| introduction art | | | ART : Tous les métiers, aujourd'hui, exigent de tout impétrant qu'il exhibe, dès l'entrée, ses diplômes. L'art reste une des dernières échappatoires des charlatans, où ils peuvent exercer leurs lubies, sans s'exposer en permanence au risque d'un contrôle inopiné par des inspecteurs orthographiques ou symphoniques. Produire des unités de mesure n'est pas un secteur porteur ; il est moins que secondaire, moins que primaire ; il prétend donner un sens à l'extraction et à la métamorphose de matières. Avec les chameliers, les poètes seront déclarés déserteurs par le mobilisateur mécanique. | | | | |
|
| art | | | L'écriture banale : un amas de choses sous la main dont la plume scrute les frontières. L'écriture doctrinale : un moule imposé au contenu ou aux contours. L'écriture paradoxale : partir des frontières dans le vide, dont on remplit les régions contigües inexplorées. Étreintes, empreintes, contraintes. | | | | |
|
| art | | | L'art de l'éternel est dans la musique, l'objet central d'une bonne philosophie, qui ne peut être que poétique : « Seul le philosophe est poète »* - Nietzsche - « Nur der Philosoph ist Dichter ». Par un malentendu terminologique, pauvre Platon, cet authentique poète, n'entendant goutte à la mathématique, n'invitait à l'Académie que des géomètres, (ceux qui savent évaluer les choses terrestres). Lui, qui n'offrait aux hommes que des mythes, s'en prend à ses confrères : « Je mets au défi les passionnés de la poésie de montrer, qu'elle est non seulement réjouissante, mais aussi bénéfique à la vie humaine ordonnée » - Platon. Mais peut-être le chaos et le spleen sont les seuls éléments, dans lesquels la poésie ne se noie pas. | | | | |
|
| art | | | La charpente triadique d'un beau sonnet rend dérisoire et éculé tout échafaudage d'une dialectique professorale. Que vaut un livre de recettes, si tout ingrédient de ma cuisine n'a de goût que pour moi ? | | | | |
|
| art | | | L'univers du rêve, tout comme un système de logique, s'évalue sobrement : indécidable, il est le seul fond du vrai art, art de l'insoluble, l’art qui impose ses illusions. | | | | |
|
| art | | | Tout travail littéraire est érection d'un temple, autour de ton image, que tu aimerais vénérer. Les apports des autres sont de deux types : fournir des matériaux impérissables ou démolir d'autres idoles. La dernière catégorie est la plus rare, et son rôle est capital ; ma reconnaissance va à Nietzsche, à Valéry, à Cioran, les seuls à savoir renverser les épouvantails du savoir et des écoles. Je me construis autour de leurs questions : Pourquoi je suis le mieux sculpté ? Où mes miracles sont-ils le plus inattendus ? Comment prier au milieu des ruines ? | | | | |
|
| art | | | Les ratés en tout genre sont ceux qui se prennent pour les meilleurs poètes parmi les géomètres ou pour les meilleurs géomètres parmi les poètes (les marchands mêlés) ; ce qui leur ouvrirait, à la fois, l'entrée de l'Académie et la sortie de la Caverne. Le succès n'attend que près de l'Agora, au Portique ou dans un tonneau. « Si tu as du cœur et de l'esprit, n'en montre qu'un seul » - Hölderlin - « Hast du Verstand und Herz, so zeige nur eines von beiden ». Quand ils vont ensemble, pourtant, ils ne font qu'un, qui s'appelle âme ; il faut l'avoir bien timide, pour dire qu’il fasse sablier avec le cerveau ou « quand la pensée naît, le désir meurt » - G.Bruno - « nascendo il pensier, more il desio ». | | | | |
|
| art | | | Ce qui est déterminant dans le choix de nos genres littéraires, c'est notre susceptibilité à l'ennui. Quelles armures il faut dresser devant les pointes du bon goût pour s'attaquer aux sorties de marquises, aux madeleines trempées ou aux comices agricoles ! On est un professionnel, quand on entend surtout l'effet du complément d'objet direct et animé dans des phrases comme Je vous aime ! | | | | |
|
| art | | | Les Chateaubriand et les J.Joubert (les Goethe et les Lichtenberg, les Nabokov et les Chestov) semblent être incompatibles. Le second se serait mis à imiter le premier - le rire de l'auteur nous empêcherait de nous émouvoir. Le premier se serait aventuré dans le genre du second - le rire du lecteur compromettrait toute estime. Des exceptions : Shakespeare, Voltaire, Nietzsche, Tolstoï. Je m’incline devant la Maison de J.Joubert (devenu l’une des Maisons des Illustres) avec plus de respect que devant le château de Combourg. | | | | |
|
| art | | | Chez le bon écrivain, localement s'impose et subjugue un libre arbitre, mais globalement une sensation de cohérence fatale s'en dégage. Chez le mauvais, localement règne une cohérence mécanique mais globalement, c'est le libre arbitre des écoles, coteries et guildes, qui résume tout. | | | | |
|
| art | | | Deux écoles de la littérature française : celle de la liberté ou celle de la contrainte, le XVI-ème licencieux ou le XVII-ème cérémonieux, aboutissant à Rimbaud ou à Valéry. Il faut choisir entre siat et fiat, entre une vie donnée et une vie à donner. L'universalité semblant être dans la liberté, le second courant finira par n'être apprécié que des élites cosmopolites. | | | | |
|
| art | | | Je me méfie de ceux qui proposent des murailles du savoir, des portes du paradis (ou de l'enfer), des fenêtres sur la vie et, plus que de tous les autres, de ceux qui vous tendent des clefs d'un système. Mais je me fie à ceux qui livrent, clefs en main, des châteaux en Espagne ou des Tours d'ivoire. | | | | |
|
| art | | | Tous les plumitifs clament leur inappartenance à tout courant. Quand on a de bonnes voiles et, surtout, quand on a son propre souffle, on devrait se désintéresser du courant lui-même. Et le meilleur navigateur n'a pas besoin de déployer sa voile ni même gaspiller, trop près du sol, son souffle. Son plus beau désir de voyage est dans la suspension à l'aplomb des voies impénétrables. | | | | |
|
| art | | | Une fois que j'ai recueilli, ressenti, saisi les chauds balbutiements du monde, je pourrai réagir en confesseur (si j'ai le talent d'âme ou de plume) ou en professeur (si l'inertie de mouton ou le réflexe de robot sont les motifs de mon existence) : ou bien la musique des métaphores ludiques et consolantes, ou bien le silence des formules logiques et pontifiantes. | | | | |
|
| art | | | Même les plus obtus des philosophes professionnels (« la tourbe philosophesque » - Rousseau) se doutent bien, que leurs concepts sont dus au hasard, à l'impéritie et à l'inertie, que leurs preuves ne sont que fatras de sentences d'apparence logique (« Les résultats de la «métaphysique» sont et doivent être nuls, plaisir à part » - Valéry), et que le poète, par son jeu de métaphores, atteint le même but avec autant de rigueur et avec plus d'élégance. | | | | |
|
| art | | | Entre J.Joubert et Valéry, la rhétorique française n'existe pas. D'où, au XIX-ème siècle, le pullulement des herménautes parasitaires. Translatio studiorum ou studium translationem (la noétique, la Wirkungsgeschichte ou la médiologie) | | | | |
|
| art | | | En musique, en peinture, en poésie, en philosophie règne, aujourd'hui, une conjuration de jargonautes professionnels, en fonction des goûts des directeurs, des lignes budgétaires, des héritages de vocabulaires. Un charlatanisme du fini, aux assises en béton, - vendre, signer, prouver - intelligent et mort ! Que le charlatanisme antique de l'infini, enfantin, naïf et fragile, fut plus humain ! - éclairer les hommes, les purifier de vices, les délivrer d'erreurs, les ramener à la vertu - bête et vivant ! « C'était du charlatanisme, mais du plus haut » - Napoléon. | | | | |
|
| art | | | Se rendre compte de l'ineptie de tout système apriorique, c'est renoncer à la synthèse dialectique, laisser polyphonique toute partition ; l'art, dans lequel ne réussissent que les plus forts : Shakespeare, Dostoïevsky, Nietzsche. | | | | |
|
| art | | | Les philosophes professionnels choisissent toujours le mauvais côté du confessionnal : « Le métier littéraire est un éternel sacerdoce » - Carlyle - « Literary men are a perpetual priesthood ». Sois ton propre autel, sur lequel tu alterneras les sacrifices de la vie et les fidélités à l'art. | | | | |
|
| art | | | La peinture, la musique et la poésie sont mortes, en tant que sondes ou bouquets de l'âme emplumée. Mais jamais elles ne furent aussi sondées et séchées par des cervelles diplômées. | | | | |
|
| art | | | L'héritage du passé n'est capital que dans la civilisation ; la culture peut se passer de traditions et de transmissions. Les tenants de chaires universitaires ne seront pas d'accord ; leur mémoire historique est un éteignoir lyrique. | | | | |
|
| art | | | Là où le changement d’expression change la pensée s’arrête la science et commence la poésie (et donc une bonne philosophie). Chercher, en philosophie, des invariants purement intelligibles, résistant au sensible, est une tâche impossible, que se donnaient des rats de bibliothèques et que voulait leur imposer le trop bon Valéry, exaspéré par le verbalisme philosophique. | | | | |
|
| art | | | L'artiste crée un système d'apesanteur, où doit régner une perfection impalpable, tournée vers le bien. Tout système d'apesanteur renvoie au regard, traduction des poids en formes. En tenant, en point de salut ou en point de mire, la réalité-perfection. | | | | |
|
| art | | | Tous les professeurs de philosophie possèdent plus de connaissances sur l’histoire de la philosophie que Nietzsche. Mais la bonne philosophie ne s’occupant que de nos consolations ou de notre langage, le savoir y a une place insignifiante ; la qualité de l’expression, l’atout principal de Nietzsche, y est l’élément central. On console avec le chant et non pas avec un discours ; la fonction poétique du langage est plus subtile que la fonction didactique. | | | | |
|
| art | | | L’ordinateur n’a pas à s’excuser auprès de Gutenberg, à cause de la chute du prestige et de la diffusion du livre. Le problème est ailleurs : il y a, aujourd’hui, autant de talents qu’aux toutes autres époques, et même peut-être autant de désirs de bonnes lectures ; ce qui disparut, c’est l’originalité, la musique, la noblesse – bref, l’âme, aussi bien chez l’écrivant que chez le lisant. Là où jadis s’éployait le rêve, une raison pseudo-révoltée, pseudo-savante, pseudo-exceptionnelle remplit les pages monotones, robotiques, tournées vers l’actuel et ignorant l’éternel. | | | | |
|
| art | | | Pour les médiocres, être près du réel signifie répéter les mots, que la majorité des savants eut déjà trouvés, pour le qualifier ; on gagne en objectivité, en perdant en subjectivité ; on a d’autant plus de valeur, qu’on s’éloigne davantage de ce réel.« L’artiste ne supporte aucune réalité » - Nietzsche - « Ein Künstler hält keine Wirklichkeit aus ». | | | | |
|
| doute | | | La sensation d'unité ou de système, chez un homme, vient souvent d'un manque trompeur d'aspérités à la suite de polissages répétés par l'autosatisfaction. La maîtrise n'est pas dans des volumes empilés, mais dans des contours en pointillé, sans connexité, dans des frontières. | | | | |
|
| doute | | | L'ordre, c'est l'idée du monde, le désordre, c'est le monde des idées, la « branloire pérenne » (Montaigne). La vie est un équilibre précaire entre ces deux univers, équilibre rompu tantôt par le savoir synchrone, le système, tantôt par le savoir diachronique, l'ironie. | | | | |
|
| doute | | | Plus on appuie sur la touche unique d'un système, plus on frappe à côté de la vie. « L'homme du système ne veut plus avouer à son esprit qu'il vit, que, tel un arbre, il aspire à l'ampleur autour de lui » - Nietzsche - « Der Systematiker will seinem Geiste nicht mehr zugestehen, daß er lebt, daß er wie ein Baum, in Breite um sich greift ». Cette perte d'ampleur vivifiante est due au manque de hauteur palpitante | | | | |
|
| doute | | | Un système, me dit-on, est une clef, un passe, pour ouvrir des serrures de l'esprit et accéder à la vie de l'âme. C'est enfoncer une porte ouverte ! La vie nous envahit, il suffit de s'ouvrir devant elle. | | | | |
|
| doute | | | Prendre, à tous les coups, parti du chaos, face au système, est puéril ; il faut les défier, tous les deux, le premier avec du génie, à la recherche d'une nouvelle harmonie, le second avec de la passion, pour provoquer une nouvelle secousse. Frayer avec le génie, tout en fréquentant la passion, s'appelle avoir de la hauteur dans sa vie sentimentale. | | | | |
|
| doute | | | Les certitudes sont le lot des commentateurs et des critiques. Chez tout vrai auteur, même réputé tenir mordicus aux systèmes, on trouve du ton dubitatif et humble. Les systèmes inébranlables, qu'on daube, sont le plus souvent des fantômes, nés dans la grise imagination des zoïles. Tout homme ayant assez de hauteur d'âme finit par avoir un système profond, mais il sait, que « même le plus grand des systèmes n'est qu'un fragment »* - F.Schlegel - « auch das größte System ist doch nur Fragment ». | | | | |
|
| doute | | | En dehors de la gastronomie, que sais-je de l'authenticité de l'escargot ? Avec les mots je ne peux construire que la coquille, que l'autre n'appréciera qu'en géomètre, en chef de cuisine ou en oiseau de proie. Mon école de peinture s'appellera exil ou ruine ; et j'y dessinerai, indifféremment, tantôt une coquille, tantôt une carapace et tantôt une muraille. | | | | |
|
| doute | | | Je ne connais pas un seul philosophe, dont le calibre gagnerait quoi que ce soit à s'appuyer sur un système. Le poids intégral d'une vraie sagesse réside exclusivement dans ses métaphores. « Le trésor tout entier du savoir et du bonheur humains n'est fait que d'images »*** - J.G.Hamann - « In Bildern besteht der ganze Schatz menschlicher Erkenntnis und Glückseligkeit ». | | | | |
|
| doute | | | Il faut avoir parcouru les douzaines de ces pitoyables définitions de philosophie transcendantale, de philosophie de l'Histoire ou de monde comme volonté, chez Kant, Hegel et Schopenhauer, pour se débarrasser sur le champ de toute terreur devant les rats de bibliothèques. Aucun essor de la cervelle ne sauve la lourdeur du mot. | | | | |
|
| doute | | | Tout le charabia des patauds-jargonautes, adulés par la professoresque parasitant la-dessus, est de cet acabit : « N'est vraiment réel que ce qui existe en soi et pour soi d'une existence vraie et réelle » - Hegel - « Wahrhaft wirklich ist nur das Anundfürsichseiende, das erst wahrhaft wirklich ist ». N'est vraiment bête que ce qui est sot en soi d'une bêtise sotte et nigaude. | | | | |
|
| doute | | | La partie visible de l'être est suffisamment explorée par nos représentations (seuls les parasites universitaires continuent à y fouiller et à y nager) ; il faudrait ne s'occuper que de sa partie invisible, qui aurait pour contenu - l'intensité, et pour forme - la métaphore. En revanche, se tourner vers le devenir, s'appesantir sur le temps, ne promet rien de nouveau ni d'original ; la philosophie est une réflexion sur l'intemporel, sur l'invariant, sur le langagier et, surtout aujourd'hui, - sur l'invisible. | | | | |
|
| doute | | | La relativité, même restreinte, ne servit jamais un artiste, bien qu'elle se formule en tant qu'une absoluité. Le principe d'incertitude n'engendra aucun doute fécond, restant au stade de la perplexité de Zénon. Chercher un écho dans les sciences, c'est réduire à la gravitation l'émoi d'un coucher de soleil. Aucun parallélisme entre les modèles scientifiques et poétiques. | | | | |
|
| doute | | | La scolastique, la superstition, l'ignorance – pour moi, l'homme du XXI-me siècle, est-ce un adversaire valable ? C'est ridicule. Pourtant, le seul mérite de Descartes, de Spinoza, de Hegel fut de s'élever contre ces sottises. Doit-on les admirer aujourd'hui, pour cela ? Ce serait un anachronisme. | | | | |
|
| doute | | | Valéry n'a aucune ambition pour la rigueur d'un système, et pourtant ses phrases sont rigoureuses, et derrière elles on peut reconstituer facilement un système complet, profond et subtil, qui l'inspire. Tout, chez Nietzsche, n'est que rhapsodique, mais on y entend une symphonie, grandiose et harmonieuse. Spinoza, Kant, Hegel brandissent leur prétention à la rigueur scientifique, mais chacune de leurs phrases est un fatras anti-conceptuel, anti-logique, anti-poétique, où tout n'est que verbiage, hasard, irresponsabilité, arbitraire, que même le sens commun réfute sans peine, retourne ou s'en moque. | | | | |
|
| doute | | | Le néon commun éclaire désormais et le pâtre et l'écolâtre ; les bougies ne décorent plus que des garden-parties. « L'intellectuel est une bougie, que l'amour allume » - Emerson - « A scholar is a candle which the love will light » - une fois l'amour éteint, on ne trouve plus d'intellectuels. | | | | |
|
| doute | | | L'absolu des prêtres, des philosophes, des poètes cesse de fasciner et perd toute sa vigueur aux portes de l'église, de la chaire universitaire, de la chambre de la bien-aimée ; une relativité bien restreinte y relève la tête. | | | | |
|
| doute | | | Des origines d'obscurité d'un écrit : le manque de maîtrise de l'objet ou de la langue, le jargon et la normativité d'un clan, la fidélité à l'obscurité de l'objet même, l'usage de métaphores. Les deux premières – à bannir, les deux dernières – à cultiver. | | | | |
|
| doute | | | L'univers n'a pas de points d'origine, et toute échelle n'est qu'une illusion de la perspective ou un aléa de thèse. Ce qui permet à chacun d'inventer impunément ses propres mesures. | | | | |
|
| doute | | | Sans posséder un seul concept rigoureux, la philosophie académique, comme d’ailleurs toute autre, ne peut formuler aucune conception du monde ; celle-ci résulte de la réflexion et contemplation naïves de ce que la cosmogonie, la biologie ou la poésie exhibent de la matière minérale, animale ou viscérale. Mais la philosophie peut rehausser le regard sur le monde, ce que pratiquent les Allemands et les Russes, avec leurs Anschauung/воззрение – regard. | | | | |
|
| doute | | | Valéry (de ses Cahiers) n’est que de belles lumières muettes, qui peuvent mettre en valeur mes ombres musicales ; Nietzsche n’est que de belles ombres dansantes, auxquelles je trouve des sources lumineuses et immobiles. Toutefois, les sots savants proclament : « Nietzsche nous sert de lumière » - Foucault. Personne en France ne comprit Nietzsche. Comme personne n’y comprit Valéry. | | | | |
|
| doute | | | En philosophie, la force mentale installe dans les Universités, et la faiblesse sentimentale – dans la mystique. Tous les mystiques furent des faiblards. « La mystique est la force invincible des faibles » - Ch.Péguy. | | | | |
|
| doute | | | On trouve des merveilles non seulement partout dans la matière et dans les esprits, mais aussi dans les lois qui régissent leur fonctionnement et l’évolution. L’intuition du poète partage cette vue avec le savoir du scientifique ; le fruit de cette fusion aurait dû s’appeler philosophie. N’étant ni poètes ni scientifiques, les professeurs de philosophie marmonnent des inepties sur le vital ou sur le rigoureux. | | | | |
|
| hommes | | | Les études plantent en nous un arbre du savoir, mais toutes les étapes de mûrissement, de ramification et de floraison sont désormais mécanisées, la commercialisation des fruits restant le seul souci permanent visible. | | | | |
|
| hommes | | | Les attributs des empereurs et des saints, dans la très républicaine Académie Française. Ceux des agriculteurs et des marchands, à la Chambre des Lords. L'aimable hypocrisie, productrice du kitsch. | | | | |
|
| hommes | | | Le délire des professionnels : l'homme n'apparaît qu'au XIX-ème siècle. Justification : la sociologie n'était pas née plus tôt. Et c'est pire encore avec le vice et la psychanalyse. | | | | |
|
| hommes | | | Les seuls métèques à l'échelle planétaire, les Juifs, exilés ou errants, clament l'universel. Mais au lieu de chercher une patrie éphémère et exaltante du côté des nues, des horizons ou des catacombes - donc, dans la hauteur, le souffle ou la honte - ils la trouvent sur un sol solide et anonyme : dans le savoir, les droits de l'homme, les polémiques d'écoles. « L'univers entier est la patrie des âmes hautes » - Démocrite. | | | | |
|
| hommes | | | J'entends le professeur, l'électeur, le notable, je n'entends plus l'homme. Le quart humain - les hommes - évince et l'homme et le sous-homme et le surhomme. Et les lanternes de Diogène sont toutes éteintes. | | | | |
|
| hommes | | | Le robot actuel découle tout droit du rêveur du XVIII-ème siècle ; la poésie se trouve à l'origine de tous les grands courants ; rien de plus instructif que ce parcours - les poètes : Héraclite, Parménide, Pythagore ; les vulgarisateurs : Platon, Épicure ; les professionnels : Aristote, Kant. La taverne, la caverne, la caserne. | | | | |
|
| hommes | | | Jamais on n'eut autant de spécialistes professionnels d'Homère, de St-Augustin ou de Léonard qu'aujourd'hui ; mais dans les tableaux que ceux-là peignent de ceux-ci on ne devine plus ni immortels, ni saints, ni génies, mais des ingénieurs ou managers ; et le peintre, lui-même, est statisticien. | | | | |
|
| hommes | | | Le philosophe, aujourd'hui, est un fonctionnaire assumant ses responsabilités avec les mêmes ferveur et gravité que les inspecteurs des finances, les conservateurs de registres cadastraux, les contrôleurs de comestibilité. | | | | |
|
| hommes | | | Le rôle subordonné du temps, chez les vrais sages, d'où des ressemblances apparentes de leurs images, pourtant purement spatiales ; c'est ainsi qu'on proclame Platon avant Tertullien - inventeur de la Sainte Trinité, et décèle, chez lui-même, des traits des brahmanes, des fakirs ou des mages. | | | | |
|
| hommes | | | À 25 ans, on maîtrise toutes les connaissances vitales ; le reste de l'âge adulte n'est qu'une accumulation, une adaptation, une reformulation ; pourtant, la gent professoresque et sénile continue à réduire la vie à l'acquisition de connaissances. La vie est une collection de palettes et de vocabulaires, d'où doit sortir la musique vitale, sentimentale - verbale ou picturale. | | | | |
|
| hommes | | | La définition cartésienne des animaux, en tant que machines, est étendue, aujourd'hui, à l'homme. Tant que l'injustice ou l'irrationnel hérissait le paysage humain, l'homme avait une chance d'échapper à la mutation en machine. Tous les Descartes modernes abandonnèrent cette ultime réticence et déclarèrent la justice - terrain non-déconstructible (Derrida) et même le seul. La honte des sens et l'ironie du sens - les seules facettes humaines, que la machine ne reproduira jamais ; quant au reste, Valéry a raison : « Le modèle Machine doit être pris comme base du système Homo ». | | | | |
|
| hommes | | | Du temps de Descartes et Spinoza, la raison fut bafouée par le dogmatisme et la superstition ; mais aujourd'hui, où la raison triomphante étouffa toute forme de sensibilité, être cartésien ou spinoziste est signe d'un cerveau robotisé. | | | | |
|
| hommes | | | Dès que l'amuseur public a plus de temps d'antenne que l'intellectuel, celui-ci crie à l'apocalypse de la culture. Notre époque, infantile ? Où vont-ils chercher ça ? Jamais l'humanité n'était aussi abominablement adulte. Et le progrès évident de la tolérance ne fait qu'élargir la porte de l'étable commune. La barbarie moderne, si elle existe, n'est perceptible que dans la mécanique, qui gouverne sans partage, pour la première fois de l'Histoire, tous les cerveaux, qu'ils soient infantiles, académiques ou rebelles. | | | | |
|
| hommes | | | Peut-on imaginer aujourd'hui l'immense tendresse et l'humble reconnaissance pour leur mère qu'éprouvaient Sénèque ou St-Augustin ? Les rats de bibliothèques trouvent les misérables destinataires de leurs hommages respectueux dans des salons, des maisons d'édition, des revues académiques. | | | | |
|
| hommes | | | On se nourrissait aux Lois mythiques des Conciles ou aux Lois mirifiques des Académies ; désormais on ne s'alimente qu'aux Hasards de la Bourse. Et ça marche à défaut de ne plus danser. | | | | |
|
| hommes | | | Le rapprochement entre professionnels, la raréfaction des amateurs : le professionnel de l'idée est plus près du professionnel des engrais ; l'amateur du mot est plus proche de l'amateur des fleurs. | | | | |
|
| hommes | | | Sans bûcher, de temps en temps, la bibliothèque devient aussi ennuyeuse ou pernicieuse que le diplôme sans livres. Surtout, s'il n'y a aucun autre moyen d'inviter l'homme à chercher sa propre beauté ou, au moins, la vérité des autres. On brûlait déjà des bibliothèques, à cause d'un seul Livre, contenant toutes leurs valeurs. Je me méfie des valeurs, qu'on transvase ; elles devraient naître et mourir entre les mêmes couvertures. | | | | |
|
| hommes | | | L'aboutissement moderne des idéaux antiques : le stoïcien - homme d'affaires ou écolâtre, le cynique - juriste ou journaliste, l'épicurien - politicien ou artisticule, le sceptique - homme de la rue. Le romantisme aristocratique des Goethe, Byron, Chateaubriand, Leopardi, Lermontov ne fut qu'une parenthèse anti-antique, vite barrée des chroniques intellectuelles. Et en admirant passivement Nietzsche, Ortega y Gasset ou Cioran, je me sens écœuré en compagnie de leurs admirateurs actifs. | | | | |
|
| hommes | | | Je ne vois pas les sophistes d'antan devenir cordonniers, mais je vois très facilement les philosophes universitaires d'aujourd'hui devenir représentants en transistors. Être professionnel ou être vénal devinrent synonymes. | | | | |
|
| hommes | | | L'innovation est sur toutes les lèvres ; l'invariance des choses immuables n'intéresse personne. Tous les découvreurs des nouvelles dimensions de l'existence aboutissent dans la platitude. N'oubliez pas que l'oracle de Delphes, ce premier poète, ne faisait que traduire en vers la prose de la Pythie. | | | | |
|
| hommes | | | Le sage antique pérore dans une Caverne, où son élève doit apprendre les contrastes de hauteur : lumière - ombre, paix - inquiétude, corps - âme ; le savant pré-moderne raisonne dans une bibliothèque, où ses collègues mesurent la profondeur de ses paradigmes : représentation - interprétation, langage - conception, mystère - solution ; le philosophe moderne rédige ses talks dans un bureau, pour une publication annuelle réglementaire, notée par des fonctionnaires et vouée à sombrer dans la platitude académique ou clanique, et le seul moyen de réveiller la curiosité du badaud est d'évoquer la sociologie, la psychanalyse ou le journalisme. | | | | |
|
| hommes | | | Les mêmes climatiseurs donnent vie aujourd'hui aux porcheries et aux bibliothèques ; le porteur de raison n'a plus aucune raison de toiser le porteur de jambon. « Celui qui partage le savoir avec ceux qui en sont indignes suspend des perles au cou des porcs » - le Coran. | | | | |
|
| hommes | | | La reconnaissance verticale – le talent, la noblesse, l’intelligence, remarqués par nos pairs. La reconnaissance horizontale, par le nombre, – le compte en banque, le poste universitaire, la bande de copains. | | | | |
|
| hommes | | | Rôle, scénario, produits – tel est le cadre robotique, commun aux betteraviers et philosophes (écoles, conférences, publications). Le poète n’a plus de place dans ces réseaux glaciaux ; l’esprit ne sait plus se muer en âme. | | | | |
|
| hommes | | | En lisant un bon philosophe d’antan, je dis : voici l’homme de la montagne, de la forêt, du désert, de l’océan, de la cellule ; avec les modernes, je les vois en tant que des nœuds anonymes d’un circuit neuronal, académique, éditorial, aux fonctions, genres, volumes, sujets préprogrammés. Climats personnels ou paysages communs. | | | | |
|
| hommes | | | Dans le domaine spirituel, la catégorie de maître s’éteignit ; il ne restent que des élèves et des esclaves, incapables de créer leurs propres commencements, mais armés de vastes mémoires et de suites serviles dans les idées mécaniques. | | | | |
|
| hommes | | | De ton passage sur Terre, ce qui l’aura marqué le plus profondément, sans pour autant en laisser de traces, ce sont tes sentiments inexprimés : l’humilité devant le Bien, l’émotion devant le Beau, la fierté devant le Noble. Mais les rats de bibliothèques chercheront à te convaincre, que « dans le monde, ce qu’il y a de meilleur est exhibé par la pensée » - Hegel - « das Beste in der Welt ist das, was der Gedanke hervorgebracht hat ». | | | | |
|
| hommes | | | En dehors du gribouillage de leurs monographies argotiques, pour obtenir une chaire universitaire, les philosophes professionnels ne s’intéressent qu’aux faits divers. Déjà, Schopenhauer commençait ses journées par la lecture de journaux ; aujourd’hui, ils mettent leurs talents à commenter des interventions policières, judiciaires ou fiscales. Un banal sociologue niche au fond de ces philosophes. | | | | |
|
| hommes | | | Voici ce que vise un professeur de philosophie, ex-Ministre : Dénoncer le narcissisme des personnes et les dangers d’un règne de l’émotion ! Ces écolâtres, auraient-ils donc une âme ? Il faut en avoir une pour se réjouir de la beauté du monde, rien qu’en s’admirant, ou pour y laisser régner la musique de l’émotion. Mais le robot sans âme nous cerne… | | | | |
|
| hommes | | | Après les Écoles d’Athènes, de Florence, de Paris, écoles philosophiques, esthétiques, intellectuelles, on en est arrivé à l’école mécanique de la Silicon Valley. | | | | |
|
| hommes | | | Depuis toujours, on reconnaît trois sphères où agissent les hommes : la profondeur des scientifiques, la hauteur des artistes, la platitude de la majorité. L’énorme poids de l’actuelle platitude met à rude épreuve les deux autres catégories, en les attirant vers ses valeurs dominantes. Pour se défendre, la profondeur a ses écoles et ses utilités ; mais la hauteur n’héberge que des solitaires, dont la plupart, forcés ou consentants, rejoint la médiocrité, faute d’ailes. | | | | |
|
| chœur intelligence | | | ART : Tous les emplois sont soumis, aujourd'hui, aux tests de l'intelligence. Je tremble pour l'art, qui s'adjugeait le privilège de défier les syllogismes. Les poètes, musiciens et peintres, ayant perdu la foi en verbe, ton et note, se faufilent dans des miasmes métaphysiques, où tous les premiers rôles sont déjà accaparés par des scolâtres de l'ennui professoral. | | | | |
|
| intelligence | | | Le terme de système fut compromis par les charlatans de la théorie des systèmes et par les sots-hermeneutes, exploitant, toute leur vie, un seul filon académique. Pourtant, la présence d'un système est une condition nécessaire de toute pensée complète, c'est à dire se penchant sur toutes les facettes irréductibles de la création divine – le bien, le beau, le vrai. D'où le respect qu'on doit porter aux Anciens (avec leur piété et curiosité), à Kant (avec sa triade de Critiques), à Nietzsche (avec l'art couronnant tout). | | | | |
|
| intelligence | | | Toute théorie s'articule dans un langage conceptuel de représentation, et elle est sondée par un langage naturel de communication. Le premier n'a presque rien de langagier, le second n'a presque rien de représentatif, et c'est l'imbroglio entre les deux qui est entretenu par les philosophes, attribuant au second des propriétés du premier. | | | | |
|
| intelligence | | | Ce que j'appelle monde conceptuel est un vécu, ordinairement chaotique, qu'une sollicitation langagière anime, organise, focalise pour résoudre le problème, que dégage du discours notre machine logique. Toute théorie et tout modèle logent dans ce monde bercé par le désordre. Le langage, lui, ne contient ni théories ni esprit. | | | | |
|
| intelligence | | | Il est curieux de voir ces deux clans, sûrs d'eux-mêmes : ceux qui se vouent à un infini compris et ceux qui se vautrent dans un immédiat maîtrisé. Pourtant l'immédiat est aussi inaccessible que l'infini et, de surcroît, est peut-être la même chose. | | | | |
|
| intelligence | | | La sagesse, c'est l'art de confier à l'âme la tâche de relever les plus grands défis de la condition humaine : l'individualité, la fraternité, la souffrance, la poésie, la passion, la noblesse, la création, le langage. À son opposé – l'esprit moutonnier ou/et robotique. Aujourd'hui, la technique, l'économie, la science, la philosophie cathédralesque sont des ennemies de la sagesse, puisqu'elles se vouent au secondaire : à l'utilité, à la vérité, à l'être, à la puissance. | | | | |
|
| intelligence | | | Les questions philosophiques sont des pierres précieuses brutes ; les philosophes académiques rôdent autour, en se demandant ce qu'est leur non-être, quel est le degré de leur contingence, comment leur perception par le sujet affecte l'inter-subjectivité etc. - il en fait un misérable concept sans éclat ; un poète les taille par son style, les sertit dans un écrin d'intelligence, les fait briller dans une lumière verbale – il en fait un bijou. | | | | |
|
| intelligence | | | Mot à la mode : refus de systèmes. Mais tout homme, pourvu d'intelligence et de bon goût, aboutit à une unité de ton ou de regard, dans laquelle un œil perçant distinguera toujours un système. Le système : le refus du hasard dans le choix des représentations et la cohérence de l'interprétation avec les paradigmes choisis. Le système, c'est de la structuration de concepts, mais c'est l'orientation de leurs fins ou l'intensité de leurs fondements qui en détermine la valeur. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans un système fermé, les structures sont irréductibles à la logique et vice versa. Mais dès qu'on s'ouvre à un nouveau langage, on peut distribuer toute logique en nombre de structures et aplatir toute structure en pures relations logiques, c'est cela, les ruptures épistémiques entre le gnoséo-morphique et le gnoséo-logique. | | | | |
|
| intelligence | | | Des jeux pseudo-logiques avec des concepts tirés au hasard des soutenances de thèses, en psychologie ou en physiologie, ce charabia insipide de la professoresque clanique, s'attachant, au gré des modes, au rationaliste le plus absolu, au charlatan de Vienne ou au dingue de Turin, mais sans leur talent, dans cette niche logomachique alimentée par Husserl et Heidegger, Sartre et Badiou, où l'on refuse à Pascal, Voltaire ou Valéry le titre de philosophe, que s'arrogent tous ces arides pontifes de faculté Barthes, Foucault, Deleuze, Ricœur, Derrida. Siècle de Dozenten et d'agrégés ! | | | | |
|
| intelligence | | | Un philosophe serait celui qui porte un haut regard sur la condition humaine et prouve, que l'homme est irréductible au robot. Mais les professionnels, qui accaparèrent ce titre, ne s'occupent que de la facette humaine robotisable : la détermination, l'être, l'inconscient. Le diplômé de cardiologie, qui se proclame meilleur spécialiste du cœur humain que le poète ! | | | | |
|
| intelligence | | | À lire les sentences ex cathedra des philosophes de profession, on ne parvient pas à imaginer des colosses, qui les intimideraient. Mais voici qu'ils voient dans le cyberespace virtuel ou dans l'heptagone constructible des concepts à la hauteur de leur ahurissement, - et l'on se rend compte d'être abusé par des ânes. | | | | |
|
| intelligence | | | L'informaticien et le linguiste ricanent en voyant le philosophe patauger au milieu des logiques et des langages. La défense du merveilleux, face à la déferlante mécanique, - c'est peut-être le seul domaine, où le philosophe a encore son mot à dire, à cause de la défaillance du poète. Puisque « la conscience d'avoir frôlé le merveilleux arrive trop tard » - Blok - « сознание того, что чудесное было рядом, приходит слишком поздно ». | | | | |
|
| intelligence | | | Valéry se moque de la non-définition des abstractions initiales chez les philosophes, qui pratiquent « l'art d'arranger les mots indéfinissables en combinaisons agréables ». Pourtant, la philosophie est de la poésie, où une grande part du charme réside justement dans le vague des premiers et derniers pas. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les «définitions» des plus acharnés adeptes de la rigueur - Spinoza, Hegel, Wittgenstein - pour s'assurer, qu'ils ne quittent jamais la région réservée aux élucubrations poétiques (rien d'étonnant qu'ils s'interrogent en professeurs marmoréens et répondent en poètes balbutiants). Pour discourir en paix, ils ne s'aventurent guère avec les définitions. La philosophie de la rigueur existe bien, mais elle fut exhaustivement épuisée par Aristote et Kant. | | | | |
|
| intelligence | | | Des jalousies claniques les font hurler à la défaite de la pensée (dont la décomposition fut déjà annoncée par Maine de Biran). Les mornes pensées, de toutes leurs tribus de déclinologues professionnels, triomphent partout de leur seul adversaire vivant - de l'émotion. Jamais on n'avait vu autant de géomètres algébriques ou de spécialistes d'Aristote et si peu de poètes. | | | | |
|
| intelligence | | | Le dire de la pensée (Logos), les structures de la pensée (les Écoles), l'image de la pensée (la société) - c'est dans ce sens, que le mot évoluait dans l'Antiquité. Aujourd'hui, il emprunte le chemin inverse. | | | | |
|
| intelligence | | | En philosophie, toute idée a deux facettes : métaphore et requête. La deuxième sert à soutenir des thèses ; la première - à soutenir nos enthousiasmes. La première aide à créer un confort de nos ruines, la seconde - à meubler les raouts sybarites. La Caverne ou le Banquet, l'Arbre ou la Cène. | | | | |
|
| intelligence | | | Le contraire de métaphoriser - appeler la chose par son nom, le nominalisme. Les plus belles des choses n'ont pas de noms et réveillent en nous le poète, manipulateur des substitutions. La pensée est une métaphore, dont les substitutions exigent un savoir ou une maîtrise. Si cette maîtrise relève d'un type de sensibilité précis, on a affaire à un esprit de système, une unité de souffle. Des enchaînements narratifs de métaphores sont rarement métaphores, c'est pourquoi l'esprit de système le plus conséquent se rend naturellement par fragments. « Les fragments sont la vraie forme d'une philosophie universelle » - F.Schlegel - « Die eigentliche Form der Universalphilosophie sind Fragmente ». | | | | |
|
| intelligence | | | Pour celui, pour qui le devenir (et non pas l'être) est son élément, la méthode est plus chère que le système, l'inépuisable esthétique du paradoxe - plus chère que l'éthique épuisée de la doxa. « Aucun être à trouver en-dessous de l'action, de l'effet, du devenir » - Nietzsche - « Es gibt kein Sein hinter dem Tun, Wirken, Werden ». En effet, ce qui émane de l'être n'est que le commencement : « L'être pur constitue le commencement » - Hegel - « Das reine Sein macht den Anfang », et c'est aussi lui, l'être, qui conduit le pas dernier, au seuil du sens ; le reste, le parcours, la durée, est palabre humaine et silence divin. | | | | |
|
| intelligence | | | Spinoza : résolution sans solutions, problématique sans problème, mystique sans mystère. Ourdir des systèmes, telle une araignée affairée (die Spinne), pour capturer des moucherons désœuvrés. | | | | |
|
| intelligence | | | Après de grands constructeurs (Kant, Hegel), après de grands déconstructeurs (Nietzsche, Heidegger), voilà de petits instructeurs (Foucault, Deleuze). Les premiers s'intéressaient aux premiers pas de Dieu imaginant l'homme, les deuxièmes - aux derniers pas de l'homme abandonné de Dieu, les troisièmes - aux pas intermédiaires du mouton imitant le robot. | | | | |
|
| intelligence | | | Les grands viennent de nulle part et nous communiquent le vertige et la jouissance de la hauteur, gratuite et vécue sans effort. Sortent, ensuite, des rats de bibliothèques, des ronds-de-cuir, fignolant, pinaillant, finassant, creusant, tarabiscotant, approfondissant, marmonnant des litanies au travail et à la rigueur. La hauteur, contrairement à la profondeur, n'a pas d'épaisseur, et toute graduelle pénétration ne peut mener qu'à la platitude, comme celle de G.Bernanos : « Il est beau de s'élever au-dessus de la fierté. Encore faut-il l'atteindre ». | | | | |
|
| intelligence | | | Plus on est ignare, plus nombreuses sont des questions, autour desquelles, soi-disant, il y aurait silence des Anciens ou des Modernes. D'où le tapage innovant des souteneurs, - de pensées volages ou de thèses sages. Le savoir remplit de bruit toutes les cellules, mais apprend à s'évader vers le silence de soi. | | | | |
|
| intelligence | | | Nietzsche et Freud : belles métaphores et idées quelconques. Mais les épigones s'accrochent à leurs idées, sans savoir produire leurs métaphores - science professorale, tout le contraire du gai savoir. | | | | |
|
| intelligence | | | Les tenants des racines, les radicaux, et les habitués des cimes, les rêveurs, s'envoient des anathèmes de froid académisme ou de chaude barbarie. Ils auraient dû comprendre, que toute création aboutit à un arbre complet, et que seuls des arbres unifiables, quel que soit leur parcours, méritent notre intérêt. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans un écrit de philosophie, la culture philosophique représente un apport négligeable ; l'esprit y est inséparable de la chair ; les horizons n'y attirent qu'à une belle hauteur de tempérament, de style ou d'émotion. La plus belle intelligence est celle qui écoute son âme et affine son goût, au lieu de scruter et confiner sa mémoire. Peu me chaut la supériorité oculaire de Descartes sur Pascal, de Bergson sur Alain, de Sartre sur Valéry, si les seconds surclassent les premiers en qualité de leur sensibilité et de leur regard. | | | | |
|
| intelligence | | | Oui, il est possible de briller par la continuité de son système, par le style de ses transitions, par la connexion de ses étendues ou l'ouverture de ses frontières ; mais l'imagination s'y vide rapidement, l'intuition y devient vite superflue et le tempérament - inutile. Rien d'excitant n'en peut plus être attendu, après Aristote, Descartes et Kant, que les impuissants de la métaphore vivifiante continuent à imiter pâlement. Le cerveau s'acquitta de sa mission géométrique exhaustive auprès de l'esprit ; celui-ci ne peut plus espérer de la nourriture que de la musique de l'âme. | | | | |
|
| intelligence | | | La philosophie s'occupe des choses, qui n'admettent pas de système, ou, au moins, où aucun progrès systématique n'est significatif. Aucun système ne pourra jamais rendre la signification d'un regard, d'un style, d'un état d'âme, d'une forme de vie. Aucun système n'est capable d'apporter à la philosophie ce que lui apportent les métaphores. L'aphorisme est un arbre de métaphores ; l'attrait d'une même hauteur et le souci d'un même regard, la pensée unifiante, en font un système en aphorismes. | | | | |
|
| intelligence | | | Pour juger de l'intérêt d'un discours abstrait, il existent deux tests infaillibles, l'un logique et l'autre conceptuel : l'épreuve par la négation et l'épreuve par le concret. Si la négation produit un message également défendable, c'est que l'affirmation était sans intérêt. La substitution des concepts par des instances peut : ne rien apporter (le meilleur des cas), confirmer, réfuter, abaisser (le pire, c'est le cas de la majorité des discours philosophiques académiques). | | | | |
|
| intelligence | | | Les modalités logiques - la nécessité, la possibilité, la suffisance - se trouvent au centre des interminables arguties des bavards, tandis que c'est la partie la plus banale des représentations par contraintes. En revanche, les modalités mentales - la volonté, le devoir, la puissance - se raréfient chez les penseurs, tandis que seule la pensée mentale, c'est à dire personnelle et passionnelle, mérite le nom de pensée. L'homme créateur, assoiffé, manie les étiquettes logiques, pour entretenir son ivresse mentale ; l'homme banal, repu et blasé, se lamente de la nécessité du banal et de la banalité du nécessaire. | | | | |
|
| intelligence | | | Câblage de connaissances, par notre machine interprétative, est une notion ignorée des philosophes et bien connue des informaticiens. Ce que ceux-là appellent connaissance intuitive est, le plus souvent, une connaissance câblée si profondément, en langage-machine, que son accès se ressent comme immédiat et même a priori. Et la dichotomie kantienne : « toutes nos représentations sont soit intuitions, soit concepts » - « alle unsere Vorstellung ist entweder Anschauung oder Begriff » - y est sans fondement. | | | | |
|
| intelligence | | | Aucun philosophe n'aurait rien écrit avant Nietzsche, Valéry ou Cioran, leur œuvre garderait sa valeur intacte (contrairement à Aristote, Spinoza ou Hegel, dont l'intérêt relatif relève davantage de l'histoire de la philosophie), et sa lecture n'en deviendrait pas plus ardue - à comparer avec les connaissances philosophiques (un oxymoron insensé, puisque Foucault a raison : « Il n'y a pas de philosophie, il n'y a que des philosophes »**, tandis qu'il existe bien l'art et non seulement des artistes, puisque le sens du beau est métaphysique et celui du vrai - mécanique), se réduisant à un vocabulaire emprunté, sans rigueur ni exubérance ni hauteur, et qui seraient indispensables pour une lecture des professionnels. La seule maîtrise, dont une bonne philosophie a besoin, est celle du degré zéro de la création, de la sensibilité et de l'intelligence. | | | | |
|
| intelligence | | | La qualité des contributions mathématiques ne dépend en rien de ce qu'on soit intuitionniste, constructiviste ou formaliste ; de même, en philosophie, il est dérisoire de privilégier une école en «réfutant» les thèses d'une autre (« l'obsession réfutative n'encombre jamais le chemin d'un penseur » - Heidegger - « die Geschäftigkeit des Widerlegenwollens gelangt nie auf den Weg eines Denkers ») ; dans les deux cas, compte surtout le talent, l'élégance et, dans le second cas, - la noblesse, qui peut visiter toute école. | | | | |
|
| intelligence | | | Pour peindre, j'ai besoin d'une toile et d'un chevalet ; donc pour juger de mon don pictural, il suffit d'étudier mon intentionnalité, face aux industries du textile et du meuble - c'est ainsi que raisonnent les phénoménologues. « La canaille philosophique : dire que le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre » - Lacan, tandis qu'il traduit le soi, que dis-je, qu'il le crée, fécondé par l'Être. L'homme peut porter l'amour, au fond de soi-même, sans avoir jamais rencontré d'êtres aimables ; l'homme est ouvert à l'émotion esthétique ou éthique, dans un milieu, où n'affleuraient jamais que la laideur et le mal. La Rochefoucauld fut mauvais métaphysicien : « II y a des gens, qui n'auraient jamais été amoureux, s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour ». | | | | |
|
| intelligence | | | La métaphore ailée surclasse largement les syllogismes boiteux – en pertinence, en honnêteté, en noblesse. Et ceci pas tellement à cause des dons ou intelligences supérieurs des artistes, mais pour des raisons profondes et rationnelles : le soi inconnu, ce foyer de nos angoisses, de nos curiosités ou de nos créations, échappe à toutes les descriptions savantes et ne peut être abordé que par des métaphores poétiques. Toutefois, l'infâme relativisme moderne met les scientistes et les artistes sous la même enseigne, celle de la platitude et de l'indifférence des colloques, manuels ou recueils critiques. | | | | |
|
| intelligence | | | La raison humaine relève presque exclusivement de l'essence de l'espèce et ne traduit qu'une partie infime de notre soi, qui se concentrerait donc dans la sensibilité (sens du sacrifice de notre liberté) et dans le talent (part de la musique dans notre voix), et non pas dans l'intelligence, comme pensent les écolâtres, pour qui mon soi, en tant que sujet de la liberté, ne fait que cogiter - ce soi sera moutonnier, ou, définitivement absorbé dans la réflexion, - robotique. | | | | |
|
| intelligence | | | Quelle est la part du connaître, dans une intelligence de choix ? - négligeable et, dans la majorité des cas, remplaçable par l'intuition ou l'imagination ! Les connaissances intelligibles, dont se gargarisent les rats de bibliothèques, se réduisent au jargon des publications académiques, c'est à dire claniques, noyées dans la routine d'un pur verbalisme. | | | | |
|
| intelligence | | | La valeur de Platon et de Heidegger se situe hors de la philosophie – dans l'élégance des métaphores ou dans l'amusement philologique. Les philosophes cathédralesques, dépourvus de ces qualités littéraires, sont ridicules dans leur lourd plaidoyer de l'idée platonicienne ou de l'être heideggérien, dans lesquels l'imagination poétique doit dominer largement toute gnoséologie et toute ontologie. | | | | |
|
| intelligence | | | Avant de s'insérer dans des réseaux intentionnels, l'homme est déjà une monade, un arbre autonome, mais avec des variables prêtes, miraculeusement, à s'unifier avec le monde. C'est cette ouverture apriorique qui pousse les rats de bibliothèques à faire de l'homme un pantin des choses. | | | | |
|
| intelligence | | | Seul celui qui a de bonnes ressources propres, gagne à descendre au degré zéro de la pensée. Les autres risquent de n'exhiber ensuite que leur indigence. Mais les pires des raseurs écolâtres sont ceux qui pensent, que « qui n'a pas d'abord des sources, n'a pas ensuite d'autonomie » (Ricœur). Toutes les bonnes sources sont en toi ; si je les cherche ailleurs, je suis condamné à l'hétéronomie, que je le veuille ou pas. | | | | |
|
| intelligence | | | Tracer des frontières entre les clans ou écoles philosophiques est une tâche délicate. On peut commencer par le regard, que les philosophes eux-mêmes portent sur leurs exercices, et alors la première ligne de démarcation séparerait les scientistes des artistes. Chez les premiers, il y a deux groupes : discours léger et prétention à la sagesse (Platon, Sénèque), ou discours lourd et prétention à la rigueur scientifique (Spinoza, Hegel, Husserl). Chez les seconds, il y a aussi deux groupes : verbalisme prosaïque (Heidegger) ou intensité poétique (Nietzsche). | | | | |
|
| intelligence | | | Que je réfléchisse sur le désagrément d'une piqûre d'abeille, ou sur l'origine de mon angoisse, ou sur le fondement de mes connaissances, je mets en œuvre le même cerveau, je m'appuie sur les mêmes expériences et la même logique, la part de l'abstrait est la même. Terroriser les gens avec des méditations transcendantales, opposées aux méditations empiriques ou psychologiques, est une fumisterie des rats de chaires universitaires. Le moi transcendantal, le moi sensoriel, le moi psychique est le seul et le même personnage, qui, une fois passé à l'action, devient le moi connu ; resté au stade de puissance il s'incarne dans le moi inconnu. | | | | |
|
| intelligence | | | Ce qu'expriment Platon, St-Augustin ou Pascal concerne tout homme de bon sens, de toutes les époques et de toutes les cultures, et peut en être compris ; le charabia de ceux qui en prirent la succession ne peut intéresser que des thésards mécaniques ou des bureaucrates académiques, un sordide verbalisme sans élégance, sans hauteur, sans émotion. | | | | |
|
| intelligence | | | Qu'est-ce que la valeur d'une pensée ? Sa nouveauté ? Sa place dans l'édifice des systèmes ? Le poids dont on l'affecte ? La qualité de son enveloppe verbale ? Plus on se rapproche de la dernière réponse, plus, donc, on est superficiel, plus cette valeur est artistique, donc, la seule qui survivra aux péripéties temporelles de la science, pour s'inscrire dans l'intemporel des consciences. | | | | |
|
| intelligence | | | Quels objets manipulent-ils ? Au-dessus de quelle représentation ? Les scientifiques – les concepts, rigoureuse ; les philosophes académiques – les mots, intuitive ; les poètes – les métaphores, intuitive ; les philosophes-poètes – les métaphores, rigoureuse. | | | | |
|
| intelligence | | | Tout bon philosophe porte en lui un enseignant (de foi, de morale, de vie), un maître (de style, d’intelligence, de noblesse), un prophète (de musique, de mort, de rêve). Les mauvais nous ennuient avec leurs commentaires monotones, leur triste épigonat, leur prose, difforme, prétentieuse et ampoulée, – ce sont des fonctionnaires académiques. | | | | |
|
| intelligence | | | Aristote, Spinoza, Kant - aucune belle métaphore ; il reste le système (logique, structurel ou verbal, à l'esthétique nulle), donc un résumé, qui n'est jamais qu'enfantillage (c'est à dire la curiosité de la découverte, suivie d'une sobre mémorisation et d'un morne apprentissage). En face, les mythes et idées platoniciens sont de pures métaphores éternelles, comme la plus belle d'entre elles, celle de la Caverne reprenant, peut-être, le beau souvenir du souterrain de Pythagore et d'Empédocle. Tant de prosateurs cherchèrent à embrigader cet impénitent poète, en suivant le conseil perfide de Leibniz : « Si quelqu'un réduisait Platon en système, il rendrait un grand service à l'Humanité ». | | | | |
|
| intelligence | | | Le pré-filtrage des notions de la philosophie académique se fait facilement par le simple rappel de leurs antonymes : l'Un/multiple – une banalité à bannir ; être/devenir – si l'on veut compléter la représentation atemporelle, apersonnelle, en introduisant le temps ou la création, le couple serait intéressant, mais chez les non-poètes ne reste que l'être, source des logorrhées insipides ; absolu/relatif – aucun philosophe ne définit bien le premier terme, couvert d'infinies logorrhées, à bannir ; savoir/ignorance – une banale pré-condition d'un discours sensé, mais n'apportant rien à la forme, c'est à dire à la bonne philosophie, à négliger ; Dieu/la vie – l'intérêt pour l'Horloger ou l'Architecte est légitime ; infini/fini - aucun philosophe (sauf peut-être Leibniz) ne comprend ce que peut être l'infini, ce sujet devrait être réservé aux mathématiciens et interdit aux philosophes (non-mathématiciens) ; vrai/non-démontrable - aucun philosophe n'y voit la place du langage, ils réduisent tout aux psychologismes gnoséologiques, le sujet devrait être réservé aux cogniticiens et interdit aux philosophes ; liberté/nécessité – de la mécanique à l'éthique, le nombre de juges est trop important, on devrait ne garder que le dernier critère, impliquant des sacrifices, sujet rare chez les titulaires. | | | | |
|
| intelligence | | | Ce qui irrite nos philosophes, c'est que les informaticiens primitifs les dépouillent de leur vocabulaire, alambiqué et filandreux, pour le rendre robuste et opératoire. Les philosophes professionnels prétendent détenir un savoir de la vie, supérieur au savoir de la nature. Ils auraient dû se consacrer à leur vrai métier, celui des frontières, par exemple entre le savoir et le non-savoir, entre le connaissable et l'inconnaissable. On ne peut opposer au savoir que la poétique. | | | | |
|
| intelligence | | | Les écolâtres appellent la propagation de leurs logorrhées – amplification, ce qui me fait pencher du côté des réductions drastiques, auxquelles conduisent les nobles contraintes. | | | | |
|
| intelligence | | | Le poète se penche sur l’intelligible, pour en créer du sensible ; le philosophe aurait dû s’occuper du sensible, pour produire de l’intelligible. Mais le philosophe académique se complaît dans l’insensible, pour en fabriquer de l’illisible. | | | | |
|
| intelligence | | | Ces chimères – ego, je, moi, sujet, conscience, être-là, mêmeté, ipséité ; aucun discours sérieux autour d’elles ne fut ni cohérent, ni étonnant, ni éclairant ; seules des métaphores pourraient en dessiner des frontières ; mais il ne reste plus de poètes chez la gent philosophale. Mon couple de soi, le connu et l’inconnu, cherche à y pallier, en mettant la créativité artistique au-dessus du travail académique. | | | | |
|
| intelligence | | | Un philosophe devrait s’occuper non pas de données ou de connaissances, mais d’illuminations. Quand je tombe sur un livre d’un professeur de philosophie, d’abord je me réjouis – enfin quelqu’un, resté en dehors du commerce et de l’informatique, mais, au bout de quelques pages, je me rends compte que l’auteur ne propose qu’un système de gestion de bases de données de plus. Un langage de comptabilité ou de programmation lui aurait suffi. La cause de la disparition de la philosophie des affaires des hommes ne sera pas la solution de ses problèmes, mais l’extinction des mystères dans les cerveaux sans âme. | | | | |
|
| intelligence | | | Transcendance ou immanence, dehors ou dedans, être ou étant, nature ou histoire, essence ou existence - aucune métaphore intéressante n'est jamais sortie ni de leur dialectique ni de leur opposition. Ce débat ne put jamais attirer que des rats de bibliothèques. Et comme ce bon vieux Voltaire a, une fois de plus, raison : « L'idée de l'être en général - j'ai soupçonné, qu'il n'était point nécessaire, que nous le sussions »** ! | | | | |
|
| intelligence | | | Comment voient-ils leur intellectualisme ? - l'observation et l'expérience, dégageant, patiemment et sans parti pris, des concepts et des lois. Quel caporal, voleur à la tire ou sous-préfet ne souscrirait à cette proclamation de foi intellectuelle ? Qu'ai-je à y faire, avec mon impatience, mon aversion pour les méthodes et les normes, mes partis pris viscéraux ! Je ne repousse pas mes conclusions, je les laisse au lecteur, dans la peau duquel je sais me mettre. | | | | |
|
| intelligence | | | La science est faite d’avis, qui ont l’ambition d’être universels, ou, au moins, susceptibles de former un large consensus. De plus, les objets de ces avis, ou les angles de vue sur ces objets, appartiennent aux catégories, réservées à une seule des sciences. Rien de comparable en philosophie, où l’avis ne traduit qu’une personnalité unique, mais ses objets sont communs à tous les hommes du bon sens. Aucune objectivité pérenne ; une subjectivité improuvable, des caprices de tempérament, de style, de lyrisme. « Jamais la philosophie ne pourra être évaluée à l’aune d’une science » - Heidegger - « Philosophie kann nie am Maßstab der Idee der Wissenschaft gemessen werden ». Enfin, les connaissances, si capitales en science, ne jouent qu’un rôle secondaire en philosophie, qui est affaire d’audace intellectuelle et littéraire. | | | | |
|
| intelligence | | | Aujourd’hui, un étudiant en première année d’études, apprend, en quelques semaines, ce que signifie raisonner more geometrico, ce qu’est la logique mathématique, quels sont les rapports entre celle-ci et la mathématique. Malheureusement, cet étudiant ne lira jamais Spinoza, Hegel, Badiou, pour dénoncer leurs monstrueuses impostures. Et malheureusement, dès que les mathématiciens, eux-mêmes, adoptent la pose philosophique, ils deviennent encore plus ridicules. Il n’y a plus ni Pascal ni Leibniz ni Einstein. | | | | |
|
| intelligence | | | La gigantesque érudition de Hegel devint une propriété commune de tous les professeurs à la Faculté – bavards, ampoulés, stériles, imitateurs – sans audace, sans élan, sans créativité, sans style. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans toute représentation respectable, il y a de la place pour une profondeur du réel et une hauteur du rêve ; les beaux tropes, comme les grandes théories, naissent dans des représentations et non pas dans le langage. Ceux qui nagent dans les concepts et ne voient que les mots ou les choses sont condamnés au verbiage ; toute la philosophie académique y est. | | | | |
|
| intelligence | | | Pour tous les philosophes, la représentation, ce sont des impacts difformes, projetés par le monde sur notre conscience passive, et ce qui ne mérite que le nom de sensations. La seule représentation, impliquant l’homme créateur, son intelligence et sa compréhension du langage est la représentation conceptuelle, la forme arbitraire et individuelle d’un fond nécessaire universel. Et le savoir et le langage et la communication ne sont possibles que grâce à la représentation. | | | | |
|
| intelligence | | | Toute science part des principes, forge des concepts, formule des hypothèses et en prouve la véracité. En philosophie académique, qui prétend être une science, il n’y a ni principes ni concepts ni vérités, et ses misérables hypothèses ne sont que des galimatias purement langagiers. | | | | |
|
| intelligence | | | Les catégories de la vie sont, toutes, mystérieuses, et la pensée, fidèle à la vie, ne peut être que profonde, haute ou mystique. En revanche, les catégories de la pensée académique sont misérables, et régler la vie selon ses principes est une ineptie. | | | | |
|
| intelligence | | | L’oraculat et le savoir, comme buts, ternissent la poésie. Et puisque tout philosophe académique professe leur culte, il n’y a pas de poètes parmi les sages prophétiques ou géométriques, et donc – pas de bons philosophes. | | | | |
|
| intelligence | | | Ni l’amour ni la sagesse – philo-sophie – ne se préoccupent des connaissances, des pensées, des vérités. Sur ces notions protéiformes l’avis de tout homme de la rue pèse autant que celui d’un professeur de philosophie. Pourtant, la production académique déverse d’innombrables traités sur ces sujets sur-galvaudés et banals. | | | | |
|
| intelligence | | | Le philosophe par vocation est au courant de la solution, il en reformule le problème et perçoit le mystère dans celui-là ; il reste avec le mystère, laissant le problème aux scientifiques, et la solution – aux hommes de la rue. Le philosophe par métier commente des solutions ou des écrits des autres philosophes. | | | | |
|
| intelligence | | | Rien de mystérieux dans ces notions des rats de bibliothèques – l’Être ou le Néant (« Les notions de Néant et d'Être, c'est infiniment plus précis que la notion de Leben » - Merleau-Ponty) ; la vie, elle, est un mystère, qu'aucune précision ne profane. Dans la vie, palpite et crée l'homme, avec ses passions et ses langages. Le néant et l'être, ce sont des baudruches, des fourre-tout, où les bavards mettent pèle-mêle tout ce qui échappe à la maîtrise courante, et qu'il ne faut pas oublier et dont il faut se soucier. Mais il faut reconnaître un talent littéraire aux deux tenants les plus conséquents de ces charabias – Heidegger et Sartre. | | | | |
|
| intelligence | | | Il y a encore quelques sectes de pseudo-philosophes, pratiquant des jargons cryptiques, sur des sujets abscons, sans la moindre note poétique. Mais la plupart, s’agglutinant autour des chaires académiques, s’adressent, en langue de bois, au présent, à l’actualité, aux rivalités, c’est-à-dire aux mêmes sujets qui préoccupent les bas-fonds. « Pourquoi vous faire pasteur, quand vous êtes encore du troupeau ? Pourquoi viser la hauteur, quand vous êtes toujours dans la bassesse ? » - Grégoire de Nazianze. | | | | |
|
| intelligence | | | Une bonne philosophie devrait mettre en relief l’essentiel d’une vie d’homme et s’articuler autour de l’axe réalité – rêve. Ne pas s’attarder sur l’aspect socialo-économique de la réalité ou futuro-idéologique du rêve. Donc, non au vitalisme de fond et au verbalisme de forme. Le réel prenant une coloration tragique, le premier souci de la philosophie devrait être d’y apporter de la consolation. Le rêve, englobant les extases et les connaissances, se matérialise dans des langages, offrant une hauteur d’expression ou une profondeur de compréhension, - l’art ou la science. La place du langage est le thème le plus occulte dans la philosophie académique aussi bien qu’en linguistique. | | | | |
|
| intelligence | | | Le galimatias de Hegel reprend celui de Parménide ou de Plotin. La proximité, phonétique et lexicale, entre l’Un et l’Être, en grec, ou entre Sein et Eins, en allemand, est la seule source évidente de leurs logorrhées. Ils ont, tous, profané les notions platoniciennes de Bien et d’Idée, ouvertes aux interprétations innombrables. | | | | |
|
| intelligence | | | Non seulement le pitoyable flou autour de la bancale notion de causalité est confirmé par ses définitions arbitraires (fondées sur des représentations différentes d’une même réalité), mais l’existence même de la miraculeuse liberté du vivant enlève tout intérêt à ce sujet, pourtant central, de la philosophie académique. | | | | |
|
| intelligence | | | La cécité et la misère de la philosophie académique se révèlent dans ces deux exemples : elle ne voit de mystère ni dans la matière ni dans l’esprit ; elle n’entoure de mystères que ce qui est banal, trivial, plat – le non-être, le néant, le rien, l’ensemble vide (le seul apport philosophique au thème d’existence aurait dû être l’objet et la thérapeutique de la consolation). Et, comble d’imposture, cette philosophie le fait dans le culte d’un savoir, qu’elle ne possède jamais (comme le vouloir et le pouvoir – non plus). Arythmie des mots, anémie des concepts. | | | | |
|
| intelligence | | | La représentation, dépourvue de la dimension temporelle, est ce que les professeurs appellent l’Être. « La position d’un pur présent, sans attache, même tangentiel, avec le temps est la merveille de la représentation » - Levinas - c’en est plutôt la lacune. L’introduction du temps fait de la représentation la demeure du Devenir ; l’Être serait l’état de cette représentation mouvante à un moment fixe. | | | | |
|
| intelligence | | | Pour les philosophes cathédralesques, le monde est un objet d’exploration par la connaissance et la vérité ; aucun de ces rats de bibliothèques ne sait ce qu’est la connaissance ou la vérité. Pour les non-philosophes, le monde est soit évident soit absurde. Pour les vrais philosophes, le monde est, avant toute tentative d’interprétation, - un mystère céleste, vénéré par un mystère terrestre, l’homme, possédé par des souffrances et possédant des langages. | | | | |
|
| intelligence | | | Connaître ce qu’est la connaissance ; désirer que le désir se maintienne – deux belles tâches d’intelligence ou de noblesse, dans lesquelles auraient pu se retrouver les bons philosophes, en réconciliant la vie et le rêve. Au lieu de cela, la gent philosophesque s’attelle à désirer la connaissance (une platitude, une tâche à la portée des ploucs) ou connaître le désir (une pédanterie, une tâche des rats de bibliothèques). | | | | |
|
| intelligence | | | En philosophie, l’intelligence consiste à savoir tracer les chemins entre la réalité, la représentation, le langage et l’interprétation. Je ne connais qu’un seul personnage qui excelle sur cette voie – Valéry. Avec la réalité, il est cartésien ; avec la représentation – ontologue ; avec le langage – cogniticien ; avec l’interprétation – penseur et poète. En se moquant du jargon des professeurs et de leurs savoirs fantomatiques, il s’appuie sur son intuition et son insatiable curiosité. | | | | |
|
| intelligence | | | Par définition, la philosophie ne devrait aborder que des thèmes sur lesquels le consensus est impensable, ce qui aurait dû interdire toute objectivité et ne favoriser qu’un regard personnel, qui ne vaudrait que par sa hauteur, son goût, ses contraintes et son tempérament. La sagesse, le savoir, l’être sont de ces thèmes vagues, mais sur lesquels se déverse la logorrhée professoresque, à la recherche de l’universalité. | | | | |
|
| intelligence | | | Aucun philosophe n’est capable de définir ce qu’est le savoir ; pourtant de vagues et volumineux traités académiques débordent d’évocations irresponsables à son sujet.
1. Il y a trois types de connaissances – les pragmatiques (des faits dogmatiques, proclamés vrais, sans preuve), les mathématiques (des faits abstraits, hors la réalité et prouvés à partir d’un système axiomatique non-contradictoire), les scientifiques (des faits concrets, confirmés par l’expérience réelle).
2. Puisque dans l’acceptation de faits rigoureux la réalité est le domaine de confirmation définitive, dans ce qui suit on n’évoquera plus ni les connaissances pragmatiques ni les connaissances mathématiques. Les premières relèvent d’un dogmatisme irresponsable, fondé sur la croyance ; les secondes partent d’un stricte sophisme, s’appuyant sur l’intuition du nombre.
3. Toutes les sciences se fondent sur des représentations conceptuelles. Mais il serait exagéré de dire que la connaissance est la représentation (Valéry). Toute représentation est finie, tandis que les connaissances, déductibles à partir des représentations, sont infinies. C’est pourquoi il serait plus précis de parler, comme en Intelligence Artificielle, de Bases de Connaissances.
4. Il est impossible d’énumérer toutes les connaissances découlant de la Base, mais elles résultent de deux mécanismes : le langage, dans lequel on formule des hypothèses, et le démonstrateur logique, convertissant les phrases langagières en formules logiques.
5. Donc, le fournisseur de connaissances est le raisonnement hypothético-déductif, s’appuyant sur la véracité/fausseté prouvée des hypothèses. | | | | |
|
| intelligence | | | Dans la philosophie académique, la palme du bavardage irresponsable appartient, sans doute, à la notion de vérité.
1. Seuls les cogniticiens (avec des connaissances suffisantes en logique et en linguistique) ont le droit d’en donner des définitions.
2. Chez les professeurs de philosophie, le seul cas d’un usage tolérable remonte à la notion antique d’adaequatio. Il s’agit d’un rapport satisfaisant entre l’état de notre représentation et la réalité modélisée. Le terme adéquat serait – satisfaction, bien que sa valeur diffère énormément chez un concierge ou chez un scientifique. En aucun cas, cette satisfaction ne peut être formalisée.
3. Pour aborder le sens de la vérité, la première interrogation à soulever est – vérité de quoi ? La vérité n’est pas un objet (à découvrir, à fabriquer, à dissimuler), mais une propriété d’une affirmation (ou d’une assertion, d’une hypothèse, d’un discours).
4. En dehors d’un langage (ou, dans les cas les plus rigoureux, – d’une logique), parler de vérité n’a aucun sens (sauf avec un glissement sémantique vers l’éthique ou la poésie).
5. La vérité surgit, suite au travail de preuve, appliqué à un discours par un interprète (démonstrateur). L’entité élémentaire d’un discours langagier est la phrase.
6. Pour traiter une phrase, l’interprète doit avoir accès : à la représentation du domaine réel, dans lequel il est plongé ; au vocabulaire langagier associé à la représentation ; à la grammaire de la langue naturelle utilisée.
7. Grâce à ces connaissances, l’interprète, par un jeu de substitutions de mots et de tournures de mots par des concepts, convertit la phrase en une formule logique, ne contenant que des concepts de la représentation. Tout homme effectue ce travail, même sans savoir le formuler dans les termes ci-dessus.
8. Cette formule logique contient : des références d’objets et de relations entre objets (y compris par des variables) ; des qualificatifs d’objets ; des négations (syntaxiques ou sémantiques).
9. L’interprète, successivement, accède aux objets de représentation référencés. Tout échec (tenant compte d'éventuelles négations non-respectées) provoque l’arrêt immédiat de la démonstration, signifiant que la phrase en question est définitivement fausse.
10. Aucun sens ne peut être attaché à la phrase fausse. La raison de sa fausseté est dans l’échec d’accès aux objets référencés (ou l’accès réussi mais nié par une négation).
11. Le succès d’accès aux objets de la phrase peut être multiple (plusieurs solutions possibles). À chaque succès particulier correspond un réseau des objets liés – c’est le sens de la phrase vraie. | | | | |
|
| intelligence | | | Il n’y a, pratiquement, que des professionnels, auteurs, sur la Toile, des articles mathématiques ; en revanche, on y trouve beaucoup de parties d’échecs, joués par des joueurs médiocres. Cette évidence explique pourquoi l’IA statistique est si forte en mathématique et nulle aux échecs. La philosophie est un cas intermédiaire : l’IA neuronale dépasse tous les professeurs en résumés de toutes les écoles académiques, mais sa créativité et ses audaces sont lamentables. | | | | |
|
| intelligence | | | Jadis, le philosophe et le scientifique avançaient, main dans la main. Le premier comprenait Euclide, Pythagore, Ptolémée, Copernic. Le décalage irrécupérable naquit avec Newton et Leibniz, avec une démétaphorisation de l’infini. Le philosophe ahuri se mit à balbutier ses contreparties sur l’absolu, l’éternité, la vérité – le scientifique ricana, mais resta incapable de produire, lui-même, un discours philosophique, pourtant indispensable. Aujourd’hui, les lamentables critiques de l’IA, par des professeurs de philosophie, montrent un gouffre, jamais aussi insondable, entre la réflexion et la technique. Personne n’y gagne, tous y perdent. | | | | |
|
| ironie | | | Un nouveau courant de robots, philosophes professionnels ex-européens, qu'on pourrait qualifier de juste bons pour une université américaine. Ils sont pires que d'éternels moutons, justes et bons, qui partent méditer sur la tranquillité au pied des frangipaniers. | | | | |
|
| ironie | | | En littérature se vouant aux rêves, comme en informatique manipulant les connaissances, il y a deux clans : ceux qui les interprètent et ceux qui les représentent. D'habiles charlatans et d'inspirés visionnaires. De bons vicaires pratiquant de piètres herméneutiques, de bons herménautes n'accédant à aucun vicariat. Des homélies ou des hommes élus. | | | | |
|
| ironie | | | La suppression de Facultés de Lettres semble être le seul moyen de libérer la France de la tyrannie des critiques et sociologues d'art. Ou bien en laisser autant qu'il y a de chaires de topologie, le reste étant naturellement inséré dans des écoles d'ingénieurs ou de commerce (ergonomie de l'engineering). | | | | |
|
| ironie | | | Partout triomphent les professionnels : aujourd'hui, le thème de renonciation réussit le mieux au métier de ratés. | | | | |
|
| ironie | | | Tout précipité du langage aboutit à une banale fiction du continu. Il faut beaucoup d'esprit de système, pour réussir le bel effet du pointillé épitomique, du perspectivisme en archipel. | | | | |
|
| ironie | | | Ce qu'il y a de plus facile à réfuter, ce sont les rêves ; c'est pourquoi, les rats de bibliothèques, en acquérant des connaissances, gagnent en sobriété et en ennui. Mais pour l'amoureux de l'ivresse des sens, plus de savoir signifie plus d'amplitude des métaphores ; la danse des joies et chagrins est d'autant plus riche de nuances et d'audaces. | | | | |
|
| ironie | | | Plus un système cohérent est élevé, et mieux il se traduit sur un mode lacunaire. Rien ne doit relier les sommets d'un relief hautain ! « Dans les hauteurs, le chemin le plus court va d'un sommet à l'autre : les aphorismes doivent être des sommets » - Nietzsche - « Im Gebirge ist der nächste Weg von Gipfel zu Gipfel : Sprüche sollen Gipfel sein ». | | | | |
|
| ironie | | | Plus fermement ils tiennent à l'authenticité, plus indiscernables - et même robotiquement artificiels ! - ils deviennent. Se fier franchement à une théâtralité maniériste quelconque dévoile mieux une personnalité. | | | | |
|
| ironie | | | Les grands vivent en amateurs et meurent en maîtres ; les sots sont de plus en plus professionnels dans la vie, ce qui rend leur trépas d'autant plus amateur et grégaire. | | | | |
|
| ironie | | | Une seule de ces sentences est pondue par un écolâtre de philosophie : « la logique est le monde de l'être-là », « l'être-là est la logique du monde », « le monde est l'être-là de la logique » - si tu arrives à défendre toutes les trois, comme l'auteur, ou, comme moi, - à t'en moquer, tu te débarrasses de toute timidité, face à la terreur des logorrhéisants. Si tu trouves cet exercice amusant, voici, en prime, un autre : « L'essence de l'être-là se loge dans l'existence » - « Das Wesen des Daseins liegt in seiner Existenz », en y substituant, de plus, à se loge : se tient debout, à quatre pattes ou assis (en catégorie supérieure d'ahuris, on substituera, ensuite, l'être à l'existence, pour continuer à s'ek-stasier). | | | | |
|
| ironie | | | Pour être convaincant, il leur faut, sous les pieds, un sol solide, une chaire universitaire ou une profonde expérience, tandis que rien n'y vaut un abîme. | | | | |
|
| ironie | | | Les plus grands bavards écolâtres sont aujourd'hui ceux qui prêtent au silence les vertus de profondeur et de majesté et en chantent la communion et le déchiffrement. Quels hymnes à la solitude et à l'angoisse se composent dans leurs colloques, se terminant par des dîners en ville ! Les intellectuels repus se grisant de déceptions. | | | | |
|
| ironie | | | Choisissez, au hasard, un nombre (parmi 0,1,2,3,4), un élément (parmi air, terre, feu, eau) et un verbe (selon la modalité : vouloir, devoir, pouvoir, l'auxiliarité : être, avoir, faire, la créativité : imaginer, inventer, feindre, la phonétique : pendre, peindre, pondre ou selon n'importe quel autre critère) ; aucune vie ne suffira, pour épuiser la question : que veut dire leur combinaison ? - c'est pourtant le contenu de 95% des écrits philosophiques. | | | | |
|
| ironie | | | De l'humour grinçant : quand je lis les longues jérémiades des professeurs sur le déclin apocalyptique de la culture, je me dis qu'il y a, en effet, un signe réel de ce cataclysme – on imprime leurs exercices et l'on refuse les miens. | | | | |
|
| ironie | | | La responsabilité, ce fléau mental, robotisant toutes nos fonctions, des artistiques aux artisanales, devint si envahissante, que même son dernier challenger, la poésie, lui succomba, en grande partie. Quand on le constate, on pardonne à la gent professoresque l'immense irresponsabilité de ses logorrhées philosophiques. | | | | |
|
| ironie | | | Quand je lis toujours les mêmes litanies sur les profondes mutations bouleversant les fondements, je sais, que ce sont des commerçants, des journalistes ou des professeurs de philosophie, qui analysent ainsi les achats de véhicules, les faits divers ou les publications académiques, pour déjouer l'ennui et la platitude. Qui tend encore vers la hauteur des invariants immuables ? - des vagabonds, des exilés, des ratés… | | | | |
|
| ironie | | | Les livres de philosophie moderne aident à rédiger des thèses de doctorat et non des testaments. | | | | |
|
| ironie | | | C'est la nature et non pas la culture qui aurait dû octroyer le titre (et non pas le grade) de philosophe : « Une telle vocation ne peut être statuée que par la nature et non pas par un Ministère » - Schopenhauer - « Einen solchen Beruf kann nur die Natur und nicht aber das Ministerium erteilen ». | | | | |
|
| ironie | | | Un Ancien formule une banalité ; traduite en une langue moderne, elle devient énigmatique ou absurde ; le prestige de cet Ancien provoque une montagne de commentaires de cette absurdité (et non pas de la banalité) ; l'habitude de ce nouveau langage abscons, chez les universitaires, le rend respectable, savant, obligatoire ; au sein de ce jargon naissent d'autres absurdités – telle est la généalogie de la philosophie académique. | | | | |
|
| ironie | | | Plus léger est un thème de philosophie académique, plus lourd est son traitement. Mais parfois l'inverse est encore plus flagrant : face à la lourdeur de l'être philosophique, j'en comprends l'insoutenable légèreté. | | | | |
|
| ironie | | | J'entamai ce livre dans la joie d'un chaos prometteur et évanescent ; je l'achève dans la gêne d'un système bâti malgré moi, système redoutable et définitif. Je n'eus aucune velléité d'ordre ; ma volonté de puissance put se passer de volonté de système. J'eus beau ne pas suivre un chemin - un chemin me suivit. | | | | |
|
| ironie | | | Quand je vois, avec quelle facilité, des tas d'hommes, privés de tout talent littéraire, empruntent le style et le vocabulaire de Spinoza, Hegel, Husserl, je comprends mieux le talent singulier de Pascal, Nietzsche ou Valéry, qui n'ont aucun véritable acolyte. | | | | |
|
| ironie | | | Les plumes publiables appartiennent, aujourd’hui, presque exclusivement aux personnages installés – maisons d’édition, chaires universitaires, cabinets ministériels – la routine mécanique ; aucune place aux vagabonds du verbe. | | | | |
|
| ironie | | | Un conseil aux thésards en philosophie : pour diluer la logorrhée, par trop nauséabonde, sur l’être, ensevelir l’objet des quolibets sous un titre multi-étagé comme De la résolution de quelques apories dans la justification de la mise en place de la base de l’édifice de l’être. | | | | |
|
| ironie | | | L’absolu est : le tout, le vrai, l’être ? Vous pouvez intervertir dans tous les sens ces quatre facettes de la sagesse académique, en y glissant, en plus, le savoir et l’esprit, vous seriez toujours approuvé par Hegel. | | | | |
|
| ironie | | | Ce que Platon dit de Socrate, Valéry de Descartes, Heidegger de Nietzsche montre la chevaleresque sympathie des philosophes-poètes non pas pour leur confrère-ancêtre lui-même, mais pour l’image de celui-ci, qui n’est que leur propre réinvention du personnage fictif et brillant. À comparer avec la froide neutralité ou hostilité des non-poètes. | | | | |
|
| ironie | | | Dans les Actes d’une conférence académique, je tombe sur cette phrase : l’Idée d’une communication des informations sans limitations. Je pense, naturellement, aux aveux croustillants d’un polisson dévergondé. Eh bien, je me trompe ; pour toute l’assistance, il était évident qu’il s’agissait d’un personnage beaucoup plus espiègle – Dieu ! | | | | |
|
| ironie | | | En littérature, on reconnaît les lourdauds académiques par la gravité banale des questions, qu’ils se posent explicitement. On reconnaît le poète par la légèreté des réponses, qu’il peint sous forme d’obscures métaphores, que le lecteur illumine par la recherche de ses propres questions – Héraclite, Nietzsche, R.Char. | | | | |
|
| ironie | | | En jonglant avec des termes, dont elle ne comprend goutte, la gent philosophesque peut, tout de même, sortir des perles imprévues. « La subjectivité est la vérité ; la subjectivité est la réalité » - Kierkegaard – une risible ineptie et une vue subtile – je vous laisse deviner à quelles affirmations s’attachent ces étiquettes. | | | | |
|
| ironie | | | Le mathématicien maîtrise l’infini, le poète – la pureté, le savant – la pensée. Mais a-t-on jamais vu un seul philosophe, capable de définir ces trois concepts ? Pourtant, l’un des plus obtus d’eux, Hegel, proclame, parmi tant d’autres, cette ânerie, totalement creuse : l’infini est la pensée pure ! Et dire, que la pensée est la pureté infinie, n’est guère plus glorieux. | | | | |
|
| ironie | | | Pauvre Nature, géométrisée par Descartes et déifiée par Spinoza ! Pauvre Nature, profanée par l’austère Naturphilosophie des rats de bibliothèques allemands ! La prose de Lucrèce, après ces bavards, semble bien relever de la poésie. | | | | |
|
| ironie | | | Mes ombres sont suffisamment intenses en soi, et mes étincelles suffisamment chaudes, pour ne pas craindre des éblouissements ou brûlures par mes citations à but hygiénique. « Quand un écolâtre cite un auteur classique, un trou transperce sa page grisâtre » - G.Steiner - « When the modern scholar cites from a classic text, the quotation seems to burn a hole in his own drab page ». | | | | |
|
| ironie | | | L’ange et la bête en nous ne coopèrent pas souvent. Et évidemment, ce n’est pas à l’ange de nettoyer toutes les saletés que répand la bête au fond de nous-mêmes. Mais on trouve des volontaires, sûrs de leur métier, pour offrir leurs services : « Je ne fais rien d’autre que d’enseigner à laver le linge sale des autres » - Freud - « Ich lehre nichts zu tun, als anderer Leute schmutzige Wäsche zu waschen ». | | | | |
|
| ironie | | | De la métaphysique proustienne, légèrement parodiée : Chaque personne qui nous rend heureux peut être détachée par nous d’un humain, dont elle n’est qu’une source entière, humain dont le désintérêt nous donne plus tard du chagrin au lieu de la béatitude que nous avions. Tant d’admirateurs académiques autour de ces fulgurances ! | | | | |
|
| ironie | | | La contrée philosophique, dominée par une horde de professeurs, dispose de deux frontières – celle avec la poésie, au régime semblable, et franchie librement dans les deux sens, et celle avec la science, où tout échange diplomatique est impensable. La poésie marche, ironique, sur les plates-bandes de son enfant prodigue ; la science, curieuse, fait des incursions en terrains vagues de son voisin sauvage. | | | | |
|
| ironie | | | Dans les contes de fées, on étale des princes, des sorcières, des contrées bienheureuses, des hommes se transformant en crapauds, en ours, en chats, et l’on bâtit la-dessus des récits qui nous invitent à rêver. Il y a un parallèle assez net avec la philosophie académique, avec ses lourds borborygmes, d’où émergent des chimères de substance, d’être, de vérité, d’altérité, de savoir, de déconstruction, de néant, de liberté, d’existence, de pensée, de dualité. « Dans la philosophie moderne, certains débats tordus ressemblent aux légendes sur les dieux de la poésie ancienne »** - F.Schlegel - « Manche verwickelte Streitfragen der modernen Philosophie sind wie die Sagen und Götter der alten Poesie » - aujourd’hui, il n’y a plus ni légendes ni dieux ni poésie – qu’un bavardage cryptique ou décousu. | | | | |
|
| ironie | | | Quand je vois la misère de nos philosophes académiques et la paisible cohabitation de leurs pensées avec les visions les plus médiocres et grégaires de la majorité robotisée, je me dis que Nietzsche n'avait pas si tort que ça, en prophétisant que les philosophes seront, un jour, maîtres de la Terre, en coalition avec la foule. | | | | |
|
| ironie | | | Dans leur jeunesse, les philosophes académiques agitent des idées nouvelles (en réalité – des banalités ou des plagiats), dans leur vieillesse, ils balbutient que tout n’est que vanité (l’aveu implicite d’une honte). Chez les bons philosophes, la chronologie des ambitions s’inverse. | | | | |
|
| ironie | | | Chaque fois que je tombe sur les dithyrambes au savoir philosophique professoresque (et même au savoir absolu), je me rends compte de la justesse, dans les mêmes circonstances, de la réaction voltairienne : « Il n’était point nécessaire que nous le sussions ». | | | | |
|
| ironie | | | En se référant à leurs illustres collègues, même les plus bavards des professeurs de philosophie n’en citent que des aphorismes, ce qui ne retient guère leurs propres logorrhées. | | | | |
|
| ironie | | | Pour commenter ce qui se passe aujourd’hui, ce qui se passa jadis, ce qui se passera demain, le philosophe académique est beaucoup moins compétent que le journaliste, l’historien, le banquier. L’événement est à bannir du royaume de l’invariant. | | | | |
|
| ironie | | | Je lis la définition académique de la cognition. La liste de thèmes, qu’elle aborde, comprend : la mémoire, le langage, le raisonnement, l'apprentissage, l'intelligence, la résolution de problèmes… Aucune mention de la représentation ! Pourtant, sans représentation, aucun sens sérieux ne peut être donné à ces termes. | | | | |
|
| ironie | | | Mr R.Enthoven (brillantissime à l’oral et nul à l’écrit) reçoit 19 sur 20 (comme l’aurait obtenu tout professeur), à l’examen du Bac, tandis que ChatGPT est humilié avec une note de 5. Enivré par ce triomphe, Enthoven publie un livre sur l’IA, où il montre son ignorance crasse de ce qu'est l’intelligence, sans parler d’IA. Et il ne comprend pas que les notes des juges ne sont pas complètement objectives, mais sont surtout dictées par les traditions et les normes ministérielles, tandis que les critères tels que l’exhaustivité, la cohérence, la fraîcheur, l’audace, le style restent en marge. | | | | |
|
| ironie | | | L’érudition est un outil encombrant des pédants et une contrainte libératrice des poètes. | | | | |
|
| ironie | | | Tu es saisi d’admiration ou de honte, en repassant tes paroles, proférées aux instants extatiques, narcissiques ou érotiques, - c’est de la folie, folie d’audace et de débordement, à l’opposé de la folie du vide, folie de verbiage et de remplissage qui s’empare des philosophes académiques. | | | | |
|
| ironie | | | Tout le charabia tarabiscoté sur la transcendance et l’immanence se réduit à cette banalité : il y a des choses réelles (matérielles ou spirituelles) et il y a leurs modèles (théories, représentations, systèmes). Aucun isomorphisme n’est pensable entre ces deux domaines. | | | | |
|
| ironie | | | L’ambition d’un philosophe universitaire – rester profondément illisible ; celle d’un amateur – être platement compréhensible ; la mienne – devenir hautement intelligible. Reconnaissance professionnelle, reconnaissance sociale, reconnaissance amoureuse. | | | | |
|
| mot | | | L'origine de la philosophie banale est, simplement - et bêtement ! -, linguistique : en vidant les noms on aboutit aux substances et concepts, en se débarrassant des adjectifs on les réduit aux essences, accidents ou prédicats, en simplifiant le déterminant on patauge dans l'Un et le multiple, en décolorant les verbes on tombe sur l'être. La philosophie la vraie, la poétique, naît aux sources des émotions innommables et des promesses inverbalisables. | | | | |
|
| mot | | | L'analyse linguistique est banale, rigoureuse et consensuelle, la synthèse des représentations est délicate, libre et individuelle – d'où l'engouement actuel pour la philosophie analytique et le désintérêt académique pour la représentation. | | | | |
|
| mot | | | Quand des savants de la connaissance, que sont Claudel, G.Marcel ou Ricœur, produisent leur jeu de mots gynécologique de co-naissance, j'ai envie d'enchaîner, sur le même thème hygiénique, par con-aisances. | | | | |
|
| mot | | | Je ne prête l'oreille aux sermons ou dissertations que si je sens, à leur origine, un désert et non pas des bibliothèques ou cimetières. On peuple de silence le désert du soi, désert d'initiés. Ce bon silence (das rechte Schweigen de Heidegger, si proche de celui de Wittgenstein), que seul un maître sait traduire en mots : « La philosophie est la reconversion du silence et de la parole l'un dans l'autre »*** - Merleau-Ponty. Une autre tâche de la philosophie devrait consister à écouter le bruit profond et tragique de la vie, pour le traduire en musique, haute, héroïque et consolante. Et peu importe, si cette musique était reconvertie en bruit difforme, par les oreilles modernes robotiques. | | | | |
|
| mot | | | Pour faire avaler leur charabia cacographique, les philosophes évoquent la science, les théories, le langage, tandis que je soupçonne l'essentiel de ces choses indigestes être dû aux mauvaises traductions du grec en latin. Que l'aphasie pyrrhonienne nous manque, pour nous moquer du mot être flexible à volonté ! | | | | |
|
| mot | | | Même en matières théoriques la vue cède à l'ouïe et aux choses vues, au culte des déjà-vu et encore-entendu. Pourtant, théorie signifierait je vois Dieu. | | | | |
|
| mot | | | Des perles types des tenants de chaires : « L'en-soi n'a pas à être sa propre potentialité sur le mode du pas-encore », « L'essence du posé-là est ce qui se tient rassemblé en soi-même, et qui entrave par l'oubli la vérité de son propre advenir à la présence », « L'histoire de l'être comme présence à soi dans le savoir absolu est close » ou encore « La philosophie s'enracine dans ce lieu insituable : la différence entre la structure mineure, nécessairement close, et la structuralité d'une ouverture ». Et personne n'ose éclater de rire. Ce n'est pas de l'obscurité poétique à la Héraclite, c'est la gratuité des combinaisons aléatoires et mécaniques de termes indéfinissables, et qu'un ordinateur cracherait par milliards, suivant un banal algorithme syntaxique. | | | | |
|
| mot | | | Le terme de langue couvre trois entités profondément différentes : - un système de signes faisant abstraction de son usage et comparable en tout point avec un langage de programmation : alphabet, vocabulaire, morphologie, grammaire ; astucieux, rigoureux et délicat, mais sans vraiment de merveilles - un système bâti au-dessus d'un modèle conceptuel ; un outil de connaissance et de communication ; on devrait parler de langage (« Le langage est relais par signes »*** - Valéry - la plus précise des définitions !) - un outil d'expression, le modèle sous-jacent fondé sur l'esthétique ; strictement parlant, à chaque usage on y crée une nouvelle langue. | | | | |
|
| mot | | | Je lis ce discours académique de cette grande dame qu'est Hélène Carrère d'Encausse (secrétaire perpétuel de l'Académie, où elle succéda à M.Druon, un autre de mes doubles compatriotes), discours enflammé, destiné à sauver à tout prix l'accord des participes, que la Nation ne respecte plus assez. Et à la fin de ce réquisitoire, je tombe, effaré, sur : « la langue française souffre de s'être vuE appliquer un postulat » - tout cancre devrait renvoyer à ce précédent autorisé, pour justifier ses turpitudes grammaticales. | | | | |
|
| mot | | | Marc-Aurèle, Nietzsche, Valéry, Heidegger, S.Weil, par leur goût philologique, me donnaient l'envie de devenir Grec ; mon échec est peut-être le plus grand regret linguistique de ma vie. | | | | |
|
| mot | | | Dommage que le mot sceptique ait fini par s'attacher à l'un des courants les plus sots de la philosophie ; étymologiquement, il aurait dû désigner ceux qui disposent de leur propre regard, contrairement à ceux qui nagent dans la doxa. | | | | |
|
| mot | | | Dans l'écriture, le seul domaine, où le mot n'ait pas besoin de définition, est la poésie. Et, en particulier, la philosophie, qui aurait reconnu, humblement, d'être une des branches poétiques. Partout ailleurs, l'incapacité de définir un mot-concept devrait priver l'auteur du droit d'en disposer. Ainsi, dans la philosophie académique, on devrait bannir les mots : la métaphysique, l'être, le néant, la transcendance, la vérité, le sujet, la conscience. Son malheur, c'est que, une fois cette purge effectuée, il n'en resteraient que des platitudes, ce qui correspondrait à sa juste valeur. | | | | |
|
| mot | | | Un immense tempérament et une immense intelligence, Nietzsche et Valéry, abordèrent toutes les questions de la philosophie académique, en les débarrassant de tout verbalisme, argumentatif ou narratif, dans lequel nagent les philosophes logorrhéiques, et en n'exhibant que des métaphores. Tout contenu se réduisant aux mots, s'opposant aux tropes ou concepts, est bête. Et il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'y en a que de vagues notions. | | | | |
|
| mot | | | Il n'existe pas de concepts philosophiques, il n'en existe que des métaphores. Toute prétention des Professeurs au contenu indépendant du langage est vaine : « Tout contenu qui est lié à la forme verbale d'un discours n'est pas un contenu philosophique » - Kojève. Mais la valeur des métaphores dépend de la représentation sous-jacente, dans laquelle se retrouvent des concepts, dictés, dans la plupart des cas, par le bon sens et non pas par une science quelconque ; ces concepts sont donc plus près des fantômes intuitifs que des espèces maîtrisées. | | | | |
|
| mot | | | Les philosophes titulaires, chez qui on n'a jamais vu de bons linguistes, de bons logiciens ou de bons mathématiciens, introduisirent un chaos dans l'interprétation des notions limpides de ceux-ci : verbe, sujet, objet - chez les premiers ; vérité, négation, prédicat - chez les deuxièmes ; infini, vide, ouvert - chez les troisièmes. | | | | |
|
| mot | | | Ma vision-compréhension est, en grande partie, un emprunt au patrimoine commun des hommes, mais mon regard, c'est ma vision-création, qui commence par un détachement, par volonté ou par révélation, du monde connu, nommé. Nommer ne fait pas partie des prérogatives du regard (mais référencer, relier des noms avec de bons connecteurs - oui) ; le regard, c'est une projection du verbe sur un modèle du monde. Théorie voulait dire, jadis, - regard. Le regard est réduction de toute observation en introspection. | | | | |
|
| mot | | | Le rôle principal du langage est la formulation d'arbres requêteurs, à partir desquelles un interprète logique dégage leur vérité et un interprète pragmatique résume leur sens dans la réalité. Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien un figurant, qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs soit de formuler des requêtes soit d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal, pour dégager un sens maximal. | | | | |
|
| mot | | | Sur le terme de philosophe : celui qui sait, c'est le scientifique, atteignant la profondeur ; celui qui aime, c'est le poète, porté vers la hauteur ; le philosophe tente de combiner ces deux dons. Jadis, la poésie fut reine des arts et le savoir fut à portée de tout homme curieux – et le philosophe fut le poète du savoir ; mais depuis que la poésie est morte et le savoir – inaccessible au simple mortel, le philosophe professionnel est condamné à la platitude ou à la redite. | | | | |
|
| mot | | | Même dans le clan des amateurs de la citation je ne suis qu'un exilé. Qu'ai-je à partager avec ces juvéniles calculateurs ou ces séniles collectionneurs ? Le barbare repeupla la patrie dévastée de Plutarque, d'Érasme et de Montaigne. | | | | |
|
| mot | | | Le bon entendeur n'est écouteur que de courte durée. Le sot n'est qu'écouteur. « À bon entendeur, la parole suffit » - Plaute - « Dictum sapienti sat est ». Bien entendre, c'est aimer animer la parole soi-même. Le meilleur des entendeurs est celui qui, en plus, sait traduire les paroles en mots, les mots en style, le style en beauté. | | | | |
|
| mot | | | Pour l'interprétation de discours, non seulement la pragmatique a le primat en regard de la sémantique, mais même cette dernière est déjà extra-langagière, relevant de la fonction représentative. Après le lumineux W.Humboldt, le tournant linguistique n'a amené qu'une terrible récession intellectuelle. | | | | |
|
| mot | | | Un test infaillible (le shit-detector de Hemingway), pour constater qu'on est en face d'une logorrhée aigüe : passer à la négation, syntaxique ou sémantique, des sentences - si le degré de crédibilité de la négation est le même que celui de l'affirmation, la pestilence est certaine. Appliqué, avec succès, à beaucoup d'écrits de phénoménologues ou d'autres écolâtres ; un résultat résolument négatif avec Heidegger ou Valéry. | | | | |
|
| mot | | | Dans le mot réalité percent les choses, res, tandis qu’elle est composée et de choses et d’esprits, d’où l’engouement des philologues-philosophes pour l’obscur être. La réalité se reflète, chez un sujet (impliquant des modalités de vue), par, respectivement, des événements et des abstractions, qu’on désignera par présence (ou être-là, pâles échos d’un ampoulé Dasein germanique). Ces reflets modélisés constituent une représentation, dans laquelle le possible (permettant l’existence virtuelle, hors réalité) complète le nécessaire (la misérable essence). Toutes nos connaissances proviennent de ces représentations validées. Tout y est naïf, transparent et … intelligent, mais ignoré par les hordes de professeurs de philosophie, pratiquant le verbiage logorrhéique. | | | | |
|
| mot | | | Dans la vérité philosophique, définie comme une adéquation ou un accord d’une représentation avec la réalité, il y a autant de vérité logique que dans les expressions – vrai voyou ou vraie peste. Ceci ressemble au traitement, par les philosophes diplômés, de l’ensemble vide, où le vide est compris dans le même sens que dans les expressions – tête vide ou tiroir vide. | | | | |
|
| mot | | | Que ton écrit évite de répéter le dit des autres ; mais qu’il engendre un dit nouveau. Rien d’inouï n’existe plus pour le contenu de ton écrit ; le nouveau n’y surgira qu’à travers la forme. Si aucune musique ne naît de ton écrit, il rejoindra le plat silence du monde. N’écoute donc pas les savants : « Langage de l’inaudible, langage de l’inouï, langage du non-dit. Écriture ! » - Levinas. | | | | |
|
| mot | | | Combien de générations d’élèves (indo-européens) durent conformer leur vision de la langue à cette structure ternaire - primitive, réductrice, anti-cognitive – sujet – verbe – objet ! Tandis que dans toutes les langues règnent les réseaux de relations d’objets d’arité arbitraire, dont la structure ternaire ci-dessus n’est qu’un cas particulier, simplissime et partiel. Le terme de sujet (acteur, concepteur) devrait être réservé à l’auteur (humain) de la représentation sous-jacente extra-langagière. | | | | |
|
| mot | | | Dans un discours, les mêmes mots peuvent ne pas dépasser les limites du langage (des idiomes, des tropes, des banalités sophistiquées) ou bien renvoyer à la représentation leur servant de points d’attache (des concepts, des idées, des hypothèses). Chez les écolâtres, on nage dans un pur verbiage, sans atteindre la pensée, ce seul acte intellectuel. | | | | |
|
| mot | | | Dans un discours, le locuteur est porte-parole, ses mots – porte-substitutions, les objets substitués de la représentation – porte-sens. Un mot, qui ne serait attaché à aucune représentation, explicite ou implicite, n’est que le mot, il n’a pas de sens. Les philosophes académiques pèchent par cet oubli et nagent dans un verbiage. | | | | |
|
| mot | | | Tout langage, muni de la notion de substitution (équivalence, synonymie, syntagmes), est constitué de formules. En logique, on substitue des concepts à d’autres concepts, pour avancer vers des preuves, vers la vérité. En philosophie académique, on substitue des mots à d’autres mots, pour propager un verbiage, sans but formulable - leurs formules sont nulles. | | | | |
|
| mot | | | L’ivresse, provoquée par leurs mots grandiloquents (toujours contingents), fait tourner la tête des professeurs de philosophie ; leurs esprits excités confondent les mots avec des concepts sobres (mais nécessaires). Pour que vos mots puissent s’aventurer dans la hauteur, il faut vous être entraînés dans la profondeur des concepts. | | | | |
|
| vérité | | | La vérité n'est jamais vivante. Dès qu'on laisse entrer la vie (la réalité), dans un modèle (dépositaire de vérités), une rupture épistémique (dans le langage ou dans le modèle) éclate, et un nouveau système de vérités s'installe. La vérité est monotone, intemporelle, sans mouvement vital (la vérité est cadavérique - Hegel - leblose Knochen eines Skeletts) : « En logique, nul mouvement ne doit devenir, car le logique ne fait qu'être »** - une étonnante rigueur technique de Kierkegaard. | | | | |
|
| vérité | | | Par abus de langage on dit, que le système des vérités change, lorsqu'on change de langage. Le plus souvent, ce n'est pas le langage qui change, mais le modèle de l'univers (le signifié), dans le contexte duquel on évalue des propositions. C'est de l'union d'une machine linguistique (comprenant la logique) et des lambeaux de la vie modélisée que naît la vérité. | | | | |
|
| vérité | | | L'homme, péniblement, apprend au vrai une langue de symboles, et voilà que le réel, ce vagabond sans famille ni école, s'avère maîtriser sans peine la même langue ! « L'homme mesure Dieu, comme l'image mesure la vérité » - Nicolas de Cuse - « Sic mensura Dei in creaturis sicut veritas in imagine ». | | | | |
|
| vérité | | | Échapper aux bouchons du présent, s'engager sur une voie d'accès d'un avenir, jeter un coup d'œil prophylactique sur un rétroviseur du passé - telles sont les leçons enseignées à l'école de la vérité. À l'école de l'ironie, on n'apprend que la conduite, sur des voies impénétrables et en état d'ivresse, d'un regard vagabond entraîné par l'attraction des étoiles. | | | | |
|
| vérité | | | La vie est suite continue d'événements ; l'événement est ce qui modifie une base de faits ; la seule bonne logique est monotone, hors du temps, sans événements, - vous comprenez maintenant, pourquoi toute vérité est squelettique. Le temps est incompréhensible, puisque comprendre, c'est suivre une bonne logique. « C'est dans la rétroaction de l'événement que se constitue l'universalité d'une vérité ; l'intervention est le nœud de toute théorie du temps » - Badiou - il en est même l'aporie. | | | | |
|
| vérité | | | L'inévitable purification de la philosophie : on lui retire toute prétention à la vérité, on se moque de son savoir et encore davantage - de son savoir des savoirs, on s'ennuie dans son langage - il ne reste comme objet d'une vraie philosophie que la terreur ou l'enthousiasme de l'homme seul, et qu'un clochard aujourd'hui aborde plus pertinemment que les écolâtres. | | | | |
|
| vérité | | | Aucune passerelle intéressante entre les sources du vrai, du beau ou du bon ; toute systématisation ne peut y amener que de l'ennui ; le grandiose ne s'y rend que par fragments. | | | | |
|
| vérité | | | La même naïveté, chez les candides et chez les écolâtres : le sens de l'existence serait de rester fidèle à quelques convictions acquises de haute lutte : « Il faut trouver une Idée vraie et ne jamais céder sur ses conséquences » - Badiou. Ils ne comprennent pas que : - les idées, en dehors de la science, ne valent rien sans métaphores ni élan (la chose n'y est vraie que si elle est belle ou bonne), - l'opiniâtreté est ridicule là où l'on cède à la musique, - le beau et le bon tirent non pas vers des déductions, mais vers des séductions. Toutefois, sans la hauteur, le dogmatisme et le relativisme se valent. | | | | |
|
| vérité | | | Accepter une vérité, pour un philosophe, relève d’un ‘profond’ psychologisme (dont les fumeuses adéquations), et pour un logicien – d’un plat mécanisme (de banales règles déductives). Et puisque aucun philosophe ne fut bon logicien et aucun logicien ne fut bon philosophe, entre les deux se déroule un dialogue de sourds. | | | | |
|
| vérité | | | Vérité des relations mathématiques, vérité des propriétés physiques, chimiques, biologiques, vérité des faits du passé - tout y est sensé, sérieux et exclut toute polémique terminologique. Mais vérité philosophique - ou poétique ! - est chose si impensable, incongrue, n'offrant pas un seul spécimen crédible, qu'il est effarant de voir le gros de la troupe professionnelle continuer à le professer. Il faut choisir entre sophiste et copiste. Et Platon, tout en maugréant contre les mœurs des sophistes et des poètes, est, lui-même, dans le sophisme et la poésie. | | | | |
|
| vérité | | | Sans le don poétique, tourner autour de la vérité, comme autour d'une machine à vapeur ou du Code de la route, est condamné à l'ennui et à la routine. Aristote, Spinoza, Kant, Hegel – tout ce qu'ils exposent, lourdement, sur la vérité, et que leurs acolytes remâchent infiniment, ne présente plus aucun intérêt et doit être oublié. Nietzsche et Valéry, deux poètes, si éloignés du clan professoresque, émettent la-dessus des avis autrement plus rafraîchissants. Quant aux avis en marbre, c'est auprès des logiciens et des linguistes, comme Chomsky, qu'il faut les chercher. | | | | |
|
| vérité | | | Plus on tente de s'éloigner du réel, pour instituer nos systèmes de vérités, plus sidérant est le constat qu'on le frise partout. Notre libre arbitre doit suivre de bonnes lois, c'est l'obéissance aux recettes qui est source de toute chienlit inextricable. | | | | |
|
| vérité | | | Avoir bien trouvé, c'est trouver le langage - la logique - le système de vérités. Hors d'un langage fixe, la vérité ne se constate pas, mais se construit ou s'invente. Et si même ce n'était pas vrai, ce serait bien trouvé - c'est ainsi que je corrigerais G.Bruno : « Se non è vero, è ben trovato ». Avec ces temps et modes - traduttore traditore - cet adage a de bonnes chances d'être vrai ! | | | | |
|
| vérité | | | Tout changement de langage (langage = langue + représentation) provoque la mort de certaines vérités. L'inventivité des hommes et la validation par la réalité mieux comprise font périr des vérités fragiles. Il faut inverser l'adage des pédants dévitalisés : « Fiat veritas, pereat vita » - s'occuper de la vie éternelle et mystérieuse, pour se débarrasser de vérités caduques et plates. | | | | |
|
| vérité | | | Tant d'hommes tant de représentations, tant de représentations tant de discours, tant de discours tant de vérités, – et après et malgré cette évidence, le philosophe académique cherche la vérité unique, qui dissiperait toutes les doxas des indoctes… | | | | |
|
| vérité | | | L'arrogance du bavardage académique autour de la vérité est due à la licence, léguée par les scolastes, distinguant la vérité des choses et celle des discours (veritas rei, veritas praedicationis). Or, non seulement la première se réduit toujours à la seconde, mais la seconde est impensable sans une représentation conceptuelle, dont sont incapables les bavards, sans parler de leur ignorance de la logique la plus élémentaire. | | | | |
|
| vérité | | | La vérité n’est ni dans la correspondance (critère externe, discours face à la réalité) ni dans la cohérence (critère interne, représentation non-contradictoire). Toutes nos connaissances proviennent des représentations (théories, systèmes, connaissances aprioriques) ; la correspondance à la réalité n’a presque aucun sens. La cohérence peut être effectuée dans des représentations, en flagrante incompatibilité avec notre vision intuitive de la réalité. Ces deux croyances sont, pourtant, dominantes. | | | | |
|
| vérité | | | La vérité est l’un de ces thèmes creux, favorisant un langage ampoulé mais dépersonnalisé. Le premier geste des chercheurs de vérités d'esclave est d’adopter une langue de bois commune, académique ou populacière. Il ne sert à rien de les encourager : « Quand tu as soif de vérité, laisse éclater ta langue » - Publilius - « Licentiam des linguae, cum verum petas » - puisque, ayant toute honte bue, ils sont sans soif. | | | | |
|
| vérité | | | La vérité et la liberté sont deux sujets privilégiés des professeurs de philosophie, avec une stérilité totale ; un scientifique se moque des vérités philosophiques, et un anachorète, un kamikaze, un Werther sont beaucoup plus compétents dans le domaine de la liberté. | | | | |
|
| vérité | | | Toutes les vérités ont de la pesanteur et très peu – de la grâce. L’homme d’action et le philosophe académique ne s’intéressent qu’aux premières ; les secondes font le bonheur des vrais philosophes, c’est-à-dire des poètes et des amoureux. | | | | |
|
| vérité | | | Même si l’on classe souvent les statistiques parmi les sacrés mensonges, on y trouve beaucoup plus de vérités que dans les sciences de la logique des professeurs de philosophie. Le culte de la vérité philosophique, cette Arlésienne des innombrables savantes logorrhées, est risible à titres multiples : par l’absence de vérités intéressantes, par les définitions abracadabrantes de la vérité (adéquation…), par l’incapacité d’indiquer des antonymes de la vérité, par l’inculture en logique et en linguistique. | | | | |
|
| vérité | | | La pensée d’un objet, ou, dans le jargon des charlatans (non-grecs), la noèse d’un noème, c’est ainsi que ceux-ci voient la naissance d’une vérité, sans évoquer ni un langage ni une logique ni une représentation. Un objet, pris séparément, ne peut être interrogé que sur son existence ; seules de bien piètres vérités peuvent en sortir. La pensée est une requête langagière (assertion ou interrogation), portant sur les relations entre objets, dans le contexte d’une représentation ; la pensée est donc un arbre cherchant des unifications et aboutissant au sens. | | | | |
|
| vérité | | | La hauteur naît dans le langage et non dans la représentation (qui prend en compte l’ampleur et la profondeur). La vérité s’exprime dans la rigueur langagière, s’appuie sur la représentation et se valide par la logique ; elle n’a aucun rapport avec la hauteur. Mais toute la gent professoresque répète, avec Hegel : « La vérité est dans la hauteur du verbe et dans la hauteur encore plus grande de la cause » - « Wahrheit ist ein hohes Wort und die noch höhere Sache ». | | | | |
|
| vérité | | | Le mystère des mondes minéral, végétal, animal, humain, c’est leur Être même, que nous ne connaissons que par leurs Étants, c’est-à-dire par des représentations partielles validées. Faute de bon terme, les scholastes modernes appelle l’Être de ces Étants – vérité, c’est-à-dire le dernier repaire d’un réel inaccessible en sa totalité. La chose en soi est une expression beaucoup plus adéquate. | | | | |
|
| vérité | | | Le détachement de la souple intériorité physiologique (l’aspiration à l’extériorité radicale métaphysique) constitue la vérité – à vous de choisir la définition la plus pertinente. C’est dans de tels cloaques verbaux que nagent les professeurs de phénoménologie. | | | | |
|
| vérité | | | La vérité, sans le complément – de quoi ? – et sans un renvoi conceptuel – dans quel langage ? - n’a aucun sens. Pourtant, c’est cette absurdité qui remplit d’interminables élucubrations des professeurs. | | | | |
|
| vérité | | | Pour éprouver le néant, comme disent les écolâtres, il faut passer par la négation. Pour définir la négation, il faut être, à la fois, logicien (la négation syntaxique) et linguiste (qui y ajoute la négation sémantique). Or aucun philosophe académique ne fut l’un ou l’autre. De Hegel à Sartre (en y incluant leurs critiques, tout aussi universitaires) – qu’un galimatias balbutiant. Même leur fichu être, pourtant une notion intuitivement plus abordable et sensée servir de point de départ de la négation (ce qui est totalement absurde), est un SDF, fourré quelque part entre la réalité et la représentation. | | | | |
|