Bruno G.
 
 
 

action
Abandonne les flèches, pour vivre de la vibration de la corde : « De chasseurs nous devenons chasse » - G.Bruno - « Non siamo più cacciatori, ma caccia ».
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art
Les ratés en tout genre sont ceux qui se prennent pour les meilleurs poètes parmi les géomètres ou pour les meilleurs géomètres parmi les poètes (les marchands mêlés) ; ce qui leur ouvrirait, à la fois, l'entrée de l'Académie et la sortie de la Caverne. Le succès n'attend que près de l'Agora, au Portique ou dans un tonneau. « Si tu as du cœur et de l'esprit, n'en montre qu'un seul » - Hölderlin - « Hast du Verstand und Herz, so zeige nur eines von beiden ». Quand ils vont ensemble, pourtant, ils ne font qu'un, qui s'appelle âme ; il faut l'avoir bien timide, pour dire qu’il fasse sablier avec le cerveau ou « quand la pensée naît, le désir meurt » - G.Bruno - « nascendo il pensier, more il desio ».
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art
De beaux noms et titres préparèrent l'instrumentation de l'art des robots : « Ars Magna » (Lulle) et « Sigillus Sigillorum » (G.Bruno).
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nietzsche f.
Je stumpfer das Auge, desto weiter reicht das Gute ! Daher die ewige Heiterkeit des Volkes und der Rinder ! Daher die Düsterkeit und der dem schlechten Gewissen verwandte Gram der Denker !

Plus grossier est l'œil, plus facile est le contentement ! D'où l'éternelle pétulance du troupeau. D'où la tristesse et cet air ombrageux, proche d'une mauvaise conscience, - du penseur.
bien
La bonne conscience est donnée en prime à tout gagnant de la vie. D'où la lubie du penseur : s'introduire auprès des perdants, pour satisfaire son avidité de neurasthénies, sa volupté de l'échec et sa volonté de capitulation, pour ranimer sa bile dans une écriture du désastre (Blanchot). « Allègre en tristesse, triste en allégresse » - G.Bruno - « In tristitia hilaris, in hilaritate tristis ». L'ignorance étoilée ou « que le penseur rie » - Martial - « ride si sapis ».
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cité
La confrérie des intellos européens ne suscite pas plus d'inquiétude que le syndicat d'épiciers (le charlatanesque Nolain, auréolé de quatre excommunications, le rocambolesque Th.More, béatifié et par le Vatican et par le Kremlin, sont jalousés pour leurs nimbes, qu'on refuse au conformisme montanien). Il faut admettre que ce sont bien les meilleurs qui régentent la Cité - un très fâcheux constat pour un fustigeur de métier ou de tempérament. Ceux qui vivent du ressentiment de nains sont rarement capables d'un acquiescement de géants.
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cité
La « bestia trionfante » (G.Bruno), aujourd'hui, n'est plus l'âne, mais l'hybride des goûts de mouton et des appétits d'hyène.
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doute
Jadis, la médiocrité se réfugiait dans le vague, aujourd'hui elle se sent plus à l'aise dans la clarté. Être « l'ombre : ou trace des ténèbres dans la lumière ou trace de la lumière dans les ténèbres » - G.Bruno - « l'ombra : o traccia di tenebra nella luce, o traccia di luce nella tenebra ». Maîtriser la répartition des ténèbres et des lumières est le signe d'un artiste. Par exemple, la clarté de ce qui s'éteint, l'obscurité de ce qui éblouit. « Il faut souffler sur quelques lueurs, pour faire de la bonne lumière »** - R.Char.
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doute
Ils voient dans le mythe de la Caverne - l'apologie de la lumière, tandis qu'il me dit, que le jeu des ombres est mon seul original, une traduction d'un texte divin, dont je ne maîtriserai jamais la grammaire. « Nous sommes une ombre profonde, laissez-nous en paix, les ignares » - G.Bruno - « Umbra profunda sumus, ne nos vexetis inepti ».
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hugo v.
Vous voyez l'ombre, et moi je contemple les astres :
Chacun a sa façon de regarder la nuit.
doute
Ce qui t'oppose à Platon ! L'un des services qu'on peut demander à la contemplation de la nuit, c'est de rendre plus supportable le jour. Le jeu des ombres, ici, est plus enchanteur que la lumière des enjeux. Entre-temps, le goût se déplaça du contemplatif vers le digestif : « Je m'en vais dîner. Et moi, je vais me retirer pour mes contemplations nocturnes » - les derniers mots de la Bestia trionfante de G.Bruno (« Me ne vo a la mia cena. Ed io mi ritiro a le notturne contemplazioni »).
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intelligence
Comment oublie-t-on ? - mystère. Aucun acte de volonté, comparable à l'effacement d'une mémoire d'ordinateur ; la mémoire échappe à tout acte. On a beau se dire, que « tout acte exige l'oubli » - Nietzsche - « zu allem Handeln gehört Vergessen » - la représentation passive domine l'interprétation active. Ars oblivionis, l'art de l'oubli, de Cicéron à U.Eco, n'a rien à opposer à ars memoriae, à l'art de la mémoire, de Lulle à G.Bruno, et culminant avec l'ordinateur.
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mot
La virgule - « Dieu, ou la Nature » (au lieu de « Deus Naturaque » - G.Bruno ou « Deus sive Natura » - Spinoza) – permettrait de distinguer la disjonction d'identité de la disjonction d'alternative - « la raison ou la conscience » (« ratio vel conscientia » - Thomas d'Aquin). Malheureusement, Thomas d'Aquin visait plutôt « la raison, ou la conscience », puisqu'il ignorait la conscience morale.
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noblesse
Comprendre ce qu'il faut pour rester Marc-Aurèle sans empire, Job sans lèpre, Byron sans titre, G.Bruno sans anathèmes, un saint sans Dieu.
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souffrance
L'exil est l'état d'esprit le plus propice à l'écriture libre. Les Psaumes de David, Pétrarque, Dante, G.Bruno, Rilke, Nabokov, Cioran. La paix d'âme étant devenue une patrie sans faille du Français moderne, la perspective d'un exil intérieur n'attire plus que des Descartes et des Hugo.
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byron g.
Sorrow is Knowledge… The tree of Knowledge is not that of Life.

Le savoir est dans la douleur, mais son arbre n'est pas celui de la vie.
souffrance
Eschyle ne le voyait pas autrement : « Par la souffrance - la connaissance, telle est la loi souveraine », tandis que Prométhée aurait inversé l'effet et la cause, tout comme l'Ecclésiaste et G.Bruno : « Qui accroît le savoir, accroît la douleur » - « Chi accresce il sapere aumenta il dolore ». La sotte espérance socratique de « pouvoir guérir par la connaissance l'éternelle blessure de l'existence » - « durch das Erkennen die ewige Wunde des Daseins heilen zu können » fut dénoncée par Nietzsche. Seuls les plus obtus des philosophes, les spinozistes, promettent de la joie, qui consisterait en connaissances. Le jeune Nietzsche tombe dans le même travers, en espérant  Dans l'insipide jungle moderne, l'Ecclésiaste bureautisé déracina toute libido sciendi, toujours solitaire, tandis que le nom même d'Ecclésiaste désigne celui qui prêche à la foule. On a beau placer son Golgotha au milieu du jardin d'Éden, - la croix ou le pommier - c'est la rencontre des crânes et le divorce des désirs. Dans l'arbre du rêve, le savoir est ce qui en soude les branches ; la douleur - ce qui amène la sève et colorie les fleurs. Tout ce qui n'est pas tenté par la hauteur d'arbre est teinté de platitude.
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vérité
Avoir bien trouvé, c'est trouver le langage - la logique - le système de vérités. Hors d'un langage fixe, la vérité ne se constate pas, mais se construit ou s'invente. Et si même ce n'était pas vrai, ce serait bien trouvé - c'est ainsi que je corrigerais G.Bruno : « Se non è vero, è ben trovato ». Avec ces temps et modes - traduttore traditore - cet adage a de bonnes chances d'être vrai !
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Bruno G.