalisme a un fond ardent, mais dès qu'il se cherche une forme extérieure - c'est l'incendie. Il aurait dû être un arbre, favorisant, aux branches supérieures, des transplantations organiques et des greffes biologiques, mais il confie trop souvent, hélas, la reproduction, mécanique, à ses racines pourries. | | | | |
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| hommes | | | Dans notre Infosphère actuelle, on regrette jusqu'à la Géosphère. Au feu géologique, à l'air des volatiles, à la terre des reptiles, à l'eau biologique succède le calcul robotique. « Dans le passage de la Biosphère à la Noosphère, pourra se manifester, géologiquement, l'esprit de l'humanité » - Vernadsky - « Переход Биосферы в Ноосферу, в котором сможет геологически проявиться разум человечества ». | | | | |
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| hommes | | | Le feu est donné à toutes les âmes, mais la raison ne cherche qu'à le dompter, au lieu de le laisser nous emporter. Comme l'air, créé pour porter notre musique, et qui ne retentit plus que du bruit de nos compteurs. | | | | |
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| hommes | | | La transcendance algébrique ou l'immanence géométrique détournent l'homme de son seul infini, du soi inconnu, blotti dans sa Caverne, origine de la mesure humaine. « Au commencement, le feu, l'eau, la terre et l'air ne connaissaient ni raison ni mesure, en l'absence de Dieu » - Platon. | | | | |
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| hommes | | | Si tant est que tout courant charrie de la poésie, les pêcheurs, les rimeurs jadis rêveurs solitaires devinrent rieurs grégaires, se détournèrent de l'eau coulante et pure des hauteurs, et se vautrent dans les cloaques saumâtres, avec de l'eau courante des bassesses - des faits divers, des forums. | | | | |
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| hommes | | | Le mâle perdit l'appel du ciel et s'enterra dans les chiffres. Ce n'est pas la femelle qui en profitera, car Héraclès triomphant devint eunuque, à la suite de son engagement au service du jaloux Hermès. | | | | |
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| hommes | | | Sur la terre complice d’Antée découvrir le feu rebelle de Prométhée, pour s’élever dans l’air grisant d’Icare, sombrer dans l’eau moqueuse de Noé, rendre riche en résurrections la terre noire de Thanatos – l’éternel retour héraclitéen. | | | | |
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| hommes | | | L'art a définitivement renoncé à son statut sacré et s'est soumis à la loi profane. L'économie tout-puissante profana les couleurs, mélodies et pensées ; le performant évinça le compétent ; le visuel se moqua de l'invisible ; le verdict statistique se substitua aux jurys artistiques ; la rue remplaça la scène. Mais, moyennant ces greffes, prothèses et outillages, la survie est assurée, même si l'identité du personnage le place désormais dans la famille des artisans, robots ou domestiques. Et qui parle de résurrection ou d'insurrection ne songe ni aux croix ni aux barricades, mais aux investisseurs audacieux. | | | | |
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| hommes | | | Le quotidien évinça l’éternel : dans les livres on ne trouve plus ni le feu poétique ni l’air musical – que l’eau courante de l’inertie et la terre pesante de l’argutie. | | | | |
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| hommes | | | Il y a une hauteur qui ne tient qu’à l’air musical, au regard noble ; et il y a une hauteur due au pouvoir ou à la richesse, à une verticale de subordination ou à un tas d’or, à la terre meuble donc. L’excellence du goût et des ailes, ou la médiocrité des appétits et des griffes. | | | | |
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| hommes | | | Les adeptes de la raison triomphante voient dans la noosphère (le milieu du savoir accumulé) l’héritière des éléments inertes (géosphère, atmosphère, pyrosphère, hydrosphère) ; ceux de l’âme humiliée – dans la pneumosphère, que prôneront les marchands de pneus. | | | | |
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| shakespeare w. | | | And this our life, exempt from public haunt, finds tongues in trees, books in the running brooks, sermons in stones, and good in everything.
Et notre vie, loin des forums, trouve langue en arbre, livres en torrents, sermons en pierres et du beau en tout. | | |   | |
| | hommes | | | Sur les forums, la langue est en bois, le livre - en eau courante, le sermon - en béton et le beau - nulle part. | | | | |
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| chateaubriand f.-r. | | | Les biens de la terre ne font que creuser l'âme et en augmenter le vide. | | | | |
| | hommes | | | Le blasé le dit, l'assoiffé le pense, le sage le fait. Le vide du sage n'a pas besoin de ces biens, pour être inépuisable. | | | | |
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| celan p. | | | Über der grauschwarzen Ödnis. Ein baum- hoher Gedanke greift sich den Lichtton : es sind noch Lieder zu singen jenseits der Menschen.
En surplomb du noir-gris désert. Une pensée à hauteur d'arbre saisit le ton de lumière :
il est encore des chansons à chanter au-delà des hommes. | | |   | |
| | hommes | | | En cette altitude, ce qui se chante, au lieu de se narrer, s'appelle regard à hauteur d'arbre. « Les arbres sont des poèmes, que la terre écrit pour le ciel » - Gibran - « Trees are poems that earth writes upon the sky ». | | | | |
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| intelligence | | | Pour être complète, l'intelligence doit se sentir chez elle dans ses quatre éléments-sièges : la terre, pour la profondeur et la rigueur ; l'air, pour la hauteur et l'élégance ; l'eau, pour la vie et le mouvement ; le feu, pour l'intensité et le tempérament. | | | | |
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| intelligence | | | C'est la raison qui a besoin d'ailes pour rester fidèle à la terre. L'âme, elle, a besoin de plomb pour atteindre des hauteurs. | | | | |
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| intelligence | | | Le sage, avant d'insérer son arbre intellectuel dans un paysage, en crée le climat. Un sot qui ne voit que des paysages ne voit donc pas le même arbre qu'un sage - au sot il échappera le feu, qui complète la terre et l'air. | | | | |
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| intelligence | | | Travail paradoxal sur la pensée : on cherche à la dépouiller de la gangue des sens, mais quand on le réussit, à coups de métaphores, la pensée jaillit comme une pure sensation. Détachée du sol, elle doit rejoindre, dans l'air, sa source platonicienne. | | | | |
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| intelligence | | | Ils veulent fuir le sol mouvant, pour bâtir sur le roc (Descartes), tandis qu'il s'agit de planter leur arbre. Si mon édifice doit être non seulement promouvant, mais aussi émouvant, je pourrais pratiquer tout type de sol, sans trahir l'architecte. « Avec Descartes, nous pouvons, comme le navigateur après un long périple sur la mer démontée, crier terre » - Heidegger - « Mit Descartes, können wir, wie der Schiffer nach langer Umherfahrt auf der ungestümen See, Land rufen ». Ce périple a, pour seul contenu valable, la houle et, pour seule issue, - le naufrage, qu'il s'agît de chanter et de confier ce chant à la dernière bouteille. Au chant de l'air et du feu, Descartes veut substituer le récit de la terre et de l'eau. | | | | |
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| joubert j. | | | L'esprit est l'atmosphère de l'âme. La pensée se forme dans l'âme comme les nuages se forment dans l'air. | | | | |
| | intelligence | | | Cette atmosphère, le plus souvent, interdit toute éclosion de vies hautes et toute pénétration par la lumière des astres. Elle saisit, sans envelopper de caresses ; elle étale, sans développer de largesses. Et, en mettant les choses au mieux, ne fait qu'arroser la montagne de mots, comme le chien des meutes honore l'arbre solitaire. Le rêve impossible : l'âme comme l'esprit enchanté, l'esprit comme l'âme concentrée. | | | | |
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| novalis f. | | | Je reiner der Geist ist, desto heller, feuriger das Leben.
Plus pur est l'esprit, plus lumineuse et plus ardente sera la vie. | | |  | |
| | intelligence | | | L'esprit ne fait que choisir les matières, dont se nourrit mon feu sténophage, les lumières, que refléteront mes ombres, et le lieu, où seront déposées mes cendres. C'est l'esprit qui procure aliments et excitants, pour que mon feu intérieur soit pur et mes ombres extérieures - puissantes. De la rencontre, impossible sur Terre, de la pureté et de l'intensité naît la hauteur ; sur Terre, on dit : « Qu'y a-t-il au monde de plus contraire à la pureté ? La recherche de l'intensité » - S.Weil. | | | | |
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| valéry p. | | | L'intelligence nage en tenant la poésie hors de l'eau. | | | | |
| | intelligence | | | Avec des convulsions des mots flotteurs ! Les idées sont des barques au service du nageur ; les mots ne sont que des bouées au service de l'étoile. | | | | |
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| bachelard g. | | | En ce temps du lointain savoir, où la flamme faisait penser les sages, les métaphores étaient de la pensée. | | |    | |
| | intelligence | | | Les sages d'aujourd'hui sont handicapés de métaphores, mais bardés de prothèses - outils, méthodes, approches - pour fréquenter les quatre éléments qui te fascinent : le feu des polémiques professorales, l'eau d'un langage argotique, l'air des idoles, la terre basse de leurs horizons. | | | | |
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| ironie | | | Les quatre éléments sont de beaux symboles des commencements ; quant à la fin, hélas, elle est unique et n'est que trop connue : quelques atomes - de feu, de terre, d'eau, d'air - dispersés dans un vide aux étoiles éteintes. | | | | |
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| ironie | | | À l'ironie amère des orgueilleux, je préfère l'ironie des humbles, l'ironie du sel, celle d'une larme, d'une perlée au front angoissé ou d'une goutte en mer déchaînée. | | | | |
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| ironie | | | L'arbre serait un méta-élément (Bachelard), la véritable quintessence, dont descendrait l'homme se séparant du singe : en étendue de la terre, en profondeur de l'eau, en hauteur du feu et de l'air. | | | | |
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| ironie | | | Même l'adorateur d'un seul de ces éléments - air, terre, eau, feu - dispose de tant de modes de défaillance : étouffer ou exhaler la pestilence, se déraciner ou s'enterrer, se noyer ou mourir de soif, se consumer ou éteindre sa flamme. | | | | |
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| ironie | | | Tous, aujourd'hui, sont disciples d'Antée, toute leur force étant d'origine bien terrienne (« la force du sol et du sang en tant que puissance » - Heidegger - « erd- und bluthaften Kräfte als Macht ») ; une raison de plus, pour te déraciner du sous-sol, gardien des nourritures terrestres, et t'installer dans des ruines aériennes, où des sylphides gardent le souvenir d'architectures célestes. | | | | |
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| ironie | | | Une taupe inondée de sa propre lumière, dans son noir souterrain, cherche un contact avec une haute lumière du ciel, mais ne laisse au regard du promeneur-lecteur que des mottes de terre, au ras du sol, avant de rejoindre, inondée de honte, ses repaires. | | | | |
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| ironie | | | L'ironie, c'est la pratique du contenant volontairement troué. On se moque du contenu solide, tandis que le liquide - le bienvenu - est trop prompt à se pétrifier ou à se putréfier. Autant l'évacuer à travers les mailles complices du style. | | | | |
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| ironie | | | La mer n'est pas mon élément naturel, d'où ma phobie de la profondeur, toujours compassée. Pourtant, l'homme de la mer, le solitaire, n'a rien à apprendre de l'homme de la forêt, du grégaire. Du Waldgänger (ermite de la forêt), je devins Baumsänger (chantre de l'arbre). Enfant de la forêt, je devins idolâtre de l'arbre ironique, surtout grâce aux veillées transfiguratives dans la hauteur de la Montagne comique (Nabokov). | | | | |
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| ironie | | | « Je meurs de soif auprès de la fontaine » - récite le rebelle d'aujourd'hui, et il s'en prend au plombier (à l'idéologie technicienne), qui nous amène de l'eau courante. Au lieu de fustiger ceux qui ignorent la vraie soif ou préfèrent la douche à la fontaine. | | | | |
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| ironie | | | Je ne suis ni l'homme de la lumière, ni l'homme de l'un des quatre éléments, ni l'homme de la quintessence - je suis l'homme du septième jour, homme du dieu couché et désœuvré, réfléchissant sur le Verbe à venir. | | | | |
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| ironie | | | L'homme, cette quintessence, ce cinquième élément, et les rois des animaux dans l'élément respectif : le requin règne dans la profondeur des eaux, l'aigle s'attarde dans la hauteur de l'air, le lion rôde dans l'étendue du désert en feu - l'homme fit son choix, il s'installa dans le bureau, bien terre-à-terre, refuge du mouton et musée du serpent. | | | | |
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| ironie | | | L'hostie blafarde fait oublier le cramoisi du sang ; la communion par le pain (de ce jour) au lieu de la communion par le vin (faisant oublier ce jour) ; le solide social évinçant le liquide vital. | | | | |
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| ironie | | | Sotte attitude : se croire au ciel et prodiguer conseils à la terre. La hauteur est dans la posture de l'arbre : « Arbres, éternels efforts de la terre, pour parler au ciel » - Tagore. | | | | |
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| ironie | | | Quel meilleur ami des quatre éléments que l'arbre puis-je trouver ? - fils de la terre, avec la soif de l'eau, tendu vers l'air et se livrant au feu. | | | | |
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| ironie | | | Choisissez, au hasard, un nombre (parmi 0,1,2,3,4), un élément (parmi air, terre, feu, eau) et un verbe (selon la modalité : vouloir, devoir, pouvoir, l'auxiliarité : être, avoir, faire, la créativité : imaginer, inventer, feindre, la phonétique : pendre, peindre, pondre ou selon n'importe quel autre critère) ; aucune vie ne suffira, pour épuiser la question : que veut dire leur combinaison ? - c'est pourtant le contenu de 95% des écrits philosophiques. | | | | |
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| ironie | | | Lorsque, en cherchant la paille dans l'œil de mon prochain, j'entends que, n'étant pas autochtone de souche, je devrais chercher la poutre dans mon propre œil, je m'insurge contre ces deux ruines de l'arbre, dont je n'assume l'avenir que sous forme des cendres. Mourir, ni par le temps ni par la main des hommes, mais d'une fusion-unification entre l'air des mots, le feu de l'âme et cette terre française, qui me met près de ses meilleures fontaines, dont l'eau me reste intouchable. | | | | |
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| ironie | | | L'œil s'humidifie ou s'enflamme, et la cervelle en est souvent complice, pour l'entretenir ou le traduire ; la dévoyeuse, la componction à traquer, la gravité desséchante ou frigorifiante, se tapit dans l'écriture. | | | | |
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| ironie | | | Le chant convient mieux aux ombres, la lumière se donne même aux récits ; mais il y a des coqs, qui s'imaginent que non seulement le soleil est leur production, mais qu'il se lève à cause de leur chant, comme certains chants du cygne en annoncent le coucher. Il faut être reptile, pour ne pas aspirer aux astres et se contenter d'une Terre, qui tourne en rond. | | | | |
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| ironie | | | Les adeptes de chaque élément ont leurs propres façons d'avancer vers leurs buts : l'eau - écopage ou repêchage, le feu - sainte simplicité ou feu de paille, la terre - sentier battu ou horizontalité, l'air - musique d'élans ou de chutes. | | | | |
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| ironie | | | Les discours sirupeux ou baveux devinrent si dominants et perdirent à ce point tout souvenir de fraîcheur ou de renaissance, qu'on pourrait regretter la sécheresse de jadis : « L'âme sèche est excellente, avec son feu toujours vivant » - Héraclite - même si aucun Phénix ne touche plus la terre et réside, invisible et immobile, en hauteur aérienne. | | | | |
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| ironie | | | Plus nous nous mettons à disposition de la terre, moins il nous en reste pour être voué au ciel. Mais plus on s'accroche au ciel avec des ailes croissantes, plus ridicule on sera à l'atterrissage. | | | | |
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| ironie | | | L'intelligence est plus proche du pêcheur que du chasseur ; l'eau trouble et l'art de bien orienter sa ligne de faîtes sont souvent de meilleurs atouts qu'une faim à calmer. Les oiseaux de proie ou les limiers n'intimident que des rats (de bibliothèques) ou le petit gibier. | | | | |
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| ironie | | | Enfin, je viens de trouver l'exemple insurpassable d'un creux pseudo-philosophique monumental. Ce qui le rend particulièrement savoureux, c'est qu'il est pondu par le grand Aristote : « L'être et l'un sont, en vérité, plus substances que le principe, les éléments et la cause ». Sept termes que vous pouvez inter-changer impunément dans n'importe quel ordre, sans aucun outrage au sens primordial, brillant par son absence. Et, pour pimenter cet exercice, se rappeler, que pour ce penseur toute cause est un principe, tout principe est une vérité et tout être est une substance. Une forêt de quantificateurs fantomatiques, sans aucun arbre, aucune chose. | | | | |
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| ironie | | | Le philosophe et les éléments : il veut liquéfier ou solidifier la chose, soit pour la rendre protéiforme et universelle, soit pour prouver sa puissance et sa rigueur. Tandis qu'elle aurait besoin de feu, pour son intensité, et d'air, pour sa hauteur. | | | | |
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| ironie | | | On ne parle jamais de fenêtres ou de toits, dans des édifices paradisiaques ou infernaux ; mais il y est souvent question de portes : « L'enfer a trois portes, où l'âme se perd : désir, colère, concupiscence » - Bhagavad-Gîtâ. Heureusement, il y a toujours la fenêtre de l'ironie (ad augusta), par laquelle on voit, que les portes plus étroites (per angusta) ne sont pas plus recommandables, bien que la braise y soit moins ardente. | | | | |
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| ironie | | | Le feu apporte la vie, l'eau la porte, l'air la supporte et la terre l'emporte. | | | | |
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| ironie | | | La pureté, la traversée filtrante des quatre éléments : je succombe aux bacilles de l'eau, m'entache de la suie du feu, me contamine du virus de l'air et finis par me donner au ver de la terre. | | | | |
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| ironie | | | La vie commence avec l’eau de notre semence, continue avec le feu de nos rêves et avec la terre de nos actions, se termine avec l’air de notre dernier soupir. | | | | |
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| ironie | | | Sur la hiérarchie des éléments, appliquée au genre de la confession : tout reptile aimerait être pris pour un volatile des hauteurs ou pour un aquatile des profondeurs ou pour un pyrophile des ardeurs. | | | | |
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| ironie | | | La manie de ce siècle est de quitter son soi, vu comme une citadelle, trop sur la défensive ; on exhibe ses pensées, plus légères que l’air, et qui se dissipent par-dessus les basses murailles ; on creuse ses pensées, en-dessous des murailles plates, pour s’enfuir, en rampant. | | | | |
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| ironie | | | Dans une jungle africaine, Hemingway fut gravement brûlé (et conduit, plus tard, au suicide) – la vengeance du Feu, oublié dans le projet d’une trilogie, que l’écrivain devait dédier à la Terre, à la Mer, à l’Air. | | | | |
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| ironie | | | Qu’il était facile de décrire le style d’un écrivain, en tirant des métaphores de ses outils – le choix de plumes, d’encre ou de papier ! Le clavier ou l’écran d’un ordinateur sont glaçants ; aucun feu, aucune grâce, aucune ironie ne permet de leur insuffler un semblant de vie. | | | | |
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| ironie | | | Pour bien rêver, il faut se détacher de la réalité, le temps d’une illumination dans les yeux fermés, sinon tu constateras, fatalement : « Vivre est un village où j’ai mal rêvé » - Aragon – village ou capitale, c’est toujours la terre, en-dessous du rêve aérien. | | | | |
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| ironie | | | Je devrais être l’un des hommes, les plus terriens et les moins marins du monde, puisque le lieu de ma naissance est le plus éloigné des quatre océans : 2 500km – de l’Arctique, 3 500km – de l’Atlantique, 5 500km – de l’Indien, 6 500km – du Pacifique. 8 000km sur le méridien et 10 000km sur le parallèle ! | | | | |
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| emerson r.w. | | | We boil at different degrees.
On bout aux degrés différents. | | |  | |
| | ironie | | | En quel liquide paie-t-on de sa personne : en sueur, en larmes, en sang, en encre ? | | | | |
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| mot | | | Les mots devraient faire deviner mon âme comme les caresses, qui sculptent un corps, ou comme le regard, qui cligne à Dieu et dédaigne de s'attarder même sur l'air. Le mot, c'est Orphée, l'idée, c'est Eurydice ; et je sais ce que doit devenir l'idée, une fois que je lui aurai adressé le regard définitif. | | | | |
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| mot | | | On ne me lira jamais comme je veux, comme si les mots venaient d'être inventés. Pourtant c'est bien ainsi qu'on est tenté d'écrire. Forcer l'oubli des trajectoires connues des mots, les vouer à la destinée des hapax et solipsismes, esquisser des pointillés, qui en feraient pressentir envolées ou chutes. Le verbe créateur ne connaît pas de continuité, tandis que « la nature ne fait pas de bonds » - Leibniz - « natura non fecit saltus » - on ignorait encore les quantas atomiques et les mutations génétiques - que des bonds en discontinu ! La hauteur n'habite que le verbe ; il faut se méfier jusque du ciel : « Sur terre - des arcs brisés ; au ciel - des cercles parfaits » - R.Browning - « On the earth - the broken arcs ; in the heaven - the perfect round ». Et saluer le Christ : « Le ciel et la terre passeront, mais non pas mon verbe ». | | | | |
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| mot | | | La poésie est le Phénix du mot. Donc elle est cendres, la plupart du temps. | | | | |
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| mot | | | Les mots sont comme l'éther, vitaux mais inertes. Il faut savoir susciter de violentes tornades ou de doux courants, évoquant de lointaines contrées ou emportant vers de hauts horizons. Il faut y mêler des arômes ou en nourrir une flamme. Et l'art des contraintes consisterait à s'appuyer sur les choses aérostatiques, pour progresser et rendre aérodynamiques les choses dignes d'être caressées. Pour le regard, les poumons peuvent s'avérer plus porteurs que les yeux. « L'évolution d'un homme se réduit aux mots dont il se détourne » - Canetti - « Die Entwicklung eines Menschen besteht aus den Worten, die er sich abgewöhnt ». | | | | |
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| mot | | | La langue même d'un bel écrit devrait être travaillée en hauteur et non pas en profondeur. En la labourant on lui découvre l'odeur de la terre natale et l'on perd l'attrait des horizons d'exilés. Aux pensées déracinées - des mots déracinés ! | | | | |
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| mot | | | En français, le débordement, en tant que mode d'expression, m'est interdit ; je dois me contenter de la fontaine. Des ambitieux parent la leur d'écriteaux alarmants ou rassurants, Poison ou Eau potable, je ne promets qu'une bonne soif près de la fontaine. | | | | |
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| mot | | | Le langage résulterait d'un débordement (Hölderlin avec Heidegger) ou d'un vide (Mallarmé avec Badiou) - pas de contradiction entre les deux : les émotions naissant dans l'élément liquide et les pensées - dans l'aérien. | | | | |
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| mot | | | La langue française n'est pas ma terre, mais mon ciel d'accueil : sans savoir où y mettre mes pieds, je cherche à y déployer mes ailes. | | | | |
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| mot | | | À partir des trois éléments, eau, feu, terre, on fit trois armes : lance-à-eau, lance-flammes, lance-pierres. Le quatrième, l'air, n'est que leur porte-paroles. | | | | |
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| mot | | | Rien d'étonnant dans la vision de la poésie comme d'une charrue (Mandelstam) : la poïésis voulant dire labeur, labourage de sillons (versus - vers). La vie étant la terre (le premier humus) retournée par l'homme (le humus second). On retrouve de beaux parallèles avec l'être et la pensée : « La pensée trace des sillons dans le champ de l'être » - Heidegger - « Das Denken zieht Furchen in den Acker des Seins ». Toutefois, l'être et la pensée ne sont que déchéances de la vie et de la poésie. | | | | |
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| mot | | | Une sympathie pour le ciel ne suffit pas, pour créer un vrai pathos, cette tension ayant besoin d'une apathie, égale en intensité, pour la terre ; ce qui m'empêchera de chuter, avec le ciel, dont je porte les symptômes (tomber ensemble). | | | | |
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| mot | | | La poésie est incompatible avec l'humilité et la compassion, ces valeurs chrétiennes ; elle est fierté et souffrance sacrée, elle est païenne. Quand le feu des autels parvient jusqu'aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose. | | | | |
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| mot | | | Le Verbe est la source, dont on ignore le lieu de naissance, et dont peuvent, hélas, se passer nos misérables paroles, grâce aux progrès de l'eau courante de la Cité. Qui meurt encore de soif auprès de la bonne fontaine ? Que les sots repus proclament tarie, tout en s'affairant auprès de leurs robinets mécaniques. Les hommes perdirent leur éternelle jeunesse, cadeau de Prométhée, car l'âne, qui la transportait, ne put résister à la soif, près de cette fontaine ; la jeunesse fut donné au serpent, gardien de la fontaine, et les hommes finirent par se rapprocher de l'âne. L'eau et le feu ne réussissent pas bien aux hommes : les abattus s'accrochent à la terre, et les enthousiastes - à l'air. | | | | |
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| mot | | | On reproche aux poètes de ne savoir ce qu'ils pensent qu'après l'avoir chanté. Sa parole imprimée, il fictionne ce qu'il aurait pensé. Les autres sont tellement gonflés de leurs pensées toutes prêtes, qu'ils n'exsudent que de l'air. La compression est ennemie de l'impression. | | | | |
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| mot | | | Ce qui nous procure les vertiges et ivresses, réels et profonds, ce sont les drogues et les liqueurs – les idées, solides ou liquides, prometteuses des finalités ; les vertiges et ivresses imaginaires et hautes naissent du regard sur les fleurs et de la lecture des étiquettes, des mots, aériens ou ardents, parlant origines et commencements. | | | | |
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| mot | | | Le test de vitalité d'un mot d'antan : il transmet le feu et non pas la cendre. | | | | |
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| mot | | | L’art de la traduction se prouve le mieux dans le rendu des métaphores. « La foudre engendre l’Univers » - Héraclite, je traduis par « Au Commencement était le Feu », et Heidegger y lit : « L’être de la lumière produit le devenir (la venue-à-l’être dans l’éclaircie) de l’Univers ». | | | | |
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| mot | | | Dans le firmament tout n'est qu'aérien, et rien de ferme. | | | | |
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| mot | | | L’émotion (excitation) nous renvoie au mouvement (la terre), Aufregung – à la hauteur (l’air), волнение – à l’onde (l’eau). Pourtant, c’est le feu qui traduirait le mieux leur sens désirable. « Que l’amour soit une mer agitée entre les rivages de vos âmes » - Kh.Gibran - « Let love be a moving sea between the shores of your souls ». Il pourrait être aussi un néant, dont l’ardeur serait entretenue par la caresse des regards, des mains, des paroles. | | | | |
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| mot | | | Quand je vois à quelle mécanique insipidité sont voués le cosmos (remontant au feu) et le nature (apparenté à l'eau), je regrette la cosmétique (émanant dans l'air poétique) et la mondanité. (s'exerçant sur la terre prosaïque). | | | | |
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| mot | | | La nature humaine se réduit au quadriparti nietzschéen – l’homme, les hommes, le sous-homme, le surhomme – et elle se traduit nettement dans le contenu de toute création artistique, qui ne peut être qu’un dialogue, dans lequel l’homme (mon soi connu) s’exprime soit devant le surhomme (mon soi inconnu, Dieu), soit devant le sous-homme (le contemporain, le pair), soit devant les hommes (le clan, la tradition). Dans tous les cas on vise le feu, mais qui ne se maintient, aérien, qu’avec des aliments purs – le cas de Dieu en tant qu’inspirateur muet, une ouïe, un songe. Le dia-logue, avec deux autres dégénère en diarrhée aqueuse des sous-hommes ou en logorrhée terre-à-terre des hommes. | | | | |
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| mot | | | Le rêve est plus près des mots que des actes ; les mots, ardents ou aériens, se prêtent mieux à une vie noble que les actes, coulants ou terrestres. | | | | |
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| byron g. | | | But words are things, and a small drop of ink, Falling like dew upon a thought…
Les mots sont lourds, et, telle une rosée, L'encre appesantit l'idée… | | | | |
| | mot | | | Si l'idée brille, c'est à cause de la rosée verbale. L'idée n'est qu'un poids fortuit, sans âme, et servant à éprouver les bonnes balances. Dieu même ne fait le poids que sur une balance céleste, la seule, où l'on puisse se féliciter de la hauteur du plateau vide. | | | | |
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| kraus k. | | | Das Fatum hat den Deutschen, für den Segen gedankenreichster Sprache, mit dem Fluch bestraft, außerhalb ihrer zu leben ; zu denken, nachdem er sie gesprochen, zu handeln, ehe er sie befragt hat.
Pour la bénédiction de la langue la plus spirituelle, le destin punit l'Allemand par la malédiction de vivre hors d'elle : penser après lui avoir parlé, agir avant de l'interroger. | | | | |
| | mot | | | C'est une attitude de poète, preuve supplémentaire, que la branche philosophique allemande est une branche de l'arbre poétique, aérien. Planté en terre, en tant qu’arbre de la liberté, du savoir, de la vérité, il devient vite épouvantail ou souche. D’ailleurs, ses gardiens finiront par proclamer : « L'âge des poètes est achevé ; il est nécessaire de dé-suturer la philosophie de sa condition poétique », et ils nous offriront un treillis d'un graphe mécanique. | | | | |
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| sartre j.-p. | | | Il faut tout écrire au courant de la plume, sans chercher les mots. | | | | |
| | mot | | | C'est un goût plutôt dilettante et déplumé. Il faudrait tout écrire au courant des mots-griffes, sans chercher la plume-pensée ; la véritable holo-graphie est logo-graphie. Ce qui tombe de la plume sèche vite ; ce que le mot pressurise a des chances de faire venir de nobles liquides. | | | | |
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| sartre j.-p. | | | Pour le poète, les mots sont des choses naturelles, qui croissent naturellement sur la terre comme les arbres. | | |     | |
| | mot | | | Le naturel de chacun se détermine selon qu'on se sent plus près des mots ou plus près des choses. La chose pesant toujours plus, dans ce monde sans balances personnelles de mots, naturel signifiera inférentiel, croître - induire l'ordre partiel transitif, la terre - le manuel d'Analyse discrète et l'arbre - un cas particulier d'un graphe acyclique. | | | | |
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| noblesse | | | On est aristocrate non pas parce qu'on a, dans la tête, moins de troupeau que les autres, mais parce qu'on en est conscient et qu'on en éprouve une incurable honte ou un monumental mépris. L'ironie est l'art des barrages, qui retiennent d'inépuisables réserves de honte, et de mépris, qui s'accumulent dans les hauteurs, pour ne se déverser en vallée qu'en saisons sèches. | | | | |
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| noblesse | | | Trois saisons d'ébranchage de l'arbre de la noblesse : je jette au feu, successivement, les branches des gestes, des mots, des pensées (la plus coriace !). L'arbre devient, pour les autres, invisible, et pour moi - indicible. Et je consacre ma vie à le rendre lisible, digne du Jardinier jaloux. | | | | |
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| noblesse | | | Exister, c'est trouver des aliments, qui entretiennent mon feu intérieur, sans en altérer la pureté. Vivre de mon feu et exister pour mon feu. Ce qui pourrait servir de contrainte à l'écriture : « La seule préoccupation de la pensée est, que la flamme, qu'elle entretient, brûle du feu le plus ardent et le plus pur » - A.Schweitzer. J'en vis ou je le nourris (le contraire de la salamandre de François Ier : « J'y vis et je l'éteins » - « Nutrisco et extinguo »), la hauteur en assurant la pureté (« Aucune hauteur ne m'arrête » - « Quo non ascendam » du Roi-Soleil). | | | | |
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| noblesse | | | Le jardin, concurrent de l'arbre et de la montagne ? Éden, Adonis, Priape, Épicure, Gethsémani : liens de tentation, de jeunesse, de débordement, d'abandon, de doute ; gouttes de sève, de myrrhe, de sperme, d'encre, de sang. | | | | |
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| noblesse | | | Les racines du ciel sont moins risibles que ses cimes, mais ne me procure la sensation céleste que l'arbre, qui est la hauteur unique de ce qui est profond et de ce qui est aérien. La raison séminale. Qui encore « a autant besoin du ciel que de la terre » - Rivarol, même sans « se connaître misérable » (Pascal) ? Heidegger n'aimant pas lever les yeux, ne voit qu'une seule source de l'arbre : « Quel élément, caché dans le fond et le sol, commande les racines porteuses et nourricières de l'arbre ? » - « Welches Element durchwaltet, in Grund und Boden verborgen, die tragenden und nährenden Wurzeln des Baumes ? ». | | | | |
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| noblesse | | | Sois maître de ton feu. Sois exigeant dans le choix de ce qui le nourrit. Refuse des essences, qui, en se consumant, n'apportent que la fumée du temps, accumulent tes propres cendres. « Séparer le feu de la terre - pour ne pas s'enfumer » - le Trismégiste. Qui mal embrase, mal éteint. | | | | |
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| noblesse | | | Que la première fonction de ton regard ne soit pas d'embrasser le monde, mais d'embraser ta perception du monde. | | | | |
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| noblesse | | | Sur Terre n'est libre peut-être que mon premier pas, les suivants ne m'appartiennent pas, ou moi, je ne leur appartiens plus. Mais le regard posé sur mon étoile est toujours libre. Et les meilleurs chemins se tracent dans le ciel, à la lumière de mon étoile. | | | | |
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| noblesse | | | Il est facile de proclamer grand ou inexistant n'importe quoi ; c'est ce qui est grand et inexistant qui mérite notre vénération - Dieu et le bien, le beau et l'amour. Ce sont des arbres, comme tout le reste, mais arbres privés de racines à nourrir ; la terre et l'eau leur manquent, ce qui les voue à l'air et au feu. C'est cette splendide inexistence déracinée, aérienne ou flamboyante, qui élève mon regard, surtout aux moments, où mes yeux sont baissés. | | | | |
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| noblesse | | | La gravitation humaine nous pousse vers les sous-sols ; on ne lui échappe qu'en hauteur, hors les atmosphères irrespirables. La hauteur géométrique fait partie des platitudes : « Si tu veux toucher la cible, tu dois viser légèrement au-dessus d'elle ; toute flèche en vol subit l'attraction de la terre »** - Longfellow - « If you would hit the mark, you must aim a little above it ; every arrow that flies feels the attraction of earth ». Toute cible visible subit, tôt ou tard, l'outrage de la gravitation, les flèches fussent-elles impondérables. L'amateur du ciel finit par maintenir la corde bien tendue et par ne plus décocher de traits. Il préférera l’hyperbole (l’élan) à la parabole (le récit). | | | | |
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| noblesse | | | L'échange est un mode de communication dans la platitude ; la hauteur est refuge des choses incommensurables et impondérables, refuge du chaos originel, où chaque élément peut se passer des autres : « Entre les astres ne sera cours régulier quiconque. Tous seront en désarroi. De terre ne sera faite eau ; l’eau en air ne sera transmuée ; de l’air ne sera fait feu ; le feu n’échauffera la terre » - Rabelais. | | | | |
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| noblesse | | | L'appel du large émane du haut ciel plus que de la mer profonde. La hauteur traduit en chant le bruit entendu dans la profondeur. | | | | |
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| noblesse | | | Les récipients et moi : le calice, dont seule la lie fait sentir la profondeur ; ou le vase, dans lequel je me verse, et dont je devines la forme dès les premières gouttes. « Être conscient de la lie est signe de la présence de l'âme » - Don-Aminado - « Ощущение осадка есть признак души ». | | | | |
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| noblesse | | | Constat désabusé : toute tentative de réduire la source d'enthousiasme au feu (le geste), à la terre (la mémoire), à l'eau (la vie) - échoue. Il ne reste, pour tout ce qui se veut ailé, que son élément naturel - l'air (le rêve), pour être porté non pas comme la lumière, mais comme le son. « L'élément de la parole est l'air, le médium vital le plus spirituel et le plus universel » - Feuerbach - « Das Element des Wortes ist die Luft, das spirituellste und allgemeinste Lebensmedium ». L'air, symbole de la verticalité, représenté, dans l'Antiquité, par une ligne verticale, les autres éléments étant réduits à la plate géométrie de carré, de zigzag et de spirale ; l'air de la hauteur, l'air tonique (eine Luft der Höhe, eine starke Luft - Nietzsche). | | | | |
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| noblesse | | | À chaque élément - sa propre torture : Icare et son air, Ixion et son feu, Tantale et son eau, Sisyphe et sa terre. Le premier doit être le plus près de l'art, c'est à dire de la hauteur, puisque l'art serait la maîtrise de la transmutation de tout élément - en l'air, en musique, tout en contenant un pressentiment de chute. | | | | |
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| noblesse | | | Toutes les valeurs sont désormais ancrées à la terre ; le monde s'est définitivement séparé du ciel ; « es werthet » de Kant et « es weltet » de Heidegger (« on évalue » ou « on ancre ») devinrent synonymes. | | | | |
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| noblesse | | | Je prouve à la Terre passagère l'existence de mes racines par l'élan de ma cime vers le ciel éternel. En passant du végétal à l'architectural, je saurai qu'en me détachant de la Terre, je ne sauverai mes ailes déployées que par un toit entrouvert de mes ruines. Méfie-toi des murs, mures-en les fenêtres : « Que le meilleur de toi ne s'arrache pas à la Terre pour casser tes ailes contre les murs de l'éternel » - Nietzsche - « Lasst ihre Tugend nicht davon fliegen vom Irdischen und mit den Flügeln gegen ewige Wände schlagen ». | | | | |
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| noblesse | | | Ce n'est pas dans le solide des muscles, mais dans le liquide de ses faiblesses que l'homme diffère radicalement de la bête : dans la larme, dans l'encre, dans le fiel. Tant que le sang, et non pas la lymphe, alimente son âme. | | | | |
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| noblesse | | | Ma vie élémentaire : sur l'eau, bien choisir le lieu avec une bonne profondeur et une bonne hauteur des deux azurs respectifs - le lieu de mon sabordage ; dans l'air - continuer à bâtir mes châteaux en Espagne ; sur terre - vivre dans mes ruines ou souterrains ; dans le feu - apprendre l'art phénicien de résurrection et le traduire en musique. | | | | |
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| noblesse | | | Quelle ligne de parenté m'est plus chère ? celle que m'insuffle le même feu dans les veines, ou celle qui me rend solidaire dans la poursuite des mêmes objectifs ? le sort ou le choix ? - moi, je penche pour le sang et me détourne des gangs. D'autant plus que le poète, en moi, aime converser avec le sort, et le philosophe s'amuse à unifier tous les choix. | | | | |
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| noblesse | | | L'extase ou la sécheresse, le oui ou le non aux illusions sont des contraintes, que le philosophe se donne, pour ne pas rater ses commencements du jour, dont la forme est faite d'ombres et de rêves. Le sot en fait des buts ou des fonds, lumineux et permanents. « L'esprit le plus parfait est une sèche lumière » - Héraclite, qui peut devenir, le lendemain, des ombres ardentes. « La poésie doit être assez sèche pour mieux flamber » - Paz - « La poesía debe ser un poco seca para que arda bien ». | | | | |
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| noblesse | | | Ne plus savoir insuffler de la poésie dans ses idées est aussi dramatique que de ne plus aimer. « Ce n'est pas que je n'aie plus d'idées, mais les idées ne dansent plus pour moi »** - G.Bataille. L'idée qui danse s'appelle mot, sinon elle n'est qu'une marche, déplacement, flânerie. Le son et le bruit, le chant et la parole, l'aède et Archimède. L'outil, toujours imprévisible. « La parole humaine est comme un chaudron fêlé, où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles » - Flaubert. Pour que l'idée coule, il faut que l'esprit s'immobilise : « C'est la sécheresse intellectuelle qui nous inonde d'idées » - S.Lec. | | | | |
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| noblesse | | | Il n'y a plus de chemins secrets, menant vers des trésors ou des illuminations ; je ne dois compter que sur mon étoile, que je suivrai, les yeux fermés, du fond de mes ruines. Ne crois pas trop les prétentieux : « Heureux qui va par une route inconnue à la sagesse humaine, et sans toucher de pied à terre » - Fénelon - la sagesse est une affaire terrestre, accessible même aux misérables, qui s'attroupent sur des sentiers battus, sans toucher de regard au ciel. Le sage est celui qui a la plus vaste collection de plaies, mais qui les lèche mieux que les autres. « Parmi les sages, pas un qui ne soit heureux » - Cicéron - « Neque sapientum non beatus ». | | | | |
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| noblesse | | | L'apparition du regard, dans mes yeux, est facile de détecter : je verrais la terre à travers le ciel. « Le désir du regard le poursuit si fort, qu'il aspire au ciel et abandonne la terre » - Arioste - « Tanto è il desir che di veder lo incalza, ch'al cielo aspira, e la terra non stima ». Si, en plus, je munis mes yeux de noblesse et d'intensité, j'aurai un haut regard - je vivrais le ciel en vue de la terre. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l'arbre se réunissent les quatre éléments : « De la racine de ses origines, l'âme humaine tend, à travers l'humus de l'être, vers son étoile, portant vers la hauteur son obscure source dédiée à Neptune et Vulcain, portant vers la profondeur son but limpide dédié à Apollon, s'étendant en branches tel un arbre »*** - H.Broch - « Des Menschen Seele reicht aus ihren Wurzelabgründen im Humus des Seins zum Sternenrund, aufwärtstragend ihren poseidonisch-vulkanisch finsteren Ursprung, abwärtstragend das Durchsichtige ihres apollinischen Zieles, baumgleich sich verzweigend » - quel magnifique itinéraire - de la terre de ta vie, de l'eau de Neptune, du feu de Vulcain, de l'air d'Apollon - vers l'arbre de ta création ! Ce qui rappelle la quadruple oraison funèbre, que tu dédias à l'agonie de Virgile : à l'eau d'arrivée, au feu de chute, à la terre d'espérance, à l'éther d'enfance. | | | | |
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| noblesse | | | Dans le vivant, si je ne brûle pas, je pourris. « Il n'y a que deux formes d'existence : pourriture ou brûlure »** - Gorky - « Есть только две формы жизни : гниение и горение ». Souvent c'est la même chose : la pourriture dégage bien de la chaleur, et toute flamme finit dans des cendres. La forme est pour l'histrion, le fond - pour le spectateur. Savoir équilibrer le trop plein de la tête et étancher la vacuité du cœur - tel est le fond de l'existence. « Notre lot : végéter ou brûler de l'âme »*** - Pétrarque - « Nos autem vel torpemus vel ardemus animorum estibus ». | | | | |
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| noblesse | | | Le corps et le cœur s'engagent, mais l'âme, c'est la force de dégagement (Platon). Cette âme céleste, descendue sur la terre, découvre la pesanteur, se sent obligée de s'engager et s'appellera – esprit. Depuis qu'Empédocle ajouta aux trois éléments célestes le quatrième, la terre, l'homme se cherche une nouvelle patrie - la terrestre, où, au lieu de brûler, de planer ou de chanter, il calcule. | | | | |
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| noblesse | | | Jadis, la caravane marchande polluait la verdure de nos vertes vallées ; aujourd'hui, c'est l'azur du ciel qui est menacé par les circuits incolores. | | | | |
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| noblesse | | | La seule beauté au ciel, c'est mon étoile. Tout ce qu'elle illumine sur terre se met à danser, au milieu de ce qui marche ou rampe. « Comme la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel ! »* - Loyola - « ¡ Qué vil me parece la tierra, cuando contemplo el cielo ! ». Et le chemin n'est pas long : « Dieu est au ciel, et le ciel est en toi »** - Boehme - « Gott ist im Himmel, und der Himmel ist im Menschen ». | | | | |
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| noblesse | | | Être un ange, c'est savoir me libérer de la pesanteur terrestre, pour me vouer à la grâce aérienne, élevant le regard vers mon étoile. La bête ignore l'étoile. « Les hommes sont des bêtes, s'ils n'ont aucune étoile au-dessus d'eux » - H.Hesse - « Die Menschen sind Bestien, wenn kein Stern über ihnen steht ». | | | | |
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| noblesse | | | Dans la hauteur, loin de la terre, nous ne parcourons les chemins que de nos yeux nomades. « Nos pères furent sédentaires. Nos fils le seront davantage, car ils n'auront, pour se déplacer, que la terre » - P.Morand. Ne nous laissons pas emporter par des vents racoleurs : « Les vents, qui soufflent dans les hauteurs, changent sans cesse » - Pindare. | | | | |
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| noblesse | | | L'inertie des bras, des oreilles et même des cœurs porta les hommes vers l'horizontalité la plus falote, l'étendue de la terre, à laquelle je sacrifie et la hauteur et la profondeur, tel Tristan, croyant la première Iseut aux blanches mains venue, qui me fait croire, que la voile est noire et l'azur - couleur de sang. « La vie s'évalue en deux mesures : l'horizontale - 'au loin la voile blanche solitaire' et la verticale - 'le fond bleu de l'océan ou le fond azur du ciel' »*** - Prichvine - « Есть две меры жизни : одна горизонтальная : 'белеет парус одинокий', другая вертикальная : 'под ним струя светлей лазури, над ним луч солнца золотой' ». | | | | |
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| noblesse | | | Mon héros, c'est un anti-Antée : toucher la hauteur (m'ex-alter) et retrouver ma faiblesse. « Exhausser, exaucer, sont le même mot »*** - Valéry. Perdre la terre en l'exhaussant. Dans une tour, profonde côté terre et haute côté ciel. Des visées côté terre noire devraient élever mon regard côté ciel d'azur. | | | | |
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| noblesse | | | Il n'existe pas de nobles querelles collectives ; c'est dans une perspective temporelle qu'un talent de poète en invente parfois quelques grandeurs artificielles. Avec l'extinction du romantisme, disparurent aussi les grandes querelles personnelles. Et dans les petites, tous se valent : les brillants et les ternes, les purs et les salauds, les experts et les ignares. En absence de l'air romantique, règnent le feu de paille des indignés, le terre-à-terre des renfrognés, l'eau courante des alignés. | | | | |
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| noblesse | | | La vie et le rêve, à travers les éléments : la vie est possible grâce à l’eau, l’être de la vie s’éploie sur terre et son devenir se forge par le feu ; le rêve tend vers l’air, et chez les Chinois, l’air est remplacé par l’arbre. | | | | |
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| noblesse | | | Dans l’air, poétique et transparent, se reflète l’arc-en-ciel de nos rêves : la rougeur du feu, la bleuté de l’eau, la verdure de la terre. | | | | |
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| noblesse | | | La métaphore des quatre éléments doit servir de qualificatif pour nos esprits, nos âmes et nos cœurs ; la combinaison idéale semble être : un cœur ardent, un esprit fluide, une âme aérienne, en vue de la terre, vue du ciel. Après l’extinction des âmes et des cœurs, la tendance de ce siècle robotique semble être la domination de la dimension terrestre dans le seul survivant, l’esprit. | | | | |
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| noblesse | | | Pour un aigle, atteindre la hauteur signifie, dans sa fière solitude, ne plus être vu de personne ; l’air libre est son élément. Les adeptes de la profondeur ressemblent à un ramassis de poissons solidaires : « Tous, ils troublent l’eau, afin qu’elle paraisse profonde » - Nietzsche - « Sie trüben Alle ihr Gewässer, dass es tief scheine » ; l’eau commune est leur milieu. | | | | |
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| noblesse | | | Le feu de ta passion n’est noble que s’il te trouve déjà à une hauteur. La hauteur de ton âme n’est accessible que grâce à l’air poétique, qui t’arrache à la terre de tes actions. L’essence aquatique, qui alimentera ton ascension, ce sera le sang de ton cœur ou l’encre de ta plume, tenue par ton esprit. | | | | |
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| sénèque | | | Non scholae, sed vitae discimus.
Ce n'est pas pour l'école, mais pour la vie, que nous étudions. | | | | |
| | noblesse | | | Puisque la vie nous pourvoit de prébendes, l'école étant surtout le lieu des châtiments. Dommage ! Je suis à l'école, lorsque je me sens digne d'un fouet ; je suis aspiré par la vie, lorsque je me sens grandi et libre. « Qui touche au plus profond, s'attache au plus vivant » - Hölderlin - « Wer das tiefste gedacht, liebt das lebendigste ». Plus ma pensée est haute, plus facilement je quitte la vie terrienne pour l'art aérien. Cicéron tombe dans le même travers : « La philosophie : non l'art des mots, mais celui de la vie » - « Philosophia : non verborum ars, sed vitae » - la vie est pleine de bruits ; la philosophie, par son amplitude, entre le haut regard et l'intelligence profonde, en dégage la musique. En dehors de nos pulsions, qu'est-ce qui se rapproche le plus de la vie ? - l'art des mots ! | | | | |
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| st augustin | | | Funde, ut implearis.
Vide-toi, pour que tu puisses être rempli. | | |  | |
| | noblesse | | | Sois tantôt éponge et tantôt fontaine ; mes pores, noyau, foyer et source étant ma soif. Dieu est dans la soif, non dans le breuvage. Je ne trouve pas Dieu à travers mes plénitudes, mais je ne me fais pas trop d'illusions sur ce qui remplira mon vide ; Jean de la Croix est trop crédule : « Les biens de Dieu ne peuvent entrer que dans un cœur vide et solitaire. L'âme doit se vider, pour que Dieu remplisse le vide » - « Los bienes de Dios no caben sino en corazón vacío y solitario. El alma debe vaciarse del ego para ser llenada por Dios ». | | | | |
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| boèce | | | Superata tellus sidera donat.
S'élever au-dessus de la Terre, c'est mériter les étoiles. | | | | |
| | noblesse | | | Ne mêlons pas les étoiles au culte terrien du mérite ! L'étoile ne se donne qu'au regard, dont la hauteur ne se mesure pas en coordonnées de l'œil. « L'œil est animal, et le regard - spirituel »** - Aristote. Même en tombant, sur la Terre, plus bas que le corps, l'âme peut atteindre les étoiles : « En plein jour, on peut voir des étoiles, quand on est au fond d'un trou » - J.G.Hamann - « Ein Mann in einer tiefen Grube kann am hellen Mittag Sterne sehen ». | | | | |
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| leopardi g. | | | Non val cosa nessuna I moti tuoi, nè di sospiri è degna La terra.
Nulle chose ne mérite ton élan Ni de tes soupirs n'est digne la terre. | | |  | |
| | noblesse | | | Et tu confies tes soupirs à l'immobile hauteur, hauteur qui est ce séjour, d'où rien ne tombe à terre – on y reconnaît le plus germanique des poètes italiens. Une fois constatée l'indignité terrestre, les refuges possibles sont : la vie (le corps et le Bien), l'art (l'âme et le Beau), le savoir (l'esprit et le Vrai). Les Italiens et les Russes en appellent à la vie (les premiers acceptant tout, du vulgaire au sublime, et les seconds refusant tout, sauf de vagues projections dans l'avenir), les Allemands veulent ne respirer que la pureté des hauteurs poétiques, et les Français emménagent dans des châteaux raffinés ou dans d'élégants salons littéraires. Seuls les Français appliquèrent l'équation nietzschéenne : la vie et l'art, c'est la même chose ! | | | | |
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| flaubert g. | | | J'aime les gens tranchants et énergumènes. On ne fait rien de grand sans le fanatisme. | | | | |
| | noblesse | | | La grandeur du fait, vue de la hauteur du rêve, dégringole affreusement. Le fait se réduit aux chiffres, lorsque sa lecture utopique ou symbolique s'efface. L'énergumène de Diderot ou le possédé de Dostoïevsky, bref, le fanatique grave dans l'air ce qu'un sobre maçon, le possédant, exécute en pierre. La valeur est dans la qualité d'un axe atemporel, le prix est dans la durée : « Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens » - Valéry. | | | | |
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| amiel h.-f. | | | Une pensée sans poésie, une vie sans hauteur - c'est un paysage sans ciel, on y étouffe. | | |    | |
| | noblesse | | | En hauteur ou devant une beauté, on a aussi le souffle coupé, mais la respiration difficile y est compensée par l'inspiration, due à un bon liquide - le sang, l'encre ou la larme. On y trouve un climat sans terre. | | | | |
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| bachelard g. | | | L'imagination aérienne est plus rare que l'imagination de l'eau, du feu et de la terre. | | | | |
| | noblesse | | | Se déverser, se consumer, s'enraciner est plus facile que de garder la hauteur quoique préservant mieux de chutes. | | | | |
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| thibon g. | | | Veiller sur la pureté du feu intérieur : éviter à la fois, qu'il s'éteigne et qu'il se nourrisse de matières indignes de lui. | | |     | |
| | noblesse | | | Laisse les sacrificateurs apprécier la graisse animant la flamme. Le feu est pur tant qu'il est au-dessus de la matière. Ab igne ignem. Pour me débarrasser de la pesanteur, j'ai besoin de grâce céleste et non pas de flamme terrestre. | | | | |
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| proximité | | | En m'éloignant de la Terre, je risque, en même temps, de m'éloigner du ciel. | | | | |
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| proximité | | | Ce qui rapproche devant Dieu, devrait séparer sur Terre. Ce qui rapproche dangereusement sur Terre, devrait tendre vers Dieu comme vers un lieu de rencontre, en dehors des épidermes. | | | | |
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| proximité | | | Moins de faits et de verbes clairs à partager entre nous deux, plus indiciblement nous nous partageons. Les amoureux vivent de substitutions d'obscures inconnues par de lumineux arbres qui : « peuvent nouer leurs ramures et leurs racines pour s'élever et s'approfondir ensemble, pour ciel et terre »**** - Valéry. | | | | |
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| proximité | | | L'espérance : sans te débarrasser de tout le ballast de la raison, te sentir les ailes, qui te détachent de la terre. | | | | |
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| proximité | | | L'espérance : fermer les yeux et se faire regard, ne rien attendre de personne et se faire attente, s'abaisser jusqu'à terre, pour se faire hauteur. | | | | |
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| proximité | | | Ni au ciel ni sur terre, les existentialistes ne parviennent à lire une échelle quelconque de valeurs et se remettent à l'aveugle action, sous leurs pieds. Ils ne veulent pas admettre, que ce qui est illisible à la raison peut être parfaitement sensible à l'âme et, partant, - intelligible pour un esprit étoilé. Mais, d'autre part, quand l'horreur d'un rapprochement inexorable de l'homme avec la machine me saisit, je ne sais plus quoi répondre à ces soi-disant impératifs esthétique et moral… | | | | |
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| proximité | | | L'air, qui est l'élément de la liberté et de la musique, sert d'étape à mon regard sur le ciel. Et le corps, peut-être, est cette terre, à partir de laquelle j’aperçois le mieux le feu divin : « Ainsi l'âme s'unit à l'âme, fût-ce par le chemin du corps » - J.Donne - « Soe soule into the soule may flow, though it to body first repaire ». Comme le mot, cherchant à embrasser mon âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées. | | | | |
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| proximité | | | L'opium ou l'eau-de-vie, telle est la fonction de la religion, chez les sauvages. Chez l'homme moderne, le raz-de-marée du solide débarrasse du réquisit du gazeux ou du liquide : regardez le sort pitoyable de l'encre, du souffle, de la sueur, du firmament, du sang, des aromates, des larmes, et l'eau-de-vie, avec l'opium, n'y échapperont pas non plus. | | | | |
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| proximité | | | L'artiste peut se permettre des mensonges iconoclastes à peindre ; le peuple aurait besoin de mensonges idolâtriques, transmis par des fripons ; quand on voit les résultats minables des prêches antichrétiens, contre la dévotion ou contre la morale, de Voltaire ou de Nietzsche, on a envie de remobiliser l'Inquisition et de rehausser les bûchers, puisque tout feu est désormais éteint, et y règne un terre-à-terre asphyxiant. | | | | |
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| proximité | | | Je touche à la création, quand je me débarrasse des choses et fais un désert autour de ma plume ; je touche au Créateur, dès que la moindre chose terrestre, sauf le désert, s'intercale entre Lui et moi ; ne pas voir le Créateur dans le créé est de la myopie. | | | | |
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| proximité | | | Rien ne dépasse l'arbre en évocations métaphoriques : je plonge dans ses racines pour peindre ses cimes, je me nourris de sa sève pour en chanter les fleurs, j'en attise la soif de lumière, à l'ombre de ses ramages. « Dans l'arbre règnent terre et ciel, divins et mortels » - Heidegger - « Im Baum wallen Erde und Himmel, die Göttlichen und die Sterblichen » - bien que, chez les hommes, les choses se simplifient : le trépas divin s'annonce par tous et partout, la mortalité humaine ne tracasse pas plus que l'usure des transistors, la voix du ciel devient inaudible - il ne reste aux hommes que l'unité de l'Un, de la pauvre terre, c'est à dire de la platitude. | | | | |
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| proximité | | | L'action traduit un millième de ce que je suis, la réflexion - un centième, le rêve - un dixième. Si, dans le vide de ce qui reste, je n'étouffe pas, si une joie ou un amour, sans aucun appel d'air, dilatent mes poumons, alors, mon souffle ne peut me porter que vers la foi. | | | | |
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| proximité | | | Tous les mystères de la haute justice sont confiés désormais aux solutions, dictées par la lettre des codes ; il ne reste que le problème de l'utile, qui tarabuste encore les hommes. Mais « de l'utile au juste la distance est la même qu'entre la terre et l'étoile »* - Lucain - « sidera terra ut distant, sic utile recto ». L'étoile disparut des outils de mesure des hommes ; seule la perspective du lucre donne aujourd'hui la mesure de l'utile devenu le seul juste. | | | | |
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| proximité | | | Les espérances, focalisées sur des finalités, sont, le plus souvent, sottes, d’où mon engouement pour les commencements, irresponsables, éphémères, mais divins. On le voit même avec les éléments : le feu nous réduit en cendres, l’air nous érode, l’eau nous pourrit et la terre nous ensevelit, mais, au commencement, le feu nous enthousiasme, l’air nous emporte, l’eau nous sert de miroir, la terre nous éblouit. Mais « Neptune noya plus de monde qu’il n’en sauva » - Érasme - « Neptunus plurus extinguit quam servat ». Il faut vénérer l’étincelle divine, placée en nous, et non pas les dieux inconnus eux-mêmes ; le salut, s’il existe, ne s’inscrit point dans le réel de demain, il est dans l’idéel d’hier. | | | | |
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| proximité | | | Peut-être il y eut deux Créateurs : le premier créa la matière, et le second s’occupa de l’esprit, pour donner naissance à la vie et au rêve, à l’eau et à l’air. « Entre le feu et la terre, Dieu plaça l’eau et l’air »** - Platon. | | | | |
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| jean de la croix | | | En esta noche oscura de la vida, qué bien sé yo por fe la fonte frida, aunque es de noche.
En cette nuit obscure de la vie, la foi me dit où est la source fraîche, bien que de nuit. | | |  | |
| | proximité | | | De jour, je n'ai que l'entretien crédule de l'eau courante ; de nuit j'entretiens ma soif incrédule, auprès de la fontaine invisible. | | | | |
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| claudel p. | | | Ce qu'il essaiera de dire misérablement sur la terre, je suis là, pour le traduire dans le ciel. | | | | |
| | proximité | | | Si Tu n'étais plus là, je n'aurais rien à traduire. Car c'est moi, le traducteur. Tant que Ta belle dictée, sans mots ni notes, me soulève, je me tendrai vers la plume ou je tendrai la corde. | | | | |
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| gide a. | | | Il me paraît monstrueux, que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu, pour se sentir d'aplomb sur terre. | | | | |
| | proximité | | | C'est pour cette excellente raison que les hommes raisonnables préfèrent la reptation. L'idée de Dieu est ce qui nous fait croire, que notre bosse peut cacher de belles ailes. Les meilleurs croyants sont sans Dieu, comme les meilleurs héros (Bakounine : « les anarchistes - héros sans phrases » - « анархисты - герои без фраз »). Tandis que chez les pires « la foi consiste à ne pas croire (aux sens, à la raison) » - Valéry. | | | | |
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| tsvétaeva m. | | | Я все вещи своей жизни полюбила и пролюбила прощанием, а не встречей, разрывом, а не слиянием. Всякий - подход - отход.
L'amour de toutes les choses de ma vie, je l'ai conçu et porté dans l'éloignement, non dans le rapprochement, dans la rupture, non dans la fusion. Tout rapprochement est éloignement. | | |    | |
| | proximité | | | L'éloignement dans le ciel, où adviennent les meilleures rencontres. La distance sur terre, en revanche, crée parfois la proximité avec les astres : savoir s'éloigner, pour s'ouvrir au ciel. | | | | |
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| weil s. | | | Un mode de purification : prier en pensant que Dieu n’existe pas. | | | | |
| | proximité | | | La prière est une flamme, et Dieu - son aliment pur, le souffle, pour que ton feu hors temps n'étouffe pas dans la fumée temporelle. | | | | |
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| baudrillard j. | | | Deux formes de rupture : l'une par éloignement, l'autre par l'excès de proximité. Rupture de charge, rupture de charme. | | |    | |
| | proximité | | | La volupté est dans l'art d'entretenir la distance, de refuser le tête-à-tête et de favoriser le corps-à-corps. Routine de terre, routine de chair - distance calculée en mètres ou en ancêtres. La rupture promet un élan ; la continuité se complaît dans la platitude. | | | | |
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| russie | | | Sur les fonts baptismaux d'un rêve, l'eau tourna rapidement au sang, qu'on jeta, horrifié, et l'enfant avec. La prochaine fois, le Christ se tournera vers un pays aux rites laïcisés et aux liquides lymphatiques, la Russie en loques mendiant sur le parvis. | | | | |
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| russie | | | C'est l'oppressante sensation des frontières qui attire vers la hauteur ; la vastitude de la terre russe, où aucun horizon ne ferme la perspective tribale, favorise davantage le goût de la profondeur. La pensée de la terre, comme du seul élément vital, éloigne de la liberté, qui préfère le feu, l'eau et l'éther. | | | | |
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| russie | | | C'est dans le liquide que s'éploie l'âme russe : dans le sang, dans la sueur, dans la larme, dans la vodka. Le cerveau semble en être également atteint : « Le cerveau russe est mouillé ; il ne flambe pas du feu de l'intelligence, et quand tombe en lui l'étincelle du savoir, il s'enfume et s'éteint »* - Gorky - « Сырой русский мозг не вспыхивает огнём разума, когда в него попадает искра знания, - он тлеет и чадит ». C'est presque aussi mauvais qu'une âme sèche ; aux saignées ou sanglots du vouloir, qui l'interpellent ou l'inondent, elle ne renvoie que de la fumée. Voltaire, qui faisait du philosophe un pompier : « la superstition met le monde en flammes, la philosophie les éteint », aurait apprécié… | | | | |
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| russie | | | Le culte de la terre russe fait penser à Antée, cherchant son égal, qui vivrait de la complicité de l'air, et déraciné, à la pelleteuse mécanique, il serait étouffé par des Héraclès en série. La terre, qui n'y est souvent que de la boue : « Sous les yeux - une braise trop vive, aux oreilles - un sanglot, et la boue, où tu gis - tel, Russie, est ton lot » - Kipling - « Except the sound of weeping and the sight of burning fire, and the shadow of a people that is trampled into mire ». | | | | |
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| russie | | | Le déracinement est une pose ; l'enracinement est une position. « Dans le Russe, la culture européenne reste sans racines » - D.H.Lawrence - « European culture is a rootless thing in the Russians » - tu ignores, que les racines russes s'incrustent aux cimes, sans promesse de fleurs et de fruits, puisque la Terre russe, inondée de larmes et ravagée par le feu, ne peut plus compter que sur l’air, où ne retentissent que poèmes, sanglots et prières. | | | | |
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| russie | | | C'est au milieu des forçats de Sibérie, taillés dans le bois précieux (sibirische Zuchthäusler, aus dem wertvollsten Holze geschnitzt - Nietzsche), que je vis pousser l'arbre, que, arraché à la terre, je porte au ciel, pour échapper à la forêt de Cybérie, par des voies sans issue (die Holzwege de Heidegger). Région des Ténèbres, c'est ainsi que Messire Marco Polo, d'origine slave (son nom, toutefois, est plus près des champs - поле - que des forêts), désignait cet espace ; maestro U.Giordano, avec ses opéras Sibérie et Andrea Chénier, me fit deviner que le forçat, devenu bourreau, sera le pire des tourmenteurs. | | | | |
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| russie | | | Patrie - où se sentent chez eux nos pères ; Heimat - où nous nous sentons chez nous ; родина - où est chez elle ma mère. Air, chair, terre. | | | | |
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| diderot d. | | | Les Russes sont pourris avant que d'être mûrs. | | |  | |
| | russie | | | La maturité signifiant le sevrage, l'arrêt de toute sève, les autres se laissent tenter par des liquides douteux, passant pour de la sève : la sueur, le sang, l'encre, ces asepsies protégeant de la pourriture mieux que le sel des larmes. | | | | |
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| nietzsche f. | | | In Rußland gibt es eine Auswanderung der Intelligenz : so wirkt man dahin, das vom Geiste verlassene Vaterland zum vorgestreckten Drachen Asiens zu machen.
L'intelligence fuit la Russie ; ce qui contribue à faire de sa patrie, abandonnée par l'esprit, un dragon avancé de l'Asie. | | | | |
| | russie | | | C'est l'un des rôles de l'intelligence que de prouver, que la tête n'a rien d'irremplaçable et de continuer à entretenir un bon feu ailleurs. Il est plus difficile d'avoir sa propre voix que sa propre cervelle. On prouve mieux son originalité par des caprices sentimentaux, que par des constructions mentales, où le robot moderne domine : « L'esprit russe brille le mieux dans des balivernes » - Klioutchevsky - « Русский ум ярче всего сказывается в глупостях ». | | | | |
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| russell b. | | | They are a nation of artists, down to the simplest peasant ; the aim of the Bolsheviks, this aristocracy of Americanised Jews, is to make them industrial and as Yankee as possible.
Jusqu'au dernier des paysans, c'est une nation d'artistes ; et les bolcheviques, ces aristocrates juifs américanisés, cherchent à les rapprocher au maximum de l'industrie et des Yankees. | | |  | |
| | russie | | | Mais la Terre promise s'avéra terre brûlée. Les chaînes de montage tournèrent vite en quelques chaînes de servage de plus. Artiste dans l'âme, esclave dans la tête, vagabond dans l'esprit, il prouve une seule chose – sa vraie vie est ailleurs. | | | | |
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| valéry p. | | | La Russie, naïve, mystique, sensuelle, a reçu pour premiers enseignements ceux des écrivains français, immunisés et rompus aux contradictions, et ceux des philosophes allemands, les plus extrêmes dans leurs déductions. | | | | |
| | russie | | | Les élèves comprirent tout de travers : des leçons de la philosophie allemande sont sortis les nihilistes mystiques (Dostoïevsky, Berdiaev, Chestov) et des images de la littérature française - les anarchistes naïfs (Kropotkine, Bakounine, Tolstoï). Seul, le poète, tendre, sensuel, déchaîné, est resté en accord avec ses notes nationales, mais l'acoustique du russe l'isole de l'Europe. | | | | |
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| heidegger m. | | | Rußland und Amerika sind, metaphysisch gesehen, dasselbe ; dieselbe trostlose Raserei der Technik und der bodenlosen Organisation des Normalmenschen.
Au point de vue métaphysique, la Russie et l'Amérique sont la même chose : la même frénésie sinistre de la technique et l'organisation sans racines de l'homme normalisé. | | | | |
| | russie | | | D'autres s'enracinent si profondément dans l'Übermensch, qu'ils ne voient pas le robot, sans frénésie ni sève, qui en jaillit, au-dessus d'une terre brûlée. Le déraciné russe et le dé-cimé américain n'ont ni sol ni ciel commun, où ils pourraient pousser ensemble. Dans cette Amérique, jusqu'au cou dans le réalisme intégral, où as-tu vu la moindre trace d'un nihilisme, auquel tu réduisais toute métaphysique ? « La métaphysique, en tant que telle, est l'authentique nihilisme » - « Die Metaphysik als Metaphysik ist der eigentliche Nihilismus ». | | | | |
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| sartre j.-p. | | | Tué par un baise-main, à mille verstes de Saint-Pétersbourg, à cinquante-cinq ans de sa naissance, un voyageur prenait feu, sa gloire le consumait. | | | | |
| | russie | | | Sur ce cercle spatio-temporel, la gloire incandescente s'arrêta dans une gare en Sibérie et puis s'éteindra dans une rédaction parisienne. Une gloire consommée. | | | | |
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| cioran é. | | | Je ne souhaite point mes Sibéries fondues sous Votre soleil. | | | | |
| | russie | | | Comme la matière a ses trois états, l’âme s’exprime en trois versions : solide (la blancheur de la neige ou de la foi), liquide (la grisaille de l’eau ou des actes), aérienne (le bleu du ciel ou du rêve). Votre soleil me servira surtout pour me débarrasser de courtes illusions (solides et grégaires) ou de longues inerties (fluides et basses) et pour azurer mes hautes ombres. | | | | |
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| solitude | | | Ce que je gagne en hauteur, je le perds en largeur. J'ai beau être ouvert, en altitude, à tout ce qui plane ; sur terre, je me recroqueville au moindre contact avec tout ce qui rampe, y compris avec mes propres gestes. | | | | |
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| solitude | | | Je suis d'autant plus seul, que je prends l'habitude de fréquenter l'homme inventé. L'homme des cavernes, l'homme d'une île déserte, l'homme de la terre, l'homme du mot ou du regard sont tous des créatures inventées, auxquelles j'offre mon amitié et ma simplicité. Mais l'homme du forum m'encercle et me rend hargneux, biscornu, compliqué et infiniment seul. | | | | |
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| solitude | | | Il est plus noble de m'immoler à un autel vide, au lieu de Tout immoler à l'autel de nos dieux ; la fumée y gagne en pureté, le feu - en intensité, l'étincelle - en hauteur. Mais cet autel, où je dépose mes trésors, est une ruine ; je devrais m'y moquer des offrandes d'Héraclite au Temple d'Artémis, de Rousseau - à Notre-Dame, de Valéry - au Palais Chaillot. | | | | |
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| solitude | | | Socrate et Jésus m'étaient fort sympathiques, jusqu'au jour, où j'aperçus, que leurs soliloques ou dialogues n'étaient qu'échos de places publiques. Mais Prométhée et Job devaient trop leur héroïsme à la flamme ou au fumier, où il me fallait du froid et du flair. Le moulin à vent m'obstruait la vue de l'île déserte du rêve, île en tant que terre promise de Don Quichotte. Et je leur préférai Hamlet et Faust, se contentant de fantômes pour bâtir de beaux dialogues, sous forme de soliloques décousus. Et s'ils sont si forts en philosophie, c'est que peut-être ils fréquentèrent la même Université allemande que Luther et Stavroguine. | | | | |
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| solitude | | | Étant tricard des terres et des cieux, je ne peux ni dresser un ciel russe (son âme) sur une terre française (sa douceur), ni amener sur la terre russe (sa souffrance) un peu de ciel français (son esprit). | | | | |
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| solitude | | | Il m'arrive de brûler ma maison (syndrome d'Érostrate), pour, soi disant, la réduire en ruines pittoresques ou en chantier d'une tour d'ivoire, tandis que c'est souvent le seul moyen que je trouve encore pour me réchauffer les mains, qu'aucune main ne frôla depuis si longtemps. | | | | |
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| solitude | | | Degrés de progression vers l'originalité et la solitude : nous sommes sur la même terre, sous les mêmes cieux, dans la vue des mêmes horizons, avec la même carte routière, avec la même étendue du désir. Et je resterai avec la hauteur de ma tour d'ivoire ou avec la profondeur de mon souterrain. | | | | |
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| solitude | | | Tant de dives bouteilles à portée de ma plume, je n'ai besoin ni de tempêtes ni de naufrages, pour me mettre à la rédaction d'un message de détresse ; la chose la plus utile serait un bon bouchon, qui isole de l'océan humain mes mots solitaires, terrestres, aériens ou en feu. Dommage qu'il faille les envoyer vers une profondeur imprévisible, au lieu d'une hauteur prédestinée. | | | | |
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| solitude | | | Le souci de la maison de l'être leur est étranger ; ils peuplent leurs plats écrits d'habitants sédentaires et interchangeables, au lieu de soigner le choix de bons matériaux, de bonnes verticalités, de bonnes ombres. « Les symboles - les éléments (feu, eau, vent, terre), les dimensions (hauteur et profondeur), les aspects (lumière et ténèbre) – sont la création d'une œuvre singulière, se confondant avec la métaphore vive » - Ricœur – cette demeure solitaire, à tour de rôle tour d'ivoire ou ruines, accueillera mes rêves de nomade. | | | | |
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| solitude | | | J'hésite entre vivre comme un arbre solitaire ou comme une forêt fraternelle. Il faut que mon arbre ait beaucoup d'inconnues, tendues vers l'unification avec ses frères. L'ennui, c'est l'immensité du désert, qui me sépare du frère le plus proche. Deux éléments me lient à la forêt - l'eau et la terre -, mais je suis arbre en vertu des deux autres - l'air de ma liberté et le feu de mes immolations ou sacrifices. | | | | |
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| solitude | | | Il est facile d'imaginer une solitude dans un paysage de fin du monde. C'est la solitude des commencements, où mon étoile tarde à apparaître, qui présente un tableau autrement plus ardu à peindre. « Solitude d'un bateau sans naufrage ni étoiles »*** - Machado - « Soledad de barco sin naufragio y sin estrella ». Et le fond plus proche que toute terre, et l'aviron entre le ciel et l'eau, et l'ancre entre le fond et la surface, et des nageoires menaçantes qui me cernent… | | | | |
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| solitude | | | Mon feu ou mes lumières sont, à quelques degrés près, les mêmes que chez la plupart de mes semblables. Seules mes ombres me distinguent des autres, mais elles sont projetées, surtout, vers l'intérieur et n'intriguent donc personne. « On a beau porter dans son âme un feu ardent ; il se peut, que personne n'éprouve l'envie de venir s'y chauffer. Les passants verront juste de la fumée et passeront, sans s'arrêter » - Van Gogh. Quand j'aurai débarrassé mon intérieur de futilités impures, aucune fumée ne profanera mon feu, qui, de mes ruines, bâties à l'écart de tout chemin, pourra tendre vers mon étoile, à travers mon toit percé. | | | | |
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| solitude | | | Le rêve que je scelle, c'est moi-même. Plotin appelait bien à « sculpter sa propre statue », mais préconisait le regard comme ciseau éphémère, pour laisser les niais se lamenter sur les grands hommes sans effigies ni statues, dans les places publiques. En fin de compte, c'est peut-être le seul moyen de régler le problème des fétiches et des idoles (la noblesse et l'intensité de Nietzsche - sur le piédestal du dieu mort). | | | | |
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| solitude | | | Les suicides virtuels se pratiquent aujourd'hui sur des places publiques, et leur souvenir se réduit à un reportage ampoulé, rédigé par le suicidaire lui-même, cherchant les yeux des autres, mais dépourvu de son propre regard. Qui écrirait de meilleurs mémoires que Phénix ? Le regard, c'est la maîtrise du feu et des cendres. | | | | |
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| solitude | | | J'envie celui qui se trouve en état d'exil, tout simplement puisque, en s'approchant des hommes, une brûlante horreur le fait fuir. Là où il échouait à s'acclimater, des climatiseurs modernes érigèrent la chape d'une assommante tiédeur. Les seules brûlures, aujourd'hui, proviennent de l'air irrespirable de ma méchante solitude. | | | | |
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| solitude | | | La culture, c’est l’air d’une hauteur et le feu d’un élan ; la nature, c’est la terre de nos racines et l’eau de nos sources. Sans une bonne culture, tout déracinement débouche sur la platitude. Avec cette culture, le déracinement est un bienfait à notre solitude, qui est le cadre obligatoire de toute culture articulée, créatrice. | | | | |
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| musset a. | | | Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. Le seul bien, qui me reste au monde, Est d'avoir quelquefois pleuré. | | | | |
| | solitude | | | On ne peut comprendre cette bizarrerie larmoyante, que si l'on a connu une vraie solitude, quand le poids de tous les souvenirs se mesure sur une balance innée et partiale, avec une préférence donnée à l'aérien et au liquide. Quant à Dieu, Le prier est tout de même un mode de dialogue plus honnête que Lui répondre. Quand Dieu se met à parler, on est sûr, qu'un ventriloque traîne quelque part dans les parages. | | | | |
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| nietzsche f. | | | Philosophie ist das freiwillige Leben in Eis und Hochgebirge.
Philosopher, c'est choisir librement une vie sur les cimes glacées. | | |    | |
| | solitude | | | C'est la-haut que l'air est le plus pur, c'est là que se trouvent les commencements des grands flux et des grands commandements, c'est là que le troupeau est rare, comme l'est la nourriture terrestre, c'est là que le feu de l'âme s'entretient au contact de la glace de l'esprit. | | | | |
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| char r. | | | La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de nous montrer, que nous ne sommes pas seuls, que l'aurore a un toit, et mon feu - tes deux mains. | | |   | |
| | solitude | | | Ce qui fait aboutir la vie à un beau livre, écrit sous un toit étoilé et caressé par la main, qui bénît ta plume. Où trouver ce feu et ce toit ? Si c'est mon étoile qui les guide, ils ne peuvent se trouver qu'au fond de mes ruines vespérales. | | | | |
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| souffrance | | | Le vrai tourment, ce n'est pas de ne plus être, mais de ne pas savoir être sans avoir. Je ne suis qu'intensité, mais il me faudrait maîtriser la terre - pour marquer mon époque, l'air - pour être respirable, le feu - pour laisser des empreintes et l'eau - pour que l'encre la couche sur papier. « Ce n'est pas l'éternité que tu demanderas à la vie, mais l'intensité »*** - Nietzsche - « Auf die ewige Lebendigkeit kommt es an, nicht auf das ewige Leben ». | | | | |
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| souffrance | | | Quand la sève de la vie est accessible, la sueur s'absorbe, l'encre se solidifie, la larme tarit, le sang enivre, celui des autres. Seul le poète connaît la lancinante soif près de la fontaine ; Tantale, qui, au lieu de s'abaisser par le geste, s'élèverait par le regard ; la fontaine de Siloë, n'a-t-elle pas rendu le regard aux yeux éteints ? L'obscur désir, face à la claire fontaine, ou comme le dirait Freud - la libido, est le nom de cette soif. | | | | |
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| souffrance | | | La vie s'asperge le mieux par des larmes. À l'aurore, dans la jeunesse. Dans le crépuscule, ce sera le tour de la sueur, chaude ou froide, ou, mieux encore, de l'encre, emphatique ou sympathique. | | | | |
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| souffrance | | | Les plus belles plumes prônent le style sec. Pour ne pas moisir, au milieu de ta prose jadis larmoyante, n'occulte pas, mais sculpte ta larme. Sors-la du souterrain et peuples-en les ruines. Et que ton style devienne regard : « Le style est une manière absolue de voir les choses » - Flaubert. Avoir du style, c'est orienter le hasard et dominer la routine par une expression magnétisante. | | | | |
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| souffrance | | | Le séjour des morts serait séparé de la vie par la douleur (Achéron), la haine (Styx), la lamentation (Cocyte, affluent d'Achéron), le feu (Phlégéton, affluent d'Achéron), l'oubli (Léthé, affluent d'Achéron ou de Styx). Je soupçonne, que le Styx se jette, lui aussi, dans l'Achéron. | | | | |
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| souffrance | | | La tristesse et les éléments : elle rend languide l'air que je respire (« L'air même, aujourd'hui, porte l'odeur de mort » - Pasternak - « В наши дни и воздух пахнет смертью »), elle me submerge par toute sorte de liquides (« Toutes les eaux sont couleur de noyade » - Cioran), elle enterre ce qu'il y a de solide en moi. Elle doit cette misère à la perte du quatrième élément, du feu, qui réduit la tristesse en cendre ou en braise, pour ennoblir les ruines ou pour chauffer le sous-sol. | | | | |
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| souffrance | | | Le mystère de notre origine (la terre cosmique ? l'air poétique ? l'eau biologique ?) apporte une certaine consolation à nos souffrances, mais notre avenir n'en a aucune : il n'est qu'une solution finale, avec le feu froid de nos cendres. Jadis, le souci du bon ou du beau nous arrachait aussi à la réalité trop transparente ; aujourd'hui, il ne nous reste plus que la souffrance, pour nous rappeler le mystère de la nature, dont nous faisons partie ; ce mystère est celui des naissances et des agonies, face à l'enchaînement mécanique de problèmes ou de solutions trop clairs. | | | | |
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| souffrance | | | La plus noire des sécheresses se niche plus facilement dans la clarté des sourires que dans de sombres chagrins. L'eau la plus fécondante tombe des nuages noirs. | | | | |
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| souffrance | | | Connaître la lie, qu'ont tous les filtres ou nectars, ne m'apprendra rien de stimulant pour mes futures soifs, que je réserverai à mon regard, pour ne pas éventer mes ivresses ; il faut laisser quelques gouttes ultimes au fond de tout calice ; la même pureté doit accompagner mes espérances et mes désespoirs. | | | | |
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| souffrance | | | Pourquoi la tendresse, cette partie de mon corps et de mon cœur, fait penser aux flammes des offrandes ? Parce qu'elle naît du feu de défaite, dont me marque l'autre partie de mon corps et de mon cœur, partie offerte à la honte. Et puisque la réussite sociale devint une manie universelle, la tendresse, pour la première fois dans l'histoire, disparut de toutes les sphères, où l'esprit eût la chance de se muer en âme. | | | | |
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| souffrance | | | Je me fie à un courant d'encre, et il me mène vers un marais de tristesse. Laissons l'élément liquide dans son état le moins naturel, l'état inventé, l'immobilité. C'est sa meilleure chance de continuer à m'évoquer la forme de son récipient idéal, mon âme. | | | | |
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| souffrance | | | Pas de lumière, extérieure à moi-même, qui délimiterait les lieux de mon naufrage. Aucun phare ni fanal de ce siècle caboteur, mais de hautes étincelles d'un feu, qui crépitait devant ma caverne. | | | | |
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| souffrance | | | À chaque élément - son type de défaitel : chute - pour la terre, sacrifice - pour le feu, pesanteur - pour l'air, noyade - pour l'eau. Les saluts, eux aussi, leur sont propres. Dans l'eau, par exemple, on ne se sauve qu'en s'accrochant à une paille de salut. Ce qui flotte ou pèse - noie. | | | | |
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| souffrance | | | Le besoin d'écrire naît de la honte d'avoir l'œil sec, tandis qu'une larme ravage ton cœur, la honte de marcher droit, tandis qu'une danse fait chavirer ton rêve, la honte de parler, tandis que ton fond n'est que chant, soupir ou râle. La résignation : « Le cri ne peut être égal ni à la douleur ni à la raison » - Sénèque - « Non potest par dolori esse, nec rationi, clamor ». | | | | |
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| souffrance | | | Un même écrit est vraiment bon, s'il peut servir de baume, de poison ou d'antidote, en fonction de nos plaies du moment, lui-même n'étant qu'un adjuvant, et le poison du faible pouvant servir de nourriture au fort (Nietzsche). Et si, en plus, je peux me permettre d'alterner les attitudes de guérisseur, de cobaye ou d'immortel… | | | | |
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| souffrance | | | L'air, autour, foisonne d'événements perdus ; si je baisse la tête, sans baisser le regard, j'échappe à tant de bleus à l'âme. | | | | |
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| souffrance | | | Désapprendre à vivre est plus facile qu'apprendre à mourir. Et beaucoup plus utile. Pour mieux aimer. Transformer la lueur ardente, venant de l'amour ou de la mort, - en ombres : « Esclave de l'amour, je suis libre des deux mondes » - Hafez. La plus belle liberté est celle qui réussit à se mettre au-dessus de la souffrance : « Dans la possibilité de l'angoisse la liberté succombe écrasée par le destin » - Kierkegaard. | | | | |
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| souffrance | | | Ne pas fermer mes parenthèses, et en ouvrant ma bouche, devant une poignée de pages blanches, faire sentir, que ce qui va la fermer est une poignée de terre noire, jetée par une Antigone compréhensive. « Pour s'apprivoiser à la mort, il n'y a que de s'en avoisiner » - Montaigne. Le bon verbe est tumulaire et doit descendre au tombeau. Avec cette épitaphe : « On m'enterra vivant », puisqu'il se sentira Eurydice. On n'écouta pas la dernière supplique de Tsvétaeva : « Ne m'enterrez pas vivante - Не похороните живой ! » - la même terreur poursuivit Gogol. | | | | |
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| souffrance | | | Les beaux états d'âme sont ceux qui ne peuvent pas durer. D'où mon refus, le désintérêt pour les enchaînements. Le rire prolongé sent le salon, le sanglot entretenu sent le cabanon - « Quand on pleure, seule la première larme est sincère » - Kundera. Le feu s'éteint d'autant plus vite, qu'il fut plus vif ; le génie dédaigne l'éclairage et le chauffage pour mourir sur un bûcher ou dans une étincelle. | | | | |
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| souffrance | | | La souffrance améliore le sage et avilit le sot. « La mauvaise fortune du bon lui fait élever le regard au ciel ; la bonne fortune du mauvais lui fait baisser la tête vers la terre »*** - Saadi. D'où la nostalgie des volatiles et la bonne humeur des reptiles. | | | | |
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| souffrance | | | Noircir furieusement la terre pour mériter au ciel une place lumineuse - rêve du pessimiste. Le rêve de l'optimiste est de descendre aux enfers, pour ne pas s'encanailler dans des paradis artificiels. | | | | |
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| souffrance | | | La noirceur de nos mauvais jours est une ressource et un matériau précieux, qu'il ne faut pas gâcher ni dissiper par un tourbillon d'amis ou de livres. L'appel d'air est d'autant plus entraînant, que la chape de plomb autour de moi est irrespirable. | | | | |
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| souffrance | | | Dans un courant d'air ironique, mon cachot entendrait les sanglots se transformer en éternuements. Ne laisse pas ouvertes tes portes, si tu t'installes face au toit ouvert, pour garder intacte l'étincelle de ton étoile. | | | | |
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| souffrance | | | Veux-je mourir en terre d'Antée, dans l'eau du Léthé, dans l'air d'Icare ou dans le feu de Phénix ? - ami des résurrections, je préférerai le feu, l'élément le plus artificiel, ou magique, ou divin, et j'attendrai, que les cendres soient froides et que Dieu soit proclamé mort, avant de libérer mon souffle. | | | | |
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| souffrance | | | La forme, c'est la joie ; et tout fond aboutit à la douleur - autant chercher à donner une forme verbale à la souffrance, pour que mon étoile se reflète et se lise même dans mon encre ou dans ma larme. | | | | |
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| souffrance | | | À nos quatre hypostases - homme, hommes, sous-homme, surhomme - correspondent quatre éléments – air, terre, eau, feu ; et leur demeure commune, où ils pourraient ruminer leurs défaites respectives, seraient les ruines. Icare, Antée, Odysseus, Prométhée, au bord de mer, s'occupant du feu du phare, humiliés par la pesanteur de la terre et par la grâce de l'air. Consoler les naufragés par la hauteur du feu. | | | | |
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| souffrance | | | Suivre des connaissances, c'est faire du cabotage, en vue de la terre ferme. Le goût, c'est l'appel du large (l'incertain), du profond (l'angoisse) ou de mon étoile (la noblesse), qui se propose pour guide. Les dépourvus de goût le voient dans des sorties à la campagne : « Le goût est un canal artificiel ; la connaissance navigue sur l'océan » - Disraeli - « Taste is an artificial canal. Knowledge navigates the ocean ». Le bon goût consiste à appeler de bonnes connaissances pour provoquer une houle. Le vertige est affaire de la terre, qui se dérobe, ou de l'air, qui réclame des ailes. L'eau comme le feu sont des éléments secondaires à l'école de navigation vers la vie. Une fois dans la vie, ils en accompagnent le naufrage. | | | | |
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| souffrance | | | La paisible vitalité de la horde moderne est due à l'héritage éthique de la femme de Loth : personne ne retourne plus la tête en entendant des clameurs de détresse, nulle caravane ne s'arrête ; si le sel de la terre vous manque, si aucune colonne ne brise plus la monotonie de vos plats forums, vous en connaissez le geste fondateur. | | | | |
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| souffrance | | | Femme, l'oiseau de feu, dès que tu touches la terre comme Eurydice ou t'approches de l'eau comme Ophélie, tu te sépares de ta cendre et tu regrettes de ne pas t'être vouée seulement à la hauteur de l'air, hors d'atteinte des reptiles et même des Valkyries et des Amazones. « Je suis l'Oiseau-Phénix, je ne chante que dans le feu ! Nourrissez-le - sa hauteur vitale est mon vœu ! »** - Tsvétaeva - « Птица-Феникс я, только в огне пою ! Поддержите высокую жизнь мою ! ». | | | | |
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| souffrance | | | Sur le registre sentimental, le liquide domine : on déverse du fiel, on verse du sang, on écrit à l'encre bleue, on est submergé de larmes. La digestion cérébrale se contente du solide. Dans le liquide narcissique ne se retrouvent que la soif animale, la flottaison verbale et l'ivresse sentimentale - « par son propre reflet éclairées »*** - Rilke. « Dans l'eau tu ne vois que ton visage, dans le vin tu lis le cœur d'autrui » - Sophocle. Mais en mélangeant les deux, tu oublieras et le cœur, qui chavire, et le visage noyé ; Plutarque tomba dans le piège : « Un homme, qui craint de s'enivrer, ne jette pas son vin, il le mélange ». | | | | |
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| souffrance | | | Les éléments et les voix : dans l’eau, le poisson se tait ; sur terre, la bête gueule ; dans l’air, l’oiseau chante ; dans le feu, tout vivant invente son chant du cygne. | | | | |
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| souffrance | | | À chaque élément du monde – Feu, Air, Terre, Eau (l’ordre est d'Empédocle) – me lie un frère malheureux : Sphinx (avec le goût des cendres), Icare (avec sa chute programmée), Dédale (avec ses impasses), Narcisse (avec une noyade si proche). | | | | |
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| souffrance | | | Toute souffrance appelle l’espérance ; et celle-ci peut renaître par l’entremise de l’un des éléments : l’eau de Tantale pour entretenir ta soif, le feu de Prométhée pour l’intensité de ta flamme, la terre d’Antée pour ton appui face au ciel ; l’air d’Orphée pour te rapprocher de ton étoile. | | | | |
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| souffrance | | | La hauteur, la poésie, l’espérance éclosent dans l’air auroral, berceau des commencements ; la profondeur, la philosophie, le désespoir mûrissent sur la terre vespérale aux achèvements tragiques. Le liquide et l’ardent les accompagnent : le sang ou la larme, le feu ou les cendres. | | | | |
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| confucius | | | Il est plus difficile de se défendre de l'amertume dans la pauvreté que de l'orgueil dans l'opulence. | | | | |
| | souffrance | | | Parce qu'on trace des récits plus entraînants et lisibles en trempant sa verve dans la bile que dans la graisse. | | | | |
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| platon | | | Vous ne sauriez être assez petits pour vous cacher sous la terre, ni assez grands pour vous élancer dans le ciel, mais vous subirez la peine, qui vous est due. | | | | |
| | souffrance | | | Plus profonde est ma résignation et plus haut est mon rêve, plus intense sera ma musique, qui couvrira peut-être mes gémissements inévitables. Sur terre, mes mains et mes pieds se prosternent devant un ciel compréhensif et muet ; c'est à mes soupirs, enterrés ou envolés aux nues, que désormais le Dieu vengeur en veut. | | | | |
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| hölderlin f. | | | Wer auf sein Elend tritt, steht höher.
Celui qui surmonte sa douleur monte plus haut. | | |  | |
| | souffrance | | | Quand on la vit dans un élément liquide, on s'en laisse submerger. Avec du solide, on se bronze ou se brise. Le feu nous consume. Enfin, avec de l'aérien, on a une promesse de hauteur, qu'on atteint par son regard ailé. Toutefois, toute épaule de géant est bonne pour notre vue hautaine. | | | | |
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| barney n. | | | Time engraves our faces with all the tears we have not shed.
Le temps marque sur notre visage toutes les larmes, que nous n'avons pas versées. | | |    | |
| | souffrance | | | On n'arrosait pas le bon côté de notre jardin secret. Ou bien on se trompait de saison et calculait la cueillette au lieu de rêver la fleur ? Les plumes et les cœurs, à court d'encre ou de sang, servent d'éventail ou de pompe, lorsque le souffle et l'onde ne sont plus de vous. Heureusement, il existe un moyen miraculeux, pour freiner le travail du temps, sur notre visage ravagé, - ce sont les yeux fermés, dont le regard reconstitue le paysage originel de nos rires et pleurs et efface les marques infamantes. | | | | |
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| thibon g. | | | Là, où jadis je voulais boire, je n'aspire qu'à me noyer. | | |   | |
| | souffrance | | | On boit dans les yeux de sa bien-aimée ou dans le livre de son semblable. En s'y noyant, on continue d'en boire. Mais on n'est repêchable que si l'on en avait touché le fond. Le désir de boire fut plutôt un souci pour entretenir ta soif. | | | | |
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| vérité | | | Est-ce la peine de claironner ma croisade pour la vérité, quand je sais que, pour les appels les plus envoûtants, l'aboutissement incontournable est : notre solitude, leur foire, mon échouage. Ni terre ni croix ni écriture saintes, mais ruines et souterrains des châteaux en Espagne, où le sacré gît couronné de sacrilèges. | | | | |
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| vérité | | | La perfection est attribut de la seule réalité, donc, entre autres, de la matière. La vérité est imparfaite, comme l'est tout langage et tout modèle, au sein desquels la vérité est parfaite, c'est à dire ne peut pas être mise en doute. « La Vérité est la Magnificence parfaite, non souillée par la matière » - le Trismégiste. La vérité est cet air, dont parle Pavlov : « Aussi parfaites que soient les ailes d'un oiseau, elles ne sauraient jamais le propulser vers le haut, sans s'appuyer sur l'air ; les faits sont l'air de la science » - « Как ни совершенно крыло птицы, оно никогда не смогло бы поднять её ввысь, не опираясь на воздух. Факты - воздух науки », mais les poètes chantent, imparfaitement et en oubliant l'air du temps, - la perfection de l'aile, de la hauteur et du feu ascendant ! | | | | |
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| vérité | | | Parmi vérités irrespirables naît un courant d'air de mensonges et entraîne un grand élan, mélange de pureté et d'opacité. | | | | |
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| vérité | | | L'âme ne peut ni ne doit fonder son essence sur la vérité, cette affaire des parcours et des finalités. L'âme est dans les commencements, mus par le bien et le beau. Elle n'a pas à intervenir dans les péripéties des vérités triomphantes ou déclinantes. « L'âme doit se baigner dans l'éther d'une substance unique, dans laquelle tout ce qu'on avait tenu pour vrai s'est écroulé » - Hegel - « Die Seele muß sich baden in dem Äther der einen Substanz, in der alles, was man für wahr gehalten hat, untergegangen ist » - ce sobre éther est toujours assez bas, il est dépourvu de tout arôme et ne sert qu'à aérer des machines poussiéreuses. En hauteur, on respire un autre éther, un éther enivrant, le bon ou le beau. | | | | |
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| vérité | | | Leur but final : enterrer l'errance, et sur des socles des actes, ériger des vérités en bronze. Il est plus passionnant de laisser, derrière nous, des vérités en cendre et des mensonges en feu. « Tous les hommes naissent sincères et meurent trompeurs » - Vauvenargues – non, c'est un privilège des créateurs : perroquet à l'aube, chouette – aux crépuscules. | | | | |
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| bible | | | La vérité germera de la terre, du haut du ciel apparaîtra la justice. | | | | |
| | vérité | | | Ces pousses ont toutes les chances d'être artificielles, résistant bien à tous les éléments : à l'air du temps, au feu des quêtes, à la terre des ancêtres, à l'eau des sources. Du haut du ciel, on le sait, ne peut descendre ni Némésis ni Thémis, correctes et armées, aux yeux vengeurs ou bandés, mais seulement le Verbe, aveuglant et désarmé, voulant passer pour la Vérité, même en absence de bonnes grammaires. | | | | |
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| shakespeare w. | | | Your bait of falsehood takes this carp of truth.
Avec l'amorce d'un mensonge on pêche une carpe de vérité. | | |  | |
| | vérité | | | Quand le but n'est que farcesque, l'envie de pêcher en eaux troubles, le bon feu de ton ironie fera oublier la scélératesse du hameçon. | | | | |
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| chamfort n. | | | Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la vérité. | | |   | |
| | vérité | | | La vérité est bardée de prémisses solides ; le bonheur repose sur une illusion désarmée et en feu. Ce fut une illusion, mignonne et longue, que de s'imaginer un bonheur grave : « Le bonheur est un ange au visage grave » - Modigliani, « Tout est vanité hormis les belles illusions » - Leopardi - « Tutto è vanità fuorché le belle illusioni ». Il n'est qu'aérien, quand il n'est dû à un élément liquide : larme, sang, encre. | | | | |
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| wilde o. | | | To test Reality we must see it on the tight-rope. When the Verities become acrobats we can judge them.
Pour éprouver la Réalité, il faut la voir sur la corde raide. On ne juge bien des vérités que lorsqu'elles se font acrobates. | | | | |
| | vérité | | | Plus que la présence du filet, c'est l'absence du sol qui leur donnera de l'envolée. Au cirque de la vie on leur préfère des cracheurs du feu de paille et des dompteurs de chouettes aveuglées. | | | | |
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| kafka f. | | | Die Kunst umfliegt die Wahrheit, aber mit einem festen Willen, sich nicht zu brennen.
L'art survole la vérité, avec la ferme intention de ne pas se brûler. | | |    | |
| | vérité | | | Heureusement, la turpitude humaine ininflammable s'y pose sans danger et ramène à l'artiste des clichés et empreintes véridiques. | | | | |
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